Bulletin de la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale
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- BULLETIN
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- DE LA
- jr ^
- SOCIETE D’ENCOURAGEMENT
- POUR
- L’INDUSTRIE NATIONALE
- PUBLIE
- SOUS LA DIRECTION DES SECRÉTAIRES DE LA SOCIÉTÉ
- MM. HITIER & TOULON
- 1917
- PREMIER SEMESTRE
- Pour faire partie de la Société, il faut être présenté par un membre et être nommé par le Conseil d’Administration.
- (Extrait du Règlement.)
- PARIS
- SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ, 44, RUE DE RENNES (6'arr.J
- 1917
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- SECRÉTARIAT DE LA SOCIÉTÉ
- ET
- RÉDACTION DU BULLETIN
- Communications, dépôts, renseignements, abonnements au Bulletin, tous les jours, de 14 h. à 16 h.
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- JANVIER-FÉVRIER 1917.
- lié» ANNEE. — 1« SEMESTRE.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L'INDUSTRIE NATIONALE
- CONSEIL D’ADMINISTRATION
- LISTE DES MEMBRES TITULAIRES ET HONORAIRES DU CONSEIL
- d’administration et des membres correspondants pour l’année 1917
- MEMBRES TITULAIRES
- Bureau.
- Année
- au coÏmu! Président.
- 1896. — Lindet (O. #), docteur ès sciences, professeur à l’Institut national agronomique, 108, boulevard Saint-Germain (6earr‘).
- Vice-présidents.
- 1900. — Bâclé (O. #), Ingénieur civil des Mines, 57, rue de Châteaudun (9e arr*).
- 1907. — Berthelot (Daniel), professeur à l’Université de Paris, 168, boulevard Saint-Germain (6e arU).
- 1899. — Larivière (Pierre) (#), Ingénieur civil des Mines, 164, quai Jemmapes (10e arr*).
- 1891. — Sauvage (O. #), Inspecteur général des Mines, professeur à l’École supérieure des Mines et au Conservatoire national des Arts et Métiers, 14, rue Eugène-Flachat (17® arrf).
- , Secrétaires.
- 1901. —Hitier (Henri), Ingénieur-agronome, maître de conférences à l’Institut national agronomique, 23, rue du Cherche-Midi (6e arr1).
- 1900. — Toulon (Paul) (#), Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, Ingénieur en chef honoraire des Chemins de fer de l’État, 106 bis, rue de Rennes (6e arU).
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. ---- JANVIER-FÉVRIER 1917.
- Année de l’entrée au Conseil.
- Trésorier.
- 1906. — àlby (#), ancien Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, 55, boulevard Lannes (16e arr1). .
- Censeurs.
- 1884. — Bordet (#), ancien Inspecteur des Finances, administrateur de la Compagnie de Châtillon, Commentry et Neuves-Maisons, 181, boulevard Saint-Germain (7e arr1).
- 1866. — Tisserand (Eugène) (G. O. #), membre de l’Institut, directeur honoraire de l’Agriculture, Conseiller Maître honoraire à la Cour des Comptes, 17, rue du Cirque (8e arr1).
- Commission des Fonds.
- 1884. — Bordet (#), ancien Inspecteur des Finances, administrateur de la Compagnie de Châtillon, Commentry et Neuves-Maisons, Président, boulevard Saint-Germain, 181 (7e arr1).
- 1876. —Pereire (Henry), Ingénieur des Arts et Manufactures, vice-président de la Compagnie des Chemins de fer du Midi, boulevard de Courcelles, 33 (8e arr1).
- 1887. — Fouret (O. #), ancien examinateur d’admission à l’École polytechnique,
- avenue Carnot, 4 (17® arr1).
- 1888. — d’Eicrthal (Eug.), membre de l’Institut, vice-président de la Compagnie
- des Chemins de fer du Midi, directeur de l’École des Sciences politiques, boulevard Malesherbes, 144 (17e arr1).
- 1891. — Heurteàu (O. #), Ingénieur en chef des Mines, directeur honoraire de la Compagnie du Chemin de fer d’Orléans, rue de Clichy, 17 (9e arr1).
- 1900. — Lavollée (J.), avocat à la Cour d’Appel, 88, boulevard Malesherbes (8e arr1). 1903. — Lafosse (H.) (O. #), Inspecteur général des Eaux et Forêts, 61, rue de Vaugirard (6e arr1).
- 1906. — Alby (#), ancien Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, 55, boulevard Lannes (16e arr1).
- 1908. —Biver (Comte), Ingénieur des Arts et Manufactures, 14, rue de Prony(17e arr1).
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- Comité des Arts mécaniques.
- 1894. — Linder (C. #), Inspecteur général des Mines, Président, rue du Luxembourg, 38 (6e arr1).
- 1891. —Sauvage (O. ft), Inspecteur général des Mines, professeur à l’École des Mines et au Conservatoire national des Arts et Métiers, rue Eugène-Flachat, 14 (17® arr1).
- 1893. — Flamant (O. #), Inspecteur général des Ponts et Chaussées, en retraite, 55, rue Antoine-Lécuyer, à Saint-Quentin (Aisne).
- 1897. — Barbet (#), ingénieur, 53, avenue de Paris, à Versailles (Seine-et-Oise).
- 1897. — Diligeon (#), Ingénieur des Arts et Manufactures, conseiller du Commerce extérieur, 23 bis, avenue Niel (17e arr1).
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. ------ JANVIER-FÉVRIER 1917. 5
- Année
- de l'entrée s
- au Conseil.
- 1898. — Masson (L.) (O. #), Ingénieur civil, directeur en congé hors cadre du Conservatoire des Arts et Métiers, 22, rue Alphonse-de-Neuville (17e arr4).
- 1900. — Walckenaer (O. #), Inspecteur général des Mines, 218, boulevard Saint-
- Germain (7e arr4).
- 1901. — Rateau (#), ancien ingénieur au corps des Mines, ancien professeur à l’École
- des Mines, 10 bis, avenue Elisée-Reclus (7e arr4).
- 1905. — Bertin (C. #), membre de l’Institut, 8, rue Garancière (6e arr4).
- 1906. — Lecornu (O. #), membre de l’Institut, Inspecteur général des Mines, pro-
- fesseur à l’Ecole polytechnique, 3, rue Gay-Lussac (5e arr4).
- 1911. —Leblanc (Maurice) (#), ingénieur, Le Yal-sur-Seine, pont de Bougival, à
- Groissy (Seine-et-Oise). •
- 1912. — Brocq (François), ingénieur, directeur à la Compagnie des Compteurs, 16, bou-
- levard de Yaugirard (15e arr4)..
- 1913. — Terré (Maurice) (O. #), Ingénieur en chef de la Marine enretraite, 139, bou-
- levard Haussmann (8e arr4). —
- 1913. — Dantzer (James), ingénieur, professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers, 7, rue Angélique-Vérien, à Neuilly-sur-Seine (Seine).
- 1915. — Salomon (Louis) (O. #), ancien Président de la Société des Ingénieurs civils
- de France, Ingénieur en chef honoraire du Matériel et de la Traction des Chemins de fer de l’Est, 175, rue du Faubourg-Poissonnière, Paris (9e arr4).
- 1916. — de Fréminvillç (Charles), Ingénieur des Arts et Manufactures, 18, rue Pierre-
- Curie (5e arr4).
- Comité des Arts chimiques.
- 1885. — Le Chatelter (Henry) (O. $t), membre de l’Institut, Inspecteur général des Mines, professeur à la Faculté des Sciences, Président, rue Notre-Dame-des-Champs, 75 '(6e arr4).
- 1877. —Bérard (P.) (O. üfc), membre du Comité consultatif des Arts et Manufactures, rue Casimir-Delavigne, 2 (6e arr4).
- 1883. — Carnot (Adolphe) (C. ^), membre de l’Institut, Inspecteur général des Mines, boulevard Raspail, 95 (6e arr4).
- 1885. — Appert (Léon) (O. #•), ingénieur-manufacturier, 148, boulevard Haussmann (8e arr4).
- 1898. — Livache, Ingénieur civil des Mines, 24, rue de Grenelle (7e arr4).
- 1900. — Bâclé (O. #), Ingénieur civil des Mines, 57, rue de Châteaudun (9e arr4).
- 1903. — Haller (C. #), membre de l’Institut, professeur à la Faculté des Sciences, 10, rue Yauquelin (5e arr4).
- 1905. — Prud’homme (#), chimiste, ancien élève de l’École polytechnique, 78, avenue de la Grande-Armée (17e arr4).
- 1907. — Guillet (#), ingénieur, professeur au Conservatoire national des Arts et
- Métiers et à l’Ecole centrale des Arts et Manufactures, 8, avenue des Ternes (17e arr4).
- 1908. — Bertrand (Gabriel) (#), professeur à la Faculté des Sciences et à l’Institut
- Pasteur, 160, avenue de Suffren (15e arr4).
- 1911. — Trillat (A.) (O. &), Chef de Laboratoire à l’Institut Pasteur, 25, rue Dutot (15e arr4).
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- 6 CONSEIL D'ADMINISTRATION. ------- JANVIER-FÉVRIER 1917.
- Année de l’entrée au Conseil.
- 1912. —Delloye (Lucien) (#), directeur général des Glaceries de la Cie de Saint-
- Gobain, 1, place des Saussaies (8e arr1).
- 1913. — Lcebnitz (J.) (#), fabricant de faïences artistiques, 4, rue Pierre-Levée
- (11e arr1).
- 1914. — Gall (Henry) (#), président de la Société des Ingénieurs civils de France,
- administrateur délégué de la Société d’Électrochimie, président de la Société des Carbures métalliques, 18, rue Albert-Joly, Versailles (Seine-et-Oise).
- 1915. — Pagès (Albert) (#), ancien président du Syndicat général des Produits chi-
- miques, 34, boulevard Henri-IV (4e arr1).
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- Comité des Arts économiques.
- 1876. — Sebert (Général H.) (G. #), membre de l’Institut, Président, rue Brémon-tier, 14 (17e arr1).
- 1883. —Bardy (O. #), directeur honoraire du Service scientifique des Contributions indirectes, rue du Général-Foy, 32 (8e arr1).
- 1887. — Carpentier (C. #), membre de l’Institut, ingénieur-constructeur, 34, rue du Luxembourg (6e arr1).
- 1897. — Lyon (O. #), directeur de la fabrique de pianos Pleyel, Lyon et Cu, 22, rue Rochechouart (9e arr1).
- 1900. —Toulon (Paul) (#), Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, Ingénieur en chef honoraire des Chemins de fer de l’État, 106 bis, rue de Rennes (6® arr1).
- 1902. — Harlé (Émile) (O. #), ancien Ingénieur des Ponts et Chaussées, ingénieur-constructeur de la maison Sautter-Harlé, 12, rue Pierre-Charron (16e arr1).
- 1902. — Hillairet (#), ingénieur-constructeur, 22, rue Vicq-d’Azir (10e arr1).
- 1903. — Perot (#), 16, avenue Bugeaud (16e arr1).
- 1907. — Berthelot (Daniel), professeur à l’Université de Paris, 168, boulevard Saint-
- Germain (6e arr1).
- 1908. — Armengaud jeune (#), ancien élève de l’École polytechnique, 23, boulevard
- de Strasbourg (10e arr1).
- 1909. — Bordas (Dr F.) (C. &), professeur suppléant au Collège de France, 58, rue
- Notre-Dame-des-Champs (6e arr1).
- 1909. — Renard (Paul) (O. #), Lieutenant-Colonel du Génie en retraite, 41, rue
- Madame (6e arr1).
- 1910. — Marre (O. #), ingénieur-mécanicien, 72, boulevard de Courcelles (17e arr1). 1910. — Féry, professeur à l’École municipale de Physique et de Chimie, 28, rue de
- l’Arbalète (5e arr1).
- 1915. — Arnould (Pierre) (ü£), Ingénieur-conseil, commissaire expert ssp. du Gouver-
- nement pour l’examen des contestations en douane, 31, rue Bonaparte (6e arr1).
- 1916. — Legouez (Raynald) (O. #), Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, 25, rue
- Molitor (16e arr1).
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. --------- JANVIER-FÉVRIER 1917. 7
- Année de l’entrée au Conseil.
- Comité d’Agriculture.
- 1866. — Tisserand (Eug.) (G. O. #), membre de l’Institut, Directeur honoraire de l’Agriculture, Conseiller Maître honoraire à la Cour des Comptes, Président, rue du Cirque, 17 (8e arr1).
- 1882.—Müntz (A.) (O. #). membre de l’Institut, professeur à l’Institut national agronomique, rue de Condé, 14 (6e arr‘).
- 1893. —Daubrée (L.) (C. #), ancien Conseiller d’État, Directeur général honoraire des Eaux et Forêts, 26, avenue Duquesne (7e arr1).
- 1896. — Lindet (O. #), docteur ès sciences, professeur à l’Institut national agronomique, 108, boulevard Saint-Germain (6e arr1).
- 1901.—Ringelmann (#), Ingénieur-agronome, directeur de la Station d’Essais de Machines, 2, avenue de Saint-Mandé (12e arr1).
- 1901. — Hitier (Henri), Ingénieur-agronome, maître de conférences à l’Institut national agronomique, 23, rue du Cherche-Midi (6e arr1).
- 1905. — Scuribaux (E.) (#), Ingénieur-agronome, professeur à l’Institut national agronomique, 140, rue de Rennes (6e arr1).
- 1905. -r- Dybowski (O. #), Inspecteur général de l’Agriculture coloniale, 4, rue de Fon-
- tenay, à Nogent-sur-Marne (Seine).
- 1906. — Girard (A. Ch.) (O. #), Ingénieur-agronome, professeur à l’Institut national
- agronomique, 60, rue Madame (6e arr1).
- 1906. — Wery (Georges) (#), Ingénieur-agronome, sous-directeur de l’Institut
- national agronomique, 6, rue Joseph-Bara (6e arr1).
- 1907. — Dabat (O. #), conseiller d’État, Directeur général des Eaux et Forêts,
- 48, boulevard Latour-Maubourg (7e arr1).
- 1912. — Vincey (Paul) (#), Ingénieur-agronome, Directeur des Services agricoles du département de la Seine, 84, rue Charles-Laffitte, à Neuilly-sur-Seine (Seine).
- 1915. — Pluchet (Émile), président de la Société des Agriculteurs de France, régent
- de la Banque de France, 5, rue d’Estrées (7e arr1).
- 1916. — Viala (Pierre) (O. #), docteur ès sciences, professeur à l’Institut national
- agronomique, Inspecteur général de la Viticulture, 35, boulevard Saint-Michel (5e arr1).
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- Comité des Constructions et Beaux-Arts.
- 1879. — Voisin Bey (O. #), Inspecteur général des Ponts et Chaussées, en retraite, Président, rue Scribe, 3 (9e arr1).
- 1895. — Belin(H.) (O. #), imprimeur-éditeur, 52, rue de Vaugirard (6e arr1).
- 1898. — Bonaparte (Prince Roland), membre de l’Institut, 10, avenue d’Iéna (16e arr1).
- 1899. — Larivière (Pierre) (#), Ingénieur civil des Mines, 164, quai Jemmapes
- (10e arr1).
- 1903. — Maës (Georges) (#), manufacturier, 45, rue de Courcelles (8e arr1).
- 1903. — Moreau (Auguste) (#), Ingénieur des Arts et Manufactures, 49, rue des Batignolles (17e arr1).
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- Année de l’entrée au Conseil.
- 1907. —de Ribes-Christofle (O. efc), Ingénieur des Arts et Manufactures, membre de la Chambre de Commerce de Paris, 56, rue de Bondy (10e arr1).
- 1907. — Mesnager (A.) (#), Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, 182, rue de
- Rivoli (1er arr1).
- 1908. —Hersent (Georges) (#), Ingénieur des Arts et Manufactures, 60, rue de
- Londres (8e arr1).
- 1908. — Bourdel (Joseph) (#), imprimeur-éditeur, ancien juge au Tribunal de Commerce, 10, rue Garancière (6* arr1).
- 1908. — d’Allemagne (Henri) (&), archiviste-paléographe, bibliothécaire honoraire de l’Arsenal, 30, rue des Mathurins (8e arr1).
- 1911. — Bertrand de Fontviolant (#), professeur à l’École centrale des Arts et Manufactures, 167, avenue de Wagram (17e arr1).
- 1913. — Hachette (André), secrétaire delà Société française de Photographie, 4, rue Bayard (8e arr1).
- 1915. — Espitallier (O. #), Lieutenant-Colonel, ancien professeur de constructions à l’École d’application de l’Artillerie et du Génie, 73, rue Cardinal-Lemoine (5e arr1).
- 1915. — Bodin (#), ingénieur, professeur à l’École centrale des Arts et Manufactures,
- 50, rue Saint-Ferdinand (17e arr1).
- 1916. — Taillefer (André), ancien élève de l’École polytechnique, docteur en droit,
- avocat à la Cour de Paris, secrétaire de l’Association française pour la Protection industrielle, 215 bis, boulevard Saint-Germain (7e arr1).
- Comité de Commerce.
- 1892. — Gruner (E.) (O. #), Ingénieur civil des Mines, vice-président du Comité central des Houillères de France, Président, 60, rue des Saints-Pères (7e arr1). 1897. — Paulet (G.) (C. îft), ancien conseiller d’État, Administrateur du Crédit Foncier de France, 47, boulevard Suchet (16e arr1).
- 1897. — Dupuis (#), Ingénieur civil des Mines, 18, avenue Jules-Janin (16e arr1).
- 1899. — Lévy (Raphaël-Georges) (O. #), membre de l’Institut, 3, rue de Noisiel (16e arr1).
- 1910. — Alfassà (Maurice), Ingénieur civil des Mines, 15, rue Soufflot (5e arr1).
- 1910. — Risler (Georges) (O. #), président de l’Union des Sociétés de Crédit immo-
- bilier de France et d’Algérie, président de la Société centrale de Crédit immobilier et de la Société des Habitations ouvrières de Passy-Auteuil, membre du Comité permanent du Conseil supérieur des Habitations à bon marché, 71, avenue Marceau (16e arr1).
- 1911. — Carmichael (Robert S.) (#), filateur et tisseur de jute, 4, rue Saint-Florentin
- (1er arr1).
- 1913. — Roy (Ferdinand) (#), négociant, membre du Comité consultatif des Arts et Manufaclures, 24, place Malesherbes (17e arr1).
- 1913. — Richemond (Pierre) (O. #), ingénieur-constructeur, 52, route d’Àubervilliers, à Pantin (Seine).
- 1915. — de Rousiers (Paul), professeur à l’École des Sciences politiques, 19, rue de Bourgogne (8e arr1).
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. ----- JANVIER-FÉVRIER 191"- 9
- Année de l’entrée
- au conseil. Commission du Bulletin.
- MM. Hitier, Toulon, secrétaires; Làfosse, Fouret, Linder, Sauvage, Bérard, Livache, Sebert, Arnould, Lindet, Ringelmann, Voisin Bey, Bourdel, Gruner, Dupuis.
- Agent général de la Société.
- M. Lemaire (Eugène), Ingénieur des Arts et Manufactures, 44, rue de Rennes (63arrt).—Téléphone : Saxe 29.75.
- MEMBRES HONORAIRES DU CONSEIL
- Président honoraire de la Société.
- i869. — Haton de la Goupillière (G. O. #), membre de l’Institut, président honoraire du Comité des Arts mécaniques, 56, rue de Vaugirard (6e arr1).
- Comité des Arts mécaniques.
- 1877. — Boutillier(^), Inspecteur général des Ponts et Chaussées, en retraite, 24, rue de Madrid (8e arr1).
- 1895.— Bourdon (Édouard) (O. #), constructeur-mécanicien, rue du Faubourg-du-Temple, 74 (11e arr1).
- Comité des Arts chimiques.
- 1889. — Vieille (O. #), membre de l’Institut, 12, quai Henri-IV (4* arr1).
- Comité des Arts économiques.
- 1888. — Raymond (O. #), administrateur honoraire des Postes et Télégraphes, 36, rue Washington (8e arr1).
- 1893. — Violle (O. #), membre de l’Institut, professeur au Conservatoire national, des Arts et Métiers, 89, boulevard Saint-Michel (7e arr1).
- Comité des Constructions et Beaux-Arts.
- 1903. — Résal (O. #), Inspecteur général des Ponts et Chaussées, 6, rue Fursten-berg (6e arr1).
- Comité d’Agriculture.
- 1879. — Schlcesing (C. &), membre de l’Institut, 23, avenue Rapp (7e arr1).
- Comité de Commerce.
- 1899. — Lalance (Auguste) (#), ancien manufacturier, à Mulhouse.
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. ---- JANVIER-FÉVRIER 1917.
- MEMBRES CORRESPONDANTS
- Comité des Arts mécaniques.
- Correspondants français.
- Leflaive, anciens Etablissements Biétrix, Leflaive et Cie, à Saint-Étienne (Loire).
- 1913. — Schubert (Adrien), Ingénieur des Arts et Manufactures, Paris.
- Comité des Arts chimiques.
- Correspondants français.
- Guimet fils, manufacturier, à Lyon.
- Pechiney, directeur de la Société des Produits chimiques d’Alais.
- Petitpont (Gustave), manufacturier, à Choisy-le-Roi.
- 1909. — Charpy (Georges), correspondant de l’Institut, directeur des Établissements du Centre de la C'e de Ghâtillon, Commentry et Neuves-Maisons, à Montluçon.
- Correspondants étrangers.
- Solvay, fabricant de produits chimiques, à Bruxelles.
- Hadfield (Sir Robert), directeur des Usines Hecla, à Londres (Angleterre). Howe (Henry M.), professeur de métallurgie, à Bedford Station (U. S. A.). 1914. — Legallet (Arthur), Conseiller du Commerce extérieur, vice-président de la Fédération de l’Alliance française aux États-Unis, San Francisco (Californie), 1914. — Nichols (W. H.), docteur de la Columbia University, président du conseil d’administration de la General Chemical Company et de la Nichols Copper Company, à New York (U. S. A.). ‘ ’
- Comité des Arts économiques.
- Correspondant français.
- Loreau, manufacturier, à Briare.
- Correspondants étrangers.
- Grookes (William), directeur du journal The Chemical News, à Londres. Elihu-Thomson, électricien en chef de la Société Thomson-Houston, à Lynn, Mass. (États-Unis).
- 1913. — Guillaume, directeur-adjoint du Bureau international des Poids et Mesures,
- à Sèvres (Seine-et-Oise).
- 1914. — Kàmerlingh Onnes (Heike), professeur à l’Université de Leyde (Pays-Bas),
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. ---- JANVIER-FÉVRIER 1917.
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- Comité d’Agriculture.
- Correspondants français.
- MM. Milliàu (Ernest), chimiste, à Marseille.
- 1891. — Briot, conservateur des Eaux et Forêts, en retraite, à Chambéry. 1907. — Monicault (Pierre de), Ingénieur-agronome, Paris.
- Comité des Constructions et Beaux-Arts.
- Correspondant français.
- 1913. — Couturaud (Pierre), Ingénieur des Arts et Manufactures, Paris.
- Comité de Commerce.
- Correspondants français.
- Wàlbaum, président de la Chambre de Commerce de Reims.
- 1886. — Bessonneau, manufacturier, consul de Belgique, à Angers.
- 1913. — Tuillaye (Georges), agent général de la Caisse d’Ëpargne et de Prévoyance de Paris.
- Correspondants étrangers.
- 1890. — Hemptine (Comte Paul de), château de Maltebrugge-les-Gand, à Gaiid.
- 1890. — Bodio (le Sénateur), Directeur général de la Colonisation du Royaume d’Italie, à Rome.
- 1910. — Lalance (Auguste) (#), ancien manufacturier, à Mulhouse, membre honoraire du Comité.
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- ARTS ECONOMIQUES
- Rapport présenté par M. Ch. Féry, au nom du Comité des Arts Économiques sur le « tube Coolidge ».
- I
- Le tube Coolidge, qui nous vient des États-Unis, est, dans toute l’acception du terme, une « invention de guerre ». Il présente, sur tous les tubes à rayons X employés jusqu’ici, de nombreux avantages : en dehors de sa puissance extraordinaire, qui lui permet dans certaines conditions de fournir en un dixième de seconde de pose des radiographies de blessés, il possède la précieuse qualité d’un réglage stable, s’obtenant instantanément et pouvant être reproduit avec facilité : une simple manœuvre de rhéostats fait en effet varier la « dureté » du tube, c’est-à-dire le pouvoir pénétrant des rayons fournis. Ces rayons peuvent être obtenus avec une si grande puissance de pénétration, qu’ils peuvent traverser 40 mm d’acier, ce qui permet d’obtenir une véritable radiographie des obus y décelant les criques, retassures ou autres défauts.
- Il
- Il nous reste à exposer comment sont obtenus, dans le nouveau tube, ces résultats remarquables.
- Les rayons X sont engendrés, ainsi qu’on le sait, par l’amortissement du bombardement cathodique sur le métal constituant l’anticathode. La cathode, qui a généralement la forme d’une calotte sphérique, et qui produit l’émission d’électrons normalement à sa surface, donne donc un véritable foyer placé au centre de courbure de la sphère à laquelle elle appartient. C’est en ce point que prennent naissance les rayons X. Ce point d’impact est la source rayonnante qui produira sur l’écran radiogra-
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- TUBE COOLIDGE.
- 13
- phique au platino-cyanure dej)aryum, ou sur la plaque photographique, Y ombre des corps les plus denses (os, projectiles, etc.,) tandis que les chairs sont plus facilement traversées.
- Dans les tubes ordinaires, la cathode est en aluminium et F anticathode est en platine, métal à point de fusion élevé et à faible tension de vapeur.
- Le degré de vide ainsi que le voltage aux bornes ont naturellement une action sur la nature du rayonnement obtenu : avec un vide poussé et un haut voltage, le libre parcours des électrons est grand et leur vitesse moyenne élevée; dans ce cas, le rayonnement X obtenu est très pénétrant, on dit que le tube est dur.
- Avec des conditions inverses, on obtient au contraire un rayonnement mou traversant quelquefois même difficilement les chairs.
- Le malheur est que, pendant le fonctionnement même du tube ordinaire, la nature du rayon X émis change graduellement: le vide augmente peu à peu dans l’ampoule, et il arrive que l’appareil devient inutilisable.
- Beaucoup de savants, et d’opérateurs ont recherché le moyen de régénérer ainsi les tubes « durcis » ; le régulateur osmotique de M. Villard a été un grand perfectionnement en radioscopie ; il consiste en un gros fil de platine soudé à l’ampoule et la débordant extérieurement. Il suffit de chauffer légèrement au moyen d’une lampe à alcool la partie extérieure du fil, pour que les gaz dissociés dans la flamme pénètrent en faible quantité par osmose dans le tube.
- Cette régénération des tubes nécessite cependant quelque habileté pour atteindre le vide critique nécessité par le travail en vue ; d’autre part, il est bien évident qu’un même tube ne peut pas, pratiquement, servir alternativement à des travaux nécessitant des rayonnements différents.
- III
- D’après cê que nous venons de rappeler, Fionisation dans les tubes anciens est due au gaz résiduel soumis au champ électrique.
- Dans le tube Coolidge, on porte au contraire le vide à un degré tel
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- que même sous 100000 volts, l’isolement reste parfait, rien ne passe dans le tube.
- Pour créer les électrons nécessaires à la décharge cathodique, l’inventeur a eu recours au phénomène découvert autrefois par Edison, et connu sous le nom d’effet Édison-Richardson.
- Édison avait remarqué que pour, certains degrés de vide, l’attache négative du fil de charbon des lampes qu’il construisait s’entourait d’une auréole violette. Ces phénomènes passèrent presque inaperçus à cette époque ; des études plus récentes ont montré qu’il y avait dans ces conditions, émission d’électrons par le fil chauffé. Ces effets, qui ont reçu dans la lampe hétérodyne, qui a bouleversé la T. S. F., les plus remarquables applications, servent de base au tube Coolidge.
- Dans la cathode elle- même, qui a la forme appropriée pour produire un focus convenable, est logée une petite spirale de tungstène qu’on peut porter à divers degrés d’incandescence par un courant auxiliaire.
- A chaque degré d’incandescence correspond naturellement un voltage approprié pour un fonctionnement normal du tube, et aussi un pouvoir pénétrant particulier. Ce pouvoir pénétrant sera d’autant plus grand que l’incandescence de la spirale sera plus faible et le voltage aux bornes plus élevé.
- Le tube Coolidge pouvant absorber une puissance électrique très grande sans danger doit être muni d’une anticathode pouvant dissiper la chaleur qui y prend naissance; la lame de platine employée dans les anciens tubes serait infailliblement fondue dans ces conditions.L’inventeur s’est adressé au tungstène qui possède d’ailleurs une tension de vapeur encore plus faible que le platine et qui fond beaucoup plus haut. Cette anticathode est formée d’un cylindre de tungstène taillé en sifflet, pour rejeter sur le côté le faisceau de rayonsX engendré; elle a 15 millimètres de diamètre et est prolongée par une tige d’un diamètre un peu plus faible pour dissiper la chaleur.
- D’ailleurs, certains tubes sont munis d’un refroidissement par courant d’eau.
- Une étude expérimentale de ce tube vient d’être faite à l’école de Physique et de Chimie par M. Boll (1). M. de Broglie a étudié de son côté le
- (1) Société française de physique, séance du 15 décembre 1916.
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- /.
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- : X
- TÜBE COOLIDGE. i 5
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- rayonnement obtenu par son élégante méthode des réseaux cristallins.
- Il faut féliciter M. Pilon, le constructeur bien connu des tubes à rayons X, d’avoir entrepris en France la construction de ce nouveau tube à un moment où, hélas! le besoin de son emploi ne se fait que trop sentir (1).
- Le rapporteur : Ch. Féry.
- - vyv
- (1) Pour plus de détails, consulter la notice du constructeur « Le tube Goolidge », suivie d’une étude de M Pilon sur cet appareil remarquable et qui est extraite du Journal de radiologie et d’électrologie. T. 11, n° 4, juillet-août 1916.
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- COMITÉ D’AGRICULTURE'
- Rapport présenté au nom du Comité d’Agriculture, par M. Max Ringelmann, membre du Conseil, sur le porte-outils Jullien destiné aux mutilés d’un bras.
- M. Alexandre Jullien, infirmier du service orthopédique de l’Hôpital de la Charité, à Lyon, a présenté à la Société d’Encouragement pour /’Industrie nationale un appareil de son invention destiné à permettre aux mutilés d’un bras de se servir des différents outils employés en culture : bêche, râteau, fourche, etc. Le dossier a été renvoyé, pour examen, au Comité d’Agriculture.
- L’appareil Jullien est la réalisation d’idées émises par M. Franget, professeur à l’Institut agricole des mutilés de Sandar-Limonest (près de Lyon), actuellement mobilisé; il fut d’abord établi pour permettre à un des pensionnaires de Sandar d’effectuer les travaux de jardinage malgré une main paralysée et atrophiée.
- La partie supérieure A (fig. 1) de l’appareil Jullien, destinée à assurer la mobilité de l’outil saisi par le tube B qui est au-dessous, consiste en un assemblage, genre Cardan, de deux pivots a et «’ assurant les mouvements dans tous les sens. Le tube B, qui a 95 mm de long et 36 mm de diamètre intérieur, est destiné à recevoir la partie supérieure du manche d’une bêche, d’une pioche ou d’un râteau, préparée pour s’v loger exactement, et que maintient une vis de serrage V ; Faire latérale du tube B est ajourée en divers endroits afin d’alléger le porte-outils.
- Pour permettre à l’élève jardinier d’utiliser l’appareil Jullien, il a fallu lui construire une sorte de main et de bras en fer, avec une plaque de tôle légèrement incurvée et garnie de façon que l’avant-bras et la 'main se reposent sur lui et y soient maintenus par un fourreau de cuir (fig. 2). Le
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- LE PORTE-OUTILS JULLIEN DESTINÉ AUX MUTILÉS ü’UN BRAS.
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- bêchage fut effectué comme si la bêche était terme par une main valide, bien qu’au début le mutilé éprouvât un peu de fatigue, par suite du poids du porte-outils et de sa plaque de fixation. La figure 3 montre le travail de ce jardinier avec un râteau.
- L’appareil peut être fixé par la partie filetée G (fig. 1), avec un contre-écrou non représenté dans la figure, à l’extrémité d’une prothèse de l’avant-bras ou du bras, et les photographies représentées par les figures 4
- Fig. 1. — Porte-outils Jullien.
- Fig. 2. — Porte-outils Jullien adapté à une main paralysée.
- à 9 montrent l’application à divers travaux agricoles : labour à la charrue (la prothèse est pourvue d’un ressort amortisseur), labour à la bêche, travail à la faux.
- Les premiers modèles du porte-outils Jullien, ne pesant que 375 g, étaient un peu légers et motivèrent une observation du rapporteur craignant pour la solidité du cardan, surtout dans le cas d’emploi d’outils agissant par percussion, comme la pioche et la houe. Ainsi que de nombreux témoignages l’attestent, les modèles actuels sont plus forts et résistent bien; ils sont employés par tous les amputés d’un bias qui prennent part Tome 127. — 1er semestre. — Janvier-Février 1917. ~
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- à la rééducation agricole de Sandar : Le labour à la bêche ordinaire, comme à la bêche-fourche, dite truandine, ou triandine (opération désignée aux environs de Lyon sous le nom de triandinage), s’effectue facilement ainsi
- Fig. 3. — Jardinier travaillant avec le porte-outils Jullien.
- que la manœuvre de la faux dont le manche présente une grande fixité dans le porte-outils Jullien.
- Le 7 octobre 1916, la Société d’enseignement professionnel du Rhône et l’Association d’assistance aux mutilés réunissaient à Montluel vingt-deux amputés soignés dans les hôpitaux de Lyon et à l’école de Sandar-Limonest; on fit des démonstrations agricoles ainsi que des épreuves de labour et de fauchage.
- Pour le concours de triandinage, il y eut dix amputés dont huit du
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- LE PORTE-OUTILS JULLIEN DESTINÉ AUX MUTILÉS D’UN BRAS.
- Hg. 4. — Manchot labourant à la charrue avec le porte-outils et l’amortisseur Jullien.
- Fig. 5. — Manchot labourant à la charrue avec le porte-outils et l’amortisseur Jullien.
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- Fig. 6. — Manchot bêchant avec le porte-outils Jullien.
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- O
- Fig. 7. — Manchot bêchant avec le porte-outils Jullien,
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- COMITÉ D’AGRICULTURE.
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- membre supérieur; les mutilés arrivant en première ligne ont mis une
- Fig. 10. — Porte-marteau avec support antivibrateur Jullien.
- heure et demie pour bêcher une surface 20 m2 (on n’indique ni la nature
- Fig. 11. — Manchot battant sa faux avec le marteau antivibrateur Jullien.
- du sol, probablement léger, ni la profondeur de la culture), — dans une terre facile, un ouvrier valide et exercé laboure à la bêche environ 20 m2 par heure.
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- LE PORTE-OUTILS JULLIEN DESTINÉ AUX MUTILÉS d’üN BRAS.
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- Dans le concours de fauchage, passé par trois amputés du bras droit, un amputé du bras gauche, et par deux amputés de cuisse, les meilleurs résultats ont été obtenus par des mutilés qui ont employé moins d’une heure et demie pour faucher une surface de o ares. Rappelons qu’un ouvrier valide et habitué au travail peut faucher, par heure, 3 à 4 ares de prairies naturelles et 5 à 6 ares de prairies artificielles selon l’importance de la récolte.
- Pour le labour à la charrue, l’extrémité d’un des mancherons, conve-
- Fig. 12. — Manchot menuisant avec le marteau antivibrateur Jullien.
- nablement taillée, est fixée dans le tube du porte-outils Jullien, comme on le voit sur les photographies ci-annexées (fig. 4 et 5). Cependant, comme les mutilés souffraient beaucoup des vibrations qui se communiquaient directement au moignon, M. Jullien ajoute un ressort amortisseur qui supprime cet inconvénient.
- M. Jullien a aussi imaginé pour les amputés de l’avant-bras un porte-marteau avec support antivibrateur (fîg. 10, 11 et 12). La vis et le porte-marteau proprement dit passent dans un ressort à boudin jouant le rôle de frein limitant la flexion des pièces ; ce genre d’amortisseur remplace la souplesse du poignet et du coude et permet à un manchot de battre
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- une faux ou d’enfoncer des clous, alors qu’avec un appareil rigide il
- Fig. 13. —- Pince Jullien pour repiquages.
- éprouve une fatigue excessive accompagnée d’une douleur au moignon. Pour le repiquage des plantes, M. Jullien a imaginé une pince à res-
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- sorts très simple qui se fixe à l’extrémité d’un appareil ordinaire pour manchot (fig. 13 et 14).
- M. Jullien nous a communiqué un grand nombre de photographies faites au cours des travaux de réadaptation agricole ; il ajoute que les mutilés sont heureux de recevoir une photographie les représentant en action et il rappelle que la même semaine, deux amputés lui firent la même réflexion : « Je vais envoyer cette photographie à ma femme et elle verra bien que je peux travailler. »
- Votre Comité d’Agriculture nous propose de remarcier M. Jullien de son intéressante communication et d’ordonner l’insertion du présent rapport dans le Bulletin avec les figures qui y sont annexées.
- Votre Comité d’Agriculture vous propose également de réserver à M. Jullien une des récompenses du Concours ouvert par notre Société pour les inventions propres à faciliter les travaux agricoles aux mutilés de la guerre.
- Le rapporteur : Max Ringelmann.
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- ENQUÊTE
- SUR LES ÉTABLISSEMENTS DE RECHERCHES ET D'EXPÉRIENCES
- Le Bureau de notre Société a été saisi par M. le général Sebert, au nom du Comité des Arts économiques qu’il préside, d’une demande d’enquête sur la situation occupée en France par les établissements de recherches et d’expériences et sur le rôle que ceux-ci jouent ou pourraient jouer dans le développement de notre industrie.
- Cette demande d’enquête constitue la suite logique d’un mémoire que M. le général Sebert a présenté à l’Académie des Sciences, au moment de la discussion qui eut lieu sur la nécessité de créer un laboratoire national de physique et de mécanique (Rapport de M. LeChatelier, C. R. t. 163, p. 581 et 683) et un Conseil supérieur des stations agronomiques et des laboratoires spéciaux de recherches (Rapport de M. Tisserand, C. R., t. 163, p. 621 et 722). Le mémoire du général Sebert montrait, en effet, l’existence, dans notre pays, de nombreux laboratoires qu’il y aurait intérêt à mieux connaître et à réunir sous la direction d’un organisme commun.
- La nécessité de cette enquête, son caractère et son étendue, les voies et moyens pour y procéder, ont été précisés par le général Sebert, dans une note, véritable exposé des motifs, qu’il a lue devant le Comité des Arts économiques et que nous reproduisons ci-dessous :
- NOTE PRÉSENTÉE AU NOM DU COMITÉ DES ARTS ÉCONOMIQUES par M. le général Sebert,
- Président du Comité.
- Parmi les questions dont l’étude s’impose, quand on recherche les moyens d’assurer la reprise et le développement de l’activité industrielle de la France après la fin de la guerre actuelle, se trouvent certainement celle de l’utilisation rationnelle des établissements de recherches et d’expériences, laboratoires, stations et commissions d’expériences qui existent dans notre pays et celle de la création d’établissements semblables à ceux que l’on rencontre à l’étranger et qui n’ont pas leur équivalent en France.
- Cette question est, en ce moment, à l’ordre du jour. Elle a donné heu, à l’Académie des Sciences, à des discussions qui ont amené l’adoption de vœux dont la réalisation
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- ENQUÊTE SUR LES ÉTABLISSEMENTS DE RECHERCHES ET D’EXPÉRIENCES. 27
- est à l’étude. D’autres créations que celles qui font l’objet de ces vœux sont aussi en projet et méritent également d’appeler l’attention.
- Le nombre des établissements qui fonctionnent déjà en France et qui peuvent jouer un rôle utile dans l’ordre d’idées dont il s’agit, est considérable et la variété aussi en est grande. Ce ne sont pas seulement les laboratoires proprement dits, mais aussi les stations expérimentales et les ateliers d’apprentissage et de perfectionnement, disséminés de différents côtés, qui peuvent être appelés à coopérer utilement aux progrès de notre industrie; mais l’existence de beaucoup d’entre eux n’est pas suffisamment connue. Il manque aussi, pour en obtenir la bonne utilisation, l’organisme de coordination qui est nécessaire pour en assurer la direction et la marche progressive. Ainsi seulement on peut, en effet, éviter que les meilleures créations restent trop longtemps stationnaires, sans se transformer comme elles le doivent pour suivre le développement parallèle des sciences et de l’industrie.
- Dans ces conditions, il paraît indispensable, pour arriver aux résultats cherchés, d’opérer le recensement des laboratoires et de tous les établissements français pouvant concourir au même but, et de faire connaître les principaux traits qui caractérisent chacun d’eux.
- L’enquête que nous avons en vue ne serait pas complète et n’atteindrait pas son but si elle se bornait à notre pays ; en conséquence, nous demandons que soient publiés également des documents analogues à propos des établissements étrangers ; nous pourrons trouver dans la description de ces établissements des particularités à imiter ou à éviter.
- C’est là un travail considérable qui, pour être bien fait, exige le concours des hommes les plus compétents dans chacune des spécialités en vue desquelles les divers établissements ont été créés; aussi le Comité des Arts économiques a-t-il pensé que la Société pourrait faire appel à chacun de ses membres et lui demander de la renseigner sur les laboratoires, stations d’essais et de recherches, etc., dont il connaît l’existence et l’organisation.
- La « note historique sur les laboratoires de recherches scientiliques existant en France », qui est ci-jointe (1),' donne des indications sur les différentes catégories de laboratoires qu’il conviendrait d’envisager et sur les groupements qu’il serait avantageux d’adopter pour la publication des documents recueillis. Le travail matériel serait ensuite centralisé par la Commission du Bulletin à laquelle pourraient être adjoints quelques membres de la Société.
- Les monographies ainsi publiées pourraient être ensuite réunies en un volume spécialement consacré à cette enquête et qui présenterait un intérêt réel. Pour assurer l’uniformité dans la préparation de ce volume, il serait désirable d'observer des dispositions analogues pour les documents concernant chaque établissement ou chaque groupe d'établissements similaires.
- Leurs descriptions devront, autant que possible, affecter la forme de monographies, indiquant sommairement, pour chacun, l’historique de sa création, son mode particulier d’organisation, les services qu’il a rendus, les principales recherches qui y ont été faites et surtout celles qui présententun caractère d’actualité. Pour permettre à chacun
- (1) Cette note parait dans ce bulletin, page 47.
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- ARTS ÉCONOMIQUES. ---- JANVIER-FÉVRIER 1917-
- d’étudier, au besoin, plus complètement ce qui concerne .chaque établissement ou chaque catégorie d’établissements du même genre, sans donner trop de développement à la publication faite dans le Bulletin, on pourrait utilement mentionner les sources bibliographiques à consulter. Ces indications seraient données sous forme de notes en bas de page, ou placées en annexe à la suite de chacune de ces monographies.
- Pour se guider dans la rédaction des monographies, qu’ils accepteraient d’envoyer à la Société, les collaborateurs pourraient prendre comme types deux monographies qui ont été présentées au Comité des Arts économiques, et dont nous demandons l’insertion dans un prochain Bulletin, à savoir : la description du laboratoire de physique de l’École municipale de physique et de chimie, par Ma Féry, et celle du laboratoire central d’électricité, par M. Paul Janet.
- Notre Bureau a décidé d’accepter les propositions présentées par M. le général Sebert au nom du Comité des Arts économiques et d’établir, dès maintenant, l’inventaire des établissements de recherches et d’expériences.
- Il fait donc un appel pressant à la compétence et à la bonne volonté de nos collègues pour les prier de nous adresser la monographie des laboratoires, stations de recherches, que chacun d’entre eux par le fait de sa spécialisation a pu connaître et apprécier.
- Afin de guider les membres de la Société dans la collaboration que nous leur demandons, nous reproduisons, ci-dessous, les rapports de M. Le Chate-lier et de M. Tisserand, ainsi que le mémoire de M. le général Sebert e^ une note de M. Armand Gautier. La publication des monographies ne commencera que dans le prochain Bulletin.
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- RAPPORT
- SUR LES LARORATOIRES NATIONAUX DE RECHERCHES SCIENTIFIQUES
- PAR
- M. Le Chatelier
- Membre de l’Institut (1).
- Toutes les grandes nations industrielles, à l’exception de la France, possèdent des laboratoires nationaux de recherche scientifique systématiquement orientés vers l’étude des problèmes techniques ; ces laboratoires ont exercé une action féconde sur le développement économique de nos concurrents. En Angleterre, le National Physical Laboratory, créé sur l’initiative du professeur Glazebrook, son directeur actuel, de lord Rayleigh, de Sir Robert Hadfield, et placé sous le contrôle de la Société royale de Londres, a pris rapidement un grand développement. En outre, depuis la guerre, le Parlement a voté une subvention annuelle dépassant 1 million de francs pour les encouragements à la recherche scientifique. Aux États-Unis, le Bureau of Standards dispose de crédits plus considérables encore. D’autre part, le Ministère de l’Agriculture, à Washington, et les divers États consacrent annuellement près de 20 millions à l’entretien de laboratoires et de stations expérimentales travaillant à des recherches de science agricole. Enfin, la fameuse Institution Carnegie, fondée au capital de 100 millions, a créé des centres d’études devenus célèbres parla publication de travaux scientifiques de tout premier ordre. En Allemagne, le Physikalische Reichsanstalt a été organisé sous l’impulsion de Werner Siemens ; plus récemment, le Material-prüfungs-amt a pris une situation considérable sous la direction du professeur Martens; aujourd’hui enfin, la Wilhelm Gesellschaft fonde de nombreux instituts de recherche, grâce à une subvention de 30 millions versée à l’empereur par les grands industriels allemands.
- La France ne peut pas continuer à se désintéresser de ce mouvement scientifique. Dans le passé, elle a pendant longtemps gardé l’initiative de toutes les études tendant à appliquer les découvertes scientifiques au progrès de l’industrie. Faut-il rappeler les travaux de Yicatsur les ciments, point de départ de l’industrie des produits hydrauliques dans le monde entier ; les recherches de céramique inaugurées par Brongniart à la Manufacture de Sèvres et si brillamment continuées par Salvetat, Ebelmen et Vogt ; les études de Régnault sur les propriétés de la vapeur d’eau, titre de gloire inoubliable pour les laboratoires du Collège de France, ou encore les travaux de science agronomique effectués au Conservatoire des Arts et Métiers par Boussingault et Schlœsing. Dans l’industrie privée, le laboratoire de la Compagnie parisienne du
- ;1) Rapport de la Commission d’action extérieure de l’Académie des Sciences : MM. Jordan, président; Lippmann, Émile Picard, d’Arsonval, Haller, A. Lacroix, Tisserand; Le Chatelier, rapporteur.
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- 30 RAPPORT. ----- JANVIER-FÉVRIER 1917.
- Gaz, créé sur les indications de Régnault, et dirigé successivement par Audoin et Émile Sainte-Claire Deville, nous a longtemps maintenus à la tête de tout progrès dans l’éclairage au gaz. Les recherches sur les alliages métalliques, dirigées et subventionnées par la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale sont partout citées avec honneur. Mais, aujourd’hui, tous ces centres de recherche sont en sommeil. „ ^
- Des savants isolés continuent certainement à s’intéresser aux recherches de science industrielle: les travaux de MM. Mesnager, Rabutsur le ciment armé, de MM. le duc de Guiche, Eiffel sur la résistance de l’air, Frémont sur les machines-outils, etc., font grand honneur à la France, mais ce sont des initiatives individuelles; elles s’exercent en dehors de toute organisation permanente assurant la continuité des recherches et cesseront lors de la disparition de leurs auteurs.
- Le rôle prépondérant des sciences expérimentales dans le développement de l’industrie est aujourd’hui un fait hors de discussion. Sans l’intervention directe de la science, il faut se contenter de copier ses voisins et d’entretenir une industrie languissante. La plupart des progrès si rapides de ces cinquante dernières années sont dus à l’emploi des méthodes scientifiques de travail. Le laboratoire est devenu un des organes les plus indispensables de Fusine moderne. Faute de l’avoir compris, nous nous sommes dans le passé laissé devancer par nos concurrents étrangers. Puisse cette leçon ne pas être perdue ! Après la guerre, nos industriels voudront certainement rattraper le temps perdu. Mais les laboratoires d’usine ne suffisent pas ; de nombreux problèmes nécessitent pour leur étude des installations plus complètes. Les laboratoires nationaux doivent répondre à ce desideratum. L’emploi de la méthode expérimentale demande souvent l’usage de procédés de mesure perfectionnés et très délicats,, difficiles à introduire dans les usines particulières. D’autre part, les dépenses relatives à certaines questions d’intérêt général doivent légitimement être supportées par l’ensemble des contribuables.
- Enfin, l’absence d’organisations consacrées à l’étude des problèmes d’intérêt général nous a souvent mis vis-à-vis de l’étranger dans un état d’infériorité regrettable. En 1908, lors de la Conférence de Londres,instituée en vue delà révision des étalons électriques, la France faillit être écartée des recherches internationales projetées, faute d’avoir un laboratoire national autorisé pour collaborer a ces études. Il fallut attribuer au Laboratoire de la Société internationale des Électriciens un caractère gouvernemental fictif, pour lui permettre de nous représenter utilement.
- Pour la même raison, beaucoup de méthodes de mesure employées dans nos laboratoires d’essais sont d’origine étrangère. Les essais de ciment se font avec la briquette Michaëüs (Allemagne), avec la sonde Tetmajer (Hongrie), etc. On a récemment adopté, à la suite d’une entente internationale, un procédé d’essai des métaux, dit des barreaux entaillés, d’origine exclusivement française ; mais son adoption a été votée au Congrès de Copenhague, sur le rapport d’un des directeurs des Établissements Krupp, rapport présenté au nom d’une commission d’ingénieurs allemands et appuyé sur des expériences faites au laboratoire de Gross Lichterfeld. Nous n’avions pas eu le moyen demettre nous-mêmes cette question au point.
- L’étude des procédés de mesure servant aux essais des matériaux et des machines, le choix des grandeurs à mesurer pour définir les qualités des matériaux appartiennent aux laboratoires nationaux ; cette fonction leur est dévolue dans tous les pays étrangers. Pour étudier utilement ces méthodes de mesure, très improprement appelées
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- LÈS LABORATOIRES NATIONAUX DE RECHERCHES SCIENTIFIQUES. 31
- méthodes d'essai (ce terme est une réminiscence de l’empirisme et de l’alchimie des siècles passés), il faut avoir l’occasion d’exécuter assez fréquemment ces essais et en bien posséder la pratique. Cependant, leur réalisation habituelle n’est pas une fonction essentielle des laboratoires nationaux. Les essais courants doivent normalement être faits dans les laboratoires d’usine ou dans les laboratoires particuliers. En cas de désaccord, il appartient aux laboratoires nationaux de départager les laboratoires privés. Jamais cependant, les dépenses de ces études, faites au profit d’intérêts particuliers, ne doivent être supportées par les contribuables. Au National Physical Labo-ratory, toutes les recherches privées sont taxées à un chiffre supérieur de 50 pour 100 aux dépenses réellement occasionnées, et cet excédent de recettes est appliqué à des recherches d’intérêt général.
- La fonction essentielle des laboratoires nationaux est de se livrer à des recherches scientifiques d’intérêt général pour l’industrie, mais ne pouvant pas rapporter de bénéfice immédiat, ou encore à des recherches intéressant un grand nombre d’établissements industriels distincts, la réalisation parallèle des mêmes recherches dans toutes les usines devant entraîner des dépenses inutiles. Comme exemple de recherches d’intérêt général, à réalisations lointaines, on peut mentionner les études sur la constitution des métaux et alliages poursuivies très activement aujourd’hui dans les trois grands laboratoires de Londres, Washington et Berlin ; les recherches sur la constitution des ciments hydrauliques poursuivies à Washington et à Berlin. La connaissance plus complète de ces matériaux, d’un usage si fréquent, est certainement avantageuse à l’industrie en général, sans se traduire pour cela par la découverte de nouveaux produits vendables. Il en est de même des recherches poursuivies dans différents laboratoires de l’Institution Carnegie, par exemple celles du Geophy-sical Laboratory, sur la constitution des silicates de l’écorce terrestre et des laitiers industriels, ou celles du Nutrition Laboratory, sur l’alimentation des êtres vivants, etc.
- Parmi les recherches d’une application plus immédiate, intéressant à la fois un grand nombre d’établissements similaires, on peut mentionner les études effectuées au laboratoire anglais sur les outils en acier à coupe rapide, sur les propriétés et la fabrication des alliages légers d’aluminium, sur les meilleures formes des carènes de navires de commerce, sur les toiles et enduits servant à la construction des aéroplanes et des ballons, etc.
- Le laboratoire de Londres, et certainement aussi celui de Berlin, mais nous mam quons de renseignements sur les travaux récents de ce dernier, ont rendu, depuis le commencement de la guerre, des services inappréciables à leur pays. Le laboratoire de Londres, indépendamment d’études encore tenues secrètes, a mis au point la fabrication de la verrerie de laboratoire, généralement importée d’Allemagne avant la guerre ; il a précisé les dimensions des canalisations nécessaires sur les navires de guerre pour la circulation des différents pétroles employés au chauffage des chaudières; il l’a fait par des mesures de grande précision sur les coefficients de viscosité des divers carbures d’hydrogène et sur leur variation en fonction de la température; il a étudié les appareils d’optique employés pour le réglage du tir de l’artillerie, etc. Il est malheureusement trop facile, au contraire, de montrer les inconvénients graves occasionnés chez nous par l’absence d’une organisation semblable, Nous en sommes encore à chercher comment faire étudier la verrerie de laboratoire fabriquée en France. De ce fait, nos industriels se trouvent en retard de plus d’un an sur leurs
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- RAPPORT. --- JANVIER-FÉVRIER 1917.
- concurrents anglais. Pour le réglage de nos fours céramiques, nous employions des montres, dites de Seger, fabriquées en Allemagne et étalonnées dans les laboratoires de ce pays. Nous pourrions en fabriquer, mais nous ne savons où les faire étalonner. De même pour les produits réfractaires et surtout les briques de silice. Nous les faisions venir, pour la majeure partie, de l’étranger et, aujourd’hui, faute d’une installation pour en contrôler les propriétés, nous n’arrivons pas à mettre notre fabrication au point. Bien d’autres exemples, intéressant 'plus directement la défense nationale, doivent, pour le moment, être passés sous silence.
- Les recherches poursuivies dans ces laboratoires nationaux diffèrent complètement de celles des laboratoires scientifiques proprement dits. Elles ne visent pas à découvrir des faits nouveaux, mais à préciser par des mesures multiples des faits connus d’une façon seulement qualitative. La fabrication des montres Seger, par exemple, n’exige aucune découverte : on connaît depuis longtemps le fait de l’abaissement du point de fusion du kaolin par l’addition de bases alcalines ou alcalino-terreuses. Il faut seulement déterminer, par des mesures très précises, le nombre de degrés correspondant à des additions déterminées de fondant. Ce sont là des expériences fastidieuses, demandant la répétition des mêmes mesures sur des mélanges de composition progressivement variable. Les savants indépendants, travaillant dans leurs laboratoires personnels, ne se consacrent pas volontiers à des recherches semblables. Elles n’en sont pas moins de première importance. Les laboratoires organisés pour leur réalisation rendent à l’industrie, et même à la science, des services égaux, parfois supérieurs à ceux des laboratoires orientés vers la seule découverte des faits nouveaux. En tout cas, les domaines propres à ces deux catégories de laboratoires sont entièrement distincts.
- L’étude des détails d’organisation des laboratoires de recherche a une grande importance pour en assurer le bon rendement. Le personnel doit avant tout être rompu aux méthodes scientifiques de travail. Cela est indispensable du moment où le but essentiel de ces laboratoires est d’appliquer aux problèmes de la pratique les ressources les plus complètes de la science. On pourrait être tenté d’attribuer aux connaissances techniques une importance égale à celle des connaissances scientifiques, de placer sur le même rang l’ingénieur praticien et le savant de métier. Ce serait là une erreur complète. Un savant peut très rapidement s’assimiler les connaissances pratiques utiles, mais la réciproque n’est pas vraie. Un ingénieur d’usine arrivera difficilement, et peut-être jamais, à s’assimiler l’usage des méthodes précises de mesure, s’il n’en a pas fait une étude approfondie dès sa jeunesse. L’exemple des laboratoires étrangers est là pour le prouver; le cas du National Laboratory de Londres est, à ce point de vue, tout à fait topique. Son directeur, le professeur Glazebrook, est un professeur de physique connu par des travaux d’optique théorique; le conseil de ce laboratoire est composé pour moitié de membres de la Société royale de Londres et il est présidé par le président de la Société royale, c’est-à-dire depuis la fondation du laboratoire par Lord Rayleigh, Sir Archibald Geikie, Sir William Crookes et, aujourd’hui, par J.-J. Thomson. Malgré cette orientation exclusivement scientifique, ce laboratoire a su gagner complètement la confiance des industriels. Ceux-ci n’hésitent pas à le charger à l’occasion de la mise au point de procédés de fabrication : cela sort pourtant un peu des attributions normales d’un laboratoire de recherche scientifique.
- Pour la direction efficace d’un semblable laboratoire il faut, à des connaissances scientifiques très étendues, joindre une forte dose de bon sens. Des influences puis-
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- LES LABORATOIRES NATIONAUX DE RECHERCHES SCIENTIFIQUES.
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- santés tendent en effet constamment à détourner l’attention des problèmes les plus importants. Chaque savant, directeur ou chef de service, a ses préférences personnelles, et il lui faut résister à la tentation de sacrifier l’intérêt général à son point de vue particulier. Les industriels, d’autre part, recommandent trop souvent des recherches d’un intérêt douteux ou présentant des difficultés insurmontables de réalisation. Un laboratoire national de recherche a constamment à se défendre contre ces influences perturbatrices ; son succès dépend avant tout du choix des questions mises à l’étude. Il n’est pas possible, d’autre part, de chercher à éviter ces difficultés en délimitant rigoureusement à l’avance le. champ d’activité du laboratoire, car son programme dépend nécessairement de conditions tous les jours variables. Lors de la création du National Laboratory, personne ne pouvait prévoir son rôle capital en temps de guerre
- • En dehors du choix du personnel, un second détail d’organisation, également important, est la division du laboratoire en services distincts. Sur ce point,il est plus difficile encore de formuler des prescriptions générales : il faut dans une large mesure tenir compte de conditions extérieures au laboratoire. Un premierpoint à trancher est celui de la répartition de l’ensemble des recherches de science industrielle ; faut-il les grouper dans un seul établissement ou les diviser entre une série de laboratoires indépendants ? C’est aujourd’hui un usage général de séparer les laboratoires de science agronomique de ceux de science industrielle proprement dite. Peut-être y aurait-il lieu de prévoir un laboratoire consacré aux industries chimiques, surtout aux industries organiques. L’industrie du papier, par exemple, est rattachée tantôt au laboratoire de mécanique (Allemagne), tantôt au laboratoire d’agriculture (Etats-Unis). En Allemagne, les sciences industrielles proprement dites ont deux laboratoires : le Material-prüfungs-amt, chargé des industries mécaniques et de certaines industries chimiques (métallurgie, ciments et papier); le Physikalische Reichsanstalt, s’occupant des études relatives à l’électricité, la chaleur et l’optique.
- Dans chaque laboratoire, il y a lieu de prévoir, en outre, des divisions intérieures. On séparera les sciences nécessitant l’usage d’appareils de mesure tout à fait distincts. Le maniement de ces divers appareils ne peut pas être également familier à chaque savant ou opérateur du laboratoire. On a ainsi les cinq sections de : métrologie,mécanique, électricité, optique et chaleur. On pourrait même isoler l’une ou l’autre de ces sections pour en faire des laboratoires distincts ; certaines situations de fait peuvent justifier cette mesure.
- Cette division théorique par catégorie de science n’est jamais complètement respectée dans la pratique; on se trouve généralement conduit à créer des sections spéciales correspondant non plus à une science élémentaire déterminée, mais à une technique particulière, nécessitant pour son étude complète l’emploi simultané de différentes méthodes de mesure. Dans tous les pays étrangers, il y a une section de métallurgie; il y a parfois aussi, comme en Allemagne, une section des ciments etune section des papiers, ou, comme en Angleterre, une section pour l’étude des carènes de navires. Enfin, certaines vérifications exécutées par grande quantité à la fois, comme celles des alcoomètres, des thermomètres médicaux, seront groupées, avantageusement au point de vue de l’organisation du travail et de l’économie de la main-d’œuvret en subdivisions spéciales de telle ou telle section. Mais toutes ces sections et Tome 127. — Ier semestre. — Janvier-Février 1917. 3
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- Rapport. — janvier-février m*.
- subdivisions supplémentaires doivent être créées seulement au fur et à mesure des besoins reconnus.
- Les considérations précédentes montrent la nécessité urgente de créer en France un laboratoire national de recherche scientifique.
- En se bornant actuellement aux recherches de physique et de mécanique, ce laboratoire pourrait être placé sous le contrôle de l’Académie des Sciences, comme le National Physical Laboratory est placé sous le contrôle de la Royal Society. Ces deux institutions comptent dans leurs membres des savants d’origines très diverses et des compétences variées. Ainsi serait réaüsé le désir, si souvent formulé, d’une alliance étroite entre la science et l’industrie. L’Académie ne peut manifestement diriger elle-même une telle institution. La direction en serait confiée à un Conseil composé de membres nommés par l’Académie des Sciences, de représentants des divers ministères et de délégués des grands syndicats industriels. Un comité technique, peu nombreux,, serait chargé de contrôler l’activité du laboratoire, de choisir les sujets d’études et d’arrêter les propositions relatives au recrutement du personnel. Un projet sommaire annexé à ce rapport précise le mode de fonctionnement du laboratoire et de nomination du personnel.
- Après discussion de ce rapport, le vœu suivant a été votéà l’unanimité :
- « L'Académie des Sciences, convaincue de la nécessité d'organiser en France, d'une manière systématique, certaines recherches scientifiques, émet le vœu de voir créer un Laboratoire national de Physique et de Mécanique, chargé spécialement de poursuivre des recherches scientifiques utiles au progrès de l’industrie.
- « Comme cela existe dans d'autres pays, ce laboratoire serait placé sous la direction et le contrôle de l'Académie des Sciences.
- « La direction générale de ce laboratoire serait confiée à un conseil composé pour moitié de savants désignés par VAcadémie, pour un quart de représentants des grandes administrations de l'Etat, pour un quart de délégués des principaux syndicats industriels. Ce conseil serait présidé par le président de VAcadémie et nommerait son vice-président; il ferait chaque année un rapport à l'Académie sur l'état des travaux du laboratoire. Ce conseil confierait à un comité technique peu nombreux, choisi parmi ses membres, le soin de contrôler l'activité du laboratoire, d'arrêter les sujets d’études et de faire des propositions pour le recrutement du personnel. Le président de ce comité serait choisi par le conseil.
- « Dans le cas ou l’on jugerait utile de rattacher au laboratoire national certains laboratoires de l'Etat aujourd’hui existant et faisant des essais ou des études d'ordre industriel, ces laboratoires seraient considérés comme des filiales du Laboratoire national. Une coordination intime devrait alors être établie dans le fonctionnement de ces divers organismes. Il pourrait en être de même, s'ils le désiraient, de certains laboratoires privés actuellement existants ou à fonder. Ces filiales auraient chacune un représentant dans le Conseil en sus des membres prévus plus haut.
- « Une subvention importante devrait être prévue tant pour le fonctionnement du laboratoire que pour l'aide à donner aux établissements qui se grouperaient autour de lui. »
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- RAPPORT (1)
- SUR LES ÉTABLISSEMENTS AGRICOLES DE RECHERCHES SCIENTIFIQUES
- Ce qu’ils sont; ce qu’ils devraient être
- PAR
- M, Tisserand Membre de l'Institut.
- 1. L'agriculture est assurément l’une des industries les plus importantes de notre pays.
- Elle met en œuvre les 46 millions d’hectares cultivables de notre territoire. Le nombre des exploitations agricoles, grandes et petites, dépasse 3 millions et demi, et celui de ses travailleurs (propriétaires exploitants, fermiers, métayers, laboureurs et journaliers), avec leurs femmes et leurs enfants, approche de 18 millions de personnes.
- Sa production annuelle était déjà, à la fin du siècle dernier, de 17 milliards et demi de francs; d’après les évaluations de 1913, elle aurait atteint près de 19 milliards.
- Enfin, on peut dire que c’est la population rurale qui fournit à l’armée le plus de soldats et, qui plus est, les soldats les plus solides et les plus résistants.
- On comprend dès lors combien grosse de conséquences est, pour l’avenir et la puissance de la France, la plus minime amélioration se répercutant sur des millions d’hectares et des millions d’individus.
- 2. L’agriculture française a déjà fait de notables progrès, puisqu’elle est arrivée à produire, à peu de chose près, de quoi suffire normalement aux besoins de la population en pain et en viande; on doit reconnaître néanmoins, si l’on compare ses rendements par hectare à ceux des principales contrées qui nous avoisinent, qu’elle n’a pas réalisé, et de beaucoup, tout ce que le sol national est susceptible de donner.
- Il faut non seulement ramener à la terre ceux qui la désertent pour les espérances si souvent décevantes du séjour à la vrille, mais encore accroître la population de nos campagnes pour augmenter les forces vives du pays et en particulier celles de l’agriculture ; or, pour cela, il est de toute nécessité de développer largement la production agricole.
- Cette solution doit être au premier plan de nos préoccupations ; elle s’impose d’autant plus aujourd’hui que nous avons à relever les ruines qui couvrent nos campagnes
- (1) Rapport présenté à l’Académie des Sciences.
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- AGRICULTURE. --- JANVIER-FÉVRIER 1917.
- à réparer les effroyables pertes de notre population et à panser les horribles plaies de la formidable guerre que l’odieuse kultur allemande nous a imposée.
- Les pouvoirs publics s’occupent de la reconstitution de notre cheptel, de la réfection de notre outillage et des remèdes à apporter à la crise de la main-d’œuvre, dont l’agriculture et toutes les industries souffrent cruellement et continueront à souffrir après la guerre.
- Mais combien d’autres mesures sont à prendre tant par l’État que par l’initiative des associations agricoles et des corps scientifiques, au premier rang desquels l’Académie des Sciences doit prendre place.
- Tout notre système d’encouragement, d’enseignement agricole et de recherches agronomiques est à reprendre de la base au sommet, pour l’approprier aux conditions nouvelles et le rendre plus efficace.
- 3. Il est surabondamment prouvé que les pays qui ont fait le plus de progrès et qui obtiennent de leur sol les plus riches moissons sont ceux qui ont multiplié chez eux les établissements de recherches et d’enseignement de l’ordre le plus élevé et préparé leur population rurale, par une solide instruction préalable, à les accepter et avoir pleine confiance dans la Science.
- Le programme que nous avons à suivre est dès lors tout tracé. Nous nous bornerons, dans cette note, à rechercher, quant à présent, ce qu’il nous faut faire en ce qui concerne les établissements d’expérimentation d’ordre scientifique relevant des services agricoles, à savoir : les stations agronomiques et les laboratoires spéciaux.
- Notre objectif doit être, avons-nous dit, d’accroître la production agricole delà France et de mettre celle-ci au niveau qu’elle doit avoir.
- Les problèmes qu’il comporte sont multiples et variés et, pour les résoudre, il est indispensable d’avoir recours à l'aide de toutes les branches de la Science.
- Cette multiplicité des connaissances exigées, jointe à la nécessité de plus en plus pressante de faire progresser l’art agricole, a amené tous les pays civilisés à chercher les moyens d’y satisfaire.
- On a créé dans ce but, un peu partout, des laboratoires, soit au Muséum national d’Histoire naturelle, soit encore dans les universités, dans les académies et dans les principales écoles agronomiques.
- A l’origine, ce furent des savants, et non des moindres, qui prirent l’initiative de les organiser.
- Ce fut, à la fin du xvme siècle, Lavoisier qui introduisit, dans son domaine de Fréchines, sa puissante méthode d’expérimentation pour l’étude des phénomènes de la végétation des plantes cultivées, et il réussit, puisqu’il parvint à accroître notablement le revenu de sa terre.
- Plus tard, un grand agronome, Mathieu de Dombasle, chercha à suivre les traces du fondateur de la Chimie moderne, dans l’exploitation de la ferme de Roville, près de Nancy, où il découvrit le procédé de la diffusion pour l’extraction du sucre contenu dans la betterave.
- Puis, Boussingault fit de la ferme de Bechelbronn, en Alsace, le centre de ses mémorables recherches sur les végétaux et sur les animaux domestiques.
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- ÉTABLISSEMENTS AGRICOLES DE RECHERCHES SCIENTIFIQUES.
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- Au milieu du xixe siècle, Liebig à l’Université de Giessen (duché de Hesse), Stôck-hardt en Saxe, Lawes et Gilbert en Angleterre, s’inspirant des travaux des savants français, créèrent à leur tour des laboratoires de recherches et ouvrirent de nouvelles voies à l’agriculture.
- Audouin, dans le même temps, découvrait au Muséum d’Histoire naturelle, par une étude attentive des mœurs de l’insecte, le moyen pratique de détruire la pyrale qui ravageait les vignes de la Bourgogne ; Duchartre démontrait que, pour sauver le vignoble français et échapper au désastre dont le menaçait l’oïdium, il fallait recourir au soufrage de la plante; Baudement, un aide-naturaliste du Muséum, devenu professeur à l’ancien Institut agronomique, puis au Conservatoire des Arts et Métiers, devenait le fondateur de la Zootechnie moderne, en indiquant les méthodes rationnelles à suivre pour alimenter les animaux et perfectionner nos races domestiques.
- Je ne puis omettre de citer encore les signalés services rendus par les Becquerel, parNaudin, Blanchard, Georges Ville, Dehérain, Cornu et bien d’autres, au Muséum national d’Histoire naturelle, dont l’enseignement fut spécialement créé par la Convention, en 1793, pour l’étude des moyens propres à faire progresser l’agriculture et l’industrie.
- Ai-je besoin enfin de rappeler ici les immortelles découvertes de Pasteur sur la pébrine du ver à soie, sur le charbon des espèces bovine et ovine, sur la rage, sur le vin, sur la bière, etc., et celles de ses savants continuateurs, découvertes qui eurent pour résultat d’éviter à l’agriculture des pertes se chiffrant par centaines de millions, de doter la viticulture, la brasserie, la vinaigrerie, de méthodes de travail inestimables et de sauver combien de vies humaines !
- Sans nous attarder par plus de citations, qu’il nous serait facile de multiplier, nous pouvons proclamer hautement que tous les grands progrès réalisés dans le domaine de l’agriculture ont eu pour point de départ les travaux et les découvertes de la Science.
- La vulgarisation des merveilleux résultats ainsi obtenus £ eu pour conséquence la création, par les gouvernements, et la multiplication des stations agronomiques et des laboratoires spéciaux. Au commencement de ce siècle, on en comptait une vingtaine dans le Royaume-Uni, une cinquantaine en Allemagne et Autriche, 21 en Russie, plusieurs en Hollande et dans les Pays Scandinaves. L’Italie en avait organisé pour la sériciculture et la viticulture. Il y en avait même dans l’Extrême-Orient. La France en avait 47 et les États-Unis 5o.
- Le nombre de ces établissements a depuis continué à s’accroître en Europe, en Amérique, en Australie et au Japon. Ils se sont surtout propagés de remarquable façon aux États-Unis, où ils ont pris le caractère d’une institution d’État.
- 4. L’organisation des stations agronomiques aux États-Unis mérite d’être signalée.
- Une loi spéciale (Hatch Act, 1897) a décidé qu’il serait prélevé sur le prix delà vente des terres nationales, les sommes nécessaires pour fonder et entretenir une station agronomique par État confédéré.
- Cette même loi a défini minutieusement le rôle que ces établissements ont à remplir : ils doivent se consacrer entièrement aux recherches scientifiques pour tout ce qui intéresse l’agriculture de l’État où chacun d’eux est situé. Ils disposent, à cet effet,
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- de laboratoires, de serres, d’étables, d’écuries, de jardins, de champs d’expériences, de fermes même, pour les études de physiologie végétale et animale, de botanique, de zoologie, de géologie, de génie rural, de mécanique, de zootechnie, etc., que comportent leurs travaux.
- Pour accomplir la tâche qui leur est dévolue, les stations des États-Unis possèdent un personnel approprié à la nature et à l’importance des recherches qu’elles ont à faire ; chacune d’elles a un directeur de grande notoriété et, autant qu’il lui en faut, de chefs de service, de techniciens et de préparateurs; elle dispose ainsi de 8, 10, 20 agents de toutes spécialités et souvent plus, suivant les besoins, de sorte qu’elle représente une sorte de ruche vivante, un groupement d’hommes de science, tous poursuivant, avec ardeur, sans compter avec leur temps et leurs peines, le même but commun : le progrès de l’agriculture dans toutes les branches de son activité.
- Dans les 53 stations qui étaient en plein fonctionnement il y a quelques années et dont nous possédons le décompte, le personnel comprenait :
- Chimistes........................................148
- Botanistes....................................... 52
- Entomologistes................................... 48
- Bactériologues................................... 20
- Biologistes....................................... 7
- Physiciens....................................... 7
- Géologues ........................................ 5
- Agronomes........................................ 68
- Zootechniciens.................................... 9
- Vétérinaires..................................... 26
- Horticulteurs.................................... 77
- Météorologistes.................................. 17
- On y comptait encore, suivant le cas, des hydrauhciens pour les irrigations, des professeurs de mécanique, etc.
- Ce nombreux personnel était réparti entre les diverses stations à raison des sciences spéciales à appliquer dans chacune d’elles.
- Pour assurer l’existence de ce grand service, le Hatch Act accorde à chaque station une somme de 75 000 f par an qui doit être affectée exclusivement aux recherches et expériences ; la loi est formelle à cet égard.
- A cette somme s’ajoutent la subvention obligatoire de l’État fédéral où est installée la station, des dons et legs, la participation des associations agricoles et le produit des analyses et expertises faites par l’établissement, ainsique celui qui provient de la vente des produits des serres, jardins, champs d’expériences et fermes en dépendant.
- Ces ressources accessoires, qui servent à payer les frais d’administration et d’entretien, correspondent en moyenne au tiers de l’allocation du trésor fédéral, de sorte que les fonds qui sont à la disposition de chaque station atteignent, pour le moins, une centaine de mille francs par an (1).
- Avec de pareilles sommes, les stations peuvent rémunérer largement leur
- (I) Les fonds dont disposent actuellement les 63 stations agronomiques américaines ont été considérablement augmentés par suite de travaux importants qui leur ont été imposés (irrigation, « dry farming », machines, étude physique et chimique des sols et sous-sols des territoires, etc.). Ils se sont éievés en 1912 à 1 927 731 f. Le personnel comprend 1 567 agents.
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- personnel et assurer à celui-ci une situation qui lui permet de se consacrer aux recherches et de se livrer aux expériences, quelque coûteuses fussent-elles.
- Elles ont un conseil local qui s’occupe de leur gestion et de leur activité.
- Le Congrès a voulu qu’elles fussent, de plus, reliées entre elles et que leur fonctionnement fût contrôlé par une autorité supérieure de haute compétence. Il a créé à cet effet, près du Ministère de l’Agriculture à Washington, un service scientifique central (Office of Experiment Stations) chargé de suivre leurs travaux, de les guider, de veiller au bon emploi des ressources dont elles disposent, d’examiner et de régler leur budget.
- L’Office préside à la création et à l’organisation de toute station nouvelle ; il choisit le personnel, reçoit les rapports de chaque station et statue sur leur publication; il redresse au besoin leurs procédés d’analyses ou d’expérimentation et indique les recherches à faire dans l’intérêt général ; il propose les réformes et améliorations à introduire dans l’organisation des stations ou dans la composition de leur personnel ; il veille en un mot à ce que chaque station rende le maximum de services et fasse un emploi utile de ses ressources.
- Il a en outre pour mission de publier :
- 1° Une revue mensuelle (Experiment Station Record) faisant connaître, par une courte analyse, toutes les publications nationales et étrangères de nature à intéresser le personnel des stations ;
- 2° Un bulletin mensuel (Journal of Agricultural Research), pour tenir les stations au courant des plus hautes applications qui ont été faites de la science à l’agriculture.
- L'Annuaire du Ministère de l’Agriculture, qui est tiré à 500000 ou 600 000 exemplaires, rend compte en outre, chaque année, des travaux effectués dans le courant de l’année écoulée par les diverses stations. C’est là un stimulant qui encourage les chercheurs et entretient l’activité de tout le personnel.
- L’Office des stations a à sa tête un directeur et, comme collaborateurs, dix chefs de service, tous de compétence éprouvée, savoir : un météorologiste, un zootechnicien, un botaniste, un chimiste, un technologiste, un agronome, un entomologiste, un biologiste, un géologue, un statisticien.
- Un bibliothécaire et des commis complètent ce personnel.
- Le Conseil relève du Ministère de l’Agriculture. Un budget annuel de 175 000 f sert à couvrir ses dépenses.
- Le Service des Stations agronomiques des États-Unis, organisé comme nous venons de l’exposer, a fait ses preuves : il a donné les meilleurs résultats et contribué puissamment au développement de l’agriculture de tout le territoire des États-Unis.
- 5. En France, nous avons à peu près autant, sinon plus de stations agronomiques que les États-Unis, si nous y comprenons les laboratoires spéciaux de recherches ; mais 1 organisation de nos établissements diffère totalement de celle des leurs.
- Nos stations sont réparties très inégalement à la surface de notre territoire : il y a de grandes régions agricoles qui n’en ont pas, alors que certaines en ont plusieurs.
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- Elles ne sont rattachées par aucun lien entre elles, ni à une direction unique, ni à une station centrale ; il n’existe pas de conseil ayant pour tâche de veiller à leur fonctionnement, de contrôler leurs dépenses et surtout d’assurer le recrutement de leur personnel.
- Elles sont généralement toutes spécialisées pour une seule branche de l’industrie agricole et ont, par suite, chacune un personnel réduit à un directeur assisté d’un ou deux préparateurs.
- Elles ont des origines variables : les unes, ce sont les plus importantes, sont installées dans les grandes écoles d’agriculture et appartiennent à l’État ; les autres sont des établissements qui, créés par des départements, des villes, des associations agricoles et même des facultés, sont subventionnés par l’État.
- 6. Les crédits qui figurent au budget voté par le Parlement pour l’exercice 1913 s’élèvent à la somme totale de 339 700 f, ainsi répartie :
- 1° Stations relevant de la Direction de l’Agriculture, 124 300 f, soit 5 036 f en moyenne par station ;
- 2° Stations dans les attributions des services scientifiques et de la répression des fraudes, 207 600 f, soit 9 000 f en moyenne par station ;
- 3° Station relevant de la Direction générale des Forêts, 7 800 f.
- Ajoutons à cela que les subventions votées par les conseils généraux, par les municipalités et les associations agricoles, contrairement à ce qui se passe dans d’autres pays, sont de minime importance et à peu près négligeables, ce qui est fâcheux, car c’est un signe évident du peu d’intérêt qu’on attache aux recherches agronomiques.
- On peut juger par là combien sont insuffisants les crédits alloués à nos stations pour une juste rémunération du personnel et pour faire face aux frais d’expériences, d’installations, d’achat de mobilier et de matériaux que comporte l’étude scientifique des végétaux, des animaux et des problèmes multiples de l’outillage agricole et de ceux que soulèvent nos industries annexes.
- Il suit de là que, pour pouvoir vivre, les stations françaises sont forcées de limiter le champ de leurs investigations, de renoncer aux recherches qui exigent quelques dépenses d’installation et de matériel, et que le personnel doit rechercher, au dehors, des fonctions qui assurent son existence et celle de sa famille, mais qui absorbent, au détriment de la station, la plus grande partie de son temps et de sa capacité de travail.
- C’est malheureusement le cas de la plus grande partie de nos stations agronomiques : aussi leur rendement en services scientifiques va-t-il en diminuant jusqu’à devenir à peu près nul. Il n’y a guère que les stations d’entomologie et de pathologie végétale dans les services des épiphyties, sous la direction de M. Roux, la Station d’essais de semences dirigée par M. Schribaux et la Station d’essais des Machines agricoles, dirigée par M. Ringelmann, qui arrivent à faire des travaux d’un très réel intérêt.
- Ce n’est pas, en défînive, le nombre de nos établissements qui fait défaut, il y en a peut-être trop puisqu’il en résulte qu’on ne peut donner à chacun d’eux qu’une poussière de subvention!... Et cependant nous n’avons pas encore de station de
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- recherches pour la physiologie animale et la zootechnie qui soulèvent tant de problèmes de haute importance sur l'alimentation des animaux, sur la production des forces animées et des multiples industries agricoles, sur l'amélioration des races bovine, ovine et porcine, etc.
- C’est l'organisation de ces établissements, leur dotation financière et le mode de recrutement de leur personnel qui laissent à désirer et auxquels il faut porter remède si l’on veut en obtenir un bon rendement.
- Pour la question d’argent, la solution est facile, le Parlement étant toujours disposé à venir en aide à l’agriculture et à lui donner les moyens, quand ils sont reconnus nécessaires, de développer sa production ; elle serait surtout facile si l’on pouvait se décider à se contenter de n’avoir, par région agricole bien définie, qu’une station sohdement constituée et groupant les spéciahtés les plus importantes de la région.
- Pour le personnel, les difficultés sont plus grandes, mais elles ne sont nullement insurmontables.
- On ne doit pas oublier que la valeur des services des établissements dont nous nous occupons dépend avant tout et par-dessus tout de la qualité de leur personnel et du travail que celui-ci leur consacre. Il importe donc que le personnel soit composé d’hommes offrant toutes les garanties de compétence, d’autorité et de dévouement; pour cela il faut qu’il soit rémunéré à sa valeur.
- Il faut que le directeur et les chefs de service soient choisis par un corps d’élite et non pris arbitrairement ou au concours, mode de choix qui a l’inconvénient grave d’écarter les hommes mûrs de haute valeur scientifique et ayant déjà acquis de la notoriété.
- Le Muséum d’Histoire naturelle, les facultés des sciences et les institutions de haut enseignement d’agriculture ou autres et une station agronomique centrale doivent de leur côté préparer et former la pépinière dans laquelle les stations pourront trouver l’armée des travailleurs scientifiques dont elles ont besoin pour donner à leurs travaux toute l’ampleur désirable.
- Il serait même bon que les portes des stations elles-mêmes fussent largement ouvertes aux jeunes gens de nos écoles ou des facultés, ou encore du Muséum, quand ils sont désireux d’y accroître leur instruction au contact des maîtres ou d’embrasser la carrière ouverte par les stations ; pour les attirer et exciter leur émulation, on pourrait même leur donner une légère rémunération.
- Enfin, les laboratoires, les champs d’expériences, les étables d’expérimentation, etc., devraient être accessibles à tous ceux qui auraient des recherches à faire dans un but déterminé.
- En Danemark, les établissements scientifiques qui ont des études à poursuivre sur la grande culture, sur les animaux domestiques, sur les machines, etc., trouvent toujours aisément des agriculteurs disposés à mettre à leur service tout ou partie de leur exploitation, pour leurs expériences; ils tiennent à honneur de collaborer aux travaux des savants et à leur donner toute l’assistance dont ils ont besoin.
- En France, nos stations devraient suivre cet exemple; elles trouveraient partout aujourd’hui (les agriculteurs éclairés et tout aussi heureux que les Danois de leur
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- donner un intelligent concours. Ce serait une simplification et une grande économie pour certaines recherches exigeant de grands espaces et de nombreux animaux.
- C’est ainsi que, sans grands frais, la pratique peut contribuer aux travaux de la science.
- Je ne puis m’empêcher encore de rappeler un conseil que j’ai donné, il y a bien des années,aux directeurs de nos stations,à savoir: de se mettre en rapport avec le monde rural en profitant, une fois par an, des grandes réunions agricoles de leur région pour exposer leurs travaux et en faire connaître les résultats.
- Il faut le faire sous forme de causerie familière et sans grand apparat, de façon à inspirer confiance .aux auditeurs, à provoquer leurs observations et à savoir leurs desiderata sur les questions qu’ils voudraient voir élucider.
- C’est là un moyen facile de propager le progrès et d’amener le monde rural à s’intéresser à l’œuvre des stations.
- Comme je l’ai dit plus haut, nos stations agronomiques n’ont pas de lien entre elles; elles existent sans se connaître, sans contact les unes avec les autres; elles s’ignorent et restent dans l’isolement.
- Il faut établir ce lien pour leur donner plus de cohésion, plus d’unité, plus de vitalité. Les fonctionnaires des stations, en se réunissant de temps à autre, pourraient échanger leurs idées, s’entretenir de leurs travaux respectifs, de leurs procédés et profiter mutuellement de leur expérience. Il faut, d’autre part, qu’il y ait une publication spéciale qui fasse connaître leurs recherches, qui les stimule, les oblige à donner sierne de vie et à travailler !
- 7. A la tête de toute organisation une direction unique, permanente et compétente est indispensable. C’est le cas d’appliquer ,ce principe aux stations et laboratoires spéciaux.
- Ces établissements doivent absolument avoir une certaine autonomie ; il importe que les maîtres qui leur consacrent leur vie et leur science aient la liberté de leurs mouvements et puissent se livrer de leur initiative propre aux travaux et recherches pour lesquels ils se croient les plus aptes, mais c’est à condition toutefois de travailler et de produire.
- Il faut qu’en regard de cette liberté d’action il y ait, dans l’intérêt même de l’institution, un conseil permanent, d’une compétence et d’une autorité incontestées, qui soit chargé de coordonner les efforts des stations, de leur donner le mouvement, de les contrôler et de faire le choix de leur personnel en dehors de toute influence extérieure et au-dessus de toute préoccupation étrangère au bon et fructueux fonctionnement de l’institution.
- Ce conseil, qui pourrait prendre le nom de Conseil supérieur des Stations agronomiques et des Laboratoires spéciaux, me semble, à raison des fonctions importantes qui lui seraient dévolues, devoir être composé : de membres de l’Académie des Sciences, de membres de l’Académie d’Agriculture et de professeurs de l’Institut national agronomique qui, eux aussi, devraient être désignés par l’Académie des Sciences, comme ceux de toutes les écoles de haut enseignement.
- Un tel conseil représenterait toutes les spécialités qui rentrent dans les attributions
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- des stations et laboratoires spéciaux et, quant à son autorité, elle serait au-dessus dé toute contestation possible,
- 8. Conclusions.
- En résumé, nous estimons que l’organisation des stations agronomiques et des laboratoires spéciaux de recherches doit être revisée pour donner à ces établissements plus d’ampleur, plus de cohésion, une vitalité plus grande, une existence plus féconde et, pour combler les lacunes que présente actuellement l’institution :
- 1° Il convient d’abord d’en définir le rôle : les stations agronomiques sont des établissements de recherches de sciences pures et de sciences appliquées; elles s’occupent de toutes les questions qui intéressent l’agriculture du pays et travaillent à en favoriser le progrès. Elles forment des groupements de savants et de techniciens.
- Les laboratoires spéciaux ont le même but, mais sont spécialisés en vue de recherches et d’études sur une seule branche de l’agronomie.
- Les stations agronomiques et les laboratoires spéciaux doivent consacrer tout le temps de leur personnel aux recherches scientifiques et tous leurs fonds, y compris les ressources provenant des travaux effectués pour les particuliers, aux recherches, aux installations et au matériel de leurs laboratoires et de leurs champs d’expériences.
- Ces établissements pourront se livrer à des analyses de sol, d’eaux, d’engrais, de denrées alimentaires, fourragères ou autres ; à des expertises ou à des recherches d’intérêt privé, à la demande de particuliers ou d’associations agricoles, tous travaux rémunérés d’après un tarif homologué ; mais c’est à condition que ce soit, quand ces travaux ont quelque importance, dans un local distinct et avec un personnel particulier, autre que celui qui est affecté aux recherches scientifiques et aux études d’ordre public.
- Les fonds provenant de ces travaux ne pourront pas servir à améliorer les traitements ou indemnités que recevra le personnel.
- 2° Les stations agronomiques et les laboratoires spéciaux doivent être des établissements autonomes, sous réserve de leur subordination à un conseil supérieur dont la composition et le rôle sont définis plus loin.
- 3° Il est indispensable de développer ou de créer, dans la région parisienne ou dans son voisinage, une station centrale complète, avec des laboratoires spéciaux, lesquels seraient chargés des études d’un caractère strictement scientifique, pouvant intéresser l’ensemble du pays, ou d’une envergure trop considérable pour être effectuées utilement dans les stations régionales.
- 4° Il est désirable qu’indépendamment des stations centrales établies dans la région parisienne, il y ait, autant que possible, une station agronomique par grande région agricole de façon à concentrer dans un même établissement toutes les ressources affectées aux études intéressant chaque région.
- Il est .nécessaire que les lacunes existant actuellement pour les recherches de
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- grande envergure soient comblées (stations zootechniques, stations de machines et de génie rural, etc.).
- 5° Des stations agronomiques et des laboratoires spéciaux peuvent être installés dans toute localité possédant une spécialité d’un intérêt particulier (œnologie, sériciculture, oléiculture, etc.).
- 6° Les stations agronomiques et les laboratoires spéciaux ne devraient être créés qu’autant qu’ils seraient pleinement assurés d’avoir les ressources indispensables pour accomplir leur tâche entière.
- Les conseils généraux des départements, les municipalités et les associations agricoles devraient concourir à leur entretien au moyen de subventions annuelles.
- 7° Ces établissements devraient avoir la personnalité civile pour pouvoir disposer de leurs produits et recevoir des dons et legs.
- 8° Ils devraient être accessibles, dans des conditions déterminées par le conseil supérieur, à toutes les personnes qui seraient désireuses de s’instruire en collaborant aux travaux des maîtres ou de faire des recherches particulières dans le domaine de l’agronomie.
- 9° Il est de toute nécessité, dans l’intérêt de l’institution, qu’un comité spécial, sous le nom de Conseil supérieur des Stations agronomiques et des Laboratoires spéciaux de Recherches, soit créé à Paris.
- « Ce conseil pourrait être composé de 26 membres répartis de la manière suivante :
- « 10 membres de l’Institut seraient élus par l’Académie des Sciences ;
- « 5 membres seraient désignés par l’Académie d’Agriculture ;
- « 8 membres pris parmi les notabilités compétentes seraient choisis par le Conseil lui-même;
- « Le Directeur général des Eaux et Forêts, le Directeur de l’Agriculture et le Directeur des Services sanitaires et scientifiques et de la Répression des Fraudes en feraient partie de droit ;
- « Les membres élus seraient nommés pour trois ans et rééligibles ;
- « Le conseil nommerait son bureau, un comité permanent, s’il y avait lieu, et le personnel d’agents nécessaires au fonctionnement de l’institution. »
- Ce conseil aurait pour mission :
- a. De veiller au bon fonctionnement des stations et laboratoires ; de les guider et orienter dans la voie assignée à leurs efforts, de régler leur budget et de s’assurer du bon emploi des fonds mis à leur disposition ;
- b. De donner son avis sur les améliorations et les réformes à introduire dans les méthodes de recherches et dans l’administration de chaque établissement et de provoquer au besoin les recherches à faire dans l’intérêt des diverses branches de l’agriculture ;
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- c. D'examiner les demandes de création d’établissements nouveaux et de statuer sur leur organisation ;
- d. De choisir le personnel des directeurs et des chefs de services ou de travaux des stations agronomiques et des laboratoires tde recherches. Les nominations seraient faites d’après les listes qu’il présenterait. Il proposerait au Ministre les récompenses, les avancements, les mutations et les renvois.
- e. Il favoriserait la réunion du personnel des stations et laboratoires en assemblée générale, une fois tous les deux ans au moins, aux époques indiquées par lui, pour s’occuper des améliorations désirables et des questions qui lui seraient soumises par le Gouvernement ou par le conseil supérieur.
- f. Il pourrait déléguer un ou plusieurs de ses membres pour visiter ceux des établissements qu’il jugerait nécessaire.
- g. Le conseil supérieur rendrait compte, dans un rapport annuel, des travaux effectués, des résultats obtenus pendant l’année écoulée et de l’emploi des fonds.
- /«.Enfin, il dirigerait la publication d’un Bulletin mensuel des Stations agronomiques et des Laboratoires spéciaux et de notices pratiques destinées aux agriculteurs.
- Le bulletin, outre la reproduction des rapports de ces établissements, dont la publication serait reconnue utile, donnerait l’analyse sommaire des mémoires, livres, brochures et documents parus dans tous les pays du monde el dont la connaissance serait de nature à éclairer et à intéresser le personnel des stations et laboratoires.
- 10° Telles sont les bases essentielles sur lesquelles nous désirerions voir établir l’institution de nos établissements de recherches dans l’intérêt de la prospérité de l’agriculture et pour le bien de la France.
- Nous n’insistons pas sur l’importance du rôle que peut et doit jouer la science'pour le relèvement de notre agriculture et sur la grandeur de la tâche dévolue aux stations pour le progrès agricole.
- Telle est l’immensité des intérêts en jeu que, pour donner une idée, même incomplète, des résultats à espérer, nous ne citerons qu’un seul chiffre :
- Que, grâce aux travaux et aux découvertes de la science et à une pratique éclairée pour les appliquer, on obtienne une bien minime augmentation de nos récoltes, une augmentation par exemple de 100 kg sur le rendement du blé par hectare (1), et nous produirons en plus par an 625 millions de kilogrammes de grain valant près de 200 milüons de francs et pouvant nourrir un supplément de population de 2 millions au moins d’habitants.
- De tels résultats, pour une seule culture et leur répercussion certaine sur les millions d’hectares des autres cultures, sont bien faits, on en conviendra, pour justifier les efforts que nous demandons à nos gouvernants, à nos savants et à nos agriculteurs.
- (1) La France a produit par hectare (moyenne des dix années qui ont précédé la guerre) 1 350 kg de blé; pendant l’année 1913, l’Angleterre en a donné 2 600 kg. la Belgique autant, la Hollande 2 400 kg, la Suisse 2 200 kg et le Danemark 3 200 kg. Comme on peut en juger, ce n’est pas de 100 kg par hectare qu'il faudrait demander le relèvement de nos 6 à 7 millions d’hectares cultivés en blé, mais de 500 kg à 600 kg au grand minimum.
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- Après discussion, l’Académie approuve les conclusions de ce rapport.
- La direction générale de ce laboratoire serait confiée à un conseil composé pour moitié de savants désignés par l’Académie, pour un quart de représentants des grandes administrations de l’État, pour un quart de délégués des principaux syndicats industriels. Ce conseil serait présidé parle président de l’Académie et nommerait son vice-président; il ferait chaque année un rapport à l’Académie sur l’état des travaux du laboratoire. Ce conseil confierait à un comité technique peu nombreux, choisi parmi ses membres, le soin de contrôler l’activité du laboratoire, d’arrêter les sujets d’études et de faire des propositions pour le recrutement du personnel. Le président de ce comité serait choisi par le conseil.
- Dans le cas où l’on jugerait utile de rattacher au laboratoire national certains laboratoires de l’État, aujourd’hui existants et faisant des essais ou des études d’ordre industriel, ces laboratoires seraient considérés comme des filiales du laboratoire national. Une coordination intime devrait alors être établie dans le fonctionnement de ces divers organismes. Il pourrait en être de même, s’ils le désiraient, de certains laboratoires privés actuellement existants ou à fonder. Ces filiales auraient chacune un représentant dans le conseil en sus des membres prévus plus haut.
- Une subvention importante devrait être prévue, tant pour le fonctionnement du laboratoire que pour l’aide à donner aux établissements qui se grouperaient autour de lui.
- A la suite des trois premières lignes du 9° des conclusions du rapport de M. Tisserand, ajouter :
- Ce Conseil pourrait être composé de 26 membres répartis de la manière suivante :
- 10 membres de l’Institut seraient élus par l’Académie des Sciences ;
- 5 membres seraient désignés par l’Académie d’Agriculture ;
- 8 membres pris parmi les notabilités compétentes seraient choisis par le Conseil lui-même :
- Le Directeur général des Eaux et Forêts, le Directeur des Services agricoles et le Directeur des Services sanitaires et scientifiques et de la Répression des Fraudes en feraient partie de droit.
- Les membres élus seraient nommés pour trois ans et rééligibles.
- Le conseil nommerait son bureau, un comité permanent s'il y avait lieu, et le personnel d’agents nécessaires au fonctionnement de l’Institution (1).
- (1) Cet article n’a été voté par l’Académie des Sciences que dans la séance du 4 décembre 1916.
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- LABORATOIRES DE RECHERCHES SCIENTIFIQUES EXISTANT EN FRANCE Mesures à prendre pour les mieux utiliser.
- Mémoire de M. le général Sebeht Membre de l’Institut.
- On distingue habituellement trois sortes de laboratoires d’expériences, d’après leur destination d’origine, savoir : les laboratoires d’enseignement, les laboratoires d’essais techniques et d’épreuves de fabrication ou de réception et les laboratoires de recherches scientiliques, mais on peut dire que les laboratoires des deux premières catégories sont toujours amenés forcément à s’occuper de recherches scientifiques, se rattachant aux branches des applications des sciences, en vue desquelles ils sont spécialement organisés et l’on peut dire aussi, d’autre part, que les laboratoires, destinés à des recherches scientifiques, pour satisfaire à leur mission, doivent être organisés pour pouvoir faire tous les essais techniques qui se rattachent aux branches de sciences qui les concernent.
- On peut, enfin, ajouter que les laboratoires de recherches techniques ne peuvent convenablement remplir leur mission, s’ils ne sont pas pourvus de tou6 les moyens d’effectuer les essais divers qui se rattachent aux applications des branches de sciences qu’ils ont spécialement à envisager.
- On aura à tenir compte de ces considérations, dans l’examen des renseignements qui suivent et qui sont relatifs aux conditions d’organisation des principaux laboratoires d’expérience existant en France.
- Les laboratoires d’enseignement qui servent à la préparation des cours et aussi au développement de l’instruction personnelle des élèves, dans les différentes branches des sciences, peuvent servir, par extension, à des recherches se rapportant au développement de ces branches spéciales de sciences ou de leurs applications.
- Ils existent, en France, non seulement dans les établissements d’enseignement supérieur des universités, mais encore dans beaucoup d’autres établissements d’enseignement, officiels ou libres, ainsi que dans beaucoup d’écoles d’enseignement professionnel et technique, et notamment au Conservatoire national des Arts et Métiers.
- Les laboratoires de recherches, pour les applications des sciences, sont le complément obligé de toutes les administrations d’Ëtat qui ont à créer ou à construire du matériel ou tout au moins à surveiller l’exécution de constructions faites pour le compte de l’État en vue de services publics et soumises à son contrôle.
- C est dans ces laboratoires, qui sont souvent mis à la disposition de Commissions
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- d’expériences ou de services spéciaux, disposant de bureaux d’études, que se font les essais et les recherches pour la création du nouveau matériel que les divers services de l’État peuvent être appelés à réaliser.
- Nous ne pourrons entrer que dans peu de détails sur ces laboratoires d’État.
- Les premiers laboratoires de l’espèce ont été créés et organisés, en même temps que les commissions d’expériences spéciales de ces services, pour les services militaires de l’artillerie de terre et de mer, ainsi que pour les services du génie militaire et celui des poudres et salpêtres et des explosifs.
- Ces établissements ont subi, avec le temps, des développements et des transformations imposés par les progrès de la technique militaire. Des organisations nouvelles analogues ont dû être réalisées aussi, pour les services de l’armée dont la création et le développement ont été provoqués par des découvertes nouvelles ou par les perfectionnements de l’art de la guerre.
- C’est ainsi qu’aujourd’hui les services de l’aéronautique et celui des torpilles, comme ceux de la pyrotechnie et le service du matériel chimique de l’armée, tout récemment créés, ont également leurs laboratoires de recherches.
- C’est grâce aux travaux de tous ces établissements, effectués avec la discrétion toujours imposée à tous les services militaires de la grande muette, qu’ont pu être, avant la guerre actuelle, établis les types du matériel puissant dont nous ne voyons qu’aujourd’hui seulement les manifestations, parce que la possibilité d’en réaliser la création n’avait pas été donnée, en temps utile, pendant la paix, aux services compétents, rendus responsables souvent, mais à tort, devant l’opinion.
- Ce sont aussi ces établissements qui ont donné, à la Commission des Inventions intéressant la Défense nationale, aujourd’hui réorganisée dans ce but, et dont la direction a été confiée au Ministère de l’Instruction publique (4), les moyens de réaliser, dans chaque branche des services constructeurs, la mise au point et la création des engins de guerre nouveaux, dus au génie inventif français.
- Il serait injuste d'omettre de signaler, dans le même ordre d’idées, l’existence parallèle des établissements semblables : bureaux d’études, laboratoires et services d’expériences et de recherches, qu’entretiennent, aussi, à grands frais,les établissements industriels, ainsi que les sociétés qui s’occupent de la construction du matériel de guerre et qui ont pu apporter ainsi leur concours à l’État et à la Commission des Inventions pour le développement de ce matériel.
- A cette catégorie doivent encore se rattacher les laboratoires et les bureaux d’études qu’entretiennent, tant en vue de la construction et de l’entretien de leur matériel, que de l’étude des nouveaux types de ce matériel, les grandes entreprises de transport, chemins de fer, tramways et omnibus. On sait que ces établissements, par les puissants moyens dont ils disposent, ont pu apporter également un utile concours à la défense nationale.
- Il y a lieu de mentionner enfin, dans le même ordre d’idées, les laboratoires d’essais ou de recherches, créés spécialement par des particuliers ou des institutions
- (I) Ce mémoire a été rédigé à la date du 18 novembre 1916, avant la création du Ministère de FArmement et des Fabrications de guerre, auquel a été rattachée depuis la Commission des Inventions intéressant la Défense nationale.
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- particulières, dans des buts déterminés, comme le laboratoire de l’Automobile Club, celui de M. Eiffel et celui de M. de Guiche pour l’étude de la résistance de l’air, et encore les divers laboratoires, pour essais et recherches métallurgiques, créés par l’Institut électrotechnique de Grenoble.
- Dans un autre ordre de sciences, il faut aussi tenir compte de l’existence des nombreux laboratoires spéciaux qui se rattachent aux stations agronomiques et parmi lesquels il convient de citer le laboratoire du Comité français d’Essais de Culture mécanique, sans omettre aussi les laboratoires d’essais des textiles et les laboratoires d’essais des produits alimentaires ou de recherches des fraudes ou des falsifications, etc.
- Tous ces laboratoires, dépendant de services spéciaux ou d’établissements particuliers, ne peuvent, en principe, s’occuper que de questions déterminées, rentrant dans leurs attributions et pour l’étude desquelles des crédits leur sont accordés, mais la plupart d’entre eux sont utilisés pour les essais de matériaux et les épreuves de réception des machines et appareils qui intéressent les services ou établissements dont ils dépendent. Ils font, par suite, aussi partie de la catégorie des laboratoires d’essais dont il nous reste à parler.
- D’autres laboratoires analogues, c’est-à-dire appartenant à des services particuliers, ont été créés également auprès des principales administrations publiques de notre pays, en vue des essais ou des recherches spéciales qu’ont à faire ces administrations, mais ces laboratoires appartiennentpresque exclusivement à la catégorie des laboratoires d’essais.
- Tels sont notamment ceux qui ont été créés auprès de l’École des Mines et de l’École des Ponts et Chaussées, mais, en dehors des travaux qu’ils peuvent avoir à exécuter pour le service spécial de ces établissements et des recherches scientifiques auxquelles ils peuvent exceptionnellement être employés, ils peuvent aussi être autorisés à effectuer des essais pour le public, soit à titre gratuit, dans certains cas déterminés, soit à titre onéreux, contre remboursement des frais, d’après des tarifs établis pardes règlements spéciaux.
- En dehors de ces laboratoires dont les ressources sont limitées et les compétences restreintes, qui peuvent être mis à la disposition du public et des industriels du pays, il a été, depuis longtemps, trouvé nécessaire de réaliser, en France, la création de laboratoires généraux d’essais, pouvant entreprendre toutes les catégories d’épreuves dont les constructeurs ou les industriels peuvent avoir besoin, tant pour assurer la bonne exécution de leurs fabrications que pour faire constater la qualité des matériaux qu’ils ont eu à employer ou encore pour pouvoir faire contrôler, en cas de contestations, les résultats des épreuves de recette des livraisons qu’ils ont eu à effectuer.
- Ce doit être là le rôle de laboratoires ayant un caractère officiel et pouvant être Créés spécialement dans ce but.
- Depuis longtemps des créations de ce genre ont été faites, dans notre pays, à la demande ou sur l’initiative des chambres de commerce ou à l’instigation d’associations d industriels ne possédant pas, par eux-mêmes, les moyens de vérifier les qualités des matières qu’ils ont à employer ou des produits qu’ils ont à fabriquer, ou encore n’ayant Tome 127. —- !•* semestre. — Janvier-Février 1917. 4
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- pas la possibilité de procéder à des opérations de recette on de contrôle qui leur sont imposées.
- Ces créations n’ont été demandées, à l’origine, que pour des besoins limités et bien déterminés.
- Elles ont été provoquées surtout, d’abord, pour permettre de satisfaire aux exigences du fisc et de la douane et c’est ainsi qu’ont été créés les laboratoires d’essais de l’administration des Douanes et ceux de l’administration des Contributions indirectes et les services divers, analogues à ces laboratoires, dépendant du Ministère des Finances, dont nous ne donnerons pas l’énumération.
- Mais, à mesure que se développait l’industrie, dans notre pays, le besoin se faisait sentir, pour les petits industriels, devenus de plus en plus nombreux, de pouvoir recourir à des établissements spéciaux, en mesure d’exécuter, pour eux, les essais de vérification, de recette ou decontrôle, dont ils pouvaient avoir besoin.
- Comme à l’ordinaire en France, c’est à l’État que l’on croyait devoir s’adresser pour obtenir la création de ces laboratoires d’essais, destinés à être mis à la disposition du public et, comme à l’ordinaire aussi, en présence des retards apportés parles pouvoirs publics, pour donner satisfaction à ces demandes, des entreprises particulières se chargèrent de créer des laboratoires privés, dont ils offrirent, moyennant salaire, les services aux industriels embarrassés.
- Le développement donné à la technique des essais de résistance des matériaux et la propagande faite au sujet de l’utilité de ces essais et pour leur vulgarisation par l’Association internationale pour l’Essai des Matériaux contribuèrent surtout à la création d’établissements de ce genre.
- Mais, la plupart de ceux-ci, ne disposant que de ressources trop limitées., ne purent pas prendre, dans notre pays, la place que des laboratoires semblables avaient réussi à occuper dans d’autres pays et notamment en Angleterre.
- Ceux de ces laboratoires qui se chargeaient d’effectuer des essais de matériaux qui exigent l’emploi de [machines coûteuses ont presque tous disparu, et il ne subsiste guère en service que des laboratoires de chimie et d’analyses.
- Cette situation faisait ressortir, de plus en plus, le besoin de la création de laboratoires d’essais pouvant compter sur l’appui des administrations de l’État et sur celui d’associations ayant une existence assurée.
- Le développement rapide pris par l’industrie électrique, dans ces dernières années, était venu d’ailleurs créer de nouveaux besoins.
- L’Exposition internationale d'Électricité, organisée, en 1881, parles soins du Ministère des Postes et Télégraphes, alors dirigé par M. Cochery, avait appelé l’attention publique sur cette nouvelle industrie et sur les mesures à prendre pour en assurer la prospérité en France.
- Le comité de garantie, qui s’était formé pour prémunir l’État contre un insuccès possible de l’Exposition, avait, à la suite des brillants résultats qu’elle avait obtenus, mis à la disposition du Ministère les 300 000 francs environ de reliquat qu’avait laissés l’entreprise, et il avait demandé d’appliquer cette somme à la fondation d’un laboratoire central d’électricité qui serait destiné à étudier toutes les questions scientifiques et industrielles se rapportant à l’électricité.
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- Ce laboratoire, dont] la fondation avait été cependant décrétée, en conséquence, dès le 21 février 1882, ne fut mis réellement en fonctionnement qu’en 1886, et cela grâce au concours de la Société des électriciens, dont la création avait été provoquée parle succès de l’Exposition d’électricité et qui, à la suite des démarches faites surtout par son dévoué président M. Mascart, avait pu réunir les moyens de venir en aide à la création du laboratoire central.
- La Société put prendre l’engagement d’assurer l’installation et le fonctionnement de l’établissement, et mettre encore à sa disposition, pour en assurer la mise en marche, une nouvelle somme de plus de 300 000 francs, due à des subventions privées. Des conventions signées, aux dates des 12 juillet et 17 août 1886, avec le Ministère des Postes et Télégraphes et la Ville de Paris, vinrent consacrer la création officielle du Laboratoire central d’Électricité.
- Ce laboratoire fut provisoirement installé dans un local mis à la disposition de la Société par MM. Menier,rue Saint-Charles, à Grenelle, mais, en l’année 1892, il put être transféré dans des bâtiments spéciaux, construits pour lui, rue de Staël, sur des terrains qui furent mis, pour cinquante ans, à la disposition de la Société des Électriciens par la Ville de Paris, à la suite de nouvelles démarches de M. Mascart.
- De nouvelles souscriptions, provoquées encore par la Société des Électriciens, qui entretient à côté du Laboratoire une École supérieure d’Électricité, justement renommée et dont la présence contribue à son bon fonctionnement, sont venues encore accroître les ressources de l’établissement et en assurer l’existence.
- Il a eu d’ailleurs à effectuer d’importants travaux et de] nombreux essais rétribués, demandés non seulement par des industriels et des particuliers, mais aussi par les différents ministères, etnotamment par ceux de la Guerreet de la Marine, et celui des Postes, Télégraphes et Téléphones.
- Le nombre des essais exécutés annuellement pour le public a toujours été en croissant, et il dépassait déjà 1 200 en 1912.
- D’autre part, malgré l’exiguïté relative de ses ressources, le Laboratoire a pu entreprendre un grand nombre de recherches, des plus importantes, tant dans l’ordre industriel que dans l’ordre scientifique, et il a pu en publier les résultats dans des mémoires constituant déjà trois gros volumes.
- A l’exemple de la Société des Électriciens, la Société française de Photographie, qui avait aussi à se préoccuper des besoins spéciaux de l’industrie de la photographie, dont les développements ont été également rapides et importants, dans ces dernières années, avait été amenée à créer un laboratoire spécial d’essais et de recherches, s’appliquant tant à l’ensemble des questions concernant les sciences photographiques qu’à la construction des appareils et notamment de ceux d’optique photographique.
- Elle a eu même l’ambition d’annexer à ce laboratoire une école d’enseignement photographique, et même de constituer en France un institut de photographie comme les étrangers ont entrepris déjà d’en organiser, notamment en Autriche.
- Cette société a pu heureusement établir ce laboratoire d’essais et de recherches dans l’hôtel qu’elle occupe et où se trouvent des ateliers et salles de réunions et de cours, se prêtant déjà, en grande partie, à l’organisation à prévoir.
- De nombreux essais ont été faits, pour le public, par ce laboratoire et des recherches
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- scientifiques, effectuées par lui, ont été publiées en annexes au Bulletin de la Société. La guerre est venue arrêter le développement normal de cette institution, mais les moyens d’action de la Société et les ressources de son personnel ont pu être utilisés, de la façon la plus heureuse, pour la création du matériel d’observation et d’enregistrement photographique, dont font usage les services de l’Aéronautique militaire.
- Les locaux et les installations, dont dispose le Laboratoire de la Société de Photographie, restent d’ailleurs actuellement disponibles pour la reprise des essais et des recherches qui pourraient encore être demandés, mais on peut dire que l’importance prise, dans ces derniers temps, par les établissements qui s’occupent de l’industrie cinématographique, et les développements que ces établissements ont été amenés à donner àleurs propres installations de recherches et d’essais,laissent aujourd’hui au-second plan les installations, relativement modestes, de la Société française de Photographie auxquels les directeurs de ces établissements n’ont eu à recourir qu’au début.
- La création du Laboratoire central d’Ëlectricité en France fut suivie, à peu de distance, dans les grands pays étrangers : Allemagne, Angleterre, États-Unis d’Amérique, de celle de laboratoires officiels, qui n’étaient pas sans analogie avec lui, bien qu’embrassant des domaines beaucoup plus étendus.
- Depuis longtemps, en effet, la question de la création de laboratoires nationaux d’essais et de recherches scientifiques était à l’ordre du jour dans ces pays, et l’on peut dire que les créations de laboratoires d’État, tels que le ^Laboratoire central de la Marine et celui de la Commission des Substances explosives, qui avaient été réalisées, en France, à la suite de la guerre de 1870, n’étaient sans doute pas étrangères à ce mouvement, auquel devaient se rattacher aussi les essais d’organisation, au Conservatoire des Arts et Métiers, sur l’initiative du général Morin, d’un laboratoire spécial de mécanique, et la création d’un très beau laboratoire semblable, réaüsée en Suisse, à Zurich.
- Ces laboratoires étrangers avaient été organisés dans des conditions remarquables, en profitant de l’expérience acquise et en mettant à profit les derniers progrès de la science. L’Allemagne avait fondé le Physikalische technische Reichsanstalt qui fut inauguré de 1892 à 1897, l’Angleterre le Physical national Laboratory en 1900, et les États-Unis le Bureau of Standards en 1902, et c’est ce dernier qui paraît présenter le type le plus perfectionné et le plus digne d’être imité aujourd’hui pour une création analogue.
- La France ne pouvait rester à l’écart d’un mouvement de ce genre, après en avoir été l’initiatrice, et s’être vue devancée par des rivaux sachant profiter de son exemple et la dépasser dans la réalisation d’organisations analogues.
- Par décret du 19 mai 1900, s’arrêtant à l’idée de développer, pour en améliorer le fonctionnement, le Laboratoire de Mécanique, créé en 1854, par le 'général Morin, le Gouvernement décidait la création au Conservatoire national des Arts et Métiers d’un Laboratoire d’essais mécaniques, physiques, chimiques et de machines.
- Une loi et un nouveau décret, en date tous deux du 9 juillet 1901, ont fixé les bases d’organisation de cet établissement, à la suite d’une convention passée entre le Ministre du Commerce et de l’Industrie, chargé alors aussi de l’administration des Postes, Télégraphes et Téléphones, le Conservatoire des Arts et Métiers et la Chambre de Commerce de Paris.
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- Cette organisation avait été précédée de l’envoi de missions spéciales dans les lieux mentionnés plus haut, missions qui avaient permis de recueillir des renseignements précis sur les établissements créés dans ces pays. I.e Laboratoire a enfin obtenu, pour sa fondation, d’importantes subventions de Sociétés intéressées à la création d’un établissement de ce genre, telles que la Société des Ingénieurs civils et la Compagnie parisienne du Gaz.
- Ce Laboratoire, installé dans de grands bâtiments construits spécialement dans une des cours du Conservatoire des Arts et Métiers et qui sont déjà devenus trop petits, est divisé en cinq services ou sections : physique, métaux, matériaux de construction, machines et chimie. Le décret de constitution a exclu, intentionnellement, de ses attributions l’électricité, déjà attribuée au Laboratoire central d’Électricité, créé par les décrets des 24février 1882 et 7 décembre 1886.
- On a rattaché, depuis sa'création, au Laboratoire du Conservatoire, le dépôt des étalons de mesure et des instruments de précision s’y rapportant, pour lesquels des locaux nouveaux ont été aussi spécialement aménagés.
- Ainsi constitué, cet établissement possède des moyens d’action puissants qui lui auraient permis de joindre, aux simples essais qu’il a obligatoirement à effectuer, les recherches scientifiques, se rattachant aux différentes branches d’applications des sciences, qui sont dans son domaine, s’il avait pu toujours disposer des ressources nécessaires en hommes et en crédits.
- Par suite de diverses circonstances accidentelles, le rôle du Laboratoire avait dû, peu de temps avant la guerre, rester strictement limité, faute de crédits spéciaux, à l’exécution des essais tarifés qui font l’objet de sa mission principale officielle.
- Mais, récemment, la réorganisation de la Commission des Inventions intéressant la Défense nationale et le développement des travaux confiés à cette commission ont amené la réouverture de l’établissement qui avait dû être momentanément fermé et son directeur, doté, de nouveau, de ses moyens d’action, a pu donner à tous ses services une activité qui montre l’étendue de ce que peut faire ce laboratoire, dans les domaines scientifiques les plus variés.
- Saisi, de son côté, au nom des services de l’armée, de questions de recherches intéressant la Défense nationale, le Laboratoire central d’Électricité est aussi, en ce moment, en pleine activité, malgré les vides existant dans son personnel, par suite de la mobilisation.
- Ces résultats donnent des indications précieuses sur la marche qui peut être suivie, dans notre pays, au moins à titre provisoire, pour tirer tout le parti possible des nombreux laboratoires que nous possédons et qui sont susceptibles d’entreprendre des recherches scientifiques en les utilisant là où ils se trouvent et se contentant simplement d’établir, entre eux, une coordination sous la direction d’un organe supérieur central qui pourrait jouer, au-dessus d’eux, après le retour de la paix, le rôle directeur que les nécessités du temps de guerre ont conduit à attribuer à la Commission des Inventions, réorganisée et mise, sous la direction du Ministère de l’Instruction publique,
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- 54 APERÇU HISTORIQUE SUR LES LABORATOIRES. — JANVIER-FÉVRIER 1917.
- Opinion de M. Armand Gautier
- Membre de l’Institut.
- Au cours de la discussion qui a eu lieu à l’Académie des Sciences, M. Armand Gautier exposa ses idées personnelles sur l’organisation des centres scientifiques de recherches ; ces idées parurent à ses collègues M. Le Chatelier, M. Tisserand et le général Sebert, d’un si haut intérêt que ceux-ci nous invitèrent à faire une démarche auprès de lui et à le [prier de nous répéter ce qu’il avait exposé devant l’Académie.
- M. Armand Gautier actuellement retenu dans le Midi, tout en faisant observer qu’il a laissé à Paris les notes qui lui auraient permis d’exposer ses idées plus en détail, a bien voulu néanmoins nous en faire connaître les plus essentielles (1).
- « J’ai exposé à l’Académie des Sciences ce que je croyais devoir être pratique pour amener des résultats urgents et immédiats. Il est évident qu’il faut, pour aboutir, que tous les efforts individuels convergent vers un but pratique et immédiat et soient dirigés par un corps faisant autorité ; mais cette autorité ne peut procéder ni de chaque individualité agissant séparément ni des bureaux et ministères, ni même de l’Académie des Sciences, parce qu’une assemblée de savants, fussent-ils de l’Institut, sera toujours moins apte à servir le pays au point de vue des applications industrielles et des intérêts immédiats qu’une réunion de techniciens ayant fait leurs preuves et spécialement choisis pour indiquer quels sont les problèmes les plus urgents à résoudre et les moyens matériels les plus abordables ou les plus pratiques pour les étudier et les solutionner.
- « Ma proposition était donc, dans les deux cas considérés (1° direction d’un centre ou laboratoire d’études physiques et mécaniques ; 2° direction d’un centre d’études agricoles), dénommer un Conseil de 25 personnes dont 15 au moins choisies parmi les industriels éminents, dans le premier cas, parmi les agriculteurs émérités, dans le second; 10 choisis parmi les académiciens spécialistes, et 5 pris dans, les ministères ou le Conseil d’Ëtat. Ces deux Conseils auraient à indiquer les questions les plus urgentes et les plus importantes à examiner, en même temps à choisir pour chacune d’elles les techniciens les plus capables de les étudier. Ils auraient à indiquer aussi, dans la grande industrie mécanique, chimique, agricole, les personnalités les plus aptes à profiter de l’étude de ces questions; ces personnalités en assureraient du reste, l’examen pratique grâce aux subventions annuelles qu’elles s’engageraient à verser aux laboratoires. L’État n’aurait rien à verser sauf les quelques centaines de mille francs indispensables au premier établissement et à l’outillage de ces laboratoires, dont il n’aurait ni la responsabilité, ni la direction, à peine la surveillance.
- « On comprend que si les grands agriculteurs ou industriels français s’engageaient proportionnellement à leurs affaires, et chacun pour une très minime quotité, à soutenir, de leur influence et de leurs fonds, l’étude pratique des questions qui leur paraissent les plus urgentes à résoudre, telles, par exemple, que la culture des
- (1) Note delà rédaction.
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- APERÇU HISTORIQUE SUR LES LARORATOIRES.
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- terres par tracteurs mécaniques, les nouveaux insecticides pour l’horticulture, la vigne, les céréales..., la recherche de couleurs ou de parfums ou remèdes nouveaux, la production de matières plastiques, des verres de laboratoire ou d'optique, etc., ceux des grands industriels qui proposeraient l’étude de ces diverses questions ou qui seraient amenés à profiter, les premiers, de leurs solutions et de leurs applications auraient tout intérêt à soutenir et faire poursuivre les études pratiques dont ils bénéficieraient et, par conséquent, à en avancer les fonds. On trouverait, je crois, facilement, dans la grande industrie ou la grande agriculture des personnes qui, sachant ces études surveillées et conduites par le Conseil central supérieur des 25 membres particulièrement compétents dont nous parlons plus haut, n’hésiteraient pas à engager ces études, et à les faire poursuivre. La science et l’industrie nationales en bénéficieraient; et le résultat cherché serait ainsi atteint sans avoir recours à un vote des Chambres, ou au bon vouloir, plus ou moins actif et problématique, des bureaux ministériels.
- « Tel est mon projet, que je ne saurais ici développer en détail, n’ayant aucune de mes notes, pas même les documents, publiés aux Comptes rendus de l’Académie des Sciences ».
- « Armand Gautier. »
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- L'ENSEIGNEMENT AGRICOLE
- P A R-
- M. E. Tisserand Membre de l’Institut,
- Membre du Conseil de la Société d’Encouragement.
- La France traverse actuellement une crise formidable, dans toutes les branches de ses industries : Grise de main-d’œuvre, crise de production, crises qui ne feront que s’accentuer après la guerre.
- L’agriculture est assurément de toutes les industries celle qui est le plus éprouvée : sa population est décimée, ses campagnes sont dévastées ; ses champs privés des travaux et des engrais indispensables, envahis par les mauvaises herbes, plus ou moins abandonnés à l’inculture ne peuvent donner que des récoltes incertaines et infimes.
- Les charges qui pèsent sur elle “sont déjà très lourdes ; que ne seront-elles pas quand le pays, pour faire face à ses énormes dépenses, aura à tenir tous ses engagements envers ses créanciers, envers les victimes des départements envahis, envers nos soldats blessés et les femmes et les orphelins de ceux qui sont tombés pour la défense de la patrie ! Il faudra doubler et plus probablement tripler les ressources du budget.
- Le pays ne pourra suffire à l’immense tâche, qui lui incombera malgré toutes les réparations qu’on exigera des ennemis vaincus, qu’en ranimant le courage de la population, en changeant sa mentalité et en faisant converger toutes les énergies vers un but unique : le salut et l’avenir du pays.
- Parmi les moyens les plus propres à réaliser la grande œuvre à accomplir, l’un des principaux est l’intensification de la production nationale en agriculture et dans l’industrie.
- Cette intensification s'impose surtout en agriculture à raison des immenses et multiples intérêts qu’elle représente, parce qu’elle met en œuvre un capital de plus de 100 milliards, qu’elle fait valoir le sol de la France et compte une population active de plus de 6 millions de travailleurs.
- Si l’on étudie les rendements de nos cultures et qu’on les compare à ceux des pays qui [nous entourent, on constate qu’un vaste champ est ouvert au
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- progrès agricole et qu’en restant même au-dessous des rendements de nos voisins, en faisant des efforts possibles non au-dessus de nos forces, nous pourrions accroître notre production dans des proportions considérables ; pour ne prendre qu’un exemple, nous pourrions, en élevant nos rendements en blé de 6 qx seulement, augmenter notre récolte annuelle de 40 millions de quintaux d’une valeur, d’après les prix de la paix (1), de plus d’un milliard !... Il est à noter que pour subvenir aux besoins de l’armée et de la population civile nous avons eu pendant les campagnes de 1915 et 1916 à importer 24 millions de quintaux de blé pour couvrir ce qui manquait à -notre production nationale, importation qui nous ont coûté en or 1 milliard 562 millions.
- Pour le seigle, l’orge, l’avoine, les pommes de terre, des accroissements proportionnels seraient de même réalisables.
- L’expérience des pays étrangers qui sont à la tête des progrès et ont des rendements de récoltes bien supérieurs à ceux que nous parlons de réaliser (Voir le tableau n° 1) prouve qu’ils y sont parvenus : 1° en faisant un large appel à la science, et 2° en développant l’instruction professionnelle à tous les degrés.
- L’Académie des Sciences s’est occupée du rôle qu’il appartient aux établissements scientifiques de jouer dans le relèvement du pays : espérons que ses efforts seront couronnés de succès !
- Pour le développement de l’instruction, dans les populations rurales, qu’y a-t-il à faire?
- C’est le sujet que nous nous proposons de traiter.
- I
- L’enseignement agricole existe en France : Qu’est-il? Que doit-il être ? Est-il à la hauteur des besoins de la situation présente et de l’après-guerre?
- Quand on étudie l’histoire des phases successives de son évolution, on constate que son développement s’est fait par étapes, après chaque grande commotion qu’a subie le pays, et, chose remarquable, on voit que ce sont les gouvernements républicains qui en ont été les initiateurs et qui ont fondé depuis le xvme siècle en France les institutions d’enseignement les plus importantes.
- C’est en effet la première République qui a créé l’Ecole polytechnique, l’Ecole Normale supérieure, les Ecoles départementales d’arts et métiers, des chaires d’économie rurale et les Sociétés d’arts, sciences et agriculture.
- (1) 27 f le quintal en 1913.
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- C’est la Convention qui a institué l’enseignement démonstratif au Conservatoire des Arts et Métiers et celui des Sciences naturelles, avec leurs applications pratiques, au Muséum d’histoire naturelle, lesquels furent si féconds. C’est le Comité de Salut public qui a décrété d’utilité nationale la ferme expérimentale et la bergerie-école de Rambouillet.
- Pendant les guerres du premier Empire, le gouvernement avait bien d’autres soucis que celui de penser à l’enseignement agricole.
- Sous la Restauration et sous le Gouvernement de juillet 1830, l’initiative privée seule s’en préoccupa, ne recevant de l’Etat que quelques maigres subsides à titre d’encouragement.
- Mathieu de Dombasle créa en 1819 à Roville, près de Nancy, une Ecole d’agriculture qui avait un caractère expérimental scientifique. Elle jeta un certain éclat et forma pour la France et pour l’étranger des agronomes de valeur ; Mathieu de Dombasle découvrit le procédé de la diffusion pour la fabrication du sucre de betterave et organisa la première fabrique d’instruments d’agriculture ; au bout de peu d’années, le gouvernement laissa tomber l’Ecole, faute de lui venir en aide.
- Un autre Lorrain, Auguste Relia, originaire des environs de Sarrebourg, fonda en 1829, avec les fonds d’une Société de grands propriétaires et le concours de Charles X, l’Ecole d’agriculture de Grignon.
- Rieffel, un Alsacien, organisa en 1833 dans les landes de Rretagne, à Grand-jouan, l’Ecole qui devint plus tard l’Ecole de Rennes.
- Nivière, un élève de Dombasle, installa une quatrième Ecole dans les Dombes, à LaSaulsaie, laquelle fut transférée plus tard à Montpellier.
- Enfin quelques [rares fermes modèles, toujours par l’initiative privée, avaient été créées pour donner l’instruction pratique aux ouvriers agricoles.
- Tel était le bilan des efforts faits pour l’enseignement agricole pendant la première moitié du xixe siècle.
- La deuxième République, celle de 1848, reprenant les traditions de son aînée, embrassa de haut le problème de la production et de l’enseignement agricoles.
- Comprenant le besoin impérieux de faire concourir la science à l’amélioration de l’agriculture et d’avoir, sous le contrôle et la direction de l’Etat, des Ecoles ayant pour tâche de procéder aux recherches expérimentales et des fermes d’apprentissage pour former des ouvriers capables d’appliquer les découvertes de la science et de la pratique, elle vota la magistrale loi du 3 octobre 1848 qui organisa l’enseignement agricole sur les plus larges bases ;
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- ce fut après une étude approfondie et une enquête minutieuse faite à l’étranger par des inspecteurs généraux sur tous les modes d’enseignement pratiqués en Europe et après l’examen attentif des besoins de l’agriculture et des desiderata formulés de longue main de 1840 à 1848 par le Conseil supérieur de l’Agriculture, que le ministre Tourret présenta son projet de loi, lequel fut discuté pendant de nombreuses séances avant d’être adopté par l’Assemblée nationale.
- Cette loi fut considérée, à l’époque, comme un modèle et plusieurs nations étrangères, entre autres l’Allemagne, s’empressèrent d’en tirer profit en l’imitant et en l’étendant.
- Elle créa l’enseignement scientifique de l’agriculture en organisant dans les dépendances du château du grand Roi, à Versailles, le premier Institut agronomique avec une pléiade de savants de premier ordre, avec trois grandes fermes peuplées d’animaux des races les plus renommées de l’Europe, avec 10 hectares d’étangs pour l’étude de la pisciculture, un parc d’acclimatation, de vastes laboratoires de chimie, de physique, de physiologie animale et végétale et des collections de machines agricoles, de géologie, de botanique, de météorologie des plus complètes.
- Elle fonda, au second degré de l’enseignement, les écoles régionales que le titre II de la loi a définies comme il suit :
- « Une exploitation en même temps expérimentale et modèle pour la région à laquelle elle appartient. » La France devait être divisée en 20 régions agricoles et chacune d’elles devait, au fur et à mesure des ressources disponibles, être dotée d’une école régionale.
- Enfin la loi institua les fermes-écoles, « exploitations rurales conduites avec habileté et profit, et dans lesquelles des apprentis choisis parmi les travailleurs et admis à titre gratuit exécutent tous les travaux, recevant, en même temps qu’une rémunération de leur travail, un enseignement agricole essentiellement pratique ».
- La ferme-école était destinée à former des ouvriers expérimentés dans la conduite des machines perfectionnées et dans les soins à donner aux animaux des races améliorées ; l’âge d’admission était de dix-sept ans au moins et la durée de l’apprentissage de trois ans au plus ; le prix de la pension était à la charge de l’Etat ainsi que la prime représentative du salaire à donner aux élèves à leur sortie de la ferme-école.
- D’après l’article 4 de la loi il devait y avoir une ferme-école dans chacun des départements de la République ; cette organisation devait être progressivement étendue aux arrondissements.
- L Assemblée nationale de 1848, comme on le voit, avait vu grand; malheu-
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- reusement ses espérances ont été déçues : l’Institut agronomique de Versailles tomba en 1852 avec la deuxième République; il fut supprimé sous prétexte que l’Agriculture n’avait pas besoin de science. Les Ecoles régionales devinrent les Ecoles impériales, puis nationales; leur nombre resta réduit à 3 (Grignon, Grand]ouan, transférée plus tard à Rennes, La Saulsaie transférée à Montpellier).
- Le nombre des fermes-écoles ne dépassa jamais 70 et était tombé à 29 en 1870 pour la France entière.
- II
- La troisième République s’appliqua dès son début à relever Renseignement agricole.
- Elle s’occupa dès la fin de la guerre de 1870-1871, à la suite d’études et d’enquêtes comparables à celles de l’Assemblée nationale de 1848, de réorganiser l’enseignement supérieur en créant à Paris, en 1876, l’Institut agronomique que M. Teisserenc de Rort, alors ministre de l’Agriculture, baptisa dans son discours d’inauguration du nom d’Ecole polytechnique de l’agriculture.
- Elle fonda l’Ecole nationale d’horticulture de Versailles (loi du 16 décembre 1873).
- Elle agrandit les bâtiments et développa renseignement scientifique des écoles nationales d’agriculture (Grignon, Montpellier et Rennes).
- Elle fonda en les spécialisant plusieurs autres écoles nationales, l’Ecole des industries agricoles à Douai, l’Ecole nationale de laiterie à Mamirolle (Doubs), une Ecole nationale de fromageries à Poligny, une Ecole supérieure ménagère pour femmes à Grignon.
- Des professeurs d’agriculture furent installés dans chaque département, puis dans de nombreux arrondissements.
- L’enseignement agricole fut décrété obligatoire dans les Ecoles normales primaires. Enfin elle créa un nouveau type d’école : l’Ecole pratique d’agriculture.
- La loi de 1848 avait bien organisé l’enseignement de l’agriculture. La Science avait son Ecole, l’Institut agronomique; la grande culture avait les Écoles nationales ; la classe des ouvriers agricoles avait pour s’instruire les fermes écoles, mais cette loi avait omis un enseignement intermédiaire, entre l’École nationale et la ferme-école : c’était une grosse lacune.
- En effet, sur 3 460 000 exploitants comme propriétaires fonciers et métayers, plus de 3 millions cultivent moins de 20 ha ; ces 3 millions de petits cultiva-
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- teurs constituent la démocratie rurale; ils forment la grande classe des paysans qui est l une des principales forces du pays et qui fournit à la patrie le plus grand nombre de ses soldats, ses défenseurs les plus résistants et les mieux disciplinés.
- Or ces millions de paysans n’avaient en réalité à leur portée aucune école professionnelle pour leurs enfants : les Ecoles nationales leur étaient inaccessibles à raison du prix élevé de la pension et des frais accessoires; ils répugnaient, d’autre part, à envoyer leurs garçons à l’âge de seize ou dix-sept ans à la ferme-école pour y servir, disaient-ils, de domestiques et pour ne pas apprendre plus que ce qu’ils pouvaient acquérir chez eux.
- Ainsi ceux qui devaient cultiver la plus grande partie du sol national étaient condamnés en quelque sorte à ne recevoir que l’instruction primaire et, à partir du jour de leur sortie de l’école primaire, ils étaient en quelque sorte voués au désœuvrement ou à un quasi-désœuvrement jusqu’à ce qu’ils aient atteint l’âge d’être bien utilisables aux travaux de la ferme.
- Pour y remédier, il fallait créer un nouveau genre d’école en l’organisant pour recevoir les enfants au sortir 'des bancs de l’Ecole primaire ; elle devait être d’un prix abordable, correspondant à ce que coûte l’entretien d’un enfant de treize à quatorze ans dans une famille de paysans.
- Il fallait qu’à raison du jeune âge des élèves, le programme des études et des travaux pratiques de la nouvelle école fût réglé de façon à favoriser à la fois le développement intellectuel et les forces physiques de l’enfant sans surmenage ni d’un côté, ni de l’autre.
- Il fallait, en un mot, que ces écoles fussent de véritables petits collèges de campagne dans lesquels l’instruction primaire serait complétée et où l’on donnerait une instruction professionnelle agricole mettant les élèves à même de devenir, la pratique aidant, de bons cultivateurs, capables de raisonner l’utilité et les avantages de chaque opération et d’appliquer un jour, sur le bien paternel, les principes fondamentaux de la science et une pratique intelligente et d’être même en état de jouer plus tard un rôle utile dans les conseils généraux ou municipaux.
- C est là ce qu’on a essayé de réaliser avec le nouveau type d’école pratique, que Gambetta, dès son origine, a dénommée l’école des paysans.
- Le programme de l’enseignement tracé à ces écoles est fort simple :
- Les élèves prennent part à toutes les opérations de la ferme ; leur temps est à cet effet partagé en deux parties égales ; la moitié de la journée est consacrée aux travaux de la culture, aux soins à donner aux animaux, à la préparation raisonnée des rations des bestiaux, au maniement des machines qu’ils
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- apprennent à monter, à démonter et à conduire; aux travaux de moissons et de battage des grains, aux opérations diverses des jardins : greffage, taille, procédés de destruction des parasites, insectes nuisibles, etc. Ils doivent être exercés dans un petit atelier, une fois par semaine, à travailler le bois et le fer de façon qu’ils sachent procéder aux menues réparations urgentes des machines, et à ne pas être arrêtés un seul moment dans le travail par une panne.
- L’autre moitié de la journée est réservée aux leçons, cours, études, excursions et exercices.
- Toutes les écoles pratiques ont un enseignement essentiellement approprié au milieu dans lequel elles se trouvent; aussi sont-elles loin d’avoir une organisation uniforme; on comprend qu’une école pratique ne saurait avoir le même programme suivant qu’elle est à Antibes ou dans la Somme, en Algérie ou dans les environs de Nancy, sur le Plateau central ou dans la Haute-Garonne.
- Dans la région des céréales, l’Ecole pratique porte son enseignement sur la culture des grains, des fourrages, des racines et des animaux qu’on y élève.
- Dans les districts herbagers et laitiers, l’Ecole s’occupe particulièrement de la culture pastorale, du lait, de la vache, de l’élevage des veaux, de la fabrication du beurre, du fromage, etc. Dans les pays vignobles, son principal objet porte sur la vigne, la fabrication du vin, la défense et la reconstitution des vignobles.
- Dans les contrées à irrigations, ce sont les cultures soumises à l’arrosage, l’étude des eaux, leur distribution, etc., qui font spécialement l’objet des travaux pratiques.
- L’enseignement théorique revêt un caractère plus uniforme. Partout, la plante vit et respire de la même façon, mais on active son développement en étudiant les variétés les plus productives, les engrais, les amendements qui lui sont nécessaires. L’étude du sol, des cultures, des animaux, des machines, est appropriée aux besoins de l’agriculture locale. La chimie, la physique, la météorologie, la botanique, la géométrie, l’arpentage, le nivellement, sont toujours l’objet de leçons et d’applications en rapport avec les conditions particulières de l’exploitation agricole de la contrée.
- La durée des études est généralement de deux ans. Elle est en rapport avec les matières à enseigner; ainsi dans les écoles pratiques de laiterie et de fromagerie, l’enseignement comporte-t-il des durées moindres, six mois à un an ; même à l’Ecole pratique d’aviculture de Gambais, l’enseignement ne prend-il qu’un trimestre.
- On a reproché récemment aux Ecoles pratiques d avoir trop peu d’élèves,
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- c’est Là une erreur. Cinquante élèves en moyenne par école n’est pas une quantité dérisoire, comme on le prétend, et on se rendra compte, d’après l’organisation de ces écoles et leur programme, qu’il serait bien difficile de suivre plus de 50 élèves et de veiller à ce que l’enseignement soit fructueux pour eux. Sans doute, 1 300 à 1400 élèves répartis dans les écoles pratiques, c’est peu, par rapport aux trois millions de paysans qui existent en France. Mais à ce compte, la même insuffisance sinon plus existerait pour tous les établissements d’instruction qui existent en France. Tout ce qu’on peut dire au sujet des Ecoles pratiques, c’est que si on veut avoir plus d’élèves pour en recevoir l’enseignement il faut avoir plus d’écoles mises à la portée de la population.
- On dit que les Ecoles pratiques ne se recrutent pas suffisamment, parce qu’elles ont un vice originel: celui de priver les familles, pendant la saison des travaux, de leurs enfants, c’est-à-dire de la main-d’œuvre que ceux-ci pourraient leur donner; c’est là encore une erreur.
- Notons d’abord qu’il s’agit d’enfants de treize à quatorze ans, qui sortent de l’École primaire et dont la faculté de travail est relativement faible ; est-ce un bien d’en faire à cet âge des pâtres ou des gardeurs de vaches?
- J’ajoute que jamais je n’ai entendu un seul petit cultivateur se plaindre de la privation de la main-d’œuvre de son enfant pendant la durée du séjour de celui-ci à l’École pratique.
- Les paysans, comme tous les pères de famille, n’hésitent jamais à faire des sacrifices, quand il s’agit de l’avenir de leurs garçons.
- Combien n’y en a-t-il pas parmi les plus modestes qui ne reculent pas devant la dépense, qui se résignent même aux privations pour envoyer leurs enfants, et surtout les plus intelligents, dans des collèges, dans des pensionnats pour y acquérir une instruction qui leur permettra d’obtenir des emplois à la ville voisine ou dans le commerce, ou mieux dans les administrations publiques ou dans les chemins de fer, et qui dès lors sont perdus pour l’agriculture!
- Ce fut précisément dans la pensée d’arrêter ce courant et de le reporter vers les campagnes, que le type des Écoles pratiques fut conçu.
- Quant aux enfants que les agriculteurs veulent garder par devers eux, et qu’on reproche aux Écoles de ne pas attirer à elles, ils ne les envoient pas à l’Ecole professionnelle parce qu’ils n’ont pas confiance dans l’enseignement, ni dans le savoir, ni dans la science des maîtres.
- Pour eux le métier de cultivateur doit s’apprendre à la ferme, à leur contact, chez eux. Ils n’ont pas tort pour ce qui concerne la pratique manuelle courante, mais où ils ont tort c’est quand ils prétendent inutile l’instruction qui vivifie le métier, qui est un moyen d’accroître leur force productive, un moyen de
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- progrès aussi utile dans la profession de cultivateur qu’elle l’est dans celle d’industriel ; c’est quand ils ne voient pas ou veulent ignorer que l’instruction est de nos jours une condition essentielle pour élever le rendement de nos terres et de nos bestiaux, comme le prouve surabondamment l’exemple de tous les pays qui ont atteint le plus haut degré de production (Tableau annexe n° 1) : c’est à combattre cette mentalité de trop de cultivateurs que nos professeurs d’agriculture et les associations agricoles doivent s’attacher avec énergie et persévérance !
- Quoi qu’il en soit, la création des Ecoles pratiques dès le début fut telle que le Parlement consacra la nouvelle institution par une loi du 30 juillet 1875 et que le nombre des Ecoles augmenta rapidement, soit par l’intervention des Conseils généraux, soit par des donations particulières, — il y en avait 41, dix ans après, — il en existe encore aujourd’hui à peu près autant.
- Doit-on conserver ce type d’Ecole ou le transformer en ce qu’on a appelé École saisonnière, ce qui équivaudrait à sa suppression?
- Pour nous il n’y a aucun doute sur la réponse à faire. S’il y a eu quelques défaillances ou insuffisances de direction, quelques relâchements dans les services—et malheureusement, il faut le dire, on a laissé sur certains points des écoles pratiques dévier du but qu’elles avaient à poursuivre — ce n’est pas une raison pour faire retomber la responsabilité des erreurs et des fautes sur l’institution elle-même ; il faut y remédier et non la supprimer ; il faut revenir aux principes de sa création : on ne saurait trop répéter que nous avons besoin d’Ecoles pratiques et que nous n’en aurons jamais trop; car elles donnent le moyen de faire pénétrer dans les couches profondes de la démocratie rurale les procédés de la culture améliorée.
- Pour intensifier notre production et la mettre à la hauteur de nos besoins il est indispensable de mettre en œuvre tout ce qui peut développer l’instruction de la classe rurale à tous les degrés de la hiérarchie et surtout par en haut, car c’est d’en haut que vient la lumière qui éclaire et qui féconde.
- Il y a tout un programme de révision à entreprendre.
- III
- Si on veut bien jeter un regard sur l’ensemble de nos institutions d’enseignement, on verra que nous possédons déjà toutes les créations que l’on a en vue en ce moment; on reconnaîtra en même temps que la troisième République a accompli largement sa tâche.
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- Mais tout marche et tout change avec le temps. C’est le propre des institutions humaines de subir la loi commune.
- Nous devons aujourd’hui mettre au point nos organisations et compléter les cadres de façon à répondre aux conditions nouvelles.
- Pour cela il faut, comme on l’a fait en 1848 et en 1871, étudier à fond les services de l’enseignement pour en dégager les transformations à opérer ; mais on doit le faire en dehors de tout esprit de parti pris, de toute rivalité de personnes ou d’écoles ; on doit le faire avec le désir, la volonté irréductible de ne voir en cause que l’intérêt supérieur de l’agriculture.
- Si l’on se livre de la sorte à l’étude approfondie de tout notre système d’enseignement, on constatera que des réformes sont à faire dans toutes les branches du système, et que toutes nos institutions appellent des modifications et de nombreuses améliorations, si jl’on veut fermement qu’elles placent notre agriculture au niveau qu’elle doit occuper.
- En premier lieu, on constatera qu’il faut développer de plus en plus l’enseignement scientifique dans nos écoles, en leur imprimant une plus grande activité, en les dotant des ressources en bâtiments, en laboratoires, en outillage et en personnel nécessaires à l’accomplissement de leur tâche.
- L’Institut agronomique ne doit pas seulement répandre à la surface du pays et dans nos colonies, des agronomes et des agriculteurs éclairés, il doit encore être l’Ecole normale de l’Agriculture comme la désignaient les législateurs de 1848. Il doit former des professeurs et être la pépinière du personnel dirigeant et des travailleurs scientifiques nécessaires à nos stations agronomiques, à nos laboratoires agricoles; il doit assurer le recrutement des services publics et privés qui ont besoin d’hommes au courant de la science et de l’art agricole.
- Il faut, dans le même ordre d’idées, utiliser les remarquables ressources que possède l’Ecole de Grignon pour l’étude des problèmes multiples que soulèvent l’alimentation rationnelle des animaux, l’amélioration des races, la fixation des variétés de plantes à cultiver dans le pays en fonction du sol et du climat, leurs besoins en matières fertilisantes, le perfectionnement des industries agricoles dans la région, et l’introduction de celles qui sont susceptibles d’y apporter de nouveaux éléments de prospérité.
- Elles abondent, les questions qui peuvent [trouver une solution par une expérimentation suivie, persévérante, dans les belles cultures de Grignon, avec ses remarquables troupeaux et les riches laboratoires dont cette école a été dotée. Il y a tout un ordre d’enseignement et de recherches à y provoquer...
- De même, un champ très vaste est ouvert à l’École nationale de Rennes pour 1 enseignement que comportent la cidrerie, la production laitière, l’élevage Tome 127. — 1er semestre. — Janvier-Février 1917. «>
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- et l’engraissement des animaux, l’amélioration des cultures herbagères et fruitières, etc.
- Il importe d’y pourvoir...
- L’École de Montpellier possède déjà une magnifique installation pour l’étude et l’enseignement de la viticulture; ses savants professeurs ont acquis une renommée qui s’étend bien au delà de nos frontières et on ne peut que rendre hommage aux éminents services qu’ils ont rendus ; ce que cette Ecole fait pour la viticulture on doit souhaiter qu’elle le fasse avec la même ardeur et le même succès pour les autres cultures méridionales et pour les industries si intéressantes qui s’y rattachent, et celles-ci sont nombreuses; l’étude des eaux et de l’arrosage des terres joue un rôle considérable dans le Midi. Combien de problèmes leur emploi méthodique ne soulève-il pas! Il serait certes d’une utilité incontestable de former à l’École de Montpellier une section d’hydrau-liciens. Elle possède dans son excellent directeur le savant nécessaire : il faut seulement lui donner l’outillage, les collaborateurs et les crédits indispensables.
- L’École d’Horticulture de Versailles a, de même, une tâche importante à remplir. Elle devrait être le centre de l’enseignement des recherches à faire sur les cultures potagères et fruitières de la région parisienne. Combien d’études à y effectuer sur les végétaux, sur les procédés de multiplication, sur la création des variétés, sur leur fixation, sur les espèces nouvelles et sur ces innombrables maladies, cryptogames, insectes, parasites, etc., qui ravagent les potagers et les jardins fruitiers. Il y a tout un programme nouveau à envisager.
- Je n’ai rien à dire sur les écoles pratiques. Les observations que j’ai présentées plus haut montrent leur utilité et le but assigné à leurs efforts; de l’examen approfondi à en faire on déduira les améliorations à introduire dans cette branche de l’enseignement agricole.
- Quant aux écoles pratiques spéciales, on ne peut, comme je l’ai dit plus haut, qu’encourager leur multiplication en les adaptant à l’enseignement que comportent les diverses spécialités agricoles; — leurs programmes sont aussi à reviser avec soin.
- Un genre d’écoles temporaires qui s’impose actuellement est celui qui aurait pourVbjet l’enseignement du maniement de machines agricoles.
- La crise de la main-d’œuvre, qui sévit, ne disparaîtra pas avec la cessation des hostilités ; elle se prolongera à coup sûr et deviendra, à mon avis, permanente ; la machine doit en partie y remédier. Voilà pourquoi j’estime qu'indé-pendamment des fermes-écoles et des écoles pratiques, on devra organiser un enseignemen4 destiné à former des ouvriers et des contremaîtres, en état de les
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- conduire. Cet enseignement, sorte d’apprentissage à faire dans un atelier, pourrait avoir une durée de deux ou trois semaines, un mois au plus, car il ne saurait évidemment être question de faire des mécaniciens comme ceux que produisent les Écoles d’Arls et Métiers. L’enseignement serait donné ici aux agriculteurs désireux de se familiariser avec le maniement des machines perfectionnées telles que les tracteurs, les locomobiles, les voitures automobiles, etc.
- Pour entretenir l’émulation et l’activité dans toutes les écoles, chacune d’elles devrait rendre compte, dans un rapport annuel, de son fonctionnement, de ses travaux et recherches ainsi que des services qu’elle a rendus. Cette obligation devrait être étendue à l’activité de tous les professeurs d’agriculture. Elle aurait pour résultat d’empêcher la somnolence dans les services et de tenir en éveil toutes les branches de l’organisme.
- L’organisation du corps des professeurs d’agriculture appelle aussi une sérieuse attention.
- Le rôle de ces fonctionnaires est en effet considérable, non seulement à raison des cours qu’ils font dans les écoles normales primaires pour préparer les futurs instituteurs à remplir leur tâche au sein des populations rurales, mais encore par leurs conférences dans les campagnes, soit sous forme de cours saisonniers, soit sous forme de leçonsambulantes, et par les services agricoles qui leur sont aujourd’hui confiés. Il faut en accroître le nombre à cause de la multiplicité des fonctions qu’on leur donne et pour qu’ils soient en contact plus fréquent avec les cultivateurs et puissent les éclairer de leurs conseils et leur venir en aide au besoin. Il faut leur donner les moyens d’action nécessaires pour rendre leurs conférences instructives et attrayantes à la fois. Il serait bon qu’ils pussent revenir à l’institution des champs de démonstration inaugurés jpar M. Gomot alors qu’il était Ministre de l’Agriculture, pour mettre sous les yeux des agriculteurs les améliorations dont leur pays est susceptible.
- Voici en quels termes M. Méline parlait de ce moyen de vulgarisation des progrès :
- « Les champs de démonstration qu’on trouve répandus sur tous les points du territoire et qui constituent une institution faisant le plus grand honneur à la République, sont un inventaire ouvert à tout le monde pour apprécier les progrès culturaux et les améliorations possibles de l’agriculture nationale. » (Séance de la Chambre des Députés du 16 juin 1892.)
- Comme on le voit par les tableaux que nous donnons pages 76 et 77, nos institutions d’enseignement agricole forment un ensemble des plus importants par le nombre et la diversité. Elles comprennent de nombreuses écoles à tous les degrés et, à peu de chose près, pour toutes les spécialités, un personnel de
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- plusieurs milliers de directeurs d’école, de chefs de service, de professeurs et de travailleurs scientifiques de tout ordre, lesquels sont disséminés sur toute la surface du territoire.
- On doit comprendre dès lors, pour le bon fonctionnement de l’institution, pour l’émulation et l’harmonie de toutes les parties de l’édifice, combien il importe qu’il y ait à sa tête un organisme capable chargé de veiller constamment sur lui, d’assurer son activité et d’en obtenir un rendement en rapport avec les fonds qui lui sont alloués.
- Cet organisme ne peut ^tre qu’un conseil composé uniquement de membres d’une compétence éprouvée, d’une autorité reconnue, et choisis par leurs pairs, en dehors de toute influence extérieure.
- Il devrait êtrejassisté, pour faciliter la tâche à lui imposée et telle qu’il faut la comprendre, de deux inspecteurs généraux de l’enseignement agricole qui pourraient être prélevés sur le cadre des inspecteurs généraux de l’agriculture.
- Ces fonctionnaires auraient pour mission de visiter toutes les branches du service de l’enseignement et d’empêcher tout relâchement, toute défaillance, auxquels sont enclins tous ceux qui sont abandonnés à eux-mêmes, sans coordination, sans contrôle, comme malheureusement il s’en est produit depuis un certain nombre d’années.
- La question de la rémunération du personnel de l’enseignement doit appeler aussi l’attention du Gonvernement et des Pouvoirs publics.
- Si l’on veut bien examiner l’échelle des traitements des directeurs de stations agronomiques et laboratoires de recherches, des professeurs d’agriculture et de leurs collaborateurs ainsi que du personnel des écoles, on constatera qu’à peu d’exceptions près, ces traitements sont insuffisants, et on apprendra, non sans un vif regret dans l’intérêt du pays, qu’un grand nombre d’entre eux sont obligés, pour pouvoir vivre, de consacrer une partie de leur temps, de leur science et de leur travail à des occupations plus ou moins étrangères à leurs fonctions.
- C’est là un grand mal auquel il faut remédier.
- Le Ministre de l’Agriculture des États-Unis d’Amérique, dans un de ses derniers rapports au Congrès, a dit avec raison qu'il est indispensable que le personnel des stations et des écoles agricoles ait une rémunération en rapport avec les services qu’il est appelé à rendre. Il faut, dit-il, que directeurs, professeurs et collaborateurs jouissent de traitements qui, non seulement leur procurent des moyens d’existence pour eux, leur femme et leurs enfants, mais leur donnent la possibilité de tenir dans la société un rang digne de leur situation, comme savant ou éducateur et comme citoyen.
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- Si on veut avoir des hommes de science, des professeurs de haute valeur, il faut les paver. Ce n'est pas avec de la demi-science, de la science au rabais, qu’on peut espérer voir nos institutions donner un rendement élevé de services.
- Or, notre agriculture a besoin plus que jamais d’obtenir un rendement considérable de tous nos savants, du personnel de nos écoles 'et des professeurs d’agriculture.
- L’intensification de notre production est une nécessité primordiale. Pour arriver à cette intensification,il nous faut accroître la force productive du travail humain, pour combattre les effets de la raréfaction de la main-d’œuvre, il nous faut obtenir de nos machines et instruments agricoles un effet utile plus considérable; il nous faut donner, aux terres de chaque région, une puissance de production plus élevée, par les façons culturales, par les engrais, par les irrigations, etc.
- Il faut donner à la plante-outil, une force d’assimilation supérieure, pour qu’elle puise davantage dans le réservoir incommensurable de forces et d’énergies que les rayons solaires déversent à la surface du globe, et dont nous n’utilisons encore qu’une trop infime partie, pour fabriquer les graines de nos céréales, le sucre de nos betteraves, l’huile de nos végétaux oléagineux, la filasse de nos plantes textiles, etc.
- Il faut qu’on réalise, pour chaque plante de la culture, au moins ce qu’on a obtenu dans les trente dernières années pour la betterave et la pomme de terre industrielle.
- Mais combien d’inconnues à éclaircir, combien de problèmes à résoudre !
- C’est à la science à percer les ténèbres au milieu desquelles nous vivons encore, et à éclairer notre agriculture, et c’est à l’enseignement qu’il appartiendra de faire connaître les solutions acquises et les applications à en faire.
- Savants et professeurs doivent consacrer à cette double tâche toute leur science et tout leur temps, avec le dévouement qu’exigent l’avenir de l’agriculture et le relèvement du pays ; il ne faut pas pour cela qu’ils aient la préoccupation des difficultés de la vie matérielle, résultant de traitements insuffisants. Comme disait le grand Sully, il faut être avare quand il s’agit d’emplois ou de dépenses inutiles, mais prodigue quand l’intérêt supérieur du pays est en jeu.
- IV
- En résumé et comme conclusion, nous estimons, d’après les considérations qui précèdent, que l’organisation des services de l’enseignement agricole, telle
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- qu’elle existe, doit être revisée et qu’il y a lieu de prendre les mesures suivantes :
- 1° Institution d’un Conseil supérieur de l’Enseignement agricole qui pourrait être composé de 24 membres, savoir :
- 6 membres désignés par l’Académie des Sciences ;
- 6 membres désignés par l’Académie d’Agriculture ;
- 1 membre désigné par la Société des Agriculteurs de France ;
- 1 membre désigné par la Société d’Encouragement pourl’Industrie nationale ;
- 1 membre désigné par la Société nationale d’Encouragement à l’Agriculture;
- 1 membre désigné par la Société nationale de Viticulture et d’Ampélo-graphie ;
- t membre désigné par la Société nationale d’Horticulture de France;
- 1 membre désigné par l’Association des Anciens élèves de l’Institut agronomique.
- En feraient partie de droit :
- Le Directeur général des Eaux et Forêts.
- Le Directeur de l’Agriculture ;
- Le Directeur des Haras ;
- Le Directeur des Services sanitaires et scientifiques et de la Direction des Fraudes.
- Les inspecteurs fgénéraux de l’enseignement agricole y auraient voix consultatrice.
- Les membres élus seraient nommés pour trois ans et rééligibles.
- Le Conseil choisirait son bureau ; il aurait pour mission :
- a) de veiller au bon fonctionnement de toutes les parties du service de l’Enseignement agricole, de les guider, de les orienter dans la voie assignée à leurs efforts, d’examiner le budget de chacun d’eux et de s’assurer du bon emploi des fonds ;
- b) de donner son avis sur les améliorations et les réformes dans l’organisation et les programmes de chaque institution;
- c) d’examiner les projets de création d’établissements nouveaux ou de personnel et de provoquer au besoin ces créations ;
- d) de faire le choix des membres du personnel dirigeant et enseignant.
- La nomination serait faite sur les listes de 2 candidats au moins par emploi, qu’il présenterait au ministre compétent.
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- Il donnerait son avis sur les traitements, avancements, mutations, récompense et renvois ;
- e) Il pourrait désigner un ou plusieurs de ses membres pour examiner sur place les projets de création ou de transformation d’un établissement d’enseignement ou pour visiter tel ou tel service qu’il jugerait utile ;
- f ) Il rendrait compte au ministre compétent, dans un rapport annuel, de la marche de l'enseignement, des travaux effectués et des résultats obtenus dans
- chaque service.
- Dans l’intérêt de la division du travail et de la célérité des affaires, le Conseil supérieur se diviserait en trois sections :
- La première s’occuperait de l’Enseignement supérieur, de l’Institut agronomique des Écoles nationales d’Agriculture, de l’École nationale d’Horticulture, des Écoles nationales des Industries agricoles, de Laiterie et de Fromagerie et de l’enseignement agricole dans les facultés ou universités.
- La deuxième, serait chargée de tout ce qui concerne les écoles pratiques d’agriculture, les écoles pratiques spéciales, les fermes-écoles, les écoles saisonnières, les écoles d’hiver et les orphelinats agricoles.
- La troisième, aurait dans ses attributions les chaires départementales et d’arrondissement, l’enseignement nomade et l’enseignement ménager.
- Un Conseil ainsi composé et solidement organisé serait, pour les Pouvoirs publics, une garantie sérieuse en veillant à l’exécution stricte des lois et règlements et au bon emploi des crédits accordés par le Parlement.
- Il serait d’autre part un appui certain et une sauvegarde tutélaire pour le personnel.
- Dès qu’il serait constitué, le Conseil supérieur aurait à s’occuper d’urgence d’une enquête npprofondie sur l’organisation et le fonctionnement de chaque service, pour voiries réformes et les améliorations à y faire; il ferait des propositions en conséquence.
- 2° Renforcement du caractère de haut enseignement scientifique de Y Institut agronomique avec agrandissement de ses laboratoires pour que l’institution puisse recevoir un plus grand nombre d’élèves.
- Augmentation corrélative de la dotation du personnel : laboratoires, étables, champs d’études pour les expériences à faire en matière de physiologie animale ou végétale, de biologie, de physique terrestre, de chimie, etc.
- Révision du programme des cours de façon à former des agronomes capables d’assurer un recrutement d’élite aux Écoles des Eaux et Forêts et des
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- Haras et à devenir, avec les écoles nationales, une pépinière de professeurs, préparateurs, directeurs de stations et de laboratoires et d’agents techniques pour les services publics qui s’occupent de questions agricoles.
- Organisation d’une section spéciale à l’Institut agronomique, pour former un corps d’ingénieurs mécaniciens, d’ingénieurs hydrauliciens et d’ingénieurs-géomètres pour la réfection du cadastre, les réunions de parcelles et l’industrie privée.
- 3° Pour les Ecoles nationales d’Agriculture, révision de leur organisation, de leurs programmes.
- Renforcement de leurs moyens d’action dans le sens des observations développées ci-dessus.
- Utilisation des ressources qu elles possèdent pour l’étude des divers sols et des variétés de plantes de la région où elles sont situées, pour les recherches que comportent l’élevage, l’amélioration des races et l’alimentation des animaux.
- A l’Ecole de Montpellier, en particulier, organisation d’une section pour l’étude et l’utilisation des eaux en vue de l’arrosage et la préparation d’un personnel spécial d’hydrauliciens pour la grande région méridionale.
- A l’Ecole de Rennes, création d’une branche particulière pour l’étude et l’enseignement de la cidrerie; pour l’étude des races du pays et la production laitière.
- Maintien de l’Ecole des Industries agricoles de Douai, en y apportant les modifications qu’indique l’expérience acquise.
- 4° Conservation aux écoles pratiques de leur caractère propre d’écoles des paysans, avec un enseignement didactique consistant : 1° à exposer régulièrement et méthodiquement les grands principes et les lois élémentaires de la science agronomique; 2° à montrer pratiquement, sur le terrain et dans l’exploitation, les règles et les procédés de l’art agricole.
- Tenir la main à ce que ces écoles reçoivent les enfants au sortir de l’école primaire et n’exigent, en aucun cas, une rémunération supérieure à 500 f par élève pour prix de pension annuelle.
- Limitation de la durée des études à deux ans avec vacances, comme dans les petits collèges communaux.
- Révision de l’organisation et du programme de chaque école pratique et des écoles spéciales.
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- Obligation d'avoir, dans les écoles pratiques et les fermes-écoles, de petits ateliers pour apprendre aux élèves à travailler le fer et le bois et les rendre aptes à faire les réparations courantes aux machines et mstruments agricoles et de posséder dans les mêmes établissements, le matériel nécessaire pour former leurs élèves au maniement des machines telles que les locomobiles, les tracteurs, les auto-cars, les semoirs, les machines à battre, etc.
- Multiplication des écoles pratiques avec le concours financier des départements, des communes, et des associations agricoles, ou au moyen de fondations particulières.
- o° Développement du personnel des professeurs d’agriculture départementaux et spéciaux d’arrondissement, en les invitant à se mettre en rapport constant avec les cultivateurs pour instruire ceux-ci, et les renseigner sur les progrès et les améliorations à réaliser dans leur pays ; ils auraient à s’efforcer de changer leur mentalité en ce qui concerne le rôle et les services que rend la science appuyée d’une saine pratique, et devraient s’attacher, dans chacune de leurs conférences, à leur faire voir le rôle et l'utilité de l’enseignement technique et l’intérêt qu’ils ont à envoyer leurs enfants dans les écoles professionnelles.
- Ils devraient même orienter leurs cours à l’école normale primaire de façon à intéresser leurs auditeurs et à leur faire comprendre le rôle important qu’ils peuvent jouer pour le relèvement de l’agriculture dans les écoles de villages et même dans celles des villes, car, là aussi, ils peuvent exercer une influence bienfaisante pour attirer vers l’agriculture nombre d’urbains.
- Il y aurait à examiner de près le programme des conférences des professeurs et celui de leur cours à l’école normale primaire.
- 6° Multiplication des chaires d’agriculture dans les lycées, collèges et écoles primaires supérieures, ainsi que des écoles spéciales d’hiver et d’enseignement ménager pour filles dans les campagnes.
- Aucun moyen de propagation de la bonne semence ne doit être négligé ou délaissé.
- 7° Révision des traitements du personnel des recherches scientifiques et de 1 enseignement, de façon qu’aucun de ses membres n’ait besoin de chercher en dehors, parle cumul, des moyens de vivre, et que les uns et les autres puissent consacrer à leurs fonctions toutdeur temps, toute leur activité et tout leur savoir.
- 8° Enfin, organisation à l’Institut agronomique, dans les écoles nationales
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- et dans les écoles pratiques, à l’instar de ce qui se passe sur une très vaste échelle en Amérique, de Y enseignement par correspondance, qui permettrait aux adultes, aux jeunes gens et môme aux enfants, de bénéficier des leçons, quand, comme dans de très nombreux cas, ceux-ci sont empêchés d’aller dans les établissements d’enseignement.
- Telles sont les considérations sur lesquelles il y aurait lieu, ce me semble, d’appeler l’attention des pouvoirs publics et de tous les hommes qui s’intéressent au développement de l’agriculture.
- Nous avons tracé, dans ses grandes lignes, l’ensemble de nos institutions d’enseignement agricole et les évolutions successives de celles-ci. Nous avons indiqué quelles sont, dans notre pensée, les réformes à y faire, les améliorations à y introduire et les lacunes à combler : l’intervention législative ne semble pas nécessaire pour les effectuer, puisque les lois existantes permettent au pouvoir exécutif d’y suffire, et que les crédits pour le fonctionnement du système sont inscrits au budget : il n’y aura qu’à comprendre dans les chapitres des budgets futurs, les allocations nécessaires ; les améliorations proposées pourraient donc être décrétées rapidement.
- Quant aux savants et aux praticiens, ils doivent se mettre immédiatement à l’œuvre, dès maintenant ; tous leurs efforts doivent converger pour intensifier, comme on l’a dit, notre production dans toutes les branches de l’industrie : il faut faire un pressant appel à la science qu’on a trop négligée chez nous, comparativement à ce qui s'est fait chez nos voisins, car, sans elle, les industries piétinent sur place sans avancer.
- Ce n’est pas tout pour atteindre le but qu’on poursuit, de légiférer, de faire des règlements, d’envoyer des instructions, de créer des écoles et des chaires, il faut avoir un personnel ad æquat, un personnel instruit, sélectionné avec un soin rigoureux, dévoué à ses fonctions, comprenant sa mission de travail, d’enseignement et de propagande, en un mot, à la hauteur de sa tâche.
- Ce personnel, c’est l’enseignement supérieur seul qui peut le former; voilà pourquoi il faut placer au faîte des mesures à recommander la révision et le renforcement de l’Ecole des hautes Etudes scientifiques et des écoles d’application pour créer, guider et contrôler l’activité de ce personnel et veiller à son bon recrutement.
- Nous avons conseillé l’institution d’un Conseil supérieur composé de compétences incontestables, n’ayant d’autre souci que de faire des choix basés sur la capacité, les aptitudes professionnelles et le caractère des personnes.
- Gomme il y a urgence, la première mesure à prendre, et qui s’impose, serait deprocéder de suite à la constitution de ce conseil qui aurait pour mission de
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- faire l’enquête dont il a été parlé plus haut : quand il s’agit de toucher à un organisme aussi important et aussi complexe que celui de notre enseignement agricole, il faut voir clair, bien clair et ne pas s’en rapporter à des appréciations plus ou moins superficielles ou intéressées; il le faut afin de ne pas, par des créations hâtives ou des réformes inopportunes, nuire aux intérêts que l’on prétend servir et, aussi, afin de réserver tous les efforts et toutes les ressources disponibles pour les améliorations et les développements reconnus nécessaires.
- En basant les demandes et les revendications à faire, sur les observations qui précèdent, on placera la question de la refonte de l’enseignement agricole sur son véritable terrain, le terrain scientifique expérimental, et on fera une œuvre foncièrement utile à l’agriculture de demain et avantageuse pour la patrie, car la puissance et la fortune de la France dépendent avant tout de la prospérité de l’agriculture et de sa force productive.
- Après discussion de la présente communication, le Comité d’Agriculture de la Société d'Encouragement pour /’Industrie nationale en a approuvé les conclusions.
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- TABLEAU ANNEXE N° 1
- État de la force productive de l’Agriculture française comparée à celle des pays où l’Instruction scientifique et l’Instruction professionnelle agricole se sont le plus développées.
- (Rendements de cultures et effectifs des animaux.)
- H L É POMMES
- S EIG L E. AVOINE. CHEVAUX. GROS BETAIL. PORCS.
- (FROMENT). DE TfiRRE.
- -—-— ——-
- O O 12 a g +? © fl U © U fl a £ © o «w u S G £ © . '© © . ©
- s | A ® 'fl fl r~" fl Jh S ü © o 'fl æ -S 2 fl ~ g S § 2 fl ^ 1i o Pour hecta: ulti\ és O Pour hecta; îltivés rotai. Pour hectaj drivés
- m w & m (5 s cn r£ ci rXi © f-> Ç£ ci ^ Pu S O O O fl H O O O § c rH
- Hectares. Quintaux. Hectares. Quintaux. Hectares. Quintaux. Hectares. Quintaux. Nombre. Nombre. Nombre. Nombre. Nombre. Nombre.
- En 1913 :
- 6 539 500 13,50 1 175 710 10,85 3 979 270 13,02 1 548 070 87,64 3 222 080 9 14 787 710 41 7 035 850 19
- En 1900 :
- 6 864 070 12,50 1 419 780 10,55 3 941 420 10,50 1 509 898 81,15 2 903 063 8,1 14520832 40 6 740 40.4 Moyenne 18
- En 1880 : do 18f>’>-8.ri
- 6 879 275 11,07 1 770 560 9,71 3 473 915 11,09 1 303 464 74,41 2 837 952 7,9 12997054 36 6 259 981) 17
- En 1913 :
- 1 59 494 25,70 259 091 20,90 271 694 23,92 159 871 216 262 709 13,7 1 830 747 95 1 348 514 70
- En 1880 : 15,29 277 639 14,4 249 486 16,14 199 337 122 271274 14 1382 815 46 646 374 34
- En 1912 :
- (1) 54 043 29,60 245 800 17,50 304 925 19,9 61 141 175,2 535 018 21 2417125 96 1 919 000 76
- En 1880 :
- 51 275 15,75 260 090 15,8 424 320 13,35 52 250 86,0 347 861 13 1 470 000 55 527118 20
- PAYS.
- Franco
- Belgique.
- SURFACE
- CULTIVKK.
- (Jachères comprises non les bois).
- Hoctares.
- 35 582 254 Forêts : 9886 700
- 1 9167C0 Forêts : 521 500
- Danemark.
- 2 503 721 Forêts : 333 000
- (1) Le rondcmont en 1913 a êlé exceptionnel (33,7) ; pour la comparaison, on a pris l’année 1912 dont le rendement est sensiblement la moyenne quinquennale.
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- l’enseignement agricole.
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- TABLEAU ANNEXE N° 2
- État des institutions d’enseigneme nt agricole existant :
- Au l,T juillet 1870. | Au 1er janvier 1947.
- 1° Enseignement supérieur
- Néant. [ | 1 Institut agronomique.
- 2° Écoles nationales
- 3 Écoles nationales d’agriculture :
- Grignon.
- Rennes.
- Montpellier.
- 1 École nation. d’Horticulture (Versailles). 1 École nationale des Industries agricoles (Douai).
- I École nationale d’industrie laitière (Ma-mirolle).
- 1 École nationale d’industrie laitière (Poligny).
- 1 École supérieure ménagère (Grignon).
- 3° Ecoles pratiques
- 38 Écoles pratiques d’Agricullure.
- I École pratique d'Aviculture.
- 5 Écoles pratiques de Laiterie.
- 1 École pratique ménagère (et de Laiterie, d Écolepratiqued’OsiéricultureetVannerie. 3 Écoles (fruitières.
- 20 Écoles d’Agriculture d’hiver.
- 8 Écoles d’Agriculture ambulantes.
- 3 Écoles nationalesM’agriculture : Grignon (Seine-et-Oise). Grandjouan (Loire-Inférieure). La Saulsaie (Ain).
- b2 Fermes-Écoles. 1 Bergerie-École.
- 4° Écoles d’apprentissage
- 7 Fermes-Écoles (1). 1 Bergerie-École.
- 5° Chaires d’agriculture
- 4 chaires dans les facultés.
- 10 professeurs d’agriculture nommés par les départements.
- 5 chaires de chimie agricole, facultés.
- 98 professeurs-directeurs des services agricoles départementaux.
- 172 professeurs spéciaux.
- 18o chaires dans les collèges, lycées, École professionnelle supérieure.
- 90 chaires dans les écoles normales primaires, champs de démonstration et d’expérience.
- 1) La diminution provient des salaires de plus en plus élevés offerts aux ouvriers de 16 à 18 ans par les fermes particulières pendant les 30 dernières années.
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- PAR
- M. A. Lévy-Lambert
- Ingénieur, chef des Services de l’Éclairage et du Chauffage du Chemin de fer du Nord.
- La question de réduction des frais de main-d’œuvre et, plus généralement, la question de diminution des frais de production et de transport va continuer à se poser plus impérieusement que jamais dans l’industrie, pendant de longues années.
- Les frais de transport des matières pondéreuses, par fer ou par eau, sont déjà très réduits, et, loin d’espérer de nouvelles réductions des tarifs de transport, il faut, au contraire, envisager dès maintenant des relèvements de tarifs que les événements actuels rendent inévitables.
- Cependant, si l’on ne peut pas espérer de réduction des frais de transport pour le trajet dans le wagon ou le bateau, il n’en est pas de même pour l’apport de la marchandise à la gare ou au port, ou le camionnage à l’arrivée de la gare ou du port au lieu d’emploi.
- Lorsque l’usine peut être aisément reliée par embranchement à la gare voisine, le problème est résolu ; mais il n’en est pas toujours ainsi, car, pour des raisons techniques ou financières, l’établissement d’un embranchement est parfois irréalisable. C’est alors qu’apparaît la nécessité d’un mode de transport plus modeste, et l’on songe immédiatement au câble aérien, dont le fil porteur, tendu dans les airs, franchit aisément tous les obstacles, sans ouvrages d’art, sans terrassements, sans acquisition de terrains.
- Particulièrement indiqués en pays de montagnes, les câbles porteurs aériens ont reçu cependant de nombreuses applications en pays de plaine et dans les industries les plus diverses : travaux publics, industries extractives, mines, métallurgie, usines à gaz, fabriques de sucre. L’industrie forestière elle-
- (1) Conférence faite en séance publique le 26 novembre 1916*
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- même présente un certain nombre de cas intéressants d’application des câbles porteurs aériens.
- Cependant, si les câbles porteurs se sont répandus largement dans certains pays, ils n’ont pas encore pris en France le développement auquel ils paraissent appelés.
- Les raisons de ce faible développement sont de plusieurs natures.
- Tout d’abord, l’esprit clair et droit de nos industriels, leur bon sens intuitif, leur fait toujours préférer les solutions les plus simples, évitant l’emploi d’une machinerie parfois exposée à des arrêts intempestifs, quitte à accepter une dépense de premier établissement plus élevée. Mais, parfois aussi, l’établissement d’un embranchement reliant l'usine à la voie ferrée est impossible à réaliser, l’industriel y renonce et, par manque de données ou timidité, la solution du câble porteur est écartée ou l’on n’y songe même pas.
- L’industriel français est du reste excusable de ne pas se diriger plus rapidement vers la solution des transports aériens. Les constructeurs français de câbles porteurs sont peu nombreux et ne cherchent pas assez à se faire apprécier du grand public : il faut connaître la compétence de ces trop modestes ingénieurs, il faut avoir vu et apprécié leur œuvre pour se rendre compte de leurs moyens d’actions et de leur valeur.
- La conséquence de cette situation est qu’un grand nombre de lignes à câbles ont été construites dans tous les pays par des industriels allemands qui, eux, n’ont jamais péché par excès de modestie ni horreur de la réclame.
- Nous pensons qu’il y a dans l’industrie des câbles porteurs, une place à prendre dans l’avenir pour les constructeurs français, et c’est surtout cette considération qui nous a conduit à entretenir de la question les membres de la Société d’Encouragement.
- Après ces développements préliminaires, nous allons retracer brièvement l’historique de la question.
- ËiSTORIQCJË
- Le pri ncipe du transport par câbles aériens est des plus anciens. On eîi cite des exemples en Chine, au Japon, aux Indes, remontant à plusieurs siècles. Dans un ouvrage paru en 1617, Samson d’Abbeville, géographe du roi, décrit un câble porteur tendu à 150 brasses au-dessus de l’Oued Sebou, et permettant à dix personnes de passer à la fois d’une rive à l’autre. Au Maroc également, le vicomte de Foucaut a décrit un câble aérien permettant aux indigènes de traverser l’Oued-el-Habid. De nos jours encore, dans les Andes, le
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- câble aérien est employé par les habitants pour parer à la destruction d’un pont et rétablir les communications par un moyen de fortune.
- En Europe, on trouve trace, en 1644, de l’établissement à Danzig d’un câble porteur pour le transport des terres. Installée par le Hollandais Adam Wijbe, la ligne était constituée par une simple corde tendue, actionnée par des cabestans à laquelle étaient attachés des seaux. Les déblais franchissaient ainsi les fossés de la fortification et étaient déposés sur une petite élévation voisine de la ville appelée « La Montagne de l’Évêque ».
- Malgré cette tentative ingénieuse et plusieurs autres, la question des câbles porteurs ne fit aucun progrès. Jusqu’au moment où les câbles métalliques à torons entrèrent dans la pratique, c’est-à-dire vers 1840, la question n’était pas intéressante à cause de l’usure rapide des câbles en fibres végétales. De fait, il faut arriver en 1868 pour trouver la description du brevet que Charles Hodgson prit en Angleterre pour son « monocâble ». Le système d’Hodgson se répandit promptement car, en 1872, on comptait déjà 33 installations de ce système en exploitation et, dès 1869, la maison Neyret-Brenier, de Grenoble, installait en France un premier « monocâble ».
- En 1872, d’autre part, de Dücker installait à Metz un système bicâble, comprenant deux câbles porteurs fixes, formant chacun une voie aérienne à laquelle les bennes portant les déblais étaient suspendues ; elles étaient entraînées par un troisième câble; celui-ci était un câble sans fin, toujours en mouvement, rendu automatiquement solidaire ou indépendant des bennes par un appareil d’accouplement.
- Ce dispositif se répandit rapidement, surtout en Allemagne et dans toute l’Europe, car, en 1888, on installe en Espagne la ligne à câble de la Sierra de Bedar, ligne de 15 km de longueur, débitant 400 t par jour. La même année, la maison Teste, de Lyon, installait dans l’Isère le câble de Saint-Imier; en 1891, la même maison construisait pour la desserte du fort du Truc, à la frontière italienne, un câble de 2100 m de longueur rachetant, sur ce parcours, une différence de niveau de 900 m.
- Les installations se développant de plus en plus, on songe aux câbles aériens pour le transport des personnes, et, dès 1891, la maison Bullivantet Cic, de Londres, installe un transbordeur à câbles à Hong-Kong pour relier une fabrique de sucre aux maisons d’habitation des Européens. Aux expositions de Stockholm et Vienne, en 1897 et 1898, des câbles porteurs sont installés pour le transport des personnes. Enl907,M. Torres y Quevedo installe au Mont-Ulia, près Saint-Sébastien, un transbordeur à câbles pour le transport des personnes. La même année, une ligne importante à deux câbles fixes, avec câble tracteur, est installée dans le Tyrol près de Botzen pour le transport des
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- touristes. Enfin, en 1908, l’ingénieur suisse Feldmann installe le câble du Wetterhorn qui, sur un parcours de 365 m, rachète une différence de niveau de 425 m, installation remarquablement bien étudiée dont les dispositions resteront classiques. A ce moment, la question est au point : la période historique est close.
- PRINCIPE
- Les lignes à câbles peuvent être rangées en trois types principaux : le système dit « va et vient » ; le système monocâble ; le système bicâble.
- Le système « va et vient » est peu employé ; c’est le système des chantiers, des installations de fortune. Le même câble sert pour acheminer la benne dans un sens ou dans l'autre ; il n’y a qu’une voie aérienne servant alternativement pour la descente de la benne chargée et le retour de la benne vide. Le mouvement est donné, si le système n’est pas automoteur, par un câble tracteur que l’on fait marcher, tantôt dans un sens, tantôt en sens inverse.
- La maison Ceretti et Tanfani a établi des lignes remarquables de ce genre pour la desserte des carrières de Carrare.
- Le système « monocàble », répandu en France par M. Etcheverry et perfectionné par lui, ne comporte qu’un câble sans tin, toujours en mouvement, qui sert à la fois de câble tracteur et de câble porteur : les bennes, fixées à ce câble, portées et entraînées par lui, se suivent en chapelet de distance en distance.
- Ce câble sans tin est tendu aux extrémités par des poulies ; l’une est une poulie motrice, l'autre, à l’extrémité opposée de la ligne, sollicitée par un fort contrepoids, sert à donner au câble la tension voulue et à la maintenir. Enfin, de distance en distance, le câble repose sur des appuis, ou pylônes, par l’intermédiaire de poulies à gorge.
- C’est le système le plus simple, ayant fait primitivement l’objet du brevet Hodgson.
- Le système « bicâble » est le plus employé aujourd’hui; il est ainsi constitué.
- Deux câbles fixes sont tendus parallèlement côte à côte dans l'espace, l'un sert de voie d’aller des bennes chargées, l'autre est la voie de retour des bennes vides. Les bennes sont entraînées par un câble sans fin, dit câble tracteur, tou-Tome 127. — 1er semestre. — Janvier-Février 1917. 6
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- jours en mouvement, qu’un appareil d’accouplement rend automatiquement, au moment voulu, solidaire ou indépendant de chaque benne. Les câbles porteurs ou tracteur reposent de distance en distance sur des pylônes convenablement espacés le long de la ligne. Aux stations terminus, les bennes libérées du câble tracteur sont poussées à la main et chargées ou déchargées successivement.
- Nous allons étudier maintenant les divers éléments dont sont composées les lignes à câbles.
- CABALES PORTEURS ET TRACTEURS
- Les câbles métalliques employés sont formés de fils d’acier à haute résistance réunis et tordus ensemble énergiquement par 6 ou 7. On forme ainsi un petit câble élémentaire de 6 ou 7 fils appelé toron. En tordant un certain nombre de ces torons autour d’une âme centrale, on obtient un câble hélicoïdal; le sens d’enroulement des fils dans les torons est généralement inverse du sens d’enroulement des torons dans le câble : d’où une surface extérieure assez inégale. Lorsque les roues supportant les wagonnets roulent sur cette surface, les rebords des roues tendent à cisailler les fils métalliques des torons. D’autre part, il reste un certain vide entre les fils et entre les torons, ce qui permet â l’eau de pluie de s’introduire dans le câble et amène l’oxydation des fils.
- On remédie à ces défautsen construisant des câbles, dits « clos», dans lesquels les fils d’enveloppe sont des fils à section trapézoïdale, s’emboîtant les uns dans les autres comme les voussoirs d’une voûte. On obtient alors un câble dont la surface externe est aussi lisse, aussi polie, que celle d’une barre de fer rond sur laquelle les roues à gorge des bennes roulent sans peine et dans laquelle la pluie ne peut pas s'introduire.
- Les câbles ont couramment 25 à 35 mm de diamètre et pèsent de 2,5 kg à 5 kg le mètre linéaire ; mais on arrive à construire des câbles dont le diamètre atteint 61 mm et le poids par mètre linéaire 16 kg, qui supportent, avant de se rompre, une charge de 270 t.
- Le métal employé pour la fabrication des fils est un acier dont la résistance à la rupture est de 150 à 180 kg : mm2, mais il faut noter que la fatigue imposée au métal par le câblage réduit la résistance de 15 à 20 p. 100.
- Les câbles porteurs travaillent généralement entre le 1/5 et le 1/8 de leur charge de rupture ; lorsqu’il s’agit de câbles porteurs pour voyageurs, il est prudent de ne pas faire travailler les câbles à plus de 1/10 de leur charge de rupture,
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- Les câbles tracteurs ont besoin de plus de souplesse que les câbles uniquement porteurs : en effet, ils doivent s’incurver sur les poulies motrices et faire le nombre de tours ou fractions de tours voulus pour obtenir l’adhérence nécessaire. Aussi, les câbles à surface lisse, ou câbles « clos », plus rigides que les câbles hélicoïdaux ne peuvent-ils être employés comme câbles tracteurs.
- Les principales maisons fabriquant les câbles métalliques en France sont :
- Les câbleries Bessoneau d’Angers, les câbleries et tréfileries de Bourg-en-Bresse, la Société de Châtillon-Commentry, les usines Stein de Danjoutin-Belfort, la maison Teste de Lyon.
- La durée des câbles varie nécessairement avec le travail qui leur est imposé et les soins qui sont pris pour l’entretien et le graissage.
- On considère qu’un câble porteur supportant annuellement un débit de G 000 t doit durer au moins six ans.
- La maison Etcheverrv garantit ses câbles pour une durée minimum de 8000 heures de travail.
- PYLÔNES ET SUPPORTS
- Les câbles aériens doivent être supportés de distance en distance par des appuis de hauteur convenable. Plus la portée entre appuis est grande, plus la flèche prise par le câble sous l’action de la pesanteur augmente et plus, par conséquent, la hauteur des pylônes doit être grande, de façon que les wagonnets ne risquent, en aucun point du parcours, de raboter le sol au passage .
- Les pylônes sont la plupart du temps métalliques, les hauteurs de 20 à 25 m sont fréquentes et l’on atteint parfois une hauteur de 50 m. Quant aux portées, elles sont très variables 50, 100 m d’une façon courante; les portées atteignent 7 et 800 m et l’on va même à 1 000 m sans appui intermédiaire.
- Les pylônes affectent la forme de pyramides quadrangulaires, carrées à la base, dont chaque face est inclinée de 1/10 environ sur la verticale. Chaque face est divisée elle-même en un certain nombre de trapèzes solidement contreventés par des diagonales. Au sommet, les pylônes supportent les câbles porteurs par l’intermédiaire de glissières en fonte dites « sabots », sur lesquelles les câbles frottent lorsqu’ils s’allongent ou se raccourcissent sous l’effet des variations de charge ou de température. Les câbles tracteurs, situés au-dessous des câbles porteurs, portent sur les pylônes par l’intermédiaire de poulies à gorges dont les axes horizontaux sont supportés par les faces latérales des pylônes.
- La hauteur des pylônes doit être calculée avec le plus grand soin. En parti-
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- culier, aux points de faîtes, car, en cas d’insuffisance de hauteur d’un pylône, le câble serait exposé à se soulever au-dessus de l’appui et à fouetter dans l’espace, ce qui exposerait à de graves mécomptes.
- TRACÉ DES LIGNES A CABLES EN PLAN ET PROFIL
- Les lignes à câbles doivent être rectilignes ; lorsque des changements de direction sont nécessaires, la ligne est tracée suivant plusieurs alignements. Aux points d’intersection de ces alignements, on installe des stations d’angle. Les câbles porteurs sont coupés en ces points et les wagonnets, détachés du câble tracteur, sont poussés à la main sur une voie aérienne qui conduit d’un alignement à l’autre en évitant le sommet d’angle. Quant au câble tracteur, il est conduit d’un alignement à l’autre par une série de poulies de guidage.
- En profil, les lignes à câble présentent des pentes extrêmement raides qui atteignent et dépassent 45°; elles admettent sans difficulté une série de pentes et contre-pentes.
- A ce propos, nous ferons remarquer que toutes les bennes en mouvement sur l’ensemble de la ligne, aussi bien les bennes chargées que les bennes vides, étant accouplées au câble tracteur sans fin, le poids mort des bennes descendant la pente équilibre le poids mort des bennes qui remontent et le mouvement se produit en faisant face au poids du chargement des bennes, indépendamment du poids mort.
- Cette considération fort importante montre clairement l’économie du système au point de vue de l’énergie nécessaire pour actionner la machinerie.
- Il est évident que si les bennes descendent toujours à charge et remontent à vide, le système est automoteur : il faut alors modérer la vitesse à l’aide d’un dispositif de freinage.
- STATIONS TERMINUS
- A l’arrivée à la station terminus, la benne est détachée automatiquement du câble tracteur sans fin; elle est poussée à la main sur une voie aérienne monorail qui fait le tour de la station ; des ouvriers la chargent ou la déchargent et, par la voie monorail, ramènent la benne au câble porteur de départ qui sort de la station parallèlement au câble d’arrivée. En un point convenablement choisi, un dispositif automatique rend à nouveau la benne solidaire du câble tracteur toujours en mouvement, et la benne retourne vers son point de départ.
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- Un plancher de manœuvre est ménagé dans les stations terminus à la hauteur voulue de façon que les hommes de manœuvre puissent charger ou décharger les bennes et les pousser à la main sur la voie aérienne monorail dans toute l’étendue de la station.
- Dans l’une des stations terminus se trouvent le moteur et les organes de transmission mettant en mouvement les poulies motrices qui entraînent le câble tracteur sans fin et lui impriment sa marche ininterrompue.
- Les câbles porteurs, ancrés solidement à l’une de leurs extrémités dans l'une des stations terminus, sont tendus à l’autre extrémité par un fort contrepoids. Sous l’action de cette traction la tension du câble est ainsi maintenue constante malgré les variations de longueur du câble sous l’effet des variations de température ou des différences de charge.
- TRAIN ROULANT
- Les caisses ou bennes contenant les matières à transporter sont portées par une suspension pendulaire dont l’axe est fixé normalement au train roulant qui circule sur le câble. Ce train roulant est formé essentiellement d’une sorte de traverse métallique, portée par deux roues à gorge roulant sur le câble comme sur un rail. L’axe de la suspension de la benne est fixé au milieu de la traverse entre les deux roues à gorge qui portent le train roulant. Lorsque la charge est importante, elle est alors portée par quatre roues, placées par groupe do deux à chacune des extrémités du train roulant, chaque groupe formant une sorte de bogie. On porte ainsi facilement une charge de 1500 kg; on va môme beaucoup plus loin car la maison Ceretti et Tanfani de Milan a construit un câble porteur dans la région de Carrare au moyen duquel on arrive à descendre des blocs pesant 5 000 kg.
- Outre la suspension et les galets de roulement, le train roulant porte l’appareil d accouplement servant à saisir ou lâcher le câble tracteur au moment voulu.
- APPAREILS d’aCCOUPLEMÈNT
- Le programme à remplir par l'appareil d’accouplement est le suivant :
- 1° au départ, saisir automatiquement le câble tracteur toujours en marche à l’instant voulu ;
- 2° à l’arrivée, lâcher automatiquement ce câble tracteur au moment voulu. On obtient ce résultat à l’aide de deux mâchoires qui, en se rapprochant
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- ou s éloignant, viennent enserrer fortement le câble entre elles ou au contraire Je libérer.
- Deux systèmes différents sont employés pour atteindre ce résultat.
- Dans l’un des systèmes, le serrage ou l’écartement des mâchoires sont produits par l’action d’un contrepoids placé à l’extrémité d’un levier qui renforce nécessairement l’action du contrepoids. Dans l’une des positions, le contrepoids, agissant sur un axe fileté, tend à rapprocher les mâchoires et à les serrer fortement l’une contre l’autre; en renversant le levier, on fait tourner l'axe fileté en sens inverse et les mâchoires s’écartent.
- Le renversement du levier, dans la position convenable, se fait automatiquement aux stations terminus.
- Ce dispositif donne un degré de serrage indépendant du poids de la benne. Il a été adopté par la maison Richard, de Paris, ainsi que par la maison Ceretti et Tanfani, pour son appareil « Standard ».
- Dans l’autre système adopté pour les appareils d’accouplement, le mouvement des mâchoires et leur serrage sont obtenus en utilisant, à cet effet, le poids même de la benne.
- L’axe de suspension des bennes peut alors monter ou descendre dans une sorte de coulisseau. Dans les stations, l’axe de suspension est maintenu soulevé et soutenu par un guidage latéral ; mais, à l’entrée de la station, le guidage cesse, et, sous faction du poids de la benne, l’axe s’abaisse en entraînant les mâchoires qui se rapprochent et viennent enserrer le câble. Cette disposition a été adoptée pour l’appareil « Idéal »de la maison Ceretti et Tanfani.
- M. Etcheverry a adopté un dispositif de ce genre pour l’appareil d’accouplement de son monocâble. Ici, les deux mâchoires sont solidaires, de telle sorte que le mouvement de l’une entraîne celui de l’autre, et le poids de la benne est utilisé pour obtenir le serrage ; en outre, un dispositif spécial renforce encore le serrage dans les pentes supérieures à 40 p. 100.
- Sans pousser plus loin la description des divers organes des lignes à câbles, nous allons examiner diverses installations appartenant aux types les plus employés : le monocâble et le bicâble.
- SYSTÈME MONOGABLE
- Ainsi qu’il a été expliqué, l’installation ne comporte qu’un seul câble sans fin, servant à la fois de porteur et de tracteur, toujours en marche, par conséquent.
- Un tel système est d’une grande simplicité ; son établissement exige moins
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- de frais que celui du « bicàble », puisque les câbles porteurs fixes sont supprimés ; en outre, on réalise une certaine économie sur les dispositifs d’ancrage, de tension et d’appuis sur les pylônes intermédiaires.
- Par contre, le monocàble ne peut faire face qu’à un trafic limité qui, pratiquement, ne peut guère dépasser 30 à 35 t à l’heure, chiffre correspondant déjà du reste à la desserte d’une usine assez importante.
- Le système monocàble, tel qu’il fut construit par Charles Hodgson, s’est répandu rapidement en Angleterre à partir de 1868. En France, dès 1888, la maison Teste, Pichat et Moret, de Lyon, installait un monocâble pour la desserte des carrières de Saint-Imier (Isère). La ligne, longue de 2 700 m, rachète une différence de niveau de 270 m et fait face à un trafic journalier de 30 à 40 t; les frais de premier établissement se sont élevés à environ 30 000 f.
- Depuis lors, diverses applications du système « monocàble » ont été réalisées, en France, surtout par les soins de M. Etcheverry, qui a perfectionné notablement ce système et s’est spécialisé dans la construction des lignes de ce genre. Depuis 1899, on compte dix-neuf monocâbles établis en France par M. Etcheverry. Nous citerons, parmi ces installations, les deux monocâbles établis pour l’exploitation des talcs de Luzenac (Ariège), l’une des lignes est longue de 6 700 m ; la différence de niveau entre les stations extrêmes atteint 1167 m, et l’on y trouve une travée de 1000 m sans appui intermédiaire. L’autre ligne, encore plus importante, rachète une différence de niveau de 1 600 m., sur une longueur en plan de 16 300 m, en faisant face à un trafic journalier de 380 t.
- Citons encore la ligne établie pour le transport des minerais de fer au Gier de Ludion (Haute-Garonne), ligne rachetant une différence de niveau de 1 400 m sur une distance de 8 100 m ; le tonnage journalier atteint 250 t.
- Enfin, dans les pays alliés, nous devons citer, en Angleterre, la maison Bullivant, de Londres, bien connue, qui a construit de nombreux mono-câbles, tant en Angleterre qu’aux colonies.
- SYSTÈME BICABLE
- Ce système, le plus employé, comporte, nous le rappelons, deux câbles porteurs fixes, un pour les bennes chargées, l’autre servant au retour des bennes vides, les bennes étant entraînées par un câble tracteur sans fin, toujours en mouvement.
- Dès 1890, la maison Teste, Pichat et Moret, de Lyon, installait une ligne
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- de ce système, longue de 1 670 m, traversant deux bras du Rhône en vue de la desserte de la sucrerie de Laudun (Gard); le débit journalier atteignait 50 t.
- Il faut citer aussi la maison Neyret-Brenier, de Grenoble, qui a réalisé un certain nombre d’installations parmi lesquelles on note la belle ligne des mines de Pierrefitte, établie en 1907. Longue de 6 608 m, la ligne aérienne) franchit les deux points de faîte des cols de Pierrefitte et d’Estaing, aux altitudes respectives de 4 970 et 1690 m. La station de chargement est à la cote 1810 m, la station de déchargement à la cote 860. Malgré les contre-pentes, le système est automoteur, et la vitesse doit même être modifiée à l’aide d’un régulateur hydraulique à palettes. La ligne est tracée suivant quatre alignements distincts avec 3 stations d’angle. La portée entre pylônes atteint 600 m ; le débit journalier est de 600 t.
- Mentionnons enfin la maison Richard, de Paris, qui a installé en France un grand nombre de bicàbles, dont plusieurs lignes fort intéressantes, tant par leurs dispositions que par leur longueur et le trafic important qu’elles desservent.
- Telle est la ligne installée dans le Var pour la desserte des mines de fer de Beau-Soleil par exemple, longue de 9 770 m, débitant 300 t par jour; la ligne des mines de Segré, dont le débit horaire atteint 100 t; la ligne en construction pour les mines de Philippeville, établie également en vue d’un tonnage horaire de 100 t. Ces gros tonnages ont du reste été atteints en Lorraine où certains câbles sont arrivés à débiter 2000 t par jour, soit 700000 tà l’année.
- La ligne établie par la maison Richard à Toulon, pour la desserte des chantiers d’un bassin de radoub, débite couramment 120 t à l’heure.
- Citons enfin, en Italie, l’importante maison Ceretti et Tanfani, de Milan, qui a établi actuellement en différents pays 700 installations, dont un certain nombre fort importantes.
- La maison Ceretti et Tanfani est représentée en France par la Société des « Ateliers et Fonderie de la Courneuve ».
- FRAIS D’ÉTABLISSEMENT ET D’EXPLOITATION
- Les dépenses d’établissement des lignes à câbles varient dans des proportions considérables d’une ligne à l’autre, suivant les difficultés du terrain et le tonnage à desservir, mais on peut tabler en moyenne sur une dépense, par mètre linéaire, variant de 15 à 30 f. Ces chiffres ne sont qu’un simple aperçu; il est clair, par exemple, sans s’étendre davantage, que, pour une ligne de très
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- faible longueur, la dépense afférente à l'installation des stations terminus, pèse lourdement sur le prix par unité de longueur.
- La dépense des câbles peut, en temps normal, être comptée à raison de 0,80 f à 1, 20 f le kilog. pour les cables hélicoïdaux ; 1 f à 1,50 f le kilog. pour les câbles « clos », c'est-à-dire à surface lisse. Les fers pour pylônes valent en moyenne 0, 80f le kilog.
- A propos des frais d'établissement, nous devons mentionner les exigences, parfois scandaleuses, qu'élèvent certains propriétaires de terres stériles pour autoriser le passage de câbles aériens au-dessus de leur propriété. La jurisprudence permet, dans certains cas, malheureusement trop restreints, de déjouer ces tentatives de chantage et le jugement du Tribunal civil de Saint-Jean-de-Maurienne, en date du 24 novembre 1904, est à citer à ce point de vue : il ouvre la voie à une législation plus conforme à l’équité et à l’intérêt général.
- Les dépenses d’exploitation sont encore bien plus difficiles à préciser.
- Dans des cas très favorables, aux installations des carrières de Rouina (Algérie) et Mazourgues (Var), les exploitants ont indiqué à la maison Richard, comme frais d’exploitation, le prix de 0,036 f à 0, 037 fpar tonne kilométrique, frais d’amortissement des installations non compris.
- La maison Ceretti et Tanfani donne comme limites extrêmes du prix de la tonne kilométrique 0,5 f à 0,05 f, tout frais compris suivant les cas.
- Au câble de la sucrerie de Laudun, le prix de la tonne kilométrique a été évalué à 0, 50 f, pendant la période d’amortissement des installations, et à 0 35 f au delà. Pour une ligne de niveau de 11 km de longueur de la région de Florence, la maison Ceretti et Tanfani, évalue à 0,12 fie prix de la tonne-kilomètre, le trafic annuel étant de 60 000 t.
- Dans tous le cas, le prix de transport par route de terre s’abaissant bien rarement au-dessous de 0,35 f à 0,40 f par tonne-kilomètre, on voit qu’en raison de la réduction de la largeur du transport, les lignes à câble sont toujours beaucoup plus économiques que le charroi par voitures dès qu’il s’agit d un tonnage de quelque importance, surtout s’il s’agit de transports en pays accidenté où les routes de terre doivent se développer en lacets interminables.,
- COMPARAISON DES DIVERS SYSTEMES DE GABLES PORTEURS
- Le système « va et vient », composé d’un seul câble fixe sur lequel la benne monte et descend alternativement, est le plus simple de tous; il convient pour un très faible trafic ; généralement automoteur, il n’est guère utilisé que pour les installations de chantier ou de fortune.
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- Le système monocâble dessert déjà un trafic relativement important, tout en conservant un certain caractère de simplicité ; il se prête particulièrement bien à^la traversée des points de faîte, et les frais de premier établissement qu’il exige sont faibles. Par contre, son débit ne peut dépasser 30 à 35 t à l’heure; enfin, le câble, à la fois tracteur et porteur, supportant à la fois le poids des bennes et l’effort de traction, doit s’infléchir sur les poulies motrices ; son usure est par suite relativement assez rapide.
- Dès qu’il s’agit de fortes charges, de gros tonnage, le monocàble doit céder le pas au bicâble dont les frais d’établissement sont plus élevés, mais qui débite beaucoup, et supporte aisément des charges de 7 500 kg.
- Dans le bicâble, les câbles porteurs ne supportent que le poids des bennes, le câble tracteur résiste seulement à l’effort de traction ; les efforts sont ainsi mieux répartis que dans le monocâble ; par conséquent, l’usure des câbles est plus lente et l’effort nécessaire pour la mise en mouvement' de l’équipage mobile moins considérable.
- GABLES PORTEURS POUR VOYAGEURS
- Comme nous l’avons dit à propos delà partie historique, en 1907, M. Torres y Quevedo construisait un premier transbordeur à câbles conduisant les visiteurs au sommet du Mont Ulia près Saint-Sébastien. Sur une longueur de 280 m le touriste est élevé de 28 m. La voie aérienne unique est constituée par deux files de 3 câbles tendus parallèlement, dans un même plan de chaque côté de la voiture, qui roule sur ces câbles par l’intermédiaire de 12 galets, 6 de chaque côté.
