Bulletin de la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale
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- BULLETIN
- POUR
- L’INDUSTRIE NATIONALE
- PUBLIÉ
- SOUS LA DIRECTION DES SECRÉTAIRES DE LA SOCIÉTÉ
- MM. HITIER & TOULON
- 1920
- Pour faire partie de la Société, il faut être présenté par un membre et être nommé par le Conseil d’Administration.
- (Extrait du Règlement.)
- PARIS
- SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ, H, RUE DE RENNES (6« abk.)
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- SECRÉTARIAT DE LA SOCIÉTÉ
- ET
- RÉDACTION DU BULLETIN
- Communications, dépôts, renseignements, abonnements au Bulletin, annonces, tous les jours, de 14 h. à 16 h.
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- 119° ANNEE.
- JANVIER-FEVRIER 1920
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- CONSEIL D’ADMINISTRATION
- LISTE DES MEMBRES TITULAIRES ET HONORAIRES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION ET DES MEMBRES CORRESPONDANTS POUR L'ANNÉE 1920
- MEMBRES TITULAIRES Bureau.
- Année
- de l’entrée „
- au conseil. Président,
- 1896. — Lindet (O. ^), docteur ès sciences, membre de l’Académie d’Agriculture, professeur à l’Institut national agronomique, 108, boulevard Saint-Germain (6e arr1).
- Vice-présidents.
- 1900. — Raclé (O. i&), Ingénieur civil des Mines, 57, rue de Ghâteauclun
- (9e arr1).
- 1907. — Berthelot (Daniel), membre de l’Institut, 168-, boulevard Saint-Germain (6e arr1).
- 1899. — Larivière (Pierre) (>&), Ingénieur civil des Mines, 164, quai Jem-mapes (10e arr*).
- 1891. — Sauvage (O. %), Inspecteur général des Mines, professeur à l’Ecole supérieure des Mines et au Conservatoire national des Arts et Métiers, 14, rue Eugène-Flachat (17e arr*).
- Secrétaires.
- 1901. — Hitier (Henri) ($), Ingénieur-agronome, membre de l’Académie
- d’Agriculture, maître de conférences à l’Institut national agronomique, 6, rue du Général-Foy (8e arr*).
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- 4 CONSEIL D’ADMINISTRATION (1920). — JANVIER-FÉVRIER 1920.
- Année <)e l’entrée au Conseil.
- 1900. — Toulon (Paul) (^), Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, Ingénieur en chef honoraire des Chemins de fer de l’Etat, 106 bis, rue de Rennes (6e arr1).
- Trésorier.
- 1906. — Albv (ifc), ancien Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, 55, boulevard Lannes (16e arr1).
- Censeurs.
- 1884. — Bordet (^), ancien Inspecteur des Finances, administrateur de la Compagnie de Châtillon, Commentry etNeuves-Maisons, 181, boulevard Saint-Germain (7e arr1).
- 1866. — Tisserand (Eugène) (G. O. %), membre de l’Institut et de l’Académie d’Agriculture, directeur honoraire de l’Agriculture, Conseiller Maître honoraire à la Cour des Comptes, 17, rue du Cirque (8e arr1).
- Commission des Fonds.
- 1884. — Bordet (^), ancien Inspecteur des Finances, administrateur cle la Compagnie de Châtillon, Commentry et Neuves-Maisons, Président, boulevard Saint-Germain, 181 (7e arr1).
- 1876. — Pereire (Henry), Ingénieur des Arts et Manufactures, vice-président de la Compagnie des Chemins de fer du Midi, boulevard de Courcelles, 33 (8e arr1).
- 1888. — Fouret (O. %), ancien examinateur d’admission à l’Ecole polytechnique, avenue Carnot, 4 (17e arr1).
- 1891. — d’Eichthal (Eugène), membre de l’Institut, vice-président de la
- Compagnie des Chemins de fer du Midi, directeur de l’Ecole des Sciences politiques, boulevard Malesherbes, 144 (17e arr1).
- 1892. — H eurteau (O. %), Ingénieur en chef des Mines, directeur honoraire
- de la Compagnie du Chemin de fer d’Orléans, rue de Clichy, 17 (9e arr1).
- 1900. — Lavollée (J.)] (jjfc), avocat à la Cour d’Appel, 88, boulevard Malesherbes (8e arr1).
- 1903. — Lafosse (H.) (O. %), Inspecteur général des Eaux et Forêts, 61, rue de Vaugirard (6e arr1).
- 1906. — Alby (#), ancien Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, 55, boulevard Lannes (16e arr1).
- 1908. — Biver (Comte), Ingénieur des Arts et Manufactures, 14, rue de Prony (17e arr1).
- N...
- Comité des Arts mécaniques.
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- 1905. — B F.RTJN (C. ^), membre de l’Institut, Président, 8, rue Garancière (6e arr1).
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- CONSEIL DADMINISTRATION DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT EN 1920.
- Année de l’entrée au Conseil.
- 1891. — Sauvage (0. %), Inspecteur général des Mines, professeur à l’École des Mines et au Conservatoire national des Arts et Métiers, rue Eugène-Flacliat, 14 (17° arr1).
- 1897. — Barbet ($£), ingénieur, 47, rue de Liège, Paris (8e arr1).
- 1897. — Diligeon (&), Ingénieur des Arts et Manufactures, conseiller du
- Commerce extérieur, 23 bis, avenue Niel (17e arr1).
- 1898. — Masson (L.) (O. Ingénieur civil, directeur en congé hors cadre
- du Conservatoire des Arts et Métiers, 22, rue Alphonse-de-Neuville (17e arr1).
- 1900. — Walckenaer (O. %), Inspecteur général des Mines, 218, boulevard
- Saint-Germain (7e arr1).
- 1901. — Rateau (%), membre de l’Institut, ancien ingénieur au Corps des
- Mines, ancien professeur à l’École des Mines, 10 bis, avenue üdisée-Reclus (7e arr1).
- 1906. — Lecornu(0. ^), membre de l’Institut, Inspecteur général des Mines, professeur à l'Ecole polytechnique, 3, rue Gay-Lussac (5e arr1).
- 1911. — Leblanc (Maurice) (^), membre de l’Institut, ingénieur, 1, boulevard
- Montmorency (16e arr1).
- 1912. — Brocq (François), ingénieur, directeur de la Compagnie des
- Compteurs, 16, boulevard de Vaugirard (15e arr1).
- 1913. — Ter ré (Maurice) (O. ^), Ingénieur en chef de la Marine en retraite,
- 139, boulevard Haussmann (8e arr1).
- 1913. — Dantzer (James), ingénieur, professeur au Conservatoire national
- des Arts et Métiers, 17, avenue Sainte-Foy, à Neuilly-sur-Seine (Seine).
- 1914. — Salomon (Louis) (O. %ï), ancien président de la Société des Ingé-
- nieurs civils de France, Ingénieur en chef honoraire du Matériel et de la Traction des Chemins de fer de l’Est, 175, rue du Faubourg-Poissonnière, Paris (9e arr1).
- 1916. — de Fréminville (Charles), Ingénieur des Arts et Manufactures,
- 18, rue Pierre-Curie (5e arr1).
- 1917. — Arbel (Pierre) (C. %), administrateur de la Société des Forges de
- Douai, 103, avenue Henri-Martin (16e arr1).
- 1918. — Guillery, ingénieur, directeur des Établissements Malicet et Blin,
- 111, rue de Flandre (19e arr1).
- Comité des Arts chimiques.
- 1885. — Le Chatelier (Henry) (C. ^), membre de l’Institut, Inspecteur général des Mines, professeur à la Faculté des Sciences, Président, rue Notre-Dame-des-Champs, 75 (6e arr1).
- 1877. — Bérard (P.) (O. ^), membre du Comité consultatif des Arts et Manufactures, rue Casimir-Delavigne, 2 (6e arr1).
- 1883. — Carnot (Adolphe) (C. ifc), membre de l’Institut, Inspecteur général des Mines, boulevard Raspail, 95 (6e arr1).
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- CONSEIL DADMINISTRATION (1920).
- JANVIER-FÉVRIER 1920.
- Année de 1 entrée au Conseil.
- 1885. — Appert (Léon) (O. %), ingénieur-manufacturier, 148, boulevard Haussmann (8e arr4).
- 1898. — Livaciie, Ingénieur civil des Mines, 24, rue de Grenelle (7e arr4). 1900. — Bâclé (O. ^), Ingénieur civil des Mines, 57, rue de Châteaudun (9e arr1).
- 1903. — Haller (G. O. ^), membre de l’Institut et de l’Académie d’Agriculture, professeur à la Faculté des Sciences, 10, rue Vauquelin (5e arr1).
- 1905. — Prud’homme (%), chimiste, ancien élève de l’École polytechnique, 78, avenue de la Grande-Armée (17e arr1).
- 1907. — Guillet (O. ^), ingénieur, professeur au Conservatoire national des
- Arts et Métiers et à l’École centrale des Arts et Manufactures, 8, avenue des Ternes (17e arr1).
- 1908. — Bertrand (Gabriel) professeur à la Faculté des Sciences et à
- l’Institut Pasteur, 61, boulevard des Invalides (7e arrfc).
- 1911. — T rillat (A.) (O. ^), chef de laboratoire à l’Institut Pasteur, 25, rue
- Du tôt (15e arr1).
- 1912. — Delloye (Lucien) (^), directeur général des Glaceries de la Cie de
- Saint-Gobain, 1, place des Saussaies (8e arr1).
- 1913. — Loebnitz (J.) (>&), fabricant de faïences artistiques, 4, rue Pierre-
- Levée (11e arr1).
- 1914. — Gall (Henry) (%), ancien président de la Société des Ingénieurs
- civils de France, administrateur délégué de la Société d’Électro-chimie, président de la Société des Carbures métalliques, 2, rue Blanche (9e arr1).
- 191 5. — Pagès (Albert) (^), ancien président du Syndicat général des Produits chimiques, 34, boulevard Henri-IV (4e arr4).
- 1917. — Chesneau (Gabriel) (O. ^), Inspecteur général des Mines, directeur de l’Ecole nationale supérieure des Mines, 60, boulevard Saint-Michel (6e).
- Comité des Arts économiques.
- 1876. — Sebert (Général H.) (C. ^), membre de l’Institut, Président, rue Brémontier, 14 (17e arr4).
- 1887. — Carpentier (C. %), membre de l’Institut, ingénieur-constructeur, 34, rue Guvnemer (6e arr4).
- 1897. — Lyon (O. ^), directeur de la fabrique de pianos Pleyel, Lyon et Cie, 22, rue Rochechouart (9° arr4).
- 1900. — Toulon (Paul) (^), Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, Ingénieur en chef honoraire des Chemins de fer de l’État, 106 bis, rue de Rennes (6e arr4).
- 1902. — IIillairet ($£), ingénieur-constructeur, 22, rue Vicq-d’Azyr (10e arr1).
- 1907. — Berthelot (Daniel), membre de l’Institut, 168, boulevard Saint-Germain (6e arr4).
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- CONSEIL DADMINISTRATION DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT EN 1920. 7
- Année de l’entrée au Conseil.
- 1908.
- 1909.
- 1909.
- 1910. 1910.
- 1915.
- 1916.
- 1917. 1919. 1919.
- 1866.
- 1893.
- 1896.
- 1901.
- 1901.
- 1905.
- 1905.
- — Armengaud jeune (%), ancien élève de l’École polytechnique,
- 23, boulevard de Strasbourg (10e arr1).
- — Bordas (Dr F.) (C. ^), professeur suppléant au Collège de France,
- 58, rue Notre-Dame-des-Champs (6e arr1).
- — Renard (Paul) (0. ^), lieutenant-colonel du Génie territorial,
- 1, avenue de l’Observatoire (6e arr1).
- — Marre (O. >%), ingénieur-mécanicien, 72, boulevard de Courcelles
- (17e arr1).
- — Féry, professeur à l’Ecole municipale de Physique et de Chimie,
- 28, rue de l’Arbalète (5e arr1).
- — Arnould (Pierre) (O. %), ingénieur-conseil, commissaire expert
- du Gouvernement pour l’examen des contestations en douane, 31, rue Bonaparte (6e arr1).
- — Legouez (Raynald) (O. %), Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées,
- 25, rue Molitor (16e arr').
- — Zetter (Charles) (^), Ingénieur des Arts et Manufactures, 16, rue
- Montgolfîer (3e arr').
- — Delage (^), lieutenant de vaisseau, directeur de la Société Nieuport,
- 46, boulevard Galiieni, à Issy-les-Moulineaux (Seine).
- — Rey (Jean) (^), Ingénieur civil des Mines, associé gérant de la
- maison Sautter-Harlé et Cie, 26, avenue de Sufïren (15e arr').
- Comité d’Agriculture.
- — Tisserand (Eug.) (G. O. ^), membre de l’Institut et de l’Académie
- d’Agriculture, directeur honoraire de l’Agriculture, Conseiller Maître honoraire à la Cour des Comptes, Président, rue du Cirque, 17 (8e-arr').
- — Daubrée (L.) (C. %), ancien Conseiller d’État, membre de l’Académie
- d’Agriculture, Directeur général honoraire des Eaux et Forêts,
- 26, avenue Duquesne (7e arr').
- — Lindet (O. ^), docteur ès sciences, membre de l’Académie d’Agri-
- culture, professeur à l’Institut national agronomique, 108, boulevard Saint-Germain (6e arr').
- — Ringelmann Çfc), Ingénieur-agronome, membre de l’Académie
- d’Agriculture, directeur de la Station d’Essais de Machines,
- 2, avenue de Saint-Mandé (12e arr').
- — Hitier (Henri), (^), Ingénieur-agronome, membre de l’Académie
- d’Agriculture, maître de conférences à l’Institut national agronomique, 6, rue du Général-Foy (8e arr').
- — Schribaux (E.) (O. ^), Ingénieur-agronome, membre de l’Académie
- d’Agriculture, professeur à l’Institut national agronomique, 140, rue de Rennes (6e arr').
- — Dybowski (O. ^), Inspecteur général de l’Agriculture coloniale,
- membre de l’Académie d’Agriculture, 4, rue de Fontenay, à Nogent-sur-Marne (Seine).
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- CONSEIL DADMINISTRATION (l920). — JANVIER-FÉVRIER 1920.
- Année de l’entrée au Conseil.
- 1906. -
- 1906. -
- 1907. -
- 1912. -
- 1915. -
- 1916. -
- 1917. -1917. -
- 1917. -
- 1899. -
- 1895. -1898. -
- 1903. -1903. -
- 1907. -
- 1908. -1908. -1908. -
- Girard (A. Ch.) (O. ifc), Ingénieur-agronome, membre de l'Académie d’Agriculture, professeur à l'Institut national agronomique, 60, rue Madame (6e arr1).
- Wery (Georges) (ifc), Ingénieur-agronome, membre de l’Académie d’Agriculture, directeur de l’Institut national agronomique, 6, rue Joseph-Bara (6e arr1).
- Darat (G. O. ifc), conseiller d’Etat, membre de l’Académie d’Agriculture, directeur général des Eaux et Forêts, 48, boulevard Latour-Maubourg (7e arr1).
- Yincey (Paul) (%), Ingénieur-agronome, directeur des Services agricoles du département de la Seine, 84, rue Charles-Laffitte, à Neuilly-sur-Seine (Seine).
- Pi jUCIiet (Emile) (%), président de la Société des Agriculteurs de France, membre de l’Académie d’Agriculture, régent de la Banque de France, 5, rue d’Estrées (7e arr1).
- Yiala (Pierre) (O. ^), député, membre de l’Institut et de l’Académie d’Agriculture, professeur à l’Institut national agronomique, Inspecteur général de la Viticulture, 35, boulevard Saint-Michel (5e arr1).
- Hitier (Joseph), professeur à la Faculté de Droit et à l’Institut national agronomique, 19, rue Servandoni (6e arr1).
- Mangin (Louis) (O. ^), membre de l’Institut et de l’Académie d’Agriculture, directeur du Muséum national d’Histoire naturelle, 2, rue de la Sorbonne (5e arr1).
- Moussu (^), membre de l’Académie d’Agriculture, professeur à l’Ecole vétérinaire d’Alfort, à Alfort (Seine).
- Comité des Constructions et Beaux-Arts.
- Larivière (Pierre) (ifc), Ingénieur civil des Mines, Président, 164, quai Jemmapes(10e arr1).
- Belin (H.) (O. ^), imprimeur-éditeur, 52, rue de Vaugirard (6e arr1).
- Bonaparte (Prince Roland), membre de l’Institut, 10, avenue d’Iéna (16e arr1).
- Maes (Georges) (%), manufacturier, 45, rue de Courcelles (8e arr1).
- Moreau (Auguste) (#), Ingénieur des Arts et Manufactures, 49, rue des Batignolles (17e arr1).
- Mesnager (A.) (O. ^), Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, 182, rue de Rivoli (1er arr1).
- Hersent (Georges) (^), Ingénieur des Arts et Manufactures, 60, rue de Londres (8e arr1).
- Bourdel (Joseph) (O. ^), imprimeur-éditeur, ancien juge au Tribunal de Commerce, 10, rue Garancière (6° arr1).
- d’Allemagne (Henri) (%), archiviste-paléographe, bibliothécaire honoraire de l’Arsenal, 30, rue des Mathurins (8e arr1).
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION DE LA SOCIETE D’ENCOURAGEMENT EN 1920.
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- Aimée de l'entrée nu Conseil.
- 1911. — Bertrand de Fontviolant (>&), professeur à l'École centrale des Arts et Manufactures, 167, avenue de Wagram (17e arr1).
- 1913. — Hachette (André), secrétaire de la Société française de Photographie, 4, rue Bayard (8e arrL).
- 1915. — Espitallier (O. ifc), lieutenant-colonel, ancien professeur de con-
- structions à l’École d’application de l’Artillerie et du Génie, 73, rue du Cardinal-Lemoine (5e arr1).
- 1913. — Bodin (%), ingénieur, professeur à l’École centrale des Arts et Manufactures, 30, rue Saint-Ferdinand (17e arr1).
- 1916. — Taillefer (André), ancien élève de l’École polytechnique, docteur
- en droit, avocat à la Cour de Paris, secrétaire de l’Association française pour la Protection industrielle, 213 bis, boulevard Saint-Germain (7e arr‘).
- 1919. — Magne (Marcel), professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers, 34, quai de Béthune (4e arr1).
- 1919. — Bechmann (Georges) (C. ifc), Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, en retraite, 32, avenue Victor-Hugo (16e arrL).
- Comité de Commerce.
- 1892. — Gruner (E.) (O. ^), Ingénieur civil des Mines, vice-président du Comité central des Houillères de France, président de la Société des Ingénieurs civils de France, Président, 60, rue des Saints-Pères (7e arr1).
- 1897. — Paulet (G.) (C. %), ancien conseiller d’État, administrateur du Crédit Foncier de France, 47, boulevard Suchet (16° arr1).
- 1897. — Du PUIS (#)- Ing énieur civil des Mines, 18, avenue Jules-Janin (16e arr1).
- 1899. — Lévy (Baphaël-Georges) (O. ^), sénateur, membre de l’Institut, 3, rue de Noisiel (16e arr1).
- 1910. — Alfassa (Maurice), Ingénieur civil des Mines, 15, rue Soufflot (5e arr‘).
- 1910. — Risler (Georges) (O. %), président de l’Union des Sociétés de Crédit
- immobilier de France et d’Algérie, président de la Société centrale de Crédit immobilier et de la Société des Habitations ouvrières de Passy-Auteuil, membre du Comité permanent du Conseil supérieur des Habitations à bon marché, 115, avenue des Champs-Elysées (8e arr1).
- 1911. — Carmichael (Robert S.) (ifc), filateur et tisseur de jute, 4, rue Saint-
- Florentin (1er arr1).
- 1913. — Roy (Ferdinand) {%), négociant, membre du Comité consultatif des Arts et Manufactures, 24, place Malesherbes (17e arr1).
- 1913. — Richemond (Pierre) (O. ^), ingénieur-constructeur, 52, route d’Au-bervilliers, à Pantin (Seine).
- 1915. — de Rousiers (Paul), professeur à l’École des Sciences politiques, 19, rue de Bourgogne (7e arr1).
- Tome 132. — 1er semestre. — Janvier-Février 1920.
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- 10 CONSEIL D’ADMINISTRATION (1920). — JANVIER-FÉVRIER 1920.
- Année de l’entrée au Conseil.
- Commission du Bulletin.
- Hitier, Toulon, secrétaires; Lafosse, Fouret, Sauvage, Masson, Bérard, Livaciie, Serert, Arnould, Lindet, Ringelmann, Lari-vière, Bourdel, Gruner, Dupuis.
- Agent général de la Société.
- Lemaire (Eugène), Ingénieur des Arts et Manufactures, 44, rue de Rennes (6e arr1). — Téléphone : Saxe. 29.75.
- MEMBRES HONORAIRES DU CONSEIL
- Présidents honoraires de la Société.
- 1866. — Tisserand (Eugène) (G. O. a&), membre de l’Institut.
- 1869. — Haton de la Goupillière (G. O. ^), membre de l’Institut, président honoraire de la Société et du Comité des Arts mécaniques, 56, rue de Vaugirard (6e arr1).
- Comité des Arts mécaniques.
- 1895. — Bourdon (Edouard) (O. constructeur-mécanicien, rue du Fau-bourg-du-Temple, 74 (11e arr1).
- Comité des Arts chimiques.
- 1889. — Vieille (G. O. 4&), membre de l'Institut, 16, avenue Pierre Ier-de-Serbie (16e arr‘).
- Comité des Arts économiques.
- Bardy (O. -&), directeur honoraire du Service scientifique des Contributions indirectes, 32, rue du Général-Foy (8e arr1).
- Violle (O. ^), membre de l’Institut, professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers, 89, boulevard Saint-Michel (7e arr1). Perot ($£), professeur à l’École polytechnique, 16, avenue Bugeaud (16e arr1).
- 1883. — 1893. — 1903. —
- Comité de Commerce.
- 1899. — Balance (Auguste) (%), ancien manufacturier, à Mulhouse.
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT EN 1920. 11
- Année
- de l’entrée
- au Conseil.
- MEMBRES CORRESPONDANTS
- Comité des Arts mécaniques.
- Correspondants français.
- Leflaive, anciens Etablissements Biétrix, Leflaive et C10, à Saint-Etienne (Loire).
- 1913. — Schubert (Adrien), Ingénieur des Arts et Manufactures, Paris.
- 1919. — Bouchayer (Auguste), industriel, à Grenoble.
- Comité des Arts chimiques.
- Correspondants français.
- 1909. — Ciiarpy (Georges), membre de l’Institut, Paris.
- 1919. — Boyoüd (Émile), Ingénieur des Arts et Manufactures, Paris.
- 1919. — Michelin (André), ingénieur, Paris.
- 1919. — Scheurer (A.), secrétaire-président du Comité de Chimie de la Société industrielle de Mulhouse, Bitschwiller-Thann (Haut-Rhin).
- 1919. — Zuber, industriel, à Rixheim (Haut-Rhin)*
- Correspondants étrangers.
- Solvay, fabricant de produits chimiques, à Bruxelles.
- Hadfield (Sir Robert), directeur des Usines Hecla, à Londres (Angleterre).
- Howe (Henry M.), professeur de métallurgie, à Bedford Station (U. S. A.).
- 191 4. — Nichols (W. H.), docteur de la Columbia University, président du conseil d’administration de la « General Chemical Company » et de la « Nichols Copper Company », à New York (U. S. A.).
- Comité des Arts économiques.
- Correspondants français.
- Loreau, manufacturier, à Briare.
- 1919. — Chauveau (Dr Claude), sénateur, Paris.
- 1919. — de Férol (Jean-Emile), administrateur de la Société française d’incandescence par le gaz, Paris.
- 1919. — Lebeuf (Auguste), directeur de l’Observatoire de Besançon, à Besançon.
- 1919. — Visseaux (Jacques), industriel, à Lyon.
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- 12 CONSEIL D’ADMINISTRATION (1920). — JANVIER-FÉVRIER 1920.
- Année de rentrée au Conseil.
- Correspondants étrangers.
- Elihu-Thomson, électricien en chef cle la Société Thomson-Houston, à Lynn, Mass. (Etats-Unis).
- 1913. — Guillaume, directeur du Bureau international des Poids et Mesures,
- à Sèvres (Seine-et-Oise).
- 1914. — Kamerlingh Onnes (Heike), professeur à l’Université de Leyde
- (Pays-Bas).
- 1919. — Empain (général baron), Bruxelles (Belgique).
- Comité d’Agriculture.
- Correspondants français.
- Milliau (Ernest), chimiste, à Marseille.
- 1891. — Brïot, conservateur des Eaux et Forêts, en retraite, à Chambéry. 1907. — de Monicault (Pierre), Ingénieur-agronome, Paris.
- 1919. — Cher vin (Pierre), administrateur du Jardin d’Essai du Hamma et stations annexes, Alger.
- 1919. — Faucon (Paul), membre du Conseil supérieur de l’Agriculture et du Conseil supérieur de la Navigation maritime, Paris.
- 1919. — Girard (Henry), agriculteur, Plailly (Oise).
- 1919. — Gouin (André), membre de l’Académie d’Agriculture de France, Haute-Goulaine (Loire-Inférieure).
- 1919. — Hélot, fabricant de sucre, Noyelles-sur-Escaut (Nord).
- 1919. — M ennesson (Constantin), agriculteur et distillateur, Paris.
- 1919. — Potin (Julien), industriel, Neuilly-Saint-James (Seine).
- 1919. — Simon, constructeur-mécanicien, Cherbourg (Manche).
- Comité des Constructions et Beaux-Arts.
- Correspondants français.
- 1913. — Couturaud (Pierre), Ingénieur des Arts et Manufactures, Paris. 1919. — Arnodin (F.), ingénieur-constructeur de ponts suspendus et transbordeurs, Châteauneuf-sur-Loire (Loiret).
- 1919. — Lumière (Louis), membre de l’Institut, industriel, à Lyon.
- Comité de Commerce.
- Correspondants français.
- Walbaum, président de la Chambre de Commerce de Beims.
- 1910. — Balance (Auguste) (^), ancien manufacturier, à Mulhouse, membre honoraire du Comité.
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT EN 1920. 43
- Année de rentrée au Conseil.
- 1913. — Thillaye (Georges), agent général de la Caisse d’Epargne et de Prévoyance de Paris.
- 1919. — Isaac (Auguste), président honoraire de la Chambre de Commerce de Lyon, à Lyon.
- 1919. — de Lacroix (Camille), manufacturier, à Mulhouse.
- Correspondants étrangers.
- 1890. — de Hemptine (Comte Paul), château deMaltebrugge-lès-Gand, àGand. 1890. — Bodio (le Sénateur), directeur général de la Colonisation du Royaume d’Italie, à Rome.
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- COMITÉ DES ARTS MÉCANIQUES
- Rapport présenté par M. James Dantzer, au nom du Comité des Arts Mécaniques, sur ïutilisation et l’extraction des fibres textiles contenues dans lécorce des branches du mûrier séricicole, suivant les procédés de M. Pol Paxion.
- La France, pour les besoins de son industrie d’avant-guerre,, utilisait une quantité importante de matières textiles d’origine végétale, et notamment :
- Lin peigné à longs brins. .
- Étoupes de lin..........
- Chanvre peigné à longs brins Étoupes de chanvre. . . .
- Jute....................
- Coton brut...............
- Ces matières, qui contribuaient pour une part considérable à l’activité économique du pays, provenaient presque entièrement de l’étranger, et ne nous faisaient jamais défaut. Actuellement, les conditions ont changées, la production mondiale se raréfie de plus en plus et certaines de nos industries qui se reconstituent péniblement éprouvent les plus grandes difficultés pour s’alimenter même partiellement. L’industrie linière en particulier, qui était tributaire de la Russie pour 90 p. 100 de ses besoins, envisage l’avenir avec la plus grande anxiété et se demande comment elle pourra sortir de cette situation critique.
- S’inspirant de ces considérations, M. Pol Paxion a eu l’idée de reprendre l’étude de l’utilisation des fibres qui se trouvent dans 1 écorce du mûrier et qui constitue une matière désignée sous le nom de soie végétale. On sait depuis fort longtemps que l’écorce de cet arbuste, et particulièrement celle des jeunes branches de un ou deux ans, contient des fibres soyeuses, souples, résistantes, dont la longueur
- 51 000 000 kg environ 50 000 000 —
- 23 000 000 —
- 14 000 000 110 000 000 -
- 275 000 000 —
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- EXTRACTION DES FiBRES TEXTILES Ï>U MURIER SÉRICICOLE.
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- moyenne varie de 25 à 35 mm et atteint quelquefois 40 mm; mais ce que l’on n’a pas su jusqu’alors, c’est extraire cette matière première dans des conditions pratiques et économiques telles que son emploi puisse s’imposer dans l’industrie.
- Presque tous les procédés indiqués, basés sur l’emploi de la soude caustique, du savon, des lessives au chlorure de chaux... produisent bien le dégommage, mais, de l’examen des brevets qui ont été pris, ib paraît ressortir que les plus grandes difficultés rencontrées par les inventeurs sont survenues lorsqu’il s’est agi d’isoler les fibres après le dégommage pour leur permettre d’être filées. C’est qu’en effet, dès que les gommes paraissent dissoutes, il faut arrêter l’action chimique et ne pas aller plus loin. Or, si le dégommage n’est pas poussé assez fort, les fibres collent entre elles au moment du séchage, forment des espèces de lanières et donnent une matière dure et réfractaire à la filature. Si, au contraire, le dégommage est poussé trop à fond, les fibres sont attaquées; elles sont alors trop courtes et inutilisables en filature.
- M. Fol Paxion (8, Boulevard du 14-Juillet, à Troyes), qui est un directeur de filature des plus, expérimentés, connaissant parfaitement les observations que nous venons d’exposer, a donc repris les travaux de ses prédécesseurs et, après avoir fait des essais nombreux, a trouvé, en collaboration avec M. Joseph Dufour, un procédé d’extraction des fibres de l’écorce du mûrier qui consiste, après avoir, par décortieage et assouplissage, dégagé la matière première, à faire subir à cette dernière un dégommage à l’aide d’un bain chaud de carbonate de soude et enfin un lavage dans de l’eau froide contenant en suspension une poudre -neutre telle que du talc par exemple.
- Il a constaté que les fibres se séparent alors facilement et qu’après séchage et battage, on obtient une matière qui se travaille très bien en filature à condition qu’elle soit garnettée avant cardage.
- La machine à décortiquer permet, d’après l’inventeur, de passer une branche de 2 m de longueur, en une seconde; elle a environ 0,30 m de largeur, 0,60 m de longueur, 0,50 m de hauteur et peut traiter pratiquement environ 2 000 kg de bois en 10 heures en demandant à peine 2 ch.
- Elle est très simple, très bien comprise et comporte essentiellement :
- l°Une paire de cylindres entraîneurs;
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- COMITÉ DES ARTS MÉCANIQUES. — JANVIER-FÉVRIER 1920.
- 2° Une paire de molettes diviseuses;
- 3° Un double volet mobile porte-lames décortiqueuses;
- 4° Une paire de cylindres extracteurs.
- Les petits échantillons de matières à l’état brut, dégommées et talquées de même que les bouts de rubans et mèches, malheureusement trop minuscules, qui nous ont été soumis par M. Paxion à l’appui de son mémoire, et qui représentent plutôt des épreuves de laboratoire que des résultats industriels, nous ont permis cependant de vérifier les dires de l’inventeur quant au principe de son invention, mais ils ne nous permettent pas d'en déduire les conclusions que nous aurions désirées. Nous souhaitons vivement voir le plus tôt possible des bobines entières, des rubans, mèches et fils qui viendraient ainsi consacrer une invention qui nous paraît reposer sur des bases sérieuses à tous points de vue et dignes d’appeler l’attention du monde industriel, d’autant plus qu’elle se rapporte au travail d’une matière première inutilisée qui se trouve en abondance dans les pays producteurs de soie.
- Quoi qu’il en soit, et bien que les procédés de M. Paxion ne soient pas encore l’objet d’exploitation véritablement industrielle, notre impression est qu’ils peuvent être recommandés avec confiance.
- En conséquence, votre Comité des Arts Mécaniques a l’honneur de vous proposer de remercier M. Pol Paxion de son intéressante communication et vous demande en même temps de décider l’insertion du présent Rapport dans le Bulletin de la Société. 1
- Le rapporteur,
- J. Dantzer.
- Lu et approuvé en séance publique le 11 février 1920.
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- COMITÉ D’AGRICULTURE
- Rapport présenté par M. Dabat, au nom du Comité d’Agriculture, sur
- la Mission forestière coloniale du commandant Bertin.
- La production de la France en bois d’œuvre était, avant la guerre, notablement inférieure aux besoins du pays; l’excédent annuel de nos importations sur les exportations s’élevait en moyenne à 880 000 t correspondant à 2 000 000 m3 grume sur pied.
- Ce déficit va se trouver augmenté considérablement du fait de la guerre; nos besoins seront bien plus grands, puisque, outre la consommation normale, nous aurons à subvenir à la reconstitution de nos stocks épuisés, à la reconstitution des régions libérées, à la réfection de nos voies ferrées et que, pour satisfaire aux besoins ainsi accrus, nous n’aurons qu’une production réduite par suite des exploitations intensives et des destructions de forêts occasionnées par la guerre. Nous devrons donc importer des bois d’œuvre en quantité considérable. Au lieu d’acheter de ces bois à l’étranger, qui nous les fera payer en or, notre intérêt nous conseille de les tirer de nos colonies qui possèdent un immense domaine forestier. L’exploitation de nos forêts coloniales serait également avantageuse à la métropole et aux colonies. L’obstacle est que nos bois coloniaux, exception faite pour les bois précieux d’ébénisterie, sont peu connus, ou même inconnus, et délaissés par le commerce.
- Au cours de la guerre, le Gouvernement se préoccupa de l’utilisation des bois coloniaux et une mission dirigée par le commandant Bertin, Inspecteur des Eaux et Forêts, fut chargé par les ministères de la Guerre, de l’Armement et des Colonies, d’étudier sur place les possibilités d’exploiter nos richesses forestières coloniales. Les premières études de la mission, faites en 1916 et 1917, ont porté sur les bois des colonies de la Côte d’ivoire et du Gabon; le commandant Bertin
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- 18 COMITÉ DAGRICÜLTURE. — JANVIER-FÉVRIER 1920.
- a publié les résultats de ees études dans son ouvrage : Mission forestière coloniale.
- Cet ouvrage comprend trois volumes : les deux premiers ont été publiés en 1918, le troisième vient de paraître.
- Le troisième volume, La question forestière coloniale, devrait logiquement, ainsi que le fait observer l’auteur, précéder les deux autres; mais, au cours de la guerre, il était bien plus urgent de préparer l’avenir, en publiant les résultats obtenus, que de revenir sur le passé en faisant connaître les nécessités qui avaient fait organiser la mission. Nous étudierons donc d’abord le troisième volume, qui est divisé en six livres.
- Le livre Ier, rédigé au commencement de 1918, réunit une documentation très complète, puisée aux meilleures sources, sur la consommation et la production des bois en France avant la guerre, sur l’évalua-'tion de nos besoins et nos ressources à la tin des hostilités — tels qu’on pouvait les prévoir au moment où était composé l’ouvrage, — sur la valeur des bois coloniaux comparée à celle des autres bois communs, sur leur prix de revient et sur le commerce dont ils étaient l’objet avant la guerre.
- L’auteur conclut de cet exposé que l’exploitation de nos forêts coloniales est le seul moyen pour subvenir à nos besoins grandissants, sans diminuer nos ressources financières, et qu’en conséquence l’État doit prendre l’initiative de lancer ces bois sur le marché français, d’assurer immédiatement leur exploitation et d’en constituer des stocks aux colonies pour les utiliser dès que les circonstances le permettront.
- Le livre 11 est une étude de la forêt tropicale dans la Côte d’ivoire, le Gabon, le Cameroun et en général dans l’Afrique équatoriale, dont la flore variée comprend de 1 000 à 1 200 essences parmi lesquelles 200 ou 300 sont très communes. Ce livre donne aussi des précisions intéressantes sur les prospections effectuées par la mission.
- Le livre III est un précis de technologie forestière coloniale traitant de l’exploitation, du débit, de la conservation, du transport et de 1’embarquement des bois, et donnant en annexe des notes intéressantes sur les scieries landaises, canadiennes, américaines et suédoises.
- Le livre IV traite de l’influence bienfaisante de la forêt sur les conditions climatériques et sur la fertilité des régions tropicales, de la
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- , MISSION FORESTIÈRE COLONIALE DU COMMANDANT BERTIN. 19
- sylviculture et de l’aménagement des forêts coloniales et de la réglementation forestière aux colonies. L’auteur conclut à la nécessité d’organiser aux colonies un service technique forestier.
- Le livre Y est consacré à l’étude des propriétés techniques et du classement industriel des bois coloniaux. 11 relate les divers essais sur les bois rapportés par la mission Bertin, effectués : les essais physiques et mécaniques au laboratoire d’Essais du Conservatoire des Arts et Métiers; les essais industriels à Aubervilliers, à Charenton et à Villers-Cotterets; les essais de conservation et de durée, en cours, au Jardin colonial de Nogent.
- Le livre VI reproduit le rapport Bertin sur la question forestière aux colonies et sur les réalisations nécessaires pour l’intensification immédiate de la production des bois coloniaux.
- Les deux premiers volumes consacrés, l’un à la Côte d’ivoire et l’autre au Gabon, sont présentés sous une forme identique, ce qui facilite leur étude et les comparaisons entre les bois des deux colonies.
- Au cours de ses prospections, la mission a recherché quelles étaient les essences les plus abondantes des forêts tropicales et parmi ces essences, lesquelles étaient susceptibles de remplacer pour les usages courants, les bois d’Europe. Trois cents espèces furent étudiées, sur huit cents environ, et soumises à des expériences pratiques de résistance à la flexion, de résistance à l’arrachement de tire-fonds, de fente et de tenue de bois façonnés en assemblage. Une quarantaine d’essences seulement furent retenues dans chacune des deux colonies.
- Il n’a pas paru possible de réduire ce nombre. Une organisation industrielle et rémunératrice nécessitant l’installation de moyens de transport dispendieux, exige l’exploitation de nombreux arbres groupés sur une surface restreinte, et par suite ne peut être réalisée dans les peuplements tropicaux, mélangés d’essences variées, qu’à la condition de faire porter la coupe sur un assez grand nombre d’espèces différentes.
- Les espèces présentées constituent environ les deux tiers des peuplements.
- L’ouvrage de M. Bertin a pour objet de faire connaître ces essences et leurs propriétés techniques, tant aux commerçants et aux
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- industriels utilisant le bois, qu’aux forestiers et aux exploitants des forets tropicales. Il 'donne tout d’abord pour les espèces retenues après examen, un vocabulaire des bois usuels de la colonie; les appellations ont été empruntées à des langues indigènes ; on a choisi parmi les diverses dénominations la plus fréquente et la plus facile à prononcer, en s’efforçant d’autre part de respecter les noms déjà donnés par les exploitants ou ceux admis par le commerce européen. Le vocabulaire donne pour chaque essence : le nom scientifique, le nom usuel proposé et le nom dans les divers dialectes. La terminologie proposée a d’ailleurs été soumise aux gouverneurs des colonies intéressées, et approuvée par le ministère des Colonies.
- Un deuxième chapitre donne la liste des bois susceptibles de remplacer les bois usuels d’Europe dans la plupart des usages courants et la liste des bois pouvant être utilisés pour des usages spéciaux.
- La première liste comprend 27 essences pour le Gabon et 17 pour la Côte d’ivoire; la seconde, 22 essences pour le Gabon et 17 pour la Côte d’ivoire. Ces listes donnent les noms usuels, scientifiques et locaux des essences, avec leurs usages possibles, leur assimilation aux bois communs ou aux bois fins employés en Europe et le diamètre minimum à partir duquel l’arbre pourra être exploité. Cette dernière indication a pour but d’assurer la conservation des forêts, et d’interdire l’abatage des arbres trop jeunesw.
- Les bois sont ensuite groupés en trois catégories, suivant leur qualité :
- Bois blancs inférieurs, susceptibles de remplacer le peuplier inférieur, le marronnier, etc. ;
- Bois blancs supérieurs, susceptibles de remplacer le peuplier de choix, le sapin;
- Bois durs susceptibles de remplacer le chêne.
- Pour chaque essence sont indiqués lorsqu’il y a lieu, les produits accessoires qu’elle peut donner : fruits, graines, latex, écorces, etc....
- Un troisième chapitre est relatif aux propriétés physiques des bois. Il contient des indications générales sur l’aspect et la texture,
- (1) Des tableaux l’ésumant ce travail ont été donnés dans le Bulletin de la Société d’Encouragement de mars-avril 1919, p. 286 et ont fait l’objet d’un tirage à part qui comprend, en outre, le texte d’une conférence de M. Boutteville sur Les ressources en bois communs de nos forêts coloniales.
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- sur la densité, sur la dureté, sur la facilité de travail et sur la tenue du bois débité.
- Chaque volume se termine par un répertoire des noms locaux, permettant d’identifier les diverses essences et par une table alphabétique des noms scientifiques donnant la référence au nom usuel.
- L’ouvrage est illustré de reproductions photographiques de divers aspects de la forêt tropicale, d’exploitations et de transport de bois.
- Les résultats pratiques de la mission Bertin ne peuvent manquer de donner un essor décisif à la question des bois coloniaux, de la solution de laquelle dépend pour une grande part l’avenir économique de la France.
- L’ouvrage de M. Bertin représente un travail considérable; outre les résultats des études sur les bois coloniaux, qu’il a pour but de faire connaître au public, il donne des documents statistiques, économiques, commerciaux, sur la production forestière en France et aux colonies, et des renseignements sur les propriétés techniques du bois, dont la réunion dans un même ouvrage sera précieuse pour tous ceux qu’intéressent l’exploitation des forêts, le commerce et l’emploi des bois. M. Bertin a rendu ainsi à la cause forestière, non seulement aux colonies, mais aussi en France, un service dont il conviendrait de le récompenser en lui décernant une médaille d’or.
- Votre Comité d’Agriculture vous propose de féliciter le commandant Bertin de son œuvre et d’insérer le présent rapport dans le Bulletin.
- Dabat.
- Lu et approuvé en séance publique le IL février 1920.
- Rapport présenté par M. Dabat au nom du Comité d’Agriculture, sur la collaboration de MM. Vignerot et Maitrot dans la publication des Modèles-types de constructions agricoles, du Ministère de l’Agriculture.
- En publiant les Modèles-types de Constructions agricoles, le Ministère de l’Agriculture a eu pour but de guider à la fois le cultivateur et le constructeur dans la voie de l’amélioration des bâtiments ruraux.
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- Les modèles-types que cette publication met à la disposition du public sont les résultats des travaux effectués dans les diverses régions de la France par les ingénieurs du Corps des Améliorations agricoles (devenu depuis le Corps du Génie rural) qui, du fait de leur contact continuel avec les populations rurales, ont pu être exactement renseignés sur les besoins locaux. Ces modèles-types tiennent compte également des données fournies par les projets primés dans les concours ouverts par le Service des Améliorations agricoles entre les architectes et praticiens spécialisés dans l’art de la construction rurale.
- Dans l’établissement de ces modèles-types, il a été constamment fait appel tant aux données les plus pratiques et les plus récentes de la science agricole et de l’hygiène qu’aux résultats acquis par l’expérience. Cette science et cette expérience n’ont pas été appliquées à l’élaboration de modèles entièrement nouveaux, mais à l’amélioration de types régionaux étudiés sur place avec leur caractère local émanant du sol, du climat, des moeurs et des conditions de la vie économique de chaque région.
- Il en résulte que ces modèles-types régionaux de constructions agricoles unissent à l’enseignement des traités de constructions rurales, la documentation des monographies et le caractère concret des projets modèles. Ils s’appliquent aux bâtiments ruraux les plus variés : fermes, granges, écuries, étables, bergeries, maisons de fermiers et d’ouvriers, usines coopératives, etc.... Chaque modèle-type comprend en principe : une notice explicative exposant et justifiant les dispositions générales et particulières adoptées ainsi que l’économie du projet, des plans d’ensemble et de détail, un avant-métré complet des ouvrages, un détail estimatif des dépenses, un bordereau des prix régionaux facile à mettre à jour, un cahier des charges et conditions de l’entreprise.
- Les agriculteurs désireux de construire ou de restaurer des bâtiments ruraux trouvent dans cette publication tous les renseignements indispensables pour le choix des dispositions les plus avantageuses et les plus convenables à leur propre région; les constructeurs : architectes, entrepreneurs, ouvriers locaux, y trouvent les caractéristiques des divers bâtiments agricoles et les bases des travaux particuliers qu’ils ont à exécuter.
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- MODÈLES-TYPES I)E CONSTRUCTIONS AGRICOLES. 23
- Cette publication est présentée au public sous une double forme :
- 1° L’ouvrage, texte et planches, réunis dans un album in-quarto jésus pour chacun des fascicules ;
- 2° Le projet séparé avec planches de grand format.
- L’ouvrage complet comprend quatre fascicules réunissant 80 modèles-types embrassant toutes les régions de la France; il y sera joint un cinquième fascicule spécialement consacré aux usines coopératives de laiterie, beurrerie, fromagerie, distillerie, huilerie, cidrerie; aux caves coopératives, etc....
- Le Ministère de l’Agriculture se disposait à entreprendre la publication de ces modèles-types de constructions agricoles lorsque survint la guerre. Ce n’est qu’en 1916 que les travaux de présentation de cette publication purent être entrepris.
- Les deux premiers fascicules, correspondant aux régions du Nord et de l’Est de la France, ont déjà paru et apportent le plus utile concours à tous ceux qui ont la lourde tâche de réédifier les villages détruits par la guerre. Le Ministère des Régions libérées a répandu dans nos régions agricoles victimes de la guerre, un nombre considérable de ces modèles-types de constructions agricoles; les sociétés d’agriculture et les groupements s’intéressant à la renaissance et au développement de l’agriculture dans ces régions ont été pourvus de ces documents qui sont entre les mains des architectes et entrepreneurs.
- Nos malheureuses régions du Nord et de l’Est de la France seront donc les premières à avoir profité de cette œuvre intéressante et originale du Ministère de l’Agriculture; à leur suite, les autres pays de France pourront s’engager de façon rationnelle et méthodique dans la voie de l’amélioration des bâtiments ruraux, en évitant les deux écueils également redoutables du luxe superflu et de l’économie mal comprise.
- Le travail de préparation et de direction de la publication des modèles-types de constructions agricoles a été confié, en 1916, à M. V ignerot, In génieur des Améliorations agricoles, délégué technique chargé du Service de Reconstitution du Sol et des Râtiments ruraux au Ministère des Régions libérées. Après une révision méticuleuse des documents dans le fond et dans la forme, cet ingénieur leur donna les dispositions et l’aspect qui ont été précédemment décrits, faisant ainsi des travaux particuliers de ses collègues un tout homogène, facile à
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- consulter. En 1918, M. Yignerot ayant été chargé de mission à l’étranger, la direction de la publication a été assumée depuis cette époque par M. Maitrot, Ingénieur du Génie rural, successeur de M. Vignerot au Ministère des Régions libérées. M. Maitrot s’est plus particulièrement occupé de la diffusion des modèles-types de constructions agricoles dans les régions victimes de l’invasion et notamment dans les 1 534 coopératives de constructions constituées à ce jour.
- En adressant au Ministère de l’Agriculture qui a conçu cet ouvrage et à la Librairie de la Construction moderne, qui l’a si soigneusement édité, les félicitations de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, j’ai l’honneur de vous proposer d’attribuer une récompense aux deux ingénieurs du Génie rural, MM. Yignerot et Maitrot, qui ont successivement assumé la tâche de la mise au point et de la direction de cette importante publication, et de leur décerner à chacun une médaille de vermeil.
- Dabat.
- Lu et approuvé en séance publique, le 14 février 1920.
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- L'ENSEIGNEMENT TECHNIQUE, INDUSTRIEL ET COMMERCIAL EN ALSACE ET LORRAINE(1)
- Messieurs,
- A parcourir la liste des conférences et des travaux publiés dans ces dernières années par le Bulletin de la Société d'Encouragement pour l’Industrie nationale, on se rend compte de l’intérêt qu’elle porte à l’enseignement technique, prouvant ainsi qu’elle le considère comme un des principaux moyens d’atteindre le but qu’elle vise : l’amélioration de toutes les branches de l’industrie française.
- Depuis longtemps, nous travaillons à l’organiser, à le répandre, afin de pouvoir mieux nous défendre contre la concurrence des autres peuples. Cette œuvre si importante doit être activement poursuivie; il n’en est pas de plus urgente, au lendemain de cette guerre abominable qui, pendant quatre années et demie, a accumulé les ruines sur notre pays. La guerre des armes est glorieusement terminée; la guerre économique a déjà repris, plus âpre, plus ardente; nous avons à la soutenir, non seulement contre l’Allemagne qui reste, ne nous le dissimulons pas, l’implacable ennemie, mais encore contre des peuples, hier nos frères d’armes, aujourd’hui nos rivaux économiques.
- Avant la guerre, notre faible natalité constituait déjà pour nous une lourde infériorité; on l’a dit avec raison : dans les luttes économiques comme sur les champs de bataille, les gros effectifs décident du succès final; or tandis que le chiffre de notre population restait à peu près stationnaire, la population allemande croissait rapidement.
- La situation est aujourd’hui plus angoissante encore, puisque 1 500 000 des nôtres sont morts pour la patrie, et que près d’un million de leurs camarades ont été mis, par leurs blessures, dans l’impossibilité de travailler.
- Si nous voulons réparer nos ruines, relever notre change et redresser notre balance économique, si nous voulons compter encore dans le monde, il est nécessaire que nous accroissions notre production. Nul ne le conteste aujourd’hui. A la dure leçon des faits, les milieux, les plus dédaigneux,
- (1) Conférence faite en séance publique le 29 novembre 1919.
- Tome 132. — 1er semestre. — Janvier-Février 1920. 4
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- 26 ENSEIGNEMENT TECHNIQUE. — JANVIER-FÉVRIER 1920.
- naguère des contingences utilitaires et des questions économiques, comprennent maintenant que, pour vivre, nous avons besoin de produire, de produire beaucoup.
- Or, à une diminution sensible du nombre des ouvriers, est venue s’ajouter une diminution de la durée de la journée de travail. Pour produire davantage, il faut que la France augmente considérablement sa puissance productrice et ne travaille que d’après les méthodes techniques les plus rationnelles; il faut que nous travaillions mieux et que nous travaillions plus vite, que nous augmentions la capacité productive du travailleur par une instruction technique intelligemment partagée entre la théorie et la pratique, par une utilisation scientifique de toutes les forces de travail, que nous améliorions, par conséquent, notre enseignement technique.
- Aujourd’hui, que l’Alsace et la Lorraine reviennent collaborer, avec toutes les provinces de notre patrie, au grand effort de relèvement national, alors que leurs habitants travaillent, eux aussi, à refaire la fortune de la France, il est sage de se rendre un compte exact des trésors de toute nature que nous apportent ces deux provinces, de savoir aussi comment se formaient ingénieurs, commerçants, ouvriers, dans ces pays que nos admirables soldats ont repris à l’Allemagne; comment, par conséquent, les Allemands y avaient organisé l’enseignement technique, industriel et commercial, comment nous entendons l’améliorer et le développer; c’est ce que j’essaierai de vous exposer.
- Le gouvernement allemand et l’enseignement technique en Alsace et Lorraine. — On sait quel remarquable essor prirent le commerce et l’industrie de l’Allemagne après la guerre de 1870-71 ; cet essor a fait en France l’objet de nombreuses études; nous en avons recherché très impartialement les causes; comme nous avions attribué au maître d’école allemand la victoire de Sadowa, nous avons été portés à expliquer les succès économiques de l’Allemagne par les mérites de son enseignement technique et professionnel; il a certainement beaucoup contribué au développement de l’industrie et du commerce allemands.
- De nombreux Français sont allés l’étudier sur place; ils ont su rendre justice à nos ennemis et nulle part, je crois, l’enseignement technique allemand n’a été l’objet d’appréciations aussi élogieuses qu’en France ; nulle part, on n’a tant écrit de volumes, d’articles de revues et de journaux pour le donner en modèle.
- Je suis loin d’en méconnaître les qualités; au cours de mes séjours en Allemagne, j’ai pu me rendre personnellement compte que les Allemands avaient fait preuve dans son organisation de cet esprit positif et pratique, de ces habitudes de discipline, qui les servent puissamment; il faut reconnaître
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- L’ENSEIGNEMENT TECHNIQUE EN ALSACE ET LORRAINE.
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- que l’enseignement de leurs écoles industrielles et de leurs écoles commerciales, est, en général, bien approprié à la profession, que, même en tenant compte de la différence entre les chiffres de la population industrielle dans les deux pays, ils ont un nombre d’écoles techniques considérablement plus élevé que le nôtre.
- Mais n’exagérons rien; je connais des Français qui sont allés découvrir en Allemagne ce qui existe chez nous. S’ils avaient trouvé, Outre-Rhin, des écoles comme notre Ecole centrale, nos écoles d’Arts et Métiers, nos écoles nationales professionnelles et nos bonnes écoles pratiques d’industrie, avec un enseignement manuel méthodiquement organisé, donné dans des ateliers convenablement outillés, ils n’auraient pas eu assez d’épithètes laudatives pour les recommander à notre admiration; mais le cas n’est pas rare d’entendre signaler l’infériorité de notre enseignement technique par des personnes qui ne connaissent que très imparfaitement nos établissements.
- Nous en avons un certain nombre qui ont une réelle valeur et dont l’installation peut se comparer à celle des meilleurs de même degré que j’ai visités à l’étranger. Je me bornerai à rapporter l’opinion émise pendant la guerre par un Allemand, qu’on ne peut par conséquent pas suspecter d’indulgence à notre endroit. C’était en septembre 1914 ; la ville d’Armentières fut envahie et un détachement allemand occupa l’École nationale professionnelle : u^les officiers, ancien élève d’une école technique, fut surpris de son installation qu’il admira fort : grands ateliers bien outillés, laboratoires, vastes cours, beaux jardins ; il le fut plus encore lorsque son guide, un professeur de l’École, lui déclara que nous possédons à Vierzon, à Voiron, à Nantes, à Epinal d’autres écoles semblables; que Le Havre, Lille, Roubaix, Tourcoing, Marseille, Saint-Étienne, Dijon ont des écoles pratiques d’industrie ressemblant à celles-là et très bien installées aussi.
- L’officier ennemi demanda force renseignements, prit de nombreuses notes, répétant à plusieurs reprises au cours de sa visite : « Il faut que la France soit riche pour aménager de semblables écoles »; ce qui n’empêcha pas l’armée allemande de détruire la ville d’Armentières et son École nationale professionnelle.
- Le gouvernement allemand qui, ainsi que celui des divers Etats de l’Empire, s’imposait des sacrifices considérables en faveur de l’enseignement technique, s’est toujours montré moins généreux pour l’Alsace-Lorraine.
- Nous n’y trouvons, pour l’enseignement industriel, aucune école du genre des écoles techniques supérieures allemandes ou d’un Institut polytechnique, alors que des provinces moins industrielles, telles que le Wurtemberg, en sont pourvues; il n’y avait, à l’Université de Strasbourg, comme institut technique, qu’un Institut de Chimie, dont l’installation était à notre rentrée en Alsace,
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- très inférieure à celle clés instituts analogues de l'Allemagne ; je m’en suis personnellement rendu compte; il n’était en rien comparable, par exemple, aux instituts annexés à la Faculté des Sciences de l’Université de Nancy.
- De même, en matière d’enseignement commercial, il n’existait en Alsace-Lorraine ni Handelshochschide (Ecole des hautes études commerciales) comme celles de Berlin, Leipzig, Cologne, Mannheim, ni même une école de commerce de la valeur de nos écoles pratiques.
- Les Allemands auraient craint sans doute de créer à Strasbourg un établissement rival des écoles techniques supérieures de Karlsruhe et de Stuttgart ou de l’Institut polytechnique de Darmstadt; mais ils voulaient surtout obliger les jeunes Alsaciens et Lorrains qui désiraient devenir ingénieurs ou faire des études commerciales supérieures, à séjourner plusieurs années en Allemagne pour y recevoir l’instruction technique dont ils avaient besoin.
- L’enseignement technique est représenté en Alsace et Lorraine par :
- L’Ecole nationale technique de Strasbourg, précédemment Ecole « impériale » technique ;
- L’Ecole municipale des Arts appliqués de Strasbourg;
- Les écoles obligatoires de perfectionnement industriel et commercial : kaufmdnnische und gewerbliche Fortbildungsschulen.
- A ces établissements il faut ajouter l’Institut de Chimie de l’Université de 0. J
- Strasbourg et les écoles fondées à Mulhouse sur l’initiative de la Société industrielle de cette ville, dont je suis heureux de saluer au passage l’œuvre patriotique : pendant quarante-huit années de domination allemande, elle est restée un foyer ardent de culture française; ce sont :
- L’Ecole supérieure de Chimie; l’École de Filature et de Tissage ; enfin, l’École des Maîtres Mineurs, récemment créée. Ces diverses écoles diffèrent trop comme but, organisation et niveau d’enseignement pour que j’en puisse faire une étude d’ensemble ; je suis donc obligé de les passer en revue les unes après les autres.
- École nationale technique de Strasbourg. — L’École technique de Strasbourg, établissement de l’État, est une école moyenne, qui prend rang entre les écoles techniques supérieures et les écoles de perfectionnement industriel; elle ne forme donc pas des ingénieurs, mais des techniciens instruits.
- Ses débuts furent modestes; créée en 1875 comme école technique d’hiver, elle n’a tout d’abord pour but que la formation d’agents subalternes pour l’administration des ponts et chaussées; l’augmentation du nombre des élèves entraîne bientôt leur répartition en deux sections : bâtiment et ponts et chaussées.
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- En 1897, l’École s’installe dans un beau bâtiment construit et entretenu par la ville de Strasbourg1, avec salles spacieuses, laboratoires, salle d’essais de machines et ateliers; en même temps, on ouvre une section pour les mécaniciens à laquelle est adjoint un atelier d’apprentissage. En 1899, l’École des Géomètres est rattachée à l’établissement.
- Pendant près de vingt ans, l’École reste stationnaire; l’Administration allemande ne fait rien pour la développer. Cette tâche revient maintenant à l’Administration française, qui n’y faillira pas.
- Dès octobre dernier elle ouvrait, avec l’approbation du Conseil supérieur d’Alsace et Lorraine, une section électro-technique; de sorte que l’École comprend actuellement :
- 1° Une section du bâtiment (6 semestres), pour les jeunes gens qui veulent acquérir les connaissances nécessaires pour être plus tard contremaîtres, dessinateurs, techniciens du bâtiment, entrepreneurs, secrétaires techniques des chemins de fer, architectes-voyers, etc.;
- 2° Une section des travaux publics (5 semestres), destinée à former des dessinateurs, des techniciens des services des ponts et chaussées et de la navigation intérieur^, des agents-voyers, des conducteurs des travaux publics ;
- 3° Une section de mécanique (6 semestres), qui prépare des dessinateurs de machines, des maîtres-mécaniciens, directeurs de petits ateliers de constructions mécaniques;
- 4° Un atelier d’apprentissage (3~ ans), où les jeunes gens acquièrent les connaissances pratiques nécessaires pour être autorisés à suivre les cours de la section de mécanique; au travail de l’atelier, s’ajoutent deux demi-journées d’enseignement théorique par semaine ;
- 5° Une section de géomètres (4 semestres);
- 6° Une section électro-technique; la durée des études y est de 6 semestres, dont les deux premiers sont communs avec ceux de la section de mécanique. Elle a pour but de former des dessinateurs de machines et appareils électriques, des chefs d’ateliers de constructions électriques, des chefs de service de stations centrales, des contrôleurs pour les réseaux interurbains.
- L’entrée n’a pas lieu au concours; les élèves lui viennent des écoles primaires, des écoles dites « moyennes » et des écoles « supérieures ». L’établissement se distingue des écoles industrielles françaises en ce que, pour être admis à suivre les cours, il faut justifier de deux années de travail pratique dans un atelier ou sur un chantier; le travail dans un bureau n’entre pas en ligne de compte. Les élèves qui fréquentent l’École technique sont âgés en moyenne de 16 à 25 ans. Elle n’a pas d’internat.
- Une part importante est faite, dans l’enseignement, aux travaux de
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- mesures, d’essais et de laboratoire; à la section de mécanique, les élèves travaillent au laboratoire 4 heures par semaine pendant le cinquième semestre et 8 heures pendant le sixième; le programme prévoit :
- 1° Des travaux se rapportant à la construction, notamment :
- L’emploi des divers précédés de mesure : calibres, palmers, micromètres. Vérification du diamètre avec bagues et tampons; calibrage;
- Exercices sur le recuit, la trempe et le revenu des aciers au feu de forge et au four à gaz;
- Essais des machines-outils; détermination de la dépense d’énergie pour des angles de coupe différents.
- 2° Des travaux et essais aux générateurs, aux moteurs et appareils de levage; par exemple :
- Mesure de forces à l’aide de la balance décimale et du dynamomètre ;
- Mesure des températures à l’aide du thermomètre, du pyromètre, du pyromètre thermo-électrique et des montres fusibles;
- Mesures électriques : intensité, tension, résistance ;
- Détermination de la puissance à l’aide du dynamomètre et du frein de Prony ;
- Détermination du rendement des engins de levage, des machines thermiques (dépense de vapeur, de combustible), des générateurs et moteurs électriques ;
- Exercice de chauffage aux chaudières. Analyse des gaz; combustion, essais de vaporisation ;
- Détermination du pouvoir calorifique des combustibles.
- 3° Essais divers :
- Emploi des machines à essayer les métaux. Essais à la traction, à la compression, à la flexion, au cisaillement;
- Analyse macrographique et micrographique des différents métaux.
- Ce sont ces travaux pratiques, exécutés parles élèves mêmes qui donnent à l’enseignement de l'École son véritable caractère.
- Le personnel se compose de professeurs pourvus de diplômes universitaires et d’ingénieurs diplômés ayant fait leurs études dans une école technique supérieure allemande. On y comptait, lors du retour des Français en Alsace, douze Allemands dont le directeur ; ils ont été remplacés par des Alsaciens ou des Lorrains.
- L’École technique de Strasbourg diffère donc sensiblement par son organisation et ses programmes, des écoles techniques françaises; c’est en somme une école nationale professionnelle des travaux publics et des industries mécaniques.
- L’établissement, complètement désorganisé par la guerre à la suite de la
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- mobilisation de la plupart des professeurs et des élèves, a été occupé pendant quatre ans et demi par un hôpital allemand, puis par un hôpital militaire français; aussi, le nombre des élèves qui approchait 300 en 1913, tombait à 25 en 1914, pour se relever à 290 dès la réouverture de l’École sous le régime français; il est actuellement de 417, chiffre qu’il n’a jamais atteint sous le régime allemand.
- École municipale des Arts appliqués. — Strasbourg possède une École municipale des Arts appliqués; elle a pour but de former de bons artisans des métiers d’art, notamment pour l’ébénisterie, la sculpture sur bois, la ferronnerie, l’orfèvrerie, la céramique et la ciselure. Pour y être admis, il faut fréquenter une école de perfectionnement industriel. L’École se caractérise donc par une union étroite entre le métier et l’art. Elle reçoit des jeunes gens et des jeunes filles âgés de plus de 14 ans, et compte actuellement une centaine d’élèves.
- L’enseignement comprend deux parties essentielles :
- 1° Une éducation artistique générale avec des exercices de dessin, de modelage et de composition ; des cours d’anatomie, de perspective et d’histoire de l’art ;
- 2° Une instruction technique qui complète l’apprentissage des métiers (ébénisterie, ferronnerie, céramique, orfèvrerie, ciselure) et se donne dans des ateliers convenablement installés.
- Écoles obligatoires de perfectionnement industriel et commercial. — L’Alsace et la Lorraine possèdent un nombre relativement important d’établissements post-scolaires professionnels ou écoles de perfectionnement, les anciennes Fortbildungsschulen, communément connues en France sous le nom de cours. Leur origine est très ancienne et remonte bien avant 1870 où on les connaissait sous le nom d’écoles primaires du soir, écoles d’apprentis, écoles d’adultes. Je lisais récemment dans une brochure écrite par le fonctionnaire allemand auquel j’ai succédé en Alsace et Lorraine, que l’Alsacien Oberlin avait fondé des cours pour adultes dans la vallée de la Bruche, dans la région de Schirmeck et Rothau, dès la fin du xviifi siècle; et ces cours étaient obligatoires jusqu’à l’âge de 16 ans. Ainsi, le principe de l’obligation de l’instruction post-scolaire, pour lequel il a fallu combattre pendant de longues années, était appliqué dans un coin de notre vieille Alsace il y a plus de cent ans !
- C’est surtout à partir de l’introduction dans le pays, en 1888, de l’Ordonnance industrielle de l’Empire allemand, qu’un certain nombre d’écoles de perfectionnement prirent leur véritable caractère professionnel. Aux termes de l’article 120 :
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- Les patrons sont tenus d’accorder à leurs ouvriers âgés de moins de 18 ans qui fréquentent un établissement d’instruction appartenant à la catégorie des écoles de perfectionnement reconnues par la commune ou par l’État, les heures de liberté nécessaires fixées au besoin par l’autorité compétente.
- Et le paragraphe 3 prévoit que : « L’obligation de fréquenter les écoles de perfectionnement peut, lorsqu’elle ne résulte pas d’une loi d’État, être décrétée par voie de dispositions statutaires (par arrêté municipal), par une commune ou par une association communale à l’égard des travailleurs visés par le premier alinéa. Cette obligation subsistera également, dans ce cas, pendant la durée du chômage. En particulier, les mesures destinées à assurer la fréquentation régulière de ces écoles et concernant les élèves ayant l’âge de scolarité ainsi que leurs parents, tuteurs et patrons/peuvent être prises par voie de dispositions statutaires. »
- C’est en se basant sur ces dispositions que les villes de Strasbourg, Colmar, Mulhouse, Metz et Guebwiller ont rendu obligatoire pour les employés, ouvriers et apprentis de moins de 18 ans, la fréquentation de leurs écoles de perfectionnement, à chacune desquelles sont adjointes des classes facultatives.
- A Strasbourg, le principe de l’obligation a été étendu aux jeunes filles apprenties et ouvrières, modistes et coiffeuses, par arrêté du 20 juin 1913, et, aux termes du statut local du 20 février 1914 : « Toutes les jeunes filles au-dessous de 18 ans, sorties de l’école et demeurant dans la commune, sont tenues de suivre un enseignement ménager. »
- Il y a actuellement en Alsace et Lorraine, quatorze écoles obligatoires de perfectionnement à caractère nettement professionnel ; elles se répartissent ainsi :
- Strasbourg : Ecole commerciale; Ecole industrielle; Ecole des Industries du Bâtiment; et, pour les jeunes filles, Ecole ménagère et de Cuisine.
- Colmar : Ecole commerciale; Ecole industrielle; Ecole des Industries
- du Bâtiment.
- Mulhouse: Ecole industrielle; Ecole technique des Apprentis.
- Metz : Ecole commerciale; Ecole technique des Apprentis.
- Guebwiller : Ecole commerciale; Ecole industrielle; Ecole des Industries du Bâtiment.
- Il n’y a pas, à Mulhouse, d’école obligatoire de perfectionnement commercial; par contre, cette ville possède deux écoles facultatives très fréquentées, industrielle et commerciale, pour jeunes filles.
- Le but de ces établissements peut être ainsi défini :
- Donner aux jeunes apprentis les connaissances théoriques et techniques nécessaires à l’exercice de leur profession, perfectionner leur instruction
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- professionnelle, travailler à leur éducation morale et civique, tâches auxquelles il faut ajouter aujourd’hui : enseigner la langue française.
- Par des accords particuliers avec les villes, le Gouvernement d’Alsace et Lorraine s’est réservé un droit d’intervention dans l’administration et la surveillance de ces écoles, en ce sens qu’il nomme le personnel enseignant après entente avec les municipalités, contrôle les programmes et les horaires, désigne un certain nombre de membres dans les commissions de surveillance. En échange, il accorde aux villes des subventions égales à la moitié des traitements du personnel et prend à sa charge les pensions du directeur et des professeurs.
- Les écoles de perfectionnement qui dépendirent, jusqu’en 1903, du Ministère des Finances, du Commerce et des Domaines, ont été, à partir de cette date, et dans un but facile à deviner, rattachées au Ministère de l’Intérieur; c’était là un régime particulier à l’Alsace-Lorraine, puisqu’en Prusse, les écoles de perfectionnement sont placées sous l’autorité du Ministère du Commerce. Elles sont maintenant rattachées au Service de l’Enseignement technique qui dépend de la Direction générale du Commerce, de l’Industrie et des Mines, de même que l’enseignement technique français relève du Ministère du Commerce et de l’Industrie, notamment nos écoles pratiques de Commerce et d’industrie (loi du 26 janvier 1892, art. 69) et les cours professionnels obligatoires, industriels et commerciaux, pour apprentis des deux sexes, dont la création est prévue par la loi du 25 juillet 1919, dite loi Astier.
- Dans chacune des écoles de perfectionnement, les élèves sont groupés d’après la profession; si le nombre des apprentis appartenant à une profession est trop faible, on réunit ceux qui se livrent à des professions connexes.
- Les écoles de perfectionnement industriel reçoivent les apprentis des industries du livre, de l’alimentation et du vêtement; celles des industries du bâtiment, les écoles dites « techniques d’apprentis », sont fréquentées par ceux des industries du bâtiment, de l’ameublement et des industries mécaniques.
- Il est institué auprès de chaque école une commission dite de surveillance présidée par le maire et nommée, partie par la municipalité, partie par l’Administration d’Alsace et Lorraine; elle est appelée à donner son avis sur toutes les questions concernant l’organisation et le fonctionnement de l’établissement, sur le nombre d’années pendant lesquelles la fréquentation de l’école est obligatoire pour les diverses professions, le nombre d’heures de cours par semaine, etc. Il peut être créé des commissions spéciales de techniciens pour certains métiers.
- A titre d’exemple, je signale qu’à Strasbourg la fréquentation des cours est obligatoire pendant deux années à raison de 8 heures par semaine pour les apprentis se destinant au travail de la pierre, du bois, du métal et pour Tome 132. — 1er semestre. — Janvier-Février 1920. 5
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- ceux des industries de la décoration et de l’ameublement. Les futurs ouvriers des industries du livre, de l’alimentation et du vêtement sont astreints à suivre les cours pendant deux années avec une moyenne de 6 heures d’enseignement par semaine, à l’exception des apprentis droguistes pour lesquels trois années sont prévues. Les confiseurs et les coiffeurs reçoivent un enseignement pratique pendant une troisième année et à raison de 2 heures par semaine; les imprimeurs et les typographes sont également exercés aux travaux pratiques pendant une troisième et une quatrième années d’études avec 3 heures de travail par semaine.
- Développement des écoles obligatoires de perfectionnement. — En 1907, le nombre des élèves des écoles obligatoires de perfectionnement dépassait déjà 4 000 ; il s’élevait à 6 000 en 1914. Mais, comme toutes les écoles, celles-ci se trouvèrent désorganisées par la guerre; quelques-unes mêmes durent être fermées. La lutte se prolongeant, le Gouvernement allemand occupa les apprentis aux fabrications destinées à l’armée et les dispensa de fréquenter les écoles de perfectionnement pour qu’ils pussent fournir plus de travail. Puis, en 1918, une épidémie de grippe survint qui entraîna le licenciement des jeunes apprentis pendant plusieurs semaines; enfin, le passage du régime allemand au régime français, le départ des professeurs allemands entraînèrent forcément un certain flottement dans leur fonctionnement; mais les maîtres allemands furent remplacés par des Alsaciens et des Lorrains et, peu à peu, les écoles reprirent leur marche normale.
- Cependant, celles de Mulhouse n’ont pas encore retrouvée leur effectif d’avant-guerre. La diminution s’explique surtout par la diminution du nombre des jeunes ouvriers et apprentis dans l’industrie, particulièrement dans l’industrie textile, qui n’a pas encore repris son ancienne activité; d’autre part, les salaires relativement élevés offerts pour les travaux de reconstruction dans la zone dévastée ont attiré les jeunes gens et entraîné la diminution du nombre des apprentis dans les autres branches industrielles.
- Par contre, toutes les autres écoles accusent une augmentation, notamment à Strasbourg avec 2 463 jeunes gens, soit 210 de plus qu’en octobre 1913; à Guebwiller avec 338 élèves contre 226 ; de sorte que l’effectif total des écoles^ obligatoires de perfectionnement s’élevait au 10 novembre à 6 263 élèves, chiffre sensiblement égal à celui de 1914.
- Il augmentera certainement avec le nombre des-apprentis, à mesure que nos ateliers, usines et fabriques retrouveront leur ancienne activité.
- L’administration française, reprenant des pourparlers précédemment engagés avec les municipalités des centres industriels de quelque importance, travaille au développement des écoles obligatoires de perfectionnement; déjà
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- une nouvelle école, qui ouvrira prochainement, vient d’être créée par la ville d’Haguenau; d’autres villes d’Alsace et Lorraine s’apprêtent à suivre cet exemple.
- Aux écoles obligatoires qui ont un caractère nettement professionnel, il faudrait ajouter toutes les écoles de perfectionnement général, cours ou écoles d’adultes créées par les municipalités et subventionnées par l’État, dans lesquelles l’enseignement est orienté, selon les milieux, vers l’agriculture, le commerce, l’industrie ou les métiers. Les cours ont lieu le soir, après la journée de travail; depuis le retour de l’Alsace et Lorraine à la France, ces cours rendent les plus grands services pour l’enseignement de la langue française. •
- Les œuvres de la ville de Strasbourg pour l'hygiène et la santé des apprentis. — Je voudrais signaler au passage, tout ce que la ville de Strasbourg a fait pour l’hygiène et la santé des apprentis et des jeunes ouvriers qui fréquentent les écoles obligatoires de perfectionnement.
- Deux fois par an, ils sont examinés par des médecins rétribués par la ville; ces médecins les guident dans le choix d’un métier; ils les mettent en garde contre les excès dans les sports, contre l’abus du tabac, contre l’alcool, etc. ; avant leur sortie de l’école, les élèves reçoivent des notions d’hygiène avec indication des soins à donner au corps, des conditions que doit remplir un logement pour être sain, des précautions à prendre pour se préserver des maladies les plus répandues.
- Si le médecin le juge utile, l’élève de l’école de perfectionnement est soumis gratuitement à un traitement orthopédique à l’établissement municipal de bains.
- Les apprentis imprimeurs et peintres subissent un examen médical gratuit _et sont traités à la clinique dentaire des écoles de la ville. A partir de 1920, cette clinique, complètement désorganisée pendant la guerre par les autorités militaires allemandes, sera installée de telle façon que tous les élèves des écoles primaires et de perfectionnement pourront être examinés et soignés gratuitement.
- Tous bénéficient de tarifs de faveur aux bains populaires de la ville ; il est même délivré des cartes gratuites.
- Les élèves des professions sédentaires ont, chaque semaine, une séance de gymnastique. Pendant les mois d’été, des excursions ont lieu le dimanche aux frais de la ville sous la conduite des professeurs.
- L'obligation. — Aux termes de la loi du 17 octobre 1919, « les territoires d’Alsace et de Lorraine continuent, jusqu’à ce qu’il ait été procédé à l’intro-
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- duction des lois françaises, à être régis par les dispositions législatives et réglementaires qui y sont actuellement en vigueur ». L’obligation est donc maintenue dans les écoles de perfectionnement où elle existe déjà, conformément au paragraphe 3 de l’article 120 de l’Ordonnance industrielle.
- Elle vient, au reste, d’être introduite dans la législation française par la loi du 25 juillet dite loi Astier.
- L’obligation explique le succès des écoles de perfectionnement en Alsace et Lorraine; dans les écoles obligatoires seulement, la fréquentation est régulière; les élèves suivent les cours pendant un temps suffisant, ils sont assez nombreux pour qu’on puisse les grouper d’après le métier et leur donner un enseignement vraiment professionnel. Dans les cours facultatifs, l’enseignement n’est professionnel que de nom.
- 11 faut donc que la loi sur l’obligation continue à être sérieusement appliquée si l’on veut que les écoles de perfectionnement donnent des résultats satisfaisants et ne périclitent pas; c’est l’avis des ouvriers et de la presque unanimité des industriels et des patrons alsaciens et lorrains.
- Ceux-ci ont toujours porté un vif intérêt aux écoles de perfectionnement : en 1912, le Congrès des Corporations et des Artisans et la Fédération régionale des Associations d’industriels et de Patrons d’Alsace-Lorraine soumettaient au Landtag et au Gouvernement, un mémoire sur les moyens de favoriser les métiers et signalaient en première ligne, comme particulièrement urgent, le développement des écoles de perfectionnement.
- Pendant la guerre, le Comité d’Etudes économiques et administratives relatives à l’Alsace et Lorraine institué à Paris, adopta, dans sa séance du 13 juin 1915, les conclusions suivantes du rapport d’un industriel alsacien :
- Que les écoles de perfectionnement existant actuellement en Alsace-Lorraine continuent à fonctionner dans les mêmes conditions, que leur fréquentation soit obligatoire, que les heures de leçon soient fixées pendant les heures de travail et que les programmes soient établis de façon à assurer le meilleur développement possible pour la profession à laquelle les jeunes gens se destinent.
- C’est à des conclusions analogues qu’aboutissait la Commission des Assurances ouvrières et des Lois sociales. Sur le rapport de M. Justin Godart, elle proposait à la Conférence d’Alsace-Lorraine d’émettre les vœux suivants :
- Les écoles de perfectionnement d’Alsace-Lorraine continueront à exister et recevront largement les subventions nécessaires à leur entretien.
- Les municipalités conserveront le pouvoir d’imposer aux ouvriers et ouvrières mineurs de moins de 18 ans, sous la responsabilité du patron, la fréquentation de ces écoles.
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- Après l’armistice, dans le moment de flottement inévitable provoqué par le retour à la France des deux provinces reconquises, lorsque quelques apprentis et leurs familles semblèrent croire que la fréquentation des cours de perfectionnement redevenait facultative, les Chambres de Commerce de Strasbourg, de Colmar, de Mulhouse et de Metz, la Chambre de Métiers d’Alsace et Lorraine, soutinrent la nécessité de conserver aux cours de perfectionnement leur caractère obligatoire. Le président de la Chambre de Métiers le déclarait dans une réunion tenue à Paris en janvier dernier : -
- Les cours de perfectionnement pour apprentis doivent être obligatoires; et ces cours, ne les faites pas le soir, quand le jeune homme est déjà fatigué par le travail de toute une journée. Il faut qu’ils aient lieu le jour.
- Enfin, dans sa séance du 19 novembre 1919, le Comité de 1a. Chambre de Métiers décidait d’engager les municipalités des villes de quelque importance à user de la latitude que leur confère la loi et à rendre obligatoire la fréquentation de leurs écoles de perfectionnement.
- Telle est l’opinion de patrons autorisés qui connaissent par expérience les résultats obtenus par les écoles de perfectionnement obligatoires ; elle me paraît de nature à dissiper, s’il en existe encore, les doutes des patrons de ce côté des Vosges sur l’utilité de ces institutions qui sont le complément nécessaire de l’apprentissage, contrôlé/en Alsace et Lorraine, par la Chambre de Métiers. Elles contribuent à la formation de bons ouvriers dont notre pays a le plus grand besoin.
- Les cours obligatoires de perfectionnement ont eu cet avantage considérable de donner une orientation nettement professionnelle à l’enseignement; les apprentis n’v viendraient pas volontiers et les patrons n’accepteraient pas sans difficultés de les envoyer à l’école pendant la journée de travail si les cours ne devaient pas aider réellement l’apprentissage à l’atelier.
- Par les cours obligatoires, les maîtres de l’enseignement professionnel sont entrés en relations avec les gens de métier; ils ont appris ainsi à connaître l’industrie, les métiers et leurs besoins; ils ont été conduits à ne pas s’instruire uniquement par les livres, à donner un enseignement vrai, un enseignement vivant, à le pénétrer de cet esprit pratique que l’on n’acquiert qu’au contact des réalités.
- Je n’ai cessé de le proclamer : pour répondre à ses fins, l’enseignement professionnel a besoin de la collaboration constante des commerçants, des industriels, des patrons, des gens de métier; mieux que personne, ils savent ce qui est nécessaire pour réussir dans leur profession; ils sont à même
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- d’apprécier la valeur professionnelle d’un jeune ouvrier; en le voyant à l’œuvre, ils jugent sa préparation, ils se rendent compte de ses lacunes et des améliorations qu’il faut lui apporter.
- Les écoles de perfectionnement ont, en outre, une haute portée sociale : on l’a dit avec raison : « La treizième année ne sonne pas pour les responsables de l’enfance la fin d’une responsabilité; elle en ouvre simplement une nouvelle. Il faudra maintenant consolider ce qui a été fait, défendre l’instruction contre l’oubli, l’éducation contre les sollicitations diverses qui tendraient à la dénaturer. Pendant la délicate période qui va de l’école an régiment, il faudra encadrer l’adolescence, la soutenir, la protéger, mettre dans les mains du jeune homme le métier qui assurera son indépendance et lui permettra de fonder un foyer. »
- Les cours professionnels permettent de continuer l’éducation des futurs ouvriers commencée sur les bancs de l’école primaire, de leur donner quelques notions très élémentaires d’économie sociale, de leur parler de leurs droits, mais surtout de leurs devoirs, de leur dire — et il ne faut pas craindre de le leur dire — qu’on ne peut revendiquer ses droits que si l’on accomplit ses devoirs, de leur montrer tout ce qui a été déjà fait pour améliorer la situation des travailleurs, de leur faire comprendre que l’intérêt de l’ouvrier comme celui du patron sont liés plus que jamais à l’intérêt national, qu’il faut travailler, produire; c’est un devoir sacré. Le travailleur consciencieux, c’est le courageux du temps de paix ; comment l’ouvrier pourrait-il manquer de ce courage facile, s’il songe à tous ceux qui ont donné superbement leur vie pour sauver la France et à qui nous devons de ne pas être asservis au militarisme prussien!
- L’Institut de Chimie de l’Université de Strasbourg. — L’enseignement donné à l’Institut de Chimie de Strasbourg a pour objet :
- 1° D’assurer aux jeunes gens les connaissances générales de chimie et de technologie industrielle qui leur sont nécessaires pour exercer les contrôles multiples ou assurer la direction d’une fabrication chimique;
- 2° Ces connaissances une fois acquises, de leur permettre d’aborder l’étude de questions originales et les préparer ainsi à leur rôle éventuel de chimistes de recherches industrielles.
- La durée des études est de trois années, à la fin desquelles les étudiants peuvent obtenir le diplôme d’ingénieur-chimiste de l’Université de Strasbourg. Les travaux originaux, que sont admis à poursuivre ensuite les étudiants munis du diplôme d’ingénieur-chimiste, portent sur une, ou au maximum deux années d’études supplémentaires.
- A côté de l’enseignement théorique, les étudiants reçoivent un enseigne-
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- ment pratique donné clans quatre laboratoires, dont l’un est réservé aux jeunes gens désireux de se livrer à des recherches originales.
- Des visites aux usines dans la région sont organisées chaque année.
- Pour être admis, les élèves, français ou étrangers, doivent être âgés de 17 ans et pourvus du baccalauréat-mathématiques ou d’un diplôme jugé équivalent.
- L’Institut de Chimie de Strasbourg compte déjà 82 étudiants dont plusieurs étrangers : Suisses, Luxembourgeois et Roumains.
- Les œuvres d’enseignement technique fondées par la Société industrielle de Mulhouse. — L’Ecole supérieure de Chimie. — L’Ecole supérieure de Chimie de Mulhouse est née d’un modeste laboratoire fondé en 1822 et rattaché au collège de cette ville, qui ne comptait alors que quelques milliers d’hahitants. Elle est une création de la municipalité et de cette Société industrielle dont l’histoire se confond depuis un siècle avec celle de la cité.
- L’Ecole supérieure de Chimie a prospéré rapidement; en 1879, elle s’est installée sur un terrain fourni par la ville, dans des bâtiments construits par la Société industrielle; c’est la ville qui assure les frais de son fonctionnement.
- Complètement autonome, elle adapte son enseignement aux besoins de l’industrie de la ville et de la région; elle forme des chimistes pour le tissage, l’impression sur étoffes, les matières colorantes. Le programme de l’enseignement comprend :
- La chimie minérale et organique, avec ses applications aux diverses industries ;
- La physique et la mécanique industrielles;
- Le droit industriel.
- Une part spéciale est faite à la chimie de la cellulose et des fibres textiles, Mu goudron de houille et de ses dérivés, aux matières colorantes, au blanchiment à la teinture et à Fimpression, de même qu’aux diverses industries chimiques qui ont pris depuis la guerre un si grand développement, telles que celles de l’ammoniac, de l’acide nitrique synthétique, des sels de potasse, etc.
- Le principe de l’enseignement est le suivant : donner d’abord une base solide de connaissances scientifiques; appliquer ensuite, d’une manière approfondie, ces connaissances à l’étude des problèmes industriels; en même temps, donner aux travaux pratiques de laboratoire une importance capitale.
- L’installation très complète des laboratoires permet aux élèves de consacrer aux travaux pratiques tout le temps qui leur reste en dehors du cours, soit 30 heures environ par semaine, environ. 5 ou 6 heures par jour. Ce principe, toujours maintenu, a fait la force de l’école : il explique son succès,
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- sa réputation, comme la valeur de ses élèves dont beaucoup, répandus aujourd’hui sur tous les points du globe, sont arrivés aux situations les plus élevées dans les diverses branches de l’industrie chimique.
- La durée des études est de trois années; un septième et un huitième semestres ont été institués pour permettre aux élèves diplômés de poursuivre des recherches et de se livrer à des travaux personnels.
- Pour être admis comme élève régulier, il faut avoir 17 ans révolus, posséder le baccalauréat-mathématiques ou un diplôme reconnu équivalent, ou justifier par un examen spécial d’entrée que l’on possède les connaissances nécessaires pour suivre l’enseignement avec fruit.
- En dehors des élèves réguliers, l’école admet dans ses laboratoires, à titre de manipulateurs, des chimistes désirant compléter leurs études et des jeunes gens se préparant à l’examen d’entrée.
- Les élèves dont les notes sont satisfaisantes à la sortie, reçoivent le diplôme d’ingénieur-chimiste de l’Ecole de Chimie de Mulhouse.
- L’Ecole, qui n’avait jamais eu plus de 90 élèves sons le régime allemand, en compte 110 aujourd’hui dont 70 en première année; elle a dû refuser des élèves; aussi des travaux d’agrandissement sont projetés dont la réalisation permettra de maintenir l’effectif actuel.
- Ecole supérieure de Filature et de Tissage. — C’est encore la Société industrielle qui a fondé en 1861 cet établissement; il est constitué en société civile; les actionnaires sont les principaux industriels du pays qui se sont formellement interdit tout bénéfice.
- L’Ecole donne aux jeunes gens qui veulent s’adonner aux industries de la filature et du tissage, l’enseignement théorique et pratique dont iis ont besoin. Ce n’est pas une école au sens ordinaire du mot, mais une manufacture, avec sa force motrice, ses machines, ses ateliers de réparations, etc., auxquels sont adjointes des salles d’études.
- Les programmes comprennent, pour la filature, les enseignements suivants : matières textiles, filature du coton et de laine, machines, réglage, calcul de la production, comptabilité industrielle, plans et devis de filatures. Au programme de travaux pratiques figurent l’étude directe vies machines (montage, démontage, réglage) et l’exécution des divers travaux de filature.
- Un programme analogue est établi pour le tissage. L’enseignement est complété par un cours spécial d’échantillonnage dans lequel l’élève est exercé à faire lui-même la décomposition et l’analyse des tissus.
- Outre ces cours professionnels, il exister trois autres cours, communs aux deux sections, de mécanique, de machines motrices et d’électricité.
- Pour être admis à l’Ecole, il faut satisfaire à un examen d’entrée dont
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- sont dispensés les candidats pourvus du baccalauréat ou d’un diplôme reconnu équivalent.
- L’établissement compte actuellement 114 élèves dont 70 pour la filature et 44 pour le tissage, chiffres qu’elle n’avait jamais atteints. La moitié des élèves vient d’Alsace; les autres de la région de l’Est et aussi de l’étranger.
- Cours de Maîtres-Mineurs. — On sait que l’Alsace possède, au nord-ouest de Mulhouse, un riche bassin potassique dont le tonnage est évalué à près d’un milliard et. demi de tonnes. La production, gênée autrefois par la loi allemande, va certainement s’accroître dans des proportions considérables et exiger un nombre de plus en plus grand d’ouvriers.
- Fidèle à ses traditions, la Société industrielle a, cette année, organisé des cours professionnels, des cours de maîtres-mineurs, qui ont pour objet de donner aux jeunes gens déjà exercés à la pratique du métier de mineur, les connaissances nécessaires aux surveillants, porions ou maîtres-mineurs des mines dé potasse d’Alsace.
- Les cours sont gratuits; les frais qu’ils entraînent sont à la charge des mines. Sont admis à les suivre les jeunes ouvriers mineurs âgés de 18 à 25 ans, ayant déjà au moins douze mois de pratique minière.
- La durée des études est de deux années; l’enseignement comprend des cours d’instruction générale, un cours des mines, la géologie, l’exploitation des mines, la topographie avec exercices pratiques, des visites de mines et d’usines, enfin un cours de machines précédé de notions élémentaires de physique et d’électricité.
- Les élèves sont, en outre, tenus de travailler personnellement sous la direction de l’ingénieur de la mine; on les change assez fréquemment d’emploi afin qu’ils se familiarisent avec tous les genres de travaux.
- Dans l’intervalle des deux années d’études, ils doivent faire un stage dans une mine de houille et présenter au retour un rapport de stage dont la note compte pour le classement final.
- Tels sont les établissements d’enseignement technique industriel et commercial qui existent actuellement en Alsace et Lorraine; je crois pouvoir caractériser leur enseignement par l’union déjà signalée de cours théoriques et de travaux pratiques, de l’école et de l’usine, sans laquelle il n’est point de véritable enseignement technique.
- La tâche à accomplir. — Les Allemands, en Alsace et Lorraine, ne se sont pas montrés généreux pour l’enseignement technique. La France fera mieux, elle ne laissera pas aux Allemands la joie de dire : « Nous sommes partis, plus rien ne va; les Français n’entendent rien à l’enseignement technique. » Tome 132. — 1er semestre. — Janvier-Février 1920. • fi
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- Ils croyaient bien cependant qu’il en serait ainsi; le fonctionnaire allemand que j’ai remplacé me l’avait laissé comprendre au moment de son expulsion; il faisait semblant d’en être affligé; j’ai pris soin de le rassurer. Récemment, un Allemand — il en est resté à Strasbourg — rencontre le directeur de l’École technique, et, prenant un air de circonstance, lui demande des nouvelles de l’Ecole, ajoutant : « Combien a-t-elle perdu d’élèves? » Et comme le directeur, un Lorrain, lui apprenait que jamais l’établissement n’avait eu un effectif aussi élevé, il s’écria : « Das hatte ich nie geglaubt! » Je ne l’aurais jamais cru! Une fois de plus, les Allemands se sont lourdement trompés sur notre compte; à nous de ne rien négliger pour faire mieux qu’eux.
- Déjà, les établissements existants ont été débarrassés de leurs professeurs allemands qui ont tous été remplacés par des Alsaciens ou des Lorrains. Dans la plupart d’entre eux, l’effectif est supérieur à celui du dernier hiver avant la guerre; c’est bien, mais cela ne suffît pas.
- D’intéressants projets sont à l’étude, dont quelques-uns sont même envoie de réalisation. La Chambre de Commerce de Strasbourg veut doter l’Alsace d’un établissement à'enseignement commercial supérieur ; elle est prête à faire les sacrifices nécessaires afin que l’école qui ouvrira vraisemblablement en octobre prochain, soit comparable aux meilleures écoles supérieures de commerce de France et de l’étranger.
- De plus, un projet de création d’une école technique supérieure sera soumis dans quelques jours au Conseil supérieur d’Alsace et Lorraine.
- Cette création semble nécessaire; les jeunes Alsaciens ne peuvent plus, et le pourraient-ils qu’ils ne le voudraient pas, se préparer à la carrière d’ingénieur dans les instituts d’Outre-Rhin. La différence dans les études préparatoires, une insuffisance passagère dans la connaissance de la langue française, ne leur permettent guère d’entrer dans nos grandes écoles et d’en suivre avec fruit les cours. 11 paraît indiqué que Strasbourg, centre politique et économique d’une région peuplée, dont l’importance industrielle déjà considérable est appelée à s’accroître encore, soit le siège d’un établissement d’enseignement technique supérieur qui compléterait l’Institut de Chimie de l’Université et l’Ecole supérieure de Chimie de Mulhouse, avec des sections pour la construction, les industries mécaniques et les industries électro-techniques. Nul doute qu’écoutant la voix de l’opinion publique, tenant compte des vœux des Chambres de Commerce alsaciennes, de la Chambre de Métiers d’Alsace et Lorraine, l’Administration française ne dote nos provinces retrouvées de l’établissement que le Gouvernement allemand leur a toujours refusé.
- Dans un domaine plus modeste, la municipalité de Strasbourg vient de créer une Ecole pratique de Commerce ; elle ouvrira prochainement une Ecole
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- d’industrie hôtelière destinée à favoriser le tourisme en Alsace et à laquelle le Touring-Club de France a fait un don de 2 000 f.
- Enfin, des pourparlers sont engagés pour créer dans les centres les plus importants de nouvelles écoles obligatoires de perfectionnement.
- Pour former de bons professeurs pour les écoles industrielles et commerciales, des bourses ont été accordées à dix jeunes maîtres, alsaciens ou lorrains, qui suivent actuellement à Paris les cours de l’Ecole normale de l’Enseignement technique, de l’Ecole des Hautes Etudes coiùmerciales et de l’École des Arts et Métiers où ils acquièrent les connaissances dont ils ont besoin. Ils se familiarisent avec la langue française et ont l’occasion de se rendre compte que nos établissements d’enseignement technique sont comparables à ceux tant vantés des Allemands.
- La présence, à la tête de l’Administration d’Alsace et Lorraine de M. Millerand, en qualité de Commissaire général de la République, nous donne pleine confiance dans l’avenir de l’enseignement technique industriel et commercial dans nos provinces reconquises.
- Cet homme d’action, cet organisateur est celui de nos hommes d’État qui connaît le mieux l’enseignement technique, qui a le plus fait pour l'améliorer et le développer, alors qu’il y a vingt ans, il était ministre du Commerce et de l’Industrie dans le grand Ministère Waldeck-Rousseau. Déjà en 1903, dans une conférence faite à Paris, il en montrait toute l’importance, économique et sociale : « La République a créé l’enseignement primaire obligatoire, disait-il; il n’est pas téméraire de prédire qu’elle devra, avant peu, le compléter par l’enseignement professionnel obligatoire. » Et il le veut pénétré et idéalisé par la pensée toujours présente de son but : donner à la vie son vrai sens et sa pleine valeur.
- En juin dernier, à la Chambre de Métiers d’Alsace et Lorraine, il déclarait : « Plus que jamais il faut travailler pour réparer les maux de la guerre cruelle imposée par l’Allemagne. Par tous les moyens, la production doit être développée dans toutes les branches de l’activité économique; ce n’est pas seulement un devoir patriotique, c’esl une question de vie. »
- Et le Commissaire général montrait alors le rôle important que doit jouer l’enseignement technique dans cette grande œuvre de rénovation nationale.
- Tous les Gouvernements s’en rendent compte; récemment en Belgique, le ministre du Travail, M. Wauters, disait devant le Conseil supérieur de l’Enseignement technique : « Quelles que soient la situation économique de demain et les charges sociales du pays, l’élément essentiel du relèvement est le degré d’éducation générale et professionnelle des ouvriers; à cet élément il faut tout sacrifier. » Il demandait la création d’écoles normales techniques, destinées
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- M ENSEIGNEMENT TECHNIQUE. — JANVIER-FEVRIER 1920.
- à former un corps enseignant capable, et l’organisation de nombreux instituts d’enseignement technique.
- En France, à la veille des élections législatives, tous les partis ontinscrit dans leur programme le développement de l’enseignement technique ; souhaitons que ce développement ne se borne pas à de belles manifestations oratoires, que le verbe daigne descendre des hauteurs étoilées où, trop souvent, il plane, pour bâtir sur le terrain solide des réalités.
- « Le mouvement impitoyable de la vie nous entraîne tous dans l’action économique. » Orientons donc nettement l’éducation vers des fins utilitaires, facilitons à notre jeunesse l’adaptation à la vie qui l’attend, outillons-la pour la vie de notre pays, pour la vie de l’heure présente; elle nous donnera des hommes de cœur, d’intelligence, de volonté, dignes du sublime sacrifice de leurs aînés. Alors, notre vieille France, sortie victorieuse du cataclysme le plus formidable qui ait jamais ébranlé une nation, retrouvera dans sa convalescence même, un merveilleux épanouissement; elle sera plus que jamais forte, généreuse et humaine, plus que jamais digne de la sympathie, de la confiance et de l’estime des peuples civilisés.
- J. Roux,
- Directeur du Service de l’Enseignement technique, industriel et commercial en Alsace et Lorraine.
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- LES GISEMENTS DE PÉTROLE D'ALSACE^
- Messieurs,
- La Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale m’a demandé de vous parler des gisements de pétrole d’Alsace. Je tiens à l’en remercier ici tout spécialement et à vous prier d’accorder toute votre indulgence à un technicien, peu habitué à parler devant un auditoire.
- Appelé par le Gouvernement de la République à reprendre la direction des Mines et Usines de Péchelbronn, que j’avais quittées pendant la guerre, après une activité de plus de vingt-cinq ans, je suis heureux de pouvoir vous exposer ici les grandes lignes d’une industrie qui pourra devenir une source de richesses pour la France entière.
- Je voudrais que, malgré le caractère un peu ardu d’un exposé de ce genre, il vous restât l’impression que, grâce à l’exploitation méthodique et rationnelle d’un sous-sol relativement pauvre, on est arrivé à retirer des faibles gisements pétrolifères d’Alsace, proportionnellement plus de pétrole que des grandes nappes bitumineuses des pays de grande production.
- Permettez-moi, pour commencer, de vous faire en quelques mots l’historique de Péchelbronn; nous passerons ensuite à l’étude des gisements, puis à leur exploitation par les sondages et par les puits pour terminer par quelques mots sur l’épuration de l’huile brute.
- I. — Historique.
- Le 30 juillet 1915, une escadrille d’avions français vint bombarder les raffineries et les exploitations de sondages de Péchelbronn, qui furent gratifiées de 55 bombes. Le lendemain, le communiqué de l’état-major faisait savoir au monde entier qu’il existait des mines de pétroles en Alsace. Jamais Péchelbronn n’avait eu les honneurs d’une pareille réclame.
- Ce fut de cette façon tragique que les gisements de pétrole d’Alsace furent présentés à la France. Ils y étaient peu connus, ou connus seulement de quel-
- (1) Conférence faite en séance publique le 6 décembre 1919.
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- ques personnes, qui avaient lu les travaux du baron de Dietrich, de Boussin-gault, de Daubrée, de Le Bel et d’autres (1).
- Péchelbronn doit son nom à une petite source d’eau qui entraînait avec elle quelques traces de graisse épaisse et qui est déjà citée en 1498 dans les ouvrages de Jacob Wimpfelin, professeur à Strasbourg. Le débit d’huile de cette source était au xvme siècle de 2 kg par jour. Nous n’avons pas pu retrouver s’il était plus important au xvie siècle, mais nous savons qu’à cette époque déjà des essais de distillations furent entrepris pour retirer de cette huile des produits pharmaceutiques. Ces produits et la graisse brute elle-même possédaient des vertus curatives très remarquables, au dire des auteurs de l’époque. Ils étaient particulièrement efficaces pour combattre la goutte, le lumbago, la paralysie, les maux de dents et pour guérir les plaies et les blessures.
- De pareilles qualités décidèrent un premier concessionnaire à adresser en 1626 une requête au comte de Hanau pour exploiter cette source de bitume. Jusqu’en 1734, les concessionnaires se succédèrent sans grand succès. A cette époque, un jeune étudiant de Strasbourg, Théophile Hoeffel, choisit les gisements de Péchelbronn comme thème d’une dissertation latine qu’il présenta à la Faculté de Médecine.
- Un an plus tard, en 1735, apparurent à Péchelbronn les deux créateurs de l’industrie pétrolière d’Alsace. L’un, d'Eyrinis, était une érudit, qui s’était spécialisé dans l’étude des bitumes; l’autre, de la Sablonière, intéressé depuis 1721 àux mines de calcaire bitumineux du canton de Neuchâtel en Suisse, obtint en 1740 du Gouvernement français le privilège pour l'exploitation de toutes les mines d’asphalte du royaume. Ils entreprirent immédiatement des travaux miniers, fonçant des puits et creusant des galeries pour extraire du sol un sable gras, qui ne contenait que 4 à 5 p. 100 d’une graisse très épaisse, complètement dépourvue d’essence ou de pétrole lampant. Cependant ces gisements n’étaient pas dépourvus de gaz de pétrole. Ils furent cause de plusieurs accidents, dont le plus ancien est décrit comme suit dans le Journal des Savants de 1759 :
- Les ouvriers n’étaient pas au milieu de la galerie, qu’elle parut tout en feu et cet éclair fut accompagné d’un éclat de tonnerre qui se fit entendre à une demi-lieue.
- (1) De Dietrich (baron Philippe-Frédéric) : Description des gîtes de minerai et de bouches à feu de France, Paris, 1789. — Boussingault : Sur le bitume de Péchelbronn (l’Institut 1837, n° 176 Ann. Min., 3, XI, 448). — A. Daubrée : Description géologique et minéralogique du département du Bas-Rhin, Paris, 1832; et Notice sur les gisements du bitume {Ann. Min., 3, XVI, p. 287, 1841). — J.-A. Le Bel : Notices sur les gisements du pétrole à Péchelbronn {Bull, de la Soc. d'IUst. nal. de Colmar, 1885.) — M. G, Chesneau : Rapport sur l'Industrie et le Commerce des huiles minérales en Allemagne et en Belgique, Imprimerie nationale, 1892. Depuis lors ont paru deux études très bien faites de : A. Guiselin : Les combustibles liquides, Paris, 1919. — De Launay : Traité de métallogénie. Gîtes minéraux et métallifères, t. 1, p. 543, Paris, Béranger, 1913.
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- La violence de l’explosion fut telle que toutes les tuiles de la hutte du puisard furent enlevées et les brouettes et les tuyaux d’aérage mis en pièces et jetés dans le puisard. Quatre ouvriers furent maltraités du coup et deux eurent le visage entièrement dépourvu de la peau.
- Quelques années plus tard, l’exploitation passa entre les mains de la famille Le Bel, qui la conserva jusqu’en 1888 (fig. 1). Nous ne suivrons pas Je développement lent de cette industrie pendant les cent quarante-neuf ans
- Fig. I. — La raffinerie, de 1760 à 1880.
- où elle fut dirigée par cette famille. Ce sujet a été suffisamment étudié dans un livre récemment paru sur l’historique de Péchelbronn (1).
- Déjà au XVIIIe siècle, les forages faits à la tarière permettaient aux mineurs d’étudier le terrain en leur fixant les endroits les plus favorables pour le fonçage des puits et le creusage des galeries. En 1879, M. Achille Le Bel inaugura à Péchelbronn le système de forage Fauvelle à courant d’eau, qui allait lui permettre d’atteindre des couches plus profondes que celles exploitées jusqu’alors. Ce ne fut cependant que trois ans plus tard qu’un sondage atteignit un gisement pétrolifère considérablement plus riche que les anciens. On peut se représenter l’étonnement des mineurs en voyant l’huile s’élever d’elle-même d’une profondeur de 130 m jusqu’à la surface du sol, sous forme de source jaillissante.
- (I) P. de Chambrier, Historique de Péchelbronn, Attinger frères éditeurs, Neuchâtel (Suisse), 1919.
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- Le débit des premières sources atteignit 200 et même 500 fûts par vingt-quatre heures. Cette huile ne ressemblait plus du tout à la graisse de voiture épaisse exploitée à grands frais depuis près d’un siècle et demi: c’était une huile légère, fluide, riche en gaz et en produits légers, pareille au pétrole brut américain.
- Ces découvertes modifièrent rapidement toute l’exploitation de Péchelbronn ; les travaux souterrains furent abandonnés dès 1888 et une raffinerie fut promptement créée pour travailler l’huile brute et en retirer : de l’essence, du pétrole lampant et des huiles de graissage. L’ancienne exploitation qui consistait à laver à l’eau bouillante le sable bitumineux, extrait de la mine, fut abandonnée, cédant la place à une industrie toute nouvelle qui allait devenir très importante.
- En 1889, des industriels alsaciens et français firent l’acquisition de Péchelbronn pour la somme de 3 millions de marks. Ils le revendaient en [1906 à une société allemande, après avoir réalisé un bénéfice brut total d’environ 15 millions. Cette société allemande avait acheté l’affaire pour 12300000 marks, et, en même temps, avait acquis pour environ 3 millions, d’autres exploitations voisines concurrentes. Elle développa considérablement l’extraction de l’huile brute tout en agrandissant les raffineries qui servaient à la traiter (fig. 2).
- Le bénéfice brut, réalisé par la société allemande, jusqu’en 1919, s’est élevé à environ 85 millions de marks.
- De 1906 à la fin de 1918, la production annuelle des mines de pétrole d’Alsace s’éleva de 22 000 t à 51 000 t.
- Les agrandissements et les perfectionnements qui ont été poursuivis depuis la libération de l’Alsace, laissent entrevoir de belles perpectives d’avenir à la société française qui prendra la direction des mines de Péchelbronn.
- II. — Les Gisements pétrolifères.
- Les gisements de pétrole d’Alsace se trouvent sur une ligne sensiblement Nord-Sud, qui de Wissembourg à l’Hérault traverse toute la France. Cette ligne est jalonnée par de nombreux gisements bitumineux. En Alsace, entre Wissembourg et Altkirch, notamment à Lobsann, Péchelbronn, Biblisheim Ohlungen, Molsheim, Ribauvillé et Hirzbach (près de Mulhouse). Plus au Sud, le long du Jura suisse, on retrouve également de l’asphalte au Val de Travers, des traces de pétrole à Orbe, à Chavornay et aux environs de Genève. Enfin, en France, la ligne paraît se poursuivre en passant par la mine d’asphalte de Seyssel, les indices d’huile de la Drôme, les mines d’asphalte du Gard et du département de l’Hérault.
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- Pour en revenir à l’Alsace, les seuls endroits où l’on exploite le pétrole brut, sont compris dans la concession des mines de Péchelbronn. Cette concession, située dans l’arrondissement de Wissembourg et dans celui de Haguenau, a une surface d’environ 44 000 ha. Elle s’étend sur une longueur de 30 à 40 km et sur une largeur moyenne d’environ 15 km.
- Une exploitation minière, quelle qu’elle soit, comporte deux phases bien distinctes : le travail de prospection, qui fait découvrir le gîte, et le travail d’extraction, qui consiste à poursuivre le gisement dans le sous-sol et à
- Fig. 2. — Panorama montrant : l’ancienne usine et le Hochwaltl.
- ramener le minerai à la surface. Si ces deux phases existent aussi dans les exploitations de pétrole, il est un point sur lequel elles diffèrent complètement des autres : le gisement une fois découvert par un sondage, ne peut être poursuivi que depuis la surface du sol, d’où on ne peut ni en prévoir l’allure, ni en déterminer la direction. Le travail de prospection ou de recherche est donc à recommencer après chaque sondage. Il se fait, si j’ose m’exprimer ainsi, à l’aveuglette.
- Cependant, dans les pays très riches en pétrole, les couches pétrolifères occupent une surface si considérable, qu’une fois découvertes, elles sont recoupées presque à coup sûr par les sondages faits dans le voisinage de la première source.
- A Péchelbronn, il en est tout autrement : les gisements ont peu de puis-Tome 132. — 1er semestre. — Janvier-Février 1920. 7
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- sance et se composent d’un grand nombre de couches de faible étendue. Il s’ensuit qu’il est peu d’exploitations de pétrole dont la prospection offre autant d’aléas et autant de difficultés que celle de la Basse-Alsace.
- Ce n’est pas en se fiant à la chance que ces difficultés peuvent être surmontées. Nous allons passer en revue les moyens dont on dispose pour guider les recherches d’une façon rationnelle.
- Situation géologique des terrains de Péchelbronn. — Déjà aux époques géologiques les plus reculées, il se produisit dans les terrains d’où émergèrent plus tard les Vosges et la Forêt Noire, un soulèvement allant du Sud-Ouest au Nord-Est.
- On peut se demander si les cassures qui résultèrent de cet ancien soulèvement, ne sont pas en relation avec les innombrables filons ou coulées de roches éruptiyes qui, presque partout, dans les Vosges et la Forêt Noire, sont associées aux terrains antéhouillers. De même, les éruptions de porphyre et de mélaphyre de l’époque permienne qui s’observent dans le bassin de la Sarre, et les coulées de basalte de l’époque tertiaire, pourraient avoir utilisé, pour s’y injecter, les anciennes fissures de l’époque archéenne.
- Ce soulèvement de la chaîne hercynienne eut en outre pour effet de former, par contre-coup, des dépressions, dont la plus intéressante est celle qui devint plus tard le bassin houiller de la Sarre.
- Enfin, l’érosion s’exerçant aux dépens de ce massif cristallin, donna naissance au grès bigarré, dont l’épaisseur atteint par places 300 m.
- La mer, qui occupait toute l’Alsace depuis le début du Lias, ne se retira vers le Sud que vers la fin de la période jurassique,
- C’est donc à cette époque que se produisit l’émersion définitive des massifs des Vosges et de la Forêt Noire, puis survint l’effondrement de la vallée du Rhin, qui s’est poursuivi pendant l’époque oligocène. A ces mouvements de grande amplitude, se rapportent probablement les dernières venues éruptives de'la région (basalte de Reichshoffen, du Kaiserstuhl, etc...) considérées comme d’âge oligocène. Après l’affaissement de la vallée du Rhin, toute la région se souleva de nouveau; les montagnes se constituèrent définitivement. La cuvette formée par l’affaissement de la vallée du Rhin, fut, pendant l’ère tertiaire, envahie alternativement par de l’eau saumâtre et par de l’eau douce, et comblée en même temps de marnes, d’argile, de grès et de sable saturé de sel, que charriaient ces invasions successives.
- Ce qui contribue beaucoup à nous aider à reconstituer l’histoire géologique de la plaine du Rhin, ce sont les grandes failles qui s’observent sur ses bords et dans les collines prévosgiennes. La figure 3 permet de se représenter que les Vosges et la Forêt Noire constituaient un massif homogène, dont la partie
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- centrale s’est rompue et s’est affaissée verticalement. Les failles ainsi formées se poursuivent dans la même direction que celles de l’ancien soulèvement de l’époque archéenne.
- Les bouleversements successifs de l’époque oligocène ne se firent que très lentement et pendant un nombre incalculable d’années. Ils ne laissèrent pas intacts les grands, dépôts tertiaires de la plaine du Rhin qui, comprimés de tous côtés, ne purent pas s’affaisser ou se soulever sans être à leur tour fissurés en tous sens.
- En jetant un coup d’œil sur le profil géologique des terrains qui s’étendent
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- Fig. 3. — Coupe transversale des Vosges et de la vallée du Rhin.
- des Vosges au Rhin, au Nord de la Rasse-Alsace, on les voit se subdiviser en trois groupes (fig. 3).
- C’est d’abord la chaîne des Vosges, constituée ici par du grès rouge, reposant sur un substratum profond de terrains antéhouillers plissés. En certaines régions, des assises presque horizontales de terrain houiller productif et de Permien, s’intercalent entre ces terrains anciens et le Trias (Rassin de la Sarre, Val de Villé). Une première faille, celle qui borde les Vosges à l’Est, sépare nettement cette région montagneuse de la région de petites collines, qui forment le second groupe.
- Suivant l’état d’érosion de ces collines, on peut y observer toute la gamme des terrains sédimentaires qui se sont succédé, depuis l’assise du Grès vosgien jusqu’au terrain tertiaire. Ce sont, du bas en haut, le Muscbelkalk, le Lias et le Dogger. Par places même, des lambeaux de terrain tertiaire se sont conservés à la surface du Dogger (colline du Bastberg près Bouxviller) : mais ils n’offrent aucun intérêt au point de vue qui nous occupe ici.
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- En effet, si le Lias supérieur contient parfois des schistes plus ou moins bitumineux et le calcaire coquillier des filons d’asphalte, tous ces terrains du second groupe ne possèdent pas de pétrole en quantités exploitables. Les couches pétrolifères ne se trouvent en Basse-Alsace que dans le terrain tertiaire, qui forme le troisième groupe. C’est spécialement à l’époque oligocène que l’huile brute a dû apparaître dans la région.
- Ce groupe est séparé du précédent par une faille beaucoup plus importante, comme hauteur de rejet, que la faille qui borde les Vosges. M. Van Werveke a calculé que l’amplitude de la dénivellation entre les chaînes vos-giennes et la plaine du Rhin, devait dépasser le chiffre énorme de 2 400 m. Quant à l’épaisseur du terrain tertiaire de la plaine du Rhin, elle est certainement supérieure à 1 000 m; cette évaluation se base sur le fait qu’à Péchel-bronn, qui est distant de 25 km du Rhin, un forage atteignit le grès bigarré à une profondeur de 1 100 m environ.
- Les travaux miniers ont permis de reconnaître dans l’Oligocène la présence d’un grand nombre de petites failles avec des rejets de 3 à 5 m. Ces glissements de peu d’importance ont été occasionnés par le dessèchement et la contraction des couches argileuses; résultant du défaut de support, ils paraissent être de nature locale et ne se sont pas forcément propagés en profondeur.
- Par contre, des glissements de grande dimension coupent le terrain tertiaire en tranches verticales, parallèles à la plaine du Rhin. S’il était possible, en partant des puits actuellement en exploitation, de pousser une galerie jusqu’à la rencontre d’une grande faille de ce genre, il serait fort intéressant de l’étudier de près.
- Nous verrons que les sources d’huile brute se laissent grouper en zones productives, plus ou moins étroites, s’allongeant dans une direction identique à celle des failles. Par contre, aux abords immédiats de celles-ci, le sous-sol paraît être stérile ou peu productif.
- Il y a donc une relation très intéressante entre ces zones, ces failles et toute la configuration du bassin du Rhin. De même qu’entre Strasbourg et Spire, le Rhin coule du Sud-Ouest au Nord-Est, parallèlement à la direction des Vosges et du Hardt, de même aussi, les failles de la région qui s’étend entre Haguenau et Wissembourg et les lignes sur lesquelles se rencontrent les sources d’huile les plus importantes, suivent la même direction. Que peut-on déduire de cette concordance? -
- Elle semble de prime abord être une preuve à l’appui de la théorie de l’émanation, qui cherche à expliquer la formation de l’huile brute par des réactions chimiques de la vapeurd’eau, s’infiltrant à travers l’écorce terrestre, sur des carbures métalliques ou des métaux en fusion. Suivant cette théorie
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- de Berthelot, de Mendeléieff et de Sabatier, le pétrole aurait surgi des entrailles de la terre par les fissures du terrain primitif. Si cette hypothèse est extrêmement attrayante, on ne peut cependant pas admettre que l’huile brute ait jailli directement de ces failles, en injectant les couches de sable de terrain tertiaire de Péchelbronn.
- En effet, l’huile aurait dû, avant tout, s’accumuler dans les grandes couches poreuses de grès vosgiens, où on n’a jusqu’ici jamais observé sa présence. En outre, comment se serait-elle introduite dans les couches parfaitement étanches de l’Oligocène, où les bancs de sable sont entièrement enrobés dans la marne calcaire?
- Ces gisements pétrolifères ont pu être étudiés très exactement dans les anciens et dans les nouveaux travaux souterrains; or, jamais, on n’y a observé la présence de grandes fissures par lesquelles l’huile se serait introduite dans les couches de sable. De plus, comme nous l’avons déjà vu, les terrains situés aux abords immédiats des grandes failles sont stériles. Ce serait l’inverse qui semblerait devoir se produire si le pétrole, formé dans les profondeurs de la croûte terrestre, s’était élevé par ces failles, pour aller saturer les bancs de sable du terrain tertiaire.
- Les partisans de la théorie qui admet la formation de l’huile brute par la décomposition de détritus animaux et Amgétaux, cherchent à expliquer par l’alternance des venues d’eau de mer et d’eau douce, la décomposition et l’accumulation de la matière organique, dont dériverait le pétrole : le gisement se trouve en effet coïncider en gros avec la zone des anciens rivages oligocènes, zones où les changements de milieu pouvaient occasionner la mort de nombreux organismes. Les failles n’auraient plus alors de relations directes avec les pétroles : elles seraient seulement une preuve de l’instabilité de la région à cette époque, et des changements géographiques qui devaient résulter de cette instabilité. Pour ceux qui ont observé sur place des couches de sable complètement saturées de pétrole brut, il paraît bien extraordinaire qu’une huile formée par la décomposition d’animaux marins, dont on ne trouve plus aucun reste, ait pu se concentrer pareillement dans les bancs de sable de l’Oligocène. Comment se représenter, d’autre part, l’énorme quantité de matière organique nécessaire à la formation de telles réserves d’huile brute?
- Les observations que les travaux souterrains de Péchelbronn ont permis de faire sur la stratification des sables bitumineux, prouveraient qu’ils se sont déposés très rapidement, et qu’ils ont été immédiatement recouverts et enfermés dgms du limon glaiseux.
- La forme des lentilles des anciens travaux (fig. 4), le fait souvent observé dans les nouveaux travaux qu’une couche de sable de 3 m de hauteur se termine brusquement en fuseau, les alternances de couches de sable et de minces
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- lamelles d’argile et les dessins qu’ils forment dans les dépôts bitumineux, semblent indiquer que ce sable est arrivé en une seule masse, qu’il était déjà saturé d'huile lorsqu’il fut transporté par les eaux, et qu’il se déposa avec sa charge d’huile à l’endroit où on le retrouve maintenant. Par conséquent, le pétrole a dû se former dans une autre région et non pas sur place (I), comme l’admettent les partisans de la formation organique du pétrole d’Alsace.
- La masse plastique que forme le sable saturé d’huile, ne se désagrège pas
- Fig. 4. — Plan Mabru : état des travaux de janvier à juillet 1813.
- dans l’eau : elle y nage d’autant plus facilement, que cette eau est plus chargée de limon. Lorsqu’elle se dépose, elle englobe cependant une certaine quantité d’eau boueuse. Avec le temps, ce sable se tassera, la pression expulsera l’eau, mais les matières terreuses subsisteront en son milieu : elles formeront les lamelles d’argile qui sont très visibles dans les gisements exploités par puits.
- Bien avant la formation de ces dépôts pétrolifères, l’huile était arrivée en contact avec des amas de sable bien sec, avec des dunes de sable par exemple; elle a été absorbée par cette matière poreuse, où elle a pu se maintenir à l’abri de l’air pendant un temps considérable, sans s’oxyder.
- (1) P. de Chambrier, Historique de Péchelbronn, p. 194, Pari?, Attinger, 1919.
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- Lorsque se produisirent les dislocations de l’époque oligocène, ce sable bitumineux a dû être transporté par les eaux chargées de limon.
- En outre les failles, si lentement qu’elles se soient formées, ont dû provoquer dans le terrain des enfoncements ou des vallons s’alignant parallèlement à la chaîne des Yosges. Ils eurent forcément pour effet d’orienter le sens du courant des eaux limoneuses. L’eau peut avoir été alternativement douce ou saumâtre. D’autre part, le sable gras n’accompagnerait pas forcément chaque arrivée de limon.
- Enfin, la vitesse plus ou moins grande du courant a donné aux dépôts de sable des formes plus ou moins variées.
- En peu de temps une zone d’affaissement était comblée, puis le substratum ancien, continuant à se contracter, s’affaissait de nouveau suivant les mêmes tissures, et provoquait dans le terrain tertiaire des failles et des cuvettes aux mêmes endroits qu’auparavant, d’où nouvelle invasion du limon, nouveau transport de sable gras, suivant toujours la même direction du courant.
- Nous aurions ainsi par cette hypothèse une explication de la concordance des failles et des zones de sable pétrolifères.
- En résumé, le sable bitumineux aurait été transporté par l’eau, se serait déposé sous l’eau et l’huile brute qui le sature ne se serait pas formée dans les terrains où on le rencontre aujourd’hui.
- Ceci ne nous explique pas comment le pétrole s’est formé, et nous ne chercherons pas non plus à donner une solution à cette question difficile à résoudre. L’important est de savoir comment les couches de sable gras se répartissent dans le sous-sol. La géologie seule ne pourrait pas nous renseigner sur ce point. Mais les résultats des travaux d’exploration exécutés depuis près de deux siècles à Péchelbronn apportent à cette recherche un précieux appui.
- Observations fournies par les anciens travaux de mines. — Beaucoup de personnes, peu au courant des questions de gîtes de pétrole, s’imaginent que ce liquide se rencontre dans des poches souterraines, de la même façon que l’eau de certaines sources s’accumule dans des réservoirs ou des cavernes. Si c’est le cas des sources d’eau du terrain calcaire, il en est tout autrement des sources de pétrole du terrain tertiaire de Péchelbronn : ces dernières doivent plutôt être comparées aux nappes aquifères qui imprègnent les niveaux sableux intercalés entre des couches imperméables. L’huile brute se trouve uniquement dans du sable, qui est lui-même emprisonné dans des lits de marne ou de glaise d’une grande épaisseur et parfaitement étanches.
- Les dépôts de sable bitumineux revêtent des formes variées. Dans les terrains exploités par puits et galeries de 1735 à 1866, à une profondeur de 30, à
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- 60 m, on rencontrait des filons de sable affectant, en projection, la forme de boyaux étroits très allongés, et, en coupe, celle d’une lentille. Leur grandeur moyenne était de 200 à 500 m de longueur, de 20 à 25 m de largeur et de 1 m à 1,75 m d’épaisseur. Le sable gras, dont ils étaient formés, contenait seulement l à 5 p. 100 d’une graisse très épaisse, très visqueuse, sans traces d’essence ni de pétrole lampant et dépourvue de paraffine.
- L’exploitation minière, telle qu’elle se pratiquait alors, procédait par dépi-lage, c’est-à-dire que toute la lentille de sable était entièrement vidée et le sable gras, transporté au jour, y était traité à l’eau bouillante pour en extraire l’huile qu’il contenait. Il fut donc possible d’étudier ces gisements avec une grande exactitude; on les vit ainsi s’aligner suivant une direction Nord-Est au Sud-Ouest, faisant en moyenne un angle de 33° avec le méridien. La direction de quelques lentilles, aux formes plus compliquées, différait cependant de la règle générale. Dans le sens de la largeur, ces boyaux de sable suivaient la stratification du terrain et plongeaient de 4 à 8 cm par mètre dans la direction des Vosges au Rhin.
- Pins tard, dans les années 1867 à 1888, les puits et galeries furent poussés jusqu’à une profondeur de 70 à 90 m; on remarqua alors que les gisements et la composition de l’huile qui les saturait, n’étaient plus de même nature que dans les travaux précédents. Au lieu de longs boyaux étroits de sable pauvre, les galeries atteignirent des couches de sable si chargées de gaz qu’il ne fut plus possible ni de les exploiter comme jusqu’alors, ni même d’en déterminer les dimensions. Il suffisait d’effleurer ces couches pour en voir suinter une graisse assez liquide qui ne contenait, il est vrai, pas d’essence, mais un peu de pétrole lampant. Ces nouveaux gisements s’alignaient, comme les autres, suivant la direction générale observée dans les anciens travaux.
- Les galeries creusées de 1735 à 1888 avaient apporté de précieux renseignements sur. la stratification du terrain et sur la disposition des couches de sable gras dans le sous-sol. Elles avaient permis également de constater que ces gisements étaient parfaitement emprisonnés dans des bancs de marne ou de glaise, sans communication avec de grandes failles.
- Ces observations servirent de guide pour les travaux de sondage qui succédèrent à l’exploitation minière.
- Observations fournies par les sondages. — Nous avons déjà vu que les premiers forages, poussés en 1882 jusqu’à une profondeur de 130 m environ, atteignirent des couches de sable saturées de gaz, d’où jaillissait en fontaine une huile légère, semblable au pétrole brut américain. Ceci nous amène à diré que les gisements bitumineux de la région de Péchelbronn fournissent trois qualités bien distinctes d’huile minérale :
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- la graisse épaisse, appelée graisse d’asphalte, qui se rencontre jusqu’à une profondeur de 50 à 60 m ;
- \'huile brute lourde, recueillie entre 70 et 100 m, et, enfin,
- -l’huile brute légère, située dans les couches plus profondes.
- La densité moyenne de ces trois huiles est, de la plus lourde à la plus légère, respectivement 0,970, 0,945 et 0,880. Alors que la première ne donne pas d’hydrocarbures légers à la distillation entre 150° et 300°, la seconde en donne 10 p. 100 et la troisième 36 p. 100.
- Depuis 1882, un nombre considérable de forages ont été exécutés dans la concession, et quelques-uns ont été poussés jusqu’à plus de 1 000 m de profondeur. Cependant, on n’a pas trouvé jusqu’ici d’huile à plus de 620 m. La profondeur moyenne des sources est de 130 à 450 m. En classant les gisements suivant une coupe verticale, on constate la superposition de treize couches de sable pétrolifère.
- Les premières sources jaillissantes, forées de 1882 à 1886, se trouvaient à peu près sur une même ligne, à 130 m de profondeur et cette ligne était parallèle à la direction des gisements exploités par les anciens travaux de mine. On en déduisit que ces nouveaux gisements revêtaient aussi la forme de longs boyaux étroits à coupe lenticulaire. Cette donnée figure dans la plupart des ouvrages traitant de Péchelbronn comme une caractéristique des couches pétrolifères alsaciennes. Il fallut bien des années pour arriver à rectifier cette erreur. C’est la reprise des travaux souterrains qui a permis de constater que l’huile brute légère ne se trouve pas dans des filons étroits, mais bien dans de larges couches de sable gras. Nous y reviendrons. Cette constatation a, pour les sondages, une importance considérable. Dans les terrains, où l’huile ne se trouve plus comme autrefois sous une grande pression de gaz, un forage peut être fait sans que la présence de l’huile se manifeste. Si, par contre, le sondeur est averti qu’à une profondeur donnée il doit atteindre une couche de sable reconnue par des forages voisins, il pourra, en curant soigneusement le trou de sonde et en faisant des essais de pompage, déceler la présence de l’huile là où, autrefois, on aurait cru passer à côté d’un boyau étroit.
- Un moyen très important d’étudier les couches géologiques consiste à faire des forages à la couronne de diamant, pour retirer des témoins, ou carottes, de terre, que l’on soumet à la fois à l’analyse pétrographique et à la recherche des fossiles.
- Analyse chimique et levé de plans. — La chimie peut aussi rendre des services importants dans l’étude des gisements. L’huile brute légère n’est pas de composition constante ; ses propriétés varient-suivant les couches où elle Tome 132. — 1er semestre. — Janvier-Février 1920. 8
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- se trouve. En faisant l’analyse de l’huile de toutes les sources et en comparant les résultats, on arrive à les grouper en certaines catégories. Si les huiles d’une même catégorie correspondent à des sources de même profondeur, situées à peu de distance, on peut en déduire qu’elles appartiennent au même gisement. Reportant ces données sur le papier, on obtient un plan approximatif des couches pétrolifères. Connaissant d’autre part la stratification du sous-sol, il est facile de contrôler si les données chimiques correspondent aux données géologiques. Il suffit pour cela d’établir un profil.
- Enfin, les profils de toutes les sources d’une même région sont très importants car ils permettent de déterminer toujours plus exactement la position, la direction, le pendage, l’épaisseur et les limites des couches de sable bitumineux. C’est ainsi que, peu à peu, les travaux de sondage sont dirigés d’une façon rationnelle et scientifique. Cependant, bien des anomalies viennent entraver les calculs. Les discordances provoquées par les failles rendent très difficile une étude de ce genre. Disons en passant que les terrains pétrolifères de la Basse-Alsace ne comportent pas de plissements importants; ils ne forment donc pas des anticlinaux et des synclinaux. Dans la plupart des exploitations de pétrole du monde, ces deux mots magiques sont indispensables pour impressionner les actionnaires. Jusqu'ici Péchelbronn n’en a pas eu besoin.
- Étude sur l’absorption du sable. — Dans le but d’arriver à déterminer les dimensions des dépôts de sable, d’après les quantités d’huile brute extraite du sol, nous fîmes en 1897 une série d’essais sur le pouvoir absorbant du sable, et sur le volume d’huile qu’il peut retenir par adhérence. Ces essais avaient abouti à de très curieuses constatations. Ils furent repris en 1915 et provoquèrent la reprise de l’exploitation minière à Péchelbronn.
- Il fut constaté que le sable fin et désagrégé des gisements de la Basse-Alsace pouvait absorber jusqu’à 40 volumes p. 100 d’huile brute, tandis que ce même sable, comprimé jusqu’à refus, n’absorbait plus que 27 volumes p. 100. D’autre part, en plaçantce sable, saturé d’huile, dans un entonnoir, on observe qu’un tiers seulement de sa charge s’en échappe par un égouttage prolongé.
- La quantité d’huile qui s’écoule d’un gisement atteint par un sondage ne représente donc qu’une fraction très petite du pétrole brut dont il est saturé. Dans le cas le plus favorable, cette fraction peut au maximum atteindre le 1 / 6 des quantités contenues dans le gîte. Ainsi, pour i m3 <$ huile extraite par pompage, il restera 5 m3 inaccessibles clans le sous-sol.
- Le mode d’extraction par forage et pompage, qui est universellement adopté dans les pays pétrolifères, peut donc être considéré comme conduisant à un véritable gaspillage de la matière première.
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- Et cependant, cette matière première dont on retire l’essence, le pétrole, les huiles de graissage, le combustible liquide (mazout) et la paraffine, prend chaque jour plus d’importance dans l’industrie. Tous ces produits de première nécessité sont presque aussi indispensables que la houille.
- Après un siècle et demi de travaux miniers, abandonnés en 1888, la Société de Péchelbronn allait reprendre en 1917 les travaux souterrains pour récupérer l’huile inexploitable par le procédé de sondage et de pompage.
- Observations fournies par les nouveaux travaux souterrains. — Au point de vue de l’étude des gisements, la nouvelle exploitation minière permit tout d’abord de constater que l’huile brute légère ne se rencontre pas dans des boyaux lenticulaires, mais dans de grandes couches de sable bitumineux, ce qui avait été prévu par l’analyse chimique des huiles et par l’étude des profils des sources. Il fut également possible d’observer exactement la stratification du terrain et les failles secondaires, dont le déplacement vertical est peu considérable. Ces déplacements n’atteignent pas plus de 3 à 5 m. On remarqua aussi que les parois d’une faille coupant un gisement de sable bitumineux en deux tronçons n’étaient pas enduites d’huile. 11 est donc peu admissible que l’huile brute arrivant des couches profondes se soit infiltrée dans les bancs de sable par ces fissures secondaires.
- Des 3 puits foncés jusqu’ici, le puits 1 est le plus important : il comporte déjà 3 400 m de galeries. Ces galeries n’ont pas encore atteint les limites ^ extrêmes du banc de sable, mais elles l’ont reconnu sur une longueur de 600 m et une largeur de 200 m environ. Sa puissance varie entre 2,40 m et 3 m, et son volume peut être estimé à 325 000 m3 environ. On y remarque quelques accidents et quelques vallonnements; mais, pris dans son ensemble, ce dépôt de sable forme un plan, incliné dans le sens de sa largeur, et plongeant de 85 mm par mètre dans la direction des Vosges au Rhin. Dans sa -longueur, il est orienté du Nord-Est au Sud-Ouest. Cette direction, à 40° du méridien, est parallèle à celle des grandes failles de la région.
- Notons que, dans le sable bitumineux, se trouvent des rognons de pyrite de fer qui avaient déjà été observés dans les galeries creusées au siècle dernier. Nous ferons encore remarquer que les données fournies par Vexploitation minière, combinées avec celles des sondages, permettront désormais de calculer la richesse et l'étendue des gîtes, comme cela se fait pour la houille. Jusqu’à présent, on en était réduit à des estimations; dorénavant, on pourra se baser sur des observations précises. A. une période de tâtonnements va succéder une période d’exploitation méthodique et rationnelle.
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- III. — Exploitation par sondages et pompages.
- Le grand avantage de la concession de Péchelbronn, c’est qu’elle est régie par la loi des mines du 10 avril 1810, en vertu de laquelle le sous-sol n’appartient pas au propriétaire de la surface : l’exploitant ne lui doit qu’une indemnité pour pouvoir entreprendre des travaux de recherché sur son terrain. Sous le régime allemand, cette disposition légale a été maintenue.
- La concession a une surface de 44 000 ha et elle se trouve presque exclusivement sur le terrain tertiaire. Bien qu’elle comporte quelques zones improductives, la partie jusqu’ici reconnue exploitable mesure environ 14 000 ha, soit une bande de 25 km de longueur sur 5,5 km de largeur. Sur la surface totale, 3 000 sondages ont été forés, de 1813 à 1918. Plus d’un tiers de la concession n’a pas encore été exploité.
- La Société de Péchelbronn peut disposer actuellement de 44 appareils de forage à courant d’eau, qui ne sont d’ailleurs employés qu’en proportion de la main-d’œuvre disponible. Pendant ces quatre dernières années, on a fait environ 110 forages par an, d’une profondeur moyenne de 346 m. Le prix de revient du mètre dépassant actuellement 100 f, cela représente pour les frais de recherche une dépense annuelle de 3 800 000 f.
- Lorsqu’un sondage a atteint le gisement de sable pétrolifère, l’huile brute, repoussée par la colonne d’eau remplissant le trou de sonde, ne jaillit à la surface du sol que si elle se trouve sous une grande pression de gaz, ce qui est assez rare à Péchelbronn. Par contre, dans la plupart des cas, on voit apparaître à la surface de l’eau quelques gouttes d’huile qui indiquent que le gisement a été touché. Enfin, d’autres fois, la sonde traverse les couches de sable bitumineux sans aucune manifestation à la surface. C’est l’étude méthodique du terrain et des comparaisons faites avec des sources voisines, qui permettent seules, dans ce cas, de supposer la présence de l’huile.
- Dans tous les cas, la première opération à exécuter est de rendre le sondage étanche (fig. 5), puis de descendre une pompe dans les tuyaux de cuve-lage pour vider le trou de sonde. Lorsque l’essai d’épuisement du sondage a décelé la présence de l’huile, on établit un pompage définitif (fig. 6).
- La manœuvre du piston de la pompe se fait au moyen de tiges qui sont suspendues à un balancier, commandé par une transmission et un moteur électrique de 2 à 3 ch.
- Le nombre de pompages installés dans la concession de Péchelbronn dépasse 500. La longueur des lignes électriques, qui leur amènent la force motrice, est de 72 km. En outre, 125 km de pipelines servent à transporter aux raffineries l’huile brute fournie par les sources. Leur débit annuel atteint
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- 30 000 t (1), ce qui représente 200 kg d’huile par jour et par pompe. Ce chiffre s’élève à 320 kg, si l’on fait abstraction des sources de peu d’importance.
- Les rendements sont très variables. On a vu autrefois à Péchelbronn des sources jaillissantes qui produisaient 50 à 60 t par jour; dernièrement encore, un pompage nouvellement installé, donnait 30 t d’huile brute par vingt-quatre
- Fig. 5. — Tour de sondage.
- heures. Ces chiffres doivent être considérés comme des maxima. Le plus ancien pompage de Péchelbronn date de 1882 et n’a pas cessé de produire jusqu’à aujourd’hui. S’il ne fournit plus qu’environ 100 l par jour, il n’en a pas moins donné pendant ses trente-huit ans d’existence un total de 16 800 t. Un autre pompage, qui fonctionne depuis 1886, a fourni jusqu’à aujourd’hui 28 700 t.
- Nous avons déjà vu plus haut que la profondeur des sources varie entre 100 et 600 m. Cette variation dans la profondeur, dans le débit et dans la
- (1). Dans ce chiffre de 30 000 t n’est pas comprise la production des puits qui débitent annuellement 23 000 t.
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- durée des pompages et des sources permet de se faire une idée de la nature des gisements de Péchelbronn. Ils ne sont pas très productifs, ni très considérables, mais très nombreux. Il est rare de faire un sondage sans observer aucun indice d’buile. Sur les 110 forages exécutés annuellement, la moitié sont productifs à l’origine, mais leur existence n’est pas toujours très longue.
- Le sous-sol de Péchelbronn contient encore d’énormes quantités d’buile, mais les nombreuses fissures et failles qui ont entrecoupé le terrain au moment de l’affaissement de la plaine du Rhin, ont probablement fait perdre à l’huile
- Fig. 6. — Un pompafje.
- le gaz qui s’y trouvait dissous, gaz sans lequel l’huile ne se manifeste pas. L’avenir de Péchelbronn se trouve donc dans l’exploitation par puits qui permet d’aller chercher dans le sous-sol l’huile devenue inerte par la perte de son gaz (fig. 7).
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- Le concours des travaux techniques et scientifiques avait permis de fixer assez exactement la disposition des gisements dans le sous-sol, et de calculer que ces gisements, exploités pendant de longues années, contenaient encore des quantités considérables de pétrole brut. Dans un rapport, rédigé en décembre 1915, nous avions cherché à établir les quantités d’huile que pourrait fournir la reprise des travaux souterrains. L’avenir de Péchelbronn
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- dépendait de cet essai, et c’est la guerre qui vint fournir une occasion unique de le tenter. En effet, les huiles dérivant du pétrole avaient atteint des prix si élevés, que les frais d’extraction devenaient quantité négligeable.
- Le premier puits, foncé en 1916, fut inauguré au printemps de l’année suivante. Après trois mois de travaux d’avancement dans les galeries, la valeur de l’huile brute, qui s’était écoulée par simple suintement, avait largement couvert tous les frais de fonçage (tig. 8).
- Dans le courant de l’année 1918, deux nouveaux puits entrèrent en
- Fig. 7. — Puits Clemenceau.
- fonction. La longueur de leurs galeries n’a atteint qu’un total de 580 m, car ils sont pour le moment maintenus en réserve. Enfin, le fonçage de deux nouveaux puits, portant les numéros 4 et 5, a été décidé ; ils seront achevés dans six mois.
- Depuis le printemps 1917 jusqu’au premier août 1919, 36 362 t d’huile brute ont été extraites du puits le plus important et des 3 396 m de galeries qui le desservent. Chaque mètre de galerie, poussé dans le gisement, produit en moyenne 10,7 t de pétrole brut.
- Le volume de la partie jusqu’ici exploitée du gisement du puits 1 peut être évalué à environ 325 000 m3. Le rendement par mètre cube de sable s’élève donc à 112 kg d’une huile de 0,880 de densité, ou à 127 1.
- L’exploitation actuelle diffère complètement de celle du siècle passé, ou d’une exploitation houillère. On ne procède pas au dépilage des couches, mais on se contente d’un simple traçage, c’est-à-dire qu’on ne ramène au
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- jour que les quantités produites par ravaneement des galeries. Ces dernières ne jouent que le rôle de grands drainages. Il suffît de creuser une traverse tous les 50 m pour recueillir l’huile de la partie du gisement comprise entre
- Fig. 8. — Plan des galeries du puits 1 (puits Clemenceau).
- les deux galeries parallèles d avancement, dont l’écartement peut varier entre 50 et 100 m.
- Ce mode d’extraction est donc très simple et très rémunérateur, mais, nous ne le cacherons pas, il offre certains dangers.
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- Il suffît d’un coup de pic sur un nodule de pyrite de fer pour provoquer des étincelles et allumer un incendie. 11 faut donc travailler avec une prudence extrême, et établir une surveillance rigoureuse pour éviter ou tout au moins pour restreindre les accidents.
- Depuis deux ans et demi que les mines de Péchelbronn exploitent leurs gisements de cette façon, les accidents suivis de mort ont été relativement peu nombreux. Jusqu’ici, la moyenne a atteint un accident mortel par 60 000 journées de travail.
- Le gaz qui se dégage des galeries se compose d’un excédent de méthane et de vapeurs d’essence. Ces dernières sont plus dangereuses que le grisou car, 41 suffît d’une proportion de 3 à 4 p. 100 contre 96 p. 100 d’air pour former un mélange explosif, tandis que les limites d’explosion du grisou sont comprises entre 6 et 12 p. 100. Par contre, de très faibles quantités d’essence suffisent à rendre l’air de la mine irrespirable.
- Cette propriété constitue une sauvegarde pour le mineur, qui est averti du danger bien avant que le mélange gazeux ait atteint sa limite explosive inférieure. Les mines de pétrole exigent plus que toute autre un aérage parfait, ce qui n’offre pas de difficultés techniques bien grandes.
- Un autre danger est aussi à craindre, l’asphyxie; il est beaucoup plus grand dans nos mines que dans les houillères. Dans ces dernières, on peut se trouver dans une atmosphère chargée de 8 p. 100 de grisou sans s’en apercevoir; par contre, dans une mine de pétrole, on est fortement incommodé si le mélange de méthane et d’essence atteint 0,5 p. 100.
- Ainsi, au point de vue du danger d’asphyxie ou seulement d’anesthésie, une exploitation minière de pétrole est au moins seize fois plus dangereuse qu’une houillère. Ceci oblige à avoir des équipes de sauvetage parfaitement outillées et exercées, et surtout à organiser une ventilation parfaite.
- Bien que notre exploitation n’en soit qu’à- ses débuts, et qu’elle n’ait actuellement qu’un seul puits en pleine marche, elle fournit environ la moitié de la production d’huile brute de toute la concession. Or, la surface exploitée de ce puits est d’environ 12 ha, tandis que la partie productive de la concession a été estimée plus haut à 14 000 ha.
- Cette proportion, qui n’a rien d’absolu, nous permet cependant d’envisager l’avenir avec confiance.
- V. — Les Raffineries.
- En sortant du sol, l’huile brute est transportée par des pompes dans les 4 raffineries de la Société de Péchelbronn. Par une série de distillations successives, de traitements chimiques et de filtrations, le pétrole brut est Tome 132. — 1er semestre. — Janvier-Février 1920. 9
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- transformé en produits raffinés, qui sont les essences, les pétroles lampants, les huiles à gaz, les huiles de graissag'e, et des résidus tels que le brai et le coke.
- Ce serait sortir de notre sujet que de décrire tout le travail de raffinage du pétrole brut et les appareils compliqués qu’il nécessite.
- Nous nous contenterons de jeter un rapide coup d’œil sur la composition chimique de l’huile brute et sur sa faculté de se transformer en produits très variés, suivant les différents modes de traitement qu’on peut lui faire subir dans une raffinerie.
- Plus encore que la houille, l’huile brute peut se classer en un nombre très grand de variétés ou de qualités. Certaines huiles, du type américain, sont constituées par un mélange d’hydrocarbures saturés de la série grasse, d’autres, du type russe, contiennent surtout des carbures aromatiques.
- Un pétrole d’Amérique fournira à la distillation plus de 50 p. 100 de pétrole lampant, alors que l’huile brute légère de Péchelbronn ne donnera que la moitié de ce chiffre. La paraffine est extraite des huiles américaines, galiciennes et alsaciennes ; elle fait défaut dans les huiles russes et roumaines.
- Indépendamment de ces divergences, tout hydrocarbure est susceptible de se décomposer en gaz et en coke, si on le soumet à une haute température. C’est sur ce principe qu’est basée la fabrication du gaz d’huile. Avant la guerre, les voitures de voyageurs des chemins de fer d’Alsace-Lorraine étaient éclairées avec du gaz obtenu par décomposition de certaines huiles fournies par les raffineries d’Alsace.
- Une autre réaction pyrogénée, désignée sous le nom de procédé cle eraquage (cracking) consiste à transformer les hydrocarbures lourds en hydrocarbures légers, par une distillation sous pression. Le but qu’on se propose alors est d’augmenter le rendement en essence, mais on n’obtient qu’un produit de qualité inférieure.
- La proportion de pétrole lampant que contient une huile brute donnée, peut être légèrement augmentée par une distillation lente dans des appareils verticaux et sans emploi de vapeur d’eau. On sait que cette dernière a pour effet de faciliter le passage des vapeurs d’huiles lourdes, de l’alambic dans les appareils de condensation. C’est par ce moyen qu’autrefois les usines de Péchelbronn arrivaient a augmenter de 5 p. 100 leur rendement en pétrole lampant.
- L’emploi combiné de la vapeur surchauffée-et d’une distillation très rapide permit plus' tard de retirer de l’huile brute légère d’Alsace, une proportion très forte, allant jusqu’à 40 p. 100, d’huile pour broches.
- Pendant la guerre, c’étaient les huiles de machine et les huiles de surchauffe qui faisaient surtout défaut. Il fallut de nouveau songer à changer
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- la fabrication, d’autant plus que ces lubrifiants ont, de toute façon, beaucoup plus de valeur que les huiles de filature.
- Dans ce but, en 1917, on se décida à créer une raffinerie modèle et surtout moderne. Voici résumés, sa description et son fonctionnement. La matière première traverse une batterie de chaudières disposées en gradins, où elle subit une distillation continue avec l’emploi de vapeur surchauffée. En même temps tout l’appareil est maintenu dans un vide parfait, ce qui abaisse
- Fig. 9. — Tuyaux de condensation de la distillation dans le vide.
- considérablement la température de distillation des huiles, tout en accélérant la vitesse de leurs vapeurs dans les appareils de condensation (fig. 9).
- Le rendement de fabrication de la nouvelle raffinerie envoie d’achèvement sera le suivant :
- Essences diverses................................. 5,4 p. 100
- Pétrole......................................... 24,3 —
- Huile d’allumage ou huile à gaz................... 5,5 —
- • Huile pour broches raffinée. . ....................18,1 —
- Huile de machine raffinée. . ....................21,3 —
- Huile de surchauffe................................. 5,0 —
- Paraffine......................................... 1,5 —
- Coke............................................... 6,9 —
- Pertes....................................... . . . 12,0 —
- Citons en passant un procédé qui n’est pas employé en grand à Péchel-
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- bronn, mais qui montre l’influence que peut avoir le mode de traitement des huiles minérales sur le rendement de fabrication. En dissolvant l’huile brute d’Alsace dans de notables quantités d’essences ou de pétrole lampant, en soumettant ce mélange à un traitement chimique qui en élimine les asphaltes, puis, en faisant intervenir une distillation dans le vide, on obtient comme résidu final une huile à cylindre, ou huile de surchauffe, d’une grande viscosité. On arrive ainsi à augmenter le rendement en huile de surchauffe de 5 à 15 p. 100.
- En résumé, cette curieuse matière qu’est le pétrole brut, peut se transformer en gaz ou en produits légers, comme elle peut aussi donner en prédominance des huiles de graissage légères, ou bien des lubrifiants très lourds et très visqueux.
- Ces quelques mots feront comprendre, combien variés sont les procédés de fabrication qui s’offrent au raffineur.
- C’est justement ce choix varié qui constitue une des grandes difficultés du métier. A Péchelbronn, le problème a été résolu par l’introduction de la distillation dans le vide et par la création de dispositifs spéciaux qui permettent de modifier la fabrication suivant les exigences du marché.
- La nouvelle raffinerie pourra traiter 75000 t d’huile brute par an. Les trois autres raffineries que la Société possède à Biblisheim, Durrenbach et Soultz peuvent, en outre, travailler un total de 20 000 t. La capacité de fabrication de toutes les usines réunies atteindra donc, d’ici quelques mois, le double de la quantité d’huile brute extraite actuellement de la concession.
- Conclusion.
- En 1913, la production mondiale d’huile brute atteignait environ 50 000 0001; la production actuelle des concessions alsaciennes avec ses 50 000 t n’en représente que la millième partie.
- Par suite de leur faible étendue et de leur saturation restreinte, les gisements pétrolifères d’Alsace ne peuvent être comparés à ceux des pays de grande production, où l’on trouve des sources éruptives débitant 5 000 et même 10000 t par jour. Dans ces pays-là, le jaillissement est de peu de durée et, lorsque, plus tard, on procède à l’exploitation par pompage, le débit d’huile brute n’est pas, comme on pourrait s’y attendre, très supérieur à celui des sources d’Alsace. Il atteint tout au plus le double ou le triple d’e ces dernières. Ce qui diminue le rendement moyen des pompages de Péchelbronn, c’est uniquement le fait que l'extraction peut être poussée jusqu’à ses extrêmes limites, parce que l’huile a une valeur plus grande en France qu’en Amérique ou en Roumanie.
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- Considérons une couche de sable emprisonnée dans des terrains étanches et sursaturée d’huile et de gaz sous une grande pression. Dès qu’elle est traversée par unè sonde, elle donne naissance à une source éruptive (1). Au bout de peu de temps, le poids du terrain subjacent réduit le banc de sable à son maximum de compression. Dès que cet état de tassement est atteint, la teneur en huile de la couche poreuse peut être calculée, comme nous l’avons vu plus haut. Elle est d’environ 420 kg de pétrole brut par tonne de sable, et elle sera sensiblement la même dans tous les gisements pétrolifères.
- Ramené à la même unité de poids ou de volume, un gisement de pétrole d'Alsace sera tout aussi riche qu'un gisement américain qui a cessé de jaillir.
- Ces données nous ont permis de calculer les quantités de pétrole brut qui sont encore enfouies dans la partie de la concession jusqu’ici exploitée par les sondages et les pompages. Nous sommes arrivés par ce calcul au chiffre de 5 millions de tonnes (2). En admettant que la moitié seulement de cette huile puisse être récupérée par le nouveau procédé d’exploitation minière, et en ne donnant à la tonne de pétrole brut qu’une valeur minima de 400 f, on peut taxer la valeur totale du gisement, reconnu jusqu’à présent, à 1 milliard de francs.
- Avec une extraction annuelle d’huile brute de 50 000 t, indépendamment de tout nouveau forage, l’avenir de Péchelbronn serait assuré pour un demi-siècle, à condition que, grâce à un régime protecteur en France, la vente des produits puisse couvrir les frais d’exploitation.
- En continuant à faire des sondages sur la même échelle qu’aujourd’hui, la durée de la concession peut encore être considérablement augmentée. Or, dans les frais actuels d’exploitation, ceux des travaux de recherches comptent parmi les plus importants. Le coût de ces recherches sera-t-il couvert par la valeur des nouveaux gisements trouvés? Cela est plus que probable puisque, actuellement encore, sur deux forages, il n’y en a qu’un de productif.
- Des travaux miniers, entrepris il y a cinquante ans à Schwabwiller, village situé à 6 km au Sud-Est de Péchelbronn, avaient permis d’établir que les gisements pétrolifères s’infléchissent dans la direction du Rhin avec une pente bien supérieure à celle des gisements principaux de Péchelbronn. Il n’est donc pas impossible que des sondages profonds, poussés dans cette direction, n’arrivent un jour à faire découvrir de nouvelles couches de sable pétrolifère, peut-être même plus riches que celles que l’on exploite aujourd’hui.
- (1) Les matières grasses, 1919, p. 5221.
- (2) Ce chiffre correspond à peu près à un mois seulement de la production mondiale actuelle.
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- L’affaire de Péchelbronn n’est pas à considérer seulement au point de vue financier. Au point de vue national aussi elle est appelée à rendre de grands services : en rendant la France moins dépendante de l’étranger, pour les produits qui dérivent du pétrole brut.
- Enfin, les connaissances techniques, accumulées pendant cent quatre-vingt-cinq ans d’exploitation minière, pourront fournir à l’industrie française des indications précieuses sur la manière la plus favorable de mettre en valeur les trésors encore peu connus de son sous-sol et les gisements pétrolifères de ses colonies.
- Paul de Chambrier,
- Directeur général clés Mines de Péchelbronn.
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- CONTRIBUTION A U ETUDE DE LA SYNTHÈSE DIRECTE DE L’AMMONIAC PAR CATALYSE SOUS PRESSION
- Introduction.
- La consommation agricole d’azote fixé industriellement pouvait être évaluée, en 1913, à 69 000 t, pour la France. Cette consommation correspondait à 3 kg par hectare de terre de grande culture. Or, suivant l’exemple d’autres pays, la culture rationnelle veut au moins 20 kg d’azote par hectare. Ce dernier nombre entraînerait pour notre pays une consommation totale de 400 000 t d’azote combiné, par an.
- Le développement de la récupération de l’azote combiné de la houille arriverait à fournir 40 000 t d’azote par an; la cyanamide pourra donner également 40 000 t. Même en admettant un accroissement important de la consommation d’azote importé comme nitrate du Chili (en 1913 : 50000 t d’azote), il y a évidemment place, en France, pour de nouvelles sources industrielles d’azote combiné, pourvu qu’elles le fournissent à un prix acceptable, et on pouvait penser, au cours de la guerre, on peut encore penser maintenant, que le procédé de synthèse directe, le procédé Haber, plus ou moins transformé, peut être utilement exploité en France.
- Tel est le point de départ des recherches (1) rapportées dans le présent mémoire.
- - I. — Données théoriques.
- Au début de ces recherches, nous n’avions d’autres données que les brevets et les publications sommaires de Haber et de Nernst (2). Ainsi que l’avait
- (1) Ce travail a été entrepris en mars 1917, sur le conseil de la Direction des Inventions, dans le « Laboratoire d’Études chimiques de Guerre » de M. G. Urbain. C’est grâce à son appui que j’ai pu obtenir de U « Inspection des Études et Expériences chimiques », dirigée par M. le général Perret, les crédits nécessaires. J’ai eu la bonne fortune de pouvoir associer à ces recherches, dès le début, MM. Vavon et Cornée. MM. Cantagrel, Reston Stevenson, Apard, Bourdiol, sont venus, dans la suite, se joindre à nous. Quelques autres chercheurs nous ont aussi, à certains moments, prêté leur concours précieux, notamment M. Bancelin, M. Maurice Fauque.
- Ces recherches représentent deux années .(mars 1917-mars 1919) d’une collaboration des plus cordiales qui n’a été interrompue què par la démobilisation. (M. Guichard.)
- (2) Haber, Zeit. f. Elektroch., 1907; Nernst, Zeit. f. Elektroeh., 1907; Haber et Le Rossignol. Zeit. fur Elektroch. 1913.
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- 72 SYNTHÈSE DE l’àMMONIAC. — JANVIER-FÉVRIER J920.
- antérieurement indiqué M. H. Le Chatelier (1901), (1) le problème apparaissait tout d’abord comme dépendant des lois des équilibres chimiques.
- La réaction *
- Az + H3 AzII3 + 12 cal.
- étant exothermique, la concentration de l’ammoniac, formé par voie réversible, augmente quand la température s’abaisse.
- Sous la pression atmosphérique, on doit avoir, par exemple :
- à 27°.............................. 96,32 p. 100 d’AzH2 (calculé)
- à 627°............................. 0,04 — —
- Cette réaction se faisant avec diminution de volume, puisque l’ammoniac
- composants, tout accroissement de la pression déplacera l’équilibre chimique vers l’augmentation de la concentration du gaz ammoniac.
- La figure 1 représente, en résumé, ce que l’on peut prévoir relativement aux variations de température et de pression. Pour avoir de hautes concentrations en ammoniac, on voit de suite que l’on doit atteindre de hautes pressions, en même temps que de basses températures. Tels sont les deux aspects du problème que nous devions étudier.
- Pour travailler à des pressions de 100 à 150 atm, nous avons dù faire construire tout un matériel dont on trouvera plus loin la description. Pour travailler à des températures assez basses, de l’ordre de 500° à 600°, il fallait vaincre l’inertie de la réaction qui ne se fait qu’avec une lenteur extrême, en l’absence de catalyseur.
- La réalisation de la synthèse de l’ammoniac dépend ainsi d’une étude de vitesse de réaction, en présence de catalyseur.
- La catalyse. — Les facteurs indépendants qui déterminent la vitesse de la réaction, en présence du catalyseur, sont notamment les suivants : pression du mélange des gaz; température de ce mélange; nature du catalyseur; impuni) Voir à ce sujet M. H. Le Chatelier, Comptes Rendus de VAcadémie des Sciences, 1917, t. GLXIV, p. 988.
- occupe la moitié du volume de ses
- As H3
- P. 100
- —-q-
- Fig. 1. — Concentrations d’ammoniac à l’équilibre, à diverses pressions et températures.
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- SYNTHÈSE DIRECTE DE L’AMMONIAC PAR CATALYSE SOUS PRESSION. 73
- retés du catalyseur; surface spécifique du catalyseur; température de préparation du catalyseur.
- L’influence de chacun de ces facteurs exige des recherches qui n’ont pas été faites entièrement, jusqu’ici.
- L’étude de divers catalyseurs, de leur mode de préparation, de leurs impuretés a. conduit à de nombreux brevets. Ceux qui semblent avoir donné des résultats utiles sont des métaux, des alliages, des carbures, des azotures. L’attention a été attirée sur la nécessité d’abaisser la température de préparation de ces substances, ou d’accroître leur surface active, en les additionnant d’oxydes pouvant former un squelette infusible et irréductible.
- Les poisons du catalyseur sont, avant tout, les substances susceptibles de se fixer sur la surface du catalyseur.
- On a insisté, dans divers cas-, sur l’action néfaste de l’oxygène, de la vapeur d’eau, du soufre, du phosphore, de l’arsenic, du bore, de l’oxyde de carbone, du plomb, de l’étain, du bismuth, des huiles de graissage, etc., etc.
- On peut penser qu’il n’est pas impossible de prévoir l’action de certains poisons ; ainsi le soufre, l’oxygène, ne doivént être dangereux que pour les catalyseurs dont les sulfures ou les oxydes ne sont pas réductibles par l’hydrogène, à la température de réaction; car, même s’il peut y avoir une. réaction réversible entre le métal, son oxyde, l’hydrogène et la vapeur d’eau, ou entre le métal, son sulfure, l’hydrogène et le gaz sulfhydrique, il suffit que la vapeur d’eau ou l’hydrogène sulfuré restent dans les gaz, en dessous de la tension d’équilibre, pour que l’oxydation ou la sulfuration superficielle ne puissent se produire. Cette question réclame de nouvelles recherches.
- IL — Méthode d’étude des catalyseurs.
- Nous avons fait deux groupes parmi les catalyseurs à essayer. Dans le premier groupe figurent les substances métalliques qui ne sont pas oxydées par la vapeur d’eau, dans les conditions de l’expérience, en présence d’un grand excès d’hydrogène; tels sont les métaux voisins du fer. Dans le second groupe, figurent les substances très oxydables qui craignent soit des traces d’oxygène, soit des traces de vapeur d’eau ; tels sont les métaux alcalins, les métaux alcalino-terreux, l’uranium, etc.
- Nous avons tout d’abord entrepris l’étude des catalyseurs du premier groupe, n’exigeant pas l’élimination complète de l’humidité du mélange gazeux d’azote et d’hydrogène.
- Principe. — Le principe de nos expériences a été de faire passer un mélange de composition Az -(- H3, sur des substances destinées à le purifier, Tome 132. — 1er semestre. — Janvier-Février 1920. 10
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- SYNTHESE DE L AMMONIAC.
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- puis dans un four de catalyse, enfin dans un laveur à acide sulfurique titré et dans un compteur à gaz.
- Un manomètre donne la pression du gaz en expérience, voisine de 100 atm ordinairement; un couple thermo-électrique Le Chatelier indique la température du catalyseur, l’acide sulfurique titré mesure la quantité d’ammoniac formé et le compteur à gaz permet de calculer la concentration de l’ammoniac.
- Mélange des gaz. — Nous mélangeons les gaz hydrogène et azote dans le rapport de Az à H3 dans un gazomètre à cloche, de 4 m3, et nous comprimons le mélange dans une batterie de bouteilles d’acier de 200 1 de capacité totale, d’où il est distribué par plusieurs canalisations, aux différents appareils d’étude.
- Il faut noter ici que la diffusion complète des deux gaz l’un dans l’autre exige un temps très appréciable.
- Fours de catalyse. — Trois fours d’étude de la catalyse ont fonctionné simultanément. Ils sont de trois types différents.
- L'appareil n° i était essentiellement formé d’un tube d’acier à parois très épaisses, chauffé, par l’extérieur, à l’aide d’un four électrique à fil de nickel-chrome (1). Une légère incertitude sur la température, prise à l’extérieur, est le défaut de cet appareil.
- 'L'appareil n° 2 diffère essentiellement du précédentenceque lefour électrique, au lieu d’être extérieur, est enfermé dans l’enveloppe d’acier et en ce que la température y est mieux déterminée.
- Le catalyseur est tassé dans le tube central F. Ce tube est entouré du four électrique GH à fil de nickel-chrome.
- Entre le four électrique et l’enveloppe d’acier extérieure, se trouve un espace rempli de substances calorifuges spécialement purifiées.
- Fig. 2. — Four de catalyse. Appareil n° 2.
- (1) C’est avec ce four que M. Cornée a poursuivi une première étude de quelques catalyseurs.
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- Le gaz entrant en J circule entre le calorifuge et l’enveloppe résistante (fig. 2), passe à travers le catalyseur et se rend au pointeau de sortie.
- Pour prendre la température du gaz, nous avons fait pénétrer le couple lui-même à travers le bouchon supérieur, afin d’avoir la soudure du couple dans lè gaz, au contact direct du catalyseur; chacun des fils de platine A et de platine rliodié est muni d’une petite rondelle de cuivre qui lui est soudée perpendiculairement; cette rondelle de cuivre est comprimée entre deux rondelles d’amiante, à l’intérieur du bouchon, par le moyen des écrous de serrage. Les fils sont ainsi, dans leur traversée de ce bouchon, isolés électriquement et l’étanchéité à la pression se trouve en même temps assurée.
- C’est d’une façon analogue que le courant de chauffage pénètre en I jusqu’au four intérieur, par une électrode isolée traversant le bouchon intérieur. Une seule électrode suffit ici, car le courant de chauffage sort par la masse de l’appareil en D.
- Tous les joints de fermeture sont assurés par des rondelles de cuivre pressées par des écrous de serrage (1).
- Dans Y appareil n° 8, le mélange gazeux se divise, dans le four, en plusieurs courants qui -sortent indépendamment les uns des autres, après avoir traversé chacun un catalyseur différent (2).
- L’enveloppe d’acier extérieure B (fig. 3) renferme un four électrique E à fil de nickel-chrome alimenté par un courant traversant le bouchon inférieur par deux électrodes isolées.
- Une substance calorifuge enveloppe ce four.
- (1) La mise au point de cet appareil doit beaucoup à M. Cantagrel.
- (2) Le principe intéressant sur lequel repose la construction de cet appareil a été indiqué par M. Vavon.
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- Le mélange gazeux, comprimé, entre par le bas de l’appareil et arrive au-dessus d’un bloc de chauffage D. Ce bloc est un cylindre de fer percé de six canaux F parallèlement à son axe. Chacun de ces canaux est relié, par un petit tube, à l’un des six pointeaux de sortie G qui sont fixés dans le bouchon inférieur. Le mélange gazeux sort donc de l’appareil à travers les six canaux du bloc et les six pointeaux.
- Par l’ouverture supérieure A de l’appareil, on visse, dans chaque canal du bloc, une petite cartouche H qui peut être traversée par le gaz, et qui renferme un catalyseur.
- Six catalyseurs peuvent ainsi être mis dans le bloc simultanément et les six pointeaux de sortie donnent par suite six courants gazeux ayant passé sur six catalyseurs différents.
- On voit que ces catalyseurs sont essayés sous la même pression et à la même température. Cette température est indiquée par une pince thermoélectrique C pénétrant jusqu’au centre du bloc, en glissant dans un tube ouvert à l’extérieur et fixé dans le bouchon inférieur de l’appareil.
- Six flacons laveurs à acide titré indiquent la quantité d’ammoniac formé. Pour éviter l’emploi d’un nombre égal de compteurs à gaz, on fait échapper les gaz à travers des tubes capillaires de longueurs convenables; le débit est mesuré pour chaque courant sortant par la hauteur de liquide observée dans le tube de sûreté du flacon laveur.
- Dans ces conditions, on connaît donc la pression et la température identiques pour les six catalyseurs et les concentrations d’ammoniac particulières obtenues pour chacun d’eux, c’est-à-dire que l’on a les données nécessaires pour calculer les résultats de six observations faites simultanément.
- III. — Représentation des expériences.
- L’ammoniac titré pour un volume connu de gaz ayant traversé le catalyseur, donne la concentration d’ammoniac réalisée que nous portons en ordonnée. Les abscisses représentent les températures du catalyseur. La pression, au cours d’une expérience, est maintenue aussi constante que possible.
- Pour la représentation des expériences, nous rapportons les résultats à 100 atm. Nous indiquons, lorsque cela est utile, le débit gazeux et le volume de catalyseur employé.
- L’essai de chaque catalyseur comporte la recherche de la concentration maxima qu’il peut donner, en fonction de la température, tous les autres facteurs restant constants. Toutes nos courbes montrent l’allure du phénomène (fig. 4).
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- Aux basses températures, au-dessous de 400°, la concentration obtenue en ammoniac est pratiquement nulle, car bien que l’équilibre corresponde ici, théoriquement, à de hautes concentrations, on ne possède aucun catalyseur qui puisse, pratiquement, donner lieu à la réaction.
- La température croissant, la vitesse de réaction augmente et la concentration en ammoniac devient mesurable; elle augmente avec la température jusqu’à un maximum C, suivant la branche x\C.
- La température continuant à croître, les concentrations diminuent, suivant la branche CB qui se rapproche de la courbe théorique d’équilibre, à la pression correspondante; à des températures suffisamment élevées, les deux
- Presston p Débit gazeux d Volume de catalyseur V
- Températures
- Fig. 4. — Représentation des expériences de synthèse de l’ammoniac.
- courbes se confondraient, car les résistances passives disparaîtraient, et la vitesse de la réaction deviendrait extrêmement grande.
- Si l’on fait décroître la température, les points obtenus ne viennent pas, d’ordinaire, se placer juste sur la courbe des températures ascendantes (fîg. 18-20).
- Chaque catalyseur est ainsi caractérisé par un maximum de concentration et une température optima correspondante que l’expérience doit rechercher.
- Le classement des catalyseurs doit se faire d’après la valeur de ce maximum
- Remarquons ici que plus grande est la valeur de la concentration maxima donnée par un catalyseur, plus petite est la température optima correspondante.
- Enfin, la valeur de la concentration maxima et celle de la température optima varient, naturellement, avec la vitesse des gaz ou le volume relatif du catalyseur, avec l’âge du catalyseur, etc.
- Ainsi, lorsque croît le débit gazeux pour l’unité de volume du catalyseur,
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- la concentration, maxima diminue. On trouvera des exemples de cette variation plus loin (%. 8).
- Si maintenant on se place au point de vue industriel, il faut connaître, en outre, la production horaire en kilogrammes d’ammoniac réalisable avec un litre de catalyseur.
- On constate que cette production horaire croît lorsque le débit augmente
- (%• 9).
- L’étude complète d’un catalyseur exige donc de fort nombreuses expériences. Pour avancer rapidement dans l’étude que nous voulions faire, nous avons tout d’abord conservé fixes la pression, le débit gazeux, le volume du catalyseur, prenant comme variable la température, et nous avons tracé alors la courbe des concentrations.
- Pour certains catalyseurs intéressants, nous avons ensuite fait varier le débit ou le volume du catalyseur, etc.
- IV. — Etu DE DES MÉTAUX VOISINS DU FER.
- Ces métaux voisins du fer, inoxydables par de petites quantités de vapeur d’eau, en présence d’hydrogène, sont, outre le fer, le nickel, le cobalt, le tungstène, le molybdène.
- Dans une première série d’essais, faits à la pression atmosphérique et sous pression élevée, nous avons vérifié que de trop hautes températures anéantissent complètement l’activité de certains catalyseurs, que des additions de substances réfractaires comme la magnésie, protègent le catalyseur contre cette destruction.
- Nous avons vu rapidement aussi que les associations de deux métaux sont souvent plus actives que les métaux purs.
- Cela nous a conduits alors à combiner les divers métaux cités, deux à deux. .
- Ainsi ont été essayés : le cobalt-tungstène, le nickel-fer, le cobalt-fer, le cobalt-molybdène, le nickel-molybdène, le fer-molybdène. A ces mélanges ont été ajoutés divers oxydes : alumine, magnésie, etc.
- Dans l’état actuel de nos expériences, c’est ce dernier, le fer-molybdène, qui s’est montré le plus avantageux, et nous avons beaucoup développé son étude, mais le sujet est loin d’être épuisé (1).
- (1) M, Greenwood, dans l’étude méthodique remarquable qu’il a dirigée, en Angleterre, sur la synthèse de l’ammoniac, a recommandé, avant nous, l’emploi d’un fer-molybdène. Nos travaux et ceux de M. Greenwood se sont d’ailleurs développés indépendamment, et nous préparons notre fer-molybdène tout autrement que M. Greenwood.
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- Etude du, nickel et du cobalt. — Les figures montrent les principaux résultats que nous avons obtenus. Le nickel et le cobalt purs ne donnent pas de résultats durables; leur association avec la magnésie ou l’alumine élève
- ^Coppécipifcé.807o Mg0,20% Nickel pnécip.507a.AI2 O3,50 % JMickel précip.80%.AI2 O3 20 %
- Ni. Al2 O3 des nitrates /calcin. réduit au préalable
- Co préeip.80%Alî03,20%
- des nitrates calcin. kréduitau préalable
- NigjO %. Cr2 O3 50%
- Th 02 précipité
- _Ço.Cr203
- Co.MnO
- Températures
- Fig. 5. — Catalyse par le nickel et le cobalt associés aux oxydes réfractaires. P, 100 atm; — débit, 5 1 à F'heure; — volume initial du catalyseur, 2 cm3.
- les concentrations en ammoniac (fig. 5) et accroît la durée du catalyseur et sa résistance à la surchauffe (fig. 7). Le meilleur résultat s’obtient avec 50 p. 100 de magnésie dans le nickel et 20 p. 100 de magnésie dans le cobalt (fig. 6).
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- SYNTHÈSE DE L’AMMONIAC.
- JANVIER-FÉVRIER 1920.
- Les grands débits font baisser les concentrations d’ammoniac (fîg. 8), mais
- en volumes
- 100 MgOp.lOO
- Fig. 6. — Catalyse par le nickel et le cobalt associés en proportions variables avec la magnésie.
- Az H3poüpl00 en volumes
- , Températures
- Fig. 7. — Action des hautes températures sur le cobalt et le nickel.
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- SYNTHÈSE DIRECTE DE L’AMMONIAC PAR CATALYSE SOUS PRESSION. 81
- la production horaire croît cependant, et peut donner 8 kg d’ammoniac par litre de catalyseur pour 1 500 000 1 par litre de catalyseur (fîg. 9).
- L’association du nickel et du cobalt avec d’autres métaux ne donne pas de bons résultats.
- La préparation la plus avantageuse consiste à précipiter ensemble, à partir des nitrates, les deux oxydes de nickel et de magnésie, ou de cobalt et de
- .Az H3 pour 100 en volumes
- 200 300 400 500
- Mètres cubes par titres de catalyseurs
- - ' Fig. 8. — Influence du débit gazeux sur la catalyse par le nickel et le cobalt.
- magnésie, à les dessécher, en évitant de dépasser la température à laquelle ils seront réduits par l’hydrogène. Cette réduction se fait soit dans le four de catalyse, soit au préalable dans un appareil spécial.
- Étude du molybdène. — Les courbes (fig. 10) résument les résultats; on voit que, dans les conditions de nos essais, on ne peut dépasser une concentration de 1,5 p. 100. Le molybdène-alumine seul se montre résistant à la surchauffe, ce qui manifeste l’influence du support (fig. 11).
- Ces catalyseurs ont été préparés par réduction d’un oxyde de molybdène ou d’un molybdate précipité ou d’un mélange calciné de molybdate d’ammoniaque avec un nitrate.
- Tome 132. — 1er semestre. — Janvier-Février 1920. 11
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- Étude du fer. — Le fer pur réduit est un mauvais catalyseur, ainsi que le fer préparé par électrolyse.
- La courbe (fig. 12) établit que l’association du fer avec 10 p. 100 de différents supports ne conduit pas à des résultats importants dans les conditions définies pour les catalyseurs précédents; aucune concentration d’ammoniac obtenue ici n’atteint 1 p. 100. Ces résultats nous ont conduits à chercher d’autres métaux que le fer.
- Kgr d’AzH3 par heure -et par litre de catalyseur
- 1500000
- 1000000
- 500000
- Litres de gaz par litre de catalyseur
- Fig. 9. — Rendements horaires en kilogrammes d’ammoniac Az H3 par heure et par litre de catalyseur (Cobalt), en fonction du débit gazeux.
- Les catalyseurs à base de fer sont préparés soit en mêlant du nitrate de fer avec le nitrate d’un autre métal : argent, chrome, thorium, magnésium, calcinant au moufle, soit en mêlant ces nitrates en solution et les précipitant par un alcali, lavant et séchant les oxydes que l’on réduit ensuite.
- Etude du fer-molybdène. — Le fer et le molybdène, associés l’un avec l’autre, fournissent un catalyseur bien plus actif que lorsqu’on les prend à l’état pur.
- Des 400 catalyseurs que nous avons essayés, le fer-molybdène s’est montré le plus intéressant.
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- 83
- Cette étude attentive du fer-molybdène nous a permis de faire un certain nombre de remarques qui sont ici résumées.
- Un bon catalyseur, outre qu’il donne des concentrations élevées d’ammoniac, doit présenter les deux qualités fondamentales suivantes :
- —>
- //
- £ • S /a
- Fig. 10. — Catalyse par le molybdène avec divers supports :
- Oxydes réfractaires : courbes continues. Métaux divers : courbes interrompues.
- Le molybdène réduit hors de l’appareil, le molybdène-argent fondu, le molybdène-nickel calciné, le molybdène-cuivre, qui ne figurent pas sur ce diagramme, ne dépassent pas 0,25 p. 100.
- 1° Sa surface active, aussi grande que possible, doit se conserver longtemps sans se modifier, même à haute température;
- 2° Cette surface ne doit pas être sensible aux impuretés solides ou gazeuses. Ces deux points ont donc retenu notre attention.
- I. — La température paraît être un facteur des plus actifs de modification de la surface active du catalyseur.
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- Un grand nombre de substances subissent, en effet, un retrait par une élévation suffisante de la température. Cette contraction progressive et irréversible rapproche les particules, bouche les pores et diminue, par suite, la surface utilisable. Il est bien connu aussi que les poudres métalliques se soudent à température élevée, bien au-dessous du point de fusion; cela peut se produire déjà aux températures où nous faisons nos expériences de catalyse.
- Ces phénomènes peuvent être atténués.
- Si l’on incorpore au catalyseur une substance étrangère inerte, irréductible, telle que l’alumine, la thorine, on crée vraisemblablement un isolant
- Températures
- Fig. 11. — Influence de la surchauffe sur le catalyseur molybdène.
- 1. Molybdène réduit de l’acide molybdique précipité. — 2. Molybdène réduit du molybdate d’ammoniae. — 3. Molybdène réduit, 50 p. 100, avec alumine, 50 p. 100. — 1', 2', 3', les mêmes après 18 heures de surchauffe à 850°.
- entre les particules de métal qui ne peuvent ainsi se souder et le catalyseur se trouve très nettement protégé.
- Un autre moyen s’est montré efficace. Il consiste à calciner fortement le mélange d’oxydes destinés à former le catalyseur, avant d’en effectuer la réduction. Il semble que cette calcination préalable fasse accomplir à la matière une partie de la contraction que doit effectuer l’élévation de la température, et qu’ainsi, après réduction, c’est-à-dire lorsque le catalyseur lui-même est .constitué, il ne puisse plus se produire de retrait considérable.
- Sans doute, une méthode scientifique permettant de déterminer les variations de l’étendue superficielle du catalyseur serait d’une grande utilité, et la
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- comparaison du phénomène de catalyse avec d’autres phénomènes dépendant aussi de la surface, telle l’adsorption des gaz, plus facile à mesurer, donnerait de précieuses indications.
- Nous espérons pouvoir un jour entreprendre des recherches sur ce point. II. — Les poisons dont la présence diminue de manière passagère ou définitive l’activité du catalyseur, peuvent se trouver soit dans la substance
- 750?
- Températures
- Fig. 12. — Catalyse par le fer avec divers supports :
- Courbes continues, catalyseurs préparés par précipitation. — Courbes interrompues, catalyseurs préparés
- par calcination.
- servant à la préparation du catalyseur, soit dans les gaz que l’on met à son contact.
- Il est souvent difficile d’indiquer de quelle nature est cette action toxique. Le plus souvent, les réactions chimiques qui interviennent dans la catalyse nous échappent au moins en partie. L’étude systématique des combinaisons possibles et des réactions successives qui se produisent mériterait d’être entreprise.
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- Il était suffisant pour le but que nous poursuivions de mesurer la grandeur de l’influence toxique de certains poisons.
- L’étude méthodique du fer-molybdène a été poursuivie, en grande partie, à l’aide de l’appareil n° 6, à six tubes, antérieurement décrit, et dont les données comparatives ont une grande valeur (1).
- Préparation du fer-molybdène. — La préparation du fer-molybdène, a pour point de départ le molybdate d’ammoniaque et l’azotate de fer. Le mélange de ces deux sels donne un molybdate ferrique qui, réduit, laisse le fer-molybdène. Les moindres détails dans la préparation d’un catalyseur ayant de l’importance, il y avait lieu de varier les conditions d’obtention du molybdate ferrique.
- a) P réparation par évaporation. — Une solution d’azotate ferrique acide est additionnée d’une solution de molybdate d’ammoniaque en quantité telle que le mélange contienne autant de fer que de molybdène. On évapore à sec le mélange et on calcine progressivement au moufle jusqu’à 6(10°. Ce molybdate ferrique, de couleur rouge brique, sera réduit par l’hydrogène. C’est à ce mode de préparation que s’est arrêté M. Greenwood à la suite des travaux qu’il a effectués sur ce sujet.
- b) Préparation par précipitation. — Les solutions de nitrate de fer peu acide et de molybdate d’ammoniaque donnent à la température ordinaire un précipité jaune clair. On le lave soigneusement et on le sèche à froid ou à 100°. On le porte ensuite à des températures déterminées pouvant aller jusqu’à ! 000G environ. Enfin on réduit ce molybdate.
- Formation et durée du catalyseur. — Le catalyseur fer-molybdène peut être réduit par l’hydrogène avant d’être placé dans l’appareil de catalyse; il peut aussi être réduit dans ce dernier appareil par le mélange d’azote et d’hydrogène. C’est ce moyen qui a été employé dans les essais dont il est question dans cette note. Une période de quelques jours de travail est nécessaire, après la réduction, pour que le catalyseur essayé donne des résultats constants et élevés.
- Après un mois de travail à 100 atm avec des vitesses de 4 à 6 1 : cm3, aucune diminution dans l’activité du fer-molybdène n’a été constatée.
- Influence de la surchauffe. — Les épreuves de longue durée immobilisent les appareils. Aussi, dans une première étude, est-il avantageux de combiner cette épreuve de durée avec une épreuve de surchauffe, car il n’est pas impos-
- ai) Cette élude est due surtout à M. Vavon, assisté de M. Bourdiol.
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- sible que la surchauffe puisse produire, en quelques minutes, un effet analogue à celui d’un travail prolongé à une température modérée.
- Lorsqu’un catalyseur ayant travaillé régulièrement vers 600° est porté à des températures supérieures à 800°, pendant une ou plusieurs fois 12 heures, l’effet de cette surchauffe se manifeste avec une grande netteté.
- En effet, en faisant de nouvelles mesures à la température primitive,
- Températures
- Fig. 13. — Catalyse par le fer-molybdène, diverses préparations.
- Après 3 jours à 700°, courbes continues; — après 2 nuits à 800° et 2 heures à 900°, courbes interrompues. P, 100 atm; débit, 4,5 1 : cm3 de catalyseur réduit.
- c’est-à-dire à 600°, on ne trouve plus des concentrations aussi élevées en ammoniac.
- Par exemple, la surchauffe du catalyseur évaporé a, fait passer la concentration en ammoniac de 3 p. 100 à 1,6. Pour le catalyseur précipité b, on passe de 3,8 p. 100 à 3,6 (fîg. 13).
- La surface active semble donc très nettement modifiée par la surchauffe.
- Influence des conditions de préparation. — L’effet des conditions d’obtention du fer molybdène se manifeste si l’on compare les variétés a et b obtenues, l’une par évaporation, l’autre par précipitation. En outre, pour chacune des
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- deux variétés, la température de calcination du molybdate, avant sa réduction, joue un grand rôle. Ainsi, pour le catalyseur a, si le molybdate évaporé a été calciné vers 800°, on obtient 3 p. 100 d’ammoniac. Si ce molybdate a été fondu vers 1 000°, on n’obtient plus que 1,7 p. 100.
- C’est au contraire par la calcination à haute température du molybdate
- A Séché dans le vide 2 » à l’étuve
- ,3 Chauffé à 400?
- 650
- Températures
- Fig. 14. — Catalyse par le fer-molybdène b, par précipitation.
- Influence de la température de préparation.
- Courbes continues, avant surchauffe; — courbes interrompues, après surchauffe de 84 heures à 900°. P, 100 atm.
- précipité b que l’on peut accroître la résistance du catalyseur qui en dérive par réduction.
- Ce molybdate précipité à 20° peut être séché à froid, à l’étuve, ou bien calciné au mouffle à diverses températures.
- De nombreuses expériences établissent que plus il a été fortement calciné, plus le catalyseur réduit est résistant à la surchauffe. Ainsi, le molybdate n’ayant été porté que jusqu’à 400°, le fer-molybdène réduit ne donne plus, après surchauffe à 900° pendant 15 heures, que 0,3 p. 100 d’ammoniac. Si le molybdate a été porté jusqu’à 800°, il donne jusqu’à 3,8 p. 100 et, après la même surchauffe, il donne encore 2,3 p. 100 d’ammoniac (fïg\ 14).
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- Protection des catalyseurs par les oxydes réfractaires. — L’alumine et la thorine se sont montrées les plus efficaces substances protectrices du catalyseur a contre les effets de la surchauffe.
- On les incorpore au molybdate sous forme de nitrate au moment de sa préparation, on évapore le tout ensemble et calcine à 600°; après réduction du molybdate, il reste de 1 alumine ou de la thorine répartie dans toute la masse.
- La thorine est avantageuse dans ce catalyseur a jusqu’à 20 p. 100 environ et certainement nuisible au delà de 50 p. 100 (fig. 15).
- Fe Mo pur Fe Mo + 5% ThO2 Fe Mo+10%ThO2
- Températures
- Fig. 15. — Catalyse par le fer-molybdèue a, par évaporation et calcination. Influence protectrice ~ de la thorine (de 0 à 50 p. 100). P, 100 atm.
- Courbes continues, après calcination à 600°. Courbes interrompues, après calcination de 12 heures à 880°.
- L’alumine est utile dans ce même catalyseur jusque vers 30 p. 100. Elle produit une légère amélioration de la concentration maxima en ammoniac, et surtout, de 5 à 30 p. 100, elle empêche ces concentrations de s’abaisser beaucoup après surchauffe au delà de 800° (fig. 16).
- Quant au catalyseur précipité à froid b, il n’est pas facile d’y incorporer de l’alumine ou de la thorine ou du kaolin, car, à la température ordinaire,, ces substances produisent des réactions chimiques qui détruisent visiblement: le molybdate ferrique.
- Influence des poisons. Chlorure de sodium. — Le chlore et le sodium se Tome 132. — 1er semestre. — Janvier-Février 1920.
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- trouvent souvent dans les matières, premières servant à préparer les catalyseurs; un défaut de lavage peut laisser dans le précipité obtenu un peu de sel marin. Cette substance est très nuisible, ainsi qu’on peut le voir : à la dose de 1/10 000 dans le catalyseur, le sel marin fait déjà passer de 3,5 à 2,3 p. 100 les concentrations d’ammoniac réalisées (fîg. 17). Ceci conduit à éviter de partir de chlorures dans la préparation du catalyseur.
- Influence de l’oxygène et de la vapeur d’eau. — L’oxygène est toujours plus
- Températures
- Fig. 16. — Catalyse par le fer-molybdène a, par évaporation et calcination à 600°. Influence protectrice de l’alumine (0 à 50 p. 100).
- Courbes continues, après calcination| à 600°. Courbes interrompues, après calcination de 24 heures à 820°.
- ou moins présent dans les gaz hydrogène et azote qui servent de point de départ. Cet oxygèno peut s’unir, soit au catalyseur lui-même, en l’oxydant, soit à l’hydrogène, pour former de l’eau.
- Dans le premier cas, la surface du catalyseur est profondément transformée; dans le second, c’est seulement le mélange gazeux qui est modifié par la présence de la vapeur d’eau.
- Pour tous les mélanges à base de cobalt, nickel, fer, molybdène, tungstène, on obtient des équilibres entre le métal, son oxyde, l’hydrogène et la • vapeur d’eau. L’étude de tels équilibres n’est pas entièrement faite. D’après
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- Sainte-Claire-Deville, on peut, estimer que l’équilibre à 600° entre le fer, l’oxyde de fer, l’hydrogène et la vapeur d’eau, correspond à un mélange gazeux contenant 30 p. 100 de vapeur d’eau en volume. Pour le molybdène, nous avons constaté que l’équilibre correspondrait à des teneurs en eau du même ordre. D’où il résulte que les métaux considérés ne peuvent aucunement être oxydés par des mélanges ne renfermant que de faibles teneurs en eau, de l’ordre du centième, par exemple.
- Mais s’il n’y a pas oxydation du métal fer-molybdène par la vapeur d’eau
- Températures
- Fig. 17. Catalyse par le fer-molybdène. Influence du. chlorure de sodium.
- dans les conditions où nous nous trouvons, clone pas d’empoisonnement définitif, il n’en est pas moins vrai que de petites quantités d’oxygène ou de vapeur d’eau ont une influence retardatrice sur la vitesse de combinaison de l’azote et de l’hydrogène.
- Nous avons mesuré cette influence sur un fer-molybdène évaporé et cal-.ciné avec 20 p. 100 d’alumine (1), en opérant soit avec du gaz oxygéné, soit avec du gaz humide, soit avec du gaz à la fois oxygéné et humide, soit enfin avec du gaz clésoxygéné sur du nickel à 230° et séché sur la soude et le sodium.
- (1) Cette étude a été poursuivie par MM. Cantagrel et Apard avec l’appareil n° 2.
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- D’après un certain nombre de mesures faites dans les mêmes conditions, et qui ne peuvent être toutes données ici, on peut escompter un accroissement de la concentration en ammoniac de 9 à 13 p. 100 de sa valeur, par la suppression totale de l'oxygène, sans dessiccation complète du gaz. Cette désoxydation est donc fort intéressante (fîg. 18).
- Il est difficile d’affirmer que la dessiccation complète des gaz procure un
- Az H3 pour 100 (en volume)
- Températures
- Fig. 18. — Catalyse par le fer-molybdène. Influence de l’oxygène et de la vapeur d’eau. P, 100 atm.
- grand bénéfice. Il y a lieu de remarquer d’ailleurs que 1 vol p 100 d’oxygène dans le gaz donne environ 3 p. 100 de vapeur d’eau en poids; ce qui doit changer considérablement les conditions de la diffusion des gaz sur le catalyseur. Par contre, en l’absence d’oxygène, le gaz, comprimé à 100 atm et saturé au contact d’eau liquide à 20° ne retient, sous cette pression, que 0,06 p. 100 de Vapeur d’eau en poids. Cette quantité ne peut pas avoir une très grande influence.
- Influence de la vitesse des gaz. — Avec un courant de 600 1 par litre de catalyseur, par heure, un fer-molybdène a, à 20 p. 100 d’alumine, donné jusqu’à 5,9 p. 100 d’ammoniac en volume à 560°; avec 2100 1 par litre, la concentration baisse à 4,8 p. 100 (fig. 19).
- Un fer-molybdène b obtenu par précipitation, a donné en gaz contenant un
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- SYNTHÈSE DIRECTE DE l’aMMONIAC PAR CATALYSE SOUS PRESSION.
- peu d’oxygène et d’humidité : avec un débit de 4 500 1 par litre de catalyseur et par heure, une concentration de 3,7 p. 100 d’ammoniac; avec un débit de 35 000 1, la concentration baisse à 2,5 p. 100 (fig. 19).
- En résumé, l’étude que nous avons poursuivie des catalyseurs peu oxydables
- Fig. 19. — Catalyse par le fer-molybdène a (20 p. 100 d’alumine) et par le fer-molybdène b. Influence du débit gazeux. P, T00 atm.
- nous a conduits à déterminer la nature et la préparation de plusieurs catalyseurs intéressants, pour effectuer pratiquement la synthèse de l’ammoniac.
- La comparaison de nos meilleurs catalyseurs du groupe du fer nous fait donner la préférence au fer-molybdène provenant du molybdate de fer précipité, puis calciné.
- C’est lui qui donne les plus fortes concentrations d’ammoniac et qui présente la plus grande résistance aux divers agents de destruction.
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- Dans les mêmes conditions de débit, on obtient en résumé les nombres suivants :
- Le fer donne moins de............. 1 p. 100 d’ammoniac.
- Le molybdène donne moins de. . . . 1,5 — —
- Le nickel donne environ........... 3 — —
- Le cobalt — .......... 3 — —
- Le fer-molybdène donne plus de. . . 4 —
- Y. — Étude des métaux altérables par l’hydrogène humide.
- Les métaux examinés jusqu’ici restent actifs en présence d’humidité. Mais il peut arriver, avec d’autres métaux, que la vapeur d’eau donne un oxyde irréductible par l’hydrogène.
- L’humidité, pour ces métaux, est alors un poison. Ils ne peuvent être étudiés que dans un mélange gazeux rigoureusement desséché et désoxygéné.
- Nous avons désoxydé le gaz dans un four contenant de l’amiante platinée. Nous l’avons séché sur la soude fondue et le sodium en fil.
- Ces expériences qui n’ont pas encore été développées autant que nous le désirions, ont porté sur l’uranium et ses alliages. Les résultats actuellement obtenus sont ici résumés.
- Une première série d’expériences a été faite avec des carbures d’uranium contenant des traces de cuivre. On employa des courants de 8 à 9 1 à l’heure pour 3,7 cm3 de catalyseur. Le maximum varie de 6 à 8,2 p. 100 d’ammoniac suivant la vitesse; température optima 500° à 530° (fîg. 20) ; P = 100 atm. On constate une période de formation.
- Les concentrations se sont maintenues aux mêmes valeurs pendant les dix jours de l’expérience.
- Le catalyseur a augmenté notablement de volume; de 4,7 cm. de long, il est passé à 6 cm; il forme une masse compacte, poudre très fine agglomérée.
- La matière prend feu à l’air.
- Ces mesures confirment la valeur de l’uranium comme catalyseur.
- Une étude plus complète établirait s’il est possible de réaliser industriellement une dessiccation des gaz suffisante pour que ce catalyseur ait une durée satisfaisante.
- Quelques alliages à base d’uranium ont été aussi étudiés.
- Des uraniums-cobalts donnent des résultats inférieurs aux uraniums et au fermolybdène, dans les mêmes conditions de gaz secs et dépourvus d’oxygène; ils sont à peu près analogues à ceux du cobalt. Des uraniums-molybdènes donnent à peine 1 p. 100. Des uraniums-nickels fournissent de très mauvais résultats et des uraniums-tungstènes catalysent à peine.
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- VI. — Méthodes d’analyse et appareils de sécurité.
- Le dosage de nos mélanges gazeux d’azote et d’hydrogène a été vérifié par les méthodes ordinaires de l’analyse chimique et au moyen d’un effusiomètre.
- Températures
- Fig. 20. — Catalyse par le carbure d’uranium (1, 2, 3, 4) et par des alliages d’uranium. Un fer-molybdène figure ici à titre de comparaison. P, 100 atm.
- Mais la recherche de certaines impuretés, dans ces mélanges, est fondamentale; celle de l’oxygène, parce que ce gaz constitue un danger d’explosion à partir de quelques centièmes, celle de l’oxyde de carbone parce qu’il intoxique les catalyseurs, celle de l’argon, parce qu’il s’accumule dans le mélange, à mesure que l’azote et l’hydrogène se combinent en ammoniac.
- L’anhydride iodique nous a permis de rechercher et titrer l’oxyde de carbone et le calcium nous a fourni un moyen de doser l’argon, suivant des méthodes déjà employées.
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- La recherche de l’oxygène a surtout retenu notre attention. Les réactifs ordinaires permettent sans doute de déceler et doser l’oxygène dans les mélanges gazeux, mais nous avons voulu faire davantage.
- En raison de la possibilité d’introduction d’oxygène à teneur dangereuse, par une fausse manœuvre, par l’aspiration des compresseurs, nous avons multiplié les appareils avertisseurs d’oxygène (1).
- Différents phénomènes peuvent servir à établir un avertisseur d’oxygène.
- De nombreux essais ont conduit à retenir surtout le dégagement de chaleur
- U
- Z F
- Fig. 21. — Thermomètre différentiel avertisseur de la présence d’oxygène, dans le mélange de gaz Az -f H3.
- qui se produit lorsque le mélange d’azote et d’hydrogène, contenant de l’oxygène, passe sur du platine divisé : tout l’oxygène s’unissant à une partie de l’hydrogène se transforme en eau. Le dégagement de chaleur produit peut être constaté par un thermomètre.
- Ce principe nous a conduits à construire un thermomètre platiné appréciant, par comparaison avec un thermomètre non platiné, 0,2 p. 100 d’oxygène dans notre mélange gazeux. Le même principe nous a permis d’obtenir un signal sonore à partir d’une teneur donnée en oxygène, 1 p. 100, par exemple (fïg. 21). On a constitué un thermomètre à air différentiel, en réunissant deux petits réservoirs de verre, identiques, S, M., par un capillaire contenant un peu de mercure.
- (1) Cette étude des appareils d’analyse et de sûreté est due surtout à M. Reston Stevenson.
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- SYNTHÈSE DIRECTE DE L’AMMONIAC PAR CATALYSE SOUS PRESSION.
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- L’un des réservoirs est recouvert de noir de platine S; tous deux sont dans le même courant gazeux constant, entrant en A, sortant en D. La présence d’oxygène échauffe le réservoir platiné, déplace le mercure dans le tube capillaire V et ce mercure peut fermer un circuit électrique agissant sur une sonnerie.
- On peut régler le contact électrique pour la teneur choisie à l’avance.
- Un avertisseur d’oxygène de construction très simple peut aussi s’établir, en se basant sur la détermination de l’état hygrométrique du gaz, après que l’oxygène est combiné à l’hydrogène pour donner de la vapeur d’eau.
- Les sels de cobalt permettent de manifester un changement dans l’état hygrométrique du gaz (1).
- Une dérivation du cycle conduit le gaz, au préalable, sur du noir de platine qui combine l’oxygène à l’hydrogène.
- Le gaz humide formé passe ensuite sur un papier bleu au chlorure de cobalt.
- On conçoit qu’en maintenant ce papier à une température fixe, à l’aide d’un bain d’eau, on puisse obtenir le virage au rose du papier au cobalt pour une teneur donnée en eau, donc en oxygène.
- VIL — Réalisation du cycle demi-industriel.
- Si l’on se place au point de vue d’une réalisation industrielle, de nombreux problèmes, autres que celui de la catalyse se présentent et réclament de nouvelles études.
- En même temps que nous poursuivions nos recherches sur la catalyse, nous avons institué un cycle de production d’ammoniac réalisant, au laboratoire, tous les dispositifs que nécessiterait, à beaucoup plus grande échelle, une installation industrielle. Nous en donnons ici la description très sommaire. Nous indiquerons ensuite des résultats qu’il a fournis actuellement.
- Notre installation a été calculée pour une production pouvant aller jusqu’à 3 kg d’ammoniac Az H3 par heure, ce qui exige la mise en œuvre de 8 m3 environ de mélange d’azote et d’hydrogène. Ces gaz, comprimés à 100 atm, occupent un volume de 80 1, et doivent être mis en contact avec le catalyseur.
- La concentration d’ammoniac réalisée par le passage rapide du mélange sur le catalyseur peut atteindre 2 à 3 p. 100. Après un premier passage, il faut extraire l’ammoniac produit et renvoyer le gaz restant sur le catalyseur, d’où l’institution du cycle de gaz comprimé.
- (1) M. Cornée a étudié et utilisé un avertisseur basé sur ce principe.
- Tome 132. — 1er semestre. — Janvier-Février 1920. 13
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- SYNTHÈSE DE L AMMONIAC.
- J AN YIE H - F É VIIIEI i 1920.
- E
- La vitesse gazeuse utilisable dépend de la nécessité de récupérer suffisamment la chaleur emportée par les gaz sortant du four.
- Le schéma ci-joint (fig 22) indique de quelle façon nous relions les
- différents éléments de notre installation.
- Un gazomètre A, de 4 m\ sert à faire le mélange des gaz azote et hydrogène à la pression atmosphérique. Disposant de bouteilles à gaz comprimé, qui peuvent servir de réserve pour ce même mélange, nous ne sommes pas limités à 4 m3, le gazomètre pouvant être rempli en même temps qu’il se vide. Nous purifions les gaz envoyés au gazomètre à l’aide de cuivre ou de nickel chauffés.
- Une grosse canalisation relie le gazomètre aux compresseurs White-head B qui y puisent les gaz. Us sont à deux phases, comprimant d’abord les gaz à 12 atm, puis à 100 et même à 150 atm. Ils fonctionnent avec injection d’eau pour le refroidissement des gaz pendant la compression. Ces appareils donnent un bon rendement (1).
- Le gaz des compresseurs B doit ensuite passer dans le surpresseur D ou compresseur de circulation. Ce surpresseur est à deux phases également, mais peu différentes l’une de l’autre. Il est destiné en effet à donner seulement une surpression de o atm nécessaire pour vaincre les frottements dans les canalisations sous 100 atm. Le débit de ce surpresseur est de 2 m3 pris sous cette pression (2).
- Fig. 22. — Schéma de l'installation de préparation d’ammoniac par catalyse sous pression, pouvant produire jusqu’à 3 kg d’AzIl3 par heure (puissance, 12 ch.)
- (1) Ces compresseurs nous ont été prêtés aimablement par MM. les professeurs Le Chatelier, H. Gautier, Haller. Nous les remercions vivement de nous avoir évité les délais considérables qu’aurait exigés la construction de ces machines.
- (2) Il sort des ateliers de la Société lyonnaise de Mécanique et d’Electricité.
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- SYNTHÈSE DIHHCTE DE L*AMMOXIAC PAR CATALYSE SOUS PRESSION.
- Tous ces appareils compriment les gaz en présence d’eau qu’il est ensuite nécessaire d’arrêter dans des purgeurs à serpentins L, qui nous ont déjà rendu des services dans nos premières expériences (1). *
- Le gaz saturé d’eau à 20% sous 100 atm, ne contient que 6/10 000 d’eau, en poids; il est presque sec. Le gaz privé presque complètement d’humidité arrive sur le catalyseur à travers le récupérateur de chaleur J. On sait que la récupération delà chaleur est un point capital dans l’économie de ce procédé. Des expériences préliminaires ont permis de déterminer les dispositifs à adopter. Notre récupérateur est constitué par un faisceau de tubes contenu dans une enveloppe résistante.
- Le four n° 4 de catalyse G, inspiré par les fours précédemment décrits, se rapproche beaucoup de notre four n° 2 par le dispositif, mais est de plus grande dimension. La capacité utile de catalyse est 200 cm3. Il est à chauffage électrique intérieur et calorifugé également à l’intérieur La température y est donnée par une pince thermo-électrique.
- Sortant du four de catalyse et du récupérateur, les gaz contenant de l’ammoniac sont lavés dans des colonnes ou absorbeurs H où l’eau circule en sens inverse des gaz; l’introduction de cette eau est possible grâce à une pompe C pouvant comprimer par heure 100 1 d’eau à 100 atm. L’ammoniac produit est donc ici extrait du cycle sous forme de solution. Le gaz restant retourne au surpresseur et repasse par les mêmes appareils.
- Deux moteurs électriques de 3 et de 9 chevaux mettent en mouvement ces machines.
- La préparation du catalyseur ayant été fixée par nos études antérieures, notre attention devait se porter, dans ces nouvelles expériences, sur l’étude des vitesses gazeuses utilisables, sur l’absorption de l’ammoniac produit, sur la récupération de la chaleur, etc., de façon à fixer les conditions économiques du procédé.
- Étude des concentrations et rendements horaires du cycle demi-industriel (2). — Pour faire varier le débit relatif des gaz sur le catalyseur, nos compresseurs étant maintenus à vitesse constante, nous avons en réalité fait varier le volume du catalyseur en expérience, qui était le fer-molybdène précipité, réduit à la pression ordinaire et refroidi dans l’azote.
- Les résultats ci-dessous correspondent à des expériences durant une journée.
- (1) Ils ont été construits à l’atelier de mécanique de l’Inspection des Études chimiques. Cet atelier, dirigé par M. Robv, nous a rendu de nombreux services, en nous évitant de recourir continuellement à des constructeurs extérieurs. M. Cacan, attaché à cet atelier, a été pour nous un collaborateur précieux dans l’étude et l’exécution des dessins de certains appareils.
- (2) L’étude de ce cycle demi-industriel est due surtout à MM. Cornée et Apard.
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- SYNTHÈSE DE 1/AMMONIAC. — JANVIER-FÉVRIER 1920.
- On se place à la température optima et les mesures portent sur une
- observation d’une heure de durée. La pression est 100 atm.
- Vitesse des gaz Concentration Rendement horaire
- pour un litre de catalyseur en volume en kilog. par litre
- par heure. 800 1 3 800 — de l’ammoniac. 5,34 p. 100 4,74 — de catalyseur.
- 3 900 — 4,84 —
- Gros grains, tamis 16-20 ( 230 500 — 2,40 — 4,3
- " ( 506 000 — 1,78 — 7,0
- [ 520 000 — 1,86 — 7,5
- Grains fins, tamis 80-120 \ 825 000 — 1,56 — 9,95
- " j 856 000 — 1,56 - 10,2
- ( 1 190 000 — 1,28 — 11,8
- Remarquons ici que de très grandes vitesses ne sont aucunement recommandables dans la pratique industrielle.
- La récupération de la chaleur devient très difficile; la température optima est trop élevée et altère le catalyseur; les concentrations en ammoniac sont affaiblies.
- Étude de l’absorption de l’ammoniac dans le cycle demi-industriel. — Dès le début de ces essais, nous avons pensé que le procédé le plus simple devait tout d’abord être étudié.
- Aussi, laissant de côté les méthodes de liquéfaction de l’ammoniac, nous nous sommes adressés à l’extraction de l’ammoniac par lavage méthodique des gaz par l’eau, sous pression.
- Des essais préliminaires ont montré que, dans un tube de section donnée, et pour un courant d’eau déterminé, la vitesse de circulation des gaz ne peut pas dépasser une certaine limite, sans que l’eau soit entraînée par le tube de sortie des gaz.
- La connaissance de cette vitesse limite est importante car, sous des pressions élevées, on est forcé de travailler à l’aide de tubes de section réduite.
- L’absorption de l’ammoniac par l’eau dégage de la chaleur et il faut entourer le tube absorbeur d’un réfrigérant parcouru par un courant d’eau.
- Des bouteilles de sûreté vides précèdent et suivent la colonne d’absorption.
- La lessive ammoniacale est recueillie au bas de la colonne dans une bouteille.
- Il y aurait lieu de varier le remplissage de la colonne d’absorption. La paille de fer que nous avons utilisée a donné de bons résultats.
- Nous avons constaté qu’il est possible de débarrasser entièrement les gaz de leur ammoniac puisque, à la sortie de la colonne, on ne trouve que 0,001 p. 100 d’ammoniac.
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- D’autre part, il est possible d'avoir des solutions concentrées. En effet, si l’on emploie deux colonnes successives, la première recevant peu d’eau, donnera des solutions concentrées; la seconde recevant assez d’eau, donnera des gaz complètement débarrassés d’ammoniac.
- Avec une seule colonne, si l’on tient avant tout à bien purifier les gaz, la concentration de la lessive ne peut atteindre qu’une certaine valeur caractéristique de la dimension de la colonne et du régime employé.
- Conclusion.
- Le présent mémoire, consacré à l’étude de la synthèse directe de l’ammoniac, rapporte sommairement les résultats obtenus d’une part, dans l’examen particulier des catalyseurs de cette synthèse, d’autre part, dans l’institution d'un cycle gazeux, sous pression, permettant de déterminer les meilleures conditions de réalisation industrielle.
- Des 400 catalyseurs examinés, plusieurs se sont montrés intéressants, notamment le fer-molybdène ferrique précipité.
- Nous avons précisé les meilleures conditions de sa préparation et sa résistance à diverses causes de destruction.
- Le cycle, institué à l’image d’une opération industrielle, était destiné à étudier la circulation des gaz comprimés, la récupération cle la chaleur, l’absorption de l’ammoniac sous pression, les meilleurs dispositifs de fours.
- Ce programme est aujourd’hui en grande partie réalisé.
- A tous les degrés de ces recherches, nous avons envisagé les solutions les plus simples.
- C’est pourquoi nous avons tout d’abord choisi comme catalyseurs les métaux voisins du fer qui permettent l’emploi de gaz incomplètement desséchés. C’est pourquoi, également, nous avons employé pour éliminer l’ammoniac, uniquement le lavage méthodique des gaz qui nous a donné des résultats satisfaisants.
- Il est intéressant de constater que les industriels allemands, autant qu’on en peut juger par des renseignements incomplets, sont arrivés à la suite de leurs recherches prolongées, à des solutions inspirées des mêmes points de vue.
- Nos recherches ont été interrompues en mars 1919 par la démobilisation.
- D’importantes questions doivent recevoir un complément d’étude. Citons en particulier la récupération de la chaleur. La perfection plus ou moins grande de cette récupération permettra de fixer la vitesse des gaz parcourant le cycle et d’établir dans quelles conditions la chaleur produite par la forma-
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- 102 SYNTHÈSE DE L’AMMONIAC. — JANVIER-FÉVRIER 1920.
- tion de l’ammoniac peut dispenser d’avoir recours à une source de chaleur auxiliaire.
- L’étude méthodique des catalyseurs est un sujet presque inépuisable et on peut trouver encore des choses intéressantes dans ce domaine que nous voudrions pouvoir explorer de façon plus complète.
- Telles qu’elles sont, nous croyons que nos recherches peuvent rendre service.
- Elles montrent qu’il n’y a plus de secret dans la fabrication de l’ammoniac de synthèse et qu’un effort persévérant des chimistes et des ingénieurs français associés permettra de faire ce qu’ont réalisé les industriels allemands et, sans doute, de faire mieux.
- Nous souhaitons que des études telles que les nôtres soient développées.
- Les anciennes industries ont besoin de recherches de laboratoire pour réaliser des perfectionnements progressifs. Mais s’il s’agit d’une industrie nouvelle, en pleine évolution, les recherches scientifiques s’imposent comme la condition même du succès.
- M. Marcel Guichard, avec la collaboration de MM. Vavon, Cornec, Cantagrel, Stevenson, Apard, Bourdiol.
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- COMITÉ D’AGRICULTURE
- L’industrie sucrière française pendant et après la guerre.
- La guerre a cruellement atteint la sucrerie française : privée dans une très forte proportion de ses betteraves et de ses usines, la France n’a pu assurer sa consom-mation de sucre, et les ravages sont tels que l’on ne peut prévoir quand cette industrie pourra reprendre sa situation d’avant-guerre.
- C’est ce qu’indique le tableau suivant :
- Campagnes.
- 1913- 14
- 1914- 13
- 1915- 16
- 1916- 17
- 1917- 18
- 1918- 19
- Emblavements en betteraves à sucre. Nombre de fabriques actives. Sucre produit.
- (Hectares.) (Tonnes.)
- 207 600 206 717 400
- 133 880 69 302 960
- 75 650 64 135 899
- Si 210 65 185 435
- 75 720 61 200 265
- 68 550 51 110 096
- Emblavements en betteraves. — La diminution des emblavements en betteraves à sucre tient à ce que la culture de cette plante se pratiquait surtout dans le nord de la France; les terres y ont été en grande partie bouleversées par les tranchées et les obus; les fermes et villages sont en ruine, aussi une surface importante ne pourra-t-elle être rendue à la culture avant de longues années.
- En outre, les difficultés considérables qui existent pour la reprise d’une vie normale dans les régions libérées, sont une cause de retard pour le retour à une culture délicate et nécessitant une main-d’œuvre abondante.
- Le prix élevé des céréales tente d’ailleurs les cultivateurs : on constate qu’en 1919, malgré la récupération de notre territoire, les emblavements en betteraves à sucre sont inférieurs à ceux de 1918. Le ministère de l’Agriculture indique en effet 66165 ha en betteraves à sucre pour l’année 1919, en déficit de plus de 2 000 ha sur l’année précédente. Si l’on examine le détail des emblavements par département, on constate que certains départements non sinistrés (Eure, Seine-et-Marne, Aube, Seine-Inférieure, Loiret, Puy-de-Dôme, etc.), ont diminué les ensemencements sur ceux de l’année précédente. Par contre la surface consacrée à la betterave sucrière a augmenté dans certains départements envahis tels que le Nord, la Somme, la Marne.
- État des usines. — La situation est encore plus grave si l’on considère les usines. D’après l’Office de Réparation et de Reconstitution de l’Industrie sucrière, 145 sucreries ont été sinistrées, parmi lesquelles 130 ont leur matériel complè-
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- AGRICULTURE. — JANVIER-FÉVRIER 1920.
- tement anéanti et 15 ont un matériel réparable. En outre, les bâtiments de 90 de ces usines sont entièrement détruits.
- Alors qu’en 1914 il existait 214 fabriques, il n’y en a plus que 66 en état de fonctionner pour la campagne 1919-20. Le tableau ci-dessous montre la répartition de ces fabriques avant et après la guerre; dans la colonne puissance par département, il a été totalisé le nombre de tonnes de betteraves pouvant être traitées en 24 heures par les usines du département.
- EN 1914 EN 1919-20
- Nombre Puissance Nombre Puissance
- d'usines. par département. d'usines. par département.
- Aisne 47 19 920 1 200
- Nord 38 19 133 1 325
- Somme 34 17 250 3 4 400
- Pas-de-Calais 12 260 6 5 430
- Oise 21 9 500 17 8 000
- Seine-et-Marnc 12 6 930 11 6 680
- Seine-et-Oise 9 2 500 8 2 125
- Loiret 1 2 000 1 2 000
- Seine-Inférieure 4 1 800 4 1 800
- Marne 1 800 1 400
- Ardennes '. . . 1 750 0 0
- Eure 9 1 400 2 1 400
- Eure-et-Loir 2 1 250 1 1 000
- Puy-de-Dôme 3 1 000 3 1 000
- Vaucluse 1 650 1 650
- Côte-d’Or - . 2 600 2 600
- Saône-et-Loire 1 400 1 400
- Haute-Marne 1 350 1 350
- Yonne 1 350 1 330
- Bas-Rhin — — 1 environ 1 300
- 214 100 845 66 38 110
- La France devait, chaque année, fournir à la Sucrerie 6 000000 t de betteraves pour obtenir les 700000 t de sucre qui représentaient notre consommation moyenne. Les fabriques qui nous restent seraient obligées, pour produire semblable quantité, de travailler pendant plus de 5 mois, ce qui est impossible, la betterave ne pouvant se conserver aussi longtemps.
- S’il peut sembler facile d’augmenter la production de betteraves sucrières, pour obtenir un résultat, il faudra reconstituer au préalable la plus grande partie des sucreries détruites. Diverses études ont été publiées sur la reconstituton de nos usines (1) ; il ne rentre pas dans le cadre de cette note d’analyser les diverses propositions qui ont été faites. Toutefois, on doit signaler que les fabricants de sucre se plaignent de la lenteur avec laquelle sont accordées les réparations promises pour les dommages de guerre. De plus la menace d’une nouvelle loi sur le monopole de l’alcool trouble les achats de betteraves : la distillerie sera-t-elle une concurrence terrible pour la sucrerie, ou bien l’agriculteur abandonnera-t-il la production de l’alcool? (2)
- (1) H. IIitier, Bull. Soc. Encourue/, p. Incl. Nat., t. CXXIII, p. 613 (19L5). — I)k Grobert et Listrf., Bull. Assoc. Ch. Suer. Dist., t. XXXV, p. 17 (1918). — Loin, Suppl. Journ. des fabricants de sucre, 12 mars 1919. — Millet, Suppl. Journ. des fabricants de sucre, 12 mars 1919.
- (2) Bureau, Journal des Fabricants de sucre, 13 janvier 1919.
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- l’industrie sucrière française pendant et après la guerre.
- Enfin la recontruction de nouvelles usines sera retardée par le dépôt récent d’un projet de loi par MM. Barthè, Aubriot et Levasseur, députés, tendant à attribuer à l’État le monopole de la fabrication, du raffinage, de l’importation et de la vente du sucre; les fabriques et raffineries seraient rachetées par l’État au prix qui leur avait été attribué par l’inventaire du dernier exercice d’exploitation précédant la guerre.
- Production et consommation du sucre en France. — On pense que l’embla-vement en betteraves à sucre pour 1919 peut correspondre à une production de 150 000 t de sucre, la betterave étant riche en sucre, mais le rendement à l’hectare étant inférieur à la moyenne. D’autre part, nos fabriques actuelles ne sont outillées que pour une production de 275 000 t environ. Or, la France consommait avant la guerre environ 700 000 t de sucre par an. Il y a donc eu un déficit considérable pendant la guerre, et ce déficit subsistera pendant plusieurs années encore.
- Nos colonies (La Réunion, La Guadeloupe, La Martinique, etc.), produisent 100 000 à 110 000 t de sucre de canne par an. Cet appoint est insuffisant pour la métropole.
- Aussi, pendant la guerre a-t-on eu recours à l’importation et au système des restrictions.
- Régime du sucre en France pendant la guerre. — Dès le début de la guerre, le Gouvernement a exercé un contrôle rigoureux sur le commerce des sucres eh vue de prévenir les accaparements et les hausses spéculatives. Le sucre était d’ailleurs compris parmi les denrées réquisitionnées (décret du 2 août 1914). Une série de décrets (1) prohiba la sortie des sucres et des betteraves pour la France et ses colonies. En 1916, l’État se réserva l’importation des sucres bruts et raffinés (2); cette situation a pris fin par décret du 6 juin 1919. Les pâtisseries furent fermées par arrêté ministériel du 20 janvier 1917 jusqu’à la signature du décret du 22 mars 1919. L’État a contrôlé la répartition du sucre (3) : un carnet de sucre fut établi en 1917, donnant droit à 750 g de sucre par personne et par mois avec rations supplémentaires pour les enfants et les malades; la ration fut abaissée dans la suite à 500 g mais rétablie à 750 g en avril 1919. En outre la loi du 7 avril 1917 autorisa l’emploi de la saccharine.
- Au point de vue du prix du sucre pendant la guerre, il faut observer que l'État s’étant réservé l’importation des sucres étrangers et ayant réquisitionné le sucre indigène, les prix successivement fixés par décrets n’ont qu’un intérêt documentaire.
- ’ Comme l’indique la circulaire du ministre de l’Agriculture adressée aux préfets le 10 mars 1919, le régime institué pendant la guerre, en fixant un prix rémunérateur pour la culture et la fabrication, permet de fournir à un prix stable une denrée de première nécessité pour la consommation familiale et plusieurs industries alimentaires importantes. Faisant masse de tous les sucres indigènes et importés, il donne en effet la possibilité d’établir un prix qui est le résultat de la péréquation des prix du sucre de chaque origine.
- Il faut donc considérer, d’une part, le prix du sucre blanc n° 3 fixé pour l’achat
- (1) . Décrets du 5 août 1914, du 30 septembre 1914, du 23 octobre 1914, du 21 décembre 1914, du lo juin 1917, du 8 février 1918, du 26 août 1919.
- (2) . Décret du 2 mars 1916, décret du 14 avril 1919.
- (3) . Arrêtés ministériels du 8 août 1916, du 20 octobre 1916, du 2 janvier 1917 et du 10 mars 1917.
- Tome 132. — 1er semestre. — Janvier-Février 1920. 14
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- AGRICULTURE.
- — JANVIER-FÉVRIER 1920.
- par l’État aux producteurs français et en même temps le prix que les producteurs sont autorisés à vendre leurs betteraves aux fabricants :
- Prix de 100 kg Prix de la tonne
- Campagnes. de sucre. de betterave à forfait.
- (Francs.) . (Francs.;
- 1916- 17...................................... 75 50
- 1917- 18...................................... SO 57
- 1918- 19 ..................................... 105 80
- 1919- 20 ..................................... 103,25 76,50
- et d’autre part le prix de vente en gros des sucres de toutes origines centralisés par l’État :
- P FIX DE VENTE EN GROS PAR 100 KG
- Y COMPRIS LES DROITS DE CONSOMMATION
- Sucre raffiné Sucre blan
- Dates des décrets. en pain. cristallisé.
- ; Prunus.) ‘ (Fran es.;
- 13 mai 1916 118 78,60
- 30 septembre — , 131 119
- 1er janvier 1917 142,50 134
- 3 juillet — 153 140
- 1er avril 1918 173 160
- 8 juillet — 183 170
- 16 septembre — . 186.50 170
- Avant la loi du 20 avril 1916 édictant la taxation du sucre, les cours moyens à Paris ont été :
- Sucre raffiné. Sucre blanc.
- ( Francs.) (Francs.)
- 1914- 15 ..................................... 96,16 62,85
- 1915- 16 ..................................... 107,93 78,32
- Il faut observer également que le droit de consommation de 25 f a été porté à 40 f par 100 kg (loi du 30 décembre 1916) et à 46 f par 100 kg (loi du 29 juin 1918). Les droits de douane sur les sucres étrangers ont été augmentés de 14 f par 100 kg depuis le 7 juin 1919.
- Ce système de restriction a porté ses fruits : la consommation a sensiblement diminuée.
- Consommation
- Années. française totale.
- (Tonnes.)
- 716 849 502 117 702 207 635 951 610 736
- Néanmoins il a fallu recourir à l’importation.
- 1913
- 1914
- 1915
- 1916
- 1917
- IMPORTATION DU SUCRE EN TONNES DE RAFFINÉ
- Dos colonies
- Année. Totale. françaises. De l'étranger.
- jTonnes.) (Tonnes.) (Tonnes.)
- 1914 ................................. 164 231 102 790 61 441
- 1915 ................................. 570 916 103 896 467 020
- 1916 ................................. 583 449 92 666 490 783
- 1917 ................................. 577 823 68 056 509 767
- 1918 ................................. 203 73S 37 071 166 667
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- l’industrie sucrière française pendant et après la guerre. 107
- L’Etat, qui, par décret du 6 juin 1919, a rétabli la liberté d’importation du sucre, a annoncé que, très prochainement, la vente du sucre indigène serait libre et que les betteraves cesseraient d’ètre taxées.
- Situation mondiale du sucre. — Toute l’Europe ayant été bouleversée pendant la guerre, la production européenne du sucre a baissé de plus de moitié : 8179013 t en 1913-14 et 3642 604 t en 1918-19. La diminution est particulièrement sensible en France (des 6/7) et en Belgique (des 2/3); elle est moindre dans les autres pays belligérants (environ 1/2). Mais sauf en France et en Belgique, les sucreries européennes sont intactes et lorsque les conditions normales d’exploitation seront rétablies, la culture de la betterave et la production du sucre reprendront aisément.
- La sucrerie de betterave américaine est restée prospère pendant la même période 1914-1919.
- Quant à la production du sucre de canne, elle suit une marche ascendante pendant les années de guerre, passant de 9 821 413 t en 1913-14 à 12 009 866 t en 1918-19. L’augmentation est particulièrement sensible pour Cuba. Aussi n’est-il pas étonnant que le sucre de canne qui constituait avant la guerre 52,6 p. 100 du sucre mondial, en représente actuellement 73,4 p. 100.
- En totalisant pour chaque pays, la production métropolitaine et celle de ses colonies ou protectorats, on peut déterminer l’importance commerciale et industrielle du sucre par nation. C’est ce qu’indique le tableau suivant :
- PÉRIODE 1911-14 ANNÉE 1918-19
- Pourcentage Pourcentage
- de la production de la production
- » Production. mondiale. Production. mondiale.
- (Tonnes.) (Tonnes.)
- États-Unis d’Amérique . . . . . . 4 435 000 24,3 6 020 300 36,8
- Angleterre . . . 3 280 000 18,0 3 263 300 19,9
- Hollande . . . 1 582 000 8,6 1 846 600 11,2
- Allemagne . . . 2 366 000 13,0 1 412 000 8,6
- Russie . . . 1 812 000 9,8 700 000 4,2
- Autriche-Hongrie (1) . . . . . . . 1 579 000 8,6 700 000 ’ 4,2
- Japon . . . 229 000 1,2 375 000 2,2
- Brésil . . . 215 000 1,1 260 000 1,5
- Pérou . . . 168 000 0,9 250 000 1,5
- Argentine ' . . . . 219 000 1,2 240 000 1,4
- France . . . 863 000 4,7 219 800 1,3
- La France, malgré ses colonies, est tombée du 7e rang au 11e rang. Les États-Unis d’Amérique, avec le sucre de betterave de la Californie, du Colorado, du Nebraska, du Michigan, etc., et avec le sucre de canne de Cuba, des îles Hawaï, de Porto-Rico, de la Louisiane, des îles Philippines, etc., fournissent actuellement plus du tiers de la production mondiale. L’Angleterre, avec ses colonies (Inde, Océanie, Guyane, etc.) et l’Égypte, représente 1/5 du sucre mondial.
- (1) On peut considérer qu’au point de vue sucrier, la Tchéco-Slovaquie représente la presque totalité de l’ancien empire austro-hongrois. En effet, ce dernier possédait avant la guerre 14 raffineries et 205 sucreries; la République tchéco-slovaque contiendrait 14 raffineries et 171 sucreries; il resterait ainsi 34 sucreries pour le reste de l’Autriche-Hongrie, dont 20 en Hongrie.
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- AGRICULTURE. — JANVIER-FEVRIER 1920.
- Aussi est-il logique qu’un cartel anglo-cubano-américain ait été projeté (1), constituant une grosse menace pour l’industrie sucrière mondiale.
- C’est donc dans des conditions lamentables que la sucrerie française se retrouve après la guerre, avec ses champs ravagés et ses fabriques détruites, au moment où la Convention de Bruxelles a pris fin. Nous sommes obligés de faire appel à l’importation étrangère pour assurer la consommation nationale, et, cependant, la sucrerie a besoin d’être protégée pour ne pas disparaître, alors que le régime des primes à l’exportation pourra renaître à l’étranger.
- P. Nottin,
- Répétiteur ci VInstitut national agronomique.
- (1) Dureau, Journ. des fabricants de sucre, 29 janvier 1919.
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- NOTE DU COMITÉ DES CONSTRUCTIONS ET BEAUX-ARTS
- Le Congrès îranco-américain
- pour l’aménagement des cours d’eau du bassin de la Loire (Tours, 21-24 septembre 1919).
- Les voies navigables.
- La Ligue fluviale, fondée récemment en vue de favoriser l’aménagement intégral, méthodique et progressif des cours d’eau de la France et de ses colonies, dans l’intérêt de l’industrie, du commerce et de l’agriculture, a déjà prouvé sa vitalité en organisant le Congrès franco-américain de Tours pour l’aménagement des cours d’eau du bassin de la Loire.
- Ce Congrès, placé sous le haut patronage des ministres des Travaux Publics, de l’Agriculture, du Commerce et de la Reconstitution Industrielle, présidents d’honneur de la Ligue Fluviale, s’est ouvert le 21 septembre dernier.
- M. André Lebon a insisté sur la nécessité de faire sans tarder tous les sacrifices indispensables pour compléter l’outillage national et mettre la France à même de sortir de la passe critique traversée actuellement. L’Etat ne pouvant assumer la charge de la dépense énorme à envisager pour la création d’un réseau complet de voies navigables, il faut, suivant la formule adoptée au Congrès de Grenoble, mettre les frais de l’entreprise à la charge des collectivités intéressées avec garantie de l’Etat pour les obligations.
- -Sur cette question primordiale des moyens financiers, le Congrès adopta les conclusions suivantes, d’une portée générale :
- « Le Congrès,
- « Considérant qu’en Alsace-Lorraine, comme d’ailleurs en Belgique, en Alie-« magne, en Suisse et en Italie, les collectivités de toute nature, État, provinces, a cantons, départements, communes, etc., groupées entre elles suivant les besoins, c ont depuis longtemps la possibilité de constituer avec leurs capitaux, associés ou « non aux capitaux privés, des sociétés ayant pour objet d’assurer les services « publics dont elles ont la charge,
- « Considérant que la plupart de ces sociétés fonctionnent avec les modalités « utiles, sous le régime général des sociétés anonymes, la participation de chaque « collectivité lui assurant une représentation correspondante dans les conseils « d’administration,
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- MO NOTE DU COMITÉ DES CoNST. ET 1ÏEAUX-ADTS. — JANV.-EÉVK. 1920.
- « Considérant que le projet de loi relatif à l’aménagement du Rhône confie au « groupement des collectivités intéressées le soin de constituer une société de ce « genre, mais que l’ampleur de l’entreprise et le rôle prépondérant qu’y doit jouer « l’État justifient dans ce cas des dispositions spéciales,
- « Émet le vœu :
- « Qu’une loi générale autorise, dans toute la France, les collectivités de toute « nature ou établissements publics, tels que les chambres de commerce, chambres « d’agriculture, syndicats, etc., groupés ensemble ou associés avec des particuliers, « à bénéficier des mêmes pratiques pour la création ou la gestion des entreprises « liées aux services publics qui les intéressent, toutes précautions étant prises pour « assurer à ces entreprises une direction véritablement industrielle, soustraite dans « toute la mesure possible aux ingérences politiques. »
- Quant aux moyens d’action, le Congrès s’est rallié à l’unanimité à la proposition du vice-président de la Ligue fluviale, M. Marcel Régnier, président du Conseil général de l’Ailier, qui formula le vœu suivant :
- (( Le Congrès,
- « Convaincu que les initiatives privées et locales doivent, dans la plus large « mesure possible, se substituer à Faction administrative pour l’étude et la réalisa-(( tion des œuvres d’intérêt général, telles que les canaux,
- « Considérant, d’autre part, qu’il y a lieu de rechercher, soit dans l’organisation (( d’une régie intéressée, soit dans une Société anonyme constituée par l'association « des capitaux privés et des capitaux collectifs souscrits par les collectivités locales, « régionales et l’État, l’organisme financier et de gestion,
- « Persuadé, enfin, que l’organisation de concours importants, la triple étude des « ressources économiques, des moyens techniques et de l’organisme financier de « réalisation ont des avantages précieux,
- « Invite les régions qui sentent la nécessité de réaliser rapidement les grands « travaux nécessaires à leur développement économique à recourir résolument aux « initiatives privées en les associant aux collectivités intéressées. »
- A ces vœux généraux, le Congrès, sur la proposition de M. Mallet, vice-président de l’Association générale de la Navigation intérieure, en joignit un troisième, ainsi conçu :
- « Le Congrès,
- « Considérant que les conditions anormales dans lesquelles sont actuellement « exploitées les chemins de fer, sous la garantie de l’Etat, rendent impossible le a fonctionnement commercial des voies navigables, dont cependant l’utilisation et « le développement apparaissent, au lendemain de la guerre, comme un des moyens « les plus efficaces pour remédier à la crise des transports,
- « Émet le vœu :
- « Que, dans le plus bref délai, toutes mesures soient prises pour faire disparaître a la cause initiale de cette situation, laquelle réside, de toute évidence, dans l’exploite tation déficitaire des voies ferrées, et pour rétablir ainsi le jeu régulier d’une saine « et équitable concurrence. »
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- LE CONGRÈS FRANCO-AMÉRICAIN DE TOURS (‘21-24 SE PT EM R RE 1919). 111
- Le Congrès aborda ensuite et poursuivit, sous la présidence de M. Georges Hersent, assisté de M. Beciimann, l’étude économique et technique des divers problèmes concernant les voies navigables de l’Ouest, l’aménagement des cours d’eau du bassin de la Loire, l’utilisation des forces hydrauliques du fleuve et de ses affluents, les mesures à prendre contre les inondations et en vue des améliorations agricoles.
- La question capitale était celle de la voie navigable de Nantes à Orléans et Briare. Depuis plus de vingt ans, on est unanime à reconnaître la nécessité de cette artère transversale, qui doit relier Saint-Nazaire et Nantes, au réseau navigable du Centre et de l’Est; mais on s’était dès longtemps divisé sur la manière d’établir cette voie navigable. Les Comités de la Loire Navigable avaient préconisé l’utilisation du fleuve lui-même et obtenu qu’on fît des essais pour améliorer sa navigabilité, sur une vingtaine de kilomètres, du confluent de la Maine à Montjean. Ils se sont déclarés satisfaits des résultats de ces essais faits à leur instigation, au moyen d’épis, et ont demandé que les travaux fussent poursuivis par les mêmes procédés. Par contre, les partisans du Canal latéral soutenaient que les résultats de ces essais étaient loin d’être satisfaisants, que, sans avoir procuré les facilités de navigation désirées, les travaux avaient été préjudiciables aux riverains en amenant un relèvement du plan d’eau : le Conseil Général de Maine-et-Loire s’était même rangé à leur avis et avait refusé toute contribution aux travaux projetés pour la Loire.
- En présence d’un tei conflit d’opinions, il importait de trouver un terrain d’entente. On a réussi à se mettre d’accord sur les conclusions à adopter à ce sujet et c’est à l’unanimité qu’a été émis le vœu suivant :
- « Le Congrès,
- « Prenant acte des décisions récentes du ministre des Travaux Publics et des Transports (1),
- « Insiste sur l’urgence extrême de l’ouverture de la voie navigable destinée à « relier enfin la Loire Maritime au grand réseau de la navigation intérieure de la « France, voie qui devra présenter les mêmes conditions de navigabilité que les « artères de première catégorie de ce réseau.
- « Demande en conséquence que les opérations préliminaires soient accomplies « dans le plus bref délai possible,
- « Recommande la création simultanée, dans la partie haute du bassin, de réser-« voirs d’arrêt, qui, tout en régularisant le régime du fleuve en vue de la lutte « contre les inondations comme de l’augmentation du débit d’étiage, constitueraient « d’importantes forces motrices susceptibles de contribuer grandement à l’élabora-« tion de la combinaison financière au moyen de laquelle les travaux d’ensemble « pourront être réalisés,
- « Et demande que l’Administration veille à l’efficacité des moyens de défense u des vallées. »
- A Tours, la voie navigable de la vallée de la Loire se raccorderait avec celle qui se dirige vers Bourges, Lyon et Bâle. Le Congrès s’est félicité de la décision récem-
- (1) Ces décisions ministérielles comportent l’achèvement des travaux d’amélioration entre la Maine et Nantes, l'entreprise immédiate de travaux semblables, entre la Maine et la Vienne et l’ouverture d’un concours pour l’établissement du projet de voie navigable depuis la Vienne jusqu’à Orléans et Briare.
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- 112 NOTE DU COMITÉ DES CONST. ET BEAUX-ARTS. — JANV.-FÉVR. 1920.
- ment prise par le Gouvernement de procéder sans retard aux travaux d’élargissement du canal du Berry, dont la mise à grande section a été depuis longtemps reconnue indispensable. Comme complément de cette heureuse mesure, il a émis le vœu que le canal du Berry soit prolongé de Noyers jusqu’à Tours et qu’une alimentation en eau suffisante lui soit assurée par la construction simultanée du canal de Moulins à Sancoins, prévue dans le programme Baudin. Ainsi serait réalisée la voie navigable de Nantes à Bâle par le Berry.
- Le retour de l’Alsace à la mère-patrie conduit à établir des communications rapides entre Strasbourg et l’Océan par la vallée de la Loire. Aussi le Congrès a-t-il bien accueilli le projet de canal de jonction de la Loire à la Marne, de Montargis à Yitry-le François, préconisé par la Chambre de Commerce de Troyes et destiné à réduire de près de 200 km le parcours Nantes-Strasbourg. Il a été arrêté ce qui suit :
- « Étant données les vues que les promoteurs de la voie navigable de la vallée de « la Loire ont sur ses communications avec l’Est de la France,
- « Étant donné que l’un des moyens les plus indiqués de réaliser ces vues contt sisterait à mettre en communication par des canaux la voie navigable de la Loire « avec Joigny et ensuite Saint-Florentin avec Vitry-le-François,
- « Étant donné que la première partie de ces travaux ne pourra être exécutée que « quand la voie navigable sera ouverte jusqu’au canal d’Orléans,
- « Il est évident que c’est par le tronçon de Vitry-le-François à Saint-Florentin « que la construction du canal de jonction envisagé devra être commencée.
- « En conséquence, le Congrès émet le vœu que les Pouvoirs publics en fassent, « dans le plus bref délai possible, une étude approfondie en envisageant le gabarit « de ce canal à 600 tonnes. »
- D’autre part, il a été reconnu désirable que le port de La Rochelle-La Pallice fût relié aussi à cette grande artère transversale. A la suite de l’exposé fait à ce sujet par M. Legay, le Congrès a émis le vœu suivant, présenté par les délégués de la Chambre Syndicale du Commerce et de l’Industrie des Deux-Sèvres, de la Chambre de Commerce de Poitiers et de la Fédération des Groupes commerciaux et industriels des Charentes et du Poitou :
- « Le Congrès,
- tt Considérant que la jonction de la Loire à l’Océan par la Vienne, le Gain et la « Sèvre Niortaise, d’une part, et la Charente, d’autre part, est prévue dans la loi de « Freycinet (1878) et Baudin (1903),
- « Considérant que le rapport présenté dans ce sens par M. l’Ingénieur en chef « Legay conclut favorablement,
- « Émet le vœu que cette jonction soit opérée concurremment avec les travaux de « mise en état de navigabilité de la Basse-Loire. »
- Quant à la jonction de la Loire à la Manche, qui a fait l’objet d’un exposé du docteur Jallot, elle a donné lieu à un échange d’observations sur les tracés en concurrence, l’un par la Mayenne, l’autre par la Sarthe; d’accord avec les présidents des deux Assemblées départementales intéressées, le Congrès a adopté les conclusions suivantes :
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- LE CONGRÈS FRANCO-AMÉRICAIN DE TOURS (21-24 SEPTEMBRE 1919). 113
- (( Le Congrès,
- « Considérant l’intérêt majeur qui s’attache à la construction d’une voie navi-« gable mettant en communication la Loire et la Manche,
- « Considérant que des études économiques et techniques ont été entreprises par « les services des départements intéressés, mais qu’il y a lieu de coordonner et « d’achever ces études dans le plus bref délai,
- « Emet le vœu :
- « Que les Conseils Généraux, les Chambres de commerce et les Offices départe-« mentaux de production agricole instituent une conférence inter-départementale « chargée de procéder à une étude économique comparative et complète et que le u gouvernement veuille bien, parallèlement à l’étude économique, procéder avec la « même célérité aux études techniques comparatives. »
- Enfin, sur la proposition de M. Abel Durand, secrétaire général du Comité central de la Loire navigable, le Congrès a appelé l’attention des Pouvoirs publics sur la nécessité d’améliorer le canal de Nantes à Brest et notamment de supprimer la traversée à niveau de la Vilaine par ce canal en construisant le barrage de Redon.
- E. Audoüin,
- professeur à V Université de Poitiers.
- Tome 132. — 1er semestre. — Janvier-Février 1920.
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- COMPTES RENDUS
- DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- CONSEIL D’ADMINISTRATION
- SÉANCE PUBLIQUE
- DU 6 DÉCEMBRE 1919 Présidence de M. L. Lindet, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Sont présentés pour devenir membres de la Société et admis, séance tenante :
- M. Plinio Silva, député, ingénieur, capitaine du génie, 140, rue da Vista, Lisbonne (Portugal), présenté par M. Ringelmann;
- M. Chervin (Pierre), administrateur du Jardin d’Essais du Hamma, sous-directeur de l’Agriculture de l’Algérie, 26, boulevard Carnot, à Alger, présenté par M. Dybowski;
- M. le Directeur de la Station d’Essais de Machines agricoles de l’Afrique du Nord, École d’Agriculture de Maison-Carrée (Algérie), présenté par MM. Ringelmann et Lindet;
- M. Bal (Eugène), licencié ès sciences et licencié en droit, 112, rue Saint-Dominique, à Paris (7e), présenté par MM. Partiotet Delmar;
- La Société des Établissements Bajac (M. E. Gosset, administrateur délégué), à Liancourt (Oise), présentée par MM. Lindet et Toulon.
- M. Lindet, président, remercie ceux de nos collègues qui, répondant à l’appel inséré dans nos comptes rendus bi-mensuels, ont bien voulu s’imposer une contribution volontaire en faveur de notre Bulletin, dont les frais de publication sont de plus en plus élevés. Ce sont : M. Roffo; la Société anonyme « L’Air liquide » ; M. A. Hugot; M. Schlœsing; MM. Simon frères; M. Ch. Viellard ; M. Durieux; M. iancrède; M. Barthélemy; M. P. de Chambrier (Mines et Usines de Péchelbronn); M. Haton de la Goupillière ; M. V. Bernard; MM. Gillet et fils; M. A. Scheurer; M. L. Duru; M. Rochet-Sclmeider; M. de Nervo (Société de Mokta-el-Hadid) ; MM. A. et L. Lumière (2e verse-
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- ASSEMBLÉE GÉNÉRALE : SÉANCE DU 20 DÉCEMBRE 1919. 115
- ment). Il nous a été adressé ainsi : 250 f par la Société de l’Air liquide; 300 f par M. Ch. Viellard; 1000 f par M. de Chambrier; 500 f par MM. Gillet et fils; 500 f par la Société de Mokta-el-Hadid; 1 000 f par MM. A. et L. Lumière-
- M. Paul de Chambrier, directeur général des Mines et Usines de Péchel-bronn, fait une communication sur Les gisements de pétrole d'Alsace (1).
- M. le Président. — Nous sommes frappés de voir combien les documents que notre savant conférencier a eu soin de réunir pour servir à la longue histoire des mines de Péchelbronn conservent une note scientifique; c’estque, pendant longtemps, ces mines furent dirigées par l’éminent chimiste, notre ami, M. Achille Le Bel, et qu’aujourd’hui, la tâche est entre les mains de M. de Chambrier; les études géologiques qu’il vient d’exposer le conduiront certainement à découvrir de nouveaux gisements, peut-être en dehors de l’Alsace, et les nouveaux procédés d’extraction dont il est l’auteur viennent de changer l’allure générale du travail et d’améliorer le rendement. Notre Société le félicite d’avoir assuré le développement d’une des richesses de notre Alsace reconquise.
- Recevez, mon cher Collègue, nos remerciements et nos applaudissements.
- La séance est levée à 18 h. 45 m.
- ASSEMBLÉE GÉNÉRALE
- DU 20 DÉCEMBRE 1919
- Présidence du Comte Zamoyski,
- Ministre de Pologne en France.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Sont présentés pour devenir membres de la Société et admis séance tenante :
- Le général baron Empain, 33, rue du Congrès, à Bruxelles, et 50, rue de Lisbonne, à Paris (8e), présenté par M. J. Rey et le général Sebert;
- Le général Ferrié (Gustave-Auguste), Inspecteur général de la Télégraphie militaire, 23, boulevard du Montparnasse, à Paris (6e), présenté par le lieutenant-colonel Renard et M. Lindet; -
- M. Pascalis (G.), fabricant de produits chimiques, président de la Chambre de Commerce de Paris, 5, rue Chapon, à Paris (3e), présenté par M. Legouet et M. Lindet;
- (1) Le texte in extenso de cette communication est donné à la page 45 du présent numéro.
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- 116 COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — JANVIER-FÉVRIER 1920.
- L’École technique Scientia 23, rue François-Gérard, à Paris (16e), présentée par M. Gaiffe;
- La Compagnie française pour l’Exploitation des Procédés Thomson-Houston, 364, rue Lecourbe, à Paris (15e), présentée par la Compagnie Thomson-Houston (10, rue de Londres, à Paris), et les Ateliers Thomson-Houston (219, rue de Vaugirard, à Paris);
- M. D ufour (Georges), Ingénieur des Arts et Métiers, à Anic-he (Nord), présenté par MM. Hillairet et Guillery;
- L’Union des Syndicats de l’Électricité, 7, rue de Madrid, à Paris (8e), présentée par M. Zetter;
- La Société auxiliaire pour le Développement de l'Industrie et du Commerce français, 5, rue Saint-Georges, à Paris (9e), présentée par MM. Bertin et Toulon;
- La Société des Chaux et Ciments, 82, boulevard Saint-Germain, à Paris (5e), présentée par M. Toulon;
- M. Maurel (Pierre), minotier, 15, boulevard d’Athènes, à Marseille, présenté par MM. Lindet et Lemaire ;
- La Direction générale des Travaux publics du Maroc, à Rabat (Maroc), présentée par M. François Malet;
- M. Lefebvre (B.), ingénieur, directeur général des Établissements Petit-Wicart et Cousin, constructeurs, 14, rue de Clichy, à Saint-Ouen (Seine);
- MM. Geoffroy et Delore, fabricants de câbles électriques, 28 et 30, rue des Châsses, à Clichy (Seine), présentés par MM. Lindet et Toulon;
- La Société du Traitement des Quinquinas, 18, rue Mahler, à Paris (4e) (membre perpétuel), présentée par MM. Lindet et H. Hitier ;
- La Société anonyme de Carbonisation et de Distillation des Combustibles, 1, rue Jules-Lefebvre, à Paris (9e), présentée par MM. Paul Mallet et Lindet.
- M. Lindet, président de la Société, prononce l’éloge de deux collègues décédés.
- De nombreuses générations d’élèves à l’École centrale ont connu Achille Mermet. Ce fut lui qui, comme chef des laboratoires pour la préparation des cours de chimie, organisa les premières manipulations d’analyse. Il fut plus tard nommé examinateur à cette École et, comme tel, a exercé une action heureuse sur l’orientation à donner à l’enseignement de la chimie. On doit à Mermet des travaux intéressants publiés en collaboration avec son collègue, M. Delachanal, sur des tubes pour l’analyse spectrale, sur le dosage du sulfure de carbone, etc.... Son jugement et sa droiture l’appelèrent à faire partie des commissions chargées de réformer les programmes de l’enseignement tech-
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- ASSEMBLÉE GÉNÉRALE : SÉANCE DU 20 DÉCEMBRE 1919.
- 117
- nique; il fut membre, vice-président, président de nombreuses sociétés de secours mutuels, président de l’Association des professeurs de physique, chimie, histoire naturelle des lycées et collèges de France. Retiré à Joinville-le-Pont, il fut, en 1912, élu maire de cette commune, où il joua, au cours de la guerre, un rôle difficile d’administrateur et montra les plus beaux exemples d’énergie. M. Merme-t, lauréat de notre Société, était chevalier de la Légion d’honneur.
- Félix de Lalande, ancien élève de l’Ecole polytechnique, Ingénieur des Mines, entreprit, en 1872, sur les conseils de son maître et ami, Schutzen-berg, et rendit industrielle la teinture en indigo au moyen de l’hydrosulfite de sodium; de nouvelles méthodes de préparation des hydrosulfites permirent de généraliser l’emploi de ces sels réducteurs pour produire toute une série de colorants, dits colorants pour cuves, remarquables par leur solidité. En 1874, il demanda à l’Académie des Sciences l’ouverture d’un pli cacheté qui contenait la synthèse de la purpurine par oxydation de l’alizarine, et il ouvrit ainsi la voie à la synthèse de toutes les oxyanthraquinones prévues par la théorie. On doit encore à de Lalande l’invention d’une pile au zinc, à l’oxyde de cuivre et à la potasse, qui consomme à peine en circuit ouvert.
- M. F ouret, au nom de la Commission des Fonds, fait un exposé de l’exercice financier de l’année 1918. Lecture est donnée d’un rapport de M. Bordet, censeur, sur l’exercice financier des années 1915, 1916, 1917 et 1918 (1).
- L’assemblée générale approuve les comptes des exercices des années 1915, 1916, 1917 et 1918 et vote des remerciements à l’adresse de M. Alby, trésorier et de M. Fouret, rapporteur.
- Le lieutenant-colonel Renard présente l’ouvrage de M. le lieutenant de vaisseau Rouch, intitulé : Manuel pratique de météorologie.
- Dans la conférence que j’ai en l’honneur de faire à la Société, il y a quelques mois, sur la météorologie, j’ai épais l’opinion que, malgré son imperfection, cette science pourrait, dans son état actuel, rendre beaucoup plus de services pratiques qu’on ne le suppose.
- Pour cela, deux conditions sont nécessaires. La première, c’est que les renseignements météorologiques fournis par les nombreux observatoires existants soient diffusés le plus largement possible afin que chacun puisse en prendre connaissance et se formuler à soi-même sa prévision du temps. Ceci est une question d’organisation.
- La seconde condition, c’est que les personnes qui consulteront les bulletins météorologiques soient à même d’en tirer des conclusions au point de vue de la prévision du temps. Pour cela, un certain nombre de notions sont nécessaires. Jusqu’à présent, ces notions étaient disséminées dans divers ouvrages, en général volumineux, quelquefois très savants et, en tout cas, presque toujours plus remplis de considérations théoriques que d’indications pratiques.
- (1) Voir ces rapports dans le Bulletin de novembre-décembre 1919, p. 289 et 309.
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- 118 comptes rendus des séances. — janvier-février 1920.
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- Il y avait là certainement une lacune à combler, et c’est ce que vient de faire M. le lieutenant de vaisseau Rouch, ancien chef du Service météorologique des Armées pendant une partie de la dernière guerre.
- Dans son introduction, il expose quelles sont les raisons pour lesquelles chacun, à son avis, doit rédiger pour son compte les prévisions météorologiques dont il a besoin. Je partage absolument, sous ce rapport, les idées exprimées par l’auteur d’une manière saisissante.
- La table des matières donne une idée très exacte du plan adopté. Les premiers chapitres sont consacrés aux principes de la prévision du temps, aux cartes météorologiques, à la manière de les lire. Les chapitres suivants donnent des détails sur les phénomènes principaux et les changements de temps, que l’observation permet de prévoir. D’autres sont consacrés à l’étude des phénomènes secondaires, notamment ceux qui concernent les grains et les brumes. Ces deux états de l’atmosphère sont très dangereux pour les aéronautes et les aviateurs, et il est tout naturel, au point de vue pratique, d’insister tout particulièrement sur la façon de les prévoir. L’ouvrage se termine par quelques considérations sur l’atmosphère supérieure et les difficultés de la prévision. Des appendices sont consacrés à l’observation des nuages, à l’histoire météorologique de l’année 1917 et aux conventions internationales pour la transmission des dépêches'météorologiques par télégraphie sans fil.
- L’ouvrage est illustré d’un grand nombres de figures très claires; sa lecture est extrêmement facile et je ne saurais trop la recommander à toutes les personnes qui s’intéressent aux questions météorologiques à un point de vue pratique.
- , La caractéristique de ce petit volume de moins de ISO pages, c’est qu’il n’a pas été rédigé par un météorologiste en chambre, ne connaissant l’atmosphère que par les courbes de ses instruments enregistreurs ou par la lecture d’interminables tableaux numériques. Le lieutenant de vaisseau Rouch, en sa qualité de chef du Service météorologique des Armées, a dû faire de la météorologie en rase campagne et fournir des prévisions à l’usage des états-majors, des artilleurs, des aviateurs, des aérostiers etc., tous intéressés, à des titres divers, à connaître et à prévoiries changements de temps. C’est le résultat d’une expérience personnelle de premier ordre qu’il met à la disposition du public. Espérons que celui-ci fera à cet ouvrage l’accueil qu’il mérite.
- M. Lindet, président de la Société, félicite M. Louis Lumière de sa nomination comme membre de l’Académie des Sciences, dans la division des Applications des Sciences à l’Industrie, où ont été déjà appelés nos collègues, MM. Rateau, Maurice Leblanc, Charpy et de Chardonnet.
- M. Lindet annonce que l’Union des Sociétés industrielles de France, dans laquelle notre Société avait été admise au moment du Congrès de Reims en 1914 (1), a repris ses travaux et a décidé, dans une réunion à laquelle assistaient les présidents ou les représentants des sociétés faisant partie de l’Union, de tenir le prochain Congrès à Mulhouse, à la fin de mai 1920;
- (1) Voirie Bulletin, 1914, t II, p. 121.
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- ASSEMBLÉE GÉNÉRALE : SÉANCE DU 20 DÉCEMBRE 1919.
- le président de ce congrès sera le président de la Société industrielle de Mulhouse, notre distingué collègue, M. de Lacroix.
- M. Lindet, président de la Société, annonce que, dans sa dernière séance, le Conseil de notre Société a décidé de ne pas augmenter la cotisation annuelle qui, par suite, reste fixée à 36 f, comme elle l’est depuis 1801, date de la fondation de la Société. Pour faire face aux dépenses nouvelles, notamment en ce qui concerne la publication du Bulletin, le Conseil a décidé d’y insérer, à partir de 1920, des annonces qui seront exclusivement réservées à nos membres, c’est-à-dire à des maisons françaises, et qui sont faites directement par les soins de la Société.
- M. Lindet, président de la Société, souhaite la bienvenue à M. le comte Zamoyski, ministre de Pologne en France, et salue en sa personne le représentant de ce grand peuple qui, pendant cent cinquante années, a été fidèle à son idéal, et qui, plutôt que de devenir prussien, autrichien ou russe, a préféré essaimer dans le monde entier, avec l’espoir convaincù qu’un jour les foyers, les champs et les forêts de l’ancienne Pologne seraient rendus à ceux qui ont souffert pour elle ; nos armées les ont reconquis.
- M. Zamoyski, président d'honneur, présente le conférencier, M. Dybowski, à l’auditoire et expose la situation et les désirs de la Pologne reconstituée ainsi que les raisons pour lesquelles la France a intérêt à voir se constituer une Pologne grande et forte.
- M. Dybowski, membre du Conseil de la Société et de l’Académie d’Agri-culture, fait une communication sur Les intérêts communs de la France et de la Pologne (industrie, agriculture, commerce).
- La Pologne peut facilement former un état homogène, uni, grand et fort : ses enfants, émigrés ou demeurés dans leur pays d’origine, sont nombreux et laborieux ; partout ils ont conservé leur langue, sont restés groupés et ont gardé le culte.de la mère-patrie.
- La France a accueilli un grand nombre d’émigrés. Il est de son intérêt de contribuer à la reconstitution d’un grand Etat polonais, capable d’ajouter efficacement ses forces aux nôtres pour combattre nos ennemis de l’Est, en cas de conflit, et empêcher leur infiltration en Russie pendant la paix. Ainsi sera réparée la faute commise en laissant partager la Pologne, en n’essayant pas ensuite de la reconstituer alors que la tâche eût été encore assez facile.
- Les territoires polonais rendus par l’Allemagne ne représentent que 12 p. 100 du territoire de l’ancien Empire, mais ils fournissaient 22 p. 100 des céréales et 27 p. 100
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- des pommes de terre produites dans l’Empire. Si ces territoires n’avaient pas contribué à son ravitaillement, l’Allemagne n’aurait pu résister aussi longtemps pendant la guerre. Il s’en faut de beaucoup cependant que les terres polonaises produisent tout ce dont elles sont capables. Elles peuvent contribuer grandement à notre approvisionnement en produits alimentaires, mais il faut pour cela que leur exportation soit facile et que les Polonais puissent disposer en toute liberté du port de Dantzig.
- La Pologne peut nous fournir du charbon : ses mines sont intactes; leur capacité actuelle de production qui est de 40 000000 t, dépasse de beaucoup ses besoins (20 000 000 t) et pourrait facilement atteindre 60 000 000 t.
- La Galicie fournit 1500 000 t de pétrole. Les territoires polonais sont couverts d’immenses forêts, peuplées pour les trois quarts de conifères, parmi lesquels des essences de choix employées en lutherie. On pourrait y pratiquer le gemmage des pins. Le lin est cultivé, et sa fibre pourrait être exportée en grandes quantités. La Pologne est aussi un pays d’élevage, surtout pour les bovins, les porcins, le lapin dont les peaux étaient exportées en grande quantité avant la guerre (fourrures) et la volaille dont les œufs étaient aussi exportés. L’industrie, sauf les industries extractives précitées et les industries agricoles, est encore peu développée.
- Enfin, la Pologne est un pays producteur de main-d’œuvre de bonne qualité et à bon marché. Avant 1914, jusqu’à 500 000 Polonais émigraient chaque année en Allemagne pour y travailler dans les usines, dans les mines et dans les exploitations agricoles.
- La France peut exporter en Pologne tous les produits de ses petites industries et lui prêter le concours de son élite intellectuelle, à qui le meilleur accueil est réservé.
- La séance est levée à 18 h. 45 m.
- SEANCE PUBLIQUE
- DU 10 JANVIER 1920
- Présidence du Général Duval Directeur de VAéronautique.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Sont présentés pour devenir membres de la Société et admis séance tenante :
- La Société anonyme des Anciens Établissements Loy et Aubé, constructeurs de fours, gazogènes, appareils de manutention spéciaux, 63, avenue des Champs-Élysées, Paris (8e), présentée par M. Charpv et les Établissements Bouchayer et Viallet (M. Aimé Bouchayer, administrateur-délégué);
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- Les Anciens Etablissements Egrot et Grange, constructeurs d’appareils de distillation, 19-21-23-25, rue Mathis, Paris (19e), présentés par MM. Quantin et Barrai ; *
- M. Marcotte (Gaston-Pierre-Louis), Ingénieur-chimiste, docteur ès sciences de l’Université de Nancy, 4, avenue Dorian, Paris (12e), présenté par MM. Lindet et Livache;
- La Société : Minerais et Métaux, 154, boulevard Haussmann, Paris (8e), présentée par le Comptoir Lyon-Alemand et la Société minière et métallurgique de Penarroya;
- M. N essi (André), Ingénieur des Arts et Manufactures (de la Maison Nessi frères, constructeurs d’appareils de chauffage par l’eau et la vapeur, 17, rue de l’Arsenal, Paris), 6, boulevard Richard-Lenoir, Paris (11e), présenté par M. Mariage;
- M. Danset (Maurice), directeur général de la Société anonyme Lille-Bon-nières et Colombes, 10, rue de Calais, Paris (9e), présenté par MM. Mallet et Lindet;
- Le Laboratoire de Physique générale et mathématique du Collège de France, 2, place Marcellin-Berthelot, Paris (5e), présenté par MM. Lindet, Gai et le général Sebert.
- M. Lindet, président de la Société, prononce l’éloge de deux de nos collègues décédés :
- M. Ëgrot, en sortant de l’Ecole centrale des Arts et Manufactures, fut appelé à diriger l’atelier de chaudronnerie, spécialement affecté à la construction' des appareils distillatoires, que son père venait de lui laisser. Sa mère l’initia aux affaires et ne cessa, pendant toute sa carrière industrielle, de lui prodiguer des conseils et des encouragements. Notre regretté collègue fut un constructeur très estimé, se préoccupant avant tout de la perfection dans, l’exécution des travaux qui lui étaient confiés et ne consentant jamais à diminuer la valeur de ses produits, pour lutter contre la concurrence. M. Egrot était membre du Conseil de l’Agriculture, officier de la Légion d’honneur.
- M. Louis Simon était le frère de M. Édouard Simon, notre ancien collègue du Conseil, qui a laissé parmi nous tant d’excellents souvenirs. Leur père avait fondé, à Elbeuf, en 1828, une fabrique de draps dont notre regretté collègue reprit la direction; il quitta les affaires en 1900, quand la fabrication patriarcale à laquelle il était attaché se transforma et prit l’allure d’une grande industrie. Nous adressons à son fils, notre collègue, M. André Simon, l’expression de nos regrets.
- Tome 4 32. — 1er semestre. — Janvier-Février 1920.
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — JANVIER-FÉVRIER 1920.
- M. Lindet, président de la Société, adresse à notre collègue du Conseil, M. Mangin, les félicitations de la Société au sujet de sa nomination à la direction du Muséum national d’Histoire naturelle»
- Il annonce qu’il a été, au titre de président de la Société, nommé, d’une part, membre honoraire de la Commission supérieure internationale d’Etudes franco-belges africaines, dont le président du Conseil supérieur est notre ancien président, M. Bertin; et, d’autre part, membre du Conseil d’administration de la Revue de Métallurgie, à la fondation de laquelle la Société a pris une si grande part, et qui, interrompue dans sa publication au cours de la guerre, la reprend aujourd’hui, sous les auspices du Comité des Forges.
- Il a représenté la Société, le 9 janvier dernier, à la séance de la Société des Ingénieurs civils, au cours de laquelle notre ancien président, M. Gruner, prenait possession du fauteuil présidentiel; la Société d’Encouragement félicite de ce choix la Société des Ingénieurs civils.
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- M. Lindet, président de la Société, se félicite de voir le général Duval présider cette séance, non seulement parce qu’il est le chef respecté de l’Aéronautique et qu’aux dernières années de la guerre, les plus décisives et les plus glorieuses, il a conduit notre aviation à la victoire, mais aussi parce qu’il a été un des meilleurs collaborateurs de notre Société ; il a en effet donné une forme pratique à notre « Comité de Retour aux Etudes techniques ». Grâce à sa direction et à l’activité de ses officiers, grâce aux livres dont les grands organismes industriels et nous avons doté les jeunes étudiants du front, nous avons facilité la rentrée ou les débuts dans l’industrie de près de S 000 officiers ou sous-officiers démobilisés et de 360 stagiaires.
- Régénérai Duval, président, présente le conférencier, M. H. Bouché, à l’auditoire, rappelle le rôle glorieux qu’il a joué au début de la guerre dans l’infanterie, où il a été blessé, et les services éminents qu’il a rendus ensuite dans l’aéronautique. Le général Duval rappelle avec quel scepticisme on songeait avant la guerre aux applications possibles de l’aviation. Les progrès immenses qu’elle a faits, les services considérables qu elle a rendus pendant la guerre, sont un sûr garant de ce qu’elle peut faire et de ce qu’elle fera pendant la paix si on veut bien lui accorder quelque crédit.
- M. Henri Bouché, élève de l’École normale supérieure, capitaine-aviateur, fait une communication sur les applications de la photographie aérienne : carte et cadastre, agriculture, travaux publics.
- L’emploi de la photographie aérienne dans la guerre a d’abord aidé la cartographie. La révélation du terrain vrai, de ses formes et de sa nature, révélation due
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- surtout à la stéréoscopie aérienne, a apporté ensuite à l’étude stratégique et tactique un très grand secours. Toutes les actions de guerre : préparations d’artillerie, prévisions d’offensives, progressions, bombardements aériens, ont usé de la photographie aérienne comme d’un mode, puissant et décisif, d’enregistrement et de contrôle.
- La paix revenue, le cliché d’avion aidera encore à l’instruction des troupes et des cadres. Mais la véritable évasion qu’il permet, hors de la perception commune, lui assure dans toutes les branches de l’activité humaine, un rôle de premier plan; et d’abord dans la connaissance.
- Rôle cartographique étendu, et s’adaptant, suivant les besoins : à l’exploration, à la pénétration, à l’occupation, à l’établissement de toutes cartes, selon la précision voulue et aussi l’appui possible de la topométrie terrestre.
- Rôle géographique, par l’explication présentée des formes du terrain, du régime et du travail des eaux courantes et de la mer; par l’illustration des groupements' humains selon la terre et de leur action inverse sur la terre. Ainsi sera vivifié l’enseignement capital de la géographie. Au delà de ce rôle dans la connaissance, la photographie aérienne aidera à l’action quotidienne des hommes.
- Apportant un secours décisif à la tâche redoutable dif cadastre, le cliché d’avion imposera, par les images qu’il présente, de lier cette tâche à celle des améliorations agricoles urgentes : remembrement, reboisement, irrigations, drainage. Il permettra une démonstration lumineuse des modes culturaux,- et une surveillance statistique et économique des grandes exploitations.
- Aide encore aux travaux publics, et de tout ordre, parla connaissance du terrain qu’il apporte, et le soulagement qu’il donnera au géomètre. Aide à cette tâche formidable de travaux publics qu’est la restauration des régions dévastées et où se grouperont tous les secours de la photograpj^ aérienne.
- Enfin, l’architecte urbaniste, dans ces régions à ressusciter, et demain, dans le monde entier, aura par le cliché d’avion la révélation d’ensembles insoupçonnés. Ainsi les hommes connaîtront une beauté nouvelle, que le développement fatal de l’aéronautique fera passer, tôt ou tard, dans le domaine commun.
- La séance est levée à 18 h. 45 m.
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- COMPTES RENDUS DES SEANCES.
- — JANVIER-FÉVRIER 1920.
- SÉANCE PUBLIQUE
- DU 17 JANVIER 1920
- Présidence de M. Deslandres Membre de l’Institut.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Sont présentés pour devenir membres de la Société et admis séance tenante :
- L’Association amicale des anciens Élèves de l’École de Chimie de Lyon, 68, rue de la République, Lyon (Rhône), présentée par MM. Gillet et
- L. Meunier;
- La Chambre des Ingénieurs-conseils et Ingénieurs-experts de France, 47, rue de Rome, Paris (9e), présentée par M. Prangey, le colonel Renard et
- M. Masson;
- M. P érissé (Jean-Ferdinand-Lucien), Ingénieur des Arts et Manufactures, 94, boulevard Malesherbes, Paris (17)e, présenté par M. Lindet;
- M. B erran (Alfred), organisateur-conseil de comptabilités, commissaire aux comptes de sociétés, administrateur de la Compagnie des Experts-Comptables de Paris, rédacteur en chef de La Comptabilité et les Affaires, 8, rue Faraday, Paris (17e), présenté par MM. G. Lumet et Raphaël-Georges Lévy;
- La Compagnie française Thomson-Houston (Usine de Colombes), 223, boulevard de Valmy, Colombes (Seine), présentée par la Compagnie Thomson-Houston et la Société des Ateliers Thomson-Houston;
- MM. Ciienevier, Bailly et Cie, produits chimiques pour la tannerie et la mégisserie, 36 et 38, rue de TAmiral-Mouchez, Paris (14e), présentés par MM. Bailly et Lindet.
- M. Lindet, président de la Société, prononce l’éloge d’un de nos membres correspondants étrangers.
- M. Arthur Legallet était d’origine française ; il était parti très jeune aux États-Unis et avait à San Francisco, une grande mégisserie où des centaines de nos anciens compatriotes avaient trouvé du travail et de hauts salaires. Il avait en effet consacré une grande partie de son activité à soutenir les intérêts français dans l’Ouest des États-Unis ; il était conseiller du Commerce extérieur, chevalier de la Légion d’honneur, membre correspondant dé notre Société au titre du Comité des Arts chimiques. Pour se rapprocher de son fils,
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- engagé dans l’armée américaine, M. Legallet était venu, au cours de la guerre, se fixer dans sa patrie d’origine.
- Notre Société a eu la grande satisfaction d’apprendre que M. Raphaël-Georges Lévy, notre collègue du Conseil, a été nommé au Sénat, où sa compétence est appelée à rendre les plus précieux services et que notre collègue, M. de Monicault a été élu député; il apportera à la Chambre les connaissances approfondies qu’il possède des questions agricoles.
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- M. Lindet, président de la Société, exprime, à M. Deslandres les remerciements du Conseil pour l’honneur qu’il lui a fait en acceptant de présider la séance, au cours de laquelle M. Langevin doit nous exposer les résultats obtenus dans l’observation des phénomènes de la Relativité. Il sait que tous ses travaux ont été dirigés vers l’étude des grandes lois de la physique et de la mécanique céleste, qu’il s’intéresse à l’évolution des idées dont notre conférencier s’est fait le propagandiste. M. Lindet dit que les commentaires à cette conférence et les compliments adressés au conférencier sortiront d’une bouche beaucoup plus autorisée que la sienne.
- M. Deslandres, président, montra l’importance de la question qui va être traitée par M. Langevin et donne les raisons pour lesquelles elle mérite de retenir l’attention bien que, sur certains points, les idées nouvelles prêtent à la discussion et que certains faits qu’elles expliquent puissent peut-être être expliqués sans y recourir. Quoi qu’il en soit, les théories nouvelles sont fécondes puisque seules, pour l’instant, elles expliquent des faits nouveaux et conduisent à des conclusions vérifiées par l’expérience.
- M. Langevin, professeur au Collège de France, fait une communication sur- : Une révolution dans les conceptions de la physique : la relativité.
- Contrairement aux prévisions fondées sur les théories qui admettent la possibilité d’une action instantanée à distance (temps absolu, mécanique rationnelle et mécanique céleste au sens de Newton, théorie des ondulations de Fresnel en optique), les expériences les plus délicates ne permettent pas de mettre en évidence, par des mesures effectuées à l’intérieur d’un système matériel comme la Terre, un mouvement de translation d’ensemble de ce système.
- Ainsi s'impose, comme traduction immédiate des faits, le principe de relativité restreinte énoncé en 1905 par M. Einstein sous la forme suivante :
- Les lois de la physique sont les mêmes pour différents groupes d’observateurs en mouvement de translation uniforme les uns par rapport aux autres.
- Joint au fait, prévu par la théorie électromagnétique et vérifié directement au cent-milliardième près, par l'expérience célèbre de Michelson, que la lumière se pro-
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- page avec la même vitesse dans toutes les directions, ce principe conduit à des conséquences extrêmement importantes et nouvelles au point de vue expérimental.
- Il donne une explication cinématique immédiate et simple de la loi d’entraînement des ondes lumineuses parles milieux réfringents en mouvement telle que Fresnel l’a prévue et que Fizeau l’a établie expérimentalement, du fait que les particules en mouvement rapide, comme les rayons [1 du radium, ont des vitesses qui s’accumulent au voisinage de celle de la lumière sans pouvoir l’atteindre ni la dépasser, du fait que la masse de ces particules varie avec leur vitesse suivant une loi exactement prévue.
- La mécanique nouvelle à laquelle il conduit permet, quand on l’applique aux mouvements intraatomiques, de prévoir la structure exacte des raies de l’hydrogène dans la série de Balmer et des spectres d’émission des rayons de Rôntgen.
- Cette mécanique, plus simple que la mécanique rationnelle qu’on ne peut plus considérer que comme une première approximation, unifie les notions de masse et d’énergie et conduit à une loi de proportionnalité de l’inertie d’un système matériel à son énergie interne. Tout gain ou perte d’énergie interne par rayonnement, par exemple, se traduit par une variation correspondante de la masse.
- On trouve là une explication immédiate des petits écarts entre les masses atomiques des éléments et les muliples entiers de la masse atomique de l’hydrogène ou de l’hélium tout en maintenant le point de vue, de plus en plus justifié par l’expérience, de l’unité de la matière. Ces petits écarts seraient dus aux pertes ou gains d’énergie pendant la formation ou la désintégration des atomes complexes.
- Comme le poids varie en même temps que la masse, on est conduit à conclure que l’énergie est pesante en même temps qu’inerte.
- Le développement de cette idée a permis à M. Einstein d’énoncer un principe de relativité généralisé et d’en déduire des conséquences vérifiées par l’expérience.
- A condition d’introduire des champs de gravitation convenables, il est possible d'énoncer les lois de la physique sous une forme complètement indépendante du système de référence, quels que puissent être le mouvement ou la déformation de celui-ci au cours du temps.
- Deux confirmations expérimentales remarquables sont venues récemment justifier l’introduction de ce principe : il a permis d’expliquer, sans introduction d’aucune hypothèse ou constante arbitraire, le mouvement exact de la planète Mercure, ce que la Mécanique céleste de Newton est impuissante à faire.
- Il a permis à M. Einstein de prévoir que la lumière est déviée sous l’action de la gravitation, et en particulier qu’une étoile vue dans une direction voisine du bord du Soleil paraît plus éloignée de 1,74 s du centre de cet astre que si la lumière se propageait en ligne droite. Deux expéditions organisées par les astronomes anglais ont permis, au cours de l’éclipse totale du 29 mai dernier, de vérifier quantitativement l’exactitude de cette prévision.
- La nouvelle théorie présente ce caractère remarquable qu’elle traduit immédiatement des faits et en déduit l'explication d’autres faits restés obscurs jusqu’ici ou la prévision exacte de faits entièrement nouveaux. Il est nécessaire pour cette raison d’habituer nos esprits au changement profond qu’elle introduit dans les notions les plus fondamentales de la géométrie, de la cinématique et de la mécanique.
- La séance est levée à 19 h.
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- COMITÉ DES ARTS CHIMIQUES
- Extrait du procès verbal de la séance du 9 décembre 1919.
- M. Raclé présente un rapport sur plusieurs communications adressées à la Société par Sir Robert Hadfield, membre correspondant du Comité :
- 1° Traduction anglaise du compte rendu clu Congrès de Verein deutscher Eisenhültenleute, qui s’est tenu à Düsseldorf le 14 avril 1918. Son président, M. Vogler, dans une adresse, a résumé l’activité du Verein depuis le congrès précédent, tenu en 1917. Il y a signalé les difficultés rencontrées par les usines métallurgiques allemandes pour s’approvisionner des matières premières, dont le blocus des armées alliées arrêtait l’importation en Allemagne. C’est le cas, par exemple, pour les minerais de manganèse et d’aluminium, les huiles de graissage, les courroies en cuir. M. Vogler s’est attaché à mettre en relief l’importance que prennent les questions industrielles, minières et métallurgiques dans la vie des nations, comme la guerre en a fourni la preuve; il part de là pour insister sur la nécessité qui s’impose d’en tenir compte dans l’établissement des programmes d’enseignement des écoles d’ingénieurs, aussi bien que dans les rapports entre patrons et ouvriers.
- Le compte rendu donne, entre autres choses, le résumé de deux communications présentées, l’une par M. Bôker sur les réserves de charbon en Allemagne, et l’autre par M. Simmersbach sur les besoins de minerais.
- Dès deux rapporteurs ne manquent pas d’insister sur l’importance des gisements miniers situés sur le territoire français, alors occupé par les troupes allemandes. M. Bôker fait remarquer que l’Allemagne ne saurait abandonner les mines de charbon du Nord sans obtenir de la France une compensation appropriée.
- Le Professeur Simmersbach n’hésite pas à déclarer que la possession du bassin de Briey est une question vitale pour l’Allemagne qui ne saurait l’abandonner à aucun prix.
- Tel était encore l’état d’esprit des grands métallurgistes allemands en avril 1918; ils ne voyaient dans la guerre que le moyen de s’assurer la possession des minerais lorrains et peut-être, éventuellement, des charbonnages du Nord de la France. La très intéressante communication de Sir Robert Hadfield
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- nous en apporte une preuve particulièrement frappante, et, à ce titre, nous devons en exprimer tous nos remerciements à son éminent auteur.
- 2° Notes diverses. — Elles résument les appréciations de Sir Robert Hadfield sur certaines questions à l’ordre du jour.
- En ce qui concerne la contribution apportée par les Allemands dans les grandes découvertes intéressant la métallurgie, Sir Robert Hadfield tient à affirmer qu’elle est complètement nulle, car les Allemands n’ont jamais découvert aucun principe nouveau. 11 reconnaît toutefois que, dans la pratique industrielle, les Allemands s’étaient assuré une supériorité incontestable, tenant à leur persévérance, à leur énergie, à leur esprit d’organisation; à cette occasion, Sir Robert Hadfield rend aux ingénieurs français, et notamment à Pierre Martin, l’inventeur du procédé de fabrication de l’acier sur sole, un hommage mérité.
- Il exalte en même temps l’esprit d’initiative dont les ingénieurs anglais et français ont fait preuve pendant la guerre pour créer chez les Alliés, et souvent de toutes pièces, les industries dont les Allemands s’étaient assuré le monopole, et, dit-il, malgré les difficultés de l’heure, ils y ont réussi dans des conditions tout à fait remarquables.
- Dans une seconde note, Sir Robert Hadfield expose ses idées sur la réforme de Venseignement en Angleterre, sur les mesures à prendre pour la formation des jeunes ingénieurs, sur les encouragements à donner aux inventeurs afin de solliciter l’esprit de recherche. Il estime que l’enseignement scientifique est trop négligé en Angleterre, spécialement à Oxford et à Cambridge ; il en conclut qu’il faut modifier cet enseignement, qu’il considère comme étant beaucoup trop littéraire, de manière à y faire une part de plus en plus large aux études scientifiques et industrielles.
- M. Raclé rend compte de deux communications faites à la Société par M. Jules Düponchelle : l’une sur le retrait des pièces à la fontel’autre sur la fabrication des pièces en fonte malléable.
- Dans la première note, l’auteur montre corn ment le dessinateur qui établit des modèles peut et doit tenir compte du retrait s’il veut éviter certains accidents possibles des pièces moulées; il insiste sur la nécessité d’une collaboration étroite entre le fondeur et le constructeur de modèles. Il donne des exemples de pièces à mouler et indique, au moyen de formules, quelles dimensions il convient de donner à leurs différentes parties; il signale aussi quelques tours de mains qui, au démoulage, permettent, en accélérant par exemple le refroidissement de certaines parties, d’éviter la création de tensions intérieures dangereuses pour la conservation de la pièce.
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- CO-MITÉ DES ARTS CHIMIQUES : SÉANCE DU 9 DÉCEMBRE 1919.
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- Dans la deuxième note, l’auteur étudie la nature des fontes employées pour l’obtention des pièces en fonte malléable, le recuit des pièces, leur retrait, la composition et les propriétés des fontes malléables, leur emploi, leur prix de revient.
- M. L. Guillet observe qu’il n’est question dans cette note que du procédé ancien, dans lequel la décarburation est produite par contact avec l’oxyde de fer. Ce procédé, dit français, est parvenu à un haut degré de perfection, mais il en existe un autre fort intéressant, dit américain. Dans ce procédé, la transformation se traduit par une décomposition du carbure de fer de la fonte avec précipitation de son carbone à l’état de graphite, ce qui fournit une fonte, dite à cœur noir, pouvant être travaillée comme une fonte très douce. La difficulté est de réaliser exactement la température qui convient : très peu au-dessous ou au-dessus de cette température ou bien la, décarburation n’a pas lieu ou bien la pièce est mise hors d’usage.
- M. Appert attire l’attention sur les surprises que pourraient avoir les industriels qui feraient trop vite des installations de fours ou de réservoirs en vue de substituer le mazout à la houille, devenue déficitaire. Cette substitution ne peut pas se réaliser dans toutes les industries car le mazout donne fréquemment des produits de combustion riches en acide sulfureux qui peuvent exercer une action nocive sur les corps en contact avec les fumées; la composition et la teneur en soufre du mazout sont d’ailleurs assez variables il n’est pas certain qu’on pourra s’en procurer en quantités suffisantes ; enfin, la demande croissante de ce combustible a eu pour effet de provoquer la hausse de son prix de vente.
- M. Chesneau signale que le mazout disponible ne représente guère que le dixième de la production mondiale du pétrole, soit 5 000 000 t, ce qui équi-vaut-à 6 000 000 t de houille. Notre pays consomme 60 000 000 t de houille; brûlerait-on tout le mazout disponible dans le monde qu’il ne remplacerait encore qu’une petite fraction de la houille qui nous est nécessaire.
- M. Haller pense que la généralisation de l’emploi du cracking aura aussi pour effet de diminuer le tonnage de mazout disponible.
- M. Delloye signale le cas de fours à gaz qui peuvent être chauffés indifféremment tantôt à la houille, tantôt au mazout; les modifications à apporter aux foyers disposés pour brûler la houille seule sont très légères.
- M. Guillet parle de l’emploi dans les foyers du charbon pulvérisé, qui tend à s’introduire dans l’industrie sous une forme nouvelle : le pulvérisateur Tome 1 32. — 1er semestre. — Janvier-Février 1920. 17
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — .JANVIER-FÉVRIER 1920.
- serait installé au voisinage même du brûleur : les frais d’installation sont moindres que si le broyage est pratiqué loin du foyer, mais le broyage est plus coûteux parce qu’il n’est pas précédé d’une dessiccation préalable du charbon.
- On a beaucoup parlé de la vague de paresse qui aurait touché les travailleurs. M. Guillet constate au contraire une vague de travail chez tous ceux qu’on peut considérer comme des travailleurs de la pensée : les cours qu’il professe sont suivis par des auditeurs beaucoup plus nombreux, beaucoup plus attentifs, studieux et sérieux qu’avant la guerre. Les membres du Comité qui sont dans l’enseignement ont fait la même constatation : la mentalité des élèves, étudiants et auditeurs actuels est toute différente de celle d’avant-guerre; les remarques, les observations qu’ils font dénotent aussi des esprits avertis, mûris, attachant aux questions qui les intéressent la valeur relative qu’elles méritent.
- M. Guillet fait deux communications sur :
- 1° Les aciers au nickel-chrome-vanadium ; il semble, d’après les dernières constatations faites, que, pour certaines applications, il y ait intérêt à réduire leur teneur en nickel ;
- 2° Les laitons au nickel : l’introduction dans ces laitons d’une proportion relativement faible de nickel a pour effet de leur communiquer les propriétés de laitons ordinaires beaucoup plus riches en cuivre.
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- COMITÉ DES ARTS ÉCONOMIQUES
- Extrait du procès verbal de la séance du 11 décembre 1919.
- M. Guillaume donne lecture d’une lettre adressée le 28 novembre 1919 à l’Académie des Sciences par M. Mailloux, ancien président de l’American Institute of Electrical Engineers, président de la Commission électrotechnique internationale, et délégué officiel de l’American Metric Association. C’est au nom de cette dernière qu’il s’est adressé à l’Académie des Sciences.
- L’Association américaine cherche auprès des corps savants ou des organisations techniques, industrielles ou commerciales de France, un appui moral pour l’œuvre qu’elle poursuit. Elle pense que jamais le moment ne sera plus opportun à cause des relations étroites qui se sont nouées entre les deux pays et leurs enfants pendant la guerre, et aussi parce que, dans quelques milieux américains mal informés, une action se dessine en vue d’assurer aux Etats-Unis le maintien de l’ancien système de mesures britanniques.
- Les défenseurs de ce mouvement rétrograde se flattent même d’agir efficacement sur le public européen pour conquérir aux unités britanniques droit de cité dans des pays depuis longtemps acquis aux mesures métriques. Ils ont formé de nouveaux groupements qui ne sont pas négligeables. Ils possèdent une puissance de propagande avec laquelle il faut désormais compter.
- L’American Metric Associatiation a pensé qu’un moyen efficace de combattre leur action aux États-Unis serait une intervention directe de chaque corps constitué, au groupement français, auprès d’un corps américain du même rang ou d’organisation comparable. Chacun des groupements français adresserait au corps correspondant américain un vœu qui l’inciterait soit à agir auprès des Pouvoirs publics, soit à participer aux œuvres de propagande en faveur du Système métrique qui existent aux États-Unis.
- M. Guillaume dit que l’Académie des Sciences a pris en considération la demande transmise par M. Mailloux. La réponse sera adressée à la National Academy of Sciences de Washington; la Société française de Physique fera de même à l’égard de l’American Physical Society (U. S. Bureau of Standards, de Washington); la Société française des Électriciens à l’égard de l’Institute of Electrical Engineers; la Société des Ingénieurs civils de France à l’égard de
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- l’American Society of civils Engineers. M. Guillaume demande si la Société d’Encouragement serait disposée à faire de même à l’égard du Franklin Insti-tute. Il donne des explications sur quelques points visés dans la lettre deM. Mailloux et dans la lettre que la Société des Ingénieurs civils se propose d’envoyer aux Etats-Unis (son texte a été transmis à la Société d’Encouragement).
- Dès l’établissement de la constitution des États-Unis, la question de l’adoption du système métrique fut envisagée, mais elle fut jugée prématurée. En 1866, il fut déclaré légal pour toute l’Union, tandis qu’aucune disposition législative semblable n’a été prise à l’égard du système britannique, reconnu seulement par les lois de chacun des États. Les valeurs du mètre et du kilogramme sont définies dans la loi de 1866 par leurs rapports au yard et à la livre. En 1893, un décret a renversé les fractions et défini le yard et la livre par leurs rapports au mètre et au kilogramme, représentés par les étalons issus du Bureau internationnal.
- Dans le Royaume-Uni, le système métrique est toléré depuis 1865, autorisé depuis 1878, légal depuis 1897. La loi d’obligation, votée par la Chambre des Lords en 1906, a échoué à la Chambre des Communes le 22 mars 1907, par 150 voix contre 118, sur une déclaration de M. Lloyd George, suivant laquelle le système métrique est peu employé en France, déclaration fondée sur une fausse interprétation d’une circulaire de M. G. Doumergue, recommandant à nos vérificateurs des Poids et Mesures d’agir, dans leurs circonscriptions respectives, pour faire disparaître les derniers vestiges de systèmes anciens.
- Cette déclaration de M. Lloyd George paraît être la conséquence d’une campagne anti-métrique inaugurée aux États-Unis quelques années auparavant, et dont quelques protagonistes, saisissant le ministre à son entrée en séance, lui avaient soumis rapidement la circulaire de M. Doumergue, en en donnant une traduction tendancieuse.
- Au début de l’année 1903, les efforts d’un groupe américain, peu nombreux, mais très actif, avaient déjà pris assez de corps pour que la Chambre de Commerce américaine de Paris s’en émut, et priât la Société des Ingénieurs civils de préparer les réponses à une série de questions destinées à l’éclairer sur la véritable situation du système métrique, de façon à lui permettre d’intervenir avec uue bonne documentation dans les discussions alors en cours. La lutte anti-métrique était conduite surtout parM. F. A. Halsey qui publia, en 1904, un ouvrage intitulé : The Metric Fallacy, suivi d’un appendice par M. Samuel.S. Dale : The Metric Failure in lhe textile Industry, ouvrage plein d’affirmations fantaisistes, et dans lequel un tableau de près de dix pages, énumère toutes les unités anciennes ou étrangères en usage dans les pays métriques. Ce tableau est, peut-être, la principale « fallacy » de l’ouvrage.
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- COMITÉ DES ARTS ÉCONOMIQUES : SÉANCE DU 11 DÉCEMBRE 1919.
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- En effet, les valeurs des unités employées un peu partout y sont données en mesures britanniques, et ont une apparence très compliquée. Mais, lorsqu’on en fait la conversion, on trouve en maint endroit ou le mètre, ou le kilogramme, ou le litre, ou un de leurs multiples ou sous-multiples décimaux ; et, pourle reste, une bonne partie des mesures portées au tableau sont réellement inconnues, par exemple la ruthe à Genève ou le pfundschwer (poids de livre) de Constantinople indiqué comme égal à 0,73 yard! Ces quelques exemples, choisis entre beaucoup d’autres, attestent la singulière ignorance de l’auteur.
- La mise en évidence des erreurs de M. Halsey et de M. Dale ne les a pas désarmés; ils poursuivent la campagne anti-métrique avec la même âpreté. Ils multiplient les publications par lesquelles ils cherchent à prouver que le Système métrique n’occupe qu’une très petite place dans le monde, et que la situation du Système britannique est de beaucoup prépondérante. Une mappemonde, récemment répandue par M. Dale, est, à cet égard, tout à fait caractéristique de la façon dont il interprète les faits.
- Les antimétristes appuient leur thèse sur des arguments nombreux et variés. On vient de voir comment ils usent de la statistique. D’autre part, ils répètent volontiers que le Système métrique est d’une incontestable beauté de structure, mais qu’étant artificiel, il ne saurait être pratique; que seules pratiques sont les unités dites naturelles, c’est-à-dire légalisées en partant de la coutume. Cet argument est de quelque valeur apparente, mais sa faiblesse devient évidente si l’on remarque qu’il s'appliquerait sans modification à tout objet artificiel : outil, habitation, vêtement, que l’on serait alors fondé à déclarer n’être pas pratique.
- M. Guillaume rappelle enfin que, dans le but d’aider les soldats américains dans leurs relations avec les populations françaises, la Société d’Encou-ragement a répandu parmi eux, en collaboration avec l’Académie des Sciences, des Instructions on the French Measures, qui ont été accueillies avec le plus grand empressement par les organes auxiliaires de l’armée américaine. Tirées à un nombre supérieur à 200 000, elles ont été répandues, avec la collaboration de personnes de bonne volonté, dans les camps d’instruction du Corps expéditionnaire en France. La connaissance du Système métrique, ainsi acquise par un grand nombre de soldats américains, ne peut manquer d’en faire des partisans de la réforme métrique aux Etats-Unis.
- Après avoir entendu l’exposé de M. Guillaume et après discussion, le Comité des Arts économiques décide d’envoyer au Franklin Institute l’adresse ci-dessous :
- « Lorsque la grande Confédération américaine envoya deux millions de ses
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — JANVIER-FÉVRIER 1920.
- enfants pour défendre à la fois le sol de la France et l’existence même de la civilisation libérale contre un redoutable danger, le Conseil de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale pensa accomplir une œuvre utile, en faisant connaître, à ces vaillants soldats, le système des mesures métriques, créé par la Convention nationale dans un but d’économie du travail et de la pensée; à cette fin, elle distribua à profusion parmi eux les Instructions on the French Measnres, à la fois pour faciliter leurs relations avec les populations françaises, et pour qu’ils rapportent dans leur pays la connaissance de ce système, dont un siècle d’emploi a enseigné en France toute l’efficacité, et dont plus de trente pays font aujourd’hui un usage exclusif. Vous trouverez ci-joint quelques exemplaires de cette petite brochure.
- « Notre conviction est, en effet, que, lorsqu’un nombre suffisant de vos compatriotes auront acquis, par la connaissance de la structure du Système métrique, la conviction de ses grands avantages pratiques, son adoption intégrale dans votre Pays sera bien vite accomplie, pour le plus grand bien de votre industrie, et pour la facilité de vos relations commerciales avec les autres pays.
- « Nous nous réjouirions particulièrement, nous qui, après que vous fûtes si généreusement nos frères d’armes, resterons pour toujours vos amis, de vous voir bénéficier de notre longue expérience; et c’est la raison pour laquelle la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale a décidé, en vous envoyant un fraternel salut, de vous engager à appuyer, de toute l’autorité que confèrent au Franklin Institute son glorieux passé et son inlassable activité, le mouvement actuel vers l’adoption du Système métrique. Cette réforme, à laquelle votre grand John Quincy Adams avait déjà manifesté un vif intérêt, accroîtrait encore la concorde entre nos deux pays en facilitant les relations que nous désirons voir devenir de plus en plus fréquentes, en même temps qu’elles resteront toujours cordiales. »
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- BIBLIOGRAPHIE
- Les gîtes minéraux, par M. Stanislas Meunier, professeur de géologie au muséum.
- In-8 de xvh-384 p., avec 45 fig. Paris, Dunod, 1919. (Prix : 18 f.)
- L’ouvrage publié par M. Stanislas Meunier sous le titre Les giles minéraux présente au public la matière du cours de géologie professé par ce savant au Muséum d’Histoire naturelle en 1917.
- L’auteur paraît s’être proposé avant tout de développer pour les géologues ses théories personnelles sur la formation des gîtes, plutôt que de donner une description des gîtes destinée à des praticiens : aussi le plan de son ouvrage s’écarte-t-il complètement de celui du magistral et classique Traité des gîtes minéraux et métallifères de M. de Launay, dont le but est principalement de guider dans leurs recherches les ingénieurs et les prospecteurs de mines.
- Dans l’ouvrage de M. Stanislas Meunier, les gîtes sont en effet classés non d’après les matières métalliques qu’ils renferment, mais d’après la similitude de leur formation, suivant les idées que se fait l'auteur des fonctions métallogéniques, qu’il partage en huit fonctions distinctes : corticale, volcanique, bathydrique, épi-polhydrique, océanique, glaciaire, éolienne et biologique.
- Les nombreux travaux de géologie et de minéralogie expérimentales qu’a poursuivis M. Stanislas Meunier, après Gay-Lussac, de Sénarmont, Daubrée, etc., sont le point de départ de ses théories sur la formation des gîtes métallifères, et les controverses scientifiques jouent dans l’ouvrage du savant professeur un rôle qui dérouterait quelque peu les techniciens désireux d’y puiser des notions précises sur les gîtes qu’ils exploitent. Fort heureusement, l’auteur a eu le soin de placer à la fin de son ouvrage une table alphabétique extrêmement détaillée permettant de retrouver aisément et très vite, pour chaque espèce de minerai, les données réparties dans les différents chapitres, d’après les conceptions que s’est faites l’auteur sur le mode de formation des différentes catégories de gisement dans lesquelles se présente ce minerai : aussi l’ouvrage de M. Stanislas Meunier pourra-t-il être consulté avec grand intérêt non seulement par les géologues purs, mais encore par les lecteurs soucieux d’y trouver des applications industrielles.
- G. Chesneau.
- Combustibles industriels, par M. Félix Colomer, Ingénieur civil des Mines et
- M. Charles Lordier, Ingénieur civil des Mines. 3e éd. In-8 de 676 p., avec
- 214 fig. Paris, Dunod, 1919. (Prix : 48, 75 f.)
- La troisième édition que présentent au public les auteurs de l’ouvrage classique sur les Combustibles industriels est un remaniement complet de la seconde édition : passant de 567 à 676 pages, le volume s’est enrichi de 28 nouvelles figures.
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- BIBLIOGRAPHIE. — JANVIER-FEVRIER 1920.
- Le sous-titre de l’ouvrage annonce que des questions entièrement nouvelles y ont été traitées sur : les gaz, les résidus industriels ou agricoles et les gadoues.
- Dans chaque chapitre, des appareils nouveaux ont été décrits. Les indications sur le traitement des gaz, la fabrication des benzols et du sulfate d’ammoniaque, les gisements de lignite, l’achat, le transport et l’emmagasinage de la houille, ainsi que sur l’utilisation des divers combustibles y ont été notablement développées.
- Une meilleure répartition des matières met en relief les appareils de combustion que complètent des chapitres nouveaux sur les gazogènes et les combustibles gazeux.
- Les procédés d’emploi de la tourbe comme combustible y sont étudiés avec plus de détails que dans l’édition précédente.
- Un chapitre préliminaire sur la classification des combustibles industriels et l’origine des combustibles naturels montre avec plus d’ampleur que dans l’édition précédente, le plan et le but de l’ouvrage qui est appelé à rendre aux innombrables industries qui utilisent les combustibles d’autant plus de services que la raréfaction de ceux-ci pose d’une façon particulièrement pressante le problème de l’utilisation complète de toutes les matières : lignite, tourbe, pétrole, pouvant à des degrés divers suppléer le charbon de terre.
- G. Chesneau.
- Historique de Péchelbronn, 1498-1918, par M. Paul de Chambrier. In-8 de xxi
- -h 330 p.,avec 40 fig. Paris, Attinger frères.
- L’auteur déclare que son intention n’est pas de donner une monographie complète de Péchelbronn, mais seulement de faire l’historique du développement de son industrie. C’est trop de modestie de sa part, car il est difficile d’imaginer un travail plus complet, tant au point de vue historique, qu’à celui de la documentation technique.
- Nous nous bornerons à indiquer les principales phases de l’histoire de Péchelbronn. Ce nom, qui fut primitivement celui d’une source, est devenu par la suite celui d’une mine, puis d’une raffinerie de pétrole.
- Les débuts de son exploitation minière remontent à 1627, mais une publication de 1498 signale que depuis fort longtemps déjà on se servait du bitume de Péchelbronn pour protéger et guérir les plaies et aussi comme graisse à voitures.
- C’est seulement en 1733 que commence l’exploitation régulière du sable bitumineux, par puits et galeries. La famille Le Bel, qu’ont illustrée les noms de Boussingault et d’Achille Le Bel, le fondateur, avec Van t’Hofï, de la stéréochimie, intéressée depuis 149 ans dans les mines et usines de Péchelbronn, en possédera en propre la concession pendant 127 ans (1762-1889). Vers 1880, une nouvelle méthode d’exploitation est inaugurée : en recherchant par sondages les nappes pétrolifères, on découvrit ainsi des sources jaillissantes d’huile légère contenant de la benzine et de la paraffine.
- La liquidation de la Société Le Bel eut lieu en 1889 : elle fut remplacée par une nouvelle Société par actions, qui liquida elle-même en 1906, malgré de fort beaux bénéfices, pour ne pas être écrasée par les puissants concurrents d’Amérique, de Russie, d’Autriche et de Roumanie. Les raffineries de Péchelbronn et de Soultz ne produisaient en effet que 0,42 p. 100 des quantités de pétrole lampant importées.
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- BIBLIOGRAPHIE.
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- Cette Société fut remplacée par une Société allemande, qui, nous l’espérons bien, disparaîtra pour faire place à une Société française.
- D’après l’auteur, la reprise du travail par puits et galeries en 1910, inaugure une phase toute nouvelle dans l’histoire de Péchelbronn et fait entrevoir un avenir plus brillant que jamais pour son exploitation.
- M. Prud’homme.
- Les moteurs Diesel, type fixe et type marine, par M. A. P. Chalkley. Nouvelle édition traduite sur la 4e éd. anglaise, par M. Ch. Lordier. In-4 de xv + 303p., avec 182 fi g et VII planches. Paris, Dunod, 1919. (Prix 30 f.)
- La première édition de cet ouvrage a été l’objet d’une notice dans le Bulletin de la Société (juillet 1912, p. 174). Cette nouvelle édition est notablement augmentée, surtout en ce qui concerne le nombre des figures. On y trouve une documentation intéressante et fort étendue.
- Sauvage.
- Aide-mémoire de l’ingénieur-constructeur de béton armé, par M. Jean Braive, 2° édition xxxv-f-387 p., 42 fîg. Paris, Dunod 1919. (Prix : 24 f.)
- Comme le dit M. A. Mesnager, professeur à l’École des Ponts et Chaussées, dans sa préface :
- « Cet aide-mémoire se distingue des ouvrages similaires en ce qu’il reproduit les documents fondamentaux auxquels ingénieurs et constructeurs doivent constamment se reporter lorsqu’ils conçoivent, exécutent ou discutent un ouvrage en béton armé, notamment les expériences de la Commission dont la connaissance, malheureusement trop peu répandue, éviterait bien des erreurs et permettrait la critique raisonnée des projets nouveaux.
- « Les exemples concrets qu’il renferme sont d’une grande utilité pour permettre aux jeunes ingénieurs de se mettre au courant du sens des formules et de l’application des méthodes. Ceux qui ont de la pratique y trouveront aussi des indications utiles, parfois des procédés plus simples que ceux qu’ils utilisent. Les types de travaux existants leur rendront toujours grand service. Le vocabulaire en cinq langues leur facilitera la lecture des publications étrangères aujourd’hui indispensable. »
- Une introduction fort suggestive de l’auteur expose l’évolution des constructions industrielles pendant la guerre de 1914-1918. De grands progrès ont été réalisés (p. ix à xxxv).
- Après avoir rappelé les formules générales de mathématiques et les données de mesures d’un usage courant, l’auteur expose successivement :
- Les principes généraux pour l’emploi et l’exécution du béton armé, éléments constitutifs et procédés de construction;
- Les circulaires ministérielles y relatives, avec les avis de M. Considère et de M. Maurice Lévy ;
- Les éléments du calcul des divers ouvrages, murs, silos, voûtes, réservoirs, fondations.
- Dans une dernière partie, il donne les calculs et les plans d’ouvrages existants : plancher d’usines, chambre de décantation pour amenée d’eau dans une centrale Tome 132. — 1er semestre. — Janvier-Février 1920. 18
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- BIBLIOGRAPHIE.
- JANVIER-FÉVRIER 1920.
- hydro-électrique, voûte de renforcement d’un grand collecteur, cheminée en béton arme', château d’eau avec réservoir de 100 ni9, silos pour emmagasiner des minerais, silos à ciment, pont en béton fretté de 25 m, viaduc parabolique, fondations sur mauvais terrains. Cette partie est des plus intéressantes.
- J. G.
- Théorie de l’Architecture, par M. A Vaillant. In-12 de 409 p. (Prix : 6 f). Paris, Nouvelle librairie nationale, 1919.
- L’auteur de ce livre très documenté étudie l’architecture sous son plus haut aspect philosophique, en même temps que dans ses moyens techniques et dans ses buts pratiques.
- Par ses définitions de l’art, de la composition architecturale, du dessin, comme par les chapitres techniques et pratiques relatifs à la durée et à la salubrité des édifices, à l’éducation et à la profession de l’architecte, il a fait œuvre définitive.
- En ce qui concerne les ordres, l’échelle architecturale, la spiritualité de l’architecture, il exprime des idées personnelles dont la portée philosophique et politique ne manquera pas de soulever d’intéressantes controverses.
- M. Magne.
- L’art de reconnaître les styles, par M. Émile Bayard (In-12). — Le style Renaissance, de 298 p., avec 182 fîg. — Le style Louis XIII, de 246 p., avec 144 fig. — Le style Louis XIV, de 344 p., avec 180 fig. — Les styles Régence et Louis XV, de 316 p., avec 173 fig- — Le style Louis XVI, de 287p., avec 160 fig. — Le style Empire, de 288 p., avec 132 fig. — Le style moderne, de 375 p., avec 170 fig.
- Ouvrage d’une riche documentation qui, à côté d’idées générales, met en lumière les principaux artistes et leurs œuvres les plus caractéristiques.
- Le dernier volume fait une œuvre particulièrement utile en présentant un tableau d’ensemble des efforts artistiques modernes.
- Le calcul intégral et différentiel à la portée de tout le monde, par M. Silvanus
- P. Thomson. Traduit de l’anglais par M. André-Éric Gérard, ingénieur aux
- chemins de fer de l’État belge. In-12 de vm + 290 p., avec 65 fig. Prix : 12 f.
- Paris, Dunod, 1919.
- L'idée de présenter sous une forme humoristique les principes du calcul infinitésimal ne pouvait venir qu’à un Anglais; c’est elle qui a inspiré l’éminent électricien Silvanus Thomson pour la rédaction du petit volume intitulé Le calcul intégral et différentiel à la portée de tout le monde, et traduit en français par M. Eric Gérard, ingénieur au chemin de fer de l’État belge. En 288 pages, cet ouvrage inculque au lecteur les notions les plus essentielles, en les illustrant à chaque instant par des exemples concrets. C’est ainsi que, voulant faire saisir en quoi consistent les différents ordres de petitesse, il cite le poète Dean Swift, d’après lequel « une mouche porte des mouches plus petites qui la dévorent, et celles-ci portent de plus petites mouches encore, qui les mordent et cela continue ainsi à l’infini » (1), puis il ajoute :
- (1) Pascal, dans ses Pensées, avait écrit quelque chose d’analogue.
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- BIBLIOGRAPHIE.
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- « Un bœuf peut s’alarmer d’une mouche de dimensions ordinaires, petite créature du premier ordre de petitesse. Mais il ne se troublera pas d’une mouche de mouche, créature du second ordre de petitesse, qui devient négligeable ».
- Dans les conclusions intitulées « Epilogue et apologue » on lit : « Les mathématiciens diront que ce livre est simple parce qu’il laisse de côté toutes les parties du calcul qui sont réellement difficiles. Cette accusation a cela d’affreux, qu’elle est vraie. C’est du reste la raison pour laquelle l’auteur a écrit ce livre : il a voulu s’adresser à la légion des malheureux que l’idée d’apprendre les éléments du calcul a rebutés à cause de la manière stupide dont ces éléments sont presque toujours présentés ».
- Le mot est dur pour les professeurs de mathématiques, et ne peut être accepté sans réserves. Mais il n’en demeure pas moins que cet ouvrage, d’une lecture attrayante, est de nature à encourager les débutants et à les mettre dans la bonne voie.
- Lecornu.
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- OUVRAGES REÇUS A LA B1RLIOTHÈQUE
- EN DÉCEMBRE 1919 ET JANVIER 1920
- Ministère du Commerce, de l’Industrie, des Postes et Télégraphes, des Transports MARITIMES ET DE LA MARINE MARCHANDE. DIRECTION DES ÉTUDES TECHNIQUES. — Rapport général sur l’industrie française. Sa situation, son avenir. (D’après les travaux des sections du Comité consultatif des Arts et Manufactures et de la Direction des études techniques.) lro partie : Étude de la situation des principales industries avant la guerre et de leur expansion possible. Tome II : Industries chimiques. Industrie du bâtiment. Industries diverses. Conclusions générales, de 1022 p., 616 fîg. Paris, Imprimerie nationale, 1919. 15956 Ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts. — Dictionnaire archéologique de la Gaule, Époque celtique, continué après la lettre L, par les soins de M. Cartailhac. Tome II, fasc. 3 et 4. Paris, Imprimerie nationale, 1919. 15936
- Ciiambonnaud (L.). — La technique des affaires (Méthodes françaises et étrangères). V : Les affaires par correspondance, de 348 p. Paris, Dunod, 1919. 15957
- Claude (Georges). — L’électricité à la portée de tout le monde. 8'' éd. augmentée d'un Supplément : Causeries sur le Radium et sur les nouvelles radiations. In-8 (25 x 16) de 519 p., 228 fîg. Paris, Dunod, 1919. 15958
- IIoux-Brahic (J.). — Les gîtes miniers et leur prospection (Technologie des minerais complexes). In-8 (25 x 16) de xxvm + 812 p., 175 fîg. Paris, Dunod, 1919. 15959
- Bonhomme (J.). — Cours de résistance des matériaux. Applications au calcul des éléments des machines (Mécanique, électricité, aviation). In-8 (25 x 16) de vm + 628 p., 461 fig. Paris, Dunod, 1919. 15960
- Bayard (Émile). — L’art de reconnaître les styles, ln-12 (19 x 12). Le style Renaissance, de 298 p., 182 fîg. — Le style Louis XIII, de 246 p., 144 fig. — Le style Louis XIV, de 344 p., 180 fîg. — Les styles Régence et Louis XV, de 316 p., 175 fîg. — Le style Louis XVI, de 287 p., 160 fîg. — Le style Empire, de 288 p., 132 fîg. — Le style moderne, de 375 p., 170 fig. Paris, Garnier frères. 15961-7
- Index generalis. Annuaire général des Universités. The yearbook of the Univer-sity, publié sous la direction de R. de Montessus de Ballore. Année 1919. In-16 (18x11) de 768 p. Paris, Gauthier-Villars et Cie, 1919. 15968
- Makower (W.) et Geiger (H.). — Mesures pratiques en radioactivité. Traduit de l’anglais par E. Philippe In-8 (23x14) de vu + 181 p., 60 fîg. Paris.. Gauthier-Villars et Cie, 1919. 15969
- Bloch (Léon). — Précis d’électricité théorique. In-8 (25 x 16) de vi -f- 476 p., 18 fîg. Paris, Gauthier-Villars et Cic, 1919. 15970
- Carlès (F.). — L’anatomie de la voiture automobile. In-4 (28 x 19). Tome II : Le changement de vitesses. Embrayage et freins, de 206 p., 177 fîg. Paris, Dunod, 1919. 15971 Hirschauer (L.). — L’aviation de transport. L’évolution de la construction de 1907 à 1919 et la réalisation des avions de transport. L’utilisation économique des appareils. In-i (28 x 19) de 233 p., 26 fig., 3 cartes. Paris, Dunod, 1920. 15972
- Wilbois (J.) et Vanuxem (P.). — Essai sur la conduite des affaires et la direction des hommes. LTne doctrine française : l’Administration expérimentale. In-12 (19 x 12) de 236 p. Paris, Payot et C!o, 1919. 15973
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- IM
- OUVRAGES REÇUS EN DÉCEMBRE 1919 ET JANVIER 1920.
- Reimen (Phil.) — Guide pratique du chimiste de charbonnages et fours à coke. In-12 (18 X 12) de 115 p., 17 fig. Paris, Ch. Béranger, 1919. 15974
- Le Chatelier (A.). — Recherches et procédés de Cellulose et Papiers. In-8 (24 x 16) de 157 p., X pl. Paris, Cellulose et Papiers, 1919. 15975
- Gallice (G.). — La pratique de la téléphotographie. In-12 (19 x 13) de 123 p., 15 fig. Paris, Ch. Mendel, 1919. 15976
- Grandmougin (Eugène). — L’essor des industries chimiques en France. Ressources et avenir de ces industries. 2e éd. ln-8 (25 x 16) de vm -f 328 p. Paris, Dunod, 1919. 15977 Patent Office of London. — Guides to the Library. New sériés CO 20 — CZ : Subject list of ivorks on the textile industries and wearing apparel (including the culture and Chemical technology of the textiles fibres), de 329 p. London, 1919. 15978
- Marec (E.). — Formulaire aide-mémoire de l’électricien praticien. In-12 (18 x 11) de 466 p., 349 fig. Paris, J.-B. Baillière et Fils, 1920. 15979
- Girbs (Vili.ard). — L’équilibre des substances hétérogènes. Exposé abrégé. Traduit et complété de notes explicatives, par Georges Matisse. (Actualités scientifiques), de vm -+-101 p. Paris, Gauthier-Villars et Cie, 1919. ' 15980
- Lecocq (Eugène et Louis). — Les fours à coke. Étude théorique et pratique. In-4 (28 x 19) de m + 459 p., 108 fig. et pl. Paris, Dunod, 1919. 15981
- Société anonyme des Établissements Fenwick Frères et Ci0. — Catalogue général de machines-outils et outillage (1909). In-4 (28 x 21) de 1 224 p., fig. — Supplément : Édition de 1919, 144 p., fig. Paris, 8, rue de Rocroy. 15982-3
- Casalonga (D.). — Construction des moteurs à explosions. (Éléments proportionnels). In-4 (28 x 22) de 40 p., LI planches. Paris, Dunod, 1919. 15984
- Deprez (Marcel) et Soubrier (Maurice). — Les lois fondamentales de l’électrotechnique. (Conférences et travaux pratiques d’électricité industrielle du Conservatoire national des Arts et Métiers). In-8 (21 x 14) de ii -f 758 p., 301 fig. Paris, Dunod, 1919.
- 15985
- Vaillant (A.). — Théorie de l’architecture. In-12 (19 x 12) de 409 p. Paris, Nouvelle Librairie nationale, 1919. 15986
- Moreau-Bérillon. — L’alimentation rationnelle des bêtes bovines. (Nouvelle bibliothèque du cultivateur). In 18 (18 x H) de 160 p., 12 fig. Paris, Librairie agricole de la Maison rustique, 1919. 15987
- Palacios (Enrique Juan). — Puebla, su territorio y sus habitantes. In-8 (24 x 16) de 748 p., LXXXII pl. Bibliographie, p. 719-736. Mexico, 1917. 15988
- Eiffel (G.). — Résumé des principaux travaux exécutés pendant la guerre au Laboratoire aérodynamique Eiffel, 1915-1918. In-4 (31 x 24) de xx -f- 212 p., 127 fig., IV pl. Paris, Librairie aéronautique, 1919. 1598S
- Soulier (J.) et Frey (R.). — Étude sur la différenciation des bois verts et des bois vieux ou artificiellement vieillis. (Laboratoire d'essais du Conservatoire national des Arts et Métiers. Mission d'essais, vérifications et expériences techniques). In-f° (37 x 26) de 13 p., XVI pl. Paris, Chapelot. 15990
- Taffanel, Dautriciie, Durr et Perrin. — Note sur le tir électrique. (Annales des Mines, 1919). In-8 (23 x 14) de 257 p., 24 fig., VI pl. Paris, Dunod, 1919. 15991
- Berger (L.). — Le gaspillage des combustibles dans leurs usages industriels et domestiques. 2e éd. In-8 (24 x 15) de 178 p. Paris, Dunod, 1919. 15992
- Angles d’Auriac. — Leçons de sidérurgie, professées à l’École des mines de Saint-Étienne. In-8.(25 x 15) de 714 p., 205 fig. Paris, Dunod, 1920. 15993
- Dorgeot (E.). — Cinématique théorique et appliquée. In-4 (27 x 21) de 272 p., 331 fig. Paris, Dunod, 1919. 15994
- Mayer (Charles). — L’industrie chimique aux États-Unis. In-8 (22 x 14) de 291 p. Paris, Dunod, 1919. 15995
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- OUVRAGES REÇUS.
- JANVIER-FÉVRIER 1920.
- Gouvernement général de l’Algérie. Direction de l’agriculture, du commerce et de la colonisation. —Note sur les services de l’agriculture en Algérie (décembre 1918). In-8 de 31 p. Alger, lmp. algérienne, 1918. Pièce 12463
- Gouvernement général de l’Algérie. Direction de l’agriculture, du commerce et de la colonisation. — École d’agriculture de Maison-Carrée-Alger. Renseignements et conditions d’admission. In-1.8 de 63 p., 1 carte. Paris, Vuibert, 1919. Pièce 12464
- Report of the General Meeting of the Vereins deutscher Eisenhüttenleute [The German Iron and Steel Institute), held on Studay, 14th april 1918. Translation prepared by Sir Robert Hadfield. In-8 de 64 p. Pièce 12465
- Gilbert (J.). — Adductions et distributions d’eau. Type de rapport explicatif et justificatif de l’alimentation en eau d'une ville, pour petites villes ou communes. In-4 de 34 p., VI pl. Paris, Dunod, 1919. Pièce 12466
- Guillet (Léon). — Rapport sur les métallurgies autres que la sidérurgie, présenté au Comité consultatif des Arts et Manufactures. In-4 de 71 pages. Paris, Publications de la Revue de Métallurgie, 1918. Pièce 12467
- Portevin (A.). — Les défauts physiques de l’acier en pièces forgées (Conférence faite au personnel du contrôle de l’Aéronautique). (Publications de la Revue de Métallurgie). In-4 de 23 p., 22 fig., XV pl. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1918. Pièce 12468 Croix-Rouge Américaine. Office d’étude des problèmes des réfugiés et de la reconstitution. — Constructions rurales. Logements des animaux. Généralités. Étude pour la standardisation. Bases techniques généralement admises par les autorités compétentes. In-8 de 48 p., III pl. Paris, La renaissance des cités, 23, rue Louis-le-Grand, 1918.
- Pièce 12469
- Department of Scientific and Industrial Research. — Report of the Committee of the privy Council for Scientific and Industrial Research for the year 1918-19. In-8 de 94 p. London, 1919. Pièce 12470
- Auscher (Léon) et Baudry de Saunier (L.). — La plus belle des industries. Pourquoi il faut développer l’industrie hôtelière française et lui assurer le crédit qu’elle mérite (Touring Club de France. Comité de l'industrie hôtelière). In-8 de 41 p. Paris, 1917.
- Pièce 12471
- Dorré (Germain). — Contre Leipzig. Une foire unique! Enquêtes économiques. In-12 de 32 p. Argenteuil, Édition de la propagande économique (18, rue Kléber).
- Pièce 12472
- Schneider (Eugène). — La situation de la France après la victoire. Exposé fait à la Conférence internationale du commerce réunie à Atlantic-City (États-Unis) le 23 octobre 1919. In-8 de 22 p. Pièce 12473
- Knapen (A.). — La suppression des ravages de l’humidité dans les monuments, les édifices et les constructions de tous genres (Revue générale des applications industrielles {Bruxelles), novembre 1919. 28 p., 17 fig.). Pièce 12474
- Le Chatelier (A.). — La crise du papier. Sa solution (Revue scientifique, 1-8 septembre 1917, p. 313-316). Pièce 12475
- Le Chatelier (A.). — La lutte contre les celluloses étrangères par l’emploi des
- sous-produits (Revue industrielle de l'Est, 19 octobre 1919, 8 p.). Pièce 12476
- Le Chatelier (A.). — L’Algérie et l’Alfa. In-8 de 14 p. Paris, Cellulose et Papiers, 1918. Pièce 12477
- Cellulose et Papiers. — A l’Union des fabricants de pâtes à papier. Lettre ouverte. In-8 de 14 p. Paris, Cellulose et Papiers, 1919. Pièce 12478
- Chardonnet (Comte de). — Notice sur ses travaux scientifiques. In-4 de 31 p. Paris, Gauthier-Villars et G'1', 1918. Pièce 12479
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- OUVRAGES REGUS EN DÉCEMBRE 1919 ET JANVIER 1920.
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- Bourquelot (Émile). — Exposé de ses titres et de ses travaux scientifiques. Iu-4. partie : 1882 à 1911, 50 p.; 2* partie : 1912 à 1917, p. 51 à 160. — Lons-le-Saunier lmp. L. Declume, 1911; Paris, Gauthiers-Villars et Cie, 1917. Pièces 12480-1
- Il progetto Beretta-Majocchi per la via d’acqua di grande navigazione Milano-Lago di Como (Relazioni ciel Consorzio di iniziativa, aprile 1918-agosto 1919. Relazioni sommarie de g H antori, dicembre 1918-agosto 1919). In-f° de 35 p., 9 fig., VI pi. Milano, via Primcipe Umberto, 17. Pièce 12482
- La Semaine de motoculture de printemps 1919 (Bulletin de la Chambre syndicale de la motoculture, avril 1919, 54 p., 32 fig., I pl.). Pièce 12483
- National Screw Thread Commission. — Progress report, 1919. In-4 de 72 p., XXIX pl. (dactylographié). Washington, 1919. Pièce 12484
- Wilkinson (W. Percy). — The nomenclature of Australian wines. In relation to historial commercial usage of European wines liâmes, international conventions for the protection of industrial property, and recent European commercial treaties (Royal Geographical Society of Australasia (Victoria Branclt); Victorian Geographical Journal, vol. XXXIV, 1918, 54 p.). Pièce 12485
- Wilkinson (W. Percy). — European régional appellations. Considered in the Iiglit of international conventions and treaties as improper descriptions for Australian wines (Royal Agricultural Society of Victoria, 12 sept. 1919). In-8 de 12 p. Melbourne.
- Pièce 12486
- Mahoux (J.). — Une mission d’études des cultures de porte-graines (Chemin de fer de Paris à Orléans). In-8 de 39 p. Paris, 1, place Valhubert, 1919. Pièce 12487
- Chevalier (Aug.). — Catalogue des plantes du Jardin botanique de Saïgon. In-8 de 68 p. Saïgon, lmp. Portail, 1919. Pièce 12488
- Lagarde (Edmond). — Projet de constitution pour la France de demain. (Le régionalisme, le syndicalisme, la représentation professionnelle convertis en jrropositions de loi.) In-8 de 38 p. Paris, M. Giard et E. Brière, 1919. Pièce 12489
- Guyot (Yves). — La politique économique depuis l’armistice et les élections. Lettre aux membres de la Ligue du Libre-Échange. In-8 de 16 p. Paris, 108, boulevard Saint-Germain, 1919. Pièce 12490
- Lambert (Henri). — La paix des alliés. Le protectionnisme, voilà l’ennemi! (Journal des économistes, 15 octobre 1919, 12 p.). Pièce 12491
- Fremont (Cil). — Critique des expériences de M. G. Charpy sur le corroyage de l’acier. In-4 de 8 p. Paris, chez Fauteur, 25, rue du Simplon, 1919. Pièce 12492
- Boyer (Jacques). — Catalogue de photographies documentaires. Nouv. éd. In-18 de 103 p., IV pl. — Supplément (1914-1919). Nouv. éd. In-18 de 85 p., IV pl. Paris, chez Fauteur, 5l)is, rue Saint-Paul, 1919. Pièces 12493-4
- Hadfield (Sir Robert). — Introductory address at the symposium on the microscope. In-8 de 42 p. Bibliography of the metallography, p. 36-42. January 1920.
- Pièce 12495
- Hadeield (Sir Robert). — The great work of Sorby. In-8 de 5 p. January 1920.
- Pièce 12496
- Hadfield (Sir Robert). — The work of the Faraday Society, and a brief reference to Michael Faraday. In-8 de 7 p. January 1920. Pièce 12497
- Hadfield (Sir Robert) and Elliot (T. G.). — Photomicrographs on Steel and iron sections at high magnification. In-8 de 6 p., VIII pl. January 1920. Pièce 12498
- Gouvernement de l’Indochine. — Fondation de l’Institut scientifique de l’Indochine. In-8 de 65 p. Saïgon, lmp. A. Portail, 1919. Pièce 12499
- Delsol (E.).’— Considérations sur les unités fondamentales de la physique. In-8 de 31 p. Paris, chez Fauteur, 17, rue de Moscou, 1919. Pièce 12500
- Notre production agricole en danger. Si on veut la sauver il faut transporter les engrais. In-8 de 64 p. Pièce 12501
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- OUVRAGES REÇUS. — JANVIER-FÉVRIER 1920.
- IM
- Library of Gongress. — Report, 1918. Washington. Pér. 350
- Smithsonian Institution. — Annuals reports of the U. S. National Muséum 1911, 1912, 1913, 1914, 1915, 1916, 1917. Washington. Pér. 27
- Bulletin de l’imprimerie. — 3° année : 1878; 4e année : 1879. (Don de M. René Billoux. au nom du Bulletin officiel de l'Union syndicale des Maîtres-Imprimeurs de France, 7, rue Suger, Paris.) Pér. 142
- Institution of naval Architects. — Transactions. Vol. LXI, 1919. Pér. 222
- New-York State Department of Labor. — Annual Report of the Industrial Commission, 1918. Albany, 1919. Pér. 128
- Institut scientifique de Saïgon. — Bulletin agricole, 1919. Pér. 54
- American Institute of mining and metallurgical Engineers. — Transactions. Vol. LX, 1919. Pér. 201
- College of Science. Impérial University of Tokyo. — Journal. Vol. XL, art. 7. — Vol. XLI, art. 4, 5. — Vol. XLII, art. 1. — Vol. XLIII, art. 1, 2, 3. Pér. 441
- Bureau of American Ethnology. — Bulletin 65. Washington, 1919. Pér. 25
- Bulletin scientifique et industriel de la Maison Roure-Bertrand fils, de Grasse. — 3° série, n° 10, 1914-1919. Pér. 179
- L'agent général, gérant, E. Lemaire.
- Coulommiers. — lmp. Paul BRODARD.
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- 119° ANNEE.
- MARS-AVRIL 1920
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- VŒU ÉMIS PAR LE CONSEIL D’ADMINISTRATION DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT POUR L’INDUSTRIE NATIONALE, AU SUJET DES RELATIONS ÉCONOMIQUES PRIVÉES ENTRE FRANÇAIS ET ALLEMANDS"1
- dans sa séance du 31 mars 1920
- ET ADRESSÉ, LE 1er AVRIL 1920, AI
- M. le Président du Conseil des Ministres, Ministre des Affaires étrangères;
- M. le Ministre du Commerce;
- M. le Ministre des Régions libérées;
- M. le Ministre des Finances;
- M. R. Poincaré, sénateur, président de la Commission des Réparations.
- Le Conseil cle la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, après en avoir délibéré le 31 mars 1920,
- Considérant :
- Que les industriels français ont passé et peuvent être amenés à passer en Allemagne, des commandes de matériel et de produits manufacturés divers pour des sommes très importantes;
- Que, dans les derniers temps, les prix fixés par les industriels
- (I) Voir page 255 du présent numéro le compte rendu de la séance publique du Conseil du 26 mars 1920, au cours de laquelle M. Arbel a cité la plupart des faits signalés dans le vœu ci-dessus; voir page 183 le texte in extenso de la communication de M. Arbel.
- Tome 132. — 1er semestre. — Mars-Avril 1920.
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- VOEU DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT. — MARS-AVRIL 1920.
- allemands aux acheteurs français sont systématiquement majorés par - rapport aux prix pratiqués à l’intérieur, de 300 et même parfois de 500 p. 100;
- Que, sur ces prix majorés, sont exigées, à la commande, des avances, en argent, de 50 et 60 p. 100;
- Et qu’aux dates stipulées pour les livraisons, les machines et produits sont très fréquemment livrés à d’autres clients, malgré les engagements pris et les avances reçues;
- Considérant, d’autre part :
- Que l’avenir des industriels français, notamment ceux des régions sinistrées, est gravement compromis par l’incertitude des dates de livraisons, et par l’impossibilité où ils se trouvent de remplacer, en temps voulu, par des commandes à l’intérieur, ou en pays alliés ou neutres, les fournitures promises, mais non livrées;
- Qu’il est inadmissible de tolérer que, par ces retards systématiques, soit arrêtée, dans sa reconstitution, l’industrie française et que par les versements d’acomptes détournés de leur emploi, l’industrie allemande soit ainsi subventionnée par l’industrie française;
- Demande que le Gouvernement français utilise l’organisation particulièrement compétente et expérimentée de l’Office de Reconstitution industrielle (O. R. I.) de Wiesbaden :
- Pour limiter, par un contrôle des marchés en préparation, les majorations des prix d’exportation par rapport aux prix intérieurs;
- Pour contrôler l’exécution des marchés passés, au double point de vue du respect des délais, et de la loyale exécution des clauses des contrats ;
- Pour recevoir, aux lieu et place des fournisseurs allemands, les avances stipulées aux marchés et ne s’en dessaisir qu’au fur et à mesure de la justification de l’exécution des commandes, et à la condition expresse que des pénalités importantes soient appliquées dans tous les cas où les commandes pour lesquelles des acomptes auront été versés auront été détournées en faveur d’autres clients;
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- RELATIONS ÉCONOMIQUES PRIVÉES ENTRE FRANÇAIS ET ALLEMANDS. ’ 147
- Tenant compte d’autre part;
- Du fait que l’Allemagne invoque fréquemment le manque de fonte et en général de métal, pour justifier les retards des livraisons;
- Que, il y a pour la France une nécessité impérieuse à effectuer en minerai, mais plutôt en fonte, et en général en métaux ferreux, et non en argent, les payements d’acomptes à faire en Allemagne, à condition toutefois que l’Allemagne nous fournisse, en supplément des tonnages dus en vertu du traité de paix, les quantités de coke et de charbon correspondantes;
- La Société d’Encouragement demande au Gouvernement de prendre toutes mesures pour que, par les soins de l’0. R. I., en payement des machines et produits manufacturés :
- Soient livrés à l’Allemagne des fontes de moulage et d’affinage, ou des produits laminés de fabrication française,
- Et que soient utilisées aussi, à titre de payement, les masses de vieilles fontes et ferrailles de toute nature, provenant soit des machines récupérées, mais non acceptées en raison de leur état de destruction, soit de la démolition sur place en Allemagne du matériel de guerre dont la matière, en vertu du traité, n’appartient pas à l’x411emagne.
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- LISTE DES RÉCOMPENSES
- DÉCERNÉES PAR LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT AU COURS DES ANNÉES 1916, 1917, 1918 et 1919.
- Le Bureau de la Société a pensé qu’il eût été inopportun de procéder, au cours d’une séance solennelle, à une distribution des récompenses attribuées depuis le début des hostilités jusqu’au décret qui en fixait la fin. Mais il a considéré que cette manière de voir portait préjudice tant aux lauréats qui n’avaient pas la satisfaction de voir leur nom dans notre Bulletin, qu’au Conseil lui-même qui pouvait sembler s’être désintéressé des mérites qui lui étaient signalés.
- Aussi avons-nous cru devoir reproduire ci-après, comme on le fait à la suite des séances solennelles, les noms des lauréats auxquels le Conseil a décerné des récompenses, le motif de la distinction et le nom du rapporteur. Nous avons ajouté, pour suppléer aux rapports qui sont lus d’ordinaire dans ses séances, un renvoi bibliographique à notre Bulletin.
- Nous rappellerons que le Bulletin a publié déjà cependant, avec un rapport de M. H. Hitier, le nom des lauréats des Prix Fourcade, de la Médaille Dumas, et des Médailles de bronze décernées aux contremaîtres et aux ouvriers. (Voir Bulletin de juillet-août 1919, p. 10.)
- Grandes Médailles de la Société.
- Comité des Arts mécaniques; 1914 (grande médaille à l’effigie de Prony) : M. P. Arbel, pour ses travaux de construction mécanique, sur le rapport de M. Terré (Bin 1916, I, 203).
- Comité des Arts chimiques; 1915 (grande médaille à l’effigie de Lavoisier) : M. Th. Schloesing père, membre de l’Institut, pour ses travaux de chimie agricole et son procédé de fabrication de soude à l’ammoniaque, sur le rapport de M. Haller (Bin 1916, I, 210).
- Comité des Constructions et Beaux-Arts ; 1916 (grande médaille à l’effigie de Jean-Goujon) : M. Lucien Magne, pour ses études d’architecture, sur le rapport de M. d'Allemagne (Bin 1916, I, 216).
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- RÉCOMPENSES DÉCERNÉES PAR LA SOCIÉTÉ EN 1916, 1917, 1918 ET 1919. 149
- Comité d’Agriculture ; 1917 (grande médaille à l’effigie de Thénard): M. Méline, sénateur, pour son œuvre de dévouement à l’agriculture, sur le rapport de M. Tisserand (Bin. 1918, I, 12).
- Comité des Arts économiques; 1918 (grande médaille à l’effigie d’Ampère) : M. Georges Claude, pour ses études sur les gaz rares et leur production industrielle, sur le rapport de M. Féry.
- Comité de Commerce; 1919 (grande médaille à l’effigie de Chaptal) : M. le général Lyautey, pour son œuvre de pacification et de développement économique au Maroc, sur le rapport de M. Grimer.
- Médailles d’Or,
- Médaille d’or Michel Perret, à M. Georges Claude, pour ses recherches sur la composition de l’atmosphère, sur le rapport de M. Pagès (1916).
- M. Boive (1916), pour ses travaux de métallurgie ; M. Guillet, rapp. (Bin 1916, II, 475).
- M. Henri Hauser (1916), pour ses études sur l’industrie et le commerce allemands; M. de Rousiers, rapp. (Bin 1916, 1, 47 et 220).
- M. Brenier (1915), pour ses études sur l’Indochine; M. Alfassa rapp. (B,n 1916, I, 233 et II, 37).
- M. l’Intendant Adrian (1918), pour la création des baraquements militaires qui .portent son nom; Lieutenant-Colonel Espitallier, rapp.
- Le Docteur Boureau (1918), pour ses appareils de prothèse; M. Masson, rapp. (Bhl 1917, I, 424).
- M. Dronsart (1918), pour la direction de l’Ecole professionnelle de Mutilés de la 16e région; M. Masson, rapp. (Bin 1918, I, 194).
- M. Estor (1918), pour sa collaboration à l’œuvre de M. Dronsart; M. Masson rapp. (Bin 1918, I, 194).
- M. Chassériaud (1918), pour ses expériences sur l’aéroplane; Lieutenant-Colonel Renard, rapp. (Bin 1917, II, 237).
- M. Barbillion (1918), pour l’ensemble de ses travaux, et en particulier pour le réglage des groupes électrogènes en régime troublé; M. Hillairet, rapp. (Bin 1916, I, 627, et 1918, I, 195).
- M. Georges Hardy (1918), pour son œuvre de propagande française, d’instruction et d’éducation des indigènes dans l’Afrique occidentale française; M. F. Roy, rapp. (Bin 1918, II, 9).
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- 150 RÉCOMPENSES DÉCERNÉES DE 1916 A 1919. — MARS-AVRiL 1920.
- M. Durieux (1918), pour la réalisation industrielle, en France, de la fabrication des papiers à filtrer sans cendres qui nous venaient d’Allemagne; M. Livache, rapp. (Bin 1918, II, 5).
- M. Marcotte (4918), pour la réalisation industrielle, en France, de la fabrication des plaques radiologiques qui nous venaient d’Allemagne ; M. Livache, rapp. (Bin 1918, II, 309).
- M. Georges Blanche (1918), pour la réalisation industrielle, en France, de la fabrication des poudres de bronze qui nous venaient d’Allemagne; M. Livache, rapp. (Bin 1918, II, 313).
- M. Augustin Bernard (1918), pour l’étude industrielle agricole et commerciale du Maroc; M. Baphael-Georges-Lévy, rapp. (BIn 1918, I, 195).
- M. François Carnot (1918), pour la création d’une fabrique de jouets, occupant exclusivement des mutilés; M. D’Allemagne, rapp. (Bin 1918, II, 315).
- M. Agulhon (1918), pour la préparation des matières colorantes employées en histologie et en bactériologie, qui nous venaient d’Allemagne; M. Prud’homme, rapp. (Bhl 1919, I, 64).
- M. Visseaux (1918), pour la fabrication du ferro-cérium et des pierres à briquet, qui nous venaient d’Allemagne ; M. Trillat, rapp. (B"* 1919, I, 60).
- M. Duchemin (1918), pour son rapport sur l’industrie chimique et les droits de douane; M. Livache, rapp. (Bin 1919,1, 55).
- Mlle Martinet (1919), pour son dévouement dans la direction de l’ouvroir de la Société d’Encouragement, et Mme Jeannequin, pour sa collaboration à cette oeuvre; M. Lindet, rapp. (Bin 1919, I, 38).
- Médailles de Vermeil.
- MM. Lorilleux et Cie (1916), pour leur lory-peinture ; M. Livache, rapp. (Bin 1916, I, 222).
- M. Maurice Pontio (1916), pour un procédé de dosage du nickel; M. Bâclé, rapp. (Bin 1916, I, 12).
- M. Pilon (1916), pour la construction de ses appareils radiologiques et spécialement du tube Coolidge; M. Féry, rapp. (Bin 1917, I, 12 et 1918, I, 195).
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- RÉCOMPENSES DÉCERNÉES PAR LA SOCIÉTÉ EN 1916, 1917, 1918 ET 1919. 151
- M. Renouard (1918), pour sa béquille-siège ; M. Masson, rapp. (Bhl 1919, I, 46).
- M. Degoulet (1918), pour sa collaboration dans les expériences de pyrotechnie au Laboratoire des Poudres et Salpêtres; M. Vieille, rapp.
- Médailles d’Argent.
- M. Georges Vallée (1916), pour un appareil de prothèse (main artificielle); M. Masson rapp. (Bin 1917, II, 349).
- M. Auguste Juster (1916), pour un appareil dit « servo manchot »;
- M. Masson rapp. (Bin 1917, II, 358).
- M. Baudry (1916), pour un appareil permettant aux mutilés d’une jambe de conduire une automobile; M. Masson, rapp. (Bin 1915, II, 513).
- M. Emmanuel Legrand (1916), pour un appareil de prothèse (bras-support universel articulé); M. Masson rapp. (BUl 1917, II, 366). M. Bôhler (1918), pour différents appareils de prothèse; M. Masson, rapp. (Bin 1919, I, 49).
- M. le lieutenant Procureur et M. Bessat (1918), pour leur collaboration à l’œuvre de M. Dronsart; M. Masson rapp. (Bln 1918, I, 194). M. de Saint-Maurice et M. Vuigner pour leurs études sur la rééducation agricole des mutilés; M. H. Hitier, rapp. (Bin 1918, I, 195).
- M. Vigreux (1919), pour ses travaux relatifs au soufflage du verre; M. Haller, rapp. (Bin 1919, I, 222).
- M. Rolet (1919), pour son étude sur les plantes à parfums; M. Lindet, rapp. (Bin 1919, I, 431).
- Le Conseil s’est intéressé à la création du Cours féminin de Dessin industriel, dont l’initiative et le développement sont dus à notre collègue Mlle Marguerite Charles; en 1916, il a décerné trois médailles d’argent à Mlles Lecolle, Giraud et Groos et trois médailles de bronze à Mlles Courby, Griller et Rivaud. Depuis, le Conseil a cru devoir attribuer des bourses aux élèves les plus méritantes.
- En outre notre Conseil a distribué un grand nombre de médailles d’argent et de bronze pour récompenser les jeunes gens et jeunes filles qui, pendant la guerre, ont concouru à développer les cultures agricoles et potagères.
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- 152 RÉCOMPENSES DÉCERNÉES DE 1916 A 1919. — MARS-AVRIL 1920.
- Comité départemental de la Alain-J œuvre agricole de F Aveyron : Ecole de garçons de Saint-Maurice de Sorgues, école de garçons à Cransac, école de garçons à Yillefranche ; école de filles à Millau;
- Ligue du Retour à la Terre : M. Verlot, M. Metroy, M. Lutz, M. Walker, Mlle Yessiot;
- Les Volontaires agricoles sous la direction de Mlle Guyot : Mme Blaquière, Mlle Hallot, Mlle Canivet, Mlle Bricka, Mme Lemaire, Mlle Bénié, Mlle Pépin, Mmes Bâillon de Wailly, Mlle Lebedinski, Mlle Yalore, Mlle Planson.
- Concours de Jardins militaires, organisés par la Ligue du Coin de Terré : le Médecin-MajorMathieu, l'Officier d’Administration Dordain, le Capitaine d’Arcy, le Lieutenant Fromentin, le Lieutenant Dehlinger, les Maréchaux des Logis Masson et Rounier, les Caporaux Sauvanaud, Ramée et Vallet.
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- COMITÉ DES ARTS ÉCONOMIQUES
- Rapport présenté par le Lieutenant-Colonel Renard, au nom du Comité des Arts économiques, sur l’étude de M. Martial Entât, relative Là Y Emploi des rayons ultra-violets pour constater la désagrégation des tissus sous l'influence de la lumière.
- On sait depuis longtemps que la lumière solaire exerce une influence néfaste sur les tissus, toiles caoutchoutées, matières plastiques diverses; elle les altère rapidement et en diminue notablement la résistance, ce qui présente Mes inconvénients considérables, notamment pour les constructions aeronautiques.
- Depuis les développements énormes que la navigation aérienne a pris dans ces dernières années, il a paru nécessaire de se rendre compte avec précision de cette altération et de chercher à l’atténuer.
- Pour résoudre la première partie du problème, l’idée la plus naturelle est d’exposer les tissus à une insolation prolongée, mais, pendant 6 mois de l’année, dans nos climats, ces sortes d’essais sont pratiquement impossibles; le reste du temps, on est soumis aux circonstances météorologiques; il est donc bien difficile de mesurer avec quelque précision l’intensité de l’insolation et ces sortes d’expériences sont par conséquent longues et incertaines.
- Malgré cette incertitude, depuis une vingtaine d’années, on a essayé de préserver les tissus servant à la construction des ballons ou des aéroplanes par des teintures absorbant les radiations solaires nuisibles, et on est arrivé ainsi à des résultats appréciables.
- Depuis que l’on connaît mieux les propriétés des rayons ultraviolets, on a songé à les utiliser pour les recherches de cette nature et je me souviens, quelque temps avant la guerre, d’avoir entretenu de cette question, en me plaçant au point de vue des constructions aéronautiques, notre savant collègue M. Daniel Berthelot. Mais, à ma connaissance, aucune suite pratique n’avait été donnée à cette idée.
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- 154 COMITÉ DES ARTS ÉCONOMIQUES. — MARS-AVRIL 1920.
- Le mémoire cleM. Martial Entât [303, Faubourg Saint-Antoine, Paris (11e)] est spécialement consacré à cette question et indique les expériences qu’il a faites dans ce but et les résultats qu’il a obtenus. Il est partagé en six paragraphes.
- Dans le premier paragraphe, l’auteur étudie pratiquement le champ d’action des lampes à mercure, de manière à se placer toujours dans les mêmes conditions pour les expériences.
- Le deuxième paragraphe est consacré à la description des dispositifs destinés à l’exposition rationnelle des échantillons de tissus de grande surface (0,40 mx 0,20 m) à l’action des rayons ultraviolets.
- Le troisième paragraphe est consacré à l’étude des effets de ces radiations et des radiations solaires sur la soie schappe.
- Dans le quatrième paragraphe, on étudie les mêmes effets sur la soie imprégnée de différentes teintures.
- Un cinquième paragraphe est consacré à l’examen spectrographique des tissus et des teintures.
- Enfin, dans le dernier paragraphe l’auteur résume ses conclusions.
- En ce qui concerne les deux premiers paragraphes, je me bornerai à dire que l’auteur a pris les dispositions les plus ingénieuses et les plus rationnelles pour pouvoir répéter toutes ses expériences dans des conditions identiques et comparables entre elles.
- Le troisième paragraphe, au point de vue des résultats pratiques, est le plus intéressant. On peut résumer ces résultats ainsi qu’il suit :
- Une exposition de 2 heures aux rayons ultra-violets produit à peu près la même altération que 50 heures d’exposition en plein soleil. Etant donné le dispositif employé pour les expériences, on arrive à cette conclusion que l’altération produite par la lampe de mercure dont on se sert pour les expériences est environ 200 fois plus intense que celle qui est due aux radiations solaires. La diminution de solidité de l’étoffe sous l’influence des deux sortes de radiations est sensiblement la même pour les fils de la chaîne et un peu plus grande (5 p. 100 environ) pour les fils de la trame sous l’influence des rayons ultraviolets. Cette différence tient à ce que les fils de la chaîne sont directement exposés aux radiations, tandis que les fils de la trame sont
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- MESURE DE LA DÉSAGRÉGATION DES TISSUS A LA LUMIÈRE.
- protégés par les premiers. Les fils de chaîne, étant directement exposés, sont altérés de la même manière par 50 heures d’exposition au soleil et 1 heures d’exposition aux rayons ultra-violets. Si les fils de trame sont plus altérés, c’est que les rayons ultra-violets possèdent une puissance de pénétration à travers la soie plus grande que les rayons solaires et que, par conséquent, soumis à l’influence de la lampe de mercure, ces fils sont moins protégés que lorsqu’ils sont exposés au soleil.
- Dans le cinquième paragraphe* M. Entât a examiné l’influen'ce de plusieurs teintures employées en aéronautique. Toutes ont un effet appréciable, réduisant de 50 à 75 p. 100 environ la diminution de là charge de rupture. La teinture qui semble la meilleure est le rouge de quinoléine. 11 en est de même pour la diminution de l’allongement.
- A la suite de ces expériences, M. Entât a proposé d’affecter chacune des teintures essayées par lui d’un coefficient dit de protection qui donnerait une idée, pour une exposition déterminée, de la valeur de chacune des teintures employées.
- Dans le cinquième paragraphe, l’auteur expose le résultat des études spectrographiques essayées au moyen du spectrographe Féry sur les étoffes et les teintures examinées. Comme on pouvait s’y attendre, jl a constaté que les meilleures teintures sont celles qui absorbent le mieux les rayons ultra-violets de petite longueur d’onde. En classant les matières colorantes d’après leurs absorptions, il est arrivé au même ordre que celui qui avait été obtenu d’après les charges de rupture.
- Comme conclusion, M. Entât exprime l’avis qu’il importe de généraliser l’emploi des rayons ultra-violets pour l’essai des textiles, matières plastiques, colorants, etc. En deux ou quatre heures, on peut, grâce à eux, obtenir les mêmes résultats, et avec plus de précision, que pendant des semaines d’exposition au soleil. Il est nécessaire néanmoins, pour faire ces expériences, de procéder avec méthode et d’après les indications de l’auteur. La pratique de colorer les étoffes pour les soustraire à l’altération provoquée par l’insolation est parfaitement justifiée et les études de M. Entât permettent de faire un choix judicieux des colorants à adopter.
- Votre Comité des Arts économiques estime que le mémoire de M. Entât est extrêmement intéressant et peut rendre les plus grands
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- COMITÉ DES ARTS ÉCONOMIQUES. — MARS-AVRIL 1920.
- services, notamment pour les constructions aeronautiques. Il y a donc lieu de le faire connaître. Votre Comité propose au Conseil l’adoption du présent rapport et son insertion au Bulletin. 11 demande en outre que le mémoire de M. Entât y soit publié (1).
- Le Rapporteur, Lieutenant-Colonel Renard.
- Lu et approuvé en séance publique le 14 février 1920.
- (1) Voir le mémoire in extenso de M.M. Entât, dans le présent numéro, p. 166.
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- COMITÉ DES ARTS CHIMIQUES
- Rapport présenté par M. Léon Guillet, au nom du Comité des Arts chimiques, sur Y Index méthodique des Travaux et Essais exécutés, de 1915 à 1918, aux Laboratoires de VAéronautique de Chalais-Meudon, de M. René Guérin.
- Quelques publications ont déjà indiqué, mais de façon sommaire, le rôle joué par les laboratoires dans les fabrications et recherches nécessitées par la défense nationale.
- Ce rôle a été souvent d’une importance capitale, et toute donnée nouvelle et précise sur un tel sujet peut rendre de grands services dans les fabrications de paix qui devront, de plus en plus, s’appuyer sur des bases scientifiques.
- L’Index méthodique des Travaux et Essais exécutés de 1915 à 1918 par le Service central des Laboratoires et Essais de la Section technique de l’Aéronautique et du Service des Fabrications de l’Aviation militaire que présente M. Guérin, hier chef de ce Service central, aujourd’hui chef des laboratoires de la société « l’Aluminium français », est à ce point de vue particulièrement instructif. D’une part, il témoigne de la très grande activité du Laboratoire de Chalais-Meudon, qui, divisé en trois sections : Chimie, Essais mécaniques, Essais de Moteurs, Magnétos et Accessoires, a pu répondre aux exigences de services multiples et complexes; d’autre part, il indique des résultats souvent fort intéressants, et quelquefois même des méthodes ou appareils nouveaux soit par leur principe, soit en leurs applications. Quelques exemples doivent être cités :
- Ce sont les recherches effectuées à Chalais-Meudon qui permirent d’élargir le cadre assigné au début des hostilités aux propriétés physiques et chimiques des lubrifiants, d’utiliser comme tissus d’avions, non plus le coton, seul employé avant la guerre, mais bien le lin, puis laschappe de soie, plus résistants, moins altérables, moins denses, puis des tissus mixtes, et enfin la ramie.
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- COMITÉ DES ARTS CHIMIQUES. — MARS-AVRIL 19*20.
- D’importants examens ont été faits des matériaux ennemis, notamment des matières composant les zeppelins tombés entre nos mains. D’importantes études sur les haubans fuselés d’avions, sur la résistance des roues d’avions.
- Mais évidemment le travail le plus long, et sans doute le plus minutieux, est celui qui a trait aux moteurs, à leur vérification, à la détermination de leur rendement, de leur endurance, à l’établissement des courbes caractéristiques de moteurs français et étrangers, aux carburateurs et aux bougies d’allumage.
- Un point à signaler est le suivant : C’est au Laboratoire de Chalais-Meudon qu’ont été faits tous les essais sur le laquage avec la laque d’Indo-Chine et les Annamites spécialisés. Non seulement il en est découlé des applications immédiates qui ont donné les meilleurs résultats sur les hélices d’avions, mais il vient de se constituer une société connue sous le nom de « Société d’Expansion française en Extrême-Orient », qui applique déjà les memes procédés pour les meubles, et même des objets métalliques, notamment l’aluminium.
- On ne peut que regretter la forme trop concise sous laquelle M. Guérin a présenté l’ensemble de ses travaux. En tout cas, ce document, mis à la disposition de l’industrie, lui donnera de précieuses indications sur ce qu’elle peut et doit attendre des essais, aussi votre rapporteur vous propose-t-il de remercier M. Guérin de sa communication, et de faire paraître ce rapport dans le Bulletin, afin que l’on connaisse l’existence de ce fascicule que beaucoup consulteront avec fruit.
- La question du rapport de M. Guérin soulève d’ailleurs un autre point des plus importants : cette publication ne constitue, en effet, qu’une table des essais pratiqués à Chalais-Meudon, tous les documents originaux, dont certains ont assurément une très grande valeur, vont être ou dispersés ou placés dans une administration, éloignés de toute investigation publique ; il serait intéressant que la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale fasse des démarches afin que les documents soient mis à la disposition des gens qui peuvent s’y intéresser dans les grandes bibliothèques techniques.
- Le Rapporteur,
- L. Guillet.
- Lu et approuvé en séance publique le 13 mars 1920.
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- COMITÉ DES CONSTRUCTIONS ET BEAUX-ARTS
- Rapport présenté par le lieutenant-colonel G. Espitaltjer, au nom du Comité des Constructions et Reaux-Arts, sur une Méthode rationnelle appliquée à la coupe des vêtements sur mesure, de M. Rarody.
- M. Rarody, professeur de coupe, 19, boulevard Saint-Martin, Paris (3e) a présenté à la Société d’Encouragement une ingénieuse méthode de coupe des vêtements sur mesure, qui se recommande à l’attention par son caractère rationnel et réellement scientifique. L’application de cette méthode dans la pratique de l’enseignement et de l’apprentissage permettrait de préparer un recrutement de la profession de coupeur, dont la nécessité se fait sentir vivement aujourd’hui, et d’échapper à l’empirisme actuel où le coupeur apparaît comme un artiste uniquement conduit par son inspiration, mettant en œuvre des procédés d’exécution qui ne s’acquièrent que par une longue pratique.
- Comme dans tous les corps de métier, la guerre a produit des vides qu’il est impossible de combler rapidement par suite même de ce mode de formation de l’artisan qui en est la cheville ouvrière, l’apprentissage n’ayant pas une base méthodique et analytique. La clientèle sait d’ailleurs par quelles péripéties d’essayages nombreux et de retouches il faut passer avant qu’un vêtement s’adapte à la conformation de celui qu’il s’agit d’habiller, et il serait fort à souhaiter qu’on avisât, dans la prise des mesures préliminaires, à définir la topographie du corps humain, comme on agit pour la reproduction de la surface terrestre, si l’on ne juge pas cette comparaison offensante pour la dignité humaine.
- Pour définir cette topographie du corps humain, M. Rarody a recours aux coordonnées cartésiennes, c’est-à-dire qu’il rapporte toutes les mesures essentielles à deux axes de coordonnées rectangulaires, pris sur le corps et développés ensuite sur un plan.
- L’axe vertical est naturellement dans le plan de symétrie de l’individu, en partant d’un point fixe du squelette, le sommet du sternum
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- par exemple. L’axe horizontal est le développement de la ligne horizontale passant sous les aisselles.
- Comme instruments de réalisation, l’inventeur se sert d’un prototype en étoffe et d’un métho graphe.
- Le prototype est un vêtement composé de pièces coupées à l’avance dont on habille le client en épinglant aux points caractéristiques dont la position définit non seulement les dimensions, mais la conformation du corps avec ses inflexions. Il suffit d’avoir 5 ou 6 prototypes s’adaptant aux différentes tailles et définis par les dimensions moyennes bien connues dans la profession.
- Les points caractéristiques étant ainsi marqués, il suffit d’étendre, sur une table, de développer les pièces qui portent en fil rouge la trace des deux axes. Certains points de jonction de deux pièces voisines se trouveront alors écartés et cet écartement est lui-même une dimension caractéristique intimement liée à la conformation individuelle.
- On pose alors sur le tout des panneaux transparents en celluloïd qui constituent le méthographe et qui permettent par une graduation appropriée, de relever les cotes nécessaires, dont l’ensemble donne la fiche individuelle. Cette fiche permet à son tour de bâtir du premier coup un vêtement rigoureusement adapté à la personne, supprimant ainsi les essayages multiples et les retouches.
- Il nous paraît qu’il y a là un très grand progrès, susceptible de faciliter l’enseignement d’abord, la formation rapide ensuite, d’apprentis capables de combler en très peu de temps les vides du personnel actuel, et de maintenir la bonne réputation que s’est acquise par son bon goût une industrie bien française qui, à l’heure actuelle, ne manquerait pas de péricliter si onia laissait trop longtemps s’enlizer dans la précarité de ses procédés un peu vieillis.
- Ce souci de l’avenir d’une industrie largement exportatrice justifie l’attention de votre Comité qui, en remerciant M. Barody de sa communication, tiendra à le féliciter de son initiative, et de l’esprit analytique qu’il a apporté dans la solution d’un problème difficile. Votre Comité des Constructions et Beaux-Arts vous propose d’insérer le présent rapport au Bulletin et d’accorder à M. Barody une médaille d’argent.
- Le Rapporteur, Lieutenant-Colonel Espitallier.
- Lu et approuvé en séance publique le 13 mars 1920.
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- COMITÉ DES CONSTRUCTIONS ET BEAUX-ARTS
- Rapport présenté par M. A. Moreau, au nom du Comité des Constructions et Beaux-Arts, sur le Type de rapport de Valimentation en eau d'une ville, de M. Gilbert.
- Nous avons reçu de l’auteur, M. Gilbert (5, rue du Plateau, à Vin-cennes), cette brochure extrêmement intéressante qui présente en peu de pages, accompagnées de ligures très claires, l’exposé complet d’un cas fréquent de captation de sources, d’adduction et de distribution d’eau.
- Les ingénieurs qui auront à traiter ce cas particulier n’auront qu’à suivre pas à pas les méthodes et procédés développés d’une manière très détaillée dans cet ouvrage, pour fournir un projet substantiel et bien étudié aux communes intéressées et à l’Administration supérieure. Cette dernière, en effet, qui intervient le plus souvent pour une part importante dans la dépense, sous forme de subvention du Pari Mutuel, exige à juste titre des projets approfondis et complets.
- Rappelons que M. Gilbert est l’inventeur d’un type de joint pour conduite, destiné à éviter les pertes qui se produisent trop souvent dans les distributions d’eau. .
- •En résumé, comme le dit M. Bechmann, dans son avant-propos de l’ouvrage de M. Gilbert : « il y a là une étude consciencieuse du problème posé, la recherche approfondie de la solution adéquate aux circonstances et les claires explications qui mettent les diverses phases de l’étude tout entière à la portée de tous, en justifiant les conclusions ».
- Nous nous associons pleinement à cette manière de voir et pensons qu’il y a lieu de remercier M. Gilbert de l’envoi de ce remarquable travail.
- Le Rapporteur.
- A. Moreau.
- Lu et approuvé en séance publique le 17 avril 1920.
- Tome 132. — 1er semestre. — Mars-Avril 1920.
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- NÉCROLOGIE
- FÉLIX ROBIN
- (1er mars 1882-30 août 1914)
- Félix Robin, né à Paris le 1er mars 1882, était le fils d’un ancien président de la Chambre des Notaires de Paris, ce qui lui aurait permis de se faire facilement une belle situation dans la carrière du notariat; mais, sous l’influence d’une véritable vocation scientifique, il n’hésita pas à y renoncer pour faire des études d’ingénieur, et il se prépara à l’École Centrale d’où il sortit en 1906 dans un rang des plus honorables avec le diplôme de métallurgiste. 11 fit ensuite une année de service militaire comme sous-lieutenant au 32e régiment d’artillerie à Orléans; après quoi, il entra comme assistant au Laboratoire d’Essais fie Métallurgie du Conservatoire des Arts et Métiers et il y resta attaché jusqu’à ce que la mobilisation vînt, en 1914, l’arracher à ses études pour l’envoyer au front de bataille où il succomba, mortellement frappé, le 30 août 1914.
- Pendant ces sept années d’activité, il consacra ses hautes facultés d’observateur persévérant et sagace, doué en même temps d’une grande habileté manuelle, aux études de métallographie microscopique pour lesquelles il éprouvait une véritable passion; il effectua ainsi de nombreuses recherches personnelles portant principalement sur les propriétés mécaniques des métaux et de leurs alliages, qu’il s’efforça de rattacher à leurs propriétés physiques, comme la sonorité et le magnétisme. Il aborda de même cette question particulièrement délicate, qui préoccupait déjà Osmond, de la structure des métaux, du mode de croissance des grains, et les observations qu’il avait déjà pu recueillir à cet égard au cours de sa brève carrière, si laborieuse et féconde, permettent de penser que, s’il lui avait été donné de la continuer, il aurait certainement réussi à apporter sur la constitution interne des métaux des aperçus nouveaux peut-être même à dégager des lois
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- NÉCROLOGIE : FÉLIX ROBIN (1882-1914).
- inconnues et contribué ainsi pour une large part aux progrès de la science métallographique et de l’industrie métallurgique.
- Félix Robin a résumé ses travaux dans une série de mémoires dont le nombre est trop élevé pour que nous puissions les rappeler ici en détail; ils ont été publiés dans les Comptes Rendus de l'Académie des Sciences, dans la Revue de Métallurgie, dans le Rulletin de ïAssociation des Méthodes d'Essai des Matériaux, dans les Comptes Rendus des Congrès tenus à New York en 1912, etc.
- Félix Robin (1882-1914) dans son cabinet de travail, à Paris, rue d’Anjou.
- Citons encore : la conférence qu’il donna, en 1909, devant notre Société; les articles publiés dans notre Bulletin, dans le Bulletin de la Société des Ingénieurs civils, dans la Revue de Mécanique, dans le Bulletin de la Société industrielle des Electriciens, la Technique moderne, le Bulletin de la Société de l'Industrie minérale de Saint-Etienne qui lui attribua une médaille d’or en 1912, le Journal de Physique et enfin le numéro de La Nature du 1er août 1914, où parut son dernier travail consacré à l’étude de la vie des métaux et de l’évolution des cristaux dont ils sont formés, au moment même où il partait pour rejoindre son régiment à la mobilisation.
- Il publia enfin trois thèses en anglais dont l’une obtint, en 1911, la
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- NÉCROLOGIE : FÉLIX ROBIN. — MARS-AVRIL 1920.
- médaille d’or de FIron and Steel Institute, et aussi un Traité de Métal-lographie que M. Osmond, qui appréciait grandement ses travaux, tint à présenter lui-même dans une préface élogieuse. Aussi, en songeant à la masse énorme des travaux qu’il a ainsi accumulés en un temps si court, est-on réellement stupéfait de la prodigieuse activité dont il a fait preuve, et on comprend mieux encore toute l’étendue de la perte que la science française a faite en lui lorsque la mort aveugle est venue le frapper.
- Lors de la mobilisation, il fut attaché comme officier orienteur au 29e régiment d’artillerie, avec lequel il fit campagne pendant le mois d’août sur la frontière des Ardennes. Le 30 août, au cours du mouvement de retraite vers la Marne, il était foudroyé par l’éclatement d’un obus près du village d’Écordal, non loin de Réthel, dans les Ardennes.
- 11 apporta dans la vie militaire le meme esprit de courage et d’abnégation et la même activité dont il avait déjà donné tant de preuves dans la vie civile; aussi était-il particulièrement apprécié de ses camarades et de ses chefs, et sa perte causa parmi eux un deuil universel. Le colonel commandant l’Artillerie divisionnaire lui attribua la croix de guerre en lui consacrant l’ordre du jour suivant qui apporte ainsi le meilleur témoignage de ses hautes qualités de courage et d’énergie :
- « Officier orienteur d’un dévouement sans borne, modèle de courage. Le 30 août 1914, à la Bérésina, n’a pas hésité, avec un mépris entier de la mort, à traverser une zone battue par un feu très violent de batteries de gros calibre pour aller porter un ordre du commandant et y a trouvé la mort ».
- On peut dire que Robin appartenait à cette noble phalange de victimes d’élite dont le sacrifice a mérité le salut de la France. Mais si ces lignes permettent d’apprécier en lui le talent de l’observateur et le courage du soldat, il convient de rappeler aussi sa haute culture intellectuelle et ses belles qualités de simplicité et de bonté qui le faisaient aimer de tous ceux qui Font connu; il savait en effet s’intéresser à toutes les manifestations de la vie intellectuelle, nous dit son camarade, M. Constant Hubert, dans la notice émue qu’il lui a consacrée et à laquelle nous avons pu, avec son autorisation, faire de nombreux emprunts.
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- NÉCROLOGIE : FÉLIX ROBIN (1882-1914).
- Malgré son écrasant labeur scientifique, on le verra parfois, dit-il, consacrer chaque jour quelques heures aux études littéraires ou philosophiques. Bibliophile, il collectionne et enrichit continuellement sa bibliothèque. Il ne lit pas par désœuvrement, la lecture n’est pas frivolité pour lui : il analyse, classe, compare et, en traits saisissants, il esquisse la synthèse du dernier livre qu’il a lu. Il ne sait plus tolérer pour lui de vacances, tellement il a la nostalgie du travail.
- Pour compléter la physionomie de notre regretté collègue, ajoutons encore cette dernière citation tirée de la notice publiée par M.Bergeron, ancien président de la Société des Ingénieurs civils.
- « Si Bobin était fier, et à juste titre, des récompenses qui lui étaient décernées et qu’on n’obtient d’ordinaire qu’après de longues années de recherches scientifiques, il ne témoignait cependant d’aucune vanité; il était resté simple, bon et charmant camarade, comme lorsqu’il était sur les bancs de l’Ecole. C’est ce sentiment de bonté qui, dès 1911, lui inspire les dispositions testamentaires par lesquelles il chargeait la Société des Ingénieurs civils de France, la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale (1), et l’Association amicale des Anciens Élèves de l’École Centrale,' de distribuer généreusement, grâce à la largeur de ses legs, des récompenses à ceux de leurs membres qui feraient des travaux originaux, ou des subsides à ceux qui seraient dans le besoin. »
- En revoyant dans son ensemble cette laborieuse carrière de savant, si féconde dans sa brièveté, cette grande physionomie morale, uniquement inspirée de nobles sentiments, amour du travail, tendresse, courage et dévouement, nous pouvons estimer vraiment que Félix Robin était un de ces hommes qui honorent leur pays, et sa mort prématurée, qui. est une épreuve si cruelle pour sa mère éplorée et pour tous les siens, est vraiment aussi un deuil pour la science et la patrie, en même temps que pour notre Société, qui conservera son souvenir regretté comme celui d’un des membres qu’elle était particulièrement fi ère de compter dans ses rangs.
- L. Bâclé.
- (1) Félix Robin a légué à la Société d’Encouragement une somme de 100 000 francs (dont le montant a été réduit suivant la baisse des valeurs), dans le but de distribuer des secours et des récompenses pour des travaux scientifiques remarquables exécutés en France par des Français. Le revenu annuel de ces valeurs est actuellement de 5 400 francs.
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- L'EMPLOI DES RAYONS ULTRA-VIOLETS POUR CONSTATER LA DÉSAGRÉGATION DES TISSUS SOUS L'INFLUENCE DE LA LUMIÈRE
- Introduction.
- De nombreux essais ont démontré que la lumière solaire est le facteur qui influe le plus sur la désagrégation des tissus, toiles caoutchoutées, matières plastiques (nitro-cellulose, acétate de cellulose), etc.... L’essai de résistance à la lumière est donc un critérium important d’évaluation de la qualité du produit examiné. Mais il présente trois grands inconvénients :
- 1° Les expositions à la lumière solaire doivent être prolongées pendant un temps assez long, pouvant atteindre cinquante ou soixante jours, avant de donner des résultats intéressants ;
- 2° Ces expositions ne sont guère possibles quand la lumière solaire est faible, c’est-à-dire pendant une grande partie de l’année, en dehors des mois de mai à septembre;
- 3° Il est presque impossible de faire des essais comparatifs si l’on opère à des époques différentes à cause des variations d’intensité de la lumière solaire.
- Nous avons donc pensé qu’il y avait lieu d’abandonner cette méthode manquant de la précision nécessaire à des mesures comparatives et nous avons employé, comme source de lumière, les lampes à mercure, riches en rayons ultra-violets, d’un maniement facile, et dont l’éclairement peut être parfaitement réglé.
- I. — Etude pratique du champ d’action des lampes a mercure.
- Des essais différents ayant montré Ja variation des résultats obtenus par exposition aux rayons ultra-violets des fibres textiles, toiles caoutchoutées, toiles enduites à l’acétate de cellulose, plaques d’acétate de cellulose, etc..., il était nécessaire de commencer par étudier le champ d’action de la lampe à vapeur de mercure employée comme source lumineuse. Ce champ d’action, en effet, n’est pas uniforme, et si l’on place pendant des temps égaux des
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- MESURE DE LA DÉSAGRÉGATION DES TISSUS PAR LA LUMIÈRE. 16?
- éprouvettes en deux points différents, les effets observés sont différents. Il y a doue lieu de déterminer comment devront être faites les expositions pour que les transformations subies par l’échantillon soient les mêmes sur toute sa surface.
- L’ultra-violet est la région du spectre qui a pour longueur d’ondes limites : 1 030 à 3 900 unités Angstrom (UA).
- L’unité Angstrom UA (UA —10-*p. = 10.~7 mm) a été définie de la façon suivante : la radiation rouge émise par la vapeur de cadmium dans un tube à électrodes dans le vide, à 15° et sous la pression de 760 mm, mesure 6 438,469 UA.
- Les rayons ultra-violets possèdent une activité chimique très développée à laquelle on attribue une partie des réactions qui s’effectuent dans l’atmosphère.
- Us sont doués d’une action destructive marquée sur les matières colorantes et peuvent servir à l’essai de la solidité des teintures.
- Ils produisent en quelques heures le même effet qu’une exposition de plusieurs journées à l’action des rayons solaires.
- Us ont été proposés pour le vieillissement artificiel des vins et des alcools; mais comme ils sont absorbés par une couche mince de liquide, cette application paraît délicate. Il en est de même pour la. stérilisation de l’eau qui a pu être obtenue en laboratoire mais, dans la pratique, a donné des résultats peu satisfaisants.
- Us produisent une désagrégation très marquée des fibres textiles et des matières plastiques : caoutchouc, nitrocellulose, acétate de cellulose.
- Cette désagrégation peut être mise en évidence par la variation des propriétés mécaniques : allongement, charge de rupture, dureté ou résistance à la perforation.
- Pour ces essais, il importe de remplir deux conditions essentielles :
- 1° Lorsqu’on expose plusieurs échantillons en vue de les comparer, ils doivent se trouver tous dans les mêmes conditions d’éclairement, de durée, de température et d’état hygrométrique ;
- 2° La surface de l’échantillon qui sera soumise à des essais mécaniques devra avoir reçu, en tous ses points, la même quantité de radiations afin de présenter une désagrégation uniforme. Faute de cette précaution, on aurait une zone de désagrégation maximum dans laquelle se produirait la rupture et qui ne correspondrait nullement à la résistance moyenne de l’échantillon.
- C’est en vue de réaliser cette deuxième condition que nous avons employé une méthode photographique simple et rapide permettant de déterminer, dans le champ d’action des lampes à mercure, une zone d’éclairement uniforme oüi devront se faire les expositions.
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- 168 ESSAI DES TISSUS AUX RAYONS ULTRA-VIOLETS. — MARS-AVRIL 1920.
- Considérations théoriques. — Partie optique. — Prenons comme exemple la lampe « Silica » de la Compagnie Westinghouse, représentée par. la
- Fig. I. — Lampe à vapeur de mercure.
- figure 1 (Pour toute autre lampe, la marche des essais serait analogue). Elle fonctionne sous 70 Y, 5 A.
- La partie lumineuse, couverte de hachures, est un faisceau cylindrique
- dont l’axe est légèrement incurvé au voisinage de la cathode C. Il s’ensuit que l’éclairement sera sensiblement le même suivant les cercles concentriques à ce faisceau lumineux ou bien encore que, pour une même surface cylindrique ayant la lampe en son axe, la variation de l’éclairement sera sensiblement la même suivant toutes les génératrices du cylindre, dans la partie située au-dessous du niveau de la lampe.
- Le flux lumineux émis par la lampe comprend : des rayons perpendiculaires à l’axe tels que : AE, BM, CE, BN, et des rayons obliques tels que : AQ, BQ, CQ (fig. 2).
- Fig. 2.— Faisceaux lumineux émis par s’ensuit que l’éclairement, pour
- la lampe a mercure. r
- une même surface cylindrique ayant la lampe en son axe, variera, de part et d’autre de la lampe, suivant une loi qui n’est pas simple et dont l’établissement par le calcul nécessiterait une inté-
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- MESURE DE LA DÉSAGRÉGATION DES TISSUS PAR LA LUMIÈRE. 169
- gration compliquée. Il faudrait tenir compte, en effet, non seulement du carré de la distance et du cosinus de l’angle d’incidence des rayons, mais encore des phénomènes de réflexion des rayons arrivant sur le tube de quartz sous une incidence rasante, et de la dispersion.
- La construction géométrique de la figure 2 montre que dans la région MN, tous les points recevront le maximum de rayons normaux et que l’éclairement sera sensiblement uniforme. Cette considération se trouve-vérifiée par la méthode photographique exposée plus loin.
- Cette région MN se trouve située à 13 cm de la lampe.
- Partie photographique. — Si l’on soumet plusieurs épreuves photographiques à l’action d’une source lumineuse, le noircissement, pour des ^distances égales de la source, est proportionnel à la durée de l’exposition.
- -, C’est ce qu’exprime la loi de Bunsen-Roscoe :
- If = iT
- Pour des temps de pose égaux, le noircissement est proportionnel à l’éclairement.
- La loi de Bunsen-Roscoe n’est pas rigoureusement exacte, mais elle est suffisamment approchée pour les essais que nous avions en vue.
- L’expression la plus rigoureuse est donnée par la loi de Schwartzschild :
- \tv = iTv.
- dans laquelle p est un coefficient dépendant delà nature de la couche sensible. (Pour le gélatino-bromure par exemple : p = 1,16.)
- . En comparant les noircissements obtenus sur deux épreuves différentes, nous pourrons en déduire les éclairements correspondants si l’une de ces épreuves peut être prise comme unité.
- Essai pratique des lampes. — Des bandes de papier au citrate d’argent sont exposées sur un châssis de forme cylindrique de 13 cm de rayon, la Idmpe étant à l’axe du cylindre (fig. 3).
- Sur le papier on place une cache en carton dans laquelle on a découpé des carrés dont les centres sont distants de 1 cm (fig. 4).
- On effectue deux séries d’essais.
- Dans une première série on fait des poses d’une durée de 10 minutes du côté de l’anode et du côté de la cathode; les noircissements obtenus pour chaque carré de 1 cm sont comparés avec une échelle de teintes correspondant à des poses variant de 1 à 10 minutes dans la région d’.éclairement uniforme et
- c
- Fig. 3. — Châssis servant à mesurer l’éclairement :
- F, feuille sensible; — C, châssis. La lampe est placée au centre du cercle qui représente la feuille sensible F.
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- 170 ESSAI DES TISSUS AUX RAYONS ULTRA-VIOLETS.
- MARS-AVRIL 1920.
- cotées arbitrairement de 1 à 10. On en déduit pour chaque centimètre la valeur de l’éclairement.
- On fait alors une deuxième série d’essais qui est une vérification des
- Fig. 4. — Cache employée pour la mesure des éclairements.
- résultats obtenus dans la première; on fait varier les temps de pose à chaque centimètre, inversement aux éclairements trouvés précédemment de manière à obtenir sur toute l’échelle un noircissement uniforme (fig. 5).
- La loi ainsi établie est exprimée sous forme de courbe en portant en abscisses les distances des points examinés au niveau du centre de la lampe et en ordonnées les éclairements (fig. 6).
- L’examen de cette courbe conduit à trois conclusions :
- 1° Sur une longueur de 8 cm l’éclairement est sensiblement uniforme;
- O
- Intensités
- 10
- 10 40 10 9 8,â 7 SJ 4,2 3,2 2.3 2,7 1,2 0,0
- O.f
- PHOT.Vl
- Pose ' lomTouted Côte Anode
- «
- PHOT.VIIl
- Poses vjruù/es Côté Anode
- amm***g j
- RHIRIIII1IIIBI1
- Temps de pose
- 5™ Sôâo dpji
- 6CôC $748* lûd i5ao zim4o
- 2ÿmzÔ
- tâtê ms
- 700
- Fig. 5. — Épreuve photographique (côté anode).
- 2° Les deux branches de la courbe, côté anode et côté cathode ne sont pas superposables; l’éclairement, en fonction de la distance, baisse beaucoup plus rapidement du côté de l’anode ;
- 3a Si l’échantillon qui doit être soumis à des essais mécaniques après exposition aux rayons ultra-violets a une longueur supérieure à celle de la
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- . MESURE DE LA DÉSAGRÉGATION DES TISSUS PAR LA LUMIÈRE.
- 171
- zone uniforme MN, il faudra : ou bien faire varier les temps de pose, centimètre par centimètre, pour avoir finalement une exposition uniforme (pour cela, on n’aura qu’à se reporter à la courbe établie pour l’essai de la lampe);
- Intensités
- io
- dû 1û io 9 S 7 6 S 4 3. S 3 Z, J Z iS i,3
- PH0T.V1I
- Pose.
- 10 minutes
- Côté Cathode
- u |£|£|||| isss
- #1- li
- { t î
- flfS
- PHOT.IX
- Poses
- variables
- CôtéCathode
- a
- ST JT Sm ru du/ î-Y <7iT7 S 8.20 20 m i4mzo 2Sm 33mZ0 58*30 00"!
- Temps de pose SI
- So'
- Fig. obis. — Épreuve photographique (côté cathode).
- ou bien déplacer l’échantillon d’un mouvement continu au-dessous do» la lampe pour que chaque point se trouve exposé pendant le même temps.
- La méthode que je viens d’exposer me paraît suffisamment simple et rapide pour donner des résultats intéressants.
- On pourrait objecter que la comparaison, à l’œil, des noircissements
- ' Distances (en centimètres
- Fig. 6. — Courbe donnant les éclairements en fonction des distances à la lampe.
- obtenus sur des papiers au citrate d’argent manque de précision; mais pour une exploration rapide, l’approximation est suffisante.
- Si l’on veut opérer avec une plus grande précision, on fera des clichés sur pellicules ou sur plaques orthochromatiques au gélatino-bromure, et l’on comparera les noircissements au banc photométrique.
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- 172 ESSAI DES TISSUS AUX RAYONS ULTRA-VIOLETS.
- MARS-AVRIL 1920.
- II. — Installation d’un dispositif
- PERMETTANT L’EXPOSITION RATIONNELLE D’ÉCHANTILLONS DE GRANDE SURFACE A L’ACTION DES RAYONS ULTRA-VIOLETS.
- Pour mettre en évidence l’action des rayons ultra-violets par la mesure des variations des propriétés mécaniques des matières soumises à leur influence, il est nécessaire de pouvoir prélever, sur un même échantillon, plusieurs bandes que l’on soumettra aux mêmes essais (allongement, rupture, perforation, etc.), afin d’obtenir une valeur moyenne. Ceci implique donc comme condition l’exposition d’échantillons d’assez grande surface (environ 20 cm x £0 cm).
- Nous avons démontré dans l’étude qui précède que la zone d’éclairement uniforme de la lampe « Silica » était représentée par une bande cylindrique de 13 cm de rayon et 8 cm de hauteur. Pour que l’échantillon reçoive en toutes ses parties la même quantité de radiations, il faudra donc lui donner un rayon de courbure de 13 cm et le déplacer sous la lampe, d’un mouve-s ment uniforme, de telle façon
- 1 que la zone d’éclairement uni-
- !—----------------------“i forme soit toujours entière-
- ment contenue sur l’échantillon et que, dans les positions extrêmes, ses bords droit et gauche coïncident respectivement avec les bords droit et gauche de l’échantillon (1). Si nous prenons un échantillon de 40 cm de longueur, son déplacement total devra donc
- être de 72 cm, c’est-à-dire 32 cm de part et d’autre de la lampe (fïg. 7).
- Pour réaliser cette condition, nous avons installé le dispositif électrique suivant :
- L’échantillon est placé sur une surface cylindrique de 13 cm de rayon de courbure, montée sur un chariot à roues se déplaçant sur un bâti portant deux rails (fig. 8).
- Le mouvement de translation est donné par une dynamo tournant à très faible vitesse et portant un démultiplicateur; pour obtenir cette faible vitesse, nous avons
- Fig. 7. — Schéma de la course du chariot.
- (1) On notera que l’éclairement, de part et d’autre de la zone uniforme, ayant une valeur très faible par rapport à celui de cette zone (1/10 à 14 cm du côté de l'anode et à 17 cm du côté de la cathode) les différences provenant de la répartition inégale de l’éclairement sont négligeables; si l’on veut les éliminer, on placera, au-dessus de l’échantillon un écran fixe présentant une ouverture de 8 cm de longueur et correspondant à la zone d’éclairement uniforme.
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- MESURE DE LA DÉSAGRÉGATION DES TISSUS PAR LA LUMIÈRE. 173
- pris une dynamo à excitation séparée sous 110 V et induit sous 4 V. Pour changer le sens de déplacement du chariot, il suffît d’inverser le sens du courant dans la dynamo au moyen d’un inverseur magnétique comportant deux contacts placés sur le banc aux deux extrémités de la course et sur lesquels viennent porter deux butées fixées à la base du chariot. Cet inverseur fonctionne au moyen d’un batterie d’accumulateur de 8 Y. La durée du
- Fig. 9. — Dispositif électrique actionnant le chariot. Montage de la lampe.
- A, ampèremètre; — V, voltmètre; — L, lampe à mercure; — R, rhéostat de réglage; — C, chariot d'exposition; — B, banc de chariot; — D, dynamo; — I, inverseur magnétique; — Pm, poulie motrice; — Pr, poulie de renvoi; — C,,C2, contacts de l’inverseur.
- déplacement (aller et retour) est de 55 secondes. Le montage général est indiqué par le schéma ci-contre (fîg. 9).
- L’ensemble des appareils est représenté par la figure 10.
- III. — Action des rayons ultra-violets sur la soie schappe.
- L’exposition à la lumière solaire produit, sur les tissus de soie, une altération assez prononcée due à l’action des rayons ultra-violets.
- Des expositions prolongées pendant 15, 30,45 et 60 jours, représentant des temps de plein soleil de 50,100, 120 et 135 heures, ont provoqué un abaissement de la charge de rupture allant jusqu’à 45,2 p. 100.
- Le même tissu, soumis à l’action des rayons produits par une lampe à
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- 174 ESSAI DES TISSUS AUX RAYONS ULTRA-VIOLETS. «— MARS-AVRIL 1920.
- mercure « Silica » a présenté, en quelques heures seulement, une dégradation analogue.
- Nous avons opéré sur des soies schappe présentant les caractéristiques suivantes :
- Armure toile, nombre de fils au centimètre.
- Chaîne . Trame .
- 26, retors 2 brins. 26, — 2 —
- Le tissu a été préalablement décreusé dans un bain de savon de pulpe
- Fig. 10. — Vue d’ensemble des appareils.
- à 5 p. 100 pendant 2 heures, à la température de 60°, en vue d’opérations ultérieures de teinture (1).
- Des échantillons de 21 cm x 41 cm ont été exposés sous la lampe à mercure pendant des temps variant de 1/2 heure à 10 heures. Dans chaque échantillon, on a ensuite découpé 3 bandes de o cm x 10 cm en chaîne et en trame, et on a mesuré la charge de rupture et l’allongement au moyen d’un dynamomètre horizontal Testenoire. La perte pour 100 de la charge de rupture a été calculée en prenant comme origine la soie desséchée 13 minutes à 100°-110°, qui présente la résistance maximum. Les résultats obtenus sont exprimés dans le tableau suivant :
- (1) Le savon de pulpe, ordinairement employé dans l’industrie pour le décreusage de la soie, est fabriqué au moyen des huiles restant dans la pulpe d’olive après l’extraction de l’huile alimentaire. Il est de couleur verdâtre et sa teneur en alcalis libres est très faible.
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- PERTE P. 100
- CHARGE DE RUPTURE UE CHARGE ALLONGEMENT
- PAR MÈTRE DE RUPTURE P. 100.
- Nature des échantillons. Chaîne. Trame. Chaîne. Trame. Chaîne. Trame.
- Soie vierge 1 728 kg 1 735 kg 23,6 17,5
- Soie desséchée à 100-110°, 15 m. 2 160 2 063 20,3 15,0
- — — 30 m. 2 066 2 060 4,3 0,1 19,5 14,1
- — — 60 m. 2 022 2 100 6,3 21,1 13,9
- Soie décreusée 1 906 1 846 11,7 10,5 39,0 27,3
- Soie décreusée desséchée à 35°-
- 50° pendant 60 m V 2 146* 2 016 0,7 0,2 37,3 23,6
- Soie exposée au soleil :
- Pendant ) Soleil 50 h, lumière
- 15 jours. ) totale 130 h . . . 1 590 1 533 26,3 25,5 20,3 14,1
- Pendant ) Soleil 100 h, lumière
- 30 jours. ) totale 250 h . . . 1 373 1363 36,7 33,9 16,0 13,5
- Pendant ) Soleil 120 h, lumière
- 45 jours. ) totale 365 h . , 1 260 1 343 41,6 34,9 18,0 11,7
- Pendant ) Soleil 135 h, lumière
- 60 jours. ) totale 480 h . . . 1 183 1 310 45,2 36,5 15,6 10,8
- Soie exposée aux rayons ultra-
- violets pendant 30 m . . . . 1 826 1 806 15,4 12,4 24,7 18,0
- Idem. — 1 h ... . 1 800 • 1 752 16,6 15,1 23,3 17,6
- — — 1 h 1/2 . . . 1 726 1 712 20,0 17,0 21,5 15,7
- — 2 h ... . •1 406 1 426 34,9 30,9 18,0 14,8
- — — 4 h ... . 1 366 1 352 36,7 34,4 18,3 13,5
- — — 6 h ... . 1 346 1 246 37,6 39,6 18,8 13,5
- — — 8 h . 1 284 1 246 40,5 39,6 19,0 13,2
- — — 10 h ... . 1 164 1 180 46,1 42,8 16,0 11,0
- La variation de la charge de rupture en fonction de la durée d’exposition a été exprimée sous forme de courbe en portant en ordonnées les charges et en abscisses les durées (fig. 11).
- Une deuxième courbe a été construite en calculant la perte p. 100 de la charge de rupture en fonction de la durée d’exposition (fig. 12). Enfin une troisième courbe indique la variation du coefficient d’allongement en fonction de la durée d’exposition (fig. 13).
- De l’exameiî des résultats, il apparaît : .
- 1° Que pendant la première heure d’exposition la variation de la charge de rupture est extrêmement faible. Ceci peut tenir, en partie, à ce que la température n’a pas atteint son régime normal qui est de 35° à 50° après une marche un peu prolongée. D’autre part, au début de l’exposition, le tissu perd son humidité, ce qui provoque une augmentation de la charge de rupture qui vient compenser la perte due à l’action des rayons : ces hypothèses ont été vérifiées expérimentalement;
- 2° Pendant la deuxième heure d’exposition, la diminution de la charge de
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- 176 ESSAI DES TISSUS AUX RAYONS ULTRA-VIOLETS. — MARS-AVRIL 1920.
- rupture est de 18 p. 100; elle baisse ensuite de 12 p. 100 pendant les huit heures qui suivent. Il suffira donc d’exposer une schappe pendant 2 heures
- ___Chaîne
- Trame
- Durées d'exposition (en heures)
- Fig. 11. — Variation de la charge de rupture.
- aux rayons ultra-violets pour avoir une notion suffisante de sa désagrégation ;
- 3° Une exposition de 2 heures à la lampe à mercure produit une désagré-
- Durées d'exposition (en heures)
- Fig. 12. — Perte de charge de rupture p. 100.
- gation de beaucoup supérieure à celle d’une exposition de 15 jours à la lumière solaire, correspondant à 50 heures de plein soleil.
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- MESURE DE LA DÉSAGRÉGATION DES TISSUS PAR LA LUMIÈRE.
- 177
- Si l’on considère que l’échantillon se déplace devant la lampe et que chaque partie ne reste que 1/5 du temps total en plein éclairement, rsoit 24 minutes pour une exposition de 2 heures, il apparaît que l’effet produit par la lampe est environ 200 fois plus intense que celui de la lumière-solaire ;
- 4° Enfin, on notera qu’il n’y a pas parallélisme absolu entre la diminution de la charge de rupture en chaîne et en trame sous l’action du soleil et sous l’action delà lampe à mercure, pour des expositions très prolongées. Pour la même
- ___Chaîne
- ____Trame
- Durées d'exposition (en heures)
- Fig. 13. — Variation du coefficient d’allongement.
- perte de charge de rupture en chaîne, la perte en trame est plus grande avec les rayons ultra-violets qu’avec la lumière solaire, comme le montre le tableau suivant :
- Perte de charge de rupture p. ICO en chaîne.
- Rayons ultra-violets et lumière solaire.
- PERTE DE CHARGE DE RUPTURE P. 100 EN TRAME
- Lumière solaire.
- Rayons ultra-violets.
- Différence.
- 36,7
- 41,0
- 45,0
- 33,9 34,4 0,5
- 34,9 39,6 4,7
- 36,5 42,8 6,3
- Ce fait peut s’expliquer de la manière suivante :
- Les fils de chaîne chevauchent sur les fils de trame et les protègent en partie contre la lumière solaire, dont les rayons sont peu pénétrants; mais les rayons ultra-violets, de longueur d’onde beaucoup plus faible, sont beaucoup plus pénétrants, et, traversant les fils de chaîne, viennent agir sur les parties cachées des fils de trame. Il s’ensuit que la désagrégation produite par ceux-ci est plus profonde que celle qui est produite par les rayons solaires.
- La vérification de cette hypothèse a été obtenue au moyen de la photographie.
- Tome 132. — 1er semestre. — Mars-Avril 1920.
- 21
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- 178 ESSAI DES TISSUS AUX RAYONS ULTRA-VIOLETS. — MARS-AVRIL 1920.
- Deux épreuves ont été faites en plaçant une feuille de papier au citrate sous un carré de tissu de soie, en laissant dépasser le papier sur un de ses bords. Une exposition a été faite à la lumière solaire et l’autre aux rayons ultra-violets, pendant des temps tels que le noircissement soit le même sur les deux bords non recouverts de soie ; de cette façon la surface avait reçu, dans les deux cas, la même quantité de radiations.
- Dans le cas des rayons ultra-violets (fig. 14), la partie du papier située
- Fig. ii. — Épreuves exposées aux rayons ultra-violets (à gauche), à la lumière solaire (à droite).
- sous le tissu a noirci notablement, ce qui indique que la soie est partiellement transparente aux rayons ultra-violets. Dans le cas de la lumière solaire, la partie du papier située sous le tissu est à peine teintée, la soie est donc à peu près opaque à la lumière solaire.
- IV. — Action des rayons ultra-violets sur la soie teinte.
- Un grand nombre de matières colorantes absorbent en partie les rayons ultra-violets. Cette propriété a servi, entre autres applications, à la préservation, contre la lumière solaire, des tissus employés à la construction des ballons. Nous avons effectué un certain nombre de teintures sur des soies de schappe prélevées sur la même pièce que celles qui ont servi aux essais précédents.. Afin d’avoir des résultats comparables, ces teintures ont été effectuées dans des conditions analogues. Le bain de teinture contenait, pour 20 g de soie :
- Eau . .......................................... . 1 000 cm3
- Acétate de soude................................ 10 g
- Acide acétique.................................. 5 cm3
- Colorant . ..................................... q. s.
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- MESURE DE LA DÉSAGRÉGATION DES TISSUS PAR LA LUMIÈRE. 179
- La soie était maintenue dans le bain pendant une heure, à 50°-60°.
- La mesure de la charge de rupture et du coefficient d’allongement montre que l’absorption des rayons par la matière colorante est très sensible.
- Les résultats obtenus, après deux heures d’exposition à la lampe à mercure, sont consignés dans Je tableau suivant; la perte p. 100 de la charge de rupture comparée à celle de la soie vierge desséchée 15 minutes à 100°-110° a été calculée en chaîne et en trame et notée dans les troisième et quatrième colonnes.
- Soies teintes exposées pendant 2 heures aux rayons ultra-violets.
- CHARGE DE RUPTURE PERTE P. 100
- PAR MÈTRE DE LA CHARGE ALLONGEMENT
- (en kg) DE RUPTURE P. 100.
- Nature du colorant. Chaîne. Trame. Chaîne. Trame. Chaîne. Trame.
- Uranine 1 720 1 700 20,3 16,8 34,7 26,0
- Vert malachite 1 780 1 800 17,5 12,1 34,0 25,0
- Violet de méthyle 1 800 1 780 16,6 13,7 36,0 27,6
- Orangé III 1 826 1 866 15,4 9,5 38,0 27,0
- Bleu de méthylène 1 900 1 886 12,0 8,6 > 36,0 28,5
- Rouge de quinoléine. . . . 1 906 1 880 11,7 8,8 37,3 27,0
- Soie décreusée non teinte . 1 406 1 426 34,9 30,9 18,0 14,8
- L’examen des résultats qui précèdent nous montre que la perte p. 100 de charge rupture qui est de 34,9 pour la soie non teinte, peut être diminuée de 13 à 23 p. 100 par l’emploi des teintures.
- On pourra donc établir, pour chaque colorant, un chiffre que nous pourrons appeler coefficient de protection et qui représenterait, pour une durée d’exposition déterminée, la différence entre la perte p. 100 de la charge de rupture de la soie non teinte et de la soie teinte.
- Par exemple, pour une exposition de 2 heures aux rayons ultra-violets, les_ coefficients de protection respectifs des diverses teintures que nous avons essayées seraient les suivants :
- Uranine................................................... 15
- vert malachite......................................... 17
- Vio’.rlfi méthyle ........................................ 18
- Orangé III.............................................. 19
- Bleu de méthylène......................................... 22
- Rouge de quirioléine...................................... 23
- Y. — Examen spectrograpiiique.
- Afin de mettre en évidence la relation qui existe entre le coefficient de protection d’une matière colorante et la nature des radiations qu’elle absorbe, nous avons photographié, au moyen du spectrographe Ch. Féry, les Spectres
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- 180 ESSAI DES TISSUS AUX RAYONS ULTRA-VIOLETS.
- MARS-AVRIL 1920.
- (l’absorption dans la région ultra-violette et une partie de la région visible (violet, bleu et vert). Les essais ont été effectués de la façon suivante.
- Les colorants ont été mis en solution dans l’eau à la concentration de 1 /1 000 et placés dans une cuve de quartz de 2 mm d’épaisseur. Le spectre du mercure a été obtenu en plaçant dans la cuve de l’eau distillée. De cette façon, seule la nature du colorant intervient; toutes les influences étrangères sont supprimées.
- Le spectre d’absorption de la soie a été également établi : pour cela, 0,5 g de soie ont été dissous dans 100 cm3 de soude à 36° B., et la solution filtrée sur coton de verre. Dans la cuve de quartz, on a placé successivement de l’eau distillée, de la soude à 36° B., et de la solution de soie afin de pouvoir comparer les spectres.
- De l’examen des photographies spectrales (fig. 15), il ressort que :
- 1° La soie absorbe totalement les radiations de longueur d’onde inférieure à 2 550 UA, et partiellement les radiations comprises entre 2 550 et 3 130 UA; les radiations de longueur d’onde supérieure ne sont pas absorbées. Ce résultat confirme bien l’hypothèse de la désagrégation des fils de trame par pénétration des rayons ultra-violets à travers les fils de chaîne, hypothèse dont l’exactitude avait d’ailleurs été démontrée par la photographie;
- 2° Les radiations absorbées par les différentes matières colorantes essayées sont les suivantes :
- Colorants.
- Radiations absorbées totalement.
- Radiations absorbées partiellement.
- Uranine...................
- Orangé III................
- Bleu de méthylène........
- Vert malachite...........
- Violet de méthyle.........
- Rouge de quinoléine . . . .
- Inférieures à 2 650 UA.
- ( Inférieures à 3 030 UA.
- I De 3 660 à 5 460 UA.
- Inférieures à 3 340 UA.
- \ Inférieures à 2 530 UA. ^ '( De 4 910 à 5 760 UA. ) ^ Supérieures à 2 650 UA. ) l De 4 360 à 5 760 UA. 5 ( Inférieures à 3 660 UA.
- ( De 4 360 à 5 760.
- De 4 360 à 5 460 UA.
- De 4 360 à 5 760 UA.
- De 2 530 à 3 340 UA.
- De 2 650 à 3 340 UA.
- D’après leur absorption, les matières colorantes se classent donc dans l’ordre suivant : Rouge de quinoléine, Bleu de méthylène, Orangé Itl, Violet de méthyle, Vert malachite, et Uranine.
- Cet ordre décroissant est celui qui a été obtenu par la mesure des charges de rupture.
- Il y a donc une corrélation absolue entre le coefficient de protection des matières colorantes et les longueurs d’onde des radiations absorbées; les radiations produisent une destruction d’autant plus marquée que leur longueur d’onde est plus faible.
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- Ultra - Vio/et
- Mercure ^Spectre étalon
- $ i N v, 'çi
- Mercure......
- SoucfedJô08.... Sok.. . ......
- Mercure..............
- I’eri Mate ch/te.....
- Violet c/e Méthyle.... 'HoujedeQuinolém.,
- .Mercure.....
- ' Uraftlm..*.......
- /Orangé IIL......,
- 8/euifé Méthylène.
- ex
- Fig. 15. — Spectres d’absorption de la soie et des matières colorantes.
- MESURE DE LA DÉSAGRÉGATION DES TISSUS PAR LA LUMIÈRE
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- 182 ESSAI DES TISSUS AUX RAYONS ULTRA-VIOLETS. — MARS-AVRIL 1920.
- VI. — Conclusion.
- Il importe de généraliser l’emploi des rayons ultra-violets pour l’essai des textiles, matières plastiques, colorants, etc.
- Nous avons vu que, par une étude rationnelle, on pouvait déterminer un rapport quantitatif entre l’action de la lumière solaire et celle des rayons ultra-violets; en 2 ou 4 heures, on peut obtenir avec une lampe à mercure, des résultats correspondant à 30 jours d’insolation et les effets obtenus sont analog'ues et peuvent être mis en évidence au moyen d’essais mécaniques précis.
- Il y a donc une économie de temps considérable et l’opérateur est absolument maître de ses instruments, tandis qu’il n’y a pas toujours du soleil et une atmosphère claire pour faire des essais prolonges.
- Mais il faut bien considérer que l’emploi des rayons ultra-violets nécessite certaines précautions et une technique soigneusement établie.
- La méthode qui nous a servi dans les essais que nous venons de décrire nous paraît présenter, à cet égard, une sécurité suffisante pour donner des résultats intéressants.
- Enfin, il y a lieu de protéger toutes les étoffes pour avions ou ballons au moyen d’une teinture faite avec un colorant absorbant le maximum de radiations ultra-violettes afin de combattre l'effet destructif de la lumière solaire qui est le facteur de désagrégation le plus important.
- Le choix de ce colorant devra être basé sur une étude spectrographique et sur sa valeur au point de vue du camouflage.
- Martial Entât.
- — Ingénieur-Chimiste E.P.C.I.
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- LES RELATIONS COMMERCIALES PRIVÉES ENTRE FRANÇAIS ET ALLEMANDS, DANGERS QU’ELLES FONT COURIR A LA FRANCE, MOYENS D’Y REMÉDIER w
- PAR
- M. Pierre Arbel,
- membre du Conseil.
- Messieurs,
- Qu’il me soit permis de remercier, tout d’abord, la Société d’Encourage-ment, de l’hospitalité qu’elle veut bien m’accorder aujourd’hui en raistm de l’importance des intérêts généraux qui sont en cause.
- Vous ne serez pas surpris que ma gratitude aille également à notre cher président, le Professeur Lindet, qui, malgré les charges écrasantes de ses multiples fonctions et d’un enseignement si réputé, sait encore trouver le temps de se consacrer, avec un dévouement sans bornes et une abnégation absolue, à sa chère Société que, malgré la guerre, il a pu faire plus grande, plus belle, plus universellement aimée et respectée.
- Qui de vous ne se souvient de ses efforts pour faire pénétrer dans l’esprit de nos industriels, fabricants et commerçants, l’idée de la nécessité d’arracher à nos ennemis héréditaires avec le secret de leurs méthodes le monopole de leurs fabrications spéciales et le sentiment des dangers de la future guerre économique?
- Tous, nous avons constaté le succès des expositions qu’il avait remarquablement organisées pour rendre palpables les résultats de ses efforts, et qui ont ouvert les yeux aux plus incrédules et aux plus endormis?
- Aussi est-ce avec joie que nous avons appris la nomination de M. le Professeur- Lindet comme membre de l’Académie des Sciences, nomination qui vient consacrer la valeur du savant et les services rendus, et vous voudrez bien vous joindre à moi pour lui présenter nos respectueuses et bien amicales, félicitations.
- Qui ne se souvient également avec un sentiment de sincère gratitude et de-
- (1) Conférence faite par l’auteur en séance publique le 26 mars 1920 (Voir son compte rendu, à la page 255 du présent numéro).
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- 184 RELATIONS COMMERCIALES PRIVÉES AVEC L’ALLEMAGNE. — MARS-AVRIL 1920.
- profonde émotion que, dans cette même bonne et vieille maison, à côté de tout cet effort cérébral de notre cher président, s’épanouissait, en gestes de bonté et de miséricorde, toute l’humanité de sa douce compagne qui sut, pendant toute les hostilités, faire le bien de la façon la plus idéale, en procurant aux femmes de nos mobilisés du travail qui, lui-même, allait soulager d’autres infortunes, par de nouvelle libéralités?
- Plus que tout autre, je ne dois pas oublier et nous devons tous remercier Mme Lindet de ce qu’elle a fait pour nos chers blessés dans cet apostolat de dévouement auquel elle s’est consacrée en dirigeant les services, si multiples et si complexes, de l’Hôpital du Val-de-Grâce.
- C’est donc du fond du cœur que toute notre gratitude va à ces deux cœurs généreux qui, pendant ces années terribles, ont honoré notre vieille Société et l’ont fait entourer de plus de dévouement et de plus de sympathie.
- Messieurs,
- La grande guerre, qui a coûté à l’humanité plus de 13 millions de vies humaines, s’est terminée dans un effondrement des moyens de production, tel que le monde n’a jamais rien vu de pareil.
- Tout ce qui faisait le bien-être matériel et moral de l’humanité, tous les moyens de production, tous les stocks, tous les approvisionnements, tous les travaux que, depuis des siècles, les générations se transmettaient religieusement en les complétant chacune de leurs efforts personnels, tout cela a disparu et n’est plus qu’un motif de regret pour le passé et d’angoisse pour l’avenir.
- Mais de toutes ces misères, rien n’est comparable aux misères et aux souffrances de nos pays dévastés, de tous ces territoires si fertiles, si industrieux, si riches, qui constituaient le joyau de la puissance économique de notre pays. De tout cela, il ne reste plus aujourd’hui que la ruine de nos campagnes, la destruction de nos foyers et de nos usines, mais aussi dans notre cœur la foi indomptable dans les destinées de notre pays, la volonté tenace et indéfectible de nous reconstituer et de reprendre place parmi les bons serviteurs de notre patrie.
- Toutefois, si nous savons bien ce que nous voulons, nous, les habitants des pays sinistrés, nous devons reconnaître, hélas, que notre énergie, seule, ne peut nous mener à rien si la France ne tient pas jusqu’au bout la parole donnée que tous les Français sont solidaires du malheur d’un seul Français, quand ce malheur a été causé par l’ennemi, en vue de porter atteinte à la nation tout entière.
- Je ne veux pas insister sur l’incertitude qui, pendant tant d’années et tant
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- de mois, a paralysé toutes les initiatives et les efforts de ceux qui ne voulaient pas attendre la fin de la guerre, pour préparer la reconstruction de leurs foyers, dans l’attente indéfinie de la loi des réparations.
- Je ne veux faire ici aucune critique politique, mais il faut pourtant bien faire la critique de la politique économique suivie, si nous voulons signaler les dangers urgents, faire cesser les pratiques mauvaises, en un mot, faire nos efforts pour rendre plus d’élasticité et plus de vigueur, en même temps que plus de confiance, aux efforts de ceux qui luttent pour la résurrection du pays.
- Immédiatement après l’armistice : défense absolue à tous les Français de commercer avec l’Allemagne. Pendant ce temps, les Américains et les Anglais, non seulement dans les pays occupés mais dans l’Allemagne tout entière, pénétraient dans toutes les branches de l’activité économique allemande, achetaient, à l’abri de leurs changes et presque pour rien, tous les stocks de marchandises et un nombre considérable d’éléments de production, pendant que nous assistions, découragés, à cette réalisation de la victoire économique par nos Alliés.
- Oui, certes, la France, plus que tout autre pays, s’est assuré par tous ses sacrifices, son courage et son énergie indomptable, la plus belle auréole de gloire qui ait été vécue dans les siècles passés, mais elle a aussi supporté plus que toutes les autres nations, l’effondrement de sa puissance économique, par la destruction systématique de tous ses moyens de production, alors que nos Alliés se sont enrichis de toutes nos misères et de toutes nos destructions.
- N’était-ce pas le moment de favoriser la reconstitution de nos campagnes et de nos industries en récupérant à meilleur marché et avec certitude de livraison immédiate, les matières premières ou manufacturées, aussi bien que tous moyens d’action que notre imprévoyance diplomatique n’avait pas su imposer au vaincu alors qu’il en était temps?
- Ce ne fut que beaucoup plus tard, hélas, trop tard, que le Gouvernement eut conscience de l’erreur commise et qu’il recommanda aux sinistrés de s’adresser à l’Allemagne, avec laquelle il nous avait interdit toute tractation.
- De même pour le charbon : on n’a pas su et on ne sait pas obtenir des Allemands le tonnage qu’ils nous doivent et on interdit aux initiatives privées toute tractation en dehors des organismes gouvernementaux.
- Après l’armistice, sous prétexte que le fret de l’Angleterre à 22,9 shillings était trop élevé, interdiction formelle était faite, en février 1919, de passer aucun contrat avec les Anglais, pour leur forcer la main et les obliger à réduire et leur fret et leurs prix des charbons. Pendant ce temps, les neutres, les Italiens et les Belges, sans parler des colonies, se jetaient sur le marché des charbons anglais et acceptaient n’importe quel prix et n’importe quel fret.
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- Ce ne fut qu’en juin ou juillet 1919, quand le fret fut monté à 70 shillings qu’on comprit l’erreur commise et qu’on voulut reprendre le marché anglais.
- Cette fois encore, nous arrivâmes trop tard : les engagements étaient pris, et nous ne trouvâmes que ce dont les autres n’avaient pas voulu. Depuis, la livre montait à 5i f et le fret à 90 shillings; nous avions dévoré le peu de stocks que nous avions et la crise charbonnière entrait dans sa phase aiguë.
- Là encore, l’omnipotence de l’Etat a mis le pays dans une situation des plus graves, et pourtant les avis les plus autorisés ne lui avaient pas manqué.
- Aujourd’hui, nouveau changement, causé par la hausse indéfinie des changes, dont les Alliés et les neutres se servent contre nous comme d’une arme de combat.
- Des démarches pressantes sont faites pour ne pas commander aux Etats-Unis et en Angleterre les choses qui nous sont indispensables pour nos industries. Là encore, je crois que le Gouvernement fait fausse route parce qu’il n’envisage pas le problème dans son ampleur. D’une part, il a la nécessité impérieuse de faciliter l’introduction de toutes les matières premières qui nous sont indispensables, soit pour la vie matérielle, soit pour la vie économique, mais, d’autre part, il doit aussi envisager la fermeture absolue de toutes nos frontières pour tout ce qui n’est que du luxe ou des commodités. La période des dures restrictions ne fait que commencer, mais il faut avoir le courage de le dire au pays et agir en conséquence.
- De ce fait que les échanges avec l’Angleterre et les Etats-Unis étaient contre-indiqués au point de vue des changes, il ne restait aux malheureux sinistrés aucune possibilité de reconstituer leurs moyens d’action et de travail.
- C’est alors que se sont répandues les histoires vraies ou fausses, des affaires exceptionnelles que nos Alliés et les neutres avaient faites en Allemagne pendant les six premiers mois d’occupation et que, de tous les côtés, aussi bien et plus encore dans les pays non sinistrés que dans les pays sinistrés, de la France entière, une poussée considérable se fit vers l’Allemagne, changeant brusquement les conditions économiques du pays.
- Ma is alors, 1-es Allemands, à peine revenus de leur étonnement de n’avoir pas sombré définitivement dans leur défaite, sentant qu’en raison de la suppression totale des stocks mondiaux et de l’insuffisance universelle de production, sans parler des difficultés des changes, ils étaient les maîtres de l’heure, se sont rapidement ressaisis; c’est pourquoi ils imposent aujourd’hui des conditions draconiennes aux acheteurs français, non. seulement de par leur volonté, mais encore par ordre de leur Gouvernement.
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- C est ainsi qu’en ce qui concerne les prix, ils n’acceptent aucun prix fixe et ferme. Ge sont eux qui ont inventé les prix glissants qui, malheureusement, ont été suivis dans le monde entier.
- En outre, ils imposent un paiement comptant de 50 à 60 p. 100 payables à la commande, en francs français, quelquefois même en francs suisses, en livres ou en dollars, de façon à annuler les effets du change. Ils arrivent ainsi, sans bourse délier, à se procurer des devises étrangères pour leurs achats au dehors, aux frais des Alliés.
- On voit immédiatement le danger formidable que ce système fait courir à notre pays, puisque, sous prétexte d’avances sur le prix des commandes, il va mettre entre les mains des Allemands des centaines de millions, peut-être davantage, que nous leur aurons versés gratuitement et dont ils pourront se servir, en dehors de nous ou contre nous, avant de commencer aucun travail. C’est là un véritable danger national, qui doit retenir toute l’attention du Gouvernement.
- En ce qui concerne les délais, les industriels allemands n’acceptent aucun délai ferme et précisent que toute indication de délai est sans engagement de leur part. Par conséquent, ils peuvent ne jamais livrer ou ne livrer que dans un laps de temps extrêmement long; mais, bien plus, une fois le matériel fabriqué, ils peuvent le livrer à d’autres acheteurs payant comptant et à des prix supérieurs.
- Le cas m’est arrivé personnellement et de multiples exemples identiques ont été cités à la réunion du Comité de Commerce de la Société d’Encou-ragement, par plusieurs de nos collègues.
- Enfin, admettons, pour le moment, que la marchandise ait été exactement fabriquée et qu’elle soit prête pour la livraison : le fabricant va établir sa facture; c’est à ce moment qu’il fait intervenir, pour justifier une augmentation du prix initial :
- 1° Le prix de la tonne de fonte hématite à Dusseldorf ou à Londres, à son cours le plus élevé durant le temps de la construction de la machine et qu’il en fait une majoration sur le prix primitivement fixé, qui peut doubler ou tripler le prix prévu;
- 2° Toutes les augmentations de transports, de main-d’œuvre, de frais généraux, etc., qui ont pu se présenter pendant le temps de la construction, et majore sa facture d’autant.
- Quels moyens de contrôle aurons-nous?
- Quelles sanctions pourrons-nous prendre?
- A qui pourrons-nous nous adresser pour nous faire rendre justice?
- Ce n’est évidemment pas aux tribunaux français ou allemands. Le contrat est fait de telle façon que tous les juristes vous diront que vous avez été
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- imprudent de signer un pareil contrat et que vous êtes sans moyen d’action contre votre vendeur puisqu’il a mis à votre charge tous les aléas de l'affaire, sans être obligé de fournir une justification, et que vous les avez acceptés.
- Sa facture établie, en admettant qu’il ait intérêt à vous livrer sa marchandise, l’Allemand ne vous expédiera que quand vous lui aurez effectivement versé les 50 p. 100 du prix primitif, augmentés de toutes les majorations qu’il aura arbitrairement fixées lui-même.
- Ne croyez pas que j’exagère en quoi que ce soit : j’ai rapporté d’Allemagne de nombreux documents qui démontrent surabondamment tout ce que je viens de vous dire.
- J’ajoute que cette manière de faire est imposée parle Gouvernement lui-même qui possède, en effet, un moyen bien simple d’en assurer l’application, par les autorisations d’exportation, qu’il a instituées à cet effet.
- Toute marchandise pour laquelle ces règlements, sournois et confidentiels, n’ont pas été remplis et justifiés se voit refuser l’autorisation d’exportation et ne peut passer la frontière.
- Nous nous trouvons donc bien en présence d’une bataille économique, merveilleusement organisée de la part de nos ennemis, pouvant entraîner pour notre pays un péril national.
- En effet, pendant ce temps, l’acheteur français ne peut judicieusement commander ailleurs le duplicata de ses commandes et se trouve complètement immobilisé dans ses industries, ou mis dans l’impossibilité de reconstituer ses usines, car il est évident que l’État français ne renouvellera pas ses avances.
- De tout ceci, on voit qu’il est indispensable que l’Etat prenne en mains la défense des intérêts privés, de la façon la plus énergique, pour les tractations économiques qui peuvent avoir lieu entre commerçants français et allemands, et cela afin d’arriver aux résultats suivants :
- 1° Empêcher l’argent français d’aller en Allemagne, ou le moins possible;
- 2° Etablir des prix normalement fixés;
- 3° Assurer la fabrication immédiate et sans interruption des commandes passées et la livraison dans les délais prévus;
- 4° N’effectuer le dernier paiement qu’après la livraison de la marchandise.
- Nous allons successivement examiner ces différents points et indiquer la solution possible.
- Nous perdons trop de temps, en France, à nous lamenter contre les difficultés devant lesquelles nous nous trouvons. Ce qu’il faut surtout, c’est chercher le remède à une situation difficile. Une fois ce remède trouvé, il faut l’appliquer avec la dernière énergie.
- Eh bien, c’est l’exposé de ces solutions, que je considère comme pratiques
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- et immédiatement réalisables, dont je veux vous entretenir et pour lesquelles je vous demande de vous associer à la légitime influence de la Société d’Encouragement, qui est, avant tout, la Société de défense de l’industrie nationale.
- Ce sont ces idées, qui me sont venues à la suite de nombreuses conversations avec des personnalités industrielles allemandes, que j’ai soumises à nos représentants officiels en Allemagne et qui ont eu leur entière approbation : M. de Marcilly, notre distingué ministre plénipotentiaire à Berlin, faisant fonctions d’ambassadeur; MM. Haguenin et Hesnard, membres de la Commission économique française à Berlin; M. Corne, directeur des Services de la Restitution industrielle à Wiesbaden; M. Rimbert, secrétaire général du Commissaire général d’Alsace-Lorraine, lequel était absent; M. Coste, Ingénieur en Chef des Mines, Directeur des Intérêts économiques en Alsace-Lorraine.
- Les idées que je leur ai exposées sont en pleine concordance avec les leurs. Elles devraient, par conséquent, pouvoir être adoptées facilement par les Pouvoirs publics quitte à les adapter aux nécessités générales administratives.
- I. — Comment éviter l’envoi d’argent français en Allemagne?
- Le point essentiel, étant donnée la situation générale de notre change, est de faire parvenir néanmoins chez nous ce qui nous est impérieusement nécessaire et de trouver telle formule qui empêche l’argent français de sortir de France. Il faut donc trouver une autre monnaie d’échange qui, non seulement ne nous appauvrirait pas, mais développerait, au contraire, notre industrie, assurerait à nos ouvriers un travail rémunérateur et créerait des courants commerciaux pour l’avenir.
- Cette monnaie d’échange existe sous la forme de minerai et de fonte, dont nos capacités de production ont exactement doublé depuis le traité de paix, par le recouvrement des hauts fourneaux d’Alsace-Lorraine et des pays rhénans.
- Une grande partie des hauts fourneaux allemands se trouvait, en effet, sur la rive gauche du Rhin, à proximité des minerais du bassin de Briey, et tout ce que nous avons gagné de ce côté a été perdu par les Allemands. C’est ainsi que Thyssen, qui avait 14 hauts fourneaux sur la rive gauche, se trouve complètement démuni pour ses usines de la rive droite.
- Dans toutes les conversations que j’ai eues en Allemagne, partout, j’ai retrouvé la même protestation contre l’insuffisance des matières premières, la même inquiétude sur l’arrêt des usines, la même demande instante de
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- trouver une formule qui permette aux Allemands de recevoir ces matières. Enfin, la même menace déguisée de ne rien fournir à la rive gauche, comme ils disent, si nous n’arrivons pas à leur donner ce qu’ils demandent.
- J’ai entre les mains cinq ou six lettres de grands industriels allemands, précisant qu’ils ne pourront accepter nos commandes que si je puis leur faire parvenir tant de tonnes de fonte, de profilés, etc., représentant le tonnage de nos commandes, et s’engageant formellement à n’utiliser ces matières que pour ces commandes.
- Il y a là une situation générale, indéniable, à laquelle il faudra trouver une solution si l’on veut que les Allemands nous fournissent les machines et appareils dont nous avons besoin dans toutes les industries.
- Il faut donc utiliser cette nécessité impérieuse qui étreint nos ennemis, pour en tirer un parti utile aux intérêts français.
- C’est au Gouvernement à prendre cette question de la fonte et du minerai pour en faire une monnaie d’échange et tenir aux Allemands le raisonnement suivant :
- Vous voulez du minerai ou de la fonte : je puis vous en donner (nous verrons tout à l’heure comment) mais, pour cela, il faut que, vous, Gouvernement allemand, vous acceptiez le principe de ce troc, et que vous imposiez à vos industries de recevoir cette fonte, ou ce minerai, comme une véritable monnaie d’échange, en supprimant tout envoi d’argent français.
- Toutes les commandes françaises en Allemagne seraient centralisées, du côté allemand comme du côté français, et évaluées au point de vue du tonnage de fonte qu’elles représentent. Ce tonnage serait accepté par le Gouvernement allemand comme l’avance de 50 p. 100 réclamée et à payer au constructeur allemand. L’Etat allemand en ferait la répartition soit en nature, soit en marks, entre ses nationaux intéressés. L’État français n’aurait rien à débourser en espèces.
- Mais s’il est exact que nous ayons récupéré une puissance de production de fonte considérable de par le traité de paix, il est non moins évident que nous ne pouvons utiliser un grand nombre de hauts fourneaux, faute de coke et de charbon.
- Là encore, la monnaie d’échange de la fonte et du minerai peut utilement intervenir et nous pouvons tenir à nos voisins le langage suivant :
- Vous voulez de la fonte, commencez par nous donner du coke et du charbon, en dehors de vos engagements du traité de paix.
- J’ai expliqué dernièrement, dans un récent article, comment se faisait le prélèvement du charbon par le Gouvernement allemand, sur l’extraction obtenue dans les différentes mines. Il n’aurait qu’à appliquer la fourniture du charbon et du coke supplémentaire sur la partie qui n’est pas comprise dans
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- le prélèvement du tribut de guerre, à cette fonte spéciale. Nous ferions ainsi travailler nos industries, nos populations ouvrières, au lieu d’envoyer notre argent développer seulement les industries allemandes.
- Y a-t-il d’autres moyens de se procurer de la fonte comme monnaie d’échange, si nous devons être arrêtés dans sa production normale?
- Deux sources peuvent être utilisées :
- L’Etat français possède en ce moment, en Allemagne, des stocks considérables de fonte et de mitraille qui lui appartiennent et qui sont les suivants : •
- «
- 1° De toutes les usines dévastées, pillées, détruites en France, de toutes les machines brisées ou mises hors de service par nos ennemis, ceux-ci ont concentré les milliers de tonnes qu’elles représentent, dans d’immenses dépôts, qui attendent la réalisation des conditons du traité de paix.
- Ces matériaux, qui ne peuvent servir qu’à être refondus, appartiennent indiscutablement à la France, où ils doivent être envoyés et vendus aux enchères;
- 2° Le traité de paix a prévu la destruction, en présence de missions alliées, de toutes les machines ayant servi à la fabrication du matériel de guerre, et dernièrement la mission du général Nollet a obtenu du ministre allemand l’acquiescement formel à cette mesure. La mission Nollet prévoit la concentration de ces ferrailles et débris de machines pour mise à disposition des autorités françaises et expédition en France.
- En présence de la rareté actuelle de toute fonte hématite, grise ou lorraine, on voit l’intérêt immédiat pour le Gouvernement français, de réaliser sur place la vente de ces ferrailles, dont le prix est devenu très supérieur au prix des anciennes machines construites avant la guerre. On voit qu’il peut en tirer un excellent parti comme monnaie d’échange et qu’il a là un élément extrêmement intéressant d’influence siir les industries allemandes, en vue de la fabrication et de la livraison rapides des différentes commandes françaises.
- Un ingénieur allemand, M. Fritz Iïirt, des Aciéries Becker, de Francfort, propose de constituer une société, avec un capital aussi important qu’il serait nécessaire (il envisage 300 à 400 millions) pour reprendre ces stocks et les céder aux industriels allemands, pour les commandes françaises.
- L’opération est donc possible, soit qu’elle se fasse de gouvernement à gouvernement, soit qu’elle se fasse entre le Gouvernement français et la Société Hirt, sur laquelle, peut-être, étant simple particulier, il pourrait exercer une action plus efficace et plus pratique.
- Nous voyons ainsi que la France peut fournir à l’Allemagne, soit du minerai, soit de la fonte fabriquée chez elle, grâce à une fourniture supplé-
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- 192 RELATIONS COMMERCIALES PRIVÉES AVEC L’ALLEMAGNE. — MARS-AVRIL 1920.
- mentaire de coke et de charbon allemands, soit en la prenant dans les stocks français, ou provenant des machines de guerre allemandes, sans bourse délier, en en constituant une monnaie d’échange qui supprimerait les avances en argent, de 50 ou 60 p. 100 sur le prix des commandes passées, à titre privé, entre les commerçants français et allemands.
- Nous arrivons à la question, très délicate, du paiement des fournitures faites par les Allemands à des Français, au point de vue :
- 1° Du réglement de la dette de l’État allemand envers l’État français, pour la réparation des dommages causés,;
- 2° Du réglement des fournitures faites, à titre privé, par des Allemands à des Français, en vertu de contrats commerciaux.
- Si nous nous reportons au paragraphe 19, de l’annexe II de la partie VIII du traité de paix (réparations), nous constatons que l’évaluation des dommages à faire vis-à-vis de l’État allemand, doit être faite en marks or, pour la valeur en 1914 des objets détruits.
- Conséquence : les réparations faites par l’Etat allemand vis-à-vis de l’État français doivent être faites en marks or pour la valeur 1914.
- Mais en ce qui concerne les relations commerciales privées, les choses sont beaucoup moins simples.
- L’État français a constitué, depuis l’armistice, des organismes qui ont été chargés de répartir les matières premières ou les produits fabriqués dans les usines d’Alsace-Lorraine et des pays rhénans. Ces organismes existants pourraient, presque sans dépenses nouvelles, apporter à l’État le concours de leur expérience et de leur organisation, et voici comment :
- J’expliquais tout à l’heure que les Allemands ont surtout besoin de fonte et de minerai pour leurs industries.
- Pour toutes les matières, machines ou marchandises qui seraient commandées en Allemagne par des sinistrés français, il serait établi par le Comptoir central d’Achats pour les Régions libérées, une évaluation, valeur en 1914, multipliée par le coefficient admis à ce moment, pour préciser la valeur en 1920.
- 50 p. 100 de cette évaluation seraient portés au débit du sinistré, comme premier paiement de 50 p. 100 à valoir sur cette commande. Ces 50 p. 100 seraient retenus par l'État pour acheter, au groupement des fondeurs sinistrés du Nord et de l’Est, un tonnage de fonte correspondant à cette valeur.
- Cette fonte, qui serait à livrer au Gouvernement allemand par priorité, afin de faciliter la construction des machines et appareils nécessaires à notre pays, serait répartie entre les constructeurs allemands,* sous la forme de bons de fonte, ou de matières premières, ou en marks.
- On pourrait même envisager qu’au lieu de 50 p. 100, l’État français livre-
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- rait au Gouvernement allemand 60 ou 70 p. J 00 du prix de la machine, en livraison de fonte ou de matières premières, pour constituer une avance de main-d’œuvre en même temps que de matières, au constructeur allemand.
- On voit que, de cette façon, aucun argent français n’a passé la frontière et que, néanmoins, le constructeur allemand est mis en possession de matières premières et même d’une avance de main-d’œuvre, sous forme de complément de matière, pour commencer ses fabrications. Mais, pour cela, il faut que l’Etat français entre en tractations avec l’État allemand et arrive à des principes d’exécution simples et immédiatement réalisables, dont, des deux côtés de la frontière, existent déjà actuellement les éléments de réalisation. Ceci peut permettre une mise en route immédiate et presque sans frais.
- II. — Comment établir des prix normalement fixés?
- Ici, la solution est très simple et peut être, à mon avis, acceptée aussi -facilement par les Allemands que par les Français.
- Il suffit, pour une marchandise quelconque, de prendre sa valeur 1911 et de la majorer d’un coefficient valeur 1920, au moment de la passation de la commande. C’est ce qui se passe d’une façon quotidienne dans les évaluations que font les représentants de l’Administration des Régions libérées, ainsi que dans les Commissions cantonales, pour apprécier le montant de la réparation en 1920, du dommage de 1914.
- La même évaluation serait à faire par le Gouvernement allemand, en lui imposant de la faire sur les prix indigènes et non sur les prix d’exportation.
- Ce n’est pas une illusion de croire qu’en présence de la nécessité impérieuse d’alimenter ses industries, dont nous allons être pendant de longues années, avec la Russie, le principal client, le Gouvernement allemand n’accepte cette manière de procéder. Il appartiendra, en tout cas, au Gouvernement de faire les pressions nécessaires et suffisantes pour arriver à ce résultat.
- III. — Comment assurer la fabrication des commandes passées et leur livraison dans les délais prévus?
- L’Office delà Restitution industrielle (O. R. I.)qui fonctionne à Wiesbaden, est composé de jeunes ingénieurs compétents, actifs, ayant de l’initiative et du tact, qui ont su mener à bien la tâche extrêmement délicate de rechercher, dans toutes les usines allemandes, les machines volées en France et qui ont été transportées dans lesdites usines. Grâce à leur intelligente initiative, nom-.
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- breux sont les sinistrés qui ont pu récupérer leur matériel et remettre en mouvement leurs industries.
- La tâche de l’O. R. I. est à peu près terminée. Mais pourquoi ne conserverait-on pas cet organisme qui fut si utile, en transformant ses agents en agents de contrôle, eux qui connaissent si bien toutes les usines allemandes, pour y surveiller la mise en exécution des commandes passées par la France et la continuité de leur fabrication?
- J’en ai causé avec différents constructeurs allemands. Un seul, M. Deutsch, directeur général de l’A. E. G., n’a pas paru enthousiasmé par la proposition; dix autres ont trou\ré la demande toute naturelle, et je crois qu’en général on n’y ferait aucune objection.
- Les agents de l’O. R. I., aidés en cela par les agents allemands de la W. A. K. O. de Francfort, leur contre-partie, assureraient et la continuité des fabrications et le respect des délais.