- La nacelle du véhicule peut contenir 12 à 14 voyageurs.
- En 1908, une installation beaucoup plus hardie fut conçue et réalisée de la façon la plus remarquable par l’ingénieur suisse Feldmann, près de Grindelwald, pour faciliter aux touristes l’ascension du Wetterhorn. La ligne s’élève de 425 m sur une distance en plan de 325, soit une pente moyenne supérieure à 45°. La station supérieure est à l’altitude 1678 m.
- La ligne aérienne est à deux voies, parcourues chacune par une cabine, montant et descendant alternativement. Chaque voie est constituée par deux câbles d’acier de 45 mm de diamètre placés, non plus côte à côte comme dans le transbordeur du Mont Ulia, mais l’un au-dessus de l’autre, dans un même plan vertical. La cabine réservée aux voyageurs, et suspendue librement, comme un pendule, a un axe horizontal porté lui-même par une sorte de chariot formé par deux flasques comprenant entre eux les deux câbles et
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- supportés par quatre galets, deux galets roulant sur'chaque câble. La voiture pèse 4 t à vide; elle offre 4 places assises et 4 places debout.
- Chaque cabine est hissée par un câble tracteur dont les deux extrémités sont fixées à la cabine, le brin tendu s’enroulant à la station supérieure sur la poulie motrice alors que le brin mou s'en déroule. Chaque cabine est ainsi commandée par un câble tracteur distinct; mais, les deux poulies motrices étant solidaires du même arbre moteur, les poids morts des cabines s’équilibrent ainsi que les composantes du poids des câbles tracteurs. Ces câbles tracteurs ne travaillent qu’au 1/17 de leur charge de rupture ; aussi leur rupture est-elle invraisemblable. Néanmoins, cette hypothèse a été envisagée et, si elle se réalisait, un frein automatique énergique immobiliserait de suite les cabines sur les câbles porteurs. De nombreuses expériences faites par le Département fédéral ont montré que l’arrêt était obtenu, sur les câbles porteurs, après un parcours de freinage de 0,25 m seulement.
- La durée du trajet au Wetterhorn est de 8 minutes; le prix du parcours est de 5 f. Les frais de premier établissement de la ligne se sont élevés à 350 000 f.
- En 1911, fut établie à Rio-de-Janeiro une ligne aérienne pour voyageurs constituée par deux câbles placés, non plus l’un au-dessus de l’autre, mais parallèlement, côte à côte. La voie est unique et parcourue en navette par la voiture; on a ainsi un système du genre <c va et vient ».
- La ligne part du port de Rio-de-Janeiro ; une première section, longue de 575 m, élève le voyageur de 216 m sur le « Morro da Urca » où est établie une station de transbordement ; dans la seconde section, longue de 800 m, le voyageur s’élève de 200 m jusqu’au sommet de la montagne du Pain de Sucre. Les câbles, dans les deux sections, franchissent l’espace sans aucun appui intermédiaire. Malgré la hardiesse de la construction, 20 000 voyageurs avaient utilisé la ligne dans les trois premiers mois de l’exploitation.
- Notons encore la ligne projetée par M. Torres y Quevedo identique comme système au transbordeur du Mont Ulia, qui doit être installée au-dessus du Niagara à45 m au-dessus du fleuve, franchi dans la partie dite du « Whirlpool » à 4 500 m des célèbres cataractes.
- Toutes les lignes dont nous venons de parler ont ce point commun qu’elles ne présentent pas d’appui intermédiaire.
- Les lignes établies dans le Tyrol, au Mont Kohlerer près de Rotzen et au \igiljoch près de Méran, comportent au contraire un certain nombre de travées.
- La ligne du Vigiljoch, installée par la maison Ceretti etTanfani de Milan, a
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- 920 m de longueur et compte 39 pylônes intermédiaires; la différence de niveau entre les stations extrêmes est de 1 133 m.
- Nous terminerons par la description rapide de la ligne à câble projetée près de Chamonix, en vue de l’ascension de l’Aiguille du Midi.
- Du fait de l’établissement par la Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée de la ligne du Fayet-Saint-Gervais à Chamonix, le nombre des touristes visitant chaque année cette région est devenu considérable. Après la ligne à crémaillère de la Mer de Glace, partant de Chamonix, on a construit une autre ligne à crémaillère partant du Fayet-Saint-Gervais et grimpant sur les flancs du Mont-Blanc.
- On a voulu alors doter la région d’une ligne à câble pour faciliter les promenades en haute montagne et les ascensions de l’Aiguille du Midi.
- Le point de départ du câble a été placé au hameau des Pèlerins vers la base du fameux glacier des Bossons, à environ 2 km de Chamonix, à l’altitude de 1 060 m.
- Le système adopté par les constructeurs, MM. Ceretti et Tanfani, est celui du Yigiljoch. '
- La voie aérienne est double, et chaque voie est constituée par un gros câble unique, de 61 mm de diamètre, pouvant supporter avant de se rompre une charge de 270 t.
- Les cabines sont conduites par un câble tracteur sans tin. En outre, un troisième câble dit « câble de frein », semblable au câble tracteur, est instantanément substitué à ce dernier en cas de rupture et la substitution est faite automatiquement.
- La première section de la ligne de l’Aiguille du Midi est à peu près terminée et la mise en place des câbles porteurs allait commencer quand survint la mobilisation le 2 août 1914.
- Cette première section, longue de 1 870 m se termine à « La Para », à la ote 1690; elle compte 26 pylônes intermédiaires.
- La deuxième section, fort avancée comme travaux, mesure 1212 m et se termine à la station « Glacier des Bossons », à l’altitude de 2 440 m; la station suivante « Glacier des Pèlerins » est projetée à l’altitude de 2 800 m et la station terminus à la base de l’Aiguille du Midi est prévue à la cote 3 760 m.
- Souhaitons bon succès à la première ligne à câble pour voyageurs construite en France : souhaitons surtout que notre victoire finale permette bientôt de reprendre les travaux pacifiques des lignes pour touristes.
- En terminant cet exposé trop rapide des transports par câbles aériens, nous
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- avons voulu montrer que si les lignes aériennes sont moins répandues en France que dans d’autres pays, il existe cependant déjà un nombre assez important de ces lignes. Et surtout, il faut le dire bien haut, il existe en France des ingénieurs constructeurs de câbles ayant la compétence et les moyens d’action voulus pour parer à tous les besoins ; leur œuvre, dans le passé, répond de ce qu'ils peuvent faire dans l’avenir.
- Si les arguments que nous venons de développer ont pu convaincre nos lecteurs de l’utilité des lignes à câble et des économies à attendre de leur usage, si nous parvenons à contribuer à donner à ce mode de transport la place qu’il mérite, nous ne regretterons pas le temps passé à leur étude depuis bientôt vingt-cinq ans.
- A. Lévy-Lambert.
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- PAR
- M. Amar
- Directeur du Laboratoire des Recherches sur le Travail professionnel au Conservatoire des Arts et Métiers
- Mesdames, Messieurs,
- En m'invitant à prendre la parole sur l’importante question de la rééducation professionnelle, la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale manifeste, à son ordinaire, l’intérêt, que lui inspirent les méthodes scientifiques d’organisation du travail, et aussi l’avenir de nos glorieux mutilés. Car, pour donner à ce problème une solution rationnelle, il faut s’entourer de documents physiologiques, psychologiques, professionnels, et les soumettre au contrôle expérimental. Il appartient à la science d’analyser ces divers éléments et d’en déterminer la valeur. Non point que je méconnaisse les vues suggestives, directrices parfois, des économistes et des psychologues, ni surtout le très louable effort des œuvres charitables qui suivent pas à pas des milliers d’infortunés. Tous ces concours sont précieux pour la tâche commune. Je puis même témoigner, ayant été l’un des premiers au rendez-vous, de quelle joie fut saluée l’aurore de ce dévouement collectif, spontané, dont nous admirons aujourd’hui la splendeur. Mais je voudrais m’abstraire de ces contingences, de ces spectacles si magnifiques qu’ils soient, pour fixer les regards sur la doctrine qui doit être au fond de la rééducation professionnelle.
- Nécessité de la rééducation. — Je dis d’abord que la rééducation des blessés et des mutilés s’impose pour plusieurs raisons. En effet, la main-d’œuvre se fait de plus en plus rare, alors que, pour l'essor économique de demain, il la faudra plus abondante et bien entraînée. Elle sera le souci de tous les peuples, de ceux, plus particulièrement, qui ont payé le lourd impôt du sang. Une statistique comparée vous permettra d’en juger :
- Tandis que la guerre de 1870-1871 a coûté à notre pays quelques milliers de blessés et seulement 2 700 amputés, il y aurait eu, à la date du
- (1) Conférence faite en séance publique le 23 décembre 1916.
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- 1er mars 1916, dans l’ensemble des pays belligérants, environ 3 millions de mutilés, et 10 millions de blessés en chiffres ronds, soit 13 millions d’hommes, âgés de dix-huit à quarante-cinq ans, c’est-à-dire la partie capable et active de notre population. Cela, Messieurs, ne se remplace pas, et il faut absolument songer à utiliser ces blessés et estropiés de la guerre, avec le maximum de rendement. Sans compter que ce serait une faute grave de ne pas les utiliser,
- Fig. 1. — Cycle ergométrique. — Un ruban d’acier passant dans la gorge du volant forme frein. On règle le frottement de ce frein par des poids attachés à une extrémité, et on en lit la valeur sur le dynamomètre placé à l'autre extrémité.
- de les laisser dans l’oisiveté, chose dégradante, et, au point de vue social, chose périlleuse. Je n’insiste pas.
- Récupérer pour l’action sociale et économique toutes ces forces productives, qui sont considérables, assurer par le travail un attachement profond à la tranquillité publique, tel est l’objet de la rééducation professionnelle.
- Principes de rééducation professionnelle. — Quant à la formule de cette rééducation, beaucoup d’entre vous la connaissent. Je me contenterai donc de la rappeler brièvement, laissant à la photographie, fixe ou animée, le soin d illustrer et de compléter mon exposé.
- Il est clair, Messieurs, que la rééducation s’adresse aux blessés vraiment
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- rééducables, et que par là elle se distingue essentiellement de l’assistance; car cette dernière étend ses bienfaits aux non rééducables, à eux surtout, aux blessés graves et aux aveugles ; elle est fille de la charité. S’il lui arrive de procéder également par la voie professionnelle, et de créer des ateliers productifs, c’est afin de diminuer ses frais et d’occuper ses hospitalisés. C’est pour elle un moyen, et jamais un but. En un mot, elle n’évolue pas dans le plan des questions économiques. Pour nous, les sujets rééducables sont tous ceux-là qui, en dépit de leur impotence ou de leur mutilation, représentent encore
- Fig. 2. — Rééducation des moignons de bras sur la gouttière brachiale.
- Le blessé s’assied sur un tabouret à vis pour placer l’épaule au niveau de l’axe de rotation.
- une valeur sociale voisine de la normale, et n’ont guère besoin d’être assistés ; ils ne le voudraient pas. A ce point de vue, 80 p. 100 au moins des blessés de guerre — j’entends aussi les amputés — deviendraient utilisables au bout de huit mois en moyenne. Voici comment.
- 1° Tî'aitement fonctionnel. — Premièrement, on s’appliquera à améliorer l’impotence par un traitement fonctionnel qui assouplit les articulations, et favorise le retour de la force musculaire avec la sensibilité générale, presque toujours diminuées. Les atrophies et les raideurs cèdent à des exercices méthodiques, où la cadence des contractions des muscles s’harmonise avec l’effort qu’ils doivent surmonter. Cet entraînement physiologique progressif, je le réalise grâce à des appareils tels que mon cycle ergométrique et autres (chi-
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- rographe, gyrographe, poire dynamographique) (1). J’en fais bénéficier, tout spécialement, les moignons d'amputés, car il importe que ces moignons disposent de toute leur puissance pour actionner les [membres artificiels, les
- Hg. 3. — Ankylosé de l’épaule droite au bout de trois mois de traitement avec le cycle.
- appareils de prothèse. Ce serait une grave erreur que de ne pas prêter toute 1 attention qu'il mérite au traitement fonctionnel des moignons. On court le
- (1) Voir pour la description et l’usage de cette technique : Organisation physiologique du t)avait, préface de Henry Le Chatelier. Paris 1917, Dunod et Pinat éditeurs.
- Tome 127. — 1er semestre. — Janvier-Février 1917. ‘
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- risque, clans ce cas, de voir les amputés du membre supérieur renoncer aux bras artificiels, parce qu'ils se sentent incapables de les mouvoir, et se retrancher derrière cette impossibilité pour refuser de travailler. Mon expérience ne me laisse aucun doute à cet égard : la rééducation fonctionnelle est le prélude forcé de l’adaptation des blessés et des mutilés à leurs différents métiers.
- Projections. — Voici le cycle ergomélrique : vous voyez que c’est un dispositif reproduisant celui de la bicyclette habituelle, dans laquelle la roue arrière est transformée en volant, de manière à créer un régime dans la vitesse que se donnera le sujet
- Fig. 4. — Chirographe (rééducation de la main).
- en l’actionnant de ses jambes ou de ses bras. Lorsqu’on rééduque les bras, on monte sur l’axe d’avant une manivelle (tig. 1).
- Pour les moignons, on fait usage d’une gouttière spéciale (fig. 2) dont l’aiguille se déplace devant un cadran gradué. On peut voir, en avant et en arrière, ce que le moignon gagne tous les jours comme angle de rotation. La figure 2 montre un petit paysan qui a repris son métier, grâce à un bras artificiel.
- La même rééducation est faite avec une gouttière-jambière, représentant une sorte de cuissard qui prend le moignon de cuisse, de jambe, de manière à lui faire exécuter des mouvements. Je n'ai pas besoin de vous dire que le volant avec son frein permet de régler l'effort à volonté. Vous suspendez des poids différents au frein, et vous lisez la valeur de l’effort sur le dynamomètre. Vous réalisez donc un entraînement physiologique, en graduant l’effort de contraction des muscles et la cadence de ces contractions musculaires. C’est surtout précieux pour les ankylosés d’épaule ou du coude.
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- Voici un seul des nombreux blessés qui ont été soumis à ce traitement. Je le prends à titre d'exemple : c’est un sujet dont l’épaule a été traversée par une balle qui est allée toucher le menton. Il est venu chez nous ayant déjà suivi le traitement mécanothérapique pendant un an. Le résultat de ce traitement fut que son bras n’en était pas moins resté collé le long de son corps. Il a été rééduqué sur le cycle, à la manivelle, et il a pu reprendre son métier de contrôleur de tickets au Métropolitain. Il peut avancer le bras, saisir les tickets et travailler (fig. 3).
- Cette vue (fig. J) vous représente le chirograpbe : cet instrument se compose d'un support avec différentes petites cupules, pour prendre les doigts successivement, de
- Fig. 5. — Poire dynamographique
- sorte qu'on peut immobiliser quatre doigts et laisser le cinquième libre^ en le rattachant à une ficelle portant des poids que vous voyez ici. C’est le système du cycle : vous réglez [l’effort de contraction; et la cadence des mouvements que fera le doigt est donnée par le moyen d’un simple métronome à musique : les mouvements sont inscrits sur un cylindre au moyen ’d’un chariot guide-curseur; celui-ci se déplace le long de deux tringles et vient inscrire les efforts, les mouvements, sur un cylindre enregistreur.
- Le chirographe peut être enlevé et remplacé par un appareil avec poignée, le gyrographe, pour les mouvements de rotation (pronation et supination) du membre supérieur.
- Le traitement fonctionnel de la main, le réassouplissement des tendons, et muscles, est complété par Un appareil qui porte le nom de poire dynamographique : c’est une poire en caoutchouc pour sonnette, dans laquelle on envoie de 1 air comprimé au moyen d’une petite pompe à bicyclette. Le sujet presse sur cette poire et fait monter le mercure, de gorte que l'on peut lire le long d’une règle
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- graduée la valeur de l’effort développé parla main. On peut également comparer le tracé obtenu sur un sujet normal et sur un sujet paralysé de la main (fîg. 5).
- Dans l’appareil qui se substitue au chirographe, et que j’ai dénommé gyrographe
- Fig. 6. — Gyrographe pour rééduquer les bras (mouvements de torsion).
- Sur cette figure d’ensemble, on voit le disque gradué, la poignée et l’organe inscripteur.
- (lig. 6) la partie inscrivante reste la même ; mais l’appareil moteur est constitué par une poignée, un disque sur lequel on voit la valeur des angles de rotation de l’avant-bras, et quant à l’effort auquel résiste l’avant-bras, c’est également le système que nous avions tout à l’heure, avec un fil portant un poids, que l’on peut modifier en
- Fig. 7. — Vue postérieure du gyrographe montrant la came et la glissière.
- partant de 100 g pour arriver au poids maximum de3 kg. La pronation et la supination sont réalisées par le jeu d’une came vissée au disque (flg. 7). Si l’on examine un moignon, la poignée est remplacée par un manchon.
- Exemple d’un sujet rééduqué dont les deux bras étaient totalement impotents. Je
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- l’ai fait travailler à limer du laiton : au bout de quelques jours de traitement, voici le tracé qu’il donne : pression totale sur la lime avec les deux bras, pression qui peut être évaluée en kilogrammes ; poussée avec l’un des bras, puis pression et poussée avec l’autre bras. La succession des mouvements du patient va se modifier au fur et à mesure du traitement. Nous allons prendre le tracé un mois après. Au bout de ce mois, la rapidité
- Poussée du bras droit
- Poussée du bras gauche
- Temps en secondes
- Fig. 8. — Travail à la lime d’un impotent du bras gauche (fracture de l'extrémité inférieure du radius).
- des mouvements, la valeur de l’effort ont presque doublé, de sorte que vous voyez comment cela se traduit au point de vue du rendement professionnel (fig. 8 et 9).
- Le dispositif qui est devant vous permet de relever, sur un sujet qui a été soumis à un traitement fonctionnel, les données caractérisant son étal de fatigue (fig. 10). On lui fait faire un travail déterminé : par exemple, on le fait pédaler à une cadence de 80 tours par minute, avec un effort de 3 kg au frein : on constate que l’état de fatigue d’un sujet normal accuse tant... pour la ventilation pulmonaire, pour le rythme des respirations et du cœur. On refait la même expérience sur un sujet en voie de traite-
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- ment fonctionnel. On tâche d’arrêter le traitement fonctionnel lorsqu’on se rapproche des conditions normales. Ce dispositif est absolument nécessaire lorsque, après avoir terminé son traitement fonctionnel, le blessé doit être soumis à la rééducation professionnelle pour des métiers de fatigue.
- Cette période de traitement fonctionnel, comme je le disais il y a un instant, doit toujours précéder la rééducation professionnelle proprement dite.
- -Ce,
- Fig. 9. — Le même, au bout d’uu mois de traitement fonctionnel du poignet.
- 2° Prothèse. — Quand il s’agit de mutilés, nous devons envisager l’octroi d appareils artificiels pour les doigts, pour les bras, pour les jambes, leur permettant l'exercice de leur profession, car la prothèse rationnelle ne vise pas uniquement à l’esthétique, elle ne cherche pas à constituer des segments artificiels pour remplacer anatomiquement les segments amputés. Elle prétend suppléer une fonction perdue, avec le minimum de mécanismes, de masse, de fatigue. Tout était à créer dans ce domaine, ouvert par l'ingéniosité française,
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- dès le XVe siècle, dès l’époque d’Ambroise Paré qui, s’entourant de petits serruriers, leur inculquait sa foi dans la possibilité de rétablir mécaniquement des fonctions que l’amputation a fait disparaître. Mais ce domaine fut rapidement conquis par l’énergie tenace des Américains et des Allemands.
- Chargé, par le Ministère de la Guerre, de substituer, dans cette matière, la
- Fig. 10. — Dispositif pour observations sur la fatigue (mesure de l’activité respiratoire et cardiaque).
- science à l’empirisme, je me suis attaché à ce qui me paraissait le plus urgent et à la fois le plus difficile : l’invention des bras mécaniques. Des deux modèles établis, l’un permet l’exercice des métiers de force, l’autre l’exercice de presque toutes les professions, notamment les professions libérales. Les projections qui vont passer devant vos yeux me permettront de vous donner quelques indications sur la technique de ces appareils. Je ne puis pas, dans une confé-
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- rence aussi brève que celle-ci, et quand il s’agit d’une matière aussi belle, et aussi intéressante pour l’industrie, que la prothèse orthopédique, vous donner des renseignements sur chacun des appareils inventés. Et quand on songe à l’avenir de cette prothèse orthopédique, on se prend à souhaiter que nos industriels se préparent, s’organisent, pour ce labeur intense d’au moins un demi-siècle. Un champ immense lui est ouvert dans ce grand nombre de pays belligérants, et il y a une avance importante à gagner sur l’Allemagne qui, je le sais,
- Fig. 11. — Gouttière radiale, pour redresser le poignet et suppléer les muscles.
- dans ses maisons d’orthopédie de Hambourg, Berlin, Heidelberg, prend un développement important. Il faut que nos maisons de France songent à doter les mutilés d’appareils légers et résistants, que l’étranger, lui aussi, nous demandera, parce que l’ingéniosité des constructeurs français prime en matière orthopédique, et cela de tout temps.
- S’agit-il de paralysies, de fractures, de pseudarthroses (fausses articulations), le blessé est alors obligé de porter un appareil tuteur ou tracteur, appareil qui doit être aussi simple et aussi léger que possible.
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- Pour les paralysies de la main en particulier, mon collaborateur le médecin principal Bouras a construit une petite gouttière radiale, en cuir et aluminium, très pratique. Elle permet, à peu de frais, la plupart du temps, de redresser la main et de permettre le retour de la fonction. L'appareil est tellement simple que le blessé peut même se ganter (fig. 11 et 12).
- Quant aux modèles de jambes, ils sont encore loin delà perfection; il en
- Fig. 12. — Comptable muni de la gouttière radiale (cas de la paralysie des doigts).
- est peu qui donnent aux amputés la possibilité de marcher longtemps et sûrement, sans excès de fatigue.
- Je dois dire, toutefois, que la question fait l’objet de recherches laborieuses de la part des spécialistes, et bientôt nous aurons des appareils rationnels, résistants et légers. J’attire votre attention sur les avantages du 'pilon pour les amputés de cuisse, et sur l’intérêt qu’il y a dans un perfectionnement qui 1 approprie aux exercices de la vie agricole. La prothèse du membre inférieur, qui progresse depuis la "guerre de Sécession (1860-1865), n'est pas encore au point.
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- Projections. — Le modèle de bras dont je vous ai parlé, on bras de travail, pour les exercices de force, se compose d’une partie qui s’applique sur le moignon de bras, avec
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- Fig. 13. — Bras de travail Amar.
- la partie scapulaire couvrant l’épaule, et la bretelle qui fait le tour de la poitrine. La tige d’avant-bras, en acier, est articulée pour former le coude, afin qu’on puisse donner
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- à l’avant-bras les flexions voulues, laisser l’articulation libre ou la bloquer, suivant la nature de l’opération'[que l’on veut faire. Le contre-écrou qui figure au bas de la
- Fig. 14. — Cultivateur amputé du bras et muni du bras de travail avec anneau universel.
- cupule métallique a pour objet de placer l’avant-bras dans tous les méridiens verticaux (fig. 13).
- L’appareil est très robuste. Au bout de l’avant-bras se visse la pince universelle, munie d une rotule, ce qui permet de l’orienter dans n’importe quelle position, sans
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- rien modifier au bras. La pince peut être bloquée de manière à saisir un outil d’une façon très solide. La fermeture des deux mâchoires de la pince est assurée par un excentrique : un petit levier permet de les ouvrir automatiquement. Enfin, l’enton-
- Fig.15. — Le même, ayant remplacé l’anneau par la main de parade.
- noir qui occupe le milieu de la pince saisit le manche d’outil, lime, ciseau, etc., et le fixe. Lorsque le sujet a fini de travailler, il retire cette pince et monte à sa place la main de parade. Il y a là un petit téton qui pénètre dans l’avant-bras, sous la gaine de cuir. Le blessé peut ainsi se promener dans la rue, sans qu’on se doute qu’il a un bras artificiel.
- Anneau universel. — La pince universelle permet d’exercer un grand nombre de professions, et d’exécuter la majeure partie des opérations qu’exige le métier de mécanicien, d’ébéniste, etc. Pour les cultivateurs, un simple anneau suffit, monté sur une tête articulaire, qui lui permet de prendre n’importe quelle position; il est mobile sans échapper à sa rotule. Gela répond aux nécessités du travail de la terre, et donne aux cultivateurs la possibilité de manier la binette, le râteau, la bêche, comme de conduire la charrue (fig. 14 et 15).
- Voici, enfin, un bras de travail porté par un amputé mécanicien : celui-ci se sert de sa pince, parce qu’il a à manoeuvrer une lime, dont il ne change pas souvent la position. Je tiens à vous signaler l’avantage de ces dispositifs, qui ont un caractère universel : ce serait un contre-sens industriel, ajouté à un contre-sens physiologique, que de multiplier les organes de préhension des amputés. Dans l’industrie, en effet, il faut économiser le temps, et habituer le blessé à ne pas donner à son moignon toutes sortes de directions défectueuses. Quand le mutilé porte un universel, il se comporte de même dispose de différentes façons,
- appareil
- qu’avec un membre normal : au lieu que le moignon se c’est la pince qui s’orientera convenablement pour actionner l’outil (fig. 16).
- 3° Rééducation professionnelle. — Quoi qu’il en soit des progrès de la prothèse, les mutilés ont tout de même des membres artificiels qui leur permettent de travailler, de s’occuper utilement. La rééducation professionnelle est destinée, précisément, soit à les réadapter à leurs anciens métiers, soit à leur en
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- apprendre de nouveaux. Réadaptation^et réapprentissage supposent la connaissance exacte de divers éléments individuels avec lesquels on puisse faire Y orientation 'professionnelle. Une technique à la fois simple et rigoureuse est nécessaire pour que cette orientation serve de guide au réapprentissage.
- Celle que j’emploie consiste à évaluer et discipliner les efforts musculaires,
- Fig. 17. — Analyse du travail et de la fatigue au moyen de là lime dynamographique de Fauteur (tracés des forces et de la respiration).
- éduquer les mouvements, mesurer la fatigue, harmoniser la prothèse et l’outillage avec le meilleur rendement en travail.
- a) Évaluation et discipline des efforts. — C’est par la méthode graphique que j’examine la force des muscles, l’intensité de leur action, son développement dans l’espace et le temps, sa régularité. Cette analyse ne laisse échapper aucune anomalie dont la cause serait une impotence peu apparente, ou une mauvaise prothèse. De plus, en prenant pour base un tracé moyen, qui résume les courbes des ouvriers normaux exerçant habilement le même métier, et en considérant que des courbes inégales, dissemblables, trahissent la simulation, on aura un procédé certain pour évaluer les incapacités de travail, et démasquer les simulateurs.
- J’ai toujours souhaité l’introduction d’une pareille technique, fidèle, irrécu^
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- sable, dans toutes les expertises d accidents du travail, et la détermination des pensions de réforme. Peut-être la médecine va-t-elle enfin s’engager dans cette voie.
- Ajoutons que la régularité plus ou moins parfaite des courbes, et les variations de l’effort, enseignent quelle est la meilleure position à donner aux
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- Temps en secondes
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- Fig. 18. — Graphiques de travail de sujets impotents.
- membres, au corps lui-même, pour bien travailler. Ainsi la durée de la rééducation s’en trouve abrégée. Par exemple, le bras artificiel ou le bras impotent servira uniquement de soutien, d’appui, et c’est au membre intact de gouverner l’outil de travail. Un pelleteur placera son bras prothétique à l’extrémité de la pelle, mais le membre sain sera en avant pour soulever l’outil chargé.
- Divers appareils d’études, tels que la lime (fig. 17 et 18), la pelle dynamographique, m’ont permis de faire cette démonstration, et de révéler les défauts et les qualités dès organes de prothèse. Pour les jambes artificielles, il a fallu imaginer un trottoir dynamographique, qui donne à l’enregistrement toutes
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- Fig. 19. — Trottoir dynamographique de l’auteur (deux plates-formes symétriques permettent d’enregistrer tous les mouvemenls
- de la marche. Un chronographe donne les phases du pas).
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- les phases du pas, avec les déviations et les retards qu’y apporte un modèle mal appliqué ou mal articulé, ou encore — ce qui est fréquent — un modèle lourd et pénible dans la marche (fig. 19). Ces expertises, il est indispensable qu’elles soient impartiales, sous peine de léser des intérêts légitimes. Il a donc fallu recourir aux procédés graphiques de contrôle et d’investigation pour éclairer les fabricants et stimuler l’ingéniosité de nos inventeurs.
- b) Éducation des mouvements. — Formation des gauchers. — Je viens
- Fig. 20. — Varlope inscrivante pour former les gauchers (les chocs de la varlope sur les barres latérales sont enregistrés, de même que les pressions sur le manche et sur le bois. Une sonnerie avertit que l’on a dépassé l’effort pour lequel on a été réglé.
- de dire que le bras artificiel remplit, en général, une fonction de soutien, le bras sain se chargeant du travail effectif.
- Cette circonstance se présente d’elle-même dans les amputations du bras gauche, le droit conservant ses conditions d’activité habituelles, du moins chez les droitiers. Mais, dans le cas contraire, il faut absolument éduquer le bras gauche pour lui faire acquérir la force et l’adresse du membre amputé. On y arrive avec la varlope et le marteau inscripteurs, et d’autres moyens également simples qui assurent, en peu de temps, l’exécution de mouvements réguliers et parfaitement précis (fig. 20). Les cultivateurs mutilés sont d’adaptation plus lente, et l’on est obligé d’agir sur leur esprit par des exemples souvent répétés Tome 127. — 1er semestre. — Janvier-Février 1917. 8
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- et par le maniement fréquent clés instruments aratoires. Ici, la prothèse est
- des plus sommaires : pilon à base très large pour les amputations du membre inférieur ; bras de travail et anneau universel pour les amputations du membre supérieur. Il faudrait — et c’est l’objet de mes travaux actuels — une jambe agricole, pouvant fléchir au genou et s’y bloquer automatiquement. La figure 21 montre un des modèles de jambe ordinaire.
- c) Fatigue. — Facteurs individuels. Parallèlement, Messieurs, à l’éducation des mouvements, on doit vérifier l’état physiologique du blessé, et déterminer ses aptitudes générales, ce que j’appellerai les constantes individuelles. Et au même titre que les éléments physiques, sinon plus, on appréciera les éléments psychologiques.
- Je ne saurais m’étendre sur la signification et la portée de ces facteurs, si propres à orienter la rééducation et le placement. Ils sont consignés dans la fiche d'aptitude que je délivre au blessé pour lui servir de guide, comme pour renseigner ceux auprès de qui il cherchera un emploi. Il n’y manque que l’indication des capacités professionnelles résultant du réapprentissage, indication réservée pour plus tard, lorsque la rééducation sera terminée dans l’atelier ou l’école installés à cette fin. (Voir d’autre part la fiche d’aptitude, page 115.)
- Fig. 21. - Jambe artificielle P°Ur résumer la méthode qui vient
- (modèle en cuir et acier). d’être décrite à grands traits, je dirai
- qu’elle seule permet de régler l’effort et la vitesse du blessé, de discipliner ses mouvements, et de lui épargner toute fatigue superflue; elle réduit le gaspillage de temps et d’énergie.
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- CONSERVATOIRE NATIONAL DES ARTS ET MÉTIERS
- 292, Rue Saint-Martin, 292
- LABORATOIRE DE RECHERCHES SUR LE TRAVAIL PROFESSIONNEL
- Téléphone: Archives 10-99.
- DIRECTION
- FICHE D’APTITUDE AU TRAVAIL
- SUJET N»
- Nom :............
- Prénoms :........
- Age :............
- Situation militaire
- Adresse :........
- i Lieu :.
- Cause
- Région lésée
- Blessure reçue le :
- Interventions
- ! issus lésés
- Complications
- Résultats :
- Profession antérieure
- Personnes ( Kemmo : à sa ' Enfants : diarge. | Parents :
- APTITUDES PHYSIQUES.
- Poids :................
- Taille. ! ^bouMU) :
- Assis (A) :..
- Coefficient thoracique : Liberté des mouvements :
- Longueur du membre sain :
- Dimensions du ou des moignons
- Puissance musculaire utile :
- État physiologique du sujet :
- Peite de capacité fonctionnelle
- Appareil de prothèse approprié
- APTITUDES PSYCHO-PHYSIOLOGIQUES.
- Générale
- . (
- Degré
- d’instruction. \ Technique ;
- État des réflexes
- Équation personnelle
- Vocation :
- Goût;
- Caractère :
- Orientation professionnelle qui convient :
- /Vins, U....................... I!)1~
- A P 'T1T UI ) E S PI î O FE S SIO N N G L L ES.
- Etat du réapprentissage :
- Dispositions à observer dans le travail :
- Durée probable de la rééducation :
- Perte de rendement journalier du travail':
- Observations générales :
- Signé : Le Directeur,
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- D’autre part, l’adresse etThabileté sont multipliées chez tous ces hommes plus ou moins impotents, du fait même qu’ils y appliquent davantage leur esprit, et qu’une instruction théorique convenable les y porte. Aux cultivateurs, on donnera des notions de sciences appliquées, de chimie agricole, d’économie rurale, de motoculture. Là même où la terre est difficile à travailler à la machine, où, en outre, les domaines sont morcelés, il n’est pas moins nécessaire d’enrichir le savoir de nos paysans. C'est une richesse productive à brève échéance.
- d) Adaptation de l’outillage. — Du reste, le machinisme est appelé heureusement à solliciter l’intelligence des invalides et à ménager leur force physique. Voyons comment se pose la question. Au point de vue qui nous occupe, il s’agit d’examiner les mouvements principaux d’un exercice professionnel. Généralement, on ne fait que répéter, sans variations marquées, un certain nombre de gestes, dans lesquels les divers segments des membres occupent des positions bien déterminées. De cet examen, qui peut être simplifié par le cinématographe, on déduit la hiérarchie professionnelle des deux membres, supérieurs ou inférieurs, la prépondérance de l’un sur l’autre, leur action solidaire ou séparée, l’ordre de leur succession pendant le travail.
- Si je voulais parler un langage plus technique, je dirais que l’homme, dans l’état physique où le mettent ses blessures, forme, avec la machine ou l’instrument qu’il commande, une véritable chaîne cinématique, dont il faut harmoniser et proportionner les. différentes parties. Quant au choix des outils, à l’adaptation des machines et dispositions mécaniques spéciales, ils doivent être conditionnés en vue de la meilleure utilisation des blessés et des mutilés, aussi bien dans les ateliers et usines que dans les chantiers.
- Je ne parle pas de constituer des outils spéciaux, encore que ceux-ci soient souvent à la charge de l’ouvrier. Mais il y a des transformations d’un caractère plus industriel, comme de grouper les commandes pour que l’ouvrier n’ait pas à se déplacer fréquemment, d’équilibrer le poids de la pièce à ouvrager, d’améliorer les systèmes de réglage pour diminuer la fatigue, de transporter la commande du membre impotent ou du moignon au membre sain, de modifier les dimensions et les positions des leviers, de substituer un mécanisme à un autre, plus pratique. Il y a déjà, dans cet ordre d’idées, un grand nombre d’inventions, peu coûteuses, et très ingénieuses, dont on tire un excellent parti (fïg. 22). Il faudrait — et votre Société l’a justement pensé — les encourager par des primes et des récompenses. Je suis préoccupé personnellement de tout ce qui intéresse les choses de l’agriculture ; car le paysan, habitué à compter sur ses forces physiques, se décourage de se voir estropié; son ignorance des ressources de la mécanique contribue à ce découragement, et il
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- déserte la campagne pour la ville : c’est un désastre qu’il faut à tout prix éviter.
- Organisons donc, Messieurs, les travaux des champs, introduisons la science dans ces milieux de grands et petits fermiers, souvent rivés à leur rou-
- Fip. 22. — Manchot se servant <le la pince perforatrice des tickets (adaptation de l’auteur au travail des cheminots).
- tine. N’oublions pas qu’aucune des formes de l’activité humaine n’est parfaite, ni assez productive, pour ne rien attendre d’utile de la collaboration toute-puissante du machinisme et des lumières de la technique.
- e) Applications. —Les ateliers. — La méthode dont je fais l’esquisse devant vous comporte, évidemment, diverses modalités dans l’application, suivant les carrières, les professions auxquelles se destinent nos blessés. Il n’en faut retenir que l’esprit général, à savoir : l’évaluation correcte des ressources de
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- l’organisme, et l’exacte appréciation des capacités professionnelles. Il y a là une sécurité pour le blessé ; on lui fournit l’occasion de s’examiner et, pour ainsi dire, de tâter ses forces, de s’essayer au travail.
- Tout le secret d’une volonté agissante est là, dans cet essai que l’homme entreprend de ses facultés dont, au milieu de ses souffrances physiques et morales, il a pu, un instant, douter.
- Comprenons bien cette hésitation, ce manque de confiance en soi-même, et cherchons, avant tout, à le faire disparaître. L’expérience, la démonstration vivante et parlante, l’exemple de mutilés ayant repris leurs occupations antérieures, tel est assurément le levier de la rééducation.
- Mais il arrive que le mutilé ou l’invalide soient en état de reprendre immédiatement l’exercice de leur profession. Dans ce cas, la fiche d’aptitude leur donne de simples conseils visant à une sorte d’hygiène préventive des accidents du travail. Il y a nécessité, ou tout au moins avantage, pour les blessés, au moment dépasser dans les écoles de rééducation et les ateliers, d’être munis de la fiche individuelle, soigneusement rédigée, et dans un sens pratique.
- Les difficultés et les retards se produisent seulement quand il faut un traitement fonctionnel et une prothèse assez délicate. Le Service de Santé s’est elforcé, cependant, d’organiser des centres de physiothérapie à proximité des ateliers professionnels les plus importants. Il y a lieu de mieux coordonner, partout où ce sera nécessaire, les trois services de la rééducation professionnelle proprement dite, de la physiothérapie et de la prothèse, coordination toujours en souffrance.
- Et tel est, Messieurs, le programme que je préconise depuis plus de deux ans. Je l’appliquai d’abord à l’Ecole belge de Vernon (Eure), avec le concours de mon élève et ami le docteur Dam ; et voici qu’aujourd’hui il est pleinement en vigueur à l’Ecole de Bordeaux, et plus généralement au Canada, en Angleterre, en Italie, bientôt peut-être en Russie et en Roumanie.
- Une circulaire de M. le Sous-Secrétaire d’Etat du Service de Santé l’avait d’ailleurs recommandé pour toute la France. On ne tardera probablement pas à passer de la période des projets à celle des réalisations. Du moins, je le souhaite. Dans ces choses de la rééducation professionnelle, il faut reconnaître que l’initiative privée a toujours devancé l’œuvre officielle et fait naître, au gré des besoins, de multiples ateliers de réapprentissage plus ou moins heu reusement outillés et dotés. L’instruction technique y est très souvent satisfaisante ; mais seuls peuvent en bénéficier utilement les réformés légèrement impotents ou très peu mutilés, ou encore les amputés de jambe munis de l’appareil artificiel qui convient. Pour améliorer ou réparer ces membres artificiels, les ateliers de rééducation sont donc obligés de s’affilier à un ser-
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- vice de prothèse. Et, de toutes façons, faute de traitement fonctionnel des moignons, faute d’appareils appropriés, ils négligent l’apprentissage des « manchots ». L’amputé de bras, c’est, en effet, l’écueil de tous les systèmes empiricfues de rééducation. On le rejette, on le décourage, on ne veut pas de lui. Tandis que l’amputé de jambe, c’est le sujet commode; on le montre par centaines, travaillant à la cordonnerie, à la bijouterie, photographe, coiffeur, etc. Le public s’enthousiasme pour les écoles qui ont tant delèves! Messieurs, ne nous faisons pas illusion. Sauf des cas assez rares, les amputés du membre inférieur n’ont aucun besoin d’ètre enfermés dans des écoles ; ils ne sont pas à rééduquer. Donnez-leur de bons et solides pilons, à quelques-uns, donnez des jambes artificielles, et qu’ils s’en retournent aux travaux de la campagne, aux ateliers et chantiers de l’industrie, au lieu d’encombrer les locaux des œuvres charitables et d’absorber d’importantes ressources. Leurs bras valides suffisent à tout ; ils ont la vie assurée.
- Au contraire, quelque difficile que soit la tâche de rééduquer les manchots, entreprenez-la, remontez le moral de ces hommes, qui se croient perdus, par une action méthodique et vigilante, par le conseil, par l’exemple. La science moderne vous le permet.
- La plus grande satisfaction que j’aie éprouvée, il y a dix-huit mois, ce fut à l’occasion de quelques essais de rééducation agricole, entrepris dans une des cours du Conservatoire. Six amputés de bras furent réadaptés au travail de la terre, avec un plein succès, alors que, doutant des résultats de cette tentative, ils me disaient leurs regrets d’avoir à renoncer, pour jamais, aux soins de la culture.
- La prothèse employée consistait dans le simple anneau universel, robuste et mobile à volonté; il sert à manœuvrer tous les outils de la ferme, pelle, binette, bêche, râteau, et à conduire la charrue ; dans quelques circonstances, le cultivateur recourt à la pince, mais il pourrait s’en passer. Ma statistique de laboratoire accuse l’examen de 2250 blessés, venus, qui pour un conseil, pour une courte période de réadaptation ou de traitement fonctionnel, et qui pour avoir la fiche d’aptitude. De sujets complètement soumis à la rééducation, il n’y en eut jamais que six à la fois, destinés à éclairer, par l’exemple, les médecins et ingénieurs stagiaires de mon service. Ces démonstrations, souvent renouvelées, ont permis de rééduquer 350 manchots, exerçant actuellement des professions manuelles: 130 sont des cultivateurs retournés chez eux; les autres, des mécaniciens, ébénistes, dessinateurs, marbriers, voire bouchers et cuisiniers.
- Ceci doit nous encourager à combattre le préjugé qui sévit, malheureusement, à l’égard des amputés de bras. S il faut, pour les rééduquer, plus d’attention et
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- de compétence, s'il faut une volonté zélée, n’hésitons pas; c’est une bonne habitude à prendre que de choisir et d’utiliser les personnes compétentes. Dans les débuts, elle paraîtra pénible; mais elle vaut bien cet effort, pour extraordinaire qu’il soit.
- f) Le 'placement. — Office national des mutilés et réformés de la guerre. — Car c’est ainsi que nous rendrons au travail de nombreux, très nombreux blessés, actifs en dépit de leur moindre puissance physique; puissance diminuée, certes, mais presque toujours compensée par l’instruction complémentaire acquise durant la rééducation, qui entrave rarement l’exercice des professions libérales’; qui, pour les ouvriers, se trouve atténuée par la collaboration des machines et des connaissances techniques plus développées. De là, Messieurs, la nécessité des cours spèciaux, de l’enseignement, de tout ce qui peut éveiller l’intelligence, lorsqu’on a en vue le placement des mutilés.
- Les milieux enseignants l’ont parfaitement compris et, peu à peu, sont entrés dans la voie indiquée : les écoles de commerce, les écoles professionnelles, et jusqu’aux établissements supérieurs, comme l’Ecole des Sciences politiques. Vers le devoir qui s’imposait se sont hâtés les dévouements des maîtres, des directeurs, des chefs d’usines ou d’administration, suivant le désir de M. Albert Thomas, les ministères enfin. Il faut mobiliser toutes ces compétences, et obtenir que leur groupement se substitue à l’effort dispersé des œuvres privées. Le Parlement et le Gouvernement s’en sont rendu compte; il convient, Messieurs, de les en louer. Par eux, le problème de l’emploi des blessés est désormais posé devant le pays, officiellement, et, je l’espère, avec la solution qu’il exige. Nous voulons que les mutilés rééducables participent efficacement à la vie et à la prospérité économiques, et nous voulons que chacun d’eux soit mis rapidement en mesure de travailler, avec une utilisation maximum de ses capacités.
- Notre but ainsi défini, quels seront les moyens? Je viens de les énumérer dans les termes d’une rééducation faisant la part de tous les facteurs individuels, des conditions physiologiques et prothétiques, de l’orientation professionnelle et du choix de l’outillage. Je viens surtout de préciser le rôle de l’instruction et de l’enseignement dans la mise en valeur de tant d’intelligences qui eussent sombré dans le désespoir du désœuvrement.
- Et je complète ma pensée en rappelant que le blessé ou le mutilé doit, autant que possible, reprendre son ancien métier, pour ne point perdre une expérience laborieusement acquise ; et le cultivateur, retourner à sa glèbe, de plus en plus menacée par l’attraction de la cité.
- Voilà qui vous démontre la complexité de la question du placement, du placement stable, durable, susceptible d’intéresser le commerce, l’industrie, l’agri-
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- culture. C'est en vue de cette haute entreprise économique et sociale que, d’un commun accord, les ministères du Travail, de l’Intérieur et de la Guerre, ont créé YOffice national des Mutilés et Réformés, auquel préside M. Lucien March, directeur de la Statistique générale de la France. Tout ce qui se rapporte à la rééducation, au placement, aux assurances, à l’inspection du travail, est ainsi groupé ou à peu près. Dans quatre mois, le 8 mai 1917, une conférence interalliée se tiendra à Paris pour étudier toutes ces questions dans un esprit de coordination. Mais aussi, mais surtout, il vous appartient, à vous, commerçants, industriels, agriculteurs, de seconder l’effort de l’Etat; votre concours permanent lui est indispensable ; vos associations, comités et chambres syndicales sont puissants et ont un grand rayonnement. Faites donc entrer, dans votre organisation présente et future, l’appoint de ce personnel et de cette main-d’œuvre libérés des tranchées. Entendez-vous pour résoudre un problème qui intéresse autant le patronat que les ouvriers. Aidez ceux de nos blessés qui exercent des professions libérales, et dont la place est indiquée dans vos bureaux, dans vos administrations, partout où le savoir et l’expérience constituent le travail utile. Elevez, en un mot, à la hauteur d’un devoir social, économique, patriotique, l’utilisation de ces milliers et milliers de victimes de la guerre.
- Surtout, point de petits essais, dans des ateliers infimes, point de spécialisations étroites qui engorgent la consommation de produits souvent dépourvus d’usage. Je dis que rien, dans vos entreprises, ne doit ressembler à une œuvre d’assistance, ni sentir la précarité. Il faut, au
- contraire, qu’elles inspirent confiance, attirent et retiennent toutes les bonnes volontés, décident celles qui hésitent, et répandent, à travers le pays, un large courant de vie et d’espérance.
- Projections. — De nombreuses vues sont projetées, montrant des amputés au travail : charpentiers, bouchers, forgerons, dactylographes. Et voici (fig- 23 à 25),
- Fig. 23. — Bras mécanique articulé Cauet (modèle Amar). On voit l’amputé qui saisit délicatement un de ses cheveux. La commande est faite par la poitrine.
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- muni de bras mécaniques, dit le conférencier, un jeune hommeamputé des deuxavant-bras; il se livre aux occupations ordinaires de la vie'. Sans doute, il ne serait pas capable de faire un métier de fatigue, mais il peut s’habiller, à la condition que les vêtements aient des boutons de pression : il peut vaquer à des travaux sans fatigue. Quant à la commande des deux appareils, elle est faite par le même dispositif que
- Fig. 24. — Amputé des deux avant-bras, muni de bras mécaniques.
- vous avez vu tout à l’heure, sauf que la commande est symétrique. Et il n’y a rien autour de la poitrine qui puisse embarrasser la respiration.
- Ce bras artificiel représente des conditions de vigueur et de précision suffisantes pour que des officiers supérieurs aient pu repartir sur le front étant amputés de bras : ils portent un bras artificiel avec lequel ils peuvent lancer un cheval au trot, ou tirer l’épée. Cet officier commande un escadron sur le front.
- Ce jeune amputé joue du violon : évidemment ce n’est pas un virtuose, il n’était pas violoniste à l’Opéra, mais il joue avec une parfaite régularité. Le bras artificiel tient l’archet de façon que les mouvements aient encore toute la délicatesse voulue pour agir sur les cordes ; il y a de plus une certaine stabilité de l’archet qui fait qu’il n’y a pas de fausses notes. Le membre sain commande les cordes.
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- M. le professeur Amar donne ensuite l'explication de quelques films cinématographiques. 11 ajoute :
- Il y a un film de quelques mètres que j’aurais voulu vous montrer, car il vous aurait permis de voir des cultivateurs amputés de bras qui travaillent.
- Fig. 25. — Amputé dactylographe muni d’un bras mécanique.
- Malheureusement, il n’a pu être embobiné à temps. C'est une vaste illustration des précédentes projections, et qui nous encourage à veiller à ne pas dépeupler nos campagnes.
- M. le Président. — Après la guerre de 1870, nous avons connu des blessés, des manchots, des unijambistes ; mais on ne songeait pas, après la guerre de 1870, alors que les blessés étaient peu nombreux, à les faire rééduquer pour rentrer dans l’industrie. Mais aujourd’hui c'est une nécessité, comme vient de de nous le dire M. Amar. Déjà la Société d’Encouragement pour l’Industrie
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- nationale s’est préoccupée beaucoup de cette question. Vous vous rappelez les conférences qui nous ont été faites ici par M. Borne et par M. Souchon. A ces conférences, M. Amar vient d’en ajouter une dans un sens tout à fait différent, avec des données scientifiques beaucoup plus exactes, beaucoup plus profondes et qui permettent de voir que, dans un avenir prochain, la rééducation sera devenue scientifique. M. Amar vient de nous dire qu’il a substitué la science à l’inconnu et à la routine ; cela est vrai.
- Souvent, dans cette Société, on nous a parlé du système Taylor qui permet d’obtenir de l’ouvrier le maximum de travail avec le minimum de peine. Or, ce que nous venons d’entendre, c’est précisément l’application, aux malheureux blessés, du système Taylor. Il est certain que ce système a fourni déjà dans l’industrie de grands résultats, et tous les résultats qui viennent d’être annoncés par M. Amar les corroborent. M. le professeur Amar a pu, à l'aide d’instruments scientifiques dont il est l’auteur (car sa modestie ne vous a pas fait connaître ce détail), à l’aide de cette finesse d’observation dont il est doué, mesurer l’effort du blessé, diminuer l’effort qui est trop considérable pour le mutilé, réagir contre la faiblesse des organes et obtenir d’excellents résultats : c’est en nous plaçant à ce point de vue des services rendus aux mutilés et à l’industrie que nous remercions M. le professeur Amar de sa belle conférence : nous le prions de vouloir bien nous la communiquer pour l'insérer dans notre Bulletin, car elle sera très profitable aux industriels et aux agriculteurs.
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- LE PROBLÈME DE L’EXPORTATION <l>
- PAR
- M. Maurice Ajam Député.
- Le problème de l'exportation est un des plus complexes qui puissent se présenter à notre attention.
- Toute une école prétend que l’exportation française n’est pas une chose indispensable à notre vie nationale ; vous savez à quoi je fais allusion? je veux parler delà théorie syndicaliste. Ce point ne saurait nous retenir longtemps, encore convient-il de le discuter.
- La plupart des syndicalistes pensent que, pour mieux régler les difficultés qui s’élèvent entre le patronat et le monde ouvrier, il vaut mieux ne pas se préoccuper de la vente à l’extérieur des produits de notre travail.
- Un parfait syndicaliste estime que l’exportation mène nécessairement à la surproduction. La France est un pays bien pourvu par la nature ; il doit se suffire à lui-même, l’idéal économique consistant dans un sage équilibre établi entre les producteurs et les consommateurs français. Cette théorie est à l’opposé même du Colbertisme, qui veut que la richesse d’une nation s’obtienne au détriment des nations voisines, qui fait consister la fortune d’une nation dans la différence entre ce qu’elle importe et ce qu’elle exporte.
- On conçoit immédiatement que le raisonnement syndicaliste se heurte à la constatation d’un fait universel : c’est que, moins que jamais, les nations peuvent vivre cloisonnées et que le régime de la muraille de Chine est impossible. La guerre, au surplus, est venue briser le sophisme des adversaires de l’exportation. Si nous ne l’avions su par avance, elle nous aurait démontré que, dans l’état actuel de l’économie mondiale, les peuples riches sont vraiment les peuples exportateurs.
- Avant la guerre, on pouvait soutenir, avec une apparence de raison, que la
- (1) Conférence faite en séance publique le 13 janvier 1917.
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- LE PROBLÈME DE l’eXPORTATION. ----- JANVIER-FÉVRIER 1917.
- France était devenue fort riche, sans avoir été une grande nation exportatrice, puisque le montant de nos exportations (6 milliards), était inférieur à celui de nos importations (8 milliards). Seulement, la balance de la richesse était réglée en notre faveur, par suite de cette circonstance que notre pays était parcouru par une quantité considérable de touristes qui y laissaient de grosses sommes d'argent, la France étant devenue l'hôtellerie du monde.
- Ensuite, on ne peut pas oublier que nous étions créanciers de plus de 40 milliards de valeurs étrangères, placement qui, dans l’ensemble, a été fructueux malgré certains déboires et qui procurait, bon an mal an, à la France une rentrée de plusieurs milliards d'or.
- Mais ce qui doit demeurer de nos observations, c'est que, dorénavant, dans le but de récupérer les pertes de la guerre et d’obtenir notre réfection économique, nous serons obligés de faire un effort pour travailler en vue des marchés extérieurs ; c'est à cette seule condition que nous parviendrons à payer nos dettes. Donc, si la France ne veut pas être comptée, dans le monde, pour une quantité négligeable, si elle veut reprendre sa place parmi les nations, si elle ne veut pas mourir, il lui sera nécessaire, après avoir reconstruit son outillage, de se mettre en mesure de lutter avec les autres nations productrices pour placer des marchandises à l'étranger.
- Lorsque, au début de l’année 1916, j’ai voulu fonder l'Exportateur français, en imitant, autant que possible, les procédés qui avaient été employés en Allemagne par les fondateurs de la Deutsche Export Revue, et en Amérique, par les fondateurs de l'Exportateur américain, j’ai dû prendre l’avis des personnes que je considérais comme placées aux premiers rangs du commerce d’exportation.
- Si j’ai tout d'abord reçu quelques encouragements, je dois déclarer aussi que j'ai rencontré quelque pessimisme. « Eh quoi, m'a-t-on dit, vous voulez fonder un organe capable de développer l’exportation française, au moment même où nous nous débattons dans la plus terrible des crises économiques? Vous demandez à des industriels, dont beaucoup voient actuellement leurs usines en possession de l'ennemi, à des industriels qui ne peuvent pas se procurer de matières premières, qui voient se raréfier chaque jour la main-d'œuvre, qui ont besoin de tous leurs capitaux pour rétablir d’abord leur production intérieure, vous leur demandez de surproduire en vue de l’exportation! C’est demander l’impossible. »
- Il faut reconnaître qu’au premier abord l’objection paraissait formidable et cependant, nous avons pu passer outre, parce que nous avons trouvé immédiatement :
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- 1° Le concours des producteurs français capables d'exporter même pendant la guerre ;
- 2° Le concours des industriels qui, même paralysés pendant la guerre, sentaient que leur devoir et leur intérêt étaient, d ores et déjà, de préparer /’après-guerre et de déployer toute leur activité en vue de l’exportation future.
- SOL ET SOUS-SOL
- Nous arrivons ici à l’un des points principaux du problème de l’exportation, à celui que Molière aurait appelé Cenclouure. Gomment, d’une manière générale, peut-on envisager, en France, la question de l’exportation?
- Ainsi que le disait tout à l’heure le syndicaliste, notre pays est placé dans des conditions merveilleuses pour produire : c’est vraiment le jardin du monde. L’agriculture est évidemment notre principale ressource. Si nous jetons un coup d’œil sur les statistiques douanières, nous verrons quelle place prennent, dans la liste des marchandises exportées, les fruits, les primeurs, les conserves, les vins, les liqueurs, etc. Dans cet ordre de choses, nous pouvons donc tenter la lutte, et sans vouloir ici aborder la question agricole à fond, je puis dire que, si nous savons nous organiser, nous pouvons sûrement tripler et quadrupler notre production
- Dans le concert des nations, chaque pays contenu dans des frontières naturelles, ayant une race spéciale adaptée au sol, doit avoir pour but scientifique de développer au maximum les produits qui se présentent chez lui naturellement, dont l’éclosion est facilitée par le climat, dont la confection se fait au meilleur compte, certain d’arriver, suivant l'expression de M. le président de la Chambre de Commerce de Paris, à présenter sur les marchés de concurrence ses marchandises au prix le plus bas.
- Mais la France n’est pas seulement une usine agricole ; son sous-sol est riche. En matière de fer, nous savons, surtout depuis 1880, c’est-à-dire depuis le moment où la découverte des procédés Thomas a permis l’utilisation des minerais de fer de notre bassin du Nord-Est, que nous sommes aussi bien nantis de ce précieux métal que peut l’être l’Amérique du Nord.
- Au bassin de Briey se joint le bassin de Normandie, et il est à peine utile d’essayer de démontrer que, sous le rapport du fer, notre pays s’annonce comme un des mieux pourvus du monde. Il est vrai que nous n’avons pas le charbon en quantité suffisante ; avant la guerre, malgré une production intensive, nous étions encore déficitaires de 20 millions de tonnes par an, puisque, en moyenne, notre production étant de 40 millions de tonnes, nos besoins en
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- réclamaient impérieusement 60 millions. A cet égard, je ne voudrais pas me bercer de chimères ; cependant, il est permis de noter que des techniciens réputés affirment que notre richesse carbonifère nest ni entièrement connue ni entièrement mise en exploitation; que dans le Lyonnais, d’excellents charbons existent quoique aune grande profondeur, et qu’il n’est pas impossible d’en trouver en Bretagne, dans le département du Finistère. Toutefois, en ce qui touche la reconstitution de nos industries, nous devons reconnaître que ce déficit relatif du charbon est pour nous une grosse difficulté.
- N’oublions pas non plus que nous avons tout à espérer du développement de nos forces hydrauliques. Nous sommes pour ainsi dire encore dans la période embryonnaire. L’ancien président de la Chambre de Commerce de Lyon, l’honorable M. Auguste Issac, dans une conférence très documentée qu’il faisait récemment à Marseille, disait que si nous savions mettre en activité nos forces hydrauliques du Sud-Est, nous pourrions compléter immédiatement, par la houille blanche, le déficit de la houille noire. Ce technicien réputé estime donc que nous pouvons produire en France une force hydraulique au moins égale à celle que pourraient produire 20 millions de tonnes de charbon.
- Ces affirmations sont confirmées par des experts en la matière ; nous pouvons par conséquent saluer l’aurore d’une renaissance industrielle.
- Si la victoire définitive pouvait nous donner le bassin de la Sarre, ce déficit s’atténuerait d’environ 14 millions de tonnes; j’ose formuler cette espérance, mais je dois calculer les choses sans tenir compte d’un élément encore incertain.
- Eh bien! il faut le déclarer, même si nous continuions à être tributaires de l’Allemagne ou de l’Angleterre pour le charbon, nous pouvons, si nous le voulons, arriver à produire en métallurgie d’une façon telle que nous pourrons facilement exporter. Il suffit encore une fois de jeter les yeux sur nos tableaux douaniers et de voir ce que nous exportions en métaux, en produits chimiques, en poteries, verres, cristaux, en tissus de coton, de laine et de soie, en vêtements, en pelleteries ouvrées, bijouterie, etc. ; il suffit de constater l’extension de nos exportations pendant ces dix dernières années (elles ont doublé), pour se convaincre, qu’avec de la patience, de la ténacité, de la volonté, la France peut développer son exportation industrielle dans une large mesure.
- Ainsi, le problème de l’exportation est lié au problème de la production générale. Il est certain que si la France ne peut arriver à produire que pour ses propres besoins, si (et ce fut là le grand argument des socialistes) elle est fatalement destinée à ne pouvoir vivre qu’en faisant appel à de larges importations étrangères, l’exportation ne peut être chez nous qu’une exception. Qu’on
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- le veuille ou non, l’exportation n’est jamais que l’expansion du superflu. Si vraiment nous n’avions à considérer comme superflu que nos produits d’alimentation ou nos produits de luxe artistique, nous aurions certes encore besoin de faciliter ce mode de production de richesse. Mais la conquête des marchés étrangers pourrait rentrer dans le second rang de nos préoccupations.
- Des économistes éminents ont fait remarquer qu’à aucun moment de notre histoire économique, notre situation n’avait pu être comparée à celle de l’Allemagne. A considérer chacun des pays à l’intérieur de ses frontières naturelles, la France apparaît comme capable de se développer, de vivre tout au moins, en ne faisant appel qu’à ses propres ressources. Ses conditions climatériques d’existence sont exceptionnelles. Quant à l’Allemagne, elle a prouvé qu’elle était, elle aussi, une nation agricole, et il faut détruire ce préjugé trop répandu, que l’Allemagne nous est inférieure en agriculture. Reconnaissons loyalement que, depuis quarante ans, les progrès scientifiques de l’agriculture allemande ont été considérables. Bien que le développement de son industrie ait arraché de la terre une foule de paysans, qui ont trouvé dans les ateliers ou dans les usines un moyen d’existence plus avantageux, il n’en est pas moins certain que nos ennemis ont réussi à tirer de leur sol tout ce qu’il était possible d’en extraire. Leur enseignement agricole a été très supérieur au nôtre, et ils ont fait un appel si judicieux au matériel agricole qu’il faut aller dans l’Amérique du Nord pour rencontrer une organisation aussi parfaite.
- Voulez-vous me permettre, à cet égard, de vous citer un fait ?
- J’assistais, l’autre jour, dans mon département, à l’expérience d’un nouveau tracteur mécanique, qui était offert à nos cultivateurs par une société américaine. Des prisonniers allemands qui se trouvaient là, alors que nos paysans considéraient cet engin comme une révolution, ont déclaré qu’ils se servaient de cette machine depuis plus de dix ans et, en effet, la plupart d’entre eux étaient capables de conduire immédiatement les engins.
- Les faits révèlent cependant qu’eu égard à la densité de sa population, et peut-être aussi eu égard à son appétit, l’Allemagne est incapable de satisfaire à plus de deux tiers de ses besoins alimentaires. Pour le reste, il lui est nécessaire d’importer; ce fut là sans doute le motif principal pour lequel l’Empire a dû chercher dans l’exportation un moyen de payer ses fournisseurs étrangers. Mais, si le sous-sol de l’Allemagne n’avait pas fourni du fer, et surtout du charbon en abondance, il est presque puéril de constater qu’elle n’aurait pu utiliser avec fruit les méthodes qui lui ont si bien réussi.
- Je crois que nous sommes définitivement fixés aujourd’hui sur les méthodes allemandes : dans une étude, aussi concise que précise, M. Hauser, l’un de nos Tome 127. — 1er semestre. — Janvier-Février 1917. 9
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- meilleurs universitaires, les a résumées d’une façon telle que je puis considérer son travail comme définitif.
- Pour arriver à conquérir les marchés étrangers, les Allemands ont d’abord facilité le crédit à l’exportation. Nous verrons tout à l’heure quelle importance il faut attacher à ce crédit.
- Ils ont ensuite fait un large appel à l’association. Le trust, le cartel, ont été chez eux des procédés familiers. Ils ont largement pratiqué le « dumping », c’est-à-dire que, soit avec le concours de l’Etat, soit en imposant de véritables taxes à leur marché intérieur, ils ont réussi à casser les prix de leurs concurrents sur les marchés extérieurs. Je ne veux pas me livrer ici à une étude sur le dumping, cela m’entraînerait trop loin : il a ses partisans et ses adversaires.
- Ce que je dois constater comme un fait acquis, c’est que ce moyen commercial, assez immoral d’ailleurs, a été employé avec succès par les commerçants ennemis. Enfin, les Allemands se sont surtout attachés à s’organiser à l’étranger, dans le but d’obtenir des renseignements de première main sur les marchés extérieurs, et sur la solvabilité de. leurs acheteurs. Je crois que cela a été la grande raison de leur réussite. Tous les hommes de bon sens sont d’accord en France pour proclamer qu’il ne faut pas s’attacher chez nous à copier servilement les méthodes boches. Ces temps derniers, on a beaucoup critiqué notre individualisme natif : c’est peut-être un défaut, c’est peut-être aussi une qualité. Les peuples sont comme les individus : quand on veut les éduquer, il faut tenir compte de leur tempérament particulier, de leur caractère, de leurs traditions, de tout cet ensemble de qualités et de défauts qu’on appelle la race.
- Examinons donc sans parti pris, en prenant les choses par la base, ce que nous pouvons faire chez nous pour amener la production générale à un tel point qu’il puisse nous conduire jusqu’à l’exportation.
- LE POINT DE VUE LÉGISLATIF.
- Nous savons que le commerce français, depuis très longtemps, se plaint beaucoup de son Parlement. On a accusé les parlementaires de légiférer sans avoir le souci de la répercussion des lois votées. On les a accusés de vivre vis-à-vis du monde des affaires dans un fâcheux état de cloisonnement. Toutes les mesures fiscales qui ont été votées ont été l’objet de discussions passionnées.
- On s’est plaint aussi grandement de l’extension démesurée de la législation du travail. Aucun parlementaire ne nie que le socialisme n’ait pénétré de plus en plus dans nos Chambres. Pour la défense du Parlement français, il faut
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- noter que cet envahissement des théories socialistes a été au moins aussi prononcé en Allemagne que chez nous.
- Cela est vrai pour l’impôt progressif sur le revenu, cela est vrai pour les lois particulières concernant le travail.
- Je crois cependant qu’en France, ce socialisme législatif s’est introduit d’une façon plus sentimentale et moins pratique que chez les gens d’outre-Rhin. Autant que mes observations personnelles me permettent de l’affirmer, il n’existe pas en Allemagne, pas plus qu’en Angleterre du reste, de haine fondamentale contre celui qui possède. La démocratie allemande s’est développée sous l’impulsion de Karl Marx, de même que la nôtre s’est développée sous l’impulsion de Proudhon. Ce qu’elle a poursuivi, c’est aussi ce que nous appelons la justice, c’est-à-dire un système tendant à égaliser les charges des citoyens devant la loi; seulement, chez nous, la passion politique est intervenue à un bien plus haut degré.
- Il semble que, sous ce rapport, la bureaucratie eCla démagogie aient marché de conserve. J’ai entendu dire un jour dans les couloirs du Palais-Bourbon, que l’individu capable de gagner plus de 6000 francs par an dans la vie privée pouvait être considéré comme un voleur. Ce propos excessif constitue peut-être au fond une croyance populaire qui a exercé son influence néfaste dans tous les pays. Il faut pourtant admettre que, dans un régime social basé sur la propriété individuelle, le citoyen ne peut être poussé vers le travail que si son travail le conduit à une situation privilégiée, et ce qui est vrai pour le citoyen dépourvu de capitaux est encore plus vrai pour l’individu pourvu d’une certaine épargne. Le capital ne vient se risquer dans une affaire qu'à une seule condition, c'est qu’il y trouvera l’espoir d’une rémunération avantageuse.
- Par conséquent, au point de vue industriel et commercial, la grosse fortune est un coup de fouet nécessaire. On pourrait même déformer un mot célèbre, et dire que si la grosse fortune n’existait pas, il faudrait l’inventer,
- La guerre transformera-t-elle notre mentalité sous ce rapport? Beaucoup de bons esprits l’espèrent ; cependant, il faut bien le dire, jusqu’à présent, les faits ne sont pas trop favorables à cette espérance. Ainsi, d'une part dans la presse, on conseille à l'heure actuelle, aux industriels et aux commerçants, de s’associer en vue de la production, et même de la surproduction. On reconnaît que le trust a été tout à fait utile à l’Empire germanique et cependant, d’autre part, lorsque des industriels veulent s’entendre entre eux pour égaliser leur production, maintenir les prix, conquérir les marchés étrangers, on entend immédiatement à l’extrême gauche des voix s'écrier que nous aurions à redouter les conséquences désastreuses de l’accaparement, et de fait, nous avons, dans notre Gode pénal, un article 419 qui condamne à des peines assez sévères
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- les industriels qui seraient coupables d’utiliser les procédés du dumping allemand. Si nous voulons pourtant exporter, si nous voulons combattre nos ennemis au point de vue économique, il sera nécessaire que nous révisions l’article 419 du Code pénal, et que nous opérions une distinction entre l’association en vue de la production et l’association en vue de l’accaparement des matières indispensables à la vie.
- En ce qui touche la législation fiscale, tout le monde est d’accord pour que nous essayions de chercher des ressources nouvelles. On sait très bien que 1 activité commerciale doit être frappée comme les autres activités. Seulement, il faut la frapper avec tact. Si l’impôt intervient au moment où se forme une société, si l’impôt est créé de telle manière qu’il diminue le capital avant même que ce capital n’ait joué son rôle, il paralyse l’affaire initiale, par conséquent il met la nation entière dans une situation d’infériorité.
- «
- Lorsque j’ai rapporté, en 1911, le projet de loi sur la législation minière, je me suis efforcé de bien marquer ces considérations. Il n’est pas douteux que si l’Etat avait voulu initialement accaparer les mines, et s’en faire le propre exploiteur, jamais cette richesse ne se serait développée. Les capitalistes qui au cours du xix6 siècle ont placé leur argent dans une exploitation minière ont couru le plus grand risque; ils ont pris des actions parce qu’ils les considéraient comme autant de billets de loterie. Pour tout esprit raisonnable, il est évident que jamais l’Etat n’aurait couru ce risque. Aujourd’hui, on ne veut plus concéder d’exploitations minières qu’avec la participation de l’Etat. C’est un système qui se défend théoriquement ; reste à savoir si, au point de vue pratique, il donnera des résultats.
- Quand les capitalistes sauront par avance que tous leurs profits sont grevés d’une charge d’Etat, sans que cela les empêche d’ailleurs de payer, par d’autres côtés, les différents impôts auxquels sont soumises toutes les industries, j’ai tien peur qu’ils ne soient pas tentés de risquer leur épargne. Ce n’est pas ici le lieu de faire le procès de la bureaucratie directrice des monopoles, puisque les socialistes eux-mêmes ne semblent plus très tentés de monopoliser les industries. Mais l’ingérence des contrôleurs d’Etat, ou des administrateurs d’Etat dans les industries d’extraction me semble singulièrement dangereuse. L’expérience a démontré que dans les conseils d’administration, les représentants de l’Etat étaient peu soucieux des réserves, qu’ils étaient avant tout favorables à la distribution des gros dividendes, et que leur mentalité n’était guère différente, sous ce rapport, de la mentalité ouvrière, qui tend avant tout au profit immédiat.
- Je pose en principe que dans les nouvelles entreprises qui vont surgir après la guerre, il faudra que la mainmise de l’Etat soit réduite à sa plus simple
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- expression; il faudra que l’impôt initial soit aussi adouci que possible, sans cela nous risquerons tout simplement de tuer la poule aux œufs d’or.
- En ce qui touche la réglementation du travail, il me paraît impossible d’empêcher le législateur d’intervenir entre le patronat et le salariat ; le pli est pris dans toutes les nations civilisées ; on peut ou non déplorer cet envahissement de doctrines démocratiques; elles constituent un fait inéluctable, contre lequel on ne peut pas lutter.
- Sous ce rapport, afin de maintenir la production nationale, il importe de poser le problème de la façon suivante.
- Le législateur devra s’efforcer de ne pas augmenter les charges du patronat au delà des charges qui existent dans les pays concurrents. Tout ici est une question de mesure. Si, dans le but de perfectionner chez nous la législation ouvrière, nous en arrivons à paralyser les directions patronales et à les enserrer par mille liens, nous introduirons le découragement dans les grandes industries françaises.
- N’oublions pas non plus que le législateur va avoir un rôle considérable à jouer au moment du traité de paix, lorsqu’il s’agira de mettre au point notre nouvelle législation douanière. Il est à peine besoin de dire que nous allons tomber sous le régime de nouveaux traités du commerce. Nous serions bien naïfs si nous supposions que les protectionnistes et les libre-échangisles se mettront immédiatement d’accord. Nous aurons certainement des conflits qui se^régleront par des transactions. Tout ce que nous pourrons demander à ce moment-là à notre Parlement, c'est de vouloir bien ne pas prendre parti avant d’avoir entendu contradictoirement les intérêts qui seront en présence.
- Certes, nous sommes en droit de compter sur la bonne volonté de nos alliés, et, de part et d’autre, on n’oubliera jamais le sang qui a été versé en commun, mais cependant, les intérêts matériels dominent le sentiment, et il serait imprudent de ne pas compter sur la concurrence qui se fera sentir entre nous et eux lorsqu’il s’agira de nous disputer les marchés étrangers.
- LE PROBLÈME DE LA MAIN-d’oEIJVRE
- J’ai dit tout à l'heure un peu trop succinctement, mais il faut aller vite, ce que je pensais de l’agriculture allemande. Si nous prenons la question de l’exportation par la base, il faut s'arrêter un instant sur le problème agricole ; il est grave chez nous.
- N'oublions jamais que sur 40 millions d’habitants environ que comprenait la France métropolitaine avant la guerre, il yen avait 25 millions qui vivaient directement ou indirectement de la culture du sol. J’ai déjà dit que la France
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- était une usine agricole : rien de plus exact. Seulement, bien avant la date fatale du 2 août 1914, notre agriculture manquait de main-d’œuvre. Vous savez bien quelle était la cause du mal! Non seulement nous avons assisté, comme en Allemagne, au phénomène de l’exode des populations rurales vers les cités industrielles et commerciales, mais nous avons vu les Français se suicider eux-mêmes lentement par le malthusianisme. Ce fléau n’est assurément pas propre à la France, mais le fait qu’il ait sévi en Angleterre, aux Etats-Unis, et même, en ces dernières années, dans quelques grandes villes d’Allemagne, ne suffit pas à nous consoler. De tous les pays du monde, c’est la France dans laquelle la population tend davantage à demeurer stationnaire, et même à décroître.
- Nul ne peut affirmer que la dure leçon de la guerre puisse guérir la famille française de ce cancer qui la ronge. 11 faudrait de longues conférences pour examiner les solutions possibles, pour faire surgir nos raisons d’espérer, mais, hélas! au point de vue social, les conférences ne sont pas des remèdes.
- Quand même la femme française, car c’est d’elle que tout dépend, aurait un sursaut d’énergie, nous n’en aurions pas le profit avant de longues années : or, il faut trouver un palliatif immédiat.
- Plus que toutes les autres industries, l’agriculture va souffrir des vides énormes causés par la guerre. Je ne suis pas de ceux qui critiquent notre Ministre des Munitions parce qu’il a retiré des tranchées la plupart des travailleurs de l’industrie; on n’a pas, jusqu’à présent, trouvé le moyen de fabriquer du pain sans faire appel à des boulangers, et il était nécessaire de rendre à l’arrière les spécialistes qui, d’ailleurs, n’auraient jamais dû être mobilisés.
- Quoi qu’il en soit, c’est surtout le sang des cultivateurs qui a coulé sur les champs de bataille. Je connais telle petite commune de mon département, une commune de 500 à 600 habitants, dans la mairie de laquelle se trouve un tableau sur lequel j’ai lu le nom de trente jeunes cultivateurs morts au champ d’honneur; ce cas n’est malheureusement pas rare.
- Ce n’est pas, par conséquent, notre production en vue de l’exportation qui va se trouver anémiée, c’est notre production normale, notre production intérieure. Nous sommes menacés d’un grave danger d’après-guerre du côté du ravitaillement, et ce que je vous dis là prépare ce que je dirai tout à l’heure sur la marine marchande.
- Les réflexions que je vais faire tout de suite s’appliquent davantage à l’agriculture, mais elles s appliquent aussi à toutes les autres catégories.
- Il faut que nous trouvions la main-d’œuvre, ou que nous cherchions le moyen d’y suppléer; il est bien facile de prononcer le mot « machinisme », ce
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- qui est plus difficile c'est de trouver immédiatement les machines, c'est d’y adapter un personnel. Je jette un coup d'œil angoissé du côté de l’Amérique. Je suis convaincu que nous allons trouver par là des ressources considérables. Les Américains, bien avant les Allemands, ont développé la culture mécanique, et ils sont grands producteurs de matériel agricole. Déjà ils nous ont apporté beaucoup de leurs échantillons; il faudra leur en acheter le plus possible; il faudra chez nous en produire le plus possible.
- J’ai consulté à cet égard plusieurs constructeurs, et je dois constater que tous envisagent sous ce rapport l’avenir avec un certain optimisme. Tant mieux l Le salut de la France est dans la motoculture.
- Mais il sera indispensable d'avoir recours à la main-d’œuvre coloniale, à la main-d’œuvre étrangère. Il ne m’appartient pas de discuter ici les moyens. Bien que l’Italie ait beaucoup souffert comme nous de la guerre, elle contient cependant une réserve d’hommes sur laquelle nous sommes en droit de compter. L’Espagne aussi peut nous prêter des bras. Je ne crois pas que le paysan français soit hostile à l’introduction de la main-d’œuvre étrangère. Cet emploi offre des inconvénients, c’est certain, mais la nécessité nous presse. Je vois beaucoup plus de difficultés du côté du socialisme français. On me disait récemment qu’une entreprise du Midi avait voulu introduire dans ses équipes environ 2 000 ouvriers espagnols. Elle s’est heurtée à une résistance formidable du côté des ouvriers français, qui n’ont pas abandonné leurs préjugés d’avant la guerre, et qui ne souffrent pas la concurrence de leurs camarades étrangers, parce qu’ils craignent toujours une diminution des salaires. Ce préjugé est si fort qu’ils s’opposent même, dans certains établissements, à l’introduction de la main-d’œuvre féminine française. Ainsi, l’un des dirigeants d’une de nos compagnies de chemins de fer me signalait l’autre jour ce fait, que les cheminots redoutaient beaucoup la concurrence, c'est-à-dire la collaboration de leurs camarades du sexe faible.
- Nous aurons besoin d’un gouvernement énergique pour faire face à toutes ces difficultés.
- Je conjure toutes les personnes qui ont une influence sur l’opinion publique : publicistes, hommes politiques, économistes, médecins, prêtres, de nous aider dans cette tache difficile.
- Il sera aussi nécessaire de recourir à l'emploi judicieux de la méthode dite Taylor. Je signalais l'autre jour, dans une série d’articles, les difficultés auxquelles avait donné lieu l'introduction de cette méthode en France.
- Tout d’abord le patronat français l'avait acceptée avec une sorte d'enthousiasme, mais il semble qu'il ne l’ait pas bien digérée. Les dirigeants se sont
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- heurtés à tant d’obstacles qu’ils ont été quelque peu découragés. Quant à la classe ouvrière, elle n’a vu dans la méthode Taylor qu’un chronométrage, qu’un moyen de faire suer le travailleur, qu’un moyen de supprimer des bras. Dans beaucoup d’établissements, on a dû éviter de l’appliquer, parce qu’on a craint des émeutes et des grèves.
- Et pourtant, qu’est-ce au fond que la méthode Taylor, sinon cette fameuse organisation allemande dans laquelle on a vu la cause des succès de nos ennemis ? ^
- J’ai entendu, un jour, une maîtresse de maison me dire : « J’ai une domestique très laborieuse, très active; seulement elle n’avance pas dans son travail parce quelle ne sait pas prendre sa besogne. »
- Toute l’organisation scientifique des usines se ramène à ceci : Faire en sorte que chaque activité soit à sa place, faire en sorte que chaque individu sache prendre sa besogne. Il est incontestable que si nous savons réorganiser en France, dans les ateliers, le travail, en permettant à chacun d’employer judicieusement ses forces, si dans les bureaux de l’entreprise, on sait diviser le travail et le préparer, si l’on sait donner à l’ouvrier qualifié et aux manœuvres la tâche qui leur convient, nous pourrons faire l’économie d’un très grand nombre de bras.
- Ce sont là des vérités élémentaires, mais pour les appliquer il faut introduire en France ce qui nous manque le plus : l’esprit de discipline.
- LA RÉFECTION ÉCONOMIQUE GÉNÉRALE
- Ainsi, par l’emploi judicieux de la motoculture, par l’emploi de la main-d’œuvre étrangère, par le travail scientifiquement organisé, nous pouvons espérer produire et surproduire. Mais nous avons aussi à refaire notre outillage.
- Dès avant la guerre, j’ai suivi passionnément les travaux des techniciens et des économistes qui s’efforçaient de comparer le développement insuffisant de l’industrie française au développement vertigineux de l’industrie germanique.
- M. Victor Cambon, qui a été le protagoniste de cette campagne, s’est fait un nom désormais fameux. Nous avons tous le souvenir des discussions auxquelles ses travaux ont donné lieu, particulièrement à la Société des Ingénieurs civils.
- Je le dis sincèrement, je crois que les critiques de M. Victor Cambon ont été exagérées. Le patronat français n’était pas dans un état aussi lamentable qu’il a bien voulu le dire. Nous avons chez nous, depuis vingt ans, vu se créer des éfablissements admirablement organisés. Il suffit d’avoir visité nos indus-
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- tries du Nord, quelques-uns de nos ateliers du Centre, et même les chais de nos négociants bordelais pour voir que le progrès n’a pas été chez nous un vain mot.
- Mais la plupart des critiques de M. Cambon, et des hommes de son école, sont justes lorsqu’on les applique à notre petite et à notre movenne industrie. C'est qu’entre l’Allemagne et nous, la partie n’a jamais été égale. Nous sommes un très vieux pays, un pays de vieilles affaires, nous étions à notre apogée industrielle au moment où l’Allemagne ne comptait pas sous ce rapport. Mais l'Allemagne, forte de son riche sous-sol, a été placée dans de parfaites conditions de développement : elle a construit sur un terrain vierge. Les Allemands ont eu, dès leur début, le sens du risque ; iis ont fait grand. Une des qualités du Français, c’est son esprit d’économie. C’est le meilleur épargniste qui soit au monde; seulement il a le défaut de cette qualité : il est d’une prévoyance exagérée, il aime à entasser les réserves.
- Il est curieux de comparer les bilans des grandes sociétés allemandes et ceux des grandes sociétés françaises. En France, les réserves font sans cesse boule de neige, elles s’accumulent.
- L’une des raisons pour lesquelles les émissions de valeurs industrielles à l’intérieur ont été chez nous si rares provient justement de ce que, les trois quarts du temps, notre grand patronat n’a pas besoin de s’adresser à des banquiers : il se développe avec ses propres économies. Au contraire, les Allemands, sans ignorer complètement les réserves, les réduisent toujours au minimum et ils distribuent des dividendes beaucoup plus élevés que les nôtres, eu égard au capital investi.
- La guerre va, hélas ! en raison môme des dévastations qui ont été commises dans les pays envahis, nous placer dans la situation où se trouvait l’Allemagne avant son expansion industrielle. Nous aurons à créer des nouvelles usines, avec un outillage tout neuf; à l’intérieur, beaucoup d’outillages seront aussi à refaire presque entièrement.
- Ici, deux questions se présentent à nous :
- 1° Celle des dommages de guerre;
- 2° Celle de la transformation des usines de guerre.
- En ce qui touche les dommages de guerre, je n’ai pas grand’chose à dire; le sujet vient d’être traité à fond, dans un mémoire qui a été présenté par la Fédération nationale des Industriels français, présidée par M. André Lebon. Il est évident que cette question des dommages de guerre touche directement à la production et à l’exportation. Le Parlement a prouvé qu’il était disposé à se
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- montrer très large ; les représentants des pays qui n’ont pas souffert de la guerre ont entendu dépouiller toute espèce d’égoïsme.
- Il n’y a donc plus qu’à envisager les moyens à l’aide desquels les dommages seront réparés. Il m'est bien facile d’épouser les vues de la Fédération, car elles sont toutes dictées par le pur bon sens. Après avoir exigé de l’Allemagne des réparations en nature et la restitution des outillages volés, on pourra faire appel, pour la distribution des capitaux, à des groupements temporaires et spéciaux comprenant le« industriels et les commerçants d’une même région, ou tous ceux d’une même profession. On formera ainsi de véritables syndicats de garantie, qui pourront passer les commandes de matériel, fournir les indications techniques, assurer le contrôle, et auxquels l'État pourra faire des avances de fonds.
- En ce qui touche la transformation des usines de guerre en usines civiles, on aperçoit tout de suite l’intérêt immense de la, question. Nous avons en ce moment-ci créé, avec les deniers des contribuables, une foule d’usines qui travaillent pour la guerre. Elles fabriquent des canons, des munitions, des produits chimiques. Évidemment c’est une utopie que de croire que les fabrications de la guerre seront terminées avec la catastrophe actuelle.
- Il est cependant clair qu’il faudra en supprimer la plus grande partie. Un outillage énorme va donc demeurer sans emploi. Ce qui est grave, c’est que des milliers et des milliers de bras menacent de se trouver ,inoccupés. Non seulement le Gouvernement devra faire face à une période de transition extrêmement difficile, mais il devra prévoir la transformation de l’activité commerciale. Des capitaux énormes vont se trouver ainsi mis à la disposition de l’effort des particuliers.
- Je sais que noire ministre du Commerce s’est préoccupé de la situation, et que, déjà, on a pris des mesures, notamment en ce qui touche à la transformation civile des usines de produits chimiques.
- Il suffit ici de signaler l’intérêt du problème ; une entente entre l’Etat et les industriels sera nécessaire pour amener une solution.
- LA QUESTION DES TRANSPORTS
- Je n’ai pas besoin d’insister sur le point de savoir si les transports sont susceptibles d’amélioration ; nous aurons évidemment à subir une dure période de transition lorsque nous reviendrons à l’état normal, beaucoup d’agents spéciaux manqueront à l’appel, beaucoup de voies ferrées seront fatiguées. N’oublions pas que des travaux urgents attendaient encore leur exécution avant la guerre, ainsi le fameux tunnel de Versailles.
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- Gomme je suis représentant d’un département situé sur le réseau de l’Ouest, j’avoue que je n’ai pas à me plaindre du rachat de l’ancienne Compagnie. L’État a eu la chance de trouver comme directeur d’exploitation un homme doué de qualités remarquables, M. Claveille, auquel je tiens à rendre justice, d’abord parce qu’il a su choisir ses collaborateurs, ce qui révèle la qualité d’un grand chef. Mais, sans vouloir diminuer le mérite de M. Claveille, nous devons proclamer que, s’il a réussi, c’est non seulement parce qu’il a eu des vues très nettes de la situation, mais aussi parce que le Parlement lui a donné de l’argent sans compter.
- Alors que le coefficient d’exploitation d'une Compagnie privée ne dépasse pas sensiblement 60 p. 100, le coefficient de la Compagnie de l’État s’est élevé jusqu’à 90 p. 100, on pourrait meme dire jusqu’à 100 p. 100.
- De plus, malgré que le personnel de cette Compagnie soit un personnel de choix, nous avons senti tous les inconvénients du monopole d’Etat c’est A-dire d’une entreprise dans laquelle les salariés ne veulent pas envisager d’autre patron que le Parlement. Or, qu’on le veuille ou non, ce sera le vice éternel du monopole d’État. Les députés et les sénateurs n’auront jamais le courage de traiter des ouvriers électeurs, dont les salaires dépendent de leurs caprices, suivant les règles de l’équilibre économique.
- J’estime que, si nous devons un jour envisager comme possible ce que je considère aujourd’hui comme mauvais, la participation de l’Etat, il faudra se garder de l’exploitation directe par des fonctionnaires, mais adopter ce que M. de Monzie a appelé le système de la régie intéressée. Il importe qu’entre le Parlement et les salariés de l'industrie, se dresse un État tampon, une administration responsable agissant industriellement, commercialement et non politiquement. Cette parenthèse nécessaire étant fermée, je constate que nous aurons beaucoup d’argent à dépenser pour améliorer nos chemins de fer et ensuite nos canaux. J’espère qu’on en finira avec la fameuse contestation toujours pendante entre cancilistes et ferristes.
- Les deux moyens de transports doivent exister à côté l’un de l’autre. J’imagine que la traction électrique est destinée à procurer aux canaux un développement considérable. Par une transition toute naturelle, j’en arrive maintenant aux ports et à la marine marchande.
- LA MARINE MARCHANDE
- Lorsque mon distingué collègue M. de Monzie, au début de l’année 1913, devint titulaire du sous-secrétariat d’État de la Marine marchande, il fut obligé de créer son service de toutes pièces. Il arracha, non sans douleur, une divi-
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- sion au ministère du Commerce, plusieurs bureaux à la marine militaire, un bureau au service postal, etc., mais il ne put obtenir du ministère des Finances le bureau qui s’occupe de l’hypothèque maritime, ni obtenir des Travaux publics le service des ports. Il paraît que les ports ne sont pas capables d’intéresser, en quelque mesure que ce soit, le directeur de la marine marchande.
- Ajoutons d’ailleurs qu’une partie importante du service des ports se trouve placée sous l’autorité du ministre de l’Intérieur. Peu importe d’ailleurs cette classification bizarre ! Que les ports soient placés sous l’autorité du ministre des Travaux publics ou sous celle du ministre de la Marine, il n’en est pas moins certain "qu’ils doivent être aménagés de façon à satisfaire à tous les besoins économiques du pays. La question de savoir si la politique maritime que nous avons poursuivie depuis vingt ans, et qui a eu pour résultat de disperser nos ressources budgétaires entre 13 ou 20 petits ports, au lieu de concentrer nos ressources dans deux ou trois grandes installations maritimes, cette question est encore l’objet de discussions passionnées. Les ports de petite ou moyenne importance nous ont rendu de très grands services pendant la guerre, il faut le reconnaître; cependant, tout le monde proclame que nous avons commis une faute énorme en n’installant pas le port du Havre suivant l’admirable plan qui avait été dressé il y a une trentaine d’années par M. Hersent père.
- On sait qu’aucun de nos ports n’est capable de recevoir les nouveaux bateaux à fort tonnage qui ont été récemment construits en Angleterre et en Allemagne. Une des raisons pour lesquelles Marseille a été fortement concurrencée par Gênes, — Le Havre par Anvers,— Bordeaux par Lisbonne, consiste assurément en ce que nous n’avons pas mis nos quais à la hauteur des derniers progrès. Les esprits sérieux sont convaincus qu’avec des ports bien aménagés nous avons aujourd’hui besoin d’une marine marchande nationale.
- Je ne puis pas développer ici tous les arguments, cela m’entraînerait trop loin. Avant la guerre, un grand nombre de commerçants chargeurs, dégoûtés comme contribuables d’avoir à payer des subventions élevées à la marine marchande, disaient couramment que le transport à bon marché de leurs marchandises au delà des mers était suffisamment assuré par les marines étrangères. Il est évident que si nous avions laissé nos armateurs sans soutien, ils auraient été dévorés par les Anglais, par les Allemands et même par les Norvégiens. Mais si la nécessité d’un pavillon national a pu être mise en doute avant la guerre, je ne pense pas que la question puisse même se poser actuellement.
- Il est hors de doute que si nous laissions les choses aller à vau-l’eau,
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- d’abord nous nous trouverions après la guerre sans navires, nous tomberions sous la vassalité économique de tous nos concurrents, et au bout de quelques années, nous serions obligés de subir les prix de fret que voudraient bien nous imposer les étrangers ; car, n’en doutons pas, ils sauraient s'unir pour nous exploiter.
- D’autre part, il a été établi que le navire français ayant son attache dans un port français, monté par un équipage français, était une source inépuisable de richesses pour la nation, alors que le bateau étranger venant prendre des marchandises et des passagers en faisant une courte escale ne laisse à notre pays que quelques billets de mille francs.
- Le calcul a même été fait jadis, au moment où l’on a discuté au Parlement la question des primes ; lorsqu’on a investi dans une entreprise d’armement un capital quelconque, les profits qui résultent de l’entreprise peuvent s’élever à 100 p. 100 au profit de la France si les navires sont français. Si les navires sont étrangers le profit français ne s'élève pas au delà de o à 6 p. 100. Le Parlement vient de prouver qu’il n’a pas l’intention de laisser périr notre marine marchande ; il a voté une somme de 160 millions de francs qui seront mis à la disposition des armateurs, pour acheter ou construire des navires.
- On parle de supprimer les primes, c’est là un gros problème qu’il faudra examiner avec tout le soin nécessaire, mais les meilleurs esprits comprennent qu’il serait tout à fait dangereux de laisser immédiatement nos constructeurs navals et nos armateurs sans protection, au moment où nous allons traverser la plus grande crise économique des temps modernes.
- Je pense avec MM. Edmond Théry, H. Estier, Ancel, et d’autres spécialistes, qu’après la guerre nous pourrons en arriver à protéger uniquement notre marine marchande avec une surtaxe de pavillon. En nous libérant de nos traités de commerce, la guerre aura en effet pour résultat de nous permettre de favoriser l’accès dans nos ports des bateaux alliés, d’imposer une taxe légère aux neutres, et une taxe prohibitive aux bateaux ennemis.
- Organisation de l’exportation
- L’amélioration des moyens de transport est donc un des meilleurs moyens de développer notre exportation nationale. Quand nous jetons les yeux sur l'Allemagne, nous voyons très nettement que la bonne liaison entre ses canaux, ses chemins de fer, ses ports et ses entreprises maritimes, a été l’un des motifs de son succès : on peut dire qu’elle en fut, dans tous les cas, le point de départ.
- Mais ses succès s’expliquent aussi par d'autres raisons. Les Allemands ont pu organiser d’une façon merveilleuse leurs services extérieurs. Ils ont eu au
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- delà des mers un personnel admirablement formé et très supérieur en nombre à celui que nous avons pu expédier hors de nos frontières ; c’est l’Allemand séjournant à l’étranger qui a été le pivot du commerce germanique. Pour expliquer notre infériorité sous ce rapport, je retombe ici fatalement dans la question de la dépopulation.
- Lors du dernier voyage que j’ai fait en Allemagne, vers la fin de 1913, j’ai pu visiter une cinquantaine d’installations industrielles de tous genres. A la tête de presque toutes ces entreprises, j’ai vu un père de famille allemand déjà âgé, mais ayant autour de lui trois ou quatre fils, quelquefois davantage, comme collaborateurs. Parmi ces fils, un ou deux étaient toujours à l’étranger soit comme commis voyageurs, soit à la tête d’une succursale, soit à la tête d’une maison de commission en marchandises. Ainsi, les Teutons nous ont écrasés par le nombre. On a beaucoup parlé des commis voyageurs allemands, il ne faut pas en exagérer l'importance. Interrogez sous ce rapport des Brésiliens ou des Argentins, ils vous répondront que les commis voyageurs allemands avaient fini par devenir tout à fait insupportables aux commerçants américains. Ils ont rendu cependant des services incontestables à leur commerce par leur ténacité, mais l’homme le plus utile pour l’Allemagne a été assurément son commissionnaire en marchandises.
- Nous avons ici deux formes d’activité d’exportation qu’il faut noter : je pense que ces deux activités existeront toujours à côté l’une de l’autre. En France, comme en Allemagne, nous aurons toujours certaines grandes maisons qui seront suffisamment outillées pour se permettre de faire parcourir l’univers par un ou plusieurs représentants de commerce attitrés, ne travaillant que pour elles. En Angleterre, beaucoup de grandes maisons ne procèdent que de cette façon. Dans la même catégorie, on peut faire rentrer les établissements métropolitains qui ont des agences ou des succursales à l’étranger.
- On peut concevoir aussi que des groupes de maisons s'unissent et entretiennent à frais communs un commis voyageur, qui s’en ira au loin, porteur de plusieurs cartes. Mais pour les maisons, petites ou moyennes, qui entendent se consacrer au commerce extérieur, le commissionnaire en marchandises établi soit en France, soit à l’étranger, demeurera toujours par excellence l’agent d’exportation. Je puis dire que les meilleurs renseignements qui, jusqu’à ce jour ont été recueillis, soit par le Gouvernement, soit par les commissions parlementaires, soit par les groupes intéressés, ont été fournis par nos agents-commissionnaires en marchandises qui savent pratiquer ce genre d’industrie de père en fils, souvent depuis un siècle, qui ont à l’étranger de vieux correspondants sérieux dans lesquels on peut mettre toute confiance et qui sont
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- en même temps des agents de débouchés, des agents d’informations, des agents de crédit.
- Nos chambres de commerce, principalement la Chambre de Commerce de Paris, se préoccupent, à l’heure présente, avec juste raison, de la formation d’agents à l’étranger; nous en avons aussi d’ailleurs besoin pour nos colonies. On a même parlé de désaffecter un des collèges municipaux de la Ville de Paris, pour en faire une école spéciale de voyageurs et de représentants de commerce.
- Au Conseil supérieur de la Marine marchande, dans les séances de juin dernier, on s’est entretenu de la question et on a demandé au Sous-Secrétaire de la Marine marchande de mettre à la disposition des jeunes Français voulant s'expatrier, des capitaux leur permettant d’aller faire leur éducation commerciale à l’étranger. Ces capitaux seraient prélevés sur les sommes provenant des prises maritimes. Je sais que le Gouvernement est tout disposé à entrer dans cette voie.
- En dehors de nos voyageurs de commerce et de nos commissionnaires en marchandises, nous avons à l'étranger des serviteurs précieux dans la personne des représentants des compagnies de navigation, qui sont installés dans tous les grands ports du monde, et dans la personne ' des agents de nos compagnies d’assurances qui font beaucoup d’affaires à l’étranger. C’est à ces hommes que nous devons demander des renseignements pour nous éclairer sur la marche de nos exportations, et sur nos possibilités commerciales.
- LA QUESTION DES CONSULATS
- A côté des représentants privés de notre commerce d’exportation, et pour mieux dire, au-dessus d’eux, nous rencontrons notre personnel consulaire. Disons-le loyalement, nos consuls ne jouissent pas, auprès du commerce français, d’une très bonne réputation. Je ne peux pas dire qu’ils ont été vilipendés, — ce sont les parlementaires qui doivent détenir le record dans cette partie, — mais on leur a reproché d’avoir toutes les qualités, sauf l’esprit commercial.
- Je dois constater qu’il y a dans cette accusation une part de vrai. D’ailleurs, il faut bien qu’il y ait quelque chose de vrai, puisque, sans protestation du ministre des Affaires étrangères, nous avons vu les projets, et les propositions de lois concernant la réforme consulaire surgir de tous les côtés.
- L’éducation première de nos consuls en fait surtout des juristes et des diplomates. De là adiré qu’il serait nécessaire de bousculer par la base leur recrutement, et de les prendre tous dans les milieux conmerciaux et industriels, il
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- y a un abîme. A vrai dire, le meilleur commerçant n’est pas toujours celui qui a commencé par porter les colis, et par coller des étiquettes dans la maison qu’il dirige. Il y a d’excellents patrons qui sont partis de l’origine la plus modeste, mais pourtant il faut admettre qu’un jeune homme qui s'établit commerçant après avoir dépassé l’âge de vingt ans, et après avoir reçu une instruction supérieure, s’il a de l’intelligence et des dispositions, fera encore un meilleur chef de maison qu’un primaire.
- Il en est de même pour nos consuls. Ce qu’il faudrait changer chez eux, c’est un certain état d’esprit, qui les pousse à considérer comme négligeables indignes d’eux, les tractations commerciales. Si j’en crois les renseignements qui m’ont été fournis, de grands progrès ont été accomplis sous ce rapport, au moins dans le jeune corps consulaire. Notre Office national du Commerce extérieur, qui a rendu, il faut le reconnaître, de réels services à l’exportation depuis quelques années, est surtout alimenté par nos consuls et vice-consuls. Je dois apporter ici mon témoignage personnel : depuis que j’ai pris la rédaction en chef du journal VExportateur français, c’est encore auprès de notre corps consulaire que j’ai trouvé le meilleur accueil, c’est de lui que j’ai reçu les renseignements les plus pratiques.
- Je ne cesserai de répéter avec les réformateurs du consulat, parmi lesquels je note des hommes comme MM. G. Gerald, Léméry, Louis Marin, que le principal objectif à poursuivre consiste à mettre nos consuls et nos vice-consuls en état de représenter dignement la France à l’étranger. Assurément, il serait peut-être exagéré de donnera nos agences l’importance que les Allemands ont donnée à quelques-unes des leurs ; ainsi je ne demanderai pas qu’on introduise dans tel consulat les 125 employés, mâles et femelles, que les Allemands entretiennent dans leur consulat de Zurich, mais il faut au moins donner à nos consuls un personnel suffisant pour qu’ils puissent répondre rapidement aux demandes de renseignements qui leur sont quotidiennement adressées ; il faut ensuite donner à nos consuls des émoluments suffisants pour tenir leur place. Ne signalait-on pas récemment qu’à Odessa, notre représentant devait vivre avec 8000 ou 10 000 f, alors qu’au minimum le poste réclamait 25 000 à 30000 f de dépenses annuelles? Il importe que ce scandale cesse. Nous ne pouvons pas avoir la prétention de trouver en France des consuls ayant une fortune de 100 000 f de rentes.
- Dans tous les cas, pour que la France se développe au dehors, il faut que, depuis le consul fonctionnaire jusqu’au plus petit commissionnaire en marchandises, la puissance publique s’unisse à l’effort privé, pour fournir des renseignements aux exportateurs français.
- Toute l'épine dorsale de l’exportation consiste dans le renseignement.
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- L’industriel ne pourra réussir qu’autant qu’il saura exactement quels sont les objets qui sont demandés à l’étranger, à quel prix il peut les offrir, et enfin si les acheteurs futurs sont solvables. C’est ce qui m’a principalement conduit à créer en France L'Exportateur français, taillé sur le patron de la Deutsche Revue Export.
- La revue allemande, fondée à Berlin avec le concours du gouvernement allemand, qui lui donne 200 000 mark de subvention annuelle, avec le concours des grands syndicats d’exportation qui la subventionnent, a pu établir dans le monde entier 700 à 800 correspondants, qui n’avaient d’autre but que de lui faire parvenir, à des intervalles aussi rapprochés que possible, tous les renseignements d’ordre pratique pouvant intéresser les exportateurs germaniques.
- Dans cette revue, peu ou pas d’articles théoriques : rien que des renseignements ; on attachait beaucoup plus d’importance au changement d’un chef de rayon dans un magasin de nouveautés de Rio de Janeiro qu’à un article sur le protectionnisme ou le libre échange. Les correspondants avaient aussi pour tâche de répandre gratuitement le journal en le faisant parvenir chez des directeurs de firmes susceptibles de s’y intéresser, et surtout de s’y abonner.
- Mais la grande raison d’être de cette importante revue du commerce extérieur, tant en Allemagne qu’en Amérique, Mait surtout la publicité, la publicité incessante, faite en faveur des produits nationaux, et rien qu’en faveur des produits nationaux.
- Pour que cette publicité porte, il faut que la revue spéciale la présente d’abord sous une forme qui attire l’attention du lecteur, et, si possible, dans le langage maternel de ce lecteur. D’après les renseignements qui nous ont été fournis, la revue allemande devait paraître avant la guerre en dix ou douze langues. On nous a communiqué tout récemment des numéros qui étaient distribués gratuitement en République Argentine. Ainsi, nos ennemis, mis à l’heure actuelle dans l’impossibilité de produire abondamment, mis surtout dans l’impossibilité de transporter leurs marchandises au dehors, trouvent cependant le moyen de maintenir à grands frais des journaux d’exportation, dans lesquels ils font une publicité considérable, et cela dans l’unique but de maintenir le prestige de leurs firmes. C’est là un exemple que ne doivent pas perdre de vue les industriels français.
- LE CRÉDIT A L’EXPORTATION
- Ainsi, nous avons vu que l’exportation a besoin d’être soutenue par tous les moyens qui sont à la base de la production générale, mais qu’en dehors de Tome 127. — 1er semestre. — Jarxier-Février 1917. 10
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- ces moyens, nous avons besoin d’une méthode particulière qu’on peut résumer dans ce seul mot : « l’information ».
- Cela n’est pas assurément une révélation, puisque, depuis plusieurs années, nous avons créé en France un Office national du commerce extérieur, dont le but principal est justement de fournir au Commerce français les informations dont il a besoin. Cet office, intelligemment dirigé parM. E. Mercier, est devenu entre ses mains un précieux outil. Le Parlement vient de porter à 200000 f la subvention de 70 000 f qui lui était allouée avant la guerre, et il a fait ainsi de la bonne besogne.
- Mais, à côté de l’Office national, il convient de laisser place à l’initiative privée, car nous pouvons affirmer que nous n’aurons jamais assez d’instruments de renseignements. Il n’est pas excessif de dire que la question du crédit à l’exportation, si controversée, si discutée, repose presque uniquement sur l’installation d’un bon service d’informations extérieures.
- Je voudrais terminer en examinant rapidement cette question si passionnante du crédit.
- Depuis le début de la guerre, et bien plus qu’avant la guerre, j’ai entendu, de tous les côtés, de violents réquisitoires contre nos grandes banques. Il y a quelques années, c’étaient surtout les démagogues socialistes qui avaient entrepris cette campagne, dont le but était de monopoliser les banques au profit de l’État.
- Aujourd’hui, je le constate avec regret, ce n’est pas seulement à l’extrême gauche politique que les grands établissements de crédit trouvent des ennemis, mais c’est aussi parmi les dirigeants de nos grandes firmes, qui pourtant ne se piquent pas de démagogie. Nos gros négociants me semblent surtout avoir été excédés par le moratorium. Je n’entends traiter cette partie délicate de mon sujet qu’en ce qui touche le commerce d’exportation. Il y a cependant ici des points principaux qu’il faut aborder.
- Le Comité franco-russe, qui fut institué il y a quelques années, sous la présidence de M. Méline, pour étudier particulièrement les moyens d’intensifier les relations entre la France et la Russie, a fait une enquête considérable au cours de laquelle a été agitée cette question du crédit à l’exportation.
- Au Parlement, on s'est d’abord préoccupé du problème qui touche de très près celui-ci : c'est le problème du crédit au petit et au moyen commerce.
- Dans ces deux zones d’activité (exportation et petit commerce), les arguments ont été les mêmes, car ce qu’on réclame dans les deux cas, ce n’est pas un crédit à court terme, qui n’a jamais manqué en France, qui a toujours été chez nous meilleur marché qu’à l’étranger, mais c’est le crédit à long terme,
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- c’est-à-dire, en ce qui touche au moins notre activité intérieure, que c’est le crédit industriel qu’on a demandé.
- Pour ce qui touche le crédit industriel, je crois que les établissements de crédit se sont parfaitement défendus, en disant que le public commettait une erreur lorsqu’il pensait que les immenses dépôts des banques pouvaient être mis à la disposition d’emprunteurs à longues échéances. Au point de vue économique, il serait tout à fait dangereux qu’une banque de dépôts employât son argent à autre chose qu’à des opérations à très courte échéance; autrement,elle irait au devant d’un krach. Il sera donc indispensable, si vraiment les établissements actuels ne suffisent pas au moyen et au petit commerce, de créer une organisation spéciale. Ce n’est pas le moment d’en discuter les conditions, cela dépasserait de beaucoup mon sujet.
- Mais en ce qui vise l’exportation, je ne crois pas qu’une nouvelle organisation bancaire soit indispensable. Je ne veux pas me faire ici le défenseur de nos grandes banques : elles ont leurs défauts, elles ont aussi leurs qualités. Parmi leurs qualités j’en révèle plusieurs, qui sont primordiales :
- Elles ont d’abord le mérite d’exister, ce qui est déjà quelque chose; d’inspirer confiance, ce qui est une autre chose considérable; et enfin, d’être administrées avec un grand souci des intérêts des actionnaires et des déposants. En outre, elles disposent d’un crédit énorme.
- En matière financière, il est encore plus difficile d’innover que dans toute autre matière. Montesquieu écrivait, il y a deux cents ans, qu’il ne fallait toucher que d’une main tremblante aux institutions établies. Nous avons pour devoir, avant d'apporter une réforme quelconque, de chercher à utiliser au mieux les instruments que nous avons à notre disposition. Un couteau ébréché est un mauvais outil, mais quand il s’agit de se défendre, il vaut mieux l’avoir en main que de n’avoir rien du tout. Je suis heureux de constater que dans une enquête qui vient d'être faite par la grande revue, La Renaissance, des hommes te^s que MM. G. Manchez, Ad. Landry et L. Polac, ayant travaillé la question chacun de leur côté, se rencontrent, ou presque, dans leurs conclusions. Ils nous disent tous : Il faut organiser en France le crédit à l’exportation, avec les banques que nous possédons déjà. Evidemment les banques ne parairsent pas faire preuve d’une grande bonne volonté à cet égard. Dans les réponses qu’ils ont faites à l’enquête franco-russe leurs représentants ont d’abord fait remarquer (ce qui, au premier abord, semble assez juste) que les banques d’exportation uniquement consacrées au commerce extérieur pouvaient se développer seulement après le développement du commerce extérieur lui-même. D’après eux, par conséquent, ce n’est pas la banque d’exportation qui provoque l’expansion d’un pays au dehors, c’est seulement après que les industriels et
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- commerçants ont développé leur activité que les banques peuvent se créer, et suivre les efforts.
- Cet argument est peut-être contestable, surtout lorsqu’on étudie l’évolution du commerce allemand; en effet, il semble que si le commerce extérieur de nos ennemis est dû d’abord à l’activité de leurs commerçants, il est dû aussi à ce fait que leurs banquiers, en établissant des succursales ou des filiales dans les pays d’outre-mer, ont soigneusement préparé le terrain. Par conséquent, il faut dire que, d’après l’expérience, l’activité bancaire et l’activité commerciale sont parallèles, qu’elles se développent ensemble, qu’elles s’enchevêtrent l’une dans l’autre. Pourquoi? Parce que l’établissement bancaire situé à l’étranger s’ajoute comme agence de renseignements à tous les organes dont j’ai déjà décrit l’emploi au cours de ma conférence. Il s’ajoute aux officines de commissionnaires, aux agences de navigation, aux succursales des grandes firmes, aux revues spéciales, aux commis voyageurs, etc.
- On a remarqué maintes fois que nos exportateurs, après avoir envoyé des marchandises à des clients d’Amérique du Sud ou d’Extrême-Orient, voyaient tout à coup tarir la source de leurs commandes et, après recherches, on s’est aperçu que cette paralysie subite provenait de deux causes :
- 1° Les firmes françaises étaient d’abord trahies par les compagnies de navigation allemandes auxquelles elles avaient eu le tort de confier leurs marchandises; et c’est là un des gros arguments en faveur du maintien d’une marine nationale ;
- 2° Les chargeurs français étaient ensuite trahis par les banques allemandes établies à l’étranger, auxquelles ils confiaient fatalement le recouvrement de leurs traites, et qui profitaient des renseignements dont elles étaient nanties pour remplacer l’exportateur français par l’exportateur teuton.
- Ainsi, me voici encore conduit à la même conclusion que tout à l’heure : la question du crédit à l’exportation se trouve liée étroitement à la question des renseignements. Mon collègue, M. Victor Boret, député de la Vienne, qui appartient en même temps au commerce et au Parlement (chose rare !) et qui a beaucoup étudié ces questions, est d’avis que pour favoriser le crédit aux exportateurs, il suffirait d’établir en France un organisme qui fût intermédiaire entre les producteurs et les grands établissements de crédit.
- Cet organisme, dans lequel entreraient comme dirigeants les représentants des chambres de commerce, les délégués des grands syndicats, des financiers, aurait surtout pour tâche d’étudier toutes les affaires qui pourraient se créer, soit à l’intérieur, soit à l’extérieur. En ce qui touche spécialement l’exportation il créerait de puissantes agences à l’étranger, il enverrait au besoin des missions
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- spéciales dans les régions où cela paraîtrait utile, et il pourrait ensuite examiner d’une façon sérieuse la valeur de tous les papiers commerciaux qui pourraient être présentés aux établissements escompteurs.
- Un grand banquier me disait l’autre jour : « Pourquoi sommes-nous méfiants à l’égard de tous les crédits qui sont basés sur des opérations à l’étranger? C’est que l’acheteur étranger, le tiré, nous est complètement inconnu, et que nous savons quelles sont les difficultés énormes de recouvrement hors frontières. » Dans les républiques de l’Amérique du Sud, le recouvrement sur les acheteurs de qualité médiocre ou mauvaise est si difficile,qu’il est de principe de passer aux profits et pertes le montant des traites non payées à l’échéance lorsqu’elles sont inférieures à S 000 f. En effet les frais des intermédiaires judiciaires sont si élevés et le recouvrement si incertain qu’il vaut mieux ne pas en courir les risques.
- Ainsi, le jour où les banquiers français seront convaincus de la solidité du papier qui leur est proposé, c’est presque une vérité de la Palisse que d’affirmer qu’ils escompteraient les yeux fermés et que ce jour-là il serait très facile de tourner la difficulté de faire escompter par la Banque de France du papier à long terme. Les techniciens de la finance savent bien qu’il y a des procédés par lesquels on peut prolonger à l’infini le paiement des traites.
- La nouvelle organisation conseillée par M. Victor Boret pourrait, avec des procédés ingénieux, qu’il serait trop long d’exposer ici, en accordant sa garantie, en prenant du papier en pension, donner aux producteurs français tous les capitaux dont ils auraient besoin pour continuer de travailler en attendant paiement. On a flétri du nom de cavalerie toutes les traites de complaisance qui sont créées uniquement dans le but d’enfreindre la règle des trois mois, mais le jour où nous aurons une société sérieuse, capable de garantir les opérations extérieures, il est certain que toute cette cavalerie sera réglementée et légalisée.
- CONCLUSION
- Je n’ai pu, bien entendu, si étendue que soit ma conférence, qu’effleurer les points principaux qui intéressent le commerce d’exportation, car la matière est inépuisable. Pour être complet, j’aurais dû faire remarquer qu’après la guerre, nous aurons à nous préoccuper, non seulement de l’exportation dans les pays étrangers, mais aussi de l’exportation dans la plus grande France, dans nos colonies. Nous savons dans quel état d’infériorité se trouve la France, sous ce rapport, et je suis un peu honteux de constater la façon dont jusqu’à présent nous avons mis en valeur notre immense empire colonial. Tous les moyens de
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- 150 LE PROBLÈME DE L’EXPORTATION. -------- JANVIER-FÉVRIER 1917-
- développement et d’expansion auxquels je fais allusion, pourront être employés avantageusement sur ce terrain, où tout au moins nous avons l’avantage d’être nos maîtres et de ne pas redouter la concurrence.
- Dans tous les cas, le devoir de tous les industriels, de tous les commerçants français, est, à l’heure présente, sans se faire aucune illusion sur les difficultés qui se dressent devant eux, de se mettre courageusement à la besogne: malgré les terribles malheurs que nous avons éprouvés, malgré les angoisses du moment actuel, remarquons que notre commerce d'exportation n’a pas faibli dans la mesure où nous pouvions le craindre.
- Nous constatons, dans la France qui travaille, un redoublement d’activité, et cela nous permet d’envisager l’avenir avec une certaine confiance.
- Si tous les hommes de cœur veulent bien mettre en commun leur activité, leur espérance, leur dévouement, si énormes et si douloureuses que soient les pertes de la guerre, nous pouvons espérer que la France saura trouver, dans le malheur qui la frappe, une source d’énergie nouvelle.
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- LES EFFORTS OE L’iNDUSTRIE FRANÇAISE PENDANT LA QUERRE
- L’atelier de la société « le Jouet de France »
- Tous ceux qui visitèrent récemment l’exposition des jouets au Musée des Arts décoratifs ont été frappés de l’intérêt que présentaient les salles du fond, toutes garnies, du plancher au plafond, par des jouets en bois peint.
- On était un peu surpris d’abord, charmé ensuite de voir un dessin très simplifié, un coloris très vif, choisi parmi lestons élémentaires, interpréter, d’une façon artistique et nouvelle, les réalités enfantines. C’étaient des animaux : perroquets, chevaux, éléphants, oies, cygnes, coqs, etc. ; des mobiliers de poupées : lits, toilettes, étagères; des quilles, des totons, etc.
- Une affiche annonçait que ces jouets étaient exposés par la société « le Jouet de France » et qu’ils représentaient l’œuvre de mutilés. L’intérêt que soulevait dès lors cette industrie nouvelle se doublait à la pensée que des mutilés de la guerre en assuraient le développement.
- M. François Carnot, ancien député, président de l’Union centrale des Arts décoratifs, qui a créé, au début de 1916, la société « le Jouet de France », considère que, si l’emploi des mutilés donne à son œuvre une façade philanthropique, elle est, par sa constitution même, une entreprise industrielle, destinée à prospérer dans des conditions telles qu’elle assure, dès à présent, aux ouvriers un salaire normal. Les initiatives philanthropiques ont créé, au cours de cette guerre, des organisations nouvelles ; mais celles-ci faibliront au fur et à mesure que l’on s’éloignera des causes qui les ont fait naître, et finiront par être submergées par la reprise générale des affaires, si elles n’ont pas, dès maintenant, un statut industriel qui les rende indépendantes. N’est-ce pas la manifestation de la plus haute philanthropie, au contraire, que de faire oublier à nos glorieux mutilés l’infériorité dans laquelle leurs blessures les mettent en face de leurs camarades valides? Leur énergie et leur habileté ont refait d’eux des ouvriers, et l’ouvrier ne doit rien attendre que du salaire qu’il gagne et de
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- 152 l’industrie FRANÇAISE PENDANT LA GUERRE, ------ JANVIER-FÉVRIER 1917,
- la participation à laquelle, sous une forme quelconque, compatible avec la dignité humaine, le convie l’industriel qui l’emploie.
- C’est dans l’atelier d’un jeune sculpteur de grand talent, M. Le Bourgeois, qui employait quelques mutilés à tailler des jouets de sa composition dans du bois, que M. François Carnot prit Filée dont le développement se réalise aujourd’hui. Il s’assura du concours de M. Le Bourgeois et de deux artistes peintres bien connus, M. Rapin et M. Jaulme, installa ses premiers ouvriers dans les communs de l’hôtel de M. Chiris, avenue Montespan,à Passy; puis les communs devenant trop étroits pour le nombre d’ouvriers que les commandes appelaient au travail, il envahit l’hôtel lui-même. Celui-ci s’est vite trouvé trop étroit à son tour et la société « le Jouet de France » fait construire en ce monent une vaste usine dans l’île de Puteaux, qui recevra le bois en grume et exportera les jouets dans les caisses débitées et confectionnées sur place.
- Aujourd’hui l’atelier de l’avenue Montespan, réparti en une vingtaine de pièces, compte environ cinquante ouvriers, tous mutilés ou paralysés d’un bras ou d’une jambe ; ces ouvriers sont répartis en deux équipes : les menuisiers et les tourneurs d’un côté, de l’autre les peintres. Aucun de ces ouvriers n’exerçait, avant la guerre, la profession à laquelle il se consacre aujourd’hui; seuls les deux contremaîtres, mutilés également, étaient « de la partie ». La Société a mis à leur disposition des machines-outils, scies rotatives, scies à rubans, perceuses, raboteuses, etc. ; les mutilés ou les paralysés des jambes utilisent des sièges adaptés, des béquilles-siège; les mutilés des bras ou des mains sont munis d’appareils spéciaux. Ils ont tous acquis, en peu de temps, une habileté vraiment remarquable ; ils travaillent tous aux pièces et gagnent aisément 7 à 10 francs par jour. Le problème de la rééducation des mutilés et de leur remise au travail est résolu pour cette nouvelle industrie.
- L. Lindet.
- Une verrerie nouvelle à Charenton (Seine).
- M. Adnet, constructeur d’appareils de laboratoire et négociant en verrerie de laboratoire, 26, rue Vauquelin, à Paris, n’avait pas pris part à l’exposition qui eut lieu, dans notre hôtel, au mois de juin dernier. M. Adnet n’avait pas voulu recourir à un verrier pour approvisionner son magasin ; il voulait être son propre producteur et considérait qu’un négociant ne peut prétendre à alimenter le marché étranger, s’il n’est pas maître de sa propre fabrication. Il me parla, à cette époque, du projet qu’il avait de créer, dans les environs de Paris, une verrerie qui pût fabriquer la grosse verrerie de laboratoire et la verrerie fine. Je ne décourageai pas M. Adnet; mais j’avoue que je fus assez sceptique.
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- LES EFFORTS DE L’INDUSTRIE FRANÇAISE PENDANT LA GUERRE. 153
- Monter un four, trouver des ouvriers, du charbon, etc., ne me semblaient pas entreprise réalisable en pleine guerre.
- Il y a cependant trois mois que la verrerie fonctionne, installée 28, rue des Carrières, à Charenton, dans de vieux bâtiments d’usine loués par M. Adnet.
- Elle comporte un four à dix pots et occupe une centaine d’ouvriers, d’ouvrières et d’enfants. Elle produit de la grosse verrerie de laboratoire, verres à pied, éprouvettes, etc., et de la verrerie fine, vases cylindriques et coniques dits à filtration chaude, fioles à fond plat, ballons, fioles à jauger, cristallisoirs et vases de Piétri, etc. La verrerie tire des tubes sur une longueur de ]50 mètres environ. Avec les résidus, elle fabrique des verres de lampes.
- M. Adnet a adopté, pour la verrerie fine, deux formules, l’une genre Bohême (Fina), et l’autre genre Iéna (Neutra). Les analyses que le laboratoire du Conservatoire des Arts et Métiers a faites de ces deux verres concordent avec celles des verres d’origine. Les vases, fioles, etc., ont également été examinés par ce laboratoire au point de vue de la solubilité dans l’eau et dans les alcalis faibles, au point de vue de la résistance jaux changements brusques de température, dans les conditions où ces essais sont faits par les laboratoires allemands, et les résultats officiels donnent toute satisfaction. Il est évident qu’en ce moment, les prix de ces vases sont de beaucoup plus élevés que ceux offerts par les Austro-Allemands avant la guerre; on connaît la hausse subie par le charbon. Aussi M. Adnet qui croit fermement pouvoir, quand le prix de celui-ci sera redevenu normal, lutter contre la concurrence de nos ennemis, a-t-il publié un catalogue, dans lequel figurent les prix de l’avant-guerre, avec une majoration que les circonstances actuelles justifient.
- Une des grandes difficultés que M. Adnet a rencontrées, fut de s’assurer d’un personnel de souffleurs, capables d’entreprendre un travail auquel ils n’avaient pas été initiés, puisque l’on ne fabriquait pas, avant la guerre, les vases cylindriques, les vases coniques, les fioles à jauger, etc. Ce travail est fort délicat : il faut ne cueillir que la quantité de verre strictement nécessaire, ne laisser la paraison approcher du fond du moule que quand le vase est soufflé, sous peine de voir, par suite du refroidissement, le fond du vase conserver trop d’épaisseur, faire en sorte que le col de la paraison ait un diamètre inférieur au diamètre du moule, pour que l’on puisse tourner la canne et sa paraison pendant tout le temps que dure le soufflage. Il est juste de dire que, pour les mêmes raisons, les verriers dont j’ai parlé dans le compte rendu de l’exposition, M. Lalique, MM. Houdaille et Triquet, M. Landier, qui travaillent pour les maisons Leune, Poulenc, Fontaine et Manoncourt, ont rencontré et résolu les mêmes difficultés.
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- En outre, M. Adnet, habile mécanicien, a utilisé ses ateliers de construction de la rue Vauquelin pour établir les machines destinées à couper et à « rebrûler » les verreries fines de laboratoire.
- Mais les verreries dont je viens de parler existaient avant la guerre ; elles possédaient tout au moins le personnel qui n’avait pas été mobilisé ; il leur a suffi, pour alimenter les laboratoires, de modifier leurs travaux et quelquefois la composition de leurs verres. M. Adnet a le mérite d’avoir, à une époque de difficultés sans précédents, créé une verrerie de toutes pièces et fabriqué des modèles assez variés et en quantités suffisantes pour approvisionner sa clientèle et même exporter en Angleterre, en Espagne, aux Etats-Unis, dans l’Amérique du Sud, et même en Chine,
- L, Lindet,
- Une fabrique de bichromate de soude à Ponthierry (Seine-et-Marne).
- On ne produisait pas, en France, avant la guerre, de bichromate de potasse. La quantité que diverses industries: la mégisserie, la teinture, etc., réclamaient, nous était fournie à peu près moitié par l’Angleterre, moitié par l’Allemagne; cette quantité représentait annuellement 3 000 tonnes (1). On est d’autant plus surpris d’une semblable situation que le fer chromé ne vient pas seulement du Cap, mais aussi de la Nouvelle-Calédonie.
- Le Comptoir industriel du Blanchiment (16, rue de Miromesnil, à Paris), qui réunit MM. Rivière et Lambert, M. Foucher et M. Cotelle, décida, avec l’appui de la Société anonyme des Etablissements Kuhlmann, de créer à Ponthierry (Seine-et-Marne) une usine d’essai pour la fabrication du bichromate de soude, la substitution de la soude à la potasse se justifiant par le prix élevé qu’atteint aujourd’hui cette dernière base.
- Les débuts ont été très pénibles et très coûteux; la calcination du minerai, le lessivage de la masse, et surtout l’approvisionnement en charbon ont présenté de sérieuses*difficultés ; la cristallisation du bichromate de soude, beaucoup plus soluble que le sel correspondant de potasse, n’a 'été obtenue, dans de bonnes conditions industrielles, que récemment. Jusque-là, l’usine livrait le bichromate en solution concentrée, contenant 32 p. 100 d’acide chromique ; elle le livre aujourd’hui à l’état cristallisé; les cristaux doivent titrer 63 p. 100 d’acide chromique (théorie : 68,1 p. 100) pour être considérés comme marchands.
- (1) En 1913 : 3 243 t, dont 1 805 par l’Allemagne, 1 220 par l’Angleterre et 220 par divers.
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- LES EFFORTS DE L’iNDÜSTRIE FRANÇAISE PENDANT LA GUERRE. 155
- La nouvelle société qui, dans cette usine d’essai, produit 500 kg de bichromate par jour, espère prochainement quadrupler cette quantité. Elle se propose d’installer ensuite, dans d’autres régions, les procédés qui ont été mis au point à Ponthierry et son ambition serait de produire au moins le tonnage que l’Allemagne nous importait chaque année.
- L. Lindet.
- Une fabrique de soufre doré d’antimoine et de permanganate de potasse à Château-Ponsac (Haute-Vienne).
- M. Rousselot et Cie a mis au point, pendant la guerre, malgré les difficultés de toute espèce qu’il a rencontrées, deux nouvelles fabrications, dans son usine de Château-Ponsac (Haute-Vienne).
- A l’exception d’une petite quantité qui était produite par une usine du Nord de la France, le soufre doré d’antimoine (mélange de trisulfure et de penta-sulfure d’antimoine) que l’on emploie pour la vulcanisation et la coloration en rouge du caoutchouc, venait d’Allemagne ou d’Autriche.
- L’Allemagne importait annuellement 200 t de permanganate (1) ; la France n’en produisait pas 1 kg. L’usine de Château-Ponsac a abordé cette très délicate fabrication ; elle en fournit aujourd’hui 100 kg et en fournira bientôt 500 kg. Ce n’est encore qu’un essai; mais la période la plus difficile, c’est-à-dire la période d’études, est terminée.
- Enfin, M. Rousselot a entrepris la fabrication de l’acide chlorhydrique pur, qui était préparé chez quelques-uns de nos fournisseurs de laboratoires, mais qui était surtout importé d’Allemagne et de Belgique.
- L. Lindet.
- Une raffinerie de salins de betteraves à Ghoisy-le-Roi (Seine).
- L’industrie de la potasse a toujours existé en France, et il n’y a pas si longtemps qu’elle fournissait encore à l’Allemagne; elle constituait même une industrie nationale, spécialisée dans le nord de la France, actuellement envahi, où l’on raffinait tous les salins de betteraves provenant des distilleries de mélasses, si abondantes en cette région.
- Au moment de l’invasion, quatre fabriques importantes travaillaient.
- (i)_En 1913 : 208 t sur 230 t.
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- C’étaient les établissements Lesage-Montagne, à Rœulx (Pas-de-Calais), la Société anonyme de Croix (Nord), la Société Delaune à Seclin (Nord) et la Société Dècle à Saint-Quentin (Aisne) ; d’autres, moins bien outillées, avaient dû abandonner ce travail, devant la concurrence sans cesse grandissante des potasses allemandes et russes entrant librement en France.
- Cette concurrence avait même amené la potasse à un tel point de dépréciation que son travail cessait d’être intéressant, et les distillateurs, ne retirant plus de leurs salins qu’un profit illusoire, étaient forcés d’offrir aux fabricants de sucre un prix moins élevé pour leurs mélasses; cette dépréciation retombait finalement sur la betterave, source première de la potasse.
- L’indifférence des pouvoirs publics, en cette question, aurait fini par nous rendre complètement tributaires de l’étranger, et il est à penser que l’industrie potassique était bien mal connue puisque l’état de délaissement dans lequel elle se trouvait avait sa répercussion sur une culture qu’on prétendait encourager. Il est pourtant avéré que lorsque la potasse se vend cher, la betterave est achetée de même.
- La guerre ayant interrompu l’entrée des potasses étrangères et tari complètement la production des fabriques qui, malheureusement, étaient toutes situées en pays envahis, le marché français s’est trouvé privé de sels potassiques raffinés.
- Nous avons donc pensé qu’il était intéressant, même au point de vue national, de tirer parti des salins bruts produits par ce qui nous restait de distilleries de mélasses.
- Nous avons donc annexé à notre cristallerie de Choisy-le-Roi, une raffinerie de salins de betteraves où, avec le concours de M. Dupire-Vartel, le directeur des établissements Lesage-Montagne précités, nous produisons le carbonate de potasse et autres sels dérivés, et leur prix actuel nous a permis d’offrir aux distillateurs un prix tel, qu’ils ont pu eux-mêmes relever celui de leurs achats de mélasses, ce qui a permis également aux fabricants de sucre d’offrir à la culture betteravière un prix beaucoup plus rémunérateur pour elle.
- Telle a été notre œuvre; nous travaillons à l’étendre par la fabrication de la potasse caustique, que nous installons en ce moment.
- Nous pensons qu’il serait facile d’en conserver les heureux effets, même après la guerre, si au lieu de laisser entrer librement chez nous toute espèce de potasse, on frappait les produits raffinés d’un droit d’entrée dont seraient exonérés les sels potassiques destinés à la culture.
- On favoriserait ainsi l’essor d’une industrie nationale alimentée par la culture de la betterave, et cette dernière, en achetant à bon compte les sels potas-
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- siques qui lui sont nécessaires, les revendrait en fait, dans la betterave livrée à la fabrique de sucre productrice de mélasses, à un prix rémunérateur favorable à son extension.
- Nous regrettons de constater que, sans même attendre le moment où la question pourrait être entendue, on cherche déjà à faire entrer en France des potasses raffinées russes, dont l’introduction provoquerait l’effondrement des cours des produits intéressés et l’exode de capitaux qu’il est pourtant préférable de faire le plus possible circuler chez nous.
- Nous pensons donc que c’est dans le sens de la protection de l’industrie des produits potassiques raffinés que l’intervention de la presse doit s’exercer. Quant à nous, nous serons assez récompensés de nos efforts si, dans un moment difficile, nous avons pu faire œuvre utile au pays.
- Houdaille et Triquet,
- Maîtres-Vemers à Choisy-le-Roi (SeineJ, Membres de la Société.
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- LE RETOUR A LA TERRE PAR LA MÉCANIQUE
- La Maison du Soldat du XIIIe Arrondissement de Paris
- POUR LES MUTILÉS DE LA GUERRE
- La Maison du Soldat du XIIIe Arrondissement a été fondée par les sections de cet arrondissement des deux importantes sociétés suivantes : La Ligue nationale contre l’Alcoolisme et la Ligue des Droits de l’Homme et du Citoyen, avec le concours effectif de la Municipalité du XIIIe arrondissement de Paris.
- Elle est installée dans l’ancienne Station d’Essais de Machines du ministère de l’Agriculture, 47, rue Jenner, à Paris. C’est, pour une grande part, grâce à la bienveillante intervention de M. Ringelmann, directeur de la Station et membre du Conseil de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, que l’œuvre a pu obtenir du ministère de l’Agriculture la bbre disposition des bâtiments où sont installés les ateliers.
- L’œuvre comprend :
- 1° Un cercle où les soldats en convalescence dans les hôpitaux ou en garnison dans les casernes peuvent venir passer leurs moments de loisir en consommant des boissons hygiéniques, jouant, causant, faisant leur correspondance. Des concerts y sont organisés à leur intention. C’est particulièrement à la générosité de M. Ringelmann que cette partie de l’œuvre a pu être créée rapidement, car il a bien voulu prêter un élégant pavillon qui est sa propriété particulière ;
- 2° Un service de placement pour les réformés chez les industriels ;
- 3° Une école de rééducation pour les mutilés. C’est vers le retour à la terre qu’il a paru particulièrement intéressant d’orienter les invabdes de la guerre, dont un si grand nombre sont originaires des campagnes. Après avoir étudié divers projets de rééducation (tissage, taille de la pierre fine, vannerie), c’est uniquement dans le sens de la mécanique agricole que les organisateurs ont dirigé leurs efforts.
- On est frappé aujourd’hui du goût que la mécanique inspire à chacun. L’attrait du mutilé pour cette forme de travail a paru de nature à le ramener aux champs si on lui montre — ce qui est l’évidence même — que là, comme à la ville, la mécanique va prendre des développements considérables.
- Pendant le temps de séjour des élèves à l’École de la rue Jenner leur existence matérielle est assurée par leur hospitalisation à l'hôtel annexe de l’Institut national professionnel de Rééducation des Mutilés de Saint-Maurice. C’est à(ce centre de rééducation que l’École de la Maison du Soldat du XIIIe est rattachée administrativement. L’hôtel annexe est situé rue Rondelet (XIIe).
- Lorsque les élèves ne sont pas hospitalisés à l’hôtel Rondelet, ils reçoivent de
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- LE RETOUR A LA TERRE PAR LA MÉCANIQUE. l59
- l’Aide immédiate aux Mutilés et Réformés de la Guerre une allocation journalière de trois francs pendant le temps de leur rééducation.
- Le but de l’École est de former des hommes capables de s’employer à la campagne comme mécaniciens agricoles.
- Le principal débouché consiste dans l’emploi de conducteurs de tracteurs pour les diverses machines agricoles. Il convient donc de mettre les élèves en mesure de connaître suffisamment le moteur pour l’entretenir en parfait état, le régler, et être en mesure d’entretenir les diverses machinée qui se rencontrent, ainsi que le fonctionnement d’une installation électrique simple.
- Enfin, dans toute ferme, il existe un travail d’entretien de menuiserie et de charronnage simple qu’un homme habitué à manier les outils courants peut faire aisément, rendant ainsi de sérieux services.
- C’est cet ensemble d’éducation manuelle qu’on se propose de donner aux élèves.
- Moyens matériels dont dispose VEcole. — Grâce au bienveillant concours d’industriels du XIIIearrondissement, l’École dispose d’un important matériel létaux, établis, forge aA^ec enclume, outillage correspondant au travail courant de l’ajustage, de la forge et de la menuiserie; un moteur fixe à pétrole de 7 chevaux; une dynamo actionnée par le moteur; un ensemble de pièces de démonstration pour le moteur automobile ; une machine à percer, une meule, une pompe à eau, un tour, une voiture automobile de 8 chevaux avec dispositif particulier pour la conduite par des mutilés.
- Enseignement pratique. — L’enseignement donné aux élèves est essentiellement pratique. Il se complète par des causeries et des lectures lorsqu’on a affaire à des sujets manifestant un goût pour l’étude, ce qui, malheureusement, est trop rare.
- On s’attache à varier le travail des élèves de manière à leur éviter toute monotonie. On a surtout soin de faire alterner les démonstrations devant les appareils avec le travail manuel à l’étau ou à l’établi.
- Étant donné les lacunes que présente depuis longtemps en France l’organisation de l’apprentissage, on peut dire qu'un grand nombre d’ouvriers soi-disant mécaniciens n’ont pas reçu un enseignement aussi méthodique que celui qu’on donne, hâtivement sans doute, mais non au hasard, aux mutilés rééduqués.
- L’enseignement donné dans les locaux et sur le terrain de la rue Jenner doit être complété, pour parfaire l’éducation des conducteurs de tracteurs, par des exercices sur un champ d’expérience aux environs de Paris.
- Enseignement agricole. — La Maison du Soldat du XIII• arrondissement s’étant donné mission, en ce qui concerne son œuvre de rééducation, de rendre des travailleurs à la terre, se préoccupe de développer chez ses élèves les connaissances agricoles qui, malheureusement, sont trop peu répandues dans nos campagnes, au grand dommage de notre agriculture.
- Le ministre de l’Agriculture a délégué à la Maison du Soldat un professeur d’agriculture qui fait aux élèves des causeries famiüères sur l’agriculture. Le professeur, M. Dumont, se trouvant être un vulgarisateur émérite, son enseignement, simple et à la portée de tous, a le plus grand succès. Il a paru que le bénéfice de cet enseignement pouvait être étendu aux militaires encore en traitement dans les hôpitaux ou formations sanitaires de Paris.
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- A quelle catégorie de mutilés peut s'appliquer utilement la rééducation pour la mécanique agricole ?— Une codification des mutilations compatibles avec l’exercice de la profession de mécanicien agricole n’a pas encore été précisée. Elle semble devoir être assez peu nécessaire. En effet, il faut bien tenir compte de la mentalité du mutilé, qui joue un rôle extrêmement important. Tel qui semble devoir à son degré de mutilation une très grande impuissance au travail y supplée par une bonne volonté particulière et une habileté caractérisée. Enfin, il ne s’agit pas de fixer les conditions qui conviennent le mieux pour faire des travailleurs bien adaptés à telle profession, mais d’utiliser au mieux toutes les bonnes volontés et de tirer parti de toutes les énergies disponibles : la situation, hélas ! en fait une nécessité.
- En réalité, il s’agit surtout de cas d’espèces. Le Conseil médical examine chaque candidat avant son admission. En ce qui concerne les membres inférieurs, il suffit que le mutilé puisse aisément monter sur une voiture. Pour cela il faut qu’en cas d’amputation d’un membre, celle-ci n’intéresse que la partie inférieure de la jambe.
- Les ankylosés, si fréquentes, peuvent fort bien permettre l’exercice du métier. Des dispositifs très pratiques permettent d’ailleurs la conduite d’une voiture à des mutilés de jambes. Il ne faut pas oublier que le tracteur est une voiture automobile à marche lente. La conduite du tracteur n’est pas d’ailleurs l’exclusive utilisation du mutilé rééduqué comme mécanicien agricole. Dans les centres automobiles, qui déjà existent dans les régions où le labourage mécanique est très développé, il faut des hommes pour l’entretien à l’atelier du matériel.
- En ce qui concerne les membres supérieurs, une main relativement intacte et l’autre capable de serrer un outil ou un volant constituent la condition nécessaire. Malheureusement, l’état de la prothèse ne semble pas permettre de prévoir bientôt la création de bras de travail d’un usage pratique. Mais il y a tout un ensemble de mutilations de bras et d’amputations des doigts qui sont compatibles avec la pratique des opérations à l’atelier comme au maniement des organes de commande de la voiture.
- Résultats obtenus. — Le matériel dont dispose la Maison du Soldat permet la rééducation en même temps d’environ vingt-cinq hommes.
- Cet effectif est actuellement légèrement dépassé. Aussi l’outillage est-il insuffisant.
- Tous les mutilés rééduqués ont été placés comme conducteurs de tracteurs par la société la Culture mécanique. D’autres en demandent de toutes parts. Les appointements sont de 6 f, salaire fixe (ou 5 f avec logement) et une prime de travail variant de 0,50 à 2 f par hectare, ce qui fait au total un salaire de 7 à 9f par jour.
- Le placement s’est effectué au bout d’un séjour à l’École de deux mois environ.
- Les mutilés donnent régulièrement de leurs nouvelles et se déclarent satisfaits. L’expérience est donc concluante. La voie où s’est engagée la Maison du Soldat du XIIR, grâce aux encouragements reçus des éminentes personnalités agricoles dont on trouve .les noms parmi les membres de sa Commission technique, est bonne. Il convient de continuer en étendant le champ d’action par une propagande incessante auprès des mutilés qui trouveront dans la mécanique agricole, en nombre pour ainsi dire illimité, un avenir assuré dans leur milieu d’origine,
- Ch. Quillard.
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- AGRICULTURE
- Rapport présenté par M. Henri Hitier au nom du Comité d’Agriculture sur les subventions aux femmes de cultivateurs mobilisés et ayant su maintenir en bon état l'exploitation de leur domaine agricole (Prix Meynot).
- Plus la guerre se prolonge, plus grandes sont les difficultés que rencontrent les femmes restées à la tête des domaines agricoles, pour continuer la culture, maintenir en bon état terres et cheptel, et assurer le maintien de la production aussi intense que possible.
- Cependant c’est par milliers que dans toutes les campagnes des diverses régions de la France se rencontrent les femmes qui, ne comptant pas avec leurs forces, mais n’écoutant que leur courage, tiennent depuis plus de trente mois la place des hommes, du mari, des fils, des frères, pour labourer et préparer les terres, tailler et piocher la vigne, panser le bétail, charrier les fumiers, faucher les prairies et moissonner les récoltes.
- Le Comité d’Agriculture a donc pensé qu’il ne pourrait faire un meilleur emploi des sommes disponibles de la fondation Meynot qu’en les répartis-sant entre un certain nombre de ces femmes particulièrement méritantes, qui,par leur esprit d’initiative, parleur énergie de chaque jour et au milieu de difficultés de toutes sortes, avaient su maintenir la culture des terres et l’élevage du troupeau, et conserver ainsi pour le retour du mari, des fils, des frères, le domaine en parfait état, hélas ! aussi, trop souvent, qui ont su continuer la culture, le mari tué à l’ennemi, en vue de l’avenir des enfants.
- Ces femmes, en agissant de la sorte, ont bienmérité non seulement de leurs morts, des absents retenus au front, mais du pays tout entier: en assurant la vie économique régulière dans les villages de l’arrière, en assurant la production agricole, elles aussi coopèrent de la façon la plus active et la plus utile à la défense de notre chère France et préparent la victoire qui la délivrera de ses ennemis.
- Tome 127. — 1er semestre. — Janvier-Février 1917.
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- AGRICULTURE. --- JANVIER-FÉVRIER 1917.
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- Le prix Meynot est spécialement réservé à de petits cultivateurs de la région du Sud-Est, et cette année le Comité d’agriculture avait décidé de l’attribuer dans le département de Vaucluse. C’est donc dans ce département que nous devions rechercher les femmes, chefs d’exploitation, à récompenser et, pour ce faire, nous nous sommes adressés à M. Zacha-rewicz, directeur des services agricoles de Vaucluse, et à M. R. Gavoty, président de l’Union des syndicats agricoles des Alpes et de Provence, qui, l’un et l’autre, ont bien voulu prendre la peine de faire une enquête et de nous adresser les noms des femmes qui leur paraissaient tout particulièrement dignes d’être citées en exemple et mériter le prix Meynot.
- La valeur du prix Meynot est de 1 000 francs; le Comité d’Agriculture a décidé de le partager entre les vingt femmes dont les noms suivent : chacune d’elles reçoit cinquante francs et un diplôme de la Société.
- Veuve Jourdan (Maria), quartier Christol à Montfavet. — Agée de soixante-dix-huit ans, a 3 fils mobilisés au front, très active et courageuse malgré son âge, exploite une propriété de 9 ha environ, n’étant aidée que par un journalier; les cultures entreprises sont celles des prairies, jardinage et vignes, propriété très bien tenue.
- Fanny Rambaud, épouse Dumas (Marius),quartier de la Canorgueàl’Isle-sur-Sorgue. — A4 enfants, 2 filles de dix et huit ans, 2 garçons mobilisés en même temps que leur père, exploite une propriété de 7 ha en céréales, jardinage et vignes, ces dernières occupant une étendue de 4 ha ; elle ne prend comme aide que quelques journalières toutes les fois qu’elle en trouve; très courageuse.
- Veuve Rosalie Berard, à Murs. — Mari décédé étant mobilisé, la famille, se compose de 5 enfants dont l’aîné est une fille âgée de quatorze ans ; il a été récolté cette année dans la propriété 80 hl de blé, des fourrages et des pommes de terre; famille très travailleuse.
- Juüette Gerin, née Jambon, Saint-Saturnin les-Avignon. — A4 enfants dont l’aîné a huit ans; son mari est mobilisé depuis le début de la guerre; exploite comme fermière une propriété de 12 ha en prairies et céréales ; au moment des moissons elle prend un journalier de passage ; très travailleuse.
- Éléonore Blanc, à Caseneuve. — A4 enfants; mari mobilisé depuis le début de la guerre; cultive avec deux de ses endants une propriété qu’elle a en location au hameau Saint-Jean près Caseneuve; cette propriété a produit des céréales diverses et des fourrages artificiels; a un troupeau de 40 brebis dont elle tire le meilleur parti; famille très travailleuse.
- Bonneau (Joséphine), quartier Quitte b raille, Avignon. — A3 enfants; mari mobilisé; cultive comme fermière 3 ha de terrain en culture maraîchère; jardin bien tenu, la mère et le fils aîné étant de gros travailleurs, très actifs.
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- Mme Clovis Tamisier, quartier Calade à l’Isle-sur-Sorgue. — A4 enfants dont l’aîné a onze ans ; mari mobilisé depuis le début des hostilités ; exploite comme fermière un vignoble de 10 ha qui est en très bon état; a obtenu cette année une bonne récolte.
- Joséphine Gardiol, née Grand, aux Yignères près Cavaillon. — A4 enfants dont l’aîné à huit ans ; mari mobilisé ; cultive comme fermière une importante propriété en nature de céréales, fourrages, primeurs et vignes, fait les arrosages et porte les produits au marché : elle a pu conserver la ferme quoique avec beaucoup de peine dans de très bonnes conditions.
- Marie Ricard, à la Croisette, Montfavet. — A3 enfants ; mari mobilisé ; exploite comme fermière une propriété de 16 ha en cultures de blé, luzerne et vignes; a obtenu de bons rendements par son initiative courageuse et persévérante.
- Augustine Marin, née Crouzet à Villedieu. — A3 enfants dont l’aîné a quinze ans ; mari mobilisé ; exploite une ferme importante en culture de céréales, fourrages; troupeaii de 60 brebis dont elle tire un excellent parti ; cette ferme est bien tenue ; famille laborieuse.
- Mme Mathilde Martinet. — Quartier des Graves à Orange. Mari mobilisé depuis le 2 août 1914 ; exploite une ferme à mi-fruits de 10 hectares avec son fils aîné, quinze ans; céréales, prés, luzerne; la mère et le fils sont très travailleurs et conduisent faucheuses, moissonneuse. Le fils a dressé 2 jeunes mulets à la charrue, à la charrette et à tous les travaux agricoles.
- Mme Berthe Lambert. — Domaine Saint-Jaume, à Sault (Vaucluse), fermière à mi-fruits; mari mobilisé dès le début de la guerre. 80 ha terres de labour, céréales, prairies, vignes. Exploite avec un petit domestique et deux enfants de l’assistance publique. Elle a avec elle un fils de dix ans et son beau-père, quatre-vingts ans. Très courageuse et laborieuse.
- Mme Paul Bouyac, née Marie Bernard. —Domaine Pied-Card à S ar ri an s (Vaucluse); 9 ha toutes cultures, principalement des primeurs, tomates, melons, asperges, jardinages. Fait tous les travaux, avec l’aide de quelques parents et journaliers. Elle a un enfant de cinq ans et sa belle-mère, soixante-cinq ans, malade Elle porte au village les produits pour l’expédition, tient tête à tous les travaux et donne des soins à un petit troupeau d’agneaux qu’elle élève. Conduit faucheuse et moissonneuse.
- Mme Joanin. — A Mornas (Vaucluse) ; 12 ha à mi-fruits; blé, fourrages, asperges, melons, pommes de terre, artichauds, etc. Exploite et fait elle-même tous les travaux avec beaucoup d’énergie et de courage. Elle a 3 enfants dont l’aîné est de la classe 18. Conduit moissonneuse et faucheuse, remplace son mari et assure la bonne culture de ses terres.
- Mme Mathilde Serre. — Fermière au quartier de Joucas aux Gardiol (Vaucluse). Mari mobilisé. Exploite 20 ha dont 12 en céréales, le reste en vignes, fourrages et truffières. 5 enfants, l’aîné 15 ans. Famille tous très travailleurs, les enfants soignent les chevaux et un troupeau de 30 à 40 têtes de brebis. La mère dirige et tient tête à tous les travaux. Propriété bien tenue.
- Mme Rosalie Marcellin, épouse Émile Arnaud. — Fermière à la Guinguette à Flassens (Vaucluse). Mari mobilisé; pleine de courage et d’énergie, dirige et tra-
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- vaille 10 ha toutes cultures; 4 enfants dont l’aîné, dix ans, et son vieux père, conduit les chevaux, laboure, s’occupe de tout. Propriété bien tenue.
- Mme Silvestre (Louis). — Quartier de Piedouren, à Goult (Vaucluse). Mari mobilisé et mort au champ d’honneur. A 5 enfants, aîné dix-neuf ans, soldat et blessé grièvement au front. Elle a continué à exploiter 15 ha, toutes cultures, primeurs, asperges. Cette famille courageuse et très travailleuse assure la culture des terres et est citée en exemple dans sa région.
- Mme Augustine Hugues. — Campagne de Serre à Roussillon (Vaucluse). Mari mobilisé ; 3 filles, dix-neuf, dix-sept et douze ans : 14 ha vignes, céréales, vers à soie. Cette famille très travailleuse exploite et fait tous les travaux de culture, sans aide. A élevé 2 poulains de deux ans, dressés aux travaux agricoles. Propriété bien tenue.
- Mmc Louise Traxchimand, née Granon. — Métayère à Bonnieux (Vaucluse), quartier des Moulins. Mari mobilisé depuis le 2 août 1914 et blessé grièvement en combattant. 2 jeunes enfants. La femme continue à exploiter d’une manière parfaite 11 ha, dont deux tiers en céréales, un tiers en vignes. Conduit faucheuse, moisson neuse, laboure et fait les vendanges.
- Mme Marie Belluguet, née Burle. — Fermière à Bonnieux (Vaucluse). Trois enfants, aîné quinze ans. Exploite avec méthode 5 ha, deux tiers en vignes, 1 tiers en céréales. Mari mobilisé, mort au champ d’honneur. Propriétaire très méritante, exécute tous les travaux : beau-père très âgé et aveugle et belle-mère très âgée sont à sa charge.
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- Le Comité d'Agriculture disposait encore, en 1916, de quelques sommes provenant de fondations diverses; il a pensé ne pouvoir mieux les utiliser qu’en les distribuant à quelques femmes de cultivateurs mobilisés, de n’importe quelle région de la France et qui lui seraient signalées, comme ayant assuré la continuité de la marche de leur exploitation agricole dans les meilleures conditions ; et c’est ainsi qu’aujourd’hui le Comité d’agriculture est heureux de pouvoir accorder 100 francs et un diplôme de mérite à :
- Mme veuve René Grouet, dont le mari a été tué en Argonne au mois de septembre 1915. Cette jeune femme exploite à Beaumais, canton de Morteaux (Calvados), la ferme de la Bouffardière, d’une contenance de 78 ha pour les trois quarts en labour; elle conduit elle-même charrue, trisoc, faucheuse, moissonneuse, etc., et paie très régulièrement ses fermages; elle élève deux enfants âgés de six et quatre ans, et aide même sa mère, veuve depuis plusieurs années, qui exploite une ferme voisine d’une contenance un peu supérieure et dont le fils, frère de la jeune femme, est tombé au champ d’honneur sous Verdun.
- Mme Danguy (Marie-Valentine), femme Darenne, née le 17 septembre 1883, à Champreneau, commune de Lichères-sur-Yonne depuis juin 1906. Son mari est mobilisé. Elle a cultivé la ferme, soigné les bêtes (3 vaches), fait des fromages, du beurre ;
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- envoie ses trois enfants à l’école située à 3 kilomètres et les entretient de façon parfaite. La ferme est dans les bois.
- Mme Edmond Catel, née Gabrielle Leroy, exploite, depuis le début des hostilités, environ 33 ha de terre à Clinchamps-sur-Orne, elle conduit elle-même sa faucheuse, sert sa machine à battre, et s’occupe de tous les travaux de la ferme ; elle est d’autant plus digne d’une récompense qu’elle élève elle-même ses enfants âgés respectivement de cinq, trois et deux ans.
- Mme Messiour, de Fontaine-Henry (Calvados). Son mari et deux fils mobilisés, seule dans sa ferme de 50 ha de labour, a tout cultivé et payé régulièrement son propriétaire jusqu’à ce jour.
- Mme Suzanne Despreaux, à Revelles (Somme), en l’absence de son mari mobilisé, avec une énergie au-dessus de tout éloge a continué à cultiver sa ferme, à maintenir le bétail en bon état.
- Mme Mannevy, ferme delà Gâchât, par Armes (Nièvre), depuis août 1914 est restée seule avec 3 petits enfants qu’elle envoie régulièrement à l’école de Lichères-sur-Yonne située à plus de 3 kilomètres. Elle-même dirige l’exploitation, entourée de forêts, qui comprend cultures de céréales, betteraves et prairies; elle soigne le bétail, fabrique du beurre et des fromages : rien n’est négligé.
- Enfin, à côté des femmes ayant ainsi déployé une énergie digne de tous les éloges, à la tête d’exploitations agricoles, on a parfois signalé des jeunes gens, des jeunes filles pour lesquelles
- La valeur n’attend pas le nombre des années.
- Tel est le cas de MUe Blanche Agnès, âgée de vingt et un ans, qui, depuis le jour de la mobilisation, s’est dépensée sans compter pour que les travaux de la ferme très importante exploitée par son père, privé de main-d’œuvre par suite du départ de son fils et de ses ouvriers, soient exécutés dans de bonnes conditions. A elle seule elle a fauché le foin et les céréales de la ferme de son père et de deux voisins également mobilisés.
- Tel est aussi le cas des frères Le Roy, Pierre, né en février 1898, et Michel, né en février 1901, qui ont exploité depuis août 1914, la ferme de leur père d’une contenance de 110 ha, et celle de leur oncle, d’une contenance de 70 ha, à Airon (Calvados).
- Tel est encore le cas de Bonnieux (Auguste), simple petit domestique, âgé de moins de dix-huit ans, qui, son patron mobilisé et tué à l’ennemi, a dirigé et cultivé seul une exploitation de 30 ha.
- Bonnieux (Auguste), né à Perrigny-sur-Armançon (Yonne), le 28 avril 1899, depuis vingt mois dirige l’exploitation agricole de 30 ha de son ancien patron, M. Joseph Barbier, tué à l’ennemi le 14 juin 1915, laissant pour unique héritière une orpheline âgée de douze ans; Mme veuve Sannois, sœur de M. Barbier, s’occupe de l’intérieur de la maison et le jeune Bonnieux dirige l’exploitation, exécutant tous les travaux de
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- labours, semailles, fenaison et moisson, aidé seulement par un petit jeune homme de quatorze ans, pour les soins à donner au bétail : ce dernier a quitté la ferme en juillet 1916 ; Bonnieux est resté seul de nouveau : il est le second d’une famille de sept enfants : les père et mère exercent la profession de bûcherons dans l’Yonne. C’est une famille de travailleurs.
- Le Comité d’Agriculture estimant l’exemple du domestique particulièrement digne d’être signalé accorde au jeune Bonnieüx (Auguste) 200 f et un diplôme de mérite.
- Cette année encore, répétons donc à nouveau ces paroles empreintes d’une si noble élévation et de grande poésie dans lesquelles M. Cl. Metton a célébré la victoire du travail aux champs durant cette guerre.
- « L’été était là, mûrissant l’herbe et la moisson. A la ferme, un vieillard, une femme, des enfants, devant le travail qui s’approche ; c’était toute la force disponible pour l’engrangement des récoltes : bras débiles ou trop jeunes.
- a Les cœurs meurtris par l’absence ou les deuils, mais la volonté ferme au poste imposé par le devoir, les courages se sont élevés à la hauteur de la tâche. Faisant appel à tout ce que l’âme paysanne recèle d’énergie et de forces jamais épuisées, cette triste armée de l’arrière s’est levée dans un suprême effort, et sous les coups répétés de ces humbles, de ces faibles, sont tombés tour à tour et l’herbe de la prairie et le blé au grain d’or.
- « Les femmes par les champs, sous l’âpre morsure du soleil de juillet, dédaigneuses du hâle qui les brunit, s’en sont allées les bras nus accomplir les durs travaux dont l’amour prévoyant tenait jadis éloignée la gardienne du foyer.
- « Aidé par l’adolescent, le vieillard dressa, comme autrefois, les beaux chars de foin aux subtiles senteurs, et, par ses soins, les meules de gerbes aux spirales savantes élevèrent près de la ferme leurs flèches vers le ciel aux jours habituels.
- « Ah! femmes des champs, et vous vieillards et enfants, grâce à votre ardent labeur, le rite sacré qui chaque saison emplit la coupe de vie de l’humanité s’est accompli.
- « La France peut garder encore son glaive levé : les greniers sont remplis. »
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- Les cent francs ou les cinquante francs que reçoivent ces femmes, ces enfants sont certes bien peu de chose, un très modeste encouragement ; nous accompagnons cette somme en argent du diplôme de notre Société qui, placé dans la principale pièce de la ferme, devra rappeler aux générations qui s’y succéderont comment, pendant les années de la Grande Guerre, tandis que l’homme au front gagnait la croix de guerre, la femme, l’enfant, restés aux champs remplissaient eux aussi leur devoir, tout leur devoir.
- H. Hitier.
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- NOTES DE CHIMIE
- par M. Jules Garçon bibliothécaire
- A TRAVERS SCIENCES ET INDUSTRIES CHIMIQUES
- Généralités. — Sur les brevets de chimie.
- Sur les brevets de chimie. — M. S. C. Mastick, professeur de chimie industrielle à l’Université Columbia, a donné, en 1915 et en 1916, une série de conférences sur les brevets concernant la chimie. Nous y trouvons quelques indications susceptibles d’intéresser les inventeurs.
- L’on sait qu’en Angleterre des brevets ont été débvrés à partir de 1561. Notons que dans les dix premières années, 1561 à 1570, il a été délivré 18 brevets dont 12 concernent des produits chimiques ou des procédés de préparation.
- Le Patent Office de Londres a donné à notre bibliothèque, sur l’intervention du soussigné, la collection complète des abrégés de ces brevets depuis ladite date éloignée. Cette collection est infiniment utile pour les recherches d’antériorité ; il n’en existe même pas qui lui soit supérieure dans cet objet.
- Les conférences de M. Mastick ont porté naturellement sur la loi américaine et les différents points de cette loi qui concernent la propriété industrielle, sur la façon d’obtenir un brevet aux États-Unis, sur les droits qui appartiennent aux brevetés et sur les actions en nullité de brevets.
- Dans ces conférences, je me bornerai à relever ce qui touche la pratique pour des cas nettement spécifiés; puis je développerai d’après M. Mastick la prise d’un brevet typu, celui de C. M. Hall pour la production électrolytique de l’aluminium, et,je résumerai les procès auxquels il a donné lieu aux États-Unis.
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- Les tribunaux américains ont jugé qu'une substitution de matière à une autre, lorsqu’elle produit un développement de propriétés nouvelles et d’applications nouvelles, peut présenter parfois plus qu’un tour de main, et être un cas d’invention. Par exemple, la substitution d’un caoutchouc vulcanisé à la gutta-percha pour fabriquer des plaques de dents artificielles (Smith contre Goodyear dental Vulcanite Co). De même la substitution de l’alcool amylique (fusel oïl) à l’alcool ordinaire comme dissolvant du camphre en mélange avec la nitrocellulose, dans la fabrication de la
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- pyroxyline, d’où meilleur résultat et moindre dépense (Celluloïd Co contre American Xylonite Co). Ou encore la substitution de la chaux hydratée à la poudre de marbre en mélange avec la colle pour donner une matière susceptible de retarder la prise du plâtre (King contre Anderson).
- Les tribunaux américains ont jugé que l’invention ne consiste pas à substituer une matière supérieure à une matière de qualité moindre.
- L’invention ne consiste pas non plus à changer la forme ou la grosseur d’une matière. Par exemple à pulvériser des lames de gélatine (Milligan and Higgins Glue Co contre Upton). La gélatine est ainsi plus soluble et il est plus aisé de la mettre en paquets. Mais cette gélatine pulvérisée ne constitue pas un produit nouveau brevetable, pas plus que du sucre en poudre. Car l’on sait que la pulvérisation ou la mise en fragments plus petits, quel que soit le mode d’opérer, augmente la grandeur des surfaces exposées à l’action du dissolvant; c’est un point connu depuis des siècles et la même considération s’impose, qu’il s’agisse d’aluns, de sels, de camphres, de gommes, etc.
- Changer la température, changer l’agent de réaction, changer la proportion d’une des substances entrant en jeu peut constituer une invention. Les tribunaux ont jugé que le procédé dépasse un tour de main qui consiste à produire une plaque de papier avec des journaux imprimés en transformant le papier des journaux en une masse qui renferme toute l’encre d’imprimerie répartie uniformément en particules extrêmement ténues, dans toute la pâte, tandis qu’auparavant on s’efforçait de séparer l’encre du papier ; la nouvelle pâte obtenue renferme les huiles de l’encre, et il en résulte une douceur et une élasticité du papier toute spéciale (National Newboard Co contre Elkhart Egg Case Co). La Cour a jugé que dans les procédés antérieurs on se proposait d’éliminer le plus possible d’huile par un traitement à l’alcah, tandis que dans le procédé examiné on se propose de conserver le plus possible d’huile. En réaüté, les deux procédés sont l'opposé l’un de l’autre ; et même si chacun d’eux ne parvient pas d’une façon complète au résultat poursuivi, c’est-à-dire pour l’un la conservation, et pour l’autre l’élimination de la totalité de l’huile, et que dans chaque cas le papier obtenu conserve toujours de l’huile, cependant les résultats sont si différents que les produits obtenus se trouvent commercialement différenciés.
- Une autre exception au principe qu’un changement de grandeur ne constitue qu’un tour de main est le cas de la lampe électrique Edison où la diminution du diamètre du filament de 1/32 à 1/64 de pouce porte au quadruple la résistance et réduit de moitié la surface de radiation, d’où est octuplé le rapport entre la résistance et la surface de radiation, et il en résulte la facilité d’employer un courant de haute force électromotrice et de faible intensité (Edison Co contre U. S. electric Lighting Go).
- Une simplification de rouages dans un procédé peut constituer une invention. C’est ainsi que pour extraire l’huile des graines oléagineuses, on commence par écraser les graines entre des rouleaux, puis sous des meules; ensuite on les soumet à un courant de vapeur ; enfin on extrait sous pression. Supprimer le Iravail des meules fournit une huile plus abondante et de meilleure qualité, et la Cour a jugé qu’il y avait là une invention (Lawther contre Hamilton).
- Se servir d’eau chaude ou de vapeur pour amollir certaines matières, comme les bitumes, est une vieille coutume. Mais lorsqu’il s’agit d’appliquer les bitumes au
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- pavage des routes, les spécialistes pensaient que les bitumes devaient être le plus possible libérés de toute présence d’eau. Le fait donc, aussitôt après avoir ramolli le bitume par la vapeur, de s’en servir pour l’étendre sur les routes sous la pression de rouleaux chauffés, sans éliminer l’humidité, constitue une invention (Pacific Contracting Co contre Bingham).
- La substitution d’un nouveau procédé, d’une nouvelle machine, d’une nouvelle composition, peut constituer une invention, si l’équivalent ainsi introduit produit une nouvelle fonction ou une modification des résultats obtenus.
- La substitution du minium Pb304 au bioxyde de plomb PbO2 dans la fabrication des plaques d’accumulateurs n’est pas une invention, car l’idée d’employer un oxyde plus répandu et moins cher n’implique pas l’exercice de la faculté d’invention; de plus, les résultats obtenus avec le minium sont inférieurs (Brush electricGo contre Electrical Accumulator Co).
- De même, dans les puits d’huile de petit diamètre et de grande profondeur, on utilisait l’eau comme tampon pour diriger latéralement la force des explosifs. La substitution de la benzine à l’eau n’est qu’un tour de main et non une invention (Roberts contre Roter).
- De même, dans un mélange de farine, chlorure de sodium, alun et bichlorure de mercure, où le chlorure de sodium assure la solubilité et la diffusion du bichlorure de mercure, le remplacement du chlorure de mercure par du chlorure de zinc n’est qu’un tour de main (Woodward contre Morrison).
- Employer un procédé connu, une machine connue, une composition connue pour un but analogue ou même nouveau, ne constitue pas une invention. Par exemple, lorsqu’on prépare du peroxyde d’hydrogène en faisant agir un acide étendu sur une solution de peroxyde de baryum, la réaction est facilitée si on agite ; réaliser cette agitation avec un agitateur mécanique à lames hélicoïdales n’est pas une invention (Marchand contre Emden), car tout cela est connu.
- Dans la cyanuration des métaux précieux, l’emploi de la poudre de zinc pour précipiter l’or et l’argent n’a pas été reconnu comme invention, parce que la poudre de zinc était employée depuis longtemps d’une façon analogue pour précipiter le cuivre (Delamar contre Delamar Mining Go).
- Au contraire, un procédé de tannage consistant à soumettre les peaux à l’action d’un bain renfermant du bichromate de potasse, puis à l’action d’un second bain générateur d’acide sulfureux (soit une solution de sulfite de soude en présence d’acide chlorhydrique) constitue une invention, bien qu’un procédé absolument semblable ait déjà servi à teindre des laines, parce que le produit est tout à fait différent : d’un côté, de la laine teinte ; de l’autre, du cuir (Tannage Patent Co contre Zahn).
- De même, un procédé de traitement des minerais difficilement réductibles, en les mêlant avec des substances de faible conductibilité électrique que le passage d’un courant rend incandescentes, constitue une invention, en métallurgie, alors même que ce procédé ait déjà été employé pour carboniser des arcs de papier (Electric Smelting and Aluminium Co contre Carborundum Go).
- Changer des formes et des proportions ne constitue pas une invention, à moins qu’il n’en résulte un produit nouveau. Par exemple, Charles Goodyear a inventé le
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- caoutchouc vulcanisé mou qui consiste en une combinaison de caoutchouc brut et de soufre dans la proportion de o parties de caoutchouc pour une de soufre; ensuite, Nelson Goodyear a inventé le caoutchouc vulcanisé dur qui consiste en une combinaison départies égales de caoutchouc et de soufre; le changement des proportions a donné naissance à deux produits absolument distincts, et le second brevet est entièrement valable (Goodyear contre N. Y. Guttapercha Co).
- Bien que les exemples suivants ne se rapportent pas aux industries chimiques, cependant ils sont intéressants à citer car ils feront comprendre qu'il ne peut pas y avoir invention si le produit obtenu ne diffère de l’antérieur que grâce à l’habileté de l’artisan. Une invention est une opération intellectuelle menant à une utilité pratique, et non pas une opération manuelle. Par exemple, un tissu de cordes plus serré et plus épais que les précédents ne constitue pas une invention (Smith contre Nichols). De même, une machine plus grande ou plus forte, soit des scies circulaires de diamètre triple (Phillips contre Sage); ou des fours rotatifs de dimensions doubles pour cuire les ciments de Portland (Edison contre Alsens american Portland Cernent Works). De même encore, l’addition de plusieurs éléments dans un appareil évaporatoire à effet multiple (Sugar Apparatus Co contre Yargan Co). Mais placer deux turbines l’une en face de l’autre sur le même arbre, de façon que la pression de l’eau de haut en bas dans l’une des turbines soit contre-balancée par la pression de l’eau de bas en haut dans l’autre turbine, constitue un nouveau mode de travail et par conséquent une invention (Parker contré Hulme). Enfin si plusieurs parties distinctes réunies ensemble produisent un effet de combinaison et non pas seulement une multiplication de chaque effet séparé, il peut y avoir invention ; c’est ainsi que combiner la tige d’une montre pour servir en même temps de remontoir, constitue une invention (Reckendorfer contre Faber).
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- Pour prendre un brevet, dit M. Mastick, l’objet à breveter ne doit pas seulement présenter le caractère d’invention ; mais encore ceux de nouveauté et d’utilité.
- Une nouveauté peut très bien ne pas être une invention et vice-versa. Ce qui a déjà été connu du public en n’importe quel endroit de la terre n’est plus une nouveauté. Si le procédé breveté, malgré tout son intérêt et toute sa nouveauté apparente, a cependant été indiqué dans une publication imprimée, pourvu que celle-ci se trouve dans une bibliothèque publique, le brevet n’a pas de valeur (New Departure Bell Co contre Be vin).
- Une matière incapable de remplir la fonction revendiquée, même si elle semble la même, doit être rejetée. Par exemple, pour rempbr les pores de la surface des bois, on brevète un mélange de flint, de quartz ou de feldspath avec de l’huile ; un brevet antérieur revendiquait l’emploi de marne siliceuse ou de terre d’infusoires. Ces cinq substances sont toutes de la silice; néanmoins les trois premières forment des particules non poreuses, non absorbantes, et angulaires au lieu d’être arrondies ; elles conviennent bien mieux à remplir le bois, et la Cour a jugé que le brevet antérieur n’avait pas à entrer en considération (Bridgeport Wool Finishing Co contre Hooper).
- Dans le procès du noir naphtol et du noir azo (Matheson contre Campbell), les deux noirs, quoique préparés avec des matières premières différentes, sont chimique-
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- ment identiques ou plutôt équivalents. Mais les deux produits sont différents, puisque le noir azo ne tient pas au frottement, tandis que le noir naphtol est si supérieur au premier, en ce qui concerne la résistance au frottement, qu’il l’a complètement remplacé dans la pratique. La Cour a jugé que le noir azo ne formait pas antériorité au noir naphtol.
- Une production accidentelle, quoique antérieure au brevet, ne peut pas lui être opposée. Tel est le cas qui s’est présenté pour la fabrication des acides gras et de la glycérine par action sur les corps gras de l’eau à haute température et sous pression. On opposait au brevet la formation accidentelle, dans les cylindres des machines à vapeur, des acides gras provenant du suif employé au graissage du piston (Tilghmann contre Proctor).
- Une chose qui n’était ni adaptée ni employée à accomplir la revendication du brevet ne peut pas lui être opposée. C’est le cas d’un papier à poncer consistant en une feuille mince et poreuse de papier, tel que le japon ou le yoschino, que l’on recouvre d’une couche imperméable à l’encre comme la paraffine, bien qu’avant le brevet on ait déjà paraffiné différentes sortes de papiers parmi lesquelles le yoschino, mais sans jamais l’employer comme feuille à poncer (Wickelman contre A. B. Dick Co).
- Un degré très faible d’utiüté suffit à assurer la brevetabilité. Mais il ne faut pas que l’application soit immorale, ou contraire à l’ordre public, ou destinée à une tromperie. Par exemple, un brevet revendiquant l’emploi d’un mélange de potasse et de glycérine pour produire sur les feuilles d’un plant de tabacs des taches semblables à celles naturelles a été déclaré nul, comme manquant d’autre utilité que celle de tromper (Rickard contre Du Bon).
- Aux États-Unis, la loi des brevets ne comporte pas de restriction sur les (compositions, une fois qu’il s’agit d’une invention nouvelle et utile. La plupart des autres pays font des restrictions en ce domaine. C’est ainsi que la Suisse, la Russie, le Japon, l’Allemagne, l’Autriche n’admettent pas de brevets pour les substances alimentaires, les remèdes, les produits pharmaceutiques, les produits chimiques; ce sont les procédés de fabrication qui seuls peuvent être brevetés (sauf en Suisse, et pour les remèdes en Autriche). Le Danemark n’admet pas les remèdes, les substances alimentaires ni leurs procédés de fabrication. La Suède admet les brevets de fabrication pour les aliments et les remèdes, mais non pour les produits. La France, l’Italie, l’Espagne, le Pérou, le Venezuela refusent les brevets pour tous remèdes et tous produits pharmaceutiques ; le Portugal pour tous produits chimiques et pharmaceutiques. La Grande-Bretagne et ses colonies accordent des brevets pour toutes compositions, comme aux États-Unis.
- Une composition type, où l’on discerne nettement le rôle de chacun des composants, pour boucher les trous dans les bandages pneumatiques, renferme de l’amiante, de la craie, de la farine, du glucose, de l’eau et du sel. L’amiante fibreuse forme un réseau dans le trou sous la pression de l’air qui s’échappe ; ce réseau retient les particules de la craie, ainsi que celles de la farine, de façon que toutes les ouvertures soient remplies de farine. L’eau et le glucose forment mVvéhicule gélatineux pour l’amiante et la craie. Le sel agit en conservateur et abaisse le point de solidification du mélange. La fibre de l’amiante peut être remplacée par celles du coton ou du
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- bois; la magnésie, le ciment, la silice, tous les solides finement pulvérisés peuvent remplacer la craie ; l’amidon peut remplacer la farine ; et l’alcool, le sel.
- Des principes ne peuvent pas faire l’objet d’un brevet; ce sont les applications seules qui peuvent être brevetées Par exemple, le brevet Morse sur le télégraphe (O’Reilly contre Morse) revendique l’usage d’un courant électrique en vue de marquer des signaux à toute distance, c’est-à-dire l’usage exclusif d’une puissance de la nature en vue d’un but particulier. La Cour dit que si cette revendication était maintenue, à l’avenir un inventeur ne pourrait plus découvrir quelque mode nouveau d’écrire ou d’imprimer à distance par le moyen d’un courant électrique ou galvanique. La revendication a été jugée beaucoup trop large.
- Un autre exemple est fourni par un brevet qui disait que le plomb récemment pris peut, sous l’action de la chaleur et de la pression en vase fermé, se réunir si parfaitement qu’il en résulte, en fabrication, des tuyaux forgés au lieu de tuyaux fondus. La Cour a jugé (Le Roy contre Tatham) que la découverte de cette qualité du plomb n’est pas brevetable ; qu’elle permet seulement à l’inventeur de breveter un nouveau procédé de fabrication de tuyaux de plomb.
- Un procédé basé uniquement sur les forces de la naturelle peut pas être l’objet d’un brevet. Mais si l’on utilise une force naturelle dans des conditions bien spécifiées et dans un but bien déterminé, il y a matière à brevet. C’est ainsi qu’est brevetable une purification d’eaux-vannes en soumettant ces eaux, à l’abri de l’air, de la lumière et de l’agitation, à l’action de bactéries anaérobies, jusqu’à ce que toute la masse des matières organiques solides redevienne liquéfiée, et soumettant ensuite l’effluent à l’air et à la lumière (Cameron septic Bank Co contre Village of Saratoga Springs).
- Par exemple aussi, le brevet A. Tilghman de Philadelphie, 1854, basé sur la découverte faite en 1853 que les corps gras peuvent unirleurs éléments avec l’eau, lorsqu’on les mélange avec de l’eau et que l’on soumet ensuite ce mélange à une haute température de telle façon que la pression obtenue empêche la transformation de l’eau en vapeur. Le brevet Tilghman combine sa découverte avec les découvertes célèbres de Chevreul de 1813, et revendique un appareil pour fabriquer les acides gras et la glycérine. La Cour Suprême a déclaré que le brevet était valable.
- L’emploi d’un procédé dans une industrie se trouve antériorisé s’il existe un brevet pour un procédé semblable dans une industrie analogue. Cette règle des analogues est très simple, mais son application est fort difficile. Sans doute, l'application d’un procédé ancien à une nouvelle matière, n’est pas brevetable; mais cependant, si un résultat nouveau et utile est obtenu, on peut en tirer un brevet valable. Par exemple, il n’y a pas invention dans un procédé pour nettoyer la gomme à bouche par les mêmes moyens que l’on nettoie le caoutchouc. Au contraire, un même procédé qui peut servir, soit à fabriquer du cuir, soit à teindre des laines, est brevetable dans les deux cas. Au contraire, la peinture sur tissus par pulvérisation antériorisé la même peinture sur fils. Un procédé pour couvrir le papier au carbone antériorisé la même application à des papiers photographiques au bromure. Une méthode de remplissage des bouteilles avec des eaux gazeuses antériorisé l’application à la bière. Il n’y a lieu qu’à un seul brevet dans tous ces exemples.
- Enfin, la combinaison deprocèdes connus ne constitue pas une invention, à moins qu’on n’obtienne des résultats différents. Par exemple, on ne peut pas prendre un
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- brevet pour produire une solution de zincate en traitant des minerais grillés par une solution de soude caustique et pour retirer de ce zincate du zinc par voie électrolytique. Un brevet pris dans ces conditions pour un nouveau mode de préparation du zinc a été déclaré nul comme simple superposition de deux procédés connus. Peut-être le brevet a-t-il été mal pris ? car si le breveté avait trouvé un procédé pour fabriquer du zinc métallique par emploi direct de la soude caustique sur le minerai, et régénération de la soude avec production de chlore comme sous-produit, présenté comme cela le procédé eût été brevetable.
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- M. Mastick passe ensuite à l’étude des règles à suivre pour demander un brevet aux États-Unis. Nous renvoyons à la réglementation officielle du Patent Office de Washington, mais il est quelques conseils très pratiques et très utiles que M. Mastick donne, concernant les brevets de chimie, qu’il s’agisse de compositions ou de procédés, et nous en extrayons quelques points importants.
- L’inventeur doit d’abord faire ressortir l’invention de la façon la plus précise. Lorsqu’il s’agit d’un composé, la description doit comprendre trois points principaux : les composants, la manière de les combiner et les propriétés et la nature du produit résultant. Il faut éviter d’employer dans le texte du brevet des termes mal définis, comme soude; il vaut mieux donner à une substance chimique son nom chimique plutôt que son surnom vulgaire. Quand on a à tenir compte d’un vernis, d’un siccatif, d’un bronze, d’un alliage, si l’opération ne réussit pas avec tous vernis, etc., il faut donner la composition du vernis nécessaire.
- Le breveté doit avoir grand soin de ne pas étendre ses revendications plus qu’il ne faut. Par exemple (Bracewell contre Passaïc Print Works), si l’emploi de l’oxyde, de l’hydrate ou du carbonate de zinc semble nécessaire au succès du procédé breveté, et si le breveté dit que tout composé de zinc peut être employé avec bon résultat, et qu’il soit établi qu’un grand nombre de composés du zinc ne peuvent pas servir, la Cour a jugé que le brevet était mal rédigé, et qu’il ne lui appartenait pas de rédiger un brevet valable.
- Dans l’instance Matheson contre Campbell, procès du noir-naphtol et du noir-azo, les premiers brevetés alléguaient que tout sulfo-acide traité par leur procédé donnait une couleur susceptible de produire du noir et que, par conséquent, tous les sulfo-acides étaient équivalents. Le juge Lacombe n’admit pas une découverte aussi large. La découverte faite par les premiers brevetés, dit-il, est que quelques acides dits sulfoniques, traités par leur procédé, pouvaient produire leur composé. Ils n’ont certainement pas découvert que tous les sulfo-acides pouvaient être transformés, puisque la plupart des sulfo-acides ne le peuvent pas.
- Enfin, un procédé ne peut pas réclamer toutes les applications d’une chose ; des revendications de ce genre sont sans valeur. Un exemple typique bien connu est le fameux brevet de l’emploi de l’éther comme anesthésique par inhalations de ses vapeurs (Morton contre N. Y. Eye Infirmary). « Nos plus grands médecins, a dit la Cour, sont unanimes à considérer cet emploi comme l’une des découvertes modernes
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- les plus précieuses. On ne peut en estimer la valeur en argent. Son inventeur peut être classé au nombre des plus grands bienfaiteurs de l’humanité. Mais ces considérations ne peuvent changer les principes et les règles fixés pour accorder des brevets. La loi des brevets assure à l’inventeur un monopole pour fabriquer, employer et vendre les fruits les plus petits ou les plus grands de son génie d’invention ; mais une découverte n’est pas toujours brevetable. »
- Le brevet peut revendiquer des limites d’applications aussi grandes qu’il le faut, mais pas trop grandes. Par exemple, une méthode qui consiste à recouvrir des roseaux avec un vernis, puis à les soumettre à une température de 240° à 300° pendant trois heures, n’est pas brevetable, caries limites de température sont trop larges.
- De même, le brevet doit indiquer toutes les phases nécessaires à l’opération. Par exemple, si la fabrication de plaques pour accumulateurs exige quatre opérations : 1° plaquer de l’oxyde de zinc sur une grille, 2° traiter par l’acide sulfurique, 3° sécher, 4° utiliser comme cathode dans un bain d’électrolyse pour former une électrode spongieuse de plomb; si ces quatre phases sont essentielles pour produire l’électrode, les deux premières ne sont pas brevetables isolément dans ce but.
- Par contre, une phase intermédiaire, telle que le séchage de la, pâte d’oxyde de plomb sur le grille; ou bien dans un procédé de fabrication du sucre, l’agitation ou la réduction de la température, peuvent être omises sans rendre le brevet nul, si ces phases ne sont pas indispensables, alors même qu’elles constitueraient un perfectionnement assez grand. Mais si le brevet revendique des choses inutiles, comme par exemple le traitement de l’électrode de plomb par un acide — dans un réservoir de bois recouvert de caoutchouc, — il y aurait de sérieuses objections à opposer à une telle revendication.
- M. Mastick étudie ensuite en détail les sept brevets suivants, qui sont au nombre des plus importants qui aient été pris aux États-Unis.
- 1° Le brevet du carbure de calcium n° 541138 délivré à Thomas L. Willson, le 18 juin 1895 (1);
- 2° Le brevet de Yaspirine n° 644 077 délivré aux Farbenfabriken d’Elberfeld, le 27 février 1900 ;
- 3° Un des brevets de Y adrénaline, n° 753 177, délivré à Jokichi Takamine le 23 février 1904 ;
- 4° Le brevet n° 977 053, délivré aux Farbenfabriken, le 29 novembre 1910 pour un amide de l’acide ^-diéthyl-propionique;
- 5° Le brevet n° 1 053 300 délivré aux Farbwerke vormals Meister, Lucius und Brüning, le 18 février 1913, pour les dérivés de l’acide diamino-dioxyarsénobenzé-nique ;
- 6° Le brevet de Hamilton Young Castner pour son procédé de fabrication du sodium et du potassium, n° 452 030, déüvré le 12 mai 1891 ;
- (1) On sait que les tribunaux français ont confirmé la valeur des travaux de Moissan et infirmé le brevet Wilson.
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- 7° Le brevet de Charles M. Hall, pour procédé de production de l’aluminium par électrolyse, n° 400 766, délivré le 2 avril 1889 (1).
- 1° Brevet du carbure de calcium.
- M. Mastick étudie la façon dont le brevet Willson a été rédigé. C’est à ce seul point de vue très restreint de la rédaction d’un brevet que nous le donnons, car tout le monde connaît les travaux de Moissan et les applications que Bullier en fit, travaux dont les tribunaux français ont consacré la valeur en infirmant le brevet Wilson.
- Mon invention, dit le texte, concerne la production d’une nouvelle forme de carbure de calcium cristallin. Avant mon invention, le carbure de calcium existait à l’état amorphe, dû soit à la méthode de sa préparation, soit aux impuretés qu’il renfermait. Par mon invention ici décrite, le carbure de calcium est produit sous une nouvelle forme, c’est-à-dire à l’état cristallin, possédant une iridescence bleuâtre ou pourprée. Le carbure ainsi produit est dans une condition particulièrement apte à être convertie en d’autres composés à cause de sa pureté.
- Pour obtenir ce produit, je procède comme il suit. Je prends du coke et de la chaux très finement divisés, réduits mécaniquement à l’état pulvérulent, etjelesmélangeintimement dans la proportion de 35 parties de coke et de 65 de chaux. Je les soumets ensuite à l’action du courant électrique dans un four, tel que celui que montre la figure ci-jointe... (Suit la description du fouretdu traitement)... L’action est simplement une fusion... dans les conditions décrites ici... Lorsque le carbure de calcium liquide est laissé refroidir, il cristallise dans la forme marquée et si on la brise, il montre les surfaces iridescentes.
- Il est essentiel, pour produire la nouvelle matière que le brevet décrit, d’avoir de la chaux et du coke très finement divisés...
- L’action du courant alternatif est essentiellement différente de celle d’un courant direct, car elle produit une série d’explosions, dont l’effet semble être de fournir la matière pulvérisée à l’arc. Ceci estfort important pour produire une conversion rapide et uniforme.
- Ce que je revendique comme mon invention, et désire me réserver par un brevet est : comme produit nouveau, du carbure de calcium cristallin, existant en masses de cristaux agrégés, substantiellement comme il est décrit ci-dessus.
- M. Mastick insiste sur les expressions préférable, nécessaire, par exemple, accusant ce qui est essentiel aux yeux de l’inventeur, ce qui ne l’est pas, ce qui n’est donné que pour rendre plus clair. La propriété distinctive du produit cristallin est la base de la revendication. La propriété de posséder une iridescence bleuâtre est accessoire et ne paraît plus dans la revendication finale.
- 2° Brevet de Vaspirine.
- Le brevet décrit un composé ayant certaines propriétés qui le distinguent de l’antérieur.
- Dans les Annalen der Chemie und Pharmacie (vol. 150, p. 11 et 12), Rrauta exposé qu’il obtient, par l’action du chlorure d’acétyle sur l’acide salicylique, un corps qu’il pensait être l’acide acétylsalicylique. J’ai trouvé qu’en chauffant l’acide salicylique avec de l’anhydride
- (1;. Le brevet Hall est postérieur de plusieurs mois au brevet du Français Héroult.
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- acétique, on obtient un corps dont les propriétés sont tout à fait différentes de celles du corps décrit par Kraut. Suivant mes recherches, le corps obtenu par mon nouveau procédé
- est sans doute le véritable acide acétylsalicylique • En conséquence, le
- composé décrit par Kraut ne peut pas être le véritable acide acétylsalicylique, mais c’est un autre composé. (Suit l’exposé des différences principales existant entre les deux composés : réaction au chlorure ferrique, point de fusion, point de solidification. Suit la description du procédé de préparation.)
- Ayant ainsi décrit mon invention et la façon dont je la réalise, ce que je revendique comme nouveau et désire me réserver par brevet, est : comme nouveau produit de fabrication l’acide acétylsalicylique de la formule donnée, étant sous forme d’aiguilles blanches brillantes lorsqu’il cristallise du chloroforme anhydre, facilement soluble dans le benzène, l’alcool et l’acide acétique glacial, difficilement soluble dans l’eau froide, étant dissocié par l’eau chaude en acide acétique et en acide salicylique, fondant vers 135°, comme il est décrit ci-dessus.
- M. Mastick insiste sur ce que ce brevet donne d’abord l’exposé très logiquement de ce qui a été fait avant, puis la comparaison des propriétés du produit antérieur et du produit nouveau, puis la description du procédé de préparation, celle des propriétés caractéristiques du produit obtenu avec la formule de constitution. La revendication reproduit la formule et énumère les propriétés caractéristiques, ce qui est une excellente forme de revendication dans le cas en jeu.
- 3° Brevet de l'adrénaline.
- Il s’agit d’une substance constituée par une combinaison du principe isolé des glandes suprarénales qui cause de la pression du sang, et d’une substance ne provenant pas de ces glandes destinée à assurer la stabilité d’une solution aqueuse du premier principe.
- Voici les revendications 3 et 4 du brevet Takamine :
- 3) Comme nouvel article de fabrication, une substance ayant les propriétés hémostatiques astringentes et élévatrices de la pression du sang, du principe des glandes suprarénales, libéré des substances non élévatrices de cette pression, soluble dans l’eau ; cette solution aqueuse étant pratiquement inerte à l’oxygène de l’air et donnant une coloration verte avec le chlorure ferrique et une coloration rouge avec l’iode.
- 4) Comme nouvel article de fabrication, un composé du constituant cristallisable des glandes suprarénales élévateur de la pression du sang...
- La loi des brevets porte que si par inadvertance ou méprise, sans intention frauduleuse, un brevet revendique plus qu’il n’a le droit, le breveté a le droit de retirer ses revendications non justifiées et rend ainsi valable ce qui, dans son brevet, est vraiment sa propriété. Dans un procès concernant le brevet Takamine (Parke-Davis and Co contre Mulford), une des oppositions portait sur un certain sel monobenzoylé, ayant une action physiologique comparable à celle de l’adrénaline ; c’était le sel d’une base constituée en partie par les atomes qui forment le principe actif de l’adrénaline et pour le reste par un radical benzoyl. La Cour jugea que Takamine n’était pas le premier à avoir trouvé un sel pur et stable ayant l’action physiologique des glandes
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- suprarénales et elle jugea que ses revendications 3 et 4 étaient antériorisées en ce qui concernait la généralité. En conséquence, Takamine retira sa revendication générale, de façon à laisser la valeur au reste du brevet.
- 4° Brevet de l'amide $rp-diéthyl-propionique.
- Ce brevet revendique la préparation de l’amide d’après ses propriétés caractéristiques. Il décrit successivement le procédé de préparation, et les propriétés du produit, en donnant les équations delà réaction. C’est un exemple de brevet bien exposé.
- « La présente demande, dit ce brevet, est une partie de ma demande antérieure n° 523 805 déposée le 21 octobre 1910. » La loi des brevets dit, en effet, que si plusieurs inventions sont revendiquées dans une seule demande, l’inventeur doit limiter son brevet à l’une des inventions, et pour les autres déposer des demandes de divisions ; la date du dépôt du premier brevet restant attribuée aux demandes de division.
- 5° Brevet des dérivés du diaminodioxyarsénobenzène.
- M. Mastickcite ce brevet à cause des revendications et parce qu’il a été déposé, à nouveau, comme la loi des brevets autorise à le faire si le brevet est inopérant par description insuffisante ou revendication exagérée, pourvu que ce soit par inadvertance ou méprise et sans intention frauduleuse. Mais le brevet redéposé ne joue que pour le temps restant à courir au premier brevet.
- Le premier brevet avait posé comme formule générale du composé :
- As — Ce II 3
- /OH
- \NHX
- As — C6H3
- /NHY
- \OH
- où X et Y représentent les résidus de l’acide méthylène-sulfinique (—CH2S02H), X pouvant être remplacé par l’hydrogène. Le brevet redéposé porte que X ou Y peuvent être remplacés tous deux par IL
- .Voici la revendication 2 des deux brevets. — Gomme nouveaux produits, les dérivés du diaminodioxyarsénobenzène, les radicaux ayant la formule générale
- As — C6H3
- /OH
- \NHCH2SO-H
- (le brevet redépose donc NHCH2S02 —
- As — C6H3
- /NH—
- \OH
- les dérivés (acides ajoute le brevet redéposé) étant des poudres jaunâtres, diflicilement solubles dans l’eau, insolubles dans l’alcool, l’éther et l’acétone, se dissolvant dans les alcalis avec formation de sels, ces sels alcalins étant des poudres jaunâtres facilement solubles dans l’eau.
- L’on voit les changements introduits en redéposant le brevet.
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- 6° Brevet Castner.
- Le brevet Castner n° -452 030 du 12 mai 1891, concerne un procédé de fabrication du sodium et du potassium à partir de la soude et de la potasse caustiques, sans distillation, en soumettant l’alcali caustique maintenu à une température ne dépassant pas son point de fusion de plus de 20°, à l’action du courant électrique.
- La demande est accompagnée d’une ligure donnant la section d’un four électrique et de la cuve convenant au procédé. La demande expose d’abord ce qui se faisait avant, puis les raisons pour lesquelles les procédés antérieurs n’ont pas réussi industriellement, ensuite les grandes lignes du procédé revendiqué et les raisons de son succès commercial. Il insiste sur ce que seul, le procédé revendiqué réussit industriellement, et l’on sait comment la réalité lui a donné raison. La loi d'ailleurs reconnaît qu’il existe une différence susceptible d’être brevetée entre un essai de laboratoire ou un simple fait scientifique et un procédé mis au point industriel. Puis la demande décrit le procédé, en se référant à la figure et en donnant des détails sur la force du courant, les dimensions de l’appareil, etc. Dans les brevets, les figures sont rarement à l’échelle; mais lorsque le'brevet est décrit comme étant déjà exploité et que les figures sont à l’échelle, l’argument du non-pratique ne peut guère lui être opposé. C’était particulièrement précieux dans le cas présent où la brevetabilité repose sur la non réalisation industrielle des procédés antérieurs. La demande se sert souvent des expressions : préférable, convenable, comme nous le disons, qui montrent que les indications enjeu ne sont pas regardées comme essentielles. Ces expressions contrastent avec celle de : nécessaire, employée lorsqu’il s’agit de limites de température à ne pas dépasser.
- La description conclut qu’elle ne se borne pas à la forme particulière de l’appareil indiqué, mais qu’elle le décrit simplement comme l’une des formes qui peuvent être employées ; la description donne donc un exemple, sans qu’il y ait délimitation.
- Il n’y a que deux revendications, c’est la preuve qu’un grand nombre de revendications n’est pas toujours utile pour protéger convenablement une invention. Voici ces deux revendications :
- 1° Le procédé ci-dessus décrit pour fabriquer les métaux alcalins, qui consiste à traiter l’alcali caustique, tout en le maintenant constamment à une température ne dépassant pas de plus de 20° son point de fusion, à l’action d’un courant électrique ;
- 2° Dans un appareil pour fabriquer les métaux alcalins, la combinaison, avec des électrodes positives et négatives, d’un écran interposé entre lesdites électrodes et un vase ou dôme superposé pour recueillir le métal sédaré, comme indiqué ci-dessus.
- 7° Brevet Hall.
- Le brevet Hall n° 400 766 du 2 avril 1889 est le brevet type qui a conduit l’industrie américaine à la production électrolytique de l'aluminium, et à ce résultat merveilleux que la livre d’aluminium a pu passer de 12 dollars à 19 cents la livre anglaise et que la production annuelle est arrivée à 160 millions de livres, employant plus de 45 000 personnes et nécessitant un capital de 175 millions de dollars. Sans doute, ce
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- résultat n’est pas dû uniquement au brevet Hall, mais le brevet n’en est pas moins à la base de cette industrie pour les États-Unis.
- M. Mastick a choisi ce brevet en vue de donner un exemple de la façon dont le Patent Office procède et dont un brevet peut poursuivre sa carrière à travers les tribunaux. Nous allons le suivre dans son exposé avec quelques détails, mais nous faisons toutes réserves en ce qui concerne la gloire du grand inventeur que fut le Français Héroult.
- Hall a fait son premier bouton d’aluminium le 23 février 1886, moins d’un an après être sorti gradué du Collège Oberlin, et à l’àge de vingt-deux ans et huit mois. Il déposa une demande de brevet le 9 juillet 1886, sous le n° 207 601. L’on sait que le Patent Office de Washington comprend 43 divisions pour l’examen des demandes. Ce fut la division 3, Electrochemistry-Metallurgy, qui fut chargée d’examiner la demande Hall. Pour cet examen, les examinateurs s’appuient sur la considération des 1 125 000 brevets américains déjà délivrés, sur celle de certains brevets étrangers, avant tout les brevets anglais, français etallemands, enfin sur celle, plutôt incomplète, de la littérature technique. « L’organisation actuelle du Patent Office ne permet pas, dit M. Mastick, de poursuivre une recherche complète dans ce dernier domaine ; il est déjà étonnant que le Patent Office arrive à faire aussi bien qu’il le fait. »
- Lorsque la demande de brevet arrive à son tour à l’examinateur, si la forme est correcte, une recherche est faite et le demandeur (ou son agent) est informé du résultat par lettre. Presque toujours, ce résultat est le rejet de quelques-unes des revendications, ou même de toutes, rejet basé sur des citations, et le demandeur a alors à modifier sa demande et à distinguer, s’il le peut, son invention de ce qui existe dans les antériorités citées par l’examinateur. Et il en va ainsi jusqu’à ce que finalement la demande avec sesk revendications modifiées est, ou bien acceptée, [ou [bien représentée comme n’étant pas brevetable. Si elle est repoussée par le premier examinateur, le demandeur peut en appeler successivement au Conseil des examinateurs en chef, au Commissaire des brevets, à la Cour des Appels du district de Colombia. Après, il lui reste encore recours à l’U. S. District Court et finalement à l’U. S. Circuit Court of Appeals.
- Hall, dans sa demande primitive, disait :
- Mon invention consiste en un procédé et en un appareil pour produire de l’aluminium par électrolyse de l’alumine dissoute dans des sels anhydres fondus. Les moyens employés sont :
- D’abord, des dissolvants convenables de l’alumine sous forme de composés et de combinaisons chimiques qui fondent à une chaleur modérée, et qui, une fois fondus, dissolvent l’alumine et l’amènent à un état de liquide ou de dissolution qui admette f électrolyse ;
- En second lieu, des creusets et des vases convenables pour contenir les dissolvants et l’alumine fondue à la température de fusion;
- En troisième lieu, des électrodes convenables dans le but de transmettre l'électricité à travers la masse fondue et liquide, dans le but d’obtenir le métal aluminium par réduction de l’alumine.
- Hall décrit ensuite son dissolvant, fluorure d’alumine ou cryolite.
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- La demande de Hall se terminait par seize revendications; les dix premières concernaient le procédé et les six autres l’appareil.
- Près de quatre mois après le dépôt de sa demande, soit le 28 octobre 1886, il reçut une première communication du Patent Office marquant que toutes les revendications de son procédé semblent antériorisées par le brevet français Héroult du 23 avril 1886, qui électrolyse une solution d’alumine dans de la crvolite fondue, et que toutes les revendications concernant son appareil étaient antériorisées par divers brevets américains et français. Hall put prouver qu’il avait produit son premier bouton d’aluminium le 23 février 1886, et l’antériorité Héroult ne lui fut plus opposée.
- Le rédacteur de ces notes remarque qu’il est évident que Héroult a dû produire de l’aluminium avant le dépôt de son brevet, et il aurait fallu en déterminer la date (bien que son influence en matière de brevets de fabrication américains fût probablement inopérante, s’il n’y a pas eu de publication antérieure et suffisante).
- Quoi qu’il en soit, la discussion se poursuivit entre Hall et le Patent Office de Washington; plus de 30 communications furent échangées entre eux. Finalement, un brevet lui fut accordé le 2 avril 1889 pour son procédé, élimination faite des appareils et le texte, bien différent du texte primitif, ne renfermait plus que trois réclamations au lieu de seize.
- 1) Un perfectionnement dans l’art de fabriquer de l’aluminium, qui consiste à dissoudre de l’alumine dans un bain fondu composé de fluorures d’aluminium et d’un métal plus électropositif que l’aluminium, puis à faire passer un courant électrique dans la masse fondue.
- 2) Un perfectionnement... qui consisleà dissoudre de l’alumine dans un bainfondu composé de fluorures d’aluminium et de sodium, puis à faire passer un courant électrique dans la masse fondue, par le moyen d’une anode de carbone.
- 3) ... qui consiste à dissoudre de l’alumine dans un bainfondu composé de fluorures d’aluminium, de sodium et de lithium...
- Dès juillet 1886, Hall était entré en rapports avec les Frères Gowles qui avaient établi la Cowles electric Smelting and Aluminium Co, et traitaient les alliages d’aluminium. Hall leur consentit une option d’un an pour la vente de son brevet.
- Durant ce temps, on lui donna des facilités pour expérimenter son procédé à l’usine Cowles de Lockport, près New-York. Le procédé qu’il offrait était celui dans lequel les creusets étaient chauffés extérieurement et où l’on employait des anodes de cuivre.Les essais ne satisfirent pas les Cowles qui croyaient à la nécessité du chauffage intérieur et de l’emploi d’anodes de charbon; le chauffage intérieur figurait dans des brevets antérieurs de Cowles.
- Vers juillet 1888, l’un des employés de la Compagnie Cowles la quitta et alla fonder à Pittsburgh la Pittsburgh Réduction Cy. A la fin de juillet, la limite de l’option consentie étant atteinte, Hall se joignit àla nouvelle compagnie, et en novembre 1888, il commençait à produire à l’usine de New Kensington, près Pittsburgh ; il produisit d’abord, par jour, 50 livres de métal à 2 dollars la livre. Pendant six mois, la fabrication se fit conformément aux idées de Hall. Puis, on se mit à revêtir les creusets d’une couche épaisse de charbon et on adopta le chauffage intérieur avec anodes de carbone. Dès lors, le succès s’affirma. Hall abandonna les anodes de cuivre, et sa
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- première revendication pour anodes de carbone fut déposée le 4 septembre 1888, après son départ de la Cowles Cy et son arrivée à Pittsburgh.
- Aussitôt après le départ de Hall deLockport, la Cowles Co commença à travailler sur la cryolite et l’alumine, en tenant le bain fondu parle moyen du courant électrique-Un essai s’ensuivit pour fusionner les deux compagnies; mais il échoua et la Cowles Co intenta un procès à la Pittsburgh Réduction Co pour contrefaçon de certains de ses brevets ; un contre-procès fut aussitôt intenté à la Cowles Co pour contrefaçon du brevet Hall. Ensuite, vers 1885, la Cowles Co fit l’acquisition du brevet Bradley n° 464 933, demandé le 23 février 1883 et accordé seulement le 8 décembre 1891.
- Le procès en contrefaçon du brevet Hall intenté à la Cowles Co fut jugé le 20 janvier 1893. Le juge Taft rendit sa décision en faveur de Hall et la Cowles Co fut condamnée à 292 000 dollars de dommages-intérêts. Le texte du jugement est cité par le J. of industrial and Engineering Chemistry, 1915, p. 986 et suivantes. M.Taft examine diverses antériorités;celles de Ville, 1859, 1500 p., où un passage traite de la préparation de l’aluminium par le courant; celles des brevets anglais Bell de 1861, Johnson de 1879 et de 1883, Graetzel de 1884; du brevet français Fuerst du 8 août 1884, du brevet Héroult. « Hall est un inventeur, conclut le juge Taft, et il a le droit de tirer avantage de sa découverte. » La Cowles Co demanda à être entendue de [nouveau, mais cette demande fut rejetée.