- Les sanctions pourraient consister, de la part du Gouvernement allemand, dans la suppression des matières premières ou dans l’application des amendes prévues. Elles auraient, en contre-partie du côté français, la mise au crédit de l’Allemagne des livraisons de fonte ou de matières premières qui ne lui seraient pas effectuées.
- IV. — Comment assurer que le dernier paiement ne soit effectué qu’après l’établissement d’accord de la facture et la livraison de la marchandise?
- Pour l’établissement de la facture, les agents du G. G. A. de Wiesbaden, pourraient, de leur côté, déterminer l’importance du coefficient valeur 1914, par rapport à celui de la valeur 1920, à appliquer aux divers éléments de la facture, ce qui limiterait l’exagération des prix. Le tout se faisant en concordance avec un organisme allemand identique.
- Puis, enfin, les agents de l’O. R. I. assureraient le chargement et le transport jusqu’à la frontière française, et immédiatement les agents du Comptoir Central d’Achats paieraient le complément du prix à l’industriel allemand.
- Ceci peut paraître compliqué à des personnes non averties, mais les administrations françaises et allemandes réalisent chaque jour, actuellement, des solutions beaucoup plus complexes, sur des cas plus compliqués.
- Je propose des solutions immédiatement réalisables dans la pratique, qui peuvent être très rapidement mises au point par des organismes existants, qui font sensiblement la même besogne. Il suffit pour cela du bon vouloir des Pouvoirs publics.
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- Je demande donc à la Société d’Encouragement de vouloir bien faire siennes les considérations ci-dessus exposées, de les transmettre, avec l’appui de sa haute autorité, au Gouvernement, en les concentrant sous la forme du vœu dont je vais vous donner lecture :
- La Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale après avoir entendu l’exposé de M. Pierre Arbel, maître de forges, sur les relations économiques privées avec l'Allemagne, et en avoir délibéré en Conseil,
- Considérant :
- Que les industriels français ont passé et peuvent être amenés à passer en Allemagne, des commandes de matériel et de produits manufacturés divers, pour des sommes très importantes ; ' ,
- Que dans les derniers temps, les prix fixés par les industriels allemands aux acheteurs français sont systématiquement majorés par rapport aux prix pratiqués à l’intérieur, de 200 et même parfois 500 p. 100;
- Que sur ces prix majorés sont exigées, à la commande, des avances en argent, de 50 et 60 p. 100;
- Et qu’aux dates stipulées pour les livraisons, les machines et produits sont très fréquemment livrés à d’autres clients, malgré les engagements pris et les avances reçues ;
- Considérant d’autre part :
- Que l’avenir des industriels français des régions sinistrées est gravement compromis par l’incertitude des dates de livraison, et par l’impossibilité où ils se trouvent de remplacer, en temps voulu, par des commandes à l’intérieur, ou en pays alliés ou neutres, les fournitures promises, mais non livrées;
- Qu’il est inadmissible de tolérer que, par ces retards systématiques soit arrêtée dans sa reconstitution, l’industrie française et que par les versements d’acomptes détournés de leur emploi, l’industrie allemande soit ainsi subventionnée par l’industrie française, au profit de concurrents étrangers,
- Demande que le Gouvernement français utilise l’organisation particulièrement compétente et expérimentée de l’Office de Restitution industrielle (O. R. I.) de Wiesbaden, •
- Pour limiter, par un contrôle des marchés en préparation, les majorations des prix d’exportation par rapport aux prix intérieurs ;
- Pour contrôler l’exécution des marchés passés, au double point de vue du respect des délais, et de la loyale exécution des clauses de contrats ;
- Pour recevoir aux lieu et place des fournisseurs allemands, les avances stipulées aux marchés et ne s’en dessaisir qu’au fur et à mesure de la justification de l’exécution des commandes et sous condition expresse que des pénalités importantes soient appliquées dans tous les cas où les commandes pour lesquelles des acomptes auront été versés, auront été détournées en faveur d’autres clients;
- Tenant compte, d’autre part, du fait que l'Allemagne invoque fréquemment le manque de fonte et en général de métal pour justifier les retards des livraisons;
- Que la France aurait grand avantage à pouvoir effectuer en minerais, fonte, et
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- «n général en métal ferreux, plutôt qu’en argent, le paiement d’acomptes à faire en Allemagne,
- La Société d’Encouragement demande au Gouvernement de prendre toutes mesures pour que, par les soins de l’O. R. L, en paiement des machines et produits manufacturés :
- Soient livrés à l’Allemagne des minerais, des fontes de moulage et d’affinage, ou des produits laminés de fabrication française,
- Et que soient utilisées, à titre de paiement, les masses de vieilles fontes et ferrailles de toute nature, provenant soit des machines récupérées, mais non acceptées en raison de leur état de destruction, soit de la démolition sur place, en Allemagne, du matériel de guerre dont la matière, en vertu du traité, n’appartient •pas à l’Allemagne (1).
- Qu’il me soit permis de terminer cette trop longue conférence, par une anecdote vécue, qui en sera, en quelque sorte, la philosophie.
- A la fin de 1916, me trouvant à Berne, pour tâcher d’intéresser le grand ïhomme de bien qu’était M. Ador, alors conseiller fédéral, au rapatriement de mon frère, le docteur Luc Arbel, emmené comme otage par les Allemands, j’entendis raconter, dans une maison amie, le fait suivant qui datait de quelques jours.
- Dans un de ces nombreux salons où s’agitaient tous les diplomates, officiels ou cachés, qui foisonnaient en Suisse, à ce moment-là, et où se trouvait un officier allemand, quelqu’un posa à ce dernier la question suivante :
- « Pourquoi, général, avez-vous fait cette guerre? Vous étiez les maîtres du monde, vos soldats refoulaient peu à peu dans le monde entier les missions anglaises, vos négociants, vos voyageurs, vos banquiers étaient les maîtres du monde. Partout, on vous craignait et on vous admirait. A l’abri, de cette crainte et du souvenir de vos succès de 1870, votre industrie, votre •commerce, votre marine surtout, s’étaient développés dans des conditions invraisemblables, et les économistes calculaient que, dans quelques années, sans tirer un coup de feu, vous auriez fait la conquête de l’Europe, par la ^eule force de votre puissance d’extension. Pourquoi avez-vous fait cette guerre? »
- Le général sourit et répondit en plastronnant :
- « C’est exact, nous étions et nous en sommes là toujours. Mais nous, les militaires, nous n’avons pas voulu que les marchands gagnassent la bataille. »
- Le cynisme et la sécheresse de cet aveu en disent aussi long sur les origines de la guerre que tout ce qui a pu être écrit sur ce sujet. Mais si les
- (1) On trouvera à la page 145 du présent numéro, le texte du vœu qui a été adopté par le Conseil de la Société d’Encouragement dans sa séance du 31 mars 1920 et tel qu’il a été transmis aux Pouvoirs publics le 1er avril 1920.
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- savants, les marchands et industriels allemands avaient été les véritables créateurs de la grandeur et de la richesse de l’Allemagne, les militaires allemands ont bien perdu la guerre et fait sombrer leur patrie dans la honte de la défaite-et dans le bouleversement économique.
- Chez nous, au contraire, ce sont nos glorieux soldats, ce sont leurs glorieux chefs, c’est la nation tout entière, debout dans un geste de révolte et d’abnégation sublime, qui ont bien et justement gagné la victoire.
- Est-ce que nous, les industriels, les commerçants, les agriculteurs, tous-ceux qui travaillent de leur cerveau ou de leurs mains, dans ce pays si grand et si glorieux, nous allons perdre la victoire et nous enfoncer dans l’immobilité causée par les lisières de réglementations surannées et de conceptions économiques basées sur des théories administratives, qui ne veulent rien savoir des besoins et des nécessités de la vie économique de notre malheureux pays?
- Il faut que l’État, dans les moments que nous traversons, soit véritablement le directeur de la nation, et pour cela il faut qu’il entende les voix autorisées qui lui demandent de prendre en mains la défense des intérêts généraux du pays, mais aussi bien des intérêts privés de ses nationaux, dont les premiers ne doivent être que les défenseurs et les soutiens.
- Espérons donc que, dans cette question si grave de l’exode de nos capitaux à l’étranger, l’attention du Gouvernement, appelée, se traduira par des mesures immédiates de protection, empêchant que nous soyons les victimes et les vaincus d’une guerre dont le pays est sorti si glorieux, après avoir sauvé le monde et en particulier nos Alliés, par ses sacrifices et son abnégation!
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- I
- Etude expérimentale du refroidissement de divers métaux par immersion dans l’eau.
- Introduction.
- Toute étude expérimentale se traduit finalement par des résultats numériques ou graphiques. La confiance que Ton peut accorder à ces résultats dépend, avant tout, des précautions prises dans les essais, des caractéristiques des instruments de mesure et des dispositifs expérimentaux.
- Bien plus que les conceptions générales qui ont présidé à l’étude, et qui sont rarement nouvelles, ce sont des détails opératoires qui font que l’on peut accorder foi aux conclusions des auteurs : des mesures mal faites conduisent à des nombres erronés qui ne diffèrent en rien, à première vue, de résultats exacts. Il importe donc d’exposer avec minulie les expériences et mesures faites pour permettre à chacun de juger en connaissance de cause et de répéter au besoin, en vue de les contrôler, les essais décrits.
- Trop souvent, à notre avis, on passe sous silence, le considérant sans doute comme négligeable, l’exposé du mode opératoire adopté, ce qui interdit toute vérification et toute discussion. En conséquence, nous avons jugé nécessaire d entrer dans les moindres détails des procédés employés. On pourra se rendre compte ainsi des précautions prises et aussi de celles qui paraîtront négligées, ce qui permettra éventuellement de formuler toutes critiques utiles.
- A. — Emploi des couples.
- L étude expérimentale des variations rapides de température d’une pièce métallique, telles que celles qui résultent de l’opération dénommée trempe,
- (1) Ces recherches se rattachent à celles qui ont fait l’objet d’une subvention de 1 000 f accordée en 1909 par la Société d’Encouragement à M. Albert Porlevin, un des auteurs du présent mémoire. Les premières recherches de M. Portevin, qui avaient trait à l'Influence du temps de chauffage avant la trempe sur les résultats de cette opération, ont été exposées dans une communication de M. Portevin en séance publique le 13 juin 1913; son texte in extenso a paru dans le Bulletin d’août-septembre-octobre 1914, p. 207 à 282.
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- INFLUENCE DE LA RAPIDITÉ DU REFROIDISSEMENT -SUR LA TREMPE. 199
- présente un grand nombre de difficultés, surtout lorsqu’il s’agit d’échantillons de petites dimensions. De ces difficultés, la principale est assurément d’éviter les écarls de température notables entre le corps thermométrique et le point étudié de l’échantillon (1).
- L’emploi d’un couple thermo-électrique, si commode à tous points de vue qu’il est difficile de concevoir un instrument meilleur, doit donc être subordonné aux précautions susceptibles d’atténuer les causes d’erreurs suivantes qui peuvent amener un écart important entre la température de la soudure et celle de la masse métallique :
- 1° Mauvaise continuité au point de vue de la conductibilité calorifique, entre le couple et l’échantillon;
- 2° Transport de chaleur par conductibilité des fils du couple, qui fait participer aux variations de température de la soudure une assez grande longueur de fils;
- 3° Inertie thermique de la soudure;
- 4° Inertie thermique de l’isolement indispensable.
- Nous allons examiner successivement ces divers points :
- 1° Dans la plupart des expériences faites jusqu’à ce jour, les auteurs n’ont pas oublié qu’il fallait assurer les échanges de chaleur entre la pièce trempée et le corps thermométrique. Mais, le plus souvent, ils se sont contentés d’amener au montage la soudure du couple en contact avec le fond du logement pratiqué dans l’échantillon, opération qui n’était soumise à aucune vérification ni au début de l’expérience, ni dans la suite.
- Or, le chauffage subséquent peut modifier et même détruire ce contact :
- par le jeu des dilatations;
- si l’échantillon est oxydable, par la formation d’oxyde.
- De plus, dans les dispositifs adoptés jusqu’ici, l’échantillon, vissé à l’extrémité d’un support, se déplaçait avec ce dernier pour passer du four au bain de trempe. Un tel déplacement est susceptible d’amener également des modifications du contact en question.
- Ce sont ces considérations qui nous ont conduits à utiliser le dispositif décrit plus loin, où l’échantillon reste fixe alors que les appareils de chauffage et de trempe se déplacent. Le contact du couple se trouve maintenu aussi constant que possible, l’appui étant indépendant des dilatations et se faisant par le propre poids du dispositif thermo-électrique.
- D’autre part, un dispositif électrique de contrôle permettait de vérifier à chaque instant l’existence de ce contact : il suffisait, à cet effet, de fermer, au moyen d’un petit manipulateur, le circuit d’une pile à grande résistance inté-
- (1) Il est impossible d’ailleurs d’éliminer l’influence perturbatrice du corps thermométrique, mais il est essentiel de la réduire par tous les moyens.
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- rieure(l) à travers l’un des fils du couple, en passant par le contact de la soudure chaude de ce dernier avec le fond de l’échantillon, et d’observer au galvanomètre à cadran servant à l’évaluation des températures pendant le chauffage la perte ohmique résultant du passage du courant.
- Les pôles de la pile étaient donc reliés, dans le sens voulu et avec interposition du manipulateur, l’un à l’échantillon (c’est-à-dire, en fait, à la masse de l’appareil de traitement thermique) et l’autre à l’une des connexions froides du couple.
- Lorsque l’on appuyait sur le manipulateur, le courant de la pile passait et le galvanomètre déviait si le contact du couple avec l’échantillon était bon. S’il était mauvais, le courant ne pouvait passer ou se trouvait affaibli, ce que le galvanomètre mettait en évidence.
- Au point de vue physique, nous avons constaté qu’il était indispensable de nettoyer parfaitement la cavité recevant le couple, tant pour permettre le fonctionnement du dispositif de contrôle que pour éviter toute détérioration du couple.
- A cet effet, les cavités des échantillons étaient dégraissées en y injectant successivement de la benzine puis de l’éther, de manière à chasser les limailles provenant de l’usinage et à dissoudre les corps gras. Les^ liquides étaient expulsés en secouant fortement l’échantillon, puis ce dernier était séché à une douce température.
- Enfin, le passage d’un foret également dégraissé permettait d’aviver le fond de la cavité et d’enlever l’oxyde qui aurait pu s’y former, cela surtout quand l’échantillon avait déjà servi.
- D’ailleurs nous avons pu constater, sur des échantillons d’acier qui ont tapé, que l’oxydation après trempe était à peu près nulle, l’air ne pouvant pas se renouveler notablement dans la cavité.
- Pour nous assurer de l’utilité des précautions prises, nous avons tracé les courbes de refroidissement d’un même échantillon en argent (d = 8) avec un bon contact d’une part, et le couple très légèrement soulevé de manière à ne pas toucher le fond de la cavité, d’autre part.
- La figure 1 montre les deux courbes obtenues, qui n’ont assurément rien de commun, et donne une idée de l’ordre de grandeur des erreurs qui peuvent provenir de la non-observation des précautions susdites.
- 2° L’influence de la conductibilité thermique des fils du couple est la suivante : le couple se trouvant chauffé sur une certaine longueur au début de la trempe, et la température de l’échantillon s’abaissant rapidement, les fils se refroidissent par convection d’une part, et par conductibilité d’autre part.
- (1) Il eût été préférable d’employer un accumulateur ou une pile impolarisable de capacité notable en série avec une résistance convenable.
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- Une partie de la chaleur s’écoule des fils dans l’échantillon à travers la soudure : la température de cette dernière peut se trouver notablement relevée si la quantité de chaleur transmise est importante.
- Nous avons donc été conduits à employer des fils aussi fins qu’il est possible de le faire sans se heurter à une fragilité exagérée. Le diamètre, 0,1 mm,
- nous a p aru con venable quoiqc l’un cou m pie de ce calibre soit déjà délicat à inipuler. Nous avions commencé quelques sais destinés à déterminer le temps cessaire pour la mise en équilibre an couple en fonction du diamètre des s ; le dispositif adopté était le suivant :
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- 7 8
- Secondes
- Fig. 1. — Influence de la position du couple dans l’échantillon.
- Une petite plate-forme pouvant coulisser sur deux tringles se trouvait rappelée par un ressort et maintenue par un déclic électromagnétique. Le fonctionnement de ce déclic avait pour résultat une translation quasi instantanée de la plate-forme sur une longueur de 30 mm.
- La plate-forme portait un petit four électrique constitué par un tube de silice entouré sur une partie de sa longueur d’un fil de constantan isolé parcouru par un courant. L’intérieur de ce four, au point le plus chaud, se trouvait porté à 150° environ.
- Les couples constantan-cuivre utilisés, formés de fils de différents diamètres, étaient soit tendus dans l’axe du four, soit repliés, l’un des fils passant alors dans un mince tube de verre. Le ressort étant bandé, la soudure du couple était placée à l’endroit chauffé. L’enregistreur était alors mis en marche, et, à instant déterminé, le déclanchement était actionné automatiquement par l’alidade du cylindre enregistreur (voir plus loin). La soudure
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- du couple passait alors brusquement de la région chaude à une région froide du tube de silice.
- Les courbes (fig. 2 et 3) permettent de se rendre compte de la durée de la
- mise en équilibre des couples de
- différents diamètres (1).
- La figure 4 donne les temps de mise en équilibre à 1 p. 100 et 2 p. 100 près pour les couples tendus et non isolés (fig. 2) et à 2 p. 100 près pour les couples
- Secon Dts
- Fig. 2. — Courbes de refroidissement de couples de différents diamètres (sans isolement).
- fluence de la capacité thermique de l’isolant est mise en évidence par le fait que, pour ces dernières, les points s’alignent sensiblement sur une droite
- ne passant pas par l’origine, comme cela avait lieu pour les premières.
- Il y a lieu de remarquer que les échanges de chaleur ne se font ici que par l’air et par les fils du couple, ce qui explique leur lenteur relative. Le cas présent est très
- D, O.ll r
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- Fig. 3. - Courbes de refroidissement de couples de différents diamètres (avec isolement).
- éloigné de celui qui se trouve réalisé dans nos expériences de trempe :
- (1) Les températures initiales et finales diffèrent d’un couple à l’autre, à cause de l’importance variable des effets de conductibilité.
- Sur les courbes de la figure 3, le temps qui sépare deux interruptions successives est de 0,4 s.
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- aussi ne donnons-nous les résultats de ces essais, qu’il serait intéressant de reprendre, qu’à titre de simple indication.
- 3° L’inertie thermique de la soudure proprement dite a été réduite au minimum en rendant sa masse aussi petite que possible; pour arriver à ce résultat, la soudure était faite comme suit :
- Les 2 fils du couple étant maintenus accolés parallèlement vers leurs extrémités, ces dernières étaient chauffées jusqu’à un commencement de fusion (un bec Méker soufflé donnait aisément ce résultat, vu la finesse des fils). La perle obtenue, d’un diamètre à peine supérieur à la largeur de l’ensemble des deux fils (0,2 mm) était ensuite sectionnée par le milieu au
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- Fig. 4. — Temps de mise en équilibre des couples.
- Fig. o. — Extrémité de l’aiguille tharmo-électrique.
- moyen de ciseaux fins. Cette opération assez délicate donnait à l’extrémité du couple la forme que montre la figure 3. Cette disposition a également l’avantage de fournir une surface d’appui notable à l’extrémité du couple et de faciliter par là les échanges calorifiques.
- 4° L’inertie thermique de l'isolement ne peut être réduite qu’en rendant aussi faible que possible la masse de l’isolant.
- Nous avions, à cet effet, monté le couple entre deux tubes de silice. Le plus gros tube, en silice translucide, de 2 mm environ de diamètre extérieur, recevait (fig. 5) le couple dont l’un des fils était protégé par des tubes, en silice transparente, de 0,6 mm de diamètre extérieur réunis par d’autres tubes
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- un peu plus gros recouvrant les joints. Un fil d’amiante introduit dans le tube extérieur du côté opposé à la soudure assurait un calage suffisant de l’ensemble.
- Le tube fin dépassant de 5 mm environ du côté de la soudure, il intervenait sensiblement seul au point de vue inertie thermique.
- B. — Conditions a réaliser pour obtenir un bon enregistrement.
- Examinons maintenant les conditions à remplir pour obtenir un enregis trement suffisamment exact.
- La question se pose tout d’abord de savoir si l’on doit enregistrer la courbe : force électro-motrice-temps ou la courbe dérivée de la force électro-motrice-temps.
- Mathématiquement pariant, la question peut sembler oiseuse, étant donné la possibilité théorique de déduire chacune de ces courbes de l’autre; expérimentalement, elle a une certaine importance, car la netteté avec laquelle les modifications brusques dans l’allure du phénomène (au passage des points de transformation en particulier) sont mises en évidence varie suivant que l’on utilise l’un ou l’autre mode de représentation.
- Le format de la surface sensible employée étant forcément limité, et la courbe tracée présentant une certaine épaisseur et d’inévitables irrégularités qui en peuvent masquer les petits détails, il n’est pas douteux que la courbe dérivée exacte ne soit de beaucoup la plus avantageuse, comme permettant :
- 1° d’obtenir la courbe température-temps avec une approximation suffisante et sans difficulté (alors que l’opération inverse est très délicate et très précise) ;
- 2° d’apercevoir aisément les moindres singularités de la fonction température-temps et de préciser leur nature;
- 3° de déterminer graphiquement les points singuliers correspondants.
- Malheureusement, il arrive souvent que la courbe dérivée n’est obtenue qu’avec une mauvaise précision en raison des causes d’erreurs supplémentaires et parfois considérables introduites par le dispositif transformateur chargé de fournir la dérivée de la force électro-motrice (1). Cela se produit, en particulier, lorsque les instruments employés ne sont pas étudiés spécialement ou appropriés, eu égard aux conditions expérimentales.
- Comme on ne saurait se contenter d’une grossière approximation, nous avons estimé qu’il valait mieux enregistrer la courbe force électro-motrice-temps plutôt que la courbe dérivée, ne fût-ce que pour simplifier le dispositif expérimental.
- • (1) Nous nous proposons de revenir ultérieurement avec plus de détails sur cette importante question.
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- Les appareils en usage courant dans les laboratoires industriels ne peuvent aucunement convenir pour de semblables enregistrements. Il est en effet indispensable de réunir les conditions ci-dessous, déjà signalées par M. H. Le Cha-telier, et qui sont quelque peu contradictoires :
- 1° la résistance du circuit : couple-cadre du galvanomètre doit être suffisante pour que l’on puisse négliger les variations de résistance des fils du couple et toutes perturbations apportées par le passage d’un courant d'intensité trop élevée ;
- 2° la période d’oscillation du galvanomètre non amorti doit être très faible vis-à-vis de la durée totale du phénomène à enregistrer;
- 3° l’amortissement doit avoir une valeur convenable, voisine autant que possible de la valeur critique;
- 4° la sensibilité doit être suffisante pour donner une courbe d’assez grandes dimensions sur laquelle les lectures soient faciles et les mesures précises.
- Les expériences de M. Bénédicks (I) étaient tout particulièrement soignées en ce qui concerne le dispositif enregistreur. Nous ne possédions pas, malheureusement, d’appareils analogues à ceux dont cet auteur s’est servi, et nous avons dû adapter aux circonstances les instruments dont nous disposions.
- Le galvanomètre employé, du type à cadre mobile, offrait les Constantes suivantes : -
- Résistance du cadre...................................... 90 O
- Durée d’une oscillation double du cadre en dehors du champ. 0,095 s
- Le champ magnétique était créé par un électro-aimant alimenté par une batterie d’accumulateurs (2). Cet électro, refroidi par un courant d’eau, n'était excité que pendant la durée des enregistrements, pour éviter les effets de réchauffement du bobinage et du fer, échauffement d’ailleurs assez faible au-régime adopté (3), mais dont il serait difficile de tenir compte par une correction.
- Le cadre en fil de cuivre émaillé de 0,04 mm de diamètre était très allongé et suspendu par 2 fils plats de bronze phosphoreux. Il portait un miroir plan mince, légèrement prismatique, argenté sur sa face postérieure, et de 4 mm de diamètre (4).
- La figure 6 montre l’électro-aimant (5) et le dispositif galvanométrique
- (1) Journ. Iron. Steel Inst., LXXVI1, 1908; Revue de Métallurgie, VI, p. 189, 1909.
- (o) Le champ élant légèrement modifié par les faibles variations de voltage dues à l’état de charge plus ou moins grand de la batterie, il a fallu faire une correction aux mesures, comme il sera indiqué plus loin.
- (3) Une lampe placée en série avec le bobinage réduisait l’intensité à 0,6 A, au lieu de 1,5 A, valeur pour laquelle l’appareil était calculé.
- (4) Une lentille simple mince (verre de bésicles) de foyer convenable était placée devant le miroir et permettait la formation des images.
- (o) Les pièces polaires utilisées sont celles qui se trouvent le plus à droite, au bas de la figure.
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- démonté (à droite). Un tel galvanomètre réalise sensiblement les desiderata exprimés plus haut.
- La déviation du spot, avec notre couple platine-platine rhodié, était d’environ 25 cm à 1 m de distance pour un écart de température de 1 000 degrés entre les soudures. La résistance totale du circuit était voisine de 350 0, ce qui rendait négligeables les variations de conductibilité électrique des fils du couple.
- Fig. 6. — Photographie du galvanomètre.
- En service, le cadre était complètement apériodique, et la mise en équilibre, lorsqu’on y lançait un courant, demandait 0,2 s environ. M. Bénédicks a démontré que ce retard ne déformait pas les courbes obtenues avec son appareil; il en est de même avec notre galvanomètre.
- Nous avons lieu de penser que la précision du dispositif enregistreur surpassait de beaucoup celle avec laquelle le couple suivait les variations de température de l’échantillon, et surtout la comparabilité des lois de refroidissement d’un même échantillon ou d’échantillons identiques lors de la répétition d’une même expérience.
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- G. — Description du dispositif expérimental.
- Nos ressources ne nous permettant pas d’envisager l’emploi d’un ensemble entièrement automatique et commandé par un seul expérimentateur, nous avons séparé les fonctions des deux opérateurs nécessaires et assuré la liaison entre ces derniers par un système convenable de signaux.
- Après quelques expériences préliminaires faites au Laboratoire de Métallurgie de l’Ecole centrale des Arts et Manufactures, avec un dispositif d’essai simplifié et notoirement insuffisant, nous avons dû nous transporter à l’Ecole polytechnique où la place nécessaire nous a été très aimablement accordée dans les locaux du Laboratoire de Mécanique.
- La raison principale de ce déplacement était que le courant électrique continu fourni, à l’École centrale, directement par le secteur est légèrement ondulé et, surtout, sujet à de brusques sautes de voltage, d’où épaississement du trait de la courbe par suite de petites variations périodiques du champ et crochets très gênants dus aux variations accidentelles. A l’École polytechnique, nous pouvions nous brancher sur une batterie d’accumulateurs de 110-115 V qui fournissait, en dehors des heures de charge et de travail des laboratoires, une différence de potentiel suffisamment constante pour nos besoins.
- Nous avons séparé notre dispositif expérimental en 2 parties : dispositif de traitement thermique, et dispositif de commande et d’enregistrement.
- Dispositif de traitement thermique. —Un lourd pied en fonte (fig. 7 et 8) supporte 4 montants reliés à la partie supérieure par un cadre. Entre ces montants peut coulisser une plate-forme commandée par un treuil à manivelle, et qui supporte le four et le bec Méker soufflé servant au chauffage.
- L’appareil de trempe est contenu dans un petit bac qui peut s’effacer en tournant autour d’un des montants, de manière à laisser place au four. Ce bac peut être ramené dans l’axe de l’ensemble lorsque le four est descendu, et coulisser verticalement en étant guidé par deux montants. Ces manœuvres se font aisément au moyen de la poignée. Des butées réglables permettent de donner à ces divers mouvements les amplitudes convenables.
- Le bac peut recevoir deux appareils de trempe interchangeables. L’un d’eux, dit à aspersion (fig. 9), comporte une crépine de'40 mm de diamètre intérieur percée de 50 trous de 0,7 mm disposés sur une hélice de 8 mm de pas. L’eau y arrive par un ajutage adapté à la partie supérieure. Cet appareil peut tourner dans le bac, ce qui permet de lui donner un léger mouvement alternatif pour égaliser le refroidissement. Il n’a été que très, rarement utilisé.
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- Le second appareil, dit à immersion (fig. 10), se compose d’un tube de 35 mm de diamètre intérieur où l’eau arrive par une crépine inférieure agencée de façon à éviter un jet central, et se déverse dans le bac pardessus
- Fig. 7. — Photographie de l’appareil de chauffage et de trempe.
- le bord supérieur. Cet appareil a été presque constamment employé avec un débit d’eau de 2 1 par minute.
- Une traverse diagonale (fîg. 11, à gauche), fixée sur le cadre supérieur reçoit le porte-échantillon et le dispositif thermo-électrique.
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- Les échantillons employés avaient la forme de cylindres de révolution
- f-----------
- T
- Fig. 8. — Dessin d’ensemble de l’appareil de chauffage et de trempe.
- limités par des plans normaux à l’axe et distants de 3 fois le diamètre d (fîg. 12). Tome 132. — 1er semestre. — Mars-Avril 1920. 23
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- Ces cylindres étaient percés jusqu’en leur centre d’un trou de 2,5 mm (1) et pouvaient se visser par un filetage de 4 mm, pas 0,75, au porte-échantillon en acier à 0,4 p. 100 de carbone et 30 p. 100 de nickel (2) dans l’axe duquel vient descendre la canne thermo-électrique précédemment décrite.
- Cette canne peut être soulevée, grâce a une pince en fil d acier qui y
- t—T--i
- 4" {'
- Fig. 9. — Appareil de trempe Fig. 10. — Appareil de trempe
- « à aspersion ». « à immersion ».
- est fixée et par l’intermédiaire d’une rondelle en laiton qu’elle traverse, au moyen d’une fourche mue par pignon et crémaillère. Ce dispositif permet de faire remonter la canne jusqu’à ce que son extrémité soit entièrement cachée dans le porte-échantillon, ce qui donne la possibilité de visser
- (1) Une rainure circulaire à angle vif pratiquée à mi-hauteur de la partie cylindrique permettait le cassage ultérieur des échantillons trempés suivant la section droite passant par l’extrémité conique de ce trou.
- (2) Ce métal supporte bien les traitements thermiques successifs sans oxydation trop considérable. De plus, il ne présente pas de points de transformation aux températures que prenaient les échantillons dans nos expériences.
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- ou de dévisser les échantillons et de nettoyer le filetage sans risquer de casseroles tubes de silice. D’autre part, la canne reste entièrement libre
- Fig. II. — Détail de la commande du couple et des connexions froides.
- dans le canal qui la contient et repose, par son propre poids, sur son extrémité, dès que cette dernière a touché le fond de la cavité percée dans l’échantillon.
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- Les fils du couple sont protégés, sur leur portion extérieure aux tubes de silice, par des perles de cristal, et soutenues par deux poulies en porcelaine. Leurs extrémités, pincées par les extrémités aplaties et repliées de deux tiges de cuivre plongent dans 2 des tubes de la boîte à connexions.
- Cette boîte (fig. 11, à droite) se compose d’un petit récipient cylindrique muni de deux ajutages et f fermé par une pièce d ébonite maintenue par une virole à vis. Cette pièce d’ébonite est percée de 3 trous * où sont ajustés, au moyen de joints de caoutchouc, 3 tubes de verre mince dont le fond est garanti par r de petites rondelles de liège entrées à force. Ces tubes contiennent un peu de mercure. Deux d’entre eux reçoivent les extrémités du couple et celles des fils de connexion se rendant à la salle d’enregistrement. Le 3e contient un thermomètre à mercure.
- L’eau se rendant à l’appareil de trempe traverse auparavant (fig. 7) la boîte à connexions. La soudure froide du couple se trouve donc automatiquement maintenue à la température de l’eau de trempe, température que le thermomètre permet de connaître. Les masses en jeu sont assez petites pour que l’équilibre soit excellent.
- Dispositif de commande et d’enregistrement. — Ce dispositif était installé dans une pièce obscure, dont le sol cimenté repose sur une voûte épaisse et est à peu près exempt de vibrations. Les instruments sont groupés sur 2 tables (fig. 13).
- La table de commande (fig. ii et 15), comporte :
- Un coupe-circuit à l’arrivée du courant 110 volts;
- ' Un interrupteur double coupant le courant de l’électro-aimant et celui de la lampe de spot;
- Un commutateur bipolaire à mercure permettant d’envoyer le courant du couple, soit dans le galvanomètre à cadran dont il sera parlé plus loin, soit dans le cadre du galvanomètre à électro-aimant,;
- Un commutateur à 2 directions permettant d’éteindre la lampe éclairant le galvanomètre à cadran (ce qui a pour effet de libérer le pendule fournissant les interruptions du spot, l’électro qui maintient ce pendule écarté de sa position d’équilibre étant en série avec cette lampe) et de mettre en marche le moteur actionnant le cylindre enregistreur. Une lampe intercalée dans le circuit de ce moteur, et dont le changement permet d’obtenir différentes vitesses, s’allume alors; cette lampe se trouve placée sous les yeux de l’opérateur
- Fig. 12. — Cylindre-échantillon.
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- chargé de la trempe, à qui elle signale le commencement de l’enregistrement;
- Un interrupteur à contact bridé intercalé dans le circuit d’une sonnerie permettant de donner divers signaux acoustiques (1);
- Un galvanomètre à cadran muni d’un miroir et aiguille couteau, permet d’évaluer la température de l’échantillon pendant la durée du chauffage;
- Une pile à grande résistance intérieure (zinc-eau -f- trace de rLn Gl~ — cuivre)
- Fig. 13.^—-Photographie cFensemble de la table d’enregistrement et de la table des connexions.
- et un interrupteur constituant le dispositif de contrôle électrique du contact du couple.
- De cette table partent les fils se rendant aux divers dispositifs électriques, les connexions étant réunies sur deux planchettes de façon à permettre une vérification rapide, au cas où un dérangement se serait produit.
- Le dispositif enregistreur proprement dit comprend :
- (I) Le signal de trempe est donné automatiquement grâce à une alidade montée à frottement sur l’axe du cylindre enregistreur et venant fermer le circuit de la sonnerie par son contact avec un petit ressort. Ce dispositif permet d’enregistrer plusieurs courbes sur un même papier sans crainte de superposition, en décalant chaque fois î’alidade d’un certain angle. Il donne également la possibilité de régler à volonté le temps qui s’écoule entre la fin du chauffage et la trempe, temps pendant lequel l’échantillon se refroidit.
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- Le galvanomètre à électro-aimant, placé sur un support indépendant pour éviter les vibrations;
- Le cylindre enregistreur, recouvert d’un papier photographique au gélatino-bromure, et enfermé dans un carter étanche comportant une fente étroite munie d’un volet. Le miroir, légèrement prismatique, donne 2 images : celle qui provient de la réflexion sur la face arrière argentée se projette sur la fente et sert à l’inscription lorsque le volet est ouvert; l’autre, fournie par la face avant, se forme sur un écran placé sur le carter et sert de témoin;
- Le moteur électrique entraînant le cylindre par démultiplication et vis tangente ;
- La lampe de spot, placée dans une boîte étanche avec fenêtre fermée d’un clinquant percé d’un trou d’aiguille (1). (Un rhéostat permet de régler l’éclat de cette lampe, suivant la vitesse du cylindre enregistreur);
- Le pendule destiné à fournir la graduation de la courbe en temps, composé d’un petit balancier oscillant librement et pouvant être écarté de sa position d’équilibre par l’attraction d’un petit électro placé en série avec la lampe éclairant la table de commande. La suspension de ce pendule comporte 2 réglages : réglage de la période en agissant sur la longueur de la lame de suspension; réglage de la position d’équilibre permettant d’amener l’extrémité du pendule au repos dans le plan passant par le trou éclaireur et le fil de suspension du cadre. Ce dernier réglage est nécessaire pour obtenir des interruptions du spot également espacées et éviter d’avoir sur la courbe des traits alternativement longs et courts.
- Les figures 14 et 15 montrent les 2 stades principaux du fonctionnement du dispositif ci-dessus décrit. La figure 14 correspond à la période de chauffage de l’échantillon, la figure 15 à la trempe et à l’enregistrement de la courbe.
- D. — Marche des expériences.
- Soient P et G les 2 expérimentateurs : P s’occupait du traitement thermique, G de l’enregistrement et des signaux de liaison. En dehors de ces signaux, P et G pouvaient correspondre par la voix, mais seulement au moyen de mots convenus, la parole articulée étant très difficilement intelligible à travers la cloison qui les séparait.
- (1) La lampe employée comporte un filament cle tungstène roulé en hélice enfermé dans une ampoule contenant de l’azote. Cette source, très constante et très photogénique, a, sur l’arc, l’avantage d’être absolument fixe, et possède un éclat suffisant. Son diamètre apparent par rapport au trou est assez grand pour que son image puisse couvrir entièrement îe miroir, ce qui évite l’emploi d’une lentille condensatrice qui, dans ces conditions, absorbe de la lumière acti-nique sans permettre, comme on le croit en général, d’augmenter l’éclat du spot.
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- Préparation. — P visse l’échantillon sur le support, fait le joint, descend le couple, et demande « contact? ».
- G place, si besoin est, une feuille de papier sensible, met le cylindre et son alidade en position, vérifie le contact et sonne : 1 coup si ce dernier est bon; 2 coups s’il est mauvais. Dans ce dernier cas, P vérifie l’installation et redemande « contact? », etc.
- Chauffage (fîg. 1-4). — P monte le four, règle le gaz et l’air et ouvre le
- Fig. 14. — Schéma de la table des connexions : position de chauffage.
- robinet d’eau. G suit la température au galvanomètre à cadran. Quand elle a dépassé d’une quantité définie la température de trempe, il vérifie le contact et sonne : P éteint alors le brûleur; G suit le refroidissement lent de l’échantillon. Au passage de l’échantillon par la température voulue, il manœuvre de droite à gauche, les interrupteurs et commutateurs de commande, et ouvre la fente du cylindre.
- Trempe (fïg. 15). — P est averti, par l’allumage de la lampe formant résistance du moteur, de la mise en marche de l’enregistrement. Il descend le four et amène le bac de trempe sous l’échantillon. Au coup de sonnette donné automatiquement par le contact de l’alidade, P remonte rapidement le bac et le fixe à la position de trempe.
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- Fin de Vexpérience. — Quand le cylindre enregistreur a fait une fraction de tour déterminée, c'est-à-dire au bout d’un certain temps de trempe tel que l’échantillon soit suffisamment refroidi, G ferme le volet du cylindre enregistreur et manœuvre les appareils de commande, de gauche à droite, en les ramenant dans leur position initiale, et vérifie le contact (1).
- P, averti par l’extinction de la lampe, descend le bac de trempe, remonte le couple et dévisse l’échantillon. Il procède alors au nettoyage du filetage,
- F
- Fig. la. — Schéma de la table des connexions : position de trempe.
- puis remonte le four : la chaleur des parois de ce dernier suffit à faire évaporer les traces d’humidité provenant des condensations de vapeur d’eau qui se produisent parfois dans l’appareil (2).
- P demande alors « Sec? », à quoi G répond par un coup de sonnette lorsque le galvanomètre à aiguille marque 150° environ. Les opérations peuvent alors se renouveler pour l’expérience suivante.
- En fin de série, G fait faire un tour au cylindre, le cadre du galvanomètre étant court-circuité et le pendule interrupteur maintenu dévié, de manière à
- (1) Le contact doit être aussi bon après qu’avant la trempe, faute de quoi l’expérience est considérée comme douteuse.
- (2) Les goutelettes d’eau qui se forment alors dans les tubes de quartz fins risquent, en se vaporisant brusquement lors du chauffage de l’échantillon suivant, de briser le couple.
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- tracer une ligne de zéro. Il ne reste plus qu’à noter (ce qui se fait en commencement et en fin de séance) la température de l’eau de trempe et le voltage de la batterie alimentant l’électro-aimant, et à développer les courbes.
- Remarques. — L’automatisme des gestes des opérateurs, que nous nous sommes attachés à réaliser, présente de nombreux avantages qui sont principalement :
- d’éviter au mieux les erreurs et accidents qui obligent à recommencer les expériences ;
- de réduire au minimum l’influence des équations personnelles ;
- d’abréger les expériences en supprimant les tâtonnements : ce dernier point était très important, car nous ne pouvions opérer que pendant un temps très restreint chaque jour.
- E. — Examen des résultats expérimentaux.
- Les courbes obtenues se présentent sous la forme des fac-similés donnés plus loin. Chacun des traits correspond à un intervalle de temps de 0,4 s (sauf pour certaines courbes où le pendule était remplacé par un mouvement d’horlogerie donnant des interruptions toutes les 5 ou 10 s). Le trait horizontal auquel les courbes sont asymptotes, correspond à la température finale de l’échantillon au bout d’un temps très long, c’est-à-dire à la température de l’eau courante servant à la trempe (1) : c’est en effet la droite correspondant à un courant nul dans le cadre (températures des soudures égales).
- Ces courbes donnaient à première vue un certain nombre de renseignements sur l’allure du phénomène (sur les points de transformation à haute température en particulier). Cependant, l’étude complète ne pouvait en être faite dans une transposition préalable en raison :
- clés variations de l’échelle des abscisses (temps) résultant de ce que la vitesse du moteur électrique n’était pas rigoureusement constante ;
- des variations de l’échelle des ordonnées (températures) avec le voltage de la source alimentant l’électro-aimant;
- de la non-proportionnalité de cette dernière échelle.
- Il fallait donc relever les courbes par points, ce qui pou\Tait se faire avec une grande précision, grâce à la graduation en temps, au moyen d’une échelle des températures.
- L’établissement de cette dernière a été fait comme suit : le protège-couple à tube de silice (fig. 16) monté sur le porte-échantillon, nous avons placé sur un triangle adapté au four, dont le couvercle avait été retiré, un petit creuset
- (1) Cette température a peu varié (entre 6° et 10° environ) au cours des expériences.
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- rempli d’un métal pur (étain ou antimoine). Le tube de silice plongé, en remontant le four, dans le métal préalablement fondu, le couple a été descendu
- dans ce tube.
- Laissant alors le creuset se refroidir, nous avons enregistré la courbe de refroidissement du métal (fig. 17). On voit très bien la remontée de température due à la surfusiori (même pour l’étain). Les paliers ont été considérés comme correspondant aux températures de 2-32° et 631°, la ligne horizontale (courant zéro) se rapportant à la température de l’eau qui circulait dans la boîte à connexions pendant l’opération.
- D’autre part, nous avons calculé au moyen de la formule suivante due à Hol-born et Day (1900) et indiquée par ces auteurs comme valable pour t^> 250° :
- E = — 0,310 + 0,00805 t + 0,00000172 P
- les forces électro-motrices (millivolts) données par le couple platine — platine rhodié auquel correspondait cette formule, pour des différences de température t
- Fig. 17. — Courbes d’étalonnage : solidification de l’antimoine et de l’étain.
- entre les soudures variant depuis 332° jusqu’à 1000°. Voici le résultat de ce calcul :
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- £ E
- 232 1,65
- 250 1,81
- 300 2,26
- 400 3,185
- 600 5,14
- £ E
- 631 5,453
- 700 6.17
- 800 7,23
- 900 8,33
- 1000 9,46
- Nous avons raccordé la courbe ainsi calculée avec l’orieine en la faisant
- • °
- passer par les points :
- £ = 100 E = 0,67 £ = 200 E = l,41
- Au moyen des nombres ci-dessus, nous avons construit un graphique divergent, donnant des échelles proportionnelles, .sur lequel nous avons reporté les ordonnées correspondant aux paliers des courbes d’étalonnage. Ce report s’est fait avec une concordance satisfaisante, les 3 points : température de l’eau, température de fusion de l’étain, température de fusion de l’antimoine, se plaçant sensiblement à l’intersection d’une même parallèle à la droite portant l’échelle calculée et des droites joignant au point de convergence les points correspondants de cette dernière échelle.
- Nous avions ainsi l’échelle des températures correspondant à un voltage déterminé de la batterie alimentant l’électro-aimant. Il restait à déterminer la correction relative aux variations de ce voltage. A cet effet, nous avons fait 3 enregistrements successifs de la courbe de solidification de l’antimoine, dont 1 avec la batterie comprenant le nombre habituel d’éléments, 1 avec 2 éléments en plus et 1 avec 2 éléments en moins : nous avons fait ainsi varier le voltage d’environ 4 V en plus ou en moins du voltage moyen, ce qui encadrait les variations dues à l’état de charge. Une variation de 1 V correspondait sensiblement à une variation de 0,6 p. 100 de l’échelle des températures.
- “Nous avions ainsi tous les éléments pour établir les échelles correspondant à chaque valeur du voltage (de volt en volt) qui ont été utilisées pour le relevé des courbes.
- Nous avons donc pu faire dresser des tableaux donnant les températures au centre de l’échantillon pour des temps variant en progression arithmétique (généralement, de 0,4 s en 0,4 s). Ces courbes ont été reconstruites en ordonnées et abscisses proportionnelles, et nous avons pu superposer celles qui correspondaient à la répétition d’une même expérience. Cette superposition s’est faite, la plupart du temps, d’une manière satisfaisante, comme le montre l’exemple de la figure 18 où l’on a porté à dessein les points correspondant aux deux courbes superposées.
- Pour résumer au mieux les résultats, nous avons dressé divers tableaux
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- de courbes (fig. 49 à 23). Dans ces tableaux, nous avons supprimé la partie
- 800° - convexe des courbes correspondant au début de la trempe et fait passer toutes les courbes par un même point (correspondant généralement à la température de 700°). Pour certaines (fig. 22) la température de trempe étant inférieure à 700°, ce sont des
- ©+ 700° ?
- G
- 600° °-+ ( 3,
- O +
- 500° G K °l
- °+ r
- 400° ©H
- ©H
- 500° c V ©H
- X >+o,
- 200° 'a X
- 100° ©*©* >©♦© en<=»( >0+0 CM©
- 0°
- 0 1 g 5 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 gO
- SECONDES
- Fig. 18. — Superposition de deux courbes enregistrées.
- portions extrapolées des courbes qui passent par le point en question, mais
- on n’a figuré que des portions réellement obtenues.
- Pour les courbes présentant des anomalies, des points intermédiaires ont été relevés pour assurer une reproduction aussi fidèle que possible.
- Seconde s
- Fig. 19. — Courbes expérimentales.: argent. '
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- INFLUENCE DE LA RAPIDITÉ DU REFROIDISSEMENT SUR LA TREMPE.
- 221
- Nous avons enfin donné des fac-similés de quelques-unes de nos courbes,
- dans le cas où l’allure du phéno-
- 700•
- 600
- 500-
- 400
- 50C?'
- ZOO'
- îocr
- mène était seule intéressante. La graduation en temps est fournie par les interruptions.
- Précision des mesures. — Les courbes relatives aux échantillons
- a $ 10 U 12 15 14 iS
- Secondes
- Fig. 20. — Courbes expérimentales : nickel.
- qui, par leur nature ou leurs dimensions, se refroidissent le plus lentement,
- doivent représenter le phénomène avec une bonne exactitude : les erreurs ne doivent guère dépasser 1 p. 100 sur les températures. Pour les petits échantillons et métaux donnant une grande vitesse de refroidis-
- 700
- 60(5
- soô
- 40Ô
- 30Ô
- &
- 200
- 100
- 0
- 0 P ï \ S / 5 0 7 ; e / 3 7- f A 5 / 6 / 7 *U 3 / 9 Z 0 2 { 2 2 £ 3
- Fig. 21. — Courbes expérimentales : ferro-nickel. Seconde^ .
- sement, la concordance est parfois mauvaise; mais cela ne peut tenir, à
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- 222
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- 700.
- 6001
- notre avis, qu’à l’influence prépondérante que peuvent prendre, pour ces
- échantillons, des causes locales et accidentelles qui viennent modifier les conditions de surface : ces causes sont en effet sans action dans le cas d’une trempe durant assez longtemps, par suite
- 400
- 3 00.
- 200.
- 100
- 0 12
- Fig. 22. — Courbes expérimentales : acier eutectique trempé à 630".
- Fig. 23. — Courbes expérimentales : acier eutectique trempé à 760°.
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- INFLUENCE DE LA RAPIDITÉ DU REFROIDISSEMENT SUR LA TREMPE.
- 223
- les écarts avec 1 échelle thermométrique normale (thermomètre à gaz) soit un peu plus grand, ce qui n’a, au reste, qu’une importance minime.
- E. — Conclusions tirées des résultats précédents.
- Nous avons cherché si, comme l’indique M. Mac Cance (1), les résultats obtenus pouvaient être représentés avec une exactitude suffisante par une
- formule mathématique contenant
- un seul paramètre fonction des dimensions (2) et des propriétés physiques de l’échantillon (3).
- Fig. 24. — Courbes théoriques déduites du cylindre de ferro-nickel de 16 mm de diamètre.
- S’il en était ainsi, la température G à l’instant t, pour une température de trempe donnée, serait de la forme
- X étant le paramètre en question.
- Si donc nous prenons pour variable
- toutes les courbes de refroidissement auraient pour équation
- 0 = F (T)
- et seraient par conséquent superposables.
- (1) Journ. Iron. Steel Inst., t. LXXXIX, 1914, p. 192.
- (2) Étant donné la forme adoptée par nos échantillons, leurs dimensions se trouvent entièrement déterminées par la valeur du diamètre ci. Ce diamètre, qui variait de 8 mm à 20 mm est indiqué dans chaque cas, ainsi que la nature du métal.
- (3) Supposé non transformable aux températures traversées.
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- En d’autres termes, les courbes correspondant à la trempe, dans des
- conditions identiques, d’échantillons divers, ne devraient différer que par 'l’échelle des abscisses.
- Malheureusement, cette hypothèse ne semble pas conciliable avec la réa-
- Fig. 23. — Courbes théoriques déduites du cylindre de nickel de 20 mm de diamètre.
- lité et n’est sensiblement vérifiée que pour des échantillons de diamètres
- voisins, s’ils sont de même métal, et de propriétés physiques voisines, s’ils sont formés de métaux différents.
- En effet, nous avons tracé les réseaux de courbes représentés
- Fig. 25. — Courbes théoriques déduites de la formule de Mac Cance.
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- INFLUENCE DE LA RAPIDITÉ DU REFROIDISSEMENT SUR LA TREMPE. 225
- par les figures 24 et 25 et déduits par variation de l’échelle des abscisses des courbes de trempe à 750°/10° :
- d’un échantillon, cl — 16, en acier 4 N. 30 et d’un échantillon, d = 20, en nickel, c’est-à-dire d’échantillons se refroidissant d’une manière relativement lente.
- Si l’on cherche à superposer ces courbes aux courbes expérimentales correspondant aux échantillons se refroidissant notablement plus vite que
- ceux dont il vient d’être parlé, on constate que les premières descendent plus rapidement que les secondes, aux basses températures, lorsque les pentes au début du refroidissement sont les
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- memes.
- Si l’on construit un réseau de cour-
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- Seconda»
- Fig. 27. — Influence de la température de trempe sur le refroidissement : ferro-nickel, -(orde des températures croissantes : + X, 0, ••)
- bes (fîg. 26) correspondant par exemple à une trempe à 750°/0° d’échantillons ayant des paramètres a différents, d’après la formule donnée par M. Mac Gance (i), la superposition devient plus mauvaise encore.
- Ce résultat n’a rien de surprenant : la théorie de Fourier suppose en effet : que les propriétés physiques du corps ne changent pas sensiblement dans l’intervalle de température considéré;
- que le fluide refroidissant garde une température à peu près invariable; et cela ne saurait s’appliquer aux cas de trempes à 700° ou 800°.
- Si donc, comme nous le ferons plus loin, on se propose d’étudier l’influence sur la loi de refroidissement des dégagements de chaleur interne provenant
- (1) Ce calcul a été fait d’après la formule :
- 6 = 750
- [
- t
- 1,603 X 101
- 1,063 X 10
- ,2'
- t
- l + 0,833 X 10
- -12,93-
- A
- 0,732 X 10 ii,0:
- Tome 132. — 1er semestre. — Mars-Avril 1920.
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- LA TREMPE DES ACIERS AU CARBONE.
- MARS-AVRIL 1920.
- des transformations du métal de l’échantillon, il faut prendre, comme terme de comparaison, des échantillons en métal non transformables aux températures traversées et tels que, pour un même diamètre, la vitesse de refroidissement soit voisine de celle du premier échantillon.
- Reprenons nos courbes relatives aux métaux non transformables : la figure 27 montre que, comme cela avait été déjà signalé par M. Le Chatelier, la vitesse de refroidissement croît avec la température de trempe.
- Il était intéressant d’autre part de se rendre compte de l’influence des dimensions de l’échantillon sur la vitesse moyenne du refroidissement entre deux températures déterminées : nous avons donc construit les graphiques en portant en abscisses les diamètres des échantillons et en ordonnées les durées de refroidissement entre deux températures.
- Pour les échantillons en métaux purs très conducteurs, les points obtenus sont sensiblement sur une ligne droite ne passant pas par Vorigine. Pour les alliages ou métaux purs peu conducteurs les points s’alignent à peu près avec l’origine.
- Paris, mars 1919.
- (A suivre.)
- A. M. Portevin et M. Garvin.
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- COMITÉ DU RETOUR AUX ÉTUDES TECHNIQUES
- Programmes d’examen.
- La Commission de l’Enseignement du Comité du Retour aux Études techniques (1) s’est réunie le 13 février 1920, sous la présidence de M. Lindet, président de la Société d’Encouragement, pour arrêter le programme des matières sur lesquelles seront interrogés les jeunes gens qui font actuellement un stage en usine et qui, empêchés par la guerre de poursuivre leur préparation aux écoles techniques, se proposent d’obtenir le diplôme d’ingénieur spécial institué par la Société d’Encouragement. Des projets de programmes avaient été préparés par MM. H. Le Chatelier, Lindet, Lacoin, Guillet, Damour, J. Royer, A. Grebel et Lemaire. La rédaction définitive de ces programmes, et conformément aux décisions de la Commission, a été confiée à MM. Le Chatelier, Charpy et Lacoin.
- EXAMEN DU 1er DEGRE (1)
- A et B : Programmes communs aux stagiaires de :
- l’industrie mécanique, l’industrie métallurgique, l’industrie chimique, l’industrie minière.
- Ct C2 Cà C4 : Programmes différents pour ces industries.
- À. — Rappel des connaissances générales.
- I. — Mathématiques (3) .
- ' II. — Physique ......
- III. — Chimie.. ......
- partie.
- Latin-sciences
- ou
- sciences-langues.
- En entier.
- En entier. En entier.
- PROGRAMME Dü BACCALAUREAT
- 2e partie.
- Philosophie.
- Mathématiques.
- En entier.
- En entier, sauf la chimie organique.
- En entier sauf la cosmographie.
- En entier.
- En entier, sauf la chi mie organique.
- (1) Voir au sujet de la formation des ingénieurs parle stage en usine et sur le fonctionnement du Comité du Retour aux Études techniques, le Bulletin de septembre-octobre 1919, p. 217 à 232.
- (2) L’examen du premier degré aura lieu à la fin de l’année 1920 ou au commencement de l’année 1921, à une date qui sera fixée ultérieurement.
- (3) Les candidats devront savoir faire usage des tables de logarithmes et de la règle à calcul
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- RETOUR AUX ÉTUDES TECHNIQUES. — MARS-AVRIL 1920.
- B. — Complément de connaissances générales.
- I. — Mécanique.
- Éléments de cinématique, de statistique, de dynamique.
- Cinématique du point matériel. Centre instantané de rotation. Composition des mouvements et des vitesses.
- Transformation de mouvements : engrenages, courroies, bielles. Composition des forces et des couples appliqués à un corps solide, centres de gravité. Frottements. Equilibre des machines simples (vis, poulie, palan, treuil).
- Dynamique du point matériel (pendule simple, plan incliné). Equation générale du travail dans les machines. Principe du volant.
- Les moteurs en général.
- Moteurs animés. Principe des moteurs thermiques, vapeur, gaz, pétrole. Usage des diagrammes pour calculer le travail, indicateur. Principe des moteurs hydrauliques, des pompes alternatives et centrifuges.
- Notions sommaires sur les sources de force motrice et les distributions de force.
- Mécanique théorique et pratique, de Gabriel (de Gigord, 2 vol. de 334 et 392 pages), et Traité élémentaire de mécanique, de Poussart (t. II, Garnier, 6, rue des Saints-Pères) pour les moteurs animés et les pompes. La force motrice d'atelier, d’ÂLLAiN Launay (Béranger, 160 pages), pour les sources de force motrice.
- II. — Résistance des matériaux.
- Notions élémentaires de résistance des matériaux comportant l’étude des déformations élémentaires et la résistance des pièces droites à la traction, compression, flambement, flexion. Calcul des arbres droits, des rivures; le degré étant défini par les ouvrages ci-après :
- Mécanique théorique et pratique, de Gabriel (cité ci-dessus), ou bien Mécanique élémentaire, de Moulan (Béranger, in-8, 1269 pages).
- III. — Principes d’électricité industrielle.
- Courant continu. Lois de Ohm. Piles et accumulateurs. Action chimique des courants. Loi d'Ampère. Induction. Principe des machines dynamo-électriques. Couplage des moteurs : à courant continu. Éclairage électrique. Courant alternatif, capacité, self-induction. Types d’alternateurs.
- Degré du programme des Écoles pratiques du Commerce et de l'Industrie, tel qu’il est défini notamment par le Cours élémentaire d'Electricité industrielle, de Roberjot (Dunod, 332 pages), ou parle Cours élémentaire d’Électricité industrielle, de Métral (Masson, 452 pages). Il existe de nombreux ouvrages de ce degré.
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- PROGRAMMES D’EXAMEN DES ÉLÈVES-INGÉNIEURS STAGIAIRES EN USINES. 229
- IV. — Notions sur la métallurgie et le travail des métaux.
- Combustibles et fours. Fabrication de la fonte et de l’acier. Traitement thermique et travail à chaud des aciers. Métallurgie du cuivre et de l’étain. Alliages : bronzes, laitons, métaux anti-friction, fusibles, étamage, cuivrage, galvanisation.
- Le développement à donner à ces notions est défini par le Précis de métallurgie, de Pècheux (Baillière, 483 pages), chapitres i, n, m et vi, et, pour les notions sur le travail à froid des métaux, par le Cours de technologie d'ajustage, de Caillaut (Delagrave, 2 fascicules de 7o et 42 pages).
- Cj. — Connaissances techniques spéciales aux stagiaires de l’industrie mécanique.
- 1. — Dessin industriel.
- Lecture des dessins d’atelier. Croquis à main levée d’organes de machines, avec cotes permettant la construction de l’organe.
- IL — Généralités sur les machines.
- L’installation mécanique dans son ensemble. Expériences et mesures. Application de la résistance des matériaux aux transmissions et aux organes principaux de machines (arbres, paliers, cylindres, corps de chaudières, grues).
- Le degré de ces connaissances est défini par les ouvrages ci-après : Cours de résistance des matériaux appliqués aux machines, de Monein (Ecole spéciale de Travaux publics), ou Moulan, Mécanique élémentaire (déjà cité).
- III. — Moteurs a vapeur.
- Principe de la machine à vapeur, rendement théorique et pratique, bilan de la machine à vapeur. Etude expérimentale du cycle à vapeur, discussion des diagrammes pratiques et de la distribution. Détente et condensation. Principaux types et organes. Principe des turbines. Étude générale des chaudières et condenseurs.
- Le degré de ces études est défini par l’ouvrage de Witz, La machine à vapeur (Baillière, in-16, 428 pages), pour la machine à vapeur, et par celui de Moulan, Mécanique élémentaire (déjà cité), pour les chaudières, les condenseurs et accessoires des machines à vapeur.
- IV. — Moteurs a gaz et a pétrole. Gazogènes.
- Principe des moteurs à gaz. Étude générale des cycles, des types. Principaux types de gazogènes.
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- RETOUR AUX ÉTUDES TECHNIQUES. — MARS-AVRIL 1920.
- Degré déterminé par l’ouvrage de Letombe, Les moteurs (Baillière, in-18, 436 pages), pour les moteurs à gaz. Pour les gazogènes, ouvrage de Moulan, Mécanique élémentaire (déjà cité).
- V. — Moteurs hydrauliques.
- Notions très sommaires sur les moteurs hydrauliques du degré des Cours de mécanique élémentaire, de Moulan ou de Gabriel, déjà indiqués.
- VI. — Machines opératrices diverses.
- Pompes alternatives. Presses hydrauliques.
- Degré indiqué correspondant à la Mécanique élémentaire, de Moulan, ou au Traité élémentaire de mécanique, de Poussart.
- C,. — Connaissances techniques spéciales aux stagiaires de l’industrie métallurgique.
- Etude des combustibles naturels et artificiels. Classification. Analyse. Pouvoir calorifique.
- Utilisation des combustibles. Lois de la combustion. Foyers. Gazogènes. Récupération. Bilans thermiques.
- Minerais. Préparation mécanique. Grillage. Agglomération.
- Notions sur la métallurgie des principaux métaux.
- Étude des principaux produits métallurgiques. Fers. Fontes. Aciers. Cuivre. Bronze. Laiton. Zinc. Plomb. Aluminium et alliages légers. Propriétés. Emplois.
- Essais mécaniques. Conditions deréception des métaux industriels.
- Notions sur les alliages. Courbes et fusibilité. Constitution. Transformations des alliages. Points critiques.
- Traitements thermiques. Trempe. Recuit. Cémentation.
- Principaux procédés de transformation des métaux. Moulage. Forgeage. Laminage. Estampage. Emboutissage. Etirage. Travail aux machines-outils.
- Appareils employés en métallurgie. Appareils de manutention et appareils de chauffage. Appareils de transformation. Appareils de mesure et de contrôle. Pyromètres.
- Degré des livres du général Gages, dans Y Encyclopédie des aide-mémoire Léauté et dans Y Encyclopédie des Travaux publics. Précis de métallurgie de Pécheux. Leçons de sidérurgie du lieutenant-colonel Angles d’Auriac.
- On pourra consulter aussi les ouvrages suivants, qui sont surtout recommandés pour le deuxième degré : Les alliages métalliques, par Cavalier; — Leçons de métallurgie générale, de Babu, chez Béranger; — Traduction française de La métallurgie du fer de Ledebub, chez Béranger.
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- PROGRAMMES D’EXAMEN DES ÉLÈVES-INGÉNIEURS' STAGIAIRES EN USINES. 231
- C3. — Connaissances techniques spéciales aux stagiaires de l’industrie chimique.
- Principes généraux d’analyse qualitative et quantitative. Application aux principaux produits industriels.
- Classification et étude des combustibles industriels.
- Distillation de la houille. Sous-produits.
- L’eau et l’air au point de vue industriel. Air liquide. Oxygène.
- Grande industrie chimique. Acide sulfurique. Soude. Chlore. Chlorures décolorants.
- Industrie de l’azote. Acide azotique. Sels ammoniacaux. Fixation de l’azote. Cyanamides.
- Notions d’électro-métallurgie et d’électro-chimie. Aluminium, Carbure de calcium. Electrolyse.
- État naturel, préparation, propriétés et emplois des métaux usuels et de leurs principaux composés. Sodium. Calcium. Magnésium. Aluminium. Zinc. Fer. Nickel. Manganèse. Chrome. Cuivre. Plomb. Mercure. Or. Argent. Platine.
- Matériaux de construction. Pierres. Chaux. Ciment. Mortiers. Plâtre. Produits céramiques. Produits réfractaires. Bois. Cuir. Caoutchouc. Textiles.
- Industrie des corps gras. Huiles. Suif. Savons. Bougies
- Hydrates de carbone. Sucres. Fermentations. Alcool.
- Produits nitrés. Explosifs.
- C4. — Connaissances techniques spéciales aux stagiaires de l’industrie minière.
- I. — Géométrie descriptive. Géométrie cotée tout entière.
- II. — Mécanique.
- Statique graphique dans les cas simples. Frottement et rendement (Freins, Adhérence).
- III. — Résistance des matériaux.
- Nature des matériaux (pierre, béton, bois, métal). Mécanique des fluides. Hydrostatique. Principe d’Archimède. Écoulement des liquides et des vapeurs.
- IV. — Chimie appliquée.
- Bois et houille. Distillation et combustion. Gaz à l’eau et gaz pauvre. Combustion des mélanges gazeux : Température d’inflammation. Vitesse de
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- propagation. Onde explosive. Température de combustion. Limites d’inflammabilité. Retard à l’inflammation.
- Explosifs : Ethers nitriques et dérivés de substitution. Calcul de la température et de la pression d’explosion. Influence de la densité de chargement. Altération spontanée des explosifs. Déflagration et détonation.
- V. — Sciences naturelles.
- Programme du baccalauréat, deuxième partie, philosophie : Sciences naturelles : géologie seulement.
- . VI. — Hygiène.
- Programme du baccalauréat, deuxième partie, philosophie : Hygiène : l’air seulement.
- VII. — Notions'"gÉnérales sur les minerais.
- Gisements. Extraction. Préparation mécanique. Criblage. Lavage.
- Préparation chimique. Grillage. Agglomération.
- VIII. — Notions générales sur les combustibles naturels.
- Extraction. Préparation. Criblage. Lavage. Mise en stock.
- Fabrication du coke. Récupération du gaz et des sous-produits. Fabrication des agglomérés.
- Appareils de manutention.
- EXAMEN DU 2e DEGRE (1)
- K
- • Dj D2 D3 : Programmes différents pour les stagiaires de : l’industrie mécanique, l’industrie métallurgique, l’industrie chimique.
- D4 : Programme commun aux stagiaires de l’industrie minière.
- E4 E’t : Programmes différents pour les stagiaires du fond et du jour de l’industrie minière.
- Dr — Programme particulier aux stagiaires de l’industrie mécanique.
- 1° L’acquisition de connaissances générales plus approfondies en ce qui concerne : les mathématiques, la dynamique, la mécanique appliquée aux machines, et la théorie des moteurs thermiques et hydrauliques, des pompes et ventilateurs.
- (1) L’examen du second degré aura lieu un an au moins après l’examen du premier degré.
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- PROGRAMMES D’EXAMEN DES ÉLÈVES-INGÉNIEURS STAGIAIRES EN USINES. 233
- Le degré à atteindre sera celui des Écoles françaises d’Arts et Métiers ou de l’Ecole polytechnique de Gand. On pourra utiliser à cet effet, pour les généralités, le Cours de mécanique appliquée, de Boulvin (Fascicules 1, 2 et 3; Albin Michel, rue Huygens) ou la Mécanique appliquée, de Perry (t. I et II; Hermann, rue de la Sorbonne), et pour les moteurs thermiques, les ouvrages de Cordier : Machines à vapeur, chaudières et condenseurs (Doin, 8, place de l’Odéon), et Witz, Moteurs à combustion (même librairie). On pourra également utiliser, bien qu’il n’appuie pas suffisamment sur les principes, le Cours de Guillot (t. II et IV; Béranger, 15, rue des Saints-Pères).
- Ce degré exige une bonne pratique des mathématiques élémentaires et quelques rudiments de calcul intégral. Le degré de ces connaissances et leur application à la mécanique sont définis par le Cours de mathématique publié pendant la guerre par la Direction d’Artillerie, pour le cours des officiers de Joigny.
- 2° L’application de ces notions au fonctionnement, à l’entretien et à l’étude des types de machines qui intéressent particulièrement la branche industrielle où s’exécute le stage, à savoir :
- Locomotive,
- Machines marines,
- Moteurs et chaudières de stations centrales,
- Automobiles et navigation aérienne,
- Construction mécanique en général (pompes, ventilateurs, compresseurs, moteurs d’atelier, appareils de manutention).
- 3° Le fonctionnement des machines-outils et des ateliers de construction ou de réparation mécanique, en choisissant également la spécialité qui intéresse spécialement le stagiaire.
- Nota. — Les stagiaires qui ont fait déjà des mathématiques spéciales pourront remplacer les cours de Gabriel et de Moulan, recommandés pour le premier degré, par ceux indiqués ci-dessus pour le second degré, mais en se limitant au programme du premier degré.
- D,. — Programme particulier aux stagiaires de l’industrie métallurgique.
- - Le programme de l’examen du deuxième degré sera établi après l’examen du premier degré et en tenant compte des occupations industrielles des stagiaires. Il comportera le développement des connaissances de métallurgie générale et leur application détaillée aux industries spéciales suivies paroles stagiaires, ainsi que l’étude des techniques directement utilisées dans les industries. (Pour les ouvrages à utiliser voir C.,.)
- D:j. — Programme particulier aux stagiaires de l’industrie chimique.
- Le programme de l’examen du deuxième degré pour les stagiaires de l’industrie chimique sera fixé après l’examen du premier degré pour chacune des industries particulières. Il comportera le développement des connaissances de chimie générale et de chimie analytique et leur application détaillée à l’industrie suivie pour chaque stagiaire, ainsi que l’étude des techniques directement utilisées dans cette industrie.
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- D,. — Programme particulier aux stagiaires de l’industrie minière.
- (Programme commun aux stagiaires du jour et du fond.)
- 1. — Mécanique appliquée.
- Théorie des machines alternatives à vapeur et à explosion. Théorie des machines rotatives : pompes, ventilateurs, turbines. Chaudières à vapeur, gazogènes et vapeurs d’échappement. Orifice équivalent et tempérament d’un circuit. Caractéristique des ventilateurs.
- Pour la mécanique théorique, une partie de la résistance des matériaux et de la mécanique appliquée, on se servira de l’ouvrage de Perry (Hermann, éditeur, 6, rue de la Sorbonne), en laissant de côté les développements mathématiques qui se trouvent vers la fin des chapitres.
- II. — Électricité.
- Courant continu et courant alternatif. Induction. Capacité et self-induction. Loi d’Ampère. Construction graphique de la réactance.
- Machines à courant continu. Leur réversibilité.
- E,. — Programme des connaissances spéciales.
- (Pour les stagiaires du fond seulement.)
- L’examen portera sur les règlements généraux de la police des mines, qui se trouvent dans les bureaux de toutes les exploitations minières. Le candidat devra étudier ces règlements, en recherchant la raison d’être de chacune de leurs dispositions. Il se reportera pour cela à un cours d’exploitation des mines, par exemple aux deux petits-volumes de M. Crussard : l’un sur l’exploitation de la houille, et l’autre sur les mesures de sécurité.
- L’examen portera également sur les notions sommaires de législation, reproduites à la fin de XAnnuaire du Comité des Houillères.
- E’4. — Programme des connaissances spéciales.
- (Pour les stagiaires du jour seulement.)
- I. — Électricité.
- Applications.
- Dynamos et moteurs série, shunt et compound. Machines à courant alternatif. Transformateurs. Théorie des alternateurs. Moteurs synchrones, à courant polyphasé, à champ tournant. Moteurs asynchrones; commutatrices. Moteurs alternatifs à collecteurs. Appareillage et instruments de mesure. Transformateurs de
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- PROGRAMMES D’EXAMEN DES ÉLÈVES-INGÉNIEURS STAGIAIRES EN USINES. 233
- potentiel et d’intensité. Disjoncteurs. Lignes et câbles; parafoudres; conditions pratiques d’isolement.
- Pour toute la partie électrique, on se servira du volume suivant : Crepelet, Applications industrielles de Vélectricité. Liège, 1910.
- IL — Préparation mécanique.
- Loi de la chute des corps dans l’eau. Théorie du lavage. Rendement commercial des lavoirs. Mélange des charbons.
- III. — Appareils de manutention et de criblage.
- Toiles de transport, etc. Cribles, tables à secousses. Stockage des charbons.
- IV. — Agglomération.
- Agglomérants. Fours sécheurs. Fabrication.
- V. — Fabrication du coke.
- Choix des charbons. Compression. Récupération du gaz et des sous-produits Propriétés physiques du coke.
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- NOTE DU COMITÉ DE COMMERCE
- La « Caisse de Compensation de la Région parisienne ». (Allocations pour Charges de Famille.)
- (Communication faite par M. P. Richemond, membre du Conseil, au Comité de Commerce dans la séance du 4 mars 1920.1
- Le « Groupe des Industriels de la Région parisienne » (1) a mis depuis plusieurs mois à l’étude, la question de l’institution d’un service d’allocations pour charges de famille au profit du personnel ouvrier et employé de la région parisienne. S’il s est trouvé devancé dans la réalisation de cette œuvre sociale par de nombreux groupements de province, c’est qu’il a voulu, d’une part, réunir, dès l’abord et par une patiente mise au point, le maximum des avantages et le minimum des inconvénients révélés par la pratique des organisations existantes; d’autre part, s’éclairer aussi exactement que possible sur l’importance de la lourde charge que les industriels acceptaient ainsi d’assumer.
- Signalons en passant qu’à ce dernier point de vue, le Groupe a été amené à se livrer à une enquête sur la situation de famille des quelque 200 000 employés et ouvriers de ses adhérents. Cette enquête a été faite en novembre 1919. Le nombre des adhérents était alors d’environ 700. L’enquête a donné les attristants résultats suivants :
- 36,9 p. 100 de célibataires, veufs ou divorcés, sans enfants. 63,1 p. 100 de ménages (réguliers ou non).
- 38.4 p. 100 de ces ménages sont sans enfants.
- 33,6 p. 100 — — ont 1 enfant.
- 17.5 p. 100 — — — 2 — '
- 6.4 p. 100 — — — 3 _
- 2.5 p. 100 — — — 4 —
- 1.6 p. 100 — — ont plus de 4 enfants.
- Les principes généraux qui ont présidé à l’organisation arrêtée sont les suivants :
- Avant tout, le Groupe a tenu à placer l’institution dans le cadre de l’organisation régionale et non dans le cadre de l’organisation professionnelle. Si, en effet, les salaires sont fonction des conditions et des difficultés de la production dans chaque profession, comme aussi du degré d'habileté qui y est nécessaire, des allocations, attribuées exclusivement en considération de la situation de famille des employés et ouvriers, doivent être uniformes dans la mesure où les difficultés de la
- (1) Ce groupe a actuellement son siège social, 59, avenue Hoche, Paris (8e). C’est aussi l’adresse de la Caisse de Compensation. Ils seront transférés ultérieurement, à une date encore in iëter-minée, à une autre adresse dans Paris.
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- LES ALLOCATIONS POUR CHARGES DE FAMILLE DANS LA RÉGION PARISIENNE. 237
- vie sont les mêmes et ne doivent, par conséquent, changer que lorsqu’on passe d’une région dans une autre.
- D’autre part, le Groupe s’est attaché à différencier de la façon la plus complète les allocations familiales, du salaire, et cette préoccupation s’est traduite, dans la forme, par la proscription absolue du terme malencontreux de « sursalaire », qu’un usage regrettable tend à généraliser actuellement. Les allocations sont différentes du salaire en ce que :
- Elles sont dues même lorsque l’ouvrier est empêché de travailler par une cause indépendante de sa volonté;
- Leur taux varie avec le nombre des enfants et non avec la qualité du travail fourni ;
- Elles sont incessibles et insaisissables;
- Elles ne figurent pas sur la feuille de paye, mais sont payées directement pour le compte des enfants, à leur mère ou à la personne qui assume le soin de leur entretien.
- Au point de vue de la détermination des bénéficiaires, l’organisation réalisée reflète le souci de conférer au jeune ménage, dans toute la mesure possible, la certitude que l’appoint matériel, qui lui est offert pour l’aider à faire face aux charges acceptées par lui, subsistera aussi longtemps, quoi qu’il arrive, que ces charges elles-mêmes. Cette idée reçoit une application intéressante dans le cas de mort du père ou de la mère chef de famille, cas. dans lequel le versement des allocations continue d’être assuré aux orphelins. A ce point de vue, la Caisse de Compensation constitue un véritable service gratuit d’assurances sur la vie.
- En ce qui concerné, enfin, le cadre juridique adopté, le Groupe s’est arrêté à la forme souple de la constitution d’une association régie par la loi du 1er juillet 1901. Cette association, purement bienfaisante, conserve toute sa liberté d’action et ne prend aucun engagement contractuel envers le personnel de ses adhérents. Ses statuts sont complétés par un règlement précisant les conditions d’attribution des primes et allocations et les conditions du règlement des comptes entre les adhérents et la Caisse.
- La « Caisse de Compensation de la Région parisienne », a été définitivement constituée le 1er mars 1920 et les premières allocations seront payées le 31 mars.
- Nous croyons intéressant de donner ici une brève analyse du règlement dont nous venons de parler.
- Nature des primes et allocations. — Les primes et allocations sont servies pour tous les enfants, légitimes ou non. Elles s’additionnent.
- a) Primes fixes de naissance. — Elles sont de :
- 230 f pour le premier enfant;
- 130 f pour les puînés.
- Ces primes sont remises en deux fois, moitié un mois avant et moitié un mois après l’accouchement, sauf dans le cas de l’enfant mort-né ou mourant dans le mois de la naissance.
- b) Prime d'allaitement au sein. — Elle est de 30 f par mois, pendant dix mois, à l’ouvrière de l’établissement qui justifie nourrir son enfant.
- c) Allocations mensuelles. — Elles sont servies pour les enfants jusqu’à ce qu’ils aient atteint quatorze ans :
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- NOTE DU COMITÉ DE COMMERCE. — MARS-AVRIL 1920.
- 10 f pour le premier enfant ;
- 20 f pour le deuxième;
- 30 f pour chacun des suivants.
- Exceptionnellement, 30 f pour chaque enfant, à la mère veuve ou divorcée, ayant la charge des enfants, ou à la mère dont le mari est dans l’impossibilité de travailler, ou à la personne à la charge de qui sont les orphelins.
- Attributaires des primes et allocations. — Les employés et employées (à l’exception des administrateurs délégués et directeurs généraux), les ouvriers et ouvrières de l’établissement ayant au moins un mois de présence à la date du dernier jour du mois et qui ont réellement à leur charge les enfants bénéficiaires, légitimes ou non, ou qui ont assumé la charge de petits-enfants, de frères ou de sœurs, orphelins ou abandonnés.
- Les étrangers ne sont pas admis au bénéfice des allocations.
- Conditions de présence. — Les primes de naissance et les allocations mensuelles ne sont assurées qu’à ceux qui travaillent depuis un an au moins dans la Région parisienne (Ville de Paris, petite et grande banlieue, localités des départements voisins situées à 60 km au maximum des fortifications). Exception est faite pour les démobilisés ou libérés du service militaire depuis moins d’un an.
- Les primes d’allaitement sont versées en tout temps et sans conditions de présence.
- Conditions de régularité du travail — Les allocations sont versées à condition que l’employé ou l’ouvrier remplisse les engagements généraux de son contrat de travail. Elles continuent d’être versées s’il se trouve obligé de s’absenter pour une cause indépendante de sa volonté (maladie, arrêt de courant, rupture de machine, etc.).
- A qui et comment doivent être adressées les primes et allocations. — Elles sont payées à la mère de famille, autant que possible par mandat-carte. A défaut de la mère de famille, elles sont versées à la personne qui assume l’entretien des enfants.
- Cas du père et de la mère travaillant tous deux dans des établissements adhérents à la Caisse. — Les primes et allocations sont versées par l’établissement où travaille la mère.
- Quand cessent les allocations. — a) Quand l’enfant cesse d’être à la charge des parents :
- 1° A l’âge de quatorze ans ;
- 2° Par décès.
- b) Quand la mère veuve se remarie (à la décision de la Commission de Gestion de la Caisse);
- c) Quand des rentes égales ou supérieures au montant des allocations sont constituées après décès par accident du père ou de la mère;
- d) Quand il y a rupture du contrat de travail.
- Cas du décès ou de Vincapacité totale de travailler du père de famille, ouvrier de Vétablissement. — Les allocations sont maintenues au profit des orphelins.
- Cas du décès ou de l'incapacité totale de travailler de la mère de famille, ouvrière de l'établissement, ou veuve ou divorcée, ayant la charge des enfants, ou dont le mari est dans l'impossibilité de travailler. — Les allocations sont maintenues au profit des orphelins.
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- LES ALLOCATIONS POUR CHARGES DE FAMILLE DANS LA RÉGION PARISIENNE. 239
- Feuilles de déclaration. — Le modèle en est fourni par la Caisse de Compensation.
- Elles sont signées par les attributaires qui s’engagent à faire connaître, le cas échéant, la circonstance que leur conjoint travaille dans un autre établissement adhérent.
- Elles doivent être constamment tenues à la disposition des services de la Caisse aux fins d’enquête.
- Un duplicatum doit être remis à l’attributaire lors de son départ, avec mention des derniers versements à lui faits.
- Pièces justificatives a produire. — Production du livret de famille, ou d’extraits d’acte de naissance avec certificat de vie des enfants, pour justification de la situation de famille;
- Production d’extraits d’actes de l’État civil ou de certificats médicaux pour les naissances ou décès ; *
- Production de la preuve de la reconnaissance légale, par l’ouvrier invoquant des charges de paternité naturelle;
- Production d’extraits d’acte de naissance constatant que le père est inconnu, par l’ouvrière invoquant des charges de maternité naturelle;
- Production de certificats médicaux par les attributaires réclamant la prime d’allaitement ou le bénéfice des allocations à un taux majoré;
- Justification, aux fins d’enquête par l’établissement, dans le cas où des grands-parents, frères ou sœurs invoquent des charges de famille.
- Sanctions. — En cas de versement indû, le service des primes et allocations est suspendu pendant le temps nécessaire à récupérer les sommes indûment versées et pendant six mois en plus; en cas de récidive, tous paiements quelconques sont définitivement supprimés.
- Feuilles de paye. — Les primes et allocations ne doivent pas figurer sur la feuille de paye. Elles donnent lieu à un compte spécial, arrêté une fois par mois, le dernier jour du mois. Elles sont payées au nom de la Caisse.
- Paiement exceptionnel des allocations directement par la caisse. — Ce paiement doit être fait sur la demande de l’établissement où était employé l’attributaire décédé. Il est obligatoire si le chef d’établissement se retire des affaires, tombe en faillite ou décède pendant la période au cours de laquelle les allocations restent dues.
- Saisies sur les primes et allocations. — Aucune saisie ou retenue ne peut être opérée sur elles.
- Contestations. — Toutes difficultés ou contestations sont tranchées sans recours par la Commission de Gestion.
- Règlement des comptes entre les adhérents et la caisse. — Il s’agit de compenser les inégalités qui pourront se présenter entre les divers adhérents, à raison des différences existant dans la situation de famille de leur personnel, et par suite, à raison des charges inégales qu’entraîneraient pour eux ces différences.
- Trimestriellement, la Caisse totalise les sommes payées comme salaires et les allocations payées par ses adhérents ; le rapport de ces deux totaux donne, en pourcentage des salaires payés, le montant de la cotisation à payer par chaque
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- NOTE DU COMITE DE COMMERCE.
- MARS-AVRIL 1920.
- adhérent. Celui-ci est débiteur de ses cotisations et créancier des allocations qu’il a versées pour le compte de la Caisse; trimestriellement, on règle les comptes par compensation des débits et crédits.
- * *
- A titre documentaire il convient d’indiquer que le nombre chaque jour croissant des adhérents à la Caisse (actuellement, près de 1 000), fait envisager, que leurs cotisations porteront sur les salaires d’un minimum de 200 000 employés et ouvriers. Le salaire moyen dans la Région parisienne étant d’environ 6 000 f par an, la cotisation totale portera sur 1 200 millions de salaires environ et les allocations distribuées bénévolement, par les patrons parisiens de ces 200 000 employés ou ouvriers, se chiffreront à environ 30 à 33 millions par an, ce qui représente une cotisation de 2,30 à 3 p. 100 des salaires payés. On se propose de reviser le montant de la cotisation tous les 3 mois, et de constituer un fonds de réserve destiné à tenir compte des ouvriers décédés. Les frais d’administration de la Caisse de Compensation ne paraissent pas devoir dépasser 0,03 p. 100 des salaires, soit 1 p. 100 des primes et allocations versées.
- Pierre Richemond.
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- COMMISSION PERMANENTE DE STANDARDISATION
- Unifications adoptées le 23 décembre 1919.
- Dans sa séance du 23 décembre 1919, la Commission permanente de Standardisation (Ministère du Commerce, de l’Industrie, des Postes et Télégraphes, 66, rue de Bellechasse, Paris, 7e) a adopté des unifications et des types unifiés (1). Ils font l’objet des fascicules suivants (2).
- Nombre Indice
- de pages. du fascicule
- Conditions générales applicables aux marchés de fourni-
- tures de liants hydrauliques.................................24 B,
- Unification des cahiers des charges des matériaux de construction autres que les produits métallurgiques :
- Briques en terre cuite et briques silico-caleaires. 3 B, — I
- — Tuiles mécaniques................................... 2 B2— 2.'
- — Pierres de taille...................................- 3 B3
- — des verres à vitres................................. 4 . B4 — 1
- des verres de lampes de mines...................... 2 Bt •—2.
- Vocabulaire électrotechnique. ............................30 C —1
- Spécification d’un cuivre-type recuit .................... 3 "C —3
- Règles françaises d’unification du matériel électrique :
- Machines électriques, matériel de traction excepté. 16 C —4
- — Conditions techniques de la distribution et de la transmission de l’énergie électrique (services de .
- traction exceptés).......................... 2 C —5-
- — Câbles armés isolés au papier imprégné......... 4 C —7
- Unification des centres pour travaux entre pointes . ... 3 E, — 1
- — des clavetages ............... 4 E2 — 2
- — des emmanchements coniques démontables. .3 E, — 3
- — des cadrans indiquant les déplacements des
- chariots et organes divers de machines-outils......... 2 E2 — 4
- Unification du sens de manœuvres d’embrayage, d’avance
- et de réglage, etc., des maclfrnes-outils............. 4 E2 — 8
- Unification de la partie des chariots de tours et machines
- diverses recevant les outils.......................... 3 E2 — O
- Unification des arbres porte-fraises et accessoires pour
- fraises à trou cylindrique........................... 3 E2 — 10
- Unification des profilés..............................12 F,—1
- (1) Leur liste a été publiée au Journal officiel du 23 décembre 1919.
- (2) Ces fascicules sont en vente à l’Imprimerie nationale, 87, rue Vieille-du-Temple, Paris (3®> Ils peuvent être consultés à la Bibliothèque de la Société d’Encouragement.
- Tome 132. — 1er semestre. — Mars-Avril 1920. 25
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- COMPTES RENDUS
- DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- CONSEIL D’ADMINISTRATION
- SÉANCE PUBLIQUE
- DU 7 FÉVRIER 1920
- Présidence du général Bailloud, Président de la Ligue aéronautique de France.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Sont présentés pour devenir membres de la Société et admis séance tenante :
- M. Hexrys (Paul-Prosper), général de divison, chef de la mission militaire française à Varsovie (Pologne), présenté par MM. Dybowski, Guillet et Lindet;
- Le Service français des mines de la Sarre, à Sarrebrück (territoire de la Sarre), présenté par MM. Bâclé et Sauvage;
- M. Fayol (Henri), Ingénieur civil des Mines, 49, rue de Bellechasse, Paris (7e), présenté par M. Lindet;
- M. Yanuxem (Paul-Charles-Henri), Ingénieur des Manufactures de l’État, chef du Service commercial de la Société de Commentry, Fourchambault et Decazeville (Centre d’études d’administration industrielle et générale), 118, rue du Cherche-Midi, Paris (6e), présenté par MM. Lindet et Arnould;
- La Compagnie pour la farrication des compteurs et matériel d'usines a gaz, 16 et 18, boulevard de Vaugirard, Paris (15e), présentée par M. Brocq ;
- La Bibliothèque de l’Université de Dijon, 38, rue Cbabot-Charny, Dijon (Côte-d’Or), présentée par M. Bouchard et la Société des Biscuits Pernot;
- M. P oizat (Ernest), banquier, 8, rue de la Bienfaisance, Paris (8e), présenté par M. P. Toulon (membre à vie) ;
- M. Suss (Nathan), Ingénieur des Arts et Manufactures, ingénieur-conseil de la Compagnie des Chemins de fer de Madrid à Saragosse et à Alicante, 112, boulevard de Courceîles, Paris (17e), présenté par M. P. Toulon;
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — SÉANCE PUBLIQUE DU 7 FÉVRIER 1920. 243
- M. Vaury (André), 104, avenue d’Orléans, Paris (14e), présenté par MM. Lindet et Nottin;
- M. Koeciilin (Isaac), Ingénieur E. C. P., administrateur-délégué de la Société des Automobiles et Cycles Peugeot, 80, rue Danton, Levallois-Perret (Seine), présenté par MM. Richemond et Guillery;
- M. Legrand (Alexandre), industriel (textiles), 135, rue Blomet. Paris (15e), présenté par MM. Prud’homme et Lemaire;
- Le comte Christian de Saint-Seine, ancien officier de marine, administrateur de la Compagnie des Forges de Châtillon, Commentry et Neuves-Maisons, 1, avenue Émile-Deschanel, Paris (12e), présenté par le comte Biver;
- Le comte Elphège Frémy, 11 bis, rue Casimir-Périer, Paris (7e), présenté par MM. Lindet et Lemaire;
- Le Laboratoire Kuhlmann, 32, rue Kléber, Levallois-Perret (Seine), présenté par les Etablissements Kuhlmann (Société anonyme des Manufactures de Produits chimiques du Nord).
- M. Lindet, président de la Société. — Nos collègues apprendront avec regret la mort du comte Frémy qui était, depuis trente ans, administrateur, puis vice-président du Conseil de la Société des Mines de Roche-la-Morlière et Firminy, et administrateur de la Compagnie de Saint-Gobain. Dans l’une et dans l’autre de ces sociétés, il consacra une partie de son activité à étudier et à réaliser nombre d’améliorations sociales dont les familles de ses ouvriers ont profité largement.
- Nous adressons à la comtesse Frémy et au comte Elphège Frémy, notre nouveau collègue, l’expression de nos condoléances.
- M. Lindet, président de la Société, annonce que notre distingué avocat-conseil-et collègue du Conseil, M. Lavollée, a été décoré de la Légion d’honneur et que le général Duval, notre dévoué collaborateur au Comité du Retour aux Études techniques, a été nommé sous-chef d’État-Major du ministre de la Guerre.
- M. Lindet, président de la Société, souhaite la bienvenue au général Bailloud, président de la Ligue aéronautique de France.
- La double personnalité du général Bailloud nous a engagé à lui demander de présider cette conférence. L’aviation militaire a fait, au cours de la guerre, d’immenses progrès, dont notre collègue du Conseil, le lieutenant-colonel Renard, va nous entretenir, et, tandis que l’aviation civile en a largement profité, les services de guerre, en revanche, attendent de celle-ci de préparer, avec les avions commerciaux, postaux et touristiques, les escadrilles qui sauraient, en cas d’attaque, défendre nos frontières. Le général Bailloud, qui
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- MARS-AVRIL 1920.
- au cours de ses campagnes en France, où il commanda le 20e corps, en Algérie, en Egypte, en Syrie, aux Dardanelles, n’a cessé de se préoccuper de la question aéronautique militaire, est aujourd’hui président de la Ligue aéronautique de France, qui a réuni les différentes sociétés de sport aérien. Nul n’est donc plus compétent pour occuper ce fauteuil et je le remercie au nom de mes collègues.
- Le général Bailloud. — Malgré les immenses progrès qu’elle a réalisés pendant la guerre, l’aviation reste encore un moyen de locomotion trop coûteux pour qu’on puisse songer à entretenir en temps de paix la flotte militaire aérienne qui nous serait nécessaire en temps de guerre. Et cependant, ses progrès récents sont un gage de ses progrès futurs. Il convient donc d’encourager sous toutes leurs formes les applications pacifiques de l’aviation, et cela, pour nous permettre, en cas de nouveau conflit, de disposer d'un personnel naviguant nombreux et entraîné et d’un matériel perfectionné, facilement transformable en engins répondant aux besoins de la guerre. Mais les applications pacifiques de l’aviation sont peu nombreuses, à cause du prix élevé de ce mode de locomotion; toutes les entreprises aéronautiques privées paraissent devoir rencontrer de grandes difficultés pour pouvoir vivre. Raison de plus pour que chacun leur vienne en aide par tous les moyens dont il dispose.
- Le lieutenant-colonel Renard, fait une communication sur Lï évolution de Vaéronautique pendant Ici guerre.
- La guerre, en posant des problèmes nouveaux qu’il a fallu résoudre vite et par tous les moyens, a permis à l’aéronautique de faire des progrès considérables.
- En aérostation, le ballon captif, non sphérique, inspiré des ballons-dracben allemands, a rendu de très grands services.
- Le type conçu par le commandant Caquot s’est révélé très supérieur à celui de nos ennemis qui, d’ailleurs, l’ont copié : il peut monter beaucoup plus haut en exerçant une traction moindre sur le câble d’attache et rester en l’air pendant plusieurs journées successives. Jusqu’à 300 de ces ballons ont été simultanément en ascension sur notre front et nous en avons construit 2 000 pendant la guerre.
- Les dirigeables ont renoncé au champ de bataille en 1916, mais la Marine les a utilisés comme patrouilleurs, escorteurs de convois ou chercheurs de mines. Un seul de ces appareils a découvert dix-huit mines sous-marines. Nous n’avons employé que des ballons souples (2 000 vedettes et 2 000 autres), mais, en novembre 1918, douze grands rigides allaient entrer en service. Il est reconnu aujourd’hui que le type souple est préférable pour les petites dimensions, jusqu'à 10 000 m3, et le type rigide pour les grandes dimensions, au delà de 80 000 m3. On en construit de 100000 m3.
- Le dirigeable a un champ d’action différent de l’avion : le R-34 anglais a pu parcourir 11000 km sans avaries et traverser l’Atlantique dans les deux sens.
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — SÉANCE PUBLIQUE DU 14 FÉVRIER 1920. 245
- Les avions ont vu croître leur rendement, leurs dimensions et leur puissance; l’acrobatie, dont l’utilité était encore contestée en 1914, est indispensable. Les avions se sont différenciés très vite pour aboutir à trois types : l’avion de chasse, à grande vitesse, à plafond élevé, à petit rayon d’action ; l’avion de reconnaissance, à £rand rayon d’action, à plafond élevé; l’avion de bombardement, qui doit avoir un grand poids utile, peut être à plafond bas s’il opère de nuit, mais doit être à plafond haut s’il opère le jour.
- Des avions de bombardement de jour allaient être mis en service, lors de la signature de l’armistice.
- La hauteur de plafond est désirable presque toujours. Elle est limitée parce que la puissance nécessaire pour monter croît avec l’altitude, alors que la puissance du moteur diminue par suite de la raréfaction de l’air.
- La compression de l’air, réalisée presque gratuitement par M. Rateau, en utilisant l’énergie des gaz d’échappement, permettra d’atteindre des plafonds très hauts en conservant au moteur une puissance constante.
- La France a construit 50 000 avions avec 9o 000 moteurs pendant la guerre, dont 25000 avec 40 000 moteurs en 1918.
- Notre aviation a jeté sur l’ennemi pendant toute l'année 1917, 642 t d’explosifs; elle en jetait plus de 1 000 t par nuit en novembre 1918.
- Le poids maximum des avions, qui était de 2 400 kg en 1915, a atteint 16 000 kg en 1918; actuellement, les plus petits pèsent 780 kg.
- Le poids enlevé qui était les 27/100 du poids de l’appareil en 1908, a atteint les 59/100 en- 1918. La puissance des moteurs est passée de 30 chevaux (appareil Wright) à 1800 chevaux. La vitesse maxima au sol est passée de 60 km à l’heure en 1908, à 120 km en 1913, 225 km en 1917, 242 km en 1918.
- La séance est levée à 18 h 45 m.
- SÉANCE PUBLIQUE
- DU 14 FÉVRIER 1920 Présidence de M. Lindet, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Sont présentés pour devenir membres de la Société et admis séance tenante :
- M. Boitet (Marcel), docteur en droit, assureur, 41, rue Madame, Paris (6e), présenté par M. Toulon;
- La Compagnie générale de Constructions navales, 11, rue d’Argenson, Paris (8e), présentée par M. Ferrand et la Compagnie électro-mécanique.
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- COMPTES RENDUS DES SEANCES.
- MARS-AVRIL 1920.
- Lecture est donnée de :
- Un rapport, présenté par M. James Dantzer, au nom du Comité des Arts mécaniques, sur L1 utilisation et Vextraction des fibres textiles contenues dans Vécorce des branches du mûrier séricicole, suivant les procédés de M. Pol Paxion (voir p. 14, du Bulletin de janvier-février 1920).
- Un rapport, présenté par M. Dabat, au nom du Comité d’Agriculture, sur la Mission forestière coloniale du commandant Bertin (voir p. 17, du Bulletin de janvier-février 1920).
- Un rapport, présenté par M. Dabat, au nom du Comité d’Agriculture, sur la collaboration de MM. Vignerot et Maitrot dans la publication des modèles-types de construction agricoles, du Ministère de l’Agriculture (voir p. 21, du Bulletin de janvier-février 1920).
- Le lieutenant-colonel Renard présente un rapport, au nom du Comité des Arts économiques, sur l’étude de M. Martial Entât relative à Y Emploi des rayons ultra-violets pour constater la désagrégation des tissus sous Vinfluence de la lumière (voir p. 153, du présent Bulletin (1).
- Ces quatre rapports sont approuvés.
- M. le Président remercie, au nom de la Société, nos collègues M. Dantzer, M. Dabat et le lieutenant-colonel Renard des rapports qu’ils viennent de lire et qui seront insérés dans le Bulletin.
- Il fait remarquer que les lectures de rapports qui précèdent et que l’exposé qui va être fait par M. Alfred Le Chatelier de ses recherches sur certaines pâtes plastiques, fabriquées dans son laboratoire, constituent la reprise d’un usage, que les nécessités nous avaient forcé quelque peu à négliger pendant la guerre, à savoir, de demander aux chercheurs de venir, le cas échéant, en séance publique, présenter leurs inventions.
- M. Lindet, président, adresse les félicitations de la Société à notre collègue du Conseil, M. Dantzer, récemment promu Chevalier de la Légion d’honneur.
- M. Alfred Le Chatelier fait une communication sur les Pâtes plastiques souples et rigides, de la Société de Recherches « Cellulose et Papiers ».
- La Société « Cellulose et Papiers » a été fondée en 1916 dans le but de rechercher les moyens de fabriquer des pâtes à papier avec des matières originaires de la métropole ou de nos colonies africaines et asiatiques. Son but a été atteint. Au cours de ses recherches, elle a été amenée à imaginer un produit, insoluble et imperméable, destiné à enduire le carton, préparé avec des sous-produits de la fabrication des pâtes, lorsque ce carton devait être exposé aux intempéries.
- (1) Le mémoire de M. Entât est donné in extenso à la page 166 du présent Bulletin.
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — SÉANCE PUBLIQUE DU 14 FÉVRIER 1920. 247
- Ce produit, qui a reçu le nom de collerine, est composé de gélatine et de plusieurs corps gras employés en proportions variables; il fond à la chaleur comme la colle de menuisier et s’emploie de la même façon.
- Mélangé en proportions convenables, selon la destination, à des corps pulvérulents très différents : argile, sable, plâtre, craie, colcothar, sciure de bois ou de liège, poudre d’os, hydro-cellulose, il fournit des pâtes qui peuvent se travailler comme les pâtes céramiques et recevoir des applications identiques. Les objets ainsi obtenus ont les aspects les plus divers : celui de la terre cuite, du bois, de la pierre, du cuir, de la cire.
- Ils peuvent être colorés dans la masse, peints ou dorés. Us peuvent être insolu-bilisés dans la masse ou à leur surface, et recevoir une patine. Ils paraissent devoir être employés dans la décoration intérieure et extérieure des édifices, en statuaire, à la confection de médailles, de cadres pour tableaux, de clichés pour l’impression et le contre-clichage, à la fabrication d’une sorte de linoléum.
- Les objets ne sont pas fragiles : leur consistance varie d’une dureté assez grande à une souplesse comparable à celle du cuir. Enfin, certaines pâtes se prêtent au laminage.
- Le prix de revient des objets coulés est de 3,50 f le kilogramme.
- M. le Président. — Je ne sais ce qu’il convient le plus d’admirer des résultats obtenus par M. Alfred Le Chatelier ou de l’initiative qu’il a prise en abordant semblable fabrication, et en faisant des phénomènes qu’il mettait en jeu, une étude méthodique, à laquelle ses travaux sur les langues musulmanes ne semblaient pas le préparer ; c’est que, frère de notre ancien président, il est le fils du grand métallurgiste, Louis Le Chatelier, et, à ce titre, prisonnier de son atavisme. Les travaux qu’il vient de nous exposer lui permettent de fournir aux architectes et aux décorateurs, les reproductions de nos grands statuaires d’autrefois, de solliciter les efforts des artistes d’aujourd’hui; il imite, à bon compte, la céramique, le bois, la pierre, la cire; il couvre nos toits et nos planchers, et peut-être un jour fournira-t-il les rouleaux et les planches à imprimer les étoffes ou le papier.
- Au nom de la Société, je félicite M. Alfred Le Chatelier de ses études et de son invention.
- La séance est levée à 18 h 15 m.
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- SÉANCE PUBLIQUE
- DU 28 FÉVRIER 1920 Présidence de M. L. Lindet, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Sont présentés pour devenir membres de la Société et admis séance tenante :
- M. Sestier (Marius), pharmacien, 9, Cours de la Liberté, Lyon (Rhône), présenté par M. Fougère;
- M. D ujardin (Marcel), industriel, 232, rue Nationale, Lille (Nord), présenté par M. André Dujardin;
- M. Maufroid (Désiré), administrateur-délégué et directeur de la Société anonyme « La Céramique moderne », à Rebaix-lez-Ath (Belgique), présenté par M. Lemaire ;
- L’Institut polytechnique de l’Ouest, 3, rue Saint-Clément, Nantes (Loire-Inférieure), présenté par MM. Lindet et Lemaire.
- Le lieutenant-colonel J. Tilho fait une communication sur son Voyage île Vembouchure du Congo à celle du Nil, par le Tchad et sur la Mise en valeur du Soudan par un transcontinental franco-britannique.
- La partie riche de notre empire noir africain est le Soudan. On y trouve la presque totalité des matières premières qui nous font tant défaut en ce moment et que nous achetons si cher à l’étranger par suite de la baisse du franc. Ce sont : le coton, les oléagineux (l’arachide notamment), les bois communs pour la construction et la pâte à papier, le caoutchouc, le tabac, le cacao, les fruits de table et les légumes — indigènes ou de la métropole — la canne à sucre, les bovins.
- Le Soudan forme une bande parallèle à l’équateur de 800 à 900 km de largeur, s’étendant du Sénégal à la mer Rouge sur 7 000 km de longueur et presque inabordable sauf à ses deux extrémités, car il est bordé au nord par le désert du Sahara et au sud par ce que le conférencier appelle le « désert végétal ». Sur la côte de Guinée s’étend, en effet, une bande de 50 à 80 km de profondeur, couverte par la forêt tropicale et où la végétation est si intense que la vie animale y est impossible. C’est là le foyer de la maladie du sommeil. Aussi, les indigènes, d’ailleurs peu nombreux, ne pouvant y élever d’animaux domestiques et se nourrissant mal, y sont-ils indolents.
- Le Soudan, au contraire, se prête à l’élevage (5 à 7 millions de bovins, autant de caprins et d’ovins) et à la culture. Les habitants y sont assez nombreux (50 millions environ), laborieux, énergiques et intelligents. C’est cette population qui nous a fourni la totalité des tirailleurs dits sénégalais qui ont pris part à la Grande Guerre, et qui, sous la conduite de quelques chefs blancs, nous ont conquis notre empire colonial soudanais. Ces noirs sont cultivateurs ; ils deviennent facilement de bons ouvriers et en particulier d’excellents mécaniciens.
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION.. — SÉANCE PUBLIQUE DU 28 FÉVRIER 1920. 249
- Pour exploiter les richesses du Soudan, on ne peut compter que sur la main-d’œuvre locale : il faut pouvoir la transporter facilement, car le noir tient à semer et à récolter lui-même son mil. La navigation sur le Niger est difficile et longue; elle n’est possible que pendant une fraction assez courte de l’année. Les voies ferrées actuelles, d’ailleurs peu nombreuses, ne sont que des'lignes de pénétration, partant de la côte, et qui ont rarement dépassé le désert végétal; leur rayon d’action n’est que de 50 à 100 km. Le lieutenant-colonel Tilho propose la construction d’un chemin de fer transoudanais, suivant à peu près le 13e parallèle, de Dakar à Port-Soudan, par Bamakou, Ouagadougou, Say et Fort-Lamy. Cette grande artère à laquelle aboutiraient les lignes de pénétration serait à la fois un collecteur de marchandises et d’énergie humaine, permettant de transporter facilement les travailleurs. Le pays est entièrement pacifié; il est sain et sûr; la construction ne présente aucune grande difficulté technique.
- Le conférencier pense que c’est aux industriels français, si gênés actuellement dans leurs approvisionnements, qu’incombe la tâche de formuler un programme de réalisation. Il le voit dans la création : de grandes compagnies coloniales, chargées de la production; de grandes compagnies de chemins de fer et de navigation, toutes solidaires dans leurs intérêts, car, isolés, leurs efforts seraient stériles.
- Le conférencier fait ensuite un exposé de sa mission au Borkou, au Tibesti et au Darfour (1912-1917).
- M. le Président. — Le lieutenant-colonel Tilho s’est demandé, au début de sa conférence, si les récits de l’explorateur n’auraient pas été mieux écoulés à la Société de Géographie; votre attention lui a montré que ses appréhensions n’étaient pas justifiées. C’est que l’explorateur-soldat, que nous avons vu traverser, au milieu des pires embûches, ces âpres contrées étendues du Tchad au Nil, est doublé d’un philosophe qui n’a cessé de penser à la patrie lointaine et qui lui apporte aujourd’hui un projet grandiose, susceptible d’assurer son développement colonial.
- Là, nous nous retrouvons sur notre terrain familier ; M. Roume, M. Dy-wobski nous ont déjà montré les ressources agricoles de notre Afrique noire, tandis que M. Augustin Bernard, M. You, M. Brenier, nous signalaient celles du Maroc, de Madagascar et de l’Indo-Chine. M. G. Hardy, aujourd’hui chargé de diriger l’enseignement au Maroc, nous a aussi signalé comment a été organisée, par un enseignement approprié, la conquête morale des populations de l’Afrique occidentale française. Nous connaissons le coton d’Afrique par M. Bourdârie, les bois d’Afrique par M. Boutteville et par le commandant Bertin, et nous savons que la voie ferrée, collectrice d’énergie, comme vous le dites, nous assurera une seconde fois la conquête de notre empire colonial africain. Nous emportons de votre belle conférence cette impression qu’il ne suffît pas de voir de ses yeux, pour me servir de votre expression; il faut, comme vous l’avez fait, vouloir de sa volonté.
- La séance est levée à 18 h 45 m.
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- SÉANCE PUBLIQUE
- DU 13 MARS 192 0
- Présidence du général Sebert, membre de iInstitut.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Sont présentés pour devenir membre de la Société et admis séance tenante :
- M. Quinouet (Alfred), constructeur, à Leforest (Pas-de-Calais), présenté par MM. Lindet et Lemaire ;
- M. Bourgarel (Paul), professeur au lycée Saint-Louis, 44, boulevard Saint-Michel, présenté par M. Garçon ;
- L’Ingénieur en chef des Travaux publics du Cambodge, Phnôm-Penh (Cambodge), présenté par M. Lemaire.
- M. Lindet, président de la Société, adresse les félicitations de la Société et ses félicitations personnelles à M. Mesxager, membre de notre Comité des Constructions et Beaux-Arts au sujet de sa nomination à l’Académie des Sciences dans la Section de Mécanique.
- Il annonce que le Conseil a nommé membre correspondant du Comité d’Agriculture, M. Ciiervin, sous-directeur de l’Agriculture de l’Algérie, administrateur du Jardin d’Essai du Hamma et Stations annexes, à Alger.
- M. Lindet, président de la Société, remercie M. le général Sebert d’avoir accepté la présidence d’une séance au cours de laquelle le professeur Richet, son confrère à l’Académie des Sciences, compte nous entretenir d’une œuvre dont il a été un des premiers propagandistes. La documentation bibliographique décimale, à l’organisation de laquelle il a consacré une partie de son activité, n’est qu’une des phases de la langue universelle; car il est impossible de cataloguer par ordre alphabétique des documents dont l’objet n’est pas exprimé par un même mot dans toutes les langues; la traduction décimale convient donc au premier chef; mais elle peut être complétée par la traduction espérantiste.
- M. le Général Sebert, président, prononce l’allocution suivante :
- La question de l’adoption d’une langue internationale auxiliaire, pour faciliter l’intercompréhension entre les. hommes, de nationalités différentes, est plus que jamais d’actualité, car on en parle même, en ce moment, à propos du projet de constitution d’une Société des Nations.
- Déjà avant la guerre, cette question se trouvait mise à l’ordre du jour, car elle se
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- reliait étroitement à celle du développement prodigieux qu’ont pris, dans ces dernières années, les moyensdecommunication rapide, entre tous les peuples delà terre.
- Les voitures automobiles, les ballons dirigeables et les aéroplanes pouvaient déjà permettre, en effet, à des hommes de tous les pays, de pénétrer à l’improviste dans les régions les plus reculées de l’univers. Ces intrus devaient pouvoir s’y faire comprendre et ils avaient besoin, pour cela, d’un moyen d’intercommunication général entre tous les hommes et ce moyen ne peut être que la langue auxiliaire internationale.
- La langue Espéranto, créée il y a plus de trente ans, par un petit groupe d’hommes de bonne volonté, sous la direction d’un Polonais, le docteur Zamenhof, de Varsovie, après l’insuccès du volapuk, et en tenant compte des défauts de ce dernier, en s’infiltrant dans le monde entier, avait prouvé qu’elle donnait la solution du problème. Les congrès que ses adeptes avaient tenus successivement, chaque année, dans les différents pays du monde, en France, en Suisse, en Angleterre, en Allemagne, en Belgique, en Espagne, en Autriche et jusqu’en Amérique, avaient entraîné la conviction chez tous ceux qui avaient consenti à en suivre l'évolution rapide.
- Le dixième Congrès, qui devait s’ouvrir à Paris, le 2 août 1914, devait être le couronnement de l’œuvre du docteur Zamenhof, et un important comité de patronage s’était formé pour recevoir, avec éclat, les 4 000 congressistes venant de-tous les pays du monde, et qui étaient inscrits déjà pour y prendre part.
- Des notabilités politiques, des membres de l’Institut et des administrations publiques, d’autres notoriétés scientifiques et littéraires faisaient, en grand nombre, partie de ce comité de patronage.
- La déclaration de guerre survenant* comme un coup de foudre dans un ciel serein, et dispersant les congressistes en route ou déjà arrivés à Paris, puis les hostilités, qui ont suspendu pendant cinq ans la vie normale du monde entier, ont arrêté momentanément les progrès du mouvement espérantiste, du moins dans certains pays.
- Cependant les événements qui se sont passés pendant cette guerre même, n’ont fait qu’augmenter le besoin d’une langue internationale.
- Les rencontres d’hommes, parlant d’autres langues que la leur, que les belligérants ont faites en maintes circonstances, leur ont montré, à tous, de quelle utilité leur serait une pareille langue.
- Un grand nombre d’entre eux ont été témoins des services qu’a rendus déjà, dans ces circonstances, l'emploi de l’esperanto, dont ils ont trouvé des adeptes dans tous les rangs des belligérants.
- Ils savent que, dans les camps de prisonniers comme dans les lieux de concentration des déportés ou des exilés, les espérantistes de divers pays qui s’y sont rencontrés, ont pu organiser des réunions ou des cours d’esperanto qui leur ont servi à soutenir leur moral.
- Ils ont pu constater aussi que, par l’intermédiaire des pays neutres, les espérantistes, séparés de leurs familles, ont pu recevoir de leurs nouvelles, et communiquer avec leurs parents, déportés ou retenus dans les pays envahis par l’ennemi.
- Les espérantistes français mobilisés ont su ainsi, que dans les pays autres que la France et la Belgique et qui n’avaient pas été envahis par l’ennemi, les groupements espérantistes ont continué à fonctionner pendant la guerre; aussi, à leur retour
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- dans leurs foyers, ils se sont empressés de réorganiser leurs groupements et le mouvement espérantiste reprend toute son activité en France, alors que certaines personnes le croyaient prêt à disparaître.
- On est donc amené à tenir compte de cette situation et à envisager sérieusement les services que peut rendre l’emploi de l’esperanto. On a même été conduit à admettre qu’elle pourrait servir pour aider à donnera la Société des Nations, dont on projette la création, les bases démocratiques qui lui sont nécessaires.
- En effet, à côté de la langue officielle de cette Société, qui ne pourra être que le français, mais qui ne serait pas immédiatement comprise dans tous les pays, il serait nécessaire, pour faire l’éducation des peuples qui doivent faire partie de la Société des Nations, de juxtaposer à cette langue officielle une langue auxiliaire permettant défaire la traduction, en toutes langues, des documents authentiques de la Société, et il se trouve que l’esperanto satisfait à ces conditions.
- Aussi, les représentants de presque tous les pays délégués à la Conférence de la Paix ont-ils été invités par leurs nationaux, à transmettre au Comité exécutif de la Société des Nations, la demande de l’adoption de la langue internationale auxiliaire espéranto, à juxtaposer à la langue officielle qui serait adoptée.
- Certains esprits vont même jusqu’à admettre que cette langue pourrait être aussi une des meilleures garanties de la paix pour l’avenir car, en présence des dangers que court encore la paix du monde, par suite de l’incertitude qui règne, ainsi que l’a fait ressortir dernièrement un article sensationnel du journal Excelsior, sur l’efficacité des mesures, militaires ou autres, destinées à parer, à l’avenir, à des dangers d’agressions imprévues, on en est réduit à penser que, seule, l’éducation populaire, que peut contribuer à répandre la langue internationale Espéranto, pourrait s’opposer à ces redoutables éventualités.
- Nous sommes à un tournant de l’histoire, il nous faut recourir à des moyens nouveaux pour rétablir la paix sur des bases solides et nous ne devons négliger aucun de ceux qui peuvent y être employés.
- La langue Espéranto est de ce nombre, et ce n’est pas seulement au point de vue politique que son adoption intéresse l’humanité : l’emploi d’une langue seconde, commune, peut rendre aussi de grands services pour le développement du commerce, de l’industrie et des sciences.
- C’est à ces points de vue que la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale se doit de l’étudier et nous sommes reconnaissants à M. le professeur Richet d'avoir accepté de venir nous présenter aujourd’hui, dans cette conférence, un exposé de cette question complexe.
- M. le Président Lindet, qui sait que je suis un des- partisans convaincus de l’utilité de l’adoption de la langue Espéranto, qui donne une heureuse solution du problème de l’intercompréhension entre les hommes de tous les pays, a cru devoir me demander de présider cette séance.
- J’ai accepté, avec plaisir, cette mission, car elle me permet de remplir, envers M. le professeur Richet, un devoir agréable, en le remerciant de l'appui qu’il apporte à notre Société et en appelant l’attention sur la valeur des déclarations qu’il pourra nous présenter.
- Son immense bagage scientifique, sa merveilleuse lucidité dans tous les sujets qu’il a traités dans le passé, sont la meilleure garantie de la justesse de ses idées dans le présent et dans l’avenir.
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- On rencontrerait difficilement un autre homme dont l’activité et l’intelligence se soient exercées dans des branches aussi diverses.
- Il ne me permettrait pas, par modestie, d’énumérer devant vous tous ses travaux et d’en faire valoir les mérites.
- J’espère que, cependant, il me laissera rappeler dans cette enceinte qu’il a été parmi les plus actifs et les plus généreux précurseurs de l’aviation moderne et, qu’après avoir, dès 1890, participé aux expériences si remarquables de l’inventeur Tatin, il présida plus tard aux premiers essais de son jeune élève, l’ingénieur Louis Bréguet qui, depuis, est devenu un de nos constructeurs les plus renommés et dont les essais ont fait merveille pendant la guerre.
- Il me permettra aussi de dire que les découvertes médicales de M. Charles Richet ne se comptent plus et de répéter qu’elles lui ont valu le prix Nobel en 1913.
- Une des plus sensationnelles a été ce phénomène physiologique paradoxal, Vanaphylaxie, qui est juste le contraire du mithridatisme et qui consiste en ce que l’on peut devenir, dans certaines conditions, d’autant plus sensible à certains poisons qu’on en a ingéré auparavant plus de doses successives.
- M. Charles Richet a passé en revue toutes les branches de la physiologie dont il est un des maîtres incontestés, et il a publié, sur cette science, un dictionnaire qui est un véritable monument dans la matière.
- Il a dirigé, pendant vingt-huit ans, la publication de la Revue Scientifique et a abordé, dans ses travaux, les sujets les plus variés.
- Ses diverses publications se montent à plus de 80 volumes et ses recherches l’ont porté à l’étude de l’amélioration de l’existence de l’homme sur la terre, à celle des problèmes de la paix et de la guerre et aussi des progrès de toutes les branches des sciences sociales.
- C’est ainsi qu’il a été amené à s’intéresser aux progrès de la langue internationale Espéranto, dont la diffusion est la conséquence naturelle du développement des moyens de communication et de l’interpénétration croissante des peuples.
- Mais je ne veux pas retarder davantage le plaisir que vous aurez à l’entendre et je lui donne la parole, en lui laissant le soin de vous démontrer qu’en appuyant le mouvement espérantiste, les Français travaillent aussi au développement de l’influence de leur pays dans le monde-
- J’ajoute seulement que si, après l’avoir entendu, vous désirez vous rendre compte par vous-mêmes de la nature et des mérites de la langue Espéranto, vous pourrez, en donnant votre nom à la sortie de cette salle, au représentant de la Société des Amis de l’Espéranto, vous faire inscrire pour recevoir les cartes d’invitation aux conférences de propagande qu’organise cette Société.
- Le professeur Charles Richet, membre de l’Institut, fait une communication sur L'utilité de la langue internationale pour Vindustrie, le commerce et les sciences.
- L’intérêt de l’adoption d’une langue internationale n’est contesté par aucun de ceux qui sont en rapports avec des étrangers; mais, même par quelques-uns de ceux-là, cette adoption est considérée souvent comme une chimère. Le professeur Charles Richet réfute les deux objections principales qui contestent la possibilité de cette adoption.
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- On s’imagine généralement qu’il s’agit d’adopter une langue qui deviendrait peu à peu universelle et se substituerait graduellement, pour chaque peuple, à la langue qu’il est habitué à parler. Il n’en est rien : il s’agit simplement d’adopter une langue auxiliaire, seconde, internationale, mais non universelle, qui serait la seule apprise en dehors de la langue maternelle et se substituerait seulement ainsi a toutes les langues étrangères que l’on est forcé de connaître si on entretient des relations hors de son pays. La disparition des langues vivantes naturelles serait d’ailleurs mauvaise et impossible : la langue maternelle est apprise sans effort, en se laissant vivre au milieu des siens, et elle fait partie d'un patrimoine national qu’il ne faut pas amoindrir; toutes les langues naturelles ont leurs beautés, leurs caractéristiques; elles sont le reflet de la mentalité des peuples, conséquence de leur évolution, bien plus quelquefois que le pays qu’ils habitent et leur origine.
- On reproche plus particulièrement aux Français qui sont partisans d’une langue internationale, de faire œuvre antipatriotique, le français étant déjà une langue internationale. On doit reconnaître cependant qu’il l’est de moins en moins, d’abord à cause de notre faible natalité, ensuite parce que les étrangers qui le savent ne représentent qu’une faible minorité, sans grande action sur les masses populaires. Sur les 500 à 600 millions d’hommes civilisés de la terre, 160 millions sont des Slaves, 160 millions des Anglo-Saxons; l’espagnol est beaucoup plus parlé que le français et l’italien peut-être plus aussi. L’élite intellectuelle qui, hors des pays de langue française, parle notre langue, représente moins de 1/10 000 de la population étrangère civilisée. Le français était resté la langue diplomatique; il a cessé d’être seul à jouer ce rôle, puisque l’anglais l’a joué aussi et pour la première fois au Congrès de la Paix.
- On ne peut adopter pour langue internationale une des langes naturelles : aucun de ceux pour qui elle n’est pas la langue maternelle ne l’acceptera; de plus, toutes les langues vivantes sont trop difficiles, trop compliquées. Seule une langue artificielle peut jouer ce rôle parce qu’elle peut être simple, facile et parce qu’elle n’éveille aucune susceptibilité patriotique. L'objection que, n’étant pas vivante, elle n’évoluera pas et n’est pas viable, n’est pas fondée car Y espéranto, langue artificielle, est devenu une langue vivante, contrairement aux prédictions de ses détracteurs : il est parlé et écrit par plus de 100000 hommes, et plus de 300 000 sont favorables à son adoption. L’esperanto a déjà rendu de grands services, pendant la dernière guerre : à des prisonniers, ou aux alliés entre eux, à des commerçants — on en cite plusieurs qui ne font d’affaires que dans cette langue et réussissent — à des savants. L’espqranto n’a aucune prétention littéraire.
- L’expérience a prouvé que les différences d’accent dues à l’origine différente de ceux qui le parlent ne sont pas un obstacle à sa compréhension. Le fait est dû à ce que ces différences sont insignifiantes, tous les sons de l’esperanto étant communs à toutes les langues européennes, et aussi à ce que la langue étant simple et précise et à ce que, tout en se prêtant à l’expression des nuances les plus délicates delà pensée, le sens n'est jamais ambigu.
- L’acquisition de l’esperanto est extrêmement facile et rapide : la grammaire s’apprend en une demi-heure; le vocabulaire, basé sur l’emploi de racines (le plus souvent latines ou grecques) déjà internationales, est presque indéfiniment extensible grâce à l’emploi de règles de dérivation peu nombreuses. Tout homme cultivé a l’impression d’y retrouver le vocabulaire de sa langue maternelle. Enfin, l’espe-
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- ranto est la seule langue dans laquelle tout homme cultivé de bonne volonté est capable, le seul dictionnaire en main, de comprendre un texte sans avoir appris la langue. C’est une sorte de néo-latin et, à cet égard, sa diffusion sert la cause du français.
- , M. Lindet, président de la Société. — Notre président me prie de remercier, au nom de la Société, M. le Professeur Richet et de lui dire que l’on ne peut défendre une si belle cause dans un si beau langage et avec autant de juvénile conviction. Je connaissais M. le Docteur Richet comme physiologiste; j’ai lu ses œuvres dramatiques et poétiques; j’ai goûté son talent de statuaire; je ne le connaissais pas comme apôtre de la langue espérantiste. B-eaucoup de nous qui souriaient peut-être en entrant dans cette salle, sont maintenant ébranlés, sinon convaincus. J’avoue que chez moi, c’est la conviction qui l’emporte, et. puisque l’on nous a ménagé un bureau d’enrôlement à la sortie de cette salle, je tiens à l’honneur d’être inscrit le premier sur la liste.
- La séance est levée à 18 h 30 m.
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- DU 2 6 MARS 1920
- Présidence de M. Bâclé, vice-président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- M. Bâclé, vice-président de la Société. — Je dois vous présenter tout d’abord les excuses de notre dévoué président, M. Léon Lindet, qui, retenu présentement à l’Institut agronomique par des examens, se trouve empêché de présider cette réunion et m’a prié dé le remplacer tout au moins pour l’ouverture de la séance, car il espère pouvoir arriver encore avant qu’elle ne soit terminée.
- Comme, d’autre part, cette réunion est la première que nous tenons depuis l’élection de M. Lindet à l’Académie des Sciences où il vient d’être appelé, comme vous savez, pour y occuper Je fauteuil de son maître vénéré, M. Schlœsing, dont il nous résumait l’an dernier, au moment de son décès, la belle et glorieuse carrière avec tant d’affectueuse émotion, je tiens à cette occasion à exprimer en votre nom à notre cher président les cordiales félicitations de notre Société; je suis certain, en effet, d’être votre interprète à tous en lui disant combien nous sommes heureux de cette élection qui est le couronnement de sa laborieuse carrière et la récompense méritée des études et travaux qu’il a poursuivis pour éclairer ces questions délicates de chimie
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- organique appliquée à l’agriculture; nous sommes heureux de penser en même temps que l’Académie a voulu reconnaître aussi l’esprit d’initiative et le dévouement dont M. Lindet a fait preuve dans la présidence de notre Société lorsqu’il a organisé, pendant la durée de la guerre, ces nombreuses manifestations, comptes rendus, conférences, expositions, qui ont si largement contribué à faire connaître et à développer, sous toutes ses formes, l’activité de notre industrie française. À ce titre, nous sommes tous particulièrement fiers de la haute distinction ainsi accordée à notre cher président, car elle honore en même temps notre Société elle-même.
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- Notre réunion d’aujourd’hui se tient en dehors des dates habituelles de nos séances et présente à ce titre un caractère un peu exceptionnel, mais nous avons pensé qu’il convenait de ne pas la différer plus longtemps en-raison de l’importance également exceptionnelle qui s’attache, dans les circonstances présentes, à cette question de la reprise des relations économiques privées avec l’Allemagne, que M. Arhel va traiter devant vous. Vous en jugerez, en effet, en entendant les explications qu’il va nous donner à ce sujet, avec l’autorité due à la haute situation qu’il occupe dans l’industrie métallurgique et à l’expérience qu’il s’est acquise dans ses relations avec les Allemands.
- Après avoir vu, en effet, ses belles usines de Douai dévastées par la barbarie ennemie, il n’a rien voulu négliger pour en assurer 1a, reconstitution aussi rapide que possible et il n’a pas hésité, malgré ses répugnances trop justifiées, à s’adresser aux constructeurs allemands pour obtenir d’eux les machines et l’outillage dont il a besoin et qu’ils sont seuls aujourd’hui en mesure de livrer. Il va vous dire toutes les difficultés qui lui ont été et qui lui sont encore opposées maintenant, aussi bien qu’à de nombreux industriels français dans le même cas, par la mauvaise foi allemande, et qui ont pour effet de les mettre dans l’impossibilité d’obtenir livraison des fournitures dont ils ont déjà cependant soldé le prix. Il y a là une situation intolérable sur laquelle les avis sont unanimes aussi bien chez les officiers et fonctionnaires composant les missions françaises détachées en Allemagne que chez les industriels intéressés, et nous pouvons dire qu’il s’attache un intérêt national à ce qu’il y soit remédié sans retard; mais, pour y parvenir, il est indispensable que l’opinion soit éclairée et que les Pouvoirs publics soient saisis de la question; c’est là une tâche particulièrement difficile à laquelle M. Arbel, qui ne recule jamais devant aucune initiative nécessaire lorsqu’elle peut être utile à son pays, n’hésite pas à consacrer présentement sa grande activité et son énergie, et, de retour d’Allemagne d’où il est arrivé depuis quelques jours seulement, il a tenu à venir immédiatement au milieu de notre Société pour nous exposer cette question angoissante, qui ne pourra être
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- résolue en faveur de nos nationaux que par une intervention gouvernementale, et je le remercie en votre nom d’avoir bien voulu la présenter d’abord devant notre Société qui s’honore d’ailleurs de le compter parmi les membres de son Conseil.
- M. Pierre Arbel, maître de forges, membre du Conseil de la Société, fait une communication sur Les difficultés des relations commerciales privées entre Français et Allemands et les dangers qu'elles font courir à la France (1).
- Après avoir été empêchés de faire commerce avec l’Allemagne aussitôt après la signature de l'armistice, alors que les neutres et même nos alliés ne s’en privaient pas, nos industriels ont été vivement encouragés ensuite à commander en Allemagne tout le matériel, tout l’outillage dont ils avaient besoin. Ils l’ont fait d’autant plus volontiers que la hausse des changes étant survenue, il était devenu matériellement impossible de s’adresser ailleurs. Mais les Allemands, qui, tout d’abord, trop heureux de vendre, acceptaient n’importe quelles conditions, s’étaient'déjà ressaisis, organisés et entendus. Tous les industriels allemands appartenant à une même spécialité forment aujourd’hui une véritable entente, une sorte de cartel, plus ou moins occulte, de sorte que, dans chaque industrie, on a affaire en réalité à une seule maison, ayec un seul prix. Les Allemands paraissent vouloir vendre assez volontiers les produits de leurs fabrications mais.non pas l’outillage qui sert à les fabriquer. Ils font des prix majorés de 300 et 500 p. 100 par rapport aux prix intérieurs, en invoquant la hausse. Ils ont exigé et exigent encore le payement d’avances de 50 et même 60 p. 100 au moment de la commande; ils ne livrent pas lorsque le délai de livraison est expiré. Ils font alors de nouveaux prix, supérieurs aux premiers mais ne livrent toujours pas. Aucun moyen judiciaire ne permet aux acheteurs français de faire exécuter les contrats ni de se faire rendre leurs avances. Pendant ce temps, une partie de l’outillage commandé par des Français, et construit pour eux, passe certainement entre les mains d’acheteurs neutres ou alliés qui nous en revendent une fraction majorée, bien entendu, de leur bénéfice et de la différence due au change. r
- Les faits .de ce genre sont extrêmement nombreux; s’ils se .généralisent, les industriels français risquent de fournir aux Allemands des centaines de millions et peut-être des milliards avec lesquels ils développent leur industrie et empêchent la reconstitution de la nôtre. Nous aurons remporté la victoire militaire mais nous aurons été vaincus économiquement. Ces faits sont graves surtout pour les industriels français des régions dévastées.
- Les industriels allemands rencontrent certainement des difficultés dans l’exécution des commandes. Elles ne suffisent cependant pas à justifier complètement leur attitude. Après une enquête approfondie faite en Allemagne auprès des industriels eux-mêmes et auprès de nos représentants, M. Arbel pense qu’il est possible de créer à peu de frais une organisation qui remédierait à l’état de choses présent. Les
- (1) On trouvera le texte in extenso de cette communication à la page 183 du présent numéro. Le vœu présenté par M. Arbel à la Société d’Encouragement a fait l’objet d’une discussion de son Conseil.La forme définitive sous laquelle il a été adopté,est donnéeàla page 145 du présentnuméro. Tome 132. — 1er semestre. — Mars-Avril 1920. 26
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- industriels allemands paraissent en majorité disposés à l’accepter et nos représentants en Allemagne la considèrent comme applicable et efficace.
- L’Allemagne manque de fonte, car elle a perdu pour l’instant tout ce que nous avons gagné, c’est-à-dire : les nombreux hauts fourneaux de la rive gauche du Rhin; les riches gisements de fer de la Lorraine et aussi ceux de Briey où elle s’approvisionnait. Elle ne manque point de combustible car le Gouvernement allemand perçoit, en nature, comme contribution de guerre, un tiers de la production des houillères, et cette production, qui était faible jusqu a fin 1919, est redevenue normale dans ces trois derniers mois, même dans la Ruhr pendant ces derniers jours de troubles. Nous avons besoin de ce combustible pour fabriquer la fonte qui manque aux Allemands.
- D’autre part, nous disposons ; de notre minerai lorrain ; de la ferraille provenant de la destruction de nos usines ou de l’outillage volé et retrouvé mais non accepté parce qu’inutilisable; enfin de tout le matériel de guerre allemand qui doit être détruit et qui nous appartient en vertu du traité de paix. Toute cette ferraille pourrait être refondue et cédée aux Allemands ; au lieu de payer nos avances à la commande en argent, elles seraient versées en fonte ou en minerai. Une organisation veillerait à ce que la fonte provenant de ces deux sources soit exclusivement consacrée à la construction des machines et de l’outillage que nous aurions commandés.
- Ce contrôle pourrait être exercé par le personnel de l’Office de la Restitution industrielle (0. R. I.) de Wiesbaden. Ce personnel, formé de techniciens compétents, intelligents, actifs, dévoués, déjà chargé de rechercher en Allemagne tout l’outillage volé en France et en Belgique, connaît très bien les usines et les industriels, et leur capacité de production; il sera licencié ou réduit prochainement; on pourrait le maintenir à son poste et le charger de contrôler l’exécution des marchés, tâche analogue à celle qu’il accomplit actuellement à la satisfaction de tous. Ce contrôle pourrait aussi s’étendre à la limitation des majorations de prix d’exportation par rapport aux prix intérieurs.
- M. Arbel pense que si le Gouvernement français était invité à mettre en marche l’organisation qu’il propose, après entente avec le Gouvernement allemand, il le ferait volontiers; il pourrait en outre profiter des tractations qui la précéderont pour obtenir de l’Allemagne plus de charbon que celui qui est prévu par le traité de paix. Notre reconstitution industrielle serait facilitée et nous éviterions l’exode de nos capitaux.
- La proposition et le programme qu^e M. Arbel invite la Société d'Encouragement à transmettre à nos Pouvoirs publics seront discutés prochainement au Conseil de la Société.
- M. B aglé, vice-président. — Vos applaudissements m’ont déjà devancé; ils expriment mieux que je ne saurais le faire tout l’intérêt passionné avec lequel vous avez entendu la conférence de M. Arbel et pris connaissance du projet de vœu si bien justifié et documenté qui la termine, et je suis certain de traduire votre impression unanime en disant qu’il répond bien à vos intentions et que vous êtes tous d’avis de l’appuyer de l’autorité de notre Société. J’exprime en même temps à M. Pierre Arbel tous nos remerciements, et je tiens à lui dire combien nous lui sommes reconnaissants d’attirer l’attention
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- de l’opinion publique et des autorités constituées sur cette question de la reprise des relations économiques privées avec l'Allemagne, dont il nous a fait apprécier toute l’importance; il rend ainsi à l’industrie tout entière et à la nation elle-même un service signalé, et nous ne saurions trop l’en remercier, espérant que l’énergie et le dévouement qu’il apporte au service de cette cause vraiment nationale obtiendront le succès qu’il mérite si bien, et si vous me le permettez, j’ajouterai que ce succès dépend aussi pour une large part de notre initiative et de nos efforts personnels, si chacun de nous se pénètre bien du devoir qui s’impose de seconder les efforts de M. Arbel dans une affaire dont dépendent certainement l’avenir et la prospérité de notre pays.
- La séance est levée à 48 h 30 m.
- SÉANCE PUBLIQUE
- DU 27 MARS 1920
- Présidence de M. L. Ltndet, président.
- La séance est ouverte, à 17 h.
- Est présenté, pour devenir membre de la Société, et admis séance tenante :
- M. Risler (Gustave), ancien élève de l’École polytechnique, 155, rue la Pompe, Paris (16e), présenté par MM. Lindet et H. Hitier.
- M. Lindet, président. — Au cours de la précédente séance, notre vice-président, M. Bâclé, et notre conférencier, M. Arbel, ont profité de mon absence pour signaler, en des termes élogieux qui me confondent, ma nomination à l’Institut, et rappeler le dévouement dont j’avais été trop heureux de faire preuve vis-à-vis de la Société. Celle-ci m’a largement récompensé de ma peine, et je lui dois d’avoir contribué à mon succès; s’il est bon, quand on se présente à l’Institut, d’avoir à son actif quelques travaux, il n’est pas inutile d’être chargé d’estime et de sympathies; celles de mes collègues, qui ont été témoins de mes efforts, m’ont accompagné jusqu’à l’élection. Je les remercie et j’adresse mes sentiments de reconnaissance à M. Bâclé et à M. Arbel.
- Je profite de la circonstance pour rappeler que depuis le 18 mars 1918 jusqu’au 15 mars 1920, l’Académie des Sciences a appelé à elle dix de nos sociétaires, dont six membres du Conseil et deux membres correspondants : MM. Kœnigs, Maurice Leblanc, Rateau, Charpy, Viala, Berthelot, Janet, Louis Lumière, Mesnager et moi-même.
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- M. L indet, président, remercie ceux de nos collègues qui, répondant à l’appel inséré dans nos comptes rendus bi-mensuels, ont bien voulu s’imposer une contribution volontaire en faveur de notre Bulletin dont les frais de publication sont de plus en plus élevés. Ce sont : la Société centrale de Dynamite, M. Fourneau, la Société de Djebel-Djerissa (M. de Nervo); M.Lorilleux; M. Sauvage (2e versement); M. Paul Lecler; la Chambre syndicale de la Grande Industrie chimique; M. Larivière ; M. V. da Silva Freire; M. Alhy; M. Quenelle; M. Nusbaumer (2e versement); M. Pagès (2e versement); M. Pierre Arbel et M. Lœbnitz. Il nous a été adressé ainsi : 500 f par la Société centrale de Dynamite; 500 f par la Société de Djebel-Djerissa; 300 f par M. Lorilleux; 257 f par M. da Silva Freire; 500 f par M. Quenelle; 2 000 f par M. P. Arbel.
- M. Lan grogne, directeur du Service des Mines d’Alsace et de Lorraine, fait une communication sur Les mines de fer de la Lorraine.
- Dès le vie siècle, il existait des forges en Lorraine. Ces forges se sont maintenues et développées au moyen âge, notamment à Hayange et à Moyeuvre. En 1711, est fondée la maison de Wendel, à Hayange; au début du xixc siècle, François de Wendel rachète les forges de Moyeuvre.
- Les premières concessions de minerai de fer datent de 1844; en 1870, il existait onze concessions, mais alors on n’exploitait guère que le minerai d’alluvions (mine) provenant de Ja désagrégation des affleurements du minerai en couche (minette). Après la signature du traité de Francfort, les Allemands multiplièrent les concessions qui prirent toute leur valeur à la suite de la découverte du procédé Thomas et Gilchrist permettant de traiter le minerai de fer phosphoreux.
- Géologiquement et géographiquement, la Lorraine se rattache au bassin parisien. Le gisement de fer est compris dans la région dite des plateaux qui va de Woëvre à la Moselle. Les principales rivières de cette région sont, outre la Moselle : la Chiers, la Crusnes, l’Alzette, le ruisseau de Kyl, le ruisseau de Dudelange, la Fentsch, l’Orne, le Rupt-de-Montvaux, le ruisseau de Gôrze et le Rupt-de-Mad.
- Cette région est formée entièrement de terrains secondaires dont les affleurements apparaissent sur les flancs de la vallée de la Moselle. On y trouve depuis l’Hettangien jusqu’au Bathonien ; la formation ferrugineuse est située dans la partie supérieure du Toarcien. Au mur, elle repose sur des marnes et des sables ; au toit, on trouve des marnes qui jouent un rôle important au point de vue des venues d’eau.
- Le mot de « minette », par lequel on désigne le minerai en couche, s’oppose au mot « mine », qui désignait autrefois le minerai d’alluvions, non phosphoreux et plus facile à traiter.
- La minette se compose d’oolithes ferrugineuses réunies par un ciment calcaire et siliceux plus ou moins chargé de fer. Dans l’ensemble, sa composition est la suivante :
- Fe = 28 à 40 p. 400 ; SiO2 — 4 à 20 p. 100; CaO = 4 à 20 p. 100 ;
- A1203 — 1 à 8 p. 100;
- P205 = 0,5 à 1,8 p. 100 (moyenne 1,2).
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — SÉANCE DU 27 MARS 1920. 261
- On distingue en Lorraine sept ou huit couches qui n’existent nulle part simultanément; ce sont les couches : rouge siliceuse; rouge calcaire; jaune calcaire; grise calcaire; brune siliceuse; noire siliceuse; verte siliceuse. En certains points, on connaît une couche, dite jaune sauvage, qui est calcaire. La plus importante est la couche grise dont l’épaisseur atteint 5 à 6 m et dont la teneur en fer est de 28 à 35 p. 100; sa teneur moyenne est nettement inférieure à celle des couches analogues du bassin de Briey.
- Dans l’ensemble, le gisement est très régulier; il pend vers l’ouest sans être affecté d’accidents très complexes. Toutefois, on y rencontre un certain nombre de failles dont les plus importantes sont les suivantes : 1° la faille d’Audun-le-Tiche; 2° la faille Médiane; 3° la faille d’Ottange; 4° celle de Fontoy; 5° celle d’Hayange; 6° celle de Moyeuvre-Grande; 7° celle de Rombas; 8° celle de Gravelotte et 9° la faille de Metz.
- La faille d’Audun-le-Tiche joue un grand rôle en raison de son rejet important (120 m à Audun-le-Tiche) et du changement de composition des couches, de part et d’autre de la faille.
- On distingue quatre régions dans l’ensemble du gisement : 1° le bassin d’Aumetz (au nord); 2° le-bassin de la Fentsch (à cheval sur la rivière de ce nom); 3°le bassin de l’Orne (à cheval sur l’Orne); 4° le bassin cTArs-Novéant (au sud).
- Dans chacun de ces bassins, les couches exploitables sont différentes et ont des richesses variables. Les plus remarquables sont : la couche brune du bassin d’Aumetz; la couche grise du bassin de l’Orne; la couche grise du bassind’Ars-Novéant.
- D’une façon générale, les méthodes d’exploitation des Allemands sont nettement inférieures aux nôtres et, dès janvier 1919, notre administration dut interdire la méthode dite des « deux ailes » fort en faveur jusqu’alors. Les caractéristiques des mines lorraines sont : 1° le remplacement des puits chaque fois qu’il est possible par de longues galeries débouchant dans les vallées; 2° le roulage mécanique; 3° l’emploi des transporteurs aériens, dont l’un atteint 17 km; 4° l’emploi comme explosif pendant la guerre de l’oxygène liquide.
- Le rendement n’est pas très bon, bien que les salaires soient très élevés; le prix: de revient de la tonne a varié en 1919 de 8 à 15 f.
- En 1870, la Lorraine annexée produisait 364 000 t de minerai; en 1913, elle coproduisait 21 millions, soit 60 fois plus. La France en ayant produit autant en 1913, c’est un total de 42 millions que nous pourrions produire actuellement, soit 40 p. 100 de la production européenne', si nous ne manquions pas de combustible-Il s’écoulera un long temps avant que nous puissions atteindre cette production.
- Par contre, l’Allemagne est maintenant privée de son gisement essentiel : elle en tirait 21 millions de tonnes alors que le reste de l’Empire ne produisait que 7 500 000 tonnes de minerai. Toutefois, il ne faut pas en conclure que ses moyens de production soient absolument réduits à néant car sur les 8 millions de tonnes de fonte que produisaient la Westphalie et les pays rhénans, 1 500 000 seulement,, soit 18 p. 100, provenaient de la minette lorraine.
- En tenant pour exploitable le minerai actuellement exploité à 28 p. 100 de fer,, le tonnage théorique, total du gisement de la Lorraine libérée serait d’environ 2 200 millions de tonnes. Les chiffres admis par certains auteurs français paraissent trop faibles, en raison de ce qu’ils considéraient comme inexploitables des couches que les circonstances contraindront d’exploiter.
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — MARS-AVRIL 1920.
- Le nouveau département de la Moselle est exceptionnellement favorisé au point de vue industriel : il contient tous les éléments essentiels de l’industrie : le fer et le charbon, la pierre, le ciment, le bois, un excellent réseau ferré et une voie d’eau, la Moselle, dont la canalisation, retardée par les Allemands, est décidée.
- Jusqu’à présent, les mines et les usines qui, non seulement sont productrices, mais sont aussi grosses consommatrices de machines, de ciment, de produits réfractaires, d’explosifs, de bois, d’électricité, se fournissaient en Allemagne. Il est à souhaiter que la vallée de la Moselle, admirablement placée au point de vue géographique et économique, serve à l’établissement d’usines de constructions mécaniques, de cimenteries, de eokeries et de centrales électriques.
- Les Allemands avaient dit qu’ils feraient de Thionville un second Essen. Il est à souhaiter que les Français tiennent la promesse faite par les Allemands et mise par ceux-ci partiellement à exécution.
- M. Lindet, président, — Notre Société est reconnaissante à notre conférencier d’avoir tenu la promesse qu’il nous avait faite, il y a plus d’un an, alors qu’il portait l’uniforme de capitaine d’artillerie; des ordres supérieurs nous avaient invité à différer les conférences qui devaient être faites sur les ressources de l’Alsace et de la Lorraine; les indiscrétions qui pouvaient nous arrêter ont quelque peu perdu de leur intérêt.
- En signalant les richesses souterraines du pays reconquis, notre conférencier a fait naturellement la part belle aux métallurgistes; qu’il me permette, en qualité d’agriculteur, de me réjouir également de ce que Jes minerais dont il nous a parlé nous apportent non seulement l’acier, mais aussi les scories de déphosphoration, au grand bénéfice de notre agriculture et par conséquent de notre alimentation.
- La conférence que vous venez d’applaudir restera l’étude la plus précise qui ait été faite sur une question aussi importante pour notre industrie métallurgique et notre agriculture.
- La séance est levée à 18 h 30 m.
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- L’électricité à la portée de tout le monde, augmenté d’un supplément : Causeries
- sur le Radium et les nouvelles radiations, par M. G. Claude, 8e éd. In-8 de
- 519 p., avec 228 fîg. (Prix : 12 f). Paris, Dunod, 1919.
- On peut prédire à cette huitième édition de l’ouvrage de M. Georges Claude, le même succès qu’aux éditions précédentes, car l’auteur, malgré le peu de temps que lui laissent ses remarquables recherches industrielles, a tenu à le mettre au courant des dernières acquisitions scientifiques.
- Ecrit dans un style alerte, d’une lecture facile et attrayante, rempli de comparaisons familières, ce petit livre a été très utile à toute une génération d’hommes auxquels l’enseignement des principes de l’électricité avait fait défaut.
- Des ouvrages de ce genre peuvent être considérés comme l’introduction à des traités plus complets et plus mathématiques, dont la lecture devient aisée lorsqu’on s’est assimilé le mécanisme physique des phénomènes.
- Pour continuer son rôle de vulgarisateur, dans lequel il excelle, G. Claude a terminé son livre par des « Causeries sur le Radium et les nouvelles radiations ». Toute cette partie de la physique dont l’évolution a été si rapide, repose sur les découvertes ionistiques récentes.
- L’auteur est ainsi amené à parler des ondes hertziennes, de la luminescence, des rayons cathodiques, des rayons X; il termine enfin par le Radium dont les applications sont loin d’être toutes réalisées.
- Les esprits curieux, désireux de s’instruire sur ces sujets tout d’actualité, seront heureux de voir comment les théories modernes relient des phénomènes qui semblent de nature si diverse.
- Les remarquables progrès faits en télégraphie et en téléphonie sans fil pendant la guerre, et qui sont dus surtout à l’emploi de la lampe audion, don nent à ces causeries sur les nouvelles radiations une haute valeur d’actualité. Aussi M. Georges Claude n’a-t-il pas hésité à y consacrer le tiers de son ouvrage, couronné dès son apparition par lhlcadémie des Sciences, et arrivé aujourd’hui au 42° mille.
- Ch. Féry.
- Traité élémentaire d’automobile, par M. Henri Petit, ancien élève de l’École polytechnique. In-8 de xvi + 619 p., avec 506 fig. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1919.
- Le traité de M. Henri Petit, écrit à l’origine pour les automobilistes militaires, ne s’adresse pas aux amateurs, mais aux personnes qui, soit en guerre, soit en paix, désirent bien comprendre les voitures dont ils doivent assurer le bon fonctionnement. Il contient une description très complète de toutes les dispositions usitées dans leur construction, et un exposé des plus clairs des principes sur lesquels ces dispositions reposent, tant au point de vue du résultat à obtenir, qu’au point de vue de la réalisation et de la construction des organes. L’auteur ne fait pourtant appel qu’à une connaissance élémentaire des principes de la mécanique, qu’il expose, en
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- BIBLIOGRAPHIE. — MARS-AVRIL 1920.
- débutant, avec une très grande clarté. Cette première partie de l’ouvrage permet à l’homme intelligent de connaître la voiture qu’il a entre les mains, quelle qu’elle soit.
- Les notes techniques qui terminent ce traité, donnent des renseignements complémentaires sur les matériaux les plus convenables pour la construction des automobiles et des calculs développés relatifs aux différents organes, qui rendront aux constructeurs les plus grands services.
- Ch. de Frémjnville.
- L’anatomie de la voiture automobile, tome II : Le changement de vitesse.
- Embrayage et freins, par M. F. Carlès. In-4 de 206 p., avec 177 fig. (Prix : 31,60 f). Paris, Dunod, 1919.
- Le tome II de cet important ouvrage traite du changement de vitesse, de l’embrayage et des freins, c’est-à-dire des organes qui caractérisent d’une façon tout à fait spéciale la voiture automobile. Rien n’y est épargné pour exposer avec la plus grande clarté cetintéressant sujet. Les figures en perspective et les nombreux dessins permettent de se faire une idée exacte de tous les organes dont la genèse et le fonctionnement sont exposés dans un texte clair contenant une critique impartiale des différentes dispositions.
- Ce volume contient également une documentation très complète relative aux données expérimentales et de nombreux diagrammes permettent de discuter les différentes solutions adoptées suivant le but à atteindre dans chaque cas particulier.
- Ch. de Fréminville.
- Contre les malthusianismes et les gaspillages en agriculture, par M. Émile
- Barbet, ancien président de la Société des Ingénieurs civils. In-12 de 142 p.
- Paris, Chalignv et Larrieu, 10, rue de la Pépinière, 1912 (Prix : 3,60f).
- La préoccupation de M. Barbet, en écrivant ce livre, a été de démontrer que les produits du sol n'étaient pas mis en valeur, soit que l'on néglige de leur donner une forme stable, soit que la routine technique ou administrative empêche d’en extraire des produits nouveaux.
- La « valorisation » du raisin peut être assurée par les « vineries », établissements industriels, dont le rôle est de recevoir les raisins de toute une région, de les stériliser à l’acide sulfureux, pour les mettre, à leur heure et durant toute l'année, en fermentation, au moyen de levures sélectionnées et sous un contrôle scientifique. Elle peut également trouver sa réalisation dans la concentration des jus, sous forme de sirops, ou même des vins, et la diminution des frais de transport et de l’altérabilité des produits. C’est devant ces nouveaux produits que l’on se heurte aux difficultés administratives, de la part des Contributions indirectes et du Service de la Répression des Fraudes.
- On tirerait encore un bien meilleur parti des ressources agricoles si l’on faisait des sécheries de betteraves, de pommes de terre, de fruits, de graines de semences, une puissante industrie, si l’on montait de grandes confîtureries, de grandes fabriques de conserves, des « tomateries », si l’abatage des animaux, la congélation, le transport et la vente de la viande étaient assurés par de grandes entreprises que l’auteur appelle des « vianderies ».
- Enfin, l'auteur montre l’avantage que l’agriculture retirerait d’une banque spéciale.
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- Le livre de M. Barbet fourmille d’idées hardies et généreuses. Il est fort possible que dans quelques années on considère qu’il a bien prévu l’avenir.
- L. Lindet.
- Le lait. Physiologie, analyse, utilisation, par M. Monvoisin, chef de travaux à l'École nationale vétérinaire d’Alfort. 2r édition, de 539 p., Paris, Asselin et Houzeau, place de l’École-de-Médecinei
- L’étude du lait ne relève pas seulement de la chimie et de la technique industrielle, mais aussi de la physiologie et de l’art vétérinaire Aussi, M. Monvoisin, qui est ancien élève de l’École d’Alfort et attaché depuis de longues années à cette école, a-t-il écrit, dans cet ordre d'idées, la partie qui peut être considérée comme la plus intéressante du livre, dont il vient de donner une seconde édition. L’anatomie de la glande mammaire, les phénomènes de la sécrétion lactée, le passage, dans le lait, des éléments du sang, la composition des laits pathologiques, les altérations bactériologiques des laits, etc., tous ces chapitres sont écrits par un vétérinaire.
- Puis suivent d’autres chapitres mieux connus, mais qui ne sont pas moins intéressants, sur l’analyse du lait, ses falsifications, sa conservation, etc.
- L’ouvrage se termine par les textes légaux relatifs à la répression des fraudes et les méthodes officielles d’analyse. L. Lindet.
- L’évolution des industries qui transforment les produits agricoles, par M. L. Lindet, membre de l’Institut, In-12 de 159 p. Paris, Librairie de l'Enseignement technique, 3 bis, rue Thénard, 1920 (Prix : 3,50 f).
- M. Lindet a montré, dans ce petit volume, comment se sont développées, des origines jusqu’à l’époque actuelle, les industries qu’il professe à l’Institut national agronomique, la meunerie et la boulangerie, la laiterie, la vinification, la cidrerie, la distillerie, la sucrerie, au triple point de vue historique, économique et technique.
- De toutes ces industries se détache une même idée, que l’industrie agricole partage avec l’industrie métallurgique et mécanique, avec la filature et le tissage, l'industrie des produits chimiques, etc., à savoir que, pour diminuer les frais généraux, pour pouvoir réunir des capitaux, pour profiter des avantages offerts par l’organisation scientifique du travail et par l’application du contrôle industriel, il est nécessaire que les usines augmentent la quantité de marchandises traitées journellement, concentrent leur production.
- En présence de ce mouvement qui a transformé nos moulins, nos laiteries et fromageries, créé des beurreries, des boulangeries, des caves,'des distilleries coopératives, développé l’importance de nos sucreries, n’est-il pas permis de se demander si, un jour, le cultivateur ne devra pas se contenter de produire du blé, du lait, du raisin, de la betterave, laissant à l’industriel le soin d’en extraire des produits manufacturés. L. Lindet.
- La cellulose et les éthers cellulosiques. Leurs applications industrielles, par MM. L. Clément et C. Rivière, ingénieurs-chimistes. In-8de m -f-356 p., avec 66 fig. Paris, Ch. Béranger, 1920.
- Préface de M. Haller, membre de l’Institut :
- A part son emploi dans la fabrication des pyroxylines qui, depuis une cinquantaine d'années, constituent la base de produits colloïdaux comme le celluloïde, la poudre sans
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- fumée, le collodion, etc., la cellulose, sous sa forme naturelle, resta confinée, comme matière première, dans le domaine de la fabrication des textiles, du papier et du carton.
- Il est vrai que, désagrégée, soit par les agents chimiques, soit par la chaleur, elle permet aussi de produire l’acide oxalique, l’alcool, l’acétone, l’acide acétique et l’esprit de bois.... Ce n’est qu’à lasuite des mémorables travaux de M. deChardonnet sur la première soie artificielle que l’attention des chercheurs fut de nouveau portée sur cette matière, dont la profusion dans la nature et la remarquable plasticité se prêtent aux applications les plus diverses.
- A partir du jour où la soie Chardonnet fut une réalité industrielle, les chercheurs s’ingénièrent à utiliser des solvants directs de la cellulose comme l’oxyde de cuivre ammoniacal, le chlorure de zinc, ou à imaginer d’autres combinaisons solubles de cet hydrate de carbone comme les xanthates ou sulfo-carbonates.
- Solutions cupro-ammoniacales ainsi que thiocarbonates, constituèrent autant de véhicules permettant d’obtenir d’autres soies artificielles, toujours cellulosiques, d’une blancheur moins éclatante, il est vrai, que celle de Chardonnet, mais d’un prix inférieur à la fibre de l’illustre inventeur.
- Au moment même où prirent naissance ces industries nouvelles,plusieurs auteurs reprirent des recherches ébauchées jadis par Schutzenberger sur l’acétylation delà cellulose.
- On arrive ainsi à la période où, tout en cherchant à perfectionner les méthodes d’utilisation et de valorisation de la cellulose sous la forme de soies artificielles, on mit au point la fabrication des acétates de cellulose en vue de leur application à la production de matières plastiques, de pellicules photographiques et d’enduits.
- Dans leur livre, MTV1. Clément et Rivière ont entrepris la tâche délicate de marquer d’abord le stade auquel ont abouti toutes les industries qui emploient les nitrocelluloses, les xanthates, etc., comme matière première. Ils consacrent ensuite un chapitre, particulièrement documenté, aux différents acétates de cellulose, chapitre auquel ils apportent de nombreuses contributions personnelles.
- Si les nitrocelluloses, dont l’étude était au point depuis de longues années, ont joué comme poudre un rôle prépondérant au cours de la guerre, les acétates de cellulose naissaient à peine à la vie industrielle. Bien des points restaient encore obscurs sur leur fabrication, sur leur diversité, et sur certaines de leurs applications. C’est grâce à un labeur intense et à des essais multiples qu’on est parvenu à fixer les types qui convenaient le mieux aux usages spéciaux auxquels ils étaient destinés.... Parmi ces usages, il convient de faire ressortir la confection des enduits pour aéroplanes. On peut dire que, grâce au concours des nombreux chimistes qui ont été attachés au service de l’aviation, nos constructeurs ont trouvé les formules adéquates qui leur ont permis d’utiliser les propriétés si précieuses des vernis à base d’acétate de cellulose.
- Outre l’histoire à peu près complète des éthers acétiques de la cellulose, les auteurs ont mentionné d’autres matières plastiques pouvant, dans certains cas, servir de succédanées du celluloïd ou des acéto-celiuloses. 11 en est ainsi de la galalithe et de la bakélite, nouveaux produits dont l’origine et la composition n’ont aucun rapport avec les matières qui ont pour base la cellulose, puisque la première n’est autre chose que la caséine for-molée et la seconde du phénol rendu insoluble et plastique par sa combinaison avec la formaldéhyde ou son produit de polymérisation.
- Sous sa forme condensée, le livre de MM. Clément et Rivière ne manquera pas de rendre de grands services à tous ceux qui s’intéressent à l’industrie si captivante et si moderne des matières plastiques.
- Analyse des métaux par électrolyse. Métaux industriels, alliages, minerais, produits d’usine, par MM. A. Hollard et L. Bertiaux. 3° éd. ln-8 de xviiih-236 p., avec 20 fig. (Prix 12,50 f). Paris, Dunod, 1919.
- L’ouvrage de MM. x4. Hollard et Bertiaux, dont la troisième édition vient de paraître, est un véritable traité à la fois théorique et pratique exposant, d’une part,
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- les lois physiques auxquelles l’analyse électrolytique fait appel dans toutes les opérations de dosage et de séparation des métaux, et aussi les nombreuses et minutieuses précautions de détail que ces opérations exigent en pratique.
- En étudiant ce traité, qui résume l’expérience acquise par les savants auteurs dans les laboratoires des sociétés industrielles auxquelles ils sont attachés, ainsi que l'enseignement donné par M. A. Hollard dans l'École de Physique et de Chimie industrielles de la ville de Paris, on comprend aussitôt que l’analyse électrolytique est un art possédant bien ses lois propres, lesquelles entraînent par suite leurs méthodes particulières de séparation des métaux à doser suivant un ordre et une classification tout à.fait différents de ceux de l’ancienne docimasie procédant par analyse gravimétrique.
- Cet ouvrage devient ainsi pour le chimiste opérant par électrolyse un guide nécessaire apportant toutes les indications dont il a besoin pour pouvoir appliquer avec succès ces méthodes d’analyse si élégantes et précises dont le maniement est en même temps si délicat. A ce titre, il comble une véritable lacune, car la plupart des traités publiés jusqu’à présent sur la matière se sont bornés à signaler certaines applications isolées des méthodes d’analyse par voie électrolytique sans essayer de les coordonner dans uneétude d’ensemble, et, trop souvent, les procédés qu’ils donnent n’ont pas été soumis au préalable à un contrôle sérieux nécessaire en pareille matière.
- MM. Hollard et Bertiaux nous présentent au contraire des procédés qu’ils ont expérimentés par eux-mêmes à de nombreuses reprises, pour lesquels ils ont créé des appareils spéciaux et une technique appropriée, ce qui donne ainsi à ce travail un intérêt tout particulier.
- L’ouvrage est divisé en trois parties : la première est consacrée à l’exposé des principes de l’analyse électrolytique et de la classification des métaux, et les deux dernières au dosage des métaux et des divers produits métallurgiques pris à l’état isolé ou en combinaison.
- Nous ne pouvons pas insister sur les détails pratiques des procédés d’analyse décrits dans ces deux dernières parties, mais nous croyons devoir mentionner plus spécialement, d’après la première partie, les principes fondamentaux sur lesquels s’appuient ces procédés, car ils présentent un caractère général intéressant tous les lecteurs.
- Les auteurs observent ainsi que pour réduire la durée de l’électrolyse, la densité du courant, c’est-à-dire le rapport de l’intensité du courant à la surface de l’électrode qui reçoit le dépôt, doit être aussi grande que possible, tout en évitant cependant d’atteindre la valeur pour laquelle elle commence à provoquer des dépôts pulvérulents ou spongieux. Cette valeur qui varie d’ailleurs avec le métal dosé, est atteinte d’autant plus vite que le liquide est plus pauvre en métal, et il convient par suite de prendre toutes dispositions utiles dans l’installation du bain de dépôt afin de favoriser la diffusion de l’électrolyte autour de la cathode. Autrement, en efifét, le courant tend à provoquer la formation d’ions d’hydrogène qui se substituent aux ions du métal, ce qui provoque sur la cathode la formation d’un dépôt métallique spongieux par suite du dégagement d'hydrogène résultant.
- Il peut arriver même que l’hydrogène ne se dégage pas à l’état gazeux mais se combine avec le métal pour former des hydrures qui souillent le dépôt, si la tension de polarisation correspondant à la production de ces hydrures est inférieure à celle qui correspond au dégagement de l’hydrogène gazeux.
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- On évite la formation de cet hydrogène par l’addition d’un oxydant dans le bain ou par la présence d’un sel qui relève la tension de polarisation de l'hydrogène. Les auteurs citent, par exemple, que dans le dosage de l’argent en solution acide, qui donnerait autrement un dépôt spongieux, on obtient au contraire un dépôt compact par l’addition d’un sulfate de fer dans le bain.
- D’une manière générale, l’installation du bain doit être étudiée en vue de faciliter la diffusion de l’électrolyte autour de la cathode, et les auteurs nous donnent même la description d’une disposition particulièrement intéressante qu'ils ont imaginée à cet effet.
- Partant des principes ainsi posés, les auteurs ont pu réaliser la séparation d'un grand nombre de métaux par des procédés purement électrolytiques et déterminer les méthodes à suivre à cet effet dans tous les cas où cette séparation est possible. Ces méthodes de séparation sont basées sur l’emploi de tensions de polarisation bien distinctes, suffisamment espacées pour que chacune puisse provoquer seulement le dépôt d’un métal unique; on voit par là combien est délicate l’application de ces méthodes; on comprend dès lors qu’on ne peut pas toujours les employer exclusivement et il faut encore recourir parfois aux procédés gravimétriques comportant, pour certains métaux, des précipitations à l’état de sulfures.
- L’ouvrage donne à cet égard les renseignements les plus détaillés sur les méthodes à suivre pour chacun des métaux et pour les alliages qui se rencon trent le plus fréquemment, comme l’or et l’argent, le platine, l’étain, le zinc, le cuivre, le nickel, le cobalt, le cadmium, le fer, le manganèse, l’aluminium, l’antimoine, l’arsenic.
- Ce résumé rapide permet d’apprécier tout l’intérêt de l’ouvrage qui vient compléter une lacune dans la docimasie, et nous exprimons nos remerciements et nos félicitations à MM. Hollard et Bertiaux qui mettent ainsi à la disposition des chimistes, s’occupant d’analyse des métaux, le résultat de leur expérience personnelle et de leurs savantes études.
- L. Bâclé.
- Le soufflage du verre dans les laboratoires scientifiques et industriels, par
- M. Henri Vigreux, chef d’atelier à la Faculté des Sciences de Paris; préface de
- M. Haller, membre de l’Institut. 2° édit. Un volume broché de 13x21 cm,
- vm -f- 268 p. et 256 fig. Paris, Dunod, éditeur, 1920 (Prix : 15 f).
- Les travaux de M. Vigreux sur le soufflage du verre ont été récompensés en 1919 d’une médaille d’argent de notre Société. La première édition de son ouvrage sur la technique du soufflage du verre (1) a remporté un tel succès qu’elle s’est rapidement épuisée et qu’une deuxième édition est devenue nécessaire.
- Cette nouvelle édition ne diffère guère de la première que par des additions sur la fabrication : des thermomètres médicaux, des yeux artificiels, des perles de verre, et aussi par quelques indications sommaires sur la construction des ampoules à rayons X. . E. L.
- I. Voir son compte rendu bibliographique dans le Bulletin de janvier-février 1919, p. 222.
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- OUVRAGES REÇUS A LA RIRLIOTHÈQUE
- EN FÉVRIER ET MARS 1920
- Clerc (L.-P.). —Applications de la photographie aérienne (Encyclopédie scientifique), de 350 p., 136 fig., X pl. Bibliographie, p. 337-339. Paris, O. Doin et Fils, 1920. 15996
- CarlÈs (F.). — L’anatomie de la voiture automobile. Tome I : Le châssis. La direction. La suspension. La transmission. Les roues, de vii + 211 p., 236 üg. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1913. 15997
- Barbet (Emile). — Contre les malthusianismes et les gaspillages en agriculture. Une politique agricole d’expansion et d’exportation basée sur de nouvelles et puissantes industries. In-12 (19 x 12) de xvi + 242 p. Paris, Chaligny et Larrieu, 1919. , 15998
- Martin Saint-Léon (Ét.). — Syndicalisme ouvrier et syndicalisme agricole. In-12 (19 X 12) de 160 p. Paris, Payot et Cic, 1920. 15999
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- 16000
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- Pacoret (Étienne). — La technique de la houille blanche. Usines hydroélectriques. Transport de l’énergie électrique. Électrométallurgie. Électrochimie. 3° éd. Tome II : Descriptions et études d'usines hydroélectriques aménagées ou projetées, p. 1199 à 1662, fig. 753 à 1022, pl. XIV et XV. Paris, Dunod, 1920. 16002
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- Legendre (R.). — Alimentation et ravitaillement. In-8 (20 x 13) de xii -)- 327 p. Paris, Masson et Gie, 1920. 16005
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- Piquet (Victor). — Le Maroc. Géographie. Histoire. Mise en valeur. 3° éd. In-8 (20 x 13) de xn -f 484 p., V pl. Paris, Librairie Armand Colin, 1920. 160 07
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- Ministère du Commerce, de l’Industrie, des Postes et Télégraphes, des Transports MARITIMES ET DE LA MARINE MARCHANDE. DIRECTION DES ÉTUDES TECHNIQUES. — Rapport général sur l'industrie française. Sa situation, son avenir. (D’après les travaux des sections du Comité consultatif des Arts et Manufactures et de la Direction des Études techniques.) 2e partie : Les méthodes d'expansion économique ; 3e partie : Conclusions : Vœux émis par le Comité consultatif des Arts et Manufactures. Tome III, de xm + 645 p., 26 fig. Paris, Imprimerie nationale, 1919. . 16009
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- OUVRAGES REGUS. — MARS-AVRIL 1920.
- Aéronautique militaire. Service centrai, des Laboratoires et essais de la Section
- TECHNIQUE DE L’AÉRONAUTIQUE ET DU SERVICE DES FABRICATIONS DE L’AVIATION MILITAIRE A Ciialais-Meudon. — Index méthodique des travaux et essais exécutés pendant les années 1915, 1916, 1917 et 1918, par M. R. Guérin. In-4 (31 x 21) de 184 p., XIV pi.
- S. F. A., février 1919. • 16010
- Chancerel (Lucien). — Traité pratique de sylviculture. Exploitation forestière et boisement. In-8 (25 x 10) de 373 p., 87 fig. Paris, Gauthier-Villars et Cie, 1920. 16011
- Epry (Cii.) et Jacqueline — Le barême-cadran. In-8 (21 x 14) de 192 p. Paris, 151, Boulevard Auguste-Blanqui, 1919. 16012
- Escard (Jean). — Les fours électriques de laboratoire. 2° éd. In-8 (25 x 16) de Vi + 88 p., 72 fig. Paris, Dunod, 1920. 16013
- National Screw Tiiread Commission (Bureau of Standards, Washington). — Progress
- report, 1919. In-4 (28 x 21) de 137 p., fig., XX pi. (dactylographié). Washington, 1919.
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- Hersent (Georges). — Rapport sur la mise au point de l’outillage maritime. (Asso-ciation nationale d'expansion économique. Commission de Voutillage national). In-4 (27 x 18) de 176 p. Paris, 23, avenue de Messine, 1919. 16015
- Royaume de Belgique. Ministère de l’Industrie, du Travail et du Ravitaillement. Office du Travail. Section de la statistique. — Recensement de l'industrie et du commerce (31 décembre 1910). 2e partie : Recensement industriel (suite); 3° partie : Recensement du commerce. Vol. VII, de xvi + 865 p. Bruxelles, J. Lebègue et Gie ; A. Dewit, 1919. 16016
- Caillault (Raoul) et Warin (Victor). — Pratique de l’organisation des ateliers modernes. In-4 (26 x 20) de iv + 172 p., 160 fig. Paris, Librairie Delagrave, 1920. 16017 Eriksson (Jakob). — Les maladies eryptogamiques des plantes agricoles et leur traitement. Traduit du suédois, par Mme Signe Hagman. In-8 (25 x 16) de xv + 254 p., 132 fig., III pl. Paris, Librairie agricole de la Maison rustique, 1914. 16037
- Don de l’École spéciale des Travaux publics, du Bâtiment et de l’Industrie, 3, rue Thénard, Paris (M. Léon Eyrolles, directeur).
- Cours professés ci l'École.
- Espitallier (G.). — Cours de béton armé. In-8 (25 x 17). Livre I : Procédés généraux de construction et calcul des ouvrages. 7e éd., de 328 p., 162 fig., 1919. 16018
- Gages (Général). — Cours de métallurgié. In-8 (25 x 17). Livre I : La fonte. 2° éd., de 334 p., 115 fig. — Livre II : Élaboration des fers et des aciers. 2e éd.,' de 351 p., 122 fig. — Livre V : Métallurgie des alliages métalliques et des métaux autres que le fer. 2e éd., de 432 p., 113 fig., 1919. 16019-16020-16021
- Gages (Général L.). — Standardisation. Théorie pratique des calibres pour la production en série. In-8 (25 x 17) de 319 p., fig., 1919. 16022
- Georgin (Charles). — Notions élémentaires de droit civil. In-8 (25 x 17) de vin + 660 p., 1919. 16023
- Hourst (E.). — Cours de commerce industriel. In-8 (25 x 17). 2e éd. Livres I et IL 1919. 16024-5
- Massé (Daniel). — Droit commercial et introduction à la pratique des affaires. In-8 (25 X 17) de 218 p., 1919. 16026
- Massé (Daniel) et Bovier-Lapierre. — Cours de législation du travail et prévoyance sociale, 8e éd. In-8 (25 x 17) de 477 p., 1919. 16027
- Poudou (Félix). — Les procédés amétalliques de paiement et le chèque postal, ln-8 (25 X 17) de vu + 336 p. Bibliographie, p. 333-336, 1919. 16028
- Ridet. — Cours d’automobiles. In-8 (25 x 17). Livre I : Moteurs. 4° éd., de vi + 303 p., 178 fig., 1919. - 16029
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- OUVRAGES REÇUS EN FÉVRIER Eff MARS 1920. 271
- Viaro (Georges). — Cours élémentaire de télégraphie sans fil'. (Bibliothèque des Annales des Postes, Télégraphes et Téléphones). In-8 (25 x 17) de 303 p., 188 fig., 1918.
- 16030
- Vigneron (Eug.). — Cours de mesures électriques. In-8 .(25 x 27). Livre I : Essais de laboratoire. Description des méthodes et des appareils. 4e éd., de xm + 551 p., 416 fig., 1919. 16031
- Lindet (L.). — Évolution des industries qui transforment les produits agricoles. Introduction au Cours professé à l’Institut national agronomique. In-12 (19 x 12) de 159 p., 1920. 16032
- Espitallier (Lieutenant-Colonel). — Pour devenir ingénieur. L’enseignement par correspondance. In-12 (19 x 12) de 127 p., 1919. 16033
- Liesse (André). — Les entreprises industrielles. Fondation et direction. In-12 (19 x 12) de vu -j- 205 p., 1919. 16034
- Dufour (Albert). — L'industrie des travaux publics. In-12 (19 x 12) de vi + 120 p., 1919. v 16035
- Dufour (Albert). — Note sur une nouvelle formule de contrat d’entreprise. 2° éd. In-12 (19 X 12) de al p., 1920. . 16036
- Paris, Librairie de l’Enseignement technique, 3 bis, rue Thénard.
- Dulac de Brugheas (A.). — Le pétrole. Notes sur les avantages de sa solidification pour l’armée, la marine et l’industrie. In-8 de 22 p. Caen, A. Olivier, 1919.
- Pièce 12502
- Discours prononcés aux obsèques de M. Achille Mermet (4 décembre 1919), par MM. Beauvais, Brisson, Ch. Deloncle, Marin, Lapresté et Bureau. In-8 de 16 p. Joinville-le-Pont, Imprimerie F. Huby. Pièce 12503
- Loiret (J.). — La crise du charbon et le travail des mines en France et en Angleterre (Revue politique et parlementaire, octobre 1919, 12 p.). Pièce 12504
- Mâhl (L.). — Aménagement du Rhône, entre la mer et la frontière suisse, pour la navigation et la production de la force motrice. (Annexes : Canal de la Loire au Rhône, par Saint-Etienne [Alimentation de Paris en eau de la Loire]. Canal de l’Isère au Rhône, par Chambéry). In-8 de 36 p., 13 fig., 2 cartes. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1918.
- Pièce 12505
- Gordon (Henry Herman). — Some aspects of metropolitan road and rail transit (The Institution of civil Engine ers). In-8 de 83 p., 10 fig. London, 1919. Pièce 12506
- Sabouret. — Aménagement de l’outillage et des voies à l’arrière de quelques postes maritimes intensifs. Conférence faite à l’École des Ponts et Chaussées (Annales des Ponts et Chaussées, V, 1919, 48 p., 12 fig., II pi.). Pièce 12507
- Gabelle (Henri). — L’enseignement technique en Alsace-Lorraine et le Conservatoire national des Arts et Métiers. Rapport de mission (septembre 1919). In-8 de 27 p. Paris, Imprimerie nationale, 1919. Pièce 12508
- La semaine de motoculture d’automne 1919 (Senlis, 29 sept.-5 oct.) (Bulletin de la Chambre syndicale cle la motoculture, janvier 1920, 39 p., 50 fig.). Pièce 12509
- Gruner (E.). — Destruction et restauration du bassin houiller du Nord et du Pas-de-Calais (Société des Ingénieurs civils de France, 9 janvier 1920, 26 p., II p].).
- Pièce 12510
- Société industrielle de Mulhouse. — Aperçu historique sur la Société et sur les Institutions diverses créées par elle ou fonctionnant sous son patronage, publié en commémoration de la délivrance et du retour à la mère-patrie le 17 novembre 1918. In-12 de 93 p., NIII pl. Mulhouse, Impr. E. Meininger, 1919. Pièce 12511
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- OUVRAGES REÇUS.
- MARS-AVRIL 1920.
- Société industrielle de Mulhouse. — Statuts et règlements. In-8 de 55 p. 1919.
- Pièce 12512
- Lencauchez (J.-A.). — Carte des Concessions de mines de fer oolithique de la Lorraine. Dressée d’après la carte de l’Etat-Major et divers documents. Paris, Courtier et Cie, 43, rue de Dunkerque, 1920. Pièce 12513
- Société anonyme des hauts fourneaux et fonderies de Pont-a-Mousson. — I. Avant la guerre. — II. La guerre. Ses conséquences, l’OEuvre de la Société. — 111. Après-guerre. — IV. La visite du président de la République à l’ùsine de Pont-à-Mousson, le 23 novembre 1919. In-8 de 24 p., fig. Pièce 12514
- Royaume de Belgique. Ministère de l’Industrie, du Travail et du Ravitaillement. Administration des mines et Inspection du Travail. Office de l’assurance et de la prévoyance sociale (Direction centrale des secours). — La situation des industries belges en décembre 1919. Im4 de 41 p. Bruxelles, M. Weissenbruch, 1920. Pièce 12515
- Iron and Steel Institute. — Journal. 1919, n° IL Vol. G. Pér. 157
- Geological Institution of the University of Upsala. — Bulletin. Vol. XVI (1918-1919). Pér. 221
- Société d’Économie politique. — Bulletin. Année 1919. Pér. 55
- Institut d’Égypte. — Mémoires présentés. Tome I (Food in Egypt, by Sir Armand Ruffer). Pér. 32
- Société de l’industrie minérale. — Annuaire des industries minières et métallurgiques, 1920. Pér. 166
- Bureau des longitudes. — Annuaire pour l’an 1920, avec des Notices scientifiques. Paris, Gauthier-Villars et Cio. Pér. 124
- L’agent général, gérant, E. Lemaire.
- Coulommiers. — lmp. Paul BRODARD.
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- 119° ANNEE.
- MAI-JUIN 1920
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- COMITÉ DE COMMERCE
- Rapport présenté par M. Gruner, au nom du Comité de Commerce sur L'œuvre de pacification et de développement économique du Général Lyautey au Maroc et concluant à Xattribution au Général Lyaütey, résident général au Maroc, de la Grande Médaille Chaptal.
- Général,
- Appelé à décerner en 1919 la grande Médaille à l’effigie du fondateur et premier président de notre Société, le Comte Chaptal, notre Comité de Commerce n’a pas eu un moment d’hésitation.
- Il avait à désigner celui des Français qui a, dans la dernière décade, contribué le plus brillamment au développement économique de la Patrie.
- N’était-il pas naturellement désigné à nos suffrages le général et éminent administrateur qui, à peine maître de l’insurrection qui avait ensanglanté la région de Fez, sut fournir à la France attaquée inopinément sur les frontières de l’Est et du Nord, toutes les troupes qu’elle demandait, mais aussi eut le ferme courage de se refuser à abandonner un seul des postes avancés le long de l’Atlas.
- Vous avez réussi en pleine guerre européenne à asseoir définitivement un protectorat qui a donné au Maroc une prospérité agricole, industrielle, commerciale qu’il n’avait jamais connue, et vous avez fait de ces nouveaux fils de la France, les plus héroïques défenseurs de la
- patrie civilisatrice.
- Tome 132. — 1er semestre. — Mai-Juin 1920.
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- COMITE DE COMMERCE.
- MAI-JUIN 1920.
- Plutôt que d’avancer pour détruire à titre de punition, vous avez, mois après mois, progressé pour assurer aux tribus contenues et bientôt ralliées une tranquille prospérité.
- Alors que les esprits étaient encore obsédés par le souvenir des pénibles incidents de Casablanca, vous organisiez, aux confins de cette même ville, une exposition qui témoigna triomphalement au Monde que^ luttant péniblement pour délivrer ses provinces envahies et libérer celles qui lui avaient été ravies quarante-cinq ans auparavant, la France était au même moment capable de se révéler une puissance colonisatrice de premier ordre.
- Cette œuvre fut tout entière la vôtre et celle de cette pléiade d’officiers formés par vous, continuateurs dans nos colonies de ces grands initiateurs : Faidherbe, de Brazza, Courbet, Gallieni, pour ne parler que de ceux qui ne sont plus.
- Ce n’est pas notre seule Médaille du Commerce et de l’Industrie que nous eussions voulu vous décerner à vous qui ne vous êtes pas contenté de restaurer les vieilles industries marocaines pour alimenter ce commerce que vous rendiez possible par la transformation des pistes en routes et en chemins de fer, des rades foraines en ports puissamment aménagés pour de rapides manutentions, mais qui auriez, à juste titre, bien mérité de notre Comité d’Agriculture, en transformant les conditions de la culture et en faisant de ce pays dévasté par l’imprévoyance indigène un des greniers de l’Europe. Artiste en même temps qu'ingé-nieur et que guerrier, vous eussiez sans conteste, recueilli tous les suffrages de notre Comité des Constructions et Beaux-Arts, en sachant, dans toutes les villes, assainir sans enlaidir, développer sans altérer cette couleur locale qui fait le charme pénétrant des pays de l’Orient.
- Contrôler l’administration indigène et n’administrer directement que le moins possible, amener par la persuasion, et parfois par une sévère mais courte intervention, les tribus à renoncer à leurs luttes intestines, utiliser à notre profit ces forces trop exubérantes plutôt cpie de les laisser s’organiser contre nous, telle a été votre constante politique qui a doté notre pays d’un protectorat prospère et d’une armée vigoureuse, bien en mains, grâce à cette génération de jeunes officiers qui ont compris, grâce à vous, la belle et grande tâche qui incombe à l’officier colonial.
- Pourquoi continuerait-il à lutter contre la France, cet indigène dont
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- l’oeuvre DE PACIFI8ATI0N DU GÉNÉRAL LYAUTEY AU MAROC.
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- les traditions et les coutumes sont respectées et conservées, dont la prospérité se développe d’année en année, qui voit ses champs bien irrigués, produire grâce à des semences sélectionnées des récoltes inespérées, et qui n’a que peu de parcours à faire pour rencontrer une route ou un chemin de fer par lequel il transportera rapidement et à bas prix ses produits vers des ports où des ventes avantageuses peuvent en tous temps être réalisées.
- Obtenez avant peu, Général, des lignes de vapeurs plus fréquents, plus réguliers et plus rapides, et la prospérité du pays sera encore grandement améliorée.
- Vous avez réalisé, Général, ce que vous écriviez autrefois : « L’essentiel, disiez-vous, est de savoir ce que l’on veut et où l’on va. » Vous vous êtes à tout instant attaché à faire « prédominer sur tous les autres devoirs le devoir social, le devoir d’arracher un pays à la décomposition et à la ruine ».
- Ce que, collaborateur de Gallieni, vous avez fait avec tant de succès aux premières années de l’occupation de Madagascar, vous l’avez renouvelé, sur une bien autre échelle, au Maroc, où votre nom vivra dans la mémoire reconnaissante de l’indigène, comme il vivra en France dans la mémoire de tous ceux qui, après Jules Ferry, aspirent à la prospérité d’une plus grande France.
- Ceux que vous animez de votre esprit savent, comme vous l’avez dit un jour, « réagir sur l’inertie métropolitaine, établir un circuit continu et régénérateur entre la France du dehors et la France du dedans, qui soit pour celle-ci le réveil de la fécondité physique, le réveil de l’activité économique, le réveil du large commerce, le réveil de l’esprit d’entreprise, le réveil aussi des pensers généreux, des vastes vouloirs et des jugements larges sur le monde et sur les nations qui le peuplent ».
- C’est à l’homme éminent qui a conçu et réalisé à Madagascar, puis au Maroc dans toutes les branches de l’activité humaine, ce réveil de toutes les énergies, que la Société d’Encouragement est heureuse de décerner sa grande Médaille Chaptal.
- Gruner.
- Lu et approuvé en séance publique le 17 avril 1920(1).
- (1) Voir le compte rendu de cette séance, qui a été présidée par le Général Lyautey et au cours de laquelle la Grande Médaille Chaptal lui a été remise, dans le présent Bulletin p. 373.
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- COMITE DE COMMERCE. — MAHTUIN 1920.
- ADDENDUM
- au Bulletin de janvier-février 1920, p. 11 et 12.
- CONSEIL D’ADMINISTRATION
- MEMBRES CORRESPONDANTS
- Comité des Arts chimiques.
- Correspondants français.
- 1919. — Jûssier (Gabriel), président de la Chambre syndicale des Cuirs et Peaux de Paris, Paris.
- Comité des Arts économiques.
- Correspondants étrangers.
- 1920. — Tzitzeica (Georges), membre de l’Académie roumaine, président de la Société des Sciences de Roumanie, doyen de la Faculté des Sciences de Bucarest (Roumanie).
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- CONTRIBUTION A L’ÉTUDE DU ROUISSAGE
- Travaux exécutés au Laboratoire de Fermentations de l’Institut national agronomique (1).
- CHAPITRE I
- La nature ne fournit qu’exceptionnellement les filasses à l’état où nous les employons. La plupart se trouvent sous la forme de faisceaux vasculaires plus ou moins groupés ou associés dans l’intérieur du tissu végétal.
- Le rouissage a pour but de séparer les fibres textiles des autres tissus, en détruisant les matières qui les agglutinent, en dissolvant le ciment formé par les lamelles mitoyennes; on considère le rouissage comme une fermentation pectique, comme une transformation des matières pectiques.
- Cette opération ne doit pas être poussée trop loin, afin de laisser intacts des composés susceptibles de se transformer en acide pectique et d’obtenir ainsi le luisant des fibres.
- On a recours à des moyens mécaniques ou chimiques ou à des actions biologiques; ce dernier mode est souvent employé pour les fibres des dicotylédones comme le fin, le chanvre, le jute, etc.
- L’étude chimique des composés pectiques a appris que leur composition se rapprochait de celle des hydrates de carbone avec un léger excès d’oxygène; le rapport H à O est sensiblement de 1 à 8.
- Ces composés pectiques ressemblent aux mucilages et aux gommes des végétaux; or, les recherches de MM. Bourquelot et Hérissey nous ont appris que les mannogalactanes donnent par hydrolyse, sous l’influence des acides, des sucres (mannose, galactose) qui sont ultérieurement décomposés par les diastases des végétaux.
- Ces composés renferment dans leur molécule les groupes pentosane et galactane et, en raison de leur caractère acide, il faut y admettre également le radical COOH qui donne finalement de l’acide gluconique.
- (1) Ces travaux ont fait l’objet d’une subvention de 1 000 f accordée par la Société d’Encoura-gement en 1913. Ils ont été interrompus pendant la guerre. La présente note est le résumé d’un mémoire plus détaillé, déposé à la Bibliothèque de la Société d’Encouragement où les intéressés peuvent en prendre connaissance.
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- ÉTUDE DU ROUISSAGE.
- MAI-JUIN 1920.
- Très probablement la nature de la pectine peut nous expliquer les grandes variations qu’on a constatées; ainsi la pectine du chanvre n’a fourni à Behrens que les hexoses.
- CHAPITRE II
- Les procédés biologiques peuvent être ramenés à deux types : rouissage à terre et rouissage sous beau (courante, stagnante, froide ou chaude); on donne le nom de rouissage mixte à celui qui a commencé dans beau et qu’on finit sur le pré.
- Dans le rouissage à terre ou à la rosée, les tiges coupées sont exposées sur le sol d’un champ ou sur un pré fauché où on les laisse exposées aux alternatives de sécheresse et d’humidité pendant un certain temps et en les retournant assez fréquemment pour avoir une fermentation uniforme; il se pratique dans les pays où beau est rare. Les fibres sont souvent moins résistantes que celles qui s’obtiennent par rouissage sous beau. La durée de ce rouissage est plus courte en automne et au printemps; il demande, en général, un temps assez long. Le rouissage à beau courante nécessite également plus de temps que celui dans beau stagnante.
- La qualité de la filasse dépend non seulement de la plante textile mais encore du microorganisme qui procède à sa mise en liberté, du mode et de l’allure du rouissage.
- En certain nombre de facteurs interviennent ici : origine des semences, espèce, variété, genre (le produit du pied femelle est plus grossier chez le chanvre); le produit de la tige principale est toujours meilleur que celui provenant des parties latérales; la constitution géologique du sol, la consistance, le mode de fumure, les conditions météorologiques pendant la végétation (sécheresse prolongée, pluie abondante, alternance de chaleur et de froid); un semis serré donne toujours des fibres plus fïùes, moins lignifiées, l’état de maturité au moment de la récolte, le mode de dessiccation; la température et la composition de beau, l’accès plus ou moins facile de l’air, le rapport entre cette eau et la quantité de textile mise en œuvre ; ces divers facteurs peuvent influencer le développement microbien et agir sur la durée du rouissage.
- Nos essais ont porté dans la famille des urticacées : chanvre, ramie, ortie, mûrier à papier; dans la famille des linées : lin; dans la famille des tiliacées : jute; famille des malvacées : Hibiscus cannabinus; dans la famille des bombacées : baobab ; dans la famille des thyméliacées : Daphné lau-reola; etc.
- Nous avons étudié les coupes de ces textiles vis-à-vis de certains réactifs
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- CONTRIBUTION A L’ÉTUDE DU ROUISSAGE.
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- comme rouge de ruthénium, acide sulfurique et iode, chlorure de zinc iodé, chlorure de calcium iodé, fuchsine ammoniacale, etc., et observé les colorations obtenues.
- CHAPITRE III
- Lorsqu’on immerge dans l’eau des tiges de lin, de chanvre, d’ortie, etc., on obtient au bout d’un certain temps des filasses libres, l’eau se trouble par suite de la dissolution de principes solubles : il y a formation d’écume blanche, production abondante de gaz; le microscope révèle la présence de nombreuses espèces microbiennes : bacilles, bâtonnets, mycodermes, moisissures, etc.
- C’est à leur intervention qu’Allemann et Hodges ont attribué la dissolution de la matière pectique, qu’on peut arrêter soit par l’emploi de la chaleur ou celui d’un antiseptique approprié.
- Aussi, dans une note adressée à l’Académie des Sciences de Paris, Kolb considérait le rouissage comme un phénomène de fermentation.
- A priori, on peut admettre qu’il existe un grand nombre d’espèces microbiennes du sol, des eaux ou de l’air, aptes à rouir plus ou moins les différents textiles; on peut citer des Dotrytis, Cladosporium, Aspergillus, Oïdium, Mucors, Bac. aerogenes, Bact. coli, Bacillus subtilis, Bac. mycoïdes, Bac. fluo-rescens liquefaciens, Bac. asterosporus, amylacter, etc.
- Les travaux de MM. Trécul, Y. Senus, Wiesner, Y. Tieghem, effectués avec des espèces impures; ceux de Fribes, Marinier, Beijerinck et Y. Delden, Behrens, Stôrmer, Schardinger, Macrinoff, Rossi, Carbone, Haumann, effectués avec des espèces pures nous font connaître les propriétés des microbes étudiés et les résultats obtenus.
- Est-ce qu’on trouve à tout moment ces espèces, aptes à faire un bon rouissage, dans le sol? Y sont-elles plus ou moins abondantes sur les tiges des textiles?
- Nous avons soumis au rouissage des tiges de lin et de chanvre, lorsqu’elles n’avaient que 20 à 25 cm de longueur, lorsqu’elles avaient atteint 70 à 80 cm, enfin lorsqu’elles étaient arrivées à maturité. Ces prélèvements ont eu lieu à trois reprises et à un mois d’intervalle à peu près.
- Selon les grandeurs des tiges, on a coupé chaque tige en deux, trois ou quatre morceaux : partie radiculaire, inférieure, parties moyennes et parties supérieures ; le rouissage a eu lieu dans les mêmes conditions de température et d’aération.
- A. Essais avec lin. — Le rouissage était déjà obtenu avec les premiers échantillons au bout de 30 à 36 heures, mais la filasse n’était guère résis-
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- tante; la flore microbienne variait : bâtonnets avec spores brillantes, bacilles en fuseau.
- Pour le second prélèvement, les parties radiculaires et moyennes surtout ont donné de bons rouissages, viscosité après les tiges, nombreux microbes dans l’intérieur, odeur lactique agréable; avec les parties supérieures le rouissage était moins bon, la flore microbienne nettement différente; dans la partie florale le rouissage était souvent incomplet.
- Ces différences étaient encore plus marquées avec le lin arraché à maturité; ce furent les parties radiculaires et florales qui étaient les plus riches en microbes sporulés.
- B. Essais avec chanvre. — Nous pouvons faire les mêmes remarques pour ce textile; en ce qui concerne les deux premiers lots.
- Pour le troisième prélèvement, on a soumis séparément au rouissage les tiges femelles et les tiges mâles; le produit était inférieur avec les premières.
- Les parties radiculaires des deux sortes de tiges donnaient lieu à un dégagement de mauvaises odeurs, le nombre des microbes sporulés était toujours supérieur avec les tiges mâles; ces espèces étaient rares dans les parties supérieures des deux pieds.
- L’ensemencement des diverses infusions ainsi obtenues sur des parties de lin ou de chanvre stérilisées a montré que le rouissage le plus parfait et le plus rapide était obtenu avec celles qui provenaient du traitement des parties moyennes des tiges.
- Ces essais nous ont appris que les microbes spécifiques étaient présents dans le sol, dès que le chanvre et le lin étaient à leur premier développement et se multiplient sur les tiges elles-mêmes.
- On constate, en outre, par la rapidité et la perfection du rouissage, qu’il y a augmentation notable des microbes spécifiques depuis la première végétation jusqu’à la maturité des textiles; c’est là un fait qu’il convient de rapprocher de celui signalé par Pasteur pour les levûres du raisin au moment de sa maturité.
- Dans nos essais nous avons remarqué la présence constante d’un même microbe tantôt à l’état de bâtonnet mobile, tantôt à l’état sporulé; son abondance dans les cas de rouissage parfait nous le fait considérer comme un microbe spécifique; au bout de trois ou quatre générations il dominait facL le ment.
- Beaucoup d’espèces ont fourni à Behrens, à Beijerinck et V. Delden des rouissages avec des variantes et des degrés dépendant de la plante textile; on s’est vite aperçu que le lin est plus facile à rouir que le chanvre ou la
- ramie.
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- Nous avons étudié un certain nombre de microorganismes isolés de macérations de lin, chanvre, jute, ramie, etc., nous en avons soumis quelques-uns à une étude plus approfondie, tous sont plutôt aérobies, sauf le microbe VI facultativement anaérobie.
- Voici leurs principaux caractères morphologiques, leur manière de se comporter dans divers milieux de cultures liquides ou solides, ainsi que vis+ à-vis de la chaleur.
- Microbe I. Origine : infusion de lin, bâtonnet mobile tantôt isolé, tantôt réuni par deux ou trois, 1,8 à 2,5 p de long sur 0,6 p de large; colorable par le violet de gentiane, le rouge de Ziehl, non colorable par la méthode de Gram; forme sur gélatine de petites colonies légèrement transparentes; sur gélose, pommes de terre, carottes, colonies d’un blanc jaunâtre.
- Il trouble les milieux liquides avec formation d’un faible voile; il rend le jus de carottes légèrement visqueux; coagule et peptonise le lait.
- Microbe II. Origine : macération de chanvre, bâtonnet mobile mesurant 1,4 p de long sur 0,5 p de large; cqjorable par le rouge de Ziehl, le violet de gentiane, ne se colore pas par la méthode de Gram; sur gélatine on obtient des colonies transparentes, plus blanches que celles du microbe I; sur gélose, colonies étalées festonnées un peu jaunâtres à bords transparents; sur carottes colonies d’un blanc laiteux.
- 11 rend les milieux liquides visqueux, donne un faible dégagement de gaz; coagule le lait sans peptonisation.
- Microbe III. Origine : macération de ramie, bâtonnet mobile de 1,6 p à 1,8 p de long sur 0,5 p de large; colorable par le rouge de Zeihl, le violet de gentiane, non colorable par la méthode de Gram ; sur gélatine on a des colonies blanches, sur gélose elles sont légèrement jaunâtres; sur carottes elles montrent l’aspect porcelanique.
- Dans les infusions de chanvre ou de lin on obtient un voile assez épais ; le jus de carottes devient légèrement visqueux, le lait se coagule et est peptonisé.
- Microbe IV. Origine : macération de jute, bâtonnet mobile mesurant 2,2 p de long sur 0,6 p de large; colorable par les mêmes réactifs que les précédents; sur gélatine on a des colonies un peu jaunâtres et transparentes, sur gélose les colonies montrent un aspect cireux à centre jaunâtre par transparence; sur pommes de terre et carottes elles sont jaunâtres.
- Il rend également les milieux liquides faiblement visqueux, donne lieu à un léger dégagement gazeux, coagule le lait sans le peptoniser.
- Microbe V. Origine : macération de chanvre, bâtonnet mobile de 2,2 à 3 p
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- de long sur 0,6 g de large, colorable par le rouge de Ziehl, le violet de gentiane, non colorable par la méthode de Gram.
- Sur gélatine, pommes de terre, carottes, colonies blanchâtres à bords transparents; sur gélose, colonies jaunâtres d’aspect huileux; se développe très bien dans les divers milieux liquides en les rendant visqueux; il peptonise le lait sans apparence de coagulation.
- Microbe VI. Origine : macération de ramie, mobile à l’état jeune, s’immobilisant en vieillissant, mesurant de 5,1 à 8,5 u de long sur 1,3 à 1,7 g de large; les spores, lorsqu’elles sont rondes, se trouvent soit à Tune des extrémités, soit aux Jeux bouts du microbe; elles affectuent d’autres fois la forme d’une baguette de tambour; elles sont colorables par les divers réactifs précédents et également par la méthode de Gram.
- Le microbe liquéfie la gélatine à l’inverse des précédents; sur gélose les colonies blanchâtres sont visqueuses et transparentes; le microbe se développe très bien sur tranches de carottes, de betteraves en colonies gommeuses; il pousse, en général, mal sur pommes de terre.
- Tl se développe surtout bien dans l’infusion de carottes qu’il rend visqueux, en même temps il y a dégagement gazeux; beaucoup de milieux lui sont favorables; le lait est coagulé et peptonisé.
- Pendant que les cinq premiers microbes sont nettement aérobies, le microbe VI est facultativement anaérobie.
- Températures optima et mortelle. — Pour les microbes I, II, V et VI la température optima est comprise entre 25 à 30°; pour les microbes III et IV, elle est un peu supérieure et monte jusqu’à 32-35°; la composition du milieu a de l’importance; les divers microbes résistent 2 à 5 minutes à 90° et le microbe VI supporte 2 minutes de chauffage à 100°.
- Tous ces microbes restent vivants pendant 12 à 15 mois, soit qu’on les conserve dans des infusions de lin, de chanvre ou sur des tranches de papier à l’état sec.
- Action sur les hydrates de carbone. — Tous ces microbes attaquent les différents sucres, toutefois plus facilement les hexoses que les bioses et la proportion de sucre disparu atteint rapidement 1 p. 100.
- Le tableau suivant nous renseigne sur l’influence de l’aliment azoté du milieu de culture.
- Glucose. Inuline. Amidon. Dextrine.
- Microbe : I VI I VI I VI I VI
- Peptone + 1 + + + + -j- -T-
- Asparagine — + + + — + + +
- Gluten — -f + — — • + + —
- Sulfate d’ammoniaque. — + + + ' — + — _L l
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- Pectine. —Nous avons essayé l’action de nos différents microbes sur des solutions de pectine additionnées de sels nutritifs habituellement employés.
- Nous avons utilisé pour obtenir la pectine différents procédés, entre autres celui de Beijerinck et Y. Delden et celui préconisé par G. Bertrand et Mallèvre.
- Ce dernier consiste à traiter le marc de carottes pressées par l’alcool, à faire bouillir un quart d’heure et à filtrer à chaud.
- Le résidu décoloré est mis en macération dans l’eau additionnée de 2 p. 100 d’acide chlorhydrique; après 24 heures on exprime dans un linge et on précipite par son volume d’alcool; les flocons sont versés sur une toile, la vés à l’alcool acidulé à 2 p. 100 d’acide chlorhydrique.
- On enlève l’acide chlorhydrique par plusieurs lavages à l’eau suivis de précipitations à l’alcool, sans pousser trop loin les précipitations et purifications afin d’éviter que la pectine ne perde sa contractilité et que la séparation du liquide alcoolique ne devienne trop difficile.
- On obtient un très bon produit lorsqu’on a la précaution de neutraliser la solution de pectine dans l’acide chlorhydrique par l’ammoniaque diluée; on évapore et on mélange avec l’alcool dans des proportions telles (50 p. 100) qu’il n’y a pas possibilité de précipitation de chlorhydrate d’ammoniaque; la pectine est ainsi précipitée.
- On lave avec une solution alcoolique de la même richesse jusqu’à réaction neutre, on évapore, on traite par l’éther, en décantant fréquemment, on trouve la pectine sous la forme de poudre très fine.
- Nous avons contrôlé notre pectine à l’aide des réactions principales : décomposition en galactose et arabinose, production d’acide mucique et de fur-furol.
- Nous avons ainsi pu confirmer que la pectine du lin entre plus vite en fermentation que celle de la seradelle, que la pectine des carottes montre plus facilement la réaction des pectoses que celle du chanvre et du lin.
- Dosage du furfurol. — Pour avoir une idée de la transformation des matières pectiques, nous avons effectué le dosage du furfurol; l’attaque des textiles : lin, chanvre, jute, etc., se faisait avant et après rouissage, à l’acide chlorhydrique de densité 1,06 au bain d’huile à 160°; la fin de la réaction a été reconnue à l’aide de la réaction à l’acétate d’aniline.
- Un volume connu du distillât a été traité par une solution de 0,1 p. 100 de phloroglucine dissoute dans l’acide chlorhydrique de densité 1,06; on a chauffé légèrement jusqu’à précipitation complète du furfurol.
- Après un repos de 18 à 20 heures, on filtre à la trompe à travers un creuset lavé de Gooch sur amiante ; on lave avec 150 à 200 cm3 d’eau et on
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- dessèche à la température de 97° dans un cristallisoir taré, à couvercle rodé à l’émeri ; on pèse dès que le poids est constant.
- C6IIG03 + CMPO2 = C1]II«03 + 21I20.
- Le poids de phloroglucide obtenu, divisé par le facteur 1,82 ou 1,93 selon que l’on a de faibles ou de fortes quantités, fournit le poids de furfurol; les tableaux de Kroeber permettent d’ailleurs de trouver directement le poids des pentosanes correspondant au furfurol trouvé.
- Il résulte des expériences de Fribes et Winogradsky, de celles de Rossi, que les matières pectiques sont attaquées par les microbes du rouissage; ce dernier savant a constaté que le Bac. comesii diminuait fortement la matière pectique.
- De nos expériences nous pouvons conclure que les transformations varient avec l’espèce microbienne, la nature, la concentration, la pureté de la matière pectique; il peut arriver que cette dernière disparaisse complètement. Nous allons citer une seule de nos expériences.
- Dans un mélange d’eau de Seine et d’infusion de chanvre très diluée, mais additionnée de 0,2 p. 100 de pectine de carottes et de lin, voici quelle était la teneur trouvée en pentosanes, calculée d’après le furfurol, après une durée de 8 jours.
- Pentosanes Pentosanes Disparitions
- existantes. disparues. centésimales.
- Témoin . . . ................. 0,0395 — —
- Microbe I...................... 0,0187 0,0208 52,6
- — II.................... 0,0250 0,0145 56,7
- — III................... 0,0369 0,0026 6,59
- — IV.................... 0,0324 0,0071 17,97
- V..................... 0,0337 0,0058 14,68
- — VI.................... 0,0204 0,0191 48,00
- Dans une autre expérience pour laquelle la pectine ajoutée était de 1 p. 100, nous avons trouvé comme pentosanes :
- Microbe 1................................................... 75 mg
- — II.................................................. 87 —
- — III................................................. 72 —
- — IV.................................................. 72 —
- — V................................................... 87 —
- — VI.................................................. 78 —
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- CHAPITRE IV
- L’étude des eaux de rouissage a appris que les transformations chimiques varient beaucoup avec les conditions opératoires : nature du textile, espèces microbiennes, température, nature de l’eau, mode de rouissage, etc.
- On y a signalé l’acide métapectique, l’acide formique, l’acide acétique, acide butyrique, acide succinique, acide lactique, alcool, acétone, des sucres, des gaz hydrogène et acide carbonique, ainsi que des produits azotés solubles.
- Substances solubilisées. — Essai. — Dans des vases coniques flambés, on a mis 2 g de tiges de lin coupées en morceaux ; le lin avait été stérilisé par la sulfure de carbone; on a ajouté 40 cm3 d’eau de Vanne stérile.
- Deux vases non ensemencés servirent de témoin, trois furent ensemencés avec le microbe I et trois avec le microbe VI.
- On a procédé au dosage des substances solubilisées après 3, 6 et 9 jours; le lin restant a été lavé et pesé à sec.
- Témoin.
- Jours.
- Microbe I. Jours.
- Microbe VI. Jours.
- 3 6 9 3 6 9 3 6 9
- a) Parties solubles.
- 0,125 0,135 0,145 0,200 0,190 0,190 b) Lin restant. 0,150 0,200 0,200
- 1,800 1,785 1,770 1,633 1,603 1.578 c) Perte centésimale. 1.705 1,542 1,595
- 6.25 )> 7,25 10,0 9,5 9,5 7,5 10,0 10,0
- ~ Le microbe I a donc cessé son action dès le 3e jour, le microbe VI a continué un peu plus longtemps, la peçte centésimale est finalement la même, le rouissage était parfait avec les deux microbes.
- 2e Essai. — Trois grammes de lin traités de la même manière comme dans l’essai précédent ont fourni les résultats suivants (matières solubles) après 10 jours.
- Témoin................................................ 0,168
- Microbe I............................................... 0,188
- — Il............................................. 0,255
- - III........................................... 0,270
- _ IV............................................. 0,225
- _ V............................................. 0,257
- _ VI........................................... 0,253
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- En ensemençant dans les extraits obtenus une levure entraînée au galactose, nous avons constaté qu’ils renfermaient du sucre fermentescible.
- En rapportant cette quantité d’alcool au poids de matières solubilisées, nous trouvons les rapports suivants :
- Alcool Sucre Sucre p. 100
- en poids. correspondant, do la matière.
- Microbe 1......................... 0,067 0,134 79.0
- — II......................... 0,072 0,144' 70,5
- — III....................... 0.015 0,030 11,1
- — VI......................... 0,055 0,110 47,4
- Si nous mettons en regard l’extrait obtenu avec les 3 g de lin et le sucre correspondant à l’alcool, nous trouvons les différences suivantes :
- Extrait. Sucre. Différence.
- Microbe I........................ 0.188 0,134 34
- — II......................... 0,255 0.144 111
- — III..................... . 0.270 0.030 240
- — VI......................... 0.233 0,110 143
- La décomposition varie donc avec l’espèce considérée.
- Lorsque nous ensemençons ces microbes dans une décoction de carottes additionnée de traces de touraillons pour apporter la matière azotée, on constate qu’ils sont aptes à transformer partiellement les sucres fermentescibles en alcool.
- Alcool p. 100 trouvé.
- Microbe I.............................................. 0,025
- — II............................................. 1,450
- III............................................ 0,940
- — IV............................................... 1,550
- V............................................. 1.600
- — VI............................................... 2,500
- Ces microbes ont produit des quantités d’acides volatils, 1 d'acide butyrique pour, 2,5 à 5 d’acide acétique selon le milieu et le sucre présent dans le liquide de culture (méthode des distillations fonctionnées de Duclaux).
- Recherche des gaz, — Le microbe VI seul nous a fourni des quantités appréciables de gaz.
- Une décoction de carottes stérile a été ensemencée avec le microbe VI; on a adapté le ballon à la trompe à mercure et effectué le vide presque absolu, laissant justement assez d’air pour ne pas gêner le premier développement.
- Le gaz analysé à deux reprises différentes, première et dernière cloche, a été reconnu formé au début de 65 p. 100 de CO- et à la fin de75 p. 100 du même gaz,
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- sans oxygène ni hydrogène, le restant était constitué par de l’azote; voici le taux des autres produits, rapporté au litre :
- Alcool en volume.......................................... 3,820
- Acides volatils ou acide acétique........................ 0,062
- Poids microbien........................................... 0,107
- CHAPITRE V
- Pour expliquer la séparation des faisceaux libériens on admet deux hypothèses, d'après la première toute l’écorce à l’exception des fibres est dissoute, d’après la seconde ce serait la dissolution du ciment intracellulaire qui soude les faisceaux des fibres avec les éléments corticaux ainsi que ces derniers entre eux. Ce serait une fermentation cellulosique ou pectique.
- On connaît des microorganismes qui n’attaquent pas la cellulose, mais très bien les matières pectiques; d’autres qui attaquent la cellulose et les lamelles mitoyennes (Omeliansky) à la fois; ces derniers ne peuvent donc pas être pris en considération dans les phénomènes du rouissage.
- D’autre part l’emploi de réactifs chimiques permet de dissoudre les lamelles mitoyennes sans attaquer la cellulose et obtenir les mêmes produits que dans le rouissage.
- Comme les faisceaux libériens ont sensiblement la même composition que la cellulose, on ne comprendrait pas comment ils ne seraient pas également détruits dans le cas d’une fermentation cellulosique.
- Il est plus logique de considérer le rouissage comme une fermentation des composés pectiques avec transformation en sucres, alcools, acides, gaz, etc., sous l’influence des diastases secrétées par les microbes.
- -Certains facteurs jouent ici un rôle tantôt direct, tantôt indirect, que les essais avec cultures impures font déjà ressortir.
- Ainsi il importe de maintenir un juste rapport entre la plante textile et l’eau; il faut éviter l’excès de matières alimentaires, c'est ce qui explique qu’on obtient un meilleur rouissage avec un peu de lin et beaucoup d’eau que dans le cas contraire.
- Lorsqu’on enlève l’eau de macération après les premières 24 heures, on élimine les composés azotés solubles, l’acidité produite parles espèces étrangères et on favorise les espèces utiles; c’est ce qui explique l’intermittence des rouissages effectués dans la Lys.
- L’eau stagnante maintenant la température plus constante raccourcit la durée du rouissage; elle élimine l’influence de la saison.
- L’addition de sels alcalins, alcalino-terreux, d’urée transformable en
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- ammoniaque, de nitrates empêchant l’attaque des sucres par les bactéries du genre aérogènes, exerce une influence favorable sur la multiplication des bonnes espèces, tout comme le fait l’emploi d’un pied de cuve provenant d’un rouissage réussi ou d’une culture pure.