- Ainsi finit le premier des procès Hall. Le second procès est celui intenté par la Cowles Cy pour faire vérifier la validité du brevet Bradley, qui, d’après les Cowles, rendait nul le brevet Hall. Les Cowles, battus en première instance, triomphèrent en appel. Ce procès fut introduit en 1891 par la Cowles Co contre la Pittsburgh Réduction Co. Le brevet Charles Bradley, que les Cowles avaient acquis en 1885 et qu’ils accu-saiantHall de contrefaire, est du 23 février 1883 (n° de dépôt n° 85 959); il donna lieu à deux demandes ultérieures par division, le n° 464 933 du 8 décembre 1891 et le n° 468148 du 2 février 1893 ; le dernier est le plus extensif. Le juge Taft rendit un jugement le 23 avril 1895 qui donnait droit aux Cowles sur les brevets Bradley. Aussitôt, ceux-ci se retournèrent contre Hall (Pittsburgh Réduction Co) et lui intentèrent un procès en contrefaçon des brevets Bradley. La Cour de première instance rendit son arrêt le 22 octobre 1901 ; le juge Harzel jugeait que le brevet Hall n° 400 766 ne contrefaisait pas le brevet Bradley.
- Voici quelques points de ce jugement :
- Le brevet Bradley concerne un procédé pour réduire des oxydes métalliques très réfractaires et mauvais conducteurs, en les soumettant à l’action d’un courant électrique qui les fond, puis les dissocie en sorte que le métal séparé se dépose peu à peu à la cathode.
- La revendication 4 du brevet Bradley n° 468 148 dit: procédé pour séparer ou dissocier l'aluminium de ses minerais ou composés, consistant à fondre et à maintenir la fusion et à décomposer électrolytiquementle minerai en faisant passer à travers le courant électrique.
- Le juge Harzel constate que l’extraction de l’aluminium de ses minerais a été complètement transformée. La mise en pratique du brevet Hall, que les Cowles attaquent, a amené uùe réduction merveilleuse des prix de l’alumine, qui a passé de 5 à 8 dollars en 1886 à 25-30 cents en 1897; toute la consommation de l’aluminium aux États-Unis lui est due actuellement. Hall prétend qu’il a trouvé que l’alumine se dissout dans le fluorure double d’alumine et de sodium, que ce fait n’était pas connu avant lui ; et que la fabrication industrielle de l’aluminium n’existait pas avant lui. C’est àMM. Cowles, engagés dès avant 1884 dans le trai-
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- SUR LES BREVETS DE CHIMIE.
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- tement des alliages d’aluminium, qu’est due l’adoption de chauffage intérieur des bains par le courant. Mais dès 1807, Sir Humphrey Davy, dans une conférence à la Royal Society de Londres (voir Philosophical Transactions, 1808), extrayait le métal de la potasse en employant l’électricité comme agent de fusion et de décomposition. Le brevet Castner en est une réalisation ; Siemens l’a réalisé aussi avec l'arc. En 1881, le brevet français de la Compagnie générale belge emploie l’arc pour chauffer. Howe en 1882 parle déjà de fondre les électrolytes avant de les décomposer. Bunsen fondait le chlorure de magnésium, puis l’électrolysait. Le brevet américain Bail et Guest n° 236 478 déçrit l’application du courant électrique pour carboniser des arcs de papier tandis qu’ils se trouvent dans une boîte en matière non conductrice. Le brevet anglais Siemens n° 2tf0 de 1879 décrit l’usage de l’arc électrique pour fondre les métaux, avec deux bâtons de charbon comme électrodes. Bail électrolyse la cryolite dès 1861 ; Gauduin en 1869 décomposait des sels d’aluminium au moyen du courant électrique, comme source de chaleur extérieure au creuset. La revendication de Bradley est donc trop large. Le brevet Hall ne le contrefait pas.
- La Cowles Co appela de cette décision et la Cour d’appel lui donna finalement raison, par jugement rendu le 20 octobre 1903 par le juge Coxe. A la suite, un accord intervint Rentre les deux Sociétés rivales, la Hall Co s’engageant à verser une forte somme pour le passé et une redevance pour tout aluminium produit jusqu’à l’expira-ration du brevet Bradley. La situation ne pouvait se dénouer que par un arrangement, attendu que le brevet Bradley étant jugé être une antériorité au brevet Hall, celui-ci ne pouvait plus être exploité par Hall ; mais le brevet Hall étant un brevet de perfectionnement au brevet Bradley, les Cowles, propriétaires du brevet Bradley, ne pouvaient pas exploiter le procédé Hall sans son consentement.
- Le juge Coxe regarde l’expérience de Davy de 1807 comme une expérience intéressante, et rien de plus, qui ne fut pas faite sur des minerais d’aluminium, mais sur de petits morceaux de potasse et de soude. L’ouvrage de Tissier sur l’aluminium de 1858 dit qu’en 1807 Davy essaya de décomposer aussi l’alumine, mais qu’il échoua.
- Pendant trois quarts de siècle, l’expérience de Davy fut présente à tous les esprits, mais rien ne s’ensuivit industriellement. L’expérience de Duvivier de 1854, production hypothétique d’aluminium en exposant un morceau de disthène à l’arc électrique, manque de précision.
- Le brevet anglais Siemens de 1879 décrit l’emploi de l’arc pour fondre les métaux, mais il ne s’agit pas d’électrolyse. Le brevet Bail et Guest de 1881 traite de carbonisation par électricité, et nullement de la séparation des métaux de leurs minerais. Le brevet français Faure de 1880 fabrique le sodium à partir des cyanures, en se servant d’électricité pour produire une température élevée et assurer la réaction. Le brevet anglais Lane Fox de 1878 traite de perfectionnements dans l’éclairage et le chauffage, et [nullement de traitements de minerais. Le mémoire du professeur Ilowe (Traits. of lhe american Institute of Mining Engineers, mai 1882), décrit le procédé d’un inventeur anonyme, basé sur l'emploi de l’arc dans un creuset de charbon constituant la cathode, mais c’est l’inconnu. Voilà les antériorités opposées au brevet Bradley.
- De nombreux brevets furent pris pour séparer l'aluminium de ses minerais, en se servant de chaleur extérieure pour fondre le bain et le maintenir fondu. Hall lui-même ne procéda pas autrement jusqu’en 1889, et son brevet n° 400766, pris trois ans après celui de Bradley, ne parle que de chauffer extérieurement.
- C’est le chauffage intérieur, revendiqué par Bradley, qui a assuré l’essor de la nouvelle fabrication de l’aluminium. C’est aussi l’emploi du courant électrique pour tout ensemble produire la fusion du minerai, maintenir cette fusion et réaliser l’électrolyse. Le juge Coxe
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- n’a trouvé à cette revendication aucune antériorité. La cryolite du brevet Hall n’est qu’un minerai du brevet Bradley. Le brevet Hallest donc sous la dépendance du brevet Bradley, qui est fondamental, mais il en constitue un réel perfectionnement.
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- Ainsi, une fois de plus, une même découverte était faite par deux inventeurs qui s’ignoraient : Hérouît en France et Hall aux États-Unis. Mais rien de ce que nous venons d’exposer d’après M. Mastick, et qui ne concerne que les procès Hall aux États-Unis, ne diminue la gloire si grande de Héroult dont le brevet est antérieur de plusieurs mois au brevet Hall.
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- NOTES D’AGRICULTURE
- par M. H. Hitier Membre du Conseil
- La question du blé.
- Dans le Bulletin de novembre-décembre 1915 les notes d’agriculture se rapportaient à la question du blé, et nous y passions en revue les mesures prises depuis le début de la guerre pour assurer notre ravitaillement civil et militaire en blé et par conséquent en pain. Il nous paraît opportun de reprendre aujourd’hui la question, car à tous points de vue elle mérite de retenir l’attention. Dans les conditions actuelles l’alimentation de la population civile et de l’armée est un des principaux facteurs pouvant intervenir dans la décision de la guerre, et il importe au plus ''haut point que tous, intimement et profondément convaincus de cette vérité, nous fassions les efforts nécessaires pour ne rien gaspiller, pour réaliser des économies, en même temps pour aider l’agriculture à produire le plus possible et en particulier à produire du blé.
- Par suite des réquisitions, des entraves de toute nature apportées au commerce, on peut dire que depuis le début de la guerre le prix du *blé sur nos marchés a cessé d’être celui fixé par le libre jeu de l’offre et de la demande. Il a oscillé les derniers mois de 1914 et les neuf premiers mois de 1915 aux environs de 30 à 35 f le quintal, jusqu’au jour où la loi du 16 octobre 1915 relative à la vente du blé pour le ravitaillement civil vint en réaüté taxer le blé récolté en France au prix de 30 f le quintal.
- En effet d’après l’article premier de cette loi :
- Pendant la durée de la guerre il peut être pourvu par voie de réquisition de blé et de farine à l’approvisionnement de la population civile...
- Art. 2. — En cas de réquisition, l’indemnité qui pourra être allouée, soit par l’autorité administrative, soit par les tribunaux ne pourra être supérieure à 30 f par 100 kg, pour les blés pesant 77 kg à l’hectolitre et ne contenant pas plus de 2 p. 100 de corps étrangers.
- En même temps paraissait, le 16 octobre, un décret rétablissant les tarifs douaniers sur le blé, la farine, le pain.
- Le rapporteur général de cette loi devant la Chambre des députés et le ministre du Commerce ont tenu, dans la discussion qui eut lieu à la séance du 15 octobre, à donner des explications précisant le but poursuivi par le législateur : prendre les mesures nécessaires pour assurer aux cultivateurs pendant la guerre un prix considéré comme suffisamment rémunérateur pour le blé, tout en sauvegardant le prix normal du pain. M. Métin, rapporteur général de la loi, disait textuellement : « Nous avons cherché à fixer un prix normal du pain pour le consommateur et un prix de blé rémunérateur pour le producteur. »
- Bien que la réquisition, d’après cette loi, n’ait pas été prévue comme obligatoire
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- NOTES D’AGRICULTURE. ----- JANVIER-FÉVRIER 1917.
- pour le ravitaillement civil, bien que, lors de la discussion de la loi, des promesses eussent été faites que l’intendance militaire, par des réquisitions excessives, ne jetterait plus le désarroi dans le commerce des blés, en fait ce commerce se trouva paralysé ; c’est ce que ne cessaient de constater les chroniques commerciales de tous les journaux agricoles.
- En même temps des plaintes nombreuses s’élevaient de la part des agriculteurs qui voyaient taxer un de leurs principaux produits agricoles, le blé, à un cours qui n’était guère plus élevé que celui pratiqué avant la guerre, alors que les charges de toute nature pour le producteur de blé s’étaient accrues et continuaient toujours à s’accroître dans d’énormes proportions. Aussi les agriculteurs ne se trouvaient pas incités à semer du blé, bien au contraire; dans le Journal d’agriculture pratique du 10 février 1916 M. Henry Sagnier signalaitque la culture du blé d’automne avait perdu cette année 500 000 ha après avoir déjà perdu 800 000 ha l’année précédente, en ne parlant que des régions non envahies, et il écrivait : « Il y aura donc un déficit énorme dont l’accroissement des semailles de blé de printemps pourrait seul atténuer les effets. En présence des difficultés croissantes des approvisionnements en blés étrangers, en présence de l’ignorance où l’on est de ce que sera la prochaine récolte dans les pays d’exportation, il est de la plus élémentaire prudence de produire en Frac ce le plus de blé possible.
- « Cette nécessité ne saurait échapper. Nous croyons que pour y répondre, M. Méline se propose de créer des encouragements spéciaux sous une forme très heureuse pour les ensemencements de blé de printemps. Ces encouragements compenseraient les conséquences de la loi qui, en limitant le prix de réquisition du blé au taux que l’on connaît, a contribué puissamment à provoquer le découragement dans les campagnes. »
- Malheureusement la bonne volonté du ministre de l’Agriculture rencontra de fortes résistances et ce n’est que très tardivement, trop tardivement, —car dans la région des environs de Paris où l’on fait le plus de blés de printemps, on les fait en février et première quinzaine de mars — que parut à Y Officiel le décret du U mars 1916 fixant une prime de 3 f par quintal de blé de printemps qui. serait récolté en 1916.
- Article premier de ce décret :
- A l’exception des quantités déclarées pour la semence, le blé de printemps récolté en France sera acheté directement aux producteurs par l’autorité militaire, avant le 31 décembre 1916, au prix maximum de 33 f le quintal métrique.
- Les termes du rapport du ministre de l’Agriculture au Président de la République, en soumettant à son approbation le projet de ce décret, sont à rappeler ; M. Méline, en effet, expose très clairement le découragement des agriculteurs devant un prix de blé insuffisamment rémunérateur, la nécessité d’accroître notre production nationale pour réduire les achats à l’étranger et par conséquent atténuer la crise du change ; en même temps le ministre de l’Agriculture signale la rupture d’équilibre dans le prix de vente des céréales par suite de la taxation de certaines d’entre elles ; enfin il indique la raison de la mesure spéciale prise — achat par l’armée — afin de ne pas relever le cours commercial du blé, établi à 30 f, et de ne pas remettre en question le prix du [pain.
- Il est du plus haut intérêt pour l’alimentation publique et celle de l’armée aussi bien que pour le bon état de nos finances d’intensifier la production agricole et surtout celle du blé qui est le produit français par excellence.
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- LOIS RELATIVES A LA VENTE DU BLÉ POUR LE RAVITAILLEMENT CIVIL. 187
- Il devient d’autant plus précieux que les cours du blé étranger ne cessent pas de s’élever et la hausse ne fera que s’aggraver. Chaque quintal de blé étranger introduit en France fait perdre 10 f au Trésor et augmente la crise du change.
- Nos agriculteurs ne se refusent pas à faire le maximum d’efforts pour diminuer le déficit en se concentrant sur la production du blé, mais ils sont découragés par le prix fixe et immuable de 30 f qui leur a été imposé au début de la guerre et qui était déjà insuffisant. Depuis l’automne dernier, il l’est devenu bien davantage : les frais de production et les difficultés de culture n’ayant pas cessé de s’accroître.
- L’enquête récente, publiée par le ministère de l’Agriculture, le fait ressortir par la clarté de l’évidence : elle établit que la surface cultivée en blé a été, en 1915, inférieure de 475 000 ha à celle de 1914.
- Il est indispensable de s’arrêter sur cette pente pour l’année 1916, et la première précaution à prendre doit s’appliquer aux ensemencements de printemps qui commencent en ce moment. Nos agriculteurs livrés à eux-mêmes choisiront naturellement les céréales qui leur coûtent le moins cher à produire et qui rapportent le plus, et ils donneront la préférence à l’avoine et à l’orge, dont les cours n’ont pas cessé de monter.
- Sans doute, le Parlement va très probablement rétablir en partie l’équilibre dans les prix de vente des céréales en autorisant la taxe de l’avoine et.des autres céréales; mais celte taxe, qui ne pourra pas s’écarter du prix de revient, maintiendra encore, pour l’avoine et l’orge, des prix élevés qui ne seront pas en rapport avec celui du blé ; l’agriculteur aura toujours plus d’intérêt à faire de l’avoine à 30 f que du blé à 30 f.
- Pour établir un écart juste et suffisant entre les deux produits, il est donc indispensable, sous une forme ou sous une autre, si l’on veut que le blé reprenne sa place habituelle dans les semailles de printemps, d’en relever le cours en le rapprochant, autant que possible, du prix de revient.
- Or, il résulte des enquêtes les plus sérieuses que le prix de revient minimum actuel du blé varie entre 32 et 36 f; nous estimons donc qu’en le fixant au taux moyen de 33 f, on approche aussi exactement que possible de la vérité, et il y a tout lieu de croire que, si l’on pouvait dès à présent garantir ce prix à nos agriculteurs, on déciderait le plus grand nombre d’entre eux à faire leurs semailles en blé de printemps.
- Malheureusement, comme nous le rappelions plus haut, ce décret était pris le 14 mars, à une époque vraiment trop tardive.
- Comme l'annonçait M. Méline dans son rapport, le Gouvernement, quelques semaines après, faisait voter par le Parlement deux nouvelles lois relatives, l’une, du 17 avril 1916, à la taxation de l’avoine, du seigle, de l’orge, des sons et issues ; l’autre, du 25 avril 1916, relative au ravitaillement de la population civile en blé et en farine.
- Les principaux articles de ces lois sont les suivants :
- Loi du 17 avril 1916 sur la taxation de l’avoine, du seigle, de l’orge, des sons et des issues.
- Article unique. —A dater de la promulgation de la présente loi et pendant la durée des hostilités, des décrets, rendus sur la proposition des ministres de l’Agriculture, de l’Intérieur, du Commerce, de l’Industrie, des Postes et des Télégraphes, pourront fixer les prix limités que ne devront pas dépasser l’avoine, le seigle, l’orge, les sons et les issues, en tenant compte de leur poids spécifique et du taux d’impuretés qu’ils contiennent.
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- NOTES D AGRICULTURE. ---- JANVIER-FÉVRIER 1917.
- Loi du 25 avril 4916 complétant la loi du 16 octobre 1915 relative au ravitaillement de la
- population civile en blé et en farine.
- Article premier. — 1° Il n’est permis de retirer de la mouture du blé que deux éléments : la farine entière et le son.
- En conséquence, le taux d’extraction prévu à l’article 8 de la loi du 16 octobre 1915 pour servir de base au calcul de la taxe est porté de 74 à 77 kg.
- 2° Il est défendu de fabriquer, vendre ou mettre en vente du pain confectionné avec de la farine de blé différente de celle prévue au paragraphe précédent.
- Art. 2. — Il est interdit d’employer pour l’alimentation du bétail et des chevaux, ânes et mulets :
- 1° Du froment en grain propre à la mouture, qu’il soit pur ou mélangé à d’autres céréales;
- 2° De la farine de froment propre à la panification, qu’elle soitpure ou mélangée à d’autres farines ;
- 3° Du pain de farine de froment propre à la consommation humaine.
- Des décrets des 2 et 8 mai fixèrent les prix maxima des avoines et du son : 29 f par 100 kg, pour les avoines noires et grises; 28 f pour les avoines blanches; 16 f pour le son. Un nouveau décret du 18 mai rectifia celui du 2 mai en élevant les prix maxima, à la consommation, des avoines de 2 f.
- Quant au seigle et à l'orge, ces céréales ne furent taxées que tout dernièrement par un décret du 17 janvier 1917 à 30 et a 31 f le quintal comme prix maximum chez le producteur.
- Ce décret fut pris pour inciter évidemment les agriculteurs à faire du blé au lieu d’orge aux prochaines semailles de printemps, pour empêcher de substituer le blé à l’orge et au seigle dans l’alimentation des animaux. Alors, en effet, que le blé était taxé à 33 f au maximum le quintal, les cours de l’orge étaient de 37 à 38,30 f; ceux du seigle de 34 à 35 f.
- On ne peut que regretter toutefois cette taxation des produits, que vend l’Agriculture, à des taux beaucoup plus bas que ceux fixés par le libre jeu de l’offre et de la demande; l’équité voudrait que l’on taxât aussi les produits qu’achète l’agriculture; les engrais, les fers, les cuirs, les ficelles de lieuse, etc., ont plus que doublé de prix depuis] le début de la guerre. Les salaires de la main-d’œuvre ont augmenté dans d’énormes proportions. La taxation, en réalité, décourage la production et la réduit.
- Les vérifications des quantités de blé de printemps récoltées et ayant droit à la prime de 3 f par quintal fixée par le décret du 14 mars devaient donner heu, dans la pratique, à de bien grandes difficultés ; d’autre part le rapport du ministre de l’Agriculture du 14 mars 1916, que nous rappelions plus haut, reconnaissait que le prix de 30 f était devenu réellement tout à fait insuffisant ; les frais de production et de culture ne cessant de s’accroître, il était de toute justice d’assurer aux cultivateurs, pour tous leurs blés, un prix supérieur à 30 f; c’est ce que comprirent le Gouvernement et les Chambres et une loi du 29 juillet 1916 fixa à 33 f le prix maximum de taxation ou de réquisition du blé; en même temps le taux d’extraction pour le calcul de la taxe de la farine était porté de 77 à 80 kg, enfin droit était donné aux préfets de réquisitionner partout blé, farine, son, seigle, orge ou avoine.
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- LES IMPORTATIONS DE BLÉ PENDANT LA CAMPAGNE 1915-1916. 189
- Loi du 29 juillet 1916 relative à la taxation et à la réquisition des céréales.
- Article premier. — A partir du 1er août 1916, pendant la durée des hostilités et pendant l’année qui suivra la démobilisation générale, le blé-froment récolté en France ne pourra être vendu ou réquisitionné chez le producteur à un prix supérieur à 33 f. les 100 kg.
- Le paragraphe de l’acticle premier de la loi du 26 avril 1916 est ainsi modifié :
- Le taux d’extraction servant de base au calcul delà taxe de la farine est porté de 77 à 80 kg.
- Art. 3. — En outre du droit de réquisition collective prévu à l’article premier de la loi du 16 octobre 1913, le préfet peut réquisitionner directement le blé, la farine ou le son ainsique le seigle, l’orge et l’avoine, qu’ils soient détenus par le producteur ou déposés dans un magasin, un entrepôt ou une gare ou qu’ils soient en cours de transport par voie ferrée ou fluviale.
- Art. 4. — Il est défendu d’annoncer, de publier ou d’afficher pour le blé, la farine ou le son, ainsi que pour le seigle, l’orge et l’avoine à vendre ou vendus sur les marchés, des cours supérieurs au prix fixé à i’article premier pour le blé et à ceux de la taxation pour la farine, le son, le seigle, l’orge et l'avoine.
- En fait, durant l’année 1916 les cours des blés se sont maintenus en France entre 30 et 33 f, le marché libre n’existant plus et les réquisitions civiles et militaires entravant les affaires. Toutefois la politique du Gouvernement depuis le début de la guerre avait amené le résultat que celui-ci cherchait ; assurer l’alimentation publique en évitant un relèvement du prix du pain.
- *
- Il nous reste à voir maintenant si cette politique et les mesures prises pour s’y conformer ont assuré la production du blé nécessaire à la France sur notre propre territoire et à examiner de quelle importance ont dû être nos importations en blé.
- La question a été étudiée par M. Henry Sagnier et discutée, dans la séance du 10 janvier 1917, par l’Académie d’Agriculture. Elle mérite toute l’attention des hommes qui comprennent le rôle que, dans cette guerre si longue, sont appelés à jouer de plus en plus les problèmes économiques, en particulier ceux relatifs au ravitaillement des nations belligérantes.
- Le tableau suivant, publié par le ministre de l’Agriculture, donne les résultats approximatifs de la récolte du blé en France, d’après les rapports transmis par les directeurs des services agricoles dans les départements pendant le cours des premiers battages.
- Le total général pour la surface et le rendement est rapproché des résultats définitifs des cinq années précédentes :
- Années. Surfaces ensemencées. Production en grains.
- Hectares. Hectolitres. Quintaux.
- 1916 5 202 580 75132 700 58410700
- 1915 5489 280 79325910 60 630 200
- 1914 6 060 358 99 682 060 76 936 065
- 1913 6 342 230 113119 920 86619050
- 1912 6 571 580 118 505 800 90991500
- 1911 . 6 433 360 111 049 900 87727100
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- NOTES D’AGRICULTURE. — JANVIER-FÉVRIER 1917.
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- Ainsi, d’après ce document officiel, la production du blé est évaluée à 58 millions 410 700 qx au lieu de 60 630200 qx en 1915. La différence est d’un peu plus de 2 millions de quintaux et il est possible, comme le fait remarquer M. Henry Sagnier, que ces résultats se modifient encore dans l’avenir; en effet, la première évaluation sur la récolte de 1915 portait celle-ci à 64 720 000 qx, tandis que le résultat définitif l’abaisse à 60 630 000. Un seul fait est certain, c’est que les deux dernières récoltes ont été inférieures d’un tiers à la moyenne de la période décennale qui a précédé la guerre.
- Nous avons dû alors importer en France de grosses quantités de blé. D’après les documents statistiques de la Direction générale des douanes, pendant les dix premiers mois de 1916 nous avons importé (1), au commerce général, 21 049 289 qx de blé et 17 130 177 qx au commerce spécial.
- Nous avons, en outre, ces mêmes dix premiers mois de 1916, importé 4 155 966 qx de farine. Les États-Unis, sur ces quantités, nous ont fourni 7 911 884 qx de blé, 2 850 259 qx de farine; la République Argentine, 3 678 987 qx de blé; l’Australie 1 841 858 qx de blé; la Russie, 1 365 682 qx.
- Les États-Unis, la République Argentine, comme aussi le Canada, les Indes et l’Austrabe, c’est-à-dire, — en dehors de la Russie — les grands pays exportateurs de blé, avaient eu une récolte exceptionnellement belle en 1915.
- Malheureusement la récolte de 1916 dans ces mêmes régions a été mauvaise, très mauvaise même pour quelques-unes.
- Le tableau suivant, dont nous empruntons les chiffres à l’Institut international d'agriculture de Rome, indique les récoltes de 1915-1916 et les récoltes moyennes de la période 1909-1913 :
- Récolte moyenne Récolte Récolte
- quinquennale de de 1916
- 1909 à 1913. 1915. (données provisoires
- Quintaux. Quintaux. Quintaux.
- Canada . . . , 55 713 000 102 529 000 43 306 000
- États-Unis .... . . . . 186 889 000 275 291 000 174 152 000
- Argentine .... 40 526 000 46 988 000 21 063 000
- Indes . . . . 95 735 000 102 529 000 86 546 000
- Australie . . . . 24 630 000 38 919 000 40 480 000
- Ainsi, sauf l’Australie, partout ailleurs les récoltes de blé en cette dernière campagne ont été mauvaises, bien au-dessous non seulement de la récolte de 1915, qui avait été aux États-Unis et au Canada exceptionnelle, mais au-dessous de la moyenne des années 1909-1913.
- Les États-Unis ont exporté du Ier août 1915 au 31 juillet 1916, 46 722 288 qx de blé; le Canada, 61 158 664 qx ; du 1er mars à lafin février, l’Inde, 6 712416 qx ; du 1er janvier au 31 octobre, l’Argentine a exporté 18050 650qx ; l’Austrahe, 10419 921 qx. Ces pays ne pourront pas exporter de pareilles quantités de blé pendant la campagne 1916-1917. Cela est bien certain; du reste en présence des mauvais résultats de la dernière récolte, devant la hausse des prix du blé et du pain, aux États-Unis, en Argentine, un mouvement d’opinion se manifeste pour obtenir des pouvoirs publics la prohibition
- '1) Non compris 3 093 495 quintaux importés pour le compte de l’armée et dont les titres de mouvement n’ont pas encore été régularisés.
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- MESURES A PRENDRE POUR ÉCONOMISER LE BLÉ.
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- de l’exportation dn blé. Une proposition ayant pour objet d’interdire pour un an l’exportation des denrées alimentaires, a été présentée au Congrès de Washington. Il n'est pas permis, disait M. Henry Sagnier, de prévoir actuellement quelle sera l’issue des discussions qu’elle doit provoquer.
- Les problèmes qui se posent devant nous sont donc, somme toute, les suivants :
- I. Prendre toutes les mesures pour atteindre la récolte de l’été 1917, faire la soudure sans manquer de blé;
- II. Prendre toutes les mesures nécessaires pour intensifier le plus possible la production du blé en 1917 ;
- III. Prendre dès maintenant toutes les mesures pour assurer la préparation des terres et les semailles de 1917-1918.
- Et si nous ne parlons ici que du blé, ce n’est pas que nous méconnaissions la nécessité d’intensifier la production des autres branches de l’agriculture, nous avons besoin de pommes de terre, de légumes, d’orge, d’avoine, de fourrages, etc. Mais les mesures à prendre, pour la plupart de ces produits, sont comprises dans les mesures à réaliser pour intensifier la production du blé.
- 1. — ASSURER LA SOUDURE
- A plusieurs reprises, devant le Parlement, M. Clémentel a nettement précisé que toutes les précautions avaient été prises par les soins du gouvernement pour assurer la soudure des récoltes 1916 et 1917, des achats ont été effectués à l’étranger, même, paraît-il, dans des conditions exceptionnellement avantageuses ; supposons que les livraisons promises pourront être effectuées, arriveront-elles jusqu’à nos ports?
- Des économies s’imposent dans la consommation du blé, voilà ce qui est certain, ce qui est de la plus élémentaire prudence; du reste, la conclusion de l’étude très serrée qu’a faite l’Institut international d’Agriculture de Rome sur la situation présente de la production, du commerce et de la consommation des céréales, se terminait par ces lignes (Bulletin d’octobre 1916) :
- « Il faudra donc réaliser de très sérieuses économies sur la consommation, si l’on ne veut s’exposer aux plus graves déboires, peut-être même à la disette, au cas où les récoltes prochaines ne permettraient pas à elles seules de satisfaire à la consommation et de reconstituer les réserves épuisées. Agissant autrement on compromettrait l’avenir. »
- Réaliser dès maintenant des économies de blé et de farine et préparer une production aussi élevée que possible de blé en 1917, puis en 1917-1918, telle est l’œuvre urgente et capitale à réaliser. Il est pour nous d’un intérêt national de nous assurer le maximum de production possible de blé et, du reste, d’autres denrées agricoles, c’est une des conditions delà victoire sur nos ennemis, ne l’oublions pas un instant, et agissons en conséquence.
- Si le marché des blés était libre, si le cours des blés en France suivait le cours mondial, l’élévation du prix du pain restreindrait évidemment la consommation du blé, mais depuis le début de la guerre, la politique du gouvernement français a été la politique du pain à bon marché et ce n’est pas le moment de changer cette politique,
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- NOTES D’AGRICULTURE. ---- JANVIER-FÉVRIER 1917.
- mais au moins faudrait-il que le pays sût bien que, depuis le début de la guerre, la France est le pays dans lequel le blé, c’est-à-dire le pain, a toujours coûté le meilleur marché. Nous reviendrons, dureste, plus loin sur cette question.
- Il appartient, en tout cas, aux autorités sociales, à la presse, de recommander à tous l’économie ; d’éviter le gaspillage du pain, de la farine, sous quelque forme que ce soit (1).
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- J’aborde maintenant le second problème que nous nous sommes posé.
- Que faire pour intensifier la culture du blé en vue de la récolte de l’été 1917 ?
- Répétons encore qu’intensifier cette production, la porter au plus haut degré possible, est une nécessité dans les conditions actuelles du marché et de la production mondiale du blé ; pour produire beaucoup de blé, on peut augmenter les surfaces emblavées et accroître les îendementsà l’hectare. Malheureusement, accroître le rendement à l’hectare suppose une culture soignée, l’emploi de grosses quantités d’engrais ; dans l’état de guerre actuel, l’agriculture ne dispose pas des moyens qui permettent cette culture, ces façons aratoires minutieuses ; elle n’a pas d’engrais à sa disposition et ceux qu’elle peut avoir très difficilement sont à un 'prix quasi inabordable (le nitrate de soude, l’engrais par excellence pour répandre sur les blés au printemps, est coté 55 f au lieu de 25 f avant la guerre).
- Reste donc le premier moyen : étendre les surfaces emblavées. Les chiffres cités plus haut nous ont déjà indiqué combien les emblavures en blé, dans notre pays, loin d’augmenter, avaient diminué :
- 6 060 358 hectares en 1914 5 489 230 — — 1915 5 202 580 — — 1916
- Les ensemencements d’automne, de beaucoup les plus importants pour la France, puisque, en année normale, on compte à peine 1 ha de blé de printemps pour 25 ha de blé d’automne, se sont trouvés, à l’automne 1916, très réduits. Le retard dans la préparation des terres, dans les travaux de toute nature, va s'accentuant dans nos campagnes à mesure que la guerre se prolonge, les difficultés de main-d’œuvre augmentent et enfin nous avons eu, depuis le 15 octobre, une saison exceptionnellement mauvaise pour les semailles et les travaux des champs. Aussi, d’après le Journal officiel du 30 janvier 1917, nous n’aurions ensemencé à l’automne 1916, que 4276990 ha de blé, au lieu de 5031510 ha à l’automne de 1915. C’est une diminution qui atteint 15 p. 100. El encore combien de ces blés ont été faits dans (de mauvaises conditions ! Dans quel état se présentera leur végétation à la fin de l’hiver, après la longue période de gelée que nous avons eue ?
- Nous voici à la fin de février sans avoir pu préparer les terres, par conséquent sans avoir pu semer ; or février et mars sont l’époque des semailles de printemps. Il n’y a pas un instant à perdre, d’autant moins de temps à perdre que la préparation des terres, du fait de la saison détestable que nous avons eue, est particulièrement en retard, du fait que jamais nous n’aurons eu d’aussi grandes étendues à semer en blé, en autres céréales, en pommes de terre, en fourrages, etc. Et cependant
- (1) Des mesures viennent d'être 'prises par le gouvernement : vente de pain rassis seulement, carte de pain, etc.
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- MESURES A PRENDRE POUR INTENSIFIER LA PRODUCTION DU BLÉ.
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- il est d’intérêt national de produire, et de produire beaucoup de denrées agricoles. C’est une des conditions de possibilité de prolonger la guerre jusqu’à la victoire, comme l’est la production des canons et des munitions.
- En ce moment, le gouvernement cherche à réaliser un grand effort dans ce sens, par le développement de la motoculture et le labour des terres abandonnées. Tout un service est organisé pour cela au ministère de l’Agriculture, une Commission a fonctionné et fonctionne pour l’achat de tracteurs en France et en Amérique. Il ne faut pas ici se faire d’illusion; les tracteurs, à supposer qu’ils nous arrivent d’Amérique, que les navires qui les transportent gagnent nos ports sans avaries, ne pourront pas fonctionner avant avril au plus tôt. Ils ne pourront donc pas préparer les terres pour les semailles de ce printemps, ou tout au plus sur quelques milliers d’hectares; le 13 février dernier, dans la discussion devant le Sénat du projet de loi relatif à la culture des terres abandonnées, M. Clémentel, Ministre de l’Agriculture, a déclaré qu’il avait pu à grand’peine réunir 390 appareils qui pourront travailler au printemps. Certes, il faut encourager la culture mécanique ; ces nouvelles machines sont appelées à rendre à notre agriculture d’immenses services, mais elles ne solutionnent pas la question de l’intensification nécessaire de notre production agricole ; elles y contribueront, et surtout elles y contribueront dans la période d’après guerre.
- Voulons-nous aujourd’hui semer beaucoup de blé et d’autres plantes au printemps de 1917? Il semble bien qu’il n’y ait qu’un moyen : renvoyer immédiatement chez eux les chefs d’exploitation des grandes, petites, moyennes exploitations, appartenant aux anciennes classes des R. A. T. et des auxiliaires; ces chefs d'exploitation restant mobilisés sur place à la tête de leur ferme, avec consigne de cultiver et de semer leurs terres (1). En même temps, il faut mener une active campagne en faveur des semis de blés ce printemps (2).
- Soyons-en bien persuadés, ces cultivateurs, rendus à la terre, feront des prodiges, des miracles ; il faut les avoir vus, revenus chez eux seulement sept jours, lorsque le temps s’y prêtait, avoir vu ce qu’ils sont capables de labourer, de semer, etc.
- Mettez, au contraire,' ces chefs d’exploitation en équipes agricoles, allant travailler dans des fermes qui ne leur appartiennent pas, ils travaillent comme travaille le soldat, — aussi brave au feu que flâneur à la corvée, — estimant qu’il en fait toujours trop pour cinq sous par jour.
- J’ajoute que ce chef d’exploitation, rentré chez lui, peut trouver et utiliser une main-d’œuvre que la femme, que les vieux parents dirigeant le domaine ne pouvaient employer.
- On a pu lire, ces temps derniers et à différentes reprises, des articles dans nos grands journaux quotidiens, articles dans lesquels on demandait que tous ces jeunes gens et hommes, rôdeurs inoccupés dans nos villes, maniant volontiers le couteau,
- (1) Le gouvernement a décidé le renvoi des agriculteurs des deux dernières classes de R. A. T. 1888 et 1889.
- (2) D’après M. Schribaux. appuyant son opinion du reste,sur les résultats obtenus en 1916; grâce à l'introduction du blé Manitoba, ta culture des blés de printemps n’est plus seulement le privilège des régions les mieux partagées sous le rapport de l'humidité du climat; elle est devenue possible sur toute l’étendue de notre territoire. Grâce à sa précocité, ce blé canadien a bravé l’échaudage, le grand ennemi des cultures du printemps, quoique semé dans des stations sèches et à une date exceptionnellement tardive.
- Tome 127. — 1er semestre. — Janvier-Février 1917.
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- fussent envoyés dans les usines et les campagnes, afin qu’on les utilisât à travailler la terre. Voyez-vous ces malheureuses femmes, restées [seules dans les fermes, la plupart isolées, des vieillards dans la même situation, auxquels on propose comme main-d’œuvre, des vagabonds et des traîneurs ! Mais ces femmes, et avec raison, préfèrent abandonner la ferme plutôt que d’y introduire de tels éléments.
- La main-d’œuvre est très rare dans nos campagnes, mais elle est devenue en même temps très exigeante, et une main-d’œuvre dans laquelle on ne peut pas avoir confiance, sur laquelle on ne peut pas compter.
- Des femmes, des vieillards, hésitent à se servir de cette main-d’œuvre; ils aiment mieux restreindre la culture. Le retour, la présence du mari, de l’homme, à la tête de l’exploitation, modifie la situation ; l’homme en impose forcément, il peut embaucher des ouvriers, des ouvrières, que sa femme n’osait pas faire venir. Il saura commander, se faire obéir, en tout cas, il saura mettre à la porte, si c’est nécessaire, celui dont la présence est devenue non plus une aide, mais une gêne.
- Mais à quoi tient cet état d’esprit de nos ouvriers agricoles? Pourquoi tant d’entre eux, et souvent parmi les meilleurs, abandonnent-ils le travail, laissent-ils les animaux sans soin et sans nourriture, parfois plusieurs jours? Pourquoi ces accès d’emportement, de colère, de folie, que redoutent tant les femmes ? Gela tient à ce que l’alcool est toujours là, exerçant ses ravages : supprimer l'alcool, ce serait intensifier notre production agricole.
- Il y a aussi, il faut bien le reconnaître, dans nos campagnes aujourd’hui, un trop grand nombre de femmes de mobibsés, de réfugiés hommes et femmes qui, touchant des allocations, refusent de travailler, tout au moins témoignent d’une mauvaise volonté très grande à cet égard. Ce qui déjà tant de fois a été réclamé, mais n’a pas abouti (on ne sait vraiment pas pourquoi) ne pourrait-il pas enfin être obtenu? Supprimer l’allocation à ceux ou à celles qui, sans motif valable, refuseront de travailler.
- L’agriculture, de tous côtés, réclame des prisonniers de guerre comme main-d’œuvre agricole; c’est que presque partout, malgré les prix très élevés auxquels revient l’emploi de cette main-d’œuvre, on s’en est montré très satisfait en général dans nos campagnes.’En ce qui concerne les prisonniers de guerre,nulle part ailleurs, la main-d’œuvre de ceux d’entre eux habitués déjà au travail de la terre, ne pourrait être plus utilement employée, donner un meilleur rendement.
- Sans aucun doute, excessivement précieux et utile serait, à la campagne, la main-d’œuvre des ouvriers agricoles proprement dits, mobilisés, si on pouvait en distraire un certain nombre de la zone des armées et de l’arrière pour les rendre aux travaux de la terre, mais il y a là une question que nous ne pouvons trancher ni même discuter, en connaissance de cause ; le G. Q. G. seul connaît les possibibtés à cet égard. Cependant peut-être serait-il permis d’indiquer ici une suggestion tout au moins : quand on traverse la zone de l’armée, on voit des équipes nombreuses de territoriaux occupés à casser des cailloux, à faire des routes, à faire des charrois, des corvées de toutes sortes ; si jamais un jour on devait avoir recours à une mobilisation civile, ne vaudrait-il pas mieux renvoyer à la campagne les territoriaux agriculteurs et ouvriers agricoles, et les remplacer, pour toutes ces corvées, par des manœuvres fournis par la mobilisation civile?
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- RÉCENTES PRÎMES VOTÉES POÜR LA CULTURE DU BLÉ.
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- Au Canada, aux États-Unis, en Angleterre, ces derniers mois, les prix en or du blé ont évolué autour de 35 f le quintal. Quant à l’Europe, en Angleterre, le seul pays oùle commerce soit resté libre, à Londres, les blés indigènes sont cotés de 41 à 43 f et les blés étrangers, 3 à 4 f au delà de ce taux. En Italie, un décret du 1er juillet 1916 a fixé le prix de réquisition à 39 lire (36 f) pour les blés tendres et à 41 lire (41 f) pour les blés durs. Le ministre de l’Agriculture a annoncé récemment au Parlement italien qu’à raison des difficultés imposées aux cultivateurs, ces prix seraient relevés pour la prochaine récolte. En Suisse, depuis le 10 août, le prix maximum de vente par le commissariat central de guerre avait été fixé à 46 f ; une décision récente a porté ces prix à 50 f.
- La France, malgré la nouvelle prime de 3 f votée enfin par le Sénat le 26 janvier dernier, est encore de tous les pays celui où le blé est vendu le meilleur marché. Le prix de 33 f était réellement trop bas devant les difficultés contre lesquelles l’agriculture se débat, devant la hausse des frais de toute nature, considérablement augmentés, que l’agriculture supporte depuis la guerre (hausse de la main-d’œuvre, hausse du prix des machines, hausse des cuirs, des fers, de la ficelle, etc., hausse des engrais, etc.).
- Il faut remarquer, en outre, que le prix de 33 f ne permet pas souvent aux cultivateurs d’employer avec profit, avec économie les engrais, même s’ils pouvaient se les procurer : le supplément de récolte qu’on est en droit d’attendre de leur application ne payant pas la dépense faite par l’achat de l’engrais (au cours actuel de ces engrais).
- La Chambre des députés s’était, du reste, rendu compte de la situation; dans sa séance du 28 octobre 1916, elle avait adopté une proposition en faveur d’une nouvelle prime de 3 f, qui serait allouée par 100 kilogrammes de blé récolté en France. Cette proposition avait été renvoyée devant le Sénat, qui ne l’a discutée et adoptée que dans la séance du 26 janvier dernier ; l’opportunité de la mesure était d’autant plus évidente que les emblavures d'automne accusent l’énorme diminution que nous avons signalée plus haut.
- Loi du 30 janvier 19 i 7 ayant pour objet l'attribution d'une prime de 3 f par quintal de blé
- récolté en France.
- Article premier. — A partir de la moisson de 1917 et jusqu’à la suppression de la taxe sur le blé, il est alloué aux agriculteurs une prime de trois francs (3 f) par 100 kilog. de blé récolté en France.
- Il est alloué en plus aux agriculteurs une prime de 20 francs (20 f) par hectare supplémentaire cultivé en blé comparativement à la surface cultivée l’année précédente.
- Ainsi, par cette nouvelle loi, le prix du quintal de blé sera payé en définitive aux agriculteurs français, à partir de la récolte 1917, 36 f le quintal. Sera-ce enfin un prix suffisant pour inciter les cultivateurs à faire beaucoup de blé ce printemps? M. le Ministre de l’Agriculture ne le pense pas et il vient de demander encore au Parlement le vote d’une autre prime supplémentaire permettant au producteur de blé de tirer du quintal de blé qu’il récoltera sur sa ferme en 1917, 40 f.
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- C’est que, en réalité, peut-être finit-on enfin par se convaincre que la perspective de prix éleAœs reste le grand, l’unique stimulant pour inciter les agriculteurs à produire du blé — sauf à l’État de faire les sacrifices nécessaires pour que farines et pain restent à un prix raisonnable. Remarquons, en effet, que si nous produisons plus de blé en France, l'État aura moins à en acheter à l’étranger, ce qui soulagerait singulièrement nos finances et améliorerait notre change. M. Clémentel, dans son discours au Sénat, au sujet du vote des crédits pour la motoculture, déclarait qu’il fallait calculer que le blé que nous achèterions à l’étranger, en 1917-1918, reviendrait en France, à 60 f le quintal.
- C’est une légende que celle qui représente les agriculteurs, en ce moment, comme faisant des affaires d’or. La réalité est tout autre, et la meilleure preuve, c’est que trop d’entre eux arrivés à fin de bail quittent les fermes, refusant de cultiver la terre, même sans payer de loyer; la réalité c’est que, dans le Centre, des métayers quittent les domaines et vont à la ville. Les produits agricoles sont très chers sans doute — sauf le blé ; — ils ont énormément augmenté de prix, mais pour profiter de ces prix il faut avoir des produits à vendre, et la production a diminué. Et puis les prix que l’on donne comme mercuriales des marchés ne sont pas ceux auxquels le cultivateur vend le plus souvent son produit. La paille, par exemple, est cotée 60 f les 100 bottes, mais l’armée vous la réquisitionne à 25 f, et l’agriculteur réquisitionné se croit alors gravement lésé, il est mécontent, aigri, ne montre pas de cœur à l’ouvrage. Les taxations, les réquisitions, les dommages causés aux récoltes par les troupes, etc., entretiennent aussi un certain découragement dans nos campagnes.
- Contre pareille tendance, pareil état d’âme, il importe de réagir en organisant une active propagande auprès de toutes les autorités sociales; il faut que, au village, le curé, l’instituteur, les présidents des syndicats et des sociétés d’agriculture prêchent partout la bonne parole, montrant à ces femmes, à ces vieillards restés aux champs que, abandonner la terre aujourd’hui, ce serait déserter; qu’à l’arrière ils peuvent servir la patrie comme le font leurs fils, leurs maris sur le front ; que produire beaucoup de blé, de pommes de terre, de betteraves, de fourrage, etc., c’est rendre plus proche et plus certaine la victoire qui peut nous donner la seule paix que nous puissions souhaiter et vouloir.
- H. Hitier.
- (Note.)M. le Ministre de l’Agriculture vient de taire publier dans les journaux quotidiens et a fait répandre dans les milieux ruraux une circulaire très pressante pour inciter tous les cultivateurs à semer du blé ce printemps, et, d’une façon générale, pour les inciter à redoubler d’efforts, afin que la terre de France produise le plus possible de toutes espèces de denrées, cette année. Cet appel sera entendu et partout suivi.
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- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE par M. Max Ringelmann
- Membre du Conseil.
- La Culture mécanique et la Guerre de 1914-1917.
- Il est certainement toujours désirable pour un pays de fabriquer le matériel dont il a besoin. Une machine, valant par exemple 10000 francs, achetée à l’étranger par un agriculteur français, représente une très grosse part de cette somme sortant du territoire, alors qu’une machine équivalente, acquise même au prix de 12 000 francs chez un constructeur français, représente la totalité de cette somme restant chez nous, passant en différentes mains (fournisseurs de matières premières, ouvriers, etc.), en concourant à la prospérité et à la richesse nationales.
- Malheureusement, à côté de l’idéal et de l’intention, il faut placer *de suite les possibilités de la période actuelle.
- Le Ministère de l’Agriculture a publié au Journal officiel (29 novembre 1916), les résultats approximatifs des récoltes de céréales en France, d’après les relevés faits au cours des battages par les Directeurs départementaux des Services agricoles. En comparant les étendues ensemencées et les produits en grains obtenus en 1916 avec ceux des années moyennes d’avant la guerre, dont le type peut être représenté par 1912, nous constatons les déficits suivants, en chiffres ronds :
- Diminution en 1916 par rapport à une année moyenne anterieure à la Guerre.
- Surface Produit
- ensemencée. en grains.
- Céréales. (hectares). (quintaux).
- Froment................ 1 300 000 32 580 000
- Méteil................. 28 000 430 000
- Seigle.................... 280 000 3 265 000
- Orge...................... 133 000 2 435 000
- Avoine.................... 825 000 10 290 000
- Totaux........ 2 566 000 49 000 000
- Les surfaces ensemencées en céréales à l’automne 1916 ont diminué de 873 000 hectares relativement à 1915 (dont 757 000 ha pour le blé, et le déchet sera probablement plus élevé par suite des gelées de janvier et de février 1917) ; par rapport aux ensemencements de l’automne 1914, cette diminution dépasse 1 600 000 hectares; elle s’applique à toutes les régions, sauf celle du Nord-Ouest, et la région du Nord, c’est-à-
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- 198 REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE. -------- JANVIER-FÉVRIER 1917.
- dire celle des hauts rendements, entre pour plus d’un tiers dans le total du déficit de 1916 relativement à 1915 (Journal officiel du 30 janvier 1917).
- Ces chiffres, effrayants, montrent l’appauvrissement du pays et la perte subie par la fortune publique.
- Rappelons que chacime des deux dernières récoltes de blé (1913 et 1916) ont été inférieures d’environ un tiers à la moyenne de la période décennale qui précéda la guerre.
- Rappelons également que le matériel agricole subit toujours un brusque accroissement à la suite de calamités.
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- L’on discute depuis quelque temps, avec plus ou moins de compétence ou d’indépendance, sur les procédés qu’il conviendra de suivre dans l’après-guerre pour établir l’appareil-type, idéal, de Culture mécanique, comme si un seul appareil était capable d’être employé économiquement dans toutes les conditions variées, de sol, de climat, de systèmes de culture que présente la France, conditions si diverses qui expliquent précisément les convoitises de nos voisins et pourquoi les Grandes Mêlées des Peuples de l’Europe ont lieu chez nous, pour ainsi dire chaque siècle, au Nord de la Seine.
- Pendant qu’on ouvre les discussions dont nous venons d’indiquer le thème, on oublie de se rendre compte que nos ateliers de construction ne pourront probablement reprendre leur marche normale que quelques années après la fin des hostilités, durée permettant la constitution des approvisionnements de métaux et de combustibles, seuls capables par leur masse d’assurer la fixité des cours à aussi bas prix que possible (voir notre communication du 2 décembre 1914 à l’Académie d’Agriculture). On oublie également qu’il faudra un certain temps pour reformer dans les usines le personnel fortement élagué par la guerre. On oublie enfin (selon la communication de notre confrère M. G. Moussu à l’Académie d’Agriculture, le 5 janvier 1915) qu’il faudra plus de quatre à cinq années d’efforts constants pour refaire notre troupeau (1).
- Il faut avoir une vision nette de la réalité et ne pas se leurrer d’espoirs capables de se traduire ensuite par d’amères déceptions.
- Aux grandes difficultés de l’heure actuelle, où les intérêts particuliers, quelque respectables qu’ils soient, doivent se taire devant le tocsin de l’intérêt général, s’ajouteront celles delà période de transition, que nous craignons avoir une durée de quatre à cinq ans, et qui sera très pénible à traverser. Pendant ce temps, il faut vivre et tenir; il faut faire du blé et delà viande ; il faut diminuer nos exportations d’or afin de ne pas augmenter le change et nos dépenses obligatoires de matériaux et de munitions nécessaires à la Victoire.
- Or, pour vivre, il faut cultiver; il faut relever du découragement les femmes, les vieillards et les enfants qui continuent tant bien que mal l’exploitation d’une partie du sol: il faut employer le matériel qu’on peut se procurer, et on ne peut s’en procurer en quantité illimitée qu'aux États-Unis.
- La question revient donc à utiliser les appareils américains de Culture mécq-
- (1) Page 179, Bulletin de janvier-février 1916,
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- LA CULTURE MÉCANIQUE ET LA GUERRE DE 1914-1917.
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- nique, ou les frapper d’ostracisme et mourir de faim en s’appauvrissant à tel point que nous serons ruinés après la victoire, et incapables finalement de reprendre dans le Monde le rang que des Comités divers cherchent à favoriser dès maintenant.
- Il faut prévoir que pendant longtemps après la conclusion de la paix, l’Amérique sera grosse, importatrice chez tous les Alliés, et qu’elle nous aidera à restaurer et à reconstruire ce que les ennemis auront détruit.
- Il faut songer que 85 000 agriculteurs français sont intéressés, en temps ordinaire, à la Culture mécanique (4), et que ce nombre ne pourra que s’accroître à la suite de la guerre. Ajoutons que dès 1915, M. Clémentel (2) avait envisagé la possibilité de l’utilisation agricole des camions automobiles militaires après la fin des hostilités ; nous fîmes des études à ce sujet, puis, après diverses vicissitudes, la question intéressante tomba dans l’oubli.
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- Certes les tracteurs américains ne sont pas parfaits en tous points ; ils sont établis pour des terres plus faciles que les nôtres, et pour d’autres modes de cultiver le sol Les labours américains ne sont pas si profonds que chez nous, et la traction nécessitée par la charrue est, relativement à celle demandée par nos terres, dans le rapport de 2 à 3, de sorte que, dans le Far West, le même tracteur peut ouvrir en un seul passage, un] plus grand nombre de raies qu’en France.
- Les labours américains se pratiquent à une profondeur de 13 à 17 centimètres ; la terre présente à la charrue une résistance d’environ 40 kg par décimètre carré, de sorte qu’avec une charrue à trois raies, travaillant sur 0m, 93 à 0 m, 94 de largeur (3), la traction moyenne oscille, suivant la profondeur du labour, de 485 à 635 kg, alors que la même charrue, dans nos champs, exigerait une traction de 600 à 725 kg (labour à 0m, 13), de 790 à 950 kg (labour à 0 m, 17) et, dans nos terres difficiles, les plus fertiles, une traction de 1 270 kg est nécessaire pour labourer, à la profondeur de 0 ra, 17, avec la même charrue à trois raies.
- Il nous faut prendre les tracteurs qu’on peut avoir actuellement à notre disposition et chercher à en tirer le meilleur parti possible, tout en demandant aux constructeurs américains d’apporter pour les livraisons futures les modifications reconnues désirables.
- Dans l’emploi de ces tracteurs américains, il faut limiter à 500 ou à 600 kg l’effort de traction qu’on leur demande, afin de ne pas fatiguer outre mesure les organes de transmission ainsi que le bâti, et régler la profondeur du labour et le nombre de raies en conséquence pour ne pas user prématurément le tracteur. Il n’y a pas à hésiter entre: labourer à faible profondeur les milliers d’hectares actuellement en friche et leur faire produire du blé, ou ne pas labourer du tout.
- D’ailleurs, il ne faut pas croire que les forts labours (fiés à l’apport de matières fertilisantes) peuvent s’appliquer partout ; il y a des régions où le sous-sol et le roc se rencontrent si près de la surface que la charrue ne peut aller au delà de 0 m, 10 à 0 m, 12 de profondeur.
- (1) Page 388, Bulletin de mars-avril 1916.
- (2) Culture mécanique, t. III, p. 133, 136. Page 683, Bulletin de novembre-décembre 1913,
- (3) Le yard, équivalent à notre mètre, a une longueur de 0m,91438,
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- La division administrative par départements ne correspondant pas à des régions naturelles soumises aux mêmes cultures, il est difficile d’établir des catégories ; nous pouvons cependant dire que les labours légers, ne dépassant pas 0 m, 15, intéressent une quarantaine de nos départements, et les labours plus forts se pratiquent surtout dans une vingtaine d’autres, dont plusieurs appartiennent aux régions actuellement envahies. Pour le reste du pays, on effectue généralement de faibles labours,
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- La mise en culture des terres abandonnées, au sujet de laquelle on a fait la loi du 6 octobre 1916(1), accompagnée de circulaires explicatives, ne peut se pratiquer que si les Commissions communales possèdent les moyens nécessaires à l’exécution des travaux, c’est-à-dire les ouvriers et les attelages; comme il y en a pénurie, nous sommes bien obligés d’engager à se tourner vers les tracteurs, une machine, avec deux hommes pouvant remplacer un grand nombre d’attelages et de laboureurs.
- Les constatations faites en Haute-Garonne, et dont nous avons donné l’analyse (2), viennent à l’appui de ce qui précède.
- Il convient de signaler deux propositions de loi. L’une, déposée le 9 novembre 1916 par MM. Henri Cosnier et Patureau-Baronnet, députés, s’appuyant sur la quantité de blé qu’un tracteur peut permettre d’obtenir, ils montrent qu'il serait désirable d’avoir en France et en Algérie 160 batteries de 10 tracteurs ; comme l’industrie nationale se trouve dans l’impossibilité d’en construire, on est conduit à l’obligation actuelle d’importer les tracteurs américains pour lesquels le projet se chiffre par une dépense de 150 000 francs par batterie de 10 tracteurs (120 000 francs de tracteurs et 30 000 francs pour l’atelier de réparations), soit une dépense totale de 24 millions, dont une moitié serait supportée par l’État et l’autre par les départements. Le projet de loi demande : 1° la création d’écoles d’apprentissage pour les conducteurs de tracteurs; 2° l’ouverture d’un crédit de 12 millions de francs au Ministère de l’Agriculture afin d’allouer une subvention de 50 p. 100 aux départements qui feront l’acquisition de batteries de tracteurs destinés à assurer la culture des terres.
- Un autre projet a été présenté par M. Lhopiteau, sénateur d’Eure-et-Loir, aux termes duquel le Ministre de l’Agriculture serait autorisé à engager une dépense de 80 millions, sur lesquels 20 millions pourraient être affectés à l’acquisition d’appareils de Culture mécanique, le reste étant destiné à l’achat des blés de semence et des engrais, afin de venir en aide aux cultivateurs et augmenter la production nationale du blé.
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- Enfin un projet de loi, étudié par M. Clémentel, Ministre du Commerce et de l’Agriculture, tendant à l’ouverture d’un crédit de 30 millions à l’effet d’appliquer immédiatement, sous certaines conditions, la Culture mécanique aux terres abandonnées,
- (1) Le maire aura le droit de réquisition en ce qui concerne les machines et instruments agricoles., la traction animale et mécanique disponible dans la commune... Les communes sont autorisées (dans les conditions prévues) à acquérir les instruments et les moteurs utiles à la culture... (art. 1er)
- (2) Page 471, Bulletin de novembre-décembre 1916.
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- a été déposé à la Chambre des députés le 22 décembre 1916. Adopté de suite à l’unani-mité par la Commission de l’Agriculture et par celle des Finances, le projet, tu l’urgence, vint en discussion à la séance du 23 décembre.
- Le [rapporteur, M. Henri Cosnier, en détaillant l’emploi des 30 millions, faisait observer que cette dépense ne constituait qu’une avance de la part de l’État, les travaux exécutés devant être payés, au moins en grande partie, par les agriculteurs et par les Comités d’action agricoles.
- Il admettait, suivant notre projet étudié vers le milieu de 1913, les tracteurs répartis par batteries homogènes de 10 appareils, chaque batterie, divisée en deux sections de 5, comprenant un régisseur, deux chefs de section, un mécanicien-chef, un aide mécanicien et un forgeron, plus 10 conducteurs et un nombre suffisant d’aides recrutés dans le canton où l’on opère.
- Il évaluait le prix du travail à une soixantaine de francs par hectare, dont la redevance pourrait n’être payée qu’après la récolte.
- Dans la discussion du 23 décembre, à la Chambre des députés, M. Clémentel a expliqué que la surface cultivée en blé menace d’être ‘d’environ 20 :p. 100 inférieure à celle de l’année précédente, et qu’il est sage de prévoir la nécessité de restreindre nos importations au cours de la campagne 1917, en envisageant la préparation des terres surtout dans les régions grandes productrices de blé, telles que la Beauce, la Brie, le Yexin, les grandes plaines de la Loire, la Limagne, le Lauragais, etc.
- Le Ministre montra que le blé qu’on pourra récolter sur le terrain cultivé à l’aide d’un tracteur représentait une valeur dont l’économie faite sur l’achat de la même quantité à l’étranger et sur le change permettait de couvrir plusieurs fois les frais d’acquisition de la machine, tout en se répercutant sur les transports maritimes par la libération d’un certain nombre de navires pouvant devenir disponibles pour d’autres marchandises.
- MM. Fernand David, Président de la Commission de l’Agriculture, Compère-Morel, Adrien Dariac, au nom de la Commission du Budget, ont appuyé fortement le projet de M. Clémentel ; il n’a été soulevé que quelques objections de détails, surtoutau point de vue de l’interprétation de certaines parties du projet, dont l’ensemble, comprenant 8 articles, fut adopté sans modification.
- Il n’en fut pas de même au Sénat, où le projet, déposé le 29 décembre 1916, rapporté par M. Gentilliez, a été discuté le matin du 31 décembre.
- De nombreuses objections ont été formulées par MM. Chauveau, Audiffred, Méline, Gustave Lhopiteau, de Selves, etc.
- On a recommandé l’emploi d’appareils à vapeur, genre Fowler capables de labourer 10 hectares par jour en nécessitant, disait-on, 2 mécaniciens et 4 manœuvres, alors que pour faire le même travail journalier il faut 5 tracteurs, 5 mécaniciens et 5 aides.
- Présentée sous cet aspect, la comparaison n’est pas bien établie; il convient de la rectifier de la façon suivante :
- Les appareils les plus économiques sont ceux à vapeur surchauffée (1) types de 120 et de 150 chevaux-vapeur pouvant développer 145 et 190 chevaux. Par hectare, les
- (1) Culture mécanique, t. II, p. 109; 1. III, p. 35.
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- deux machines consomment de 800 à 1 000 litres d’eau et de 100 à 180 kg de charbon dont il faut assurer l’amenée à pied d’œuvre; le matériel valait, avant la guerre, dans les 90000 f; le cours actuel n’existant pas, le prix doit certainement dépasser 100 000 f.
- Il est probable que l’État pourra se procurer les 5 tracteurs et leurs charrues au prix de 50 000 f, alors que deux fortes locomotives-treuils coûteraient plus de 100 000 f et nécessiteraient 2 mécaniciens, 2 aides-mécaniciens, 1 laboureur, 1 aide-laboureur et 3 charretiers ou 4 bouviers avec les attelages correspondants.
- Pour ne pas perdre de temps, afin de labourer un hectare en 50 minutes, il faut à chaque locomotive-treuil, un aide au mécanicien dont le travail est pénible; les nombres de charretiers ou de bouviers et de chevaux ou de bœufs augmentent avec les distances du dépôt de charbon et du point d’eau au chantier.
- Par contre il est prudent de prévoir pour chaque tracteur un aide : mutilé, gamin ou femme, remplacés en partie par des apprentis-conducteurs passant ensuite sur d’autres chantiers comme conducteurs.
- La question qui prime tout c’est qu’actuellement il n’y a de disponible, en France :
- 1 appareil de 17*0 chevaux, qui est sous séquestre.
- 1 — d’occasion de 100 chevaux.
- 1 — de 25 chevaux.
- 1 — à 1 locomotive à double treuil, de 45 chevaux.
- Total. . . 4 — de 23 à 170 chevaux.
- Ces quatre appareils disponibles ne sont certainement pas négligeables dans les circonstances actuelles ; huit autres sont en service dans le Midi.
- Tout les sénateurs ont été d’accord pour dire que l’idée maîtresse du projet n’était pas discutable, qu’elle s’imposait et qu’il fallait voter les 30 millions demandés par le Ministre parce qu’il faut d’abord labourer les terres et qu’on ne peut pas faire autrement. Mais on a disjoint les articles relatifs à l’organisation du travail.
- Le projet ainsi remanié est revenu en discussion à la Chambre des députés dans l’après-midi du 31 décembre ; M. Clémentel a montré que le texte adopté par le Sénat suffisait avec la loi sur la mise en culture des terres abandonnées, sans qu’il soit nécessaire d’un texte législatif nouveau, un décret ultérieur devant préciser les détails d’application.
- La ,Chambre des députés s’est ralliée à cet opinion et a adopté les deux articles ouvrant au Ministre du Commerce et de l’Agriculture des crédits s’élevant à la somme de 30 millions.
- Ce texte est devenu la loi du 2 janvier 1917 portant ouverture de crédits pour la mise en culture des terres abandonnées :
- Article premier. — Il est ouvert au Ministre du Commerce, de l’Industrie, de l’Agriculture, du Travail, des Postes et des Télégraphes, au titre de l’exercice 1917, en addition aux crédits provisoires alloués par la loi du 30 décembre 1916, des crédits s’élevant à la somme de 30 millions de francs applicables aux chapitres ci-après :
- Chap. 87 bis. — Service des travaux de culture (personnel), 160000 fr.
- Chap. 87 ter. — Service des travaux de culture (matériel administratif), 40 000 fr.
- Chap. 87 quater. — Acquisitions de machines et matériel et avances pour frais de çuh ture, *29 800000 fr.
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- Art. 2. — Les crédits prévus à l’article précédent pourront être employés également pour subventionner les départements, syndicats de communes ou associations agricoles, jusqu’à concurrence de la moitié de la somme qui leur est nécessaire ponr acheter ou créer de batteries de tracteurs mécaniques ou électriques pour la culture des terres.
- Un projet de loi relatif à l’exécution des travaux de culture est en discussion devant les Chambres.
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- L’Italie est partie en guerre après nous; cependant le décret du 6 juillet 1915 donnait au Ministre de l’Agriculture, du Commerce et de ^Industrie d’Italie, le droit d’acquérir des appareils de Culture mécanique et des machines agricoles pour en concéder l’usage aux exploitants, dans le but d’assurer la préparation des terres et de sauvegarder les récoltes suivantes. D’autre part, le même décret permettait à l’État de donner des primes et des subventions aux sociétés, consortiums ou particuliers qui aideraient l’exécution des travaux d’une localité ou d’une région avec leurs propres appareils de Culture mécanique .
- Le décret italien du 6 juillet 1915 est équivalent à notre loi du 2 janvier 1917.
- Rappelons aussi qu’un décret italien, du 30 mai 1916, édicte des mesures analogues à celles de notre loi du 6 octobre 1916, pour la mise en culture des terres abandonnées.
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- S|s •»
- Le Ministre a constitué une Commission technique d’achat (1).
- 31 constructeurs français ou importateurs, appelés devant la Commission, ont fait des déclarations sur leurs appareils disponibles au 1er janvier 1917 et sur le nombre de ceux pouvant être fournis en janvier et en février. L’inventaire résultant des déclarations peut se présenter de la façon suivante :
- 16 constructeurs ou importateurs peuvent fournir de suite 75 appareils (6 n’en ont qu’un seul; 1 en a
- 2 ; 1 en a 5 et 1 en a 8) ; — ces 75 appareils en comprennent 11 à vapeur.
- 20 constructeurs ou importateurs pourraient fournir jusqu’à ün février 1 548 tracteurs, sur lesquels
- on serait assuré d’en avoir 1140.
- 7 constructeurs pourraient fournir après un délai variant de 3 à 9 mois, à la condition qu’on leur
- assure l’approvisionnement en matières premières et des sursis pour leurs ouvriers.
- 6 constructeurs ont déclaré ne pouvoir commencer à travailler qu’après la cessation des hostilités.
- Pour répondre aux besoins immédiats, la Commission a proposé l’achat d’un certain nombre de machines avec leurs charrues à 3 et à 4 raies ; par suite des difficultés des transports maritimes, on se limita à 404 appareils ;
- 95 tracteurs d’une puissance de 16 chevaux-vapeur.
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- 11 — — 25 —
- Ajoutons que l’emploi de plusieurs systèmes de tracteurs dès le printemps 1917 doit permettre, aux intéressés, d’étudier les modifications qu’il y aura lieu d’apporter aux machines, en fournissant ainsi d’utiles documents à la fabrication nationale.
- (1) La Commission était composée de : MM. Tisserand,président ; Barois,Remy, Sagourin, Ringel-mann, Périsse, Wery; Sainte-Marie, secrétaire.
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- Remarquons que si le problème urgent est de procéder à des labours avec des tracteurs américains, parce qu’il faut prendre rapidement des dispositions pour contribuer à l’alimentation du peuple, et parce que nos industriels ne sont pas en état de fournir immédiatement des machines, il convient d’envisager l’avenir du pays et de préparer les voies en aidant le plus possible la construction française pour qu’elle soit en mesure de livrer des appareils de Culture mécanique utilisables dès l’automne 1917.
- Ce programme fut étudié par la Commission d’achat, laquelle formula, dans le sens susindiqué, des propositions qui furent limitées par [les possibilités actuelles de nos constructeurs,
- Tracteur Avery.
- Dans notre étude sur les petits tracteurs américains, avant leur introduction en France en 1915 (1), nous avons signalé le modèle de 16 chevaux de la Cie Avery
- Fig. 1. — Tracteur Avery de 23 chevaux.
- (Peoria, Illinois), qui figura ensuite aux essais officiels de l’automne 1916 (2), importé par la maison Th. Pilter (24, rue Alibert, Paris); le type dit de 35 chevaux avait été soumis aux essais officiels de Brie-Comte-Robert, à la fin de 1915 (3). Récemment,
- (1) Culture mécanique, t. III, p. 137, fig. 42.
- (2) Page 332, Bulletin de septembre-octobre 1916.
- (3) Page 168, Bulletin de janvier-février 1916.
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- TRACTEUR AVERY
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- Fig. 2. — Vue avant du tracteur Avery.
- Fig. 3. — Vue en plan du tracteur Avery.
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- deux autres modèles de tracteurs Avery ont été importés, l’un avec moteur d’une dizaine de chevaux, qui fut acheté par un agriculteur du Midi, la machine étant à peine déballée, tant est grand le besoin de petits appareils pour certaines régions, l’autre, dit de 25 chevaux, dont plusieurs exemplaires sont déjà en service chez nous, en particulier au Syndicat de Culture mécanique d’Epernon (Eure-et-Loire) (1), où il fut employé aux travaux de la moisson, du déchaumage et des labours pendant l’été et l’automne 1916.
- La figure 1 représente le tracteur Avery ; l’avant-train a avec cheville ouvrière est braqué par les chaînes b qui s’enroulent sur le treuil t commandé par vis sans fin et volant d; la direction est irréversible. Le moteur M est à deux cylindres horizontaux opposés, avec allumage par magnéto et régulateur de vitesse type Pickering. Pour la mise en route, la vitesse angulaire de la magnéto est augmentée pendant un instant par un dispositif à ressort, appelé impulseur, qui déclenche brusquement l’induit au moment voulu.
- Le refroidissement par thermosiphon est assuré par le courant d’air appelé au travers des tubes verticaux du radiateur r par l’échappement.
- Voici les dimensions principales du tracteur, dont la vue avant est donnée par la figure 2, et la vue en plan par la figure 3 :
- Moteur :
- Cylindres horizontaux (nombre) ................... 2
- Alésage (millim)................................. 165
- Course (millim)............................ . 178
- Tours par minute................................. 570
- Puissance calculée (chevaux-vapeur) (2)......... 17.3
- Roues avant :
- Diamètre (millim)................................ 762
- Largeur de bandage (millim)...................... 203
- Roues motrices :
- Diamètre (millim)............................ 1 420
- Largeur de bandage (millim)...................... 508
- Vitesses (kil à l’heure)........................2.8-4.4
- Encombrement :
- Longueur (mèt)................................... 4.20
- Largeur (mèt).................................... 2.05
- Hauteur, avec le cab (mèt)...................... 2.70
- Prix de vérité (janvier 1916) (fr).............. 15 000
- Poids (kg) :
- Sur roues avant.................................. 980
- Sur roues arrière............................ 2 450
- Total
- 3 430
- Poids ykg) par centimètre de largeur de bandage
- , ( avant. .
- des roues ] ..
- I motrices
- 24.5
- 24.2
- (1) Journal d'Agriculture pratique, n° 23 1916, p. 395.
- (2) Culture mécanique, t. II, p. 61; la formule fiscale, augmentée de 10 p. 100, nous sert de compa* raison.
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- tracteur aveRÿ. 207
- La mise en route du moteur s’effectue avec un levier / k (fig. 4)'portant un frein s qui agit sur la jante du volant v lorsque l’ouvrier déplace la poignée f en exerçant un effort f et lorsque la glissière ko s’appuie sur l’arbre x du moteur par la portion k. L’ouvrier fait ainsi décrire au levier f un certain nombre d’arcs de cercle et pour le remonter, il fait appuyer la portion o de la glissière ko sur l’arbre du volant. Après la
- Fig. 4. — Levier de mise en route du moteur Avery.
- mise en route, on laisse le levier dans la position indiquée en pointillé f", s', k', reposant sur un arrêt y, sans que le frein s touche la jante du volant, la distance s o étant un peu plus grande que le rayon s x', une bague, fixée sur l’arbre x, empêche la chute du levier.
- Dans la vue en plan, on voit le moteur à deux cylindres opposés, les manivelles
- Fig. 5. — Débrayage. Fig. 6. — Marche avant. Fig. 1. — Marche arrière.
- Transmission du tracteur Avery.
- étant calées à 180° sur l’arbre x du moteur (fig. 3) un pignon c peut engrener avec la roue c' solidaire du différentiel e ; les pignons g engrènent avec les roues h solidaires des roues motrices dont on voit les fusées en n.
- Le moteur, le radiateur et le réservoir à combustible sont fixés sur un bâti qu’un levier fait glisser sur les fers u (fig. 3) du châssis. L’axe du moteur porte trois sabots de frein qui peuvent s’appliquer à l’intérieur du limbe de la poulie qu’on voit sur la
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- figure 1 ; le moyeu de cette poulie est calé sur le manchon c"! (fig. 3), solidaire du pignon c, fou sur l’arbre x du moteur ; le dispositif réalise ainsi l’embrayage à friction du pignon c.
- Fig. 8. — Transmission du tracteur Avery.
- Pour le débrayage on avance le moteur de la roue c' (fig. 5) ; pour la marche avant, on recule le moteur vers l’arrière du tracteur, et le pignon c vient en prise avec la roue c' (fig. 6). Pour la marche arrière (fig. 7), on dispose d’abord le moteur comme pour le.débrayage, puis l’on recule la roue intermédiaire i afin de la mettre en prise avec le pignon c et avec la roue c'.
- Les deux vitesses d’avancement sont obtenues de la façon suivante ; le pignon c (fig. 5) correspond à la petite vitesse : sur
- le pignon c peut glisser parallèlement à l’arbre du moteur’ une roue représentée par le pointillé c" afin de venir en prise avec l’engrenage c’ et obtenir la grande vitesse ;
- Fig. 9. — Tracteur Avery tirant une moissonneuse-lieuse et un cultivateur à dents flexibles.
- la roue dentée c" est ainsi engrenée intérieurement avec le pignon c. On voit le détail de ce dispositif sur la figure 8, laquelle montre en même même temps la fourche y et le collier permettant le déplacement de la roue c” sur le pignon c.
- Au moyen d’un carburateur spécial, le moteur peut fonctionner avec du pétrole lampant après une mise en route à l’essence minérale.
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- SYNDICAT DE CULTURE MÉCANIQUE DE L’ARRONDISSEMENT DE PONTOISE. 209
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- Un tracteur Avery de 25 chevaux, livré en août 1916 au Syndicat de Culture mécanique d’Epernon, fut employé à la moisson. La figure 9, extraite du Journal d’Agriculture pratique, montre la machine attelée à une moissonneuse-lieuse derrière laquelle on avait attaché un cultivateur à dents flexibles qui effectuait le déchaumage.
- Les résultats suivants ont été constatés par M. J. Plassard, président du Syndicat:
- Surface moissonnée et déchaumée (hect)......29.01
- Temps total employé (h m)...................73.35
- Temps employé par hectare (h m)............. 2.36
- Consommation totale :
- 473 lit essence à 0 f 68 ....... 323 f 00
- 21 lit huile à 1 f 47 ......... 30 f 87
- 353 f 87
- Dépenses par hectare (f)....................12.16
- Consommation f essence (lit).................16.4
- par hectare. ( huile (lit).................. 0.7
- Consommation d’essence par heure (lit)..... 6.28
- M. Plassard estime les frais généraux annuels du tracteur à 11 060 francs à répartir sur 200 journées ou 2)000 heures, soit 5 fr. 53 par heure, représentant, pour le travail ci-dessus (moisson et déchaumage), 14 fr. 38 par hectare; avec les frais de combustible et d’huile, la dépense totale serait de 26 fr. 54 par hectare, sur lesquels on estime que la moisson absorbe 21 fr. 50 et que le déchaumage simultané reviendrait à 5 fr. 04 par hectare.
- Syndicat de Culture mécanique de l’arrondissement
- de Pontoise.
- M. Bernard, sous-préfet de Pontoise (Seine-et-Oise), et M. Laneuville, un de nos anciens élèves de Grignon, professeur spécial d’Agriculture de l’arrondissement, avaient suivi les essais de Culture mécanique organisés à Noisy-le-Grand en septembre 1916 (1); ils encouragèrent ensuite la formation d’un Syndicat de Culture mécanique qui vient de se constituer, et dont le président est M. Monmirel, agriculteur à Villiers-le-Sec ; le but du Syndicat est de procéder sans retard aux labours et aux façons culturales diverses qu’il est impossible d’exécuter actuellement selon les anciens errements.
- Le capital, constitué à l’aide de parts souscrites par les syndiqués proportionnellement au nombre d’hectares labourables, a permis l’achat des machines suivantes :
- 18 tracteurs Emerson de 20 chevaux.
- 6 tracteurs-toueurs automobiles Georges Filtz de 40 chevaux.
- 2 — Avery de 35 chevaux.
- 2 — Avery de 16
- 3 — Avance de 20 —
- 1 — Bull de 16 —
- (1) Culture mécanique, t. IV.
- Tome 127. — Ie» semestre. — Janvier-Février 1917. 14
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- Soit 32 tracteurs pour une somme totale d’environ 500 000 fr. (moyenne de 13 630 fr. par unité).
- Le Syndicat doit étendre son action sur 22 communes et sur 7 200 hectares de terres labourables propres à la culture intensive du blé et de la betterave à sucre ; cela représente une surface moyenne de 225 hectares par tracteur. La rareté delà main-d’œuvre rurale dans la région de Pontoise, résultant de la mobibsation des ouvriers belges, de la proximité d’usines travaillant pour la défense nationale et de l’interdiction longtemps en vigueur de l’emploi des prisonniers de guerre, sont les causes qui décidèrent les cultivateurs à adopter d’urgence ces nouveaux moyens de travail.
- Avec les tracteurs appartenant à des agriculteurs ne faisant pas partie du Syndicat de Culture mécanique, on compte environ 40 appareils dans l’arrondissement de Pontoise, et l’on envisage la possibilité d’en utibser le double dans un temps très prochain.
- Tracteur Case.
- Type 20 chevaux
- Le tracteur de la Compagnie Case, du type dit 10-20 chevaux, a été importé en France vers le milieu de 1916 ; il figura aux essais officiels de l’automne 1916 (1) et dans de nombreux essais effectués par des sociétés locales (2).
- Le tracteur, dont les vues générales sont données par les figures 10 et 11, est
- Fig. 10. — Tracteur Case de 20 chevaux.
- porté sur trois roues, la roue avant a (fig. 12), garnie de deux boudins pour éviter les dérapages, est placée, en plan horizontal, dans l’axe de la roue motrice m dont le bandage peut recevoir des saillies ou des crampons de formes variables. Sur l’arbre qui reçoit la roue motrice m se trouve une roue porteuse p, de même diamètre, laquelle
- ,'l) Page 352, Bulletin de septembre-octobre 1916; fig. 68, page 357. ç2) Essais d’Avignon et de Tours; Bulletin de septembre-octobre 1916.
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- TRACTEUR CASE.
- îii
- peut devenir motrice par l’embrayage e rendant son moyeu solidaire de l’arbre n de la roue motrice ni; dans ce cas, le bandage de la roue p peut être garni de crampons
- Fig. 12. — Vue en plan du tracteur Case.
- comme en reçoit celui de la roue m. Sur le bâti, formé de trois longerons en fer à U, on trouve le moteur M à quatre cylindres verticaux (dans la figure 12, on ne voit que
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- l’arbre à vilebrequin) dont l’arbre porte le volant v qui peut entraîner par friction une poulie u employée lorsqu'il s’agit de commander une machine par courroie ; le moyeu delà poulie u est solidaire du pignon b. Un train d’engrenages bc, un réducteur de vitesse et une marche arrière logés dans la boîte d, un pignon et une roue dentée solidaire de la roue motrice m constituent la transmission dans laquelle tous les axes sont parallèles ; le radiateur, avec ventilateur, qu’on voit sur les ligures 10 et 11, est placé verticalement en r sur la ligure 12.
- La figure 13 donne le détail de la boîte d (de la ligure 12 > ; la marche avant a lieu par les roues dentées e, f ; la marche arrière par les roues à chaîne y : l’embrayage est
- en h et l’on voit en i le pignon (solidaire de l’arbre j) qui engrène avec la roue dentée de la roue motrice m (lig. 12).
- La circulation d’eau est assurée par une pompe centrifuge ; le ventilateur du radiateur est actionné par une courroie de O"1,050 de largeur avec tendeur.
- Ajoutons les indications suivantes : allumage par magnéto à haute tension; coussinets à rouleaux élastiques à l'arbre j (fig. 13>'et à l’ai bre n ( fig. 12 ); direction irréversible ; poulie u (fig. 12; de 0m,43 de diamètre et O"1,10 de limbe ; capacité de réservoir de combustible, Fig. 13.— Réducteur de vitesse du tracteur Case. placé il coté de lu l’OUC }) (fig. 11-
- 12), 75 litres ; la puissance disponible au crochet d’attelage serait de 10 chevaux-vapeur.
- Les autres dimensions sont données dans le tableau suivant :
- Moteur. 4 cylindres verticaux :
- Alésage millim). ................................... 108
- Course (millim)..................................... 152
- Tours par minute.................................... 800
- Puissance calculée .1} (ehev.-vnp................... 15.6
- Houe avant :
- Diamètre (millim) . ................................ 76
- Largeur de bandage (millim).......................... 20
- Roue motrice :
- Diamètre (millim ................................... 130
- Largeur de bandage (millim........................... 56
- Roue latérale :
- Diamètre (millim;.................................. 130
- Largeur de bandage (millim........................... 23
- (1) La puissance a été calculée d'après la formule fiscale {Culture mécanique, t. II. p. 61, augmentée de 10 p. 100.
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- TRACTEUR CASE.
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- Encombrement :
- Longueur (mèt) (y compris le siège......... 3.80
- Largeur (mèt).............................. 1.70
- Hauteur (mèt).............................. 1.50
- Empattement (mèt).......................... 1.92
- Poids total (kg)............................. 2132
- Lors des labours, les trois roues du tracteur roulent toujours sur leguéret (fîg. 14).
- Eig. 14. — Labour avec le tracteur Case et une charrue à trois raies.
- Un décrottoir assure le nettoyage de la roue motrice , en agissant entre les crampons qu’on y rapporte.
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- Nous condensons dans le tableau ci-après les résultats constatés aux essais d’Avignon et de Tours :
- Profondeur du labour (cent) Déchaumage. S Fort labour. 20 Tours. Fort labour. 19.3
- Largeur du train (mèt) . . 1.30 0.70 »
- Charrue (nombre de raies) . » 2
- Temps pratique pour labourer un hectare (h min) . . 3.12 4.22 (3.48)
- Surface pratiquement labourée par heure (m carrés) . 3126 2292 2 629
- Consommation horaire d'essence minérale (lit . . . 6.29 (7.11)
- Consommation d'essence minérale par hectare (lit). . 17.99 27.45 (27.02)
- A Avignon (constatations de M. Zacharewicz), il s’agissait d’un chaume de céréale en terre franche d’alluvion, sèche.
- A Tours (constatations de M. Martin), le tracteur travaillait un chaume en sol argilo-calcaire très sec et durci. C’est avec des données succinctes fournies par le rapport de M. Martin que nous avons pu calculer les chiffres indiqués entre paren-
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- thèses dans le tableau précédent, afin de tâcher de comparer les résultats des essais de Tours avec ceux bien plus détaillés effectués à Avignon.
- Automobile de tourisme transformée en tracteur.
- Nous avons déjà eu l’occasion de parler du projet qui fut étudié au Ministère de l’Agriculture en 1915, à l’instigation de M. Clémentel, pour l’utilisation agricole des camions automobiles qui seront réformés après la guerre (1).
- Il y a quelque temps, M. de Salvert, ingénieur constructeur et agriculteur à Provins (Seine-et-Marne) avait transformé en tracteur une vieille automobile de
- Fig. 15. — Transformation par M. de Salvert d’une automobile de tourisme
- en tracteur.
- tourisme et s’en servait à sa ferme de Limoreau ; la machine figura aux essais de la ferme de Champagne (2) où elle fut vendue à un agriculteur.
- La figure 15 donne le principe de la transformation du châssis Panhard de tourisme de 18 chevaux, type U 2, à chaînes, de 1907. On a enle4ré la carrosserie arrière en ne laissant que les deux baquets pour le conducteur et son voisin. Les quatre roues ont été remplacées : à l’avant cl par deux roues en fer d’une ancienne moissonneuse-lieuse, et à l’arrière par deux roues m en fer, de construction très simple en tôle et en cornières, avec un bandage d’environ 0m,30 de largeur.
- Afin de réduire la vitesse à 4 kilomètres à l’heure sans changer la vitesse de régime du moteur, à chaque extrémité de l’arbre transversal le pignon b (fig. 15) commande, par chaîne, une roue c solidaire d’un pignon d lequel, à son tour, commande par chaîne la roue e fixée à la roué motrice m. Connaissant les diamètres primitifs des pignons et des roues qu’il faut avoir pour obtenir la réduction voulue, les pas et les longueurs des chaînes, il est facile de trouver la position convenable à l’axe x relativement aux axes de l’arbre transversal b et de la roue motrice m. Les roues cd
- (U Culture mécanique, t. III, p. 133, 156; page 683, Bulletin de novembre-décembre 1915,
- !2) Page 463, Bulletin de novembre-décembre 1916.
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- MAUVAISE UTILISATION d’üN TRACTEUR.
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- tournent sur un axe fixé sur deux tasseaux boulonnés sur le châssis de l’automobile ; elles sont lubrifiées par un graisseur en bout.
- La pression exercée par les roues motrices sur le sol est assurée par un coffre disposé sur l’arrière du châssis et pouvant recevoir la charge voulue.
- Lors du labour, une roue avant et une roue arrière roulent dans la raie précédemment ouverte ; les bandages des roues motrices sont garnis de palettes obliques débordantes d’environ 0m,08, constituées par un certain nombre de cornières n.
- Dans ses constatations à Champagne, avec une forte charrue brabant-double de Bajac, à versoirs à claire-voie, labourant à 0m,25 de profondeur sur 0m,37 de largeur, M. de Salvert a constaté un effort de traction de 650 kilog., alors que le moteur ne travaillait pas à pleine charge. Cette traction représente 70k,2 pardécimètre carré, correspondant à nos essais antérieurs effectués avec un brabant-double analogue dans des terres comparables à celles de Champagne.
- En tablant sur un rayage de 150 mètres de longueur, sur un temps de tournée de 30 secondes et sur une durée totale de 50 minutes de travail utile par heure, le tracteur et la charrue en question doivent ouvrir 18 raies par heure, représentant un parcours utile de 12 700 mètres (soit les 0,625 de 4 kilomètres à l’heure) et une surface labourée pratiquement de 999 à 1000 mètres carrés ; le temps nécessaire pour labourer un hectare serait d’environ 10 heures.
- Le tracteur a travaillé à Limoreau en tirant deux faucheuses de 1l",50 de longueur de scie ; il a fait la moisson avec une moissonneuse-lieuse de 2m,40 de longueur de scie.
- Pour les transports, il tirait dans les champs une voiture chargée de 350 gerbes de blé; sur route la remorque pouvait recevoir une charge utile de 4 tonnes. Ajoutons que le montage du châssis sur ressorts ne risque pas de détériorer le tracteur se déplaçant sur un terrain très dur ou sur une route.
- La transformation d’un ancien châssis de tourisme en tracteur reviendrait, dans les conditions actuelles, environ à 3 000 francs selon M. de Salvert; c’est donc une question qui mérite d’être prise en considération dans les circonstances difficiles que nous traversons.
- Mauvaise utilisation d’un tracteur.
- Le Syndicat agricole du Sud-Est a relevé le travail exécuté par son tracteur de 20 chevaux, depuis le 10 avril 1916, date de la réception, jusqu’au 9 décembre, soit pendant une durée de 228 jours.
- Le rapport de M. Alfred de Poncins, communiqué à l’Académie d’Agriculture (séance du 10 janvier 1917) analyse le journal de travail des 228 journées pendant lesquelles le tracteur, dit-il, aurait toujours été utilisé le mieux possible. Les journées se décomposent ainsi :
- Nombre de journées absolu. relatif.
- Travail effectif...................................... 92 40.4
- Déplacements....................................... 34 14.9
- Jours fériés......................................... 36 15.S
- Arrêts pour cause d’intempéries ou de réparations. 66 28.9
- Totaux............... 228 tou.o
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- Dans cet exemple, le nombre de journées employées aux déplacements est énorme : il représente 15 p. 100 du temps total, et ne peut s’expliquer que par le grand rayon d’action du Syndicat du Sud-Est. C’était une erreur que de faire voyager le tracteur d’un département dans plusieurs autres, d’autant plus que la machine consommait inutilement du combustible et, mal conduite à sa grande vitesse, risquait de se détériorer bien plus sur le sol dur des routes que dans les terres, à moins qu’elle ait des ressorts de suspension (1).
- Les champs des syndiqués doivent être aussi rapprochés que possible les uns des autres. Un tracteur doit trouver son utilisation économique dans un rayon d’un kilomètre à 1 500 mètres, ce qui suppose le plus long parcours 'd’une extrémité à l’autre de sa zone d’action variant de 2 à 3 kilomètres ; dans ces conditions il eût été difficile d’employer, pour 92 journées de travail effectif, 34 journées de déplacements, soit le tiers environ du temps utile.
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- Dans notre étude sur le « travail d’un appareil de Culture mécanique (2) » nous avons montré qu’il est prudent de ne compter que sur 500 heures de labourage à l’automne, bien que dans des années favorables on puisse atteindre 830 heures.
- M. G. Héron, pour la Haute-Garonne (3), admet qu’un tracteur de 16 chevaux peut labourer un hectare et demi par jour, et il table sur 80 journées de travail à l’automne ; il évalue les frais généraux à 30 francs par hectare. A la séance du 18 novembre 1916 de la Société d’Agriculture de la Haute-Garonne, M. Héron faisait savoir qu’il continuait à être satisfait de son tracteur et que ceux employés par les Syndicats de Culture mécanique du département donnaient généralement satisfaction.
- Aux environs d’Etampes (4) on constate qu’on peut compter sur 2 hectares par jour pour labourer, avec un tracteur de 20 chevaux, des champs d’une superficie d’au moins 8 hectares, parce qu’on perd le moins de temps en déplacements.
- En admettant 100 journées effectives de travaü dans l’année, à raison d’un hectare et demi par jour, M. de Poncins montre que le tracteur pourrait labourer 150 hectares dans l’année. Cependant, pour les 92 journées de travail, le tracteur du Syndicat du Sud-Est n’ayant opéré que sur 100 hectares environ, il n’a donc labouré en moyenne qu’un peu plus d’un hectare par journée effective de travail, alors qu’on aurait pu en faire au moins un et demi si l’on n’avait pas perdu une partie du temps de la journée, dite de travail, en divers déplacements. C’est l’indice d’une mauvaise organisation des travaux, imputable à ce que le Syndicat a surtout voulu faire de nombreuses démonstrations sur des territoires très éloignés les uns des autres. A vouloir embrasser un champ trop vaste il est à craindre que le but très louable du Syndicat n’ait pas été atteint et il eût été de beaucoup préférable de se limiter à un travail pratique exécuté dans un canton convenablement choisi, plutôt que de passer son temps sur les routes.
- Il y a donc lieu de considérer les 228 journées employées comme consacrées uniquement à des démonstrations pour lesquelles le Syndicat du Sud-Est a dépensé une
- 1) Cela a été constaté également en Angleterre, page 471, Bulletin de novembre-décembre 1916,
- (2) Culture mécanique, t. IY, p. 45.
- (3) Page 471, Bulletin de novembre-décembre 1916.
- (4) Page 465, Bulletin de novembre-décembre 1916.
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- FONDATION GOMEL-PÜJOS.
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- certaine somme, très utile comme propagande, mais non comme utilisation pratique de la machine.
- Ces transhumances du tracteur du Syndicat du Sud-Est ont entraîné à de nombreuses réparations s’élevant à une somme d’environ 3 000 franes (2 000 fr. de pièces de rechange et 1000 fr. de main-d’œuvre, transports et faux frais), représentant la somme très élevée de 30 francs par hectare sur la petite surface qui a été labourée.
- Nous craignons que plusieurs Syndicats aient suivi, mais avec moins d’envergure, la malencontreuse méthode démonstrative adoptée par celui du Sud-Est, alors que les constructeurs n’entreprennent qu’à grands frais de semblables exercices avec leurs mécaniciens très exercés à la conduite et aux soins que réclame un appareil de Culture mécanique.
- Essais du tracteur Mogul-16.
- Le tracteur Mogul-16 (1) a été expérimenté les 9 et 10 septembre 1916 à l’École pratique d’Agriculture de l’Oisellerie (Charente), par M. L. Fontaine, professeur à la dite École; ce dernier a obtenu les résultats consignés ci-après.
- Le tracteur tirait une charrue Parlin et Orendorff à trois raies, dans une terre argilo-calcaire :
- Profondeur moyenne du labour tcentim)........ 16
- Largeur moyenne du train (met)............... U.90
- ( par seconde . . 0.80
- Vitesse moyenne en travail (met , „ ,,OA
- J ( par heure. . . . 2 880
- Surface labourée par heure (mèt carrés)......2012
- ( hectare .... 43.12
- Consommation de pétrole (lit), par 1 peure ^ 98
- Prix du litre de pétrole (fr)................ 0.45
- Frais de pétrole par hectare (fr)............ 19.40
- On n’a pas mesuré les dépenses d’huile de graissage ainsi que le peu d’essence minérale nécessaire pour les mises en route du moteur.
- Les chiffres ci-dessus concordent avec les résultats de nos essais de Brie-Comte-Robert en 1915 (2), et avec ceux de Gournay-sur-Marne (3), qui furent effectués en 1916 dans une terre sableuse, plus légère que celle de Brie-Comte-Robert.
- École spéciale de mécaniciens conducteurs de machines agricoles.
- Fondation Gomel-Pujos.
- Un décret en date du 30 janvier .1917 a créé une École spéciale de mécaniciens conducteurs de machines agricoles, dite Fondation Gomel-Pujos, à Noisy-le-Grand (Seine-et-Oise), sur le domaine de la Grenouillère cédé à cet effet, par Mme Gomel-Pujos, au Ministre du Commerce, de l’Industrie, de l’Agriculture, du Travail, des Postes et des Télégraphes.
- (1) Culture mécanique, t. IV, p. 109, fig. 48 à 52.
- (2) Culture mécanique, t. IV, p. 89.
- (3 Culture mécanique, t. IV, p. 124.
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- Cet établissement a pour objet la formation technique des spécialistes indispensables à l’Agriculture pour la conduite et l’entretien des machines agricoles et notamment des appareils automoteurs. Il servira, en outre, pour les expériences, démonstrations ou applications concernant la Culture mécanique.
- Le régime de l’école est l’internat.
- Nul ne peut être admis à l’école, à quelque titre que ce soit, s’il n’est de nationalité française ou des pays alliés. Toutefois la proportion des élèves n’appartenant pas à la nationalité française ne pourra, en aucun cas, excéder les deux cinquièmes de l’effectif.
- En dehors des cadres du personnel, le décret prévoit que des spécialistes peuvent être chargés dans certains cas de conférences ou de démonstrations relatives aux machines en usage dans l’Agriculture.
- Un Comité de perfectionnement et de surveillance est institué près de l’École.
- La ferme mise gratuitement à la disposition de l’État, pour une période de neuf années àdaterdu l8rjanvierl917,parMmoGomel-Pujos,aune étendue de 130 hectares; ce don a été accompagné d’une somme de 100 000 fr. destinée à l’installation.
- Le Ministre a nommé comme Directeur de l’École de Noisy-le-Grand, M. Raymond Olry, Ingénieur agronome, qui fut Commissaire général adjoint des essais officiels de Culture mécanique en 1915 et en 1916. M. Olry, Professeur d’École pratique d’Agriculture, était depuis plusieurs années détaché au Service des études techniques du Ministère de l’Agriculture.
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- COMPTES RENDUS
- DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- CONSEIL D’ADMINISTRATION
- SÉANCE PUBLIQUE
- DU 23 DÉCEMBRE 1916
- Présidence de M. L. Lindet, président.
- La séance est ouverte à dix-sept heures.
- Sont présentés pour devenir membres de la Société :
- M. Villain (François), ingénieur en chef des Mines, administrateur délégué des Forges et Aciéries du Nord et de l’Est, 10, rue Auber, Paris, présenté par MM. Lindet et Georges Risler.
- M. Rolfe, Benedict Hugh. M. A. Oxford University, fellow ofthe Chemical Society, 18, rue Laffitte, présenté par M. Henry Le Chatelier et le commandant Nicolardot.
- M. Bourdet (Émile), ingénieur civil, 272, avenue de Saxe, présenté par MM. Delaunay-Belleviiie et C. Poulenc.
- La Société d’optique et de mécanique de haute précision, 12o, boulevard Davout, à Paris, présentée par le général Sebert et le commandant Nicolardot.
- M. Guiraud, industriel à Mazamet (Tarn), membre de la Chambre de Commerce, présenté par MM. de Rousiers et Carmichaël.
- M. le Président invite M. Amar, directeur du laboratoire des recherches sur le travail professionnel, au Conservatoire des Arts et Métiers, à nous faire connaître les résultats qu’il a obtenus dans la rééducation des mutilés (1).
- '!) Cette conférence est insérée dans ce bulletin, page 94.
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. ---- JANVIER-FÉVRIER 1917.
- M. le Président. — Au lendemain de la guerre de 1870, nous avons coiènu bien des mutilés ; e'étaient des manchots, des unijambistes, peu d’estro^ piés; la chirurgie, moins experte qu’aujourd'hui, amputait largement. Mais, en aucun cas, on ne songeait à la rééducation professionnelle de ces mutilés, qui ne trouvaient d’occupation que dans le gardiennage d’un square, d'un cimetière et trop souvent dans la mendicité.
- Le nombre considérable de victimes que la guerre a faites rend, chaque jour, cette question de la rééducation plus pressante. Vous savez que notre Société demande à récompenser les appareils susceptibles de permettre aux mutilés de reprendre le travail ; vous n’avez pas oublié non plus les conférences que nous avons demandées ici au docteur Borne et à M. Souchon. Aux notions qu’ils nous ont données, vous en ajoutez d’autres, monsieur; vous îous montrez comment, avec vos appareils si précis, dont votre modestie nous a caché que vous étiez l'inventeur, vous pouvez corriger telle faiblesse, modérer tel excès d’effort, comment, en un mot, vous pouvez établir le contrôle de la rééducation.
- On nous a souvent parlé ici des procédés établis par Taylor, qui permettent d’obtenir le maximum de travail de l’ouvrier, avec le minimum d’effort, et on nous a dit qu’à la tête d’une organisation ouvrière, les ingénieurs ne suffiraient pas à leur besogne, s’ils n’étaient secondés par un physiologiste. Nous voyons aujourd’hui quels services celui-ci peut rendre.
- En facilitant la remise au travail des mutilés, vous avez, monsieur, fait œuvre sociale et contribué à seconder l’industrie et l’agriculture.
- ASSEMBLÉE GÉNÉBALE ET SÉANCE PUBLIQUE
- DU 13 JANVIER 1917
- Présidence de M. Lindet, président.
- La séance est ouverte à dix-sept heures.
- M. le Président rappelle que la Société a été convoquée aujourd’hui en assemblée générale en vue de ratifier une proposition du Conseil d'administration, tendant à proroger les pouvoirs du Bureau actuel jusqu’à la fin de F année qui suivra l’année au cours de laquelle la paix sera signée. Le conseil a émis en effet l’idée qu’un changement dans la direction de la Société, arrivant au moment où il faudrait donner le maximum d'efforts, en conformité et
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — SÉANCE PUBLIQUE DU 13 JANVIER 1917. 221
- en continuité de ceux que la Société fait aujourd’hui, pourrait jeter un trouble qui serait préjudiciable à l’œuvre qu’elle a entreprise.
- La proposition, mise aux voix, est adoptée à Lunanimité. M. le Président remercie, au nom du Bureau en fonction, de la confiance que la Société lui témoigne par ce vote et, en l’assurant de son entier dévouement, fait appel à tous ses membres pour l’aider dans la nouvelle tâche qu’il assume aujourd’hui.
- Sont présentés pour devenir membres de la Société :
- M. Barbet (Léandre), inspecteur général des Ponts et Chaussées, Saint-Quentin (Aisne), présenté parle lieutenant-colonel Espitallier et M. Mesnager.
- M. Crozet (Paul), ingénieur des Arts et Manufactures, Villa des Poulies, à Romorantin (Loir-et-Cher), présenté par MM. Lindet et Boramé.
- M. Maudet (Félix), directeur de l’usine des produits chimiques de laSociété de Saint-Gobain, Chauny et Cirey, 65, rue du Landy, à Aubervilliers (Seine), présenté par MM. Lindet et Delloye.
- M. le Président annonce la mort de deux de nos collègues, M. Terquem, administrateur délégué de la Cie industrielle des pétroles, et M. Gommés, fondateur et administrateur délégué de la Cie générale des automobiles de livraison et de la Cie générale des automobiles postales.
- Le Comité électrotechnique français, rattaché à la Commission électrotechnique internationale, et auprès duquel notre Société est représentée par M. le général Sebert et par M. Hillairet, a consulté la Société sur des modifications à apporter à ses statuts ; ces modifications donneraient pouvoir au Comité de préparer les textes relatifs à l’unification, en France, du matériel électrique et des méthodes d’essais; notre Comité des Arts économiques, consulté à ce sujet, a donné un avis favorable, en considérant que cette unification apparaît particulièrement urgente, en vue de la reprise industrielle après la guerre.
- M. le Président remercie M. le député Ajam, ancien sous-secrétaire d’Etat à la marine marchande, d’avoir accepté d’entretenir la Société du grand problème de l’Exportation (1).
- M. le Président. — Quand je vous ai prié, Monsieur le Député, de vouloir bien exposer, en conférence, devant notre Société, les idées qu’une longue expérience et une étude approfondie vous donnaient sur les questions relatives à l’exportation, j’ai négligé de vous demander vos opinions politiques ; ne nous
- (1) La conférence de M. Ajam est insérée p. 125 du Bulletin.
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — JANVIER-FÉVRIER 1917.
- les dites pas ! elles diviseraient peut-être ceux qui ont éprouvé tant de satisfaction à vous applaudir et à vous féliciter de la position que vous avez su prendre dans une question d’intérêt général et qui engage si profondément le développement industriel, agricole et commercial, et par conséquent le bien-être de toute la nation, au cours de la longue période de paix qu’elle attend de l’effort de ses admirables combattants.
- Vous avez intitulé votre conférence: le Problème de l’exportation, donnant à ce mot « problème » sa signification mathématique : une question où l’on indique d’avance les résultats à obtenir, et où l’on demande les moyens pour y parvenir. Les résultats, nous les connaissons; il convient de fabriquer assez pour être obligés d’exporter le surplus de notre consommation. Quant aux moyens, vous venez de nous les faire connaître. Presque tous dépendent de l’initiative ou de l’équitable jugement du Parlement, moyens législatifs et fiscaux, modifications dans les tendances d’une sociologie à rebours, relèvement de la marine marchande et amélioration des ports, etc., toutes questions, pour lesquelles nous sommes certains d’avoir en vous un défenseur courageux et autorisé.
- Ne laissons donc plus les bateaux allemands, les agents allemands exporter nos marchandises, puisqu’il est prouvé que nous leur abandonnions avec elles la clientèle de nos maisons. Ayons nos bateaux, ayons nos agents ; assurons-leur la compétence, stimulons leur zèle et leur habileté professionnelle ; car, qu’il place des fourrures, de la soie, de la bimbelotterie ou des parfums, le voyageur emporte toujours dans sa caisse d’échantillons un peu d’influence française.
- SEANCE PUBLIQUE
- DU 27 JANVIER 1917
- Présidence de M. L. Lindet, président.
- La séance est ouverte à 17 heures.
- Sont présentés, puis admis pour devenir membres de la Société :
- M. Runacher (Maurice), ingénieur chimiste, licencié ès sciences, chef de fabrication des pneumatiques et bandes pleines, à la Société « Le Caoutchouc», à Moscou, actuellement, 7, rue Pierre-Larousse, à Paris, présenté par MM. Chazal et Lindet.
- M. Fred Blum Ribes, industriel, 33, rue Pauquet, à Paris, présenté par M. Lindet.
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- Conseil d’administration. — séance publique du n janvier i9it. 223
- M. Alfred Magnin, constructeur (ateliers de constructions mécaniques; couteaux de diffusion), à Charmes (Aisne), actuellement, 52, quai de Marne, à Paris, présenté par M. Lindet.
- M. Féry, au nom du Comité des Arts économiques, présente un rapport sur le tube Coolidge, établi en France par M. Pilon. Ce rapport est adopté et sera inséré au Bulletin.
- M. Prosper Gervais, membre de la Société, membre de l'Académie d’Agriculture, étudie, dans une conférence qui sera insérée au prochain Bulletin, la situation que les lendemains de la guerre vont créer à la viticulture française et à l’exportation de nos vins (1).
- M. le Président. — Nous vous remercions, mon cher collègue, de nous avoir exposé, avant que la guerre ne prenne fin, de quel côté les efforts de la viticulture doivent se porter, si nous voulons que l’excédent de nos vins, dans les années d’abondance, puisse s’écouler par l’exportation et ne pas produire l’avilissement des prix sur nos marchés. Vous n’êtes pas inquiet du sort que les étrangers réservent à nos grands vins; ceux-ci sont inimitables. Mais pour que nos vins ordinaires puissent sortir de nos frontières et soutenir la concurrence étrangère, il est nécessaire que nous fassions de l’exportation directe, que nous ayons des zones franches et que nos marques d’origine ne soient ni avilies ni fraudées.
- Il est, suivant moi, une autre précaution à prendre si nous voulons exporter ; c’est de ne pas dénigrer nos produits. Dans les premiers temps du laboratoire municipal de Paris, devant les fraudes, qui s’exerçaient jusque là librement, il était de bon ton de répéter que nos vins, colorés par le campêche ou la fuchsine, additionnés d’acide tartrique, de glycérine et de plâtre, étaient tous frelatés. C’est de cette époque que date l’interdiction de l'usage du vin, prononcée à la légère par de trop nombreux médecins. C’est de cette époque également que date l’activité des chais de Hambourg. Car certainement les Allemands ont exploité notre aveu officiel de la façon dont la fraude s’exerçait sur nos vins. Si les chimistes allemands ont analysé quelquefois leurs vins d’exportation, ils se sont bien gardé de publier le résultat de leurs travaux.
- En tout cas, une heureuse constatation nous soutient dans l’idée que nous pouvons et que nous devons exporter; c’est que, contrairement à ce qui s’est passé dans le Nord et dans l’Est, pour nos cultures, pour nos mines, pour nos établissements industriels, le vignoble français est à peu près intact. Nous conservons nos grands crus du Bordelais, des Charentes, de la Bourgogne et
- (1) La conférence de M. Prosper Gervais paraîtra dans le prochain bulletin.
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- 224 COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — JANVIER-FÉVRIER 1917.
- du Beaujolais, nos abondants crus du Midi et de l’Algérie. Seul le vignoble de la Marne a été souillé par les Allemands et a souffert de leurs déprédations; celui-là, où les vignerons ont taillé la vigne et fait la vendange sous les bombardements ennemis, porte glorieusement aujourd’hui le nom même de la plus grande victoire de la guerre actuelle.
- SÉANCE PUBLIQUE
- DU 10 FÉVRIER 1917
- Présidence de M. L. Lindet, 'président.
- La séance est ouverte à 1T heures.
- Sont proposés pour devenir membres résidents et nommés à F unanimité :
- MM. Lambert, Rivière et Cie, fabricants de produits chimiques, 16, rue de Miromesnil, Paris, présentés par M. Aguillon et M. Pagès. Membre perpétuel donateur.
- M. Bondoit (Henri), ancien élève de l’Ecole de filature et de tissage de Mulhouse, 14, rue Lapeyrère, Paris, présenté par M. Dantzer et M. Jules Garçon.
- Association des Ingénieurs Russes a Paris, 5, avenue d’Orléans, Paris, présentée par MM. Lindet et Hitier.
- The Coventry Ordnance works Limited, à Coventry (Angleterre), présenté par sir Robert Hadfield et le docteur S. E. Stead.
- M. Vexiaux (Louis), Ingénieur agronome, 4, rue Salomon-de-Caus (2e) à Paris, présenté par MM. Ringelmann et Lindet.
- M. Raymond, fabricant de boutons, fermoirs et agrafes, 113, cours Berriat, à Grenoble, présenté par MM. Guillet et le sénateur Vermorel.
- M. Meslans, docteur ès sciences, 6, rue de Navarin, présenté par M. Lindet et M. Camille Poulenc.
- Compagnie des Forges et Aciéries de la Marine et d’Homécourt, 98, rue de la Victoire, à Paris, membre perpétuel donateur, présenté par M. Cavallier et M. Villain.
- M. le Président. — Le Conseil d’administration a conféré l’honorariat à M. Vieille, membre de l’Institut, membre de ce Conseil depuis 1889, et dont les occupations sont devenues tellement absorbantes qu’il reconnaît ne plus pouvoir suivre activement nos travaux.
- Je m’empresse de rectifier une erreur qui s’est glissée dans le supplément,
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. --- SÉANCE PUBLIQUE DU 10 FÉVRIER 1917. 225
- récemment distribué, de notre annuaire. Par suite d’une information regrettable basée sur une homonymie insuffisamment contrôlée, nous avons annoncé le décès de notre collègue, M. Paul Laurans, administrateur de la Société française d’incandescence par le gaz. Nous sommes heureux d’apprendre par lui-même qu'il est en excellente santé.
- Je donne la parole à M. Moutier, ingénieur en chef des services techniques de l’Exploitation du chemin de fer du Nord, professeur à l’École centrale, qui veut bien traiter devant la Société des questions techniques et économiques qu’entraînerait la construction d’un tunnel sous-marin entre la France et l’Angleterre, et je souhaite la bienvenue à M. Mazel, chef de la section des Études économiques au sous-secrétariat d’État à la marine marchande, que M. Nail, sous-secrétaire d’Etat, a bien voulu déléguer pour le représenter à cette conférence.
- M. le Président. — Je voudrais tout d’abord, messieurs, répartir, pour ainsi dire, vos applaudissements entre leurs destinataires; j’en enverrais d’abord une certaine part à M. Sartiaux, l’auteur du projet que M. Moutier vient de nous exposer avec tant de netteté et tant de compétence ; on sent qu’il l’a vu naître et qu’il l’a vécu à côté de lui. Je dirais ensuite à M. Moutier d’en prendre le reste et d’en distribuer à son tour à ses aimables collaborateurs, M. Legrand et M. Billiard, attachés au service technique du Chemin de fer du Nord, qui ont apporté et monté ces modèles de démonstration.
- Nous sommes persuadés que ce tunnel permettra d’établir entre les Anglais et nous de plus fréquentes relations de voisinage; les Anglais n’étaient pas aussi désireux qu’on aimait à le penser, de traverser le détroit ; mais la mer nous faisait encore plus peur qu’à eux. Il en résultait que nous ne nous connaissions pas assez et que nous nous estimions les uns les autres au-dessous notre valeur.
- Je pensais, monsieur, en regardant les plans que vous nous avez projetés, aux souterrains qui reliaient les châteaux seigneuriaux du moyen âge, et qui étaient destinés à se visiter entre voisins, ou au besoin à se combattre. Les Anglais ont été, trop souvent, préoccupés autant de cette première alternative que de la seconde ; mais cette guerre leur a montré qu’ils ne pouvaient plus jouer les Robinson, et leur a appris que notre amitié, scellée par de communes angoisses et des succès communs, garantit tout coup de force, toute surprise de part ei d’autre; comme l’aurait dit Louis XIV,en pareille circonstance: « Il n’y plus de Manche entre nous. »
- Tome 127. — 1er semestre. — Janvier-Février 1917.
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- OUVRAGES REÇUS A LA BIBLIOTHEQUE
- EN DÉCEMBRE 1916 ET JANVIER 1917
- Lanchester (F. W.). — Le vol aérien. Aérodonétique. Traduit de l’anglais sur la 2° éd., par le commandant C. Benoit, In-8 (22 x 14) de xvii +478 p., 208 Fig. Paris, Gauthier-Villars et Cie, 1916. 15518
- Fremont (Ch.). — La lime (Études expérimentales de technologie industrielle), ln-4 (27 x 22) de 157 p., 283 Fig. Paris,l’auteur, 25, rue du Simplon, 1916. 15519
- Fleurent. — Les industries chimiques en France et en Allemagne. — Aperçu général sur les causes (de leur développement comparatif. (3 Conférences faites ;iu Conservatoire national des Arts et Métiers en 1915). In-12 (17 x 11) de 94 p. — 2e série : Considérations sur leur développement particulier. (5Conférences faites au Conservatoire national des Arts et Métiers en 1916). 152 p., IV pl. Paris, Berger-Levrault, 1915, 1916. 15520-1
- Polac (Louis). — Notre commerce extérieur d’après-guerre. In-8 .(21 x 14) de xm + 288 p. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1917. 15522
- Ministère du Travail et de la Prévoyance sociale. Direction du Travail. — Travaux des Commissions mixtes départementales pour le maintien du travail national. (Année 1915.) Introduction. Procès-verbaux des séances. Bapports. Vœux adoptés. Tome II : Départements autres que la Seine. In-8 (22 x 15), de xxxix + 595 p. Paris, Imprimerie nationale, 1916. 15523
- Vennin (L.) et Chesneau (G.). — Les poudres et explosifs et les mesures de sécurité dans les mines de houille. (Encyclopédie de science chimique appliquée). In-8 (25 x 16) de xviii + 573 p., 114 fig. Paris, Ch. Béranger, 1914. 15524
- Launay (L. de). — Traité de métallogénie. Gîtes minéraux et métallifères, ln-8 (25 x 16). Tomes I, II, et III. Paris, Ch. Béranger, 1913. 15525-7
- Lumet (G.). — Essais et réglage des moteurs. Moteurs à mélange tonnant utilisé pour la locomotion (Cours de l’École supérieure d'aéronautique et de construction mécanique) 2e éd. In-8 (23 x 14) de 212 p. Paris. H. Dunod et E. Pinat, 1915. 15528
- Woodworth (Joseph V.). — L’outillage américain pour la fabrication en série.
- Emploi des montages pour économiser la main-d’œuvre spécialiste sur les différents types de machines-outils. 2e éd. américaine, traduite par Maurice Varinois. ln-8 (25 x 16) de xvi + 458 p., 601 fig. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1917. . 15529
- Selme (L.). — Principe de Carnot contre formule empirique de Clausius. Essai sur la thermodynamique. In-8 (23 X 14) de 149 p. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1917.
- 15530
- Lahy (J.-.M.).— Le système Taylor et la physiologie du travail professionnel. In-8 (21 x 14) de x+ 198 p., 11 fig , Paris, Masson et Cie, 1916. 15531
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- OUVRAGES REÇUS. ---- JANVIER-FÉVRIER 1917.
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- Chambre de commerce de Grenoble. — Guide industriel du Dauphiné. Etude sur les ressources économiques de la région dauphinoise et sur leur utilisation au point de vue industriel et commercial. In-8 de 39 p., 1 carte, 1916, Pièce 12221
- Catalogue de l’Exposition de souvenirs sur Gerhardt (1816-1916) organisée à l’occasion du centenaire de sa naissance, par la Société chimique de France, le 8 décembre 1916. In-8 de 19 p., 4 fig. Pièce 12222
- Bertin (L.-E.). — Un chapitre de la guerre navale (Lu à la séance publique annuelle des Cinq Académies le 25 octobre 1916). In-4de 35 p. Paris, 1916. Pièce 12223
- Ministère de la Guerre. Service des subsistances militaires. — Notice sur les conserves de viandes. In-8 de 108 p. Paris, H. Charles-Lavauzelle, 1915. Pièce 12224
- Le Wita (Henri). — Vers la renaissance des matières colorantes. L’émancipation de l’industrie chimique en France. In-8 de 53 p. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1917.
- Pièce 12225
- Marre (E.). — Petit guide des employeurs dé main-d’œuvre étrangère procurée par le Comité départemental aveyronnais de la main-d’œuvre agricole. (Cultivateur du Sud-Centre. 1916, 31 p.). Pièce 12226
- Hourst (Commandant). — Le problème de la main-d’œuvre. La Taylorisation et son application aux conditions industrielles de l’après-guerre. In-8 de 60 p. Paris.
- École spéciale des travaux publics, 1916. Pièce 12227
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- Nova Scotian Institute of Science. — Proceedings and Transactions. Vol. XIV, part 2 (Session of 1915-1916). Pér. 334.
- Ministère de l’Agriculture. Direction de l’Agriculture, Office de renseignements agricoles.
- Statistique agricole annuelle. 1914. Paris, Imprimerie nationale, 1916.1 Pér. 242.
- Iron and Steel Institute. — Carnegie Scholarship memoirs. Vol. VI, 1914. Pér. 157.
- U. S. Geological Suryey. — 35 th Annual report, 1914. Washington. Pér. 153.
- U. S. Geological Survev. — Minerai resources, 1914, parts I. II. Washington, 1916.
- Pér. 158.
- U. S. Geological Survey. — Bulletin 586. Slate in the United States, by T. N. Dale, de 220 p., 18 fig., XXVI pl. Bibliography, p. 205-213 (1914). — Bulletin 599 : Our minerai reserves. How to make America industrially independent, by G. O. Smith, de 48 p. (1914). — Bulletin 600 : The Glacier national Park. A popular guide to its geology and scenery, by M. C. Campbell, de 54 p., 3 fig., XIII pl. (1914). — Bulletin 604: The phosphate deposits of Florida, by G. C. Matson, de 101 p.. 2 fig., XVII pl. Bibliography, p. 95-98 (1915). - Bulletin 609 : The fractional précipitation of some ore-forming compounds at moderate températures, by R.C. Wells, de 46 p.,2 fig. (1915). — Bulletin 617 : Bibliography of Norlh American geology for 1914, by J. M. NiCELES.de 167 p. (1915). — Bulletin 621 A : Field apparatus for determi-ning ash in coal, by C, E. Lesher, de 12 p., 2 fig., II pl. (1915).— Bulleiin 621-P : Analyses of coal samples from various parts of the United States, by M. R. Campbell and F. R. Clarck, p. 251-370^1916). —Bulletin 622: Minerai resources of Alaska. Report onprogress of investigations in 1914,by A. H. Brooks., de 380 p., 8 fig., XI pl. (1915). — Bulletins 470, 479, 505, 530, 541, 580. Washington. Pér. 158.
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- OUVRAGES REÇUS. ---- JANVIER-FÉVRIER 1917.
- U. S. Geological Survey. — Water-Supply Papers 337 : The effects of ice on stream flow, by W. G. Hoyt, de 77 p., 18 fig., VII pi. (1913).— Water-Supply Papers 364 : Water analyses from lhe Laboratory of the U. S. G. S., by F. W. Clarke, de 40 p. (1914). — .Water-Supply Papers 258, 274, 280, 340-ti. Washington. Per. 158.
- U. S. Geological Survey. — Professional Papers 76 : The transportation of débris by running water, by G. K. Gilbert, de 263 p., 89 fig., III pi. (1914). — Professional Papers 98-D : Experiments on the extraction of potash from ivyomingite, by R. C. Wtells, p. 37-40 (1916). Washington. Pér. 158.
- U. S. Bureau of Education. — Bulletin n° 27(1915) : Opportunités for foreign students at Colleges and Universités in the U. S., by S. P. Capen, de 216 p., YII pl. Washington, 1915.
- Pér. 143.
- Bureau of Standards. — Technologie Papers n° 58 : Strength andother properties of concrètes as affected by materials and methods of préparation, by R. J. Wig, G. M. Williams andE. R. Gates, de 172p., 44 fig. (1916). — Technologie Papersn° 79 : Vroperties of some europeanplastic fire clays, by A. Y. Bleininger and H. G. Schurceht, de 34 p., 4 fig. (1916). —Technologie Papers n° 81 : Liquid-measuring pumps, by F. J. Schllnk, de 27 p., 27 fig. (1916). — Technologie Papers nos 28, 72, 73, 75, 76, 77, 83. Washington, 1916. Pér. 61.
- Bureau of Standards. — Circular n° 48 : Standard methods of gas testings. 2e ed., de 202 p., 12 fig., (1916). —Circulars nos 52, 60, 61. Washington, 1916. Pér. 61.
- Bureau des longitudes. Annuaire pour l’an 1917, avec des notices scientifiques. Paris, Gauthier-Villars et Cie. , Pér. 124.
- Smithsonian Institution. — Annual report, 1915, Washington, 1916. Pér. 27.
- L'Agent général, gérant, E. Lemaire.
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- 116e ANNÉE. — 1" SEMESTRE.
- MARS-AVRIL 1917.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- NÉCESSITÉ
- DE MODIFIER LES ARTICLES 419 ET 420 DU CODE PÉNAL
- La Société s’est préoccupée de voir l’action des industriels et des commerçants paralysée par l’application rigoureuse des articles 419 et 4W du Code pénal, au moment où ils vont être appelés à supporter, au dehors tout au moins, la concurrence allemande, et où l'exportation, récolteuse de l’or que nous avons envoyé à l’étranger pendant la guerre, est devenue une impérieuse nécessité.
- Elle a réuni une Commission, qui a été présidée par M. Gruner, président du Comité de Commerce, et celle-ci a discuté le rapport de M. de Rousiers, que nous reproduisons ci-dessous. Ce rapport est le résumé d’un remarquable rapport, beaucoup plus étendu, que notre collègue et Me de Segogne, ^avocat au Conseil d’Etat ont présenté à /’Association nationale cl’Expansion économique. (Note du Bureau.)
- RAPPORT AU CONSEIL D’ADMINISTRATION
- • DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT POUR lT.NDUSTRIE NATIONALE
- par M. de Rousiers membre du Comité de Commerce
- Tous ceux qui ont étudié l’évolution moderne de l’agriculture et de l’industrie, tous ceux qui ont pris une part importante à leur développement savent quel rôle ont joué, depuis un demi-siècle, les ententes entre producteurs. Lne Tome 127. — 1er semestre. — Mars-Avril 1917. 16
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- LÉGISLATION.
- MARS-AVRIL 1917.
- grande entreprise résout isolément et avec succès les problèmes de production et de fabrication qui se présentent à elle. Elle s’adapte, suivant les conditions particulières où elle se trouve placée, aux nécessités nouvelles que comportent les progrès techniques. Mais elle reste généralement impuissante devant les nouveaux problèmes d’ordre commercial résultant à la fois du développement des forces productrices et des facilités de distribution offertes par les transports modernes. En d’autres termes, s’il dépend d’une ferme, d'une usine, d’un atelier de se constituer en vue de produire ou de fabriquer, ni cette ferme, ni cette usine, ni cet atelier ne peut assurer par son seul effort personnel la vente de ses produits. Qu’il s'agisse de trouver une clientèle à une marchandise encore mal connue ; qu’il faille créer des débouchés sur des marchés étrangers éloi gnés et entreprendre la lutte sur ces marchés contre des concurrents déjà établis ; qu’une crise d’encombrement amène la mévente des produits, l interruption du travail, et mette en péril l'existence môme des diverses entreprises intéressées ; dans aucune de ces hypothèses, l’action séparée, individuelle de chacune d’elles n’aura d’efficacité. Au contraire, si la plupart d’entre elles se réunissent dans une action commune, l’expérience montre que les difficultés peuvent être surmontées. C’est la raison d’être des ententes entre producteurs qui, sous le nom de cartel, comptoir, syndicat, etc., se sont développées dans les pays qui se placent à la tète du progrès économique.
- En France, la création et le fonctionnement de ces organismes se heurtent à un texte de loi rédigé en 1810, dont les auteurs ignoraient, par suite, le phénomène moderne des ententes et qui voulaient frapper, à juste titre, les manœuvres temporaires et frauduleuses tendant à l’accaparement des denrées de première nécessité.
- L’article 419 actuel de notre Code pénal est ainsi conçu :
- Tous ceux qui, par des bruits faux ou calomnieux semés à dessein dans le public, par des sur-offres faites au prix que demandaient les vendeurs eux-mêmes, par réunion ou coalition entre les principaux détenteurs d'une même marchandise ou denrée, tendant à ne pas la vendre ou à ne la vendre qu’à un certain prix, ou qui, par des voies et moyens frauduleux quelconques, auront opéré la hausse ou la baisse du prix des denrées, ou des marchandises ou des papiers et effets publics au-dessus ou au-dessous des prix qu’aurait déterminés la concurrence naturelle et libre du com-meree, seront punis d’un emprisonnement d'un mois au moins, d’un an au plus, et d’une amende de 500 à 10 000 francs.
- Ce texte met sur le même pied «• la réunion ou coalition entre les princi-
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- NÉCESSITÉ DE MODIFIER LES ARTICLES 419 ET 420 DU CODE PÉNAL. 231
- paux détenteurs d’une même marchandise ou denrée » et le fait de « semer dans le public des bruits faux ou calomnieux » ou de recourir « à des voies et moyens frauduleux quelconques » ; il confond ainsi clans une même réprobation, d’une part, des actes aujourd’hui nécessaires pour assurer la régularité de la production, lutter contre le chômage professionnel, organiser la distribution la plus rationnelle et, par conséquent, la moins coûteuse des marchandises, enfin pour aider à l’expansion économique sous toutes ses formes, et, d’autre part, des actes frauduleux, malhonnêtes, tendant à la réalisation rapide par leur auteur d’un profit injustifié, et à la désorganisation profonde du marché au détriment de ses victimes.
- Telle est la discordance entre le texte de 1810 et les faits économiques du xxe siècle. Il importe de la faire disparaître en modifiant la rédaction de l’article 419 et en l’adaptant aux circonstances actuelles.
- Pour cela, il faut tout d’abord écarter nettement le fait matériel de la coalition que la loi de 1864 ne permet plus de considérer comme un délit, qui peut, d’ailleurs, se rencontrer ou ne pas se rencontrer dans un fait punissable d’accaparement, et qui, par suite, n’est pas caractéristique de ce fait. Il faut ensuite frapper le délit d’accaparement en caractérisant ses éléments par une formule nette qui éclaire le juge avec précision sur la portée de la loi qu’il aura à appliquer.
- Le texte que nous soumettons à l’approbation du Conseil'd’Administration de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, et qui a déjà été adopté par l’Association nationale d’Expansion économique,répond à cette préoccupation.
- Il est ainsi conçu :
- Les articles 419 et 420 du Code pénal sont remplacés par les dispositions suivantes :
- Seront punis d’un emprisonnement de deux mois à deux ans et d’une amende de 1000 à 20 000 francs ou de l’une de ces deux peines seulement,
- Tous ceux qui en agissant, soit isolément, soit de concert entre eux, et en employant des moyens frauduleux, tels que la publication de fausses nouvelles, ou des sur-offres faites aux prix demandés par les vendeurs eux-mêmes, auront, dans un but de lucre, provoqué une rupture d’équilibre entre l’offre et la demande et opéré ainsi, à l’aide de ces manœuvres, la hausse ou la baisse factice et momentanée des cours des denrées, des marchandises ou des effets publics et privés.
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- Gomme on le voit, ce texte ne mentionne en aucune manière la coalition. Mais il prévoit, d’une façon formelle, que les agissements délictueux auxquels il se rapporte peuvent être accomplis isolément ou de concert. Par suite, il évite de créer une immunité quelconque en faveur de groupements qui dissimuleraient leur but véritable sous le masque d’une entente correcte entre producteurs.
- Il suppose l’emploi de moyens frauduleux qu’il se garde bien, au surplus, d’énoncer limitativement, se bornant à une énumération purement indicative empruntée aux termes de l’article 419 actuel.
- Enfin, il dispose que les manœuvres employées ont dû amener une hausse ou une baisse, et cela dans un but de lucre, c’est-à-dire que les auteurs de ces manœuvres poursuivent un profit personnel en provoquant sur le marché un désordre momentané.
- Dans ces conditions, le texte nouveau se recommande à votre attention par un double mérite :
- Il fait disparaître de nos codes une entrave très nuisible au développement de l’esprit d’entreprise ;
- Il assure la répression du délit d’accaparement qui, malgré le châtiment d’ordre économique qu’il comporte généralement, peut cependant se produire principalement dans les temps troublés où la liberté des échanges et celle des transports rencontrent de sérieux obstacles.
- La Commission, avant de présenter ses conclusions au Conseil de la Société, a considéré qu’elle ne devait pas hésiter à soutenir l’opinion, émise par son rapporteur, tendant à demander aux Pouvoirs publics la modification des articles 419 et 420, mais qu’il ne lui appartenait pas de donner à ses vœux une forme juridique, dont la rédaction échappe à la compétence de plusieurs de ses membres.
- En conséquence, elle a rédigé la déclaration suivante, qui a été approuvée à /’unanimité par le Conseil, dans sa séance du 24 mars 1917 :
- La Société, approuvant le rapport de M. de Rousiers, déclare s’associer aux conclusions de l'Association nationale d’Expansion économique tendant à la réforme des articles 419 et 420 du Code pénal et appelle l’attention du Gouvernement sur la nécessité et l’urgence de cette réforme.
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- MESURE DE LA DURETÉ PAR PÉNÉTRATION D’UNE MOLETTE
- PAR
- M. Félix Robin Ingénieur des Arts et Manufactures.
- Le mémoire de M. Robin, rédigé en juillet 1914, que nous donnons aujourd’hui, n’a pu être revu par son auteur, tombé victime de la guerre le 30 août 1914, près de Rethel. Le désir de M. Robin était qu’il fût publié, ainsi que sa famille nous l’a fait savoir. La Société saisit cette occasion pour rendre hommage à l’homme de science qui lui a fait connaître ses premiers travaux et dont on n’a pas oublié la magnifique donation. (Note du Bureau.)
- Les procédés de mesure de la dureté par l’empreinte d’un outil tranchant sont vraisemblablement anciens. Middelberg est signalé par Martens comme ayant employé le ciseau à profil circulaire (1).
- On appuie l’instrument, avec une charge donnée, sur la surface grossièrement polie du métal et on mesure la longueur de l’empreinte. La dureté est inversement proportionnelle à cette longueur.
- Martel, en France, préférant la méthode dynamique, produisit les empreintes par choc, au moyen d’un couteau pyramidal se rapprochant un peu de l’instrument précédent.
- L’inconvénient de la méthode du ciseau à profil circulaire consiste dans la difficulté d’usinage du tranchant et surtout dans la nécessité de le retailler fréquemment ou de le repolir. La pénétration dans un métal très dur peut, en effet, émousser le tranchant, ou, si elle donne prise à la flexion, l’ébrécher.
- Fremont eut l’idée, en 1902, de remplacer le ciseau par la molette ; celle-ci est plus facile à usiner et, en la faisant tourner d’un petit angle lorsqu’elle est altérée en un point, on peut la faire servir pendant un temps considérable.
- Une molette maniable et suffisamment pratique a environ 5 cm de diamètre et un angle tranchant de 4o°.
- Fremont imagina d’autre part de limiter la charge sur la molette par
- (1) Traité des Essais des Matériaux, traduction par P. Breuil, Paris, 1904, § 349, p. 268.
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- MÉTALLURGIE. --- MARS-AVRIL 1911.
- deux ressorts placés perpendiculairement à son axe et montés avec un serrage initial de manière à fléchir sous une charge déterminée inférieure au poids du corps humain (fig. 1). On peut ainsi, en mettant le pied sur une chape encadrant la molette et posée sur la pièce d’essai, obtenir l’empreinte en montant sur l’appareil. La molette dépasse son support de la quantité correspondant à l’enfoncement maximum dans les métaux usuels, ainsi qu’on le voit à la partie inférieure de la figure.
- Osmond s’intéressa à ce procédé et fit des empreintes à faible charge sur pièces polies ; il reconnut, paraît-il, l’utilité de la méthode.
- ig. 1. — Molette Fremont, pour essai de pénétration; la base plane de l’appareil laisse à la molette une saillie suffisante.
- Nous avons exécuté, en vue de vulgariser ce procédé, quelques essais avec une molette de 56 mm de diamètre et d’angle tranchant voisin de 47°. L’acuité du tranchant, produite sans précautions particulières, est assez grande pour qu’au microscope, au grossissement de 100 diamètres, on ne puisse, au fond de l’empreinte, reconnaître un trait d’épaisseur nettement mesurable; l’arête est coupante au doigt.
- Nos essais nous faisant reconnaître que la sensibilité de la méthode croît avec la charge, nous sommes conduits à adopter deux charges correspondant à deux appareils distincts :
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- MESURE DE LA DURETÉ PAR PÉNÉTRATION dY.NE MOLETTE.
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- 1° La charge de 00 kg, inférieure à un poids d’homme normal, pour l’appareil à ressort ;
- 2° La charge de 1000 kg, produite par une presse quelconque ou, plus facilement, par un appareil à levier peu encombrant.
- La lecture de la longueur d’empreinte peut être faite par un des procédés utilisés pour les empreintes Brinell.
- Nous préférons le microscope binoculaire stéréoscopique examinant l’empreinte à travers un micromètre transparent en verre, dont la face graduée est placée sur la surface du métal.
- Dans les microscopes à micromètre placé dans l’oculaire, on oublie souvent de régler le tirage de l’appareil par rapport à un micromètre étalon et l’on est entraîné à des lectures erronées. Le microscope permet de lire très facilement la longueur de l’empreinte à un centième de millimètre près, précision qui n’est pas nécessaire pratiquement.
- Si la charge est exactement mesurée, ce qui est facile puisqu’elle est peu élevée, il est évident qu'on doit obtenir une précision d’essai très grande.
- En opérant sans précautions spéciales, d’une façon pour ainsi dire industrielle, on obtient déjà des résultats très satisfaisants.
- Avec les métaux mous, tels que le plomb, on a, sous la charge de 60 kg, des longueurs d’empreintes voisines de 17 mm ; avec les métaux durs tels que le fer, environ 5 mm et, avec les produits très durs, tels qu’aciers extra-durs non trempés, 2,8 mm.
- A 1 000 kg, on obtient pour ces deux derniers produits 13 mm et 9,2 mm environ. Les diamètres d’empreintes de bille correspondants sont, à 3 000 kg (bille de 10 mm), 6,7 mm et 3,8 mm environ.
- Les aciers au carbone recuits se distingueront donc, dans toute leur échelle de dureté, par des mesures échelonnées sur i mm et lues si l’on veut à 1 centième de millimètre, tandis que les mesures d’empreintes de bille ne s’échelonneront que sur 3 mm avec une charge triple. L’irrégularité et l’ovalisation de l’empreinte sont en outre une cause d’erreur importante (1) qui disparaît avec la molette, le refoulement plus ou moins irrégulier du métal n'affectant que ses parties latérales sans se manifester aux extrémités de l’empreinte.
- Théoriquement, la mesure de la dureté à la molette devra donc être, à charge égale, bien plus précise que celle de la dureté à la bille; elle convient d’ailleurs pour un métal moins écroui en profondeur.
- (1) Grard, Communications de l’Assoc.int. pour PEssai des Matér., Vol.II, n° 9 (1erjuin 1912), mémoire III 2, présenté au Congrès de New York, 1912.
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- MÉTALLURGIE.
- MARS-AVRIL 1917.
- Sur un métal non préparé spécialement, nous obtenons par exemple pour plusieurs empreintes exécutées parallèlement en des points très voisins :
- Acier à 1 p. 100 de carbone, charge 60 kg, /=2,96— 2,96 — 2,96 — 2,95; acier recuit à 0,32 p. 100 de carbone, charge 60 kg, /— 3,90 — 3,88.
- Acier doux Thomas, charge 40 kg, / = 3,27 — 3,27; charge 60 kg, /=4,05 — 4,07.
- Champignon de rail à 0,6 p. 100 de carbone (métal d’ordinaire peu homogène), charge 20 kg; 1= 2,70 — 2,73; charge 40 kg, / = 3,12 — 3,10; charge 60 kg, / = 3,73 — 3,75 ;
- Acier Martin extra dur à 0,79 p. 100 de carbone, recuit, charge 60 kg, / = 3,10 — 3,11.
- L’approximation normale est donc de 2 ou 3 centièmes de millimètre aux faibles charges pour les longueurs d’empreinte des aciers.
- Un plomb commercial qui semble assez régulier donne à 60 kg / = 16,50 — 16,55 — 16,58; l’approximation serait ici de 5 à 8 centièmes.
- Sous la charge de 1 000 kg, des empreintes normales donnent par exemple :
- Acier Thomas à 0,35 p. 100 de carbone et 1 p. 100 de manganèse, / = 10,71 — 10,75.
- Acier à rails, à 0,6 p. 100 de carbone, / = 10,45 — 10,40.
- On aurait ici une approximation de 5 centièmes environ ; c’est probablement une limite supérieure, car les produits choisis ne sont pas dans les plus homogènes.
- Des essais plus nombreux seraient nécessaires pour définir plus exactement la précision du procédé ; il faudrait expérimenter des matériaux très homogènes qui ne sont pas faciles à trouver. Nous ne pouvons savoir dans quelle mesure les divergences précédentes sont attribuables au procédé ou à l’hétérogénéité du métal. Il nous semble toutefois intéressant de les mentionner pour fixer les idées en première approximation.
- En résumé, cet essai nous paraît devoir être théoriquement plus précis que l'essai à la bille et surtout que l’essai à la pointe conique dont nous avons antérieurement tenté l’emploi (1).
- L’hétérogénéité du métal est mise en évidence d’une façon particulièrement remarquable par cet essai, surtout sur les métaux fibreux étudiés dans des directions différentes.
- Ceci se conçoit aisément, puisque l’empreinte intéresse une zone extrêmement allongée dans une direction bien déterminée.
- (1) Iran and Steel Institute, 1911; Rev. de Métallurgie (mémoires), 1912, p. 112.
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- MESURE DE LA DURETÉ PAR PÉNÉTRATION D’UNE MOLETTE. 237
- Ce sera pour la méthode un avantage ou un inconvénient selon l’esprit d’exécution de l’essai. Pour la recherche des propriétés en fonction de l’orientation des efforts, pour l’évaluation de l’homogénéité, l’empreinte de la molette sera très utile ; lorsqu’on se propose plus simplement de mesurer la résistance d’ensemble d’une pièce d’acier, il devient nécessaire de faire plusieurs empreintes en différents points et de prendre une moyenne ; l’essai à la bille peut alors sembler préférable sauf dans les cas spéciaux, mais fréquents, de petites pièces, de fils, de pièces minces, etc.
- Voici quelques nombres obtenus sur des aciers communs, étudiés particulièrement au point de vue de la résistance dans le sens du laminage (1) et le sens perpendiculaire :
- Longueur d’empreinte.
- Sens Sens
- du perpen-
- Charge laminage. diculaire
- kg- mm. mm.
- Aluminium laminé . 60 7,02 6,72
- Acier avec 0,08 p. 100 de carbone et 0,4 de manganèse. 40 4,05 3,27
- AcierThomas recuit, — 0,06 — — 0,3 — 60 4,6 à 4,4 4,07
- — — 0,1 — — 0,6 — 60 4,45 4,50
- — - 0,2 - » 60 4,05 3,68
- — 0,35 — - 0,7 - 60 3,75 3,68
- — — 0,5 — - 1,2 - 60 3,40 3,50
- — — 0,35 — — 0,7 — 1 000 10,74 10,68
- Naturellement c’est le sens perpendiculaire aux lignes de laminage qui donne d’ordinaire les'duretés les plus élevées; il y a toutefois des cas inverses surtout dans les métaux un peu durs et manganésés. Des aciers vraiment très hétérogènes tels que des sections de rails donnent, sous la charge de 1 000 kg, / = 10,40 et 10,24.
- Toute particularité superficielle du métal influe naturellement sur l’empreinte de molette; cette influence est d’autant plus forte que la charge d’essai est plus faible. La trempe, la cémentation superficielle très légère peuvent être décelées par la différence des résultats obtenus à charge élevée et à charge faible. Toutefois la molette ne doit pas être employée sur des aciers fortement trempés, qui l’émousseraient.
- L’écrouissage superficiel dû à la lime ou à la meule a une influence très nette; les valeurs obtenues sur la surface polie sont plus élevées. Toutefois, il n’y a de différence sensible entre un polissage industriel normal et un polissage micro graphique parfait que sous les faibles charges.
- (1) Sur une coupe parallèle au laminage, bien entendu, et non sur une section perpendiculaire à celui-ci.
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- MÉTALLURGIE.
- MARS-AVRIL 1917.
- Exemple, sous la charge de 60 kg :
- Longueur d’empreinte en millimètres.
- sur un polissage micrographique. sur polissage
- 4,44 4,03
- 3,90 3,75
- 3,97 3,75
- Pour la charge de 1 000 kg, la différence n’est guère sensible; elle rentre dans les erreurs normales de mesure.
- Pour exprimer la mesure de la dureté à la molette, le plus simple est d’adopter la longueur d’empreinte /. Pourtant, cette méthode a l’inconvénient de caractériser les duretés croissantes par des nombres décroissants. Adopter
- 1
- j serait peut-être préférable. Relier la longueur d’empreinte et surtout la surface
- d’empreinte à la charge vaudrait encore mieux, mais l’évaluation de cette surface n’est pas aisée.
- La molette produit une empreinte formée de deux segments coniques égaux et opposés ; si on remplace leur surface par celle des plans tangents aux cônes au centre de l’empreinte, qui se projette suivant un segment de leur cercle de base, ce qui constitue une approximation par défaut assez bonne, on obtient:
- s = -A; (n!arc sin A - ' y/ R* - fj
- où R est le rayon de la molette, x l’angle tranchant et / la longueur d’empreinte. En appliquant cette formule aux charges d’essai de 1000 kg et de 60kg, on obtient, pour la dureté, des nombres tels que les suivants :
- 60 kg. 1 000 kg. Dureté Brinell (3 000 kg) correspondante.
- Fer 130 160 120
- 108 130 100
- . 117 147 110
- Aciers recuits < 137 155 125
- ' 195 230 ))
- î 330 320 260
- Acier trempé 950 840 700
- Acier à 30 p. 100 de nickel 293 270 182
- Acier à 21 p.100 de nickel, 1,5 de chrome et 0,5 de carbone ». 338 287 OO O
- Les nombres ainsi obtenus à la molette sont toujours bien plus élevés que les nombres donnés par la méthode Brinell correspondante; nous attribuons cette particularité au soulèvement des lèvres-de l’empreinte le long des parties médianes de la molette. Dans la méthode de la bille, on mesure le dia-
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- MESURE DE LA DURETÉ PAR PÉNÉTRATION d’üNE MOLETTE.
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- mètre de l’empreinte sur son soulèvement; divers auteurs ont indiqué la différence qu’on obtient en effectuant cette mesure après arasement de la surface. Dans la méthode de la molette nous ne tenons pas compte du soulèvement ; si l'on ajoute à la surface d’empreinte calculée la surface soulevée en contact avec la molette, soit généralement du quart au cinquième de cette surface, dans les aciers au carbone recuits, on retrouve un nombre bien plus rapproché de
- Fig. 2. — Empreintes de molettes, avec grossissement de 10 diamètres.
- celui de Brinelh Mais cette aire étant impossible à évaluer exactement, il faut renoncer à la faire intervenir; on ferait alors aussi bien de chercher empiriquement la correspondance de la longueur d’empreinte au nombre de Brinell. Lorsqu’on procède ainsi, on trouve une relation assez régulière dans chaque classe différente de métaux, mais variant d’une classe à l’autre. Dans les aciers hypereutectoïdes, d’une part, et surtout dans les alliages spéciaux au nickel ou au manganèse, d’autre parf, on trouve des duretés à la molette beaucoup plus élevées que les duretés à la bille.
- On peut expliquer ce fait par la différence des deux modes de pénétration dans ces essais ; la bille se rattache peut-être plus à l’essai de compression, la molette à l’essai de cisaillement.
- La figure 2 représente, avec un grossissement de 10 diamètres, des empreintes obtenues à la molette.
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- LES EFFORTS DE L’INDUSTRIE FRANÇAISE PENDANT LA GUERRE
- Application du système métrique dans le commerce de la quincaillerie.
- Dans tous les corps de métiers, excepté dans ceux dont l’invention ou le perfectionnement scientifique est postérieur à l’adoption du système métrique, on désigne les objets par un numéro qui traduit une ancienne mesure : la livre, l’once, le pied, le pouce ou la ligne. Les caractères d’imprimerie, les tissus, les objets de mercerie, mais surtout les articles de quincaillerie, sont dénommés d’une façon telle que les initiés seuls se représentent l’objet, dans sa grosseur et dans sa forme, au simple appel d’un numéro. Mais, pour être initié, il faut faire quelquefois une longue éducation, dans laquelle le coup d’œil est le facteur qu’il convient d’exercer ; c’est une perte de temps pour l’employé et un risque d’erreurs pour le patron. Quels avantages retirerait-on d’une numérotation décimale!
- D’autre part, la vente d’objets à la douzaine, à la grosse, doit disparaître également'; pour connaître le prix d’un objet vendu en gros,, il est plus facile de diviserpar 100 et par lOque par 144 ouparl2.
- La Chambre syndicale de la Quincaillerie, guidée par ses distingués président et secrétaire général, M. Rebattet et M. André Baudet, vient, au cours de la guerre, de donner un bel exemple d’initiative; elle a invité ses adhérents à mettre tout au moins en parallèle, dans leurs catalogues, les anciennes désignations et les désignations décimales, persuadée que celles-ci feront vite oublier celles-là. Elle les a invités également à établir les prix pour dix, pour cent pièces, quitte à vendre, pendant la période transitoire, douze de ces objets, au prix de douze unités.
- Elle a publié, dans le journal la Quincaillerie moderne, une feuille destinée à être affichée, donnant les tables qui permettent de convertir les lignes et les pouces, français ou anglais, en millimètres, les numéros de la jauge de Paris (dite décimale), de la jauge Japy, des jauges anglaises B.W. G., et S. W. G., de la jauge américaine B et S. G. en millimètres et en ses sous-multiples, etc.
- M. André Baudet nous a montré les catalogues du Comptoir des Quincail-
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- LES EFFORTS DE L’INDUSTRIE FRANÇAISE PENDANT LA GUERRE. 241
- leries réunies de l’Est, dont il sera parlé plus bas, le catalogue de MM. Laurent frères et beau-frère, à Plancher-les-Mines (Haute-Saône), et le catalogue de limes et de râpes de la maison Duflos, 3, rue Sedaine, à Paris, où les dimensions des limes et râpes sont indiquées en centimètres et sous-multiples, et les prix marqués à l’unité ou à la dizaine.
- La Chambre syndicale des Fournitures générales pour Chaussures a suivi le même mouvement, et nous serions heureux d’apprendre et d’annoncer aux membres de notre Société les efforts qui auraient été faits dans le même sens par d’autres groupements industriels ou commerciaux.
- Nous reproduisons ci-dessous le rapport que M. André Baudet a fait approuver, le 10 mars dernier, par la Chambre syndicale du Commerce et de la Fabrication de la Quincaillerie, dont il est le secrétaire général.
- L. Lindet.
- RAPPORT DE M. ANDRÉ BAUDET
- La Chambre syndicale du Commerce et de la Fabrication de la quincaillerie s’est depuis longtemps préoccupée, sous l’active impulsion de son président M. Rebattet, de rompre avec les anciennes habitudes en vue d’adopter le système métrique pour les dimensions, et le système décimal pourle paquetage et la vente.
- La tâche était ardue : les dimensions anciennes, notamment en clouterie, offraient une incroyable diversité.
- Un tableau, publié comme supplément à la Quincaillerie moderne, de janvier 1909, en donne un résumé complet avec les correspondances en unités métriques.
- Les deux caractéristiques d’un clou sont sa « grosseur » et sa « longueur ». Ce dernier terme est précis et il semblerait relativement facile de faire perdre aux quin cailhers l’usage de désigner les longueurs en lignes au lieu de millimètres : un coup d’œil au tableau de correspondance indique qu'une ügne vaut 2 millimètres tandis que deux lignes valent o millimètres, ce qui tendrait à démontrer qu’en clouterie 2 et 2 font 5 (1).
- Quant à la « grosseur», que désigne-t-elle au juste? Est-ce le diamètre de la tige ? Mais celle-ci est souvent conique (exemples : semences, clous à tige découpée, etc.). Est-ce le diamètre de la tête? Mais celle-ci est le plus souvent dyssymétrique (exemples: caboches, gendarmes, bêcherons, cottrets, etc.).
- En raison de ces diversités, les anciens quincailliers ont pris l’habitude de désigner la grosseur des clous par leur poids au mille. Cette désignation, purement théorique d’ailleurs, est encore entièrement en vigueur actuellement, et c’est ce qui explique les désignations courantes telles que celles-ci :
- 1 Cette correspondance bizarre tient à la consécration d'un usage tendant à arrondir les chiffres : en réalité, dans l’ancienne métrologie, la ligne valait un douzième de pouce français, soit exactement 2,25 mm. et non 2 mm.
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- INDUSTRIE.
- MARS-AVRIL 1917.
- « Semences 16° 4 (seize onces 4 lignes) », c’est-à-dire dont le mille pèse 16 onces et dont la tige a 4 lignes (ou 5 mm) de longueur.
- Mais l’once n’était pas la seule unité employée : on désignait les gros clous en livres, les petits clous en quarts de livre.
- C’est ainsi qu’aujourd’hui, les clous bombés pour chaussures, par exemple, sont uniquement désignés comme suit : 6/4, 8 4, etc. (c'est-à-dire, clous pesant six quarts, huit quarts de livre, etc., au mille;.
- Ces poids n'ont d’ailleurs qu’un rapport approximatif avec la réalité, et on saisit tout de suite la tentation qui pourrait pousser un fabricant ou un négociant peu scrupuleux à faire rentrer dans une désignation donnée des clous un peu plus gros que ceux de ses concurrents, puisque les prix de revient aux 100 kilos varient en raison inverse de la grosseur.
- Le fait suivant m’a été rapporté et, sans preuve précise, je n’y attache l’importance, déjà trop grande, que d’une possibilité :
- Un commerçant aurait commandé à un fabricant des numéros intermédiaires non courants : 7/4, 9/4, etc., et les aurait démarqués pour les vendre comme 6 /4, 8/4. etc. Or, je déclare impossible de poursuivre cette fraude, attendu d’abord que la désignation en quarts de livre n’est pas légale, et ensuite que l’usage ne l’admet nullement comme rigoureuse.
- Pour d’autres articles tels que la pointe de menuisier ou d’emballage, les fils de fer, et, d’une manière générale, les objets à tige cylindrique, la « grosseur » est indiquée parle diamètre.
- Progrès? dira un profane.
- Il sera vite déçu quand il s’apercevra que ce diamètre n’est nullement exprimé en dixièmes de millimètre, mais en numéros d’une jauge, dite « jauge de Paris » que tous les quincailliers ont dans leur poche et dont les subdivisions n’ont aucun rapport avec le système métrique. Mais sa déception augmentera encore quand il constatera que pour la visserie, la pitonnerie, ainsi que pour certains rivets et boulons, la jauge était différente de la jauge de Paris. Elle s’appelle « jauge Japy » et ses subdivisions ne correspondent nullement à la première. C'est ainsi qu’un fil de fer de 1 millimètre de diamètre est désigné parle n° 5 de la jauge de Paris 'appelée encore jauge décimale) et par le nü 6 de la jauge Japy.
- Fort heureusement, l’appel de la Chambre syndicale a été entendu de nos fabricants de visserie.
- Le 1er janvier 1915, paraissait le premier album de visserie, pitonnerie, boulon-nerie, complètement exempt de désignations en jauge Japy ; ou du moins les anciens numéros n’y figuraient plus que pour mémoire, en impression rouge, en face des nouveaux diamètres en millimètres (1).
- Il n’est pas inutile de signaler au passage que cette transformation exigea de la part de ses auteurs une volonté et une ténacité bien déterminées de suivre le vœu de la Chambre syndicale.
- (P Catalogue du Comptoir des Quincailleries réunies de l'Est; siège social : Fesches-le-Chûtel (Doubs).
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- LES EFFORTS DE L’INDUSTRIE FRANÇAISE PENDANT LA GUERRE. 243
- Pour s’en rendre compte, il faut s’imaginer ce que représentent les magasins de fabriques aussi importantes que celles dont il s’agit, la multiplicité de petits paquets devis qui s’y trouvent classés dans un nombre considérable de casiers. Il faut en outre se reporter par la pensée devant les innombrables casiers des maisons de gros, puis devant ceux des innombrables détaillants, qui sont 15 000 à 20 000 en France. Il faut se mettre en face du problème de l’étiquetage nouveau et de la coexistence dans des casiers non élastiques de paquets à l’ancienne et à la nouvelle désignation ; problème rendu plus difficile encore par la réforme du paquetage au cent remplaçant le paquetage à la grosse, dont nous parlerons plus loin, et qui fut réalisée du même coup. Il faut s’imaginer la patience à demander aux employés chargés de s’y reconnaître pendant la première année qui suivit la réforme, au milieu de paquets mélangés sous deux désignations différentes, à livrer à des clients dont les commandes sont rédigées les unes suivant la nouvelle, les autres suivant l’ancienne désignation, à facturer de manières différentes suivant le paquetage au cent ou à la grosse.
- Aujourd’hui que la réforme est entièrement faite, chacun se félicite d’avoir surmonté les inconvénients de la période transitoire.
- En dehors de la clouterie et de la visserie, il faut signaler, en quincaillerie, divers articles qui utilisaient d’anciennes mesures :
- La poterie de fonte notamment était marquée en « points » il y a encore une vingtaine d’années. Il y avaitun tableau de correspondance,nullement proportionnelle d’ailleurs, entre les points et la contenance en litres : une casserole de 1 point contenait 1 1; une casserole de 3 points contenait 1, 2/3 1, une casserole de 10 points, 4 1.
- Nos fabricants ont substitué la numérotation en centimètres à ces désignations baroques.
- L’usage du pouce français (27 mm) et du pouce anglais (25,4 mm) a résisté plus longtemps à l’offensive victorieuse de notre système décimal.
- Les Mmes et râpes, certaines pinces et autres articles continuent à être demandés en pouces par un grand nombre de quincailliers détaillants. Les tarifs actuels, avec tableaux de correspondances,permettent de leur répondre couramment aujourd’hui en centimètres.
- Certains fabricants de limes vendent encore celles-ci au paquet, le paquet pouvant contenir quatre, trois, deux ou même une seule lime selon la grosseur.
- Le prix est alors établi selon le poids du paquet en quarts de livre : 6/4, 7/4, 8/4.
- On dit couramment : un paquet de limes des deux, des trois, etc. (ce qui signifie qu’il y a deux ou trois limes, etc., au paquet, tous les paquets de 8/4 par exemple, pesant le même poids, soit 1 kg, quel que soit le nombre de limes).
- Ce mode de vente est toutefois actuellement une exception.
- Mais ce qui est la règle générale et contre quoi il reste à mener une campagne active dans la quincaillerie comme dans bien d’autres commerces, c’est le système duodécimal.
- La vente à la douzaine (12 pièces), à la grosse (12 douzaines) et à la masse (12 grosses) est d’un usage courant.
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- Et pourtant, quelle simplification dans les écritures, quelles causes d’erreurs évitées dans les calculs, si au lieu de facturer 1 douzaine 2/3 de tenailles ou de marteaux comme on le fait aujourd’hui, on facturait tout simplement 20 tenailles ou 20 marteaux sur des prix établis à la dizaine !
- Conçoit-on qu’un négociant soit encore obligé de chiffrer des inventaires comme ceci : 4 grosses, 2 douzaines 7/12, parce que la facture du fabricant est encore établie à la grosse?
- Conçoit-on qu’un fabricant vende encore ses articles de cette manière sans se rendre compte de l’avantage incontestable du système décimal?
- Nous avons vu plus haut que les fabricants de visserie, pitonnerie, etc.,ont depuis 1915 remplacé la vente à la grosse par la vente au cent.
- La gêne occasionnée momentanément par le nouveau paquetage, gêne qui se traduit d’ailleurs pour le fabricant par une perte réelle de temps et d’argent, me paraît être le seul obstacle à la généralisation dans toutes les branches.
- Il ne faut pas oublier que le paquetage et l’emballage exigent des formats de papier souvent livrés tout découpés, des étiquettes imprimées, des boîtes, des caisses, de dimensions déterminées, dont les usines ont toujours des stocks importants en magasin et en commande chez leurs fournisseurs.
- La crainte du bouleversement de cette organisation pour changer le mode de paquetage arrête le fabricant : lorsque les affaires ne vont pas très bien, vous ne lui ferez pas accepter la dépense et le souci de la transformation; lorsqu’il est débordé de commandes, il remet à plus tard la réforme qu’il sent vaguement utile, mais qu’il ne juge pas urgente, puisque « cela s’est toujours fait ainsi ».
- xVrgument suprême de la stagnation !
- Le rôle des chambres syndicales est de rappeler l’utilité de certains progrès.
- L’application intégrale du système métrique est au premier rang de ceux à réaliser.
- On a vu que la Chambre syndicale de la Quincaillerie mène cette campagne particulièrement depuis l’année 1909 pour les dimensions métriques. Dans sa séance du 3 novembre 1916, elle a, entre autres, émis le vœu que les prix à l’avenir soient fixés par cent au lieu de par douzaine, et qu’aux paquetages par douzaine soient substitués ceux par dizaine ou par vingt-cinq.
- Je crois devoir ajouter que la Chambre syndicale des Fournitures générales pour Chaussures, qui a quelques points communs avec celle de la quincaillerie (clouterie, outillage, etc.), a, dans sa séance du 10 octobre 1916, émis un vœu analogue qui donnait en plus le moyen suivant de commencer tout de suite la réforme : « Si l’habitude du paquetage à la douzaine est un obstacle qu’il faudra arriver à vaincre, il n’est pas indispensable de la modifier pour facturer dès maintenant 12 pièces au lieu d’une douzaine. »
- La modification des tarifs peut, en un mot, précéder la modification des paquetages.
- Déjà ces conseils ont porté leurs fruits : après la visserie et la pitonnerie, des fabricants de limes sont enfin entrés dans la bonne voie : ils ont fait paraître un tarif de limes paquetées et facturées à la dizaine. Un exemplaire est joint à ce rapport.
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- D’antres initiatives me sont signalées comme imminentes. Je me permets d’émettre cependant l’avis qu’il faudra encore de grand efforts pour que la réforme devienne absolument complète, surtout pour l’abolition du système duodécimal.
- Notre Chambre syndicale, je n’en doute pas, saura faire cet effort.
- Le Secrétaire général,
- A. Baudet,
- Vice-Président de la section du Commerce de gros.
- Un tissage de laine à Voiron (Isère).
- La célèbre maison Seydoux et Cic possède au Gateau (Nord) un lavage, un peignage de laine et une grande filature de laine, représentée par 60 000 broches et, au Cateau d’une part, à Bousies (Nord) d’autre part, un tissage comportant 1 800 à 2 000 métiers. MM. Seydoux et Cie n’ont malheureusement pas été les seuls industriels lainiers à souffrir de l’invasion : on estime que plus de 90 p. 100 des broches et près de 80 p. 100 des matières à tisser se trouvent en pays envahis ou sur la ligne de feu.
- MM. Seydoux et Gie se sont naturellement préoccupés de faire face à la situation que la guerre leur créait, et, dans le but d’assurer l’alimentation future de leurs usines reconstituées, ils ont cherché à maintenir autant que possible leur clientèle. Possédant, depuis 1893, une filature et un tissage de laine en Espagne, ils ont pu, en doublant l’intensité du travail, satisfaire aux premiers besoins. L’Administration des Douanes a autorisé l’exportation en Espagne, à charge de réimportation dans un délai déterminé, des peignés que MM. Seydoux et Cie ont été chercher en Angleterre. Ces matières, jointes aux laines qu’ils ont fait peigner en Catalogne, leur ont permis d’alimenter leurs broches.
- Ces industriels eurent l’idée de faire tisser les fils venus de leur usine espagnole et d’autres, venus de quelques filatures cie laine (pie nous possédons encore en France; ils s’adressèrent tout d’abord à des façonniers de soie, dans la Loire, la Haute-Loire, l’Isère, etc., puis ils achetèrent, en avril 1916, le matériel d’une usine de Reims, qui menaçait de disparaître sous les bombardements, et transportèrent ce matériel dans une ancienne usine de tissage, démontée aujourd’hui, à Voiron.
- L’usine nouvelle possède 140 métiers dont 30 peuvent produire de la « draperie homme» ; c'est-à-dire du drap en 140 cm de largeur; ces métiers sont mus Tome 127. — lei> semestre. — Mars-Avril 1917. il
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- INDUSTRIE. --- MARS-AVRIL 1917.
- en partie par la force hydraulique fournie par la Morge,en partie par l’électricité du secteur voisin de la Société Fures et Morge.
- MM. Seydoux et Cie ont signé avec leurs propriétaires un long bail; ils espèrent, en effet, trouver dans cette population dauphinoise un complément de main-d’œuvre qui, au moins pendant quelques années, pourrait leur faire défaut dans le Nord.
- En tout cas, l’initiative de MM. Seydoux et Cie est fort intéressante et notre Bulletin a tenu à la signaler.
- L. Lindet.
- La mouture du maïs, de l’orge et de l’avoine.
- L’obligation où nous nous trouverons peut-être un jour d’ajouter, à la farine de blé qui fait notre pain, des farines d’autres céréales, a appelé l’attention du monde de la meunerie sur la réduction en farine fine du maïs, de l’orge et de l’avoine, qui ne s’exécute en France que d’une façon exceptionnelle. Nos moulins sont-ils outillés pour moudre d’autres céréales que le blé ? Nous avons cru devoir demander à notre collègue, M. Teisset, de la maison Teisset, Chapron et Brault frères, à Chartres, de nous donner à ce sujet son avis.
- I. - MOUTURE DU MAIS
- Le maïs de bonne qualité, blanc ou roux, du midi de la France ou de LaPlata, a 20 ou 22 p. 100 de germe, 5 p. 100 de son (soit 25 à 27 p. 100 de déchets) ; le maïs de l’Amérique du Nord dit « dent de cheval » a plus d’humidité que le précédent et a 22 à 25 p. 100 de germe et 5 p. 100 de son (soit 27 à 30 p. 100 de déchets.) Les germes contiennent beaucoup de matières grasses rancissant très vite et paralysant tout emploi; il est donc nécessaire de les éliminer le plus complètement possible.
- Aux Etats-Unis d’Amérique, où le maïs est très largement employé, on a mis à profit la constatation suivante : lorsque le maïs est d’abord soumis à l’action de la vapeur d’eau, puis séché rapidement, le germe et le son se racornissent et ont moins d’adhérence avec l’amande, à tel point qu’un bros* sage énergique peut les détacher en grande partie.
- Les appareils dits « steamer », usités et montés aux Etats-Unis, comprennent un injecteur de vapeur, un sécheur, ses ventilateurs et une brosse métallique énergique, tout ceci assez délicat comme conduite et prenant beaucoup de force.
- Pour la mouture en grand du maïs, il nous semble impossible de nous lancer dans cette voie, Des études et une longue mise au point étant très dif-
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- ficiles pendant l’état de guerre et l’importation d’Américjue presque impossible, il faut chercher à utiliser au mieux les moulins existants qui, bien souvent, n’ont qu’une force hydraulique.
- Dès 1913, nous nous étions préoccupés de la mouture du maïs en vue d’obtenir des gruaux de maïs très purs, exempts de germe, demandés par la brasserie.
- Quelques moulins faisaient déjà ce travail et nous avions fait des expériences qui nous avaient amenés à élaborer un diagramme de broyage du maïs, que nous vous soumettons, et qui donnait les résultats désirés.
- Le broyage du maïs est prévu en 5 passages.
- I
- Après le premier broyage (cylindres ayant des cannelures de 3 à 4 mm) les produits traités, envoyés sur un tamis incliné garni de toile métallique très ouverte avec un mouvement de va-et-vient, sont séparés en deux catégories : l’une contenant du son et des germes qu’on élimine, l’autre contenant des cassures de maïs que nous reclassons sur bluterie plane.
- Ce blutage sur bluterie plane donne : de grosses cassures envoyées au deuxième broyage, des farines finies et 2 ou 3 catégories des semoules à sasser.
- Après le deuxième broyage (cylindres ayant des cannelures de 2 à 3 mm), les produits traités, envoyés comme précédemment sur un tamis incliné garni de toile métallique très ouverte, avec mouvement de va-et-vient, sont séparés en deux catégories comme ci-dessus : l’une contenant du son et des germes allongés plus gros que le reste des produits, l’autre contenant des cassures de maïs que nous blutons sur bluterie plane donnant : farine finie, deux ou trois catégories de semoules et grosses cassures renvoyées au troisième broyage.
- Après le troisième broyage (cylindres ayant des cannelures de 2 mm), les produits traités, envoyés comme précédemment sur un tamis incliné garni de toile métallique très ouverte, avec mouvement de va-et-vient, sont séparés en deux catégories comme ci-dessus : l’une contenant du son et des germes allongés plus gros que le reste des produits, l’autre contenant des cassures de maïs que nous blutons sur bluterie plane donnant: farine finie, deux ou trois catégories de semoules et grosses cassures renvoyées au quatrième broyage.
- Après le quatrième broyage (cylindres ayant des cannelures de 1,5 mm) les produits traités, envoyés comme précédemment sur un tamis incliné garni de toile métallique très ouverte, avec mouvement de va-et-vient, sont séparés en deux catégories comme ci-dessus : l’une contenant du son et des germes allongés plus gros que le reste des produits, l’autre contenant des cassures de maïs que nous blutons sur bluterie plane donnant : farine finie, deux
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- INDUSTRIE.
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- ou trois catégories de semoules et grosses cassures renvoyées au cinquième broyage.
- Après le cinquième broyage (cylindres ayant des cannelures de 1 mm) les produits traités sont envoyés sur un tamis incliné garni de toile métallique très ouverte, tamis ayant un mouvement de va-et-vient (et muni d’un petit ventilateur si possible) qui donne : d’une part, le reste des germes et sons et, d’autre part, des cassures à bluter à la bluterie plane.
- Chaque passage enlève donc les germes au fur et à mesure qu’ils sont détachés de l’amande.
- Les farines de ces o passages de broyage sont réunies ; elles sont terminées ; les semoules sont groupées suivant leurs grosseurs et épurées au moyen de sasseurs.
- Elles sont ainsi propres et prêtes à être dirigées soit sur les meules, soit sur des convertisseurs en fonte pour être réduites en farine.
- Le traitement des semoules sur meules abrège beaucoup le travail; mais comme il y a un manque absolu de meules dans les moulins, on peut employer les cylindres des convertisseurs préalablement taillés avec fines cannelures ayant 2/3 à 3/4 de millimètre et leur faire suivre le diagramme actuel du convertissage des moulins à blé.
- Nous recommandons des cylindres cannelés car le maïs forme des cordons sur les cylindres lisses et en empêche le bon fonctionnement.
- Le maïs se blutant plus difficilement que le blé, nous conseillons l'adoption de soies un peu plus ouverte! et surtout nous recommandons que la mouture du maïs ne soit pas faite en même temps que celle du blé. On aura surtout des gruaux fins de maïs, bien propres à la boulangerie, avec le convertissage sur cylindres.
- Dans l’adaptation d’un moulin existant pour la mouture du maïs, les tamis suivant chaque passage de broyage peuvent être placés après la bluterie plane, si c’est plus commode.
- il. — MOUTURE DÉ L OROË ËT DE l/aVOINE
- Nous avons également étudié de très près la question de la mouture de l’orge et de l’avoine et, à notre usine de Paris, nous avons fait des expériences pour la mouture de ces deux sortes de gruaux; mais nous n’avons pas obtenu de résultats nous satisfaisant.
- En traitant de l’orge pure ou de l’avoine pure sur les appareils à cylindres, le broyage se fait bien, mais le blutage en est très difficile. Les sons d’avoine ou
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- d’orge se cassent en aiguillettes fines qui viennent bouclier les soies des blu-teries rotatives et des bluteries planes. Elles accélèrent le gommage de la soie et cela d’autant plus qu’elles gênent le brossage, de sorte que la marche continue est presque impossible.
- Au contraire, lorsque l’orge et l’avoine sont mélangées avec le blé dans une proportion assez faible, les accidents qiie nous vous signalons sont bien atténués et la mouture se fait dans des conditions presque normales. Depuis la guerre nous avons vu bien des moulins traiter des blés de La Plata avec les 7 à 8 p. 100 d’avoine qu’ils contenaient sans aucun inconvénient.
- Ainsi, s’il y avait lieu d’incorporer de la farine d’orge ou d’avoine à la farine de blé, nous conseillerions de mélanger l’orge et l’avoine au blé et de les traiter tous ensemble puisque ces trois sortes de grains ont à peu près la même composition d’amande.
- Sur meules, la mouture de l’orge et de l’avoine est possible, mais les meules manquent.
- Teisset,
- Membre de la Société.
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- LES LENDEMAINS DE LA GUERRE ET LA VITICULTURE
- L’exportation des vins1
- PAR
- M. Prosper Gervais membre de l’Académie d’Agriculture
- Messieurs,
- Les lendemains de la guerre réservent à toutes les branches de notre activité nationale des horizons nouveaux, d’autant plus vastes que seront plus pressants et plus étendus les besoins et les nécessités auxquels il conviendra de pourvoir.
- Au sortir de l’effroyable tourmente qui bouleverse l’Europe, après toutes les privations endurées, les exigences de la consommation se feront impérieuses et multiples : il faudra les satisfaire. L’agriculture verra son rôle grandir, puisque c’est elle qui devra faire face aux appels de l’alimentation, parer au plus pressé, et combler les lacunes et les vides si tristement nombreux que la guerre aura laissés après elle. Déjà elle s’y prépare, consciente de l’effort qu’elle doit pleinement réaliser ; consciente aussi de ce qu’elle se doit à elle-même et de ce qu’elle doit au pays tout entier : la France n’est-elle pas la nation agricole la plus riche du monde? Elle est la plus essentiellement agricole; elle a valu dans le passé surtout par son agriculture; et c’est celle-ci qui fut la source la moins contestable de son développement et de sa prospérité.
- La viticulture, dont l’importance est trop peu connue, devra nécessairement s’associer à ce mouvement. Dans quelle mesure le pourra-t-elle faire? Sur quel terrain, dans quel sens devra-t-elle orienter ses efforts? Dans une Europe libérée, en présence d’une situation économique toute nouvelle, devra-t-elle chercher daus /’exportation des ressources qui lui faisaient défaut, et asseoir, sur cette base, un accroissement de ses récoltes ?
- Comment cette exportation est-elle réalisable? A quelles transformations répondrait-elle, et quels bienfaits serait-on en droit d’en attendre ?
- (1) Conférence faite en séance publique le 27 février 1917.
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- LES LENDEMAINS DE LA GUERRE ET LA VITICULTURE. 251
- C’est ce que je voudrais examiner, pour répondre au désir que le Bureau de votre Association m’a fait l’honneur de m’exprimer, en me demandant d’étudier devant vous la situation de la viticulture, spécialement au regard de l’exportation des vins.
- Voyons d’abord la situation viticole, et posons nettement les données du problème.
- La France est véritablement le pays béni de la vigne. Elle est la plus grande productrice de vin, et cela de longue date. En 1788, la vigne y recouvrait 1 546 616 hectares, donnant plus de 25 millions d’hectolitres de vin ; en 1829, la surface plantée en vignes monte à 2 millions d’hectares, fournissant 31 millions d’hectolitres de vin ; et ces chiffres vont en augmentant jusqu’en 1854, où, sous l’influence des désastres causés par une maladie jusqu’alors inconnue, l’oïdium, la production fléchit jusqu’à 10 800 000 hectolitres, le point le plus bas qu’elle ait jamais atteint. Elle se relève ensuite rapidement : 50 millions d’hectolitres en 1863; 68 millions en 1864; 70 millions en 1869; 83 millions et demi en 1875, qui marque l’apogée de la viticulture française, avec près de 2 500000 hectares plantés; — et aussi comme son chant du cygne. Peu après, en effet, la crise phylloxérique éclate, qui ramène la production, de 1879 à 4889, entre 20 et 25 millions d’hectolitres.
- La crise phylloxérique, on ne saurait trop y insister, a été le point de départ d’un bouleversement profond dans la viticulture de la France ; et par contre-coup, puis par rayonnement et par approche, dans la viticulture du monde entier. Elle est l’origine d’une évolution gigantesque, d’une véritable révolution à la fois agricole et économique, affectant le vignoble dans son assiette, dans sa base, dans les sources de sa vie et de sa production, modifiant les pratiques culturales et les produits, les habitudes du producteur, du consommateur et du commerce, instaurant en quelque sorte de toutes pièces un nouvel ordre de choses destiné à accroître l’aire de culture de la vigne, l’étendue de sa production, et fatalement aussi de la consommation du vin.
- L’invasion phylloxérique a été doublement néfaste à notre pays : d’abord par ses conséquences agricoles, la destruction du vignoble; ensuite par ses conséquences économiques, autrement redoutables, parce qu’elles étaient impossibles à prévoir.
- La substitution de vignes greffées sur porte-greffes américains à nos vignes indigènes franches de pied a eu pour résultat de modifier la production par l’augmentation des rendements, et de la déplacer insensiblement par
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- AGRICULTURE.
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- l’émigration du vignoble des coteaux dans les terrains de plaine, et l’extension inattendue de l’aire de culture de la vigne.
- Le greffage hâte la maturité ; il avance la mise à fruit et accroît la fructification : ceci explique comment, avec les vignes greffées, la culture de la vigne a pu s’étendre plus au Nord, se développer en des points où autrefois elle eût été impossible, donner enfin des produits dont l’abondance ne va pas sans présenter quelque danger.
- Dans le Midi, et au début de la reconstitution, en face de la pénurie des récoltes, des demandes du commerce, la préoccupation dominante fut la recherche de la quantité. On voulait produire rapidement et produire beaucoup, pour profiter ainsi des hauts prix pratiqués à ce moment et réparer les brèches faites par les dépenses si coûteuses de la replantation. Ce sentiment était si légitime qu’il n’est guère possible, même à distance et après coup, de le blâmer. Après la disette de la période phylloxérique, la tentation des gros rendements était trop forte et trop naturelle aussi pour que, les nouvelles conditions économiques et les exigences commerciales aidant, on eût le courage d’y résister. L’extension du vignoble aux terres submersibles et aux sables du littoral accrut le domaine viticole ; nulle part peut-être ce fait n’a été plus sensible que dans le département de l’Aude où, dès le début de la période phylloxérique, les grasses plaines des environs de Narbonne, de Coursan et d’ailleurs se transformèrent en vignes. Le vignoble de l’Aude comptait : en 1863, 69 600 hectares ; il passait à 128 000 ha en 1881, et à 133 500 en 1900, avec, pour cette dernière année, une production de plus de 6 millions d’hectolitres. En 1907, la production de l’Aude montait à 8 300 000 hl.
- Quand on examine la situation viticole de la France, ce qui frappe, c’est la localisation de plus en plus marquée des grosses récoltes dans les départements du Sud-Est ; c’est encore que le Midi s’est spécialisé à proprement parler dans la culture de la vigne; le vin y est l’objet d’une production industrielle. C’est là un des premiers effets de la crise phylloxérique, et des plus importants, en ce qu’il a transformé la répartition des récoltes sur notre territoire. Si, actuellement, les surfaces plantées en vignes sont moins étendues qu’avant le phylloxéra, si elles ne dépassent guère 1 600 000 ha, si en fait, le vignoble français a diminué de près d’un tiers, le vignoble méridional, lui, a augmenté de 12,5 p. 100. Si la France produit, dans l’ensemble, moins de vins qu’avant l’invasion phylloxérique, la région méridionale produit plus qu’elle n’a jamais produit : de 1896 à 1901, elle fournit un contingent de 41 p. 100 de la récolte totale; en 1899 de 50 p. 100 ; en 1910 de 52p. 100 ; en 1913 de 45 p. 100; en 1914 de 47 p. 100. Et l’Algérie, qui ne produisait rien avant le phylloxéra, n’est pas comprise dans ces chiffres. Si l’on ajoute la
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- production algérienne — sur laquelle je reviendrai tout à l'heure — à la production méridionale, c’est un contingent constant de 50 p. 100 au moins de la récolte totale. En 1916, ce contingent s’est élevé à près de 65 p. 100. La conséquence est que le bloc méditerranéen domine de tout son poids le marché des vins de consommation courante.
- En même temps qu’elle bouleversait l’assiette de la production viticole, la crise phylloxérique, par une répercussion bien naturelle, troublait profondément le commerce des vins. Elle modifiait radicalement ses usages, ses habitudes, ses traditions. Elle le contraignait d’abord, devant l’insuffisance des ressources de la métropole, à s’adresser au dehors, à rechercher en Espagne et en Italie, puis en Algérie, dont le vignoble grandissait à mesure que disparaissait celui de la France, les vins nécessaires à l’alimentation des centres de consommation. Elle l’amenait ainsi à présenter à sa clientèle et à accoutumer celle-ci à des produits différents de ceux que fournissent nos vignes françaises. Elle donnait naissance à cette industrie des vins de raisins secs qui a pesé d’un poids si lourd sur les débuts de notre viticulture renaissante. Elle le déterminait à créer ainsi de toutes pièces de nouveaux types de vins, auxquels devaient fatalement se heurter les nouveaux produits de nos vignes reconstituées. Il y eut lutte entre ces produits différents, et personne n’a perdu le souvenir des batailles livrées contre les raisins secs. Dans ces changements successifs, le commerce, s’il ne s’est pas, à proprement parler, amoindri, s’est à tout le moins déplacé et divisé. A ces modifications rapides dans les sources de la production, il perdit quelque chose de sa cohésion d’autrefois; il ne sut pas toujours se ressaisir à temps et s’adapter sans délai à chacune de ces évolutions, comme il aurait fallu. La Réforme des Boissons, adoptée en 1900, le trouva en cet état, et elle acheva de le désemparer.
- La suppression des droits d’entrée et de détail, celle des taxes d’octroi, en libérant le vin, a eu pour effet de rendre son commerce accessible à tout le monde. L’abaissement considérable des frais de transport a ajouté à cette facilité, de telle sorte que le commerce s’est vu transformé, débordé tout à coup par l’entrée en ligne d’une foule de concurrents, de commerçants improvisés, qui, affranchis des traditions, des pratiques, des charges de leurs devanciers n’ont eu qu’un souci, faire des affaires, et ont cherché dans le bon marché le moyen de réaliser cet objectif.
- Le sucrage des vins et les abus de toutes sortes dont il fut l’origine, le foisonnement des vins, résultat de fraudes incessantes et pour la plupart insaisissables, provoquèrent cette crise viticole qui, de 1900 à 1908, jeta une perturbation si profonde dans les relations de la production et du commerce, et lésa si cruellement les intérêts de l’une et de l'autre.
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- La crise phylloxérique a eu encore pour conséquence — et cette conséquence est capitale dans l’ordre de faits qui nous intéresse et que nous visons ici plus particulièrement — l’entrée en ligne de concurrents hier encore inconnus, et l’occupation par ces nouveaux venus des marchés où, auparavant, la France était accoutumée à écouler une partie de ses produits.
- De l’autre côté des mers d’abord, des vignobles sont nés avec lesquels il faut compter : dans l’Australie, dans la Californie, la République Argentine, le Chili — pour ne citer que les plus importants — la viticulture a pris un essor inattendu. Chacun sait les efforts déployés par la Californie pour supplanter aux Etats-Unis les vins français, italiens, et ceux faits par l’Australie pour conquérir de haute lutte les marchés de l’Angleterre, du Danemark, de l’Allemagne. Depuis trente ans, l’importation des vins australiens en Grande-Bretagne a été vraiment extraordinaire : de 2 270 hectolitres en 1884, elle est passée à 46 000 hl en 1902 et à plus de 50000 hl en 1910. Sous l’influence de l’engouement impérialiste si général en Angleterre depuis la guerre Sud-Africaine, il ne semble pas que ce mouvement soit près de s’arrêter.
- Autour de nous ensuite, en Europe, nous avons vu s’élever, s’accroître, se développer des vignobles dont l’importance et l’étendue n’ont cessé de s’affirmer. La destruction du vignoble français par le phylloxéra, la nécessité d’alimenter quand même le premier marché vinicole du monde ont été le levier puissant qui a donné à la viticulture universelle cet essor, cette impulsion dont il est aisé de constater de toutes parts les résultats. Cette préoccupation bien naturelle de pourvoir au déficit des récoltes françaises, de se substituer à elles non seulement sur le marché français, mais encore sur les marchés du dehors que le commerce français se trouvait désormais hors d’état d’alimenter, a été une des causes déterminantes, un des facteurs essentiels du développement soudain que la culture de la vigne a pris depuis une trentaine d’années : savait-on si la crise phylloxérique serait passagère ou durable ? Si elle affecterait le caractère d’une calamité définitive et irréparable, ou seulement transitoire? Et pouvait-on, par avance, mesurer l’étendue des ruines quelle accumulerait et laisserait derrière elle ? N’était-on pas porté à penser que c’en était fait pour longtemps, sinon pour toujours, du vignoble français ? Et qui donc eût pu croire, en vérité, qu’il se relèverait si rapidement de son désastre, et qu’en moins d’un quart de siècle il renaîtrait de ses cendres dans un renouveau d’éclatante jeunesse et de surprenante fécondité?
- L’Espagne, l’Italie, la Grèce, la Turquie, le Portugal, la Péninsule balkanique, la Russie s'appliquaient à étendre leur vignoble.
- A nos portes enfin une transformation s’opérait qu’il importe de souligner.
- L’Algérie et la Tunisie étaient, il n’y a guère plus de trente ans, les tribu-
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- taires de la France. Elles sont aujourd’hui ses émules : d’importatrices, elles sont devenues exportatrices. En 1864, l’Algérie produisait 65000 hl de vin et en importait près de 400 000, venus de la Métropole. L’invasion phylloxérique et la destruction du vignoble méridional y provoquent un mouvement de plantation qui, une fois lancé, ne s’arrêtera plus. En 1878, l’Algérie produit 1 million d’hectolitres et commence à exporter en France 300 000 hl environ. En 1898, elle dépasse 5 millions d’hectolitres et exporte en France 3 300 000 hl. Depuis 1898, la marche ascensionnelle est pour ainsi dire ininterrompue. En 1900, 5 450 000 hl ; — en 1904, 7900 000; — en 1909, 8200000; — en 1910, 8 400000; — en 1911, 8 800 000; — en 1914, 10 300 000, avec importation en France correspondante et parallèlemenEprogressive, savoir : 5200000 en 1904; — 6 millions en 1909; — 7 millions en 1910 ; — 8 millions en 1914.
- Le vignoble algérien couvre environ 150 000 ha, et cette surface pourrait facilement être doublée.
- Ce grand effort de l’Algérie a été singulièrement facilité par le traitement de faveur dont elle jouit au point de vue fiscal ; tandis qu’en France la charge qui pèse sur les contribuables est à peu près de 90 f par tête, en Algérie elle est de 10 f seulement ; qu’on joigne à cela les facilités et le bon marché de la main-d’œuvre indigène, et l’on comprendra quel puissant stimulant ont été, pour les viticulteurs algériens, les conditions particulières qui leur sont faites. « Dans la lutte économique entre les nations, a écrit l’ancien ministre des Finances, M. Rouvier, le poids des charges fiscales est appelé à jouer un rôle peut-être décisif. » Parole profonde, qu’on ne saurait trop méditer dans le moment actuel, sous le coup des charges écrasantes que la guerre entraîne avec elle. Mais parole vraie également entre producteurs d’un même pays : le poids des charges fiscales exerce une influence capitale dans le jeu des concurrences commerciales.
- On comprend, après cela, que les viticulteurs delà Métropole se soient, il y a peu d’années, émus du fleuve débordant de la production algérienne, qu’ils y aient vu une menace pour la sécurité, pour la stabilité, pour l’équilibre et le bon fonctionnement du marché des vins de consommation courante. On se rappelle les réclamations véhémentes formulées naguère par la viticulture méridionale, et les mesures réclamées par elle pour endiguer le flot montant de l’importation algérienne, et empêcher l'établissement au Maroc d’un nouveau vignoble susceptible de devenir, à bref délai, un redoutable concurrent. C’est ainsi qu’est née la question des vins de l’Afrique du Nord, qui a soulevé, jusqu’à la veille de la guerre, d’ardentes controverses, et a même provoqué le dépôt à la Chambre des Députés de certaines propositions de loi.
- Sans doute, la question maintenant a changé d’aspect; et, au lendemain de
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- la guerre, elle ne se posera plus, elle ne se présentera plus d'égale manière : l’Algérie a trop généreusement versé son sang sur les champs de bataille, la fraternité d’armes a été trop intime, trop complète, pour qu’il puisse subsister quoi que ce soit des querelles d’antan. L’Algérie, désormais, est terre française, pleinement française; elle est simplement — par delà les flots bleus de la Méditerranée — le prolongement de la France ; elle fait partie intégrante de celb -ci. Et, loin qu’elle puisse être considérée comme une colonie, elle adroit au régime intégral de la mère-patrie : ce sera, ce doit être la solution de demain.
- Il n’en reste pas moins qu’au point de vue viticole, le rôle que joue l’Algérie sur le marché des vins, l'influence qu’elle y exerce, s'accentuent et s’affirment chaque jour davantage. La marche du phylloxéra a beau s’y poursuivre, elle n’arrête pas l’élan des plantations; il semble même qu’elle les surexcite. Il ne s’agit plus de savoir si l’Algérie, aux prises avec la crise phylloxérique, pourra traverser sans encombre cette période critique, ni comment et avec quelles ressources elle y pourra faire face ; mais bien plutôt de savoir si elle aura la sagesse de limiter le mouvement de réfection de son vignoble à son cadre actuel; si elle ne se laissera pas entraîner à l’étendre démesurément et à créer finalement sur l’autre rive de la Méditerranée un vignoble immense destiné à écraser celui de la métropole.
- Le certain — et il faut le regretter — est que l’Algérie est restée sourde aux avis, aux conseils qui lui ont été prodigués. On lui a dit que, loin de viser à être la concurrente ou la rivale de la métropole, elle devait tendre à devenir son auxiliaire; que, ni par son sol, ni par son climat elle n’était faite pour la production de ces vins légers, fruités, agréables, qui sont l’apanage des vignobles à grands rendements de l’Aude, de l’Hérault, du Gard; qu’en cherchant à les imiter, à les remplacer, elle faisait fausse route. On s’est efforcé de lui démontrer que son orientation nouvelle devrait logiquement avoir pour but d’une part, la production de vins de coupage capables de se substituer sur le marché français et sur certains marchés du dehors, aux vins de coupage de l'Espagne et de l’Italie; d’autre part, la production de vins de liqueur susceptibles d’imiter les vins similaires de ces pays et de lutter avec eux. D’un côté comme de l’autre, la tâche serait aisée.
- La production algérienne peut être divisée en trois catégories: celle des vins communs, faibles en couleur et sans qualités spéciales; celle des vins de coupage, colorés et gros; celle des vins fins, de consommation directe. La première ne devrait-elle pas, de toute nécessité, se transformer radicalement soit pour accroître la seconde, soit pour viser l’obtention de vins de liqueur, qui jouissent d’un régime particulièrement favorable? La seconde ne devrait-elle pas s'augmenter par l’adoption des cépages de l’Espagne, du Portugal, de l’Italie
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- capables d’ajouter aux qualités naturelles des cépages locaux, et aussi par la continuité des perfectionnements apportés aux méthodes de vinification? La troisième enfin ne pourrait-elle s’affiner encore par une sélection plus parfaite des cépages et des modes de culture? Notre viticulture d’outre-mer acquerrait ainsi sa physionomie propre, nouvelle et définitive.
- Qu’on suppose ce programme réalisé; et qu'on dise si la production algérienne ne constituerait pas — dans ces conditions — un appoint des plus précieux pour l’objet qui nous préoccupe ici, et les buts que nous nous proposons, à savoir l’exportation des vins?
- *
- * *
- Quand on parle de l’exportation des vins, on a coutume de remonter à 1873 ; nous avons exporté cette année-là près de 4 millions d’hectolitres, représentant une valeur de 500 millions de francs environ.
- « Quel recul n’avons-nous pas subi, dit-on, et quelle déchéance! Voici que nos exportations sont tombées à la moitié de ce qu’elles étaient autrefois ! »
- Il est vrai; mais c’est là une apparence plutôt qu’une vérité absolue : à consulter les documents officiels relatifs à nos exportations, on constate que, antérieurement à 1873, de 1861 à 1870, par exemple, la moyenne de nos exportations n’a pas dépassé 2550 000 hl ; que de 1870 à 1882, cette moyenne fut d’environ 3 300000 hl, que de 1882 à 1892, elle fléchit à 2 400 000 hl, pour ne s’écarter de ce chiffre que dans une mesure assez faible et qui se justifie, la plupart du temps, par la faiblesse ou le déficit de nos récoltes (exemple les récoltes de 1910 et de 1913).
- D’ailleurs, même aux époques où nos exportations se présentaient sous le jour le plus favorable, elles n’offraient qu’une importance bien minime pour l’ensemble de la production vinicole, puisqu’elles représentaient à peine 5 p. 100 des récoltes.
- Voici le mouvement de nos exportations de 1905 à 1914 (1) :
- Année 1905 . .................. 2 605 000 hectolitres.
- -- 1906 2110 000 —
- — 1907 2 786 000 —
- — 1908 2 373 000 —
- — 1909 2 280 000 —
- — 1910 2 292 000 —
- — 1911 1 569 000 —
- — 1912 2058 000 —
- — 1913 1659 000 —
- — 1914 1 154 000 —
- (1) D’après la Reçue vinicole du Ier juin 1916.
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- Le fléchissement signalé dès 1882 date donc de la période phylloxérique : or, à ce moment la France venait d’ouvrir toutes grandes ses barrières douanières aux vins étrangers. C’est l’époque des vins de raisins secs, des vins d’Espagne, de Grèce et de Turquie à base d’alcools allemands. Quoi d’étonnant si, de toute manière, elle fut défavorable à nos exportations?
- Puis ce fut le contre-coup et le résultat le moins contestable de cette crise phylloxérique que je viens d’évoquer tout à l’heure.
- Est-il possible, aujourd’hui, de remonter le courant et de reconquérir les places perdues ?
- La question de l’exportation des vins présente deux aspects différents, suivant qu’on l’envisage au regard des vins fins, des vins de choix et de cru, ou au regard des vins ordinaires de consommation courante, les premiers pouvant être exportés, soit en bouteilles, soit en fûts, les seconds étant toujours, ou le plus souvent, exportés en fûts.
- Les vignobles du Bordelais, de la Bourgogne et de la Champagne constituent les plus beaux fleurons de la couronne viticole de la France. Leurs vins ont acquis une réputation mondiale, et ont, depuis longtemps, assuré à notre pays une prééminence que rien n’a pu ébranler ou amoindrir. C’est en vain que d’autres contrées viticoles ont essayé de les imiter. C’est en vain que dans le Caucase et en Crimée, dans le Chili, en République Argentine, on a cherché, en utilisant nos cépages et nos méthodes de culture, à égaler nos grands vins du Médoc et du Libournais, de la Côte-d’Or, de la montagne de Reims et des côtes d’Epernay ; on n’y est point parvenu. Les produits ainsi obtenus dans des terrains comparables pourtant aux nôtres, n’ont rappelé que de très loin les qualités de nos grands vins. Il en a été de même des tentatives faites dans les terrains crayeux du Texas pour approcher de nos grandes eaux-de-vie des Charentes. Celles-ci comme ceux-là présentent un ensemble de qualités de finesse, de bouquet, de constitution qui les rend incomparables et qui a assis pour jamais leur universelle réputation.
- C’est pourquoi nos grands vins n’ont cessé d’occuper la première place sur tous les marchés du monde : nos grands crus de la Bourgogne et du Bordelais, nos grandes marques de Champagne et de Cognac n’ont cessé de figurer sur toutes les tables des classes riches en Angleterre, en Belgique, en Russie, en Allemagne, aux Etats-Unis, etc.
- Si, au cours de ces dernières années, un certain fléchissement a paru se produire dans l’exportation de nos vins fins, il faut en chercher la cause moins peut-être dans la concurrence dont ils ont été l’objet que dans les imitations et les falsifications, dans les usurpations de marques d’origine qui se sont exer-
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- cées sans scrupule dans certains milieux commerciaux, notamment en Allemagne.
- Le commerce allemand a envahi peu à peu tous les marchés du monde par l’espionnage et la contrefaçon. Nul ne le méconnaît aujourd’hui, où cette vérité apparaît aux yeux de tous ; et cela est vrai pour le vin plus peut-être que pour aucun autre article.
- VAllemagne est un pays peu viticole, mais qui a fini, à force de ténacité, de souplesse et de ruse, par se constituer de toutes pièces une véritable force vinicole. Pour atteindre ce but, elle a accaparé les productions étrangères, et les a en quelque sorte faites siennes, en les dénaturant, en les adultérant, en les sophistiquant.
- Le vignoble allemand est de faible étendue ; mais, en revanche le goût du vin est très répandu en Allemagne, et le commerce des vins y est fort actif.
- L’essor prodigieux pris par l’industrie allemande a eu pour corollaire l’augmentation de la population, l’agglomération des habitants dans les grands centres, enfin une diffusion du bien-être dans toutes les classes de la société. La consommation du vin a pris sa part dans cette prospérité générale : elle y dépassait 4 millions d’hectolitres empruntés pour la plus grande part à la France, à l’Italie, à J’Espagne, à la Grèce, à l’Autriche-Hongrie ; empruntés surtout, il faut se hâter de l’ajouter, à la production des vins artificiels.
- Il faut lire dans la belle étude du regretté M. Tallavignes, Les Vms français en Allemagne, si documentée, si fouillée, tous les détails sur la production allemande, sur l’importation et sur l’exportation des vins dans ce pays, pour se rendre compte des efforts qui y ont été accomplis en vue du développement de l’exportation des vins et de la conquête de certains marchés de l’extérieur.
- Ce qu’il faut retenir et souligner ici plus particulièrement, c’est l’importance qu’a pris en Allemagne le commerce des vins mousseux. Ce commerce qui avait été pendant longtemps l’apanage exclusif de la France, l’Allemagne a tenté de l’en dépouiller, et Dieu sait par quels procédés, avec quelle perfidie et quel audacieux cynisme!
- Dans une conférence qu’il a faite à Paris le 26 mars dernier, sous le patronage de VAssociation française pour /’Avancement des Sciences, M. Pierre Viala, Inspecteur général de la Viticulture, a stigmatisé ce rôle du commerce allemand : après avoir exposé les pratiques employées par celui-ci pour accaparer, s’il était possible, la consommation mondiale du Cognac, devenu entre les mains expertes d’outre-Rhin, un Kognac, — alcool frelaté et parfumé avec des liqueurs chimiques, — M. Pierre Viala continue :
- « Le champagne paraissait au commerce allemand, encore plus que le cognac,
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- avoir une extension et une valeur commerciales indéfinies. Mêmes procédés, mêmes actions, nous les retrouverons toujours : établissement de maisons allemandes en Champagne, création de marques qui, par l’habileté avec laquelle elles étaient conçues et même par l’honnêteté primitive qu’elles couvraient, s’imposaient à côté de nos grandes marques françaises. Vins parfaits au début, pouvant lutter sur le marché, car ils étaient récoltés en Champagne même, vinifiés avec les produits des meilleurs crus; lutte commerciale d’abord droite, ensuite tortueuse ; enfin réclame faite pour ces marques allemandes, favorisées comme toujours, sur les lieux mêmes de vente, par tout ce qui était plus ou moins germain. Puis, le commerce, concentré tout d’abord en France, était progressivement ramené dans les grands centres allemands, et l’expédition, avec les étiquettes françaises sur les bouteilles contenant d’ailleurs encore des produits réels français, avait lieu des ports de Hambourg, Brême, etc. Et alors commençait le système du mélange des vins de qualité d’abord avec des vins inférieurs, l’abaissement des prix de vente aux consommateurs, la lutte par ces prix contre les maisons concurrentes. Le champagne vrai ne devenait bientôt plus qu’un accessoire dans la bouteille, qui gardait cependant toujours son étiquette d’origine. Les prix baissaient de plus en plus, et on finissait par entraîner le consommateur à des vins de moins en moins vins de qualité, de moins en moins d’origine, de plus en plus mélangés de liquides sucrés, fermentés, tels que jus de pommes, jus de poires, etc., associés avec des raisins de Suisse et du midi de la France (aramon), etc. Le prix de vente baissait avec le prix de revient, et l'emprise commerciale devenait ainsi absolue et définitive. Mais ces grosses maisons de Hambourg, Brème, Munich, gardaient le semblant de pudeur d’avoir encore dans leurs magasins des approvisionnements de crus authentiques, souvent les plus grands crus des meilleures années, pour pouvoir les livrer au besoin et se donner ainsi un semblant d’honnêteté commerciale. Ces trafiqueurs étaient même arrivés, dans ces grandes usines hanséatiques, à fabriquer des quantités énormes de liquides mousseux, soi-disant vin de Champagne, qu’ils livraient jusque dans les plus lointains pays de l’Asie et de l’Afrique à des prix inférieurs, d’autant plus bas d’ailleurs que leur marine marchande leur permettait une exportation à bon marché et que les encouragements de toutes sortes leur étaient donnés par l’Empire germain. Il est quelques chiffres qui sont très typiques à ce point de vue. L’Allemagne avait importé jusqu’en 1910 plus de grands vins mousseux d’origine, pris en Champagne, qu’elle n’en avait exporté. Ainsi, son importation pour 1910, — et elle avait été en progressant jusqu’à ce moment-là, — était arrivée à 1744 986 bouteilles, représentant une valeur de plus de 10 millions de francs. Dès 1911, l’importation va en baissant d’environ un tiers; elle était, par exemple en 1911, de 1 047 472 bouteilles et se maintenait à ce chiffre en 1912.
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- Or, en 1909 par exemple, contre une importation de 1514 713 bouteilles, on notait une exportation, comme grands vins de Champagne, de 1 187 890 bouteilles ; mais en 1911 l’exportation dépassait de 300 000 bouteilles l’importation, et cette différence se maintenait les deux années suivantes. L’Allemagne était donc arrivée à vendre plus de vins, comme grands vins, qu’elle n’en achetait en France, et cette progression aurait continué si la guerre n avait pas été déchaînée.
- « Mais ce n’est pas tout. A côté de ces vins de qualité relative et authentique, l’Allemagne exportait en outre, en 1912, dans le monde entier, plus de 20 millions de bouteilles étiquetées « champagne » et qui étaient un mélange de toutes sortes de boissons mousseuses, souvent même de simples liquides sucrés, provenant surtout des pommes achetées en Normandie, et gazéifiés. Mais comme sa domination commerciale setait établie partout, elle imposait ses pseudo-vins, qu’elle fabriquait à très bas prix, et accaparait ainsi le commerce. Ce commerce du champagne fut un des grands succès des Allemands dans ces dernières années. Nos maisons françaises avaient lutté activement, mais leur honnêteté commerciale n’avait pu les défendre dans la lutte pour les vins communs, encore moins dans la lutte pour les vins d*imitation que leur tempérament de Français ne leur permettait même pas d’entreprendre... »
- C’est grâce à ces pratiques que, depuis quelques années, Hambourg et Munich, Lubeck et Dresde, étaient devenus des centres commerciaux viticoles des plus importants. On a souvent parlé du vignoble de Hambourg, et parfois avec une nuance d’admiration et d’envie, comme si les pratiques commerciales qui sont à la base de cette fortune inattendue étaient à recommander ou pouvaient servir d’exemple! comme si le commerce français, dont la réputation solidement établie à l’étranger par tout un passé de traditions de loyauté et de probité, de hautes qualités de pureté et d’authenticité des produits, avait besoin de tout ce maquillage, de toute cette camelote 1
- Qu’il faille viser, et de toutes nos forces, à remplacer le commerce allemand, à se substituer à lui, à arracher de ses mains les armes frauduleuses dont il a trop longtemps abusé, tout le monde en tombe d’accord : mais c’est par des moyens diamétralement opposés à ceux qu’il a employés lui-même, je veux dire par la droiture dans les transactions, par la pureté absolue, la haute qualité et l’authenticité de nos produits.
- Pour cela, deux choses sont par-dessus tout nécessaires : ici même, à l'intérieur, en France, V authentification de nos vins ; au dehors, F extension imposée et le respect des stipulations de la convention de Madrid.
- En matière de denrées alimentaires, — et le vin est une denrée alimentaire de premier ordre, —la falsification et la fraude sont intolérables parce qu’elles Tome 127. — i« semestre. — Mars-Avril 1917. 18
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- éloignent le consommateur, qu’attirent au contraire et enchaînent les garanties de pureté, de sincérité, d’authenticité du produit. Si donc nous voulons faire effort pour accroître partout la consommation du vin et tout spécialement de nos grands vins, qui sont des marchandises d’un prix élevé, il est indispensable de faire en même temps eflort pour garantir à l'acheteur la pureté et l’authenticité de ces vins. La garantie positive que représenterait Vauthentification des vins de cm m’apparaît, en conséquence, comme l’instrument décisif de notre mouvement d’exportation de ces vins.
- Au dehors, la protection et le respect efficace des marques d’origine et de provenance des vins de cru ne sont pas moins nécessaires. L’importance que présente la question des marques et des appellations d’origine a été mise en lumière ici même, il y a quelques semaines, par M. Joseph Hitier, dans une conférence remarquable à laquelle je n’ai point été le dernier à applaudir.
- M. Hitier a admirablement fait ressortir l’influence quej la protection des appellations d’origine exerce sur la production agricole et le profit que celle-ci en doit tirer.
- Les marques d’origine des vins de cru ne sont pas, d’ailleurs, seulement l’apanage de la France ; elles constituent les titres de noblesse dont s’enorgueillissent à bon droit la plupart des nations viticoles, Portugal, Italie, Espagne, Hongrie, et tontes y sont pareillement intéressées. La Convention de Madrid de 1891 a pour but d’assurer ce respect et cette protection. Si elle est trop longtemps restée lettre morte, si de trop nombreux gouvernements, tel l’Allemagne, ont refusé jusqu’à ce jour d’y adhérer, l’heure est venue de leur imposer cette adhésion, et d’en faire une des clauses des traités à intervenir. Il n’est pas admissible que la fraude sur les appellations d’origine continue à s’exercer impunément, avec le cynisme que nous lui avons vu en Allemagne, aux dépens du commerce et du récoltant français.
- L’extension de la Convention de Madrid et son adoption par toutes les nations n’auraient pas seulement pour résultat de faire disparaître des abus et des fraudes dont plus que toute autre a souffert la viticulture française, elles aideraient puissamment notre commerce d’exportation à développer son action sur les marchés amis où il rencontrait une concurrence déloyale; il y trouverait un point d’appui efficace dans la lutte contre ses rivaux : en Angleterre, en Belgique, en Russie, aux Etats-Unis, partout où une clientèle fidèle nous est demeurée attachée, on lui saurait gré d’ajouter ainsi un nouveau gage aux garanties d’authenticité qui classent nos produits hors pair.
- En Belgique, où nous occupons de longue date la première place, il est permis d’escompter de nouveaux et sensibles progrès.
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- La Belgique a été, autrefois, une région quasi viticole : les vignobles de la Moselle et de la Meuse s'y prolongeaient sur les côtes qui bordent ces fleuves ; ces vignes ont disparu peu à peu, et c’est à peine s’il en survit quelques lambeaux aux environs de Liège, à Huy, sur les bords de l’Ourthe, etc., mais la population de ce pays a conservé un goût très vif pour le vin : seul le prix élevé qu’y atteint cette boisson en paralyse la diffusion. La moyenne des importations dépasse 300 000 hectolitres, dont 250 000 environ en cercles et le reste en bouteilles. La France a été de tout temps le principal fournisseur des vins fins et ordinaires consommés par la Belgique. Les Belges font leurs achats en cercles dans nos meilleurs crus, avec une préférence marquée pour nos grands vins de la Côte-d’Or qu’ils se font expédier souvent dès la première année de leur récolte. En bouteilles, ils achètent nos grands vins rouges de la Bourgogne, du Bordelais, de la Champagne, et aussi les vins blancs mousseux, fins et délicats de la Touraine et du Saumurois, les muscats de Lunel et de Fron-tignan ; ils sont fort éclectiques, et tout le monde sait qu’il n’est pas rare de trouver, chez les connaisseurs et les amateurs belges, des caves garnies de plusieurs milliers de bouteilles des meilleures années. Les caves des négociants en vins contiennent aussi, en des proportions plus grandes encore, des trésors dans lesquels leur clientèle puise au fur et à mesure de ses besoins. Que sera-t-il advenu de ces richesses vinicoles au cours de la tragique occupation allemande? Il est facile de le deviner. Il n’en restera pas grand’chose ; et quand le calme de la paix aura succédé aux fureurs actuelles, le besoin de les reconstituer s’imposera.
- Mêmes observations pour nos eaux-de-vie naturelles, Cognac et Armagnac, si appréciées des Belges.
- Autrefois, les classes favorisées de la fortune pouvaient seules garnir leurs tables de nos vins fins ; plus tard la bourgeoisie, se contentant de vins moins délicats et d’un prix moins élevé, en fit d’amples provisions; aujourd’hui les petits bourgeois qui, comme leurs concitoyens plus fortunés, aiment le vin, en consomment. Pourquoi demain les ouvriers, qui ne l’aiment pas moins, n’en consommeraient-ils pas à leur tour, si on le mettait à leur portée à un prix abordable? Les essais tentés dans ce sens ont été nettement favorables. Tous ceux qui, comme nous, ont participé aux diverses expositions belges et, notamment à l’Exposition universelle de Liège de 1905, et qui ont vu de près l’empressement que tous, petits bourgeois, ouvriers, paysans, soldats et femmes mettaient à s'approcher des bars de dégustation organisés par les sociétés d’agriculture de l’Hérault, du Gard, etc., ont été frappés d’étonnement : l’affluence sans cesse renaissante d’une foule qu’à certaines heures il était quasi impossible de satisfaire, a laissé l’impression très nette que le peuple belge
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- deviendrait un consommateur de vin régulier et habituel, si le prix de celui-ci était peu élevé et plus facilement accessible (1).
- Deux conditions essentielles seraient nécessaires au succès d’une telle entreprise : Xamélioration du régime des transports entre la France et la Belgique, et la réduction des droits d'accise.
- Est-il téméraire de penser que l’union désormais indissoluble des cœurs, cimentée entre la France et la Belgique par les événements actuels, par les souffrances communes et les flots de sang versés pour la même cause, se traduira, sur le terrain des intérêts économiques, par une entente étroite, permettant la réalisation de ces aspirations et de ces vues ?
- De même n’est-on pas fondé à espérer que du côté de nos autres alliés, l’Angleterre, la Russie, des concessions nous seront faites, des abaissements de tarifs nous seront consentis, susceptibles de donner à notre exportation des vins une extension que l’élévation actuelle des tarifs rend, pour certaines catégories de nos produits, absolument impossible?
- En Angleterre, nombreuses sont les difficultés à vaincre : c’est d’abord la lutte contre les vins d’Australie dont la consommation augmente rapidement, et contre les vins de Portugal (Porto ou genre Porto) que le consommateur anglais affectionne tout particulièrement. C’est ensuite la campagne acharnée menée par toutes les sociétés et ligues de tempérance contre l’alcool et les boissons alcooliques ; et qui, par un excès de zèle, dépassant le but, veulent assimiler les vins aux boissons alcooliques et les proscrire au même titre. Devenues d’une intolérance absolue, ces ligues, dont l’action est puissante et rayonne sur le pays entier, condamnent de parti pris toutes les boissons autres que les boissons non alcoolisées comme la limonade, le ginger pop et les eaux gazeuses.
- Une active propagande s’imposera pour contre-balancer cette néfaste influence et rétablir la vérité, qui fait du vin naturel la boisson hygiénique par excellence. A cet égard les circonstances actuelles nous servent, qui permettent aux troupes anglaises et russes, vivant au contact de nos propres soldats, de constater les bienfaits de notre boisson nationale; l’exemple des corps de troupes françaises, où l’usage du vin est journalier et constant, les frappera ; il leur démontrera quelle valeur hygiénique a le vin de France, et qu’il est pour la santé morale et physique de nos soldats le plus efficace des agents. C’est la meilleure réponse à opposer aux ligues de tempérance, et la démonstration la plus frappante des effets hygiéniques et thérapeutiques du vin, en même temps que de ses mérites comme aliment nervin et reconstituant.
- (1) Voir à ce sujet le rapport très documenté de M. Malaquin, rapporteur de la classe 60 à l’Exposition universelle et internationale de Liège en 1905.
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- Vis-à-vis de la Russie, la tâche sera plus rude encore et plus malaisée. Depuis la suppression du monopole de l’alcool, des mesures restrictives contre l’usage des boissons alcooliques n’ont cessé d’y être prises ou préconisées ; et comme toujours en pareil cas, la mesure a vite été dépassée. Voici que la Douma est saisie d’une proposition de loi tendant à interdire la consommation du vin et de la bière, et qu’à côté, le Trésor, pour s'assurer de nouvelles ressources et gager les intérêts des nouveaux emprunts, va ajouter aux taxes douanières en vigueur un droit nouveau sur les vins importés. Ce droit serait, pour les vins ordinaires, d’environ 70 francs par hectolitre ; pour les vins mousseux, il atteindrait 210 francs par hectolitre : ce serait la prohibition pure et simple.
- De telles décisions, à ce point excessives, ont de quoi surprendre venant d’un pays qui n’est pas sans être quelque peu viticole. La viticulture russe n’est pas un mythe ; elle existe ; et le gouvernement de Petrograd en a plus d’une fois attesté l’existence.
- Le vignoble russe s’étend au sud de ce vaste empire dans la Bessarabie, la Crimée, le Caucase et le Turkestan jusqu’aux rives de la mer Caspienne. Tout cet immense territoire pourrait, dans sa plus grande partie, être apte à la culture de la vigne ; celle-ci n’y est cultivée actuellement que sur certains points particuliers qui forment autant de groupes principaux. L’ensemble peut être évalué à un peu plus de 200 000 hectares produisant près de 4 millions d’hectolitres. Les centres les plus importants sont : la Bessarabie avec plus de 75 000 hectares et 1 500 000 hectolitres ; et le Caucase avec un peu plus de 100 000 hectares et 170000 hectolitres. Cette production est loin de suffire aux demandes du marché intérieur; et, malgré les hauts droits de douane, l’importation est voisine de 100 000 hectolitres, pour la plus grande part de provenance française et représentée surtout par des vins tins. La Russie importe également d’assez grosses quantités de raisins et de raisins secs. Malgré tout, la consommation du vin est très faible en Russie, étant donné le chiffre extrêmement élevé de la population ; et, en dehors des pays de production où l’usage du vin est courant, il n’y a guère que les classes aisées et riches qui boivent du vin ; encore est-ce presque toujours du vin de qualité supérieure tels que nos bordeaux et nos bourgognes français, et vendus à la bouteille.
- Ce qui frappe, quand on étudie la viticulture russe, c’est le défaut d’organisation sérieuse : à côté d’exploitations vinicoles où les derniers progrès sont réalisés et qui ne le cèdent en rien à celles de nos grandes propriétés de France et d’Italie, les petites exploitations pêchent par de graves lacunes dans les modes de culture et les procédés de vinification. Encore faut-il reconnaître que de réelles améliorations ont été apportées à cet' état de choses au cours de
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- ces dernières années : l’institution par l’Etat de stations phylloxériques et de pathologie végétale, de pépinières de vignes américaines et d’écoles de viticulture a produit d’utiles résultats.
- L’extension du vignoble russe pourrait être immense, alors surtout que, par la conquête de l’Arménie, va se développer et s’accroître le territoire favorable à la culture de la vigne.
- Parallèlement, les marchés de la consommation intérieure pourraient devenir pour ainsi dire indéfinis, si l’usage du vin entrait peu à peu dans les habitudes du peuple russe.
- A ce peuple, auquel par un geste libérateur son Tsar vient d’un seul coup et brusquement de supprimer la consommation de l’alcool, d’un usage pourtant si constant, si familier et si funeste, pourquoi ne pas apprendre l’usage modéré du vin? Qui ne sent quels avantages de tous ordres résulteraient pour le peuple russe et pour l’Etat de cette substitution? Quelles sources de richesse à la fois pour le Trésor public et pour les populations méridionales, orientées par degrés vers la culture de la vigne ? Sans doute, ce serait là une œuvre de très longue haleine, dont le développement ne pourrait être que très lent, à raison de la rareté des moyens de communication, et de toute absence d’organisation commerciale sérieuse.
- Pour la préparer, pour la rendre possible et réalisable en habituant peu à peu ses populations à l’usage du vin, la Russie ne devrait-elle pas du moins ouvrir plus libéralement qu’elle ne fait ses portes aux vins étrangers? Devant les tarifs véritablement prohibitifs qui opposent à nos vins français une barrière infranchissable, comment ne réclamerions-nous pas des adoucissements qui ramènent ces tarifs à un taux raisonnable? Il n’est pas douteux qu’avec un abaissement sensible des droits d’entrée, l’importation des vins français dans certaines provinces de l’Empire russe serait, malgré la concurrence, susceptible de se développer. Si les vins français étaient moins chers, beaucoup de familles de fortune modeste en achèteraient davantage. La Chambre de Commerce russe de Paris a signalé depuis longtemps la difficulté qu’il y a à se procurer en Russie de vrais vins français de bonne qualité, la plupart des vins mis en vente parles détaillants, par les hôteliers ou restaurateurs, alimentés, d’ailleurs, eux-mêmes par les maisons de gros, ayant au préalable transité par les ports allemands, et n’arrivant à destination que mélangés et adultérés. Ici encore, l’au-thentilication des vins de cru, d’une part, et la stricte observation des prescriptions de la Convention de Madrid, d’autre part, serviraient utilement les intérêts français. En tout état de cause, un point important reste à retenir : c’est que dorénavant nos relations commerciales avec la Russie devront, de toute nécessité, s’affranchir de l’intermédiaire de l’Allemagne : le rôle de
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- transitaire obligé que celle-ci a joué jusqu’ici doit disparaître; une prise de contact direct avec les centres de consommation en Russie facilitera singulièrement le relèvement de notre exportation de vins tins et principalement de vins mousseux.
- Quand on se prend à réfléchir de près à la situation générale de l’après-guerre, on en arrive à se persuader que, sur ce chapitre spécial des vins mousseux, notre commerce peut et doit rattraper sans difficultés l’avance que, sur quelques points, l’Allemagne avait prise, et conquérir de haute lutte la primauté sur tous les marchés du monde.
- Aux Etats-Unis, par exemple, où des facilités sont loin de nous être accordées pour nos vins, alors qu’ils devraient en bonne justice y être l’objet d’un traitement tout différent, nous voyons nos exportations de vins mousseux, champagne et autres, se maintenir à 13720 hl en 1915 — elles étaient de 13 830 en 1913— et se présenter en plus-value marquée pour l’année 1916.
- Ce serait donc une faute lourde que de ne pas songer dès maintenant à faciliter et à encourager l’exportation de nos vins de choix,
- *
- * *
- L’intérêt est-il le même pour nos vins ordinaires de consommation courante? En d’autres termes, nos vins ordinaires sont-ils susceptibles de se prêter à une exportation plus importante? Cette exportation s’impose-t-elle comme un besoin pour notre production vinicole et pour notre commerce des vins?
- Pour répondre à ces questions, il est nécessaire de jeter un regard sur la situation de notre production et de notre marché des vins ordinaires, et de se rappeler ce que j’en ai dit tout à l’heure, au début de cette causerie.
- Grâce à une série de récoltes moyennes ou déficitaires, grâce à une surveillance désormais efficace des fraudes, le marché des vins, alimenté seulement par la production nationale, débarrassé de l’engorgement qui lui fut si funeste, a recouvré la souplesse, l’élasticité qui lui manquaient. Il a subi, au cours de ces dernières années, des modifications heureuses. Il a perdu beaucoup de sa nervosité, de son impressionnabilité. Il a pris une confiance relative, une assiette que nous ne lui connaissions pas autrefois. C’est là un des effets les moins contestables des nouvelles dispositions législatives adoptées depuis 1907, telles que la déclaration de récolte, et surtout de l’application énergique des mesures contre les fraudes.
- La déclaration de récolte a bien produit les résultats que nous avions escomptés. Elle a éclairé d’un jour très vif l’importance réelle de notre production vinicole et des stocks à la propriété ; elle a permis de mesurer, de jauger2 en quelque sorte, la faculté d’absorption du marché — ce que j’ai appelé son
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- point de saturation — et elle a démontré que, pour le moment, et en état normal, la production naturelle n’excédait pas cette capacité.; Elle a enfin paralysé les fraudes qui pouvaient se commettre chez le producteur, et tari une des sources de l’allongement des récoltes. En un mot, elle a été et elle constitue un véritable bienfait.
- A côté d’elle, d’autres mesures tout aussi efficaces ont été prises : la surveillance, la recherche, la répression méthodique des fraudes ont été poursuivies sans arrêt, soit par les administrations compétentes, soit par les organisations que la viticulture elle-même a su créer dans ce but. La constitution des confédérations de vignerons, par l’action incessante que celles-ci ont exercée, a déterminé sur le marché des vins la plus heureuse influence. Elle a grandement contribué à l’épuration, à l’assainissement du marché. Elle a fait disparaître peu à peu la fabrication artificielle, auparavant insaisissable, et cette surenchère du bon marché qui avait été une des causes déterminantes de l’avilissement des prix et la caractéristique la plus fâcheuse de cette longue période de malaise et de trouble qu’on a appelée la crise viticole.
- Le commerce, qui avait été si éprouvé par la grande débâcle de 1903, n’est pas resté insensible à ces modifications, à ces transformations : il a commencé par s’y associer ; puis, quand il en a senti toute la portée, toute l’efficacité, il s’est repris, il s’est ressaisi, il s’est reconquis. Dès 1910, la confiance lui était revenue ; et à ce moment, jugeant les circonstances favorables, il n’hésitait pas à sortir de sa réserve, à intervenir et à se porter résolument aux achats.
- 1910 marque le début des récoltes déficitaires que, sous l’influence des invasions de maladies cryptogamiques d’une violence inouïe, ou d’insectes ampélo-phages particulièrement abondants, nous avons enregistrées depuis lors : la récolte de 1910 fut seulement de 28 millions d’hectolitres, alors qu’elle avait été de 54 millions d’hectolitres et demi en 1909, de 60 millions et demi en 1908 et de 66 millions en 1907. Elle eut pour conséquence un relèvement très marqué des cours des vins qui s’élevèrent de 20 à 40 f l’hectolitre ; 1911 et 1913 furent également déficitaires, avec une production dépassant à peine 44 millions d’hectolitres; 1912 et 1914 nous donnèrent des récoltes moyennes dépassant légèrement 59 millions d’hectolitres. Enfin 1915, avec sa récolte infime de 20 millions d’hectolitres, a été un véritable désastre, occasionné, on le sait, par une invasion formidable de mildiou telle qu’on n’en avait jamais vu. Gomme cette invasion avait sévi avec l’intensité la plus grande dans la région méridionale, ce fut elle qui fut le plus durement éprouvée : nos quatre départements grands producteurs du littoral méditerranéen (Aude, Gard, Hérault, Pyrénées-Orientales) ne produisirent ensemble qu’à peine 10 millions d’hectolitres.
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- alors qu’ils en avaient produit 33 millions en 1914 : et le groupe des départements du Sud-Ouest, la Gironde en tête, ne fournit guère que 4 millions d’hectolitres contre 13 600000 hl en 1914.
- Aussi, vit-on les cqurs des vins progresser d’une façon pour ainsi dire constante, de 40 f au début de la campagne, à 60, 63 et même 75 f l’hectolitre. Ils sont demeurés à ces prix qui constituent, pour les vins ordinaires du Midi, un véritable record.
- La récolte de 1916, de son côté, a été beaucoup moins élevée qu’on l’avait espéré tout d’abord : avec ses 33500 000 hl, elle constitue encore une récolte déficitaire. C’est la série des vaches maigres qui continue ; c’est aussi le maintien des hauts prix ; et on peut, sans crainte de se tromper, pronostiquer qu’ils demeureront entre 50 et 60 f l’hectolitre, taux auquel ils sont actuellement. Par conséquent, le vin restera cher.
- Seulement, et tout le monde en conviendra, cette situation ne saurait être durable : aux vaches maigres ont toujours succédé les vaches grasses. Malgré les dégâts causés par les maladies cryptogamiques, le vignoble, il s’en faut de beaucoup, n’est pas atteint dans ses oeuvres vives. Si, sur certains points, il est quelque peu négligé à raison de la pénurie de main-d’œuvre qu’entraînent les événements actuels, dans l’ensemble il présente un aspect satisfaisant. Tout porte à croire que la courbe des récoltes faibles que nous venons de descendre, se relèvera ; nous reverrons l’ère des récoltes abondantes, vraisemblablement même des récoltes pléthoriques. Lorsque le mouvement dont j’ai esquissé plus haut la physionomie aura 'produit tous ses effets, lorsque la fièvre des gros rendements qui s’est manifestée avant la guerre, dans le Midi et l’Algérie, aura repris sous le stimulant des hauts prix actuels, nous constaterons la domination exercée sur le marché des vins communs par le bloc méditerranéen, et aussi le danger que présente le défaut d’équilibre de notre production vini-cole. Comment parera-t-on à l’afflux débordant de la production méditerranéenne coïncidant avec une grosse récolte dans les autres régions? Le marché est-il, mieux qu’autrefois, en mesure de l’absorber ? Oui, sans aucun doute. Avec des récoltes abondantes, les prix des vins devront nécessairement s'abaisser ; les transactions devront se multiplier et reprendre une activité qu’elles semblent avoir perdue. La consommation surtout devra tendre à se relever : la consommation taxée, celle que l’on peut chiffrer exactement parce qu’elle s’exerce en quelque sorte sous le contrôle de la Régie, est évidemment fort variable. Elle est sous la dépendance de bien des facteurs, dont le principal est le prix même du vin; ainsi la consommation taxée, qui allait de 30 à 35 millions d’hectolitres avant la grande réforme des boissons de 1900, s’est élevée depuis lors à 45 millions en 1902 pour atteindre 49 millions en 1909, ce qui
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- fut son point culminant, et osciller ensuite entre 40 et 45 millions suivant l’importance des disponibilités. En 1916, elle a dépassé 33 millions d’hectolitres. Quant à la consommation en franchise, c’est-à-dire à la consommation chez le récoltant qui échappe à tout contrôle — dont le rôle est prépondérant, et dont M. Audebert a, le premier, démontré qu’elle est véritablement « la clé du problème viticole, » elle est, par sa nature même, foncièrement et essentiellement variable. Très élevée quand la récolte est abondante, elle se réduit sensiblement en cas de récolte faible ou déficitaire. Elle est l’élément le plus variable du marché des vins et constitue un véritable accordéon : sans entrer dans le détail, disons qu’elle semble varier entre 10 et 20 millions d’hectolitres.
- Il suit de là que la production normale du vignoble français, Algérie comprise, s’équilibre à peu près avec la consommation de la métropole et de l’Algérie. Mais cet équilibre est instable parce que la production n’a pour contrepartie et pour contrepoids que la consommation taxée et la consommation en franchise; il tend à se rompre au détriment de la production dès que celle-ci dépasse un certain niveau. Vienne une récolte pléthorique ou une série de récoltes abondantes (et cette échéance apparaît quasi fatale), les fluctuations violentes des cours achèvent de le détruire, et déterminent à bref délai une crise d’avilissement des prix. Il faudrait, pour parer à ce danger, un élément régulateur, un organe pondérateur surajouté en quelque sorte à la production proprement dite, capable d’égaliser le marché, d’absorber le trop-plein quand il s’en produit, et d’écouler ce dernier, soit au dehors, soit au dedans, le jour où la récolte sera trop faible. Le commerce est tout indiqué pour jouer ce rôle; mais, en l’état, il faut bien constater que ce rôle, le commerce est impuissant à le jouer, et que cet élément dont je parle, cet organe régulateur, fait défaut.
- Autrefois — ah! autrefois, il y a un demi-siècle ou davantage! —la production vinicole savait où déverser son trop-plein. Elle possédait un exutoire naturel... Que dis-je? elle y affectait même la plus grosse part de sa production : elle avait une ressource d’un prix inestimable ; elle possédait la distillation. On oublie trop, en [vérité, au milieu des grands changements de tous ordres qui se sont produits, que la viticulture a été jadis l’unique source de l’alcool. On oublie trop aussi que la distillation est la contre-partie nécessaire de la production vinicole, qu’elle est, suivant l’expressien aujourd’hui consacrée, la soupape de siireté des années d’abondance et la meilleure régulatrice du marché des vins.
- J'ai eu l’occasion de traiter ailleurs (1) cette question de Lla distillation,
- (1 ) Voir : Une solution à la crise viticole (1902) ; La situation viticole ; — rapport au Congrès international de Lyon, 1914, etc.
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- capitale pour les intérêts de la viticulture; je ne puis y revenir ici, parce qu’elle exigerait de trop longs développements. Je dois me borner à noter que la suppression du privilège des bouilleurs de cru, telle du moins qu’elle a été comprise, ferme cette soupape de sûreté qui a rendu, dans le passé, de signalés services.
- La ressource de la distillation venant à faire défaut, vers quels débouchés orienter le trop-plein des récoltes? Serait-il possible de créer une nouvelle couche de consommateurs, d’acquérir et de gagner au dedans une nouvelle clientèle?
- Imagine-t-on qu’il soit facile de revenir au chiffre de la consommation taxée de 1909 —> 49 millions d’hectolitres — ou même de le dépasser? Et n’est-ce pas s’illusionner que de l’espérer?
- La France a beau être la plus grande consommatrice de vin du monde, comme elle en est la productrice la plus importante, sa consommation n’est pas indéfiniment extensible. Et puis, il y a les lendemains de la guerre. Sa population se sera accrue de l’Alsace-Lorraine reconquise, mais son vignoble aussi se sera accru des vignobles d’Alsace et de Lorraine (1). D’une part, les exigences et la pénurie de la main-d’œuvre, coïncidant avec la nécessité désormais inéluctable de traitements coûteux contre les maladies cryptogamiques et les insectes ampélophages, entraîneront un accroissement des charges déjà si lourdes qui pèsent sur nos exploitations agricoles, d’où une élévation correspondante du prix de revient du vin, et une tendance bien légitime chez le récoltant à rechercher une rémunération plus large de ses produits.
- D’autre part, les charges écrasantes qui vont de plus en plus alourdir nos budgets se traduiront fatalement, dans l’ordre des faits pratiques, par une élé vation extrêmement considérable des impôts.
- Voici que déjà le budget de 1917, adopté par le Parlement, comporte une .élévation du droit de circulation de 1,50 f à 3 f par hectolitre ; et ce n’est qu’une première étape. Le ministre des Finances proposait le relèvement du droit à 5 f (2); ce taux a paru excessif; mais l’on y arrivera plus tard, ou l’on tendra tout au moins à s’en rapprocher. De son côté, la Ville de Paris, qui doit faire face à des charges de plus en plus lourdes, envisage le rétablissement des
- (1) Le vignoble de l’Alsace-Lorraine a une superficie d’environ 30 000 hectares, avec une production très variable, allant de 500000 hectolitres à 1 million 500 000. (Tallavignes, les Vins français en Allemagne.)
- (2) Si le droit de b francs peut paraître acceptable avec des prix au vignoble de 70 à 75 f, le serait-il avec le prix moyen de 20 f et mieux encore avec le prix de 10 f qui a été si souvent pratiqué? Ce serait alors une charge de 50 p. 100. Or, de novembre à février 1914, c’est-à-dire hier, le cours des vins dans le Midi ne dépassait pas 10 f.
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- anciennes taxes sur les boissons hygiéniques supprimées par la réforme de 1900; et, dans son rapport général au Conseil municipal, l’honorable M. Dausset prévoit, de ce chef, une recette de 26 760 000 f.
- Sans doute, il faut s’incliner devant les nécessités qui ont imposé ces mesures; elles sont une conséquence logique des événements actuels, et il faut les accepter de bonne grâce dans un esprit de sacrifice patriotique ; mais tout en s’inclinant, on ne peut ni masquer, ni méconnaître ce qu’elles vont avoir de dommageable pour les intérêts viticoles, ni les répercussions dont elles sont susceptibles au regard du producteur, du consommateur et du commerce.
- Comment perdre de vue les dangers de cette double conception d’un relèvement des taxes sur les vins et de la suppression de la liberté de la distillation avec leurs conséquences qui sautent aux yeux : restreindre la consommation du vin, rétrécir le marché, en diminuer le pouvoir fonctionnel et, en même temps, supprimer la possibilité d’écouler le trop-plein des récoltes débordantes ?
- Donc, élévation à la fois des charges d’exploitation agricoles et des charges fiscales, et par suite élévation du prix des vins; sont-ce là des conditions favorables à un développement de la consommation du vin?
- ür, s'il est démontré que la production au delà d’un certain niveau ne peut trouver ni dans la consommation au dedans, ni dans la distillation, de contre-parties suffisantes pour l’absorber tout entière, il lui reste à chercher ailleurs de nouveaux débouchés.
- Ces débouchés, elle les devrait conquérir sur les marchés de l'extérieur, d’où la nécessité de l’exportation.
- Pour difficile qu’elle soit, la tâche n’est pas irréalisable : d’autres y réussissent ^ qu’il faudrait concurrencer et dépasser ; l’Espagne, l’Italie sont, entre autres, des puissances vinicoles exportatrices.
- L’Espagne (1) est un gros producteur, et surtout un gros exportateur de vin : sa production oscille autour de 20 millions d’hectolitres, sur lesquels près de 10 millions sont exportés soit en Europe, soit en Amérique; la France a été autrefois —durant la période phylloxérique — un des principaux clients de l’Espagne, puisqu’elle en a reçu (1888) jusqu'à 7 millions d’hectolitres. Depuis, elle s’est assuré une large place sur les marchés allemands. Ses Rioj a, ses Priorato, ses Aragon et ses Huesca, ses Benicarlo, Alicante, Valence, ses Navarre, , sont des types de vins qui jouent un rôle important sur les marchés du monde, parce que quelques-uns d’entre eux n’ont d’analogues nulle part et ne peuvent être que difficilement remplacés, tels les Priorato et les
- (I) Voir l’ouvrage récent de M. Nicolas Garcia de los Salmones : Viticultura y Enologia, Pampelune, 1916.
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- Rioja. La force de la viticulture espagnole est dans cette qualité de certains produits, vins corsés et nerveux, à haut degré alcoolique, ayant de la chair et du terroir, apanage du climat, du sol et des cépages locaux.
- Elle est aussi dans le bon marché de la main-d’œuvre, dans le bas prix de revient qui rend la concurrence au dehors difficile. Mais cet avantage tend à disparaître; les prix de revient se relèvent en même temps que progresse la consommation intérieure, double témoignage d’un plus grand bien-être.
- U Italie tient dans le monde la seconde place, avec une production de 40 millions d’hectolitres environ, caractérisée par la diversité des types de vins, depuis les vins fins de table du Piémont comme le Barolo, le Barbera, le Crignolino, les vins de consommation courante de la Toscane, Brolio, Domino, Butina, jusqu’aux vins de coupage incomparables de Bari, de Barletta, de Riposto, et aux vins de liqueur célèbres dans le monde entier, Lacrima-Christi, Marsala, etc. Le développement de la viticulture italienne, les progrès de tous ordres qui en ont été la marque, tiennent pour la meilleure part peut-être aux encouragements que l’État n’a cessé de lui prodiguer. On a compris en Italie de quelle importance était pour la production vinicole la question de l’alcool, et on a solutionné celle-ci non point à l’encontre des intérêts viticoles, mais en leur faveur ; on a secondé tous les efforts déployés pour appliquer à l’industrie vinicole les diverses formes de la coopération — cantine sociali et caisses de crédit, — pour vulgariser les meilleures méthodes de culture et de vinification, et par-dessus tout pour conquérir de haute lutte aux produits italiens les marchés de l’extérieur. Qui ne connaît l’énergie, l’opiniâtreté déployées par la viticulture italienne pour asseoir ses exportations en Allemagne, en Autriche-Hongrie, en Suisse, dans l’Amérique du Sud, et ces institutions d'agences royales œnotechniques qui en sont le trait distinctif?
- Les avantages indéniables que l’Italie s’était assurés en Allemagne et en Autriche-Hongrie vont disparaître avec la guerre. Elle va, au point de vue de ses exportations de vins avec ces deux puissances, se rencontrer sur le même pied que nous.
- Notre situation vis-à-vis de l’Italie se trouve, du fait de la guerre, totalement modifiée : la cordialité des relations a fait place à une collaboration étroite, intime qui mêle nos drapeaux sur les mêmes champs de bataille ; l’amitié s’est muée en une alliance féconde, où s'est réveillé le génie commun de notre race. Cette alliance doit, de toute nécessité, survivre à la guerre ; les deux nations sœurs sont désormais inséparables, et si, pour cimenter ces liens mieux encore et les rendre indestructibles, certaines concessions dans l’ordre économique apparaissaient nécessaires, il conviendrait de les consentir. Mais rien ne saurait s’opposer à ce que dans les prochaines ententes entre les Alliés,
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- comme dans les traités ou conventions à intervenir avec nos ennemis, la viticulture italienne et la viticulture française soient traitées de même manière et sur un pied d’égalité parfaite.
- Qu’on n’aille pas du moins se méprendre sur ma pensée : je n’entends pas viser notre régime douanier, ni notre tarif minimum cpi’en ce qui concerne les vins, nous avons le devoir de maintenir. L’état de choses dont j’ai parlé tout à l’heure à propos de la production et du marché des vins français, nous impose l’obligation de réserver jalousement le marché intérieur à notre production nationale et de le défendre contre les envahissements ouïes concurrences du dehors.
- La même obligation s'imposera, d'ailleurs, avant longtemps, à l’Italie elle-même parce qu’elle est, comme nous, grosse productrice de vins de consommation courante et qu’elle devient chaque jour davantage une plus grande consommatrice. Les statistiques prouvent que, durant ces vingt dernières années, pour des causes diverses, la consommation du vin a suivi, en Italie, une marche ascendante; et que, de leur côté, les cours des vins ont monté de façon très sensible : entre 1900 et 1910, par exemple, les Italiens vendaient, en Lombardie, leurs vins 28 francs l’hectolitre, malgré des récoltes élevées, alors que la crise viticole les maintenait, en France, au-dessous de 10 francs.
- Au point de vue de l’exportation de ses vins, l’Italie aura les mêmes intérêts que nous : s’ouvrir auprès des nations alliées et amies de nouveaux débouchés. Notre action en ce sens devra donc être solidaire.
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- S il est vrai, ainsi que je me suis efforcé de le démontrer, que notre production de vins ordinaires de consommation courante ait un intérêt sérieux à développer son exportation, c’est un devoir pour tous de favoriser celle-ci.
- Conviendrait-il que l’Etat, le premier, donnât l’exemple et prît les devants, en instituant des primes à l’exportation des vins, ainsi que cela a déjà été proposé? En 1902, un projet de loi fut déposé en ce sens à la Chambre des Députés; il ne lui fut donné aucune suite, et ce précédent est d’autant moins encourageant que les objections sont multiples et fondées, que soulève le système des primes àl’exportation. Pourtant, l’intervention de l’Etat pourrait-elle peut-être se manifester dans le domaine particulier des exportations de vin dans nos colonies. Cette exportation, qui a progressé depuis une quinzaine d’années, dépasse 350 000 hectolitres ; la progression a été le plus sensible dans les colonies où, comme Madagascar, des mesures sévères ont été prises contre l’alcoolisme. Il y a là une indication qui mériterait d’être retenue ; elle confirme cette vérité essentielle que le vin est l'antidote de l’alcool. Le plus sûr moyen de faire la guerre à la plaie hideuse de l’alcoolisme et de la guérir,
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- est la diffusion du vin. La généralisation dans toutes nos colonies des mesures édictées à Madagascar servirait fort utilement la cause du vin non seulement auprès des colons européens, mais des indigènes.
- Dira-t-on que l’exemple devrait venir, d’abord, de la production elle-même, organisée en vue de l’exportation, et orientée de façon plus parfaite pour seconder celle-ci ?
- Mais les producteurs français auraient vite fait de répondre que leurs produits sont assez variés pour faire face à tous les besoins; que, soit en Algérie, soit en France, le commerce d’exportation peut trouver dans la gamme si riche de nos Corbière, de nos Roussillon, de nos vins du Yar, du Lot, de la Dordogne, etc., tous les éléments propres à asseoir son industrie.
- Sans doute, cette affirmation est exacte in globo : les richesses du vignoble français et algérien sont très variées et très grandes ; néanmoins, il ne servirait à rien de celer les lacunes que présente la reconstitution du vignoble. J’ai déjà, et à diverses reprises (1), soutenu cette thèse qu’en poursuivant obstinément la recherche de la quantité, la viticulture, au début, avait commis une faute lourde, et qu'il fallait, au cours des replantations successives, saisir toutes les occasions de réparer celle-ci.
- Je disais notamment en 1906 :
- « La replantation de nos coteaux en vue de la production de nouveaux types de vins de consommation courante ou de vins de coupage, n’aurait pas seulement pour avantages de nous permettre de résister mieux aux empiètements de l’Algérie ; elle aurait cet autre intérêt de fournir à notre commerce les éléments de vins d’exportation qui nous font actuellement défaut. C’est alors que la question de l’exportation pourrait se poser sérieusement et que pourraient être sérieusement étudiés les moyens d’aborder et de pénétrer les marchés allemands, si friands de vins de coupage. Il y aurait là pour notre commerce un nouveau sujet d’activité et de profits... »
- S’il est vrai que beaucoup de nos coteaux de l’Aude, de l’Hérault, du Gard, du Roussillon gagneraient à la production de vins de coupage d’un prix de revient peu élevé (grâce à l’utilisation de cépages nouveaux, producteurs directs, à haute intensité colorante), cela est plus vrai encore pour l’Algérie, qui s’expose à laisser passer l’heure et à manquer à son véritable rôle : /’Algérie devrait être un des éléments essentiels de notre exportation des vins.
- Si elle veut s’orienter résolument vers l’exportation, la production vini-cole,—-qu’elle soit de la Métropole ou de l’Algérie — n’aurait-elle pas intérêt à
- (1) La situation et l'avenir de la viticulture méridionale, 1906. — Rapport au Congrès international de Viticulture de Lyon, 1914i
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- modifier ses pratiques ? à s’industrialiser plus complètement qu’elle ne l’a fait jusqu’ici ? à appliquer à ses récoltes les méthodes industrielles qui ont si bien réussi aux productions agricoles du Nord et du Centre de la France ?
- L’industrialisation de la vinification, dont les « vineries » préconisées par M. Barbet offrent le type quasi parfait, permettrait l’élaboration de produits divers, tous dérivés de la vigne, susceptibles d’aborder de larges débouchés sur tous les marchés du monde. Les succès de l’industrie allemande sont bien faits pour nous montrer tout ce qui nous reste à faire dans une voie où un esprit de particularisme excessif nous a jusqu’ici paralysés.
- 11 est enfin une remarque importante qui doit trouver place ici : Notre régime intérieur des boissons ne fait rien pour concourir à notre exportation, hormis d’autoriser le vinage ou l’addition d’alcool aux vins destinés à l’exportation. Le vinage sous cette forme est, sans contestation possible, une pratique nécessaire, souvent indispensable ; toutes les nations exportatrices de vin en font usage ; et Dieu sait à quels singuliers abus elle a donné lieu, et donne lieu encore en Espagne, en Grèce, en Turquie, où certains vins suralcoolisés ne sont plus que de véritables dilutions alcooliques à haut degré.
- Mais le vinage trouve d’autres applications, et autrement efficaces : Le vinage à la cuve par le récoltant, sur la vendange, avant toute fermentation, a été employé de tout temps dans le Midi; il fait partie du patrimoine viticole de la région méridionale; et le privilège des bouilleurs de cru n’y a joui de tant de faveur que parce qu’il était l’instrument discret du vinage. Pour comprendre et sentir l’importance de cette question et le rôle qu'elle joue dans les préoccupations de certains viticulteurs méridionaux, il faut relire les belles études publiées parM. le docteur Cot, député de l’Hérault, vers 1902. Il y démontre que le vinage à la cuve constitue une opération licite, qui n’a rien de commun avec la suralcoolisation prévue et interdite par la loi de 1894, qu’il est avantageux pour le récoltant et sans danger pour le Trésor et l’hygiène publique; qu’il est, à l’égal de la chaptalisation usitée ailleurs, un véritable procédé de vinification. Car il y a ceci de piquant, d’étrange, d’anormal et de révoltant que le viticulteur a le droit de chaptaliser, c’est-à-dire de viner, d’alcooliser sa vendange avec du sucre, produit étranger à la vigne, et qu’il ne peut légalement viner avec son propre alcool, son alcool de cru, produit secondaire de ses récoltes et de ses vignes. Anomalie véritablement inexplicable, contre laquelle nous n’avons cessé de protester et que rien ne justifie sinon une méconnaissance absolue des conditions réelles et des effets du vinage à la cuve, dont les partisans s’appuient sur tout un ensemble de traditions, sur l’autorité des praticiens les plus éminents et de savants comme Pasteur et le baron Thénard (1).
- (l) Le premier déclare : « L’alcool est un des ennemis des parasites du vin. » Le second :
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- Le vinage à la cuve, sous le contrôle et la surveillance de la Régie, tel qu’il a été préconisé à différentes reprises comme un des plus sûrs moyens d’amélioration des moûts, en même temps que d’allégement du marché des vins, aurait ici cette heureuse conséquence qu’il favoriserait la création, dès la vendange, de vins à haut degré alcoolique, présentant au plus haut point toutes les qualités exigées des beaux vins d’exportation.
- Une telle question demanderait à être approfondie et fouillée ; je ne puis que l’effleurer. C’est assez pour laisser pressentir les répercussions qu’exerce dans tous les sens notre régime des boissons. Le moins qu’on en puisse dire est qu’il ne répond plus aux nécessités de l’heure présente. Il serait sage, à la faveur des événements actuels, de le remanier, de le reviser, de le refondre en un tout harmonieux et souple, avec des vues hautes et larges et une conception plus réelle des besoins de la production et du commerce des vins et .aussi des exigences fiscales de demain.
- iVexportation des vins ordinaires de consommation courante est, pour une bonne part, sous la dépendance de notre régime intérieur des boissons; celui-ci doit être conçu et combiné de telle sorte quil favorise celle-là.
- Messieurs,
- Je voudrais finir là ce trop long exposé, et ne point abuser davantage de votre bienveillante attention : mais, quoique je veuille, je ne puis complètement passer sous silence et laisser dans l’ombre une mesure qui a été préconisée comme capable de développer largement notre exportation des vins, je veux dire l’établissement de ports francs ou de zones franches dans les ports maritimes.
- Cette question, toute d’actualité, qui a soulevé des controverses et des discussions passionnées, mériterait un examen détaillé. Elle constituerait, à elle seule, le sujet d’une conférence, et peut-être le Bureau de notre Association songera-t-il à l’inscrire à son programme. Je ne puis, pour ma part, me dispenser d’en dire quelques mots, puisque, aussi bien, l’admission des vins dans les zones franches est comme l’article fondamental de ceux qui réclament le plus vivement cette institution. Je serai très bref :
- Sur le principe même de Y utilité des zones franches et des facilités qu’y
- « En dehors de son action directe, l’alcool désacidifie les vins trop acides, développe en eux un goût et un bouquet agréables, en augmente la couleur et permet, par là, d’éviter les pratiques nuisibles qui tendent à lui en donner. Quant au vinage, il produit tous ces heureux effets et, de plus, il donne aux vins une telle solidité que, sous son influence, ils peuvent braver les plus longs voyages. La liberté du vinage en franchise, en ce qui touche l’amélioration des vins, doit donc être maintenue aux départements du Midi et même étendue à la France entière. »
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- peut trouver notre commerce d’exportation en général, il ne s’élève aucune contestation, aucune difficulté sérieuse. Mais sur les marchandises ou les produits qu’il conviendrait d’admettre dans ces zones, il n’en est plus de même : ici les divergences s’accusent et se précisent. Les producteurs agricoles notamment sont unanimes, ou peut s’en faut, à repousser l’admission de leurs produits dans les zones franches. Au premier rang sont les producteurs de vin. Ceux-ci sont dominés par le souvenir des entrepôts spéciaux qui leur firent tant de mal parce qu’ils furent un élément de fraudes nombreuses et aussi le souvenir de la peine qu’ils eurent à en obtenir la fermeture. Ils n’ont pas oublié la longueur de la lutte et la ténacité dont ils durent faire preuve pour obtenir du Parlement le vote de l’amendement Piou en 1898. Ils ne veulent pas recommencer l’expérience. On leur oppose en vain que entrepôts spèciaux et zones franches sont deux choses essentiellement différentes, que si les premiers ont pu prêter la main à de fausses indications d’origine et à des manipulations fâcheuses pour la bonne réputation de nos vins, les secondes au contraire offrent ce caractère distinctif qu’elles donnent à tous les produits un cachet àè inauthenticité, auquel la loi d’ailleurs aurait soin d’ajouter toutes les garanties propres à empêcher le retour des erreurs passées. Les viticulteurs ne veulent rien entendre : ceux des régions à vins fins, comme par exemple la Gironde, par l’organe de leurs sociétés d’agriculture, et de M. Octave Audebert, un de leurs présidents ; ceux des régions à vins ordi naires par l’organe de leurs confédérations de vignerons ont opposé et opposent une fin de non-recevoir à toutes les propositions qui ont été faites.
- Les arguments qu’ils font valoir contre l’introduction des vins dans les zones franches ont été résumés, d’une part, dans le rapport de M. Barthe, député, à la Chambre des Députés ; d’autre part dans les publications de M. Audebert et dans les rapports à diverses reprises soumis à la Confédération générale des Vignerons du Midi, et que celle-ci a adoptés à l’unanimité, rapports qu’a sanctionnés, de son côté, la Confédération des Vignerons du Sud-Est.
- Les conclusions de ces rapports sont d’une netteté qui ne laisse place à aucune équivoque.
- Les voici : Une première fois, en avril 1916, le rapporteur M. Jules Pastre conclut : « Les entrepôts francs qu’on nous propose prouveraient au monde viticole que la France veut abandonner sa vieille loyauté commerciale et tromper les acheteurs sur l'origine des produits exportés ; aussi devons-nous être irréductibles dans notre opposition aux entrepôts francs, zones franches et ports francs. » Une deuxième fois, et tout récemment, au mois d’octobre dernier, le même auteur conclut : « Les entrepôts francs devraient-ils, par une concurrence déloyale, augmenter nos exportations, remplacer sur le marché mondial les vins des autres pays par les nôtres, nous les combattrions,
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- LES LENDEMAINS DE LA GUERRE ET LA VITICULTURE.
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- « Après la guerre, chaque nation viticole gardera ses débouchés, sa clientèle ; la concurrence sera loyale, le monde étant débarrassé à jamais des falsificateurs de Hambourg ; si une déloyauté se produit, elle ne peut pas venir de la France.
- « Le marché immense de l’Angleterre et de ses colonies sera ouvert aux exportateurs français ; ils occuperont le premier rang s’ils luttent exclusivement avec les mêmes vins naturels qui ont conquis nos amis et alliés.
- « Les viticulteurs français proclament donc, par Lintermédiaire de leurs organisations viticoles, que la France doit conserver son marché actuel extérieur et le développer exclusivement avec des produits naturels, purs et authentiques; ils ont l’assurance que, dans ce pays où la loyauté est placée au-dessus de tout, le Parlement et l’opinion publique seront hostiles aux entrepôts francs, aux zones franches et ports francs. »
- On avouera qu’il serait difficile d’être plus catégorique.
- Il n’en reste pas moins que, malgré tout, la zone franche est considérée par beaucoup de bons esprits comme un instrument important pour le développement de notre commerce général d’exportation et pour le relèvement de notre marine marchande à laquelle il assurerait un fret abondant et à bon marché, Cet argument a une valeur qui frappe, parce qu’il touche aux intérêts généraux et supérieurs du pays.
- Mais on n’a pas manqué de faire remarquer que cette efficacité de la franchise des ports ou des entrepôts est fort contestable en dehors de l’importation et de la réexportation des produits qui n’ont pas leurs similaires dans le pays ; parce qu’en ce cas, elle ne sert qu’à créer une concurrence déloyale à la production nationale, et à lui enlever ses clients étrangers. C’est sans aucun doute de ces vues que s’est inspiré le législateur espagnol, lorsqu’en autorisant la création de zones franches en Espagne, il a soin d’en interdire l’entrée à certaines marchandises qui ont leurs similaires dans le pays, notamment et spécialement aux vins.
- Le problème des zones franches et des ports francs soulève donc, on le voit, dans les milieux viticoles, des résistances qui semblent invincibles, et qui ne fléchiraient peut-être que si l’on parvenait à démontrer aux viticulteurs que la production française a un intérêt réel, manifeste à l’établissement de ces zones ; or, cette démonstration n’a pas été faite, et cet intérêt n’apparaît pas.
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- Messieurs, il faut conclure : je me suis appliqué à démontrer que s’il était indispensable de favoriser de toutes façons l’exportation de nos vins fins, de
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- nos vins de cru, de nos grandes marques de champagne, de cognac et d’armagnac qui ont porté si haut la renommée des produits vinicoles français et établi sur tous les marchés du monde leur incontestable suprématie, il n’était guère moins nécessaire de développer notre exportation de vins ordinaires de consommation courante, en vue de procurer à notre marché intérieur une élasticité, une souplesse, une capacité fonctionnelle qui lui font souvent défaut.
- Sans s’illusionner sur ce qu’il est possible d’attendre du côté de la Russie et des Etats-Unis d’Amérique, qui constitueraient cependant pour nos vins français des centres de consommation très étendus, nous ne devons négliger aucun effort pour obtenir des allégements de taxe, des diminutions aux droits de douane, véritablement prohibitifs, qui nous ferment ces marchés.
- Il s’agit, au demeurant, de contribuer, en quelque mesure, à la prospérité d’une industrie et d’une culture qui sont une des branches principales de l’activité nationale. La culture de la vigne donne un produit brut total annuel de 2milliards de francs ; seule, la culture du froment, qui fournit environ 2 milliards 1/2, lui est supérieure. Toutes les autres lui sont inférieures. Que l’on rapproche de cette culture tout ce qui s’y rattache et en découle : le commerce des vins, la tonnellerie, les tartres et leurs dérivés, etc., et l’on jugera si elle mérite d’être encouragée, fortifiée, développée au dedans et au dehors.
- L’exportation des vins doit, dans son essor, contribuer à libérer la France de 1’ « esclavage économique » où nous tenait l’Allemagne, et que va briser pour jamais la victoire de nos armes.
- Il y a quelques jours, dans ce magnifique langage qui est le sien, M. Maurice Bar rès, exaltant l’âme nationale et la vie spirituelle de la France, demandait :
- « Qu’allons-nous construire demain?
- « Qu’est-ce qui va naître dans l’immense émotion de la victoire? »
- Ce qui va naître, dans l’ordre matériel, c’est un état de choses nouveau, tout différent de celui d’hier, qui sera ce que nous le ferons, ce que nous voudrons qu’il soit. A cette union permanente des cœurs que réclame avec raison M. Maurice Barrés, et qu’il juge précieuse pour l’unité morale et la grandeur spirituelle de notre pays, doit correspondre, dans cet ordre matériel, une cohésion de toutes les volontés, de toutes les énergies, en vue du redressement de notre situation économique.
- La Victoire nous apportera la résurrection de notre patrimoine économique; elle nous donnera cette liberté économique, gage de notre sécurité reconquise et de notre future prospérité.
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- LA QUESTION DU TRAVAIL DES FEMMES
- Ses perspectives nouvelles (1)
- PAR
- M. Henri Joly membre de l’Institut
- Vous êtes venus ici conviés par les organisateurs de ces réunions à réfléchir sur ce qu’on a bien voulu appeler « les perspectives du travail des femmes après la guerre ». Dans ces perspectives, voyons-nous seulement l’intérêt des femmes? Nous le voyons assurément et elles le méritent, mais nous voyons bien autre chose, car c’est en définitive l’avenir entier de la France qui s’y trouve engagé. Il y est engagé avec un ordre de difficultés qui sont énormes ; car ces difficultés sont d’autant plus considérables et inquiétantes que, si l’on croit pouvoir atténuer Tune avec un certain nombre de mesures, de sacrifices et d’efforts, on peut parfaitement risquer de compromettre, par là même, le succès de l’autre.
- Je m'explique : ces deux difficultés sont les suivantes : les unes concernent le recrutement de notre main-d’œuvre, c’est-à-dire l’avenir et la prospérité de notre industrie nationale, et, d’autre part, quel ne doit pas être notre souci de la natalité française, laquelle est liée à la vie de famille et au respect avec lequel les femmes veulent bien conduire leur devoir et leur mission.
- Que la main-d’œuvre française ait besoin de recrues nouvelles, cela est absolument évident, elle en avait déjà besoin avant la guerre. Je n’ai pas de chiffres précis à aligner dans des statistiques minutieuses, mais ceux qui s'occupent de phénomènes sociaux à quelque titre que ce soit, qui se plaisent à interroger les personnes compétentes, comme celles qui sont ici, savent très bien qu’on se plaignait de la pénurie de la main-d'œuvre, et qu'on était obligé
- (1) Conférence faile en séance publique, le 24 février 1917.
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- d’aller en chercher beaucoup au dehors. La guerre n’a fait qu’accroître cette pénurie. Je n’ai pas à faire le calcul de ceux qui sont tombés, je l’avais fait dans un article récent (Le Correspondant du 10 janvier 1917), et ce que j’en avais dit avait été rayé par la censure; quoiqu’elle ne soit pas ici, je respecte ce silence qui m’est imposé, mais nous n’avons plus rien, hélas! à cacher à personne. Nous savons très bien faire le compte à peu près de tous les travailleurs qui nous manqueront, et qui nous manqueront à une époque où ce n’est pas seulement du travailleur de l’industrie que nous aurions eu besoin. Nous avions besoin d’hommes partout, partout ils nous manquaient ; nous n’avions pas assez d’hommes à l’armée, nous n’avions pas assez d’hommes dans l’industrie, nous n’avions pas assez d’hommes dans le commerce intérieur, encore moins d’hommes dans le commerce extérieur et l’exportation, pas assez d’hommes dans nos campagnes, dans nos exploitations rurales, pas assez d’hommes dans nos colonies. Là est la vérité, la stricte vérité, universellement reconnue. Alors que sera-ce, au lendemain de la paix?
- C’est donc pour cette raison que l'on a fait appel de plus en plus au travail des femmes. Je ne veux pas me borner ici simplement aux phénomènes de la guerre actuelle ; car il serait facile de répondre qu’il y a là une circonstance exceptionnelle, extraordinaire ; mais il faut enfin regarder plus loin, parce qu’il est évident que, la guerre ayant cessé, c’est le mouvement antérieur qui reprendra, aggravé par les pertes que nous sommes en train de faire et qui ne sont malheureusement pas encore terminées
- Il a paru en 1913-1914 un recueil qui a de l’autorité et qui ne donne ses documents qu’après les avoir vérifiés sur toutes sortes de statistiques étrangères ou nationales ; ce recueil donne les chiffres suivants :
- D’un recensement à l’autre, de 1896 à 1901, le nombre d’ouvrières de l’industrie a augmenté de 300 000, le nombre des employées de commerce de 80 000. Sur ce nombre, on a calculé qu’en moins de vingt-cinq ans, la proportion des femmes mariées et mères de famille travaillant dans les usines, avait augmenté de 10 à 60 p. 100. Comme on n’avait pas assez d’hommes, on a pris plus de femmes.
- Si nous laissons de côté momentanément ces comparaisons et l’établissement de ces différentes proportions, voici les chiffres qu’on nous donne pour le travail des femmes, et quand je dis le travail des femmes, je n’entends pas, bien entendu, le travail individuel, le travail auquel toute femme doit toujours se livrer, j'entends, suivant l’expression de ce recueil, l’ensemble des femmes soumises, pour leur travail, à l’inspection, dénombrées par les inspecteurs et (( désertant leur foyer pour gagner leur vie ». Ce n'est pas moi qui ai rédigé cette dernière formule, ce sont les auteurs mêmes de la statistique.
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- Eh bien, le nombre de ces femmes, soumises à l’inspection et désertant leur foyer pour gagner leur vie, était en 1913-1914, en France, de 4 693 400.
- Il y a là sans doute, comme vous le voyez, une réserve de travailleuses extrêmement considérable, et le travail national y puise, parce qu’il s’en trouve bien ; mais il y puise au détriment de qui ? — On vient de nous le dire : au détriment des foyers désertés. Pourquoi et comment est-ce au détriment de ces foyers?
- Malgré beaucoup d’améliorations dont nous devons être reconnaissants à l’élite de notre industrie, à l’élite de nos patrons, il y a des inconvénients qu’on ne peut pas empêcher. Comment faire, me direz-vous, pour savoir dans quelle mesure on a nui à la population française, à la natalité française en puisant ainsi dans les rangs des travailleuses ?
- D’abord, d’une manière générale, il a été observé, depuis toutes les enquêtes que l’on a faites sur la natalité, que la diminution des naissances correspondait généralement à une assez forte augmentation des ressources dont on pouvait disposer et dont, au siècle où nous sommes, on dispose surtout pour ce qu’on appelle les jouissances de la vie et pour la satisfaction des ambitions d’avenir. Il est certain que le « gain sonnant » (pardonnez-moi cette expression), touché par un si grand nombre de femmes, n’a pas nui au développement de ce désir de paraître, de briller, de jouir qui, partout, s’accompagne d’une diminution de la natalité.
- Il y a, à cet égard, certains faits qui sont particulièrement caractéristiques et particulièrement émouvants. Un homme considérable rappelait que c'était là une des sensations les plus douloureuses qu’il eût éprouvées, de constater que, d’après des observations tout à fait dignes de confiance, il se passait dans les grandes grèves le phénomène suivant : certes, en temps de grève, les familles sont exposées à beaucoup de privations ; il est cependant certain que dans une grève, dans une longue grève surtout, le nombre des enfants mourant à la naissance est beaucoup moins considérable qu’avant, parce que, pendant la grève, la femme est restée chez elle.
- Et, à cette constatation, s’en ajoute une autre, faite par deux médecins qui avaient observé les faits dans un rayon où ils étaient maîtres de multiplier leurs observations et leurs calculs : ils avaient abouti à ce résultat que, sur mille enfants dont l’existence n’est pas continuée, dont l'existence est atteinte presque aussitôt après la naissance, il y en a 350 qui ne sont sacrifiés que par l’insuffisance des précautions auxquelles la femme aurait dû pouvoir s astreindre, et que la mère aurait dû pouvoir respecter!
- Nous voilà donc en présence de ces deux difficultés ; noûs avons besoin
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- d’augmenter notre main-d’œuvre nationale, et nous avons besoin d’augmenter notre natalité.
- Le premier de ces deux besoins est évidemment à courte e'chéance, il est immédiat. Nous allons avoir à reconstituer tout ce qui avait été ruiné par la guerre, nous allons avoir à remettre sur pied un très grand nombre d’industries qui s’étaient arrêtées, et quand on nous dit : « Oh! mais les fabriques d’obus ne seront plus là pour retenir les femmes », il est aisé de répondre: Les fabriques d’obus, non, mais combien y a-t-il de ces anciennes fabriques de la paix qui se sont ajustées aux besoins de la guerre et qui reprendront ensuite leur fabrication habituelle! Souvent elles en établiront de nouvelles afin de mettre notre pays en état de suffire désormais à des tâches où l’étranger, où l’Allemand surtout nous supplantait.
- Nous avons donc besoin de l’accroissement d’une forte main-d’œuvre nationale, j’insiste sur ce mot « main-d’œuvre nationale », parce que quelques personnes, même considérables, et je crois que vous en avez entendu ici, ont cru résoudre le problème en disant : « Ne touchons pas aux travailleuses, nous saurons nous en passer, parce que nous ferons venir des ouvriers étrangers et surtout des coloniaux. »
- Or, je crois, pour ma part, et je vous invite à y réfléchir et à mesurer la portée des observations que vous avez pu faire par vous-mêmes, je crois que c'est là une illusion extrêmement dangereuse.
- Qu’on ait pu recruter, par exemple, dans nos colonies d’Afrique, mettons 100 000 hommes, mettons même 150 000 hommes et nous ne serons pas au-dessous de la vérité, pour les envoyer au front! Ils nous ont rendu des services, car évidemment ils se sont bien battus,mais nous pouvons bien le dire sans vouloir nuire à la mémoire de ceux qui se sont dévoués et qui sont tombés pour la France, sans doute, une fois sur le front, ils ont été des soldats et, mêlés à nos soldats, ils se sont fait tuer comme eux et nous devons rendre hommage à leur mémoire, mais enfin on a déjà pu remarquer que ceux que l’on faisait stationner dans certains camps, par exemple, pour leur laisser le temps de s’acclimater, étaient, en dehors de la guerre, des hôtes un peu dangereux pour beaucoup de choses... Je n’insiste pas.
- Que serait-ce si, au lieu de 150 000 Kabyles, Sénégalais et autres, envoyés sur le front, et qui n’y viennent que le fusil à la main, vous aviez ces 150 000 nègres de civilisation inférieure, campés autour de.nos usines et dans nos villages et nos hameaux! Il n'est pas besoin de s’expliquer beaucoup pour comprendre qu'il y aurait là pour notre race un danger considérable.
- Et puis, il y a un autre aspect de la question. Je disais tout à l'heure :
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- « Nous n’avons pas assez d’hommes dans nos colonies, tout le monde le sait et le répète. »
- Qu’on y trouve des ingénieurs très distingués, que l’on y trouve des entrepreneurs très puissants, que l’on y trouve même certains contremaîtres experts, oui, la France a tout cela, mais je me rappelle l’expression d’un étranger qui me disait : « En France, vous avez une élite incomparable, mais pourquoi cette élite n’est-elle pas mieux encadrée, ou plutôt soutenue et suivie? » En effet, ce qui manque à cette élite, déjà en France, et encore plus dans nos colonies, c’est une population indigène qui ait été formée à l’industrie contemporaine, à l’agriculture contemporaine et scientifique. Alors, si nous faisons venir ces hommes-là en France, nous en ferons quoi? des travailleurs français, passables, mais encore inférieurs aux nôtres, alors qu’ils auraient pu, bien encadrés, former peu à peu, dans nos colonies, de bons travailleurs indigènes, supérieurs à leur milieu héréditaire et capables de l’améliorer.
- Pourquoi avons-nous conquis nos colonies ? Evidemment, cela a été pour nous en servir, et il est à souhaiter qu’on s’en serve. Tous ceux qui s’occupent en ce moment de ce que l’on appelle l’après-guerre, du rétablissement de la fortune nationale, viennent dire : « Si vous voulez améliorer le change français, il faut que nous cessions de faire venir de l’étranger, de toutes les parties du monde, tant de matières premières qui, d’ailleurs, abondent dans nos colonies et qui ne sont pas exploitées. » Les cacaos de notre Afrique occidentale, les cotons du Niger, les mines de l’Ouenza, et bien d’autres sources de richesses sont toujours là qui attendent depuis des décades accumulées.
- C’est la pure vérité. Compter, pour soutenir notre industrie nationale, sur un afflux considérable d’une population coloniale étrangère, eh bien ! pardonnez-moi l’expression, c’est découvrir saint Pierre pour couvrir saint Paul, et c’est mal couvrir à la fois l’un et l’autre. Cela me paraît évident.
- C’est pour cela que l’on se décide à faire appel au travail des femmes et qu’on trouve des femmes très disposées à répondre à cet appel. Pourquoi ? Pour plusieurs raisons : d’abord, les gains sont assez gros actuellement. Ensuite, je ne crois pas manquer de respect envers le sexe féminin si j’affirme, à mon tour, après beaucoup d’autres, que, en fait de travail, la femme aime beaucoup ce qui est travail nouveau, travail de mode, car la femme et la mode vont toujours ensemble ; oui, tout ce qui est à la mode devient aussitôt cher à la femme. Ce qui lui devient cher aussi, c’est le genre d’occupations qu’on croyait réservé à l’homme : là, la femme devient un peu plus l’égale de l’homme, et surtout croit pouvoir lui dire : « A travail égal, salaire égal : traitez-nous donc enfin sur un pied d’égalité ! »
- En principe il n’y a rien à dire à cela, mais cela ne va pas sans quelque
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- excès, surtout dans ce qui touche l’appât des gains. Ces gains sont assez considérables; mais pour gagner ces gros salaires, il est évident qu’il faut que les femmes s’imposent beaucoup de fatigue. Dans les débuts, elles se l’imposent courageusement, vaillamment, elles y mettent beaucoup d’amour-propre. J’ai eu sous les yeux des chiffres apportés par des syndicats ouvriers, par quelques-uns de ces syndicats catholiques d’ouvrières qui sont appelés à rendre de très grands services, parce que, pardonnez-moi cette parenthèse, ils sont appelés à propager un mode de syndicalisme qui, au lieu d’être agressif et batailleur, sera honnête et conciliant, et le service qu’ils rendent par cet exemple ne peut être assez loué ni assez complimenté. ( Applaudissements.)
- J’ai donc eu sous les yeux les chiffres donnés par certaines travailleuses qui disaient : « Quand les hommes seuls étaient chargés de faire des fusées d’obus, on leur en demandait 1 500 par jour. Nous sommes arrivées très vite, nous, femmes, à 1 800 ; puis on nous a demandé 2 000 et nous avons donné ce chiffre ; puis 2 200, nous avons fait un effort et nous sommes arrivées à dépasser 2 400. »
- A quelques égards c’est très beau ; mais enfin, Mesdames, on ne peut pas supposer qu’un pareil effort, dépassant de beaucoup la contribution du travail masculin, puisse se faire impunément dans l’autre sexe ; vous devez bien vous figurer quelle est la fatigue qui résulte d’un pareil travail, travail fait debout, travail fait pendant de longues heures, travail qui n’est pas conforme à la constitution de la femme, et qui est encore moins conforme aux besoins de sa famille et à tout ce que cette dernière expression entraîne et suppose.
- C’est de cette difficulté que m’est venue une idée qui a été déjà exprimée par moi dans un article du 10 janvier dernier et qu’on m’a prié de venir expliquer à nouveau ici. Puisqu’il y a une sorte d’antinomie entre ces deux besoins : besoin d’une main-d’œuvre immédiate et besoin d’une augmentation de natalité, par conséquent d’une vie de famille qui nous garantisse, dans vingt ans, une main-d’œuvre plus abondante et surtout de meilleure qualité, que faut-il faire, et comment sortir de cette difficulté? C’est alors que je me suis permis de proposer cette idée : Ayons une main-d’œuvre féminine abondante, mais ménageons les forces de la femme en lui offrant le travail d’une demi-journée, de manière à lui laisser encore un gain raisonnable ; car on lui donnerait la seconde partie de sa journée pour exécuter le travail de son ménage et pour se livrer à ses devoirs domestiques, ce qui entraînerait pour elle une familiarité renouvelée avec la vie de famille, et lui permettrait de reprendre contact avec son mari, ses enfants, son ménage : voilà la question.
- Peut-on concilier les choses en adoptant une pareille combinaison? On dira tout de suite: « Mais la difficulté que vous signalez vous-même est grande,
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- parce que si vous servez la main-d’œuvre, vous allez compromettre la natalité; si vous servez la natalité future, vous nuisez à la main-d’œuvre. »
- Cette objection n'est pas tout à fait exacte et voici pourquoi : le travail des femmes, on l’a observé non seulement en France, mais en Amérique, est d’abord assez ardent, mais ne se continue pas. L’âge moyen de travail des hommes est de vingt à quarante-cinq ans, époque où il est souvent interrompu par la mort; on a observé que la femme s’arrête généralement de travailler vers vingt-cinq ans (pas toutes, surtout en ce moment-ci), mais d’une manière générale, la moyenne du travail des femmes va de seize à vingt-cinq ans. A vingt-cinq ans une femme est fatiguée du travail d’usine, c’est inévitable. De plus elle aime le changement, et il lui est bien permis dans la situation où elle se trouve d’aimer certains changements, parce que, travailler dix et douze heures par jour à une même besogne, c’est extrêmement monotone et desséchant.
- Or, si la femme se ménageait par le travail de demi-temps, elle serait encouragée à travailler plus longtemps et vous regagneriez de vingt-cinq à quarante ans, non seulement pendant la guerre, mais après, une grande partie de ces recrues des usines qui vous échappent. En Amérique, on a;observé la même chose qu’en France à cet égard.
- De plus, on a remarqué que parmi les travailleuses qui ne veulent pas s’enchaîner, se trouvent avant toutes autres les meilleures, celles qu’il faudrait le mieux protéger et le plus encourager à tous les points de vue, car ce sont celles-là qui, précisément, souffriraient trop d’abandonner toute la journée leur foyer. Un de mes confrères qui s’occupe aujourd’hui d’œuvres pour les veuves de guerre me disait : « Toutes les fois que les jveuves de la guerre viennent nous demander un secours, nous nous efforçons de leur procurer du travail. Or, un nombre considérable d’entre elles nous répondent : « Je le ferais volon-« tiers, mais je ne veux pas laisser mes enfants. »
- Si donc ces femmes pouvaient s’occuper de leurs enfants au moins pendant la moitié de la journée, elles seraient assez ingénieuses pour trouver des combinaisons rétablissant au profit de leurs enfants pu de leur mari une vie de famille suffisante. Elles seraient tout particulièrement plus à l’aise (car ceci n’est pas à dédaigner) pour rétablir ce que je considère comme la clef de voûte de la vie de famille, c’est-à-dire le repas en commun de la femme, du mari et des enfants, la possibilité pour eux de prendre ensemble soit le repas du soir, soit surtout celui du milieu du jour, celui de midi préparé par la mère de famille elle-même. (Applaudissements.)
- Ce ne serait pas sans compensation que nous demanderions à l'industrie de se contenter d’un travail de cinq heures au lieu de dix heures : il y a ici deux
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- intérêts à concilier : l'intérêt des industriels et l’intérêt bien compris, bien entendu, des ouvrières.
- Je me suis adressé aux premiers et je leur ai demandé, dans plusieurs sortes d’enquêtes, ce qu’ils pensaient de la question. Ne pouvant pas interroger les industriels de la France entière, je me suis borné à deux groupes très puissants, le groupe du Creusot et ses filiales, et le groupe du Syndicat des mécaniciens, chaudronniers et fondeurs. Je leur ai demandé leur avis et j’ai pensé que, de ce qu’ils me diraient, je pourrais conclure par analogie pour un grand nombre d’industries de la même nature, que je n’ai pas besoin d’indiquer plus expressément. Je leur ai donc posé la question et je leur ai demandé s’ils voyaient des inconvénients à établir le travail de demi-temps. Ils m’ont répondu de la façon la plus précisera plus formelle, me disant que non seulement cette méthode n’entraînerait aucun inconvénient, mais que, même, ils s’en accommoderaient très bien. Ils m’ont donné un certain nombre de raisons, je passe sur ce qui est parfaitement connu : c’est qu’aujourd’hui, par l’extension de la division du travail, par la simplification des différentes parties du mécanisme, qui permettent l’interchangeabilité des travailleurs et des travailleuses, ce système ne présente plus les difficultés qu’il aurait présentées jadis.
- Ces industriels trouvent même qu’il y a un certain avantage à avoir deux équipes dont chacune ne donnerait que la moitié du travail, mais qui, toutes deux réunies, donneraient un travail au moins égal à celui qui résulterait d’une seule équipe : chacune de ces équipes serait en effet plus dispose, plus fraîche, plus vigoureuse pour le travail, que si chacune d’elles Jdevait assurer un travail de dix heures consécutives.
- J’ai été très satisfait de ces réponses.
- Depuis lors, il m’a été communiqué, de la part des Chambres syndicales, d’autres réponses moins importantes et dont la loyauté m’oblige à vous faire part. Disons, d’ailleurs, que ces réponses ont été en quelque sorte improvisées, demandées avec beaucoup de bienveillance et d’obligeance par le distingué secrétaire général, directeur des Chambres syndicales, qui a voulu à tout prix hâter un certain nombre de réponses, de sorte que celles qui me sont parvenues ce jour-là ont été moins nettes. Néanmoins, j’ai dépouillé ces réponses avec soin et j’en ai fait l’analyse suivante :
- Le plus grand nombre a dit : ce système est très intéressant, il est à étudier, mais nous ne pouvons pas vous répondre tout de suite, car nous ne l’avons pas suffisamment examiné.
- Un certain nombre a dit : cela peut se faire, mais cela coûtera assez d’argent, parce qu’il faudra doubler les locaux, augmenter les machines.
- Je n’ai pas trop compris cette nécessité de doubler les locaux, car deux
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- équipes ne seraient jamais que l’addition des ouvrières qui travaillaient dans le même local De ces deux difficultés, les deux grands groupes d’établissements n’en avaient pas soufllé mot, mais je n’ai pas assez de compétence pour me prononcer, je me borne à prendre acte de ces déclarations en faisant observerque, cependant, les industriels, depuis quarante ans, ont résolu bien d’autres problèmes, ont fait les frais de bien d’autres réformes plus dispendieuses, et particulièrement pour l’introduction de tout ce matériel nouveau, qui est inspiré par l’idée de la division du travail et qui a précisément fait, non seulement au moment de la guerre, mais avant, qu’une femme n’a qu’une petite manœuvre élémentaire à exécuter pour assurer la réception des matériaux et en surveiller la transformation.
- Il reste un certain nombre de réponses : les uns ont déclaré : « C’est très bien, rien ne s’oppose à ce système. » Quelques autres ont glissé : « C’est très difficile, je ne crois pas que cela réussisse. »
- Ces dernières incertitudes n’ont rien qui puisse nous étonner : nous ne pouvons pas supposer que des ouvrières de groupes aussi nombreux que ceux dont je viens de donner le total tout à l’heure, puissent être soumises à des conditions identiques.
- Les syndicats féminins qui m’ont répondu sont particulièrement les syndicats féminins de la rue de l’Abbaye, ceux de la rue de Vercingétorix, aujourd’hui rue de Sèze, et le très beau groupe de syndicats du Sud-Est, dont le principal est le groupement des syndicats de l’Isère, qui ont fait un travail extrêmement remarquable. Ces deux groupes ont répondu dans le même sens : ils m’ont dit que si ce système était possible pour certains genres de travaux, il était très difficile pour les soieries lyonnaises. C’est en effet une des rares industries françaises dans lesquelles il faille encore de la personnalité, de l’attention, du goût individuel, de la couleur, si bien qu’un travail ne peut pas être commencé le matin par une personne et continué rpar une autre. Il y a d’autres industries, on m’en a signalé deux ou trois, dans lesquelles on trouverait la même nécessité.
- Mais ici je dirai : est-ce notre faute si le nombre de ces industries où autrefois il fallait le tour de main individuel, le coup d’œil individuel, l’assiduité personnelle, deviennent de plus en plus rares?Est-ce que, en sens inverse, les méthodes nouvelles de travail ne favoriseront pas pour les ouvrières la possibilité de s’interchanger et de reprendre la tâche les unes des autres? Il y a là un mouvement qui a été commencé dans le monde entier, depuis un certain nombre d’années, et il est certain que ce mouvement continuera. Soit qu’on le redoute, soit qu’on s’en applaudisse, soit qu’on le craigne ou qu’on y voie des avantages, c’est là un mouvement qui, évidemment, facilite l’introduction pos-
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- sible du travail de demi-temps, c’est-à-dire la division des ouvrières en deux équipes de cinq heures chacune, l’une travaillant avant le repas de midi et l’autre travaillant après.
- La difficulté, maintenant, est-elle du côté des ouvrières? La présidente du Syndicat féminin de l’Isère m’a donné à cet égard un jugement que je tiens à vous lire, elle écrit :
- « ... que Je principal obstacle, du côté des ouvrières, c’est la déjà très grande déformation de l’esprit féminin, au point de vue des devoirs domestiques, qui fera toujours préférer à la femme un gain plus élevé, quoique illusoire, en très grande partie, avec une absence de onze heures par jour, à un gain moindre, mais avec la possibilité de faire des économies dans son ménage... »
- Ceci est observé avec lucidité, sans ménagement et avec compétence. Mais en lisant je me suis posé cette question : Est-ce là une objection à la tentative de faire la part, pour les femmes travailleuses, du travail à l’usine et du travail du ménage? Est-ce une objection devant laquelle nous devions nous incliner? Je réponds hardiment : C’est, au contraire, un fait qui doit nous exciter davantage à réagir contre cette déformation, déjà très grande, comme le dit la distinguée présidente de Syndicat de l’Isère. S’il y a une déformation, que faire ici, sinon essayer de la redresser? Et comment y arriver? Evidemment par notre propagande et par l’exposé d’un certain nombre de faits qui peuvent nous paraître probants.
- Voici ce sur quoi je désirerais appeler d’abord votre attention à ce point de vue : est-ce que le gain des femmes va être considérablement diminué? Est-ce qu’on va soumettre les femmes à un changement trop pénible relativement non pas, encore une fois, aux gains exceptionnels, accidentels de la guerre, —mais aux gains dont les femmes se contentaient déjà avant la guerre ?
- Il y a des chiffres ici, qui sont intéressants. Pour satisfaire le besoin de ces femmes que je vous disais tout à l’heure être les plus instruites, les plus dignes de ménagement et d’intérêt, c’est-à-dire de celles qui veulent encore s’occuper de leur famille, — il y a le travail à domicile, et ces Syndicats de l’Isère (je tiens beaucoup à citer cet exemple) me disaient : « J’ai pensé au travail à domicile, favorisé par l’établissement de la force motrice dans les maisons. En dehors de cela, la solution que vous proposez du travail de demi-temps me paraît la seule. »
- La présidente de ces syndicats tient évidemment par-dessus tout au travail à domicile. Le travail à domicile, je crois qu’il serait téméraire, criminel d’y toucher : on a cependant essayé de le faire. Le parti qu’on appelle « chrétien social » en Autriche, sous prétexte de remédier aux abus constatés, voulait
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- purement et simplement l’interdire. Il est certain que ce travail à domicile a donné lieu à beaucoup de scandales, à beaucoup de misères. Il est également certain que la concurrence que les pauvres femmes isolées se font entre elles, la manière dont elles se présentent, sans défense suffisante, a contribué à faire baisser outrageusement les prix.
- Eh bien, un grand effort a été accompli, en vue d’une loi nouvelle, pour relever le salaire des femmes travaillant à domicile, pour établir une sorte de taxe entraînant un minimum de gain et un maximum de travail. Cette taxe donnera-t-elle des résultats ? Nous avons des raisons sérieuses d’être un peu sceptiques sur le bienfait d’une taxation [Sourires), car il n’est pas dit qu’elle ne fasse pas plus de mal que de bien. Mais passons, et attachons-nous à ce qu’on nous donne.
- Voici une comparaison de la moyenne de ce que le travail à domicile des femmes rapportait il y a quelques années et du gain qu’elles peuvent retirer de la taxe, c’est-à-dire de l’établissement d’un prix légal.
- Ce travail a été établi après discussion entre le journal l’Humanité et les syndicats féminins de la rue de Vercingétorix ; nous en tirerons tout à l’heure des conclusions.
- Couture à la main, torchons et draps, le tarif ancien réduisait l’ouvrière à 0,90 fpar jour! Oui, il y avait des femmes qui travaillaient toute la journée à ourler des torchons, des draps, pour gagner 0,90 f. Le prix obtenu dorénavant sera de 2,25 f.
- Pour les fleurs, le profit quotidien était de 1,20 à 1,40 f; d’un commun accord il sera fixé à 2,50 f.
- La lingerie courante 1,20, 1,75, 2,00 f suivant les catégories; dans le tarif nouveau ce sera 2,50; 3,00 et 3,25 f.
- La confection pour hommes 2,25 f; dorénavant ce sera 3,75 f.
- La confection pour femmes et enfants 2,25 f, pour travailler du matin au soir, sans feu, avec une lumière insuffisante et les courses qu’il faut faire, les sollicitations auxquelles il faut s’adresser : dorénavant ce sera payé 3,25 f.
- Les travailleuses en chaussures, les piqueuses de bottines gagnaient 1,60 f; dorénavant elles gagneront 3,60 f.
- Cette comparaison vous prouvera que ces innombrables travailleuses à domicile, celles qui ne veulent pas quitter leur foyer, qui travaillent du matin au soir, qui s’usent les yeux, qui sont dans des conditions matérielles souvent très difficiles, auront, nous pouvons dire un maximum qui ne dépassera pas 3,50 f !
- Or, en ce moment, on m’a répondu dans la grande industrie, où j’ai questionné, et dans les petites enquêtes auxquelles je me suis livré dans certaines
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- familles, qu’il n’y a pas d’ouvrières qui débutent en ce moment à moins de 5 f par jour. L’ouvrière la plus grossière, la plus élémentaire débute donc avec un salaire qui, pour une demi-journée, lui rapporte déjà autant que les meilleurs salaires d’une ouvrière à domicile, pour sa journée tout entière.
- Ces 5 f sont unminimum, et dernièrement, j’ai pu voir, dans une famille que je connais bien, une bonne à tout faire qui n’a pas voulu rester en service. Elle, avec bien d’autres d’ailleurs, s’est précipitée vers les fabriques d’obus. Elle se fit proposer le jeudi : le vendredi elle était au travail et elle est entrée immédiatement à 6,40 f. Sans doute, c’est beau de gagner 6,40 f, mais calculez qu’il faut que cette personne paie sa nourriture, qu’elle paie son entretien; que, si elle a un enfant, elle le fasse élever à domicile. Combien ai-je eu d’exemples identiques sous les yeux! Combien de familles ont quitté ainsi la province pour venir dans la capitale : comme il y avait plusieurs sœurs, on a fait venir la mère de la province, de la petite campagne, où toute la famille vivait à très bon compte : cette famille est désormais déracinée, la voilà à Paris et il faut que la mère se lève à cinq heures tous les matins pour faire partir ses filles qui prennent le métropolitain à six heures, pour les recevoir le soir quand elles rentrent épuisées de leur travail, en un mot pour pourvoir à toutes les nécessités du ménage.
- Or, voyez, dans ces conditions, ce qu’il reste du salaire d’une ouvrière qui, dans des conditions plus hygiéniques et normales, pourrait se contenter d’un salaire de 3 f à 3,50 f ? Tout en ne travaillant que cinq heures par jour, elle garderait les cinq autres heures pour s’occuper de son ménage, de sa famille. Je maintiens qu’une femme qui raisonnera ainsi (et je crois que les personnes qui y regardent de près seront de mon avis) n’y perdra pas.
- Il serait certainement utile de pouvoir dresser, comme le faisait Frédéric Le Play, les budgets ouvriers. Frédéric Le Play et ses continuateurs avaient fait là des travaux extrêmement intéressants, ils avaient étudié le budget d’un ouvrier, le budget d’une famille avec le plus grand détail. Il y avait là des observations très intéressantes et très curieuses ; ils pouvaient, eux, faire ces enquêtes, car ils s’adressaient à des hommes d’une profession aussi stable que possible; la vie d’un ouvrier n’était pas comme aujourd’hui errante et vagabonde : ils questionnaient des familles appartenant à des groupes vivant d’habitudes semblables, d’habitudes communes, se nourrissant à peu près de même, se vêtissant de même, chez lesquels on pouvait établir une moyenne à laquelle il n’était pas téméraire de ramener l’ensemble de la profession.
- Mais, depuis lors, comment pourrait-on se charger de dresser le budget des ouvriers? On serait bien embarrassé pour les questionner. Aujourd’hui on voit les hommes et les femmes se procurer le superflu et demain se passer du
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- nécessaire, et alors(comment établir un budget dans ces conditions? Les ouvriers dépenseront beaucoup quand ils auront de l’argent et ils dépenseront beaucoup moins plus tard. Il faudrait également faire le compte de l’usure, faire le compte de la fatigue ; il faudrait faire le compte de tout ce qu’il y a à réparer dans leur santé comme dans le ménage : cette usure apparaît chez tous ceux et chez toutes celles qui travaillent un certain jour qui devrait être appelé le jour du repos physique et surtout le jour du repos moral, c’est-à-dire le dimanche.
- Partout où l’on a établi ce qu’on appelle la « semaine anglaise, » cela va encore à peu près ; mais partout où cela n’existe pas, on peut bien dire que le dimanche est pour la travailleuse un peu loyale et ayant un peu d’amour-propre, tout simplement une journée de travail plus effréné qui s’ajoute aux autres. C’est le jour où il faut que la mère de famille fasse la lessive pour la famille tout entière, procède aux travaux de nettoyage, si bien que lorsque l’ouvrier arrive et trouve tout sens dessus dessous dans son logement, on lui dit : « Ce que tu as de mieux à faire en ce moment, c’est de t’en aller. »
- Il faut tout remettre en ordre dans la maison et, dans certains quartiers, le curé de la paroisse me dit : « Pour les pauvres ouvrières qui n’ont pas le samedi soir, le dimanche n’existe pas. »
- Mais, Messieurs, si l’on ne peut pas aujourd’hui établir strictement le budget d'une ouvrière, soit avec dix heures de travail, comme aujourd’hui, soit avec cinq heures de travail, on peut cependant avoir des inductions, des moyens indirects de calcul : on peut surtout essayer de démontrer que le salaire que l'on touche n’est pas tout, et que no faire attention qu’à une chose, à savoir si, au lieu de gagner 4 f on en gagnera G, cela n’est pas le calcul le plus exact de tous. La preuve la meilleure c'est que l’élévation des salaires qui n’est pas accompagnée du correctif dont je parlerai dans un instant, est le plus souvent une chose illusoire.
- "Voici un document que j'ai recueilli et que je vous prie de vouloir bien méditer, car il est très intéressant. En 1910, « le Groupe socialiste parlementaire, ému du renchérissement des vivres et des loyers, a voulu examiner cette question. (Je copie ici textuellement le communiqué donné alors par les journaux.) Une délégation spéciale sera envoyée près du président du Conseil pour lui demander quelles mesures le Gouvernement compte prendre : 1° pour connaître aussi exactement que possible les causes de cette hausse des denrées ; 2° pour enrayer cette hausse et faire que la classe ouvrière n’ait pas à en supporter le contre-coup. »
- Il y a - là une naïveté à faire peur. Est-ce que ce n’est pas la classe ouvrière elle-même qui, par l'augmentation des salaires de tous les camarades, a augmenté par là le prix de la vie et des loyers? Comment? vous trouvez très Tome 127. — semestre. - Mars-Avril 1917.
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- bien que, si vous êtes cordonnier, votre salaire soit augmenté de 15 p. 100; mais comment empêcher tous les camarades voisins de faire reconnaître qu’ils ont droit à la même élévation ? Et alors, si vous faites payer plus cher votre travail et les services que vous rendez, comment ceux que vous avez à demander, non pas à la classe capitaliste, mais à la classe ouvrière, à ceux dont vous avez besoin, sur tous les coins de votre chemin, à toutes les portes de vos rues et de vos boulevards, comment, dis-je, ces services, ne serez-vous pas obligés de les payer également plus cher? J’ai parlé d’une naïveté à faire peur. Le mot n’était pas de trop.
- En Italie, par exemple, où les passions sont vives, cette erreur de raisonnement a fait couler le sang dans des meetings qui ne se tenaient pas dans les Calabres, mais dans la ville de Milan. Voici ce que je transcrivais à peu près à la même époque : « Comment? disaient les orateurs, nous avons obtenu à grand’peine une augmentation de salaires de 40 p. 100, nous nous flattions d’en jouir, et voilà que tout ce dont nous avons besoin est déjà augmenté de 35 p. 100 ! Pour peu que le mouvement de hausse continue, il ne nous restera rien de nos avantages, et la société capitaliste nous aura tout repris. »
- Eh bien ! non, ce sont vos camarades qui vous auront tout repris, la chose est impossible autrement, car vous n’avez aucun droit d’arrêter chez votre voisin l’élévation de ses gains et salaires, donc d’élever par cela même les prix de ce que vous avez à lui acheter. Alors, dit-on, c’est donc un cercle infernal que celui dans lequel nous sommes enfermés ? C’est donc un leurre éternel et à perpétuité? Jamais nous ne pourrons jouir des avantages que pouvait nous procurer l’augmentation des salaires et il ne nous en restera jamais rien?
- Eh bien! si, Messieurs, il y a deux moyens d’en garder quelque chose, deux moyens de ne pas être victimes de ces déceptions si douloureuses, je le reconnais, et dont il ne faut attribuer la responsabilité qu’aux théoriciens. Ces deux moyens très simples, aussi bien dans l’ordre moral que dans l’ordre matériel, sont : l’activité consciencieuse dans la production et l’économie dans la consommation.
- La conscience dans la production, d’abord, parce qu’il est certain que si vous avez une classe ouvrière qui sabote, pour employer l’expression classique, votre travail, qui n’y met pas la conscience et l’attention voulues, le prix de revient de tous les objets que l’industriel devra être obligé de livrer au public sera augmenté : ce n’est pas possible autrement. Vous ne pouvez pas obliger les gens à travailler en pure perte, vous ne pouvez pas faire des réquisitions pour obliger les gens à travailler sans en retirer des bénéfices. Si le travail est fait avec conscience, avec énergie, ce sera du bon travail ; chacun y trouvera son compte, l'industriel pourra continuer à payer de hauts
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- salaires avec les mêmes prix, puisque avec une honnête production comme celle que lui donnent ses ouvriers, il trouvera le moyen de s’en tirer sans augmenter ses prix de vente.
- Mais il faut ajouter que la conscience et l’activité sont soumises à une condition : il faut que les forces du travailleur y suftisent. Ici on ne doit sans doute pas pousser les choses à l’absurde et prétendre que plus on diminuera les heures de travail, plus la production augmentera ; mais, pour revenir à la question du travail des femmes, voici ce qu’il n’est pas du tout téméraire de dire : si le travail d’une femme restant à l’usine pendant cinq heures ne peut certes pas être égal au travail donné par une autre femme pendant dix heures, il sera tout au moins supérieur à ce que donnerait la seconde moitié de la journée, alors qu’elle aurait déjà été fatiguée par un travail de cinq heures. Cela, beaucoup de bonnes ouvrières me l’ont dit; il est évident que quand les cinq premières heures ont été occupées activement, l’attention, l’adresse, l’activité, tout cela ne peut pas équivaloir à ce qu’avait donné la première partie de la matinée; il y a un déchet inévitable : si ce déchet est évité, il y aura une marge qui permettra de mieux tolérer encore l’élévation des salaires.
- Economie dans la consommation ! Cette économie, il faut la comprendre dans son vrai sens. Ne laissons pas dire qu’on vous prêche le jeûne, l’ascétisme, la privation ! Non ; économie veut dire avant tout bonne administration. Ceci est parfaitement clair ; il serait puéril de vouloir redémontrer- ce que tout le monde sait, qu’une honnête mère de famille, très attentive, qui a été bien élevée par sa mère et par ses sœurs aînées dans de bons principes, peut trouver le moyen de faire vivre une famille dans une saine économie. Bien souvent une famille tout entière vivrait avec ce qu’un homme dépense chez le marchand de vins, avec ce qu’on appelle le vin de quatre heures, le vin de six heures, etc. Une femme qui pourrait rester à son domicile, s'occuper de son ménage pendant la seconde moitié de sa journée (il y a là des questions de détail à régler facilement, au point de vue du changement des équipes, en permettant l’alternance), s’occuper des achats, de la nourriture de sa famille, de tous ces menus objets qui sont le fait de la femme, tels que le raccommodage, le blanchissage etc., retrouverait un bénéfice au moins égal à celui qu’elle aurait perdu en sacrifiant une demi-journée de travail d’usine.
- Voilà, Mesdames et Messieurs, trop sommairement exposée, une idée que j’ai tenu à vous soumettre. Ce que j’en ai dit est très incomplet, ce que j’en ai dit peut provoquer beaucoup d'observations subsidiaires. Il est parfaitement évident, je le reconnais, que les personnes compétentes dans tous les métiers auraient à examiner ces propositions dans le détail. Cela est à souhaiter et il ne faut pas redouter les objections qui pourraient être faites à ce système; il
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- faut au contraire les accepter et les provoquer, parce que c’est par l’examen des objections que l'on trouvera peut-être le moyen de tourner ces difficultés, d'en atténuer dans une certaine mesure la portée. C’est à tous ceux et à toutes celles qui ont sous les yeux, autour d’elles, des exemples relatifs aux difficultés que je viens d’exposer, non seulement à y réfléchir, mais à faciliter la propagande qu’on pourrait faire sur un tel ordre d’idées. On n’arrivera pas à convaincre toutes les femmes, certainement non; mais sur ce nombre énorme de travailleuses que je vous citais tout à l'heure, quand on trouverait plusieurs centaines de milliers de femmes voulant bien travailler dans cette voie, ce serait beaucoup de gagné pour le présent et beaucoup de gagné pour l’avenir.
- Cette syndicaliste dont je vous parlais tout à l’heure, nous attristait en nous parlant de la très grande déformation de l’esprit féministe. Or, cette déformation, elle ne cessera pas d’elle-même. J’ai dit que nous avions de grandes obligations aux syndicats raisonnables, catholiques, pour dire le mot, qui entreprennent dans ce même sens des campagnes extrêmement bien dirigées et très fécondes. 11 faut en souhaiter la multiplication, mais il faut aussi que l’opinion publique, celle qui est faite de tout le monde, faite surtout de l’élite sociale, de l’élite des femmes françaises qui peuvent donner à droite et à gauche des renseignements et des conseils, il faut que toutes ces personnes s’entendent au moins pour appeler sérieusement l’attention sur cette proposition. Oui, elle peut rencontrer des difficultés, elle en rencontrera certainement, mais il faut souhaiter qu'on en triomphe, car on ne voit pas d’autre moyen de résoudre le problème. Si vous parez en effet, à tout prix, sans ménagements, aux besoins de la main-d’œuvre actuelle, en faisant travailler à outrance les femmes dans vos usines, vous vous privez de la main-d'œuvre nécessaire dans vingt ans, parce que ce n’est pas seulement le recrutement de l’armée, mais le recrutement industriel qui aura baissé. Si vous ne trouvez pas le moyen de satisfaire à la fois cette main-d'œuvre d'aujourd’hui et celle de l’avenir, il y aura l’une des deux qui sera forcément sacrifiée. Si vous avez une main-d’œuvre féminine modérée qui, gardant encore un temps très suffisant pour les besoins du ménage et de la famille, pourra donner un appoint très précieux et peut-être croissant aux travaux du commerce et de l’industrie, vous aurez fait certainement ce qui peut être fait pour résoudre rantinomie. En tout cas, je ne crois pas que l’on puisse trouver autre chose, et c’est sans crainte que l’on peut répéter à tout le monde : « Si vous avez quelque chose de mieux à proposer, faites-le sans tarder; car le temps presse, et c'est l'avenir tout entier de la vie nationale qui est en jeu. »
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- LES TRAVAUX PUBLICS APRÈS LA GUERRE01
- PAR
- M. Paul Toulon
- membre du Conseil
- S’il est une idée sur laquelle tous les Français s’accordent aujourd’hui, s’il est une pensée qui unit dans les mêmes vœux et oriente vers le même but toutes les bonnes volontés, c’est la conviction des efforts à faire après la guerre pour donner en France à l’industrie, au commerce et à l’agriculture, tous les développements nécessaires afin de lutter efficacement contre la concurrence grandissante des pays voisins et l’envahissement économique de nos adversaires.
- Dans cette œuvre immense qui devra être entreprise dès le lendemain de la guerre, les travaux publics occupent une place prépondérante par l’intérêt général qu’ils présentent pour l’industrie et le commerce.
- Les travaux publics assurent la circulation des marchandises et des voyageurs ; ils rapprochent les distances, facilitent les échanges, étendent les débouchés. Ils sont intimement liés au progrès économique dont ils sont l’un des facteurs essentiels.
- QUESTIONS GÉNÉRALES
- Convient-il, dès le lendemain de la guerre, d’entreprendre des travaux publics importants?
- Comment, dans chaque catégorie de travaux d’utilité publique, tels que les routes, les rivières navigables et les canaux, les ports maritimes, les chemins de fer, discerner les besoins essentiels, préparer l’étude et le choix des meilleures solutions, assurer l’exécution la plus parfaite et l’exploitation la mieux appropriée aux nécessités économiques?
- Comment, enfin, concevoir les moyens de réaliser les ressources indispen-
- (1) Conférence faite en séance publique le 10 mars 1917.
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- sables pour ces grandes entreprises, dans les conditions les plus favorables à l’intérêt général?
- Telles sont les questions dont j'essaierai d’aborder la solution. Peut-être vous semblera-t-il bien téméraire de vouloir résoudre, dans la courte durée d'une conférence, des problèmes à la fois si complexes, si étendus et si difficiles. Une longue expérience dans les services variés du ministère des Travaux publics n'est pas une excuse suffisante d’avoir cédé à d'amicales sollicitations ; je préfère rappeler le devoir qui s'impose à tous, particulièrement dans la période de crise actuelle et à l’aurore d’un avenir encore voilé de brume, de faire connaître ce qui paraît utile à l’intérêt général. Devant un auditoire comme celui qui m'écoute, ouvert à toutes les idées de progrès, je demeure assuré que vos critiques seront toujours bienveillantes.
- REPONSES AUX OBJECTIONS
- Des objections nombreuses et d’une apparente gravité viennent jeter le doute sur la nécessité de songer après la guerre à compléter, étendre et améliorer l’outillage national constitué par les travaux publics. La population après la guerre se trouvera diminuée et réduite dans sa partie la plus active ; l’industrie et le commerce, quel que soit l’essor qu’ils puissent espérer plus tard, seront ralentis, au moins dans les premières années, faute de main-d’œuvre ; les ressources du pays seront absorbées par les ruines à relever, les lourdes charges de la dette nationale démesurément accrue paralyseront tous les efforts et entraveront tout essai de programme étendu en vue de l’extension des travaux publics.
- Pour écarter de telles objections, il suffit presque de rappeler les années qui ont suivi la guerre néfaste de 1870. Après avoir consulté les mandataires du pays, tous ceux dont l'avis justifié pouvait éclairer et guider le gouvernement, à la suite d'études savantes et complètes, M. de Freycinet présenta aux Chambres, en 1878, l'admirable programme auquel son nom doit rester attaché. C’était un vaste ensemble de travaux publics comprenant l'extension des voies navigables, l'agrandissement des ports maritimes, un nouveau réseau de chemins de fer d'intérêt général.
- Pour les chemins de fer, la loi du i- juin 1878 prévoyait la construction de lignes d’une longueur totale de 8 700 km, qui, ajoutés aux 8 300 km déjà concédés antérieurement par les lois de 187o et non encore exécutés, formaient un total général de 17 000 km.
- Rappelons que le réseau français ne comprenait, en 1878 que 22 000 km.
- Le réseau des lignes de chemins de fer devait donc être porté de 22 000 km à 39000 km.
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- C’est un accroissement de 80 p. 100.
- La dépense devait atteindre 3200 000000 de francs.
- Lorsque de telles entreprises ont pu être conçues et réalisées au lendemain du désastre de 1870, dans une France meurtrie par la perte de deux provinces, il ne paraît plus imprudent ni téméraire, après les maux de l’heure présente, d’entreprendre de grands travaux publics pour donner l’outillage national nécessaire à l’industrie et au commerce dont nous prévoyons le développement incessant après la guerre.
- Si la main-d’œuvre est réduite, ne faudra-t-il pas suppléer à cette réduction par un outillage plus complet et plus perfectionné?
- L’industrie française saura surmonter les difficultés par les méthodes scientifiques dont l’utilité est chaque jour mieux comprise, par l’union, par la ténacité et l’énergie; elle saura lutter contre les concurrences, grandir et s’accroître. Les travaux publics, l’amélioration, l’extension, la rapidité et le bon marché des moyens de transport, doivent accompagner, parfois même précéder l’accroissement de l’industrie; sinon les progrès seraient ralentis. Les ressources nécessaires à de grandes entreprises de travaux publics résulteront de l’augmentation de la richesse générale, conséquence de l’activité agricole et industrielle. Les sommes dépensées doivent d’ailleurs trouver leur principale rémunération dans l’exploitation même de l’outillage national.
- Ecartons donc résolument et définitivement les objections apparentes que des esprits timorés pourraient opposer à la nécessité de donner aux travaux publics une impulsion méthodique et d'en prévoir à la fois une amélioration rapide et une large extension.
- MÉTHODE A SUIVRE
- Mais l’effort à faire, après un bouleversement qui rappelle la guerre de 1870, avec des effets à la fois différents par leur ampleur et leurs résultats, doit-il être l’imitation étroite du programme Freycinet de 1878? Depuis cette époque, après un intervalle de près de quarante ans, la technique a fait d’immenses progrès. Dans l’ouvrage considérable qui résume et condense en un tableau saisissant le bilan d’un siècle, M. Alfred Picard a montré toutes les conquêtes de l’industrie et de la science et élevé un monument qui est comme le couronnement de l’Exposition universelle de 1900. Après les développe-rnenls industriels des dernières années, les inventions, les transformations générales dues à des progrès particulièrement rapides, ce serait, sans doute, ignorer cette situation nouvelle si l’extension des travaux publics à prévoir
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- aujourd’hui était conçue comme devant être la copie et le renouvellement du programme Freycinet, avec les mêmes méthodes et les mêmes moyens.
- L’expérience a d’ailleurs montré les inconvénients d’un programme trop rigoureusement défini, dont la réalisation exige une longue période d’années. Des besoins normaux qui n’avaient pu être prévus, apparaissent avec le temps; la durée même d’exécution, et les dépenses dépassent presque inévitablement les limites primitivement arrêtées ; enfin, les faits ont montré le danger d’imposer au budget seul de l’Etat la charge de créer toutes les ressources nécessaires. L’achèvement des travaux entrepris risque de se trouver compromis, lorsqu’il est subordonné à des votes annuels que les nécessités politiques peuvent faire ajourner ; ces retards constituent une perte réelle quand les travaux commencés et restés inachevés ne sont pas même utilisables.
- Il importe donc de concevoir un programme de travaux publics, ou plutôt d’établir une organisation adaptée aux progrès de l’industrie moderne qui, avec toutes les ressources actuelles de la technique, donne à l’outillage national tout le développement nécessaire et en tire le plus grand effet utile, qui fasse appel à toutes les initiatives, qui réduise au minimum l’intervention directe du budget de l’Etat afin d’éviter les retards, les à-coups, les arrêts même, et par suite toute entrave fatale à l’essor industriel du pays.
- CATÉGORIES DIVERSES DES TRAVAUX PUBLICS
- L’examen plus détaillé des diverses catégories de travaux publics permettra d’apercevoir dans quelle mesure ces conditions difficiles pourraient être réalisées.
- Il y a un siècle, les travaux publics comprenaient les routes, quelques canaux et rivières navigables, les ports de commerce. Les recettes à percevoir comme rémunération de ces travaux étaient minimes et se bornaient à quelques taxes et péages sur les voies navigables et dans quelques ports. L’invention des chemins de fer est venue donner aux travaux publics un développement inattendu, dont les intelligences les plus perspicaces ont, au début, à peine entrevu l’avenir et dont les résultats économiques ont dépassé toutes les prévisions. Mais les chemins de fer présentaient, au point de vue de leur exploitation, un caractère tout nouveau. Les routes sont accessibles à tous les véhicules et à tous les piétons; sur les canaux et rivières, tous les bateaux peuvent librement naviguer. Les ports maritimes sont accessibles à tous les navires. zVu contraire, les chemins de fer, par leur nature même, exigent que l’exploitation soit unique: la circulation n’y peut être libre.
- Il est donc permis aujourd’hui de répartir les travaux publics en catégories
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- suivant le revenu direct que peut produire leur exploitation. Dans cette sorte de classification, il y aura lieu de distinguer :
- Ceux qui ne donnent aucun produit direct, comme les routes et les chemins publics ;
- Ceux qui ne peuvent donner lieu qu’à des taxes insuffisantes pour rémunérer l’intérêt des capitaux nécessaires à leur établissement, tels que les ports maritimes de commerce, les canaux et rivières navigables, certains chemins de fer d’intérêt local;
- Ceux, enfin, dont les tarifs permettent, en raison de l’importance du trafic, de réaliser, déduction faite des frais d’exploitation, des sommes suffisantes pour payer l’intérêt et l’amortissement des capitaux employés à leur établissement; les chemins de fer d’intérêt général, dans leur ensemble, restent dans cette catégorie.
- Une telle répartition n’est pas inutile, car elle peut servir de guide pour le choix des moyens à chercher en vue de créer les ressources nécessaires.
- L’outillage national constitué par les travaux publics présente d’ailleurs le caractère commun de satisfaire des besoins d’intérêt général et de constituer des monopoles.
- ROUTES ET CHEMINS
- Pour les routes, routes nationales et départementales, chemins vicinaux, la France a un ensemble étendu de voies de communication dont le tracé et l’entretien méritent a juste titre d’être admirés. L’invention de l’automobilisme a donné une nouvelle importance aux routes et chemins de toute catégorie. Le premier Congrès de la Route, qui a eu lieu il y a quelques années à Paris, par les remarquables études qui y ont été présentées, a montré les progrès inattendus qu’a suggérés, dans les procédés de construction et les méthodes d’entretien, le nouveau mode de transport, la voiture automobile. Le développement du tourisme et les différentes associations dues à l’initiative privée, Touring-Club, syndicats locaux d’initiative, sont venus donner une vive impulsion aux movens de transport sur routes.
- Sur les routes, des améliorations sont à prévoir, dont l’importance • relative ne sera pas très grande; l’initiative des associations de tourisme pourra aider l'effort des communes, des départements et de l’Etat, suggérer les améliorations utiles à réaliser, peut-être même, dans quelques cas, apporter un concours pécuniaire. Mais, par leur nature même, les travaux relatifs aux routes et chemins sont une charge des budgets de l’Etat, des départements et des communes.
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- NAVIGATION INTÉRIEURE
- Les canaux et rivières navigables sont affranchis de toute taxe de péage depuis la loi de 1880. L'Etat, parfois avec quelques concours, prend à sa charge tous les travaux necessaires, établissement et entretien, mais les usagers n'ont à payer que la fourniture des bateaux et les frais de traction, halage ou remorquage. Les progrès de la technique conduisent aujourd'hui à envisager de nouveaux modes de traction sur les canaux qui devront se substituer dans l'avenir aux méthodes anciennes; les bateaux peuvent être tirés par des câbles sans fin mus électriquement, par tracteurs mécaniques sur chemins de halage ou par d’autres dispositifs analogues.
- Déjà, au deuxième Congrès de Navigation intérieure, qui a eu lieu à Nancy en 1909, un vœu a été émis pour que, après enquête, dans l'intérêt de la sécurité, de la commodité et de la rapidité de l'exploitation, l’emploi d’un outillage public de traction, établi soit par un concessionnaire, soit par l’Etat,puisse être imposé par décret, pour certaines parties des voies navigables, à l’exclusion de tout autre mode de traction.
- Le Congrès national des Travaux publics, qui eut lieu en 1912, sous les auspices de l’Association française pour les Travaux publics, s’est associé à ce vœu et a demandé que sur une même section de canal un seul mode de traction soit autorisé. L'emploi d’un système de traction mécanique permet en effet d’accroître la vitesse des bateaux et d’augmenter ainsi la capacité de transport de la voie navigable ; par suite, il est indispensable sur un canal, où tous les bateaux doivent avoir la même vitesse, d’utiliser un seul mode de traction.
- Il apparaît ainsi que, pour réaliser, au grand avantage de la circulation des marchandises, les progrès économiques aujourd’hui possibles, il devient nécessaire de prévoir la concession à des sociétés du monopole de la traction des bateaux sur certains canaux. Ces concessions pourraient être semblables à celles des compagnies de chemins de fer. Les sociétés à constituer auraient à leur charge les frais d’installation et d’exploitation des nouveaux modes de traction mécanique; les tarifs toujours inférieurs à des maxima prévus, devraient être homologués avant toute application. Il semble que les dépenses d’entretien du canal lui-même, et la manœuvre des écluses pourraient être mis à la charge des sociétés exploitantes; dans certains cas même, il y a lieu d’espérer qu’une partie au moins des frais d’établissement pourrait être rémunérée par les recettes de l’exploitation. Le budget de l’Etat serait ainsi allégé, la création de nouvelles voies navigables serait facilitée.
- La concession du monopole de la traction des bateaux pourrait être étendue même à certaines rivières navigables. Par exemple, les difficultés récentes
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- auxquelles a donné lieu la navigation sur la Seine, n’auraient-elles pas été atténuées si une compagnie puissante avait été seule chargée d’assurer la traction des péniches de Rouen à Paris? Il semble qu’une société unique aurait été mieux capable d’assurer une exploitation satisfaisante, qu’elle n’aurait pas hésité par exemple à organiser un service de nuit. Contrôlée par l'État, et assurée de ressources suffisantes, elle aurait pu prendre à sa charge diverses améliorations que le budget de l’État n’avait pas réalisées. Enfin, ce qui est capital pour le commerce général, les tarifs de traction des bateaux auraient été régularisés et n’auraient pas subi de brusques et fâcheuses fluctuations.
- Je ne me hasarderai pas à essayer de rechercher devant vous quelles nouvelles voies navigables doivent être créées ou améliorées. Une telle tâche demanderait des développements qui sortiraient du cadre de cette conférence, limitée à des vues d’ensemble. Vous avez d’ailleurs conservé le souvenir de la conférence que nous a faite notre collègue, le lieutenant-colonel Espitallier, sur les voies navigables et dans laquelle il nous a présenté le tableau des progrès à réaliser. Il convient de rappeler cependant que, sur l’étendue de nos voies navigables, qui atteint 12 300 km, le total des marchandises transportées s’élève annuellement à 4 milliards et demi de tonnes kilométriques, tandis que les chemins de fer transportent 16 milliards de tonnes kilométriques sur un réseau de 42 000 km.
- Ces tonnages, ramenés à la distance entière, c’est-à-dire divisés respectivement par les longueurs du réseau des voies navigables et du réseau des voies fer rées, donnent pour le trafic kilométrique moyen :
- Pour les voies navigables............... 370000 tonnes.
- Pour les chemins de fer ................ 400000 —
- Ce sont des chiffres de grandeur analogue qui soulignent l’importance des services rendus par la navigation.
- L’extension rationnelle du réseau des voies navigables doit donc attirer l’attention, et les avantages exceptionnels des chemins de fer ne peuvent faire oublier la part qui revient aux voies navigables dans le transport général des marchandises.
- Canal du Nord-Est. — Parmi les entreprises importantes de navigation signalées par le Congrès national de Navigation et le Congrès national des Travaux publics de 1912, je me bornerai à citer le canal du Nord-Est et l’amélioration du Rhône.
- Le canal du Nord-Est est destiné à relier les régions industrielles de Meurthe-et-Moselle, de la Meuse, de la Sambre et de l’Escaut français entre
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- elles et avec les houillères et les établissements métallurgiques du Nord et du Pas-de-Calais et avec le port de Dunkerque, ainsi qu’avec le bassin de la Meuse. M. l’Inspecteur général des Ponts et Chaussées Georges Renaud a montré dans de savants et lumineux rapports, l’utilité de créer cette importante voie navi-vigable, qui devra permettra le passage des bateaux de 600 t; le fret serait ainsi notablement réduit par rapport à celui qu’exige la traction des péniches ordinaires des canaux.
- Si l'utilité du canal du Nord-Est était manifeste avant la guerre, la France n’oubliera pas, après la reprise des provinces envahies, ce qu’elle doit à ceux qui ont si vaillamment supporté les angoisses de l’invasion, qui ont vu leurs usines pillées, leurs maisons détruites, leurs foyers dispersés. La construction du canal du Nord-Est sera donc au nombre des œuvres de réparations nécessaires en même temps que le relèvement des ruines au lendemain de la guerre.
- Amélioration du Rhône. — L’amélioration du Rhône, les travaux nécessaires pour le rendre régulièrement navigable à l’aval de Lyon jusque vers Arles, sur une longueur totale de près de 300 km, ont été l’objet de discussions et d’études très complètes. Depuis de longues années, ce problème préoccupe vivement toute la région du Rhône ; c’est une œuvre capitale à réaliser dans l’intérêt national. En 1899, 27 Chambres de Commerce du Sud-Est se réunirent à Lyon et décidèrent de confier à l’Office des Transports, qu’elles ont fondé, le soin de poursuivre la solution de cette difficile question. L’ingénieur-conseil de cet office, M. René Tavernier, dans une note magistrale inspirée par une large vue d’ensemble de tous les éléments de richesse à mettre en valeur par des travaux bien compris, conclut à l’étude de l’aménagement du Rhône, au triple point de vue de la navigation, de l’agriculture et de l’industrie.
- M. le ministre des Travaux publics fit préparer un projet limité aux seuls besoins de la navigation, laissant au département de l’agriculture la tâche d'étudier les canaux d’irrigation et réservant à l’industrie privée l’étude des distributions de force motrice.
- L’avant-projet ainsi établi comprend un canal latéral complètement séparé du lit du Rhône, partant de l’embouchure de la Saône à Lyon, pour aboutir à Arles après un parcours de 270 km. La dépense totale atteindrait 600 millions, soit 2 millions par kilomètre.
- L’importance de cette dépense qui devait, suivant les errements habituels, être à la charge de l’Etat, fit écarter le projet. Les Chambres de Commerce du Sud-Est ne se découragèrent pas, et, en 1909, décidèrent d’organiser un
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- concours d’avant-projets en vue de l’aménagement du Rhône au double point de vue de la navigation et de la force hydraulique.
- Ce concours eut un plein succès. Le projet primé par le jury fut celui de MM. Billet et Givoiset. Les auteurs sont parvenus à réduire la dépense en limitant les dérivations éclusées aux parties où les rapides dus à la pente du, fleuve font obstacle à une navigation régulière. La longueur cumulée des dérivations nécessaires est de 34 km et la dépense totale pour l’amélioration du fleuve atteint seulement 64 millions. A ce chiffre, il paraît indispensable d’ajouter une somme de 55 millions pour la création à Lyon d’un vaste port fluvial raccordé à la Saône et à la dérivation de Jonage vers l’amont. L’ensemble des dépenses serait de 120 millions environ.
- D’autres projets, en particulier celui de M. Mahl, ont pour but l’amélioration directe du lit du fleuve. M. Mahl préconise la création de 28 barrages éclusés et propose d’utiliser par des usines hydroélectriques les chutes d’eau réalisées par ces barrages ; il estime à 500 000 chevaux en moyenne l’énergie disponible.
- Si je suis entré dans quelques détails sur cet important problème de l’amélioration du Rhône, ce n’est pas pour entamer une discussion qui demanderait de longs développements, c’est pour montrer combien il est important, non seulement d’envisager l’aménagement d’un fleuve comme le Rhône au point de vue de la navigation, mais encore d’en tirer tous les éléments de richesse nationale qu’il est possible d’obtenir par un ensemble de travaux appropriés; ce sont les vues que préconisait M. René Tavernier en 1900; ce sont celles auxquelles s’est rallié le Congrès des Travaux publics en 1912. Ce congrès considère que le Rhône doit être mis en condition de satisfaire aux nécessités industrielles et agricoles des importantes régions qu’il dessert, que, la France étant importatrice de charbon, il y a un grand intérêt à aménager les forces motrices dont on peut disposer sur le Rhône ; le Congrès conclut en demandant la préparation d’un avant-projet fixant un programme définitif avec le concours de l’initiative privée tant pour la construction que pour la combinaison financière en vue d'assurer l’exécution des travaux.
- Cet exemple de l’aménagement du Rhône fait apparaître d’une manière frappante les conditions nouvelles dans lesquelles se présentent aujourd’hui l’établissement et l’exploitation des travaux publics. C’est l’initiative des groupements, tels que les Chambres de Commerce, soucieux de développer l’outillage national, qui a provoqué, en faisant un large appel à toutes les compétences, les études d’où sortira enfin un projet conforme à l’intérêt général. Il semble que la réalisation finale pourrait être obtenue par la concession à une grande société, analogue à nos compagnies de chemins de fer, de la traction
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- exclusive des bateaux sur le Rhône amélioré et de la force hydroélectrique utilisable. Une telle société, avec une concession de durée suffisante, aidée par l’Etat,les groupements industriels, les villes intéressées, avec des subventions, des avances ou des garanties d’intérêt pendant les premières années, aurait un crédit lui permettant de faire appel au public et d’obtenir les ressources nécessaires pour assurer l’exécution des travaux et l’exploitation complète de toutes les ressources utilisables du Rhône.
- PORTS MARITIMES DE COMMERCE
- Après les problèmes de navigation intérieure, la navigation maritime, son développement et sa puissance sonl une nécessité qui s’impose pour l’avenir économique du pays. La France a des côtes qui s’étendent sur la mer du Nord, la Manche, l’Océan, la Méditerranée; les ports maritimes de commerce sont comme les gares de transit du trafic avec nos colonies et les pays d’outremer .
- Dans une conférence, faite récemment, ici même, devant notre Société, M. Ajam nous a montré, avec une documentation décisive et une éloquence entraînante, la nécessité pour la France d’une expansion plus large de son commerce au dehors. Malheureusement nos ports n’ont pas les aménagements qu’exigent aujourd’hui le commerce et la navigation. Les travaux qu’entraîne leur extension sont coûteux; leur exécution, souvent entravée par l’insuffisance des crédits, s’étend sur un tel nombre d’années et subit de tels retards que de nouvelles nécessités apparaissent et que de nouveaux programmes doivent être mis à l’étude avant que les premiers soient terminés.
- Sous la pression de l’opinion publique réclamant l’autonomie des ports, un effort a été fait par les pouvoirs publics, une loi sur le régime des ports maritimes a été promulguée le o janvier 1912. Cette loi prévoit la possibilité de créer, par décret rendu, après enquête, sur la proposition des ministres des Travaux publics, du Commerce et des Finances, un Conseil d’administration d’un port; les droits et obligations de l’Etat lui sont conférés dans les mêmes conditions qu’à une compagnie de chemins de fer. Il faut rendre pleine justice aux excellentes intentions des auteurs de la loi, mais il suffit d’en lire les articles pour concevoir des doutes sur son efficacité en vue de remédier aux inconvénients actuels dont on s'accorde à reconnaître la gravité. Les conditions de lanomimation des administrateurs sont prévues avec soin, mais leurs pouvoirs sont si étroitement limités et si rigoureusement contrôlés que leur responsabi lité sera tout à fait réduite. Il y a loin d’un tel régime à celui des compagnies de chemins de fer auquel il est comparé. La loi contient d’ailleurs un article bien caractéristique : les fonctions du Conseil d’un port maritime doivent être
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- gratuites. N’est-ce pas indiquer, par cela même, que les administrateurs n’auront ni le stimulant d’une rémunération comme conséquence de leur bonne gestion, ni la responsabilité effective de leurs erreurs ou de leur négligence? Est-ce le moyen d’éviter le retour des errements anciens et de parer aux difficultés du système? Loin de moi la pensée de contester l’absolue nécessité d’un contrôle de l’Etat sur la gestion des ports, mais encore faut-il que la création d’un Conseil d’administration corresponde à un résultat réel et à une utile responsabilité, sinon les administrateurs ne seront plus qu’une assemblée honorifique, une sorte de pavillon destiné à couvrir le maintien des méthodes anciennes, un rouage de plus dans la machine administrative entraînant peut-être des complications et des entraves nouvelles.
- L’autonomie des ports devrait être, non une vaine apparence, mais une réalité. Les compagnies à créer pour les administrer devraient, par suite, être des sociétés anonymes gérées par un conseil, et avoir une responsabilité effective et une indépendance suffisante, représenter des capitaux. Les actionnaires pourraient être des particuliers, des syndicats, des associations, des villes, des départements, l’Etat lui-même. L’Etat conserverait un droit de contrôle dont l’exercice devrait être assuré avec une grande largeur de vues; son intervention serait en outre nécessaire dans les travaux de grande importance comme concours financier soit sous la forme d’avance, soit sous celle de garantie d’intérêt plus ou moins prolongé.
- CHEMINS DE FER
- C’est l’industrie des chemins de fer qui est sur ce point le véritable modèle. Les travaux publics de cette catégorie ont été, en France, depuis la création des grandes compagnies, orientés avec une méthode, dont nous pouvons légitimement nous féliciter, parce quelle a su concilier l’intérêt public avec les nécessités d’une exploitation réellement commerciale. Sans doute, un réseau d’Etat a été constitué dans des circonstances un peu exceptionnelles, et l’une des grandes compagnies a été rachetée. Mais, dans son organisation, le réseau d’Etat est établi suivant les formes mêmes des autres réseaux, avec une sorte d’indépendance vis-à-vis de l’Etat qui le contrôle de la même manière que les autres compagnies.
- Ce qu’il importe de rappeler, c’est que le capital consacré aux travaux d’établissement à la charge des compagnies sera complètement amorti à l’expiration des concessions dans quarante ans environ, entre 1950 et 1960. Actuellement, l’ensemble des recettes brutes des cinq grandes compagnies de chemins de fer était, d’après les statistiques de 1912, de 1 648 millions, et les
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- dépenses d’exploitation de 951 millions, laissant une recette nette de 697 millions.
- C’est cette somme de 700 millions environ, actuellement à peine suffisante pour suffire aux charges de l’intérêt et de l’amortissement des capitaux engagés, qui deviendra disponible en fin de concession.
- Quelles seront, au lendemain de la guerre, les améliorations ou extensions qu’il y a lieu d’envisager comme nécessaires dans le domaine des chemins de fer? Quelle sera la méthode à suivre pour les réaliser?
- Parmi les grands projets à prévoir, j’en citerai deux qui ont un caractère un peu exceptionnel.
- Tunnel sous la Manche. — Le premier, celui dont l’exécution s’impose pour ainsi dire sans délai, c’est le tunnel sous la Manche. M. l’Ingénieur en chef Moutier, dans une récente conférence, nous a montré l’intérêt de cette entreprise qui reliera les voies ferrées anglaises avec notre réseau français ; ce sera, en quelque sorte, le témoignage permanent de notre confraternité d’armes avec nos alliés d’au delà du détroit.
- Transafricain. — Une autre entreprise, dont les résultats pour le développement de nos colonies africaines doit avoir les plus importantes conséquences, est le projet de transafricain reliant l’Algérie au Congo et au lac Tchad, tel que l’a projeté M. André Berthelot et dont notre collègue M. Legouëz a donné la description au Congrès national des Travaux publics de 1912. La dépense atteindrait 400 à 500 millions. Il faut reconnaître que les prévisions du trafic présentent une large part d’incertitude ; mais il y a un intérêt national important qui suffit à justifier cette œuvre.
- Réseau français. — Pour le réseau général français, la situation n’est plus la même qu’après 1870; les lignes réellement nécessaires sont construites; les extensions à prévoir n’ont qu’une faible importance relative. Mais d’autres problèmes très importants résultent à la fois de l’accroissement continu du trafic et des progrès de la technique. Si la longueur même des lignes n’exige pas de grands accroissements., diverses parties essentielles, comme les gares de triage, gares de marchandises, gares à voyageurs, doivent subir des agrandissements ou des transformations importantes ; ce sont des travaux aussi nécessaires pour assurer la régularité des transports que la multiplication du nombre des véhicules, des locomotives et des trains.
- Traction électrique sur les chemins de fer. — Le progrès peut-être le plus vaste par les transformations qu’il entraîne et par les résultats qu’il est possible
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- d’espérer, est l’extension de la traction électrique sur les chemins de fer. Aujourd’hui, la technique qui s’est développée avec une rapidité admirable, a multiplié les applications et les a perfectionnées. Sans vouloir prendre parti ni ouvrir une discussion qui serait déplacée dans cet exposé sommaire, entre les partisans du courant continu et ceux qui donnent la préférence au courant monophasé ou même au courant triphasé, il suffit de rappeler que des systèmes parfaitement étudiés et mis au point, déjà longuement expérimentés, ont donné toute satisfaction et ont montré les avantages de la traction électrique. Les auditeurs de notre Société n’ont pas oublié la conférence si documentée et si complète dans laquelle, en 1910, M. de Valbreuze nous montrait les multiples applications de la traction électrique sur les grandes voies ferrées et faisait ressortir ses nombreux avantages : augmentation de la capacité des gares et des lignes, accroissement de la vitesse des trains, économie dans les dépenses d’exploitation.
- Déjà nos grandes compagnies ont réalisé quelques applications, malheureusement encore trop peu étendues. La Compagnie d’Orléans, près de Paris, les chemins de fer de l’Etat, la Compagnie P.-L.-M., la Compagnie du Midi, emploient la traction électrique sur diverses sections de lignes; les chemins de fer de l’Etat, poursuivant et développant les projets qu’avait en vue l’ancienne Compagnie de l’Ouest, doivent bientôt étendre la traction électrique à toutes les lignes de banlieue. Sur les chemins de fer départementaux, il faut citer le remarquable exemple des tramways départementaux de la Haute-Vienne, établis par MM. Giros et Loucheur; c’est un réseau entier de 315 km installé électriquement avec le courant monophasé à 25 périodes.
- Le plus grand obstacle au développement de la traction électrique, peut-être le seul véritable, est l’importance des sommes à dépenser en travaux de premier établissement pour réaliser l’équipement des réseaux, les lignes de transport et les stations centrales de production de l’énergie électrique.
- L’accord est généralement complet pour reconnaître la supériorité, et les avantages incontestables de la Iraction électrique pour la banlieue des grandes villes, les lignes à grand trafic, et les lignes à parcours accidenté.
- Est-il possible d’apprécier, au moins approximativement, quelles seraient les sommes à dépenser pour électrifier l’ensemble des réseaux français ? 11 serait téméraire de donner des chitfres trop précis. Dans un rapport présenté au Congrès des Travaux publics de 1912, M. de Marchena, avec toutes les réserves que comportent de telles indications, conclut que pour compenser toutes les charges provenant de l’électrification, il suffit, en moyenne, d’une augmentation du produit net des lignes égale à environ o p. 100 de leurs recettes actuelles, soit qu’elle provienne de la réduction des frais d’exploita-Tome 127. — 1er semestre. — Mars-Avril 1917, 21
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- tion, soit qu'elle provienne d'une augmentation de recettes, soitenlin que cet accroissement résulte de ces deux causes réunies.
- Si nous regardons au delà de l’Atlantique, le pays où la traction électrique a fait le plus de progrès et s'étend de jour en jour avec une rapidité croissante, nous voyons que les Etats-Unis l ont appliquée sur 3 000 km, ont décidé de la réaliser sur 1 500 km et projettent de l’étendre à bref délai à 1500 km nouveaux. Les renseignements précis et complets que M. Sosnowski a donnés à la Société internationale des Electriciens l’année dernière, en mars 1916, fournissent des données particulièrement intéressantes. La ligne Butta-Anaconda-Pacific, récemment électrifiée, a permis d’établir, pendant une durée de six mois, la comparaison entre les deux modes de traction, vapeur et électricité : avec l’emploi de l’électricité le tonnage des trains a pu être augmenté de 35 p. 100, le nombre des trains diminué de 25 p. 100 et le temps de parcours diminué de 27 p. 100. Dans l’ensemble, l’économie nette totale a été importante et s’est élevée à 20 p. 100.
- Sans insister sur ces intéressantes comparaisons, j’attirerai l’attention sur les raisons spéciales qui, au point de vue français, et surtout après la guerre actuelle, justifient l’électrification des chemins de fer.
- L’accroissement continu du trafic entraînera à bref délai des extensions, agrandissements de gares, doublement de voies, augmentation du matériel roulant dont l’urgence apparaît par l'engorgement trop souvent constaté de la circulation. La traction électrique, qui conduit à augmenter les vitesses, à diminuer la durée des parcours et par .suite à accroître le rendement des voies ferrées, permettra sans doute d’ajourner les extensions à prévoir et d’en diminuer l’importance.
- Au point de vue de la production de la houille, la France doit se procurer par l'importation 20 millions de tonnes pour suffire à sa consommation totale annuelle de plus de 60 millions de tonnes. L’industrie des chemins de fer consomme 8 900 000 t, près de 15 p. 100 de la consommation totale de la France.
- La traction électrique peut emprunter une partie de l'énergie qui lui est nécessaire aux ressources de la houille blanche; les stations centrales à vapeur munies de puissantes machines à condensation, utilisent le combustible dans des conditions beaucoup meilleures, moins d'un kilog. de charbon par kilowattheure tandis que sur les locomotives à vapeur les plus perfectionnées, le kilowatt-heure exige une dépense de 2 à 3 kg. Il sera donc possible de réaliser une très importante économie sur les 9 millions environ de tonnes de houille aujourd’hui consommés annuellement dans les chemins de fer. C'est un résultat qui est d'un véritable intérêt national.
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- Enfin la traction électrique entraînera une économie dans la main-d’œuvre et une réduction de personnel, non seulement pour la traction même, mais encore pour beaucoup d’opérations accessoires, comme la manœuvre des aiguilles et des signaux, l’éclairage des gares, la manutention des marchandises. L’économie de main-d’œuvre est une nécessité générale qui s’imposera impérieusement demain, à la fois parce que la production agricole et industrielle devra être augmentée et parce que des vides cruels auront réduit le nombre des travailleurs et la partie active de la population.
- Est-il possible de songer à demander aux compagnies de chemins de fer, dans leur situation actuelle, de réaliser des améliorations aussi considérables et de donner au réseau national tous les perfectionnements techniques que réclame le souci de l’intérêt public? Le principal obstacle est la faible durée d’environ quarante ans qui reste à courir jusqu’à l’expiration des concessions actuelles. Dans quarante ans, tout le capital d’établissement des lignes de chemins de fer sera amorti ; l’Etat pourra reprendre ces lignes gratuitement. La recette nette annuelle, dont le total atteint actuellement près de 700 millions, deviendra disponible.
- Il semble que la méthode la meilleure consiste à prolonger notablement la durée des concessions. Si cette prolongation était suffisante et s’étendait jusqu’à la fin du siècle présent, les compagnies, assurées ainsi d’un long avenir avec de notables recettes nettes disponibles dès la fin de la période des concessions actuelles, auraient sans doute les moyens de créer d’importantes ressources. Dans les nouvelles conventions à intervenir, l’Etat pourrait obtenir des compagnies tout un programme d’améliorations ; la réalisation serait peu onéreuse pour l’État dont le concours se réduirait à des avances très limitées et remboursables, ou à des garanties partielles. Je ne puis qu’indiquer le principe général qui paraît le mieux approprié à la mise en parfait état et au perfectionnement du réseau de nos grandes lignes. Ce serait une œuvre à la fois logique et utile ; ce serait donner leur plein rendement au mécanisme bien organisé de nos compagnies de chemins de fer.
- Critiquées trop souvent avec excès en temps de paix, les compagnies de chemins de fer ont donné la mesure de leur valeur par les efforts considérables qu’elles déploient en temps de guerre et le patriotisme actif dont elles donnent tous les jours des preuves éclatantes.
- STATIONS CENTRALES ÉLECTRIQUES .
- Les considérations générales sur l’extension de la traction électrique et sur l’avenir qu’il est permis d’entrevoir, me conduisent à signaler le rôle sans
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- cesse plus développé que les stations centrales électriques sont appelées à jouer dans l’outillage national. Les concessions de distribution électrique de force motrice et de lumière se multiplient et prennent un accroissement rapide. La technique a fait depuis quelques années d’extraordinaires progrès. L’emploi des hautes tensions, devenu aujourd’hui d’un usage courant, permet d étendre les distributions d’énergie à de grandes distances.
- Les stations centrales électriques, par leur utilité et les intérêts généraux qu’elles sont appelées à desservir, constituent maintenant une nouvelle catégorie de travaux publics; elles sont d’un intérêt véritablement national, et ne doivent plus être envisagées comme de petites entreprises d’intérêt local ; le rôle qu’elles doivent jouer dans le développement économique du pays est comparable à celui qui a été rempli par l’invention des chemins de fer.
- En France, de nombreuses stations centrales électriques sont disséminées sur tout le territoire. Quelques-unes atteignent déjà une notable importance. La Société de l’Energie électrique du Littoral méditerranéen, pour citer une des plus puissantes, a des usines hydrauliques de 56 000 ch, et des usines thermiques produisant 32 000 ch, au total 88000 ch, et distribue le courant à des tensions atteignant 55 000 volts.
- Mais c’est toujours aux Etats-Unis qu’apparaissent les installations les plus grandioses et les exemples les plus sensationnels.
- A New York, les deux principales stations centrales électriques peuvent produire l’une 135 000 kw, l’autre 150 000. A Chicago, une station centrale de 240000 kw est envoie d'achèvement. Dans ces énormes stations sont installés des turbo-généraleurs de 30 000 et même 35 000 kw de puissance,
- Ces grandes usines ne sont pas seulement remarquables par leur importance, mais elles doivent attirer surtout l’attention par l’économie qu’elles permettent de réaliser dans la production de l’énergie électrique. M. Sosnowski, cite les chiffres suivants, qui font ressortir les progrès réalisés depuis quinze ans, pour la production de l’électricité par la vapeur. Si l'on appelle rendement thermique le rapport entre l’énergie calorifique de combustible et l’énergie électrique fournie au départ de l’usine, ce rendement qui ne dépassait pas 5 à 6 p. 100 il y a quinze ans, s’est élevé successivement à 9 p. 100 à la New York Central Railroad C° ; à 11 p. 100 à la New York Edison C° ; à 12 p. 100 à la North West Station de Chicago.
- Enfin dans les plus récentes installations, telles que celles de Detroit, le rendement atteint 18 p. 100 avec une consommation de 0,666 kg de charbon par kilowatt-heure. Le rendement est ainsi trois fois et demi plus élevé qu’au début de cette période de quinze ans.
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- Des distributions à 150000 volts sont réalisées en Californie et s'étendent à plus de 600 km; déjà sont envisagées des distributions à 250 000 volts atteignant des distances de 1500 km.
- De ces quelcpies chiffres, il importe de retenir l'économie considérable qui résulte de la création de stations centrales puissantes. Les progrès techniques réalisés conduiront inévitablement, en France, les multiples stations centrales électriques à s’unir, à concentrer leurs efforts pour la création d’usines plus puissantes, d'un rendement meilleur avec un champ d'action plus étendu.
- La question s’élève et prend un intérêt national lorsqu’on songe à la nécessité pour la France, plus que pour d'autres pays concurrents, d’économiser la houille qu’elle doit acheter en partie au dehors pour les besoins de son industrie. Des stations centrales électriques puissantes feront un meilleur emploi du combustible et utiliseront la houille blanche dont les applications ne sont pas encore suffisamment développées. D'après un rapport de M. Robert Pinot, secrétaire général de la Chambre syndicale des Forces hydrauliques (Exposition de Bruxelles 1910), l’Allemagne, la Suisse, la France ont respectivement les puissances hydrauliques disponibles et les forces utilisées suivantes :
- Degré d’utilisation.
- Allemagne............ 1 400000 445 000 31 p. 100
- Suisse............... 1 500 000 380 000 25 —
- France............... 5 860 000 600 000 10 —
- Cette comparaison montre que pour atteindre le degré d’utilisation de nos forces hydrauliques qui est déjà obtenu en Allemagne, les installations actuelles devraient avoir une importance trois fois plus grande; avec une utilisation semblable à celle de l’Allemagne, la France obtiendrait de la houille blanche une puissance disponible nouvelle de plus d’un million de chevaux-vapeur, représentant une économie de charbon de L à 5 millions de tonnes par an, la moitié de ce qu’exige l’exploitation de notre réseau de chemins de fer tout entier. Des projets importants ont été étudiés pour accroître l’emploi de la houille blanche. L’un des plus remarquables par la science et la compétence de ses auteurs, xMM. Blondel et Harlé, parle soin méthodique avec lequel il a été préparé, estle barrage deGénissiat, sur le Rhône. La réalisation de cette œuvre d’intérêt général permettrait d’obtenir une puissance hydro-électrique de 100000 chevaux avec une hauteur de chute de 76 m; la dépense serait de 120 millions.
- Les usines thermiques de production d'énergie électrique dont l’emplacement, grâce au progrès des transmissions à distance, peut être éloigné des centres de consommation, devraient être placées soit près des usines métallurgiques pour l’utilisation des gaz de hauts fourneaux, soit sur le carreau des mines de houille, soit près des ports maritimes affectés à l'importation des charbons étrangers, afin de réduire des transports onéreux.
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- INDUSTRIE.
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- La concentration des stations centrales électriques, sous la direction et la gestion d’un petit nombre de sociétés puissantes, avec l’utilisation la plus rationnelle à la fois de la houille noire et de la houille blanche, est donc d’un intérêt véritablement national. De grandes stations centrales desserviraient des régions étendues sur lesquelles elles auraient le monopole de la distribution de l’électricité pour la fourniture de la force et de la lumière.
- Les lois et règlements actuels devraient être révisés pour permettre d’obtenir d’aussi importants résultats. D’après la loi du la juin 1906 et les cahiers des charges appliqués suivant le décret du 17 mai 1908, les concessions pour des distributions publiques ne sont accordées qu’avec une durée maximum de quarante ans, avec retour gratuit à la collectivité, Etat, départements ou communes de toutes les installations après ce délai. C’est une durée insuffisante qui grève les entreprises d’amortissements onéreux. L’Etat, s’inspirant de l’intérêt général, devrait donner l’impulsion nécessaire, accorder des concessions beaucoup plus longues, aider à la concentration des usines de production d’électricité, en préparant un programme pour l’ensemble de la France, apporter même son appui financier sous la forme d’avances ou de garantie d’intérêt. Les conséquences seraient l’abaissement du prix de vente de l’énergie électrique sous toutes ses formes, la possibilité de réclamer aux sociétés puissantes l'extension de la distribution de l’électricité jusqu’aux communes les plus éloignées. Ces sociétés pourraient ainsi fournir, dans les conditions les plus économiques, outre l’énergie nécessaire pour la traction des chemins de fer, au fur et à mesure de l’électrification des lignes, l’éclairage des villes et des communes et la force motrice demandée par les établissements industriels. Avec des réseaux de distribution progressivement développés, l’agriculture trouverait dans l’énergie électrique amenée au seuil de la ferme, les moyens d’effectuer économiquement de nombreux travaux et de suppléer ainsi à la pénurie de main-d’œuvre. Le petit atelier industriel ne serait plus astreint à s’installer dans le voisinage des grandes villes, et le travail à domicile serait facilité. Ce serait un des moyens les plus efficaces d’assurer une décentralisation rationnelle et d’attacher les ouvriers industriels et agricoles à leur province natale, près du foyer familial.
- RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS
- De ces aperçus, nécessairement sommaires et que vous avez sans doute trouvés bien longs, quelles sont les conséquences générales qui se dégagent? Quelle sera demain l’orientation à donner aux travaux publics?
- Ap rès la guerre, l’amélioration et l’extension de 1 outillage national sont une nécessité vitale pour la France, pour son progrès et son avenir.
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- L’État doit faire le plus large appel à l’initiative privée, à l’effort concerté de tous. Chargé de veiller aux intérêts généraux, il ne doit pas hésiter à concéder, pour de longues périodes, l’exploitation monopolisée des moyens de transport de diverses sortes à de puissantes compagnies dont le concours financier facilitera Inexécution des améliorations utiles et assurera l’exploitation commerciale dans les meilleures conditions.
- Le contrôle de l’Etat doit être largement compris, sans tracasseries ni retards inutiles, avec un juste souci de veiller à l’intérêt public.
- Les stations centrales pour la production et la distribution de l’énergie électrique apparaissent aujourd’hui comme une nouvelle catégorie de travaux d’utilité publique. L’Etat, par des lois appropriées, des concessions étendues à un petit nombre de grandes sociétés, doit favoriser cette nouvelle source de richesse, donner une puissante impulsion au développement de la distribution d’électricité sur tout le territoire et aider ainsi à l’économie si nécessaire aujourd’hui de la houille et de la main-d’œuvre.
- Dans l’ensemble, il faut donc aujourd’hui, non pas arrêter des programmes étendus et rigides, mais préparer une organisation véritablement rationnelle, plus souple, plus active et plus puissante, utilisant pour l’intérêt public toutes les ressources de l’initiative privée sagement aidée et contrôlée, capable, enfin, d’apporter à notre outillage national toutes les améliorations que réclament, que justifient les progrès de la science et de l’industrie.
- « Tout s’arrange », a dit un auteur célèbre. C’est d’une philosophie peut être un peu nonchalante.
- Oui, tout s’arrange, sans doute, mais à la condition d’établir une organisation dont le développement scientifique et rationnel devient en quelque sorte spontané.
- Tout s’arrange, mais que ce ne soit pas un encouragement au laisser-aller et à l’inertie.
- Tout s’arrange ; ayons une ferme confiance dans l’avenir. Malgré les ruines, malgré les deuils cruels, malgré tout, il faut mettre l’outillage national à la hauteur des progrès de la science industrielle ; des travaux publics bien conçus et sans cesse développés sont indispensables à la prospérité de l’industrie, du commerce et de l’agriculture.
- Tout s’arrangera : la France, après la dure épreuve des temps présents, se relèvera prête à la concurrence économique, aussi vaillante pour les œuvres de paix qu’elle s’est montrée intrépide sur les champs de bataille.
- Paul Toulon'.
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- LE TUNNEL SOUS-MABIN ENTRE LA FRANCE ET L’ANGLETERRE ™
- PAR
- M. A. Moutier
- Ingénieur en chef des Services techniques de l’exploitation du chemin de fer du Nord
- Professeur à l’École centrale
- Le tunnel sous-marin entre la France et l’Angleterre répond-il à des besoins nombreux et réels qui se sont affirmés depuis longtemps, ont surgi sous l’influence des difficultés de l’époque troublée actuelle, ou s’indiquent impérieusement pour les nécessités de l’avenir?
- Le tunnel est-il techniquement possible ?
- D’où viennent les causes qui en ont jusqu’ici retardé la réalisation ou y mettent encore obstacle ?
- Telles sont les trois questions auxquelles nous allons successivement répondre.
- LE TUNNEL SOUS-MARIN RÉPOND-IL A DES BESOINS NOMBREUX ET RÉELS ?
- Pour le présent, où peut être le doute ?
- Quels services immenses n’aurait-il pas rendus depuis l’ouverture des hostilités, pour ses besoins stratégiques, à l’Angleterre, dans le puissant concours qu’elle apporte à l’effort commun des Alliés!
- Les 100 à ISO itinéraires tracés par chaque vingt-quatre heures pour autant de trains militaires dans chaque sens auraient permis un débit bien supérieur aux besoins.
- Beaucoup de retards, de risques, de pertes et de difficultés de toute nature eussent donc été évités : on eût pu réduire bien des services d’arrière des armées britanniques et supprimer les bases qui fonctionnent en double de chaque côté du détroit.
- (1) Conférence faite en séance publique le 10 février 1917.
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- Les troupes anglaises, leurs ravitaillements continuels, les transports sanitaires qui sont convoyés par les puissantes marines alliées auraient pu passer le détroit, rapidement et économiquement, sans que le moins du monde on ait eu à se préoccuper des sous-marins ennemis.
- C’était la libération d’une grande partie de la flotte de guerre qui joue son rôle de gendarmerie maritime avec tant de zèle et de succès; c’était rendre à la marine marchande une grande partie des unités dont elle aurait tant besoin.
- Les avantages eussent été incalculables et notamment les économies réalisées par l’armée anglaise se seraient chiffrées par centaines de millions, voire même par milliards.
- La question de la guerre sous-marine qui vient d’étendre soudainement à l’Amérique l’embrasement de l’Europe et nous vaut un surcroît de menaces d’un ennemi sans pudeur ni scrupules, aurait certainement pris une tout autre tournure et la victoire libératrice qui couronnera tous les efforts des Alliés eût été sûrement achetée à un moindre prix.
- Ce n’était cependant pas cet objectif d’un puissant auxiliaire dans une guerre mondiale, acharnée, qui pouvait, parmi deux pays essentiellement pacifiques, faire éclore la nécessité du tunnel. Il a fallu, pour s’en occuper, que les deux nations qui ont agrégé séparément leur propre nationalité et ont eu souvent dans l’histoire les contacts les plus malheureux en soient arrivées par la suite à cette estime mutuelle, précurseur d’un lien moral qui se consolide aujourd’hui plus que jamais dans un commun sacrifice pour la même et noble cause.
- Du lien moral, en effet, au lien matériel qui cimentera l’union intime nécessaire en face d’un péril qu’à tout prix il faut noyer dans ses cendres, il n’y a qu’un pas, si des motifs d’ordre commercial se sont manifestés qui justifient cette création.
- Voyons les statistiques :
- En 1911, par exemple, 4364 540 voyageurs circulaient dans les deux sens entre la France la Belgique etlaHollande qui comptent, en tout, 53826000 habitants; de France en Allemagne et vice versa, pour une population globale de 100 242 000 habitants, il y avait 2 895 011 voyageurs; enfin pas plus de 1 662000 passagers ont été échangés entre l’Angleterre et les principaux ports de la Manche, de la Mer du Nord et de la Baltique, alors que les pays desservis par ces ports : France, Belgique, Hollande, Allemagne et Angleterre, comptent à peu près 157 600 000 âmes.
- Le rapport du nombre des voyageurs à l’effectif total des populations desservies est donc d’environ 1 p. 100 pour les relations entre l’Angleterre et le
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- continent, alors qu'il était de 8 p. 100 entre la France, la Belgique et la Hollande et dépassait déjà 2 et demi p. 100 entre la France et l’Allemagne.
- En ce qui concerne les marchandises échangées entre la France et l’Angleterre,elles se montaient, en 1913, d’Angleterre en France à environ 12300 000 t dont 11 100 0004 de combustible, et de France en Angleterre à 2 100 000 t seulement, comprenant : denrées, bois ((800 000 t) et même minerai (40 000 t). La pauvreté relative de notre sous-sol nous oblige en effet à recourir au combustible anglais, de même que l’insuffisance de sa production agricole et forestière force la Grande-Bretagne à nous demander une grande partie des denrées alimentaires et des bois dont elle a besoin.
- C’est maigre comme trafic : 14 600 000 t; en tout cas, rien qui soit dû à l’initiative individuelle.
- Beaucoup d’hommes d’affaires n’entreprenaient le voyage de Paris à Londres aller et retour et vice versa qu’à de trop rares occasions, car c’était passer toute une nuit sans sommeil ou sacrifier une journée ou une demi-journée, alternatives ni l’une ni l’autre bien encourageantes, sans parler du mal de mer qui répugne à beaucoup, pour ne pas dire à tous.
- Quoi d’étonnant alors que le commerce entre deux pays alliés se soit strictement limité aux échanges entretenus par la force même des choses, attendu que pour accroître les transactions commerciales, il faut d’abord rendre plus fréquentes les entrevues entre hommes d’affaires. C’est un postulat indéniable.
- Et quel moyen peut-on imaginer de plus efficace pour supprimer le mal de mer, raccourcir la distance entre les grandes villes manufacturières et les centres de consommation des deux côtés du détroit, multiplier les parcours rapides, de manière à les mettre à la convenance de tous ?
- Quel moyen peut répondre à tant de desiderata autre que le chemin de fer sous-marin ?
- Qu’on médite l’expérience de ces dernières années où la Compagnie du Nord avait organisé vers la Belgique de grands services accélérés, de telle sorte que de toutes les grandes villes du réseau et même de Gand, de Bruxelles ou de Liège, on pouvait venir passer l’après-midi à Paris et repartir le soir à des heures qui respectent autant que possible les habitudes de la vie ordinaire.
- Cette organisation a eu pour effet d’accroître aussitôt le mouvement des voyageurs, et il en est bien vite résulté une augmentation notable du trafic des marchandises.
- Or le tunnel rendrait aussi faciles les relations entre Londres et les grandes villes de l’Europe continentale : en mettant, par exemple, Paris et Londres à 3 heures et demie l’une de l’autre, la voie sous-marine ferait plus que de
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- réduire de près de deux heures la durée du parcours le plus rapide ; elle permettrait, et ce serait là le progrès essentiel, de partir de l’une des deux villes vers 7 heures ou 8 heures du matin et d'être de retour chez soi entre 11 heures et minuit.
- Quoi d’excessif que de conclure que le mouvement des voyageurs serait doublé, triplé... que sais-je, plus que décuplé peut-être?
- Et alors, grâce à cette transformation radicale des entrevues devenues plus fréquentes entre ceux qui concluent les transactions, le commerce continental de l’Angleterre prendrait un essor" jusqu’ici inconnu et, sans être taxé d’optimisme, on peut affirmer qu’il doublerait tout au moins. Un pareil résultat se passe déjà de commentaires.
- Mais, aussitôt la fin des hostilités, ne va-t-il pas falloir faire un effort formidable de réorganisation pour désaxer toutes les lignes mondiales qui, avant la guerre, tendaient de plus en plus à converger vers les Empires centraux, et notamment rattacher la Suisse, l'Italie et l’Orient plus étroitement au système occidental, la France devenant le point de transit tout indiqué : la présence du tunnel sous-marin serait certainement un des plus puissants auxiliaires de cette suggestive transformation, au grand profit des nations alliées.
- Il me semble bien que la preuve est surabondamment faite et que la nécessité du tunnel ne fait plus de doute pour personne.
- LE TUNNEL SOUS LA MANCHE EST-IL TECHNIQUEMENT POSSIBLE?
- Les savantes recherches du grand géologue anglais Hawkshaw et des deux ingénieurs en chef du Corps des mines : MM. Pottier et de Lapparent, qui ont effectué dans le détroit plus de 7 000 sondages, dont 8 000 ont apporté des certitudes permettant de continuer avec une grande précision, sous le détroit, la carte géologique des deux terres voisines, ont permis de vérifier la continuité des couches sous le détroit.
- (fêtait d’ailleurs à prévoir, attendu qu’aux temps les plus reculés, — à l’époque lutétienne, — une convulsion de la planète a fait apparaître un promontoire (fig. 1) qui, plus tard, à l’époque miocénique, formait l’isthme complet (fig. 2) comme l’a prouvé la découverte, de part et d’autre, de dents, d’os d’animaux préhistoriques, la plupart essentiellement terrestres, qui n’ont pu franchir le détroit qu'à pied sec.
- L’action érosive des eaux étant venue ensuite, la nature est parvenue à détruire, au grand profit de la marine mondiale future, ce trait d’union ; mais sans altérer en quoi que ce soit le sous-sol, laissant ainsi subsister pour le génie humain le moyen de rétablir la communication terrestre disparue.
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- Le « soupir de la nature », suivant l’expression du savant Michel Cordier qui caractérise ainsi les convulsions intérieures de notre globe, avait dans la circonstance simplement déformé le sol du détroit en le rapprochant de l’écorce terrestre, et par conséquent de la surface des flots, sans le disloquer et sans amener de failles pernicieuses.
- Il est facile d’ailleurs de juger à l’œil nu que des deux côtés du détroit la
- AMSTERDAM
- • Bristol
- LONDRES
- irtsmout/j
- oBRUXELLE
- Ste Treport
- PARIS
- ÉTENDUE DE LA MER A LA FilM DE L'ÉPOQUE MiOCÉNiQUE
- Fig. 1.
- composition du massif crayeux est identique : en haut, la craie blanche avec des silex; plus bas, les silex disparaissent et la craie se charge d’argile; enfin, à la base, près de W issant comme à Folkestone, une couche de craie argileuse, compacte, très uniforme, qui donne lieu aux grandes exploitations de pierre à ciment.
- Cette dernière couche, qui est celle de la craie cénomanienne ou craie grise de Rouen, et dont l’épaisseur est de 60 m environ, se présente dans
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- d’excellentes conditions pour le creusement d’un tunnel, attendu que la présence d’un peu d’argile lui donne une grande imperméabilité et qu’elle est assez tendre pour se laisser travailler et assez résistante pour ne pas s'ébouler.
- M. A. Sartiaux donne à son projet, pour caractéristique essentielle, de se maintenir constamment dans cette couche imperméable, en acceptant, grâce à
- ETENDUE DE LA MER LUTETIENNE
- Fis.
- la traction électrique, les courbes et les déclivités qui permettent de ne pas la quitter, car il faudra nécessairement épouser les inclinaisons et les plissements de ladite couche.
- On est ainsi loin des projets étudiés autrefois, d’abord le plus ancien peut-être, celui de l’ingénieur Mathieu, officier du génie, qui fut présenté, au commencement du siècle dernier, à Bonaparte; ensuite ceux constituant les travaux remarquables de l’ingénieur Thomé de Gamond qui fut un véritable
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- précurseur et comportant tous, sans exception, un tracé dans un même plan vertical, l'ouvrage passant ainsi tour à tour d’une couche dans l’autre.
- Le nouveau projet s’écarte également des conditions ordinaires adoptées pour les tunnels terrestres où on est amené à traverser transversalement les couches de diverses formations, de différente nature : roche dure, difficile à percer, terrains aquifères qui inondent les chantiers, en un mot toutes les complications les plus grandes capables quelquefois de faire douter du succès final, comme au Simplon par exemple.
- On doit ainsi faire abstraction du « Secret de la montagne », dont les révélations ont été souvent terribles pour les perceurs de tunnels et s’il faut faire la part néanmoins de quelques incertitudes concernant la constitution du sous-sol, il est certain qu’il y aura là de moindres aléas à courir.
- Bref, d’accord avec feu M. Breton, le directeur des travaux du tunnel, M. A. Sartiaux a été conduit à établir en cuvette les tubes sinueux devant constituer le tunnel et aies compléter, pour l’enlèvement de tous les détritus et l’écoulement des eaux, par une galerie spéciale de desserte dont le point haut coïnciderait avec le point le plus bas du tunnel, vers le milieu du détroit et qui, par conséquent, ira toujours en descendant depuis ce point milieu jusqu’à l’extrémité en terre ferme où elle se jette dans le puits d’évacuation.
- Cette solution est d’autant plus heureuse qu’elle va permettre d’utiliser la galerie d’écoulement pour hâter la construction du tunnel en l’attaquant à la fois en autant de points qu’on le voudra, faculté qu’on n’a pas avec les tunnels terrestres, où Tonne dispose jamais, à partir des points bas situés sur les flancs, que d’un front d’attaque unique de chaque côté de la montagne à percer, soit deux en tout.
- Voici d’ailleurs les principales caractéristiques du système :
- a) Tracé et profil.—Le tracé de la ligne nouvelle (fig. 3), presque en totalité souterraine, part des abords de Marquise, où sera établie la gare de douane de jonction avec la ligne de Boulogne à Calais, et, au sortir même de la gare, après une courbe, il suit à peu près exactement la méridienne de ce point situé à 3 km (Nord-Ouest) environ, de la ville. Le tunnel commencera à 1 km environ plus loin (km 6) et se poursuivra en alignement droit jusqu’au sud du villa ge de Sangatte (km 17); là, par une courbe ou une série de courbes de 2 km de développement, il reprendra, en alignement droit ou quasi-droit (km 19) la direction Est-Ouest jusqu'au km 37 c’est-à-dire environ à 2 km au delà du milieu du détroit (km 3o).
- En courbe et contre-courbe, du km 37 au km 40, le tunnel sera en alignement droit de 4 km (km 40 au km 44) suivant une direction encore Est-Ouest: du km 44 au km 46, nouvelle courbe ou succession de courbes concaxres vers
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- le Nord pour suivre ensuite sur 4 km (km 46 au km 50) un alignement droit, dirigé cette fois Sud-Est-Nord-Ouest : puis une courbe de 1 km environ de développement et le dernier alignement de 3 km ( km 50 au km 53), où commence la boucle de Douvres, qui pénètre sous la terre ferme, entre le km 54 et le km 56, à la bouche anglaise du tunnel et vient se souder à la gare de douane même qui serait installée au Sud-Ouest de la ville, entre les points kilométriques 59
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- Fig. 3.
- et 60 et d’où partiraient les deux raccordements à ciel ouvert d’un peu plus de 1 km chacun pour la soudure 'avec les lignes existantes de Londres via Can-terbury et via Folkestone.
- Le tracé général du tunnel affecte ainsi la forme d’un M très aplati et allongé.
- Le profil (4ig. 4) qui comporte, du côté français, un palier de 6 km auquel succède une déclivité de 10 mm par mètre sur 8 km environ, donne, après une pente de 4 mm sur un peu plus de 6 km, un quasi-palier (pente et contre-pente de 2,25 mm et de 2 mm) jusqu’au milieu du détroit, c’est-à-dire sur près de 15 km.
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- ANGLETERRE prqFIL EN LONG DU TUNNEL FRANCE
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- Les dispositions adoptées du côté anglais sont à peu près du même ordre, sauf que la déclivité à l’origine du tunnel, de ce côté, est sensiblement plus forte que du côté français (18 mm au lieu de 10 mm), mais les ingénieurs anglais cherchent précisément à l’amoindrir dans les études qu’ils poursuivent actuellement.
- Dans ces conditions de tracé et de profil, le tunnel restera continuellement dans la couche de craie cénomanienne, dans son tiers inférieur, c’est-à-dire que son niveau se trouvera être, au milieu, à 50 m environ au-dessous du fond du détroit, à un peu moins de 100 m au-dessous du niveau moyen de la mer. Il ne sortira du cénomanien qu’aux extrémités et sur une faible longueur (3 km environ du côté français et quelques centaines de mètres seulement du côté anglais) mais bien au-dessus du niveau de la mer, c'est-à-dire dans des conditions où l’évacuation des eaux d’infiltration, pendant la construction, sera facile.
- Les eaux de suintement qui diminuent au fur et à mesure qu’on chemine de l’Est à l’Ouest, au point qu’elles n’existent pour ainsi dire pas du côté anglais et qui, toutes choses égales d’ailleurs en un même point, diminuent également avec la profondeur, seront réduites à peu de chose. On estime qu’elles seront au maximum de 1 litre par minute et par mètre courant de galerie, soit au total, comme l’ont confirmé les expériences clans la galerie d’essai actuellement creusée du côté français, un maximum de 100 m3 par minute pour l’ensemble du tunnel, c’est-à-dire un chiffre bien inférieur à l’exhaure de certaines mines où ce débit n’a rien d’inquiétant.
- Ces eaux de suintement, qui disparaîtront d’ailleurs au fur et à mesure du revêtement
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- partout où il sera rendu nécessaire, s’écouleront pendant la construction et ensuite, en cours d’exploitation, par la galerie d’écoulement prévue de chaque côté du tunnel : la galerie française partant du km 31, juste dans le prolongement de la contre-pente formant dos d’àne au milieu de l’ouvrage, c’est-à-dire au point le plus bas, aura une pente moyenne de 1,3 mm par mètre et une longueur de 17 km environ pour atteindre, par une pente beaucoup plus grande, la cote — 115 à — 120 dans le nouveau puits d’évacuation qui sera descendu à la profondeur de 125 à 130 m.
- Le profil ligure également l’emplacement du puits actuel qui fait partie des travaux préparatoires exécutés par la Société du tunnel et qui donne naissance à une galerie d’essai creusée sur 1 839 m de longueur environ, le long de la côte, vers l’Ouest, avec un diamètre de 2,14 m (7 pieds anglais) et dont il sera question plus loin. Ce puits pourra d’ailleurs servir à l’écoulement des eaux provenant de la partie supérieure du tunnel comprise entre les km 6 et 13.
- La couche cénomanienne étant inclinée Sud-Ouest — Nord-Est, un point bas dans cette couche se trouvera nécessairement, sur le même méridien, au Nord-Est d’un point haut également proche du lit inférieur.
- En conséquence la galerie d'écoulement en descendant de son point de jonction, vers le milieu du détroit, avec le tunnel qui remonte vers la côte, se profilera de plus en plus au Nord de celui-ci à mesure quelle approchera du puits d’évacuation, ainsi que l’indique le 'plan.
- En ce qui concerne le profil à adopter pour cette galerie, il y a lieu de tenir compte des considérations suivantes :
- Au point haut, vers le milieu du détroit, la quantité d’eau d’infiltration à écouler est, par définition, nulle. Si on suppose que la quantité d’eau pénétrant dans le tunnel par la porosité de la couche est constante par mètre de longueur de galerie, au fur et à mesure que l'on se rapproche des côtes de France, on aura à écouler une quantité d’eau d’inliltration croissant de plus en plus vers le puits d’évacuation.
- La eunette d’écoulement devra donc avoir un débit croissant qui atteindra son maximum au point le plus bas où les eaux seront réunies pour être remontées à la surface.
- Or, comme le débit d’une conduite d’écoulement dépend de sa section d’une part, de sa pente d’autre part, il faudra, au fur et à mesure, ou accroître la section ou augmenter la pente et c'est évidemment celte dernière solution qu’il faut adopter attendu qu’il sera infiniment plus commode de donner à la galerie creusée par une machine perforatrice une section invariable d’un bout à l’autre.
- Tome 127. — 1er semestre. — Mars-Avril 1917.
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- La pente à la jonction du tunnel sera donc à peu près nulle pour atteindre environ 10 mm par mètre à l’endroit du puits, et même plus si c’est nécessaire.
- b) Sections transversales du tunnel et de la galerie d'écoulement (coté français). — Le précurseur du tunnel, Thomé de Gamond, avait songé à un
- ouvrage suivant la formule ordinaire, c’est-à-dire avec voûte surbaissée embrassant les deux voies.
- M. A. Sartiaux a pensé qu’il ne serait peut-être pas prudent de construire cette galerie unique pour deux voies qui aurait une forme ovale avec 9 à 10 m
- Voie en alignement
- wmw, w///m
- j travers j '
- Galerjie de j Communication
- Galerie d’écoulement ^pour les eaux
- Fig. 6.
- de largeur horizontale et 6 à 7 m de hauteur (fig. 5). On aurait, de ce fait, dans la craie grise dont l’épaisseur est de 40 à 50 m, une voûte surbaissée au-dessus de laquelle il resterait une épaisseur de couche quelque peu incertaine, pouvant descendre à quelques mètres seulement et qui pourrait être appelée à supporter une pression relativement considérable, atteignent jusqu’à 15 et même 20 kg par centimètre carré. Ce serait véritablement risquer quelque chose que d'adopter une section de cette nature et il est infiniment préférable
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- d’adopter deux galeries circulaires parallèles de 5,50 m à 6 m de diamètre chacune (fig. 6), distantes de 15 mètres environ et ne réagissant par conséquent pas l’une sur l’autre au point de vue de la résistance de la couche, véritables canaux vermiformes (fig. 7 et 8), ne créant dans cette couche aucune dislocation du fait de la forme circulaire, qui est celle de l’égale résistance en
- tous points aux pressions intérieures ou extérieures : deux galeries conviennent d’ailleurs beaucoup mieux pour la ventilation, ainsi que nous le verrons plus loin.
- Ces deux tubes communiqueraient de distance en distance l’un avec l’autre par des couloirs transversaux très rapprochés, tous les 400 m par exemple.
- En ce qui concerne la galerie de desserte par où se fera l’écoulement des
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- eaux d'infiltration, il suffira de donner à peu près la section connue et expérimentée de 2,14 m de diamètre qui est celle de la galerie d essai ; on lui donnerait ainsi 3 m de diamètre en chiffres ronds.
- c) Mode de construction (côté français). — On débuterait, pour la partie française, par deux chantiers distincts :
- Le premier, qui consisterait à faire les travaux d'approche, à installer la gare de douane et à percer le tunnel dans la partie comprise entre le km 6 de la ligne^ (bouche française) et le km 15 où aboutirait une petite galerie de communication avec le puits existant.
- Le second, qui consisterait à creuser le nouveau puits d’évacuation d'où partira la grande galerie d’écoulement ; puis ensuite, cette galerie elle-même avec des rameaux intermédiaires s'avançant vers le tracé futur du tunnel suivant une direction Nord-Est — Sud-Ouest et avec un profil légèrement parabolique comme la galerie elle-même, c’est-à-dire avec une déclivité diminuant de la galerie vers le tunnel.
- Chaque point de touche du tunnel, de la galerie ou de ses rameaux constituera un front d’attaque d’où partiront deux perforatrices (une pour chaque tube du tunnel double) qui travailleront en remontant alin de s’affranchir des complications pouvant provenir des venues d'eau abondantes du front de taille aux points où la roche n’est pas tout à fait exempte de suintements.
- L’évacuation des déblais se trouvera ainsi facilitée, la pesanteur agissant toujours dans le bon sens.
- A l’extrémité de la galerie (km 31), il y aura nécessairement deux fronts d’attaque, en remontant, l’un vers le milieu du tunnel (km 35), l’autre vers le point d’attaque du dernier rameau (km 28j.
- Dans tout ce travail il faudra, au fur et à mesure de l’avancement, tâter pour ainsi dire le terrain pour bien s'assurer qu’on reste toujours dans la couche de craie cénomanienne : il faudra mettre en œuvre tout le génie des mines et surtout recourir à l’inépuisable sagacité des intelligences, modestes mais pratiques par excellence, qui peuplent l’atelier du mineur.
- Les produits des excavations constituant de la poussière à ciment de premier ordre, on pourra peut-être en faire emploi d une partie sur place, dans un endroit approprié, pour la préparation du ciment qui sera utilisé en grand dans le travail pour les revêtements, soit métalliques, soit en maçonnerie, partout où on y aura recours. Le surplus pourra être chargé de suite sur wagons en destination des usines de la région.
- Les machines perforatrices employées seront du type le plus perfectionné que pourront offrir les constructeurs et certainement d’un débit plus rapide
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- que celles qui ont été employées (fjg. 9) pour creuser les galeries d’essai de 2,14 m de diamètre existant déjà sur une longueur de 1 839 m du côté français et de 4 842 m (Shakespeare’s Cliff) et de 805 m (Abbot’s Cliff) du côté anglais.
- Suivant les données de l’expérience obtenue par les machines du colonel Beaumont, on pourrait avancer à une vitesse moyenne de 20 m parjour c’est*
- Fig. 9.
- à-dire 120 m par semaine, soit 3 km par an, en sorte qu’au bout de trois ans la galerie serait arrivée au tunnel et celui-ci demanderait un ou deux ans de plus pour être complètement percé ; mais c’est là certainement un maximum étant donnés les progrès réalisés depuis dans les machines perforatrices et qu’on mettra certainement à profit ; on peut donc compter sur l’évacuation de plus de 4 000 t de déblais par jour représentant une centaine de trains journaliers, en même temps qu’il faudra assurer le transport de 1200 travailleurs au minimum.
- Quant au fonçage des puits de desserte, on a maintenant à sa disposition des
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- procédés au sujet desquels la pratique a prononcé souverainement : c’est la
- FALAISE
- COUPE
- des TERRAINS TRAVERSÉS PAR LE PUITS DE SANGATTE
- TERRAINS
- CAP BLANC-NEZ
- Craie-tendre, lits de silex Craie dure sableuse. Craie blanche compacte sans silex.
- SENONIEN
- Craie verdâtre
- TURONIEN
- veines ondulées
- Banc marneux
- Craie grise claire. Craie grise tendre Bancs durs.
- Craie marneuse à ciment
- CENOMANIEN
- Bancs bleuâtres
- Craie grise sableuse
- dure et solide
- Marnes glauconieuses
- Argile g
- GAU LT
- Phosphates et sables verts
- Argile noire compacte
- congélation, la cimeniation ou la compression, toutes méthodes actuellement connues de la science minière. La lig\ 10 donne la coupe verticale des terrains traversés par le puits existant.
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- On est bien certain ici de ne-pas se lancer ainsi dans l’inconnu, par ce qu’on sait déjà des tunnels sous-marins d'une longueur considérable qui existent actuellement, étant donné que les mines d’étain et de cuivre de Cornouailles s’étendent loin sous la mer sans que les flots les envahissent. Sur la côte du Cumberland où s exploitent des couches de charbon, plusieurs galeries se sont avancées à plus de 6 km de la plage et jamais l’eau n’y a pénétré, à tel point que les mineurs se vantent d’atteindre quelque jour la côte d’Irlande qui est à 100 km. de distance et qui est séparée par un bras de mer autrement profond que la Manche.
- La Société française a d’ailleurs, comme déjà nous y avons fait allusion tout
- Fig. 11.
- à l’heure, entrepris de 1875 à 1883 un essai direct de pénétration sous-marine sur près de 2 km dans la couche cénomanienne, grâce au concours éclairé de son directeur des travaux, M. Breton, qui s’était fait une si grande réputation tant comme géologue que comme exploitant de mines et pour qui la structure des terrains boulonnais n’avait pour ainsi dire plus de secret.
- L’usine de M. Breton (fig. 11), comprenant deux machines à vapeur de 300 chevaux, des compresseurs d’air, un puit avec chevalement, des pompes d’épuisement puissantes, etc., est encore débouta Sangatte, près de Calais.
- La galerie d’études analogue, creusée du côté anglais sur 1 842 m sous la mer, au pied de la falaise de Shakespeare (fig. 12), est restée très étanche et une chronique de 1882 nous fait connaître qu’un groupe d’ingénieurs ont lunché
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- avec leurs familles à l’extrémité même de cette galerie où une salle avait été aménagée pour la circonstance.
- d) Mode de travaux et ventilation,—Comme nous l'avons vu, le cheminement réel du tunnel pourra donner lieu, en fait, à un tracé et à un profil bien plus tourmentés que les tracés et profils théoriques donnés aux exécutants, lesquels
- Fig. 12.
- auront comme principal objectif de maintenir tou jours le tunnel en bonne place dans la couche de craie grise.
- D’autre part, en raison de la longueur du tunnel qui ne sera en relation avec l’air libre qu’à ses deux extrémités, il faut écarter autant que possible toute cause d’altération de l’atmosphère intérieure.
- Pour ces deux raisons, la locomotive à vapeur, par son manque de souplesse et le dégagement de fumée, eût été tout à fait impraticable.
- Aussi, avant que l’on connût t la traction électrique, M. A. Sartiaux avait déjà fait étudier une machine à eau surchauffée capable d’épouser des courbes raides et on n’y était arrivé que difficilement, pour une puissance ne
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- permettant de franchir, avec des charges convenables, que des déclivités faibles.
- L’emploi de la traction électrique, envisagé depuis et qui permet d’obtenir les mêmes puissances et les mêmes vitesses qu’avec les meilleures locomotives à vapeur, malgré la présence de courbes pouvant descendre à 250 m de rayon et même moins et avec des pentes qui peuvent aller jusqu’à 15 et même 20 mm, rend le problème infiniment plus facile et ne laisse plus aucun doute sur la possibilité de suivre toutes les inflexions et toutes les dénivellations nécessaires pour ne pas sortir de la couche de Craie. Ancj/elerre
- Quant à la ventilation du tunnel, elle n’a qu’une importance secondaire auprès de celle qu’elle aurait dans les grands tunnels où la traction s’effectue par la vapeur et qui pénètrent profondément au sein de roches à température relativement élevée.
- D’abord, étant donné que la traction sera électrique, il n’y aura aucune cause pratique d’altération de l’air du tunnel; d’autre part, la température de la roche sera celle de la mer au fond du détroit, soit au maximum 17°.
- Enfin, la constitution même du tunnel par deux galeries circulaires distantes de 15 mètres, dont chacune sera spécialisée à un sens de circulation, facilitera considérablement le renouvellement de l’air par ie passage même des trains.
- France
- En effet (tig. 13), le train venant de la bouche du tun- Fig 13
- nel refoulera devant lui l’air vicié pour le faire pénétrer
- dans le tunnel voisin, sans qu’il ait possibilité de rentrer dans la galerie d’où il provient et, à ce sujet, une disposition appropriée des galeries de communication, de tunnel à tunnel, permettra d’accentuer le phénomène.
- Néanmoins M. A. Sartiaux a adopté tout un ensemble de dispositions permettant d’assurer cette ventilation comme si les éléments favorables n’existaient pas.
- Un puissant ventilateur actionné par des moteurs de 300 chevaux est prévu dans chacun des deux puits de Sangatte, à l’extrémité de la galerie dite « d’écoulement » ; un seul de ces ventilateurs (l’autre servant de réserve) suffit pour renouveler complètement tout l’air du tunnel pour toute la moitié française dans l’espace de trois jours en supposant que, dans cet espace de temps, il ne soit passé aucun train, c’est-à-dire que la circulation proprement dite des véhi-
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- cules roulants ne soit pas venue apporter son concours à l’action du ventilateur.
- e) Dépense de construction. — La dépense de construction du tunnel a donné lieu à des évaluations très diverses :
- Il y a une trentaine d’année, lors des premières études, on évaluait la dépense à des chiffres très faibles : un ingénieur français, M. Bergeron, parlait de 125 millions de francs ; le grand ingénieur anglais, M. John Hawkshaw donnait le chiffre de 250 millions. Les études nouvelles donnent à penser que ces chiffres seront dépassés et qu’en tout cas il est prudent, pour éviter tout aléa, de compter sur une dépense plus importante.
- C’est ainsi que les ingénieurs anglais, parmi lesquels sir Douglas Fox, avaient estimé la dépense pour la partie anglaise, c’est-à-dire pour la moitié du tunnel, à six millions de livres (150 millions) et même à 6 millions et demi de livres (162 millions de francs).
- Par contre des entrepreneurs américains se faisaient fort, avec les méthodes indiquées, d’exécuter le tunnel à forfait pour une somme bien inférieure.
- Les études qui ont été faites du côté français ont amené M. A. Sartiaux à penser qu’il était pourtant prudent de tabler sur un chiffre de 180 millions et, pour tenir compte des imprévus, des intérêts pendant la constrùction, etc., de fixer le chiffre des dépenses à 200 millions pour la partie française. Il semble, en effet, que, pour éviter toute incertitude et tenir compte de toutes les dépenses accessoires, il est sage de compter sur une dépense totale de 400 millions de francs environ pour l’ensemble du tunnel.
- La distance entre gares étant de 61 km et le tunnel proprement dit ayant une longueur de 53 km, c’est une dépense de plus de 7 millions par km de tunnel, qui peut paraître élevée.
- Il est difficile pourtant de rapprocher ce chiffre de dépenses de celles qui ont été faites pour des souterrains exécutés dans des conditions très différentes, avant la guerre : le grand souterrain de 4 km, qui va de la place Valhubert à la gare du Quai d’Orsay n’a coûté, il est vrai, que 4 ou 5 millions de francs le km, tandis que les souterrains du Métropolitain de Paris ont nécessité une dépense de 1 500 000 f à 2 000 000 de francs le km, et les viaducs de ce même réseau à peine 4 millions, les tunnels du Saint-Gothard, du Simplon, etc., ayant été eux-mêmes loin d’atteindre ce chiffre.
- Il faut reconnaître que les travaux se présentent ici dans des conditions tout à fait différentes et, en tout cas, il y a lieu de tenir compte de la plus-value après la guerre.
- f) Exploitation. — L’exploitation du chemin de fer sous-marin sera des plus
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- faciles, étant donné qu’on aura recours à la traction électrique qui permet de distribuer par les moyens les plus simples la force motrice tout le Ions: du tunnel, partout où l’on en a besoin, sans qu’il soit nécessaire de faire des installations fixes importantes, telles que dépôts de charbon, alimentation d’eau, etc. ; tout au plus, y aura-t-il, de distance en distance, quelques stations transformatrices peu encombrantes.
- La disposition adoptée pour le profil du tunnel, qui comporte des quasi-paliers dans toute la partie centrale et seulement des rampes accentuées à l’origine, de part et d’autre, près des usines centrales de fourniture de courant, rendra particulièrement facile et économique la distribution du courant de traction.
- Gomme il s’agit d’un long ruban de 61 km de longueur environ, sans station intermédiaire, tous les trains pourront se suivre dans chaque sens, par groupes de même vitesse, à très faible intervalle, à la condition d’aménager en conséquence les sections de block-système, ce qui permettra un débit considérable.
- Il n’est pas impossible, en effet, comme cela s’est pratiqué longtemps avant la guerre sur le réseau du Nord, de faire suivre des trains rapides sur des centaines de kilomètres, à cinq minutes d’intervalle et même moins. D’autre part, l’expérience faite des transports militaires depuis plus de deux ans, a surabondamment démontré que l’on pouvait faire passer, sans interruption, sur une même voie, des trains à lourde charge toutes les dix minutes, soit 144 trains par jour, •— mettons pratiquement 120 et même seulement 100, — si nous voulons donner une marge assez large pour l’entretien des installations de voie (il faut en effet compter 4 heures par jour pour cet entretien).
- Gomme il est très possible de faire des trains de marchandises de 1 500 t (soit 1 000 t de charge utile) sur un profil tel que celui qui est prévu, on pourrait compter sur un trafic de 100 000 t par jour à l’exportation et autant à l'importation, soit 3 millions de tonnes par mois et 30 à 40 millions pour une année entière.
- Ce chiffre est plutôt un maximum que le chemin de fer sous-marin n’a pas la prétention d’atteindre, mais qui caractérise bien sa puissance. M. A. Sartiaux pense qu’en pratique, on ne dépassera pas la charge de 400 t à 500 t par train de marchandises et qu’il y aura tout au plus par jour de 20 à 25 trains de voyageurs et une dizaine de trains de marchandises dans chaque sens, ce qui est loin de représenter une exploitation très intensive, mais sera néanmoins suffisant pour procurer un bénéfice approximatif de trente-cinq millions de francs (35 000 000 f), soit environ 7 à 10 p. 100 du capital.
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- Le chemin de fer sous-marin ne paraît donc présenter aucune difficulté quant à sa construction et son exploitation, et l'argent pour l’entreprendre ne fait certainement pas question.
- Or, si le tunnel est possible, il faut le faire, a dit lui-même Richard Cobden, l’apôtre du libre-échange en Angleterre.
- QUELLES SONT DONC LES CAUSES OUI EN ONT RETARDÉ JUSOU’lCI LA RÉALISATION OU Y METTENT ENCORE OBSTACLE?
- Elles sont malheureusement bien nombreuses et très diverses et on les a vues surgir quelquefois au moment où on s’y attendait le moins : dans l’ordre économique, militaire et politique.
- Ordre économique. — Beaucoup d’abord ont supposé que le tunnel allait devenir une concurrence redoutable pour la navigation.
- Or, à l’égard des transports que pourra assurer le tunnel, il n’est pas inutile de faire ressortir cette vérité économique qu’il ne suffit pas d’avoir un moyen de transport puissant pour que le trafic vienne immédiatement absorber toute la teneur de sa capacité.
- Ce serait fou de songer un seul instant que, parce que le chemin de fer sous-marin serait en mesure de les transporter, une grande partie des charbons que le port de Cardiff envoie en France en temps de paix lui seraient acquis dans l’avenir, alors que le fret usuel pour un port quelconque du littoral français de la Manche et de la mer du JVord ne dépassait guère 5 f avant la guerre. Le chemin de fer sous-marin ne pourrait déjà se contenter d’une taxe de transport aussi faible et les chemins de fer anglais pour la traction par rails à Douvres ou Folkestone, sur plus de 300 km, demanderaient certainement beaucoup.
- Ce n’est guère que dans les circonstances exceptionnelles de disette survenant pour certains produits de première nécessité, ou de guerre mondiale bouleversant de fond en comble tous les régimes établis, que le surcroît de capacité du tunnel pourrait être utilisé temporairement pour des transports auxquels, autrement, il ne peut guère prétendre.
- Mais c’est alors qu’il arriverait bien à point comme le sauveur de situations inquiétantes !
- Au surplus, le tunnel, toutes proportions gardées, n’est qu’un bien petit tuyau d’écoulement par rapport au commerce mondial.
- Il ne peut être l’ogre insatiable avec qui il faut lutter, comme d’aucuns
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- l’ont envisagé, et il suffit pour s’en convaincre de le mettre à l’échelle de com paraison avec les autres moyens de transport.
- Il jouera plutôt le rôle de régulateur en cas d’abondance ou de creux, comme une vraie soupape qu’on actionne de part et d’autre.
- En définitive, presque tous les voyageurs actuels qui 'traversent le "détroit, soit par suite des commodités offertes, soit par crainte du mal de mer — ce mal dont personne ne meurt, mais dont tout le monde subit les cruelles étreintes, a dit le poète — viendront au tunnel, tandis que les nouveaux venus suivront, sans aucun doute, la même voie. De là, l’annihilation de ces entreprises maritimes affectées spécialement au service des voyageurs et de la grande vitesse, qui perdent de l’argent et qui ne doivent leur existence qu’à de larges subventions des compagnies de chemin de fer aux lignes desquelles elles aboutissent, si ces mêmes Compagnies ne sont pas souvent elles-mêmes amenées à assurer par leurs moyens ces transits maritimes coûteux.
- La marine marchande ne serait donc en aucune façon influencée par cette disparition.
- Les marchandises qui, au gré de circonstances favorables, voire exceptionnelles, prendront la voie du chemin de fer sous-marin et qui lui apporteront, comme il a été dit ci-dessus, des recettes appréciables, seront en majeure partie composées d’objets précieux ou pressés, de denrées périssables ou de produits manufacturés très fragiles pouvant supporter un prix de transport relativement élevé.
- Admettons que l’ensemble représente 10 p. 100 du tonnage total qui existait avant la guerre entre les ports anglais et français, soit 1 500 000 t. Ce serait, certes,, pour les marines marchandes des deux pays, un creux bien infime, eu égard au trafic mondial qu’elles assurent ; mais il ne faut même pas s'arrêter à ce résultat légèrement déficitaire, car alors ce serait mettre systématiquement hors de cause l’accroissement du trafic qui résultera forcément des nouvelles transactions dues à l’extension même du mouvement des voyageurs entre l’Angleterre et le continent et qui, sans aucune exagération, serait certainement doublé, au moins en ce qui concerne les marchandises pondéreuses, c’est-à-dire que le tunnel ferait gagner plus de 100 où il aurait pris 10, ce qui serait certainement une excellente affaire pour les transporteurs maritimes.
- L’horizon de la question s’est d’ailleurs élargi singulièrement du fait de la Conférence des Alliés qui s’est réunie pour la première fois à Paris les 15, 16 et 17 juin 1916 et qui continue ses assises, donnant encore plus de vigueur à son action pour arriver à une complète solidarité de vues et d’intérêts et à un complet accord sur les mesures propres à les réaliser.
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- La résolution de cette première Conférence, en ce qui concerne les transports, est à citer textuellement :
- « Afin de leur permettre d’écouler rapidement leurs produits, les Alliés s’engagent à prendre les mesures destinées à faciliter leurs échanges, tant par l’établissement de services directs, rapides et à tarifs réduits de transports terrestres et maritimes, que par le développement et l’amélioration des communications postales ou autres. »
- Le tunnel sous-marin est précisément le moyen incomparable de provoquer ces échanges et s’il prend naturellement sa part légitime du trafic nouveau, il en laissera à coup sûr, comme nous venons de le montrer, la plus grande partie à la marine marchande, laquelle n’a pas encore dit son dernier mot quant aux perfectionnements et à l’abondance des moyens propres à effectuer ces transports.
- De là on peut conclure que si la question du tunnel sous-marin a encore besoin de chauds partisans du côté anglais surtout pour hâter sa réalisation, c’est sûrement dans les milieux commerciaux navals exactement renseignés qu’il faudra aller les chercher.
- Question militaire. — Il est vrai qu’il y a toujours à envisager l’objection militaire du côté anglais ; mais elle doit avoir perdu de son importance au moment où Français et Anglais combattent dans les mêmes rangs et songent déjà à l’unité de vues pour tirer le meilleur parti du fruit de leurs victoires.
- Le tunnel est, par son enfouissement à 60 m, rendu indemne contre toute action, par la surface immergée, d’un ennemi venu par mer ou sous la mer.
- D’autre part, si on envisage le pire et l’invraisemblable, ce ne serait pas, évidemment, qu’il y ait ou non surprise, par ce petit orifice de quelques mètres carrés que sera la bouche anglaise du tunnel, complètement sous le feu des forts et minutieusement repérée, qu’une atteinte pourrait être portée du côté français à la quiétude dans son « splendide isolément » de notre Amie et Alliée.
- Et comment même envisager une surprise, car ce serait supposer un instant l’absence d’Anglais à l’autre bouche du tunnel, en France, alors qu’il y en aura forcément pour les besoins courants de l’exploitation, comme il y a des Italiens en France dans la gare internationale de Modane et des Français en Italie à la gare internationale de Vintimille pour le transit au travers des Alpes.
- Les audacieux en passe de tenter l’aventure auraient certainement plus de chances de succès par l’immensité des mers et le développement des côtes pour trouver le point vulnérable capable de favoriser leurs desseins.
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- Mais, dit-on du côté anglais, la France, un jour, peut être le théâtre d'une nouvelle guerre et des ennemis avisés et entreprenants, battus par ailleurs, pourraient peut-être obtenir un succès local en réalisant un de leurs objectifs principaux : la prise de Calais pour envahir l’Angleterre.
- Il faut bien admettre que, même dans des conditions extraordinairement favorables, cela n’aurait pu se faire en un jour. On aurait eu tout le temps de porter à son maximum le caractère défensif du camp retranché qui entoure la bouche du tunnel et qui est protégé du côté de la mer par les hautes falaises en vue des canons de la marine anglaise, du côté de la terre, par les hautes collines de l’Artois, dont l’altitude varie de 100 à 200 m et par la ligne du chemin de fer de Boulogne à Calais qui comporte presque sur tout son parcours des remblais et des déblais, d’une hauteur atteignant 10 à 15 m pouvant être utilisés comme fortifications de campagne. s
- Les Allemands, en 1915, auraient rencontré là une barrière au moins aussi infranchissable que celle qu’ils ont trouvée sur l’Yser.
- Au contraire, au moment d’un encerclement fermant toute issue du côté français, le tunnel donnerait la possibilité de tirer de l’Angleterre, d’une manière régulière et avec une rapidité inouïe, tous les renforts nécessaires et leurs ravitaillements au fur et à mesure des besoins de la défense et de l’élargissement de la zone d’action ; c’est-à-dire que le tunnel lui-même interviendrait comme le principal facteur de sa propre défense.
- Allons jusqu’au bout : en admettant que, finalement, l’ennemi arrive à réduire la défense du camp retranché et se rende maître de la bouche française du tunnel, que pourrait-il trouver? Des ruines : un tunnel embouteillé, une usine électrique détruite, et, en admettant que tout cela soit réparable rapidement, il lui faudrait faire emploi de machines locomotives à vapeur qui vicieraient l’air du tunnel devenu ainsi impraticable sans même que les défenseurs aient besoin de faire usage de gaz asphyxiants.
- La traction électrique serait en effet agencée de façon que le courant fourni aux trains arrivant en Angleterre soit envoyé par l’usine anglaise en sorte que, à la première alerte, toute force de traction serait supprimée.
- En tout cas, il faut envisager ce qui se passerait à la bouche anglaise si, par impossible, un premier train surmontant tant de difficultés arrivait à atteindre l’île : vivement canonné, l’enchevêtrement des débris formerait bouchon et la tête du tunnel, écrasée, murerait ce tombeau infernal que serait alors le tunnel.
- Chimère la légende (qui a parcouru un moment l’Angleterre) de la bouche du tunnel semblable au cratère d’un volcan en activité, lançant sans arrêt des torrents d’hommes, de chevaux, de canons, se dirigeant vers Londres !
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- Pour prendre le tunnel, il faudrait donc pour l’ennemi d’abord débarquer incognito pour ainsi dire de part et d’autre et se jeter, par surprise, en venant de la terre, sur les deux bouches à la fois. Est-ce possible?
- Encore resterait-il l’inondation de l’ouvrage, dernier moyen de défense, dont l’efficacité serait telle qu’il est inutile d’insister.
- Il est vrai qu’on a dit, dans un article d’un journal anglais, Jque ce serait dommage, en cas de conflit, d’anéantir unouvrage aussi coûteux.
- Mais pour l’empêcher de nuire, il n’est pas du tout nécessaire de l’anéantir complètement, et après tout, il n’en coûterait à peine que deux journées de guerre, puisque l’Angleterre et la France dépensent ensemble à peu près 250 millions par jour.
- Aussi bien, si la mer constitue toujours une défense sérieuse pour l’Angleterre, ce n’est pas en se cantonnant dans l’inviolabilité, pourtant de moins en moins certaine avec le temps, de sa <c ceinture d’argent » que la métropole pourra faire valoir plus tard ses droits méconnus, répondre à des défis ou se venger d’injures reçues; il lui faudra malgré tout passer sur le continent pour vider ces querelles, car, dans l’avenir, la véritable frontière pour l’Angleterre sera la ligne de la Meuse, même celle du Rhin, si elle envisage toujours la possibilité de l’intervention efficace et rapide, à côté des nôtres, de ses armées qui pourront toujours naître instantanément d’une puissance militaire maintenant sérieusement établie et qu’elle ne saurait réduire sans compromettre les fruits de ses sacrifices.
- Et alors, quoi de plus tentant qu’un instrument comme le tunnel qui permet d’apporter sans délai sur le territoire ami, avec armes et bagages et les multiples compléments nécessaires, toutes les troupes de défense attendues plus loin pour décider du sort de la bataille?
- N’est-ce pas surtout maintenant qu'il faut envisager sérieusement l’attention qu’a toujours apportée l’Allemagne à la question du tunnel et la tenace opposition quelle n’a jamais perdu l’occasion de manifester ?
- C’est en l’année 1882, je crois, que Frédéric-Charles, celui même qui avait commandé une armée allemande en 1870, visitant la galerie anglaise d'essai du tunnel avec le prince de Galles qui fut plus tard le roi Edouard Vil, dit à ce dernier : « C’est une chose qui ne se fera pas. — Et pourquoi? — Parce que l’Allemagne ne le permettra jamais. »
- Mais ce veto allemand n’a jamais vu la forme du chiffon de papier, car je ne pense pas qu’il ait été jamais formulé par écrit : simple fanfaronnade d’un orgueilleux potentat d’un empire en mal de devenir le maître du Monde, s'arrogeant'déjà le droit de dicter ses arrêts et d’empêcher tout ce qui serait de nature à favoriser ses adversaires éventuels et faciliter leur résistance s'ils
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- LE TUNNEL SOUS-MARIN ENTRE LA FRANCE ET L’ANGLETERRE. 341
- avaient jamais l’audace de s’opposer par la force a l’expansion de sa triste culture.
- N’y a-t-il pas eu jusqu’au vieux de Moltke qui s’est, lui aussi, occupé de la question et qui disait « qu’il faudrait empêcher de faire le tunnel, lequel ne pourrait servir à attaquer l’Angleterre, mais serait si funeste à l’Allemagne en cas de conflit » ?
- N’était-ce pas là plulC>t un motif puissant pour l’Angleterre de le désirer davantage ?
- Cependant le conflit s’est produit alors que le tunnel n’était pas là pour aider les Alliés.
- Côté 'politique de la question. — Au reste, la question militaire a-t-elle été la véritable préoccupation dominante de l’opinion anglaise, lorsqu’elle s’est prononcée contre l’entreprise dju tunnel?
- Tout le monde a pu comprendre en effet qu’embouteiller un long boyau entièrement sous l’eau dès les premiers indices suspects était chose des plus faciles, ayant le choix entre mille moyens.
- Mais certains marins dans la contemplation de la mer infinie, témoin de leur bravoure et de leurs prouesses, ne restent-ils pas irréductibles en considérant toujours cette percée comme une violation, résistant ainsi à l’invitation pressante de la nature qui en manifeste d’une manière si sûre la possibilité?
- On peut bien pourtant, après tout, avoir un culte pour la marine sans avoir le pied marin, et ne pas considérer que c’est un crime que d’aller en chemin de fer chercher du trafic pour les bateaux.
- L’objection de certains grands milieux anglais n’a-t-elle pas eu aussi sa source dans les préjugés, assurément respectables, mais auxquels ne peuvent s’arrêter plus longtemps ceux qui viennent d’accomplir en face de l’ennemi commun cet effort gigantesque qui fait l’admiration du monde?
- Aussi, la Société Française du Tunnel, dûment constituée, en possession d’une concession ferme, ayant son projet arrêté depuis longtemps et pouvant réaliser immédiatement l’argent nécessaire, reste sereine dans l’inaction que lui impose l’expectative anglaise.
- Nous savons que l’opinion de nos Alliés va maintenant se mûrir à la lumière des faits palpables qui se déroulent actuellement, et qui sont de nature à l’influencer beaucoup plus que les plus savants calculs et les plus belles théories.
- La parole est maintenant au Comité Impérial de la Défense qui est chargé par le Gouvernement anglais d’examiner la question.
- Attendons avec confiance !
- Tome 127. — 1 er semestre. — Mars-Avril 1917,
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- UNIFICATION DES FILETAGES
- Règles d'établissement des boulons, goujons et vis employés dans les constructions du matériel de transport
- Le service du matériel et de la traction de la Compagnie du Chemin de l‘er du Nord, appliquant les principes admis par la Société d’Encouragement pour runification des filetages et la construction des vis employées dans les industries mécaniques, a entrepris de fixer d’une manière uniforme les dimensions et les désignations et numérotages des boulons, goujons et vis de tous modules en usage pour la construction du matériel de transport de la Compagnie.
- Les règles adoptées par ce service pouvant être proposées comme types à suivre dans un grand nombre de cas, nous croyons utile de les reproduire ci-après en y joignant les tableaux qui font connaître les dimensions et la nomenclature de tous les éléments mis en service.
- On remarquera que l'on a pu arriver à remplacer la numérotation généralement arbitraire des pièces de l’espèce par une désignation caractérisant la forme de la tète, le diamètre du corps et la longueur sous tête.
- D’autre part on a adopté, comme loi de croissance des longueurs sous tète et des parties filetées, la suite naturelle des nombres variant par nombres entiers de millimètres ; il en résulte une série continue dans laquelle il est facile de trouver immédiatement l’unique type de boulon, de goujon ou de vis qui convient au serrage d’une épaisseur déterminée quelconque.
- Ces nomenclatures pourraient évidemment être adoptées avantageusement par les constructeurs et les boulonniers et constitueraient, par suite, un nouveau pas dans la question de l’unification des types de ces éléments des constructions mécaniques. Les indications, données par ces nomenclatures, sont d’ailleurs à rapprocher de celles données dans le numéro du Bulletin du mois de juillet-août 1916 au sujet des vis adoptées dans les constructions du matériel d’artillerie et aussi de celles données pour les petites vis par le catalogue de la maison Grivolaz, qui a déjà, du reste, adopté, pour la désignation abrégée des vis de différents types et de différentes dimensions des dénominations analogues à celles proposées par le Service du Matériel et de la Traction de la Compagnie du Chemin de fer du Nord.
- [Note de la Commission des Filetages.)
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- BOULONS, GOUJONS ET VIS D’ASSEMBLAGE.
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- BOULONS, GOUJONS ET VIS D’ASSEMBLAGE(l)
- RÈGLES POUR LA CONSTRUCTION DES BOULONS D ASSEMBLAGE
- La présente étude a pour but la création d’une nomenclature de boulons complète et simplifiée, répondant à tous les besoins dans les limites courantes d’emploi des boulons d’assemblage.
- Les diamètres, pas et clés des boulons sont ceux fixés par les règles du Système international et dont la pratique a sanctionné l'usage : seules les longueurs sont définies d’une manière uniforme.
- Aucune règle précise ne fixait jusqu’ici cette longueur des boulons qui était déterminée d’après l’épaisseur de l’assemblage pour chaque besoin particulier; les diverses séries en usage présentaient forcément des lacunes : tout serrage nouveau nécessitant la création d’un type spécial de boulon.
- Par contre, de nombreux boulons, ne différant que de quelques millimètres sur leur longueur, faisaient double emploi et pouvaient être utilisés sans grand inconvénient les uns pour les autres.
- Dans la nomenclature proposée, on a cherché, avec un nombre restreint de types, à assurer la continuité absolue des serrages, pour tous les diamètres.
- Ainsi, quelle que soit l’épaisseur de l’assemblage, on trouve toujours un boulon répondant à ce besoin et, comme d’autre part, chaque type de boulon a des limites particulières d’utilisation bien déterminées, il ne peut faire double emploi avec les boulons voisins.
- L’unification des formes et longueurs des boulons présente de grands avantages tant au point de vue de la fabrication que de l'approvisionnement. Chaque type de boulon peut être fabriqué et approvisionné par les boulonniers, en grande quantité, sans risque de rester inutilisé puisque, seul, il est approprié aux limites de serrage pour lesquelles il a été établi.
- D’autre part, au lieu de numéros choisis arbitrairement pour la désignation des boulons, on a cherché à ce que cette désignation caractérise à la fois, d une façon simple, la forme et les dimensions principales des boulons.
- L'énoncé ou l'inscription de ce numéro suffit pour renseigner immédiatement sur le genre de tête, le diamètre, la longueur et le nombre d’écrous d’un boulon sans qu’il soit nécessaire de le mesurer ou de le dessiner.
- (1) Cette nomenclature ne comprend que les seuls boulons goujons et vis utilisés couramment pour l’assemblage des pièces pour serrage :
- Les boulons spéciaux (à épaulements, axes, etc.).
- Les goujons spéciaux (pour presse garnitures, à embase, entretoises, etc. '
- Les vis spéciales (vis bouchons^ vis d'arrêts, etc.) font l’objet de nomenclatures spéciales.
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- UNIFICATION DES FILETAGES, ---- MARS-AVRIL 1917.
- GÉNÉRALITÉS
- On appelle :
- Boulon : Un organe d’assemblage serrant entre sa tête venue de forge et un écrou.
- (Sa rupture laisse libres les 2 fragments du boulon) (fîg. 1).
- Goujon : Un organe d’assemblage serrant entre une pièce dans laquelle il est vissé à demeure et un écrou.
- Boulon
- Goujon
- Vis
- Fig 3
- Prisonnier
- Fig : 4
- (Sa rupture laisse libre la partie attenante à l’écrou) (fig. 2).
- Vis : Un organe d’assemblage serrant entre sa tête venue de forge et une pièce dans laquelle il se visse.
- (Sa rupture laisse libre la partie attenante à la tète) (fig. 3).
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- BOULONS, GOUJONS ET VIS d’âSSEMBLAGE.
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- Prisonnier : Un organe d’assemblage remplissant le même but que le goujon, 'mais serrant un écrou et une pièce sur laquelle il est fixé au moven d’un écrou spécial au lieu d’y être vissé.
- (Sa rupture laisse libre l'un ou l’autre des 2 fragments) (fig. 4).
- BOULONS ORDINAIRES D ASSEMBLAGE
- Séries. — Les boulons ordinaires d’assemblage comprennent les séries
- Tetes des Boulons
- Fig 5 a 74
- Hexagonale Carrée en Té Spheriçue Goutte at suif Ronde Frrisee Fraisée* g'usuif Fraisée
- nu R BOIS
- suivantes, d’usage courant et différenciés seulement par la forme de leur tète (fig. o à 14).
- Boulons à tête hexagonale.
- Boulons à tête carrée.
- Boulons à tête en té.
- Boulons à tête sphérique.
- Boulons à tête goutte de suif.
- Boulons à tête ronde.
- Boulons à tête fraisée.
- Boulons à tête fraisée goutte de suif.
- Boulons à tête fraisée.
- Boulons à tête fraisée goutte de suif, spéciales pour serrer sur bois.
- Tout autre boulon dont la tête serait établie pour un cas particulier figurera complémentairement sur la nomenclature des boulons spéciaux.
- Corps des boulons. — Selon l’usage auquel sont destinés les boulons, leur corps reste brut ou est tourné.
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- UNIFICATION DES FILETAGES.
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- Les premiers, dénommés boulons bruts (fig. 15), dont l’emploi est le plus général, servent à assurer l’assemblage des pièces uniquement par serrage de l'écrou.
- Les seconds, dénommés boulons tournés (fig. 16), sont utilisés chaque fois que l’assemblage doit résister à des efforts qui tendent à le disloquer par glissement des pièces l’une sur l’autre.
- Dans ce cas, comme il est utile de compter sur la résistance au cisaillement du boulon en même temps que sur le serrage de l'écrou, le boulon est parfaitement ajusté dans le trou qui le reçoit et à cet effet le corps est tourné et
- Boulon brut F,g:15
- 7—____ T
- -le
- L.
- J
- Boulon tourne Fl g .16
- T
- -
- L.
- F/g : 17
- calibré à un diamètre supérieur à celui de la partie filetée. L’excédent de diamètre de la partie lisse sur la partie filetée (fixé par les règles du Système international) est de : 0,5 mm pour les'boulons de 6 à 14 mm inclus; 1 mm pour les boulons de 16 et au-dessus.
- Le diamètre de la partie filetée, dit diamètre nominal, sert seul à la désignation des boulons.
- Désignation des boulons. —Un boulon est désigné par la lettre caractérisant sa série et par son numéro.
- Pour chacune des séries, la lettre définit la forme de la tête.
- Série H : tête hexagonale, Série C : tête carrée, etc.
- Le numéro est formé par le diamètre nominal D du boulon, suivi de la longueur sous tête L (fig. 17).
- Cette désignation est complétée par la lettre T pour les boulons tournés.
- Exemples. — Un boulon brut, tête hexagonale, diamètre 18, longueur sous tête 95, se désigne : Boulon H 1895.
- Un boulon brut, tête sphérique, diamètre 18, longueur sous tête 95, se désigne : Boulon S 1895.
- Un boulon tourné, tète hexagonale, diamètre 18, longueur sous tète 95, se désigne : Boulon H 1895 T.
- V
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- BOULONS; GOUJONS ET VIS D’ASSEMBLAGE.
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- Un boulon tourné, tête sphérique, diamètre 18, longueur sous tête 93, se désigne : Boulon S 1895 T.
- Lorsque le boulon doit porter un contre-écrou, il suffit de faire suivre ces désignations de l’indication bis (qui spécifie que l’écrou doit être double).
- Ces désignations donnent immédiatement par leur énoncé ou leur lecture, les caractéristiques et dimensions principales des boulons sans qu’il soit nécessaire, pour les obtenir, soit de les mesurer, soit de consulter un dessin.
- Longueur des boulons. — Les séries de boulons sont établies avec des longueurs sous tête commençant à 10 mm jusqu’à 500 mm inclus. *
- Pour la réalisation du but principal qu’on s’est imposé : la continuité absolue des serrages pour tous les diamètres, et sans double emploi, les règles suivantes ont été fixées :
- 1° Chaque boulon est capable de serrer depuis le serrage maximum du boulon précédent jusqu’au serrage minimum du boulon suivant.
- 2° La course de l’écrou (et par suite la longueur filetée) s’accroît de 1 mm (minimum qui puisse être donné) quand on passe d’un type de boulon au type suivant.
- D’après cette dernière règle, les accroissements successifs de la longueur sous tête des boulons sont représentés par la suite naturelle des nombres, puisque chacun diffère du précédent d’une unité.
- Les longueurs sous tête adoptées sont alors les suivantes :
- Longueurs sous tète des boulons
- L : 10 mm. 14 mm. 19 mm. 2o mm. 32 mm. etc. jusqu’à 500 mm.
- Accroissements successifs.
- R : 4 5 6 7 etc. suite naturelle des nombres.