- On applique ainsi d’une façon plus ou moins directe les principes posés par Pasteur (emploi de la bactérie acétique en vinaigrerie, des ferments lactiques en laiterie, des levùres sélectionnées dans les industries de fermentation).
- M. Feuillette a employé le premier procédé en France; d’autres savants ont eu recours au second; Beijerinck et V. Delden ont accumulé le Granu-lohacter pectinovorum grâce à des conditions favorables. Stormer a opéré avec des cultures pures de Plectridium pectinovorum, Rossi avec une culture pure du Bact. Comesii. Carbone avec celle du Bac. felsineus.
- La stérilisation des textiles est difficile; on a employé la chaleur humide, 80, 90°, jusqu’à 125°, ou encore la méthode de Tyndall.
- En général on a remarqué que ce traitement ne détruisait pas toujours les germes présents, de plus qu’il se produisait une sorte de coagulation des matières pectiques qui rendait le rouissage plus difficile et de durée plus longue.
- Nos essais nous ont montré que vers 100° ce dernier inconvénient était souvent très léger mais que, par contre, beaucoup de spores résistaient; avec un ensemencement abondant on peut toutefois obtenir des résultats très satisfaisants.
- Nous avons essayé la stérilisation à l’aide du sublimé, de la vapeur de chloroforme, formol, sulfure de carbone, permanganate de potasse, hypo-chlorite de chaux, eau de Javel.
- Avec le formol et le chloroforme la stérilisation a pu être obtenue au bout de 60 heures; il convient ensuite de se débarrasser de ces antiseptiques en chauffant modérément.
- Les résultats obtenus par l’emploi du permanganate étaient mauvais, ceux avec le bichlorure bons, mais il est difficile de se débarrasser ensuite de ce dernier sel.
- Après une action variant de 3 à 7 heures, l’eau de Javel, à des doses variant de 3 à 4 p. 1000, a permis, après lavage préalable, l’utilisation efficace du microbe VI et un rouissage très bon, pour la ramie, le chanvre, les tiges de soleil, le daphne laureola.
- Les meilleurs résultats de stérilisation nous ont été fournis par la vapeur de sulfure de carbone; les tiges ne sont pas modifiées, le microbe ensemencé se multiplie aisément.
- Tous nos essais ont été effectués soit en cuvettes de porcelaine rendues stériles ou en boîtes de Roux stériles.
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- Les tiges stériles furent prélevées avec des pinces préalablement flambées, mises dans la boîte de Roux ; on ajoute la quantité d’eau stérile nécessaire et on procède à l’ensemencement du microbe pur.
- On suit la marche du rouissage, effectuée à température constante, en prélevant de temps à autre une tige à l’aide d’une pince flambée. Le rouissage terminé, on fait macérer et on lave les tiges à différentes reprises; on sèche, les fibres sont libérées très facilement.
- Pour le baobab, nous avons reconnu qu’il était bon de prolonger le lavage et d’effectuer le peignage sous l’eau avant leur dessiccation.
- L’expérience a également appris qu’il était utile d’écraser au préalable les tiges de Hibiscus canncibinus avant de les soumettre au rouissage.
- L’examen des fibres obtenues, le dosage du furfurol avec les tiges témoins et les tiges rouies, nous a permis de nous rendre compte et de suivre le rouissage dans les diverses conditions de nos essais.
- La destruction de la matière pectique entraîne forcément une perte de poids des tiges textiles; cette perte correspondrait, d’après Winogradsky et Fribes, à la diminution des matières pectiques ; les pentosanes ne seraient pas atteints, il peut même se présenter une augmentation relative de ces composés, leur variation est intéressante à considérer.
- Essai avec lin (microbe I' \ /• Avant rouissage.
- Quantité employée. Phloroglucide. Furfurol. Pentosanes.
- Grammes. Grammes. Grammes. Grammes.
- 1,011 0,169 0,0904 Soit 15,29 p. 100 pentosanes. Après rouissage de 4 jours. 0,1546
- 1,010 0,164 0,0878 0,1501
- Soit 14,86 p. 100 pentosanes.
- Si nous admettons une perte de 7 p. 100, que de nombreux essais nous ont fournie, par lavage et rouissage, nous trouvons après rouissage une teneur de 16 p. 100 pentosanes.
- Dans le tableau suivant nous indiquerons le pourcentage des pentosanes pour les différents textiles, dans des conditions analogues.
- Textile (microbe employé). Essai. Témoin. Roui. Durée en jours. Rapporté au poids à rouir.
- Lin ( 1er .... 13,29 16,00 4 14,86
- (microbe I). ( 2e 14,4 14,50 6 13,50
- Chanvre (1er . . . . 12,78 13,29 6 12,28
- (microbe II). \ 2e 14,66 15,95 8 14,67
- Ramie (1er . . . . 11,64 12,53 6 11,23
- (microbe III). (2° 8,88 9,69 6 8,67
- Jute ( (microbe IV). } 12,49 15,50 9 13,95
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- Le rouissage de tous les textiles nous montre donc une augmentation relative de la proportion en pentosanes.
- CHAPITRE VI
- Certains facteurs exercent une influence plus ou moins favorable sur la qualité de la fibre; nous avons ainsi étudié l’influence de l’aération, composition de l’eau, addition de sels calcaires, nitrates, accoutumance à certains sels, durée, masse microbienne, associations microbiennes.
- Nous choisirons dans nos essais, les plus caractéristiques; mais il est clair que l’espèce microbienne, ainsi que le changement de certaines conditions pourraient donner des résultats un peu différents.
- A. Aération. — 0,055 g de lin stérile sont placés dans une boîte de Roux (A) à large surface d’air; 0,696 g du même lin dans un tube (B) entièrement rempli d’eau, en présence d’une faible quantité d’air; on ensemence le microbe I et on place les récipients à l’étuve à 25°; après 8 jours on procède à l’analyse.
- Poids Poids Perte Perte
- avant rouissage. après rouissage. brute. centésimale.
- Grammes. Grammes. Grammes. Grammes.
- A. Surface . . . . . . 0,655 0,574 0.081 12.36
- B. Profondeur . '. . . 0.690 0.640 0,056 8.05
- Procédons au dosage du furfurol et calculons la proportion centésimale des
- pentosanes. PENTO rapportées SAN ES P. 100 rapportées au poids
- Volume distillé au poids après rouissage
- recueilli. primitif. et lavage.
- A. Surface . . . . . 520 9,68 11,04
- B. Profond eu r. . . 720 15,09 16,40
- L’aération favorise donc le microbe I; la décomposition de la matière pectique est poussée plus loin.
- B. Eau. — Dans un premier essai, la comparaison de l’eau de Vanne pauvre en chaux avec une eau très calcaire nous a fourni des différences peu sensibles.
- Dans un second essai nous avons additionné un mélange d’eau de Yanne et d’infusion de chanvre (17 p. 100), de 2 g de pectine par litre et de doses variables de nitrate de calcium ; nous y avons ensemencé le microbe II, maintenu la température à 25° et effectué le dosage du furfurol au bout de huit jours; les résultats sont rapportés à 100 de pectine employée.
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- CONTRIBUTION a l’étude du rouissage. 201
- Le ballon A est le témoin, B a reçu du nitrate à la dose de 0,1 g par litre,
- C, 0,2 g de nitrate.
- A. B. c.
- Distillé à . . . 520 cm3 572 cm3 570 cm3
- Pentosanes trouvées .... . . . 0,1288 0,1183 0,1227
- Pentosanes p. 100 . .. . 77,24' 70,65 73,65
- Les sels de chaux paraissent donc diminuer faiblement la décomposition de la pectine.
- Le microbe "VI donne des résultats un peu différents, parce qu’il jouit de la propriété de réduire les nitrates en nitrites.
- G. Accoutumance au fluorure de sodium. — Les microbes I et VI ont été entraînés progressivement à des doses croissantes de fluorure jusqu’à 0,300 g par litre, dose que nous avons ensuite ajoutée à l’eau de macération de lin et de chanvre, avant l’ensemencement microbien.
- Le rouissage a pu être terminé en deux et trois jours, sans aucune production de mauvaises odeurs; le microscope ne montrait que peu de microbes étrangers.»
- D. Influence des sels de manganèse. — On sait que l’emploi des sels do manganèse et leur addition aux moûts soumis à la fermentation exerce une action favorable sur les levûres alcooliques (Kayser et Marchand); il en est de même pour les bactéries acétiques (Bertrand et Sazerac), pour les assimilateurs d’azote (Olaru).
- L’accoutumance des microbes I, II et III à des doses de nitrate ou de sulfate de manganèse allant jusqu’à 1 g par litre, nous a donné des races moins actives que le microbe non traité ; mais il est fort possible que la propriété activante de ces sels, si souvent constatée, existe également pour les microbes du rouissage, la nature du sel joue ici un grand rôle.
- E. Influence de la durée. — Le rouissage dépend non seulement des conditions dans lesquelles on opère, mais encore de sa durée; dans les cas de surrouissage, la fibre obtenue est de qualité moindre avec une perte de temps qui est un facteur économique de première importance.
- Essai avec le lin ensemencé avec le microbe I, en faisant varier la durée de rouissage entre 4, 8 et 12 jours.
- Poids employé Poids après
- avant. rouissage. Perte p. 100.
- A 4 jours......................... 0,532 0,500 6
- 8 — 0.508 0,522 8
- 12 — 0,541 9,487 10
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- ÉTUDE DU ROUISSAGE. — MAI-JUIN 1920.
- A. B. C.
- Distillé à....................... 700 cm:î 600 cm3 680 cm3
- Phloroglucide.................... 0,074 0,088 0,0986
- Furfurol ........................ 0,041 0,0484 0,0538
- Pentosanes....................... 0,0706 0,083 0,0921
- Si nous rapportons ces nombres aux poids primitifs et aux poids après rouissage, nous obtiendrons les proportions centésimales suivantes :
- Durée
- 4 jours....................... 13,2 p. 100 14,12
- 8 — .......................... 14,6 — 15,90
- 12 —........................... 17,0 — 18.85
- Au bout de 4 jours, le rouissage n’était pas tout à fait complet; il était très bon après 8 jours, trop avancé au bout de 12 jours.
- F. Influence de la masse. — La durée de rouissage dépend non seulement de l’activité du ferment, mais encore de la masse ensemencée pour une même quantité de lin ou de chanvre.
- S’il existe un juste rapport entre le textile et l’eau, le pied de cuve actif fournit des rouissages parfaits dans un temps minimum.
- Selon l’espèce ensemencée, il importe d’observer les conditions d’aération et de température optima.
- G. Influence de l’association. — Dans la nature les associations microbiennes jouent un grand rôle; lorsqu’on place les microbes spécifiques dans les conditions optima, ils prennent le pas sur les autres, c’est ce qui arrive également dans le rouissage.
- Pour étudier cette action nous avons associé un mucor provenant d’un rouissage de chanvre avec l’une ou l’autre des espèces microbiennes dont le présent travail a fait l’objet de recherches.
- Nous avons opéré avec des solutions de pectine additionnées à des infusions de textiles, ou encore avec des macérations de ces textiles dans l’eau pure.
- D’une façon générale le rouissage effectué par le mucor seul était irrégulier et par endroits trop avancé.
- Lorsqu’on associe les deux espèces, il est toujours utile d’ensemencer le microbe 30 à 40 heures avant le mucor, le rouissage sera beaucoup plus régulier.
- Mais on peut prévoir que ce sera tantôt l’une, tantôt l’autre espèce qui imprimera son caractère aux fibres obtenues.
- PENTOSANES P. 100
- avec poids de l’origine.
- avec poids apres rouissage.
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- CONTRIBUTION A 1,’ÉTUDE DU ROUISSAGE.
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- essai. — Nous avons effectué un rouissage de 8 jours avec du lin, soit avec le microbe I seul, soit avec son association au mucor.
- PENTOSANES P. 100 RAPPORTÉES
- au poids au poids
- à l’origine. après rouissage.
- Microbel............................ 16,60 18,82
- Association......................... 12,88 14,66
- 2e essai. — Rouissage de lin en quatre jours.
- PENTOSANES P. 100 RAPPORTÉES
- au poids à l'origine
- Mucor................................ 11,71
- Mucor + microbe I.................... 11,01
- 3" essai. — Du lin stérilisé au sulfure de carbone a été additionné d’eau (30 cm3 d’eau pour 0,300 g de lin) et ensemencé soit avec le microbe I seul, le mucor seul ou les deux réunis; la température a été maintenue à 28°, l’analyse a été faite après 6 jours de rouissage.
- Le témoin a fourni 14,6 p. 100 de pentosanes; voici le taux de pento-sanes, d’après la teneur en furfurol trouvée.
- PENTOSANES P. 100 RAPPORTÉES
- Microbe I. Mucor. Association.
- Au poids à l’origine................ 10.38 ’ 9,80 12,22
- Au poids après rouissage............ 12,01 12,00 14,67
- Dans le premier essai nous avons obtenu une proportion plus élevée de pentosanes avec le microbe seul qu’avec l’association, la différence est assez sensible; elle est moindre dans le 2e essai, enfin nous voyons que le microbe et la moisissure se sont comportés à peu près de la même manière dans le 3e essai.
- Les pertes de poids ont été les suivantes :
- Microbe I lor essai. . . . 11,85 p. 100 2e essai. 3e essai, 13,6
- Association .... . . . 11,55 p. 100 11,8 p. 100 16,6
- Mucor ... — 12,7 p. 100 18,0
- C’est donc avec la moisissure que la perte était la plus élevée.
- H. Macération et rouissage. — On pèse 1,047 g de chanvre, on l’additionne de 30 cm3 d’eau stérile et on ensemence le microbe II (boîte de Roux, A). D’autre part on additionne 1,080 de chanvre de la même quantité d’eau, et
- au poids après rouissage.
- 13,18
- 12,48
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- ÉTUDE DU ROUISSAGE. — MAI-JUIN 1920.
- on abandonne (boîte B) à la même température sans aucun ensemencement On procède au dosage du furfurol après 7 jours.
- PENTOSANES P. 100 RAPPORTÉES
- au poids à l'origine. au poids roui.
- A............................... 12 15,32
- B............................... 10,12 11,05
- Nous constatons que 1a, perte est notablement plus élevée dans le rouissage; le produit roui est beaucoup plus riche en pentosanes que le produit simplement macéré.
- Pratique. — Nous avons constaté qu’il pouvait être avantageux de laisser macérer les tiges à rouir pendant 12 à 24 heures dans l’eau ordinaire, il eu résultait un gain tinal dans la durée du rouissage après ensemencement.
- Cette macération très utile lorsqu’il s’agit de lin; de chanvre devient presque une nécessité lorsqu’on a affaire à la ramie, au baobab, aux lanières de jute.
- La macération ou le lavage dans l’eau pendant quelques heures rend la libération des fibres, après rouissage, plus facile.
- 11 est bon de prolonger ce lavage un peu plus longtemps pour le baobab, afin de faciliter le départ des matières gommeuses.
- Nous avons toujours préparé nos pieds de cuve avec des infusions de lin, chan.vre, ramie, mélangées de jus de carottes et ce sont les masses microbiennes ainsi obtenues, en pleine activité, qui ont servi à l’ensemencement des tiges de textile.
- Nos essais ont porté sur des quantités variant entre 1 à 5 kg et dans plusieurs cas atteignant même 50 kg.
- Lin, a pu être roui en 2 à 3 jours avec le microbe I et en 40 heures avec le microbe VI;
- Chanvre, a pu être roui en 4 à 5 jours avec le microbe II et en 48 heures avec le microbe VI;
- Ramie, a pu être rouie en 5 à 6 jours avec le microbe IV et en 3 à 4 jours avec le microbe VI ;
- Jute, les tiges écrasées au préalable ont pu être rouies en 8 jours avec le microbe IV et en 5 à 6 jours avec le microbe VI.
- Baobab, 7 à 10 jours avec le microbe VI.
- Orties et Hibiscus cannabinus, en trois jours avec le microbe VI.
- Chinagrass, le rouissage a pu être parfait en 4 à 5 jours avec le microbe VI ; il a porté sur 50 kg.
- En associant le mucor et le microbe I, nous avons pu diminuer la durée
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- CONTRIBUTION A L’ÉTUDE DU ROUISSAGE.
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- du rouissage, par rapport au microbe seul, de 12 heures pour le lin et de 30 heures pour le chanvre.
- Résistance des fibres obtenues. — Grâce à l’extrême obligeance de M. le professeur Heim et de M. l’ingénieur Ch. Magne, nous avons pu mesurer pour un certain nombre de nos essais la résistance des fibres; cette résistance est exprimée en grammes, qui ont provoqué la rupture de la fibre; faute de dyna-nomètre enregistreur l’allongement ainsi produit n’a pu être calculé.
- En traitant les fibres pendant 20 minutes sur une plaque chauffante, par la potasse à 12 p. 100, en enlevant après 24 heures, la potasse, l’emploi du chlorure de zinc iodé nous a permis de compter les fibres dans les mêmes échantillons; l’assistance de MM. Fron et M. Risntard nous a été fort utile dans cette étude. Dans tous les essais, on a opéré sur trois échantillons de la même fibre.
- Désignation des textiles. Microbe employé. de Durée rouissage. Résistance moyenne en grammes. Résistance maxima par unité.
- Lin A I a jours 365 27,0
- — B VI 2 — 330 17,7
- Chanvre C VI 2 — 1/2 270 25,8
- — D . (association microbienne). 3 — 148 15.5
- — E II 5 — 238 16,2
- Ramie F. . . . . . VI 8 -- 148 60,0
- — C..... . VI 5 — 71 31,6
- — El . m 5 — 91 75,0
- Hibiscus cannabinus. VI 4 — 165 11,2
- Baobab M VI 12 — 198 8,0
- — L VI 8 — 353 7,6
- Jute I VI a — 108 4,9
- Ortie K. i 7 — 145 34,0
- — G VI 3 — 66 30,0
- - La comparaison des sous-moyennes concorde sensiblement pour certains textiles (lin, chanvre, jute, Hibiscus cannabmus) avec la résistance moyenne; les différences ont été au contraire assez grandes pour la ramie, l’ortie, le baobab; il existe suivant le rouissage des fibres plus ou moins résistantes.
- Conclusions. — Ce sont les microbes I et VI qui nous ont donné les meilleurs résultats ; le premier exerce une action plus lente, mais les fibres sont plus brillantes qu’avec le microbe VI ; le second a pu produire le rouissage du lin, du chanvre en 36 à 48 heures, à la température de 25°.
- Rappelons que l’emploi du sulfure de carbone, de fluorure de sodium et d’eau de Javel, nous a permis d’obtenir des tiges suffisamment stériles pour que l’ensemencement d’un pied de cuve en pleine activité amenât des rouissages rapides et réguliers.
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- ÉTUDE DU ROUISSAGE. — .MAI-JUIN 1920.
- Rappelons également que l’aération est utile pour le microbe I, tandis qu’elle n’est pas nécessaire pour le microbe VI.
- Si nous plaçons nos résultats à côté de ceux obtenus par d’autres expérimentateurs avec .emploi de cultures microbiennes ou de bons pieds de cuve naturels, comme ceux de Beijerinck, Stdrmer, Rossi, Feuillette, nous ne pouvons que conseiller leur emploi.
- Nous pouvons régulariser l’action des diverses espèces qui concourent à P
- des degrés divers dans cette fermentation pectique par les différents moyens appropriés : chaleur, aération, additions diverses.
- Leur emploi permet un travail méthodique et continu dans toutes les opérations qui dépendent de la volonté de l’homme; elles deviennent indépendantes de la nature.
- Leur application sera possible en toute saison.
- La durée du rouissage sera plus courte, elle sera constante; le produit sera plus régulier, plus blanc, plus divisé, plus résistant, le rendement sera meilleur, les frais moindres; elles ne dégageront aucune mauvaise odeur et satisferont à toutes les conditions requises par l’hygiène générale.
- L’extraction des fibres de textiles coloniaux, compliquée, incertaine, difficile, peut devenir, grâce à l’emploi d’une espèce microbienne, étudiée et bien appropriée, non seulement possible, mais permettra d’utiliser rationnellement ces textiles dont l’emploi était restreint faute de pouvoir les travailler.
- Appendice. — La libération des fibres est certes l’effet de diastases, comme l’ont montré les recherches de MM. Bourquelot et Herissey et celles de Beijerinck et V. Delden.
- Différents essais entrepris dans cet ordre d’idées pour extraire ces diastases et en tirer profit n’ont donné que des résultats peu satisfaisants.
- Nous tenons à exprimer nos remerciements à tous ceux qui nous ont fourni les matières premières ou des renseignements pour cette étude.
- Nous remercions notamment MM. R. Berge, membre de l’Académie d’agriculture; F. Laurent, directeur de l’Agriculture ; Regnier, Inspecteur général de l’Agriculture; Brière, président du Syndicat agricole du Mans; Rivière, directeur du Jardin botanique d’Alger; M. le Professeur Heim; enfin nous rendons hommage à la mémoire du regretté Morange, directeur des Services agricoles à Saison, décédé en 1916 à la suite d’un accident dans le Mékona’.
- E. Kayser et H. Delà val.
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- INFLUENCE DE LA RAPIDITÉ DU REFROIDISSEMENT SUR LA TREMPE DES ACIERS AU CARBONE (1)
- II
- Etude expérimentale de la trempe des aciers au carbone.
- A. — Introduction et énoncé du problème.
- Le résultat de l’opération de trempe, qui consiste essentiellement en un refroidissement plus ou moins rapide de l’acier à partir d’une température T que nous appellerons température de trempe, ne dépend que de deux données :
- 1° Définition complète de l’état du métal à l'origine du refroidissement, c’est-à-dire à la température T ;
- 2° Loi du refroidissement.
- Nous ne nous occuperons ici exclusivement que de l’influence de la loi de refroidissement. Il est nécessaire de rappeler cependant ce qu’implique la connaissance de l’état du métal à la température T ; nous aurons à revenir sur ce point dans les conclusions finales de cette étude.
- Cet état dépend en effet de la composition chimique et de l’histoire thermique antérieure de l’acier. Il pourra donc être connu si on définit :
- a) La composition chimique complète;
- b) L’état initial du métal, c’est-à-dire son état interne à l’origine du chauffage qui précède la trempe;
- c) La loi d’échauffement suivant laquelle le métal a été amené de la température ambiante à la température T de début de trempe et notamment la température maximum atteinte pendant le chauffage et la durée de séjour à cette température (2).
- Dans les expériences ci-après décrites, on est toujours parti, pour chaque acier étudié, d’un même état initial; aussi la désignation « un acier donné »
- (1) Voir le Bulletin de mars-avril 1920, p. 197-226.
- (2) Voir Portevin, Influence du temps de chauffage avant la trempe sur les résultats de cette opération, Bull. Soc. Enc., CXXI, 207, 1914 et Rev. Mét., XIII, 9, 1916.
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- LA TREMPE DES ACIERS AU CARBONE.
- MAI-JUIN 1920.
- impliquera, clans ce qui va suivre, une composition chimique et un état initial constants; de plus, on s’est attaché à rendre aussi identiques que possible les conditions d’échauffement pour les échantillons de même grandeur, tout en les conservant semblables pour les pièces homothétiques. Ces conditions d’échauffement ont été indiquées dans la description du dispositif expérimental exposée dans la première partie de ce travail.
- Loi du refroidissement. — La loi du refroidissement, pour un acier donné, dépend des facteurs suivants (1) :
- A, température de début du refroidissement ou température initiale de trempe T ;
- B, masse, forme et dimensions de la pièce;
- C, position du point considéré dans l’intérieur de la pièce ;
- D, nature du bain, c’est-à-dire du milieu dans lequel s’effectue le refroidissement, qui agit en raison de ses propriétés physiques, notamment de sa chaleur spécifique, de sa chaleur latente de vaporisation, de sa conductibilité et de sa v-iscosité ;
- E, température du bain, laquelle peut varier au cours du refroidissement suivant les masses respectives du bain et de la pièce;
- P, agitation du bain par rapport à la pièce;
- G, état de la surface de l’échantillon;
- H, température de fin du refroidissement, ou température finale de trempe ou encore température d'émersion.
- Cette loi de refroidissement est complètement définie pour un point donné de la pièce par sa courbe représentative 0 =- f (J) donnant la variation de la température h en fonction du temps /; pour des lois de refroidissement semblables, elle sera suffisamment définie par la vitesse moyenne de refroidissement entre deux températures données ou par son inverse, c’est-à-dire par le temps nécessaire pour franchir un intervalle de température déterminé. Nous avons adopté comme caractéristique de la rapidité du refroidissement le temps écoulé entre les passages aux températures 700° et 200°, temps que nous désignerons par t (700 — 200) ou plus simplement par t.
- Dans les travaux antérieurs sur les vûtesses de trempe, les expérimentateurs avaient choisi pour définir v les températures 700° et 4 00°; nous avons relevé de 100° cette dernière température parce que, ayant étendu les expériences à des échantillons de masse plus importante, l’inclinaison des courbes, à l’échelle uniforme adoptée pour tous les échantillons, devenait très faible, surtout lorsque se produisait le dégagement de chaleur à basse température dont il sera parlé par la suite; il en résultait par trop cl’impré-
- (I) Voir à ce sujet notamment les travaux d’Osmond et H. Le Chatelier.
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- INFLUENCE DE LA RAPIDITÉ DU REFROIDISSEMENT SUR LA TREMPE.
- 299
- cision clans la détermination graphique de l’abscisse correspondant à l’ordonnée 100°.
- Ceci posé, on peut se proposer deux problèmes :
- 1° Comment varie la loi de refroidissement ou la grandeur t suivant la valeur des facteurs énumérés précédemment sous les désignations A à H?
- 2° Quel rapport existe, pour un acier donné et une température initiale de trempe déterminée, entre t et l’état final, cet état final étant caractérisé par la dureté et par l’aspect micrographique?
- C’est le premier de ces deux problèmes qui a retenu jusqu’à présent l’attention des expérimentateurs. Les travaux de H. Le Chatelier (1), continués par ceux de Lejeune (2) et Benedicks (3), ont mis en lumière et ont déterminé l’influence des facteurs indiqués ci-dessus sur la loi de refroidissement et sur la grandeur t. A l’heure actuelle, on possède sur ce problème suffisamment de données pour qu’il soit possible de faire varier à volonté et dans le sens voulu la loi de refroidissement d’une pièce soumise à la trempe. Mais, ceci n’est qu’un moyen; ce qu’il importe, dans une opération de trempe, c'est de conférer au métal les propriétés désirées, lesquelles dépendent de l’état obtenu par la trempe. Autrement dit, il est nécessaire de connaître la dépendance entre t, grandeur modifiable à notre gré entre certaines limites, et les propriétés du métal trempé. Ces propriétés nous les caractériserons, avons-nous déjà dit. par la dureté et par l’aspect micrographique.
- C’est donc le deuxième problème que nous abordons ici : étude de la relation existant entre t, la microstructure et la dureté après trempe, autrement dit de l’influence de la rapidité de refroidissement sur l’état après trempe.
- Cet état après trempe est la conséquence directe et immédiate des transformations qui s’opèrent au cours du refroidissement; nous sommes donc naturellement amenés à rechercher l’effet de la rapidité du refroidissement sur la modalité de ces transformations : cette dernière dépendra en outre, comme nous l'avons déjà dit, de l’état initial de trempe, c’est-à-dire de la température de début du refroidissement, et de l’état initial du métal. De sorte que le problème peut s’énoncer d’une façon précise de la manière suivante :
- Pour un acier donné, comment varieront, en fonction de la rapidité du refroidissement, caractérisée par t, et de la température initiale de trempe :
- 1° les transformations au cours du dit refroidissement de trempe;
- 2° la structure et la dureté de l’acier après trempe.
- Inversement, nous serons amenés à revenir d’une manière incidente sur
- (1) Rev. de Mét., I, 473, 1904.
- (2) Rev. de Met., II, 299, 1903.
- (3) Rev. de Mét., VI, 189 et 832, 1909.
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- 300 LA TltKMPE DES ACIERS AU CARBONE. — MAI-JUIN 1920.
- le premier problème en montrant la répercussion, sur la loi de refroidissement. et sur la durée de trempe t, de la modalité des transformations pendant la trempe et des dimensions des échantillons.
- Le problème ainsi énoncé a été abordé expérimentalement pour les aciers au chrome, par Edwards, Greenwood et Kikkawa (1) et pour les aciers au chrome-nickel, par Masloff (2), et exposé pour ces derniers aciers dans son ensemble par l’un de nous (3); mais il s’agissait alors d’aciers pour lesquels le durcissement par trempe s’opère pour des vitesses de refroidissement relativement faibles obtenues à l’air et, par suite, de phénomènes facilement observables. Ici, nous nous sommes adressés presque exclusivement aux aciers au carbone pour lesquels le durcissement par trempe n’a lieu que par immersion dans l’eau, c’est-à-dire pour des durées totales de refroidissement incomparablement plus faibles.
- B. — Conditions expérimentales.
- Le dispositif expérimental a été entièrement décrit dans la première partie du présent mémoire; il n’y a qu’à s’v reporter pour tous les détails.
- Comme précédemment, on a toujours employé des échantillons homothétiques constitués par des cylindres de hauteur égale à trois fois le diamètre (fig. 12), dont on étudiait la loi de refroidissement au centre. Après trempe, grâce à la petite saignée circulaire pratiquée à mi-hauteur, les échantillons étaient cassés par moitié sans déformation appréciable et, après polissage d’un plan normal à l’axe du cylindre et passant par l’extrémité du trou, on pouvait étudier le point précis du métal qui était en contact avec la soudure du couple^ c’est-à-dire celui dont on avait enregistré la courbe de refroidissement.
- De plus, l’examen d’ensemble de cette coupe fournissait des renseignements sur la pénétration de trempe, la condition géométrique h = 3d étant plus que suffisante pour éliminer l’influence perturbatrice due au refroidissement par les bases des cylindres.
- En ce qui concerne le degré nécessaire de précision des mesures, les expériences de Benedicks nous fournissent des renseignements intéressants à cet égard.
- Durées de refroidissement. — Les durées de refroidissement t ne sont réellement connues qu’à 0,2 s. près au plus; comme le dit Benedicks à propos de son étude du refroidissement, « bien que l’instrument employé fut capable
- (1) bon Steel Inst., 1914.
- (2) Rev. Soc. russe Met., I, 495, 1916.
- (3) Portevin, Sur les points de transformation des aciers nickel-chrome, Rev. Met., XIV, 707, 1917.
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- INFLUENCE DE LA RAPIDITÉ DU REFROIDISSEMENT SUR LA TREMPE. 301
- de donner une précision à la deuxième décimale, on ne peut pas garantir même la première décimale dans les déterminations de t ». Au surplus, nous transcrivons ci-après les résultats de deux expériences du même auteur qui’ sont particulièrement suggestifs à cet égard.
- DIMENSIONS
- Teneur de l’échantillon Temps Tempé- Tempé-
- en carbone de rature de rature de T
- de l’acier. longueur. diamètre. chauffage. trempe. l’eau. O O O O
- l>. lûü. mm mm minutes. T secondes.
- 1,33 50 6,2 12 849° 13° 6,42
- 1,33 50 6,2 12 O 00 GO 13°, 5 5,67
- Pour des conditions de trempe que l’on doit considérer comme rigoureusement identiques, t varie de 0,75 secondes d’une expérience à l’autre. Nous n’avons pas trouvé d’écarts semblables dans nos répétitions d’essais alors même que les températures de trempe différaient de 20 degrés.
- Températures de trempe. — La précision de la mesure des températures de trempe n’a donc pas besoin d’être aussi grande; dans nos essais elles sont comparables à 5° près pour une même série d’expériences; ce qui est largement suffisant, comme on le verra, pour que les conclusions que nous en tirerons ne puissent subir aucune critique de ce chef.
- D’ailleurs, l’influence de la température initiale de refroidissement sur la durée de trempe, influence qui a été mise en évidence dans la première partie du Mémoire (voir fîg. 27), ne paraît pas bien importante ni bien précisée par les expériences de Benedicks.
- Voici en effet les chiffres qu’il cite à l’appui de ses conclusions
- Température de trempe.
- 950
- 845
- 750
- Durée de refroidissement de 700° à 100°.
- 3,07
- 4,43
- 4,11
- Une élévation de T de 100° fournit expérimentalement une diminution de 0,32 s. puis un accroissement de 1,35 s. Ici encore les inévitables variations accidentelles des conditions du refroidissement sont d’un ordre de grandeur supérieur à la précision des mesures.
- Dimensions des échantillons. — A part une exception, tous les essais de Benedicks ont été effectués sur des cylindres de diamètre inférieur à 8 mm. Cet important travail est remarquablement complet et il est inutile de réexplorer le champ d’expérience ainsi étudié. D’autre part, nous tenions à opérer avec des vitesses moyennes de refroidissement variant dans des limites beaucoup plus étendues; pour ces raisons, les diamètres choisis s’échelonnent entre 8 et 20 mm.
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- LA T H LM PE DLS AC1LUS AU CAIill iNE.
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- Composition chimique des aciers étudiés. — Ces aciers sont tous des aciers préparés au creuset; les résultats de l’analyse chimique sont donnés dans le tableau I ci-après. Chaque acier est désigné par une lettre de a à i.
- Autres conditions expérimentales. — Il résulte des expériences de H. Le Chatelier et de Benedicks que la durée de chauffage, la température de l’eau de trempe, la vitesse d'agitation de l’eau vis-à-vis de la pièce, n’auraient qu’une influence négligeable sur la vitesse de refroidissement. Néanjnoins, d’après la description du dispositif expérimental, on voit que nous avons tenu à maintenir ces facteurs aussi constants et aussi comparables entre eux que possible. La température de l’eau a été presque toujours de 10° ± 2, exceptionnellement elle est descendue à o°.
- Tableau I. — Analyse des aciers expérimentés.
- ! .DÉSIGNATION DE l’aCIER ! C Mn S i S P
- a 0, J0 0,42 i 0.06 0,027 0,010
- b 0,19 0,15 0.01 0,027 0.0 II
- c 0,13 0,19 0.19 0,027 0,014 1
- d 0,50 0,1.1 0.09 ; 0,019 0,015 Traces de Ni
- e 0,56 0,26 0.28 1 0.043 0.019
- f 0.81 0,21 0.38 0,018 0,020
- U 1,07 0,08 0,29 0.019 0.030
- fl. 1.10 0,40 0,48 0,012 0.017
- i 1,45 O fsS O 0,17 1 0.037 0,014
- C. — L'abaissement du point de transformation.
- On sait, depuis les travaux d’Osmond, que les points de transformation sont abaissés lorsqu’on augmente la vitesse de refroidissement, ce qui d'ailleurs est un fait général pour toutes les réactions d’équilibre.
- Prenons par exemple un acier voisin de l’eutectique (acier f ou rj) et laissons se refroidir à Pair, à, partir d’une même température de 900°, des cylindres de diamètres décroissants, de façon à obtenir des refroidissements de plus en plus rapides; on constate, ainsi que les montrent les courbes de la figure 28, que le point de recalescence Au . va en s’abaissant graduellement. On peut caractériser la grandeur de cet abaissement comme suit :
- T) U R K K NÉCESSAIRE
- POUR FRANCHIR I, IM TERVALLE TEM1 >K RAT URES
- Diamètre du début du maximum
- du cylindre. 900--70Ü'. i )50”-G00". de la recalescence. de recaiescence ’ Ar:1
- Millimètres. Secondes. Secondes.
- 20 75 11 686” 707”
- 16 56 25 iC> GO 700”
- 12 40 18 670° 690 1
- 8 24 11 650” 680”
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- INFLUENCE DE LA RAPIDITÉ DU REFROIDISSEMENT SUR LA TREMPE. 303
- On peut remarquer incidemment que les temps nécessaires pour que la température des échantillons s’abaisse de 100°, en dehors de la région de transformation, sont sensiblement proportionnels au diamètre des cylindres homothétiques. Dans ces conditions, la température de transformation Ar321 s’abaisse progressivement au fur et à mesure que croît la vitesse moyenne de refroidissement; mais il faudrait se garder l’extrapoler cette constatation car, ainsi qu’on le verra plus loin, si on passe iux trempes à l’eau, c’est-à-dire à
- 800'.
- 600'.
- 400*.
- 500 SECONDES
- Fig. 28. — Courbes cle refroidissement à l’air, à partir de 900°, au centre de cylindres de différents diamètres, en acier voisin de l’eutectique (C=l,07 p. 100). Abaissement progressif de la température de recalescence (Ar321).
- des vitesses de refroidissement telles que l’intervalle 600° — 500° soit franchi en un temps de l’ordre de grandeur de la seconde, on peut constater que le point de transformation n’est plus visible à haute température sur les courbes (acier f) ou bien subsiste encore vers 630° (.icier g). Ceci nous fait pressentir une discontinuité dans la loi d’abaissemenl du point de transformation, ou tout au moins une variation non graduelle dans cet abaissement, ce qui va nous conduire à la notion de ce que nous appellerons les vitesses critiques de trempe.
- Les figures 29 et 30 mettent en évidence le phénomène d’abaissement du
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- 301 LA TREMPE DES ACIERS AU CARBONE. — MAI-JUIN 1920.
- point de transformation pour des aciers à plus basse teneur en carbone; les variations de vitesse de refroidissement ont été obtenues ici en agissant à la fois sur les diamètres des cylindres et sur les conditions extérieures (refroidissement à l’air libre ou dans le four chaud).
- Il y a descente simultanée des deux points Ar3, et Ar, (tîg. 29) ou des trois
- SLCONDLS
- ïiLr. 29. — Courbes de refroidissement à l’air, à partir de 900°, au centre de cylindres en acier extradoux tC = 0,10 p. 100).
- points Ar„, Ar,, Aiy (tig. 30) des courbes. Cet abaissement est d’environ 30° de la première à la troisième courbe de chaque figure.
- Laissant de côté les aciers doux et extradoux pour lesquels les anomalies des courbes deviennent rapidement indiscernables lorsque la vitesse de refroidissement croit, nous allons aborder l’étude des refroidissements très rapides, c’est-à-dire des trempes proprement dites.
- Ce qu’il importe de retenir c’est la continuité dans l’abaissement du point de transformation au refroidissement, tant que ce point reste au-dessus de 600°, ce qui montre bien que, dans ce cas, on a toujours affaire au môme phénomène.
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- INFLUENCE DE LA RAPIDITÉ DU REFROIDISSEMENT SUR LA TREMPE. 305
- D. — Notion des vitesses critiques de trempe.
- La formation de la Troostite et de la Martensite.
- Pour bien faire comprendre les phénomènes que nous allons décrire, nous procéderons par l’exposition d’une série d'exemples, suivant ainsi la marche
- SELCONDE.5
- Fig. 30. — Courbes de refroidissement à l’air, à partir de 900°, au centre de cylindres en acier
- doux (C= 0,19 p. 400).
- adoptée dans nos expériences, en énonçant au fur et à mesure les réflexions et conclusions auxquelles elles ont donné naissance.
- 1° Acier hypereutectique g a 1,07 p. 100 C et 0,08 p. 100 Mn trempé vers 750°. — Cette première série d’expériences est la plus complète puisque, pour resserrer l’examen des phénomènes, on a été amené à étudier le refroidissement de cylindres dont le diamètre variait de 2 en 2 mm et même de 1 en 1 mm. Sur la figure 31 on a reproduit les courbes types trouvées pour le centre des échantillons, et sur le tableau ci-après on a indiqué les données moyennes caractéristiques correspondantes.
- Les températures initiales de trempe, c’est-à-dire les températures de début du refroidissement rapide par immersion dans l’eau, ont été en moyenne
- Tome 132. — 1er semestre. — Mai-Juin 1920.
- 29
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- 306
- LA TREMPE DES ACIERS AU CARBONE.
- .MAI-JUIN 1920.
- Diamètre N" de la courbe
- des échantillons. de la fig. 31.
- 8 1
- 10 2
- 12 3
- 13 4
- i 4 5
- 16 6
- 18 7
- 20 8
- 7û0"-'200"
- Spcmidos.
- 4,4 7, 5 0,2 0,6 0,9 8,0 9,2 10,3
- Température de l'anomalie
- nettement visible Aspect micrographique
- sur la courbe. constituant principal (1).
- neutres
- 635
- 655
- 665
- 665
- M
- M
- M
- M
- M + T T T T
- / emps
- Fig. 31. — Courbes moyennes de refroidissement au centre de cylindres homothétiques, en acier à 1,07 p. 100 C et 0,08 p. -100 Mn, trempés à l’eau.
- de 75QÙ; on a constaté dans les diverses expériences qu’un écart de 40° n’avait pour cet acier aucune influence appréciable sur la forme des courbes et sur les anomalies qu’elles présentent (2). Au point de vue de la microstructure, nous aArons indiqué le constituant principal c’est-à-dire celui qui forme la presque totalité de la préparation au centre de l’échantillon ; on remarque parfois dans la martensite de petites taches de troostite et dans la troostite des plages erratiques de martensite; nous reviendrons sur ces détails dans la suite car ce qu’il convient d’examiner c’est la physionomie d’ensemble,
- (1) M = martensite.
- T = troostite.
- (2) Pour le diamètre de 13 mm (courbe n° 4; c — 6,6 s) il n’a été fait d’expérience qu’à une seule température de trempe, 730°.
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- INFLUENCE DE LA RAPIDITÉ DU REFROIDISSEMENT SUR LA TREMPE. 307
- abstraction faite des petites singularités locales incidentes, fortuites et accidentelles.
- La figure 32 fournit un fac-similé de quatre courbes enregistrées sur une même feuille, courbes relatives à des cylindres de diamètres croissants qui sont, de gauche à droite, les suivants : 8, 12, 16 et 20 mm. L’échantillon de 8 mm a été trempé à une température initiale plus basse que les autres, ce qui montre que ce dernier facteur n’agit pas dans ces conditions sur l'allure du phénomène, point sur lequel nous reviendrons dans la suite.
- Fig. 32. — Fac-similé des courbes enregistrées lors de la trempe de l’acier à 1,07 p. 100 C et 0,08 p. 100 Mn, en cylindres de S, 12, 16 et 20 mm de diamètre.
- Les constatations générales qui se dégagent peuvent se résumer ainsi : a) Examinons les courbes de la figure 31 dans l’ordre croissant de rapidité de refroidissement, c’est-à-dire dans l’ordre décroissant des diamètres des échantillons. Sur les courbes n° 8, 7, 6, o (diamètres de 20 à 14 mm; - de 10,3 à 6,9 s) on observe, à des températures voisines de 650°, un point de transformation très nettement marqué à la manière habituelle par un décrochement accentué; c’est le point de recalescence qui se manifeste à une température qui tend à s’abaisser à mesure que la rapidité du refroidissement croît dans les limites indiquées, mais qui se maintient néanmoins à haute température.
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- LA TREMPE DES ACIERS AU CARBONE. — MAI-.JUIN 1920.
- Puis, brusquement, sur les courbes nos 4, 3, 2, cette anomalie a complètement disparu, la courbe est absolument régulière jusque vers 330° sans aucune trace de dégrèvement de chaleur décelable même par la méthode de comparaison avec des courbes de refroidissement de métaux ne subissant pas de transformation, comparaison faite suivant les données indiquées dans la première partie du mémoire. Par contre, on remarque que la forme de la région inférieure des courbes, au-dessous de 300-330°, est modifiée ; ceci se voit particulièrement en comparant les deux courbes ri° 4 et n° 5 qui sont voisines sur la figure : il y a relèvement progressif de la courbe, accusant un dégagement graduel de chaleur à basse température, ceci est constaté directement par la méthode de comparaison qui décèle cette anomalie d’une manière très nette; la figure 40 en fournit un exemple (1) pour un acier des séries suivantes d’expériences. On peut aussi recourir dans le même but à l’examen des courbes dérivées.
- Ainsi la transformation, s’accomplissant d’abord à haute température, se trouve brusquement rejetée vers des températures plus basses lorsque l’on passe de l’échantillon de 14 mm de diamètre à celui de 13 mm de diamètre tout en maintenant constantes les conditions externes de la trempe; ceci correspond pour t à une variation très faible de 6,9 s à 6,6 s.
- On peut donc dire qu’il existe une région critique pour la rapidité du refroidissement dans laquelle le phénomène thermique marquant les transformations internes change brusquement d’allure et de position dans l’échelle des températures; c’est ce que, pour abréger, nous appellerons vitesse critique de trempe dans des conditions définies d'état initial de trempe et de loi de refroidissement.
- Nous appellerons, pour simplifier le langage, Ar' l’anomalie très nettement visible sur les courbes vers 630° et Ar" le changement de forme des courbes vers 300°, sans préjuger d’ailleurs en rien pour le moment de la nature des transformations correspondantes (2).
- b) Le changement rapide qui s’opère dans le phénomène thermique interne peut être mis en évidence d’une manière indirecte par la considération des durées de refroidissement. Quand un dégagement de chaleur a lieu à basse
- (1) Dans les courbes données plus loin on verra des exemples de relèvement beaucoup plus accentué.
- L’écartement progressif existant aux basses températures, entre les courbes expérimentales de refroidissement tracées par Benedicks, pour l’acier a 1 p. 100 G en cylindres de 0,5 mm de diamètre, et la courbe théorique calculée par Mac Gance, n’est pas dû uniquement, comme le signale ce dernier auteur, à l’élévation de la température à la surface résultant d’une agitation incomplète du liquide, mais aussi au dégagement interne progressif de chaleur accompagnant la formation de la martensite, fait qui avait complètement échappé à l’attention de ces deux expérimentateurs.
- (2) Ces notations, adoptées également par M. Chevexard (Rev. de Mét., N1V, 610, 1917) correspondent à celles qu’a employées AL Dejean (Rev. de Mét., XLV, 641, 1917) sous les désignations de point A et point B. Elles nous paraissent d’ailleurs préférables à ces dernières.
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- INFLUENCE DE LA RAPIDITÉ DU REFROIDISSEMENT SUR LA TREMPE. 309
- température, son influence est beaucoup plus grande sur la durée de refroidissement que si une égale quantité ou même une quantité plus forte de chaleur était libérée à haute température (Voir note I, annexe). Le rejet de l’anomalie thermique à basse température doit donc se manifester sur les courbes t = f (d) donnant la durée de refroidissement t de 700° à 200° en fonction de d diamètre de 1 échantillon. G est ce que montre la figure 33 : les points représentatifs, d abord alignés sur une droite dont le prolongement passe par l’origine,
- 15 19 20
- ? 10
- 12 13 14 15 16
- en m/m
- Fig. 33. — Variation, en fonction du diamètre des cylindres, de la durée de refroidissement entre 700° et 200°, pour l’acier à 1,07 p. 100 C et 0,08 p. 100 Mn trempé à l’eau.
- finissent, pour les diamètres supérieurs à 14 mm, par s’aligner sur une autre droite.
- Benedicks trouve que v est proportionnel à la masse des échantillons et très peu influencé par la surface, la variation de la masse étant surtout due, dans ses expériences, à des modifications de longueur des cylindres.
- Les résultats que nous avons trouvés montrent au contraire qu’en utilisant des cylindres homothétiques, v varie proportionnellement au diamètre
- (c’est-à-dire au rapport rr~J~— comme l’avait indiqué Le Chatelier) sous la
- hui race
- réserve expresse de faire une distinction suivant que l’anomalie thermique se manifeste à haute température (AG) ou à basse température (Ar").
- Il convient d’ajouter qu’étant donné leurs conditions expérimentales, les courbes de Benedicks devaient être toutes à anomalie thermique basse Ar" laquelle avait échappée à son attention.
- c) Examen micrographique du centre de l’échantillon. — L’examen du
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- 310
- LA TREMPE DES ACIERS AU CARBONE.
- MAI-JUIN 1920.
- tableau précédent, rapproché des considérations et constatations qui viennent d’être énoncées, permet de déduire immédiatement les conclusions suivantes : la transformation vers 650° (Ar') correspond à la formation de la troostite, la transformation à basse température (Ar") correspond à la formation de la martensite.
- Il y a donc, dans des conditions initiales de trempe données, une vitesse critique marquant le passage des trempes troostitiques aux trempes martensi-tiques.
- Comme la rapidité du refroidissement va en décroissant du centre à la péri-
- d = 8% d.10% d.12%, d = 11%. ' d=14-~i, d-.l6"U
- o O
- en Régions <n mcirtenst te ** Régions d troostite
- d d = 2o%,
- Acier hypereutrctique ( C = 1,07, Ain = o,08)
- o
- d -.10%, d *12%, d *16% d
- o/fe^/o^a & martensite mt Régions fi troostite
- Acier hypoeutectiqu e ( C = o.so Mn „ o.is )
- Fig. 34. — Schéma de l’aspect macrographique, après attaque à l’acide picrique, des sections droites à mi-hauteur des cylindres trempés.
- phérie, ce passage doit s’observer sur la section droite des échantillons dont le centre est à troostite, lorsqu’on s’approche de la surface; il y a en effet une région annulaire extérieure martensitique entourant le disque central à troostite. C’est ce que représente schématiquement la figure 34 pour l’ensemble des échantillons; il y a naturellement une zone étroite de passage entre la troostite et la martensite, zone dans laquelle ces deux constituants sont mélangés en proportion rapidement variable à mesure qu'on se déplace le long d’un rayon. Cette figure 34 donne l’aspect macrographique simplifié de la section droite médiane des cylindres, montrant ainsi nettement la « pénétration de la trempe ». L’épaisseur de la zone martensitique décroît quand le rayon de courbure augmente et il y a martensite au centre pour d ^ 13 mm (Phot. 1, pl I).
- Pour le diamètre de 14 mm la troostite est déjà en grande majorité
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- INFLUENCE DE LA RAPIDITÉ DU REFROIDISSEMENT SUR LA TREMPE.
- 311
- (Phot. 2, pl. I); il n’y a plus que très peu de martensite, en quantité d’ailleurs insuffisante pour être signalée sur les courbes.
- d) Dureté. — Le tableau suivant résume les résultats des déterminations de la dureté faites au centre des échantillons au moyen de la bille de 5 mm sous 500 kg.
- Diamètre des cylindres. 700°-200’>. Diamètre d’empreinte. Nombre de Brinell correspondant.
- Millimètres. 8 Secondes. 4,4 Millimètres. 1,03 593
- 10 5,3 1,06 560
- 12 6,2 1,01 617
- 13 6,6 1,01 617
- 14 6,9 1,16 467
- 16 8,0 1,26 394
- 18 9,2 2,21 421
- 20 10,3 1,26 394
- Si on représente graphiquement (fîg. 35) les variations des diamètres
- Fig. 35. — Courbes donnant la variation de la dureté A après trempe, en fonction du diamètre des cylindres et de la durée v de refroidissement entre 700° et 200° (acier à 1,07 p. 100 C et 0,08 p. 100 Mn).
- d’empreinte ou du nombre de Brinell en fonction du diamètre des cylindres ou de t on voit très bien une discontinuité d’allure correspondant à la vitesse critique de trempe. Il y a, en effet, deux régions l’une à grande dureté voisine de 600 unités Brinell, l’autre à dureté moyenne voisine de 400 unités Brinell (1). C’est ce que nous exprimerons dans la suite par les appellations de trempes dures martensitiques et de trempes douces troostitiques. Nous conservons l’expression de trempe douce quoique en réalité cela corresponde, au point de vue constitution, à des états recuits.
- (1) Dans ses expériences sur la trempe, M. Mac Cance (Iron Steel Inst., LXXXIX, 192, 1914 et Rev. Mèt., XII, 517, 1915) trouve pour les aciers trempés martensitiques (surface de petits échantillons trempés à l’eau) des duretés atteignant et dépassant 700 unités Brinell. La différence avec les valeurs que nous trouvons tient en grande partie à ce que nous avons effectué nos déterminations avec la bille de 5 mm sous une charge de 500 kg, ce qui ne donne pas des valeurs de dureté équivalentes avec celles obtenues au moyen de la bille de 10 mm agissant sous 3 000 kg, contrairement a ce qu’a indiqué Benedicks (Thèse, Upsal, 1904).
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- 312 LA TREMPE DES ACIERS AU CARBONE. — MAI-JUIN J920.
- La vitesse critique de trempe est donc signalée par une dénivellation rapide de la dureté sur les courbes représentant cette propriété en fonction de la rapidité du refroidissement.
- Toute modification de vitesse survenant dans la région avoisinant la vitesse critique de trempe peut provoquer des écarts importants de dureté, alors que des modifications d’importance analogue se produisant dans des conditions où l’on est éloigné de cette vitesse n’amènent que des changements de dureté très faibles ou nuis.
- C’est ce qui explique en particulier les résultats obtenus par Mac Cance (1) en élevant la température de l’eau du bain de trempe. La dureté superficielle des pièces trempées se maintient constante quand la température de l’eau est inférieure à 20° ; au delà et jusqu’à 60° on a des résultats très irréguliers et la dureté varie non seulement dans les diverses pièces mais aussi dans le même échantillon. Cela tient à ce qu’on arrive dans le voisinage de la vitesse critique; le moindre changement des conditions de refroidissement à la surface : vitesse de circulation de l’eau, dégagement local plus ou moins abondant de vapeur, température instantanée de l’eau, etc., suffit à faire passer de trempe dure à trempe douce. Or, dans la trempe au bac, par agitation des échantillons dans un seau d’eau, mode opératoire adopté par Mac Cance, ces conditions à la surface sont extrêmement variables. Les résultats obtenus n’ont donc rien qui doive surprendre étant donné la notion acquise de vitesse critique de trempe. De là découle également l’explication de la formation de zones dures et de zones douces dans les pièces trempées signalées par le même auteur dans son travail.
- Si la rapidité de circulation du liquide de trempe à la surface de la pièce est inégale de manière à ce que, d’un point à l’autre de cette surface, la vitesse de refroidissement du métal soit de part et d’autre de la vitesse critique de trempe, on obtient superficiellement des zones martensitiques et troostiti— ques et, partant, une dureté irrégulière. Ceci peut se constater, en particulier, dans le cas'de trempe par aspersion avec débit d’eau insuffisant et être alors mis en évidence par attaque macrographique à l’acide picrique de la surface extérieure polie des pièces : on obtient alors un aspect marbré caractéristique (Voir photo. 10, pl. III).
- Ainsi, nous arrivons à la notion d’une discontinuité, ou tout au moins d’une modification, dans l’allure et la modalité des phénomènes déterminant ou accompagnant la trempe des aciers au carbone :
- 1° Par disparition complète de la transformation nettement indiquée parles courbes de refroidissement vers 600°-650° (point Ar');
- (1) Journ. Iron Steel Inst., LXXXIX, 192, 1914.
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- ÎNKLLKNCK DM LA RAPIDITÉ 1>C REFROIDISSEMENT SLR LA TR KM PI-
- 31.2 bis
- Pi.anciik 1. — Attaques de 1 minute à l’acide métanitrobenzolsulfonique
- en solution à 4 p. 100 dans l'alcool éthylique.
- Phot. 1. — Acier g à 1,07 p. 100 G et 0,08 p. 100 Mn. Cylindre de 13 mm de diamètre, trempé à 750°. t = G,G s ; A = 617.
- M ai'te/isite.
- (X 75).
- Phot. 2. — Acier g à 1,07 p. 100 G et 0,08 p. 100 Mn Cylindre de 14 mm de diamètre, trempé à 730°. t = 6,9 s; A = 467.
- Troostile et marlensile.
- (X 75).
- Phot. 3. — Même échantillon que celui de la phot. 2, à un très fort grossissement.
- Ce me utile et truoslite.
- (X 870).
- »,
- ; Phot. 4. — Acier d à 0,50 p. 100 C et 0,30 p. 100 Mn. Cylindre de 12 mm de diamètre, trempé à 748°. t = 4,5 s ; A = 459.
- Troostite et ma?'te nsi te.
- (X 75.).
- 29.
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- 312 ter
- LA TREMPE DES ACIERS AU CARBONE.
- MAI-JUIN 1920.
- Planche IL — Attaques de 1 minute à l'acide métanitrobenzolsulfonique
- en solution à b p. 100 dans l'alcool éthylique.
- Phot. o. — Même échantillon que celui de la phot. 4, pl. I, à un très fort grossissement.
- Troostite, ferrite et marteasite.
- Phot. 6. — Acier dix 0,50 p. 100 G et 0,30 p. 100 Mn. Cylindre de 14 mm de diamètre, trempé à 750°. t = 4,8 s ; A == 059.
- Troostite (et ferrite).
- (X 7à).
- Phul. 7. - Meme eeli.mlill'Ui qiu- eelui de l.i phnl. 6,
- à un très fort grossissement.
- Troostite et ferrite.
- (X 870).
- Phot. 8. — Acier f à 0,81 p. 100 G et 0,21 p. 100 Mn. Cylindre de 18 mm de diamètre, trempé à 860°. t = 9 s; A = 593.
- Austénite et martensite.
- (X 870).
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- 'INFLUENCE DE LA H A 1*11)1 TE DU REFltol DIS."SEMENT S U II LA T H EM PE.. 31’2 (/lia ter
- i'i.ANCüi: III.
- Phot. 9. — Acier hypoeuteclique d à 0,50 p. 100 C et 0,13 p. 100 Mn.
- •Cassure à mi-hauteur des cylindres de 8, 10, 12, 14, 16, 18 mm de diamètre, montrant la pénétration de la trempe par la différence d’aspect entre les régions à iroostite et les régions .à ma rien site.
- Phot. 10. — Acier g à 1,07 p.. 100 C et 0,08 p. 100 Mn, trempé vers 750° dans l’appareil
- à aspersion.
- Aspect des surfaces cylindriques polies et attaquées à l’acide picriqua.
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- 312 quintum la trkjmpk i>i;s acikrr au carronk.
- MAI-JUIN 1920.
- Phot. 11.
- Pl.ANCIIK IV.
- — Répartition irrégulière de la ferrite dans un acier à 0,33 p. 100 G par trempe à l’eau à 860° interrompue à 670°.
- Centre d’un cylindre de 18 mm de diamètre.
- (X 200).
- Phot. 12. — Échantillon rompu spontanément en trois fragments, par tapures.
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- INFLUENCE DE LA RAPIDITÉ DU REFROIDISSEMENT SUR LA TREMPE.
- 313
- 2° Par apparition d’un dégagement progressif de chaleur à basse température — au-dessous de 350° — marqué par un relèvement de la région inférieure des courbes de refroidissement (anomalie Ar");
- 3° Par la substitution de la martensite à la troostite correspondant respectivement aux transformations Ar" et Ar';
- 40 Par les variations dans les relations existant entre t et d dans le cas d’échantillons homothétiques;
- 5° Par l’examen de la dureté en fonction de t.
- C’est la frontière, un peu indécise en tant que détermination numérique, séparant les deux manières d’être du phénomène de transformation, quasi réversible et nettement irréversible, que nous appelons pour abréger : vitesse critique de trempe pour des conditions d’état initial de trempe et une loi de refroidissement données.
- Pour les vitesses supérieures à cette dernière il y a trempes dures mar-tensitiques et, pour les vitesses inférieures, trempes douces troostitiques.
- Il est à noter que la troostite est toujours accompagnée ici de cémentite, c’est-à-dire du constituant proeutectique (Phot. 3, pi. I).
- Acier hypoeutectique d a 0,50 C et 0,13 Mn trempé vers 750°. — Le tableau suivant et la figure 36 donnent les résultats numériques caractéristiques et les courbes moyennes relatives à cette série d’expériences :
- Diamètre N° de la courbe Température de l'anomalie nettement visible Aspect micrographique
- des échantillons. de la figure 36. O O O O sur la courbe. constituant principal. (1)
- Millimètres. Secondes. Degrés.
- 8 1 3 — M
- 10 2 3,8 — M
- 12 < 3 4,1 660 non examiné
- ( 3 bis 4,5 610 M + (T + F)
- 14 4 4,8 660 T + F
- 16 5 3,4 655 T + F
- 18 6 6,3 655 T + F
- Pour chaque échantillon, les différentes courbes de refroidissement étaient pratiquement superposables sauf pour celui de 12 mm de diamètre. On a obtenu en effet avec ce dernier diamètre deux courbes, n° 3 et n° 3 bis de la figure 36, très différentes pour un même échantillon, les conditions du refroidissement ayant été identiques et les températures de trempe les mêmes puisqu’elles étaient respectivement de 845° et de 848° c’est-à-dire différant d’une quantité de même ordre de grandeur que les erreurs expérimentales de mesure.
- Lacourben0 3 (entrait discontinu), obtenue la première, est du même type
- (1) M = martensite ; T = troostite ; F = ferrite.
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- LA TREMPE DES ACIERS AU CAIIRONE. — MAI-JUIN 1920.
- que les courbes nos 4, 5, 6 relatives à des diamètres supérieurs, avec anomalie à haute température Ar'.
- La courbe n° 3 bis (en trait plein), obtenue la deuxième en recommençant l’expérience sur l’échantillon trempé ayant donné la courbe n° 3, présente à la fois une anomalie à haute température (AL) et un relèvement graduel aux basses températures (Ar") comme les courbes nos 1 et 2, relèvement visible par la méthode de comparaison et indiqué en outre par l’exa-
- JOO* _
- Fig. 36. — Courbes moyennes de refroidissement au centre de cylindres homothétiques en acier à 0,30 p. 100 C et 0,13 p. 100 Mn, trempés à l’eau.
- men des valeurs de t, qui est plus grand dans la courbe 3 bis que dans la courbe 3, alors que l’échantillon et les conditions de trempe sont les mêmes.
- Nous avons donc cette fois dégagement interne de chaleur à deux époques et dans deux régions de l’échelle des températures, c’est-à-dire dédoublement de la transformation, ainsi que cela était connu pour les aciers spéciaux, notamment les aciers nickel-chrome et chrome-tungstène (1).
- L’examen micrographique, après trempe, de réchantillon ayant donné la courbe 3 bis fait constater l’existence simultanée et en quantité de même ordre de grandeur, de la troostite et de la martensite (Phot. 4, pi. I).
- Ainsi, dans le voisinage de la vitesse critique, on peut observer pour les
- (1) Voir Osmond, Grenet, Portevin, Ghevenard, Dejean.
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- INFLUENCE DE LA RAPIDITÉ DU REFROIDISSEMENT SUR LA TREMPE. 315
- aciers au carbone le dédoublement de la transformation et, de plus, un deuxième chauffage peut modifier la modalité des transformations au refroidissement.
- A part cette particularité, les expériences exécutées sur cet acier nous conduisent aux mêmes constatations que précédemment, il y a deux types de courbes de refroidissement : nos 1, 2 et 3 avec anomalie Ar", nos 4, 5 et 6 avec anomalie Ar'; il y a encore discontinuité d’allure, mais cette fois elle a lieu dans un intervalle plus étroit puisqu’elle s’observe sur un même échantillon.
- La dernière courbe présentant encore l’anomalie Ar' correspond à ; =
- <u
- b
- K IP -
- diametres en m / /
- Fig. 37. — Variation, en fonction dn diamètre des cylindres, de t durée de refroidissement entre 700° et 200° pour l’acier à 0,30 p. 100 G et 0,13 p. 100 Mn, trempé à l’eau.
- 1,5 s, alors que pour l’acier g à 1,07 p. 100 G et 0,08 p. 100 Mn, on avait dans ce cas t = 6,9 s. La vitesse critique de trempe est donc plus élevée.
- De même si on cherche la relation entre t et d on trouve très sensiblement deux droites (fig. 37), l’une correspondant aux trempes martensitiques, l’autre correspondant aux trempes troostitiques. On peut dire que 'z = kd, à condition de donner à k deux valeurs, suivant que l’on a d <k 12 mm ou d^> 12 mm, les deux valeurs étant applicables pour d = 12 mm.
- L’examen micrographique apporte une nouvelle preuve de la correspondance entre la martensite et Ar" et entre la troostite et Ar'.
- Les résultats de l’examen macrographique de la section droite à mi-hauteur des cylindres, représentés schématiquement (fig. 34), montrent, comme dans le cas précédent, la pénétration de la trempe; ceci peut également se constater par l’examen des surfaces de rupture en raison des différences d’aspect de la cassure des zones martensitiques et troostitiques (Phot. 9, pl. III).
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- LA TREMPE DES ACIERS AU CARBONE. — MAI-JUIN 1920.
- Enfin la troostite est toujours accompagnée de ferrite, c’est-à-dire du constituant proeutectique (Phot. 5, 6 et 7, pl. II).
- Dureté. — Les essais de dureté effectués au centre des échantillons avec
- .3 mm sous une charge de 500 kg fournissent les résultats suivants
- Diamètre Diamètre Nombre de Brinell
- des cylindres. O o ô O d’empreinte. correspondant.
- Millimètres. Secondes. Millimètres.
- 8 3 1,05 571
- 10 3,8 1,05 571
- 12 4,5 1,17 459
- 14 4,8 1,32 359
- 16 5,4 1,31 365
- 18 6,3 1,30 370
- Le passage par la vitesse critique de trempe est nettement accusé (fîg. 38) :
- ~ Durée de refroidissement T de 7oo‘à 2ood en secondes
- Fig. 38. — Courbes donnant la variation de la dureté A après trempe en fonction des diamètres des cylindres et de la durée r de refroidissement entre 700° et 200° (acier à 0,50 p. 100 C et 0,13 p. 100 Mn.)
- il y a variation de plus de 200 unités Brinell, lorsque le diamètre des cylindres varie de 4 mm, ce qui correspond à une modification de I s pourT. En dehors de cet intervalle la dureté se maintient à peu près constante (Voir fîg. 38).
- Il y a donc séparation bien marquée entre les trempes dures martensitiques et les trempes douces troostitiques. L’échantillon de 12 mm de diamètre, dont le centre contient des quantités comparables de troostite et de martensite, est de dureté intermédiaire.
- L’examen de l’allure des courbes de dureté confirme donc les résultats précédents.
- Acier/aC = 0,81 p. 100 et 0,21 p. 100 Mn et trempé vers 750°. — Cette fois, même jusqu’au diamètre de 20 mm, on ne trouve plus de point de transformation Ar' à haute température (fîg. 39), mais seulement le relèvement progressif à basse température Ar" (fîg. 40). Les durées t de passage de 700° à 200° croissent d’une manière très sensiblement proportionnelle au
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- INFLUENCE DE LA RAPIDITÉ DU REFROIDISSEMENT SpR LA TREMPE. 317
- dL =
- 1 Seconde
- Fig. 39. — Courbes moyennes de refroidissement au centre de cylindres homothétiques en acier
- à 0,8 p. 100 C et 0,2 p. 100 Mn.
- diamètre des cylindres homothétiques et peuvent être approximativement
- d
- représentés par , xen secondes, d en millimètres. La vitesse critique est
- 400*.
- Secondes
- Fig. 40. — Courbes de refroidissement montrant le dégagement de chaleur à basse température. Courbe 1-U acier à 0,8 p. 100 C et 0,2 p. 100 Mn, trempé à 630° dans l’eau.
- — 2-2/ id. à 760° id.
- — 3-3' Ferro-nickel à 30 p. 100 Ni trempé à 760° id.
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- LA TREMPE DES ACIERS AU CARBONE.
- MAI-JUIN 1920.
- donc cette fois beaucoup plus faible et la durée t qui leur correspond est supérieure à 10 secondes dépassant de plus du double les valeurs trouvées pour les deux aciers précédents.
- Tous les échantillons après trempe sont uniformément constitués par ce qu’on a parfois 1 habitude d’appeler martensite grossière, en aiguilles épaisses enchevêtrées mais nettement discernables (Phot. 3, pl. II); c’est, à notre avis, le mélange austénite-martensite et nous désignerons ainsi cette microstructure.
- \ Quant à la pureté au centre de tous ces cylindres, elle
- .....—se maintient pratiquement constanteet de valeur élevée; les
- \ empreintes de bille (bille de 5 mm, charge 500 kg) varient
- \ \ \
- w
- Fig. 41. — Fac-similé des courbes enregistrées lors du refroidissement d’un cylindre de 20 mm de diamètre en acier à 0,8 p. 100 C et 0,2 p. 100 Mn. Refroidissement à l’air (interruptions de la courbe toutes les 3 secondes).
- Trempe à 1 eau à 630 J interrupti0ns de la courbe tous les 4/10 de seconde.
- — — a /oo° )
- de 1,01 à 1,04 mm, ce qui correspond à des nombres de Brinell de 617 à 582. On est donc toujours à trempe dure.
- Ces résultats sont particulièrement intéressants à comparer à ceux obtenus avec l’acier g dont le présent acier /“diffère par la teneur en carbone plus voisine de l’eutectique et par une teneur en manganèse un peu plus élevée.
- Cette constatation incite à examiner l’influence de la composition chimique sur la vitesse critique de trempe.
- La figure 41 donne le fac-similé de trois courbes enregistrées sur le cylindre de 20 mm de diamètre et représentant :
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- INFLUENCE DE LA RAPIDITÉ DU REFROIDISSEMENT SUR LA TREMPE. 319
- 1° Le refroidissement à l’air avec la recalescence situant la position du point de transformation dans l’échelle des températures. (Les interruptions de la courbe marquent des intervalles de temps de 5 s);
- 2° Le refroidissement à l’eau à partir d’une température de 630°, c’est-à-dire au-dessous du point de transformation; bien entendu il ne peut y avoir aucune anomalie;
- 3° La trempe à l’eau à 755°; il n’y a aucune anomalie à haute température; mais, si on compare cette courbe à la précédente (ces deux courbes ont été tracées avec la même vitesse d’enregistrement, les interruptions de la courbe correspondent à une durée de 0,4 s), on note :
- a) La moindre rapidité de refroidissement par la trempe à 753° résultant de la plus faible conductibilité thermique de l’acier à l’état stable à chaud (solution solide fer, y — G).
- b) Le relèvement de la courbe de trempe par suite de la formation de la martensite à basse température (anomalie Ar").
- E. — Influence de la composition chimique sur la vitesse
- CRITIQUE DE TREMPE.
- Pour se rendre compte de cette influence et ne pas multiplier outre mesure les expériences, on s’est borné à tremper, dans des conditions de refroidissement identiques, une série de cylindres de 16 mm préparés avec les aciers suivants et trempés dans le voisinage de 760°.
- C p. 100. Mn p. 100.
- c........................................... 0,33 0,19
- e........................................... 0,36 0,29
- f........................................... 0,81 0,21
- h.......................................... 1,10 0,40
- i ... ...................................... 1,45 0,20
- Les- résultats sont représentés par la figure 42 ; ils conduisent aux constatations suivantes :
- 1° Pour les aciers extrêmes de la série c et i à 0,33 C p. 100 et 1,45 G p. 100, les différentes courbes obtenues pour chaque acier sont respectivement superposables entre elles accusant un point de transformation Ar' à haute température (courbes n0s 1 et 5);
- 2° De même, pour les deux aciers les plus voisins de l’eutectique f et h à 0,81 G p. 100 et 1,10 C p. 100, les diverses courbes obtenues pour chaque acier sont respectivement superposables entre elles, ne présentant pas de point de transformation Ar' à haute température, mais un relèvement à basse
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- LA TREMPE DES ACIERS AU CARRONE. — MAI-JUIN 1920.
- température Ar" (courbes nos 3 et 4. Ce relèvement est tout particulièrement visible si on compare les courbes voisines 4 et 5.
- Ces aciers ont donc des vitesses critiques différentes, puisque l’on est au-dessous de la vitesse critique pour les aciers extrêmes c et i et au delà pour les aciers intermédiaires /et à;
- 3° Il y a donc un minimum de la vitesse critique de trempe dans le voisinage de la teneur eutectique; ceci résulte notamment de la comparaison des aciers c, f et i pour lesquels les teneurs en manganèse sont pareilles, ne différant entre elles que de quantités de l’ordre des erreurs analytiques;
- Nf-I N-5 N*4 N*5
- C = 0,53 c .0.56 C .0,61 C. 1,1o C =1.4-5
- fin. o,4o
- fin . O, Bo
- 600' _
- 500" _
- 400" .
- d » 16 %
- <1=16% d.16%.
- i oar .
- Fig. 42. — Courbes moyennes de refroidissement, au centre de cylindres de 16 mm de diamètre en acier, à diverses teneurs en carbone et en manganèse.
- 4° Par contre, le manganèse joue un rôle important au point de vue de la vitesse critique de trempe, puisqu’ici un échantillon de 16 mm en acier h à 1,10 p. 100 C et 0,40 p. 100 est à trempe martensitique, alors qu’on a vu précédemment que dans les mêmes conditions de trempe un échantillon de 16 mm en acier g à 1,07 p. 100 C et 0,08 Mn était à trempe troostitique et qu’il en était de même pour l’échantillon de 14 mm. Ici les teneurs en manganèse sont très différentes alors que les teneurs en carbone sont les mêmes aux erreurs analytiques près;
- 5° Si maintenant nous considérons l’acier e à 0,56 p. 100 C et 0,26 p. 100 Mn, nous obtenons deux courbes différentes, représentées sur la figure 42 sous le
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- INFLUENCE DE LA RAPIDITÉ DU REFROIDISSEMENT SUR LA TREMPE. 321
- n° 2 1 une, en traits pleins, à point de transformation Ar' marqué par une recalescence à 635-650°; l’autre, en traits interrompus sans point de transformation Ar', mais avec relèvement Ar'' très accusé à basse température. Les températures initiales de refroidissement ont été respectivement dans les deux cas de 750° et de 758°.
- On peut en conclure que pour cet acier le cylindre de 16 mm correspond, en son centre, à la vitesse critique de trempe mais aussi que, dans ce cas, la température initiale de trempe joue peut-être un rôle qu’il convient d’examiner, ce qui sera fait dans le chapitre suivant;
- 6° L’examen des durées de trempe t de 700° à 200° pour ces échantillons cylindriques de même diamètre, de la microstructure et de la dureté au centre permettent de tirer les mêmes conclusions; on trouve, en effet :
- VALEURS DE T POUR LES COURBES PRÉSENTANT L’ANOMALIE
- Acier. C p. 100. Mn p. 100. Ar'. Ar". Microstructure (1). Dureté (2).
- Diamètre Nombre d'empreinte, de Brinell. en mm.
- C 0,33 0,19 5,0 T + F 1,61 239
- e 0,56 0,29 6,5 8,0 M(2° courbe) 1,03 593
- f 0,81 0,21 8,2 M ( + A) 1,05 571
- h 1,10 0,40 8,6. M(+A) + C 1,07 550
- i 1,45 0,20 6,3 T + C 1,21 428
- La durée de trempe v croit bien comme l’ont indiqué MM. Le Chatelier et Benedicks avec la teneur en carbone, sous cette restriction importante de ne comparer que des courbes de refroidissement de même famille, c’est-à-dire présentant le même genre d’anomalie Ar' ou Ar" au refroidissement.
- L’influence de la position de la transformation dans l’échelle des températures et, conséquemment, de la modalité de cette transformation a sur v une répercussion beaucoup plus importante que la teneur en carbone;
- 7° Enfin, il est utile de remarquer que les courbes n° 1 etn° 5 relatives aux aciers extrêmes ont, au-dessus de Ar', une vitesse moyenne de refroidissement plus faible (80 et 85 degrés par seconde) que les courbes relatives aux autres aciers dans la même région de l’échelle des températures (100 à 125 degrés par seconde). Ceci marque la ségrégation préalable de l’élément proeutectoïde.
- Etant ainsi documenté dans les grandes lignes sur l’influence de la composition chimique de l’acier par rapport à la vitesse critique de trempe, on est amené à envisager quelle importance il faut attribuer à cet égard à la tempé-
- (1) T, troostite: — M, raartensite; — F, ferrite; — A, austénite; — C, cémentite.
- (2) Bille de 5 mm, charge 500 kg.
- Tome 132. — 1er semestre. — Mai-Juin 1920.
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- LA TREMPE DES ACIERS AU CARBONE.
- MAI-JUIN 1920.
- rature initiale de trempe, question qu’il était nécessaire d’examiner pour l’ensemble des expériences, et qui se trouve plus particulièrement soulevée par les courbes n° 2 de l’acier e.
- F. — Influence de la température initiale du refroidissement
- RAPIDE SUR LA VITESSE CRITIQUE DE TREMPE.
- La température initiale du refroidissement peut avoir sa répercussion sur les phénomènes qui se passent pendant la trempe par une double raison :
- 1° En agissant sur la rapidité du refroidissement;
- 2° En modifiant l’état interne initial, en particulier en permettant la disparition plus complète du constituant proeutectoïde; cette action peut s’exercer même lorsqu’on a dépassé AC3, en raison de l’effet de la persistance des particules cristallines après transformation du milieu, phénomène qui a été mis en évidence par les expériences de Wyrouboff sur le dimorphisme du bichromate de cæsium (1).
- Pour cette double raison et par suite des constatations faites dans les séries d’expériences résumées précédemment, il y a lieu de faire une distinction suivant que la vitesse de refroidissement est éloignée ou voisine de la vitesse critique de trempe de l’acier considéré.
- A. Vitesses éloignées de la vitesse critique de trempe. — Prenons trois exemples choisis parmi de nombreuses expériences que nous avons faites :
- 1° Acier hypoeutectique c à 0,88 p. 100 C et 0,19 p. 100 Mn. — En cylindres de 8 à 20 mm de diamètre, les vitesses obtenues au centre étaient inférieures à la vitesse critique pour des températures initiales de trempe voisines de 750°, aussi, en maintenant constantes les autres conditions du refroidissement, l’élévation de température initiale de trempe ne modifie pas l’allure des phénomènes les courbes accusent toujours le point Ar'. C’est ce que montrent les résultats suivants :
- Diamètre Température initiale ~
- des cylindres. de trempe. © O O O Anomalie Ar'
- Millimètres. Degrés. Secondes. Degrés.
- 00 O 5,4 675
- 14 \ 880 4.8 675
- •18 ^ 780 5,0 670
- ( 880 5.6 670
- En élevant de 100° la température de début du refroidissement rapide, on a
- (1) Nous avons déjà signalé ce point en 1913 dans « Contribution à l’étude du recuit sur la srtucture des alliages » paru dans la Revue de Métallurgie (X, 677).
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- INFLUENCE DE LA .RAPIDITÉ DU REFROIDISSEMENT SUR LA TREMPE.
- 323
- diminué légèrement t, mais le point de transformation se manifeste à haute température Ar' : on reste à trempe douce troostitique.
- La figure 43 donne les fac-similés des trois courbes enregistrées sur cylindre de lfi mm et correspondant au refroidissement à l’air et à la trempe à deux températures; on note toujours l’anomalie Ar'.
- ^ 2° Acier hypereutectique i à p. 100 C et 0,20
- \ ^ p. 100 Mn. —Les expériences précédentes ont montré
- ^ qu’à la température initiale de trempe de 730°, on
- était nettement au-dessous de la vitesse critique de trempe au centre de cylindres de 8 à 20 mm.
- L’élévation de température de trempe amène
- \
- \
- \
- '\\
- \ À
- I \
- \
- Fig. 43. — Fac-similé des courbes enregistrées lors du refroidissement d’un cylindre de 16 mm _ de diamètre en acier à 0,3 p. 100 C et 0,2 p. 100 Mn. Refroidissement à l’air (interruptions de la courbe toutes les 5 secondes).
- Trempe dans 1 eau à 870^ j interruptions des courbes tous les 4/10 de seconde.
- une augmentation de la vitesse moyenne de refroidissement (diminution de^) sans modifier l’allure du phénomène; Ar' persiste; on obtient toujours au centre de la troostite et de la cémentite.
- Diamètre' Température initiale ~
- des cylindres. de trempe. 700°-200°. Anomalie Ar'
- Millimètres. Degrés. Secondes. Degrés.
- 14 ( 800 5,6 665
- ••••••• ï 910 4,8 665
- 18 . - ( 785 6,8 660
- O GO 6,0 650
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- LA TREMPE DES ACIERS AU CARBONE. — MAI-JUIN 1920.
- La figure 44 donne, comme précédemment, le fac-similé de trois courbes enregistrées sur cylindre de 16 mm.
- 3° Acier h à 1,1 p. 100 C et 0,1 p. 100 Mn. — Pour les cylindres de 8 à 18 mm et une température initiale de trempe de 750°, on est au delà de _____ la vitesse critique de trempe pour l’échantillon de
- 16 mm. Ainsi, pour les diamètres inférieurs et pour celui de 16 mm, l’élévation de température de trempe n’altère pas la forme des courbes qui
- \
- \
- V
- \
- \
- \
- -A.
- s
- \ \
- \
- \
- \ \
- Fig. 44. — Fac-similé des courbes enregistrées lors du refroidissement d'un cylindre de 16 mm de diamètre en acier à 1,4 p. 100 C et 0,2 p. 100 Mn. Refroidissement à l’air (interruptions de la courbe toutes les 5 secondes).
- Trempe dans l’eau à 900° ) . , .. . . , ,
- 1 „_„0 [ interruptions des courbes tous les 4/10 de seconde.
- présentent toujours le relèvement Ar" à basse température. On reste naturellement à trempe dure martensitique avec diminution de t résultant de l’élévation de température.
- Diamètre des cylindres.
- Millimètres.
- 14
- Température initiale
- de trempe. 703,l-200‘l
- Degrés. Secondes.
- ( 780 0,4
- ( 880 5,8
- Ç 780 7,8
- l 880 7,3
- 16
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- INFLUENCE DE LA. RAPIDITÉ DU REFROIDISSEMENT SUR LA TREMPE
- 325
- Si on répète ces expériences sur un échantillon de 18 mm, on constate qu’alors il n’y a que l’anomalie Ar" pour une température initiale de trempe de 890°, le dédoublement du point de transformation au refroidissement (Ar' et Ar") apparaît lorsque le début du refroidissement rapide s’effectue à partir de 790°; en même temps, il y a diminution de v qui passe de 9,4 à 9 sec.
- A l’inverse des cas précédents, l’augmentation de température de trempe accroît la durée du refroidissement, parce que les phénomènes de transforma-tion changent de position thermométrique et d’allure.
- dJ47. d. J6X. dus "A-,
- 705' -
- Sf 400".
- 200‘_
- N “4 <
- 100*.
- 1 Seconde
- Fig. 45. — Courbes de refroidissement d’un acier à 0,56 p. 100 C et 0,26 p. 100 Mn, en cylindres de 14, 16 et 18 mm de diamètre, trempés à l’eau à diverses températures.
- On a dépassé la vitesse critique de trempe pour T = 900° et on est en dessous de la vitesse critique pour T ==750°. Nous rentrons dans le cas suivant :
- 2° Vitesses de refroidissement voisines de la vitesse critique de trempe. — Choisissons l’acier e à 0,56 p. 100 C et 0,26 p. 100 Mn dont la vitesse critique de trempe correspond au refroidissement au centre du cylindre de 16 mm trempé dans le voisinage de 750°, et trempons des cylindres de 14,16 et 18 mm à diverses températures les autres conditions externes de trempe restant les mêmes. On a le tableau suivant et les courbes de la figure 45(1).
- (1) La courbe n° 2 (cylindre de 14 mm trempé à 760°) n’a pu être prolongée aux basses températures par suite d’accidents survenus au cours des expériences.
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- LA TREMPE DES ACIERS AU CARBONE. — .MAI-JUIN 1920.
- Anomalies
- Diamètre Température initialo - do la courbe
- des cylindres. de trempe. 700"-200 >. de reiroidissement.
- .Millimètres. Degrés. Secondes.
- f 705 6,4 Ar' (620°-635°)
- 14 } 760 (>) )) ))
- ( 875 5,8 Av"
- l(i ( 705 1 880 7.2 7.2 Ar' (635°) Ar"
- IX ^ 800 j 900 7,0 7,8 Ar' (640°) Ar"
- On
- basses
- Ici,
- \x
- remarquera la netteté avec laquelle se manifeste le relèvement Ar aux températures sur les courbes n° 5 et n° 7.
- la température initiale de trempe a une influence considérable, parce qu’on opère dans le voisinage des vitesses critiques \ de trempe. La durée de refroidissement t croît lors-
- \ que la température augmente, à l’inverse des idées
- ^ reçues, parce qu’elle modifie profondément 1 allure
- ^ du phénomène de transformation.
- ' La figure 46 donne le fac-similé de trois courbes
- \ enregistrées sur cylindre de 16 mm. de diamètre.
- \
- W 1
- \ \ \
- N.
- .Fig. 46. — Fac-similé des courbes enregistrées lors du refroidissement d’un cylindre de 16 mm de diamètre en acier à 0,36 p. 100 C et 0,26 p. 100 Mn. Refroidissement à Pair (interruptions de la courbe toutes les 5 secondes).
- Trempe dans l’eau à 880° ) . .
- _ _ 7550 \ interruptions des courbes tous les 4/10 de seconde.
- Ces expériences donnent l’explication des contradictions que l’on relève dans les différentes assertions énoncées, à propos de l’influence de la tempé-
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- rature de trempe. Si on opère sur de très petits échantillons, ou si ou se borne à un examen de surface, on trouve que la température de trempe n’a pas d influence sensible sur le résultat (voir par exemple les expériences de Mac Gance), parce qu’on est toujours bien en dessous de la vitesse critique de trempe. Si au contraire, en raison de 'la grosseur des échantillons ou des conditions extérieures du refroidissement, on arrive dans les environs de la vitesse critique du refroidissement, on est conduit à énoncer des conclusions inverses.
- Lorsque les échantillons et les conditions de refroidissement sont telles qu’au centre il y ait trempe douce troostitique, il y a naturellement entre le centre et la surface une région martensite-troostique pour laquelle on franchit la vitesse critique de trempe; la position de cette région se déplacera donc avec la température initiale de trempe et l’épaisseur de la zone à trempe dure martensitique variera. D’où l’importance de la température de trempe au point de vue de la pénétration de la trempe dure et dans le cas des grosses pièces.
- G. — Trempes de durée limitée.
- Limites inférieures de température de formation de la troostite a température descendante.
- Les séries d’expériences précédentes ont mis en évidence ce fait que les transformations au cours d’un refroidissement rapide de l’acier présentaient deux modalités :
- 1° Une transformation rapide à haute température AG, toujours supérieure à 600°, correspondant à la naissance de la troostite dans la solution solide fer y carbone. Lorsqu’on approche, d’une manière ou d’une autre, de la vitesse -critique il y a tendance à la recalescence (voir .courbes n° 2 de la figure 42, n° 1 de la figure 45) c’est-à-dire à l’accélération positive de la vitesse de réaction lorsque la température d’amorçage de la réaction tend à être la plus basse possible.
- 2° Une transformation lente à basse température Ar" presque toujours inférieure à 350° et particulièrement marquée au-dessous de 300° correspondant à la naissance de la martensite dans la solution solide fer y carbone. L’accélération de la vitesse de réaction diminuant lorsque la température de réaction s’abaisse, ce qui arrive lorsqu’on dépasse de plus en plus la vitesse critique de trempe, il y a maintien partiel de l’état non transformé et apparition de l’austénite.
- Dans ces conditions on voit toute l’analogie de ces phénomènes avec ceux bien connus de surfusion et de sursaturation ; cette analogie se poursuit
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- quand on envisage Faction des amorces cristallines sur la réaction comme nous en disons un mot plus loin. Mais on peut se demander s’il n’est pas possible par des artifices d’abaisser la température Ar' de transformation directe de la solution solide fer y carbone en troostite c’est-à-dire en complexe ultramicroscopique de fer a et de Fè3C. L’effet du revenu qui provoque par voie indirecte la naissance de ce complexe montre bien que ce retour à l’équilibre Fea -f- Fe3C peut s’effectuer à des températures bien plus basses que 600°.
- Nous avons eu pour cela recours à l’arrêt du refroidissement rapide par limitation de la durée de trempe obtenue en faisant cesser l’immersion de l’échantillon dans l’eau. Pour cela, on observait un pendule battant la seconde et on abaissait brusquement l’appareil de trempe au bout d’un temps déterminé écoulé depuis l’immersion c’est-à-dire depuis l’instant initial de la trempe.
- En 1904, M. H. Le Chatelier avait déjà fait des enregistrements de courbes de refroidissement à durée de trempe limitée et avait obtenu les résultats suivants :
- Avec un échantillon d’acier à 0,9 p. 100 C, de 18 mm de côté et de hauteur, trempé dans l’eau froide à partir de 923°, on note sur les courbes de refroidissement :
- Une recalescence à 530°-545° si la durée de trempe est limitée à 4 s.
- Un palier à 635° si la durée de trempe est réduite à 2 s.
- Dans les deux cas, le métal a été complètement adouci.
- Dans nos expériences nous avons opéré avec des échantillons de 10 et de 18 mm de diamètre; les diverses durées d’immersion étant déterminées d’après le diamètre; nous avons choisi les trois aciers c (0,33 p. 100 C; 0,19 p. 100 Mn), e (0,56 p. 100 C; 0,26 p. 100 Mu) et / (0,81 p. 100 C; 0,20 p. 100 Mn) de façon à obtenir des vitesses de refroidissement rapide supérieures et inférieures à la vitesse critique de trempe ou dans le voisinage de cette dernière.
- Les phénomènes observés et les résultats obtenus sont donnés par les tableaux 11, III et IV et les Figures 47, 48, 49 et 50.
- Les remarques suggérées par l’examen de ces documents peuvent être présentées de la manière suivante :
- Cylindres de 10 mm de diamètre. — Pour les trois aciers c, e et 'f, étant donné le diamètre des cylindres et la température de trempe, on dépasse nettement au centre la vitesse critique de trempe d’après ce que nous avons vu précédemment; aussi obtient-on de la martensite et une grande dureté pour toutes les trempes non interrompues.
- Mais si on limite la fin de trempe à des températures de plus en plus
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- Tableau II. — Trempes interrompues.
- I. — Acier c (G = 0,33 p. 100; Mn = 0,19 p. 100).
- A. — Cylindres de 10 mm de diamètre trempés vers 815° (1).
- DURÉES APPROXIMATIVES DE TREMPE (durées d’immersion) TEMPÉRATURES d’émersion (fin de trempe) RECALESCENCES OBSERVÉES (après émersion) ESSAI A (bille de 5 mm Diamètre d’empreinte. LA BILLE charge 500 kg N ombre de Brinell. ASPECT MICROGRAPHIQUE (*)
- Secondes. Degrés. Millimètres. Millimètres par kg2.
- >100 10 1,17 459 M
- 2 1/2 330 — 1,18 451 M
- 1 1/2 460 430 l j00 258 M + (T + F)
- 1/2 675 675° 1,76 199 T + F
- B. — Cylindres de 18 mm de diamètre trempés à 860°.
- DURÉES APPROXIMATIVES DE TREMPE TEMPÉRATURES d’émersion -(fin de trempe) RECALESCENCES OBSERVÉES (après émersion) ESSAI A (bille de 5 mm Diamètre d’empreinte. LA. BILLE charge 500 kg) Nombre de Brinell. ASPECT MICROGRAPHIQUE (*)
- Kilogramme
- Secondes. Degrés. Millimètres. par mm2.
- >100 10 1,62 236 T + F
- 7 200 — 1,63 233 T + F
- 3 560 — 1,68 219 T + F
- 2 670 670° 1,94 163 T + F
- Tableau III. — Trempes interrompues.
- II. — Acier e (C = 0,56 p. 100; Mn = 0,26 p. 100).
- A. — Cylindres de 10 mm de diamètre trempés à 800° (2).
- DURÉES APPROXIMATIVES DE TREMPE (durée d'immersion) TEMPÉRATURES d’émersion (fin de trempe) RECALESCENCES OBSERVÉES (après émersion) ESSAI A (bille de 5 mm Diamètre d’empreinte. LA BILLE charge 500 kg) Nombre de Brinell. ASPECT MICROGRAPHIQUE (*>
- Se condcs. Degrés. Millimètres. Kilogramme par mnr2.
- > 1Q0 10 — 1,03 593 M M (3)
- 3 1/2 250 — 1,00 630
- 2 1/4 350 — 1,01 617 M (3)
- 1 1/4 475 455° —4 535° 1,43 305 T + F
- (*) M = martensite; — T = troostite; — F =.ferrile.
- (1) Voir figure 47.
- (2) La martensite est colorée par l’effet du revenu.
- (3) Voir figure 48.
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- MAI-JUIN 1920.
- B. — Cylindres de 18 mm de diamètre trempés à 855° (1).
- I)UH CES AP PR OX l NT ATI VE S DE TREMPE (duree d'immersion) TEMPÉRATURES d’émersion (fin de trempe) RECALESCENCES observées (après émersion) ESSAI A (bille de T> mm; Diamètre d’empreinte. LA BILLE charge 500 kg) Nombre de Brinell. ASPECT MICR0GRAPH1OUE P)
- Secondes. > 100 Degrés. 10 Millimètres. 1.10 Kilogramme par mm-. 519 M
- 5 300 — 1.33 343 T + M
- 4 420 ;î80- —> 393" 1,30 370 T
- 2 1/2 (360 630°—> (360° 1,38 249 P + F
- Tableau IV. — Trempes interrompues.
- III. — Acier f(C = 0,81 p. 100; Mn = 0,20 p. 100).
- A. — Cylindres de 10 mm de diamètre trempés à 820° (2).
- DURÉES APPROXIMATIVES DE TREMPE (durées d’immersion) TEMPÉRATURES d’émersion (tin de trempe) RECALESCENCES OBSERVÉES (après émersion) ESSAI A (bille de charge Diamètre d'empreinte. LA BILLE 5 mm ; 500 kg) Nombre de Brinell. A S P ECT MICROOR A- PHIOUE (*) OBSERVATIONS
- Secondes. > 100 2 1/2 i 1/2 1 Degrés. 10 330 500 oo 0 I 485°—> 560" ) 510° i 540° —> 600" ( 565° Millimètres. 1,01 1,04 1,37 1,36 Kilogramme par mm2. 617 382 333 338 M + A M + A T T
- B. — Cylindres de 18 mm de diamètre trempés à 860u.
- DURÉES APPROXIMATIVES DE TREMPE (durée d’immersion) TEMPÉRATURES d'émersion (fin de trempe) RECALESCENCES OBSERVÉES (après émersion ESSAI A (bille de charge c Diamètre d'empreinte. LA BILLE 5 mm; e 500 kg. Nombre de Brinell. aspect MICROGRA- PHIQUE A) observations
- Secondes. > 100 Degrés. 10 — Millimètres. 1.02 Kilogramme par mm-. 603 M + A M + A Tapuredia-
- 330 — 1,07 550 mé trale externe.
- 400 — 1,03 393 M •• A j * j,|. (ïapuredia-
- d O OC 563"->390° 1,31 365 T . m (Orale . au centre. !
- (*) M= martensite; — T = tvoostite ; — A = austénite ; - F = ferrite; —P —perlite.
- (1) Voir figure 49.
- (2) Voir figure 50.
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- élevées, en réduisant successivement les durées d’immersion, on constate que la dureté se maintient à des valeurs élevées avec présence de martensite sans troostite jusqu’à 330-350° comme température d’émersion. Par contre, lorsque cette dernière atteint 450-500”, on note simultanément :
- 1° Une recalescence après émersion;
- 2° La naissance de la troostite et la disparition de la martensite;
- 3° Une chute importante de dureté.
- Cylindres de i8 mm de diamètre. — 1° Pour l’acier c à 0,33 p. 100 G et
- 400".
- 10 SECONDES
- Fig. 47. — Courbes de refroidissement lors de la trempe vers 813° dans Peau d’un cylindre de 10 mm de diamètre en acier à 0,33 p. 100 C et 0,2 p. 100 Mn.
- Trempe complète et trempes à durées limitées.
- 0,19 p. 100 Mn, on est en dessous de la vitesse critique de trempe dans les conditions expérimentales adoptées. Il y a donc dans tous les cas trempe douce avec recalescence à température descendante avant émersion, recalescence pfeu visible sur les courbes en raison des conditions dans lesquelles elles sont enregistrées. On obtiendra donc toujours de la troostite mélangée de ferrite et une dureté moyenne. Naturellement, lorsque la température d’émersion atteint la température de recalescence pendant la trempe (vers 650°), il y aura recalescence à l’émersion; c’est ce qui se produit pour le dernier échantillon du tableau I, B (durée approximative de trempe :2 s; tempé-
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- rature d’émersion : 670°). On peut noter alors, à l’examen micrographique, une répartition irrégulière de la ferrite par suite de la présence de grandes plages de perlite (Phot 1 1, pl. IV).
- 2° Avec l’acier e, à 0,56 p. 100 C et 0,26 p. 100 Mn, on est dans le voisinage de la vitesse critique de trempe puisque, ainsi qu’on l’a vu précédemment, une élévation de 100° de température initiale de trempe fait passer, pour les
- cylindres de 18 mm de diamètre, de trempe douce troostitique à trempe dure martensitique.
- Il y a déjà, lors de l’émersion à 300°, production de troostite mais en quantité insuffisante pour être marquée par une recalescence visible au simple examen des courbes.
- Par contre, on peut abaisser jusqu’à 380°, par émersion à 420°, la température de début
- \ \ \ X
- \
- \
- \
- \
- \
- \
- Fig. 48. — Fac-similé des courbes enregistrées lors de la trempe, vers 800°, dans l’eau, d’un cylindre de 10 mm de diamètre en acier à 0,36 p. 100 C et 0,26 p. 100 Mn.
- Trempe complète et trempes à durées limitées (interruptions des courbes toutes les 3 secondes).
- de recalescence, celle-ci, très marquée, atteint 15° d’amplitude ascendante et il y a formation complète de troostite à basse température.
- 3° Si on opère dans des conditions de refroidissement rapide pour lesquelles la vitesse critique de trempe est nettement dépassée pour les diamètres de 18 mm, comme c’est le cas de l’acier f à 0,81 C et 0,20 p. 100 Mn, la recalescence après émersion ne se manifeste pas, même après émersion à 400°, et on reste jusque-là avec la structure martensite austénitique. Mais, après émersion à 580°, on observe une recalescence de 25° d’amplitude ascendante et on obtient la troostite pure avec baisse accentuée de dureté.
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- Nous avons signalé clans une colonne d’observations sur le tableau III le fait curieux que, dans cette série d’expériences, seul le cylindre trempé jusqu’à refroidissement complet à l’eau était exempt de tapures. Nous nous réservons de revenir ultérieurement sur ces phénomènes.
- En résumé, nous arrivons aux conclusions suivantes :
- \ , \
- \ \ \ 'i
- ]
- 1° Avec des vitesses de trempe nettement supérieures aux vitesses critiques, on a pu, par l’artifice de la limitation de la durée du refroidissement rapide, c’est-à-dire de la trempe proprement dite, abaisser jusqu’à 450° la température de recalescence Ar'. Puisqu’il s’agit de trempes vives, la solution solide fer y-C exis-
- \
- Fig. 49. — Fac-similé des courbes enregistrées lors delà trempe, vers 850°, dans l’eau, d’un cylindre * de 18 mm de diamètre en acier à 0,56 p. 100 C et 0,26 p. 100 Mn.
- Trempe complète et trempes à durées limitées (interruptions des courbes toutes les 5 secondes).
- tant à haute température, se trouve, en raison de ce que nous avons vu précédemment, maintenue pendant le refroidissement rapide jusqu’à 300-350°; au-dessous de cette température et lors d’un refroidissement non interrompu elle subit la transformation Ar" amenant la naissance de la martensite. C’est donc la transformation directe et immédiate de la solution solide en troostite que nous réalisons ainsi à température bien plus basse que celle à laquelle nous l’avons constamment observée jusqu’alors; cette réaction est à accélération positive se manifestant par une remontée de température très accentuée sur les courbes enregistrées.
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- Au contraire, si on opère par la voie indirecte et irrenversable du revenu après trempe vive, c’est-à-dire par l’intermédiaire de l’état martensite, la réaction dans ces mêmes régions de température est très ralentie : le processus est différent;
- 2° Si on opère dans le voisinage de la vitesse critique de trempe, on a pu observer le départ de la réaction directe à des températures encore plus
- \
- \
- basses, à 380° ;
- 3° Dans le cas de vitesse de trempe inférieure à la vitesse critique, la recalescence s’étant produite à haute température au cours du refroidissement rapide, on a toujours la troostite et la position de la température d’émersion ne change pas sensiblement la structure et partant la dureté;
- 4° Dans le cas de trempes vives (à vitesse
- Fig. 50. — Fac-similé des courbes enregistrées lors delà trempe vers 825°, dans l’eau, d’un cylindre de 10 mm de diamètre en acier à 0,8 p. 100 C et 0,2 p. 100 Mn.
- Trempe complète et trempes à durées limitées (interruptions des courbes toutes les 5 secondes).
- de trempe supérieure à la vitesse critique), en dehors de la légère atténuation de dureté produite par l’effet de revenu, on voit que l’on peut sans altération notable de la dureté, arrêter la trempe à des températures allant jusqu’à 350°. Il s’agit ici, bien entendu, de la température réelle du point considéré de la pièce et non d’une température de surface ou d’une température moyenne évaluée par voie calorimétrique. Nous obtenons ainsi une limite supérieure d’arrêt de trempe, au point de vue de la dureté résultant de cette opération mais, en raison des tapures observées dans une des séries d’expériences, il est peut-être prudent de ne pas profiter de toute la marge de température d’émersion qui est ainsi offerte.
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- Quoi qu’il en soit, nous pensons, au point de vue pratique, avoir obtenu cette fois une indication qui manquait concernant la limite supérieure réelle des températures d’émersion.
- H. — Rôle des amorces cristallines sur la vitesse
- CRITIQUE DE TREMPE ET CONSÉQUENCES.
- Si nous rassemblons une série de constatations faites au cours des expériences exposées précédemment nous nous trouvons en présence des faits suivants :
- 1° La vitesse critique de trempe, pour une température initiale de trempe donnée, passe par un minimum vers la teneur eutectique (§ C);
- 2° L’élévation de la température de trempe tend à faire disparaître Ar' si on est dans le voisinage de la vitesse critique (§ E et F, courbes fig. 45 et 46);
- 3° Une deuxième trempe tend également à faire disparaître Ar' si on est très près de la vitesse critique (§ D, courbes n° 2 de la figure 42);
- 4° Pour les aciers à teneur en carbone éloignés de la teneur eutectique, la ségrégation de l’élément proeutectique (ferrite ou cémentite libres) se manifeste avant Ar' par une inclinaison moindre de la courbe de refroidissement (§ D, courbes nos 1,2, 3 et 5, fig. 42);
- 5° La troostite, dans les aciers non eutectiques, est toujours accompagnée du constituant proeutectique; les éléments proeutectiques étant en général entourés par la troostite.
- Ceci nous met surabondamment en évidence le rôle des amorces cristallines visibles aux grossissements dont nous pouvons disposer. La présence de ferrite ou de cémentite, éléments constitutifs de la troostite, favorisant la séparation de cette dernière du sein de la solution solide fer y carbone. Ces amorces cristallines visibles ou ultra-microscopiques peuvent exister soit par suite de non-dissolution totale des éléments proeutectiques lors du chauffage, par insuffisance de durée de chauffage ou parce que la température atteinte n’a pas été assez élevée, soit par suite delà ségrégation de ces éléments dans la période de début du refroidissement.
- Ces phénomènes seront accentués initialement si, avant chauffage, les éléments sont plus gros et plus éloignés les uns des autres, ce qui gêne l’homogénéisation chimique complète de la solution solide lors du chauffage, soit lorsque diverses causes favorisent au refroidissement la précipitation de l’élément proeutectique.
- En particulier, on sait que la présence d’inclusions, soit par action physique (Ziegler), soit par action chimique (Giolitti et Zublena), sont des causes
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- déterminantes de la formation de ferrite ou de cémentite lors du refroidissement; elles agiront donc sur la vitesse critique de trempe.
- Toutes ces considérations ne sont d’ailleurs que des cas particuliers de la définition de l’état initial de trempe, ainsi que nous l’avons indiqué dans le paragraphe I de la deuxième partie de ce mémoire.
- Pour ne pas développer outre mesure le rôle et les conséquences de cet état initial, nous nous contenterons de signaler ces quelques points particuliers.
- On voit ainsi l’intervention, sur la vitesse critique de trempe, des facteurs suivants qu’il nous suffira d’énumérer :
- a) du rée de chauffage;
- b) grosseur et répartition des éléments de structure dans l’acier avant traitement;
- c) présence des inclusions.
- La vitesse critique de trempe pourra donc varier, pour un même acier et une même température initiale de trempe, suivant les traitements thermiques antérieurement subis; en particulier, tout traitement préalable ayant pour résultat d’accroître la finesse des éléments accroîtra la vitesse critique de trempe et pourra par suite jouer le rôle de traitement préparatoire.
- Comme la présence et la répartition des inclusions peuvent \arier suivant le procédé de préparation de l’acier (convertisseur, creuset ou four à sole; procédé acide ou basique) et les conditions de la coulée, la vitesse critique de trempe pourra de ce chef être modifiée.
- Sans qu’il soit nécessaire d’insister sur ces problèmes dont le développement sortirait du cadre que nous avons assigné à cette étude, on voit immédiatement que l’influence de la grosseur des éléments déstructuré, de la teneur en manganèse, et des inclusions permettant en particulier d’expliquer toutes les remarques auxquelles donne lieu la trempe des aciers suivant le procédé de fabrication et le travail à l’aciérie au triple point de vue de la pénétration de la trempe, de la marge des températures de trempe et de la fréquence des tapures.
- Conclusions.
- Les conclusions générales de cette étude ont été résumées succinctement dans deux notes présentées à l’Académie des Sciences le 14 mai 1917 (1) et le 4 juin 1917 (2), mais le cadre restreint imposé à ces notes n’avait pas permis de leur donner tous les développements qu’elles ont acquis au cours
- (1) C. R., CLXIV, 783, 1917.
- (2) C. R., CLXIV, 883, 1917.
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- cle ce mémoire; certains points avaient même dû, pour cette raison, être passés sous silence.
- Si on reprend une à une les notions acquises dans les séries successives des expériences qui font l’objet des paragraphes précédents, on arrive à formuler en particulier les conclusions suivantes pour les aciers au carbone :
- 1° Au cours d’un même refroidissement, c’est-à-dire à température régulièrement descendante, la formation de la troostite est corrélative d’une transformation rapide à haute température (vers 650°) et la martensite, d’une transformation relativement lente par rapport à la précédente et à basse température (vers 300° et au-dessous).
- Ceci a été confirmé par l’étude dilatométrique des refroidissements de fils fins dans l’azote et dans l’hydrogène par M. Ghevenard (1), et se trouve d’accord avec ce qu’avait appris depuis longtemps l’étude des aciers auto-trempants au chrome tungstène et au chrome nickel. Récemment M. Dejean (C. R., CLXV, 182, 1917) l’a vérifié pour les aciers auto-trempants au nickel et au manganèse.
- 2° Ces transformations sont accusées sur les courbes de refroidissement par des anomalies, l’une nettement visible Ar'par simple examen des courbes température-temps, l’autre Ar" accusé par un simple changement de direction ou de courbure parfois visible à l’aspect des courbes et en tout cas décelable par comparaison faite avec les courbes de refroidissement des métaux ou alliages ne présentant pas de point de transformation et cela en observant les principes de comparabilité des courbes posées dans la première partie de ce travail. On peut aussi les voir en ayant recours aux courbes dérivées.
- 3° Si, pour un même acier et une même température initiale de refroidissement, on fait croître la rapidité du refroidissement, ou plus exactement la vitesse moyenne de refroidissement avec des lois de refroidissement semblables, rabaissement du point de transformation ne se fait pas régulièrement : il y a discontinuité ou tout au moins variation non graduelle de la position du point de transformation au refroidissement. Après s’être abaissé progressivement, l’anomalie au refroidissement passe de la position Ar' à la position Ar", d’où la notion de la vitesse critique de trempe.
- En réalité l’expression « vitesse critique de trempe »que nous avons adoptée pour caractériser le phénomène que nous avons voulu mettre en évidence, tout en simplifiant le langage, devrait être remplacée par la désignation de zone critique de vitesse de trempe si on fait intervenir le phénomène de dédoublent) C. R., CLXV, 59, 1917. M. Dejean (Rev. de Met., XV, 1917) a fait également des essais de trempe sur les aciers au carbone, mais les conditions d’enregistrement des courbes dont nous ignorons les détails et caractéristiques, la grosseur des échantillons qui sont tous après trempe à troostite (t de 700 à 100 varie de 1 m 30 à 12 s) ne nous permettent pas d’émettre un avis sur l’anomalie signalée par cet auteur vers 100°.
- Tome 132. — 1er semestre. — Mai-Juin 1920.
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- ment du point de transformation amenant la présence de troostite et de martensite.
- Ainsi que l’un de nous l’a exposé pour les aciers nickel chrome (1), il y a une vitesse minimum de trempe dure martensitique avec transformation unique Ar" à basse température, et une vitesse maximum de trempe douce troostitique avec transformation unique Ar' à haute température. Cette dernière est la vitesse maximum de recuit de l’acier pour la température considérée.
- En raison des difficultés expérimentales résultant de la rapidité des phénomènes nous n’avons pas pu préciser ces deux vitesses d’ailleurs très voisines l’une de l’autre pour les aciers au carbone, d’où l’expression unique qui remplace ces désignations. Des conclusions analogues peuvent être formulées pour les températures de trempe.
- Pour les aciers spéciaux, l'étude expérimentale se trouve incomparablement simplifiée, car les phénomènes sont observables pour des vitesses de refroidissement beaucoup plus faibles, et les dispositifs d’étude de points critiques utilisés depuis longtemps les mettent facilement en évidence.
- Mais ce qui nous paraît essentiel, c’est de montrer qu’aux vitesses près, la physionomie, les lois générales et les conséquences des phénomènes sont les mêmes.
- 4° Cette vitesse critique de trempe est signalée non seulement, comme il vient d’être dit, par l’étude de la position des anomalies des courbes de refroidissement mais aussi:
- a) par l’examen de la microstructure en fonction de la rapidité du refroidissement;
- h) par l’étude de la durée de trempe v en fonction du diamètre d’échantillons cylindriques homothétiques;
- c) par l’étude de la dureté en fonction de la durée du refroidissement en partant d’un même état initial à l’origine du refroidissement.
- 5° Il y a donc des trempes dures martensitiques ou trempes vives et des trempes douces troostitiques suivant la position delà transformation au refroidissement et on a pu, pour les aciers au carbone, observer le phénomène du dédoublement du point de transformation connu depuis longtemps pour les aciers spéciaux. Dans ce cas, la présence simultanée, pour un même refroidissement, de AC et Ar" amène la coexistence de la troostite et de la martensite.
- 6° Dans des conditions identiques de chauffage et de loi de refroidissement, la vitesse critique semble présenter un minimum vers la teneur eutectique, et elle décroît d’autre part avec la teneur en manganèse.
- (i) Portevin, Rev. de Mét., XIV, 707, 1917.
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- INFLUENCE DE LA RAPIDITÉ DU REFROIDISSEMENT SUR LA TREMPE. 339
- 7° Différents auteurs ont énoncé des conclusions touchant l’influence de la masse des échantillons et de l'agitation du liquide de trempe sur la durée de refroidissement, de la température de trempe, de la température de l’eau sur la dureté de surface ; elles sont valables tant que le champ d’investig'ations ne comprend pas la vitesse critique ; par exemple :
- a) pour des cylindres homothétiques, la durée de refroidissement t croît
- ïïlcLSSG
- proportionnellement au diamètre, c’est-à-dire au rapport gurface ce qui cou-
- firme les résultats annoncés par M. H. Le Chatelier et discutés par M. Bene-dicks, mais on observe une discontinuité quand on franchit la vitesse critique ;
- b) pour des trempes vives (surface de petits échantillons), la dureté après trempe n’est pas sensiblement affectée par l’élévation de la température de trempe (Mac Cance). Par contre, dans le voisinage de la vitesse critique, la température de trempe peut avoir une influence très nette ;
- c) l’agitation ou la vitesse de circulation de l’eau du bain de trempe a peu d’effet sur la dureté et sur la durée de refroidissement dans le cas de trempes vives, c’est-à-dire quand on est nettement au-dessus de la vitesse critique. Il n’en va plus de même si on s’approche de cette vitesse. Des considérations analogues s’appliquent en ce qui concerne la température de l’eau.
- 8° L’état initial a une grande importance en raison de l’action des amorces cristallines qui tend à faire cesser les retards de transformation de la solution solide fer y-C, et provoquer par suite la formation de troostite.
- Ce rôle des amorces cristallines est montré par l’effet de l’élévation de la température de trempe et des trempes répétées, lorsqu’on est dans le voisinage de la vitesse critique, par l’examen des courbes de refroidissement au-dessus de Ar' pour les aciers très éloignés de la teneur eutectique, par le fait que la yitesse critique de trempe est minimum pour les teneurs en carbone avoisinant l’eutectique, et par la présence du constituant proeutectique accompagnant toujours la troostite pour les aciers distants de l’eutectique.
- Cette influence des amorces cristallines s’étend aux cas où leur petitesse leur fait échapper à nos moyens actuels d’investigation. D’où le rôle joué par les facteurs suivants :
- Durée de chauffage avant trempe;
- Grosseur et répartition initiale des éléments de structure;
- Présence des inclusions ;
- Traitements préparatoires à la trempe.
- On peut en déduire des explications de diverses constatations pratiques concernant la pénétration de la trempe, la marge de température de trempe et la fréquence des tapures.
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- 9° La troostite représente, à l’état de grande division, des éléments qui sont indiscernables au microscope, le système à l’état chimiquement stable à froid c’est-à-dire Je mélange des deux phases fer y et Fe3C. Dans les aciers éloignés de la teneur eutectique, la troostite est toujours accompagnée d’éléments pro-eutectiques visibles.
- Elle est hors d’équilibre structural, mais formé des mêmes éléments de constitution que la perlite. C’est à proprement parler un état recuit et on en conserve l’expression de trempe douce troostitique que par égard aux trempes industrielles.
- 10° La transformation directe, renversable et quasi réversible, solution solide Fe y/C—^complexe Fe3C -f- Fe a, qui définit, à température descendante, la formation de troostite et qui, lors d’un refroidissement continu, s’opère vers 650°, peut, par interruption d’un refroidissement rapide de vitesse supérieure à la vitesse critique de trempe, avoir lieu à plus basse température et s’observer vers 400°-350°. La troostite se produit alors, après émersion, avec recalescence très accentuée, de grande amplitude.
- C’est donc une réaction à allure vive, alors que la transformation indirecte, irrenversable, et par suite irréversible, qui se produit pendant le revenu en donnant naissance également aux constituants analogues comme aspect, nature et colorabilité aux réactifs dénommés, suivant les auteurs, troostite, osmondite et sorbite, s’opère avec une vitesse relativement lente.
- 11° La température de 350° apparaît, pour les aciers au carbone, comme une limite supérieure de température d’émersion acceptable, dans le cas de trempes interrompues ou de dureté limitée, sans provoquer une diminution sensible de la dureté autre que celle amenée par le léger revenu qui s’opère pendant la deuxième période de l’opération.
- NOTES ANNEXES
- Note I. — Influence d’un dégagement de chaleur interne
- SUR LA DURÉE DU REFROIDISSEMENT.
- Lorsque au cours du refroidissement de T1 à T0, il se produit, par suite d’une transformation interne, un dégagement de chaleur, la durée du refroidissement t entre T, et T0 se trouve accrue d’une quantité Av. Mais Av varie, non seulement avec Q, quantité de chaleur libérée par la transformation, mais encore avec la position qu’occupe le dégagement de chaleur sur l’échelle des
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- températures; pour une même quantité de chaleur Q mise en liberté,, At est d autant plus grand que la température de transformation est plus basse.
- On peut très facilement s’en rendre compte en examinant le cas où la transformation se traduit, sur la courbe de refroidissement, par une portion horizontale ou palier (1). La longueur As de ce palier est telle que :
- z étant le temps, ^ la vitesse de refroidissement à la température t de transformation, Q la quantité de chaleur dégagée, cP la capacité calorifique du corps ht.
- Si on suppose cP sensiblement constant, Aa varie en raison inverse de
- vitesse qui décroît avec la température.
- Or, Aa est la quantité dont la courbe de refroidissement est déplacée horizontalement du fait de l’existence du palier, c’est-à-dire de la transformation thermique; c’est donc At. Ainsi, si on suppose la transformation complète, c'est-à-dire Q constant à toute température, At croît lorsque t, température de transformation s’abaisse.
- Si on suppose que le refroidissement s’effectue suivant la loi de Newton on a
- — = a (t-e)
- 9 étant la température du milieu dans lequel s’effectue le refroidissement, Ax croît alors en raison inverse de t — 8 c’est-à-dire sensiblement de t, température de transformation, si G est négligeable vis-à-vis de t.
- Bien entendu, on a volontairement simplifié cette explication qui n’a d’autre but que de faire mieux saisir le mécanisme de l’effet de l’abaissement de la transformation sur t, durée de refroidissement. En réalité, dans le cas des aciers, on ne peut considérer cP comme constant vis-à-vis de t; de plus, la transformation s’effectue, non pas à une température définie t, mais s’étale dans un intervalle plus ou moins grand de l’échelle des températures.
- Qualitativement le résultat est le même : toutes les fois que la transformation est rejetée à basse température il y a accroissement de t, et l’effet précédemment exposé est d’importance suffisante pour que cet accroissement de t se manifeste même si, par l’effet du rejet aux basses températures, la transformation est incomplète.
- (1) Voir A. Porte vin, Rev. de Mét., IV, 805, 1907.
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- Note II. — Température de naissance des tapures.
- On ne possède aucune donnée précise sur la température de naissance des tapures. Cela tient d’une part aux difficultés d’enregistrement des températures au cours des refroidissements très rapides et, d’autre part, à l’impossibilité où on se trouve de noter sûrement l’instant précis où se produit la tapure.
- Au cours de nos expériences, un très petit nombre de spécimens ont tapé; les uns à la température ordinaire, c’est-à-dire après trempe complète, les autres au cours de l’opération de trempe. Les échantillons étant cylindriques et le refroidissement étant symétrique par rapport à l’axe de révolution du cylindre, les tapures doivent admettre cet axe comme élément de symétrie; par suite elles sont, ou diamétrales c’est-à-dire dirigées suivant un plan passant par l’axe, ou normales à cet axe.
- C’est ce qui a lieu pour le cylindre représenté par la Phot. 12, pl. IV, cylindre qui, au cours de la trempe, a tapé suivant une section à mi-hauteur, tapure amorcée évidemment par la petite gorge circulaire portée à cet endroit par tous les cylindres et destinée précisément à opérer la cassure de l’échantillon après trempe; ultérieurement, la moitié supérieure du cylindre s’est spontanément rompue à froid suivant un plan diamétral.
- La première tapure a été complète jusqu’au centre, à l’endroit même où se trouvait la soudure du couple, d’où refroidissement brusque marqué sur la courbe par un décrochement vertical de la courbe à la température de 70°.
- Nous connaissons donc pour cet échantillon exactement l’époque et les températures précises de naissance des tapures, l’une à 70° l’autre à 10°, c’est-à-dire à très basse température.
- Ceci s’explique aisément, mais fournit une preuve directe et expérimentale de ce qu’on pouvait prévoir. D’où l’utilité d’arrêter les trempes et de sortir les pièces chaudes du bain de trempe lorsqu’elles sont sujettes à tapures.
- Pour les autres échantillons tapés, les tapures sont soit intérieures, soit extérieures sans atteindre le logement du couple, on n’en connaît donc pas la température de naissance.
- Note III. — Expi •iriences sur les aciers spéciaux.
- Etudier le rôle des éléments spéciaux (Mn, Si, Mn, Cr, Tu...) sur la vitesse critique de trempe nous eût entraîné beaucoup trop loin, d’autant plus que la question n’était pas encore épuisée pour les aciers au carbone malgré les nombreuses expériences faites, et que nous ne disposions que d’un temps extrêmement restreint et de moyens matériels réduits à leur plus simple
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- expression. Nous avons cependant fait un très petit nombre d’essais sur quelques aciers spéciaux, nous en mentionnons les résultats à titre documentaire.
- Les aciers expérimentés avaient les compositions chimiques suivantes :
- Marque. C p. 100. Mn p. 100. Si p. 100. Autres éléments p. 100.
- 4N2 ................. 0,21 0,02 0,03 Ni = 1,97
- 4N5 . ... . . 0,20 0,02 0,04 Ni = 4,90
- 9N2 ................. 0,80 0,11 0,10 Ni = 2,20
- 8M2 ................. 0,93 1,97 1,03
- 8C2 ................. 0,89 0,10 0,28 Cr = 2,14
- 8T2 ................. 0,80 0,05 ' 0,06 Tu = 2,75
- Les échantillons, en cylindres de 18 mm de diamètre, ont été trempés
- « 1 SECONDE.
- Fig. 31. — Courbes de refroidissement au centre de cylindres de 18 mm de diamètre en divers
- aciers au nickel trempés à l’eau.
- Courbe n° 1 : acier 4N2, 0,2 p. 100 C — 2 p. 100 Ni.
- — n° 2 : — 4N5, 0,2 p. 100 C — 5 p. 100 Ni.
- — n° 3 : — 9N2, 0,8 p. 100 C — 2 p. 100 Ni.
- vers 800° pour les aciers à basse teneur en carbone (4N2 et 4N5) et vers
- 725-750° pour les aciers à teneur en carbone voisine de 0,8 — 0,9 p. 100 (9N2, 8M2, 8C2, 8T2). Les courbes moyennes de refroidissement sont données parles figures 51 et 52.
- Les courbes des aciers 9N2 (courbe 3, fig. 51), 8M2 et 8C2 (courbes 2 et 3, fig. 52) ne présentent pas de point Ar' : on est à trempe dure martensi-
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- tique, ce qui était facile à prévoir; par contre, l’acier 8T2 (courbe 1, fig. 32) fournit une courbe avec anomalie Ar' vers 600°. Les aciers à basse teneur en carbone 4N2 et 4N5 ont leurs courbes de refroidissement avec anomalies situées respectivement vers 630° et vers 400° (courbes 1 et 2, fig. 31) : ce dernier abaissement s’explique par l’action bien connue du nickel sur les points de transformation.
- Nous ne saurions bien entendu tirer la moindre conclusion générale de ces essais, que nous citons ici à titre de renseignement; après avoir jugé utile
- 500”.
- Fig. 52. — Courbes de refroidissement au centre de cylindres de 18 mm de diamètre en divers
- aciers spéciaux trempés à l’eau.
- Courbe n° 1 : acier ST2, 0.8 p. 100 C — 2,7 p. 100 Tu.
- — n» 2 : — 8M2, 0,9 p. 100 C — 2 p. 100 Mn.
- — n° 3 : — 8M2, 0,9 p. 100 C — 2 p. 100 Cr.
- d’effectuer pour les aciers au carbone un nombre d’expériences dépassant 250, on conçoit qu’il en faudrait encore plus pour être fixé sur le rôle joué par un élément spécial, puisque l’on introduit ainsi une nouvelle variable dans les données du problème.
- Note IV. — Rôle de la pression dans la formation de la troostite.
- La transformation solution solide fer y — carbone fer a -f- Fe3C se faisant avec augmentation de volume, tout accroissement de pression tendra à la favoriser. Or, lors du refroidissement, par suite de la contraction initiale
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- des zones périphériques, les régions centrales d’une pièce d’acier doivent se trouver en compression dans les premières époques du refroidissement, ce qui pourrait faciliter la naissance de la troostite à haute température.
- Par contre, la formation de la martensite à partir de la solution solide fer y — carbone est également accompagnée d’un accroissement de volume; dans les dernières périodes du refroidissement ce sont les zones externes des échantillons qui sont en compression ce qui favoriserait la production de ce constituant aux basses températures.
- Mais nous n’avons absolument aucune donnée sur la grandeur, la répartition, le sens et la variation des efforts internes dans une pièce d’acier au cours de refroidissement, et il faut se garder des hypothèses qui reposent sur l’intervention d’une grandeur non mesurable car on est toujours tenté d’attribuer à cette dernière des valeurs favorables à des conceptions a priori et donner une apparence de démonstration à des pétitions de principe. C’est de pareils procédés de raisonnement que sont nées, en partie, les discussions sans fin touchant les théories de la trempe, qui n’ont aucune raison de se terminer tant qu’elles se maintiendront sur un tel terrain.
- Cependant, si ces considérations de pression interviennent, il doit s’ensuivre que la vitesse critique de trempe serait plus grande pour les échantillons de très faible diamètre, que pour les autres, et qu’on aurait par suite un moyen de mettre en évidence le rôle joué par la pression en comparant les vitesses critiques de trempe sur échantillons de diamètres différents. Il faut alors faire varier la rapidité du refroidissement en en modifiant les conditions extérieures.
- Mais, dès à présent, nous avons déjà quelques données à cet égard en comparant les résultats de nos expériences avec les indications fournies par M. Chevenard(l) concernant la trempe des fils fins de 0,23 mm de diamètre. -Cette trempe de fils fins en milieu gazeux (hydrogène et azote) a été suivie par voie dilatométrique qui met beaucoup plus nettement en évidence que le tracé des courbes de refroidissement, la transformation Ar" à basse température amenant la naissance de la martensite. Par contre, les températures et par suite la loi de refroidissement ne sont connues qu’en admettant l’identité jusqu’au début du phénomène de transformation des températures du fil d’acier expérimenté avec celles d’un fil de même diamètre en baros (alliage de nickel et de chrome à 10 p. 100 Cr) se refroidissant dans le même milieu ; étant donné les conditions de comparabilité des lois de refroidissement indiquées dans la première partie de ce mémoire et les perturbations accidentelles considérables que nous avons observé dans ces lois, lorsqu’on
- (1) C, H., 165, 59, 1917.
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- LA TREMPE DES ACIERS AU CARBONE. ----- MAI-JUIN 1920.
- s’adresse aux échantillons de faible diamètre (voisins de 8 mm), on peut supposer que, même dans le cas de refroidissement en milieu gazeux, la comparabilité risque de ne pas être aussi parfaite qu’on peut le supposer a priori lorsqu’on s’adresse à des diamètres de l’ordre d’une fraction de millimètre.
- Quoi qu’il en soit, on peut voir d’après les résultats annoncés par M. Che-venard, sur un acier à 0,86 p. 100 C et 0,15 Mn en fils de 0,32 mm de diamètre que la vitesse critique de trempe est supérieure à 700° par seconde à 750° lorsque la température initiale de trempe est voisine de 750°. Si on se reporte aux résultats de nos expériences sur l’acier à 0,81 p. 100 C et 0,21 p. 100 Mn, on arrive par contre à trouver que, sur cylindres de 20 mm de diamètre, la vitesse critique de trempe est inférieure dans ces conditions à 100° par seconde à 750°.
- L’écart est trop considérable pour qu’il puisse être imputable aux différences de comparabilité des expériences et on est conduit à attribuer à la pression un rôle effectif dans la formation de latroostite; mais ce n’est que par des déductions et des déterminations numériques de ce genre et non par des considérations qualitatives a priori que l’on arrivera à en préciser l’influence.
- Paris, mars 1919.
- A. M. Porte vin et M. Garvin.
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- LES EFFORTS DE L’INDUSTRIE FRANÇAISE PENDANT LA GUERRE
- La construction automobile.
- Le nombre des véhicules automobiles possédés par l’Armée le 1er août 1914 était inexistant; d’autre part, les réquisitions effectuées régulièrement à la mobilisation, suivant une procédure préparée depuis 1912 (Commissions de Classement en temps de paix, Commissions de Réquisition en temps de guerre) ont donné des véhicules de transport de valeurs très diverses.
- Pressés par les circonstances de la première heure, il a fallu, de plus, réquisitionner des voitures de tourisme à tout prix pour de graves opérations urgentes et ces voitures insuffisamment résistantes, conduites par des conducteurs inexpérimentés ou peu habitués aux voitures, ont donné des résultats souvent insuffisants.
- Les statistiques officielles indiquent qu’à peine 10 000 voitures ou camions ont pu être réquisitionnés en France. A la veille de la déclaration de la guerre, l’État possédait 170 automobiles militaires! La réquisition donna les chiffres suivants :
- Nombre
- Autobus............................................ 1 049
- Voitures de tourisme............................... . 2 500
- Camions............................................ 6 000
- On peut donc dire qu’à la fin d’août 1914, nos services de transport militaires comptaient 6 000 véhicules automobiles avec un effectif de 15 000 conducteurs et ouvriers.
- En même temps que leur véhicule, on a mobilisé les conducteurs mobilisables délia Compagnie générale; grâce à la facilité des réparations par des pièces de rechange abondantes, dont ces conducteurs avaient l’habitude de se servir, 1 000 autobus environ ont permis la formation de sections homogènes formant une réserve à la tête de laquelle a été placé un administrateur de la Compagnie ; et, malgré l’importance des services demandés et en dépit de la longueur des opérations, ces 1 000 véhicules ont pu parvenir presque intacts au terme de la guerre.
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- LES EFFORTS DE L’INDUSTRIE FRANÇAISE PENDANT LA GUERRE.
- La réquisition par régions, des voitures de tourisme d’autre part, a montré que les prévisions du temps de paix ne pouvaient pas toujours être réalisées; certains propriétaires, ayant des véhicules de qualité médiocre, profitaient des demandes urgentes, pour écouler leurs véhicules, et les prix, à peu près fixés d’avance pour les réquisitions, étaient de ce chef rémunérateurs pour le propriétaire et par conséquent onéreux pour l’État.
- Au contraire, d’autres propriétaires, qui possédaient des véhicules presque neufs, avaient mille moyens d’en empêcher la prise de possession et en ont usé.
- Il convient de rappeler l’initiative prise par le Général Gallieni le 3 septembre 1914, lorsqu’il fit réquisitionner 5 000 fiacres automobiles parisiens avec leurs chauffeurs, les fit charger de combattants de la 62e Division, arrivant d’Alsace par la Grande Ceinture, pour les jeter sur l’aile droite des Allemands à qui von Kluck faisait faire sa conversion sur l'Ourcq(l).
- Dès cette époque le Général Gallieni fit appel à quelques spécialistes de l’automobile, qui étaient à son état-major, pour étudier la transformation des véhicules de tourisme en voitures à 10 places utiles; les premiers essais furent faits, sur l’heure, mais le Ministère ne tarda pas à s’apercevoir qu’il fallait, pour faire des transports réguliers de troupes au front, des véhicules à grande capacité entièrement construits à cet effet. On fut donc amené à étudier simultanément le développement du service automobile par l’apport de deux sources : l’une, celle des véhicules commandés à l’étranger, l’autre, l’augmentation de production de l’industrie automobile française. Nos constructeurs, sans attendre les décisions administratives, avaient mobilisé tout leur matériel disponible en vue de la fabrication des obus et ce fut une transformation intéressante à voir que celui du génie civil français se jetant à corps perdu d’abord dans la fabrication des obus de 75 pour évoluer quelques mois plus tard, soit vers la fabrication des gros projectiles, soit vers le développement des bouches à feu, soit enfin vers la reprise intensive de la fabrication automobile au commencement de 1915.
- J’ai été assez heureux pour pouvoir attendre que les ouvrages spécialisés des services automobiles pendant la guerre, aient été mis en librairie et il m’appartient tout d’abord de rendre un juste hommage au secrétaire général de l’Union automobiliste de France, M. Navarre, à qui ses fonctions militaires auprès du grand Chef, ont permis de réunir des documents inappréciables, ainsi qu’au Directeur lui-même.
- En ce qui concerne la production française et la production étrangère, ces intéressants ouvrages en ont résumé les chiffres de la façon suivante :
- (1) Pendant la bataille de la Marne, les armées avaient à leur disposition une vingtaine de groupes de transport Matéi’iel; ils étaient employés aux munitions, aux vivres et souvent aussi aux évacuations de blessés. (Commandant Doumenc.)
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- LA CONSTRUCTION AUTOMOBILE PENDANT LA GUERRE.
- 349
- La production française mensuelle en camions, qui était de 200 aux premiers mois de 1914, a passé à 700 un an après. Seul le grand et rapide développement pris par le service automobile des armées explique la nécessité dans laquelle on s’est trouvé de commander à l’étranger une partie du matériel nécessaire.
- Cette mesure fut diversement appréciée. Les partisans des deux thèses avaient chacun de bons arguments à fournir.
- D’un côté les uns invoquaient la nécessité de protéger notre industrie automobile très florissante avant la guerre, de l’autre, on répondait que les nécessités militaires devaient l’emporter sur toutes autres considérations. Des véhicules automobiles étaient indispensables aux services du Général en chef; si l’industrie française ne pouvait pas fournir la quantité nécessaire, il y avait lieu de s’adresser à l’étranger (alliés ou neutres). En réalité, c’est presque entièrement les États-Unis et l’Italie qui nous ont fourni les camions utilisés sur les différents fronts.
- Les chiffres ci-après donneront une idée de l’effort fait en France au point de vue construction automobile.
- A la date du 1er janvier 1913, le service automobile avait fait fabriquer en France 2 438 camions et 1 240 camionnettes ou voitures sanitaires, et reçu de l’étranger 4 800 camions et 1 000 camionnettes.
- Un an après (1er janvier 1916), le chiffre de la fabrication française atteint 7 600 camions et 3000 camionnettes; l’importation se montait à 5 500 camions et 1 200 camionnettes.
- Vers la fin du premier semestre 1916, les fabrications françaises dépassaient 10000 camions et 3 300 camionnettes, et les livraisons étrangères s’élevaient à plus de 7 300 camions et 1 700 camionnettes.
- C’est à ce moment que les pouvoirs publics décidèrent de suspendre les commandes à l’étranger notammentauxEtats-Unis; mais en 1917, les difficultés de fabrication s’aggravant en France, faute de matières premières, et, d’autre part, l’Amérique ayant décidé d’entrer en guerre aux côtés des Alliés, de nouyelles et importantes commandes de camions et de voitures de tourisme Ford furent passées aux usines américaines, qui ont fourni plus de 15000 véhicules à nos services automobiles.
- Jusqu’au mois de juillet 1915, il fut entendu que la réquisition seule devait pourvoir aux besoins des armées en voitures de tourisme et que l’état-major de l’armée (1er bureau) serait chargé de les ravitailler.
- La guerre se prolongeant au delà des prévisions, l’état-major modifia sa décision primitive et demanda, au cours de l’été 1915, une première fourniture mensuelle de 100 voitures neuves à carrosseries fermées.
- Les services de fabrication passèrent alors commande aux maisons françaises de 1 200 voitures, dont 500 limousines.
- En ce qui concerne les voitures spécialement faites pour le service d’ambulance, la production française a été peu considérable ; on a généralement employé à cet effet des camionnettes et même des châssis renforcés de voitures de tourisme ; les marchés conclus en 1914 et 1915 pour la fourniture de 1064 voitures d’ambulance ont été soldés au début de 1916.
- La presque totalité de nos voitures sanitaires fut alors fournie par l’Italie. La maison Fiat ayant produit un modèle approprié dont les armées s’étaient déclarées satisfaites, un marché d’un millier de voitures sanitaires lui fut passé en 1915-16. D’autres commandes furent encore passées dans la suite.
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- 350 LES EFFORTS DE i/lNDUSTRIE FRANÇAISE PENDANT LA GUERRE.
- Avant d’entrer directement dans la guerre, plus de mille châssis spéciaux pour sanitaires furent fournis par l’Amérique, sous la réserve que la Russie en aurait la moitié.
- D’autre part, il importe de faire connaître comment étaient organisées les fabrications du service automobile; une note ministérielle nous donne les éléments de la réponse.
- Les fabrications de matériel neuf ont été assurées par l’industrie privée; quant aux réparations proprement dites, elles ont été réparties entre les différents établissements militaires équipés pour faire cette réparation du matériel roulant. Le Ministère des Munitions, dès qu’il a été organisé en 1915, s’est trouvé en présence d’une situation de fait à laquelle il ne pouvait apporter de changement, sans risquer un trouble dangereux dans les fabrications.
- Ce service aurait été organisé dès 1914, si l’on ne s’était trouvé menacé dès cette époque par l’ennemi, ce qui nécessita l’évacuation dans les régions de Lyon, principalement, de toutes les usines parisiennes qui étaient aptes à faire soit de la construction automobile, soit de la fabrication d’obus; en effet, l’organisation de l’industrie automobile s’est assimilée peu à peu à celle de toutes les industries de guerre; le personnel militaire, détaché en usine, s’est aggloméré à celui qui avait été mis en sursis d’appel ou en congé, de sorte que les fabricants d’automobiles ont pu reprendre une activité égale et même supérieure à celle qu’ils avaient avant la guerre.
- Cette activité se manifeste par le nombre de véhicules produits, mais non pas malheureusement par la diversité des modèles qui faisait la force principale de l’expansion économique à l’étranger de notre industrie.
- De plus, le Grand Quartier Général a eu des flottements : dès que les camions américains commencèrent à arriver avec une certaine intensité, on pensa préférable de ne pas intensifier outre mesure la production des véhicules de poids lourd dans les usines automobiles; au surplus, on avait toujours un dérivatif dans la fabrication des munitions qui, très bien organisée, d’une façon industriellement intensive, permettait d’assurer un plein rendement des usines quelle que soit la quantité des séries automobiles à fabriquer.
- A cette époque, M. Albert Thomas créa le « Comité de Fabrication » à son ministère qui, composé d’éléments civils et militaires, était en intimes relations avec toutes les chambres syndicales intéressées à la fabrication de l’automobile; toutes les institutions techniques furent mises en jeu et c’est ce qui a fait dire que ce Comité de Fabrication était un grand Conseil de l’Industrie automobile, civile et militaire ; de quelque nom qu’on appelle le groupement d’intérêts privés qu’il représenta, c’était une sorte de Conseil d’Administration de l’Industrie automobile dont le président était le Général,
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- LA CONSTRUCTION AUTOMOBILE PENDANT LA GUERRE. 331
- chargé du service, et le secrétaire général l’Inspecteur des Fabrications, en liaison intime avec les chambres syndicales compétentes.
- Parallèlement à ce Comité, le Ministère du Commerce n’avait pas été sans se préoccuper de toutes les questions qui pouvaient surgir plus ou moins rapidement, lors du passage de l’état de guerre à l’état de paix et, dès le commencement de 1917, M. Glémentel réunissait, sous la présidence de M. Raoul Péret, un Comité commercial dont j’ai eu l’honneur d’être le rapporteur qui, pour commencer, étudia toutes les questions qui ont donné naissance à ce qu’on a appelé plus tard la liquidation des stocks, entreprise si vaste qu’elle a nécessité, en 1919, la formation d’un nouveau ministère.
- Quoi qu’il en soit, ce régime de liberté contrôlée, permettant le jeu de la libre concurrence, servit les intérêts de la production automobile puisque si, au point de vue militaire, il avait l’inconvénient de fournir un matériel non identique à lui-même, d’autre part, il permettait d’intensifier la fabrication et de laisser une certaine concurrence s’établir entre les marques automobiles pour le plus grand bien de cette industrie; de plus, il favorisait l’éclosion, sous l’égide de grandes firmes, d’ateliers secondaires, dépendant des premiers qui intensifiaient la production par la préparation des pièces innombrables qui composent un véhicule automobile de poids lourd.
- Enfin, en juillet 1913, la création de l’artillerie lourde automobile a obligé à demander à l’industrie française un nouvel effort, dont la contrepartie a été la limitation des importations, l’interdiction de construire pour la clientèle civile et le contrôle plus efficace des fabrications de guerre.
- C’est dans ces conditions que l’on a pu établir que le prix d’un camion automobile, construit dans la période de plein rendement, n’a pas dépassé 17 000 francs, se décomposant ainsi qu’il suit :
- francs
- 2 700 kg de matières premières.................... 6 000
- Main-d’œuvre............................................ 3 000
- Achat de bandages...................................... • 2 000
- Outillage et rechange..................................... 500
- Carrosserie............................................... 1300
- Frais généraux et bénéfices............................. 4200
- Total. ... 17000
- Le dernier chapitre, celui des bénéfices, s’évalue en moyenne à 15 p. 100 et l’on ne peut pas dire, par suite, que les constructeurs automobiles français aient trafiqué de leur situation privilégiée, pour charger les prix que l’on demandait au Pays; en effet, le prix des voitures n’a pas augmenté en proportion de l’augmentation du prix des matières premières et de la main-
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- d’œuvre; on a vu la hausse des matières premières dépasser 100 p. 100 en 1916-1917 et celle de la main-d’œuvre 30 p. 100, tandis que le prix des camions s’est élevé à peine, après deux ans de guerre, à 22 000 f au maximum.
- J’ajouterai que cette fabrication a demandé le vote de crédits importants au budget; des conférences ont réuni les délégués de l’état-major de l’armée (1er bureau), les industriels français et les militaires contrôlant la fabrication.
- En dehors des services automobiles, en effet, les besoins les plus importants furent ceux de l’artillerie dont le programme de 1918 fut très chargé; je n’insisterai pas ici sur la création ou les transformations d’unités d’artillerie lourde à tracteur, ni sur la création de sections de munitions ou de réparations d’artillerie lourde, de compagnies de chars d’assaut, d’artillerie lourde à grande puissance, etc. Ces divers services ont nécessité, en plus du service automobile proprement dit, l’achat de 4 000 camions, 1 000 camionnettes et de 100 voitures ou voiturettes de tourisme, 600 tracteurs et près de 1 000 remorques.
- Enfin, le programme de l’aéronautique a eu également le développement que l’on sait, ce qui a nécessité en 1918, d’importantes commandes de matériel automobile. Celui-ci comprenait plus de 3 000 camions et camionnettes, 1 000 voitures de tourisme et un grand nombre de breaks ou de tracteurs d’aviation.
- Les commissions parlementaires compétentes ont permis aux Chambres de voter en connaissance de cause, vers la fin de 1917, les importants crédits nécessaires pour la fabrication des chars d’assaut et l’on peut mentionner que le total de ces budgets s’est élevé à 350 millions de francs: ils prévovaient notamment les achats suivants :
- 300 chars Creusot, à 58000 f ;
- 300 chars Saint-Chamond-Crochat, à 94000 f;
- 200 chars Chantiers de la Méditerranée, à 3800 f ;
- 2 400 chars Renault, à 44000 f ;
- 500 chenilles Renault, à 58 000 f;
- 1 500 tracteurs lourds ou légers, variant de 28 000 à 45 000 f ;
- Dans cette fabrication importante, tous les principaux constructeurs étaient appelés à la fabrication, mais bientôt, au lei janvier 1918, les autorisations pour la vente des camions automobiles étaient accordées aux maisons françaises suivantes ; Aries, Berliet, LaBuire, C. G. O., Delahaye, Delaugère et Clayette, de Dion-Bouton, Purrey, Peugeot, Renault et Saurer.
- On peut donc dire que ces maisons représentaient l’élite de la fabrication française ; parmi tous les types fournis, chacun avait sa spécialité; par exemple Aries était affecté aux sections routières et aux batteries d’artillerie lourde à
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- grande puissance; Berliet à la constitution des sections de munitions d’artillerie lourde; les Delahaye étaient réservées à l’aéronautique; les C. G. O. alimentaient les voitures de ravitaillement en viande fraîche; les Delaunay-Belleville et les de Dion ont servi aux auto-projecteurs et aux sections de 75; les Peugeot étaient affectées de préférence aux groupes d’artillerie lourde et aux régiments d’artillerie de campagne ; les Purrey servaient uniquement aux sections routières qui avaient d’importants transports de cailloux à faire, pour réfectionner les routes; Renault était utilisé dans un très grand nombre de formations diverses et enfin les Saurer étaient réservées pour les groupes d’artillerie lourde et de campagne.
- La progression des opérations du Service automobile aux Armées ressort des chiffres statistiques qu’a donnés dans son dernier livre le commandant Doumenc.
- Je résume ci-après ceux qui sont relatifs au trafic effectué, au nombre des unités et au travail fourni par les sections sanitaires au cours des opérations.
- En septembre 1914, il y a, au seul titre du Service automobile proprement dit, 8 500 véhicules en service.
- En septembre 1915................................... 18 000
- En septembre 1916................................... 35 000
- En novembre 1918, sur le seul front français, les véhicules de transport étaient de 92 000; l’effectif était passé à 115 000 conducteurs et ouvriers répartis en 1 400 sections et encadrés de 2 500 officiers. Le trafic et le personnel de ces sections de transport montrent l’importance prise parles services automobiles dans les armées modernes.
- Matériel transporté. Personnel transporté,
- i Tonnes.) (Hommes.)
- En septembre 1914. ..... 27000 200000
- — 1915.............. 331000 460 000
- — 1916.............. 747 000 856 000
- En juillet 1918. ..... 1 040000 950000
- Unités automobiles aux armées au Ur novembre i 91 8.
- Nombre d’unités.
- Sections de transports de matériel..........................714
- Ravitaillement en viande fraîche...........................147
- Sections sanitaires..........................................198
- Transport de matériel routier................................ 90
- Transports postaux.......................................... 22
- Sections dépares ..................................... . . 52
- Tome 132. — 1er semestre. — Mai-Juin 1920.
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- LES EFFORTS DE L’iNDUSTRIE FRANÇAISE PENDANT LA GUERRE. Progression du ravitaillement en viande fraîche.
- Viaûdo transportée.
- Nombre de sections. (Tonnes.)
- En août 1914. ... 63 En août 1914. . . . 11353
- En juillet 1915. ... 99 En janvier 1915. . . 27856
- En juillet 1916. ... 113 En nov. 1918 . . . . 35000
- Au 1er nov. 1918. . . 147
- N. B. — Le tonnage total de viande transportée est de 1 566 329 t. Le total des autobus utilisés pour le R. Y. K., a été de 1 048 voitures.
- Nombre de sections sanitaires au 1et novembre 4 918.
- Voitures.
- Françaises..................................................1 981
- Américaines.....................................................1 409
- Anglaises................................................ 282
- Ru sses.................................................. 37
- Isolées dans les régions..................................... 415
- — dans les parcs.............................................1 302
- Total. . . . "5426"
- Nombre de malades transportés.
- En 1914.................................................. 479 685
- En 1915................................................ 1 884 832
- En 1916................................................ 2 982 075
- En 1917................................................ 2 147 957
- En 1918 (10 mois)...................................... 2 916 607
- Total. . . . 10 411156
- Je passerai sous silence les flots d’encre qu’a fait verser dans la presse l’abus des automobiles militaires; ces abus ont existé et nous en avons été témoins, mais dans une proportion infiniment moindre que celle que les journalistes trouvaient plaisant de développer quand ils voulaient échapper à la censure.
- Le Général en Chef a cependant, dans des ordres du jour fameux, rendu hommage au Service automobile et les parlementaires qui avaient dans leurs attributions de réformer les abus, ont été obligés d’en faire autant.
- Dans un rapport détaillé que la Direction du Service automobile fournissait au Ministre, on voit que le nombre de véhicules réformés aux armées, a été seulement de 2 p. 100 bien que, comme je l’expliquais ci-dessus, les voitures automobiles de la mobilisation ne pouvaient naturellement présenter qu’une multitude disparate et dont la durée de service n’a pu être que médiocre en raison même de l’état d’usure normale, mais réelle, que présentait un grand nombre de ces véhicules au moment où ils ont été réquisitionnés.
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- Enfin, il faut dire que M. Painlevé, ministre de la Guerre, a constitué la Section technique de l’Automobile, ainsique le Service des Inventions, Études et Expériences techniques permettant l’adaptation du matériel automobile au service de l’artillerie, grâce aux ateliers et aux laboratoires d’essais, dont l’un d'eux n’était autre que le Laboratoire de l’Automobile-Club de France.
- Cette organisation a permis de pousser la question des réparations au maximum d’intensité.
- Voici quelques chiffres sur les parcs de réparation. Les éléments dont disposait l’armée française ont pu constituer des parcs automobiles, bien outillés en personnel pour les réparations : la compétence des ouvriers et des chefs d’équipe, la bonne volonté d’hommes qui n’étaient pas exposés immédiatement au feu de l’ennemi étaient réelles; ces ouvriers de parcs représentaient en 1917 environ 12 000 hommes; ils arrivaient à réparer par mois environ 5 000 véhicules, c’est-à-dire un demi-véhicule par ouvrier et par mois; malheureusement, ce rendement aurait été plus important si la question des pièces de rechanges n’était venue entraver la compétence et la bonne organisation des parcs, en dépit de l’effort considérable qui a été fait sous la direction du capitaine Petiet au Magasin central automobile organisé rue Lebrun, à Paris.
- Nous avons entendu avec plaisir dans la salle de la Société d’Encourage-ment pour l’Industrie nationale les indications qui nous ont été données par notre collègue, le capitaine Compagnon (1), et les applaudissements qui ont terminé sa conférence ont montré combien les ingénieurs français s’intéressaient aux efforts productifs de ce technicien, excellent administrateur.
- Au moment de l’armistice, les parcs renfermaient encore 16 000 véhicules en réparation et 9 000 camions ou camionnettes contre 80 000 en service; ces. chiffres sont relatifs au service automobile proprement dit, c’est-à-dire au service autonome qu’on a dénommé si justement l'armée des camions et qui,, sous la direction éclairée du colonel Girard et du commandant Doumenc, a permis de réaliser des tours de force tels que ceux de la Somme ou de Verdun (2). Dans l’intervalle, la traction automobile s’était développée pour l’artillerie lourde de sorte que, sur les 92 000 véhicules automobiles, on en comptait 21 000 pour l’artillerie proprement dite au moment de l’armistice.
- Notre pays n’avait pas attendu la conclusion définitive du traité de paix puisque, dès avant l’armistice, les services avaient fait un effort important pour la réorganisation des transports civils par automobiles au moyen de la mise en vente des véhicules réformés. Ces ventes, qui avaient été réorganisées de main de maître, par mon ancien collaborateur Paris, ont eu pour résultat de remettre sur le marché français une importante série de voitures automobiles,
- (1) Voir le Bulletin de mars-avril 1919, p. 299.
- (2) Le chiffre de la circulation sur la route de Verdun a dépassé 6 000 passades par 24 heures.
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- de sorte que ces ventes qui se prolongent encore actuellement constituent à la fois un moyen non négligeable pour l’Etat de récupérer une partie des dépenses faites pour la guerre et, d’autre part, pour les industriels et le public en général, le moyen de retrouver des voitures, sinon en complet et parfait état, du moins très normalement réparables.
- Depuis la première vente, qui eut lieu le 3 novembre 1917, celles-ci avaient produit au moment de l’armistice 29 300 000 f. Au 30 septembre 1919, on avait vendu 4716 camions, 1 735 camionnettes et 2757 voitures de tourisme. La liquidation des stocks fut à cette époque étendue aux véhicules américains; on introduisit également dans les règlements des facilités de priorité aux propriétaires ayant eu un véhicule réquisitionné ainsi qu’aux médecins qui s’engageaient à garder leur véhicule un an; bien que ces avantages aient été supprimés par un nouveau règlement en date du 1er avril, édité par M. Brousse. La vente des pièces de rechange s’élevait au 1er janvier 1920 à 3 092 000 f et l’importance de ces stocks s’élève encore à 200 millions.
- On pense que la vente des quelques milliers de véhicules français et américains sera terminée vers la fin de l’année et que le total des T'entes s’élèvera à 700 millions, c’est-à-dire à peu près autant qu’ont rapportés tous les autres services de la liquidation des stocks qui ne visaient pas le matériel automobile.
- Reste la question du personnel; celui-ci a été admirable et n’a pas toujours été récompensé comme il le méritait. C’est ce qui faisait dire à l’un des plus valeureux de nos automobilistes que ses camarades et lui, ces territoriaux de la « voie sacrée » qui ont, trois années durant, charrié les obus de Verdun ou de la Somme, eux, ces auxiliaires de quarante-cinq ans, venus à l’automobile sur leur demande pour la plupart, ces non-combattants ont, eux aussi, une part de la victoire, par leur résistance opiniâtre; malgré leurs infirmités, iis sont restés penchés sur leur volant en pleine nuit, pendant des heures et des heures pour piloter les camarades qui allaient se livrer à l'offensive de Manain, sous Montdidier ou de Foch sur Saint-Quentin; ils ont donc trouvé quelque peu amère la décision de ne pas les faire participer aux récompenses interalliées, mais ils ne se plaignent pas car ils ont travaillé exclusivement pour la France.
- Aujourd’hui les populaires tanks militaires, ou plutôt les chars d’assaut, ont repris leur livrée de paix; ils sont devenus des chars alpins et, à Mégôve, l’automne dernier, nous avons vu la montagne utiliser le nouveau mode de locomotion par les soins des Renault, des Latil et des Peugeot transformés.
- Le service de la motoculture utilise également, dans de grandes proportions, les moteurs automobiles et ces œuvres de paix sont bien faites pour ceux qui ont si bien donné pour les œuvres de guerre.
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- Avenir de l’industrie automobile.
- Dans un des derniers bulletins officiels de la Chambre syndicale des Constructeurs d’x4utomobiles, André Michelin, a appelé l’attention des constructeurs français sur la nécessité de regarder attentivement ce qui se passe en Amérique, le pays où les progrès de l’industrie automobile sont les plus intenses.
- Dans ce pays, où les routes sont rares et généralement mauvaises, où le camion automobile naît à peine et où les chemins de fer ont pris un développement considérable, on constate que 30 000 camions, de 5 t de charge utile, ont été transportés depuis l’entrée en guerre de l’Amérique, des centres de fabrication des automobiles dans le Michigan, au port d’embarquement pour la France qui était Boston à 800 km de Detroit.
- D’autre part, l’administration des postes de plusieurs villes a établi des services de courriers réguliers et l’on sait qu’en Amérique les petits colis ou « express » sont extrêmement nombreux ; tous ces services rapides des postes ou des messageries sont faits quotidiennement par des camions automobiles organisés par chaque état important.
- Ce qu’il faut retenir, c’est que cet ensemble important de services automobiles est alimenté par une fabrication intense : tandis qu’en 1905 les constructeurs américains produisaient péniblement 40 000 voitures, en 1915, ils en produisaient près d’un million; en 1919 ils ont dépassé 3 millions!
- Cette importante production, qui va en augmentant chaque jour, se traduit par un chiffre de circulation de voitures automobiles qui, aux dernières statistiques atteint 6 353 233 automobiles (1er juillet 1919). Si on compare ce chiffre important au recensement de la population, on voit qu’on dispose-en moyenne aux Etats-Unis d’un véhicule pour 19 habitants (1).
- Pour alimenter cette importante production, le nombre des agences de ventes d’automobiles est de 31 000 et le nombre de garages n’est guère inférieur à ce chiffre; les marchands d’accessoires dépassent 25 000 !
- Le tableau qui a été tracé par Michelin n’est pas fait pour décourager les industriels français de l’automobile; au contraire : on comprend que l’effort fait par l’Amérique ne peut être atteint que grâce à une organisation puissante et féconde et les industriels français doivent avoir l’orgueil de penser que ce sont eux qui ont créé cette industrie et que ce n’est pas leur faute si une guerre mondiale est venue frapper notre pays plus que tous les autres.
- Nous avons donc à faire un effort plus important que nos voisins pour
- (I) C’est l’État de Nebraska qui bat le record; il a recensé une voiture automobile pour 7 habitants.
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- LES EFFORTS DE j/lNDUSTRIE FRANÇAISE PENDANT LA GUERRE.
- reprendre notre place primitive, mais nous sommes de taille à mener à bien ces bons combats, même sans le concours de l’État, dont la tutelle est parfois plus onéreuse que l’indifférence. Les encouragements qui nous sont donnés par nos collègues et par toutes les autres formations d’ingénieurs, sont de nature à nous faire envisager l’avenir d’une façon confiante.
- Lucien Périsse.
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
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- LA QUESTION DU BLÉ
- Depuis quelques semaines les boulangers ne nous donnent bien souvent que du pain gris et pâteux rappelant celui des tristes temps de la guerre, et ce pain de si médiocre qualité nous le payons très cher, pas assez encore toutefois pour couvrir l’Etat des frais que lui occasionne l’achat des blés que la France doit importer de l’étranger.
- Mauvais pain, et pain cher, qui grève d’une lourde charge le budget des particuliers et le budget de l’Etat; telle est la situation actuelle. Quelles en sont les causes, et comment y porter remède?
- L’agriculture française depuis la guerre, mais surtout l’an dernier, a eu des récoltes de blé nettement déficitaires; dès lors, malgré les restrictions que nous nous sommes imposées et que nous continuons à nous imposer, nous avons dû et nous devons encore avoir recours dans de larges proportions à l’importation des blés étrangers. Ceux-ci, dans tous les pays exportateurs, ne sont offerts sur les marchés qu’à des prix très élevés et, si l’on y ajoute le frêt, la perte sur le change — le règlement des achats se faisant en livres ou en dollars — on comprend les très hauts prix de revient de ces blés dans nos ports. Le prix du pain porté à 1 f et plus le kilogramme correspond à peu près au prix auquel l’Etat achète le blé aux cultivateurs français, mais le blé que ce même État achète à l’étranger lui coûte sensiblement plus cher, deux fois plus, peut-être même davantage.
- De 1914 à 1919, la France a importé de l’étranger respectivement les quantités suivantes de blés et de farines (en regard de ces quantités nous mettons la valeur en francs).
- Années. Grains. Farines. Grains. Farines.
- Quintaux. Quintaux. Milliers de francs. Milliers de francs.
- 1914 .............. 15 644 332 931 722 418 483 35 341
- 1915 ................ 15 533 638 3 034 457 423 386 115 268
- 1916 ................. 22 543 751 4 663 566 987 400 243 659
- 1917 .............. 17 270 551 4 746 781 1 430 807 377 609
- 1918 ................. 11 926 102 5 749 493 894 458 602 533
- 1919 1 ............ 17 208 751 4 622 875 1 290 656 481 658
- Depuis 1914, c’est à plus de 7 milliards de francs que s’élève la valeur de nos importations de blé et farine.
- Au point de vue de nos finances, au point de vue du rétablissement de notre change, il est inutile d’insister sur l’intérêt qui s’attache à voir notre agriculture produire à nouveau tout le blé qui nous est nécessaire et nous libérer ainsi de la dette formidable que nous devons payer à l’étranger.
- (1) Les valeurs indiquées pour 1919, sont arbitrées d’après les valeurs de 1918; elles devront certainement être relevées de 30 p. 100.
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- LA QUESTION DU IÏLÉ. — MAI-JUIN 1920.
- Le but était bien près d’être atteint quelques années avant la guerre, mais en 1919 la France n’a produit sur son territoire que 48 438 170 q de blé au lieu de 90 millions de quintaux en 1912. D’où vient cet énorme déficit?
- Nous produisons moins de blé parce que nos emblavures ont été fortement réduit es : 4 379 330 ha en 1919 au lieu de 6371 380 ha en 1912; et nous produisons, en même temps, moins de blé parce que le rendement à l’hectare a beaucoup baissé : 10,3 q à l’hectare en 1919 au lieu de 13,8 q en 1912. Comment peut on porter remède à cette situation?
- En s’attaquant aux causes d’ordre économique et d’ordre technique qui ont contribué à assurer la diminution de notre production.
- 11 semble, du reste, qu’une cause d’ordre économique ait surtout provoqué la réduction des surfaces, alors que des causes d’ordre technique expliquent le fléchissement des rendements à l’hectare.
- Réduction des surfaces. — En 1919, les emblavures en blé n’ont plus été que les 69 p. 100 des emblavures de 1912. Tout d’abord il y a réduction du fait des régions envahies. Dans les dix départements, totalement ou partiellement victimes de l’invasion, l’on a semé en 1919 seulement 422 900 ha de blé alors qu’en 1912 les emblavures en blé dans ces mêmes départements avaient couvert 946 720 ha. Dans tout le reste de la France, il y a eu également réduction des emblavures; car, les dix départements envahis mis à part, les emblavures en blé n’ont plus été en 1919, pour la France, que de 4 136 430 ha au lieu de 5624 860 ha en 1912. Et cependant, depuis 1918, il y a légère augmentation des surfaces emblavées; la courbe se relève; son point le plus bas ayant été atteint en 1917.
- Ce rapprochement de dates jette, du reste, croyons-nous, une vive clarté sur la question. Il apparaît bien que le prix du blé a exercé en la matière une action prépondérante.
- Préoccupé de maintenir le pain à bon marché, on a cru pouvoir comprimer les prix du blé; on a posé des prix-limites qui ont découragé le producteur et l’ont détourné du blé. Nous avons, ici même dans nos Notes d’Agriculture, à plusieurs reprises, signalé la chose (1).
- La loi du 1 6 octobre 1 915, relative à la vente du blé pour le ravitaillement civil, dans son article 2 stipulait, qu’en cas de réquisition, l’indemnité qui pourrait être allouée, soit par l’autorité administrative, soit par les tribunaux, ne pourrait être supérieure à 30 f par 100 kg pour les blés pesant 77 kg à l’hectolitre et ne contenant pas plus de 2 p. 100 de corps étrangers.
- Cette première loi venait en réalité taxer le blé récolté en France au prix de 30 f le quintal. Or, ce n’est pas la loi du 29 juillet 1916, relative ci la taxation et à la réquisition des céréales, qui devait inciter les agriculteurs à accroître leurs emblavures en blé puisque l’article premier de cette loi les avertissait qu’à partir du 1er août 1916, pendant la durée des hostilités et pendant l’année qui suivra la démobilisation générale, le blé-froment récolté en France ne pourrait être vendu ou réquisitionné chez le producteur à un prix supérieur à 33 f les 100 kg. Devant une telle perspective, les agriculteurs ont réduit les surfaces consacrées au blé; celles-ci tombèrent à 4 191 450 ha en 1917, alors qu’elles avaient été encore de 5 030080 ha en 1916, — 5 489 230 ha en 1915 et 6060 358 ha en 1914.
- (i) Bulletin de novembre-décembre 1915 et de janvier-février 1919, etc.
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- LA QUESTION DU BLÉ.
- Le Gouvernement se rendit enfin compte de la faute commise. Sans abandonner le principe du blé taxé, on releva le prix (30 f, décret du 13 juillet 1917; 73 f, décret du 31 mars 1918); aussitôt, on enregistra une reprise des emblavures ; en 1918, 4 448 710 ha; en 1919, 4 379 330 ha.
- Le mouvement de réduction fut donc enrayé nettement, mais il ne semble pas qu’il y ait quelque chose de plus. Il n’v a pas la reprise affirmée comme on le souhaiterait et nous faisant remonter aux chiffres d’avant guerre. A notre avis, ce qui pèse sur la reprise et la paralyse c’est, pour une très large part, le maintien de la taxe.
- Il y a un facteur psychologique dont il faut tenir compte; le cultivateur se dit : « le Gouvernement paie le blé deux prix, un pour le blé français, un pour le blé étranger et c’est le blé étranger qui bénéficie du haut prix ». Il se trouve lésé et, dès lors, ne montre pas d’entrain pour augmenter ses surfaces en blé malgré toutes les exhortations, les appels, les conseils, les circulaires éloquentes. Il en montre d'autant moins que le blé étant (avec le seigle) le seul produit agricole taxé, il peut consacrer sa terre à des cultures dont les produits donnent à l’hectare un chiffre de recettes plus élevé.
- L’agriculteur, par exemple, n’était-il pas incité à faire de l’avoine, de l’orge, du sarrasin plutôt que du blé quand il pouvait vendre ces céréales secondaires 80,100 f et plus même le quintal, alors que le blé était taxé à 73 f (1).
- Le plus tôt possible, il y a donc lieu de supprimer toute taxation du blé et de revenir au régime d’avant-guerre; c’est ce que demandent les agriculteurs français par la voix de toutes leurs associations agricoles.
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- Mais pour augmenter notre production en blé il ne s’agit pas seulement d’augmenter les surfaces consacrées au blé : il convient surtout d’accroître nos rendements à l’hectare. Ceux-ci, avant la guerre, étaient déjà bien faibles si l’on prenait la moyenne de la production à l’hectare pour l’ensemble de la France; ils ont encore sensiblement fléchi pendant la guerre; et c’est ainsi qu’en 1919, le rendement moyen à l’hectare, pour la France entière, n’aurait atteint que 10,3 q au lieu de 13,8 q en 1912. Quelles sont les causes de ce fléchissement?
- . Gomme pour la réduction des emblavures, ce fléchissement s’explique, partiellement au moins, par le fait encore de l’invasion. Ce sont nos régions à forte moyenne à l’hectare qui ont été atteintes. L’ensemble de nos dix départements envahis avaient produit, en 1912, plus de 19 millions de quintaux de blé, avec un rendement moyen à l’hectare de 20,1 q (2). Nos moyennes pour la France entière
- (1) Il ne faut pas exagérer toutefois l’influence que cette différence dans les prix des céréales a pu avoir sur les emblavures. Le cultivateur s’est bien rendu compte que avoine et orge ont atteint, au printemps de 1920, les prix de 120 f le quintal parce que nous avons eu en 1919 une récolte en avoine et orge particulièrement mauvaise et déficitaire, et cela à cause des conditions exceptionnellement défavorables du printemps et de l’été 1919 pour la végétation de ces céréales. Du reste, la belle apparence d’orges et d’avoines semées au printemps 1920 a suffi pour faire baisser les prix de ces céréales très sensiblement.
- (2) C’est en réalité, avec ces 900 000 ha produisant 20 q à l’hectare qu’il faut comparer les 162 000 ha consacrés au blé en Belgique, les 1 900 000 ha de l’Allemagne, les 40 000 ha du Danemark, les 700 000 ha de la Grande-Bretagne; et alors, la comparaison des rendements à l’hectare, faite dans ces conditions vraiment comparables, ne fait plus apparaître cette prétendue infériorité de l’agriculture française que trop de personnes, mal renseignées, se plaisent à proclamer à tout propos.
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- ont donc fléchi du fait qu’elles ne bénéficiaient plus de l’apport qui, en temps normal, contribue à les relever.
- Mais dans la France non envahie, les moyennes ont fléchi (9,9 q à l’hectare en 1919, au lieu de 13,81 q en 1912 . Il est vrai que cette récolte particulièrement faible de 1919 est due, pour une large part, aux conditions de la campagne 1918-1919 tout à fait défavorables à la végétation du blé; nous avons eu l’occasion d’insister sur ce fait dans de précédentes Notes d’Agriculture. La campagne 1917-1918, pendant laquelle, au contraire, les conditions météorologiques avaient été excellentes, nous avait donné une moyenne de 13,81 q à l’hectare.
- Toutefois, abstraction faite des conditions atmosphériques, on peut attribuer aux trois causes suivantes le fléchissement de nos rendements :
- a) Insuffisance des matières fertilisantes;
- b) Insuffisance des façons culturales;
- c) Insuffisance de préparations et de sélections des semences.
- La plupart des exploitations agricoles se sont trouvées pendant la guerre privées totalement ou partiellement des engrais tels que nitrates, superphosphates, scories, potasse.
- M. Edmond Théry, dans une communication récente (ornai 1920), à l’Académie d’Agriculture, signalait la pénurie des engrais mis à la disposition des agriculteurs français. Il suffit, disait-il, de comparer les importations d’engrais chimiques de l’année 1919 à celles de l’année 1913, qui étaient déjà si manifestement insuffisantes, pour expliquer la faiblesse de nos rendements à l’hectare.
- Importations en France des engrais chimiques les plus employés par Vagriculture.
- Engrais. 1913 1919
- Tonnes. Tonnes.
- Phosphates .... 940 801 302 6 40
- Superphophates . . . . 102 622 12 956
- Engrais chimiques divers .... 227 738 11 682
- Nitrates .... 323 739 136 239
- Potasse .... 8 040 833
- La diminution des importations de 1919 par rapport à celles de 1913 ne provient pas de l'insouciance des agriculteurs; elle a pour cause, uniquement pour cause, l’impossibilité dans laquelle ils se sont trouvés d’obtenir ce qui leur était nécessaire.
- Les exploitations agricoles françaises, somme toute, depuis 1914, ont dû vivre sur les matières fertilisantes tirées d'elles-mêmes; or ces ressources avaient sensiblement diminué parce que les réquisitions avaient, dans chaque domaine, réduit le cheptel, parce que les réquisitions y avaient enlevé des pailles et des fourrages. Partout l’on a fabriqué moins de fumier qu’en temps normal, et on a, au contraire, exporté du domaine des éléments fertilisants en plus grande quantité sous forme de grains, pailles, fourrages, etc. Ainsi, tout a concouru pour appauvrir la terre française; il n’est donc pas étonnant qu’elle n’ait pu donner de grosses récoltes.
- En second lieu, les façons culturales, exécutées en l’absence des hommes mobilisés, par. un personnel de fortune, inexpérimenté souvent, partout très réduit comme nombre, ont été très insuffisantes : façons tardives et incomplètes appli-
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- quées à des terres insuffisamment pourvues d’eléments fertilisants, voilà une seconde cause dont il faut tenir compte.
- Enfin, à ces terres placées dans de mauvaises conditions, on a souvent donné des semences médiocres comme qualité. A peu près partout, on s’est borné à prélever les semences, dont on avait besoin, sur les grains récoltés sur l’exploitation même, sans se préoccuper de la qualité, sans même souvent prendre la précaution de trier la semence. On a semé le tout-venant.
- Ces différentes causes se sont ajoutées et ont contribué à faire baisser nos rendements, chacune pour sa part.
- Si ces observations sont exactes, quels sont les remèdes à appliquer?
- En premier lieu et d’extrême urgence, mettre à la disposition de l’agriculture de grandes quantités d’engrais, de matières fertilisantes : c’est une question de transports, donc d’action gouvernementale.
- Les terres françaises manquent surtout d'acide phosphorique, et le seul engrais phosphaté que semble pouvoir se procurer aujourd’hui l’agriculture est le superphosphate, encore sera-ce, la prochaine campagne, en quantité très insuffisante. Malgré, en effet, l’optimisme qui règne à cet égard dans les sphères officielles, les fabricants de superphosphate estiment que le programme publié pour 1920 et qui devait permettre la livraison de 1 800000 t de superphosphate (quantité équivalente à celle de 1913) sera loin d’être réalisé; à peine l’agriculture française aurait-elle à sa disposition 1 200000 t; et, les fabriques ayant épuisé complètement leurs stocks de matières premières en phosphates, si les transports ne sont pas améliorés, l’agriculture aura encore de plus faibles quantités de superphosphates à sa disposition en 1921. Il s’agit donc d’assurer, d’abord des mines aux ports d’embarquement en Tunisie, en Algérie, le transport des phosphates, puis, des ports africains à nos ports français, le transport de ces mêmes phosphates, et de là aux fabriques qui doivent les traiter; enfin, les superphosphates fabriqués, il faut les faire parvenir aux gares où le cultivateur en prendra livraison. C’est donc avant tout, comme nous le disions, une question de transport. Il en est de même pour ce qui est de la potasse : les mines d’Alsace ne prennent plus de commandes, ne sachant comment livrer celles qui ont été acceptées depuis des mois et des mois, et qui ne sont pas encore expédiées.
- Quant aux engrais azotés, l’agriculture s’en procure difficilement et à des prix qui représentent sur ceux de 1913 une augmentation de 500 à 600 p. 100; cependant, combien de fois, pendant la guerre, n’avait-on pas annoncé aux agriculteurs que les usines, créées pour la fabrication de l'ammoniaque et de l’acide nitrique, leur fourniraient après la guerre l’azote en quantité quasi-illimitée et à très bas prix!
- Les améliorations dans la préparation du sol, très heureusement, se réalisent beaucoup mieux; les hommes démobilisés se sont remis à la charrue avec un entrain admirable; et la saison très favorable, que nous avons eue tout cet hiver et ce printemps, a permis de travailler les terres, d’y multiplier les façons aratoires; rarement, les semailles de céréales de printemps, de plantes racines, betteraves et pommes de terre, se sont faites dans de meilleures conditions. De tous côtés, on s’est servi des tracteurs qui ont rendu les plus grands services, mais ici, malheureusement, un arrêté du 26 décembre 1919 sur la réduction des subventions pour l’achat en commun des appareils de culture mécanique est venu arrêter brusquement le développement si heureux de la culture mécanique dans toute la France; enfin, le
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- manque d’essence a forcé un très grand nombre de tracteurs à rester inutilisés pendant des semaines et des mois.
- Quant à la question des semences, de gros efforts sont faits pour assurer aux agriculteurs, l’automne prochain, de bonnes semences. Les offices agricoles régionaux et départementaux ont cultivé dans leurs fermes expérimentales les variétés reconnues les meilleures pour chacune des régions françaises; les grains récoltés seront mis à la disposition des cultivateurs; sélectionneurs et marchands grainiers, spécialisés dans ce genre de production, vont pouvoir de leur côté offrir à leur ancienne clientèle des lots de semences de choix; enfin, particuliers, associations agricoles, meuniers, compagnies de chemins de fer (la compagnie Paris-Orléans l'a déjà heureusement réalisé l'an dernier) s’organisent pour trier les blés destinés aux semences.
- M. le Ministre de l’Agriculture, en avril dernier, a créé le Comité National du Blé, destiné à provoquer dans toute la France un vaste courant en faveur d'une production aussi intense que possible du blé; conseils techniques, en vue d'accroître la production, action corporative par les associations, organisation de concours de blé, propagande, etc., rien ne sera négligé pour atteindre le but qui doit être celui de l’agriculture française : produire sur notre terre tout le blé dont nous avons besoin. Mais, comme précisément nous le rappelions plus haut, et comme les membres du Comité National du Blé l’ont rappelé lors de leur première réunion, tous les efforts du comité pour provoquer une intensification de la production du blé seront vains auprès des agriculteurs si ceux-ci, tout d'abord, ne sont pas assurés de vendre leurs blés un prix rémunérateur, si toute taxation du blé n’est pas enfin supprimée.
- M. le marquis de Vogué, président de la Société des Agriculteurs de France, dans un très remarquable article du Correspondant sur la politique du blé (1) écrivait : « le Gouvernement aura beau prodiguer aux cultivateurs les encouragements et les fonds, leur procurer en abondance la main-d'œuvre et les engrais, ses efforts resteront stériles tant que subsistera l’erreur fondamentale qui domine et fausse toute la situation. Si l’on veut que le blé reprenne, à la tête de la production nationale, la place qui lui est assignée par l’ordre naturel des choses, il faut d’abord supprimer la taxe qui le frappe, dernier vestige d’un régime condamné par les faits ».
- Est-ce à dire que l’on puisse revenir brusquement au régime de la liberté pour le commerce du blé, tel qu’il existait en France avant la guerre ? Les agriculteurs ne le pensent pas, car le blé n'est pas un produit comme un autre; le blé assure le pain, base de l’alimentation des Français; et nul ne peut envisager sur le prix du blé et, par répercussion, sur le prix du pain, ces fluctuations, ces hausses exagérées que, à la rigueur, l’on peut supporter sur d’autres denrées, d’autres produits qui ne sont pas de première nécessité.
- Aussi s’accorde-t-on généralement à reconnaître que l’Etat doit provisoirement conserver le monopole des importations du blé, « s’efforcer de constituer des stocks pour parer aux insuffisances probables de la production et empêcher les cours de subir des hausses exagérées sur certains marchés moins bien approvisionnés (2) ».
- (1.) Numéro du 25-avril 1920.
- (2) M. de Vogüé, article cité.
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- LA QUESTION DU BLÉ.
- C’est en s’inspirant de ces idées que la Société des Agriculteurs de France, dans son assemblée générale du mois de mai dernier, a formulé le vœu suivant sur la politique du blé.
- « Considérant que l’agriculture française est plus que jamais résolue à intensifier la production du blé de manière à diminuer les importations ruineuses pour le trésor public, mais que, pour rendre cette culture possible, il importe que le producteur trouve dans la vente de sa récolte le remboursement de ses frais de production et une rémunération si légère soit-elle de sa peine et de son temps;
- « Considérant, d’autre part, que le pain est l’aliment de première nécessité et que, la production devant encore, malgré les efforts du cultivateur, rester quelque temps déficitaire, il appartient au Gouvernement d’empêcher la spéculation de faire subir aux prix du blé des hausses exagérées, au détriment du consommateur et sans profit pour le producteur,
- « Emet le vœu :
- « 1° Que le blé soit affranchi de toute taxation comme les autres produits de la culture et au même titre que les engrais, les instruments, la main-d’œuvre et tous les éléments de la production ;
- « 2° Que le Gouvernement conserve provisoirement le monopole de l’importation du blé, en vue d’empêcher la hausse des prix qui pourrait résulter de la spéculation, et d’obtenir que l’intermédiaire se contente, comme le cultivateur s’y engage pour lui-même, d’une rémunération très modérée;
- « 3° Que, pour aider à l’intensification de la production du blé, seul remède à la crise actuelle, le Gouvernement mette le plus largement possible à la disposition des cultivateurs tous les moyens de production (engrais, main-d’œuvre, motoculture), que, notamment, il prenne les mesures nécessaires pour qu’avant toute exportation, les richesses en matières fertilisantes de la France, de la Tunisie, de l’Algérie et du Maroc soient réservées à la production française. » (1)
- H. Hitier,
- Membre du Conseil.
- (1) Le Gouvernement a, fin mai, déposé un projet de loi « relatif à l’alimentation en pain ».
- - Le Gouvernement estime que les difficultés économiques sont encore telles aujourd’hui qu’elles ne permettent pas le retour immédiat à la liberté du commerce du blé. 11 demande donc au Parlement que l’État reste encore, pour la campagne 1920-1921, seul importateur des blés étrangers et seul acheteur des blés indigènes. Toutefois, le prix auquel l’État achèterait le blé indigène serait fixé après avis d’une commission comprenant toutes les parties intéressées : producteur, consommateur, représentants des Finances.
- Cette commission convoquée avant les débats du projet de loi devant les Chambres, a émis l’avis que si la liberté ne pouvait être rendue au commerce du blé, le blé indigène devrait être payé aux producteurs 100 f le quintal.
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- NOTE DU COMITÉ DE COMMERCE
- Congrès national de la Natalité. fNancy, 25-28 septembre 1919).
- La Société industrielle de l’Est, dont le siège social est à Nancy, s’est efforcée, depuis nos malheurs de 1870, en attendant le retour de notre chère Alsace, de continuer en France l’œuvre indispensable glorieusement accomplie depuis tant d’années par la Société industrielle de Mulhouse.
- Ce n’est pas aux membres de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale qui ont décerné, il y a peu d’années, à cette admirable Société industrielle de l’Est, la plus haute récompense dont ils pouvaient disposer, qu’il y a lieu de rappeler les services exceptionnels rendus par elle depuis sa fondation, non seulement à l’industrie et au commerce, mais au développement des œuvres sociales.
- La Société industrielle de l’Est n’eut garde de laisser de côté cette partie essentielle du programme et elle montra, mieux encore que par des paroles ou par des écrits, ses préoccupations constantes à ce sujet. Des œuvres tout à fait nouvelles et fort intéressantes furent créées, et l’ingéniosité la plus remarquable s’unit dans leur fonctionnement au plus admirable dévouement.
- La Chambre de Commerce de Nancy, sa voisine, s’est toujours montrée animée des mêmes sentiments élevés, et elle en a donné une preuve nouvelle et éclatante en assumant la charge de l’organisation du premier Congrès national de la Natalité.
- C’est, en effet, à Nancy, que, pour la première fois, un organisme dont le but est essentiellement commercial et industriel, a montré les hautes préoccupations sociales dont il était animé en invitant tous ceux qui pressentaient le désastre vers lequel court notre pays par la diminution de la natalité à se réunir et à pousser le cri d’alarme nécessaire pour que les Français indifférents ou égoïstes ouvrent enfin les yeux.
- Aucun sacrifice n’est apparu aux membres de la Chambre de Commerce de Nancy comme exagéré du moment où il pouvait aider à atteindre le but poursuivi et c’est avec un dévouement et une générosité touchants qu’ils ont présidé à l’organisation de ce Congrès.
- Notre Société y fut convoquée et m’a fait le grand honneur de me charger de l’y représenter. Le même mandat m’avait été conféré par l’Alliance d’Hvgiène sociale, par le Musée social, par la Société de Médecine publique et de Génie sanitaire, par l’Union des grandes Associations contre la Propagande ennemie, et par l’Union des Sociétés de Crédit immobilier de France et d’Algérie.
- La réunion de Nancy fut très nombreuse et l’on y vit des congressistes venusde toutes les régions de la France et appartenant aux milieux les plus différents. Tous les partis politiques, toutes les confessions religieuses y étaient largement repré-
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- LE CONGRÈS NATIONAL DE LA NATALITÉ DE NANCY (1919).
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- sentés, et, ce qui fut particulièrement précieux, par une quantité d’hommes presque tous exceptionnellement compétents et dont quelques-uns jouissaient d’une autorité universellement reconnue. Tous ces bons citoyens, hautement convaincus du péril immense que court notre patrie, se mirent au travail avec cœur et avec énergie, dans les six sections qui furent formées.
- Après une allocution qui constituait un véritable discours-programme de l’éminent président du Congrès de la Natalité, M. Isaac, les commissions se réunirent, élirent leur bureau et les programmes indiqués furent immédiatement examinés, puis définitivement fixés.
- Une des commissions fut formée des bureaux des cinq autres ; il resta : l’hygiène, la puériculture, la législation, l’action patronale, enfin l’action des associations privées et l’organisation de la propagande où l’on me fit l’honneur de me choisir comme président.
- Tous les jours, des réunions eurent lieu qui prenaient toute la matinée et continuaient à 14 h. ; elles étaient suivies à la fin de la journée d’une séance plénière qui commençait entre 16 h. 30 m. et 17 h. Le quatrième jour, une séance solennelle de clôture eut lieu dans l’après-midi ; elle avait encore été précédée le matin par plusieurs séances de commissions.
- Il nous est impossible de raconter ici en détail quelle fut l’action du Congrès de Nancy et, d’ailleurs, mes collègues, hommes pratiques, s’attacheront surtout aux résultats obtenus.
- Six questions principales furent retenues.
- Tout d’abord, on fut unanime à réclamer une France débarrassée des émanations délétères si dangereusement et si largement répandues dans notre pays déjà avant la guerre : lutte effective et sincère contre la pornographie, lutte contre les spectacles de débauche et de luxure tolérés dans la rue, lutte contre la diffusion de ces tracts infâmes imprimés en Allemagne et poussant au malthusianisme et à l’avortement, lutte contre la prédication en faveur de la restriction, lutte par tous les moyens pour l’ascension d’une France plus saine, retrouvant l’humeur joyeuse qui lui est naturelle, encore accrue par le sentiment du devoir accompli, et laissant s’épanouir dans toute sa beauté le caractère national.
- C’est la guerre au taudis que le Congrès préconisa ensuite avec une particulière insistance. Il y a 30 ans que la lutte fut entreprise par de courageux citoyens qui s’appelaient Jules Siegfried, Georges Picot, Cheysson, Charles Robert, Rostand, Jules Simon, et vaillamment continuée par les Ribot, les Léon Bourgeois, et ceux qui ont l’honneur de servir à leurs côtés. Tout le monde comprend aujourd’hui la gravité des conditions angoissantes du logement du travailleur. On commence à se rendre compte que sans maisons saines, il ne peut y avoir de familles saines, et que sans familles saines, il ne peut y avoir une nation forte.
- On veut bien admettre maintenant ce que les premiers apôtres de l’œuvre du logement populaire n’ont cessé de proclamer ; que la question du logement ouvrier constitue le carrefour de toutes les œuvres sociales et qu’on aura beau se livrer à. la lutte contre la diminution de la natalité, contre l’alcoolisme, contre la tuberculose, contre l’immoralité, contre la mortalité infantile ou contre la mortalité tout court, tout restera inopérant tant qu’on n’aura pas détruit la lèpre du taudis.
- Naturellement la réforme de l’habitation, comme toutes nos autres lois sociales, doit être conçue maintenant en fonction du nombre d’enfants.
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- Ici, architectes, capitalistes, gouvernement et philanthropes ont chacun leur devoir à remplir. La solution est aujourd’hui beaucoup plus difficile par suite de la hausse du prix des matériaux, de leur raréfaction, des transports défectueux, et de la hausse des salaires, mais le besoin est tel que, partout, des offices publics d’habitations à bon marché se fondent et se mettent en face de la lourde charge qui va frapper les collectivités, sans cependant songer un seul instant à s’y soustraire. On construit malgré la certitude d’un rendement déficitaire, parce qu’il est impossible de laisser des familles entières sans logements, ou dans des conditions d’hygiène qui les vouent à la mort, et, partout, il est aujourd'hui admis que les familles nombreuses seules auront droit à ces logements édifiés à si grands frais.
- La troisième question examinée, et sur laquelle une résolution ferme a été prise est le vote familial.
- On a eu tort, à notre avis, de parler de suffrage plural, de vote supplémentaire, etc. ; la vérité est que le suffrage universel admis comme un dogme par tout le monde dans notre pays, — puisque ceux mêmes qui protestent contre lui n’ont jamais eu le courage de déposer dans l’urne un bulletin favorable à sa suppression, — en réalité, n’existe pas-
- Peut-on parler de suffrage universel tant qu’un célibataire a le même pouvoir dans l’Etat que les 8, 10, 12, 14 Français ou plus faisant partie d’une même famille qui ne sont représentés comme lui que par un seul bulletin de vote. Ces membres d’âges divers de la grande famille française ne sont-ils pas ainsi traités comme inexistants? C’est donc en réalité le véritable suffrage universel qu’il s’agit d’instaurer en donnant à chacun sa part de souveraineté, et en en confiant la manifestation jusqu’à l’âge de la majorité à celui qui doit pourvoir à l’éducation, à l'entretien, à tous les besoins de l’enfant.
- La quatrième résolution du Congrès porte sur les allocations familiales. Ici, nous sommes pleinement d’accord avec nos collègues pour ce qu’ils ont décidé, mais nous aurions aimé qu'on allât plus loin, qu'on envisageât la question dans toute son envergure, et qu’au lieu d’allocations données de droite et de gauche par des associations diverses, on cherchât une solution complète. Il faut, à notre avis, sur ce point s’efforcer de réformer radicalement la mentalité française. Avouons-le franchement : actuellement lefait d’avoir une nombreuse famille est, pour les riches, un ridicule, pour les pauvres, une tare; il faut que très rapidement une belle lignée devienne un honneur; et que ces pères de famille qui ont rempli leur devoir le plus immédiat envers la Patrie reçoivent constamment les témoignages de respect et de reconnaissance nationale auxquels ils ont droit.
- U faut à tout prix que les familles nombreuses soient honorées dans notre pays, que toute idée d’assistance, d’aumône, de secours disparaisse de l’ensemble des dispositions législatives et fiscales qui s’imposent. C’est tout un article qui serait nécessaire pour développer complètement notre pensée; nous ne pouvons songera le présenter ici.
- Quoi qu’il en soit, le Congrès s’est rallié au système de l’allocation familiale à offrir à tous ceux qui ont un certain nombre d’enfants. Avant la guerre, beaucoup trouvaient exagéré d’offrir des dotations annuelles ne dépassant pas 200 f. Aujourd’hui, ce sont de bien autres chiffres qu’il faut envisager. Sans doute, on trouvera la dépense pesante, mais nous ferons observer que si l’on avait bien voulu l'admettre,
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- on eût économisé plus de 200 milliards, car si la natalité française était restée suffisante, 1 Allemagne n’aurait jamais osé nous déclarer la guerre.
- La cinquième résolution adoptée par le Congrès a trait aux caisses patronales. On a estimé en effet que le sursalaire familial ne constituait pas une bonne formule, mais que des dispositions spéciales s’imposaient aux patrons préoccupés du devoir social, en faveur des travailleurs ayant un certain nombre d’enfants. Les ouvriers syndiqués sont très attachés à la formule a à travail égal, salaire égal ». Personne, par contre, ne peut empêcher les chefs d’établissements de s’imposer une cotisation proportionnelle aux salaires par eux payés, et d’en distribuer le montant entre les travailleurs ayant 3, 4, 5 enfants et plus.
- La plupart ont même admis qu’il fallait encourager la maternité dès le premier enfant et ils offrent à la mère certaines sommes qui varient suivant les régions, au moment de l’accouchement, après celui-ci, et ensuite des mensualités régulières jusqu’à ce que l’enfant ait 14, 13 ou 16 ans. Cette caisse de natalité fonctionne tout à fait en dehors de l’échelle des salaires applicables à tous, et ne va pas contre le principe « à travail égal, salaire égal », si âprement revendiqué dans certains milieux et que nous indiquions plus haut. C’est une contribution volontaire que s imposent les patrons dans un but patriotique et social.
- Des caisses de natalité existent dès maintenant dans plusieurs régions; un de nos collègues a expliqué dernièrement au Comité de Commerce de la Société d’Encouragement, l’organisation de celle de la région parisienne qui porte sur 200000 travailleurs dont les salaires sont estimés annuellement à 1200 millions et pour les besoins de laquelle les patrons n’hésitent pas à s’imposer un sacrifice de 2,50 à 2,75 p. 100 des salaires payés (1). Ils offrent à chaque famille qui y a droit des contributions importantes.
- La sixième question principale visait la propagande.
- Ici, tout particulièrement, il fallait partir d’une base solide; celle-ci a été admise : il n’y a qu’une morale pour tous les hommes et pour les deux-sexes, et tant qu’on admettra qu’il puisse en être autrement, la porte sera ouverte à tous les abus. Comment arriver à faire admettre ce principe et toutes les conséquences qui en découlent? Comment faire pénétrer largement ces idées dans notre pays où des théories bien différentes sont depuis longtemps admises et règlent la vie du plus grand nombre?
- Par l’action de tous ceux, collectivités ou particuliers, qui jouissent dans le sein de la nation d’une influence réelle. On doit, à notre avis, s’adresser pour la propagande : en tout premier lieu, aux clergés de toutes les religions; en second lieu, aux éducateurs, qu’il s’agisse d’enseignement primaire, secondaire ou supérieur; nous dirons même surtout supérieur car l’exemple vient d’en haut. En troisième ligne, nous plaçons les médecins, qui peuvent avoir une si grande influence. Les officiers, dans l’armée, peuvent aussi aider à modifier la mentalité régnante; puis, toutes les associations ayant un but moral; enfin les théâtres, les cinémas.
- Naturellement le rôle de la presse peut être prépondérant, ainsi que celui des revues et des périodiques divers.
- Si l'on vantait les joies de la famille et si l’on ridiculisait les célibataires ou les familles à fils unique, au lieu de faire le contraire, on ne tarderait pas à enregistrer d’heureux changements dans l’orientation de l’esprit public.
- (1) Voir à ce sujet le Bulletin de mars-avril 1920, p. 236.
- Tome 132. — 1er semestre. — Mai-Juin 1920.
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- Enfin nous estimons que pour la propagande de ces idées un organe qui a été créé pendant la guerre, pourrait rendre les plus grands services; nous voulons parler de « l’Union des grandes Associations contre la Propagande ennemie » maintenant dirigée vers la lutte contre les fléaux sociaux. Elle a créé pour la première fois en France une organisation complète, et qui a fait ses preuves, susceptible d’atteindre les citoyens français même dans les plus petites et les plus modestes communes; ne laissons pas détruire ce précieux organisme; c’est lui qui, le mieux, pourra organiser les conférences et assurer la distribution de tracts courts, intéressants et sachant s’imposera l’attention.
- Enfin, modifions un peu la direction de notre propagande : elle a trop souvent agi jusqu’ici sur les gens âgés ; ce ne sont pas eux qu’il importe de convertir; cherchons plutôt à nous approcher des jeunes et, comme l’a si bien indiqué l’un des congressistes, efforçons-nous d’atteindre le jeune ménage au moment même où il vient de prendre des engagements solennels; allons le trouver à la mairie sous le couvert du livret de famille qui va lui être offert et de toutes autres manières.
- Par ces diverses actions, nous croyons qu'une amélioration réelle de la situation ne tardera pas à se produire. Chaque fois qu’on entreprend une action nouvelle les décourageurs sont là pour déclarer qu’on ne changera rien à une situation désastreuse. Ne les écoutons pas et constatons au contraire que lorsque des hommes convaincus et vraiment dévoués à une idée ont agi, ils en ont toujours été récompensés. (( C’est, comme le disait dernièrement l’excellent petit organe intitulé Pour la Vie, le pays tout entier qui doit s'aménager et s’organiser en prévision de l’enfant; comme la maman prépare layette et trousseau à son futur bébé, nous devons, avant tout, préparer une France propre aux millions d’enfants qui vont naitre. »
- 29 mars 1920.
- Georges Risler, Membre du Conseil.
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- NOTE DU COMITÉ DES CONSTRUCTIONS ET BEAUX-ARTS
- Salon des Arts appliqués (Paris, 4 mai-31 juillet 1920).
- Le Salon des Arts appliqués qui se tient en ce moment dans le Jardin des-Tuileries, à Paris, ne peut être considéré que comme une importante manifestation commerciale donnant une idée assez exacte du point où en sont arrivées les industries de luxe.
- Nous n’avons rien trouvé d’extraordinairement saillant parmi les choses exposées elles-mêmes. La seule remarque intéressante qu’on puisse faire, c’est le progrès considérable qu’il y a dans la présentation.
- Au point de vue des industries de la couture et de la lingerie, un grand progrès a été fait dans la fabrication et dans l’attitude des mannequins de cire. Certes, le Musée Grévin nous avait déjà habitués à ces reconstitutions artistiques. Mais, maintenant, les mannequins de cire sont devenus des sujets tout à fait courants, et si on peut critiquer la pose un peu exagérée de ces statues, il n’en est pas moins vrai que ces contorsions servent à faire valoir les vêtements dont elles sont couvertes.
- Nous insistons plus particulièrement sur le talent que l’on a maintenant de présenter le costume dans le milieu où il est appelé à figurer normalement : reconstitution d’intérieurs; effets de grand air; jardins tout remplis d'arbustes. Tout ce cadre est évidemment destiné à faire valoir infiniment mieux les objets exposés.
- Si nous citons maintenant quelques exposants, nous remarquerons les très intéressantes süites de pièces d’habitation présentées par les Magasins du Printemps. Il y a, entre autres, une salle de bains qui n’est réellement pas mal comme disposition et comme éclairage.
- Pendant que nous parlons de ces magasins, il faut citer leurs expositions de tissus et d’étoffes d’ameublement mis sur des rouleaux sans fin, où l’on sent un réel effort de bien faire.
- Un industriel, M. Thiébaut, 3, rue du Helder, Paris, a eu l’idée de faire de la guipure de Venise avec des fils de couleur et de constituer ainsi une sorte de vitrait qui est réellement d’un très bon effet.
- Signalons également :
- les filets brodés de couleur de la maison Vinay-Baume fils, 10, rue dis 4-Septembre, Paris;
- les bijoux en or, d’un style quelque peu préhistorique, de M. Boivin, 27, rue des Pyramides, Paris ;
- les appareils en fer forgé de M. Edgar Brandt, 10, boulevard Murat, Paris;
- les tentures murales de la firme Tekko et Salubra, 28, rue de Bichelieu, Parisr comprenant beaucoup de modèles nouveaux et réellement intéressants.
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- NOTE DU COMITE DES CoNST. ET BEAUX-AIITS.
- MAI-JUIN 1920.
- L’exposition est divisée en deux parties assez distinctes. La partie comprise entre la rue des Pyramides et la rue de Castiglione comprend les ensembles : expositions des grands magasins de nouveautés, bronzes, ferronnerie, bijoux et antiquités. La partie comprise entre la rue de Castiglione et la Place de la Concorde se rapporte plus spécialement au commerce de gros des tissus, de la passementerie, des plumes, etc.
- Il est à remarquer combien maintenant le commerce des antiquités voisine avec celui du tapissier. On offre au public des boiseries de la fin du xviiP siècle, variant entre 20000 et 200 000 f. Les magasins de nouveautés eux-mêmes ont d’importants rayons de choses anciennes-
- Dans son ensemble, cette exposition permet à l’étranger qui n’a que quelques heures à consacrer à l’étude des produits du commerce parisien, de se rendre compte assez exactement de tout ce que nous sommes en mesure de produire et de livrer actuellement.
- H. d’Allemagne.
- M embre du Conseil.
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- COMPTES RENDUS
- DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- CONSEIL D’ADMINISTRATION
- SÉANCE PUBLIQUE
- DU 17 AVRIL 1920
- Présidence du Général Lyautey,
- résident général au Maroc.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Sont présentés pour devenir membres de la Société et admis séance tenante :
- M. Lescardé (Fernand), ingénieur civil, ancien élève de l’École polytechnique, 51, Boulevard de la Chapelle, Paris (10e), présenté par MM. Fleu-reau et Lemaire ;
- M. l’Ingénieur en chef des Mines, chef du Service des Mines de l’Indo--CH-ine, à Hanoï (Tonkin), présenté par MM. Lindet et Lemaire.
- M. Lindet, président de la Société. —-Mon général, nous avons attendu votre premier voyage en France, pour vous remettre, avec quelque solennité,, la grande médaille à l’effigie de Chaptal que notre Conseil, sur l’initiative de notre Comité de Commerce, a été heureux de vous décerner. Mais nous avons quelque peu bouleversé les traditions : au lieu d’obliger le lauréat à venir modestement, près de l’estrade, pour recevoir sa médaille des mains du Président, nous avons voulu que vous occupiez le fauteuil présidentiel, afin que le Président de la Société donne à la médaille qu’il va vous remettre le caractère, non d’une récompense, mais d’un hommage au grand citoyen qui; est devant nous (applaudissements). Permettez, mon général, que M. Cramer,, président du Comité de Commerce, lise le rapport que ce Comité et notre Conseil ont approuvé à l’unanimité.
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- 374 COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — MAI-JUIN 1920.
- M. Gruner lit un rapport, présenté au nom du Comité de Commerce, sur Vœuvre de pacification et de développement économique du général Lyautey au Maroc (1).
- Ce rapport est approuvé.
- La grande médaille d’or annuelle de la Société à l’effigie de Chaptal, qui a été décernée en 1919, sur la proposition du Comité de Commerce, au général Lyautey pour cette œuvre, lui est remise.
- Le Général Lyautey, président, dit qu’il est très touché de la distinction qui lui est décernée par la Société d’Encouragement et des paroles élogieuses qui viennent de lui être adressées. Il se permet seulement de contredire un peu M. Gruner sur deux points. La pacification et le développement économique du Maroc ne sont pas son œuvre à lui seul ; il a de nombreux collaborateurs : des officiers, des fonctionnaires, l’élite des colons, qui font tous preuve d’une bonne volonté prodigieuse, et qui apportent, dans leur concours, des qualités et un dévouement personnels extrêmement précieux; on ne saurait placer trop haut leur mérite; sans leur concours, l’accomplissement de sa tâche eût été impossible. Le Général demande donc que les éloges qui lui ont été adressés et le mérite qui lui a été attribué rejaillissent sur ses collaborateurs.
- Il dit aussi que le tableau qui a été fait du Maroc lui paraît trop beau, anticipé. Il est possible que, de loin, le Maroc apparaisse tel que M. Gruner l’a dépeint. Il est certain que ce pays est d’une richesse considérable et qu’il est déjà bien exploité, mais celui qui le voit de près pense moins aux progrès déjà réalisés qu’à tout ce qui manque au Maroc et à tout ce qui reste à y faire. Le Maroc ne possède pas encore l’outillage qui lui est nécessaire; l’amélioration de l’outillage ne marche pas aussi vite que l’accroissement des besoins : les colons y affluent, trop nombreux, l’exploitation des richesses est trop rapide; ses ports, ses voies ferrées — une voie militaire de 0,60 m, la seule qui fût permise par les traités d’avant-guerre — ses routes sont tout à fait insuffisants. Les capitaux ne manquent pas au Maroc; ce qui lui manque ce sont les techniciens, les ingénieurs, les spécialistes : là où il en faudrait vingt, il n’y en a qu’un. Le Général sait que la reconstitution de notre industrie, de notre agriculture, la restauration de nos régions dévastées en absorbent un très grand nombre et font au Maroc une terrible concurrence. Néanmoins, il adresse un pressant appel à tous les techniciens qui n’ont pas encore songé au Maroc pour y exercer leur activité ; l’outillage de ce pays est en effet d’une
- (1) Voir à la p. 273 du présent Bulletin, le texte in extenso de ce rapport.
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — SÉANCE PUBLIQUE DU 17 AVRIL 1920. 375
- importance considérable pour la résurrection de la France : il peut lui fournir les denrées alimentaires et les matières premières qui manquent tant à la métropole en ce moment et qu’elle achète si cher à l’étranger. Il espère que la Société d’Encouragement fera connaître les besoins et les désirs du Maroc et qu’elle appuiera la demande que le général Lyautey adresse à tous les techniciens de France.
- Ainsi que des comptes rendus précédents en ont fait mention, M. le Président a fait appel à tous nos membres pour assurer le développement de notre Bulletin; il remercie ceux de nos collègues qui, depuis la dernière mention qui a été faite dans nos comptes rendus, ont bien voulu s’imposer une contribution volontaire : la Société centrale de Dynamite, la Société des Djebel-Djerissa (M. de Nervo), M. Lorilleux, M. Sauvage, M. Paul Lecler, la Chambre syndicale de la Grande Industrie chimique, M. Larivière, M. V. da Silva Freire, M. Alby, M. Quenelle, M. Nusbaumer, M. Pagès, M. P. Arbel et M. Lœbnitz.
- Lecture est donnée d’un rapport de M. A. Moreau, présenté au nom du Comité des Constructions et Beaux-Arts, sur un type de raq>port de l'alimentation en eau d’une ville dont M. Gilbert est l’auteur (1).
- Ce rapport est approuvé.
- M. L. Joleaud, maître de conférences à la Faculté des Sciences de Paris, fait une communication sur Les richesses minérales de l'Afrique du Nord : Maroc, Algérie, Tunisie [phosphates, gîtes 7nétallifères, pétrole).
- Pour que le Maroc, l’Algérie et la Tunisie jouent dans la France de demain un rôle analogue à celui que la Numidie et la Mauritanie ont joué dans l’histoire de Rome, il faut que les gîtes miniers y soient mis sans tarder en valeur, qu’un vaste réseau de voies ferrées s’étende de Tanger à Gabès, et que de bons ports, peu nombreux mais, bien outillés et spécialisés, tant pour les produits que pour la région desservie, soient créés sur la côte atlantique. Le traitement sur place de la majeure partie des minerais restera en effet longtemps impossible dans l’Afrique du Nord, faute de combustible en quantités suffisantes.
- De la houille a bien été exploitée récemment dans le Tell méditerranéen, près d’Oran, de Dellys, de Medjez el Bab (Tunisie), mais, en aucun de ces points, les couches ne se poursuivent longtemps en profondeur. Des considérations géologiques permettent de croire à l’existence de la houille en quantités exploitables dans le Tell barbaresque, par exemple dans le Riff, dont l’exploration géologique est à peine ébauchée, mais il est peu probable qu’on en trouve plus au sud : l’affleurement de
- (1) Ce rapport a été publié dans le Bulletin de mars-avril 1920, p. 161.
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- COMPTES RENDUS DES SEANCES.
- MAI-JUIN 1920.
- houille, découvert par Flamand, près de Colomb-Béchar, doit être considéré comme exceptionnel.
- Il existe des ligniles exploitables : à Marceau, aux environs de Constantine, à Smendou, à Rouached, au cap Bon. Ces gisements peuvent constituer une réserve de combustible fort utile dans les périodes de crise économique comme celle que nous traversons en ce moment.
- Il est encore trop tôt pour dire si le sous-sol de la Berbérie est riche en 'pétrole. Des forages en donnent à Tilouanet, près de Relizane, et des suintements ont été reconnus au Maroc (1). La mission dirigée au Maroc, en 1917, par M. Louis Gentil et dont le conférencier a fait partie, a permis de localiser les recherches de pétrole dans l’Afrique du Nord: quelques-unes des recherches entreprises d’après ses indications ont déjà donné des résultats, mais c’est seulement lorsqu’on aura levé exactement la carte de tous les terrains capables de recéler du naphte que l’on pourra localiser définitivement l’effort des recherches techniques.
- Si dans notre Afrique du Nord les combustibles minéraux paraissent manquer, fort heureusement, d’autres richesses minérales y sont très abondantes ; ce sont les minerais de fer, de zinc et de plomb, et les phosphates.
- Certains gisements de fer importants, situés près de la côte et, pour cette raison, exploités depuis longtemps déjà, sont sans doute sur le point d’être épuisés (Béni Saf, Mokta-el-Hadid) mais beaucoup d’autres, très riches et encore vierges, parce que situés un peu plus loin de la côte, n’en demeurent pas moins assurés d’excellentes conditions économiques lorsqu’ils seront mis en valeur. C’est ainsi que, déjà, la production annuelle de 1 500 000 t, réalisée avant la guerre, pourrait être facilement doublée par l’appoint des nouvelles mines du département de Constantine. Les gisements fîloniens sont de beaucoup les moins nombreux; ils sont composées de carbonate de fer en profondeur et d’oxydes en surface ; les plus importants et les plus nombreux sont ceux qui se lient à des calcaires. Grâce à leur mode de formation, ces gîtes de fer, les plus intéressants, se prêtent merveilleusement à l’aménagement en minières; ceux de la Tunisie sont activement exploités ou à la veille de l’être, grâce au remarquable réseau ferré qui les dessert.
- Le zinc et le plomb se présentent généralement associés ; le zinc prédomine (120000 t de zinc et 60000 t de plomb produits chaque année en Algérie-Tunisie avant la guerre). Les gîtes, répartis un peu partout dans le Tell, sont plus fréquents à mesure qu’on va vers l’est; strictement localisés au Tell en Oranie, ils s'étendent jusqu’à l’Atlas saharien en Tunisie. On peut penser qu’il en existe aussi au Maroc, non seulement dans le Riff (exploitations espagnoles de Melilla) mais aussi dans le Haut-Atlas.
- Les minerais d'antimoine et d’arsenic forment un groupement minéralogique localisé dans un triangle dont les sommets sont Constantine, Bône et Aïn Beida, et autour d’Hamman-Meskoutine dont les célèbres eaux chaudes (U = 96° ; débit = 500 1 : s) renferment d’ailleurs de l’arsenic.
- (1) Voir le Bulletin de la Société d’Encouragement de septembre-octobre 1918, p. 248.
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- Les phosphates sont actuellement la richesse minérale la plus importante de l’Afrique du Nord. L’exportation annuelle des phosphates de l’Algérie-Tunisie s’élève à 2 300 000 t. Depuis plusieurs années déjà, les redevances payées par les exploitations de Gafsa contribuent largement à équilibrer le budget tunisien, et le Gouvernement marocain escompte, lui aussi, de fortes recettes de la mise en adjudication des phosphates d’El Boroudj.
- Des observations géologiques permettent de localiser les points possibles où gisent les phosphates algériens ou tunisiens: on pouvait espérer retrouver des phosphates près de la meseta marocaine, analogue à la meseta oranaise : c’est ce que l’expérience a prouvé. M. Joleaud a déterminé la relation qui existe entre la richesse en phosphate de chaux d’une région déterminée et la situation de cette région dans la paléogéographie des mers des premiers terrains primaires. Les résultats qu’on en tire permettent de délimiter nettement les régions où la rencontre des phosphates est possible en Berbérie. M. Joleaud croit que nous connaissons maintenant, en Algérie et en Tunisie, tous les gisements exploitables. Au Maroc, au contraire, le champ d’exploration reste largement ouvert, depuis le bord méridional de la meseta jusqu’à la limite du Sahara.
- Seule, jusqu’à présent, la Tunisie a pu réaliser, grâce à l’impulsion donnée par ses derniers résidents généraux, des conditions pleinement satisfaisantes pour l’exploitation de ses richesses minérales : seul, son extrême-sud, incomplètement connu, recèle peut-être des gisements miniers non encore mis en valeur. Ce qu’il faut pour toute notre Afrique du Nord c’est un régime minier souple, facilitant les recherches, un réseau de voies ferrées homogène, des ports peu nombreux mais bien outillés : on peut espérer, grâce au général Lyautey, que l’organisation libérale qui a si bien réussi en Tunisie sera appliquée au Maroc.
- E. L.
- M. Lindet, président de la Société. — Vous avez compris, comme moi, que cette conférence est une histoire vécue, que les terrains, les gites métallifères qui nous ont été décrits, M. Joleaud les a vus, parcourus. Ayant, depuis longtemps, participé à la vie arabe, attaché à la mission Gentil, il a appliqué ses connaissances géologiques à la découverte des ressources souterraines de notre Afrique du Nord, et vous voyez, dès lors, comment la science géologique peut servir de fil conducteur, suivant l’expression de M. Joleaud, pour doter le pays de richesses nouvelles, tant en combustibles liquides qu’en minerais, métallifères ou autres, parmi lesquels notre conférencier a fait une large place aux phosphates; là encore nous devons à un simple géologue, Thomas, la découverte des produits du sol dont l’exportation s’est élevée en 1910 à 2 300 000 t.
- Félicitons M. Joleaud de son œuvre et de la conférence qu’il a bien voulu nous faire.
- La séance est levée à 18 h. 30 m.
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- COMPTES RENDUS DES SEANCES.
- MAI-JUIN 1920.
- SÉANCE PUBLIQUE
- DU I • : .MA] 19 20 Présidence de M. Lindet, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Sont présentés pour devenir membres de la Société et admis séance tenante :
- M. B rès (Paul-Henri), ingénieur, 8, rue du Helder, Paris (9°), présenté par M. Stein;
- Société algérienne de Produits chimiques et d’Engrais, 28, rue de Chàteaudun, Paris (9e), présenté par 31. Lindet;
- Le Cercle industriel de l'Université catholique de Louvain, 10, rue Saint-3Iichel, Louvain (Belgique), présenté par M. Lemaire.