- Ces longueurs sont communes à toutes les séries de boulons : pour les boulons à têtes fraisées diverses, la longueur L comprend la partie fraisée de la tête, cette dernière étant toujours encastrée dans l’épaisseur des pièces à serrer (fîg. 17 bis).
- Les boulons à contre-écrou ont les mêmes longueurs L que ceux à simple écrou : la partie filetée est allongée de la hauteur du contre-écrou normal 2/3 du diamètre) ; de cette façon il sera toujours possible d’obtenir un boulon à contre-écrou d’usage exceptionnel par un simple allongement du filetage d un boulon à simple écrou d’emploi courant.
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- Longueur filetée. — En vue d’éviter d’avoir sous l’écrou, après assemblage des pièces, une partie filetée exagérée, la longueur filetée des boulons est réduite au strict minimum nécessaire pour assurer la continuité des serrages.
- En conséquence des règles (1 et 2) cette longueur se détermine mathématiquement pour chacune des longueurs sous tête et est donnée par la formule
- F = D + R + -p
- 6
- Longueur filetée. Hauteur de l’écrou Course de l'écrou Garantie au dessous do
- égale au diamètre. accrois, de longueur, l'écrou au serrage minimum.
- F = I D + R
- pour les boulons à simple écrou.
- Pour les boulons à contre-écrou, cette longueur est augmentée de la hauteur du contre-écrou (2/3 D).
- Fbis=lD+R+|D=^D+R
- 6 3 6
- Les courses des écrous, variant comme la suite naturelle des nombres, sont assez faibles pour les boulons d’emploi courant, pour devenir plus importantes pour les très longs boulons : elles croissent régulièrement avec l’épaisseur des assemblages, ce qui est avantageux pour la plupart des cas. D’autre part, la nomenclature montre que, d’une façon générale, la longueur filetée F reste inférieure à celle des boulons du commerce, laquelle varie habituellement entre 2 fois 1/2 et 3 fois le diamètre du boulon.
- r,C:l7‘tS FlC 18
- L’extrémité de la partie filetée est terminée par une goutte de suif telle que le filetage y prend son entrée sur un cône à 120° dont l’inclinaison correspondant exactement à celle du filet facilite l’engagement correct de l’écrou sur le boulon (fig. 18).
- Boulons de longueur intermédiaire. — Les longueurs sous tête des boulons, déterminées d'après les règles précédentes, sont les longueurs normales d'usage courant. Dans certains cas exceptionnels (emploi d’écrous borgnes ou nécessité d’affleurer la tige du boulon à la face supérieure de l'écrou pour cause d’encombrement ou d’esthétique) il peut être nécessaire
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- BOULONS, GOUJONS ET VIS D’ASSEMBLAGE. 349
- d'imposer à la longueur sous tête une dimension intermédiaire entre les longueurs normales.
- Un tel boulon est désigné avec sa longueur particulière soulignée et, pour son exécution, il y a lieu de suivre les dimensions fixées pour le boulon normal immédiatement supérieur, en supposant ce dernier raccourci à la longueur imposée (la partie filetée se trouvant raccourcie d’autant).
- Exemple. — Un boulon de 18 mm à tête hexagonale, devant avoir une longueur rigoureusement limitée à 90 mm sera désigné : Boulon H 1890 et exécuté en se référant aux dimensions du boulon normal d° 1895 raccourci de 5 mm sous tête soit: Longueur sous tête 95 — 5 = 90 mm. Partie filetée 34— 5 = 29 mm.
- Tout boulon intermédiaire peut donc être fabriqué spécialement sans renseignements particuliers autres que sa désignation exacte, ou obtenu par simple mise à longueur du boulon normal immédiatement supérieur.
- Diamètres.— Les diamètres nominaux des boulons sont ceux fixés par les règles du Système international.
- Les séries sont établies pour tous les diamètres compris entre 6 mm et 36 mm inclus.
- Têtes. —Les clés des têtes polygonales sont celles qui ont été fixées par la règle accessoire du Système international (règle adoptée par les réseaux de l’Etat et du Nord, puis étendue récemment à l’ancien réseau de l’Ouest).
- La hauteur des têtes rondes (cylindriques) est fixée plus faible que les hauteurs normales, par suite de l’emploi spécial de ces boulons, presque exclusivement utilisés pour la fixation des pièces de faible épaisseur, la tête étant généralement encastrée.
- D'ailleurs cette hauteur reste toujours bien supérieure au 1/4 du diamètre nominal, ce qui assure à la tête une résistance au moins égale à celle du corps et, a fortiori, à celle du fond de filet.
- La conicité des têtes fraisées est unifiée pour n’avoir qu’un seul type de fraise pour l'exécution de leur logement.
- L’angle au sommet est fixé à 84° pour les boulons serrant sur métal et la hauteur de la partie fraisée est égale à la moitié du diamètre nominal.
- Cet angle de 84°, adopté par les réseaux Est, Midi, P.-L.-M., offre l’avantage de donner une inclinaison exacte : 9 mm de base sur 10 mm de hauteur, qui facilite l’exécution de l’outillage (fig. 19).
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- L’inclinaison des têtes fraisées serrant sur bois est le double de celles serrant sur métal ; soit 18/10, ce qui correspond à un angle de 122°.
- Fis : 19
- TÈTE FRAISÉE SERRANT SUR MÉTAL
- Les ergots des têtes circulaires viennent de forge, pour les boulons bruts (fig. 20). Ils sont rapportés par encastrement pour les boulons tournés (fig. 21). Leurs dimensions sont des multiples entiers du pas (règles du Système international).
- F,G : 20
- Ergot uenu oe forge
- (Boulon brut)
- Fig .* 21
- Ergot rapporté
- (Boulon tourné)
- Lorsqu’il est nécessaire d’empêcher d’une façon plus absolue la rotation du boulon, l’ergot est remplacé par un collet carré de clé et de hauteur égales au diamètre du boulon.
- , Fig. 22
- boulon 52. 1895
- Tfifp sphéripue \Z: *----
- 'ollel carre
- if=ta
- Pour demander ou désigner un tel boulon, il suffit de faire suivre sa lettre de série caractérisant la forme de la tête de l'indice : 2.
- Exemple : Boulon S2 1895 (fig. 22).
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- BOULONS, GOUJONS ET VIS D’ASSEMBLAGE, 351
- Ces boulons, employés surtout dans le wagonnage, la charpente, etc., sont toujours bruts.
- Écrous des boulons. — Sauf indication spéciale, les boulons à simple écrou sont toujours munis d’un écrou hexagonal ordinaire, de hauteur égale au diamètre nominal D du boulon.
- Le boulon à contre-écrou reçoit un deuxième écrou de hauteur ée;ale aux 2/3 du diamètre nominal.
- Sur demande expresse, les boulons peuvent être munis d’un écrou d’un autre genre (voir la nomenclature spéciale des écrous). Dans ce cas, la désignation du boulon est complétée par celle de l’écrou :
- Exemple : Boulon H 1895 avec écrou à créneaux 1820.
- Goupillage des écrous. — Lorsqu’il est nécessaire d’assurer d’une façon absolue l’indesserrabilité de l’écrou, on emploie exclusivement un écrou à créneaux et le boulon est demandé muni de ce genre d’écrou (fig. 23) dont l’emploi s’est généralisé tout particulièrement dans la construction automobile.
- Fig. 23
- BOULON AVEC ECHOUA CRENEAUX
- Fig. 2U
- BOULON A TB TON Dispositif supprimé
- Le boulon à téton (fig. 24), d’exécution coûteuse et d’efficacité relative aulant que la goupille n’est pas ajustée parfaitement contre l’écrou, ne sera plus employé dans les constructions nouvelles et sera remplacé au fur et à mesure des besoins, dans ses applications actuelles, par un boulon avec écrou à créneaux.
- Le diamètre des goupilles est fixé à deux fois le pas du boulon.
- *
- * *
- L’application des règles indiquées au cours de cette étude offre l'avantage immédiat de réduire toutes les nomenclatures, les dessins et catalogues relatifs à la construction des boulons d’assemblage à deux feuilles.
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- UNIFICATION DES FILETAGES.
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- L’une donnant une récapitulation générale de tous les numéros de boulons, leur silhouette, leur longueur sous tête et les limites particulières d’emploi de chacun d’eux: en un mot tous les renseignements suffisants pour ceux qui utilisent les boulons.
- L’autre feuille donne les indications nécessaires à la construction des boulons : proportions des têtes, profil du filetage, tolérances de réception, et est plus particulièrement destinée aux fabricants, en complément de la première feuille.
- En plus de l’unification de l’outillage qui résulte de l’adoption de proportions bien définies pour tous les boulons, les boulonniers trouveront surtout le grand avantage de pouvoir intensifier sans aléas la fabrication en séries et l’approvisionnement des divers types de boulons, puisque, ainsi que nous l’avons dit au début, chaque type de boulon étant seul approprié aux limites de serrage pour lesquelles il a été établi, il ne risquera pas ainsi de rester inutilisé par suite de double emploi avec les boulons voisins.
- En conséquence des règles précédemment énoncées, il résulte :
- Que toute personne ayant à employer un boulon d’un diamètre déterminé, serrant une épaisseur également déterminée et ayant telle tête qu’elle désirera, pourra a priori le demander sous la dénomination : type de tête — diamètre — longueur sous tête (épaisseur à serrer augmentée de la hauteur de l’écrou) ; il lui sera livré le boulon normal immédiatement supérieur en longueur, à moins qu’ayant complété sa désignation par un soulignement, elle manifeste ainsi le désir de recevoir un boulon de longueur sous tête exacte.
- VIS ET GOUJONS d’aSSEMBLAGE
- Toutes les règles fixées pour l’établissement des boulons s’appliquent aux vis et aux goujons si l’on considère :
- Une vis comme un boulon dépourvu d’écrou, ce dernier étant constitué par la pièce dans laquelle elle se visse ;
- Un goujon comme un boulon dépourvu de tête, cette dernière étant constituée par la pièce sur laquelle il est fixé à demeure.
- Une vis se désigne d’une façon identique à celle des boulons.
- Exemple : Vis H 1895 (fig. 25).
- Par analogie un goujon, se désigne par son diamètre nominal D et sa longueur utile L, en saillie sur la pièce sur laquelle il est fixé.
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- BOULONS, GOUJONS ET VIS D’ASSEMBLAGE.
- Exemple : Goujon 1895 (fig. 26).
- Les serrages sont les mêmes pour les vis et goujons que ceux qui ont été déterminés pour les boulons.
- Ainsi, en cas de nécessité, un boulon peut être utilisé comme vis et inversement, sans aucune modification (le numéro poinçonné sur la tête convient lui-même aux deux cas).
- Le diamètre de la partie lisse des vis et goujons est égal au diamètre
- Fig. 25 Fig. 2 6
- nominal de la partie filetée; cette partie lisse reste brute, il n’y a pas de vis ou goujons tournés.
- La longueur filetée engagée dans la pièce portant le goujon est égale à 1 fois 1/2 le diamètre D (fig. 26).
- Les goujons peuvent recevoir un contre-écrou ou des écrous spéciaux dans les mêmes conditions que les boulons ; dans ces derniers cas, leur désignation est complétée ainsi qu’il a été indiqué pour les boulons.
- Les nomenclatures de vis et goujons sont établies d’une façon analogue à celle des boulons.
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- OBSERVATION SUR LE FILETAGE WHITWORTH
- L’Engineering a publié, dans son numéro du 16 février 1917 (p. 158), une proposition de M. le professeur W. G. Unwin, cpii suggère une modification du profil du filetage Whitworth. Cette proposition est intéressante pour la Société d’Encouragement, car elle recommande une disposition adoptée pour le Système international.
- M. Unwin fait remarquer que l’exécution correcte des arrondis des filets des boulons et écrous Whitworth, arrondis qui doivent se correspondre avec une faible tolérance, demande beaucoup de soin, sans avoir d’utilité réelle. En. conséquence, il propose d’augmenter la profondeur de l’arrondi au fond du filet pour le boulon et pour l’écrou : la valeur normale de l’approfoncfissement serait 0,05 /?, p étant le pas.
- Les règles du S. I. permettent un approfondissement jusqu’à 0,0545/?.
- Avec cet approfondissement préconisé par M. Unwin, l’arrondi de la pointe des filets ne paraît plus avoir d utilité intrinsèque. En le supprimant, on obtiendrait un profil qui ne différerait plus du profil du S. I. que par l’angle au sommet du triangle générateur (55° au lieu de 60°).
- Dans le numéro du 30 mars 1917, M. le professeur Unwin étend ses observations aux petites vis anglaises (British Standard fine Thrcad, B. S. F. T.), dont il donne le tableau, avec le dessin de la section qu’il propose.
- E. Sauvage.
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- PROJET D'ORGANISATION D'UN SERVICE CENTRAL
- de documentation industrielle
- La Commission du Bulletin et le bureau de la Société ont été saisis, par la note que l’on trouvera plus loin et qui a été rédigée par M. le général Sebert, au nom du Comité des Arts économiques qu’il préside, de l’examen de la question de la création en France d’offices d’information et de documentation de nature à fournir aux industriels de notre pays tous les renseignements qui peuvent leur être utiles dans la lutte économique qu’ils ont à soutenir contre leurs rivaux étrangers et qui prendra, après la cessation des hostilités, un caractère spécial d’acuité et d’intérêt.
- Après discussion de cette question, qui présente un caractère évident d’actualité, il a été décidé de publier, dans notre Bulletin, la note dont il s’agit, en la faisant suivre des extraits utiles des notes antérieures sur le même sujet qui y sont mentionnées et d’inscrire, dans la série des conférences à faire prochainement, devant notre Société, une conférence que veut bien préparer M. Paul Otlet,le secrétaire général de l’Institut international de Bibliographie de Bruxelles, actuellement réfugié à Paris, conférence qui aura pour titre : « L’information et la documentation au service de l’industrie. »
- La publication de cette conférence dans notre Bulletin complétera les renseignements recueillis sur la question et fournira de nouveaux éléments pour l’étude de la solution du problème qui se pose pour notre Société. (Note du Bureau de la Société.)
- NOTE PRÉSENTÉE AU NOM DU COMITÉ DES ARTS ÉCONOMIQUES
- par M. le général Sebert Président du Comité
- Dans deux notes que j’avais rédigées, au nom du Comité des Arts économiques aux dates des 13 décembre 1902 et 12 janvier 1903, à l’occasion de l’étude que faisait alors le Conseil de notre Société, sur les modifications éventuelles à apporter à son organisation, notes qui ont été distribuées alors à tous les membres du Conseil mais n’ont pas été publiées dans le Bulletin, j’avais appelé l’attention sur le rôle utile que notre Société pourrait jouer, en contribuant à la diffusion et à la mise à la disposition de nos industriels et de tous les travailleurs, des renseignements bibliographiques concernant les progrès récemment accomplis et les découvertes effectuées dans le domaine des sciences et de leurs multiples applications.
- J’avais rappelé que le Bureau bibliographique de Paris, auquel la Société a, depuis
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- 356 DOCUMENTATION INDUSTRIELLE. ------ MARS-AVRIL 1917.
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- longtemps, accordé son appui, s’est donné pour mission de réunir un répertoire sur fiches, rattaché au Répertoire bibliographique universel de l’Institut international de Bibliographie, mais limité aux branches de sciences et de leurs applications qui intéressent l’industrie, répertoire dont l’importance est déjà aujourd’hui considérable.
- J’avais indiqué comment le service de ce Bureau bibliographique pourrait être relié à celui de notre Bibliothèque, de façon à atteindre le but que s’étaient proposé les fondateurs de notre Société et ceux de ses membres qui, à différentes reprises, se sont préoccupés d’assurer le bon fonctionnement de cette Bibliothèque.
- La réalisation des mesures qui avaient été préconisées dans ces notes avait été ajournée pour divers motifs qu’il ne paraît pas utile de rappeler en détail, et qui se trouvent implicitement mentionnés dans un rapport qui avait été établi, à la date du 4 mai 1904, sur le service de la Bibliothèque.
- L’examen de la question fut d’ailleurs repris, en 1907, lors des études entreprises à cette époque, d’une façon générale, en vue d’une réorganisation éventuelle de notre Société même.
- Dans une nouvelle note, en date du 8 avril 1907, que j’ai présentée encore à cette occasion, au nom du Comité des Arts économiques, mais qui n’a pas été jusqu’ici publiée dans le Bulletin, j’avais signalé que, depuis l’époque où il avait été proposé de développer les services de la Bibliothèque, par l’adjonction d’un service de renseignements bibliographiques, la question s’était compliquée, par suite de la nécessité de tenir compte des mesures prises, en différents pays, et de celles même projetées, en France, pour organiser des services d’information et de documentation. Ces mesures avaient été provoquées par les résultats donnés par le premier Congrès, dit Congrès mondial, tenu à Mons, en 1905, sous la présidence du roi Léopold en personne et qui devait être suivi de congrès semblables à Bruxelles en 1910 et à Gand-Bruxelles en 1913.
- Ce premier Congrès avait déjà conseillé la création, dans chaque pays, d’un Office central de la Documentation, qui devait être relié à un Office international, dont le siège eût été établi â Bruxelles et les bases de cette organisation avaient été résumées dans un document publié par l’Institut international de Bibliographie, sous le titre : « L’Organisation systématique de la Documentation. »
- La note du 8 avril 1907, en appelant l’attention sur les projets formés, de divers côtés, pour donner suite, en France même, aux suggestions venant ainsi de l’étranger, avec l’appui gouvernemental, montrait l’intérêt que pouvait avoir la Société d’Encou-ragement à prendre, pour certaines parties, la tête du mouvement, en développant notamment le rôle de sa Bibliothèque, relativement aux informations de bibliographie documentaire et en favorisant la création de bibliothèques collectives ou tout au moins celle de catalogues collectifs des bibliothèques scientifiques spéciales des principales villes de France, à commencer par celle de Paris.
- Dans sa séance du 3 mai 1907,1a Commission des Réformes, nommée par la Société d’Encouragement, avait accepté le vœu final contenu dans cette note du 8 avril et désigné M. Toulon pour faire un rapport sur la suite à donner aux diverses propositions qu’elle formulait.
- Ce rapport a traité surtout les questions qui faisaient l’objet des deux premières conclusions de la note précitée, celles des relations à établir avec les diverses autres
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- S.I. BOULONS NORMAUX D'ASSEMBLAGE-(wjméro™™h)
- ACIER I
- SÉRIE H SÉRIE C
- ETE CARREE
- rsa
- TETE HEXAGONALE TETE CARREE
- I
- sérieT sérieS sérieG sérieR série F
- AISÉ
- J
- TÊTEmTE
- TETE SPHERIQUE TETEGOUTTEkSUIF TETERONDE TETE FRAISEE
- N
- J
- sérieFG série F.b sérieF.G.b
- TnmBOI
- TÊTE FRAISÉE TFTFFRRKÉF RAK TÊTE FRAISÉE GOUTTEotSUIF . 1 tltnttVK>ttp«*BUK> çoUTTEkSUIF^BOIS
- ^ j-.-j—J- ^ f—*- J-H— -t-4-
- lA LONGUEUR!. OES BOULONS a TÊTE FRAISÉE COMPREND LA PARTIE FRRISÉE DE LA TETE
- Un boulon est. désigné par la LETTRE caractérisant sa tête et par son NUMÉRO
- (CE NUMÉRO EST FORMÉ OU DIRMÉTRE NOMINAL U LR RRRTIE FILETEE B SUIUI OELA LONOUEUR SOUS TÉTeL)
- Cette désignation est complétée par la lettreT pour les boulonstournés
- EXEMPLES :
- Boulon BRUT tête Hexagonale, oirmétre 18 longueur sous tête 95 se oésigne : Boulon H1895 ______o?_____tete Sphérique____________________o?_____________________Boulon S1895
- 1 Boulon TOURNÉ tête Hexagonale,oiamêtae18 longueur sous tête 95 se désigne: Boulon H1895 T _______o =-----tête Sphérique___________________d*. ________________Boulon 51895 T
- BOULONS BRUTS
- Le diamètre de la partie lisse est égal a celui
- Ot LA PARTIE FILETÉE
- La tête et la partie lisse restent entièrement
- BRUTES OE FORSE
- BOULONS TOURNES
- LE 8IAHÉTRE K Ul PARTIE LISSE PRÉSENTE SUR CELUI DE LA PART II (DE 0*5 POUR LES BOULONS OE 6 a!4 fILETEE UN EXCEDENT^ ]ZpoURLES BOULONS DE 16eT AU DESSUS La FACE DE PORTÉE SOUS LA TETE EST PRESSEE ET LA PARTIE LISSE ITQURHÉE ET RÉGULIÈREMENT CALIBRÉE SUR TOUTE LA LONGUEUR
- BOULONS A SIMPLE. ÉCROU ÉmmÉ»o SIMPLE)
- Sauf indication spéciale les boulons a simple écrou sont toujours fournis munis d'un ECROU ORDINAIRE K HNmti
- ÉGAIE AU DIAMÈTRE NOMINAL D OU BOULON.
- Sur DEMANDE EXPRESSE ILS PEUVENT ÊTRE FOURNIS MUNIS D UN ECROU DUN RUTRE GENRE (wilA NOMENCLATURE OES^ECROUS)
- Dans ce cas la désignation du boulon est complétée parcelle de l'écrou. Exemple: BOULON H1895avecECRQU aCREMEAUX 1820
- BOULONS A CONTRE ÉCROU (numéro ils)
- Les BOULONS A CENTRE-ECROU SONT TOUJOURS FOURNIS MUNIS DUN ÉCROU ORDINAIRE DE HAUTEUR EGALE AU DIAMÈTRE NOMINAL D DU BOULON ET DUHCONTRE-ÉCRDU OE HAUTEUR ÉGALE AUX OE CE DIAMETRE
- Leurs longueurs sous tête sdnt les mêmes que celles des boulons a simple écrou, la partie filetée est allongée oe la
- HAUTEUR OU CDNTRE-ÉCROU
- UH BOULON R CONTRE-ÉCROU A LA MÊME DÉSIGNATION puE LE BOULON ASIMPLE ÉCROU OE MEMES DIMENSIONS SUIVIE K LIHDICATION
- BIS- Exemple . BOULON H1895 BIS. i
- GOUPILLAGE ' ' '
- Le diamètre des trou» de goupilles est égal a 2 rots le pad
- LONGUEUR SOUS TETE
- L
- DI AMETRES NOMINAUX DES BOULONS
- :/9 6 % 8 *** % 10 % 12 % 14 % 16 % 18 % 2C %22 .a5 24 27 ^ % 30 % 33 1 % 36 y
- NUMEROS S w NUMÉROS NUMEROS NUMEROS NUMEROS i-s NUMEROS B u. NUMEROS «r w NUMEROS NUMEROS S- NUMEROS SU, NUMEROS NUMEROS l-S NUMEROS 5. a NUMEROS
- MS i tu SERRAGE oes §tu SERRAGE DES f Su. SERRAGE c& i Hk SERRAGE DEL SERRAGE •fS Hk SERRAGE DES 5 tu SERRAGE SES ftu. SERRAGE ses laK SERRAGE* ots a îr.tt.. SERRAGE OSS SERRAGE OES Stu, SERRAGE oes K tu. SERRAGE oes 3 tu 5EP.RRGE
- BOULONS BOULONS BOULONS Il BOULONS BOULONS ! = BOULONS M BOULONS SC BOULONS ? = BOULONS BOULONS i c BOULONS SC boulons le BOULONS ? = BOULONS is
- 610... .10 1 à 4
- 6 IA 11 ..À - 8 814 .15. 2 à 6
- 619. .12 8-là 819 14 6 11 1019 .17... .4 . à. 9 12.19. ...19 2 à 7 *•
- 625 15 15-19 8 25 15 11-17 10.25. 18 . 9 .- .15. .. 12 25 .20. .7 TT 13 14 25 .22 5 à 11... 16 25 25 3 à 9
- 632 IA 19-26 8 32 16 17.-.24 1032 . 19 15 —.22 12 32 21 13.-r.20.. .14 32 25 11 -18 1632 26. 9 - 16 18.32 28 7 à .14 20 52 .6 à 12
- 640 .15 26-54 840 17 24-52 1040 20 22- Jq 12 40 22 20 - 28 14 40 24 18-26 16 40 27 16 - 24 18 40 29 \4 - 22 2Q 40 31 12 - 20 22 40 S* 24 40 Sfc 8 à J6.
- 649 16 54 -45 8 49 ia 52-41 10 49 21 50 - 39 12 49 25 28-37 14 49 25 26 - 35 16 49 28 24 - AA 1849 77 51 20 49 32 20 - 29 22 49 .AS 18 - 27 24 49 37 16 — 25 27 49 41 1S à 22 30 49 •i A À 1*
- 859 .19 41 - 51 1059 22 59-49 12 59 24 37 - 47 14 59 26 35-45 16 59 29 35 - AS 1859 31 31-4.1, 20 59 43.. 29-39 22 59 36 27-37 24 59 38 25-35 27 59 42 22-32 3059 .45 19 - 29 33 59 49 16 8 26. 3659. 52. 15.8.23..
- 8 70 2Q 51-62 10 70 .25 49 - 60 12 70 25 47- 58 14 70 27 AS - 56 16 70 50 43 - 54 18 70 32 Al - 52 20 7Q 34.. 39 — 50 22 70 37 37 - 48 24 70 39 35 - 46 27 70 .43. .32 —..43.. 3o 7.Q. 46 .29.-40 3.3 7 Q.. .50 26-..57.. .3.670. 55 23 - 34.
- _ 882 21 62-74 10 82 : 24 6o - 72 12 82 26 58 - 70 14 82 28 56-68 16 82 .31.. 54 - 66 18 82 .33. 52 - 64 20 82 35 50-62 22 82 38 48-60 24.82 40 46 - 58 27 82 .44.. 43-55 30 82 47 40-52 33 82 51 57 - 49 3682 54 34-46
- 895 2.2 74-87 10 95 25 72-85 12 95 27 70-83 14 95 .29. 68-81 16 95: 32 66-79 1895 .34. .6.4-77 20.95 36. 62 - 75 22 95. 39 60-73 24 95 Al 58-71 27 95 .45.. 55-68 30 95 . .48. 52-65 33 95 ..52.. 49-62 369.5. ..55.. A6-.59.
- 10109 26 85 44 121Q9 28 83 97 14 109 A1 95 16 109 33 79 95 18109 55 77 *1 90 10Q A7 75 — 22109 73 — 87 94 109 *? 71 A* 27 109 AA ^9 30109 £5 7* 331Q9 69 76 36109 AA S9 —73
- 10124 .27 99-114 12 124 29 9.7. -.112 14 124 .51... 95-110 16 12.4 .34 53-108 18.124 36 91-106 20124 38 89 — 1Q4 22 124 .41 87—102 24 124 A3 85-100 27124 47 «2.-97 30124 50.. 79 - 94- 33124 sa .76—91. 36124 ..51.. 73-88
- 10 149 26 114-150 12 14Q bo 112 1ÎA 14140 42 110 —126 16 14Q 10A- 174 18 140 37 106 -177 20 140 72 iüo 47 ?4 140 uu 100-116 27 140 h.R *7 — 11A 30 140 *4 n n 33140 s* *1 nc7 36140 sa 88—104
- 10157 29 150-147 12157 31 128—145 14157 53 12.6 -1Ai 16157 * 36 I8 157 38 122 139 20 157 40 120 -137 22157 AS 118 135 24157 *5 116-133 27 157 49 113 — 130 30157 52 110 — 127 33.157 56 10.7 -124 36157 59 104-12.1.
- 12175 32 1*5 r-165 .14.175 \k 1*4-161 , 16 175 37 141 15* 18175 39 139-157 20175 41 137—155 22175 44 135-1S3 24175 46 133-151 27175 50 130 1US 3û 175 55 127— 145 33175 5L7 124 -142 36175 60 121 -.139
- 12194. .33 165-182 1419.4 .55 . 161 -180 .16194. 38 159-178 18194 157 m, 176 20194 42 155 -174 22 194 45 15$ - 17? 24 194 *7 151 - 17Q 27194 51 1*A -1A7 30 194 54 14S —164 33194 £8 142-161 36194 .61.. 139-158
- 12 214 34 182 - 202 14 214 36 1$0 - 200 16 214 39 17R-1*A 18214 41 176-1*6 2Q214 A3 174 194 ?2 ?14 4A 17? -1*9 24 214 UR 170 19o 27 214 52 167 —1R7 30 214 168 1R1l 33 214 59 161 181 36214 £2 IRg 17*
- 12 255 55 202 - 225 14 235 57 16 235 ISA-914 18 235 47 1%-?17 2Q235 44 1*4 - 71* 22 23.5 47 l*? ?1A 94 9-L5 ii* 27 235 S* y? 7^^ 1Rii 9rtA 33235 6* 1A1 ?A? 36 9^5 frA
- 14 257 221 - 243 16 257 *1 219.-2.41. 241 - 2C.U 18257 45. 44 259-262 20 257 .45.. *6 215 _ 2*7 22 257 .46 A* 213.^255 23S 2Sfi 24 257 ..5û.. S1 211-233 2ii -7Sfi 27 257 .54... AA 2oS * 23o. ?AO«?AA yi 7 .57.... 777 33257 at 5? 202-224 36 257 .64.. SA lB9i -2Z\.
- 14 280 59 243-266 16280 42. 18 280 20 280 237 260 22 280 24 280 27 280 Î0 280 ??7 3328Q 36280
- 14304 ..40.. 266-290 16304 4* )(ik 7** 18304 ^5 767_9Af 20 304 47 PAO _? A4 22 304 24 304 5? 27 3Q4 ^0 504 33-304 CA 36SQ4 î’i* 1 îfifl
- 16 329 44 46 A11 ?0 72 3?4 307 24 329 S3 27 529 30 ^29 33S29 Xt. 190
- 16 355 45 VIA-, AA* Î8 355 47 *11 AA7 20 A S 5 .4.9 .50.. 3*>* AA5 22 355 5? 307 AAA 24 355 RÜ AoR - AA1 27 355 CA An? A?£ 30355 A X N. .. J. 24* 32 * 33355 2*5—A?? 36355 M — VI4
- 16 382 .45... 339-566 18382 48... 337- 364 20 3 8 2 335-362 22 382 .53... 333 - 360 24582 55 331-358 27 382 59 328.-355 30382 62.. 825 - 354 33382 66 322-549 36382 69 319-346
- 18 410 49 364-392 [20410 SI 362 390 2241Q A4 360-388 24410 15A 3A6 27410 30410 63 3,^7 - IBP 35410I 67 344-577 36410 7? V*ft 574
- 18.439 .50 392-421 20439 .52.. i*0-4l9 4]*^ *^* 22439 .55 AAA — tl7 74 439 .57... 306-415 27 439 .61 363^412 417-442. 30439 64 500-409 4?? {^4 33 459 66 69 577-406 36*139 .71. i74-.40.il *04-2^
- 20 469 7?4f,9 *17^. 4i)7 94469 274fiq 3Q4Qq 36469
- 1 20 500 .54. 449-.A60 22 500 .SJ... 447—478. 24.500. .59 *45-47.6 27.5.00 .63. 442-473. 30 500 .66 . 439 - 470 33 500 .70.. 436-467 36.500. .33 4l|p46*|
- 10
- 14
- 25 32 40 49 59 70 62 95 109 124 140 157 175 194 214 Z35 257
- 304
- 329
- 355
- 382
- 410
- 439
- 469
- 500
- Lorsque ttslETTRES t>t SÉRIE dès boulons a têtes circulaires seront suiuies de L INDICE 2 ces boulons seront fournis BRUTS avec un COLLET CARRÉ de clé et de hauteur égales au diamètre nominal, en remplacement de lergot Le filetage des boulons courts avec ergot est rrrété a la naissance de ce dernier — Les séries des boulons a têtes fraisées ne commencent qu 'au 2^ boulon dans chaque colonne
- Tout boulon oe LONGUEUR INTERMÉDIAIRE est désigné aveÏ sa longueur EAim£]m«iRC soulignée ( Exemple : BOULON H.1890) et fourni aux dimensions ou BOULON NORMAL immédiatement supérieur raccourci a la longueur imposée {lrprrtie lisse resjrhtlr même)
- p.n.n. - vue 357/653
-
-
-
- SI
- BOULONS NORMAUX D’ASSEMBLAGE-(dimensions des têtes et filetage)
- MARQUES DES BOULONS
- 1
- 1
- \
- H tête Hexagonale
- en A: LETTRES delà série Exemples:^ S tête Sphémdue
- Se tête Sphérique et collet carré 1895 (BOULON RRUT-SIMPLE Écrou)
- 18 95 T (boulon TOURNÉ-SIMPLE ÉCROu) 1895 bis (boulon brut - contre écrou) 1895Tbis(S0UL0N TOURNÉ-CONTRE ÉCROu)
- en C : MARQUE bu fournisseur Exemple: M (boulonnerie de...............)
- en B : NUMERO au boulon Exemples :
- FILETAGE - TOLÉRANCES OE RÉCEPTION
- EPURE OU FILET
- OmM.IWHIHAL ou gouum : J
- EXTREMITE DES BOULONS
- L EXTRÉMITÉ SERA TERMINÉE PAR UNE SOUTTE DE SUIF ET LE FILETAGE PRENDRA SON ENTRÉE SUR UN CÔNE A 120‘POUR FACILITER l'ENGAQEMENT DE L ÉCROU. Lf niETASESE TERMINERA EH MOURANT SUR LA PARTI E LISSE.
- TOLERANCES SUR LE DIAMETRE DE LA PARTIE LISSE EN PLUS' 0£5
- BOULONS BRUTS
- BOULONS TOURNES
- “{
- EN MOINS 0?25
- EN PLUS 0^1 EN MOINS 022
- 12
- 25
- 26.
- 21
- 12
- 15
- 20
- 22
- 24
- feh-owT
- woFwofux nim.iinM
- B'.D-i.wuP
- 3.704
- C.88
- 1.056
- 1,252
- 1A0S
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- 1.76.
- .1.76
- 1,76..
- 2,112.
- 2.112.
- 2.816
- 4-592
- 6.24
- 7,â&8
- 9,556
- 11.184
- 15.184
- 14.48
- 16.48
- .18,48.
- 19,776
- 1.25
- 1.5
- .1,75
- 22.776
- 2,464.125.072
- 2.464. 28.072
- 50.568
- 2.5
- 2.5
- 2.5
- 5.5
- 3,5
- i i i ï
- 12.
- 8
- 10
- 12
- M
- 16
- 18
- 20
- 22
- 24
- 127
- 30
- 33
- 36
- sérieH
- TETE HEXAGONALE TETE CARREE
- 15
- 21.
- 25
- 26
- 29
- 32
- 35
- 38
- .42
- 46.
- 50
- 54
- SÉRIE: C
- <ï
- b : a b 4 a b .5. i
- 5 12 .12.. 7.
- 6 15. .5. 16. 7.. 9
- .7.. .18 6 20 8 .11.
- 9 23 7 .2.4 1Q.. .13.
- 10 26 9 28 12 15...
- 12 29 10 32 13 18
- J3. 32 .11. 36 15 20
- 14 35 12 40 17 22.
- 16 38 14 44 18 24.
- 17 42 .15.. 48. 20 26
- 19 46 16 54 22 3o
- 21 50 18 60 25 33
- 23 54 20 66. .27 36
- 25 58 22 72 30 39
- SÉRIE :T
- TÊTE eh TE
- sérieS
- série-G
- "4
- SÉRIE: R
- F
- SÉRIE: F
- SÉRIE: F.G
- fl'ERSOT VIENDRA DE FORGE AVEC LE CORPS POUR LES BOULONS BRUTS
- TÊTES CIRCULAIRES 4
- ml’ersot SERR rapporté sur le corps pour les BOULONS TOURNÉS
- TÊTE SPHERIQUE
- TÊTE GOUTTEoeSUIF
- a b e
- .12.. .5... .2
- 14 6 2
- 17 7 A.
- 21 .9.. 3
- 24 10 4
- 28 1? 4
- 31 13 ..5...
- .34 .14. .5...
- 38 16 ..5... -v
- .41.. .17. 6
- 46 19 6
- £l 21 7
- 56 23 7
- 61 25 8
- a b e r
- 12 .5... .2 2
- 15... .4... .2. 2
- .19. _S.. 3 .3
- 23 6 3 3... -
- 27 .7 .4.. .4.
- 30 8 4 .4...
- 34 .9.. ..5... .5..
- JA .10.. ..5... .5
- 42 .11 5.. .5..
- 46 12 6 .6
- 51 133 .6.. .6
- 57 15 7 7
- 63 16.5 7 7.
- 69 18 8 8
- TETE RONDE
- .12
- 15 _ .4
- 18
- ffiD
- TÊTE FRAISEE
- BautITwaiô
- 11.4
- 15,2
- .14.
- 228
- 26.6
- 30.4
- 34.2
- 38
- 41,8
- 65,6
- 57
- 627
- 664
- 11.9.
- 15.7
- .19,5
- 23.3
- 27.1
- 31.4
- 35.2
- 39
- 42.8
- 46.6
- 5L3 52.3
- 58
- 63,7.
- 69,4
- TETE FRAISEE SOUTTE ut SUIF
- Brut r~ Immé b e ?
- .11-4 11-4 3- 2. 2...
- 152. 15.7 ..A... 2 2 .
- .19, 19.5 .5.. ..3.. .3...
- .22.8 233 .6.. .3.'. 3
- . 26,6 27-1 7 .4.. 4
- 30-4 31,4 8 4... 4
- 34.2 35.2 9 5
- 38 39 la . 5... .6..
- 418 42.8 11 .5.. .5....
- 45.6 464 12 $.. 6
- 51.3 523 13-5 6 6
- 57 58 15 7 7
- 627 637 163 7... .7
- 58,4 69.4 18. .8 .8
- ACIER-1
- Les boulons serrant sur bois restent toujoursMJIS
- TETE FRAISEE
- 3.6
- 4.7
- 5.8
- 64
- TETE FRAISEE
- e f a b e f
- Z 4 17 4 2 2 .4.
- 2... .4. 21 3,6 2 2 4
- ...3... .6.. 25 4.2. .3. .3 .6...
- .3 6 .29. 4,7. ..3... 3 fi..
- à. A 33 5-3 4 4 A
- 4 g 37 5 A 4 4 g
- ..5... .10 . .41 6-4 ...5.. ..S... 10
- .5... .10.. .45. 7... ..5... ..5... 10
- ..5... .10. 49 7,5 .5... ..5... .10.
- 12 53 8 & 6 12
- 12 14 59 8-9 6 6 12
- 7 65 27 7 7... ,14..
- 7 14 71 106 7 7 14
- .8 .16 77 n.4 g g 16
- Lorsque les LETTRES de SÉRIE des boulons a têtes circulaires seront suiuies de L*! Nfai C E 2 cfs boulons seront fournis avec un COLLET CARRÉ remplaçant i'ercot DANS CE CAS LE BOULON EST TOUJOURSMlüET LE COLLET A UNE ClÉ ET UNE HAUTEUR EGAIES AU DIAMÈTRE NOMINAL OU BOULON EXEMPLE: BOULON S2 18 95 _
- S3
- Cw
- p.n.n. - vue 358/653
-
-
-
- ECROUS NORMAUX-(numérotation)
- Quellf put soit sa forme ^ORDIN Al RE, C ARREE, RON DE etc.) 1 ecrou est désigné par le DIAMETRE NOMINAL D de sa partie filetee
- SUIVI DE L'INDICATION DE SR HAUTEUR TOTALE H LAQUELLE EST REPRESENTEE PAR LES 2 DERNIERS CHIFFRES DU NOMBRE
- EXEMPLES
- |l ECROU DIAMETRE NOMINAL 10 HAUTEUR TOTALE'- 7 PORTERA LE NS 1007 \l ECROU DIAMETRE NOMINAL: 24 HAUTEUR TOTALE 27 PORTERA LE Nt 2427
- DIAMETRES NOMINAUX :
- 76.87...
- 6069
- 64.7.4.
- 52 6Q
- 20 25
- 22 25
- 2751
- 4552
- 1215
- Normaux
- 72 72
- 22 22
- 24 24
- 33 26
- 18 14
- 27 22
- 2016
- .2.218
- .765.6...
- 8058..
- 5238
- 4533.
- 5641...
- 42 31.
- .30 22
- 3626
- 45 29
- 5.636
- 4227...
- 3322
- .30.20....
- 27.18
- .16.1.1...
- 1812..
- 2013
- 2416
- 2215
- 14 09
- 10.07.
- .1.2 0.8
- 80 46...
- 76 44
- 72 41
- 56 32
- 6034
- .64 37
- .3017
- 3319
- 7638
- 7236
- 60 30
- 5226
- 48.2k
- 3618. -
- 3316
- 27 14
- 20 10
- 22 11
- 30 15
- 14 07
- .7675..
- Ecrous carres
- 72.71
- 5655
- 60 59
- 5251
- 1211
- 2019
- 30 29
- 22 21.
- 1009 -
- 1615
- 27 26
- 24 23
- Ecrous ronds
- .7.677...
- 5.25.3...
- 68.69
- 5657
- 30 31.
- 607
- 1819
- 10 11...
- 8072..
- 72 65
- 68 61
- 524.7..
- 42 38
- 3027
- 24 2.2
- 27 24
- 2220
- 10 08
- 1412
- 1614...
- 1210 ..
- 76 78
- 6870
- Ecrous a créneaux
- 36 38
- 20 22
- 2729
- .16.1.8
- 6895
- Ecrous ahauts creneaux
- 6493
- 6090
- 4575
- 24 41
- 27 46
- .3051
- 3661
- .1220
- 22.37
- .14 24.
- Ecrous borgnes
- 60 92
- 5689....
- .5285
- 42 73...
- 2444
- 2749
- 16 29
- 2036
- 22.40...
- .10 18
- 14.2.6
- 24 60
- 3075.
- 2QJ5Q
- 2255
- 1025..
- 615
- TOUS LC5 ECROUS INOIQUES DANS CE TABLEAU SONT AU PAS A DROITE . LES ECROUS SEMBLABLES COMME OIMENSIONS MAIS AUEC PAS A GAUCHE PORTENT LES MEMES NUMEROS SUIVIS DE L INDICATION G_
- G 5999
- p.n.n. - vue 359/653
-
-
-
- SI ECROUS NORMAUX (dimensions)
- MARQUES DES ECROUS
- f—»s -s Ort 90 — "N NUMERO DE L’ECROU
- M T MARQUE DU FOURNISSEUR
- lvl * •
- 1 ÉCROU ESJ DÉSIGNÉ PAR UN NUMÉRO FORMÉ OU DIAMÈTRE NOMINAL D DE SA PARTIE FILETÉE SUIVI OE LÏNOICATIQN DE SA HAUTEURTOTALE H REPRÉSENTÉE PAR LES 2 DERNIERS CHIFFRES DU NOMBRE
- FILETAGE
- EPURE DU FILET
- FER A ECROUS”
- POUR ÉCROUS FORCÉS A IA MACHINE
- ACIER: A
- TOUR ÉeRGUS FORGÉS A LA MAIN OU DÉCOLLETÉS DANS LA SARRE
- ECROUS ORDINAIRES HEXAGONAUX
- PR0FMKUR BU FILET }|K:0.mP DIAM.A F9NP DE FILET QiIKojosF PAS P MMNAL D — R a H
- 2 § |g ECROUS BAS
- 0.704 6.11 1 6 9, 6 ,4 .12. ,5„
- 0.88 8,14, .1.25. 8 11, ,8, .5, .15, ,7„,
- 1.056 10.16 .1.5 10 .13, ,10, 7, ,18 9,,
- 1.232 12.19, 1.25 12 ,15, 12 8 21, ,11,
- 1.408 14.22 „2,„ 14 .1.7, .14. n 9, ,7, 23 13,
- 1.408 16.22. .2., 16 19, .16. 13 11. 8, 26 ,15
- 1,76 14.27 ,2.5, 18 .21, ,18., .14 .12, 9 .29, 17
- .1.76 20,27.. 2.5 20 23, .20 .16 ,13, .10 32 .19,
- 1,76 22,27. .2.5, 22 25. .22 18, 15, 11 .35 21,
- 2.112 24.32. ,3,, 24 27 24 19 16 12 38 23'
- 2,112 27.32 3 27 .31. .27 22 18 14 42 26
- 2.464 30.38 .3.5, 30 34 30 2* 22 20 .17, .15, 46. 29,
- 2.464 33.38 5.5 33 38 33 26 24 22 19 16 50 32
- 2.816 36.43 4 36 41 36 29 25 24 21 18 54 35
- 2,816 39,43 4 39 45 39 31 28 25 22 20 58 38
- 3.168 42.49, .4.5 42 48 42 3.4 .31. 27 24 21 63, 41.,
- 3,168 45,49. .4.5, 45 52. ,45 .36 33 29 26 22 .67 44
- 3.52 48.54 5 4ë 55 48 38. 3S 31 27. 2.4. 71 47
- 3,52 52.54, ,S„ 52 60 52 62 38 .34 30 26 .77 51
- 3,872* 56,60 S-S. 56 64 56. 45 41 36 32. 28 82 .55,
- 3.872 6.0, fia. 5.5, 60 69 60 48 44 39 34 30 88 ,59,
- 4224. 64,65 6 64 74, 64 51 47 42 37 32 94, 63,
- 4.224 68.65 ,6., 68 78 ,68 54 49 Àk. 39 34 .100 67.
- 4.576 72.70, 6.5 72 83 .72 S& .53. 47 41, 36 105 ,71.,
- 4.576 76,70 6,5 76 87, 7.6 61 56 50 .44. .38 110 75.
- 4.924 80.76 7: 80 92 .80 64 58 52. 46 40 116 ,79.
- à
- 12
- .15
- ia
- .21
- .23
- 26.
- 29
- 32.
- 35
- 38
- 42
- 46
- 50
- 54
- 58
- 63
- 67
- 71
- 77
- 82
- 88
- 94
- 100
- 105
- HO
- .1.16.
- ACIER: A
- FER'A ÉCROUS”
- MUR ÉCROUS FORCÉS A LA MACHINE
- ACIER: A
- rw» ÉCROUS FORf'5 A Ut MAIN OU BCCOUETES DANS U BARRE
- F«f g nttps&h
- ai EM C.RLlftftEfi
- PiVMS flftttTSMER CAUBRÉ&
- ACIER: A
- DS CARRES ECROUS RONC )S ECRG USaI IMBASE ECRQ USA CREN EAUX ECR OUSaHA UTSCRE ^EA ux EC ROUS B[ ÎRG sJES ECR DUS >aG REIL S ï m I en
- H a e f H a b c H a e r H a b f è g r H a b C e f r H a b c e r r
- . — — — —i .n
- 7 14 ? 2 8 12 2 . 3 JO., 12 5 ,5,. ,2. , ,7,, ,i„ .1.1, 1.2, ,6., 7-, ,2 ,5„, 6 ,15, ,14, 9 .12, ,3 27 4.5,
- 9 18 2 2 10 15,, 2 ,14... ,15, 7 ,.7„ 2 9, .i. ,15, .15, ,8... 10., 2 7 ,20, 18, 11 16 4 . .36 . ,6,..
- 11 21 $ J 8 18 25, , 3 12 . ,18., ,3., ,4.5, .UL, 18 ,9 , ,3 , 11 .18, 18 ,10, ,12,. .2.S. ,8 .10, .25, 21, ,13.. .19, ...5,, 45., .7,5..
- 1.3 24 3 3 10 21 29 J 14 21 3 4,5 •20., 21 9 11 ,3.. ,4,. 13, ,i„ 22. 21 12, .1.5, .2.5. 10, .72, ,3o. 24 ,15, 22 ,5, , ,54, 9.,
- 15 27 4 4 12 23 32 .4 16 23,, 4 , 6, , .24, 23 .11, ,13., .15, ,i. 2.6. ,23. .14, 16 .12, 14 ,3S, 27 17 24 ,6„ 63 10.5
- 17 30 4 4 14 -, .26 36 4... 18, 26 ,4,„ „6 27 .26 ,13, 14 4 .17, ,2 , 29 26 .16, ..19, 3, 13, .16 .40. .30 .19, 27 12 .12,
- 19, 33 5 5., 16 29 40. . . .5 ... .20 . 29 ,5 ,7.5, ,30, 29, ,14 16 ,5,. 1.9, ,2-... 32 29. 18 21 35, 14 18, 45 33 21 3q £ ,81 13.5
- 21 36 s 5 18 32 ,45., 22, ,32 „s 7,5, ,34, .32, .16 .18, ,5,, 21, .2, .36.. 32. ,2a. 24 3-5 .16, .20, .50, 36 23 ,33. 8 90, .15.,
- ,23, 4Q, „5„ 5 .20 .35,, ,49,, ,5 ,24, 35 . 5. 7.5 37 .35 38, .19 ,5„ 23. ..2_ _40 .39, 22 26 4 18 .22, .55 40 25 36 .8 99 163
- 25, 44 6 6 22 38 53 6 26 38 6 9 41 38 19 22 6 25 2 44 33 24 29 4 20 24 6o 44 27 40 8 108 18
- 28 M fi.... 6 24 42 ,59, 6 29 42 fi 9 46 . 42, 22 24 6 28 ,3., 49, 42. 27 32 45 22 27 68 48 31 43 8 121: .20...
- 31 53 7 7 27 46 64 7 32 46 7 10,5 51 46 24 27 7 31 3 54. 46 3o 36 4,5 .24 3o 75 53 34 48 10 135 22.5
- 34 57 7 7 3o 50 ,70 7 35 50 7 10,5 56 50 26 3o 7 34 3 59 50, 33 39 5 26 33 82 57 38 51 10 148 24.5
- ,37, 62 8 8 32. 54 75 8 38 54 8 12 61 54 29 32 3 38 3 64 .54, 36 43 5 28 36 9a 62 41 56 10 162 27.5
- 40 67 8 8 9 35 58 81 8 41 58 a,, 12 .66., .58 31 ,35, 3 4.1, 3 69 53. 39 46 5.5 39
- 43 7? 3 38 63 JIA Q 44 63 4 13.5 70 63 33 32 . .9 44. ,4,. 73 63 42 .51, .5,5. 31 42,
- /,fi 77 9 9 40 67 94 9 47 67 9 13.5 75 67 36 39 9 47 4 .77, 67 45 54 6, 32 .45,.
- 49 82 10 10 43 7J 99 10 50 * 71 10 ,15 79 71 38 41 10 50, .4 .... 81 71. 48 53 6 33 4ê
- 53 88 10 10 47 77 10A 1 o 54 77 10 15 33 77 42 41 10 54 .4, 85 7.7. 52 63 6.5 33 52 *
- C7 94- 11 n 82 58 82 11 16.5 87 87 45 42. 11 58 4 89 32 56 £3 6.5 33 .56
- 61 101 11 54 88 123 11 62 88 11 16.5 .9k. 88 48 42 .11, 62 .5 , 22 83 59 73 .7. 33 ôQ
- £tS 108 M 12 SS 54 1? 56 94 1? 18 93 51 42 12 66 S 94 94 61, 79, 7 33 .64.
- .69, 115 ,12, 12, ,61,, m .140, .12, 70 .100 ,12 ,18., .95, .100. ,53, 42 12, 70 ,5,. 9.6, 100 63 84 .7-5 33 68
- 73 121 13... ,13 65 105 ,14.7, 13 74 .105, 13 19.5, .96. .105. ,54, 42 ,13, 74, ,5., .97, 105, 64, 39. .7-5 33 .72,
- ,77 127 13 13 ,68,, 110, ,154, ,13 78 , .110, ,13 19.5, .97, no. .65, 42 .13 78 S . 98, 110 65 .93, 8., -33 ,76,J
- 81 131 14 34 72. .116, ,162, ,14,, 82 .116 ,14,, 21 .93 .116, 56 .42 .14, 82 ..fi... 99 116 66 99 .3., .33, 80
- GÊooo
- BRONZE : C
- jCUIURE I ETAIN ZINC
- 90 | 8 2
- FONTE MALLEABLE
- i
- p.n.n. - vue 360/653
-
-
-
- GOUJONS NORMAUX D’ASSEMBLAGE (numérotation et dimensions)
- EPURE du FILET
- DIAH.NOMINAL PUQOUJOMîJ
- MARQUES eî EXTRÉMITÉ des GOUJONS
- A
- en A: N U ME RO du goujon . Exemples
- [1695
- V
- (goujon avec simple écrou)
- 1895 k» (goujon auec contre écrou) en B:MRRDUEou fournisseur Exemple M... (boulonnerie de........)
- L'extrémité sera terminée par une goutte oesuif et ie filetage premorm SON ENTRÉE SURUN CÔNE a 120* POUR FACILITER L'ENGAGEMENT DE L'ÉCROU
- Le filetage se terminera en mourant sur la partie lisse.
- prafoniifiip 211
- Un goujon est désigné par un numérotormé ou diamètre nominal de la partie filetéeU suivi oe lr
- LONGUEUR UTILE L POUR ASSEMBLAGE
- Exemple: Igoujon diamètre16longueurutile49sedésigne Goujon 1649
- ACIER: I
- Le diamètre de la partie lisse est égal a celui de la partie filetée GOUJONS A SIMPLE ÉCROU (numéro S1M1Ü
- Sauf iaoication spéciale les goujons sont toujours fournis «unis o un ECROU OROlBAlREm hauteur ésale a» «iahêtae
- nominal!) BU GOUJON.
- Sur demande expresse ils peument être fournis munis d'un écrou b’un autre genre ( voir nomcnclaturc des écrous)
- Dans ce cas la oésibnation du goujon est complétée tar celle de l écrou Exemple : Goujon 1649 auec écrou a créneaux 1618
- GOUJONS A CONTRE ÉCROU (numéro BIS)
- Les goujons rcontre écrou sont toujours fournis munis o un ECROU ORDINAIRE de hauteur égale ru diamètre NOMINAL 1) DU GOUJON ET O UN CONTRE ECROU OE hauteur égale aux % de h DIAMÉTÀE
- Leurs longueurs utilesL sont les mêmes pue celles des goujons a simple écrou la partie filetéeFest allongée de
- LA HAUTEUR DU CONTRE ÉCROU
- UN GOUJON A CONTRE ÉCROU A LA MÊME DÉSIGNATION PUE LE 60UJ0N A SIMPLE ÉCROU DE MEMES DIMENSIONS SU1UI DE LlNDI-
- cation Bi§ Exemple : 6oujon 1649 B LS
- GOUPILLAGE
- Le oiamétae ses trous de goupilles est égal a 2 fois le pas
- LONGUEUR UTILE L 5 8 1 0 12 14
- CLE: 12 PAS:1 CLE: 15 PAS:!25 CLE18 PAS'1.5 CLE:21 PAS :1.75 CLE:23 PAS: 2
- PARTIE VISSEE 9 01 AM. A FOMO •C FIWT 4.592 partievissée£ 12 •tan. a fono Ot FILtT fc.24 paaticvisse'e.E 15 fil AM. A FOMO OE FiLCT 7.Ô55 PARTIE vi»sée:E 18 DIAM.A FOND 06 FILtT 9.556 PARTIE UISSÉE:E 21 OIAF 86 11 . A FONO FILtT .1*4
- RUAlftOS ACA GOUJON* m 3IJ £c ||f- SEXRME Mme*** OC* GOUJONS Cm 1= lin î* SERRAGE llUHtftOA DEA GOUJONS lîFr 2? SERRA6E NUMEROS DCA GOUJONS I5*- S£ fs ir SERRAGE NUMEROS DCA GftUJONS K*. 3“ 3 tu c If SERRAGE
- 10 610 10 19 .1.6.4.*.
- 14- 644 ô 14
- 19 619 12 .4* a) 28 .8.-13 a 19 v». .31 6-11 1019 17 34 .4.4.9... 1219 19r .37.. .2.3.7...
- 25 625. 13 .34. .13.-19 8 25 15 37 11-17 10.25 18 40 9-15 1225 20 43 7-13 I4.25. 22. 46. .5.111..
- 32 632 1.4 41. 19-26 8 32 16 44. 17-24. 10.32 1.9 47 15-22. 12 32 21. .50 13-20 1432 23 53 11-18
- 40 .6.40. 15 49 26-34 840 17 52 24-32 1040 20 55 22-30 1240 22. 58 20-28 1.440. 24 61 18-26.
- 49 6 49 16 58 34- 43. 849 18 61 32-41 1049 21 64 30-39 1249 23 67 28-37 1449 25 70 26.-35
- 59 8 59 19 .71 41-51 1059 22 74 39-49 1259 24. 77 37-47 14 59 26 &Q. 35-45.
- 70 870 20 82 51-62. 1070 23 85 49-60 12 70 25 88 47-58 14 70 27 91 45-56
- 82 882 21 94 62-74 1082 24 97 60-72 1282 26 100 58-7.0 14 82 .28 103 56-68
- 95 1095 25 110 72-85 1295 27. 113 70-83 1495 29 116 68-81.
- 109 10109 26 124 85-99 12109 28 127 83-9.7 14109 30 130 81-95
- 124 12124 29.. 142 97-112 14124 31 145 95-110
- 140 12140 30 158 112-128 14140 32 161 110-126
- 157. 14157 33 178 126-143
- 175
- 194
- 214
- 235
- 257
- 280
- 304
- 329
- 355
- DIAMETRES NOMINAUX DES GOUJONS
- 16
- CLE :26
- PARTIE UISSeY.E 24
- NUMEROS
- OU
- GOUJONS
- 16 25 16 52 1640. 1649 16 59 1670 16 82 1695 16109 16124 16140 16157 16175
- PAS: 2
- OIAH.A FOND UE FILET
- 13.164
- !«£_ SERRAGE
- 3a9
- 9 -16
- 16.-24.
- 24-35
- 35-43
- 43-r.54.
- 54-66
- 66—79
- 79-93
- 93-108
- 108-12418140
- 124-141
- 141—159
- 18
- CLE : 29
- PARTIE UISSÉeE 27
- NUMEROS
- OE»
- GOUJONS
- 1832 18 40 1849 1859 1870 1882 18 95 18109 18124
- 18157
- 18175
- 18194
- ffF-
- PAS2.5
- UIAM.N FOND UE EILET
- 14.48
- .7.à 14 14-22 22-31
- 51- 41 41-52
- 52- 64 64-7.7
- 136 77- 91
- 91-106
- 106-122
- .184122-139 20157
- 139-157 20175
- 157-176.
- 20
- CLE:32
- MRTIEVISSÉEiE
- 30
- NUMERO»
- DE»
- GOUJONS
- 2052 2040 2049 2059 2070 20 82 20 95 20199 20124 20140
- 20194 129 214
- PAS-2.5
- niHn.H Fono
- UE FILET 16.46
- 62
- 70
- 79
- 89
- 100
- 112
- 125
- 139
- 154
- 170,
- U87
- 5 .a.12..
- 12-20.
- 20-29 29-39 39-50 50-62 62-75.
- 75-89 89-104 I04-12Q 120.-137 205137-155 224155-174
- 43 J244D74-194122214 22236
- 22
- CLE:35
- wrtIe vissée'. E 33
- NUMEROS
- DU
- GOUJONS
- ir
- 22 40 2249 22 59 2270 22 82 2295 22109 22124 22140 22151 22175 22194
- PA5:2.5
- |SH
- 44.190
- m
- loaia 18.-r.27 27 —.37. 37-48 48-60 60-73 7.3-87 87-102
- 174 102-118
- n8-lV5
- 135-153
- 153—172.
- 247 172-192
- 24
- CLE:38
- PARTIE UISSÉE:E
- 36
- PAS: 3
- oinn.nroND DE FILET
- 19.776
- PARTIE VISSEE E 40
- NUMEROS
- DU
- GOUJONS
- 2440 24 49 24 59 2470 2482 24 95 24109 24124 24140 24157 24175 24194 2421.4
- 192rr213 24235 49
- 24257
- g ffr S?
- NUMEROS
- DK»
- GOUJONS
- fi.à.16 16-25 25-35 35-46 46-58 58-71 71-85 85-10Q. 10Q -116 193 116-133 211 133-151 151-170 170-190
- 271 190-211
- 50.293.211-235
- 27
- CIE:42
- |5k
- 3“
- 27 49
- 27 59
- 27 70
- 27 82
- 27 95
- 27.109
- I27.124J
- 27140
- 27157
- 27175
- 27194
- 27214
- 27235
- 27257
- 27 280 55 320
- PAS: 3
- DIAM-AFOHO OE FILET
- 22.776
- 254
- 54 297
- 11 à.22 22-32 32.-43 43-55 55.-68 68-82
- 1.64 82- 97
- 97-113
- 113-130
- 130-148
- 234148-167 30194
- 167-187
- 50214
- 275 187-208 50285
- 208-230
- 230-2S3
- 30
- CLE 46
- PARTIE VISSÉE :E 45
- NUMEROS
- SU
- GOUJONS
- 3049 30.59 3070 3082 30 95 30109 30124 30)40 30157 30175
- 30257 57
- 30280
- 30304
- PAS: 3.5
- PIAM. A FONO OE FILET
- 25.072
- PARTIE UISSÉE'.E
- 50
- 50. 169.
- 185
- 220
- 259
- 349
- 10.3.19
- J9.-.29.
- 29-40
- 40-52
- 52-65
- 65-79
- 79-94
- 94-110
- 202110-127
- 127-145
- 239 145-164
- 164-184.
- 280184-205 33235. 302 205^227133 257
- 325 227-250
- 250-274
- 33
- CLE:50
- NUMEROS
- DES
- GOUJONS
- 3359 3370 3382 33 95 33109 I33124 33140 33157 33175 33194 33 214
- 33280 33 304 33329
- PAS '35
- DIAM.A FONO DE FILET 26.072
- 3S-
- 10.9
- 120
- 132
- 145
- 159
- 174
- 190
- 207
- 225
- 24.4b
- 264
- 285
- 307
- 330
- 354
- 37
- NUMEROS
- DES
- GOUJONS
- 16 à 26 26-37 37-49 49-62 62-76 76.it.91. 91-107 W7-1Z4 ,1124-142 142-161 161-1.81 -2o2 !-224 224.-247 247-271
- m-2%
- 1181
- r.202
- 92
- 36
- CLE'54
- PAS: 4
- .........•. e MAM.AFONO
- PARTIEVIA&ft.C | iw fILCT
- 36 59 3670 3682 3695 36109 36124 36140 36157 36175 36194 36214 36235 36.257. 36280 36304 36329 36355
- Si
- §&.
- 113
- 124
- 156
- .149
- 163
- 178
- 194
- 211
- 229
- 24&1L
- 2681
- 289
- 311
- 55.334
- 3S8
- 383
- 409.
- 13À23 23 - .34. 34-46 46-59. 59-73 73-88. 88-104 104-121 .121-139 39.-15&
- 58-178
- 178-199
- 199t-221
- 221-244
- 244-268
- 268-293
- É93-315J
- LORSQUE LE NUMÉROSERAPRÉCÉDÉ DE LA LETTRE C LE GOUJON SERA FOURNI AVEC CORPS CARRÉoE COTÉ ÉGAL AU DIAMÈTRE NOMINAL __ EXEMPLE *- GOUJON C-1649 | 1^><C^1
- Tout goujon oc LONGUEUR intfrmépiaire fxt oésicné auec sa longueur prrticuurire soulignée (Exemple : GOUJON H.1890) n fourni aux dimensions du GOUJOM NORMAL iPV3»lATjM£ttf supérieur h,', tMJ
- RACCOURCI A LA LONGUEUR IMPOSEE ( LR PARTIE LISSE RESTANT LU MÊME)___________________________!---------------------------------------------------------------r-------------------------
- G60O1
- p.n.n. - vue 361/653
-
-
-
- SI
- VIS NORMALES D'ASSEMBLAGE (numérotation)
- ACI ER : I
- (voir nota ci-oe&sous)
- SERIE H
- TÊTE HEXAGONALE
- I
- SERIER
- TETE RONDE
- m
- SERIE 6
- SERIE S
- TÊTE GOUTTEœSUIF TÊTE SPHÉRIQUE
- serieF
- TÈTE FRAISÉE
- SERIE F6
- TÊTE FRAISÉE GOUTTEkSUIF
- ft
- La longueur Lues vis a tête fraisée comprend
- LA PARTIE FRAISÉE BELA TÊTE
- Une vis est dési6NÊ par la LETTRE caractérisant sa série et par son NUMÉRO
- (a NUMÉRO EST FORMÉ OU OIAMÉTRF NOM!NUL OE IR PARTIS FILETÉeD SUIVIEDFLRLON6UEUR SOUS TÊTE L)
- Exemples :
- mis tête Hexagonale diamètre 10 longueur soustéte 25 se désigne : Vis H10 25
- 1VIS TÊTE SphÉRIPUE.
- -D‘_
- .D*_
- .Vis S10 25
- Le diamètre oe la partie lisse est égal a celui oe la partie filetée
- Sauf indication spéciale les vis sont toujours fournies en AC1ËR:I sur demanoe EXPRESSE ELLES PEUVENT ÊTRE FOURNIES EN LA1T0N.E EN BRONZE-C OU EN CUIVRE Dans ce cas la désignation de la vis est complétée par la nature ou métal : ExeRple •• Vis S10 25laiton
- DIAMETRES NOMINAUX DES VIS
- LONGUEUR SOUS TÊTE % 6 % * ô % 10 12 % 14 16 *** H iô «s> % 20 V» %r 22 % 2 4 % 27 t** % 30 S 33 % 36 «*’•
- NUMEROS |T NUMEROS s- s » NUMtRO» 1 r ' I.M NUMEROS £ » NUMEROS Sa NUMEROS g-S NUMEROS i.Sî
- L on VIS 5 c SERRAGE «Z» VIS SERRAGE on -vis ii^ SERRAGE V($ SERRAGE DE» VIS SERRAGE OtS VIS j|K SERRAGE VIS SERRAGE MS VIS \b SERRAGE IU VIS |Fs SERRAGE K» VIS I S G SERRAGE DES VIS S c SERRAGE OC» VIS 1 SERRAGE 1» VIS SERRAGE oea VIS 1 iw SERRAGE
- 10 610 .10. .1*4 aïo ..10.... 1*2
- 14 614 n 4-8 814 .13... 2-6 1014.. .14... ..1. à 4 . 12 14 .14... là.2...
- 19 619 12 8 -1$. . 8 19 14 6-11 1019 17.. 4-9 1219 19.... 2-7 1419 19 1 à 5 16 19 19 3
- 25 6 25 .15... .15-19 8 25. 15 11-17 10 25 18 9-15 12 25 2Q .7-13 14 25 22 5-11 16 25 25 3-9... 1825 25 .1 à.7. 20 25 .25.. . lis
- 32 j .6 32 19-26 8 32 16 17-24 10 52 19 15-22 12 32 21 13-20 14 32 23 11-18 16 32 26 9-16 1832 28 7-14 2032 5-12 22 32 32 3 À 10 24 82 32 3 48
- ..401 840 17 24- 32 1040 20 22-Jo 12 40 n 20-28 14 40 24 1*-26 16 40 27 16-24 18 40 29 14 r 22 20 40 31... .12 - 20 2240 it 10-18 2440 36 8-16 2740 4o 5 à 13 3040 40 ..5.S. .1.0..
- 49 1049 21_ .30-39 12 49 .23. 28-37. 1449 25 26-35 1649 28 24.-33 1849 3o... 22-31 2049 .32 20-29 2249 35 18-27 24 49 37 16-25 27 49 41... 13-22 3049... 44. 10-19... 33.49 48 .7.cL.16.. 3649 49.. ...7..â.l3..
- 59 — 1259 24 37-47 1459 26 35-45 1659 29 33-43 18 59 31 31-41 2059 33 29-39 2259 34 27-37 24 59 38 25-35 2759 42 22-32 3059 45 19- 29 3359 49 16-26 36 59 52 13 - 23
- 70 , 1470 27 45-56 1670 âü 43-54 1870 32 41-52 2070 34 39-50 2270 37 37-48 24 70 39 35-46 2770 43 32-43 3070 46 29-40 3370 50 26-57 3670 53 23-54
- 82 1682 31 54-66 1882 .33. .52-64 20 82 35 . 50-62 2282 38 48-60 2482 40. 46-58 2782 44 43- 55 3082 47 40-52 3382 51 57-49 3682 54 34-46
- 95 1895 34 64-77 20 95 36 62-75 22 95 39 60-73 2495 .41.. 58-7.1 2795 45 55-68 30 95 48 52.-65. 3395 .52... 49-62 3695 .55.. 4.6-.59..
- 109 20109 . 37 . 75-89. 2LM 40 73-87 24109 42. 71.-85. 27109 46 68-82 30109 49. .65-79 33109 .55.. 62-76 36109 56 59.-75..
- 124 24124 43 85-100 27124 .47 82-97 30124 50 79-9* 33124 .54 . 76-91 36124 .57. .75 - 88 .
- 140 2714Q .48 97-113 30140 51 94-110 33140 55 91-107 36140 58 88-104
- 157 30157 52 no-127 33157 56 107-124 36157 59 104 -121
- 175 33175 57 . 124-142 36175 121-139
- 194 ‘ 36194 159-158
- Les vis a têtes circulaires avec fente pour tournevis ne S'exécutent que jusqu'au diamètre oe 18* inclus
- Toute vis de ION6UEUR INTERMEDIAIRE est désigné avec sa longueur particulirire soulignée (Exemple
- VIS H1890) ET fournie aux dimensions oe la UIS NORMALE immédiatement supérieure raccourcie a la longueur imposée (la partie usse restant la même)
- p.n.n. - vue 362/653
-
-
-
- ACIER :I
- VIS NORMALES D’ASSEMBLAGE (DIMENSIONS DES TÊTES ET FILETAGE)
- LAITON: E BRONZE.C CUIVRE
- SUR DEMANDE EXPRESSE
- sérieF.G
- SERIE-F
- SÉRIE: S
- SÉRIE: R
- MARQUES oesVIS
- ft icttocc j C I H.tete Hexagonale
- EN A : LETTRES OE LA SÉRIE CXEMPLES:<e - c '
- I O.TETE SPHERIQUE
- en B: NUMÉRO de la vis
- en C: MARQUE du fournisseur.Exemple : M (boulonnera de
- TÊTE FRAISÉE
- TÊTE SPHÉRIQUE
- TÊTE RONDE
- TÊTE HEXAGONALE
- FILETAGE - TOLÉRANCES DE RÉCEPTION
- TÊTE FRAISEE
- TÊTE GOUTTEdeSUIF
- GOUTTE oc SUIF
- EPURE OU FILET
- 0.704
- 0,88
- 1.056 .7.888
- .14.48....
- EXTREMITE DES VIS
- 1.76
- IeXTRÉMITÉ SERA TERMINÉE PAR UNE OOUTTE CE SUIF El LE FILETAtE PRENBRA S«H ENTRÉE SUA UN CÔNE A 120‘POUR EH FACILITER LENSASEPIENT DANS LA.PIÊCE U FILETASE SE TERMINERA EN MOURANT SUR LA PARTIE
- 2.11.2
- 2.112
- 22.776
- 25.Q72.
- TOLÉRANCES SUR U DIAMÈTRE IE LA PARTIE LISSE
- en plus 0^5 turmiu O225
- p.n.n. - vue 363/653
-
-
-
- ORGANISATION d’üN SERVICE CENTRAL DE DOCUMENTATION INDUSTRIELLE. 357
- sociétés de France, pouvant avoir des intérêts communs avec la Société d’Encourage-ment et aussi les questions concernant les systèmes généraux d’unification, questions qui ont amené l’intervention des représentants de notre Société dans les congrès spéciaux tenus au cours des Expositions de Bruxelles et de Gand en 1910 et 1913. Mais les questions soulevées dans la dernière conclusion et relatives à la bibliographie sont restées sans solution et il convient de chercher à en reprendre l’examen.
- Cela paraît heureusement possible. L’une des principales objections qui avaient été formulées contre les mesures proposées, dans les notes ci-dessusmentionnées, provenait, en effet, du manque de place disponible dans notre hôtel, pour l’organisation des services projetés.
- Cette objection aurait pu disparaître en donnant suite aux projets indiqués par le rapport de 1904 sur l’état actuel des services de la Bibliothèque.
- Mais, depuis cette époque, l’acquisition de la maison voisine de notre hôtel, dont les locaux pourront, après transformation, être mis en communication avec les salles de notre Bibliothèque et permettront ainsi d’en développer les services, a créé une situation nouvelle, dont il aurait pu être déjà tiré parti sans la guerre.
- Il est donc devenu opportun de reprendre l’étude de cette question qu’il sera, sans doute, possible de résoudre définitivement, aussitôt que notre Société pourra reprendre sa marche normale et que notre agent général, aujourd’hui mobilisé, sera de retour.
- Il convient d’ailleurs de tenir compte de ce que, par suite du mouvement provoqué par la propagande de l’Institut international de Bibliographie et par les publications qui ont eu lieu, à l’occasion des Congrès de Bruxelles et de Gand, des mesures ont été prises, par plusieurs institutions ou sociétés, en France même, pour rattacher, au fonctionnement de leurs bibliothèques, des services d’informations et de documentations bibliographiques, avec lesquels il paraît possible d’établir des relations.
- Ces relations pourraient se borner, pour le début, à centraliser, dans un répertoire commun, les renseignements concernant les documents existant dans les différentes bibliothèques scientifiques ou dans les différents centres d’information, dont les industriels et les travailleurs peuvent disposer à Paris.
- On réaliserait ainsi déjà une partie du programme qu’indiquait la note qui a été publiée en 1899, lors delà création du Bureau bibliographique de Paris, sous le tilre : « Constitution à Paris d’un bureau bibliographique, destiné à assurer la publication de différentes branches du répertoire bibliographique universel » et l’on pourrait avoir, à cet effet, non seulement le concours des institutions dont l’énumération était donnée dans cette note, comme susceptibles de concourir à la rédaction du répertoire, mais encore celui des offices ou bureaux d’informations qui, sous différents titres ou différentes formes, se sont créés ou développés depuis cette époque.
- On formerait ainsi une sorte de fédération des offices d’information et il est permis de penser que cette fédération ne devrait pas seulement comprendre des offices ou bureaux rattachés à des institutions d’État ou à des sociétés savantes, à but désintéressé, mais aussi des entreprises, d’organisation analogue, mais de caractère commercial, comme l’office spécial qui vient d’être créé par la nouvelle Revue générale d'Electricité.
- Déjà, depuis longtemps, les analyses des principaux articles parus dans les Tome 127. — 1er semestre. — Mars-Avril 1917. 24
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- publications périodiques, de caractère scientifique, qui sont publiées, depuis près de seize ans, dans le journal Le Mois scientifique et industriel, ont pu être utilisées, au profit même de l’Institut qui édite ce journal, pour la constitution dii répertoire du Bureau bibliographique, comme il a été fait aussi, pendant longtemps, pour celles que publiait M. Gustave Richard dans le Bulletin de notre Société; il pourra, sans doute, être fait de même pour les notices ou les analyses recueillies par l’Association de Documentation bibliographique3 plus récemment fondée par M. Jules Garçon, et le répertoire, tenu à jour, par les soins et au siège de notre Société, pourra ainsi établir un lien profitable entre toutes ces associations, dont il contribuera à faire connaître les moyens d’action.
- L’Office central de Documentation ainsi constitué pourra aussi utiliser les travaux faits déjà, à l’instigation du Bureau bibliographique de Paris, pour établir un répertoire des brevets pris en France, basé sur l’emploi de la classification décimale universelle, répertoire qu’il a proposé d’étendre aux brevets intéressant la défense nationale et mis en commun par les pays alliés.
- Enfin, parmi les documents, sur l’existence desquels il renseignerait, pourraient avantageusement se trouver aussi ceux que s’occupe de réunir aujourd’hui le Musée de la grande Guerre, fondé à Paris par M. et Mme Henri Leblanc et installé provisoirement 6, avenue Malakoff.
- On voit que les circonstances actuelles donnent un caractère particulier d’urgence à l’étude de la création dont il s'agit, car cette création peut contribuer grandement à fournir à notre industrie les moyens d’action qui peuvent lui être utiles pour lutter contre celle de nos ennemis.
- Les renseignements à recueillir, sur ce que font ces derniers, ou ont fait, ainsi que sur les progrès réalisés ou réalisables dans les différentes branches d’industries, dans lesquelles leur concurrence peut s’exercer, sont parmi les principaux éléments à réunir pour rendre efficace la lutte sur le terrain économique.
- Par suite, la Société d’Encouragement, pour l’accomplissement du programme même qu’elle s’est fixé, devrait entreprendre, sans retard, l’étude des solutions à envisager et qui devront être réalisées aussitôt que les circonstances le permettront.
- Au premier rang de ces mesures, se trouve certainement celle de la création de l’Office central de Documentation dont parle cette note et, pour ce motif, je pense qu’il y aurait lieu d’en poursuivre l’étude en donnant asile, dans notre Bulletin, à la publication des documents qui pourront être réunis à ce sujet, en vue de faire appel au concours de tous ceux qui peuvent s’intéresser à cette création.
- Cet appel rencontrerait certainement un accueil empressé, à en juger par le succès des tentatives faites, de différents côtés, dans le même ordre d’idées, et le résultat pourrait en donner un nouveau lustre à notre Société.
- J’ajoute, pour terminer, que cette question de la création d’un Office central de la Documentation scientifique et industrielle me paraît être une de celles qui pourraient être utilement mises à l’ordre du jour du Congrès spécial qu’il est question de tenirpro-chainement, à Paris, et qui doit être organisé avec le concours de notre Société et la Société des Ingénieurs civils, car cette dernière société est évidemment intéressée également à cette création et s’est déjà plusieurs fois préoccupée de la réaliser.
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- EXTRAIT DE LA NOTE DU 13 DÉCEMBRE 190*2
- Une autre direction, dans laquelle la Société d’Encouragement pourrait rendre d’utiles services, est celle de la diffusion et de la mise à la disposition des travailleurs, des renseignements [bibliographiques concernant les progrès récemment accomplis et les découvertes effectuées dans le domaine des sciences et de leurs multiples applications. Il est connu que, dans ces dernières années, les recherches scientifiques et techniques, ainsi que les publications qui les concernent, se sont multipliées au point qu’il est devenu extrêmement difficile, aux spécialistes mêmes, de se tenir au courant des progrès qui ont été réalisés dans une direction donnée, et que les recherches sont souvent presque impossibles pour ceux qui veulent aborder un sujet qui ne leur est pas familier.
- C’est là une question qui préoccupe, à juste titre, les sociétés savantes de tous les pays, et elle a provoqué déjà, à l’étranger, des travaux considérables. La Société d’En-couragement pourrait rendre de grands services à l’industrie de notre pays en contribuant, dans la mesure de ses moyens d'action, aux efforts qui peuvent être faits pour mettre les renseignements bibliographiques les plus complets à la disposition des travailleurs. Déjà sa bibliothèque, ouverte dans des conditions de commodité qu’apprécient un certain nombre d’habitués, rend de réels services. Ces services pourraient être plus grands encore s’il était possible de disposer d’une place plus considérable pour la consultation des périodiques techniques que reçoit notre Société, et il y aurait de promptes mesures à prendre, dans ce sens, pour tirer le meilleur parti de nos richesses bibliographiques.
- Mais il est encore, dans le même ordre d’idées, d’autres services que la Société peut rendre aux travailleurs. Dans les bibliothèques bien organisées, ce ne sont pas seulement les ouvrages dont ils connaissent, par avance, les titres que les lecteurs doivent pouxToir facilement se procurer, mais aussi tous les renseignements nécessaires pour trouver facilement les ouvrages qui traitent d’un sujet donné, ou même les articles qui traitent de ce sujet, dans les publications périodiques les plus récemment parues.
- Il existe aujourd’hui, en différents pays, des répertoires sur fiches, répondant à ce programme et disposés de façon à être tenus facilement à jour : l’un d’eux, qui se trouve à Bruxelles et s’applique à l’universalité des connaissances humaines, met déjà à la disposition du public sept millions de fiches. La Société d’Encouragement pourrait utilement annexer à sa bibliothèque un extrait de ce répertoire général, en limitant cet extrait aux sujets concernant les applications des sciences à l’industrie et aux arts.
- EXTRAIT DE LA NOTE DU 2 JANVIER 1903
- En ce qui concerne les œuvres bibliographiques, le Comité, reconnaissant le grand intérêt qui s’attache à la question, insiste sur ce point que la Société devrait s’associer aux efforts qui sont faits, de différents côtés, à l’étranger, pour faciliter la diffusion des répertoires bibliographiques sur fiches, ces répertoires étant les seuls qui puissent assurer la solution cherchée, c’est-à-dire mettre à la disposition des travailleurs de toutes catégories, les sources d’informations dont ils peuvent avoir besoin, à un moment donné, en dehors de la sphère de leurs recherches habituelles.
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- Il croit devoir préciser, à ce sujet, la marche qui lui semblerait devoir être suivie pour arriver, pratiquement et le plus économiquement possible, à un prompt résultat et, tout d’abord, il pense qu’il conviendrait de séparer le service des répertoires bibliographiques du service de la bibliothèque, ces deux services étant, de fait, le plus souvent peu compatibles.
- La préparation et la tenue à jour des répertoires sur fiches exigent, en effet, des soins matériels et des travaux manuels, ainsi que des opérations de recherche et de classement auxquels les bibliothécaires s’astreignent difficilement, du moins avec l’éducation et les habitudes françaises.
- Il faut, pour la constitution de ces répertoires, colliger, dans les ouvrages spéciaux ou même en ayant recours à d’autres sources variées, les documents bibliographiques susceptibles d’être reportés sur fiches ou constituant, dans certains cas, des fiches toutes préparées; porter sur ces fiches les indices déclassement; puis opérer la mise en place et la tenue en ordre de ces fiches dans des meubles classeurs pour permettre aux travailleurs d’y trouver facilement les renseignements qu’ils cherchent.
- Ces meubles classeurs ne pourraient pas trouver place dans les salles déjà trop exiguës réservées actuellement à notre bibliothèque et il y a, là encore, un motif pour que le bibliothécaire ne puisse être chargé de la tenue de ces répertoires. C’est donc un nouveau service qu’il conviendrait d’organiser; mais on peut éviter d’avoir recours, à cet effet, à de nouveaux agents, en mettant à profit le concours du Bureau bibliographique de Paris, auquel la Société a offert déjà un asile dans une des salles du rez-de-chaussée de son hôtel et qui a précisément, comme programme, celui d’apporter le concours de son personnel, pour aider les sociétés, qui le désireraient, dans la préparation, le classement et la tenue à jour des répertoires sur fiches, concernant des branches de sciences spéciales, dont elles peuvent être amenées à doter leurs collections.
- Les agents du Bureau bibliographique, d’après l’offre qui en est faite par le président de ce bureau, se chargeraient, contre simple remboursement des dépenses matérielles qu’entraîneraient l’établissement et le classement des fiches, de tous les soins nécessaires au service des répertoires de la Société d’Encouragement, y compris les rapports avec les travailleurs qui pourraient venir consulter ces répertoires. Il n’y aurait donc à prévoir, du fait de la Société, que les dépenses d’acquisition des documents bibliographiques à réunir et les dépenses matérielles que peuvent entraîner leur conservation et leur classement.
- Ces dépenses ne peuvent être chiffrées exactement à l'avance ; elles dépendront évidemment de l’ampleur qui sera donnée aux répertoires qu’il s’agit de constituer et qui peuvent être limités à des branches de sciences plus ou moins étendues.
- On accroîtrait notamment ces dépenses si, par exemple, on voulait comprendre, dans ces répertoires, les documents relatifs aux brevets d’invention, pris dans les différents pays, ce qui serait répondre aux désirs de beaucoup de personnes; mais il paraîtrait préférable, au moins pour le début, de réserver à l’Office des Brevets du Conservatoire des Arts et Métiers, qui est en voie de réorganisation, le soin de réunir un répertoire de ce genre. On limiterait, dès lors, le répertoire que constituerait la Société d’Encouragement aux documents d’autre nature qui concernent, soit les sciences pures, soit surtout les applications des sciences à l’industrie et aux arts, c’est-à-dire aux sujets qui constituent le domaine de la Société et le champ de ses travaux.
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- Dans ces conditions, on arriverait à une première évaluation des dépenses à prévoir, en établissant la liste des sources bibliographiques qu'il serait utile de réunir et de dépouiller pour constituer le premier fonds de documents indispensables et pour tenir régulièrement le répertoire au courant des publications dont il convient qu’il conserve trace.
- Cette liste pourrait être facilement dressée en consultant les publications de l’Institut international de Bibliographie, qui a établi le plan d’après lequel sont préparés les répertoires sur fiches les plus complets et les mieux coordonnés, répertoires qui sont ceux dont le Bureau bibliographique a adopté le type.
- À cette occasion, un certain nombre de membres du Comité des Arts économiques ont fait remarquer qu’il serait utile de placer, à nouveau, sous les yeux des membres de la Société les renseignements qui concernent l’organisation de ces répertoires et la classification qui leur sert de base. Bien que ces renseignements aient été donnés déjà à la Société dans des communications qui lui ont été faites par M. Ile générai Sebert et par M. Sauvage (1), ils peuvent, en effet, être ignorés d’un assez grand nombre de membres du Conseil, par suite de la date déjà ancienne de ces communications, et il ne serait pas sans intérêt, d’autre part, de faire connaître à la Société les progrès qui ont pu être réalisés, depuis cette époque, par l’œuvre des répertoires bibliographiques. L En conséquence, le Comité a émis le vœu que le Conseil fasse imprimer au Bulletin une notice qui sera préparée par M. le général Sebert pour répondre à ce désir (2).
- EXTRAIT DE LA NOTE DU 8 AVRIL 1907
- Une seconde catégorie de questions, que la Note du 12 décembre 1902, du Comité des Arts économiques, signalait à l’attention de notre Société, était l’appui à donner aux œuvres de bibliographie scientifique et, dans sa seconde note du 12 janvier 1908, ce Comité précisait davantage la marche que notre Société pourrait suivre, pour donner satisfaction à ce désir.
- Quelques indications complémentaires à ce sujet ont été données encore dans le rapport établi, en mai 1904, par la Commission qui aA^ait été nommée pour étudier les mesures à prendre pour l’organisation de notre bibliothèque.
- En résumé, il s’agissait, d’après ces propositions, de donner plus d’extension au service de la communication des publications périodiques que reçoit notre bibliothèque, en la séparant du sendce ordinaire de notre salle de lecture et d’organiser un service spécial pour le répertoire bibliographique universel sur fiches, dont s’occupe le Bureau bibliographique de Paris.
- Il est certain, en effet, qu’axœc l’extension prise, dans tous les pays, par les publications scientifiques et en présence de la nécessité, pour soutenir la concurrence avec les étrangers, de se tenir exactement au courant de tous les progrès réalisés chez les
- (1) Voir la conférence de M. Sauvage sur la Classification bibliographique décimale dans le numéro de mai 1898 du Bulletin et l’article intitulé : Publication de Répertoires bibliographiques des Sciences pures et appliquées établis conformément à la classification décimale, paru dans le Bulletin d’août 1898 et qui a été tiré à part.
- (2) Cette notice a été publiée dans le Bulletin de juillet 1903 p. 82, sous le titre : Note sommaire sur le Répertoire bibliographique universel basé sur la classification décimale et elle a fait l’objet d’un tirage à part.
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- autres nations, l’un des plus grands services que l’on puisse rendre, aux industriels ou aux hommes de science d’un pays, est de leur fournir le moyen de se tenir au courant, au jour le jour, des progrès partout réalisés, dans chacune des branches de science ou d’industrie qui peuvent les intéresser.
- De là les efforts qui se font, en tous pays, pour constituer des bibliothèques techniques collectives, des centres de consultation des publications périodiques et des dépôts de répertoires bibliographiques faciles à consulter.
- L’Institut international de Bibliographie, fondé à Bruxelles en 1895, a été créé sous cette inspiration et, dès le début de son fonctionnement, notre Société, à l’instigation de quelques-uns des membres de notre Conseil, a bien voulu s’intéressera cette œuvre et lui fournir un certain appui, en mettant l’une des salles inoccupées de son hôtel à la disposition du Bureau bibliographique de Paris, qui se proposait de coopérer, en France, au développement de cette œuvre, pour les branches des sciences spécialement applicables à l’industrie.
- Mais, depuis cette époque, la question s’est beaucoup étendue; ce n’est pas seulement, en effet, aux simples renseignements bibliographiques, relatifs aux publications imprimées, que l’on a cherché à étendre le principe fécond d’une classification et d’une coordination susceptibles de faciliter les recherches, mais on s’est préoccupé, de divers côtés, de constituer des centres d’information ou de documentation générale, permettant de réunir facilement, en tous pays, grâce à un système de coordination internationale, tous les renseignements et les documents qui peuvent se rapporter aux sujets les plus variés, intéressant l’activité humaine.
- Cette question a notamment été traitée, sous cette forme nouvelle, dans le Congrès dit d’Expansion économique mondiale, qui a été ouvert à Mous, en 1905, par le roi des Belges en personne, et ces études ont eu pour conséquence de provoquer un mouvement pour la constitution, dans chaque pays, d’un Office central de la Documentation, relié à un Service international dont le siège serait établi à Bruxelles (1).
- En France, le nouveau ministère du Travail, se préoccupant de cette situation, a mis à l’étude le projet de création d’un Office central de la Documentation, qui centraliserait, en les coordonnant ou, tout au moins, en en fusionnant les catalogues, toutes les sources nationales d’information et de renseignements, que renferment nos établissements publics et même les archives de certaines sociétés particulières.
- Parmi les solutions qui ont été examinées et qui paraîtraient susceptibles d’aboutir à un résultat pratique, se trouve celle de la constitution d’un Office national, ayant une existence propre, à côté de nos ministères et qui, seulement appuyé et patronné par eux, serait géré par une grande société indépendante ou par un consortium de sociétés scientifiques, suivant une disposition analogue à celle qui a été réalisée avec le concours de la Chambre de Commerce de Paris, pour la création de l’Office national du Commerce extérieur.
- L’idée de s’adresser à la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, pour réaliser une combinaison de ce genre, a été naturellement émise et il est certain qu’il y a là une œuvre à accomplir qui se rattacherait, sans conteste, au programme général de
- (1) Consulter sur cette question le document suivant, qui résume les principaux faits qui s’y rattachent : L’Organisation systématique de la Documentation. Institut international de Bibliographie, Bruxelles 1907.
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- notre Société, en lui permettant de venir en aide, sous une des formes aujourd’hui les plus utiles, aux industries de notre pays.
- Si l’ensemble de cette œuvre dépasse le domaine purement industriel qu’embrasse le programme de notre Société et si, pour en assumer la charge, on trouvait nécessaire de recourir à une Union de sociétés scientifiques, il y aurait néanmoins déjà, pour notre Société, une part d’action qu’elle pourrait assumer immédiatement, en se chargeant, au moins, de l’organisation des sections de l’œuvre qui sont de réalisation plus facile et se rattachent, plus directement, au service d’information bibliographique concernant les sciences appliquée à l’industrie.
- C’est ce but limité que la note du Comité des Arts économiques, en date du 12 janvier 1903, et le rapport de la Commission de la Bibliothèque, en date du mois de mai 1904, avaient déjà indiqué, en proposant à notre Société de développer, dans la mesure voulue, le service du Répertoire bibliographique universel que les efforts isolés des adhérents du Bureau bibliographique de Paris, ne peuvent qu’imparfaitement soutenir et faire prospérer.
- Ce qui vient d’être exposé, sur les faits qui se sont produits, tant à l’étranger qu’en France, depuis l’époque de ces propositions, me paraît montrer que notre Société aurait de sérieuses raisons de prendre en considération les propositions dont il s’agit et de se préoccuper des mesures qui pourraient être prises, pour assurer aussi le développement des services de notre bibliothèque, en se mettant, pour ce qui concerne particulièrement les bibliothèques industrielles, à la tête d’un mouvement comme celui qui se produit, notamment en Belgique et en Suisse, en faveur de l’organisation de bibliothèques collectives ou tout, au moins de catalogues collectifs des bibliothèques scientifiques spéciales.
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- NOTE SUR LE LABORATOIRE CENTRAL D’ÉLECTRICITÉ
- de la Société internationale des Électriciens
- P A R
- . Paul Janet, Directeur du Laboratoire.
- 1. Origine. — L’origine du Laboratoire central d’Électricité remonte à l’Exposition internationale d’Électricité organisée par le ministre des Postes et des Télégraphes en 1881.
- Une association de garantie s’était formée à cette époque pour prémunir l’État contre un insuccès possible de cette Exposition, et contre les pertes pécuniaires qui pourraient en résulter.
- Cette association s’était engagée, d’autre part, en cas de bénéfices, à abandonner ces bénéfices à l’État, dans le but de créer une œuvre d’utilité publique.
- L’Exposition se ferma en laissant un bénéfice net de 331 405 francs. •
- Sur le rapport du ministre des Postes et des Télégraphes, et en conformité de vues avec l’association de garantie, le Gouvernement décida d’appliquer cette somme à la fondation d’un Laboratoire central d’Électricité destiné à étudier toutes les questions scientifiques et industrielles se rapportant à l’électricité.
- Cette fondation fut décidée par un décret du 24 février 1882.
- 2. Réalisation. — L’État étant ainsi entré en possession d’une somme importante, en resta dépositaire, sans l’utiliser, de 1882 à 1886. Ce fut alors que la Société internationale des Électriciens, qui s’était fondée en 1883 et qui avait été reconnue d’utilité publique par décret du 7 décembre 1886, offrit à l’État de lui prêter son concours pour installer et faire fonctionner le nouveau laboratoire dont la réalisation devenait de jour en jour plus urgente. L’État accepta.
- La Société se mit immédiatement à l’œuvre, et, grâce à ses efforts, le nouveau Laboratoire fut inauguré le 10 février 1888.
- 3. Relations entre VEtat et la Société internationale des Electriciens de 1888 à 1892. — Le régime qui fut suivi pour ces relations doit être considéré comme transitoire et n’a plus qu’un intérêt historique.
- (1) 12 et 14, rue de Staël, Paris (13e arr.).
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- NOTE SUR LE LABORATOIRE CENTRAL d’ÉLECTRICITÈ.
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- Les décrets du 15 juillet et du 17 août 1886 réglèrent la forme sous laquelle les premières dépenses devaient être engagées ; le premier autorisait le ministre à prélever une somme de 30 000 francs sur le capital disponible; le second autorisait la Caisse des Dépôts et Consignations à faire l’acquisition d’un titre de rente de 10 933 francs avec les 301 405 francs restants, les arrérages de cette rente devant être mis à la disposition du ministre pour l’entretien du Laboratoire.
- De son côté, la Société se chargeait de l’organisation matérielle et technique du Laboratoire.
- 4. Convention définitive entre l’État et la Société internationale des électriciens. — Le besoin d’un régime mieux défini, permettant d’engager des opérations à long terme, se faisait sentir de part et d’autre. C'est pour répondre à ce besoin qu’une convention très étudiée entre le directeur général des Postes et des Télégraphes, agissant au nom de l’État, et le président de la Société des Électriciens, agissant au nom de cette Société reconnue d’utilité publique par décret du 7 décembre 1886, fut signée le 18 novembre 1891 et approuvée par le ministre du Commerce et de l’Industrie, le 15 mars 1892.
- Le premier article de cette convention est le suivant :
- L'État accepte l'offre faite par la Société internationale des Électriciens, d'organiser et d'entretenir le Laboratoire central d'Électricité qui a été institué à Paris, sous la haute direction du Ministre chargé du service des Postes et des Télégraphes, par décret du 24 février 1882.
- En vertu de cette convention, le chef du laboratoire est choisi par le Ministre pour une période de cinq, ans, après entente avec la Société internationale des Électriciens , et le budget est soumis chaque année au directeur général des Postes et des Télégraphes, avant l’ouverture de l’exercice financier. D’autre part, la Société internationale des Électriciens s'engage à pourvoir directement à toutes les dépenses (administration, personnel et entretien) du Laboratoire.
- Le Laboratoire est administré par une Commission présidée actuellement par M. Bouty, membre de l’Institut, et comprenant le bureau de la Société internationale des Électriciens, un secrétaire pris parmi ses membres, le président du Syndicat des Industries électriques, et un délégué du Conseil municipal de la Ville de Paris.
- 5. Ressources du Laboratoire. — A la suite de la convention citée plus haut, le laboratoire qui, jusque-là, avait fonctionné dans des locaux provisoires appartenant à MM. Ménier, s’installa dans les locaux qu’il occupe actuellement, rue de Staël.
- Un terrain de 1 500 mètres carrés fut concédé pour soixante ans par la Ville de Paris; en 1903, la Société obtint de la Ville de Paris, moyennant un versement de 50 000 francs, une concession nouvelle de 800 m2 qui fut faite dans les même s conditions que la première.
- Le capital nécessaire aux constructions fut formé de la manière suivante :
- 1° 100 000 francs furent prélevés sur le capital primitif dont la rente est ainsi réduite à 7 903 f.
- 2° 100 000 francs furent attribués à la Société internationale des Électriciens sur le legs Giffard.
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- LABORATOIRE d’ÉLECTRICITÉ.
- MARS-AVRIL 1917.
- 3° 100 000 francs furent recueillis par souscription.
- Outre ces ressources primitives, de nombreux dons ont été recueillis depuis la fondation du Laboratoire ; le legs Hughes nous permet de favoriser, au Laboratoire, les études d’un jeune ingénieur électricien, et le legs Cheux d’y entreprendre certaines études relatives à l’électrophysiologie.
- Comme ressources annuelles, le Laboratoire dispose :
- 1° De la rente dont il a été question plus haut ;
- 2° Des recettes diverses qu’il effectue pour essais et étalonnements;
- 3° Des recettes diverses provenant d’élèves et tiers pour travaux effectués au Laboratoire ;
- 4° Delà subvention variable de la Société internationale des Électriciens.
- Ces ressources suffisent pour couvrir les dépenses courantes; elles sont insuffisantes pour permettre l’accroissement nécessaire de matériel, à plus forte raison, les agrandissements des locaux qui deviennent urgents.
- 6. Souscription nouvelle. —Une souscription, ouverte en 1912, parmi les industriels et les personnes s’intéressant au Laboratoire, a pour objet de lui fournir les ressources annuelles dont il a besoin pour accroître son matériel. Cette souscription a produit environ 30 000 francs en 1913 et se poursuit régulièrement. Elle permettra le renouvellement du matériel et sa mise au courant des besoins actuels, mais non l’agrandissement indispensable des locaux qui entraînerait des dépenses d’un ordre beaucoup plus élevé.
- 7. Exemple d'un budget normal.— Nous résumerons de la manière suivante la situation financière de l’exercice 1913, le dernier régulier avant la guerre :
- Recettes.
- Arrérages de la rente.................................... 7 900
- Recettes pour essais.....................................102 500
- Recettes diverses........................................ 600
- Subvention de la Société................................. 8 500
- 119 500
- Dépenses.
- Personnel................................................... 54 700
- Frais d’essais.............................................. 28 500
- Frais d’administration et d'entretien....................... 15 000
- Expériences et recherches.................................... 5 000
- Acquisition de matériel...................................... 6 800
- Dépense exceptionnelle installation du chauffage cenlral). 9 500
- 119 500
- 8. Actif du Laboratoire. — Le matériel actuel de laboratoire est évalué à 243 000 f environ, les constructions à 220 000 f. Le terrain appartient à la Ville de Paris, à qui il doit faire retour en 1963.
- 9. Travaux du Laboratoire central. — Les travaux du Laboratoire peuvent se rattacher à deux catégories : les essais et étalonnements effectués pour le public d’une part, les travaux de recherches de l’autre.
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- NOTE SUR LE LABORATOIRE CENTRAL ü’ÉLETRICITÉ.
- 10. Fssais et étalonnements. — Le nombre des essais exécutés par le Laboratoire depuis sa fondation (4888), jusqu’au 31 décembre 1916, s’élève à 22 000 environ. On aura une idée à peu près exacte de la nature et de l’importance de ces essais, par la statistique suivante de l’année 1913 (dernière année normale) :
- Compteurs.............................. 498
- Lampes à incandescence (1) v........... 366
- Machines et transformateurs............. 92
- Ampèremètres............................ 80
- Voltmètres.............................. 63
- Piles................................... 44
- Résistivités, résistances........... . 42
- Isolements.............................. 29
- Haute tension........................... 28
- Wattmètres.............................. 23
- Fers et tôles........................... 22
- Paratonnerres........................... 20
- Accumulateurs....................... . 14
- Oscillogrammes........................... 2
- Essais divers........................... 35
- 1366
- La plupart des grandes administrations de l^État s’adressent au Laboratoire pour les essais électriques d’ordres très variés qui leur sont nécessaires. Nous en citerons quelques exemples :
- Le ministère de la Marine lui confie les essais de nouveaux types d’accumulateurs pour les sous-marins, les essais de réception des lampes destinées à la flotte, et enfin des études particulières importantes (études sur les charbons, sur les câbles,etc.).
- Le ministère de la Guerre exige le contrôle, par le Laboratoire central d'Électricité, des instruments de mesure destinés aux essais de réception de son matériel électrique ; il s’adresse à lui pour la réception du matériel électrique de ses poudreries.
- Le ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts lui confie la vérification des installations électriques et des paratonnerres des bâtiments civils.
- Le ministère des Travaux Publics lui a confié, par décret du 2 juin 1909, l’étude des types de compteurs destinés aux distributions publiques d’énergie électrique. De plus, à la demande de la Commission instituée par le même ministère pour reviser les règlements relatifs aux accidents produits par les courants à haute tension, le Laboratoire a exécuté d’importantes expériences sur l’action physiologique de ces courants.
- Le sous-secrétaire d’État des Postes et des Télégraphes a recours à lui chaque fois qu’il s’agit de procéder aux essais précédant les adjudications de piles (des concours de ce genre ont eu lieu en 1901, 1903, 1905, 1907, 1908, 1909, 1911, 1912).
- Le ministère des Colonies lui confie, dans les mêmes circonstances, des essais analogues.
- La Chambre des Députés a passé avec lui un contrat pour la surveillance de ses canalisations électriques et la vérification périodique de ses compteurs, etc.
- (1) Essais portant sur 923 lampes et comportant plus de 1 500 mesures photométriques.
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- LABORATOIRE d’ÉLECTRICITÉ.
- MARS-AVRIL 1917.
- Le nombre des essais exécutés annuellement pour le public, qui était de 200 en 1893, a dépassé 1 400 en 1912.
- 11. Travaux de recherches. —En dehors des essais précédents, et malgré des ressources souvent insuffisantes, le Laboratoire a publié un grand nombre de recherches, tant dans l’ordre industriel que dans l’ordre scientifique (1). Les mémoires, rassemblés, forment aujourd’hui trois volumes de 300 pages environ, commencement d’une collection qui sera continuée. Nous résumerons rapidement ces travaux.
- À l’étude des matériaux employés dans l'industrie électrique se rattachent les recherches expérimentales si approfondies publiées par M. Ch. David sur les diverses qualités de carbone utilisées pour les balais de dynamos ; les études, dont quelques-unes sont devenues classiques, de M. Jouaust sur le magnétisme du fer, sa viscosité magnétique, sa perméabilité aux fréquences élevées ; les recherches de MM. Laporte et de la Gorce sur la rigidité diélectrique des isolants sous des tensions continues et alternatives et à des fréquences variées, et enfin l’œuvre si considérable sur les fils et câbles isolés au caoutchouc, et surtout sur les toiles isolantes, de notre regretté chef de travaux, H. Bureau, que nous avons eu la douleur de voir tomber glorieusement devant l’ennemi en octobre 1914 et qui, au moment où la guerre a éclaté, avait en cours d’exécution de remarquables mesures sur le refroidissement des fils métalliques par un courant d’eau.
- A l’étude des transports d’énergie se rattachent les recherches oscillographiques, si délicates et si difficiles, effectuées par M. Ch. David sur les états variables d’un des réseaux les plus étendus que la France possède, le réseau du littoral méditerranéen, documents très rares et très précieux, pris sur le vif du fonctionnement réel d’un réseau en pleine activité, et non dans le calme d’un laboratoire; dans le même ordre d’idées, nous signalerons les études de M. Johann sur les régimes variables des transformateurs.
- La photométrie a toujours fait l’objet de recherches très importantes au Laboratoire central d’Électricité : nous ne pouvons en donner ici même un court résumé; rappelons seulement les travaux de M. Laporte sur les étalons lumineux usuels et sur l’arc à courant continu et alternatif, et les études du Laboratoire sur les lampes à filament de carbone et à filament métallique. En 1914, nous avions en cours des recherches, qui seront reprises, sur l’étalon lumineux au platine de M. Violle; l’importance de ces recherches apparaîtra si nous rappelons que ce sont les premières mesures reprises en France depuis les mémoires classiques de M. Violle à ce sujet. Des subventions spéciales nous avaient été accordées pour ce travail par la Société technique du Gaz.
- Un legs particulier d’un de nos regrettés collègues de la Société des Électriciens, M. le docteur Cheux, nous a permis de provoquer au Laboratoire d’intéressantes recherches d’électrophysiologie, parmi lesquelles nous citerons les études de MM. Broca et Laporte sur l’action sur l’œil des diverses sources lumineuses artificielles, et surtout le très important travail de M. le docteur Weiss, assisté de M. Ch. David, sur le mécanisme de la mort par les courants alternatifs à haute tension.
- (1) Voir, pour plus de détails, le supplément au numéro de décembre 1917. du Bulletin de [/« Société internationale des Électriciens.
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- NOTE SUR LE LABORATOIRE CENTRAL d’ÉLECTRICITÉ. 36 9
- Enfin le Laboratoire a effectué beaucoup d’autres recherches sur des sujets variés, que nous ne pouvons résumer ici.
- Au milieu de tous ces travaux, nous tenons à signaler tout particulièrement ceux que le Laboratoire a entrepris en vue des relations scientifiques internationales ; avec des ressources très limitées, le Laboratoire s’est efforcé de représenter dignement la France dans un grand nombre de circonstances où, sans lui, cette représentation eût été ou incomplète ou inefficace; bornons-nous à rappeler le rôle important qu’ont joué les travaux du Laboratoire dans la question des unités et étalons électriques : en 1905, M. Mascart était revenu de la conférence, non officielle, qui s’était tenue à Berlin à ce sujet avec la conviction qu’il était indispensable et urgent d’entreprendre en France un certain nombre de travaux en vue de la conférence officielle qui devait se réunir quelques années plus tard ; une partie considérable de ces travaux fut confiée au Laboratoire central d’Électricité, qui devait d’ailleurs centraliser toutes les recherches entreprises et leur prêter son concours ; c’est à cette occasion que furent publiés un certain nombre d’importants mémoires sur la détermination absolue de l’ampère, sur l’électroly se de l’azotate d’argent et sur les éléments-étalons au cadmium, et le Laboratoire put ainsi apporter une contribution importante à la Conférence de Londres de 1908. Dans le même ordre d’idées, nous rappellerons aussi la part qu’a prise le Laboratoire aux expériences internationales organisées en 1910 à Washington, sur l’initiative du Bureau of Standards, pour l’étude de l’électrolyse du nitrate d’argent en vue de la définition de l’ampère : là encore, grâce au Laboratoire central, la France fut dignement représentée et put intervenir efficacement dans la discussion et la coordination des résultats. Ainsi, dans un grand nombre de circonstances, avec une clairvoyance rare, dont on ne saurait lui être trop reconnaissant, la Société des Électriciens a toujours estimé que cette contribution aux recherches d’intérêt général constituait l’un de ses devoirs les plus importants.
- 12. Conclusion. — Le Laboratoire central d’électricité nous donne l’exemple intéressant d’une institution qui, créée par l’État à l’instigation et grâce aux ressources de l’initiative privée, s’est organisée et développée sous la gestion d’une société scientifique et technique, reconnue d’utilité publique, avec un contrôle de l’État suffisant pour affirmer l’origine et la nature de l’établissement, mais assez large cependant pour que la plus grande liberté soit laissée à la Société qui en avait assumé la charge, charge et responsabilité considérables, nous ne devons pas l’oublier, puisque en cas de déficit, c’est la Société qui doit assurer l’équilibre de son budget. Ce type d’organisation a fait ses preuves, et il n’est pas douteux que c’est grâce à lui qu’avec des ressources limitées, mais gérées de manière à en tirer le rendement maximum, les résultats qu’on a signalés plus haut ont pu être réalisés. Il y a donc là des données concrètes qui pourront être utilisées, pour les créations ou les développements à venir, et c’est à ce titre que nous avons estimé opportun de les faire connaître.
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- LABORATOIRE D’OPTIQUE DE L’ÉCOLE DE PHYSIQUE ET DE CHIMIE INDUSTRIELLES
- PAR
- M. Féry.
- membre du Conseil.
- I
- La création de l’École de Physique et de Chimie industrielles fut demandée à l’État par M. Ch. Lauth à la suite de nos revers de 1870.
- L’Etat n’ayant pas donné suite à ce projet, ce fut la Ville de Paris qui le reprit en 1882, afin, suivant le désir de M. Ch. Lauth, de lutter contre l’Allemagne sur le terrain industriel.
- L’idée directrice du fondateur de cette école était de donner aux élèves un enseignement à la fois théorique et pratique de la chimie et de la physique, sciences d’application qui se côtoient souvent et se fusionnent même dans un grand nombre d’industries. Comme sciences auxiliaires, la mécanique rationnelle et appliquée, les mathématiques et le dessin figurent également au programme ; enfin, un atelier permet d’initier les élèves au travail du bois et des métaux. C'est ce programme,si sagement combiné en même temps que spécialisé, qui a fait le succès de cet établissement.
- Malheureusement, les vieux locaux initiaux (bâtiments de l’ancien Collège Rollin qui dataient de cent cinquante ans), ne répondaient pas aux exigences du nouvel enseignement ; de nouveaux laboratoires de chimie furent construits par la Ville vers 1888, et,peu à peu,furent démolis les anciens bâtiments.
- Actuellement l’école fonctionne dans des locaux neufs, et il ne reste plus rien des bâtiments qui ont abrité ses débuts.
- II. —LABORATOIRE D’OPTIQUE
- Etant donné le grand mouvement qui a pris naissance récemment en France pour l’enseignement de cette branche importante de la physique, je me bornerai à donner quelques indications sur le laboratoire d’optique de cette école.
- Primitivement installé dans les anciens dortoirs du Collège Rollin, le créateur du cours d’optique, M. Baille, alors répétiteur à l’École polytechnique, tira très habilement parti des locaux qui lui étaient attribués pour y installer les manipulations d’optique (1). Ce n’est que depuis quatre ans que le laboratoire actuel a été mis à la disposition des élèves.
- (1) M. Baille, également chef d'une grande industrie d'optique, et professeur de fondation de l’École, avait cherché, avant tout, à remplir le programme pratique de M. Lauth. Ce fut lui qui obtint la Créa
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- LABORATOIRE ^OPTIQUE DE L’ÉCOLE DE PHYSIQUE ET DE CHIMIE. 371
- Néanmoins, dans l’ancien laboratoire, dirigé jusqu’en 1900 par son fondateur M. Baille en collaboration avec son chef de travaux, M. Féry, puis dans le nouveau, de nombreux travaux et recherches originales ont été faits parmi lesquels nous citerons :
- Mesure de la vitesse du son dans des tubes de petit diamètre (1).
- Étude de l’amalgame d’aluminium, son emploi en thermo-chimie (2j.
- Balance à anneaux colorés (3).
- Nouvelles études photométriques (4).
- Nouvelle pile étalon (5).
- Conjoncteur-disjoncteur (6).
- Nouveau réfractomètre (7).
- Étude des réactions chimiques par l’indice de réfraction (8).
- Travaux photographiques (9).
- Réfractomètre à cuve chauffable (10).
- Méthode nouvelle pour déterminer l’équivalent mécanique de la calorie (11). Maximum de sensibiüté des galvanomètres (12).
- Nouvelle méthode galvanométrique (13).
- Rayonnement calorifique et lumineux des oxydes (14).
- Étalon à acétylène (15).
- Travaux sur l'horlogerie électrique (16).
- tion de l’atelier de 1 École et fâchât d'une machine à essayer les métaux d’une puissance de 25 tonnes. L’adoption des télégraphes optiques de sa maison par l’armée a ouvert aux anciens élèves l’entrée de la télégraphie militaire pendant leur service; leurs connaissances spéciales y sont très appréciées.
- (1) J.-B. Baille, Journal de Physique, 1887.
- (2) Baille et Féry, Annales de Chimie el de Physique, 1889.
- (3) Baille et Féry, Association française pour l’avancement des Sciences, 1889.
- (4j Baille et Féry, l’Électricien, 1889.
- (5) Baille et Féry, Journal de Physique, 1890.
- (6) G. Féry, Société des Electriciens, 1892.
- (7) C. Féry, Association française pour l’avancement des Sciences, 1892.
- (8) G. Féry, C. B. Acad, des Sciences, 1892.
- (9) C. Féry, Sur les réseaux quadrillés employés!en photogravure, G. R. Acad., 1895; — Traité de photographie industrielle, Gauthiers-Yillars, 1896; — Rôle de la diffraction dans les trames photographiques, C. R. Ac., 1898; — Sur l’irradiation photographique, C. R. Acad, des Se., 1898; — Renforcement du collodion, Société photographique, 1899; — Essai des objectifs. Mire oblique, Société photographique, 1896. Cette méthode est adoptée par le Laboratoire d'essai des Arts et Métiers.
- (10) G. Féry, C. R. Acad, des Sc., 1894.
- (11) Baille et Féry, G. R. Acad, des Sc., 1898.
- (12) G. Féry, G. R. Acad, des Sc., 1899.
- (13) C. Féry, G. R. Acad, des Sc., 1900.
- (14) Annales de Chimie et de Physique, 1902.
- (15) Journal de Physique, 1904.
- (16) C. Féry, Pendule à restitution électrique constante, G. R. Acad, des Sc., 1900 ; —Isochronisme» Horloges astronomiques. G. R. Acad, des Sc., 1905:— Pendule à échappement libre, G. R. Acad, des Sc., 1905; — Thermomètre intégrateur, C. R. Acad, des Sc., 1905; — Pendule sans lien matériel, Société de Physique, mai 1908.
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- LABORATOIRE D’OPTIQUE.
- MARS-AVRIL 1917.
- Étude de l'émission calorifique du soleil (1).
- Note on the solar Constant and the apparent Température of the Sun (2).
- Hautes températures et pyrométrie industrielle (3).
- Travaux sur le rayonnement (4).
- Spectrophotomètre à absorption (5).
- Spectrographe (6).
- Chronomètre électrique (7).
- Nouveau calorimètre thermo-électrique (8).
- Principe d’une nouvelle méthode de mesure de la vitesse de la lumière (9).
- Galvanomètre amorti à aimant mobile (10).
- Théorie chimique des accumulateurs au plomb (11).
- C’est également Hans ce laboratoire qu’ont été réalisés par leurs auteurs, anciens élèves de l’École, le fluxmètre Grassot et le brûleur Méker; ces deux appareils sont largement répandus aujourd’hui dans les laboratoires et les usines.
- Cette énumération des principaux travaux effectués dans ce laboratoire montre qu’il a été, non seulement organisé en vue de l’enseignement, mais aussi de la recherche industrielle et même scientifique.
- Rien ne vaut l’obligation de travailler longtemps dans des locaux mal adaptés au but qu’ils doivent remplir, pour suggérer des innovations heureuses dans une installation nouvelle ; ce sont ces innovations sur lesquelles je voudrais surtout insister, en passant sous silence les dispositifs ordinaires qu’on rencontre dans tous les laboratoires d’optique.
- Les locaux occupent au second étage une longueur de plus de40 mètres sur une largeur de 10, 70 m. Un couloir de 1, 70 m règne dans toute la longueur; dans ce couloir peut rouler sur rails une table qui prolonge la salle de photométrie placée à une
- (1) Féry et Millochau, C. R. Ac. des Sc., 8 octobre, 22 octobre, 12 novembre 1906; 3 février, 17 févi’ier, 23 mars 1907.
- (2) G. Féry, Royal astronomical Society, présenté par Sir David Gill, May 1909.
- (3) C. Féry, Pyromètre à absorption, Journal de Physique, 1902; — L’application des lois du rayonnement à la pyrométrie, Revue yénêrale des Sciences, 1902 ; — Lunette pyrométrique, Génie civil, 1903 ;—Télescope pyrométrique, Société de Physique, 1904; —Température des gaz dans les tubes à vide et température des flammes, Journal de Physique, 1907; — Radio-pyromètre à dilatation, Société de Physique, 1907 ; — Sur la température de fusion du platine, G. R. Acad, des Sc., 1909.
- (4) C. Féry, Les lois du rayonnement et leur application, Annales de Chimie et de Physique, 1909; — Propriétés sélectives des corps noirs. G. R. Acad, des Sciences, 1909; — Féry et Drecq, Sur la constante du rayonnement, C. R. Ac. des Sc., 1911; — Féry et Chèneveau, Rayonnement des lampes à incandescence à filament métallique, Société des Électriciens, 1909 ; — Féry et Drecq, Sur le pouvoir diffusant du noir de platine et le coefficient de la loi de Stefan, G. R. Ac. des Sc., 1902.
- (o) G. Féry, Société de Physique, 1910.
- (6) C. Féry, Société d’Encouragement, 1910.
- (7) G. Féry, Journal de Physique, 1911.
- (8) G. Féry, C. R. Ac. des Sciences, 1912.
- (9) C. Féry, C. R. Acad, des Sciences, 1912.
- (10) C. Féry, G. R. Acad, des Sciences, 1912.
- (11) G. Féry, Journal de Physique, 1916.
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- des extrémités, permettant ainsi de disposer dame longueur horizontale de 40 mètres pour les mesures photométriques ou autres expériences d’optique nécessitant une grande longueur. On peut naturellement faire l’obscurité complète dans toutes les salles ainsi que dans le couloir central.
- Un balcon de 7, 50 m x 2,35 m, permet d'autre part d’effectuer des expériences en plein air. Une grande terrasse située au-dessus du laboratoire donne les mêmes facilités. Une salle est consacrée spécialement à la spectroscopie et au nouveau spectro-graphe de M. Féry.
- Une autre salle ayant 11, 75 m x 5 m est destinée à la photographie et comporte un éclairage par 4 lampes à arc spéciales.
- Deux chambres noires de développement pour le collodion et le gélatino sont à proximité ; elles présentent un accès par tambour en chicane sans porte, les rendant étanches à la lumière, tout en assurant la ventilation et facilitant la surveillance des élèves.
- Une salle est consacrée au travail du verre au tour d’optique ; une autre permet l’étude métallographique des aciers et alliages au microscope.
- Dans une autre salle, munie de hottes, peuvent s’effectuer quelques travaux chimiques.
- Le Laboratoire comprend également une salle de collections pour les appareils de cours (1), et un petit atelier pour les réparations urgentes.
- Une grille permet d’envoyer dans les douze salles du Laboratoire du courant continu provenant de l’usine centrale de l’École ou de la batterie du Laboratoire, ou du courant alternatif du secteur de la rive gauche. Les canalisations sont prévues pour 100 ampères.
- Dans le sous-sol, plusieurs salles munies de massifs en maçonnerie recouverts de pierres bien dressées, sont affectées aux mesures optiques de précision pour lesquelles il est indispensable d’être à l’abri des vibrations.
- Toutes ces salles sont largement éclairées, ventilées et pourvues du chauffage à la vapeur.
- Les nouveaux laboratoires d’électrochimie, de teinture, de physique, les collections de minéralogie, la bibliothèque centrale et les amphithéâtres, de construction toute récente, sont organisés comme le laboratoire d’optique, avec le plus grand souci des besoins modernes de l’enseignement et de la recherche.
- (1) Le cours annuel professé comporte : trente-cinq levons sur l'optique géométrique et sur les Instruments d’optique, aux éièves de première année; trente-cinq leçons d'acoustique et d'optique physique (diffraction, interférences, polarisation, double réfraction, etc.), à ceux de troisième année.
- Tome 127. — Ie1' semestre. — Mars-Avril 1917.
- 2o
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- NOTES DE CHIMIE
- par M. Jules Garçon bibliothécaire
- A TRAVERS SCIENCES ET INDUSTRIES CHIMIQUES
- Généralités. — Questions d'actualité.
- Céramiques. — Sur les matières réfractaires.
- Métaux. — Alliages résistant aux acides.
- Combustibles. — L’industrie française du carbure de calcium. — Le cracking des huiles minérales.
- Questions d’actualité. — Parmi les questions qui attirent plus particulièrement en ce moment l’attention de nos industriels, il en est deux que nous traiterons dans les prochaines notes : la fabrication de l’acide sulfurique à partir des sulfates alcalinoter-reux, gypse, etc. : la fabrication de l’acide acétique et celle de l’alcool à partir de l’acétylène.
- D’autres questions ont un intérêt en quelque sorte national. C’est, par exemple, l’existence des gisements de bauxite, de dolomie, de sibce fossile, de bgnites etc.; celle de tourbières dans notre pays ; le classement de ces gisements, leur exploitation, les différentes utilisations de leurs produits. Voilà des questions qui intéressent un grand nombre de nos concitoyens. Il est profondément regrettable que notre pays n’ait pas d’organisme publiant sur ces sujets et les sujets analogues des monographies qui soient à la disposition de tous ceux désirant être renseignés. On peut citer à l’étranger des organismes qui rempbssent cet objet avec éclat. Tels sont : aux États-Unis, Y United States Geological Survey, et le Bureau of Mines ; en Angleterre, le Geo-logical Survey et Y Impérial Institute; aux Indes, le Geological Survey : au Canada, le Department of Mines. Ges organismes ont pubbé, chacun, de très nombreuses monographies sur les gisements de produits choisis et leur utilisation; par exemple, le Bureau of Mines des États-Unis sur les analyses de combustibles, sur l’emploi des combustibles liquides dans les moteurs, sur la fabrication des agglomérés; le Department of Mines du Canada sur le gypse, sur la tourbe, sur le mica, sur le nickel, sur les phosphates, sur le cobalt, sur les fours électriques, et il publie, en dehors de l’édition en anglais une édition en français. L’on verra dans la note qui suit que le Geological Survey de la Grande-Bretagne prépare, entre autres, une monographie étendue sur les matières premières qui peuvent être utilisées comme matières réfractaires pour briques, creusets, fours de verrerie, .fours métallurgiques, fours électriques, etc. Certaines de ces monographies constituent le meilleur document technique que l’on possède sur le sujet traité. Il est vivement à souhaiter que nous ayons en France des organisations aussi AÛA'antes et aussi utiles.
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- SUR LES MATIÈRES RÉFRACTAIRES.
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- Sur les matières réfractaires. — L’assemblée de la Faraday Society, tenue en novembre dernier, sous la présidence de Sir Robert Hadfield, a entendu une discussion fort intéressante au sujet des matières réfractaires. Nous en donnons le résumé d’après Chemical News.
- Les principales sources de matières réfractaires sont la silice, la terre de chrome, la magnésite, la dolomie, la chromite, la bauxite, le graphite et la zirconite. Le discoors du président exposa leurs propriétés : il donna un extrait des spécifications types publiées par un Comité constitué en 1912 par l’Institution of Gas Engineers et par la Society of British Gas Industries. Il rappela un mémoire très important lu par M. J. F. Bywater sur ce sujet à l’Institution of Gas Engineers en 1908, mémoire qui vient d’être réimprimé. Il résuma ce que l’on sait sur l’origine des terres à feu, et montra combien il "est difficile d’établir une relation entre la fusibilité et la composition analytique. On peut les classer eu argiles ou kaolins, quartz et feldspaths. Le kaolin Al2032Si02 est la plus infusible. La proportion des fondants : oxydes de fer, chaux, magnésie, potasse et soude, est un facteur important. On peut aussi classer les matières réfractaires en acides, basiques et neutres. Des exemples illustrent ce qui constitue, selon l’emploi, une bonne ou une mauvaise matière réfractaire ; c’est ainsi qu’une tuyère de 2,5 cm de diamètre n’a pas varié après le passage de 28 t d’acier fondu, lorsqu’elle était en magnésite ; tandis que son diamètre double si elle est en terre à feu ordinaire. Le mémoire de Sir R. Hadfield se termine par l’exposé de l’emploi du microscope dans l’étude des matières réfractaires, par une bibliographie et enfin par une série de tableaux analytiques.
- Ensuite, M. J. W. Mellor traita de la texture des briques réfractaires. La texture est l’une des propriétés principales, car c’est elle qui intervient surtout pour assurer la vie de la brique, à égalité de composition chimique et d’infusibilité. Cette texture peut varier de l’état poreux et léger qui caractérise les isolants pour chaudières à l’état vitreux qui est celui des creusets, des briques pour fours à acides, etc. On prépare des échantillons en coupant la brique en travers, polissant la face de coupe, puis fixant sur la face polie une lame de verre au moyen de baume de Canada chaud. Le pouvoir réfractaire des briques dépend de la grosseur de leur grain. La dilatation complémentaire des briques réfractaires, le retrait complémentaire des briques de silice est dû à une suspension des changements de leurs propriétés au cours de la cuisson. Les briques qui ont à supporter l’action abrasive de courants de cendres, de poussières, de laitiers, etc., doivent posséder une texture très serrée; mais elles sont plus exposées à se fendiller par les variations brusques de température, si cette texture n’est pas bien uniforme. La composition chimique de la brique est, dans le cas de poussières, de laitiers, de cendres, etc., d’une grande importance ; le soin apporté aux joints est encore plus précieux. L’industriel doit porter toute son attention à l’examen de la texture, puisque cette propriété est sous son contrôle.
- Le professeur W. G. Fearnsides, de Sheffield, a parlé de l’application des méthodes pétrographiques à l’étude des matières réfractaires. Les briquetiers et les fourniers ont certainement, entre les mains, un ensemble très riche de données qu’il faudrait, aujourd’hui, réunir et interpréter. En ce qui cencerne l’utilisation de l’examen microscopique, il y a cinquante ans déjà que H. Cl. Sorbv,de Sheffield, au cours de son travail sur la constitution physique des roches et des métaux, amenait des coupes de briques à être transparentes.
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- NOTES DE CHIMIE. --- MARS-AVRIL 1917.
- Le docteur Lessing a inventé, il y a six ans, une méthode pour examiner la texture et la composition rationnelle des matières réfractaires avant leur cuisson. Cette méthode consiste en un simple lavage qui enlève tout le constituant argile par Faction d’un courant d’eau prolongé.
- Puis, M. J. A. Howe a résumé les travaux que le Geological Survey of the Great Britain a effectués, au cours des dernières années, sur les matières réfractaires. Les matières premières qui existent dans le sol national, les caractères géologiques de leurs gisements, la nature et la richesse de ceux-ci ont été déterminés et classés. Des enquêtes ont été menées auprès des producteurs et des consommateurs. Plus de l 500 échantillons ont été collectionnés. Leur examen est presque terminé au point de vue chimique, lithologique, minéralogique, de la texture. Un rapport général sera bientôt publié qui traitera des silices, des argiles, des sables, de la dolomite. Le directeur du Geological Survey, M. A. Strahan, a promis que le rapport renseignerait exactement les industriels sur la nature des réserves en matières premières réfractaires. Le musée renfermera tous les échantillons.
- Au nom de Y Impérial Institute, M. T. J. Crook insista sur ce que l’Empire britannique est abondamment fourni de matières réfractaires, même les moins connues ; l’Inde et le Canada ont leurs graphites ; la Rhodésia et l’Inde ont leurs chromites ; Victoria, l’Afrique du Sud, la Colombie anglaise ont leurs magnésites ; l’Inde et la Guinée anglaise ont leurs bauxites;le Natal a du zircon.
- M. Cosmo Johns, de Sheffield, a traité de l’emploi de la silice en sidérurgie. La brique de silice ou brique de Dina n’est jamais pure ; c’est un agrégat très complexe, et l’on ne peut la regarder comme un simple système binaire chaux-silice. Un long service au four métallurgique lui fait subir de grands changements, accompagnés d’une absorption d’oxyde de fer magnétique, lequel joue alors un rôle.
- Pour M. Albert Clilf, la meilleure méthode de fabriquer consiste à travailler à nouveau d’anciens matériaux ; on élimine ainsi au moins les dilatations et les retraits. Les briques de chromite ou de magnésite ne se corrodent pas au feu.
- M. E. P. Page, de Sheffield, parla de la classification des matières réfractaires et de leur examen.
- M. W. J. Jones, du ministère des Munitions, fit ressortir une fois de plus la nécessité d’une coopération étroite entre la science et l’industrie, entre le laboratoire, le briquetieret le sidérurgiste, de façon à ne plus obtenir des résultats si différents lorsqu’on part des mêmes matières premières.
- Le docteur W. Rosenhein, du National physical JMhoratory, vint parler, à son tour, des matières de grande infusibiiité que les métallurgistes réclament aujourd’hui pour le service des fours électriques. Le carborandum, l’aluminium, le silicium sont fabriqués à Niagara Falls. La zircone brute, à 75 p. 100 de ZrO2, résiste encore à 1 600°. L’on obtient les meilleurs résultats en portant la matière à une température très supérieure à celle que l’objet fabriqué doit supporter et en traitant la zircone brute par des substances susceptibles d’enlever tout fondant présent, par exemple par de l’acide chlorhydrique pour les oxydes de fer. Des briques de zircone ainsi épurées supportent jusqu’à 2 000°.
- Le professeur T. Turner, de Birmingham, remarqua que c’était l’insertion de petits
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- SUR LES MATIÈRES RÉFRACTAIRES.
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- grains ronds dans les intervalles compris entre les gros grains ronds qui assure la moindre porosité, comme c’est le cas dans le sable.
- Pour M. R. S. Hulton, l’obtention d’une matière compacte peut être réalisée économiquement, à la haute température fournie par le four électrique. Les propriétés d’une magnésie ainsi compacte sont tout à fait différentes de celles de la magnésie calcinée ordinairement.
- M. P. G. IL Boswell, de Y Impérial College, traita des sables réfractaires. Ils renferment souvent de l’argile. On peut les classer en trois classes :
- 1° Les sables à haute teneur de silice (98,99 ou plus de SiO2) ;
- 2° Les sables alumineux, renfermant jusqu’à 20 p. 100 de kaolin, et le reste de silice ;
- 3° Les sables pour moulage, à forte proportion d’argile réfractaire.
- La Grande-Bretagne a des gisements de sables purs très suffisants ; elle a des gisements notables de sables alumineux. Mais les sables de la troisième catégorie, employés pour le moulage de l’acier à haute température, ne se trouvent pas de qualité égale à celle des sables que l’étranger a fournis jusqu’ici, tels les sables rouges et jaunes de Belgique. M. Boswell propose que l’on fasse une enquête complète sur les sables, tant anglais qu’étrangers, leur analyse mécanique, leur classification par finesse, l’analyse chimique de chaque numéro, l’analyse minéralogique, l’hygroscopi-cité de 10° en 10° au-dessous de 110°, la conductibilité calorifique, l’infusibilité, la perméabilité. Chaque sable devrait avoir son dossier analytique, tout particulièrement pour les applications dans l’industrie de la verrerie.
- Le docteur W. C. Hancock propose l’emploi de matières colorantes naturelles pour dessiner les matières réfractaires, comme on le fait pour les métaux avec les acides. Cette méthode serait combinée avec celle du professeur Fearnsides. Il poursuit dans cette voie, avec le professeur Bone, des recherches à F Impérial College.
- Finalement, M. Ezer Griffiths, du National phgsical I.aboratory, traita de la conductibilité calorifique des briques et des tuiles, des méthodes pour la déterminer, des difficultés à obtenir une température uniforme sur des surfaces irrégulières. On y arrive en employant un bain de métal fondu par voie électrique.
- Dans la discussion qui suivit, M. W. Donald, de Glasgow, nota qu’il ajoute 8 p. 100 de Fe203 aux magnésites grecques qui sont trop pures, pour les rendre semblables aux magnésites autrichiennes. Il montra aussi des briques faites avec des minerais de chrome de l’Inde et de la Iihodésia. Pour lui, l’emploi de dolomite et de magnésite mélangées ensemble, pour les fours basiques d’acier, mérite une sérieuse considération, parce qu’il pense que la dolomite bout souvent au contact du métal, qu’il se forme des ferrâtes de chaux, et le four se détruit. D'après M. A. Reynolds, les tuyères en magnésite sont très suspectes. l7e203 et Fe304 augmentent rinfusibilité des briques en atmosphère oxydante; tout oxyde du ferestnuisible en atmosphère réductrice. Les briques des fours à régénération absorbent plus de fer dans les chambres à gaz que dans les chambres à air, et leur pouvoir du régénération s’en trouve augmenté. L’alundum fonda 2 050° et n'a pas d’action sur le platine à haute température; il est moins attaqué par les métaux fondus que la silice. La question de la conductibilité électrique a été très peu étudiée jusqu’ici.
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- NOTES DE CHIMIE.
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- Alliages résistant aux acides. — Mes Notes de Chimie ont déjà parlé de cette intéressante question (voir Bulletin de juillet 1913, p. 90), en particulier des alliages à 40 p. de cobalt et 60 p. d’étain de M. G. Grimshaw. Mais ces alliages sont trop fragiles.
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- Un alliage résistant aux acides a été présenté en 1912, au VIIIe Congrès de Chimie appliquée de Washington, par M. S. W. Parr, qui cherchait à obtenir des substituts d’or et de platine.
- L’alliage doit résister à l’action de l’acide nitrique et à celle de l’acide sulfurique.
- Une étude préliminaire fut faite pour déterminer la solubilité relative des alliages dans l’acide nitrique. On se servit d’un acide quatre fois plus fort que l’acide déci-normal, soit d’un acide à 23 p. 100.
- Solubilité relative des métaux et alliages dans l’acide nitrique à 23 p. 100 :
- Proportion p. 100 dissoute en 24 heures.
- 1 Fer pur à 99,8 . 100
- 2 Aluminium commercial . . . 51,4
- 3 Métal Monei 19,2
- 4 Nichrome (Ni 90, Cr 10) . 7,9
- 5 Cuivre-aluminium (Cu 90, Al 10). . . . 3,5
- 6 Nickel-chrome-aluminium (79, 20,1) . . 1,3
- 7 Ferro-silicium 0.1
- On essaya ensuite une série de nickel-cuivre-chromes, et voici les résultats :
- N° 1. N» 2. N° 3. N° 4. V 3. N° G.
- Ni 65 80 80 80 75 70
- Cu . . . . 30 10 5 5 5 10
- Cr Ü 10 10 15 20 20
- Solubilité p. 100 dans UNO3 en 24 heures facilement soluble 1,25 0,02 0,05 0,013 0,023
- On voit que la présence de grandes quantités de cuivre n’empêche pas l’aluminium d’être assez résistant.
- Voici la composition de l’alliage proposé par M. Parr, mais il n’est pas très facile à fondre :
- Ni 66,6; Ci- 18; Cu 8,6 ; W 3,3: Al 2; Mn 1; Ti 0,2; B 0,2; Si 0,2.
- D’après une note du Journal ofthe Iron and Steel Institute, le premier alliage qui résista aux acides fut un ferrosilicium, le tantiron, que la Lennor Foundry Company de Londres introduisit dans le commerce. Un autre ferrosilicium porte le nom d'ironac. Ces alliages sont très résistants à l’action de l’acide sulfurique et l’on peut attribuer le succès des tours modernes, dans la concentration des acides, à l’emploi que l’on a fait de l’ironac pour les tuyaux et pour diverses garnitures. Des fontes en ferrosilicium sont aujourd’hui utilisées souvent à la place de poteries dans la fabri-
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- ALLIAGES RÉSISTANT AUX ACIDES.
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- cation de l'acide nitrique. Une usine d’acide nitrique équipée avec du duriron, un alliage américain, a fonctionné pendant huit mois sans montrer aucune corrosion, et il n’y eut aucune rupture. Le duriron ne résiste pas seulement aux acides, mais encore à la corrosion et à la rouille, et même à la chaleur, s’il est convenablement préparé. Les fontes conservent leur forme jusqu’au point de fusion.
- Le tantiron ne convient pas aux appareils où il existerait une forte pression intérieure.
- Le corrosiron est un autre alliage résistant aux acides que la Pacific Foundry Cyde San Francisco amis sur le marché. C’est un ferrosilicium à haute teneur de silicium qui se moule facilement, mais reste cassant et doit être manié avec précaution. Sa résistance n’est que la moitié de celle de la fonte. Avec de l’acide chlorhydrique à 1 dixième, la perte, au bout de 17 jours, n’était que de 0, 30 p. 100; avec de l’acide concentré, elle était de 0,38. Avec l’acide sulfurique chaud à 43°, la perte au bout de 1:25 jours était seulement de 0,17 p. 100.
- Voici la composition et quelques propriétés du duriron et du tantiron :
- Si...........................
- Mn...........................
- C total......................
- Ph...........................
- S............................
- Point de fusion..............
- Poids spécifique.............
- Résistance à la compression. Résistance à la traction . . .
- Durii on.
- 14 à 14.0 0,25 à 0,33 0,20 à 0,60 0,16 à 0,20 moins de 0,05 1 370° à 1 400»
- 7
- 31 750 kg par 6,5 cm2 d’un quart inférieure à celle de la fonte.
- Tantiron.
- 14 à 15 p. 100 2 à 2,50
- 0,75 à 1,23 (graphite). 0,05 à 0,10 0,05 à 0,15 1 400»
- 6,8
- 6 à 7 t par 6,5 cm2
- Plus l’alliage est résistant aux acides, plus il est dur et cassant; le défaut, il est vrai, disparaît avec le temps. D’ailleurs, ces alliages sont toujours un peu moins cassants que les poteries. C’est sous forme de tuyaux qu'ils peuvent être obtenus par fonte de la façon la plus réussie. Le diamètre de ces tuyaux ne doit pas s’abaisser au-dessous de 2,5 cm et ne doit pas s’élever au-dessus de 60 cm. On trouvera dans Metallurgical and Chemical Engineering une étude intéressante sur les différentes formes que peuvent prendre les tuyauteries et les appareils construits avec ces alliages résistants, soit pour la condensation de l’acide nitrique, soit pour la concentration de l’acide sulfurique.
- *
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- Une étude d'ensemble sur les ferroalliages non rouillables et non corrodables est publiée par M. Leslie Atchison (nos d’avril de Engineer). Il y a un si grand intérêt à avoir, aussi bien pour les constructions ordinaires de bâtiments, de maisons, d’usines, etc., que dans les constructions de machines, celles de ponts, les constructions navales, les appareils, les balances, etc., à avoir, disions-nous, des métaux sur lesquels la rouille ne puisse pas se produire, et qui soient insensibles à l’action des acides !
- Le fer et les alliages de fer et de carbone, fontes et aciers, sont très sensibles à la
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- NOTES DE CHIMIE.
- MARS-AVRIL 1917.
- rouille et à l’action des acides. Le fer chimiquement pur n’est pas attaqué. Dès qu’on lui ajoute du carbone, il devient susceptible à la corrosion ; il faut donc ajouter au fer et au carbone un troisième élément qui lui enlève cette susceptibilité.
- Parmi ces éléments :
- Le manganèse augmente la corrodibilité de l’acier dans lequel il entre.
- Le nickel, au contraire, donne d’excellents résultats pour empêcher la corrosion. La proportion doit être assez élevée, par exemple 5 p, 100. Il semble que les aciers au nickel ne résistent pas à l’action de la vapeur d’eau, tandis qu’ils résistent bien àl’ac-tion de l’eau ou à celle de l’air humide.
- Le cobalt est également très utile pour empêcher la corrosion. Un acier à 0,75 p. 100 de carbone et à 20 p. 100 de cobalt voit l’attaque par les acides restreinte dans une notable proportion.
- Au contraire, le tungstène n'a guère d’action. Il est inutile d’en ajouter. On peut dire la même chose du vanadium.
- Le molybdène n’agit pour prévenir la rouille qu’à condition d’ajouter une proportion très forte.
- Le cuivre se rencontre souvent dans les ferroalliages d'Amérique. Il a été l’objet de nombreuses controverses. Les essais de l’auteur ne permettent pas de recommander son emploi pour empêcher la rouille.
- Le chrome augmente la résistance à la corrosion par l’eau et par la rouille, mais il est nuisible lorsqu'il s’agit de solutions acides concentrées.
- Il ne reste à étudier que le silicium. Ici les résultats de tous les expérimentateurs concordent. Une addition de silicium augmente la résistance à la corrosion. Lorsque cette addition atteint 20 p. 100, l’alliage devient pratiquement réfractaire à la corrosion. Malheureusement les fprposilipiums à haute teneur de silicium sont fragiles.
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- Parmi les brevets français pris dans cette voie, je citerai le plus récent (n° 481659, du 3 mai 1916), pour perfectionnements dans les alliages métalbques, à iAmerican Alloys Company. •
- D’après le résumé, l’invention se rapporte à un albage possédant pour des proportions convenables de certains constituants la propriété de n’être attaqué que par l’eau régale, de résister à des températures atteignant jusqu’à environ 1 600°, de présenter une grande dureté et d’être capable de prendre et de garder un bon tranchant, cet alliage comprenant principalement du nickel ou du cobalt dans une proportion supérieure de 55 p. 100 en poids de l’alliage et pouvant atteindre 75 p. 100, et un ou plusieurs métaux du groupe du chrome, tels que du chrome ou du chrome et du titane dans une proportion variant en poids de 12 à 23 p. 100 ; avec du silicium (4 p. 100 environ), du cuivre (5 p. 100 environ), du tungstène (1 à 4 p. 100), de l’aluminium (2 p. 100 environ) et du manganèse-titane (3 p. 100 environ) que l’on peut remplacer par du manganèse et du bore dans les proportions de 2 p. 100 de manganèse et de 1 p. 100 de bore.
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- L INDUSTRIE FRANÇAISE DU CARBURE DE CALCIUM.
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- L’industrie française du carbure de calcium. — L'Usine vient de publier sur l’industrie française du carbure de calcium une excellente étude de M. Albin IIlart que le Bulletin de VAcétylène a reproduite; nous lui empruntons ce qui suit.
- M. Huart rappelle d’abord que Henri Moissan, le premier, a réalisé d’une manière systématique la synthèse des nombreux carbures métalliques, et que les constatations auxquelles ce grand savant aboutit servirent de base aux recherches de son chef de laboratoire, Bullier, qui en breveta les résultats en février 1894. Cé fut le point de départ d’une nouvelle industrie. Le brevet Bullier fut exploité, dès 1896, par la Société des carbures métalliques, laquelle concéda par la suite des licences à un certain nombre de carburiers français et étrangers.
- Tant que le brevet Bullier couvrit les fabrications françaises, l’industrie réalisa des bénéfices; mais à son expiration, une grave crise de surproduction éclata. Allait-on livrer le marché français aux carburiers étrangers, et surtout au groupe suisse-allemand? Ce fut l’origine d’un comptoir de vente : la Société commerciale des carbures de calcium, qui eut pour objet de régulariser le marché pour les fabricants français, d’organiser la vente en commun, de fixe# les prix pour les contraclants, d’attribuer à chaque usine productrice un quantum de fabrication et de livraison, enfin de la répartir entre des zones de distribution. Son but fut encore de diffuser l’emploi de l’acétylène, de faire l’éducation populaire de ce mode d’éclairage, d’en rechercher les perfectionnements, de trouver au carbure des emplois plus larges, en un mot, de créer une marque commune aux participants qui permît de certifier la qualité du produit; et d’installer des dépôts locaux pour assurer le ravitaillement régulier des centres de consommation et la vente à égalité de prix.
- La convention qui a lié les producteurs syndiqués n’a envisagé que les emplois du carbure en vue de l’éclairage, du chauffage, des chalumeaux et de la force motrice. Le carbure utilisé par l’industrie chimique est resté en dehors. La convention engloba les trois quarts des producteurs, soit 34 000 sur 45 600 t produites au total.
- Voici la courbe de production du carbure de calcium des usines syndiquées, d’après VAnnuaire de l'acétylène :
- Tonnes.
- 1897 ............ 1 500
- 1900 ........... 10 000
- 1910 ........... 28 000
- 1913 ........... 34 000
- Quant aux prix de vente, ils descendirent de 800 1 à 295 f la tonne environ avant la guerre. Le prix pratiqué sur le marché français a toujours été voisin de celui des carburiers anglais et inférieur à celui du groupe suisse-allemand.
- Actuellement, 54 000 chv sont employés en France à la fabrication du carbure de calcium, suivant la répartition que voici ;
- HP.
- Savoie..................... 20 000
- Haute-Savoie................ 8 000
- Isère.....................11000
- Ain......................... 1 000
- Alpes-Maritimes............. 3 000
- Pyrénées.............. 11500
- correspondant à une production totale de 50 000 t environ, pour une production mondiale de 258 700 t.
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- NOTES DE CHIMIE.
- MARS-AVRIL 1917.
- Il faut noter que le vif essor de la concurrence étrangère date de 1909, époque où le brevet Builier tomba dans le domaine public. A ce moment, les usines du groupe anglais (Albunica) et les usines suisses-allemandes (Lonza), voulant enrayer la crise de surproduction qui risquait de se produire, conclurent une entente régissant les conditions d’approvisionnement du monde entier; d’une part le comptoir allemand Carbidhandelsgesellschaft, et d’autre part le comptoir anglais Carbide Trading C° s’attribuèrent des zones de livraison. Il importait que le comptoir français s’assurât une place, car en cas de mésentente avec le sAmdicat international, le carbure étranger fut entré, malgré le droit de douane assez élevé, mais appuyé par la pratique du dumping: la Carbidhandelsgesellschaft ne vendait-elle pas le carbure 34,63 Mk la tonne en Allemagne, 26 Mk en Belgique et 21,55 Mk en Hollande? La baisse des prix eut ruiné notre industrie. Au contraire, par l’entente avec le Syndicat, la Commerciale a obtenu l’exclusivité du marché français, des colonies et des protectorats, celle du Maroc jusqu’à concurrence de l 500 t, la vente avec concurrence dans les provinces chinoises et le tiers des ventes en Turquie d’Europe. Avantages certains contre les résultats illusoires d’une lutte de prix, dans laquelle notre tonnage nous plaçait en infériorité dès le début.
- Telle était la situation avant la guerre ; les hostilités ont naturellement déchiré les liens du Syndicat international.
- « Les usines françaises firent les efforts les plus grands pour répondre aux besoins urgents de la défense nationale. D’abord demandé en masse par les ateliers pour la soudure autogène, le carbure est aujourd’hui à la base de la fabrication de la cyana-mide, dont la transformation en ammoniaque permet de réserver les quantités correspondantes d’acide nitrique nécessaires aux explosifs. Les prix actuellement pratiqués sont inférieurs de 10 f à ceux de l’étranger. Depuis de longs mois, le cours du carbure de calcium est de 400 f la tonne franco, pour les usines de guerre, ce qui correspond à 350 f, la marchandise nue, prise aux usines. On en importe de Suisse et d’Espagne qui revient à un prix moyen bien supérieur. »
- Le Journal du Four électrique (1917, p. 86) dit que le carbure suisse tout venant est livré à 50 fie quintal gare-frontière, ce qui le met à 80 f à Paris.
- Voici le tableau des importations et des exportations :
- Importations. Exportations.
- 1913 ........................ 37 000 qx 80 000 qx environ
- 1914 ........................ 69 000
- 1913.......................... 18 973 46 000
- 1916.......................... 161 454 17 000
- Lecracking des huiles minérales. — Mes Notes ont traité la question (voir Bulletin d’avril 1915, p 336 327; juin, p. 594; février 1916, p. 131-139). Nous empruntons aujourd’hui un exposé de la situation à un article de M. H. Desmarets dans la Revue générale des Sciences (28 février 1917, p. 109-118)» En voici quelques extraits :
- Lorsqu’on distille les huiles minérales, il se dégage parfois, à un moment quelconque, des produits plus volatils que ceux qui les précédaient et analogues à ceux qui avaient passé au début de la distillation. C’est ce phénomène qui est désigné sous le nom de cracking (du mot anglais to crack, se briser), parce qu’il a pour origine la décomposition pyrogénée de certains hydrocarbures constituants du pétrole brut, qui se brisent en carbone libre et en hydrocarbures plus hydrogénés et plus volatils que ceux qui leur ont donné naissance.
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- LE CRACKING DES HUILES MINÉRALES.
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- C’est en 1861 que le cracking fut découvert incidemment à Newark(Amérique), à la suite de la négligence d’un ouvrier chargé de là distillation du pétrole brut qu’il chauffa trop violemment. Le premier brevet basé sur ce phénomène ne date que de 1865 (brevet Young) ; à cette époque, l'opération était dirigée en vue d’obtenir du pétrole lampant.
- Benton, dans son brevet pris en 1886, utilise pour le chauffage à l’huile une série de tuyaux; l’huile était chauffée à 528°, puis répandue dans une chambre maintenue à peu près à la même température.
- Les brevets qui furent.ensuite pris avaient trait à la distillation des huiles lourdes sous une pression supérieure à la pression atmosphérique. La façon dont la pression était obtenue constitue l'originalité du brevet.
- Dans les quinze dernières années, les inventeurs ont eu en vue l’obtention des essences minérales légères ; et depuis cinq ou six ans, des installations importantes fonctionnent. Dans ces procédés :
- 1° ou bien le cracking a lieu à la pression atmosphérique;
- 2° ou bien il est effectué sous pression dans des cornues ou des récipients de grandes dimensions ;
- 3° ou bien il est effectué sous pression dans des récipients de petites dimensions ou dans des tubes.
- 1° Parmi les brevets de la première catégorie, figurent ceux de Laing, de Seigle, de Gowper-Goles : les vapeurs d’huile lourde sont décomposées par passage dans des chambres ou des tubes chauffés à température élevée (925°, dans le procédé Gowper-Goles). Dans cette même catégorie, rentrent les procédés Noad et de la Société New Oïl Relining Process, qui consistent à vaporiser brusquement un mélange d’huile et d’eau ; les procédés Moeller et Woltereck, dans lesquels des vapeurs d’huile mélangées de vapeur d’eau surchauffée à 700°-800° passent dans des tubes remplis de coke chauffés à 600°-800°. Le procédé Valpy et Lucas est analogue en principe, mais les tubes sont remplis de matériaux exerçant une action catalytiqne, du nickel en particulier. Dans le procédé Greenstreet, l’huile est pulvérisée au moyen d’un jet de vapeur ; le mélange passe dans un faisceau tubulaire chauffe à 538°, puis une partie de ce mélange est brûlée et le reste condensé.
- Plusieurs brevets ajoutent à l’huile 3 à 10 p. 100 de chlorure d’aluminium anhydre en vue de faciliter le cracking, qui se produit alors entre 1493 et 177°; tels les brevets Friedel et Crafts, Gray, Mac Afee. Aucun des brevets de cette catégorie ne semble avoir reçu la consécration de la pratique.
- 2° Parmi les procédés de la deuxième catégorie qui réalisent le cracking sous pression, dans des récipients de grandes dimensions, rentre le procédé Burton, utilisé par la Standard Oil Cyd’Indiana. Sous sa forme primitive, ce procédé consiste à chauffer de 343° à 425°,sous une pression de 4 à 5 atm., des huiles lourdes ayant comme point d‘’ébullilion 260° ou plus. L’opération est effectuée dans de grandes cornues d’une contenance de 900 1. Les vapeurs sont condensées sous pression dans un réfrigérant ordinaire. Ce procédé fonctionne industriellement depuis plusieurs années et il a permis de préparer de très grandes quantités d’une essence, utilisable dans les moteurs, mais pas toujours identique à elle-même.
- Pour remédier au dernier inconvénient, dans le procédé Leffer, les huiles sont agitées mécaniquement, et la pression (10-12 atm.) y est obtenue au moyen d’un courant de gaz permanent. Dans le procédé Bacon et Clark, le cracking est effectué à plus forte pression et 1 o:i utilise des huiles à point d’ébullition moins élevé. Dans le procédé Sheldock et l’Optime moior
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- NOTES DE CHIMIE.
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- Spirit Syndicate, les huiles à traiter sont débarrassées du soufre, du carbone, des produits asphaltiques par chauffage à 150°204° sous 3-6 atm., en présence d’oxydes métalliques.
- 3° Les procédés delà troisième catégorie réalisent le cracking sous pression dans des tubes ou des récipients de faibles dimensions afin de mieux uniformiser la température et la pression d’une masse moins volumineuse. Le plus connu est le procédé Hall, qui est appliqué industriellement. Testelin et Renard, en 1908, avaient déjà breveté un procédé consistant à faire passer un mélange de vapeur d’eau et d’huile dans des tubes chauffés à 400°-430°.
- Dans le procédé Hall, l’huile est introduite sous pression, à raison de plus de 315 1 à l’heure, dans un tube, où elle est vaporisée. Les vapeurs traversent ensuite, à la vitesse d’environ 190 m à la minute, un serpentin métallique formé d’un tube de 23 mm de diamètre et de 91 m à 180 m de longueur, dans lequel sont placées des baguettes d’un catalyseur, le nickel de préférence,chauffé à 350°, la température variant d’ailleurs avec le produit à obtenir. Grâce à cette grande vitesse, la quantité de carbone déposée est faible. La chambre de détente est constituée par un tube de 300 mm de diamètre et de 3,60 m de hauteur. La détente, fait curieux, occasionne une élévation de température ; il en résulte une surchauffe des vapeurs, d’une trentaine de degrés produisant le cracking. C’est dans cette chambre de détente que se forme la presque totalité du carbone.
- Dans le procédé Groeling, l’huile, chauffée dans un foyer, alimente un récipient dans lequel on introduit de la vapeur d’eau; le mélange de vapeur d’eau et d’huile ressort du récipient par des tuyaux situés à l’intérieur de ceux qui amènent l’huile, laquelle est ainsi réchauffée.
- Le brevet Zerning, qui préconise l’emploi du mélange de vapeurs d’eau et d’huile, est caractérisé parce fait que les vapeurs non condensées, ainsi que les gaz fixes, sont envoyés sous pression dans les hydrocarbures à traiter.
- Certains inventeurs ont combiné au cracking l’hydrogénation, en vue de diminuer la formation d’hydrocarbures non saturés.
- 4° Enfin, certains procédés ont spécialement pour but la fabrication des hydrocarbures aromatiques à partir du pétrole. En effet, les pétroles de Russie et de Roumanie contiennent 0, 4 p. 100 de benzène et homologues. Les pétroles américains, au contraire, ne contiennent pas d’hydrocarbures aromatiques de poids moléculaire aussi faible. Il ne peut être question de retirer ces minimes quantités de benzène du pétrole brut. Mais il existe dans les pétroles une assez forte proportion d’hydrocarbures benzéniques, et l’on peut les craquer pour obtenir des hydrocarbures aromatiques.
- Pour cela, Letny en 1878, faisait passer les résidus de distillation du pétrole de Bakou dans des cornues horizontales remplies de morceaux de charbon de bois, chauffées à 700°-800°. Les vapeurs produites étaient condensées. Le rendement était de 50 à 80 p. 100 de gaz et de 40 à 50 p. 100 de goudron qui, à la distillation, donnait 17 p. 100 de benzène, 0,4 d’anthracène et 7 de naphtalène.
- Presque tous les autres procédés consistent à faire passer les vapeurs d’huiles résiduaires, seules ou mélangées de vapeur d'eau, dans des chambres chauffées à haute température. Dvorkovitz fait couler les huiles résiduaires à travers une série de cornues larges et de faible hauteur, disposées en cascade, et dont la température varie progressivement de 300° à 1000°. — Nikiforoff fait passer lentement les huiles résiduaires dans des cornues chauffées à 500°-525°. — Parmi les procédés utilisant des catalyseurs : Hausman et Pilât font passer les vapeurs d’huile résiduaire dans un long tube incliné chauffé contenant des oxydes de plomb ou de manganèse. —Holegreber fait passer de la vapeur de pétrole avec un excès d’hydrogène à travers des tubes remplis de catalyseurs appropriés (fer, cuivre, nickel ou cobalt) chauffés à 180°-300°.
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- LE CRACKING DES HUILES MINÉRALES.
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- Le Bureau des Mines des États-Unis a entrepris toute une série d’essais de laboratoire, en vue de déterminer les conditions à réaliser pour obtenir le rendement maximum des produits du cracking : carbures éthyléniques, gazoline, hydrocarbures aromatiques.
- La formation du carbone a une grande importance au point de vue de l’application pratique du procédé, car l’obstruction des tubes par le carbone est la principale objection à leur emploi pour réaliser le cracking.
- De ces essais, il résulte que tous les produits provenant du pétrole, depuis les parties distillées les plus légères, jusqu’aux résidus les plus lourds de nature asphaltique, tels ceux du Mexique et de Californie, peuvent être soumis avec succès au cracking et donner un bon rendement en gazoline (en comprenant sous ce terme les produits distillant jusqu’à 150°). La nature de la matière première n’a que peu d’influence sur le produit final.
- Les meilleurs rendements en hydrocarbures aromatiques à faible point d’ébullition sont obtenus entre 625° et 700°, et à une pression supérieure à 8 atm.
- Pour nitrer le toluène préparé par cracking en Ame de préparer le trinitrotoluène, comme ce toluène n’est pas pur, mais qu’il est mélangé à des paraffines et à des olé-fines, on élimine ces dernières par lavage à l’acide sulfurique de densité 1, Si. Le résidu est nitré par un mélange sulfo-nitrique de force juste suffisante pour attaquer le toluène ; la concentration de ce mélange dépend de la quantité de paraffines présentes.
- En se basant sur les résultats obtenus par le Bureau of Mines, l’Aetna Explosives C° a monté un atelier de fabrication de benzène et de toluène à partir du pétrole, et voici les quantités de produits obtenus journellement par le procédé benzène-toluène, par four de 10 tubes (de 203 mm de diamètre et 3, 50 m de longueur), l’alimentation en huile étant de 68 1 à l’heure, soit de 1350 1 pour une journée de 20 heures.
- Huile obtenue par jour. . . . . 35 à 50 p. 100 de l’huile primitive
- Benzène — ... . . 6 à 8 -
- Toluène — ... . . 6 à 8 —
- Xylène — ... . . 4 à 6 —
- Gazoline — ... . . 6 à 8 —
- Huile de créosote et brai. . . . 25 à 35 —
- Charbon déposé ...... . . 3 à 5 —
- Gaz à 60 —
- Pour une alimentation en huile de 136 là l’heure, soit 2 992 1 pour 22 heures de travail, on a eu en gazoline :
- Gazoline......................25 à 30 p. 100 —
- Résida ne distillant pas à 130°. 73 à 70 —
- Pertes par jour, gaz fixes et carbone
- 1,5 à 3
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- NOTES D’AGRICULTURE
- par M. H. Hitier
- membre du Conseil.
- DES QUANTITÉS D’EAU ET DE LA FRÉQUENCE DES ARROSAGES
- suivant les propriétés physiques des terres.
- (Recherches de M. A. Müntz et E. Laine.)
- Parmi les dernières recherches qu'avait entreprises notre éminent et regretté collègue M. Achille Müntz, celles relatives aux meilleures méthodes employées en irrigation pour utiliser l’eau d’une façon vraiment économique se placent au premier rang.
- Depuis 1905, en effet, MM. Müntz et Lainé (1) avaient poursuivi toute une série de travaux, tant au laboratoire que sur place, dans les différentes régions de la France, pour étudier l’aptitude des sols à recevoir et à utiliser l’eau d’arrosage et pour rechercher les conditions les plus avantageuses dans lesquelles cette eau devait être distribuée.
- On sait quelle est l’extrême importance des irrigations pour la richesse agricole de pays tels que la Provence, le Roussillon, l’Aquitaine, etc. La possibilité d’irriguer assure le plus souvent, dans ces pays, la possibilité d’entreprendre des cultures à gros produits bruis, retenant à la campagne une population dense. Malheureusement, les quantités d’eau dont l’agriculture peut disposer sont presque toujours très limitées et l’irrigation est alors forcément restreinte à une surface de faible étendue. Jusqu’à présent, du reste, on n’avait qu’un certain nombre de règles empiriques fixant les quantités d’eau et la fréquence des arrosages, et on appliquait ces règles un peu à tous les cas ; aussi, souvent, en résultait-il de graves mécomptes. Les recherches de MM. Müntz et Lainé, tous les deux aujourd’hui malheureusement disparus, ont jeté, sur ces questions d’un si vif intérêt, des données nouvelles qui ont eu et sont destinées surtout à avoir des conséquences pratiques de la plus haute importance pour l'établissement des canaux d’irrigation et la bonne répartition de l'eau.
- Déjà, nous avons eu l’occasion d’exposer ici même, dans de précédentes Notes d’agriculture, les résultats acquis par les premières recherches de ces savants. Nous voudrions aujourd’hui résumer ceux qu’ils avaient obtenus dans leurs dernières
- (1) M. Lainé, ingénieur-agronome, était préparateur de M. Müntz; mobilisé au début de la guerre, il succomba des suites des fatigues de la campagne.
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- DES QUANTITÉS d'eAU ET DE LA FRÉQUENCE DES ARROSAGES. 387
- expériences. Celles-ci ont été publiées dans le fascicule 44 des Annales de VHydraulique du ministère de l’Agriculture (année 1912).
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- L’étude, en plein champ et au laboratoire, de nombreux échantillons de sols de natures très variées, prélevés dans les différentes régions de la France où se pratique l’arrosage, dans les bassins de la Garonne, de la Loire et du Rhône, a montré à MM. Müntz et Laine qu’il était indispensable de comprendre, parmi les études préalables du projet d’un canal d’irrigation, celle des propriétés physiques des sols qui constituent le périmètre arrosable de ce canal. Ils ont été amenés à insister, en parti-cuher, sur l’intérêt qu’il y avait à connaître la perméabilité des terres, c’est-à-dire la faculté de celles-ci à se laisser pénétrer par l’eau et ils ont pu montrer que, contrairement à l’opinion généralement adoptée, des terres, même quand elles sont de formation géologique analogue, présentent entre elles, sous ce rapport, des différences énormes, allant du simple au décuple et bien au delà. Ils terminaient l’exposé de leurs recherches de 1905 et de 1907 en formulant les conclusions suivantes:
- « A vrai dire, il nous semble que les terres peuvent se classer en trois catégories :
- « I. Celles qu’on peut regarder comme presque imperméables, c'est-à-dire dans lesquelles l’eau ne pénètre que d’un petit nombre de millimètres par heure; qui, par suite, ne sont pas susceptibles de se laisser pénétrer par l’eau dans les conditions d’un arrosage ordinaire, et pour lesquelles il ne conviendrait, selon nous, de faire les sacrifices de l’amenée de l’eau que dans des conditions techniques et économiques spéciales ;
- «IL Les terres peu perméables, où l’eau peut pénétrer, toujours dans les conditions pratiques d’un arrosage, aux environs de t cm par heure, et auxquelles il conviendrait de donner des arrosages peu copieux, plus ou moins répétés;
- « III. Celles enfin où l’eau pénètre au moins de quelques centimètres et plus et que l’on peut qualifier de perméables, c'est-à-dire aptes à absorber de l’eau, et auxquelles conviennent des arrosages plus copieux. Au-dessus d’un certain degré de perméabi-bté, il n’y a plus intérêt à déterminer le degré exact auquel les terres se classent à l’échelle. Ces terres sont toutes aptes à recevoir l’eau en suffisance. Mais c’est là qu'interviendra surtout la détermination de la quantité d’eau réellement utile à la végétation, afin de leur donner cette quantité d’eau et non la quantité sûrement supérieure qu’elles seraient capables d’absorber. »
- Cet ordre de recherches auxquelles MM. Müntz et Lainé avaient jusqu’ici consacré tous leurs efforts, a cessé, à partir de 1908, de tenir la première place dans leur programme. Ils ont orienté leurs expériences dans une direction nouvelle, et ils se sont surtout attachés à organiser des essais d’arrosage dans des régions différentes et sur des terrains de constitution variée, dans le but de déterminer quelle est la façon d’effectuer l’irrigation qui donne les meilleurs résultats culturaux. Ils ont ainsi organisé des champs d’expérience afin d’obtenir une vérification directe des déductions auxquelles les avaient conduits leurs études du sol, tant sur place qu’au laboratoire.
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- NOTES D AGRICULTURE. --- MARS-AVRIL 1917.
- Portée pratique de telles recherches. Canal de la Bourne.
- Que de telles recherches aient une portée pratique considérable, en voici un exemple bien net :
- A la demande de M. l’Inspecteur général Pochet, MM. Müntz et Lainé ont été amenés à mettre à leur programme l’étude des sols qui constituent le périmètre du canal de la Bourne. Ce canal, dont la mise en eau remonte à 1S84, n’a vu les arrosages se développer sur son périmètre qu’avec une extrême lenteur. Avec une dotation de 7 m3, le canal de la Bourne a un périmètre arrosable de 16 000 lia, sur les 22 000 ha qui forment son périmètre dominé, mais la surface irriguée n'atteint pas 2 000 ha. Il faut ajouter que, sur ces derniers 2 000 ha qui sont pourvus de concessions, il n’y en a qu’une faible partie qui utilise d’une façon effective l’eau d’arrosage. C’est que les essais de culture irriguée tentés par les cultivateurs ont en général donné de mauvais résultats, et, dès lors, les concessionnaires sont aujourd’hui presque unanimes pour affirmer que les arrosages ne sont pas avantageux sur le périmètre de la Bourne. On attribue généralement cet insuccès manifeste à la nature de l’eau, au climat, etc.
- MM. Müntz et Lainé ont entrepris de rechercher si cet insuccès n’était pas attribuable, comme ils l’avaient reconnu dans une tout autre région sur le périmètre du canal de Saint-Martory, à la nature des terres et à leurs propriétés physiques défavorables. Le canal de la Bourne est dérivé de la Bourne, affluent de l’Isère, qui descend des montagnes du Vercors.il arrose la plaine située sur la rive gauche du Rhône, au sud du confluent de l’Isère. Au point de vue géologique, cette plaine est formée surtout d’alluvions anciennes dites de diluvium alpin.
- Ce sont des terres très caillouteuses, de couleur généralement rougeâtre. Les éléments grossiers y dominent, les sables fins et l’argile y sont peu abondants. Leur propriété physique la plus frappante est leur perméabilité très grande, souvent même exagérée. A l’échelle de MM. Müntz et Lainé (1), cette perméabilité ne descend jamais sensiblement au-dessous de 30 et atteint et dépasse 150. Or, les terres moyennement perméables, où l’arrosage semble être appliqué le plus facilement et avec le plus de succès, ont une perméabilité variant généralement entre 5 et 20, comme celles de Carpentras ; celle des sols du périmètre de la Bourne serait donc 3 à 10 fois supérieure. C'est dans ce fait, ont démontré MM. Müntz et Lainé, qu’il faut chercher la cause des difficultés et des insuccès qui ont paralysé le développement des arrosages dans cette région, et ils en donnent les explications que voici :
- Les inconvénients de la perméabilité exagérée sont surtout sensibles pour l’arrosage de la prairie ou de la luzerne. On l’effectue dans ce cas par déversement : l’eau d’arrosage est conduite sur le terrain dans des rigoles étroites que l’on barre pour les faire déborder. L’eau se répand en nappe et progresse tout en s’infiltrant. Dans le cas d’une terre d’une perméabilité très grande, l’infiltration est extrêmement rapide et, si la nappe déversante n’a pas un débit très élevé, elle n’atteint que les points les plus voisins de la rigole. Il arrive alors qu’une partie des parcelles ne profite pas de l'arrosage, tandis que le sol avoisinant la rigole est délayé par un arrosage excessif ; les principes fertilisants solubles y sont entraînés dans le sous-sol et sont perdus pour les
- 1 Chaque degré de l'échelle établie par MM. Müntz et Lainé correspond â un centimètre de hauteur d'eau s'infiltrant dans l'espace d'une heures
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- DES QUANTITÉS d’eAU ET DE LA FRÉQUENCE DES ARROSAGES . 389
- plantes, d’où cette conséquence en apparence paradoxale : l’irrigation amoindrit la fertilité.
- L’eau d’arrosage est fournie à l’usager en tête de sa propriété avec un débit constant fixé par le règlement du canal et qu’on appelle module. L’usager introduit en entier ce module dans la rigole de distribution qu’il a aménagée sur son terrain. En barrant convenablement la rigole, il la fait déborder sur une largeur déterminée. Le sol est alors arrosé par une lame déversante qui possède une vitesse variant avec le module, la largeur et la pente du terrain, qu’on lui fait couvrir, avec la rapidité avec laquelle l’eau s’infiltre.
- Le module du canal de la Bourne est un des plus faibles qui aient été adoptés par les canaux français. Il n’est que de 28 1 alors que la plupart des canaux ont adopté un module voisin de 40 1. La perméabilité étant en même temps très grande, l’infiltration très rapide ne permet pas une vitesse de la nappe déversante suffisante pour atteindre des points un peu éloignés. D’autre pari, l’eau de la Bourne est très claire et ne diminue pas par colmatage la perméabilité, comme cfela se produit avec les canaux dérivés de la Durance. Au contraire, la rapidité de l’infiltration et la faible plasticité de la terre font qu’au voisinage des rigoles non seulement les principes solubles, mais aussi les éléments terreux fins sont entraînés dans le sous-sol. La couche arable se trouve pour ainsi dire stérilisée au voisinage des rigoles, la perméabilité tend à s’y exagérer davantage en accentuant ainsi les causes de l’insuccès de l’arrosage. En tous les points où l’arrosage des prairies naturelles ou artificielles a été tenté, on n’a pas réussi à répartir régulièrement l’eau à la surface du sol et on a remarqué une diminution sensible des rendements au voisinage des rigoles de distribution. Ces faits ont pu être observés d’une façon très nette, par exemple, au Valentin où l’on a tenté l’aménagement d’un champ de luzerne en vue de l’irrigation.
- En présence de ces faits, on a généralement renoncé à l’irrigation de la prairie, et l’on s’accorde à dire au’elle est impossible sur le périmètre de la Bourne. On en accuse le climat, la nature de l’eau de la Bourne, etc., mais la seule cause des échecs est la trop grande perméabilité du sol et la faiblesse du module.
- L’irrigation de la prairie est cependant possible sur le périmètre du canal de la Bourne, si on la pratique dans certaines conditions qu’imposent à la fois l’extrême perméabilité du sol et le module réduit du canal. Les parcelles en tête desquelles le module est donné doivent avoir une largeur très réduite, afin de corriger la faible importance de ce module. On arrive ainsi à donner à la nappe arrosante une vitesse suffisante pour que la parcelle, dont la longueur est d’ailleurs également réduite, soit arrosée dans toute sa surface, sans que la partie voisine de la rigole de distribution ait reçu une quantité d’eau excessive. L’expérience, du reste, confirme le bien fondé de cette manière de faire : MM. Müntz et Lainé citent l’exemple de M. Héritier ayant adopté de tels procédés dans des terrains très perméables, à la Cliafine, commune de Portes. Il est l’un des rares cultivateurs, peut-être le seul, qui ait obtenu des résultats économiques satisfaisants en utilisant l’eau du canal de la Bourne à l’arrosage de la luzerne en terrains très perméables.
- « Il trace dans ses champs de luzerne des rigoles de distribution très rapprochées, distantes d’environ 12 m, et il opère l’arrosage par déversement, sur une portion de la rigole longue seulement de 3 m. La parcelle qu’il arrose ainsi à la fois et avec le module que lui fournit le canal, a moins de 40 m2, et il ne laisse l'arrosage se pour-Tome 127. — 1” semestre. — Mars-Avril 1917. -6
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- suivre que pendant une minute et demie. Il faut donc conduire pour ainsi dire, à la main, l’eau d’arrosage sur les divers points à irriguer. Pratiqué ainsi, l’arrosage des terrains perméables du canal de la Bourne peut donner de bons résultats, mais avec une dépense de main-d’œuvre considérable, difficile à trouver en grande culture ; il est impossible la nuit, sauf pour des hommes particulièrement laborieux qui s'aident d’une lanterne pour suivre à la surface du terrain les progrès de l’eau qu’on y amène.
- La perméabilité des terres et leur aptitude à Virrigation.
- En comparant les observations faites sur le périmètre du canal de Saint-Martorÿ et sur celui du canal de la Bourne, MM. Müntz et Lainé ont, en somme, constaté un résultat pratique analogue, bien que dû à des causes tout à fait opposées ; dans un cas, perméabilité extrêmement faible, dans l’autre, perméabilité extrêmement élevée. Ces deux natures de terre se trouvent aux deux extrémités de l’échelle de perméabilité, l’une étant 600 fois plus perméable que l’autre. Plus MM. Muntz et Lainé ont avancé dans leurs recherches, plus se sont confirmées leurs idées sur la relation étroite qui existe entre la perméabilité des terres et leur aptitude à utiliser l’eau. C’est dans les terres de perméabilité moyenne qu’ils ont vu partout les meilleurs résultats, comme leur ont montré leurs études sur les canaux de Carpentras, de Saint-Julien, etc.
- De plus en plus, cette conviction leur a paru s’imposer, que l’étude des propriétés physiques des terres, surtout la détermination de la quantité d’eau qui peut s’infiltrer en un temps donné, doit faire partie de l’étude préliminaire de la construction d'un canal.
- On peut, dès lors, estiment-ils, classer les terrains en deux grandes catégories :
- « 1° Ceux qui possèdent une perméabilité appartenant aux deux extrêmes de leur échelle, ces extrêmes constituant des exceptions, mais des exceptions assez fréquentes.
- « 2° Les terrains à perméabilité moyenne.
- « Dans ces derniers, les irrigations, réglées d’après ce degré de perméabilité, donneront des résultats rémunérateurs, à moins de circonstances étrangères à la nature du terrain. Dans les premiers, au contraire, le succès est toujours incertain et on peut hésiter sur l’opportunité de créer un canal, ou tout au moins prévoir des difficultés spéciales pour la distribution de l’eau. Il n’est pas dit par là que l’irrigation ne peut jamais y donner de bénéfices, mais elle exige des dépenses supplémentaires, quelquefois considérables, et il y a toujours lieu, dans ce cas, de faire au préalable un calcul précis de l’économie de l’entreprise. Ainsi, dans les terrains très peu perméables, dans lesquels l’eau ne s’infiltre qu’à raison de 1 ou 2 mm par heure, et qui sont par là même peu aptes à utiliser l’eau, les cultures irriguées peuvent encore donner de bons rendement, à la condition que l’aménagement du sol soit parfaitement soigné, qu’on l’ait disposé en pentes très régulières, avec des colatures ne laissant séjourner sur le terrain aucun excès d’eau. Il peut même y avoir lieu, dans certains cas, d’effectuer des drainages. Ces précautions ne vont pas sans de grandes dépenses et l’ingénieur chargé de l’étude du canal devra se rendre compte, d’une façon très précise, si ces dépenses ne sont pas de nature à compromettre le succès de l’application de l’eau.
- « Dans les terrains d’une perméabilité extrêmement élevée, dans lesquels l’eau s’infiltre à raison de plus de 40 à 60 centimètres par heure, l’arrosage offre des difficultés
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- aussi grandes, quoique d’un ordre tout différent ; l’eau n’y est répartie convenablement qu’au prix de précautions qui se traduisent par une main-d’œuvre exagérée, se renouvelant à chaque arrosage. Il y a donc encore une augmentation de dépenses du fait de la perméabilité exceptionnelle du terrain et l’irrigation ne peut être dans ce cas une amélioration que si la situation géographique du pays, ses débouchés, l’abondance de la main-d’œuvre, etc., permettent de faire des cultures riches, pouvant rémunérer de gros sacrifices.
- « On voit combien il faut toujours être circonspect lorsqu’il s’agit défaire des irrigations dans des terrains de perméabilité exceptionnelle. Même, il y a des cas où l’on doit éviter de les appliquer. C’est notamment lorsque ces terrains exceptionnels forment une partie d’un périmètre pour lequel on ne dispose que d’une quantité insuffisante d’eau pour l’arrosage de toute la surface. C’est alors aux bonnes terres qu’il faut la réserver. Ainsi, par exemple, le canal latéral à la Garonne, qui domine un périmètre que l’on peut évaluer à près de 200000 hectares, pourrait céder à l’agriculture environ 5 000 1 d’eau susceptibles d’irriguer seulement 7 000 ou 8000 ha, c’est-à-dire le 1/20 à peine du périmètre dominé. Sur ce périmètre, on trouve des terrains extrêmement peu perméables, où l’irrigation ne pourrait donner que des résultats aléatoires, et d’autres, au contraire, qui sont relativement perméables, et sur lesquels ou pourrait tirer un meilleur parti de l’eau qu’on y amènerait. Dans ce cas particulier, il sera conforme à l’intérêt général de faire un choix parmi les terres à irriguer et de réserver l’eau à celles qui en tireront le plus grand profit. »
- MM. Müntz et Lainé n’ont pas eu la prétention d’établir une distinction absolue entre les terres avantageusement irrigables et celles qui ne le sont pas; il y a, en réalité, tous les intermédiaires, et même il n’y a pas, à vrai dire, des terres inaptes à utiliser l’eau d’arrosage, elles supportent d’une façon plus ou moins économique les frais de l’arrosage, mais il est toujours possible, en l’effectuant dans les conditions voulues de lui faire donner des suppléments de récolte. Le tout est de déterminer si l’amélioration ainsi réalisée laisse un bénéfice au cultivateur.
- D’autre part, des canaux ont déjà été construits dans des régions appartenant à cette catégorie de terres ou trop ou trop peu perméables. L’utilité de leur établissement peut être contestée, mais, comme ils existent, il convient de chercher à en tirer le meilleur parti.
- « En ce qui concerne les terres très perméables, il faut, pour les arroser, adopter un grand module et diviser le terrain en parcelles de faible surface. Ici la valeur du module apparaît d’importance capitale et domine la question tout entière. Pour les sols placés à l’autre extrémité de l’échelle de perméabilité, la question du module ne se pose pas d’une façon aussi impérative; l’arrosage est toujours possible, mais il y a intérêt à le pratiquer avec le module juste suffisant. Une raison d’économie porte, dans ce cas, à le réduire autant que possible, ce qui permet de diminuer la section des filiales. Une autre raison conduit également à réduire le module; l’absorption de l’eau par le sol étant très lente, il faut en effet maintenir celle-ci un temps suffisant pour qu’elle atteigne une couche de quelque profondeur. On doit, par suite, en même temps, donner aux parcelles une longueur plus grande et à la nappe arrosante une vitesse plus réduite. Il est vrai que cette vitesse plus réduite peut être obtenue avec un module élevé en pratiquant l’arrosage de plusieurs calants à la fois ou en donnant à ces
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- calants une très grande largeur, mais l’arrosage est, dans ces conditions, difficile à faire d’une façon régulière et peut même devenir impraticable.
- « En résumé, le module et la largeur des parcelles doivent être tels que la vitesse de l’eau d’arrosage à la surface du sol ait une valeur élevée dans les terres très perméables, faible dans les terres peu perméables. La surface des parcelles ne pouvant varier qu’entre certaines limites, il faut donc faire varier le module selon la perméabilité des terrains. »
- Expériences des années 1908, 1909, 1910.
- En 1908 les expériences entreprises par MM. Müntz et Lainé eurent pour but la détermination des quantités d’eau nécessaires à l’arrosage et à la détermination du module. Ils organisaient à cet effet une station de champs d’expériences à l’École pratique d’agriculture de la Haute-Garonne, à Ondes, deux autres aux environs de Carpentras (Vaucluse).
- En 1909, les mêmes expériences furent refaites, mais installées en des points beaucoup plus nombreux, notamment sur le périmètre du canal de Saint-Martory, à l’école d’Ondes, sur le périmètre du canal de Saint-Jullien près de Cavaillon, sur celui de Carpentras et sur celui de la Bourne près de Valence, c’est-à-dire dans des terrains représentant une gamme complète des perméabilités et sous des climats différents.
- Toutes ces stations furent encore utilisées en 1910, et MM. Müntz et Laine en organisèrent, en outre, une nouvelle dans les alluvions anciennes de la Garonne aux environs de Toulouse, sur le périmètre du canal de Saint-Martory à Fourcadel. Le terrain choisi était constitué par une boulbène presque imperméable, limonà éléments siliceux extrêmement fin.
- Leur mémoire, publié dans les Annules de l’hydraulique et des améliorations agricoles, contient tous les détails de ces expériences et les observations auxquelles eUes ont donné lieu; quant aux résultats généraux fournis par l’ensemble de ces recherches, MM. Müntz et Lainé les ont exposés dans les conclusions, que nous croyons devoir reproduire intégralement ici :
- Résultats généraux fournis par Vensemble de ces recherches
- Dès nos premiers travaux, nous avons été frappés de voir que des terres, arrosées avec des quantités d’eau identiques, différaient entre elfes dans des proportions énormes au point de vue de leur perméabilité, c’est-à-dire de leur aptitude à se laisser pénétrer par l’eau, et nous avons conclu de nos observations qu’il était illogique de leur faire des apports d’eau identiques. Nous avons montré que des insuccès, constatés dans l’arrosage par les eaux de certains canaux, n'étaient pas dus, comme ou le pensait, à la qualité des eaux, mais bien à la nature physique des terres, et principalement à leur degré de perméabilité.
- Ainsi, la région desservie par le canal de Saint-Martory, et qui s’étend des pieds des Pyrénées jusqu’à Toulouse, n'a pas vu sa prospérité augmenter par la création de ce canal, bien au contraire. Cela tient à la faible perméabilité des terres, qui ne peuvent absorber que partiellement l’eau qu’on leur donne, et qui deviennent marécageuses.
- De même, le périmètre arrosé par le canal de la Bourne, qui s’étend sur la rive gauche du Rhône, en aval de l’Isère, sur une longueur et une largeur d'environ 30 km, n’utilise pas fructueusement les eaux qui lui sont amenées. Nous avons montré que le terrain qui le
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- forme est, contrairement aux précédents, d'une perméabilité extrêmement élevée et que l’eau s’engouffre au premier contact, sans arriver à arroser les surfaces auxquelles elle est destinée.
- De pareils résultats ont des conséquences très graves. Non seulement, ils rendent inefficaces les grands sacrifices faits pour la construction d’un canal, ils tendent à diminuer la valeur foncière de terrains grevés de redevances par l’usage de l’eau, mais encore ils jettent un discrédit sur la pratique des arrosages qui, appliqués judicieusement, ont une si grande influence sur la richesse agricole des régions desservies. Nous étions arrivés à cette conclusion que l’étude des propriétés physiques des terres devrait faire partie de l’établissement de l'avant-projet des canaux d’arrosage, pour s’assurer, au préalable, de l’opportunité de la création du canal et, dans le cas affirmatif, du volume d’eau à amener, du module à adopter et du mode de distribution à employer.
- Etant donné les différences entre les diverses terres, dans la façon dont elles se comportent vis-à-vis de l'eau, et particulièrement de la perméabilité qui permet de les classer selon une échelle que nous avons établie, nous avions d’abord pensé que les volumes d’eau à apporter devaient être également différents, et non pas uniformes, comme on le croyait jusque-là.
- Mais, en étudiant les arrosages dans les diverses régions où cette pratique est courante, nous avons vu que la question était beaucoup plus complexe et que les variations de la nature physique des terres influaient plus encore sur le mode de distribution de l’eau que sur les quantités à donner.
- On a l’habitude d’exprimer les quantités données à l’irrigation par ce qu’on appelle le débit continu à l’hectare et par seconde. Cette grandeur n’est qu’une fiction commode ne correspondant point à une réalité pratique. Nous avons vu qu’elle était la résultante des trois grandeurs suivantes :
- 1° Le module, c’est-à-dire le débit des canaux tertiaires qui desservent les'parcelles à irriguer ;
- 2° La durée de chaque arrosage qui, avec le module, détermine le volume d’eau utilisé;
- 3° La période qui ramène l’arrosage sur chaque parcelle.
- C’est en vue de la détermination rationnelle de ces données que nous avons institué les expériences qui sont décrites dans ce mémoire. Ces essais n’ont porté que sur la prairie naturelle arrosée par la méthode de déversement, telle qu’elle est pratiquée dans la région des grands canaux d’irrigation de la France et de l'étranger. Cette méthode, qui peut servir de type est, d’ailleurs, la plus couramment suivie.
- Pour élucider ces problèmes, nous avons établi de nombreux champs d’expériences. Ceux-ci étaient choisis de façon à représenter des types de terre variés et dans des régions où les arrosages sont installés depuis longtemps.
- Nous examinions la nature physique des terres, nous faisions varier les volumes d’eau et les intervalles entre les arrosages, et nous déterminions l’influence de ces variations sur les quantités de récolte produite. Ces observations nous ont fourni des renseignements sur les quantités d’eau les plus avantageuses à employer, sur la manière de les distribuer, en même temps sur les économies à réaliser, afin d’étendre les bienfaits de l’arrosage aux plus grandes surfaces possibles.
- Malheureusement, pendant les trois années, dont le compte rendu fait l’objet de ce travail, nous n’avons pas été favorisés par le climat. Nous avons eu des étés exceptionnellement humides et pluvieux qui ont atténué les plus-values de récoltes attribuables aux irrigations. Avant d’ôtre confirmés au cours d’une campagne plus normale, les résultats que nous avons relevés dans ces conditions ne sont donc valables que pour une année humide. Ces expériences seront renouvelées, dans l’espoir de profiter des conditions climatériques susceptibles de mettre plus en relief les bienfaits de l’emploi de l’eau.
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- Rapportés à l’échelle de perméabilité que nous avons établie et dont chaque degré correspond à un centimètre de hauteur d’eau s’infiltrant dans l’espace d’une heure, nos divers champs d’expériences se classent de la façon suivante :
- Perméabilité.
- Fourcadel................................0,5 à 0,1
- Ondes........................................ 0,6
- Cheval-Blanc (près de Cavaillon............. 2,0
- / Pernes-Garrigues............... 3,0
- Carpentras. ! Carpentras-Terradou.......... 10,0
- ( Pernes-Croix-Couverte .... 12,0
- Valence.................................. 50 à 60
- Ces divers terrains ont donc été choisis de manière à représenter des perméabilités variant entre les limites les plus larges.
- Dans chaque champ d’expérience, nous avions à déterminer :
- 1° Le module ;
- 2° La quantité d’eau la plus favorable au rendement de récolte, avec des arrosages effectués à des intervalles identiques;
- 3° L’influence sur le rendement de la répartition plus ou moins fréquente d’une même quantité globale d’eau.
- Module.
- On sait que le module est le débit avec lequel l’eau est fournie sur la parcelle à arroser par les dernières ramifications du canal. Dans la méthode d'irrigation par déversement, la seule que nous envisagions, on fait déborder la rigole de distribution dont l’eau s’étale en nappe sur une largeur déterminée. Cette nappe a elle-même un débit qui, calculé par mètre de largeur à l’entrée de la planche, est proportionnel au module et inversement proportionnel à la largeur des calants. Ce débit doit être suffisant pour que l’eau progresse assez rapidement en arrosant régulièrement la parcelle en tous ses points sans rester stagnante*’ ni arroser d’une façon excessive les points les plus rapprochés de la rigole de distribution. La nappe déversante, d’autre part, doit progresser assez lentement pour opérer un arrosage suffisant avant d’atteindre les colatures.
- On conçoit facilement que la vitesse et le débit de cette nappe doivent varier entre de larges limites suivant la rapidité avec laquelle l’eau s’infiltre dans le sol. Nos essais ont montré que dans les terres peu perméables, comme à Fourcadel ou à Ondes, le module doit être tel que le débit de la nappe déversante soit d’environ 0 lit. 30 par mètre de largeur et par seconde. Dans des terrains de perméabilité moyenne, comme à Carpentras, ce module doit correspondre à un débit de la nappe déversante de d litre 5à2 litres par seconde et par mètre de largeur. Dans les terres extrêmement perméables du canal de la Bourne, ce débit doit dépasser 9 litres.
- Le module est égal au produit de ce débit de la nappe déversante par la largeur des parcelles à arroser. Afin de diminuer le temps à consacrer aux arrosages et les frais de main-d’œuvre, on donne aux calants une largeur aussi grande que possible, mais on est limité dans ce sens parle morcellement de la propriété. On ne peut d’ailleurs exagérer beaucoup la largeur des calants sous peine de rendre très difficile la répartition régulière de l’eau.
- Dans la Haute-Garonne, les propriétés sont, en général, relativement peu morcelées, et l’on peut donner aux calants une largeur moyenne de 30 mètres. Il en résulte un module égal à 0 lit. 3 x 50 = 15 litres.
- Aux environs de Carpentras, les champs sont plus petits, et il ne faut pas songer à donner aux calants une largeur supérieure à 20 ou 25 mètres. On en déduit un module compris entre 30 et 50 litres.
- Champs
- d’expériences.
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- DES QUANTITÉS D’EAU ET DE LA FRÉQUENCE DES ARROSAGES. 395
- Sur le périmètre du canal de la Bourne, il faudrait également adopter une largeur de 20 mètres à laquelle correspondrait un module de 180 litres par seconde.
- Ces modules ne sont pas toujours ceux que les canaux d'irrigation ont adoptés. Le module du canal de Saint-Martory, par exemple, est égal à 42 litres, près de trois fois plus élevé que celui qui conviendrait. Au contraire, celui du canal de la Bourne n’est que de 28 litres au lieu de 180 litres. Il n’est pas douteux que le choix de modules ne s’adaptant pas aux besoins locaux, soit une des causes les plus importantes de l’insuccès des irrigations.
- Quantités d'eau à distribuer par arrosage.
- Pour déterminer cette quantité, nous avons établi, dans chacun des champs d’expériences, une série de quatre calants, disposés selon la méthode provençale, limités par des bourrelets en terre. Sur le côté le plus élevé, on avait creusé une rigole dans laquellel’eau était amenée avec un débit rigoureusement mesuré à l’aide d’un déversoir de jauge. Cette eau se répandait en nappe suivant les lignes de plus grande pente. Il est certain que, pour que l’arrosage soit complet, il est nécessaire de le prolonger pendant un temps suffisant pour que l’eau atteigne les parties les plus basses du calant. Ce temps était noté. Nous avions ainsi le volume minimum pouvant arroser une surface donnée.
- Ce volume varie, dans les divers champs d’expériences, avec la nature physique des terres.
- Quantité d'eau nécessaire, pour arroser un hectare.
- Stations. Perméabilité. 1909. 191@. moyenne.
- m;\ m3. m3.
- Fourcade] . 0,05 à 0,01 145 145,0
- Ondes 0,6 383 380 381,5
- ' Cavaillon 2,0 334 384 359,0
- ( Garrigues 3,0 498 435 466,0
- Carpentras. j Terradou 10,0 504 597 550,0
- v Croix-Couverte 12,0 581 502 540,0
- S’il n’y a pas de rapport direct entre la perméabilité des terres et les quantités d’eau
- nécessaires pour les couvrir d’une nappe arrosante, il y a cependant un certain parallé-
- lisme.
- Ces volumes étant pris pour unités, à chaque arrosage, le calant n°l recevait ie volume,
- le calant n° 2, 1 fois et demie, le calant n ° 3, 2 fois ce volume, le calant n° 4 restait sans arro-
- sage et servait de témoin.
- Les rendements en foin sec par hectare pour les deux années 1909 et 1910 ont été en
- moyenne : Rendements
- * avec avec avec sans
- Stations. Perméabilité 1 volume. 1 vol. 1/2. 2 volumes. arrosage.
- kgs. kgs. kgs. kgs.
- Fourcadel. 0,05 à 0,1 2 305 » » 1 425
- Ondes. . . 0,6 4 464 4 656 4 157 1 720
- Cavaillon. 2,0 12 995 13 390 13 090 5 925
- t Garrigues .... 3,0 13 985 14 500 13 050 3 060
- Carpentras | Terradou .... 10,0 14 855 11 325 12 900 5 860
- ( Croix-Couverte . 12,0 13 420 13115 11 410 5 920
- Ces résultats se rapportent à la récolte totale de l’année, sauf pour les stations de Four-
- cadel et d’Ondes, pour lesquelles on n’a fait intervenir que le poids des deux dernières
- coupes.
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- 396
- NOTES D’AGRICULTURE. --- MARS-AVRIL 1917.
- Nous voyons que, dans certains cas, l’arrosage avec un volume, c’est-à-dire avec la quantité d’eau strictement nécessaire pour la faire arriver à l’extrémité du calant, s’est montré le plus favorable. S’il y a quelquefois une petite augmentation avec un arrosage plus copieux elle n’est pas proportionnelle à la quantité d’eau dépensée en plus, et tient plutôt aux irrégularités de la nature de terrain.
- C’est donc l’arrosage le plus réduit, c’est-à-dire celui qui correspond à la quantité juste nécessaire pour arriver à l’extrémité du calant, qui doit être employé. C’est à tort que les agriculteurs demandent des arrosages plus abondants. Un excès constitue une perte d’eau qui pourrait être utilisée sur d’autres surfaces, et peut même nuire au rendement en récolte. Cet excès s’écoule, en effet, dans les drainages ou les colatures et appauvrit le sol. Cette notion est de la plus haute importance pour l’utilisation au maximum de l’eau apportée par les canaux d’arrosage.
- Espacement des arrosages.
- Les arrosages se pratiquent à des intervalles variables. Etant donné une même quantité globale d’eau mise à la disposition de l’agriculteur, en combien d’arrosages et à quels intervalles doit-il le répartir pour avoir les plus fortes récoltes? Les moyennes des résultats des expériences effectuées pour élucider ce point, en 1909, et en 1910, sont les suivantes :
- Rendements à l’hectare obtenus avec des arrosages. Témoin —— mi ~—-------—- sans
- tous les tous les tous les tous les arro-
- Stations. Perméabilité. 3 j. 3/4. 7j. 1/2. 15 jours. 22 j. 1/2. sage
- kgs. kgs. kgs. kgs. kgs.
- Eourcadel . . 0,05 à 0,1 1530 2 305 2 340 2 050 1425
- Ondes . . . 0,6 4141 4 671 4 344 3 814 2 848
- Cavaillon. . 2,0 12 825 13 535 11359 12 000 5 715
- ( Garrigues . . . 3,0 14 375 14125 12 065 10 650 4 040
- Carpentras. < Terradou. . . . 10,0 15 550 13 600 12 300 10 060 5 245
- ( Croix-Couverte. 12,0 12 870 11 940 11 315 8 450 5 155
- On voit d’une façon très nette que, si l’arrosage le plus répété a souvent abouti à une augmentation de récolte, cette augmentation n’est pas assez régulière, ni assez forte, pour compenser la main-d’œuvre supplémentaire occasionnée par un travail plus fréquent. D’une manière générale, c’est un arrosage pratiqué tous les sept ou huit jours qui est, en temps normal, les plus avantageux. Des arrosages plus espacés, tous les quinze jours, et surtout toutes les trois semaines, donnent des résultats notablement inférieurs.
- Il n’est donc pas indifférent de donner un même volume global d’eau en des arrosages plus ou moins fréquents; mais il faut faire entrer, dans le calcul du prix de revient de la plus-value de récolte, les frais de main-d’œuvre que demande la multiplicité des arrosages.
- Débit continu.
- La connaissance du volume d’eau par arrosage et la fréquence de ceux-ci permet de calculer la quantité d’eau à donner pendant la période culturale. Si l’on rapporte ce volume à la surface d’un hectare et à la durée d’une seconde, on obtient ce qu’on appelle le « débit continu », dont la connaissance est très importante, puisqu’elle sert de base à la dotation et à la construction du canal principal, ainsi qu’aux transactions entre les intéressés et la coup pagnie concessionnaire. Jusqu’à présent, on estimait que ce débit continu devait être uniformément, pour tous les terrains, voisin de I 1.
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- DES QUANTITÉS D’EAU ET DE LA FRÉQUENCE DES ARROSAGES.
- 397
- Or, il résulte de nos observations qu’il devait être:
- Pour Fourcadel de O* 1 *,23 au lieu de O1,75, débit règlement.
- — Ondes de O1,34 — O1,75/ débit non fixé.
- — Cavaillon de G1,35 — 0l,73, débit non fixé.
- — Carpentras de O1,71 à O1,85 — l‘,275. débit règlement.
- variant ainsi avec la nature physique des terres.
- Il y a donc ordinairement un véritable gaspillage d’eau. L’intérêt général veut qu’on limite l’usage de l’eau à la quantité réellement utile, afin que celle-ci, qui est rare, serve aux plus grandes surfaces possibles, en augmentant ainsi la fortune publique. Et ce ne serait pas au détriment de l’intérêt particulier, au contraire, car l’abus de l’eau est souvent nuisible. Ainsi, l’arrosage donne de mauvais résultats sur le périmètre du canal de SaintTMar-tory, surtout, parce que la quantité d’eau employée est trop forte. L’agriculteur, qui a payé cette eau, croit utile de l’employer toute, ce qui est souvent une erreur ; l’usage modéré le conduirait à de meilleurs résultats et l’eau ainsi rendue disponible pourrait servir à étendre considérablement les surfaces arrosées. On voit donc quel intérêt s’attache à ces considérations, au point de vue des canaux déjà existants et surtout à celui des canaux dont la construction est projetée.
- L’idéal d’un arrosage serait en réalité de donner à la terre la quantité d’eau strictement nécessaire pour la production de la récolte maxima à obtenir. Or les expériences effectuées à la station de chimie végétale de Meudon ont montré que l’évaporation de l’eau, qui correspond à la formation du kilogramme de récolte sèche, n’était jamais supérieure à5a0 1.
- D’après cette donnée, il faudrait au maximum, pour les plus-values de récolte procurées par l’irrigation, la quantité d’eau suivante :
- Plus-value de récolte.
- kgs.
- ! Fourcadel ............. 2 700
- Ondes.................. 3 500
- Carpentras............ 10 000
- Quantités d'eau
- évaporées par la récolte. m3.
- 1 485
- 1 925
- 5 500
- données
- usuellement.
- m3.
- 5 880 3 500 20 700
- 11 y a donc une grande exagération dans les quantités données, mais il faut considérer qu’un canal d’irrigation doit être aménagé pour suffire aux besoins pendant les périodes de plus grande sécheresse. Si nous refaisons ces calculs pour une coupe de regain pendant une période pareille, nous obtenons les chiffres suivants :
- Plus-value fournie par l’arrosage, kgs.
- / Fourcadel . . . 2 200
- Stations, j Ondes........... 2 225
- ( Carpentras. . . 4 330
- Volume d'eau par arrosag
- Nombre
- des
- arrosages.
- 6
- 4
- 8
- donné
- usuellement.
- m3.
- 490
- 500
- 830
- utilisé
- par la plante. m3.
- 202
- 300
- 298
- Ces données, quelque peu abstraites, montrent que les besoins réels en eau sont notablement dépassés par la pratique, qui ne peut pas atteindre des quantités idéales, mais dont, les efforts doivent tendre à en approcher.
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- NOTES D’AGRICULTURE. — MARS-AVRIL 1917.
- Le meilleur hommage que nous puissions rendre à notre éminent collègue M. A Müntz, qui avait su prendre l’initiative de ces recherches scientifiques d’une si haute portée pratique, est de ne pas laisser inachevée l’œuvre qu’il avait entreprise. Il faut espérer que ces études au laboratoire et ces expériences sur le terrain seront poursuivies. La France plus que jamais, après les ruines accumulées par cette terrible guerre, a besoin de ménager ses richesses naturelles et de n’en gaspiller aucune. L’eau est une de ces richesses qui doit satisfaire aux besoins de l’alimentation publique et de l’hygiène des populations, aux besoins de l’industrie, aux besoins de l’agriculture.
- Les uns et les autres ne peuvent être satisfaits que si partout et toujours l’eau est bien aménagée et bien utilisée.
- L’empirisme ne peut plus être la règle quand il s’agit de la distribuer. L’expérience scientifique seule peut permettre de résoudre les problèmes complexes qui se poseront dans tous les cas particuliers.
- H. Hitier.
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- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE
- par M. Max Ringelmann
- membre du Conseil.
- Service de la culture des terres.
- Un arreté du 10 janvier 1917, pris en exécution de la loi du 2 janvier 1917 (1), a institué près de la Direction de l’Agriculture un Service de la Culture des terres (101, rue de Grenelle, à Paris), comprenant un Comité directeur (2), devant prendre toutes les décisions concernant l’exécution du service et son administration, et une Direction technique chargée de l’exécution des décisions du Comité. La Direction technique a été confiée à M. J. E. Lucas, ingénieur agronome, agriculteur à Gournay-sur-Marne (Seine-et-Oise), chez lequel eurent heu, en 191(1, les essais officiels d’appareils de Culture mécanique (3).
- En vue de faciliter la mise en culture des terres inexploitées, les préfets ont transmis, vers le 15 février 1917, aux Sociétés agricoles de leur département une circulaire dont la note générale est la suivante :
- Une batterie de 10 (ou de 20) tracteurs vient d’être mise à la disposition du département par le Ministère de l’Agriculture.
- Pour que ces appareils puissent fournir les résultats avantageux qu’on est en droit d’en attendre, il est indispensable qu’ils fonctionnent sur des champs aussi grands que possible.
- L’ensemble de la batterie, pour sa direction générale et son ravitaillement, doit être groupé à une distance de quelques kilomètres autour du point central où se tiendra le siège du secteur à travailler.
- Les maires sont appelés par le préfet à recueillir, le plus tôt possible, les déclarations des agriculteurs de chaque commune, avec indication du nombre et de l’étendue de chaque parcelle de terre dont ils auraient l’intention de confier le labour à la batterie de tracteurs.
- Le régisseur de la batterie se mettra, le moment venu, en rapport direct avec les cultivateurs intéressés pour arrêter avec eux les dispositions matérielles d’exécution du travail strictement limité au labour.
- A titre de simple indication, le prix demandé semble devoir être fixé à 60 francs par hectare labouré.
- (1) Page 202, Bulletin de janvier-février 1917.
- (2) Le Comité directeur est composé de MM. Eugène Fagot, Ingénieur agronome, sénateur: H. Cosnier, Ingénieur agronome, député; Jean Durand, député. Le Secrétaire général du Service est M. Louis Lebrun, Ingénieur agronome, diiecteur des Services agricoles de la Marne.
- 3) Culture mécanique, t. IV, page 136.
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- 400
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE. ---- MARS-AVRIL 1911.
- Le nouveau Service de la Culture des terres n’ayant à sa disposition, pour les mois de mars et d’avril, qu’un nombre malheureusement limité de tracteurs, cherche à utiliser le matériel au mieux des intérêts généraux, et à lui faire labourer la plus grande surface possible en vue des ensemencements de blés de printemps ; pour ce motif, ainsi que l’indique la circulaire ci-dessus, les régisseurs des batteries ne doivent entreprendre les labours que dans les parcelles de grande étendue.
- *
- * *
- La Commission d’achat (1) a proposé l’acquisition, en France, de 121 tracteurs américains qui étaient immédiatement disponibles, et une commande aux États-Unis de 293 machines à livrer en janvier et en février 1917, soit un ensemble de 409 tracteurs des modèles suivants :
- , Puissance, 16 chevaux :
- Avery........................ 30
- Mogul........................ 65
- Bull.......................... 5
- Puissance, 20 chevaux :
- Emerson......................178
- Case.........................120
- Puissance, 25 chevaux :
- Mogul........................ 10
- Avery......................... 1
- Plus un certain nombre de charrues et de cultivateurs à dents flexibles.
- Pour être livrés de juillet à septembre, la Commission avait proposé, à la fin de mars, la commande de 75 appareils à nos différents constructeurs :
- Doisy............................ . 20
- Filtz...............................20
- Blum et Cie.........................10
- La Motoculture......................10
- De Mesmay...........................10
- De Dion............................. 5
- D’autres propositions sont examinées par la Commission d’achat, mais plusieurs décisions ne pourront être prises qu’après les essais officiels devant avoir lieu en avril 1917, et au sujet desquels nous donnons plus loin l’analyse de l’arrêté qui les organise.
- *
- * *
- Le Service de la Culture des terres est autorisé, sous certaines conditions, à céder des.batteries complètes aux collectivités agricoles qui se constitueraient dans ce but, et la subvention serait élevée à la moitié du prix de la batterie, en vertu de la loi du 2 janvier 1917.
- D’autre part, un arrêté en date du 24 octobre 1916 permet de donner une subvention (1) Page 203, Bulletin de janvier-février 1917.
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- SERVICE DE LA CULTURE DES TERRES.
- 401
- de la moitié du prix d’achat d'un tracteur et de sa charrue aux départements qui en font l’acquisition pour leur Ferme-école ou pour leur École pratique d’Agriculture ; le matériel est destiné à l’enseignement des élèves, à l’exploitation du domaine et, sur l’autorisation du Préfet, à des démonstrations publiques organisées en dehors du domaine de l’École.
- Notes relatives à la conduite du matériel. — Pour les conducteurs de tracteurs, qu’il a fallu pour ainsi dire improviser en leur donnant très rapidement les notions les plus indispensables, il était nécessaire de leur remettre des notes et instructions aussi brèves que possible.
- Voici les notes que nous avons rédigées dans ce but.
- A. — Moteurs; tracteurs.
- (Il n’est question ici que de notes générales ;des instructions particulières relatives à la mise en marche, la conduite et l’entretien devant être fournies avec chaque tracteur.)
- 1. — Filtrer toujours l’essence ou le pétrole qu’on verse dans le réservoir.
- 2. — Ne jamais admettre des corps étrangers dans l’huile et surtout dans la graisse.
- 3. — Garnir le radiateur avec de l’eau de pluie de préférence à toute autre, ou de l’eau qui aurait été portée à l’ébullition pendant 5 minutes, atin d’éviter les dépôts (calcaires) détartré.
- 4. — En temps de gelée, vider complètement chaque soir le radiateur, afin d’éviter des ruptures au radiateur, à la tuyauterie, à la pompe et à l’enveloppe des cylindres.
- Il n’y a pas lieu de vider les réservoirs à essence ou à pétrole.
- o. — A chaque reprise du travail, nettoyage des engrenages apparents ou de la chaîne de transmission.
- 6. — Veiller chaque jour à l’écartement de l’axe du pignon à la roue dentée motrice, afin que les dents ne portent pas par leur pointe ni soient trop à fond.
- Veiller chaque jour à régler la tension de la chaîne.
- 7. — Ne jamais mettre en route sans vérifier le graissage.
- 8. — Les graisseurs à graisse consistante doivent être garnis chaque matin.
- Les graisseurs à huile, selon les endroits à lubrifier, seront garnis toutes les 1, S ou 5 heures.
- 9. — Dès qu’on constate qu’un graisseur ne débite pas, le vérifier tout de suite : le trou ou le conduit d'écoulement est obstrué.
- 10. — Ne passe tromper de graissage ni d’huile ; on‘doit employer :
- Une sorte d’huile pour le moteur;
- Une sorte d’huile, ou de valvoline, pour la boîte des engrenages de la transmission;
- Une sorte d’huile ordinaire pour les diverses articulations ;
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- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE. ---- MARS-AVRIL 1917 .
- De la graisse consistante.
- 11. —Dès que le tracteur patine, la ou les roues motrices tournent sur place, s’enterrent et la machine taupe.
- Dans ces conditions, la roue dentée (ou la roue de chaîne) frotte sur la terre et se salit; la terre et les cailloux entraînés occasionnent ensuite des ruptures de dents ou de maillons.
- Il faut donc, dès qu’on s’aperçoit que le tracteur se taupe :
- Décrocher ou déterrer la charrue ou le cultivateur ;
- Que l’aide protège l’engrenage ou la roue de chaîne du frottement de la terre, avec un bout de planche par exemple.
- On facilite la sortie du tracteur en plaçant des branchages ou un fagot devant la ou les roues motrices.
- Avant de repartir, il faut nettoyer les dents ou la chaîne et diminuer la profondeur du labour.
- Le tracteur sorti du mauvais pas sera attelé à la charrue par une chaîne assez longue, qu’on pourra retirer après avoir avancé de quelques mètres.
- Le tracteur se taupe fréquemment :
- Quand la traction demandée est trop élevée; dans ce cas il faut diminuer la profondeur du labour ou supprimer un corps de charrue ;
- Quand le sol est trop mouillé; l’on fait alors du mauvais ouvrage et il convient d’attendre que le terre soit ressuyée ; si possible aller, en attendant, labourer d’autres parcelles plus saines.
- 12. —Défense de rouler sur routes avec roues motrices garnies de leurs crampons. (Les crampons ne peuvent être employés que dans les champs, dans lesquels ils s’enfoncent sans occasionner de secousses détériorant rapidement le tracteur.)
- B. — Fonctionnement des charrues et des cultivateurs.
- 1. — U convient d’avoir 3 socs par raie :
- Un soc monté (en travail) ;
- Un soc de rechange en attente (attaché à la charrue) ;
- Un soc à la réparation (raffîlage).
- Avoir au moins deux boulons de rechange par raie.
- 2. — Changer les socs dès que la pointe est usée.
- Dans les sols secs, il faut souventraffiler le soc après 10 ares;
- Dans les sols en bon état d’humidité, il faut souvent changer le soc après 1 hectare et demi.
- 3. — En tournant, relever toujours la charrue, et surtout déterrer les dents du cultivateur.
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-
- SERVICE DE LA CULTURE DES TERRES.
- 403
- C. — Exécution des travaux.
- Nota. — IL faut se rappeler que, dans l'intérêt du pays, chaque tracteur doit labourer lapkis grande surface possible.
- 1. — Ne jamais labourer dans les champs dont la pente dépasse 7 à 10 centimètres par mètre. (A 8 centimètres par mètre, la traction disponible tombe à la moitié de ce qu’elle est sur un terrain horizontal.)
- 2. — Ne labourer que des pièces de terre ayant au moins 170 mètres de longueur (150 mètres sans les fourrières) et 20 mètres de largeur.
- 3. — Laisser à chaque extrémité des fourrières ayant chacune au moins 8 à 10 mètres de largeur, pour tourner facilement sans perdre du temps.
- 4. — Ne pas labourer au tracteur les petites fourrières qui font perdre du temps.
- 5. — Ne jamais labourer en tournant; travailler toujours en ligne droite.
- 6. — Faire des planches de 20 à 30 mètres de largeur au plus.
- 7. — Labourer à petite profondeur, 0m,13 àOm,15 pour les blés de printemps (pour aller plus vite, pour ne pas fatiguer le tracteur et pour bien retourner la bande de terre afin d’assurer la destruction des mauvaises herbes).
- 8. — Faire un arrêt après trois quarts d’heure de marche pour vérifier la machine, les coussinets, le graissage, etc.
- 9. — Pour le règlement des comptes, mesurer la longueur et la largeur moyennes de la parcelle labourée, avec une chaîne d’arpenteur, ou en comptant le nombre de tours du pédalier d’une bicyclette poussée dans le champ.
- 10. —Aux changements de champ,pour rouler sur route, suivre l’indication donnée au numéro 12 du paragraphe Moteurs, tracteurs.
- Ces indications générales doivent être complétées par des instructions qui sont spéciales à chaque tracteur, ou à chaque charrue (mise en marche, réglage, conduite, entretien), et que les constructeurs délivrent aux acquéreurs.
- Pour les tracteurs, en plus des soins et nettoyages journaliers à exécuter au début et à la fin de la journée, il y a certains entretiens à assurer après une dizaine de journées de travail, et des vérifications diverses à faire après 25 à 30 journées de fonctionnement. On utilise les mauvais temps pour procéder, à la ferme, à ces travaux que que le mécanicien exécute sous le hangar servant de garage.
- * #
- Ravitaillement en combustibles. — Le ravitaillement en essence minérale et en pétrole destiné aux syndicats ou aux particuliers pour leurs tracteurs et pour leurs moteurs agricoles, est assuré par les soins du Service de la Culture des terres.
- Les intéressés doivent remplir une fiche de contrôle, dont le modèle est ci-joint et qu’ils demandent au Directeur des Services agricoles de leur département. .
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-
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- Modèle de demande d'essence, ou cle pétrole pour les agriculteurs.
- FICHE DE CONTROLE
- Nom du propriétaire............................
- Commune........................................
- Département-...................................
- Marque du tracteur.............................
- Marque de l’appareil de culture ) à essence ou à pétrole. )
- Puissance du (1).................. en chevaux-
- v ap eur—...................................
- Durée moyenne du travail par jour—
- Quantités d’ (2).................. employées
- par jour-...................................
- F ournisseur...................................
- Le propriétaire :
- (Légalisation et cachet de la mairie.)
- (1) Tracteur, moteur pour batteuse, appareils divers.
- (2) Essence ou pétrole.
- Modèle de demande d'essence ou de pétrole pour les Syndicats de Culture mécanique.
- FICHE DE CONTROLE
- Syndicat de..............................
- Siège social.............................
- Département—.............................
- Nombre d’adhérents..............
- Chiffre du tracteur......................
- Marque du tracteur j
- Puissance moyenne i
- en > ...................
- chevaux-vapeur. )
- Durée moyenne du travail par jour........
- Quantités moyennes d' (1)................
- employées par jour.....................
- Fournisseur--------------------------....
- Le président du Syndicat :
- (Légalisation et cachet de la mairie.)
- (1) Essence ou pétrole.
- Les fiches, dont la signature doit être légalisée parle Maire, sont adressées au Directeur des Services agricoles du département qui les contresigne et les fait parvenir au Sous-directeur technique du Service de la Culture des terres, lequel, après visa, retourne directement la fiche à l’intéressé; ce dernier doit remettre le document au fournisseur pour obtenir la livraison du combustiblë dont l’achat lui est autorisé.
- Tracteur F. T., de Mme Vve A. de Mesmay.
- Le premier modèle de tracteur F. T., construit par Mme Vve A. de Mesmay, dont les ateliers étaient, avant la guerre, à Saint-Quentin, fut établi pour le binage des betteraves (1 ) et fut présenté au Concours spécial organisé en juin 1911, à Chaulnes, par le Syndicat des Fabricants de sucre de France. La machine, actionnée par un moteur monocylindrique de 7 chevaux, avait les deux roues d’avant très rapprochées l’une de l’autre et motrices ; les roues d’arrière étaient porteuses et l’ensemble pesait 1 000 à 1100 kg. En enlevant les pièces travaillantes de la houe, la machine fonctionna comme tracteur au Concours de Rourges, (octobre 1912) en tirant une déchaumeuse à deux raies.
- V1) Culture mécanique, t. I, p. 130.
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- TRACTEUR F. T., DE MADAME VVE A. DE MESMAY.
- 405
- A l’automne 1913, un nouveau modèle, à 4 roues motrices, du tracteur F. Thellier prit part au Concours international de Chassart,dont nous avons publié les résultats (1), et figura ensuite au Concours général de Paris de 1914; il est employé par M. Pierre
- Fig. 23. — Tracteur F. T. de Mme Vv0 A. de Mesmay.
- Fig. 24. — Principe du tracteur de Mesmay.
- de Monicault, dans une de ses fermes du département de l’Ain (domaine des Bergeries et participa aux essais de la Ferme de Champagne (octobre 1916) (2).
- La figure 23 donne la vue générale, et la figure 24 le principe du modèle F. T. de 1917, construit par Mme de Mesmay, dont les ateliers sont actuellement boulevard Carnot, à Mantes-sur-Seine (Seine-et-Oise). Le moteur, à deux cylindres verticaux (de
- (1) Culture mécanique, t. III, p. 12, 20.
- (2) Page 463, Bulletin de novembre-décembre 1016.
- Tome 127.— Ie' semestre, — Mars—Avril 1917.
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- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE. ----- MARS-AVRIL 1917.
- la construction connue sous le nom de « moteur Abeille » qui est une spécialité de la maison de Mesmay), d’une puissance de 12 à 15 chevaux, est logé sous le capot m \ le moteur est pourvu d’un régulateur à boules et d’une magnéto à haute tension.' Le radiateur (fonctionnant en thermosiphon), avec ventilateur, est disposé en r derrière le siège du conducteur. On voit en e l’embrayage à cône, de 0m,38 de diamètre, garni de cuir, et le réducteur de vitesse n. Un arbre horizontal, avec engrenages commande un arbre vertical, qui, par engrenages cônes g actionne à son tour l’essieu sur lequel sont calées les roues d’avant a. La direction d, par engrenages cônes h, permet de braquer les roues avant a en les faisant tourner autour de l’axe vertical y de hftransmission g. Il n’y a pas de différentiel aux roues motrices avant, qui sont d’ailleurs très rapprochées, et dont la voie est de 0m,22 en dedans des bandages et de 0m,58 du bord externe du bandage d’une roue au bord correspondant de l’autre.
- Les roues motrices d’arrière b sont entraînées par l’arbre c et vis sans fin logée dans la boîte v ; la voie arrière, prise à l’extérieur des bandages est de lm,20; elle est de 0m,80 à l’intérieur des bandages; le tracteur pourrait donc être utilisé pour la culture des vignes à grand écartement.
- Le tracteur ne comporte qu’une vitesse avant et une marche arrière.
- On voit en t la tringle de traction pourvue d’un ressort amortisseur i dont l’emploi est très recommandable aussi bien avec des attelages que pour les tracteurs (1); nos recherches, publiées en 1893, montrent que les amortisseurs bien établis permettent de réaliser, [pour les moteurs, une économie de 33 à 54 pour 100 sur les efforts de démarrage et de 10 à 30 pour 100 sur les efforts moyens de traction.
- Le réservoir au combustible (essence minérale, benzol, alcool carburé), d’une contenance de 35 litres, est logé eni (flg. 24), sous le siège du conducteur.
- Un arbre transversal x porte à chaque extrémité une poulie destinée à la commande de machines par courroie.
- Voici les dimensions principales du tracteur :
- Moteur, 2 cylindres verticaux :
- Alésage (millim.).......................................... 112
- Course (millim.)........................................... 140
- Nombre de tours par minute................................. 800
- Puissance calculée (chevaux-vapeur) (2).................... 9
- Roues motrices avant :
- Diamètre (millim.)......................................... 750
- Largeur de bandage (millim.)............................... 180
- Roues motrices arrière :
- Diamètre (millim.)......................................... 1 010
- Largeur de bandage (millim.)............................... 200
- Empattement (mèt.)........................................... 1,90
- Vitesse (kil. à l’heure).....................................3,5 à 4
- (1) Journal d’Agriculture pratique, t. I, 1893, page 124; — Génie rural appliqué aux Colonies, p. 424.
- (2) La formule fiscale, augmentée de 10 p. 100, nous sert de comparaison; Culture mécanique, t. II, p. 61.
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- TRACTEUR F. T., DE MADAME VVF A. DE MESMAY.
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- Encombrement :
- Longueur (mèt.)...................................... 2,78 «r
- Largeur (met.)....................................... 1,20
- Hauteur (mèt.)....................................... 1,65
- Prix de vente (février 1917) comprenant :
- Le tracteur. — Une charrue brabant-double à une raie
- pour labour à 0m20-0m25 de profondeur........
- Une charrue brabant-double à deux raies, pour iaboui
- à 0m15-0m18 de profondeur....................
- Poids (kg.)......................................
- La puissance calculée, de 9 chevaux-vapeur, correspond à la consommation moyenne annoncée d’environ 4 à 5 litres d’essence minérale par heure.
- La traction moyenne disponible est d’environ 500 kilog, quand les quatre roues sont
- (fr.) 11 500 1 450
- Fig. 25. — Montage des bandes d’adhérence sur le tracteur de Mesmay.
- garnies de leurs dispositifs d’adhérence ; avec une ,vitesse de 4 kilomètres à l’heure (lm,10 par seconde), la puissance utilisable au crochet d’attelage serait de 550 kilo-grammètres par seconde, soit 7,33 chevaux-vapeur.
- Le dispositif d’adhérence comprend, pour chaque roue, une bande garnie d’aspérités A: (fig. 23) en olives; la bande, coupée suivant une génératrice, peut s’ouvrir légèrement pour être mise en place sur le bandage de la roue sur lequel elle est serrée par un boulon. Il suffirait de 20 minutes pour poser ou pour enlever les bandes (fig. 25).
- Dans une ferme des environs de Saint-Quentin, comme moyennes constatées pendant plusieurs années, on effectua pratiquement les surfaces suivantes par heure :
- Mètres carrés.
- Labour de déchaumage à 0m08-0m12 de profondeur................. 2 750
- Labour au ( A deux raies, 0m15-0m18 de profondeur...........1 800
- brabant-double. ( A une raie, 0m18-0m25 de profondeur.......... 800
- Travail au cultivateur à dents flexibles....................... 5 000
- Fauchage, avec 2 faucheuses.................................... 8 000
- Récolte à la moissonneuse-lieuse de lm80 de scie............... 6 000
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- 408 REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE. ------ MARS-AVRIL 1917.
- Au concours international de Chassart, le tracteur F. T. attelé à une charrue brabant-double à deux raies de Letroteur (fig. 26) a donné les résultats suivants en terrain plat et avec un rayage de 250 m; 2 hommes étaient employés (1 conducteur et
- 1 laboureur) :
- Profondeur du labour (centim.)............................... 15
- Largeur du train (mèt.)...................................... 0m55
- Vitesse moyenne pendant le labour (mèt. par seconde)......... 0,85
- Traction moyenne (kg)........................................ 535 (a varié de
- 225 à *25)
- Surface pratiquement labourée par heure (mèt. carrés). ...... 1 749
- Consommation par heure, essence minérale (densité 0,716) ; (lit.). . 5,45
- Consommation par r Essence minérale (lit.)...................19.50
- 1 000 mètres cubes ) Huile (lit.)............................ 2,23
- de terre remuée". ( Eau (lit.)............................... 1,00
- Le compte rendu de Chassart indique, pour le tracteur, un poids en ordre de marche de 1570 kg. (le rapport entre l’effort moyen et le poids total portant sur les 4 roues
- motrices, est de 0,34); on ajoute que « le travail effectué par le petit tracteur F. T. fut en tous points parfait. Le labour était aussi bien exécuté que par traction animale. L’appareil tourne très facilement, et comprime peu le sol grâce à ses quatre roues motrices. La marche fut normale; le tracteur ne s’arrêta que quelques minutes pour des causes futiles ».
- Plusieurs de ces tracteurs sont déjà en usage aux colonies dans les cultures de canne à sucre, de caféiers et de coton.
- La Culture mécanique en Haute-Garonne.
- Nous avons déjà eul’occasion de donner quelques renseignements sur la Culture mécanique en Haute-Garonne (1), et nous pouvons les compléter par l’analyse d’une impor-
- (1) Culture mécanique, t. IV, p. 155.
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- LA CULTURE MÉCANIQUE EN HAUTE-GARONNE.
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- tante communication faite le 2 décembre 1916 à la Société d’agriculture de la Haute-Garonne, par M. G. Héron, président du Syndicat départemental d’encouragement à la Culture mécanique.
- Après avoir rappelé que 75 p. 100 de ceux qui luttent dans les tranchées appartiennent aux populations rurales, qu’il faut prévoir après la guerre une crise delà main-d’œuvre provoquée parles ouvriers ayant conscience de leur indispensabilité, alors que les agriculteurs seront difficilement en mesure d’augmenter les salaires et, cependant, il leur faudra chercher à retenir les travailleurs à la campagne en offrant à ces derniers de bonnes situations, c’est-à-dire des gages plus élevés qu'auparavant, plus de confort dans leurs habitations, en même temps qu’un travail plus intéressant et surtout moins pénible, M. Héron est convaincu que le seul moyen d’assurer la prospérité agricole est de recourir à la Culture mécanique.
- Nous avons déjà cité quelques résultats obtenus par le Syndicat de Bérat, dont l’exemple fut rapidement suivi car, à la fin de novembre 1916, le département de la Haute-Garonne comptait déjà 14 syndicats constitués à Muret, Auterive, Magnanac, l’Union, Bérat, Gramont, Saint-Orens, de la Haute-Garonne, Montastruc, Centre de Bérat, Le Vernet, Ondes, Les Crispis et de la Save; de plus, 14 syndicats étaient en formation; les tracteurs en service ou à recevoir sont des Case, Emerson, Filtz, Mogul, Bull, Amanco et Titan.
- Il est question d’unir en une Fédération les divers Syndicats de Culture mécanique des départements du Sud-Ouest.
- *
- * *
- M. Héron donne des détails relatifs au tracteur Mogul-16, de Bérat, lequel exécute en 11 jours le travail qu’on obtient avec une paire de bœufs dans l’année, c’est-à-dire que la machine remplace 10 paires de bœufs, dans les conditions culturales de la Haute-Garonne.
- Trois syndiqués de Bérat se trouvaient dans des situations particulièrement critiques ; leurs terres étaient en friche depuis 1915; le tracteur Mogul-16 a labouré 17 hectares de ces syndiqués, en terre difficile, silico-argileuse, dite boulbène battante, et il fut possible de semer derrière le tracteur. On compte récolter 272 hectolitres de blé qu’on n’aurait pas obtenu sans l’aide de la Culture mécanique. Ces trois propriétaires vont faire ainsi une recette d’au moins 6 528 francs, alors que la dépense a été de 1 170 francs ; en comptant la moisson et le battage à raison de 40 francs par hectare, le bénéfice réel sera de 4 677 francs. Ces trois propriétaires, dit M. Héron, pourraient payer à eux seuls, dès la première année, le tracteur subventionné avec les résultats de leurs 17 hectares mis en culture, alors que les travaux du Syndicat ont porté sur 75 hectares.
- Du détail, donné par M. Héron, des dépenses faites pour les trois syndiqués dont il vient d’être question, nous pouvons retenir ce qui suit :
- Syndiqué.
- N° 1. N° 2. ÎN° 3.
- Surface labourée (hectares) . . 8 4 5
- Pétrole employé (lit.) . . 710 288 333
- Journées de mécanicien . . 14 5,5 10
- Huile et essence minérale (fr.) . . 30,40 17,10 17,50
- Frais, sans amortissement, t Totaux . . 436,05 181.00 220,30
- ni frais généraux (fr.). . f Par hectare . . . . 54,50 45,25 44,06
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- REVUE DÈ CULTURE MÉCANIQUE. ----- MARS-AVRIL 191".
- Le pétrole revenait à 0 fr. 50 le litre ; l’essence minérale 1 franc le litre et l’huile 1 fr. 50 le litre.
- En moyenne, on peut compter, par journée de travail, sur une dépense de 2 litres d’huile et d’un demi-litre d’essence minérale employée pour les mises en route du moteur.
- Des chiffres précédents, relatifs à 17 hectares très difficiles à labourer, on voit qu’il faut en moyenne 72 litres de pétrole et une journée et trois quarts de mécanicien par hectare.
- Les dépenses, dont le compte est facile à faire, varient de 44 fr. 06 à 54 fr. 50 par hectare, avec une moyenne générale d’environ 50 francs (49 fr. 82), en tenant compte des surfaces auxquelles s’appliquent les prix.
- A la suite de l’expérience acquise, M. Héron estime les frais généraux du tracteur de 10 000 francs à amortir en cinq ans, l’intérêt, l’assurance et les réparations à 3250 francs par an. Ces frais, supportés par un minimum de 150 hectares de labour par an, représentent 21 fr. 70 par hectare. Y compris les déplacements du tracteur, les frais généraux précités reviennent à 0 fr. 32 par litre de pétrole employé au travail chez un syndiqué (au lieu de 0 fr. 25 qu’on avait provisoirement admis pour l’exercice 1916).
- Tous frais payés, le prix net de l’hectare labouré chez les trois syndiqués étudiés serait de 71 fr. 52.
- Cette indication fixe les prix maxima, l’inexpérience des débuts ayant forcément entraîné des dépenses supplémentaires.
- Avec une subvention de 50 p. 100 du prix d’achat, pour être couvert et à l’abri de toute spéculation, il suffira, dit M. Héron, d’utiliser le tracteur pendant deux ans et demi et kde lui faire labourer 380 hectares. Voilà, semble-t-il, qui est asse? encourageant pour décider les hésitants.
- D’après des relevés faits dans quelques syndicats (Bérat, Grenade, Muret, Auterive et Saint-Orens), les consommations par hectare labouré ont varié pour les tracteurs fonctionnant au pétrole, de 52 à 89 litres (à 0 fr. 50), et pour ceux utilisant l’essence minérale, la consommation a oscillé de 30 à 47 litres (à 0 fr. 70) ; la nature du sol et la profondeur du labour n’étant pas indiquées pour ces constatations, on ne peut faire de comparaison relatives aux frais des combustibles, dont l’équivalence, pour l’exécution du même travail, d’après les prix unitaires, serait représentée par 10 litres d’essence minérale ou par 14 litres de pétrole.
- Voici les surfaces qui ont été cultivées d’août à décembre 1916 par quelques syndicats de Haute-Garonne :
- Façons
- super-
- Syndicat. Labours. ficielles. Moisson. Battage.
- hect. hect. journées.
- Rérat................... 73 » » »
- Grenade................. 90 » » »
- Grammont................ 62 51 » »
- Saint-Orens........... 40 43 2 journées 4
- Auterive.............. 40 » 33 hectares »
- Muret................... 60 » » »
- Total...........367
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- TREUIL DE MM. ALLEMAND ET BOUDIN.
- 4H
- Soit une moyenne de 61 hectares de labour pour chacun de ces six syndicats qui ont reçu tardivement leur tracteur.
- Selon M. Héron, un syndicat doit réussir en réunissant seulement 60 hectares de terres labourables, sur lesquels 30 sont à ensemencer en blé. En cinq ans, ces 60 hectares représentent 300 hectares labourés devant amortir les 10 000 francs d’achat du matériel, soit 33 francs par hectare.
- Un labour de défoncement à 0m, 32 de profondeur, avec une charrue brabant-double, chez M. Claude Marty, est revenu, par hectare, avec les frais généraux (203 litres de pétrole à 0 fr. 50 — 101 fr. 50 ; 7 fr. 25 d’huile ; 22 francs de mécanicien et aide; frais généraux, 61 francs représentés par 0 fr. 30 par litre de pétrole) à 191 fr. 75, chiffre qui serait inférieur au prix habituellement payé dans le pays pour le défoncement d’un hectare en terre forte.
- Treuil de MM. Allemand et Boudin.
- MM. Allemand et Boudin, entrepreneurs au Petit-Palais, par l’Isle (Vaucluse), ont construit en 1914, un treuil pour effectuer les labours profonds des terrains réservés aux cultures maraîchères dans les environs de Cavaillon.
- La figure 27 (1) représente la machine portée par un châssis en bois, de 4 mètres de longueur, muni de quatre roues en fer et soutenant un moteur de 15 chevaux, à essence minérale. La transmission actionne deux treuils à axe vertical, placés en dessous du châssis ; chaque treuil peut enrouler 200 mètres environ de câble; l’un d’eux tire directement la charrue (câble de 12 millimètres de diamètre), l’autre, plus petit, sert au rappel de la charrue, et son câble passe sur une poulie de renvoi placée en avant du châssis, pais sur une autre poulie de renvoi fixée au sol sur la fourrière opposée à la machine, et de là à l’arrière de la charrue.
- La charrue, à siège et à volant de direction, ne verse la terre que d’un seul côté (à droite) et ne laboure que dans un seul sens, le retour ayant lieu à vide, sur le guéret, parle câble de rappel. Nous n’insisterons pas ici sur l’installation de semblables chantiers, ni sur le mode d’6xécution du travail que nous avons eu l’occasion d’étudier ailleurs (2).
- Le treuil devait être rendu automobile, le moteur actionnant par chaînes les roues arrière ; la mobilisation n’a pas permis de terminer la construction, mais avec la ma -chine ainsi incomplète, on a pu procéder à des constatations rapportées par M. Henri Aymé, et qui peuvent être résumées de la façon suivante :
- Les essais ont eu lieu dans une terre très tenace et saturée d’eau (le pluviomètre indiquait une hauteur d’eau tombée de 80 millimètres dans la semaine précédant le
- 1) La figure 27 est extraite du Journal d'Agriculture pratique.
- (2) Travaux et machines pour la mise en culture des terres.
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- I
- 41% REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE. ------- MARS-AVRIL 1917.
- labour). La longueur de la parcelle cultivée était de 122 mètres, sur lesquels 12 mètres
- furent réservés pour l’ensemble des deux fourrières.
- Profondeur du labour (centim.).................................... 34
- Largeur du labour (centim.)....................................... 33
- Longueur de la raie (mèt.)..................................... 110
- Temps nécessaire (minutes, secondes, :
- A la charrue pendant le labour................................. 4,30
- Au retour de la charrue.......................................... 2,30
- Mise en place de la charrue et déplacement de la poulie de renvoi. 1,30
- Arrêts divers................................................... 1,30
- Total pour une raie.........•.................................. 10,0
- Les vitesses moyennes de la charrue, par seconde, sont de 0 m, 40 lors du labour et 0 m, 73 pendant le retour à Aide.
- Les 10 minutes employées pourouvrir une raie de llOmètres de longueur, donnent
- Fig. 27. — Treuil de MM. Allemand et Roudin.
- une Antessu moyenne pratique d’utilisation de 0m, 18 par seconde, soit les 0, 22 de la vitesse élémentaire de la charrue lors du labour.
- Dans un terrain A oisin, après que le sol fut ressuyé par quelques jours de mistral, on a défoncé une surface de 3 600 mètres carrés en 9 heures de travail, aA ec une consommation de 35 litres d’essence minérale et 2 kilogrammes de lubrifiant. Ces
- chiffres correspondent à :
- Surface défoncée par heure (mèt. carrés). . . 400
- Consommation d'essence minérale (kg.) :
- Par heure.............................. 3,88
- Par hectare............................ 9,70
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- LA CULTURE MÉCANIQUE DANS LA SARTHE.
- 413
- Le temps nécessaire au défoncement d’un hectare serait ainsi de 25 heures.
- Enfin pour 10 kilogrammes d’essence minérale, on n’a consommé que 0 kg 8 de lubrifiant, mais la machine était conduite par ses propriétaires qui profitèrent d’une permission militaire pour exécuter le labour. Rappelons que, dans nos essais antérieurs, nous admettions une consommation de lubrifiant représentant 10 p. 100 du poids du combustible employé dans le moteur, alors qu'au Syndicat de Culture mécanique d’Étampes (1), avec un tracteur conduit par un mécanicien ordinaire, cette consommation a été de 12 à 13 p. 100.
- La Culture mécanique dans la Sarthe.
- M. P. Régnier, directeur des Services agricoles de la Sarthe, a fait connaître les résultats des quatorze essais publics, avec conférences sur le terrain, qu’il avait entrepris récemment dans les meilleures régions agricoles du département ; partout il y eut des objections, comme en soulèvent d’ailleurs toutes les nouvelles méthodes, mais aussi partout les essais ont donné satisfaction aux agriculleurs les plus difficiles et aux plus sceptiques ; il faut noter que les champs où l’on opérait avaient été choisis par les Maires ou par les cultivateurs qui imposaient les conditions du travail. M. Régnier expose en ces termes les résultats qu’il a constatés :
- Les tracteurs et leurs charrues ont enterré parfaitement le fumier dans les champs où on en avait répandu .
- A Bouloire, sans rien briser, de grosses pierres (appelées joerrons dans le pays), jusqu’ici respectées par la charrue brabant-double, des racines, ou virantes, d’oime, de chêne et de platane, de la grosseur du bras ont été coupées.
- A 8illé-le-Guillaume, une terre forte fut labourée sans difficulté avec les trois socs; la fourrière fut labourée dans le sens de la plus grande pente du terrain (en montant), et des pierres furent également arrachées que le brabant-double avait, là aussi, toujours respectées.
- On laboura dans de petits champs de moins de 100 mètres de rayage; dans des champs plantés de pommiers ou d’arbres divers en laissant moins de friche que d’ordinaire avec des chevaux.
- A Sablé et à Brûlon, on travailla dans des terres détrempées, où des chevaux n’auraient pu travailler sans grande difficulté, par une pluie à peu près ininterrompue.
- Enfin, à la Ferté-Bernard, on passa le scarificateur, le pUlvériseur et la herse sur un champ qui venait d’être labouré une heure auparavant.
- La propagande si active de M. Régnier eut le résultat suivant : il y a quelque mois on n’avait pas encore vu de tracteur dans le département, alors qu’à la fin de janvier 1917, il yen a 16 en fonctionnement, à Rahay, La Flèche, le Lude, Sablé, Brûlon, Mont-Saint-Jean, Crissé, Montbizot, Saint-Jean-d’Assé, Mamers, la Ferté-Bernard (deux), Le Mans, Saint-Cosme-de-Vair, Chantenay, Marçon ; et le mouvement continue.
- Neuf Syndicats de Culture mécanique sont déjà constitués.
- (1) Page 466, Bulletin de novembre-décembre 1916.
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- 4*4
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE. ----- MARS-AVRIL 1917.
- Le Conseil général de la Sarthe a ouvert un crédit de 15 000 francs pour subventionner les premiers Syndicats de Culture mécanique qui pourront fonctionner pour les labours de printemps.
- *
- * *
- Le Syndicat des Agriculteurs de la Sarthe a fait l’achat d’un tracteur Mogul et s’est assuré les services d’un mécanicien de profession, apte à faire toutes les réparations aux tracteurs et au matériel agricole. Le mécanicien est aussi chargé d’apprendre gratuitement la conduite et les réparations urgentes à faire au tracteur aux personnes qui en font la demande au Syndicat, lequel a donné ainsi un exemple capable d’être suivi dans d’autres départements.
- Essais du tracteur Little Giant.
- Le tracteur Little Giant, de la Compagnie Mayer frères, de Mankato (Minnesota) a été introduit récemment en France par MM. Siégel et Hommey, 19, rue Réaumur,
- Fig. 28. — Tracteur Little Giant.
- Paris. Des essais ont été effectués sur ce tracteur par l’Association des éleveurs de l’Indre, le 4 décembre 1916, sur les terres de la ferme de Treuillault, appartenant à M. Léon Charpentier ; M. J. Dissoubray, Directeur des Services agricoles du département de l’Indre, a publié le résultat de ses constatations, dont le résumé est indiqué plus loin.
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- LA CULTURE MÉCANIQUE EN ANGLETERRE.
- 44 5
- Le tracteur (fig. 28) est actionné par un moteur à 4 cylindres verticaux, d’une puissance annoncée de 22 chevaux-vapeur (alésage 108 ; course 127 ; nombre de tours par min. 900 ; régulateur de vitesse) ; l’allumage a lieu par magnéto à haute tension ; la circulation de l’eau est assurée par une pompe centrifuge ; radiateur à nid d’abeilles avec ventilateur ; embrayage par cône de friction ; trois vitesses avant (2 400, 4 800 et 9 600 m. par heure) et marche arrière (2 400 m. à l’heure). Le châssis, monté sur ressorts, repose sur deux roues motrices (diamètre lm, 35, largeur de bandage 0m,35), et sur deux roues avant avec direction du genre automobile (1).
- *
- * *
- Les essais eurent lieu en terre silico-argileuse de bonne constitution, type de terre dite Beauce, facile à travailler ; une petite pluie avait rendu le sol humide à la surface. On a labouré un trèfle dont le semis remontait au printemps 1915. Sur une partie du champ, qui avait été pâturée en arrière-saison, le trèfle formait un tapis assez fourni ; sur le reste du champ, le trèfle fauché était éparpillé sur le sol, et représentait, jusqu’à un certain point, une masse comparable à du fumier très pailleux que le labour (devait enfouir.
- Le tracteur tirait une charrue Oliver, à 3 raies, avec coutres circulaires et relevage automatique, pesant 450 kg. environ.
- La disposition du champ obligeait à faire sur chaque fourrière un parcours moyen de 128 mètres, que le mécanicien franchissait à la grande vitesse.
- Profondeur moyenne du labour (centim.)........................ 17,3
- Largeur moyenne du train (met.)............................... 0,97
- Longueur du rayage (mèt.)..................................... 406
- Vitesse moyenne de la charrue pendant le travail (mèt. par heure). 3 264
- Durée du labour (min.)........................................104 1/2
- Temps employé aux tournées (min.)............................. 20 1/2
- Durée de l'essai, tournées comprises (min.)................... 125
- Temps pratique calculé pour labourer un hectare (heures, min.) . . 3,43
- Consommation d’essence ç par heure............................ 11,04
- minérale (lit.)......( par hectare.......................... . 41,72
- Pendant le travail le mécanicien n’avait pas réglé le moteur à sa vitesse de régime (900 tours par minute), ce qui lui aurait permis de donner à la charrue une vitesse voisine de 4 kilomètres à l’heure.
- La Culture mécanique en Angleterre.
- L’Agriculture de l’Angleterre subissait une forte crise depuis une quarantaine d’années. Déjà, en 1893, une Commission chargée d’étudier la question et d’indiquer, si possible, les moyens propres à remédier à la situation, montra que la valeur des produits agricoles avait baissé, de 1870 à 1893, de 20 à 50 p. 100, alors que les salaires
- (L La figure 28 est extraite du Journal d’Agriculture pratique.
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- s’étaient élevés (1), pendant que le nombre des ouvriers agricoles diminuait de 38 p. 100. Le tableau qui fut tracé alors, par M. Rider Haggard, de l’agriculture anglaise était des plus sombres en montrant la transformation en prairies des anciennes terres livrées à la culture, et l’obbgation d’importer les céréales et la viande nécessaires à l’alimentation de la population. Comment, disait-on en 1894, 1’Angleterre pourrait se ravitailler en temps de guerre ? A supposer que sa marine pourrait assurer son ravitaillement par son vaste domaine colonial, peut-on prévoir la hausse des denrées et la situation qui serait faite aux classes pauvres ?
- A cette époque, l’Angleterre ne pouvait supposer qu’elle serait un jour engagée dans la plus grande guerre qui désole et ruine actuellement l’Europe.
- En temps ordinaire, l’Angleterre demande à l’importation plus des trois quarts des denrées nécessaires à son alimentation. Les mauvaises récoltes de céréales dans les
- Fig. 29. — Labour au tracteur pendant la nuit dans le comté de Ruckingham.
- pays exportateurs, la durée de la guerre, les difficultés et les frais des transports maritimes justifient la décision prise en vertu de laquelle le Ministère de l’Agriculture serait désormais autorisé à cultiver d’office les terres qui n’auraient pas été mises en valeur. Dans son discours, M. Lloyd George ajouta que : « L’État a fait preuve, dans le passé, d’une négligence déplorable en ce qui concerne l’Agriculture ».
- On s’est mis tardivement à l’œuvre pour encourager les fermiers anglais en leur garantissant un prix minimum pour le blé et pour l’avoine de 1917 jusqu’en 1922. Les nombreux appareils de labourage à vapeur, en service courant en Angleterre, furent mis à contribution ; malgré cet important matériel, l’État a acheté des tracteurs en Angleterre et surtout aux États-Unis ; il a ouvert des écoles spéciales pour l’apprentissage des conducteurs de tracteurs, et a fait, en un mot, tous ses efforts pour développer la Culture mécanique en vue d’augmenter l’étendue labourée pour les ensemencements de printemps.
- Le Daily Mail, du 14 mars 1917, donnait une vue reproduite par la figure 29,
- (1) Le Matériel agricole au début du XXe siècle, t. 1, p. 14-18.
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- représentant le labourage effectué pendant la nuit dans la ferme de Sir Arthur Lee, à Wendover (Buckinghamshire) ; deux fortes lanternes à acétylène permettent le travail nocturne, l’une au conducteur du tracteur, l’autre au laboureur. Il y a ainsi plusieurs fermes anglaises où on laboure 20 heures sur 24, probablement avec trois équipes d’ouvriers.
- On voit que l’Angleterre cherche à dépasser, autant qu’il est possible, les efforts agricoles poursuivis par ses alliés de France et d’Italie.
- Construction des machines agricoles en Angleterre. — Selon The Journal of the Board of Agriculture, n° 10, 1917, en vue du contrôle de la fabrication des outils et des machines agricoles, qu’on assimile à la fabrication des munitions et de l’outillage de guerre, il a été créé un Service des machines agricoles dans le Royaume-Uni.
- Au Directeur de ce nouveau service. M. S.-F. Edge, et au sous-directeur, M. F. Guy Ridpath, on a adjoint un Comité consultatif comprenant six représentants de l’Industrie et du Commerce anglais des machines agricoles, plus des délégués des différents Ministères : des Munitions, de l’Agriculture et du Contrôle des vivres.
- Essais publics d’appareils de Culture mécanique Organisés par le Ministère de l’Agriculture en 1917.
- Suivant l’arrêté du 8 mars 1917, pris par M. Clémentel, Ministre du Commerce, de l’Industrie, de l’Agriculture, du Travail, des Postes et des Télégraphes, des essais publics et des essais contrôlés d’appareils de Culture mécanique seront organisés au cours de l’année 1917 (1) ; trois séries d’essais sont prévus :
- lv0 Série. — Appareils destinés aux labours de printemps. Peuvent participer aux essais les constructeurs français ou des pays alliés et neutres, ou leurs représentants domiciliés en France.
- Les déclarations faites sur papier libre, avec tous les documents annexés (description, catalogues et prix courants) doivent parvenir au plus tard le 1er avril 1917 au Ministère de l’Agriculture, Direction de l’Agriculture, 2e bureau, 78, rue de Yarenne, à Paris.
- Les essais publics auront lieu du jeudi 12 au dimanche 15 avril 1917 inclus, sur les terres du domaine de l’École de Noisy-le-Grand (Seine-et-Oise) (2), où les machines seront reçues les 10 et 11 avril.
- Les épreuves obligatoires des jeudi 12 et samedi 14 avril, dans la matinée, comprennent :
- a) Labours de printemps à une profondeur de 8 à 10 centimètres ;
- (1) Ces essais officiels de 1917 fon suite à ceux de 1913-1914, interrompus par la guerre, repris en 1915 et 1916. — Culture mécanique, t. III, p. 158; t. IV, p. 90, 112 et 118.
- (2) Page 217, Bulletin de janvier-février 1917.
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- b) Labours de printemps à une profondeur de 10 à 15 centimètres, avec ou sans enfouissement de fumier.
- Ces épreuves pourront être reculées en cas de mauvais temps.
- En dehors des séances réservées à ces épreuves obligatoires, les appareils sur des parcelles désignées à cet effet travailleront comme il conviendra aux constructeurs désireux de satisfaire aux demandes des visiteurs. Il pourra aussi être procédé à divers essais facultatifs, tels que scarifiages, hersages, roulages, épandage d’engrais, transports sur route, etc.
- A la suite des essais publics il pourra être procédé à des épreuves spéciales, non publiques, conduites scientifiquement par le Directeur de la Station d’Essais de Machines.
- Le Service du contrôle examinera en outre les améliorations apportées aux appareils ainsi que les projets qui lui seront soumis par les constructeurs et inventeurs.
- Série. — Appareils destinés aux cultures en lignes ; Appareils pour la culture et les traitements de la vigne.
- ,?e Série. —Tracteurs ou avant-trains adaptés aux divers travaux de récolte (fauchai-son, fenaison, moisson, arrachage de pommes de terre et de betteraves, etc.).
- Les dates et beux des essais des 2e et 3e séries seront désignés ultérieurement.
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- COMPTES RENDUS
- DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- CONSEIL D’ADMINISTRATION
- SÉANCE PUBLIQUE
- DU U FÉVRIER 19 17
- Présidence de M. Lindet, président.
- La séance est ouverte à 17 heures.
- «
- Sont présentés pour devenir membres de la Société, et admis à la séance même :
- M. Daniel Little Cough, membre de la Société chimique d’Angleterre, 88, rue de Chezy, Neuilly-sur-Seine, présenté par M. Lindet.
- M. Bracard (Louis,)contremaître mécanicien, 100, rue Balard à Paris, 15e, présenté par MM. Risacher et Legouëz.
- La Société des grands moulins de Corbeil, à Corbeil, présentée par MM. Lindet et Teisset.
- M. le Président. —Depuis plus de trois ans, la Société a suivi, à travers les douloureuses étapes de la maladie qui vient de l’emporter, notre collègue du Comité d’agriculture, Achille Müntz, membre de l’Institut. Elle veut aujourd’hui évoquer la mémoire du sympathique savant qui, disciple de Bous-singault et de M. Schlœsing père, a occupé une très grande place dans l’évolution de la science agricole.
- Müntz a abordé la plupart des problèmes que soulève la chimie du sol, de l’air et de la plante, précieux parasite de ces deux éléments. La terre était, au temps de Boussingault, considérée comme un corps inerte, au sein duquel des
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- réactions purement chimiques présidaient à la végétation. A partir de 1877, à une époque où tant de savants se montraient sceptiques en face des découvertes de Pasteur, Schlœsing et Müntz annoncent qu’au contraire la terre est vivante, que des infiniment petits assurent la transformation de l’ammoniaque en acide nitreux, puis en acide nitrique ; ces deux savants fixent, d’une façon définitive, les conditions de la nitrification, études que Müntz a poursuivies seul depuis, et qui l’ont amené à établir un procédé de nitrification intensive en présence de la tourbe et à fournir à l’Etat une source de nitrate, susceptible de subvenir, en cas de guerre, à notre approvisionnement. Ces nitrates constituent l’un des éléments essentiels de la synthèse des albuminoïdes des plantes ; les matières azotées, à l’état de déchets, de fumiers, attaquées par les bactéries banales, se décomposent à leur tour ; l’azote protéique devient azote amidé, puis azote ammoniacal, jusqu’à ce que celui-ci redevienne azote nitrique, quand il rencontre les microbes nitrificateurs. Le sol est donc le siège de perpétuelles transformations biologiques.
- Je pourrais citer d autres travaux, si je ne considérais pas celui-là comme suffisant pour illustrer la vie d’un savant, et si notre Comité d’agriculture n’avait pas prié notre collègue, M. Ch. Girard, le collaborateur et l’ami de Müntz de consacrer à sa mémoire un article nécrologique qui sera inséré au Bulletin.
- Notre Société a eu également à déplorer la mort d’un jeune savant, plein d’avenir, M. Ventou-Duclaux qui était lauréat de notre Société en récompense de fort intéressants travaux sur le moteur à deux temps. M. Ventou-Duclaux est mort d’une grave maladie contractée au régiment.
- M. le Président a représenté la Société à la réunion qui s’est tenue dans les bureaux du journal VExportateur français à l’occasion de l’anniversaire de sa fondation par M. Ajam, député, à qui nous devons la belle conférence reproduite dans notre précédent Bulletin.
- M. le Président exprime à M. Henry Joly, membre de l’Institut, la satisfaction éprouvée par la Société en apprenant qu’il avait bien voulu accepter de traiter devant elle un problème aussi opportun et aussi angoissant depuis la guerre, celui qui se résume dans ces deux phrases : « Quelle part de son temps une ouvrière doit-elle donner à l’usine? Quelle part doit-elle réserver à son foyer? » Il prie M. Henry Joly de prendre la parole (1).
- (1) La conférence de M. Henry Joly est insérée dans ce Bulletin, p. 281.
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- M. le Président. — La belle conférence que vous venez d’entendre vous montre combien est complexe le rôle de l’homme de science. Pour approfondir un sujet d’ordre économique comme celui du travail des 'femmes, il lui faut être philosophe, technicien et par-dessus tout, philanthrope et humanitaire.
- Je considère que l’idée, lancée avec tant de simplicité par M. Henry Joly, de ne demander à l’ouvrière que la moitié de sa journée, pour laisser à la ménagère l’autre moitié, mérite de faire son chemin; car elle résout, au moins dans un grand nombre de cas, cette double nécessité. Vous ne nous avez pas dissimulé les résistances que son application rencontrerait, même et surtout chez les intéressées. Mais comment des femmes qui ont si merveilleusement compris leurs devoirs devant l’ennemi, hésiteraient-elles à sacrifier au gain d’argent qui leur assure le luxe, mais use leur corps, la vie heureuse du foyer qui attire et retient l’homme et qui développe les qualités morales des enfants ? Dans le grand procès qui se développe depuis le début de l’humanité, la cause de la femme peut être considérée comme gagnée; elle la perdrait de nouveau si, après s’être élevée à la hauteur de l’homme, elle l’abandonnait devant le foyer vide.
- Cette idée, reproduite dans notre Bulletin, se propagera parmi les industriels qui le lisent, et j’espère que ceux-ci voudront bien nous faire connaître les résultats qu’ils ont obtenus. La Société entière vous est reconnaissante, monsieur, d’avoir orienté cette difficile question vers une solution à la fois humanitaire et utile à l’industrie.
- SÉANCE PUBLIQUE
- DU 10 MARS 1917
- Présidence de M. L. Lindet, president.
- La séance est ouverte à 17 heures.
- Sont présentés pour devenir membres de la Société, et admis à la séance même :
- La Société des Etablissements Carnaud et Forges de la Basse-Indre, 37, rue de Surène, Paris, 8e (membre perpétuel donateur), présentée par M. Guillet.
- M. Citroen (André), ingénieur-constructeur, 143, quai de Javel, Paris, loR (membre à vie) ; présenté par M. Guillet.
- Tome 127. — 1er semestre. — Mars-Avril 1917.
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- M. Lepersonne, membre de la Chambre de Commerce de Londres ; The Oaks; Caterham the Hill. Surrey (Royaume-Uni), présenté par MM. Léon Appert et Lindet.
- M. Andraud, fabricant d’engrenages pour petite mécanique, 4, rue Neuve-Popincourt, Paris, 11e, présenté par MM. Roffo et Valette.
- M. Lacroix et Cie, fabricants de couleurs vitrifiables, 172, avenue Parmentier, Paris, 10e, présenté par MM. Lindet et Lœbnitz.
- Société des Etablissements Fenwick frères et C°, importateurs de machines-outils américaines et anglaises, 8,hue deRocroy, Paris, 10e, présentée par MM. Ernault et Ch. Paris.
- M. Martet (Eugène-Claude), Ingénieur des Arts et Manufactures, il, rue Vergniaud, Paris, 13e, présenté par MM. Guillaume et Guillery.
- M. Henry Klotz, industriel (parfumerie Pinaud), 18, place Vendôme, 1er, présenté par M. Georges Risler et le commandant Nicolardot.
- M. le Président annonce la mort de notre regretté président, M. Linder, et, suivant l’usage, lit le discours que, sur la demande de la famille, il a prononcé devant son cercueil, le 27 février dernier :
- « M. l’Inspecteur général Linder, membre du Conseil de la Société d’Encou-ragement pour l’Industrie nationale depuis 1894, en fut le président de 1901 à 1904. Quand l’un de nos doyens, M. Haton de la Goupillière, eut décidé d’abandonner la présidence du Comité de mécanique, M. Linder fut désigné, à l’unanimité, par ses collègues, pour diriger leurs travaux.
- « Pendant les longues années qu’il vécut au milieu de nous, il sut, par les hautes qualités [de son jugement, par la correction de son attitude et par la bonhomie de sa conversation, s’attirer la sympathie et l’affection de chacun de nous.
- « Ce jugement, il avait eu l’occasion de l’exercer au cours de sa brillante carrière d’ingénieur et d’administrateur, soit qu’il dirigeât les études de l’Ecole polytechnique ou l’Ecole des mines d’Alais, soit qu’il exploitât les grands domaines de la Compagnie austro-hongroise des chemins de fer de l’Etat. Il rapporta de toutes ces expériences l’habitude d’étudier dans leurs moindres détails les affaires qui lui étaient soumises et de ne jamais laisser une discussion s'égarer dans les hasards d’arguments insuffisamment mûris. L’opinion qu’il s’était faite sur les hommes et sur les choses restait irréductible et il savait la défendre avec l’énergie que seule une conviction acquise est capable de donner.
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION.
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- « L’âge n’avait en aucune façon flétri cette allure que nous lui avions connue il y a quelque vingt ans, et que beaucoup prenaient pour celle d’un officier en retraite. Y mettait-il quelque coquetterie ? Je ne le crois pas. La droiture du corps était pour lui le symbole de la droiture morale ; il lui semblait que fléchir sous le poids des années, ce serait fléchir dans ses convictions. La parole était timbrée et ponctuée, toujours correcte, comme s’il eût voulu donner à celle-ci la tenue et la correction qui se dégageaient de sa personne.
- « Il aimait causer, comme beaucoup de vieillards qui ont vu et jugé bien des choses. Mais de quoi causer pendant la guerre, si ce n’est de la guerre ? C’était notre grande satisfaction que de le faire parler, quand le Comité venait de prendre fin. Ses fonctions de membre de la Commission militaire des chemins de fer l’avaient familiarisé avec la mobilisation et le transport des troupes; au point de vue militaire, il en savait plus que nous. Et puis, il avait son âme d’Alsacien qui vibrait aux bonnes et aux mauvaises nouvelles nous arrivant des frontières. Lisant entre les lignes des communiqués, nous disait-il, suivant sur la carte d’état-major les moindres accidents jde terrain, il nous faisait part de ses espoirs et nous donnait à partager sa confiance. Et puis, nous nous préoccupions du général Linder. « Je ne sais pas où il est. Le général ne me dit jamais rien » ; mais, à force d’hypothèses, en repérant les nouvelles reçues, il arrivait à nous dire où il pourrait bien être. Alors, il tirait de son portefeuille la dernière citation dont le général avait été l’objet et nous la lisait, les larmes aux yeux. Le paysan illettré, dont le gars vient de gagner la Croix de guerre, n’est pas plus joyeux que notre collègue l’a été quand il apprit que son fils venait d’être nommé général de division. Tous les pères portent un même cœur qui bat de la même émotion à la nouvelle que l’enfant s’est couvert de gloire.
- « Vous comprenez mieux maintenant combien la grave maladie qui faillit emporter, il y a deux mois, notre ancien président, était la préoccupation de nos collègues; apprenant qu’il avait pu traverser la période des grands froids, dont tant de vieillards ont été victimes, nous reprenions confiance et espérions le voir arriver parmi nous au premier rayon de soleil, et c’est précisément dimanche dernier, alors que celui-ci paraissait dans une journée presque printanière que nous apprenions la fatale nouvelle ; la mort revêtant une forme inattendue et différente de la forme sous laquelle elle avait déjà frappé à sa porte, venait de briser ce beau vieillard; elle s’était plu à terrasser avec d’autres armes celui qui l’avait défiée dans un premier combat.
- « Devant la famille unie de l’Inspecteur général Linder, au nom de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, je salue la dépouille mortelle de celui qui fut un grand ingénieur, un grand patriote et un grand chrétien. »
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- La mort de M. Linder laisse vacante la présidence de notre Comité des Arts mécaniques. Les membres de ce Comité, dans leur séance du 6 mars dernier, ont été unanimes pour appeler à cette présidence, M. Bertin, membre de l’Institut, ancien président de la Société.
- Notre Société était représentée à la manifestation patriotique de la Fédération des grandes associations françaises, d’une part au titre de Société faisant partie des associations industrielles, commerciales et agricoles, dont le porte-paroles a été M. David-Mennet, président de la Chambre de commerce de Paris, d’autre part au titre de Société faisant partie de la Fédération des grandes associations agricoles françaises, dont le porte-parole a été M. le sénateur Develle, président de l’Académie d’agriculture.
- M. le Président remercie notre collègue du Conseil, M. Prudhomme, du don qu'il vient de faire à la bibliothèque de notre Société, et qui comporte trente volumes, en langues française, anglaise et allemande, traitant de questions de teinture et d’impression.
- M. le Président annonce quelle Congrès national du Livre,organisé par la Société des gens de lettres, par le Cercle de la Librairie et par le Comité du Livre, s’ouvre aujourd’hui 10 mars : les séances de travail ont lieu au Cercle de la Librairie ; les rapports qui doivent être discutés sont déjà imprimés. Notre Société s’est fait inscrire au nombre des membres du Congrès.
- M. Masson, au nom du Comité des arts 'mécaniques, lit un rapport sur les appareils imaginés par le docteur Boureau, de Tours, pour permettre aux mutilés des bras d’aborder les différentes professions en vue desquelles ces appareils ont été établis (1).
- Le Président invite les auditeurs à examiner, après la séance, les appareils du docteur Boureau, qui sont exposés dans l’avant-salle par M. Bouisseren, orthopédiste (116, rue de Rivoli, Paris).
- M. le Président donne la parole à M. Toulon qui veut bien nous exposer dans quelles directions devront se réaliser, après la guerre, les grands travaux publics (2).
- M. le Président. — Notre collègue du Conseil et dévoué secrétaire,M. Paul Toulon, nous a donné plus qu’il ne nous avait promis; il devait se contenter de vues d’ensemble, et voilà qu’il a montré vis-à-vis de certaines questions,
- (1) Ce rapport sera inséré dans un prochain numéro du Bulletin.]
- (2) La conférence de M. Toulon est insérée dans ce Bulletin, p. 297.
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- comme celle des forces du Rhône ou de l’électrification des chemins de fer, une documentation dont un spécialiste ne négligerait pas de s’inspirer. Il nous avait dit également qu’il exposerait des idées reconnues quelque peu hardies, telle que la concession, par régions, des stations thermo-électriques ou hydroélectriques ; ces idées ne nous ont pas fait sursauter, et beaucoup d’entre nous, j'en suis certain, trouvent naturel que, dans l’intérêt général, l’Etat accorde des concessions monopolisées, aux conditions où il a accordé, il y a soixante ans, les concessions des Compagnies de chemins de fer.
- M. Toulon ne nous a pas parlé de la questionjfinancière ; elle est grave; car on répète un peu trop volontiers que la guerre nous aura épuisés ; épuisés peut-être, nous, bourgeois et rentiers, fonctionnaires, parce que nos revenus n’ont pas changé, tandis que nos charges sont aujourd’hui plus lourdes. Mais l’argent n’est pas, autant qu’on le suppose, sorti de France, et celui qui en est sorti est même tout prêt à y rentrer, et il faut espérer que les « nouveaux riches » ne se contenteront pas d’acheter des diamants et des perles, des tapisseries et des meubles anciens, mais fourniront à ces sociétés nouvelles, et en vue de la défense économique, l’argent que la défense militaire les a mis à même de gagner. Ils ont, par leur initiative, contribué à sauver notre pays ; leur tâche ne sera pas terminée au lendemain de la guerre.
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- Présidence de M. L. Lindet, président.
- La séance est ouverte à 17 heures.
- Sont présentés et admis à la séance même, pour faire partie de la Société :
- M. Mangin, membre de l’Institut, professeur au Muséum d’histoire naturelle, 2, rue de la Sorbonne. Paris, 5e, présenté par MM. Tisserand et Lindet.
- M. Moussu, membre de l’Académie d’Agriculture, professeur à l’École vétérinaire d’Alfort, présenté par MM. Tisserand et Lindet.
- M. Hitier (Joseph), professeur à l’École de Droit et à l’Institut national agronomique, 19, rue Servandoni, Paris, 6e, présenté par MM. Henri Hitier et Lindet.
- La Compagnie électro-mécanique, constructions de turbines a vapeur et du matériel électrique, 12, rue Portalis, à Paris, 8e (membre perpétuel donateur), présentée par MM. Ferrand et Pierre Richemond.
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- M. de Boysson (Alain), licencié es sciences, 57, boulevard Pereire, 17e, à Paris, présenté par M. Lindet et le capitaine Delmar.
- M. Zoretti (Ludovic), directeur de l’Institut technique de Normandie, Université de Caen, présenté par MM. Lindet et Bâclé.
- M. Courtot (Louis), administrateur, directeur technique de la Compagnie nationale des radiateurs, 9, rue Théodule-Ribot, Paris, 17e, présenté par le lieutenant-colonel Espitallier etM. Larivière.
- M. le Président annonce qu’à la suite du rapport que M. de Rousiers, membre du Comité de Commerce, lui a présenté, au nom d’une Commission spéciale, le Conseil a émis à Funariimité le vœu que les articles 419 et 420 du Code pénal, relatifs au délit d’accaparement, soient modifiés dans un sens qui permettrait aux industriels et aux commerçants, sous certaines garanties et conditions, d’établir des ententes, tout en réprimant, avec la même énergie qu’autrefois les moyens frauduleux employés aux mêmes fins.
- M. Toulon présente les ouvrages suivants :
- Le vol aérien. Aérodonétique, par M. F.-W. Lanchester; — traduit de Panglais sur la deuxième édition, par le commandant C. Benoit ;
- Voutillage américain pour la fabrication en série, par M. Joseph Wood-worth; — deuxième édition américaine traduite par M. M. Varinois ;
- L’expansion du commerce extérieur et ïorganisation bancaire, deuxième édition, par M.Ch. Berrogain;
- Le guide pratique de l'ouvrier tourneur sur métaux ; approuvé par le Comité des arts mécaniques de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale;— nouvelle édition revue et augmentée, par M. I. Adam, membre de la Société.
- Le guide du soudeur et les applications de l'oxygène ; par I’Oxiiydrique
- FRANÇAISE ;
- Le problème de la main-d’œuvre; la taylorisation et son application aux conditions industrielles de l’après-guerre, par le commandant Hourst ;
- Petit guide des employeurs de main-d'œuvre étrangère, parM. E. Marre, directeur des services agricoles de l’Aveyron.
- M. Hitier présente les ouvrages suivants :
- Principe de Carnot contre Formule empirique de Clausius. Essai sur la thermodynamique, par M. L. Selme ;
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- Le système Taylor et la 'physiologie du travail professionnel\ par M. J. INI. Lahy ;
- La motoculture, nouvelle édition, par le capitaine Julien ;
- Faisons du blé, des pommes de terre, des betteraves à sucre, par M. Ed. Zacharewicz, directeur des Services agricoles de Vaucluse;
- France-Allemagne, par M. L. de Launay, membre de l’Institut.
- M, le Président a représenté la Société :
- A la séance d’ouverture du Congrès national du Livre qui a eu lieu, le 11 mars, à la Sorbonne, sous la présidence de M. le Président de la République ; ce congrès, organisé par la Société des gens de lettres, le Cercle de la Librairie et le Comité du Livre, a tenu ses séances du 12 au 17 mars, dans l’hotel du Cercle de la Librairie ;
- A la réception, qui a été donnée le dimanche 18 mars, à l’Ecole supérieure des Mines, par l’Association des anciens élèves de l’Ecole à M. Reuma-ux, directeur général des mines de Lens, revenu récemment des pays envahis, où il a subi la plus dure des captivités ;
- A la séance d’ouverture de l’Ecole supérieure d’art public, dirigée, sous le patronage de la Section d’hygiène du Musée social, par notre collègue du Conseil, M. Georges Risler. Cette Ecole comportera un enseignement spécial ayant pour but d’aider les architectes, ingénieurs et hygiénistes, déjà formés, à résoudre les multiples problèmes que comporte la vie des agglomérations.
- M. le Président donne la parole à M. Paul Otlet, directeur de l’Institut international de bibliographie de Rruxelles, qui veut bien montrer à la Société comment la documentation et l’information peuvent se mettre au service de l’industrie.
- M. le Président. — C’est à M. le général Sebert, le directeur du bureau français bibliographique qui relève du bureau international de Rruxelles et qui est logé et patronné par notre Société, que nous devons la bonne fortune de compter parmi nous, ce soir, M. Paul Otlet, et de comprendre les ressources considérables que la documentation, sous toutes ses formes, peut offrir à l’industrie, au commerce et à l’agriculture.
- Sans vouloir cependant faire l’esprit fort, je me demandais tout à l’heure, en écoutant M. Otlet, si la documentation ne paralyse pas quelquefois les grands inventeurs ; on trouve toujours tant de choses qui ont été faites avant que l’on entreprenne celles que l’on a envue,quele découragement vient vite. Pasteur
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- fut sollicité par Dumas pour aller étudier la maladie des vers à soie qui sévissait dans nos magnaneries, et Pasteur déclara son incompétence sur la question; il n’avait jamais vu de vers à soie. « Tant mieux, répliqua Dumas; vous n’aurez pas d’idées préconçues. » Si Pasteur avait passé les quinze jours qui précédèrent son départ dans le Midi à fouiller les bibliothèques, il aurait appris beaucoup de choses, mais il n’aurait pas emporté son microscope et découvert la pébrine.
- Néanmoins, combien de savants plus modestes ont besoin d’un guide ! Combien ont fait de remarquables travaux, inspirés par une lecture qui leur a servi de point de départ, et qui les a conduits quelquefois dans une tout autre direction! Et puis, quand la recherche est en cours ou terminée, n’est-il pas d’un sentiment de haute loyauté scientifique de citer toutes les antériorités que la documentation bibliographique vous a fait reconnaître?
- En face de l’industrie, les exigences de la bibliographie sont encore plus grandes ; l’industriel n’a pas toujours de temps à perdre pour faire des essais coûteux et qui immobilisent sa fabrication; il doit, sans porter le moindre préjudice à l’inventeur, profiter de ses découvertes et de ses travaux. Le bureau bibliographique d’une usine, comme M. Otlet vient de le dire, — et j’ajouterai son laboratoire, —doivent être le cerveau de l’industrie.
- Continuez donc, Messieurs les bibliographes, à cataloguer, répertorier, tou^ ce qui est bon dans ces vieux livres, ce qui somnole sur des rayons de bibliothèques et quelquefois dans des greniers poudreux ; vous leur donnez la vie, puisque vous leur permettez de nous dire ce qu’ils renferment.
- SÉANCE PUBLIQUE
- DU 21 AVRIL 1917 Présidence de M. L. Lindet, président.
- La séance est ouverte à 17 heures.
- M. le Président annonce qu’il a reçu un pli cacheté de M. Gourdon, Commissaire de première classe de la marine. Ce pli sera déposé dans nos archives.
- Sont présentés, pour devenir membres de la Société, et admis, dans la séance même :
- Établissements Jacob Holtzer, Forges et aciéries d’Unieux (Loire),
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- membre perpétuel donateur, 43 rue des Marais, Paris, 10e, présenté par MM. Lindet et Hitier.
- M. Fleury (Camille), ingénieur agronome, 32, rue des Vignes, 16e, Paris, présenté par MM. Sauvage et Lindet.
- Fonderies et ateliers de la Courneuve (chaudières Babcock et Wilcox), 6, rue Laferrière, Paris, 9e, présentées par M. Dupuis.
- M. Masselin (Camille), fabricant de rubans, à Bernay (Eure), présenté par la Société A. Bouchon et fils et M. Robert Mabire.
- Corderies de la Seine, le Havre, présentées par MM. Bergerault, Cremer et la Chambre de Commerce du Havre.
- MM. Baignol et Farjon, fabricants de crayons, à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), présentés par MM. Féret et Lonquéty.
- Société anonyme des matières colorantes et produits chimiques de Saint-Denis, 105, rue Lafavette, 9e, Paris, présentée par MM. Prudhomme et Lefranc.
- M. Vallois (Charles), industriel céramiste, 161, avenue Gambetta, Paris, 20e, présenté par M. Lœbnitz.
- M. Verdin, ingénieur, 10, rue Alexandre-Cabanel, Paris, 15e, présenté par MM. Alby et Eyrolles.
- Chambre syndicale des constructeurs d’automobiles, 3, avenue Alphand, Paris, 16e, présentée par MM. Lindet et Toulon.
- Compagnie française de charbons pour l’électricité, Nanterre (Seine), présentée par MM. Paul Eschwege et Jean Rey.
- M. Drouets, directeur de l’Office national de la propriété industrielle, 292, rue Saint-Martin, à Paris, 3e, présenté par MM. Lindet et H. Hitier.
- M. le Président fait part de la perte douloureuse que le Conseil a faite dans ia personne de M. Harlé, membre du Comité des Arts économiques, et, suivant l’usage, donne lecture du discours qu’il a prononcé sur son cercueil, le 31 mars dernier :
- « Les fondateurs de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale avaient réparti l’étude des différentes questions que présentaient, à cette époque, l’Industrie, l’Agriculture et le Commerce entre des Comités dont le titre leur avait peut-être paru immuable. Devant les manifestations nouvelles de l’activité humaine, ces cadres sont devenus trop étroits. Notre Comité des Arts économiques, dont le nom traduit 'si mal aujourd’hui les objets qu’il poursuit, comptait, dans ses débuts, des physiciens parmi ses membres, qui ne
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- s’occupaient de l’électricité que dans la mesure bien restreinte où elle s’appliquait à la vie économique. Mais nos prédécesseurs ne pouvaient supposer que cette électricité, objet de curiosité confiné dans les cabinets de physique, prendrait un jour son essor pour assurer, au même titre que la vapeur, le développement de la grande industrie.
- « Notre Comité des arts économiques comprit cette évolution, et, après avoir fait entrer dans son sein Mascart, Fontaine et M. Carpentier, il élargit encore le champ de cette nouvelle spécialisation et remplaça, en 1902, Le Roux, professeur de physique de l'Ecole supérieure de Pharmacie, et Henri Rouart, constructeur-mécanicien, par deux constructeurs électriciens, Emile Harié et M. Hillairet.
- « En appelant à lui ce savant ingénieur, ce grand industriel, Emile Harié, et en le nommant, de ce fait, membre de notre Conseil d’administration, notre Comité n’avait pas seulement en vue de faire profiter notre Société de la compétence spéciale qu’il avait acquise dans la construction des machines électriques, dans les installations pour l’éclairage de nos côtes, dans les transmissions de force, etc.; le développement de l’œuvre qu’il poursuivit depuis avec son associé, M. Gaston Sautter, pour l’application de l’électricité à l’outillage de notre marine, pour l’établissement du projet de transport des forces motrices du Haut-Rhône, etc., devait confirmer le Comité dans son choix.
- « Mais Harié n’était pas seulement un savant. Savoir, c’est beaucoup; penser, c’est davantage. Son jugement s’était formé à la rude école des affaires; de grandes questions lui avaient été soumises, devant lesquelles il avait dû prendre un parti, combattre ceux qui lui semblaient être dans l’erreur, entraîner l’opinion des hésitants. Aussi le Comité et le Conseil escomptaient-ils son avis quand une question d’ordre industriel, comme celle des assurances sur la vie des mutilés revenus au travail, comme celle de la législation des brevets, etc., venait à être discutée devant eux. Sa parole nette et rapide ne laissait aucune place à l’hésitation ; il allait au but et son intervention ne comportait pas, de sa part, le moindre retour en arrière. Aucune amertume ne perçait au cours de ces discussions ; la finesse de son sourire et le reflet de sa droiture désarmaient les opposants.
- « Ce sont ces qualités qui l’ont fait apprécier des différentes sociétés où l’appelait sa spécialisation et où la confiance de ses collègues le désignait à la présidence : la Section d’électricité de la Société des ingénieurs civils, le Syndicat professionnel des industries électriques, la Société internationale des électriciens.
- « Au nom de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, en
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- présence d’une famille en pleurs, je salue la dépouille mortelle de celui qui fut, suivant la belle expression dont le pasteur, M. Charles Vernes, vient de se servir, grand serviteur de Dieu, serviteur de la Patrie, serviteur de la Science, »
- M. le Président annonce la mort de deux membres de la Société, M, Mallèvre et M. Poirrier,
- M. Alfred Mallèvre, ingénieur- agronome, professeur à l’Institut national agronomique, membre de l’Académie d’AgricuIture, a été, il y a plusieurs années, frappé par une cruelle maladie à laquelle son-organisme fatigué n’a pu opposer de résistance ; il n’avait que cinquante ans.
- Sorti premier de sa promotion, il fut envoyé en mission pour étudier les progrès qui avaient été réalisés en Allemagne et au Danemark dans l’alimentation du bétail. Il fut chargé en 1892, par M. Tisserand, alors directeur de l’Agriculture, de diriger le laboratoire de zootechnie à la ferme d’application de Joinville-le-Pont, en même temps qu’il poursuivait des recherches au laboratoire de notre collègue M. Gabriel Bertrand. A la mort de Sanson, il se présenta au concours de la chaire que son maître laissait vacante à l’Institut national agronomique ; il l’emporta de haute lutte. Depuis, Mallèvre s’est consacré surtout à son enseignement qu’il voulait et obtint parfait. Comme l’a dit notre collègue, M. Wéry, à l’Académie d’AgricuIture, « il y apportait non seulement ses qualités de savant, mais ses qualités d’homme, sa haute et ferme conscience, son amour de la vérité, son dédain des conventions faciles et de Là peu près, puis une documentation extrêmement abondante, mais ordonnée, passée au crible d’une critique sévère, une méthode, une clarté, qui lui attachaient infailliblement les élèves, une passion, une force de persuasion qui établissait, entre lui et ses auditeurs, ce rayonnement où les esprits semblent se pénétrer. Aussi, a-t-il non seulement formé des élèves, mais des disciples. »
- Notre collègue M. Alcide Poirrier avait, au contraire, sans que la nature ait semblé toucher à ses facultés intellectuelles et physiques, atteint le grand âge de quatre-vingt-cinq ans. Il appartenait à cette belle génération de chimistes industriels qui ont vu naître et se développer l’industrie des matières colorantes dérivées de la houille. La maison Poirrier et Ghappat, à la tête de laquelle il se trouvait dès l’âge de vingt-six ans, fabriquait des extraits tinctoriaux. Poirrier devina l’avenir industriel des nouvelles couleurs et entreprit successivement la fabrication de la mauvéine et de la fuchsine, du violet de Paris, préparé par Charles Lauth au moyen de la diméthylaniline, des colorants azoïques, créés par Roussin, des orangés Poirrier, du rouge
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- Saint-Denis, des colorants sulfurés, des noirs Vidal, des noirs Saint-Denis, de l’alizarine artificielle, etc.
- En rachetant l’usine de M. Dalsace où se fabriquait l’aniline nécessaire à la préparation de ses couleurs, M. Poirrier donna, en 1881, à son entreprise une plus grande extension, et créa la Société des matières colorantes et produits chimiques de Saint Denis. Celle-ci, à la mort de son fondateur, a tenu à maintenir les rapports qu’il avait avec notre Société et a bien voulu prendre sa place parmi nous,
- M. Jean-Paul Belin expose à la Société le rôle que joue la concurrence étrangère vis-à-vis du commerce de la librairie française (1).
- M. le Président. — Le jeune conférencier qui vient de nous intéresser si vivement au mouvement commercial de la librairie est le fils de notre collègue du Conseil, M. Henri Belin. Il appartient à une ancienne et honorable lignée de libraires-éditeurs parisiens dont le nom nous était déjà familier quand, sur les pupitres du collège, nous usions les coudes de nos vestes. M. Jean-Paul Belin a jugé qu’il est utile pour un éditeur d’acquérir des titres universitaires, afin de pouvoir discuter de pair avec les meilleurs auteurs des livres classiqùes,et, c’est nanti du titre du docteur ès lettres qu’il est entré dans le commerce de la librairie où il a déjà marqué sa place, à en juger par le rôle qu’il a joué dans le récent Congrès du Livre.
- J’ai eu quelque peine, je l’avoue, à suivre notre conférencier quand il nous a montré la Douane estimant l’entrée et la sortie des œuvres littéraires d’après leur poids. Ce n’est pas de cette façon que nous apprécions leur valeur et je sais des jeunes gens qui, le jour de leur baccalauréat, en sortant de la Sorbonne, ont fait légèrement le sacrifice de leur dictionnaire grec, tandis qu’ils conservent jalousement quelque petite édition de Manon Lescaut ou des poésies de Musset. Mais puisque l’on n’a pas trouvé de commune mesure pour estimer les œuvres de l’esprit, il a bien fallu recourir au système décimal.
- Admettons donc les quintaux et même les grammes de livres consommés par tête, et réjouissons-nous de voir que la librairie française est exportatrice. Nous le devons au bagage littéraire que nos ancêtres nous ont laissé, à la valeur de nos œuvres actuelles et à notre belle langue que tant d’étrangers apprécient. Et puisque, depuis la réunion du Congrès du Livre, tous les « ouvriers du Livre » ont fait l’union sacrée, espérons que tous, fabricants de papier, auteurs, imprimeurs, graveurs, relieurs, grouperont leurs efforts pour envoyer à
- (1) Celle cci f e i ( r ( t mi: h M'n'e d:rsl( pctCair fullelin.
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- -- SÉANCE DU 14 NOVEMBRE 1916.
- l’étranger des quintaux de beaux livres qui permettront de répandre l’esprit français, et pour proscrire ceux qui, au contraire, ont contribué à dénigrer notre valeur morale.
- COMITÉ DES ARTS CHIMIQUES
- PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES SÉANCE DU 14 NOVEMBRE 1916
- Présents : MM. Le Chatelier, président, Magie, Loebnitz, Livaghe, Appert, Haller, Carnot, Delloye. Excusés : MM. Pagès et Guillet. M. Lindet assiste à la séance.
- Al’ occasion de la lecture du procès-verbal de la séance de la Commission de verrerie de laboratoire, du 11 juillet 1916, M, Appert insiste sur l’intérêt industriel des fabrications en série. Il n’y a rien de coûteux en effet comme les changements fréquents de modèles ; cela dérange le travail de l’ouvrier. La limitation du nombre des formes types adoptées est un élément important du bas prix de revient.
- Il signale d’autre part qu’en Angleterre, le gouvernement, dans le but de favoriser le développement des industries, s’engage à passer certaines commandes pour un délai de trois ans ; il y a là une entente entre les fabricants et l’Etat qui mérite d’être signalée.
- M. Lindet demande quelle suite donner aux conclusions de la Commission de verrerie.
- Sur la proposition de M. Le Chatelier, le Comité émet l’avis qu’il y a lieu de prendre dans le procès-verbal de la séance de cette Commission tout ce qui regarde les dimensions à adopter pour les types de la série normale. On enverra cet extrait aux membres de la Commission, à la Société Chimique; puis une fois les réponses reçues, on publiera dans le Bulletin la définition de la série normale des [verres de laboratoire adoptée par la Société d’Encou-ragement pour l’Industrie nationale.
- M. Appert exprime le souhait que chaque fabricant continue à mettre sa marque sur les produits qu’il livre.
- M. Le Chatelier appuie très vivement cette proposition. C’est le seul Jmoyen de créer en France un certain nombre de marques jouissant à l’étranger d’une réputation analogue à celle des marques bien connues de Berlin ou de Saxe
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- pour la porcelaine. La pratique de certains commerçants de substituer leurs marques à celles des fabricants est tout à fait regrettable et nuisible pour l’industrie française.
- M. Lindet met le Comité au courant de la demande de M. Gabelle, directeur du laboratoire du Conservatoire des Arts et Métiers tendant à obtenir la désignation d’un membre de la Société d’Encouragement pour le Comité technique du laboratoire du Conservatoire. Le nom de M. Chesneau, professeur à l’École des Mines, mis en avant, réunit l’unanimité des suffrages.
- M. Gabelle a en même temps demandé à M. Lindet, comme président de la Société d’Encouragement, de faire partie du Conseil d’administration du Conservatoire des Arts et Métiers. M. Lindet a accepté.
- SÉANCE DU 12 DÉCEMBRE 1916
- Présents : MM. Le Chatelier, président, Pagès, Livaghe, Appert, Bâclé, Haller, Guillet, Bertrand, Delloye, Trillat. M. Lindet assiste à la séance.
- M. Le Chatelier donne lecture d’une lettre de M. Lacoin, ingénieur à la Compagnie d’Orléans exposant quelques tentatives faites dans le but de donner aux ouvriers les plus intelligents des ateliers la possibilité d’acquérir une instruction supplémentaire qui les mette à même de devenir de bons chefs d’atelier, ou de faire de bons agents de contrôle. Les premiers résultats obtenus sont très encourageants.
- M. Delloye a eu l’occasion de causer à plusieurs reprises avec M. Lacoin. Il trouve ses idées très justes ; c’est de plus un véritable apôtre. On peut espérer de son initiative les résultats les plus utiles.
- M. Le Chatelier appelle l’attention du Comité des Arts chimiques sur le mouvement actuel tendant en Angleterre et aux Etats-Unis à obtenir le groupement des efforts des sociétés scientifiques et industrielles. La Société royale de Londres a pris l’initiative, dès le début de la guerre, de grouper les sociétés savantes en vue d’une collaboration plus intense à l’œuvre de la défense nationale. Plus récemment, sir Robert Hadfield s’est efforcé de grouper les sociétés métallurgiques. Il voudrait réunir leurs bureaux dans un même local, fondre leurs bibliothèques et les amener à signaler dans leurs publications périodiques les travaux des sociétés similaires.
- D’autre part, aux États-Unis, l’Académie des Sciences de Washington vient de constituer, à la demande du président Wilson, un Comité national de recherches, dont la fonction serait d’étudier comment les sciences pourraient
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- être utilisées d’une façon plus active au progrès du pays dans les arts de la paix aussi bien que dans ceux de la guerre.
- A ce sujet, M. Lindet rappelle que [les sociétés industrielles de province sont groupées dans une union dont le dernier congrès s’est tenu à Reims. Notre Société a adhéré à cette union. La guerre n’a pas détruit l’œuvre entreprise et le président de l’Union, M. Marteau,président de la Société industrielle de Reims, est prêt à poursuivre les tentatives ébauchées. L’idée a fait depuis son chemin, car M. Rabut est venu récemment proposer un groupement des sociétés techniques et reprendre une proposition dont l’initiative a appartenu autrefois à M. Rergeron, alors président de la Société des Ingénieurs civils.
- M. Haller fait observer que le moment est propice pour réaliser définitivement cette tentative, simplement ébauchée jusqu’ici. Les Allemands ont du reste fait quelque chose de semblable depuis le début de cette guerre.
- M. Lindet donne communication des réponses qu’il a reçues au sujet de l’envoi de la circulaire relative à la verrerie de laboratoire (1).
- M. Lindet entretient le Comité des Arts chimiques d’une proposition de M. le général Sebert tendant à instituer une enquête sur les différents laboratoires existant en France, sur leur rôle et sur les résultats qu’ils ont donnés. Cette enquête*serait poursuivie sous les auspices de la Société d’Encouragement.
- M. Le Chatelier, tout en reconnaissant l’intérêt de la proposition de M. le général Sebert, croit que, pour aboutir, une semblable tentative doit être l’œuvre personnelle de tels ou tels membres de la Société. Si l’on se contente d’envoyer administrativement des circulaires pour recueillir les renseignements utiles, on obtiendra seulement des documents dénués de toute valeur, les laboratoires n’aimant pas à révéler l’importance des subsides qu’ils reçoivent, ni laisser proclamer en parallèle l’importance trop souvent rudimentaire des services rendus à la science. Le rendement de l’argent est parfois tout à fait dérisoire. Pour être renseigné exactement, il faut faire des recoupements nombreux. M. Le Chatelier pense avoir quelque expérience de la question, ayant fait lui-même une enquête semblable en vue d’un rapport présenté au Musée social. Pour bien des établissements, même français, il lui a été impossible d’obtenir, malgré des démarches personnelles répétées, aucun renseignement précis. En faisant ce travail au nom de la Société d’Encouragement, on la compromettrait, en lui faisant endosser la responsabilité d’erreurs nombreuses et inévitables, ne serait-ce que par suite de l’obligation de faire un éloge exagéré de tous les laboratoires dépendant de membres de son Conseil. M. Le Chatelier insiste donc pour que cette enquête reste une œuvre personnelle
- (I) Voir le Bulletin de novembre-décembre, p. 502.
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- et paraisse, s’il y a lieu, dans notre Bulletin sous la signature de son auteur, comme lui-même a endossé la responsabilité du rapport qu’il a présenté au Musée social.
- M. Haller estiiiie au contraire que ces difficultés mêmes sont un motif de plus pour tenter de mener à bien cette enquête. Il est nécessaire que le pays sache approximativement ce qui est dépensé pour ses laboratoires, connaisse les résultats obtenus et puisse ainsi se rendre compte s'il n’y a pas disproportion entre l’argent donné et la production scientifique correspondante. L’enquête, du reste, ne devrait pas seulement porter sur les laboratoires français mais aussi sur les laboratoires étrangers, sur ceux qui existent et en même temps sur ceux qui vont être fondés. Le mouvement qui porte les pays à fonder de grands laboratoires centraux s'accentue. C’est ainsi qu’il va être créé à Stockholm un laboratoire auquel sera consacré une somme de 700 000 couronnes.
- M. Guillet est d’avis qu’il serait très intéressant de signaler aux industriels les laboratoires publics et privés auxquels ils peuvent s’adresser pour leur demander la: solution de certains problèmes techniques. Il appuie donc la proposition d’enquête.
- M. Guillet insiste sur la nécessité de coordonner les efforts des différents laboratoires et d’établir entre eux des liens appropriés pour faire converger plus utilement leurs efforts vers des buts communs. Les recherches exigent un outillage très coûteux et des hommes d’une compétence indiscutée pour leur réalisation ; il y a donc grand intérêt à ne pas gaspiller les ressources disponibles en les éparpillant de tous côtés, sans unité de vue ni d’action. Il regretterait, par exemple, de voir de grands laboratoires syndicaux se créer en dehors du laboratoire proposé par l’Institut.
- M. Pagès fait toutes réserves sur la conception d’un grand laboratoire Central aux mains de l’Etat, qui deviendrait forcément une administration, cherchant à étouffer toute initiative privée. Or, plus que jamais il est nécessaire que les industriels se fassent écouter et soient écoutés. Aussi pour sa part souhaite-t-il la création de grands laboratoires syndicaux faisant eux-mêmes leurs affaires, leurs recherches.
- M. Guillet craint d’avoir été mal compris. Loin de vouloir absorber l’initiative privée, ceux qui ont projeté la fondation d’un grand laboratoire central ont dès l’abord indiqué qu’il y avait lieu de donner dans son Conseil une place importante aux industriels et aux commerçants. L’Etat, du reste, ne dirigerait pas ce laboratoire, qui resterait sous la direction de l’Institut. Ce que M. Guillet craint, c’est la dissémination des efforts, tout aussi funeste pour l’industrie que la gangrène administrative.
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- M. Delloye insiste sur la nécessité de distinguer plusieurs catégories de recherches. En premier lieu, les recherches de science pure ne peuvent être suivies que dans un laboratoire central, pourvu de l’outillage convenable et des hommes capables de tels travaux. En second lieu, il y a des études plus simples à poursuivre chaque jour dans l’industrie, des problèmes à résoudre à propos de telle ou telle méthode, de tel nouveau procédé. Il faut pour ces recherches des ingénieurs instruits, capables de résoudre au fur et à mesure les problèmes qui leur sont posés.
- Enfin, il y a à effectuer chaque jour dans l’usine des constatations nécessaires pour la conduite de telle ou telle opération, des essais de contrôle de la qualité des produits obtenus. Ceci est l’œuvre de bons ouvriers experts dans ce genre de travail.
- L’enseignement technique tel que le comprend M. Lacoin, en élevant le niveau intellectuel des ouvriers, faciliterait le recrutement de ces surveillants. L’étude de ces méthodes d’éducation à l’usine mérite l’attention de tous les hommes que préoccupe l’avenir de l’industrie française.
- SÉANCE DU 9 JANVIER 1917
- Présents : MM. Le Chatelier, président; Livache, Pagès, G. Bertrand, Guillet, Prudhomme, Bâclé, Appert, Haller, Loebnitz. M. Lindet assiste à la séance.
- Le Président signale dans la correspondance plusieurs notes de M. Nico-lardot, dont une particulièrement développée vise l’emploi du bisulfate de soude dans le décapage de l’acier. M. iNicolardot insiste particulièrement sur les difficultés du transport de ce corps par chemin de fer et propose différents dispositifs pour lever ces difficultés, notamment l’emploi de caisses ou de tonneaux goudronnés intérieurement.
- A cette occasion, M. Haller signale que le Service des poudres a fait dresser la liste des établissements producteurs de bisulfate de soude dans le but de permettre à chaque industriel, qui doit employer ce produit, de le faire venir du lieu de production le plus rapproché de ses usines.
- M. Lindet fait part au Comité de son intention d’organiser au courantde 1917, à la Société d’Encouragement, une exposition des produits nouvellement fabriqués en France depuis la guerre, de façon à faire connaître l’effort réalisé par les industriels français.
- Tome 127. — 1er semestre. — Mars-Avril 1917.
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- ARTS CHIMIQUES.
- MARS-AVRIL 1917.
- M. Lindet rend compte au Comité des Arts chimiques de la visite qu’il vient de faire à la verrerie créée par M. Adnet, à Charenton, pour fabriquer de la verrerie de laboratoire. M. Adnet a voulu en effet fabriquer lui-même, sans être obligé de passer par un intermédiaire, les verres qu’il vendait à sa clientèle. Il fait de la verrerie fine et épaisse; avec les déchets, il fabrique des verres de lampe. Il y a là an effort extrêmement intéressant, qui a donné du reste de remarquables résultats, comme peuvent en juger les membres du Comité par les échantillons mis sous leurs yeux.
- Plusieurs membres du Comité rappellent à ce sujet que le Service de santé de l’armée a entrepris la fabrication des thermomètres médicaux avec l’aide de spécialistes et que les industriels peuvent envoyer à l’usine ainsi créée des ouvriers et des contremaîtres pour se mettre au courant de cette fabrication nouvelle en France. Il y a lieu de rappeler à cette occasion le rôle joué dans cette mise au point par un de nos constructeurs, M. Berlemont.
- M. Lindet informe le Comité du généreux don que M. Prudhomme a fait à notre bibliothèque pour enrichir celle -ci des livres traitant de la chimie des matières colorantes que nous ne possédions pas encore.
- M. Prudhomme explique qu’il a voulu ainsi contribuer pour sa part à permettre aux travailleurs l’étude de la chimie des matières colorantes qui, somme toute, ne fait qu’un avec la chimie des explosifs. Malheureusement jusqu’ici, toute cette partie si importante de laj chimie avait vraiment été trop négligée en France.
- SÉANCE DU 13 JANVIER 191?
- Présents : MM. Le Chatelier, Président, Haller, Pagès, Prudhomme, Livaghe, Appert, Delloye, Guillet, Loebnitz, Bertrand. M. Lindet assiste à la séance.
- M. Haller fait connaître, d’après des renseignements récemment reçus d’Angleterre, que les usines de ce pays fabriquent maintenant toutes les qualités de verre qui venaient autrefois d’Allemagne. La question est maintenant tout à fait au point.
- M. Lindet informe le Comité que la Société a été pressentie par la Société des Ingénieurs civils, au sujet du congrès du Génie civil que cette dernière société veut organiser. Elle demande à notre Société de désigner quelques-uns de ses membres pour assister à une séance préparatoire d’organisation. Le Comité des Arts chimiques désigne pour le représenter MM. Delloye, Guillet, Pagès et Loebnitz.
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- ARTS CHIMIQUES.
- SÉANCE DU 13 JANVIER 1917.
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- M. Guillet, à la suite de travaux récents sur l’historique des procédés basiques de fabrication de l’acier, a été amené à retracer la vie de Thomas. Il signale une erreur fréquemment commise, consistant à considérer les deux auteurs de ce procédé : Thomas et Gilchrist, comme une même personne. Ce sont, en réalité, deux cousins. Mais Thomas portait en plus de son nom celui de sa mère et se faisait appeler Thomas Gilchrist, d’où la confusion. De plus, Thomas n’est pas mort au cap de Bonne-Espérance, comme on l’a parfois affirmé, mais bien à Paris, 61, avenue Marceau. Il est enterré au cimetière de Passy; M. Guillet y a vu sa tombe complètement abandonnée. 11 sera digne qu’après la fin des hostilités les métallurgistes français et anglais en prennent soin et y élèvent même un monument.
- M. Lindet met le Comité au courant des démarches que la Société d’Encou-ragement a cru devoir faire auprès du ministre delà Justice, Garde des Sceaux, pour assurer le Gouvernement de la haute estime en laquelle les membres de la Société tiennent leur collègue M. Gall. La délégation était composée des membres du Bureau, des anciens présidents de la Société et des présidents des comités.
- Le secrétaire de la Société d* Encouragement,
- H. Hitier.
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- BIBLIOGRAPHIE
- La formation sociale du Prussien moderne, par Paul Descamps (librairie Armand Colin).
- Nous avons besoin de connaître à fond le Prussien moderne, par la même raison qu’il nous faut connaître les microbes malfaisants qui constituent un danger pour notre santé et notre vie. Mais il nous est difficile d’étudier le Prussien avec la même sérénité scientifique qu’apporte un savant dans ses observations de laboratoire sur les microbes. Tous les esprits réfléchis se rendent compte cependant que c’est là le but vers lequel il faut tendre. Il ne sert de rien de partir en guerre contre un type fantaisiste créé par notre imagination, alors que la lutte s’impose, âpre et continue, contre un ennemi réel. Et nous ne triompherons dans cette lutte, à laquelle la cessation des hostilités ne mettra pas fin, que dans la mesure où nous saurons vraiment à qui nous avons affaire, où nous pénétrerons assez profondément dans la société prussienne pour découvrir quels motifs et quels ressorts mettent en mouvement l’action collective de ses membres.
- M. Paul Descamps s’était appliqué avant la 'guerre à résoudre ce problème, et la Société de science sociale l’avait envoyé en mission en Allemagne, à trois reprises différentes, pour y recueillir sur place des observations précises et méthodiques. C’est le résultat de ces observations que M. Descamps présente aujourd’hui au public.
- La division même de l’ouvrage indique clairement le procédé scientifique suivi par l’auteur. Dans une première partie, il étudie le cadre de la vie matérielle et les influences que l’organisation de l’atelier ou de l’usine, la vie familiale, la constitution des syndicats professionnels ouvriers, la concentration industrielle et commerciale exercent sur le type social. C’est là une base solide et réelle et l’analyse des phénomènes qui s’y rattachent met déjà en relief les différences accusées qui séparent, par exemple, un ouvrier textile de Barmen d’un ouvrier similaire du Lancashire ou des Flandres. M. Descamps était d’autant mieux à même de saisir ces différences que de longues et patientes enquêtes avaient été conduites par lui en Angleterre et dans le nord de la France.
- Une deuxième partie est consacrée aux influences intellectuelles et religieuses qui viennent se superposer aux influences d’ordre matériel. Elle pourrait s’intituler : Comment les écoles et les églises agissent sur le milieu social prussien. Les différentes catégories d’écoles, leurs moyens d’existence et leur organisation, leur administration, la formation de leur personnel, l’action de l’État sur elles aux divers degrés de l’enseignement sont successivement passés en revue, mais toujours avec cette sobriété et ce discernement qui font rejeter tout étalage accablant de documentation pour retenir seulement les faits vérifiés se rapportant aubut proposé : Quod ad rempertinet.L’action des églises est ensuite décrite dans trois chapitres : Culte évangélique, culte catholique, sectes d’immigrés.
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- M. Descamps est alors à même d’aborder la troisième partie de son travail et d’étudier la hiérarchie des classes dans la société prussienne et l’influence propre de l’organisation de l’État prussien. La hiérarchie militaire, la hiérarchie des fonctionnaires, hiérarchies de grades qui se combinent avec une hiérarchie de classes, sont soigneusement analysées et éclairent vivement certains traits de mœurs assez déconcertants au premier abord. L’action puissante exercée par la monarchie prussienne sur les éléments sociaux soumis à sa domination se dégage dans cette troisième partie avec d’autant plus de clarté que ces éléments ont été mieux décrits dans les deux premières.
- Le livre de M. Paul Descamps, tout en répondant aux préoccupations les plus vives de tous les lecteurs français, fournira de précieux éléments d’information et de réflexion à ceux qui ont le souci d’une connaissance exacte et raisonnée.
- Paul de Rousiers.
- La Motoculture, par le capitaine Julien. Nouvelle éd. (13 x 19) de 318 p. Paris,
- rue Auguste-Comte.
- Sous ce titre, l’auteur qui, depuis de longues années déjà, s’occupe des problèmes de la motoculture, a moins écrit un livre technique sur les appareils mécaniques de motoculture, qu’un traité d’agriculture générale en quelque sorte, traité dans lequel sont étudiées les questions capitales de la constitution du sol arable, et du rôle de l’eau ; c’est en s’appuyant sur ces données que l’auteur alors aborde ce qu’est jusqu’à présent, et ce que devrait être le travail du sol.
- Enfin, dans une troisième partie, i\l. le capitaine Julien passe en revue les principales méthodes qu’utilise la pratique agricole/qu’il s’agisse, de la préparation du sol, de la reconstitution des réserves alimentaires, des jachères.
- Certes les idées soutenues par l’auteur sont loin d’être les idées de tout le monde, des idées partout et toujours admises ; mais elles sont originales et méritent qu’on les examine et discute avec attention. Le capitaine Julien est intimement convaincu du grand rôle que la motoculture est appelée à jouer dans l’intensification nécessaire de notre production agricole ; il a d’autre part la certitude que l’industrie française est à même aujourd’hui de concevoir et de construire mieux encore que l’étranger toutes les machines de motoculture, quel qu’en soit le système, et tout l’outillage de culture dont nous avons besoin.
- La France agricole et la guerre, par M. le docteur C. Chauveau, sénateur de la Côte-d’Or. In-18 de 302 pages. Librairie J.-B. Baillière et fils, 1917. (Prix : 3, 50 f).
- M. Chauveau a cherché à indiquer les moyens d’atténuer ou de neutraliser, sur certains points, les répercussions prochaines ou lointaines de la guerre sur l’agriculture française. Parmi les problèmes qui se rattachent au développement de l’exploitation du sol, le remplacement, dans les limites possibles, de la main-d’œuvre et des animaux de labour par des moyens mécaniques occupe certainement la première place. M. Chauveau s’est, efforcé d’exposer sous tous ses aspects cette question si actuelle de la culture mécanique, en ne dissimulant aucune des difficultés qui l’entourent. Mais un certain nombre d’améliorations agricoles
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- BIBLIOGRAPHIE.
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- doivent accompagner la culture mécanique; M. Chauveau étudie en particulier le remembrement de la propriété rurale ainsi que les moyens de le réaliser; il s’occupe ensuite du Crédit agricole à long terme, du cadastre, etc.
- Une autre question non moins grave de l’après-guerre est celle de nos forêts et de nos prairies. M. Chauveau étudie successivement la question des améliorations pastorales, puis celles de nos réserves forestières, de la reconstitution de nos forêts et enfin des ressources à demander à nos forêts coloniales.
- Le Vol aérien. Aérodonétique, par M. F. W. Lanciiester. Traduit de l’anglais sur
- la 2eéd., par M.le commandant C.Benoit. In-8 de xvn + 478 p., avec 208 fig. Paris,
- Gauthier-Villars et Cic, 1916.
- M. F. W. Lanchester est l’une des plus grandes autorités en aérodynamique. Son traité : Aérodynamics, est une œuvre admirable, et il y a toujours à gagner à lire les articles qu’il publie dans l’un de nos confrères anglais. Aussi l’idée de traduire la partie de son ouvrage consacrée à l’étude du vol aérien est-elle à louer sans réserve aucune ; la traduction due à M. le commandant C. Benoît est d’ailleurs excellente.
- Voici le titre des chapitres :
- Ch. I. — Vol libre.
- Ch. II, III, IV. — Équations et trajectoire du vol. Son tracé. Les phygoïdes.
- Ch. V. — Influence de la résistance et du moment d’inertie sur la stabilité de la trajectoire.
- Ch. VII. —Stabilité latérale et stabilité de direction.
- Ch. VIII. —Conclusions.
- Ch. IX. — Le vol à voile.
- Ch. X. — Aérodonétique expérimentale.
- Appendices. — Théorie delà stabilité. Le gyroscope.
- L’expansion du commerce extérieur et l’organisation bancaire, par M. Ch. Berrogain.
- 2° édition. Paris, librairie Delagrave, 15, rue Soufflot, 1916 (Prix : 2,50 f).
- Le développement de l’exportation est lié à plusieurs problèmes.
- D’abord, pour exporter il faut produire. Mais la production, c’est-à-dire avant tout l’utilisation des richesses naturelles, dépend de la main-d’œuvre, du crédit, des rapports entre le capital et le travail, du groupement corporatif.
- Ensuite, il faut vendre à l’étranger. Cette vente implique au point de vue commercial la représentation, l’échantillonnage, l’information, la réclame.
- Cette vente implique, au point de vue financier, les primes à l’exportation, le crédit à long terme, l’assurance, le cartel, le dumping.
- Enfin, le produit vendu, il reste à l’expédier. C’est tout le programme de la marine marchande.
- Le travail de M. Ch. Berrogain est limité à la question financière, à l’organisation bancaire comme agent de crédit et d’information. Après avoir exposé la situation en Angleterre, en Allemagne, aux États-Unis et en France, il insiste sur l’insuffisance de
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- ANALYSES d’oüVRAGES.
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- l’organisation bancaire en France et prône la création d’une banque unique du Commerce extérieur, avec plusieurs directions séparées, pu d’une banque générale d’exportation qui constitueront les banques régionales d’outre-mer.
- Quelle que soit la forme, cette organisation devra être réalisée dans un avenir très 'prochain. Telle est la conclusion très pratique de cette remarquable étude.
- Le système Taylor et la physiologie du travail professionnel, par M. J. Lahy. In-B de x+ 198 p., 11 fig. Paris, Masson et Cie, 1916.
- Pour M. J. Lahy, chef des travaux au Laboratoire-de psychologie expérimentale de l’École pratique des Hautes-Études, l’organisation vraiment scientifique du travail ne sera pas résolue par telle méthode individuelle nécessairement imparfaite. Ce sont les recherches coordonnées des techniciens, des physiologistes et des industriels qui assureront l’adaptation de l’individu à ses fonctions. Il convient de créer des méthodes qui nous soient propres et qui affirment la valeur du travail français.
- Ce n’est pas ici que nous avons à exposer ou à défendre l’œuvre de Taylor. Les études si remarquées que M. Henry Le Chatelier, M. de Fréminville et d’autres lui ont consacrées soit dans le Bulletin de notre Société, soit dans la Revue de Métallurgie montrent tout l’intérêt qui s’y attache, et la bibliographie copieuse que la Revue de Métallurgie a publiée est une preuve ajoutée à beaucoup d’autres que les idées de Taylor ont suscité le plus vif intérêt de la part de très nombreuses personnes.
- Ces mouvements d’intérêt n’ont pas pu se produire sans exciter des actions en sens contraire. De plus, les idées de Taylor, comme ceUes de tout initiateur et de tout apôtre, nesont pas toujours bien comprises.
- C’est le reproche qu’on a fait à l’ouvrage de M. Lahy. Pour lui, Taylor ne voit dans l’homme que sa valeur de rendement, et « son souci d’augmenter la production l’a conduit à dépasser les limites de ses connaissances spéciales et à chercher la solution de problèmes psychophysiologiques et sociaux pour' lesquels la collaboration des hommes de science qualifiés eût été nécessaire ».
- Le mouvement d’opinion suscité dans le monde par l’application du système Taylor permet d’exposer maintenant le programme des recherches à poursuivre afin d’arriver à l’organisation scientifique du travail humain. Pour le rendre pratique, il convient de le réduire aux questions d’un intérêt immédiat, soit :
- le problème de la sélection professionnelle préalable;
- le dressage méthodique des jeunes travailleurs ;
- le perfectionnement de la technique ;
- la recherche des signes objectifs de lafatigue professionneUe.
- L’ouvrage de M. Lahy, écrit d’une plume aisée et nourri de faits et de documents, sera lu avec le plus grand intérêt par tous ceux que la question d’organiser le travail dans les usines émeut aujourd’hui à si juste titre.
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- BIBLIOGRAPHIE. --- MARS-AVRIL 1917.
- Notre commerce extérieur d’après-guerre, par M. Louis Polac. In-8 de vm -+-288p. Paris, H. Dunod etE. Pinat, 1917 (Prix : 4,50 f).
- Gomme le dit M. Cb. Chaumet, député de la Gironde, en présentant l’ouvrage au public, le sujet est de ceux qui passionnent actuellement l’opinion. Nous comprenons enfin qu’il faut grouper toutes les bonnes volontés pour accroître la prospérité de notre pays. L’avenir de notre commerce extérieur est peut-être celle des questions économiques et sociales qui sont au premier plan des préoccupations publiques la plus importante. Pendant la guerre, nous n’avons guère exporté qu’une marchandise : notre or. Il s’agit donc, pour remédier à une situation qui pourrait devenir fort dangereuse, d’accroître nos exportations à l’étranger.
- Par quels moyens? C’est ce que M. Polac a recherché avec une compétence que tous les lecteurs reconnaissent.
- A une heure où tant de nos compatriotes, hypnotisés par la prospérité commerciale de l’Allemagne, préconisent l’imitation servile des méthodes et des procédés de nos ennemis, M. Polac montre que, dans certaines de leurs organisations tant vantées, tout n’est pas sans inconvénients.
- Sachons mieux utiliser la puissance de l’Association; apprenons à coordonner, à discipliner nos efforts, obtenons de l’État qu’au lieu de les paralyser par lesentraves d’une bureaucratie routinière, il les soutienne et les encourage. Mais ne renions pas les principes de liberté qui ont permis chez nous, aux initiatives individuelles, de produire de si féconds résultats, et n’empruntons pas aux Boches leur caporalisme industriel.
- Le Guide du soudeur et les applications de l’oxygène. 10e édition. In-8 de 260 + 16 p.
- Paris, l’Oxhydrique française, 54, rue Philippe-de-Girard, 1915 et 1917.
- Ce manuel du Guide du soudeur, enrichi de 104 figures, traite de la soudure autogène, de la soudure oxyhydrique et donne des conseils pratiques pour la mise en route des postes de soudure, la soudure des métaux, la soudure au gaz d’éclairage, le découpage des fers et aciers par l’oxygène, le découpage au gaz d’éclairage, la soudure et le coupage oxyacétylénique. Il finit par l’application spéciale de l’oxygène, au désuintage, audébouchage des hauts fourneaux, au détartrage des chaudières et bouilleurs, au nettoyage rapide des moteurs, à la métallisation. Une centaine de pages sont ensuite consacrées à la reproduction de références.
- Principe de Cârnot contre Formule empirique de Clausius. Essai sur la thermodynamique, par M.L. SELME.In-8 de 149 p. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1917 (Prix : 4 f).
- Avertissement. — Le présent exposé a pour but d’établir que le principe de conservation de l’énergie serait un théorème de dynamique générale', démontrable sans faire d’hypothèse moléculaire; ce ne serait pas une vérité expérimentale, mais une vérité rationnelle. Il en serait de même pour le principe de Carnot. Il y a une démarcation très nette entre les intensités et les extensions.
- Le principe de Carnot, dépouillé de tout ce dont il a été surchargé par Clausius, a un énoncé général, valable pour n’importe quelle forme d’énergie et non pas seulement pour la chaleur.
- La formule empirique de Clausius, traduite par l’inégalité fameuse d’où est sortie la fausse notion d’accroissement d’entropie, n’est qu’un trompe-l’œil, tout au plus une recette pour praticiens, qu’il paraît illogique de ranger au nombre des principes sur lesquels s’appuient les sciences exactes.
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- L’Outillage américain pour lâ fabrication en série. Emploi des montages pour économiser la main-d’œuvre spécialiste sur les différents types de machines-outils, par M. Joseph Woodworth. 2e édition américaine, traduite par Maurice Varinois, Ingénieur des Arts et^Manufactures. In-8, de xvi -f- 458 pages avec 601 figures. (Prix : 22 f). Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1916.
- Il est indispensable) aujourd’hui que chaque outilleur, chaque mécanicien, et tous les ouvriers en métaux acquièrent de vastes connaissances sur tout ce qui touche leur art. Ce traité s’adresse aussi bien aux chefs d’ateliers qu’aux ouvriers tourneurs, aux gens qui n’ont ni le loisir ni le goût de lire dix ou vingt volumes de dissertations mécaniques plus ou moins contradictoires; aux praticiens du bureau de dessin, de l’atelier d’outillage, de l’atelier des machines-outils et de la forge. Ce livre est destiné à l’établi du mécanicien et au bureau de l’ingénieur. Il est offert à tous ceux qui s’intéressent au travail des métaux.
- Dans la disposition du texte et des illustrations, l’auteur s’est constamment conformé aux principes suivants : 1° donner des descriptions précises et concises des principes fondamentaux, des méthodes et des procédés qui permettent d’atteindre la plqs haute précision et le meilleur rendement, dans la production en série de pièces métalliques au plus bas prix; 2° étudier et représenter un grand nombre d’outils spéciaux, en indiquant leur construction et leur emploi, aussi complètement que possible, dans les limites d’un petit volume; 3° supprimer tout ce qui est spéculatif, impratique et inutile dans les différents procédés, méthodes études et constructions; 4° présenter clairement et méthodiquement les nombreux sujets, en donnant à chacun, dans ce traité, une place proportionnée à sonimportance; 5° employer un style et une méthode de présentation de l’œuvre elle-même, pouvant plaire au personnel des industries métallurgiques, que son travail l’occupe à l’atelier, au bureau de dessin, dans les bureaux ou au laboi'atoire.
- Comme avec ces méthodes de travail on peut utiliser des ouvriers moins habiles, et en raison de ce que le temps est presque totalement utilisé par le travail exécuté par la machine-outil, les opérations préliminaires se réduisant à installer les pièces dans les montages, on arrive à produire des pièces de haute précision à très bas prix. C’est dans cette voie que les Américains ont été des innovateurs incomparables.
- Ces méthodes de travail sont de plus en plus employées en Enrope, et il est certain que la rareté de la main-d’œuvre spécialiste en France après la guerre en généralisera l’application.
- Le Principe de relativité, par M. E.-MJ Lémeray. In-16 (19-12) deiv«l56 pages, avec 13 figures, 1916, Paris, librairie Gauthier-Villars et Cie (Prix: 3, 75 f)
- Extrait de l'introduction. — C’est de la fin du siècle dernier et du commencement de celui-ci qu’il faut dater les premiers travaux modernes sur le principe d’indépendance de l’absolu transformé sous le nom de principe de relativité. Le Mémoire fondamental de H.-A. Lorentz parut dans les Amsterdam Proceedings, 1903-1904. Bientôt les résultats expérimentaux devinrent de plus en plus favorables à la théorie. Dès 1905, M. Einstein admit sans hésitation le principe appliqué d’abord avec prudence par Lorentz et lui donna une grande extension. Depuis lors, de nouveaux problèmes ont surgi; de nombreuses études ont été faites pour en découvrir la solution. Telles sont par exemple, les recherches, sur la gravitation. Dans un cours ne devant compter qu’un nombre restreint de leçons, il n’est pas possible de donner une idée, même approchée, de tous ces travaux. La science est d’ailleurs sur plusieurs points en pleine évolution. Il est préférable de se borner à exposer les fondements de la théorie en laissant même de côté les questions qui ne sont pas nécessaires à ce but. C’est ainsi qu’à propos des phénomènes électro-magnétiques, nous ne considérerons pas le cas des diélectriques.
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- OUVRAGES REÇUS A LA BIBLIOTHÈQUE
- EN FÉVRIER ET MARS 1917
- Don de M. Maurice Prudhomme, membre du Conseil.
- Hummel (J.-J.). — The Dyeing of textile Fabrics. In-16 de xii + 534 p., 97 fig. London Cassell, 188b. 15549
- Parnell (Ed.-A.). — The Life and Labours of John Mercer. In-12dexrv + 342 p. London Longmans, Green and Co, 1 886. 155 50
- Mercérisation, a practical and historical manual; par les éditeurs de The Dyer. In-8 de xi+ 250 p., fig. London, Heywood and Co, 1903. 15551
- Friedlaender (P.). — Fortschritte der Theer-Farbenfabrikation und verwandter Indus-triezweige. Tomes II, III et IV; 1887-90, 1890-94, 1894-97. Berlin, Julius Springer, 1888-98.
- 15552-4
- Gardner (Paul).— Die Mercérisation der Baumwolle, mit specieller Berücksichtigung der Patente. In-8 de 148 p., 57 fig. Berlin, Julius Springer, 1898. 15555
- Schultz (Gustav) und Julius (Paul). — Tabellarische Uebersicht der künstlichen organischen Farbstoffe, 2e éd., 128 p. Berlin, R. Gaertner, 1891. 15556
- L(bwenthal(R.). — Handbuch der Faerberei der Spinnfasern. 2 vol.In-8, 2e éd. Berlin, Loewenthal W., 1900. 15557-8
- Silbermann (H.). — Fortschritte auf dem Gebiete der chemischen Technologie der Gespinnstfasern. 2 vol. Dresden, G. Kühlmann, 1902-3. 155 59-15560
- Berthollet. — Éléments de l’art de la teinture. 2 vol. In-8. Paris, Firmin-Didot, 1804.
- 15561-2
- Crace-Calvert. — Traité de la teinture des tissus et de l’impression du calicot. In-8. Paris, E. Lacroix. 15563
- Renard (Ad.). — Traité des matières colorantes, du blanchiment et de la teinture du coton. In-8. Paris, J. Baudry, 1883. 15564
- Histoire de l’École de chimie de Mulhouse, 1880-1905. In-8 de 233 p. Strasbourg, 1905. 15565
- Dumas. — Traité de chimie appliquée aux arts. 5 vol. In-8 et atlas in-f°. Paris, Béchetjeune, 1828-1835. 155 66-15571
- Dumas. — Leçons sur la philosophie chimique, professées au Collège de France. In-8, Paris, Ébrard, 1836. 15572
- Dumas. —L’art de la teinture. In-8. Paris, Béchetjeune, 1846.
- 15573
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- OUVRAGES REÇUS.
- MARS-AVRIL 1917.
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- Bolley (P.) et Kopp (E.). — Traité des matières colorantes artificielles dérivées du goudron de houille. In-8. Paris, Savy, 1874. 15574
- Gros-Renaud (Ch.). — Des mordants en teinture et en impression. In-12. Paris, Masson? 1898. 16575
- Verdet (E.). — Cours de physique professé à l’École polytechnique, 2 vol. In-8. Paris, Imprimerie impériale, 1868-69. 16576-77
- Chevreul (E.). — Des couleurs et de leurs applications aux arts industriels à l’aide des cercles chromatiques, avec xxvii planches gravées par René Digeon. In-f° de 27 p. et 27 pl. Paris, J. Baillière et fils, 1864. 15578
- Berrogain (Gu.). — L’expansion du commerce extérieur et l’organisation bancaire.
- 2® éd,, (18 x 12) de vm + 214 p. Paris, Delagrave, 1916. 15532
- Pouillet (Eug.). — Traité des marques de fabrique et de la concurrence déloyale en tous genres. 6e édition entièrement refondue et mise au courant, par André Taillefer et Charles Claro (23 x 14) de xxiii + 1358jp. Paris, Marchai, 1912. 15533
- De Launay (L.).—France-Allemagne. Problèmes miniers. Munitions. Blocus. Après-guerre. (12 x 18,5J de 279 p. Paris, Armand Colin, 1917. 15534
- Julien (Capitaine). —La Motoculture. Nouv. éd. (13 x 19) de 318 p. Paris, 7, rue Auguste-Comte. 15535
- Johnstone (S.-J.). — The rare Earth Industry (16x 26) de xn-fl36 p. London, Crooby, Lockwood and Son, 1915. 15536
- Paterson (D.). — Textile colour Mixing. 2d éd. (14 x 21,5) de xii + 128 p. 4 pi. London, Scott, Greenwood and Son, 1915. 15537
- Lovibond (J. N.). — Light and Colour Théories (14 x 22,5) de vu + 90 p.,11 pl. London, E. and F. N. Spon,1915. 15538
- Cordeiro (F.-J.-B.). —The Gyroscope (141x21) de vii 4- 105 p. London, E. and F. N. Spon, 1913. 15539
- Laws (B.-C.). — The Stability and Equilibrium of floating Bodies (14,5 X 22) de ix+ 251 p. London, Constable and Co, 1914. 15540
- Williams (H .-F.).—The Chemistry ofCyanogen Compounds (14 x 21,5) de vm + 143 p. London, J. and A. Churchill, 1915. 15541
- Davey (N.). — The Gas Turbine (15 x22,5) de xiv + 248 p., 100 fig. London, Constable and Co, 1914. 15542
- Willows (R. S.) and Hatschek (E.). — Surface Tension and Surface Energy and their Influence on Chemical Phenomena (12,5 x 19) de vm + 80 p. London, J. and A. Churchill, 1915. 15543
- Asch (W.) and Asch (D.). — The Silicates in Chemistry and Commerce. Traduit de l’allemand (16 X 25) de xx + 456 p. London, Constable and Co, 1913. 15544
- Graesse (J.-G. Th.). — Guide de l’amateur de porcelaines et de faïences. Collection complète des marques de porcelaines, de faïences et de poteries anciennes. 13e éd. (14 x 22) de 306 p. Berlin, R. C. Schmidt und Co, 1910. 15645
- Adam (I.). —Guide pratique de l’ouvrier tourneur sur métaux, Nouvelle éd. (13,5 X 22) de 85 p, Paris, Chaix, 1917 (Prix : 2,50 f). 15546
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- OUVRAGES REÇUS.
- MARS-AVRIL 1917.
- Record (S. J.). — The mechanical Properties of Wood. (15 x 23,5) de 165 p. New-York, John Wiley and Sons* 1914. 15547
- L’oxhydrique française. — Le guide du soudeur et les applications de l’oxygène. 10e éd. (14,5 X 22) de 260 + 10 p. Paris, 1915-1917. 15548
- * *
- Zàcharewicz (Ed.). — Faisons du blé, des pommes de terre, des betteraves à sucre. Rapport présenté à la Société d’Agriculture de Vaucluse. In-8 de 13 p. Avignon, François Seguin, 1917. Pièce 12228
- *
- * *
- The minerai Industry. — Vol. XXIV, 1915. Pér. 198
- Ministère de l’Agriculture. Direction générale des Eaux et Forêts. — Annales (Forêts. Hydraulique. Améliorations et météorologie agricoles). Documents officiels, jurisprudence. Rapports et Notes techniques (France et étranger). Fasc. 47. Paris, Imprimerie nationale,
- 1914. Pér. 9.
- American ceramic Society. — Transactions. Vol. XVI11, 1916. Pér. 288
- Iron and Steel Institute. — Journal. N° II, 1916, Vol. XCIV. Pér. 157
- Reale Istituto d’Incoraggiamento di Napoli. Atti. Vol. LXVI1. 1915. Pér. 182
- Société d’économie politique. — Bulletin. Année 1916. Pér. 55
- Comité des travaux historiques et scientifiques. — Bulletin (Section des sciences économiques et sociales). Années 1913-1914-1915. Paris, Imprimerie nationale, 1916.
- Pér. 26
- Comité des travaux historiques et scientifiques. (Section des Sciences économiques et
- sociales). — Congrès ]des Sociétés savantes de 1913, tenu à Grenoble —... de 1914, tenu'à Paris. Paris, Imprimerie nationale, 1916.1] Pér. 26
- Comité des travaux historiques et scientifiques.—Bulletin de la Section de géographie. Tome XXX, année 1915. Paris, Imprimerie nationale, 1916. Pér. 26
- K. Svenska Vetenskapsakademien i Stockholm. — Arkiv for Kemi, Mineralogi och Geologi. Rd 6, H. 2-3. — Arkiv for Matematik, Astronomi och Fysik. Bd 11, H. 1-2, 3.
- Pér. 8
- New York State Department of Labor. — Annual Report of the industrial Commission, 1915. Pér. 128
- L'Agent général, gérant,
- E. Lemaire.
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- il6* ANNÉE. - 1" SEMESTRE.
- MAI-JUIN 1917.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ
- Rapport présenté par M. Georges Fouret, au nom de la Commission des Fonds, sur les comptes de Fexercice 1915.
- Les comptes de l’exercice 1915 se résument de la manière suivante»
- PREMIÈRE PARTIE
- FONDS GÉNÉRAUX
- AVOIR
- fr c
- 1° Cotisations des membres de la Société (682 cotisa-
- tions à 36 fr) l.......... 2-4 552 »
- 2° 89 Abonnements au Bulletin de la Société ... 3 042 »
- 3° Vente au numéro du Bulletin de la Société . . . 622, 50
- 4° Vente de volumes de
- mémoires. . ................ 691,65
- . 5° Locations des salles de l’Hôtel. . ............... 7 992,05
- A reporter ... 36 900, 20
- Tome 127. — 1er semestre. — Mai-Juin
- 1° Bulletin : frais de rédaction, d’impression et d’expédition................... . 22 553, 85
- 2° Impressions diverses: circulaires, calendrier, etc. 3 089,50 3° Bibliothèque : traitement des agents, acquisitions, abonnements, reliures, etc................. 10 038,95
- A reporter. . . . 35 682,30
- 1917. 30
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- 450 ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ,
- AVOIR
- fr c
- Report................. 36 900,20
- 6° Locations de l’immeuble de la rue Saint-Benoît n° 15...................... 4 154,95
- 7° Arrérages et intérêts
- divers......................... 58 793,25
- 8° Recettes diverses. . . 390, 95
- Total des recettes. . . 97 239, 35
- EXERCICE 1915. -- MAI-JUIN 1917.
- DÉBIT Report fr c 35 682, 30
- 4Ù Agence et économat : traitement des agents et employés, frais divers. . . 21 707, 85
- 5° Jetons de présence. . 5 965 »
- 6° Hôtel de la Société : A. Aménagement, entretien, réparations . 2 217, 60 B. Mobilier. . . 280 » , C. Contributions 4 871, 70 I D. Eau, assuran- / 15926,05
- ces, divers . 597,05 1 E. Chauffage et éclairage. . 7 959,70 7° Immeuble de la rue Saint-Benoît, n° 15 : entretien, réparations et charges diverses 2 263, 55
- 8° Conférences 1 318,40
- 9° Subventions .... 5 300 »
- 10° Allocation à la réserve 1 500 »
- 11° Pensions o O
- 12° Divers 4 089, 45
- Total des dépenses . 95 152,60
- Excédent des recettes versé au fonds de réserve . 2 086,75
- Total comme ci-contre . 97 239,35
- Le total des recettes de l’exercice 1915, montant à 97239 fr 35, a été inférieur, comme on pouvait s’y attendre, à celui de l’exercice 1914, qui s’élevait à 114 234 fr 25. La différence, de 16 994 fr 90, porte sur l’ensemble de nos revenus. La rentrée des cotisations, malgré l’admission de 40 nouveaux membres, a subi un certain déchet et n’a produit que 24 552 fr, au lieu de 28 368 fr, encaissés l’année précédente. Le nombre des abonnements à notre Bulletin a également fléchi et a donné 3 042 fr, au lieu de 4 650 fr en 1914. Leslocations quotidiennes des salles de l’Hôtel ont été beaucoup plus rares, amenant sur ce chapitre une réduction de 11 017 fr 05 à 7 992 fr 05.
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ, EXERCICE 1915. 451
- Enfin, les locations de notre immeuble de la rue Saint-Benoît se sont malheureusement ressenties des effets du moratorium et n’ont produit que 1 154fr95 en 1915, au lieu de 5802 fr 40 en 1914. De même que pour les cotisations arriérées, nous sommes en droit de compter qu’une bonne partie des loyers demeurés impayés sera recouvrée après la fin des hostilités. Nous avons enfin le regret de mentionner l’absence, que nous considérons comme momentanée, de l’allocation de 1 700 fr que nous recevions jusqu’ici annuellement du Ministère de l’Agriculture.
- Malgré la diminution de nos ressources et par suite de quelques économies, réalisées involontairement sur les subventions accordées, les années précédentes, à des travaux de recherches, nous avons pu équilibrer nos dépenses et même porter une somme de 2 086 fr 75 à notre fonds de réserve, en plus de [l’annuité de 1 500 fr qui y est régulièrement versée. Les frais occasionnés par la publication du Bulletin ont été, à peu de chose près, les mêmes que l’année précédente. Grâce aux efforts éclairés et soutenus de notre Président et de nos deux Secrétaires, sa rédaction, loin d’être fâcheusement affectée par les circonstances exceptionnelles que nous traversons, a réussi à puiser dans l’actualité un surcroît d’intérêt.
- Après les dépenses importantes nécessitées en 1914 par des travaux de réfection à notre hôtel et à notre nouvel immeuble de la rue Saint-Benoît, nous n’avons eu à payer en 1915 que des frais de réparation et d’entretien assez minimes, dont le total n’a pas dépassé 1 500 fr.
- Votre Conseil d’Administration a pu accorder, sur nos ressources disponibles, un crédit de 5 000 fr, en vue de venir en aide à l’ouvroir iustallé dans notre hôtel. Le crédit, non épuisé en 1915, a été reversé sur l’exercice 1916. La dépense effectuée, grâce au dévouement de notre cher Président et des personnes qui lui ont apporté un concours des plus précieux, a produit des résultats, qui méritent toute approbation.
- Le portefeuille des fonds généraux, y compris celui des souscriptions perpétuelles et à vie, se composait au 31 décembre 1915 de 53400 fr de rente 3 p. 100, 16 obligations P.-L.-M. 2,5 p. 100, 11 obligations P.-L.-M.
- 3 p. 100, et 4650 fr de rente 5 p. 100. Ce dernier chiffre représente la part contributive de nos fonds généraux dans la souscription de 9 000 fr de rente 5 p. 100, que nous avons pu effectuer à la fin de 1915, sur l’ensemble de nos ressources disponibles et moyennant une aliénation de 2 379 fr de rente 3 p. 100. Nous ne pouvons que nous féliciter d’avoir pu participer ainsi, dans une mesure appréciable, à la souscription patriotique de notre
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- 452 ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ, EXERCICE 1915. ------- MAI-JUIÎï 1917.
- premier emprunt national, tout en augmentant sensiblement le montant de nos revenus annuels.
- Par suite de l’extinction de l’usufruit dont était grevé le legs de Mlle Pone, nous sommes entrés, à la fin de 1915, en pleine possession du titre de 1000 fr de rente 3 p. 100, que nous devons à la générosité de notre bienfaitrice.
- DEUXIEME PARTIE
- FONDATIONS ET COMPTES SPÉCIAUX
- 1° Fonds de réserve de la Société.
- La création d’un fonds de réserve a été décidée par le Conseil d’Administration, dans sa séance du 2 mars 1901. Constitué au moyen des sommes précédemment affectées au grand prix de la Société, qui a été supprimé, il est alimenté parle prélèvement d’une annuité de 1500 fr sur les fonds généraux. En outre, les années où les fonds généraux présentent un excédent de recettes, le solde créditeur est reporté au fonds de réserve.
- AVOIR
- Solde créditeur au 31 dé-
- cembre 4914................ 17 803,55
- Annuité versée par les
- fonds généraux.............. 1 500 »
- Solde reporté des fonds généraux.................... 2 086,75
- 21 390,30
- DEBIT
- Prélèvement pour amortissement de l'immeuble, 15,
- rue Saint-Benoît........... 7 602,55
- Solde créditeur au 31 décembre 1915................ 13 787, 75
- 21 390, 30
- Le prélèvement de 7 602 fr 55, effectué sur le fonds de réserve, a pour but d’amortir le prix de revient de l’immeuble de la rue Saint-Benoît d’une somme correspondant sensiblement au coût des travaux de consolidation des fondations, qui avait été ajouté au prix d’acquisition. Cet immeuble, par suite, ne figure plus au bilan que pour une somme de 141452 fr 50, mieux en rapport avec le revenu que l’on peut en attendre actuellement, et le revenu de nos fonds généraux s’en trouve accru de 432 fr de rente.
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ, EXERCICE 1915.
- 453
- 2° Fondation destinée à développer et à perpétuer l’œuvre créée par le comte et la comtesse Jollivet.
- Aux termes d’une délibération du Conseil d’Administration, en date du 9 juillet 1882, une somme de 100 000 fr, prélevée sur les legs du comte et de la comtesse Jollivet, a été mise en réserve et immobilisée, dans le but de capitaliser les arrérages pendant 50 ans. A l’expiration de cette période, le produit de cette capitalisation sera mis à la disposition de la Société et la somme de 100 000 fr immobilisée continuera à être affectée à des capitalisations identiques. La première période de 50 ans expire en 1933.
- AVOIR
- Arrérages............ 10 563 »
- Remboursement de 4 obligations P.-L.-M. 2,5 p. 100. 1 985, 50
- Remboursement de 15 obligations Midi 2,5 p. 100. . 7 356,60
- 19 905,10
- DEBIT
- Solde débiteur au 31 décembre 1914................. 209, 51
- Achat de 23 obligations
- Midi 2,5 p. 100............. 8 443,35
- Achat de 625 fr de rente
- 5 p. 100 ................... 11 000 »
- Solde créditeur au 31 décembre 1915................. 252,24
- 19 905,10
- Portefeuille au 31 décembre 1915 : 8428 fr de rente 3 p. 100, 625 fr de rente 5 p. 100, 43 obligations P.-L.-M. 2,5 p. 100,25 obligations P.-L.-M. 3 p. 100 et 86 obligations Midi 2,5 p. 100.
- 3° Grand prix fondé par le marquis d’Argenteuil.
- But : récompenser tous les six ans, par un prix de 12000 fr, l’auteur de la découverte la plus utile au perfectionnement de l’industrie française, principalement pour les produits dans lesquels la France n’aurait point encore atteint la supériorité sur l’industrie étrangère, soit quant à la qualité, soit quant au prix des objets fabriqués.
- Legs : 40 000 fr, représentés par un titre de 2 000 fr de rente 3 p. 100.
- Le prix a été décerné en 1910.
- AVOIR
- DÉBIT
- Solde créditeur au 31 décembre 1914.................. 4 758,44
- Arrérages................ 2 374, 40
- Solde créditeur au 31 décembre 1915.................. 7 132,84
- 7 132, 84
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- 454 ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ, EXERCICE 1915.
- MAI-JUIN 1917.
- Portefeuille au 31 décembre 1915 : 2 000 fr de rente 3 p. 100, 15 obligations Est 2,5 p. 100, 3 obligations Midi 2,5 p. 100, 6 obligations P.-L.-M. 2,5 p. 100 et 6 obligations P.-L.-M. 3 p. 100.
- 4° Legs Bapst.
- Ce legs consistait en une inscription de 2160 fr de rente 3 p. 100, applicables annuellement, jusqu’à concurrence de 1 565,20 fr (lre fondation), à des secours en faveur d’inventeurs malheureux et destinés, pour le surplus, soit 594,80 fr (2e fondation), à favoriser les découvertes.
- Première fondation (1 565 fr 20 de rente).
- AVOIR
- Solde créditeur au 31 dé-
- cembre 1914................ 1225,30
- Arrérages............... 1 565,20
- 2 790,50
- DÉBIT
- Secours à divers. .... 200 »
- Solde créditeur au 31 décembre 1915 ................ 2 590,50
- 2 790,50
- Deuxième fondation. La fondation primitive (594,80 fr de rente) ne pouvant remplir qu’imparfaitement le but du légataire, le Conseil d’Admi-nistration avait décidé d’en capitaliser les arrérages,jusqu’à ce qu’ils eussent atteint le chiffre de 1 800 fr de rente. Ce revenu, par suite de capitalisations successives, a été dépassé et est actuellement représenté par une inscription de 3094,80 fr de rente 3 p. 100.
- AVOIR
- Solde créditeur au 31 décembre 1914 ................ 4 648,05
- Arrérages............... 3 094,80
- 7 742, 85
- DÉBIT
- Subventions............. 650 »
- Solde créditeur au 31 décembre 1915................ 7 092,85
- 7 742,85
- 5° Fondation Christofle pour l’acquittement des premières annuités de brevets.
- Don : 10 000 fr, dont le revenu doit servir à aider des inventeurs à acquitter, avec les frais, leur première annuité de brevet.
- AVOIR
- DÉBIT
- Solde créditeur au 31 décembre 1914................. 802,15
- Arrérages................ 1 036 »
- Solde créditeur au 31 décembre 1915..................
- 1 838,15
- 1 838,15
- Portefeuille au 31 décembre 1915 : 1 036 fr de rente 3 p. 100.
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- 455
- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ, EXERCICE 1915.
- 6° Fondation de la princesse Galitzine.
- Legs : 2 000 fr.
- But : un prix à décerner sur la proposition du Comité des Arts économiques.
- AVOIR
- DÉBIT
- Solde créditeur au 31 décembre 1914................... 685,19
- Arrérages................. 324 »
- Solde créditeur au 31 décembre 1915 ................. 1 009, 19
- 1 009,19
- Portefeuille au 31 décembre 1915 : 19 obligations Est 3 p. 100, 2 obligations Midi 2,5 p. 100, 1 obligation P.-L.-M. 2,5 p. 100 et 1 obligation P.-L.-M. 3 p. 100.
- 7° Fondation Carré.
- Legs : 1 000 fr.
- But analogue à celui de la fondation précédente.
- AVOIR
- Solde créditeur au 31 dé-
- cembre 1914. ....... 227,78
- Arrérages ......... 146,40
- 374,18
- Portefeuille au 31 décembre 1914 tions Midi 2,5 p. 100 et 3 obligations
- DÉBIT
- Solde créditeur au 31 décembre 1915 ................ 374,18
- 6 obligations Est 3 p. 100, 2 obliga-P.-L.-M. 2,5 p. 100.
- 8° Fondation Fauler (industrie des cuirs).
- Legs : 5 143 fr.
- But : venir en aide à des contremaîtres ou ouvriers malheureux, ayant rendu des services appréciés dans l’industrie des cuirs.
- A V O T R
- Arrérages................ 775, 20
- DEBIT
- Solde débiteur au 31 dé-
- cembre 1914................. 37, 08
- Secours à 3 ouvriers. . . 150 »
- Solde créditeur au 31 décembre 1915 ................ 588,12
- 775,20
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- 456 ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ, EXERCICE 1945. --------- MAI-JUIN *917.
- Portefeuille au 31 décembre 1915 : 29 obligations Est 3 p. 100, 3 obli gâtions Ardennes 3 p. 100, 10 obligations Midi 3 p. 100, 2 obligations Est 2,5 p. 100, 8 obligations Midi 2,5 p. 100, 3 obligations P.-L.-M. 2,5 p. 100 et 1 obligation P.-L.-M. 3 p. 100.
- 9* Fondation Legrand (industrie de la savonnerie).
- Don : 25 obligations Est 3 p. 100.
- Même but que la précédente, à part la différence des industries.
- AVOIR
- Arrérages.............. 1 392 »
- Remboursement de 5 obligations Est 3 p. 100...... 2 452,25
- Solde débiteur au 31 décembre 1915............... 9, 89
- 3,854,14
- DÉBIT
- Solde débiteur au 31 dé-
- cembre 1914 ............... 223,04
- Secours à 6 ouvriers. . . £51,10
- Achat de 175 fr rente 5 p. 100 .................. 3080 »
- 3854,14
- Portefeuille au 34 décembre 1915 :68 obligations Est 3 p. 100,12 obligations Est 2,5 p. 100, 11 obligations Midi 2,5 p. 100, 3 obligations P.-L.-M. 2,5 p. 100, 2 obligations P.-L.-M. 3 p. 100 et 175 fr de rente 5 p. 100
- 10° Fondation Christofle et Bouilhet (artistes industriels).
- Don : 21 obligations Est 3 p. 100.
- But : venir en aide à des artistes industriels malheureux.
- AVOIR
- Solde créditeur au 31 décembre 1914 ................. 1 203,07
- Arrérages................ 468 »
- 1671,07
- Portefeuille au 31 décembre 1915 : 30 obligations Est 3 p. 100,2 obligations Midi 2,5 p. 100 et 1 obligation P.-L.-M. 2,5 p. 100.
- 11° Fondation de Milly (industrie de la stéarine).
- Legs : 10 obligations Est 3 p. 100.
- But : secourir des contremaîtres ou ouvriers de cette industrie, qui sont malheureux ou ont contracté des infirmités dans l’exercice de leur profession,
- DEBIT
- Solde créditeur au 31 décembre 1915................. 1 671, 07
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ, EXERCICE 1915. 457
- AVOIR
- Arrérages
- DÉBIT
- 878,40
- Solde débiteur au 31 décembre 1914.................... 151,87
- Secours à 10 ouvriers. . . 500,75
- Solde créditeur au 31 décembre 1915.................... 225,78
- 878,40
- Portefeuille au 31 décembre 1915 : 46 obligations Est 3 p. 100, 10 obligations Est 2,5 p. 100, 5 obligations Midi 2,5 p. 100 et 3 obligations P.-L.-M. 2,5 p. 100.
- 12° Fondation de Baccarat (industrie de la cristallerie).
- Don : 1100 fr.
- But : venir en aide aux contremaîtres ou ouvriers, malheureux ou infirmes, de cette industrie.
- AVOIR
- Solde créditeur au 31 dé-
- cembre 1914................. 248,80
- Arrérages................ 151, 20
- 400 »
- DÉBIT
- Secours II 4 ouvriers . . . 250 »
- Solde créditeur au 31 décembre 1915.................. 150 »
- 400 »
- Portefeuille au 31 décembre 1915 : 8 obligations Est 3 p. 100, 1 obligation Est 2,5 p. 100, 1 obligation P.-L.-M. 2,5 p. 100 et 1 obligation Midi 2,5 p. 100.
- 13° Prix de la classe 47 à l’Exposition universelle de 1878 et fondation Fourcade (industrie des produits chimiques).
- Don : 1 000 fr de rente 3 p. 100.
- But : créer un prix annuel de 1 000 fr, pour récompenser un ouvrier de l’industrie chimique, choisi de préférence parmi ceux des donateurs et parmi ceux qui comptent le plus grand nombre d’années consécutives de bons services dans le même établissement.
- AVOIR
- Solde créditeur au 31 décembre 1914.................. 1000
- Arrérages. ........ 1 000
- 2 000
- DÉBIT
- Solde créditeur au 31 dé-
- M cembre 1915. ........ 2 000 »
- »
- »
- *
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- 458 ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ, EXERCICE 1915.
- MAI-JUIN 1917.
- 14° Fondation Menier (industrie des arts chimiques).
- Legs : 1 455 fr.
- But : venir en aide à des contremaîtres ou à des ouvriers, malheureux ou infirmes, de cette industrie.
- AVOIR
- DÉBIT
- Solde créditeur au 31 dé-
- cembre 1914................. 20,76
- Arrérages................ 254,40
- Solde créditeur au 31 décembre 1915.................... 275,16
- 275,16
- Portefeuille au 31 décembre 1915 : 10 obligations Est 3 p. 100, 2 obligations Est 5 p. 100, 2 obligations Est 2,5 p. 100, 2 obligations P.-L.-M. 2,5 p. 100 et 1 obligation P.-L.-M. 3 p. 400.
- 15° Prix de la classe 27 à l’Exposition universelle de 1867 (industrie cotonnière).
- (Fondation due à l’initiative de M. Gustave Roy.)
- Don : 13169 fr 85.
- But : encourager les développements et les progrès de l’industrie cotonnière, en France et dans les colonies françaises.
- AVOIR
- Solde créditeur au 31 décembre 1914 ................. 2187,12
- Remboursement de 1 obligation Est 3 p. 100........ 490,50
- Arrérages............... 609, 60
- Solde débiteur au 31 décembre 1915 ............... 232,78
- 3 520, »
- DEBIT
- Achat de 200 fr de rente 5 p. 100................... 3 520, »
- Portefeuille au 31 décembre 1915 : 38 obligations Est 3 p. 100, 1 obligation Est 2,5 p. 100, 3 obligations Midi 2,5 p. 100, et 200 fr de rente 5 p. 100.
- 16° Prix de la classe 65 à l’Exposition universelle de 1867 (génie civil et architecture).
- (Fondation due à l’initiative de M. Elphège Baude.)
- Don : 2 315 fr 75.
- But : décerner, tous les cinq ans, un prix à l’auteur des perfection-
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-
- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ, EXERCICE 1915.
- 459
- nements les plus importants^ apportés au matériel ou aux procédés du génie civil, des travaux publics ou de l’architecture.
- AVOIR j DÉBIT
- Solde créditeur au 34 dé-.| Solde créditeur au 34 décembre 4914...................... 815,41 j cembre 1915.................. 1127,41
- Arrérages................ 312 » j
- 1 127,41 !
- Portefeuille au 31 décembre 1915 : 15 obligations Est 3 p. 100, 4 obligations Est2,5 p. 100, 2 obligations Midi 2,5 p. 100et 2 obligations P.-L.-M, 2,5 p. 100.
- 17° Fondation Broquette.
- M. Broquette, propriétaire au château des Bordes (Seine-et-Marne), a légué à la Société, e'h 1909, une somme de 10 000 fr, sans affectation déterminée.
- Cette somme a été employée à l’achat d’une inscription de 302 fr de rente 3 p. 100.
- AVOIR
- Solde créditeur au 31 décembre 4914 ................. 1011,35
- Arrérages................ 302 »
- 1 313,35
- DEBIT
- Solde créditeur au 31 décembre 1915................. 1313,35
- 18° Legs Giffard.
- Legs : 50000 fr, représentés par une inscription de 1949 fr de rente 3 p. 100.
- La moitié du revenu est destinée à créer un prix sexennal de 6 000 fr pour services signalés rendus à l’industrie française ; l’autre moitié, à distribuer des secours.
- AVOIR
- DÉBIT
- Solde créditeur au 31 décembre 1914 ................. 2 857,23
- Arrérages................. 1 949 »
- Subvention............... 1000 »
- Solde créditeur au 31 décembre 1915................ 3 806, 23
- 4 806, 23
- 4 806,23
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- 460 ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ, EXERCICE 1915. -------- MAI-JUIN 1917.
- 19° Fondation Meynot.
- Don : 20000 fr, représentés par une inscription de 730 fr de rente 3 p. 100.
- But : création d’un prix de 1 000 fr, qui sera décerné alternativement :
- 1° A une petite culture, dans un des départements de la région du Sud-Est, sous certaines conditions.
- 2° A l’exploitation agricole de petite ou moyenne étendue, en France, en Algérie ou aux colonies, qui présentera le meilleur type d’installation mécanique, pouvant être cité comme exemple à suivre.
- AVOIR
- DÉBIT
- Solde créditeur au 31 décembre 1914 .................. 2 505,19
- Arrérages................. 1 231, 60
- Récompenses à divers .... 3 600 »
- Solde créditeur au 31 décembre 1915 ............... 136,79
- 3 736,79
- 3 736, 79
- Portefeuille au 31 décembre 1915 : 730 fr de rente 3 p. 100, 19 obligations Est 3 p. 100, 15 obligations Est 2,5 p. 100, 3 obligations Midi 2,5 p. 100 et 1 obligation P.-L.-M. 2,5 p. 100.
- 20° Fondation Melsens.
- Don : 5000 fr.
- But : création d’un prix triennal de 500 fr, pour récompenser l’auteur d’une application intéressante de la physique ou de la chimie à l’électricité, à la balistique ou à l’hygiène.
- AVOIR
- DÉBIT
- Solde créditeur au 31 décembre 1914 ................. 1 020,49
- Arrérages................ 240 »
- 1 260,49
- Solde créditeur au 31 décembre 1915 ................ . 1 260,49
- Portefeuille au 31 décembre 1915 : 15 obligations Est 3 p. 100, 2 obligations Est 2,5 p. 100.
- 21° Fondation de la classe 50 à l’Exposition universelle de 1867 (matériel des industries alimentaires).
- (Fondation due à l’initiative du baron Thénard,)
- Don : 6 326 fr 80.
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ, EXERCICE 1915.
- 46 i
- But : création d’un prix, à décerner à l’auteur du perfectionnement le plus important, apporté au matériel des usines agricoles ou des industries alimentaires.
- AVOIR
- Solde créditeur au 3t décembre 1914..................1201,85
- Arrérages................ 244, 80
- 1446,65
- Portefeuille au 31 décembre 1915
- DEBIT
- Solde créditeur au 31 décembre 1915 ................ 1 446,65
- 17 obligations Est 3 p. 100.
- 22° Prix Parmentier, fondé par les exposants de la classe 50 à l’Exposition universelle de 1889 (industries relatives à, l’alimentation).
- (Fondation due à l’initiative de M. Aimé Girard.)
- Don : 9 846 fr 75.
- But : création d’un prix triennal de 1 000 fr, destiné à récompenser les recherches scientifiques ou techniques, de nature à améliorer le matériel ou les procédés des usines agricoles ou des industries alimentaires.
- AVOIR
- DÉBIT
- Solde créditeur au 31 décembre 1914 ................. 1 339. 40
- Arrérages................ 335 »
- Solde créditeur au 31 décembre 1915 .................. 1 674, 40
- 1 674,40
- Portefeuille au 31 décembre 1915 : 335 fr de rente 3 p. 100.
- 23° Fondation des exposants de la classe 51 à l’Exposition universelle de 1889
- (matériel des arts chimiques, de
- Don : 2 556 fr 30.
- But : création d’un prix.
- AVOIR
- Solde créditeur au 31 décembre 1914 .............. 667,47
- Remboursement de 1 obligation Est 3 p. 100....... 491, 40
- Arrérages.............. 151,20
- la pharmacie et de la tannerie).
- DÉBIT
- Achat de 2 obligations
- Midi 2,5 p. 100 ............. . 706,24
- Solde créditeur au 31 décembre 19,15 .............. 603,83
- 1 310,07
- 1310,07
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- 462 ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ, EXERCICE 1915. -------- MAI-JUIN 1917.
- Portefeuille au 31 décembre 1914 : 7 obligations Est 3 p. 100, 2 obligations Est 2,5 p. 100 et 3 obligations Midi 2,5 p. 100.
- 24° Don de la classe 21 à l’Exposition universelle de 1889 (industrie des tapis et tissus d’ameublement).
- Don : 400 fr.
- But : secourir des ouvriers malheureux, appartenant à cette industrie.
- AVOIR
- Solde créditeur au 31 décembre 1914 ................ 124,97
- Arrérages............... 14,40
- 139,37
- Portefeuille au 31 décembre 1915
- D É BIT
- Solde créditeur au 31 décembre 1915 ................ 139,37
- une obligation Est 3 p. 100.
- 25° Fondation des exposants de la classe 63 à l’Exposition universelle de 1889 (génie civil, travaux publics et architecture).
- Don : 3869 fr 85.
- But : création d’un prix.
- AVOIR
- Solde créditeur au 31 décembre 1914 ................ 428,86
- Arrérages........... . 232, 80
- 661,66
- Portefeuille au 31 décembre 1915 : 12 obligations Est 3 p. 100, 2 obligations Est 2,5 p. 100, et 3 obligations P.-L.-M. 2,5 p. 100.
- Solde créditeur au 31 décembre 1915................... 661,66
- 26® Fondation de Salverte.
- Legs : 1 000 fr.
- But : décerner chaque année, sur la proposition du Comité des Constructions et Beaux-Arts, un prix consistant en une médaille d’argent et une somme de 25 fr, à un ouvrier français, appartenant à la corporation du bâtiment, habile, âgé de 60 ans au moins et père d’une famille nombreuse, qu’il aura bien élevée.
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ, EXERCICE 1915.
- 463
- AVOIR
- DÉBIT
- Solde créditeur au 31 décembre 1914..................
- Arrérages ................
- Solde créditeur au 31 dé-
- 125,90 cembre 1915.....................
- 41 »
- 166,90
- 166,90
- Portefeuille au 31 décembre 1915 : 29 fr de rente 3 p. 100 et une obligation Midi 2,5 p. 100.
- 27° Fondation André Massion.
- Voulant perpétuer la mémoire de son fils, ingénieur mécanicien, M. Massion, notaire à Paris, a fait donation en 1903, à la Société, d’une somme de 30 000 fr.
- Le revenu de cette somme doit être appliqué à encourager des recherches, en vue de la construction d’un moteur à puissance spécifique très élevée, sous un faible poids ou, plus généralement, à des recherches de mécanique.
- AVOIR
- DÉBIT
- Solde créditeur au 31 décembre 1914 ................. 1 980,94
- Arrérages................ 1 051, 20
- 3 032,14
- Subvention ....... 2 000 »
- Solde créditeur au 31 décembre 1915 1 032,14
- 3 032,14
- Portefeuille au 31 décembre 1915 : 56 obligations Est 3 p. 100, 7 obligations Est 2,5 p. 100, 9 obligations P.-L.-M. 2,5 p. 100, 2 obligations P.-L.-M. 3 p. 100, et 2 obligations Midi 2,5 p. 100.
- 28° Fondation Lamy.
- Don : 1 000 fr employés à l’achat d’une inscription de 30 fr de rente 3 p. 100.
- But : encouragements à l’industrie nationale.
- AVOIR
- Solde créditeur au 31 décembre 1914.................
- Arrérages . .............
- j DÉBIT
- Solde créditeur au 31 dé-
- 60 » cembre 1915.................. 90 »
- 30 »
- 90 »
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- 464 ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ, EXERCICE 1915. -— MAI-JUIN 1917.
- 29° Fondation Gilbert.
- M. Gilbert, fabricant de crayons à Givet, a légué à la Société d’Encou-ragement une somme de 20 000 fr, pour être employée de la façon que la Société jugera la plus propre à encourager l’industrie française.
- Les 20 000 fr, versés en 1904, ont donné lieu à l’achat d’une inscription de 611 fr de rente 3 p. 100.
- DÉBIT
- Solde créditeur au 31 décembre 4915 ................ 1 782,70
- Solde créditeur au 31 décembre 1914.................. 1 171, 70
- Arrérages................ 611 »
- 1 782,70
- 30° Fondation Danton.
- M. Danton, ingénieur civil des mines, a légué à la Société, en 1907, une somme de 5000 fr, pour prix à décerner à l’auteur qui aura réalisé le procédé pratique le meilleur, pour isoler les éléments de l’eau, l’hydrogène et l’oxygène, de manière à les utiliser ensuite isolément ou en les recombinant.
- AVOIR
- DÉBIT
- Solde créditeur au 31 décembre 1914..................
- Arrérages ................
- Solde créditeur au 31 dé-
- 332, 28 cembre 1915..................
- 151,20
- 483,48
- 483,48
- Portefeuille au 31 décembre 1915 : 7 obligations Est 3 p. 1Ô0, 2 obliga tions Est 2,5 p. 100, 1 obligation Midi 2,5 p. 100 et 1 obligation P.-L.-M. 3 p. 100.
- 31° Fondation Michel Perret.
- Mme Armengaud aîné a légué, en 1907, à la Société une somme de 3 000 fr de rente 3 p. 100, qui doit recevoir une double affectation :
- 1° Une somme de 2 800 fr doit être employée à la création d’une bourse annuelle de recherches et d’études industrielles, qui portera le nom de bourse Michel Perret. Cette bourse sera mise spécialement à la disposition du Comité des Arts chimiques, mais pourra cependant être accordée
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ, EXERCICE 1915.
- 465
- pour des études ou recherches autres que celles se rapportant directement aux arts chimiques, si la Société juge que ces études ou recherches sont de nature à contribuer à leur développement.
- 2° Une somme de -200 fr est destinée à décerner une grande médaille d’or, tous les cinq ans, à l’auteur, français ou étranger, de découvertes ou inventions ayant contribué, en France, à la création d’une industrie nouvelle ou au développement d’une industrie déjà existante dans ce pays.
- AVOIR
- DÉBIT
- Solde créditeur au 31 décembre 1914 ................. 8 000 »
- Arrérages................ 3 000 »
- H 000 »
- Solde créditeur au 31 décembre 1915 ................. 11 000 »
- 32° Fondation de la classe 65 à l’Exposition universelle de 1900 (petite métallurgie).
- Le Comité d’installation de la classe 65 à l’Exposition universelle de 1900 a fait don, en 1908, à la Société, d’une somme de 1500 fr, affectée à la création d’un prix, à décerner à des ouvriers méritants de l’industrie relevant de la petite métallurgie.
- Cette somme a été employée à l’achat de 3 obligations Est 2,5 p. 100.
- AVOIR
- Solde créditeur au 31 décembre 1914.................. 41,68
- Arrérages................ 36 »
- 11.68
- DEBIT
- Solde créditeur au 31 décembre 1915................. 77,68
- 33° Souscriptions perpétuelles et à vie.
- AVOIR
- Solde créditeur au 31 dé-
- cembre 1914 ..... 40,28
- M. Berges 500 »
- M. Gillet 500 »
- Aliénation de 812 fr de
- rente 3 p. 100 17 864 »
- 18 904,28
- DÉBIT
- Achat de 3 obligations
- P.-L.-M. 2,5 p. 100......... 1 126 22
- Souscription à 1 000 fr de
- rente 5 p. 100.............. 17 600 »
- Solde créditeur au 31 décembre 1915................. 178,06
- 18 904,28
- Les arrérages échus dans l’année sont compris dans tes recettes des fonds généraux.
- Tome 127. — 1er semestre. —Mat-Juin 1917. ^
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- 466 ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ, EXERCICE 4915. -------- MAI-JUIN 1947.
- Portefeuille au 31 décembre 1916 : 2 077 fr de rente 3 p. 100,1 000 fr de rente 5 p. 100,16 obligations P.-L.-M. 2,6 p. 100 et 11 obligations P.-L.-M. 3 p. 100.
- 34° Recherches sur la fragilité des aciers.
- But : impression de travaux relatant des expériences, déjà faites ou à faire, sur la fragilité des aciers.
- AVOIR
- Solde créditeur au 31 décembre 1914.................
- 2 251
- DÉBIT
- Solde créditeur au 31 décembre 1915.................
- 2 251
- 35° Dons spéciaux.
- Solde créditeur au 31 décembre 1916 : 503 fr (sans changement sur l’exercice précédent).
- 36° Table décennale du Bulletin.
- AVOIR
- Solde créditeur au 31 décembre 1914.................
- Annuité versée par les fonds généraux....................
- 429.15
- 300 »
- 729.15
- DEBIT
- Solde créditeur au 31 décembre 1915.................
- 729,15
- 37° Fondation Osmond.
- M. Floris Osmond, ingénieur civil, a légué à la Société, en 1912, une somme de 100 000 fr, qui a été employée à l’achat d’obligations de chemins de fer garanties par l’Etat.
- AVOIR
- Solde créditeur au 31 décembre 1914.......... . .
- Arrérages .............
- Remboursement de 21 obligations Est 3 p. 100. . .
- 5 309,40 3 484,80'
- 10 464,40 19 258, 60
- DEBIT
- Achat de 50 obligations
- Midi 2,5 p. 100............. 18 395,30
- Frais divers............ 12,60
- Solde créditeur au 31 décembre 1915 .................. 850,70
- 19 258,60
- Portefeuille au 31 décembre 191,3 : 221 obligations Est 3 p. 100, 50 obligations Midi 2,5 p. 100.
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-
- ÉTAT FINANCIER DÉ LÀ SOCIÉTÉ, EXERCICE 1915.
- 467
- Portefeuille commun aux fonds généraux, fondations et comptes spéciaux.
- Les reliquats, en espèces, des fondations, dons et comptes spéciaux, qui séparément seraient insuffisants pour permettre un placement avantageux, sont groupés en un fonds commun, employé à l’achat de valeurs, qui sont destinées à être, par la suite, affectées spécialement à l’un ou à l’autre de ces divers comptes ou fondations.
- Ce portefeuille commun figure aubilan pour la somme de 58960 fr, représentés par 3350 fr de rente 5 p. 100.
- État récapitulatif
- des valeurs constituant les portefeuilles individuels ou commun des fonds généraux, fonds d’accroissement et fondations diverses.
- 77 510 fr m de rente 3 p. 100 sur l’État
- 9 000 fr — 5 p. 100 —
- 80 obligations Est 2 ,5 p. 100.
- 185 — Midi —
- 97 — P.-L. -M. —
- 624 — Est 3 p. 100.
- 10 — Midi —
- 50 — P.-L. -M. —
- 3 — Ardennes —
- 2 — Est —
- Ces titres sont immatriculés au nom de la Société. Leur répartition entre les divers comptes, fonds généraux, fonds d’accroissement, fondations diverses ou portefeuille commun, a été donnée dans le présent rapport, après quelques rectifications apportées aux chiffres des années précédentes.
- Les obligations de chemins de fer sont affectées individuellement, avec leur numéro d’ordre, à ces divers comptes, qui bénéficient ainsi des primes de remboursement, par tirage au sort, des obligations figurant dans leur portefeuille.
- Des comptes détaillés des fondations, exposés dans le présent rapport, il résulte qu’il a été prélevé, en 1915, sur les ressources qu’elles mettent à notre disposition, une somme totale de 8 900 fr, répartie de la manière
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- 468 ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ, EXERCICE 1915. — MAI-JUIN 1917.
- suivante : 3 600 fr en récompenses, 3 650 fr en subventions et 1650 fr. en secours. Ces chiffres, encore trop modestes, dépassent néanmoins quelque peu ceux de l’année précédente.
- La Commission des fonds est heureuse de saisir l’occasion qui se présente de témoigner à notre dévoué trésorier, M. Alby, sa vive gratitude, pour le concours- si précieux*» qu’il apporte à la gestion des intérêts de notre Société.
- Le rapporteur,
- G. Fouret.
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-
-
-
- BILAN AU 31 DÉCEMBRE 1915
- ACTIF
- fr c i'r c
- PASSIF
- Immeuble rue de Rennes, n° 44. . , Immeuble rue Saint-Benoît, n° 15. . Portefeuille de la Société..........
- Portefeuille des fondations..........
- Portefeuille du fonds d’accroissement
- 600.000 » 141.452,50 2.004.852,06
- 933.782,75
- 353.039,80
- 2.746.304,56
- Valeurs mobilières et immobilières appartenant à la
- Société...................................................
- Valeurs des fondations......................................
- 1.286.822,55
- Portefeuille commun,
- 58.960
- Soldes créditeurs des fondations et comptes spéciaux :
- I'r c
- 2.746.304,56
- 1.286.822,55
- Caisse et banquiers
- 27.097,90
- Soldes débiteurs des fondations et comptes spéciuux :
- Fondation Legrand............................... 9,89 /
- — Ito.y..................................... 232,78 )
- Débiteurs divers............................................
- 242,67
- 2.685,10
- Total de l'actif . .
- Fondation Jollivet..............
- — d’Argenteuil.........
- — ' Bapst (secours) ....
- — Ilapst (recherches) . .
- — Christofle............
- — (i alitzine..........
- — Carré................
- — Faiiler..............
- — Christofle et Bouilhet.
- — de Milly.............
- — de Baccarat..........
- — Fourcade.............
- — .Menier........
- — Baude ....................
- — Broquette............
- — Giffard..............
- — Meynot...............
- — Melsens..............
- — Savalle..............
- — Parmentier...........
- — Classe 51............
- — — 21..............
- — — 63............
- — De Salverte................
- — Table décennale . . .
- — Classe 65............
- — Michel Perret........
- — Danton...............
- — Osmond...............
- — Massion..............
- — Lamy..................
- — Gilbert..............
- Souscriptions perpétuelles et à vie
- Réserve de la Société............
- Dons spéciaux....................
- Fragilité des aciers.............
- Créanciers divers...............
- fr c
- 252,24 7.132,84 2.590,50 1 7.092,85 i 1.838,15 1.009,19 374,18 588,12 1.671,07
- 225.78 150 »»
- 2.000 » 275,16 1.127,41 1.313,35 3.806,23
- 136.79 , 1.260,49 ,
- I .446,65
- 1.674,40 603,83 139,37 661,66 •160,90 729,15 77,68 11.000 » 483,48 850,70 1.032,14 90 » 1.782,70 178,06 13.787,75 503 » 2.251 »
- 70.302,82
- 18.682,85
- Total du passif
- 4.122.112,78
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-
-
-
- NOTICE NÉCROLOGIQUE
- SUR
- O. LINDER
- Inspecteur général des mines, ancien président de la Société.
- La Société d’Encouragement a été douloureusement éprouvée par la mort presque subite d’un de ses membres les plus éminents, M. l’Inspecteur général des mines Linder. Tous ceux qiii approchaient Linder admiraient son activité, sa vigueur, son esprit naturel et ouvert, cet air de jeunesse que son esprit comme son corps avaient conservé jusqu'à un âge avancé.
- A la fin de l’année 1916, une grave maladie vint l’atteindre à l’impro-viste, inspirant à sa famille et à ses amis les plus vives inquiétudes. Dans les derniers jours de novembre, tout espoir paraissait perdu. Heureusement, ces inquiétudes se dissipèrent rapidement .et Linder paraissait reprendre sa belle santé, lorsqu’une affection nouvelle et foudroyante l’enleva le 23 février 1917.
- Les paroles émues que M. le président de la Société a prononcées devant son cercueil ont fait revivre un instant Linder pour tous ceux qui l’ont connu, tel qu’il était dans les dernières années de sa vie, et ces belles paroles ont été rapportées dans le Rulletin de la Société (mars-avril 1917, p. 422). Mais elles ne pouvaient retracer la carrière si bien remplie de notre regretté collègue ; la présente notice donnera des détails qui n’ont pas trouvé place dans le discours de M. Lindet. Pour cette notice, Mtlc Linder, fille de notre collègue, a bien voulu me donner tous les renseignements en sa connaissance ; elle m’a communiqué, avec une extrême libéralité, les dossiers personnels de son père, les lettres de ses parents, tous les documents utiles; qu’elle veuille bien agréer l’expression de ma sincère reconnaissance.
- Oscar Linder est né à Saverne, le 17 février 1829. Son père, avocatrenommé daiïs la région pour son intégrité et son amour de la justice, n’a jamais voulu quitter sa chère Alsace. Il avait trois autres fils, qui moururent jeunes, et une fille, décédée en 1871 à la suite du siège de Paris.
- Le jeune Linder commença ses études au collège de Phalsbourg, et les continua à Strasbourg, où son professeur Bach, ayant reconnu ses aptitudes,
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-
-
-
- O. LIXDER
- President de la S'1' d’Encouragement polr l'Industrie Nationale
- i qo i—i(io3.
- Demoitlin frères. Se.
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-
-
- NOTICE NÉCROLOGIQUE.
- O. LINDER.
- 471
- le décida à se présenter à l’École polytechnique. Il y fut reçu le cent unième, mais ne tarda pas à se classer dans les premiers rangs, pour en sortir premier ex æquo avec un camarade nommé Fabian. Tous les deux avaient demandé le service des riiines, pour leqüel une seule place était offerte ; le ministre des Travaux publics, devant l’égalité de titres des deux candidats, accorda deux places. Fabian mourut peu de temps après sa nomination.
- Pendant son séjour à Paris, élève à l’École polytechnique et à l’École des Mines, Linder trouva un accueil plein de cordialité et de charme auprès d’une sœur de sa mère, Mme Gavard, et de sa famille, qui compta plusieurs membres éminents. Lorsqu’il revint en 1883 à Paris, qu’il ne devait plus quitter, ces relations de jeunesse continuèrent, et, dans le salon de Mme Gavard, Linder rencontrait un 'grand nombre de littérateurs, d’artistes célèbres, d’hommes politiques éminents.
- La longue carrière administrative de Linder, dans le corps des mines, se résume comme il suit : Élève ingénieur le 15 novembre 1830; Ingénieur ordinaire de troisième classe, le 21 mai 1853; Ingénieur ordinaire de deuxième classe, le 30 avril 1856; Ingénieur ordinaire de première classe,le 21 août 1865 ; Ingénieur en chef de deuxième classe, le 6 juillet 1875; Ingénieur en chef de première classe, le 29 mai 1879; Inspecteur général de deuxième classe, le 30 mai 1884; Inspecteur général de première classe, le 21 novembre 1887; Mise à la retraite, le 17 février 1899.
- Pendant cette période de près d’un demi-siècle, si l’on excepte deux interruptions de trois à quatre années chacune, Linder ne cessa d’exercer les fonctions d’ingénieur au corps des mines. En cette qualité, il occupa les postes suivants :
- Sous-arrondissement minéralogique de Guéret, le 3 mars 1853;
- Service des mines de la provinbe de Gonstantine, alors rattaché au ministère de la Guerre, comme ingénieur en chef intérimaire, le 20 mai 1853; sous-arrondissement minéralogique de Bordeaux, avec contrôle sur les réseaux du Midi et de l’Orléans, le 23 avril 1860 ; arrondissement minéralogique d’Alais, comme ingénieur en chef (intérimaire au début] et direction de l’École des maîtres mineurs d’Alais, le 22 avril 1874; arrondissement minéralogique du Mans, le 31 octobre 1882 ; service des appareils à vapeur de la Seine, le 24 septembre 1883 ;
- Direction du contrôle de l’exploitation du réseau de l’Ouest, le 30 mai 1884;
- Direction du contrôle de l’exploitation du réseau du Midi, le 6 septembre 1884 ;
- Direction du contrôle de l’exploitation Mu réseau de l’Est, le 5 août 1886;
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-
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- 472
- NOTICE NÉCROLOGIQUE.
- Mai-juin I9i7.
- Vice-président du Conseil général des Mines, le 21 novembre 1887, jusqu’à la mise à la retraite pour limite d’âge, en 1899.
- Les deux interruptions de service ont été causées par un congé illimité, suivi de missions, du 14 novembre 1856 au 23 avril 1860, puis par un service détaché et un congé, du 9 décembre 1878 au 31 octobre 1882.
- Envoyé pour ses débuts à Gpéret, Linder demanda et obtint un service plus important en Algérie. Il passa trois années dans la province de Constantine, où il exerça, par intérim, les fonctions d’ingénieur en chef. Outre le service ordinaire des mines et des usines, il explora la province au point de vue géologique et minéralogique, il fit de nombreuses études de sondages artésiens dans le Sahara, il créa à Constantine un laboratoire de chimie et un musée géologique.
- Ayant reconnu la présence de riches dépôts de minerais de fer, Linder se préoccupa du transport de ces minerais : il dressa un projet de chemin de fer de Karézas àBône, ligne qui, prolongée jusqu'aux célèbres mines de Mokta-el-Hadid, fut l’une des premières de l’Algérie. Ce chemin de fer industriel, d’une longueur de 33 kilomètres, fut plus tard, en 1861, déclaré d’utilité publique. Ce projet fut donc plus heureux que d’autres analogues, mais sur une plus grande échelle, qui attendent encore aujourd’hui leur exécution.
- Dans la suite de sa carrière, Linder n’oublia pas le pays d’avenir où il avait fait ses débuts comme ingénieur. Lorsqu’un autre ingénieur des mines, beaucoup plus jeune, Georges Rolland, entreprit de créer au sud de Biskra des plantations de palmiers, il apporta son concours à la petite société fondée à cet effet, qui le choisit comme président vers 1892. Depuis cette époque, il ne cessa de s’intéresser à la « Société agricole et industrielle du Sud algérien » qui, si elle n’a pas donné jusqu’à ce jour des résultats financiers très brillants, a du moins pleinement réalisé le programme de son fondateur, qui était de « créer au Sahara de nouveaux centres de culture et de colonisation, conquérir sur le désert des régions stériles, les fertiliser par l’irrigation et les transformer en oasis productives ».
- Un autre motif puissant attachait Linder à notre belle colonie. Reçu à Bône dans la maison hospitalière du commandant du génie Long, chez qui un camarade de l’École polytechnique trouvait l’accueil le plus sympathique, il ne tarda pas à épouser une des filles de son hôte : le mariage eut lieu le 4 septembre 1834.
- Comme beaucoup d’ingénieurs de l’Etat, Linder fut attiré par le rapide développement des chemins de fer ; le 24 novembre 1856, il obtint un congé
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- illimité pour entrer dans les cadres de la Cie des chemins de fer de Lyon à la Méditerranée.
- A cette époque, les ingénieurs français ne s’occupaient pas seulement de créer des chemins de fer en France, leur activité s’étendait sur une partie de l’Europe. Si la France fournissait des capitaux pour la création de voies de communication à l’étranger, ses ingénieurs pouvaient en surveiller l’emploi en vue du développement de la prospérité générale. Après un stage à la Cie Lyon-Méditerranée, devenue, par décret du 3 juillet 1857, Paris-Lyon-Méditerranée, stage pendant lequel ses brillantes aptitudes furent bien vite reconnues, Linder fut nommé, en octobre 1858, adjoint au directeur général des chemins de fer Sud-au tri chiens-lombards.
- L’année suivante, la guerre contre l’Autriche vient interrompre ces fonctions; au moment de la déclaration de guerre, il donne sa démission et retourne en France (le 30 juin 1859). Dès son retour, il est envoyé par le gouvernement français à Gênes, pour hâter le débarquement et l’expédition sur Milan de matériel de chemins de fer venant de Marseille pour l’armée d’Italie (dépêche de 2 juillet 1859).
- Arrivant à Gênes, le 6 juillet, il constate que, depuis une semaine environ, on n’avait débarqué que cinq wagons. Les navires qui transportaient ce matériel tiraient plus de 4 m d’eau; mais le port de Gênes, à cette époque, ne présentait plus de 4 m de profondeur qu’à une très grande distance du seul point disponible pour la mise à terre du matériel. Le débarquement devait, par suite, se faire sur pontons. On disposait de deux pontons, pouvant porter chacun 4 à 5 wagons, d’une grue flottante à bras, et, à quai, d’une petite grue d’une force de 7 à 8 t.
- Linder commença par substituer, à un entrepreneur négligent et à son personnel, des marins français et sardes, et des monteurs venus de France; il se procura des pontons supplémentaires et divers engins de levage, puis organisa le travail de manière à éviter les pertes de temps.
- Grâce à ces mesures, le 14 juillet, 4 locomotives, 4 tenders, 1 fourgon et 40 wagons étaient expédiés à destination et le travail continua régulièrement à raison de 20 à 24 wagons par jour. On débarqua même 29 wagons en une journée. Le débarquement à quai d’un wagon, la mise en place des essieux montés et la conduite en gare ne demandaient que 15 minutes.
- Le matériel expédié à Gênes comprenait 7 locomotives, 7 tenders, 1 fourgon, 76 wagons couverts et 129 wagons plats.
- Bientôt, Linder rentre au service des mines, et il est chargé du sous-arrondis-sement minéralogique de Bordeaux, où il devait rester pendant quatorze années.
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- Avec le service ordinaire, il était chargé du contrôle de l’exploitation d’une partie des réseaux du Midi et d’Orléans.
- Pendant cette période, outre les affaires du service, Linder fut chargé* tant par l’Administration des travaux publics que par la Chambre de Commerce et là municipalité de Bordeaux, de nombreuses missions, relatives soit à des mines et à des établissements industriels, soit à l’enseignement, soit au port de Bordeaux et à diverses questions intéressant la ville.
- Pendant la guerre de 1870-1871, membre du cortiité de défense de la Gironde, il créa, sous les ordres de la directioti dé l’artillerie, une capsulerie pour fusils et mitrailleuses. Le fulminate de mercure ne pouvant être obtenu eh quantité suffisante, il employa, avec le concours d’un chimiste bordelais, M. PTàt, ün explosif à base de picrate de plomb et de chlorate de potasse, recouvert d’un vernis contenant une proportion très faible, déterminée par l’expérience, de phosphore rouge amorphe. Par mesure de sûreté, le chargement des alvéoles avec un mélange humide fut substitué au procédé habituel par voie sèche. Cette capsulerie produisit normalement 550000 à 600000 capsules par jour.
- Chevalier de la Légion d’honneur depuis le 18 août 1863, il reçut la rosette d’officier le 7 mars 1871.
- En 1872, avec l’appui des autorités militaires, il créa, à Bordeaux, la première société de gymnastique, de tir et d’instruction militaire qui ait fonctionné en France; il en resta longtemps président honoraire.
- Les sociétés scientifiques de Bordeaux tinrent à s’attacher le concours de l’actif ingénieur des mines de la Gironde ; c’est ainsi qu’il fut nommé président de la Société des sciences physiques et naturelles, de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts, et secrétaire général de la Société linnéenne. Il dorina aux Annales de ces sociétés de nombreux mémoires scientifiques.
- Citons d’abord deux travaux sur des sujets étrangers à ses occupations habituelles, qui prouvent la curiosité de son esprit: une Note sur les variations séculaires du magnétisme terrestre (mémoires de la Société des sciences physiques et naturelles de Bordeaux, t. VI, 1869), et un Discours sur l'origine des aurores boréales (actes de l’Académie nationale des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux, 33eannée, 1871-1872, p. 88). La géologie est l’objet de nombreuses communications : Étude sur les terrains de transport du département de la Gironde (actes de la Société linnéenne de Bordeaux,!. XXVI, 1868), le Calcaire de Bazas à Cazeneuve (id.,t. XXVI, 1868), Notes sur le tertiaire du II la gai s (id., t. XXVII, 1869),Des dépôts lacustres du vallon de Saucats (id., t. XXVII, 1872), Des granules magnétiques qu’on observe dans quelques dépôts du bassin de la Gironde {id., t. XXVIII, 1872), De quelques-uns des Échinides qu’on rencontre dans le
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- calcaire de Blaye (id.> comptes rendus, 1873), Sur f existence du calcaire grossier de Saint-Estèphe entre Roque-de-Tau et Bourg (id., comptes rendus, 1873), Observations au sujet du synchronisme des faluns supérieurs de Cestas et de Pont-Poürquey (Saucats) et du calcaire d'eau douce jaune de l'Armagnac (;id., comptes rendus, 1873), De la position exacte du calcaire de Bourg dans la série tertiaire et des relations qui existent entre le calcaire marin de Saint-Estèphe et la mollasse d'eau douce du Fronsadais (id., comptes rendus, 1873), Observations sur la constitution du terrain tertiaire inférieur de l'Aquitaine occidentale, déduites des sondages effectués dans là Gironde et le Lot-et-Garonne {id., comptés rendus, 1873).
- En 1870, il rédigea un travail sur Le nombre des freins qu'il convient d'introduire dans les trains de chemins de fer, travail qui a été publié dans les mémoires de la Société des sciences physiques et naturelles de Bordeaux (t. VII, 1870); il s’agissait d’établir une formule d’une approximation suffisante et d’un calcul facile.
- Nous citerons encore un travail sur la Faune historique des mammifères ayant vécu en Alsace, à l'état de liberté (actes de la Société Linnéenne de Bordeaux, comptes rendus 1873), et un rapport rédigé en 1862, sur un foyer fumivore ^alazot, publié dans les Annales des mines, 6e série, t. IV, 'p. 197.
- En 1870, il avait été chargé, en qualité d’ingénieur du contrôle du Midi, de suivre des expériences sur la contre-vapeur faites sur la ligne à profil accidenté de Gapvern.
- Le long séjour dè Lindef à Bordeaux fut uüë période particulièrement heureuse de sa vie, non seulement par l’importance du service dont il était chargé, mais par les relations qu’il se créa dans la ville et par la situation qu’il y sut acquérir.
- Savants et lettrés étaient nombreux à Bordeaux et devinrent ses amis. Les ingénieurs en chef Jacquot et Guillebot dè Nerville, sous lès ordres desquels il se trouva süccéssivement placée surent bien vite l’apprécier et firent preuve à son égard dé la plus grande bienveillance. Les familles nouèrent des relations amicales qui subsistent encore entre ceux de ses membres que la mort a épargnés.
- L’ériergie et la haute situation niôrale de Linder lui permirent d’interveniï utilement dans des grèves où les carriers avaient proféré des menaces contre les ingénieurs qui seraient assez hardis pour chercher à les concilier. La confiance qu’il inspira par suite à ces hommes fut augmentée par le courage dont il fit preuve lors d’un éboulement qui laissait une carrière dans un état si menaçant que nul n’osait s’y aventurer pour le sauvetage des hommes ensevelis. En s’y
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- avançant le premier, Linder entraîna l’un des carriers, et put se rendre compte des travaux à exécuter.
- En avril 4874, l’administration des Travaux publics lui confia un nouveau service, celui de l’arrondissement minéralogique d’Alais, avec la direction de l’École des maîtres ouvriers mineurs d’Alais, en qualité d’ingénieur en chef intérimaire. Il ne tarda pas d’ailleurs à être nommé ingénieur en chef des mines (juillet 1875).
- L’École des maîtres ouvriers mineurs, créée par ordonnance du 22 septembre 1843 (1), est essentiellement pratique ; elle a rendu et continue à rendre de grands services en formant les cadres de la main-d’œuvre minière. Une École analogue a été fondée à Douai en 1878.
- Lors d’une explosion de grisou qui eut lieu dans les mines de Graissessac, en février 1877, Linder dirigea les travaux de sauvetage, avec le concours de deux ingénieurs des mines placés sous ses ordres, Aguillon et Castelnau, et du directeur des exploitations, M. Ra^cle. Grâce aux précautions prises, aucun accident ni même aucune indisposition ne se produisit parmi les ouvriers employés au sauvetage pendant plus de dix jours, dans les galeries éboulées.
- La position de directeur de l’École des maîtres-mineurs, où il disposait d’un appartement avec vastes salons de réception, lui donnait une situation importante dans la société d’Alais, société divisée par les questions de religion : catholiques et protestants conservaient encore un certain antagonisme. Grâce à son tact et à son aménité, Linder sut rapprocher les membres opposés de la société alaisienne, sans qu’aucune division en vînt jamais troubler les réunions.
- Une décision du 26 mai 1876 l’attacha, en qualité de collaborateur, au service de la carte géologique détaillée de la France, fonctions pour lesquelles ses nombreuses études dans la Gironde le désignaient tout spécialement. A ce titre, il exécuta les trois feuilles au 80 000e de Lesparre, Bordeaux et la Teste de Buch, formant le littoral atlantique vers l’embouchure de la Gironde. Deux de ces feuilles furent publiées en 1882, la troisième un peu plus tard,
- Le 9 décembre 1878, sur la désignation d’office du ministre des Travaux publics, le ministre de la Guerre confie à Linder les fonctions de directeur des études à l’École polytechnique. Ces nouvelles fonctions étaient assez délicates: d’une part le conseil de l’École demandait le maintien du précédent directeur, O. Bonnet, et, d’autre part, les élèves ne voyaient pas de bon œil son départ, et se promettaient d’en mal accueillir le successeur. Parmi les plus ardents étçiit
- (1) Annales des Mines, 4* série, tome IV, p. 713,
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- le fils même de Linder, aujourd’hui général Linder. Avec sa bienveillance, son tact, l’habitude qu’il avait déjà prise de manier les jeunes gens avec douceur, mais avec fermeté, Linder évita toute difficulté sérieuse; sans doute aussi l’ardeur agressive du jeune Linder et de ses camarades tomba quelque peu quand le nouveau directeur des études fut connu; quoi qu’il en soit, aucun incident fâcheux ne marqua sa présence à l’Ecole.
- Les relations de Linder avec les professeurs, qui avaient été contraires à sa nomination, s’améliorèrent rapidement; il noua même, avec quelques-uns d’entre eux, des relations durables d’amitié.
- Accueillant envers les élèves, il écoutait leurs réclamations, et même lorsqu’il ne pouvait y donner suite, en leur expliquant les motifs du refus, il évitait toute cause de mécontentement.
- Toutefois Linder ne resta pas longtemps à l’Ecole polytechnique ; revenant à ses anciens projets de prendre un service actif dans une administration de chemins de fer, iL se décida à accepter, le 16 octobre 1879, une haute situation à la Société des chemins de fer de l’Etat, en Autriche-Hongrie, où il avait déjà fait un court séjour en 1859, attaché à une autre administration.
- A cette époque, un grand nombre d’ingénieurs français dirigeaient les services des chemins de fer autrichiens, et l’influence française était grande à Vienne.
- Linder avait le titre de directeur général-adjoint, chargé de la direction des domaines, dont ;il était seul responsable vis-à-vis des comités de la Société, à Vienne et à Paris.
- Les domaines de la Société étaient immenses; ils comprenaient des mines, notamment les houillères de Kladno, avec une couche de 12 m d’épaisseur, les exploitations de minerai de fer de Moravitza et de Dognacska; des usines, forges de Reschitza et de l’Anina, moulins, fabriques de paraffine, d’acide sulfurique, de ciment, ateliers de construction à Vienne ; 90 000 ha de forêts, cultures de céréales dans le Banat.
- Dans ce domaine si varié, Linder eut à s’occuper d’installations de toute nature, les unes purement industrielles, les autres relatives à la salubrité et au bien-être des ouvriers. Sous son habile direction, le revenu de ces domaines augmenta notablement, l’augmentation ayant atteint deux millions de francs pour un semestre.
- Le séjour qu’il fit, avec sa famille, dans la magnifique région du Banat a laissé à ses enfants les plus agréables souvenirs.
- Bientôt appelé à s’occuper des autres services de la Société, Linder eut à suivre des négociations difficiles avec le gouvernement hongrois, qui voulait
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- imposer en Hongrie une administration exclusivement hpngrpise, ce qui aurait entraîné une désorganisation complète ; jl put arriver à une convention favorable à la Société.
- Toutefois il ne devait pas rester longtemps attaché à la Société des chemins de fer de l’Etat. De nouveaux projets, issus des comités directeurs, venaient profondément modifier l’organisation existante et changer la situation des anciens actionnaires. Après des débats fort pénibles, Linder ne crut pas devoir sanctionner par sa présence des mesures qu’il désapprouvait. C’est pour ce motif très honorable qu’il donna sa démission en 1882, malgré les instances fajtgs pour qu’il la reprît, abandonnant ainsi une brillante carrière, qui lui plaisait et où il avait brillaqiippqt réussi.
- Pendant le séjour de Linder à Vienne, en 1882, les constructeurs autrichiens ayaient à livrer aux chemins de fer français un certain nombre de locomotives. Les chaudières construites à l’étranger doivent subir l’épreuve à la presse hydraulique lors de l’entrée en France. Cette épreuve, qui exige l'enlèvement des enveloppes des locomotives, entraîne des dépenses et des pertes de temps importantes : il est évidemment plus simple de l’exécuter dans les ateliers dp constructeur. L’administratiqn française ayant apcordé cette tolérance, Linder fq} désigné pour surveiller les épreuves en Autriche.
- Rentré en France, il reprend du service dans le corps des mines. On lui confie d’abord, en qualité d’ingénieur en chef, le sous-arrondissement minéralogique du Mans (31 octobre 1882), et onze mois plus tard (24 septembre 1883) la surveillance des appareils à vapeur de la Seine. L’année suivante, promu au grade d’inspecteur général (30 mai 1884), il esf appelé à la direction du contrôle des chemins 4# tef* 4e l’Ouest., puis du Midi (6 septembre |8j84) et enfin 4e l’Est (5 août 188fi), jusqu’à sa nomination d’inspecteur général de première classe (21 novembre 1887).
- Une décision ministérielle du 23 mars 1886 l’avait désigné comme président d’une Commission chargée d’étudier la révision de la loi sur les mines ; le 2f juin suivant, sur la proposition du conseil général des mines, il fut nommé par le ministre des Travaux publics premier arbitre et président d’une Commission d’arbitrage, en vue d'aplanir un différend grave qui s’était élevé entre la Compagnie des mines de Decazeville et ses ouvriers. La Commission sut établir l’accord entre les deux parties et ramener ainsi la tranquillité dans le bassin hou il 1er.
- Dès sa nomination au grade d’inspecteur général de première classe, en novembre }887, Linder fut appelé à la vice-présidence du conseil généra} des mipes, qu’il exerça jusqu’à sa mise à la retraite, en |893. Le vjce-président dû
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- Conseil en a la présidence effective, le président étant le ministre des Travaux publics, qui n’assiste aux séances que dans des circonstances tout à fait exceptionnelles.
- Ces fonctions lui valurent l’honneur de prononcer des discours sur la tombe de plusieurs des ingénieurs les plus éminents du corps des mines : Luuyt, le 2o novembre 1887 (voir Annales des Mines, 8e série, t. XII, p. 498); du Souich, le 16 avril 1888 (id., 8e série, t. XIII, p. 383);d,e Boureuille, le 28 mars 1893 (id., 9e série, t. III, p. S95) ; JVIallard; le 9 juillet 1894 (id., 9e série, t. VI, p. 308); Daubrée, le 1er juin 1896 (id., 9e série, t. D£, p. 626).
- Nommé membre du conseil d’hygiène et de salubrité publique du département de la Seine en 1888, pour remplacer M. du Spuicb, il prit, jusqu’à sa mort, une part très active aux travaux de ce conseil, et reçut ipcme, en |901, une médaille d’or en témoignage de son concours assidu. En 1899, il remr place M. Jacquot au comité consultatif d’hygiène publique de France.
- En 1890, le ministère des Affaires étrangères lui confia une mission importante, en Penvoyant à Berlin, avec Jules Simon et Tolain, sénateurs, Burdeau, député, et Delahaye, ouvrier mécanicien, afin de prendre part à une conférence pour F amélioration du sort des ouvrier? dans les fabriques et dans |,es mines.
- Cette conférence avait été proposée par le gouvernement suisse, en vue d’une simple enquête internationale, ne pouvant entraîner de sanction? positives. Le gouvernement allemand obtint qu’elle se réunît à Berlin; mais il fut expressément entendu, notamment par la France, que le point de yue initial serait maintenu.
- Trois questions principales étaient proposées à la Conférence : le repos dominical, la réduction du travail des enfants et des femmes, la limitation de la journée de travail pour tous les ouvriers. Sur la troisième question, le gouvernement français fit des réserves expresses, déclarant que, moins que tout autre, elle paraissait pouvoir être l’objet d’une entente internationale. Elle se rattache étroilepienf aux principes sur lesquels reposent les législations des divers Etats, et aux conditions générales de la production industrielle. Elle dqit être considérée comme étant exclusivement d’ordre intérieur, et ne saurait être utilement soumise à une discussion diplomatique.
- Cette question a été écartée, et la Conféfeqceétudja les conditions du travail dans les mines, tet le travail des enfants et dep femmes.
- Devant la difficulté de poser les bases d’une entente internationale sur des questions si complexes, il fut stipulé qu’on ne prendrait, à la Conférence, aucun engagement, mais qu’on formulerait de simples propositions à soumettre aux gouvernements participants.
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- Les vœux émis dans le protocole de la Conférence de Berlin (1) se résument comme il suit :
- Il est désirable que la limite inférieure de l’âge auquel les enfants peuvent être admis aux travaux souterrains des mines soit progressivement élevée à quatorze ans (à douze ans dans les pays méridionaux), le travail sous terre étant interdit aux personnes du sexe féminin.
- Il est désirable qu’un jour de repos par semaine soit assuré aux personnes protégées, ainsi qu’à tous les ouvriers de l'industrie, et que ce jour soit fixé au dimanche pour les personnes protégées.
- Il est désirable que les enfants des deux sexes soient exclus du travail dans les établissements industriels avant douze ans (dix ans dans les pays méridionaux) ; quau-dessous de quatorze ans, ils ne travaillent ni la nuit ni le dimanche, et que leur travail effectif ne dépasse pas 6 heures par jour ; que les jeunes ouvriers des deux sexes, de quatorze à seize ans, ne travaillent ni la nuit ni le dimanche, et que leur travail effectif ne dépasse pas 10 heures par jour.
- Il est désirable que les femmes ne travaillent pas la nuit, et que la durée de leur travail ne dépasse pas 11 heures.
- A la suite de cette Conférence, Linder reçut de M. Ribot une lettre de félicitations, contenant la phrase suivante :
- « Tout en se maintenant dans les limites que lui avaient marquées les instructions dont elle était munie, la délégation française a occupé, dans la grande réunion internationale qui vient de se séparer, une place considérable, digne de notre pays ; vous y avez contribué, Monsieur, par le rôle que vous avez su remplir ail milieu des travaux et des délibérations de la Conférence ; vous avez ainsi justifié la haute confiance que le gouvernement avait mise en votre expérience, en vos lumières et en votre patriotisme. »
- Peu de temps après, Linder fut nommé commandeur de la Légion d’honneur.
- L’année suivante, en 1891, il éprouva un des grands chagrins de son existence, la mort de sa femme, dont la disparition, malgré l’affection dont ne cessèrent de l’entourer ses enfants, laissa dans sa vie un vide que rien ne put combler entièrement.
- De ce mariage étaient nés quatre enfants, vivants aujourd’hui : deux filles et deux fils. L’un des fils est le général que nous avons déjà cité, le second est attaché à la Compagnie des chemins de fer du Nord. Restée veuve après quelques années de mariage, sa fille Mme Caron vient habiter avec son père
- ^1) On trouvera ce protocole dans le Bulletin de la Société de protection des apprentis,
- t. XXIII, p. 317.
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- et sa sœur. Linder avait la plus vive affection pour ses enfants, ses deux petits-fils, ses trois petites-filles: les réunions familiales furent toujours l’une de ses grandes joies.
- Une question dont Linder s’occupa particulièrement est celle des accidents du travail. A l’Exposition de 1889, il avait présidé le congrès des accidents du travail, d’où sortit, sous son impulsion, un Comité permanent et international; à Milan, en 1894, et à Bruxelles, en 1897, il représente le ministère des Travaux publics à des congrès ayant le même objet. Depuis 1891 jusqu’à sa mise à la retraite en 1899, il fut membre du Conseil supérieur du travail au ministère du Commerce.
- Sa grande expérience des chemins de fer le fit désigner comme membre du Congrès des chemins de fer à Saint-Pétersbourg en 1891 et à Londres en 1895.
- Il fut d’ailleurs membre du Comité de l’exploitation technique des chemins de fer de 1887 à 1899; précédemment il avait été pendant quelques années membre du Comité consultatif des chemins de fer.
- Outre le conseil général des mines, nombreuses sont les commissions que Linder fut chargé de présider, souvent de première importance. C’est, dès le 9 décembre 1887, la Commission de la carte géologique de France, la Commission centrale des machines à vapeur, la Commission des Annales des mines. D’autres commissions, qu’il présida également, avaient un caractère temporaire, notamment celles des formules à employer pour le service des mines, de révision du décret du 30 avril 1880 sur les appareils à vapeur, de réglementation générale pour la police des mines, etc. Ajoutons qu’en 1895 la Société géologique de France l’élut président.
- Membre du Comité du centenaire de l’Ecole polytechnique, en 1894, Linder publia, dans le Livre du centenaire, des notices sur Becquerel (t. I, p. 285) et sur Daru (t. III, p. 536).
- Faisant partie de la Commission militaire supérieure des chemins de fer, depuis le 24 octobre 1887 jusqu’à sa retraite, il prit constamment une part active à ses importants travaux. Il y présidait une sous-commission technique qui comprenait avec lui l’inspecteur général des Ponts et Chaussées de la Tour-nerie et le colonel Gonse. Parmi les questions étudiées par cette sous-commission, nous citerons l’étude de la répartition du matériel (en 1891), celle des transports de concentration (en 1892), de la quantité d’eau nécessaire pour la traction des trains militaires (en 1893), de la révision des ponts militaires (en 1897), des trains Renard (en 1898).
- Le 1er août 1889, le ministre de la Guerre le désigna pour assister le général, directeur général des chemins de fer et des étapes aux armées, affectation qu’il conserva jusqu’à sa retraite.
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- Lorsqu’il fut mis à la retraite par application des règlements sur les limites d’âge, la Commission militaire demanda à ne pas être privée de son concours, mais l’autorisation ne fut pas accordée.
- Linder quittait ainsi, par application d’une règle inflexible, les hautes et nombreuses fonctions administratives qu’il avait si longtemps exercées avec un zèle infatigable. Le registre, des délibérations du Conseil général des mines,» pour la séance du 10 février 1899, mentionne comme il suit son départ:
- « M. Linder, avant de quitter le fauteuil, félicite M. Vicaire de s# nomination à la présidence, et adresse à tous les membres du Conseil, en même temps que ses adieux, ses remerciements pour le concours qu’ils n’ont cessé de lui prêter et la façon dont ils lui ont facilité l’accomplissement de ses fonctions.
- « M. Vicaire, se faisant l’interprète des sentiments du Conseil, exprime à son tour à M. Linder les regrets que tous éprouvent à le voir atteint par le règlement relatif à la mise à la retraite, dans la pleine vigueur de toutes ses facultés, et alors qu’il aurait pu, pendant de longues années encore, diriger si utilement les délibérations du Conseil. Il rappelle que, de tous ses prédécesseurs, deux seulement, Lelièvre et Cordier, ont eu une présidence de plus longue durée, mais à une époque où le président du Conseil était exempté de l’application de la loi de la limite d’âge. 11 rend hommage à la courtoisie que M. Linder a toujours associée, pendant ses douze années de présidence, à l’autorité que lui donnaient sa grande expérience des affaires, son esprit de haute équité, et son souci constant des devoirs ainsi que de l’honneur du corps.
- « Le Conseil, s’associant aux paroles de M. Vicaire, décide qu’elles seront consignées au procès-verbal de la séance et qu’un extrait de ce procès-verbal sera transmis à M. Linder. »
- La retraite de Linder ne lui laissait que plus de loisirs pour donner le concours de son expérience aux sociétés dont il faisait partie et pour l’étude des questions d’intérêt général. Son activité féconde ne se ralentit pas un instant jusqu’à sa mort.
- La Société d’Encouragement, dont il faisait partie depuis 1894, en qualité de membre du Comité des Arts mécaniques, l’élut comme président pour la période triennale 1901-1903. Déjà, il avait pris une part importante à la grande œuvre de runification des filetages, et, en 1897, il fut délégué par la Société, avec M. le général Sebert, M. Marre et l’auteur de la présente notice au Congrès de Zurich, d’où sortit le système international des vis mécaniques, établi, avec d’insignifiantes modifications, suivant les propositions de la Société. Plusieurs des délégués au Congrès s’exprimant en allemand, Linder fut tout particulièrement utile par sa connaissance approfondie de cette langue, qu’il parlait couramment.
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- En 1915, lorsque M. Haton de la Goupillière, malgré les instances de ses collègues, décida qu’il cesserait de prendre une part active aux travaux de la Société, Linder fut élu président du Comité des Arts mécaniques, fonctions qu’il ne devait malheureusement pas exercer longtemps.
- Lors de l’Exposition universelle de 1900, Linder présida le Comité d’admission, puis le jury des récompenses de la classe 105 (sécurité des ateliers; réglementation du travail), le Comité technique des machines, ainsi que le Congrès de surveillance des machines à vapeur; il fit partie, en outre, du Comité d’organisation du Congrès de mécanique appliquée et du Comité international de sauvetage.
- En 1898, la Ville de Paris avait institué un grand concours de fumivorité, confié à une Commission sous la présidence de M. Hirsch. Les résultats de ce concours ont été publiés dans la Revue de mécanique en 1898. La Ville de Paris ayant décidé de continuer le concours en 1901, et M. Hirsch étant décédé, Linder fut choisi pour présider la Commission compétente.
- Pour ne pas allonger outre mesure la liste des travaux de Linder, nous passons sous silence quantité de commissions et de sociétés dont il a fait partie. Jusqu’à sa dernière heure, ce travailleur infatigable fut constamment occupé, soit par ses fonctions administratives et professionnelles, soit par des œuvres d’intérêt général, auxquelles il donnait son temps et son activité avec la plus grande libéralité. Sans une heure de défaillance, sa belle vie fut tout entière consacrée au travail.
- Dès le début de la guerre, le 26 août 1914, il vit tomber glorieusement un de ses petit-fils, le seul qui portât son nom. Cette épreuve ne l’abattit pas ; il sut réagir jusqu’au dernier jour contre la douleur, si naturelle quand des liens très chers sont rompus, quand on voit autour de soi tant de pertes cruelles. Il avait coutume de dire : « Nous nous compterons après la victoire, mais après la victoire seulement. »
- Quand ce jour béni se lèvera, il ne sera plus sur cette terre pour le saluer. Il est parti sans connaître l’avance de mars dernier, sans savoir que son fils commandait le 13e corps. Il ne sera pas là pour fêter le retour à la France de sa chère Alsace, il ne pourra aller prier sur la tombe de son père, à Saverne, délivrée de la barbarie allemande.
- E. Sauvage.
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- NOTICE NÉCROLOGIQUE
- SUR *
- E. HARLÉ
- (1849-1917)
- par M. Hillairet
- membre du Conseil.
- M. Émile Harlé est entré au Comité des Arts économiques en 1902, au milieu de sa carrière industrielle.
- Attaché à la direction de la maison Sautter, Lemonnier et Cie en 1887, il en devint l’un des associés en 1890, avec son ami Gaston Sautter. A la mort de celui-ci, survenue en 1907, Harlé se trouva seul à la tête de la Société Sautter, Harlé et Cie.
- C’est à son poste de Président, au début d’une séance du Conseil, que Harlé fut frappé de l’atteinte à laquelle il devait succomber quelques jours après, le 28 mars dernier.
- Les importants établissements que dirigeait notre regretté collègue sont parmi les plus renommés dont puisse s'honorer l’industrie française.
- D’une existence bientôt centenaire, les ateliers Sautter-Harlé tirent leur origine de l’atelier modeste où l’opticien Soleil construisit, en 1825, sous la direction de Fresnel, les premiers phares lenticulaires (1).
- En 1852, ils passèrent aux mains de Louis Sautter qui leur donna un grand développement auquel contribua notamment l’adoption du nouveau système d’éclairage des côtes par toutes les nations maritimes.
- L’invention de la dynamo Gramme (1869) introduisit en 1872 la construc-
- (1) Exposition de Turin 1911. Groupe VIII. Rapport de M. Dehenne, pages 310 et suivantes*
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- tion électrique dans les ateliers de la maison devenue, après 1870, la Société Sautter, Lemonnier et Cie.
- Actuellement, l’activité des ateliers Sauttér-Harlé s’exerce sur plus de dix-huit spécialités différentes.
- La construction des phares et de leurs accessoires conduisit à celle des projecteurs pour les armées de terre et de mer, d’abord exécutés avec la lentille à échelons, puis avec le miroir aplanétique du colonel Mangin, qui permit d'augmenter considérablement la portée de ces appareils. Dans ces dernières années, un progrès plus important encore fut réalisé par l’adoption de para-boloïdes métalliques à couche d’or.
- Aux dynamos vinrent s’accoupler les moteurs à vapeur à grande vitesse pour constituer les groupes électrogènes légers des marines de guerre et de commerce. Puis, les turbines à vapeur, les pompes multicellulaires, les compresseurs d’air centrifuges, les moteurs à explosion, les moteurs Diesel à combustion pour les sous-marins, les mines sous-marines, précédemment construites exclusivement dans les ateliers de l’Etat, — les commandes électriques des tourelles cuirassées et des barres, les appareils de levage et, depuis 1914, d’autres importantes applications de la mécanique et de l’électricité à la guerre, vinrent successivement figurer au répertoire courant de la maison.
- Préoccupé des œuvres d’assistance (1), Harlé ne cessa d’encourager son personnel à la création de secours pour les malades, d’un groupe d’épargne, de livrets de caisse de retraites, comme à la participation aux retraites ouvrières, au secours aux femmes, à des mesures contre la tuberculose et à une caisse de femmes et enfants de mobilisés.
- « L’une des questions auxquelles Harlé se consacra plus particulièrement fut celle de l’apprentissage (2) ... Aussi, lorsque, dans le but de préparer des ouvriers habiles, le Syndicat professionnel des industries électriques décida de créer des cours de perfectionnement pour les apprentis de l’industrie électrique, ce fut lui qui assuma la charge de l’organisation nouvelle, et accepta d’être le président du Comité de direction des cours. Grâce à son impulsion, grâce à l’exemple qu’il donna en consentant personnellement les sacrifices nécessaires pour les nombreux apprentis de ses ateliers, les cours de perfectionnement rendent de réels services. »
- Harlé avait été élu en 1894 président du syndicat auquel il s’intéressa
- (1) Discours de M. Rey, 31 mars 1917.
- (2) Discours de M. Marcel Meyer, président du Syndicat professionnel des industries électriques, 31 mars 1917.
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- jusqu’à son dernier jour, où il laissa, à peine achevé, un important travail préparatoire à la refonte des tarifs douaniers du matériel électrique (1).
- Sous sa présidence (1902-1903), la Société des électriciens poursuivit l’étude des régulateurs des moteurs des groupes électrogènes et de l’accouplement des alternateurs en parallèle, où se produisirent de nombreuses et utiles communications.
- Membre du Comité permanent d’électricité, Harlé eut de nombreuses occasions, soit dans des rapports, soit dans les discussions, de faire prévaloir ses jugements nets et mesurés, mais son nom restera surtout attaché aux travaux de la Commission dite du retour par la terre qu’il présidait.
- L’emploi du conducteur terrestre étant interdit dans les distributions d’énergie (2), une demande de dérogation fut introduite en 1902 au Comité permanent d’électricité qui décida, sur l’initiative de notre collègue, de s’éclairer dans cette voie inexplorée pour les courants industriels.
- Une série d’expériences sur le terrain et avec des lignes existantes fut envisagée : ce fut l’origine des expériences de Lancey (1903-1906-1907) réalisées avec le concours de MM. Bergès, qui mirent à la disposition de la Commission leur important matériel à courant continu et à courant alternatif, de l’administration des Télégraphes, de la Compagnie P.-L.-M., de l’Institut électrotechnique de Grenoble et de la Société d’énergie électrique du Grésivaudan.