- 31. le Président annonce que, dans sa dernière séance, le Conseil de la Société, sur la proposition du Comité des Arts économiques a nommé membre correspondant étranger, au titre de ce Comité, M. Tzitzeica (Georges), membre de l’Académie roumaine, président de la Société des Sciences de Roumanie, doyen de la Faculté des Sciences de Bucarest.
- 31. le Président donne la parole à 31. Tassart, probablement le seul Européen qui, en dehors de nos missionnaires, ait jamais pénétré, avant la guerre, dans la 3Iésopotamie septentrionale et surtout dans le Kourdistan. Les faits qu’il va citer sont le résultat d’observations personnelles faites au cours d’une mission de contre-expertise dont il a été chargé par le Sultan de Constantinople. Depuis, il a continué à se documenter sur l’intéressant pays qu’il avait visité.
- 31. Tassart, professeur à l’École centrale des Arts et 3Ianufactures, fait une communication sur Les richesses immédiatement exploitables en Mésopotamie septentrionale et au Kourdistan, dans la zone d'influence française ('céréales, oléagineux, gîtes métallifères, pétrole).
- Au sens étymologique du mot, la Mésopotamie est la région comprise entre l’Euphrate, à l’ouest, et le Tigre, à l’est. En réalité, chaque fois qu’on parle de 31ésopo-tamie, on sous-entend la région, assez bien connue depuis longtemps d’ailleurs, qui s’étend en aval de Deir et Zohr, sur l’Euphrate, et en aval d’un point situé un peu au nord de Bagdad, c’est-à-dire la Basse-3fésopotamie. La Haute-3Iésopotamie, plus
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — SÉANCE PUBLIQUE DU 1er MAI 1920.
- étendue en largeur, présente les caractères géographiques de la Basse-Mésopotamie dans sa partie méridionale, c’est-à-dire ceux d’une grande plaine alluviale, très peu ou pas du tout accidentée, et très fertile quand elle est arrosée. Mais la partie septentrionale de cette Haute-Mésopotamie est accidentée et elle le devient de plus en plus à mesure qu’on avance vers le nord, région où elle se confond avec le Kourdistan occidental ; c’est là que se trouvent Ourfa, à l’ouest, et Diarbékir, à l’est, sur le Tigre.
- Le vrai Kourdistan s’étend au nord et à l’est du Tigre, confine, au nord, à l’Azer-beidjan, et à l’est à la Perse, et cela jusqu’à la latitude de Bagdad. Le Kourdistan, pays très accidenté et d’accès très difficile, a de tout temps été habité par des montagnards indépendants, gouvernés par des émirs qui n’ont jamais reconnu l’autorité ni de Bagdad ni de la Perse.
- Le nord delà Mésopotamie et le Kourdistan sont habités par des Chaldéens et des Kourdes, de race indo-européenne, nullement sémitiques, de civilisation avancée et de culture française depuis les croisades, époque à partir de laquelle nos missionnaires et, en particulier, nos dominicains, y ont fondé des établissements d’hospitalisation et d’instruction extrêmement prospères, malgré les faibles subsides que le Gouvernement français leur accordait. Le régime des capitulations a fait de la France, depuis des siècles, le protecteur reconnu dans ces régions, non seulement des Français et des Européens (les Francs) — dans l’espèce, appartenant à des ordres religieux —mais aussi des chrétiens indigènes de ces régions. Mais les hôpitaux de nos dominicains, qui existent dans presque toutes les villes, et leurs écoles — il y en a dans presque tous les villages — ne sont pas seulement fréquentés par des chrétiens, mais aussi par des indigènes de toute confession, et cela parce qu’aucun prosélytisme religieux n’est exercé sur eux.
- Mossoul, sur le Tigre, ville de 100 000 habitants, est la capitale véritable du Kourdistan. Elle s’élève sur la rive droite du Tigre; sur la rive gauche, en face, était Ninive, et, au delà, toute une région, déjà très prospère autrefois, où se retrouvent des ruines considérables, restes d’une des civilisations les plus anciennes du monde - et dont le souvenir se retrouve dans le type, les mœurs, le vêtement des habitants de ces régions, qui n’ont pas changé depuis l’époque biblique.
- Jamais les Anglais n’avaient pénétré dans Mossoul avant la guerre. Ils n’y sont entrés qu’après la signature de l’armistice, à la suite d’une simple marche militaire. C’est à ce moment que des avions anglais survolèrent, pour la première fois, les régions voisines du Kourdistan et s’aperçurent que ce pays était riche, valait la peine d’être pris, et gardé.
- M. Tassart énumère les richesses végétales et minérales de ces régions qui pourraient nous fournir, sans grand’peine, la presque totalité des matières premières qui nous manquent tant en ce moment et que nous achetons si cher à l’étranger : les céréales, le coton, la laine, des chevaux de belle race, très vigoureux et très résistants, les oléagineux, le cuivre, l’antimoine et surtout le pétrole. Dans trois régions très étendues, on rencontre toutes les manifestations qui accompagnent les grands gisements pétrolifères. Le pétrole est exploité dans l’une d’elles, depuis longtemps, par les indigènes qui se contentent de creuser des puits dont la profondeur n’excède pas 6 m-
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- COMPTES RENDUS DES SEANCES.
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- La Haute-Mésopotamie se prête merveilleusement à la motoculture. La seule région d’Ourfa pourrait combler chaque année notre déficit en blé : la récolte y est déjà de 12 bl à l’hectare, bien que la culture, pratiquée à l’arabe, y soit très primitive. Le Kourdistan se prête aux cultures vivrières et fruitières (le célèbre chasselas de Fontainebleau provient d’un plant de vigne du Kourdistan, offert par Soliman à François Ier). C’est un pays frais, ombragé, bien arrosé, de climat salubre etagréable, couvert de végétation et assez bien cultivé.
- La Haute-Mésopotamie devra être irriguée :1a vallée de l’Euphrate, déjà irriguée en partie, mais mal, offre un venir de aricliesse végétale supérieure à celle du Nil; le climat, moins chaud que celui de l’Égypte, y est plus favorable à l’Européen. L’Euphrate et le Tigre, fleuves considérables, font déjà l’objet d’une navigation importante qui peut facilement être améliorée. Le haut Tigre, en amont de Mossoul, se prêtera à l’établissement de nombreuses stations hydro-électriques.
- La main-d’œuvre est abondante en Haute-Mésopotamie et au Kourdistan ; les habitants sont actifs et trouvent dans leur pays même tout ce qui est nécessaire à leur existence. Si la production du sol n’y est pas plus grande, c’est, d’une part, à cause de l’impossibilité d’exporter la surproduction, d'autre part, à cause de l’insécurité qui règne dans les régions méridionales. Cependant, jamais les Arabes nomades ne s’aventurent à venir piller jusqu’à Mossoul. Dans un rayon de 50 à 80 km à l’ouest et au sud de cette ville, la culture est intensive, parce qu’une sécurité relative y règne.
- Les populations chrétiennes de ces régions parlent notre langue : dans chaque village, on peut trouver au moins une personne pouvant servir d’interprète à un Français; elles vivent dans un état de demi-esclavage. Elles demandent notre protection; elles l'attendent.
- Notre influence économique dans le Levant est considérable ; nos capitaux représentent 58 p. 100 de la dette ottomane (Angleterre, 13 p. 100); notre participation est prépondérante dans les chemins de fer (70 p. 100), les travaux publics, les mines. Rappelons que, sur le chemin de fer qui permet maintenant d’aller de Haidar-Pacha, sur le Bosphore (en face de Constantinople), jusqu’à Alep, la langue en usage est toujours le français et cela malgré les tentatives de germanisation des Allemands pendant toute la durée de la guerre. D’Alep, la voie ferrée atteint l’Euphrate à Dje-rablous et se prolonge jusqu'à Ras-el-Aïn, en Haute-Mésopotamie, à 150 km environ à l’est de l’Euphrate.
- La Haute-Mésopotamie, le Kourdistan (avec Mossoul) et la Syrie sont compris dans la zone d’influence française reconnue par les accords de 1916.
- Elles forment un tout, d’une assez belle unité, facile à mettre en valeur, à outiller, déjà pourvu d’une voie ferrée de sortie sur la mer, à Alexandrette et à Beyrouth ; nous y avons des droits historiques et, plus récemment acquis, avant la guerre, des intérêts prépondérants (chemins de fer, travaux publics, mines); nous y avons une influence intellectuelle et morale reconnue, acceptée. Il n’y a donc aucune raison pour que le Gouvernement français abandonne ces droits et en fasse l’objet de marchandages. De plus, il nous faudra du pétrole et un débouché à notre surproduction industrielle quand la métropole aura retrouvé ses conditions normales.
- La suzeraineté du Sultan de Constantinople devant être conservée sur une
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — SÉANCE PUBLIQUE DU 8 MAI 1920. 381
- partie de l’Empire ottoman, et la Russie s’étant éliminée elle-même des copartageants, héritiers de la partie de cet empire qui échappera au Sultan, il convient non seulement de maintenir notre influenee sur toute la zone prévue par les accords de 1916, mais encore de l’étendre dans la direction de Khanikin etde Souleimanieh, vers le Lac d’Ourmiah, dans le Kourdistan. Les Anglais n’y ont aucun droit ni historique, ni présent et récemment acquis. Leur présence actuelle en Mésopotamie, même dans sa partie basse, est toute récente, et leur prise de possession n’est qu’illusoire : 20000 hommes de troupes britanniques sont assiégés depuis deux mois dans Mossoulet une armée de 40 000 hommes est en formation et, probablement, en route pour les débloquer.
- E. L.
- M. le Président. — M. Tassart a été trop modeste, quand, au début de sa conférence, il nous a annoncé qu’il savait mieux professer que charmer; nous ne savons pas ce que nous devons admirer le plus de son érudition ou du charme qu’il met à nous instruire et à nous convaincre. Les pays dont il vient de nous décrire les richesses sont tellement loin de nous et nous les avons tantnégligés depuis que nous avons appris notre Histoire sainte, que nous nous demandons si notre conférencier n’exagère pas quand il nous expose ce que peut être un jour, pour nous, le Kourdistan. Mais, pensez à l’accueil d’incrédulité qu’aurait reçu un conférencier qui serait venu, devant notre Société, parler, il y a cent ans, de l’Indochine ou de l’Algérie, il y a cinquante ans, de la Tunisie, il y a vingt ans, du Maroc! Notre Société ne peut manquer d’appeler l’attention des Pouvoirs publics sur les ressources que nous offre ce qui a peut-être été le paradis terrestre, et où nous attend une population dont nous avons déjà gagné les sympathies.
- La séance est levée à 18 h. 45 m.
- SÉANCE PUBLIQUE
- DÜ 8 MAI 1920
- Présidence de M. Lindet, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Sont présentés pour devenir membres de la Société et admis séance tenante :
- M. Dufour (Albert), ingénieur-constructeur, 23, quai d’Orsay, Paris (7e), présenté par MM. Eyrolles et Étève ;
- M. Étienne (René), Ingénieur en chef des Mines, professeur à l’École des
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — MAI-JUIN 1920.
- Mines, délégué du conseil de gérance de la Société Solvay et Cie, 44, rue du Louvre, Paris (l01j, présenté par MM. Lindet et G. Bertrand.
- M. le Président. — Quand vous aurez entendu les deux conférences que M. Haller a bien voulu promettre de faire devant la Société, vous serez persuadé qu’aucun autre ne pouvait mieux que lui traiter le sujet dont il va vous entretenir, parce qu’il a été un des principaux auteurs du grand drame dont le premier acte s’est joué à Bordeaux, en septembre 1914.
- Au moment où la guerre éclata, M. Haller était président de la Commission des Substances explosives et président de la Commission des Poudres de Guerre, commissions qui ont, avec la Direction des Poudres, des points de contact incessants.
- Patriote ardent, Alsacien, M. Haller comprit que ces organismes devaient, dans un moment aussi sombre, collaborer étroitement. Sur les instances du Directeur des Poudres, notre collègue, M. Barrai, il partit pour Bordeaux et se mit à la disposition du Gouvernement et de son illustre Ministre de la Guerre, M. Millerand.
- Avec autant d’énergie que de tact et de discrétion, il sut imposer son autorité scientifique à ceux qui avaient la terrible charge de renouveler notre matériel de guerre et d’assurer notre ravitaillement en munitions.
- Il prit la plus grande part aux négociations avec les fabricants d’acide sulfurique dont le concours a été si précieux, à la réquisition des benzols en vue de la fabrication du phénol, à l’adoption du procédé par sulfonation pour effectuer la synthèse de ce corps, au concours de la Compagnie d’Alais et de la Camargue pour la fabrication de l’acide picrique. Il sut désigner des techniciens que l’autorité militaire consentit à faire rentrer du front, pour travailler dans les laboratoires et dans les ateliers des poudreries de l’Etat ou des poudreries particulières.
- Dans le grand effort que la Direction des Poudres et les industriels ont fait, M. Haller a sa grande part. Il a été un grand citoyen; aussi le Pays tout entier a-t-il applaudi à la distinction de grand officier de la Légion d’honneur que le Gouvernement lui a conférée.
- M. Haller, membre de l’Institut et du Conseil de la Société d’Encourage-ment, fait une communication sur L'industrie chimique française pendant la guerre : Matières premières servant à la préparation des poudres et explosifs.
- Avant la mobilisation, nos onze poudreries étaient outillées pour fabriquer par jour 20 t de poudre B, destinées à la Guerre et à la Marine. Le plan de mobilisation prévoyait que leur production croîtrait jusqu’au 60e jour de la mobilisation pour atteindre, à ce moment, 24 t par jour (16 pour la Guerre, 8 pour la Marine) ; à partir
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- du 61" jour, elle devait rester fixée constamment à ce chiffre. Le plan ne prévoyait rien pour les explosifs, fabriqués seulement dans trois de nos poudreries : on croyait que les approvisionnements suffiraient.
- Dès le 15 septembre 1914, la consommation des poudres et explosifs dépassa les prévisions. Neuf programmes successifs furent élaborés pour satisfaire aux demandes du haut commandement : ils prévoyaient, par exemple, la production journalière de 80 t de poudre et de 100 t d’explosifs en janvier 1916; de 610 t de poudre et de 936 t d’explosifs, à la fin de 1916; de 1 020 t de poudre et de 950 t d’explosifs en juillet 1917.
- La matière première qui fit le plus défaut est le phénol, qui servit seul, tout d’abord, à la fabrication de la mélinite et qui nous venait presque exclusivement d’Allemagne avant la guerre (16 000 à 18 000 t importées par an). Le plan de mobilisation prévoyait une consommation quotidienne de 3 t de benzol; elle s’éleva jusqu’à 300 t. Nous nous adressâmes aux Alliés et aux Etats-Unis; le débenzolage du gaz de ville et la récupération dans les cokeries furent rendus obligatoires ; la mise au point de la fabrication synthétique du phénol fut réalisée. Enfin, pour faire face au déficit persistant de phénol, on utilisa des explosifs autres que la mélinite, qui n’avaient pas été prévus avant la guerre, et dont quelques-uns étaient assez nouveaux : la tolite, la schneiderite, les explosifs perchloratés et chloratés (grenades et engrais de tranchée), la panclastite (bombes d’avions).
- La fabrication des poudres et explosifs fait une consommation formidable d'acide sulfurique, d’acide azotique et d’alcool. Il faut 2 t d’acide sulfurique à 66° B. pour
- I t du coton-poudre qui entre dans la fabrication de la poudre B; il en faut 5 t pour faire 1 t d’acide picrique à partir du benzène; 6 pour 1 de tolite à partir du toluène.
- II faut 20 hl d’alcool à 95° pour fabriquer 1 t de poudre B.
- En 1913, la France produisait 1 350000 t d’acide sulfurique dont 975, à 53° B. au plus, servant directement à la fabrication des superphosphates. Cette production fut réduite de 20 p. 100 par l’invasion ; il fallut multiplier les fabriques d’acide sulfurique, augmenter le rendement des chambres, généraliser la concentration à 66° B. et réaliser la fabrication de l’oléum de synthèse au moyen des procédés par contact qui étaient peu répandus en France en 1914. En même temps, on réduisit la consommation de l’acide sulfurique employé aux autres usages, par exemple, en employant à sa place, pour le décapage, le bisulfate de soude, produit résiduel de la fabrication de l’acide azotique à partir du nitrate de soude du Chili.
- La consommation d’acide azotique, évaluée en nitrate de soude, atteignit jusqu’à 1 400 t par jour. Les approvisionnements de nitrate, renouvelés, furent suffisants jusqu’à fin 1915 ; ils cessèrent de l’être en 1917, quand la guerre sous-marine prit toute son intensité; mais on avait prévu le déficit : déjà dès 1914, on faisait de l’acide azotique : à partir de la cyanamide calcique ; par le procédé Pauling et par ceux de la Société norvégienne de l’Azote. Celle-ci, plus tard, n’eut qu’à intensifier sa production. En attendant le plein rendement des nouvelles usines, l’Angleterre et les États-Unis nous fournirent le nitrate déficient. A la signature de l’armistice, la production française était suffisante pour satisfaire à tous les besoins des Alliés en acide azotique.
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- En ce qui concerne l’alcool, nous disposions de stocks importants ; néanmoins, on eut recours à la distillation : des betteraves,.des mélasses, du cidre; à la saccharification des grains et fécules, des marrons d’Inde, de la sciure de bois; à la récupération de l’alcool des stocks d’absinthe; à l’importation d’alcools produits à l’étranger ou aux colonies avec le maïs, le riz, le manioc, la banane; à la fabrication de l’alcool synthétique, qui fut mise au point. Ces diverses ressources nous permirent non seulement de satisfaire à tous les besoins de la guerre, mais encore à poursuivre la fabrication de nos liqueurs fines et de nos parfums en vue de l'exportation.
- L’éther consommé pour la fabrication de la poudre représentait 70 p. 100 de son poids en 1914. On a réussi à réduire sa consommation par l’amélioration de la fabrication et par la récupération des vapeurs.
- E. L.
- La séance est levée à 18 h. 50 m.
- SEANCE PUBLIQUE
- DU 13 MAI 1920 Présidence de M. L. Lindet, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- M. le Président annonce que, le II mai, M. Marchai,, industriel, 8. boulevard Émile-Augier, Paris (16e), a déposé à la Société d’Encouragement un pli cacheté relatif aux appareils Marchai pour l’agglomération des matières diverses : alimentaires, fourragères, engrais, combustibles.
- M. Haller, membre de l’Institut et du Conseil de la Société d’Encoura-gement, fait une communication sur Vindustrie chimique française pendant la guerre : Ffabrication des poudres, explosifs et autres produits chimiques de guerre.
- La fabrication de notre poudre B n’a présenté aucune difficulté technique pendant la guerre. Les catastrophes du Iéna et de la Liberté avaient fourni la possibilité de l’amener à la quasi-perfection jusque dans ses moindres détails et aussi à connaître toutes les conditions à réaliser pour sa bonne conservation. Le fait est à retenir car la matière première, la cellulose, possède des propriétés qui varient avec son origine, et le produit fini n’est pas un individu chimique à constantes physiques définies. Il convient aussi de signaler que les États-Unis, puis plus tard, un peu avant la fin des hostilités, les Anglais, ont adopté notre composition de poudre, la seule qui pût satisfaire à certaines conditions, notamment aux exigences de l’artillerie lourde.
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- Les cotons-poudres CPx(à 11 p. 100 d’azote solubledans le mélange alcool-éther) et CP2 (à 13 p. 100 d’azote, insoluble), qui entrent dans la composition de notre poudre B, ont été fabriqués dans nos anciennes poudreries, dont quelques-unes ont été agrandies, dans de nouvelles qui ont été créées, et par l’industrie privée. Pendant toute la durée de la guerre, on a pu employer, comme matière première, la cellulose de coton, mais on pouvait, en cas de nécessité, employer les vieux chiffons et la pâte de bois; leur utilisation avait été étudiée et entièrement mise au point.
- Les anciens procédés employés pour la nitration de la cellulose furent précieux, car ils permirent tout d’abord d’augmenter rapidement la production sans recourir à la main-d’œuvre spécialisée qui faisait défaut. Mais les procédés perfectionnés de Selwig et de Thomson furent introduits peu à peu dans les usines.
- La fabrication de la poudre proprement dite (dissolution, malaxage et gélatinisation) resta confinée dans les poudreries nationales. En novembre 1918, leur capacité de production était 21 fois ce qu’elle avait été prévue à la mobilisation.
- Nous avons fait usage ausside la balistilre des Italiens, poudre à la nitro-glycérine, dont la fabrication est plus simple et plus économique — elle n’exige pas de dissolvant — que celle de la poudre B, et qui possède, dans certains cas, quelques avantages balistiques. Cette poudre n’a été employéecependantque dans nos engins de tranchées.
- La tâche a été plus ardue pour les explosifs nitrés : nous manquions de préparation technique, de personnel qualifié et de matières premières. Bien qu’ils constituent des individualités chimiques parfaitement déterminées, à constantes physiques connues, en 1914, on n’avait pas encore terminé la mise au point de leur fabrication industrielle; elle n’était point encore achevée à la fin des hostilités : c’est ainsi que le rendement en acide picrique pour 100 kg de benzène a varié, suivant les usines, entre 160 et 190 kg. Cette divergence, inadmissible, doit être attribuée à ce que, dans cette fabrication, on n’a pas suffisamment introduit la méthode scientifique qui lui est indispensable, et elle est due à ce que les meilleurs résultats sont la conséquence de la valeur personnelle et des connaissances professionnelles des chefs ou des directeurs de poudreries.
- Un seul des trois nouveaux procédés possibles pour la fabrication de l’acide picrique a été étudié pendant la guerre, celui de la nitration directe du benzène.
- L’emploi de la schneidérite (azotate d’ammoniaque et dinitronaphtaline) a été envisagé dès 1914. Sa fabrication a été parfaitement mise au point.
- La Société norvégienne de l’Azote a réussi à fournir aux Alliés tout l’azotate d’ammoniaque dont ils avaient besoin, jusqu’à 200 t par jour à la France.
- Le Service des Poudres a été chargé aussi, en liaison avec le Service du Matériel chimique de Guerre, de la fabrication : descheddites et des autres explosifs chloratés ou perchloratés, les seuls qui aient pu être fournis en quantités supérieures aux demandes (1601 par jour) ; du chlore, du peroxyde d’azote — 85 t par jour — pour la panclastite; et de l’ypérite, sulfure d’éthyle dichloré. Le procédé employé pour fabriquer ce dernier produit, a été imaginé et mis complètement au point par la Société chimique des Usines du Bhône qui èn a fourni jusqu’à 24 t par jour.
- Le personnel nécessaire a été d’un recrutement difficile pendant la guerre. En juillet 1914, le Service des Poudres comptait 7 700 personnes dont 44 ingénieurs ; il en comptait 120000 à la fin de 1917. Ce sont les chimistes qui ont le plus manqué.
- E. L.
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- MAI-JUIN 1920.
- M. le Président. — La conclusion que M. Haller vient de donner à ses deux belles conférences va me dispenser de résumer l’œuvre qui a été accomplie au cours de la guerre pour sauver notre pays en mettant nos armées en état de combattre; je ne saurais le faire avec une voix aussi autorisée et en des termes aussi éloquents. J’associe la Société d’Encouragement aux éloges que M. Haller a prodigués à M. Barrai et à M. Mauclère; mais je demande que cette conclusion porte, sous ma signature et ma responsabilité, un troisième nom, le sien, et que l’on sache ce que peut produire une intelligence de savant quand elle est associée à un cœur de patriote.
- Notre Bulletin, en publiant ces deux conférences, dressera un véritable monument qui rappellera à nos futurs lecteurs ce que peut l’industrie française, au service des organismes officiels, quand ceux-ci font appel à son initiative et à ses compétences.
- La séance est levée à 18 h. 45 m.
- SÉANCE PUBLIQUE
- DU 29 MAI 1920
- Présidence de M. Bertin, membre de l'Institut et du Conseil de la Société dé Encouragement.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Sont présentés pour devenir membres, de la Société et admis séance tenante :
- M. Barast (Marcel), licencié en droit, diplômé de l’École des Langues orientales vivantes, relieur-brocheur, 36, avenue de Neuilly, Neuilly-sur-Seine (Seine), présenté par M. Gauchis;
- M. Perrault (Eugène), viticulteur, ancien conseiller général du canton de Montreuil-Bellay, président honoraire du Comice agricole de l’arrondissement de Saumur, Château de Meigné, Brézé (Maine-et-Loire), présenté par M. Lemaire.
- M. Bâclé, vice-président de la Société. — Je me trouve appelé à remplacer aujourd’hui notre dévoué président, M. Léon Lindet, qui s’est rendu à Mulhouse pour assister au Congrès des Sociétés industrielles de France où il va représenter notre Société, et, à ce titre, j’ai l’honneur d’exprimer en votre
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- nom tous nos remerciements à M. Bertin, l’un de nos vénérés doyens, lui-même ancien président de notre Société, qui a bien voulu accepter de présider cette séance pour nous présenter lui-même M. Dumanois, Ingénieur principal du Génie maritime, qui a été l’un de ses collaborateurs, et qui va tout à l’heure nous entretenir de la question d’utilisation des combustibles liquides après que nous aurons assisté à la remise du brevet de membre d’honneur décerné à notre distingué collègue, M. Rateau, par l’American Society of Mechanical Engineers.
- M. Bertin, qui a su conserver dans sa verte vieillesse une activité juvénile qui fait notre admiration, n’a pas hésité à venir aujourd’hui parmi nous afin de donner à notre conférencier et à notre Société tout entière un témoignage de la haute importance qui s’attache à la communication que vous allez entendre et sur l’intérêt de laquelle je n’ai pas besoin d’insister dans les circonstances présentes ; il saura l’apprécier avec sa compétence incontestée et l’autorité unanimement reconnue qu’il s’est acquise en .France et à l’étranger dans ces questions de constructions navales et de mécanique où il est passé maître; il saura mieux que personne en tirer pour nous l’enseignement qui s’en dégage et que nous devons en retenir, et je l’en remercie en votre nom.
- M. de Fréminville, membre du Conseil de la Société d’Encouragement, membre d'honneur de VAmerican Society of Mechanical Engineers, prononce les paroles suivantes :
- , Cher Monsieur Rateau,
- En ce moment où les relations économiques sont si difficiles à régler entre tous les pays du monde, où les intérêts particuliers donnent lieu à tant de froissements, on est heureux de rencontrer des hommes de cœur désireux, avant tout, de témoigner de leur sincère attachement à la France et de leur désir de collaborer étroitement avec elle. C’est ce qu’ont voulu faire les membres du Comité de l’American Society of Mechanical Engineers en vous nommant membre d’honneur de cette Société, distinction extrêmement rare et considérée en Amérique, comme la plus grande qui puisse être conférée à un ingénieur, étranger ou non.
- C’est au meeting annuel de la Société qu’a lieu la proclamation des membres d’honneur. Un récent voyage aux Etats-Unis m’ayant permis d’assister à celui du 2 décembre dqrnier, à New-York, je conserve un souvenir ému de la réception qui m’y a été faite, et au cours de laquelle j’ai été chargé de vous remettre le diplôme qui vous concerne.
- Il était tout naturel que le choix des Mechanical Engineers se portât sur un
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- homme dont les travaux scientifiques aussi bien que les œuvres de réalisation sont universellement connus. Mais laissez-moi vous dire que nos amis d’Amérique ont bien eu l’intention d’honorer en vous le génie particulier de la France pour lequel ils ont la plus grande admiration et le plus grand respect.
- Les Américains, rendus hardis par les immenses ressources de leur pays, se font remarquer par leurs grandes conceptions. N’étant pas influencés par des traditions routinières, ils ont pensé que le plus sûr moyen pour mettre leurs richesses en valeur était de faire appel aux enseignements de la science. Cependant, malgré leur désir de faire vite, ils n’ont pas accepté les résultats mis à leur disposition sans prendre la peine de les contrôler, sans remonter à leurs sources, sans étudier les travaux des pionniers qui ont ouvert des voies nouvelles, et c’est ce qui leur a fait connaître les hommes de science français dont les noms se trouvent inscrits sur les murs de cette Société que tant d’entre eux ont fréquentée. Quelle que soit l’originalité de leurs travaux, les Américains aiment à les rattacher à ceux des savants français. Us n’ont jamais cessé de suivre le développement de la science dans notre pays et savent que vous y avez pris une grande part, que vous êtes un pionnier de la création des turbines à vapeur et des turbo-compresseurs ainsi que des pompes centrifuges à haute pression; que vous êtes l’auteur d’expériences et de formules pour l’écoulement de la vapeur par des orifices de formes variées et l’auteur de méthodes de calcul et d’établissement des turbines à vapeur, maintenant d’un usage universel; que vous avez apporté d’importantes contributions à la théorie des turbines hydrauliques et des coups de bélier dans les conduites forcées et que vous avez étudié de nombreux types de ventilateurs centrifuges et hélicoïdaux; que vous êtes l’inventeur de la turbine à vapeur à pression mixte et de l’utilisation rationnelle des vapeurs d’échappement, et que vous conduisez effectivement les ateliers dans lesquels se construisent vos turbines, turbo-compresseurs et autres turbo-machines rotatives à grande vitesse, occupant des milliers d'ouvriers. Enfin, ils savent que vous avez pris une part active à l’application des turbines aux cuirassés, qu’on vous doit d’importants travaux de balistique et que vous êtes l’inventeur du dispositif de turbo-compresseur qui permet d’augmenter dans une grande mesure l’efficacité des aéroplanes.
- Si les Américains ont un culte pour la science, ce sont avant tout des réalisateurs, et l’énumération de vos travaux montre que, sous ce rapport aussi, vous avez tous les titres à leur admiration.
- Le réalisateur d’aujourd’hui ne doit plus avoir recours à l’empirisme, comme ses devanciers, mais bien à cet esprit d’observation réellement scientifique, sur lequel repose la science industrielle dont il doit faire usage dans les moindres détails.
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- L’étude méthodique des détails, au double point de vue du résultat à atteindre et des procédés d’exécution, sans laquelle on ne peut résoudre le problème de la production tel qu’il se pose actuellement, caractérise l’industrie moderne et, en particulier, l’industrie américaine. C’est grâce à elle par exemple, que l’inventeur de la machine à coudre a pu entreprendre de mettre à la disposition de toutes les ménagères un outil aussi compliqué et, en apparence, aussi délicat. Pour y arriver, il fallait doter l’atelier de méthodes dont l’usage devait avoir des répercussions immenses. Nous leur devons, pour ne citer que quelques applications, les freins continus, les machines à écrire, les automobiles, etc.
- Cette étude des détails que l’artisan d’autrefois recommençait sans cesse avec une documentation et des moyens insuffisants, gardant jalousement le secret des recettes qu’il avait trouvées, et le laissant perdre quand il était arrivé au bout d’une carrière forcément peu productive, comme l’ont fait ensuite des contremaîtres abandonnés à eux-mêmes, travaillant dans des conditions très défavorables, doit maintenant être conduite avec méthode. Elle doit reposer sur une connaissance suffisante, non seulement des lois delà mécanique, mais des propriétés des métaux ou, plus généralement, de toutes les matières nécessaires au fonctionnement des machines; elle doit utiliser toutes les méthodes d’essai, tous les appareils de mesure ou de contrôle, et les résultats obtenus doivent être mis à la disposition de la documentation de l’industrie.
- Nous ne sommes plus au temps où un artisan habile taillait à la main, une à une, les dents des engrenages. La taille des engrenages est devenue une industrie si importante que les ingénieurs qui s’y consacrent, en Amérique, ont fondé une association dans le seul but d’étudier en commun les problèmes nombreux qu’on y rencontre.
- On sait aujourd’hui qu’il faut un homme de valeur pour comprendre l’importance d’un détail.
- Mais, le réalisateur ne peut se passer du concours de nombreux techniciens ayant reçu une instruction et une formation solides et cette formation doit faire l’objet de tous ses soins.
- L’enseignement technique doit donner aujourd’hui, une place de plus en plus grande au développement de l’esprit d’observation par des travaux de laboratoire, accompagnés de mesures précises de toutes sortes. Nous savons combien vous attachez d'importance à cet enseignement. Les Américains y ont consacré, depuis longtemps déjà, des ressources considérables, mais ils connaissent la valeur de nos écoles et ne perdent pas une occasion de rappeler qu’ils souhaitent voir faciliter les échanges d’étudiants entre les deux pays. Aussi, ne craindrai-je pas d’avancer que beaucoup de jeunes Américains
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- auraient certainement le vif désir de profiter d'un enseignement technique dirigé suivant vos inspirations.
- Personne mieux que vous n’était donc qualifié pour contribuer à la réalisation de cet échange d’idées, à ce travail en commun que nos amis d’Amérique voudraient voir s’établir entre les deux pays. Tous nos collègues applaudiront à leur choix et vous me permettrez de vous dire combien je suis heureux de pouvoir le faire fout spécialement en vous remettant le diplôme qui m’a été confié.
- M. de Fréminville remet à M. Rateau le diplôme de membre d’honneur de l’American Society of Mechanical Engineers.
- M. Rateau, membre de VInstitut et du Conseil de la Société d'Encouragement, prononce les paroles suivantes :
- Cher Monsieur de Fréminville,
- qui, en cette circonstance, représentez la Société Américaine des Ingénieurs Mécaniciens,
- Messieurs,
- Mon premier souci sera, naturellement, d’exprimer toute ma vive reconnaissance au Conseil de la Société Américaine des Ingénieurs Mécaniciens pour la distinction qu’il me décerne, comme à M. de Fréminville, en m’admettant parmi les rares membres d’honneur de cette puissante Société; je remercie, particulièrement, mes excellents amis d’Amérique de leur très aimable attention, à laquelle j’attache le plus grand prix, et je remercie aussi M. de Fréminville, qui a bien voulu se charger de me remettre, en séance publique, au nom du Comité désigné à cet effet, le diplôme que je n’ai pas pu aller recevoir à New-York.
- De cette distinction exceptionnelle, permettez que j’en garde une certaine part pour moi-même; mais elle ne m’est pas personnelle; plus généralement, elle vise l’ensemble des ingénieurs français. Nos collègues américains ont voulu marquer ainsi leur estime, leur svmpathie pour nous tous.
- Au cours de la guerre où, pour avoir raison de nos féroces et puissants ennemis, nous avons dù associer nos efforts, ils ont pu se rendre un compte plus exact que naguère de notre talent, de notre volonté, de notre souplesse d’adaptalion, de notre labeur acharné. Ils nous ont vu triompher de difficultés extraordinaires, jetant tout dans la fournaise, sans souci du lendemain.
- Et maintenant, aux heures toujours difficiles, nous nous réjouissons de constater qu’ils pensent à nous. Puisse leur amitié fraternelle nous soutenir efficacement dans la tâche gigantesque que nous aurons à accomplir, durant
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- de lo ngues armées encore, pour nous relever, non seulement, comme tous les peuples combattants, des énormes sacrifices qu’il a fallu consentir, mais aussi des dévastations effroyables qui ont été odieusement et systématiquement infligées à toutes nos régions du Nord et de l’Est de la France, autrefois les plus riches, où florissait l’industrie la plus prospère.
- Nous aurions grand bénéfice, les uns et les autres, à nous fréquenter plus que dans le passé, et ces membres d’honneur que les sociétés d’ingénieurs américains s’annexent, comme les ingénieurs américains éminents que nos Sociétés françaises des Ingénieurs civils et des Electriciens se sont attachés au même titre, constituent des traits d’union naturels.
- N’y aurait-il pas plus à faire que ces échanges de politesses honorifiques? Beaucoup de questions pourraient et devraient être étudiées en commun, par exemple, celles relatives aux brevets d’invention, aux recherches scientifiques et techniques, aux répertoires bibliographiques, aux unités et procédés de mesure de la mécanique, aux meilleures méthodes d’éducation et d’enseignement techniques, etc.
- Les académies scientifiques des pays alliés et des Etats-Unis se sont groupées et achèvent, en ce moment, l’organisation d’un Conseil international de Recherches scientifiques ayant pour objet principal de coordonner l’activité dans les différentes branches de la science et de ses applications, et, par là, de la rendre plus féconde.
- Ce que les savants ont songé à réaliser me semble encore bien plus utile pour les ingénieurs. La science appliquée, en effet, réclame les efforts collectifs et l’organisation assurément plus que la science pure. Elle dispose, dans le monde, de nombreux laboratoires qui, beaucoup, poursuivent les mêmes travaux sans aucune relation entre eux. Ne serait-il pas possible et avantageux d’v mettre quelque ordre, de manière à produire davantage avec le même personnel de chercheurs et les mêmes ressources?
- Un organisme central, institué par les principales sociétés d’ingénieurs d’Amérique et des pays alliés, serait bien qualifié pour s’occuper de ces questions d’intérêt très général. Je profite de l’occasion qui m’est offerte pour appeler l’attention sur cette idée.
- A un autre point de vue capital, celui de l’enseignement, nous, Français, aurions grand bénéfice à aller étudier ce qui s’est fait, dans ces dernières années, aux Etats-Unis d’Amérique. Certes, nous possédons déjà des clartés à ce sujet; M. de Fréminville, notamment, s’est attaché à nous faire connaître les développements considérables de ce qu’on appelle aujourd’hui le taylorisme ; M. O mer Buyse et d’autres ont publié, avant la guerre, des ouvrages bien documentés sur les écoles des Etats-Unis. Mais les méthodes américaines restent toujours peu connues de la plupart.
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- On se préoccupe, enfin, chez nous, à très juste titre, depuis quelque temps, de l’extension et de la réforme de notre enseignement technique ; mais nous n’avons réellement pas réalisé grand’chose. Nos idées, nos méthodes, sauf quelques exceptions, sont restées sensiblement les mêmes qu’il y a cinquante ans. J’ai, par exemple, tenté de mettre en relief l’utilité majeure qu’il y aurait à créer en France une grande école de mécanique supérieure, qui nous manque, et je rêvais d’v appliquer, à titre d’expérience, quelques-unes des méthodes américaines; mais ma propagande, pour une idée que je croyais incontestablement juste, s’est heurtée à l’hostilité des défenseurs de nos institutions actuelles. Cette idée, pourtant, il faudra la reprendre un jour, lorsque l’évidence se fera criante; ce sera, malheureusement, trop tard.
- Le temps des pures spéculations de l’esprit est passé. Pour ne pas être étouffés et ruinés par nos rivaux en industrie, en commerce, en agriculture, il nous faut des hommes d’action énergiques et non des dilettantes.
- Dans son beau livre sur La vie intense, le Président Roosevelt a dit :
- « Un état sain ne peut exister que si les hommes et les femmes qui le composent mènent une vie pure, vigoureuse et saine, si les enfants sont élevés de telle façon qu'ils s’efforcent, non pas d’éviter les difficultés, mais de les surmonter, non pas de chercher leurs aises, mais de savoir comment arracher le triomphe à la peine et aux risques. L’homme doit être joyeux de faire œuvre d’homme, d’oser, d’endurer, de travailler, de se garder, de garder ceux qui dépendent de lui. »
- Tout notre enseignement, remarquable à divers points de vue, semble prendre à tâche de brider l’initiative, l’énergie. Il cultive, il est vrai, quelques facultés essentielles de l’homme : la mémoire, Fintelligence, la droiture, la logique, la rigueur des raisonnements, l’élégance de pensée et d’expression, etc.; mais n’y a-t-il pas des abus? Ne surcharge-t-on pas la mémoire de trop de détails inutiles qui obscurcissent les vérités fondamentales; et puis, est-ce là tout ce qu’il faudrait enseigner? Songe-t-on à développer aussi les idées générales, l’esprit d’observation, l’indépendance d’esprit, l’intuition, et surtout le courage devant les responsabilités, et nombre d’autres qualités utiles à l’homme d’action? Trop peu certainement.
- Notre admiration est réservée à ceux qui font surtout œuvre de mémoire, aux beaux parleurs. Bien exposer ses idées doit être appris, c’est évident, et je ne veux aucunement médire des rhéteurs qui nous enchantent. Mais nous sommes las de la pure rhétorique; aujourd’hui plus que jamais, il faut plutôt apprendre à agir, et à agir vite avec discernement.
- Telle est, au contraire, la principale préoccupation de l’enseignement américain.
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- Après enquête approfondie, M. Buyse écrit (1) :
- « Savamment, les professeurs sèment, sous les pas des élèves, des difficultés graduées que ceux-ci doivent apprendre à juger et à vaincre; l’acte physique précède ou accompagne l’acte de la pensée; les branches d’enseignement les plus abstraites pour nous sont présentées sous des formes matérielles et concrètes, et nécessitent, pour être assimilées, aussi bien l’habileté des mains que la vivacité de pensée.
- « Les professeurs considèrent que l’enseignement général, et spécialement l’enseignemeni scientifique, ne saurait être fécond si les élèves ne sont pas exercés à trouver eux-mêmes les vérités, à résoudre les questions scientifiques.
- « Dans les écoles industrielles et dans les institutions d’enseignement technique supérieur, se continue le triomphe de l’initiative et de l’effort; l’expérience faite par les élèves y est la hase des études; le professeur guide les individualités sans les subjuguer; il semble avoir le plus haut souci de laisser se manifester leurs aspirations propres, leur intelligence et leur talent personnel.
- « Le plus important progrès réalisé depuis vingt ans dans les systèmes d’éducation, dit M. Eliot, de l’Université de Harvard, est l’individualisation de l’instruction, de façon à rencontrer les besoins précis, et à développer les facultés et les capacités de chaque personnalité, à chaque étape de son développement. L’enseignement des laboratoires et l’enseignement des travaux manuels sont similaires comme instruments d’éducation, parce qu’ils s’adressent à l’individu. »
- Si on parle chez nous des écoles, des programmes, des laboratoires, on parle peu des professeurs. Leur formation complète est cependant la chose primordiale, non seulement la formation scientifique et technique, mais aussi celle des idées doctrinales et pédagogiques.
- Pardonnez une réflexion personnelle. J’ai été professeur de science pure et de science appliquée. Entré jeune dans l’enseignement, j’ai suivi les errements habituels. A cette heure, ayant vu bien des choses à l’étranger, visité plusieurs écoles d’enseignement technique et leurs laboratoires, en Amérique, en Angleterre, en Allemagne, et beaucoup réfléchi à leur sujet, je puis dire que, si je reprenais l’enseignement, je le présenterais tout autrement, avec la conviction que les élèves en auraient plus de bénéfice.
- Pourquoi n’enverrions-nous pas nos hommes d’élite, susceptibles de devenir des professeurs, faire des stages dans les établissements de l’étranger, en Amérique spécialement, pour étudier les méthodes actuelles et les
- (1) Méthodes américaines d’éducation générale et technique.
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- résultats qu’elles donnent? Peu de mois suffiraient. Ils y seraient admirablement accueillis.
- On a organisé des voyages d’instruction pour les jeunes ingénieurs; plus productif encore serait de faire voyager des hommes capables de comparer, en toute connaissance, nos méthodes avec celles des autres peuples, et de tirer plein profit de cette étude. Je suis, pour ma part, assuré que ce serait du temps et des dépenses bien employés.
- Pourtant, qu’on ne se méprenne pas sur ma pensée. Je ne veux nullement soutenir qu’il faille copier exactement ce qui se fait ailleurs. Les méthodes d’éducation ou d’instruction sont, naturellement, dominées par les influences sociales et historiques; elles doivent être adaptées aux mœurs, aux traditions, aux conditions particulières de notre milieu.
- Ce n’est pas une raison suffisante pour demeurer confinés dans nos usages, pour renoncer à examiner, sans prévention, les solutions différentes auxquelles d’autres esprits sont parvenus et à nous assimiler ce qu’elles peuvent avoir de bon pour l’amélioration de notre enseignement.
- Réciproquement, les étrangers peuvent nous emprunter ce qu’il y a de meilleur dans nos méthodes. Mais elles sont, pour la plupart, bien connues. Nos écoles du siècle passé, l’Ecole polytechnique, en particulier, cette admirable création des grands hommes de la Convention, ont servi de modèles à nombre d’institutions, hors de nos frontières, avec des modifications nécessitées par les conditions locales et les progrès de la technique. Aussi, aujourd’hui, est-ce plutôt à notre tour d’aller voir, autour de nous, les innovations intéressantes. Examiner, étudier, approfondir les œuvres de nos émules, afin d’en bénéficier et de tâcher de nous rapprocher de la perfection, ne peut être un signe d’infériorité, tout au contraire.
- M. Bâclé, vice-président, au nom de la Société d’Encouragement, adresse ses félicitations à M. Rateau, ainsi qu\à M. de Fréminville qui, lui aussi, au cours du voyage qu’il a fait récemment aux Etats-Unis, a été proclamé et admis comme membre d’honneur de l’Àmerican Society of Mechanical Engi-neers, et c’est parce qu’il est possesseur lui-même de ce titre qu’il a seul qualité pour en remettre le brevet à son nouveau collègue, M. Rateau, la transmission devant se faire, à la manière des ordres de chevalerie d’autrefois, d’ancien à nouveau.
- M. Bâclé rappelle que M. Bertin est, dans des conditions à peu près identiques, lui aussi, un des rares étrangers qui soient membres d’honneur de la Society of Naval Architects and Marine Engineers des Etats-Unis, comme aussi, d’ailleurs, de l’Institution ofàNaval Architects de Grande-Bretagne.
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- M. Bâclé donne lecture de la lettre adressée à la Société d’Encouragement le 23 avril dernier par le Président et le Conseil de l’American Society of Meclianical Engineers, à l’occasion de cette remise de brevet. En voici la traduction :
- Le Président et le Conseil de la Société Américaine des Ingénieurs Mécaniciens adressent à la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale leur traternel salut et lui expriment combien ils apprécient les sentiments amicaux qui animent la Société d’Encouragement en voulant bien servir d’intermédiaire pour la remise solennelle, à M. Auguste-C.-E. Bateau, du brevet de membre d’honneur que lui a décerné la Société Américaine des Ingénieurs Mécaniciens.
- Nous avons le ferme espoir que l’intérêt que nos deux Sociétés portent à M. Rateau sera un lien de plus entre elles.
- Veuillez accepter l’assurance de notre sincère amitié.
- Signé : Le secrétaire,
- Calvin W. Rice.
- M. Bâclé, vice-président. — Nous sommes bien touchés des marques d’amitié et de sympathie que nous adresse la Société Américaine des Ingénieurs Mécaniciens et, en lui transmettant nos très vifs et sincères remerciements, nous exprimons aussi notre désir de voir resserrer les liens d’amitié qui nous unissent à nos collègues des Etats-Unis.
- M. Bertin, président. — Permettez-moi de vous présenter mon ami et ancien collaborateur, M. Dumanois. Il va traiter devant vous une question sur laquelle peu d’hommes en France soit aussi compétents que lui, celle de l’utilisation des combustibles liquides, plus particulièrement du pétrole, du mazout, comme on dit aujourd’hui. Comme ingénieur, M. Dumanois a réussi à mettre au point son utilisation dans les moteurs de nos sous-marins, et je puis vous affirmer, par expérience personnelle, que le problème n’était pas facile. De plus, M. Dumanois est professeur apprécié : il professe à l’École supérieure d’Aéronautique et de Constructions mécaniques ; il est répétiteur de mécanique à l’École polytechnique. C’est vous dire avec quelle clarté il traitera la question qui fait l’objet de sa communication.
- M. D umanoiSj Ingénieur principal du Génie maritime, fait une communication sur l'intérêt et ïutilisation des combustibles liquides.
- Il n’est pas un objet utilisé dans la vie courante, par un moyen servant à la satisfaction de nos besoins, naturels ou créés, qui ne nécessite l’emploi du feu.
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- Selon que le feu sera cher ou bon marché, les métaux, les transports, la lumière, la chaleur seront chers ou bon marché : on peut donc dire qu’à la base de la vie chère est la cherté du feu. La lutte économique qui vient de succéder à une guerre sanglante est dominée par cette question du feu et l’on peut prévoir, en se basant sur les faits déjà connus, que ce n’est pas celle qui entraînera le moins de difficultés dans l’exécution du traité de Versailles.
- Avant la guerre, l’élément producteur principal du feu en France était le charbon; des conditions nouvelles ont diminué notre production houillère, déjà déficitaire avant la guerre, et l’on a songé à subsistuer à la houille les combustibles liquides, en particulier le pétrole et ses dérivés, le mazout. On se ferait illusion en croyant qu’ils peuvent toujours remplacer la houille et que leur emploi mettra fin à la crise des combustibles. Sans doute, les combustibles liquides ont sur la houille des avantages considérables : pouvoir calorifique plus élevé, possibilité d’une combustion complète et, par suite, bien meilleure utilisation thermique; absence de pertes par résidus solides; plus grandes facilités d’emmagasinage, de transport et de chauffe ; économies de main-d’œuvre qui en résultent. Mais la production des combustibles liquides minéraux est notablement inférieure à leur consommation actuelle et, malgré tous ces avantages, c’est le point de vue économique qui domine le débat.
- La production mondiale du pétrole brut a atteint, en 191.9, environ 78 millions de tonnes, soit un tonnage à peine supérieur à notre consommation annuelle de charbon; le mazout représente le dixième seulement de la production de pétrole brut. Si l’on voulait intensifier en France la consommation du mazout en remplacement du charbon, déficitaire, de façon à réduire sa consommation, par exemple, de 20 p. 100, il nous faudrait, en tenant compte du pouvoir calorifique pjhis élevé et de la meilleure utilisation thermique, plus du dixième de la production mondiale du pétrole! Or, la crise des combustibles n’est pas spéciale à la France et ce sont tout naturellement les gros producteurs de pétrole qui en sont aussi les plus grands consommateurs. C’est ainsi que les Etats-Unis, où l’automobilisme a pris et continue à prendre un développement formidable, fournissent seulement 70 p. 100 de la production mondiale de pétrole et consomment cependant déjà 85 p. 100 de cette production mondiale; autrement dit, les Etats-Unis importent (o millions de tonnes de pétroles mexicains importés en 1919) et puisent dans leurs stocks (ce prélèvement a été de plus de 3 millions de tonnes en 1918, d’autant
- en 1919). La consommation des États-Unis, en 1918, aurait atteint le des réserves souterraines du pays.
- On peut évidemment escompter une augmentation de la production mondiale du pétrole, qui, depuis dix ans, croît chaque année de 6 à 8 p. 100; de plus, les gisements de la Haute-Mésopotamie et du Kourdestan s’annoncent comme très productifs; enfin les pétroles russes pourraient être beaucoup mieux exploités. Malheureusement, on le sait aujourd'hui, aucune de ces sources n’est contrôlée par des intérêts français, car notre gouvernement a toujours manqué d’une politique française du pétrole. Les gouvernements britannique, américain et allemand, avant, pendant et après la dernière guerre, ont été beaucoup plus prévoyants et clairvoyants.
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- Les hauts prix du pétrole, de l’essence et du mazout ne feront donc que s’élever en France car la différence entre la demande mondiale et la production ne peut que croître. La production de notre pays et de nos colonies est insignifiante (50 000 t, provenant de Pechelbronn; 60 000 t d’huiles de goudron et de houille avant la guerre, provenant en majeure partie des mines de Lens, non encore remises en état; des espérances au Maroc, en Algérie, en Tunisie). Nous produisons, en ce moment, 100 000 t au plus de combustibles liquides en y comprenant les huiles de schistes ; enfin, notre change est toujours défavorable.
- Il y a donc intérêt à rechercher les pétroles en France et dans nos colonies, à y développer l’industrie des schistes bitumineux et la production des huiles de houille.
- Le pétrole reste et restera en France un combustible de luxe. Il ne faut pas le gaspiller, et c’est très mal utiliser les combustibles liquides que de les brûler dans un foyer. C’est dans les moteurs à explosion ou plutôt dans les moteurs à combustion interne, du genre Diesel, qu’il nous faut brûler le peu de combustibles liquides dont nous disposons car, dans un avenir très rapproché, la France manquera absolument de pétrole et de ses dérivés.
- Notre pays devra, de plus en plus, s’imposer l’impérieuse nécessité d’économiser les calories, qu’elles viennent du charbon ou d’ailleurs; il faudra, par conséquent, développer l’utilisation de nos forces hydrauliques ; le charbon devra de plus en plus être considéré comme un réactif chimique, un réducteur. Partout où il sert à autre chose qu’à produire une réduction, il devra être remplacé, par exemple, pour la production de la force motrice, par l’énergie hvdro-électrique
- Cependant, les combustibles liquides sont indispensables à un pays qui veut se défendre : la guerre ne sera plus possible pour celui qui n’en aura point pour ses automobiles, ses moteurs d’aviation, ses moteurs de sous-marins et même pour les navires de sa flotte qui devront tous naviguer sans produire de fumée. Notre pays devra donc consommer un carburant national. Pour les moteurs, il nous faut aussi des huiles de graissage qui sont extraites, pour l’instant, des pétroles bruts. Il nous faut donc aussi des lubrifiants nationaux. Carburant et lubrifiants peuvent être produits facilement dans la métropole et dans nos colonies; il suffira d’y intensifier ou d’y industrialiser certaines cultures ; celles de la betterave, de certaines céréales, du riz, de la banane, peuvent nous fournir le carburant: l’alcool; celles du colza et du ricin, les lubrifiants. On sait, comme l’a montré M. Barbet, qu’aux points de vue technique et économique, il n’y a à ces productions et à l’utilisation des produits fournis aucune impossibilité, et que la plupart des problèmes techniques que comporte cette utilisation sont déjà entièrement résolus.
- E. L.
- La séance est levée à 19 h.
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- Les maladies cryptogamiques des plantes agricoles et leur traitement, par M. Jakob Eriksson, professeur et chef de la Section botanique à l’Institut central d’Expériences agricoles de Stockholm. Traduit du suédois par Mme Signe Hagman. Introduction de M. L. Blaringhem. In-8 de xv-f-254 p., 132 fig., III pl. (Prix : 12 f). Paris, Librairie agricole de la Maison rustique, 1914.
- Le professeur Eriksson est depuis longtemps, par sa connaissance approfondie des maladies parasitaires des plantes, un des champions les plus actifs et les plus résolus de la lutte contre les fléaux qui dévastent nos cultures.
- Ses importants travaux sont depuis longtemps connus et appréciés des botanistes, mais le grand public des agriculteurs ignorait, sauf en Suède et dans le nord de l’Europe, son influence heureuse sur les moyens de lutter victorieusement contre les ennemis des végétaux. La traduction française que présente aux lecteurs la Librairie agricole comble une lacune et permet d’apprécier l’œuvre du savant suédois.
- Dans ce travail, le professeur Eriksson étudie les principales maladies des plantes de grande culture : céréales, légumineuses, plantes à tubercules. On n’y trouvera aucune indication sur les arbustes et plantes à fruits, sur la vigne, puisque ces cultures sont inconnues ou sans importance en Suède.
- Exposées dans l’ordre méthodique de la classification des champignons, les différentes maladies comprennent, avec un résumé très clair de la biologie du parasite, la description des altérations et de l’importance des dégâts. Un exposé des procédés des plus efficaces employés pour enrayer l’action de chaque parasite complète l’étude de chacun d’eux. Elle est accompagnée de dessins originaux ou tirés des auteurs, qui éclairent et complètent très heureusement le texte.
- Dans l’impossibilité où nous sommes de tout citer dans cet intéressant traité, nous nous bornerons à signaler l’étude des rouilles et des charbons, les plus redoutables ennemis des céréales et dont M. Eriksson a fait une étude spéciale.
- L’histoire des rouilles, en particulier, a passé par plusieurs étapes. Primitivement considérées, jusqu’au milieu du siècle dernier comme des manifestations humorales des végétaux, la nature parasitaire des rouilles a été établie par Léveillé, leur polymorphisme par Tulasue et leur biologie par de Bary.
- A la suite de ces découvertes, l’histoire des rouilles paraissait définitivement établie. Elle était simple et séduisante; ainsi pour les rouilles telles, par exemple, que la rouille noire du blé (Puccinia graminis), la présence de deux hôtes, l’épine-vinette et le blé, était nécessaire pour que le parasite accomplît son évolution. Cette conception était trop simple, et M. Ericksson a montré, le premier, que la présence de ces deux hôtes n’était pas indispensable à l’apparition de la rouille noire sur le blé. Il a montré en outre l’existence de formes physiologiques
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- adaptées à chaque espèce de céréale : blé, avoine, seigle, etc. Pour expliquer l’apparition spontanée de la rouille sur les céréales, il a formulé l’hypothèse ingénieuse de la pérennité du parasite sous une forme latente, le my coplasma dans les cellules de l’hôte. Si cette hypothèse, que l’observation la plus rigoureuse n’a pas encore établie, reste douteuse pour la plupart des botanistes, on doit reconnaître que les travaux de M. Eriksson ont démontré que la biologie des rouilles est plus compliquée qu’on ne le croyait après les découvertes de Tulasue et de de Bary. Le problème de la lutte demeure par suite encore compliqué.
- L’étude des blancs, du mildiou de la pomme de terre est aussi à signaler.
- Après un chapitre sur l’exposé des méthodes de préservation, l’auteur termine son traité par une liste des principales maladies spéciales à chacune des plantes cultivées; cette liste complète très utilement l’histoire des différents parasites.
- L. Mangin.
- Traité de chimie analytique appliquée, par M. le professeur Y. Villavecchta, directeur des Laboratoires chimiques des Douanes à Rome. — Traduit et annoté par M. P. Nicolardot, docteur ès sciences, membre de la Commission internationale d’Ànalyses. Tome I, in-8 de xx + 526 p., avec 59 fîg. (Prix : 24 f). Paris, Masson et Cie.
- Le commandant Nicolardot, qui, pendant de nombreuses années, a dirigé avec une compétence hors de pair le Laboratoire de Chimie de la Section technique de l’Artillerie, présente aux chimistes français une traduction du Traité de Chimie analytique appliquée du savant professeur italien V. Villavecchia, directeur des Laboratoires chimiques des Douanes à Rome. L’ouvrage complet, publié en 1916 en Italie, comprend deux volumes : c’est la traduction du premier qui est offerte actuellement au public.
- Par leurs fonctions, l’auteur et son excellent traducteur ont été rompus à la résolution des problèmes les plus variés qui se posent dans des laboratoires ayant à exécuter des analyses et des essais dans les domaines les plus variés de la chimie minérale et de la chimie organique. Le traité du professeur Villavecchia, conçu dans un esprit surtout pratique, s’adresse aux chimistes déjà bien au courant des principes de l’analyse. S’abstenant donc de tout exposé théorique, l’auteur a eu exclusivement en vue d’éviter au praticien de longues recherches et de lui présenler pour chaque cas déterminé, une méthode d’une exécution rapide et d’une exactitude suffisante comme il convient dans un laboratoire ayant un nombre considérable d’essais à exécuter journellement et où les opérateurs ne sauraient donner à leurs analyses l’ampleur d’une étude scientifique proprement dite; aussi, dans les très nombreux types d’analyse présentés dans son traité, l’auteur n’indique-t-il en général qu’une seule marche à suivre, celle que sa longue pratique, confirmée par 1 expérience de ses collaborateurs, lui a permis de considérer comme répondant le mieux au but à atteindre.
- « On ne peut pas dans l’état actuel de nos connaissances (dit très judicieusement l’auteur dans sa préface) obtenir des résultats absolus : ils ne sont que relatifs et dépendent du mode opératoire et des procédés adoptés. Ce qui, dans ce cas, importe le plus, est d’employer toujours une méthode unique, même si elle n’est pas très exacte, afin d’en déduire des résultats concordants pour les divers opérateurs, condi-
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- tion essentielle an point de vue des déductions à tirer et des contrats commerciaux. » D’où la grande utilité pour l’analyste « d’avoir à sa disposition au moment d’entreprendre un travail, un recueil des méthodes et des règles pour analyses industrielles et commerciales, qui ont été prescrites officiellement ou qui ont reçu l’épreuve du temps, mais telles qu’il puisse les adopter et les appliquer toutes ».
- C’est bien à ce plan très spécial que répond l’ouvrage conçu par le professeur V. Villavecchia. Son traité est divisé en deux parties constituant chacune un volume distinct. Le premier, celui dont la traduction vient de paraître, comprend l’analyse des eaux potables, celle des réactifs et produits chimiques usités dans les laboratoires en vue de reconnaître leur pureté, l’analyse des engrais, des chaux et ciments, des métaux et de leurs alliages les plus variés, des combustibles, des goudrons et de leurs dérivés, des huiles minérales, des matières grasses et des produits industriels qui en dérivent. Le second volume traite des matières alimentaires, des huiles essentielles, des térébenthines, vernis et caoutchoucs, des substances tannantes, des cuirs, des matières colorantes, des fibres textiles et des tissus.
- La recherche des méthodes à suivre dans chaque cas est facilitée par une disposition typographique très claire et par une succession dans l’ordre alphabétique pour les sections comprenant des corps très nombreux.
- En tant que savant et fonctionnaire italien, l’auteur présente dans certains cas des méthodes qui ne sont pas toujours celles officiellement adoptées en France ou considérées chez nous comme les plus avantageuses. Mais les notes du traducteur, abondamment parsemées au cours de l’ouvrage, mettent quand il le faut les choses au point pour un lecteur français, avec une discrétion qui ne rompt pas cependant l’ordonnance du plan adopté par l’auteur.
- Le traité du professeur P. Villavechia sera certainement accueilli avec la plus grande satisfaction par nos analystes, obligés le plus souvent de puiser dans des ouvrages nombreux, spécialisés chacun dans une branche particulière de la chimie appliquée, les méthodes si variées dont ont besoin les laboratoires industriels et commerciaux; on ne peut donc que féliciter M. P. Nioolardot d’avoir donné au public français, au prix d’un travail considérable, la possibilité de consulter aisément, dans une traduction très claire, le traité du savant chimiste italien, dont notre littérature scientifique française ne présentait pas jusqu’ici l’équivalent.
- G. Chesneau.
- Les appareils de prothèse et les machines permettant aux mutilés d’exécuter les travaux agricoles, par M. Roger de Saint-Maurice, Ingénieur-agronome (Ministère de l’Agriculture et du Ravitaillement. Essais officiels d’appareils de prothèse et de machines agricoles pour les mutilés institués par l’arrêté du 13 juin 1919 de M. le Ministre de l’Agriculture et du Ravitaillement), ln-8 de 84 p., avec 83 fig. Paris, Imprimerie de Yaugirard, 1919.
- De tous les travailleurs, les agriculteurs ont été les plus éprouvés par la guerre dans leurs forces vives. Plus d’un demi-million d’entre eux sont mutilés à divers degrés et, parmi ceux-ci, il en est qui pensent que l’impotence dont ils sont atteints les empêche désormais de se livrer aux travaux agricoles.
- Le plus souvent, il n’en est heureusement rien. Si l’intelligence humaine a fait faire depuis cinq ans de grands progrès aux moyens de destruction, elle s’est par contre appliquée à remédier aux ravages que ceux-ci peuvent avoir produits dans
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- l’organisme. Le but de l’ouvrage de M. Roger de Saint-Maurice est précisément de montrer par quels moyens le génie réparateur est parvenu à réduire l’incapacité de travail agricole des mutilés.
- Deux catégories de solutions ont été données à ce problème : d’une part, les appareils de prothèse, qui restituent dans la plus grande mesure possible la fonction du membre amputé ou impotent; d’autre part, les machines agricoles construites de telle sorte qu’elles peuvent être conduites sans qu'il soit besoin de faire intervenir le membre blessé.
- Dans un premier chapitre, le lecteur trouvera la description des appareils de prothèse qui permettent aux blessés de se livrer de nouveau aux travaux manuels : bêchage, binage, ratissage, etc.
- Dans un second chapitre figurent les machines agricoles disposées de telle manière que le mutilé puisse en obtenir un aussi bon rendement qu’un homme valide. Souvent, dans la pratique, appareils de prothèse et machines agricoles sont employés simultanément pour l’exécution d’un même travail.
- Après avoir lu cet ouvrage de M. de Saint-Maurice, on se rend compte que, quelle que soit son impotence, le cultivateur mutilé a, dès à présent, le choix entre divers appareils de prothèse et machines agricoles qui contribuent à réduire notablement son incapacité de travail.
- Il faut souhaiter que les constructeurs de machines agricoles poursuivent les louables efforts que certains d’entre eux ont déployés dans le but d’adapter parfaitement les instruments de culture aux diverses impotences des mutilés, et il convient de rappeler, à cet égard, que, la première, la Société d’Encouragement a ouvert en 1915 un concours pour récompenser les inventions destinées à permettre aux mutilés de reprendre le travail.
- Toutefois, on peut se demander s’il est toujours bien utile de chercher, coûte que coûte, à ce qu’un mutilé, quelle que soit son impotence, puisse exécuter tous les travaux agricoles; par exemple, qu’un amputé du bras droit puisse rebattre une faux, que des manchots puissent lier. On peut se demander s’il n’y aurait pas lieu de rechercher, étant donnée telle ou telle mutilation, comment le malheureux qui la subit pourrait s’employer encore le plus utilement, avec la moindre fatigue et le meilleur rendement. Mais, dans tous les cas, on ne peut que féliciter et remercier M. Roger de Saint-Maurice du travail qu’il vient de publier et qui est appelé à rendre aux mutilés les plus grands services.
- Cette brochure, écrite d’une façon très claire, ornée de très belles photographies, gravures et dessins explicatifs, ne saurait être trop répandue.
- H. Hitier.
- Cours de Béton armé, professé à l’Ecole spéciale des Travaux publics, du Bâtiment et de l'Industrie, par le lieutenant-colonel G. Espitallier, 7e éd., tome I : Procédés généraux de construction et calcul des ouvrages, in-8 de 328 p., avec 162 fîg. et II pl. (Annexe : Instructions du 20 octobre 1906, relative à l’emploi du béton armé). Tome II : Compléments et applications, in-8 de 448 p., avec 223 fîg. et II pl. (Prix : les deux volumes, 40 f.) Paris, Librairie de l’Enseignement technique, 3 bis, rue Thénard, 1919.
- M. le colonel Espitallier vient d’éditer à nouveau son Cours de Béton armé. Il Tome 132. — 1er semestre — Mai-Juin 1920. 33
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- est l’auteur connu et apprécié de nombreux ouvrages relatifs à la construction. Son esprit toujours en éveil est constamment à la recherche des nouveaux progrès, ce qui donne un caractère tout particulier d’actualité à tout ce qu’il publie.
- Son ouvrage a été écrit tout d’abord exclusivement pour l’enseignement oral et par correspondance de l’Ecole spéciale des Travaux publics. Cette destination même et le contact permanent et direct qui en résulte avec le lecteur sont le meilleur critérium qu’un auteur peut avoir de la clarté de son exposition. Ils favorisent les transformations nécessaires des éditions successives et leur mise au courant des progrès incessants des méthodes, surtout lorsqu’il s’agit d’un mode de construction qui est loin d’avoir achevé sa complète évolution.
- Jamais d’ailleurs cette évolution pour le béton armé n’avait pris une allure aussi rapide, aussi imprévue, que pendant la guerre et depuis la cessation des hostilités, notamment pour l’improvisation d’usines immenses, ce qui justifie la refonte complète dont a fait l’objet la septième édition, aujourd’hui mise dans le commerce.
- Le but poursuivi, dit l’auteur dans son avant-propos, n’est pas d’échafauder de brillantes théories, mais de faire œuvre pratique, en mettant l’ingénieur à même de déterminer les formes, de calculer tous les éléments des nombreux ouvrages auxquels s’applique le matériau nouveau, en permettant au constructeur lui-même de choisir les meilleures méthodes et de réaliser leur application en toute sécurité.
- Ce but, l’accueil bienveillant que le monde des techniciens a réservé aux premières éditions de cet ouvrage permet de dire qu’il a été atteint.
- Le titre du premier volume, Procédés généraux et calcul des ouvrages, en indique suffisamment l’objet.
- Le second volume, Compléments et applications, passe en revue différents ouvrages, non pas par de simples monographies mais par l’étude et le calcul de cas concrets. Cette nouvelle édition contient de nombreux développements sur la construction des usines, sur l’emploi des voûtes de grande portée à la couverture des vastes surfaces d’usines et de hangars, sur la construction des réservoirs, etc. Ce volume présente donc un intérêt exceptionnel pour tous ceux qui s’occupent de la construction en béton armé.
- Nous sommes convaincu qu’aucun des ingénieurs qui en entreprendront la lecture ne l’abandonnera avant de l’avoir menée à bonne fin, tellement l'auteur a su rendre clair et attrayant un sujet a priori moins propre cependant, semble-t-il, à captiver l’attention qu’à la rebuter.
- Mesnager.
- Traité .pratique de sylviculture. Exploitation forestière et boisement, par Lucien Chancerel, Conservateur des Eaux et Forêts, docteur en droit et en médecine, docteurœs sciences. Un vol. br. de 16,5x25 cm, 373 p., 87 fig. Paris, Gauthier-Yillars, édit-, 1920.
- Nos forêts ont beaucoup souffert pendant la guerre : soit directement, en dissimulant nos troupes, nos observatoires, nos batteries; soit par leurs rondins, pour protéger les combattants dans leurs abris. Elles ont donc contribué à la victoire. La forêtfest devenue familière à tous les combattants qui en ont reçu des bienfaits pendant près de cinq ans, et qui, maintenant, continuent à s’y intéresser.
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- Le traité de sylviculture de M. Chancerel est un exposé entrepris en vue de l’instruction et de la vulgarisation des sciences forestières ; il satisfera donc ceux qui désirent mieux connaître la forêt; il renferme cependant tout ce qui concerne : la culture des bois proprement dite, leur exploitation et leur création en vue de la suppression des torrents ou de la correction des cours d’eau, trois ordres d’idées qui sont étroitement liés. Quoique l’auteur ait exclus de son ouvrage les formules complexes et les longues dissertations qui rendent quelquefois arides l’acquisition des notions indispensables à ceux qui s’occupent de la mise en valeur de nos forêts et de l’exploitation des industries forestières, son ouvrage sera consulté utilement par tous ceux qui vivent de la forêt : sylviculteurs, exploitants, reboiseurs, marchands de bois, pépiniéristes, propriétaires ruraux.
- Dans dix chapitres, l’auteur traite les questions suivantes :
- Les forêts et leur action : action des forêts sur : l’économie nationale, le sol, le climat, le régime des eaux, l’hygiène générale, l’esthétique du pays;
- La culture des bois : sylviculture, peuplement, exploitation (futaie, taillis, éclaircies, coupes, exploitations spéciales), cubage et arpentage des bois; avec une petite monographie pour chacune de nos principales essences métropolitaines, indigènes ou introduites ;
- La technologie forestière : marquage, abatage, utilisation, façonnage, vidange, récolement, débit, transport;
- Les défauts, les maladies et la conservation des bois;
- Les produits non ligneux des forêts : caoutchouc, tanin, liège, résine, produits de la distillation pyrogénée, matières colorantes, textiles, matières grasses, substances médicinales, chasse;
- L’aménagement : estimation sur pied, vente, évaluation en fond et superficie, usufruit des forêts ;
- Les méthodes de boisement : semis; pépinières; plantations; bouturages; boisement des montagnes, des dunes, des landes, des friches, des guarrigues; création des prés-bois; correction des cours d’eau; restauration des vallées dégradées par le régime torrentiel;
- La protection des forêts : impôts, incendies, transports, octrois, douanes, coupes abusives, pâturages, végétaux et animaux nuisibles, délits, météores, acquisitions et subventions de l’Etat.
- Sauf dans le chapitre relatif aux produits ligneux des forêts, M. de Chancerel n’envisage guère que nos essences métropolitaines ou coloniales, nord-africaines surtout. Des figures, nombreuses et claires, illustrent son ouvrage. Des chiffres sont donnés abondamment pour fixer l’ordre des grandeurs envisagées toutes les fois que la chose est nécessaire. Enfin, l’ouvrage est bien imprimé, sur papier de bonne qualité, mince, ce qui le rend peu volumineux eu égard aux nombreux renseignements qu’il renferme.
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- bibliographie;.
- MAI-JUIN 1920.
- Flore forestière du globe, par Lucien Chancerel, Conservateur des Eaux et Forêts,
- docteur en droit et en médecine, docteur ès sciences. Un vol. br. de 16,5x25 cm,
- 738 p. Paris, Gauthier-Villars, édit., 1920.
- Il n’existe aucune flore forestière mondiale à la fois scientifique et pratique. Or, notre domaine colonial renferme d’immenses richesses forestières dont le grand public français, en particulier les industriels consommateurs de bois, soupçonne à peine l’existence, bien que des travaux considérables aient été entrepris et publiés dans ces dernières années sur nos bois coloniaux. Etant donnée l’importance de plus en plus grande prise par les questions forestières, tant au point de vue industriel qu’au point de vue social, M. Chancerel a pensé qu’il convenait, qu'il était urgent, de mettre en évidence les précieuses ressources que peuvent nous fournir nos colonies, et comme elles sont situées sous les latitudes les plus variées, il a été amené à composer une flore mondiale.
- Il n’a point la prétention cependant d’avoir fait une flore complète : il n'a cité que les principaux arbres du globe et ceux qui sont actuellement bien déterminés : leur nombre est déjà considérable, plus de 2 000. Il laisse à d’autres le soin de parachever ce qu’il appelle une esquisse. L’ouvrage s’adresse donc.: aux sylviculteurs de tous les pays, aux industriels utilisateurs de bois indigènes ou exotiques, aux médecins (bon nombre d’arbres tropicaux offrent de précieuses ressources thérapeutiques). aux explorateurs, aux touristes, aux agences économiques de nos colonies qui ont été créées avant, pendant et après la guerre.
- L’auteur a spécialement attiré l’attention sur ceux de nos arbres coloniaux qui peuvent remplacer les essences européennes, notamment les bois communs, les bois du Nord, que nous achetons si cher en ce moment à l’étranger, et ces arbres sont fort nombreux (1).
- M. Chancerel indique pour chacune des essences étudiées : ses caractères botaniques et forestiers; son aire géographique et ses stations: le sol qu’elle préfère; les races diverses de chaque espèce; la constitution et les propriétés du bois et des produits non ligneux qu’elle fournit; ses emplois culturaux; ses maladies et ses ennemis.
- La classification adoptée est, dans ses grandes lignes, celle de M. Gaston Bonnier. On peut regretter l’absence en fin d’ouvrage d’une table donnant tous les noms cités de races, espèces, genres, tribus, familles, ordres, groupes, classes. Elle compléterait la table déterminative, fort bien faite d’ailleurs, pour tous ceux qui, non botanistes, ont intérêt à consulter l’ouvrage.
- E. L.
- ( 1 : Voir à ce sujet dans le Bulle Un de la Société d'Encourayennen.t, de mars-avril 1910, p. 258 à 283 : Les ressources en bois communs de nos forêts coloniales, par IL Boutteville, et dans le même numéro, p. 284-298, la Notice officielle sur les bois coloniaiu: de la Côte d'ivoire et du Gabon, du Commandant Bertin. Mémoire et notice ont fait l’objet d’un tirage à pari. Voir aussi :
- Auguste Chevalier : les bo s de la Côte d'ivoire et Les hoir du Gabon, 2 vol. Challamel, édit.
- André Bertin : Mission forestière coloniale, 3 vol.. 4 tomes. Larose, édit.. 1918—192n.
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- OUVRAGES REÇUS A LA BIBLIOTHÈQUE
- EN AVRIL ET MAI 1920
- Petitet (Aimé). — Organisation rationnelle d’une usine travaillant en série et montages d’atelier. lre partie : Le système Taylor et les autres systèmes cl’utilisation clu travail. Installation rationnelle d'une usine. Organisation administrative d'une usine. 2e partie : Organisation d’un atelier travaillant en grande série et description des montages d'atelier. In-4 (27 x 21) de vi -j- 180 p., 227 fîg., V pl. Paris, Dunod, 1920. 16038
- Duroquier (Franck). — Éléments de télégraphie sans fil pratique. Notions élémentaires. Construction d'appareils et installation de postes d’expériences. Applications de la T. S. F. 2e éd. In-8 (23 x 14) de 132 p., 78 fig. Paris, Dunod, 1920. 16030
- Tsountas (C.). — Guide pratique du chimiste dans l’industrie du ciment. In-8 (24 x 16) de 103 p., 18 fig. Paris, Revue des Matériaux de Construction et de Travaux publics, 148. boulevard Magenta, 1920. 16040'
- Granjon (R.), Rosemberg (P.) et Piette (M.). — Éléments de soudure autogène par questions et réponses constituant l’A R C des connaissances techniques et pratiques en la matière. In-12 (19 x 12) de 272 p., 220 fig. Publications de l’Acétylène et de la Soudure autogène, Paris, 104, boulevard de Clichy, 1920. 16041
- Villavecchia (V.). — Traité de chimie analytique appliquée. Méthodes et règles pour l’examen chimique des principaux produits industriels et alimentaires. Traduit par P. Nicolardot. In-8 (25 x 16).'Tome I, de xx -|- 526 p., 59 fig. Paris, Masson et Cie, 1919.
- 16042
- Clément (L.) et Rivière (C.). — La cellulose et les éthers cellulosiques. Leurs applications industrielles. In-8 (25 x 16) de ni + 356 p., 66 fig. Paris, Ch. Béranger, 1920.
- 16043
- Saint Maurice (Roger de). — Les appareils de prothèse et les machines permettant aux mutilés d’exécuter les travaux agricoles (Ministère de 1 Agriculture et du Ravitaillement). In-8 (24 x 16) de 84 p., 83 fig. Paris, lmp. de Vaugirard, 1919. 16044
- Masméjean (A.) et Beréhare (E.). — Les moteurs à explosion dans l’aviation. Tome II : Généralités sur les moteurs d’aviation. Les moteurs rotatifs, de Vi -f- 322 p., 113 fig., VIII pl. Paris, Dunod, 1920. 160 45
- Ratel (C.). — Traité pratique du broyage et tamisage des matériaux et minerais, avec documentation américaine moderne concernant 1 économie de main-d œuvre d’usinage. In-8 (25 x 16) de 859 p., 405 fig. Paris, Dunod, 1920. 16046
- Devillers (René). — Le moteur à explosions. 2e éd. In-4 (27 x 21). Tomes 1 et II, de
- x + 916 p., 394 fig. dont 74 abaques de Raymond Jamin. Paris, Dunod, 1920. 160 47-8
- Izart (J.). — Méthodes économiques de combustion dans les chaudières à vapeur. 4e éd. In-8 (25 x 16) de xvi + 383 p., 115 fig. Paris, Dunod, 1920. 16049
- Jacquet (Alexis). — Aciers, fers, fontes. In-8 (21 x 14). Tome II : Préparation. Haut
- fourneau. Four à pudcller. Creuset. Four Martin. Convertisseur. Four électrique, de VU -j- 226 p., 133 fig. Paris, llunod, 1920. 16050
- Vigreüx (Henri). — Le soufflage du verre dans les laboratoires scientifiques et industriels. 2e éd. In-8 (21 x 14) de xv -h 268 p., 256 fig. Paris, Dunod, 1920. 16051
- Chancerel (Lucien). — Flore forestière du globe. In-8 (25 x 16) de 738 p. Paris, Gau-thiers-Villars et Cie, 1920. 16052
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- OUVRAGES REÇUS.
- MAI-JUIN 1920.
- Préfecture de Police (2e division, 2e bureau). — Rapport sur les opérations du Service d’inspection des Établissements classés dans le département de la Seine pendant l’année 1918, présenté à M. le Préfet de Police, par M. E. Portier, ln-4 (28 x 23) de 63 p. Paris, Imprimerie Chaix, 1920. 16053
- Turpin (Eugène). — Demande en révision ou annulation de procès et traité. Pour la Patrie. Gomment on m’a volé la mélinite en trahissant la France. Plainte requête aux Pouvoirs publics et à la Nation. In-8 (25 x 16). Fasc. I : Invention. Trahison. Preuves matérielles et juridiques, de 258 p. — Fasc. II : Arrestation. Faits nouveaux. Jugement. Révision des procès et traités. Revendications. M. de Freycinet. Interpellation à la Chambre des Députés et au Sénat, etc., de 376 p. Paris, 1907. 16054-5
- Gros (Ferdinand). — L'assurance. Son sens historique et social. In-12 (19x12) de 312 p. Paris, Bureau d’Organisation économique, 1920. 16056
- NoË (Édouard) et Troch (Louis). — Pieux et sonnettes. In-8 (25 x 16) de x + 348 p., 269 fig. Paris, Gauthier-Villars et Cie, 1920. 16057
- Perrigo (Oscar E.). — L’atelier moderne de construction mécanique. Construction, outillage et direction. Traduit de la 2e éd. américaine par Maurice Varinois. In-8 (25 x 16) de xxv -j- 395 p., 219 fig. Paris, Dunod, 1920. 16058
- Maurer (P.). — Radiotélégraphie pratique et radiotéléphonie. In-8 (25 x 16) de 386 p., 261 fig. Paris, Dunod, 1920. 16059
- Taylor (Frédérick W.) et Thompson (Sandford E.). — Pratique de la construction en béton et mortier de ciment armés ou non armés avec établissement rationnel des prix de revient, Traduit et adapté par M. Darras. 2e éd. In-8 (25x16) de xxm + 724 p., 142 fig. Paris, Dunod, 1920. 16060
- Jolly (Ed.). — Cours pratique de moteurs industriels à combustion interne. Moteurs à explosion et à combustion. A l’usage des ingénieurs, des élèves-ingénieurs, contremaîtres, chefs d’atelier, des élèves des écoles industrielles d’électricité et de mécanique et des écoles professionnelles. In-8 (21 x 14) de vm + 281 p., 184 fig. Paris, Dunod, 1920.
- 16061
- Carel (Paul). — Essais sur l’organisation dans les affaires. In-8 (21 x 14) de vu -f- 176 p. Paris, Dunod, 1919. 16062
- Baillaud (Jules). — Manuel de topométrie. Opérations sur le terrain et calculs. In-4 (28 x 19) de vu + 222 p., 93 fig. Paris, Dunod, 1920. 16063
- Espitallier (G.). — Cours de béton armé, professé à l’École spéciale des Travaux publics, du Bâtiment et de l’Industrie. In-8 (25 x 17). Livre II : Compléments et applications. 7e éd., de 448 p., 223 fig. Paris, Librairie de l’Enseignement technique, 1919.
- 16064
- Razoüs (Paul). — Construction et installation moderne des ateliers et usines. 5° éd. In-8 (25 x 16) de vu + 546 p., 303 fig. Paris, Dunod, 1920. 16065
- Maunier (René). — Manuel bibliographique des sciences sociales et économiques.
- In-8 (25 x 16) de xx + 228 p. Paris, Librairie de la Société du Recueil Sirey, 1920.
- 16066
- Mercy (P.). — Télégraphie multiple. Le système de télégraphie Baudot et ses applications. 2e éd. In-8 (23 x 14) de 474 p., 220 fig., V pi. Paris, Dunod, 1920. 16067
- VIe Congrès international des Chambres de commerce et des Associations commerciales et industrielles. Paris, 8, 9 et 10 juin 1914. Compte rendu sténograpfuque des débats. In-8 (24 x 16) de cxxvii -j- 252 p. Bruxelles, Rayez, imprimeur, 1914. 16068
- Prat (D. de). — Fabrication de bonneterie et de tricotage mécaniques IManuel-Roret). In-18 (15 x 10) de 283 p., 103 fig. Paris, L. Mulo, 1920. 16069
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- OUVRAGES REÇUS EN AVRIL ET MAI 1920.
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- Don de M. Prud’homme, Membre du Conseil d’Administration.
- Naquet (A.). — Principes de chimie fondée sur les théories modernes. 3e éd. Jn-12 (18 x 12). Tome I, de 468 p., fig. (—); Tome II, de 686 p., fig. (—). Paris, F. Savy, 1875.
- 16070-1
- Roscüë (Ii. E.). — Kurzes Lehrbuch der Chemie nach den neuesten Ansichten der Wissenschaft. Deutsche Ausgabe, unter Mitwirkung des Verfassers, bearbeitet von Cari. Schorlemmer. 3 Auflage. In-12 (18x12) de xx -f- 426 p., 62 fig., I pl. Braunschweig, F. Vieweg und Sohn, 1871. 16072
- Habrax (I.ouis). — Le Congo belge dans la guerre mondiale. La question de l’embouchure du Congo. In-8 de 26 p., II cartes. Bruxelles, G. Van Campenhout, 1919.
- Pièce 12519
- Chambrier (Paul de). — Les mines de pétrole de Péchelbronn. Conférence faite ci la Société industrielle de Mulhouse, le 21 février 1920. In-8 de 20 p. Strasbourg, lmp. strasbourgeoise. Pièce 12520
- Léon Bollée. — Étude sur le vol à voile des oiseaux. Mémoire posthume publié par « L'Aérophile ». In-4 de 8 p. Pièce 12521
- Guyot (G.). — Méthodes rationnelles d’usinage. Abaques pour la détermination des conditions de travail des machines-outils. In-4 de 20 p., 11 fig., VII pl. Paris, Dunod, 1920. Pièce 12522
- Armas (R. d ). — Turpin et ses poudres. In-8 de 26 p. Paris, Éditions et Librairie, 1915. Pièce 12523
- Requête. Eugène Turpin, inventeur de la mélinite, etc., contre la Société des Ingénieurs civils de France. Copie de l’assignation. M° P. Thorel, avoué: Me Henri Coulon, avocat. In-8 de 20 p. Paris, 1913. Pièce 12524
- Frydi.exder (J.-H.). — Documentation par les périodiques et organisation générale de la documentation suivies des grandes lignes de la classification décimale (Revue
- des produits chimiques, 1918 et 1919, 25 p.) Pièce 12525
- Fremont (Ch.). — Nouvelles méthodes d’essais mécaniques de la fonte. In-4 de 39 p., 43 fig. Paris, chez l’auteur, 25, rue du Simplon, 1920. Pièce 12526
- Fremont (Ch.). — Origine et évolution du tuyau. In-4 de 27 p., 30 fig. Paris, chez l’auteur, 25, rue du Simplon, 1920. Pièce 12527
- Lallemand (Ch.). — Les nouvelles unités légales de mesures industrielles (Système M. T. S., Unités géométriques, mécaniques, électriques, calorifiques et optiques). (Annuaire du Bureau des Longitudes pour Van 1920, 64 p.). Paris, Gauthier-Villars et Cie, 1920.
- Pièce 12528
- La Société industrielle de l’Est pendant la guerre 1914-1918. In-8 de 35 p., X pl. Nancy, Imprimeries réunies. Pièce 12529
- Kayser et-Delaval. — Contribution à l’étude du rouissage. In-4 de 81 p. (dactylographié). 1920. Pièce 12530
- Howe (Henry M.). — Address delivered on the Occasion of the Présentation of the Gold Medal of the Mining and Metallurgical Society of America, to Charles-Eugène Schneider, November 24, 1919. In-8 de 4 p. Pièce 12531
- Baud (Paul). — Les industries chimiques françaises (La France de demain). In-8 de 52 p. Paris, Association italo-française d’Expansion économique. Pièce 12532
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- OUVRAGES REÇUS. — MAI-JUIN 1920.
- Société technique de l'Industrie du Gaz en France. — 42e Congrès, Metz, 1919.
- Pér. 298
- Institut égyptien. — 3e Livre d’or (8 mai 1909-31 octobre 1918), publié à l’occasion de sa transformation en Institut d'Égypte. Le Caire, 1920. Pér. 32
- Agenda Lumière-Jougla, 1920. Paris, Union photographique industrielle, Etablissements Lumière et Jougla réunis. Pér. 286
- Nova Scotian Institute of Science. — Proceedings and Transactions. Vol. XIV, part 4 (Session 1917-1918). Halifax, 1919. Pér. 334
- Conservatoire national des Arts et Métiers. — Laboratoire d’Essais mécaniques, physiques, chimiques et de machines. — Rapport sur le fonctionnement pendant les années 1914-1918, par M. Roger. Pér. 308
- Société française des Électriciens. — Annuaire pour 1920. Paris, 12 et 14, rue de Staël. Pér. 39
- Institut d'Égypte. — Bulletin. Tome I. Session 1918-1919. Le Caire, 1919. Pér. 32 Société D’Économie politique. — Bulletin. Année 1919. Pér. 55
- Colonie de Madagascar et Dépendances. — Bulletin économique publié par les soins du Gouvernement général. Année 1919. Tananarive, 1919. Pér. 446
- Institution of Mechanical Engineers. —Proceedings, 1919 (oct.-dec.). Pér. 114 Ministère de l’Intérieur. — Situation financière des départements en 1916. Melun, lmp. administrative, 1919. Pér. 135
- Koninklijke Akademie van Wetenschappen te Amsterdam. — Proceedings of the Section of Sciences. Vol. XVII, p. 1, 2 (1914-1915). — Vol. XVIII, p. 1, 2 (1915-1916). — Vol. XIX, p. 1, 2 (1917). Pér. 279
- Koninklijke Akademie van Wetenschappen te Amsterdam. — Verhandelingen. lte Sectie, Deel XII, nos 1, 2, 3. — 2de Sectie, Deel XVIII, nos 4, 5, 6; Deel XIX, n0s 1 à 6.
- Pér. 279
- Koninklijke Akademie van Wetenschappen te Amsterdam. — Jaarboek. 1915.
- Pér. 279
- The Minerai Industry. Vol. XXVII, 1918. Pér. 198
- K. Svenska Vetenskapsakademien i Stockholm. — Arkiv for Kemi, Mineralogi och Geologi. Bd 7, H. 4-5. Pér. 8
- Bulletin scientifique et industriel de la Maison Roure-Bertrand fils, de Grasse. — 4e série, n° 1, avril 1920. Pér. 179
- L'agent général, gérant, E. Lemaire.
- Couloinmiers. — lmp. Paul BRODARD.
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- 119e ANNEE.
- JUILLET-AOUT 1920
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- COMITÉ DES ARTS ÉCONOMIQUES
- Rapport présenté par M. Charles Féry, au nom du Comité des Arts économiques, sur Les travaux scientifiques et Vœuvre industrielle de M. Georges Claude et concluant à l’attribution de la grande médaille Ampère.
- I
- Dans sa séance du 8 novembre 1918, le Comité des Arts économiques a proposé, à l’unanimité, de décerner la grande médaille d’or à l’effigie d’Ampère à M. Georges Claude, et m’a chargé de rédiger le présent rapport. La tâche est difficile de résumer en quelques lignes la carrière de M. Georges Claude qui, bien que courte, est déjà si remplie.
- Né à Paris en 1870 M. G. Claude, à sa sortie de l’École de Physique et de Chimie industrielles de la ville de Paris, en 1886, où il avait acquis une forte culture scientifique, qu’il devait plus tard si heureusement appliquera l’étude de problèmes industriels, entre d’abord à l’Usine électrique des Halles. Dans ce court passage, il fait un travail remarquable qu’il présente en deux notes à l’Académie des Sciences le 20 novembre et le 15 octobre 1900 et qui a pour but « d’améliorer la sécurité des distributions à courant alternatif ».
- Il crée ensuite un phase-mètre destiné à mesurer la différence de phase entre deux courants (Société de Physique, séance de Pâques, 1894).
- Entré à la Compagnie française Thomson, comme ingénieur chargé des recherches techniques, il étudie le mécanisme de retour des courants de tramways.
- Tome 132. —
- 2e semestre. — Juillet-Août 1920.
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- 410 COMITÉ DES ARTS ÉCONOMIQUES. — JUILLET-AOUT 1920.
- En 1901, il applique à la localisation des courts-circuits sur les lignes de tramways, une méthode à la fois très simple et très élégante, basée sur l’emploi des courants de haute fréquence récemment découverts, et dont le professeur d’Arsonval, a tiré un si heureux parti en électrothérapie.
- Trois ans après, M. G. Claude publiait son remarquable ouvrage de vulgarisation, Vélectricité à la portée de tout le monde, et qui lui valait le prix Hébert (Académie des Sciences, 1904). Cet ouvrage, aujourd’hui à son 42e mille, écrit en un style alerte, a contribué puissamment à la diffusion d’une science nouvelle qui avait marché si vite qu’elle n’était connue à cette époque que de ceux qui avaient pu en suivre pas à pas les progrès. Les nombreuses images qu’il a données des phénomènes électriques permettent aux profanes de pénétrer complètement leur mécanisme, et cela, à l’exclusion de toute formule mathématique.
- Le grand succès de cet ouvrage, traduit en italien, espagnol, et allemand, a récompensé le véritable tour de force réalisé par son auteur.
- C’est à ce moment que M. G. Claude commença à s’occuper de l’étude de la t h e r m o - dy n a m i q u e des gaz qui devait illustrer son nom.
- A cette époque, 1897, l’industrie de l’acétylène était dans l’enfance ; les travaux de Moissan avaient permis de préparer facilement ce gaz et la beauté de la lumière qu’il fournit avait attiré à ce nouvel éclairage de nombreux adeptes. Malheureusement, ses avantages étaient chèrement payés par les terribles accidents auxquels il a donné lieu; l’acétylène liquéfié est encore peut-être plus explosif qu’à l’état gazeux. Cette industrie naissante, qui avait donné tant d’espoirs, se trouvait gravement compromise.
- M. G. Claude pensa alors que, par dissolution sous pression dans un liquide convenable, les propriétés explosives de ce gaz endothermique se trouveraient atténuées et que la pression nécessaire pour obtenir ce résultat ne serait pas trop élevée.
- L’expérience confirma ces vues théoriques, et l’acétone se montra un excellent dissolvant qui, par atmosphère, emmagasine 25 fois son volume de gaz acétylène. Bien plus, un fil métallique put être rougi par le courant électrique au sein même de la solution (C. R., 22 mars 1897).
- Ce succès contribua puissamment à l’extension des applications si nombreuses de ce gaz (lumière, soudure, coupage oxyacétylénique des métaux, etc.).
- A ce moment, les fours électriques avaient un rendement assez médiocre ; M. G. Claude pensa qu’il serait peut-être possible d’obtenir, grâce à l’oxygène, la haute température nécessaire à la production du carbure de calcium.
- Tel est la raison de ses recherches sur l’isolement de l’oxygène contenu
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- TRAVAUX SCIENTIFIQUES ET OEUVRE INDUSTRIELLE DE M. GEORGES CLAUDE. 411
- dans 1 air, et qui le conduisirent à ses admirables appareils réalisant la liquéfaction de l’air.
- A cette époque, Linde, en Allemagne, avait réalisé la liquéfaction de l’air en utilisant le froid produit par la simple détente de cet air comprimé; or, la théorie indique que ce n’est qu’en produisant un travail extérieur qu’un gaz se refroidit.
- En réalité, si la détente à l’air libre refroidit un gaz, ce n’est, au lieu d’être le phénomène essentiel, comme dans la détente avec travail extérieur, qu’un phénomène accessoire dû à ce que l’air n’est pas un gaz parfait.
- Une telle méthode ne pouvait satisfaire l’esprit scientifique de M. G. Claude, aussi chercha-t-il tout d’abord à résoudre le problème par d’autres voies.
- Il essaya successivement, mais sans succès, la dissolution inégale des deux éléments de l’air (C. R., 20 août 1900) puis la centrifugation (C. R., 27 juillet 1903).
- Finalement, il revint à la détente ; en essayant de faire produire à l’air comprimé un travail extérieur.
- Tous les essais dans cette voie avaient échoué par suite d’une difficulté pratique : le graissage d’un moteur à air comprimé à une température voisine de — 190°.
- Cette difficulté, qui était si sérieuse que Linde la déclarait insurmontable, fut résolue très simplement par M. G. Claude en s’adressant à un liquide, l’éther de pétrole qui, très mobile à la température ordinaire, acquiert aux très basses températures de l’air liquide la viscosité nécessaire à une parfaite lubrification.
- Dès lors, le problème est résolu, et M. G. Claude obtient, avec une facilité qui déconcerte, l’air liquide sous un rendement théorique.
- Le travail, presque récupéré par la détente de l’air qui se refroidit, est en effet utilisé à comprimer de nouvelles masses d’air, lesquelles, par un passage méthodique dans des échangeurs de température, s’abaissent graduellement de -j- 20° à — 190° où la liquéfaction se produit.
- La séparation des éléments de l’air n’est plus alors qu’un jeu, et l’évaporation même, nécessitée pour séparer l’oxygène, qui bout à — 182°,5, de l’azote, qui bout à — 195°,5, est utilisée à condenser de nouvelles portions d’air convenablement refroidies et comprimées. La liquéfaction sous pression est la véritable découverte qui permit d’atteindre le rendement théorique. M. G. Claude alla plus loin : grâce à ce qu’il appelle le retour eu arrière, il put, contrairement à ce qu’on pensait à cette époque, condenser de préférence dans les premières portions de cet air, l’oxygène, en concentrant ainsi en azote le gaz non liquéfié.
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- Finalement, on peut ainsi réaliser, au moyen d’une colonne analogue à celles qui servent à séparer l’alcool de l’eau, l’isolement à l’état pur des deux gaz principaux de l’air.
- De plus, dans cette opération, on retrouve les gaz contenus en faible proportion dans l’air (néon, hélium, argon, etc.) comme on retrouve dans les alcools de tête et de queue les impuretés (furfurol, alcool amylique, etc.).
- On a reproché souvent aux inventeurs de ne pas s’inspirer assez des recherches de leurs devanciers : M. Georges Claude n’a pas échappé à ces critiques. Les industries de la rectification, qui ont été poussées très loin en ce qui concerne la séparation de l’alcool et de l’eau, peuvent en effet servir de guide pour la séparation de l’azote et de l’oxygène constituant l’air liquide.
- Il répugne souvent au véritable inventeur de faire une bibliographie trop serrée qui déflorerait à ses yeux la nouveauté du sujet qui occupe son esprit.
- Il résulte évidemment de cette façon de faire une perte de temps nécessitée pour retrouver des lois et des faits connus, mais, d'autre part, l’inventeur est souvent conduit à des solutions mieux appropriées au but spécial qu’il vise.
- Telle était du moins la thèse soutenue volontiers par Aloissan.
- Les applications de l’air liquide sont innombrables; on sait le parti que M. G. Claude en a déjà tiré pour l’éclairage des tubes à néon qui fournissent la lumière à un prix extraordinairement bon marché.
- L’azote contenant moins de 1 p. 100 d’oxygène a pu être utilisé immédiatement par lui pour la production de la cyanamide calcique (C. R., 30 octobre 1911) dont l’importance pour l’obtention des engrais chimiques est bien connue.
- En possession d’air liquide en quantités illimitées, rien n’est plus facile que d’isoler la plus grande partie des autres gaz.
- L’hydrogène, en particulier, dont les applications industrielles à l’aéronautique militaire, la fabrication de l’ammoniaque synthétique, l’hydrogénation des huiles et graisses par le procédé Sabatier, la fabrication directe du gaz d’éclairage, l’alimentation des chalumeauxoxyhydriques, etc., emploient d’énormes quantités.
- En partant du gaz d’eau (II et GO), et en appliquant à ce mélange, si facile à obtenir industriellement, les belles méthodes de liquéfaction avec détente productrice de travail extérieur, AL G. Claude a pu facilement séparer les deux gaz constituant ce mélange, et cela, avec une pureté très suffisante pour les besoins industriels.
- Dans une autre voie, les mêmes procédés appliqués à l’air tenant des traces de vapeurs de liquides volatils (alcool et éther), permettent de recueillir, très facilement et économiquement, ces produits coûteux perdus
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- jusqu’ici (C. R., novembre 1909). La perte annuelle de ces composés volatils dans l’industrie de la soie artificielle atteignait, de ce fait, un million de francs à 1 usine de Besançon et des quantités autrement considérables dans la fabrication de la poudre sans fumée.
- La condensation par le charbon refroidi par l’air liquide, permet la purification de certaines atmosphères très diluées et constituées par un gaz très difficilement liquéfiable, le néon, par exemple. M. G. Claude, qui emploie précisément ce gaz dans ces conditions pour produire économiquement de la lumière dans des tubes à vide, a pu ainsi éliminer les impuretés dégagées au début par les électrodes et qui troublaient le fonctionnement de ces tubes (C. R., 12 décembre 1910).
- A la demande du Ministre de la Guerre, MM. d’Arsonval et Claude ont étudié des explosifs contenant de l’oxygène liquide et ne produisant pas de gaz nocifs par leur explosion.
- Les poudres d’aluminium et de charbon mélangées à l’oxygène liquide répondent à ces conditions. Avec le charbon en poudre, notamment, on obtient des résultats analogues à ceux de la dynamite, et cela à un prix de revient très minime.
- L’application à la rupture des roches dures a été essayée avec succès; nous dirons plus loin quel parti M. G. Claude a tiré de ce nouvel explosif dans la dernière guerre.
- Telle fut l’œuvre de M. G. Claude pendant les années qui ont séparé sa sortie de l’école, de l’effroyable cataclysme que nous venons de subir; il me reste à parler de ce qu’il fit pendant les heures tragiques que nous avons vécu pendant quatre ans et demi.
- Je voudrais cependant, avant de clore cette analyse des travaux de M. G. Claude jusqu’en 1914, m’excuser de n’avoir pu donner une idée exacte des efforts qu’ils ont nécessités, et des qualités multiples qu’il fallait réunir pour mener à bonne fin les nombreux et délicats problèmes soulevés à chaque pas en avant par une industrie toute nouvelle. M. G. Claude fut successivement l’inventeur, le savant, faisant des recherches de pure théorie, et l’ingénieur mettant au point les faits théoriques découverts dans le laboratoire.
- Dans ce long et pénible travail, il eut la bonne fortune de rencontrer un savant, le professeur d’Arsonval, qui s’intéressa à ses recherches, le fit profiter de sa grande expérience, et collabora même à quelques-unes de ses études les plus délicates.
- Lorsqu’un problème est résolu, sa solution paraît toute simple et ne donne aucune idée des efforts qu elle a nécessités. C’est précisément la
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- marque du véritable inventeur de trouver cette solution si simple, qu’elle parait après coup enfantine, pour résoudre les problèmes les plus difficiles.
- Actuellement, l’industrie de l’air liquide met en œuvre des capitaux énormes.
- L’usine de Boulogne-sur-Seine de la société « l’Air liquide » produit 10 000 nr d’oxygène par jour; des filiales de la société française ont été établies sur son modèle en Italie, en Angleterre, aux Etats-Unis, au Canada, au Japon. La seule usine américaine est montée au capital de 10 millions de dollars.
- L’argon, résidu de la préparation de l’air liquide trouve une application très importante dans la fabrication des lampes à incandescence dites demi-watt.
- II
- Dès le début des hostilités, M. G. Claude tourna toute son activité vers la solution des problèmes intéressant la défense nationale.
- Dès le 23 septembre 1914, quinze jours après la bataille de la Marne, des bombes à air liquide sont lancées par avion sur l’ennemi.
- La puissance de ces engins est telle que, dans un rayon de 8 m autour du point de chute, le sol est nivelé comme par le passage d’un rouleau, les fils de fer barbelés et les piquets qui les maintenaient disparaissent.
- M. G. Claude s’occupe ensuite d’un appareil acoustique enregistreur pour le repérage des batteries ennemies. Cet appareil indiquait en même temps les points de chute de nos obus, ce qui facilitait grandement le réglage du tir de nos batteries.
- Je voudrais à ce sujet conter une petite histoire dont M. G. Claude fut le héros. Son appareil de repérage indiquait continuellement à une distance de 3 700 m une batterie ennemie tout en fournissant la direction de cette batterie. Tous les observateurs envoyés à la recherche de la batterie allemande revenaient sans avoir pu la découvrir.
- M. G. Claude monte à son tour en avion, ce qui lui arrivait fréquemment^) mais il munit son avion d’une lunette à fort grossissement reposant verticalement sur une chambre à air de bicyclette roulée en couronne, et formant amortisseur. Ce système a été adopté depuis sur de nombreux aéroplanes des 2e, 4e et 5e armées. A la distance indiquée par son appareil, il trouve un petit boqueteau dans lequel sa lunette lui permet d’apercevoir deux pièces allemandes de 130, soigneusement camouflées.
- (I). Pendant la durée de la guerre M. G. Claude a fait 93 ascensions et effectué 18 bombardements.
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- Il ne reste plus qu’à jeter sur l’emplacement trois bombes à air liquide; après cette opération, l’appareil Claude n’indique plus rien dans la direction du boqueteau.
- Inutile de dire que toutes les usines dont la production est basée sur les travaux de M. G. Claude ont orienté toute leur fabrication, en vue de la défense nationale.
- Près de 500 000 m3 d’acétylène dissous ont été produits annuellement pendant la guerre pour l’éclairage des automobiles et pour la soudure autogène.
- La fabrication des bombes de tranchées et de différents matériels de guerre est devenue tributaire de l’oxygène à ce point que la seule usine de Boulogne a dû porter de 6000 à 25 000 m3 par jour la puissance de ses appareils. La production effective totale des diverses usines de France dépasse 6 millions de mètres cubes par an, indépendamment de celle des nombreuses installations effectuées dans les établissements de l’État ou dans les grands centres industriels.
- Des chiffres plus suggestifs encore peuvent être signalés : lorsque le problème s’est posé de fabriquer sur notre sol les explosifs nécessaires à nos soldats, c’est à l’industrie de l’air liquide qu’on a dû s’adresser pour la production des torrents d’azote gazeux exigés par cette fabrication, et le total des appareils livrés ou commandés par la France et ses Alliés, depuis le début des hostilités, correspond à une puissance de fabrication par jour du 500000 m3 d’azote à 99,9 p. 100 de pureté.
- En ajoutant à ce chiffre celui des appareils fournis depuis le début de cette industrie dans le monde entier, on arrive à une puissance voisine de 1 million de mètres cubes d’azote par jour avec les appareils Claude.
- Les usines Claude ont été mises aussi à contribution pour la fabrication - des gaz asphyxiants inaugurés par nos ennemis.
- L’usine de Montereau produisit ainsi par an 2000 t de chlore, 2000 t de soude et 400 000 m3 d’hydrogène pour l’aérostation. De plus, par des procédés spéciaux, cette même usine a produit pendant la guerre 7 t par jour de dinitrophénol utilisé pour la fabrication des explosifs. Enfin, dans les mêmes usines, M. G. Claude met au point en ce moment la synthèse de l’ammoniaque en employant des pressions de 1000 à 1500 atm. qui donnent des avantages très grands en dépit des idées reçues.
- Il est inutile d’ajouter que les filiales étrangères ont joué dans les divers pays alliés un rôle analogue à celui des usines françaises, en particulier aux États-Unis et au Canada.
- Attaché à la Commission supérieure des Inventions, le lieutenant d’artil-
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- lerie Claude, promu depuis capitaine, a inventé un canon à viscosité capable de lancer avec une grande précision des projectiles dits « aiguille » ayant 1,80 m de longueur sur 18 cm de diamètre. Ces projectiles, qui s’enfoncent à quelques mètres sous terre et explosent ensuite, produisent des entonnoirs de 7 m de diamètre; ils avaient pour but le bouleversement des tranchées ennemies; ils portaient 80 kg d’explosif.
- Les nombreux bombardements effectués par M. (L Claude lui-même, avec ses puissantes bombes à air liquide, notamment sur Thielt, Armentières, Cambrai, Vouziers, lui ont valu sa nomination dans l’ordre de la Légion d’honneur avec la citation suivante du général Pétain :
- M. Georges Claude, lieutenant de réserve au Service aéronautique d’une armée, A été nommé dans l’ordre de la Légion d’honneur au grade de chevalier,
- Joint aux qualités remarquables de l’homme de science, une activité, une énergie et un courage hors de pair. N’a cessé de se dépenser sans compter tant pour la fabrication des projectiles que pour leur lancement, participant lui-même à toutes les opérations de bombardement sur l’ennemi, et donnant à tous le meilleur exemple de dévouement et de sang-froid.
- Ordre n° iSSo D. au G. Q. G., le 26 octobre 1915.
- L’exposé qui précède permet d’apprécier à quel point les efforts de M. Geor ges Claude ont été utiles à l’industrie française et à la défense nationale, et la citation ci-dessus montre quel est l’homme auquel la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale est heureuse de décerner, sur la proposition du Comité des Arts économiques, la grande médaille d’or annuelle à l’effigie d’Ampère (1918).
- Le Rapporteur,
- Cii. Féry.
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- LES RICHESSES MINIÈRES DE L’AFRIQUE DU NORD (MAROC, ALGÉRIE, TUNISIE)1’
- Mon Général, Mesdames, Messieurs,
- L’Afrique du Nord occupe dans le domaine français d’outre-mer une place prépondérante qu’elle doit à sa situation géographique à proximité de la métropole, sur la rive opposée de la Méditerranée, dans ces contrées où jadis s’affirma avec une si grande maîtrise la puissance colonisatrice de Rome. Si la Numidie et la Mauritanie ont joué un rôle considérable dans l’histoire de la grande cité antique, c’est parce qu’elles ont toujours abondamment contribué à son ravitaillement, c’est parce qu’elles n’ont jamais cessé d’être le grenier de Rome. Jadis, la situation économique était ainsi dominée par la production agricole. Aujourd’hui, cette place est dévolue à l’activité industrielle, appuyée sur la possession d’abondantes matières premières, telles que celles fournies par les richesses du sous-sol.
- Pour que le Maroc, l’Algérie et la Tunisie aient, dans la France de demain, la situation que détenaient, dans l’Italie ancienne, les pays berbères, il faut que tous les gîtes miniers y soient sans tarder mis en valeur, qu’un vaste réseau de voies de communication étende largement sa trame de Tanger à Gabès, d’Agadir à Bizerte, qu’enfln des ports soient créés sur la côte atlantique.
- Le traitement sur place de la plus grande partie des minerais reste encore impossible dans l’Afrique du Nord.
- Houille. — De la houille a bien été exploitée récemment dans le Tell méditerranéen, à l’ouest, près d’Oran, au centre, vers Dellys, à l’est, non loin de Medjez-el-Bab, en Tunisie, mais, en aucun de ces points, les couches ne se poursuivent longtemps en profondeur. C’est que, dans cette zone littorale, qui s’allonge de Tanger à Bizerte et qui s’avance, dans l’intérieur, jusqu’à Meknès, Boghar et Zaghouan, la plus grandç partie des terrains qui forment les reliefs de l’Atlas, ne se sont point déposés là où nous les voyons maintenant. Ils ont été poussés des régions marginales de la Méditerranée
- (1) Conférence faite en séance publique et présidée par le général Lyautey, le 17 avril 1920. Voir le compte rendu de cette séance dans le Bulletin de mai-juin 1920, p. 373.
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- vers le sud, vers les pays dont ils forment aujourd’hui l’ossature du relief. Ce déplacement tangentiel s’est effectué à la faveur d’un important mouvement de l’écorce terrestre, qui a arraché des roches aux couches enfouies sous les eaux de la mer et les a portées au sommet des montagnes de la Berbérie.
- Dans ce charriage, des couches de houille ont été entraînées : ce sont leurs débris que nous retrouvons semés de-ci, de-là, dans la région côtière algéro-tunisjenne. L’existence de combustibles minéraux exploitables dans le Tell barbaresque demeure donc possible. Des circonstances favorables pourront nous mettre sur leur trace, par exemple, dans la chaîne du Riff, dont l’exploration géologique esta peine ébauchée.
- En Oranie, dans l’Extrème-Sud, sur les confins du Maroc oriental, la grande voie de pénétration qui aboutit à Colomb-Béchar arrive tout près d’un autre affleurement de houille découvert par le regretté explorateur Flamand, dont les belles découvertes ont fait faire, au cours de ces trente dernières années, de grands progrès à notre connaissance géologique du Sahara. La région où est situé cet affleurement fait partie de ce vieux continent africain qui remonte aux plus anciennes époques de l’histoire de la terre. Depuis les temps reculés où les roches de cette aire de consolidation ont été affectées par des dislocations, de longues périodes de calme orogénique se sont écoulées. Si bien qu’aujourd’hui les contrées sahariennes offrent un peu partout de vastes surfaces tabulaires, où les terrains sont demeurés presque horizontaux. Puis-qu’aucun plissement récent n’est venu y rompre la monotone régularité des strates, aucun moyen de protection n’y a assuré la conservation des richesses minérales. Les agents d’érosion, en donnant libre cours à leur activité durant des milliards de siècles, ont usé et littéralement raboté les ondulations en dômes ou en cuvettes qui en accidentaient la surface.
- Aussi les dépressions en fond de bateau, les synclinaux où nous recontrons la houille ont-ils mal préservé le combustible. Celui-ci pourra être surtout exploité pour les besoins des chemins de fer sahariens. Cependant on peut croire que des quantités plus importantes de houille subsistent dans le Sud-Est marocain, vers les oasis du Tafilalet. On sera sans doute bientôt fixé à ce sujet, grâce à l’effort de pénétration qui, prenant comme base le cercle de Bou-Denib, tend à gagner de proche en proche les cimes neigeuses du Haut-Atlas.
- Lignite. — Du lignite existe, dans la région algéroise, à Marceau, aux environs de Constantine, à Smendou, à Rouached, et à l’extrémité nord-orientale de la Tunisie, au Cap Bon ; ces gisements constituent une réserve de combustible dont l’utilisation peut devenir fort intéressante dans des moments de crise économique, comme ceux que nous traversons à l’heure actuelle.
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- Pétrole. — Les combustibles minéraux liquides de l’Afrique du Nord permettent-ils de fonder sur eux, des espoirs qui nous semblent interdits en ce qui concerne le sous-sol de la métropole? Il est trop tôt encore pour répondre à cette question. On sait que depuis pas mal d’années déjà des forages donnent du pétrole à Tilouanet, près de Rélizane, dans le Tell ora-nais. Là, le naphte gicle d’une petite ondulation convexe, d’un anticlinal que dessinent les terrains charriés de la. région. Aï a i s si îa silualion géologique
- Fig. 1. — Un puits de pétrole à Tilouanet.
- est ici a priori satisfaisante, une certaine incertitude subsiste du fait des déplacements tangentiels qui ont jadis affecté la contrée. Qu’il y ait du pétrole à Tilouanet, le fait est indiscutable. Que ce gîte de naphte nous apparaisse aujourd’hui comme peu étendu, par suite de l’insuffisance de l’extension donnée aux prospections, la chose est bien possible.
- De la présence certaine du pétrole à Tilouanet peut-on conclure à l’existence de naphte exploitable dans une grande partie de l’Afrique du Nord? Telle est la question à laquelle je vais essayer de répondre.
- Genèse des pétroles. — On sait que le naphte est d’origine organique et qu’il résulte de l’enfouissement dans une vase de débris animaux s’accumulant au milieu d’eaux plus ou moins saturées de sel. Par suite d’une série
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- d’actions géologiques, physiques et chimiques, les substances organiques se transforment en hydrocarbures dans la roche argileuse qui est le théâtre de ces modifications, dans la roche-mère. La concentration des hydrocarbures en quantité exploitable ne s’y produit que rarement, le naphte tendant à se comporter comme un véritable minerai liquide. De la roche-mère, en effet, par une migration ascendante, les hydrocarbures gagnent des roches-magasins, sables, grès, calcaires fissurés, où ils s’accumulent en poches plus ou moins étendues sous une nappe aquifère.
- La mission dirigée au Maroc, en 1917, par mon éminent maître et ami, M. le Professeur Louis Gentil, en déterminant l’âge de la roche-mère du pétrole du Rharb, a permis de localiser les recherches de combustible liquide dans la zone de l’Afrique du Nord, où s’étend l’argile tertiaire appelée schlier. Mais, pour qu’il y ait eu accumulation de naphte, il faut que cette roche ait été protégée par une couverture de terrains perméables à peu près aussi anciens qu’elle-rnême. Tel est le cas dans les régions où, sur ce schlier, sont venues presque immédiatement s’empiler des nappes de charriage. Et c’est, en effet, des sédiments qui constituent ces nappes que sortent tous les suintements connus au Maroc.
- Les zones où la rencontre du pétrole est possible en Berbérie sont donc celles qui correspondent aux terrains charriés du Tell, de Tanger et de Rabat à Bizerte et à Tunis. Dans cette vaste aire de plissements, plusieurs groupes de gîtes ont été envisagés en dehors de celui de Tilouanet. Un sondage récent laisserait espérer des résultats vers Petitjean, dans le Rharb marocain. Par contre, les recherches poursuivies dans le Dahra, à cheval sur les départements d’Alger et d’Oran, n’ont encore rien donné, bien qu’une source pétrolifère, Aïn-Zeft, y soit depuis longtemps connue.
- Si l’on veut arriver à des précisions indiscutables sur les possibilités de développement des exploitations pétrolifères en Berbérie, il est de toute nécessité d’entreprendre des études géologiques très détaillées. C’est seulement lorsque aura été levée en détail la carte des terrains de toutes les régions susceptibles de recéler du naphte, que l’on pourra localiser définitivement l’effort des recherches techniques. Celles-ci devront être poursuivies activement et sur une vaste échelle. Ce n’est qu’après avoir foré de nombreuses sondes dans les régions semblant renfermer des hydrocarbures, que l’on pourra dire si l’Afrique du Nord est capable de jouer, dans la politique française du pétrole, le rôle qu’il faut souhaiter lui voir dévolu.
- Fort heureusement, les matières premières d'origine minérale susceptibtes d’être fournies aux usines de la métropole abondent dans nos belles possessions nord-africaines.
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- Fer. — Ce sont d’abord d’importants gîtes de fer. Si certains d’entre eux, Beni-Saf, à l’ouest d’Oran, Mokta-el-Hadid, à l’ouest de Bône, activement exploités depuis longtemps, commencent à s’épuiser, beaucoup d’autres demeurent encore vierges de toute trace du pic du mineur; situés un peu plus loin de la côte que les premiers, ils n’en demeurent pas moins assurés d’excellentes conditions économiques lors de leur mise en valeur. La production annuelle d’un million et demi de tonnes, réalisée avant la guerre, pourrait être facilement doublée par l’appoint des nouvelles mines du département de Constantine.
- Exceptionnellement, on peut avoir affaire à des gîtes de départ inclus dans la roche éruptive : le cas s’observe aux environs de Collo, pour des amas de pyrite de fer, au contact du granité. Plus nombreux sont les gisements de nature fîlonnienne, produits par l’incrustation d’une fracture; le carbonate (sidérose) s’y rencontre en profondeur, les oxydes (hématite, limonite) en surface; le sulfure (pyrite) y apparaît en veinules, vers le bas comme vers le haut. Il en est ainsi dans le Dahra et dans le massif de Blida.
- Mais les amas ferrugineux de beaucoup les plus importants de l’Afrique du Nord sont ceux qui se lient à des calcaires, soit dans les terrains métamorphiques anciens, comme à Mokta-el-Hadid, soit dans les terrains secondaires du début, lias de Beni-Saf, de Miliana, des Babor, ou de la fin de la période, aptien de l’Ouenza et du Bou-Kadra, entre Souk-Ahras et Tébessa, dans l’Est algérien, du Djerissa, du Slata, du Hameima, dans la Tunisie centrale. Ces gîtes se sont formés aux dépens d’assises calcaires, par substitution au carbonate de chaux, de carbonate de fer (sidérose), puis d’hématite, et finalement de magnétite, dans le cas des calcaires cristallins de Mokta. Ce n’est qu’exceptionnellement que l’on peut remonter plus avant dans l’histoire de leur formation. Cependant au Filfila, près de Philippeville, on voit que l’hématite résulte de l’oxydation du sulfure (pyrite), auquel elle passe en profondeur et que cette pyrite se relie elle-même, dans le sous-sol, à des amas de granités tertiaires.
- Grâce à leur mode de formation, les gîtes de fer importants de la Berbérie se prêtent merveilleusement à leur aménagement en minière, condition particulièrement favorable à leur mise en valeur. Ceux de Tunisie, Djirissa, Slata, Hameima, Nébeur, Nefza, sont aujourd’hui activement exploités ou à la veille de l’être, grâce au remarquable réseau ferré qui les dessert. Ceux de l’Algérie orientale, comme les véritables montagnes de fer de l’Ouenza ou du Bou-Kadra, bien que tout proches des voies ferrées de la Régence, sont restés en dehors de la zone d’activité économique de l’Afrique du Nord. Ceux de l’Algérie centrale et de l’Algérie occidentale sont, au contraire, en pleine phase de rendement.
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- Zinc et Plomb. — Le zinc et le plomb se présentent généralement associés dans l’Afrique du Nord où prédomine le premier de ces métaux. On extrayait annuellement, avant la guerre, 120 000 t de zinc et 60 000 t, de plomb d’Algérie et de Tunisie. Leurs gîtes sont formés de puissants amas calcaires plombeux (carbonate ou cérusite) associés au sulfure (galène), ou de masses calaminaires dans lesquelles domine le carbonate de zinc (smithso-nite) associé à l’hydrosilicate (calamine proprement dite) et au sulfure (blende). Les uns et les autres résultent de la transformation de calcaires d’àge secondaire, soit le long de fractures, soit au contact d’assises imperméables, par des eaux chargées d’éléments minéraux. Les remises en mouvement du minerai s’v sont, dans bien des cas, poursuivies jusqu’à une époque géologique relativement proche de la nôtre : ainsi au Nador, près de Guelma, la transformation a porté sur des travertins datant de la fin de l’ère tertiaire, du pliocène.
- Les gîtes de zinc et de plomb sont beaucoup plus nombreux, en Algérie et en Tunisie, que ceux de fer; mais ils ne comportent pas un cube de minerai aussi considérable. Répandus un peu partout dans le Tell, ils sont presque tous situés dans la zone des charriages, où la plupart d’entre eux paraissent en relation avec des argiles multicolores, salifères. Ces argiles, qui remontent au début des temps secondaires, au trias, sont plus anciennes que les terrains sur lesquels elles reposent généralement, contrairement à ce qui se produit en principe dans les séries géologiques : cette situation anormale est précisément la conséquence des phénomènes de charriage. La présence ou l’absence du trias, dans une région déterminée, constitue ainsi un véritable fil conducteur pour la prospection. Cependant, la minéralisation n’est point directement liée à l’existence du trias : elle est une conséquence du développement des nappes de charriage, qui ont entraîné dans leurs déplacements tangentiels les argiles gypso-salifères. Ce sont les nappes qui, par l’ampleur des dislocations dont elles ont été le théâtre, ont facilité le cheminement des venues métallifères dans le sous-sol : les alternances répétées d’épaisses assises marneuses et calcaires, qu’elles ont contribué à former, ont permis la concentration des minerais en des points privilégiés.
- Les mines de zinc ou de plomb du Maroc, sont encore peu connues, sauf au voisinage de Melilla, où elles font l’objection d’une active exploitation de sociétés espagnoles : deux petites voies ferrées en assurent le transport.
- En Oranie et dans le département d’Alger, il existe beaucoup de mines de zinc et de plomb, mais les gîtes de cette nature sont infiniment plus nombreux dans le département de Constantine et surtout en Tunisie. En Oranie, je citerai Ghar-Rouban ; dans le département d’Alger, Sakamoudi; dans le département de Constantine, Bou-Thaleb, Arko, Ouasta, Mesloula ; en Tunisie, Ressas, Zaghouan, Khanguet, etc.
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- LES RICHESSES MINÉRALES DE L’AFRIQUE DU NORD (BERBÉRIE). 423
- Le degré de fréquence des gîtes de zinc et de plomb augmente donc progressivement, dans l’Afrique du Nord, de l’ouest vers l’est, en même temps que s’élargit la zone d’extension des affleurements minéralisés. Strictement localisés au Tell, en Oranie et dans le Centre algérien, ils s’étendent jusque sur les Hauts Plateaux, et même dans l’Atlas saharien, en Numidie et en Tunisie.
- On peut penser qu’au Maroc également, les gîtes de zinc et de plomb ne restent pas localisés aux régions littorales occupées par les nappes de charriage, à la chaîne du Riff et à sa bordure, mais qu’il en existe également dans le Haut-Atlas dans ce Massif Centrai marocain, dont l’âge et la structure géologique rappellent notre Massif Central français.
- Cuivre. — C’est précisément sur le prolongement, en Oranie, du Haut Atlas marocain, que l’on trouve, en quantité notable, du cuivre, dans l’Afrique du Nord. Quelques autres filons de même nature se rencontrent dans la région littorale, près de Bône et de Djidjelli, mais leur exploitation n’a pas été poursuivie régulièrement. Ici comme là, on se trouve en présence de minerais sulfurés, accompagnés de leurs produits d’oxydation, qui, tantôt incrustent des filons, tantôt imprègnent des couches calcaires.
- Manganèse. — Le manganèse est aussi assez rare en Berbérie, quoique l’on ait signalé sa présence dans l’Extrême-Sud tunisien, au delà de Gabès' et plus au nord, en divers points de la Kroumirie.
- Mercure. — Le mercure se rencontre accidentellement sous forme de filons ou de veinules sulfurés (cinabre), dans les chaînes de l’Atlas, voisines du Sahara, par exemple dans l’Aurès; il existe également vers le littoral, entre Philippeville et Bône, mais il n’offre qu’un intérêt relatif.
- Antimoine et Arsenic. — Les minerais d’antimoine ou d’arsenic forment, en Berbérie, un groupement minéralogique localisé dans un triangle dont les sommets seraient occupés par les villes de Constantine, Bône et Aïn-Béida et dont le centre se trouverait vers Guelma. L’un des plus connus est le sulfure (stibine) du Tava. Un autre gîte, situé au Nador, est célèbre par son extrême variété minéralogique; son nom a été donné a une espèce particulière, la nadorite, un oxychlorure double de plomb et d’antimoine : le chapeau de ce gîte est formé d’une grande masse d’antimoniate de fer. Non loin de là, à Aïn-Achour, on rencontre, dans la même situation, un arséniate de fer qui sert de gangue à un filon d’arséniate de plomb.
- Des minerais d’arsenic s’observent encore plus au nord, au-dessus d’Hammam-Meskoutine, dans le Debar, sous forme d’arséniate de zinc (ada-mine) et au sud-ouest de Bône, à Karézas, où l’on exploite de la pyrite de
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- fer contenant 40 p. 100 d’arsenic. Il est curieux de constater que ces trois localités, qui sont les seules de l’Algérie riches en arsenic, entourent l’important et si pittoresque groupement thermal d’Hammam-Meskoutine, dont les eaux à température fort élevée (95°) et à débit considérable (500 litres à la seconde) renferment précisément aussi de l’arsenic.
- Les richesses minérales métalliques appelées à jouer un rôle important dans la vie économique de nos possessions nord-africaines consistent donc surtout en plomb, en zinc et en fer.
- Phosphates de chaux. — Les engrais minéraux, les phosphates exercent incontestablement un rôle encore plus important, un rôle prépondérant dans l'économie générale du développement industriel de la Tunisie et de l'Algérie. Depuis plusieurs années, les redevances payées par les exploitations de Gafsa contribuent largement à l’équilibre du budget tunisien. Et le gouvernement marocain escompte lui aussi de gros bénéfices de la mise en adjudication des phosphates d’El-Boroudj.
- La production annuelle des mines de phosphates de l’Afrique du Nord peut être évaluée à 1 500 000 t : elle pourrait être portée à près de 4 millions de tonnes par la mise en valeur des gisements du Sud constantinois et du Maroc occidental.
- La découverte des phosphates nord-africains ne remonte pourtant pas à bien des années : c’est le 18 avril 1885, qu’un géologue, membre de la Mission scientifique de Tunisie, le vétérinaire principal de l’armée Philippe Thomas, en révélait le premier l’existence au pied du Djebel Seldja, sur les confins du Sahara, au nord des chotts et de ces merveilleuses oasis du Djerid : Tozeur, Nefta. Ce grand événement économique, en même temps qu’il assurait à la France, pour de longues années, le monopole de la production du phosphate dans l’Ancien Monde, devait amener la transformation, en une contrée industrielle à prospérité sans cesse grandissante, des plaines désolées qui s’étendent au pied des coteaux de Gafsa. Des travaux considérables effectués dans cette région ont permis d’y amener l’eau en quantité suffisante pour créer à Metlaoui, puis à Redeyef, les jardins qui entourent les cités ouvrières, là où jadis s’étendait à perte de vue le désert de pierres et de sable.
- Répartition géographique des gisements de phosphate de chaux. — Contrairement à ce que l’on observe dans la distribution géographique des minerais métalliques, ce ne sont point les régions affectées par les grands phénomènes de charriage qui renferment les gisements de phosphate de chaux. C’est que les conditions de la genèse de ces roches, déposées au fond des mers, sont toutes différentes de celles qui ont présidé à la mise en place des filons métal-
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- lifères. Ceux-ci sont liés aux dislocations les plus intenses du sous-sol, dislocations qui sont restées localisées dans les zones où, pendant la longue durée des temps géologiques, se sont accumulées des vases sous de grandes épaisseurs d’eau, dans les océans les plus profonds, dans les géosynclinaux. Au contraire, les assises de phosphate se sont déposées dans des chenaux marins peu profonds et relativement étroits, dans des mers continentales, dont les eaux avaient envahi le bord des aires d’ancienne consolidation.
- Fig. 2. — Une exploitation de phosphate de chaux à Metlaoui.
- C’est ce que montre, en effet, l’étude paléogéographique de la Berbérie. Entre la zone des nappes de charriage et le vieux continent africain, ou bouclier saharien, s’étend, comme un horst, une bande de hautes terres formées de plateaux à architecture tabulaire, où se sont creusés des bassins fermés, des cuvettes de lacs salés, chotts, zarez et sebkhas. Sur les bords de ce horst algérien, des chaînons à structure simple, à relief souvent peu accusé, constituent, d’une part, les massifs du Tell intérieur, d’autre part, les rides de l’Atlas saharien : leurs plissements embryonnaires occupent précisément la place où s’étaient établis jadis les chenaux qui ont vu se déposer le phosphate de chaux.
- Ces constatations permettent de localiser la situation géographique pos-Tome 132. — 2e semestre. — Juillet-Août 1920. 37
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- sible des gisements de phosphate algériens et tunisiens : les uns se trouvent au nord du Sahara et au sud des Hauts Plateaux, à Gafsa, à Tébessa, dans la Tunisie centrale; les autres au sud de la région des nappes et au nord des Hauts Plateaux, fà Tocqueville, à Bordj-Reddir, tous dans l’Algérie orientale et sur le territoire de la Régence. C’est que le horst algérien, émergé comme le Sahara, à l’époque de la formation des phosphates, peu étendu dans le département de Constantine, prend un grand développement au sud d’Alger et surtout en Oranie, d’où le nom de Meseta oranaise qu’on lui donne quelquefois, par comparaison avec le Plateau central de la péninsule ibérique.
- Comme cette aire d’architecture tabulaire est interrompue vers l’ouest, au Maroc, par le Moyen-Atlas, on pouvait espérer voir reparaître, sur les bords de cette chaîne, les phosphates, et c’est ce qu’ont confirmé de récentes découvertes. Dans le Moghreb atlantique, à l’ouest du Moyen-Atlas, on retrouve en effet, une meseta, correspondant à la Meseta oranaise, c’est la Meseta marocaine, le pays des Zaïan, des Zaer, des Zemmour, des Chaouia, des Doukkala, des Abda. Entre cette meseta et le Haut-Atlas, se sont formés, comme entre le Horst algérien et le Sahara, des phosphates, depuis El-Boroudj jusqu’à Oued-Zem notamment : l’avenir montrera peut-être leur extension sur des surfaces plus importantes, en bordure du Moyen-Atlas.
- Formation des phosphates de chaux. — La formation actuelle du phosphate de chaux, dans des mers assez peu profondes, a, d’ailleurs, été révélée parles dragages de grandes explorations sous-marines : des concrétions phosphatées ont été rencontrées au large des côtes du Chili, du Japon, de l’Australie, voire même de l’Espagne. Au contraire, dans les zones les plus profondes des océans, dans les abysses, l’on ne trouve pas de concrétions phosphatées. C’est que les restes des animaux sont dissous avant d’atteindre le sol sous-marin et que le phosphate qui en provient entre en solution dans un volume d’eau considérable. lien est autrement sous les masses d’eau, relativement peu épaisses, où l’on observe généralement les concrétions phosphatées. Là, les corps des animaux pélagiques tombent sur le fond, où les matières organiques sont décomposées et les squelettes dissous. Seules, les parties les plus résistantes des êtres supérieurs, coquilles de certains mollusques, dents de requins, sont parfaitement conservées. Le reste, la masse des microorganismes du plancton flottant et les parties molles des êtres, plus développés mais bien moins nombreux, du necton nageur contribuent à la formation du phosphate.
- Ces remarques, empruntées aux études océanographiques les plus récentes, rendent parfaitement compte des conditions géographiques qui ont présidé à l’édification des gisements de phosphate de l’Afrique du Nord.
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- Au début de l’ère tertiaire, à l’éocène, la mer s’étendait sur de vastes surfaces en Berbérie et y offrait, deux grandes régions de caractères géographiques très différents :
- 1° Le Riff et ses abords, le Tell algérien et la Tunisie septentrionale, où les phosphates sont pauvres ou manquent totalement. Là, sont également très rares les petits organismes habituellement caractéristiques de l’éocène, les
- Fig. 3. — Entrées de galeries d’exploitation de phosphate à Metlaoui.
- nummulites, qui empruntent leur nom à leur aspect extérieur comparable à celui d’une pièce de monnaie.
- 3° A la périphérie de la Chaouia marocaine, sur les Hauts Plateaux de Numidie, dans l’Aurès, dans la Tunisie centrale et méridionale, les phosphates sont généralement riches. Dans les couches qui leur sont superposées, les nummulites sont nombreuses, sauf à la limite méridionale de la région, où elles manquent, sans doute en raison de la proximité du rivage.
- Le Nord de la Berbérie correspondait évidemment alors à une mer profonde, à cette zone que les océanographes placent aujourd’hui vers la base du
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- domaine néritique. Le Sud était, au contraire, occupé par une mer sublittorale, équivalent à la partie supérieure de la zone néritique.
- Dans cette dernière, l’accumulation des phosphates se produisit en un certain nombre de localités, en liaison avec la topographie ancienne de la Berbérie. Les dislocations qui en avaient affecté le sous-sol à la fin des temps secondaires, à la phase ultime du crétacé, avaient donné naissance à des reliefs sous-marins ou émergés qui, par la suite, déterminèrent l’établissement de points morts sur le trajet des courants marins.
- La fréquence des restes de requins ou de crocodiles d’espèces variées dans les gisements de phosphate s’explique par l’attraction que devait exercer, sur les animaux carnassiers, l’accumulation, à la hauteur de ces points morts, de grandes quantités de débris organiques. Encore aujourd’hui, ces animaux sont extrêmement nombreux en arrière de la barre du littoral de l’Afrique occidentale.
- C’est sur ces points morts des courants marins, en arrière de telles barres, que s’amoncelèrent, à l’éocène, dans l’Afrique du Nord, des restes d’êtres vivants, qui donnèrent naissance à des nodules de phosphate de chaux, à la suite d’une série de réactions chimiques.
- Par sa décomposition sur le fond des mers, la matière organique produit, en effet, de l’ammoniaque, qui, en réagissant sur le phosphate de chaux en solution dans l’eau salée, donne du phosphate d’ammonium. Ce phosphate, au contact du carbonate de chaux, également en dissolution dans l’eau salée, se transforme en phosphate de chaux, dont les granules servent ensuite de points d’attraction pour les autres particules de phosphate : celles-ci peuvent résulter de combinaisons entre le phosphate d’ammonium et le carbonate de chaux provenant de l’attaque des coquilles par l’acide carbonique tenu en dissolution dans l’eau.
- Variations de teneur des 'phosphates de chaux. — C’est toujours dans le même terrain, dans le même étage de la base de la série éocène que l’on rencontre, en Berbérie, des couches riches en phosphate. La mer, qui occupait alors une grande partie du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie, était loin de présenter partout des caractères physiques et biologiques identiques. Les variations qu’offrait le milieu marin ont eu une répercussion certaine sur la teneur en éléments fertilisants des roches que nous exploitons aujourd’hui.
- Ces roches sont en réalité des mélanges de carbonate et de phosphate de chaux. Certainement, le lavage par les eaux d’infiltration a eu pour effet un enrichissement des surfaces d’affleurement, par entraînement vers la profondeur du carbonate plus facilement soluble. Mais cette action des agents externes demeure restreinte à de très faibles parties des gisements exploités.
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- Dans la masse de ceux-ci, les teneurs restent constantes pour chaque région. C’est en m’inspirant de cette observation que j’ai, au cours de mes recherches, tenté de déterminer quelle relation pouvait exister entre la richesse en phosphate de chaux d’une région déterminée et la situation de cette région dans la paléogéographie des mers du début des temps tertiaires.
- Les conditions physiques des milieux marins de l’Afrique du Nord, à
- Fig. 4. — Les gorges du Seldja entre Metlaoui et Redeyef.
- l’éocène inférieur, peuvent être, en effet, facilement déduites de la répartition, dans les dépôts de phosphate, de différents genres de poissons :
- 1° Dans les phosphates très riches du Sud (gisements du Djebel Onk, dans le Sud constantinois, de Metlaoui, Redeyef, Aïn-Moularès, dans le Sud tunisien), les espèces qui affectionnent surtout le voisinage des côtes sont assez communes, tandis que celles de la haute mer sont tout à fait accidentelles;
- 2° Dans les phosphates relativement riches de la zone sud des Hauts
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- Plateaux (exploitations du Kouif et du Dyr, près de Tébessa, dans le département de Constantine, de Kalaat-ès-Senem et de Kalaa-Djerda, dans la Tunisie centrale), les espèces littorales ne se rencontrent qu’exceptionnel-lement et celles qui sont propres aux hautes mers ne sont plus très rares;
- 3° Dans les phosphates moyennement riches de la zone nord des Hauts Plateaux (carrières de Tocqueville et de Bordj-Reddir, au sud de Sétif, dans l’Ouest constantinois), les espèces littorales paraissent manquer, tandis que celles de haute mer sont communes;
- 4° Dans les calcaires du Tell intérieur (coteaux de la région de Constantine), dont la teneur en phosphate de moins de 30 p. 100 a cependant une répercussion indiscutable sur la fertilité des terres arables (domaine de la Compagnie algérienne au sud-est de Constantine), on ne trouve que très peu de restes de poissons; ils appartiennent tous à des espèces de haute mer;
- 5° Enfin, dans les calcaires non phosphatés des chaînes littorales, les dents de squales font complètement défaut.
- Une relation certaine existe donc entre les variations de teneur du phosphate et les modifications de la faune fossile de l’éocène : il est particulièrement aisé de s’en rendre compte par l’étude des dents de requins. Les espèces qui affectionnent la haute mer prédominent au nord; puis, au fur et à mesure que l’on s’avance vers le sud, les formes qui vivent surtout au voisinage des côtes augmentent en nombre pour finir par se rencontrer à peu près seules près du Sahara.
- Telles sont les données que m’a fournies l’étude comparative des divers gisements de phosphate de chaux de l’Afrique du Nord.
- Ces résultats permettent de délimiter nettement les régions où la rencontre de ce précieux engrais minéral est possible en Berbérie. Je crois que nous connaissons maintenant, en Algérie et en Tunisie, tous les gisements exploitables. Au Maroc, au contraire, le champ d’exploration reste largement ouvert, depuis le bord méridional de la meseta jusqu’à la limite du Sahara.
- Conclusion. — En somme, des richesses considérables existent dans le sous-sol de l’Afrique du Nord : gîtes de zinc, de plomb et surtout de fer et de phosphate.
- En Tunisie, presque tous ceux de quelque importance, prospectés et reconnus susceptibles d’une exploitation rémunératrice, ont été concédés et, à la veille de la guerre, étaient en plein rendement. Seul l’Extrême-Sud, incomplètement connu, recèle peut-être des gisements miniers non encore mis en valeur.
- Sous la haute impulsion de ses résidents généraux, en particulier de M. Alapetite, l’éminent homme d’état qui pendant douze années assuma la
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- lourde tâche d’administrer la Régence, la Tunisie a vu sa situation économique acquérir rapidement une grande prospérité. Le réseau des voies de communication a été établi d’après un plan d’ensemble très heureusement coordonné : réseau à voie large au nord de la ligne Tunis-Nébeur, réseau à voie étroite au sud de la ligne Tunis-Kalaa-Djerda; rail partant des exploitations et allant aussi rapidement que possible au port ; derniers perfectionnements apportés aux procédés d’embarquement à Sfax comme à Bizerte; division de la Régence en quatre grandes régions correspondant à l’hinterland de Bizerte, de Tunis, de Sousse et de Sfax.
- Fig. 5. — L’embarquement des phosphates à Sfax.
- Un cinquième port devra être bientôt créé dans la région de Gabès : il servira de débouché à l’Extrême-Sud. En même temps, il conviendra de raccorder entre elles les voies ferrées qui, partant de la Méditerranée, pénètrent profondément à l’intérieur; déjà, à Aïn-Moularès, viennent se souder les lignes de Sousse-Henchir-Souatir et de Sfax-Metlaoui-Redeyef.
- Ainsi, en Tunisie, se trouvent réalisées des conditions pleinement satisfaisantes pour l’exploitation des richesses du sous-sol.
- En Algérie, des ports nombreux, à outillage parfois un peu insuffisant, n’ont pas tous un hinterland parfaitement défini. Des voies ferrées, présentant des largeurs variables, nécessitent, dans certaines régions, des transbordements. La frontière, qui se dresse entre l’Algérie et la Tunisie, interdit aux
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- Carte minière et tectonique de Afrique c'u Nord dressée par M. L. Joleaud.
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- minerais constantinois, dont le port d’embarquement naturel serait Bizerte, de gagner la mer par la voie la moins coûteuse. Il faudra, pour exploiter l’Ouenza ou le Djebel Onk, construire à grands frais des voies ferrées recoupant perpendiculairement vallées et chaînes de montagnes, ou transformer des voies étroites en voies larges.
- Une politique pénétrée des nécessités de l’heure présente modifiera sans doute, dans un avenir prochain, ces quelques obstacles qui ont ralenti l’essor industriel de notre grande colonie nord-africaine.
- Fig. 6. — Le tapis roulant servant à Rembarquement des phosphates à Sfax.
- Au Maroc, la question des moyens de transport, comme celle de la législation minière, sont d’une importance capitale. Mais nous sommes assurés, pour ces grands problèmes économiques, de solutions pleinement satisfaisantes, par la présence, à la tête de notre nouvelle possession, du grand chef militaire et politique qui a su poursuivre, avec une inlassable énergie, la pacification du Moghreb, tandis que l’Europe était le théâtre du terrible conflit mondial. Nous sommes certains que les directives données par M. le général Lyautev, aux services du Protectorat, s’inspireront des idées libérales qui ont assuré d’un si brillant avenir la Régence de Tunis.
- Que l’on construise peu de ports, mais qu’on les outille largement; que l’on établisse un réseau de voies ferrées homogène, où le rail, de la mine au port,
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- reste sur tout son trajet soumis à un même régime d’exploitation; enfin, que l’on dote le Protectorat d’un régime minier souple, dont les .dispositions essentielles stimulent et encouragent les initiatives. Tels sont les vœux qu’il est permis de formuler à cette heure, où l’âpreté de la lutte économique de demain peut laisser le champ libre à des activités nouvelles, comme celles qui peuvent surgir du Maroc de l’avenir.
- L. JOLEAUD,
- Maître de conférences à la Faculté des Sciences de Paris.
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- L’INTÉRÊT
- ET L’UTILISATION DES COMBUSTIBLES LIQUIDES'»
- La légende antique nous apprend que c’est Prométhée qui déroba aux dieux le secret du feu pour le donner aux hommes : on peut donc considérer ce titan comme le fondateur de la civilisation humaine.
- Si pour les premiers hommes, en effet, le feu représentait déjà une expression de puissance vis-à-vis des hêtes fauves, la possibilité de se garantir des intempéries et de se procurer des aliments plus nutritifs, dans nos temps modernes, le feu, source principale de la force motrice, outil irrésistible de la production métallurgique, est devenu le facteur essentiel de notre civilisation et de ses progrès. Il n’est pas un objet utilisé dans la vie courante, pas un moyen servant à la satisfaction de nos besoins, naturels ou créés, qui ne nécessite l’emploi du feu. Selon que le feu sera cher ou bon marché, les métaux, les transports, la lumière, la chaleur, seront chers ou bon marché : on peut donc dire qu’à la hase de la vie chère, est la cherté du feu.
- Dans un roman, La guerre du Feu, évocation puissante des temps préhistoriques, datant de quelques années avant la guerre, Rosny nous représente les tribus primitives des hommes, à l’époque où, ignorants encore des moyens de produire le feu, ils connaissaient seulement la science de le nourrir et de le conserver. Lorsque deux tribus entraient en lutte, le but suprême était de détruire le feu de la horde ennemie qui, retournant ainsi à la condition misérable des bêtes, cessait d’être dangereuse.
- Les millénaires ont passé, les Allemands ont occupé le Nord de la France, et la destruction systématique de nos mines du Nord a montré que les conceptions du romancier n’étaient pas spéciales aux temps préhistoriques.
- Bien plus, la lutte économique qui succède à la guerre sanglante est dominée par cette question du feu et l’on peut prévoir, en se basant sur les faits, que ce n’est pas celle qui entraînera le moins de difficultés dans l’exécution du Traité de Versailles.
- (1) Conférence faite en séance publique le 29 mai 1920. Voir le compte rendu de cette séance dans le Bulletin de mai-juin 1920, p. 386.
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- l’intérêt et l’utilisation des combustibles liquides. 437
- Avant la guerre, l’élément producteur du feu était en France le charbon ; déjà notre production ne suffisait pas à nos besoins. Depuis, notre bassin houiller du Nord a été en grande partie ravagé par une volonté implacable de nous atteindre dans nos sources vitales, et ne sera pas remis en état avant de longues années. Les mineurs ont fourni leur contingent dans nos pertes douloureuses; les conditions économiques et sociales nouvelles ont encore aggravé le déficit de production et la crise du charbon est entrée dans le domaine de la vie courante.
- Il est donc nécessaire de rechercher l’utilisation de combustibles autres que le charbon, et on est tout naturellement conduit à songer à combler le déficit calorifique résultant du manque de charbon par des ccmbustibles liquides, constitués par des combinaisons de carbone et d’hydrogène.
- Conditions d’une bonne combustion. — Quel que soit le mode d’emploi envisagé, chauffage ou force motrice, l’utilisation du combustible est subordonnée à la qualité de la combustion; celle-ci est une oxydation rapide du combustible par l’air jouant le rôle de comburant, et qui libère une quantité de chaleur proportionnelle au pouvoir calorifique du combustible envisagé, à condition que l’oxydation soit complète et qu’en particulier, le carbone soit oxydé à l’état d’acide carbonique et non d’oxyde de carbone. Cette combustion s’effectue dans une chambre de combustion, soit qu’elle ait lieu' de façon continue comme dans un foyer de chaudière, soit qu’elle se produise périodiquement comme dans le cylindre d’un moteur. Dans le premier cas, l’air est introduit à une vitesse déterminée par le tirage et supérieure à 10 m : s; dans le second cas, l’air est introduit dans la chambre de combustion, l’introduction du combustible ayant lieu soit en même temps que lui, soit au cours même de la combustion qui est toujours limitée à une durée d’une fraction de seconde; dans tous les cas, il est donc indispensable que chaque molécule de combustible puisse trouver immédiatement la quantité nécessaire de comburant pour brûler et dégager les calories dans la chambre même de combustion.
- Intérêt des combustibles liquides. — Or, les combustibles liquides se prêtent admirablement bien à cette condition, soit qu’ils soient volatils et susceptibles de permettre une carburation préalable de l’air, soit qu’on les amène à l’état de poussière liquide par un procédé de pulvérisation quelconque.
- Par ailleurs, pour les refouler dans la chambre de combustion, il suffira d’une simple pompe, et l'alimentation peut se faire ainsi mécaniquement sans dépenser de main-d’œuvre et sans installation compliquée. De plus,
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- les combustibles liquides ne laissent pas de cendre et, dans le cas de la combustion sous une chaudière, n’entraînent ni la perte de chaleur résultant des escarbilles, résidus de la combustion du charbon, ni la dépense de main-d’œuvre que causent l’enlèvement de ces dernières et le décrassage des foyers.
- On voit donc qu’au point de vue théorique comme au point de vue pratique, les combustibles liquides présentent des avantages d’emploi incontestables sur les combustibles solides. De plus, au point de vue du magasinage et du transport, ils remplissent tout l’encombrement des récipients qui les contiennent, et il suffit de pompes et de tuyautages pour en assurer la manutention au lieu de main-d’œuvre et d’installations compliquées comme il est nécessaire pour les combustibles solides. La combustion de combustibles solides pulvérisés permet d’améliorer leur utilisation, mais les inconvénients de magasinage, de manutention, de pulvérisation préalable, d’enlèvement des résidus de combustion subsistent entièrement.
- Enfin, si dans un grand nombre de cas, les combustibles liquides, n’offrent par rapport aux combustibles solides que des commodités ou une économie de main-d’œuvre, il en est d’autres, au contraire, où leur emploi s’impose nécessairement.
- Sans eux, l’automobile n’existerait pas, l’aviation n’aurait pas d’ailes, le sous-marin ne pourrait agir que dans le faible rayon déterminé par la capacité de ses accumulateurs électriques. On peut donc dire que c’est aux combustibles liquides que l’homme est redevable de la conquête des routes aériennes, terrestres et sous-marines.
- De tous les combustibles liquides, celui qui tient la vedette à l’heure actuelle est sans contredit le pétrole.
- Pétroles. — On désigne sous le nom général de pétroles bruts des liquides bruns, plus ou moins visqueux, qu’on rencontre à des profondeurs diverses variant de 200 à 1 000 m., et qui sont composés d’un mélange de carbures d’hydrogène.
- Les poches dans lesquelles se trouve le liquide contiennent généralement de l’eau de mer, du pétrole et des carbures d’hydrogène gazeux sous pression.
- Le procédé naturel d’extraction consiste dans le forage de puits. Selon l’endroit de la poche rencontré par le puits, on obtient, soit des gaz, et dans ce cas il faut faire l’extraction par pompage, soit des liquides, que la pression régnant dans la poche est parfois suffisante à faire jaillir hors du sol; l’achèvement se poursuit par pompage. La densité des pétroles peut varier suivant leur origine de 0,78 à 1. Quelle que soit leur origine d’ailleurs, ils donnent lieu aux observations suivantes.
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- l’intérêt et l’utilisation des combustibles liquides.
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- Pour une région donnée, les pétroles sont formés de mélanges de plusieurs séries d’hydrocarbures ayant, pour chaque série, la même composition brute en carbone et hydrogène, mais de molécules de plus en plus lourdes, autrement dit de densité croissante et de volatilité décroissante; à la molécule la plus légère de la série correspond un carbure gazeux.
- Tels qu’ils sortent du sein de la terre les pétroles bruts ne sont pas immédiatement utilisables. En dehors de produits minéraux entraînés, ils émettent en effet des vapeurs à la température ordinaire, vapeurs inflammables et qui rendraient leur utilisation et leur transport extrêmement dangereux. On est donc conduit à les débarrasser, sur le lieu même d’extraction, d’abord, des produits solides entraînés, puis, par une première distillation, des produits trop volatils, tels que les éthers de pétrole et gazolines, produits de densité variant de 0,63 à 0,77 et de points d’ébullition variant de 35° à 130°. Cette première distillation effectuée, le pétrole peut être soit expédié pour le raffinage ultérieur, soit traité sur place.
- Les résultats de cette seconde distillation donnent le kérosène, de densité variant de 0,77 à 0,85, et, comme résidu, un produit visqueux de point d’ébullition supérieur à 300°, communément appelé mazout, du nom des résidus de distillation des pétroles russes.
- Le kérosène soumis lui-même à une nouvelle rectification donne d’abord des produits volatils appelés communément essences de pétrole, puis un produit moins volatil qui constitue le pétrole vulgaire et un nouveau résidu de distillation analogue au mazout.
- On voit donc qu’on peut diviser en trois catégories principales les produits liquides de distillation des pétroles bruts.
- La première catégorie comprend les produits très volatils : éther, gazoline, essences, ayant un point d’ébullition inférieur à 130° et une densité comprise entre 0,65 et 0,78.
- La deuxième catégorie se compose d’hydrocarbures distillant de 130° à 300°, avec une densité variant de 0,78 à 0,85, de produits fluides mais peu volatils.
- Enfin, une troisième catégorie, constituée par des produits distillant au delà de 300°, de densité croissant de 0,85 à 1, et plus ou moins visqueux.
- Ceci étant, supposons que nous ayons effectué la distillation d’une certaine quantité de pétrole brut en mesurant les quantités distillées à différentes étapes de température, puis supposons qu’une fois la distillation terminée, on mélange les différents produits ainsi obtenus et qu’on recommence la distillation dans les mêmes conditions de température. On obtiendra une proportion plus grande de carbures légers et même de gaz.
- Ce phénomène, connu sous le nom de cracking, consiste dans une dislo-
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- cation des molécules d’hydrocarbures lourds sous l’action persistante de la chaleur. Ces molécules se brisent en molécules de carbures plus légers, l’allure du phénomène étant influencée à la fois par la durée d’action de la température et sa valeur et aussi par la pression. C’est ainsi que, si on prend les résidus de mazout précédemment définis et qu’on les soumette à une distillation lente à partir de 300°, il se dégagera une faible proportion d’éther de pétrole et des gaz permanents et qu’il restera finalement du charbon. Si, au contraire, on pousse rapidement la distillation jusqu’à 600°, les molécules de carbures les plus lourds n’ont pas le temps de se dissocier complètement et on obtient successivement les huiles de graissage, les vaselines et la paraffine. De même, c’est en réalisant l’opération du cracking sous pression qu’on a pu, pendant les hostilités, augmenter d’une quantité notable le rendement en essence, indispensable aux moteurs d’aviation et d’automobiles, des pétroles bruts américains.
- Il résulte donc des considérations ci-dessus que la décomposition en trois catégories des hydrocarbures liquides est purement arbitraire. Elle ne donne pas lieu à des spécifications nettes relatives au combustible envisagé. C’est ainsi que dans les pétroles lampants peuvent figurer, parmi les hydrocarbures les plus légers qui entrent dans leur composition, les hydrocarbures les plus lourds qui entrent dans la composition des essences; autrement dit, à l’encontre de ce qui se passe pour la généralité des liquides, la connaissance de la composition brute en carbone et hydrogène d’un carbure ainsi que de sa densité ne permet pas de le caractériser au point de vue pratique.
- Il est donc essentiel de pouvoir déterminer par une caractéristique autre que celle ci-dessus, le classement des hydrocarbures liquides. Cette caractéristique est la température d’émission de vapeurs inflammables qui définit en même temps la sécurité d’emploi. La température d’émission de vapeurs inflammables s’obtient en chauffant progressivement par degrés successifs, dans un récipient fermé une certaine quantité de l’hydrocarbure envisagée (méthode Luchaire). A chaque degré de température, on démasque brusquement une ouverture du couvercle en même temps qu’on en approche une flamme jusqu’à ce qu’on obtienne une inflammation de vapeur. La température correspondante est la température d’émission de vapeur inflammable, appelée également point éclair. Il est à noter qu’à cette température, l’inflammation ne se propage pas au liquide et qu’aussitôt que la vapeur émise est brûlée, la flamme s’éteint. C’est de là d’ailleurs qu’est venu le nom de point éclair. Si on recommence l’expérience en faisant croître la température, on arrive à un moment où l’inflammation persiste et s’étend au liquide qui brûle superficiellement. On a alors la température d'inflammation, qui est supérieure de 10 à io degrés au point éclair.
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- En dehors du point éclair, qui concrétise en quelque sorte la facilité d’inflammation, il est une autre caractéristique physique intéressante, c’est celle qui détermine les possibilités d’emploi, autrement dit la fluidité. Si, en effet, les essences et le pétrole lampant sont extrêmement fluides aux températures usuelles les plus basses, il n’en est plus de même des résidus de distillation plus lourds, dont la consistance va jusqu’à l’état sirupeux comme pour les graisses et vaselines et même à l’état solide pour les paraffines. La fluidité se détermine pour une température donnée, en faisant écouler l’hydrocarbure à étudier par un orifice calibré et en mesurant selon le type d’appareil employé, soit la quantité écoulée pendant un temps donné (ixomètre Barbey) soit le temps nécessaire à l’écoulement d’un volume donné (viscosi-mètre Engler, viscosiinètre Ostwald, viscosimètre Baume). Ces deux derniers appareils permettent d’obtenir une valeur absolue de la viscosité, alors que les précédents fournissent un simple chiffre indicatif relaiif à l’appareil lui-même. Le viscosimètre Baume a de plus l’avantage d’une grande simplicité d’usage et de dispositions permettant d’assurer facilement la constance de la température pendant les mesures. La fluidité croît avec la température suivant une loi sensiblement parabolique.
- Les pétroles bruts se trouvent un peu partout sur le globe : aux Etats-Unis, au Mexique, au Canada, en Argentine, au Pérou, au Vénézuela, au Japon, aux Indes anglaises et hollandaises, dans la région du Caucase, en Roumanie, en Galicie, en Pologne, en Mésopotamie, en Perse. La France paraît peu favorisée à ce point de vue et ne possède que l’unique gisement de Pechelbronn (1), en Alsace reconquise, et quelques puits d’exploration dans ses colonies africaines (2).
- C’est en 1857 qu’ont été établies les premières statistiques de la production mondiale du pétrole qui se réduisaient d’ailleurs à celles relatives à la production roumaine qui est la plus ancienne en date, et comportaient un total de 257 t : en 1918, la production mondiale a dépassé 72 millions de tonnes. Sur ces 72 millions, près de 90 p. 100 ont été produits par trois pays seulement : les États-Unis, 69,2 p. 100; le Mexique, 12,5; et la Russie, 8 p. 100. La nature des pétroles bruts varie avec leur lieu d’origine, les différences extrêmes dans la composition ayant lieu pour les pétroles russes et les pétroles américains.
- Pétroles russes. — Les pétroles russes sont composés de carbures des séries C" H4" (série éthylénique) et CnH2n 6; leur densité varie de 0,80 à 0,97.
- (1) Voir le Bulletin de janvier-février 1920, p. 45, et le présent numéro p. 458.
- (2) Voir notamment, pour les affleurements au Maroc, le Bulletin de septembre-octobre 1918, p. 248. Voir aussi le présent numéro p. 417 pour les gisements nord-africains.
- Tome 132. — 2e semestre. — Juillet-Août 1920.
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- Soumis à la distillation dans les lieux d’extraction, ils donnent seulement 2 à 3 p. 100 de la masse du pétrole brut de produits volatils passant avant 130°, dont l’exportation est interdite en raison du danger de manipulation. Vient ensuite, entre 130° et 300°, le pétrole lampant ou kérosène, qui représente 25 à 35 p. 100. Le résidu de mazout atteint donc 63 à 73 p. 100. Le kérosène et le mazout sont exportés et soumis au raffinage. Le kérosène, soumis à la distillation, donne des huiles légères ou essences de pétrole de densité 0,69 à 0,77 (les plus légères sont utilisées pour les moteurs d’aviation, les autres dans les moteurs d’automobiles), puis des huiles lourdes qui constituent à proprement parler le produit communément appelé pétrole, de densité 0,79 à 0,82.
- Quant au mazout, soumis à la distillation à température élevée, il donne des huiles minérales de graissage, dites oléonaphtes, puis de la vaseline et de la cire artificielle ou osokérite (ce dernier produit se trouve dans les pétroles d’origine roumaine). Au lieu d’être distillé, il peut être utilisé directement comme combustible. La fluidité des mazouts à 15° varie de 6 à 15 divisions à l’ixomètre Barbey en 10 minutes.
- Pétroles américains. — Les pétroles américains sont composés presque exclusivement de carbures saturés de la série C"H2u+2 (méthane). La proportion relative d’hydrogène est donc plus considérable dans le produit brut que pour les pétroles russes, et leur densité est plus faible, 0,78 à 0,86. Soumis à la distillation, ils donnent des produits de propriétés analogues aux produits correspondants des mazouts russes, mais avec des proportions très différentes.
- C’est ainsi que le kérosène, qui distille de 130° à 280°, constitue 50 à 75 p. 100 de poids total au lieu de 25 à 35 p. 100 pour les pétroles russes. Le résidu restant, qu’on appelle également mazout, par analogie avec les pétroles russes, peut être employé directement comme combustible. Soumis à la distillation, il donne des huiles lourdes de graissage de densité 0,83 à 0,90. C’est pendant cette opération qu’on recueille la paraffine dont le point de fusion est de 55° à 65°. Le résidu de la distillation est un coke, plus dense que celui de la houille, qui est employé comme combustible. A noter que les pétroles russes ne donnent pas de paraffine. La fluidité des mazouts américains est plus grande que celle des mazouts russes. Elle atteint, à 15°, 25 à 70 divisions à l’ixomètre en 10 minutes.
- Le pouvoir calorifique des différents pétroles bruts et des combustibles qui en sont extraits varie entre 10 000 et 11 000 calories.
- Huiles de schistes. — Une seconde source de combustibles liquides est fournie par les huiles de schistes qui s’extraient par distillation des schistes
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- bitumeux (le plus grand centre de production en France est la région d’Autun). Tout comme les pétroles, ces huiles sont composées d’hydrocarbures des séries CnH2n+2, C"H2n et CnH2n~2. Leur différence, avec les pétroles naturels, réside dans la forte proportion de carbures éthyléniques et acétyléniques. De plus, ces huiles contiennent des bases pyridiques, des phénols et des produits sulfurés qui leur communiquent une odeur âcre très forte. Leur densité varie de 0,8 à 0,9 et leur pouvoir calorifique est d’environ 11 000 calories.
- Huiles de houille. — A l’encontre des pétroles naturels et des huiles de schistes, les huiles de houille et de goudron, résidus de la fabrication du coke ou obtenues par distillation des goudrons, ont une composition extrêmement complexe. Les huiles les plus légères et les plus volatiles sont composées surtout de benzol ; quant aux huiles lourdes, en dehors de carbures de la série CnH2n+2 (méthane), de carbures éthyléniques C"H2n, de carbures acétyléniques CnH2n_2, on y trouve en proportion notable des phénols CnH2u_7OH, des pvridines CnH2n~7Az, des naphtalènes CnH2n-1'2, des huiles lourdes CnHn, des anthracènes CnH2,1_8. Il en résulte une proportion sensiblement plus forte de carbone; c’est ainsi que la proportion, en poids, du carbone à l’hydrogène, qui est inférieure à 7 pour les combustibles précédents, est voisine de 16 pour les huiles de houille. Il est à noter que la production d’huile dans le cas de la eokéification est d’autant plus forte que la température de l’opération est plus basse.
- La densité des huiles de houille varie de 0,95 à 1,2. Leur pouvoir calorifique est d’environ 9 500 calories.
- Les combustibles liquides dont nous avons parlé jusqu’ici sont d’origine minérale, constitués principalement par des mélanges complexes de carbures d’hydrogène, et ils donnent tous lieu au phénomène du cracking; le rôle de l’homme se borne simplement à les extraire et les séparer.
- Alcool. — Au contraire, l’alcool est le résultat d’une action biologique résultant de la fermentation de matières végétales riches en amidon ou en glucose. Il peut également s’obtenir synthétiquement mais, dans tous les cas, c’est un produit nettement défini.
- La molécule C2H3OH, correspondant à un corps de densité 0,80, bouillant à 78°, ne contient pas seulement du carbone et de l’hydrogène, mais encore de l’oxvgène. Pendant la combustion, 2 des 6 atomes d’hydrogène se combinent à l’oxygène pour former de l’eau qui sera évacuée à l’état de vapeur non condensée, ce qui entraîne la perte de la quantité de chaleur correspondant à la vaporisation. Il en résulte qu’à poids égal, l’alcool déga-
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- Utilisation des combustibles liquides a la chauffe. — Examinons maintenant les moyens d’utilisation de ces différents combustibles. La première idée qui se présente à l’esprit est de les employer au chauffage des fours métallurgiques et des chaudières à vapeur. Au point de vue industriel, les combustibles liquides à employer seront les moins coûteux, par conséquent les résidus de distillation, particulièrement ceux provenant des pétroles bruts, les mazouts, les huiles de houille. Ensuite, pour obtenir le meilleur rendement, il est nécessaire de réaliser la combustion avec le minimum d’excès d’air car l’azote qui entre pour 4/5 dans l’air nécessaire à la combustion et tout l’excès d’air s’échauffent et emportent des calories inutilisées.
- Nous avons vu que pour obtenir ce résultat, il fallait assurer une pulvérisation complète du combustible dans l’air comburant. Ce dernier est amené dans le foyer soit par tirage direct, soit par tirage forcé produit par un ventilateur refoulant de l’air frais dans le foyer, ou par un ventilateur produisant le tirage induit. Par ailleurs, il est nécessaire que la combustion soit complète et ait lieu dans la chambre de combustion, à la fois pour éviter des pertes de combustible, par dépôts et fumées, ou des pertes de chaleur car, si la combustion se prolonge au delà de la chambre de combustion, les échanges de chaleur avec les tubes de chaudière n’ont plus le temps de se faire et les produits fie la combustion emportent des calories en pure perte. Or, les combustibles liquides employés dans les chaudières sont plus ou moins visqueux à la température ordinaire et se prêtent mal à la pulvérisation. On augmente leur fluidité en les réchauffant, et il résulte des considérations qui précèdent que, pour un combustible donné, un pulvérisateur donné, il y aura une température optimum de réchauffage pour assurer une bonne combustion. Enfin, pour maintenir une bonne combustion, il est nécessaire de réaliser, pour chaque allure, la proportion convenable entre le comburant et le combustible; sans cela, il peut se produire des combustions incomplètes qui, en dehors des fumées qu’elles causent, entraînent des dépôts de carbone sur les parois des tubes et diminuent ainsi les coefficients de transmission de chaleur.
- Quant à la pulvérisation, qui consiste à réduire le combustible à l’état de poussière liquide, elle peut s’obtenir par deux procédés. On peut opérer par pulvérisation mécanique, comme dans les brûleurs Kôrting, en refoulant sous pression le combustible dans une cannelure hélicoïdale contenue dans le brûleur qui débouche dans la chambre de combustion; le combustible prend alors un mouvement giratoire à l’intérieur de la cannelure et la veine
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- éclate sous l’effet de la force centrifuge en se pulvérisant à sa sortie du brûleur. On peut aussi opérer par entraînement, en refoulant le combustible liquide sous forme de veine continue à faible vitesse dans une veine d’un fluide gazeux à grande vitesse : air comprimé ou vapeur, la dislocation de la veine liquide et sa pulvérisation résultent de la différence des vitesses des deux veines.
- Il suffît d’ailleurs de pressions très faibles d’air comprimé de l’ordre de grandeur d’un mètre d’eau pour obtenir une valeur suffisante, et la pulvérisation peut être ainsi réalisée avec une puissance très faible. La pulvérisation par la vapeur est moins économique, mais elle a 1 avantage d’éviter les encrassements par suite de la dissociation de la vapeur d’eau.
- En résumé, une installation de chaudière chauffant au mazout comprend donc simplement les appareils suivants : un ventilateur, pour le tirage; une pompe, pour refouler le combustible, et des brûleurs, en nombre suffisant, pour le pulvériser soit mécaniquement, soit à la vapeur, soit à l’air comprimé.
- Le réglage de la puissance se fait très simplement en agissant sur le tirage, le débit de la pompe à combustible et le nombre de brûleurs en fonction. En particulier, si l’on compare l’utilisation du mazout par rapport au charbon, on constate, en tenant compte du pouvoir calorifique du mazout, supérieur de 30 p. 100 à celui du charbon, et de la possibilité de réaliser une bonne combustion avec un moindre excès d’air, une économie en poids atteignant jusqu’à 40 p. 100. Autrement dit, il suffit de 600 à 650 g de mazout par cheval-heure effectif au lieu de 900 à 1 000 g de charbon.
- Quant à la main-d’œuvre, elle est réduite à celle qui est nécessaire à la surveillance, au contrôle et au réglage des appareils mécaniques. Les opérations de chargement de foyer, de décrassage des grilles, de manipulation de combustible, d’enlèvement des escarbilles, qui demandent un personnel important dans le cas de l’emploi du charbon, n’existent plus lorsqu’on utilise les combustibles liquides. Cette économie de main-d’œuvre sur le personnel de chauffe peut atteindre jusqu’à 80 p. 100. Ces résultats sont particulièrement intéressants dans les installations marines : sur les bâtiments de guerre à grande puissance : contre-torpilleurs, croiseurs de bataille, cuirassés, et permettent d’obtenir, avec un personnel réduit, une souplesse dans les changements d’allure impossible à réaliser avec la’chauffe au charbon; de plus, en prenant le cas du mazout, l’encombrement en soute est plus faible que celui du charbon et l’on peut considérer, qu’à rayon d’action égal, il suffit d’un approvisionnement en poids de 60 à 65 p. 100 de celui qui serait nécessaire avec la chauffe au charbon et un encombrement en volume moitié moindre.
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- Ces avantages sont tels, au point de vue militaire, que toutes les marines de g'uerre ont généralisé depuis plusieurs années l’emploi de la chauffe aux combustibles liquides. L’intérêt du bénéfice de poids et de volume subsiste entièrement pour les bateaux de commerce. L’économie ainsi faite, en poids et en volume, peut être entièrement reportée sur le fret et, s’ajoutant à celle de la main-d’œuvre, elle augmente d’une manière appréciable le rendement du cargo. Aussi, l’emploi de la chauffe aux combustibles liquides tend-il à se développer sur ces bâtiments; c’est ainsi qu’aux États-Unis, avant la guerre, 1 p. 100 seulement des navires marchands utilisaient les combustibles liquides; cette proportion est passée maintenant à 15 p. 100 et on peut se faire une idée de son accroissement en remarquant que sur 720 navires en construction pour l’Emergency Fleet Corporation, 636 sont prévus comme chauffant au pétrole.
- Dans un autre ordre d’idées, c’est la chauffe au pétrole qui a permis la réalisation du premier submersible véritablement autonome : le Narval, de l’Ingénieur de la Marine Laubeuf, antérieur à la réalisation industrielle du moteur Diesel. Bien entendu, tous les combustibles liquides peuvent être utilisés pour la chauffe, sans autre condition économique que celle résultant de leur prix de revient et sans autre condition technique que de ne pas contenir de soufre en quantité notable. La combustion du soufre produirait en effet de l’acide sulfureux à haute température qui attaquerait les parois des chaudières.
- Utilisation directe des combustibles liquides dans le moteur. — Au lieu d’envisager la combustion dans un foyer de chaudière et d’utiliser l’eau comme fluide évoluant, on peut supprimer cet intermédiaire et brûler directement le combustible dans le cylindre du moteur. On peut résoudre ce problème de deux façons différentes, soit en introduisant dans le cylindre un mélange d’air et de combustible, qu’on enflamme en temps opportun, soit, au contraire, en remplissant le cylindre d’air frais et en introduisant séparément le combustible en temps utile. Les moteurs de la première catégorie sont communément appelés moteurs à explosion, le nom de moteurs à combustion interne étant réservé à ceux de la ^deuxième catégorie, qui dérivent tous du moteur Diesel.
- Remarquons d’ailleurs que la dénomination de moteurs à explosion est impropre :1e mot explosion implique l’idée d’une combustion instantanée ; or, les mélanges d’air et de vapeur de combustibles liquides ont, dans les meilleures hypothèses, des vitesses d’inflammation qui ne dépassent pas 6 m : s, c’est-à-dire de l’ordre de grandeur de la vitesse de variation du volume de la chambre de combustion; si, pratiquement, les vitesses d’inflammation sont plus considérables, cela tient au brassage produit par le mouvement même du piston.
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- Quoi qu il en soit, l’utilisation directe du combustible dans le cylindre moteur permet, au point de vue pratique, la suppression de la chaudière et de l’intermédiaire eau comme fluide évoluant. Au point de vue théorique, 1 avantage est encore plus considérable. Si on examine, en effet le rendement thermique, c’est-à-dire la quantité de calories qu’il est effectivement possible de transformer en travail dans un moteur par unité de poidsdu combustible, on constate qu’il a une limite supérieure qui dépend uniquement delà température initiale et finale du fluide qui évolue dans l’appareil. C’est la conséquence du principe de Carnot, qui n’est pas autre chose qu’une expression de la limite des possibilités permises à l’homme par le monde extérieur dans lequel il vit.
- Or, si l’on prend une machine à vapeur, le fluide évoluant, la vapeur, dans les hypothèses les plus favorables, y entre à une température de 250°, soit 523° absolus; il en sort à 50°, température du condenseur, soit 323° absolus; le rendement du cycle de Carnot, qui représente un maximum idéal, 523 ______________________323
- est donc au plus de '---^90---= 0,39; de plus, il faut tenir compte du fait
- que la chaudière n’utilise pas toute la quantité de chaleur fournie par le combustible, dont une partie est perdue par les gaz de la combustion et le rayonnement; un rendement de 70 p. 100 est difficilement atteint; le rendement thermique de l’ensemble machine-chaudière, est donc inférieur à 0,70x0,39 = 0,273. Si l’on tient compte maintenant du rendement effectif du cycle réalisé par rapport au cycle de Carnot et du rendement organique, c’est-à-dire des pertes résultant des résistances passives, tels que les frottements, la commande des mécanismes de distribution et des appareils auxiliaires : pompes de circulation, pompes d’alimentation, pompes de graissage, ventilateur de chauffe, on trouve que, pratiquement, l’ensemble machine à vapeur-chaudière ne transforme pas en travail utile plus de 12 à 15 p. 100 de la chaleur fournie par la combustion.
- Au contraire, dans un moteur à explosion ou à combustion, la température maximum atteinte par le fluide évoluant dans la machine est précisément la température de combustion qui peut aller jusqu’à 1 800° soit 2 073° absolus; la température à laquelle le fluide sort de la machine est la température dans les soupapes d’échappement soit 600° ou 873° absolus : le rende-
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- ment maximum serait donc
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- 0,57. Si l’on tient compte du ren-
- dement effectif du cycle réalisé et du rendement organique, on trouve que le moteur peut, dans ces conditions, transformer en travail 28 à 35 p. 100 de la chaleur dégagée par le combustible, c’est-à-dire 2,5 à 3 fois la chaleur utilisable par une machine à vapeur.
- Autrement dit, en brûlant le même combustible, on pourra obtenir 2,5 à
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- 3 fois plus de puissance en utilisant un moteur à combustion interne ou à explosion qu’en brûlant le combustible sous une chaudière pour faire fonctionner une machine à vapeur.
- Utilisation dans les moteurs a explosion. — Le moteur à explosion est universellement connu : il fonctionne suivant le cycle de combustion à volume constant qui, toutes autres choses étant égales, est le cycle pratiquement réalisable le plus parfait au point de vue du rendement.
- Pour que la combustion ait effectivement lieu à volume constant, il faut qu’elle soit aussi rapide que possible ; il est donc nécessaire que le mélange combustible soit préalablement formé avant que commence l’inflammation, ce qu’on obtient en introduisant dans le cylindre de l’air carburé, c’est-à-dire de Fair contenant, intimement mélangé dans sa masse, le combustible. Cette carburation est le plus facilement et le plus généralement obtenue par l’emploi de combustibles très volatils, en utilisant la dépression produite par l’aspiration pour réaliser dans le carburateur, à la fois quantitativement et qualitativement, le mélange combustible. Par ailleurs, le rendement thermique sera d’autant plus considérable que la température de combustion sera plus élevée : cette température dépend elle-même de la température du mélange avant l’inflammation : or, un moyen commode d’augmenter celle-ci est de comprimer le mélange car la compression rapide d’un gaz élève sa température d’autant plus que la compression est plus forte.
- Cette compression, obtenue quand le mouvement du moteur a réduit le volume de la cylindrée à celui de l’espace mort, est limitée par la condition de ne pas atteindre une température telle que le mélange s’enflamme prématurément. Pratiquement, en utilisant l’essence de pétrole comme combustible, la compression volumétrique, c’est-à-dire le rapport du volume de l’espace mort au volume initial total de la cylindrée, ne doit pas dépasser 4,8 pour un fonctionnement continu. L’inflammation du mélange a lieu par une intervention extérieure : bougie électrique ou rupteur, et est réglée de façon à se rapprocher le plus possible de la combustion à volume constant dans le volume de l’espace mort.
- Le moteur à explosion utilisant les combustibles liquides volatils se prête admirablement bien à la réalisation de moteur à allure rapide et, par conséquent, de grande puissance massique : c’est lui qui a permis à l’automobile de devenir l’engin familier dont notre civilisation se passerait difficilement; c’est par l’augmentation de puissance massique, qui a été jusqu’à la réalisation de moteurs pesant moins de 1 kg par cheval, que l’avion a été possible, et il ne semble pas que le moteur à explosion doive être détrôné de longtemps pour la propulsion des appareils aériens.
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- Par contre, l’emploi de combustibles volatils, d’ailleurs les plus coûteux, n’est pas sans présenter des dangers sérieux d’incendie qui en limitent l’emploi. Nous avons dit que le combustible généralement employé était l’essence de pétrole, mais le moteur à explosion peut fonctionner parfaitement bien dans toutes ses applications en utilisant l’alcool soit seul, soit mélangé au benzol ou additionné d’éther sulfurique; il est bon, dans ce cas, de régler le mélange combustible avec un léger excès d’air de façon à obtenir une combustion complète et éviter la production d’aldéhydes qui attaqueraient les parois des cylindres et les soupapes. Signalons enfin que, dans le cas de l’emploi de l’alcool seul, moins inflammable que l’essence, la compression peut être poussée jusqu’à 5,5; l’augmentation de rendement thermique qui en résulte compense dans une certaine mesure l’infériorité de pouvoir calorifique de ce combustible : la consommation par cheval-heure effectif atteint 400 g au lieu de 250 avec l’ossence pour un moteur de 100 chevaux.
- Utilisation dans les moteurs Diesel. — Nous avons vu que le taux de compression de mélange combustible était limité par la condition de ne pas atteindre la température d’auto-allumage, mais, supposons qu’au lieu d’un mélange combustible, nous ne comprimions que de l’air, nous pourrons pousser la compression de façon à obtenir une température telle qu’un combustible quelconque, introduit à ce moment dans cet air ainsi comprimé, s'y enflamme aussitôt.
- C’est là le principe du moteur Diesel, dans lequel on réalise un cycle de combustion à pression constante. Le combustible est introduit finement pulvérisé, à partir du point mort de fin de compression, par une soupape, communément appelée aiguille, et dont la levée est réglée de façon à maîtriser la combustion et à maintenir, pendant qu elle dure, la pression sensiblement constante. L’ordre de grandeur du temps pendant lequel doit durer
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- la combustion pour qu’il en soit ainsi est de ^ de seconde : il est donc indispensable que le combustible soit introduit dans un état de division tel qu’il brûle immédiatement; la réalisation d’une bonne pulvérisation est donc fondamentale. Elle se fait généralement par l’intermédiaire d’air comprimé fourni par un compresseur conduit par le moteur lui-même; c’est là une complication que la pulvérisation mécanique permettrait d’éviter. Le problème est évidemment plus difficile à résoudre mais les essais que nous en avons fait en 1910, et les résultats obtenus depuis parla maison Vickers nous conduisent à penser que c’est dans cette voie que doit se chercher la simplification du moteur Diesel.
- Quoi qu’il en soit, on voit que, théoriquement, on peut brûler n’importe
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- quel combustible dans un moteur Diesel : il suffît de pousser la compression de l’air de façon à obtenir la température d’auto-allumage du combustible en question; d’ailleurs, dans la conception originale de l’inventeur, c’était la poussière de charbon qui était spécialement envisagée; pratiquement, le moteur Diesel peut, avec un réglage et une compression appropriés, brûler tous les combustibles liquides et présente, par conséquent, un intérêt industriel de premier ordre pour l’utilisation des combustibles liquides lourds et des résidus de distillation moins coûteux que les essences, de point éclair élevé et dont la sécurité de manipulation et d’emploi est à peu près complète.
- La plus grande difficulté d’utilisation résulte de l’état physique de ces combustibles dont la viscosité se prête mal à la pulvérisation. Il suffît, en général, de réchauffer ces combustibles, en utilisant par exemple l’eau de circulation, pour leur donner une fluidité suffisante. Un autre procédé, qui nous a donné d’excellents résultats, consiste à mélanger intimement avec le combustible en question, un combustible de même nature plus volatil, ayant néanmoins un point éclair élevé : il suffit d'une adjonction très faible pour rendre la fluidité suffisante. C’est ainsi qu’avec les résidus de mazout russes, qui sont parmi les moins fluides, on peut admettre la règle empirique suivante : une adjonction de n p. 100 de leur poids de pétrole lampant leur donne sensiblement même fluidité qu’un réchauffage de n degrés.
- En général, la compression volumétrique est de 12, ce qui correspond à une pression en fin de compression de plus de 30 kg : cm2 et à une température d’environ 500°; il résulte de cette compression élevée du moteur Diesel que, bien que le cycle de combustion à pression constante ait, pour une même compression, un rendement inférieur à celui du cycle à volume constant, le moteur Diesel est, de tous les moteurs thermiques, le plus économique. 11 se prête à la réalisation du moteur à 2 temps, aussi bien que du moteur à 4 temps : l’évacuation des gaz brûlés par balayage ne comporte en effet aucune difficulté de principe puisque ce balayage se fait avec de l’air frais non carburé, à l’encontre de ce qui se passe avec les moteurs à explosion où le balayage, fait avec de l’air carburé, expose à une perte de combustible notable ou nécessite des installations compliquées pour éviter cet inconvénient.
- Pratiquement, la consommation d’un moteur Diesel à 4 temps et brûlant des résidus de mazout, est de l’ordre de 200 à 210 g par cheval-heure effectif; celle d’un moteur Diesel à 2 temps de 225 à 230 g, légèrement plus forte, par suite de la puissance dépensée pour le fonctionnement des installations de balayage. Mais le moteur à 2 temps, par rapport au moteur à 4 temps, a l’avantage de permettre de réaliser une même puissance avec un poids plus
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- faible de 30 à 40 p. 100 et une diminution d’encombrement en longueur de 15 à 20 p. 100. Au point de vue économique, l’installation d’un moteur Diesel par rapport à celle d’un groupe chaudière-machine à vapeur de même puissance, permet en outre de faire l’économie de tout le personnel chauffeur et d’exiger un encombrement sensiblement moindre, avec l’avantage d’une possibilité de mise en route immédiate, sans perte de temps comparable à la mise en pression de chaudières.
- Ces avantages assurent au moteur Diesel un avantage industriel indiscutable; c’est en outre le moteur indiqué des installations électrogènes dites de secours, et surtout des installations marines. Le moteur Diesel est le moteur idéal des sous-marins : il leur assure un grand rayon d’action en surface en même temps que la possibilité de passer en un temps extrêmement réduit de la marche en surface à la marche en plongée.
- En ce qui concerne les bâtiments de commerce, en comparant l’installation de moteur Diesel à une installation de même puissance avec machine à vapeur et chauffage au pétrole, on constate que, au point de vue de l’encombrement en longueur, il y a gain de 25 p. 100 avec le Diesel à 4 temps et de 35 p. 100 avec le Diesel à 2 temps; au point de vue de l’approvisionnement de combustible, il y a gain en poids et en volume de 60 p. 100 au moins, ce qui, pour un cargo de 1 000 chevaux et un rayon d’action de 2 000 milles, représente 130 t et 130 m3 utilisables en fret. Si l’on compare maintenant deux installations de même puissance avec moteurs Diesel à 4 temps et à 2 temps, en comptant sur une économie de poids par cheval de 20 kg seulement et une augmentation de consommation de 20 g par cheval-heure pour le moteur à 2 temps, on constate que c’est seulement après un fonctionnement de 1 000 heures, correspondant à un rayon d’action de 10 000 milles, que l’installation en moteur Diesel à 4 temps représenterait un avantage ou point de vue du poids sur celle en 2 temps. Pratiquement donc, le moteur à 2 temps, dans le cas du cargo, est celui qui donne la solution la moins encombrante et la moins pesante, par conséquent la plus favorable au rendement en fret du cargo.
- Nous venons de voir les avantages du moteur Diesel; il importe de signaler maintenant les difficultés de réalisation qu’il présente. Alors que dans une machine à vapeur, même avec surchauffe, la température dans les cylindres atteint rarement 250°, la température de combustion peut, dans un moteur Diesel, dépasser 1800°. Il est donc indispensable d’assurer une réfrigération énergique des pièces en contact avec les gaz : culasses, cylindres, pistons. Or, par suite de la pression élevée de régime et surtout des surpressions beaucoup plus fortes qui peuvent résulter des incidents d’aiguille, on est conduit à donner aux parois de ces pièces des épaisseurs relativement
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- fortes et qui augmentent proportionnellement à l’alésage, alors que pour maintenir une réfrigération semblable, il faudrait que l’épaisseur reste sensiblement constante quand l’alésage augmente : on voit donc qu’il y a un cylindre de puissance limite réalisable, dans l'état actuel de nos connaissances techniques et de nos moyens industriels, qu’on peut considérer comme atteint avec le cylindre de 350 chevaux en 4 temps et 600 chevaux en 2 temps.
- Par ailleurs, les tensions internes et les déformations superficielles résultant des dilatations nécessitent une étude approfondie de la nature et de la forme des différentes pièces et une grande précision d’exécution de la part du constructeur. Il est indispensable, enfin, que le personnel chargé de la conduite ait notion de ces difficultés pour éviter les démontages intempestifs, des modifications dangereuses et remédier intelligemment aux incidents divers de fonctionnement.
- Conclusions. — Des considérations ci-dessus, il résulte qu’au point de vue technique, les combustibles liquides peu volatils peuvent se substituer avantageusement au charbon dans toutes les intallations où celui-ci est employé pour la production de force motrice ou pour le chauffage : l’utilisation thermique est meilleure et peut être assurée avec des moyens plus simples et une réduction considérable de main-d’œuvre. Mais ce point de vue technique ne constitue qu’un des éléments de la question. Rien ne servirait d’avoir des chaudières chauffant aux combustibles liquides si l’on n’en a pas ou s’ils doivent être considérés comme produits de luxe. On est donc conduit à rechercher les conditions de production des combustibles liquides en France et de mettre en balance notre production et nos besoins. On peut considérer nos besoins annuels de combustibles liquides comme atteignant déjà un minimum de 1 million de tonnes sur lesquels il faut compter 6 à 700 000 t d’essence de pétrole. Notre production annuelle, placée en regard, nous donne les 50 000 t de pétroles divers des mines de Pechelbronn, des espérances au Maroc, en Algérie, et en Tunisie. En ce qui concerne les huiles de goudron et de houille, la production française annuelle pouvait être évaluée, avant la guerre, à 60 000 t, dont une partie importante provenant des mines de Lens. On peut considérer qu’à l’heure actuelle, en y ajoutant la production d’huile de schistes, on arrive à un total inférieur à 100 000 t.
- Quant à l’alcool industriel, dont la production en France avant la guerre ne dépassait guère 250 000 t, une partie infime est actuellement employée comme combustible. Au total, c’est un déficit minimum de 800 000 t de combustible liquide qu’il nous faut demander à l’importation, ce qui, au taux des changes, représente plus d’un milliard et ne contribue certes pas à leur amélioration.
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- Par ailleurs, la production mondiale de pétrole brut a atteint en 1919 environ 78 millions de tonnes, soit un tonnage à peine supérieur à notre consommation annuelle de charbon. Autrement dit, si l'on voulait en France intensifier la consommation des résidus de pétrole en remplacement du charbon de façon à réduire de 20 p. 100 la consommation annuelle de celui-ci, il nous faudrait, en tenant compte du pouvoir calorifique du pétrole supérieur à celui du charbon et de sa meilleure utilisation, plus de 10 p. 100 de la production mondiale!
- Or, la crise des combustibles, et particulièrement du charbon, n’est pas spéciale à la France, et il est tout naturel que les pays producteurs de combustibles liquides songent à développer leur emploi; c’est ainsi que les Etats-Unis, qui sont les plus gros producteurs puisqu’ils fournissent près de 70 p. 100 de la production totale, sont aussi les plus gros consommateurs (la consommation prévue pour les seuls services d’état en 1920 dépasse 9 millions de tonnes), et leur consommation est supérieure à leur’ production propre. Il résulte en effet d’un rapport, publié par Y American Institute of Mining Engineers, qu’il n’a été possible de faire face à la consommation, en 1918, qu’en prélevant sur les stocks plus de 3 millions de tonnes. D’après d’autres renseignements, la consommation en 1919 n’aurait pu être satisfaite que par un apport de 5 millions de tonnes de pétroles mexicains et 3 millions de tonnes puisés dans les stocks.
- On peut évidemment escompter une augmentation de la production mondiale, qui depuis 10 ans croît de 6 à 8 p. 100 chaque année; les gisements de Perse et de Mésopotamie, en particulier, s’annoncent comme très productifs, et l’exploitation des pétroles russes est susceptible d’une production bien supérieure; mais, en dehors du fait qu'aucune de ces sources de pétrole n'est contrôlée par des intérêts français, il y a un aléa à la fois sur les débits escomptés et sur la valeur absolue des gisements au point de vue des réserves souterraines. C’est ainsi que le même rapport de Y American Institute of Mining Engineers signale que, d’après l’avis des experts, la consommation
- , , . 1 en pétrole des Etats-Unis, pour 1 année 1918, atteindrait le ^ de leurs
- réserves souterraines. L’auteur du rapport, M. Othis Smith, ajoute :
- « S’il est vrai que les Etats-Unis soient les plus grands producteurs de pétrole du monde, il est certain, également, que leur consommation s’élève à 85 p. 100 de la production mondiale. Cette consommation ne fera que croître, parce que les nouvelles usines s’installent pour employer le pétrole et que la majorité des anciennes transforment leurs installations en vue de substituer le pétrole à la houille » et il propose, pour assurer l’avenir de la consommation pétrolifère aux Etats-Unis, de : « Réserver tous les gisements
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- locaux à des Américains, afin à'empêcher les étrangers d’acquérir le pétrole essentiel au pays, ou encourager le capital américain à l'exploitation de champs étrangers, pour assurer ainsi au pays une source additionnelle d’approvisionnement en pétrole. »
- « A présent, termine M. Smith, le gouvernement des Etats-Unis n’applique ni l’une ni l’autre de ces méthodes; le gouvernement britannique a adopté les deux. »
- Certes, il s’agit d’estimations discutables et qu’on peut trouver pessimistes ou intéressées; il n’en reste pas moins qu’elles révèlent une préoccupation sérieuse de l’aléa que comporte l’importance des gisements de pétrole.
- Quoi qu’il en soit, il est un fait brutal et indiscutable c’est que, actuellement, dans les pays producteurs de pétroles, la consommation subit une augmentation supérieure à la production. Or, il est une loi économique qui, pour n’avoir subi la sanction d’aucun parlement, détermine la valeur relative des combustibles aussi bien que de tous les autres produits de consommation, c’est la loi de l’offre et de la demande. On peut discuter à perte de vue sur son injustice et son arbitraire : de telles discussions sont vaines et stériles. Cette loi, comme toutes celles qui résultent des phénomènes économiques et sociaux, [est amorale, empirique, brutale, inéluctable. Or, les besoins de pétrole étant très supérieurs à l'offre, on peut prévoir que les prix monteront. Il est difficile de faire état des prix actuels, faussés à la fois par la spéculation et le taux des changes, mais un phénomène analogue s’est déjà produit avant la guerre, c’est ainsi que la tonne de mazout qui, en 1900, se payait 3 f à Bakou, était montée à 50 f en 1912. Il est donc indispensable de tenir compte de ces considérations dans l’étude des conditions d’emploi des combustibles liquides.
- D’autre part, la nécessité d’importer un produit non indigène conduit à se préoccuper également des moyens de transport et de "stockage. En ce qui concerne le transport, le procédé économique et rapide consiste dans l’emploi de bateaux-citernes, à condition, toutefois, que le fret ne soit pas exagéré, ce qui ne pourra guère s’obtenir que si ce fret peut se faire sous pavillon national avec un nombre suffisant de bateaux pétroliers. Il faut, de plus, que cette flotte pétrolière soit capable, non seulement d’assurer la consommation journalière, mais d’avoir un débit suffisant pour permettre la constitution de stocks importants, à la fois comme volant de la consommation et comme réserve de la défense nationale. Car, il ne faut pas l’oublier, les combustibles liquides ont une importance vitale dans une guerre : sans eux, il n’y a ni camions-automobiles, ni sous-marins, ni aviation, trois moyens sur l’efficacité desquels les enseignements de la dernière guerre sont trop proches pour qu’il
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- soit utile d’insister. On peut ajouter seulement qu’en ce qui concerne l’aviation, en tenant compte des progrès actuels comme puissance et poids enlevé et de la force de destruction de l’aviation de bombardement, déjà très supérieure à celle qui fut utilisée au cours des hostilités, une aviation de bombardement, puissante et toujours prête, est non seulement une arme défensive et offensive redoutable mais encore une véritable troupe de couverture et un palladium contre les instincts agressifs d’un ennemi vaincu mais qui n’a pas désarmé.
- Enfin, il est une dernière série de considérations qui doivent être examinées et qui s’appliquent aussi bien aux combustibles solides qu’aux combustibles liquides; ce sont celles relatives aux conditions actuelles en France de la production et de la consommation.
- La production, qu’il s’agisse d’extraction de houille, de raffinage de pétrole importé, de distillation d’alcool, est subordonnée à une question de main-d’œuvre. La consommation, elle, dépend des possibilités de recevoir, là où elle s’effectue, les quantités qui lui sont nécessaires, c’est-à-dire des moyens de transport. On voit donc que le problème des combustibles est entièrement lié aux problèmes économiques et sociaux : lorsqu’une amélioration sera obtenue de ce côté, il y aura automatiquement amélioration de la situation des combustibles et, par conséquent, diminution de la crise du charbon et de ce fait, des besoins de combustibles liquides, tout au moins de ceux envisagés par un grand nombre de personnes comme produits de substitution du charbon.
- Si donc on examine la question d’ensemble en tenant compte des considérations techniques, de la production mondiale du pétrole, de notre production infime, du taux des changes, des conditions économiques et des intérêts de la défense nationale, on voit que l’emploi des combustibles liquides, si commode qu’il soit, ne doit pas être orienté actuellement vers une substitution pure et simple de ceux-ci aux combustibles solides mais, par leur utilisation la meilleure, vers la recherche de l’économie des calories qui est, à l’heure présente, une impérieuse nécessité.
- Or, nous avons vu que la même quantité de combustibles liquides lourds peut donner 2,5 à 3 fois plus de puissance quand elle est brûlée dans un moteur Diesel que dans une chaudière : c’est donc ce genre de moteur dont il convient de développer l’emploi, particulièrement à bord des cargos, pour les installations nouvelles; quant aux installations existantes, en dehors de l’utilisation plus développée à terre de la houille blanche et de la houille verte, c’est vers l’amélioration du tirage, des grilles, de l’utilisation rationnelle des divers combustibles solides, de la valeur technique du personnel, de
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- la récupération des calories perdues, que semblent devoir être dirigées les modifications à y apporter bien plutôt que vers la substitution pure et simple des combustibles liquides.
- En l’état actuel, l’emploi des combustibles liquides lourds dans les foyers de chaudière, en dehors de cas tout à fait spéciaux, comme la chauffe à bord des navires de guerre à grande puissance, nous paraît donc devoir être considérée comme une application du système D, dont la généralisation, loin de résoudre la crise du charbon, ne ferait que la compliquer, à brève échéance, d’une crise de combustibles liquides.
- Ceci étant, le problème immédiat d’économie, de constitution de réserves et d’approvisionnement de combustibles liquides ne doit pas être exclusif de la recherche de l’amélioration de notre situation nationale au point de vue de la production de ces produits dont l’intérêt technique, économique et industriel est de premier ordre.
- D’abord, nous avons indiqué que la France et ses colonies semblaient peu favorisées au point de vue des gisements pétrolifères; il est possible qu’il en soit effectivement ainsi; mais il est possible aussi que ce ne soit qu’une apparence et que l’absence de production soit la conséquence d’une insuffisance de recherches. Il est à noter, en effet, que le hasard est entré pour beaucoup dans la découverte d’un certain nombre de gisements actuellement exploités et que, par contre, des sondages poursuivis avec persévérance, dans des endroits où il existait des indices moins apparents qu’en certaines régions françaises, ont donné des résultats, comme tout récemment en Angleterre. De même, l’exploitation des gisements de schistes bitumeux est susceptible d’une extension dans la région actuellement exploitée et d’une mise en train là où elle n’existe pas. De même encore, la cokéification à basse température des charbons riches en produits volatils donnera un appoint sérieux de combustibles liquides, sans nuire à l’utilisation de ces charbons, le coke étant réservé aux besoins métallurgiques et le gaz utilisé pour le chauffage domestique et la production de la force motrice par l’utilisation directe dans des moteurs thermiques.
- Enfin, nous avons vu que l’alcool pouvait être employé dans les moteurs à explosion : son emploi est possible et doit même être favorable au point de vue de la fatigue calorifique dans le moteur Diesel : rien ne s’oppose à son utilisation dans les foyers de chaudière. Malheureusement, la production en France est insuffisante : même en tenant compte des alcools de bouche, la production annuelle totale ne dépasse pas 400 000 t. De plus, l’emploi de l’alcool ne présente d’intérêt industriel qu’autant qu’il conduira à un prix de revient de la calorie au plus égal à celui de l’essence : il faudrait donc que le
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- prix du litre d’alcool soit au plus égal aux 70/100 du prix du litre d’essence. Or, nous sommes loin de compte et le prix actuel de l’alcool est prohibitif. Il n’en est plus de même si on envisage l’exploitation de nos colonies. Dans un livre récent sur les malthusianismes en agriculture, M. Barbet a montré avec évidence que la mise en exploitation d’une faible partie de nos colonies africaines, par la culture du bananier, permettrait non seulement de réaliser une production d’alcool supérieure à nos besoins, mais de l’obtenir dans des conditions de prix de revient et de vente bien inférieurs à ceux des essences de pétrole. Si l’on ajoute à cela que la culture du ricin, que nos colonies peuvent fournir abondamment, permet d’obtenir une huile de graissage qui se substitue avantageusement dans la plupart des cas aux huiles minérales extraites des pétroles, on voit que l’on dispose d’un moyen de diminuer considérablement notre tribut vis-à-vis de l’étranger, en ce qui concerne les pétroles et leurs dérivés.
- La réalisation d’une telle conception pose à la fois le problème complexe de la mise en valeur de nos colonies et celui des transports maritimes ; mais la complexité de la question n’est pas une raison suffisante pour l’écarter : en dehors de l’intérêt immédiat que présente au point de vue économique l’emploi de l’alcool, il en est un autre qui, pour être plus lointain, ne doit pas être perdu de vue. La combustion du pétrole, comme d’ailleurs celle du charbon, entraîne la disparition d’un capital terrestre dont nous ignorons l’importance. C’est donc une politique prévoyante que d’assurer le présent en songeant à l’avenir par le développement de l’utilisation de l’alcool. L’alcool est, en effet, un produit renouvelable et un véritable revenu terrestre dont la chaleur solaire est le capital. Or, nous pouvons compter sur ce capital, car c’est sa valeur qui limite précisément la durée maximum de l’espèce humaine.
- C’est enfin une nécessité d’employer au relèvement économique rapide du pays toutes les énergies et tous les moyens dont il dispose : la mise en valeur de nos colonies est un des plus puissants; elle constitue en même temps un devoir de reconnaissance à la mémoire de ceux qui ont doté la France de son domaine colonial et de ceux qui ont sauvé ce domaine colonial en sauvant la France.
- Dumanois,
- Ingénieur principal du Génie maritime.
- Tome 132. — 2e semestre. — Juillet-Août 1920.
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- LA SOURCE DE PÉTROLE JAILLISSANTE DE PÉCHELBRONN
- La libération de l’Alsace a permis à la France de prendre rang parmi les pays producteurs de pétrole. Les 50 000 à 60 000 t d’huile brute que les Mines
- 1
- de Péchelbronn extraient par année, représentent à peine la pqjQQ partie de la
- production mondiale. C’est déjà quelque chose, et l’on peut s’attendre à mieux encore en constatant que les gisements pétrolifères du département du Bas-Rhin sont loin d’être épuisés.
- Depuis deux ans, la reprise des travaux souterrains avait déjà donné un grand essor à cette florissante industrie, lorsque, dernièrement, la découverte d’une source jaillissante vint mettre à nouveau en lumière les trésors cachés du sous-sol d’Alsace.
- Dans la conférence que nous avons faite à la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale (1), nous disions : « Il n’est pas impossible que des sondages profonds, poussés dans cette direction (région Est de la concession) n’arrivent un jour à faire découvrir de nouvelles couches de sable pétrolifère, peut-être même plus riches que celles que l’on exploite aujourd’hui. »
- Par un hasard curieux, le soir même où nous prononcions ces mots, une sonde frappait un gisement tout à fait nouveau, à une profondeur de 435 m, et à un endroit situé à 3 km à l’Est de Péchelbronn. L’huile jaillit violemment à l’extérieur, sous l’action du gaz qu’elle renfermait. En quelques jours, le débit de la source s’élevait rapidement de 13 à 60 t en 24 heures. Après cinq mois d’activité geysérienne, cette fontaine donnait encore 14 t par jour de pétrole brut arrivant à la surface à une température de 33°.
- La production moyenne pendant les huit premières semaines fut de 41 t et, pendant les vingt semaines suivantes, de 19 t par 24 heures.
- Pour faire remonter l’huile d’une profondeur de 435 m, il faut qu’elle se trouve sous une pression de gaz de près de 40 atm. Cette pression ne peut pas se maintenir très longtemps; elle décroît rapidement avec la perte énorme de gaz que provoque chaque éruption d’huile, éruption qui se produit toutes les heures avec une remarquable régularité d’intermittence.
- (1) Voir le Bulletin de janvier-février 1920, p. 45.
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- LA SOURCE DE PÉTROLE JAILLISSANTE DE PÉCHELBRONN.
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- A la fin du mois de mai, cette source subit une notable diminution de production qui fléchit jusqu’à 3 t par jour. Il est à prévoir qu’elle cessera prochainement de jaillir, et qu’il faudra alors l’aide d’une pompe pour faire remonter l’huile à la surface du sol. L’exploitation par pompage d’une source pareille peut se prolonger pendant 15 et 20 ans, jusqu’à ce que l’huile n’ait plus l’activité voulue pour arriver jusqu’au sondage. Alors commencera, au moyen de galeries souterraines, la troisième phase d’exploitation qui, elle aussi, peut durer une dizaine d’années. On peut ainsi prévoir que ce nouveau
- Source jaillissante de Koutzenhausen (Pécheibronn).
- gisement va fournir de l’huile pendant un quart ou un tiers de siècle. Si nous appliquons à cette source les rapports de production par jaillissement, par pompage et par galeries, que les travaux statistiques de Pécheibronn ont permis d’établir, nous arrivons à de réjouissantes perspectives.
- Tonnes.
- Production par jaillissement, minimum admis..................... 4 300
- Production par pompage, 7 fois supérieure...................... 30 100
- Ensemble........................................ 34 400
- Production par exploitation souterraine, 2,5 fois supérieure. 86 000
- Total......................................... 120 400
- Huile restant encore dans le gisement. . . ................... 86 000
- 206 400
- Il est aussi intéressant de calculer à quel volume de sable correspond un© source de cette importance. On y arrive de la façon suivante.
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- 460 LA SOURCE JAILLISSANTE DE PÉCIIELBRONN. — JUILLET-AOUT 1920.
- En plus des 120 000 t de pétrole exploitable, il restera encore dans le sol environ 80 000 t dont le mode d’extraction reste un problème pour l’avenir, au total 200 000 t.
- D’après des essais et des calculs faits à Péchelbronn, 1 m3 de sable pétrolifère contient au maximum 270 1 ou 237 kg de pétrole brut. Ces données permettent de calculer le volume de sable de cette source; il atteint environ 840 000 m3. Par comparaison avec d’autres gisements déjà connus, on peut se représenter une couche de sable de 3 m d’épaisseur, 280 m de largeur, s’étendant sur une longueur de 1 km.
- Nous avons, du reste, une autre preuve de l’étendue de ce gisement. A 120 m au Sud-Ouest de la source, qui porte le n° 2183, un nouveau forage avait été entrepris; le 22 mai, il atteignait le banc de sable pétrolifère, à la même profondeur que le sondage précédent, et donnait naissance à une nouvelle source, n° 2220, dont le débit est de 20 m3 par jour (1).
- Les sources jaillissantes ont été très fréquentes à Péchelbronn dans les 23 premières années de l’exploitation par sondage. Leur production était fort
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- 265
- Mars 1888 Juil. 1888 1 500
- 15 305
- 16 805
- jusqu au üi mars 1UU<£. Tonnes. p. 100.
- Production par jaillissement............. 46 071 26,6
- Production par pompage................... 126 945 73,4
- 173 016 100,0
- Plus tard, les sondages furent poussés à une plus grande profondeur et, comme l’huile de ces couches profondes se trouvait à peu près sous la même pression de gaz que les couches subjacentes, les jaillissements se firent plus rares. En même temps, le rapport entre les productions par jaillissement et
- par pompage, qui était primitivement de ^(2), atteignit plus de g. En règle
- générale, il croît avec la profondeur des sources.
- importante, ainsi qu’il ressort des quelques exemples suivants :
- Numéro du sondage. 146 186 213 228
- Profondeur (mètres)............ 142 133 140 205
- Début du jaillissement......... Avr. 1882 Nov. 1884 Mai 1886 Déc. 1886
- Fin du jaillissement............ Déc. 1886 Janv. 1895 Nov. 1888 Avr. 1893
- ( En jaillissement. . 3 003 10 791 2 995 6 592
- Prodnr- \
- i rouuc ^ En pompage jug_
- tl0n 1 qu’à 1918 . . . . 13 777 8 876 25 644 10 512
- (tonnes). ( , -------- ----------- ---------- ----------
- v y [ Totale.............. 16 780 19 667 28 639 17 104
- Rapport entre les productions par jaillissement et par pompage.
- Débit de 45 sources depuis leur origine
- (1) Depuis lors cette dernière source a été fermée à dessein, ce qui a fait remonter le débit de la source n° 2183 de 3 à 15 t.
- (2) P. de Chambrier, Historique de Péchelbronn, 1919, Attinger frères, Neufchâtel, p. 131.
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- LA SOURCE DE PÉTROLE JAILLISSANTE DE PÉCHELBRONN. 461
- Depuis 1904, il ne fut plus trouvé de sources jaillissantes de quelque importance; aussi, la source du 6 décembre 1919, jaillissant d’une profondeur considérablement plus grande que toutes les autres, offre-t-elle un intérêt tout particulier. Son allure aussi est complètement différente de tout ce qui a été observé à Péchelbronn jusqu’ici. La comparaison suivante permettra d’en juger.
- Numéro du sondage. 1090 2183
- Profondeur (mètres) 269 435
- Emplacement Merkwiller. Koutzenhausen
- Début du jaillissement 24 août 1904. 6 déc. 1919.
- Durée du jaillissement 160 jours. Jaillit encore.
- Débit quotidien après 160 jours 0 14 t
- „ . (En jaillissement (160 jours) Production N „ v J ' (tonnes). En Pompa§e ' ( Moyenne par jour de jaillissement. 1 296 7 500 4 280 Jaillit encore.
- 8,1 26,75
- Au point de vue chimique, l’huile brute des deux nouvelles sources n° 2183 et n° 2220 diffère sensiblement de celle des autres régions de la concession. Elle contient peu d’essence, beaucoup de paraffine; sa teneur en asphaltène est minime, et la densité du résidu, obtenu par distillation des parties légères, est remarquablement faible.
- Analyse comparative cle Vhuile brute :
- Ordinaire. De la source n° 2183.
- Densité 0,888 0,874
- Viscosité à 50° (1) 2,2 2,3
- Point de congélation — 5° + 20°
- (de paraffine fondant à 48°. Teneur \ ,, . . < d asphaltene centésimale / , 4,20 7,05
- 2,30 1,51
- V de coke (2) 8,4 6,0
- Distillation fractionnée (poids p. \ 00 de l'huile brute) ;
- Ordinaire. De la source n® 2183.
- Jusqu’à 150° ... . 5,90 1,30
- De 150° à 300° 27,80 24,09
- Résidu et pertes 66,30 100,00 74,61 100,00
- Densité du résidu paraffineux 0,943 0,904
- Densité du résidu déparaffiné 0,950 0,911
- Le gaz qui accompagne le pétrole brut et qui est le moteur du jaillissement, est très abondant. Il n’a pas été possible d’en mesurer le débit dans les premiers mois de l’éruption. Par contre, des mesures récentes permirent
- (1) Mesurée au viscosimètre Engler.
- (2) Obtenu en distillant l’huile brute jusqu’au coke dans un ballon de distillation Engler.
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- d’établir qu’il se dégage du sondage 10 m3 de gaz par mètre cube d’huile, et que la densité en est de 0,67, rapportée à l’air.
- Ceci nous permet d’estimer qu’en cinq mois de jaillissement, la source a débité environ 50 000 nr3 de gaz, d’un poids total de 43 t.
- La constitution de ce gaz est à peu près pareille à celle du gaz des autres sources de Péchelbronn.
- Analyse du ga: de quelques sources [volume j). 100).
- Numéros sources •220 12Ô1 1535 2183
- Date de l’analyse. 1912 1912 1913 1920
- Méthane Ethane et homologues. . . . . . 16,2 | 96,2 97,5 ^ 66,0 } 24,4
- Oléfînes . . 0,4 0,6 — —
- Acide carbonique . . — 0,2 0,4 0,5
- Oxygène . . 0.5 0,5 — 1,0
- Azote • . . . . 6,4 2,5 2,1 7,7
- Hydrogène sull'uré . . — — — 0.4
- 100,0 100,0 100,0 100,0
- Au point de vue géologique, la position de la source diffère peu de celle des couches jusqu’ici exploitées; elle est située dans les mômes sédiments de l’Oligocène moyen. Malgré sa plus grande profondeur, l’huile a été rencontrée à un niveau géologique peu différent de celui des autres sources, niveau qui est situé au-dessous de la couche guide fossilifère que l’on trouve dans tout le bassin de Péchelbronn.
- Il est probable que l’âge de ce gisement ne doit pas différer de celui des bancs de sable pétrolifères situés plus à l’Ouest. Il y a eu à cet endroit une dénivellation de terrain, qui permet d’expliquer certaines anomalies de profondeur.
- L’analyse chimique de cette huile, notamment sa faible teneur en asphal-tène, amènerait plutôt à une conclusion diamétralement opposée. Il semblerait que l’on ait affaire à une huile de formation plus récente, c’est-à-dire n’ayant pas subi cette lente décomposition qui enrichit les hydrocarbures en essence et en produits asphaltiques, comme cela se passe dans une distillation sous pression.
- Comment faire concorder les déductions souvent très différentes des géologues et des chimistes en matière de pétrole?Dans le cas présent, on pourrait peut-être admettre que l’huile de ce gisement a été protégée de la décomposition par une étanchéité complète des terrains qui l’emprisonnaient. N’ayant été ventilée par aucune faille, sa fermentation, si l’on ose employer ce mot, aurait été arrêtée par l’excédent de méthane, dont elle était saturée. Il serait à désirer que des travaux scientifiques permettent un jour de fixer si une hypothèse pareille est soutenable.
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- LA SOURCE DE PÉTROLE JAILLISSANTE DE PÉCIIELBRONN.
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- Pour terminer, (lisons que la découverte de cette source, si intéressante à tous les points de vue, ouvre de nouvelles perspectives à l’exploitation pétrolière d’Alsace. Elle se trouve dans une région encore peu explorée de la concession, à une profondeur d’où jamais on n’avait vu jaillir de l’huile, et sous une pression de gaz tout à fait extraordinaire.
- Il serait bien étonnant que ce gisement soit seul de son espèce. Tout permet d’admettre que c’est une nouvelle zone productive qui a été découverte par cette sonde.
- Péchelbronn, le 2 juin 1920.
- Paul de Chambrier,
- Directeur général des Mines de Péchelbronn.
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- LA PHOTOGRAPHIE AÉRIENNE, ARME DE GUERRE, OUTIL DE LA PAIX(1)
- Mon Général, Mesdames, Messieurs,
- Imaginez le domaine de l’homme tel que nous le révèle la vue terrestre. La perspective le déforme; un mur, un rideau d’arbres, un ressaut du terrain le limitent; l’horizon le borne sans recours. La base oculaire est si faible que le relief, réellement perçu pour les tout premiers plans, est imaginé, supposé ou « conclu » pour les plans plus lointains. L’unité des formes terrestres nous échappe; et si — pour nous évader du plan — nous nous plaçons sur la montagne, nous n’abordons la troisième dimension que pour y être assujettis.
- Substituez maintenant à l’observation terrestre l’observation aérienne. Celle-ci, libre d’entrave, peut choisir, à travers trois dimensions, son point de vue; à 100 m, à 6 000 m; à la verticale des points observés, obliquement par rapport à eux.
- Dotez maintenant de l’enregistrement photographique cette observation aérienne; l’image, si fugitive aux faibles altitudes du vol, est fixée. Et sur le document l’étude, à loisir, est possible.
- Bien mieux. Vous remplacez le foyer invariable de l’œil par des foyers photographiques échelonnés déjà entre 20 et 120 cm. De la combinaison des deux variables, altitude et foyer, va résulter une gamme d’échelles extrêmement étendue, entre lesquelles choisir. A 360 m, le foyer de 1,20 m assure
- l’échelle du
- 1
- 300’
- A 6000 m, un foyer de 20 cm donnerait le gjpQQQ- La même
- plaque 18 x 2-1 « couvrirait » dans le premier cas une surface d’à peine 10 a; et, dans le second cas, d’environ 1 000 ha. Il est donc possible d’enregistrer, à volonté, l’extrême détail ou les plus vastes ensembles.
- Enfin la stéréoscopie aérienne* rendue possible par le recoupement des
- (1) Conférence faite en séance publique le 10 janvier 1920. Voir dans le Bulletin de janvier-février 1920, p. 120, le compte rendu de cette séance. La première partie de la conférence, relative à l’emploi de guerre de la photographie aérienne, n’a pas été reproduite ici.
- La plupart des clichés projetés au cours de cette conférence avaient été obligeamment prêtés parM. Henri Balleyguier, directeur delà Compagnie aérienne française, 39, rue Cambon, Paris, 1er, qui a déjà pousg. fort loin la technique et l’emploi de la photographie aérienne.
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- LA PHOTOGRAPHIE AERIENNE, OUTIL DE LA PAIX.
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- clichés successifs, vient modeler l’image photographique : les arbres montent, les remblais sortent du sol, les vallées se creusent, les moindres infl exions du terrain se révèlent. Perception véritable, et saisissante, d’une réalité inaccessible aux yeux de l’homme.
- L’observation aérienne, c’était déjà un affranchissement, et un point de vue nouveau sur le monde. La photographie aérienne, c’est une évasion hors de la perception commune.
- La restauration des provinges envahies. — Quel parti devons-nous tirer de cet outil nouveau? Quel secours pouvons-nous en attendre?
- L’extension du rôle de la photographie aérienne, au cours même de la guerre, oriente déjà la réponse. La mission photographique a d’abord porté sur les régions occupées par l’ennemi; l’étude des documents obtenus a donné des régions survolées une connaissance dont nous avons analysé les éléments ; cette connaissance était si parfaite, elle était obtenue si rapidement qu’on a désiré connaître de la même façon la zone même où nous pouvions évoluer à l'aise. Et cette méthode était ici d’autant plus justifiée qu’il n’y avait plus à tenir compte des risques que courait dans le premier cas l’avion photographe, du fait de l’ennemi.
- Un général voulait-il connaître l’état des travaux en cours sur le front tenu par ses troupes? Qu’il s’agît de positions de repli ou d’équipements offensifs; de routes ou de voies ferrées; de dépôts, de « grands parcs », d’hôpitaux ; toujours la méthode et l’ordre étaient les mêmes : « Vous enverrez un avion me photographier ça ». Sur une épreuve des clichés pris, document sûr, irréfutable, obtenu en un instant, on pouvait à volonté considérer l’ensemble ou scruter le détail même de l’exécution, critiquer, rectifier, prévoir.
- Les résultats obtenus sont tels et l’outil nouveau est déjà si bien dans la main de l’homme qu’il ne faut pas reculer devant les applications nouvelles. Il faut nous aider, bien plus qu’on ne l’a fait encore, de la photographie aérienne pour une tâche gigantesque : la résurrection des provinces envahies, libérées, mais prisonnières de leurs ruines.
- Qu’il s’agisse de la propriété bâtie, de l’usine, des champs, de la forêt ou du réseau des communications, le travail doit toujours se décomposer en trois temps :
- Il faut d’abord constater et enregistrer les dommages pour consacrer le droit du sinistré à réparation. Il faut ensuite étudier ces dommages pour résoudre la question du remploi, et — s’il y a lieu de remployer — pour arrêter le plan des travaux à entreprendre. Il faut enfin réparer, suivre l’entreprise et en consigner les résultats.
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- La constatation des dommages, l’établissement du plan de reconstitution, cette reconstitution elle-même doivent s’aider de la photographie aérienne. La souplesse du procédé —tel que nous l’avons décrit —permet de l’appliquer, selon des modes que nous allons exposer, à toutes les sortes de dommages.
- Dommages subis par la ville, par le village et par la ferme; destructions plus saisissantes que le bouleversement même de la terre, parce qu’elles frappent une œuvre qui paraît plus strictement humaine.
- Villages de la Somme et de la Meuse ramenés au niveau du sol, où parfois
- CE QUI FUT VAUQUOIS.
- Le village occupait exactement l’alignement des entonnoirs de mine. Le plus 'grand de ceux-ci a 70 m de diamètre et quelque 35 m de profondeur. Le cliché, pris à 1800 m avec
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- appareil de 0,50 m de foyer, est donc à peu près à l’échelle du
- marque encore le linéament vague d’une route ou le contour des plus belles maisons anéanties. Vauquois englouti dans des cratères larges parfois de 70 m.
- Destructions systématiques. Glacis de la position Hindenburg où les villages ont été supprimés patiemment, maison par maison, par l’incendie et par la mine. Chaunv, où la manufacture de produits chimiques n’apparaît plus que par la trace des bâtiments, où les cités ouvrières alignent leurs alvéoles vides. Et ici la photographie aérienne, en même temps qu’elle établit — par les clichés datés de la guerre — la responsabilité spéciale de l’ennemi, apporte la preuve des destructions totales.
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- Quelle que soit l’étendue des dommages, la photographie aérienne aidera à bien poser et à résoudre la question si grave du remploi. Au seul examen des clichés d’avion, on comprendra souvent l’absurdité d’une « reconstitution » trop servile. Il ne s’agit pas de bâtir des villes et des villages qu’on ne pourrait pas habiter, de rétablir à grands frais des usines qui ne pourraient plus vivre, d’asservir les groupements humains à un réseau de communications qui déjà était imparfait, et dont les raisons d’être auront parfois disparu.
- Lorsque le remploi sera décidé, il faudra posséder un plan, aussi complet et aussi vivant que possible, des localités à refaire. Alors que des relevés méthodiques sont presque impossibles dans des ruines, la photographie aérienne donnera du terrain une « image » si parfaite que vingt relevés n’en donneraient pas une connaissance pareille. A partir de cette image que pourront compléter des vues obliques, panoramiques et stéréoscopiques, il sera plus facile d’établir le programme de la reconstitution : estimation approchée de l’importance de la tâche; allotissement des ruines selon la nature des travaux à y entreprendre; plan du déblaiement. Cette distribution et cette mise en place, qui souvent semblent s’imposer au seul examen de la photographie, suggéreront les tracés nouveaux dont l’urbaniste devra tenir compte. Enfin, sur cette même vue aérienne, l’urbaniste situera — pour des raisons qui apparaîtront clairement à tous et dont la discussion sera facile — les projets d’extension, d’amélioration, d’embellissement qui devront faire partie de la reconstitution elle-même.
- Le réseau des communications a été détruit, et parfois à plusieurs reprises, d’une façon systématique : les carrefours des routes ont été transformés en cratères; les voies ferrées et les gares, les ouvrages d’art, les écluses ont été détruits à la mine. Les clichés aériens pris au cours de la guerre apporteront la preuve datée de ces destructions.
- D’autres clichés d’avion, pris selon des itinéraires définis et suivant un plan d’ensemble, permettront d’enregistrer l’état du réseau, de démontrer les travaux à entreprendre; l’étude approfondie de l’état du terrain, de ses formes et de sa nature, étude qui s’aidera de la stéréoscopie aérienne, démontrera souvent l’intérêt ou la nécessité de recourir à des tracés nouveaux, et qui tiendront compte des abandons et des regroupements décidés.
- Enfin l’étude de ces tracés nouveaux et l’établissement des avant-projets se feront, grâce à l’image aérienne, bien plus aisément que par les méthodes ordinaires de relevé.
- Les dommages que la bataille a infligés à la terre ont porté sur des étendues telles et ont marqué le sol de telle façon que la photographie aérienne semble pouvoir seule enregistrer vraiment ces ruines.
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- Les clichés d’avion permettront d’abord de délimiter les zones atteintes. On pourra ensuite calculer leur surface, y déterminer le nombre moyen des trous d’obus à l’hectare et évaluer le cube approximatif des déblais déplacés par les explosifs et par les travaux de défense. On aura ainsi, très vite et à peu de frais, un élément d’estimation des dommages subis; au lieu de parcourir, mètre par mètre, des terrains où la progression est parfois très pénible, on pourra vérifier sur quelques points caractéristiques à quelle
- CX COIX DES FLANDRES.
- Il est possible, puisqu’on connaît l’échelle du cliché, d’estimer très rapidement le nombre moyen des trous d’obus à l’hectare, et donc l’importance des travaux de comblement à entreprendre.
- Le cliché, réduit ici de moitié, couvre environ 20 ha.
- réalité correspond tel aspect aérien, et il sera légitime d’étendre aux zones de même apparence les conclusions de cet examen.
- Mais c’est pour la restauration même de la terre que la photographie aérienne rendra les plus grands services. Imaginez les régions bouleversées par la bataille : la terre, d’abord sillonnée de tranchées, est devenue un champ d’entonnoirs; la terre arable a disparu; le sous-sol éventré s’est répandu à la surface; les pluies, ruisselant sans fin — et sans méthode — à travers ce sol désagrégé, ont achevé de le rendre stérile; plus bas, des galeries bétonnées, des abris, des sapes se ramifient et s’étagent jusqu’à des profondeurs de quinze mètres; partout des obus, des grenades menacent d’éclater au premier choc. Il ne s’agit donc pas d’indemniser l’agriculteur et
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- de le remettre sur sa terre. Cette terre même est à refaire. Il y a place ici non pour des efforts individuels de culture, mais pour une gigantesque entreprise de travaux publics. A cette entreprise la photographie aérienne révélera d’un coup son terrain, jusque dans le moindre détail; elle indiquera les cheminements les plus naturels, les plus aisés à rétablir; elle suggérera une division raisonnable du travail.
- Dans les régions où la destruction — moins complète — a marqué le sol
- RÉGION DE MERCKEM, A 10 KM AU SUD DE DIXMUDE.
- La différence très visible sur ce même cliché, au point de vue des dommages subis entre les diverses zones illustre une vérité relative à la remise en valeur.
- Il importera pour cette remise en valeur de « remembrer » les terres en tenan t compte avant tout :
- 1° Des dommages subis (parce qu’à tel genre de dévastation correspondra telle méthode de travail et tel cycle agricole);
- 2° Des exigences de la culture et de la traction mécaniques, qui veulent des étendues assez vastes et de contour simple. On se rend compte des services que peuvent rendre dans ce but des clichés comme celui-ci où l’on distingue : à gauche, une zone assez peu battue ; à droite et au milieu, une zone bouleversée par gros calibre ; à droite et en bas, une zone inondée; en bas et plus à gauche, une zone très atteinte.1
- La partie du cliché reproduite couvre 25 ha.
- inégalement, ce sont les agriculteurs qui devront restaurer la terre. Mais ici encore il n’y a plus place pour des efforts individuels répartis selon les parcelles anciennes. Les agriculteurs devront se grouper et répartir leur travail, non plus d’après les limites anciennes, mais bien d’après les dommages subis par le sol. A tel degré de destruction correspondra telle méthode de
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- restauration, puis de culture. Or un cliché d’avion suffira pour que, sur 50 ha, on voie d’un seul coup d’œil comment allotir la terre et quel traitement lui appliquer.
- Dans les régions moins touchées mais restées en friche, et dans celles qui au contraire — portant grain sur grain — se sont épuisées, il faudra rendre à la terre sa fertilité, la remettre en valeur. Ce travail, d’autant plus long et pénible qu’il s’applique à une propriété divisée, serait presque impossible dans les départements libérés si l’on voulait encore avoir égard aux anciens bornages : ici la main-d’œuvre est rare, et là elle manque. Il va donc falloir que les cultivateurs s’associent, qu’ils « remembrent » la terre, qu’ils constituent les « pièces » vastes et de forme simple que la culture mécanique exige pour donner son plein rendement.
- Tous ces travaux de répartition et de remembrement doivent se faire d’après le cadastre. Ce cadastre était souvent périmé avant la guerre; aujourd’hui, dans un pa}rs que la bataille et l’occupation ont bouleversé, il n’a plus qu'un intérêt juridique. Seule la photographie aérienne permettra d’établir l’image — riche de mille détails — sur laquelle arrêter le plan de restauration de la terre. Surtout elle donnera vite cette image, et le temps perdu nous coûte cher.
- Reste la forêt. Ici le constat par la photographie aérienne sera d’autant plus utile qu’une exploration méthodique des massifs forestiers est lente, pénible, et que leur ensemble échappe d’ailleurs toujours à l’observation terrestre.
- Sur les clichés d’avion où apparaissent les coupes, il est facile de déterminer leurs limites exactes et même d’identifier les méthodes d’exploitation employées. L’ennemi a pratiqué dans nos plus beaux massifs, dans Mormal, dans les forêts de Saint-Gobain et du Nouvion, des destructions véritables; ces destructions sont déjà inscrites et datées sur les clichés de la guerre ; on y voit les fûts dépouillés, couchés sur le sol en longues files; sou-vent le taillis même a disparu.
- Dans la zone de bataille, l’utilisation des bois comme couvert a entraîné pour eux de très graves dommages : des abris y ont été creusés, des camps s’y sont établis; les voies ferrées et les pistes les ont sillonnés, si denses par endroits que le couvert'a disparu:. Enfin des systèmes défensifs, profonds souvent de plusieurs kilomètres, ont profité du bois pour échapper aux vues terrestres et essayer de se soustraire aux:yu;es aériennes; le canon a achevé' l’œuvre. ;
- La photographie d’avion permet ici encore de calculer isa.ns peipe la surface atteinte; elle enregistre les destructions totales; elle dénonce des discontinuités du massif feuillu. Parfois un seul cliché panoramique, où apparaît
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- la forêt entière, révèle du premier coup les zones sur lesquelles devra porter le constat de détail; ainsi les recherches sont orientées; ainsi il est possible — comme on l’a fait pour le sol arable — d’« échantillonner » le terrain et d’étendre les conclusions acquises sur un point à tous les points de même aspect photographique.
- Enfin les mêmes clichés aideront à déblayer les massifs, à les reboiser, à rétablir les aménagements — parfois selon des plans nouveaux —, à asseoir à nouveau les coupes.
- BOIS DES HAUTES-CORNES, A 3 KM AU NORD-OUEST DE SAINT-GOBAIN.
- Cette partie de la forêt de Saint-Gobain, exploitée en taillis-sous-futaie, a été saccagée par l’ennemi (les lignes sont d’ailleurs toutes proches, à la date où le cliché a été pris). A droite de la route de la Fère, et sur un espace d’environ 6 ha, le taillis lui-même a disparu. Le sol est visible partout, dénudé.
- La partie clu cliché reproduite couvre environ 40 ha.
- Il n’est pas douteux que la photographie aérienne, appliquée ainsi à la reconstitution du territoire, doive faire demain gagner du temps, permettre une meilleure utilisation des fonds accordés, faire enfin réaliser des économies très importantes.
- Les documents obtenus au cours de cette entreprise, et aussi les clichés d’avion pris pendant la guerre, aideront avant tout à administrer la preuve des dommages et à réparer ces dommages; ils pourront être aussi, entre les
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- mains du Gouvernement et de la presse, un instrument efficace de propagande. Quelques images aériennes — et il en est d’admirables — montreraient, mieux que vingt discours, ce qu’a souffert la France envahie et quelle tâche gigantesque sera sa restauration.
- Le cadastre et la carte. — Nous avons indiqué , déjà quelle avait été jusqu’ici la contribution de la photographie aérienne à la confection de la carte. On a vu que son rôle avait consisté surtout dans un enrichissement des cartes existantes, par report des détails sur le document de base. Et, si la méthode était applicable aux régions occupées par l’ennemi, c’était grâce à la carte d’état-major préétablie. Sans le réseau de points géodésiques que procurait cette carte, la seule photographie aérienne n’aurait été en effet qu’une image, aussi riche et aussi convaincante qu’on le voudra, mais une image; personne n’aurait été en droit, à supposer qu’on pût assembler ces épreuves, de couvrir leur assemblage de méridiens et de parallèles. Or c’est seulement ce carroyage qui confère à un relevé de terrain la précision sans laquelle, dans nos pays, une carte est sans valeur. Dans l’état actuel des choses, le domaine cartographique de la photographie aérienne se borne donc aux régions où un canevas géodésique existe, prêt à recevoir les mille détails que le cliché d’avion réA^èle.
- Mais nos cartes sont bonnes. Seule une forme de guerre très spéciale a imposé une rigueur et exigé un détail qui dépassent l’usage normal de la carte; et voici la paix revenue. Un enrichissement de la carte française par la photographie aérienne ne sera-t-il pas un luxe, et bien cher?
- Ne convient-il pas de borner l’application de la méthode aux seules régions envahies? Elles auront été d’abord bouleversées par la guerre, puis rétablies selon une économie nouvelle. Tout aura changé : la répartition et l’aspect des cultures, le réseau des communications, le groupement des hommes. Et l’on conçoit bien qu’il faille ici refaire la carte. Que cette réfection doive se faire par la photographie aérienne — qui, pour le moins, ferait gagner du temps —, Amilà qui peut déjà prêter à discussion.
- Mais voici la raison décisive qui va permettre à la méthode de s’imposer. Ces mêmes clichés, pris dans un but cartographique, peuvent assurer du même coup — dans les régions libérées et ailleurs — l’exécution d’un programme qui dépasse infiniment la carte. Us peuvent d’abord, pour peu qu’on y veille, faciliter une tâche si énorme et si coûteuse qu’on recule devant elle depuis cinquante ans : la réfection du cadastre.
- Le cadastre, plan à grande échelle établi pour chaque commune, est un document officiel qui indique les limites des propriétés publiques et privées. Institué pour servir de base à la répartition de l’impôt foncier, il aide aussi
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- aux négociations d’immeubles; il fait foi pour le règlement des contestations de bornage. Un tel document doit donc être établi avec précision et constamment tenu à jour. Dans un pays vivant, où l’aspect et la division du sol évoluent sans cesse, un cadastre vieux de cinquante ans a perdu la plus grande partie de sa valeur. La loi a bien déclaré obligatoire la réfection périodique du cadastre. Mais la dépense que cette réfection impose grèverait trop lourdement le budget des communes; la loi du 17 mars 1898 a donc arrêté que les communes qui demanderaient la révision de leur cadastre seraient largement subventionnées par les départements et par l’État. A l’heure actuelle, il n’y a pas 200 communes qui aient demandé à bénéficier des dispositions de la loi; le travail est à peine terminé pour 100 d’entre elles; il y a en France plus de 36 000 communes. Il faut donc simplifier les méthodes, ou réduire le programme.
- Au début de 1914, le ministre des Finances a approuvé un programme cadastral qui comporte d’abord le report — sur des reproductions du cadastre — des routes, chemins, canaux et voies ferrées nouveaux ou dont le tracé a été modifié. Un délai de vingt ans est prévu pour ce report qui doit être fait aux frais de l’État. La photographie aérienne apportera ici la simplification de méthode dont nous parlions; ainsi l’exécution de ce programme réduit sera possible.
- Les clichés pris dans ce but, et qui intéresseront forcément tout le territoire de la commune, montreront — par confrontation avec le cadastre existant — dans quelle mesure s’impose la mise à jour des parcellaires. Quant au report des changements survenus dans le réseau des communications, il se fera facilement, dans un pays où les repères géodésiques abondent, par les méthodes ordinaires de restitution employées durant la guerre.
- Enfin la réfection même du cadastre devrait s’aider de la photographie aérienne. Il n’est pas question de supprimer les opérations sur le terrain : opérations d’art, opérations d’expertise pour le classement des parcelles et l’évaluation des. revenus. Mais la photographie aérienne permettrait de réduire les opérations de géométrie à un nivellement sommaire et à la mesure de quelques bases. La précision du levé photographique serait parfaitement comparable, dans ces conditions, à celle qui est obtenue par le géomètre; elle serait en tout cas suffisante pour la répartition de l’impôt foncier, pour la négociation des immeubles, souvent même pour la conservation des limites de propriété; il n’y a de réserves à faire que pour des cas spéciaux, par exemple pour les terrains à bâtir morcelés en parcelles de faible surface.
- Le problème, en bref, est le suivant. Le cadastre, pour avoir un sens et une utilité, doit être constamment tenu à jour. Or l’expérience prouve que cette tenue à jour, dans les délais où elle serait intéressante, n’est pas pos-Tome 132. — 2e semestre. — Juillet-Août 1920. 40
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- sible par les méthodes ordinaires de géométrie. La réfection du cadastre par ces méthodes coûterait d’ailleurs pour la France plus d’un milliard.
- D’autre part la photographie aérienne, qui dès à présent coûte moins cher, permet d’assurer aisément la révision décennale du cadastre. Par l’inscription automatique elle élimine l’intervention de l’opérateur et n’exige plus de personnel assermenté. Elle donne un document qui reste, et fait foi; elle se prête ainsi à toutes les vérifications; elle est claire pour tous.
- UNE COMMUNE FRANÇAISE : CARIGNAN (ARDENNES).
- Ce cliché, réduit ici au quart de sa surface primitive, a été pris à 5 000 m avec un appareil
- 1
- de 0,50 m de foyer. L échelle originale était donc le ^, et la surface couverte était voisine
- de 500 ha. Un tel cliché suggère bien l’utilité cartographique et cadastrale de la photographie aérienne.
- Enfin la photographie aérienne permettra de joindre au cadastre linéaire, assemblage géométrique de parcelles, une image vivante — et qu’on pourra multiplier sans limite — du territoire communal. Les champs s’opposeront par la teinte de leurs cultures; les arbres seront vraiment des arbres, et qu’on pourra nommer; les moindres détails apparaîtront, avec leur valeur et à leur place. Des montages stéréoscopiques rendront sensibles les plus faibles modelés du sol. Ainsi seront enregistrés les détails de la planimétrie
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- et du relief qu’un cadastre au 2ôQ(J ne Pourra]f Pas retenir, s’il s’en souciait. Détails riches de sens, nous le verrons.
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- Mais, pour la plus grande partie du domaine de l’homme, il n’est pas question de carte exacte, et moins encore de cadastre. Une part du globe est inexplorée’; une autre part n’a été parcourue que par des missions incertaines. Avant qu’une carte précise s’étende à la terre entière, combien de siècles s’écoulera-t-il? Mais, de l’ignorance totale à la carte parfaite, il y a bien des intermédiaires ; chaque stade correspond à un degré de pénétration sur lequel il n’est pas utile que notre cartographie anticipe trop. Et comment le pourrait-elle, puisque — dans l’état actuel de notre science — aucune carte n’est possible sans l’armature d’un réseau géodésique levé à terre?
- Mais les régions encore inconnues de notre globe vont être explorées, grâce à la photographie aérienne, plus vote et avec des risques bien moindres. On connaîtra ainsi l’aspect général de ces terres, leur végétation, les grandes lignes de leur relief et de leur réseau hydrographique. Ainsi seront établis — comme nous l’avons indiqué déjà — les itinéraires de pénétration les plus naturels. Sur ces itinéraires on pourra déjà déterminer un certain nombre de points géodésiques rattachés au réseau de départ. Ainsi débutera la carte nouvelle, toujours sur les confins de la carte existante.
- Sur ces premiers points géodésiques, on appuiera des bases terrestres. Ces bases apparaîtront sur des cheminements aériens secondaires, et elles permettront des mesures d’autant plus précises qu’on aura pris soin de les fractionner par des points de repère pour compartimenter les déformations. Enfin des méthodes comme le « tour d’horizon aérien » permettront de limiter le relevé géodésique terrestre aux points de 4e et même de 3e ordre.
- Sur ce canevas de plus en plus serré, le report des éléments planimétri-ques se fera par les méthodes ordinaires de restitution.
- Reste l’altimétrie. Seuls les procédés terrestres permettent jusqu’ici de coter avec une précision suffisante les points remarquables du terrain et de tracer les courbes de niveau. La méthode des « stations superposées » a sans doute permis d’obtenir — par photographie aérienne — quelques cotes, d’ailleurs dans des régions accessibles. Mais le procédé n’est pas simple et sa précision dépend de trop de facteurs. La stéréoscopie aérienne, réalisée par le rapprochement des parties communes de clichés aériens, donne une « sensation » du relief très saisissante, et très juste si l’on a calculé et réalisé la base voulue; mais le procédé, s’il permet de déterminer les courbes de niveau, ne peut fournir de cotes que par interpolation entre des cotes connues par les méthodes ordinaires. 11 n’est pas douteux que la stéréoscopie aérienne doive fournir demain la solution élégante du problème du nivellement. Déjà de bons esprits s’y appliquent. Mais il ne convient pas d’anticiper.
- L’usage cartographique de la photographie aérienne est justifié. Justifié dans un pays comme la France où il doit permettre de résoudre enfin la
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- question du cadastre. Justifié dans les pays neufs où il apporte une aide déjà précieuse aux méthodes anciennes. De ces vastes expériences et des études théoriques qui devront les accompagner sans cesse, il doit sortir demain une méthode nouvelle de cartographie, plus rapide et moins coûteuse.
- La connaissance de la terre. — La photographie aérienne aidera donc à la représentation de la terre. Du même coup elle donnera, des régions survolées, une connaissance proprement géographique. Le géographe doit décrire, et l’on comprend tout le secours que la description tirera de l’image aérienne. Il doit expliquer : et cette image aérienne, c’est déjà une explication, un déploiement. Au terme de cette double tâche il y a place pour une synthèse, qui montre l’imité du monde, et comment les formes se tiennent, et tiennent l’homme ; et les clichés d’avion vont aider puissamment à cette synthèse. La photographie aérienne « transpose » notre connaissance du monde; elle assure une vue nouvelle sur les choses, elle va permettre enfin de faire voir vraiment ce qu’aucun document n’a pu faire voir jusqu’ici : comment la terre fixe l’homme, et comment l’homme — à son tour — modèle et transforme la terre.
- La photographie aérienne doit nous révéler ce que nous ignorons encore de notre domaine ; elle doit aussi éclairer pour nous d’un jour nouveau tout ce que nous en avons patiemment connu.
- Les formes du terrain d’abord. Les clichés obliques et panoramiques révéleront les ensembles tels qu’ils apparaissent d’un observatoire fixe; mais ici le point de vue et l’altitude pourront être choisis à loisir, de façon à mettre en valeur l’aspect le plus caractéristique. Les vues verticales donneront déjà, grâce aux ombres portées, un premier modelé du sol; l’effet obtenu est très analogue à celui que l’éclairement oblique assure dans les cartes 1 1
- suisses au 9-g-gflQ et au IhHMKj’ ^ ^rava^ (< m^se a »> fait Par Ie
- soleil, est irréprochable. Voici un sommet des Alpes du Trentin, entièrement couvert par les neiges; sous la neige les formes de la roche apparaissent dans leur détail; par places, des affleurements rocheux portent une ombre directe, véritable « rabattement sur le plan horizontal », et qui donne leur dessin précis.
- Surtout l’étude systématique des formes du terrain sera entreprise par la stéréoscopie aérienne. Ainsi seront révélés des ensembles que les yeux humains, placés dans les mêmes conditions d’observation, ne pourraient pas percevoir vraiment, à cause de leur trop faible base. Car nous avons affaire ici à une sensation véritable, perception directe et saisissante, substituée à
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- des efforts laborieux de reconstitution. Aux flancs de la vallée, les moindres ravinements secondaires se creusent, avec leur pente et leur profondeur vraies, avec leurs inflexions. Ici le haut plateau se révèle, borné par des gorges dont on voit les abrupts. Et vous n’avez pas dû, pour obtenir cette sensation vigoureuse, recourir au schéma : votre image aérienne subsiste, modelée et travaillée, mais toujours riche de sa végétation, de ses ombres, de ses neiges, de ses pistes. Mieux : sur ces formes apparues, les détails prennent leur vraie place et leur vraie valeur ; du même coup ils reçoivent souvent leur explication.
- A l’aspect de la roche, à la façon dont elle a été plissée, usée, ravinée, un géologue va la nommer. Ainsi la nature des terrains se révèle. Le travail du ruissellement et de l’érosion est directement perçu; vous voyez comme verrait la goutte d’eau qui tombe; mais votre vue embrasse des ensembles d’où votre connaissance tire une valeur nouvelle.
- Autre image : les dunes sahariennes, véritable mer mouvante que la photographie semble avoir seule fixée. Et voici, récif sur cette mer, la gara krima, battue et mordue par les vagues du sable.
- Enfin, les formes plus douces de chez nous. Suivons, sur le montage stéréoscopique, le mouvement du terrain; descendons la pente; sautons ce chemin creux; ici la rupture brusque de trois gradins met des marches au flanc plus raide de la colline; et, sur ces trois marches, trois champs tranchent par leur couleur sur la terre avoisinante.
- Ainsi seront mieux saisies demain les actions qui modifient sans cesse la surface de notre sol. Les hautes montagnes, dont l’ensemble échappe toujours aux explorations les plus pénibles, seront vraiment découvertes; l’action des glaciers sera illustrée d’une façon nouvelle.
- Surtout l’étude des eaux courantes devra s’aider de la photographie aérienne. Erosion : rapides, cascades, gorges profondes, méandres encaissés. Action du fleuve sur ses propres rives. Voici l’Aisne aux Blanches Rives; la rive concave, sans cesse rongée, porte ici une ombre nette, et là montre la bordure blanche d’un à-pic; la rive convexe, toujours accrue d’alluvions, porte des bosquets. Voici le Chiers au moment où, près de Bazeilles, il rejoint la Meuse; la rivière, divaguant à l’aise en pays plat, y a multiplié les méandres; une boucle a été coupée; le bras mort se comble d’arbres; sur les deux rives et jusqu’à 500 ou 600 m du lit actuel, le sol est marqué de méandres disparus; leur ensemble, presque impossible à reconstituer à terre, parait d’un coup sur l’image aérienne, parfait de dessin et — grâce aux ombres — de valeur. Ainsi sera étudié le cours des fleuves, de la source à l’embouchure.
- Enfin l’action de la mer sur les côtes sera enregistrée de la même façon :
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- les profils côtiers se distingueront et s’expliqueront; les mêmes clichés permettront une étude de la mer et des Vagues qui n’a jamais été faite.
- Nous n’insisterons pas ici sur la contribution de la photographie aérienne à la géographie humaine. Il est assez clair que les clichés d’avions montreront d’une façon frappante la répartition de l’habitat humain dans le terrain et selon la distribution des eaux, l’adaptation des cultures au modelé du sol, l’influence des pentes et de l’orientation. L’action de l’homme sur la nature s’inscrira. Des vues aériennes du réseau des communications, des ports, des gares, des ouvrages d’art, des villes, feront saisir vraiment la portée de cette action humaine; ces mêmes vues aideront aux études statistiques.
- Enfin tous ces documents répandus par les livres, par les projections lumineuses, par le cinématographe viendront illustrer et vivifier l’enseignement de la géographie; ils aideront à lui donner la part qui lui revient dans la formation de l’enfance ; part qu’il est loin d’avoir encore, il faut bien le dire, et qui est grande.
- Agronomie et agriculture. — Quelques images aériennes. Voici la campagne française entre Compiègneet Montdidier. Sur la vue oblique apparaissent et s’opposent par leur teinte les cultures qui chargent cette terre : blé, betteraves, prairies artificielles. Ici, près du carrefour, une sucrerie; et là, sous ce bouquet d’arbres, une ferme dont tout le détail est clair. Nature, proportion et répartition des cultures; disposition des arbres et des bois; division du sol; adaptation de l’homme à ce domaine : tout se révèle et se distingue dans le cadre même où chaque détail prend sa valeur, sans que l’unité soit rompue. Et rien ne peut faire mieux saisir, d’un coup d’œil, le caractère d’une région agricole.
- Voici, entre l’Oise et l’Aronde, les pentes méridionales de la grande croupe qui domine le confluent des deux rivières. Dans le terrain plat qui raccorde la colline à l’Oise, le sol est partagé en larges pièces rectangulaires, d’orientation indifférente. Au contraire, sur les pentes qui reçoivent — presque tout le jour — le soleil, d’innombrables lopins de quelques ares divisent cette terre précieuse; tous sont de même forme, longs et étroits, et rigoureusement orientés selon les lignes de plus grande pente. Et voilà qui illustre d’une façon éloquente l’adaptation de la culture aux formes du terrain, et l’influence de l’orientation sur la division de la propriété.
- Voici, près de Mareuil, la vallée de l’Ourcq. Les fonds, naguère marécageux, où serpente la rivière et que limite à l’ouest le canal, ont été boisés par plantation. Le dessin exact des lots, l’alignement et l’espacement des plants, les tracés et les mises en place déjà reportés sur le terrain pour les parties à boiser peuvent être étudiés et décrits à loisir. Plus à l’est, et hors des fonds,
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- s’étend un vaste taillis-sous-futaie; il est ouvert à la lecture comme un livre : les extensions, les repeuplements, les éclaircies y paraissent; vous pouvez dénombrer les réserves, juger de leur répartition, déterminer leur densité. — Ainsi pourra être exposée la technique sylvicole, et démontrée vraiment. Et 1 image que nous venons de décrire — bien sommairement — a été enregistrée à 6 200 m d’altitude; d’un seul cliché l’observateur-photo-graphe a couvert plus de 700 ha.
- Voici enfin un coin d’Ile-de-France. C’est la moisson. Des champs encore
- LE COURS DU CHIERS, PRÈS DE BAZEILLES.
- Non seulement le cour actuel de la rivière apparaît, mais encore le seul examen du cliché révèle des lits abandonnés. La boucle coupée, et presque comblée d’arbres, est caractéristique.
- intacts. D’autres où la machine a passé, et selon un itinéraire qui apparaît au premier regard. Ici les javelles sont formées. Plus loin le blé est en gerbes. Plus loin encore les tas sont faits, répartis et rangés sur le champ; en un instant ils sont comptés.
- Ainsi seront exposées dans leur détail toutes les opérations culturales : labours, hersages, épandage des fumures, fenaison, moisson, rangement des récoltes, irrigations et drainages. Dans la forêt les clichés d’avion permettront de nommer les essences; de distinguer taillis, gaulis, perchis, futaie, taillis-sous-futaie; de démontrer les divers modes de plantation, de régénération et de coupe. Il sera possible d’établir pour chaque genre de culture des atlas de
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- vues aériennes; ces vues, au cours du cycle saisonnier, seront prises aux moments voulus pour que soient enregistrés dans chaque cas les aspects les plus « spécifiques ». Enfin ces mêmes clichés permettront une comparaison plus objective des méthodes et des techniques agricoles.
- L’aide que ces documents apporteront à l’établissement des cartes agronomiques, à l’agriculture et à la sylviculture comparées, enfin à l’enseignement agronomique, n’a pas besoin d’être soulignée davantage.
- Mais la photographie aérienne doit faire davantage. Elle doit contribuer demain à la mise en œuvre d’un immense programme rural, dont l’exécution est une nécessité vitale pour la France.
- Il faut que nous développions la production agricole du pays. Nous rendrons d’abord à la culture — comme nous l’avons indiqué déjà — la terre des régions libérées; et nous avons vu quel secours les clichés d’avion devaient apporter à cette remise en valeur. Mais il reste encore en France de vastes zones, stériles ou pauvres, que l’irrigation et le drainage pourraient rendre fertiles. Qu’il s’agisse d’irriguer une terre sèche comme la Crau, de drainer ou de colmater les marécages de la Camargue, la photographie aérienne doit être un outil de grand rendement entre les mains de l’ingénieur. Car ce sont demain de vastes entreprises de travaux publics qui doivent mener à bien cette tâche, selon de larges plans d’ensemble. Une vue générale du terrain, de son revêtement, de ses formes est indispensable. Jusqu’ici un long travail d’arpentage et de nivellement précédait la mise en place des chantiers; encore ne donnait-il pas une connaissance détaillée et vivante du sol. La photographie et la stéréoscopie aériennes, révélant l’aspect et le modelé du terrain, doivent permettre de déterminer aisément le meilleur système et le dispositif d’ensemble; toutes les fois qu’il s’agira de vastes étendues, elles doivent même permettre d’effectuer — sans autre opération d’art — la mise en place des tranchées et des rigoles, la distribution des planches ou des ados. Parfois ce simple examen stéréoscopique suggérera les modifications de nivellement les plus efficaces. Enfin, un simple cliché d’avion vérifiera le report sur le terrain du dispositif adopté, dictera les corrections nécessaires, enregistrera et contrôlera l’exécution du travail. Une tâche comme l’irrigation de la plaine sous-pyrénéenne — et plus spécialement du Gers — doit s’aider de la photographie aérienne, et devenir pratiquement possible grâce à elle.
- Il nous faut aussi reboiser. Il faut restaurer les forêts dévastées par la guerre, et nous avons signalé plus haut comment les vues aériennes y aideraient. Souvent aussi la terre arable ravagée ne pourra être rendue à la culture que par l’intermédiaire d’un cycle forestier; ici les clichés d’avion indiqueront les surfaces à refaire; ils permettront même une répartition des
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- essences; du moins ils aideront à la distribution des lots, à la vérification des tracés et des mises en place.
- En montagne, où le reboisement est guidé par les formes du terrain, la stéréoscopie aérienne sera un précieux auxiliaire. Dans les zones déjà boisées elle permettra le compartimentage naturel de la forêt selon le dessin des crêtes, des fonds, des lignes de plus grande pente; or une exploitation n’atteint son plein rendement que si elle repose, en terrain tourmenté, sur une telle connaissance.
- Toute exploitation forestière devra d’ailleurs s’aider des clichés d’avion. Ils donneront de la forêt un plan expressif qui, multiplié à volonté, sera remis aux exploitants et aux gardes. Sur ces clichés on pourra vérifier par exemple la continuité des cimes, la répartition des réserves, aussi l’exécution des coupes. L’assemblage aérien permettra d’asseoir les coupes pour des raisons parfaitement claires, de régler leur succession, de les répartir sans peine selon le réseau des laies et layons, de façon à favoriser l’exploitation de proche en proche et l’accès direct à la coupe nouvelle.
- Enfin l’exploitation des forêts coloniales porte sur des étendues telles et si difficilement pénétrables que la photographie aérienne devra y être d’un usage courant. Elle y dictera les itinéraires, elle y révélera les peuplements homogènes susceptibles d’une exploitation systématique.
- Mais tous ces travaux qui visent à étendre la surface exploitable de notre domaine vont entraîner, une fois menés à leur fin, un besoin nouveau de main-d’œuvre. L’objection est sérieuse. La population paysanne a été terriblement frappée par la guerre. A ce mal il n’y a qu’un remède. Il faut que le cultivateur français renonce aux procédés périmés de culture. Il faut que les méthodes de traction et de travail mécaniques soient répandues. Encore faut-il qu’elles soient applicables. La question du remembrement, dont la solution a récemment occupé nos Chambres, est pour l’agriculture française une question de vie ou de mort.
- Nous avons indiqué déjà, à propos de la restauration des provinces envahies, l’aide que les clichés d’avion devaient apporter à cette tâche. Nous n’y reviendrons que pour indiquer qu’il faut aller plus loin encore; il faut — par le moyen des associations agricoles — créer, sans respect pour les anciennes parcelles, de vastes domaines de culture. Problème ardu, et difficile même à bien poser, faute d’un document expressif. La photographie aérienne doit donner ce document ; sur l’épreuve où apparaissent à la fois le morcellement de la terre, les clôtures en usage, les cultures qui chargent le sol, les raisons de la division — quand cette division est raisonnable — sont claires. Dans chaque cas l’image aérienne suggérera la solution la plus naturelle, et elle aidera l’exécution.
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- Enfin nous avons vu, par la description de quelques-unes de ces images aériennes, quel admirable instrument de surveillance, de contrôle et de preuve devait être la photographie d’avion. Dans le cadre agrandi de l’association agricole, ces opérations seront encore plus nécessaires. Il sera du plus grand intérêt, pour les coopérateurs, de posséder une image parfaite et vivante de leur domaine. Sur cette image on pourra vérifier l’application des méthodes aussi bien que dénombrer les récoltes. Elle fera preuve vis-à-vis du fisc. Elle donnera aux statistiques privées et officielles une hase indiscutable.
- Surtout ce contrôle aérien rend ra les plus grands services dans les régions de culture très extensive où un seul domaine s’étend sur des surfaces immenses. Là-bas, il faut des jours, parfois des semaines pour faire le tour de l’exploitation, et sans qu’on puisse presque y pénétrer. A cet examen rampant, asservi à un itinéraire, substituez la photographie aérienne. En une heure l’avion a « couvert » le domaine. Sur l’assemblage des clichés, l’état de l’exploitation — à une date et à une heure données — est inscrit. Vous allez pouvoir l’étudier, l’analyser à loisir. Sur ce document peu coûteux, obtenu en un instant et à l’improviste, vous évaluerez les surfaces réellement cultivées, vous estimerez les récoltes, vous compterez les meules; vous dénombrerez au besoin les troupeaux parqués; vous vérifierez l’entretien des routes, des bâtiments, des clôtures, du réseau des irrigations. Vous saurez, à cette lecture, les points où la « présence réelle » du maître est indispensable. L’activité sera guidée, et son rendement accru.
- Demain les « fazendas » brésiliennes, les « estancias » argentines, les vastes exploitations coloniales où l’irrigation tient une telle place s’aideront ainsi de la photographie aérienne.
- Travaux publics. Une donnée esthétique nouvelle. — Toute entreprise de travaux publics suppose une connaissance, aussi complète que possible, du terrain auquel le travail s’applique. Cette connaissance résulte actuellement des opérations de relevé confiées aux géomètres; elle se complète et se précise par des visites sur le terrain même.
- La restauration des régions envahies est déjà — nous l’avons montré — une gigantesque entreprise de travaux publics. Pour le reste de la France et pour nos colonies, le programme des travaux publics à mettre en chantier est aussi vaste que son exécution est urgente. Enfin la loi récente sur les « plans de villes et de villages » va stimuler les municipalités et favoriser l’essor de l’urbanisme.
- Les géomètres vont avoir bien du travail. Ils vont en avoir trop; faudra-t-il les attendre? iVIais on ne peut pas se passer d’eux. Il faut donc, de toute
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- nécessité, se servir d’eux, là seulement où ils sont indispensables. Mais il faut les remplacer ailleurs. Nous substituerons donc, toutes les fois que ce sera possible, le relevé photographique aérien au relevé terrestre.
- Qu il s agisse d’établir une route, une voie ferrée ou un canal; qu’il s agisse d arrêter le plan d’embellissement et d’extension d’une ville, une image fidèle du terrain sera toujours précieuse pour l’ingénieur et pour
- LA CAMPAGNE LORRAINE, PRÈS DE BUHL.
- Ce vaste ensemble, où apparaît la distribution des champs et des cultures, montre les services que rendra la photographie aérienne dans la préparation des remembrements.
- l’architecte. Cette image, le cliché d’avion la donne. Mais peut-il donner ce que nous lui demandons ici : un relevé de précision?
- Il faut s’entendre. L’étude, préliminaire à toute entreprise, n’exige pas la précision dont la réalisation même a besoin. Sans doute cette étude, qui vise à l'établissement d’un avant-projet, comporte des mesures, et'précises; mais les tracés sur lesquels vont porter ces mesures ne sont pas forcément définitifs. Leur appliquer les méthodes de topométrie les plus rigoureuses, c’est engager des dépenses toujours considérables, et qui ne seront pas toujours justifiées. Au mieux, d’ailleurs, l’application de ces méthodes donnera un relevé linéaire parfait; mais une image véritable nourrie de mille détails, révélant de façon saisissante l’aspect, l’utilisation actuelle et le modelé du sol, ne ferait-elle pas ici beaucoup mieux notre affaire? Ajoutez-y
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- que l’image aérienne, enregistrant un terrain pour lequel existe une bonne carte, va permettre par restitution une mise en place exacte et, par suite, des mesures d’une précision déjà poussée.
- La conclusion est claire. Toutes les fois qu’une entreprise de travaux publics intéressera des étendues qui se chiffrent par kilomètres carrés, T avant-projet, qui s’aide d’opérations topogrcqjhiques, devra utiliser la photographie aérienne. Le projet définitif voudra des opérations topométriques ; ici le travail d’art du géomètre aura son emploi naturel. Il n’est d’ailleurs pas sûr que les clichés d’avion ne doivent pas aider à ce travail topométrique; dans une ville par exemple, où le levé du « corps de rues » est relativement peu coûteux alors que le levé des îlots coûte des centaines de francs à l’hectare, cette dernière opération pourrait se faire par photographie aérienne, une fois qu’un « corps de rues » dressé rigoureusement permettrait une restitution précise.
- En bref, il y aura lieu dans chaque cas, suivant la nature et l’étendue du travail, et aussi selon les difficultés propres au terrain, de décider laquelle des deux méthodes sera adoptée, ou — ce qui sera le cas le plus fréquent — de quelle façon il convient de combiner les deux méthodes. La photographie aérienne ne peut pas prétendre un seul instant à se poser en rivale des méthodes topométriques terrestres; elle leur apporte une aide dont elles ont le plus grand besoin.
- Il sera possible d’établir — pour l’étude des tracés de routes, de voies ferrées et de canaux — de véritables itinéraires de stéréoscopie aérienne. On verra ainsi se dérouler, pour le parcours proposé, une image parfaite et modelée du terrain, qui suggérera les solutions les plus naturelles. On pourra enregistrer de même les tracés adoptés, et mis en place; on pourra donc rectifier avant de passer à l’exécution. Enfin la photographie aérienne assurera le contrôle des chantiers; elle montrera mieux que vingt rapports l’état d’avancement des travaux à une date donnée. Elle permettra, une fois l’œuvre achevée, la rectification planimétrique de la carte.
- Tous les clichés aériens pris à cette occasion aideront à l’enseignement technique et aux services publics. Sur cette image prise à 2 000 m l’entretien d’une grand’ route apparaît : les puisards, leur espacement, leurs dimensions, les limites d’un tronçon rechargé. Sur cette photographie aérienne d’une grande gare, tout le détail de l’installation est visible : on distingue les aiguillages, les plaques tournantes, on peut compter les traverses ; aussi bien, on peut considérer l’ensemble et commenter son ordonnance. Ici c’est la vue aérienne d’une grande usine métallurgique, complétée par une vue oblique éloquente. Là, c’est une exploitation de carrières : vivante « leçon de choses ». Voici le port de Trieste, sa digue, ses bassins, sa
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- gare maritime; on compte et l’on définit les navires amarrés; on évalue rigoureusement la surface des quais, celle des docks, celles des bassins; on contrôle le mouvement du port; et l’image est prise de 4 000 m. Les clichés d’avion doivent assurer demain le contrôle des balisages, de l’alignement et de l’espacement des bouées. Il suffira de s’en servir pour leur découvrir bien d’autres applications.
- Mais c’est peut-être à l’urbaniste et à l’architecte qu’ils rendront les plus grands services. Au fait, qu’est donc l’urbanisme? Science de l’institution rationnelle des villes; science bien neuve chez nous; elle se préoccupe de
- Cliché do la Comjmgnie aérienne française. Reproduction interdite.
- LE CHATEAU DE CHAMPS.
- Ce château, propriété de M. Cahen d’Anvers, possède un jardin à la française dont les broderies prennent une très belle valeur sur le cliché d’avion.
- l’hygiène, elle prétend ne pas exclure l’esthétique. Elle prétend déterminer pour chaque ville un plan raisonnable d’embellissement et d’extension ; elle veut prévoir l’avenir, et le préparer. Vastes travaux, et qui veulent — pour document de base — un plan à jour des communes à étudier. Ne cherchez pas ces plans; il n’y en a pas. Et si la photographie aérienne ne venait pas proposer ici ses services, ma foi, nous pourrions attendre quelques siècles.
- Jamais d’ailleurs le cliché d’avion ne s’est appliqué comme ici; il est précisément le document qu’il faut; il montre la ville telle qu’elle est, avec ses laideurs et ses maladresses; et, de lui-même, il propose la solution.
- Cette image aérienne va aider à l’étude, à la mise en place, à la discussion des indemnités pour expropriation. Après l’exécution des travaux, elle
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- enregistrera l’œuvre. Des vues obliques et panoramiques, « perspectives cavalières » parfaites, révéleront les ensembles. Souvent elles révéleront une beauté.
- J’ai sous les yeux trois images de Venise qu’un camarade aviateur, un jour, prit pour s’amuser. Voici la courbe heureuse du Grand-Canal, Santa-Maria-dei-Frari, le pont du Rialto; là-bas l’ile du Cimetière. Voici, moiré par le vent, le canal delà Giudecca; Santa-Maria-della-Salute, somptueuse et blanche; deux navires, laissant un long sillage, entrent au port de Saint-Georges-Majeur. Voici enfin la place Saint-Marc et la mosaïque des dalles; la basilique aux cinq coupoles; le Campanile aérien; la Piazzetta et ses colonnes. Tout cela transfiguré par une perspective nouvelle, et qui semble naître d’une fantaisie à la fois réglée et souveraine. Tout cela baigné, modelé de lumière. — Ainsi m’a été révélée une beauté de Venise qui s’est découverte à bien peu, et qui ajoute à son patrimoine.
- Déjà le public se familiarise avec ces aspects nouveaux du monde que le développement du tourisme aérien va faire entrer dans le domaine commun. Tous les guides, et d’abord ceux destinés aux voyageurs de l’air, s’enrichiront de ces images. Les journaux et les grands « illustrés » publieront, de plus en plus fréquemment, les vues prises par les « reporters » en avion : les fêtes, les cérémonies officielles, les revues, les grandes manifestations sportives, les manœuvres de terre et de mer s’}r prêteront de façon particulière. Des films aériens — films d’actualité, films de voyages, films de régions jusqu’alors inaccessibles — seront projetés partout. — Ainsi, pour la joie de nos yeux, nous allons photographier à nouveau la terre, mais du ciel.
- Pour un programme. — .Seul l’usage permettra de découvrir, parmi ces applications d’un outil nouveau, celles qui vraiment rendront service à l’homme. Encore faut-il que l’ignorance du public ou l’indifférence des pouvoirs ne fassent pas obstacle aux expériences.
- Pour faire connaître la photographie aérienne, il n’est d’ailleurs pas nécessaire d’attendre qu’elle ait fait ses preuves dans la paix. Les cinq cent mille clichés d’avion qui furent pris par notre seule aviation durant la guerre doivent être sauvés et classés. Ces clichés — dont nous avons déjà indiqué l’intérêt militaire, historique, et aussi la valeur de preuve quant aux dommages — représentent le travail de braves gens dont beaucoup sont morts. Mais nous voulons seulement souligner ici la valeur pratique de cet héritage. On puiserait par centaines dans ces archives aériennes de la guerre les exemples qui viendraient illustrer les applications que nous avons dénombrées ici, et les preuves qui pourraient convaincre les plus sceptiques.
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- On publierait aussi les plus belles images aériennes qui sont, d’un point de vue technique, le gage des résultats de demain.
- Demain d’ailleurs, l’aviateur-photographe travaillera dans des conditions toutes nouvelles. Le risque de guerre aura disparu, et — avec lui — la nécessité de travailler sur des avions de guerre ; ainsi le matériel photographique cessera d’être soumis à des données inconciliables ; ii sera tel que l’exigera le but à atteindre. On pourra avoir des appareils lourds, à grand foyer s’il le faut, à grande ouverture s’il le faut. On pourra choisir son temps et travailler sans coups de canon, libéré d’une menace perpétuelle. On
- LE CHATEAU DE VERSAILLES.
- disposera de laboratoires véritables où le traA^ail sera fait posément, à coup sûr, par des professionnels éprouvés. Ainsi la très belle photographie aérienne deviendra normale, elle qui fut déjà si fréquente en temps de guerre, sous un régime de tour de force.
- Bien des progrès sont encore souhaitables, et d’abord dans la technique photographique même : il faut perfectionner les méthodes de développement et surtout de correction des clichés, et en étendre l’application à la pellicule ; il faut trouver une émulsion à la fois rapide et véritablement panchromatique — dont le chromatisme serait officiellement adopté; il faut rendre la photographie colorée applicable aux clichés d’avion, et selon des méthodes telles qu’elles se prêtent à la multiplication des épreuves ; il faut trouver un procédé de tirage qui donne des épreuves inaltérables sans exiger le pelliculage du négatif.
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- LA PHOTOGRAPHIE AÉRIENNE. — JUILLET-AOUT 1920.
- D’autres progrès faciliteront l’identification, la restitution et tout usage de la photographie aériennne. C’est ainsi qu’il faudrait assurer la verticalité rigoureuse de l’axe optique, et — dans le cas des clichés obliques ou panoramiques — l’inscription de l’angle de visée. Il faudrait aussi conjuguer avec le déclenchement l’inscription de l’heure de prise. Un orienteur automatique rendrait de très grands services (1).
- Restent enfin à perfectionner les méthodes de la restitution photographique. Nous avons souligné déjà l’importance du problème de la carte. Aucun domaine n’est plus riche de promesses que celui de la stéréoscopie aérienne; par elle il faut résoudre demain la question du nivellement.
- Tout cela se fera peu à peu, et permettra un développement plus vaste encore de la photographie aérienne. Mais il ne faut pas attendre. Le succès dépend beaucoup moins de ces perfectionnements techniques que d’une bonne organisation du travail.
- Nous avons montré déjà combien la plupart des applications que nous avons décrites étaient solidaires, comme les clichés pris pour la réfection de la carte pouvaient servir au cadastre ; comment, sur ces mêmes clichés, l’agronome et le géographe pouvaient trouver une ample matière. Il importera, lorsqu’on dressera un programme photographique, de ne pas oublier cette solidarité très heureuse.
- Telle est l’œuvre à entreprendre. Pour notre aviation d’aujourd’hui et de demain, il n’y a pas de plus belle tache.
- Henri Bouché,
- Ancien élève de l'École normale supérieure, capitaine-aviateur, rédacteur en chef de L’Aéronautique.
- {{) U Aéronautique, revue mensuelle illustrée (Gauthier-Villars, éditeurs), étudie tous les problèmes de technique et d’emploi posés par la photographie aérienne.
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- NOTE DE MÉCANIQUE
- Locomotives articulées Mallet du Virginian Railway.
- Le Bulletin a publié, en 1895(1) un rapport sur les locomotives articulées com-pound à quatre cylindres de M. Mallet, auquel la Société a décerné une médaille d’or. Les locomotives décrites dans ce rapport sont pour la plupart de petites dimensions et construites pour des lignes à voie étroite ou secondaires. Depuis cette époque, le système des locomotives articulées Mallet s’est beaucoup développé; notamment aux Etats-Unis, on l’a employé pour porter à ses limites les plus élevées la puissance de traction des locomotives à voie normale. Comme terme actuel de ce développement, la présente note donne quelques détails sur les locomotives construites par l’American Locomotive Co. pour le Virginian Raihvay, détails dus à l’obligeance de M. Charles M. Muchnic, un des directeurs de l’American Locomotive Co.
- On trouvera ci-après la photographie et le tableau des dimensions principales de ces locomotives, dont le poids en service, plus de 400 t avec le tender, et l’effort de traction de 67 t, dans la marche en compound, et de 80 t, avec admission directe aux cylindres de basse pression, sont assez extraordinaires. Les raisons qui ont conduit à l’emploi de ces gigantesques machines sont les suivantes.
- Tout le trafic du Virginian Railway passe sur une section à voie unique, longue de 22,5 km, en rampe de 5 mm par mètre sur 4 km, puis de 20,7 mm par mètre sur 18,5 km, avec courbes de 150 m de rayon. En outre, cette section renferme cinq tunnels.
- Depuis onze ans, l’exploitation de cette section s’est faite à l’aide de machines Mallet, dont les dimensions et la puissance ont été progressivement augmentées en raison du développement du trafic.
- On a commencé avec quatre machines du type 2-6-6-0 (2 roues porteuses à l’avant, deux groupes moteurs de 6 roues couplées chacun, pas d’essieu porteur à l’arrière), exerçant un effort de traction de 32 000 kg. Puis vinrent huit machines avec même disposition d’essieux, mais effort de traction de 40 000 kg. On utilisa ensuite une machine du type 2-8-8-2, avec 45 000 kg, puis six machines 2-S-8-2, avec 52 000 kg d’effort de traction.
- Type 2-8-8-2. Type 2-10-10-2. Augmentation p. 100.
- Poids en service, locomotive (kg). . . 244 ooa 310 400 27
- — avec tender (kg) . . 340 000 407 400 19
- Surface de chauffe (m2) 640 800 25
- — de surchauffe (m2) 121 197 62
- Effort de traction, en compound (kg). 52 000 67 000 28
- — adm. directe (kg). 62 000 80 000 28
- (1) Voirie Bulletin de juin 1895, p. 628.
- Tome 132. — 2e semestre. — Juillet-Août 1920. 41
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- Voici l’usage qu’on faisait en dernier lieu de ces machines : en tête du train, une locomotive 2-6-6-0 de 40 t d’effort de traction, et en queue deux locomotives de renfort 2-8-8-2 de 52 t. L’effort total de 144 t ainsi obtenu permettait la remorque de trains de 60 wagons du poids moyen de 68 000 kg, soit 4000 t environ.
- Le débit de la ligne, avec l’impossibilité d’augmenter le nombre des trains sur la voie unique, a conduit à l’emploi de machines encore plus puissantes; c’est pour ce motif qu’ont été construites celles qui sont l’objet de la présente note. Le nouveau programme comporte l’emploi, en tête du train, d’une machine 2-8-S-2, de 52 t d’effort de traction, et, en queue, de deux des nouvelles machines 2-10-10-2, à 67 t d’effort de traction, soit au total 186 t. Les trains seront composés de 78 wagons pesant 68 t, soit au total 5 300 t.
- Le type2-8-8-2, employé en tête, a été construit en 1912 et 1913 par l’American Locomotive Co., et on le considérait alors comme le plus puissant du monde. Voir p. 489, le tableau comparatif des deux types.
- Le transport de ces grosses machines depuis les ateliers de Schenectady, où elles ont été construites, jusqu’au lieu d’emploi, a été assez difficile, étant donnés leur poids et leurs dimensions. De telles expéditions comportent une étude spéciale de l’itinéraire, souvent détourné, qu’on peut adopter, et des négociations avec chacune des administrations intéressées. Dans l’espèce, il a fallu, en outre, démonter certaines pièces, notamment les cylindres à basse pression et l’abri, et l’itinéraire a comporté la traversée sur bateau de la baie 'de Chesa-peake.
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- LOCOMOTIVES ARTICULÉES MALLET DU VIRGINIAN RAILWAY.
- m
- Dimensions principales.
- Largeur de voie.................................... m.
- Diamètre des cylindres H. P............................mm
- — — B. P. . ..........................mm
- Course des pistons....................................mm
- Rapport des volumes................................
- Diamètre des roues motrices........................m .
- Chaudière : diamètre intérieur du corps cylindrique, m
- 1,44 762 1 220 813 2,57 1,423 2,620
- Timbre...........................................kg : cm2....
- Foyer, longueur..................................m...............
- — largeur....................................m...............
- Tubes de 57 mm de diamètre extérieur.............nombre . . . .
- — de 140 mm — — ............ — ....
- — longueur ..................................m...............
- Écartement des roues, groupes moteurs ....... m..................
- — — total de la locomotive...........m...............
- Grille, longueur.................................m...............
- largeur. . ................................m...............
- — surface....................................m2..............
- Surface de chauffe, foyer........................m2..............
- — -T- tubes de 57 (à l’extérieur) .... m2 ..... .
- — — de 140 ( — ) .... m2 ..... .
- 15
- 4,600
- 2,750
- 381
- 70
- 7,620
- 6,050
- 19,575
- 2,750
- 10,1
- 40,7
- 519
- 233
- — — — supports de voûte...............m2
- — — — totale..........................m2
- — — — surchauffeur....................m2
- Poids en service, essieu d’avant.......................kg
- 800 197 14 500
- — — roues motrices ... kg ... . , . . 280 000
- — — essieu d’arrière ... kg ... . . . 15 900
- — — total ... kg ... . . . . 310 400
- — — tender ... kg ... . , . . 97 000
- Effort de traction, marche en compound .... ... kg . . . . . . 67 000
- Coefficient d’adhérence correspondant . . . . . . 80 4,'
- Effort de traction, adm. directe B. P ... kg . . . 000
- Approvisionnements du tender : houille . . . . ... kg . . . . . . 11 000
- — — eau.. ; . . . . 49
- E. Sauvage, membre du Conseil.
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- COMMISSION PERMANENTE DE STANDARDISATION
- Unifications adoptées le 4 juin 1920.
- Dans sa séance du 4 juin 1920, la Commission permanente de Standardisation (Ministère du Commerce, de l’Industrie, des Postes et des Télégraphes, 66, rue de Bellechasse, Paris, VIIe) a adopté définitivement les spécifications suivantes (1).
- Recueil des méthodes d’essais mécaniques pour les produits métallurgiques;
- Unification de la nomenclature des produits métallurgiques : produits sidérurgiques ;
- Cahier des charges pour la fourniture des barres, blooms, billettes et largets en acier au carbone autres que les aciers à outils (produits d’approvisionnement courant) ;
- Cahier des charges pour la fourniture de barres en acier au carbone autres que les aciers à outils (produits livrés après traitement thermique définitif) ;
- Cahier des charges pour la fourniture de barres, blooms, billettes et largets en acier au carbone autres que les aciers à outils (produits destinés à subir un traitement thermique définitif après livraison) ;
- Cahier des charges pour la fourniture de barres, blooms, billettes et largets en acier à faible teneur en carbone pour cémentation;
- Cahier des charges pour la fourniture de barres, blooms, billettes et largets en acier au carbone non trempant;
- Standardisation de la Boulonnerie, de la Visserie et des pièces s’y rattachant;
- Standardisation des arbres de transmission ;
- Standardisation des rainures à T pour tables et accessoires de machines;
- Standardisation des aciers à outils de mécanique générale;
- Standardisation des emmanchements cylindriques d’outillage ;
- Standardisation des rails.
- Ces fascicules sont en vente à l’Imprimerie nationale (Bureau des Ventes), 87, rue Vieille-du-Temple, Paris, 3e.
- (1) Pour les premières unifications définitives voir le Bulletin mars-avril 1920, p. 241.
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- ACTIVITÉ DE L'ASSOCIATION INTERNATIONALE DES CHEMINS DE FER DEPUIS 1914(1)
- COMMISSION PERMANENTE
- Compte rendu de la réunion du 20 mars 1920.
- La Commission permanente de l’Association internationale des chemins de fer s’est réunie à Bruxelles, le 20 mars dernier, sous la présidence de M. Y. Tondelier, administrateur-président du Comité de direction des Chemins de fer de l’Etat belge.
- M. L. Weissenbruch, secrétaire général, donne lecture d’un rapport sur l’activité de l’Association depuis le mois d’août 1914 et sur les mesures prises en vue de sauvegarder son avenir dans les circonstances difficiles qu’elle a traversées.
- Dans les premiers jours de l’occupation de Bruxelles, le personnel du Secrétariat du Congrès acheva le numéro de septembre du Bulletin, mais l’envoi par la poste du numéro d’août fut arrêté par les Allemands.
- Les exemplaires qui subsistaient de ces deux numéros ont été envoyés en 1919 aux adhérents, à titre de souvenir.
- A partir du mois d’octobre 1914, les mesures prises par les Allemands en Belgique paralysèrent l’activité de l’Association.
- Le Secrétaire général, qui s’était d’abord rendu en Hollande, y reçut cependant de nombreuses marques de sympathie des membres des pays alliés et neutres, spécialement de M. W. F. Allen, secrétaire général de F « American Railway Association ». M. Allen lui demanda des détails sur l’agression de l’Allemagne et sur les atrocités commises en Belgique par les Allemands. M. Weissenbruch les lui envoya et M. Allen les porta à la connaissance du monde des chemins de fer des États Unis. Par M. Franklin Lane, secrétaire de l’Intérieur et membre de F « American Railway Guild », qui avait été délégué du Gouvernement américain à la sesssion de Berne, ils furent aussi communiqués au président Wilson.
- Dès avril 1915, le Secrétaire général, qui résidait alors en Angleterre, d’accord avec MM. Griolet, Behrens, Colson et Evelyn Cecil, se préoccupa d’assurer l’avenir de l’Association internationale.
- On chercha à obtenir qu’une clause fût insérée dans le traité de paix pour régler la situation des sociétés internationales scientifiques et particulièrement celle de l’Association du Congrès. .
- La Conférence de la Paix ayant décidé de ne pas s’occuper des associations scientifiques, le Ministre des Affaires étrangères de Belgique suggéra l’idée d’intéresser au sort de l’Association du Congrès la Commission créée au sein de la Conférence delà Paix pour traiter les questions concernant le régime international des chemins de fer, des fleuves et des ports. Mais il fut reconnu que cette commission ne pourrait donner au Congrès
- (1) Voir le Bulletin de septembre-octobre 1919, p. 233.
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- CHEMINS DE FER. — JUILLET-AOUT 1920.
- qu’un témoignage de sympathie et non faire des propositions sur sa situation, puisque le Congrès ne gérait aucun service international.
- Entre temps, l'Association du Congrès, qui comprenait parmi ses membres des administrations des pays centraux, fut mise sous séquestre en vertu de la loi belge du 10 novembre 1918 et fut dissoute par ordre du séquestre, afin d’arriver à la liquidation de son avoir.
- Cette situation fut portée à la connaissance des membres de la Commission permanente. La Commission donna au Bureau les pouvoirs nécessaires pour agir d’accord avec les membres du Comité et il fut proposé à toutes les administrations qui étaient membres effectifs de l’Association, de reconstituer celle-ci sur les mêmes bases qu’auparavant, sous le nom d’ « Association internationale des Chemins de fer », en n’y comprenant que les pays de l’Entente et les pays neutres et en ajoutant aux statuts un article 3 bis. Cet article porte que la Commission permanente détermine, par un vote écrit, à la majorité des trois quarts des voix de tous ses membres, les pays nouveaux auxquels s’étendra l’Association.
- Aucune objection ne fut faite, dans le délai fixé, par les administrations consultées, aux mesures proposées; le séquestre s’était chargé de représenter les administrations appartenant aux pays ennemis. Sauf celles-ci, toutes les administrations faisant partie de l’ancienne Association furent donc inscrites sur la liste des membres de la nouvelle association.
- Le 8 août 1919, une part de l’avoir proportionnelle à la participation des administrations des chemins de fer des pays ennemis fut remise au séquestre. La part correspondant à la contribution des administrations de chemins de fer de Russie fut déposée à la Société générale de Belgique en attendant la fin des événements qui se déroulent dans ce pays.
- Par suite de la guerre et pendant toute la durée de l’occupation allemande, le trésorier de l’Association, resté en Belgique, s'est trouvé dans l’impossibilité d’encaisser les subsides et les cotisations. Mais le Secrétaire général, qui était en 1913 en Hollande et qui fut envoyé ensuite au Havre, puis en Angleterre, fut saisi par le Gouvernement belge d’une demande d’un gouvernement adhérent de pouvoir payer la contribution prévue dans son budget. Le Secrétaire général fut ainsi conduit à mettre en recouvrement les contributions des gouvernements et des chemins de fer pour 1913-1916, après s’être toutefois mis d’accord au préalable avec les membres du Comité, résidant en dehors de la Belgique occupée.
- Il va de soi que rien ne fut réclamé aux administrations des pays ennemis; tout naturellement aussi, aucune demande n’a été faite aux chemins de fer de la Belgique, de la Serbie, du Luxembourg et de la partie de la France occupée, qui n’étaient plus en possession de leurs lignes.
- Le rapport signale enfin les dispositions prises pour la conservation des fonds qui se trouvaient en Belgique et donne des détails sur le placement des sommes encaissées à l’étranger pendant la guerre et rentrées depuis lors.
- Après avoir entendu la lecture de cet exposé, M. R. Winkler, directeur technique du Département fédéral suisse des Postes et des Chemins de fer, s’est fait l’interprète de ses collègues pour remercier le Secrétaire général de l’activité dont il a fait preuve pendant la guerre et depuis l’armistice, ainsi que de toutes les mesures dont il a pris l’initiative.
- M. le Secrétaire général signale que, par arrêté royal du lo septembre 1919, le Gouvernement belge a maintenu son adhésion et a transféré à la nouvelle Association les avantages accordés à sa devancière.
- Les gouvernements des pays auxquels s’étend l’Association ont été avisés par la voie diplomatique de sa reconstitution et ont également maintenu leur adhésion.
- L’un des membres français, M. Colson, vice-président dé la Section des Travaux
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- l’association internationale des chemins de FER DEPUIS 1914. 495
- publics au Conseil d’État, propose d’étendre l’Association à l’État polonais et à l’Etat tchéco-slovaque.
- Il est procédé ensuite au remplacement des membres décédés ou démissionnaires.
- La Commission permanente prend connaissance d’une communication de M. De Corne, administrateur général des Chemins de fer de l’État italien, disant que, si la proposition en est faite, l’Italie sera heureuse de recevoir l’Association à Rome dans le courant du deuxième semestre de 1921.
- La Commission ayant reconnu qu’il serait difficile d’être prêt pour cette époque, décide que la prochaine session s’ouvrira à Rome la semaine après Pâques, c’est-à-dire le 18 avril 1922.
- Elle aborde ensuite l’examen des questions à discuter et elle se rallie à l’avis du Comité de Direction d’adopter l’ancien questionnaire de la neuvième session qui n’a rien perdu de son intérêt.
- Ce questionnaire comprendra, comme celui de la session de Milan en 1887 le projet des statuts définitifs de la nouvelle Association.
- La liste des rapporteurs qui se sont déclarés prêts à conserver leurs fonctions et de ceux qui restent à désigner est ratifiée par la Commission.
- M. le Président dépose le compte des recettes et des dépenses pour les exercices du 15 avril 1914 au 1er août 1919, date de la dissolution de l’Association internationale du Congrès des chemins de fer.
- En vue de perpétuer la mémoire de son ancien président, la Commission permanente a institué un prix triennal « Arthur Dubois », d’une valeur de 1000 f, en faveur de jeunes ingénieurs de nationalité belge. Le règlement adopté pour l’attribution de ce prix a été publié dans le numéro d'avril 1920 du Bulletin de l’Association.
- Le Secrétaire général donne connaissance des mouvements qui se sont produits dans les adhésions depuis la constitution de la nouvelle Association. Celle-ci se compose actuellement de 275 administrations dont le développement des lignes est de 394 389 km.
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- UNE LANGUE AUXILIAIRE INTERNATIONALE : L’ESPERANTO(1)
- M. le Président, Mesdames, Messieurs.
- Je suis un peu effrayé des paroles trop bienveillantes, beaucoup trop bienveillantes, que m’a adressées notre cher et aimé Président. Et je crains fort que vous me trouviez bien inférieur à ce que, d’après ses paroles, vous pouvez attendre de moi.
- En général, ce qu’on demande à un orateur, même lorsqu’il est professeur, c’est de distraire, d’amuser, et éventuellement d’instruire son auditoire. Certes, je tâcherai de ne pas vous imposer trop d’ennui : je voudrais même, vous apprendre quelque chose, si peu que ce soit. Mais ce n’est pas là mon but. Je veux, non pas vous intéresser, mais vous convaincre, faire passer dans votre esprit un peu de la conviction ardente qui m’anime.
- Oui, vraiment, j’ai une ambition très haute : je voudrais qu’au sortir de cette salle, quelques personnes, quatre, cinq, six, peut-être davantage, pussent se dire fermement, résolument, que nul progrès, dans la vieille et douloureuse histoire de l’humanité, ne sera comparable à l’institution d’une langue internationale, universelle, et qu’aux savants de France, de notre chère France, qui a déjà donné le système métrique au monde, revient l’honneur d’être les propagateurs, les apôtres de cette transformation féconde.
- Dans toute autre réunion que celle-ci, parler d’une langue internationale, synthétiquement construite et artificielle, ce serait aller au-devant du scepticisme universel? Mais je sais à qui je parle, à des savants, à des Français qui aiment d’un commun amour la science et la France, qui ont le souci de la chose publique et qui savent que les intérêts individuels se confondent le plus souvent avec les intérêts généraux.
- Surtout je sais que vous n’avez pas cet état d’âme désastreux, misérable, qui fait tout d’abord repousser une idée nouvelle, parce qu’elle est nouvelle. Cette néophobie, vous la rejetez tous, n’est-il pas vrai? Vous n’êtes pas obnubilés par une crainte de l’avenir qui s’allie à la méconnaissance de l’avenir, qui nous enlize dans les vieilles routines; vous n’êtes pas assez aveugles pour
- (1) Conférence faite en séance publique le 13 mars 1920. Voir le compte rendu de cette séance dans le Bulletin de mars-avril 1920, p. 250.
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- UNE LANGUE AUXILIAIRE INTERNATIONALE : L’ESPERANTO.
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- ne pas voir le mouvement rapide qui nous entraîne vers d’autres destinées. Non, je le sais, ce n’est pas à des ingénieurs, des industriels, des chimistes que la stagnation et l’immobilité peuvent être représentées comme un idéal à atteindre.
- Or l’idée d’une langue internationale est une de ces conceptions devant lesquelles les ignorants, les sceptiques, les superficiels, se mettent tout de suite à rire. Quelle source inépuisable de bonnes plaisanteries! On a beau jeu de railler ce qui est nouveau. Mais ces sarcasmes ne sont pas pour nous effarer. De tout temps, chaque progrès a été conspué, raillé, vilijpendé. Et pour me rassurer je n’ai qu’un mot à vous dire.
- Chaque fois qu’on a consenti à examiner librement, pendant un temps même très court, une heure ou deux à peine, la question de l’esperanto, langue auxiliaire internationale, on a été convaincu de son excellence. Il n’y a pas un seul exemple de quelque homme instruit et raisonnable, qui, après une étude, même sommaire, n’a pas eu de l’enthousiasme pour ce progrès.
- Chez beaucoup d’esperantistes la conviction s’est faite si puissante, si énergique, qu’ils sont devenus de véritables apôtres. Et c’est pourquoi, malgré les obstacles renaissants, malgré les railleries, les injures, l’esperanto s’est si intensivement répandu qu’il est devenu une véritable puissance.
- D’ailleurs, pour le combattre, les amis de la routine n’ont rien trouvé de mieux que de lui «supposer de fantastiques prétentions.
- Jamais aucun de nous n’a eu le chimérique dessein de vouloir remplacer une langue vivante, maternelle, par l’esperanto. D’abord, parce que ce serait grand dommage. Les langues naturelles ont leurs beautés incomparables. Le langage est tellement adéquat à la pensée, qu’on ne peut guère séparer de son style la conception d’un maître. Ce serait une criminelle folie que de vouloir remplacer le parler de Racine, de Hugo, de Voltaire, par une langue nouvelle. Qu’il s’agisse de Tacite, de Cervantes ou de Shakespeare, l’œuvre doit rester ce qu’elle est, avec la forme admirable que lui ont donnée Tacite, Cervantes ou Shakespeare. Et la forme indique la pensée.
- Et d’ailleurs ce serait impossible. On ne fait pas disparaître une langue parlée par quelques millions d’hommes. Est-ce que la Pologne a cessé d’être polonaise parce qu’elle a été martyrisée par trois grands empires? N’assistons-nous pas à sa merveilleuse résurrection? Les conquêtes militaires ou civiles sont impuissantes à expulser une langue. Les décrets, les gendarmes, les instituteurs n’y peuvent rien. La langue basque n’a pas été étouffée par les langues fran çaise et espagnole, si puissantes cependant, qui T encerclaient. On parle encore le gaélique en Cornouailles, le finnois en Finlande, le sicilien en Sicile, le breton en Bretagne.
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- L’ESPERANTO. — .JUILLET-AOUT 1920.
- Jamais, au grand jamais, ni Zamenhof, l’inventeur de l’esperanto, ni les plus obstinés apôtres de l’esperanto, n’ont supposé qu’on parlerait couramment et comme langue unique la même langue artificielle à Paris, à New-York, à Calcutta, à Londres, à Rome; et il est d’une insigne mauvaise foi de les accuser de cette bêtise.
- Il s’agit seulement de juxtaposer à la langue maternelle (qui doit rester, et qui restera notre bien le plus cher) une langue auxiliaire, laquelle, à côté de la langue maternelle, et sans la supplanter, servira d’intermédiaire entre les étrangers et nous.
- Or, pour que cette langue auxiliaire puisse être adoptée, il faut qu’elle soit logique et facile.
- Sa rigoureuse logique, sa prodigieuse facilité, je vous les dirai tout à l’heure. Mais d’abord, il faut répondre à une grave accusation qu’on porte contre l’esperanto. On l’accuse d’être une œuvre antipatriotique, antifrançaise, antinationale.
- Ceux qui formulent cette critique n’ont pas pris la peine de réfléchir. Car s’ils avaient étudié la question, ils eussent compris que vulgariser l’espe-ranto, langue latine, très latine, plus proche du latin que toute langue parlée, c’est le seul moyen de ne pas voirie monde envahi par d’autres langues qui sont beaucoup plus loin de la langue française.*
- Il ne faut pas se mettre un bandeau devant les yeux, et ne pas vouloir voir la vérité parce que la vérité est désagréable à voir.
- L’expansion de la langue française est impossible, parce que les populations de langue française n’augmentent pas aussi vite que les populations de langue anglaise, de langue slave, de langue espagnole, de langue allemande.
- Voici des chiffres, exacts à quelques millions près :
- Dans le monde civilisé, il y a actuellement (en millions d’hommes).
- 17a. . . . millions d’hommes . parlant anglais
- 160. . . . — — slave
- 60. . . . — — allemand
- 60. . . . 50. . . . — — espagnol — français
- 100. . . — — d’autres langues.
- Et je ne compte pas, bien entendu, les peuples de l’immense Asie; car alors nous trouverions 650 millions d’Asiatiques, ce qui réduit à 1 sur 30 environ, — une minorité très faible — la proportion des populations de langue française.
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- UNE LANGUE AUXILIAIRE INTERNATIONALE : L’ESPERANTO.
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- On reconnaît cela, car c’est l’évidence même; mais on répond en disant (ce qui est énormément absurde) que le parler populaire ne compte pas, qu’il s agit des milieux cultivés, des salons, des académies, des assemblées, que le français est parlé dans les salons et les académies et que, vouloir le remplacer par une autre langue, c’est combattre l’influence française.
- Eh bien! Non ! Et non! Et mille fois non! Ni dans les salons, ni dans les académies, ni dans les assemblées de l’Europe on ne parle le français. Si l’on excepte quelques habiles grammairiens, quelques élégantes et aventureuses dames cosmopolites, quelques richissimes touristes, quelques savants éclairés, on ne parle le français qu’en France. Il faut n’avoir jamais quitté la Butte Montmartre ou la Gannebière, pour s’imaginer qu’à Londres, à New-York, à Calcutta, à Tokyo, on n’est pas absolument dépaysé si on ne sait que le français. Certes, dans les pays de langue latine, à Bucarest, à Rome, à Madrid, à Rio-de-Janeiro, en des milieux très cultivés, on rencontrera par-ci par-là des femmes distinguées et des professeurs instruits qui s’exprimeront fort bien en français. Mais s’il en est ainsi, c’est précisément parce qu’il s’agit de pays latins. Or c’est à rendre le néolatin — qui est l’esperanto — la langue auxiliaire internationale universelle, que nous voulons arriver.
- Personne peut-être plus que moi, — j’ai cette prétention — n’a grand amour pour notre chère langue française, si fine, si élégante, si claire surtout; cette langue, dont les plus grands esprits se sont si victorieusement servis, la langue de Racine et de Victor Hugo, de Chateaubriand et de Michelet, de Voltaire et de Lavoisier. Gardons-la précieusement, jalousement, mais n’espérons pas que l’humanité civilisée la parlera. Les illusions optimistes font autant de mal que le pessimisme aveugle. L’optimisme des ignorants et des imprévoyants les conduit aux abîmes.
- Si le français est parlé dans les salons, ce n’est pas parce qu’il est utile au commerce et à l’industrie; c’est parce qu’il y a en langue française des chefs-d’œuvre qui, pour être bien appréciés, doivent être lus dans le texte original. On apprend le français comme on apprend le latin, parce que la langue est belle et que les chefs-d’œuvre abondent. On Rapprendra tout aussi bien quand on aura au bout de trois mois appris l’esperanto. Et même, on Rapprendra plus facilement et plus rapidement, parce que la meilleure initiation à la langue française, c’est de bien parler la langue latine.
- Il fut un temps où le français était la langue diplomatique. Hélas! il n'en est plus question aujourd’hui. À Paris, à Paris même, en 1919, alors que nous étions les vainqueurs) alors que le président du Congrès de la Paix était un Français, alors que l’autorité morale et matérielle de la France était prépondérante, il était parlé anglais, toujours anglais. Ni M. Lloyd George, ni M. Wilson ne comprenaient le français. Le traité de paix a été rédigé en
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- anglais et en français, et même la traduction a été si imparfaite, qu’il y a de graves divergences dans les deux textes (1).
- Nous n’avons donc même plus ce misérable reliquat de notre domination linguistique : le français, langue diplomatique. Il faut se résigner. On ne fait pas remonter les fleuves à leur source; on ne lutte pas contre une évolution fatale. On n’empêchera pas que sur cent journaux quotidiens, il n’y en a qu’un seul imprimé en langue française (et encore). Vous savez sans doute qu’en Amérique, il y a presque autant de journaux quotidiens que dans toute l’Europe. Nous sommes submergés parune marée montante et rien ne pourra l’arrêter que l’adoption d’une langue auxiliaire. La langue anglaise fait de tels progrès que, si une langue naturelle devait être employée par l’universalité des hommes, ce serait la langue anglaise.
- Mais rassurez-vous tout de suite : on n'emploiera pas la langue anglaise.
- Le sentiment national va en croissant chaque jour; aucun peuple n’abandonnera sa langue et ne consentira à adopter la langue d’un autre peuple, même comme langue auxiliaire.
- Et cela pour plusieurs raisons. La première, c’est qu’il faudrait un assentiment général, et les jalousies internationales, assez légitimes peut-être, ne permettraient pas à tel ou tel groupement humain de prendre cette énorme supériorité.
- Mais une autre raison est plus forte encore, et domine tout. Les langues naturelles sont difficiles, extrêmement difficiles. Elles sont hérissées d’exceptions qui en font le charme peut-être, mais dont la complication et les irrégu-4 larités, innombrables, effrayantes, s’opposent énergiquement à toute diffusion.
- Voyez par exemple, pour ne prendre qu’un seul exemple, le verbe être. Dans toutes les langues il y a un mot spécial pour chaque temps. C’est tout un vocabulaire à apprendre. Trente mots différents pour un seul verbe! Quel effort de mémoire ! Il en est de même du verbe avoir.
- Aucune de ces langues n’est phonétique : la langue anglaise est par excellence antiphonétique, de telle sorte qu’on peut très bien savoir l’anglais écrit et ne pas comprendre un traître mot d’un discours fait par un Anglais. Les fantaisies du phonétisme, de la grammaire et de l’orthographe y sont prodigieuses. Il faut deux ans de patientes études, à un Français instruit et laborieux, pour parler couramment et correctement l’anglais; il faut deux ans de non moins patientes études à un Anglais instruit et laborieux pour parler correctement le français.
- (1) Voir à ce sujet la brochure Kontraklo de la Ligo de Nacioj, qui met en regard la traduction fidèle en espéranto des deux textes anglais et français du Pacte de la Société des Nations.
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- Voici donc les premières propositions fondamentales que je voulais établir, et qui me paraissent d’une éblouissante évidence.
- 4° Jamais une nation ne consentira à perdre sa langue maternelle et à adopter un autre langage. Donc, il ne peut être question que d’une langue auxiliaire.
- 2° Cette langue auxiliaire ne peut pas être une langue nationale, car, par intérêt, par amour-propre et surtout à cause des difficultés énormes inhérentes à toute langue naturelle, elle ne pourra réussir à se généraliser.
- 3° Si cette généralisation d’une langue naturelle était possible, ce serait l’anglais qui deviendrait la langue auxiliaire internationale, et non le français.
- 4° Donc, nous devons faire un énorme effort, dans l’intérêt même de la langue et de la patrie françaises, pour qu’une langue latine soit adoptée par toutes les nations.
- Eh bien! cette langue latine, nous l’avons. Elle a fait déjà de merveilleux progrès. Elle peut, si nous le voulons, se répandre dans le monde, conquérir le monde. Et alors, au lieu d’être au détriment du français, ce sera pour le grand bénéfice du français.
- Mais, dira-t-on, est-il besoin d’une langue auxiliaire internationale? Après tout, l’humanité s’en est passée jusqu’à présent. Pourquoi vouloir changer les choses et tenter un effort qui a été jusqu’ici considéré comme inutile?
- Nous allons faire comme parfois les mathématiciens dans leurs démonstrations; nous supposerons le problème résolu.
- Imaginons donc que tout individu de toute nation parlera deux langues : sa langue maternelle d’abord, sa belle langue maternelle, celle qu’il a entendue dès son berceau au foyer familial, celle qu’ont parlée ses ancêtres; mais supposons qu’à côté de cette langue maternelle, il en pourra parler, et même écrire, une autre, facile, souple, qui lui permettra d’être partout compris et de comprendre partout. Il n’aura plus besoin d’employer deux ans, trois ans, à l’étude ardue et fastidieuse des langues étrangères qu’il ne pourra jamais bien connaître; car, ce temps maudit, consacré à d’insupportables études, il pourra l’accorder à sa propre langue qu’il connaîtra mieux, dont il pourra mieux savourer les nuances, les finesses. Il ne perdra plus son temps à ces tumultueuses classes d’anglais, d’allemand dans les collèges, qui ne sont remarquables que par la dissipation et l’inattention des élèves.
- On passera moins de temps à s’initier aux langues étrangères, mais pourtant on sera compris par tous les étrangers, et on les comprendra tous. Un homme sorti de son pays ne sera plus nulle part un dépaysé, un déraciné; il pourra voyager sans avoir besoin d’un interprète. S’il assiste à une réunion internationale, il n’aura pas besoin qu’on lui fasse péniblement, imparfaite-
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- ment, longuement, la traduction de ce qui vient d’être dit. Il aura à sa disposition tous les livres étrangers classiques, de science ou de littérature, et il pourra les consulter et les lire, car tout ce qui aura quelque importance sera immédiatement traduit dans la langue internationale. En chaque grande ville, il y aura, à côté du journal écrit dans la langue maternelle, un journal écrit dans la langue internationale; les relations des chemins de fer, des messageries maritimes, des postes; les correspondances de commerce et d’industrie se feront par cette langue. Actuellement, on consacre deux ou trois ans à baragouiner une langue étrangère et quatre ou six ans à en baragouiner deux? C’est du temps perdu, ce temps si parcimonieusement dévolu à l’enseignement des sciences indispensables.
- Et cependant, aujourd’hui, par suite de la croissante multiplicité des langues étrangères qu’il faut connaître, un savant, qu’il soit chimiste ou historien, doit savoir au moins deux langues étrangères. Est-il possible de connaître quelque chose aux sciences, si l’on ne sait pas l’anglais, l’allemand, l’italien, le français?
- Supposons un instant que les peuples civilisés n’aient pas adopté la numération arabe pour les nombres, et voyons quel serait le bafouillage où il faudrait errer. La pagination d’un livre, le décompte d’une monnaie, l’appréciation d’un budget, la mesure d’une distance ou d’un poids! On ne comprendrait plus rien à rien, ou plutôt, il faudrait s’initier à sept ou huit numérations différentes, difficiles, embrouillées. Un de mes amis m’avouait récemment qu’il lisait difficilement les nombres écrits en chiffres romains; que serait-ce s’il fallait s’initier à huit numérations toutes différentes?
- Est-ce que le système métrique n’est pas une langue internationale merveilleuse, incomparable, créée par le génie français? Qui de nous ne s’est indigné des ridicules mesures anglaises qui rendent la lecture de maints livres scientifiques anglais impénétrable. Heureusement les Anglais y renoncent de plus en plus, car ils comprennent que cette numération est à leur grand détriment.
- De même, c’est à notre grand détriment à tous qu’il n’y a pas de langue internationale. La science est, par définition, presque internationale. Que seraient l’électricité si nous n’avions pas eu Volta, Faraday, Hertz; la chimie sans Dalton, Berzelius ; la physique sans Newton, Galilée, Helmholtz? Je n’insiste pas, cette démonstration serait d’une banalité misérable, et cependant, il s’ensuit de cette banalité que, s’il existait pour les livres de science une langue unique, la science ferait de rapides progrès par suite d’une plus rapide, plus facile et plus complète diffusion dans l’univers, de toutes les conquêtes faites en un point quelconque de l’univers.
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- Nous devons nous considérer comme un gigantesque organisme, unique, dont toutes les parties, tous les membres de l’humanité sont solidaires, Membra sumus corporis magni, disait déjà Sénèque. Il serait insensé de prétendre nous suffire à nous-mêmes. Unis, nous sommes tout-puissants. Divisés, isolés, séparés par cette douloureuse diversité de nos langues, nous ne pouvons rien.
- Et ce qui est vrai de la science, est plus vrai encore, si possible, de l’industrie, du commerce. Pour entrer en relations avec les étrangers, il faut d’abord parler leur langue. Si un progrès est réalisé en un point quelconque du monde, pour la construction d’un pont, d’un chemin de fer, d’une turbine, il n’est pas permis de ne connaître un progrès que six mois, ou un an, ou deux ans après que ce progrès aura été obtenu. Si donc, il vous fallait attendre six mois, un an ou deux ans, et quelquefois davantage, pour que la traduction ait été faite de ce mémoire étranger, vous seriez cruellement en retard sur vos concurrents. Or ils sont nombreux, actifs, avides. Vous n’avez pas le droit de n’enregistrer un progrès qu’après deux années entières révolues, et de ne perfectionner votre outillage et vos méthodes qu’après un long et irréparable retard.
- Plus que la science et l’industrie, le commerce a besoin de relations internationales, rapides et étendues. Si nous voulons développer notre exportation — et je ne crois pas qu’il puisse y avoir de dissentiment à ce sujet, — il faut préparer des prospectus, des annonces, des lettres, envoyer des circulaires, des programmes. Quelle dépense formidable et inutile que de les faire en diverses langues; car il ne faudrait pas se contenter de l’allemand et de l’anglais et de l’italien. Il faudrait encore, pour pénétrer dans les moindres pays, écrire en danois, en flamand, en espagnol, en polonais, en hongrois, en tchèque. Cacophonie exécrable! Labeur stérile! Dépense énorme! Récemment, M. Arcli-deacon évaluait à un millier le nombre des langues parlées et écrites. La Bible a été traduite en plus d’un millier de langues. Je sais bien qu’il n’y en a guère qu’une trentaine qui méritent d’être retenues comme étant parlées par plus de dix millions d’hommes, mais nous avons tout intérêt, nous, Français, à ce que nos produits de commerce et d’industrie trouvent une rapide extension dans le monde.
- Et puis, quelque intérêt que j’attache à la prépondérance de notre industrie, il y a le progrès mondial, humain, qui ne m’est pas moins cher. Probablement, nul progrès aussi puissant, aussi fécond, ne serait réalisé que celui d’une langue unique, répandue dans le monde, établissant notre solidarité humaine, cette solidarité qui est notre idéal, et un idéal que des guerres
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- insensées et fratricides, puissantes en deuils et en douleurs, ne parviennent à obscurcir que d’un voile passager.
- Mais cette collaboration active de tous les hommes est-elle possible? Est-ce un rêve, une chimère, une utopie, une fantaisie de poète et de philanthrope?
- Car beaucoup de personnes qui se croient raisonnables font une objection redoutable, et disent, oui, ce serait très beau, mais c’est impossible. Et, cherchant pour quelle raison, elles disent : c’est impossible, je n’en trouve pas d’autre que celle-ci, que je vous livre. « Les hommes ont toujours parlé des langues différentes; donc ils ne pourront jamais parler que des langues différentes. » Et puis on rit, on secoue la tête et on passe. C’est vraiment tout. Le seul raisonnement qu’on nous oppose, c’est celui-ci qui est à la portée des plus humbles intelligences : Cela n’a jamais été, donc cela ne sera jamais.
- C’est l’argument qu’on m’opposait, — et on me permettra de le rappeler dans cette salle où, il y a quelques jours on vous parlait si brillamment des progrès de l’aviation — c’est l’argument qu’on m’opposait, quand en 1891, je lançais les premiers aéroplanes. Oui! je croyais aux machines volantes, et j’étais seul, vraiment seul, avec mon ami Tatin, avec le colonel Renard, à y croire.
- Nous étions seuls, absolument seuls. Une caricature me représente avec une machine aérienne volante à la main (1896) et on croyait m’avoir enfoui sous le ridicule ! !
- Le nouveau est l’objection que tous les progrès ont toujours eu à combattre. Mais cette objection ne m’a jamais effrayé et j’ai défendu l’aviation.
- Quand j’ai combattu pour la sérothérapie, j’ai eu bien d’autres combats à soutenir.
- Hélas oui! je sais que la majorité des hommes, non pas, Messieurs, ceux qui sont dans cette salle, mais les autres, ceux qui passent dans la rue, qui encombrent les assemblées et les théâtres, les salons et les cabarets, sont impuissants à comprendre l’avenir.
- Mais cette objection faite par les simples d’esprit est très grave. Il est commode de sourire dédaigneusement et de dire : c’est impossible. On est dispensé de toute discussion, de tout argument, de tout raisonnement.
- Je ne vous ferai pas l’injure de supposer que vous vous contenteriez d’un dédaigneux sourire, et je vais vous prouver que non seulement cette langue internationale est chose possible, mais encore que c’est chose facile, et même (avec preuves à l’appui) que c’est déjà chose à demi faite.
- Tout d’abord, un peuple entier peut parler couramment deux langues qui sont toutes deux pour lui des langues maternelles.
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- Les exemples sont nombreux. En France, il y a des Basques, des Bretons, des Flamands, des Provençaux, qui tous parlent le français. Car, si, sous le chaume, ils parlaient basque, flamand ou provençal, ils ont appris le français à l’école primaire et au régiment. Ils parlent très bien le français et en comprennent toutes les nuances, mais, quand ils sont entre eux, ils parlent basque, breton, flamand ou provençal.
- En outre, même en France, c’est-à-dire dans un pays où l’unification linguistique est, plus qu’ailleurs, parfaite, il est maintes régions où se parle un vrai patois, dans le Nord, les Pyrénées, le Limousin, la Lorraine, les Cévennes. Ces patois ne diffèrent guère moins du français que l’esperanto n’en diffère.
- En dehors de France, en Italie, le sicilien, le vénitien sont des langues très distinctement séparées de l’idiome classique. Et en Espagne! Et en Finlande! Les Finnois parlent suédois et finnois. Beaucoup de Belges, même dans les classes populaires, parlent à la fois le français et le néerlandais, comme beaucoup de Suisses, le français et l’allemand.
- Donc les faits sont là, incontestables; on peut parler deux langues.
- Que sera-ce alors si, au lieu d’une langue difficile, compliquée, il s’agit d’une langue extrêmement facile et simple?
- Et voici où je veux en venir, et c’est là le point fondamental de toute ma discussion, c’est que l’esperanto est très facile, d’une facilité déconcertante, extraordinaire, absurdement facile, disait M. Kent à la Chambre de Commerce anglaise.
- En une heure on en connaît toute la grammaire.
- En trois jours on en connaît le vocabulaire.
- En trois mois, on peut la parler couramment.
- L’esperanto est dû au génie d’un médecin polonais, le Dr Louis Zamenhof, qui a consacré toute sa vie à la création et à la diffusion de cette langue artificielle et qui est mort tristement, le 14 avril 1917, à Varsovie, pendant l’occupation allemande.
- Fils d’un modeste et érudit professeur de langues de cette ville, il fut dès son enfance hanté du désir de trouver une langue artificielle commune qui, employée comme langue seconde à côté des langues maternelles, permettrait aux hommes de toutes nationalités de se comprendre entre eux et d’écarter ainsi les principales causes de discordes qui peuvent les diviser (1).
- Aidé d’un petit groupe d’amis qui s’exerçaient à parler et à perfectionner la nouvelle création, il étudia, en secret, pendant plus de douze années, la
- (1) Voir la brochure Lelero pri la deveno de Espéranto (traduction d’une lettre du Dr Zamenhof à M. Borovko).
- Tome 132. — 2e semestre. — Juillet-Août 1920.
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- formation d’une langue artificielle susceptible d’être facilement comprise par les hommes de tous les pays et échappant aux critiques qui avaient fait échouer l’adoption des autres langues artificielles proposées jusque-là.
- Ce n’est qu’en 1887, après l’échec du volapuk qui, par suite de ses défauts, n’avait pu être l’objet que d’un engouement passager, qu’il se décide à faire connaître les bases fondamentales de sa nouvelle langue, dans un petit volume qui est resté célèbre (1) et que, pour ne pas compromettre ses intérêts professionnels, il signa du pseudonyme le Dr Espéranto, qui est devenu le nom de sa langue même.
- Cette langue artificielle est vraiment admirable, je voudrais bien pouvoir vous en parler avec quelques détails, mais je n’en ai pas le loisir, le temps me presse; cependant, j’ai le devoir de vous en indiquer les principes.
- Toute langue comporte trois éléments distincts : la grammaire, le vocabulaire, la prononciation.
- î. La Grammaire. — Celle de l’esperanto est d’une simplicité enfantine. Il riy a pas d'exception. Or, toutes les langues vivantes, naturelles, sont hérissées d’exceptions innombrables, cocasses, absurdes. Par exemple, dans toutes les langues, les conjugaisons du verbe être représentent près de cinquante mots qu’il faut apprendre. Sum, es, est, ero, eram, fui, essem... C’est tout un monde que le verbe être, en grec, en latin, en français, en italien, en allemand, en anglais.
- En espéranto, il n’y a pas de genre, on ne distingue pas le rat et la souris, le soleil et la lune, le livre et la livre, toutes folles assignations d’un sexe à des choses qui n’en ont pas.
- Tous les substantifs se terminent par o, tous les adjectifs par a, tous les infinitifs par i, tous les adverbes par e. Il y a un pluriel aj ou oj et un accusatif n.
- La vira : l’homme ;
- La viroj : les hommes;
- La virojn : les hommes (accusatif).
- Voilà toute la grammaire : n’avais-je pas raison de vous dire qu’on peut la savoir en une demi-heure?
- II. — Quant au vocabulaire, il est plus ingénieux encore: c’est, à vrai dire, du latin. Aucune langue vivante ne se rapproche du latin autant que le fait l’esperanto. Si l’esperanto était plus répandu, on pourrait l’appeler le latin de la démocratie.
- D’abord, beaucoup de mots latins sont conservés : sed, nunc, tamen, apud.
- (1) Diro Espéranto, Lingvo internacia, Antaüparolo kaj plena lernolibro por Rusoj, Varsovie 1887.
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- Ensuite, presque tout le vocabulaire pour les racines, est du latin à peine modifié, et par conséquent presque du français.
- Je me contenterai de vous citer deux phrases :
- Voici d’abord un vers de Virgile :
- Coelum non animurn mutant qui trans mare currunt.
- Cielon nek animon sangas kiuj trans la maro kuras.
- Et voici une phrase de La Bruyère,
- Le temps passe, et nous passons avec lui.
- La tempo pasas, kaj ni pasas kun gi.
- Pour quele vocabulaire soit plus facilement retenu, il a été fait un fréquent usage des suffixes :
- Juna : jeune; maljuna : vieux.
- Sana : sain; malsana : malade.
- Granda : grand; malgranda : petit.
- La lettre in indique le féminin :
- Cevalo : cheval; cevalino : jument.
- Palro : père; patrino : mère.
- Viro : homme; virino : femme.
- Le suffixe ist indique l’emploi, le métier :
- Laboro : le travail ; laboristo : le travailleur.
- Masino : la machine; maSinisto : le machiniste.
- Le suffixe ar indique le groupement :
- Arbo : arbre ; arbaro : la forêt.
- Dans les utiles petits manuels, d’un prix minime, qu’on va vous distribuer, vous trouverez les indications nécessaires, et vous verrez que tous les individus qui parlent une langue latine peuvent apprendre en trois jours tout le vocabulaire de l’esperanto.
- Cependant, ce n’est pas le parler encore; car le parler ne se donne que par l’usage; mais avec une heure ou deux par jour d’exercices de parole, en trois mois, et peut-être en moins de trois mois, on arrivera à le parler couramment.
- III. — Quant à la prononciation, elle est aussi d’une simplicité charmante, car l’esperanto est une langue rigoureusement, implacablement phonétique.
- Ne fût-c.e que par son antiphonétisme effrayant, la langue anglaise serait incapable de jamais devenir la langue universelle.
- Au contraire, l’esperanto se prononce toujours bien : il suffit de mettre l’accent sur l’avant-dernière syllabe, sans exception, toujours.
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- L’expérience a été faite. Des Anglais, des Chinois, des Japonais, des Hollandais, des Russes, des Espagnols, se sont compris sans peine. On a joué des pièces de théâtre, Le Médecin malgré lui, de Molière; Iphigénie en Tauride, de Gœthe, et, quoique les acteurs fussent de pays très différents, ils semblaient tous appartenir à la même nationalité, tant leur parler était uniforme.
- Il est vrai que cette langue algébrique, régulière, est peut-être un peu monotone, et qu’elle n’a pas la finesse, la délicatesse que présentent nos vieilles langues, maniées depuis plusieurs siècles par de grands penseurs et d’habiles artistes. Mais, vraiment, que nous importe? Avons-nous la prétention d’apporter une nouvelle langue littéraire? Il s’agit d’un moyen d’intercompréhension entre les hommes, non d’une nouvelle étape vers la poésie et la pensée.
- Se faire comprendre de tous les hommes! être compris de tous les hommes! quel plus noble idéal!
- Il semble que cela suffise à remplir d’espérance toute une vie.
- Et puis, si elle n’est pas aussi charmante et variée que le français, l’italien, le latin, elle est tout aussi sonore, puisque à l’entendre les Anglais, les Allemands croient entendre du français ou de l’italien. Langue harmonieuse, claire, d’une clarté limpide, féconde (car les mots composés y abondent) et surtout, surtout facile à comprendre, à apprendre, à parler, à écrire : c’est assez !
- Et maintenant, je vais vous prouver qu’il ne s’agit pas d’une théorie, mais d’un fait. Ce n’est pas une fantaisie ingénieuse qui est restée dans le domaine de la logique et du rêve. Non! non! et non! C’est une invention qui s’est déjà répandue dans le monde et qui a fait, avec une rapidité inouïe, des progrès éblouissants.
- Il y a 198 groupes espérantistes en Angleterre; il y en a plus de 1500 dans le monde. Il y a peut-être un million d’adhérents. Il y a peut-être cinquante mille personnes qui sont en état de parler couramment l’esperanto. Dans toutes les grandes villes, il se fait des cours nombreux d’esperanto. Et quant aux sociétés espérantistes, il en existe dans toutes les grandes villes : à Berlin, à Londres, à Paris, à Barcelone, à Leipzig, à Bruxelles, à Santiago-du-Chili, à Tokyo, à la Haye. Les congrès espérantistes ont réuni des milliers d’adhérents. Pour le congrès qui devait se tenir à Paris en août 1914, il y avait quatre mille personnes inscrites. Réfléchissez à ce que signifient ces chiffres.
- Toute une littérature s’est développée. Il y a peut-être une centaine de journaux espérantistes : la Scienca Gazeto pour les choses de la science; deux journaux pour la médecine; un journal pour la pharmacie, un journal pour les banquiers, un autre pour les artistes, un pour les francs-maçons, un pour les catholiques, un pour les étudiants, un pour les choses de la marine, un
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- pour les théosophes, un pour les pacifistes, peut-être une dizaine pour les commerçants divers. Et puis, dans chaque pays, il y a un journal espéran-tiste national : leur énumération serait trop longue pour être faite ici.
- Des annonces en espéranto dans les meilleurs journaux commerciaux d’Angleterre et d’Amérique occupent une place importante et qui va croissant chaque jour.
- Certes, nous désirons davantage, nous aurons davantage, mais enfin, on ne peut pas demander à un très jeune enfant d’avoir la robustesse d’un adulte. C’est assez qu’il ait donné la preuve qu’il existe, vigoureux, solide, bien conformé, croissant rapidement, prêt à la lutte et au triomphe.
- Maintenant, je vais répondre à la plus grave des objections. J’insiste, car c’est l’objection la plus forte qu’on puisse nous adresser.
- On dit : « à quoi sert l’esperanto? personne, ou presque personne ne le parle. (Vous avez vu que ce n’est pas exact. Qu’importe! poursuivons l’objection.) Si j’encombre ma mémoire avec cette langue nouvelle, quelque petit que soit l’effort, ce sera un effort inutile, puisque je serai seul ou presque seul à parler espéranto, et que, dans le cours de ma vie, je n’aurai peut-être pas deux fois l’occasion de m’en servir. »
- Voilà l’objection; elle paraît puissante, mais écoutez ceci.
- On a inventé le téléphone, cet étonnant appareil qui nous permet dans notre chambre de converser avec des centaines d’individus, dispersés dans le monde. Miracle, vrai miracle, qui se renouvelle chaque jour sans que nous y daignions faire attention.
- Soit! Mais enfin, cet appareil merveilleux, incomparable, ne signifie rien pour moi si je suis seul à posséder un téléphone. A quoi pourrait me servir ce bibelot de physique, coûteux et encombrant, si d’autres personnes n’étaient pas en même temps que moi, abonnées au téléphone. Son utilité dépend du nombre des individus qui s’en servent. Si je suis seul à avoir un téléphone, je serai un triple fou de m’y abonner.
- Il en est de même pour l’esperanto : c’est un instrument aussi merveilleux que le téléphone pour l’interchange humain, mais il n’acquiert de valeur que parce qu’il est parlé par d’autres hommes. Savoir l’esperanto si l’on est seul à le savoir, c’est un exercice amusant, mais c’est parfaitement inutile. Avoir un téléphone, si l’on est seul à en posséder un, c’est s’imposer un sacrifice stérile.
- Que faut-il en conclure? Qu’il faut détruire nos téléphones et jeter au feu les grammaires d’esperanto? Ce serait terriblement absurde. Propageons l’esperanto comme nous avons propagé le téléphone, et il nous rendra autant de services, davantage même. Le jour où, au lieu de 1 500 groupes espérantistes répandus dans le monde, il y en aura 3 000, alors, tout de suite, le nombre des
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- espérantistes croîtra; non en progression arithmétique, mais en progression géométrique. Et ce sera lin épanouissement de rintellectualité humaine dont nous ne pouvons, dans notre impuissance à pressentir les conséquences d’un progrès, mesurer la portée.
- Et vraiment, en terminant ce rapide et élémentaire exposé, je ne puis encore comprendre que tous ne se mettent pas à cette étude si singulièrement attachante et qui promet d’être si fructueuse.
- Un vers du vieux Malherbe me revient à l’esprit :
- Et les fruits passeront les promesses des fleurs.
- Iiaj la fruktoj superos la promesojn cle la floroj.
- Jusqu’à présent, l’humanité avait été divisée, donc impuissante. Le triomphe d’une langue auxiliaire internationale fera pour les hommes ce que l’invention de l’imprimerie a fait.
- Et devant ce progrès les objections que les sceptiques et les railleurs accumulent, ne sont que poussière.
- Résumons-les encore pour voir ce qu’elles valent.
- On dit : c’est une œuvre antifrançaise, alors qu’en réalité ce serait le triomphe d’une langue latine, sœur de la nôtre, et que l’emploi généralisé d’une langue vivante est radicalement impossible.
- On dit : cette langue n’est pas parfaite; il peut y en avoir d’autres; et alors à la remorque du trop fameux Ostwald, on a parlé de l’ido, ou de l’esperantido, pâle et informe copie de l’esperanto; mais ce malheureux ido, qui ne compte que quelques centaines d’adhérents, n’en parlez pas; il n’en vaut pas la peine ni comme perfection, ni comme autorité.
- On dit : attendez la formation d’une langue plus parfaite encore. Mais que penseriez-vous d’un médecin qui, ayant à soigner son malade, dirait : « J’ai un remède excellent qui va le sauver, mais j’aime mieux ne rien faire car, en étudiant encore, j’arriverai à imaginer une thérapeutique qui sera peut-être meilleure. » Il dit, il ne fait rien, et le malade meurt.
- On dit : chaque peuple parlera l’esperanto avec son accent spécial, de sorte qu'un espérantiste français ne pourra jamais être compris par un espéran-tiste anglais et réciproquement. Mais il y a là une erreur de fait, énorme, flagrante, démentie par les expériences de chaque jour.
- On dit : il y a déjà tant de sciences à apprendre, si nécessaires, si longues qu’on ne peut pas surcharger nos programmes et nos mémoires. Ce serait grande pitié que d’imposer à nos écoliers une étude de plus. Erreur, Messieurs, erreur inexplicable, raisonnement défectueux, car si l’esperanto devient la langue auxiliaire, il sera tout à fait inutile de nous ennuyer pendant de longues
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- UNE LANGUE AUXILIAIRE INTERNATIONALE : L’ESPERANTO.
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- années à l’infructueuse étude de l’allemand, de l’espagnol, de l’anglais, de l’italien. L’objection se retourne tout droit contre ceux qui la font, puisque, au lieu de consacrer cinq ans à l’étude de langues devenues inutiles, radicalement inutiles, on pourra, en trois mois, devenir un habile espérantiste, et, en un an, le parler aussi vite et aussi bien qu’on parle sa langue maternelle.
- On dit encore : cette langue est vilaine à cause de sa logique et de sa régularité, elle est dépourvue de tout agrément. Oui, cela est vrai, pour moi du moins, quoique pour beaucoup d’espérantistes, l’esperanto ait, paraît-il, un charme littéraire véritable. Mais, il ne s’agit pas ici d’une langue littéraire. A nous Français, le français nous suffit, comme aux Italiens la langue du Dante, aux Anglais, la langue de Shakespeare et de Dickens. Qu’importe à l’espe-ranto? C’est une langue harmonieuse, aussi harmonieuse que l’italien, aussi claire que le français, aussi souple que le grec. C’est une langue vraiment moderne qui s’adapte à toutes les exigences de la science, se moulant par une merveilleuse adaptation sur tous les progrès de l’industrie et du commerce, et qui va marcher de pair, par son internationalisme dominateur, avec la numération arabe et le système métrique, sans lesquels tout ne serait que confusion et anarchie.
- On dit enfin : personne ne parle l’esperanto. Mais n’est-ce rien que ces deux cent mille apôtres, disséminés dans le monde et résolus à faire triompher leur idée? Soyez sûrs qu’ils n’épargneront rien pour que leur propagande enthousiaste réussisse.
- Messieurs, vous avez une grande tâche à remplir, et un très petit effort à faire.
- Oui, un très petit effort car, en peu de jours, si vous voulez, vous serez devenus, vous aussi, des apôtres. Ayez le courage de ne pas fermer les yeux devant la lumière. Vous avez l’esprit scientifique, eh bien! c’est la première fois qu’une langue scientifique, c’est-à-dire facilement internationale, existe dans le monde. Ne laissez pas votre pensée s’obscurcir par la crainte du nouveau, ennemie de tout progrès. Si vous voulez faire un grand pas en avant, l’avènement d’une langue auxiliaire accessible à tous les hommes sera, depuis que la tour de Babel a été renversée, le plus grand événement de l’histoire et un événement fécond en inappréciables bienfaits.
- Le progrès est devant nous, et non derrière nous.
- Ayez le courage de comprendre l’avenir.
- Hélas! les hommes de mon vieil âge ne verront pas ces temps nouveaux. Mais peu importe! Nous aurons lutté pour le sublime progrès. Que la cause triomphe ou non, elle est assez belle pour que la gloire et l’honneur de la défendre me suffisent.
- Charles Richet,
- Membre de l'Institut.
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- NOTE ANNEXE
- Renseignements historiques et statistiques sur le développement du mouvement espérantiste dans ces dernières années.
- État de l’Espéranto ayant la guerre.
- Au moment de la déclaration de la guerre, en 1914, la diffusion, dans tous les pays du monde, de la langue internationale auxiliaire Espéranto était déjà considérable.
- L’Annuaire espérantiste spécial ( Tutmonda Esperantista Jarlibro) que le créateur de la langue, le Dr Zamenhof, avait fondé dès l’année 1889 pour faire connaître sueessivement les noms des personnes qui adopteraient cette langue et à chacune desquelles il attribuait un numéro d’ordre, avait dû s’arrêter en 1907 au chiffre de 16 382, faute de pouvoir arriver à connaître, à partir de cette date, tous les adeptes de la langue qui en pratiquaient l’emploi.
- Cet annuaire avait dû, dès lors, se contenter de faire connaître les adresses des sociétés ou des groupes constitués dans les différents pays du monde pour propager la langue internationale, en donnant seulement les noms des présidents et secrétaires de ces groupes ou sociétés.
- La publication de cet annuaire avait été reprise par la Maison Hachette, puis, de concert avec elle, par l’Office central espérantiste, installé à Paris depuis 1905. La dernière édition, parue en 1914, mentionnait l’adresse de plus de 1 500 groupements espérantistes, répartis dans tous les pays du monde : 844 en Europe, 39 en Asie, 16 en Afrique, 247 en Amérique et même 28 en Océanie; ce qui peut correspondre à plus de 150 000 adeptes de l’Espéranto affiliés à des groupements répartis sur toute la surface de la terre. A ce nombre il faut certainement ajouter un grand nombre d’Espérantistes, qui, se contentant d’avoir appris l’usage de l’Espéranto, ne restent pas affiliés à des groupes militants, mais sont néanmoins toujours en mesure d’utiliser la langue. Suivant les pays et selon les règles qui président, dans chacun d’eux, à l’organisation de l’enseignement public, l’acquisition de l’Espéranto, par ses adeptes, s’est faite de façon différente. Au début, elle ne s’est guère opérée que par action individuelle ou autodidacte, à l’aide de petits manuels et collections d’exercices en chaque langue, manuels que l'auteur, d’abord, puis quelques-uns de ses disciples, avaient préparés.
- Grâce à la facilité avec laquelle la connaissance de cette langue peut s’acquérir, à la simplicité de ses manuels, et à la possibilité de se familiariser avec son emploi parlé, par des conversations entre un petit nombre de personnes, c’est encore par ce mode d’enseignement que l’usage s’en répand actuellement.
- Ces qualités et les avantages que l’emploi de la langue peut apporter à ses
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- LE MOUVEMENT ESPKRANTISTE AVANT LA GUERRE.
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- adeptes ont, en effet, provoqué l’enthousiasme de ses partisans, et des cours ont bientôt été organisés, par leurs soins, dans un grand nombre de pays. ~-v
- Ils sont dus à l’initiative privée et, le plus souvent, sont faits gratuitement par des sociétés de propagande.
- Relativement rares sont encore, en effet, les pays où l’enseignement de l’Espéranto a été organisé officiellement, dans les écoles publiques, ou du moins y a été obligatoirement imposé.
- Par suite de la façon dont l’usage de l’Espéranto s’est répandu automatiquement dans les masses populaires et de l’inutilité qu’il y aurait à chercher à modifier une langue qui suffit déjà à tous les usages et que ses pratiquants se refusaient d’ailleurs à modifier, on a vite reconnu, dans les pays où on avait cherché à en réglementer législativement l’enseignement, que ce qu’il y avait de mieux à faire, c’est d’en autoriser simplement l’enseignement facultatif dans les écoles publiques.
- C’est la solution qui a été adoptée, dans la plupart des pays où la question a été examinée par les pouvoirs publics et celle qui était préconisée, en France même, par un grand nombre de personnes, lorsque la guerre a éclaté et a suspendu momentanément les essais qui étaient commencés (1).
- Dans notre pays, ces essais avaient commencé de bonne heure, grâce à la tolérance de certains recteurs bien avisés. Dès 1904, l’Université de Grenoble acceptait l’Espéranto pour faciliter le recrutement de ses cours de vacances.
- En 1906, l’Institut Montesquieu, de Lille faisait, sous la direction de M. Durieux, des cours d’Esperanto très suivis. Le lycée de Saint-Omer est l’un de ceux d’où sont sortis le plus d’élèves espérantistes. Les cours qui y sont professés, depuis plus de seize ans, par M. Deligny, sont très suivis et les prix qui y sont donnés figurent sur le palmarès de la distribution annuelle des prix du lycée. Dans la même ville, avaient lieu, encore avant la guerre, des cours dans une école communale.
- Dans plusieurs autres villes de France, des cours d’Esperanto avaient aussi lieu, avant la guerre, dans des écoles secondaires ou primaires. Les élèves suivent ces cours avec plaisir et curiosité et l’on constate que l’intelligence des enfants qui apprennent ainsi l’Espéranto se développe plus rapidement et que ces enfants sont plus aptes à comprendre toutes leurs leçons.
- Un instituteur français, M. Picard, a été conduit, par ces résultats, à publier un livre qui mérite d’être signalé. Ce livre, intitulé UEspéranto à l'École, et qui a été publié, bien entendu, en français, est destiné à l’enseignement systématique et méthodique de la langue française aux enfants, avec l’aide de l’Espéranto, et l’auteur met à profit le développement des facultés de raisonnement, qu’il a constaté chez les élèves des cours d’Esperanto des écoles communales, n’ayant encore aucune culture.
- Dans d’autres pays que la France, on a été plus loin. L’enseignement facultatif de l’Espéranto y a été encouragé, en admettant cette langue internationale parmi celles dont la connaissance peut procurer des titres dans les concours et les examens, notamment pour les écoles commerciales. *
- C’est ce qu’ont notamment été amenées à faire les chambres de commerce anglaises, à la suite d’articles publiés par le regretté Stead, dans la Review of Reviews qu’il dirigeait (2). articles inspirés par les incidents d’un voyage qu’il avait
- (1) Voir Documents préliminaires du 10° Congrès Universel d’Esperanto. Discours de M. Painlevé.
- (2) Voir Review of Reviews, 1907.
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- fait à l'intérieur de la Russie, après la guerre russo-japonaise et au cours ducfuel il avait constaté que l’anglais n’était pas connu dans l’intérieur du pays, tandis qu’il y avait trouvé partout des Espérantistes épars, avec lesquels il avait pu facilement converser.
- Cet exemple a été imité dans d’autres pays et chez nous aussi, avant la guerre : beaucoup de municipalités et de chambres de commerce encourageaient l’enseignement de l’Espéranto, par des subventions données aux Groupes Esperantistes qui organisaient des cours, mais ces encouragements étaient irréguliers et précaires et il a fallu les enseignements de la guerre, dont nous parlerons plus loin, pour appeler l’attention sur l’utilité de soutenir ces cours plus efficacement.
- Dans plusieurs pays étrangers, on avait aussi organisé un enseignement officiel de l’Espéranto dans certaines écoles.
- Cette diffusion de l’Espéranto dans les divers pays avait été grandement facilitée, à partir de l’année 1905, par l’organisation des Congrès universels d’Esperanto à l’exemple de ce qui s’était passé, pour la première fois, en cette année 1905, à Boulogne-sur-Mer. Ces congrès ont réuni successivement, dans différents pays, des hommes de toutes nationalités, venant y prendre part. On n’y a fait usage que de l’Espéranto et l’on a pu constater qu’elle permettait réellement, à des hommes appartenant aux pays les plus variés, et qui ne s’étaient jamais rencontrés précédemment, de converser entre eux avec la plus grande aisance.
- La langue Espéranto devait donner ainsi la solution de la question si angoissante de l’intercompréhension, qui devient de plus en plus nécessaire, surtout dans les congrès internationaux, qui se multiplient chaque jour.
- Les Congrès successifs, tenus, après celui de Boulogne, à Genève en 1906, à Cambridge en 1907, à Dresde en 1908, à Barcelone en 1909, puis successivement encore à Anvers, à Washington, à Cracovie et enfin à Berne, en 1913, avaient confirmé ces résultats. Ils avaient justifié l’utilité de la création des institutions officielles de l’Espéranto : Comité linguistique, Comité permanent des Congrès, Office central espérantiste dont l’organisation avait été décidée, dès la tenue du premier congrès à Boulogne, pour assurer la diffusion de la langue, en même temps que la conservation de ses bases fondamentales, condition nécessaire pour en sauvegarder les avantages.
- L’Espéranto après la guerre.
- Comme couronnement de toutes ces manifestations, un 10e Congrès universel devait s’ouvrir à Paris le 2 août 1914, et il s’annonçait comme un brillant succès pour la langue Espéranto. De nombreux Espérantistes, des pays les plus divers, étaient en route pour y prendre part, et quelques-uns même étaient déjà arrivés à Paris, lorsque la déclaration imprévue de la guerre est venue les disperser ou les arrêter en route. L’ordre de mobilisation, affiché dans Paris, la veille même du Congrès, fit avorter la séance solennelle d’ouverture qui s’est trouvée transformée en une triste séance de dissolution et d’adieux.
- Le D1' Zamenhof, qui voyageait, avec sa famille, pour venir assister à ce Congrès, où devait triompher sa géniale création, avait été arrêté par les Allemands à Cologne et renvoyé dans son pays, après de tragiques péripéties, qui
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- devaient se terminer tristement par sa mort, à Varsovie, pendant l’invasion ennemie.
- En France, comme dans tous les pays belligérants, la vie des Sociétés espéran-tistes s’est trouvée arrêtée et est restée suspendue pendant toute la durée de la guerre. On aurait pu, par suite, croire le mouvement espérantiste appelé à succomber et à disparaître. Il n’en était rien, non seulement le mouvement ne s’est même pas arrêté dans les pays neutres, mais encore les Espérantistes mobilisés et dispersés dans les différentes formations militaires se sont trouvés en mesure de mettre à profit les ressources que pouvait leur procurer l’emploi de la langue internationale.
- Les combattants qui connaissaient l’Espéranto se sont retrouvés entre eux dans de multiples circonstances, sur le front et dans les tranchées, comme dans les batailles, dans les camps de prisonniers, comme dans les ambulances ou les formations sanitaires.
- Les exilés, les déportés ont pu retrouver des adeptes de l’Espéranto des « sam-ideanoj » comme ils se désignent entre eux, dans les camps de concentration et dans les villes d’exil. Ils ont pu, grâce à la complaisance d’Espérantistes des pays neutres, et à l’aide des correspondances en Espéranto, échangées par l’intermédiaire de ces derniers, entre les pays belligérants mêmes, faire passer de leurs nouvelles à leurs familles, recevoir aussi des nouvelles des exilés et des disparus.
- Tous les Espérantistes, renseignés de cette façon sur les événements, ont pu se convaincre ainsi de l’importance réelle que possède l’organe d’intercompréhension dont ils se servent. Ceux qui les approchent ont pu aussi avoir connaissance de cette situation et se rendre compte de l’intérêt que peut avoir la langue internationale pour la reprise de la marche en avant de l’humanité après la guerre.
- Aussi, on a vu, dans tous les pays, après la signature de l’armistice, un vif mouvement se dessiner pour arriver à la réorganisation du mouvement espérantiste. Et cela malgré les levains de discordes et de haine qui ont été semés dans les différents pays, par le souvenir des événements de guerre et même des atrocités commises par certains ennemis.
- En ce moment, on voit, de tous côtés, se reconstituer les groupements locaux espérantistes qui réorganisent les sociétés de propagande, appelées à s’occuper surtout de la reprise de l’enseignement gratuit de la langue dans les milieux populaires.
- Les journaux et les publications espérantistes reparaissent dans tous les pays où l’impression en avait été suspendue et l’on voit se réunir de nouveaux congrès nationaux et se préparer de nouveaux congrès universels pour la reprise de la propagande générale.
- En présence des mesures prises, lors de la Conférence de la Paix, pour faire appel à l’intervention de la Société des Nations, afin de garantir l’avenir du monde, en le réorganisant sur des bases nouvelles et plus démocratiques, il était naturel que tous les espoirs des Espérantistes se portassent sur cette société, dont la plupart d’entre eux attendaient d’ailleurs, depuis longtemps, la création, dans l’espoir de voir assurer, par elle, avec le concours de la langue internationale commune, la réalisation de leur rêve de fraternité et d’union universelle.
- C’est, en effet, ce qui s’est produit. Dès le début de la préparation des travaux de la Conférence de la Paix, beaucoup de délégués à cette conférence sont arrivés, à
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- Paris, porteurs de demandes, à eux adressées par les Espérantistes de leurs pays, pour obtenir l’admission de la langue Espéranto, comme langue auxiliaire commune, à juxtaposer à côté de la langue qui serait adoptée officiellement, pour la publication des documents authentiques de la Société des Nations.
- Pour cette langue, qui doit être unique afin de sauvegarder l’authenticité des • textes officiels, la conservation de la langue française s’impose mais les Espérantistes signalent que, malgré ses grands mérites de clarté et de précision, elle ne pourra pas être immédiatement comprise, dans tous les pays et surtout dans les milieux populaires, dont il importe de faire l’éducation pour donner à la Société des Nations les bases démocratiques qui, seules, peuvent en assurer le succès.
- Il est, par suite, indispensable de juxtaposer, à cette langue diplomatique, une langue seconde, commune, facile à comprendre par tous et permettant surtout de traduire fidèlement, dans toutes les autres langues, les textes authentiques des documents de la Société des Nations, qu’il s’agit de porter à la connaissance des intéressés de tous les pays.
- Les démarches faites par leurs nationaux, à ce sujet, auprès des délégués de chaque pays à la Conférence de la Paix, ont été complétées par des pétitions adressées, aux dirigeants mêmes de la Société, par différents groupements espérantistes.
- Telles sont les pétitions, de forme archaïque et solennelle, adressées par l’Association britannique espérantiste, les lettres adressées, au nom de l’Office Central espérantiste et de la Société des Amis de l'Espéranto, au Président Wilson, au premier Ministre Lloyd George, au Président Léon Bourgeois et enfin au Secrétaire Général Sir Eric Drummond.
- La question est actuellement à l’étude, dans les commissions spéciales de la Société des Nations et tout fait espérer qu’elle recevra bientôt une solution formelle.
- Mais ce sont les manifestations commerciales, industrielles et scientifiques de la langue internationale qui doivent surtout arrêter l’attention de la Société d’Encouragement et ce sont celles sur lesquelles il nous reste encore à donner des renseignements.
- Applications commerciales. — Dans les premières années de la diffusion de la angue Espéranto, beaucoup de commerçants, surtout parmi ceux qui s’occupent d’exportation ou qui cherchent une clientèle étrangère, furent frappés des avantages que pouvait leur procurer l’emploi d’une langue commune, susceptible d’être comprise de tous.
- Ils essayèrent, par suite, d’introduire dans leurs maisons, pour leur correspondance ou pour leurs comptoirs de vente, l’emploi de l’Espéranto.
- On conçoit, en effet, quelle économie considérable pourraient réaliser les grandes maisons, commerçant avec les pays étrangers, si elles n’avaient besoin que d’un seul employé pour la correspondance étrangère et si leurs prospectus et tarifs pouvaient n’être traduits qu’en une seule langue commune.
- Les grands magasins pourraient également réaliser des économies, si un grand nombre d’interprètes pouvaient être remplacés par des Espérantistes. Bien que ce dernier résultat ne puisse être sérieusement obtenu que lorsque le nombre des clients parlant Espéranto sera devenu assez considérable, on a vu déjà de grands
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- magasins recherchant, comme interprètes, des employés parlant cette langue et il y a notamment au Bon Marché, à Paris, une section d’employés espérantistes.
- Mais, depuis longtemps, on a vu paraître de nombreux catalogues de maisons de commerce publiés en Espéranto. C’est surtout dans les villes où devaient se tenir des Congrès universels d’Esperanto qu’ils ont été d’abord publiés, notamment pour certaines spécialités renommées et d’usage mondial.
- Mais on a pu voir aussi de grands magasins, vendant de nombreuses spécialités, publier des traductions en Espéranto de certains de leurs catalogues.
- Il serait trop long d’en donner l’énumération, mais on peut avoir une idée de leur nombre et de leurs variétés en examinant les tableaux photographiques qui représentent les collections qui ont été réunies à l’occasion des Expositions d’objets espérantistes qui accompagnent habituellement les Congrès universels d’Esperanto.
- C’est ainsi que l’on pouvait distinguer sur les tableaux exposés pendant cette Conférence, les catalogues concernant les encres Stephen, les machines à écrire Oliver et Idéal, des liqueurs diverses, des cadenas parisiens, des savons et médicaments divers, et aussi les catalogues des magasins de la Samaritaine, ceux de la maison Gaumont pour les appareils photographiques et même la maison Clément-Bayard pour ses dirigeables.
- Le nombre des maisons de commerce, faisant pratiquement usage de l’Espéranto, était resté cependant assez limité jusqu’en ces derniers temps, où des incidents, survenus en Angleterre, sont venus donner au mouvement de diffusion, dans les milieux commerciaux, un nouvel élan.
- Par l’initiative d’un employé de la maison Cooks and Son, M. Marshall, se fondait à Londres, en 1917, un Comité qui prenait le nom de « Common Commercial Lan-guage Committee » et qui se donnait pour but de propager l’emploi de l’Espéranto comme langue commerciale, commune.
- Ce Comité instituait immédiatement, dans un grand nombre de pays, des cours d’Esperanto, à l’usage d’employés de commerce choisis dans chacun de ces pays, et d’après un programme commun. Ces cours durèrent trois mois; après quoi, les élèves des différents pays furent mis en rapport les uns avec les autres et se trouvèrent en mesure de correspondre avec la plus grande facilité. Des examens eurent lieu, à Londres, devant des autorités compétentes, pour constater les résultats obtenus.
- Des conférences faites, peu de temps après, à Londres, devant le Notary Club, puis devant la Chambre de Commerce, par un industriel bien connu, M. Barton Kent, attirèrent l’attention sur cette expérience. La publication de ces conférences, en une brochure largement répandue, provoqua la constitution de comités analogues au Japon, aux États-Unis, en France, au Portugal, en Argentine, en Hollande et en Belgique; et l’on vit paraître, dans les journaux commerciaux de ces pays, des rubriques en Espéranto et sur l’Espéranto. Le journal World Salesman, qui se publie à Yokohama, se signalait en tête de ces journaux, le Journal commercial et industriel de Lisbonne, le Cordoba commercial d’Espagne l’imitaient. D’autres journaux, parmi lesquels IJ Exportateur français, suivaient le mouvement.
- Des agences de commerce, utilisant F Espéranto, se fondaient à Barcelone, à Lisbonne, à Varsovie, à Buenos Aires et à Verviers.
- Enfin, à Paris, le Musée commercial universel était amené à créer une section espérantiste et à ouvrir une rubrique espérantiste dans son organe le Mercure.
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- Il faut encore mentionner que plusieurs des foires d’échantillons, qui ont été tenues dans ces dernières années, ont utilisé l’Espéranto pour leur propagande, telles sont les foires d’Helsingfors (Finlande), de Bâle, de Padoue, de Pechenbron (Bohême) de Leipzig, de Francfort et enfin aussi celles de Paris et de Lyon; et il ne faut pas oublier que, dès l’année 1915, la Chambre de Commerce de Marseille avait fait une enquête mondiale, par l’Espéranto, sur l’opinion des neutres sur la guerre et que cette enquête avait donné de très bons résultats.
- On voit donc quelle place la langue Espéranto tient actuellement dans les relations commerciales.
- Enseignement scolaire de l’Espéranto. — Cette constatation appelle aussi l’attention sur les faits qui se sont produits, en Angleterre, pendant la guerre, et qui peuvent marquer une date importante dans le développement de l’enseignement de l’Espéranto dans ce pays.
- Une expérience sensationnelle avait été faite, pendant l’année scolaire 1916-1917, dans les écoles communales d’Eccles (Manchester).
- On y avait enseigné l’Espéranto, dans des conditions remarquables, à de nom-, breux élèves, filles et garçons, des classes supérieures des écoles, et, après seulement trois mois de cours, faits deux fois par semaine, les élèves, même ceux qui étaient considérés comme peu capables, avaient pu correspondre correctement avec d’autres enfants d’Europe, d\4sie et d’Amérique. Ces écoles ont, dès lors, continué à enseigner l’Espéranto, sur le même pied que les autres langues étrangères et l’on continue à remarquer que les enfants qui ont appris cette langue comprennent, plus facilement que les autres, les explications qui leur sont données.
- C’est la confirmation de la justesse des conseils qui avaient été donnés, par le vieux professeur d’humanités de Cambridge, M. Mayor, pour la marche à suivre dans l’enseignement des langues étrangères aux enfants (1).
- Une brochure publiée sur cette expérience d’Eccles sous le titre Les Humanités modernes, et qui fît sensation en Angleterre, paraît avoir provoqué l’enquête qui fut demandée en 1918, par M. Asquith, alors premier ministre, sur l’enseignement des' langues dans le Royaume-Uni. Le rapport présenté, au Parlement, sur cette question contient un important chapitre sur les bienfaits que comporte l’adoption de l’Espéranto dans les écoles communales. Il constate, en outre, que, de tous les projets de langue artificielle proposés, seule la langue Espéranto a réellement fonctionné et que, seule, elle a sa littérature et a pu servir à exprimer tous les sentiments et toutes les pensées.
- Le rapport conclut qu’il serait tout à fait désirable d’introduire l’enseignement de l’Espéranto dans toutes les écoles communales, pour faciliter l’enseignement des autres langues.
- Il y a là une conclusion qui peut être grosse de conséquences pour l’avenir.
- Applications scientifiques et industrielles. — Ce n’est point d’ailleurs seulement au point de vue commercial et de l’enseignement que notre attention doit être appelée sur ce qui s’est passé, pour l’Espéranto, en Angleterre, pendant la guerre même.
- La question des applications de cette langue aux sciences et à l’industrie n’est pas moins digne d’intérêt.
- (1) Voir à ce sujet la brochure de M. le Général Sebert : L'Espéranto et les langues nationales.
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- il est connu qu’avant la guerre l’Espéranto avait pu déjà jouer un rôle important dans la diffusion des idées scientifiques et dans les applications industrielles.
- Une remarquable brochure, due au regretté professeur Carlo Bourlet et intitulée Une langue auxiliaire scientifique, brochure parue en 1910, résumait déjà les résultats obtenus par l’Association scientifique espérantiste qui, fondée en 1906, avait pu rapidement réunir plus d’un millier d’hommes de science; cette association avait mis en évidence les avantages que l’emploi de -la langue Espéranto pouvait apporter dans la tenue des congrès internationaux, en faisant, par la création de sections espérantistes, disparaître les difficultés de traductions provenant de l’emploi, dans ces congrès, de langues différentes.
- Par la publication d’une Revue spéciale rédigée en Espéranto la Scienca Revuo (1) puis parcelle de vocabulaires techniques, spéciaux aux branches de sciences les plus diverses et dus à des espérantistes compétents elle avait aussi prouvé que la langue Espéranto pouvait s’adapter à toutes les branches de la littérature scientifique.
- Des sessions spéciales de la « Scienca Asocio Esperantista » avaient pu être tenues avec succès, sous la présidence de savants autorisés, dans tous les congrès successifs d’Esperanto, à partir du Congrès de Cambridge en 1909, et la session annoncée, pour être tenue au cours du Congrès de Paris, devait être présidée par M. le professeur Cotton.
- Le nombre croissant des membres avait d’ailleurs amené la création d’une section spéciale des médecins, « Tutmonda Esperantista Kuracista Asocio » (T. E. K. A.), présidée par le docteur Dor de Lyon, et l’abondance des sujets à traiter avait aussi provoqué la création de nouveaux journaux spéciaux : Mede-cina Revuo, Scienca Gazeto, Matematika Revuo, etc.
- Les articles les plus variés avaient, en effet, paru dans les colonnes de la Scienca Re vuo. abordant les sujets techniques les plus divers et ils avaient donné la preuve que l’Espéranto pouvait s’adapter à toutes les exigences de la science.
- La guerre a suspendu les réunions de ces associations internationales et a même arrêté la publication des revues et journaux scientifiques qu’elles faisaient paraître, mais cette interruption ne sera certainement que temporaire et déjà des préparatifs sont commencés pour reprendre ces publications et réorganiser, tout au moins, les sections espérantistes des congrès internationaux.
- D’autres faits qui se sont passés en Angleterre et en Amérique, pendant la guerre même, et dont il nous reste à parler, montrent bien que le mouvement espérantiste est loin de s’éteindre dans les milieux scientifiques, en relation avec le monde industriel.
- Ces faits ont pour origine une conférence qui avait été faite, peu de temps avant la guerre, devant la Société des Ingénieurs civils, de Londres, par M. Gueritte, membre de la Société des Ingénieurs civils de France, représentant en Angleterre de la grande maison Hennebique pour les constructions en ciment armé.
- Cette conférence, qui avait pour sujet l’emploi de l’Espéranto, comme langue internationale à l’usage des ingénieurs, avait attiré un grand nombre d’auditeurs de marque et eut un grand succès (2).
- (1) Prononcer : Tsientsa Revouo, le c 'se prononçant ts et a se prononçant ou en Espéranto.
- (2) Voir la brochure tirée à part : Espéranto. International language for Engineers, by F. F. Gueritte, etc. (Transactions of the Society of Engineers, 1914.)
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- Les discussions qui suivirent, comme d’habitude en Angleterre, la communication de l’auteur, lui apportèrent les marques d’intérêt et d’approbation les plus vives d’un grand nombre d’auditeurs, parmi lesquels on put compter des personnalités éminentes et de haute compétence.
- La guerre, survenant peu de temps après cette conférence, avait arrêté l’exécution des mesures qui devaient être la conséquence de l’approbation donnée, par la Société des Ingénieurs, à la communication de M. Gueritte.
- Ces mesures devaient comprendre notamment la proposition, à faire aux sociétés d’ingénieurs des autres pays, de publier, en annexe à leurs bulletins, la traduction, en Espéranto, des mémoires les plus importants parus dans ces bulletins et qu’il y a intérêt à faire connaître à l'étranger.
- On pouvait d’ailleurs compter trouver, pour cette proposition, l’appui du Bureau of Standards américain dont, depuis longtemps, un grand nombre d’ingénieurs ont fait connaître l’intérêt qu’ils portaient à l’emploi de la langue Espéranto (1).
- La cessation des hostilités, rendant possible la reprise des correspondances internationales, a poussé M. Gueritte, devenu aujourd’hui vice-président de la Société des Ingénieurs civils anglais, à reprendre aussi sa campagne en faveur de l’utilisation de la langue Espéranto pour les publications techniques.
- Sur son initiative, la Société a procédé, parmi ses membres, à une enquête, avec votes par correspondance, pour savoir s’ils étaient d’avis ou non de chercher à adopter l’emploi de la langue Espéranto comme langue internationale pour les ingénieurs.
- Cette enquête a donné un résultat inattendu, avec un nombre de réponses très supérieur à celui que donnent habituellement les enquêtes de ce genre et 90 p. 100 de ces réponses ont été favorables à l’adoption de la langue Espéranto.
- C’était le moment d’ailleurs où venait de se réunir, à Londres, une délégation de rUnion internationale des Associations chimiques, précédant de quelques jours la réunion de la troisième Conférence interalliée des Académies, qui allait se tenir à Bruxelles et cette délégation, sur l’initiative de M. Cottrell, du Bureau of Mines, de Washington, avait nommé une commission spéciale chargée d’étudier l’introduction de la langue internationale dans les travaux scientifiques (2).
- En présence de ces résultats, la Société des Ingénieurs anglais, considérant que le moment le plus opportun pour l’adoption d’un tel langage auxiliaire est celui de la création de la Société des Nations a proposé aussi à cette Société d’adopter celte langue, pour faciliter la communication, à tous les intéressés, des documents authentiques qu’elle publie.
- Cette demande vient donc à l’appui des demandes semblables qu’a reçues déjà la Société des Nations, de la part d’un grand nombre de groupements espérantistes des différents pays.
- Toutes ces demandes sont soumises actuellement à une enquête approfondie ; et l’on peut espérer qu’elles recevront une solution favorable, au cours de la « Quinzaine internationale » qui doit se tenir à Bruxelles du 5 au 20 septembre de cette année.
- (1) Voir à ce sujet la plaquette Kopio de letero de 51 anoj de la oficiala « Bureau of Standards » de Washington, 11 avril 1911.
- (2) Voie la brochure : Conseil international de Recherches, Assemblée constitutive du 8 au 18 juillet 1919, publiée par les soins de l’Académie royale de Belgique.
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- LE MOUVEMENT ESPÉRANTISTE DEPUIS 1914.
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- On doit y procéder à une nouvelle session des Congrès mondiaux ou Congrès des Congrès, qui ont été tenus, avant la guerre, en Belgique, à l’occasion des trois dernières expositions universelles de ce pays. Cette session est organisée, comme ces précédents congrès, par l’Union des ^Associations internationales, à laquelle ils ont donné naissance. Au cours de cette Quinzaine internationale, doit être inaugurée l’Université internationale, dont on a décidé de doter la ville de Bruxelles, choisie comme siège intellectuel de la Société des Nations et cette ville s’occupe de construire, à cet effet, un palais mondial. On sait que l’Université de Paris a donné son appui à la création de cette Université internationale et doit désigner les titulaires de trois chaires qui l’y représenteront (1). Une chaire spéciale doit être aussi réservée, dans cette Université, pour l’enseignement de la langue internationale Espéranto.
- On voit donc que la reprise du mouvement espérantiste s’affirme de toutes parts et nous pouvons encore signaler, en terminant, que la Revue générale d'Électricité, de Paris, ainsi que le Journal of Electricity de San Francisco ont aussi apporté récemment, par djintéressants articles, leur appui à l’adoption de cette langue dans les milieux scientifiques et industriels (2).
- (1) Les titulaires qui ont été désignés pour ces chaires sont : Mme Curie, M. Aulard et M. Perrin.
- (2) Voir Revue générale d'Électricité, n° du 24 janvier 1920, p. 133. Article de M. Maurice Leblanc et Journal of Electricity de San Francisco, n“ du la décembre 1919.
- Tome 132. — 2e semestre. — Juillet-Août 1920.
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- LE CONGRÈS
- DE L’UNION DES SOCIÉTÉS INDUSTRIELLES DE FRANCE
- (Mulhouse, 2-4 juin 1920.)
- Présidence de M. de Lacroix,
- _président de la Société industrielle de Midhouse.
- On se rappelle que notre Société a cru devoir, en 1914, adhérer à l’Union des Sociétés industrielles de France (type Société de Mulhouse), qui s’était constituée trois ans auparavant et avait tenu, en 1911, son premier congrès à Amiens. C’est au titre de sociétaire, qu’elle a pris part, en la personne de son président, M. Lindet, et d’un de ses secrétaires, M. Toulon, au congrès qui s'est tenu à Reims du 23 au 23 mai 1914, quelques semaines avant que le martyre de la malheureuse ville commençât (1).
- Les congressistes de Reims décidèrent de se retrouver trois ans après à Nancy; la guerre prolongea ce délai. La restitution par l’Allemagne de nos provinces perdues sollicita le Comité des Présidents à demander à la Société industrielle de l’Est, qui devait organiser le congrès, de céder son tour à la Société industrielle de Mulhouse ; celle-ci, fondée le 24 décembre 1825, avait servi de modèle à toutes celles qui furent fondées depuis; placée, par les événements de 1870-71, de l’autre côté de la frontière, elle avait été éloignée de nos travaux et avait hâte d’occuper, dans notre Union des Sociétés industrielles de France, la place que lui réservaient son ancienneté et les immenses services rendus à l’industrie alsacienne. Le président de la Société industrielle de Mulhouse, le vénéré M. de Lacroix, apporta le consentement de ses collègues et accepta la très lourde charge d’organiser le troisième congrès de notre Union.
- Ce congrès eut lieu les 2, 3 et 4 juin 1920; il fut l’œuvre de la Société, et l’on aperçut, à chaque phase nouvelle du programme, l’œuvre personnelle de M. de Lacroix, de ses vice-présidents, M. Daniel Mieg, Albert Scheurer et Emile Dollfus, de son secrétaire général, M. Alphonse Wehrlin et de son secrétaire, M. André Favre. Ceux qui ont assisté au Congrès ont apprécié l’organisation irréprochable des séances et des excursions, en même temps qu’ils goûtaient, de la part des collègues mulhousiens, le plus affectueux accueil; celui-ci ne se bornait pas aux relations des séances, mais il se prolongeait jusque dans les foyers familiaux; les congressistes ont eu la joie, en effet, à leur arrivée, d’apprendre que leurs collègues n’avaient pas voulu les exposer au séjour des hôtels de Mulhouse et avaient tenu à leur offrir la table et le logement.
- J’ai eu la satisfaction, en représentant notre Société, de sentir de quelle estime
- (1) Le compte rendu de ce congrès se trouve dans notre Bibliothèque.
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- LE CONGRÈS DES SOCIÉTÉS INDUSTRIELLES DE FRANCE DE MULHOUSE. 523
- elle était entourée; sa verte vieillesse et sa haute réputation scientifique et technique m’ont donné partout une première place, dont je ne me considère que comme un occupant temporaire.
- La Société industrielle d’Amiens était représentée: par son président d’honneur, M. Lamy, et la Société industrielle du Nord (Lille), par son président, M. Nicolle; la Société industrielle de l’Est (Nancy), par son président honoraire, M. Villain, et son président, M. Brun ; la Société industrielle de Reims, par son président, M. Marteau, et son secrétaire, M. Hollande; la Société industrielle de Rouen, par son président honoraire, M. Kopp ; la Société libre d’Émulation du Commerce et de l’Industrie de la Seine-Inférieure, par son secrétaire, M. Piequet; la Société industrielle de Roubaix, par son président, M. Yibaux ; la Fédération industrielle de Roubaix-Tourcoing’, par son président, M. Mathon ; la Société industrielle d’El-beuf, par son président, M. Desbois, et par son vice-président, M. Simon; la Société de Commerce et d’industrie de Fourmies, par son secrétaire, M. Bernier; la Société industrielle de Nantes, par son président-directeur, M. Lallié; et l’Association industrielle, commerciale et agricole de Lyon, créée pendant la guerre, la dernière venue parmi nous, par son président, M. Fougère, et son secrétaire, M. Bernard.
- Les congrès de notre Union des Sociétés industrielles ont eu, jusqu’ici, plutôt un caractère économique et social qu’un caractère technique.
- Parmi les questions qui ont été exposées au congrès, les deux seules dont la donnée répondît à ce caractère technique, toutes deux soulevées d’ailleurs par les grands intérêts de l’Alsace et de la France, sont relatives, l'une à l’exploitation des mines d'Alsace (communication de M. Pierre de Retz, directeur général technique, des mines de potasse, sous séquestre), l’autre à Vaménagement des forces motrices du Rhin (communication de M. Daniel Mieg). Mais ce sont les questions ouvrières qu! sont, par-dessus tout, l’objet des préoccupations du monde industriel. Les sociétés qui font partie de l’Union se trouvent bien aux prises avec la nécessité de suivre et même de devancer les progrès techniques mais, quels que soient les progrès accomplis, elles ont toujours devant elles les mêmes revendications sociales et les mêmes difficultés pour leur donner satisfaction.
- La caractéristique de ce Congrès de Mulhouse, au lendemain même d’une grève qui avait pris une allure tant soit peu révolutionnaire, est de s’être principalement préoccupé de réunir les forces patronales tant pour résister au mouvemént anarchiste, dont la vie industrielle de la France est menacée, que pour assurer à la classe ouvrière les améliorations, compatibles avec l’intérêt général, qu’il peut rencontrer dans le salaire, dans le soulagement de la famille trop nombreuse, dans les distractions et la liberté dont chacun a le droit de jouir en dehors de l’atelier.
- La. journée de huit heures ou loi de quarante-huit heures par semaine. — Dans cet ordre d’idées, la question de la journée de huit heures devait faire l’objet d’une des discussions les plus intéressantes. Cette loi a déjà assez vécu pour que' l’industrie et surtout la consommation puissent en juger les néfastes résultats. M. Nicolle, président de la Société industrielle du Nord, a rassemblé de nombreux documents; il a fondu dans son rapport ceux qui ont été adressés au Congrès par M. Danis (Nancy) et M. Kopp (Rouen), documents qui lui ont permis d’affirmer que la production a diminué, du fait de la loi nouvelle, de 20 à 25 p. 100 en moyenne,
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- au moment même où elle aurait dû être intensifiée. Sans condamner le principe de la loi, l’assemblée a constaté, avec regret, qu’elle avait été promulguée à un moment inopportun, que les règlements portant dérogations tardaient à paraître, et que, trop souvent, les organisations ouvrières interviennent pour obliger ceux mêmes qui les avaient acceptés à rompre leurs engagements.
- Après une intervention vigoureuse et fort documentée de M. Fougère (Lyon), l’assemblée a voté, à l’unanimité, le vœu suivant :
- Le Congrès,
- Considérant que la réduction de la journée du travail est un progrès social auquel le patronat français donne sa pleine adhésion de principe;
- Considérant, toutefois, que cette réduction, appliquée, sous forme de la loi de 8 heures, au lendemain d’une guerre qui a profondément bouleversé l’équilibre entre la production et la consommation, a été prématurée;
- Considérant que le législateur a lui-même prévu la nécessité d’amender ce que pourrait avoir de trop radical, l’application brusque de la loi en autorisant des dérogations par voie de règlement d’administration publique;
- Considérant que ces dérogations ne peuvent entrer en vigueur que si les règlements d’administration publique prévus pour chaque profession sont élaborés et promulgués et que si les organisations ouvrières en acceptent l’application.
- Émet le vœu :
- 1. Que les règlements d’administration publique, qui doivent fixer les conditions d'application de la loi de 8 heures, soient promulgués dans le plus bref délai;
- 2. Que les dérogations prévues par ces règlements soient mises en vigueur par un accord loyal entre patrons et ouvriers, accord que le Congrès des Sociétés industrielles recommande au patronat de rechercher et de faciliter;
- 3. Que, dans le cas où cet accord ne pourrait pas se réaliser du fait d’une opposition qui pourrait revêtir un caractère systématique, les dérogations soient imposées par le vote d’un amendement législatif à la loi de 8 heures;
- 4. Que les pouvoirs publics et les œuvres d’initiative privée, en particulier les sociétés industrielles, recherchent les moyens de procurer aux ouvriers une utilisation de leurs loisirs qui contribue à leur perfectionnement physique, intellectuel et moral.
- Les maisons ouvrières. — La question, toujours ouverte, du logement ouvrier comportant le bien-être et l’indépendance à laquelle chacun a droit, en dehors des heures disciplinées du travail, a été traitée par M. François Villain (Nancy), par M. Lemière (Lille), M.. Schulé (Mulhouse) et M. Portevin (Reims). Ce dernier se trouvait devant un problème dont les solutions peuvent être plus aisément discutées, puisque, dans le malheureux pays que le rapporteur représente, tout est à refaire. La superficie que l’on peut attribuer à chaque maison, pour assurer à l’ouvrier le maximum de bien-être, est mesurée par la nécessité de raccourcir le trajet qu’il doit accomplir pour se rendre à son travail. C’est surtout le désir de voir cesser les constructions provisoires, qui engloutissent les fonds fournis par le Gouvernement, que le rapporteur a eu en vue; celles-ci étaient nécessaires au début, pour installer les premiers organismes de la vie rémoise; aujourd’hui que l’armature est créée, il est indispensable de favoriser la reconstitution définitive des logements ouvriers et des cités-jardins, en s’appuyant sur les sociétés d’habitation à bon marché et spécialement sur « le Foyer rémois », en sollicitant la création des « Offices publics départementaux ou municipaux d’habitation à bon marché».
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- Dans la même séance, M. Lucien Ferrand a montré que les lois françaises relatives aux habitations à bon marché peuvent être appliquées en Alsace et en Lorraine.
- Les vœux ci-dessous ont été alors émis :
- A. Que, dans les régions dévastées, il ne soit plus construit d’habitations provisoires ou semi-provisoires, et que les fonds prévus pour ces constructions soient distribués en subventions aux offices publics et aux sociétés d’habitation à bon marché.
- B. Que tous les industriels étudient avec le plus grand soin les moyens d’améliorer le logement de leurs ouvriers et plus particulièrement des chefs de famille nombreuse, en leur accordant des avantages comme ceux qui constituent le sursalaire familial.
- G. Que la législation française sur les habitations à bon marché soit rendue le plus rapidement possible applicable à l’Alsace et à la Lorraine et qu'elle soit modifiée de telle sorte que les industriels qui s’efforcent d'améliorer les conditions d’hygiène du logement de leur personnel, y trouvent un efficace encouragement.
- D. Que, la construction de nouveaux logements ouvriers étant intimement liée à la prospérité de l’industrie, des coopératives d'industriels soient fondées pour en hâter et en faciliter l’exécution.
- Encouragements a la natalité. — On connaît le mouvement qui se dessine en ce moment, dans le monde industriel, pour encourager la natalité, sous toutes ses formes et spécialement celle de ce qu’on appelle improprement le sursalaire familial, par le moyen d’une caisse de compensation. La question a été présentée au Congrès par M. Bernard (Lyon) et M. Bouvier (Mulhouse) ; elle a abouti au vœu suivant
- Le Congrès,
- Considérant qu’il est du devoir des industriels de favoriser la natalité en aidant la famille ouvrière par le sursalaire familial, que le relèvement de la France est essentiellement lié à la question de la natalité, demande que le Parlement et le Gouvernement mettent, dans le plus bref délai, un terme à la propagande néo-malthusienne et à l’avortement.
- Émet le vœu :
- Que le Parlement procède, dans le plus bref délai, au vote d’une loi réprimant sévèrement l’avortement et la propagande néo-malthusienne, et que le Gouvernement fasse toute diligence pour en hâter le vote.
- Le Congrès,
- S’associant à la pensée des fondateurs de caisses de sursalaire familial ou d’allocations familiales existant en France ou en formation, issues de l’initiative privée,
- Émet le vœu :
- De voir créer, avec la collaboration des sociétés industrielles, une association amicale des Caisses françaises d’allocations familiales.
- La culture du coton dans les colonies françaises. — Notre Société a été maintes fois mise au courant de cette question, si grave, de la culture cotonnière coloniale et l’on sait que notre nom figure, chaque année, parmi les souscripteurs de l’Association cotonnière coloniale fondée par Esnault-Pelterie. Sous la présidence de M. le député Siegfried, divers orateurs se firent entendre, parmi lesquels M. Charles Meunier et M. Henri Bernheim (Mulhouse); les observations qu’ils présentèrent, complétées par d’intéressants documents fournis par M- Chevalier, que le Ministère des Colonies avait délégué, furent traduites par les vœux que voici :
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- Le Congrès, considérant
- Que l’une des principales causes qui retardent la France dans son développement économique, réside dans la difficulté pour elle de se procurer les matières premières nécessaires à son industrie et dans le coût élevé de celles-ci, du fait de notre change;
- Que l’une tout au moins de ces matières premières, le coton, peut être produite dans nos colonies et qu’il suffirait sans doute de donner à la culture de ce textile une impulsion vigoureuse pour que des résultats intéressants pussent être rapidement obtenus;
- Que l’Angleterre, quoique placée, pour ses importations, dans une situation sous tous les rapports bien moins difficile que la nôtre, montre l’exemple dans cette voie et se prépare à faire, par la coopération de l’État et de l’initiative privée, un effort considérable en vue du développement de la culture du coton dans ses propres colonies.
- Émet le vœu :
- 1. Que l’unanimité des filatures françaises accepte la cotisation proposée de 1 f par balle de coton importé, cotisation qui serait perçue par les importateurs, quels qu’ils soient, et versée par eux à l’Association cotonnière coloniale ou à la société dont la création est prévue au paragraphe 4 ci-dessous ;
- 2. Que le Gouvernement encourage et facilite, par tous les moyens, les tentatives qui sont actuellement en cours ou en projet pour la mise en valeur de notre domaine colonial au point de vue de la production du coton ;
- 3. Qu’en particulier les sommes considérables constituées par les excédents de recettes du Consortium cotonnier français (1), soient intégralement employées à la réalisation d’un programme élaboré d’accord avec l’industrie et susceptible de donner à la culture cotonnière coloniale toute l’impulsion désirable;
- 4. Que la réalisation de ce programme soit confiée, sous le contrôle du Gouvernement à une Société constituée avec la participation de tous les consommateurs;
- 5. Qu’il soit créé en France un Institut central d’Agriculture coloniale.
- Création d'un bureau d’études pour les industries textiles. — L’idée, présentée par M. Mathon (Roubaix), et résumée sous le titre précédent, aurait l’avantag'e d’assurer le progrès continu des usines de l’industrie textile et de débarrasser les industriels de rechercher par eux-mêmes la solution des problèmes qui se posent chaque jour. Elle a reçu l’approbation complète de l’assemblée qui a souhaité que la Société industrielle de Mulhouse devienne le siège de ce bureau central. La Société accepte la mission et trouvera là l’occasion de rendre à l’industrie textile un nouveau et remarquable service.
- Enseignement professionnel. — Le vœu qui a été émis par le Congrès à propos de l’enseignement technique, sur le rapport de M. Mathon, se rencontre avec la réponse que notre Société a fait connaître quand elle a été officieusement consultée sur la question de savoir à quel ministère devait être rattaché l’enseignement technique :
- Le Congrès,
- Considérant les excellents résultats obtenus par l’autonomie relative accordée aux Universités, demande qu’il soit fait de même pour les écoles d’enseignement professionnel à tous les degrés, de façon à facilite^leur adaptation plus étroite aux besoins de la profession et de la région et à éviter toute intrusion politique.
- (I) Le Ministère des Finances considère ces excédents de recettes comme un bénéfice de guerre.
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- Émet le vœu :
- Que la plus large autonomie soit accordée aux écoles d’enseignement professionnel sous la direction des chambres de commerce, des sociétés industrielles, des syndicats patronaux ou d’ingénieurs, en raison de leur compétence toute spéciale comme employeurs des élèves sortis des écoles.
- Chambres de métiers. — La question de l’enseignement professionnel a été complétée par les rapports de M. Schleifïer, président de la Chambre de Métiers de Strasbourg, et de M. Mathon sur l’organisation, en France, des chambres de métiers, qui existent en Alsace et en Lorraine; celles-ci doivent se préoccuper : d’orienter les jeunes gens vers la profession qui, physiquement et économiquement, leur convient le mieux; de surveiller leur formation tant à l’école professionnelle qu’à l’atelier ; d'apprécier leur capacité par des examens ; de les mettre au courant des progrès techniques et économiques de leur profession. Comment le vœu formulé par M. Mathon n’aurait-il pas été approuvé?
- Qu’une loi, créatrice des chambres de métiers régionales, soit élaborée et promulguée le plus tôt possible...
- En marge du congrès. — La Société industrielle de Mulhouse a tenu à offrir une médaille commémorative, portant son effigie, à M. Albert Scheurer, qui, depuis cinquante années, fait partie de son Comité de Chimie. Cette médaille lui a été remise solennellement, au cours du Congrès, par M. le Préfet du Haut-Rhin. Notre collègue, M. Haller, délégué de la Société chimique de France, lui a apporté le témoignage de sympathie et d’admiration de ses membres, et c’est avec la plus grande satisfaction que, au nom de notre Société, j’ai pris la parole pour fêter celui qui a rendu tant de services à l’industrie textile, et qui, suivant la belle expression de M. Haller, a toujours monté la faction patriotique de l’autre côté de la frontière de 1871.
- Dans les congrès, on fait une large part aux visites qui peuvent intéresser ou instruire les personnes, venues souvent de loin, sur les ressources industrielles que la localité présente; d’ailleurs, l’attention se fatiguerait si la séance du matin devait être doublée d’une séance aux heures chaudes de la journée. Le Comité d’Organisation du Congrès nous a offert la visite des mines de potasse, de la Société alsacienne de Constructions mécaniques, de la filature et du tissage de coton de MM. Schlurnberger Fils et Cie, de la filature de coton à broder de MM. Dollfus, Mieg et Cie (pour les dames seulement), de la filature et tissage de coton de MM. Charles Mieg et Cie, de la filature de laine peignée de MM. Schwartz et C,e, des usines électriques de la ville, etc.
- M. Pierre Weiss, correspondant de l’Institut, professeur à l’Université de Strasbourg, donna, dans la grande salle de la Société, une conférence remarquable sur la Lumière, où il sut, au moyen d’expériences aussi ingénieuses que précises, et avec une hbbileté de vulgarisateur que l’on ne rencontre pas toujours chez un savant, faire comprendre à un auditoire très peu préparé, les théories les plus délicates, par exemple celles, toutes récentes, qui se rapportent à l’action chimique des rayons infra-rouges.
- Un grand banquet, présidé par M. le Préfet du Haut-Rhin et M. de Lacroix,
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- réunit les congressistes et la plupart des personnalités industrielles de la ville. Il fut suivi par une Revue, fort spirituelle et gaie, composée et jouée par des poilus du « Foyer du Soldat », auxquels des jeunes filles et des jeunes femmes de la société mulhousienne, dévouées à cette oeuvre patriotique et sociale, avaient tenu à donner la réplique et à apporter l’amicale contribution de leur jeunesse et de leur talent. La guerre a fait disparaître bien des préjugés!
- L. Lindet.
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- LA CONFÉRENCE INTERNATIONALE DE LA CHIMIE PURE ET APPLIQUÉE
- (Rome, 22-25 juin 1920.)
- Présidence de M. Ch. Moureu, membre de l’Institut.
- Bien que notre Société ne fasse pas encore partie de ces groupements scientifiques, nationaux et internationaux, qui ont été constitués à la suite de la Conférence interalliée des Académies, tenue à Bruxelles en 1919, il nous a semblé qu’elle ne peut pas se désintéresser de l’effort qui a été fait par un des groupements dont la spécialisation représente une des principales branches industrielles dont elle s’occupe, rUnion internationale de la Chimie pure et appliquée.
- Ceile-ci, créée le 14 avril 1919(1), à Paris, ne comprenait encore que les fédérations nationales de la chimie pure et appliquée des cinq nations fondatrices : la Belgique, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne et l’Italie. Elle s’est réunie à Borne, le 22 juin 1920, et son premier acte a été d’agréer, à l’unanimité, dans l’Union internationale, les fédérations nationales : du Canada, du Danemark, de l’Espagne, de la Grèce, des Pays-Bas, de la Pologne, de la Tchéco-Slovaquie(2).
- Tous ces pays étaient représentés, à l’exception du Canada et de l’Espagne. Je citerai d’abord les délégués de ces nations présents à la conférence.
- MM. G. Bertrand (Paris), Billmann (Copenhague), Bordas (Paris), Bruni (Milan), Ciamician (Bologne), Garelli (Turin), Gérard (Paris), Hay (Londres), Kestner (Paris), Kowalski (Varsovie), Kruydt (Utrecht), Lindet (Paris), Lormand (Paris), Lucion (Bruxelles), Matignon (Paris), Moureu (Paris), Nasini (Pise), Nicolardot (Paris), Oddo (Palerme), Parodi-Delphino (Borne), Parsons (New-York), Paterno (Borne), Peratoner (Borne), Plancher (Parme), Pope (Cambridge), Quartieri (Rome), Swarts (Gand), Votocek (Prague), Warming (Copenhague).
- L’assemblée générale des représentants des dix fédérations présentes a d’abord discuté et voté les statuts et règlements de l’Union internationale de la Chimie pure et appliquée. L’Union est administrée par un conseil, composé de délégués de la fédération nationale de chacun des pays adhérents, et le pouvoir exécutif de ce conseil est confié à un Bureau.
- Je ne m’attarderai pas à l’étude, fort ingrate, du règlement et j’aborderai immédiatement ce qui a été l’œuvre d’organisation scientifique que l’on attendait de la Conférence internationale.
- En 1912, sur l’initiative de M. Bordas et de M. Eugène Roux, les différentes nations avaient été invitées à assurer l’organisation d’un centre international, ayant
- (1) Voir Chimie et Industrie, 1919, p. 497, 501, 539.
- (2) Je rappelle que les fédérations nationales réunissent diverses sociétés de chimie pure et appliquée. La Fédération française de Chimie comprend :1a Société chimique de France, la Société de Chimie physique; la Société de Chimie industrielle; l’Association des Chimistes de Sucrerie et de Distillerie; la Société des Experts-Chimistes, etc...
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- 530 CONFÉRENCE INTERNATIONALE DE CHIMIE. — JUILLET-AOUT 1920.
- pour but, non pas l’unification des méthodes d’analyse à suivre en matière de denrées alimentaires, mais la comparaison des résultats obtenus par les différentes méthodes suivies dans chacun des pays contractants, afin que l’on pût reconnaître si les résultats, obtenus dans deux pays, par deux méthodes, dont on connaîtrait les constantes, pouvaient être considérés comme comparables et si l’on avait affaire à un seul et même produit. Un certain nombre de nations avaient même souscrit à ce projet, dont la guerre a arrêté la réalisation. L’idée devait être reprise par l’Union internationale de la Chimie et, sur un rapport de M. Nicolardot, la conférence a adopté, à l’unanimité, les règlements capables de la faire aboutir. Le laboratoire dans lequel se poursuivront les études de comparaison entre les méthodes employées dans les différents pays, sera à Paris, et chaque nation pourra y envoyer un ou plusieurs chimistes.
- Les congrès internationaux de chimie appliquée ont été, tout au moins pour la participation française, organisés depuis 1894, par l’Association des Chimistes de Sucrerie et de Distillerie. Celle-ci, faisant dorénavant partie de la Fédération nationale et par conséquent de l’Union internationale, a généreusement renoncé sur le rapport de M. Lindet, à cette sorte de privilège, qui lui avait valu l'estime du monde scientifique et industriel, et a passé le flambeau à l’Union internationale de la Chimie. La Conférence a adopté les règlements auxquels les nouveaux congrès seront soumis. Les anciens présidents des congrès, qui ne sont plus qu’au nombre de trois, Lindet (Paris 1896), Paterne (Rome 1906), Nichols (Washington 1912’, sont, de droit, membres des comités d’organisation des congrès ; c’est la survivance du Conseil supérieur des Congrès, créé par Moissan, pour assurer la perpétuité de l’œuvre. Il a été décidé que les communications pourraient avoir lieu dans les différentes langues : français, anglais ou italien, spécialement, mais que les actes, les résolutions et les vœux seraient exprimés exclusivement en français.
- C’est pour des raisons analogues que l’Union internationale accepta le rattachement du Comité international des Tables de Constantes, que lui avait proposé son secrétaire général, M. Marie. Le siège de ce Comité reste à Paris.
- La Conférence, sur le rapport de M. Crismer, a étudié l’organisation d’un Bureau d’Etalons chimiques, en trois sections : la Belgique possédera les étalons proprement dits; l’Angleterre, les produits purs pour recherches; la France, les produits technologiques.
- Elle institue en outre trois commissions qui devront apporter leurs travaux à la prochaine conférence :
- Une commission pour l’établissement uniforme des données thermo-chimiques (sur le rapport de M. Matignon);
- Une commission pour étudier la valeur des plis cachetés dans la demande des brevets d’invention et l’organisation d’un brevet international (sur le rapport de M. Trincheri);
- Une Commission nouvelle pour l’établissement des poids atomiques, qui devra prendre le poids atomique de l’hydrogène (H = 1) comme base du système, et non le poids atomique de l’oxygène, et ne publier les chiffres révisés que tous les dix ans (sur le rapport de M. Bancroft et la proposition de M. Oddo).
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- CONFÉRENCE INTERNATIONALE DE CHIMIE DE ROME.
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- L organisation matérielle du Congrès a été assurée par le Conseil (Consiglio Nazionale di Chimica), de la Fédération italienne de la Chimie, dont le président est le sénateur Paterne) et le secrétaire, M. Marotto; ils ont rendu aux délégués le séjour de Rome aussi agréable qu’il peut l’être, à une époque de l’année où la chaleur est accablante; le choix de l’époque ne leur est pas imputable. Nous avons été reçus officiellement au Capitole par le maire de Rome; nos cartes de congressistes nous ouvraient les portes de tous les musées; un grand et luxueux banquet nous a réunis aux autorités italiennes, aux savants et aux industriels italiens. Des excursions avaient été soigneusement préparées aux Etablissements Bombrini-Parodi-Delfino, de Segni, aux Établissements Electro-Chimico-Pomilio, de Naples, a la Società Italiana-Prodotti Esplodenti, de Cengio.
- La conférence de Rome en 1920 a donc marqué de son empreinte le monument que le groupement des sociétés de chimie pure et appliquée est en train de dresser sur le terrain international, en liaison avec la Société des Nations. Son succès est dû à un grand nombre d’hommes convaincus et tenaces parmi lesquels nous rendons hommage à son infatigable président, M. Moureu, membre de l’Institut, professeur au Collège de France.
- Sur la proposition de M. Kowalski, qui ne doute pas que le calme ne soit rétabli en Pologne, dans moins d’un an, la prochaine réunion de la Conférence aura lieu, au printemps 1921, à Varsovie. Dieu veuille que nous ayons été bons prophètes en acceptant la proposition de notre éminent collègue polonais.
- L. Lindet.
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- COMPTES RENDUS
- DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- SÉANCE PUBLIQUE
- DU 18 JUIN 1920
- EX COMMUN AVEC LA SOCIETE CHIMIQUE DE FRANCE
- Présidence de M. Gabriel Bertrand,
- président de la Société chimique de France.
- La séance est ouverte à 20 h. 30 m.
- M. Georges Claude fait une communication sur la fabrication synthétique de l’ammoniaque au moyen des très hautes pressions (1).
- Ce sont des considérations théoriques qui ont conduit M. G. Claude à envisager les très hautes pressions, qu’il appelle hyperpressions, allant jusqu’à 1 000 atm. (dans le procédé Haber et Le Rossignol, elles n’atteignent que 200 atm.) comme beaucoup plus avantageuses que celles-ci lorsqu’il s’agit de la synthèse directe de l’ammoniaque. Quant aux difficultés techniques résultant du maniement des h}’perpressions à température élevée, jusqu’à 530°, quoique réelles, elles sont beaucoup moindres et plus faciles à vaincre qu’on ne se l'imaginait tout d’abord.
- L’azote n’est pas l’élément inerte, dépourvu de toute affinité chimique, dont parlaient les anciens traités de chimie : aujourd’hui, on n’a que l’embarras du choix des éléments auxquels on veut le combiner, et on connaît les conditions auxquelles il faut satisfaire pour réaliser ces combinaisons. Le choix est déterminé par des considérations économiques : ce sont elles qui dominent le débat. Dès 1917, M. G. Claude montrait l’avantage économique, sur les autres procédés de fixation de l’azote atmosphérique, de la synthèse de l’ammoniaque. En effet, au lieu de transformer NH3 en sulfate d’ammoniaque SO,f(NH4)2, par neutralisation au moyen d’acide sulfurique, on peut en faire du chlorure d’ammonium C1NH4, en utilisant le chlore perdu en immenses quantités, sous forme de chlorure de calcium, dans l’industrie de la soude Solvay. Contrairement à une opinion répandue — très probablement par les Allemands qui y avaient intérêt — le chlore du chlorure d’ammonium ne troublerait pas plus la végétation que l’acide sulfurique du sulfate,
- (1) Le texle in extenso de cette communication paraîtra dans le Bulletin de la Société chimique de France, 44, rue de Rennes, Paris (6°).
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- SEANCE PUBLIQUE DU 18 JUIN 1920.
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- et le chlorure serait un engrais ammoniacal tout aussi efficace que le sulfate, jusqu’ici presque exclusivement employé par les cultivateurs. Le nouvel engrais a l’avantage sur l’ancien d’utiliser un sous-produit gênant, le chlore, et d’éviter une consommation inutile d’acide sulfurique. A chaque tonne de chlorure d’ammonium ainsi fabriqué, correspondent 3 t de carbonate de soude.
- En 1917, on savait que le procédé Haber, exploité par la Badische-Anilin und Sodafabrik, de Ludwigshafen, à Oppau, peu de temps avant la guerre, avait fourni aux Allemands le moyen de parer au déficit de salpêtre que leur imposait le blocus des Alliés. La possession de ce procédé industriel leur a permis de prolonger la guerre de deux ans; or, à la fin des hostilités, la seule usine d’Oppau fabriquait, par jour, 100 000 t d’ammoniaque NH3; elle représentait une mise de fonds de 200 millions de marks, c’est-à-dire à peu près ce que coûtait matériellement un jour de guerre, à ce moment, aux Alliés! On voit quelle arme de résistance formidable s’est procurée rAllemagne pour une dépense relativement insignifiante.
- L’étude des travaux de Haber et du procédé de la Badische, celle aussi des travaux de leurs devanciers, en particulier de Charles Tellier, le « père du froid », qui, dans cette voie aussi, fut un précurseur, de Bamsay, de Young et de M. Henry Le Chatelier, montra à M. G. Claude, que toute une zone de pressions était restée inexplorée, en ce qui concerne la synthèse de l’ammoniaque, celle qui s’étend de 200 à 1 000 atm. C’est dans cette zone qu’il orienta ses recherches; elles furent couronnées de succès et la Société « l’Air liquide », de compte à demi avec la Compagnie des Glaces et Produits chimiques de Saint-Gobain, fonda la Société de la Grande-Paroisse (usines à Montereau) pour l’exploitation industrielle des nouveaux procédés de M. G. Claude. Ce procédé paraît être aujourd’hui au point.
- La combinaison de l’azote et de l’hydrogène pour produire de l’ammoniaque dégage 12 calories par molécule-gramme. Cette quantité de chaleur est suffisante pour porter les deux gaz composants de la température ordinaire à 1000°, température très supérieure à celle dont on a besoin ; il est donc théoriquement possible de réaliser la synthèse sans recourir à une source calorifique extérieure, autrement dit d’obtenir l’autosynthèse, l’autoréaction. La réaction n’a lieu qu’en présence d’un catalyseur qui peut être l’uranium, l’osmium, le molybdène ou l’oxyde de fer. Pratiquement, c’est ce dernier qui fournit les meilleurs résultats, à condition qu’il ne soit pas pur, et presque n’importe quelle impureté, activeur, lui communique la propriété catalysante. Si Nernst qui, d’après M. G. Claude, doit être considéré comme ayant réalisé le premier la synthèse de l’ammoniaque grâce à l’emploi de la pression, n’a pas réussi à la rendre industrielle, c’est précisément parce qu’il a employé un mauvais catalyseur, du fer trop pur. Le mérite de Haber est d’avoir reconnu que le procédé était industriel.
- La possibilité d’utiliser industriellement la synthèse ressort du tableau ci-dessous qui donne les teneurs centésimales en ammoniaque NH3 dans le mélange N (1 volume) -f- H3 (3 volumes) lorsque l’équilibre est atteint.
- Teneurs centésimales en NH3 du mélange au moment de l'équilibre.
- Températures................. 550° 650° 750° 850° 950°
- / 1 atmosphère. . . . 0,077 0;032 0,016 0,009 0,0035
- Pressions ) 100 — .... 6,70 3,02 1,31 0,874 0,542
- ( 200 — .... 11,90 5,71 3,00 1,38 1,07
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- Les recherches' faites jusqu'à 1 000 atm. montrent que la concentration en ammoniaque croît à peu près proportionnellement avec la pression. Elles font aussi ressortir l'avantage des hyperpressions. A 1 000 atm., la teneur du mélange au moment de l’équilibre est de :
- 40 p. 100 à 536° ;
- 30 p. 100 à 607° ;
- 19 p. 100 à 672°;
- 14 p. 100 à 740°.
- Ces avantages pouvaient être prévus : en effet, la loi, formulée par M. H. Le Cha-telier, dit que, si la pression croît, l’équilibre se déplace dans le sens qui tend à diminuer la pression du mélange. Or, la combinaison se fait avec diminution de volume donc de pression, puisque, après combinaison, 4 volumes du mélange des gaz azote et hydrogène sont réduits à 2 volumes d’ammoniaque; l’augmentation de pression devait donc augmenter la teneur en ammoniaque.
- De même, il y a avantage à opérer à température aussi basse que possible. Pratiquement, cependant, on ne peut guère descendre beaucoup au-dessous de 550u car la vitesse de la réaction, considération importante au point de vue industriel, décroît très vite quand la température s’abaisse.
- Les Allemands s’en sont tenus à une température voisine de 550° et à une pression maximum de 200 atm. mais, dans ces conditions, les métaux ordinaires ne sont plus assez résistants : ils sont même altérés dans leur structure, et leur résistance descend fort au-dessous de la normale. Dès 1908, sous la direction du docteur Bosch, la Badische se mit avec ténacité à rechercher les métaux qui conviennent, ainsi que les meilleurs activeurs du fer employé comme catalyseur. La découverte, ou plutôt l'invention, car elle est due à des recherches méthodiques, de métaux spéciaux permit de résoudre le problème; puis, on s’aperçut que la chaleur dégagée pouvait être utilisée pour réaliser l’autoréaction ; mais cette utilisation ne fut reconnue possible qu’en donnant aux appareils des dimensions formidables de façon à réduire les pertes de chaleur par conductibilité et par rayonnement, ce qui contribua à augmenter les difficultés de construction, la résistance des appareils devant rester suffisante. Jusque-là, on avait cru pouvoir opérer par liquéfaction pour séparer des gaz résiduels l’ammoniaque formée. Sa teneur dans le mélange étant de 5 à 6 p. 100, il fallait, après liquéfaction, soumettre à nouveau les gaz restants à l’action de la pression, de la haute température et du catalyseur, puis séparer, comme précédemment, la nouvelle fraction d’ammoniaque formée, et ainsi de suite, les gaz parcourant pour ainsi dire indéfiniment un cycle fermé.
- On voit les inconvénients de cette façon de faire : le mélange de gaz, porté à 550°, devant être refroidi à — 50° puis, reporté à 500° et, de nouveau, à — 50°, ces alternatives se traduisent par des pertes de calories et de frigories considérables et inadmissibles, d'autant plus que la frigorie est de production beaucoup plus chère que la calorie. Il fallait donc recourir aux appareils échangeurs de chaleur, aux calorifuges. Une amélioration à cette situation fut obtenue en produisant l’absorption de l’ammoniaque par sa dissolution dans l’eau ; mais, dans ce cas, il faut que l’eau soit injectée sous pression dans le mélange, d'où la nécessité :
- 1° D’employer des compresseurs puissants et consommant beaucoup de force motrice;
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- 2° De distiller ensuite la solution ammoniacale si on ne la sature pas de suite par l’acide sulfurique en vue de faire le sulfate. Quoi qu’il en soit, à la fin de 1913, l’usine d’Oppau avait déjà fabriqué 20000 t de sulfate d’ammoniaque. Après la bataille de la Marne, un développement formidable fut donné à cette usine, et sa production, par jour, passa à 75 000 t d’ammoniaque NH3 en 1917, et à 100000 t en 1918, soit 500000 t de sulfate d’ammoniaque.
- On s’est un peu effrayé de l’emploi des hyperpressions dans des appareils industriels et on a cru qu’il présentait des difficultés techniques insurmontables. Mais, à ces fortes pressions, les appareils qui renferment les gaz ou les canalisent ont un débit très grand : on - peut donc leur donner de très faibles dimensions, presque minuscules, ce qui, comme on le sait, procure une sécurité quasi complète. L’étanchéité absolue des appareils, des connexions, des robinets est tout aussi nécessaire à 200 atm. qu'à 1 000 atm. et elle est plus facile à réaliser pour celles-ci à cause des plus petites dimensions des appareils; le cuir embouti, aux très petits diamètres, peut être monté sur les cylindres de compression et tient très bien jusqu’à
- 1 500 atm. Le diamètre du piston d’un compresseur refoulant à 1 000 atm, peut ne
- pas dépasser 2 cm et comprimer cependant par heure 100 m3 de gaz mesurés à la pression ordinaire.
- Il y a intérêt pratiquement à comprimer en deux temps : d’abord jusqu’à 300, puis de 300 à 1000 atm. Cette disposition conduit, pour le deuxième compresseur, à un diamètre de piston de quelques millimètres, sur des appareils industriels suffisants pour la fabrication de 700 kg d’ammoniaque NH3 par 24 heures. Le calcul et l’expérience montrent, en outre, que le supplément de travail à fournir pour la compression de 200 à 1 000 atm. est largement payé par les avantages signalés plus loin. D’ailleurs, ce supplément d’énergie à fournir est faible, le travail de compression croissant seulement comme le logarithme de la pression de refoulement. 11 est comme 2,3, jusqu’à 200 atm. est à 3 jusqu’à 1000 jatm. et à 3,5, si on tient compte
- de la plus grande compressibilité des gaz à haute pression. Un débit de gaz de
- 100 m3 : h, si on opère à 550°, donne une teneur d’ammoniaque de 25 p. 100 à 1000 atm., et seulement de 6 p. 100 à 200 atm. comme dans le procédé de la Badische : on produit ainsi 6 g d’ammoniaque par gramme de catalyseur et par heure au lieu de 0,5 g. La pression dans le mélange gazeux, après passage sur le catalyseur, est tellement grande que l’ammoniaque y possède encore une pression propre beaucoup plus que suffisante pour pouvoir être liquéfiée, par simple passage dans un serpentin refroidi par de l’eau à la température ordinaire, et l’on peut placer en série trois et même quatre groupes semblables comprenant chacun un catalyseur et un liquéfacteur, la pression résiduelle restant toujours suffisante pour assurer la liquéfaction; il suffit, en effet, car le refroidissement est pratiquement toujours suffisant pour assurer la liquéfaction, que la pression propre de l’ammoniaque soit supérieure à 8 atm., sa tension maxima à la température ambiante. Or, elle est de 250 atm. dans les conditions réalisées par M. Claude; elle n’est que de 12 atm. seulement dans le procédé de la Badische. Ceci explique la nécessité, dans le procédé allemand :
- 1° De recourir à la dissolution et à l’injection d’eau sous pression;
- 2° De faire parcourir aux gaz le cycle fermé dont il a été question plus haut et de remettre, à Ghaque passage, les gaz en pression, opération extrêmement coûteuse.
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- Enfin, dans le procédé de M. G. Claude, si minuscules que soient les appareils, la vitesse de réaction et la proportion d’ammoniaque formée sont tellement grandes que la chaleur dégagée par la réaction est non seulement suffisante pour assurer l’autosynthèse, mais qu'elle est même surabondante, et de beaucoup : elle est gênante. Cet excès de chaleur, par l’élévation de température qu’elle provoquerait si des dispositions spéciales n’étaient pas prises, a été la seule cause de difficultés sérieuses dans la mise en œuvre du procédé. La difficulté due à l’attaque des métaux subsiste; elle a été résolue.
- En sortant du compresseur et avant d’entrer dans le catalyseur, le mélange gazeux passe dans un purificateur composé de deux parties :
- 1° Un catalyseur spécial renfermant du palladium, qui provoque la combinaison avec l’hydrogène, de l’oxygène qui se trouve toujours comme impureté dans le mélange gazeux. L'eau formée se condense dans :
- 2° Un collecteur refroidi, où se condensent aussi les vapeurs entraînées de l’huile (huile de ricin) employée pour le graissage du compresseur.
- L’élimination de l’oxygène et des vapeurs d’huile est absolument indispensable : par leur présence, ils empoisonneraient le catalyseur.
- A cause de leurs petites dimensions et du peu d’énergie consommée, on peut installer les nouveaux appareils Claude presque partout. Où doit-on les installer? Là, évidemment, où les matières premières sont abondantes. L’azote est tiré de l’atmosphère par liquéfaction et distillation fractionnée de l’air. Le choix des emplacements est donc déterminé par la possibilité, de se procurer de l’hydrogène. M. C. Claude a recherché les méthodes qui permettent de retirer économiquement l’hydrogône de tous les mélanges gazeux industriels qui en contiennent notablement : le problème serait déjà résolu pour le gaz à l’eau, le gaz de ville et le gaz des fours à coke épuré de ses sous-produits.
- Ce dernier est le plus intéressant : il est produit en abondance et, en général, il est encore assez mal utilisé. C’est ainsi qu’un four produisant 300 t de coke par jour fournit, en même temps, 100 000 m3 de gaz renfermant 45 p. 100 d’hydrogène, qui, extrait et combiné à l’azote par le nouveau procédé Claude, donnerait 10 t d’ammoniaque NIU, d’une valeur marchande à peu près égale à celle des 300 t de coke produits en même temps. Autrement dit, l’ammoniaque paraît devoir devenir un sous-produit des usines métallurgiques : par contre-coup, si on transformait cet ammoniaque en chlorure d’ammonium, comme le propose M. G. Claude, le carbonate de soude deviendrait, lui aussi, un sous-produit métallurgique.
- E. L.
- La séance est levée à 22 h. 15 m.
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- BIBLIOGRAPHIE
- De l’organisation des activités humaines, par A.-L. Galéot (Bibliothèque des
- hautes études nationales). In-8 (25x16) de 375 p. Paris, Nouvelle Librairie
- nationale, 3. place du Panthéon, 1919 (Prix : 12 f).
- L’organisation rationnelle du travail industriel a donné naissance à toute une floraison d’ouvrages de valeur très inégale et presque toujours très faible au point de vue pratique. La plupart n’exposent en détail que des applications enfantines du taylorisme, d’autres ne sont guère que des recueils de recettes très générales dont l’application reste fort problématique; en général, les grandes idées directrices et la manière de les mettre en pratique manquent (d). Le livre de M. Galéot se distingue très nettement de ce genre d’ouvrages. Voici ce qu’en a dit M. Georges Gharpy dans la Journée industrielle.
- Beaucoup d’ouvrages sur l’organisation du travail, tout en prêchant les avantages de l’ordre, ne fournissent pas des exemples bien remarquables de classement méthodique des idées qu’ils ont pour but d’exposer. Cependant, on commence de divers côtés à arriver à un embryon de doctrine et à comprendre la nécessité de considérer séparément les questions de méthode en général et les applications à des cas concrets, bien rares étant les auteurs qui peuvent parler en se plaçant à ce double point de vue avec une égale compétence. C’est M. Henry Le Chatelier qui, le premier, a fait ressortir le côté philosophique qui se trouvait à l’état latent dans les écrits de Taylor, et a démontré que ce qu’on appelle l’organisation scientifique de l’industrie n’était que l’application de la méthode rationnelle, ou de la méthode expérimentale, ou de la méthode tout court, aux problèmes complexes que présente l’industrie moderne. Les règles générales de la méthode n’étaient certainement pas bien connues des ingénieurs américains qui, sentant le besoin d’avoir une ligne de conduite, en ont retrouvé une partie, d’une façon forcément bien incomplète. Les ingénieurs français, qui ont maintenant le devoir de se livrer à des travaux d’organisation, seront, en général, plus avertis, en raison même de la composition des programmes de l’enseignement secondaire français que la plupart ont suivi; il semble bien, cependant, qu’à l’heure actuelle, ces études restent souvent assez superficielles; et d’ailleurs, les considérations d’ordre philosophique intéressent toujours plus des esprits déjà mûris que des adolescents; le livre de M. Galéot sera donc utile à beaucoup.
- M. Galéot, qui ne fait suivre son nom d’aucun titre, est, certainement, plutôt un philosophe qu’un ingénieur, mais c’est un philosophe qui ne dédaigne pas de se
- (1). Signalons, à cet égard, les cinq conférences faites en 1919, à la Société d’Encouragement, sur application des nouvelles méthodes d'organisation du travail industriel dans cinq usines de guerre françaises, applications faites réellement, dans des conditions difficiles, pendant la guerre, et très différentes, car elles ont été faites dans cinq industries distinctes. Le texte de ces conférences a paru in extenso, ainsi que les discours et allocutions prononcées à leur occasion, dans les Bulletins de janvier-février 1919, de mars-avril 1919 et de mai-juin 1919. Leur ensemble a fait l’objet d’un tirage à part.
- Tome 132. — 2e semestre. — Juillet-Août 1920. 44
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- BIBLIOGRAPHIE. — JUILLET-AOUT 1920.
- pencher sur les problèmes de la vie pratique ni de s’adresser à un public non initié. Il a rédigé, dans la première partie de son livre, sous les titres de Méthodologie du savoir en vue de l'action, puis de Psychologie de l'activité, un remarquable petit cours de philosophie à l’usage des gens du monde industriel qui voudraient se donner la peine de réfléchir sur le sens de leurs actes et ne pas se contenter d’apprendre par cœur un certain nombre de formules et de recettes plus ou moins empiriques et de les appliquer machinalement sans chercher à en comprendre la signification précise, sans même chercher si une telle signification existe.
- Après cette première partie, consacrée aux Bases générales de l'orghnisation, en vient une seconde qui traite de VOrganisation rationnelle expérimentale, et envisage de plus près les problèmes pratiques. Il ne saurait être question d’analyser un tel travail en quelques lignes; innombrables sont les idées qui sont soulevées ou envisagées et, on peut bien, d’ailleurs, en signaler l’intérêt sans les considérer toutes comme ayant une égale valeur; certaines appellent incontestablement la discussion et ne peuvent être acceptées comme des articles de foi; mais, n’est-ce pas l’un des effets les plus utiles que puisse produire un livre que de soulever la controverse et de contribuer à faire jaillir la lumière d’une discussion qui gagne toujours à être aussi étendue que possible?
- Une conception qui revient en différents points du livre de M. Galéot et qui peut être considérée comme nouvelle ou, tout au moins, comme présentée d’une façon nouvelle, est relative à l’influence du milieu. L’organisation, étant avant tout une question d’ordre, doit, pour être vraiment efficace, se développer simultanément dans un domaine aussi étendu que possible et suivant un aussi grand nombre de directions que possible.
- « Il est impossible de songer à organiser quoi que ce soit si le courant général des idées est désorganisateur. Pour concevoir et réaliser l’organisation d’une entreprise agricole, industrielle ou commerciale, petite ou grande, celui qui en a la responsabilité aura plus ou moins de facilités et de possibilités selon que, lui et ses collaborateurs, seront placés ou non dans une ambiance organique » et cela conduit à la formule suivante qui élargit singulièrement le cadre du problème : « Pas d’ordre dans l’action individuelle sans ordre dans les esprits et, par suite, dans toute la vie sociale. »
- A côté de ces considérations, il faut encore citer celles qui se rapportent au rôle de la volonté. L’importance de l’ordre et de la méthode dans tout ce qui concerne la conception de l’organisation, n’est pas plus grande que celle de la volonté dans tout ce qui est relatif à la réalisation.
- « L’organisation est, en effet, d’abord un effort pour raisonner l’acte, avant de l’exécuter, et longtemps avant, parfois. Puis, c’est un nouvel effort pour conformer l’acte aux décisions prises. » Ce ne sont pas les fatalistes, les gens qui « ne s’en font pas », qui réalisent des organisations utiles; ce sont les gens à volonté forte, ceux qui, sans chercher l’obstacle, ne se laissent pas décourager par lui, qui mettent leur point d’honneur et trouvent leur satisfaction à atteindre le but qu’ils se sont proposé. La routine est paresse, le progrès technique est effort, effort constant, effort soutenu aussi longtemps qu’il sera nécessaire. « Donc, pour développer l’esprit d’organisation et les pratiques correspondantes chez un peuple, la première chose à faire, c’est de développer chez lui la volonté. »
- On voit, par ce très bref aperçu, que l’ouvrage de M. Galéot est très éloigné des
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- publications dans lesquelles on trouve indiquées : les dimensions du chronomètre qui sert à mesurer les durées de chaque opération, les modèles des imprimés sur lesquels on relèvera les observations ou les dimensions'des casiers dans lesquels on rangera les produits ou les outils, etc., etc. La lecture en est certes, moins facile, mais combien plus intéressante et plus féconde Blême, et on pourrait presque dire surtout, si on ne partage pas entièrement les idées de l’auteur. Ce sont de tels écrits qui contribueront à constituer l’École française de l’organisation, qu’il faudra bien arriver à établir, car, chaque peuple ne peut travailler efficacement qu’avec des procédés spécialement adaptés à son tempérament et nul n’est plus apte que le nôtre à se forger ses propres outils quand il veut s’en donner la peine. C’est en orientant les idées dans ce sens qu’on évitera aussi de voir sombrer dans le néanl les idées d’organisation, si fort en faveur aujourd’hui, mais qui risquent de devenir la proie de ceux que M. Galéot raille dans sa préface, les gens qui, pour tenir compte de la mode, commencent à prononcer le mot d’organisation avec une sorte de respect mystérieux sous lequel se cache leur ignorance ainsi que leur indifférence et qui n'en feront « qu’un mot sonore pour inaugurations officielles et discours de circonstance, sans rien de réel correspondant ».
- G. Charpy.
- Guide psychologique du Français à l’étranger, à l’usage des industriels, des voyageurs de commerce, des touristes et des gens de lettres, par M. Marius André. Un vol. br. 12x18,5 cm, de 349 p. Nouvelle Librairie nationale, Paris, 3, place du Panthéon, 1917,
- Il n’est pas trop tard pour parler de ce remarquable petit volume qui, lui aussi, est une victime de la guerre, et n’a pas reçu en son temps l’accueil qu’il mérite. Mais nous venons de le relire : il n’a pas perdu de son actualité. Il est le premier ouvrage d’une nouvelle Bibliothèque des Hautes Études nationales dans laquelle on compte déjà d’autres livres remarquables.
- L’auteur, qui appartient à ce corps consulaire dont nous continuons à dire tant de mal, s’élève contre plusieurs idées couramment reçues et fausses. Voici la plus importante.
- Le succès d’un industriel ou de son voyageur auprès d’un client ne provient pas uniquement des conditions qu’on pourrait appeler matérielles et dont les principales sont le prix et la qualité de la marchandise offerte, mais aussi de conditions morales et psychologiques qui agissent sur le client sans que, souvent, il s’en rende compte.
- Dans les nombreux volumes qui ont été publiés depuis 1914 sur les causes de l’expansion formidable du commerce allemand, on a surtout analysé et décrit jusque dans les moindres détails, toutes ces conditions matérielles, et les auteurs de ces livres ont plus ou moins prouvé que nous ne nous en préoccupions pas assez ou pas du tout, d’où le recul de notre commerce extérieur.
- Quant aux facteurs moraux, les auteurs les ont presque tous négligés ou insuffisamment analysés. Or, ils ont beaucoup joué en faveur de l’Allemagne. Ce sont ces facteurs que M. M. André étudie et il n’a pas de peine à nous prouver par des faits, qu’ils ont joué et peuvent toujours jouer beaucoup plus aisément pour les Français que pour les Allemands. Il nous suffît d’en prendre la peine.
- M. M. André croit, à l’inverse d’un auteur dont le livre a eu un succès retentis-
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- BIBLIOGRAPHIE.
- JUILLET-AOUT 1920
- sant quelques années avant la guerre, que les Latins, surtout en ce qui concerne les facteurs moraux ou psychologique mais sur bien d’autres points encore, sont très supérieurs à leurs voisins; il le prouve par des cas nombreux (importance de notre influence morale et de notre commerce en Amérique centrale, succès des « Barcelonnettes » en Amérique latine, etc.-); aussi, toute une partie de son livre pourrait s’intituler, « A quoi tient la supériorité des Latins ». En particulier, dit-il, le Français est aimé, recherché à l’étranger, parce qu’il est spirituel, sympathique, aimable, courtois, parce que, dans la conversation, il est « l’honnête homme » qui ne se pique de rien et a des clartés sur tout. Ces qualités ne s’acquièrent qu’à force de volonté chez l’Allemand, mais elles restent alors mal équilibrées et c’est ainsi qu’il lui arrivera d’exagérer et de tomber dans une obséquiosité insupportable ; ou bien il laisse voir qu’il n'est pas beau joueur et cesse d’être ce qu’il semblait dès que l’intérêt ne l’incite plus à faire un effort.
- 11 serait dangereux pour la France, pense M. M. André, d’imiter servilement les méthodes allemandes et même anglo-saxonnes ; perfectionnons les nôtres. Les exemples cités sont pris surtout en Espagne et dans les pays hispano américains, que M. M. André connaît très bien, et que la plupart des Français connaissent si mal ou pas du tout;
- Quelques titres de chapitres révèlent l’originalité de ce livre, bourré de faits précis et d’idées claires, mieux que l’analyse à laquelle il se prête, d’ailleurs, assez difficilement :
- L’ignorance française des choses et des hommes de l’étranger;
- Comment on découvre l’Amérique dans le Bottin;
- Les pays les plus commerçants ne sont pas ceux qu’on pense;
- A quoi ne tient pas l’infériorité des Français;
- La glorification de l’étranger et le dénigrement de nous-mêmes;
- Les mauvaises formules proverbiales;
- Le dogme de l’hégémonie commerciale et le mythe de la décadence française;
- Comment un dogme se forme et s’impose;
- Les prêcheurs de découragement et les ignorants;
- Les Français hypnotisés qui font de la réclame en faveur du commerce étranger;
- Les nations et les consuls d’autrefois ;
- Les industriels français qui n’aiment pas leurs compatriotes;
- Des langues étrangères et de la conversation;
- Y a-t-il des professions nobles?
- Chapitre à l’usage des touristes, des artistes et des gens de lettres (qui peuvent et doivent être, eux aussi, des agents actifs de l’expansion française dans le monde).
- Il fallait un certain courage pour écrire la plupart de ces chapitres en 1917, alors que quelques-uns chez nous doutaient encore du succès. L’auteur mettait en garde ; les journalistes, presque toujours ignorants, visant l’effet, cherchant à flatter le lecteur plus qu’à l’instruire; les économistes, souvent observateurs superficiels; les ingénieurs, mal renseignés sur ce qui se passe vraiment au dehors, contre le faux dogme de la supériorité des méthodes allemandes qui continuait d’être répandu en pleine guerre, ce qui servait les intérêts économiques de nos ennemis à l’étranger.
- Le livre de M. M. André reste ce qu’il voulait être : un guide sûr pour tous ceux qui ont des relations de n’importe quelle nature avec les pays étrangers, une méthode
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- BIBLIOGRAPHIE 541
- qui leur permettra d’apprendre à connaître ces pays et de dépouiller leur esprit des préjugés et des idées fausses, toutes faites, dont la Grande Guerre a mis le danger en évidence.
- E. L.
- Détérioration of Structures of Timber, Métal and Concrète exposed to the Action of Sea-Water. First Report of the Gommittee of the Institution of Civil Engi-neers [La détérioration des ouvrages en bois, métal et béton exposés à l’eau de mer. Premier rapport de la Commission de la Société des Ingénieurs civils (de Londres) nommée à cet effet] par P. M. Crosthwaite et Gilbert R. Redgrave. Un vol. relié, 15x24,5 cm, 301 p., fi g.., et 70 pl. dans le texte ou hors texte. 1920, Committee appointed to investigate the Détérioration of Structures in Sea-Water, édit. Great George Street, Westminster, London, S. W. I. Prix, 30 sh.
- En août 1916, sur sa proposition, faite un mois auparavant, la Société des Ingénieurs civils de Londres a obtenu du Privy Council for Scientific and Industrial Research, organisme analogue à notre Direction des Inventions du temps de guerre, une subvention en vue de lui permettre l’étude de l’action destructive de l’eau de mer sur les constructions. Elle en a été chargée et elle l’a confiée à une Commission spéciale.
- On se proposait une étude de longue haleine, portant sur plusieurs années d’observations et d’expériences, conduites suivant des directives déterminées, qui ont été adressées à tous les corps techniques compétents du Royaume-Uni, des Indes, des Dominions et Colonies britanniques; ils acceptèrent. Les résultats de cette longue enquête devant se faire attendre longtemps, la Commission a jugé utile de faire connaître dès à présent les renseignements les plus intéressants qui lui sont déjà parvenus, et elle a publié le présent livre.
- L’ouvrage renferme :
- Quelques-uns des mémoires parvenus, donnés in extenso ;
- Des résumés d’autres mémoires, occupant 22 pages (leur texte in extenso peut être consulté au Muséum de l’Institution of Civil Engineers) ;
- Un résumé de l’état de nos connaissances sur la question avant le commencement de l’enquête, tel qu’il ressort des mémoires déjà parus en 1916 dans les Minutes of Proceedings of the Institution of Civit Engineers. (Ce résumé occupe 26 pages.)
- Un second résumé des nouvelles connaissances acquises comme premier résultat de l’enquête (15 pages).
- D’autres volumes, analogues au premier, le suivront donc.
- Trois rapports donnés in extenso traitent des questions d'ordre général :
- Valeur des bois pour les travaux à la mer, avec des notes relatives à des observations botaniques ;
- Les animaux marins perceurs de bois;
- L’attaque du fer, de la fonte et de l’acier par l’eau de mer.
- Les autres mémoires in extenso sont des monographies sur des sujets variés présentés dans l’ordre suivant, qui tient compte des points où les recherches ou observations ont été faites : ports des Iles Rritanniques, ports des colonies anglaises et ports étrangers, classés par régions géographiques.
- E. L.
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- OUVRAGES REÇUS A LA RIBLIOTIIÈQUE
- EN JUIN ET JUILLET 1920
- Boutaric (A.) et Raynaud (A.). — Phosphore, arsenic, antimoine (Encyclopédie scientifique), de 417 p., 11 fig. Bibliographie, p. 389-396. Paris, G. Doin, 1920. 16074
- Guillet (Léon) et Durand (Jean). — L’industrie française. L’œuvre d’hier. L’effort de demain (Les leçons de la guerre). In-8 (20 x 13) de iv + 283 p., 38 fig. Paris, Masson et Cie, 1920. 16075
- Cambon (Victor). — L’industrie organisée d’après les méthodes américaines. Leçons professées à l’École centrale des Arts et Manufactures. In-8 (23 x 14) de 268 p., XXIV pi. Bibliographie, p. 261-263. Paris, Payot et Cie, 1920. 16076
- Villotte (H.). — La science et l’industrie françaises en 1919-1920. Ce qu’elles nous ont donné, ce qu’elles nous promettent. In-12 (17 x 11) de 272 p., 7 fig. Paris, G. Doin, 1920. 16077
- Napier Tricentenary Memorial Volume, edited by Cargill Gilston Knott. In-4 (25 x 19) de xi-f-441 p., fig., XVII pl. dont 4 en couleurs. London, Longmans, Green and G0, 1915. (Don de la Royal Society of Edinburgh). . 16078
- Dévédec (Pierre). — Application de la résistance des matériaux au calcul des ouvrages en béton armé. In-8 (25 x 16) de xvi -(- 372 p., 201 fig. Paris, Dunod, 1920.
- 16079
- Morsier (E. de). — Les turbines hydrauliques à grand débit, types Hercule et dérivés. In-8 (25 x 16) de 99 p., 27 fig. Paris, Dunod, 1920. 16080
- Maurain (Ch.). — Les états physiques de la matière. In-12 (19 x 12) de 327 p. Paris, Félix Alcan, 1920. 16081
- GuÉdon (L.-Pierre). — Le mécanicien de chemins de fer. 3e éd. In-8 (21 x 14) de xi + 743 p., 512 fig. Paris, Dunod, 1920. 16082
- Guillou (Henri). — Cours élémentaire théorique et pratique à l’usage des monteurs et conducteurs de moteurs à gaz. In-8 (23 x 14) de vm + 312 p.,27 fig. Paris, Dunod, 1920.
- 16083
- Galéot (A.-L.). — De l’organisation des activités humaines. In-8 (25 x 16) de '375 p. Paris, Nouvelle Librairie nationale, 1919. 16084
- Capus (G.) et Bois (D.). — Les produits coloniaux. Origine, production, commerce. In-12 (18 x 11) de xvi -f- 687 p., 203 fig. Bibliographie, p. ix-xvi. Paris, Armand
- Colin, 1912. 16085
- Bonaparte (Le Prince). — Notes ptéridologiques. In-8 (23 x 14). Fascicule VIII . Les ptéridophytes de l’Indochine, de 197 p. — Fascicule IX : Les ptéridophytes de Madagascar, de 78 p., 5 tableaux. Paris, l’auteur, 1919, 1920. 16086-7
- L’économie de combustible dans les usines de force motrice utilisant le chauffage à la main. Circulaire n° 7 du Laboratoire d'essais mécaniques de l'Université d’Illinois, Urbana (États-Unis), (1er avril 1918). Traduction française par Maurice Varinois. In-8 (25 x 16) de xii + 124 p., 18 fig., I pl. Paris, Dunod, 1920. 16088
- Girard (Henry). — Cultivateurs, comptez pour mieux diriger. Le présent, l’avenir. In-12 (18 x 12) de vm H- 135 p., fig. Paris, Librairie agricole de la Maison rustisque, 1918.