- M. Brylinski, ancien ingénieur des Télégraphes, président actuel de la Société des électriciens, se chargea d’en établir le programme.
- Les expériences de 1905 furent consacrées à l’examen de la prise de terre industrielle avec relevé des potentiels du voisinage, et de son action sur les lignes télégraphiques et de signaux les plus proches ; les expériences de 1906 et de 1907, à l’étude de l’action d’une ligne industrielle d’environ 15 kilomètres, avec retour par la terre, sur les lignes télégraphiques et de signaux voisines et parallèles.
- Le compte rendu des expérience^ de 1903 a été mis sur pied par M. Pion-chon, alors directeur de l’Institut électro technique de Grenoble, assisté de M. Barbillon (3); celui des expériences de 1906 et de 1907,par ce dernier (4). Ces travaux ont été suivis d’un savant travail de M. Brylinski sur l’interprétation des résultats, et les conclusions à en tirer.
- (1) Nouvelle nomenclature conforme au matériel électrique actuel. Analyse de la protection réelle de l’industrie électrique d’après le tarif de 1912.
- (2) Voir divers arrêtés depuis 1895 et dont le dernier est du 21 mars 1911.
- (3) Étude du retour par la terre des courants industriels. Expériences de Lancey, octobre 1903, J. Baratier, éditeur, Grenoble.
- (4) Expériences entre Lancey et Grenoble, Allier frères, éditeurs, Grenoble.
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- Les mémoires de MM. Pionchon, Barbillon et Brylinski constituent une œuvre, la première en cette matière, d’une haute portée scientifique et pratique.
- En mars 1905, Harlé présentait à M. le préfet de la Seine, en vue du régime futur de l’électricité que la Ville de Paris devait aborder en 1907 (fin de concession des secteurs), un projet de « transport à Paris de l’énergie hydroélectrique du haut Bhôiie dans le but de la fournir à la Ville ou à son concessionnaire, à des prix notablement inférieurs à ceux qu’on peut réaliser par la vapeur (1) ».
- Ce projet, établi par MM. Blondel, Harlé et Mahl, avait pour base la construction d’un barrage réservoir à Grésin, près de Bellegarde, à environ 450 km de Paris.
- L’année suivante, les mêmes promoteurs proposèrent une variante avec un barrage à Génissiat, en aval de Grésin, donnant une retenue d’environ 70 m de hauteur d’eau correspondant à une puissance maxima de 150000 kw, en débit moyen du fleuve, et à un total annuel d’énergie d’environ un milliard de kilowatts-heure (2).
- La réalisation de cette entreprise est audacieuse.
- Pour effectuer un tel transport, il faut adopter, au départ, une tension entre conducteurs dépassant 100000 volts.
- L’emploi du courant continu donne lieu à des difficultés du côté des machines, même avec le dispositif en série, le seul à considérer dans ce cas ; l’emploi du courant alternatif, même à la faible fréquence de 25 périodes-seconde, exige une ligne dont l’exécution et le fonctionnement ne sont pas sans présenter certaines particularités encore insuffisamment résolues.
- Harlé ne s’arrêta pas à ces obstacles : de récentes distributions, établies dans des conditions voisines, lui donnaient l’espoir d’une heureuse extrapolation. Il n’a pas été donné à notre collègue de dériver sur Paris un débit d’énergie dont le prix, au cours du jour, aurait permis de relever singulièrement les bases financières admises il y a dix ans : l’affaire n'a pas encore reçu de solution administrative.
- Harlé avait été membre du Comité, puis président de 1905 à 1908 de la Section d’électricité de la Société des Ingénieurs civils de France. Il était
- (1) Ville de Paris, Préfecture de la Seine, imprimerie Paul Dupont, 1906.
- (2) Vdle de Paris, Préfecture de la Seine, Mémoire complémentaire, imprimerie Cha-raire, 1907.
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- membre titulaire du Comité consultatif des Arts et Manufactures. Il avait pris part et s’était rendu aux Expositions de Moscou (1891) et de Chicago (1893) ; il avait présidé la classe d’électricité à l’Exposition de Liège (1905) qui lui valut sa nomination d’officier de la Légion d’honneur.
- Né en 1849, d’une ancienne famille picarde qui compta parmi ses membres des négociants et des lettrés, Harlé était entré en 1869 à l’Ecole polytechnique. La guerre, déclarée au mois de juillet de l’année suivante, le fit verser avec sa promotion dans l’artillerie. Envoyé d’abord dans l’Est, il fut ensuite ramené à Paris où il prit part aux opérations du siège. Élève ingénieur en 1871 à l’École des Ponts et Chaussées, il en sortit en 1874 et fut envoyé à Saint-Affrique, puis à Lure et à Paris où il quitta les services de l’État.
- Harlé était d’une nature droite et affinée, ardente et tenace. Dévoué à son pays jusqu’au plus profond de ses sentiments, allié à l’une des grandes familles d’Alsace, camarade du maréchal Joffre, il a toujours montré, même aux heures difficiles, la confiance la plus assurée dans l’issue de la guerre.
- L’Industrie française perd en notre collègue un de ses meilleurs chefs, la Société d’Encouragement un de ses conseillers les plus éclairés, et le Comité des Arts économiques l’un de ses membres qu’il tenait en la plus affectueuse estime.
- A. Hillairet..
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- ARTS MÉCANIQUES
- Rapport fait au nom du Comité des Arts mécaniques, parM. E. Sauvage,
- sur les machines d’essai des métaux présentées par M. R. Guillery.
- La Société d’Encouragement a décerné, en 1906, une médaille d’or à M. R. Guillery, pour ses machines d’essai des métaux par choc et par empreinte de billes. Depuis cette époque, l’emploi de ces machines s’est répandu ; les dispositions primitives ont été modifiées par leur auteur, et il a créé des modèles spéciaux pour rendre plus facile et plus rapide l’essai de certaines pièces.
- Le Comité des Arts mécaniques a bien voulu me charger de l’examen de ces machines récentes, présentées à la Société par M. Guillery.
- Construites par la société des établissements Malicet et Blin, à Auber-villiers, elles comprennent un mouton dynamométrique de 60 kilogram-mètres, cinq types d’appareils à bille pour la mesure de la dureté des métaux par empreinte, et un appareil pour déterminer la limite élastique sur éprouvettes tronconiques.
- MCfUTON DYNAMOMÉTRIQUE DE 60 KILOGRAMMÈTRES POUR LESSAI PAR CHOC
- DES BARRETTES ENTAILLÉES.
- Le « mouton dynamométrique » consiste en un volant, muni à sa circonférence d’un couteau; sous sa forme primitive, une enclume mobile porte l’éprouvette et l’approche du volant avant le passage du couteau. Un tachymètre indique la vitesse angulaire du volant avant et après le choc : la variation de vitesse permet de calculer, d’après le moment d’inertie du volant, le travail consommé lors du choc (1).
- (1)11 est vrai que les frottements consomment une fraction de ce travail: le plus important de ces frottements paraît être celui qui se produit sur l’arbre du volant pendant le choc : cet arbre tourne sur deux roulements à billes, mais, pour éviter les chocs sur les billes, on a donné à l’arbre un peu de jeu transversal et la réaction du choc le fait porter sur des touril-
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- L’appareil est de petites dimensions : un volant de 540 mm de diamètre, tournant à la vitesse de 302 tours par minute, est l’équivalent d’un mouton de 15 kg tombant de 4 mètres, et le couteau frappe l’éprouvette
- avec la même vitesse : ce mouton suffît pour la rupture des éprouvettes à section de 10 x 10 mm, entaillées à mi-épaisseur, en métal le plus résistant.
- Le nouveau volant (fig. 1 et 2) diffère de l’ancien par diverses modifications de détail. Pour que la* barrette (fig. 3) soit mieux tenue au moment du choc, on la place sur une enclume fixe voisine de la circonférence du volant; c'est le couteau qui est mobile et qui vient faire saillie avant le choc, par l’action d’une came, quand on appuie sur un bouton d’enclenchement.
- Les arrondis des arêtes de l'enclume, qui porte l’éprouvette, ont été modifiés pour éviter des réactions inégales sur la barrette. Lorsque celle-ci plie avant de rompre (fig. 4), elle accompagne le couteau en se courbant de plus en plus, et en pénétrant entre les supports. Sur
- Fig. 1. — Mouton dynamoinétrique Guillery de 60 kilogrammètres ; vue extérieure.
- Ions ordinaires. Une notice publiée par M. Guillery dans le Bulletin technologique cle la Société des anciens élèves des écoles des arts et métiers (juillet-août 1912) donne le calcul de ce frottement : le travail du choc est mesuré par la quadrature d'une courbe ayant pour abscisses les parcours du couteau et pour ordonnées les efforts correspondants sur l’éprouvette. De même, le travail du frottement des tourillons est mesuré par la quadrature d’une courbe dont les abscisses sont les parcours et les ordonnées les forces de frottement. Les parcours du tourillon sont ceux du couteau réduits dans le rapport des diamètres des arcs de cercle parcourus; la force agissant sur le tourillon est au plus égale à la réaction de l’éprouvette, et cette force est à multiplier par le coefficient de frottement.
- Les deux facteurs du travail sont ainsi réduits chacun dans une forte proportion, et la correction n’atteint pas le centième du travail mesuré ; elle est donc, en l’espèce, absolument négligeable.
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- Fig. 2. — Mouton dynamométrique Guillery de 60 kiiogrammètres; coupes.
- —^Barrette entaillée pour essai au mouton.
- ______J1_____
- Fig. 4. — Barrette pliant avant de rompre, entraînée par le couteau entre ses supports.
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- ARTS MÉCANIQUES. ---- MAI-JUIN 1917.
- l’ancien appareil, elle se trouvait endommagée surtout du côté le plus éloigné du volant, par suite du léger mouvement de rotation que lui communique le couteau en l’entraînant.
- En traçant les arrondis des supports suivant des troncs de cône dont le
- sommet est du côté extérieur, on facilite le passage de la barrette et on évite toute déformation inégale. Les faces verticales des supports ne sont plus parallèles, mais divergent vers l’extérieur; néanmoins, avant d’être pliée, la barrette est supportée suivant deux droites parallèles.
- L’indicateur de vitesse, qui consiste en une petite pompe centrifuge refoulant l’eau dans un tube vertical en verre jusqu’à une hauteur proportionnelle au carré de la vitesse angulaire, a été modifié de manière à rendre plus facile le réglage du niveau de l’eau au repos, et à éviter toute projection à la partie supérieure du tube. La graduation indique pour quelle hauteur d’eau, c’est-à-dire pour quelle vitesse du volant, on doit déclencher le couteau : cette indication est donnée en tenant compte du travail consommé par la Fig. 5. — Appareil a baie Guiiiery, type D; manœuvre de ce déclenchement.
- coupe.
- La commande, à la main, se fait par l’intermédiaire d’un pignon baladeur; un levier de manœuvre prend trois positions, débrayage, commande du volant, et frein pour l’arrêt. L’arrêt n’est d’ailleurs pas nécessaire entre des essais consécutifs.
- APPAREILS A BILLE POUR LA MESURE DIRECTE DE LA DURETÉ DES MÉTAUX
- Ces appareils mesurent la dureté par la grandeur de l’empreinte produite par une bille d’acier sous une charge déterminée, suivant la méthode
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- de Brinell. La pièce à essayer est maintenue entre deux butées, dont l’une porte la bille d’essai. La charge est produite à l’aide d’un levier, agissant par l’intermédiaire d’une pile de rondelles Belleville, réglées de manière à pouvoir produire l’effort voulu (3 000 kg pour une bille de 10 mm et 750 kg pour une bille de 5 mm), sans le dépasser. L’appareil comprend en outre une vis d’approche qui amène la pièce au contact des butées, mais sans produire d’effort.
- La pièce étant ainsi placée, on donne un coup de levier, qui amorce
- Fig. 6. — Empreinte de bille.
- l’empreinte, mais sans atteindre la charge fixée : ou ramène alors la pièce au contact des butées à l’aide de la vis d’approche, et on manœuvre de nouveau le levier. On répète ces opérations deux ou trois fois, jusqu’à ce que la vis d’approche ne puisse plus descendre ; la charge limite est alors atteinte et l’empreinte est complète.
- Dans le type D (fig. 5), à bille de 10 mm, la pile de rondelles Belle-ville, placée à la partie inférieure, est amovible, ce qui permet de la tarer et de la vérifier facilement à tout moment sur un appareil de pesage approprié, vérification qui ne pouvait se faire aisément avec la disposition primitive.
- La bille, portée par la vis d’approche, forme la butée supérieure, ce qui est commode pour exécuter l’empreinte en un point déterminé d’une pièce, tandis que, dans l’ancienne machine, la bille constituait la butée
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- inférieure. Par contre, avec la disposition nouvelle, le poids de la pièce essayée vient en déduction de la poussée du ressort : si cette pièce est lourde, il faut la supporter de manière qu’elle ne pèse pas sur la butée inférieure : c’est un petit inconvénient de la disposition nouvelle
- La vis d’approche, rainée sur toute sa longueur, reçoit le mouvement de rotation d’un plateau d’entraînement, qu’on fait tourner à l’aide d’un petit volant mo-leté; à la descente, ce volant entraîne le plateau par friction, de sorte qu’on ne peut exercer de poussée appréciable sur la vis.
- Il existe une relation entre le diamètre (Je l’empreinte et la pénétration de la bille, pénétration qui peut être mesurée par l’angle dont on a tourné la vis d’approche depuis le contact de la bille jusqu’à la fin de l’essai, toutefois avec une certaine cor-retion (1).
- Un index, mis en place au moment où le contact de la bille est obtenu, permet la mesure de cet angle : la graduation devant laquelle se meut cet index donne, avec la correction voulue, l’inverse de l’angle, c’est-à-dire l’indice de dureté de Brinell.
- Pour plus de précision, on peut toujours, bien entendu, mesurer directement le diamètre de l’empreinte.
- Les dispositions qui viennent d’être indiquées rendent l’appareil nettement supérieur au type primitif.
- (1) La dureté est, dans la méthode Brinell, égale à l’inverse de la surface de l’empreinte, surface d’une calotte sphérique de flèche /'(fig. 6), égale au produit 2krf, r étant le rayon d la bille. L’enfoncement de la bille, égal à f— m, est un peu inférieur kf,m étant le relèvement des bords de l’empreinte.
- ji____
- Fig. 7. — Appareil à bille Guillery.
- type P; coupe.
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- Le type P (fig. 7), plus léger, a une bille de 5 mm, avec charge de 750 kg. On y retrouve les dispositions essentielles du précédent ; toutefois les rondelles Belleville ont pu être logées à l’intérieur de la vis d’approche.
- Le type DF (fig. 8 et 9) est disposé pour l’essai des pièces cylindriques
- Fig. 8. — Appareil à bille Guillery, type D F; vue extérieure.
- jusqu’au diamètre de 400 mm, notamment des obus. Les pièces sont portées sur des galets, à écartement réglable.
- Un nouveau type, avec commande par moteur pour l’essai rapide de séries de pièces pareilles, vient d’être créé par M. Guillery, qui a cherché à éliminer l’effet de la durée plus ou moins longue de la formation de
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- rrrm
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- l’empreinte. Nous comptons en donner la description dans une note complémentaire.
- Un dernier type, PMC, portatif, permet d’essayer les pièces sans les déplacer.
- L’appareil portatif primitif, peu précis, consistait en une douille conte-
- !
- Fig. 9. — Appareil à bille Guillery, type D F; coupe longitudinale.
- nant les rondelles Belleville et portant la bille à une extrémité, et, à l’autre, une tête recevant le choc d’un marteau. Le nouvel appareil (fig. 10) laisse tomber d’une hauteur constante une masse contenant les rondelles Belleville et portant une bille à la partie inférieure : par suite du choc, la bille pénètre dans le métal à essayer jusqu’à ce que la lèvre circulaire de la masse vienne buter contre la pièce. A ce moment, la charge prescrite, 750 kg, est atteinte.
- Pour armer l’appareil, il suffit de le retourner. Pour faire tomber la masse, on retire un coin d’arrêt et on pousse un bouton de déclenche-
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- MACHINES D’ESSAI DES MÉTAUX.
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- ment. Le coin d’arrêt, en agissant sur deux galets, coince la masse dans le tube et l’empêche de retomber après rebondissement.
- Cette empreinte obtenue par choc n’est pas identique à celle que donne l’essai statique. Sur les métaux durs, elle est un peu plus grande, et un peu plus petite sur les métaux mous.
- APPAREIL POUR LA DÉTERMINATION DE LA LIMITE ELASTIQUE SUR LES ÉPROUVETTES TRONCONIQUES
- Sur une éprouvette en forme de tronc de pyramide ou de cône, soumise à un effort de traction ou de compression qui dépasse la limite élastique dans la plus petite section sans l’atteindre dans la plus grande, suivant une méthode indiquée par M. Fremont, la détermination de la section qui sépare la partie où la limite d’élasticité a été dépassée de la partie revenue à l’état primitif donne la valeur de la limite élastique, obtenue en divisant la charge par la section de séparation.
- C’est par l’aspect de la surface polie que M. Fremont détermine cette section. M. Guillery emploie la pénétration d’une bille dans le métal. La bille, convenablement chargée, est promenée suivant une génératrice de l’éprouvette, sur laquelle elle pratique un sillon : la profondeur du sillon change avec la dureté du métal, plus grande dans la zone où la limite élastique a été dépassée. Le poids qui charge la bille est suspendu à l’extrémité d’un levier. Un enregistreur inscrit le déplacement de l’extrémité de ce levier sur une bande de papier se déroulant dans une direction perpendiculaire : un décrochement de ce trait indique la section cherchée.
- Cet ingénieux appareil n’est évidemment pas appelé à
- k.
- Fig. 10. Appareil à bille Guillery, type EMC, portatif; coupe.
- des applications aussi nombreuses que les précédents. La nécessité de préparer des éprouvettes spéciales en restreint l’emploi.
- Les nouveaux appareils de M. Guillery, résultat d’une longue pratique et d’études minutieuses, sont bien appropriés à leur usage. Le mouton
- Tome 1 él. — Ier semestre. — Mai-Juin 1917. 33
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- arts mécaniques. — mai-juin 1917.
- dynamométrique a reçu des perfectionnements de détail intéressants ; les appareils d’empreinte par bille sont commodes et permettent l’application rapide de la méthode Brinell sur les pièces fabriquées.
- Le Comité de Mécanique vous propose de remercier M. Guillery de son intéressante communication, et d’insérer le présent rapport, avec ses figures, dans le Bulletin delà Société.
- Signé : E. Sauvage, rapporteur.
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- LA LIBRAIRIE FRANÇAISE ET LA CONCURRENCE ÉTRANGÈRE
- PAR
- M. Jean-Paul Belin Docteur ès lettres, libraire-éditeur.
- Mesdames, Messieurs,
- Parmi les industries nationales qui avaient eu à souffrir, avant la guerre, de la concurrence étrangère, et qui éprouvent actuellement le désir légitime de s’en affranchir, l’industrie du Livre n’est pas une des moindres qu’il faille signaler. Elle a toujours tenu dans notre pays une très grande place, et comment s’en étonner? Nous sommes et nous nous flattons d’être un peuple civilisé, cultivé, et par conséquent l’industrie, le commerce qui traduisent cette culture ont toujours été particulièrement développés chez nous.
- Or, dans l’époque moderne, beaucoup d’autres pays ont vu le commerce de la librairie se développer dans des proportions considérables, et le nôtre, tout en continuant à tenir une place très appréciable, s’est laissé concurrencer d’une manière quelquefois assez fâcheuse, de sorte qu’au moment où la guerre a éclaté, où toutes les industries du pays ont cherché à voir où elles en étaient, tant par un sentiment naturel de nationalisme qu’à cause de l’interruption de toutes les relations économiques avec les pays ennemis, 1 industrie du Livre s’est trouvée en butte à un certain nombre de critiques. Vous n’avez pas été sans voir, dans beaucoup de journaux et de périodiques, des critiques quelquefois même assez amères à ce sujet et la question de la librairie est devenue, pendant la guerre, en quelque sorte à l’ordre du jour.
- On a le droit naturellement de critiquer, mais il convient avant tout d’étudier la situation : or, ces études qu’on a faites pendant la guerre ont abouti récemment à l’organisation et à la réunion d’un Congrès du Livre, comme M. le Président vous le rappelait tout à l'heure, et c’est parce que je me suis trouvé mêlé aux travaux de ce Congrès, parce que j’ai étudié un peu
- (1) Conférence faite en séance publique le 21 avril 1917.
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- LA LIBRAIRIE FRANÇAISE.
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- ces questions, que je me permets, malgré mon inexpérience et ma jeunesse, de venir vous entretenir du résultat de ces études. Je n’ai pas la prétention de répondre à toutes les critiques, ni surtout de faire un plaidoyer pro domo, mais je m’efforcerai d’être aussi impartial qu’on peut l’être en la matière : je suis en effet fils d’éditeur, petit fils d’éditeur, éditeur moi-même, j’ai aussi été un peu auteur et je me flatte d’être souvent lecteur : je tâcherai d’emprunter à toutes ces qualités ce qu’elles peuvent avoir de bon et je vous donnerai un exposé aussi impartial et aussi vrai que possible.
- Je veux donc vous rappeler très brièvement l’historique de notre profession, vous montrer ensuite quel a été le sens des critiques adressées à notre librairie moderne, vous exposer enfin, aussi fidèlement que je le pourrai, la situation actuelle, et, comme conclusion, essayer de vous indiquer l’effort fait pour y porter remède.
- I
- La librairie française a toujours été extrêmement brillante et a toujours tenu une place prépondérante dans l’histoire de notre commerce. Vous savez que, si l'imprimerie n’a pas été inventée en France, par contre la France a été Fun des pays où cet art s’est développé le plus rapidement et le plus brillamment et que les imprimeurs de notre xvie siècle étaient aussi célèbres que ceux des pays voisins.
- Les éditions qui ont été publiées au xvie et au xvne siècles ont été aussi remarquables par la science et par l’érudition qu’elles représentaient, que par leur exécution matérielle. Au xvie siècle, vous connaissez les noms des grands imprimeurs, de la famille des Estienne par exemple. Au xvne siècle, les libraires les plus importants, tout en éditant nos grands classiques, dont la gloire est immortelle, ont publié un grand nombre de liyres ignorés aujourd’hui mais très importants à l’époque, livres de science, d’histoire, de théologie, imprimés en latin ou en français, qui étaient la continuation des éditions du xvie siècle et qui mettaient.la librairie française au tout premier rang de la librairie européenne.
- Au xvme siècle, le caractère de la librairie française avait un peu changé : elle continuait à publier de très belles éditions savantes, mais, de plus, elle donnait un caractère artistique tout à fait nouveau à ses productions et vous connaissez certainement les admirables ouvrages que recherchent encore aujourd’hui tant de collectionneurs, et qui font la gloire de notre art du xvme siècle. Les graveurs célèbres, les Gochin, les Moreau, ont illustré ces œuvreè qu’ornaient en outre de délicieuses reliures.
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- En même temps, par une lutte hardie et victorieuse, le xvme siècle gagnait la liberté de la presse.
- Cette liberté donna un caractère différent encore à la librairie du xixe siècle. Grâce à la diffusion de l’enseignement dan? toutes les classes de la société, la librairie prit un aspect pour ainsi dire « démocratique ». Les ouvrages d’enseignement et de vulgarisation se sont beaucoup développés et, par le fait même de l’industrialisation plus grande de l’imprimerie, les livres ont été fabriqués dans de meilleures conditions, à meilleur marché et, par conséquent, se sont répandus davantage dans le peuple.
- Aussi la concurrence internationale qui n’était pas extrêmement grave aux xviie et xvme siècles est-elle devenue plus dangereuse au xixe siècle ; la librairie était désormais forcément moins nationale. Les tirages étaient beaucoup plus importants ; l’imprimerie devenait une industrie fabriquant, en quelque sorte, en série, produisant de très grandes quantités de livres, et par conséquent exportant dans les pays voisins.
- C’est ce qui vous explique qu’au moment où la guerre a réveillé le sentiment national dans notre vie économique, on s’est aperçu que la librairie française était gravement concurrencée par les pays voisins et particulièrement par nos pires ennemis, les Allemands.
- C’est de là que vient l’inquiétude qui a provoqué la campagne de presse dont je vous parlais tout à l’heure.
- Je voudrais essayer de dégager brièvement les trois points principaux qui me paraissent ressortir des articles qu’elle a inspirés.
- On a comparé la librairie française à la librairie allemande et on a dit qu’elle lui était inférieure pour trois raisons : on lui reproche de produire insuffisamment et l’on compare aux éditions françaises les éditions allemandes à qui on reconnaît des qualités qu’elles ont effectivement.
- On reproche à la librairie française d’être mal organisée, ou moins bien organisée qu’en Allemagne.
- On l’accuse enfin de ne pas avoir de commerce d’exportation et d’être complètement supplantée à l'étranger, dans les pays tiers, par les exportateurs de livres allemands.
- On a cité des chiffres qui, je crois, ne sont pas très exacts : on a dit que la production de la librairie allemande s’élevait par an à 34 000 volumes, la production anglaise à 12 000 volumes, la production française à 10 000ou 12 000. Ces chiffres sont très contestables ; les calculs ne sont pas faits d’après les mêmes principes dans les trois pays. On compte la production des livres français d’après le dépôt légal, mais ce dépôt n’est pas toujours opéré d’une façon très
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- exacte. Les Allemands, d’autre part, comptent dans leurs statistiques, non seulement les livres imprimés en Allemagne, comme nous, mais les livres en langue allemande imprimés en Autriche, en Suisse et dans n’importe quel autre pays : c’est ainsi que sont comptés dans les statistiques allemandes les livres édités en France, faits pour l’enseignement de l’allemand parla méthode directe. Enfin les Allemands font entrer dans leurs statistiques les brochures comme les livres. Ces chiffres sont donc vraisemblablement enflés.
- Il n’en est pas moins vrai que la production allemande est sans doute plus élevée que la production française.
- L’édition allemande avait un certain nombre de collections qui, certainement, n’avaient pas leurs correspondants exacts en France : on parlait souvent de la collection de textes anciens Teubner, et on regrettait beaucoup qu’il n’y eût pas de collection semblable en France. On allait même jusqu’à dire que les programmes français imposaient l’emploi d’éditions allemandes. Il y a là une exagération certaine : les programmes de l’enseignement secondaire français n’ont jamais imposé d’éditions allemandes : les éditeurs classiques français sont tout à fait capables de donner des livres latins et grecs pour la préparation au baccalauréat et pour l’enseignement classique secondaire, et ils l’ont fait.
- Par contre, il est vrai que les programmes de licence, d’enseignement supérieur ont quelquefois compris des auteurs plus rares que les éditeurs français n’avaient pas dans leurs catalogues, et l’on était obligé par conséquent d’aller les prendre dans la collection Teubner. Je me souviens que lorsque j’ai passé ma licence, on m’avait donné à traduire un texte d’Andocise, le « Discours sur les mystères ». Ce texte n’existant pas en France, les candidats avaient été obligés de se le procurer en Allemagne. Mais en faire une édition pour les quelques étudiants qui passèrent leur licence à Paris pendant les trois ans où ce discours est resté au programme aurait été singulièrement aventureux.
- A côté de cette collection Teubner, il existe depuis quelques années pour les littératures modernes, la collection Romanica, qui comprend des textes français, italiens et espagnols.
- Il y a une collection de vulgarisation qui n’a pas de correspondante en France, la collection Gôschen, qui contient un nombre assez considérable de volumes, près de 500, traitant un peu toutes les questions scientifiques et littéraires, et donnant des clartés de tout. La collection Gôschen est très répandue à l’étranger.
- C'est là une lacune fâcheuse et dangereuse pour nous, car nous savons combien les Allemands sont partiaux à notre égard : ils luttent systématique-
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- ment contre tout ce qui est français et paraissent vouloir écarter dans cette collection tout ce qui concerne la France : dans les volumes qui traitent de la philologie romane, par exemple, on cite tous les philologues allemands, quelquefois des philologues étrangers, mais il n’est question ni de Gaston Paris, ni de Bréal, ni de Clédat, ni d’aucun Français. Il y a donc là une infériorité qui nous est particulièrement désavantageuse.
- On parle encore de la collection des guides Bædeker que beaucoup de personnes trouvent inimitable, bien que nous ayons aussi des guides en France. On parle des ouvrages de référence, des ouvrages de science, des ouvrages de philosophie. On remarque que la librairie allemande a le souci d’avoir toujours des volumes qui soient complets, qui renferment l’intégralité de la science à étudier, que les spécialistes soient obligés de se procurer, vollstàndig; et on ajoute que les libraires allemands veulent toujours avoir des ouvrages tenus à jour, vpto date, et faire constamment des éditions nouvelles, pour que jamais leurs livres ne soient périmés.
- A côté de cette production allemande qu’on déclare supérieure, on dit que la librairie allemande est mieux organisée, et là on n’a sans doute pas tort.
- Vous connaissez l’importance de Leipzig avec ses grands commissionnaires; vous connaissez le nom de Volkmar, l’organisation de tout ce commerce, très différente de la nôtre; non pas que la nôtre soit inexistante, mais elle n’est pas la même. L’organisation allemande a évidemment, notamment pour la librairie d’exportation, quoiqu’elle soit aussi assez critiquée outre-Rhin, des supériorités incontestables : les catalogues allemands sont très bien faits pour les étrangers. Les libraires allemands reçoivent une instruction professionnelle qui leur permet de bieq connaître leur métier et de servir les intérêts de leur pays en allant l’exercer à l’étranger. D’autre part, beaucoup de pays étrangers se procuraient plus facilement des livres, même des livres français ! par l’intermédiaire de Leipzig qu’en s’adressant directement à nos éditeurs. On cite le cas, pendant la guerre, de Suédois qui, ayant besoin de se procurer tels livres français, les eurent plus facilement en passant par Leipzig.
- Les Allemands organisaient enfin leur commerce d’exportation du livre au moyen de tarifs d’exportation comportant des primes : des clients argentins de librairies françaises avaient ainsi parfois avantage à demander que leurs livres français leur fussent envoyés par l’intermédiaire de Hambourg, à cause des primes d’exportation que le gouvernement allemand donnait aux livres qui partaient de ses ports.
- Voilà donc quelques critiques justes adressées à la librairie française, ou du moins une certaine infériorité que l’on mettait en relief en comparant notre librairie à la librairie allemande,
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- II
- Je voudrais essayer de vous montrer maintenant quelle est la situation dans son ensemble, et, pour cela, je m’excuse d’avoir à vous présenter des chiffres et des statistiques, qui seront très ennuyeux comme tous les chiffres et comme toutes les statistiques, et qui, de plus, ne seront peut-être pas absolument exacts ; mais quand on veut discuter de questions économiques, il est indispensable de supporter pendant quelque temps l’ennui des chiffres.
- Les statistiques dont vous voyez la reproduction autour de moi, sous forme de tableaux, s’appliquent aux importations et aux exportations : j’ai pris ces données dans les gros volumes publiés chaque année par l’administration française ; ces chiffres représentent en quintaux les importations et les exportations de la France en matière de librairie, c’est-à-dire le poids des différentes matières imprimées qui y entrent ou qui en sortent.
- La nomenclature des douanes comprend sept divisions : les livres en langue française; — les livres en langues étrangères ; — les périodiques ; — les gravures; — les imprimés; — la musique ; — les cartes de géographie.
- Les statistiques françaises indiquent, en les distinguant, les livres écrits en langue française et ceux écrits en langues étrangères. On doit, lorsqu’on fait passer un ballot de livres à la douane française, déclarer les titres des livres. Ils ne peuvent entrer que par un certain nombre de villes frontières, où se trouvent un douanier et un fonctionnaire du ministère de l'Intérieur, qui est chargé de surveiller les livres au point de vue de leur valeur morale. Ce n’est pas que ce fonctionnaire de la police ait le droit de les arrêter et, s’il reconnaissait des livres dont on devrait interdirela vente en France, le seul droit qu’il aurait serait de signaler à la police de la ville où le ballot est envoyé, qu’il va y arriver des livres prohibés et que, par conséquent, des poursuites doivent être exercées contre eux, Il paraît qu’en fait, jamais cette intervention ne s’est exercée, soit que la surveillance soit insuffisante à la frontière, soit surtout qu’on emploie mille et mille moyens de contrebande qui sont évidemment très faciles. Il serait en effet un peu naïf à un imprimeur étranger de s’exposer avoir arrêter un livre dont le titre est inquiétant : il le fait donc entrer autrement, avec de fausses déclarations ou par des voies détournées, et il ne faut pas s’étonner si les livres et journaux pornographiques, qui venaient certainement d’Allemagne en grande quantité, ne se trouvent pas dans les statistiques que je vous montre. Donc les chiffres qui figurent ici pour l’Allemagne doivent être augmentés d’un certain nombre de volumes qui passent sans éveiller l’attention de personne, et pour cause.
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- Les imprimés que désigne l’article 470 du tarif des douanes visent particulièrement la publicité : catalogues, prospectus, etc.
- Vous voyez les chiffres que représentent ces différentes importations. J’ai relevé les chiffres sur dix années, de 1905 à 1915, dernière statistique parue au moment où j’ai fait cette recherche, et je me suis arrêté ici à 1913 puisque, depuis la guerre, les importations ont diminué dans de sensibles proportions.
- 1905 1913 Augmentation.
- Livres en langue française. . . . 8251 17981 O o ci 00
- Livres en langues' étrangères . . . 3 261 3 666
- Périodiques 7 785 23 310 199 —
- Gravures . 10431 6778
- Imprimés 5199 8157 57 —
- Musique 1 963 2 348
- Cartes 81 297
- Comme vous le voyez, les importations de livres français ont augmenté de 8 251 qx en 1905, à 17 981 en 1913, soit une augmentation de 118 p. 100.
- Les livres en langues étrangères ont passé de 3 261 qx en 1905, à 3 666 en 1913; il n’y a donc pas d’augmentation appréciable.
- Les périodiques ont passé de 7 785 qx en 1905 à 23310 en 1913, soit une augmentation de 199 p. 100.
- Les gravures ont baissé en passant de 10431 qx à 6778.
- Les imprimés ont augmenté dans une proportion moindre : de 5 199 qx en 1905 à 8157 qx en 1913, soit une augmentation de 57 p. 100.
- La musique est restée à peu près étale de 1 963 qx en 1905 à 2 348 qx en 1913. Notez d’ailleurs que les importations de musique sont très considérables, surtout en comparaison des exportations.
- Les caries géographiques ont passé de 81 qx en 1905 à 297 en 1913, chiffres d’ailleurs assez bas, et qui ont subi de très grandes fluctuations.
- Au total, les matières imprimées qui sont entrées en France sont représentées par 36 971 qx en 1905 contre 62 537 qx en 1913, soit une augmentation de 68,92 p. 100 à peu près en neuf ans.
- Presque toutes ces importations, vous le voyez, livres en langue française, périodiques, imprimés, s’étaient accrues dans une très grande proportion, mais ce qui est le plus intéressant à considérer, ce sont les livres en langue française et les périodiques.
- Tous ces livres et ces périodiques, dont bon nombre aussi étaient en langue française, venaient de Grande-Bretagne, d’Allemagne et de Belgique.
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- Importations de Grande-Bretagne.
- 1905 1910 1911 1913 19
- Livres en langue française. 143 519 2 849 3 851 3 274 2 593 p. 100
- Périodiques 2 237 3 656 10 355
- Importations d’ Allemagne.
- 1905 1907 1913
- Livres en langue française. 1776 3 643 106 p. 100
- Périodiques 707 4159 9 047 1 179
- Importations de Belgique.
- 1905 1913
- Livres enlangue française. 5 142 7 993 55p. 100
- Périodiques 815 2 588 217 -
- -En Grande-Bretagne, les livres en langue française ont augmenté dans de très grandes proportions, puisqu’ils ont passé de 143 qx en 1905 à 519 en 1910, 2 849 en 1911 et 3 851 en 1913, ce qui fait une augmentation de 2 593 p. 100 ; la progression est fantastique.
- Elle s’explique d’une façon très simple : vous avez tout de suite présente à l’esprit la raison de cette énorme élévation, elle est aussi rapide que considérable. La première année, les chiffres sont extrêmement bas, et très inférieurs aux chiffres de l’importation allemande ; ils montent avec une grande rapidité en 1910 et en 1911 et avec une rapidité «moindre en 1912 et en 1913, pour, pendant la guerre, baisser un peu, mais rester très hauts néanmoins. Ce sont les collections à bon marché et particulièrement les collections Nelson et Dent qui expliquent cette très grande proportion des livres en langue française venant d’Angleterre. Ces collections sont très bien faites ; je vous expliquerai tout à l'heure pourquoi elles existent et pourquoi elles ont pris cette place en France.
- Les périodiques anglais ont augmenté d’une façon moindre : 2 227 qx en 1905, 3 656 qx en 1913 et 10 355 qx en 1915. Cette augmentation est assez sensible pendant la guerre, elle s’explique par le fait que l’armée anglaise qui est en France reçoit beaucoup de périodiques anglais et qu’en outre beaucoup de gens en France, par suite des rigueurs de la censure, achètent des périodiques anglais pour essayer d’y trouver ce que les journaux français ne nous donnent pas.
- Quant aux importations d’Allemagne, les livres en langue française passent de 1776 qx en 1905 à 3 643 qx en 1913, soit une augmentation de 106 p. 100 ; les périodiques de 707 qx en 1905 à 4159 qx en 1907 et 9 047 qx en 1913, soit une augmentation énorme de 1179 p. 100.
- Enfin les importations de Belgique ont monté assez rapidement : les livres
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- en langue française ont passé de 5 142 qx en 1905 à 7 993 qx en 1913, soit une augmentation de 55 p. 100, les périodiques de 815 qx en 1905 à 2588 en 1913, soit une augmentation de 217 p. 100. Ces chiffres de la Belgique sont relativement très élevés. Mais cette grande quantité de livres en langue française venant de Belgique n’est pas très extraordinaire. La Belgique est, en grande partie, un pays de langue française. De plus, l’impression en Belgique est relativement assez bon marché ; les droits de douane sur le papier sont assez peu élevés, l’organisation des imprimeries assez bonne. Ces importations ne représentent pas seulement les livres édités en Belgique par des Belges, et qui sont surtout des livres religieux, mais de plus, on imprimait dans les ateliers belges un certain nombre de livres publiés en France : des éditeurs avaient en effet avantage à faire imprimer en Belgique et à faire venir en France leurs livres tout imprimés et tout brochés.
- Mais ce qui«est moins naturel, et ce qui est plus intéressant à étudier, c’est la très grande quantité de livres en langue française imprimés en Allemagne qui entrent en France, ainsi que la nature de ces importations.
- Elles représentaient une très grande variété d’ouvrages : il y avait des textes scolaires qui reproduisaient des ouvrages français pour l’enseignement du français en Allemagne : un très grand nombre de ces collections Yelhagen und Klasing, Freytag, Weidman, Perthes, Heitz, etc., sont ainsi destinées à l’école allemande et contiennent des ouvrages qu’on faisait étudier aux petits Allemands, ou à ceux qui voulaient apprendre le français dans d’autres pays. La collection Romanica réunissait des ouvrages français, espagnols, italiens : elle avait publié avant la guerre sans notes allemandes un certain nombre de volumes classiques : Bossuet, Chateaubriand, La Bruyère, Molière, etc. Dans d’autres collections on trouve des romanciers modernes, dont le choix n’est pas toujours très heureux.
- Il faut signaler également les livres pour l’enseignement des langues, notamment la collection Gaspey Otto Sauer, faite pour l’enseignement de toutes les langues, qui contient des éditions anglaise, allemande, française de grammaires arabe, congolaise, grecque, hongroise, italienne, japonaise, néerlandaise, portugaise, russe, suédoise, etc.
- A côté de ces livres d’enseignement, il y avait des livres de science, des livres de médecine, des livres de géographie, comme cette grande collection de Reclus, qui avait paru peu avant la guerre chez Bong, et qui représente une importation assez considérable : cinq volumes in-quarto, dont il est entré en France de 12 à 15D00 collections.
- Enfin, des livres d’hygiène, de médecine pratique, dont la réclame était faite d’une façon très séduisante, comme cette Nouvelle médication naturelle de
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- Bilz ou cette Méthode pour acquérir une attitude qui en impose du docteur Gebhardt, ou cette publication en trois volumes sur la Femme, dont le troisième volume, pour mieux exciter la curiosité des lecteurs, était vendu fermé à clef.
- La publicité de ces livres était faite méthodiquement ; la maison Bong, par exemple, se consacrait au lancement d’un seul volume, jusqu’à ce que l’affaire soit arrivée à un plein succès. La géographie, dont je parlais tout à l’heure, a été lancée par elle après d’autres volumes, particulièrement des volumes d’hygiène et de médecine.
- On peut signaler aussi des livres sur l’art, sur la décoration intérieure allemande.
- Enfin, il entrait en France un assez grand nombre de journaux de mode et de romans populaires. Ce sont certainement les deux importations venant d’Allemagne les plus importantes et les plus regrettables aussi.
- Parmi les femmes qui achetaient des journaux de mode avant la guerre, bien peu assurément se doutaient que beaucoup de ces journaux étaient imprimés à Vienne ou en Allemagne.
- Voici la liste des journaux que publiait une seule maison, la maison Gustave Lyon : la Toilette moderne, la Mode artistique, l'Idéal parisien, les Modèles parisiens, la Mode de Paris, les Manteaux et Costumes, les Toilettes d'enfants, l'Album de bal, la Toilette moderne B, le Chapeau moderne, la Façon parisienne, les Blouses artistiques, les Jupes pratiques, l'Album travesti.
- Tous ces périodiques étaient imprimés en Allemagne, à Berlin ; ils étaient introduits en France ; les midinettes les achetaient très innocemment, croyant acheter une publication française, comme le titre le laissait supposer.
- Six mois avant la déclaration de guerre, l’éditeur de tous ces périodiques avait vendu tous ses journaux en langue française à une société hollandaise, et cette société hollandaise, qui prenait le titre ironique de « Luctoret Emergo » continua d’exporter de Hollande en France ces journaux, imprimés vraisemblablement toujours en Allemagne et qui continuaient à venir régler le bon goût artistique de nos modes parisiennes.
- Au bout de plusieurs mois de guerre, on a réussi à faire fermer la frontière à ces importations et on a été enfin débarrassé de toutes ces productions d’outre-Bhin.
- On a même fait mieux : on a créé des journaux de modes bien français qui commencent à remplacer, en France et à l’étranger, les productions allemandes dont nous voulons à tout prix nous débarrasser.
- A côté de ces journaux, il nous venait d’Allemagne un nombre très considérable de romans populaires.
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- Vous n’avez peut-être pas remarqué que ces romans populaires, dont vous avez vu fréquemment les fascicules étalés aux kiosques de journaux, étaient originaires d’Allemagne ; et vous ne vous doutez certainement pas de la quantité prodigieuse de ces brochures que les Allemands ont importées en France dans les quelques années qui ont précédé la guerre.
- Comment expliquer le succès de cette collection ? C’est très simple : à l’origine, on prenait un roman américain que l’on traduisait dans toutes les langues. Le premier de ces romans, celui de Nick Carter, avait été écrit en Amérique. Chaque fascicule avait une couverture en couleurs, couverture passe-partout qui convenait à toutes les éditions et à toutes les langues, d’où grosse économie dans les frais d’établissement. On tirait tout de suite un grand nombre d’exemplaires : Le tirage de l’édition française se faisait, paraît-il, à 800 000 exemplaires pour le premier fascipule, afin de lancer l’ouvrage, et s’il réussissait on continuait aussi longtemps que le succès persistait. Quand le tirage baissait à 20 ou 30 000 on arrêtait le roman en deux ou trois numéros. Il était facile d’improviser une conclusion ; mais, si les lecteurs prenaient goût à l’histoire on prolongeait indéfiniment leur amusement ; c’est ainsi qu’un de ces romans, Buffalo Bill, a eu 300 numéros. Ces petites brochures d’aspect si léger représentaient en réalité un poids énorme dans les importations allemandes en France. Il paraît qu’il s’introduisait en France deux ou trois wagons par semaine de cette marchandise. De fait, j’ai fait quelques calculs très approximatifs qui rendent ces chiffres très vraisemblables : étant donné qu’il y avait toujours cinq romans en cours de publication, et que le poids de ces fascicules représente de 20 à 30 g pour les petites publications et de 70 g pour les grandes, mettons 30 g en moyenne, étant donné que le tirage maximum a été de 800000, le tirage minimum de 20 000, mettons une moyenne de 100000, on a un poids de 30 g x 100000 fascicules, ce qui représente au minimum une importation de 15 000 kg par semaine.
- Donc, par an il entrait en fait 750 t au moins de ces romans, soit 110 millions de numéros dont l’inlluence sur la jeunesse française était si déplorable. Les histoires de brigandage, qui sont le sujet fréquent de ces romans, sont très malsaines. J’en ai lu quelques exemplaires. C’est vraiment de la littérature aussi médiocre au point de vue littéraire que dangereuse au point de vue moral; et ce n’est pas lui faire injure que de l’évaluer au poids, comme je m’excuse de venir le dire.
- Voilà quelle était la situation des importations de librairie en France, et vous voyez combien étaient peu désirables celles qui nous venaient d’Allemagne.
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- III
- Mais, pour vous donner un exposé à peu près complet de la situation de notre librairie française, il est essentiel de mettre en regard du chiffre de nos importations celui de nos exportations, qui est fort honorable.
- Voici donc les chiffres de nos exportations en 1905 et en 1913 :
- 1905. 1913. Augmentation
- Livres en langue française. . . . . 26 270 38748 50 p. 100
- Livres en langues étrangères. . . 2 761 4 799 53 —
- Périodiques . 23 267 51 996 161 —
- Gravures. 4 877 4 586
- Imprimés . 2O060 31 337 55 —
- Musique 529 767
- Cartes géographiques 141 357
- Total . . . . . 77 905 132 590 70 —
- IMPORTATIONS et tes EXPORTATIONS TOTALES
- COMPARAISON entre
- Exportations.
- Importations
- 7QQQQ,
- an oon
- En comparant ces chiffres avec ceux de nos importations, vous voyez que nos exportations sont beaucoup plus considérables que nos importations, que si nous recevions un assez grand nombre de livres de l’étranger, nous y exportions une beaucoup plus grande quantité de matière imprimée (132 590 qx à l’expor-
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- La librairie française et la concurrence étrangère.
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- tation en 1913 contre 62 537 à l’importation) et que la progression de nos exportations a été plus forte que celle de nos importations (70 p. 100, au lieu de 68,92).
- Nous exportions des livres en langues étrangères, et tandis que les Anglais et les Allemands nous envoyaient des livres en langue française, nous expédiions des livres en langue espagnole dans l’Amérique du Sud. Les deux cas sont absolument comparables. Et si l’on veut juger sainement la situation de notre librairie française, il faut avant tout insister sur cette importance considérable de nos exportations comparées à nos importations. Les étrangers publiaient des ouvrages que nous n’avions pas et que nous leur demandions, mais nous faisions par contre beaucoup de livres que les étrangers venaient prendre chez nous.
- Nos exportations se répartissaient dans les divers pays du monde de la façon suivante, toujours aux mêmes dates de 1905 et 1913.
- 1905. 1913.
- Angleterre 9 907 13 544
- Allemagne 5 301 8119
- Belgique 29 250 56047
- Suisse 6 245
- Espagne 1 479 1 810
- Italie 1143 3 217
- Etats-Unis 1778 2 957
- Argentine 1881 2811
- Brésil 4 185 1 942
- Canada 90 2 927
- Turquie 632 1403
- Égypte 913 1247
- Dans les pays de langue française, les exportations ont augmenté dans de grandes proportions. Pour vous donner une idée de l’importance de notre commerce de livres avec les différents pays étrangers, j’ai demandé au Comité du livre de me communiquer les calculs qu’il a établis d’une façon assez ingénieuse. Vous y voyez quelle était la valeur en grammes, par tête d’habitant, de l’exportation des livres dans chaque pays. Je m’excuse de vous parler toujours de cette évaluation en poids d’une matière qu’on considère plus généralement comme impondérable. Mais enfin pour se représenter la place que tient le livre français dans les préoccupations intellectuelles d’un étranger, il est nécessaire de voir le nombre d’habitants de son pays et quelle quantité de matière imprimée il reçoit. C’est ainsi que la Belgique reçoit par tête d’habitant beaucoup plus que les Etats-Unis, puisque ses importations sont plus considérables, et que la population belge est beaucoup moins importante que la population américaine. Si l’on prend la moyenne des dix dernières années, et en tenant compte du nombre d’habitants, on constate qu’un Belge
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- « consomme », si je puis ainsi parler, 472 grammes de matières imprimées, beaucoup plus par conséquent que le Suisse (130).. Celui-ci lit plus de livres français que l’Argentin 53,4 ; puis viennent le Canadien 25,2: le Chilien 23,9; l’Anglais 23,3 ; le Colombien 12; l’Allemand 11, 1 ; le Brésilien 10,4 ; le Turc 8,5; l’Espagnol 8,3; l’Italien 6,6; l’Égyptien, 4, 8; l’Américain 3.
- IV
- J’ai essayé de vous montrer la situation générale de la librairie jen France, je dois maintenant vous indiquer très rapidement les causes de cette situation. Elles sont très simples, et il ne faut pas chercher la principale de ces causes ailleurs que dans la stagnation de notre population. Il n’y a pas 40 millions de Français en France, et aucun pays étranger ne parle notre langue, sauf une partie de la Belgique, de la Suisse et du Canada, tandis que l’Empire britannique et les colonies anglaises (je ne parle pas des Etats-Unis, qui sont protégés contre les livres anglais) représentent un débouché énorme pour l’industrie britannique.
- L’Allemagne compte 70 millions d’habitants : la Suisse et l’Autriche, sont en grande partie pays de langue allemande. Dans l’Amérique du Sud et du Nord, beaucoup d’émigrants allemands continuent à parler leur langue et achètent des livres en langue allemande. Il est donc tout à fait naturel que les éditeurs allemands soient amenés à faire des tirages plus importants, à avoir des organisations industrielles beaucoup plus considérables, qui leur permettent des prix de revient moindres que ceux des éditions faites en France.
- Des statistiques allemandes nous révèlent que 95 millions d’hommes parlent l’anglais, 80 millions l’allemand, 60 millions le russe et 50 millions seulement le français dans l’ancien monde. D'après d’autres statistiques, il y aurait dans le monde entier 105 millions d’hommes parlant l’allemand ; 150 millions parlant l’anglais et 53 millions seulement parlant le français. Telle est la raison pour laquelle les librairies allemandes et anglaises ont acquis un développement et une situation que nous ne pouvons pas Leur contester.
- On s’indigne que les collections anglaises se soient répandues en France : mais sait-on que la collection Nelson, par exemple, est faite dans d’immenses usines industrielles à Edimbourg en Ecosse?On fabrique ces petits volumes, tout à fait charmants d’ailleurs, en telle quantité que les frais de première installation s’amortissent rapidement : on a publié d’abord des livres anglais, c’est une fois que les frais ont été amortis qu’on a pu publier des livres français, qu’il serait impossible aux éditeurs français d’imprimer dans les mêmes conditions.
- La conséquence de cette différence de population qui existe entre la
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- France et les pays étrangers fait que la production de ces pays jouit de conditions qui ne sont pas réalisables en France. De plus, très peu de Français se rendent à l’étranger, nous ne pouvons y envoyer facilement ni professeurs, ni libraires. Le français était enseigné très souvent à l’étranger par des personnes qui n’étaient pas françaises, assez souvent même par des Allemands, et vous voyez les conséquences déplorables de cette situation : le professeur allemand prenait des éditions en langue française, mais faites en Allemagne pour apprendre le français aux petits Américains; il desservait notre librairie française. Il s’efforcait même de jeter du discrédit sur nos livres français : c’est ainsi qu’un Allemand, professeur de français dans un collège de jeunes filles en Amérique, avait établi une collection de livres français tellement immoraux que les jeunes filles demandèrent qu’on les enlevât de leur bibliothèque. Inutile d’ajouter que le bon apôtre se hâta de satisfaire leur désir et d’introduire tout naturellement à la place des livres allemands.
- Les libraires qui vendent des livres français à l’étranger sont souvent des Allemands qui vendent en même temps et surtout des livres allemands. Dans une des grandes librairies de Stockholm, l’employé chargé de la vente des livres français est appelé « Disker », c’est-à-dire l’Allemand : c’est en effet toujours un Allemand qui remplit cet office.
- A côté de cette raison fondamentale de notre infériorité, il faut bien constater que l’individualisme est développé dans notre pays d’une façon excessive : il n’y a pas, comme en Allemagne, une entente suffisante entre les éditeurs : ils ne sont pas organisés pour le commerce d’exportation ; il n’y a pas non plus d’entente entre les diverses corporations ou groupements d’industriels, de commerçants, d’auteurs qui collaborent à la production du livre. Enfin, depuis 1870, nous étions restés trop enfermés chez nous, et trop confinés dans une admiration excessive de l’étranger.
- Depuis la guerre, les conditions sont bien changées, et si on a adressé d’abord des critiques justifiées à l’organisation de la librairie, je suis heureux de vous dire, après la réunion du Congrès du livre, qu’on a fait déjà des efforts et qu’on en fera encore de plus importants par la suite.
- Depuis la guerre, beaucoup d’organismes se sont « remués », si vous me permettez cette expression; nos pouvoirs publics ont créé une Maison de la Presse, dont on a critiqué certaines initiatives, mais au compte de laquelle on peut néanmoins inscrire un certain nombre de succès importants. Vous savez également que la Société des gens de lettres a fait beaucoup pour la diffusion à l’étranger du livre français. Il a également été fondé un Comité du livre dont le but exprès est de faire connaître notre librairie à l’étranger. Je lis dans ses statuts : « Le but de ce Comité est de propager à l'étranger principalement au Tome 127. — 1er semestre. — Mai-Juin 1917.
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- moyen du livre la pensée française dans ses différentes manifestations. »
- Enfin, les techniciens du livre ont agi de leur côté et sont arrivés à des résultats qu’il faut noter. Les éditeurs de musique ont cherché à se débarrasser de la concurrence des collections allemandes Peters et Littolf. Et si malheureusement l’union n’a pas pu grouper toutes leurs forces contre l’étranger, il faut du moins signaler les collections classiques dont ils poursuivent aujourd’hui la constitution au nombre de dix.
- Les éditeurs de médecine et de sciences se sont entendus pour publier un catalogue général contenant tous les ouvrages de leurs spécialités publiés depuis la guerre, catalogue qui rendra les plus grands services.
- Il s’est constitué enfin (initiative très intéressante à noter et pleine d’avenir) une Société d’exportation des éditions françaises, qui cherche précisément à organiser cette partie très importante de notre librairie, à nous affranchir de la domination où nous tenaient les Allemands. Je lis, dans l’exposé des buts que se propose cette société, qu’elle a pour objet « de faire visiter régulièrement, soit individuellement, soit collectivement, les pays étrangers; de former des vendeurs et même au besoin des vendeuses pour les grandes librairies étrangères qui ont un rayon de livres français ou qui désirent en créer un; de faire une publicité méthodique et persévérante, de créer dans les principaux pays un dépôt central dirigé de préférence par un Français expérimenfé ou, à son défaut, parun libraire étranger sympathique à la France ».
- Cette société nouvelle, à la tête de laquelle se trouvent les éditeurs les plus éminents de Paris, aura certainement la plus heureuse influence sur le développement de l’exportation des livres français à l’étranger, et sur le bon renom des éditions françaises que nous exporterons. Il est essentiel en effet que les éditeurs aient le plus grand souci de la valeur des ouvrages qu’ils enverront représenter la pensée française à l’étranger. C’est l’intention des fondateurs de la Société d’exportation des éditions françaises.
- Au Cercle même de la librairie, on organise actuellement, pour les femmes, des cours de librairie qui reçoivent un très chaleureux accueil. Il faut donc espérer que nos nationaux réussiront pleinement à supplanter les organismes étrangers et particulièrement allemands qui trahissaient si complaisamment nos intérêts.
- Enfin la dernière manifestation que je voulais vous signaler est celle du Congrès du livre. Le succès de ce premier Congrès national permet de prévoir que notre profession va entrer dans une période d’organisation. 11 s’est occupé de beaucoup de questions techniques concernant la fabrication ou la vente du livre, et de questions intellectuelles intéressant le développement de la langue
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- française ou de la librairie française à l’étranger. Il a mis en rapports, avec une très grande bonne volonté de toutes parts, toutes les personnes qui s’intéressent d’une façon quelconque au livre français; papetiers, imprimeurs, graveurs, éditeurs, auteurs de romans, de livres de toutes sortes, y étaient représentés. Il y avait là trois organismes : le Cercle de la librairie qui réunit les syndicats de techniciens; la Société des gens de lettres qui groupe les auteurs, les publicistes, les romanciers ; enfin le Comité du livre, qui représente les universitaires, les membres de l’Institut.
- Ce contact entre tous ces éléments divers a produit les plus heureux résultats. Les différentes personnes travaillant à la fabrication du livre ont pu s’entendre les unes avec les autres. C’est ainsi que les éditeurs peuvent adresser certaines demandes aux papetiers ou aux imprimeurs, que les imprimeurs peuvent également prier les éditeurs de leur consentir certains avantages, de leur préciser d’une façon plus exacte leurs besoins, de les aider dans la confection du livre qu’ils font en commun. De plus, tout le monde a demandé la réalisation d’un certain nombre de réformes administratives qui peuvent être très importantes : comme l’obligation d’apposer sur tous les ouvrages la signature de l’imprimeur.
- On a demandé de plus, pour les livres en langue française imprimés à l’étranger, des droits de douane ; je ne veux pas m’étendre longtemps sur ce point. Mais il y a là une question trop importante pour que je la passe sous silence. C’était un dogme adopté universellement que la pensée doit circuler librement, que les matières imprimées doivent être exemptes toujours et partout de tous droits de douane, mais il faut bien considérer quelle est la situation non pas seulement intellectuelle, mais économique. Il n’est pas question du tout de taxer les livres en langue étrangère qui entrent en France, nous aurons le plus grand avantage à recevoir les livres anglais imprimés en Angleterre, les livres allemands imprimés en Allemagne, mais nous ne voulons plus recevoir librement les livres français imprimés en Allemagne ou en Angleterre. Les conditions économiques ne sont pas les mêmes..Les Anglais ne paient pas de droits sur le papier, ils peuvent fabriquer à meilleur compte ; ayant un très grand nombre de lecteurs, ils peuvent faire des tirages plus importants, donc plus économiques. Les éditeurs français ont le droit de lutter contre cette concurrence, surtout contre celle qui vient d’Allemagne et qui est si dangereuse au point de vue intellectuel et moral.
- Des mesures ont été proposées au Congrès du livre contre la pornographie, on a ébauché un certain nombre de réalisations que nous essayerons de mener à bien. On a demandé aux éditeurs des index pratiques, qui permettront de retrouver immédiatement dans les ouvrages documentaires les renseignements
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- recherchés ; on a émis le projet de faire des bibliographies, de dresser des catalogues méthodiques, ou les étrangers, et même les Français pussent trouver des listes suffisamment complètes et pratiques de livres français.
- On a préconisé aussi une collaboration plus étroite entre auteurs et éditeurs. On a l’intention d’organiser des expositions du livre qui pourraient être extrêmement utiles. On a décidé de continuer les travaux de ce congrès et d’en réunir d’autres périodiquement; on a nommé un comité permanent qui sera chargé de l’exécution de ces vœux et qui s’y emploie très activement en ce moment.
- Il nous reste à souhaiter que l’effort commencé cette année en pleine guerre, au milieu des difficultés de toutes sortes qui accablent nos industriels, soit continué, que ce premier congrès soit le prélude d’autres congrès, que les vœux que l’on y a émis soient suivis d’exécution et de l’émission d’autres vœux et qu’après la guerre le commerce de la librairie française prenne un essor nouveau et reconquière la place à laquelle il a droit, de par toutes scs traditions, et qui est la première place dans la librairie européenne (Applaudissements prolongés).
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- L’INFORMATION ET LA DOCUMENTATION AU SERVICE DE L’INDUSTRIE(1)
- P A R
- M. Paul Otlet
- Directeur de l’Institut international de Bibliographie (Bruxelles).
- Messieurs,
- L’honneur m’échoit ce soir de prendre la parole devant l’assemblée de cette grande Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale fondée il y a plus d’un siècle déjà, et que l’on a toujours vue à la tête de tous les progrès techniques à réaliser en France.
- Voici que dans le mouvement des idées créé par le cataclysme de cette immense guerre elle occupe encore une fois le premier rang.
- Procédant à une vaste enquête sur le renouveau de l’industrie et les moyens de le provoquer, elle a fait appel à des hommes qui lui ont apporté le meilleur de leur expérience et de leurs réflexions. Une place dans ce cycle devait être réservée à la Documentation et à VInformation mises au service de VIndustrie, aux réformes et au progrès dont les anciennes méthodes y sont susceptibles.
- Je suis heureux, autant qu’honoré, de pouvoir vous faire à ce sujet un exposé quelque peu comparatif. Je le ferai, si vous le voulez bien, en toute indépendance d’esprit et sans négliger d’y apporter quelque chose de cet amour duneufe't de l’expérimentation, qu’en d’autres temps on s’empressait déqualifier d’utopie, afin de n’avoir ni à le discuter ni à l’appliquer, mais qu’actuel-lement nous voulons tous faire servir de levain à la pâte de nos vieilles sociétés, pâte en vérité trop corroyée et durcie par les traditions et les routines.
- 1. - LA QUESTION
- La question qui se pose devant nous est celle-ci :
- Comment, en ce siècle vingtième, avec tous les progrès réalisés au cours
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- (1) Conférence faite en séance publique le 24 mai 1917.
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- des âges et tous ceux que peut entrevoir notre imagination créatrice, comment faut-il organiser l’information et la documentation en vue d’un meilleur rendement?
- Nous entendons par le terme général Information les données de toute nature, faits, idées, théories nouvelles, qui, parvenues à l’intelligence humaine, constituent des notions, des éclaircissements, des directives, pour la conduite et l’action; d’autre part, nous entendons par Documentation l’ensemble des moyens propres à transmettre, à communiquer, à répandre les informations (livres, périodiques, journaux, circulaires, catalogues, textes et images, documents de toute espèce). Il existe et il se produit journellement des milliers d’écrits; il est aussi des millions de données dans la réalité et dans les intelligences humaines ; il est enfin des milliards d’actes, prêts à s’effectuer dans les jours prochains an sein de toute grande nation. Gomment les données, après avoir été recueillies et coordonnées par le savoir, science et art, devraient-elles être rédigées et incorporées dans des écrits appropriés ? Gomment devraient-elles être portées à la connaissance de ceux qui vont agir, afin que leur action soit plus utile, plus ample, mieux harmonisée avec l’action d’autrui, mieux subordonnée à des buts plus généraux, en un mot, afin qu’elle devienne plus efficiente?
- Ces questions doivent se résoudre par l’établissement d’une machinerie adéquate. Quand il ne s’agit pas de la mise en relation d’éléments qui simples sont tous matériels, comme des roues, des engrenages, des bielles, des pivots, transmetteurs de mouvement de rotation, de percussion et autres, mais qu’il s’agit d’éléments à la fois matériels, intellectuels et humains, une machinerie s’appelle l’Organisation. Mot désormais fameux, mot qui accompagne tous les pas de cette guerre, puisque la victoire doit appartenir au mieux organisé actuellement pour les combats et le ravitaillement, et qu’elle doit demeurer, dans l’après-guerre, au mieux organisé alors pour les luttes économiques et industrielles.
- Il ne saurait être meilleur moyen de chercher à résoudre le problème posé que de le supposer dès maintenant résolu.’ C’est une très recommandable méthode. En réalité, la naissance et les progrès de l’aviation lui sont dus. Il faut, ont dit dès l’abord les maîtres qui nous ont libérés de la pesanteur, constituer une machine qui puisse s’élever toute seule dans les airs, élever avec elle un poids maximum, y virer et évoluer, s’y déplacer avec la plus grande rapidité et venir ensuite atterrir sans difficulté, en n’importe quel endroit. Tous les ballons, dirigeables et avions, sont nés du but ainsi défini, né dé la force créatrice intime que contient en soi tout but désirable, et qui entre en jeu par l’imagination d’un premier appareil provisoire répondant aux^fîns proposées
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- l’information et la documentation au service de l’industrie. 519
- Supposons donc notre problème résolu par la création d’une organisation type, à base de ce que nous appellerons Y Office central de documentation industrielle.Nous aidant de tout ce qui existe déjà, de tout ce qu’il faudrait inventer et créer, montrons à quoi d’utile cet Office pourrait servir. Et comme il s’agit ici de servir pratiquement l’Industrie, faisons-en dominer l’agencement exclusivement par les besoins de celle-ci.
- Nous entrevoyons l’Office proposé comme un intermédiaire collectif entre ceux qui produisent des documents et ceux qui en ont besoin et les consomment, une sorte de bourse permanente, de marché, doublé de magasins généraux où soient entreposés d’avance les documents, etoù la demande d’information puisse venir à tout instant se rencontrer avec leur offre. Ceux qui offrent des documents sont les groupes formés par les écrivains, spécialistes, professionnels ou occasionnels, ceux qui ont fonction d’étudier, de professer et d’écrire, ceux aussi qui ont acquis une expérience profitable à tous et sentent de leur devoir de le communiquer à leurs confrères et à leurs concitoyens, par la voite des livres, des revues et des journaux. Il y a donc lieu de déterminer leurs relations avec l’Office central de documentation et d’indiquer les meilleures règles de publication et d’édition. Quant à ceux qui demandent des documents, ce sont les dirigeants de la vie industrielle à tous les degrés, les chefs, leurs collaborateurs subordonnés et leurs contrôleurs hiérarchiques, les membres des Conseils d’administration des établissements mis en société, les conseils techniques des banques prêteuses de capitaux. Des services documentaires privés doivent être installés dans les usines mêmes et les bureaux. Ces services ont intérêt, pour économiser le temps, le personnel et l’argent, à recourir aux services organisés dans un office coopératif. Nous pouvons donc concentrer tout notre exposé autour de ces trois points : 1° les Publications; 2° les Services documentaires intérieurs des usines; 3° l’Office central de documentation industrielle.:
- 2. :— CONDITIONS DE L’iNDUSTRIE DOMINANT SES DESIDERATA QUANT A LA DOCUMENTATION
- Ce sont les conditions de l’industrie qui dominent les conditions de la documentation industrielle. Celle-ci a un but essentiellement utilitaire ; elle sert à satisfaire des besoins reconnus.
- Il importe donc d’analyser, avant tout, le vaste domaine de l’industrie (métallurgie, mines, textiles, produits chimiques, etc.), le cycle de ses opérations fondamentales, celui des problèmes de matières, outillage, main-d’œuvre, transports, etc., qui se posent à chaque industriel. Il importe aussi de se rendre compte des difficultés, pour lui, de se tenir au courant des transformations et des
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- changements brusques.. L’Industrie moderne est, de plus en plus, caractérisée par quatre tendances profondes : le progrès technique généralisé, dû aux progrès des sciences elles-mêmes ; l’accroissement des besoins humains ; le marché devenu mondial; la concentration industrielle. La documentation doit faire face à toutes les questions qui naissent de telles tendances, de tels problèmes et de telles spécialités. Il aura suffi de le signaler ici, en termes généraux, sans que nous ayons besoin d’insister autrement.
- 3. -- LES PUBLICATIONS DOCUMENTAIRES
- En matière d’industrie, comme en d’autres matières, les publications documentaires revêtent la forme delivres, de périodiques, de journaux et de petits imprimés, officiels ou privés, qui ne peuvent entrer dans les catégories précédentes. Ces publications, les périodiques surtout, forment la matière première de la documentation. On tend de plus à reconnaître la nécessité de l’ordre et de l’esprit de coordination dans leur édition et leur préparation. On a formulé, à cet égard, des principes et des règles que de grandes associations, de grands congrès se sont efforcés de répandre après les avoir adoptés. Nous ne pouvons ici entrer dans des détails à ce sujet (1). Nous nous bornerons à rappeler qu’ils ont porté sur trois ordres d’idées : 1° Quelles sont les conditions qu’il est désirable de voir réaliser par les divers types de publications en leurs diverses parties (titres, conclusions, pagination, tables, sommaires, analyses, etc.)? 2° Comment réaliser, pour chaque domaine des sciences et de la technique, un système de publications coordonnées : traités, périodiques ou autres, etc. ? 3° Comment améliorer les publications, de manière à faciliter leur utilisation dans les offices centraux de documentation et dans les services documentaires à créer dans les usines, bureaux et instituts ?
- 4. —l’office central de documentation
- L’Office central de documentation industrielle est le deuxième élément de l’organisation proposée. Exposons-le tel que nous pouvons le concevoir en combinant à la fois l’expérience acquise, la critique et l’invention.
- D’une manière générale, l’Office de documentation, dont certains types ont récemment vu le jour, n’est pas la bibliothèque. Il implique celle-ci, mais il y ajoute des choses en plus, notamment : l’offre faite aux intéressés de leur pro-
- (I) Nous renverrons aux travaux de l’Institut international de Bibliographie, du Congrès mondial des Associations internationales, du Congrès international de la Presse périodique, aux travaux de l’Association française pour l’Avancement des Sciences et à ceux du prof. Delage, dont les conclusions ont été adoptées par le Congrès international de Zoologie.
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- curer des documents utiles, dans un champ déterminé, au lieu de leur fournir seulement des ouvrages dont l’existence est connue d’avance des travailleurs. L’Office est actif, tandis que la bibliothèque est passive ; il repose sur l’idée que les personnes auxquelles il est destiné doivent être amenées à agir dans une direction donnée et, pour cela, qu’elles doivent être incitées à le faire, que l’Office doit les aider, de toute manière, dans leur effort, pour se représenter les choses, non pas d’une manière quelconque, mais le plus exactement possible. Pour cela, les agents de l’Office sont des intermédiaires vivants entre le public et les documents. Les questions leur sont posées à eux sous la forme concrète des cas appliqués. Ne pouvant tout connaître ni tout retenir, ces agents doivent pouvoir se retourner vers des sources autorisées, non pas vers des supérieurs hiérarchiques qui seraient peut-être dans la même situation d’ignorance qu’eux, mais vers des livres, des dossiers, des répertoires contenant des données antérieurement élaborées, souvent par leurs propres soins, au moyen d’enquêtes, de visites, de compilations sur place, de publications, et de pièces manuscrites.
- L’Office central de documentation industrielle ne peut mériter son nom que s’il rassemble, classe, conserve et met à disposition des collections qui, par leur valeur, leur étendue, leur actualité, leur facilité d’accès et d’utilisation, constitueront réellement l’aide collective indispensable élevée à la hauteur des possibilités actuelles.
- Ces collections, et par conséquent les travaux de préparation ainsi que les services d’utilisation y afférents, seront groupés sous trois chefs : a) la collection des publications ou bibliothèque ; b) la collection des catalogues et index ou bibliographie ; c) la collection des dossiers documentaires ou archives.
- a) Bibliothèque. — L’Office est en premier lieu une bibliothèque. A la vérité, il y a bibliothèque et bibliothèque, comme il y a fagot et fagot. Il est des bibliothèques qui sont des amas de livres réunis au hasard des dons, des dépôts légaux, des achats parcimonieux, inspirés par les goûts personnels du bibliothécaire. Cela, espérons-le, c’est la bibliothèque d’an tan. La bibliothèque moderne, elle, est une collection d’ouvrages, systématiquement formée par cercles concentriques de développement, comprenant d’abord tout l’essentiel comme noyau nécessaire, puis tout l’utile, et, dans le troisième cercle, tout le reste pour autant que l’on puisse atteindre l’universalité. Nous parlons, il va de soi, de l’universalité des publications de la spécialité à laquelle est consacrée la bibliothèque (1).
- (1) C’est en 1642 seulement que fut ouverte au public à Paris la première bibliothèque. Mazarin eut cette idée. En 1825, il n’y avait encore que cinq bibliothèques publiques dans la capitale. Un relevé, fait il y a quelques années par un spécialiste, M. Alfred Franklin, a men-
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- Pour le dire en passant, les pays anglo-saxons, Angleterre, et surtout Amérique, ont donné aux bibliothèques un développement énorme. Entre les bibliothèques de New-York et de Washington, par exemple, et celles du vieux monde il y a de profondes différences. Même étiquette, mais autre contenu. Le mouvement tend là-bas à diviser les collections d’une grande bibliothèque en départements autonomes par spécialité, à intégrer en un même système toutes les bibliothèques d’une ville pour en faire des branches, à joindre coopérativement les collections de livres possédés par les associations et les administrations. La technique et l’industrie, il va de soi, y sont largement représentées. Le groupement de toutes les sociétés d’ingénieurs de New-York, dans le Palace que leur adonné Carnegie, a organisé une admirable bibliothèque collective. Et à la bibliothèque publique de la même ville, la technique et les inventions ont leur personnel et leur salle à elles, comme d’ailleurs à Washington et en un grand nombre de villes de l’Union.
- L’Office central de documentation organisera donc une bibliothèque collective, autant que possible en réunissant, en une collection une et bien aménagée, les bibliothèques particulières des associations groupées autour de lui. Cette bibliothèque s’efforcera de rassembler des livres, des périodiques, des journaux et aussi les publications officielles. L’idéal, si la place existe, sera un classement systématique sur les rayons, et le libre accès, à ceux-ci, pour les travailleurs. Ainsi est supprimée toute formalité, partant tout retard. Chacun, au courant de l’ordre établi, va prendre à sa place le livre qu’il désire. Là, il a chance de rencontrer d’autres livres qu’il ne connaît pas, préférables peut-être pour son but. Sur les rayons mêmes, s’établit ainsi une lutte pour le meilleur livre. A défaut d’espace, on distinguera les magasins, où les ouvrages sont rangés dans l’ordre fixe des numéros d’entrée, et la salle de travail où une
- tionné 166 bibliothèques de plus de 15 000 volumes, sans compter 12 bibliothèques d’enseignement supérieur, 22 bibliothèques des établissements hospitaliers et 77 bibliothèques municipales. Le public a de 3 à 4 millions de livres à sa disposition dans la grande ville, parmi lesquels plusieurs milliers de périodiques. Il existe à Paris un grand nombre de bibliothèques techniques et industrielles spécialisées ou générales.Il y a des fonds techniques et industriels dans les grandes bibliothèques telles que les quatre bibliothèques.de l’État (Nationale, Sainte-Geneviève, Arsenal, Mazarine) et les bibliothèques de l’Université de Paris, notamment celle de la Faculté des sciences à la Sorbonne. Parmi les bibliothèques techniques et industrielles, mention spéciale doit être faite des suivantes : La bibliothèque de la Société d’Encouragement pour l'Industrie nationale (plus de 50 000 volumes) ; Bibliothèque de la Société des Ingénieurs civils (47 000 volumes, 400 périodiques); Bibliothèque de l’École centrale des Arts et Manufactures (10 000 volumes) ; Bibliothèque Internationale des Électriciens (5 000 volumes) ; Biblio thèques de l'École des Mines, de l’École polytechnique, de l’École des Ponts et Chaussées ; Bibliothèques de la Société chimique de France (10 000), de la Société Nationale d’agriculture 13 000) de la Société de Photographie; Bibliothèque des Postes, télégraphes et téléphones, spécialisée notamment dans la science électrique (32 000 volumes) ; Bibliothèque technique du Cercle de la Librairie (Industries du Livre), etc.
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- collection abondante d’ouvrages de référence, livres fondamentaux, grands périodiques, ouvrages de consultation fréquente, seront placés sous la main des travailleurs.
- b) Bibliographies et Catalogues. — Il ne suffît pas d’amasser des collections, ni même de les classer. Il faut les inventorier, c’est-à-dire en dresser un signalement sommaire et les classer de manière que l’on doive nécessairement rencontrer les ouvrages dans les divers ordres de recherche : c’est l’œuvre des catalogues. Mais comme tout imprimé conservé dans des collections n’est qu’un des exemplaires d’une édition qui en comporte des centaines ou des milliers, comme le livre préexiste à son entrée dans n’importe quelle bibliothèque, c’est aussi son état civil pour lui-même qui doit être dressé et classé, antérieurement même à tout catalogue d’un dépôt déterminé : cette œuvre est celle des bibliographies. Catalogues et bibliographies ont donc des ressemblances, mais sont distincts. Ils ont, en commun, d’être des signalements et des descriptions d’ouvrages. Ils diffèrent en ce que les catalogues sont limités au contenu d’une bibliothèque déterminée, tandis que les bibliographies concernent la production intellectuelle elle-même ; elles sont, en quelque sorte, le catalogue de la bibliothèque idéale qui comprendrait tous les livres d’une même spécialité qui ont jamais existé. Les bibliographies et les catalogues sont également indispensables. Ce sont les cerveaux des bibliothèques, les guides sûrs parmi leurs dédales, les clés ouvrant à tous leurs trésors.
- A l’Office central de documentation, on devra donc trouver une bibliographie industrielle générale et un catalogue des ouvrages de certaines bibliothèques industrielles.
- 1° La Bibliographie industrielle sera enregistrée dans un répertoire sur fiches, à deux entrées : auteur et matière. Elle devra comprendre tous les livres et aussi tous les articles de revues, car ce sont les périodiques qui contiennent la substance la plus vivante de la littérature technique.
- En principe, il n’y a aucune limitation à l’étendue de la bibliographie et elle doit être universelle, comme l’est un état civil des individus, qui est dressé à toutes fins, sans se préoccuper s’il s’agit d’un être de génie ou d’un criminel qu’il eût été préférable de ne point voir naître. Dans la pratique il doit être procédé par sériation : au point de vue du temps, d’abord la bibliographie récente (depuis 1900) ; au point de vue de la langue, d’abord le français, ensuite seulement les langues de grande circulation, en dernier lieu les autres ; au point de vue de l’espèce de publication, outre les livres après tout peu nombreux, d’abord les périodiques reconnus comme principaux et, dans ceux-ci, les articles avant les articulets et les chroniques ; au point de vue des matières, d’abord celles des associations qui auront adhéré et coopéré à
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- l’Office. Un inventaire détaillé des travaux faits et de ceux restant à faire sera la base de ces enregistrements et dépouillements et permettra à tout moment, de connaître de quoi se compose le répertoire bibliographique et par quoi il doit encore être complété.
- Le répertoire sera, autant que possible, formé en utilisant des travaux bibliographiques existants, par voie de découpage ou de copie, afin d’économiser l’effort. Ces travaux sont d’inégale valeur, c’est entendu. En ayant soin d’établir un numérotage dans l’inventaire et en reportant, sur chaque fiche, le numéro correspondant à la source utilisée, on laissera à celle-ci toute la responsabilité scientifique du travail. Le répertoire a pour but principal la centralisation et la réduction à l’unité de classement; dans sa première phase, il lui suffit de ne pas être inférieur aux innombrables recueils bibliographiques qui seuls constituent aujourd’hui l’encombrant appareil des recherches. Dans la phase ultérieure, quand les règles types établies pour les travaux bibliographiques futurs en vue de leur utilisation par le répertoire bibliographique universel seront mieux observées, la qualité des notices employées s’élèvera progressivement.
- En conséquence, le répertoire sera alimenté : a) par les bibliographies, les catalogues de bibliothèques et les catalogues d’éditeurs qui existent ; b) par les tables et sommaires de périodiques ; c) par les notices que remettront les auteurs et les éditeurs; d) par les dépouillements qu’opère l’Office en le confiant, soit à son personnel, soit aux collaborateurs ; e) par la source la plus abondante de toutes peut-être, le Répertoire bibliographique universel, établi par l’Institut international de Bibliographie à Bruxelles. Des copies toutes classées des fiches relatives aux questions industrielles et techniques en peuvent être obtenues, car un des buts de ce répertoire est de servir de prototype aux répertoires des offices de documentation que préconise cet Institut.
- Disons tout de suite qu’il existe un grand nombre de recueils bibliographiques imprimés qui pourront servir. C’est ainsi qu’en France même _a été publié, depuis dix-huit ans, le Mois scientifique et industriel, recueil de titres el d’analyses détaillées, souvent illustrées, qui dépouille la littérature de tous pays (classification décimale.) Il existe, en anglais, VIndex des sciences de l'Ingénieur (Engineering Index), en allemand, le répertoire des sciences techniques (Repertorium der technischen Wissenschaften) et divers autres recueils.
- Mais pourquoi les sciences industrielles ne possèdent-elles pas un recueil central analogue à la Bibliographie française qui publie, mois par mois, classé très en détail, le contenu de tous les périodiques scientifiques français ? Pourquoi ne possèdent-elles pas l'analogue de Y International Catalogue of scientific
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- Literature, publié annuellement à Londres, en dix-sept volumes, avec la collaboration et les souscriptions de tous les pays?
- S’il faut, en ordre principal, que les répertoires bibliographiques de l’Office soient établis, à l’état d’exemplaire unique et original, il faut songer aussi à la publication et, pour celle-ci, les périodiques documentaires, nous l’avons déjà vu, ont un rôle à remplir. De très suggestives amalgamations de publication bibliographique ont été réalisées ; d’autres se négocient en ce moment même, à Paris notamment, dans le domaine des sciences médicales et naturelles. Elles fourniront d’utiles indications sur ce qui est réalisable pour combiner les nécessités de la spécialisation et de la généralisation, les nécessités nationales et internationales (question des langues). Ces amalgamations prennent pour base la publication rapide sur fiches; leur distribution chaque semaine aux abonnés; la condensation des fiches tous les mois ou tous les deux mois en fascicules internationaux, distribués comme supplément aux revues nationales de la spécialité ; la formation, à l’aide de ces fascicules, de volumes annuels indépendants, munis de tables spéciales. Et l’on entrevoit la refonte et la fusion périodique de ces volumes tous les dix ans, tous les vingt-cinq ans, tous les cent ans, avec, à de moindres intervalles, la refonte de leurs tables cumulatives.
- Pour aider à ces travaux bibliographiques, et pour y suppléer, avant qu’ils ne soient achevés, il y a lieu de constituer immédiatement une bibliothèque des bibliographies industrielles et techniques, déjà établie en partie ; une section spéciale de ces bibliographies sera installée dans la bibliothèque même ; on en soignera particulièrement bien le catalogue. En attendant le dépouillement de ces bibliographies pour enrichir de leurs notices le répertoire bibliographique, leur consultation sous forme de livres doit en tenir lieu.
- Quant à la distinction entre la bibliographie-liste et la bibliographie analytique, elle doit être maintenue ; mais on pourra indifféremment en établir deux répertoires séparés ou fusionner en une seule série les notices des deux ordres.
- 2° Le Catalogue. Les ouvrages déposés dans la bibliothèque de l’Office et ceux des autres bibliothèques industrielles, établi d’une manière distincte pour chaque fond ou fusionné à un seul ordre.
- a) Le catalogue de la bibliothèque de l’Office doit être établi sur fiches et à trois entrées : auteurs, matières, numéros d’inventaire. L’inventaire sera propre à chacune des bibliothèques déposées, de manière qu’elle dispose de sa propre série de numéros.
- b) Le catalogue collectif des bibliothèques est consacré au relevé de tous les ouvrages intéressant l’industrie et la technique possédés par les autres biblio-
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- thègues, de la ville siège de l’Office d’abord, de tout le pays ensuite, de l’étranger enfin, s’il s’agit d’exemplaires uniques. Le but est de pouvoir renseigner immédiatement sur le lieu de dépôt d’un ouvrage recherché. On commencera par la liste des périodiques et on ne se contentera pas <lu simple énoncé des titres : on donnera un état des collections (années et numéros dont les fascicules sont possédés). On procédera, pour les livres, par le découpage et collage sur fiches des catalogues imprimés existants. On se bornera à une seule entrée, celle par auteurs ou par premier mot du titre pour les anonymes (1).
- c) Archives documentaires. —A l’Office de documentation sont établies des archives documentaires. C’est là une des caractéristiques que nous lui attribuons en propre. Au jour le jour, y doit être élaboré et tenu à disposition des travailleurs un ensemble de dossiers et de répertoires dont le but est de faciliter l’obtention des renseignements et par cela même d’en susciter l’emploi par le plus grand nombre.
- La bibliothèque contient les publications elles-mêmes, dans leur individualité de volume et fascicule; les bibliographies et catalogues sont les index qui y renvoient. Les archives, que nous avons à décrire maintenant, forment en quelque sorte un dédoublement des deux premières collections ; ils constituent une redistribution des matières que l’on pourrait trouver ailleurs, mais disséminées à l’extrême. Il s’agit pour les travailleurs de pouvoir activer le travail en disposant, sinon de tous les matériaux, du moins d’une partie essentielle, rassemblée et groupée dans un ordre unique de classement. Trouver, au prix d’une seule consultation, la totalité des notions relatives à un même objet rassemblée d’une manière continue par la coopération de tous ceux qui s’occupent de cet objet, tel est l’idéal vers lequel il faut tendre ici.
- Les archives comprennent les dossiers documentaires généraux, les dossiers des établissements industriels, la collection des brevets d’invention, la collection des plans industriels et des modèles d’art décoratif, les données statistiques, les divers répertoires et index destinés à compléter ces collections de dossiers. La facilité et la simplification peuvent amener, soit à les établir séparément, soit à fusionner en une série unique, classée par matières, tous les éléments que nous venons d’énumérer. Peu importe, pourvu que le contenu soit le
- (1) Le dépouillement du catalogue de la Bibliothèque Nationale, véritable monument bibliographique dont Léopold Delisle a jeté les bases, fournirait une première contribution abondante à un Catalogue général des bibliothèques de Paris et de France. Il comprenait, lin 1916, le nombre respectable de 65 volumes d’environ 600 pages, et n’était arrivé qu’au nom Guibelet. Un bulletin des accroissements de la Nationale, classé systématiquement par matière, est publié depuis 1877 poür les publications étrangères, depuis 1882 pour lus publications françaises; classé systématiquement, il est facile d’y récupérer les publications techniques.
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- même et que nulle omission ne se commette. Pour la clarté, nous examinerons cependant ici chaque élément d’une manière distincte et comme s’il devait former une série ou collection séparée.
- 1° Documentation générale : Dossiers documentaires. — Ils comprennent, classés par matière, selon un ordre systématique détaillé, tous les documents d’études réunis en dossiers ouverts à chaque question. Cette collection est alimentée principalement : a) Par le découpage régulier d’un choix de revues de France et de l’étranger; b) Par les imprimés trop petits pour prendre pratiquement place dans la bibliothèque (pièces détachées et petites brochures qu’il faut soustraire au régime des recueils factices reliés) ;c) Par les découpures de journaux offrant un intérêt permanent ; d) Par les illustrations, de toute nature, pouvant servir à l’étude du sujet, telles que photographies documentaires en original ou reproduites, dessins, croquis, schémas, diagrammes, cartes, etc.
- Disons tout de suite que les diverses collections seront formées au moyen soit de dossiers recueillis ou établis par les services mêmes de l’Office, soit des dossiers et pièces remis par les intéressés, associations, firmes ou particuliers, et contenant des publications à titre de publicité ou de propagande, soit enfin au moyen des dossiers et pièces donnés ou légués.
- 2° Documentation des établissements industriels. — Il s’agit de posséder un inventaire à jour de la production française et, à cet effet, de donner une forme organisée aux innombrables catalogues, prospectus, circulaires des usines, fabriques, services industriels et établissements de production de toute nature. L’organisation est simple. A chaque firme doit être ouvert un dossier concentrant les documents imprimés qui servent à sa publicité et aux informations qu’il distribue.
- Un répertoire sur fiches à trois entrées, noms, spécialité et localité, renvoie instantanément aux dossiers. Ceux-ci forment une collection classée par produits, aussi spécialisés que possible, mais les usines qui ont des fabrications multiples doivent figurer au répertoire sous chacune de leurs spécialités. Il s’agit de permettre aux acheteurs une première étude comparée sur catalogue; il s’agit aussi, pour eux, de recevoir un peu plus de renseignements, préliminaires à une commande, que n’en peut fournir une simple adresse trouvée dans le Bottin ou dans un annuaire.
- 'Depuis longtemps des collections systématiques de catalogues ont été entreprises auprès de quelques bibliothèques. On a vu certaines exposition^ (Bruxelles, Liège, Gand, Dusseldorf, Berne) donner une importance très grande à ces bureaux officiels de renseignements ouverts au public, placés à l’entrée des bâtiments et formant une sorte de représentation permanente, sous forme graphique, des firmes exposantes. Parfois de tels services de documentation
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- ont été complétés par un service de distribution des catalogues eux-mêmes, déposés en stocks parles intéressés, en vue d’une telle diffusion.
- 3° Institutions et moyens d'études et d'enseignement. — Il existe sans doute des annuaires et de nombreuses notices particulières qui renseignent sur eux, mais ils ne sont pas à jour. Leur caractère dispersé et fragmentaire est insuffisant. Un répertoire sur fiches, complété par une série de dossiers documentaires, doit être consacré à toutes les sociétés, écoles spéciales, cours, conférences, laboratoires d’études ou laboratoires d’essai, musées, bibliothèques, services administratifs nationaux, départementaux ou municipaux ayant quelque connexion avec l’industrie. Le Bureau de renseignement de la Sorbonne fournit, en grand et en général, l’exemple de ce qui devrait être fait ici en le spécialisant. Il s’agit de fournir à chacun un moyen de première orientation parmi les grandes sources d’information, de remédier à la dispersion des renseignements, de faire connaître, par un tableau complet et toujours exactement tenu à jour, quels sont les organes essentiels du travail intellectuel.
- Le répertoire des institutions est à compléter par un répertoire de personnes s’occupant de chaque spécialité et pouvant fournir sur elles de premiers renseignements sommaires, soit au moins le minimum de ce qu’on trouve par exemple dans un dictionnaire de contemporains. (Qui est-ce?)
- 4° Collection de plans industriels. (Plans de machines et de constructions.) — Sans doute les plans constituent une valeur qui les fait généralement conserver par ceux qui les ont établis. Mais l’obstacle du secret et de la propriété privée à sauvegarder n’a pas empêché la formation de certaines collections publiques qui ont rendu de très grands services. D’ailleurs, il est beaucoup de plans, que leurs auteurs ont un réel avantage à faire connaître, protégés qu’ils sont d’autre part par leurs brevets. Il existe des collections de plans au Conservatoire des Arts et Métiers et dans les grandes écoles industrielles. Rappelons en passant que le Musée allemand de la technique à Munich a réuni et meta la disposition du public de très importantes collections de plans industriels.
- 5° Collection de modèles d'art industriel. — L’art pénètre de plus en plus toute notre vie, et l’art a des exigences qu’il sait imposer à toutes les choses de notre milieu habituel. De tout temps il s’est étendu aux objets de l’industrie humaine. Une documentation est donc nécessaire pour faciliter la reproduction des plus beaux modèles destinés à combattre le laid et à revêtir tout objet, d’après les maîtres, de ce reflet de beauté qui ajoute à sa valeur.
- Paris est admirablement desservi à ce point de vue. La bibliothèque du Musée des Arts décoratifs est un modèle d’organisation. Tout y a été aménagé pour faciliter les recherches à travers des collections immenses. Les documents d’art sont classés par objet, par style, par époque et par pays. Des dispositions
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- pratiques y ont été prises pour rendre facile aux intéressés la copie et le calque des modèles. Le KunstgewerbeMuséum de Berlin a peut-être aussi bien ; il n’a certes pas mieux.
- 6° Brevets. —La documentation des brevets d’invention est de très grande importance. La propriété industrielle, c’est-à-dire le droit exclusif àl’exploitation d’une idée technique, n’est accordée qu’à l’inventeur. La priorité de l’invention est donc le point essentiel. Pour la déterminer, il faut un examen de toute la littérature technique, c’est-à-dire de tous les brevets d’invention existants, de toutes les idées décrites dans les publications, de toutes les inventions réali-lisées sans avoir été brevetées. On voit toute l’importance de la documentation pour les brevets. Elle s’accroît à raison des considérations suivantes.
- Il est des législations qui n’accordent le brevet qu’après un examen préalable, plus ou moins étendu. Une administration d’Etat est alors chargée de procéder à cet examen et c’est elle qui a besoin de grandes sources pour former ses jugements. C’est le cas du Patentamt allemand, dont les fonctionnaires et attachés sont au nombre de plus de 400. Cet office a joui d’une sorte de monopole mondial de fait, mais il a trop souvent servi à l’espionnage industriel allemand et a été accusé, d’autre part, de partialité envers les inventeurs germaniques. De nos jours, une tendance très accentuée existe en faveur du brevet international, c’est-à-dire de la collation d’un brevet que le titulaire obtiendrait avec effet identique dans tous les pays et moyennant une seule formalité. Si un tel brevet était institué, on conçoit la possibilité de substituer au Patentamt allemand un organe mondial contrôlé; on conçoit aussi la nécessité d’une immense documentation. Il est un dernier desideratum, digne d’être pris en considération : celui de faire servir la documentation technique, non seulement à la protection d’une invention, quand elle est faite, mais à l’élaboration de l’invention elle-même. C’est au cours de ses recherches et à tout moment que l’inventeur devrait être mis à même de s’aider de tout ce que d’autres ont créé avant lui et cela sans frais ni perte de temps. Il a été traité de ces questions à la Conférence interparlementaire commerciale des Alliés tenue à Paris, au mois de juin 1916. La proposition y a été présentée par M. Maunoury de créer un office international de brevets, pour concurrencer le Patentamt allemand. La conférence, à la suite du rapport de M. Cruppi,a estimé qu’il y alieu, pour les pays aliiés, de s’unir plus étroitement, en vue de la protection de la propriété industrielle, nolamment en organisant, entre eux, l’enregistrement international des brevets et en étudiant l’organisation, en commun, d’un examen préalable des inventions (l).
- (1) Pour la documentation relative aux brevets d’invention, voir ; Travaux de l'Institut International de Bibliographie, publiés dans les Bulletins de l’Institut de Fuisseaux. Le brevet Tome 127. — 1er semestre. — Mai-Juin 1917. 35
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- La guerre a mis en évidence l’intérêt de beaucoup de brevets pour la défense nationale. Une législation nouvelle a donné à l’Etat un droit de réquisition sur les brevets, après avis de la Commission d’examen de jl’offîce national. L’État est devenu intéressé à se rendre compte de la nature des brevets. C’est un motif de plus à l’appui d’une bonne organisation de leur documentation (1).
- Sans entrer ici dans le détail, disons que la solution satisfaisante des problèmes soulevés par la documentation de brevets peut être entrevue dans plusieurs directions convergentes.
- a) Il faut publier séparément chaque brevet comme on a commencé de le faire, de manière à rendre possible l’achat au numéro (2).
- b) Il faut établir en un centre, disons à l’Office central de documentation technique, à côté des collections complètes reliées, classées par ordre de date ou numéro d’immatriculation, des collections complètes de brevets classées en dossiers systématiquement par matière.
- .c) Il faut cataloguer les brevets en dressant des index à plusieurs entrées; nom des invênteurs et des propriétaires successifs, date des brevets, objet spécial du brevet. Le catalogue complet établi sur fiche en manuscrit prototype sera déposé à l’Office central. On s’en servira pour établir les index à publier suivant les besoins.
- cl) La classification dont on se servira sera la classification documentaire générale (classification décimale,) de manière à rattacher la documentation des brevets aux autres branches de la documentation. Les numéros correspondants de cette classification seront imprimés sur chaque brevet, de manière à servir à tous les classements auxquels ils donneront lieu, ainsi qu’au classement de leur catalogue. On y ajoutera utilement des mots classificateurs traduisant en termes explicites les rubriques de la classification signifiés par ces numéros.
- e) Mais la difficulté essentielle du classement des brevets consistant à dégager avec précision et certitude l’exacte portée du brevet, on fera remplir un questionnaire analytique lors de la demande du brevet. Ce questionnaire aura pour but de rattacher chaque brevet particulier à la série des brevets analogues. A cette fin, il formulera des questions mettant nettement en évidence les
- international, Actes du Congrès mondial de 1913, p. 1193. — Fernand Jacq : Les multiples projets de réforme de notre loi des inventions et le brevet inter-alliés, Journal des Économistes, 15 janvier 1917, p. 54-67.
- (1) Voir AugusteDeschamps, professeur à la Faculté de Droit de Paris: Le régime normal et le régime des inventions et des brevets en France.
- (2) La loi du 7 avril 1902 a réalisé l'impression intégrale et la mise dans le commerce de la description des brevets d’invention délivrés.
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- caractéristiques revendiquées comme nouvelles, qu’il s’agisse de matières premières spéciales, de procédés de fabrication, d’outillage, d’application ou emplois nouveaux. Il suffira, pour établir la relation entre Fanalyse ainsi faite par l’inventeur, et la classification adoptée, de faire figurer le brevet dans la classification sous chacune des caractéristiques d’une telle description signa-létique (1).
- Les brevets d’invention organisés comme il vient d’être dit ont leur place dans l’Office de documentation technique. Aujourd’hui l’Office national de la propriété industrielle offre déjà des facilités aux travailleurs, et il a mis à l’étude plusieurs utiles réformes.
- Telles sont, esquissées dans leurs grandes lignes, les principales collections qui devraient constituer un office de documentation. Nous aurions pu en indiquer d’autres, telles par exemple, que la documentation des matériaux résultant des enquêtes techniques et économiques, la documentation provenant de la statistique industrielle, la documentation de la législation et des actes officiels et administratifs concernant l’industrie, la documentation obtenue aussi par ces moyens tout récents, mais de si grand avenir, le film cinématographique et les plaques photographiques. Mais il faut limiter notre exposé et aborder, encore, quelques questions complémentaires d’organisation.
- Procédons par énumération :
- 1. — Fonctions- de l'Office. —Nous pouvons maintenant résumer ainsi les fonctions qu’il importe d’assigner à l’Office de documentation que nous décrivons : a) Rechercher, centraliser et analyser tous les renseignements et documents susceptibles de faciliter et de développer l’activité dans le domaine qui entre dans ses attributions, b) Publier le résultat de cette information, soit dans ses propres publications, soit dans d’autres publications, c) Conserver les documents, et éventuellement les échantillons à l’appui, en former des collections bien classées et bien cataloguées et les tenir à la disposition du public, d) Réunir, en plus des renseignements généraux, des renseignements individuels et particuliers spéciaux, e) Elaborer à ces divers effets les trois ordres de collection dont il est question plus haut; livres, dossiers documentaires, répertoire bibliographique, f) Répondre aux demandes verbales ou écrites du
- (1) L’Office national de la Propriété industrielle a été institué par la loi du 9 juillet 1901. Il est installé au Conservatoire des Arts et Métiers. Cette création a été décidée pour répondre au vœu de la Convention internationale pour la protection de la propriété industrielle du 20 mars 1883. Elle a eu pour conséquence de grouper dans le quartier central des affaires, le service des brevets d’invention dont la durée n’est pas expirée, ainsi que le dépôt central des marques de fabrique et le service du portefeuille industriel (brevets périmés) qui existent déjà au Conservatoire. Des salles de consultation y ont ouvertes au public,
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- public; jouir à cet effet de la franchise postale, g) Se tenir en relation avec les offices de documentation ayant des objets similaires et connexes et avec l’Office national dont il sera question ci-après.
- 2° Modes de communication de la documentation. — Une grosse question est celle de la mise à la disposition des intéressés de semblables collections. Il y a la consultation sur place, le prêt au dehors et la copie. La sortie des documents ne peut.se faire que s’il s’agit de doubles ou moyennant des garanties à établir; on doit se prononcer contre tout un système qui dépareillerait les collections.-Les collections de l’Office, en effet, constituent une unité, et la valeur de chaque élément est multipliée par celle de tous les autres. En principe donc, il faudrait donner à chacun la certitude de trouver à tout instant à l’Office ce qu’il cherche, sans avoir à redouter les déconvenues provenant de la sortie des pièces.
- Il vaut mieux perfectionner les procédés de copie sur demande. Il y a pour cola le manuscrit, la dactylographie, mais aussi la photographie. Le Photostat, invention récente, est destiné à devenir l’instrument par excellence de la copie documentaire. Ayant eu à supporter de gros dommages, par suite d’erreurs de transcription, lors de la délivrance de copies de plans cadastraux et de registres de propriété, une des grandes administrations d’Etat, à Washington, demandait, quelque temps avant la guerre, à la maison Kodak, de construire l’appareil répondant à un programme qu’elle fixait. Kodak construisit, puis mit dans le commerce le Photostat, appareil mécanique de photographie, grâce auquel, en deux minutes, pour cinquante centimes par grande feuille, et moyennant le seul effort de tourner une manivelle, on peut obtenir copie, à n’importe quelle échelle, de n’importe quel document. D’autre part, l’Institut international de Bibliographie a poursuivi avec MM. R. Goldschmidt et Morel, la mise au point pratique du biblophote. Il s’agit avec cet instrument d’établir des copies de documents à la grandeur microscopique d’un film et à l’agrandir à volonté pour la lecture au moyen de petits appareils à projections pouvant être utilisés en plein jour et placés sur la table de travail même. Photostat et biblophote sont des précurseurs, dans une voie de reproduction, où les inventeurs de demain sauront résoudre le problème posé. A l’imprimé, aux caractères mobiles, aux clichés et aux presses, on a demandé le moyen ‘d’obtenir de nombreuses copies. Maintenant il s'agit de copie tirée chaque fois qu’il est utile en exemplaire unique. La technique doit être autre.
- 3° Accessibilité de l'Office. — Le régime de la fréquentation doit être libéral. Qu’est-ce qui crée la valeur du travailleur qualifié do Paris, sinon le milieu éclairé, artistique dans lequel il vit et qui l’influence constamment, sans même qu’il s’en rende compte. Paris est une immense et permanente leçon de choses,
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- parce que, à Paris, tout ou presque tout, est d’accès libre et gratuit : les grands magasins, les jardins, les musées, les bibliothèques, les cours de la Sorbonne et du Collège de France, les conférences organisées par les grandes associations. Il faut donc que le public ait librement accès à l’Office national de documentation. Le public, c’est la vaste pépinière, c’est de lui, des jeunes, des adultes ou des vieux, que sortira soit le génie, avec l’invention qui demain révolutionnera l’industrie, soit l’homme d’énergie et de bon sens pratique qui saura organiser, appliquer, faire produire les idées théoriques et les inventions. Alors que nous faisons la guerre, en ce moment, aux castes, et aux secrets, combat-tons-les aussi chez nous-même par toujours plus de liberté, plus de facilités d’accession à toutes les carrières et à tous les savoirs.
- 4° Locaux. —: L’aménagement des locaux d’une institution a une importance bien plus grande qu’on ne le croit généralement. Les institutions scientifiques et corporatives se doivent de rendre leurs demeures avenantes et agréables autant que celles des particuliers. Souvenons-nous de la campagne menée, il y quelques années, contre les taudis oü on logeait les bureaux de poste, et suivons celle que l’on mène, en ce moment, contre les tristes salles de mairies, dont on fait des bibliothèques populaires. De l’air, de l’espace, de la lumière, d’amples magasins, des salles de consultation et de travail bien aménagées. Une centrale telle que l’Office doit en toute chose agir comme modèle, et les derniers perfectionnements de l’agencement et du mobilier y doivent être réalisés. Une étude comparative, entre ce qui a été réalisé de mieux en France et à l’étranger, apportera la solution satisfaisante.
- 5° Emplacement. — Le choix d’un emplacement est une question de première importance, mais dépend de trop de facteurs d’opportunité pour essayer même de faire ici des suggestions. Etre central, afin que l’on s’habitue à «passer par l’Office », comme on passe à la Banque, à la Bourse, au grand magasin, au Journal, au Cercle, à la Mairie. Toutefois, que cette extrême « centralité » ne soit pas obtenue au détriment de l’espace nécessaire pour le développement des collections.
- Une considération d’ordre général doit ici fixer l’attention. Faut-il que l’Office occupe un emplacement isolé ou que ses locaux s’amalgament avec ceux d’une autre institution similaire? Grosse question! Bibliothèques, Office de renseignement et de documentation, archives, bureau de rédaction d’un périodique, écoles, laboratoires, musée, constituent sept formes d’organisation scientifique distinctes, mais ayant entre elles les connexions les plus étroites. Le principe de leur groupement en un même lieu peut être double : ou bien, concentration des institutions de même nature quels que soient leurs objets spéciaux, arts, sciences, industries, etc.; ou bien concentration de toutes les
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- espèces d’institutions ayant le même objet spécial (par exemple : une école supérieure d’agriculture ayant, outre ses cours, une bibliothèque, des archives, un musée, des laboratoires, etc). En réalité, les organisations existantes sont des complexes d’institutions combinant ces deux types. Malgré les difficultés matérielles résultant surtout du développement historique et non systématique de ces institutions, il importe de tendre vers des organisations rationnelles de l’un ou de l’autre de ces types, au lieu de maintenir, souvent sans motif, l’enchevêtrement actuel.
- 6° Administration.—À l’Office de documentation doiventêtre appliquées ces réformes demandées avec instance par les travailleurs : simplification des formalités d’accès, prolongation des heures d’ouverture, diminution du temps des vacances, accélération de la délivrance des ouvrages, amélioration du confort des salles de lecture de travail et de leurs annexes, personnel versé dans les questions techniques et industrielles, en même temps qu’entraîné aux travaux bibliographiques et documentaires (réaction d’une part contre le quasi-monopole de l’Ecole des Chartes pour la formation des bibliothécaires et d’outre part contre le système bureaucratique).
- 7° Personnel. — L’Office apporterait une aide de personnel à tous ses affiliés et cela sous une double forme : il recevrait en stage temporaire, pour les initier aux méthodes et aux recherches, les employés et fonctionnaires attachés aux services intérieurs de documentation des usines et centres d’études ; il fournirait, éventuellement, à ceux-ci, du personnel d’appoint, soit pour aider à une organisation ou réorganisation, soit pour une mise en ordre hebdomadaire ou mensuelle (par exemple : intercalation et classement des fiches etc.). L’Office serait aussi à la disposition de tous pour des conseils quant à l’organisation documentaire et aux méthodes à suivre : ses propres travaux et collections, complétés par une série des meilleurs modèles qu’il établirait (musée des méthodes), les illustreraient.
- 8° Centre de dons et legs. — L’Office doit être aussi un centre pour les dons et legs. Tout homme qui a poursuivi un ensemble d’études et même des études sur une seule question de détail, a le désir bien naturel de voir conserver une utilité permanente aux documents qu’il a réunis à grand’peine. Leur versement occasionnel, périodique ou après la mort (pour les sociétés après leur liquidation) devrait pouvoir se faire à une institution désireuse de les recevoir et soucieuse de les utiliser. On accumulerait ainsi moins d’archives dans les bureaux des usines si Ton avait une autre alternative que d’envoyer au pilon des documents encore utiles. L’Office doit être un réservoir de trop-plein pour les bureaux. Quelle utilité générale n’acquerrait pas, dans un vaste ensemble, la plus petite bibliothèque spéciale, les plus humbles dossiers documentaires
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- ou recueils de notes, donnés ou légués par des techniciens, et par des travailleurs intellectuels. C’est avec les petits ruisseaux qu’on fait les grandes rivières. Les doubles peuvent servir à des collections de prêt et de circulation. A défaut de donation totale, un droit de préemption, ou de prélèvement par préférence accordé à l’Office sur les collections, serait déjà fort précieux.
- 9° Mamiel de documentation de VOffice. — Pour mettre en valeur la richesse do sa documentation et pour la faire connaître, pour initier aux méthodes de travail basées sur la documentation, comme aussi aux méthodes concernant l’organisation des documents, l’Office central doit publier et répandre un Manuel. Celui-ci doit devenir un guide constamment consulté, conduisant aux ressources de toute espèce offertes dès aujourd’hui et surtout à celles qui seront offertes quand l’organisation proposée aura été réalisée.
- Ce Manuel, dans sa forme perfectionnée, devrait être, pour l’industrie et les connaissances qu’elle exige, l’analogue des deux admirables livres, l’un en polonais, le Guide des Autodidactes, l’autre en russe, Parmi les livres, ouvrages qui ont tant contribué à la diffusion de la vraie culture et de la formation intellectuelle par soi-même, dans des nations devenues aujourd’hui sœurs égales des nôtres.
- 5. -- LES SERVICES DOCUMENTAIRES INTÉRIEURS DES USINES ET DES BUREAUX
- Le temps est passé où des industriels et des ingénieurs pouvaient être rebelles à la documentation et considérer, à tort ou à raison, que leur expérience personnelle était assez comptète pour n’avoir rien à apprendre des autres.
- (( En Allemagne, dans chaque grande usine, dit Victor Cambon, il y a des hommes qui exécutent le travail du jour et d’autres qui préparent les progrès du lendemain. Ces derniers sont particulièrement chargés de se tenir au courant de toutes les nouveautés ; c’est ainsi que la plupart des grandes usines possèdent une bibliothèque très complète, où sont reçus les ouvrages et les périodiques do tous pays, relatifs aux travaux qu’elles poursuivent dans leurs divers ateliers. Le bibliothécaire ou un ingénieur chargé du service bibliographique sont tenus de dépouiller toute cette littérature et d’aviser par écrit la direction et les différents services des livres ou articles susceptibles de donner des renseignements utilisables (1). »
- (1) Dans son rapport sur la librairie industrielle française présenté au récent Congrès National du Livre, l’éditeur Paul Pinot, regrette de devoir opposer à cette méthode d’autres coutumes :
- « Chez nous, au contraire, dit-il, les rares volumes et revues que possèdent les établissements industriels sont précieusement enfermés dans -le bureau du Directeur, généralement trop occupé pour les lire et ne sont, par conséquent, consultés par personne. »
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- Nous savons aussi qu’en Allemagne tout commerçant, à partir du plus petit, est relié finalement, par échelons successifs, à la Central Verbancl. Celle-ci, qui tient tous les fils du commerce allemand, marche appuyée sur une vaste documentation possédant des renseignements sur tous les pays.
- Aux Etats-Unis la direction des usines se tient constamment au courant des améliorations possibles. Le président du Steel Trust s’exprimait ainsi à l’assemblée de ses actionnaires :
- « Par de fréquents échanges de vues et par des informations détaillées sur les résultats obtenus, chaque compagnie du Steel Trust est mise a même de profiter des avantages de toute économie réalisée dans un établissement du trust ; ainsi chaque entreprise jouit de l’expérience collective de toutes (1). »
- Dans un autre trust, celui des allumettes (Diamond Match Company of America), une Commission technique est chargée de rechercher tous les moyens d’amélioration des procédés ; elle a à sa disposition un budget annuel de 50 000 dollars. En une seule année (1901) le trust a consacré 250 000 dollars à l’achat de brevets; ses agents dans les principaux pays du monde sont chargés de signaler tous les perfectionnements apportés à la fabrication.
- Après tout ce que nous avons dit de l’Office central de documentation, nous pouvons être brefs sur la conception à nous faire du service documentaire intérieur. Il suffira de formuler ces quelques principes : 1°) Il y aura dans toute usine, un semblable service plus ou moins étendu selon l’opportunité; 2°) Ce service sera distinct de celui des archives administratives, bien qu’ayant des connexions avec lui ; 3°) Il sera organisé à l’instar de l’Office central. Il appliquera les mêmes méthodes et comprendra les mêmes collections : bibliothèque, dossiers documentaires, catalogues, répertoires, bibliographie. Il marchera donc en parallèle avec cet Office. Il s’appuiera constamment sur lui, soit pour y puiser ce qui lui manque ou ce qu’il n’a pu conserver lui-même, soit pour y déverser son trop-plein, ce qui lui est inutile; 4°) C’est sur de tels services que s’appuieront à leur tour les grandes publications techniques, périodiques ou centralisatrices. Ces services seront les abonnés de ces publications, ils s’en serviront comme matériaux pour enrichir leurs dossiers et répertoires ; ils seront les membres des coopératives créées pour leur édition et leur procureront ainsi les ressources nécessaires; ils seront aussi pour elles de zélés collaborateurs, n’hésitant pas à rédiger à leur intention des notes et des articles chaque fois qu’ils croiront pouvoir contribuer utilement à la diffusion d’un progrès, d’une invention, d’une réforme, d’une idée (2).
- (1) Schwab, Preliminary Report to Stockholders of United States Steel Corporation. 1902.
- (2) Dans le rapport de M. Pinot cité plus haut on lit ceci : « Lorsqu'un auteur veut se renseigner directement auprès des constructeurs sur leur fabrication, ils ne prennent générale-
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- 6. - LES MÉTHODES DOCUMENTAIRES
- Il est difficile de parler (l’organisa Lion de la documentation sans dire quelques mots des méthodes documentaires. Et pourtant c’est là un sujet trop étendu pour que nous puissions ici l’aborder. De grands congrès se sont occupés de ces questions et l’Institut international de Bibliographie dont le siège est à Bruxelles s’y est spécialement attaché. Nous devons renvoyer à ses travaux (1).
- Principes de l’unité de collection, de la fiche, de la monographie, de la classification décimale, des répertoires et dossiers documentaires, ce sont là les éléments principaux de ces méthodes. Leur mise en œuvre rationnelle a donné lieu à toute une théorie de la documentation. Celle-ci envisage les stades divers que l’on peut réaliser dans la bonne organisation des publications et documents, depuis leur simple collationnement et catalogage, jusqu’à la redistribution de leurs éléments en une « Encyclopédie permanente, » sur fiches, forme que pourrait prendre le « Livre universel » de chaque science et de chaque technique.
- 7. -- MOYENS DE RÉALISATION
- Nous nous sommes attaché a décrire un Office de documentation, [idéal office général, national, voire international, ou interallié, disposant déplacé, de concours etde moyens. Dans la pratique, la réalisation de ce programme ne peut venir que d’une entente entre forces capables, en s’additionnant, d’imposer et d’accomplir. Quelles doivent être ces forces? Nous nous bornerons à quelques suggestions.
- 1° Dans une société fort étatisée, l’autorité centrale, et les administrations qui en dépendent, pourraient créer d’une pièce ce qui manque, en absorbant ce qui existe déjà. Mais, ailleurs il faut songer à l’association, à la fédération, à la coopération. Un jour peut-être assisterons-nous à la réorganisation des grandes bibliothèques nationales selon une double base : division intérieure en sections correspondant chacune aux grands secteurs de nos connaissances ;
- ment pas la peine de répondre, soit par manque de temps ou négligence, soit parce qu’ils considèrent comme dangereux de donner les détails qu’on leur demande. Pourtant c’est presque toujours une crainte puérile, d’autant plus qu’il s’agit généralement d’appareils qui se vendent, pouvant par conséquent être décrits sans inconvénient. Nous estimons que ces constructeurs agissent contrairement à leurs intérêts, car l’expérience a démontré que la meilleure publicité à faire pour la diffusion d’une machine ou d’un appareil quelconque est d'en donner la description aussi détaillée que possible dans les revues et les livres. »
- (I) Consulter le Bulletin de cet institut et le Manuel du Répertoire bibliographique Universel qui contient entre autres les tables de la classification décimale : 36 000 divisions représentées par 40000 mots pour l’index alphabétique.
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- réforme des services tendant à en faire, non seulement de ces bibliothèques les plus vastes dépôts de livres du monde, mais des laboratoires complètement outillés pour le travail intellectuel, des centres de documentation où les collections de livres seraient complétées par tout ce que nous avons décrit comme nécessaire à la bonne documentation. Dans cette hypothèse, l’industrie et la technique, avec leurs auxiliaires, le commerce, la finance, la colonisation, le travail, formeraient un des secteurs des Bibliothèques nationales réorganisées; alors aussi les grandes Associations scientifiques ou professionnelles, les grandes Ecoles seraient représentées, par leurs délégués, dans le Conseil administratif de ce secteur.
- 2° Mais faut-il s’attarder à faire aboutir de si grosses réformes, quand il est possible d’obtenir aussi bien tout de suite, à la condition de s’aider soi-même? La création d’un Office central de documentation industrielle et technique pourrait être l’œuvre d’une association puissante qui grouperait autour d’elle d’autres associations; et toutes ensemble se décideraient à procéder à une refonte de ce qu’elles ont organisé jusqu’ici dans le domaine de la documentation, de l’information, des publications. Car là a été le vice du passé : au cours des années, on a toujours ajouté sans jamais refondre ; on a développé par juxtaposition et non par coordination. Des conventions (contrats scientifiques) lieraient, les uns aux autres, les sociétés et les grands périodiques, chacun (acceptant le plan général et s’engageant à réaliser sa partie. Dans un même immeuble, seraient concentrés, autant que possible, les services documentaires des organisations participantes. Chacun d’eux demeurerait distinct, mais le résultat de leur travail serait mis en commun. Cela signifie que les collections de l’Office central seraient toutes coopératives d’usage, sinon de propriété ; elles seraient concentrées et ordonnées en séries uniques, rangées d’après l’uni té de la classification et venant ainsi se compléter, s’intégrer les unes les autres. Une Revue traitant d’électricité, pour prendre un exemple, serait bien l’organe de la Société d’électricité, et il n’y aurait qu’une bibliothèque d’électricité ; section elle-même de la bibliothèque générale, comme la bibliographie électrique serait section de la bibliographie industrielle générale et ainsi de suite. De cette manière, la documentation serait « socialisée, » si l’on peut dire, c’est-à-dire que l’Office serait une institution d’utilité collective générale, au lieu d’être basée seulement sur des intérêts privés. Les sociétés scientifiques reprendraient ainsi un rôle qu’elles n’auraient jamais dû abandonner; elles ne laisseraient plus aller des choses aussi essentielles que les publications et la documentation au seul hasard des petites spéculations lucratives et du caprice des éditeurs privés. Pareille fédération libre des groupes de travail existants et dévoués au progrès général, tiendrait précisément le juste milieu entre la centralisation bureaucratique et l’entreprise commerciale. Elle ferait, de l’Office,une amalga-
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- mation du 2e degré, le premier degré étant formé d’une amalgamation des services documentaires spécialisés propres à chaque branche d’industrie, tandis qu’un troisième degré serait atteint leVjour où serait réalisée l’organisation générale et encyclopédique dont nous avons parlé, à propos des transformations de la Bibliothèque nationale.
- 3° L’Office aurait donc à négocier, avec les institutions et sociétés, le dépôt à son siège de leurs propres collections. S’il était indispensable, ces collections continueraient à y former des fonds distincts, mais il serait préférable que toutes les pièces, après avoir été munies des indications nécessaires d’origine, d’inventaire, et de prise en charge, y soient fusionnées dans les collections générales. Ces collections demeureraient la propriété des déposants, mais avec engagement de leur part de ne pas les aliéner et de laisser l’utilisation aux travailleurs. Des conventions régleraient ces points, pour chaque cas particulier, mais toujours sur la base de la mutualité et de la coopération intellectuelle. Les associations s’engageraient à accroître leurs collections et répertoires par voie d’échange, par obtention de dons et legâ et par travail documentaire gratuit ou rémunéré de leurs membres (1).
- 4° Mais un Office national de documentation technique et industrielle doit apporter la liaison nécessaire entre tout ce qui existe à l’état isolé et fragmentaire ; il doit lui apporter aussi le complément. Tel le programme. C’est pourquoi il doit être outillé, au moyen de collections propres ou de référence à des collections existant au dehors. Il ne doit pas refaire ce qui existe, mais chercher à l’utiliser, à l’améliorer et à le faire entrer, par voie d’entente, dans son organisation générale. Sa fonction c’est d’agir comme un centre : A l’égard des travailleurs, utilisateurs « de documents » l’Office doit les amener à commencer par chez lui toutes leurs recherches documentaires, certains qu’ils seront d’y être à la source principale d’information et de ne devoir se rendre dans les autres services documentaires qu’à titre exceptionnel et complémentaire et seulement s’ils y ont été expressément renvoyés. A l’égard de ce que nous appelons les « producteurs » de documents, c’est-à-dire les organisations affectées, l’Office national agira aussi 3omme un centre et négociera avec eux pour améliorer et parfaire ce qui existe, pour supprimer les doubles emplois, pour combler les lacunes. Ainsi serait constitué un corps véritable des membres épars de l’information; ainsi serait réalisé un grand service national grâce
- (1) Quant à ces dépôts volontaires, des précédents dignes d’être étudiés, peuvent être fournis parla Bibliothèque de sociétés savantes de Paris, par l’Hôtel des sociétés savantes de cetle ville, par celui de Toulouse, par la Bibliothèque des sociétés médicales de Londres, par la Library ofCongressà Washington et spécialement par l’Institut International de bibliographie à Bruxelles.
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- auquel seraient assurées la création, la conservation, la circulation et l’utilisation de la documentation industrielle et technique.
- o° L’Office central aurait par conséquent les tâches suivantes : rechercher et dresser l’inventaire de toutes les organisations existantes : arrêter et adapter constamment le pian de l’organisation générale; arrêter les méthodes de travail; formuler des proposition concrètes et précises concernant les coopérations, fusions, amalgamations, limitations, créations; négocier ces propositions avec les intéressés en vue d’aboutir à des accords ; réunir des collections centrales; organiser pour ses membres et pour le public les services de consultation, copie et prêt de ces collections.
- 6° L’Office introduirait ses membres et les lecteurs auprès des autres services et au besoin agirait comme organe intermédiaire responsable pour la consultation et le prêt (notamment pour les pièces empruntées en province ou à l’étranger). Inversement à l’égard de ces mêmes services, dans des conditions à déterminer, il agirait, comme organe de distribution de la documentation, (prêt, échange sollicité ou distribution gratuite). En un mot, il serait le correspondant de tous ces établissements, considérés désormais comme les stations secondaires d’un vaste réseau national de documentation industrielle et technique.
- 7° La sphère des ententes pourrait s’étendre fort loin. Des offices de documentation existent déjà, dans des domaines autres que l’industrie et ils peuvent éventuellement apporter un concours à celle-ci pour des documentations auxiliaires (1). Nous citerons à Paris, pour le commerce, l’Office national du commerce extérieur, l’Office colonial, et les Offices d’Algérie, de Tunisie, du Maroc; pour l’économie sociale et l’organisation du travail, le Musée social et l’Office du Travail ; pour la législation, l’Office de législation étrangère et de droit international.
- 8° Dans le domaine de la technique et de l’industrie proprement dites, des
- (I) Dans l’étude si documenté de M. Victor Boret, Bataille économique de demain, dont la Nouvelle Revue continue la publication on lit : « Il convient que l’État crée, au ministère du commerce et non ailleurs, un service spécial de renseignements pour les industriels, sur la base d’un recensement des produits qui, provenant de pays ennemis ou neutres, n’ont pas encore été fabriqués.. . 11 est de l’intérêt des industriels de renoncer, dès maintenant à des industries exercées déjà par d’autres mieux placés, pour n’envisager que la fabrication du matériel industriel jusqu’ici monopolisé par les Allemands. Car c’est à l’ennemi qu’ils doivent faire concurrence, et non pas à l’industrie française qui est déjà créée et prospère : ils risqueraient delà détruire en périssant eux-mêmes sur ses ruines... Il appartient au gouvernement, àla France, d’exercer une action vulgariatrice, de secouer l’apathie des veules et des satisfaits, d’encourager les uns et les autres à pratiquer la solidarité dans l’effort national en renseignant tous ceux qui peuvent et doivent devenir d’abord les fournisseurs du marché français, puis les concurrents des industries étrangères sur les marchés mondiaux.
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- institutions existent qui, bien que n’ayant pas uniquement en vue l’objet que nous avons défini, doivent cependant être tenues soit pour des centres importants d’étude et d’information, soit pour des « consommateurs » ayant constamment besoin de documentation pour leurs propres travaux. C’est l’Enseignement, cours techniques des universités et grandes écoles supérieures techniques et industrielles : ce sont les musées spéciaux, tels que le Conservatoire des Arts et Métiers, et le musée de la prévention des accidents; ce sont les laboratoires spéciaux de recherches, les uns indépendants, les autres attachés aux universités; ce sont enfin les groupements et syndicats industriels, professionnels, corporatifs (1).
- 9° En ce qui concerne l’enseignement il subit en ce moment même des transformalions profondes ; il faut de plus en plus le rattacher à la vie et établir des ponts entre lui et toutes les autres fonctions de la formation et de la diffusion du savoir. Il y a des degrés dans la documentation technique et industrielle comme dans l’enseignement. Nous avons surtout traité du degré supérieur, mais il faut songer aussi au degré se^pndaire et primaire, à la formation de sous-ingénieurs, des contremaîtres, des ouvriers. Pour eux aussi l’enseignement et l’apprentissage ne sont pas tout. Il faut y ajouter la lecture et c’est tout bénéfice pour un patron de faire lire à ses meilleurs ouvriers, surtout de leur faire voir (quels services rendent les images!) un article traitant de quelques points de leur spécialité. Il faut chercher, comme le disait récemment lord Haldane, à élever le niveau de leur esprit et rendre leur s cerveaux plus fertiles. Les écoles à tous les degrés devraient donc se préoccuper davantage d’apprendre à lire avec fruit, à consulter et à manier les livres de la spécialité. Des renseignements sur les centres de documentation devraient être fournis dans les cours même ; les maîtres devraient s’habituer à faire voir leurs véritables successeurs dans les périodiques, les bibliothèques et les offices de documentation, pour le jour où leurs élèves, entrés dans leur carrière, auront à y compléter leurs éludes, à les spécialiser, surtout à les tenir au courant des progrès nouveaux. Des leçons de bibliographie et de documentation s’imposent donc dans tout l’enseignement.
- 10° En ce qui concerne les Musées techniques, ils constituent une véritable
- (I) A Paris on doit citer parmi les établissements de cet ordre les Écoles des Mines, des Ponts et Chaussées, Centrale, Polytechnique, le Conservatoire des Arts et Métiers, le Musée de la prévention des accidents du travail, le Musée d’hygiène, divers- grands laboratoires.
- Le Conservatoire National des Arts et Métiers comprend : 1° Un musée ouvert au public destiné à recevoir les modèles en grand ou réduits et les dessins ou la description des machines, instruments, appareils et outils propres à l’agriculture et aux arts industriels ; 2° Des cours publics et gratuits ; 3° Une bibliothèque publique; 4° Un laboratoire d’essais mécaniques, physiques, chimiques etdes machines; 5° L’Office national de la propriété industrielle ; 6° Le Musée de la Prévention des accidents du travail et l’hygiène industrielle.
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- documentation : les objets eux-mêmes y remplacent les documents. Un musée bien installé, classé, étiqueté, catalogué avec soin, accompagné de nombreuses notices explicatives, de dessins, photographies et schémas, est un véritable livre à trois dimensions, supérieur au livre imprimé qui n’a, pour exposer les données, que les deux dimensions de la feuille de papier. Aussi la « méthode muséographique » est-elle devenue une véritable branche de la méthode documentaire générale. Rarement, elle a atteint jusqu’ici le degré de développement que les Allemands ont su lui donner dans le Deutsches Muséum de Munich ; ils y ont réuni, en un ordre méthodique et historique, tous les éléments de nature à matérialiser, aux yeux des visiteurs, l’évolution des découvertes scientifiques et industrielles, depuis l’origine de l’humanité jusqu’à l’heure actuelle (1).
- 11° Quant aux Laboratoires de recherches techniques et industrielles, ce sera toujours le génie de la découverte et de l’invention qui devra en être l’âme. Mais que de fois le génie est fait de patience et de coordination méthodique des efforts réalisés par les$ prédécesseurs ? L’exemple classique est celui d’Edison inventant la lampe à incandescence et recourant successivement à toutes les matières pouvant lui fournir un conducteur adéquat. Edison avait-il toutes les substances dans son laboratoire ; mais en connaissait-il aussi toutes les propriétés? Le laboratoire de l’avenir sera appuyé sur trois collections. Celle des substances, représentée par toute la série des corps, des matériaux, des produits ; celles des forces, représentée par le jeu complet des machines et appareils de physique et de chimie au module nécessaire pour les expérimentations industrielles; enfin la collection des idées et notions représentée par la documentation. Qu’un parallélisme existe entre ces trois collections et l’inventeur dans son laboratoire agit en véritable créateur. Sans doute il ne tirera rien du néant, et il ne lui suffira pas de prononcer le fiat qui donne l’existence au neuf. Mais on peut imaginer une documentation auxiliaire permettant à l’inventeur d’économiser son précieux temps ; à son appel successif et instantanément devrait être placée sous ses yeux la donnée, quelle que soit l’errance de son esprit à travers le dédale des choses et de leurs possibilités, dont lui seul entrevoit les subtiles relations. Par exemple tout ce que nous savons des propriétés, de la préparation et des applications de tous les corps, produits et matières, devrait être enregistré sous une forme analytique telle qu’il soit possible de répondre, sur la minute, à des questions comme celles-ci ? « Quelles sont les matières ayant tel coefficient technique, mécanique, électrique, telles propriétés chimiques, telle résistance, etc. » On entrevoit la possibilité d’une sorte « de machine à documenter, » — on l’a déjà recherchée pratiquement, —
- (I) Voir les catalogues publiés de ce Musée : les derniers progrès de l’Allemagne, Victor Cambon. Paris 1914, 1 vol., p. 117-13».
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- qui permette de répondre à de telles questions et qui, si elle avait existé, eût mis Edison plus rapidement sur le chemin du roseau carbonisé le jour où il construisait sa lampe fameuse. Le rôle de la documentation grandira donc avec celui des laboratoires de recherches et certes l’avenir de ceux-ci est immense. Jusqu’ici l’effort de la science n’a pas toujours porté sur des objets indispensables ; il n’a pas été aussi efficace dans tous les domaines. Le temps semble venu où l’on pourra donner des lois à la science et lui dire : « Tu créeras de préférence ceci ou cela. » Les questions posées dans les concours, les tâches imposées par les industriels a leurs chefs de laboratoires sont des commencements. Il faudra maintenant systématiser davantage les programmes de recherche et les généraliser (1).
- 12° Cependant d’un édifice aussi vaste que celui dont nous traçons le plan, il faut pouvoir être assuré au moins des premiers fondements. C’est heureusement le cas. N’existe-t-il pas en effet, constitué sous les auspices mêmes de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, et installé dans son hôtel, ici même, le Bureau bibliographique de Paris, qui a largement ouvert les voies à la documentation technique et industrielle ? Les ressources et les collaborations seules lui ont manqué pour faire mieux et plus grand. C’est en 1898 qu’il a été fondé. Il trouvait immédiatement un appui auprès de la Société d’Encouragement et auprès de l’Association française pour l’avancement des sciences et c’est avec ces concours que le général Sebert prenait l’initiative de cette création. Qu’il me soit permis de le saluer ici ce soir, de saluer en lui le collaborateur, inlassé et inlassable, des vingt années de jours bons et mauvais qui se sont écoulés depuis la fondation de l’Institut international de Bruxelles auquel est rattaché le Bureau bibliographique de Paris. Ce Bureau s’est spécialisé dans la bibliographie des sciences appliquées; il a établi des collections, il a fait de la propagande pour les meilleures méthodes; il a coopéré comme section française au travail international (2).
- Sur l’Institut International de bibliographie, qu’il me soit permis de dire quelques mots en finissant. Car c’est aux principes, aux méthodes, aux idées
- (1) A l’occasion des grandes expositions universelles, on l’a quelquefois essayé. Exemple : Liste des desiderata dressée en vue du grand concours international de Bruxelles, 1888 (Exposition Internationale).
- (2) Sur le Bureau Bibliographique de Paris voir notamment les notices parues dans le Bulletin de la Société d'Encouragement. Au récent Congrès du Livre le général Sebert a présenté un rapport très détaillé sur les travaux du Bureau bibliographique de Paris. Nous y renvoyons. Sur sa proposition le Congrès a voté la conclusion suivante : « Considérant l’inté* rêt que présente pour l’avenir du pays la réunion d’informations documentaires concernant nos industries nationales, le Congrès émet le vœu que des encouragements et des appuis officiels soient accordés aux sociétés savantes françaises qui ont entrepris la préparation de bibliographies techniques et industrielles en vue de constitution d’offices de documentation spéciaux à ces diverses industries. »
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- qui sont devenus les siens que j’ai emprunté presque tout mon exposé. A ses membres ici présents, ses amis qui pourraient être inquiets au sujet du sort qui lui est advenu à Bruxelles pendant la guerre, je puis apporter l’assurance que, jusqu’ici, les collections sont sauvées. Elles ont échappé à l’administration indésirable des Allemands : les Ministres à Bruxelles des Etats-Unis et d’Espagne, à raison du caractère international de l’Institut, et de l’aide qu’il avait reçue de leurs pays respectifs, ont bien voulu les prendre sous leur protection spéciale.
- L’Institut International de bibliographie a été créé en 1895 par une première Conférence internationale. Il a été développé successivement par les Congrès internationaux de 1897, 1900,1908, et 1910. Son objet est l’étude des questions concernant le Livre et l’organisation systématique de la documentation sur des bases universelles (1).
- L’Institut International est organisé sous la forme d’une Association internationale ayant un caractère exclusivement scientifique. 11 cherche à grouper en une mutualité intellectuelle»ceux qui produisent les publications et ceux qui ont à les utiliser. Il procède par fédération d’organisations existantes et tend à former à son siège central des sections nationales ; il a organisé tout un ensemble de collections et services embrassant le domaine entier de la documentation et ses différentes formes, à savoir :
- (1) Cette organisation a été définie ainsi : a) La mise en relation permanente des organismes qui fonctionnent comme centres de production, de conservation et d’utilisation des publications : bibliothèques, instituts, musées, services scientifiques ou techniques d’information et de documentation, sociétés scientifiques, académies, administrations publiques, associations et Congrès internationaux; l’organisation, entre tous ces organismes, d’un vaste réseau de communications intellectuelles, par l’intermédiaire des documents et par le moyen du prêt réciproque et des échanges ; 6) La coordination, l’unification et l’internationalisation des méthodes bibliographiques (rédaction, publication, cataloguage, classement, conservation, diffusion, utilisation des documents), suivant le principe du minimum des conditions nécessaires pour réaliser l’entente dans ce domaine (Code international et classification universelle); c) La coopération entre les institutions et les groupes de spécialités diverses en vue d’élaborer (suivant un plan d’ensemble, des méthodes unifiées et une direction commune) des travaux destinés à faciliter l’accès des sources de nos connaissances, et en premier lieu un Répertoire bibliographie Universel ; d) La constitution, au siège de l’Institut, de collections documentaires centrales, aussi complètes que possible : Répertoire bibliographique, Répertoire encyclopédique, Répertoire iconographique, Bibliothèque, Musée des méthodes; e) L’adoption par les organismes affiliés des méthodes intsfrnationales et la mise en connexion de leurs collections, publications et services avec ceux de l’Institut International de bibliographie; f) L’utilisation des collections centrales et celles des institutions rattachées au réseau international par voie de consultation sur place, de prêt, de copie ou de publication, de manière à permettre cette utilisation aux travailleurs intellectuels, quel que soit le lieu de leur résidence.
- L’Institut international de Bibliographie coopère au Centre International, crée' à Bruxelles en 1910 par l’Union des Associations internationales et enassure les services de documentation.
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- a) Un répertoire bibliographique universel, classé par matières et auteurs et qui comprenait, à la veille de la guerre, environ onze millions de fiches classées. Ce répertoire est combiné avec un catalogue central des bibliothèques ; il est complété par un répertoire international des associations et institutions, scientifiques, techniques et professionnelles comprenant des informations sur toutes les sources d’informations et les centres d’études : enseignement, bibliothèques, archives, musées, laboratoires, etc.
- b) Un répertoire encyclopédique de documentation, collection systématique de dossiers documentaires sur des questions d’actualité, comprenant notamment des articles détachés des revues, des découpures de grands journaux, des brochures et petits imprimés, des photographies documentaires etc.
- c) Une bibliothèque collective internationale, organisée et dirigée par l’Union des associations internationales. Elle comprend 65 organisations affiliées et des collections composées notamment des périodiques échangés par ces organisations et des publications officielles envoyées par les différents pays.
- d) Un musée bibliographique consacré à l’étude générale du livre et à la présentation des méthodes documentaires. Il forme une section du Musée International de Bruxelles, organisée par la susdite Union.
- Onjcomprendra aisément quelle aide un tel ensemble international et encyclopédique peut apporter aux offices et bureaux nationaux ou spéciaux; quelle coopération aussi sollicite l’Institut International de bibliographie d’un office qui serait créé ici.
- Enfin, puisque l’on ne saurait s’entourer de trop de précédents et d’arguments pour l’œuvre proposée, demandons-en aux faits mêmes de cette guerre.
- C’est d’abord l’espionnage. Oui, l’espionnage organisé aboutit à une sorte de documentation. Horreur pour la documentation ! mais le cambriolage organisé n’aboutit-il pas à la serrurerie et à la vivisection? Les Allemands ont fait, peut-on dire, de l’espionnage statique etdynamique. Il fallait avant tout connaître l’état des lieux, la topographie, la géographie. Tandis qu’ils élaboraient leur Baedeker à l’usage de Monsieur tout le Monde, ils rassemblaient les éléments d’un Baedeker à l’usage de l’État-major, un immense Baedeker tenu constamment à jour, simple vade mecum à travers des dossiers où l’on trouvait, par exemple, le plan des usines de France, de Belgique, de Pologne. Les moyens mis en œuvre étaient nombreux. Pour établir telle installation de chauffage ou telle machine commandée chez eux, ils obtenaient facilement le plan des lieux à échelle ; ou bien encore, lors des réassurances industrielles, faites par les compagnies nationales à la Victoria de Berlin, celle-ci se faisait remettre tous les plans d’usines jugés utiles pour des tins militaires !
- L’organisation documentaire de l’État-major allemand, envisagée en soi, est, Tome 127. — 1er semestre. — Mai-Juin 1917. 36
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- à la vérité, une merveilleuse machinerie. L’étude du monde entier, pour tout ce qui touche aux intérêts militaires, est répartie entre un nombre énorme d’officiers. Chacun a son secteur spécial et chacun est responsable des défauts de ses connaissances dans ce secteur et peut s’aider de toutes les sources générales d’information. Nous savons par expérience l’efficacité d’une telle machinerie. Les Allemands aussi ont pris soin de nous avertir pendant la guerre même, de ce qu’ils préparaient pour l’avenir. Le ministre de la Guerre prussien von Stein s’est expliqué récemment en ces termes :
- « Tout ce que nous avons appris, toute l’expérience que nous avons acquise a été et continuera à être soigneusement enregistrée, afin que rien ne soit perdu pour les générations à venir. Une commission d’hommes de science, — qui n’appartiennent pas à l’armée, — étudie constamment et examine sans relâche cette masse de matériaux. J'ai donné l’ordre que l’on enregistrât consciencieusement aussi, toutes les erreurs qui ont été commises, de sorte que ceux qui viendront après nous pourront également profiter de l’expérience que nous avons acquise au prix du sang. L’industrie allemande tout entière et la plus grande partie de l’activité civile sont aujourd’hui absorbées par la guerre et organisées pour la guerre. »
- Voilà l’effort de documentation que font les hommes pour détruire. Et ils ne sauraient pas le faire pour produire ?
- La guerre nous ouvre d’ailleurs une autre perspective sur notre sujet. Voilà deux ans et demi que pas une ligne ne s’est imprimée en France, pas une ligne imprimée à l’étranger n’est entrée en France, sans qu’elle ait été lue d’un œil tout à fait attentif pour les soins du contrôle militaire et de la censure. Quel immense labeur après la guerre! L’œuvre de lecture, de classement et d’utilisation systématique des imprimés devrait être continuée Elle ne serait pas au-dessus de ce qu’on pourrait attendre d’un service de censure transformé en service de documentation à la fin des hostilités.
- La guerre nous a apporté une autre leçon encore : Nous avons vu se développer de plus en plus systématiquement des propagandes en faveur de certaines idées. Elle nous autorisent à entrevoir qu’à l’avenir les mêmes procédés seront mis en œuvre pour des campagnes dTdées en faveur de buts sociaux et nationaux utiles, en se basant sur une documentation appropriée. Le renouveau de l’industrie aura bien à y gagner.
- CONCLUSIONS
- Arrivés au bout de notre examen nous pouvons èn résumer ainsi la conclusion.
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- l’information et la documentation au service de l’industrie.
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- I. — Dans tous les domaines de la vie nationale, l’heure est à un inventaire des ressources et à une révision des forces, en vue d’une meilleure utilisation. L’économie est devenue un principe nécessaire de gestion. Mais ce principe, sainement entendu, se résout en deux règles solidaires et d’égale importance : éviter le gaspillage, accroître l’efficacité.
- II. — Le domaine de la Documentation y est soumis comme les autres. Son rôle dans la vie industrielle est resté obscur, et mal défini jusqu’hier encore : il importe maintenant de le mettre en lumièreet de passer aux réalisations nécessaires. Longtemps l’utilisation du livre et du document était abandonnée aux érudits, aux historiens, aux amoureux des lettres et des arts. La science pure ensuite sut l’asservir. L’industrie et la technique, à leur tour, doivent se l’approprier.
- III. — Il existe ici encore si peu de choses que, mieux vaut tenter un essai d’organisation radicale : l’Office national de documentation devrait en être la base, un office avec tous les services et collections que nous avons décrits, et servant d’intermédiaire et de complément aux publications d’une part, aux services documentaires intérieurs d’autre part.
- IV. — La tâche paraît grande. Pour nous y encourager, songeons à ce qu’était l’Enseignement il y a un siècle, par exemple le premier plan d’instruction publique présenté alors, et songeons à ce qu’est son organisation d’aujourd’hui. Pensons aussi aux efforts récents, approuvés de tout le monde industriel, pour améliorer et multiplier les laboratoires techniques de recherches.
- V. — La division des tâches et la coopération peuvent ici venir à bout des difficultés. Quand toutes les branches du savoir et de l’activité pratique auront organisé leur documentation, chacune d’elles pourra voir restreindre sa tâche à son strict domaine, sûre de trouver aide et assistance chez la voisine, pour toutes les questions auxiliaires connexes ou occasionnelles.
- VI. — Cette tâche diminuera encore, lorsque chaque pays, ayant aménagé comme il convient sa propre littérature technique et son propre Office de documentation industrielle, il lui sera possible de se confiner dans la littérature nationale. Ce jour n’est pas loin peut-être. Il est né, pendant la guerre, un « intéralliéisme » pratique entre tes Etats grands et petits de la décuple Entente à cette heure peut-être devenue duodécuple par l’accession de la Chine et des Etats-Unis. Jamais il n’y eut autant d’internationalisme (je ne dis pas d’universalisme) dans le monde. La Conférence économique officielle et la conférence interparlementaire économique des Alliés ont indiqué des buts à la réalisation desquels doit s’associer étroitement la Documentation.
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- PAR
- M. Ed. Sauvage Membre du Conseil.
- La Compagnie du Pennsylvania railroad a mis en service, en 1914, de nouvelles locomotives du type Atlantic, qui présentent d’intéressantes dispositions. Ces locomotives ont été soumises à de nombreux essais dans le laboratoire des ateliers de cette compagnie, à Àltoona. M. J. T. Wallis, ingénieur en chef de la traction du Pennsylvania railroad, a bien voulu me fournir fort obligeamment une collection de documents sur ces machines, d'où sont extraits les renseignements qui suivent. Je tiens à lui en exprimer ici ma vive gratitude.
- Le type Atlantic est caractérisé par l’emploi d’un essieu porteur à l’arrière d’une machine à deux essieux couplés avec bogie à l’avant. Cette addition permet d’augmenter les dimensions de la machine et notamment da sa chaudière ; mais, en conservant deux essieux couplés, on n’augmente pas l’adhérence en même temps que la puissance, et c’est pour cette raison qu’en France, après quelques essais de ce type de machines, on y a renoncé : on préfère l’emploi de trois essieux couplés. Même aux Etats-Unis, où les charges admises par essieu sont plus fortes, les trois essieux couplés sont d’un emploi très fréquent pour la grande vitesse.
- Ces machines sont aujourd'hui du type Pacific (bogie à l’avant, trois essieux couplés, essieu porteur à l’arrière). Avec des essieux assez chargés pour donner la même adhérence, le type Atlantic est évidemment supérieur au type Pacific ; la base rigide est moins longue, et l’on gagne le poids non suspendu d’un train de roues de grand diamètre.
- Des charges de 30 000 kg par essieu étant admises sur les voies principales du Pennsylvania railroad, on y a conservé le type Atlantic avec un poids adhérent de 60 tonnes, supérieur à ce qu’on obtient en France avec trois essieux couplés. Deux variantes ont été construites, en 1912 et en 1914 : c’est la dernière machine qui est décrite ci-après. Le poids adhérent de la machine de 1912 atteignait même 63 300 kg.
- Pour évaluer la fatigue des rails, ce n’est pas la charge statique seule qu'on
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- doit considérer, mais il faut tenir compte des surcharges périodiques résultant des perturbations verticales. Dans l’étude de la nouvelle machine, on a cherché à réduire ces surcharges, notamment en allégeant autant que possible les pièces à mouvement rectiligne. A la vitesse de 112 km à l’heure, la surcharge n’atteint pas 30 p. 100 de la charge statique, et le maximum qui en résulte ne dépasse pas ce qu’on observe sur certaines locomotives américaines pesant 4 ou 5 t de moins par essieu.
- La figure 1 reproduit une photographie de la nouvelle machine. A titre
- Fig. 1. — Atlantic du Pennsylvania railroad avec son tender.
- d’échelle, on remarquera que le diamètre .des roues motrices dépasse 2 m. Le tableau ci-après en donne quelques dimensions principales.
- Poids total en service................................................... 109 t
- Poids adhérent............................ .............................. 60,5 t
- Surface de grille........................................................ 5,2 m2
- Surface de chauffe du foyer, y compris les tubes supports de voûte.... 21,6 m2
- Surface de chauffe des tubes, comptée sur le côté en contact avec l’eau . . 244,4 m2
- Surface du surchauffeur, comptée sur le côté en contact avec les gaz de la
- combustion.................................................................... 75 m2
- Surface totale.................................................................. 341 m2
- Surface totale, comptée sur le côté en contact avec les gaz de la combustion. 316 m2
- Pression effective maxima................................................14,5 kg par cm2
- Nombre de tubes ordinaires....................................................... 242
- Diamètre extérieur des tubes ordinaires.................................. 51 mm
- Nombre de tubes pour surchauffeur........................................ 36
- Diamètre extérieur des tubes pour surchauffeur........................... 136 mm
- Longueur entre plaques tubulaires ....................................... 4,570 m
- Diamètre des cylindres.......................................................... 597 mm
- Course des pistons.............................................................. 660 mm
- Diamètre des tiroirs cylindriques............................................... 305 mm
- Diamètre des roues motrices.................................................... 2,032 m
- Hauteur de l’axe de la chaudière au-dessus des rails........................... 2,997 m
- Hauteur maxima................................................................. 4,575 m
- Diamètre maximum extérieur du corps cylindrique........................ 2,126 m
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- Outre le poids adhérent, quelques-unes de ces dimensions dépassent notablement tout ce qui s’est fait en France jusqu’à ce jour, notamment le diamètre du corps cylindrique, supérieur à 2 m, la hauteur de l’axe de la chaudière, à très peu près 3 m, le diamètre des cylindres (à simple expansion), voisin de 600 mm.
- Les machines de 1914 diffèrent de celles de 1912 principalement par l’allon-
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- Fig. 3.
- Fig. 2. — Chaudière; plan et coupe longitudinale. (Échelle, environ 1/76.
- gement des tubes,portés de 4,180 ma 4,570 m, allongement qui a notablement augmenté la production de la chaudière aux grandes allures, par l’augmentation du diamètre des cylindres, 597 mm au lieu de 559 mm, par un poids total un peu plus lourd combiné avec la réduction du poids adhérent déjà signalée.
- La chaudière (fig. 2 et 3) est en tôle d’acier, avec les épaisseurs suivantes :
- Corps cylindrique.............................................22 mm
- Boite à feu, parois latérales, ciel, plaque arrière........ 9,3 mm
- Botte à feu, plaque emboutie avant.........................24 mm
- Foyer, parois latérales, ciel, plaque arrière.............. 9,5 mm
- Foyer, plaque emboutie avant..................................13 mm
- Foyer, plaque tubulaire....................................... 13 mm
- Plaque tubulaire de boîte à fumée.............................13 mm
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- Le foyer est prolongé par une courte chambre de combustion; les deux plaques tubulaires sont des disques à bords rabattus, d’épaisseur très inférieure à celles usitées en France.
- La surface de chauffe totale, surchauffeur compris, comptée sur la face en contact avec les gaz de la combustion, est égale à 61 fois la surface de grille, proportion assez faible qui se justifie par la grande surface de la grille, plus de 5m2. La surface du surchauffeur est un peu inférieure au quart de la surface de chauffe totale. Quant à la longueur des tubes, les ingénieurs du Pennsylvania
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- Fig. 3. — Chaudière; coupes transversales. (Echelle, environ 1/55.)
- railroad estiment qu’en principe'elle doit être égale à 100 fois leur diamètre intérieur : dans la machine en question elle est de 103 diamètres.
- Le surchauffeur est du type Schmidt, généralement employé en France.
- La grille (fig. 4) est à barreaux mobiles, avec un jette-feu à chaque extrémité ; le cendrier forme deux trémies, avec portes pour la vidange automatique. L’air entre par les côtés, les tôles latérales du cendrier ne touchant pas la boîte à feu. Le cendrier ne peut jamais être clos. Le rebord latéral du cendrier est clairement visible sur la photographie (fig. 1).
- La boîte à fumée (fig. 5) renferme un déflecteur composé d’une paroi verticale placée devant la plaque tubulaire, et d’une paroi horizontale que traverse la tuyère d’échappement. Ce déflecteur rabat les gaz de la combustion vers le fond et à l’avant de la boîte ; de là ils gagnent la cheminée en traversant une large grille à flammèches montée près de la porte d@ la boîte à fumée. Cette disposition empêche l’accumulation des escarbilles dans la boîte à fumée ; elles sont rejetées par la cheminée, la plupart des fragments pouvant traverser la grille.
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- Les collecteurs du surchauffeur sont montés entre la plaque tubulaire et le déflecteur, et isolés par une cloison horizontale avec porte qui arrête le passage des gaz quand le régulateur est fermé (1).
- Le passage des gaz sous le déflecteur et à travers la grille à flammèches crée une forte chute de pression, ainsi qu’on le verra plus loin.
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- Fig. 4. — Grille et cendrier à vidange automatique. '^Échelle, environ 1/40.)
- L’alimentation se fait par deux injecteurs montés sur la façade arrière de la chaudière, avec tuyau de refoulement intérieur.
- Le mécanisme offre plusieurs particularités remarquables. Les tiges de piston sont creuses. Les crosses de piston (fig. 6) sont d’un type particulière-
- (1) Cette disposition d’étouffoir a été souvent supprimée, notamment en France sur les réseaux de l’Est et de P.-L.-M.
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- Boite à fumée.
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- Crosse de piston.
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- ment léger ; elles se meuvent en dessous de trois glissières (fig. 7), et sont guidées par un patin mince compris entre la glissière supérieure et les deux glissières inférieures, qui laissent entre elles le passage de l’attache du patin.
- Le mécanisme de distribution est du système Walschaerts, qui semble devenir le type fondamental pour locomotives aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe.
- La contre-manivelle (fig. 8), qui commandé la coulisse, est rapportée sur un bouton de manivelle creux. Facilement démontable, elle permet l’em-
- ploi de bielles d’accouplement à bagues, enfilées sur le bouton.
- Le diamètre des tiroirs cylindriques, qui était de 356 mm sur la machine de 4912, a été ramené à 305 mm : les sections de lumières qui en résultent ont été jugées suffisantes pour la vapeur surchauffée. Le tiroir est un tube d’acier avec deux extrémités soudées, portant deux bagues élastiques fendues, séparées par un anneau non fendu (fig. 9). Les bagues élastiques sont munies d’un rebord destiné à retenir les fragments en cas de rupture.
- Le changement de marche est à
- yis. Fig. 7. — Glissières de crosse de piston;
- coupe transversale.
- L’échappement (fig. 10) est fixe :
- le débouché de la tuyère, circulaire, porte quatre couteaux qui divisent le jet de vapeur, couteaux dont l’action favorable a été reconnue en France, et qui sont en usage notamment sur les locomotives de l’Est. En tenant compte de la place qu’ils occupent, l’ouverture de la tuyère équivaut à un cercle de 152 mm de diamètre. Un souffleur annulaire est venu de foïlte avec la tuyère.
- La suspension présente des particularités originales (fig. 11). L’avant de la machine repose sur un balancier longitudinal, dont l’extrémité antérieure charge le pivot du bogie, et l’extrémité postérieure une traverse qui conjugue les deux ressorts du premier essieu moteur, suivant une disposition fréquemment adoptée pour les bissels.
- L’arrière de la machine porte, par l’intermédiaire de deux rotules sphériques latérales et de patins de glissement, sur le châssis du bissel, grande
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- pièce trapézoïdale en acier moulé, articulée sur un pivota sa partie antérieure, et chargeant, d’une part les ressorts de l’essieu porteur et, d’autre part, l’arrière des ressorts du second essieu couplé. On remarquera que les boîtes de l’essieu couplé sont intérieures et celles de l’essieu porteur, extérieures.
- La locomotive est ainsi supportée en trois points, et la charge se trouve répartie, d’une manière invariable, sur le bogie et le premier essieu couplé d’une part, et, d’autre part, sur le bissel et le second essieu couplé.
- Le déplacement du bogie est contrôlé par des menottes à double articula-
- Fig. 8. — Bouton de manivelle creux avec contre-manivelle rapportée (le contour extérieur du bouton de manivelle n’est pas figuré dans la contre-manivelle sur la partie de droite de la figure).
- tion (section A B, fig. 11), réunissant les avantages des menottes inclinées et des menottes verticales. Le bissel est rappelé par un ressort en hélice monté contre la traverse arrière de la locomotive et agissant sur son châssis trapézoïdal.
- Nous signalerons encore l’épaisseur des bandages (fig. 12), qui est de 10 cm.
- Le tender peut contenir 26, 5 m3 d’eau (7000 galions) ; il est muni d’une écope de prise d’eau en marche manœuvrée par l’air comprimé.
- L’installation du laboratoire d’Altoona permet de placer les roues couplées sur galets, munis de freins, la locomotive étant attelée à un dynamomètre qui inscrit la force de traction. Il est outillé pour le relevé des diagrammes et pour
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- toutes les mesures utiles, telles que consommations de combustible et d’eau, pression et température des gaz de la combustion aux divers points de leur parcours, températures de la vapeur.
- Cette installation permet de faire travailler la machine sous un régime bien déterminé pendant un temps suffisamment prolongé, en général une à deux heures, et de faire varier méthodiquement les divers éléments qui influent sur le fonctionnement.
- Le nouveau type d'Atlantic a été l’objet d’une série de 30 essais, dont on trouvera ci-après les principaux résultats (1).
- La dépression dans la boîte à fumée (colonne 3) est mesurée en avant du
- Fig. 9. — Bagues des tiroirs cylindriques.
- diaphragme ; elle a été relevée également derrière le diaphragme, dans le foyer, et dans le cendrier. Le diaphragme et la grille à flammèches produisent une forte chute de pression : la dépression derrière le diaphragme varie des 55 aux 65 centièmes de celle que donne en avant l’échappement. Les mesures prises en quatre points différents derrière le diaphragme ont donné à très peu près les mêmes nombres : on en conclut que l’appel se fait également dans tout le faisceau tubulaire.
- Dans le foyer, la dépression a varié de 12 à 89 mm d’eau, cette dernière atteinte dans l’essai n° 3848 seul. Dans le cendrier, elle s'est tenue entre 2 et
- (1) Le compte rendu complet des essais, qui a été publié par le Pennsylvania railroad contient un grand nombre de tableaux, avec représentations graphiques. Pour ne pas allonger outre mesure le présent travail, nous n’avons pas cru devoir reproduire tous les renseignements qu’il donne. Dans la conversion en mesures métriques des mesures anglaises, on a négligé quelques décimales dont la précision apparente dépassait à coup sûr celle des observations.
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- Température dans la boîte à fumée, en degrés centigrades.
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- Calories reçues par la surface de chauffe mouillée, par minute.
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- Rendement de la chaudière,
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- Puissance indiqtée en chevaux de 75 kgm.
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- Puissance à la jante des roues motrices, en chevaux.
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- Consommation do houille sèche par cheval indiqué et par heure, en kg.
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- Pression effective dans le conduit d’échappement on kg. par cm*.
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- Surchauffe de la vapeur dans le conduit d’échappement, en degrés centigrades.
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- Rendement de la machine par rapport au cycle de Rankine,
- p. 100.
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- LOCOMOTIVES TYPE ATLANTIC. — MAI-JUIN 1917. LOCOMOTIVES TYPE ATLANTIC DU PENNSYLVANIA RA1LR0AD.
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- LOCOMOTIVES TYPE ATLANTIC.
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- 10 mm d'eau. Lors de l’essai 3848, les dépressions ont été 384 et 239 mm d’eau dans la boîte à fumée, 89 mm dans le foyer, 10 mm dans le cendrier.
- La température des gaz dans la boîte à fumée (colonne 5) s'est tenue entre 250° et 350° ; elle a même été moindre lors des 5 premiers essais, faits à faible tirage. Ces températures modérées indiquent une bonne utilisation de la chaleur produite. La forte réduction du rendement de la chaudière (colonne 45), lorsque la quantité de houille brûlée dépasse 500 kg par mètre carré et par
- heure (colonne 6) tient donc principalement à une combustion incomplète. En d’autres termes, la surfaae de chauffe est suffisante pour le régime de combustion qu’il convient de ne pas dépasser.
- Il est remarquable que la température de la vapeur surchauffée (colonne 12) est supérieure à celle des gaz dans la boîte à fumée, sauf dans les essais à très fort tirage. Toutefois la température de la vapeur devrait être comparée à celle des gaz sortant des gros tubes, qui est plus élevée que celle des gaz des petits tubes. Dans les essais faits à Altoona sur la machine du type de 1912 (T), ces températures ont été mesurées : dans les gros tubes, elles dépassaient de 60° à 110° celles des petits tubes (2).
- Les calories utilisées par la chaudière sont calculées d’après les tables de la vapeur d’eau, absolument précises pour la vapeur saturée (colonne 13), moins bien fixées encore pour la vapeur
- (1) Ces essais ont été rapportés dans le Bulletin de l’association du Congrès international des chemins de fer, janvier 1914, p. 21. On trouvera également quelques détails sur ces machines dans la Revue générale des chemins de fer et des tramways, septembre 1911, p. 204, et juin 1914, p. 419. Nous signalerons en outre, sur les essais du laboratoire d’Altoona, un mémoire de M. Lawford H. Fry, « Combustion and heat balance in locomotives, based on experiments with the Pennsylvania railroad testing plant», dans les Proceedings of the Institution ofmecha-nical engineers, 1908, p. 269.
- (2) On s’explique cette différence par le faible coefficient de transmission des surchauffeurs, la surface de chauffe mouillée des gros tubes étant beaucoup moindre que celle des petits tubes par rapport à leurs sections et au débit des gaz.
- FRONT
- Fig. 10. — Tuyère d'échappement, avec souffleur annulaire.
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- surchauffée (colonne 14). La quantité de chaleur prise par le surchauffeur est presque toujours inférieure au dixième de la quantité totale prise par la chaudière.
- La quantité de houille brûlée a dépassé 500 kg par mètre carré de grille et par heure dans 8 essais. Avec une combustion aussi active, le rendement de la chaudière (rapport de la quantité de chaleur qu’elle utilise à la quantité de totale cahleur disponible dans le combustible) s’abaisse beaucoup (colonne 15); la colonne 11, poids d’eau vaporisée par kilogramme de combustible, met en évidence, sous une autre forme, le même fait.
- Cette réduction du rendement tient principalement à ce que la combustion devient incomplète : on trouve de l’oxyde de carbone dans la boîte à fumée (colonne 8), et l’entraînement d’escarbilles est excessif. Cet entraînement n’a pas été mesuré dans les expériences sur la machine de 1914. Mais dans les essais de la machine de 1912, les escarbilles avaient été recueillies dans une vaste chambre où débouchait la cheminée : leur poids a at-
- teint, aux vives allures, le 1/7e du poids chargé sur la grille.
- Dans l’analyse des gaz de la combustion (colonnes 7, 8, 9 et 10), il n’est pas Tome 127. — 1er semestre. — Mai-Juin 1917. .37
- Fig. 11. — Ensemble de la^suspension. (Échelle, emriron 1/60).
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- LOCOMOTIVES TYPE ATLANTIC.
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- tenu compte des hydrocarbures, dont on ne trouve en général que des traces. La houille employée dans les essais avait la composition suivante :
- Carbone fixe.................... 58,45
- Matières volatiles.............. 33,65
- Humidité......................... 1,54
- Cendres.......................... 6,36
- Total...........100,00
- Le pouvoir calorifique était de 7850 à houille après dessiccation.
- La pression dans la chaudière a
- Fig. 12. — Coupe du bandage des roues motrices.
- 79(50 calories par kilogramme de
- toujours été régulièrement maintenue au maximum (14,5 kg : cm2) ou très près de ce maximum. Les admissions nominales ont été de . 15, 25, 35 et 45 p. 100, le régulateur étant toujours ouvert en grand.
- Le passage dans le surchauffeur donne lieu à une chute de pression de un quart à trois quarts de kilogramme par centimètre carré.
- La température de l’eau d’alimentation était de 17° à 23°.
- Les diagrammes relevés sur les cylindres ne paraissent présenter rien de particulier. La valeur de chaque espace libre est de 10,4 p. 100 du volume théorique du cylindre.
- Les consommations de houille par cheval-heure indiqué (colonne 19) sont remarquablement faibles, sauf aux allures trop forcées de la combustion. La dépense de vapeur a varié de 7,2 à 9,5 kg par cheval-heure indiqué.
- Le maximum de la puissance indiquée a été de 2390 chevaux (1). Des essais ultérieurs ont atteint 2 500 chevaux.
- La colonne 22 donne le rendement de la machine obtenu en comparant la dépense effective de vapeur par cheval-heure indiqué à la dépense théorique d’une machine idéale fonctionnant suivant le cycle de Rankine entre les mêmes
- (I) Chevaux de 75 kiiogrammètres par seconde. Le horse‘pov:er vaut 1,014 cheval-vapeur.
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- limites dépréssion et de température. Ce rendement,de 70p. 100 en moyenne, est fort satisfaisant, même en admettant que quelques valeurs particulièrement élevées soient dues à des anomalies d’expérience.
- La température de la vapeur dans le conduit d’échappement, rapprochée de sa pression (colonnes 21 et 20), a souvent indiqué une certaine surchauffe : on peut en conclure que la surchauffe initiale, bien qu’en général modérée, était suffisante.
- Les nombres de tours par minute (colonne 16), 120, 160, 200, 240, 280, 320, 360, correspondent, d’après le diamètre des roues, à des vitesses de 45,60, 76, 91, 106, 121, 136 km à l’heure.
- La puissance à la jante des roues motrices est calculée en multipliant par la vitesse circonférentielle la traction mesurée par le dynamomètre auquel est attelée la locomotive : c’est la puissance effective de la locomotive, au contact du rail. Pendant les essais, elle est absorbée par les freins des galets de support ; c’est le réglage de ces freins qui permet d’obtenir la vitesse voulue.
- En service, la puissance développée au crochet d’attelage est moindre, car de l’effort à la jante se retranchent les résistances de la locomotive autres que celles du mécanisme.
- Sauf dans les essais à faible puissance, la puissance effective est généralement comprise entre 80 à 90 p. 400 de la puissance indiquée, et dépasse même 90 p. 100. Quelques rapports particulièrement élevés ou faibles peuvent être considérés comme douteux.
- A faible vitesse, l’effort de traction a atteint 14 t, effort qui correspond à une adhérence de 1/4,3.
- En résumé, ce type de machine est remarquable par ses dimensions, sa grande puissance et sa faible dépense de combustible et de vapeur. Cet exemple de la récente pratique américaine est intéressant ; plusieurs détails de construction nous ont paru dignes d’être signalés, et le compte rendu des essais fournit une série de données précises sur divers points du fonctionnement des locomotives.
- Le journal The Enyineer, dans son numéro du 8 juin 1917 (p. 509), donne [les résultats d’expériences compai’atives de locomotives Pacific de la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, les unes à simple expansion, les autres compound. La grande puissance et la très faible consommation de charbon et d’eau des locomotives compound sont extrêmement remarquables. Nous nous proposons de donner des détails à ce sujet, mais nous croyons devoir dès maintenant signaler cette note.
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- DES MOYENS RÉCENTS MIS A LA DISPOSITION DES INDUSTRIELS
- pour prouver la date de leurs créations
- PAR
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- M. A. T AILLEFER Membre du Conseil
- Nous croyons utile d’attirer l’attention des lecteurs du Bulletin de la Société d’Encouragement sur les moyens nouveaux, encore trop peu connus en raison des événements de la guerre, mis par le décret du 10 mai 1914, et les arrêtés du ministre du Commerce des 13 mars 1914 et 7 mai 1913, à la disposition des industriels, pour leur permettre d’établir la date de leurs créations.
- L’utilité pour les créateurs de la pensée, quels qu’ils soient, de pou voir, par un moyen simple et peu coûteux, prouver la date de leurs créations, n’a pas besoin d’être soulignée.
- Jusqu’à une date récente, les moyens employés à cet effet étaient le dépôt des plis cachetés dans les archives des Sociétés savantes ou chez les notaires; la transcription sur papier timbré de la description de la création et son enregistrement, ou encore le dépôt, comme dessin de fabrique, de cette même description. Ces divers moyens présentaient des inconvénients, entre autres celui de ne laisser aucune trace entre les mains de l’intéressé.
- Le vote de la loi du 14 juillet 1909 sur les dessins et modèles a permis à l’Association française pour la protection de la propriété industrielle (1) 4e proposer au gouvernement un système de preuves (enveloppes doubles système Soleau) qui parait devoir donner satisfaction, et dont la généralisation
- (1) L’Association française fondée en 1899 s’occupe de l’étude des questions intéressant la propriété industrielle tant en France qu’à l’étranger, des perfectionnements à apporter aux lois françaises, relatives à cette propriété, ainsi qu’aux conventions internationales. Son Président est actuellement M. Jouanny, président du Comité central des Chambres syndicales, membre secrétaire de la Chambre de commerce de Paris, et son secrétaire général M. André Taillefer, ancien élève de l’École polytechnique, avocat à la Cour de Paris.
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- MOYENS DES INDUSTRIELS POUR PROUVER LA DATE DE LEURS CRÉATIONS. 565
- peut avoir dans l’avenir une répercussion profonde sur les lois régissant la propriété industrielle.
- La loi du 14 juillet 4909, dans son article 4, spécifie que des décrets spéciaux à certaines industries pourront prescrire les mesures nécessaires pour permettre aux industriels de faire constater leur priorité d'emploi d’un dessin ou modèle.
- En exécution de cette disposition, un décret est intervenu pour déterminer dans quelles conditions, dans certaines industries, la priorité d'emploi d'un modèle ou dessin pouvait être constatée par la tenue de registres privés soumis à l’estampille administrative (Décret du 10 mars 1914).
- Le ministre du Commerce a toutefois pensé, d’accord avec la Commission technique de l’Office national, qui avait été saisie de cette idée par l’Association française, que le moyen de preuve résultant de la tenue des livres et registres précités, pourrait utilement être complété par l’organisation, à l’Office national de la Propriété industrielle, d’un service de gardiennage de plis cachetés.
- L’article 5 du décret du 10 mars prévoit à cet effet la possibilité pour les intéressés d’établir, en deux exemplaires identiques, les dessins pour lesquels ils désirent s'assurer la date de priorité de création, et d’adresser ces deux exemplaires à l’Office national de la propriété industrielle qui, après inscription et perforation de la date d’arrivée, retourne l’un d’eux à l’envoyeur, et place l’autre dans ses archives.
- L’arrêté ministériel du 13 mars 1914 a déterminé d’une manière détaillée, et précise les conditions d’envoi, de gardiennage et de restitution des dessins.
- En réalité, c’est un mode spécial de preuve qu’organisent l’article 5 du décret du 10 mars et l’arrêté du 13 du même mois, mode de preuve qui se suffit à lui-même, et qui, bien qu'institué en faveur des dessins, s’applique nécessairement à toutes les créations susceptibles d’être décrites ou représentées.
- Le document dont la date doit être prouvée est établi en deux exemplaires identiques. Chacun des exemplaires est placé dans un des compartiments d’une enveloppe double spéciale (1), d'un modèle imaginé par M. Soleau, président honoraire de l’Association française pour la protection de la propriété industrielle, et de la réunion des fabricants de bronzes. L’enveloppe double dûment affranchie, en suivant les indications qui y sont mentionnées, est envoyée au
- (1) L’Office national de la Propriété industrielle, au Conservatoire des Arts et Métiers, tient à la disposition du public, à un prix minime des enveloppes doubles à deut formais différents.
- Ces enveloppes sont vendues par unités ou par cent,
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- DATE DES CRÉATIONS INDUSTRIELLES.
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- directeur de l’Office national de la propriété industrielle. En même temps, l’expéditeur adresse au Directeur de l’Office, par mandat-lettre, le montant delà taxe requise pour l’enregistrement et le gardiennage qui est fixée, par l’article 7 de l’arrêté, à 2 f par enveloppe.
- L’enveloppe, à son arrivée à l’Office, est perforée mécaniquement au numéro et à la date d’enregistrement à l’aide d’une machine spéciale (1).
- Les numéro et date d’enregistrement sont également reproduits sur l’enveloppe avec la signature du préposé au service.
- Les deux compartiments de l’enveloppe sont alors séparés par l’Office qui en conserve un et retourne l’autre à l’envoyeur, sous pli recommandé, pour lui servir de titre, concurremment avec le duplicata demeuré à l’Office et classé dans ses archives pour une durée de cinq ans.
- Avant l’expiration du délai de cinq ans, Fintéressé peut requérir la prolongation du gardiennage pour une nouvelle période de cinq ans, en envoyant par mandat-lettre une nouvelle taxe de 2 f. Si la prolongation n’est pas régulièrement requise, le duplicata de l’enveloppe doit être remis au déposant ou à ses ayants-droit sur demande et contre décharge, faute de quoi il sera détruit.
- En cas de contestation judiciaire, si la production de l’exemplaire conservé à l’Office est requise par le président du Tribunal saisi de l’Instance, il peut être adressé par la poste au Tribunal sous pli recommandé, aux risques et périls et aux frais du déposant qui doit au préalable consigner à l’Office les frais de cet envoi. En aucun cas, l’exemplaire ainsi communiqué, ne peut plus être réintégré dans les archives de l’Office.
- Pour assurer une perforation facile, sans détérioration de la machine, l’enveloppe remplie ne doit pas avoir une épaisseur supérieure à 3 millimètres ; elle ne doit contenir aucune partie dure ou métallique.
- Au moment où la guerre est survenue, l’Association française pour la protection de la propriété industrielle se préoccupait de faire accepter par les pavs étrangers le dépôt des plis cachetés avec gardiennage par le bureau de la propriété industrielle à Berne. Le système exposé dans diverses réunions industrielles ou scientifiques, en Allemagne, en Angleterre, en Belgique, avait été très favorablement accueilli.
- Malgré les événements, la question du développement international du système des enveloppes n’a pas été complètement abandonné, et l’Office national a
- (1) La machine en fonctionnement à l’Office a été offerte par l’Association française pour la protection de la propriété industrielle avec le concours d’un certain nombre de syndicats et groupements plus spécialement intéressés à l’entrée en fonctionnement de ce nouveau
- service.
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- MOYENS DES INDUSTRIELS POUR PROUVER LA DATE DE LEURS CRÉATIONS. 567
- obtenu du Bureau de la propriété industrielle à Berne que celui-ci, avec l’autorisation du Gouvernement suisse, se charge, à titre d'essai, sur la demande de l’envoyeur, de conserver dans ses archives le duplicata qui est normalement gardé par l’Office national de la propriété industrielle.
- Un arrêté du 7 mai 1915 est venu consacrer ce système et poser les règles de son fonctionnement ; la taxe de gardiennage est, dans ce cas, de 3 f au lieu de 2 f.
- Tel qu’il est organisé le système des plis cachetés est susceptible de permettre au savant, au littérateur, à l’artiste, au créateur de la pensée, quel qu’il soit, de prouver la date d’une création, A l’industriel ou à l’inventeur, il fournit le moyen d’établir sa possession personnelle dans le cas où ayant fait une invention, il aurait, pour un motif quelconque, jugé préférable de ne pas la faire breveter et où cette meme invention ferait ultérieurement l’objet d’un brevet pris par un tiers. A l’industriel et à l’artiste obligés de se défendre contre la contrefaçon d’un dessin ou modèle, protégeable par la loi de 1793 sur la propriété littéraire et artistique, il permet de prouver, ce que la loi l’oblige à faire, la nature de sa création et la date à laquelle il l’a réalisée.
- Il importe toutefois de ne pas perdre de vue que le dépôt des plis cachetés ne saurait équivaloir à la prise d’un brevet (loi de 1824), au dépôt d’une marque (loi de 1855) ou au dépôt d’un modèle (loi du 14 avril 1909), lorsque l’on désire se réserver de pouvoir recourir à la protection de ces lois spéciales.
- Il serait des plus intéressant pour nos industries d’art que nos producteurs dans les pays alliés soient partout affranchis de l’obligation de recourir, pour se protéger, à des formalités ou à des dépôts attributifs de propriété, et puissent se prévaloir, comme en France actuellement, des lois générales sur la propriété artistique. Le système des enveloppes, s'il était adopté internationalement, paraîtrait susceptible d’aider à atteindre ce résultat. Avec un mode de preuve aussi simple et en même temps aussi sûr, les formalités attributives de propriété n’ont plus en effet de raison d’être, et elles devraient nécessairement disparaître des législations internes dans un délai rapproché.
- A. Taillefer.
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- NOTES DE CHIMIE
- par M. Jules Garçon bibliothécaire.
- A TRAVERS SCIENCES ET INDUSTRIES CHIMIQUES
- Sur la préparation de l’acide acétique et de l’alcool éthylique à partir de l’acétylène (1).
- Tout le monde sait comment on prépare l’acétylène. Faut-il rappeler qu’il suffit pour cela de traiter par l’eau un carbure alcalin ou alcalinoterreux, soit le carbure de calcium que l’on obtient en chauffant, dans un four électrique, du coke et du calcaire, conformément aux travaux de deux français, Moissan et Bullier.
- La réaction est représentée par l’équation :
- CaC2 + 2H20 = C2H2 + Ca(OIJj2
- Carbure de calcium -j- Eau = Acétylène -j- Hydrate de calcium.
- L’acétylène sert surtout pour l’éclairage. On l’utilise encore pour le chauffage, pour préparer certains produits, entre autres le noir d’acétylène, pour carburer le fer.
- *
- * *
- Parmi les nombreuses propriétés de l’acétylène, il en est une qui mérite une attention particulière, c’est celle de pouvoir se transformer en aldéhyde acétique, lequel peut mener à l’acide acétique et même à l’alcool ordinaire.
- Afin de mieux suivre ces transformations, nous donnons les formules des composés mis en cause.
- / Méthane CIP; ou hydrure de méthyle H.CH3.
- Carbures. . j Éthylène CMP; ou hydrure d’acétylène IP.CM! a.
- ( Acétylène [ Alcool méfhylique CMP.
- ) ou alcool de bois Alcools. . . < . , . .,, j Alcool ethylique ou CIPO ; ou hydrate de méthyle on.cip.
- [ alcool ordinaire CMPO; ou hydrate d’éthyle OH.C2H \
- .,, , . 1 Aldéhvde formique Aldéhydes . 1 , ,. J ( Aldéhyde ordinaire CO fl 2; CMPO ; ou hydrure de formyle ou hydrure d’acétyle H.COH. H.C‘2H30.
- ., ( Acide formique «cA. 01H O ^ • » • a i • | ^ • ( Acide aceticjue CIPO2 ; CMPO 2'; ou hydrate de formyle ou hydrate d’acétyle OH.COU. OH.CMPO.
- Anhydrides. Anhydride acétique CMPO3 ; ou oxyde d’acétyle 0 CMPO)2
- (1) Consulter sur ces questions :
- 1° Les nombreux brevets qui ont été pris au c airs des dernières années ; 2° Les pages 271 à 275 de I Animal Report on the progress of applied chemislrg, qui vient d'être publié par la Society of Chemical Industry de Londres ; 3° Un article de W. O. Herrmann sur les Progrès de l’électrochimie, publié dans Chemiker-Zeitung du 19 novembre 1916; 4° Une note parue dans La Nature du 9 juin 1917.
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- PRÉPARATION DE l’ACIDE ACÉTIQUE ET DE l’âLCOOL ÉTHYLIQUE.
- 569
- Si l’on considère les aldéhydes comme des hydrures de radicaux acides, l’aldéhyde ordinaire C2H3O.H est l’hydrure du radical acétyle ; l’acide acétique est l’hydrate du même radical C2H3O.OH.
- L’on voit les relations qui existent entre l’aldéhyde ordinaire, l’alcool éthylique et 1 acide acétique, lesquels ne diffèrent de l’aldéhyde: l’alcool que par deux atomes d’hydrogène en plus, et l’acide acétique que par un atome d’oxygène en plus.
- Aldéhyde C2H40. Alcool C2H60. Acide acétique C2H402.
- *
- * *
- Nous allons étudier successivement chacune de ces transformations.
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- I. — Transformation de Vacétylène en aldéhyde acétique.
- C2H2 +H20= CH3.COH.
- Acétylène + Eau ’= Aldéhyde acétique ou acétaldéhyrde.
- Il est facile de transformer l’acétylène C2H2 en aldéhyde ordinaire C2H40 ; car cela revient à faire absorbera l’acétylène une molécule d’eau H20 : CaH2 + H20 =C2H40 ; et pour cela, il suffit de faire passer l’acétylène gazeux, convenablement épuré par la soude caustique et les sels de fer, dans une dissolution d’un sel mercurique approprié, soit le sulfate ou le bichlorure.
- Le sel mercurique se combine avec l’acétylène, pour donner un acétaldéhyde mercurique (et non un acétylure). Dans le cas où l’on s’est servi de chlorure, on obtient, d’après Hofmann,'un trichloromercuri-acétaldéhyde, de formule (ClHg)3 : C.COH + HCl. Si l’on soumet ce composé à l’ébullitiôn dans de l’eau acidulée, il se décompose en donnant de l’aldéhyde ordinaire CH3COH et en reconstituant le sel mercurique générateur HgCl2, d’après l’équation :
- (ClHg)3 : C.COH + 3HC1 = CH3.COH + 3(HgCl2).
- L’on voit que, théoriquement, chaque molécule d’acétylène donne une molécule d’aldéhyde, et le sel mercurique régénéré peut rentrer en réaction et absorber une nouvelle quantité d’acétylène.
- Ainsi, la transformation d’acétylène en aldéhyde acétique est facile, théoriquement; elle est connue depuis longtemps. En pratique, elle ne présente pas de difficultés extraordinaires. Le récipient dans lequel la réaction s’opère doit être relié à un condenseur refroidi à 0° ; pour cela, il suffit d’utiliser la saumure d’une machine à froid. Les vapeurs de l’aldéhyde sont conduites d’abord dans une colonne distillatoire à double enveloppe maintenue à 25° ; et après s’être dépouillées de toute vapeur d’eau dans le condenseur, elles vont se liquéfier.
- De nombreux brevets ont été pris pour utiliser cette réaction ; ils diffèrent entre eux par le choix de l’acide, son degré de concentration, la température à laquelle ils effectuent l’hydratation, le modus operandi pour extraire l’adéhvde formé (Griesheim-EleJitron, br. français 425 057 de 1911).
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- NOTES DE CHIMIE. ----- MAI-JUIN 1917.
- La solution acide peut être de l’acide sulfurique à 45 p. 100, de l’acide chlorhydrique, de l’acide phosphorique à 25 p. 100. On a intérêt à se servir d’acides pas trop concentrés, afin d’éviter la production de composés plus élevés. La température peut être 70°, ou au-dessous jusqu’à la température ordinaire. Le rendement le meilleur s’obtiendrait avec de l’acide sulfurique peu concentré (par exemple, 60 g par litre), et une température de 60° à 70° (Consortium fur electrochemische Industrie, br. fr. 455 370 de 1913).
- L’on augmente la vitesse d’hydratation de l’acétylène si l’on emploie comme solution acide des acides sulfoniques, par exemple l’acide ortho-chlorophénolmono-sulfonique [F, Bayer, br. fiv 469 497 de 1914). On l’augmente aussi en opérant la réaction dans une solution d’acide acétique glacial, ou de diacétate d’éthylène entre 80° et 95° (Consortium, br. anglais 5132 de 1915).
- Pour isoler l’aldéhyde formé, on peut interrompre la réaction par périodes et séparer l’aldéhyde par distillation, ou le précipiter par le sulfate de sodium. On peut recourir à un dissolvant de l’aldéhyde (/V. Grünstein, br. allemands 250 356, 253 707 de 1910, et 253 708 de 1911), tel le naphte. On peut aussi opérera une température assez élevée pour que l’aldéhyde formé distille aussitôt (Consortium, br. fr. 460 553 de 1913); ou en présence d’un excès d’acétylène dont le courant entraîne l’aldéhyde formé [Griesheim-Elektron, br. fr. 474 246 de 1914).
- La réduction des sels mercuriques en mercure doit être empêchée (Griesheirn-Elektron, br. fr. 474 246 de,1914). On y arrive par l’emploi d’un sel ferrique ou d’acide chromique (Farbwerke de Hoechst, br. am. 1 151 528 et 4 loi 929 de 1915). On peut récupérer le mercure [Griesheirn-E lektron, br. anglais 10 140 de 1915).
- Enfin, la réaction peut s’opérer en simples poteries, sans craindre de les briser, si l’on a soin de ménager le courant dé gaz acétylène de façon à équilibrer entre elles les quantités de chaleur produites par la combinaison et celles absorbées par l’eau Consortium, br. anglais 16 957 de 1914).
- II. — 7 Vansformation de l’aldéhyde acétique en acide acétique. GIP.COI 1+ O = CHs.COOIL
- Acétaldéhyde + Oxygène — Acide acétique.
- La transformation de l’aldéhyde ordinaire en acide acétique est encore plus aisée. Il suffit d’une oxydation, et presque toutes les méthodes d’oxydation sont utilisables, que l’on se serve de l’ozone, de l’acide chromique, d’un bichromate, d’un permanganate, etc. La réaction est très simple; elle se fait suivant l’équation ci-desssus.
- Cette transformation de l’acétaldéhyde en acide acétique se fait aisément par l’action d’un courant d’air vers 80°-100°. On peut utiliser un catalyseur (Griesheirn E lektron, br, anglais 17 424 de 1911), ou une petite quantité d’un sel de manganèse, soit deux parties d’acétate de manganèse pour 300 d’aldéhyde [Consortium, br. fr. 460 971 de 1913).
- Les premiers brevets conseillaient de dissoudre l’aldéhyde dans l’acide acétique glacial ou dans un dérivé chloré de l’acide acétique, acide mono, bi ou trichloroacé-tique. On soumettait cette dissolution à un courant d’air ou d’oxygène chauffé entre
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- 70° et 100°; la transformation s’effectue rapidement. Mais on peut transformer directement, sans recourir à une dissolution, l’aldéhyde en acide acétique, en opérant sur une quantité limitée et en ajoutant successivement de nouvelles doses d’alhéhyde au fur et à mesure que les précédentes se trouvent transformées en acides.
- La transformation de l’aldéhyde éthylique ouhydrure d’acétyle en chlorure d’acétyle est également aisée. Il suffit, suivant la méthode connue de Wurtz, de traiter l’aldéhyde, ou plus simplement le sel mercurique-acétaldéhyde, par un courant de chlore gazeux, bien desséché et refroidi.
- La réaction se fait suivant l’équation :
- CH3.COH + 2C1 = CHLCOCl + 2HC1.
- Aldéhyde + Chlore — Chlorure d’acétyle + Acide chlorhydrique.
- Le chlorure d’acétyle à son tour, en agissant sur de l’acide acétique ou un acétate sec, permet de produire aisément de l’acide acétique anhydre ou anhydride acétique, selon l’équation :
- CHLCOOH + CHCCOCl = (CH3C0)20 + HCl.
- Acide acétique + Chlorure d’acétyle = Anhydride acétique -f- Acide chlorhydrique.
- III. — Transformation de Vacétylène en acide acétique. G2H2 + H20 + O = GHLCOOH.
- Acide acétique + Eau + Oxygène *= Acide acétique.
- L’acétylène peut être transformé directement en acide acétique, sans passer par la phase intermédiaire de l’aldéhyde. Cette transformation directe de l’acétylène en acide acétique peut s’effectuer de plusieurs manières, principalement en faisant agir une solution, ou d’eau oxygénée ou une solution d’acide persulfurique, ou l’oxygène humide ou l’oxydation électrolytique {Fr. Bayer, br. fr. 467 515 et 467 778 de 1914) en présence d’un composé mercurique. La réaction s’opère en solution acétique, ordinaire ou glacial (Griesheim-Elektron, br. fr. 473 158 de 1914).
- IV. — 77 m,nsformation de l'acétylène en anhydride acétique. C2H2 -f- 2 CIP.COOH = 0(CH3.C0)2 + CH3.C0H.
- Acétylène + Acide acétique = Anhydride acétique + Acétaldéhyde.
- Si l’on traite un mélange d’acétylène et d’acide acétique en présence d’un sel mercurique, on obtient un mélange d’anhydride acétique et de diacétate d’éthylidène (isomère de l’acétaldéhyde), que l’on sépare par distillation {G. Boileau, br. fr. 474 828 de 1913 et 475853 de 1914).
- En faisant passer les vapeurs du diacétate d’éthylidène sur de la pierre ponce chauffée à 20ü°-300°, lee produits de la condensation renferment : aldéhyde acétique 25,3 ; acide acétique 17,1 ; anhydride acétique 19 ; diacétate d’éthylidène échappant à la décomposition 7 (Bosnische Elektricitats A. G., br. anglais 23 190 de 1914).
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- Y. — Transformation de l'aldéhyde acétique en acétate d'éthyle et en alcool éthylique :
- 2 CH3.COH = CH3.COOC2H\
- Aldéhyde acétique == Acétate d'éthyle.
- Enfin, la transformation de l’acétaldéhyde en acétate d’éthyle s’opère, quantitativement, en faisant agir sur l’aldéhyde de petites quantités d’alkyloxyde ou éthylate d’aluminium, en présence d’un catalyseur tel que chlorure d’aluminium. (Consortium, br.' anglais 26 825 et 26 826.) Comme catalyseur, on emploie aussi l’éthylate d’aluminium. (Consortium, br. allemands 277 111 et 286 182 de 1914, disons de préférence dans l’acétate d'éthyle (Consortium, br. allemands, 277 187 et 277 188 de 1913, 277 111 et 285 990 de 1914).
- On peut aussi utiliser Féthoxyde d’aluminium en présence d’un solvant bouillant à température élevée, tel que le nitrohenzène ou le xylène, entre 0°-15°; le rendement atteint, dans ce procédé, 86 p. 100 du rendement théorique {Farbwerke de Hœchst, br. anglais 1288 de 1915). L’éthoxyde d’aluminium se prépare enfaisant agir de l’alcool anhydre sur l’aluminium en présence d’une petite quantité de chlorure mercurique (Farbwerke de Hœchst, br. allemands 286 596 de 1913 et 289 157 de 1914).
- En soumettant l’acétate d’éthyle à l’hydrololyse, on obtient l’alcool éthylique.
- La synthèse de l’alcool éthylique a été réalisée depuis longtemps en partant soit de l’éthylène, soit du chlorure d’éthyle.
- L’éthylène C2H4 s’obtient par déshydratation de l’alcool G2II°0 au moyen d’acide sulfurique concentré. Inversement, l’alcool doit pouvoir être reconstitué par l’union de l’éthylène et de l’eau. Ce fait a été reconnu dès 1828 par Hennell, au cours d’études sur l’acide sulfovinique ou acide éthylsulfurique, obtenu par combinaison de l’acide sulfurique et de l’élhylène, déjà décrit par Faraday en 1825 et étudié parHennnell en 1826. Hennell constata que l’éther éthylsulfurique se dédouble en alcool et en acide sulfurique, lorsqu’on le chauffe avec de l’eau. M. Berthelot, en 1855, alors qu’il était préparateur au Collège de France, donna à ces faits toute leur importance et étudia le premier d’une façon complète la synthèse de l’alcool à partir de l’éthvlène. Il indiqua plusieurs méthodes, entre autres, .celle très ingénieuse à l’éther iodhydrique. Plus tard, la synthèse de l’éthylène à partir de l’acétylène, par simple hydrogénation de l’acétylène, et celle, non moins remarquable aussi, de l’acétylène à partir des éléments C et H, par simple combinaison, que Berthelot découvrit toutes deux, a permis de réaliser la synthèse totale de l’alcool. « Ces résultats, disait déjà Berthelot dès 1855, conduisent à produire expérimentalement l’alcool, sans faire intervenir les fermentations, au moyen du gaz d’éclairage. » Un procédé industriel fondé sur l’emploi des gaz de hauts fourneaux, et dont on a beaucoup parlé ces dernières années, n’a pas réussi. Un autre procédé industriel, fondé sur l’emploi des gaz des fours à coke qui renferment de notables quantités d’éthylène, a été étudié par P. Fritzche (Chemische Industrie, 1897 et 1898); les conditions de cette utilisation à la préparation de l’alcool sont que le gaz éthylène existe dans la proportion d’environ
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- 1 p. 100 en volume dans les gaz dépouillés auparavant de leur benzène, que l’éthylène est facilement et rapidement absorbé par l’acide sulfurique concentré dans des appareils cylindriques à arbre horizontal analogues à ceux utilisés pour fabriquer les eaux gazeuses, que cette absorption est facilitée par la 'pression, et que si le mélange éthylsulfonique renferme 50 p. 100 d’eau, on peut en retirer par distillation presque toute la quantité d’alcool qu’il contient.
- Donc, l’éthylène C2H4, agité avec de l’acide sulfurique S04H2, donne l’acide éthylsulfurique S04HC2H3 qui, distillé avec de l’eau, donne l’alcool éthylique OH.C2H5 et régénère l’acide.
- L’éthylène donne aussi l’acide éthylchlorhydrique ou chlorure d’éthyle C1C2H3 qui, traité par l’acétate de potassium, fournit de l’acétate d’éthyle C2H302.C2H3. Cet acétate, hydrolysé par la potasse, fournit l’alcool OH.C2H3.
- L’éthylène, traité par l’acide hypochloreux, donne l’éther monochlorhydrique du glycol C2H4C1.0H.
- C2H4 + CIOH = CH2 Cl - CH2.OH
- Cette monochlordydrine du glycol, lorsqu’eüe est traitée par un hydrate métallique, fournit le glycol C2H4(OH)2, que l’on nitre 'aisément, et le'glycol nitré C2H4 (NO3)2 serait largement utilisé en ce moment par les Allemands, comme explosif. Mais si l’on réduit cette monochlorhydrine, c’est l’alcool éthylique que l’on obtient C2H4 (H.OH).
- Ainsi, on peut passer de l’acétylène à l’alcool par l’intermédiaire de l’éthylène, suivant trois méthodes bien connues, et l’on obtient facilement l’éthylène en hydrogé-nant l’acétylène en présence d’nn catalyseur.
- Mais on peut aussi passer de l’acétylène à l’alcool éthylique par l’intermédiaire de l’acide acétique, dont nous venons de voir la formation facile lorsqu’on fait passer un courant d’acétylène dans un acide étendu en présence d’un sel de mercure. Lorsqu’on a l’aldéhyde, il suflit de l’hydrogéner, pour avoir l’alcool (Wurtz) ; on y arrive aisément en faisant passer à 1-40° un mélange d’hydrogène et de vapeurs d’aldéhyde acétique sur un catalyseur, tel le nickel divisé.
- Enfin, l’on peut transformer aisément l’aldéhyde acétique en acétate d’éthyle, et lorsqu’on a celui-ci, l’hydrolyser par la potasse pour arriver à l’alcool.
- L'on doit dire hautement que la science est redevable, pour la plus grande partie des progrès réalisés en ce qui concerne les méthodes d'hydrogénation des composés organiques, à deux Français : l'illustre M. Berthelot, et un lauréat du prix Nobel, M. P. Sabatier.
- Sur ces transformations de l’acétylène, voici quelques 'extraits de l’article d’HERRMANN sur les progrès de l’électrochimie en 1913, 1914 et 1915, reproduits d’après L'Industrie chimique d’avril 1917 avec quelques additions.
- D’après les brevets de Grünsteia en communauté avec la Griesheim-Elektron (br. allemand 2o03o6) et le Consortium fur Elektrochemische Industrie (br. américain1 1 096 667), la synthèse de l’aldéhyde acétique peut se faire avec des rendements presque quantitatifs. La
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- transformation de l’aldéhyde acétique en acide acétique peut se faire par l’oxydation électro-lytique. Le Consortium (br. allemand 274032) propose une cellule sans diaphragme avec cathode de graphite et anode de platine, l’intensité du courant étant de 40 ampères par dm2. Comme électrolyte, on emploie de l'acide sulfurique dilué avec une teneur supérieure à 2 p. 100 d’aldéhyde, qui est remplacé au fur et à mesure de sa transformation. Les Farben-fabriken Bayer (br. français 467 778) introduisent directement l’acétylène dans l’espace anodique contenant de l’acide sulfurique sans addition d'oxyde de mercure; le liquide cathodique est aussi de l’acide sulfurique; il doit se former intermédiairement de l’aldéhyde acétique qui est ensuite oxydé. Grünstein et la Griesheim (br. allemand 261589) oxydent l’aldéhyde avec de l’oxygène ou de l’air en présence de vanadium, d'uranium ou d’oxyde de fer et ajoutent de plus, au commencement, de l’acide acétique ou ses dérivés chlorés à l’aldéhyde acétique. Le Consortium emploie des sels de manganèse (br. français 460 971). Behrens (br. allemand 287 360) prétend avoir une marche régulière de l’oxydation par l’emploi de l’aldéhyde en solution diluée aqueuse. Les Farbwerke de Hoechst (br. allemand 286400) font l’oxydationde l’aldéhyde sous pression. Les Farbenfabriken Bayer évitent l'isolement de l’aldéhyde (br. français 467 515) en introduisant l’acétylène dans un mélange d’acide sulfurique étendu d’eau oxygénée ou de persulfates en présence d’oxyde de mercure.
- Le Consortium für elektrochemische Industrie (br. allemands 277111,277 187, 277188) prépare l’éther acétique à partir de l’aldéhyde acétique, en prenant l’éthylate d’aluminium comme catalyseur. Pour avoir un rendement quantitatif, il faut opérer en présence de certains corps comme des combinaisons halogénées, des hydroxydes (br. allemands 285 990, 286 812). D’après un autre procédé du Consortium (br. allemand 269 996), en opérant avec de petites quantités de catalyseurs secs, on obtient l’aldol CFF-CHOH-CH2-CIIO; qui est obtenu aussi dans le brevet Dupont de Nemours (br. suisses 64 932, 65133) et dans le brevet de la Hood Rubber Company (br. américain 1 094314). Cet aldol serait employé pour gélatiniser la nitro-cellulose (br. suisse 6 313 et 64137); mais il sert surtout pour fabriquer le butadiène ou érythrène (Farbenf. Bayer, br. anglais 940 de 1913), c’est-à-dire pour la synthèse du caoutchouc. Heinemann (lrr. autrichien 44 767) obtient de l’isoprène en partant d’un mélange d’acétylène, d’éthylène et de chlorure de méthyle. On obtient également du propylène (br. français 458 397) en traitant un mélange d’acétylène et de formène par des métaux catalyseurs. A. J. Ostromysslenski(br. allemands 264123 et266 402; br. danois 16 521) part de l’acétylène pour obtenir l’éthylène monochloré ou chlorure de vinyle et arriver au caoutchouc de butadiène. Griesheim (br. suisse 66 505) produit l’éthylène monochloré en faisant agir des composés mercuriques à chaud sur un mélange d’acétylène et d’acide chlorhydrique. La transformation de l’acétylène en étylène a donné lieu à un travail de G. Paal et A. Schwartz (Berichte, 1915, t. 48, p. 994), à un brevet de W. Traube (br. allemand 287 565; Cf Berichte, 1916, p. 1692). Citons encore la formation, à partir de l’acétylène, des éthers du glycol C2Hi.02H2 yt de l’alcool vinylique C2HkOH (Griesheim, br. allemand 271381 ; br. français 461223); les premiers servent en combinaison avec les éthers de la cellulose (br. allemand 281 373) et les seconds comme succédanés du celluloïd (br. allemand 281 887). Le sulfoglycol obtenu à partir de l’acétylène, puis traité par l’acide azotique, donne du glycol nitré (Jolicard, br. fr. 456 456), substitut de la (nitroglycérine. Enfin, l’action de l’ammoniaque sur l'acétaldéhyde peut fournir de la pyridine (Tschitschibarin).
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- Voici des extraits de quelques brevets cités plus haut, pris sur ces transformations :
- Nous donnons les textes sans faire aucune réflexion sur leur valeur eu égard à la propriété industrielle, mais nos lecteurs sauront bien d’eux-mêmes apprécier que nombre des points signalés dans tel et tel brevet étaient entièrement connus et ne constituent que des répétitions de connaissances antérieures.
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- L’un des premiers brevets est celui du Consortium fur elektrochemische Industrie (brevet français n° 455370 du 22 février 1913), pour un procédé de préparation de l’aldéhyde acétique à partir de l’acétylène. Cette formation par action de l’acétylène sur une solution d’oxyde de mercure dans l’acide sulfurique concentré est connue, dit le brevet, mais elle présente l’inconvénient qu’une partie importante de l’aldéhyde acétique obtenu est transformée en produits de condensation (aldol, aldéhyde crotonique-et autres), par suite de la concentration élevée de l’acide considérée comme indispensable.
- Le nouveau procédé consiste à produire l’absorption de l’acétylène et sa transformation en aldéhyde acétique en présence d’oxyde de mercure et d’acide sulfurique, en réduisant la teneur en acide sulfurique, et en maintenant une température supérieure à la température de distillation de l’aldéhyde acétique.
- Dans un brevet ultérieur (br. français n° 460553 du 21 juillet 1913), la même maison remarque qu’en employant de l’acétylène pur, il se produit, au bout d’un certain temps, un ralentissement de la vitesse de réaction, même quand tout l’air a été chassé du récipient de réaction. Il a été démontré, depuis, que ce phénomène était dû à une accumulation de vapeur d’aldéhyde dans le gaz contenu dans le récipient. Le nouveau procédé consiste, en principe, à faire passer continuellement uïi excès d’acétylène à travers l’appareil de réaction.
- Pour produire ensuite l’acide acétique en oxydant l’aldéhyde acétique, le Consortium fïir elektrochemische Industrie (brevet français n° 460971 du 25 juillet 1913) remarque que dans les conditions ordinaires, la réaction entre l’aldéhyde acétique et l’oxygène se poursuit très lentement, de sorte qu’elle considère comme impossible la préparation industrielle de l’acide acétique par la simple mise 'en contact d’oxygène et d’aldéhyde acétique sans mesures spéciales. Pour faire réussir cette réaction, on a déjà préconisé l’emploi de l’oxygène sous pression, mais ce procédé présente, non seulement des difficultés d’exécution considérables, mais aussi de grands dangers d’explosion.
- La présente invention a pour objet un procédé qui évite ces inconvénients et qui réaüse la transformation de l’aldéhyde acétique en acide acétique, par l’emploi d’oxygène, même sans pression, à la température ordinaire, grâce à ce que l’on ajoute à l’aldéhyde de faibles quantités de composés de manganèse agissant comme catalyseurs; l’opération se poursuit alors d’une manière absolument nette.
- Dans son brevet, pdur un procédé de fabrication de l’aldéhyde acétique et de ses produits de condensation et de polymérisation par l’acétylène (br. français n° 425 057 du 20 janvier 1911), la Chemische Fabrik Griesheim-Elektron, dit que Erdmann et Kôthner ont montré (Journal de chimie inorganique, t. 18, 1898, p. 56) que l’on peut obtenir de l’aldéhyde acétique en faisant passer de l’acétylène dans une liqueur bouillante contenant de l’acide sulfurique à 45 p. 100 environ et de l’oxyde mercu-rique. D’après ces documents, le rendement de l’opération est de 5 p. 100 environ ; une partie de l’acétylène n’est pas absorbée et, toujours d’après ces documents, peut être recueillie à nouveau.
- Suivant ce procédé, l’absorption de l’acétylène, lors de son passage dans la liqueur bouillante outrés chaude d’acide sulfurique à 45 p. 100 et d’oxyde mercürique ne se fait que lentement; de plus, et c’est là un des désavantages du procédé, une
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- grande partie de l’acétylène introduit est perdue pour la réaction que l’on cherche à obtenir. En effet, il se forme, surtout dans la solution très chaude d’acide sulfurique à 45 p. 100, des produits de condensation plus élevés avec résinification partielle. La solution devient alors plus foncée.
- On a découvert qu’on pouvait obtenir un bon rendement en faisant passer de l’acétylène dans une liqueur d’acide sulfurique à 45 p. 100 et d’oxyde mercurique portée à une température plus basse, et de préférence en opérant sous pression. L’absorption se produit alors beaucoup plus rapidement ; la solution se colore seulement faiblement en jaune et il se forme un produit simple ayec un rendement bien meilleur.