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- OUVRAGES REÇUS A. LA BIBLIOTHÈQUE EN JUIN ET JUILLET 1920. 543
- Girard (Henry). — L’électricité en agriculture, achetée à des stations centrales. ln-12 (16 x 12) de 137 p. Paris, Librairie agricole de la Maison rustique, 1913. 16090
- Claude (Georges). — Politiciens et Polytechniciens. In-8 (25 x 16) de 223 p., 34 fîg. Boulogne-sur-Seine, chez l’auteur, 138, avenue de la Reine, 1919 (Don de Vauteur, membre de ta Société). 16091
- Richet (Charles). — Abrégé d’histoire générale. Essai sur le passé de l’homme et des sociétés humaines. In-8 (21 x 15) de hi + 600 p., 10 cartes. Paris, Librairie Hachette, 1919 (Don de l’auteur, membre de la Société). 16092
- Richet (Charles). — L’homme stupide. Homo stultus. In-12 (19 x 12) de 220 p. Paris, Ernest Flammarion, 1919 (Don de l'auteur, membre de la Société). 16093
- Girard (Henry) et Jannin (Georges). — Le mouton. Exploitation rémunératrice du troupeau. In-12 (19 x 12) de xvi -j- 333 p., 25 fîg., 10 cartes, XIX pi. Paris, Librairie agricole de la Maison rustique, 1920. 16094
- Godart (Justin). — Les clauses du travail dans le Traité de Versailles (28 juin 1919). Les décisions de la Conférence de Washington (novembre 1919). In-8 (21 x 13) de 229 p.
- Paris, Dunod, 1920. 16095
- Molinari (Ettore). — Chimie générale et industrielle. Chimie inorganique. In-8 (25 x 16). 4? éd. T. I : Introduction (Historique, Lois chimiques, Nomenclature). Métalloïdes (lre partie), de xii-)- 486 p., 125 lig.; Tome II : Métalloïdes (suite et fin), de 272 p., fig. 126 à 202. Traduit de l’italien par J.-A. Montpellier. Paris, Dunod, 1920. 16096-7
- Turpain (Albert). — Mesures électrotechniques. In-8 (25 x 16) de 183 p., 105 fig. Paris, Dunod, 1920. . 16098
- Bary (Paul). — Les colloïdes métalliques. Propriétés et préparations. In-8 (25 x 16) de viii H-95 p., 13 fig. Paris, Dunod, 1920. 16099
- Fichter (M.-R.). — Les compteurs d’électricité. In-8 (25 x 16) de m -f- 223 p., 155 fig. Paris, Dunod, 1920. 161 00
- Union des Sociétés industbielles de France. — Compte rendu du 2e Congrès tenu à Reims les 23, 24 et 25 mai 1914. In-8 de 59 p. — Annexe : Documents sur la situation et l’activité des sociétés industrielles adhérentes. In-8 de 35 p. (dactylographié).
- Pièces 12535-6
- Chambre syndicale des Constructeurs de machines agricoles de France (Agriculture, horticulture, viticulture). — Requête tendant à l’établissement de droits protecteurs de l’industrie française des machines agricoles. In-8 de 32 p. Paris, 10, rue de Lancry, 1920.
- x Pièce 12537
- American Society of civil Engineers. — Final Report of the spécial Committee on Materials for Road Construction and on Standards for Their Test and Use (Transactions of the American Society of Civil Engineers, vol. LXXXII, 1918, p. 1384-1468).
- Pièce 12538
- Tardieu (André). — La paix et l'unité allemande. (Les conditions de la vie française) (L'Illustration, 5 juin 1920, 12 p.). Pièce 12539
- Tardieu (André). — Mossoul et le pétrole. (Les conditions de la vie française) (L'Illustration, 19 juin 1920, 8 p.). Pièce 12540
- Chambrier (Paul de). — Les mines et la raffinerie de Péchelbronn (Conférence faite à l'Institut de Chimie de l'Université de Strasbourg, le 1er juin 1P20). In-8 de 27 p. Strasbourg, lmp. strasbourgeoise, 1920 Pièce 12541
- Constantinescu (Gheorghe). — Sonicitatea. Conferinte tinute in Amfiteatrul Scoalei nationale de Poduri si Sosele (Bucuresti), le 4 noembrie 1919. (Buletinul Societatii Poli-tecnice, Anul XXXIII, n° 7-12, 47 p. 8 fig.). (Don de M. Longinescu, membre de la Société).
- Pièce 12542
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- OUVRAGES REÇUS. — JUILLET-AOUT 1920.
- Bonaparte. — En Alsace. (Figaro, 26 septembre 1919, 13 p.). Paris, l’auteur, 1919.
- Pièce 12543
- Tardieu (André). — Un an après. (Les conditions de la vie française.) (UIllustration, 3 juillet 1920, 8 p.). Pièce 12544
- Brillouin (André). — Strasbourg, ses ports et les communications entre le Rhône et le Rhin (Conférence fuite le 10 mai 1919, à la Société d'Encouragement pour l'Industrie nationale). In-i de 35 p. ^Compte rendu sténographique dactylographié). Pièce 12545 Langevin. — Une révolution dans les conceptions de la physique : la relativité (Conférence faite le 17 janvier 1920, à la Société d'Encouragement pour l'Industrie nationale). In-4 de 56 p. (Compte rendu sténographique dactylographié). Pièce 12546
- Tilho (J.). — Voyage ^e l’embouchure du Congo à celle du Nil, par le Tchad et mise en valeur du Soudan par un transcontinental franco-britannique (Conférence faite le 28 février 1920, à la Société d'Encouragement pour l'Industrie nationale). In-4 de 56 p. (Compte rendu sténographique dactylographié). Pièce 12547
- Department of Scif.ntific and Industrial Research. — Report of the Fuel Research Board, for the years 1918, 1919. London. Pér. 456
- Department of Scientific and Industrial Research. — Conférences of Research Organisations. Report of lst meeting, 29th july, 1919; Report of 2d meeting, 12,h decem-ber 1919. London. Pér. 456
- Department of Scientific and Industrial Research. Advisory Council. — Bulletin n° 4 : Mémorandum on solid lubricants, 28 p. London, 1920. Pér. 456
- Institut national agronomique. — Annales. 2e série, tome XIV (1919). Pér. 20
- American Institute of Mining and metallurgical Engineers. — Transactions. Vol. LXI, 1920. Pér. 201
- Accademia delle sCiENZE fisiche E MATEMATiciiE. — Rendiconto. Sérié 3a, vol. XXII, 1916 (fasc. 7 à 12) ; vol. XXIII, 1917 (fasc. 1 à 12) ; vol. XXIV, 1918 (fasc. 1 à 12) ; vol. XXV, 1919 (fasc. 1 à 12) ; vol. XXVI, 1920 (fasc. 1 à 3). Pér. 14
- Académie des Sciences de l’Institut de France. — Mémoires présentés par divers savants. 2e série, tome XXXII. Paris, Imprimerie nationale, 1902. Pér. 101
- Library of Congress. — Report, 1919. Washington. Pér. 350
- Institution of Engineers and Shipbuilders in Scotland. — Transactions. Vol. LXI, 1917-1918. Glasgow, 1918. Pér. 5
- Ministère de l’Agriculture. Direction de l’Agriculture. Office de Renseignements agricoles. — Statistique agricole annuelle, 1918. Paris, Imprimerie nationale, 1919.
- Pér. 242
- LJ. S. Bureau of Labor Statistics. — Bulletins nos 251, 260, 262. Washington, 1919.
- Pér. 35
- Ministère du Travail et de la Prévoyance sociale. Direction du Travail. — Statistique des grèves et des recours à la conciliation et à l’arbitrage survenus pendant l’année 1914. Paris, Imprimerie nationale, 1919. Pér. 205
- Société des Ingénieurs civils de France. — Annuaire de 1920. Paris, 19, rue Blanche. Pér. 313
- Chambre syndicale des Fabricants et des Constructeurs de Matériel pour Chemins de FER et Tramways. — Annuaire 1920-21. Paris, 7, rue de Madrid. Pér. 399
- American Society of Mechanical Engineers. — Transactions. Vol. XL, 1918. Pér. 200
- L’agent général, gérant, E. Lemaire.
- Coulommiers. — lmp. Paul BRODARD.
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- 119e ANNEE.
- SEPTEMBRE-OCTOBRE 1920
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- INTRODUCTION
- La Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale a organisé, du o au 13 juin 1920, une exposition publique de machines à calculer qui s’est tenue dans son hôtel, à Paris, 44, rue de Rennes. Cette exposition a été une véritable révélation, non seulement pour le grand public mais aussi pour de nombreux initiés et pour ceux qui ont intérêt à se servir des machines à calculer et qui, pour la plupart, ne se doutaient pas du degré de perfection et de spécialisation auquel elles sont parvenues.
- Pendant l’Exposition, deux conférences sur les machines à calculer ont été données en séance publique. De nombreux auditeurs y ont assisté. En outre, sur la demande de plusieurs visiteurs, deux communications ont été faites au cours d’une troisième séance publique, tenue après l’Exposition, le 26 juin. On trouvera plus loin le texte in extenso de ces quatre conférences ou communications.
- La manifestation organisée par la Société d’Encouragement pour 1 Industrie nationale a suscité une telle curiosité que de nombreuses personnes, étrangères ou non à la Société, ont désiré se documenter sur la question des machines à calculer et posséder le texte des conférences qui ont été données. C’est pour répondre à leur désir que le présent numéro est publié : il ne doit être considéré, cependant, eu égard aux difficultés matérielles de l’heure présente, que comme une contribution très incomplète à l’étude de la question bien que les plus grands soins aient été apportés à sa composition. La Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale s’estimera heureuse si, en publiant ce numéro, elle a pu combler une lacune regrettable de notre littérature technique et si elle a pu susciter quelque Tome 132. — 2fi semestre. — Septembre-Octobre 1920. 45
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- BULLETIN DE SEPTEMBRE-OCTOBRE 1920.
- 540 LES MACHINES A CALCULER. —
- initiative nouvelle, à laquelle d’ailleurs, elle fera le plus bienveillant accueil. En agissant ainsi, notre Société, vieille aujourd’hui de cent vingt ans, ne fait que rester fidèle au programme de ses fondateurs : « contribuer à l’amélioration et au développement de toutes les branches de l’industrie française ».
- L’exposé qui va suivre est un court historique de la manifestation organisée par la Société d’Encouragement. On y verra comment est née l’idée de l’Exposition, comment elle a été organisée, quelles en ont été les premières conséquences.
- Proposition de M. Malassis. — Le 5 novembre 1919, la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale recevait la lettre suivante :
- Monsieur le Président,
- Bury, ce 4 novembre 1919.
- Dans la dernière semaine de juillet 1914, fut célébrée à Edimbourg, sous les auspices de la Société Royale, en commémoration du tricentenaire de l’invention des logarithmes par Neper, une manifestation imposante.
- Plusieurs sociétés scientifiques du monde entier y avaient envoyé des délégués; les discours prononcés et les communications qui ont été faites lors de cette manifestation ont été réunis en un magnifique volume (1), mais ce qui, à mon avis, en fut la partie la plus intéressante, c’est une exposition des divers instruments et machines qui servent aux calculateurs.
- Personne en France ne s’occupa de participer à cette exposition : nous comptons cependant des inventeurs célèbres dont les inventions auraient pu y figurer en bonne place : Pascal, Thomas, Bollée, etc. Inutile de vous dire que les Allemands y avaient exposé leurs produits : l’inspection du catalogue de cette exposition le démontre clairement.
- On peut combler cette lacune car une date heureuse se présente : l’année prochaine, il y aura cent ans que Thomas, de Colmar, présenta au public son premier arithmo-mètre, la première machine à calculer vraiment pratique qui ait été'réalisée.
- N’y aurait-il pas lieu de faire quelque chose en France? Je m’adresse à votre Société, Monsieur le Président, parce que c’est par elle que Thomas fut encouragé. C’est son Bulletin qui présenta au public la machine de Thomas quand elle fut mise au point.
- J’ai soumis mon idée à quelques amis, mais que peuvent faire de pauvres particuliers isolés?
- Vous vous demanderez peut-être quel but personnel je vise en vous écrivant? Aucun. J’ai voué pour ainsi dire un culte aux machines et instruments de calcul. J’en ai réuni plus de 200, et j’ai à peu près autant de documents imprimés ou manuscrits originaux sur la question.
- Il me semble que, dans une cérémonie organisée par votre Société, on pourrait réunir les pièces d’autres collections analogues à la mienne et en faire l’objet d’une exposition ouverte au public : on y verrait le fruit de patientes recherches mécaniques.
- Peut-être, de ma part, est-ce utopie. J'attends votre appréciation.
- Veuillez agréer, etc.
- L. Malassis, à Bury (Oise).
- (1) Voir l’analyse de cet ouvrage à la page 757 du présent numéro.
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- EXPOSITION DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT POUR L’iNDüSTRIE NATIONALE. 547
- M. Malassis était parfaitement inconnu à la Société d’Encouragement. Il n’en était ni membre, ni lauréat; il ne s’était jamais adressé à elle. Des recherches faites dans les collections du Bulletin de la Société d’Encourage-ment confirmèrent l’assertion de M. Malassis ; notre Société avait même accordé une médaille d’or à Thomas de Colmar pour l’invention de son arithnïo-mètre et le Bulletin avait tenu ses lecteurs au courant des perfectionnements successifs qu’y avait apportés l’inventeur. La Société d’Encouragement avait continué à s’intéresser aux machines à calculer comme en font foi de nombreux rapports ou mémoires publiés dans son Bulletin (1). Mais, après les mémorables inventions de Bollée, elle ne s’en était plus occupée. C’est cependant depuis Bollée que les machines à calculer se sont perfectionnées et sont vraiment entrées dans le domaine de la pratique. La France, qui avait été initiatrice, n’a pris malheureusement qu’une faible part à ce développement industriel. Il y avait donc quelque chose à tenter de ce côté. Il fut répondu à M. Malassis.
- Paris, 8 novembre 1910.
- Monsieur Malassis, à Bury (Oise).
- Ce n’est pas du tout utopie de votre part que de nous faire la proposition qui fait l’objet de votre lettre du 4 novembre.
- Peut-être pourrions-nous, à l’occasion du centenaire de la réalisation de la première machine à calculer vraiment pratique, organiser, au siège de notre Société, une petite exposition des principales machines que vous avez si soigneusement collectionnées, et en faire l’objet d’un exposé historique si toutefois, puisque vous connaissez la question, vous voulez bien vous en charger. Si vous acceptez en principe, nous vous serions très obligés de vouloir bien nous le faire savoir et nous étudierons ensemble les moyens de réaliser cette idée.
- Peut-être aussi pourrait-on donner une conférence avec présentation de quelques machines anciennes et de quelques machines tout à fait nouvelles et perfectionnées ; ou bien encore, on pourrait donner un exposé d’ensemble de la question sous forme d’un mémoire, qui pourrait paraître dans notre Bulletin.
- Nous sommes tout disposés à étudier toute suggestion que vous pourriez nous faire. En tout cas, notre concours et notre bonne volonté vous sont acquis et nous vous remercions très vivement de l’intéressante proposition que vous nous avez faite.
- Veuillez agréer, etc.
- Béalisation. — M. Malassis répondit immédiatement qu’il allait chercher à obtenir le concours des personnes avec qui il était déjà en relations soit parce qu’elles s’occupaient de machines à calculer, soit parce qu’elles étaient parentes d’inventeurs de ces machines.
- (1) On trouvera reproduits les principaux de ces rapports ou mémoires parus dans des bulletins aujourd’hui épuisés, aux pages 660 à 138 du présent numéro.
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- 548 LES MACHINES A CALCULEE. — BULLETIN DE SEPTEMBRE-OCTOBRE 1920-
- Pendant ce temps, la question était étudiée par notre Société. Après plusieurs visites que lui fit M. Malassis et après s’être mise, sur son conseil, en rapport avec MM. Ravisse, directeurs de la revue Mon Bureau (ce périodique s’efforce d’introduire l’organisation méthodique du travail dans les bureaux) et qui connaissent bien toutes les machines modernes, leurs constructeurs et ceux qui les vendent ou les achètent, il fut décidé que la manifestation prendrait la forme qui lui a été donnée dans la suite. Il ne restait plus qu’à en assurer l’exécution matérielle. MM. Ravisse se faisaient forts d’amener à l’exposition projetée tous les constructeurs connus, et ils y ont réussi. M. Maurice d’Ocagne voulut bien se charger de faire une conférence sur l’histoire des machines à calculer pour correspondre à l’exposition de machines anciennes, et M. Paul Toulon, secrétaire de la Société, d’en faire une seconde sur les machines modernes, pour correspondre à l’exposition des machines qu’on trouve actuellement dans le commerce. M. d’Ocagne nous assura le concours de deux inventeurs de machines sensationnelles : le savant mathématicien et mécanicien espagnol, M. Torres y Quevedo, et le Commandant Carissan.
- Nos rapports avec MM. Ravisse, M. d’Ocagne, les constructeurs, et les parents des inventeurs nous apprirent alors que M. Malassis était non seulement un collectionneur passionné, mais aussi un mécanicien habile et un inventeur avisé, qu’il avait remis en bon état de marche de vieilles machines hors d’usage, qu’il était de bon conseil pour les inventeurs et constructeurs de machines, dont il était l’ami et le confident discret et désintéressé, qu’en un mot, nul au monde mieux que M. Malassis ne connaissait la question des machines à calculer, anciennes et modernes, tant au point de vue théorique qu’au point de vue pratique.
- Un appel fut adressé aux exposants éventuels de machines modernes. MM. Ravisse furent assez heureux pour rallier ceux qui hésitaient encore au dernier moment. Au cours de trois réunions, présidées par M. Paul Toulon, secrétaire de la Société, et auxquelles les futurs exposants et M. Malassis furent convoqués, les conditions de réalisation de la manifestation furent arrêtées définitivement. Il fut décidé notamment qu’aucune contribution pécuniaire ne serait demandée aux exposants, même de machines modernes, qu’aucune récompense ne serait accordée, et que l’emplacement des machines modernes serait tiré au sort et occuperait la même surface pour chacun de ces exposants.
- Résultats. — Le succès dépendait beaucoup des exposants de machines modernes. Il a été assuré par une largeur d’esprit de leur part qu’on rencontre rarement chez des concurrents, ce qui n’est pas un des moindres
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- EXPOSITION DE EA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT POUR L'INDUSTRIE NATIONALE. 54Ü
- résultats de la manifestation organisée par notre Société. M. Malassis en a été 1 âme, comme les 103 pièces principales de sa collection ont été la principale attraction de 1 Exposition rétrospective. Grâce à son concours et à celui de MM. Ravisse, 20 constructeurs de machines modernes ont pris part à 1 Exposition, c est-à-dire la presque totalité des constructeurs actuels — seuls les Austro-Allemands ont été exclus — et c’est ainsi qu’on a pu voir, réunis pour la première fois et placés côte à côte, des types, une centaine, de presque toutes les machines existantes, ce qui a permis des comparaisons dont ont pu faire leur profit non seulement les visiteurs mais aussi les exposants eux-mêmes.
- Faisant une exception en faveur de notre Société, le Conservatoire national des Arts et Métiers a bien voulu faire figurer à l’Exposition rétrospective 13 des plus importantes pièces de ses collections. Nous tenons à en remercier ici son directeur, M. Gabelle. Nous remercions aussi toutes les personnes qui ont bien voulu nous prêter les pièces rares dont on ne se dessaisit pas volontiers et qui ont figuré à notre Exposition rétrospective.
- Plus de 5 000 personnes ont visité l’Exposition, plus de 1 000 ont assisté aux deux premières conférences.
- L’Exposition a été inaugurée par M. Drouets, directeur de la Propriété industrielle, délégué de M. le Ministre du Commerce, qui a bien voulu aussi accepter la présidence d’honneur de la réunion au cours de laquelle a été donnée la première conférence. M. de Ronserav, petit-fils de Thomas et Mme Léon Bollée ont aussi honoré cette réunion de leur présence.
- Pendant toute la durée de l’exposition, auprès de chacune des machines modernes, se trouvait au moins un opérateur qui en expliquait l’emploi et en indiquait les applications. Souvent, l’inventeur ou le constructeur est venu en personne. M. Malassis a bien voulu venir, le jour de l’inauguration et les deux dimanches des 6 et 13 juin, donner des explications aux visiteurs de l’exposition rétrospective.
- E. Lemaire.
- Les exposants de machines modernes, qui avaient tenu à rembourser la majeure partie des frais occasionnés par la manifestation, ont cru, en outre, devoir manifester leur reconnaissance à la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale et aux organisateurs de,l’Exposition, en les invitant le 24 juin à un banquet. A cette réunion, ont pris part : MM. Bâclé et Sauvage, vice-présidents de la Société, M. Paul Toulon et M. H. Hitier, secrétaires de la Société, M. E. Lemaire, agent général de la Société, M. Malassis et M. Torres y Quevedo.
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- LES MACHINES A CALCULER.
- BULLETIN RE SEPTEMBRE-OCTOBRE 1920.
- Au cours de cette réunion, M. Darras, constructeur des arithmomètres Thomas actuels, délégué par ses confrères, a prononcé les paroles suivantes :
- Messieurs les Vice-Présidents de la Société d’Encouragement, Mesdames, Messieurs, mes chers Confrères,
- La manifestation à laquelle nous venons d’assister en l’honneur de l’invention de Thomas de Colmar, nous la devons à l’heureuse initiative de M. Malassis et au bienveillant et large concours de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale qui attribuait, en 1820, à l’inventeur, sa grande médaille d’or.
- Nous avions espéré compter parmi nous ce soir toutes les obligeantes personnalités qui ont bien voulu contribuer à honorer l’œuvre de Thomas.
- Madame Léon Bollée s'excuse et nous adresse la lettre suivante :
- « J'ai bien reçu votre aimable lettre et suis très touchée que vous ayez pensé à m'associer au banquet qui terminera la fête de l’Arithmomètre.
- Malheureusement, je suis dans l’impossibilité de me rendre à Paris maintenant, ma présence étant nécessaire près de mes enfants que j’installe au bord de la mer.
- J’aurais été particulièrement heureuse de clôturer avec vous cette manifestation si grandiose, où vous avez bien voulu donner une place à l’œuvre de mon mari.
- En vous réitérant mes remerciements et mes regrets. Veuillez recevoir etc. »
- M. le Comte de Ronseray, petit-fils de Thomas de Colmar, est retenu par des obligations de famille précédant le prochain mariage de sa fille. Nous envoyons à M. de Ronseray nos vœux respectueux pour le bonheur des futurs époux.
- M. le Président Lindet me charge de vous exprimer ses remerciements et ses excuses, étant obligé d’assister à Rome à la Conférence de TUnion internationale de Chimie.
- M. Maurice d’Ocagne, absent de Paris pour un voyage projeté depuis longtemps et qu’il n’a pu remettre, s’excuse aussi'.
- M. le Commandant Carissan, retenu, à Rennes, par son service, vient de m’adresser le télégramme suivant :
- « Empêché venir, regrets, suis de cœur avec vous. Commandant Carissan. »
- M. Kahn, présidentdelaChambresyndicaledela Mécanographie, s’estaussi excusé.
- Nous exprimons à tous ces éminents collaborateurs de la manifestation les plus vifs regrets que leur absence nous cause.
- Messieurs.
- Je me fais ici l’interprète de mes confrères participants pour adresser nos chaleureux remerciements àM. le Président Lindet pour son empressement à accueillir l’idée de M. Malassis, d’une Exposition générale des Machines et Instruments de Calcul, anciens et modernçs, lui donner un corps, une direction et lui assurer le grand succès que nous savons tous.
- Nos remerciements vont aussi à ses dévoués collaborateurs de tous les instants qui l’ont secondé dans cette tâche si délicate, sans ménager ni leur temps, ni leur peine, ni leur inlassable amabilité. C’est d’ailleurs une tradition dans cette maison, si ouverte à tous : à M. Paul Toulon, membre du Conseil et secrétaire, à M. E. Lemaire,
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- agent général de la Société, et aussi, à M. Ravisse, l’éditeur-directeur de Mon Bureau, qui fut l’organisateur de nos réunions et de ce banquet.
- Ouverte le 5 juin sous la présidence de M. Sauvage, vice-président de la Société, 'assisté dé M. Drouets, Directeur âe la Propriété industrielle, délégué par M. le Ministre de Commerce, cette Exposition a été inaugurée par une magistrale conférence de M. Maurice d’Ocagne, le savant professeur à l’Ecole polytechnique, qui s’est fait depuis longtemps Thistoriographe des machines et instruments de calcul. N’est-il pas lui-même l’auteur de méthodes de calculs par ^procédés graphiques. M. d’Ocagne a refait devant un nombreux auditoire l’histoire des. machines à calculer.,Cette conférence fut suivie d’une deuxième, très documentée, faite par M. Paul Toulon, sur les applications. de ces machinés et plus particulièrement sur les machines modernes. Une troisième conférence sera faite par M. Torres, au cours de laquelle ü nous fera pénétrer les secrets de son admirable invention, et peut-être par le Commandant Carissan, s’il trouve la possibilité de venir. Toutes ont été très' instructives et écoutées avec une attention soutenue et méritée. Que nos confé--renciers bénévoles veuillent bien recevoir ici nos remerciements bien sincères.
- La partie rétrospective de cette Exposition doit sonsuccès à l’admirable collection de M. Malassis, dont il ne nous a soulevé qu’un coin du voile et montré seulement quelques-unes des richesses. La crise des transports nous a privés de la collection entière. •
- Je rappelle queM. Malassis est l'instigateur de cette fête. IL est l’ami de tous et tous sont ses amis; nous lui sommes-sincèrementreconnaissants Me nous y avoir conviés.
- Je voudrais bien en dire davantage, mais que puis-je ajouter aux paroles si justes et si méritées de M. d’Ocagne dans sa conférence? Il apprécie depuis longtemps M. Malassis à sa valeur, ses connaissances d’érudit en la matière et l’affabilité inaltérable de son caractère si désintéressé.
- Dans la grande salle de l’Hôtel de la Société, 20 constructeurs avaient envoyé les différents modèles de leurs fabrications actuelles. Plus de 5 000 visiteurs sont venus se rendre compte de l’importance prise par ces machines dans la vie moderne, et s’y intéresser si efficacement que tous les exposants ont pu prendre des commandes et engager des correspondances qui leur seront sûrement fructueuses.
- Devant’un tel succès, la Société d’Encouragement a décidé de publier un numéro spécial de son Bulletin dont elle a confié le soin à M. Lemaire, son agent général, qui y fera le compte rendu général de cette manifestation sans précédent.
- Messieurs, M. d’Ocagne, dans sa conférence, a rappelé éloquemment l’œuvre de Thomas de Colmar, ses origines, la description rapide de sa machine et ses principes fondamentaux, les perfectionnements successifs suggérés par l’expérience dont il l’a dotée sans relâche pendant sa longue et laborieuse carrière. Continuée par son fils Thomas de Bojano et mon prédécesseur direct, L. Payen, l’œuvre est de celles qui restent et se développent. CT est Ja conséquence logique de sa valeur et la . récompénse méritée de sa persévérance dans l’effort soutenu par une intelligence de premier ordre. Ne voulant pas vous laisser l’impression d’un plaidoyer pro domo, je n’insisterai pas davantage. -
- En apportant votre concours à cette exposition, vous avez voulu rendre hommage au créateur d’une industrie aujourd’hui centenaire et lui témoigner votre reconnaissance pour ses travaux qui ont servi à contribuer à votre prospérité.
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- Messieurs, à côté de Thomas, l'œuvre da Léon Bollée doit nous retenir par son originalité, sa conception, sa réalisation également pratique et sûre. Les mêmes nécessités ont conduit Pascal, Thomas ét Bollée au même but par des voies différentes; tous trois ont fait œuvre de jeunesse, ce qui en rehausse et le charme et l’intérêt. Ici, l’inventeur est doublé d’un habile mécanicien. Pourquoi Bollée a-t-il laissé à d’autres le soin de tirer parti et profit de son invention, c’est que, maintenant, les temps vont vite. A ce cerveau généreux et fécond, il est advenu d'autres sollicitations; l’automobile naissante et l’aviation étaient bien faites pour le prendre et elles l'ont pris; nous devons le regretter sans pénétrer le destin. Honneur à lui!
- Messieurs, nous avons l’honneur de posséder parmi nous M. Torres y Quevedo, membre de l’Académie des Sciences de Madrid et à qui notre Académie des Sciences vient de rendre le juste hommage de ses travaux en le nommant à l’unanimité, membre correspondant de sa Section de Mécanique. Qu’il veuille bien agréer, à l'occasion de sa nomination, nos bien sincères et respectueuses félicitations.
- M. Torres est un grand mathématicien, mais c’est aussi un vétéran des machines à calculer. La machine que nous avons tous-admirée, et qu’il a fait venir de Madrid au prix de difficultés nombreuses, témoigne de l’ampleur de son ingéniosité et de ses connaissances étendues. Elle est d’une exécution remarquable et les habiles praticiens qui l’ont établie sous sa haute direction, méritent nos éloges à tous égards. Le savant ingénieur qu’est M. Torres n’a certainement pas dit son dernier mot et nous pressentons déjà d’autres merveilles.
- Je terminerai en formulant un vœu auquel je vous prierai de vous associer. Il est une coutume constante de consacrer la mémoire de ceux qui ont apporté une amélioration durable à nous rendre nos travaux moins pénibles, en donnant leur nom à une de nos voies publiques. A côté de Jacquart, l’inventeur du métier à tisser, de Thimonnier, celui de la machine à coudre et de bien d’autres, il nous paraît que jusfice serait rendue à la gloire de Thomas de Colmar, après l’épreuve d’un siècle, en attribuant le nom du génial inventeur à l’une des voies parisiennes.
- Messieurs, je vous demande de lever vos verres en l’honneur de celui dont nous célébrons la mémoire et les travaux, mon illustre prédécesseur, le chevalier Thomas de Colmar, fondateur de la maison; en l’honneur de Léon Bollée, ravi prématurément à notre admiration; en l’honneur de M. François, président de la Chambre syndicale de l’Organisation commerciale; en l’honneur des membres du Conseil d’Administration de la Société d’Encouragement qui nous ont donné dans cette circonstance la plus large hospitalité et enfin, en l’honneur de ceux qui nous ont assuré le succès de cette brillante commémoration.
- A. Darras.
- Le vœu de M. Darras est approuvé à l’unanimité.
- M. Paul Toulon, secrétaire de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, qui avait présidé les réunions préparatoires auxquelles aAmient pris part les exposants en vue de l’organisation de la manifestation, a répondu à M. Darras dans ces termes :
- Messieurs,
- C’est par un banquet que vous avez voulu clore la manifestation que la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale a préparée et réalisée pour
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- commémorer l’invention centenaire de Thomas de Colmar et faire connaître les progrès aujourd’hui obtenus dans l’industrie des machines à calculer. Ce banquet si cordial est véritablement symbolique, parce qu’il est l'image de la bonne entente qui n’a cessé de régner'pendant les préparatifs et dans l’exécution de notre projet. La tâche était facile grâce à votre concours empressé, non seulement facile, mais agréable par l’aménité de nos rapports.
- Nous avions, pour nous inspirer, la foi et l’ardeur de l'infatigable chercheur, du collectionneur patient et habile, de M. .Malassis, l’apôtre des machines à calculer; nous avions, pour mieux comprendre dans son ensemble et apprécier l'utilité de ces appareils, M. Ravisse, le créateur du journal Mon Bureau, l’organisateur qui poursuit avec persévérance et succès l’outillage du bureau, corollaire de l’outillage de l’usine.
- M. d’Ocagne, le savant professeur de l’Ecole Polytechnique, est venu nous expliquer les efforts et les travaux des plus grands mathématiciens et des mécaniciens les plus habiles pour créer les machines à calculer et contribuer à leurs progrès. L'illustre ingénieur espagnol, M. Torres y Quevedo, n’a pas craint d’effectuer un long voyage pour nous montrer la plus récente invention de sa pensée créatrice et faire fonctionner devant nous, pour la première fois, sa merveilleuse machine. M. le Commandant Carissan nous a présenté son remarquable appareil; c’est une nouveauté sensationnelle, une machine particulièrement originale qui permet de trouver mécaniquement des solutions, parfois inaccessibles aux méthodes ordinaires, dans des questions d’arithmétique supérieure.
- A côté d’une exposition rétrospective très’ complète, à côté des appareils d’un ordre spécial ou d’un emploi exceptionnel, n’était-ce pas un spectacle impressionnant de voir réunies et rapprochées les nombreuses machines à calculer modernes, .américaines, suisses, françaises, si ingénieuses, si pratiques; d'admirer cet outillage aujourd’hui si largement utilisé, dont la création a son origine dans la pensée des plus grands mathématiciens : Pascal, Leibniz, et dont les perfectionnements sont dus aux plus habiles mécaniciens et inventeurs, Thomas de Colmar, Bollée, Odhner, Felt, Underwood, Egli, Ellis, Fournier? mais j’en oublie et ne saurais les nommer tous.
- Mais le meilleur résultat de l’exposition des machines à calculer et des efforts de tous pour aider à son succès, c’est de constater combien a été appréciée l’utilité de rapprocher les différents types d’appareils de calcul. Ce qu’il importe de faire comprendre à l’industriel, à l'employé, à tout le public, c’est que lés machines à calculer rendent des services certains et parfois considérables. Cette idée générale apparaît avec évidence devant le spectacle et l’examen comparé de la multiplicité même des appareils présentés. L’intérêt bien compris de tous est, non pas dans une concurrence étroite et la critique du concurrent, mais dans une large et virile émulation pour la recherche du progrès.
- En mémoire de l’exposition des machines à calculer, je souhaite, et c’est mon vœu le plus cher, que vous conserviez un boh souvenir de la Société d’Encouragè-ment pour l’industrie nationale et que vous n’oubliiez pas une maison où vous serez toujours bien reçus et où les perfectionnements et les progrès de votre industrie seront bien accueillis et recevront les encouragements qu’ils méritent.
- Je lève mon verre en l'honneur et à la santé de tous les exposants et collaborateurs qui ont contribué au succès de l’exposition de machines à calculer.
- Paul Toulon.
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- Mesdames, Messieurs,
- L’exposition rétrospective de machines à calculer, si heureusement réunie dans ces murs pour célébrer le centenaire de l’arithmomètre Thomas, a paru aux organisateurs de cette exposition une occasion de vous rappeler, en quelques mots, l’histoire de ces machines. Ils m’ont fait l’honneur de me confier ce soin. Je n’ai pas besoin de vous dire que je ne pourrai, dans cette rapide causerie, qu’esquisser les grandes lignes de cette histoire. Je proscrirai absolument toute espèce de description technique; ce n’est pas une conférence, c’est un cours qu’il faudrait faire, si l’on voulait entrer dans le détail du su jet (2). Un exposé ainsi réduit présentera nécessairement des lacunes; je m’en excuse d’avance, et je tiens à ce que l’on sache, si l’on croyait avoir à me reprocher quelque oubli qui put paraître regrettable, que ce ne saurait être de ma part, le fait d’aucune intention délibérée.
- Il y a juste vingt ans que, dans un mémoire fondamental, présenté à notre Académie des Sciences, approuvé par elle et admis à l’honneur de l’insertion dans le Recueil des Savants étrangers, où il a paru en 1901, le grand mécanicien espagnol Torres y Quevedo a, pour la première fois, apporté la démonstration définitive et rigoureuse de ce fait que n’importe quel calcul, quelle que fût sa complication (et il faut entendre ici non seulement les calculs arithmétiques, mais encore les calculs analytiques, l’intégration des équations différentielles, par exemple), pouvait être effectué par des procédés purement mécaniques; autrement dit, il n’y a pas de calcul au monde qui ne puisse être confié à une machine.
- Cette idée fondamentale, nous la devons à M. Torres y Quevedo, qui a prouvé, par ses inventions, qu’il n’y a pas, dans le domaine matériel, de limites à ce que nous pouvons atteindre par des moyens mécaniques.
- Mais une telle idée était bien étrangère aux cerveaux du xvne siècle, et cela a paru une grande nouveauté lorsqu’un jeune homme de dix-huit ans s’est, au milieu du xvne siècle, avisé de recourir à un mécanisme, pour
- (1) Conférence faite en séance publique le 5 juin 1920, reproduite d’après la sténographie, avec des notes en bas de page ajoutées par le conférencier.
- (2) On trouvera, sous forme d’ailleurs condensée, les principaux compléments ici omis dans Le calcul simplifié par les procédés mécaniques et graphiques, par Maurice d’OcAGNE, publié chez Gauthier-Villars, 2e édit., 1905.
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- venir en aide à son père, surintendant du Gouvernement de Haute-Normandie, dans les vérifications de comptes qui lui incombaient du fait de sa charge.
- Ce jeune homme, après avoir conçu le projet d’une machine à additionner, l’avait réalisé avec l’aide d’un simple serrurier. Ceci se passait à Rouen en 1642. Le jeune inventeur s’était, au reste, déjà affirmé, dans le domaine de la géométrie, comme doué d’une extrême précocité. 11 a laissé dans l’histoire de la culture française, aussi bien du côté des lettres que du côté des sciences, un des plus grands noms dont nous puissions nous enorgueillir; il s’appelait Blaise Pascal (fig. 1, p. 614).
- Voici la machine inventée par Biaise Pascal (fig. 2, p. 615) ; elle opère des additions lorsqu’on fait tourner les roues qui apparaissent sur sa face supérieure; la rotation de ces roues se communique à des cylindres portant les chiffres qui s’inscrivent dans les diverses lucarnes; chaque nombre nouvellement inscrit s’ajoute au précédent, et on lit le total dans les lucarnes.
- La plus grande difficulté à vaincre consistait à effectuer le report des retenues. La solution de Pascal est très ingénieuse pour l’époque où elle a été produite. Aujourd’hui, elle nous semble très grossière; mais il faut se reporter à l’année 1642. On peut dire qu’entre cette machine de Pascal et les machines modernes que vous verrez dans cette exposition, il y a autant d’écart qu’entre une autre innovation de Biaise Pascal, les « carrosses à cinq sols », d’où est sortie l’industrie parisienne des omnibus, et ces rames électriques que nous voyons circuler, dans les souterrains du métropolitain.
- L’invention de Pascal a été successivement perfectionnée par un certain nombre d’autres mécaniciens. Je vous citerai : Lépine, en 1725; Hillerin de Boistissandeau, en 1730. Il est juste de reconnaître qu’en 1663, un Anglais sir Samuel Morland, a combiné un additionneur, sans avoir eu connaissance de la machine de Pascal; mais des faits analogues se retrouvent constamment dans l’histoire des machines à calculer; 1a. même invention est souvent refaite plusieurs fois par différentes personnes, les unes à l’insu des autres.
- D’autres machines du même genre ont été inventées : en 1709, par le Vénitien Poleni; en 1727, parLuuPOLD; en 1735, par Gersten; en 1750, par Jacob Isaac Pereire, qui a eu le premier l’idée des additionneurs à roues enfilées sur un même axe.
- En 1841, nous voyons apparaître le type de l’additionneur du Docteur Roth, qui est extrêmement perfectionné, par rapport à l’instrument de Pascal. Je vous signale une innovation intéressante dans cet additionneur de Roth : si les retenues, de chaque disque au suivant, doivent être reportées simultanément, on peut avoir à dépenser un assez grand effort pour faire fonctionner la machine. Dans l’additionneur de Roth, pour la première fois, grâce à un décalage de chaque disque par rapport au précédent, le report
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- des retenues se fait toujours successivement. Both disait, lui-mème : « Ma machine, au lieu de faire un feu de peloton, fait un feu de tile ». Le report des retenues en feu de file se retrouve dans la plupart des machines modernes; mais c’est Roth qui, le premier, en a eu l’idée.
- Je passe tout de suite à la période contemporaine. Elle est surtout caractérisée par l’emploi des additionneurs à touches, dont vous avez des exemples sous les yeux. Là, le procédé mécanique est tout à fait différent. Dans ces machines, à chaque ordre décimal correspond une rangée de 10 touches, pour les 10 chilfres de 0 à 0. En frappant, dans chaque rangée, la touche voulue, on fait entrer le chiffre qu’elle porte dans le total qui s’inscrit aux lucarnes placées sur le devant de la machine.
- Dans certaines de ces machines, le nombre que l’on veut faire entrer dans le total étant frappé sur la machine, comme un accord plaqué sur un piano, il faut encore un tour de manivelle pour que l’addition soit effectuée; dans d’autres, rien que la pression des doigts sur les touches y suffit (1).
- La première machine à touches fut conçue par Schilt en 1851; elle s’est successivement perfectionnée entre les mains d’un grand nombre de mécaniciens. dont il est inutile de vous rappeler les noms, pour arriver au type moderne des machines de Felt et Tarrant dit comptometer (1887) (fig. 34, p. 640), de Burroughs (1888) (fig. 30 et 31, p. 636 et 637), etc., machines remarquables dont vous verrez un grand nombre d’exemplaires dans les salles de l’exposition.
- La combinaison des additionneurs à touches avec des enclenchements se prêtant à certains contrôles de comptabilité, a donné naissance aux caisses enregistreuses (fig. 35 et 36, p. 641 et 642) que vous voyez fonctionner maintenant dans beaucoup de magasins.
- Les premières caisses enregistreuses ont été construites en 1883, à Dayton (États-Unis), par les frères Patterson, qui continuent d’ailleurs cette industrie; mais alors qu’en 1883 ils employaient deux ouvriers qui construisaient 50 machines par an, ils ont aujourd’hui 8000 ouvriers qui fabriquent environ 60 000 machines par an.
- Je ne veux pas quitter le chapitre des machines à additionner sans dire un mot des machines à différences. Je demande la permission, à ceux de mes auditeurs qui ne sont pas familiers avec les mathématiques, de leur donner une idée de ce que l’on entend par le calcul des différences.
- (1) Avec les machines de ce dernier type, la répétition de l’inscription d’un même nombre à partir successivement des unités, des dizaines, des centaines, etc., permet d’elïectuer des multiplications. Pour opérer-avec une suffisante rapidité, il faut posséder une dextérité analogue à celle du pianiste sur le clavier de son instrument. Certains opérateurs acquièrent sous ce rapport une virtuosité telle qu’ils arrivent à gagner en vitesse les machines à manivelle dont il sera question plus loin; mais celles-ci ont l’avantage d’être à l’abri de toute fausse note.
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- HISTOIRE DES MACHINES A CALCULER.
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- DIFFÉRENCES DIFFÉRENCES
- Carrés. Premières. Secondes. Cubes. Premières. Secondes. Troisièmes.
- 1 3 2 1 7 12 6
- 4 5 2 8 19 18 6
- 9 7 2 27 37 24 6
- 16 9 2 64 61 30 6
- 25 11 2 125 91 36 6
- 36 13 2 216 127 42 6
- Voici inscrits, sur le tableau noir, dans une première colonne, les carrés des premiers nombres entiers 1, 4, 5, 16, 25, 36... et de même, plus loin,
- les cubes 1, 8, 27, 64, 125, 216....... Prolongez par la pensée, ces tableaux
- aussi loin que vous le voulez. Lorsque vous avez à établir de pareilles tables, ce n’est pas en calculant des carrés, ni des cubes, que vous le faites; vous n’obtenez pas, par exemple, le cube 125 en disant 5x5 x 5 — 125. Non : vous vous fondez sur la remarque qui ressort du tableau des différences successives des nombres inscrits.
- Pour les carrés, si vous faites les différences entre les nombres successifs inscrits, vous obtenez, dans la seconde colonne, la suite 1, 3, 7, 9, 11,... des nombres impairs, dont les différences, inscrites à leur tour dans la troisième colonne, sont 2, 2, 2, 2... Les nombres de la deuxième colonne sont dits les différences premières : ceux de la troisième, les différences secondes des carrés inscrits dans la première. De même pour les cubes; vous avez dans la deuxième colonne les différences premières, dans la troisième, les différences secondes, dans la dernière, les différences troisièmes, touies égales à 6. Si vous preniez les quatrièmes puissances, ce seraient les quatrièmes différences qui seraient constantes, et ainsi de suite.
- Cette propriété ne s’applique pas qu’aux simples puissances, mais à tous les potynomes entiers. Les mathématiciens font en sorte que n’importe quelle table numérique soit calculable par ce moyen-là. Quand il s’agit de fonctions qui ne s’expriment pas directement par des polynômes, on arrive, dans des intervalles successifs, à les remplacer par de tels polynômes, de degré 2, ou 3, ou 4,... etc., c'est-à-dire ayant des différences secondes, ou troisièmes, ou quatrièmes, constantes, et qui, dans chacun de ces intervalles, ont des valeurs différant assez peu des valeurs exactes qu’on aurait à calculer pour que la substitution soit acceptable. Les mathématiciens appellent cela faire des développements en séries, dans lesquels ils s’arrêtent aux termes du second, du troisième, du quatrième ordre....
- Je n’insiste pas sur cette idée laissée ici un peu vague, très familière d’autre part, aux personnes qui ont étudié l’algèbre, ne fùt-ce que dans sa partie élémentaire.
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- Et alors, vous voyez tout de suite ce qu’il y a à faire mécaniquement pour calculer une table numérique. Vous inscrivez sur une machine appropriée les différences constantes (différence seconde 2 pour les carrés, différence troisième 6 pour les cubes) correspondant à la table (prise dans son entier, ou limitée à un certain intervalle) qu’il s’agit d’obtenir. Si cette machine, constituée à plusieurs étages, comporte une série d’additionneurs superposés qui ajoutent le nombre inscrit à chaque étage à celui qui figure à l’étage immédiatement supérieur, elle fait apparaître au dernier étage les nombres successifs de la table numérique qu’il s’agissait de calculer.
- La première idée de ces machines àdifférences, émise dès 1786 parMuLLEH, a été reprise en 1812 en Angleterre, par Babbage, qui a voulu l’appliquer dans le cas des différences secondes. Ses essais, il faut le dire, n’ont pas été des plus satisfaisants. La première machine à différences qui ait vraiment fonctionné fut conçue en 1834 par un Suédois, George Scheutz, et réalisée par lui, avec la collaboration de son fils Edouard, en 1853. Cette machine a figuré en 1855, à l’Exposition universelle de Paris. Elle opérait sur les différences quatrièmes, ce qui suffisait pour permettre de calculer des logarithmes ; elle était d’ailleurs non seulement calculante, mais imprimante.
- On trouve dans le commerce, à la date de 1858, des tables de logarithmes calculées et imprimées par cette machine qui est devenue la propriété de l’Observatoire Dudley, d’Albany, aux Etats-Unis. Il y en a un autre exemplaire à l’Office du Regis trar General de Somerset-Ho use. Cette seconde machine a pu calculer et imprimer 605 tables, grand in-quarto, qui servent de fondement au calcul des rentes viagères servies par les caisses d’épargne postales en Angleterre.
- D’autres machines du même genre furent conçues en 1871, l’une par un Suédois, Wibebg, l’autre par un Américain, Grant. Ces deux machines diffèrent assez sensiblement de la première; elles sont moins encombrantes; mais ce sont là de ces détails sur lesquels je ne puis m’arrêter (1).
- Lorsque vous avez une machine à additionner, et que vous voulez faire une multiplication, il faut que vous répétiez très vite le multiplicande, un nombre voulu de fois. Si vous écrivez cinq fois de suite un nombre, à partir des unités, vous lisez, aux lucarnes du résultat, le produit de ce nombre par 5; si vous le répétez, une fois de plus à partir des dizaines, vous avez son produit par 15, etc. Si vous voulez faire des multiplications de cette façon là, sans en avoir une grande habitude, cela pourra être très long. Il y
- (1) Je saisis l’occasion qui m’est ici offerte pour signaler qu’un simple contre-maitre d’atelier de construction mécanique, M. René Leihanc, m’a soumis un essai de mécanisme de machine à différences qui m’a paru susceptible d’ètre utilement appliqué.
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- avait alors une autre idée à trouver, qui était celle-ci : le nombre étant inscrit sur la machine, faire rapidement passer ce nombre dans le total au moyen d’un tour de manivelle, de façon à faire la multiplication par simple répétition de tours de manivelle. Nous arrivons ainsi aux machines à multiplication, qui procèdent par additions répétées. La première idée d’une telle machine est due — c’est assez curieux — à un autre grand savant et philosophe, comme Pascal, à Leibniz qui, le premier, a tenté de la réaliser. Il a établi successivement deux modèles de sa machine, l’un en 1694, qui existe encore à Hanovre, l’autre en 1706, qui a disparu; mais jamais la machine de Leibniz n’a pu fournir un fonctionnement satisfaisant, en raison de la complication de son mécanisme, et aussi, sans doute, du défaut de précision de son mon-tage par suite de l’inexpérience des constructeurs de cette époque.
- Je puis en dire autant de la suite des machines dues à Samuel Morland, Hahn, Muller, Lord Mahon, Stern, etc., machines qui ont toutes vu le jour dans la période qui s’étend de 1671 à 1814. Nous arrivons maintenant au fait capital par lequel se trouve provoquée la réunion d’aujourd’hui. Voici, comment, au sujet de ce fait, je me suis naguère exprimé (1) :
- « C’est au financier Thomas, de Colmar, que revient sans conteste le très grand mérite d’avoir, dès 1820, créé le premier type, à la fois pratique et robuste, de machine à multiplier, fonctionnant en toute sûreté. On est même en droit de dire que, de sa belle invention, date le véritable essor pris par les machines à calculer, qui n’avaient été jusque-là que de simples objets de curiosité. » C’est, en effet, à Thomas, de Colmar (fig. 3 et 16, p. 615 et 624) que nous devons d’avoir des machines à calculer, qui servent dans la pratique, et qui ne sont pas seulement des instruments de laboratoire.
- Vous voyez devant moi l’arithmomètre Thomas (fig. 14, p. 622), ou, tout au moins, l’un des types de l’arithmomètre Thomas. Ce n’est pas celui de 1820 (lig. 13, p. 621). Depuis cette époque, le type primitif a été souvent amélioré, soit par Thomas lui-même, soit par des collaborateurs qu’il savait encourager de ses conseils éclairés ou de ses intelligentes libéralités.
- Vous trouverez sur l’arithmomètre Thomas un rapport descriptif très détaillé, dû à la plume autorisée du général Sebert, et qui a paru en 1879 dans le Bulletin de la Société dé Encouragement (2).
- Dans l’arithmomètre Thomas, comme dans la machine de Leibniz, l’organe essentiel est un tambour à 9 dents, d’inégale longueur. Un auteur allemand en a conclu que Thomas avait vu la machine de Leibniz et qu’il s’en était inspiré. Permettez-moi encore de vous lire ce que j’ai déjà écrit à cet égard (3) :
- (1) Dans Le calcul simplifié par les procédés mécaniques et graphiques, 2e édit., p. 44.
- (2) C’est ici le lieu de rappeler que dès 1820, la Société avait décerné sa grande mélaille d'or à Thomas pour l’invention de son arithmomètre.
- (3) Loc. cil., p. 46.
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- « Thomas avait-il pu voir la machine de Leibniz à Gôttingen comme un auteur allemand en a émis l’hypothèse? A-t-il, de son côté, imaginé cet artifice mécanique sans connaissance des essais antérieurs? La question nous semble parfaitement oiseuse. Il n’y a nulle impossibilité à ce que divers inventeurs, poursuivant le même but, aboutissent à des solutions analogues. »
- De tels faits se reproduisent à chaque pas dans l’histoire des inventions de cet ordre. Il n’est donc aucunement démontré que Thomas se soit inspiré des travaux qui, en Allemagne, avaient précédé les siens; mais cela fût-il péremptoirement établi — ce qui n’est nullement le cas, car il ne s’agit ici que d’une hypothèse — il n’en resterait pas moins qu’en mettant en œuvre, sous une forme nouvelle, certains organes antérieurement connus, combinés avec d’autres, nouveaux (car il y a beaucoup de détails, dans cet arithmo-mètre, qui n’ont pas leur analogue dans la machine de Leibniz), Thomas est parvenu à établir une machine excellente, au point de vue pratique, ce à quoi nul n’avait réussi avant lui (1).
- Je tiens d’ailleurs à répéter que je ne crois pas du tout, pour ma part, que l’invention de Thomas soit inspirée de celle de Leibniz.
- L’arithmomètre Thomas s’est, je vous l’ai déjà dit, successivement perfectionné jusqu’à nos jours; pour s’en servir, on inscrit le multiplicande au moyen de boutons glissant dans des rainures, puis avec la manivelle qui est sur le côté droit, on donne, pour chaque ordre décimal, autant de tours qu'il y a d’unités dans le chiffre correspondant du multiplicateur; le produit s’inscrit dans les lucarnes de la partie supérieure.
- Lorsqu’on veut faire une division, au lieu d’une multiplication, un levier de changement de marche permet, par la même manœuvre de la manivelle, de retrancher le diviseur du dividende autant de fois qu’il se peut; les nombres successifs de tours de manivelle, qui font connaître les divers chiffres du quotient apparaissent dans les lucarnes de la seconde rangée.
- Il y a, dans l’arithmomètre Thomas, un grand nombre de détails mécaniques qui ont été utilisés depuis pour d’autres machines. Le report s’y fait « en feu de file », comme dans l’additionneur Roth. L’inscription des tours de manivelle, est réalisée, comme nous venons de le voir à propos du quotient, dans des lucarnes spéciales; ce dispositif n’existait pas dès l’origine, mais il se rencontre dans tous les modèles modernes; il permet de contrôler, dans le cas de la multiplication, qu’on a bien donné le nombre de tours de manivelle voulu par les chiffres du multiplicateur. Le mécanisme de renversement du sens de la rotation, du à Thomas, est également très ingénieux ; de même, celui de l’effaceur. Enfin, je signale spécialement à votre attention la
- (l) U convient de ne pas oublier que Thomas fut, en outre, un des premiers initiateurs en France de l’industrie des assurances.
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- pièce, dite croix de Malte, qui a pour objet d’empêcher l’inertie des pièces en mouvement de leur faire dépasser, par la vitesse acquise, la position dans laquelle elles doivent s’arrêter.
- Le nombre de machines inspirées de l’arithmomètre Thomas, et construites depuis lors, est énorme. L’une des plus curieuses est l’arithmomètre Maurel ou Arithmaurel (fig. 3, p. 616) perfectionné par Jayet, que vous voyez ici : la rapidité du fonctionnement est obtenue au moyen d’un mécanisme très délicat, constitué par de véritables pièces d’horlogerie. Dans cet appareil, le multiplicande est inscrit au moyen de tiges graduées que l’on tire, au moyen de boutons, sur la face antérieure de la boîte. Il suffît, avec des aiguilles qui tournent sur des cadrans, d’inscrire les chiffres du multiplicateur, pour que le résultat de la multiplication apparaisse dans les lucarnes disposées à cet effet. L’opération s’effectue au cours même de l'inscription; malheureusement, cet appareil est tellement délicat qu’il se détraque très vite; il n’est pas assez robuste pour être pratique.
- La machine circulaire d’EüMONDSON procède du genre Thomas; mais sa disposition circulaire permet de poursuivre indéfiniment les divisions.
- Parmi les machines les plus récentes se rattachant à la lignée del’arithmo-mèlre Thomas et qui, grâce à de multiples perfectionnements, sont douées de qualités nouvelles rendant leur jeu à la fois plus facile et plus rapide, je citerai la machine dite Madas (fig. 23, p. 633), de M. Egli, et la calculatrice Fournier (fig. 18, p. 627).
- Au lieu du tambour à 9 dents d’inégale longueur, on a songé à employer aussi une roue à nombre variable de dents, représentant le nombre des unités de chaque chiffre du multiplicateur. Ici, même remarque que pour l’arithmo-mètre Thomas : le tambour à 9 dents se trouvait déjà dans la machine de Leibniz; la roue à nombre variable de dents, caractéristique du type Odhner, se rencontre, dès 1709, dans la machine de Poleni.
- A ce sujet, je vous répéterai ce que je vous ai dit tout à l’heure : je suis bien sûr qu’Odhner n’a jamais connu la machine de Poleni, et qu’il a imaginé ee dispositif de son côté. D’autre part, Hoth, en 1841, avait eu l’idée d’une machine circulaire avec roue à nombre variable de dents (fig. 7, p. 617); Roth et Odhner ont fait cette invention chacun de leur côté; j’en suis tout à fait convaincu.
- La machine Odhner a donné naissance à toute une nouvelle série de machines : Buttner, Esser, Kuttner, Baldwin....
- La machine Odhner, brevetée en 1878, en Russie et en Allemagne, a été, depuis lors, construite en France, notamment par la maison Chateau., sous le nom de Dactyle (fig. 26, p. 633).
- - Dans chacun de ces types de machine, le constructeur a apporté une nou-Tome 132. — 2e semestre. — Septembre-Octobre 1920. 46
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- veauté. La machine Château n’est pas la reproduction servile de la machine Odhner; elle contient des dispositifs très intéressants, qui n’existaient pas dans le modèle primitif. Je ne puis que répéter que je n’ai pas le temps d’entrer dans les détails techniques; je m’en tiens donc à cette vague indication.
- Force m’est également de ne signaler que d’un mot l’existence des machines, dites à contact intermittent, de Dietzschold, Grant, Selling, dont les détails de construction mériteraient pourtant d’être étudiés, et j’arrive à la machine de Tchebiciief (fig. 6, p. 617), qui date de 1882, et dont nous avons ici le seul exemplaire existant. Tchebichef, qui était un grand mathématicien russe, avait fait construire cette machine au cours d’un séjour à Paris; il en a fait don à notre Conservatoire des Arts et Métiers. On peut la caractériser comme suit : si vous voulez faire une addition', au moyen d’une des machines à multiplier que nous venons de passer en revue, il faut, chaque fois, inscrire le nombre, puis donner un tour de manivelle; il est évidemment plus long d’opérer ainsi qu’avec un simple additionneur. Or, la machine Tchebichef comprend un additionneur à roues enfilées sur un même axe, que l’on fait, en l’isolant du reste de la machine, fonctionner comme un additionneur ordinaire. Lorsqu’on veut effectuer une multiplication, on applique à l’additionneur la seconde partie de la machine, qui lui constitue comme une sorte de carapace. Cette partie, venant se mettre en corrélation avec l’additionneur, le transforme en machine à multiplier. Le mouvement de la machine étant continu, les reports de retenue s’v font progressivement, au moyen de trains épicycloïdaux, ce qui permet au mouvement de la machine, suivant qu’il s’agit d’une opération additive ou soustractive, d’avoir lieu dans un sens ou dans l’autre. Le résultat doit se lire dès lors suivant une ligne sinueuse, qui est indiquée par des marques blanches. Le fonctionnement de cette machine est original. Au fur et à mesure que l’on tourne la manivelle, les boutons marquant le multiplicateur reviennent progressivement à zéro. Lorsqu’ils y sont tous revenus, l’opération est finie. Cela supprime la nécessité de toute attention de la part de l'opérateur, au cours de l’opération (1).
- Dans toutes les machines à multiplier, dont je vous ai parlé jusqu’ici, la multiplication se fait par additions répétées; ce sont, en somme, des organes mécaniques qui permettent de faire très rapidement les additions.
- Lorsque nous faisons une multiplication, la plume à la main, nous ne procédons pas par additions répétées, parce que nous avons appris la table de Pythagore. Pour qu’une machine puisse faire une multiplication directement, il faut donc qu’elle soit en état d’appliquer la même table, c'est-à-dire
- (1) La seule description détaillée qui existe de la machine Tchebichef est celle qui est donnée dans une note annexe de la seconde édition du livre : Le calcul simplifié, cité plus haut.
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- qu’il y ait à l’intérieur de la machine une table de Pythagore matérialisée d une certaine sorte, qui, grâce à un dispositif approprié, agisse sur les pièces de la machine, de façon à leur faire effectuer l’opération, suivant le mode même auquel nous nous conformons ordinairement.
- Il y a là, au point de vue historique, un fait bien curieux. Je vous ai dit dans quelles circonstances est née la première machine à calculer, l’additionneur de Biaise Pascal en 1642. Eh bien, de même que ce jeune homme de dix-huit ans avait créé cet additionneur pour venir en aide à son père, dans des calculs de comptabilité, c’est un autre jeune Français de dix-huit ans, qui a inventé la première machine à multiplication directe (fig. 9, p. 618), pour venir également en aide à son père, fondeur de cloches, qui, pour les besoins de son industrie, avait un très grand nombre de calculs numériques à faire. On ne se doute pas des calculs que comporte la fonte des cloches, destinées à donner un son fondamental déterminé, avec des harmoniques voulus.
- Ce jeune homme de dix-huit ans, un des génies mécaniques les plus complets de notre époque, avait commencé, dès Page de onze ans, à inventer de petites machines à calculer (fig. 12, p. 620), qu’il construisait de ses mains; c’est en 1889 qu’il a construit sa première machine à multiplier, déposée ici sur cette table. Il s’appelait Léon Bollée (fig. 8, p. 618) et il laissera dans l’histoire des machines à calculer une trace inoubliable. Il s’est ensuite illustré dans le développement de l’industrie automobile dont il a été l’un des initiateurs. Je peux même vous signaler un autre fait à l’actif de Léon Bollée. On ne sait sans doute pas assez la part très importante qu’il a eue dans le développement de l’aviation. Léon Bollée avait compris le génie des frères Wright; il avait, en 1908, invité Wilbur à venir faire des essais publics au camp d’Auvours, alors que chez nous, presque tout le monde était a priori sceptique au sujet du succès de ces essais. C’est grâce à Léon Bollée que Wilbur Wright put ainsi démontrer, d’une façon définitive, la réalisation pratique de. l’aviation. Mais Léon Bollée ne s’est pas contenté de ce concours moral donné au célèbre inventeur américain ; il lui a apporté une part très efficace de collaboration en construisant notamment le moteur avec lequel Wright a pu prolonger très sensiblement la durée de ses vols et rendre palpable la conquête définitive de l’air par l’avion. N oublions pas d’en faire honneur à Léon Bollée.
- Dans la machine de Léon Bollée, la table de Pythagore est réalisée matériellement sous forme de sortes de brosses (fig. 10, p. 619), qui sont à l’intérieur de la machine, et dont les piquants ont des longueurs proportionnelles aux chiffres qui interviennent dans cette table. Je n’insiste pas sur le détail de la construction ; mais, au point de vue de l’emploi, voici la différence par rapport aux anciens arithmomètres : avec ceux-ci, vous devez donner autant de tours
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- de manivelle qu’il y a d’unités dans la somme des chiffres du multiplicateur; si, par exemple, vous voulez multiplier par 365, vous devez donner 5 tours de manivelle, puis 6, puis 3, soit en tout 14 tours de manivelle; Léon Bollée se contente d’un tour de manivelle pour chaque ordre décimal; lorsque, avant, avec la manette saisie de la main gauche, marqué successivement sur le cadran les chiffres 5, 6, 3, vous donnez chaque fois un seul tour de manivelle, vous multipliez par 5 à partir des unités, par 6 à partir des dizaines, par 3 à partir des centaines; vous avez donc multiplié par 365 en ne donnant que 3 tours de manivelle; le résultat est, vous le voyez, loin d’être négligeable ( 1 ) •
- Léon Bollée, que j’ai beaucoup connu et pour qui j'avais une vive admiration, avait bien voulu me confier l’idée d’un projet qu’il avait conçu d’une machine à différences, applicable au calcul des tables numériques, comme nous l’avons vu précédemment, et qui devait opérer non pas sur des différences quatrièmes, comme les machines de Scheutz ou de Wiberg, mais sur des différences vingt-septièmes, ce qui, pratiquement, correspondrait à une approximation pour ainsi dire indéfinie. Léon Bollée n’a malheureusement pas réalisé ce projet; absorbé par ses travaux relatifs à l’automobilisme, qu’exigeait l’intérêt de son industrie, il n’a plus trouvé le temps de mettre au point cette idée première; je ne saurais, pour ma part, que vivement le regretter.
- Les idées de Léon Bollée ont été appliquées par d’autres inventeurs qui ont pu y ajouter divers perfectionnements. Je tiens à prononcer dans cette enceinte le nom de M. Malassis, modeste employé de commerce, qui a un don extraordinaire pour l’invention des machines à calculer (2) : il utilise une partie des faibles loisirs que lui laisse son travail, à combiner des machines et comme il ne dispose pas des fonds nécessaires pour les faire exécuter, il en fabrique, de ses propres mains, des modèles en bois; tel d’entre eux, vraiment intéressant, figure dans les galeries du Conservatoire des Arts et Métiers. On peut
- (1) Depuis que cette conférence a eu lieu, et précisément à l'occasion du résumé qui en a été donné dans un recueil périodique, M. D.-E. Felt, le célèbre inventeur américain, a bien voulu nous faire une intéressante communication, appuyée de documents précis, d’où il résulte qu’un de ses compatriotes, E. D. Barbour, a fait breveter, dès 1872, à la fois en France et aux États-Unis, une machine procédant directement pour la multiplication comme celle de Léon Bollée, par application de la table de Pythagore. Nous ferons observer que cette invention était restée jusqu’ici profondément ignorée non seulement en France, mais ailleurs, puisque dans son chapitre Calculs numériques, rédigé en Allemagne plusieurs années avant la guerre, avec une minutie s’attachant à n’omettre aucun détail, T Encyclopédie des Sciences mathématiques n’en fait nulle mention. De plus, la réalisation de cette même idée de principe diffère de façon tout à fait essentielle d’une machine à l’autre. Nous n’avons, par suite, rien à retrancher de ce que nous avons dit précédemment du mérite et de l’originalité de la remarquable invention de Léon Bollée.
- (2) M. Malassis est, en outre, à ma connaissance, un grand érudit en fait d’histoire non seulement des machines à calculer, mais même de tous les procédés de calcul simplifié. Il a patiemment réuni une collection extrêmement intéressante d’objets et d’ouvrages s’y rapportant (Voir p. 608 à 613, n0s 1 à 103).
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- citer M. Malassis comme un exemple frappant d’une force intellectuelle non utilisée comme elle le devrait être. Je m’étonne qu’aucun constructeur n’ait songé à mettre à profit les rares aptitudes de ce très distingué mécanicien amateur.
- L’une des machines combinées par M. Malassis dérive justement du principe de Léon Bollée, mis en œuvre sous une forme nouvelle.
- Le même principe se retrouve encore dans la machine Steiger, transformée par les soins du constructeur Egli en une très remarquable machine, la MtUionnaire (fig. 23 et 24, p. 631 et 632), que vous verrez fonctionner dans une des salles de l’exposition, et qui, grâce à des perfectionnements mécaniques très importants, permet de faire, avec la plus grande aisance et une extrême rapidité, les diverses opérations de l’arithmétique.
- Léon Bollée avait, en 1892, construit un autre modèle de sa machine, constituant un progrès par rapport au modèle de 1889. Cette machine était pouvue d’enclenchements tels qu’elle se refusait à faire toute fausse manœuvre même contre le gré de l’opérateur. Lorsque vous faites une division, avec un arithmomètre Thomas, vous devez tourner la manivelle, après avoir mis le levier à la marche négative, jusqu’à ce que vous trouviez un nombre inférieur à celui qui est inscrit comme dividende, mais vous pouvez, par entraînement, donner un tour de manivelle de trop. Dans la machine de Bollée, il y a un enclenchement qui vous arrête au moment voulu : au point de vue de l’exécution des divisions et de l’extraction des racines carrées, c’est là un progrès très appréciable, qui se retrouve, au reste, sous des formes différentes, dans la plupart des machines modernes.
- Babbage, dont j’ai déjà prononcé le nom, avait eu une ambition encore plus grande: il avait dressé le projet d’une machine capable de faire n’importe quelle suite de calculs sur n’importe quels nombres, et d’en effectuer l’inscription avec le résultat. Cette machine dite analytique, dont Babbage avait conçu la première idée en 1855, il n’en avait de son vivant, publié aucune description, mais un capitaine du génie piémontais, Menabrea (devenu depuis lors correspondant de l’Académie des Sciences et ambassadeur d’Italie à Paris), ayant eu l’occasion de rencontrer Babbage, avait pu se faire expliquer par lui le jeu de sa machine, et en rédiger ensuite, en français, une description assez détaillée. Babbage n’avait, lui, qu’une préoccupation : arriver à construire sa machine, qui était extrêmement compliquée. Ayant reçu à cet effet une subvention de 100 000 francs de la Reine Victoria, il avait pu faire fabriquer toutes les pièces devant entrer dans la composition de sa machine,-et il ne lui restait plus qu’à la monter, lorsqu’il fut atteint par la mort. Les pièces ainsi fabriquées sont restées éparses dans une vitrine du
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- South Kensington Muséum de Londres. Personne n’a depuis lors tenté d’en effectuer le montage (1).
- Un auteur anglais a fait une traduction, dans sa langue, de la description donnée par Menabrea de la machine de Babbage. Cette traduction a paru accompagnée de notes du plus haut intérêt, dues au traducteur anonyme, et qui révélaient chez celui-ci un excellent mathématicien, Menabrea écrivit à Babbage pour lui demander le secret de cet anonymat, et Babbage lui livra le nom de Lady Ada Lovelace.., la fille unique de Lord Byron ! Etrange contraste que de voir la fille d’un hom.me d’une si prodigieuse imagination poétique se livrer à l’étude si ardue et si exacte des machines à calculer! Hélas, la machine de Babbage partage le sort delà jument de Roland; elle possède toutes les qualités, mais avec un défaut capital : elle n’existe pas!
- J’ai prononcé devant vous, au début de cette conférence, le nom de M. T orres y Quevedo. Je vous demande la permission de saluer ici le savant inventeur espagnol qui a eu l’amabilité de venir de Madrid nous apporter une de ses dernières créations mécaniques, que vous pourrez admirer dans une des salles de l’exposition.
- Je vous rappelle que M. Torres y Quevedo, membre de l’Académie royale des Sciences de Madrid (2) et de l’Académie espagnole (analogue là-bas à notre Académie française), est un francophile de tout temps et, quoique je sache que sa modestie ne me pardonnera pas ce que je vais dire, je tiens à vous faire savoir que, pendant la guerre, M. Torres est venu travailler avec nous, à la Direction des Inventions, pour nous apporter de très précieuses suggestions.
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- Il est d’ailleurs l’inventeur de ce type de dirigeable qui porte son nom, YAstra-Torres, dont vous ne pouvez manquer d’avoir entendu parler et qui nous a rendu les plus grands services pendant la guerre. C’est, je l’ai dit, à M. Tor res qu’a été due, il y a vingt ans, la théorie générale du calcul mécanique, qu’il a eu, depuis lors, l’occasion d’appliquer dans un très grand nombre de machines. Allant même beaucoup plus loin qu’on ne l’avait fait avant lui, il a combiné certaines machines qui sont complètement automatiques, notamment cet arithmomètre électro-mécanique (fig. 17, p. 626) qu’il a eu l’obligeance d’apporter de Madrid pour le faire fonctionner sous nos yeux. Pour mettre en mouvement cette machine automatique, reliée électriquement à une machine à écrire ordinaire, il suffit d’inscrire l’opération que l’on veut effectuer, sur cette machine à écrire, en se servant des signes classiques de l’algèbre -f-,—, X, -, marqués sur des touches appropriées : la machine, sans aucune
- (1) Bien qu’après la mort de Babbage, son fils, général dans l’armée anglaise, ait publié tous les documents, retrouvés dans ses papiers, qui s’y rapportaient.
- (2) Depuis qu’a eu lieu cette conférence, M. Torres a été élu correspondant de notre Académie des Sciences dans la Section de Mécanique.
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- autre intervention de l’opérateur, effectue immédiatement elle-même l’opération et en imprime le résultat précédé du signe =, sur la machine à écrire.
- Je ne doute pas un seul instant que, par les méthodes qu’il a découvertes, M. Torres ne puisse résoudre pratiquement le problème que Babbage s’était proposé, c’est-à-dire constituer une machine analytique capable d’effectuer automatiquement n’importe quelle suite d’opérations (1).
- M. Torres a déjà construit des machines qui exécutent bien d’autres calculs, beaucoup plus compliqués que ceux de la simple arithmétique ; mais elles procèdent d’un tout autre type. Sur ces machines-là, dites par M. torres non plus arithmétiques, mais algébriques, les nombres ne sont plus représentés par des chiffres inscrits sur des compteurs, mais par des graduations portées sur des échelles, comme dans ce qu’on appelle aujourd’hui des nomogrammes; seulement, la relation de position entre ces échelles est déterminée par des liaisons mécaniques, au lieu de l’être par des liaisons géométriques, comme sur les nomogrammes (2). De cette façon, M. Torres a pu construire notamment une machine qui résout les équations algébriques de degré quelconque, dont elle tait connaître les racines réelles; il a d’ailleurs indiqué le moyen de déterminer mécaniquement les modules et les arguments des racines imaginaires de ces équations. Le Laboratoire de Mécanique de la Sorbonne possède un petit modèle de la machine imaginée par M. Torres, qui permet de résoudre les équations du second degré à coefficients imaginaires. On peut, avec ce modèle, se rendre compte mécaniquement de la façon dont se permutent les valeurs d’une fonction multiforme autour d’un de ses points critiques. C’est, pour les mathématiciens, un spectacle vraiment extraordinaire et du plus haut intérêt.
- 11 y a, comme vous le voyez, dans le domaine des machines à calculer, certains types qui intéressent avant tout les hommes d’affaires, les financiers, les industriels, les commerçants, les ingénieurs; il y en a d’autres qui s’adressent plus spécialement aux savants. Evidemment, pour les uns et pour les autres, l’intérêt n’est pas du même ordre. Les très remarquables machines, de type industriel, que vous allez voir dans cette exposition constituent des outils extrêmement précieux pour tous les praticiens. Si vous demandiez à certains d’entre eux comment ils apprécient l’intérêt de ces machines, ils vous répondraient : « Time is monev »• Si l’on considère d’autre part des machines comme celles de Torres, on éprouve un sentiment d’un tout autre genre, celui de l’économie du travail intellectuel pour un pionnier de la
- (1) C’est ici le lieu de rappeler la prodigieuse invention, due à M. Torres, An joueur d'échecs automatique qu’on a pu voir fonctionner au mois de mai 1914, dans le Laboratoire de Mécanique de la Sorbonne et dont une description a été publiée dans La Nature (n° du 13 juin 1914, p. 56).
- (2) Cette analogie a été signalée par M. Torres lui-même.
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- pensée, et l’on se remémore cette parole d’Henri Poincaré dans l’introduction de La Valeur de la Science : « Si nous voulons de plus en plus affranchir l’homme des soucis matériels, c’est pour qu'il puisse employer sa liberté reconquise à l’étude et à la considération delà vérité ». Pour le mathématicien, le calcul est une opération tout à fait accessoire, très ennuyeuse. Il ne faut pas perdre de vue qu’en dépit d’un préjugé très répandu, il y a une profonde différence entre un calculateur et un mathématicien; l’habileté pratique du calculateur fait généralement défaut aux plus illustres mathématiciens qui sont parfois bien en peine de faire correctement de simples opérations arithmétiques (1).
- Entre les aptitudes du calculateur et celles du mathématicien, il y a la même différence qu’entre une exceptionnelle agilité des doigts sur le clavier d’un piano et le don de la composition musicale ; certaines opérations de calcul qui peuvent incomber accessoirement au mathématicien, lui apparaissent généralement comme longues et ennuyeuses. 11 sera donc très heureux de pouvoir, le cas échéant, se décharger de leur soin sur une machine, alors que, bien à tort, on se figure souvent, dans le public, que le mathématicien n’a pas de plus grande passion que de « jongler », comme on dit volontiers, avec des chiffres.
- Je vous signale à ce propos une machine toute nouvelle, dont notre exposition a encore la bonne chance d’avoir la primeur. C’est une machine à résoudre les congruences de nombres. Ceci n’intéresse que les mathématiciens. Cette machine, vraiment de premier ordre, et très ingénieuse, est due au chef de bataillon d’infanterie Carissan, qui a bien voulu l’apporter à cette exposition, afin de la produire pour la première fois en public. Avec une rapidité prodigieuse, elle effectue automatiquement certaines vérifications numériques auxquelles un mathématicien ne pourrait se livrer que très longuement, très péniblement, pour résoudre ce qu’on appelle, en théorie des nombres, des congruences arithmétiques. Le détail du jeu de cette machine ne saurait intéresser que les spécialistes, mais, encore une fois, on y rencontre l’indication d’un nouveau domaine où la mécanique peut rendre les plus grands services (2).
- En terminant cette conférence, pour laquelle vous me permettrez de vous remercier de votre bienveillante attention, j’ajouterai qu’évidemment le plus gros intérêt des machines à calculer, réside dans le rôle qu’elles sont de plus
- (1) Cela est si vrai que les exceptions à cette règle très générale sont restées célèbres. Comme grands mathématiciens qui furent en même temps d’habiles calculateurs, on cite Euler, Wallis, Gauss, Ampère.
- (2) Je m’excuse de n’avoir pas eu connaissance, avant de faire cette conférence, d’une autre machine propre à effectuer le même genre d’opération et antérieure à celle du commandant Carissan, due à .M. Gékarihn, bien connu pour ses intéressantes recherches d’arithmologie.
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- en plus appelées à jouer dans le commerce et l’industrie. Je me suis borné à faire défiler très rapidement devant vous les différentes phases de leur histoire, mais il est à coup sur bien plus intéressant de se rendre compte de ce qu’elles sont capables de faire aujourd’hui dans la pratique. Pour cela, je vous renvoie à la conférence de M. Toulon, qui ne manquera certainement pas d’offrir un aliment beaucoup plus riche à votre curiosité.
- Maurice d’Ocagne,
- Proftsseur à l Ecole polytechnique,.
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- LES MACHINES A CALCULER ET LEURS APPLICATIONS DANS L’ORGANISATION DE L’INDUSTRIE ET DU COMMERCE”
- PAR
- M. Paul Toulon,
- Membre du Conseil et Secrétaire de la Société cVEncouragement.
- La Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale a ouvert les salles de son hôtel pour une exposition de machines à calculer. Avant d’aborder l’objet même de la conférence que je dois faire devant vous, il paraît utile de rappeler les motifs qui justifient cette exposition, et comment l’idée en a paru opportune. Quelques explications à ce sujet ne paraîtront pas sans doute inutiles.
- Exposition de machines a calculer. Considérations générales. — Il y a quelques mois, un collectionneur infatigable qui n’a cessé depuis vingt-cinq ans de rechercher et de réunir les modèles et les documents les plus variés sur les règles à calcul, les machines à calculer et tous les moyens d’effectuer rapidement les opérations arithmétiques, M. Malassis qui, lui-même mécanicien avisé, a imaginé et essayé quelques dispositifs nouveaux, a rappelé à notre Société que l’Angleterre avait fêté solennellement en juillet 1914, à Edimbourg, le tricentenaire de l’invention des logarithmes par l’illustre mathématicien Napier (2). Ne convenait-il pas de célébrer le souvenir d’un Français, Thomas de Colmar, qui a inventé et réalisé, il y a un siècle, la première machine à calculer réellement pratique? M. Malassis demandait que notre Société qui a, la première, encouragé et récompensé Thomas de Colmar, prît l’initiative d’une manifestation en l’honneur de ce remarquable inventeur.
- Une telle suggestion devait, vous n’en doutez pas, recevoir de notre Société le plus chaleureux accueil. Le Conseil d’Administration, d’un avis
- (1) Conférence faite en séance publique le 7 juin 1920, reproduite d’après la sténographie.
- (2) L’usage a prévalu en France d’écrire Neper, qui rappelle la prononciation anglaise de Napier, et d’où l’on a tiré l’adjectif népérien.
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- unanime, a résolu de rappeler solennellement l’invention de Thomas de Colmar, présentée devant la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale il y a près d’un siècle et récompensée par elle, et de commémorer le souvenir de la première machine utilisable industriellement pour effectuer les calculs arithmétiques.
- Notre Société a pensé, en outre, qu’il ne suffisait pas de rappeler le passé; soucieuse d’aider l’industrie et de remplir ainsi sa mission, elle a estimé qu’il importait de réunir dans une exposition ouverte dans les salles de son hôtel, à la fois les divers appareils anciens, tels que la machine de Pascal, et les appareils modernes les plus récents, ceux qui sont devenus d’un emploi courant et dont .l’usage tend aujourd’hui à se répandre avec une intensité et une rapidité impressionnantes. Montrer la valeur pratique des machines à calculer et l’utilité de cet outillage, de création relativement récente, contribuer à le faire connaître, c’est se conformer aux traditions séculaires de notre Société, puisque les machines à calculer modernes sont des instruments capables de faciliter l’organisation de l’industrie et de contribuer à son développement.
- Vous avez entendu une première conférence sur l’histoire des machines à calculer. Dans un tableau magistral, mon savant ami M. Maurice d’Ocagne vous a montré à quels illustres ancêtres remontent les machines à calculer, tels que Pascal et Leibniz; il a décerné à Thomas de Colmar, Bollée, les éloges que méritent leurs géniales inventions. Mais M. d’Ocagne s’est oublié lui-même; c’est à lui que sont dus les importants développements de la science du calcul graphique, de cette branche spéciale et féconde à laquelle il a donné un nom devenu classique, la nomographie, l’art de résoudre graphiquement les problèmes les plus compliqués et d’en ramener la solution à l’emploi de lignes convenablement divisées et de points alignés. Il importait de rappeler les travaux de M. d’Ocagne et de rendre un public hommage à 1a, valeur et à l’utilité de son œuvre.
- Ma tâche, aujourd’hui consiste à vous donner quelques indications nécessairement abrégées sur les divers types de machines qui sont entrées dans la pratique courante, à vous signaler les services qu’elles peuvent rendre. Tout d’abord notre exposition contient-elle tous les appareils, aujourd’hui si multipliés, qui permettent d’effectuer mécaniquement les calculs arithmétiques? 11 a paru opportun de limiter l’exposition aux machines à calculer françaises et à celles qui sont construites dans les pays alliés ou neutres. Pour être vraiment internationale, il aurait fallu y comprendre les machines allemandes. Sans doute, une machine à calculer est un instrument de travail qu’il peut être avantageux d’acheter même chez nos
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- ennemis d’hier. Mais il eût été difficile de réunir ici des machines allemandes qui ne sont plus représentées en France; et, d’autre part, les modèles qui auraient pu vous être montrés, sont très semblables aux machines françaises, aux américaines, suisses; souvent ce ne sont que des imitations. L’exposition limitée, comme la Société a jugé convenable de le faire, donne malgré cette restriction, une idée générale complète de l’industrie des machines à calculer.
- S’il suffisait pour vous intéresser à l’étude et à l’examen de ces remarquables appareils, d’en avoir observé l’évolution depuis de longues années et d’avoir suivi les progrès si attachants de cette industrie, je serais assuré de réussir, sans trop fatiguer votre bienveillante attention et malgré la nécessité de ne donner que de trop courtes explications, à vous faire apprécier le mérite des machines à calculer et leur utilité dans l’organisation méthodique de l’industrie et du commerce. En 1871, lorsque je débutais dans la carrière d’ingénieur des Ponts et Chaussées, à Fécamp, dans la Seine-Inférieure, c’était pour moi un honneur et un plaisir de m’entretenir avec M. l’Inspecteur général des Ponts et Chaussées Lalanne qui venait passer plusieurs mois en villégiature dans le voisinage. M. Lalanne a le premier eu l’idée de construire des tables à l’aide d’abaques formés de lignes droites et obtenus par une transformation appelée anamorphose d’une série de courbes. Les conseils de M. Lalanne m’ont été précieux et depuis cette époque, les méthodes de calculs graphiques et les machines à calculer n’ont cessé d’avoir pour moi le plus vif attrait.
- Je ne puis avoir la prétention de citer et de décrire les nombreux appareils que vous pourrez voir dans l’exposition ouverte au public pendant toute cette semaine. La Société d’Encouragement pour l’Industre nationale ne distribuera d’ailleurs ni médailles ni récompenses. Il ne s’agit donc pas de distinguer tels ou tels appareils pour les déclarer supérieurs aux autres. Notre but est d’indiquer les traits généraux des diverses machines à calculer et de montrer les services qu’elles peuvent rendre. Quant au choix à faire entre les différents modèles suivant l’usage spécial que vous aurez en vue, c'est vous-même qui le ferez en visitant à loisir l’exposition : les représentants des différentes machines pourront vous détailler les avantages relatifs des divers systèmes.
- Les machines à calculer présentent-elles un véritable intérêt? Leur application et leur emploi pour abréger les calculs et les exécuter avec une sécurité parfaite, sont-ils plus particulièrement utiles aujourd’hui? Vous vous souvenez d’une très belle série de conférences qui ont été faites dans cette salle même par les soins de notre Société, sur les applications de l’organisation scientifique de l’industrie, sur les méthodes connues sous les noms de
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- taylorisme ou de fayolisme; vous avez eu un ensemble complet d’études approfondies qui vous ont fait apprécier la valeur et l’utilité incontestable de ces méthodes et de leurs remarquables développements. Dans l’organisation telle que la décrivent les maîtres en cette matière, vous avez pu remarquer la multiplicité des comptes à établir, études de rendement, détermination des durées de travail, tableaux multiples et variés pour suivre les diverses fabrications, l’utilisation de l’outillage, etc. Il n’est pas douteux que de nombreux calculs sont nécessaires et que l’examen attentif et indispensable des moindres détails, conduit à augmenter l’importance des travaux d’études et de bureau. 11 en résulte que, pour abréger ces travaux, et en assurer l’exactitude, il devient de plus en plus utile d’employer des machines effectuant rapidement et sûrement les calculs. C’est, en quelque sorte, l’outil nécessaire pour réduire les difficultés matérielles et les complications qu’entraîne l’application des nouveaux systèmes d’organisation.
- A ce point de vue, devant l’accroissement sans cesse grandissant de l’industrie, l’extension et le perfectionnement de ses méthodes, il n’est pas douteux que les machines à calculer doivent être d’un puissant secours. Mais aujourd’hui, l’opportunité de leur emploi paraît encore plus urgente après la guerre longue et douloureuse que nous avons subie et qui a laissé, après elle, tant de vides et de deuils cruels. Le machinisme de plus en plus développé doit suppléer au manque de personnel.
- Depuis sa fondation en 1801, notre Société n’a cessé d’examiner, d’étudier et de faire connaître les moyens d’abréger les calculs et les inventions réalisées dans ce but, ainsi que l’attestent les nombreux mémoires et articles publiés dans le Bulletin de notre Société sur ce sujet. Parmi ces mémoires, le premier date de 1815; il est dû à M. Jomard, un de ceux qui nous ont précédé, et qui est resté secrétaire de la Société pendant vingt-six ans, de 1816 à 1843. Le rapport de M. Jomard, présenté au Comité des Arts mécaniques en 1815, donne la description d’une nouvelle forme de la règle à calculer inventée par Gunter en 1624 et perfectionnée par Wingate; cette règle à calculer était construite en Angleterre sous le nom de « sliding rule » et presque inconnue en France. Fermettez-moi de vous lire ici quelques lignes de ce rapport qui expriment des vérités aussi utiles à rappeler en 1920 qu’en 1815.
- « Description d’une règle à calculer, employée en Angleterre et appelée sliding rule précédée de quelques réflexions sur l'état de l’industrie anglaise, en avril 1815, par M. Jomard. — L’industrie a pris un développement tel en Europe, qu’il est egalement impossible et d’en arrêter les progrès, et de savoir où elle s’arrêtera. Si elle a fait de si grands pas dans ces temps de calamités, à quel degré ne s’élèverait-elle point, si les nations renonçaient à toute autre lutte que celle des inventions, à toute-
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- autre gloire que la prééminence dans les arts ! Mais comme l’esprit de découverte est invariable dans sa marche, comme la science fait son profit de tout, nous avons vu la guerre elle-même leur fournir des ressources. Ainsi l’art de détruire n’a pu l’emporter sur l’art de créer; il lui a même donné plus d’essor. Ce n’est pas en temps de paix que sont nées les inventions les plus marquantes, et la France, particulièrement, peut se glorifier d’en avoir produit de plus importantes depuis vingt-cinq ans, qu’elle n’avait fait en plusieurs siècles. »
- En 1815, l’Angleterre était le pays où les inventions mécaniques étaient le plus développées et où le machinisme avait fait le plus de progrès. Aujourd’hui, et vous le verrez dans l’exposition des machines à calculer, ce sont les Etats-Unis, qui paraissent tenir la tête, surtout par l’importance de leur fabrication industrielle.
- Les machines à calculer font partie du machinisme le plus moderne; elles s’appliquent à un problème spécial, l’organisation du bureau, c’est-à-dire l’emploi de tous les moyens matériels, de tous les procédés propres à réduire le travail et augmenter le rendement. De nombreux chercheurs se sont occupés de la question. Mais il faut citer parmi les pionniers de cette œuvre, M. Ravisse qui a fondé sous le titre Mon Bureau, une revue périodique très intéressante et très vivante et qui consacre toute son activité à la vulgarisation des meilleures méthodes. Il est de mon devoir de remercier particulièrement M. Ravisse de nous avoir apporté son concours infatigable pour préparer cette exposition de machines à calculer et d’avoir ainsi contribué au succès que M. le Président avait l’obligeance de constater tout à l’heure.
- Ce sont d’ailleurs les exposants eux-mêmes qu’il convient de remercier, et parmi eux M. Darras, concessionnaire et constructeur de la machine Thomas de Colmar dont nous célébrons la mémoire. Cette machine avec les perfectionnements apportés par Thomas lui-même, peut, aujourd’hui encore, entrer en concurrence avec les machines les plus modernes.
- Pour donner quelques détails sommaires sur les principes de construction des diverses machines à calculer et les résultats qu’elles donnent, la première question qui se pose est d’essayer de les classer en quelques catégories et de signaler dans chaque catégorie quelques modèles caractéristiques.
- Un classement véritablement logique, est bien difficile parce que les machines se ressemblent ou diffèrent par de nombreux détails. Je me bornerai à répartir les machines à calculer en trois catégories, suivant une suggestion assez simple de M. Darras, d’après leur apparence extérieure et le genre de manœuvres que doit exécuter l’opérateur.
- A ce point de vue, je distinguerai :
- 1° Les machines dans lesquelles la manœuvre est effectuée par la rotation d’un axe vertical ;
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- 2° Les machines dans lesquelles l’opérateur fait mouvoir directement un axe horizonta l ;
- 3° Les machines à touches.
- Sous une forme humoristique et facile à retenir : dans la première catégorie, les machines sont actionnées comme un moulin à café; dans la seconde, elles sont mises en mouvement comme un orgue de Barbarie; dans la troisième, l’opérateur agit comme un joueur de piano.
- Machines a calculer avec axe moteur vertical. — Machine Thomas de Colmar (fig. 32, p. 638). — La première comprend comme type essentiel la machine Thomas de Colmar. Vous vous souvenez que M. d’Ocagne vous en a indiqué le principe. Pour effectuer une multiplication, les chilîres du multiplicande sont inscrits à l’aide de boutons se déplaçant dans des glissières amenant de petites roues à axe horizontal de façon à engrener avec une série de tambours tournant autour d’axes parallèles : ces tambours portent une série de dents dont la longueur varie de 1 à 9. Suivant la position donnée à chacun des boutons, à chaque rotation des tambours, les petites roues correspondantes tourneront suivant leur position d’un .nombre de dents qui sera celui du chiffre inscrit. Lorsque l’opérateur donne un tour de manivelle, tous les tambours effectuent un tour complet; les petites roues dont l’axe engrène par un pignon d’angle avec des disques portant des chiffres, font ainsi tourner ces disques sur lesquels apparaîtra le multiplicande. Un second tour de manivelle ajoutera une seconde fois la même quantité. Lorsque, dans une rangée, le total dépasse 9, un dispositif de report très ingénieux et très sûr, fait avancer sans effort, d’une dent, le disque immédiatement à gauche du précédent. La multiplication se fait ainsi par additions successives. Pour multiplier par le chiffre des dizaines ou des centaines, l'ensemble des disques sur lesquels apparaissent les chiffres, est soulevé à la main et déplacé vers la droite d’un ou deux rangs. La soustraction est obtenue par le renversement du sens de rotation des disques chiffrés; la division est réalisée par une série de soustractions.
- En 1878, M. le général Sebert, alors commandant, a présenté à notre Société au nom du Comité des Arts économiques, un remarquable rapport décrivant les derniers perfectionnements de la machine Thomas. Ce rapport après avoir signalé les mérites de l’invention, fait observer que la machine Thomas exige des déplacements un peu longs, surtout s’il s’agit de faire une addition, et ajoute l’intéressante remarque suivante : « Il en serait tout autrement si, pour inscrire les nombres à additionner, il suffisait de toucher du doigt, sans les déplacer, les boutons marquant la place de chacun des chiffres à inscrire; c’est là un dernier perfectionnement qu’il reste à apporter
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- à la machine et qui en fera, dès lors, un appareil d’un emploi universel ». (Un spécimen dans lequel ce perfectionnement fut réalisé, a d’ailleurs été construit aux Ateliers de Thomas.)
- Vous voyez que, par une véritable divination, notre vénéré collègue avait prévu l’invention des machines à touches depuis lors si répandues et en avait donné l’idée dès 1878. Dans ce même rapport, nous lisons : « La machine de 16 chiffres se vend 5ü0 francs, c’est un prix peu abordable.... Si la fabrication de ces machines était installée dans des conditions industrielles, elles pourraient être facilement vendues à moitié prix. »
- Il est curieux de voir combien les prix ont changé depuis 1878; aujourd’hui les machines à calculer coûtent de 2000 f à 20000 f pour certains modèles américains, et cependant le nombre des appareils vendus annuellement atteint des chiffres considérables et augmente sans cesse.
- Machine Madas. — La machine Madas (fig. 25, p. 633) construite en Suisse, ressemble, comme aspect général, à la machine Thomas. .Mais elle présente, pour effectuer la division, une particularité remarquable qui mérite d’attirer l’attention. Lorsque, dans une machine ordinaire du genre Thomas, le même diviseur est soustrait successivement plusieurs fois du dividende, il arrive que l’opération ne peut plus se faire si le nombre restant et apparaissant sur la machine est inférieur au diviseur à soustraire. Dans ce cas, après avoir donné un tour de manivelle, une série de 9 apparaît et remplace les zéros à la gauche du nombre inscrit dans les lucarnes. Il faut alors, si on a effectué cette opération, l’annuler et pour cela, disposer la machine de façon à faire une addition, donner un tour de manivelle, puis déplacer vers la gauche la platine contenant les lucarnes où apparaissent les chiffres; de nouvelles soustractions peuvent alors être faites, puisqu’on opère sur un chiffre à soustraire 10 ou 100 fois moins fort par rapport au total dont il doit être retranché. Il faut donc une attention continue, ce qui est une fatigue pour l’opérateur et un retard dans la rapidité de l’opération.
- La machine Madas n’exige aucune attention de l’opérateur et lui évite toute fatigue. Il suffit de tourner sans interruption ni arrêt la manivelle de l’appareil. Automatiquement, lorsqu’une soustraction a entraîné l'apparition d’une série de 9 à la gauche dans les lucarnes, le mouvement des tambours est renversé au tour suivant de manivelle effectué dans le même sens, puis la platine des chiffres est déplacée automatiquement d’un rang vers la gauche, et, par une nouvelle rotation, une nouvelle soustraction est effectuée. L’opération est terminée lorsque la platine est arrivée au bout de sa course vers la gauche. A ce moment, le quotient qui représente à chaque rang décimal, le nombre de tours utiles effectués, apparaît dans des lucarnes
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- spéciales, et le dividende qui avait été primitivement inscrit, est remplacé par le reste de la division. L’opération de la division est donc ainsi effectuée tout à fait automatiquement, sans aucun tâtonnement par l’opérateur. La machine Madas est la seule machine qui donne un tel résultat; c’est une solution remarquablement ingénieuse du problème.
- Machine Millionnaire (fîg. 23, p. 631). — La maison suisse Egli, qui construit la machine Madas, présente une autre machine, désignée sous le nom de Millionnaire. La disposition générale rappelle par son apparence la machine Thomas, sauf que les chiffres sont inscrits à l’aide de touches au lieu de pièces glissant dans une fente. Mais le mécanisme intérieur comporte une intéressante application de l’invention géniale de Bollée. Pour effectuer les multiplications, Bollée a eu le premier l’idée de fixer sur un plateau carré, des tiges de Jongueur variable correspondant aux chiffres d’une table de Pythagore. Ainsi le produit de 6 par 7, soit 42 sera représenté par 2 tiges convenablement juxtaposées dont les longueurs seront proportionnelles à 4 et à 2. Les rangées étant comptées sur les côtés du carré perpendiculaires l’un à l’autre, ces tiges seront dans la 6e rangée sur l’un des côtés et à la 7e sur l’autre. Il suffit de donner la position voulue au plateau de cette table de Pythagore matériellement réalisée, puis d’imprimer au plateau un mouvement de va-et-vient, les tiges du plateau font parcourir les distances voulues à des crémaillères engrenant avec les disques sur lesquels s’ajoutent les nombres. Il en résulte que, pour multiplier 6 par 7, il n’est plus nécessaire d’ajouter 7 fois de suite le nombre 6; en une seule fois, le produit s’inscrit par l’addition du chiffre 4 aux dizaines et du chiffre 2 aux unités. La machine Millionnaire a un plateau-table de Pythagore du type Bollée, dont les mouvements verticaux sont commandés par un arc denté. Elle effectue ainsi les multiplications avec une grande rapidité. L’appareil est construit avec beaucoup de soin; il peut être actionné soit à la main par la rotation d’une manivelle dans un plan horizontal, soit par un moteur électrique capable de donner une très grande rapidité aux opérations.
- Calculatrice Fournier (fig. 18, p. 627). — Un inventeur français, M. Fournier, nous présente, pour la première fois dans une exposition, une machine qui contient d’ingénieux perfectionnements apportés à la machine Thomas.
- Tout d’abord, c’est un clavier à touches qui rend plus facile et plus rapide l’inscription des chiffres. Pour réduire les dimensions de ce clavier, M. Fournier a eu l’idée de faire chevaucher les surfaces des touches l’une sur l’autre suivant la ligne perpendiculaire au grand côté de la machine. Lorsqu’une touche est frappée, toutes les touches immédiatement Tome 132. — 2e semestre. — Septembre-Octobre 1920. : 47
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- au-dessous s’abaissent en même temps. A ce perfectionnement déjà notable, M. Fournier en ajoute un autre qui est capital. Sur un seul tour de la manivelle à axe vertical, la machine permet, à volonté, de répéter l’addition jusqu’à 9 fois et par suite de multiplier par un nombre quelconque de 0 à 9. Pour obtenir ce résultat, la manivelle reçoit de l’opérateur une poussée de haut en bas, de façon à faire engrener les rouages pendant une fraction déterminée du tour complet de manivelle. Afin d’éviter que l’effort ne soit trop grand, et c’est la partie essentielle de l’invention, des ressorts convenablement disposés sont armés pendant la première partie de la rotation et restituent le travail emmagasiné dès que les rouages sont en prise. L’effort est ainsi assez réduit et régulièrement réparti pendant le fonctionnement de la machine. L’ensemble de cette machine est une nouveauté véritablement intéressante; il y a lieu de féliciter M. Fournier des mérites de son invention.
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- Machines a calculer avec axe moteur horizontal. — La seconde catégorie de machines, celles dont la manœuvre s’effectue par la rotation d’un axe horizontal, comme dans un orgue de Barbarie, comprend des appareils établis presque tous suivant le système de l’inventeur russe Odhner. Le principe de ce système consiste à placer sur un axe horizontal commun, une série de disques portant un nombre de dents variable. Les dents de chaque disque peuvent faire saillie ou s’effacer successivement par la rotation d’excentriques. A l’aide de tiges qui entraînent les excentriques et dont les extrémités se déplacent sur un arc de cercle, les disques successifs sont préparés pour présenter chacun en saillie un nombre de dents égal au chiffre à inscrire. Par un tour entier de manivelle, les disques font engrener leurs dents dans les roues enregistreuses. Les reports sont effectués successivement pendant une partie de la rotation des disques.
- Machine Dactyle (fig. 26, p. 633). — La machine à calculer appelée « Dactyle » qui est construite en France par MM. Château Frères, est établie sur ces principes. Les roues enregistreuses sont montées sur un arbre commun solidaire d’un bâti qui peut glisser horizontalement et s’arrêter devant chaque division décimale, afin d’additionner ou de soustraire un multiple ou sous-multiple du chiffre inscrit par une puissance de 10. L’addition est obtenue par un tour de manivelle dans un sens, la soustraction par un tour en sens contraire. L’avantage du dispositif Odhner est d’avoir une machine peu encombrante dont les organes sont relativement simples et peu nombreux. La machine à calculer Dactyle, bien construite, exécute les opérations rapidement et sans effort.
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- Machine Monroë (fig. 22, p. 631). — La machine Monroë est établie sur un principe analogue à l’invention d’Odhner mais avec une réalisation très différente. Les disques qui doivent présenter un nombre de dents variable aux roues enregistreuses, sont accouplés par deux de part et d’autre de chaque roue. L’un des disques est muni de 4 dents formées de tiges de longueur croissante, fixées perpendiculairement à sa surface; l’autre de 4 tiges égales placées de même sur la face en regard du premier disque. Les deux disques peuvent glisser sur leur axe horizontal commun et prendre diverses positions par rapport aux dents de la roue enregistreuse qui passe entre eux. D’après ces positions, lorsque les disques effectueront un tour complet, le chiffre voulu sera inscrit sur la roue enregistreuse correspondante. Les déplacements relatifs- des disques sont obtenus par l’action de touches, au nombre de 9 pour chaque ordre décimal, et celui du chariot qui porte les roues enregistreuses à l’aide d’une tige dont l’extrémité aboutit à une poignée placée devant l’appareil. La machine Monroë se rapproche, comme vous le voyez, des appareils plus spécialement à touches qui constituent, par leur mode opératoire, la troisième catégorie des machines à calculer.
- Machines a calculer a touches. — Comptometer Felt et Tarrant (fig. 34, p. 640). — Les machines à touches, en général, effectuent seulement des additions. Bien que les divers modèles présentent des dispositions mécaniques assez notablement différentes les unes des autres, le principe sur lequel elles sont établies et l’idée de leur réalisation, sont dus à un Américain, M. Felt, dont le génie inventif s’est développé par la pratique, comme les États-Unis nous en montrent de remarquables exemples. En 1880, M. Felt, à douze ans, apprenti mécanicien, en considérant le va-et-vient d’une raboteuse dont il devait assurer la conduite, conçut le projet de construire un appareil de calcul mécanique. En 1887, il prit son premier brevet pour un comptometer, appareil à touches pour additionner. Il imagina en 1888, un dispositif pour l’impression des résultats obtenus, une « listing machine ». M. Felt est donc le pionnier des machines à additionner et le promoteur des machines imprimantes. M. Felt est, aujourd’hui président de l’Association des Industriels de l’Illinois; en cette qualité, il a reçu au mois d’octobre dernier, les missions financières et commerciales interalliées envoyées aux États-Unis.
- Le dispositif du comptometer construit par la maison Felt et Tarrant, permet d’inscrire directement un nombre qui apparaît dans les lucarnes placées de\rant l’appareil où s’ajoute un nombre précédemment inscrit. Lorsqu’une touche est enfoncée, elle agit au point convenable sur un levier portant à son extrémité un secteur denté ; la touche abandonnée se relève, et le levier
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- en revenant à sa position primitive, engrène avec une roue enregistreuse et le fait tourner d’un angle proportionnel au chiffre à enregistrer. L’opération est extrêmement rapide.
- Il semble qu’un appareil de ce genre, ne peut faire que des additions. En réalité, à l’aide d’un artifice assez simple, il est possible d’effectuer des soustractions et même des multiplications et des divisions. Une soustraction se ramène à une addition de la manière suivante : il suffît d’ajouter une puissance de 10, diminuée du nombre à soustraire.
- Pour retrancher 537, on ajoutera, par exemple, 100 000—537, soit 99 463. Le résultat obtenu contient 100 000 qui n’apparaîtra pas sur la machine, si son étendue est limitée à 5 chiffres vers la gauche au point où l’opération a lieu. Le nombre 463 est le complément du total à retrancher 537 ; il est facile de former rapidement cette différence; les chiffres complémentaires sont d’ailleurs marqués en petits caractères sur les touches.
- La multiplication sera effectuée par une série d’additions répétées. Mais comme le comptometer n’a pas de chariot qui permette de placer les roues enregistreuses en face des divers ordres décimaux, il faut, après avoir frappé les touches correspondant à un nombre autant de fois qu’il y a d’unités dans le multiplicateur, déplacer les mains vers la gauche pour composer de nouveau le multiplicateur avec les touches placées à gauche des premières, puis frapper le nombre ainsi composé autant de fois qu’il y a d’unités dans le chiffre correspondant du multiplicateur.
- Il faut opérer d’une manière analogue pour faire une division, par des soustractions successives à l’aide des nombres complémentaires. Malgré la complication apparente des manœuvres à effectuer, les opérateurs exercés arrivent à une vitesse comparable à celle des machines munies de chariots.
- De nombreuses machines à touches sont construites sur le même principe, c’est-à-dire qu’elles ne peuvent faire directement que l’addition. Beaucoup sont munies d’un dispositif pour imprimer les résultats, plusieurs peuvent être manœuvrées électriquement.
- Machines Burroughs (fig. 30 et 31, p. 636 et 637). — La maison Burroughs, une des plus puissantes maisons américaines, a plus de 120 modèles. L’impression s’obtient par le mécanisme suivant. L’abaissement de chaque touche place un arrêt sur la périphérie d’un secteur denté, ou un point de la longueur de l’arc qui correspond au chiffre voulu. Lorsque tous les chiffres d’un nombre sont ainsi préparés, un levier placé du côté droit de l’appareil reçoit un mouvement de va-et-vient, soit à la main, soit électriquement.
- Dans ce mouvement, un secteur denté se déplace dans un plan vertical au droit de chaque chiffre à inscrire ou à additionner; à l’une de ses extré-
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- mités, le secteur engrène avec une roue enregistreuse ; comme il est limité dans sa course par l’arrêt introduit par l’abaissement d’une touche, la roue enregistreuse tournera de l’angle correspondant au chiffre marqué par la touche. A son autre extrémité, le secteur porte les caractères d’impression des chiffres qui peuvent glisser dans des fentes dirigées suivant les rayons du secteur. Sous l’action d’un marteau, les caractères sont déplacés, rencontrent un ruban d’encrage analogue à celui des machines à écrire et viennent imprimer le résultat sur le papier enroulé sur un cylindre.
- Machine Barrett (fig. 27, p. 634). — Parmi les machines à touches qui figurent à l’exposition, il en est une qui fait exception, c’est la machine Barrett, de construction américaine, qui a un chariot mobile et permet, par suite, d’opérer pour les multiplications et les divisions comme sur les machines du genre Thomas ou du type Dactyle. C’est une très intéressante particularité de cette machine qui, en outre, peut imprimer les résultats sur un rouleau de papier. Il est même possible d’imprimer le quotient d’une division par le procédé suivant. La soustraction s’opère par l’addition du nombre complémentaire, c’est-à-dire d’un multiple de 10 diminué du nombre à retrancher. A chaque soustraction, il a été ajouté par suite, un multiple de
- 10 d’un certain rang. Une unité apparaît donc à la gauche au rang décimal qui a été choisi. Si l’opération est répétée, chaque fois une unité nouvelle sera ajoutée. Le nombre des soustractions effectuées se trouve ainsi compté, et comme le quotient de la division est la somme des soustractions faites, le quotient apparaîtra imprimé à la gauche du résultat obtenu. Le reste sera constitué par les chiffres imprimés à l’extrémité de droite; des zéros dont
- 11 n’est pas tenu compte apparaissent entre le quotient et le reste. Il est même possible de multiplier le quotient par un nombre inscrit par les touches sur une partie appropriée de la machine vers la gauche et de réaliser en même temps une division et une multiplication du quotient par un nombre. Par ces ingénieux procédés, la machine peut donner rapidement le résultat imprimé de multiples opérations.
- Machines a écrire comptables. — Dans la catégorie des machines à touches opérant par additions, peuvenl être classées les machines dites machines à écrire comptables. Ces appareils peuvent rendre des services particulièrement utiles dans l’industrie et le commerce parce qu’elles remplissent une double fonction : ce sont des machines à écrire, et même ce sont des machines pourvues de mécanismes pour effectuer les additions.
- Machine Underwood. — La machine à écrire Underwood est bien connue. Le modèle complété pour effectuer les opérations comptables, se compose
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- d’une machine à écrire superposée aux mécanismes qui enregistrent les différents nombres dans des totaliseurs dont les lucarnes apparaissent devant l’appareil. Les chiffres sont placés à l’aide de tabulateurs, frappés et imprimés comme dans une machine à écrire ordinaire. Les résultats sont ajoutés, à volonté, dans l’un ou l’autre des totalisateurs en nombre variable suivant les types d’appareils; l’un des modèles a sept totaliseurs. Lorsqu’un total doit être extrait de la machine et imprimé, les touches sont manœuvrées successivement et, à la lin de l’opération, la preuve que le total a été exactement inscrit, apparaît parce que le totaliseur est revenu à 0; en outre, une étoile de contrôle est imprimée dans le cas seulement où le nombre est régulièrement enregistré. Une dynamo met en mouvement les divers leviers et déplace le chariot d’impression. Une machine de ce genre peut faire plusieurs colonnes parallèles de nombres, ou fournir les totaux au moment voulu, soit horizontalement, soit verticalement. La machine rend en même temps tous les services d’une machine à écrire.
- Machines Elliott-Fisher (fîg. 19 et 20, p. 629). — Les machines Elliott-Fisher donnent des résultats analogues ; ce sont des machines à écrire munies d’organes comptables. La particularité spéciale qu’elles présentent, c’est d’écrire sur une surface plane, au lieu d’imprimer sur un rouleau. L’appareil manœuvré à la main se meut d’avant en arrière et de gauche à droite en roulant sur des rails de guidage. Il est possible, ainsi, d’écrire sur les feuilles d’un registre; et ce dispositif spécial peut avoir, dans certains cas, de précieux avantages.
- Machine Ellis. — Dans la machine Ellis, l’ingénieur et habile inventeur M. Ellis est parvenu à réaliser un ensemble original comprenant à la fois une machine à écrire et une machine à calculer à touches analogue à la machine Burroughs. Le clavier de la machine à écrire est en avant. Le levier effectuant l’enregistrement et l’impression des chiffres dont les touches ont été abaissées, et les mouvements du chariot d’impression sont commandés électriquement. La machine Ellis présente donc tous les avantages d’une machine à calculer à touches, avec le moyen d’écrire avec tous les caractères majuscules.
- Caisse nationale enregistreuse (fîg. 35 et 36, p. 641 et 642). — A côté de ces types de machines à touches, la « Caisse nationale enregistreuse », de fabrication américaine, peut être classée parmi les machines à touches. Son emploi très répandu dans les magasins de vente au détail me dispense d’insister sur l’aspect spécial et la forme particulière qu’elle présente. La caisse enregistreuse fait apparaître, avec les chiffres de grandes dimensions,
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- le total à payer; elle imprime et additionne les sommes inscrites. La puissante maison qui construit cette machine, en a répandu dans le monde entier une grande quantité de modèles différents suivant les besoins à satisfaire.
- Machines a statistique. — Machines Powers — A cette variété déjà si grande des machines à calculer dont je n’ai pu vous donner qu’un faible aperçu, il y a lieu d’ajouter une machine beaucoup plus complexe, la machine Powers que vous verrez fonctionner pendant la durée de l’exposition. C’est une machine spéciale pour les statistiques.
- Le principe du système consiste dans l’emploi de fiches en carton léger sur lesquelles sont inscrits, à l’aide de trous perforés convenablement répartis, les renseignements à sélectionner et à totaliser. Les fiches sont rectangulaires et divisées en 45 colonnes perpendiculaires au grand côté. Chacune des colonnes porte de haut en bas les chiffres successifs 0 à 9 et correspond avec les colonnes adjacentes au besoin, soit à l’enregistrement d’un nombre, date, quantité, prix, soit d’une désignation chiffrée conventionnelle représentant par exemple un nom propre, une nature de marchandises, etc. Dans chaque colonne, un seul trou est perforé, sur un chiffre déterminé et ce trou représente le chiffre correspondant. Lorsque les renseignements à compulser ont été ainsi figurés par des perforations de fiches, chacune des opérations élémentaires, chacun des faits est représenté par une fiche.
- Une première machine dite poinçonneuse sert à effectuer la perforation des fiches aux points représentatifs. Les fiches perforées sont ensuite triées par une seconde machine dite trieuse. Ce triage peut être effectué de diverses manières : par exemple s’il s’agit de ventes de marchandises effectuées par divers voyageurs de commerce pendant l’année, il est possible de demander à la trieuse de séparer les fiches se rapportant à un mois déterminé, de les classer par date, ou suivant les divers voyageurs de la maison de commerce, ou par nature des marchandises vendues, ou par régions dans lesquelles les ventes ont eu lieu, etc.; la variété des questions à poser est presque indéfinie. La trieuse distribue et répartit les fiches à raison de 15 000 à l’heure, dans des casiers dont chacun correspondant à la perforation d’un chiffre d’une colonne : à chaque opération, le classement est ainsi effectué pour une colonne déterminée. Un deuxième et un troisième classement ou davantage peuvent être nécessaires pour trier l’un des premiers groupes de fiches. La trieuse fonctionne par un moteur électrique et marche automatiquement.
- Lorsque sont ainsi groupées et réunies dans l’ordre voulu les fiches à consulter, il reste à les déchiffrer et à totaliser, par groupes, les nombres figurant sur certaines colonnes de ces fiches. Une troisième machine, la tabulatrice, effectue automatiquement ce travail. Les fiches passent successivement
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- sous des poinçons et des tiges transmettant les mouvements appropriés à des secteurs servant à l’impression des chiffres correspondants. Les chiffres figurés par des trous sur une fiche sont ainsi imprimés, une ligne horizontale correspondant à une fiche. Au fur et mesure que le travail est automatiquement effectué, les nombres à totaliser sont ajoutés sur divers groupes de roues enregistreuses. Après chaque série de fiches et à l’endroit voulu, les totaux de la série sont imprimés sur la feuille où tous les renseignements utiles se trouvent ainsi enregistrés. La machine est mue électriquement et marche seule; le moteur s’arrête quand la dernière fiche emmagasinée a passé dans l’appareil.
- Un ensemble d’appareils aussi complet est surtout utile dans de grandes administrations pour obtenir une série variée de renseignements statistiques d’après de nombreux documents. La machine Powers doit être comprise parmi les instruments de calcul indispensables pour certains travaux d’ordre spécial, et avoir d’utiles applications dans des maisons de commerce de très grande importance, les compagnies de chemins de fer, les municipalités, les services de l’Etat.
- Machine Torres. — Je ne dois pas terminer cette revue trop rapide des principaux types de machines à calculer, sans signaler à votre attention la machine Torres. Ce n’est pas un appareil mis en vente. L’inventeur, M. Torres, est un savant espagnol, ami de la France, célèbre par ses travaux scientifiques sur le calcul mécanique. L’appareil qu’il a bien voulu apporter lui-même et qui est, pour la première fois, montré au public à notre exposition, se compose d’une machine à écrire reliée électriquement à des mécanismes chargés d’effectuer automatiquement ce qui lui est demandé. Il suffit d’écrire avec les touches de la machine les nombres donnés, en plaçant entre eux le signe de l’opération à effectuer, addition, multiplication, division, et d’attendre quelques instants. Dès que les mécanismes mus électriquement ont terminé leur travail, les touches de la machine s’abaissent successivement sans intervention de l’opérateur et viennent écrire le résultat obtenu, produit, quotient et reste. C’est une merveille de voir ainsi réaliser tout à fait automatiquement une opération arithmétique quelconque. Peut-être, sinon exactement sous cette forme, tout au moins suivant des principes analogues et dans la voie magistralement tracée par M. Torres, cette machine transformée deviendra-t-elle la machine à calculer de l’avenir!
- Utilité des machines a calculer. Extension rapide de leurs applications. — Les machines à calculer sous leurs diverses formes, sont-elles capables de rendre des services véritablement importants à l’industrie et au commerce?
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- La meilleure preuve qui puisse en être donnée, c’est de montrer l’extension progressivement accélérée de leur emploi et les résultats déjà obtenus. Je n ai pas les éléments d’une statistique complète, mais quelques chiffres suffiront à vous donner une idée du développement aujourd’hui atteint par la fabrication des machines à calculer. La firme américaine Burroughs, l’une des plus puissantes, mais ce n’est pas la seule, a un capital de 30 millions de dollars : elle possède trois usines, l’une aux Etats-Unis, à Detroit qui occupe 8 500 personnes, ouvriers et personnel, une seconde à Windsor au Canada qui en a 2 000, la troisième en Angleterre à Nottingham qui en a 500, soit un effectif total de 11 000 personnes. Elle a 39 agences en dehors des Etats-Unis.
- La valeur des machines qu’elle a vendues en 1919 est de 33 234 000 dollars. En 1916, elle vendait 40 000 machines par an; pour 1919. ce chiffre s est élevé à 120 000. En 1913, les ventes des machines Burroughs étaient trois fois plus importantes en Allemagne et deux fois plus en Angleterre qu’en France. De tels chiffres, qui représentent une partie de l’ensemble du commerce des machines à calculer, sont réellement impressionnants. Ce serait fermer les yeux à l’évidence que de nier les avantages attestés par un succès aussi rapide et aussi général.
- Le progrès des machines à calculer peut être comparé à celui des machines à écrire. Personne ne voulait croire au début, que la machine à écrire était plus rapide que l’écriture à la main et avait une incontestable supériorité; des résistances attardées dans la routine, ont été longues à vaincre, surtout en France. Aujourd’hui le triomphe de la machine à écrire est complet. N’en sera-t-il pas de même, un jour prochain, pour la machine à calculer?
- Les machines à écrire ont simplement l’avantage d’un peu plus de rapidité, mais ne réduisent pas la fatigue intellectuelle. Les machines à calculer économisent aussi le temps ; par exemple, 15 000 bordereaux sont établis à 1a, machine au lieu de 3 000 à la main, mais surtout, avantage inappréciable, elles réduisent l’effort à demander au cerveau humain et donnent mécaniquement des résultats rigoureusement exacts. Ne devraient-elles pas avoir un succès plus grand encore que les machines à écrire?
- En présence des multiples modèles qui sollicitent votre attention, comment choisir? Ma réponse sera très nette : pour qui ne sait pas à quel usage il veut employer une machine à calculer, mieux vaut n’en pas acheter. Lorsqu’il s’agit d’un tour, d’une machine à percer ou à raboter, pour choisir un outil parmi les modèles variés qui sont offerts, personne ne doute qu’il ne faille tout d’abord bien déterminer quel sera dans l’atelier l’emploi du pouvel outil. Il doit en être de même pour une machine à calculer: la nature
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- et le nombre des opérations à effectuer, le degré d’utilisation probable dans le bureau qui s’en servira, sont des éléments essentiels qui serviront de guide dans l’achat d’un type de machine à calculer de préférence à tel ou tel autre.
- J’ajouterai une dernière observation. Lorsqu’une machine à calculer sera introduite dans un bureau, comme aussi pour l’addition d’un outillage nouveau dans un atelier, des résistances passives risquent de créer une entrave fâcheuse à l’amélioration cherchée. Le chef d’un bureau est en général peu favorable aux procédés et aux méthodes qui peuvent réduire le nombre de ses subordonnés; il se croira déchu et, par une routine maladroitement intéressée, mettra peu de zèle à encourager l’apprentissage nécessaire pour l’usage rapide des machines à calculer. Les Américains qui sont d’habiles commerçants et souvent des psychologues avisés, ont compris ces difficultés. Quelques maisons américaines dressent un personnel spécial capable de se servir des machines avec virtuosité; elles sont ainsi toujours prêtes à fournir, en même temps que la machine à calculer qui leur est achetée, l’employé, homme ou femme, capable de s’en servir avec le rendement maximum. De telles méthodes sont très efficaces pour lutter avec succès contre la routine et les préjugés souvent tenaces.
- Les machines à calculer se rattachent aux plus puissants efforts de la pensée humaine : elles ont de véritables quartiers de noblesse. Gomme ancêtres, elles rappellent les nonis de grands philosophes et mathématiciens tels que Pascal et Leibniz, de mécaniciens habiles et ingénieux tels que Thomas de Colmar et Bollée. Le calcul mécanique peut atteindre la solution de problèmes d’arithmétique supérieure. Vous en verrez un significatif exemple dans la remarquable machine que M. le commandant Carissan nous présente, pour la première fois dans une exposition, et qui permet de trouver les racines en nombres entiers d’une équation de degré quelconque à deux variables. C’est un problème des plus difficiles qui a exercé la sagacité des plus grands mathématiciens. La machine que M. le commandant Carissan est parvenu à réaliser et qui lui fait le plus grand honneur, parait relativement simple, mais elle est le résultat des plus hautes considérations de l’arithmétique supérieure; elle parvient, avec une rapidité stupéfiante, à essayer une série de nombres et à signaler ceux qui résolvent le problème. Vous voyez ainsi quel vaste champ d’action est abordable par le calcul mécanique et quelle distance sépare la machine Carissan des simples appareils additionneurs.
- Conclusion. — Le développement rapide et l’extension de l’emploi des machines à calculer est déjà imposant. Sans chercher à prédire l’avenir, je
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- suis convaincu que cette industrie qui n’est encore qu’à ses débuts, ne cessera pendant de longues années de progresser rapidement, parce qu’elle doit marcher de pair avec l’organisation de pins en plus méthodique du travail, au bureau comme à l’atelier.
- Je crois être l’interprète de nos collègues de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, pour vous assurer, en terminant, que notre Société se croira bien récompensée de son effort si, à la suite de cette exposition et comme conclusion aux enseignements qu’elle comporte, une réelle émulation est suscitée parmi les constructeurs français pour rivaliser avec nos alliés américains qui nous ont montré la voie des applications pratiques et utiles. Dans cette amicale et pacifique concurrence, nous resterons unis de cœur avec eux, comme nous l’avons toujours été et comme nous l’étions hier encore plus étroitement sur les champs de bataille de la grande guerre.
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- La Société d’Encouragement a eu l’heureuse idée de célébrer le centenaire de l’invention du premier arithmomètre pratique, celui de Thomas de Colmar, par une exposition qui a mis en évidence son extraordinaire développement et la grande importance de ses applications industrielles.
- MM. d’Ocagne et A.-P. Toulon, dans leurs conférences, qui sont encore dans la mémoire de tous ceux qui m’écoutent, ont exposé avec une grande exactitude (à part la bienveillance, vraiment trop exagérée qu’ils m’ont témoignée) le but, les résultats et les promesses de cette exposition. Je me garderai de rien y ajouter; mais, certaines personnes m’ayant demandé des renseignements sur un appareil de démonstration que j’y ai présenté, j’ai fait préparer les schémas que voici et je tâcherai de vous donner une idée générale de l’appareil, aussi brièvement que possible, pour ne pas trop fatiguer votre attention avec la description minutieuse des mécanismes, ni vos oreilles avec mon français peu euphonique.
- Mon but est de mettre en évidence dans cet exemple les procédés de la méthode d’automatisation électromécanique que j’étudie depuis plusieurs années.
- Cet arithmomètre n’a aucun rapport avec les machines algébriques, décrites dans une étude publiée par le Recueil des Savants étrangers (2). Une machine algébrique n’est en somme qu’un système mécanique qui peut être défini, comme l’a fait voir Lagrange dans sa Mécanique analytique, en formulant les équations de liaison. Chaque variable de la formule est représentée par le déplacement d’un organe de la machine; les valeurs simultanées de tous ces déplacements — qui peuvent se lire sur des échelles convenablement disposées — doivent satisfaire constamment les équations; il suffira de faire marcher certains d’entre eux, représentant les variables indépendantes, de manière à représenter certaines valeurs particulières, pour calculer toutes les autres variables : pour lire leurs valeurs dans les échelles correspondantes.
- (1) Communication en séance publique faite par l’auteur le 26 juin 1920. Voir le compte rendu de cette séance dans le présent numéro, p. 652.
- (2) Machines à calculer, par L. Torres (Mémoires présentés par divers savants étrangers à l'Académie des Sciences de l'Institut de France, 2e série, t. XXX11, n° 9, 20 p., 5 pl. hors texte).
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- Les liaisons sont invariables, et les mouvements toujours continus.
- Dans une machine arithmétique, c’est précisément le contraire qui arrive : elle est destinée à faire des opérations avec des nombres; les liaisons varient à chaque moment et ses mouvements sont saccadés; ce sont les mouvements des cliquets qui poussent les dents une à une.
- L’étude de la machine algébrique appartient à la cinématique, telle qu’elle a été définie par Ampère.
- L’étude de la machine arithmétique n’a pas de place marquée; elle devrait appartenir à un chapitre nouveau de la science des machines, qui pourrait s’appeler Y automatique et qui étudierait la manière d’automatiser les mouvements mécaniques.
- C’est là, à vrai dire, un problème très étudié; mais on s’occupe plus volontiers d’utiliser les résultats obtenus, que de les grouper de manière à former un corps de doctrine. Je ne sais pas s’il nié sera donné de le faire un jour; en attendant, je ferai preuve de bonne volonté, en présentant, pour entamer la question, des solutions susceptibles d’être généralisées.
- On voit souvent, dans une usine, un ouvrier chargé de plusieurs appareils, qui observe leurs mouvements et qui, à un moment donné, intervient, pour changer brusquement les liaisons existantes par la manœuvre d’un levier d’embrayage, d’une soupape, ou de tout autre mécanisme analogue. On arrive parfois à supprimer l’ouvrier, en faisant que les machines produisent automatiquement le mouvement voulu, au moment où il doit se produire.
- Pour y arriver, il faut que la machine se substitue à l’homme, qu’elle observe et agisse à sa place.
- On pense généralement — ai-je dit ailleurs — (1) que c’est seulement dans les cas très simples qu’on pourra arriver à ce résultat; on croit qu’il est possible d’automatiser les opérations mécaniques, purement manuelles d’un ouvrier, et que, au contraire, celles qui exigent l’intervention des facultés mentales ne pourront jamais être exécutées mécaniquement.
- « Cette distinction n’a aucune valeur car, en laissant de côté le cas des mouvements réflexes, dont je n’ai pas à m’occuper ici, les facultés mentales interviennent dans toutes les actions humaines. »
- Je donnais dans cette note, que je viens de citer, la démonstration théorique de ce fait, quhï est toujours possible de construire un automate, dont tous les actes dépendront de certaines circonstances plus ou moins nombreuses, et qui obéisse à des règles qu'on peut lui imposer arbitrairement au moment de sa construction.
- (1) Essais sur l’automatique. Sa définition. Étendue théorique de ses applications,' par M. Leonardo Torres y Qcevedo (Revue Générale des Sciences, la novembre 1915, p. 601-611, 1 pl.).
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- Et c’est pour démontrer expérimentalement cette possibilité, que j’ai construit l’arithmomètre, comme j’avais construit auparavant le joueur d’échecs, qu’on a pu voir au Laboratoire de Mécanique de la Sorbonne en 1914 (1).
- Les actes de cet automate dépendent de circonstances plus ou moins nombreuses (c’est-à-dire des touches tapées par le calculateur) et il obéit aux règles qui lui ont été imposées arbitrairement au moment de la construction, puisqu’il fait l’opération voulue et inscrit les résultats.
- Mon appareil (fîg. 17, p. 626) se compose d’une machine à écrire et de plusieurs mécanismes qui constituent un arithmomètre analogue, quant à ses principes, à l’arithmomètre Thomas de Colmar avec, en plus, des mécanismes automatisateurs nouveaux.
- Pour utiliser cet ensemble, le calculateur écrit, en frappant sur la machine, comme à l’ordinaire, l’énoncé de l’opération qu’il veut faire exécuter. Ainsi, s’il veut multiplier 532 par 257, il appuie successivement sur les touches des chiffres 5, 3, 2, sur la barre du blanc, sur la touche du signe de la multiplication, de nouveau sur la barre du blanc, enfin les touches des chiffres 2, 5, 7 ; la machine écrit ainsi l’énoncé 532 x 257.
- Alors l’opérateur a terminé : il ne lui reste plus rien à faire. La machine se met en mouvement, et fait toute seule, sans que le calculateur ait à penser à elle, tout le calcul. Lorsque le calcul est fini, l’arithmomètre commande la machine à écrire, qui imprime à la suite des données, écrites par le calculateur, le signe d’égalité et le résultat de l’opération. Finalement, la machine à écrire a avancé d’un pas et son curseur est ramené à gauche, pour être prête à écrire et à exécuter une nouvelle opération.
- L’arithmomètre et la machine sont liés l’une à l’autre par une ligne électrique d’un nombre considérable de conducteurs ; mais il n’y a entre eux aucune autre connexion ; on pourrait, en mettant une ligne suffisamment longue, placer la machine dans une chambre et l’arithmomètre dans une autre.
- Il y a, sous la machine, un commutateur à trois positions :
- Une pour couper le courant. L’arithmomètre est alors au repos; il ne peut recevoir aucun signal de la machine à écrire, et celle-ci peut servir, comme à l’ordinaire, à écrire quoi que ce soit;
- (1) Voir sa description dans La Nature du 13 juin 1914, p. 56 à 61 : Les automates : Le joueur d'échecs automatique de M. Torres y Quevedo, par H. Vigneron.
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- Une autre établit les connexions nécessaires pour que l’appareil fonctionne comme totalisateur. On peut alors écrire une colonne d’un nombre quelconque de quantités, de cinq chiffres chacune, dont on veut avoir le total. Il faut attendre chaque fois que la quantité écrite ait été incorporée au totalisateur, fait dont on est prévenu parce que l’automate ramène à zéro le courseur de la machine à écrire et allume une lampe. Finalement, on frappe sur la touche de la lettre T, pour avoir le total;
- Une troisième position du commutateur établit les connexions électriques nécessaires pour transformer cet ensemble de mécanismes en un arithmo-mètre.
- On voit que mon appareil, s’il est fondé sur les mêmes principes que celui de Thomas de Colmar, en diffère tout à fait dans son fonctionnement. Dans le premier, le calculateur est forcé de s’occuper tout le temps de l’appareil, soit en faisant tourner la manivelle pour ajouter le multiplicande au totalisateur ou pour en retrancher le diviseur, soit en faisant avancer le chariot d’un pas, soit en le ramenant à zéro, quand l’opération est terminée.
- Dans le mien, tous ces mouvements sont automatiques, et c’est de la manière de les automatiser que j’ai à vous parler aujourd’hui. Mais, pour ne pas abuser de votre temps je limiterai mes explications autant qu’il est possible. L’inscription des données; la manière d’établir les connexions, qui correspondent à chacune des opérations; le calcul des unités retenues; le retour à zéro et beaucoup d’autres parties des arithmomètres sont certes très intéressantes; mais, somme toute, elles vous sont parfaitement connues et les modifications que j’y ai apportées n’ont pas, il me semble, un réel intérêt, au point de vue pratique.
- La manière de faire la division est ce qu’il y a de plus caractéristique dans ma machine. Elle compare automatiquement le diviseur au reste et puis, si le diviseur est plus petit, elle le retranche du dividende et, dans le cas contraire, elle le divise par 10, en déplaçant d’un pas le chariot vers la droite.
- J’exposerai dans le détail, quoique seulement d’un point de vue théorique, la manière de faire cette opération, et j’espère que sa description sera suffisante pour vous faire comprendre les principes de ma méthode et pour vous montrer la généralité dont elle est susceptible.
- * *
- Je suppose donc qu’on ait construit une machine à calculer dans le genre de l’arithmomètre Thomas qui peut diviser un nombre de cinq chiffres par un autre qui n’en ait que trois.
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- Le nombre des chiffres n’a aucune importance particulière. 11 a été limité dans la machine d’essai que vous avez pu voir à l’exposition pour simplifier sa construction; mais nous allons voir tantôt que le procédé est tout à fait général.
- Cette machine comportera (fîg. I) :
- 1° Cinq disques D1? D,, D3, D,, D5, pour représenter le dividende qui vaut actuellement 94 617 ;
- 2° Trois manivelles Mt, M2, M3, pour représenter le diviseur qui est égal à 208. Ces manivelles sont montées sur un chariot C qui peut avoir trois positions; dans la première (celle du dessin) les trois manivelles correspondent avec les trois disques D,, D2, D3, dans la seconde avec D.,, D3, D4, et dans la troisième avec D3, D4, D3;
- 3° Les trois aiguilles Q1? Q,, Q3, destinées à représenter le quotient, qui seront toutes trois à zéro au moment de commencer l’opération;
- 4° Une manivelle S qui, à chaque tour, retranche le diviseur de la quantité formée par les chiffres correspondants du dividende et fait avancer d’un pas une des aiguilles : Q15 dans la première position du chariot, Q,, dans la seconde, et Qp dans la troisième ;
- Je suppose qu’il y ait encore deux autres manivelles :
- 5° La manivelle A, qui, à chaque tour, fait avancer le chariot d’un pas à droite ;
- 6° La manivelle R, qui ramène tout à zéro.
- Dans les arithmomètres ordinaires, ces manivelles n’existent pas, parce que les constructeurs croient, et je pense qu’ils ont raison de croire, qu’il est inutile de compliquer plus ou moins leurs appareils pour n’obtenir aucun avantage pratique, vu qu’il est presque aussi facile à celui qui emploie la machine de faire les mouvements nécessaires pour réaliser une de ces opérations que de faire faire un tour à une manivelle.
- Mais, en automatique, il en va autrement. Toutes les opérations à réaliser doivent être prévues et préparées d’avance de manière qu’elles soient très faciles à déclencher. Dans la méthode électromécanique, on les déclenche à l’ordinaire par des commandes électriques et il est très facile de déclencher par ce procédé le mouvement d’une manivelle qui doit, de temps en temps, faire un tour complet.
- La figure 2 (planche) représente un disque o monté, à frottement doux, sur un arbre qui tourne dans le sens de la flèche. Le disque est ordinairement retenu par le cliquet A mais, si on établit momentanément le contact électrique au point C. le courant qui parcourra le conducteur a mettra en activité l'électro-aimant, qui attirera le cliquet et laissera partir le disque. Un moment après, dès que le contact en C sera rompu, le cliquet, par l’action
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- du ressort P, viendra s’appuyer sur le disque; mais il ne pourra s’y accrocher tant que le disque ne sera pas revenu à la position du dessin.
- Il est à remarquer qu’un moment avant de s’arrêter, le plot P aura touché un moment les deux balais m, m' et produit ainsi un courant momentané w dont nous verrons bientôt l’utilité.
- Ce dispositif sera représenté d’une façon plus schématique par la figure 2'
- dans laquelle on suppose un disque K faisant un tour chaque fois qu’on lui envoie le courant par a et qui, à la fin du tour, envoie un courant par co.
- Nous pouvons donc admettre que ce dispositif est appliqué à chacun des leviers A, S, R, de notre machine et que, pour faire faire un tour à chacun d’eux, il suffit d’appuyer sur l’un des boutons a, s, r.
- Le travail du calculateur se trouvera ainsi simplifié. Il comparera le diviseur à la quantité formée par les trois premiers chiffres du dividende, s’il est plus petit, le calculateur appuyera sur le bouton s pour retrancher le diviseur du dividende et faire avancer d’un pas l’aiguille Qd; il comparera de nouveau et tant que le reste sera plus grand que le diviseur, il appuyera sur le bouton S, faisant ainsi avancer l’aiguille Qt d’un nombre de pas égal au nombre d’unités du premier chiffre du quotient.
- Tome 132. — 2e semestre. — Septembre-Octobre 1920.
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- Au moment où il verra que le reste est plus petit que le diviseur, il appuiera sur le bouton A pour déplacer le chariot d’un pas, et il comparera de nouveau.
- En somme, le calculateur sait qu’il doit: retrancher le diviseur (agir sur la manivelle S) s’il est plus petit que le reste; déplacer le chariot (agir sur la manivelle A) s’il est plus grand et il comparera les deux nombres après chaque opération pour décider quelle doit être l’opération suivante.
- Quand l’opération est finie, il appuie sur le bouton r pour revenir à zéro.
- Son travail mécanique est insignifiant; mais il n’en reste pas moins le directeur et l’esclave de sa machine. Il doit être près d’elle constamment, observer ce qui se passe et décider l’opération à faire à chaque moment. Il faut, pour le libérer, que la machine compare et décide; nous allons voir comment elle peut réaliser ces opérations.
- Il faut, en somme, que l’automate sache comparer deux quantités de plusieurs chiffres et cette opération n’a pas été encore réalisée (1). Elle n’était pourtant pas bien compliquée ; le schème de la figure 4 indique en principe une solution de ce problème.
- On y a représenté deux quantités de trois chiffres chacune :
- la première A, égale à 642, par la position des trois règles qui peuvent glisser horizontalement;
- la seconde B, égale à 361, par la position des trois balais, qui peuvent tourner.
- Chaque règle porte trois pièces métalliques conjuguées avec un groupe de dix balais.
- On a ainsi trois appareils dont chacun compare les deux chiffres d’un ordre déterminé : centaines, dizaines, unités.
- Pour comparer, il suffit d’envoyer un courant au balai Mt. Dans notre cas, les deux chiffres des centaines n’étant pas égaux, le premier appareil fait tout seul la comparaison, le courant passe de Mt par le plot m au conducteur
- (1) Il y a, à vrai dire, la très ingénieuse machine Madas, qui évite tout travail au calculateur, fequel se limite à faire tourner une manivelle. La machine retranche le diviseur du dividende jusqu’à ce que ce dernier devienne plus petit que zéro; au moment où cela arrive, elle change automatiquement les connexions, de façon que, pendant le prochain tour de manivelle, on ajoute au dividende le diviseur, qui avait été retranché une fois de trop, et ensuite on avance d’un pas le chariot. Ce procédé, qui avait été trouvé par Babbage, a été appliqué dans la Madas d’une laçon très pratique, mais il est évident qu’au point de vue purement théorique où je me suis placé, le problème qui consiste à comparer deux quantités de plusieurs chiffres est'beaucoup plus général que celui de déterminer le passage par zéro d’une quantité.
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- L ARITHMOMÈTRE ÉLECTROMÉCANIQUE DE M. TORRES Y QUEVEDO. 595
- A>»B. Mais, si ces deux chiffres étaient égaux, si le chiffre des centaines de B était un 6, le balai Mt serait déplacé trois pas vers la droite et le courant passerait par le balai A = B au balai Mr
- Il en résulte que si les deux chiffres des dizaines ne sont pas égaux, la comparaison est faite et le courant passe, comme dans le cas antérieur du balai M,, à l’un des conducteurs A > B, A < B.
- Si les deux chiffres des dizaines sont égaux, le courant passe au balai M3 et de là, à l’un des trois conducteurs A >> B, A = B, A <\B.
- Le procédé est tout à fait général; il pourrait être appliqué à n’importe quel nombre de chiffres.
- Dans mon arithmomètre, il m’a fallu modifier cette solution, parce que chaque chiffre du dividende n’est pas représenté par une règle à course limitée, mais par un disque qui tourne indéfiniment.
- Aussi, a-t-on modifié les trois pièces de contact. La barre P de la règle m est devenue un cercle (fig. 5) qui porte à l’intérieur, au lieu de la dent de la figure antérieure, une pièce échelonnée en forme de spirale d’Archimède. m et n sont deux pièces séparées, l’une à l’intérieur et l’autre à l’extérieur de la spirale. Les dix balais conjugués avec ces pièces ont été déformés de manière à faire que leurs dix têtes soient appuyées sur un même rayon du disque (1).
- Mais la figure fait voir clairement que la communication entre le balai Mt et chacun des conducteurs A j> B ; A = B ; A < L s’établit toujours dans les-mêmes conditions expliquées à propos de la figure 4.
- Il n’y a plus de difficulté à décrire la marche de l’automate.
- Supposons que, sur les cinq arbres destinés à représenter le dividende, faisant corps avec eux, nous placions les cinq disques D,, D3, D4, D„, qui doivent servir à faire les comparaisons et sur les trois arbres du chariot C les balais M,. M2, M3. Pour inscrire les données, on déplacera les disques et les balais de façon à représenter par les cinq premiers le dividende et par les trois derniers le diviseur.
- Il y a, en outre, dans le schéma, quatre opérateurs représentés : S qui
- (1) Correction de la figure 5 (planche en couleurs). — Il s’est glissé, dans cette figure, une erreur qu’on n’a pas eu le temps de corriger.
- Le rayon des cinq disques Dj, D2, D;î, Dj., D3, doit être un peu augmenté et les deux balais E, F retirés d’autant vers le haut, comme le montre la figure ci-jointe, qui indique la correction à faire dans le disque Dx.
- Alors, au moment de faire la comparaison, le balai E sera toujours en contact avec la pièce I, ce qui est absolument nécessaire pour que la comparaison soit faite correctement.
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- retranche le diviseur du dividende; A qui fait avancer le chariot d’un pas; R qui ramène tout à zéro; et X qui inscrit les résultats.
- Les choses étant ainsi préparées, il suffît, pour que l’opération se réalise, d’établir un contact bref en IL
- Le courant passe de B par les balais L et N, à M, et fait la comparaison. Si le diviseur est plus petit que le dividende, le courant arrive par le conducteur A>B au plot K. Si le diviseur est égal au dividende, le courant arrive également au plot K, mais alors il passe par les balais N4 et T. En tout cas, il passe de K à l’opérateur S, qu’il déclenche; la manivelle se met en mouvement, retranche le diviseur du dividende, fait faire un pas à l’aiguille Q, (fig. 1) et, en terminant son tour, provoque le courant qui va directement au plot F pour recommencer la même opération, qui se répétera autant de fois que la soustraction sera possible.
- Quand elle ne le sera plus, nous aurons déjà inscrit en Q4 le premier chiffre du quotient, et alors comme résultat de la comparaison, le courant qui part de passe par les plots G et H à l’opérateur A, qui déplace le chariot, pour en calculer le second, et provoque, en terminant, le courant u>A.
- Le chariot s’est ainsi avancé d’un pas, dont la longueur est égale à la distance entre les centres de deux disques consécutifs. Les balais Mj, M2, -M3, seront maintenant en rapport avec les disques D,, D3, D4; L viendra remplacer le balai zéro de Mt ; et chacun des balais N( remplacera le balai N;- + .j placé à sa droite.
- Dans cette position du chariot, le courant qui part de u)A commande une comparaison, mais il faut remarquer que la tête du balai L sera alors en contact avec le conducteur zéro du groupe des balais conjugués avec le disque D4. La comparaison va se faire maintenant entre le diviseur qui a trois chiffres et les quatre premiers chiffres du reste, représentés dans les quatre premiers disques, et, pour qu’il soit possible à l’automate de la réaliser correctement, par le procédé indiqué tantôt, nous écrivons un zéro à gauche de ses trois chiffres significatifs.
- Si le diviseur est plus petit que le dividende, l’opérateur S l’en retranchera et fera faire un pas à Q2 et, dans le cas contraire, l’opérateur A fera avancer d’un pas le chariot.
- Lorsque ce déplacement se produira, l’automate continuera son calcul pour obtenir le troisième chiffre du quotient, mais, quand il aura fini, il ne pourra plus déplacer le chariot vers la droite; aussi, dans cette position du chariot C, le balai P entre en contact non plus avec H, mais avec H' et va de là à l’opérateur R qui, la division terminée, ramène le chariot à zéro et envoie un courant qui déclenche X chargé d’inscrire les résultats.
- L’opération est tout à fait finie et remarquons qu’il n’y a aucun temps
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- l’aritiimomèthe électromécanique de m. torres y quevedo. 597
- perdu dans la comparaison. Celle-ci est, au contraire, une opération instantanée; en faisant faire un tour à une manivelle, quelle que soit l’opération exécutée, elle se traduit par un déplacement des commutateurs. Ceux-ci se trouvent donc à leur place au moment où se produit le courant a> qui va directement à l’appareil qui doit commander l’opération suivante.
- En somme, cet automate agit comme une personne circonspecte et réfléchie : il examine les circonstances où il se trouve pour décider ce qu’il doit faire, et il le fait.
- Les circonstances à considérer, c’est-à-dire les valeurs du reste et du diviseur et la position de ce dernier, sont représentées dans la machine par la position de certaines pièces que nous avons munies de balais et de plots convenablement disposés. L’automate, à la fin de chaque opération, provoque un courant w, qui passe par ces différentes pièces, suit un chemin déterminé par leur position et aboutit à l’opérateur qui doit réaliser l’opération suivante. Celle-ci est donc déterminée par la position des pièces, c’est-à-dire par les circonstances à considérer.
- Ces mêmes principes pourraient être appliqués à d’autres machines à calculer et même à des machines industrielles. Permettez-moi d’ajouter deux mots à ce sujet quand même je devrais répéter ce que j’ai dit ailleurs (1),
- J’ai parlé en commençant d’un ouvrier qui dirige dans une usine la marche de certains appareils au moyen de leviers de manœuvre et qu’on parvient parfois à supprimer, en automatisant son travail.
- Pour supprimer cet ouvrier, pour automatiser son travail, il faudra :
- 1° Déterminer automatiquement quand et comment une intervention doit se produire ;
- 2° Commander automatiquement les leviers de manœuvre.
- Ce problème est beaucoup plus difficile, parce que, d’ordinaire, les circonstances dont l’ouvrier doit tenir compte, de même que les positions des leviers, varient d’une façon continue, suivant des lois que — pour rendre possible l’automatisation — nous supposerons parfaitement connues.
- Nous arrivons ainsi à considérer un système mécanique ordinaire.
- Le gouvernail horizontal d’une torpille sous-marine est manœuvré par un système mécanique, qui lie trois mobiles : le couvercle d’une chambre à air dont la position dépend de la profondeur de la torpille; un pendule qui mesure son inclinaison; et le gouvernail lui-même.
- (1) Essais sur Vautomatique. Sa définition. Étendue théorique de ses applications, par M. Leonardo Torres y Quevedo [Revue Générale des Sciences, la novembre 191b, p. 681-611, 1 pb).
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- C’est là une solution purement cinématique appliquée à des variables continues.
- Pour avoir une solution automatique, il faudra transformer ces variables continues en quantités discontinues; admettre que chaque circonstance, et de même chaque position de la manivelle, a un nombre fini (J) de valeurs, ce qui, en théorie, peut toujours se faire. Je citerai comme exemple un canot que j’ai eu l’occasion de faire marcher avec le télékine à Bilbao, il y a quatorze ans : son gouvernail était manœuvré au moyen de sept commandes et le moteur au moyen de cinq seulement, pourtant il évoluait passablement.
- Je supposerai donc que cette transformation a été faite pour rendre abordable l’étude de ce problème à la méthode électro-mécanique que j’étudie ici.
- Les circonstances dont la machine devra tenir compte ne dépendront plus seulement de son travail. Il lui faudra se préoccuper aussi de certaines circonstances extérieures, la température, l’humidité..., de certains faits qui ont pu avoir lieu, ou de certaines opérations qui ont pu être exécutées par la machine elle-même. Mais toutes ces choses sont observées par l'ouvrier qu’il s’agit de supprimer, il sera donc toujours possible — en pure théorie — de munir l’automate d’appareils capables de les enregistrer.
- L’automate disposera donc pour déterminer ses actes, de plusieurs appareils enregistreurs et nous admettons, pour simplifier la question, que chacun d’eux donne ses indications en déplaçant une règle telle que A ou B (%• 6) qui peut prendre plusieurs positions.
- L’automate, pour décider ce qu’il doit faire, provoquera, au moment voulu, un courant dans le conducteur a qui passera au balai a' et, de là, au conducteur 3,2 situé à la partie supérieure, parce que, dans notre figure, A est à la troisième position et B à la seconde; en déplaçant ces deux règles, on fera passer le courant de a à n’importe lequel des conducteurs y dont le nombre est égal à 4 x 5, 4 et 5 étant respectivement, comme cela est indiqué sur le dessin, le nombre des positions possibles de chacune des règles. On pourra évidemment, sauf à compliquer la construction, augmenter tant qu’on voudra le nombre de règles et celui des cas possibles pour chacune d’elles.
- Nous avons admis que le travail de l’automate se réduira à la manœuvre de certains leviers ; mais, chacun de ceux-ci peut occuper plusieurs positions. Il ne s’agit donc pas ici d’une opération toujours identique, comme dans le cas de la machine où la manivelle faisait toujours un tour complet, et la commande ne peut plus être faite toujours par le même conducteur : il en faudra un pour chaque position que peut prendre le levier.
- (1) Aussi grand qu'on voudra, mais fini parce qu’on devra le représenter réellement dans la machine.
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- l’arithmomètre électromécanique de m. torres y quevedo. 591)
- On arrivera à faire facilement cette manœuvre au moyen d’un appareil analogue à celui de la figure 7. On y voit un disque qui porte deux pièces métalliques A, A' conjuguées avec les huit balais qu’on voit tout autour et qui sont chargés d’apporter les ordres de manœuvre; et un moteur électrique — avec son contrôleur P, placé entre deux électro-aimants — dont l’arbre porte à son extrémité une vis sans fin, qui engrène avec le disque.
- Quand le contrôleur est dans la position du dessin —à laquelle il revient, par l’action d’un ressort quand il n’est sollicité par aucun électro-aimant — le moteur est en repos ; lorsqu’il est attiré par l’électro-aimant de droite, il tourne de façon à entraîner le disque dans le sens des aiguilles d’une montre; quand il est attiré vers la gauche, le moteur et le disque tourneront en sens contraire. On comprend dès lors que, si le courant arrive par un des sept balais qui sont en contact avec A où A', il passera à l’un des électro-aimants et fera tourner le disque de façon à rapprocher de lui le petit espace libre qui est laissé entre les deux plots. Quand cet espace sera sous le balai, le courant sera interrompu, le contrôleur P reviendra à sa position normale et le moteur s’arrêtera.
- En somme, l’automate peut tenir compte de toutes les circonstances qu’on voudra pour décider la manœuvre à faire et peut avoir aussi les movens de manœuvrer les leviers de commande. Je me crois donc fondé à dire que nous pouvons automatiser une opération mécanique quelconque.
- Il ne s’agit, bien entendu, que d’une possibilité purement théorique ; mais, à part l’intérêt que peut présenter cette vérité en elle-même, elle peut être utile —je parle ici par expérience — pour encourager les mécaniciens qui cherchent à résoudre un problème compliqué d’automatique.
- L. Torres y Quevedo,
- Membre de VAcadémie royale des Sciences de Madrid, Membre correspondant de l'Institut de France.
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- MACHINE A RÉSOUDRE LES CONGRUENCES1
- But. — Cet appareil, qui a figuré à l’Exposition de machines à calculer organisée par la Société d’Encouragement du 3 au 13 juin 1920, a pour but la résolution mécanique, en nombres entiers, des équations indéterminées à deux variables.
- Principe. — La machine est une application de la théorie des congruences, et des méthodes d’utilisation de cette théorie qu’a instituées M. André Gérardin, de Nancy (2), pour la résolution des équations indéterminées.
- Soit, à titre d’exemple simple, à résoudre en nombres entiers l’équation :
- x- — 6y- = 1 324 801 = A ou
- &y2 + a = x2. vi)
- On envisage successivement les diverses hypothèses possibles : y~ mult. de m-f- 0, 1, 2,... (m—1 ), pour un certain nombre de diviseurs ou modules m, et on examine dans chacune de ces hypothèses s’il y a compatibilité entre le premier et le deuxième membre de l’équation (1), en tenant compte de ce fait que x2 ne peut avoir, pour un module déterminé, que certaines valeurs connues à l’avance (résidus quadratiques).
- Soit à appliquer le module 3; on a, en remarquant que A est un mult. de 3 -j- 1, et que les résidus quadratiques (valeurs de x1) ne peuvent être, en module 3, que 0, 1, 4 :
- lre hypothèse :
- y — mult. de o -)— 0 ; 6+= mult. de 5 + 0 ; 6t/2 + A = mult. 5 + 1 ... combinaison possible.
- 2e et 5e hypothèses :
- y = mult. de 5ztl ; 6+ = mult. de 5 + 1 ; 6y2H-A = mult. 5 + 2 ... — impossible.
- 3e et 4e hypothèses :
- (/ = mult. de 5±2 ; 6(/2 = mult. de 5 + 4 ; 6+ + A = mult. 5 + 0 ... — possible.
- En résumé, y ne peut être que mult. de 3 + 0; mult. de 3-f-2; mult. de 5 —(— 3, ce que nous exprimons par la bande modulaire 01001, dans laquelle : le signe 0 marque la possibilité, le signe I l’impossibilité.
- (1) Communication faite en séance publique par l’auteur le 26 juin 1920.
- (2) Directeur de la revue : Le Sphinx-Œdipe, 32, Quai Claude-Le-Lorrain, Nancy.
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- LA MACHINE A RÉSOUDRE LES CONGRUENCES DE M. CARISSAN.
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- De même, appliquons le module 7 (en remarquant que A est un mult. de 7 + 2, et que x*, en module 7, ne peut être égal qu a 0, 1, 2, 4) :
- lre hypothèse :
- ?/ = mult. de 7 + 0 ; 6?/2 — mult. de 7 -f-0 ; 6y2 + A— mult. 7+2 ... combinaison possible.
- 2e et 7e hypothèses :
- y = mult. de 7drl ; 6y2z=mult. de 7 + 6 ; 6y2 + A = mult. 7 + 1 ... — possible.
- 3e et 6e hypothèses :
- î/ = mult. de 7zt2; 6y'2 = mult. de 7 + 3 ; 6?/2 + A = mult. 7 + 5 ... — impossible.
- 4e et 5e hypothèses :
- 2/ = mult. de 7 + 3 ; 6?/2 = mult. de 7 -f- 5 ; 6?/2-f A=mult. 7 + 0 ... — possible.
- Bande modulaire correspondante : 0010010.
- En opérant pareillement avec d’autres modules, 11, 13, 17..., on obtiendrait d’autres bandes modulaires, comportant également d’autres conditions pour y. Or, un nombre quelconque est un multiple du module m -f- 0, 1, 2, 3,... (ni— 1), c’est-à-dire correspond à l’une des cases de la bande modulaire en m. Il sera solution si les cases auxquelles il correspond sur les bandes des différents modules comportent, toutes à la fois, le signe de possibilité.
- Le rôle d’une machine propre à rechercher cette solution sera donc de juxtaposer toutes les bandes modulaires établies, en faisant correspondre les cases de même rang, et d’avertir l’opérateur lorsqu’à un rang déterminé, toutes les bandes comporteront le signe de possibilité. Pour ce faire, la machine doit renouveler automatiquement la bande de chaque module, dès qu’elle a été utilisée.
- Le tableau suivant montre la disposition des bandes juxtaposées, au moment où apparaît la première solution de l’équation (1) autre que 0.
- Série naturelle des nombres .
- Module 5...........
- 135 136 137 138 139
- 0 I 0 0 I
- I 0 0 I 0
- 0 I 0 0 I
- 0 I I 0 1
- I 0 I 0 I
- I 0 I 0 I
- 140 141 142 143 144
- 0 I 0 0 I
- 0 0 I 0 0
- o i o o o
- 0 10 0 0 01 I 00-
- b o i i o
- — 7........
- — 11........
- — 13........
- — 17........
- — 19........
- c’est-à-dire y — 140, correspondant à x= 1 201.
- Historique. — Indépendamment des machines personnelles de M. Gérar-din, et de celle envisagée par M. Kraïtchik, un premier modèle de machine basée sur le principe théorique ci-dessus fut conçu en 1912 par M. P. Caris-san, professeur au collège de Lesneven; ce modèle, construit par le lieutenant
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- 002 LES MACHINES A CALCULER.------BULLETIN DE SEPTEMBRE-OCTOBRE 1920.
- E. Carissan, et présenté au Congrès de Nîmes de F Association française pour l’Avancement des Sciences, en 1912, par M. Gérardin, utilisait des bandes modulaires fermées, souples, pendantes, entraînées simultanément par un même cylindre cannelé, avec décel optique des solutions : mais le rendement était faible.
- En 1913-1914, le lieutenant Carissan conçoit et construit de ses mains un
- premier modèle de la machine à congruences actuelle : les résultats sont
- O
- si encourageants, qu’ils paraissent justifier les frais d’une construction de précision, laquelle fut confiée à la Maison Château Frères, de Paris. La guerre interrompit cette construction, et l’appareil définitif du commandant E. Carissan ne put être achevé qu’à la fin de 1919.
- Description de la machine du commandant E. Carissan (fig. I et II). — Des couronnes métalliques concentriques, figurant les bandes modulaires, sont soutenues dans le même plan horizontal par trois lignes de galets à 120°. Elles sont dentées sur leur face inférieure : les dentures, toutes de même pas, sont taillées de manière que les couronnes puissent être toutes entraînées simultanément (mais non avec la même vitesse) par un même long pignon dont l’axe est parallèle au plan des couronnes, et passe par leur axe de rotation commun.
- Chaque couronne porte, vissées normalement sur sa face supérieure, des broches d’acier équidistantes. Les nombres de ces broches, portées par les différentes couronnes, sont les nombres premiers jusqu’à 59 (modules). Les dents inférieures de chaque couronne sont en nombre double. De la sorte, il est possible, en choisissant les dents des couronnes mises en prise avec le pignon entraîneur, de réaliser Valignement des broches suivant un rayon, prolongement de celui suivant lequel les couronnes sont en prise.
- Lorsque le pignon entraîneur tourne sur son axe, les couronnes tournent concentriquement toutes à la fois du même nombre de dents, et l’alignement radial des broches se renouvelle, au moment où elles passent sur le rayon fixe, dit ligne d'investigation.
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- LA MACHINE A RESOUDRE LES CONGRUENCES DE M. CARISSAN. (>03
- Chaque couronne figurant une bande modulaire, les possibilités sont représentées par de petites coiffes de fibre, enfilées sur les broches voulues. Les alignements des broches se succédant par la rotation des couronnes sont donc composées de broches garnies et non garnies de coiffes. Lorsque un alignement ne comporte que des coiffes, il y a solution.
- Décel automatique des solutions. — La machine avertit lorsqu’un tel alignement passe sur la ligne d’investigation. L’organe préposé à ce décel ou herse est composé d’une série de petits marteaux de cuivre, de forme demi-c}dindrique, portés par des ressorts légers, montés sur une plaquette de fibre,
- IL —[_Vue perspective de l'appareil (des couronnes modulaires ont été retirées pour montrer
- le dispositif d’entraînement).
- au-dessus des passages respectifs des broches des différentes couronnes. A chaque marteau correspond une coupure d’un circuit électrique sur lequel sont montés en série une pile sèche et un récepteur téléphonique.
- Lorsqu’une coiffe passe sous la herse, comme sa hauteur est un peu plus grande que celle de la broche qui lui sert de support, le marteau correspondant est soulevé, et sa coupure annulée. Quand tous les marteaux sont soulevés à la fois, toutes les coupures, qui sont en série, sont annulées à la fois, et le courant passe. L’opérateur est averti par un toc caractéristique du téléphone.
- Détails du mécanisme. — Couronnes. — Afin de réduire à la fois le frottement mutuel des couronnes et leurs déplacements latéraux, chacune d’elles est pourvue, sur sa face inférieure, et à côté de la denture, d’un chemin de roulement pour les galets qui lui servent de support.
- Les broches de chaque couronne sont numérotées 1, 2, 3,... m. L’origine (m) de chaque couronne est peinte en rouge; sa moitié marquée d’un repère noir.
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- Afin d’obtenir un encombrement minimum, et plus d’uniformité dans la largeur des couronnes modulaires (largeur qui est commandée par le nombre des côtés du polygone régulier, de côté constant, à y inscrire), les différentes couronnes représentent — du centre à la périphérie — les modules :
- 19, 3 x 7, 23, 2x 13, 29, 31, 2 x 17, 37, 41, 43, 47, 53, 5x 11, 59, c’est-à-dire 17 modules répartis sur 14 couronnes, les bandes correspondant aux modules composés (2 x 13, 2 x 17, 3x7, 5x11) étant obtenues par la combinaison des modules simples.
- Embrayage et débrayage. — ETne manette extérieure permet d’embrayer ou de désembrayer simultanément toutes les couronnes, par effacement du pignon entraîneur. Ce dispositif permet : de rendre folles les couronnes, ce qui rend plus aisé le placement préalable des coiffes; le cas échéant, de placer, avant de mettre la machine en marche, chaque couronne dans la position qu’elle occuperait si l’appareil avait déjà fonctionné jusqu’à une valeur donnée. En un mot, ce dispositif permet de commencer l’investigation à partir d’un nombre arbitraire, si grand soit-il, en s’épargnant une révolution dont l’inutilité aurait été reconnue a priori.
- Compteur. — Un compteur, allant jusqu’à 106, et commandé par le pignon d’entraînement, donne à chaque instant le rang de la ligne de broches passant sur la ligne d’investigation. Il est à apparition brusque des chiffres, et comporte un organe de débrayage et de remise au zéro.
- Commande de la machine. — Elle se fait à la main, par l’intermédiaire d’un volant denté multiplicateur. Un dispositif de commande par moteur électrique, avec rupture automatique du circuit du moteur, et arrêt (par l’intermédiaire d’un relai) du fait même du passage d’une solution, est à l’étude.
- Récepteur téléphonique. — Pour plus de commodité, le récepteur téléphonique est remplacé par un casque téléphonique ; dans ces conditions, la netteté du signal acoustique est telle que l’opérateur n’a nul besoin de concentrer son attention pour être à coup sûr averti, quelle que soit la rapidité de rotation de la machine.
- Disposition d’ensemble. — L’ensemble de la machine est porté par un socle en ébénisterie, reposant sur cales de caoutchouc. Un couvercle en tôle laquée, qui s’emboîte sur la platine de l’appareil, protège ses organes contre la poussière.
- Utilisation de la machine. — Les bandes modulaires étant établies pour l’équation à résoudre, débrayer la machine, placer les coiffes sur les broches
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- LA MACHINE A RESOUDRE LES CONGRUENCES DE M. CARISSAN.
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- voulues de chaque couronne, en s’aidant du numérotage. Deux cas peuvent alors se présenter :
- 1° L'investigation doit commencer à partir de zéro : placer les repères rouges sous la herse, ce qui amène les repères noirs à former une ligne continue (au-dessus de la ligne d’entraînement par le pignon);
- 2° L’investigation doit commencer à partir d’un nombre N : dans ce cas, déterminer d’abord les restes (résidus) de la division de N par les modules qu’utilise la machine (19, 21,23... 59), et placer chaque couronne de manière que le nombre, résidu correspondant à son module, soit sur la ligne d’investigation.
- Dans les deux cas, les couronnes une fois placées, embrayer. Mettre le compteur au zéro, puis mettre en place le dispositif avertisseur téléphonique, en serrant sous les bornes ad hoc les extrémités du circuit pile-casque téléphonique. L’opérateur, muni du casque, n’a plus alors qu’à tourner à vitesse modérée (2 tours à la seconde) le volant d’entraînement. Lorsqu’une solution « passera », ce dont le téléphone avertira, arrêter la rotation sans brutalité, revenir en arrière doucement, en observant les alignements, jusqu’au moment où le toc se reproduit. Lire alors le compteur qui donne la valeur cherchée (ajouter le nombre N s’il y a lieu).
- Puissance et rendement de la machine. — Les nombres de broches portées par les différentes couronnes étant premiers entre eux, la machine ne reproduira exactement une même disposition initiale relative des couronnes que quand elle aura examiné un nombre d’unités égal au produit des modules entre eux, qui est un nombre de 22 chiffres. Pratiquement, la puissance de la machine peut donc être considérée comme illimitée.
- Il est prévu que des nombres satisfaisant à l’ensemble des conditions imposées par les bandes modulaires, et qui sont par conséquent livrés par la machine, peuvent ne pas être solutions de l’équation proposée. (Ces nombres, ou pseudo-solutions, auraient été éliminés par la mise en jeu de modules supplémentaires.) Mais étant donné le nombre des couronnes, la probabilité pour qu’un nombre fourni par la machine soit solution réelle est considérable.
- Le temps nécessaire pour l’obtention d’une solution est extrêmement variable suivant les équations, depuis quelques secondes jusqu’à plusieurs heures. Des équations n’admettant aucune solution entière peuvent être soumises à la machine : celle-ci restera alors indéfiniment muette.
- Le rendement de la machine est normalement de 35 à 40 nombres examinés à la seconde, soit de 2 000 à 2 400 à la minute. La rapidité de rotation ne compromet pas la netteté du signal avertisseur, bien que la durée du
- ,1
- courant qui produit ce dernier ne soit pas supérieure à g^y de seconde.
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- BULLETIN DE SEPTEMBRE-OCTOBRE 1920.
- 606 LES MACHINES A CALCULER. —
- Applications de la machine. — La machine permet l’obtention directe des solutions entières des équations à deux variables, de la forme générale :
- fA) = ?(?/)•
- La grandeur et le signe des coefficients et des exposants — pourvu qu’ils soient entiers — sont indifférents.
- Son emploi est indiqué pour toutes les équations de cette sorte pour lesquelles l’existence et la valeur des solutions ne pouvant être prévues par la théorie des nombres, la résolution doit être recherchée par la voie expérimentale.
- En particulier, l’appareil est appliqué avec succès h la décomposition des grands nombres, la recherche des nombres premiers, et l’étude de leur répartition.
- L’intérêt de la machine reste, jusqu’à nouvel ordre, purement spéculatif. Mais il n’est nullement démontré que l’astronomie, par exemple, ne puisse retirer de son emploi un bénéfice positif.
- Exemples de questions traitées avec la machine.
- Résoudre :
- x2 — 13ip — 1 (pour x < 10 000) x — 649 ; y = 180.
- 2u- + r2 — 708 158 977 u = 14 676 ; v — 16 655. x2 — 6?/2 = 1 151- (pour x et y < 13 000) a? —0, 1 201, 7 685; y — 0, 140, 3 102. x3±y3 = lo6 249 048 x = 919, — 271; y — ± 271, 4= 919.
- a
- * 4
- Mettre sous la forme de la somme de deux carrés :
- 708 158 977 = 19 2242 -f 18 4012.
- 1 321 442 641 = 25 7042 -h 25 7052.
- 18 405 321 661 = 95 9302 95 9312.
- (5 minutes) (8 minutes) (7 minute) (8 minutes;
- (10 minutes) (15 minutes) (1 heure)
- Reconnaître si les nombres suivants sont premiers : le cas échéant, donner leurs facteurs ;
- A = 62 080 247. Réponse affirmative : ne peut être mis que d’une seule façon sous la forme x- — 2y1 (ai = 9 005, y = 3 083, qui sont prem iers entre eux) (3 minutes de rotation).
- A = 225 058 681. Réponse négative : A = i 9092 -f- 14 8802 et A = 5 741- -f-13 86Û2, d’où l’on tire : A = 229x 982 789 (5 minutes).
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- LA MACHINE A RESOUDRE LES CONGRUENCES DE M. CARISSAN.
- t>07
- A = 3 450 315 521. Réponse négative : A = 2 9752 -f- 58 664aet A = 3 (>642 + 58 6252, d’où l’on tire : A = 2 448 769 x 1 409 (2 minutes).
- A = 231 — 1 =2 1 47 4 8 3 6 4 7. Réponse affirmative, en employant successivement deux méthodes (17 minutes et 15 minutes) :
- A=65 5352— 2 x 3 2 7 672. Seule décomp. de cette forme, facteurs premiers entre eux.
- A = 4 X 23 0813 -j- 3 x 2 3492. Seule décomp. de cette forme, facteurs premiers entre eux.
- A = 3 570 537 526 921. Réponse négative. Le point de départ de l’investigation a été 1 336 000, voisin de la racine carrée de A. La machine a donné en 18 minutes les deux décompositions :
- A = 1 336 1392 -f- 1 336 1402 et A = 13707002 + 1 300 6612, d’où l’on tire : 3 570 537 526 921 = 841 249 x 4 244 329.
- Commandant E. Carissan.
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- EXPOSITION PUBLIQUE DE MACHINES A CALCULER ANCIENNES ET MODERNES
- Organisée par la Société d’Encouragement à Paris, 44, rue de Rennes, du 5 au 13 juin 1920.
- CATALOGUE EXPLICATIF DES OBJETS EXPOSES
- 1° Exposition rétrospective.
- (Machines k calculer anciennes. — Machines spéciales.
- Règles et cercles à calcul.)
- Pièces appartenant a M. Malassis (1).
- N° 1. — Reproduction au 1/4, d’une table à calculer trouvée dans les fouilles exécutées dans l’île grecque de Salamine; cette table en marbre, mesurait 1,50x0,75 m. Sa description a été donnée, dans la Revue (TArchitecture (1846) et dans le Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines.
- N° 2. — Boulier en ivoire, sur lequel on peut lire les fractions suivantes : 1/12, 1/4, 1/3, 1/2; les nombres entiers se lisent sur 8 colonnes de boutons mobiles. Un instrument du même genre est décrit dans Le Cabinet de Sainte-Geneviève, Du Molinet (1692), Paris; dans le Theatrum arithmelico-geometricum de J. Leupold, Leipzig (1727).
- N° 3. — Compteur parlant, de J. Lardin (vers 1830). Genre de boulier, dont les pièces mobiles sont chiffrées et comportent, en outre, une table de multiplication à 4 feuillets.
- N° 4. — Boulier japonais, àiisoroban, encore en usage au Japon. (Voir l’ouvrage de C. G. Knott, secrétaire de la Royal Society of Edindurgh, publié à Yokohama en 1886.)
- N° 5. — Boulier chinois, dit swan-pan, encore en usage en Chine ; ce qui le différencie du précédent, c’est que la partie supérieure comporte deux boules au lieu d’une, chacune de ces boules représentant 5 unités. (Voir l’étude de A. Vissière, publiée en 1892, où sont décrits d’autres instruments de calcul employés par les Chinois.)
- N° 6. — Boulier russe, dit stchoty, encore en usage en Russie.
- N° 7. — Arithmographe de poche, de Ch. Dubois (1869), pouvant effectuer les 4 règles; l’auteur préconisait l’emploi de son instrument pour effectuer les calculs par logarithmes; un modèle, dit de bureau, avait paru en 1867.
- (I) Les 103 pièces exposées par M. Malassis ne représentent guère que le tiers de sa collection.
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- CATALOGUE DES OBJETS EXPOSÉS A LA SOCIETE D’ENCOURAGEMENT. 609
- N° 8. — Adding, de Fowler, breveté aux Etats-Unis en 1863; réglettes mobiles parallèles qui se déplacent au moyen d’un style; les retenues se portent sur la réglette supérieure à un changement d’aspect de celle que l’on emploie; le résultat se lit dans des fenêtres, au verso de l’appareil.
- N° 9. — Le Locke Adder, appareil datant de 1901, américain, analogue au précédent, sauf pour la lecture, qui se fait au recto.
- N° 10. — Le Basset Adder, appareil américain de la même famille que les deux précédents; au lieu de bandes parallèles, ce sont des rubans sans fin qui servent à l’inscription des nombres.
- N° 11. —- Arithmographe simplifié, de J.-L. Troncet (1888). Effectue les 4 règles; des réglettes parallèles se déplacent, comme dans les appareils précédents.
- N° 12. — Arithmographe de poche, de J.-L. Troncet (1889). Application de coulisses, dont la partie supérieure se termine en forme de crosse, ce qui permet, pour les retenues, d’actionner la réglette du rang supérieur. Cet appareil permet d’effectuer les 4 règles.
- N° 13. — Arithmographe de bureau, de J.-L. Troncet (1903). Même principe que le précédent, mais d’une plus grande capacité, 20 chiffres au lieu de 7, et avec table des produits.
- N0'14. — Addiermaschine, de Trick (1913). Copie des instruments de Troncet, mais une plaque mobile, comportant des coulisses avec crosse renversée, facilite la soustraction.
- N° 15. — Arithmographe, de Léon Bollée (1894). Composé des coulisses de Troncet et d’une table de facteurs en feuillets mobiles, ce qui permet l’inscription immédiate des produits dans l’additionneur. Cet appareil effectue les 4 opérations fondamentales, et l’extraction des racines. (Voir le rapport du général Sebert, Bulletin de la Société d'Encouragement, sept. 1895, p. 977 à 985.)
- N° 16. —Additionneur Cabrol, de L. Cabrol (1906). Les coulisses d’enregistrement sont curvilignes, la lecture des nombres se fait en ligne brisée ; ils sont indiqués par des signes de couleur. (Voir le Cosmos, t. LV, 24 novembre 1906, p. 566-567, 1 fig.)
- N° 17. — Totalisateur circulaire de L. Troncet. Disque denté tournant dans un limbe divisé en 100 parties; le produit se lit sur le limbe en face d’un index.
- N° 18. — Totalisateur circulaire, de Ugrich. Même disposition générale que le précédent, mais le report des retenues s’effectue au moyen d’une spirale en relief, qui conduit un index se déplaçant dans une coulisse chiffrée.
- N° 19. — Petite machine à additionner, dite Adix (vers 1840). L’inscription des nombres s’effectue par l’emploi de 9 touches; sa capacité est de 3 chiffres au total. L’inventeur de cette machine est Schwilgué, l’auteur-constructeur de la célèbre horloge astronomique de la cathédrale de Strasbourg.
- N° 20. — Machine à additionner, dite Gabka (1910). Copie de la machine précédente.
- N° 21. — Machine à additionner, dite Matador, de Trinks. Machine spéciale pour les unités monétaires anglaises; à touches et à manivelle; elle convertit automatiquement les farthings en pence, shillings et livres.
- N° 22. — Machine à additionner, sans indication de date, ni de constructeur. L’inscription s’y fait par des boutons, glisèant dans des rainures chiffrées; le déplacement d’une barre déclenche ces boutons, et le nombre s’inscrit dans le totalisateur.
- N° 23. — Totalisatrice de poche, en forme de montre, de Lafond. Dans 4 cadrans, totalise les francs et les centimes.
- Tome 132. — 2e semestre. — Septembre-Octobre 1920.
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- 610 LES MACHINES A CALCULER. — BULLETIN DE SEPTEMBRE-OCTOÈRE 1920.
- N° 24. — Additionneur, de Didier Roth (1843). Totalisateur à rainures demi-circulaires; report mécanique très curieux pour les retenues. (Voir le Rapport de Th. Olivier, Bulletin de la Société d'Encouragement de septembre 1843, p. 411 à 415.)
- N° 25. — Additionneur à cadrans, dit Pythagore (1914) à 3 cadrans; la lecture se fait au verso.
- N° 26. — Machine à additionner du genre de celle de Pascal, à 5 cadrans (vers 1840).
- N° 27. —Additionneur, de G. H. Webb (1868). Deux cercles tangents, l’un pour les 100 premiers nombres, l’autre pour les mille, avec report mécanique des retenues.
- N° 28. — Arithmomèlre de Thomas (modèle de 1848). Il ne comporte pas de compteur spécial pour les tours de manivelle; un bouton, mû par une vis entraînée par la manivelle, se déplace jusqu’à buter, dans une rainure chiffrée, après avoir été placé en regard du nombre de tours de manivelle nécessaires; pour la division, il existe une chiffraison complémentaire.
- N° 29. — Arithmaurel, de Maurel et Jayet (1849). Modèle primitif, avec seulement 3 cadrans de manœuvre. C’est le prototype de la suivante, qui figure sous le
- n° 111.
- N° 30. —Arithmaurel, de Maurel et Jayet (1854). Même machine que la précédente, mais perfectionnée ; construite par le chronométrier Winnerl. (Pour la description de ces machines, voir Annales des Ponts et Chaussées, 1854, 2e sem., p. 288.) C’est la même machine que celle qui figure sous le n° 111.
- N° 31. — Machine à calculer circulaire, dite Gauss. C’est dans cette machine qu’est employé l’entraîneur de Hamann, consistant en un disque denté sur sa surface; 9 dents vers le centre, 8, 7, etc., et une vers le bord. L’effort est le même, pour faire passer les 9 dents du centre que la dent unique de la périphérie.
- N° 32. — Machine à calculer, dite Brunswiga (1912). Perfectionnement de la machine Odhner. Longs leviers d’inscription, lecture en ligne droite du nombre posé.
- N° 33. — Bâtons népériens, de Blater (1889). Les diagonales qui guident l’addition vont de gauche à droite en descendant. (Voir La Nature, 1890, n° 916, p. 37,)
- N° 34. — Bâtons népériens, par E. Lucas. Réédition du type classique, créé en 1617.
- N° 35. — Béglettes multiplicatrices, de H. Genaille (1883). Beaucoup plus pratiques que les bâtons de Néper. (Voir Association française pour VAvancement des Sciences, 1884, p. 29.) Avec ces réglettes il n’y a plus d’additions à faire : le nombre se lit tout composé. (Le général Sebert a exposé un exemplaire avec totalisateur qui figure sous le n° 139.)
- N° 36. — Béglettes financières, de H. Genaille (1885). De la même famille que les précédentes; donne l’intérêt d’un capital placé à différents taux.
- N° 37. — Réglettes multisectrices, de H. Genaille (1885). Règles analogues aux précédentes, mais combinées pour la division.
- N° 38. — Réglettes népériennes. Disposition préconisée par Roussatn en 1738; publiées par S. Jean vers 1910; les additions partielles se font verticalement.
- N° 39. — La Numeria, de E. Bec (1911). Comporte : 5 feuillets multiplicateurs juxtaposés; une réglette avec 5 index qui permet les additions partielles.
- N° 40. — Cercles népériens, du colonel Quinemant (1890). La série des bâtons de Néper est disposée autour d’un cercle ; plusieurs cercles concentriques composent l’instrument.
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- CATALOGUE DES OBJETS EXPOSES A LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT. 611
- N° 41. Multiplicateur Eggis. Appareil analogue à l’arithmographe de Dubois, mais de forme plus réduite. (Voir La Nature de mai 1892, p. 381.)
- N° 42. — Tavola Pitagorica, de E. Soncini (1913). Appareil peu différent du précédent.
- N° 43. — Table de multiplication, de F. Sônnecken (1889). Comporte 3 index, liés par des articulations; en posant l’un d’eux sur le multiplicande, un autre sur le multiplicateur, le troisième indique le produit; de plus, au centre de l’instrument, est un cercle chiffré, dans lequel tourne un disque également chiffré, permettant d’effectuer de petites additions ou de petites soustractions.
- N° 44. — Table de Pythagore, de E. Plançon (vers 1910). Le tableau multiplicateur est'caché sous un écran pourvu de fenêtres, qui se démasquent lorsqu’on appuie sur deux touches correspondant au multiplicande et au multplicateur.
- N° 45- — Table intuitive, de Reumont (1910). Tableau en métal imprimé, avec curseur permettant les 4 opérations arithmétiques fondamentales.
- N° 46. — Table de multiplication dite Tachypolypliasme, de Chambon (1878). Table de multiplication assez étendue, imprimée sur un tableau s’enroulant et se déroulant sur deux cylindres; les produits se lisent dans une fenêtre.
- N° 47. — Table arithmétique, de A. F.... Une table de Pythagore, avec des alvéoles dans lesquelles on introduit des fiches; permet l’obtention de l’un des facteurs quand on connaît l’autre et leur produit, ou le produit quand on connaît les deux facteurs.
- N° 48. — Table de multiplication enroulée sur un cylindre tournant dans une enveloppe percée d’une fenêtre permettant la lecture des produits.
- N° 49. — Table de multiplication, imprimée sur un disque suivant ses rayons; un rayon mobile se déplace et permet ainsi l’obtention des produits. Ce dispositif a été signalé en 1727 dans l’ouvrage de Leupold.
- N° 50. — Table de multiplication analogue à la précédente, mais dont le tableau est en spirale au lieu d’être circulaire.
- N° 51. — Table de Pythagore, par Claparède. Serait mieux dénommée cercles logarithmiques ; néanmoins l’auteur n’a étendu ses subdivisions que pour les produits des neuf chiffres.
- N° 52. — Ancienne gravure, reproduisant une table de soustraction avec instructions pour les monnaies et les degrés du cercle.
- N° 53. — Règle à calcul, dite de Gunter (1780). Cette règle ne comporte pas de réglette; on y cumule les segments logarithmiques avec un compas à pointes sèches; certains employaient le compas de réduction, ce qui peut alors donner les racines ou les puissances.
- N°54. — Règle à calcul, de Collardeau (1820). Cette règle comporte sur chacune de ses deux faces, une réglette; sur les faces sont déjà gravées : l’échelle des cubes, des carrés, des inverses, ce qui permet d’effectuer les calculs possibles avec les règles spéciales modernes. (Voir le rapport de M. Jomard, Bulletin de la Société d'Encouragement, mars 1821, p. 4.)
- N° 55. — Règle à calcul, gravée par Lenoir (vers 1820).
- N° 56. — Règle à calcul, à enveloppe de verre, de L. Lalanne (1850).
- N° 57. — Règle à calcul anglaise ou slide rule (1830). Spéciale pour les charpentiers ; l’instrument portant la règle sert de mesure pliante et de fausse équerre.
- N° 58. — Petit compas de proportion en bois (anglais). Portant en outre, la ligne de Gunter.
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- 612 LES MACHINES A CALCULER. — BULLETIN DE SEPTEMBRE-OCTOBRE 1920.
- N° 59. — Cercle à calcul, de Leblond (1795), en carton. Premier cercle à calcul français, exécuté pour la correspondance des anciens poids et mesures en nouveaux, lors de l’établissement du système métrique.
- N° 60. — Cercle à calcul, de Gattey (1798), en carton. (Voir le rapport de M. Ampère, Bulletin de la, Société d'Encouragement, mars 1816, p. 49.)
- N° 61. — Cercle à calcul, tout en cuivre (1835). (Voir la description dans le Dictionnaire des Sciences mathématiques de Montferrier.)
- N° 62. — Cercle à calcul, en maillechort, de Renaud Tachet. (Voir le Génie Civil du 21 janvier 1893, p. 191.)
- N° 63. — Cercle à calcul, de P. Pouech (antérieur à 1889). Un des nombreux spécimens établis par ce constructeur; le recto comprend : 2 échelles des nombres; une échelle des inverses ; une échelle en spirale pour les carrés et une pour les cubes ; le verso comprend : une échelle des logarithmes, des sinus et des tangentes.
- N° 64. — Cercle à calcul de Boucher, par H. Morin, présenté sous forme de montre. (Voir la notice spéciale du constructeur.)
- N° 65. — Cercle à calcul, de P. M., présenté sous forme de montre, mais avec un disque concentrique mobile.
- N° 66. — Cercle à calcul en métal, de G. Charpentier (1880). Cercle logarithmique; nombres et racines carrés au recto; lignes trigonométriques au verso.
- N° 67. — Cercle à calcul en métal, de Ch. Charpentier fils (1903). Ensemble analogue au précédent, modifications de construction.
- N° 68. — Cercle à calcul, dit Halden Calculex ( 1906). Cercle de très petit diamètre, très complet comme échelles.
- N° 69. — Tahelle logarithmique, de Môhlenbruck (1904). Spéciale pour le calcu des intérêts; pas de disque mobile; 2 index mobiles, qui peuvent être rendus solidaires, servent à trouver les résultats.
- N° 70. — Cercle à calcul, de M. A. David (vers 1910). Cercle en carton avec toutes les échelles habituelles à ces instruments.
- N° 71. — Tachylemme, par C.-L. Chambon (1888). Donnant les intérêts d’un jour, pour les taux de 1 à 6 p. 100, d’un capital atteignant jusqu’à 10000 f.
- N° 72. — Calculateur d'intérêts, de Didelin (1892). Donnant, pour n’importe quel nombre de jours, l’intérêt à 3 p. 100 de n’importe quelle somme jusqu’à 100 000 f.
- N° 73. — Le Révélateur, de A. Brust (1904). Sert au calcul des intérêts de 1 à 6 p. 100 jusqu’à lOOO'OOf.
- En plus des brèves indications bibliographiques données précédemment, consulter les ouvrages spéciaux de L. Leupold, 1727; E. Lucas, 1884; Favaro. 1885; Walter Dyck, 1892; M. d’Ocagne, 1905; F. Gajori, 1909; Y. Jacob, 1911 et : Organum mathematicum, par Gas-pare Sciiotto (1668); — Recueil des Machines et Inventions approuvées par l'Académie des Sciences de 1666 à 17Si, par Gallon (7 vol. in-4°).
- 17 portraits d’inventeurs de machines à calculer ou d’instruments de calcul.
- N° 74. — Léon Bollée (1870-1913). Français. Divers appareils de calcul. Première machine à multiplier directement.
- N° 75. — Léon Bollée (1870-1913). Français. A l’âge de dix-neuf ans, manipulant sa machine à calculer.
- N° 76. — Colonel A. Mannheim (1830). Français. Règles à calcul qui portent son nom et cylindre à échelles logarithmiques.
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- CATALOGUE DES OBJETS EXPOSÉS A LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT. 613
- N° 77. — John Napier (1550-1615). Écossais. Inventeur des logarithmes et de la rhabdologie (bâtons népériens).
- N° 78. — W. Oughtred (1573-1660). Anglais. Imagine le premier cercle à calcul en 1632.
- N° 79. — J.-B. Clairaut (le Père). Français. Imagine, en 1727, un cercle logarithmique pour la résolution des triangles et d’autres calculs tels que multiplications.
- N° 80. — Ch.-X. Thomas, de Colmar (1785-1870). Français. Invente Tarithmo-mètre en 1820.
- N° 81. — Ch. Babbage (1792-1871). Anglais. Machine à différences (1812) et machine analytique (1834).
- N° 82. — G. Scheutz. Suédois. Réalise en 1853 avec l’aide de son fils Édouard, la première machine complète, agissant par différences.
- N° 83. — L. Torres yQuevedo (vivant). Espagnol. Machines algébriques; joueur d’échecs automatique et arithmomètre électromécanique.
- N° 84. — Blaise Pascal (1623-1662). Français. Invente la première machine à additionner, en 1642.
- N° 85. — G. Leibniz (1646-1716). Hanovrien. Conçoit, en 1710, une machine à calculer qui comportait des cylindres à dents d’inégales longueurs.
- N° 86. — J.-B. Schwilgué (1776-1856). Français. Plus connu comme constructeur de la célèbre horloge astronomique de la cathédrale de Strasbourg; a construit aussi deux machines à calculer, l’une nommée le Multiplicateur et l’autre Y Additionneur. Ces machines existent encore chez les successeurs de Schwilgué : MM. J. et A. Ungerer (1), horlogers, 56, rue de Labroque, à Strasbourg.
- N° 87. —Lord Mahon, comte de Stanhope (1753-1816). Anglais. Invente deux machines arithmétiques en 1775 et en 1777.
- N° 88. — Samuel Morland (1625-1696). Anglais. Invente une machine à additionner en 1666 et une machine trigonométrique en 1664.
- N° 89. — Door E. Felt. Américain. Invente le Comptometer en 1888.
- N° 90. — P. L. Tchebichef (1821-1894). Russe. Inventeur de la machine à calculer à mouvement continu.
- 13 photographies de machines à calculer.
- Exposées au South Kensington Muséum, de Londres.
- N° 91. — Machine analytique de Babbage.
- N° 92. — Machine à différences de Babbage.
- N° 93. — Bâtons rhabdologiques de J. Neper.
- N° 94. — Calculating machine de S. Morland.
- N° 95. — Trigonometrical de S. Morland.
- N° 96. — Machine de 1775 de Stanhope.
- N° 97. — Machine de 1777 de Stanhope.
- N° 98. — Machine à calculer de Edmondson.
- N° 99. — Machine à calculer de Pascal, (appartient à M. Bougouin, de Bordeaux.) N° 100. — Multiplicateur de Schwilgué.
- N° 101. —Multiplicateur de Schwilgué.
- N° 102. — Additionneur de Schwilgué.
- N° 103. — Calculator suédois, inventeur inconnu.
- L. Malassis
- Appartiennent à MM. Ungerer frères, de Strasbourg.
- (i) Le père des frères Ungerer actuels fut ouvrier, puis successeur de Schwilgué.
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- 614 LES MACHINES A CALCULER. — BULLETIN DE SEPTEMBRE-OCTOBRE 1920.
- Pièces appartenant au Conservatoire national des Arts et Métiers.
- N° 104. — Boîte de réglettes multiplicatrices, de Genaille et Lucas (antérieure
- Fig. 1. — Biaise Pascal (1623-1662), inventeur : de la presse hydraulique, de la brouette, des omnibus et de la machine à calculer (n° 152).
- N° 105. — Appareil à grandes réglettes dont le glissement donne la multiplication à plusieurs chiffres, par H. Genaille (1883).
- N° 106. — Tableau multiplicateur-diviseur, de Léon Bollée (1870-1913), (antérieur à 1894), (flg. 11, à droite). C’est le même que celui qui figure sous le n° 134.
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- N° 107. — Petit appareil multiplicateur de Léon Bollée (1870-1913), (antérieur a 1894), (fig. 11, devant, au milieu).
- N° 108. — Machine de Pascal (1623-1662)«à6chiffres, en outre des sous et deniers ». Modèle de 1652, vérifié par Pascal et offert à l’Académie des Sciences par l’abbé Périer, neveu de Pascal, en 1711 (fig. 2).
- Machine à calculer de Pascal, modèle de 1652 (n° 108).
- Fig. 2.
- A l’intérieur de la boîte, on lit l’inscription suivante :
- « Celeberrimæ scientiarum academiæ Parisiensi instrumentum hoc arithmeticum a D. Blasio Pascal inventum et probatum offcrebat nepos ejus ex matre, anno MDGGXI. »
- « Perier, presbyter, Canonicus Ecclesiæ Claromontensis. »
- « Cet instrument arithmétique, inventé et vérifié par Biaise Pascal, a été offert en 1711
- à la célèbre Académie des Sciences de Paris, par le soussigné, neveu de l’inventeur par sa mère. »
- « Périer, prêtre, chanoine de l’église de Clermont. »
- N° 109. — Additionneur et soustracteur à 8 chiffres avec une seule série de cadrans, du Docteur Roth (antérieur à 1842).
- N° 110. — Arithmomètre de Thomas, de Colmar (1785-1870), pour 16 chiffres (1830); donné au Conservatoire des Arts et Métiers par l’Académie des Sciences, en 1866 (fig. 4).
- L'organe essentiel de cette machine est le tambour à 9 dents d’inégales longueurs. On y rencontre nombre de dispositifs à la fois très ingénieux et très pratiques, notamment l’inverseur (pour effectuer les divisions), Feffaceur, etc.
- N° 111. — Machine à calculer de Maurel et Jayet, dite Arith-maurel, construite par Winnerl, chronométrier de la Marine de l’Etat, en 1854 (fig. 5).
- Fig. 3. — Buste de Charles-Xavier Thomas de Colmar (1785-1870) à l’âge de 80 ans, inventeur de la première machine à calculer pratique, récompensé de la médaille d’or par la Société d’Encouragement en 1820, pour cette invention (n° 133).
- Le principe de la machine, dérivée de l’arithmomètre Thomas, avait été indiqué par
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- Maurel dès 1849. Il suffit de l’inscription, chiffre par chiffre, de l’un des facteurs au moyen des languettes supérieures et de l’autre au moyen des aiguilles des cadrans de la face antérieure, pour que le produit apparaisse aux lucarnes de la même face.
- Fig. 4. — Arithmomètre de Thomas, à 16 chiffres, modèle de 1851 (n° 110).
- N° 112. — Machine arithmétique, à mouvement continu, de M. Tuhebichef (1882) (flg. 6).
- Cet exemplaire unique de la machine du grand mathématicien russe a été donné au Conservatoire par railleur en 1882. Celle machine présenle celle parlicnlarilé qim hermine
- Fig. 5. — Machine à calculer de Maurel et Jayet, dite Arithmaurel, construite en 1854 (n° 111).
- additionneur peut être séparé de l’organe multiplicateur et fonctionner ad libitum dans un sens ou dans l’autre, ce qui permet l’exécution rapide des sommations algébriques.
- N° 113. — Machine à calculer du Docteur Roth, avec organes multiplicateurs à dents variables, mues par des excentriques et des ressorts antagonistes (1841)
- (fig- 7).
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- Fig. 6. — Machine arithmétique de Tchebichef (1882) (n° 112).
- N° 114. — Machine à calculer de Léon Bollée (1870-1913), imaginée en 1888 (fig. 9). C’est la même, à quelques détails près, que celle qui figure sous le n° 117.
- Cette remarquable machine est la première qui ait effectué mécaniquement
- Fig. 7. — Machine à calculer du Docteur Roth (1841) (n° 113).
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- la multiplication par application de la table de Pythagore et non par additions répétées.
- Elle renferme une table de Pythagore réalisée matériellement (fîg. 10).
- Elle peut effectuer à l’heure, en marche normale, une série de 100 divisions, 120 racines carrées et 250 multiplications de l’étendue
- 10 000000000000 000 000 : 1 000000000, /1 OUO 000 000 000 000 000.
- 1 000 000 000 x 16 000 000 000.
- N° 115. — Photographie de la machine à résoudre les équations, de M. Torres y Quevedo (1904).
- Le modèle existe au Laboratoire de Mécanique de la Sorbonne.
- Cette machine est la première dans laquelle la résolution mécanique des équations ait été obtenue au moyen de liaisons purement géométriques. Elle permet la résolution d’équations trinômes de degré 9. Depuis lors, l’auteur a fait construire, par la maison Château, un modèle plus perfectionné s’appliquant aux équations trinômes des 6 premiers degrés. Il a fait voir que, par les mêmes principes, on pouvait déterminer non seulement les racines réelles, mais même les modules et arguments des racines imaginaires d’une équation quelconque.
- Fig. 8. — Léon Bollée (1870-1913), inventeur de la première machine à multiplier directement (n° 121) et de nombreux perfectionnements en automobile et en aviation.
- Fig. 9. — Machine à calculer de Léon Bollée, imaginée en 1888 (n° 114).
- N° 116. — Règle à calcul, sous verre, de M. Lalanne (antérieure à 1866).
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- Pièces appartenant a Mme Léon Bollée.
- N° 117. — Machine à calculer de Léon Bollée, imaginée en 1888 et ayant figuré à l’Exposition universelle de Paris en 1889 où elle a remporté une médaille d’or.
- Fig. 10. — La table de Pythagore, réalisée matériellement, organe essentiel de la machine de Léon Bollée (n° 121).
- Cette machine est du même modèle, à quelques détails près, que celle qui a été exposée par le Conservatoire des Arts et Métiers, sous le n° 114. Ces deux exemplaires sont les seuls qui aient été construits par Léon Bollée (fig. 9 et 10).
- N° 118. — Tableau multiplicateur, diviseur, totalisateur avec style de Léon
- Fig. U. — Machines à calculer inventées par Léon Bollée :
- à gauche : tableau multiplicateur-totalisateur; à droite : tableau multiplicateur-diviseur; devant, au milieu : petit appareil multiplicateur.
- Cet appareil est du même modèle que celui qui a été présenté à la Société d’Encoura-gement en 1894 (voir le Bulletin de septembre 1895, p. 987-989), et qui lui appartient. C’est le même que celui qui figure sous le n° 135 (fig. 11, à gauche).
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- BULLETIN DE SEPTEMBRE-OCTOBRE 1920.
- N° 119. — Petit appareil multiplicateur de Léon Bollée.
- Cet appareil est du même modèle que celui qui a été présenté à la Société d’Encoura-gement en 1894 (voir le Bulletin de septembre 1895, p. 986-987), et qui ligure sous le n° 107 (flg. 11, devant, au milieu).
- N° 120. — Petite machine à additionner (1889), de Léon Bollée (flg. 12).
- N° 121. — Portrait de Léon Bollée, né le 1er avril 1870, décédé le 16 décembre 1913 (fig. 8) et photographies des machines imaginées par Léon Bollée qui sont représentées sur les figures 10 et 11 (n09 106, 107, 118, 134 et 135).
- Fig. 12. — Petite machine à additionner de Léon Bollée (1889) (n° 120).’
- Pièces appartenant a M. Maurice d’Ocagne.
- Nos 122-125. — 4 photographies de la machine à calculer de Leibniz.
- Pièce appartenant a M. Albert Crémot, chef de l’Agence B du Comptoir national d’Escompte de Paris.
- N° 126. — Arithmographe polychrome de Ch. Dubois (1866).
- Pièces appartenant a M. A. Darras, constructeur de l’arithmomètre Thomas actuel.
- N° 127. — Premier arithmomètre Thomas de Colmar, de 1820, à 6 chiffres
- (flg. 13).
- D’une conception très remarquable pour la simplicité de sa manœuvre, l’opérateur dispose ses facteurs sur la table fixe et tire un ruban : le résultat se lit aux lucarnes de la platine mobile. Le ruban est ramené à sa position de départ par un barillet à ressort.
- N° 128. — Arithmomètre Thomas de Colmar, modèle moyen construit en 1848, à 10 chiffres (fig. 14).
- Machine plus importante que la précédente et réellement pratique; le ruban est remplacé par une manivelle; l’opérateur dispose de même ses facteurs et tourne la manivelle jusqu’à l’arrêt sans avoir à tenir compte du nombre de tours.
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- N° 129. — Grand arithmomètre-meuble Thomas de Colmar, modèle construit en 1855, à 30 chiffres, pour figurer à l’Exposition universelle de Paris (fig. 15). C’est celui dont la photographie est signalée sous le n° 131. Cette machine à calculer est la plus grande qui ait jamais été construite.
- Thomas de Colmar fit établir sa machine dans des proportions inusitées : avec 15 chiffres aux boutons curseurs et 30 chiffres aux résultats; ces derniers chiffres ayant
- 35 mm de hauteur. A l’inverse des machines actuelles, c’est la platine aux boutons curseurs qui se déplace, soit à droite, soit à gauche. Déjà, à cette époque, on put se rendre compte des perfectionnements apportés par le génial inventeur. Malgré l’importance des organes, la manœuvre de la machine est aisée et les opérations s’effectuent avec une certaine rapidité. D’ingénieux dispositifs d’effacement des résultats ont été réalisés.
- L’ensemble du mécanisme, admirablement exécuté, est monté dans un meuble d’ébé-nisterie riche, mesurant 2 m de longueur et décoré de bronzes dorés.
- Pièces appartenant au comte de Ronseray,
- petit-fils de Thomas de Colmar.
- N° 130. — Arithmomètre Thomas de Colmar, construit antérieurement à 1875, actuellement en service à la Compagnie d’assurances « L’Aigle ».
- N° 131. — Photographie du meuble confectionné pour i’arithmomètre Thomas de Colmar, ayant figuré à l’Exposition universelle de Paris en 1855; c’est la photographie du meuble signalé sous le n° 129 (fig. 15).
- N° 132. — Portrait de Thomas de Colmar, en 1820 (fig. 16).
- N° 133. — Photographie du buste de Charles-Xavier Thomas de Colmar (1785-1870) (fig. 3).
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- BULLETIN DE SEPTEMBRE-OCTOBRE 1920.
- Pièces appartenant a la Société d’Encouragement.
- N° 134. — Tableau multiplicateur diviseur de Léon Bollée, présenté à la Société d’Encouragement en 1894 (voir le Bulletin de septembre 1895, p. 985-986), (fig. 11, à droite); c’est le même que celui qui figure sous le n° 106.
- Fig. 14. — Arithmomètre Thomas de Colmar, modèle moyen, de 1848 (n° 128).
- N° 135. — Instrument multiplicateur totalisateur avec tables numériques pour faciliter les divisions et l’extraction des racines, de Léon Bollée, présenté à la Société d’Encouragement en 1894 (voir le Bulletin de septembre 1895, p. 987-989), (fig. 11, à gauche); c’est le même que celui qui figure sous le n° 118.
- N° 135 (bis). — Les visiteurs ont pu aussi consulter dans la salle d’exposition,
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- où on les avait rassemblés, tous les volumes du Bulletin de la Société d'Encouragement pour l'Industrie nationale renfermant des articles, notes ou rapports sur les machines à calculer, règles et cercles à calcul. La liste de ces articles est donnée plus loin, pages 739 à 742, à la Bibliographie, en A et B. Les plus importants sont reproduits aux pages 660 à 738.
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- Fig. 16. — Portrait de Charles-Xavier Thomas de Colmar (1785-1870) en 1820 (n° 132). (Thomas de Colmar est aussi des premiers initiateurs, en France, de l’industrie des assurances.)
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- Pièces appartenant a M. Ch. Gauthier-Lathuille.
- N° 136. — Machine à additionner Adix; c’estla même que le n° 19.
- N° 137. — Machine à additionner Argos (avec stylet).
- Pièce appartenant a M. E. Gaillard, membre agrégé de l’Institut des Actuaires français.
- N° 138. — Arithmomètre Thomas de Colmar, offert en 1872 par Thomas de Bojano, à Sa Majesté l’Empereur du Brésil, don Pedro. Cet appareil est encore en service.
- Pièce appartenant au général Sebert.
- N° 139. — Réglettes de Genaille avec un totalisateur.
- Pièce appartenant a M. Henry Delaval.
- N° 140. — Cercle à calcul ayant appartenu au mathématicien Hermann Laurent et construit sur ses indications.
- Pièce appartenant a M. Paul Toulon.
- N° 141. — Modèle en carton d’une règle pour le calcul des terrassements, imaginée par M. Paul Toulon en 1878-
- Piège appartenant a M. E. Lemaire.
- N° 142. — Soroban de poche, boulier japonais, encore en usage aujourd’hui.
- Pièges diverses.
- N° 143. — Première Caisse enregistreuse (Nationale), construite en 1885, appartient à « La Nationale Caisse Enregistreuse ».
- N° 144. — Comptometer, modèle primitif inventé et construit en 1885 par M. Felt.
- N° 145. — Comptometer premier modèle, construit en 1887 par M. Felt, en usage continu, depuis 1889, chez MM. Pilter and Co.
- N° 146. — Comptometer Duplex modèle A, construit en 1901 par la Felt and Tardant Mfg Co. En service depuis janvier 1910 chez MM. Voiron et Cie, transports maritimes.
- N° 147. — Machine et tableau imaginés et construits en 1887 par M. L. Mahout, professeur de l’Université, pour faciliter aux enfants Vacquisition des notions fondamentales de Varithmétique et de Valgèbre.
- N° 148. — Arithmomètre électromécanique (1920) de M. Torres y Quevedo (fig. 17), (voir le mémoire in extenso, p. 588 du présent numéro).
- N° 149. — Machine à résoudre les congruences (1920) du commandant Carissan (voir le mémoire in extenso, p. 600 du présent numéro), construite par MM. Château frères,’ Paris.
- Tome 132. — 2e semestre. — Septembre-Octobre 1920.
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- N° 150. — Règle à calcul à grande approximation, M. H. Guidoux, Ingénieur des Arts et Manufactures.
- N° loi. — Règles à calcul modernes de modèles divers et notamment règles Béghin, exposées par M. André Leroy (Établissements Tavernier-Gravet, 19, rue Mayet, Paris (6e), (voir plus loin, p. 643).
- N° 152. — Portrait de Biaise Pascal, appartient à M. Ravisse (fig. 1).
- E. Lemaire.
- Fig. 17. — Arithmomctre électromécanique de M. Torres y Quevedo (1920).
- 2° Exposition de machines à, calculer modernes.
- MM. Louis Fournier et Gérard-Mang, 19, rue Béranger, Paris (3e), exposent leur
- Calculatrice Fournier (fig. 18).
- Cette machine, toute récente, est de conception et de fabrication françaises. Les constructeurs se sont proposé de réaliser une machine à calculer entièrement automatique, destinée à effectuer les quatre opérations arithmétiques et toutes les opérations qui en découlent.
- La machine exécute la multiplication d’un nombre quelconque au moyen d’un seul tour de manivelle pour chacun des chiffres des multiplicateurs et provoque l’avancement ou le recul du chariot par l’accomplissement même de ce tour.
- La machine exposée peut opérer sur des multiplicandes de 8 chiffres et des multiplicateurs de 7 chiffres, soit 14 chiffres au produit; sa longueur est de 50 cm, sa largeur de 22 cm, sa hauteur de 14 cm ; son poids est de 11 kg. La manipulation s’effectue à la main.
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- M. Louis Fournier utilise cette observation que la moyenne des valeurs des chiffres entrant dans la composition des nombres est égale à 4,5. Cette moyenne est atteinte pratiquement quand on a opéré sur 100 chiffres; on conçoit qu’une manivelle multipliant par 9 par exemple au moyen d’un seul tour, travaille sur la totalité de sa rotation, tandis que lorsqu’elle ne multiplie que par un chiffre inférieur à 9, elle ne travaille que sur un nombre de g de tour en rapport avec la
- valeur du chiffre multiplicateur. En d’autres termes, la manivelle travaille sur
- 1 .2
- g de la rotation pour le chiffre 1, sur g pour le chiffre 2, etc. ; par contre, cette
- 8 7
- manivelle tournera « à vide » pendant g de tour pour le chiffre 1, pendant g de tour
- pour le chiffre 2, etc.
- Etant donné que la moyenne des chiffres est 4,5 cela revient à dire que, par exemple, sur 100 multiplications, on aura fait à vide 100 demi-rotations et « en travail » les 100 autres demi-rotations.
- La machine utilise ces observations comme suit :
- Dans les 100 demi-rotations à vide, la main tend un ressort (ayant une certaine analogie avec les ressorts agissant sur le chariot des machines à écrire) de manière que les 100 demi-rotations en travail soient effectuées par la détente de ce ressort. Il a suffi d’employer un ressort convenable, armé préalablement d’une façon suffisante, pour absorber et rendre le travail correspondant aux différents chiffres, de manière à atteindre le nombre de rotations à partir duquel on est sûr d’atteindre la moyenne indiquée plus haut.
- Il en résulte que la manivelle, quand on passe de la position « à vide » à la position « en travail », termine d’elle-même la rotation commencée, sans qu’il y ait un effort à faire.
- Le clavier de pose du multiplicande se présente sous l’aspect de rangées de 9 touches comme on en voit surtout dans les machines à additionner. Il suffît d’appuyer sur la touche marquée d’un chiffre pour obtenir, dans l’intérieur de la machine, le produit par ce chiffre. Ces touches, très rapprochées, n’occupent presque pas de place : en hauteùr, 8 cm pour 9 touches; elles n’agrandissent ni n’alour-
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- dissent donc pas la machine. Ces touches s’entraînent l’une l’autre : si, par exemple, on appuie sur la touche 3, il n’y a aucun inconvénient à toucher, en même temps, les touches 2 et 1 ; seule la touche 3 compte parce que c’est celle-là qui a la plus haute valeur des trois touches appuyées. De même, si l’on veut appuyer sur le chiffre 9, il n’y a aucun inconvénient à appuyer simultanément sur 8, 7, 6, etc.
- Dans tous les mouvements de la manivelle, du chariot et du clavier, les frottements se font par roulements et, dans beaucoup de cas, sur billes.
- Trois petites règles coulissantes portent des indications servant de virgules ou de points de séparation, pour séparer soit les tranches de trois chiffres, soit les décimales. La réglette du multiplicande entraîne celle du produit, qui se trouve, de plus, entraînée par celle du multiplicateur, de telle manière que la réglette du résultat se trouve déplacée de la somme des déplacements de la réglette du multiplicande et de la réglette du multiplicateur et indique, ainsi, sans erreur possible, l’emplacement de la virgule et des points séparant les tranches de 3 chiffres au produit. Le même résultat est atteint pour la division.
- Les Établissements Nico Sanders, 6, rue du Hanovre, Paris (2e), exposent une machine Ellis qui écrit et calcule. Cette machine permet d’exécuter : les factures, les relevés de comptes, le journal, les balances, les bordereaux de banque, les statistiques, les feuilles de paye, etc. Elle effectue les additions, soit verticalement, soit horizontalement, de même que les soustractions et les multiplications. Dans l’exécution des factures, elle donne les produits sans impression des décimales inutiles, c’est-à-dire au delà des centimes. L’écriture est visible; les résultats des opérations ne se lisent pas et on n’a pas à les transcrire : ils s’inscrivent immédiatement et automatiquement. La machine est mue électriquement. L’opérateur n’a qu’à appuyer sur des touches.
- La Société des Machines à écrire comptables, 23, rue Le Peletier, Paris (9e), expose deux machines Elliott Fisher (fîg. 19 et 20).
- Les machines Elliott Fisher écrivent à plat. Elles exécutent non seulement tous les travaux qu’une machine à écrire, additionner et soustraire peut faire, mais encore elle écrit aussi bien sur des livres ou registres reliés que sur les feuilles volantes et sur les deux à la fois, comme aussi sur des fiches en carton, même très épaisses, sans les plier. Leur dispositif d’écriture à plat permet le placement exact et instantané des papiers, même de formats très différents, sur lesquels un travail doit être exécuté simultanément. Elles permettent aussi le repérage rapide de plusieurs documents écrits à des endroits différents.
- • Dans ces conditions, on peut établir par exemple, en même temps que le grand livre et le relevé simultanés, le journal, en donnant chaque jour l’ancienne balance des comptes affectés pendant la journée, les noms des comptes, des débits et crédits, qui sont venus les modifier et leurs nouvelles balances, permettant au .chef de maison, de lire, chaque jour, sur un même document, et sans travail supplémentaire, toutes les opérations effectuées dans la journée et la comptabilité qui en résulte.
- La machine avec platine à pédale (fîg. 20) peut en outre exécuter des inscriptions successives sur un bloc de cartes ou un bloc-notes, enlevant ou détachant après chaque inscription la carte ou la feuille du bloc-notes sans qu’on ait à déplacer l’ensemble de cartes ou de feuilles. Cette possibilité est très précieuse pour la répartition des ordres dans les grands magasins.