- On a trouvé encore que l’on pouvait produire l’acide acétique, en partant de l’acétylène, à n’importe quelle température, aussi bien à haute température qu’à basse température, en opérant la dissolution des sels de mercure dans de l’acide sulfurique à moins de 45 p. 100, ou dans de l’acide phosphorique à moins de 25 p. 100, ou dans tout autre acide inorganique et organique ( par exemple, l’acide acétique ou l’acide monochloracétique, etc.), comme dans des mélanges de ces acides. On a découvert enfin que la bonne marche de la réaction dépend de la force de l’acide, de la concentration de cet acide et des températures auxquelles il est utilisé; ainsi, pour chaque degré de concentration d’un acide déterminé, on doit appliquer des limites de tempé-ture absolument fixes.
- D’après les résultats des recherches cités dans ce brevet français n° 425 057, on admettait que, pour exécuter avec succès le procédé, il était nécessaire d’établir une certaine relation de dépendance entre la concentration de l’acide et la température de travail, en sorte que, lorsqu’on élevait la concentration de l’acide, il était nécessaire d’élever la température de façon correspondante. Dans un brevet ultérieur, les Che-mische Fabrik Gricsheim-Eleklron disent (br. français n° 474 246 du 29 juin 1914) que même si l’on travaille avec des acides concentrés et â haute température, il est possible de préparer l’aldéhyde acétique d’une ^façon remarquable et d’économiser en même temps des quantités importantes de sels de mercure, à la condition d’introduire l’acétylène d’une façon continue et en excès à travers les appareils chargés d’acides concentrés et de maintenir la température assez haute pour réaliser une distillation facile et continue de l’aldéhyde formé, tout en évitant d’atteindre la température d’ébullition.
- Les Farbenfabriken vormals Fr. Bayer und Co emploient comme catalyseurs les sels mercuriels de sulfoacides organiques, ou bien les sulfoacides eux-mêmes en présence de combinaisons mercurielles (br. français n° 469 497 du 11 mars 1914).
- Pour assurer une formation abondante d’aldéhyde acétique, on l’enlève du récipient de réaction immédiatement après sa formation ; pour cela, on fait passer l’acétylène en grand excès et en courant continu dans le mélange de réaction ayant une teneur en acide sulfurique de 6 à 35 p. 100 environ, et ce à une température inférieure au point d’ébullition de la solution acide, de manière que l’acétylène passe suivant un cycle ininterrompu à travers le récipient de réaction et un dispositif destiné à absorber
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- ou à condenser l’aldéhyde (Consortium fur elektrochemische Industrie, br. français n° 475 183 du 18 juillet 1914).
- Ce n’est qu’en enlevant constamment l'aldéhyde formé qu’il est possible de maintenir la marche de la réaction de manière à permettre un travail continu suivant un cycle qui n’exige pas de variations périodiques et continues de température et de pression.
- G. Boiteau (br. français n° 475 853 du 20 mars 1914) accélère la réaction de façon à éviter la formation des goudrons, et favorise une fixation plus rapide de l’acétylène en employant un catalyseur créé au sein même du produit sur lequel on veut fixer l’acétylène. Dans ce but, on peut dissoudre dans ce produit un sel de mercure à acide faible, de l’acétate de mercure par exemple, puis on ajoute un acide, de préférence l’acide sulfurique. Lorsque le sel de mercure utilisé n’est pas complètement soluble, il convient de l’introduire à l’état de poudre fine. Les combinaisons sulfuriques de mercure qui se forment sont généralement peu solubles dans le milieu où elles ont pris naissance et permettent de fixer l’acétylène avec une très grande rapidité; dans ces conditions, il ne se forme pratiquement plus de goudrons.
- H. Dreyfus (br, français n°479 656, du 23 décembre 1914) emploie un dissolvant de l’acétylène tel qu’il retienne une certaine quantité d’acéLylène, de sorte que l’acétylène a le temps d’entrer en réaction avant son départ.
- L’on emploiera les sels de mercure et de préférence ceux solubles dans l’acide acétique ou des sels ayant des effets analogues, en présence ou en l’absence d’acide minéral libre, tel que l’acide sulfurique combiné avec de l’acide acétique. On conserve une concentration élevée de l’acide acétique en rapport avec l’eau. Pour la fabrication directe de l’acide acétique, on effectuera la réaction soit en présence de substances oxydantes ou pouvant développer une oxydation en présence de l’acide acétique ou par l’oxydation électrolytique, soit en introduisant de l’oxygène ou de l'air en présence ou en l’absence de produits catalytiques tels que l’oxyde de cérium, le pentoxyde de vanadium, les sels de cérium, l’acétate de cuivre, les manganates, le nitrate de cuivre, de manganèse, l’éponge de palladium ou de platine, etc., avec ou sans pression, et avec ou sans chauffage combiné.
- On peut remplacer l’acide acétique par d’autres acides organiques ou d’autres dissolvants de l’acétylène ayant un pouvoir dissolvant plus élevé pour l’acétylène que l’eau, tel que l’acétone, etc.
- Dans un certificat d’addition récent au brevet n° 478 951, M. Dreyfus revendique le traitement au-dessous de 150° et dans le vide.
- L’acétylène peut aussi être transformé en acide acétique en le traitant avec des solutions ou des suspensions de persulfates dans l’eau ou les acides, en présence du mercure ou de combinés mercuriques, et cela en une seule opération, avec rendement quantitatif en acide acétique. On peut aussi employer des sels de l’acide monopersul-furique ayant pour formule H2SO% des solutions d’acide persulfurique et d’acide mo-Tome 127. — 1er semestre. — Mai-Juin 1917. 38
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- nopersulfurique. An lieu de ces derniers on peut aussi employer toutes combinaisons qui, lors de l’acidification, dégagent du peroxyde d’hydrogène, tels que les perborates, les percarbonates et les peroxydes. (Farbenfabriken vormals Fr. Bayer und Co, br. français n° 487 515, du 20 janvier 1914).
- Les Farbenfabriken d’Elberfeld recourrent aussi à l’électrolyse (br. français, ne 467 778, du 27 janvier 1914). Coehn et Billitzer (Zeitschrift fïir Elektrochemie 1901, vol. 7, p. 683) ont obtenu, dit ce brevet, par l’électrolyse d’un acide sulfurique dilué de 0,5 et 5 p. 100 saturé d’acétylène, de petites quantités d’acide acétique (environ 0,2 g). On ne peut toutefois baser sur ces observations un procédé technique pour pro -duire l’acide acétique à partir de l’acétylène parce que, avec le peu de solubilité et la dissolution trop lente de l’acétylène dans l’acide sulfurique dilué, on ne peut traiter que des quantités insignifiantes d’acétylène.
- L’on peut produire bien mieux l’acide acétique à l’aide d’acétylène par la voie électrolytique lorsque les électrolytes acides employés pour l’absorption de l’acétylène renferment des combinaisons de mercure sous une forme quelconque. On arrive ainsi à transformer l’acétylène en acide acétique en grandes quantités et en utib'sant presque entièrement le courant et la matière.
- Les Farbioerke vormals Meister Lucius und Brüning de Hoechst (br. français n° 471 255, du 22 avril 1914) pensent que la transformation d’aldéhyde acétique en acide acétique par oxydation au moyen d’oxygène ou d’air se fait si lentement que cette méthode n’a pas de valeur pratique ; car même en employant des catalyseurs, on n’obtient pas de résultats techniques satisfaisants.
- Ils obtiennent des résultats satisfaisants et de grande valeur technique, en effectuait l’oxydation de l’aldéhyde sous pression, en présence des catalyseurs.
- La Chemische Fabrik Griesheim-Elektron (br. français n° 473 158, du 8 juin 1914), au lieu de préparer l’acide acétique à partir de l’acétylène, en préparant d’abord l’aldéhyde acétique par hydratation de l’acétylène, puis en transformant l’aldéhyde acétique au moyen d’un traitement spécial par les agents oxydants, transforme directement l’acétylène en acide acétique, en faisant réagir 1 acétylène et l’oxygène ensemble dans l’acide acétique ou dans un autre acide organique approprié (lactique ou chloracétique), en présence de combinaisons du mercure, avec ou sans addition d’autres substances de contact appropriées, qui jouent le rôle d’accélérateurs, telles que des oxydes de fer, du pentoxyde de vanadium, etc., et en présence de la quantité d’eau nécessaire pour la réaction.
- Georges Boiteau a breveté comme il suit un procédé de préparation des anhydrides d’acides organiques et de nouveaux produits industriels correspondants (br. français n° 474828, du 27 décembre 1913).
- Un procédé commode et très courant dans l’industrie pour la fabrication des anhydrides d’acides organiques, dit-il, consiste dans la déshydratation par des agents
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- appropriés, des acides carboniques correspondants. Comme déshydratants, on a exclusivement préconisé jusqu’ici quelques composés inorganiques, tels que le chlorure de sulfuryle, le tétrachlorure et le tétrafluorure de silicium.
- M. G\ Boiteau a fait l’observation inattendue, dit-il, que, dans des conditions appropriées, le gaz acétylène est également capable de produire une action déshydratante correspondante. En sorte que, si l’on fait agir de l’acétylène sur de l’acide acétique en présence d’un catalyseur, tel qu’un sel de mercure, on obtient de l’anhydride acétique et de l’aldéhyde acétique. La réaction se fait suivant l’équation :
- 2 CIP.COOH + C2H2 = (C1PC0)20 + CH3.COH
- On ajoute dès le début, au mélange du catalyseur et de l’acide organique, une faible quantité d’un oxydant tel que du bichromate de potassium.
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- Ces réactions de la transformation de l’acétylène en anhydride acétique et en acide acétique ont une grande importance au point de vue des applications, parce que:
- l’anhydride acétique est très utilisé dans la préparation des acétvlcelluloses ou acétates de cellulose, en vue de l’obtention de substances plastiques destinées à remplacer les celluloïdes si inflammables, à fabriquer des soies artificielles, des pellicules photographiques, des films cinématographiques ;
- l’acide acétique, ou vinaigre artificiel, sert dans nombre de préparations, ne fût-ce que celle de son anhydride et celle de l’indigo artificiel.
- Mais il reste un pas à faire. Peut-on songer à transformer l’aldéhyde C2fPO en alcool C2H60 ?Oui, en théorie, puisqu’il ne s’agit que de lui faire absorber 2 atomes d’hydrogène, et qu’on y arrive soit par catalyse, soit par électrolyse.
- En pratique, il semble nécessaire de distinguer.
- À propos d’une communication à l’Académie d’agriculture (séance du 7 février 1917, p. 138) de M. Henri Hitier, sur les plantes aümentaires dont il y aurait lieu de conseiller la culture, après queM. Léon Lindet eut parfaitement résumé les avantages et les inconvénients de la distillerie de topinambours, M. Haller parla de la fabrication de l’acide acétique et de l’alcool à partir de l’acétylène. « On prétend, a-t-il dit, que l’acide acétique à 100 p. 100 ne reviendrait pas à plus de 43 centimes le kilo. Pour obtenir un acide remplissant ces conditions, il faut que le carbure de calcium ne dépasse pas 230 ou 300 francs la tonne. On nous a affirmé qu’on pourra vendre de l’alcool à 42 centimes le litre, le prix de revient variant de 23 à 30 centimes suivant le prix du carbure de calcium. Il n’y aurait rien d’étonnant à ce qu’on arrivât à cette synthèse de l’alcool, puisque la synthèse de l’acide acétique est parfaitement réalisée». A la séance du 14 février (voir p. 165), M. Albin Haller est revenu sur ses données, et a fait observer qu’il s’était glissé une erreur dans l’évaluation du prix de la tonne de carbure de calcium rendant possible la synthèse de l’acide acétique et de l’alcool; ce n’est pas le prix de 250 à 300 fr la tonne qui permettrait de faire ces synthèses, mais celui de 100 à 150 f.
- Comme le carbure de calcium fabriqué actuellement vaut 350 fia tonne marcfian-disenue prise aux usines ; que celui importé actuellement d’Espagne et de Suisse vaut
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- NOTES DE CHIMIE. ---- MAI-JUIN 1917.
- 500 f gare frontière, ce qui le met à un prix encore plus élevé rendu aux usines d’utilisation, les producteurs français d’alcool agricole n’ont peut-être pas à craindre pour le moment.
- L’on dit bien que les usines électriques de La Lonza, à Gampel dans le Valais suisse, auraient conclu un arrangement avec le Gouvernement fédéral suisse. Les Suisses ont un intérêt tout particulier à traiter et à désirer la réussite du procédé industriel, parce que la Suisse est tributaire de l’étranger pour les huit dixièmes de sa consommation d’alcool. En dépit du haut prix que le charbon allemand atteint en Suisse (600 frlacharge de voiture), la Lonza pourrait vendre 21 £ 2 s h la tonne d’alcool industriel de seconde qualité et 22 £ 4 sh l'alcool de première qualité, avec une production annuelle de 7 000 à 10000 t. Mais je ne serais pas étonné qu’il en soit de l’alcool d'acétylène comme du camphre artificiel. Le camphre artificiel a pu être fabriqué tant que la guerre russo-japonaise supprima le camphre naturel de Formose sur les marchés européens ; dès que le camphre des camphriers reparut dans le commerce, la fabrication des produits artificiels disparut aussitôt. De même, le haut prix de l’alcool industriel pousse actuellement à chercher d’autres modes de préparation ; mais à moins que l’on n’arrive à fabriquer de l’acétylène à très bas prix, et par un autre procédé qu’en partant du carbure de calcium, ou à moins que celui-ci ne puisse tomber au-dessous du prix auquel il était coté avant la guerre, la question de l’alcool à partir de l’acétylène n’est peut-être pas encore résolue pour l’industrie française.
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- La note anonyme dont nous ne révélerons pas l’anonymat, que La Nature du 9 juin a publiée, mérite d’être citée comme conclusion de cette étude.
- « La synthèse théorique de l’alcool, dit l’auteur de la note, est depuis longtemps réalisée, comme celle du caoutchouc. Elle fonctionnera donc industriellement un jour. Les hauts prix payés actuellement amènent à tenter des essais industriels. Mais rien ne prouve que les usines allemandes fonctionnent avec succès. En tout cas, l’usine suisse que l’on citait comme ayant acheté et mis en pratique les brevets allemands en est encore à la période des essais préparatoires.
- « Dans tout cela, il y a une mise au point très possible, qui serait intéressante si elle était économiquement effectuée, mais au sujet de laquelle on peut émettre beaucoup de doutes.
- « La Société La Lonza commence seulement à monter une usine à Yiège en Valais, avec l’intention d’y appliquer un jour le traitement par l’aldéhyde acétique pour obtenir de l’alcool et surtout de l’acide acétique.
- « Le chiffre de 40 f l’hectolitre d’alcool, dont nous ignorons l’origine, paraît peu vraisemblable. Pour obtenir t kg d'alcool, il faut théoriquement 1 kg 62 de carbure de calcium à 15 cm le kg, et 1 m3 d’hydrogène électrolytique valant au minimum 15 cm, soit 39 cm de matières premières. Si le rendement pratique était les deux tiers du rendement théorique, ce que l’on devrait estimer très convenable, cette dépense de matières premières serait déjà de 58 cm; soit 58 f l'hectolitre; sans faire intervenir ni les substances accessoires, ni l’entretien des appareils, ni les frais généraux, ni l’amortissement. »
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- J’abonde d’autant plus dans le sens de l’auteur de cette note qu’elle raisonne sur un prix de 15 cm le kg de carbure de calcium et que ce prix est bien au-dessous de celui coté actuellement. Donc, a fortiori.
- Mes réflexions, d’ailleurs, sont données avec la réserve voulue. Elles concernent la production seule de l’alcool à partir de l’acétylène. On pourrait en ajouter quelques autres sur l’odeur et la saveur particulières que l’alcool synthétique possède encore, et sur la situation si éloignée des centres de production du carbure de calcium où se trouvent les distilleries agricoles.
- La situation est autre lorsqu’il s’agit de produire un composé tel que l’anhydride acétique.
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- En tous cas, la France n’esjr pas en retard, en ce qui concerne cette fabrication d’acide acétique et d’alcool éthylique à partir de l’acétylène. Ce sont les travaux de ses savants qui en ont établi les principes théoriques. Et en pratique, à l’Exposition des produits fabriqués par l’industrie française, qui vient de remporter un succès si brillant sous la direction de notre Président, M. Léon Lindet, l’on a pu voir deux maisons au moins exposer des produits chimiques obtenus à partir de l’acétylène par des procédés personnels :
- La Compagnie des Mines et Produits chimiques d'A lais et de la Camargue exposait de l’acide acétique et de l’alcool ;
- La Société chimique des Usines du Rhône exposait de l'aldéhyde acétique, de l’acide acétique, de l’anhydrique acétique, de l’acétate d’éthyle et de l’alcool.
- Jules Garçon.
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- NOTES D’AGRICULTURE
- par M. H. Hitier
- membre du Conseil.
- I. La force productive de l’agriculture française ; comparaison avec celle des pays étrangers. — II. L’intensification de notre production agricole. — III. Vœux émis par le Congrès de l’Association nationale d’expansion économique.
- I
- La fôrce productive de l’Agriculture française.
- L’agriculture française, incontestablement, est très loin d’avoir encore tiré de notre sol toutes les ressources que celui-ci pourrait donner. De très grands progrès restent à réaliser, qu’il s’agisse de la production végétale ou de la production animale. Nul ne le conteste et les agriculteurs moins que personne.
- Il ne s’ensuit pas toutefois que l’agriculture française soit restée routinière et se trouve ainsi placée aujourd’hui à un rang tout à fait inférieur vis-à-vis des autres pays dans l’échelle de la production agricole. C’est cependant là une opinion qui tend de plus en plus à se répandre sous l'influence d’articles parus depuis quelques mois dans de grandes revues et périodiques français.
- Pour établir que la France se place à un rang inférieur dans l’ordre de la production agricole l’on s’appuie en général purement et simplement sur les relevés de la"production moyenne du blé par hectare dans les différents pays.
- A notre avis ceux qui raisonnent de la sorte commettent une double erreur : tout d’abord le rendement moyen du blé à l’hectare ne pourrait être pris comme critérium, comme terme de comparaison de la force productive de l’agriculture de la France et des autres pays que si les conditions du milieu naturel, sol et climat, étaient les mêmes dans les différents pays, or cela n’est pas.
- En second lieu le blé ne représente qu’une part, et, pour beaucoup de pays, qu’une très faible part de la production agricole.
- En France môme, où cependant la culture du blé est particulièrement importante, pour juger de l’intensité de notre production agricole, il faut en même temps tenir compte de la production maraîchère et fruitière, de la production de la vigne notamment; il faut tenir compte de l’élevage et des produits de l’élevage, non seulement de la quantité mais de la qualité des animaux, etc. Or la France, par exemple, est la plus grande productrice de vins et cela de longue date. La culture de la vigne y donne un produit brut total annuel de près de 2 milliards de francs (1)... Quel pays peut lui être comparé à cet égard?
- (1) Prosper Gervais. L’exportation des vins. Enquête de l’Association nationale d’expansion économique.
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- LA FORCE PRODUCTIVE DE L’AGRICULTURE FRANÇAISE.
- S 83
- Les légumes, les fruits, les fleurs sont l’objet, en France, dans divers centres de culture nettement spécialisés, d’une production de plus en plus intense qui satisfait aux besoins des marchés intérieurs, cependant de plus en plus exigeants, et qui donne lieu, en outre, à un commerce d’exportation important, dont les débouchés notamment en Allemagne, s’étaient fortement accrus les années qui ont précédé cette guerre.
- Quant à notre cheptel, les qualités spéciales de nos nombreuses races de chevaux, de bêtes bovines et de moutons s’affirmaient chaque année avant cette guerre par de nouveaux succès dans les expositions.
- Mais revenons à la question du blé, puisque c’est le blé, à tort suivant nous, qui est en général pris comme critérium de la valeur de l’agriculture d’un pays.
- D’après les statistiques officielles, en prenant la période de 1901 à 1910, le rendement moyen du blé à l'hectare aurait été :
- Pour le Danemark de 27,76 qx avec des écarts de 20,40 à 30,60 suivant les années.
- Pour la Belgique de 23,61 qx avec des écarts de 23,20 à 27,10.
- Pour les Pays-Bas de 22,22 qx avec des écarts de 20,20 à 24,40.
- Pour la Grande Bretagne, de 21,30 qx avec des écarts de 18,14 à 23,14.
- Pour VAllemagne de 19,46 qx avec des écarts de 15,80 à 20,50.
- Pour la France de 13,58 qx avec des écarts de 10,50 à 15,21.
- Ces chiffres sont-ils comparables? voilà semble-t-il ce que tout esprit critique doit tout d’abord se poser avant de chercher à en tirer une conclusion. Nous ne croyons pas qu’ils le soient, et cela parce que les facteurs de la production du blé dans les différents pays que nous venons d'envisager, notamment les facteurs d’importance capitale comme les sols et chinât ne sont pas les mêmes. En Danemark, dans les Pays-Bas, en
- Grande-Bretagne, en Suède etc., le climat est tel que la végétation du blé s’y prolonge
- jusqu’en août sans que la plante ait à craindre l’échaudage, c’est-à-dire l’accident le plus grave qui puisse l'atteindre ; dès lors l’agriculteur peut y semer des variétés de blé tardions, c’est-à-dire, les variétés à grands rendements ; les blés à épis carrés y sont quasi les seuls cultivés tandis qu’en France ils ne peuvent l’être que dans une zone très limitée de la région du Nord.
- En outre dans ces mêmes pays étrangers, dont les rendements sont particulièrement élevés, le blé n’est cultivé que sur des surfaces très restreintes, sur les terres qui par leurs qualités physiques et chimiques conviennent le mieux à cette céréale.
- En France, au contraire, nous ne cultivons pas seulement le blé dans des régions à climat tempéré pendant l’été comme celles du bassin de la Loire et de la Seine, de l’Ile-de-France, partout en France on sème du blé, dans les régions méridionales de l’Aquitaine, de la Provence, du Sud Est, etc., dans des régions où la chaleur et la sécheresse se combinent pour interrompre la végétation de la plante dès juin parfois, au plus tard en juillet. Enfin, nous ne semons pas du blé seulement dans des terres profondes et limoneuses mais nous en semons'jusque sur les causses et garrigues du Midi, là où une infime couche de terre végétale couvre à peine le rocher ; dans de telles conditions le blé peut rendre à peine 8 à 10 qx par hectare et ce faible rendement entraîne la baisse de la récolte moyenne du blé à l’hectare en France (1).
- '1; Cultiver ainsi le Lié dans des régions dont ni les sols ni le climat ne sont favorables à la végétation de la plante, est, du reste, croyons-nous, une erreur économique. Dans de telles régions la culture du blé n’ayant plus la nécessité pour cause, en temps normal, mieux donc vaudrait supprimer et y substituer d’autres cultures mieux adaptées aux conditions naturelles du milieu.
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- NOTES D'AGRICULTURE. ---- MAI-JUIN 1917.
- Le Danemark ne consacre au blé que 41 000 ha sur une étendue totale de territoire de 3 896 000 ha soit à peine 1,3 p. 100.
- La Grande-Bretagne ne consacre au blé que 697 000 ha sur une étendue totale de plus de 23 millions d’hectares soit 3,3 p. 100.
- L’Allemagne ne consacre au blé que 1 962 000 ha sur une étendue totale du territoire de plus de 54 millions d’bectares soit 3,6 p. 100, etc.
- La France, au contraire, sème 6 500 000 ha de blé en année normale soit plus de 12 p. 100 du territoire total (52 955 000 ha).
- Si, en réalité l’on cherchait à comparer les forces productives de l’agriculture de la France et d'autres pays en prenant comme critérium le blé, il faudrait limiter cette comparaison aux pays qui, par l’étendue même que ceux-ci consacrent au blé, par la diversité des sols et climats des régions où le blé est cultivé, se rapprochent à ce point de vue des conditions de la France ; tel serait le cas de F Au triche-Hongrie, de l’Italie, de l’Espagne, etc.
- En Autriche-Hongrie, le blé est semé sur près de 5 millions d’hectares soit environ 8 p. 100 du territoire total qui comprend 62 500 000 hectares. Les conditions de sols et de climat s’y présentent très différentes suivant les régions de Bohême, de Moravie, de FAlfold, etc. Or, de 1901 à 1910 le rendement moyen à l’hectare n’y a été que de 12,04 qx.
- L’Italie consacre en blé 5 300 000 ha soit 17 p. 100 de l’étendue totale de son territoire, et bien que le blé y soit cultivé dans des régions fertiles comme celles de l’Italie du Nord, le rendement moyen à l’hectare ne dépasse pas 10 quintaux.
- L’Espagne cultive le blé sur 3 800 000 ha, sur plus de 7 p. 100 de son territoire, le rendement moyen du blé à l’hectare n’y atteint pas 9 qx (1).
- D’autre part si en France même on prend les régions que les conditions du sol et du climat permettant de comparer à l’Angleterre, à la Belgique, au Danemark, on constate que les résultats donnés par la culture du blé se rapprochent singulièrement de ceux observés dans ces pays.
- «Voici la région septentrionale, qui se compose de dix départements, située au Nord de Paris. Pendant la période 1901-1910, il y a été cultivé en moyenne 1 150 000 ha de blé; le rendement moyen par hectare y a été de 19,37 qx avec des écarts de 15,66 à 22,13. Si nous examinons à part quelques-uns des départements de cette région, nous constatons : pour le département du Nord, avec 125 000 ha en blé, un rendement moyen de 22,29 qx avec des écarts de 20,02 à 24,14 ; pour celui de Seine-et-Oise, un rendement de 22,68 qx avec des écarts de 19,30 à 26,36 suivant lesannées ; pour celui de Seine-et-Marne, avec une étendue en blé de 1 10 000 à 115 000 ha, un rendement moyen de 20,83 qx avec des écarts de 15,66 à 24.
- « Ces exemples suffisent pour montrer que la France est tout aussi avancée dans les bonnes méthodes de culture du blé que les pays qu’on cherche à lui opposer. On peut y trouver d’aussi bons exemples que n’importe où ailleurs (2). <>
- G) Dans les autres pays grands producteurs de blé, le rendement moyen à l’hectare aurait été (période 1910 à 1914) : Roumanie, 12,2 qx; Russie, 0,9 qx; États-Unis, 10 qx; Canada, 12,5 qx; Argen-line, 6,5 qx à l’hectare.
- (2) Henry Sagnier : Le blé en France et dans les autres pays. Comptes rendus des séances de -Académie d'Agriculture de France, Il octobre 1916.
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- l’intensification de notre production agricole.
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- II
- L’intensification de notre production agricole.
- Mais comme nous récrivions au début même de ces notes, il n’en reste pas moins certain que l’agriculture française est susceptible de réaliser encore de très notables progrès et, surtout après cette guerre, c’est un devoir et un devoir impérieux qui s’impose pour notre agriculture d’intensifier sa production.
- Comment y parvenir ? C’est ce qu’a recherché l’Association Nationale d’Expansion économique. Elle a tout d’abord réuni en une Commission dite des Questions Agricoles un certain nombre de personnalités particulièrement compétentes, qui se sont tracé un programme aussi complet que possible d’enquête sur la production française et la concurrence étrangère. Cette enquête adonné heu à une série de rapports particuliers (1) sur chacune des principales branches de notre production agricole ; ces rapports ont été discutés dans de nombreuses séances au sein de la Commission; et celle-ci alors a dégagé de l’ensemble de tous ces travaux et de cette enquête des conclusions qui précisément visent au relèvement et à l’intensification de notre production agricole.
- Ces conclusions sous forme de vœux ont été soumises au Congrès de l’Association Nationale d’Expansion Économique qui les a adoptées.
- Avant de reproduire ici même ces vœux, il ne/sera pas toutefois inutile, pensons-nous, de les faire précéder des observations dont le rapporteur de la Commission des Questions Agricoles avait cru devoir les accompagner pour les commenter devant les membres du Congrès :
- L’enquête à laquelle s’est livrée la Commission des questions agricoles constitue aujourd’hui avant tout une documentation à la fois très large et très précise sur un certain nombre de questions, objet actuellement des préoccupations particulières de l’agriculture française.
- Toutefois, le Conseil a exprimé le désir que la Commission dégage de cette enquête des conclusions générales qui puissent être présentées au Congrès de l’Association nationale d’expansion économique.
- Pour répondre à ce désir, la Commission des questions agricoles a tenté de résumer quelques-unes des conclusions qui se dégagent de son enquête dans des vœux.
- (1) La situation du cheptel français, par M. Marcel Vacher.
- Le marché de la viande en France, par M. Lucas.
- U élevage colonial et ses possibilités, par M. Moussu.
- Les produits de la laiterie, par MM. de Lapparent et René Berge.
- L’exportation des vins, par M. Prosper Gervais.
- Production et exportation du cognac et de VArmagnac, par MM. A. Verneuil et Larnaude.
- La question forestière après la guerre, par MM. le comte Jean de Nicolaÿ et Roulleau de la Rous-sières.
- La culture fruitière et maraîchère en France, son avenir, par M. R. Gavoty.
- L’horticulture, par M. II. Chatenay.
- Les céréales, les plantes industrielles, par M. H. Hitier.
- Commerce, production, amélioration des semences, par M. E. Schribaux.
- La production des semences chez les cultivateurs, par M. P. Berthault.
- Les ressources agricoles de la France coloniale, par M. Jean Morel.
- Le matériel agricole en France, par M. Henry Girard.
- La main-d’œuvre agricole, par M. Souchon.
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- NOTES D’AGRICULTURE.
- MAI-JUIN 1917.
- Certains de ces vœux, par la force des choses, se trouvent être, aux termes près, la reproduction de ceux émis par le rapporteur des questions industrielles et commerciales. Il n’y a pas à s’étonner de cette concordance; il y a lieu même de s’en féliciter. Elle prouve qu’il y a, sur nombre de points, harmonie entre les intérêts d’ordre agricole d’une part, les intérêts d’ordre commercial et industriel de l’autre, cet accord dans les desiderata formulés est de nature à donner plus de poids aux vœux présentés.
- Les mesures proposées tendent toutes à un même but : Le relèvement et l’intensification de notre production agricole.
- Ce programme est incompatible avec un régime de taxatious et de réquisitions. Taxations et réquisitions ont jeté le découragement dans le monde agricole en comprimant les profits alors que toutes les charges de l’agriculture augmentaient, de là le vœu demandant la suppression des taxations et réquisitions.
- A titre de mesure présentant également le caractère d’urgence, un second vœu qui n’est que la reproduction, dans l’ordre agricole, de celui que le Congrès adéjà adopté dans l’ordre industriel.il vise les régions envahies. La remise en état des exploitations agricoles de ces régions systématiquement dévastées risque d’être reculée à une époque lointaine si on se borne à verser aux victimes une indemnité en argent. Ce qu’il faut pour une prompte reprise de la vie agricole des régions libérées, ce sont des restitutions en nature tant pour les animaux que pour le matériel agricole.
- Le programme d’intensification de notre production agricole est une œuvre de longue haleine qui réclame l’action combinée, la collaboration des hommes de science et des praticiens. Les instituts scientifiques, les laboratoires, les stations d’essais, etc., ne seront jamais assez nombreux, assez largement dotés pour mener à bien les recherches dont les praticiens sont appelés à tirer parti. Avec l’autorité qui lui appartient, M. Tisserand a proclamé que les pays qui tiennent la tète dans l’œuvre dn progrès agricole sont ceux qui ont multiplié les établissements de recherches et d'enseignement de l’ordre le plus élevé et inspiré à leur population rurale la confiance dans la science.
- Tant en France que dans nos colonies il importe de multiplier les établissements voués aux recherches susceptibles d’être utilisées dans la pratique agricole ; il faut demander du reste qu’à côté de l’Etat les sociétés d’agriculture et les grandes associations agricoles subventionnent les établissements d’expérimentation d’ordre scientifique.
- Depuis longtemps déjà, la science a établi et la pratique a reconnu l’influence capitale exercée sur la production agricole et l’accroissement des rendements par l’apport à la ferme des matières fertilisantes tirées de l’extérieur.
- La guerre, avec les perturbations de toute nature qu’elle a entraînées, a. réduit, dans d’énormes proportions, l’emploi fait en temps normal par l’agriculture française des engrais commerciaux. Là se trouve une des causes du fléchissement constaté dans nos rendements. La terre de France a d’autant plus besoin qu’on lui apporte largement les engrais de complément que, depuis deux ans, elle n’a pas reçu les doses auxquelles elle était accoutumée et que ses réserves sont appauvries. La cessation des hostilités devra permettre l’affectation de nombre d’usines, créées en vue des fabrications de guerre, aux œuvres de paix, notamment à la production des engrais azotés (nitrate de chaux, cyanamide) aussi des superphosphates. Il suffira qu’en outre soient favorisés, par des tarifs réduits, les transports de matières fertilisantes pour que soient mis à la disposition de l’agriculture française les engrais dont elle a besoin.
- Au lendemain de la guerre l’agriculture français^ se trouvera aux prises avec des dif-cultés dont il seraitt puéril de se dissimuler la gravité. Nous voulons parler de la pénurie de
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- l’intensification de notre production agricole.
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- main-d’œuvre. L’intensification de la production, à côté de hautes doses de matières fertilisantes, réclame de larges apports de travail. Or, déjà avant la guerre, les bras manquaient à la ferme ; ils manqueront bien davantage encore aprèsla guerre. D’ores et déjà ilfaut prévoir les moyens de pallier Ja disette de main-d’œuvre. Il est apparu à la Commission que toul un programme était à tracer, programme méthodique tendant à développer en agriculture le machinisme et les applications de la motoculture, à développer aussi les applications de l’énergie électrique avec constitution d’un réseau conçu en vue des régions agricoles à desservir.
- Il n’y a plus à faire ressortir les avantages delà machine en agriculture. La machine, en tant qu’elle permet les économies de main-d’œuvre, a depuis longtemps fait ses preuves dans les campagnes françaises. Depuis vingt ans on peut dire qu’elle a pénétré partout. Toutefois, jusqu’à présent, elle n’a guère été mue que par la traction animale. Aujourd’hui les progrès réalisés dans l’établissement des tracteurs permettent d’envisager comme très prochaine la pratique généralisée de la motoculture, avec elle la réduction des attelages et par conséquent du personnel affecté à la conduite dés animaux.
- Développement du machinisme, généralisation de la motoculture, ce sont des moyens d’économiser de la main-d’œuvre. Il importe de mettre ces moyens à la portée dès petites et moyennes exploitations. D’où le vœu de demander à l’État et aux grandes associations agricoles de subventionner syndicats et coopératives formés entre moyens et petits cultivateurs pour l’achat des machines agricoles et des tracteurs.
- Il convient toutefois d’observer que machines et tracteurs ne sont susceptibles de donner leur plein rendement économique qu’autant qu’ils opèrent sur un milieu qui leur convienne, et cela suppose une configuration appropriée des parcelles. Celles-ci se prêtent d’autant mieux au travail du tracteur et de l’instrument qu’il actionne, qu’elles sont plus régulières comme forme et surtout qu’elles se présentent avec une superficie plus considérable. Les praticiens le savent bien qui disent, des parcelles réalisant les conditions indiquées, qu’elles sont (( avantageuses ». Si telles sont les conditions nécessaires à l’emploi économique des moteurs inanimés et des machines pour les travaux extérieurs delà ferme, force esL bien de constater que la plupart des terroirs de France, tels qu’ils se présentent actuellement, constituent des milieux essentiellement défavorables pour l’application de la culture mécanique et qu’il faut commencer par procéder à un « aménagement » méthodique des parcelles.
- Ainsi va se trouver posé le problème si longtemps différé du remembrement. Il présente un caractère de nécessité urgente. Ainsi s’explique le vœu tendant à ce que soit mis immédiatement à l’étude ce problème du remembrement tant au point de vue des difficultés d’ordre technique que des difficultés d’ordre juridique qu’il soulève.
- Le programme, quant à la mise sur pied d’une organisation permettant les économies de main-d’œuvre, comporte un dernier article qui appelle l’attention d’une façon spéciale : il s'agit de l’apport à la ferme, dans les bâtiments d’exploitation, de la force électrique destinée à actionner les instruments de l’intérieur.
- Jusqu’ici, sauf de rares exceptions, la plupart des instruments employés dans la cour de la ferme (hache-paille, concassseur, coupe-racines, laveur, trieur, baratte, pompe à eau ou à purin, etc., etc.) étaient actionnés à la main. Il faudra remplacer ici encore les bras qui manqueront, et c’est à l’électricité qu’on devra, croyons-nous, avoir recours. Dès maintenant il faut considérer le transport et la distribution de l’énergie électrique à travers nos agglomérations rurales comme une des nécessités de l'après-guerre et se mettre en mesure de les organiser.
- L'énergie électrique mise à la disposition des exploitations françaises représentera une transformation considérable dans les conditions de la vie rurale.
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- NOTES D AGRICULTURE.
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- D’abord elle permettra (et c’est le premier but à atteindre) une grosse économie de personnel. Un homme (un mutilé peut-être) suffira à mettre en marche et à surveiller toute une série d’appareils mus par l’électricité qui, antérieurement, réclamaient chacun leur moteur humain. Par là, l’apport de l’électricité intéresse les grosses exploitations, celles qui font appel au concours de salariés. Mais ce serait une grosse erreur de croire que la question laisse indifférentes les petites exploitations. Elle les intéresse tout autant ; seulement, pour les petites exploitations, c’est la femme de l’exploitant qui est appelée surtout à bénéficier du progrès à réaliser.
- En fait, dans les petites exploitatious, c’est la femme qui assume presque toujours les ravaux de la cour, manœuvrant liache-paille, coupe-racines, écrémeuse, etc.; c’est donc à elle que l’électricité apportera soulagement dans une rude besogne qui ne connaît guère de répit. L’adduction de l’électricité à la ferme constituera à ce titre un bienfait inappréciable.
- Enfin l’énergie électrique traversant la plaine pour pénétrer à la ferme est susceptible, en cours de route, d’être utilisée pour certaines opérations extérieures, le labourage par exemple. On saisit, parce rapide exposé, tout l'intérêt du problème.
- Reste4a question des réalisations. Dans beaucoup de nos régions tout, on peut dire, est à créer. Jusqu’à ces dernières années presque toutes les sociétés qui se fondaient pour la distribution de l’énergie électrique ne se préoocupaient guère que des besoins des villes et des centres industriels ; leur réseau était conçu presqu’exclusivement en vue de cette clientèle. Dans l’intérêt de l’économie nationale, il faut prévoir, maintenant plus que jamais, les besoins de la clientèle rurale et se préparer à y pourvoir. Il faut seulement observer qu’il s’agit là d’une œuvre d’ensemble qui doit être sérieusement étudiée de façon à être réalisée au moindre coût. L’établissement d’un réseau électrique à travers les campagnes françaises est une œuvre qui ne saurait être comparée qu’à l’établissement de notre réseau de voies de communication à une date plus ancienne. La mise à l’étude de ce réseau est à réclamer.
- En attendant qu’une intensification méthodique de notre production ait donné des effets, il appartient à la France de mieux utiliser qu’elle ne l’a fait jusqu’ici les ressources de la métropole et des colonies. Trop souvent nous pratiquons pour certaines de nos richesses des méthodes d’exploitation défectueuses qui aboutissent à un véritable gaspillage de nos ressources; l’exemple le plus typique doit être cherché dans la mauvaise organisation du marché de la viande.
- Jusqu’à présent le régime normal des centres de consommation a été l’approvisionnement à l’aide d'animaux transportés vivants, abattus aux lieux de consommation. Or c’est là une véritable hérésie économique, le procédé est infiniment onéreux, entraîne perte de poids des animaux transportés, dissémination des foyers de contagion en matières d’épidémies, augmentation des frais de transport. Le remède est dans la création d’abattoirs industriels dans les centres d’élevage et d’engraissement avec entrepôts frigorifiques.
- Notre empire colonial nous offre des ressources inexploitées trop souvent ou mal exploitées, faute surtout de moyens de transport convenablement aménagés.
- Soit sur le territoire même de la colonie, soit pour le trajet des ports de la colonie à la métropole, il faut une organisation. Œuvre d’État ou œuvre des initiatives privées, peu importe,l’essentiel c’est que les aménagements nécessaires soient réalisés. A cette condition, pour ne citer qu’un exemple encore, avec des entrepôts frigorifiques à Madagascar et dans 1 Afrique occidentale et quelques navires à installations frigorifiques, le bétail colonial pourra ous fournir un appoint précieux et nous permettre de ménager notre cheptel.
- D’une façon générale au surplus, il y a beaucoup à faire pour améliorer les transports des denrées agricoles presque toutes denrées périssables. Soit qu’il s’agisse des transports
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- VOEUX ADOPTÉS PAR LE CONGRÈS DE L’ASSOCIATION NATIONALE.
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- par mer ou par voie fluviale, l’organisation de services accélérés, avec installations frigorifiques pour éviter l'altération, doit être réclamée et poursuivie méthodiquement.
- Dans le programme que nous esquissons, ajoutait le rapporteur, vous vous étonneriez, à bon droit, de ne pas trouver mention des applications à faire de l'idée si féconde d’association. Nous y arrivons maintenant.
- « Nous ne concevons pas possibles les réformes que nous préconisons, possibles les transformations que nous envisageons sans l’intervention dans nombre de cas de l’association. Nous avons déjà fait allusion à la nécessité pour les producteurs de se grouper pour l'acquisition en commun de machines et tracteurs. Ce n’est qu’un exemple qui doit être généralisé.
- « La coopération entre agriculteurs, soit pour travailler en commun les produits de leurs exploitations (par exemple le lait à transformer en beurre), soit pour les vendre, surtout avec la garantie de la marque du groupement, a déjà fait ses preuves. Elle a fait la prospérité merveilleuse de pays qui, comme le Danemark, ont eu foi en la coopération. Il appartient à l’agriculture française de tirer parti à son tour de l’instrument dont d’autres ont éprouvé la vertu.
- « Nous sommes convaincus que vous ferez vôtre le vœu que nous avons rédigé tendant à assurer le développement des associations agricoles, et en particulier que vous réclamerez avec nous le vote parle Parlement des projets déposés sur les marques collectives et la reconnaissance du droit à l’usage de ces marques par les groupements agricoles (coopératives et syndicats).
- « Il ne me reste plus qu’à vous indiquer .brièvement deux vœux sur lesquels l’unanimité de vos votes me semble d’avance devoir être acquise.
- « Je vous demande d’abord d’affirmer la solidarité des deux grandes forces que réunit V expansion économique dans une œuvre commune : V Industrie et ! Agriculture. Il ne saurait être question de les dresser l’une en face de l’autre en rivales, encore moins en ennemies. Leur union fera leur puissance. Dans l’économie nationale, elles se complètent. La guerre actuelle démontre l'intérêt qu’il y a pour un pays comme la France, engagé dans une lutte qui se prolonge pendant des années, à trouver en lui-même les ressources quf lui permettent de tenir. L’appel aux concoui’s des neutres peut être rendu impossible faute de moyens de transport suffisants pour assurer les importations. En tout cas, cet appel est (rendu fort onéreux par le renchérissement que suscitent des demandes énormes et par la hausse des frêts.
- « La guerre est riche d’enseignements pour les peuples comme pour les individus. Elle apporte la confirmation de ses leçons aux défenseurs de la thèse de la nation normale, c’est-à-dire de la nation se donnant pour idéal le développement harmonique de toutes ses forces productives sans se reconnaître le droit de sacrifier telle ou telle d’entre elles pour favoriser telle autre.
- « Nous vous demandons d’affirmer votre foi en cette doctrine féconde, c’est en quelque sorte une manifestation de principe.
- « L’adoption de notre dernier vœu ne souffrira pas non plus de difficultés.
- « L’œuvre d'une France plus grande et plus puissante sur le terrain économique réclame comme la guerre ce qu’on a appelé le capital humain. Notre expansion économique, quelles que soient les méthodes employées, demande des Français, et par conséquent un relèvement de notre nationalité.
- «Vous serez unanimes à émettre le vœu qu’il soit fait a ppel à toutes lesforces susceptibles d’exercer une action en la matière et que ne soit négligée aucune des mesures susceptibles de favoriser les familles nombreuses. »
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- NOTES D AGRICULTURE.
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- Vœux adoptés par le Congrès de l’Association nationale d’expansion économique.
- I. — Relèvement le notre production agricole.
- 1° Suppression des taxations et réquisitions.
- Considérant que le but essentiel à fixer à l’agriculture française c’est tout d’abord le relèvement de notre production nationale aux chiffres qu’accusaient nos statistiques dans les années antérieures à la guerre ;
- Considérant que le relèvement de notre production est le moyen de nous affranchir du tribut très lourd payé depuis deux ans aux fournisseurs étrangers de blé, de viande de sucre, etc. ;
- Considérant que tout relèvement de l’agriculture est impossible avec un régime qui comprimerait les profits des agriculteurs, alors que toutes les charges augmenteraient;
- L’A. N. d’E. É. émet le vœu :
- Que le régime des taxations et réquisitions, qui décourageâtes producteurs, prenne fin au plus tôt et qu’on revienne au régime normal.
- 2° Bestitution en nature dans les pays envahis.
- Considérant que tout relèvement de notre production comporte entre autres éléments bqremise en état des exploitations appartenant aux régions envahies, les régions en question représentant avant la guerre les pays de France les plus gros producteurs de blé, de sucre, etc. ;
- Considérant qu’il ne suffit pas pour que cette remise soit effective, de verser une indemnité en argent aux exploitants dépouillés de cheptel, de matériel agricole, c’est-à-dire de moyens de production;
- L’A. N. d’E. É émet le vœu :
- Que dans les obligations imposées à l’ennemi au moment de la paix soit comprise celle de restituer en nature, toutes les fois que les intéressés le demanderont, le cheptel, le matériel agricole, comme aussi l’outillage des sucreries et des distilleries qui aura été enlevé, le tout afin de permettre la remise en état, dans le plus bref délai possible, des exploitations agricoles et des établissements industriels.
- IL — Intensification de la production agricole 1° Stations de recherches. — Enseignement agricole.
- Considérant la nécessité de plus en plus impérieuse de développer notre production agricole pour tout d’abord subvenir aux besoins du marché intérieur, puis pour profiter des débouchés qu’offrent les pays voisins ;
- Considérant « qu’il est surabondamment prouvé que les pays qui ont fait le plus de progrès et qui obtiennent de leur sol les plus riches moissons, sont ceux qui ont multiplié chez eux les établissements de recherches et d'enseignement de l’ordre le plus
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- vœux ADOPTÉS PAR LE CONGRÈS DE LASSOCIATION NATIONALE. 591
- élevé et préparé leur population rurale, par une solide instruction préalable, à les accepter et avoir pleine confiance dans la science » (Tisserand) ;
- L’A. N. d’E. Ë. émet le vœu :
- 1° Que l’État, les grandes Sociétés d’agriculture et les Associations agricoles coopèrent pour organiser et largement subventionner les établissements d’expérimentation d’ordre scientifique : Stations agronomiques, Stations zootechniques, Stations de semences, d’essais de machines, laboratoires spéciaux, etc. ;
- 2° Que l’État, les Sociétés d’agriculture, les Associations agricoles prennent toutes mesures utiles pour développer l’enseignement agricole dans toutes ses branches et vulgariser dans les milieux ruraux les découvertes de la science.
- 2° Engrais.
- Considérant que l’intensification de la production agricole suppose la mise à la disposition de l’agriculture de larges quantités de matières fertilisantes tirées de l’extérieur ;
- Considérant que ces apports de matières fertilisantes sont d’autant glus nécessaires pour la remise en état de notre production que dans ces deux dernières années, à raison des nécessités de la guerre, les livraisons et transports d’engrais se sont trouvés raréfiés ;
- L’A. N. d’E. É. émet le vœu :
- Que dès la cessation des hostilités soient favorisés, par tous moyens, la fabrication et le transport des engrais ; que les usines de guerre notamment, utilisant la houille blanche dans les Alpes et les Pyrénées pour la fabrication des composés azotés nécessaires aux explosifs, continuent à produire, après la guerre, cyanamides, nitrates, etc., pour les besoins de l’agriculture ;
- Que si des relèvements de tarifs sont reconnus nécessaires en ce qui coricerne les transports par voies ferrées, exception soit faite pour les matières fertilisantes destinées à l’agriculture, les Compagnies devant retrouver dans le supplément des produits obtenus par l’emploi des engrais un trafic largement compensateur.
- III. — Pour pallier la crise de la main-d’œuvre 1° Machines agricoles et tracteurs.
- Considérant que la disette de main-d’œuvre sera au lendemain de la guerre la difficulté capitale contre laquelle l’agriculture française aura à lutter ;
- Qu’il y a heu de prévoir les moyens de pallier cette disette de main-d’œuvre ;
- Qu’au nombre de ces moyens figurent notamment le développement du machinisme et celui de la motoculture ;
- L’A. N. d’E. Ë. émet le vœu :
- Que l’État et les grandes Associations agricoles, encourageant particulièrement la construction française, continuent à aider à la diffusion des machines et des tracteurs dans la petite et la moyenne culture en subventionnant les syndicats et coopératives
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- formés entre petits et moyens cultivateurs pour l’achat des machines agricoles et spécialement des tracteurs.
- 2° Remembrement.
- Considérant que le rendement économique des machines en agriculture et spécialement des tracteurs suppose, comme condition préalable, un meilleur aménagement des parcelles sur lesquelles doit s’appliquer leur travail ;
- Considérant que la plupart des terroirs, à raison de l’exiguïté des parcelles et de leur mauvaise disposition, constituent un milieu défavorable au rendement des machines et des tracteurs ;
- L’A. N. d’E. É. émet le vœu :
- Que sans délai soit mis à l’étude le problème du remembrement dans son ensemble, tant au point de vue des difficultés d’ordre technique que des difficultés d’ordre juridique qu’il soulève.
- 3° Constitution d'un réseau électrique agricole.
- Considérant que pour suppléer à la disette de main-d'œuvre, il y a lieu de recourir, dans la plus large mesure, à l’apport de l’énergie électrique;
- Considérant que celle-ci peut simplifier le problème de la main-d’œuvre en actionnant les différents instruments qu’utilise l’agricultnre pour les travaux extérieurs et intérieurs de la ferme ;
- L’A. N. d’E. É. émet le vœu :
- Que soit dressé, au plus tôt, le plan d’un réseau électrique destiné à desservir les exploitations agricoles en leur apportant la force et la lumière.
- IV. — MEILLEURE UTILISATION DES RESSOURCES AGRICOLES DE LA MÉTROPOLE Réforme du marché de la viande.
- Considérant la nécessité de tirer aujourd’hui plus que jamais la meilleure utilisation des ressources agricoles de la métropole et le parti le plus complet des produits que nous pouvons obtenir en France et dans nos colonies;
- Considérant, qu’en ce qui concerne notamment le bétail, l’organisation actuelle du marché de la viande en France exige le transport d’animaux vivants, ce qui entraîne une perte de poids des animaux, expose à la dissémination des foyers de contagion des maladies, contribue à la crise des transports, etc. ;
- L’A. N. d’E. É. émet le vœu :
- Que les réformes, si souvent réclamées par l’agriculture, du marché de la viande, puissent enfin aboutir; telle la création d’abattoirs industriels dans les [centres d’élevage et d’engraissement avec entrepôts frigorifiques.
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- V. — Utilisation des richesses de nos colonies
- Considérant qu’il importe, au lieu de nous adresser à des pays étrangers, de tirer parti avant tout des ressources considérables et très variées que renferment nos colonies, notamment en viandes, en bois, en oléagineux, en coton ;
- Considérant que jusqu’ici ces ressources n’ont pas été utilisées comme elles auraient dû l’être, par défaut surtout d’aménagement des voies de transport, aussi parce que les initiatives privées qui se seraient consacrées à l’exploitation des ressources de nos colonies n’étaient pas toujours assurées de trouver dans la métropole des débouchés pour leurs produits ;
- L’A. N. d’E. Ë. émet le vœu :
- Que soit étudié et ensuite réalisé dans le plus bref délai un programme des travaux nécessaires pour l’exploitation des richesses agricoles de nos colonies, que notamment les installations (installations frigorifiques) reconnues indispensables aujourd’hui pour le transport de certains produits soient enfin organisées, que les Administrations coloniales encouragent et facilitent la tâche des industries privées qui se créeront et que, d’autre part, par les marchés qu’il peut passer, l’État assure les débouchés néces' saires, par exemple, aux viandes congelées et de conserves provenant de nos colonies.
- VI. — Transports
- Considérant que l’écoulement des produits agricoles, tant en France qu’à l’étranger, nécessite d’importantes améliorations dans le régime des transports;
- L’A. N. d’E. É. émet le vœu :
- Que soit amélioré le régime des transports de produits agricoles :
- t° Par l’organisation de services spéciaux accélérés tant par voies ferrées que par navires ;
- 2° Par l’organisation de services directs et réguliers entre les centres de production et les centres de consommation français et étrangers;
- 3° Que soient prévues et organisées des installations frigorifiques pour denrées périssables tant sur voies ferrées que sur bateaux et aussi dans les ports et entrepôts.
- VII. — Associations 1° Syndicats et coopératives.
- Considérant que le groupement des agriculteurs soit pour les opérations culturales, soit pour les achats des matières premières, engrais, semences, matériel, soit, encore pour les transformations à faire subit aux produits, présente de multiples avantages, notamment pour les petites et moyennes exploitations;
- Considérant que l’écoulement des produits agricoles sur les marchés éloignés ne peut être que difficilement assuré par des producteurs isolés;
- Considérant que les groupements, au contraire, peuvent appliquer les méthodes commerciales et faire les frais nécessaires pour atteindre les marchés éloignés;
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- L’A. N. d’E. É. émet le vœu :
- Que les Associations agricoles, les syndicats, les coopératives, etc., se multiplient en France encore davantage, et que le mouvement d’association en agriculture continue à être encouragé par tous les moyens.
- 2° Marques collectives.
- Considérant que l’une des conditions de succès pour la conquête des marchés, c’est la garantie de l’authenticité des produits ofïerts à la clientèle ;
- Considérant que cette authenticité peut avantageusement être assurée par l’apposition d’une marque collective donnant au produit l’estampille d’un groupement réunissant les producteurs d’une même région ;
- L’A. N. d’E. É émet le vœu
- Que soient, à bref délai, votés les projets de loi déposés sur les marques collectives, et l’usage de ces marques consacré en ce qui concerne les produits agricoles.
- VIH. — Solidarité de l’Agriculture et de l’Industrie
- Considérant la nécessité, au point de vue de notre sécurité nationale comme au point de vue des grands intérêts du pays, de maintenir à l’agriculture la place qui lui revient dans l’économie nationale ;
- Considérant que, du reste, le problème de la vie chère ne peut se résoudre que par une production abondante des denrées que fournit l’agriculture;
- L’A. N. d’E. É. émet le vœu :
- Que, en toutes circonstances, les lois assurent toujours une complète solidarité économique entre l’agriculture et l’industrie, entre nos campagnes et nos villes, et que des mesures d’ordre fiscal, social, etc., ne puissent pas inciter les habitants des campagnes, qui y sont déjà trop portés, à abandonner la terre pour l’usine et la ville.
- IX. — Natalité
- Considérant que toutes les mesures proposées risquent de rester vaines si laFrance, et en particulier l’agriculture française, ne bénéficie pas d’un relèvement de la natalité;
- L’A. N. d’E. É, émet le vœu :
- Qu’il soit fait appel à toutes les forces susceptibles d’exercer une action en la matière et que ne soit négligée aucune des mesures susceptibles de favoriser les familles nombreuses.
- H. Hitier.
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- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE
- par M. Max Ringelmann membre du Conseil.
- Moisson et déchaumage simultanés avec un tracteur.
- On a cherché à effectuer là moisson et le déchaumage simultanés avec un tracteur déplaçant une moissonneuse-lieuse et un cultivateur.
- Le cultivateur ne doit pas travailler sur le train de la moissonneuse-lieuse, afin de réserver, pour le tour suivant, le passage du tracteur qu’il est préférable de ne pas faire rouler sur le sol ameubli. Il faut que les gerbes ne risquent pas d’être prises par le cultivateur; elles peuvent être déversées sur le sol en arrière du cultivateur, ou, si ce dernier suit la lieuse, elles doivent tomber en dehors du train du cultivateur.
- Il convient que le cultivateur travaille sur un train ayant un peu plus de largeur que celle qui est coupée par la moisson-neuse-beuse : il vaut mieux faire passer deux fois les socs du cultivateur sur certaines zones, que de risquer d’en laisser non travaillées.
- On peut placer la moissonneuse-beuse en arrière ou en avant du cultivateur; dans le premier montage, le cultivateur doit être dévié du côté opposé à la moissonneuse-beuse, dans le second, ü peut s’atteler dans la bgne d’axe de la flèche.
- Fig. 3U. — Plan du l'attelage d'un cultivateur et d’une moissonneuse-lieuse.
- Enfin le cultivateur exigera une traction plus élevée que la moissonneuse-beuse.
- Dans ce qui va suivre, nous supposons que la moissonneuse-beuse a une longueur de scie de fm,80 oude 2m,10, et le cultivateur un train de lm,75 (13 dents) ou de
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- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE. ----- MAI-JUIN 1917.
- 2m,30 (17 dents) ; eependanton peut employer une moissonneuse-lieuse du type courant, ayant une scie de lm,50 de longueur.
- *
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- Aux extrémités d’une barre d’attelage ef (fig. 30), sur laquelle, en un point convenable r, le tracteur exerce un effort t, on peut attacher par b le cultivateur C et par a la moissonneuse-lieuse M coupant la récolte R.
- Il convient de réserver un écartement v (fig. 30), entre la roue du cultivateur C et
- la flèche a de la moissonneuse-lieuse M, d’au moins 0m,50, de sorte que le minimum de longueur e f est égal à la demi-largeur d ’V-P" du cultivateur augmentée de 0m, 50. Pour un
- Pli . cultivateur à 13 dents flexibles, de lm,75 de
- i y largeur, et 2m,10 en dehors des bandages,
- des roues, e / aurait lra,55 à lm,60.
- JL
- , 11 Tft
- c
- Avec le dispositif delà figure 30, la flèche a de la moissonneuse-lieuse est assez longue, et les virages à gauche (la machine coupant à droite) seraient difficiles en nécessitant un plus grand rayon.
- En attelant directement le tracteur en b, et en disposant la flèche a (fig. 30) de la moissonneuse-lieuse M dans le prolongement b de la traction du cultivateur C, il est à craindre, avec la dimension d des machines, qu’on soit amené à trop réduire la longueur de coupe de la scie. D’autre part, l’attache de la lieuse sur le bâti du cultivateur nous paraît difficile, parce qu’il faut prévoir le déterrage des socs lors des virages.
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- ‘ P a dllela0e d une moisson Le meilleur montage nous semble d at-
- neuse-neuse et d un cultivateur à un trac- ... ...
- teur - teler le cultivateur dernere la moissonneuse-
- lieuse; cependant, comme le bâti de cette dernière n’est pas établi pour transmettre des efforts de traction à une machine quelconque tirée par lui, il faut le renforcer par des pièces spéciales qui ne sont pas difficiles à établir, car il suffit de simples fers méplats maintenus par des étriers ; ces fers doivent être placés de telle sorte qu’ils aient une tendance à faire appuyer sur le sol la roue motrice de la moissonneuse-lieuse et non à la soulever.
- La figure 31 représente schématiquement le montage en question : la moissonneuse-lieuse M, récoltant la céréale R sur le train compris entre les parallèles y et y', est attelée par a au tracteur T qui se déplace dans le sens indiqué parla flèche /. Le cultivateur G, tiré par son attelage b placé dans le prolongement de a, travaille sur le train y" y"', et doit laisser entre y" et y’ une largeur l nécessaire au passage du trac-
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- MOISSON ET DÉCHAUMAGE SIMULTANÉS AVEC UN TRACTEUR.
- H97
- leur T au tour suivant. La moissonneuse-lieuse M, qui est supposée ici avec la coupe à droite, doit déverser les gerbes g en dehors de la rive y '" du train du cultivateur C ; disons de suite que cette dernière condition est réalisée, surtout si la moissonneuse-lieuse est munie d’un porte-gerbes.
- La scie de la moissonneuse peut commencer à couper à‘une distance u (fig. 31) de l’axe de traction a d’environ O”,80 (quelquefois 0m,90). En travail on est obligé de perdre sur la longueur o delà scie une portion n de 0m,20 à 0m,30, de sorte qu’une moissonneuse-lieuse dont la barre de coupe a 1 ”,80 de long ne travaille réellement qu’une bande m de lm,50 à lm60 ; une machine dite de 2m,10 n’abat la récolte que sur une bande de lm,80 à lm,90 de largeur.
- Avec ces dimensions, la distance u + n (fig. 31) de la rive y à l’axe a, et la distance u -f- n 4- m de la rive y' à l’axe a, ainsi que la largeur l de l’éteule qui reste pour le passage du tracteur T au tour suivant, sont indiquées dans le tableau ci-après :
- Moissonneuse-lieuse, longueur de scie (mèt.) . . . . 1,80 2,10
- „ 1 Nombre de dents. 13 17
- Cultivateur. . . j r ( Largeur (met.) 1,75 2,30
- Distance a y (fig. 31) . 1,10 1,00 1,10 1,00
- Distance a y' . . 2,60 2,60 2,90 2,90
- Largeur coupée m . . 1,50 1,60 1,80 1,90
- Largeur l . 1,73 1,73 1,75 1,75
- Comme les roues du tracteur doivent passer à 0m,20 environ de la rive y1 (fig. 31) du champ, ces largeurs l sont bien justes pour certaines machines à 2 roues motrices ; il n’y a pas cet inconvénient avec un tracteur n’ayant qu’une seule roue motrice, bien qu’une de ses roues porteuses soit obligée de passer sur une portion travaillée au cultivateur.
- Si l’onne peut renforcer le bâti de la moissonneuse-lieuse entre a et b (fig. 31), on est conduit à dévier légèrement la traction b du cultivateur C sur la gauche, en augmentant ainsi la largeur l; de cette façon, on rétablit même un peu l’équilibre en compensant la résistance occasionnée par la roue de séparateur s supportant l’extrémité du tablier de la moissonneuse-lieuse, mais il faut veiller à ce que le cultivateur ne risque pas d’abîmer des gerbes.
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- D’après nos essais, si Ton désigne par :
- r la traction à vide d’une moissonneuse-lieuse (roulement et mécanisme); — cette traction est en moyenne de 170 kg pour une machine de lm,80 et de 190 kg pour une moissonneuse-lieuse de 2m,10 (1) ; suivant les machines, la variation de r peut atteindre 10 p. 100 en plus ou en moins des chiffres ci-dessus,
- k un coefficient expérimental, qui est en moyenne 62, en présentant, suivant les céréales et les machines, une variation de 4 p. 100 en plus ou en moins,
- P le poids de la récolte en kg par mètre carré, m la longueur utile d’action de la scie,
- la traction moyenne t de la moissonneuse-lieuse est donnée par :
- t = r + kVm.
- (1) Pour les moissonneuses-lieuses de lm,50, r est de 150 kg en moyenne.
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- Dans de très belles récoltes de blé donnant 30 hectolitres à l’hectare (soit 2 100 kg. de grain, 6 000 kg de paille, et 800 kg de balles, déchets, etc.;, du poids total de 9 200 kg, on a pour P 0k92 par mètre carré, et la traction t suivant les longueurs m est la suivante.
- Moissonneuse-lieuse, longueur de scie (mèt.). . . 1,80 2,10
- Longueur utile d’action, m (mètre). . . . . . . . 1,50 1,60 1,80 1,90
- Valeur de r (kg) . . . . 170 170 190 190
- Valeur de ÆP?n (kg) . . . . 85,5 91,2 102,6 108,3
- Traction moyenne totale t (kg) . . . . 255,5 261,2 292,6 298,3
- Un cultivateur à dents flexibles, travaillant sur chaume sec de céréale, à une profondeur variant de 0m,06 à 0m,08 suivant l’état du sol, exige une traction moyenne 5 de 33 kg, par dent (1), plus une constante r qui est de 25 kg pour une machine à 13 dents, et de 29 à 30 kg pour une machine à 17 dents; la traction moyenne totale T est ainsi de :
- 434 kg pour le cultivateur à 13 dents.
- 390 — — 17 —
- En ajoutant ces chiffres à ceux des moissonneuses-lieuses (en supprimant les décimales), on a la traction moyenne totale demandée au tracteur dans les diverses conditions de fonctionnement qui ont été étudiées.
- Moissonneuse-lieuse, longueur de scie (mèt).
- „ , l Nombre de dents................. .
- Cultivateur. T
- ( Largeur du train (met) ....
- Longueur utile d’action de la scie (mèt.). . .
- I de la moissonneuse-lieus traction moyenne ) , ...
- , J du cultivateur.........
- eQ kg‘ ( totale......................
- 1,80 2,10
- 13 17
- 1,75 2,30
- 1,50 1,60 1,80 1,90
- 255 261 292 298
- 434 454 590 590
- 709 715 882 888
- Dans le premier cas (709 kg), avec une vitesse d’avancement de 11U,10 par seconde (environ 4 kilomètres à l’heure), la puissance moyenne disponible demandée au tracteur est de 10 ch.39, ce qui suppose que le moteur développe une puissance voisine de 20 chevaux.
- Dans les mêmes conditions de vitesse d’avancement (1m, 10 par seconde), le dernier cas (888 kg), représente une puissance moyenne utilisable de 13 chevaux et un moteur développant26 chevaux.
- Avec la puissance que le moteur doit avoir en réserve pour parer aux à-coups et * pour pouvoir gravir les petites rampes, nous croyons qu’il convient de se limiter aux moissonneuses-lieuses de lm,80, et aux cultivateurs de 13 dents travaillant sur lm,75, afin d’utiliser les tracteurs de 25 chevaux.
- Pour des tracteurs de 20 chevaux, on peut employer une moissonneuse-lieuse de lm,50, avec un cultivateur passant deux fois sur certaines zones de son train; enfin, on n’a malheureusement pas toujours à moissonner des récoltes donnant 30 hectolitres de blé à l’hectare.
- (1) Les termes s, r et T sont ceux qui ont été indiqués à la page 87, du tome IV de Culture mécanique, à SÊtude des Machines pour effectuer les pseudo-labours.
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- Le déchaumage immédiat lors de la moisson atténue l’assèchement du sol qu’on constate dès la coupe de la céréale; il permet de profiter des moindres pluies estivales si utiles à la nitrification. Il n’y a qu’un léger inconvénient relatif aux charrois des gerbes, lesquels sont rendus un peu difficiles sur le sol superficiellement ameubli; il y aurait des dispositifs à étudier pour atténuer cet inconvénient qui est peu de chose en regard des avantages de l’opération.
- $ $
- Nous avons publié (1) des données pratiques sur la moisson et le déchaumage simultanés effectués en août 1916 par le Syndicat de Culture mécanique d’Ëpernon (Eure-et-Loir), selon les relevés dus à M. J. Plassard, président de ce Syndicat.
- L’hectare a été moissonné, lié et déchaumé en 2 heures 36 minutes, avec une dépense due au tracteur de 26 fr. 51, ou de 27 francs en chiffres ronds, sur laquelle il serait facile de faire la part afférente à chacune des deux opérations, récolte et déchaumage, si l’on avait fait des constatations relatives à ces deux travaux effectués isolément.
- La dépense de 27 f. par hectare doit se répartir proportionnellement aux tractions employées, c’est-à-dire probablement 36 p. 100 pour la moissonneuse-lieuse et 64 p. 100 pour le cultivateur ; cela représenterait environ 10 francs pour la moisson et 17 francs pour le déchaumage ; ces sommes ne comprennent pas la dépense de ficelle ni les frais d’usage de la moissonneuse-lieuse et du cultivateur.
- D’après les consommations horaires indiquées par M. Plassard, et les résultats de nos propres essais, le moteur du tracteur devait développer à Épernon une puissance moyenne d’environ 13 à 14 chevaux.
- Des appareils de Culture mécanique des vignes.
- Le vignoble français s’étend sur près de 1 600 000 hectares, dont 1 500 000 sont actuellement en production ; on peut y distinguer trois groupes :
- a. — Les vignes de plaines, dont la majeure partie est en grands domaines ; leur surface représente environ le cinquième du vignoble français.
- b. — Les vignes en demi-coteaux dont la pente moyenne ne dépasse pas 5 p. 100; leur surface peut être aussi fixée au cinquième de l'étendue totale de nos vignes.
- c. — Le dernier groupe, comprenant environ les trois cinquièmes du vignoble français, constitué par les vignes en coteaux fortement inclinés et en terrasses, appartient surtout à de petites exploitations; d’une façon générale, la culture ne peut y être faite que par des procédés manuels.
- M
- à *
- (lj Page 209, Bulletin de janvier-février 191*.
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- * *
- Les deux premiers groupes, dont l’ensemble représente environ 640 000 hectares (sans Compter l’important vignoble de l’Algérie et de la Tunisie), sont cultivés avec des animaux de trait, surtout des chevaux et des mulets, dont les frais annuels, avant la guerre, étaient évalués de 800 f. à près de 1 200 f. pour certaines exploitations.
- Pour donner une idée du prix de revient des journées de travail de divers animaux, nous pouvons nous baser sur une étude faite à ce sujet, en 1907, par M. Henri de Lap-parent, Inspecteur général honoraire de l’Agriculture, membre de l’Académie d’Agri-culture (1). M. de Lapparent a estimé les taux de l’intérét à 3 p. 400 pour le capital animaux et à 5 p. 100 pour le capital harnais, les frais d’amortissement de ces deux capitaux, les frais de ferrure, d’entretien des harnais et de pansage; à ces frais il convient d’ajouter ceux de la nourriture; il est arrivé aux chiffres résumés ci-après, applicables aux 265 journées de travail qu’on obtient généralement dans l’année.
- Prix de revient de la journée de travail.
- dans le dans le cas
- Poids d’un Prix cas d’achat de production
- Espèce. animal. d’achat. des aliments. des aliments.
- kg. fr. fr. fr.
- 350 600 2,34 2,13
- Cheval. . 500 900 3,07 2,66
- 650 1100 3,66 3,15
- 350 900 2,12 1,96
- Mule. . . 500 1200 2,66 2,37
- 650 1500 3,21 2,80
- 350 700 2,03 1,88
- Mulet . . 500 1 000 2,59 2,32
- 650 1200 3,08 2,68
- 350 300 1,26 0,95
- Bœuf . . 500 370 1,70 1,26
- 650 500 2,09 1,56
- Les bovidés (bœufs ou vaches) sont relativement peu utilisés pour le travail des vignes ; beaucoup d’exploitations viticoles pratiquent la monoculture et sont obligées d’acheter tous les aliments nécessaires à l’entretien de leurs animaux, de sorte que c’est la quatrième colonne du tableau ci-dessus qui est surtout applicable dans le cas qui nous occupe en ce moment. Il convient enfin de remarquer que ces prix, établis par M. de Lapparent plusieurs années avant la guerre, sont aujourd’hui largement dépassés, et il faut prévoir qu’ils seront fortement majorés pendant longtemps après la fin des hostilités.
- On peut estimer qu’il faut un cheval par 6 hectares de vignes en moyenne culture, ou par 8 hectares en grande culture, avec, dans ce dernier cas, un animal supplémentaire par 20 à 24 hectares de vignes.
- *
- * *
- Plusieurs années avant la guerre, les viticulteurs réclamaient des appareils de Culture mécanique pouvant effectuer les façons culturales (labours de 0m,10, à 0m,15
- (i) Revue de Viticulture, 1907; un résumé a été donné dans le Journal d’Agriculture pratique, n° 10, 17 mai 1917, p. 177.
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- de profondeur ; scarifiages à 0m,05 de profondeur) et être utilisés pour divers travaux (sulfatages, poudrages, transports, etc.)
- Le débouché de ces appareils est capable d’intéresser les inventeurs et les constructeurs cherchant à réaliser les meilleures conditions d’application dans un certain nombre de vignobles déterminés, car il ne faut pas aborder l’utilisation générale d’un seul type d’appareil.
- Pour montrer l’importance que peuvent prendre les appareils de Culture mécanique des vignes dans un avenir très prochain, disons que :
- 3 départements ont un vignoble de plus de 100 000 hectares (1).
- 4
- 13
- 6
- 50 à 70 000 hectares (2). 25 à 50 000 — (3).
- 20 à 25 000 - (4).
- Toutes ces superficies n’impliquent pas l’emploi des appareils de Culture mécanique (5), soit à cause du mode de plantation, de lalongueur'des lignes et de la largeur des fourrières, soit par suite de la topographie, lorsque le terrain présente des pentes supérieures à 5 p. 100.
- Avec l’application de la Culture mécanique aux vignes on peut peut-être entrevoir la suppression des labours et leur remplacement par des passages du cultivateur (6); cela simplifierait même le problème tout au moins pour un certain nombre de vignobles.
- M. Raymond Gavoty, Président de l’Union des Syndicats agricoles des Alpes et de Provence, a communiqué à l’Académie d’Agriculture (7) les excellents résultats constatés depuis une dizaine d’années avec les cultures superficielles appliquées à un vignoble du Var, de 70 hectares, en terrain très argileux, peu fertile, caillouteux en partie et exposé à la sécheresse :
- Au lieu du labour d’hiver et du labour de printemps, nécessitant chacun 3 à 4 journées par hectare, plus le travail manuel d’enlèvement du cavaillon, on pratique 5 ou 6 scarifiages, le premier après la vendange et les suivants à partir du commencement de février; l’attelage tirant la houe travaille sans peine un hectare par journée; on ne détruit pas les racines superficielles comme dans le cas des labours, on maintient le sol propre et frais. La récolte donna, en 1916, un peu plus de 100 hectolitres de vin à l'hectare.
- Ainsi, au lieu de 6 à 8 journées d’attelage nécessaires, pour les deux labours par hectare, il suffit de 5 à 6 journées de scarifiages réparties sur une bien plus longue période.
- Dans le Yar, une houe Pilter travaillant sur une largeur de lm,50, attelée à un petit
- (1) Hérault, Gironde, Aude.
- (2) Gard, Pyrénées-Orientales, Var, Charente-Inférieure.
- (3) Gers, Lot-et-Garonne, Dordogne, Saône-et-Loire, Indre-et-Loire, Rhône, Maine-et-Loire, TI".rite-Garonne, Tarn, Vaucluse, Loir-et-Cher, Bouches-du-Rhône, Tarn-et-Garonne.
- (4) Charente, Loire-Inférieure, Lot, Isère, Vienne, Côte-d’Or.
- (5) Culture mécanique, t. IV, p. 6-7, 100.
- (6) On s’est préoccupé depuis longtemps de ce mode de cultivation; des essais ont été suivis en Alsace, à l’École nationale d’Agriculture de Montpellier, dans le Midi, en Algérie, etc.
- (7) Séance du 9 mai 1917.
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- tracteur Avery, a scarifié un hectare de vignes en un temps variant de 5 heures à 5 heures et demie.
- D’autres tentatives ont été effectuées dans la Drôme avec un tracteur Moline, dans des vignes conduites sur fil de fer dont les lignes sont à 2m,50 d’écartement; citons aussi les essais récents faits dans le vignoble vauclusien par M. Ed. Zacharewicz, Directeur des Services agricoles de Vaucluse, avec un tracteur qui ne donna pas entièrement satisfaction (les écartements des lignes étaient de lm,50 et de 2 mètres).
- *
- * *
- En présence d’une forte réduction dans le nombre des travailleurs viticoles et des animaux de trait, de la hausse des frais d’achat, d’alimentation et d’entretien de ces animaux, le vignoble est menacé dans son existence et l’on conçoit que des questions d'un ordre étranger à la culture pourraient se greffer sur cette mauvaise situation économique.
- Il y a donc intérêt national à hâter la solution des problèmes soulevés pour la Culture mécanique des vignes, en abordant le plus tôt possible celles qui semblent pouvoir être obtenues le plus rapidement, appliquant des principes déjà connus, solutions qui pourront être utilisées dès le début dans un certain nombre de vignobles, et pour lesquelles le programme se résumerait ainsi :
- 1° La largeur extrême de l’appareil ne doit pas dépasser un mètre ;
- 2° L’appareil, avec la charrue ou le cultivateur, doit pouvoir revenir dans le même interligne ou dans un des interlignes voisins en tournant sur une fourrière dont la largeur ne doit pas dépasser 3 mètres.
- Hâtons-nous d’ajouter que ce programme n’est pas limitatif et on ne peut qu’encourager ceux qui cherchent à réaliser des appareils propres à la Culture mécanique des vignes plantées en coteaux et à faibles écartements.
- Enfin il y aura lieu de se préoccuper de l’enseignement professionnel des mécaniciens ruraux jouant le rôle de moniteurs à ceux qui se destinent à être de bons conducteurs d’appareils de Culture mécanique.
- Essais publics d’appareils de Culture mécanique destinés aux cultures en lignes et pour la culture et les traitements de la vigne, organisés par le Ministère de l’Agriculture en 1917. — L’arrêté du 8 mars 1917 (1) a prévu une série d’essais d’appareils de Culture mécanique de la vigne. Selon l’arrêté du 1er juin ces essais doivent avoir lieu du 5 au 8 juillet 1917 sur le domaine de la Colonie de Mettray, près Tours (Indre-et-Loire), où les machines seront reçues les 3 et 4 juillet.
- Si les résultats sont favorables, des essais du même genre pourront être organisés dans la région méridionale, à une époque qui sera ultérieurement désignée.
- Les écartements des cultures en lignes sur les champs d’essais de Mettray sont :
- Vignes
- lm,50
- Pommes de terre, topinambours . . .
- Haricots............................
- Betteraves..........................
- Maïs................................
- 0m,80
- (1) Page 418, Bulletin de mars-avril 1917.
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- PRIX DE LOCATION DU MATÉRIEL AGRICOLE.
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- Les épreuves diverses (labours, scarifiages, traitements, etc.) auront lieu sur des terrains de plaines dont la pente ne dépasse pas 2 p. 100, et sur des demi-coteaux dont la pente pourrait atteindre 8 p. 100.
- Prix de location du matériel agricole.
- La loi du 6 octobre 1916, relative à la mise en culture des terres abandonnées, donne au Maire le droit de réquisition des machines et instruments agricoles disponibles dans la commune (article premier) moyennant une indemnité à allouer au possesseur du matériel à titre de location temporaire. Il est possible que, dans certains cas, les services du Ministère de l’Agriculture soient appelés à louer des machines en application delà loi du 7 avril 1917 et du décret du 6 mai 1917 (articles 11 et 13) relatifs à la mise en culture des terres abandonnées.
- Pour les travaux de récolte, il est certain qu’il y aura lieu de réquisitionner des moissonneuses-lieuses qu’on fera déplacer par les tracteurs déjà en usage.
- Beaucoup de Comités communaux d’action agricole éprouvent des difficultés pour établir le prix de la location de diverses machines, dont le mode de règlement doit être fixé par des arrêtés préfectoraux. On pourra se baser sur ce qui va suivre pour avoir une idée de ces loyers, déterminés par le prix d’achat du matériel, sa durée moyenne et la surface sur laquelle il peut travailler.
- *
- * *
- Nous n’avions que quelques documents relatifs à la durée de certaines machines et aux frais occasionnés par leurs réparations ; une enquête dans cet ordre d’idées est difficile à faire, même pour un petit nombre d’exploitations, car elle conduit au dépouillement d’une comptabilité de plusieurs années.
- A défaut de chiffres français, nous avons heureusement de récents documents américains.
- Le Bulletin du Département de l'Agriculture des États-Unis (Bull. 338 —-1916 — p. 24) donne les résultats d’une grande enquête faite par M. H. H. Mowry auprès de plusieurs centaines de fermiers à l’Ouest de l’État t de New-York (Niagara, Orléans, Monroe, Wayne, Genesee, Livingston et Ontario), afin de déterminer les moyennes relatives aux conditions d’emploi de diverses machines agricoles et pour avoir une notion des dépenses moyennes qu’elles occasionnent.
- Nous ne retiendrons que treize genres de machines d’usage courant chez nous, en transformant les mesures américaines en hectares et les prix en francs au cours normal du change.
- L’enquête a porté sur :
- 1 165 charrues à mancherons.
- 294 charrues à siège.
- 438 pulvériseurs.
- 1169 herses ou cultivateurs à dents flexibles. 824 herses à pointes.
- 1 173 rouleaux.
- 1 061 semoirs à céréales.
- 1 114 houes à un rang.
- 881 houes à deux rangs.
- 1 232 faucheuses.
- 416 faneuses.
- 1 217 râteaux à cheval.
- 1 028 moissonneuses-lieuses.
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- Le tableau suivant résume les conditions d’emploi résultant des moyennes arithmétiques ; nous indiquons en chiffres ronds les durées des machines et la surface totale qu’elles travaillent pendant leur existence à la ferme.
- Durée de la machine.
- Nombre moyen de journées de travail Nombre Nombre total de journées Surface travaillée
- Machines. par an. d'années. de travail. par an. hectares. totale. hectares.
- Charrue à mancherons. . . 19,2 11,7 225 13,16 134
- Charrue à siège .... . . 14,7 8,1 119 12,36 100
- Pulvériseur ....... . . 4,2 13,0 55 14,08 183
- Herse à dents flexibles. . . 6,6 11,0 73 28,44 593
- Herse à pointes . . . . . . 3,1 14,0 44 19,32 271
- Rouleau . . 4,7 16,0 76 26,36 422
- Semoir à céréales . . . . . 4,6 16,4 76 18,52 304
- Houe à un rang .... . . 4,1 14,0 58 6,76 95 .
- Houe à deux rangs. . . . . 5,6 12,5, 70 15,72 197
- Faucheuse . . 3,1 14,8 46 11,20 166
- Faneuse . . 1,5 14,0 21 8,64 121
- Râteau à cheval .... . . 2,6 14,5 38 17,20 250
- Moissonneuse-lieuse. . . . 3,4 15,4 53 14,08 217
- Rappelons qu’en moyenne générale pour toute la France, nous avons une charrue
- par 16 hectares du territoire agricole, ou par 7 hectares de terres labourables (l)ou, encore, par 5 hectares de terres labourées annuellement. D’autre part, dans une exploitation à culture intensive de blé et de betteraves, sur le limon des plateaux, on effectue au minimum et par an 13 hectares de labours par 8 hectares de terres labourables, soit en moyenne, et au minimum, 1,6 labour par hectare; en prenant le chiffre ci-dessus d’une charrue par 7 hectares de terres labourables, chaque charrue aurait à labourer en moyenne chaque année une surface de 11,2 hectares, chiffre voisin de ceux indiqués dans l’enquête américaine (12,3 et 13,1 hectares travaillés par an et par charrue).
- Le calcul précédent n’a été effectué que dans le but de voir si l’on peut accorder confiance aux chiffres de l’enquête américaine; les résultats sont très vraisemblables pour le semoir a céréales et semblent plutôt faibles pour la faucheuse et pour la moissonneuse-lieuse relativement à ceux qu'on peut constater chez nous; cependant il faut remarquer qu’aux États-Unis la main-d’œuvre rurale est réduite et que les machines ne sont pas vendues à un prix élevé.
- Bien avant la guerre nous avons vu que chez nous, en comparaison avec les procédés manuels, la récolte était économique avec une moissonneuse-lieuse dès qu’il y avait chaque année plus de 10 hectares de céréales à couper (2).
- Nous n’avons pas de documents relatifs à l’étendue moyenne par moissonneuse-lieuse employée en France ; les chiffres extrêmes que nous possédons varient de 23 à 70 hectares de céréales (blé et avoine) par machine.
- (1) Le Matériel agricole au début du xxe siècle; t. I, Considérations générales.
- (2) Journal d’Agriculture pratique, 1901, t. 1, n° 16, p. 506; 1904, t. II, ii° 31, p. 144.
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- L’enquête américaine donne des renseignements intéressants au sujet des frais d’entretien des diverses machines (dépenses en pièces de rechange et réparations) ramenés à l’unité de surface travaillée. Gomme les prix d’achat pratiqués aux États-Unis sont plus faibles que chez nous, même avant la guerre, nous avons supposé le même rapport pour les prix des pièces de rechange et, pour permettre l’application en France des résultats américains, nous avons calculé ces frais d’entretien par 100 francs du prix d’achat des machines.
- Frais d’entretien par hectare travaillé
- aux Etats-Unis. P- 100 du prix d’achat.
- Prix moyen -
- d’achat Pièces Pièces
- aux. de de
- Machines. États-Unis. rechange. Réparation. rechange. Réparation. Totaux.
- fr. fr. fr. fr. fr. fr.
- Charrue à mancherons . . . 55 0,44 0,80 0,80 1,45 2,25
- Charrue à siège . . 220 2,20 0,90 1,00 0,41 1,41
- Pulvériseur. . . 140 0,77 0,18 0,55 0,13 0,68
- Ilerse à dents flexibles . . . 90 0,30 0,15 0,33 0,17 0,50
- Herse à pointes . . 55 0,20 0,10 0,36 0,18 0,54
- Rouleau . . 125 0,10 0,10 0,08 0,08 0,16
- Semoir à céréales. . . . . . 375 1,24 0,35 0,33 0,09 0,42
- Houe à un rang . . 90 0,35 0,27 0,39 0,30 0,69
- Houe à deux rangs. . . . . 170 0,85 0,33 0,50 0,20 0,70
- Faucheuse . . 220 1,29 0,75 . 0,60 0,34 0,94
- Faneuse . . 180 1,46 0,25 0,81 0,14 0,95
- Râteau à cheval .... . . 125 0,50 0,11 0,40 0,09 0,49
- Moissonneuse-lieuse ’. . . . 650 3,00 0,76 0,46 0,12 0,58
- Au sujet de charrues nous pouvons donner les renseignements suivants relatifs à une excellente terre à pommes de terre (terre un peu légère). En été, par temps sec, il convient de changer le soc pour le faire raffiler (affûter) tous les 6 ares, soit 16 à 17 raffilages par hectare, àO fr. 75 chaque, ce qui représente de 12 francs à 12 fr. 75 par hectare. Dès septembre, lorsque le même sol a été mouillé, il suffit de deux raffilages pour 3 hectares, soit 0 fr. 50 par hectare. En deux mois, les cinq charrues brabant-double à une raie de cette exploitation ont nécessité 80 francs de frais d’affilage de socs. Le soc est complètement usé après le travail de 18 hectares et son remplacement revient à 7 fr. 50 en acier ordinaire, soit environ 0 fr. 40 par hectare ; le soc en acier dur, appelé improprement acier américain, revient à 13 francs et peut travailler généralement une plus grande étendue, sans que nous ayons de chiffre précis à cet égard, mais souvent, trempé trop sec, il casse net dans les terres pierreuses.
- Ces chiffres d’avant la guerre: rechange de soc 0 fr. 40 par hectare, réparation de socs 0 fr. 50 par hectare, relevés récemment (en laissant de côté les 12 francs de raf-filage dans le cas du travail pénible de terres très sèches), mis en parallèle avec ceux du tableau précédent nous permettent d’admettre les chiffres américains donnés comme moyennes générales.
- #
- * *
- Pour les autres frais, nous ne suivrons pas l’enquête américaine qui ne tient compte que d’un faible intérêt du capital engagé et de la surface moyenne travaillée annuellement par machine, indiquée par le premier tableau.
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- Nous avons admis uniformément un intérêt de 5 p. 100 et un amortissement du capital d’achat à 5 p. 100 en dix ans, dont l’ensemhle représente 12,90 p. 100; nous avons ajouté 2 p. 100 pour couvrir différents frais et risques, de sorte que notre calcul est basé sur 15 p. 100 du prix d’achat, et sur un nombre minimum d’hectares supposés travaillés annuellement chez nous par les diverses machines ; en ajoutant les frais précédents d’entretien nous avons donné les frais totaux d’emploi de diverses machines par hectare travaillé et par 100 francs du prix d’achat delà machine considérée.
- Frais par hectare travaillé
- Surface travaillée pour 100 du prix d’achat. Intérêt, amortissement et risques du
- Machines. par an. hectares. capital d’achat, fr. d’entretien. fr. Totaux. fr.
- Charrue à mancherons . . ... 10 1,50 • 2,25 3,75
- Charrue à siège ... 15 1,00 1,41 2,41
- Pulvéï’iseur ... 10 1,50 0,68 2,18
- Herse à dents flexibles . . ... 20 0,75 0,50 1,25
- Herse à pointes! ... 20 0,75 0,54 1,29
- Rouleau ... 20 0,75 0,16 0,91
- Semoir à céréales ... 25 0,60 0,42 1,02
- Houe à un rang ... 20 0,75 0,69 1,44
- Houe à deux rangs .... . . . 20 0,75 0,70 1,45
- Faucheuse ... 25 0,60 0,94 1,54
- Faneuse . . . . 25 0,60 0,95 1,55
- Râteau à cheval ... 25 0,60 0,49 1,09
- Moissonneuse-lieuse. . . . ... 25 0,60 0,58 1.18
- Comme application, citons les deux exemples suivants :
- Pour un semoir en lignes, du prix d’achat de 700 francs, opérant sur 25 hectares chaque année, les frais du travail seraient, par hectare, de 7 fr. 14, dont 2 fr. 31 de pièces de rechange et 0 fr. 63 de réparations diverses.
- Les frais occasionnés par une moissonneuse-lieuse achetée 1 000 francs avec ses accessoires, opérant annuellement la récolte de 25 hectares reviendraient à 11 fr. 80 par hectare, dont 4 fr. 60 rpour les pièces de rechange et 1 fr. 20 pour les diverses réparations.
- Dans les conditions ci-dessus, les prix de location par hectare, sans bénéfice, pourraient être aux environs de 7 francs pour le semoir et de 12 francs pour la moissonneuse-lieuse.
- Le tableau précédent n’est qu’une indication, car les frais d’emploi par hectare sur lequel on opère annuellement diminuent lorsqu'on augmente l’étendue travaillée ; cette diminution ne porte que sur l’intérêt, l’amortissement et les risques du capital d’achat et non sur les frais d’entretien, ces derniers ayant été précédemment ramenés à l’unité de surface.
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- La conclusion de l’enquête américaine est curieuse à noter ; elle ne cadre pas avec les idées généralement admises chez nous : « Il n’est pas profitable de construire un
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- hangar ou un abri au matériel. » Nous avions déjà fait cette constatation et, dans notre rapport de mission aux États-Uni§, en 1893, nous écrivions (page 63) ce qui suit :
- En Amérique le matériel agricole est très mal soigné, abandonné en plein air et souvent laissé en dépôt dans les rues et les avenues des villes et des villages. — On voit fréquemment ensevelies sous la neige des machines agricoles : moissonneuses-lieuses, râteau à cheval, etc., abandonnées dans un coin du champ où les bestiaux sortent un moment pendant les heures les plus chaudes de ces longs hivers rigoureux, si fréquents dans une grande partie du territoire de l’Union. — De l’aveu des esprits éclairés de l’Amérique, qui déplorent cet état de choses, on conçoit très bien qu'avec une semblable méthode, économique à première vue, car elle dispense de l’entretien et de l’amortissement d’une construction simple (hangar, abri), ce matériel ne peut que se détériorer, surtout s’il s’agit d’organes et de mécanismes aussi délicats et aussi complexes que ceux des moissonneuses-lieuses. — Si l’agriculteur américain n’entretient pas bien ses machines, c’est qu’il sait qu’il s’en invente et s’en construit tous lesjours de nouvelles, et qu’il est plus disposé, au bout de quelques campagnes, à mettre son matériel au rebut pour en acheter un neuf, d’autant plus facilement qu’en Amérique les prix sont moins élevés qu’en France.
- Chez nous, et c’est avec plaisir que nous pouvons le constater, le matériel, mieux soigné, est remisé sous des abris.
- Nous avons d’ailleurs procédé à des expériences montrant les détériorations subies par des aciers doux et des aciers durs, laminés et corroyés, peints et non peints : laissés pendant six mois, les uns à l’abri d’un hangar, les autres en plein air exposés aux intempéries ; ces derniers ont subi une détérioration de 2 à 17 fois plus intense que celle supportée par les pièces abritées.
- Essais publics d’appareils de Culture mécanique
- organisés au printemps 1917 par le Ministère de l’Agriculture.
- La première série d’essais publics d’appareils de Culture mécanique, organisée par l’arrêté du 8 mars 1917 (1), s’est déroulée du 12 au 14 avril sûr les terres de l’École de mécaniciens conducteurs de machines agricoles à Noisy-le-Grand (Seine-et-Oise)„dont le directeur, M. R. Olry, était chargé des fonctions de Commissaire général.
- Nous donnons ci-contre un tableau récapitulant les appareils qui ont fonctionné devant le public; ils étaient au nombre de 23 présentés par 17 exposants, alors que la liste des déclarations comprenait 27 exposants et 39 appareils; un certain nombre de machines n’a pu parvenir en temps utile par suite de la difficulté des transports due à l’état de guerre. K
- Les 23 appareils présentés comprennent: 7 de construction française, 1 italien et lo de fabrication américaine.
- La répartition peut encore se faire de la façon suivante :
- 1 tracteur-treuil,
- 1 charrue automobile,
- 1 appareil à pièces travaillantes rotatives,
- 1 avant-train tracteur,
- 19 tracteurs, parmi lesquels certains fonctionnaient au pétrole lampant.
- (1) Page 417, Bulletin de mars-avril 19.17.
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- Puissance annoncée du moteur (chevaux- Prix.
- Nom. Adresse. Appareil. vapeur). (fr.)
- V. Doisy 34, rue Ernest-Renan, Issy-les-Moulineaux (Seine). Tracteur-treuil. )) . »
- Georges Filtz Juvisy (Seine-et-Oise). Tracteur- toueur fonc-
- tionnant en tracteur direct. n 20 600
- Edmond Lefebvre . 1, rue du Champ<des-Oiseaux, Tracteur 25 23 400
- Rouen (Seine-Inférieure).
- Mistral, Broche et Cie . . . . 50 bis, rue Ghaptal, Paris. Tracteur. 10 8 000
- La Motoculture française . . . 41, boul. Haussmann, Paris. Appareil à pièces travail-
- lantes rotatives. 30-35 »
- de Salvert Provins (Seine-et-Marne). Tracteur. 35 28 500
- Tourand . . . (Blum etCi8)r. deLongchamp,
- Suresnes (Seine). Charrue automobile. )) 18 750
- Baroncelli . Soc. des tracteurs agricoles, 4, r. Robert-Estienne, Paris. Tracteur. 25-30 18 000
- Amanco Beauvais et Robin, 31, rue du Maine, Angers (Maine-et-Loire). Tracteur. 24 10 000
- C!e Case 251,rue du Faub.Saint-Martin, i Tracteur. 18 13 000
- Paris. J Id. 20 14 000
- f Id. 25 18 000
- C,c internationale des machines t Tracteur Mogul. 16 9 300
- agricoles 155, rue Michel-Bizot, Paris. r — Titan. 20 11 000
- Société La Culture mécanique. 175, rue de Flandre, Paris. ( Tracteur Emerson L. 20 15 000
- [ — Big Four D. 35 ))
- Ford 61-63, rue de Cormeille,
- Levallois-Perret (Seine). Tracteur. 15 10 000
- Globe (agence) 28, rue Saint-Lazare, Paris. Tracteur. 10 11 300
- Moline Plow 159 bis, quai Valmy, Paris. Avant-train tracteur. 12 9 300
- Schweitzer et Cie 86, rue de Flandre, Paris. ( Tracteur Bull (à essence). 16 9 500
- ( — (au pétrole). 16 9 500
- Siegel et Hommey 19, rue Réaumur, Paris. ( Tracteur Rock Island. ( — Little Giant. 20 22 13 800
- Les figures 32 à 39 (1) représentent plusieurs des tracteurs présentés à Noisy, dont beaucoup ont déjà été signalés dans cette Revue de Culture mécanique (2) ; certains avaient reçu des modifications de détails, d’autres figuraient pour la première fois dans un Concours officiel.
- La machine de M. Georges Filtz fonctionnait en tracteur direct; l’appareil de MM. Mistral et Broche, arrivé au dernier moment, n’a pu être prêt en temps voulu ;le châssis de l’appareil de la motoculture française était établi sur de nouveaux plans ; dans le tracteur de M. de Salvèrt, deux roues directrices remplaçaient les rouleaux du précédent modèle.
- Parmi les appareils présentés pour la première fois, citons le tracteur Case de 18 chevaux, Titan de 20 chevaux, Emerson Big-Four de 35 chevaux avec relevage de
- (1) Les figures 32 à 39 sont extraites du Journal cTAgriculture pratique.
- (2) Essais de 1913 et 1916, Culture mécanique, t. IV.
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- Fig. 32. — Tracteur de M. de Salvert.
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- Fig. 33,
- Tracteur Titan,
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- Fig. 36. — Tracteur Globe.
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- la charrue par le moteur, Ford, _ Globe, Moline, Rock Isiand, avec transmission par friction, et Little Giant.
- M. Fernand David, Ministre de l’Agriculture, a visité le concours le 13 avril.
- Fig. 38. — Avant-train tracteur Moline.
- De nombreux achats d’appareils ont été effectués par des agriculteurs et des Syndicats de Culture mécanique.
- Des machines ont été retenues pour être soumises à des essais spéciaux ; nous
- Fig. 39. — Tracteur Rock Isiand.
- rendons compte ultérieurement des résultats de ces expériences, auxquelles nous nous livrons ; les appareils sont essayés l’un après l’autre, et chacun nécêssite souvent plus d’une semaine, c’est dire que le résultat final ne pourra être donné que dans un certain délai.
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- Camion automobile employé aux travaux de récolte.
- Sur un grand domaine des environs d’Arles (Bouches-du-Rhône), on a utilisé,pour la traction d’une faucheuse, un camion automobile de 16 chevaux, muni de bandages pneumatiques.
- La flèche de la faucheuse fut remplacée par un timon court attaché directement à l’arrière et à droite du châssis du camion. Le travail des trois coupes fut effectué régulièrement sur des prairies naturelles irriguées. On remarqua que les pneumatiques du camion présentaient une usure bien plus faible que s’ils avaient parcouru le même chemin sur la route.
- On essaya de remorquer la moissonneuse-lieuse du domaine, mais l’on constata après quelques tentatives que le terrain caillouteux ainsi que l’éteule abîmaient beaucoup les enveloppes de caoutchouc ; cette expérience montra qu’il était indispensable de modifier les bandages des roues pour l’emploi du camion aux travaux de la moisson.
- Les camions automobiles, plus ou moins transformés, sont donc pratiquement utilisables aux travaux de culture; nous avons déjà eu l’occasion d’en donner des exemples (1).
- La Culture mécanique en pays de métayage.
- Dans le département de la Haute-Vienne, une propriété d’environ 600 hectares est divisée en 12 métairies dont l’étendue oscille de 30 à 80 hectares.
- Par suite du manque de main-d’œuvre, la culture a été négügée et les terres sont assez sales. On ne laboure pas après la moisson, de sorte que le chiendent pousse à l’automne ; au printemps les champs sont transformés en prairies ; on exécute alors péniblement un très mauvais labour de défrichement pour planter les pommes de terre, les topinambours et semer les betteraves.
- D’autre part, avec le peu de main-d’œuvre disponible, la moisson et les battages durent jusqu’au commencement de septembre, reculant ainsi les semis d’automne, lesquels ne sont souvent terminés qu’en décembre.
- Sur un semblable domaine, il n’y a aucun doute sur l’utilité d’employer au moins un tracteur. Il sera réservé aux travaux des plus grandes parcelles, ayant les dimensions minima suivantes : une longueur de 170 mètres (150 mètres sans les fourrières) et une largeur de 20 mètres ; les attelages seront chargés de cultiver les champs de plus petites dimensions.
- (1 Culture mécanique, t. III, p. 133, 156; t. IV, p. 73.
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- Après la moisson, le tracteur pourra déchaumer avec un cultivateur à dents flexibles, puis pourra exécuter un bon labour en octobre-novembre; enfin, au printemps un dernier labour avant le semis des betteraves et la plantation des tubercules.
- En tablant sur un minimum de 500 heures de travail à l’automne (1), le tracteur de 20 chevaux peut assurer le labour de cent hectares répartis sur des parcelles comprises dans un cercle de 1000 à 1500 mètres de rayon, englobant une étendue totale de 300 à 700 hectares.
- Il est possible de créer un Syndicat de Culture mécanique entre le propriétaire et ses métayers versant chacun une cotisation dont le minimum annuel est de 25francs; ce Syndicat, en application de l’arrêté ministériel du 7 septembre 1915 (2), pourrait solliciter une subvention de l’État.
- Encouragements à. la Culture mécanique Subventions du Ministère de l’Agriculture.
- En application des arrêtés du 7 septembre 1915, concernant les Syndicats et les communes, du 17 octobre 1916 relatif aux départements sinistrés, du 24 octobre 1916 visant les Écoles pratiques d’Agriculture et du 30 décembre 1916, intéressant les Écoles nationales d’Agriculture, les subventions allouées par le Ministère de l'Agriculture se répartissent ainsi :
- En 1916, subventions à 39 groupements (Allier, Basses-Alpes, Aube, Charente-Inférieure (deux), Côte-d’Or, Creuse, Dordogne, Drôme, Eure (deux), Eure-et-Loir (trois), Haute-Garonne (cinq), Gers, Indre-et-Loire, Landes, Loir-et-Cher (quatre), Lot-et-Garonne, Rhône, Sarthe (quatre), Seine-Inférieure, Seine-et-Oise (deux), Vosges, Vienne (trois) ; somme totale 304 120 francs.
- En 1916, subvention de 3 175 francs à un Syndicat communal de Loir-et-Cher.
- En 1916, subvention de 60 000 francs au département de l’Oise.
- Pendant les quatre premiers mois de 1917 il a été alloué :
- 206 711 francs à 32 groupements (Basses-Alpes, Dordogne, Drôme, Eure (trois), Eure-et-Loir (cinq), Haute-Garonne (quatre), Gers (deux), Loire, Lot-et-Garonne (trois), Mayenne, Oise (deux), Sarthe (cinq), Vaucluse, Ain et Lot-et-Garonne.
- 19 747 francs aux Écoles nationales d’Agriculture de Rennes, de Grignon et de Montpellier.
- Le montant total des subventions allouées par le Ministère de l’Agriculture pendant l’exercice 1916 et durant les 4 premiers mois de l’exercice 1917 s’élève à la somme de 593 753 francs, intéressant 71 Syndicats de Culture mécanique, une commune, un département sinistré et trois Écoles nationales d’Agriculture.
- (1) Culture mécanique, t. IV, p. 49.
- (2) Culture mécanique, t. IV, p. 42.
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- Rétrocession d’appareils de Culture mécanique aux agriculteurs des régions envahies; — Arrêté du 15 mai 1917. — Cet arrêté du Ministre de l’Agriculture concerne la rétrocession d’appareils de Culture mécanique à des agriculteurs victimes des dommages de la Guerre. Les départements, communes ou groupements agricoles ayant souffert de l’invasion, qui bénéficieront pour l’acquisition des tracteurs d’une subvention égale à la moitié du prix d’acliat, pourront céder leurs appareils dans les mêmes conditions (moitié du prix d’achat) à un ou plusieurs agriculteurs victimes des dommages de guerre.
- Chaque agriculteur acquéreur devra s’engager envers le cédant (département, commune, groupement agricole) de labourer et ensemencer pendant l’année agricole débutant au 1er août qui suit l’acquisition, et par appareil, sur les terres de la circonscription départementale, ou communale, ou des membres du groupement, un minimum de 50 hectares à cultiver en blé, ou de 100 hectares destinés aux céréales diverses.
- Le contrat à intervenir à cette occasion fixera les sanctions encourues le cas échéant par le ou les défaillants.
- Culture mécanique sur les territoires libérés. — Le Service de la Culture des terres abandonnées (1), réorganisé par la loi du 7 avril 1917 et les décrets du 6 mai 1917 (2), a envoyé des batteries de tracteurs sur les territoires récemment libérés.
- Société des Agriculteurs de France en faveur des territoires reconquis.
- La Société des Agriculteurs de France consacra, en 1916, une somme de 10 000 francs à des subventions accordées, sous certaines conditions (3), aux premiers Syndicats de Culture mécanique.
- Comme les agriculteurs des zones reconquises sur l’ennemi n’auront à leur disposition que peu de main-d’œuvre et d’animaux de travail, le Conseil de la Société des Agriculteurs de France décida, en mars 1917, qu’une première somme de 5 000 francs serait répartie entre les Syndicats de Culture mécanique qui pourront se constituer entre membres de la Société, ou d’association affiliées, dans les départements libérés à la suite de la bataille de la Marne ou ultérieurement.
- La subvention (jusqu’à concurrence de 2 000 fr.) est fixée au dixième du prix d’achat du tracteur et de sa charrue; elle peut s’ajouter aux subventions du Ministère de l’Agriculture ou d’autres provenances.
- (1) Page 399, Bulletin de mars-avril 1917.
- (2) Il a été créé un Comité consultatif dans lequel M. Tisserand remplit les fonctions de président ; MM. Cosnier, Durand, Fagot et Ringelmann, les fonctions de vice-présidents; MM. Hitier, Monmirel et Wery, les fonctions de secrétaires (arrêté du 7 mai 1917).
- M. J.-E. Lucas, ingénieur agronome, agriculteur, a été nommé, par décret du 6 mai 1917, Chef du Service de la Culture des terres, qui est institué à titre temporaire au Ministère de l’Agriculture. ,3; Culture mécanique, t. IV, p. 103.
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- ENCOURAGEMENTS A LA CULTURE MÉCANIQUE.
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- Société nationale d’encouragement à l’Agriculture.
- Le Conseil d’administration de la Société nationale d’encouragement à l’Agriculture a décidé en séance du 1er mars 1917 d’accorder des subventions, dont le total s’élève à la somme de 7 650francs, à 15 Syndicats ou Sociétés de Culture mécanique ; les sommes variant de 400 à 700 francs, doivent être affectées à l’achat du matériel destiné à être tiré par les tracteurs. Les bénéficiaires de ces subventions appartiennent aux départements suivants : Allier, Aude, Côte-d’Or, Dordogne (deux), Eure-et-Loir (deux), Haute-Garonne (deux), Landes,Sarthe, Seine-et-Oise, Seine-Inférieure, Vienne et Vosges.
- Départements de la Mayenne et de l’Ain.
- Le Conseil général de la Mayenne a décidé, en avril 1917, d’allouer une somme de 1000 francs à-chaque Syndicat de Culture mécanique du département ; cette allocation s’ajoutera à la subvention du Ministère de l’Agriculture
- Un Syndicat départemental de Culture mécanique a été créé à Bourg (mai 1917). Il a été constitué quatre Sections d’études ; Section d’agronomie (rapports de la Culture mécanique avec la production agricole); Section du matériel; Section de la main-d’œuvre ; Section de législation (examen des questions que pourra soulever la mise en pratique de la Culture mécanique).
- Le Conseil général de l’Ain doit s’occuper de la Culture mécanique dans une session extraordinaire de juin 1917.
- Compagnie P.-L.-M.
- En application d’une décision antérieure, la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée a alloué des subventions à des syndicats de Culture mécanique, dont le total atteignait la somme de 10 000 francs au début de mai 1917.
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- A PROPOS DES TIMBRES DE QUITTANCE
- PAR
- M. Pierre Arnould membre du Conseil
- A défaut de convention formelle, qui doit payer le timbre de quittance apposé sur une facture ou sur une décharge quelconque ? Les discussions d’antan se poursuivent : bien plus, elles s’aggravent du fait même de l’augmentation du prix de ces timbres, car tel qui, pour apaiser un conflit naissant, consentait à débourser 10 centimes, se rebiffe à présent s’il s’agit de 40 ou 50 centimes.
- La règle, cependant, ne laisse aucun doute, car elle repose sur un texte précis, ou plus exactement sur deux textes dont le second complète le premier. D’une façon générale, le Code civil énonce que : « Ces frais de payement sont à la charge du débiteur. » A l’époque lointaine de sa promulgation, il n’était pas question du timbre de quittance à l’usage des particuliers; mais, lorsque celui-ci fut créé, la loi du 23 août 1871, appliquant le principe, répéta presque les mêmes termes en disant que: « Le droit de timbre est à la charge du débiteur. »
- Ainsi, le débiteur du prix du timbre est celui qui donne l’argent, mais qui, en fait, reçoit et conserve le timbre ; en d’autres termes, il l’achète en même temps que la marchandise et il le paye de même qu’il paye la marchandise.
- Bien des errements vinrent troubler cette formule nette et simple.
- L’État le premier, bien loin de la respecter, l’a toujours repoussée pour lui-même, car, lorsqu’il institua le timbre pour ses propres quittances, par la loi du 18 brumaire an VII, il édicta l’article 29 portant que : « Le timbre des quittances fournies à la République ou délivrées en son nom, est à la charge des particuliers qui les donnent ou les reçoivent. »
- Passons à des temps plus proches, et arrivons à 1871. Après quelque flottement, le commerce de détail accepta presque universellement de fournir le timbre au client qui réclamait une facture acquittée. Le grand magasin qui vend un article de 19,50f consent le petit sacrifice supplémentaire qui ramène l’objet à 19,40 f : si, d’un côté, il prétend attirer les acheteuses par l’énonciation d’un prix inférieur au nombre rond, il n’ira pas, de l’autre, les contrarier en exigeant les 10 centimes qu’elles devraient lui payer.
- On rencontre fréquemment une troisième dérogation au principe, analogue à la précédente, lors de la présentation à domicile des factures acquittées. Lorsqu’elles sont apportées par la poste ou par un garçon de banque, le débiteur paye le coût
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- TIMBRES DE QUITTANCE
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- du timbre ; mais lorsque c’est par un livreur, il discute et biffe le timbre. Si le titre émane d’un petit commerçant, heureux de toucher sa créance, il fournit le timbre, sans le marquer sur la note.
- Les grandes banques opèrent à l’inverse, par un moyen détourné. Elles exigent la présentation d’un chèque pour délivrer des fonds, même au titulaire d’un compte de dépôt, lequel doit au préalable prendre et payer un carnet de chèques timbrés. Si, plus tard, en passant au guichet, il réclame le montant du timbre, on lui répond que la loi en dispense l’acquit d’un chèque, et que, par conséquent, il n’y a pas de timbre de quittance à fournir. La confusion est habile ; mais, timbre de quittaace ou timbre de chèque, finalement, c’est le client qui paye.
- Les banques — et les agents de change ~ ont d’ailleurs étendu la dérogation en décidant, à l’instar de l’État, que le timbre des quittances à eux fournies ou délivrées en leur nom, serait à la charge des particuliers qui les donnent ou les reçoivent. Bien mieux, le Crédit Foncier imprime d’avance sur la décharge de ses titres nominatifs : « Timbre mobile à la charge du titulaire en cas de transfert ou de conversion. »
- Mais une forte réaction se manifeste contre ces pratiques abusives. Pour le motif indiqué en commençant, et non sans disputes, les parties en présence tendent à se soumettre à la règle précise que fixe la loi, et qui est juste ; car ^on ne peut pas admettre que certains soient toujours exempts, et d’autres toujours chargés d’un impôt. Chacun doit supporter la quotité dont il est redevable envers la collectivité, et la faire entrer dans ses propres frais généraux, c’est-à-dire,en fin de compte, diminuer d’autant ses bénéfices et, partant, ses jouissances.
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- BIBLIOGRAPHIE
- Sur une méthode d’essai des huiles utilisables en savonnerie. — Application aux graines oléagineuses des méliacées, par M. R. Lecoq.
- Il est souvent difficile d’obtenir dans l’industrie les mêmes résultats que ceux obtenus dans le laboratoire; c’est le cas, par exemple, en savonnerie. Celle-ci, qui, dans ces derniers temps, a cherché à utiliser des corps gras d’origine végétale provenant de nos colonies, ne dispose le plus souvent, que d’une petite quantité de matière qui ne lui permet pas de se rendre un compte exact de sa valeur industrielle.
- M. Lecoq, préparateur-adjoint des cours de matière médicale à l’École de pharmacie, s’est proposé de transformer au laboratoire un faible échantillon, de 100 g par exemple, d’une matière grasse quelconque, liquide ou concrète, végétale ou animale, en un savon fini, permettant de donner des indications sur la valeur du corps gras dans les applications industrielles.
- M. Lecoq fit d’abord une visite très soignée de nombreuses savonneries marseillaises et il y saisit les divers procédés employés pour obtenir les savons d’empâtage, les savons relargués ou déglycérinés et les savons de combinaison directe, obtenus par simple réaction des acides gras et des alcalins et qui présentent aujourd’hui un sérieux intérêt.
- Il se proposa ensuite d’obtenir au laboratoire, avec les matières grasses qu’il voulait examiner, des savons aussi purs que possible, sans excès de potasse ou de soude. Il y parvint facilement en déterminant très exactement de saponification de manière à n’employer que les quantités nécessaires d’alcali, et il suivit alors d’aussi près q»e possible les diverses opérations effectuées dans l’industrie, en ayant soin, comme dans les préparations industrielles, d’émulsionner d’abord l’huile, lors de l’empâtage, dans une petite quantité de savon d’amorçage dont il décrit avec soin la préparation et le mode d’emploi.
- De nombreuses expériences furent faites au laboratoire et montrèrent que « la valeur des produits obtenus permet de rendre compte des applications industrielles dont la matière grasse examinée est susceptible ».
- M. Lecoq entreprit alors d’appliquer le procédé indiqué aux diverses matières grasses des méliacées. A cet effet, il étudia cinq de leurs graines oléagineuses, celles d' Azadirackla imlica, d'Amour Roliituka, de Tricbilia amitica, de Carapa Toulou-conna e,t de Campa Cuiancnsis; mais, en général, les savons que l’on obtient laissent à désirer ; ils sont colorés, d’odeur souvent forte et trop durs, quand il s’agit de savons sodiques. Il ne semble donc pas que les matières grasses des méliacées puissent donner de bons résultats industriels. Gela est regrettable car, en particulier pour la Carapa Guianensïs, le catalogue des produits des colonies françaises indiquait, en ÎS^, que le district du Cachipour et la rive gauche du Couzouania pourraient fournir à la
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- ANALYSES D’OUVRAGES.
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- savonnerie de Marseille la totalité des matières grasses qu’elle met en œuvre ; or M. Lecoq n’a obtenu que des savons sodiques beaucoup trop durs. Cependant ces matières grasses pourraient peut-être être corrigées par des mélanges ou amélioréespar une épuration préalable.
- En résumé, l’ouvrage de M. Lecoq indique une tentative très intéressante pour rapprocher de la pratique les essais de laboratoire entrepris sur de petites quantités de matière, et c’est à ce titre qu’il y a lieu de le signaler.
- Ach. Livache.
- Guide pratique de l’ouvrier tourneur sur métaux, approuvé par le Comité des Arts mécaniques de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, par I. Adam, tourneur-mécanicien.
- Dans le numéro du Bulletin de juillet-août 1916,notre collègue, M. de Fréminville, rendait compte de la deuxième édition de ce petit guide de l’ouvrier tourneur.
- L’auteur présente aujourd’hui une édition nouvelle en tête de laquelle il mentionne l’encouragement qu’il a ainsi reçu de notre Société. L’ouvrage renferme beaucoup d’éléments nouveaux : tracés, tables et formules, principalement utiles dans la technique du filetage. Un contremaître possédant cet opuscule ytrouvera, réunies, des indications précieuses pour résoudre rapidement un grand nombre des problèmes qui se posent dans l’emploi du tour.
- Arnould.
- Vision et reproduction des formes et des couleurs, par M. H. Bouasse, professeur à la Faculté des Sciences de Toulouse. In-8 de xxv + 561 p., 7 planches. Paris, Delagrave, 1917.
- Les volumes de la Bibliothèque scientifique de l’Ingénieur et du Physicien portent en épigraphe : « Beaucoup de science, mais en vue des applications ». Le Traité de M. Bouasse semble bien, d’une manière générale, se conformer à cette devise. Voici l’indication sommaire des sujets exposés.
- Tout d’abord les lois de la perspective sont données, comme introduction à la vision monoculaire et binoculaire. A celle-ci se rattachent les chapitres sur les connaissances du monde extérieur et sur les illusions visuelles, qui témoignent de l’indépendance d’esprit et de l’originalité de vues incontestable de l’auteur.
- La photométrie, l’éclairage, les phénomènes d’émission et de diffusion, la persistance des impressions lumineuses, etc., sont exposés avec toutes leurs conséquences et leurs applications.
- Un chapitre spécial est consacré aux matières colorées et à leur emploi : peinture à l’aquarelle, à la cire, à l’huile, crayons et pastels, mélange des poudres colorées, etc. La classification empirique de Chevreul, ramenée par l’auteur à sa valeur réelle, est suivie de la théorie des sensations de Young et de l’interprétation qu’en a donnée Maxwell, au moyen de son diagramme. Il est regrettable que l’auteur ait omis jusqu’au nom de Rosenstiehl, qui, dans son Traité de la couleur (1913), complète les vues de Maxwell et indique des règles pratiques pour l’établissement- des coloris harmonieux.
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- La dernière partie de l’ouvrage renferme les procédés de reproduction des formes et des couleurs : photographie ordinaire et en couleurs, impression en creux et en relief, linotypie, lithographie et héliogravure, etc. La décoration des tissus par teinture et impression est à peine indiquée en quelques lignes : il est vrai que les procédés auxquels elle a recours relèvent plutôt de la chimie que de la physique. Mais pourquoi la photographie en couleurs sur tissus est-elle complètement oubliée?Pourquoi aussi, dans le chapitre consacré à la photographie, n’est-il pas même fait mention de la méthode de Lippmann, à laquelle on ne saurait pourtant reprocher de n’être pas scientifique?
- Il y a là, semble-t-il, un parti pris d’ostracisme. A lire la longue introduction que M. Bouasse a mise à son livre sous ce titre : « l’Inorganisation du travail scientifique en France », il est difficile d’en douter. Les réflexions sur la dispersion des efforts, sur tle trop grand nombre de laboratoires pauvrement installés et mesquinement entretenus dans les Facultés, sur l’insuffisance des moyens de documentation, etc., sont, il faut le reconnaître, pleinement justifiées. Mais l’auteur n’est ni le premier, ni le seul à avoir signalé les défauts de notre enseignement technique supérieur : nos Bulletins en font foi. Et, à tout prendre, était-il bien nécessaire de mettre dans ces critiques tant d’amertume et de vivacité?
- M. Prud’homme.
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- Notes de Culture mécanique, par M. le docteur G. Chauveau, sénateur. Librairie J.-B. Baillière et fils, 19, rue Hautefeuille, Paris.
- « La terre demande un labeur et une assiduité que rémunère parcimonieusement une production incertaine, dont l’écoulement, mal assuré, a donné naissance à l’organisation actuelle, d’ailleurs si souvent dénoncée, des intermédiaires. Et la tâche, devenue chaque jour plus ingrate pour le petit exploitant, finit par rebuter l’ouvrier agricole qui, mesurant son salaire à l’effort dépensé, le juge insuffisant quand il le compare avec celui qu’on obtient à la ville pour un travail moins pénible et de moins longue durée, sans parler des autres raisons qui peuvent l’influencer. »
- C’est par ce côté que M. Chauveau a pris contact avec le problème de la culture de la terre; et c’est bien là, comme il le dit encore, l’aspect le plus saisissant de ce problème.
- M. Chauveau a abordé celui-ci avec le sentiment profond que les moyens de le résoudre'devaient se trouver dans l’ordre de choses présent, et qu’il fallait seulement s’appliquer à les dégager. Il fait justement remarquer que la caractéristique de notre époque est le mécanisme, c’est-à-dire la substitution de la machine _à l’homme et à l’animal domestique pour les travaux de force et d’endurance.
- Sous l’empire de cette idée, M. Chauveau a été amené à étudier successivement les conditions qui rendent possible et désirable la culture mécanique du sol : structure et fertilité des terres arables, possibiüté de substituer l’énergie mécanique à l’énergie animale, moyens et appareils inventés pour utiliser celle-là.
- Il a pris soin de compléter ce travail par une revue bibliographique et un historique des manifestations qui ont donné à connaître les résultats successivement obtenus. Il lui a semblé enfin que cette étude devait comprendre un exposé des mesures suscep-
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- tibles de généraliser l’emploi des moteurs inanimés pour le labour et les façons culturales.
- M. Chauveau estime que, dans les conditions actuelles, pour aider aujourd’hui à facib'ter et à généraliser l’emploi des moteurs inanimés pour la oulture des terres, le concours de l’État est non seulement justifié, mais hautement désirable, quelque forme qu’il prenne. Cependant M. Chauveau estime que le résultat cherché sera surtout atteint par l’État lorsque celui-ci aidera l’éclosion de petites entreprises locales parfaitement au courant des besoins et des coutumes de la région où elles opéreront et à même de les satisfaire avec plus d’à-propos qu’une administration lointaine et peut-être formaliste. Il faut qu’il y ait un peu partout de petits entrepreneurs de culture mécanique, comme il y en a de battage.
- L’ouvrage de M. le sénateur Chauveau, extrêmement documenté, permet de se rendre compte des différents aspects que présente le problème de la culture mécanique spécialement en France.
- Les différentes solutions qu’il propose sont toujours examinées avec la plus grande largeur de vues et l’esprit le plus libéral.
- Nul doute que tous ceux que cette grave question intéresse ne trouvent, dans l’ouvrage de M. Chauveau, les plus précieuses indications. Ce livre est certainement destiné à permettre le développement en France de la culture mécanique et par là même à contribuer à rendre plus féconds et à libérer plus largement les germes de vie et d’abondance qne la terre renferme.
- H. Hitier.
- Conditions et essais de réception des métaux, par M.G. Charpy, sous-directeur technique de la Compagnie des Forges de Châtillon et Commentry. In-8 de 106 p. (Prix : 3,50 f). Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1917.
- Extraits de la préface de M. Henry Le Chatelier. — L’étude de M. Charpy sur les cahiers des charges vient à son heure. La question des cahiers des charges est un facteur important de la prospérité industrielle d'un pays.
- Leur rôle est capital pour stimuler, suivant les cas ou, au contraire,paralyser complètement une industrie. C’est ainsi que, par leurs conditions de réception, l’artillerie et la marine ont exercé une action féconde sur le développement de notre métallurgie et nous ont donné tous les aciers employés aujourd’hui dans les constructions civiles. L’acier Bessemer et surtout l’acier Martin,perfectionné en vue de la fabrication des canons, servent maintenant à faire des tôles, des rails, des poutrelles. De même, les alliages nickel-chrome pour projectiles et plaques de blindages, ont passé dans la construction automobile. Par contre,les cahiers des charges des architectes de la Ville de Paris ont tué l’industrie des chaux hydrauliques dans un rayon de 200 km autour de la capitale. On a trop souvent perdu de vue cette action incontestable des cahiers des charges; il est temps d’y penser sérieusement, si nous voulons prochainement lutter à armes égales contre nos concurrents étrangers.
- Dans bien des cahiers des charges, on impose pour les grandeurs mesurées des mi-nima el non des moyennes, sous le prétexte fallacieux que la seule chose importante est d’avoir l’assurance qu’aucun des produits livrés ne tombe au-dessous d’un certain niveau jugé utile à tel ou tel usage. Or, d’une part, on n’essaie pas la millième partie des objets livrés ; d’autre paroles conditions imposées diffèrent totalement de celles
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- de l’emploi pratique. Par exemple pour un ciment, qui ne supportera jamais 1 kg par cm2, on demande à l’essai une résistance minimum de 10 kg. Ce système de minima a le grave inconvénient de pousser les usines qui travaillent le mieux à livrer des produits de qualité inférieure, en côtoyant toujours le minimum, que, grâce à la régularité de leur fabrication, elles se savent assurées de ne pas franchir. Dans un pays étranger, je visitais récemment une usine à gaz remarquablement organisée, qui était parvenue à régler exactement son gaz sur le minimum de pouvoir calorifique exigé. Elle y ajoutait du gaz de gazogène, en quantité déterminée chaque jour par les essais de son laboratoire, et vendait ainsi un gaz renfermant 10 p. 100 d’azote. En imposant au contraire une moyenne, la ville ainsi éclairée eût obtenu pour le même prix un gaz possédant un pouvoir calorifique de 10 à 20 p. 100 plus élevé.
- Une autre pratique non moins contraire au bon sens est de prescrire dans un même cahier des charges plusieurs conditions équivalentes, dont les divergences sont le plus souvent imputables aux seules erreurs d’expérience. Autrefois, pour la réception des produits hydrauliques, on demandait des essais sur pâte pure et sur mortier, des essais d’arrachement et d’écrasement, fait à 7, 28 et 84 jours. Soit douze essais pour apprécier une seule et unique qualité : la résistance mécanique. Pratiquement, cela n’apprend rien de plus qu’un seul essai à 7 jours sur mortier. Par contre, cela ale grave inconvénient de rendre les essais tellement coûteux qu’on les fait porter sur une trop petite fraction des produits livrés et cela les allonge tellement qu’ils ne peuvent être terminés avant l’emploi du ciment. Pratiquement, ce luxe de clauses équivaut à la suppression de tout essai de réception.
- S’il suffisait cependant d’un peu de bon sens et de sens moral pour faire de bons cahiers des charges, cela ne devrait pas être bien difficile à obtenir, mais il faut encore beaucoup de méthode scientifique, ce qui est une denrée plus rare. La méthode empirique, de beaucoup la plus répandue, conduit à imposer pour chaque matière un nombre d’essais différents, égal à celui de leurs diverses applications et à se rapprocher autant que possible, pour chaque essai, des conditions mêmes d’emploi. L’étude scientifique des problèmes pratiques fait voir, au contraire, que l’infinie variété des opérations industrielles met seulement en jeu un petit nombre de facteurs élémentaires différents dont les combinaisons possibles se multiplient à l’infini.
- L’étude scientifique des conditions de réoeption des matériaux consiste donc à définir, par une analyse rigoureuse, ces facteurs élémentaires relativement peu nombreux, puis à choisir les méthodes de mesure les plus convenables pour en déterminer la grandeur.
- Afin de préciser ces notions^ prenons un exemple, celui des conditions de réception d'un bon sable de fonderie. Le moule ne doit pas se désagréger sous le choc du métal en fusion. Cette propriété dépend du durcissement du sable par dessiccation et cette dureté dépend elle-même de la proportion d’argile. Le moule ne doit pas fondre au contact du métal en fusion; c’est-à-dire que le sable ne doit pas être fusible, même partiellement, à la température du métal chaud soit 1350° environ. Cette fusibilité dépend de la proportion des basée fondantes, alcalis, chaux et oxyde de fer. Les gaz dégagés du moule sous l’action de la chaleur ne doivent pas traverser le métal où ils produiraient alors des soufflures. Il faut une porosité suffisante du sable pour permettre leur échappement rapide. Cette porosité dépend de la grosseur des grains de sable. Par contre, cette porosité ne doit pas être assez grande pour permettre la pénétration du métal liquide. Cette seconde condition met à la fois en jeu la grosseur des grains de sable et la proportion de coke incorporé au sable qui est soluble dans le métal en fusion, On voit donc que toutes les qualités à l’emploi d’un bon sable de fon-
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- derie dépendent de deux facteurs élémentaires : composition chimique et granulométrie des éléments constitutifs du sable. Mais pour savoir quelles conditions de grandeurs on doit imposera ces deux facteurs, de nombreuses expériences sont encore nécessaires.L’établissement de cahiers des charges scientifiquement rédigés demandera beaucoup de travail aux laboratoires de recherches, et en particulier au laboratoire national réclamé par l’Académie des Sciences, s’il doit jamais être créé.
- Au problème des essais de réception, se rattache une question d’une importance capitale pour l’industrie française, question pour laquelle nous sommes tout à fait en retard vis-à-vis de nos concurrents étrangers : Anglais, Américains et Allemands. Il s’agit de la fabrication régulière des produits dits Standards, c’est-à-dire satisfaisant uniformément à des conditions déterminées et jugées convenables pour assurer la bonne qualité du produit vendu. Au lieu de cahiers des charges limités à quelques grandes administrations et abandonnés aux caprices de chacune d’elles, il devrait y avoir des règles uniformes pour un même produit, également acceptées dans tout le pays et garanties aux gros et aux petits consommateurs. La multiplicité des cahiers des charges actuels a le grave inconvénient d’empêcher les industriels de régulariser leur fabrication et d’en diminuer ainsi le prix de revient. Cette variabilité des produits livrés par les usines françaises est de plus une cause de dépréciation vis-à-vis des pays étrangers. On préférera, à un ciment français de nature indéterminée et toujours changeante, un ciment allemand vendu sous la garantie uniforme de l’Association des fabricants de ciment portland. Pour la même raison, les ciments belges portant la marque Marteau ont longtemps joui d’une faveur très méritée.
- Dans ces pays, on voit des organismes spéciaux consacrer tous leurs efforts à cette standardisation des produits industriels. A Londres, le Committee of Standards travaille énergiquement depuis une dizaine d’années, en plein accord avec le National Physical Laboratonj, à réaliser l’uniformité de la fabrication anglaise. Aux Ltats-Unis, la même tâche est accomplie par le Bureau of Standards et la section américaine de l’Association internationale des méthodes d’essais. Puissions-nous ne pas suivre de trop loin l’avance prise par nos concurrents; espérons que l’appel, adressé par M. Charpy aux ingénieurs responsables de la rédaction de nos cahiers des charges, sera enfin entendu.
- Table des matières: Les cahiers des charges pour la réception des matières métalliques.— La relassure des lingots d’acier. — Martelage, forgeage, laminage. — Sur les essais de trempe. — Sur la limite élastique des métaux. — Quelques réflexions sur l’essai des matériaux. — Sur les essais sommaires des matériaux. — L’utilisation des compétences.
- Comment rééduquer nos invalides de la guerre? par M. le docteur Bourillon, directeur de l’Institut national professionnel des Invalides de la guerre à Saint-Maurice. Paris, Berger-Levrault, 1916 (Prix : 3,50 f).
- Sous le nom d’invalides, on comprend les mutilés, les amputés, les estropiés. Chez tous, le rapport entre l’infirmité et la profession est le facteur essentiel à envisager. La nation a un devoir vis-à-vis d’eux. Les pensions sont insuffisantes ; l’hospitalisation à vie a ses dangers, l’hospitalisation aux ateliers a ses inconvénients. Pour M. le docteur Bourrillon, la solution de ce grave problème repose sur les pensions élevées avec placement familial pour les grands blessés, et le travail des invalides.
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- Le travail des invalides est une nécessité d’ordre économique et moral. Il faut assurer leur préparation et physique et morale ; choisir judicieusement l’appareil ; réagir contre les désillusions; leur faire apprendre un véritable métier; leur assurer des allocations d’apprentissage ; constituer un organisme connu qui centralise et coordonne les efforts.
- Ce très intéressant ouvrage se termine par l’exposé détaillé de ce qui a été fait, sous la direction du docteur Bourrillon, à l’Institut national professionnel des invalides de la guerre de Saint-Maurice, avec ses ateliers et la description des métiers enseignés ; et par l’exposé de ce qu’est l’assistance aux estropiés et aux mutilés en Danemark, en Suède et en Norvège.
- Chaudières et machines de la marine de guerre, par M. Henry Caralp. 3e édition.
- tome Ier : Chaudières, In-8 do 520 p. avec 274 fig. Paris, Augustin Challamel, 1917.
- Prix : 9 f.
- L’auteur, Mécanicien général chargé des combustibles de la marine, était mieux placé que tout autre pour étudier l’utilisation des combustibles liquides. Aussi lui consacre-t-il, dans cette nouvelle édition, une partie importante.
- A l’étude des chaudières tubulaires et des chaudières multitubulaires succède l’exposé des détails de construction des appareils accessoires, puis de l’installation à bord. La quatrième partie est consacrée à la combustion et aux combustibles. La cinquième partie est consacrée au fonctionnement des chaudières marines, à la conduite et au chauffage soit au charbon, soit au pétrole; aux accidents ; à la résistance et aux épreuves des chaudières et des tuyaux.
- Un deuxième volume traite des machines.
- L’ouvrage de M. Henry Caralp est un exceHent traité pratique, qui donne des descriptions précises des différents types de chaudières utilisées dans la marine, et entre dans les détails les plus utiles de la pratique. C’est une œuvre mise ci point, et l’on ne peut en faire qu’un éloge mérité.
- J. G.
- Organisation physiologique du travail, par M. Jules Amar, directeur du Laboratoire
- des recherches sur le travail professionnel au Conservatoire national des Arts et
- Métiers. Préface de M. H. Le Chatelier, membre de l’Institut. Grand in-8 de 374 p.
- avec 134 fig. (Prix : 18 f). Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1917.
- Le professeur Amar, dont on connaît les importants travaux sur les lois de l’activité humaine, sur la rééducation professionnelle et la prothèse orthopédique, les publie aujourd’hui dans ce volume.
- Écrit dans une langue claire et simple, édité avec luxe, cet ouvrage sera bientôt dans toutes les mains, car il ne s’adresse pas seulement aux médecins et aux ingénieurs, mais encore à.tous ceux qui ont le souci*du lendemain économique de notre pays et de l’avenir des glorieuses victimes de la guerre.
- Nous ne pouvons donner à cet ouvrage de meilleure analyse que la préface de M. Henry Le Chatelier, membre de l’Institut.
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- Préface de M. Henry Le Chatelier. — Dans ses Principes d'organisation scientifique du travail (p. 67). F. Taylor se plaint que les expériences des physiologistes et des ingénieurs n’aient apporté jusqu’ici aucune indication sur l’endurance de l’être humain. Les résultats de ces recherches, dit-il, étaient si minimes qu’il était impossible d’en tirer une loi de quelque valeur. Le nouveau volume de M. J. Amar a précisément pour but de combler cette lacune, et de montrer comment les méthodes expérimentales des physiologistes permettront d’aborder à l’avenir le problème de la fatigue et de l’activité humaines. Ce problème est d’une importance capitale au point de vue de l'organisation du travail dans les usines.
- Avant de dire tout le bien que je pense de cette étude, je veux faire quelques remarques sur les critiques adressées par l’auteur à l’œuvre de Taylor. Il insiste, plus que de raison peut-être, sur l’insuffisance de ses méthodes pour apprécier la fatigue des ouvriers. Le reproche doit, en toute justice, être adressé aux physiologistes. Ce n’est pas le rôle d’un ingénieur d’inventer ces nouvelles méthodes de mesures; il n'a qu’à employer celles qui existent. F. Taylor s’est ainsi servi de l’analyse chimique, de la mesure des températures, de celle des efforts exercés sur les outils. Il aurait également employé les procédés d’évaluation de la fatiguehumaine, si elles avaient existé. Il se plaint avec juste raison de n’avoir rien trouvé dans les travaux de ses devanciers. Espérons que le travail de M. J. Amar contribuera à lever cette difficulté.
- Le reproche d’avoir négligé, le rôle de la volonté dans la production du travail me semble également peu fondé. L’exemple de Racliel, donné à cette occasion, est tout à fait typique. La volonté ne peut pas suppléer à la force physique; elle permet seulement de travailler au delà de ses forces, de se surmener. Cela a bien été le cas de Rachel, morte à trente-sept ans. Ce n’est pas là un exemple à imiter. L’organisation scientifique du travail, telle que l’envisage F. Taylor, vise à obtenir de l’ouvrier la somme de travail qu’il peut fournir normalement, mais ne le pousse pas à dépasser cette limite par un effort de volonté.
- Ces réserves faites, je suis heureux de signaler Futilité et l’intérêt que présente la lecture du livre de M. J. Amar. Cet ouvrage ne s’adresse pas seulement aux spécialistes : médecins, physiologistes ou ingénieurs ; tout esprit cultivé s’y instruira avec plaisir sur maints problèmes à l’ordre du jour ; mesure et enregistrement de la fatigue des muscles ou du système nerveux; relations psycho-physiologiques; alimentation normale; art du travail économique, physique ou intellectuel ; main-d’œuvre et apprentissage; rééducation des mutilés, orthopédie, etc.
- M. J. A mar décrit en détail les méthodes de mesures employées dans les laboratoires de physiologie pour la mesure du travail. Il est à souhaiter que de nombreuses études soient poursuivies à l’aide de ces méthodes de haute précision qui lui doivent beaucoup. Le problème à résoudre est en effet très complexe. Il ne suffit pas de constater le degré de fatigue occasionné par un travail donné pour décider si le travail en question excède ou non les capacités de l’ouvrier soumis à l’expérimentation. Tout travail musculaire sérieux entraîne nécessairement une certaine fatigue, mais elle n’aura aucun inconvénient si les temps de repos intercalés dans le travail permettent à la machine humaine de se reconstituer sans altération permanente. Une machine à vapeur ne peut fonctionner sans consommer du charbon; point d’inconvénient, si on l’alimente suffisamment pour ne pas la laisser s’arrêter. De même, pour l’homme, la consommation d’énergie n’a pas de conséquences, pourvu que l'alimentation et le sommeil suffisent à réparer les pertes. Cette fatigue, bien loin d’être nuisible, est très favorable à la santé. Un paysan, qui fait souvent des journées de Tome 127. — 1er semestre. — Mai-Juin 1917.
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- seize heures, atteint facilement quatre-vingts ans, tandis qu’un petit boutiquier des grandes villes, qui ne fournit pas toujours une heure de travail par jour, atteint difficilement la soixantaine. C’est là ce qui rend si difficile l’étude du surmenage. L’homme qui ne se fatigue jamais ne vit pas longtemps. Celui qui se fatigue jouit au contraire souvent d’une verte vieillesse. Le grand industriel Solvay en donne un exemple remarquable. Sur les soixante ans, ila commencé à faire de l’alpinisme, réglant sa vitesse d’ascension de façon à maintenir son pouls au rythme de 120 pulsations à la minute. C’est certainement là une grande fatigue, et Solvay porte allègrement aujourd’hui ses soixante-seize ans, se surmenant encore par un travail intellectuel tellement intensif qu’il en perd souvent le sommeil. Tous les hommes, il est vrai, ne résisteraient pas à un semblable régime; il n’en résulte pas moins que la question du surmenage nuisible est un problème extrêmement complexe, qui demandera encore de nombreuses études avant d’être complètement résolu.
- L emploi des méthodes de mesures recommandées par M. J. Amar aura un effet certainement immédiat dans les études relatives à la rééducation des blessés et mutilés. Les nombreux exemples qu’il en donne montrent comment on arrive, par un apprentissage méthodique, à diminuer rapidement les efforts nécessaires au début pour exécuter un travail auquel on n’est pas entraîné. L’évaluation systématique de ces efforts permettra d’abréger beaucoup le temps de rééducation, et contribuera, dans une large mesure, à atténuer les maux causés par la guerre.
- Cette application particulière du système Taylor aura donc un effet très heureux, celui de fournir du travail aux estropiés de la guerre. Un des points les plus essentiels de ce système est de remplacer dans les usines un grand nombre d’ouvriers manuels par des employés chargés d’étudier les meilleures méthodes de travail, puis de les enseigner aux ouvriers, et enfin d’établir les tâches journalières. Ces fonctions peuvent, pour la plupart, être très utilement confiées à des blessés. L’expérience personnelle du travail est indispensable pour bien remplir ces fonctions, mais elles ne nécessitent pas l’exécution personnelle des mêmes travaux.
- D’anciens ouvriers pourront ainsi utiliser l’expérience qu’ils ont acquise, quand ils jouissaient encore du libre usage de tous leurs membres. Cette utilisation des ouvriers mutilés a été essayée, avec beaucoup de succès, par M. de Fréminville aux chantiers de Penhoét à Saint-Nazaire. C’est là une tentative qui mérite d’être développée.
- Le livre de M. J. Amar soulève une infinité de problèmes très intéressants pour l’avenir de la France ; espérons que de nombreux lecteurs sauront en comprendre la haute importance.
- Administration industrielle et générale. Prévoyance. Organisation. Commandement.
- Coordination. Contrôle; par M. Henri Fayol, directeur général de la S. A. de
- Commentry-Fourchambault et Decazeville (extrait du Bulletin de la Société de
- l’industrie minérale, 1916). In-8 de 174 p. Paris, IL Dunod et E. Pinat, 1917
- (Prix : 3,5 f).
- L’administration joue dans le gouvernement de toutes les affaires, grandes ou petites, industrielles, commerciales, politiques, religieuses ou autres, un rôle très important, M. Fayol expose, dans ce volume, comment à son avis ce rôle devrait être rempli.
- Après avoir mis en relief l’importance de la fonction administrative et fait une revue des principes d’administration (division du travail, autorité, responsabilité, discipline, unité de
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- commandement, unité de direction, subordination de l’intérêt particulier à l'intérêt général, rémunération des agents, centralisation, hiérarchie, ordre, équité, stabilité du personnel, initiative), l’auteur traite de l’établissement et du fonctionnement de la prévoyance, de 1 organisation, du commandement, de la coordination et du contrôle, c’est-à-dire des cinq facteurs essentiels de l’administration.
- Ce livre renferme l’étude la plus complète publiée jusqu’à présent sur l’ensemble des questions que l’on désigne sous le terme vague d'organisation.
- Les salaires ouvriers et la richesse nationale. La méthode de Taylor et le salaire
- moderne. Premiers éléments d’une théorie du salaire. Application à la fabrication
- du matériel de guerre, par M. F. Bayle, ingénieur-conseil, ln-8 de 216 p. Paris,
- H. Dunod et E. Pinat, 1917 (Prix : 6,50 f).
- La réforme des méthodes de paiement du travail ouvrier, selon les méthodes modernes préconisées par les grands ingénieurs ou industriels contemporains : Taylor, Halsey, Gantt, Howan, York, etc., est de première importance.
- L’organisation rationnelle du travail, après la guerre, doit retenir l’attention des économistes, des industriels, des législateurs. Il est difficile d’espérer un progrès sensible sans une refonte complète du salariat, refonte capable de donner satisfaction aux intérêts de la classe ouvrière tout autant qu’aux intérêts patronaux.
- M. F. Bayle expose le problème soüs sa double face, théorique pour les économistes, les ingénieurs, les industriels, et pratique pour les constructeurs, les travailleurs. Il envisage la question de l’application immédiate à la construction du matériel de guerre.
- Le Bulletin des Usines de guerre a signalé qu’une édition à grand tirage d’un livre publié en Angleterre intitulé : Le système aux primes pour le paiement des salaires, vient d’être enlevé en moins de huit jours; c’est dire l’intérêt que le public anglais prend à la question. Elle ne saurait donc laisser le public français indifférent.
- Voici le résumé des chapitres de cet ouvrage :
- Ch. I : La méthode de Taylor et le salaire moderne. — Le but patriotique immédiat de ce chapitre est d’indiquer à l’Administration la vraie route à suivre pour augmenter le rendement militaire de l’industrie des munitions ; ce n’est pas tant de construire sans fin des ateliers nouveaux, ruineux par leur prix de revient, mais d’accroître par une bonne administration le rendement de chaque ouvrier dans les ateliers anciens.
- Le nom de Taylor est un symbole, peut-être plus connu en France que partout ailleurs, grâce aux efforts de M. Henry Le Chatelier. Le progrès matériel dans le sens indiqué par Taylor, sauf quelques exceptions éclatantes, telle l’œuvre de M. Charpy à Montluçon et Commentry, est encore à peu près nul ; la moyenne et la petite industrie, ainsi que d’innombrables travailleurs,ignorent Taylor, sa doctrine, ses idées.
- L’organisation scientifique, qui naquit il y aune quinzaine d’années dans le laboratoire de M. Charpy, s’est étendue de proche en proche à tous les ateliers, et fait justice de cette opinion absurde que l’organisation méthodique est en opposition avec notre génie national Cette organisation marquera une date dans l’histoire de l’évolution industrielle de notre pays.
- Ch. II : Les tarifs modernes. — Ce chapitre est la reproduction d’articles de vulgarisation qui ont été écrits spécialement pour le journal VInformation. Leur but était
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- d’établir la faute qui fut commise, en août 1914, quand on supprima l’usage du tarif Rowens dans les manufactures de l’État.
- Ch. III : Premiers éléments d’une théorie du salaire moderne. —Reproduction d’une Conférence faite en 1916 à la Société Internationale des Électriciens.
- - Ch. IY : Application du salaire moderne à la fabrication du matériel de guerre. — Reproduction de deux articles fparus en 1916 dans Le Génie Civil (11 mars et 29 juillet).
- Ch. Y : Les salaires ouvriers et la défense nationale. — Dans le Bulletin des Usines de guerre n° 24 du 9 octobre 1916, il a paru une intéressante circulaire : Les salaires, les tarifs et les primes. Le premier tarif moderne a probablement été créé en France ; c’est le tarif de M. Ch. Lallemand, directeur du Service du Nivellement général de la France. Il y fonctionne depuis 1883.
- Terminons par un détail amusant :
- L’éloquence, a dit Descartes, est un don de l’esprit plutôt qu’un fruit de l’étude. Un homme peut être éloquent sans rien savoir. Newton, pendant les dix-sept années qu’il fut membre du Parlement anglais, en suivit attentivement les débats, mais il ne prit la parole qu’une seule fois pour inviter l’huissier de service à fermer la fenêtre.
- Automobiles, camions et tracteurs. Principes et utilisation, par M. le lieutenant L. de
- Montgrand du Service technique automobile. In-8, avec 145 hg. et 13 pl. Paris,
- Berger-Levrault, 5, rue des Beaux-Arts. (Prix : 7,50 f).
- Aide-mémoire et guide à la fois, ce livre évite toutes les discussions théoriques dépourvues d’intérêt pratique; il facilitera à l’automobiliste le moyen à la fois d’obtenir d’autant plus rapidement un plein rendement de sa voiture, et de remédier sans tâtonnement aux dérangements qui peuvent s’y produire. Très clairement écrit, l’ouvrage est divisé en vingt et un chapitrés : Métaux. — Moteur. — Carburation. — Distribution. — Allumage. — Refroidissement.— Graissage du moteur. — Rendement. — Boîte de vitesses. — Embrayage. — Direction. — Freins. — Châssis. — Suspension. — Poussée et réaction. — Transmission. — Pneumatiques. — Pannes de moteur. — Pannes de transmission. — Usage de la voiture.
- Le commandant L. Ferrus, dans un avant-propos, dit que ce cours a été rédigé pour permettre aux officiers de convoi stagiaires au dépôt automobile de Boulogne, (D.M.A.P.), d’avoir entre les mains tout à la fois un aide-mémoire et un guide, et qui donnât le texte des conférences qui leur sont faites durant leur séjour dans cet établissement. Le résultat visé a été fort heureusement atteint, et l’on peut considérer ce petit traité comme le bréviaire de l’officier de convoi.
- Cette guerre a donné une importance très grande au service automobile militaire. Il est tout naturel que ce service ait sa littérature technique spéciale, et nous devons féliciter le lieutenant L. de Montgrand pour la façon tout ensemble précise et pratique dont il développa à ses élèves les principes et l’utilisation de l’automobile.
- Traité de la teinture moderne, par M. Henri Spétebroot, Professeur à l’École d’industrie drapière et Directeur du Laboratoire municipal d’Elbeuf. In-8 de 641 p.
- avec 119 fig. (Prix : 25 f). Paris, H.Dunod et E. Pinat, 1917.
- Les procédés de teinture changent avec la nature et l’état de la marchandise à teindre. Cette dernière exige, du reste, certaines préparations avant sa mise en baquet. Ces opéra-
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- ANALYSES D OUVRAGES.
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- tions préliminaires sont prévues dans le Traité de la teinture moderne, qui étudie les caractères des différents textiles, les moyens de les différencier et les préparations chimiques qu’ils doivent ou peuvent subir avant l’application des colorants.
- La question des matières colorantes, qui, jusqu’ici, était envisagée avec l’idée de mettre en lumière les procédés de préparation synthétiques, a subi une orientation nouvelle. Une étude très sommaire des matières premières servant a la préparation des colorants artificiels fait comprendre la classification qui s’impose à leur emploi. Elle est accompagnée d’un exposé complet des méthodes de teinture relatives aux matières textiles simples ou mélangées.
- Le Traité de la teinture moderne indique le moyen de vérifier les produits tinctoriaux, de mettre en évidence leurs qualités ainsi que le mode d’application qui leur convient; travail important qui est le base de la coloration des fibres et des tissus.
- Les points signalés sont complétés par un aperçu des causes qui fixent les colorants; par une vue sur la pratique de la teinture; par un exposé de l’analyse des colorants et des couleurs teintes, ainsi que des procédés de démontage des couleurs, de l’impression et des essais de solidité des couleurs teintes.
- L’ouvrage de M. H. Spétebroot est une contribution intéressante à la collection déjà si nourrie d’ouvrages qui se rapportent à la teinture. Citons, entre autres, ceux de J. Dépierre, Sansone, Hummel, Jules Garçon, Lowenthal et Knecht, O. Piequet, V. Thomas. Il représente, si je puis m’exprimer ainsi, la synthèse de la pratique delà teinture telle qu’elle s’effectue dans un centre industriel important, pratique éclairée à la lumière des connaissances théoriques du professeur de teinture de l’Écolo industrielle de ce centre. Les traitements préparatoires, si importants dans l’industrie elbeu-vienne, sont longuement exposés; les teintures spéciales à cette région le sont également, et d’une façon qui mérite d’autant plus l’attention que, comme l’auteur le dit dans son introduction, les industriels de la-région d’Elbeuf l’ont autorisé à prendre dans leurs usines les renseignements utiles. D’autres questions auraient mérité, dans un traité complet de la teinture, d’être plus développées : telle la teinture des mélangés. Mais comme exposé de la teinture moderne, telle qu’elle se pratique dans une région, nous ne pouvons que féliciter l’auteur de nous procurer une œuvre nouvelle sur ce bel art de la teinture, œuvre qui vient s’ajouter, avec un réel mérite, à celles que nous possédons déjà, mais qui vieillissent rapidement, bien que les circonstances des dernières années aient remis en honneur d’anciens procédés.
- L’auteur, dans son introduction, insiste sur le caractère particulier de son œuvre. « Les volumes parus jusqu’ici, dit-il, sont des recueils de procédés de teinture plutôt qu’un enseignement de la teinture. » Ce qu’il poursuit, c’est l’exposé de l’application des couleurs considérées dans leur ensemble.
- Je suis frappé par le fait que l’auteur ne donne, pour ainsi dire, aucune référence bibliographique. Il y a, certainement, un motif à cette lacune, mais il ne l’explique pas. Or tout le monde reconnaît aujourd’hui que l’un des facteurs principaux du développement si grand que l’industrie allemande s’est assuré fut la perfection des services de renseignements. Pas une usine, pour ainsi dire, qui ne se préoccupât d’avoir une bibliothèque spécialisée avec documentation. Gela tenait à ce qu’un grand nombre des directeurs de maisons allemandes, même des directeurs commerciaux, possédaient leurs titres. Et ils réalisaient la plus étroite collaboration de la science et de l’industrie. La mentalité de nos industriels n’était pas du tout aiguillée de ce côté. Ce fut une chose
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- BIBLIOGRAPHIE.
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- infiniment regrettable. Aujourd’hui, ils y viennent, et beaucoup se préoccupent vivement de ces questions de documentation.
- Connaître les travaux publiés et les brevets pris sur son industrie, est un facteur qui rapporte bien plus à l’industriel que les dépenses nécessaires à cette connaissance. Il faut espérer que bientôt l’on ne pourra plus reprocher à nos industriels la méconnaissance, si contraire à leurs intérêts, des documents utiles.
- L’ouvrage de M. H. Spétebroot; nous donne un excellent exposé des généralités de l’art de la teinture et des opérations qui la précédent : dégraissage, foulage, épaillage, blanchiment, mordançage. Dans des chapitres finaux, il traite de l’analyse des couleurs teintes, des essais de solidité, du démontage, de l’impression. Il finit par un aperçu sur l’avenir de la teinture en France après la guerre, grâce au remplacement des produits allemands par la fabrication française.
- Nous ne pouvons trop recommander aux industriels de mettre ce très intéressant ouvrage dans leur bibliothèque. J. G.
- France-Allemagne (Problèmes miniers, Munitions, Blocus, Après-Guerre), par M. de Launay, membre de l’Institut. In-18. Paris (Librairie Armand Colin, 1917). (Prix 3, 50 f.)
- Dans une guerre devenue industrielle, les hommes ne combattent plus seuls; mais tout le monde minéral entre en jeu. Montrer celte intervention de la matière dans la lutte, les armes que le monde minéral fournit, comment ces armes doivent être lentement forgées pendant la paix et comment la paix doit répartir ces énergies souterraines, tel est le but de l’auteur. Il traite successivement de la guerre et de l’après-guerre : il étudie la question des approvisionnements et du blocus, comment il a été organisé et ce qu’il faut attendre de lui contre l’Allemagne ; — il examine comment1 se posent, entre la France et l’Allemagne, les deux problèmes capitaux de la houille et du fer, puis des autres substances minérales. — Il cherche quelles conditions de paix devront être exigées pour assurer la vitalité de l’industrie française, et montre comment la France serait condamnée à l'impuissance si elle ne s’assurait pas la possession de nouveaux champs houillers, en particulier le bassin de la Sarre. D’autre part, la possession totale de tous les minerais de fer lorrains doit retarder le moment où l’Allemagne nous attaquera de nouveau. Un chapitre est consacré aux mesures économiques à prendre pour résister à l’accaparement allemand après la conclusion de la paix. Enfin l’auteur examine quelques-unes des questions que va poser le retour à la France de l’Alsace-Lorraine en ce qui concerne notamment les industries du fer et du sel.
- L’Annuaire du Bureau des Longitudes pour l’année 1917, si précieux par le nombre des documents qu’il contient, vient de paraître. Cet excellent recueilj renferme cette année, après les documents astronomiques, des tableaux relatifs à la Métrologie et à la Météorologie. Paris, Gauthier-Villars.
- Cet ouvrage ne se trouvera pas seulement sur la table du technicien, du physicien, du mathématicien; chacun voudra le cousulter, pour avoir sous les yeux la liste des constantes usuelles, et aussi pour lire les intéressantes notices de cette année: Le calendrier babylonien, par G. Bigourdan; L’avance de l'heure légale pendant l’été de l'année 1916, par J. Renaud; La détermination du mètre en longueurs d'ondes lumineuses, par M. Hamy (In-16 de près de 700 pages,avec 11 figures, 5 cartes en couleurs et 2 portraits).
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- OUVRAGES REÇUS A LA BIBLIOTHÈQUE
- EN AVRIL ET MAI 1917
- Ministère de l’Agriculture. — Direction générale des eaux et forêts (2e partie : Eaux et améliorations agricoles). Service des grandes forces hydrauliques (Région des Alpes). Tome Vil : Compte rendu et résultats des études et travaux au 31 décembre 1915. Annexes : Cartes et Nivellements (1916). 15579—15580
- Amar(Jules). —Organisation physiologique du travail. In-8 (23 X 16) de xu + 374 p., 134 fîg. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1917. 15581
- Bayle (F.). — Les salaires ouvriers et la richesse nationale. In-8 (23 x 16) de 216 p. (Prix : 6,50 f) Paris, II. Dunod et E. Pinat, 1917. 15582
- Chauveau (C.). — Notes de culture mécanique. In-8 (23 x 14) de 551 p., fîg. Paris J.-B. Baillière et Fils, 1917. 15583
- Montgrand (L. de). — Automobiles, camions et tracteurs. Principes et utilisation. In-8 (23 x 14) de xm + 221 p., 145 Fig., XII pi, Paris, Berger-Levrault, 1917. 15584
- Bouasse (H.). — Vision et reproduction des formes et des couleurs. In-8 (23 x 16) de
- xxvi + 562 p., 267 fig., YII pl. Paris, Delagrave, 1917. 15585
- Bourrillon (Dl\). — Comment rééduquer nos iûvalides de la guerre. L’assistance aux estropiés et aux mutilés en Danemark, Suède et Norvège. In-12 (19 x 12) de 188 p., XIII pl. Paris, Berger-Levrault, 1916. 15586
- Charpy (Georges). — Conditions et essais de réception des métaux. In-8 (25 x 16) de 96 p. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1917. 15587
- Fayol (Henri). — Administration industrielle et générale. Prévoyauee. Organisation. Commandement. Coordination. Contrôle. (Extrait du Bulletin delà Société de l'Industrie minérale, 1916). In-8 (24x16) de 174 p., II pl’. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1917. 15588
- Hanriot (M.),Carré (P.), Seyewetz (A.), Ciiarabot (E.). et Hébert (A). — Principes d’analyse et de synthèse en chimie organique (Encyclopédie de science chimique appliquée, Tome V). In-8 (23 x 16) de 795 p., 30 fig. Paris, Ch. Béranger, 1914. 15589
- Lecoq (Raoul). — Sur une méthode d’essai des huiles utilisables en savonnerie. Application aux graines oléagineuses des méliacées. In-8 (25 x 16) de vu+150 p., 29 fig. Paris, Vigot frères, 1917. 15590
- IIovve (Henry M.). — Professional papers. Vol. I : 1878-1907 ; II : 1908-1916; III.
- 15591-2-3
- Caralp (Henry). — Chaudières et machines de la marine de guerre. 3e éd. lre partie : Chaudières. In-8 (23 x 14) de 520 p., 274 fig., VIII pl. Paris, A. Challamel, 1917. 15594
- Spétebroot (Henri). — Traité de la teinture moderne. In-8 (25 x 16) de x + 631 p., 119 fig. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1917. 15595
- Congrès national du livre. Paris, 1917.24 rapports'. Paris, Cercle de la librairie, 191 /.
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- OUVRAGES REÇUS.
- MAI-JUIN 1917.
- Taylor (F. W.). — La taille des métaux. Traduction française par L. Descroix. Suivie d'une note sur Les règles et cercles à calcul pour l’application du système Taylor, (Publication de la Revue de métallurgie). In-4 (28 x 20) de vin + 295 p., 109 fig. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1917. 15597
- Malphettes (Léopold). — Le béton armé à la portée de tous. In-8 (21x13)’de x + 330 p., 101 fig. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1917. 15598
- Bouasse (H.). — Construction, description et emploi des appareils de mesure et d’observation. In-8 (23 x 16) de xxx +630 p., fig. Paris, Delagrave, 1917. 15599
- Désortuux (E.). — La réforme rationnelle de l’heure. Son importance au point de vue économique et social. In-8 de 14 p. Paris, Gauthier-Villars et Cie, 1917. Pièce 12239
- Dubosc (André). — Les cholestérols au point de vue scientifique et industriel. (Le
- caoutchouc et la gutta-percha, 1916, 102 p.). Pièce 12240
- Lartigue (Alfred). — Nouvel essai d’unification des phénomènes naturels, ln-8 de 72 p., 6 fig. Paris, Gauthiers-Villars et Cie, 1916. Pièce 12241
- Janet (P.). — Les travaux et le rôle scientifique international du Laboratoire central d’électricité. In-8 de 31 p. (Supplément au Bulletin mensuel de la Société internationale des électriciens, décembre 1916). Paris, Gauthier-Villars et Cie 1916. Pièce 12242
- By-Product Coking. Beferences to books and magazine articles (Monthly Bulletin of the Carnegie Library of Pittsburgh, may 1915, de 42 p.). Pièce 12243
- Grange (G.). — Rapport sur le projet de loi sur l’apprentissage, présenté par M. Astier, sénateur. (Syndicat des mécaniciens, chaudronniers et fondeurs de France). In-8 de 14 p. Paris, 1916. Pièce 12244
- Cavallier (Camille). — Unê formule de rémunération du personnel industriel et commercial. In-8 de 16 p. Nancy, 1917. Pièce 12245
- Silbernagel-Ciierrière (A. Ph.). — Comment labourer avec un tracteur. In-8 de 12 p., I pl. Paris, Office central du génie rural. Pièce 12246
- Vermorel (V.) et Dantony (E.) - Notes expérimentales sur l’efficacité des bouillies bordelaises acides, neutres et alcalines. Deux années d’expériences, 1915-1916. (Résumé des travaux de la station viticole et de pathologie végétale de Villefranche, Rhône). In-8 de 28 p. Villefranche, 1917. * Pièce 12247
- Jarry (René). — La motoculture appliquée à la petite et à la moyenne propriété. Syndicats d’exploitation. (Le Correspondant, 10 avril 1917, 14 p.). Pièce 12248
- Cléanthe. — Position critique de notre production. Solution efficace. La force parles revients. (Chambre de Commerce d’Èpinal). In-4 de 49 p., XI pl. Paris, lmp. Chaix, 1917* . Pièce 12249
- *
- Bibliographie générale des travaux historiques et archéologiqaes publiés par les Sociétés savantes de la France. Tome VI, 3e livraison (nos 120 128 à 126 721). Paris, Imprimerie nationale, 1916. Pér. 271
- American Institute of Mining Engineers. — Transactions. Vol. LIV (1916). Pér. 201
- Recueil de lois, ordonnances, décrets, réglements et circulaires concernant les services dépendant du Ministère des Travaux publics. 2e série Tome XXII (année 1913).
- Pér. 144
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- OUVRAGES REÇUS. -- MAI-JUIN 1917.
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- Institution of civil Engineers. — Minutes of Proceedings. Vol. CCII, 1915-1916 (part II).
- Pér. 189
- Institution of mechanical Engineers.— Proceedings, 1916 (oct.-déc.). Pèr. 114
- Bureau of American Ethnology. — 29th Annual Report, 1907-1908; 30th Annual Report, 1908-1909. Washington, 1915,1916. Pér. 25
- Bureau of American Ethnology. — Bulletin 55. Pér. 25
- Society of Chemical Industry. — Reports of the Progress of applied Chemistry. Vol. I, 1916. Pér. 315
- Chambre de commerce de Paris. — Compte rendu des travaux. Année 1915. Pér. 148
- Institution of Engineers and Shipbuilders in Scotland. — Transactions. Vol. LIX, 1915-1916. Pér. 5
- Don de M. Lindet, président de la Société.
- Barral (J. A.). —Le blé et le pain. Liberté de la boulangerie. 2e éd. In-12 (18 x 11) de xlvii + 697 p., fig. Paris. Ch. Delagrave et Cie, 1867.
- Woiiler (F.). — Traité pratique d’analyse chimique. Ed. française publiée par L. Grandeau et L. Troost. In-12 (18 x 11) de xyii + 324 p., 76 fig., I pl. Paris, Gauthier-Villars, 1865.
- Cochin (Denys). — La Compagnie du gaz et la Ville de Paris. Traité. Négociations. Rapports. In-12 (18 x 11) de ni + 169. Paris. 0. Doin, 1883.
- Grandeau (L.). — Traité d’analyse des matières agricoles. 2e éd. In-8(20 x 13) de xii + 834 p., 115 fig. Paris, Berger-Levrau'lt et Cio; Librairie agricole, 1883.
- Pièces justificatives de l’abrégé chronologique des documents relatifs aux étangs d’Engrenier et delà Valduc. In-8 (21 x 13) de vi x 161 p. Aix, lmp. de Nicot, 1834.
- Gay-Lussac. — Cours de chimie. In-8 (21 x 13). Tomes I et II. Paris, Pichon et Didier, 1828.
- Cuvier. — Rapport historique sur les progrès des sciences naturelles depuis 1789, et sur leur état actuel. Nouvelle éd. In-8 (21 x 13) de vi + 364 p. Paris, Verdière et Ladrange, 1828.
- Desormes (Clément). — Manuel de chimie appliquée aux arts. In-8 (21 x 13) de 89 + oo p., II pl. Paris.
- Bosc (Ernest). — Traité complet de la tourbe. In-8 (22 X (4) de 242 p., 26 fig. Paris, Baudry, 1870.
- Kuhlmann (Fréd.) — Expériences chimiques et agronomiques. In-8 (22 x 14) de 200 p.
- Paris, V. Masson, 1847. *
- Haüy. — Essai d’une théorie sur la structure des cristaux appliquée à plusieurs genres de substances cristallisées. In-8 (22 x 14) de vi + 236 p., vm pl. Paris, 1784.
- Robin (Cil). — Traité du microscope. In-8 (23 x 14) de xx + 1028 p., 317 fig., III pl. Paris, J.-B. Baillière et Fils, 1871.
- Laurent (Auguste). —Méthode de chimie. In-8 (22 x 14) dexxn + 464 p. Paris, Mallet-Bachelier, 1854.
- Pelouze père. — Traité de l’éclairage au gaz. In-8 (22 x 14) de xl + 535 p., XXI pl. Mons, Leroux, 1839.
- Trutat (Eugène). — Traité élémentaire du microscope. In-8 (22 x 15) de xv + 322 p., 171 fig. Paris, Gauthier-Villars, 1883.
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- OUVRAGES REÇUS.
- MAI-JUIN 1917.
- Ronna (A.). — Les industries agricoles. In-8 (23 x 15) de 462 p.,75 fig., VIII pl. Paris, Librairie agricole, 1869.
- Callet (François). — Tables portatives de logarithmes, contenant les logarithmes des nombres depuis 1 jusqu’à 108 000. In-8 (23 x 15) de 680 p. Paris, Firmin-Didot, 1795 (tirage de 1849).
- Péclet (E.). — Traité de la chaleur considérée dans ses applications. 3e éd. Tomes I, II, III. Paris, V. Masson, 1860-1861.
- Lapparent (Albert de). — Leçons de géographie physique, ln-8 (25 x 16) de xvi + 590 p., 117 fig., I pl. Paris, Masson et Cie, 1896.
- Bourcart (Emmanuel).— Les maladies des plantes. Leur traitement raisonné et efficace en agriculture et en horticulture.In-8 (25 x 16) de vi -f 655 p., fig. Paris, G. Doin et Fils; Librairie agricole, 1910.
- Buignet (Henri). — Manipulations de physique. Cours de travaux pratiques professé à l’Ecole supérieure de pharmacie de Paris. In-8 (25 X 16) de xii + 788 p., 265 fig. Paris, J.-B. Baillière et Fils, 1876.
- Ditte (Alfred). — Traité élémentaire d’analyse qualitative des matières minérales. In-8 (25 x 16) de xxiv + 364 p., 27 fig. Paris, Dunod, 1879.
- Berthelot (Marcellin).— Chimie organique fondée sur la synthèse. In-8 (25 x 16). Tomes I et II. Paris, Mallet-Bachelier, 1860.
- Chosson (M.). — De la situation de l’industrie des schistes bitumeux du bassin d’Autun (Annales des mines, t. XX, 1871, de 84 p., II pl.).
- Langlet (Ch). — Machines employées dans les fabriques de cuirs (Exposition de 1,878). (Annuaire de la Société des anciens élèves des des Écoles d’Arts et Métiers, 1879, de 55 p., XXX pl.).
- Fusch (Edmond) . — Mémoire sur le gisement salin de Stassfurt-Anhalt (Annales des mines, t. VIII, 1865, de 113 p., I'pL).
- Joulin (L.). — Les potasses et les soudes de Stassfurt (Prusse et Anhalt). (Bulletin de la Société chimique de Paris, 1865-1866, 77 p., II pl.).
- Table des logarithmes des nombres de 1 à ÎOOOO, disposée en forme de répertoire, avec les tables de différences. In-8 de 24 p.
- Forest aîné (J.). — Commerce,industrie et production des plumes d’autruche de Barbarie. Le sel gemme saharien. In-8 de 68 p. Paris, J. André et Cie, 1895.
- Trijbert (Albert). — Analyse chimique des matières agricoles, des boissons fermentées, des vinaigres et des urines. In-8 de 131 p., I pl. Gap., 1895.
- Centenaire de M. Ghevreul, 31 août 1886. In-4 de 8 p.
- Don de M. Maurice Prud’homme, membre du Conseil.
- Le Blanc (Max). — Lehrbuch der Elektrochemie. 4e Aufl. In-8 (22 X 14) de vin + 319 p., 25 fig. Leipzig, 0. Leiner, 1906.
- 7th International Congress of applied Chemistry London, 27 may to 2 june 1909. Section X : Electro-Chemistry, Physical-chemistry. London, Partridge and Co., 1910. v • American electrochemical Society. — Transactions. Vol. X, 1906 ; Vol. XIII, 1908.
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- TABLE ALPHABÉTIQUE
- DES
- NOMS DES AUTEURS MENTIONNES
- DANS LE 1er SEMESTRE DE LA C E N T - S F,I ZI È M E ANNÉE DU BULLETIN
- (janvier-juin 1917)
- Tome 127
- Le nombre en chiffres romains indique le mois du cahier. Le nombre en chiffres arabes qui le suit indique la page.
- A
- Adam (I.). — Guide pratique de l'ouvrier tourneur sur métaux............V, VI B19
- Ajam (Maurice). — Conférence sur le problème de l’exportation (Mémoire).
- I, 11 125
- — (Compte rendu de l’Assemblée générale du l.'î janvier 1917). . I, II 221
- Amar (Jules). — Conférence sur la rééducation professionnelle des mutilés de guerre (Mémoire)............I, II 91
- — (Compte rendu de la séance publique du 23 décembre 1916). . I, II 219
- — Organisation physiologique du travail . . . .•..................V, VI 624
- Arnould (Pierre). — A propos des timbres de quittance .... V, VI 616
- — Analyse du Guide pratique de l’ouvrier tourneur sur métaux,par I. Adam.
- V, VI 619
- B
- Baudet (André). — Rapport sur l’application du système métrique dans le commerce de la quincaillerie. III, IV 241
- Bayle (F.). — Les salaires ouvriers et la richesse nationale. La méthode Taylor et le salaire moderne. Premiers éléments d'une théorie du salaire. Application à la fabrication du matériel de guerre.
- V, VI 627
- Belin (Jean-Paul). — Conférence sur la librairie française et la concurrence étrangère (Compte rendu de la séance publique du 21 avril 191.7). . III, IV 432
- — (Mémoire) ....................V, VI 499
- Benoit (le commandant). — Le vol aérien. Aérodonétique, par F. W. Lan-chester. Traduit de l’anglais sur la
- 2e édition....................III, IV 442
- Berrogain (Ch.). — L’expansion du commerce extérieur et l’organisation bancaire............................III, IV 442
- Bouasse (H.). — Vision et reproduction des formes et des couleurs. . . V, VI 619
- Boureau (Dr).....................III, IV 424
- Bourillon (Dr). — Comment rééduquer
- nos invalides de guerre?. ... V,^l 623--
- c
- Caralp (Henry). — Chaudières et machines de la marine de guerre . V, VI 624
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- NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS.
- MAI-JUIN 1917.
- Charpy (G.). — Conditions et essais de
- réception des métaux.........V, VI 621
- Chauveau (Dr C.). — La France agricole
- et la guerre.................III, IV 441
- — Notes de culture mécanique. . V, VI 620
- D
- Descamps (Paul). — La formation sociale du Prussien moderne. Analyse de Paul
- de Rousiers...............III, IV 440
- Desmarets (H.)...............III, IV 382
- F
- Fayol (Henri). — Administration industrielle et générale. Prévoyance. Organisation. Commandement. Coordination.
- Contrôle......................V, VI 626
- Féry (Ch.). — Rapport présenté, au nom du Comité des Arts économiques, sur le « tube Coolidge ». I, II 12 — Laboratoire d’Optique de l’École de Physique et de Chimie industrielles.......................III, IV 370
- Fouret (Georges). — État financier de la Société. Rapport présenté, au nom de la Commission des Fonds, sur les comptes de l’exercice 1915 . . V, VI 449
- G
- Gàrçon (Jules).—Notes de Chimie. I, II 168
- — — III, IV 374
- — — V, VI 568
- ér
- — Sur la préparation de l’acide acétique et de l’alcool éthylique à partir de l’acétylène (Notes de Chimie) ..........................V, VI 568
- I^autier (Armand). — Aperçu historique £ur les laboratoires de recherches
- J-
- * scientifiques existant en France. Opinion de M. Armand Gautier. . I, II 54
- Gelais (Prosper). —Conférence sur les fen'demains de la guerre et la viticul-
- ture. L’exportation des vins (Compte rendu de la séance publique du
- 27 janvier 1917)............I, II 223
- — (Mémoire).................III, IV 250
- Guillery (R.) —...............V, VI 489
- H
- Herrmann..............' . . . . V, VI 573
- Hillairet (A.). — Notice nécrologique sur E. Harlé (1849-1917) ... V, VI 484 IIitier (Henri). — Notes d’Agriculture.
- I, II 185
- — — 4 III, IV 386
- — V, VI 582
- — Rapport sur les subventions aux femmes d’agriculteurs mobilisés et ayant su maintenir en bon état l’exploitation de leur domaine agricole. (Prix Meynot) ...... I, II 161
- — La question du blé (Notes d’Agriculture) .........................I, II 185
- — Recherches de MM. A. Müntz et E. Laine sur les quantités d’eau et la fréquence des arrosages suivant les propriétés physiques des terres (Notes d’Agriculture). ....... III, IV 386
- — La foi •ce productive de l’agriculture
- française ; comparaison avec celle des pays étrangers. L’intensification de notre production agricole. Vœux émis par le Congrès de l’Association nationale d’expansion économique (Notes d’Agriculture)..................V, VI 582
- — Analyse des Notes de cidture mécanique, par le D1’ C. Chauveau . V, VI 620
- Houdaiule et Triquet. — Une paffinerie de salins de betteraves à Choisy-le-Roi (Seine)...........................I, II 155
- Huart (Albin). . ................III, IV 381
- J
- Janet (Paul). —Note sur le Laboratoire central d’Électricité de la Société internationale des Électriciens. III, IV 364
- Joly (Henri). — Conférence sur la question du travail des femmes. Ses pers-
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-
-
-
- NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS.
- MAI-JUIN 1917.
- 637
- pectives nouvelles (Mémoire). III, IV 281 — (Compte rendu de la séance publique du 24 février 1917) . . III, IV 420 Julien (le capitaine). — La motoculture.
- III, IV 441
- Laiiy (J.). — Le système Taylor et la physiologie clu travail professionnel. III, IV 443
- Laine (E.).....................III, IV 386
- Lanciiester (F. W.). — Le vol aérien. Aérodonétique, Traduit de l’anglais sur la 2e édition par le commandant
- Benoit..........f...........III, IV 442
- Launay (de). — France-Allemagne (Problèmes minier s, munitions, blocus, après-
- guerre.).......................V, VI 630
- Le Chatelier (Henry). — Rapport sur les laboratoires nationaux de recherches scientifiques............I, II 29
- Le coq (R.). — Sur une méthode d'essai des huiles utilisables en savonnerie. Application aux graines oléagineuses
- des méliacées..................V, VI 618
- Lémeray (E.-M.). — Le principe de relativité........................III, IV 445
- Lévy-Lambert (A.). — Conférence sur les transports par câbles aériens (Mémoire)............................I, II 78
- Lindet (Léon). — Séances publiques du
- 23 décembre 1916..............I, II 219
- 13 janvier 1917.................I, II 220
- 27 — 1917..................I, II 222
- 10 février 1917.................I, Il 224
- 24 — 1917..............III, IV 419
- 10 mars 1917................III, IV 421
- 24 — 1917...............JII, IV 423
- 21 avril 1917...............IH, IV 428
- — Assemblée générale du 13 janvier 1917.........................I, II 220
- — L’atelier de la Société « le Jouet de
- France »........................I, II 131
- — Une verrerie nouvelle à Charenton
- (Seine).........................I, II 132
- — Une fabrique de bichromate de soude
- à Ponthierry (Seine-et-Marne) . I, II 134
- — Une fabrique de soufre doré d’anti-
- moine et de permanganate de potasseà Château-Ponsac (Haute-Vienne). I, II 155
- Lindet (Léon). —Application du système métrique dans le commerce de la
- quincaillerie................III, IV
- — Un tissage de laine à Voiron (Isère).
- III, IV
- Livache (Ach.). — Analyse de : Sur une méthode d’essai des huiles utilisables en savonnerie. Application aux graines oléagineuses des méliacées. . . V, VI
- M
- Masson. — Rapport sur les appareils imaginés par le docteur Boureau, de Tours, pour permettre aux mutilés des bras d’aborder les différentes professions en vue desquelles ces appareils ont été établis (Compte rendu de la séance publique du lOmars 1917).
- III, IV
- Mastick (S. C.)..................I, II
- Montgrand (lieutenant L. de). — Automobiles, camions et tracteurs. Principes
- et utilisation..................V, VI
- Moutier (A.). — Conférence sur le tunnel sous-marin entre laFrance etl’An-gleterre (Compte rendu de la séance publique du 10 février 1917). . I, II
- — (Mémoire)...................111, IV
- Müntz (A.).......................III, IV
- O
- Otlet (Paul). — Conférence sur l’information et la documentation au service de l’industrie (Compte rendu de la séance publique du 24 mars 1917).
- III, IV
- — (Mémoire). ... .... V, V4
- 240
- 245
- 618
- 424
- 168
- 628
- 225
- 316
- 386
- 427,
- 517
- « *.*
- Polac (Louis). — Notre commerce exté-
- rieur d’après-guerre...........III, ÎV 44*4
- Prud’homme (M.). — Analyse de : Vision ' et reproduction des formes et des cou-* leurs, par H. Bouasse .... V, Vl 619
- • V
- ♦ % V
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-
-
- 638
- NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS.
- MAI-JUIN 1917.
- Q
- Quillard (Cli.). — Le retour à la terre par la mécanique. La maison du soldat du XIIIe arrondissement de Paris pour les mutilés de la guerre . I, II
- R
- 9
- Ringelmann (Max). — Revue de Culture mécanique.................I, II
- — — III, IV
- — — V, VI
- — Rapport, au nom du Comité d’Agri-
- culture, sur le porte-outils Jullien destiné aux mutilés d’un bras. I, II
- — La culture mécanique et la guerre de 1914-1917 (Revue de Culture mécanique) ...................I, II
- — Tracteur Avery (Revue de Culture
- mécanique)...................I, II
- — Syndicat de culture mécanique de l’arrondissement de Pontoise (Revue de Culture mécanique). ... I, II
- — Tracteur Case. Type 20 chevaux (Revue de Culture mécanique) . . I, II
- — Automobile de tourisme transformée en tracteur (Revue de Culture mécanique) ........................I, II
- — Mauvaise utilisation d’un tracteur (Revue de Culture mécanique). I, II
- — Essais du tracteur Mogul-16 (Revue de Culture mécanique) .... I, II
- — Ecole spéciale de mécaniciens conducteurs -de machines agricoles. Fon-
- ' dation Gomel-Pujos (Revue de Culture mécanique) ....... I, II
- ' —. Service de la culture des terres (Revue de Culture mécanique) . III, IV
- — Tracteur F. T., de Mme Veuve A. de
- Mesmay (Revue de Culture mécanique) III, IV
- -- La euÿure mécanique en Haute-
- vt^îaroftMa (Revue de Culture méca-
- niquJ^.;,>\ . .. .........III, IV
- Treu^^e MM. Allemand et Boudin £&' (Revue de Culture mécanique).
- " III, IV
- Ringelmann (Max). — La culture mécanique dans la Sarthe (Revue de Culture mécanique)..............III, IV 413
- — Essais du tracteur Little-Giant (Revue de Culture mécanique). 111, IV 414
- — La culture mécanique en Angleterre (Revue de Culture mécanique).
- III, IV 413
- — Essais publics d’appareils de culture
- mécanique organisés par le Ministère de l’Agriculture en 1917 (Revue de
- Culture mécanique).........III, IV 417
- — Moisson et déchaumage simultanés
- avec tracteur (Revue de Culture mécanique) . ...................V, VI 393
- — Des appareils de culture mécanique
- des vignes (Revue de^Culture mécanique) .......................V, VI 599
- — Essais publics d’appareils de culture mécanique destinés aux cultures en lignes et pour la culture et les traitements de la vigne, organisés par le Ministère de l’Agriculture en 1917 (Revue de Culture mécanique).
- V, VI 602
- — Prix de location du matériel agricole (Revue de Culture mécanique).
- V, VI 603
- — Essais publics d’appareils de culture mécanique organisés au printemps 1917 par le Ministère de l’Agriculture (Revue de Culture mécanique).
- V, VI 607
- — Camion automobile employé aux tra-
- vaux de récolte (Revue de Culture mécanique)....................V, VI 612
- — La culture en pays de métayage (Revue de Culture mécanique). . V, VI 612
- — Encouragements à la culture méca-
- nique. Subventions du Ministère de l’Agriculture (Revue de Culture mécanique}*". ....................V, VI 613
- — Rétrocession d’appareils de culture mécanique aux agriculteurs des régions envahies;arrêté du 13 mai 1917 (Revue de Culture mécanique).
- V, VI 614
- — Culture mécanique sur les territoires libérés (Revue de Culture mécanique).
- V, VI 614
- Robin (Félix). — Mesure de la dureté par pénétration d’une molette. . III, IV 233
- 158
- 197
- 399
- 595
- 16
- 197
- 204
- 209
- 210
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-
- NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS.
- MAI-JUIN 1917.
- 639
- Rousiers (Paul de). — Rapport au Conseil d’Administration sur la nécessité de modifier les articles 419 et 420 du
- Code pénal.............. III, IV
- — Analyse de : La formation sociale du Prussien moderne, par Paul Descamps.
- III, IV
- S
- Sauvage (Ed.). — Observation sur le
- filetage Whitworth^.........III, IV
- — Rapport, fait au nom du Comité des
- Arts mécaniques, sur les machines d’essai des métaux présentées par M. R. Guillery................V, VI
- — Locomotives type Atlantic du Pennsylvania Railroad................V, VI
- — Notice nécrologique sur O. Linder.
- V, VI
- Sebert (le général). — Enquête sur les établissements de recherches et d’expériences. Note présentée au nom du Comité des Arts économiques. I, II
- — Aperçu historique sur les laboratoires de recherches scientifiques existant en France. Mesures àprendre pour les mieux utiliser. ... I, 11
- — Note, présentée au nom du Comité des Arts économiques, sur un projet d’organisation d’un service central de documentation industrielle III, IV
- Selme (L.). — Principe de Carnot contre formule empirique de Clausius. Essai
- sur la thermodynamique . . . III, IV Spétebroot (Henri). — Traité de la teinture moderne ................Y^WI
- T
- Taillefer (A.). — Des moyens récents mis à la disposition des industriels pour prouver la date de leurs créations .............................V, VI 564
- Teisset. — La mouture du maïs, de
- l’orge et de l’avoine.......III, IV 246
- Tisserand (E.). — Rapport sur les établissements agricoles de recherches scientifiques. Ce qu’ils sont; ce qu’ils
- devraient être.................I, II 35
- — L’enseignement agricole ... I, II 56 Toulon (Paul). — Conférence sur les travaux publias après la guerre (Mémoire)........................III, IV 297
- — (Compte rendu de la séance publique du 10 mars 1917;. . . III, IV 424
- Triquet. — Voir IIoudaille.
- V
- Varinois (Maurice). — L'outillage américain pour la fabrication en série. Emploi des montages pour économiser la main-d'œuvre spécialisée sur les différents types de machines-outils, par Joseph Woodworth. Traduction sur la 2e édition américaine. . . . III, IV 445
- W
- Woodworth (Joseph). — L'outillage américain pour la fabrication en série. Emploi des montages pour économiser „ la main-d'œuvre spécialisée sur les différents types de machines-outils. 2e édition américaine traduite par Maurice Varinois......................III, IV , 445
- 229
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-
- TABLE ALPHABÉTIQUE ET ANALYTIQUE
- DES MATIÈRES
- CONTENUES DANS LE 1er SEMESTRE DE LA CENT-SEIZIÈME ANNÉE DU BULLETIN
- (JANVIER-JUIN 1917)
- Tome 127
- Le nombre en chiffres romains indique le mois du cahier. Le nombre en chiffres arabes
- qui le suit indique la page.
- A
- Acide acétique, Sur la préparation de
- 1’-----et de l’alcool éthylique à
- partir de l’acétylène (Notes de Chimie), par J. Garçon. . . V, VI 568
- ADMINISTRATION, COMPTES RENDUS, ETC., DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- Conseil d’Administration.
- Composition du Conseil d’Administration pour l’année 1917. . . 1, II 3
- Assemblée générale du 13 janvier 1917.
- I, II 230
- Séances publiques. 23 déc. 1916 I, II 219
- — — 13 janv.1917 I, II 220
- _ — 27 — 1917 1, II 222
- — _ 10 fév. 1917 '% H , 324
- _ — ' 24 — 1917 III,
- — — 10 mars 1917 III, W^421
- _ _ 24 — 1917 III, IV 425
- — — 21 avril 1917 III, IV 428
- Code pénal. Rapport de M. de Rousiers
- sur la nécessité de modifier les articles 419 et 420 du---. III, IV 229
- Comité des Arts chimiques.
- Séance du 14 nov. 1916. III, IV 433 — — 12 déc. 1916. III, IV 434
- Tome 127. — 1er semestre. — Mai-Juin
- Séance du 9 janv. 1917. III, IV 437 _ _ 13 — 1917. III, IV 438
- Commission des Filetages.
- Note sur les règles d’établissement desboulons, goujons et vis employés dans les constructions du matériel de transport................III, IV 342
- Commission des Fonds.
- État financier de la Société. Rapport présenté par M. Georges Fouret sur les comptes de l’exercice 1915.
- V, VI 449
- AGRICULTURE ET CULTURE MÉCANIQUE
- Agriculture. La force productive de 1’ — française ; comparaison avec celle des pays étrangers. L’intensification de notre production agricole. Voeux émis par le Congrès de l’Association nationale d’expansion économique (Notes d’Agriculture), par II. Hitier. . . . . . . >V, VI 582
- Arrosages. Recherches de MM. (A.
- Müntz et E. Laine sur les quantités d’eau et la fréquence des — suivant les propriétés physiques des terres (Notes d’Agriculture), par H. Hitier^
- IiylV 386
- Blé. La question du — (Notes d’Agri- ^ culture), par H. Hjtibr. . . I,
- 1917. *2
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-
-
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- 642
- TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES. — MAI-JUIN 1917.
- Déchaumage. (Voir Tracteur.)
- Graines oléagineuses. (Voir Huiles.) Matériel agricole. Prix de location du — — (Revue de Culture mécanique), par Max Ringelmann. V, VI Moisson. (Voir Tracteur.)
- Subventions. Rapport sur les — aux femmes de cultivateurs mobilisés et ayant su maintenir en bon état l’exploitation de leur domaine agricole (Prix Meynot), par Henri
- Hitiejr.....................I, II
- Vignes. (Voir Culture mécanique, Essais.)
- Culture mécanique :
- Camion automobile employé aux travaux de récolte (Revue de Culture mécanique), par Max Ringelmann.
- V, VI
- Culture mécanique. La — — et la guerre de 1914-1917 (Revue de Culture mécanique^, par Max Ringelmann..........................I, II
- — Syndicat de--------de l’arrondis-
- sement de Pontoise (Revue de Culture mécanique), par Max Ringelmann .....................I, II
- — La — — en Haute-Garonne (Revue de Culture mécanique), par
- Max Ringelmann...........• III, IV
- — La — — dans la Sarthe (Revue de Culture mécanique), par Max
- Ringelmann.................III, IV
- — La-------en Angleterre (Revue de
- Culture mécanique), par Max Ringelmann . ............... III, IV
- — Des appareils de —.— des vignes (Revue de Culture mécanique), par
- Max îîlNGELMANN..............V, VI
- — La — — en pays de métayage (Revue de Culture mécanique), par Max Ringelmann . ..... V, VI — Encouragements à la---------. Sub-
- ventions du Ministère de l’Agricul-tui^1(Revue de Culture mécanique), par Max Ringelmann. ... V, VI — Rétrocession d’appareils de — — . aux agriculteurs des régions en-vahiesj arrêté du 15 mai 1917 (Revue de Culture mécanique), par Max Ringelmann................. . V, VI
- Culture mécanique. La — sur les territoires libérés (Revue de Culture mécanique), par Max Ringelmann.
- V, VI 614
- Machines agricoles. Ecole spéciale de mécaniciens conducteurs de — —. Fondation Gomel-Pujos (Revue de Culture mécanique), par Max Ringelmann .....................I, II 217
- Service de la culture des terres (Revue de Culture mécanique),. par Max Ringelmann...............III, IV 399
- Essais :
- Essais publics d’appareils de culture mécanique organisés par le Ministère de l’Agriculture en 1917 (Revue de Culture mécanique), par Max Ringelmann...............III, 4V 417
- — publics d’appareils de culture mé-
- canique destinés aux cultures en lignes et pour la culture et les traitements de la vigne, organisés par le Ministère de l’Agriculture en 1917 (Revue de Culture mécanique), par Max Ringelmann............. V, VI 602
- — publics d’appareils de culture mécanique organisés au printemps 1917 par le Ministère de l’Agricul-
- * ture (Revue de Culture mécanique), par Max Ringelmann. ... V, VI 607
- Tracteurs et treuils :
- Tracteur Avery (Revue de Culture mécanique), par Max Ringelmann.
- I, II 204
- — Case. Type 20 chevaux (Revue de
- Culture mécanique), par Max Ringelmann . . . .............I, II 210
- — Automobile de tourisme transfor-. mêè en — (Revue de Culture mécanique), par Max Ringelmann. I, II 214
- — Mauvaise utilisation d’un — (Revue de Culture mécanique), par Max Ringelmann ...... I, II 215
- — Essais du — Mogul-16 (Revue de Culture mécanique), par Max Ringelmann ..................1, II 217
- — F. T., de Mme Veuve A. de Mesmay (Revue de Culture mécanique), par Max Ringelmann.............III, IV 404
- — Essais du — Little Giant (Revue
- 603
- 161
- 612
- 197
- 209
- 408
- 413
- 415
- 599
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-
-
- TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES.
- MAI-JUIN 1917.
- 643
- de Culture mécanique), par Max
- Ringelmann.............III, IV 414
- — Moisson et déchaumage simultanés avec un — (Revue de Culture mécanique), par Max Ringelmann. V, VI 595
- Treuil de MM. Allemand et Boudin (Revue de Culture mécanique), par Max Ringelmann...........III, IV 411
- Alcool éthylique. (Voir Acide acétique.) Alliages résistant aux acides (Notes de Chimie), par J. Garçon. III, IV 378
- Avoine. (Voir Mouture.)
- B
- BIBLIOGRAPHIE.
- Administration industrielle et générale. Prévoyance. Organisation. Commandement. Coordination. Contrôle, par
- Henri Fayol...............V, VI 626
- Aêrodonétique. Le vol aérien. —, par F. W. Lanciiester. Traduit de l’anglais sur la 2e édition par le commandant C. Benoit. . . . III, IV 442 Agriculture. La France agricole et la guerre, par le DrC. Chauveau. III, IV 441 Allemagne. (Voir France.)
- Automobiles, camions et tracteurs. Principes et utilisation, parle lieutenant
- L. de Montgrand...........V, VI 628
- Camions. (Voir Automobiles.)
- Chaudières et machines de la marine de guerre, par Henry Caralp . V, VI 624 Commerce extérieur. L'expansion du —
- — et Vorganisation bancaire, f>ar
- Ch. Berrogain..............III; IV 442
- — Notre — — d'après-guerre,
- Louis Polac................III, IV 444
- Couleurs. (Voir Formes.)
- Culture mécanique. Notes de----, par
- le Dr C. Chauveau...........V, VI 620
- Formes. Vision et reproduction des — et des couleurs, par H. Bouasse.
- V, VI 619
- France-Allemagne (Problèmes miniers, munitions, blocus, après-guerre), par
- de Launay...................V, VI 630
- Huiles. Sur une méthode d'essai des — utilisables en savonnerie. Application aux graines oléagineuses des mélia-
- cées, par R. Lecoq.........V, VI 618
- Invalides. Comment rééduquer nos invalides de la guerre ? par le D1' Bouril-
- lon........................V, VI 623
- Longitudes. VAnnuaire du Bureau des — pour Vannée 1917. . . V, VI 630 Marine de guerre. (Voir Chaudières.) Métaux. Conditions et essais de réception des —, par G. Charpy. V, VI 621 Motoculture. La —, par le capitaine
- Julien......................III, IV 441
- Outillage américain. L'---------pour la
- fabrication en série. Emploi des montages pour économiser la main-cVœuvre spécialisée sur les différents types de machines-outils, par Joseph Woo.d-worth. 2e édition américaine traduite par Maurice Varinois. III, IV 445
- Oxygène. (Voir Soudeur.)
- Principe de relativité. Le — — —, par
- E.-M. Lémeray............... 111, IV 445
- Prussien moderne. La formation sociale du--------, par Paul Descamps. Analyse de Paul de Rousiers . III, IV 440
- Salaires ouvriers. Les---et la richesse
- nationale. La méthode Taylor et le salaire moderne. Premiers éléments d’une théorie du salaire. Application à la fabrication du matériel de guerre,
- par F. Bayle..................V, VI 627
- Savonnerie. (Voir Huiles.)
- Soudeur. Le guide du — et les applications de Voxygène, publié parl’Oxhy-
- drique française............III, IV 444
- Système Taylor. Le-------et la physio-
- logie du travail professionnel, par
- J. Lahy.......................m, IV 443
- — (Voir Salaires ouvriers.) ’
- Teinture. Traité de la — moderne, par Henri Spétebroot. . . : . V, VI 628
- Thermodynamique. Principe de Carnot contre formule empirique de Clausius‘. . Essai sur la —, par L. Selmje. IV 444 Tourneur sur métaux. Guide pratique de .l'ouvrier------:---, par J. Adam.
- •* V, VI 619
- Travail. Organisation physiologique du
- —, par Jules Amar..........V, VI
- Tracteurs. (Voir Automobiles.)
- 624
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-
-
- 644
- TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES.
- MAI-JUIN 1917.
- Bichromate de soude. Une fabrique de
- -------àPonthierry (Seine-et-Marne),
- par L. Lindet...................I, II 154
- Boulons. (Voir Filetages.)
- Brevets. Sur les — de chimie (Notes de Chimie), par J. Garçon .... I, II 168
- Établissements agricoles. (Voir Recherches scientifiques.)
- Exportation. Le problème de 1’ —. Conférence par Maurice A.tam (Mémoire).
- I, II 125
- — (Compte rendu de l’Assemblée générale du 13 janvier 1917). . I, II 221
- C
- Câbles aériens. Les transports par----.
- Conférence par A. Lévy-Lambert (Mémoire) .....................I, II 78
- Carbure de calcium. L’industrie française du-----------(Notes de Chimie),
- par J. Garçon...............III, IV 381
- Code pénal. Nécessité de modifier les
- articles 419 et 420 du------. Rapport
- au Conseil d’Administration par M. de
- Rousiers....................III, IV 229
- Créations industrielles. (Voir Industrie.)
- Documentation industrielle. Projet d’or- . ganisation d’un service central de — —. Note, présentée aji' nom du Comité des Arts économiques, par le général Sebert. ...... III, IV 355
- — (Voir Information.) «
- Dureté. (Voir Essais des matériaux.)
- F
- Filetages. Unification des —. Règles d’établissement des boulons, goujons et vis employés dans les constructions du matériel de transport . . III, IV 342 — Observation sur le — Whitworth, par E. Sauvace..................III, IV 354
- G
- Goujons. (Voir Filetages.)
- H
- 1Huiles minérales. Le cracking des---------
- (Notes de Chimie), par J. Garçon.
- III, IV 382
- I
- E
- Électricité. (vVoir Laboratoire.)
- Bjf&ignement agricole. L’ — —, par E. Tisserand. ........................I, Il 56
- Essais des matériaux. Mesute de la dureté par pénétration d’une molette, par
- Félix Robin................III, IV 233
- Essai des métaux. Rapport, fait au nom du Comité des Arts mécaniques, par , M. E. Sauvage, sur les machines d’
- -----— présentées par M. R. Guil-
- lery . . . .................V, VI 489
- Industrie. Les efforts de 1’ — française
- pendant la guerre..............I, Il
- '’tr . M, IV
- — De# .moyens récents mis à la dispo-sition des industriels pour prouver la date de leurs créations, par A. Tail-
- • LEFER........................V, VI
- — (Voir Information.)
- Information. L’ — et la udocumentation
- au service de l’industrie. Conférence par Paul Otlet (Compte rendu de la séance publique du 24 mars 1917).
- III, IV
- — (Mémoire)...................V. VI
- 151
- 240
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- 427
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- MAI-JUIN 1917.
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- TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES. ----
- J
- Jouet. L’atelier de la société « le — de France », par L. Lindet. ... 1, II 151
- L
- Laboratoire. Note sur le -— central d’ÉIec-tricité de la Société internationale des Électriciens, par Paul Janet. III, IV 364
- — d’Optique de l’École de Physique et de Chimie industrielles, par Féby.
- III, IV 370
- — (Voir Recherches scientifiques.)
- Laine. (Voir Tissage.)
- Librairie française. La — — et la concurrence étrangère. Conférence par Jean-Paul Belin (Compte rendu de la séance
- publique du 21 avril 1917). . III, IV 432 — (Mémoire)................V, VI 499
- Locomotives type Atlantic du Pennsylvania Railroad, par Ed. Sauvage.
- V, VI 548
- Mutilés. Rapport sur les appareils imaginés par le docteur Boureau, de Tours, pour permettre aux — des bras d’aborder les différentes professions en vue desquelles les appareils ont été établis (Compte rendu de la séance publique du 10 mars 1917). . III, IV 424
- N
- Nécrologie. M. Terquem .... . I, II 221
- — M. Gommes ‘ . . I, II 221
- — M. Achille Muntz. ..... III, IV 419
- — M. Ventou-Duclaux. .... III, IV 420
- — M. Oscar Linder III, IV 422
- — — V, VI 470
- — M. Émile Harlé III, IV 429
- — — V, VI 484
- — M. Alfred Mallèvre .... III, IV 431
- — M. Alcide Poirrier. .... III, IV 431
- Notes d’Agriculture, par Henri Hitier.
- I, II 185
- — ’ — — III, IV 386
- — — — V, VI 582
- Notes deNJhimie, par Jules Garçon. I, II . 168
- — — III, IV 374
- — — ‘ V, VI 568
- M
- Maïs. (Voir Mouture.)
- Matières réfractaires. Sur les--(Notes
- de Chimie), par J. Garçon. . III, IV 375 Matériaux. (Voir Essais.)
- Métaux. (Voir Essais.)
- Mouture. La — du maïs, de l’orge et de* l’avoine, par Teisset .... III, IV 246 Mutilés. Rapport, au nom du ComBlr d’Agriculture, sur le porte-outils Jul* lien destiné aux — d’un bras, pail^fe-. Max Ringelmann..................I, II*- Yo
- — La rééducation professionnelle des
- — de guerre. Conférence par Jules
- Amar (Mémoire)...............I, II 94
- — (Compte rendu de la séance publique du 23 décembre 1916) . I ,* II 219
- — Le retour à la terre par la mécanique.
- La maison du soldat du XIIIe arrondissement de Paris pour les— de la guerre, par Ch. Quillard ... I, II 158
- 0
- Optique. (Voir Laboratoire.)
- Orge. (Voir Mouture.)
- ;•/*,' P
- Permanganate de potasse. (Voir Soufre.) Porte-outils Jullien. (Voir Mutilés.)
- Q
- y
- * *•». .
- Quincaillerie. (VoirSystème métriqqg.)
- R
- Recherches scientifiques. Enquête sur les , établissements de — — et d’expériences. Note, présentée au nom du.
- . '4
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- TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES.
- MAI-JUIN 1917.
- Comité des Arts économiques, par le
- général Sebert....................I, II
- Recherches scientifiques. — Rapport sur
- les laboratoires nationaux de--------,
- par Henry Le Chatelire. I, II
- — Rapport sur les établissements agricoles de — —. Ce qu’ils sont; ce qu’ils devraient être, par E. Tisserand. I, II
- — Aperçu historique sur les laboratoires
- de-------existant en France. Mesuré
- à prendre pour les mieux utiliser,
- par le général Sebert.............I, II
- — Opinion de M. Armand Gautier.
- I, II
- — (Voir Laboratoire.)
- Rééducation professionnelle. (Voir Mutilés.)
- Retour à la terre. (Voir Mutilés.)
- Salins de betteraves. Une raffinerie de
- ----— à Choisy-le-Roi (Seine), par
- Houdaille et Triquet..........I, II
- Soufre. Une fabrique de — doré d’anti-' moine et de permanganate de potasse à Château-Ponsac (Haute-Vienne), par
- L. Lindet.....................I, II
- Système métrique. Application du — — dans le commerce de la quincaillerie,
- par L. Lindet............... III, IV
- — Rapport d’André Baudet . III, IV
- 26
- 29
- 35
- 47
- 54
- 155
- 155
- 240
- 241
- T
- Timbres de quittance. A propos des ----------, par Pierre Arnould. V, VI
- 016
- Tissage. Un — de laine à Voiron (Isère),
- par L. Lindet...............III, IV 245
- Transport. (Voir Câbles .aériens, Filetages.)
- Travail des femmes. La question du———.
- Ses perspectives nouvelles. Conférence par Henri Joly (Mémoire).
- III, IV 281
- — (Compte rendu de la séance publique du 24 février 1917) . . . III, IV 420
- Travaux publics. Les----après la guerre.
- Conférence par Paul Toulon (Mémoire)......................III, IV 297
- — (Compte rendu de la séance publi- . que du 10 mars 1917)'. . . . III, IV 424
- Tube Coolidge. Rapport, au nom du Comité des Arts économiques, sur le — —,
- par Ch. Fèry............... . . I, II 12
- Tunnel sous-marin. Le — — entre la France et l’Angleterre. Conférence par A. Moutier (Compte rendu de la séance publique du 10 février 1917).
- I, II 225
- — (Mémoire). ..............III, IV 316
- V
- Verrerie. Une nouvelle — à Charenton
- (Seine), par L. Lindet...........I, II 152
- Vis. (Voir Filetages.)
- Viticulture. Les lendemains de la guerre et la —. L’exportation des vins. Conférence par Prosper Gervais (Compte rendu de la séance publique du 27 janvier 1917)..........................I, II 223
- ..............III, IV 250
- L'agent général, gérant,
- E. Lemaire.
- Paris. — Typ. Philippe Renoüard, 19, rue des Sainrs-Pères. — 53813,
- jÿ?ê-
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