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- MM. Ebstein Frères (Établissements Muldivo), 90, Boulevard Magenta, Paris (10e), exposent une machine à additionner Wales, à écriture visible (fig. 21).
- Fig. I'.'. — Machine, comptable Elliott. Fisher, avec labié cl platine pour écrire sur livres reliés et sur feuilles volantes; additionne et soustrait verticalement.
- Comme la plupart des machines à additionner et à enregistrer, celle-ci inscrit les nombres : l’inscription fournit ainsi la preuve que le nombre voulu a bien été
- Fig. 20. — Machine, comptable Elliott Fisher, avec platine à pédalo; écrit, additionne et soustrait,
- verticalement et horizontalement.
- porté dans le total que fournit la machine. Ici, on a recherché une bonne visibilité. Une touche permet de ne pas additionner un nombre écrit, une autre de ne pas imprimer un nombre additionné, une troisième de corriger. L’impression se fait à
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- espacement simple ou double, à volonté. La machine est pourvue d’un petit chariot portant un rouleau de papier, pour les opérations, et d’un grand chariot de machine avpc tabulateur permettant d'écrire dans les colonnes : des factures, des relevés de
- Fig. 21. — Machine à additionner Wales.
- comptes, des bordereaux, etc. Le ruban est interchangeable instantanément. La machine est mue à la main ou électriquement.
- M. Démarest, 13, rue Drouot, Paris (9e), expose une machine Monroe et une machine Amco.
- La machine Monroe (fig. 22) exécute les 4 opérations. L’opération posée reste visible pendant toute sa durée et après qu’elle est terminée, par inscription des nombres sur le clavier. C’est une combinaison des machines à clavier et des machines à chariot mobile. Elle occupe en plan 33x33 cm. Elle est manœuvrée
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- par une seule manivelle fonctionnant dans le sens avant ou le sens arrière, ce qui, par exemple, évite de passer par le nombre complémentaire pour la soustraction.
- La machine Amco, plus portative encore que la précédente, et basée sur les mêmes principes, sert à faire les additions et les soustractions.
- MM. Roux et Deléamont, 80, rue Taitbout, Paris (9e), exposent plusieurs machines Millionnaire et Madas, de l’Arithmetic Co.
- Les machines Millionnaire (fig. 23 et 24) mues à la main ou électriquement,
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- Fig. 23. — Machine Millionnaire à 20 chiffres, à un seul chariot, actionnée électriquement.
- exécutent les 4 opérations, mais ce sont spécialement des machines à multiplier à grand rendement, n’exigeant qu’un tour de manivelle pour chacun des chiffres du multiplicateur ou du quotient, comme dans la machine Bollée. Un des modèles
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- 632 LES MACHINES A CALCULER. — BULLETIN DE SEPTEMBRE-OCTOBRE 1920.
- est pourvu de deux chariots (fig. 24); l’un, le totalisateur (au-dessus du clavier), peut être à volonté détaché ou couplé avec le chariot du bas donnant les résultats partiels des opérations. Si, par exemple, le dispositif de couplage est mis sur -h, le résultat donné par le chariot du bas est ajouté automatiquement au nombre qui figure au chariot totalisateur.
- Si la machine est en position pour la multiplication, le produit apparaît dans les lucarnes du chariot inférieur, en même temps qu’il s’inscrit au chariot supérieur où il s’ajoute ou se retranche au fur et à mesure de l’exécution des autres opérations.
- Les résultats partiels des opérations peuvent être effacés après chacune d’elles
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- sur le chariot du bas. On a donc la faculté de pouvoir établir des comptes de nombreux articles divers et d’en faire tout de suite le total général.
- Si la machine est en position pour la multiplication et le dispositif du second chariot sur —, l’appareil peut servir à calculer des escomptes.
- La machine Madas (fîg. 25) exécute aussi les 4 opérations mais c’est spécialement une machine à diviser. La division s’exécute automatiquement : l’opérateur tourne une manivelle dans le même sens; quand, par suite de ce mouvement, le diviseur a été retranché du dividende une fois de trop, il fait apparaître une série de 9 à gauche du dividende; ce dernier mouvement provoque à son tour l’annulation du tour de manivelle en excès et le déplacement du dividende d’un rang vers la gauche, ce qui revient à abaisser la tranche suivante, et ainsi de suite. Une sonnerie tinte pour avertir que l’opération est terminée. Les tours de manivelle correspondant aux unités de chaque rang se sont inscrits à leur place et donnent le quotient; le reste se lit là où était le dividende. La vitesse est de 7 tours de manivelle par seconde. Cette machine existe en deux modèles : à 12et à 16 chiffres; elle est mue à la main.
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- MM. Dejoux et Cie, 4, rue Lafayette, Paris (9e), exposent plusieurs modèles de leur machine Dactyle (fig. 26) du type Odhner, construits par MM. Château frères Cette machine, mue à la main, exécute les 4 opérations et l’extraction des
- Fig. 25. — Machine Madas.
- racines carrées ou cubiques; un des derniers modèles permet de diviser et de multiplier plusieurs nombres différents par un même nombre en inscrivant successivement au compteur les nombres différents par des tours de manivelle appropriés.
- Elle permet aussi des opérations abrégées. C’est ainsi que pour multiplier par 898 par exemple, on peut multiplier par 1000 et retrancher le produit par 102, ce qui n’exige au total que 3 tours de manivelle (multiplications successives par 1000, 100 et 2).
- La Compagnie Real, 39, rue de Richelieu, Paris (2e), expose deux machines Barrett (fig. 27) dont il existe quatre modèles.
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- 634 LES MACHINES A CALCULER.
- BULLETIN DE SEPTEMBRE-OCTOBRE 1920.
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- Fig. 27. — Machine Barrett.
- C’est une machine à additionner et à calculer imprimante. Elle comporte un clavier dans lequel les touches restent abaissées, ce qui permet à l’opérateur de lire
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- le nombre posé avant de le faire entrer dans la machine. Gomme machine à additionner, elle est pourvue : d’une touche de répétition, d’une touche de non-addition, d’une touche de non-impression, et d’une touche de relèvement des clés. Elle fournit une bande imprimée portant toutes les données et le résultat de l’opération.
- Pour la multiplication et la division, cette machine comporte les dispositifs suivants :
- 1° Un totalisateur mobile qui peut être fixé à volonté au niveau d’un ordre d’unité quelconque, ce qui permet défaire successivement la multiplication du nombre posé sur le clavier par les unités d’ordres différents qui constituent le multiplicateur;
- 2° La machine imprime le nombre de coups de manivelle qui est donné, en vue de faire la multiplication lorsque le totalisateur mobile se trouve au niveau des unités des différents ordres, c’est-à-dire que la machine inscrit le multiplicateur en même temps qu’elle inscrit le produit.
- Pour la division, un dispositif analogue permet à la machine d’inscrire le dividende, le diviseur, le quotient et le reste.
- MM. Neuman et Cie, 1, boulevard Poissonnière, Paris (2e), exposent deux des dix modèles de machines Sundslrand; l’un additionne, soustrait et multiplie des nombres ordinaires ou leurs fractions décimales (fig. 28); l’autre, plus spécialement destiné au calcul des peaux, vendues par huitièmes, additionne, soustrait et multiplie des nombres 1 1
- entiers et des g ou multiples de g. Toutes ces
- machines peuvent être mues à la main ou électriquement. Les opérations, données et résultats, s’inscrivent; l’écriture est visible. La particularité de ces machines est l’exiguïté de leur clavier (fig. 29) et le petit nombre de leurs touches : pour le premier modèle 10 de chiffres^
- 6 de touches indicatrices ; la disposition de ces touches permet de n’opérer qu’avec 3 doigts.
- Pour inscrire un nombre, il suffit d’appuyer sur les touches représentant les chiffres de ce nombre, dans leur ordre. Ainsi, pour écrire 2 968,75, il suffit d’appuyer successivement sur les touches des chiffres 2, 9, 6, 8, 7 et 5, comme on le fait quand on écrit à la main. La Sundstrand les imprime, dans leur ordre et à leur place, de même que le point entre les francs et les centimes.
- The Sundstrand Keyboard-Touch Method
- FORE FINGER MIDDIE FINGER
- Fig. 29. — Clavier de la machine Sundstrand.
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- L’espacement, à un ou deux interlignes, qui est le même que sur les machines à écrire, est réalisé automatiquement, ainsi que le développement et la réversibilité du ruban, qui s’effectue sans l’intervention de l’opérateur. La machine opère indifféremment dans le sens vertical ou horizontal. On peut additionner sans inscrire et inscrire sans additionner.
- Toutes ces machines peuvent être munies d’un chariot large pour l’établissement des bordereaux, factures, statistiques.
- La Smith Premier Typewriter Co, 89, rue de Richelieu, Paris (2e), expose sa machine S. P. Comptable, qui est à la fois une machine à écrire, à additionner et à soustraire, dans le sens vertical et dans le sens horizontal. Chaque modèle peut être pourvu d’un nombre quelconque de totalisateurs. Un clavier spécial à 10 touches n’est employé que pour inscrire les nombres à additionner ou à soustraire. Pour inscrire le total ou le reste, et pour corriger, il suffît d’appuyer sur des leviers appropriés.
- La Société anonyme des Machines Burroughs, 1, rue des Italiens, Paris (9e), expose sept modèles de machines comptables, à additionner et à enregistrer, les
- unes mues à la main, les autres électriquement. Cette compagnie construit plus de 120 modèles différents, très spécialisés, chacun d’eux répondant à des besoins bien déterminés. Toutes ces machines (fîg. 30 et 31) peuvent être réparties en cinq classes.
- Machines Simplex. — Machines de 7 à 17 colonnes de touches totalisant 999 999 999 999 999,99 pour le plus grand modèle. Le clavier comporte une touche total, une touche de total à reporter, une touche d’inscription sans addition, une touche de correction générale et des touches de correction par colonne.
- Fig. 30. — Machine Bur- Machines Duplex. — Machines à deux totalisateurs roughs Calcuiator. avec un ciavier de 7 à 17 colonnes de touches permettant de totaliser séparément sur chaque compteur jusqu’à 999 999 999 999 999,99. Outre les touches des machines Simplex, le clavier comporte un index qui commande la totalisation sur l’un ou l’autre des compteurs, une touche qui permet de prendre un total de nombres accumulés sur le premier compteur, tout en transférant ce total sur le 2e compteur où il s’ajoute à d’autres totaux partiels.
- Machines visibles. — Machines à clavier bas de 5 à 10 colonnes de touches permettant de totaliser jusqu’à 99 999999,99. Ces machines sont munies des mêmes touches que le Simplex et d’une touche de non-impression. Ces machines, de dimensions réduites, peuvent être placées sur un bureau.
- Machines Calcuiator. — Ces machines sont à clavier de 9 à 13 colonnes de touches donnant respectivement 10 ou 14 chiffres au produit; elles n’impriment pas; ce sont des machines à calculer proprement dites.
- Machines à soustraction automatique. — Ces machines ont 9 à 17 colonnes de touches, permettant de totaliser jusqu’à 99 999 999 999 999,99. Elles ont un clavier comportant les touches des machines Simplex et un index pour commander l’addition ou la soustraction.
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- Sur toutes les machines imprimantes, un chariot de 9, de 31 ou de 48 cm, à volonté, permet l’emploi de rouleaux de papier ou de feuilles de formats courants.
- Les travaux que peuvent exécuter ces différentes machines sont : la confection de bons et de feuilles de paye, les statistiques, les prix de revient, le stock permanent, les balances, les relevés de balances, l’établissement et la vérification des factures, la tenue du grand livre, les quittances et bordereaux, les relevés de toutes natures, l’addition et l’enregistrement de ventes au comptant ou à crédit, la défalcation des fiches de vente avec répartition par rayons et vendeurs, les bordereaux de banques, l’établissement et la vérification des travaux de change, les inventaires, les balances, les travaux pour peaussiers.
- Toutes les machines Burroughs, sans exception, sont munies du clavier visible du système Burroughs, qui permet à l’opérateur de contrôler ses manipulations par la visibilité constante du nombre composé avant totalisation et impression.
- Fig. 31. — Machine Burroughs.
- M. A. Darras, 123, boulevard Saint-Michel, Paris (3e), est le Successeur de Thomas de Colmar et de Payen. L’arithmomètre Thomas qu il expose (fig. 32) est une machine moderne à manœuvres simplifiées où l’on retrouve toutes les caractéristiques des premiers arithmomètres.
- La machine effectue les 4 opérations et, par suite, tous les calculs arithmétiques qui en découlent : comptes d’intérêts, d’escompte, extraction de racines carrées ou cubiques, etc.
- Un dispositif à sonnerie prévient l’opérateur d’une erreur de manœuvre. Pour la division notamment, cet avertissement constitue un auxiliaire précieux supprimant ainsi le comptage des tours de manivelle. L’effacement des résultats se fait sur chacun des cadrans, séparément ou simultanément, par une seule traction sur les leviers disposés à cet effet à la droite de la platine mobile.
- Avec une machine d’une capacité d’enregistrement suffisante, 16 ou 20 chiffres, on peut obtenir le même résultat qu’avec une machine à deux chariots en disposant les facteurs en double sur la platine des boutons curseurs.
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- Nous donnons ci-après quelques exemples d’opérations effectuées avec l’arithmo-mètre Thomas-Payen et la durée de leur exécution :
- Secondes.
- Addition 94 068 + 4 352 -f 87 356 — 185 776 4
- Soustraction 984 975 990 783 — 9 618 747 359 — 975 357 243 424 2
- Multiplication .... 237 456 X 5 889 — 1 398 378 384 4
- Division 7 096 102 651 ! 94 068 — 75 435 8
- Escompte 3 675,45 moins 3 1/2 p. 100 3 546,85 3
- Intérêts simples . . . 35 234; 237 jours à 3 3/4 p. 100 869,85 20
- Intérêts composés . . 4 352; 8 ans et 1 mois, à 4 1/2 p. 100 .. . 6 211,90 30
- Racine carrée .... ^99 720 196 — 9 986 30
- Racine cubique. . . . y/419 567 345 453 647 = 74 863 50
- Conversion de monnaies . . . 347 livres, 7 shillings, 9 pence à 25,20 1/4 325,25 m à 5,95 f ) = (francs) 8 755,05 8
- Factures 67,35 m à 13,25 f > Total 536,40 m à 15,75 f ) = (francs) 11,275 95 30
- Fig. 32._—'Arithmomètre Thomas-Payen. moderne (M. A. Darras, constructeur).
- L’arithmomètre est construit en 3 modèles donnant 12, 16, et 20 chiffres aux résultats.
- M. L. Pécaut, 20, rue de la Fontaine-au-Roi, Paris (11e), expose plusieurs modèles du Rouleau calculateur National, système Billeler (fîg. 33). Cet appareil n’est pas autre chose qu’une règle à calcul logarithmique dont les divisions, très agrandies, sont portées suivant les génératrices d’un cylindre, ce qui permet d’obtenir dans les résultats 4 ou 3 chiffres exacts, le 5e ou le 6e étant évalué par interpolation. Ceci permet l’emploi du rouleau Billeter non seulement partout où l’on se sert de la règle ou du cercle à calcul, mais aussi dans les bureaux de comptabilité commerciale ou financière. Cet appareil est particulièrement commode comme
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- on sait, non seulement pour exécuter les multiplications et les divisions, mais aussi pour les règles de trois, c’est-à-dire la recherche de quatrièmes proportionnelles qui trouve son application en particulier dans l’établissement des prix de revient, de vente, les calculs d’intérêts, d’escomptes, de salaires, etc.
- Le Rouleau Calculateur National se fait en 4 types différents permettant de répondre à toutes les exigences.
- Modèle 10. — Longueur 45 cm, diamètre du rouleau 16 cm. Représente une règle à calculs dont l’échelle aurait 22 m de longueur et le curseur 10. Sur cet appareil, de 100 à 300, l’unité est divisée en dixièmes, de 300 à 1000 les unités seules sont inscrites.
- Modèle 16. — Mêmes longueur et diamètre que le n° 10. Les lignes étant plus rapprochées, le rouleau correspond à une règle de 34 m de longueur et à un curseur de 16. Les centaines sont marquées en caractères gras, les dizaines en noir et les unités en vert. L’unité est divisée en dixième d’un bout à l’autre de l’échelle.
- Cet appareil présente, par suite de l’agrandissement de ses divisions, les avantages d’une lecture plus facile et de calculs poussés plus loin que sur le modèle précédent. C’est le modèle qui convient surtout aux maisons de commerce et aux bureaux d’études.
- Modèle 16 (a). — Mêmes longueur et diamètre que les précédents. Représenterait une règle de 35 m, pour 18 m de curseur.
- Entre 100 et 300 : l’unité est divisée en dixièmes, puis les dixièmes en 5.
- — 300 et 600: — — — — en 2.
- — 600 et 1000 : — — —
- (Entre 100 et 300 on lit immédiatement 5 chiffres).
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- Modèle 20. — Longueur 55 cm, diamètre 21 cm. Correspond à une règle de 44 m et un curseur de 22. Mêmes divisions que le modèle 16 a, mais lecture beaucoup plus facile en raison des dimensions.
- Les deux derniers modèles, surtout le dernier, conviennent particulièrement aux banques.
- La Maison Underwood, 36, boulevard des Italiens, Paris (9e), exposait divers modèles de ses machines comptables, à la fois machines à écrire et à calculer, disposées pour exécuter les opérations-soit dans le sens vertical, soit dans le sens horizontal, avec possibilité d’additions dans plusieurs séries de colonnes verticales.
- Fig. 34. — Comptometer de la Felt and Tarrant Mfg Co.
- La Felt and Tarrant Co, 9, avenue de l’Opéra, Paris (1er), expose les trois formats de sa machine à calculer connue sous le nom de Comptometer (fig. 3.4).
- Le Comptometer actuel fonctionne par le jeu direct et instantané de touches, sans l’intervention d’index, chariots, manivelles, leviers, moteurs électriques, etc. C’est une machine portative. Son clavier se compose de colonnes de 9 touches de chiffres. Si on frappe la touche 3 de la 4e colonne, la machine enregistre 3000.
- Les touches peuvent être frappées à très grande vitesse, une à une ou plusieurs à la fois. Si une seule frappe est faite, le nombre s’ajoute au montant qui se trouvait inscrit déjà sur l’accumulateur. L’accumulateur étant à zéro, si les touches sont abaissées 5 fois, le nombre qu’elles représentent est multiplié par 5. Si après avoir frappé 5 fois, les doigts sont simplement déplacés d’une colonne vers la gauche et frappent les touches 3 fois dans cette nouvelle position, le nombre se trouve multiplié par 35. Le report se fait automatiquement, l’ordre de frappe importe peu. La soustraction et la division se font par les compléments.
- Un système de blocage automatique, imaginé en 1913, s’oppose à l’erreur pro-
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- venant d'un abaissement de touches défectueux et protège l'opérateur contre les erreurs mécaniques. L’opérateur est averti de son faux mouvement car il ne peut continuer l'opération commencée avant d’avoir abaissé de nouveau la touche mal frappée et libéré le mécanisme en touchant un bouton désenclencheur. Sinon, aucune autre touche ne s’abaisse plus sous les doigts. Ce perfectionnement a permis d’accroître la vitesse moyenne fournie par la machine de 15 à 18 p. 100.
- La Nationale Caisse enregistreuse, 119, rue Réaumur, Paris (2e), expose deux modèles de sa Caisse enregistreuse. Cette caisse enregistreuse, dont il existe près de 200modèles, est bien connue car elle est maintenant en usage dans un grand nombre de magasins de Paris et de province. Le modèle ordinaire le plus connu était exposé (fig. 35).
- Les indicateurs, placés à la partie supérieure de la machine, qui peuvent être rendus lumineux, montrent au marchand, à sa caissière, à l'acheteur et au vendeur, le montant et le genre de l’opération effectuée. Cette publicité, donnée à l’opération, permet à chacun de vérifier son exactitude.
- Certaines machines enregistrent et totalisent simplement les recettes au comptant : la somme reçue par la caisse vient s’additionner sur un totalisateur spécial, sous couvercle et sous clef, de sorte qu’à tout moment, sans calcul, il est facile de contrôler la somme qui doit se trouver dans la caisse.
- Dans d’autres modèles, des touches spéciales permettent de savoir si la vente est au comptant ou à crédit, si c’est une recette ou une dépense. Dans ces trois derniers cas, des compteurs spéciaux indiquent le nombre d’opérations faites dans chacun d’eux.
- Des lettres conventionnelles placées sur la dernière rangée de touches peuvent aussi indiquer des initiales de vendeurs, de rayons, ou de comptes différents.
- La machine peut ou non, à volonté, émettre un ticket imprimé, remis au client, sur lequel sont portés : le montant de l’achat, ou le genre de l’opération, l’initiale du vendeur, un numéro d'ordre. A l’intérieur de l’appareil, une bande de contrôle reproduit toutes ces indications.
- Il existe des types spéciaux de caisses enregistreuses appropriées aux divers commerces et à divers contrôles. C’est ainsi que, pour les sociétés coopératives, une machine indique sur les tickets et sur la bande de contrôle le numéro du coopérateur, de façon à éviter toute erreur à la répartition des ristournes.
- L’autre modèle exposé (fig. 36), est une Caisse enregistreuse comptable, mue électriquement. Cette machine diffère des précédentes en ce qu’elle possède, en plus, un certain nombre de totalisateurs distincts (de 2 à 16) qui additionnent séparément toutes les opérations de même nature, et peuvent être utilisés, dans la comptabilité par exemple, pour les comptes courants, pour des rayons spéciaux, etc.
- Chacun de ces totalisateurs comporte un compteur du nombre des opérations faites; de plus, il y a un compteur général du nombre total d’opérations effectuées.
- Tome 132. — 2e semestre. — Septembre-Octobre 1920.
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- LES MACHINES A CALCULEE.
- BULLETIN DK SEPTEMBRE-OCTOBRE 1920.
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- Si l’on supprime le ticket, la machine peut imprimer les renseignements qu’on aurait pu y porter en simple ou en double exemplaire, sur des fiches, des factures, des bordereaux, pièces de caisse, etc.
- Los Établissements Kalamazoo, 7, rue Scribe, Paris (9°), exposent leurs machines Pomers à statistiques et à comptabilité. Le système Povcers repose sur l’emploi de fiches perforées dans des cases déterminées, suivant un code qui assigne telle colonne de cases par exemple à un produit, à sa quantité, à un prix unitaire, h un
- Fig. 36. — Caisse enregistreuse comptable.
- vendeur, une ville, une date, etc., en représentant chacun de ces renseignements par un nombre de 2, 3 ou 4 chiffres, et même davantage. Les fiches utilisées portent imprimées 45 colonnes de chacune 12 chiffres destinées à recevoir des perforations sur chacun de ces chiffres, ce qui représente un nombre de combinaisons considérable. Ces fiches, une fois perforées au moyen de la poinçonneuse, on n’a plus à se servir des documents qui ont servi à les établir. Pour coordonner les renseignements qu’elles représentent, par exemple pour savoir combien un commissionnaire a vendu d’un produit déterminé à telle maison pendant le mois de mars 1920, ou combien telle maison a acheté pendant une année, on place toutes les fiches dans une machine trieuse, préparée pour classer comme on le désire au moyen de tiges sélectrices placées convenablement. Cette machine prend les fiches l’une après l’autre et les répartit, suivant leurs perforations, dans des casiers ; il suffit de prendre les seules fiches d’un ou de plusieurs casiers, de les faire classer à nouveau par la machine, si cela est nécessité par la subdivision du classement qu’on
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- s’est proposé. Finalement, on n’a que les seules fiches qui répondent aux conditions imposées. Une troisième machine, la tabulatrice, dans laquelle on dépose ces fiches, les imprime en clair et exécute en même temps les additions, s’il y a lieu, en en imprimant le total.
- 15000 fiches peuvent être passées à l’heure dans la trieuse. Elle s’arrête d’elle-même quand la dernière fiche est classée; les machines sont mues électriquement; elles sont assez volumineuses et leur réglage est assez délicat; leur emploi ne se justifie donc que dans des cas particuliers. C’est ainsi que le Service de Santé a utilisé les machines Powers pour organiser ses centres de rééducation, de façon qu’ils pussent recevoir fructueusement des mutilés de la guerre affectés d’une impotence déterminée. Les mêmes machines permettent à un service anthropométrique de fournir en quelques minutes la fiche correspondant à un signalement donné et de savoir si la personne répondant à ce signalement a déjà été men-surée à ce Service. Il appartient évidemment à chaque entreprise de traduire les renseignements qui l’intéressent par les combinaisons de chiffres les mieux appropriées.
- M. Lambert, 190, boulevard Pereire, Paris (17e), expose une machine à additionner dite Calculalor et une machine Triurnph. Ce sont des appareils très portatifs, à chaînes ou à disques, qui exécutent les 4 opérations (la soustraction et la division par les compléments) et dans lesquels le report s’exécute automatiquement. En raison même de la simplicité et de la robustesse de leur construction, ces instruments sont indéréglables.
- M. André Leroy (Établissements Tavernier-Gravet), 19, rue Mayet,. Paris (6e), expose différents types de règles à calcul et notamment de règles Béghin.
- Jusqu’en 1900, on ne connaissait que deux formes principales de règles à calcul, l’une dite « règle ordinaire » et l’autre « règle Mannheim », du nom du colonel professeur à l’École polytechnique qui la fit construire vers 1851. Dans ce dernier modèle, la réglette, au lieu d’une graduation unique au recto, répétée supérieurement et inférieurement, porte les mêmes échelles que la règle, c’est-à-dire, en haut, deux échelles consécutives de 1 à 10 et en bas une échelle unique de 1 à 10, mais dont les divisions ont une longueur double de celle des échelles supérieures. Cette modification heureuse de la règle ordinaire a amené l’adjonction du très utile accessoire qu’est le curseur.
- En plus de ces deux types courants, il en existait un certain nombre d’autres offrant des avantages spéciaux, mais dont l'usage était moins commode dans la pratique ordinaire. Nous citerons la règle à échelles repliées de Mannheim, la règle Péraux à deux réglettes, la règle Tchérépachinsky construite à un seul exemplaire pour l’auteur, professeur à Moscou, les règles Bosramier, Gallice, Leven, etc.
- Ce fut en 1898 que parut la nouvelle règle due au professeur Béghin, de Roubaix. L’Exposition universelle de Paris de 1900 la fit connaître. Cette règle présente des perfectionnements très marqués sur les autres modèles et elle semble destinée à les remplacer si on n’a pas en vue certains calculs spéciaux. Par la réunion d’échelles décalées et non décalées et d’une échelle renversée, Béghin a obtenu les résultats suivants : résolution de toutes les opérations avec une approximation deux fois plus grande; résolution par un seul mouvement de la réglette, de la double
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- 044 LES MACHINES A CALCULER. -------- BULLETIN DE SEPTEMBRE-OCTOBRE 1920.
- multiplication, de la double division et des principales puissances entières et fractionnaires.
- La règle Bégliin porte également l’échelle des logarithmes, celle des sinus et des tangentes et un grand nombre de diviseurs spéciaux —inscrits sur la tranche pour ne pas gêner la lecture des divisions — et auxquels on se réfère au moyen de biseaux placés sur le curseur. Ce verso porte, outre de nombreuses données numériques et constantes usuelles, une table des trois derniers chiffres d’un carré qui permet d’obtenir exactement ceux de moins de 7 chiffres.
- Il se construit depuis quelques années un modèle proposé dès 1898 par l'auteur, il diffère du type ordinaire par.l’adjonction sur la règle même d’une double graduation de 1 à 10. c’est-à-dire de l'échelle des carrés qui n’existe dans les autres que sur le revers de la réglette; le retournement de celle-ci est par suite évité dans les opérations fréquemment rencontrées pour lesquelles on utilise cette échelle.
- M. Bégliin a aussi fait construire une règle trigonométrique spéciale pour les calculs d’astronomie et de navigation.
- Pour apprécier l’étendue du champ d'application des règles, il convient de remarquer que si l'on excepte certains calculs astronomiques ou physiques, ou encore des calculs financiers, il est souvent illusoire, ou inutile, de rechercher une
- |
- précision supérieure au fJ((j)((. les données n’étant pas connues avec plus d exactitude dans la pratique ordinaire. Avec la règle Béghin de 0,26 m, l’approximation
- 1 1
- relative est de 777—,; ordinairement elle ne dépasse pas 77777-, dans les autres modèles. bOO ouU
- E. Lemaire.
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- COMPTES RENDUS
- DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- CONSEIL D’ADMINISTRATION
- SÉANCE PUBLIQUE
- DU 5 JUIN 1920
- Présidence de M. Sauvage, vice-président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- M. Sauvage, vice-président, dit qu’il remplace aujourd’hui, pour présider cette réunion, notre président M. Lindet, actuellement à Mulhouse, où il représente notre Société au Congrès des Sociétés industrielles de France. Il explique comment l’Exposition de machines à calculer, anciennes et modernes, qui vient de s’ouvrir, a été organisée par la Société d’Encoura-gement. M. Malassis, un collectionneur d’appareils et instruments à calculer, inventeur lui-même de semblables instruments, bien connu de tous les constructeurs, nous a suggéré l’idée de faire cette exposition pour commémorer le centenaire de l’invention de la première machine à calculer vraiment pratique par Thomas, de Colmar. Notre Société a décerné à Thomas, en 1820, pour cette belle invention, sa grande médaille d’or. « Il a semblé à la Société d’Encouragement qu’on devait adjoindre à la Section rétrospective, comprenant les machines à calculer anciennes, les machines modernes,, pour les montrer, avec le haut degré de perfection et de spécialisation auquel elles sont arrivées aujourd’hui. Vous avez vu ou vous verrez qu’elles répondent pour ainsi dire à tous les besoins de l’industrie et du commerce et que leur emploi économise beaucoup de temps, d’argent et de fatigue cérébrale à tous ceux qui sont obligés de faire des calculs longs et nombreux.
- Je tiens à exprimer tous les remerciements de notre Société à M. le Ministre du Commerce qui, en la personne de son délégué, ici présent, M. Drouets, Directeur de la Propriété industrielle, a bien voulu inaugurer aujourd’hui cette intéressante exposition. »
- Je remercie aussi Mme Léon Bollée et M. de Ronseray, petit-fils de Thomas, d’avoir répondu à notre appel en assistant à cette séance où les noms de personnes qui leur sont chères seront cités certainement plusieurs fois et recevront le témoignage de l’admiration qui leur est due.
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- 646 LES MACHINES A CALCULER. --- RULLETIN DE SEPTEMRRE-OCTODRE 1920.
- M. M aurice d’Ocagne, professcur à l’Ecole polytechnique, fait une. communication sur Vhistoire des machines à calculer (1).
- C’est le mathématicien mécanicien espagnol Torres y Quevedo qui, pour la première fois, en 1900, dans un mémoire présenté à notre Académie des Sciences, a apporté la démonstration définitive et rigoureuse de ce fait que, n’importe quel calcul (calcul arithmétique, analytique, intégration des équations différentielles) peut être effectué par des procédés purement mécaniques. Le savant espagnol a prouvé matériellement cette possibilité en réalisant les machines à calculer les plus diverses (2).
- Cette idée était étrangère aux cerveaux du xvnc siècle; aussi l’invention de la première machine à calculer (fîg. 2, p. 615), en 1612, par un enfant de génie, âgé de dix-huit ans, Biaise Pascal, aidé d’un simple serrurier, apparut-elle alors comme une grande nouveauté. Pascal voulait simplement venir en aide à son père, surintendant du gouvernement de Haute-Normandie, dans la vérification de ses comptes. La machine de Pascal fut construite à un petit nombre d’exemplaires que Pascal vérifiait et réglait lui-même.
- La machine de Pascal semble aujourd’hui bien grossière et on peut dire qu’il y a autant d’écart entre elle et les machines actuelles qu’il y en a entre une autre invention de Pascal, les « carrosses à cinq sols », ancêtres de nos omnibus, et nos métropolitains souterrains.
- En 1841, apparaît l’additionneur du docteur Roth (voir p. 673), très perfectionné par rapport à celui de Pascal, car, automatiquement, il exécute le report des retenues, comme le font aujourd’hui presque toutes les machines modernes.
- La période contemporaine est caractérisée par l’emploi des additionneurs à touches, dont le mécanisme est tout différent des machines antérieures. L’invention, due à Schmidt, en 1851, s’est perfectionnée entre les mains d’un grand nombre de mécaniciens pour arriver au type moderne des machines Felt et Tarrant (1887) (fig. 34), et de Burroughs (1888) (fîg. 30 et 31).
- La combinaison des additionneurs à touches avec des enclenchements se prêtant à certains contrôles de comptabilité a donné naissance aux caisses enregistreuses: la première a été construite en 1883, à Dayton (Etats-Unis), par les frères Patterson.
- Les additionneurs à touches ont trouvé une application dans les machines à différences. Leur idée revient à Muller (1786). La première a été réalisée par le suédois Scheutz, en 1834. Elles permettent de calculer, par additions successives, les termes de n’importe quelle table numérique, même quand il ne s’agit pas de
- (1) Voir dans le présent numéro, à la page 'loi, le compte rendu in extenso de cette communication.
- (2) M. Torres y Quevedo, membre de l’Académie royale des Sciences de Madrid et directeur du Laboratorio de Automatica de Madrid, est l’inventeur q*e la célèbre machine à résoudre les équations et du joueur d’échecs automatique. Un exemplaire de la première machine, construite en 1904, est exposé au Laboratoire de Mécanique de la Sorbonne. Le joueur d’échecs automatique a été exposé à Paris au commencement de l’année 1914. Une description en a été donnée dans La Nature du 23 juin 1914. A l’Exposition de machines à calculer de la Société d’Encouragement, il a présenté pour la première fois en France, une machine qui, automatiquement, résout les quatre opérations arithmétiques fondamentales. La machine inscrit en clair, au moyen d’une machine à écrire ordinaire, l’opération posée par l’opérateur; elle exécute ces opérations dont elle écrit, en clair, le résultat, sans intervention de la volonté humaine. La description et le fonctionnement de cet arithmoinètre sont donnés en détails, par l’inventeur, à la page 088 du présent Bulletin.
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- polynômes algébriques, des tables de logarithmes, par exemple; il suffît alors de recourir au développement en série et de s’arrêter à un terme tel que la somme des termes suivants donne une différence négligeable. Les premières tables de logarithmes mises dans le commerce et calculées de cette façon datent de 1858.
- G est au financier Thomas, de Colmar, que revient, sans conteste, le très grand mérite d’avoir créé, dès 1820, le premier type à la fois pratique et robuste de machine à calculer,.vraiment industrielle, fonctionnant en toute sûreté (fig. 13, p. 621). Cette belle invention fixe le commencement de l’essor pris par les machines à calculer qui, jusque-là, n’avaient guère été que des objets de curiosité. Elle a été récompensée à cette époque par une grande médaille d’or de la Société d’Encourage-ment, et l’Exposition que cette Société a organisée, grâce à l’initiative du collectionneur Maiassis, inventeur lui-même, commémore le centenaire de cet événement. Le nombre de machines inspirées de l’arithmomètre de Thomas et des perfectionnements qu’il y a apportés, est devenu énorme : arithmomètre Maurel (fig. 5, p. 616), machine circulaire d’Edmondson, machine Madas (fig. 25, p. 633), calculatrice Fournier (fig. 18, p. 627).
- Jusque-là, les machines n’exécutaient que des additions. Quand on voulait exécuter une multiplication, par exemple dans la machine de Thomas, il fallait faire des additions successives : il fallait, par exemple, faire 7-1-4 = 11 tours de manivelle quand on voulait multiplier par 74. Il appartenait à un autre enfant génial de dix-huit ans, Léon Bollée, de réaliser vraiment, en 1888, la première machine à multiplier directement (fig. 9, p. 618), c’est-à-dire celle qui, pour multiplier par 74, par exemple, n’exige que deux tours de manivelle, c’est-à-dire autant de mouvements seulement qu’il y a de chiffres au multiplicateur. Il en est résulté une économie de temps considérable. La machine de Bollée, assez volumineuse, n’a été réalisée qu’à deux exemplaires : l’une appartient au Conservatoire des Arts et Métiers, l’autre à Mme Léon Bollée. Toutes deux figurent à l’Exposition : elles ne diffèrent guère que par des détails de construction.
- Chose remarquable, comme pour Pascal, c’est aussi pour venir en aide à son père qui, fondeur de cloches au Mans, avait un très grand nombre de calculs numériques à faire, que Léon Bollée inventa sa machine. Elle renferme, réalisée matériellement, une véritable table de Pythagore (fig. 10, p. 619). Dès onze ans, Léon Bollée avait déjà conçu et construit de ses propres mains de petites machines à calculer extrêmement ingénieuses (fig. 11 et 12, p. 619 et 620) et qui prouvent son génie de l’invention et de la mécanique. Léon Bollée en a réalisé d’autres; il a perfectionné sa machine de 1888 et il projetait de construire une machine à différences qui devait opérer sur des différences 27mftS, ce qui, pratiquement, correspond à une approximation pour ainsi dire infinie. Absorbé par son industrie, par les perfectionnements qu’il a introduits dans l’automobile, par la construction du premier moteur d’aviation qui servit en France aux frères Wright, Léon Bollée, qui mourut à l’âge de quarante-trois ans, ne put mettre son projet à exécution. Les idées de L. Bollée ont été appliquées par d’autres inventeurs qui ont pu même y ajouter quelques perfectionnements (machines Steiger, Millionnaire (fig. 23 et 24, p. 631).
- Les machines à calculer paraissent devoir surtout intéresser les hommes d’affaires, les financiers, les actuaires, les industriels, les commerçants, les ingénieurs, à qui elles font surtout économiser un temps aujourd’hui plus précieux que jamais.
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- Le prix de telle machine moderne, bien qu’encore assez élevé, spécialisée dans un travail, est remboursé dans les deux ou trois mois de son achat par l’économie d’appointements qu’elle fait réaliser sur le personnel.
- Les avantages des machines qui intéressent les savants ne sont pas du même ordre : comme la dernière machine de M. Torres, elles paraissent plutôt devoir économiser le travail intellectuel aux pionniers de la pensée. « Si nous voulons de plus en plus affranchir l’homme des soucis matériels, a dit Henri Poincaré, c’est pour qu’il puisse employer sa liberté reconquise à l’étude et à la considération de la vérité. » Pour le mathématicien, souvent très mauvais calculateur — les grands calculateurs ne sont pas loin souvent d’être des pauvres d’esprit (1) — le calcul est une opération tout à fait accessoire, fastidieuse. Entre les aptitudes du calculateur et celles du mathématicien, il y a la même différence qu’entre une exceptionnelle agilité des doigts sur le clavier d’un piano et le, don de la composition musicale. Il est donc absurde que le cerveau d'un homme intelligent se fatigue à exécuter des opérations arithmétiques, quand des machines peuvent exécuter ce travail beaucoup plus vite et mieux, car il peut alors employer son intelligence à des spéculations d’un ordre plus élevé et plus fécondes. La machine que le commandant Carissan expose pour la première fois en public est de ce type (2) : elle sert à résoudre pratiquement les congruences de nombres (par exemple résolution d’équations en nombres entiers, reconnaître si un nombre est premier, décomposer un nombre en ses facteurs); elle n’intéresse que les mathématiciens, les spécialistes. Elle ouvre la voie à un nouveau domaine où la mécanique peut rendre les plus grands services.
- E. L.
- M. Sauvage, vice-président. — Mesdames, Messieurs, en terminant sa conférence, M. d’Ocagne vous a remerciés de votre attention; je crois qu’il faudrait plutôt donner un petit tour de levier, comme à la machine de Thomas, pour faire l’opération inverse. C’est nous qui devons le remercier d’avoir su nous exposer d’une façon si claire et si agréable un sujet qui, en apparence, devait être aussi terriblement ingrat que celui des machines à calculer. Il a su nous indiquer les grandes lignes de ces inventions; il a su, dans une certaine mesure, nous faire voir certains principes mécaniques, en évitant les détails qu’il aurait été impossible de suivre, sauf pour des spécialistes. Je crois être votre interprète en le remerciant bien sincèrement et en le félicitant surtout de cet exposé tout à fait magistral qu’il vient de vous faire de la question, et que nous pourrons d’ailleurs lire dans notre Bulletin.
- Nous remercions également les inventeurs, les constructeurs, les collectionneurs et toutes les personnes qui ont pris tant de peine pour nous faire voir ces machines et nous apporter ici des pièces extrêmement rares, souvent des souvenirs de famille, que l’on n’aime pas en général à déplacer et à exposer en public.
- (1) Comme grands mathématiciens, qui furent en même temps d’habiles calculateurs, on ne connaît que quatre exceptions : Euler, Wallis, Gauss et Ampère.
- (2) Sa description et son fonctionnement sont donnés en détail à la page 600 du présent numéro
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- M. d’Ocagne a cité les noms des savants illustres, des constructeurs de ces machines si remarquables; nous avons également ici les représentants de plusieurs de ces constructeurs; qu’ils veuillent bien, au nom delà Société d’Encouragement, recevoir nos remerciements bien sincères pour la façon dont ils ont répondu à notre appel et donné à cette exposition un cachet tout à fait unique.
- Enfin, je remercie très vivement, au nom de notre Société, M. le Ministre du Commerce et M. Drouets, notre collègue, Directeur de la Propriété industrielle à son ministère, de la marque d’intérêt qu’ils ont bien voulu donner à notre exposition en venant l’inaugurer et en assistant à la conférence que vous venez d’entendre.
- La séance est levée à 18 h.
- SÉANCE PUBLIQUE
- DUT JUIN 1920
- Présidence de M. Lindet, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- M. le Président. — Je m’excuse de n’avoir pas été à mon poste, quand, avant-hier, s’est ouverte notre Exposition des Machines à calculer, et quand M. d’Ocagne a pris la peine de faire, sur le côté historique de cette exposition, une conférence, dont je n’ai pu entendre que les échos, mais échos des plus élogieux. J’étais retenu à Mulhouse, où je représentais, avec M. Haller, notre Société au Congrès des Sociétés industrielles de France. A côté des communications techniques fort intéressantes sur les mines de potasse d’Alsace, le coton colonial, les forces hydro-électriques du Rhin, etc., on y a discuté surtout des questions sociales : logements ouvriers, caisses de compensation pour familles nombreuses, chambres de métiers, loi de huit heures, groupement des forces patronales, etc. J’aurai soin prochainement de rendre compte, dans notre Bulletin, des travaux de cet important congrès (1).
- M. Paul Toulon, membre du Conseil et secrétaire de la Société d’Encouragement, fait une communication sur les machines à calculer et leurs applications dans /’organisation de Vindustrie et du commerce (2).
- L’industrie des machines à calculer est devenue aujourd’hui très importante. On en trouve plusieurs centaines de types, quelquefois plus de cent chez le même con-
- (1) Voir le Bulletin de juillet-août 1920 p. 522 : Le Congrès de l’Union des Sociétés industrielles de France (Mulhouse, 2-4 juin 1920), par M. L. Lindet.
- (2) Voir le texte in extenso de cette communication à la page 570 du présent numéro.
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- structeur, et chacune d’elles répond, en général, à un besoin, à un usage bien déterminé; les unes font les quatre opérations, d’antres n’en font guère que deux, ou en exécutent une de préférence, c’est-à-dire plus vite que les trois autres opérations, mais dans des conditions particulières, par exemple inscrivant ou non, et, quand elles inscrivent, opérant horizontalement ou verticalement. Quelques-unes se combinent à des machines à écrire, écrivant en même temps sur des registres ou des feuilles volantes, à plat ou sur un tambour cylindrique. Il y en a de portatives, d’autres qui sont de petits meubles assez faciles, il est vrai, à déplacer. Enfin, il y a des machines qui contrôlent et d’autres qui font des statistiques, par exemple au moyen de fiches perforées et qui totalisent les renseignements de môme nature, indiqués par perforation sur ces fiches.
- L’économie de temps, d’argent, de fatigue cérébrale que l’emploi de ces machines permet de réaliser est évidente. Cette économie s’impose à l’heure actuelle plus que jamais, au moment où les pays civilisés manquent de bras et où il faut réparer les ruines de la guerre. Leur emploi systématisé est du ressort de l’organisation méthodique des bureaux, soit de commerçants, soit d’industriels ou de techniciens. Mais il vient aussi faciliter l’organisation rationnelle de la production, du travail dans les usines, que ce soit par le taylorisme ou par le fayolisme, car cette organisation suppose toujours un travail préparatoire coûteux, comportant beaucoup de calculs, longs et fastidieux.
- M. Toulon signale un rapport, présenté en 1878, à la Société d’Encouragement, par le général Sebert, alors commandant, à propos de l’arithmomètre Thomas, dans lequel il se montre véritable prophète en signalant l’intérêt et les avantages de l’emploi des touches, emploi aujourd’hui généralisé sur tout un groupe de machines.
- Il est difficile de faire un classement méthodique satisfaisant des machines à calculer modernes en se basant sur le mécanisme, car certains modèles présentent des dispositions qui sont communes à des types très différents.
- Les machines américaines coûtent aujourd'hui de 2 500 à 20 000 francs. L’arithmomètre Thomas, à 16 chiffres, de 1878, coûtait 500 francs.
- C’est aux Etats-Unis surtout que l’industrie et l'emploi des machines à calculer ont pris un grand développement, quoiqu’il existe des constructeurs français dont les machines ne le cèdent en rien, comme ingéniosité, aux modèles américains. Mais les constructeurs américains sont des sociétés très riches et puissamment organisées. Une seule de ces sociétés, par exemple, en a construit pour 30 millions de dollars en 1919; elle possède trois usines, deux en Amérique, une en Angleterre; une de ces usines compte 8 500 ouvriers. Une autre compte sept filiales, a vendu pour 72 millions de dollars de machines, à la fin de 1919, emploie plus de 11 000 ouvriers. Le fait qu’elle a vendu pour plus de 33 millions de dollars pendant la seule année 1919, prouve avec quelle rapidité progresse l’emploi des machines à calculer aux Etats-Unis.
- Il convient de dire que ces grandes sociétés américaines ont une organisation commerciale extrêmement habile : elles savent combien, même aux États-Unis, pays du machinisme par excellence cependant, il faut lutter contre les préjugés, la routine. C’est ainsi qu’en môme temps que la ou les machines vendues, surtout la première, elles fournissent un opérateur, ou une opératrice, intelligents, habiles, formés dans une école spéciale, et qui tirent des machines tout le parti dont elles
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- sont capables. 11 en est résulté qu’une maison qui vendait 40 000 machines en 1913, en a vendu 120 000 en 1919. La rapidité de cette progression prouve la réalité des services rendus et fournit une indication sur l’avenir des machines à calculer.il n’est pas douteux que leur emploi suivra une évolution analogue à celle des machines à écrire, auxquelles, par exemple, au début, on contestait la possibilité d’écrire plus vite qu’à la main, ce qui, en admettant que ce fût vrai, négligeait, en particulier, tous les avantages de l’impression sur l’écriture, et la possibilité d’imprimer simultanément plusieurs exemplaires identiques.
- Il importait donc'de faire connaître au public français à quel degré de perfectionnement et de spécialisation sont parvenues les machines actuelles, et c’est pourquoi il convient de remercier M. Malassis d’avoir suggéré à la Société d’Encourage-ment l’idée de l’exposition qui vient de s’ouvrir, et cela à l’occasion du centenaire de l’invention de la première machine à calculer vraiment pratique, industrielle, par Thomas de Colmar, en 1820. C’est Thomas qui a ouvert la voie et conduit à l'admirable développement dont nous ne constatons aujourd’hui probablement que la première phase.
- E. L.
- M. le Président. — Notre dévoué collègue, M. Paul Toulon a eu parfaitement raison de dire que les machines à calculer font partie de l’arsenal qui assure l’organisation scientifique du travail; celle-ci, d’après la définition de M. H. Le Chatelier, a pour but d’augmenter le rendement du travailleur sans accroître sa fatigue, ce qui s’obtient par la suppression des temps perdus et le perfectionnement de l’outillage. L’effort cérébral du calculateur est aussi respectable que l’effort musculaire de l’ouvrier, et l’outil mécanique, améliorant le rendement, a droit de cité aussi bien à l’atelier qu’au bureau.
- Voilà ce que notre Société a compris bien avant que l’on ne parlât de taylorisme, puisqu’en 1820, elle récompensait Thomas de Colmar, et ju’en 1889 un autre protagoniste des machines à calculer, le général Sebert, nous faisait connaître la machine de Léon Bollée.
- M. Toulon et M. Lemaire, notre agent général, ont renoué la tradition en organisant l’exposition que le public est appelé à admirer. M. Toulon a voulu faire davantage. 11 nous a montré comment nos constructeurs ont interprété les principes sur lesquels reposent les premières machines à calculer, et que le savant M. d’Ocagne nous a exposés.
- Nous devons cette manifestation à M. Malassis, qui, après en avoir soumis l’idée dans une lettre qu’il adressait à la Société d’Encouragement, en novembre 1919 (1), défendit si bien la cause des machines à calculer lors d’une visite, qu’il nous fit plus tard, que MM. Lemaire et Toulon proposèrent au Conseil de fêter le centenaire de l’invention de Thomas, de Colmar, par une exposition de toutes les machines susceptibles de faire exécuter mécanique-
- (1) Voir celte lettre à la page 546 du présent numéro.
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- ment les calculs courants. Vous avez pu admirer la partie principale de l’admirable collection, rassemblée par AI. Malassis avec une rare patience et une technique consommée. Au nom de notre Société, je le remercie de son heureuse initiative et du bienveillant et dévoué concours qu’il nous a apporté dans la réalisation d’une idée qui est sienne. .J’adresse aussi nos remerciements à nos deux collègues, AI. P. Toulon et AI. Lemaire; à AI. Uavisse, directeur de Mon Bureau, qui nous a mis en rapport avec les exposants de machines modernes, et aux exposants eux-mêmes, surtout à ceux qui, uniquement préoccupés d’apporter leur contribution à l’œuvre entreprise, nous ont confié des appareils précieux; à AI. Gabelle, directeur du Conservatoire national des Arts et Métiers ; à AI. Torres; au commandant Carissan; à Aime Léon Bollée, à AL de Konserav, petit-fils de Thomas de Colmar; à AI. Da rras, constructeur des arithmomètres Thomas actuels.
- Espérons que nos industriels et nos commerçants sauront apprécier et utiliser les machines exposées, et que nos constructeurs trouveront, dans cette manifestation dont 1 initiative revient à MAI. Alalassis, Toulon et Lemaire, et l’exécution, à notre Société, l’occasion de développer une industrie, née en France, et qui a conservé, dans notre pays, de profondes racines.
- La séance est levée à 18 h. do m.
- SEANCE PUBLIQUE
- DU 26 JUIN 1 920,
- Présidence du Général Sebert, membre de l’Institut et du Conseil de la Société; d’Encouragement.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Sont présentés pour devenir membres de la Société et admis séance tenante :
- AI. Gonzalez (Hijinio), ingénieur civil, ancien élève de l’Ecole des Ponts et Chaussées de Paris, Correo Casilla n° 1790, Santiago (Chili), présenté par AL A. Carnot;
- AI. AI ALRICE (Franklin), ancien élève de l’Ecole polytechnique, directeur technique de la Compagnie lleal (machines cà calculer), 59, rue de Bichelieu, Paris (2°), présenté par AL Paul Toulon;
- La Felt et Tarrant Co., machines à calculer Comptcmeter, 9, avenue de l’Opéra, Paris (1er), présentée par Al AI. Paul Toulon et Lemaire;
- AL Au brun (André), à Bourges (Cher), présenté par AL Lemaire;
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- MM. A. Roux et Marc Deléamont, machines à calculer, 80, rue Taitbout, Paris (9e), présentés par MM. Toulon et Lemaire;
- M. Besson (Henri), Ingénieur civil des Mines, chef de service aux usines de Wendel, à Erzange, par Hayange (Moselle), présenté par MM. Millet et Lœbnitz.
- M. Bâclé, vice-président. — Notre dévoué président, M. Lindet., l’infatigable missionnaire de notre Société, est actuellement à Rome où il s’est rendu pour la représenter à la Conférence internationale de Chimie (1); il m’a chargé de vous demander de vouloir bien l’excuser aujourd’hui.
- En son absence, notre éminent collègue, M. le général Sebert, membre de l’Institut, a bien voulu accepter de présider notre réunion pour remercier en votre nom M. Torres y Quevedo, l’éminent mathématicien, correspondant de notre Académie des Sciences, qui veut bien nous parler aujourd’hui de la curieuse machine automatique à calculer dont il est l’inventeur et que vous avez admirée à notre exposition. M. le général Sebert, qui est lui-même un savant mathématicien, était en effet tout indiqué pour apprécier l’œuvre de M. Torres y Quevedo, pour nous montrer la difficulté de la tâche qu’il a osé aborder et l’importance du résultat obtenu.
- Vous connaissez déjà le deuil cruel qui vient de frapper notre Société par la mort de l’un de ses vénérés doyens qui était en même temps l’un de ses anciens présidents, M. Adolphe Carnot, Inspecteur général des Mines, membre de l’Institut.
- Il a succombé dimanche dernier, à l’âge de quatre-vingt-deux ans, après une courte maladie.
- Ce grand savant, qui portait si dignement un nom célèbre à la fois dans l’histoire de notre pays et dans celle de la science, fut en même temps un grand patriote et un homme de bien; il est mort entouré de l’estime et de l’admiration universelles, emportant avec lui les regrets unanimes de tous ceux qui l’ont connu.
- Des voix autorisées parlant au, nom du Gouvernement, au nom de l’Alliance démocratique, au nom de l’Académie des Sciences, de l’Académie d’Agriculture, de l’École des Mines, du Corps des Mines et de la Société du Gaz de Paris, ont retracé devant sa tombe son existence laborieuse et féconde, et rappelé les services qu’il a rendus dans tous les ordres d’activité auxquels il s'est consacré : comme citoyen, l’influence heureuse qu’il a exercée sur l’Alliance dont il était le président; comme professeur et directeur de l’École des Mines, l’affectueux intérêt qu’il portait à ses élèves; comme savant agro-
- (1) Voir le compte rendu de cette conférence clans le Bulletin de juillet-août 1920, p. 529.
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- nome et industriel, les progrès qu’il a su réaliser en chimie, par exemple, par la création de nouvelles méthodes analytiques répondant aux besoins de l’industrie.
- C’est cette même préoccupation de faire profiter notre industrie nationale des découvertes scientifiques qui l’inspirait tout spécialement dans la collaboration qu’il apportait aux travaux de notre Société. Il était pénétré en effet de l’importance du rôle que la science est appelée à jouer dans l’industrie, et, au Comité des Arts chimiques, comme dans la présidence de notre Société, il a contribué de toute son autorité à orienter dans cette direction les efforts et les travaux des chercheurs afin de les amener à étudier scientifiquement, dans l’intérêt général, les questions non encore résolues qui se posent dans la pratique industrielle.
- Tous nos collègues et spécialement ceux du Comité des Arts chimiques ont pu apprécier l’étendue de ses connaissances, l’autorité de sa parole, où nous trouvions tant de sagesse alliée à tant de modestie, l’aménité et le charme de ses relations, le sentiment de bienveillance qui inspirait tous ses actes. Je suis certain d’être votre interprète à tous en disant qu’il emporte nos regrets unanimes, qu’il laisse parmi nous un vide qui sera difficilement comblé, et que son nom restera en première ligne parmi ceux des collègues éminents que notre Société est hère d’avoir compté dans ses rangs.
- M. B aglé, vice-président. — J’ai le plaisir de vous annoncer que Al. Kamerlingh Onxes (Heike), membre correspondant de notre Société, au titre du Comité des Arts économiques, depuis 1913, a été nommé récemment membre correspondant étranger de l’Académie des Sciences où il succède à Sir William Crookes, qui était aussi un de nos membres correspondants. Profitant de son passage à Paris, notre éminent collègue a bien \Toulu, aujourd’hui, assister à cette séance et prendre place au Bureau. Je lui souhaite la bienvenue au nom de toute notre Société.
- M. Kamerlingh Onnes est. depuis de longues années, professeur à l’Université de Leyde (Pays-Bas). Il y a créé et y dirige encore le Laboratoire cryogénique. C’est là que, le premier, en 1908, il a réussi à liquéfier l’hélium. Cet établissement est unique; tous les savants du monde s’y sont rendus et s’v rendent encore pour étudier les propriétés des corps aux très basses températures, en collaboration de M. Kamerlingh Onnes et de la pléiade de savants qui l’entourent. Nous sommes heureux de la nouvelle distinction qui vient d’être accordée à notre sympathique correspondant, un francophile, et nous sommes heureux de pouvoir lui adresser de vive voix les félicitations de notre Société pour la distinction dont il vient d’être l’objet.
- Je ne crois pas être indiscret en vous faisant savoir que notre Société
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- avait devancé l’Académie des Sciences en s’attachant M. Torres y Quevedo comme membre correspondant étranger. La proposition en a été faite par notre Comité des Arts économiques, mais, d’après notre règlement intérieur, elle doit être ratifiée par notre Conseil réuni en comité secret, ce qui n’a pas pu encore être fait. Nous regrettons particulièrement ce respect peut-être un peu exagéré des traditions auxquelles notre Société est vivement attachée, car elle nous prive du plaisir de le saluer ici, dès maintenant, comme un de nos membres correspondants. Et nous le félicitons de la nomination analogue dont il vient d’être l’objet de la part de notre Académie des Sciences.
- Le général Serert, président, rappelle que M. Torres y Quevedô est l’inventeur de machines extrêmement curieuses, très différentes de celles qu’on a construites avant lui, car celles-ci sont animées généralement de mouvements continus, tandis que les siennes ne sont en mouvement que pendant des instants très courts, ces mouvements saccadés étant obtenus automatiquement et comme conséquence d’autres mouvements exécutés antérieurement par la machine. Tel est le cas pour son joueur d’échecs automatique et son arithmomètre électromécanique. Il a systématisé ce genre d’études et le Gouvernement espagnol a créé pour lui, à Madrid, un Laboratoire d’Automatique qu’il subventionne et qui compte une cinquantaine de collaborateurs placés sous sa direction. M. Torres, Ingénieur des Ponts et Chaussées en Espagne, s’est fait remarquer par d’autres inventions et notamment par un dirigeable. C’est un francophile d’avant la guerre; pendant les hostilités, il est venu apporter son précieux concours à notre Direction des Inventions dès qu’elle fut créée.
- M. Torres y Quevedo, membre de l’Académie royale des Sciences de Madrid, membre correspondant de l’Institut de France, fait une communication sur son arithmomètre électromécanique (1).
- L’arithmomètre électromécanique n’a aucun rapport avec la plupart des machines ordinaires, qu’on pourrait appeler algébriques, et qui sont des applications de la cinématique telle qu’Ampère l’a définie. Il en est même tout le contraire car, lorsqu’une machine traite des nombres, les liaisons varient à chaque instant et les mouvements sont saccadés.
- Cette machine, comme le joueur d’échecs, est une application spéciale d’une nouvelle mécanique qui, jusqu’à présent, n’avait pas de place marquée dans les sciences appliquées et à laquelle M. Torres a donné le nom d'automatique.
- Sans doute, dans certains mécanismes, des liaisons sont établies ou supprimées à chaque instant, mais cela est assez exceptionnel. Quand ces mécanismes sont industriels, de plus en plus, on tend à faire exécuter automatiquement ces changeai) On trouvera le texte in extenso de cette communication à la page 588 du présent numéro.
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- ments de liaison par la machine elle-même plutôt que par un homme. Cela est-il possible dans tous les cas? Les facultés mentales interviennent plus ou moins dans toutes les opérations humaines : on conçoit donc que, si on connaît d’avance toutes les conditions imposées à un mécanisme, théoriquement, la volonté humaine peut ne pas intervenir du tout pendant son fonctionnement, quelque compliqué que soit le mécanisme. Le joueur d’échecs en est la démonstration pratique car tous les mouvements des pièces obéissent à des règles. Le calcul arithmétique est l’opération-type du ressort de l’automatisation, mais l’automatisation est beaucoup plus générale que le calcul mécanique.
- L’arithmomètre électromécanique se compose :
- 1° D’une machine à écrire ordinaire qui peut, par la manœuvre d’un commutateur, fonctionner comme telle et qui est réunie, par des canalisations électriques, à :
- 2° Une machine opératrice.
- Yeut-on, par exemple, lui faire exécuter une multiplication, on frappe sur la machine à écrire, successivement et dans leur ordre, les touches des chiffres du multiplicande, puis la touche du signe X, de même, les touches des chiffres du multiplicateur.
- En même temps l’opération ainsi posée s’écrit sur la machine.
- Au bout de quelques instants, la machine écrit le signe = et, à la suite, les chiffres du produit.
- Les quatre opérations arithmétiques s’exécutent de façon analogue; il suffît de frapper à volonté sur les signes -K —, : . Le résultat de l’opération s’écrit de même en ligne horizontale. Dans le cas de la division, le reste s’inscrit à côté du quotient. Par la manœuvre d’un commutateur, l’addition peut se faire par colonnes verticales sans qu’il soit nécessaire d’appuyer sur la touche du signe-b : il suffit d’écrire les nombres à additionner les uns au-dessous des autres, les unités de même rang sur une même verticale. Le total s’écrit au-dessous du dernier nombre posé presque aussitôt après qu’il a été écrit.
- M. Torres décrit l’organisation et explique le fonctionnement de sa machine dans le cas d’une division. Elle comprend des éléments d’appareils qu’il appelle des opérateurs; ces opérateurs ayant été traversés par un courant, dont la production dépend du mouvement antérieur d’une autre pièce, donnent naissance, grâce à des électro-aimants, à la production d’un autre courant qui agit sur une autre pièce à laquelle ils donnent un mouvement déterminé. Cette autre pièce peut être d’ailleurs quelconque : un levier, un tiroir, lin arbre. En somme, la machine détermine le mouvement à exécuter par une sorte de méthode trichotomique; puis elle exécute elle-même ce mouvement.
- Le conférencier cite un exemple d’application industrielle possible d’automatisation. La difficulté n’est pas dons la théorie mais dans la réalisation pratique qui doit se faire avec le minimum d’organes. C’est ainsi qu’on peut fréquemment commander une même manœuvre par plusieurs conducteurs et inversement un même conducteur peut commander plusieurs manœuvres distinctes.
- L’arithmomètre actuel est simplement un appareil de démonstration qui ne peut traiter que des nombres de 6 chiffres au plus. On conçoit qu’il est possible de cons truire un appareil traitant des nombres aussi grands que la pratique l’exige. Un semblable appareil est susceptible d'applications pratiques intéressantes : il pourrait
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- être disposé dans un poste central, relié par des canalisations électriques pouvant atteindre plusieurs kilomètres de longueur, à des postes d’abonnés chez qui ne se trouverait que la machine à écrire. S’abonneraient ceux qui ont besoin de faire fréquemment des calculs; ils les demanderaient au poste central comme on demande la communication téléphonique.
- Le général Sebert, 'président, remercie M. ïorres de son intéressante communication qui trouvera sa place dans notre Bulletin. Il annonce que le commandant Carissan a pu profiter d’un moment de liberté et venir exprès de Rennes pour exposer lui-même le fonctionnement de sa machine; nous l’en remercions vivement et nous nous excusons auprès de lui de n’avoir pas annoncé cette communication, en ne la faisant pas figurer à l’ordre du jour de notre séance, dans l’incertitude où nous étions de la possibilité de son voyage à Paris. C’est en 1913 que le commandant Carissan, alors lieutenant, a imaginé et construit la première machine à résoudre les congruences. Le dernier modèle de cette machine date de cette année. C’est ce modèle qu’il va nous présenter. Cette machine, qui a figuré à notre Exposition et qui en a été une des attractions, a été construite par MM. Château frères, de Paris.
- Le commandant Carissan fait une communication sur sa machine à résoudre les congruences (1).
- Elle est une application de la théorie des congruences et des méthodes de M. André Gérardin, de Nancy.
- L’équation f(x) = o(y) où f et », à coefficients entiers, sont de degré quelconque en x et en y, comporte une infinité de solutions si x et y peuvent être quelconques. Mais elle peut admettre un nombre fini ou infini de solutions entières. C’est à la recherche de ces dernières que s’applique l’investigation automatique.
- A cet effet, on remplace l’équation susdite par les conditions que l’une des variables doit remplir par rapport à des diviseurs ou « modules » pour que l’autre variable puisse avoir, en même temps qu’elle, une valeur entière. Cette étude rejettera comme impossibles les valeurs de x qui seraient, par exemple, multiples de 5 plus 2, ou plus 3; multiples de 7 plus 1 ou plus 4..., et acceptera comme possibles les autres. Une machine basée sur ce principe aura alors pour rôle de juxtaposer les conditions afférentes à chaque module, de soumettre la suite naturelle des nombres à un criblage, et d’avertir l’opérateur lorsqu’un nombre satisfera simultanément à toutes les conditions.
- La machine du commandant Carissan réalise ce criblage de la manière
- (1) Voir le texte in extenso de cette communication il la page 600 du présent numéro. Tome 132. — 2° semestre. — Septembre-Octobre 1920. 52
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- suivante : chaque module est représenté par une couronne dentée; toutes les couronnes modulaires peuvent être mises en mouvement concentriquement à des vitesses périphériques égales. Elles portent des broches, sur certaines desquelles sont enfilées des coiffes représentant les possibilités. Lorsque toutes les broches d’un rayon fixe de leur plan ne comportent que des coiffes, il y a « solution », ce dont l’opérateur est averti électriquement, le circuit avertisseur étant fermé par les coiffes elles-mêmes. La solution est alors lue sur un compteur.
- La machine peut résoudre des problèmes d’arithmétique supérieure qui, pratiquement, sont insolubles en raison du nombre considérable de calculs auxquels on serait obligé, par exemple : reconnaître si un nombre donné est premier; si 231 — i est premier; décomposer un nombre en ses facteurs premiers.
- La durée de marche de la machine avant qu’elle n’indique une solution est indéterminée. S’il n'y a pas de solution, il est bien évident que, théoriquement, on doit faire tourner la machine indéfiniment. Pratiquement, on a constaté que des problèmes du genre qui précède, posés pour des nombres de 13 à 27 chiffres, ont été résolus en moins de vingt minutes. La machine ne comportant pas un nombre indéfini de couronnes, mais une vingtaine seulement, peut fournir des solutions parasites, mais la probabilité d’une solution parasite est très faible. D’ailleurs, toute solution trouvée doit être essayée.
- M. Carpentier suggère une modification qui pourrait être apportée à la machine : on pourrait commander son mouvement par un petit moteur électrique qui s’arrêterait automatiquement au passage d’une solution; on n’aurait plus besoin de tourner une manivelle, ni de coiffer un casque d’écouteur, ni même de rester auprès de la machine. Quand il n’y a pas de solution, un mécanisme pourrait l’arrêter automatiquement, après une heure de marche, par exemple.
- Le commandant Carissan dit que ce perfectionnement lui parait très désirable et assez facile à réaliser.
- Le général Sebert, président, remercie les deux conférenciers qui ont bien voulu décrire d’une manière si intéressante deux types de machines extrêmement nouveaux et qui ouvrent la voie à tout un domaine d’applications de la mécanique au calcul qui, jusqu’ici, ne semble pas avoir encore été exploré.
- M. Kamerlingii Onnes, membre correspondant, dit que, bien qu’ayant été
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- nommé membre correspondant de la Société en 1913, c’est seulement aujourd’hui que, pour la première fois, il lui est possible d’assister à ses travaux et de se rendre compte des raisons pour lesquelles une Société industrielle comme la nôtre a pu songer à récompenser en lui des travaux d’un caractère aussi purement scientifique que ceux des très basses températures. Il en a été fort touché et il en exprime toute sa reconnaissance. 11 comprend mieux ce choix aujourd’hui, après avoir entendu les deux intéressantes communications qui viennent d’être faites : la Société d’Encoura-gement sait qu’il n’y a pas de ligne de démarcation entre la science pure et ses applications industrielles, et c’est pourquoi, justifiant le nom, qui lui a été souvent donné, d’Académie de Science industrielle, elle est si accueillante pour la science pure.
- La séance est levée à 18 h. 45 m.
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- EXTRAITS DU BULLETIN
- DE LA
- SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT POUR L’INDUSTRIE NATIONALE (1)
- Bulletin de février 1822 (e. 33 a 36).
- ARTS MÉCANIQUES
- Rapport fait par M. Francoecr, au nom du Comité des Arts mécaniques, sur la machine à calculer de M. le chevalier Thomas, de Colmar, directeur honoraire de la Compagnie d’assurance du Phénix, rue de l'Echiquier, n° 33, à Paris.
- Messieurs, vous nous avez chargés, M. Bréguet et moi, d'examiner une machine que vous a présentée M. Thomas, et qu’il nomme arithmomètre. Elle est formée de diverses roues d’engrenage, faisant mouvoir des chiffres; l'auteur la destine à faire toutes sortes de calculs arithmétiques : c’est de cet examen que je vais avoir l’honneur de vous rendre compte.
- La première de ces machines qu’on connaisse est celle que Pascal inventa à Page de 19 ans; elle était fort compliquée, sur-tout lime de ses pièces qu'il nommait le sautoir. On a depuis imaginé sur ce modèle diverses conceptions de même nature; celle de l'Epine et celle de Boistissandeau ont mérité d’ètre approuvées par l’Académie des Sciences. On trouve dans l’ancienne Encyclopédie la description de celle de Diderot. Le défaut de toutes ces inventions est de ne se prêter qu’à des calculs très-simples : dès qu'il s'agit de multiplier, il faut convertir l’opération en une suite d’additions; ainsi, pour obtenir 7 fois 648, on est obligé d’ajouter d'abord 648 à lui-même, puis la somme à 648, celle-ci encore à 648, etc., jusqu'à ce que 648 ait été pris 7 fois. A quelles longueurs ne faut-il pas se soumettre lorsque le multiplicateur a deux ou trois chiffres? Il est vrai que ces machines se prêtaient aux calculs des sous et deniers qui compliquaient la question; mais les autres subdivisions complexes y échappaient. Toutes ces machines sont aujourd’hui tombées dans l’oubli, et on ne les regarde que comme des conceptions plus ou moins ingénieuses.
- Celle de M. Thomas ne ressemble nullement aux autres; elle donne de suite les résultats du calcul, sans tàtonnemens, et n'est faite à l'imitation d’aucune des premières. Il est certain que M., Thomas n’avait pas connaissance de celles-ci lorsqu’il imagina la sienne, et qu’il n’a pu s'aider des travaux de ses prédécesseurs. lia même successivement employé et abandonné plusieurs mécanismes qui ne remplissaient pas assez bien leur objet, avant de s'arrêter à celui qu'on voit dans la machine pour laquelle il sollicite le suffrage de la Société d’Encouragement.
- (1)11 n’est donné ici que les extraits des principaux articles sur les machines à calculer parus dans les numéros anciens du Bulletin de la Société d’Encouragement pour l'Industrie miliona'e; leur liste complète est donnée en A p. 739 et en B p. 741 du présent numéro. Ces numéros sont épuisés jusqu'en 1899 inclus, mais on peut encore se procurer quelques années entières du Bulletin jusqu’à cette date.
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- La machine de M. Thomas sert à faire non-seulement toutes les additions et soustractions, mais encore les multiplications et divisions des nombres entiers ou affectés de fractions décimales. Lorsqu’on veut multiplier 048 par 7, on place les indicateurs du multiplicande sur les chiffres 6, 4 et 8, et celui du multiplicateur sur 7, et ensuite on tire un cordon. La machine entre enjeu; lorsqu'on sentun arrêt, on cesse de tirer, et on lit de suite le produit 4 536 sur la tablette de l’instrument. Le multiplicateur a-t-il plusieurs chiffres, on répète autant de fois la même opération pour chacun : ainsi, pour multiplier par 537, on imite ce qu’on fait avec la plume dans le procédé accoutumé; savoir, on multiplie par 7, puis par 30, puis par 500. En trois coups de cordon on arrive au produit; seulement on déplace à chaque fois le chariot ou la tablette, pour imiter ce qu’on fait quand on recule le produit d’un rang à gauche. La multiplication et l’addition se font à-la-fois et du même tirage.
- Pourvu que le produit n'ait pas plus de 6 chiffres, on le trouvera avec facilité ; mais rien n’empêche d’étendre l’usage de l’instrument à 7, 8 chiffres et plus, selon les besoins. M. Thomas se propose d’en faire fabriquer dans ce but : il faudra seulement employer un ou deux rouleaux de plus, ce qui n'offre aucun embarras. Le mouvement de la main qui donne le produit ressemble assez au cordon de sonnette qu’on tire pour faire résonner l’heure à une pendule à répétition; ici le produit est indiqué aux yeux, au lieu de l’être à l'oreille.
- La division n'étant que l’inverse de la multiplication, on conçoit qu’elle s’exécute avec la même aisance et par le même moyen.
- La plus grande difficulté qu’on rencontre dans l’invention de ces instrumens, difficulté contre laquelle le génie même de Pascal a échoué, et qui, jusqu’ici, a si fort restreint l'usage de ces machines à calculer, c'est de faire porter les retenues sur le chiffre à gauche. Dans la multiplication de 8 par 7, on ne pose pas le produit 56, mais seulement le chiffre 6, parce qu’on reporte les cinq dixaines sur le produit prochain. Le mécanisme par lequel M. Thomas opère ce passage est extrêmement ingénieux; ce report se fait de lui-même, sans qu'on y songe. Pour multiplier 648 par 7, l’opérateur tire l,e cordon sans s'embarrasser s'il y a ou non des chiffres à retenir, sans même savoir ce que c'est, et il lit de suite le produit 4536.
- Il est réellement impossible de combiner mieux les agens de l'instrument qui vous est présenté et de surmonter les embarras du sujet. Ainsi, à considérer cette machine sous le rapport du mérite d’invention, et sous celui de la difficulté vaincue, vous ne balancerez pas à lui accorder votre suffrage. Il reste à l’examiner sous celui de l’utilité. Sans doute, au milieu du tumulte des affaires, il est avantageux d’avoir un instrument que rien ne trouble ni ne préoccupe, que le bruit et le mouvement n’inquiètent pas, et qui donne facilement les résultats numériques désirés, sans avoir à craindre les erreurs si fréquentes et si dangereuses. La machine, suivant M. Thomas, doit rendre d’importans services dans les comptoirs, les banques, les bourses, et tous les lieux où des calculs fréquens et rapides sont nécessaires. L’auteur pense que dans les grandes maisons de commerce ou de banque, lorsqu’au bout de la journée on a exécuté un grand nombre d’opérations diverses, comme il importe d'être certain de l’exactitude des calculs, on pourra charger un domestique de manœuvrer sa machine à calculer, pour obtenir toutes les vérifications.
- Vos Commissaires ne peuvent juger si ces présomptions sont fondées; c’est à l’expérience à décider cette question. Ce qu’ils reconnaissent, c’est que la machine est très-jolie et très-ingénieusement conçue, et qu’elle remplit très-bien sa destination; mais ils doivent avouer qu'elle sera toujours d’un prix élevé, qu’elle peut se déranger ou s’user rapidement, qu’elle ne fait les calculs des fractions qu’après les avoir ramenées aux décimales : ce qui conduit souvent à des longueurs, à des approximations moins rigoureuses, enfin à l'emploi de plus de chiffres qu’il ne convient pour l'usage même de la machine.
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- S E P T E M BIIE - 0 C T 0 BI i E i 9 20.
- 662 EXTRAIT DU BULLETIN DE NOVEMBRE 1822. --------------
- Il n'y a aucune comparaison à faire entre cette nouvelle invention et les règles à calculer. Gomme ces dernières sont basées sur le système des logarithmes, les additions et soustractions sont impossibles avec ces règles; et comme ces deux opérations se mêlent à chaque instant aux autres dans les affaires de commerce, les tables de logarithmes n’y peuvent servir avec avantage. Par cette raison, l’usage des règles à calculer, si recommandable d’ailleurs sous d’autres rapports, est restreint sous celui-ci. En outre elles n’ont une précision que de trois chiffres, tandis que la machine de M. Thomas en a six, et peut en avoir sept, huit ou plus, et fait successivement toutes les additions, soustractions, multiplications et divisions qui se présentent. D’un autre côté, les règles sont à très-bon compte et portatives, ce qui manque à cette machine. Il en faut conclure qu’on ne doit établir aucune sorte de parallèle entre ces deux genres d’instrumens.
- Vos Commissaires vous proposent, Messieurs, d’accorder votre approbation à la machine de M. Thomas, dont la conception est très-ingénieuse, et de la faire graver pour l’insérer au Bulletin ainsi que le présent rapport.
- Signé : Francoeur, rapporteur.
- Adopté en séance. le 26 décembre 1821.
- Bulletin de novembre 1822 (p. 335 a 365).
- ARTS MÉCANIQUES
- Description d’une machine à calculer nommée Arithmomètre, de l’invention de M. le chevalier Thomas, de Colmar; par M. Hoyau.
- C’est en cherchant à remplacer l’adresse ou l’intelligence par des procédés mécaniques que l’on est parvenu à perfectionner les arts utiles, à augmenter la quantité des produits, à en diminuer le prix, et à répandre sur toutes les classes de la société les bienfaits de l’industrie; mais si quelques opérations manuelles ont été suppléées avec succès par des mécanismes ingénieux, il semble bien difficile de substituer à des raisonnemens fondés sur des théorèmes scientifiques des moyens purement mécaniques, et d’en obtenir les conséquences.
- Cependant, de toutes les sciences créées par l’intelligence humaine, les mathématiques sont celles qui offraient le plus de chances de succès, puisque c’est du calcul que l’on déduit les combinaisons mécaniques, et que, par un juste retour, ces combinaisons devaient offrir les résultats du calcul : aussi les philosophes de tous les âges se sont-ils exercés à rendre plus facile l’application des mathématiques aux usages de la vie, soit en simplifiant les raisonnemens de la science, soit en les remplaçant par des opérations manuelles qui soulageaient l’intelligence ou tout au moins la mémoire. Ainsi les Orientaux calculaient avec des grains enfilés sur des broches parallèles ; les Romains employaient des jetons; enfin, pour plus de simplicité, on a fait usage des doigts, et toutes ces méthodes apportaient plus ou moins de facilité dans les opérations; mais de tous les modes abréviateurs le plus puissant et le plus fécond est, sans contredit, celui qui est dû à l’invention des logarithmes. Par leur usage, on ramène les opérations d’un ordre supérieur à celles dont les résultats sont les plus faciles à trouver; et des calculs pénibles, longs et sujets à des erreurs fréquentes, par la fatigue qu’ils font éprouver, ont été remplacés par des raisonnemens si simples, que les erreurs deviennent presque impossibles, si l’on y porte la plus légère attention; enfin, la réduction des logarithmes en lignes a donné naissance à des instrumens portatifs d’une simplicité admirable et d’un
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- emploi tellement facile, que l’on doit justement s’étonner de ne pas voir répandre avec plus de rapidité, en France, l’usage de la règle ou des cercles logarithmiques (1), tandis que, dans toute l’Angleterre, il n’est peut-être pas un seul constructeur auquel cet instrument ne soit familier.
- Mais tous ces moyens exigent encore des connaissances scientifiques ou ne donnent que le résultat de certaines opérations : ainsi la règle logarithmique ne peut servir ni pour l’addition ni pour la soustraction.
- Enfin Pascal essaya de remplacer par des moyens purement mécaniques les différentes opérations de l’arithmétique; mais la machine qu’il composa était extrêmement compliquée, et laissait encore à désirer pour quelques opérations plus de simplicité et plus de promptitude.
- Si l’on pouvait assigner des bornes à nos facultés intellectuelles, il semblerait que tant de moyens déjà découverts pour arriver à calculer mécaniquement ont épuisé les recherches en ce genre, et qu'il ne reste plus rien à faire après les savans célèbres de tous les pays, qui se sont occupés de cet objet.
- Cependant M. le chevalier Thomas, de Colmar, est parvenu à vaincre toutes les difficultés, et à composer une machine qu’il a présentée à la Société d’Encouragement au mois de février dernier (2), et au moyen de laquelle on peut faire les quatre opérations de l’arithmétique : c’est de cette ingénieuse découverte que nous allons nous occuper.
- Avant d’entrer dans le détail du mécanisme, nous rappellerons quelques principes mathématiques sur lesquels sa construction est fondée :
- 1° La multiplication est une addition abrégée d’une quantité avec elle-même;
- 2° La division est une soustraction abrégée qui a pour objet de faire connaître combien de fois une quantité est contenue dans une autre.
- L’arithmomètre ou machine à calculer, de M. Thomas, se compose de deux platines A, B, fig. I, PL 232, tenues à distance par quatre piliers C, et recevant les pivots d’un certain nombre de roues et de tambours ou cylindres, qui forment le mécanisme.
- Le premier cylindre D porte neuf encoches disposées en hélice autour de sa circonférence, et s’élevant par étage suivant sa longueur; elles présentent à-peu-près l’aspect d’un escalier à marches très-courtes, tournant autour d’une colonne. L’une des extrémités de ce cylindre porte un barillet E contenant un grand ressort qui tend constamment à le faire tourner dans le sens marqué par la flèche. Le second cylindre F roule librement sur son axe; il porte à l’un de ses bouts un pignon G, de vingt-sept dents, qui fait corps avec lui, et à l’autre, une roue à rochet H, que l’on voit en plan et détachée, fig. 9 : son axe I reçoit une roue K de cinquante-quatre dents. C’est cette dernière roue qui donne Je mouvement au mécanisme; elle porte une cheville r\ fig. 4, qui sert à arrêter sa marche. Le cylindre F communique son mouvement au cylindre D à l’aide du pignon G, qui engrène avec la roue L. Cette roue de quatre-vingt-une dents, n’est autre chose qu’une roue de renvoi, dont l’axe reçoit un pignon M, de vingt-sept dents, qui engrène avec la roue N, de quatre-vingt-une dents, montée sur l’axe du premier cylindre D. Au-dessus du cylindre F est disposé un axe O, carré sur toute sa longueur; il porte à l’un de ses bouts un bras de levier fixe P, que nous nommerons butoir d’arrêt. Sur ce même axe coule une bague Q, dans laquelle on a pratiqué une gorge semblable à celle d’une poulie; cette bague est munie d’un bras de levier R, dont l’extrémité s’avance jusqu’au fond des encoches du cylindre D, c’est-à-dire que ce levier touche presque le cylindre intérieur S de la pièce D. La gorge de la bague Q reçoit une fourchette T destinée à la transporter à différentes distances. Vers l’angle à gauche de la fig. 4, on aperçoit un petit butoir U contre lequel vient s’appuyer la cheville Y, implantée sur la roue N. L’objet de ce butoir
- (1) Voyez la description de ces règles, Bulletin de la Société, n° CXNXIV, quatorzième année, p. 179.
- (2) Voyez le rapport de M. F rancœur sur cette machine, Bulletin de février 1822, page 33.
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- est de retenir le cylindre D et de borner l’action du ressort renfermé dans le barillet E. Sans cet arrêt, le ressort se débanderait totalement, et les diverses pièces ne se replaceraient pas dans la position convenable. Le bec du butoir U est à charnière, afin de laisser passer la cheville V, lorsqu’on veut tendre le ressort en montant la machine.
- Toute la partie du mécanisme que nous venons de décrire est en quelque sorte indépendante de celle qui sert au calcul; elle lui donne le mouvement et règle le nombre de tours nécessaire du cylindre F, pour effectuer l’opération qu’on désire.
- Le reste du mécanisme est composé de trois systèmes entièrement semblables entre eux, et pourrait l’être dans un plus grand nombre si on le désirait. Chacun de ces systèmes représente un rang de chiffres, en sorte qu’avec la machine figurée, PL 232, on ne peut obtenir que les résultats dans lesquels les facteurs n’ont que trois chiffres. Il nous suffira donc de décrire un de ces systèmes pour avoir fait connaître tous les autres.
- La principale pièce est un cylindre X cannelé sur la moitié de sa circonférence, de manière à former dix-sept dents triangulaires. On le voit en plan et en élévation, fig. 7 et 8. La plus longue dent, qui est.seule, s’étend d’un bout à l’autre du cylindre; lés autres sont coupées deux à deux, à des longueurs qui forment un neuvième, deux neuvièmes, trois neuvièmes, etc., de la longueur du cylindre. A l’extrémité de l’axe du cylindre est fixée une roue W de même nombre de dents que la roue K, et recevant son mouvement de celle-ci par l’intermédiaire de la roue Y, ayant aussi cinquante-quatre dents. A l’autre extrémité du cylindre X sont deux petits bras de levier, dont l’un Z se termine en pointe, et l’autre a offre à son extrémité un petit plan incliné. A droite et au-dessus du cylindre, on aperçoit un arbre carré b, portant trois roues dentées, dont deux sont mobiles : l’une c est percée d’un trou carré à travers lequel passe l’arbre; elle fait corps avec une petite poulie d qui reçoit une fourchette e, fig. 4, servant à la transporter au point convenable du cylindre; l'autre roue f\ de même construction que la première, n’a qu’un très-léger mouvement, par l’action des leviers Z et a fixés sur l’axe du cylindre X; la troisième est une roue conique j, de vingt dents, fixée et immobile à l’extrémité de l’axe b. Auprès de cet axe est placé un autre arbre rond g, dont le bout h traverse la platine supérieure : ce bout est retenu à fleur de la platine par un cliquet F qui s’oppose à l’effort du ressort à boudin i, lequel tend à faire sortir le bout de cet axe au-dessus de la platine, jusqu’à ce qu’il s’appuie sur la portée k. L'arbre g est muni d’une fourchette l qui entre dans la gorge de la poulie de la roue f et d’un bras m, portant à son extrémité un plan incliné.
- Les trois systèmes semblables à celui que nous venons de décrire communiquent entre eux au moyen des roues intermédiaires n, tournant sur des vis fixées à la platine inférieure.
- La première roue intermédiaire Y, qui transmet le mouvement du cylindre F au premier cylindre X, au lieu d’être montée, comme les roues n, sur une vis qui leur sert d'axe, est fixée sur un arbre p qui traverse la platine supérieure; l’extrémité de cet arbre qui s’élève au-dessus de la platine est munie d'une roue q, de quarante-cinq dents, engrenant dans un pignon q' de quinze dents, monté sur un volant en plomb r : ce volant est fixé sur un axe dont un des pivots roule dans un trou percé à travers la platine, et l’autre dans un trou pratiqué à l’extrémité d’un coq s : cette partie n’est pas absolument nécessaire, n’ayant d'autre objet que de régulariser l’effort à faire pour produire le mouvement.
- Le mécanisme que l’on voit, fig. 1, est recouvert d’une platine t, fig. 6, à travers laquelle passent les queues des fourchettes e et celle de la fourchette T ; elles portent chacune un bouton u, à l'aide duquel on les fait glisser dans les entailles longitudinales v : un petit index w marque le chiffre auquel on veut faire correspondre la position de la fourchette. Le bouton à gauche, fig. 6, fait mouvoir la fourchette T, fig. 4, qui tient à la première partie de la machine. On aperçoit auprès de l’entaille de ce bouton un autre petit bouton immobile x, qui est réuni à un petit bras de levier faisant corps avec le bu tpi r d’arrêt P, fig. 4; il est comprimé par un ressort y qui écarte le butoir de la position où il fait arrêt. L’auteur nomme cette partie le régulateur, parce qu'il sert à fixer la première partie de la machine à la position convenable pour opérer.
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- Une troisième partie de la machine consiste dans un système de cadrans z, fig. 1 et 2. La platine sur laquelle ils sont montés est représentée vue par-dessous, fig. 1. Chaque cadran porte une roue d’angle a', de quarante dents, qui reçoit son mouvement de l’une des roues d’angle,/; sur ces roues a' sont fixés de petits plans inclinés b', dont nous indiquerons l’usage. Les ressorts c' que l’on aperçoit, fig. 1, sont destinés à établir contre la circonférence des cadrans un frottement qui les empêche de passer le point où ils doivent s’arrêter. Ces cadrans, dont l’un est dessiné séparément, fig. 10, sont divisés sur deux cercles concentriques qui portent chacun les dix chiffres sur chaque demi-circonférence : ceux du cercle extérieur sont distingués des autres par une couleur différente. Les premiers, qui vont en croissant de gauche à droite, se voient à travers les petites lunettes cl', fig. 6; les seconds, qui sont disposés en sens contraire, sont aperçus à travers les ouvertures e' : une petite bande à coulisse, fixée sous la platine et qu’on fait mouvoir au moyen de l’onglet t', est percée de trous qui répondent à volonté aux lunettes cl' ou e', de manière que quand les trous cl' sont fermés, les autres sont ouverts et vice versa. Les cadrans z portent à leur centre des boutons f, à l’aide desquels on peut les faire tourner avec les doigts; enfin, la platine g’ tourne autour d’une tringle h', fig. 1, portée par trois supports % : cette tringle passe dans des trous pratiqués aux extrémités des deux bras k qui tiennent à la platine A; ce qui forme une espèce de charnière autour de laquelle tout le système peut tourner, et même se transporter dans le sens de sa longueur.
- La platine représentée, fig. 2, est celle qui porte le volant et les cliquets d’arrêt des axes g : ces cliquets l' sont pressés contre les roues des cadrans par des ressorts m'; les deux cliquets n' n' ne sont que deux ressorts qui servent à arrêter les cadrans à la position de zéro.
- Le cylindre F est entouré d’un ruban de soie o' qui fait dix tours au moins sur ce cylindre : ce ruban passe à travers un petit tuyau p' fixé sur un des piliers d’écartement des platines; par cette disposition il est diqjgé sur le milieu du cylindre destiné à le recevoir. L’un de ses bouts est attaché à un point fixe sur le cylindre, l’autre porte un petit bouton s', à l’aide duquel on peut le tirer pour faire tourner le cylindre et donner le mouvement au mécanisme.
- Telle est la machine inventée par M. le chevalier Thomas : elle paraît fort compliquée, parce qu’il entre dans sa composition un assez grand nombre de pièces; mais elle est réellement très-simple : car les mêmes pièces y sont répétées plusieurs fois, ce qui était inévitable, comme nousallons le voirbientôt : l’inventeur se propose delà simplifier encore.
- Il nous reste maintenant à faire connaître le jeu et les effets de la machine, et c’est par les détails dans lesquels nous allons entrer qu’on pourra juger des difficultés que M. Thomas a rencontrées, et des moyens ingénieux à l’aide desquels il a su les vaincre.
- La machine, par sa disposition, imite parfaitement les opérations de l’arithmétique, et ses mouvemens semblent peindre tous les raisonnemens qu’il faut faire pour arriver au résultat.
- Les cadrans peuvent devenir tout-à-fait indépendants du mécanisme, et pour cela il suffit de transporter les boutons u jusqu’au point où l’index w indique zéro : alors les roues c n’engrènent plus avec aucune partie des cylindres X, et ces cylindres se meuvent sans qu’il en résulte aucun changement. Si en même temps l’index du bouton u à gauche, fig. 6, est au point marqué I, on pourra tirer le cordon, qui fera faire un tour au cylindre F, et amènera la cheville r', fig. 4, au point de buter contre la pièce P, que nous avons nommée butoir d'arrêt. Le cylindre F ne pourra en effet développer qu’un tour; car dans cette position le bras de levier R, qui tient à la boîte coulante Q, sera pressé par la première encoche du cylindre D, et faisant culbuter la pièce P, arrêtera la roue K du cylindre F : alors le ressort du barillet E ramènera toutes les pièces, et la machine sera disposée pour le calcul.
- Afin de faire comprendre plus facilement le jeu du mécanisme, nous allons indiquer les mouvemens qu’il prend pour effectuer les quatre opérations de l’arithmétique.
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- Supposons que l’on veuille ajouter 4 à 2, tous les boutons u marquant ^éro et la coulisse découvrant les ouvertures d', on fera tourner le premier cadran à droite, jusqu’à ce qu’il montre par l’ouverture d'le chiffre 2; on transportera ensuite l’index du premier bouton u à droite, jusqu’au trait marqué 4, alors la roue c à droite, fig. 1, se trouvera transportée au point du premier cylindre X, à droite, qui répond à la quatrième portion cannelée, c’est-à-dire au point où ce cylindre, en tournant, fait passer huit dents de la roue c, celle-ci portant vingt dents; si on tire le cordon o', le cylindre fera un tour et elle fera quatre dixièmes de tour : comme elle est montée sur l’axe b de la première roue j, cette roue fera aussi quatre dixièmes de tour. La roue j engrène avec celle a', qui est montée sur le premier cadran; et comme cette dernière porte un nombre de dents double de la roue j, quarante dents, elle fera quatre dixièmes d'un demi-tour, ce qui aura fait passer quatre chiffres du cadran : il marquait 2, il indiquera donc quatre unités de plus, ou 6.
- Si maintenant on voulait ajouter 7 à 6, le premier cadran marquant 6, on transportera le premier index u au point marqué 7, et il répondra à la partie du cylindre X, dont le nombre des cannelures fait faire sept divisions au cadran. Si on tire le cordon o', le cylindre fera un tour, et le cadran aura tourné de sept divisions et marquera 3; mais au moment où le zéro a passé devant la lunette, le petit plan incliné b' du premier cadran a poussé le premier cliquet V ; alors le bout du premier petit arbre g, pressé par le ressort à boudin i, s’échappe, n’étant plus retenu par le cliquet, et la première roue f est soulevée de manière à se trouver dans le même plan que le petit bras Z du deuxième cylindre; celui-ci faisant un tour, le bras Z rencontrera la roue f et la fera marcher du deux dents, c’est-à-dire d'une division du second cadran : ainsi ce cadran qui marquait zéro marquera 1 ; ce qui, avec 3 du premier cadran, donnera 13, somme de 7 et 6.
- Ce dernier exemple, extrêmement simple, fait connaître le moyen employé pour marquer les retenues; ce que nous allons dire ne sera plus qu’une conséquence de ce qui précède.
- Supposons que tous les cadrans marquent zéro, que l’index à gauche, que nous nommerons multiplicateur (ainsi que l’indique le mot écrit près de la coulisse), soit à d, et que l’on écrive le nombre 237 sur les trois coulisses à droite, c’est-à-dire 7 sur la première, 3 sur la seconde, et 2 sur la troisième, ainsi que l’indiquent les mots unités, dixaines, centaines, écrits près de chacune de ces coulisses : si l’on tire le cordon jusqu’à ce qu’on le sente retenu par le butoir d’arrêt P, le nombre se trouvera écrit sur les trois premiers cadrans à gauche; si maintenant on change le nombre et qu’on écrive 394 sur les trois coulisses, en tirant le cordon, ce nombre sera ajouté à l’autre, et on lira à travers les lunettes d’le produit, qui est 631. En effet, les unités en s’ajoutant auront fait faire une unité de plus que le demi-tour du cadran; le cliquet aura laissé échapper le petit arbre qui porte la fourchette l, la roue f sera élevée jusqu’au niveau du bras Z du second cylindre X, et celui-ci, dans son mouvement, lui aura fait faire une division de plus. Ce second cadran, considéré comme le premier, avait tourné en même temps et marqué neuf unités de plus que les trois dixaines qu’il offrait d’abord, en sorte qu’il a fait plus d’un demi-tour, et par conséquent il a agi sur la roue du cylindre suivant, de manière à lui faire marquer une unité de retenue; enfin le troisième cadran a marché de 3 unités, qui, avec 2 qu’il marquait déjà, ont fait 3, et de plus il a marché d’une division pour indiquer la retenue faite sur les deux chiffres précédens.
- Si l’on fait attention à la manière dont les cylindres X sont cannelés, on verra que la moitié seulement de leur circonférence porte les cannelures, en sorte que les roues avec lesquelles ils engrènent restent en repos pendant toute une demi-circonférence du mouvement; c’est précisément pendant ce temps que les retenues se marquent, et avant que la seconde demi-circonférence soit totalement achevée, le plan incliné a, qui est monté sur le cylindre, a replacé le petit arbre g dans sa position ordinaire, c’est-à-dire qu'il a fait descendre son extrémité h au-dessous du cliquet qui, pressé par le ressort m’, a
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- ARITHMOMÈTRE, MACHINE A CALCULER DU CHEVALIER THOMAS, DE COLMAR. 669
- passé sur le bout de cet arbre g, et a replacé la ou les roues f, dans la position où les bras Z ne peuvent pas les rencontrer.
- Maintenant la multiplication ne sera pas difficile à comprendre : en effet, si l’on suppose que l'on ait 25 à multiplier par 6, on placera les cadrans à zéro, on écrira 25, en plaçant l’index u aux chiffres 2 et 5 des dixaines et des unités sur les coulisses v; on transportera l’index w du multiplicateur au chiffre 6 : alors si on tire le cordon, le cylindre F fera six tours, parce que le petit bras R répondra à. la sixième encoche du cylindre D, en sorte que ce bras ne sera soulevé qu’après le sixième tour, et le butoir P ne s’opposera au mouvement de la roue K qu’à la fin de ce sixième tour. Or, nous venons de voir qu’un tour marquerait sur les cadrans le nombre qu’on avait écrit sur les coulisses, et qu’un nouveau tour ajouterait ce nombre à celui déjà marqué : ainsi, au second tour, on aura deux fois le nombre 23, au troisième, trois fois le nombre 25, et enfin au sixième, six fois ce nombre ou 130.
- Soit à multiplier 643 par 237; on écrit 643 sur les trois coulisses, les cadrans marquant zéro; on place le multiplicateur à 7, on tire le cordon, et le premier produit partiel, 643 x 7 — 4501, est écrit sur les cadrans : alors on soulève la platine g' et on désengrène les roues des cadrans d’avec celles j du mécanisme; on fait glisser cette platine à droite jusqu’à ce qu’une petite pièce placée sous la platine tombe dans une encoche, qui l’arrête. Par cette situation, le premier cadran à droite cesse d’être en communication avec le mécanisme, et le second cadran engrène avec la roue des unités (1) : alors toutes les dixaines fournies par le premier produit partiel restent écrites sur les cadrans. Si maintenant on remarque que le second produit partiel fourni par le chiffre des dixaines du multiplicateur ne peut donner que des dixaines, on verra que si l’on place l’index w multiplicateur au chiffre 3, et qu’on tire le cordon, l’on obtiendra non-seulement le second produit partiel de 643 x 3 = 1929, mais encore la somme de ce produit et des dixaines fournies par le produit obtenu de la multiplication par les unités, c’est-à-dire 23,791. Il est facile de voir que pour obtenir le produit par les centaines, il faut encore transporter la platine g' des cadrans d’une division à droite : alors les deux premiers cadrans deviendront indépendans du mécanisme, et le cadran des centaines répondra aux unités du multiplicande; mettant enfin l’index multiplicateur au chiffre 2, et tirant le cordon, le produit entier, 152,391 sera écrit sur les cadrans.
- Dans la machine que le dessin représente, on ne peut employer qu’un multiplicateur de trois chiffres; mais si on voulait avoir un produit plus élevé, on pourrait l’obtenir d’une machine qui serait formée d’un plus grand nombre de cadrans. M. Thomas se pro pose d’en construire, au moyen desquelles on amènera des produits de facteurs composés de cinq chiffres et même davantage.
- Il nous reste à faire connaître la manière d'opérer la soustraction et la division : rien n’est plus simple que le moyen imaginé par l’auteur; il consiste à diviser les cadrans sur un cercle concentrique en faisant croître les nombres en sens inverse des autres : par cette disposition, la marche du cadran, au lieu d’ajouter aux nombres qu’il présente autant d’unités qu’il a parcouru de divisions, retranche ce nombre d’unités, et le cadran marque cette différence.
- Si l’on veut retrancher 4 de 6, on tirera d’abord la coulisse t' et on découvrira les ouvertures e' en même temps qu’on fermera celles tT : alors la partie du cadran divisée en sens inverse se montrera à travers ces ouvertures. Tous les index w étant à zéro et le multiplicateur à 1, on fera paraître le chiffre 6 du premier cadran, on transportera l'index w à droite au chiffre 4, on tirera le cordon, et on verra paraître 2 sur ce premier cadran : cet effet semblera tout naturel, si l’on considère que la première roue mobile c' a été transportée au point du cylindre X, qui fait faire quatre divisions au cadran, et que
- (1) Ce mouvement imite ce qu’on fait dans l’opération ordinaire, quand on recule le produit d’un rang à gauche.
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- les divisions de ce cadran décroissent en sens inverse de la direction de son mouvement, d’où il résulte que ce cadran marquera 4 unités de moins.
- Il sera facile de conclure par analogie que si les deux nombres de l’opération ont plusieurs chiffres, il suffira d’écrire le plus grand nombre sur les cadrans, et le plus petit sur les coulisses w, et en tirant le cordon les centaines seront retranchées des centaines, les dixaines des dixaines, les unités des unités. Quant aux retenues de l’opération, elles se feront précisément comme pour l’addition; mais le cadran, au lieu de marquer une dixaine ou une centaine de plus, offrira une dixaine ou une centaine de moins.
- A l’égard de la division, elle se fera d’une manière inverse de la multiplication : soit à diviser 43,627 par 329, on écrira le nombre 43,627 sur les cadrans et le diviseur 329 sur les coulisses; on transportera la première partie, 436, du dividende ou le premier dividende partiel au-dessus de 329, en plaçant la platine des cadrans de manière que les deux premiers cadrans soient à droite en dehors de la machine : alors on aura disposé l’opération comme si l’on voulait retrancher 329 de 436. L’index multiplicateur marquant 1, on tirera le cordon, et on trouvera la différence 107 écrite sur les cadrans : si ce reste contenait encore le diviseur, on tirerait le cordon autant de fois qu’il serait nécessaire pour que le reste fût moindre que 329, et ce nombre de fois serait le nombre d'unités du premier chiffre à gauche du quotient. Le nombre restant sera donc 10,727 : alors on transportera la platine g' des cadrans à une division plus à gauche, et le chiffre 2 du dividende correspondra au chiffre 9 du diviseur. Si maintenant on laisse le multiplicateur à l’unité, il faudra tirer le cordon autant de fois que 329 est contenu dans 1072; mais au premier coup-d’œil on voit facilement qu’il y est trois fois : en conséquence, au lieu de tirer trois fois le cordon, on placera le multiplicateur au chiffre 3, et tirant le cordon, le cylindre fera trois tours; ce qui formera le produit de 329 par 3, et en même temps le retranchera de 1072 : si le reste était encore plus grand que 329, on replacerait le multiplicateur à l’unité, on tirerait autant de fois qu’il serait nécessaire pour que le reste fût plus petit que 329, et l’on ajouterait à 3 autant d’unités qu’on a tiré de fois le cordon; mais dans l’exemple que nous avons pris on trouve que le reste obtenu est plus petit que 329 : ainsi la première opération a suffi : on a donc les chiffres 1 et 3 du quotient; enfin, plaçant le premier cadran vis-à-vis les unités du diviseur, et opérant comme précédemment, on obtiendra le chiffre des unités et du quotient.
- Il est facile de conclure de ce qui précède que tous les problèmes d’arithmétique peuvent être résolus au moyen de la machine; et que, dans les calculs compliqués, elle doit apporter une rigoureuse exactitude et une grande célérité.
- L’invention de M. le chevalier Thomas nous paraît devoir être rangée au nombre de ces découvertes qui font honneur à ceux qui les conçoivent, et sont glorieuses pour l’époque qui les produit.
- Bulletin de décembre 1828 (p, 394 a 397).
- Rapport fait par M. Jomard sur un procédé mécanique pour faire les additions, imaginé par M. Lagrous, quai de l’Ehorloge, n° 65, à Paris.
- Messieurs, la machine de M. Lagrous, représentée en plan, jig. 4, PL 376, consiste principalement en trois bandes circulaires, numérotées et divisées en cent parties; deux mobiles, l’intérieure a, l’extérieure b et une fixe c, qui est l’intermédiaire; ces deux dernières sont numérotées de 1 à 100, et la première de 100 à 10,000. A la deuxième bande, il y a devant chaque nombre un trou destiné à recevoir une petite broche ou grosse épingle.
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- PROCÉDÉ MÉCANIQUE POUR ADDITIONNER DE M. LAGROUS. 671
- La bande extérieure b porte un cran d armé d’un crochet formant ressort e, lequel cran venant à frapper contre la broche, le mouvement du cercle est arrêté.
- Le cercle intérieur a est caché et ne se découvre que par une fenêtre f, qui laisse voir successivement un des nombres 100, 200, 300, etc., à 10,000, à mesure qu’on le fait tourner à l’aide d une tige. Il porte sur le bord cent trous semblables aux premiers : on y insère aussi, comme on l’expliquera tout à l’heure, une autre broche, contre laquelle doit, dans certains cas, toucher le crochet dont il a été question. Il n’y a que dix de ces trous à découvert.
- Le cercle intérieur est recouvert comme je l’ai dit, et les nombres 100, 200, etc., jusqu’à 900, sont inscrits sur la couverture, vers le point de départ.
- Jiuüehsi de ùi 'Sociétés d'jEncouraycme/U', uT? CCXCIV.
- Jï- 37û.;
- 'y/ré/z/r- (/ «d,///s' "z/zr, /uzr '
- (J7
- detla/ics cUl' et
- Tout le reste de l’instrument est étranger au calcul et ne sert qu’à le rendre utile pour d’autres usages, qu’il est superflu de mentionner.
- La construction de l’instrument étant bien entendue, il faut décrire le mode d’opérer. Je prendrai tout de suite un exemple pour abréger et pour être plus clair : il s’agit d’ajouter 857 avec 342. On commence par mettre les deux cercles mobiles à O, comme la bande fixe, en les faisant tourner de gauche à droite.
- Cela fait, 1°. On place une broche dans le trou du cercle intérieur qui est en face du nombre 800, et on fait tourner le cercle de droite à gauche jusqu’à ce qu’elle soit arrêtée; 2°. On cherche sur le cercle extérieur le nombre 57, on y place l’autre broche et l’on fait tourner le cercle de droite à gauche jusqu’à ce qu’elle soit rencontrée par le cran.
- Dans cet état, la fenêtre montre le nombre 800, et les dixaines 57 se trouvent sous le cran.
- 3°. On prend la broche des centaines, qu’on place devant 300, et l’on fait tourner jusqu’à ce qu’elle accroche.
- 4°. On cherche 42 sur la bande extérieure, on y place la broche des dixaines, et on fait tourner jusqu’à ce que le cran vienne frapper contre; alors l’addition est faite, on Trouve écrit sous la fenêtre Tl00 et sous le cran 99, c’est-à dire 1199.
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- Point de difficulté de continuer ainsi jusqu’à 10,000 les additions des nombres de deux et trois chiffres; cependant il faut faire attention, lorsque les dixaines accumulées forment une centaine. Au reste, la machine elle-même avertit, parce que le crochet rencontre la broche des centaines, et que le cran ne peut arriver à la sienne; alors on lève la première, on avance d’une centaine et l'on achève de faire tourner le cercle extérieur : ainsi, dans le cas précédent, s’il y avait eu un troisième nombre, tel que 122, après avoir marqué le cent, on n’aurait pu marquer 22 qu’en levant la broche des cents et l'avançant d une centaine; ce qui aurait donné 1321, somme cherchée.
- On demandera sans doute comment opérer pour des nombres de plus de trois chiffres? L’inventeur y a pourvu par un instrument composé de cinq cercles, mais qui est plus compliqué et plus cher. On peut aussi se servir de la machine simple, en additionnant d’abord la première tranche de trois chiffres, et retenant, si l’on veut, le chiffre des mille pour commencer l’addition de la deuxième tranche.
- Cette invention présente plusieurs avantages et quelques iiaconvéniens. D’abord, il est évident qu’elle est à-peu-près inutile pour les calculateurs; son application la plus avantageuse est pour les personnes qui ont de la peine à faire une longue addition sans se tromper, sans être obligées de recommencer plusieurs fois, et par conséquent elle leur épargnera beaucoup de temps : la machine ne se trompe jamais.
- En second lieu, elle peut servir même aux personnes habituées au calcul, quand elles sont forcées de compter au milieu du bruit et qu’elles sont souvent dérangées.
- Il est de petits marchands qui n’ont aucune teinture des opérations de l’arithmétique et qui ne connaissent que leurs chiffres, ceux-là pourront tirer parti du procédé de M. Lagrous; enfin si l’on veut vérifier une addition d’une manière certaine, on peut y recourir: tels sont ses avantages.
- Le seul inconvénient qu’il présente, indépendamment du prix, est de ne pas donner le résultat assez rapidement. J’ai fait opérer M. Lagrous devant moi pour additionner treize nombres de trois chiffres chacun. Il a mis deux minutes; une seule aurait suffi, je crois, à un calculateur ordinaire; ensuite il faut s’y prendre à plusieurs fois pour faire les sommes des nombres de plus de trois chiffres. C’est ce que M. Lagrous a senti, et il se propose d’ailleurs de fabriquer cet instrument pour 15 francs, au lieu de 40 francs qu’il a coûté dans le commencement. Nous pensons que le principe en est bon et mérite l’approbation de la Société, comme introduction à l’usage des règles à calculer, lesquelles fournissent bien les produits ou les quotiens de deux nombres, mais non la somme de vingt nombres différons.
- M. Lagrous demande que son instrument soit .mentionné ; il a droit à cette faveur, et nous concluons :
- 1°. A ce que l’instrument soit approuvé et figuré dans le Bulletin, comme l’a été autrefois la règle à calculer ;
- 2°. Que M. Lagrous soit remercié de sa communication et invité à perfectionner son instrument.
- Adopté en séance, le 30 juillet 1828.
- Signé : Jomard, rapporteur.
- Nota. Après avoir rédigé le présent rapport, j’ai été informé qu’une machine pour faire les additions mécaniquement a été imaginée il y a long-temps en Angleterre; elle est figurée dans le tome XXX de Transactions de la Société d’Encouragement de Londres pour 1812; ‘inventeur est M. John Goss, d’Enlïeld : c'est également une roue avec un cercle mobile, et les nombres sont aussi inscrits sur la circonférence. Il serait trop long de décrire cet instrument, qui est un peu plus compliqué que celui de M. Lagrous; mais il est juste d’observer qu’il donne le moyen d’additionner les livres, schellings et pences. Je dois rappeler aussi la machine ingénieuse de M. Thomas, au moyen de laquelle on exécute les quatre règles. (Voyez Bulletins de février et novembre 1822.)
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- MACHINES A CALCULER DU DOCTEUR ROTH.
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- Bulletin de septembre i 843 (p. 4ii a 425).
- ARTS MÉCANIQUES. — Calcul.
- Rapport fait par M. Théodore Olivier, au nom du Comité des arts mécaniques, sur des
- machines à calculer présentées par M. le docteur Roth, boulevard des Capucines, 21.
- M. Roth, docteur en médecine, vous a présenté, il y a déjà plusieurs mois, deux machines : l’une est un compteur; l’autre est une machine à additionner.
- Au nom de votre Comité des arts mécaniques, j’ai l’honneur de vous soumettre le rapport suivant.
- De tous temps, on a cherché les moyens de faciliter l’opération des longs calculs et d’en vérifier l’exactitude.
- Vabavus des Romains et les cadrans à calcul des Chinois, dont les Russes modernes font encore usage, furent imaginés pour faciliter les calculs de tête.
- Plus tard, on imagina les logarithmes pour simplifier les opérations et remplacer la multiplication et la division par l’addition et la soustraction : en même temps on chercha à construire des machines à calculer qui n’exigeassent de la part de l’homme d’autre connaissance que la lecture des chiffres.
- Ces machines doivent être nommées machines automates pour les distinguer d’autres machines qui exigent plus de savoir de la part de celui qui s’en sert, et qui sont destinées à abréger les calculs tout en laissant une part de travail à l’intelligence de l’homme.
- M. le docteur Roth a recherché dans les collections scientifiques tout ce qui avait été imaginé en ce genre de machines : la nomenclature placée à la fin de ce rapport et que j’ai extraite de son mémoire n’est point complète; mais elle peut déjà servir à nous prouver que diverses inventions, données pour nouvelles, étaient déjà connues et que certains instruments modernes ne diffèrent des anciens que par des modifications de peu d’importance.
- L'additionneur de M. Roth est fondé sur le même principe que celui que Pascal a donné en 1642; mais les roues ne se conduisent pas de la même manière dans les deux machines.
- Supposons huit roues à la suite les unes des autres; plaçons le n° 9 de chacune des premières roues sous le guichet qui lui correspond, et le n° 0 de la dernière et huitième roue sous son guichet.
- Si je lais tourner la première roue d’un cran, j’ajouterai une unité au chiffre 9, et j’aurai une dizaine; cette dizaine devra repasser sur la seconde roue et s’ajouter aux 9 dizaines qu’elle marque, et ainsi de suite; de sorte que les huit roues devront, au lieu du nombre [09999999] qui avait été primitivement écrit, montrer le nombre [10000000] qui provient de l’addition d’une unité.
- Or cette transmission de l’unité de la première roue à la dernière peut s’opérer de deux manières différentes, en supposant que les huit roues marchent ensemble comme huit roues dentées formant engrenage, ou que chaque roue ne marche qu'après que celle qui la précède aura accompli son mouvement.
- On conçoit sans peine que, dans le premier cas, il faudra appliquer à la première roue une force d’autant plus grande, pour la faire tourner d’un cran, que le nombre des roues sera plus considérable, et que, dans le second cas, au contraire, la force à employer sera toujours la même, quel que soit le nombre des roues.
- Le mécanisme employé par Pascal fonctionne précisément comme nous l’avons dit pour le premier cas, tandis que le mécanisme imaginé par M. Roth se trouve être dans le second cas indiqué ci-dessus.
- Aussi M. Roth, pour faire sentir la différence qui existe entre son mécanisme et celui Tome 132. — 2e semestre. — Septembre-Octobre 1920. 53
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- 674 EXTRAIT DU BULLETIN DE SEPTEMBRE 1843. — SEPTEMBRE-OCTOBRE 1920.
- de Pascal, se sert drune expression pittoresque et exact'e, en disant : La machine de Pascal fait an feu de bataillon, et la mienne un feu de file.
- Toute l’invention de M. Roth consiste donc dans la disposition du mécanisme, qui est tel, qu’il peut placer à la suite les unes des autres autant de roues qu’il voudra sans craindre d’avoir à employer une force considérable pour faire manœuvrer son additionneur.
- D’ailleurs le mécanisme de M. Roth est tel qu’il ne peut se déranger; les ressorts ne peuvent être faussés, une roue ne peut faire volant, ce qui arrive souvent dans la machine de Pascal ; on dit qu’une roue fait volant, dans ces sortes de machines, lorsque, mue par une force considérable, elle tourne sans agir sur la roue suivante. Ainsi, par exemple, si la dizaine de la première roue ne passe pas sur la seconde roue, on dit : la première roue a fait volant.
- M. Roth a apporté dans son instrument une modification qui peut être comparée à celle que les horlogers ont introduite dans les montres lorsqu’ils ont transformé la montre ancienne, si épaisse et si lourde, en montre à cylindre si plate et si commode.
- Aussi, en voyant la machine de Pascal et celle de M. Roth, il est impossible de ne pas faire cette réflexion.
- Ce n’est qu’après des essais nombreux, tous fondés sur le principe de la transmission simultanée, que M. Roth a imaginé le mécanisme qui vous est soumis et qui est fondé sur le principe de la transmission successive, transmission qui s’effectue de la manière suivante :
- Des roues portant chacune vingt dents également espacées sont montées horizontalement sur des axes ou des broches verticales et fixées en ligne droite ou circulaire sur une platine.
- Sur le dessus de chaque roue on a gravé deux fois et à la suite la série des nombres 0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, de manière à ce que chaque chiffre corresponde à une dent de la roue, chaque couple de chiffres 2 et 2, 3 et 3, etc., se trouvant dès lors et respectivement située aux extrémités d’un même diamètre de la roue. Chaque roue est munie -d’un ressort-sautoir qui fait office de cliquet.
- On a fixé sous chaque roue, et faisant corps avec elle, une double came de forme excentrique : le point de l’excentrique le plus rapproché du centre de la roue correspond au chiffre 0, et le point le plus éloigné où l’extrémité de l’excentrique correspond au chiffre 9 (ces deux chiffres appartenant à la même série).
- Dans l’intervalle qui existe entre deux roues consécutives se trouve une détente montée sur une broche perpendiculaire au corps de platine et munie d’un ressort.
- Cette détente, de forme rectangulaire, porte à son extrémité droite un petit rouleau et à son extrémité gauche un petit cliquet.
- Lorsque la roue dentée se trouve à zéro, la détente étant pressée par son ressort, son extrémité, munie du rouleau, se trouve au point de la came le plus rapproché du centre.
- Au fur et à mesure que l’on fait marcher la roue dentée, le détente glisse à l’aide du rouleau sur la came et arrive enfin au point le plus éloigné du centre et qui correspond au chiffre 9 marqué sur le cadran.
- Si, à cet instant, on fait marcher la roue d’une unité, la détente cesse d’être écartée du centre par la came, puisque aussitôt elle cesse d’être en prise et échappe à l’excentrique, et, pressée par son ressort, elle vient reprendre sa position initiale, celle où elle se trouvait placée avant le mouvement et vis-à-vis le chiffre zéro de la seconde série marquée sur la roue dentée, et, en retombant, elle fait marcher la roue suivante d’une division ou d’une unité.
- Le petit cliquet placé à l’autre extrémité de la détente est destiné à laisser passer la deuxième roue lorsquelle vient à tourner et à empêcher que la première roue ne soit dérangée de la position qu’elle a prise après avoir tourné sur son axe ou broche.
- Cette description succincte suffit pour démontrer que le mécanisme imaginé par M. Roth est d'une très-grande simplicité et que l’on peut placer autant de roues que l’on
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- voudra à la suite les unes des autres, fussent-elles au nombre de cent: car l’on n’aura jamais à vaincre, en faisant tourner une roue, que la résistance d’un seul ressort.
- Dans ses premiers essais, ceux où il employait la transmission simultanée, M. Roth a exécuté divers mécanismes. Avec les uns, il ne pouvait faire marcher que quatre roues, la cinquième fonctionnait mal; avec les autres, il allait à six, sept et huit roues; mais il n a jamais pu, quelque soin qu’il apportât à l’exécution, faire marcher plus de neuf roues, et ainsi écrire un nombre qui ait plus de neuf chiffres, et alors il était obligé d'employer une force de plusieurs kilogrammes pour faire mouvoir la première roue autour de son axe, de sorte que la main était très-fatiguée et en très-peu de temps.
- Pour employer /’additionneur de M. Roth, on additionne toutes les unités en se servant de la première roue de droite, puis toutes les dizaines avec la seconde roue, puis les centaines avec la troisième roue, et ainsi de suite en marchant de droite à gauche.
- Mais, lorsque la somme est écrite, pour faire une seconde opération, il faut effacer les chiffres écrits, et, pour cela, on fait tourner chaque roue sur son axe pour la ramener* à zéro, en commençant par la première de gauche et marchant vers la droite.
- Si 1 instrument portait douze roues et pouvait dès lors écrire une somme composée de douze chiffres, l’opération de ramener l’instrument à zéro serait longue et fastidieuse : M. Roth a imaginé un mécanisme très-simple, au moyen duquel il ramène de suite à zéro-toutes les roues. Ce perfectionnement donnera plus de prix à ses instruments et servira à en répandre l’usage.
- Le compteur de M. Roth est construit sur les mêmes principes que Vadditionneur; il se ramène à zéro par Je même mécanisme : la marine l’a adopté.
- En conséquence, nous avons l’honneur de vous proposer : 1° de remercier l’auteur de son utile et intéressante communication; 2° de faire graver et décrire dans le Bulletin les instruments que M. Roth a soumis à votre examen; 3° d’imprimer le présent rapport et la. nomenclature chronologique des instruments à calcul (1).
- Signé : Th, Olivier, rapportèur.
- Approuvé en séance, le 12 juillet 18U3.
- Nomenclature chronologique des instruments à calcul.
- Nous diviserons les instruments à calcul en deux séries :
- La première série comprendra les instruments qui abrègent ou facilitent les calculsr mais qui exigent une certaine application de l’esprit et l’emploi de l’intelligence humaine;
- La seconde série comprendra les instruments qui opèrent sans l’emploi de l’intelligence de l’homme, et que nous désignerons par le nom de machines automates.
- Première série.
- 1° En 1624-, Edmond Gunther eut l’heureuse idée de transporter les logarithmes sur une échelle linéaire, au moyen de laquelle on pouvait, par une seule ouverture de compas, obtenir le résultat d’une multiplication ou d’une division.
- 2° En 1668, Gaspard Schott fut le premier qui colla les bâtons de Néper sur plusieurs cylindres oblongs et mobiles autour de leur axe, et qui les enferma dans une boîte. Plusieurs personnes l’ont imité depuis cette époque, et notamment M. Hélie (séance de l’Académie des sciences de Paris, 28 octobre 1839).
- L’invention de Schott est une modification de la Rabdologie de Néper. (Voyez Organum mathematicum a P. Gasparo Schotto e societate Jesu; Herbipoli, 1668, p. 134), et aussi
- (1) Dans sa séance générale du 6 septembre dernier, la Société d’Enconragement a décerné à M. Roth la médaille d’argent pour ses instruments à calcul. (Voy. Bulletin d’août 1843, p. 331.)
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- (Nova cistula pro tabulis neperianis facilisquc ac jucundus ejusdim usus; bibliothèque royale, v. 880.)
- 3° Eu 1073, Grillet soumit au jugement du public parisien un nouvel instrument à calcul. (Voyez Curiosité.s mathématiques du sieur Grillet, horlogeur du roi. Chez l’auteur, au cloître Saint-Jean-de-Latran.)
- On trouve bien dans cette brochure la description de l’extérieur de la machine, mais elle laisse le lecteur dans une ignorance complète relativement à sa construction intérieure.
- D’après le Journal des sçavants, année 1678, page 162, Grillet avait mis les lames de la table de Pythagore sur de petits cylindres qui remplissaient le même office que les bâtons de Néper.
- 4° En 1678, M. Petit exécuta un cylindre arithmétique, connu sous le nom de tambour de Petit, autour duquel il plaça des lames de carton portant les tables de Pythagore, lames qu’il faisait glisser sur le cylindre parallèlement à l’axe, au moyen d’un bouton que chacune d’elles portait. Cette machine n’était donc, à proprement parler, autre chose que les bâtons de la Uabdologie de Néper, mais autrement disposés. (Voyez Journal des sçavants, année 1678, page 162.)
- 5° En 1696, Biler donna à la règle à calculer de Gunther une forme semi-circulaire, et l’appela instrumcntum muthematicum universale.
- 6° En 1727, Leupold donna au tambour de Petit une forme décagonale, au lieu de la forme cylindrique que le premier auteur lui avait donnée. (Voyez Theatrum arithmetico-geometricum, année 1727, page 25.)
- 7° M. Clairaut a inventé un instrument trigonométrique ayant la forme d’une planchette et destiné à remplacer les tables de logarithmes et à résoudre les triangles saus calculs. (Voyez Machines de l'Académie des sciences de Paris, vol. V, page 3.)
- 8° En 1728, Michael Poptius, dans son introduction à /’Arithmétique allemande, page 495, décrit une mmsuln pythayorica, qui n’est autre chose qu’une nouvelle application et modification de la Rabdologie de Néper, son instrument étant composé de cercles concentriques mobiles.
- 9° En 1731, M. de Mean disposa la table de Pythagore de manière à la faire servir à plusieurs calculs. Pour opérer, on prend les cases en différents sens. (Voyez Machines de l'Académie des sciences de Paris, vol. V, p. 165.)
- 10ü En 1750, Ch. Leadbetter donne la description de l’échelle à coulisse (sliding rule), invention qui, depuis, a été attribuée, et à tort, à M. Jones. (Voyez Bulletin de la Société d'encouragement pour l’industrie nationale, août 1815.)
- 11° En 1789, M. P raid soumit au public un instrument qu’il appela arithmetica portatilis, et qui n’est autre chose que la mensula pythagorica de Poetius; seulement les cercles mobiles sont beaucoup plus grands et portent les chiffres de 1 à 100, de sorte que, au moyen de cet instrument, on peut additionner et soustraire jusqu’au nombre 100.
- 12" En 1790, M. Gruson publia une brochure ayant pour titre, Machine à calcul inventée par M. G ruson. Magdebourg, 1790. (Cet ouvrage a eu une 2° édition en 1795.) Cette machine consiste en un disque de carton avec un index au milieu, et n'est dès lors qu’une imitation de la mensula pythayorica de Poetius.
- 13° En 1797, Jordans publia une brochure sous le titre suivant, : Description de plusieurs machines à calcul inventées par Jordans. Stuttgard. 1798. On ne trouve dans celte brochure qu’une simple modification du l>romptuarium de Néper.
- 14° En 1798, Gatley modifia la règle de Gunther, en lui donnant une forme circulaire. (Voyez Bulletin de la Société d’encouragement, 15e année, p. 49.)
- 15° En 1828, .M. Layrous présenta à la Société d’encouragement une machine à additionner composée de plusieurs cercles concentriques. Elle est décrite et gravée p. 394 du Bulletin de la Société, 27° année (1828).
- 16° La machine pour laquelle M. Briet a pris un brevet le 8 décembre 1829. et qu'il
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- appelle additionneur, a quelque analogie avec la précédente. Elle est décrite et figurée p. 336 du tome 29 de la Description des brevets dont la durée est expirée.
- 17° En 1834, M. Puisement inventa deux instruments à calcul : l’un repose sur le principe de la balance, et l’autre sur celui des triangles semblables. (Voyez Recueil de la Société d'agriculture, sciences et arts du département de l'Eure, année 1834, et Archives des inventions et découvertes, année 1833, page 200.)
- 4 18° En 1839, M. Barclach, de Vienne en Autriche, mit en vente deux tables à calculer, dont l’une n’est qu’une modification de Vabacus de Perrault pour l’addition et la soustraction, moins la transmission mécanique des dizaines, transmission dont elle laisse le soin à l’opérateur; et dont l’autre, qui sert à la multiplication et à la division, n’est encore qu’une modification du Muliiplicutionis et divisionis Prornptuarium de Néper.
- 19° Le 2 septembre 1839, M. Léon Lalanne présenta à l’Académie des sciences de Paris une balance arithmétique, et, le 16 décembre suivant, un instrument pour faciliter les calculs, et qu’il désigne sous le nom d’ arithmoplanimètre. (Voyez Archives des découvertes, année 1839, p. 166.)
- 20° En 1840, M. Lapeyre a pris un brevet d'invention pour un instrument qui n’est autre qu’un abacus; les fils de fer y sont remplacés par des coulisses dans lesquelles glissent de petits bâtons népériens.
- Deuxième série. — Machines automates.
- 1° En 1642, Biaise Pascal donna le premier essai en ce genre.
- (Voyez Grande Encyclopédie de Diderot, vol. Ier, page 681, et Recueil des machines de rAcadémie des sciences de Paris, vol. IV0, page 137, et les Œuvres complètes de Pascal, édition de la Haye, année 1779, vol. IVe, p. 34). Cette machine peut servir à l’addition et à la soustraction.
- 2° En 1673, Leibnitz soumit à la Société royale de Londres le plan d’une machine automate qui devait servir à exécuter les quatre règles de l’arithmétique. Quelque temps après, il présenta sa machine à l’Académie des sciences de Paris; son exécution était fort imparfaite et son jeu peu sûr, malgré les dépenses considérables faites par l’auteur. Leibnitz dépensa environ 100,000 francs à ses essais. (Voyez Ludovici, Essai historique sur la philosophie de Leibnitz, ouvrage imprimé en allemand, vol. Ie1', pages 237 et 238.)
- On trouve le dessin de cette machine dans les Miscellanca berolinensia, année 1710, vol. Ier, page 317. Le mécanisme intérieur n’a jamais été connu.
- 3° En 1673, Samuel Morcland publia, à Londres, un petit volume sous le titre : Description et usage de deux instruments d'arithmétique.
- 4° En 1700, M. Perrault présenta à l’Académie des sciences de Paris une machine arithmétique composée de petites règles, contenant chacune deux séries de chiffres placées l’une à la suite de l’autre et formant une seule colonne; la première série était dans l’ordre de 0 à 9, et la seconde dans l’ordre renversé de 9 à 0. On opérait en faisant glisser ces règles dans les rainures qui les maintenaient. Dès qu’une règle arrivait au bas de sa course, un cliquet placé dans l’épaisseur de chaque règle trouvait une ouverture qui lui permettait de s’engrener dans un cran placé sur la règle voisine, et faisait dès lors avancer cette règle d’un pas pour marquer une dizaine des unités de la première règle. (Voyez le dessin et la description de cette machine dans le Ier vol, des Machines de l'Académie des sciences de Paris, page 55.)
- 5° En 1709, Jean Polenius essaya de construire une machine arithmétique; on en trouve la description et le dessin dans ses Miscellanea. Venetiis, année 1709, page 27. C’est une grande machine en bois, d’un usage fort incommode, et dans laquelle les ressorts sont remplacés par des poids. Cette invention est, sous tous les rapports, bien
- inférieure à celle de Pascal. (Voyez bibliothèque royale, vol. ”j~-)
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- 6° En 1725, M. Lépine inventa une machine qui n'était autre que celle de Pascal, simplifiée dans sa construction. (Voyez Machines de fAcadémie des sciences de Paris, vol. 4e, page 131.)
- 7° En 1730, la machine de M. Lépine suggéra à M. Uillerin de Boistissandau l’idée d’une machine nouvelle et du même genre; mais les frottements étaient si considérables, qu'on ne pouvait s’en servir : il la modifia à deux reprises, espérant diminuer les frottements, mais sans succès. (Voyez Machines de F Académie des sciences de Paris, vol. Ve, pages 103 à 124.)
- 8° Jacques Leupold, dans son ouvrage intitulé Theatrum arithmetico-geometricum. Leipsick, 1727, page 38, publia quelques mots sur une machine à calcul de son invention, en promettant de donner plus tard tous les détails nécessaires à ce sujet; mais il mourut sans avoir pu mettre son dessein à exécution et sans faire connaître d’une manière nette
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- et précise sa machine. (Voyez bibliothèque royale, vol. .)
- 9° En 1735, M. Gersten soumit au jugement de la Société royale de Londres une machine arithmétique pour l’addition et la soustraction ; elle était composée d’une suite de crics, dont chacun était mû par une étoile; chaque cric, dans son mouvement ascendant ou descendant, poussait l'étoile suivante d’un dixième. De l’aveu de l’auteur, un certain nombre d’étoiles et de crics exigerait une très-grande dépense de force. (Voyez le dessin et la description de cette machine dans les Philosophical Transactions, vol. IXP, n° 438.)
- 10° En 1750, M. Perdre présenta à l’Académie royale des sciences de Paris une nouvelle machine arithmétique, consistant en petites roues de buis ou cylindres très-courts enfilés sur un même axe. La circonférence de chacune de ces roues est divisée en trente parties égales. Sur le pourtour de chaque roue, on écrit des chiffres qui sont disposés de la manière suivante : trois fois et à la suite, on inscrit les chiffres 1-0; puis trois fois et à la suite, on inscrit les chiffres 0-1. Toutes ces roues sont enfermées dans un coffre; le dessus du coffre est ouvert par autant de rainures que de roues, chaque rainure ayant en longueur le tiers du diamètre de la roue qui lui correspond ; et, au moyen d’une aiguille passée dans la rainure, on peut faire tourner la roue. (Voyez Journal des savants, 1751, page 508.)
- 11° En 1776, lord Mahon, comte de Stanhope, inventa deux machines à calcul; l'une pour l’addition et la soustraction, l’autre pour la multiplication et la division.
- 12° En 1777, Mathieu Hahn, pasteur de Kornwestheim, près de Ludwigsburg, après plusieurs années de travail et de grandes dépenses, montra une machine à calcul qui excita l’étonnement général, mais que sa construction vicieuse rendait peu exacte; on en trouve la description extérieure dans le Mercure allemand de Wielancl, 1779, mai, page 137. On n’a jamais connu la structure intérieure de cette machine.
- 13° On trouve dans le Mercure allemand du mois de mai 1784, page 260, l’annonce d’une nouvelle machine, inventée par le capitaine du génie Muller, n’offrant point les inconvénients de celle de Hahn. L’inventeur a donné la description de la forme extérieure de sa machine et les indications sur la manière de s’en servir, dans une brochure intitulée Description d'une nouvelle machine. Francfort, 1786 (en allemand).
- Il s’éleva une discussion entre Hahn et Muller, pendant laquelle chacun d’eux fit connailre les défauts de la machine de son adversaire. (Voyez le Mercure allemand du mois de juin 1785.) Le temps a prononcé sur l'une et l’autre de ces machines; elles sont tombées dans l’oubli. On ne connaît pas le mécanisme intérieur de la machine de Muller.
- 14° En 1814, M. Abraham Stem, de Varsovie, soumit à l’examen d’une commission nommée par la Société royale des sciences de Varsovie, une machine nouvelle. Cette commission, composée de MM. Gutskovsky, chef du corps du génie, Dabroicsky, professeur de mathématiques, et Bystazcky, fit un rapport des plus flatteurs pour l’auteur. (Voyez la
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- Gazette littéraire de Leipsick, février 1814, et Archives des inventions et découvertes, t. VIII, p. 264.)
- 15° En 1821, M. Babbage, de Londres, fut chargé, par le gouvernement anglais, de construire une machine qui pût calculer des tables mathématiques et astronomiques. Une partie de cette machine fut achevée en 1833; mais tout à coup M. Babbage cessa d’y travailler.
- (Voyez la note qu’il a insérée dans le Neuvième traité de Bridgewater. Londres, 1838, 2e édition, page 186.)
- Au sujet de la machine de M. Babbage, M. le docteur Roth s’exprime de la manière suivante dans son mémoire :
- « Lors de mon séjour à Londres, au mois d’août 1841, M. Babbage m’expliqua avec « la plus aimable bienveillance le mécanisme de sa machine; elle donne les différents <r termes d’une suite qui procède par différence; mais elle n’est exécutée que pour trois « colonnes. Dans la première colonne, à gauche, on place la deuxième différence, qui, « dans ce cas, doit être un nombre constant; dans la seconde colonne paraît la première « différence, et dans la troisième colonne chaque terme de la série.
- «• Pour chaque nouveau terme de la progression, on doit faire faire au levier qui « domine la machine deux mouvements semi-circulaires, jusqu’à ce qu’on lise sur le « barillet de la colonne moyenne (circulating complété).
- « Mais le mouvement excessivement lent de la machine, mais la somme de « 17,000 livres sterling qu’elle a déjà coûté, mais les dépenses plus considérables encore « qu’il faudrait faire pour l’exécuter sur une grande échelle seront cause sans doute qu’on « ne l’achèvera jamais.
- « Depuis le mois d’octobre 1834, M. Babbage s’occupe sans cesse à perfectionner les « plans de sa machine et à l’amener à faire toutes les opérations du calcul différentiel et « intégral. J’ai vu, l'année dernière, le trentième projet de cette mécanique : si on l’exé-« cutait un jour, ce qui est douteux, vu qu’il faudrait dépenser pour cela au moins « 20,000 livres sterling, ce serait un chef-d’œuvre de conception humaine.
- « Je ne puis entrer dans plus de détails à ce sujet, n’y étant point autorisé par « M. Babbage. »
- (Voyez Lettre à sir H. Davy sur l'application de la mécanique aux projets de tables mathématiques. — Mémoires de la Société astronomique, juin 1822, vol. Ier, page 309 (en anglais). — Sur les principes théoriques de la mécanique appliquée aux tables de calcids. — Journal des sciences d'Edimbourg, vol. VIIIe, pages 122 et 123 (en anglais).
- 16° En 1822, M. Thomas, de Colmar, présenta à la Société d’encouragement pour l’industrie nationale une machine à calculer. (Voyez Bulletin de la Société d'encouragement. Paris, 21° année, pages 33 et 354.)
- 17° En septembre 1838, M. Scheidz, de Stockholm, annonça, dans une note adressée à l’Académie des sciences de Paris, qu’il avait inventé une machine pour la formation des séries, machine, suivant lui, bien supérieure à celle de M. Babbage. Cette machine, faute d’argent, n’est pas exécutée, et l’auteur n’a pas fait connaître son mécanisme.
- Enfin, en 1840, 1841 et 1842, plusieurs brevets ont été délivrés en France pour des machines à calculer, à additionner et à abréger les quatre règles de l’arithmétique.
- Théod. Olivier.
- DESCRIPTION du compteur et de la machine à calculer inventés par M. le docteur Roth. La fig. 1, pl. 903, représente l’instrument vu extérieurement.
- Fig. 2. Le même, la platine supérieure étant enlevée, pour montrer le mécanisme intérieur. Les cinq roues de gauche et la roue de droite ne sont point figurées, afin de mettre à découvert les pièces qui se trouvent au-dessous.
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- Fig. 3. L'une des roues dentées, vue de face, garnie de son cadran couvert de deux séries de chiffres, chacune de zéro à 9.
- Fig. 4. La même, vue de profil.
- Fig. 5. Roue montée de toutes ses pièces, vue de face.
- Fig. 6. La même en élévation latérale.
- Fig. 7. La double came excentrique, vue en plan et de profil.
- Fig. 8. La pièce d’arrêt, vue à plat et de profil.
- Fig. 9. Rondelle vissée au-dessous de la platine inférieure et portant la broche sur laquelle s’enfile le canon de la roue.
- Fig. 10. Portée ou pont qui sépare la double came excentrique de la pièce d’arrêt.
- Fig. 11. Détente de forme rectangulaire placée entre chaque cadran, vue de face et de profil. Ses fonctions seront indiquées plus bas.
- Fig. 12. Rroche qui reçoit le canon de cette détente.
- Fig. 13. Sautoir vu de face et de profil.
- Fig. 14. Levier vu en élévation et de profil, servant à faire tourner la première roue de droite.
- Fig. 15. Style à pointe mobile qu’on engage entre les dents des roues pour amener les chiffres des cadrans sous les lunettes.
- [.es mêmes lettres indiquent les mêmes objets dans toutes les figures.
- L’instrument, renfermé dans une boîte oblongue en acajou, se compose d’une platine supérieure en cuivre A percée de rainures ou fentes curvilignes B correspondant aux roues, et de fenêtres C sous lesquelles on amène les chiffres. Les diverses pièces du mécanisme que nous allons décrire successivement sont montées sur la platine inférieure D; ces deux platines, qui forment la cage de l’instrument, sont séparées par des piliers.
- Les roues E, fig. 3 et 4, sont au nombre de huit; elles portent sur leur circonférence vingt dents, correspondant à un pareil nombre de chiffres marqués sur un cadran. Au centre de cette roue est fixé un canon F et une pièce de recouvrement G, sur laquelle s’appuie une double came H: cette pièce est séparée par une portée I de la pièce d’arrêt J qui y est attachée par deux vis : de cette manière toutes les pièces sont solidement réunies à la roue, comme on le voit fig. 5 et 6.
- La roue s’adapte par son canon F sur une broche K implantée dans la platine inférieure et consolidée par une rondelle L (fig. 9) vissée à l’extérieur de cette platine. Cette broche forme l’axe autour duquel se meuvent librement la roue et ses cames.
- Des sautoirs M, qui s’engagent dans les intervalles des vingt dents des roues, arrêtent leur mouvement à chaque dent. Ces sautoirs, représentés séparément fig. 13 et composés d’une lame de ressort mince a, sont montés par leur axe b sur la platine inférieure.
- Entre chaque paire de roues se trouve une détente rectangulaire N qu'on voit séparément fig. 11. Sa longue branche porte une petite goupille c; l'autre branche, munie en dessous d’une goupille plus longue d, est terminée par une pièce en équerre e, portant deux goupilles 1, 2, entre lesquelles est prise l’extrémité d’une petite lame de ressort f, dont l’autre bout est fixé sur la pièce g. La détente tourne librement, par son canon h, sur une broche à vis i fixée dans la platine inférieure, et qu’on voit en élévation fig. 12.
- Pour arrêter le mouvement de la détente, un ressort O, pris dans une petite pelote k implantée dans la platine inférieure, s’appuie par son extrémité contre la goupille inférieure d.
- Après avoir décrit les principales pièces de l’instrument, nous allons en faire connaître les fonctions.
- La goupille c de la détente est constamment en contact avec la double came II; lorsque celte détente se trouve au point le plus rapproché de l'axe de la roue, si l’on fait tourner celte roue de droite à gauche, à chaque dent qui passera la goupille s’éloignera d’un dixième du centre de l’axe; au neuvième temps elle sera le plus éloignée; alors,
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- en faisant avancer une nouvelle dent, le ressort O qui s’appuyait contre la goupille d, ne trouvant plus de résistance, par l’effet de la came excentrique, échappe et reprend sa première position. Pendant ce temps le ressort f de la détente est tendu; la roue étant parvenue à la dixième dent, cette tension cesse, et le ressort reprend sa première position. Si la roue décrit la moitié de sa circonférence, la détente sera en prise pendant neuf temps, et s’échappera au dixième, en poussant la roue suivante d’un dixième. C’est l’imitation de la marche ordinaire du calcul, où l’excédant des unités est transporté sur la colonne des dizaines, celui des dizaines sur les centaines, et ainsi de suite.
- Pour commencer une opération, toutes les roues doivent être amenées à zéro; pour cela on place les goupilles c des détentes N le plus près possible du centre de l’axe de la roue; mais, comme cette opération serait trop longue si l’on agissait sur chaque roue successivement, l’auteur a imaginé un mécanisme qui l’abrège. Ce mécanisme se compose des pièces suivantes.
- l.a platine inférieure est entaillée de trois rainures curvilignes P sur lesquelles passe une tringle plate Q. Des vis à tête traversant les rainures unissent la tringle à la platine inférieure, de manière qu’elle peut se mouvoir en suivant la courbe que décrivent ces rainures. Sur cette tringle sont fixées,'à des intervalles équidistants, des goupilles l qui, lorsqu’on fait mouvoir cette tringle, agissent sur les pièces d’arrêt J, et placent simultanément toutes les roues à 9; en ajoutant alors une unité à la première roue de droite, c’est-à-dire, en faisant tourner cette roue d’un vingtième de sa circonférence, on amène toutes les roues successivement à zéro, et cela avec tant de rapidité que l’œil ne peut suivre ce mouvement.
- Pour diriger la tringle Q dans son mouvement curviligne dans les rainures, elle est unie à une autre tringle plate R adaptée derrière la platine inférieure où elle est retenue par une bride ni; cette tringle est munie d’un bouton et porte un petit cran qui la retient dans la bride; en dégageant la tringle de la bride et la tirant par son bouton, elle entraîne la tringle Q avec laquelle elle est solidaire.
- Comme dans un mouvement rapide les roues pourraient faire volant, c’est-à-dire amener par la force des ressorts un chiffre autre que le chiffre 9, ce qui ferait manquer l’opération, M. Roth a disposé pour chaque roue un ressort butoir S qui rend cet accident impossible. Dès que la roue arrive à 9, ce ressort s’appuie contre la pièce d’arrêt J et interdit tout mouvement à la main; mais aussitôt qu’on a fait rentrer la tringle R, les goupilles / .écartent les ressorts butoirs et rendent à la roue la liberté de ses mouvements.
- Les roues sont munies de cadrans portant une double série de chiffres de zéro à 9 (voy. fig. 3); en perçant à travers la platine supérieure des lunettes ou fenêtres C, fig. 1, correspondant aux chiffres des cadrans et dans lesquelles ils apparaissent, on aura le premier élément d’une machine à calcul ou compteur. Pour faire tourner les roues on se sert d’un style à pointe mobile, fig. 15, qu’on engage à travers la rainure dans l’espace ménagé entre les dents de la roue.
- Le mécanisme de l’additionneur est semblable à celui du compteur; mais le levier de ce dernier est remplacé par une bascule T, fig. 14, mobile par son canon n sur une broche fixée sur la platine inférieure. Cette pièce, qui porte deux longues goupilles 3, 4, est retenue par un ressort à boudin o; lorsqu’on l’abaisse, elle fait mouvoir la détente de la première roue de droite.
- Pour se servir de la machine et poser un nombre quelconque de chiffres, il faut d’abord amener tous les cadrans à zéro. A cet effet, on attire à soi le bouton de la tige R; par ce mouvement, la tige se trouve dégagée de la bride qui la retenait; on la fait sortir alors horizontalement, mais sans tirer trop fort, jusqu’à ce que l’on sente de la résistance. Par cette manœuvre, les chiffres qui apparaissent à travers les fenêtres seront des 9, soit 999,999 fr. 99; ensuite on repousse la tige dans l’intérieur de l’instrument jusqu’à ce qu’elle soit saisie par la bride, précaution qui est indispensable, et on
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- 684 EXTRAIT DU BULLETIN' DE DÉCEMBRE 1843. --- SEPTEMBRE-OCTOBRE 1920.
- fait avancer d’une dent la dernière roue de droite; aussitôt apparaissent des zéros sur toute la ligne des fenêtres.
- Si dans cette situation on veut additionner deux nombres, par exemple, 6,107 avec 7,998, on procède de la manière suivante :
- On commence par engager verticalement la pointe du style, fig. 15, dans le cran de la roue des mille correspondant au chiffre 6; on conduit ce cran de droite à gauche jusqu’à l’extrémité de la rainure où l’on se trouvera arrêté; on répète la même opération pour le chiffre 1 sur le cadran des centaines, et on passe immédiatement à celui des unités où l’on amène le 7, attendu que la lunette du cadran des dizaines indique déjà le 0; les quatre fenêtres font ainsi apparaître 6,107. Pour ajouter le second nombre, on commence parles chiffres de droite comme dans le calcul ordinaire; on engage donc le style dans le cran 8 de la roue des unités, on le fait tourner jusqu’au point d’arrêt, et on amènera le chiffre 5 résultant de l’addition des chiffres 7 et 8 avec retenue d'une unité qui s’ajoute d'elle-même au produit des dizaines; après avoir placé le style dans le cran 9 de la roue des dizaines, on tourne et on amène le zéro, premier chiffre du produit de 9 et 1; une nouvelle unité se transporte aussitôt sur la roue des centaines; on place le style dans le cran 9 de cette roue, on tourne et on amène 1 chiffre de droite du nombre 11, provenant de l’addition des chiffres 9 et 1 et de l’unité retenue, qui se transporte de nouveau à la roue des mille qu’on fait tourner en enfonçant le style dans le cran 7; on obtiendra ainsi le chiffre 4, résultat de l’addition du 6 et du 7 et de l’unité retenue, laquelle se transporte finalement sur le cadran des dix mille; on aura de cette manière 14,105, qui est en effet le produit de l’addition des deux nombres.
- Avec un peu d'habitude, cette opération se fera très-promptement et avec une précision telle que jamais le résultat ne peut manquer, à moins qu’on ne se trompe dans la position des chiffres.
- On peut ajouter à un premier nombre tous ceux qu’on voudra, et toujours l'addition exacte se fera en même temps qu’on écrira.
- Quand une addition est terminée et qu'on veut en commencer une autre, on efface tous les chiffres en amenant les cadrans à zéro, comme il a été expliqué plus haut
- (D.)
- Bulletin de décembre i843 (p. 548 et 549).
- MACHINES A CALCULER.
- NOTE sur la liste chronologique des instruments à calculer ; par M. Jomard.
- Un rapport sur la machine à calculer de M. lloth, a été présenté à la séance du 12 juillet (1) : je viens seulement d’en prendre connaissance, et je l'ai lu avec l’intérêt qu’inspirent tous les travaux du savant rapporteur; le sujet par lui-même est d’ailleurs d’une réelle importance. Mais, à la suite du rapport, est une nomenclature chronologique des instruments à calcul, ouvrage, non du rapporteur, mais de M. Roth. Cette liste est généralement exacte; toutefois, je demande la permission d’y signaler quelques lacunes. Ces remarques n’ôtent rien au mérite de l’invention propre à M. Roth, machine ingénieuse, quoiqu’un peu compliquée, et n’empêchent pas non plus de reconnaître l’utilité de son catalogue.
- C’est en 1795 que les divisions logarithmiques des règles de Gunter ont été transportées
- (1) Bulletin de septembre 1843, page 414.
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- MACHINE ARITHMÉTIQUE DE MM. MAUREL ET JAYET.
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- sur un cadran; l’auteur de cette invention est M. Leblond; le cadran et l’arithmographe de M. tialtey ne sont venus qu’après; ils datent, l’un de 1798, l’autre de 1810.
- Bien avant ces époques on avait perfectionné à Londres les règles logarithmiques; Mountain en 1778, et Makay en 1802, ont décrit des règles mieux divisées que les anciennes, et donné des applications à la navigation et à la géométrie en outre des calculs arithmétiques. Quant à la forme circulaire, elle remonte elle-même à l’an 1696. Les règles de Scheffelt et la double règle de Lambert ont également été omises dans la liste chronologique.
- C’est vers 1814 que l’ingénieur anglais Jones a produit des règles logarithmiques, sliding rules, parfaitement exécutées, d’une dimension portative, et très-commodes pour l’usage. J’ai trouvé ces règles dans beaucoup d’ateliers d’Angleterre; j’ai vu non-seulement les contre-maîtres, mais les ouvriers eux-mêmes en faire un fréquent emploi. Le perfectionnement de Jones méritait d’être consigné dans la liste des instruments de calcul.
- C’est cette même règle de Jones que j’ai importée en France en 1816, et que j’ai fait reproduire par Lenoir, en l’appliquant à divers calculs, en l’assujettissant aux mesures décimales; je lui ai même donné plus de précision que n’en a la règle anglaise (1). On trouvera dans la 14^ année du Bulletin, août 1815, page 179, la description détaillée que j’ai publiée de cette règle et de ses usages, avec une figure. La règle française malheureusement s’est répandue assez lentement dans nos ateliers, au grand dommage des arts, selon moi; elle méritait de devenir tout à fait populaire, tant à cause de son utilité que de son bas prix et de sa bonne exécution.
- Note de plusieurs anciens ouvrages relatifs aux instruments à calculer.
- Michael Scheffelt, Ulm. — Instrumentum proportionum, oder unterricht vom proportionnai zirkul durch welchen so Avohl mathematische als mechanische unter die proportion gehoerige fragen in theoria und praxi, mit besonder und accurater fertigkeit aufzu-îoesen seyn, etc.; Ulm, 1708, 4°.
- Beschreibung und Gebrauch der logarithmischen Rechenstaebe. in aufloesung aller zur proportion geineinen und sphærischen trigonométrie gehoerigen rechnungen und in vorstellung unzaehliger matliematischen tabellen als eine verbesserung des Scheffeltischen des mechnnicus und des Bilerischen universal instrumentes entworfen von J. H. Lambert, Augsburg, 1761 ; 1 vol. 8°.
- W. Mountain, l’auteur de Mathemutical examiner, etc., the Seam tn's Vade-mecum, in-12, 1778, a publié aussi un petit traité sur la Sliding rule.
- Bulletin d’aout 1849 (p. 370 et 371 ).
- Machine arithmétique de MM. Maurel et Jayet.
- La construction de cette machine repose sur la possibilité de représenter tous les nombres entiers à l’aide de disques circulaires portant chacun les dix chiffres 0, 1,2, 3 .... 9; l’un de ces disques présente, à une première ouverture ou fenêtre, le chiffre des unités simples; un second disque, portant aussi les chiffres 0, 1, 2, 3.... 9, amène à une ouverture placée à gauche de la première le chiffre des dizaines; à la troistème fenêtre se présente le chiffre des centaines fourni par un troisième disque, et ainsi des autres.
- (1) Notre honorable collègue M. Francœur avait bien voulu me seconder dans ce travail, ainsi que M. le colonel Corabœuf.
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- 680 EXTRAIT DU BULLETIN D’AOUT 1849. — SEPTEMBRE-OCTOBRE 1920.
- Lorsqu’on a à ajouter deux nombres entiers accompagnés d’une mantisse décimale, on écrit, à l’aide de petites pièces métalliques qui portent les chiffres 0, 1, 2.... 9, le premier nombre à ajouter, et on les fait paraître dans les ouvertures par un mouvement de manivelle qui parcourt un arc de cercle; on écrit ensuite le second nombre sur les mêmes échelles métalliques, et par un nouveau mouvement de la manivelle, prompt et sûr comme le premier, la somme apparaît dans les fenêtres. Si l’on a un troisième nombre à ajouter, il sera écrit à son tour sur les échelles; un troisième mouvement de la manivelle opérera sa réunion aux deux autres nombres. S’il avait fallu soustraire le troisième nombre au lieu de l’ajouter aux autres, on eût imprimé en sens inverse le même mouvement à la manivelle. Il y a économie de temps et surtout d’attention dans l’emploi de l’instrument, si les nombres à ajouter ou à soustraire sont de six, sept ou huit figures.
- Le mérite et la célérité de l’instrument de MM. Maurel et Jayet se révèlent surtout dans la multiplication et dans la division des nombres d’une certaine grandeur : il exige que les deux facteurs n’admettent pas à la fois plus de quatre chiffres, c’est-à dire que ces nombres soient au-dessous de dix mille, ou bien que, l’un étant de cinq chiffres, l’autre n’en ait que trois ou moins, et, en général, que le nombre des chiffres des deux facteurs réunis n’excède pas huit, pour que la machine donne sur-le-champ le produit qui sera au-dessous de cent millions.
- Dans la règle la plus compliquée de l’arithmétique, dans la division, la machine de MM. Maurel et Jayet exécute rapidement la soustraction répétée du diviseur; elle opère immédiatement sur tout dividende moindre que cent millions, qui serait à diviser par un entier au-dessus de dix mille, en sorte que le quotient n’ait pas plus de quatre chiffres.
- La rapidité des opérations de la multiplication et de la division s’étend nécessairement au calcul du quatrième terme d’une proportion; quelques secondes donnent le résultat, si le produit est au-dessous de cent millions et que la division soit dans les limites prescrites.
- Les auteurs ont ajouté à leur instrument un appareil très-utile et qui permet d’obtenir sur-le-champ la somme ou la différence des deux produits : ainsi on a formé la somme
- 7493 X 2531 + 2548 x 5952, et l'on a trouvé, en trente-trois secondes, le nombre
- 34,130,479.
- La rapidité de l’opération ne tient pas à l’exemple particulier; elle vient du principe même de l’instrument. Cette propriété permet de calculer facilement le carré de l’hypoténuse d’un triangle rectangle dont les côtés sont donnés en nombres entiers.
- L’instrument de MM. Maurel et Jayet peut aider le géomètre, qui rencontre souvent de longs et fastidieux calculs à faire ou à vérifier; il pourra être très-utile et même usuel dans les maisons de banque et de commerce, parmi les vérificateurs, les ingénieurs, etc., qui ont sans cesse à multiplier des prix par des quantités ou qui ont à effectuer des supputations analogues. {Acad, des sciences, 12 février 1849.)
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- ARITHMOMÈTRE PERFECTIONNÉ DE THOMAS, DE COLMAR.
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- Bulletin de mars i851 (p. 113 à 123).
- ARTS MÉCANIQUES. — CALCULS
- Rapport fait par M. Benoît, au nom du Comité des arts mécaniques, sur Yarithmomètre
- perfectionné, inventé par M. Thomas de Colmar, directeur de la Compagnie d’assurance
- du Soleil, rue du Helder, 13.
- Lorsqu’en 1614, Néper fit connaître l'invention à laquelle son nom doit l’immortalité, il pouvait intituler l’ouvrage qui en donnait les détails de Mirifici logarithmorum canonis descriptio. C’était, en effet. Messieurs, une invention merveilleuse que celle de ces nombres auxiliaires, dont l’emploi ménageait aux hommes de science la majeure partie du temps que les calculs numériques avaient exigé jusque-là; car le temps est la seule chose dont il n’existe pas de débit.
- Les logarithmes n’ont été si généralement et si vite adoptés que parce qu’ils donnent le moyen de transformer les multiplications en additions et les divisions en soustractions, et, par suite, l’élévation aux puissances en multiplication et l’extraction des racines en division.
- Les personnes qui, par état ou par goût, s’occupent d’applications utiles des sciences mathématiques savent seules combien seraient longs et fastidieux les calculs qu’elles doivent souvent effectuer, si les tables logarithmiques ne venaient au secours de leur patience, qui, sans le soulagement qu’elle en reçoit, serait quelquefois mise à bout.
- Les logarithmes sont donc, je le répète, une invention merveilleuse; mais rien n’a démontré qu'elle fût la seule possible pour abréger, même autant qu’elle le fait, les calculs numériques. Pascal croyait qu’on pouvait en trouver d’autres, puisque, dès 1642, il ouvrait la voie des applications de la mécanique à l’important problème dont l’invention des logarithmes avait fourni une solution.
- Je ne reproduirai pas ici la nomenclature de tous les essais plus ou moins infructueux et dispendieux qui ont suivi celui du célèbre géomètre philosophe que je viens de citer : elle est imprimée dans le Bulletin de 1843, page 415, à la suite du rapport fait le 12 juillet par notre collègue M. Th. Olivier sur Y additionneur de M. Roth.
- Feu M. Francœur, l’un des anciens vice-présidents de la Société, dans son rapport du 20 décembre 1821 sur Y arithmomètre de M. Thomas, inséré au Bulletin de 1822, page 33, a signalé les calculateurs de Pascal, de l’Epine, de Boistissancleau et de Diderot. « Toutes ces « machines, dit-il, sont aujourd’hui tombées dans l’oubli, et on ne les regarde que « comme des conceptions plus ou moins ingénieuses.
- « Celle de M. Thomas, ajoute-t-il, ne ressemble nullement aux autres; elle donne de « suite les résultats du calcul, sans tâtonnements, et n’est faite à l’imitation d’aucune « des premières. » La description de cette machine primitive est consignée dans le Bulletin de 1822, page 355, et la planche 232, qui accompagne le texte, en représente les plus petits détails de construction.
- C’est de cette machine, perfectionnée par M. Thomas lui-même, que je viens vous entretenir au nom de votre Comité des arts mécaniques.
- Depuis la publication de Y arithmomètre inventé par M. Thomas, il a été construit une autre machine sur le même principe. On lit, en effet, dans le rapport de M. Mathieu, compris dans celui du jury central sur l’exposition de 1849, tome II, page 542 : « MM. Maurel et Jayet ont présenté, sous le nom d’arithmaurel, une machine à calculer, « dans laquelle on retrouve le principal organe de Y arithmomètre de M. Thomas, à savoir, « des cylindres cannelés, et des arbres parallèles, sur lesquels glissent des pignons « destinés à représenter les nombres (1). »
- (1) Voyez une note sur cette machine, Bulletin de la Société, année 1849, page 370.
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- 688 EXTRAIT DU BULLETIN DE MARS 1851. — SEPTEMBRE-OCTOBRE 1920.
- Ce sont réellement là, comme le dit M. Mathieu, les principaux organes des machines de M. Thomas, leurs organes caractéristiques; toutefois MM. Maurel et Jayet ont cru devoir conserveries cannelures, dont les cylindres de la machine primitive de M. Thomas étaient réputés garnis, tandis que dans la machine que cet inventeur vous soumet aujourd’hui, et qu’il compose d’autant de cylindres disposés parallèlement les uns à côté des autres que les nombres à additionner peuvent avoir d’ordres d’unités, au lieu de cannelures ou intervalles compris entre dix-huit dents géminées, il n’existe plus que neuf dents simples sur chaque cylindre, quel que soit l’ordre des chiffres, unités, dizaines, etc., qu’il est destiné à compter, ce qui est plus rationnel.
- De ces neuf dents dont les cylindres sont garnis, à la manière des roues d’engrenage cylindriques, sur un peu moins de la moitié de leur périphérie, une seule, la première, occupe toute la longueur du cylindre-, la seconde et les suivantes, dans le sens du mouvement, sont successivement de moins en moins longues, et leur différence constante est égale au neuvième de la longueur du cylindre. De cette construction et de ce que les pignons de dix dents, mobiles le long de leurs axes particuliers parallèles entre eux et à ceux des cylindres, sont amenés en regard de la partie de ceux-ci où existe un nombre de dents exprimé par celui des neuf chiffres, 0, d, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, inscrits le long de coulisses parallèles ouvertes dans une plaque de recouvrement de la cage de la machine, sur lequel les boutons à index ont été arrêtés, il résulte qu’en faisant faire simultanément aux cylindres une révolution entière, ce que l’on obtient par un seul et même tour de manivelle, chaque pignon mobile se déplace individuellement d’autant de dents ou de dixièmes de tour qu’il y a d’unités de son ordre dans le chiffre des coulisses en regard duquel l'index correspondant aura été arrêté à volonté.
- Pour indiquer ou écrire sur une même ligne ces dixièmes de révolution effectués par les pignons mobiles et leurs arbres, c’est-à-dire le nombre représenté par les chiffres de divers ordres sur lesquels les index des coulisses ont été arrêtés, une des extrémités de ces arbres est munie d’une pefite roue d’angle de dix dents, qui commande une autre roue d’angle égale; celle-ci est lixée sur un petit axe placé d’équerre et commun à un disque ou cadran, s’appliquant contre le dessous d’une tablette formant le prolongement de la. plaque des coulisses. Dans cette tablette est pratiquée une ligne de petites ouvertures ou lucarnes par lesquelles on aperçoit toujours celui des nombres 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 0 inscrits sur le limbe des cadrans, qui exprime le nombre de dixièmes de tour effectués par les divers pignons mobiles correspondants, ou, ce qui est la même chose, le nombre exprimé par les chiffres sur lesquels ont été placés les index des coulisses, si, avant de donner le tour de manivelle, le zéro des cadrans occupait la ligne des lucarnes, disposition qu'un mécanisme particulier et indépendant donne le moyen d'obtenir, après qu’on a soulevé la tablette, quand, dans cette position, on ne veut pas faire usage des boutons molettés qui surmontent extérieurement les axes des cadrans.
- On voit, d’après ce qui précède, qu’en laissant exister le nombre inscrit dans les lucarnes de la tablette, si on en écrit un nouveau au moyen des index des coulisses, il suffira de donner un autre tour de manivelle pour que les unités de chaque ordre aillent s’ajouter aux unités de l’ordre correspondant déjà indiquées dans les lucarnes. On lira donc sur la tablette le nombre exprimant la somme des deux nombres que l’on aura successivement inscrits aux coulisses, et il est évident qu’on pourra continuer à ajouter ainsi un nouveau nombre à la somme d’autres nombres obtenue, tant que la somme des unités de même ordre dans tous les nombres à ajouter ne dépassera pas 9.
- Que faudrait-il pour pouvoir additionner des nombres quelconques à l’aide de cette machine? Il suffirait que, lorsque chaque cadran présenterait dans sa lucarne le chiffre 0, correspondant à la somme de dix unités de son ordre, lesquelles composent ainsi une unité de l’ordre supérieur, ce cadran ajoutât immédiatement cette unité à celles inscrites dans la lucarne du cadran situé à gauche; de plus, comme le nombre inscrit dans les lucarnes pourrait être exprimé par une rangée de 9, il faudrait, en outre, que le transport
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- ARITHMOMÈTRE PERFECTIONNÉ DE THOMAS, DE COLMAR. GS^’
- d’unités dont je viens de parler fût successif et s’opérât de droite à gauche, afin que le résultat de l’addition à un tel nombre, d’une seule unité du plus petit ordre, pût s’écrire par un seul tour de manivelle, sous forme d’une unité de l’ordre immédiatement supérieur à celui des plus grandes unités qui le constituaient.
- C’est ce à quoi M. Thomas est parvenu : 1° en faisant relarder convenablement, au moyen des jeux de roues d’angle par lesquels les cylindres dentés sont commandés par un même arbre de couche, l'arrivée des dents pareilles de ces cylindres, dans le plan unique qu’occupent leurs axes; 2° au moyen d'organes fort simples, dont l’effet est immanquable et dans la combinaison desquels consiste une des différences principales qui existent entre sa nouvelle machine et l’ancienne. Ils se composent d’une sorte de petits tocs emmanchés à glissement sur le bout libre du cylindre denté des dizaines et des cylindres suivants, et que de petits ressorts hélicoïdes d’acier tendent constamment à repousser de l’extrémité de ces cylindres. La face extérieure de chacun de ces tocs est armée d’une espèce de doigt cylindrique disposé exactement dans le prolongement de la place qu’occupait sur le cylindre, avant d’avoir été enlevée, la dixième dent, c’est-à-dire celle qui suivait la plus courte des dents conservées. La rive antérieure de cette lace est, en outre, taillée en biseau, dans le voisinage de la douille centrale que le ressort hélicoïde entoure, afin que ces tocs puissent être facilement repoussés vers les cylindres, malgré l’action de ces ressorts, quand ils viennent à rencontrer de petits plans inclinés fixés à la cage de la machine. Dès que ces tocs ont été ainsi repoussés à leur position la plus voisine possible des cylindres, et avant qu'ils n’abandonnent ces plans inclinés, des battoirs d’acier mobiles, latéralement, se rapprochent des arbres de ces cylindres. Alors le bout extérieur des,douilles des tocs appuie et glisse contre ces battoirs, qui continuent à maintenir les tocs dans la position que les plans inclinés leur ont donnée. Mais lorsqu’un de ces buttoirs mobiles vient à être écarté de l’axe du cylindre, comme je l’expliquerai tout à l'heure, plus que la douille du toc n’a de saillie sur cet axe, ce toc n’étant plus retenu, le ressort hélicoïde le repousse, de telle sorte que son doigt va s’engager entre deux des dix dents d’une petite roue cylindrique ajustée sur le corps de l’arbre du pignon mobile voisin, précisément au moment où. la partie dentée du cylindre n’étant plus engagée-dans ce pignon, celui-ci est libre, ainsi que son arbre, de céder à faction du doigt du toc. Toutefois, le biseau du toc atteignant bientôt après le plan incliné fixe correspondant, l’action de ce plan dégage le doigt d’entre les dents de la roue cylindrique, dès que cette dernière et son arbre ont ainsi effectué un dixième de tour, lequel s’ajoute évidemment aux autres dixièmes de tour déjà enregistrés et faits par cet arbre pendant qu’il a été soumis à l’action des dents du cylindre lui-même.
- Mais il faut, ainsi que je l’ai fait remarquer, que le jeu des pièces que je viens de décrire soit déterminé par le cadran des unités d’ordre immédiatement inférieur. Pour cela, tous les cadrans sont armés, par-dessous, d’une came d’acier, qui, au moment même où le zéro de leur limbe se présente dans la lucarne correspondante, les met en communication avec leur voisin de gauche, en agissant sur un des bras d’une petite équerre ou levier coudé, dont l’autre bras est flanqué du buttoir mobile mentionné ci-dessus. Le ressort particulier qui maintient cette équerre et ce buttoir dans leur position ordinaire cédant à la poussée de la came du cadran, ce buttoir est, par cela même, écarté de l’arbre du cylindre denté situé à gauche; il cesse momentanément de s'opposer à faction du ressort hélicoïde, c’est-à-dire au glissement du toc sur cet arbre, et de ce glissement résultent les effets que j’ai décrits.
- Dès que ces effets sont produits, la came du cadran abandonne Véquerre; celle-ci obéissant alors à faction du ressort particulier qui la gouverne, rapproche de l’axe du cylindre denté correspondant le buttoir mobile faisant corps avec elle, et le replace ainsi contre le bout extérieur de la douille du toc, aussitôt que faction du plan incliné fixe, sur le biseau de sa face extérieure, en a donné la facilité, en réagissant sur le ressort helicoïde auquel le toc avait obéi. Tout se trouve alors replacé dans les mêmes positions relatives Tome 132. — 23 semestre. — Septembre-Octobre 1920. 54
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- initiales, et l’entier mécanisme est disposé de manière à pouvoir continuer l’addition de nouveaux nombres.
- La multiplication n’étant, en réalité, que l’addition du multiplicande à lui-même, autant de fois qu'il y a d’unités dans le multiplicateur, il en résulte que Y arithmomètre de M. Thomas peut servir à faire cette opération, et, grâce à une idée fort simple de l’inventeur, cette machine opère avec une promptitude et une sûreté étonnantes. Cette idée consiste à établir sous la tablette, à la gauche des cadrans placés dans la direction des coulisses, et dont il a été question, un nombre égal de cadrans et de lucarnes semblables, et fa lier cette tablette avec le restant du mécanisme de manière à pouvoir la repousser vers la droite, jusqu’au point d’amener même tous ces nouveaux cadrans et leurs roues d’angle à la place qu’occupaient les autres et à obéir et à agir comme eux.
- Soit, par exemple, le nombre 2 749 à multiplier par celui 3 957. J’écris le premier avec les index des quatre coulisses à droite, j’amène les zéros des cadrans dans les lucarnes, et je donne sept tours de manivelle, ce qui écrit dans les lucarnes le nombre 19 243, qui est le multiplicande ajouté sept fois à lui-même, comme le veut le chiffre 7 des unités du multiplicateur. Pour multiplier par !e chiffre 5 des dizaines, il suffît de multiplier 2 749 par 5, et d’écrire le produit sous les dizaines du nombre 19 243 : en déplaçant donc d’un •rang, vers la droite, les cadrans de la tablette, et en donnant cinq autres tours de manivelle, on obtiendra dans les lucarnes le nombre 156 693, résultat de cette addition. En poussant la tablette d’un autre cadran vers la droite et donnant neuf tours de manivelle, on ajoutera à ce dernier nombre le produit de 2 749 par le chiffre 9 des centaines du multiplicateur, et on lira dans les lucarnes 2 630 793. Enfin, en déplaçant encore d’un cadran, vers la droite, la tablette, trois derniers tours de manivelle ajouteront au nombre ci-dessus le produit du multiplicande par le chiffre 3 des mille du multiplicateur, et on lira dans les lucarnes, pour le produit total cherché, le nombre 10 877 793. Cette multiplication se fait en moins de 18 secondes.
- Il ne faut guère plus d’une minute pour obtenir, avec la machine, le produit '9 999 999 800 000 001, de 99 999 999 multiplié par lui-même. Il suffit de 45 secondes pour trouver le produit 5 555 555 444 444 445, de 99 999 999 multiplié par 55 555 5p5, ou celui 4 094 043 055 449 522, de 93 785 426 multiplié par 43 653 297. En 17 secondes on peut faire écrire, dans les lucarnes, le nombre 1 111 111 088 888 889, produit du même nombre 99 999 999 par 11 111 111.
- C’est encore par la réalisation d’une idée fort simple que M. Thomas a donné à son arithmomètre la propriété de faire les soustractions, et par suite la division, qui ne consiste qu'à soustraire du dividende le diviseur, autant de fois que cela peut être fait.
- M. Thomas a remarqué que, puisque les pignons mobiles commandés par les cylindres dentés doivent pouvoir glisser sur leurs arbres, il n’y avait aucun inconvénient à faire glisser ces arbres eux-mêmes dans les lumières de la cage de la machine qui les reçoivent, puisque les pignons sont maintenus en place par des fourchettes faisant coi’ps avec les boutons à index des coulisses. Sur chacun de ces arbres dont le corps rectangulaire traverse aussi à frottement libre la partie centrale des roues cylindriques commandées, par les tocs, il a donc fixé une seconde roue d’angle de dix dents, égale à celle dont j’ai parlé, et située de l’autre côté de la roue pareille montée sur l’axe du cadran correspondant et à une distance telle qu’elle ne peut engrener avec elle que lorsque, faisant glisser l’arbre, les dents de la première roue s’en dégagent entièrement. Un mécanisme très-simple, sur lequel on agit à l’aide d’une espèce de clef à flèche indicatrice, produit le déplacement instantané de tous ces arbres, et maintient les nouvelles roues engrenées avec celles des cadrans, de sorte qu’en tournant la manivelle dans le même sens que pour l’addition et la multiplication, ces cadrans se meuvent en sens contraire et retranchent ainsi, à l’aide d’un seul tour de manivelle, d’un nombre écrit dans les lucarnes de la tablette, tout autre nombre plus petit marqué par les index des coulisses. Si, par exemple,
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- ARITIIMOMÈTRE PERFECTIONNÉ DE THOMAS, DE COLMAR.
- on écrit dans les lucarnes le nombre 75 639 468, et avec les index des coulisses le nombre 69 839 989, un tour de manivelle, qui ne dure pas une demi-seconde, fait apparaître dans les lucarnes le nombre 5 799 479, excès du premier nombre sur le second.
- Il résulte de là que, pour effectuer une- division, il faut d’abord diriger la flèche indicatrice vers les mots division et soustraction gravés sur la plaque, écrire le dividende dans les lucarnes et le diviseur avec les index des coulisses, puis amener la tablette dans une position telle que le plus fort chiffre du dividende corresponde au plus fort chiffre du diviseur s’il est plus grand que lui, et, dans le cas contraire, que ce soit le chiffre suivant. Le nombre de cadrans passés à droite des coulisses, augmenté d’une unité, exprimera le nombre de chiffres entiers du quotient cherché. Dans cette position, le plus fort chiffre de ce dernier sera égal aü nombre de tours de manivelle qu’il faudra faire pour que le reste des soustractions successives du diviseur, que l’on effectuera ainsi et qu’on lira dans les lucarnes, soit moindre que le diviseur. On rentrera alors la tablelte d’un cadran, et si le nombre inscrit dans les lucarnes, au-dessus du diviseur, est égal ou plus grand que lui, un ou plusieurs tours de manivelle suffiront pour le rendre moindre, et dans tous les cas le nombre de tours de manivelle opérés pour cela exprimera le second chiffre du qudtient cherché, qu’il faudra noter comme le premier. Si le premier reste obtenu et poussé vers la gauche, au lieu d’être égal au diviseur ou plus grand que lui, était plus petit, alors le second chiffre du quotient serait un zéro, et après l’avoir noté on rentrerait encore la tablette d’un autre cadran, pour continuer de la même manière, à l’effet d’obtenir les chiffres suivants du quotient.
- En écrivant pour dividende, dans les lucarnes de la tablette, le nombre 9 182 736 456 483 022, et dans les coulisses le nombre 69 889 989 pour diviseur, il suffît de 75 secondes pour obtenir, avec Varithmomètre, les chiffres entiers 131 482 501 du quotient, et pour les inscrire au crayon sur un papier. Le reste de la division figure dans les lucarnes où on lit 32 950 533.
- J’ai supposé dans tout ce que j’ai dit que l’on comptait les nombres de tours de manivelle donnés, soit pour multiplier par un chiffre voulu, soit pour trouver successivement chaque chiffre d’un quotient cherché; mais la machine de M. Thomas renferme un organe qui dispense de ce soin : il consiste en une espèce de vis ayant neuf pas ou neuf tours d’hélice, de la grosseur des cylindres dentés et placée à leur suite, dans les filets de laquelle s’engage le bas d’un curseur à bouton et à index, qu’on peut faire glisser le long d’une coulisse ouverte dans la plaque de recouvrement, à gauche de celles dont il a été question, quand la manivelle est arrêtée au point de départ.
- S’il s’agit de multiplier par un des nombres 1, 2, 3... 9, on place l’index du curseur sur celui de ces chiffres inscrits au bord gauche de la coulisse, et en tournant la manivelle sans compter les tours, on éprouve un arrêt dans le mouvement, précisément lorsque le nombre de tours voulu est effectué, et le curseur index se trouve ramené à zéro.
- Quand on veut opérer une division, on place ce curseur au haut de sa coulisse où se trouve le zéro de la graduation 0, 1, 2, 3... 9, inscrite sur son côté droit, et en tournant la manivelle jusqu’à ce que le reste des soustractions successives soit devenu moindre que le diviseur, l’index du curseur est amené sur le chiffre qui exprime le quotient partiel correspondant, qu’on peut y lire (1).
- L’axe de cet organe porte, comme ceux des cylindres dentés, un toc et ses accessoires, afin d’enregistrer jusqu’au nombre de 10, sur le cadran de la tablette qui lui correspond, les unités de l’ordre supérieur à celui des unités comptées au moyen du dernier cylindre denté voisin ou occupant la gauche de la rangée.
- Les divers exemples que j’ai cités montrent avec quelle promptitude pourrait opérer
- (1) On peut, ainsi que je m’en suis rendu compte par un tracé régulier, et sans augmenter les dimensions des boîtes des arithmomètres de M. Thomas, leur donner la propriété d’écrire dans des lucarnes spéciales l’entier quotient d’une division.
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- les calculs arithmétiques une personne à laquelle la manœuvre de Varühmomètre de M. Thomas serait familière. Les services que cette machine peut rendre dans les maisons de commerce et de banque sont évidents, puisqu’on y a constamment à multiplier des prix par des quantités, et que pour l'établissement des comptes d’intérêts on est dans l’usage de multiplier toutes les sommes par le nombre de jours durant lesquels l’intérêt doit être servi, et de transformer ensuite les produits ainsi obtenus en argent, en les multipliant encore, soit chacun, soit leur total, par le coefficient relatif au taux de l’intérêt. Les vérificateurs, les ingénieurs, etc., trouveront un grand secours dans l’emploi de cette machine; car ils doivent effectuer aussi des supputations analogues aux précédentes, et ces calculs sont longs et fastidieux (1).
- Elle donne, d’ailleurs, le moyen de vérifier, avec la plus grande facilité et en aussi peu de temps qu’on a mis à la faire, l'exactitude de toute opération; car, si c’est par addition ou par multiplication, par exemple, que l'on a opéré, il suffit de détourner la flèche indicatrice vers la soustraction ou la division et de répéter l’opération faite ; s’il n’a été commis aucune erreur, le nombre qui avait été inscrit primitivement dans les lucarnes doit s'y représenter à la fin. De là résulte aussi le précieux avantage de pouvoir réparer immédiatement toute erreur, dont on s'aperçoit à temps, dans le cours d’un calcul, et provenant d’un ou plusieurs tours de manivelle donnés de trop.
- La réduction d’une fraction ordinaire en fraction décimale s’y fait très-facilement, et l’on obtient avec promptitude autant de chiffres décimaux qu'on en désire.
- La somme ou la différence d’une suite indéfinie de produits simples, telles que AxB±CxD±Ex Fdz, etc., s'obtient aussi très-rapidement avec Yarithmomètre.
- U extraction des racines carrées et des racines cubiques y est très-facile à faire, et, lorsqu'on a quelque pratique de la marche à suivre, on trouve très-promptement, avec une machine à huit coulisses et à seize lucarnes, les huit premiers chiffres de la racine carrée d’un nombre de seize chiffres et les six premiers chiffres de sa racine cubique.
- Sur une machine à huit coulisses et à seize lucarnes, on obtient très-rapidement aussi le quatrième terme d'une proposition, si le produit des moyens est au-dessous de dix quatril-lions, tandis que l’extrême connu n'est pas exprimé par plus de huit chiffres; on y calcule, d’après la propriété du carré de l’hypoténuse, et avec toute l’exactitude désirable, le troisième côté d'un triangle rectangle, dont deux côtés sont donnés; on procède à la résolution générale des triangles, avec le concours des tables des lignes trigonométriques naturelles qui étaient exclusivement en usage avant l'invention des logarithmes; on peut également y calculer de la même manière les formules telles que
- sin a cos 6 ±: sin 6 cosu et cosu cos b ± sin a sin b ;
- celles
- sin a -j- f cos a ^ cos b ± f sin b "
- et autres expressions de forme analogue, qui se présentent dans les applications mécaniques.
- Mais c’est surtout dans l’obtention de la plupart des tables numériques et de tous les barêmes que l’on trouve dans le commerce de la librairie, que Yarithmomètre de M. Thomas eût pu rendre de précieux services. Par exemple, la table de multiplication, dressée par ordre du Ministre de la Marine et des Colonies, imprimée par Didot jeune, en l’an VII,
- (l) M. Thomas a imaginé et fait construire un compteur sur lequel on peut effectuer avec la plus grande promptitude les additions et les soustractions de nombres quelconques; on peut y opérer, à volonté, soit par lignes, soit par colonnes : la vérification d’une addition s’y fait par une soustraction, et réciproquement. Comme avec ce compteur on additionne et on soustrait plus vite qu’avec Varühmomètre, il constitue avec lui un matériel précieux pour tout comptable: il peut être appliqué encore à indiquer constamment l’état d’une caisse, sans faire aucun calcul pour cela.
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- aurait été dictée, avec cette machine, infiniment plus vite qu’on n’eût pu 1’écrire, puisque chaque tour de manivelle en eût fourni un des nombres; il en serait de même de tous les tarifs que I on aurait à calculer ou à vérifier.
- La table des carrés des nombres 1, 2, 3, 4, S, etc., eût pu être aussi dictée très-vite, puisqu’en moins de trois minutes j’ai fait écrire, par exemple, dans les lucarnes de la machine, les cinquante carrés 240281001, 240312004, 240343009, 240374016, etc. 241802500, des nombres 15501, 15502, 15503, 15504, etc..., 15550.
- Pour former la table des cubes des nombres 1,2, 3, 4, 5, etc., on eût commencé par dicter, avec la même facilité que la table des carrés, une table des différences 7, 19, 37, 61, etc., de ces cubes successifs; l’écrivain aurait ensuite dicté tour à tour les nombres de cette table auxiliaire. L’opérateur, après avoir écrit aux coulisses chacun de ces nombres et donné un tour de manivelle, aurait fait apparaître le cube correspondant dans les lucarnes, et l’eût énoncé en réponse à l’écrivain qui en aurait pris note. On voit avec quelle facilité l’exactitude des tables des carrés et des cubes peut être vérifiée.
- L'arithmomètre de M. Thomas est donc réellement applicable à certaines interpolations numériques; il l’est encore à la solution de beaucoup de problèmes par des tâtonnements ou essais successifs qui conduisent assez rapidement à un résultat aussi approché qu’on le désire; l’extraction des racines 4e, 5e, 6e etc., d’un nombre donné est dans ce cas(l).
- Je l'ai également appliqué au calcul de la formule de MM. Arago et Dulong, p = 1,033 (0,2847 + 0,007155 t)1 2 3, donnant la pression p de la vapeur, sur une surface de 1 centimètre carré, en fonction de sa température t. Pour t = 128°,8, il m’a conduit, en cinq minutes, à p = 2k,6382267345. et, pour t = 265°,89, à p = 51k,699472436. Au lieu de ces valeurs exactes, on lit respectivement, dans les tables ordinaires, les nombres 2k,582 et 51k,650, qui en diffèrent sensiblement.
- Tous ces détails m’ont paru nécessaires pour vous faire apprécier la portée de l’invention ingénieuse de M. Thomas; la simplicité de la composition des organes élémentaires qui la constituent; la facilité de la réaliser en machines capables d’opérer sur des nombres formés d'autant de chiffres significatifs que l’on veut; la certitude et l’exactitude des résultats quelle fournit et le temps précieux qu’elle peut économiser aux calculateurs.
- Votre comité des arts mécaniques, espère, Messieurs, que vous la jugerez digne de tout votre intérêt et d'un des plus hauts témoignages de votre approbation, et il m’a chargé de conclure en son nom, 1° à l’insertion du présent rapport dans le Bulletin, pour signaler au public le nouvel arithmomètre de M. Thomas, qui devra être d’ailleurs figuré dans une de vos planches; 2° à ce qu'il soit adressé à l'inventeur des remercîments pour son intéressante communication, et des félicitations pour sa persévérance et sa réussite dans ses tentatives de perfectionnement d’une machine à laquelle il a su donner un plus grand degré d’utilité, et dont il a rendu la manœuvre très-aisée et la fabrication plus facile (2), circonstance qui en fait ressortir la valeur à un prix modéré.
- Signé Benoît, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 12 mars 1851. .
- (1) C’est seulement clans l’extraction de ces racines et dans la formation des puissances élevées, de nombres donnés, que les logarithmes peuvent dépasser en vitesse Varithmomètre, lorsque le nombre de chiffres significatifs demandé est restreint.
- (2) M. Thomas a déjà fait construire un assez grand nombre de machines de 10 et de 16 chiffres,
- et il a pris des mesures qui lui permettent de livrer promptement celles qu’on pourrait lui demander.
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- EXTRAIT DU BULLETIN D’AOUT 1879. — SEPTEMBRE-OCTOBRE 1920.
- Bulletin d’aout 187Ü (p. 393 a 423).
- INSTRUMENTS DE PRÉCISION
- Rapport fait par M. Sebert, au nom du Comité des arts économiques, sur la machine à
- calculer, dite arithmomètre, inventée par M. Thomas (de Colmar) et perfectionnée par
- M. Thomas de Bojano, 44, rue de Châteaudun, à Paris.
- Messieurs, de nombreux essais ont été tentés pour arriver à la construction de machines à calculer avant l’apparition de la machine arithmétique, ou arithmomètre, qui a été inventée, en 1820, par M. Thomas (de Colmar), directeur de la Compagnie d’assurances le Soleil, et que le fils de l’inventeur, M. Thomas de Bojano, par une longue suite de perfectionnements importants, a rendue d’un emploi absolument pratique.
- Théodore Ollivier a donné, dans le numéro du mois de septembre 1843 du Bulletin de la Société (lre série, t. XLII, p. 411), à propos de la description de Vadditionneur du Dr Roth, l’énumération de ces essais, essais qui commencent à la machine arithmétique de Pascal, pour se terminer à la machine algébrique de Babbage dont le seul spécimen, construit en Angleterre, reste encore inachevé, et qui passent par les tentatives de Leibnitz, de d’Alembert et de nombre d’autres chercheurs moins connus.
- Ainsi que le signalait Francceur, dans le Rapport qu’il présentait à la Société, à la date du 26 décembre 1821 (Bulletin de 1822, lre série, t. XXI, p. 33), au nom du Comité des arts mécaniques, la machine de M. Thomas (de Colmar) ne ressemble à aucune de ses devancières et ne dérive d’aucune d’elles.
- C’est une machine qui effectue toutes les opérations arithmétiques, y compris les extractions de racines, avec une rigueur absolue, et en opérant par une marche analogue à celle qui est suivie, dans la pratique habituelle de ces opérations, faites la plume à la main.
- Une description détaillée de la machine primitive a été donnée dans le Bulletin, en 1822 (page 353), par Hoyau.
- Dans un Rapport, daté 12 mars 1851 (Bulletin de 1851, lre série, t. L, p. 113), Benoît a signalé les modifications heureuses qu’elle avait déjà reçues à cette époque.
- Les perfectionnements nouveaux, qui y ont été apportés, et les simplifications qu’ont reçues les mécanismes qui la composent, méritent que nous entrions dans quelques détails pour faire comprendre la nature et l’importance de ces améliorations.
- Il est nécessaire, au préalable, de rappeler brièvement le principe de construction de cet instrument et son mode de fonctionnement.
- Disposition générale de la machine.
- La machine à calculer est entièrement renfermée dans une boîte obiongue portative qui, pour les plus grands modèles, mesure environ 70 centimètres de longueur, sur 18 de largeur et 10 de hauteur; elle se compose de trois parties principales.
- Une première partie (voir les planches 101 et 102 ainsi que la vue perspective page 699), formée d’une platine extérieure en cuivre, porte des rainures graduées qui correspondent aux unités de divers rangs des nombres à inscrire sur la machine, et dans lesquelles, à l’aide de boutons à index, que l’on déplace à la main, on inscrit les chiffres successifs dont sont formés les nombres sur lesquels on doit opérer, nombres à additionner ou à soustraire, multiplicandes ou diviseurs, suivant l’opération à effectuer.
- Une seconde partie, formée de rouages intérieurs, constitue l’organe fondamental et la partie caractéristique de la machine; ces rouages permettent de reproduire, dans une
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- partie de la machine, les nombres inscrits comme il vient d:être dit, et cela par un simple mouvement de rotation imprimé à une petite manivelle motrice. Cette partie est. d’ailleurs, disposée de telle façon que chaque nombre se trouve reproduit successivement autant de fois que l’on fait faire de tours successifs à la manivelle.
- Une troisième partie, enfin, portée par une platine mobile, est munie d’un grand compteur destiné à enregistrer les nombres successifs, reproduits par la machine, et d’un petit compteur chargé de noter le nombre des tours de la manivelle.
- Les chiffres de ces compteurs apparaissent dans deux séries différentes de lucarnes; les unes sont dites lucarnes des produits, ou grandes lucarnes; on y lit les sommes, les différences et les produits, ainsi que les restes des divisions; les autres sont dites lucarnes des quotients, on y trouve inscrits comme vérification, les multiplicateurs dont on a fait usage et on y lit les quotients et les racines.
- Les grandes lucarnes sont en nombre double de celui des rainures graduées, pour permettre d’enregistrer tous les chiffres des produits que peuvent donner les nombres susceptibles d’être inscrits sur la première partie de la machine, quand on les multiplie par des nombres ayant eux-mêmes autant de chiffres.
- Par un mouvement de glissement latéral, la platine qui porte ces lucarnes peut être portée, par crans successifs, vers la gauche ou vers la droite, ce qui correspond au déplacement de la virgule dans les opérations usuelles et équivaut, par suite, à une multiplication ou à une division, par 10, 100, 1000, etc., du nombre inscrit dans les lucarnes.
- Le grand compteur est disposé de façon à totaliser automatiquement les nombres successifs que la machine lui donne à enregistrer, et un débrayage, mû par un levier, permet d’en changer la marche, de telle sorte que les nombres successifs enregistrés se retranchent alors des nombres déjà inscrits dans les lucarnes, au lieu de s’y ajouter.
- La première position du levier d’embrayage sert pour l’addition et la multiplication ; la seconde est employée pour la soustraction, la division et les extractions de racines.
- Organe reproducteur. — L’organe caractéristique de l’arithmomètre, celui qui sert à reproduire les nombres inscrits sur la machine, autant de fois que l’on effectue de tours de la manivelle motrice, est formé de cylindres parallèles, en nombre égal à celui des ordres de chiffres à reproduire, et qui, mis en communication chacun par des pignons d’angle avec un arbre de couche commandé par la manivelle motrice, effectuent tous un tour entier sur eux-mêmes lorsque la manivelle fait elle-même un tour.
- Ces cylindres portent chacun en saillie neuf nervures, de longueur successivement croissante, réparties côte à côte sur une moitié seulement de la surface du cylindre, l’autre moitié restant libre. (Plus exactement, les nervures n’occupent que les 9/20 de la circonférence.)
- A côté de chacun de ces cylindres et un peu au-dessus, est placé un axe horizontal, en acier, de section carrée, sur lequel peut se déplacer une petite roue dentée portant dix dents qui peuvent engrener avec les nervures.
- Le mouvement de déplacement de chacune de ces roues est commandé par le bouton à index mobile dans la rainure correspondante, bouton qui est relié à la roue par une lame pendante, engagée dans une gorge ménagée sur le moyeu saillant de cette roue.
- Lorsque les boutons à index sont en regard des chiffres 0 des rainures graduées, les roues dentées correspondantes sont en dehors des cylindres et, par suite, ne reçoivent aucun mouvement par la rotation de ceux-ci.
- Lorsque les boutons sont en regard des chiffres 1, les roues dentées sont rencontrées, dans le mouvement de rotation des cylindres, par la partie extrême de la plus longue nervure et les roues avancent d’une dent.
- Si les boutons sont amenés en face des chiffres 2, les roues dentées sont rencontrées par les deux premières nervures, et, par conséquent, tournent de deux dents et ainsi de
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- EXTRAIT DU BULLETIN D AOUT 1879
- SEPTEMBRE-OCTOBRE 1920
- ARITI1MOMÊTRE DE MM. THOMAS (DE COLMAR) ET THOMAS DE BO.IANO.
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- .Bulletin de ht Société d’Encoitriu/ement iTroiriéme Série ' N"(>8.
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- <NE PAR M. THOMAS DE BO.IANO.
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- <>98 EXTRAIT DU BULLETIN d’aOUT 1879. — SEPTEMBRE-OCTOBRE 1920.
- suite jusqu’à l’extrémité de la course des boutons qui s’arrêtent en face du chiffre 9, position dans laquelle les roues tournent de neuf dents lors de la rotation des cylindres.
- On voit pourquoi les axes des roues dentées, axes qui commandent les rouages des grands compteurs, reproduisent, à chaque tour, les nombres inscrits dans les rainures.
- Organe de report des retenues. — Mais pour que le grand compteur ajoute les nombres qui lui sont ainsi transmis à ceux qu’il a déjà enregistrés, il faut qu’il jouisse de la propriété de transporter, d'un cadran1 quelconque sur le suivant, les unités d’ordre supérieur lorsque l’on donne à enregistrer, au premier de ces cadrans, un nombre d’unités dont le total dépasse 10.
- C’est le rôle d’une partie essentielle de la machine que l'on appelle le mécanisme de report des retenues. Ce mécanisme, qui a été la partie la plus difficile à réaliser, dans des conditions de fonctionnement simple et assuré, serait trop long à décrire ici en détail.
- Il suffira de dire que, sous sa forme actuelle, il fonctionne pendant la deuxième partie du tour du cylindre, partie pendant laquelle les roues dentées se trouvent en regard de la portion lisse de la surface de ce cylindre et, par suite, ne reçoivent aucun mouvement.
- La mise en marche du mécanisme des retenues est provoquée, pour chaque rangée de chiffres, par l’action d’une carne placée sous chacun des cadrans mobiles des grandes lucarnes. Lorsque l’intervalle, compris entre les chiffres 9 et 0, passe sous la lucarne, cette came vient rencontrer un levier qui, par un renvoi de mouvement convenable, met en prise une roue dentée, montée sur l’axe qui commande le cadran suivant, avec une grande dent spéciale qui est elle-même montée sur un canon mobile sur l’axe du cylindre cannelé conjugué; cette dent est placée, d’ailleurs, dans la position angulaire qui correspond aux 10/20 de la circonférence de ce cylindre.
- La dent est ensuite ramenée à sa place primitive par suite de la forme hélicoïdale de l’extrémité du canon qui la porte; cette partie hélicoïdale venant, dans la suite du mouvement du cylindre, rencontrer un petit buttoir fixe, en forme de plan incliné, qui la repousse. .
- Le mécanisme est enfin disposé, sur les cylindres successifs, de telle sorte que les retenues à porter s’inscrivent successivement et non simultanément de la droite à la gauche, à chaque vingtième de tour que font les cylindres cannelés.
- On obtient simplement ce résultat par le montage même des cylindres, dont chacun est en retard d’un vingtième de tour sur le précédent dans son mouvement de rotation.
- Grâce à cette disposition, si tous les cadrans sont placés sur le chiffre 9, et que l’on vienne à ajouter au nombre ainsi formé une seule unité, en marquant dans la rainure de droite le nombre 1 et donnant un seul tour de manivelle, on voit successivement apparaître des zéros dans les lucarnes, en allant de la droite à la gauche.
- Cette opération, qui constitue une des épreuves les plus sévères auxquelles puisse être soumise la machine, s’effectue sans qu’il soit nécessaire de développer, à chaque instant du mouvement, un effort plus considérable que pour opérer le report d’une seule retenue ; il en eût été autrement si l'on eût voulu faire marquer toutes les retenues simultanément; on sait que c’est là l’écueil qu’avait rencontré Pascal dans la construction de sa machine arithmétique.
- Mode de fonctionnement de la machine.
- Ges détails donnés, il est facile de comprendre la marche de la machine, dans chaque cas particulier.
- Pour l’addition, on écrit le premier nombre dans les rainures, on fait un tour de manivelle, le nombre se reproduit sur le compteur.
- On déplace les boutons des rainures pour écrire le second nombre à additionner; on
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- fait un nouveau tour de manivelle, et ce second nombre se reproduit sur le compteur, en s’ajoutant automatiquement à celui qui y figurait déjà, de sorte que l’on obtient le total des deux nombres inscrits.
- On écrit un troisième nombre, on fait encore un tour de manivelle, on a le total des trois et ainsi de suite.
- En même temps, le petit compteur inscrit le nombre de tours de manivelle, c’est-à-dire le nombre même des additions successives effectuées, et par conséquent, il rend impossible l’omission accidentelle d’un des nombres sur lesquels on opère.
- Preuve de l'addition. — Yeut-on la preuve de l’addition ainsi faite, on pousse le levier d’embrayage à la position soustraction', on laisse figurer sur la platine le dernier nombre inscrit, et l’on fait un tour de manivelle; on retrouve sur le compteur le total de tous les nombres, moins le dernier.
- On écrit l’avant-dernier nombre, on fait un tour de manivelle, on retrouve le total de tous les nombres, moins les deux derniers.
- En continuant ainsi, on finit par retrouver zéro partout sur le compteur, quand on a retranché successivement du total tous les nombres sur lesquels porte l’opération.
- On voit que, dans une addition très-longue, si l’on a eu soin de noter, sur la petite tablette de verre dépoli, que porte la platine de la machine, les totaux successifs obtenus, par exemple, au bout de chaque dizaine d’additions, on devra retrouver ces mêmes nombres successivement, quand on aura fait tourner dix fois, vingt fois, la manivelle, dans l’opération inverse faite pour la preuve.
- On délimitera ainsi facilement les intervalles dans lesquels il pourrait s’être glissé des fautes, fautes qui ne peuvent être dues, d’ailleurs, qu’à des omissions ou des erreurs d’écriture, la machine elle-même ne pouvant se tromper.
- Soustraction. — Ce qui vient d’être dit de la preuve de l’addition, indique suffisamment comment on fait la soustraction avec la machine; il y a seulement à remarquer que, pour faciliter les opérations, on a réservé le moyen d’inscrire directement les nombres sur le compteur; il suffit de soulever légèrement la platine qui le porte, de façon à le désembrayer, pour pouvoir faire tourner, à la main,, les cadrans dont les chiffres apparaissent dans chaque lucarne.
- On évite ainsi, dans la soustraction, d’avoir à écrire le nombre le plus grand sur la platine, pour le faire apparaître ensuite sur le compteur; ce que l’on ferait en donnant
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- un tour de manivelle, avant de changer la marche de la machine pour continuer l'opération.
- Multiplication. — Mais ce n’est pas dans l’addition ou la soustraction que la machine à calculer présente le plus d’avantages.
- Pour les grandes additions, elle va à peine aussi vite qu’un calculateur habile, tout en conservant cependant, sur le calcul fait de tête, l’important avantage d'éviter la fatigue mentale.
- Mais, pour les multiplications, sa supériorité devient considérable à tous les points de vue.
- Pour multiplier un nombre,' comportant jusqu’à huit et même dix chiffres, suivant le modèle de machine employé, par un nombre d’un seul chiffre, il suffit d’écrire le multiplicande sur la platine, à l’aide des boutons mobiles, puis de tourner rapidement la manivelle, en comptant mentalement le nombre des tours.
- Lorsqu’on a fait un nombre de tours égal à celui des unités contenues dans le chiffre multiplicateur, le produit exact se trouve inscrit dans les lucarnes du grand compteur. En même temps, dans les lucarnes du petit compteur, on trouve enregistré le nombre de tours qu’a faits la manivelle, et l’on est ainsi prévenu dans le cas où l’on aurait fait exécuter à cette manivelle un nombre de tours trop grand ou trop petit.
- Pour multiplier le même nombre par un nombre composé de plusieurs chiffres, on pourrait évidemment tourner la manivelle autant de fois qu’il y a d’unités dans le multiplicateur, mais l’opération deviendrait fort longue et rapidement impraticable dans la plupart des cas. En mettant, au contraire, à profit la faculté de déplacement de la platine du compteur, on peut considérablement abréger l’opération, en suivant la marche même des calculs faits à la plume.
- Veut-on, par exemple, multiplier un nombre par 325; après avoir inscrit le multiplicande sur la platine, on tourne cinq fois la manivelle. Puis, à l’aide de la main gauche, placée sur le bouton de la platine du compteur, on fait avancer cette platine d’un cran vers la droite, en la soulevant légèrement et la laissant tomber dans la première des encoches préparées à cet effet; on assure ainsi la multiplication par dix des nombres que la machine enregistrera ultérieurement; de la main droite qui n’a pas bougé, on tourne la manivelle deux fois, et l’on a déjà le produit par 25; de la main gauche, on fait avancer d’un nouveau cran la platine du compteur, ce qui multiplie par 100 les produits qui vont être écrits; on tourne enfin trois fois la manivelle et l’on a ainsi le produit par 325; en même temps, ce nombre 325 se trouve inscrit dans les lucarnes du petit compteur (1).
- Il est à remarquer que le grand compteur additionne tous les nombres que la machine lui donne à enregistrer et dans quelque ordre qu’on les lui présente; il en résulte que, dans la multiplication, on peut opérer dans n’importe quel ordre, et prendre le rqultipli-cateur, soit par la droite, soit par la gauche, soit même en commençant par un chiffre quelconque. Il en résulte aussi que, si une erreur a été commise dans l’opération; si, par exemple, un tour a été omis dans le mouvement de la manivelle, ce dont on est averti par l’apparition dans les petites lucarnes du multiplicateur réellement employé, il suffit de faire faire, après coup, à la manivelle, le tour manquant, après avoir replacé la platine du compteur dans la position correspondante, pour voir inscrire immédiatement le produit rectifié (2).
- (1) On suppose ici que l’on fait usage d’une machine ordinaire; dans les machines nouvelles de 20 chiffres, ce transport de la platine vers la droite est obtenu automatiquement, en faisant faire à la manivelle un tour en sens inverse du sens ordinaire, ainsi qu’il sera dit plus loin.
- (2) Cette façon d’opérer peut, dans quelques cas fort rares, entraîner des erreurs qui tiennent à ce que, dans les machines existantes, le mécanisme de report des retenues, ne s’étend pas au-delà des deux lucarnes qui suivent les rainures graduées, ce qui est suffisant pour le mode d’opération habituellement suivi ; il suffit d'être prévenu de la possibilité de cet accident pour l’éviter.
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- Si, inversement, on a fait un ou plusieurs tours en trop dans une des multiplications partielles, on corrigera également la faute en donnant un ou deux nouveaux tours de manivelle, mais après avoir pris la simple précaution de pousser le bouton d’embrayage à la position soustraction.
- Division. — La division se fait, comme dans le calcul ordinaire, par une marche inverse de celle suivie pour la multiplication.
- Le bouton d’embrayage étant poussé à la position convenable, le dividende est écrit à l’aide des cadrans du grand compteur et sur la gauche de la platine; on écrit le diviseur à l’aide des boutons des rainures; on amène le dividende en regard du diviseur en déplaçant la platine du compteur, de façon que le premier chiffre du dividende soit directement au-dessus du premier chiffre du diviseur et l’on tourne la manivelle.
- A chaque tour, on voit le dividende se fondre pour ainsi dire, chacun des tours de la manivelle ayant pour effet de retrancher une fois le diviseur du nombre formé par les chiffres du dividende écrits au-dessus de lui.
- On arrête le mouvement de la manivelle quand le nombre qui reste au-dessus du diviseur ne le contient plus; le nombre de tours, enregistré par le petit compteur, donne alors le premier chiffre du quotient.
- On déplace la platine d’un rang vers la gauche pour prendre un nouveau dividende supérieur au diviseur, et l’on tourne de nouveau la manivelle pour obtenir, de la même façon, le second chiffre du quotient.
- En continuant ainsi jusqu’à la droite du dividende, on obtient le quotient complet à une unité près, et le reste se trouve inscrit dans les lucarnes du grand compteur.
- Il est à remarquer, ici, que toute erreur est impossible; si, dans une des opérations partielles, on tourne la manivelle d’un tour en moins que le nombre convenable, et si on laisse, par conséquent, subsister sur la platine du compteur, quand on l’avance vers la gauche, un nombre supérieur au diviseur, on se trouve simplement obligé, à l’opération suivante, de tourner la manivelle plus de neuf fois, avant d’arriver au chiffre convenable du quotient (1).
- Si, au contraire, on a tourné un tour de trop, on entend alors dans la machine un bruit insolite et l’on voit apparaître successivement le chiffre 9 à toutes les lucarnes du grand compteur, ce qui est la façon dont la machine indique qu’on a voulu lui faire retrancher d’un certain nombre un nombre plus grand que lui. Il suffit alors de pousser le bouton d’embrayage à la position multiplication et de donner un tour de manivelle pour voir l’erreur réparée; l’opération peut ensuite continuer en remettant le bouton d’embrayage à la position convenable.
- Extraction des racines. — L’extraction de la racine carrée s’opérant par une série de soustractions et de divisions successives, il est facile de concevoir comment on l’effectuera sur la machine, en suivant la marche habituelle; mais, eu égard à la disposition de l’appareil, il y a un grand avantage, comme élégance et rapidité, à opérer par le procédé moins usuel, dit procédé par additions successives, qui est fondé sur les propriétés des progressions arithmétiques (2). Il serait trop long d’exposer ici la marche à suivre; il
- (1) Toutefois, le petit compteur n’étant pas pourvu d’un mécanisme de report des retenues, ne rectifie pas de lui-même, dans ce cas particulier, l’erreur commise dans l’inscription du chiffre précédent du quotient; mais on est averti qu’il y a eu erreur parce qu’on voit le petit compteur décompter après avoir dépassé le chiffre 9, ce qui tient à ce que les cadrans du petit compteur, destinés chacun à compter des nombres inférieurs à 9, portent, ainsi qu’il sera expliqué plus loin, 18 divisions, allant de 0 à 9 et revenant à 0, et changent de marche quand on déplace le levier d’embrayage de la machine.
- (2) Ce procédé repose sur cette remarque que le carré d’un nombre n est le rcicme terme de la progression arithmétique 1, 3, 3, 7, etc., formée de la suite des nombres impairs, et que ce nsamc terme a pour valeur 2n — 1, de sorte qu’en retranchant d’un nombre donné, la série successive
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- suffira de dire que, par ce procédé, la machine, selon sa grandeur, donne, avec une rapidité surprenante, des racines de 8 et 10 chiffres exacts.
- Un peut aussi demander à la machine l’extraction des racines cubiques; mais, dans la pratique, on en fait rarement usage pour ces opérations, car, lorsqu’on se sert ordinairement de la machine à calculer pour les calculs industriels, on est conduit, comme on le verra plus loin, à recourir à des tables des lignes trigonométriques naturelles, tables auxquelles se trouvent habituellement jointes des tables des carrés et des cubes, et la facilité de trouver dans ces tables les racines carrées et les racines cubiques, avec trois ou quatre chiffres exacts, et de doubler même, par une simple division, le nombre des chiffres des racines données directement, fait qu’on a rarement besoin de recourir à la machine pour ces opérations mêmes.
- Nombres décimaux. — La machine est, d’ailleurs, disposée de façon à permettre de suivre facilement les variations de position de la virgule dans le calcul des nombres décimaux : à cet effet, de petits trous sont percés à droite et près de chacune des lucarnes, et de petites chevilles en ivoire, qui peuvent se placer dans ces trous, représentent matériellement les virgules; il suffît de déplacer ces chevilles dans le cours des calculs, suivant les règles connues.
- 'Perfectionnements successifs de Varithmomètre.
- Déjà, de 1821 à 1851, M. Thomas (de Colmar) avait apporté, à la machine à calculer, d’importants perfectionnements, dont le Rapport de M. Benoît a donné le détail, mais dont les dessins n’ont pas été publiés dans le Bulletin.
- Manivelle motrice. — Il avait, par l’adoption de la manivelle motrice, supprimé le système compliqué de ruban et de cylindres qui servait de moteur aux machines précédentes.
- Changement de marche. — Par l’addition du changement de marche, il avait pu simplifier la construction du grand compteur, dont les cadrans portaient primitivement deux séries de chiffres, disposés en ordre iuverse, servant les uns pour l’addition, et les autres pour la soustraction et qui apparaissaient dans deux séries de lucarnes différentes, qu’une double glissière permettait de fermer à tour de rôle.
- La même modification lui avait permis de simplifier la construction des cylindres à nervures qui, dans les machines précédentes, portaient 18 nervures, formant 9 doubles cannelures, pour donner le mouvement aux cadrans du compteur par vingtième de tour.
- Dans les machines actuelles, nous retrouvons la même disposition de manivelle motrice que dans les machines de 1851. Les cylindres, à 9 nervures, présentent la disposition dont nous avons donné, précédemment, la description sommaire; le changement de marche s’obtient au moyen d’un levier qui déplace une règle, sur laquelle se trouve montée la série des doubles roues d’angle qui correspondent aux pignons dentés des cadrans et qui, suivant qu’elles engrènent en avant ou en arrière, font tourner ces cadrans dans un sens ou dans l’autre.
- Ressorts d'arrêt des boutons mobiles. — Dans les machines nouvelles, on a placé, sous les boutons à index, qui servent à indiquer les chiffres soumis aux opérations, de petits ressorts entrant dans des encoches pratiquées sous la platine, de chaque côté des rainures graduées, et qui empêchent ces boutons de se déplacer pendant la marche.
- des nombres 1, 3, S, 7, etc., jusqu’à ce que le reste devienne plus faible que le nombre qui suit, il suffit de compter le nombre des opérations effectuées pour avoir la racine cherchée, à moins d’une unité près, ou encore d’augmenter de 1 le dernier nombre soustrait, pour avoir le double de la même racine.
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- Nouveau mécanisme des retenues. — Le mécanisme, pour le report des retenues, dont la construction était très-délicate et qui ne fonctionnait pas toujours régulièrement, a été complètement changé et établi comme nous l’avons indiqué plus haut; il offre maintenant une sécurité absolue.
- Organes de modération. — Lorsqu’on opérait très vite, avec les anciennes machines, il arrivait parfois que les pignons dentés, lancés rapidement, faisaient volants et dépassaient le point où les nervures des cylindres les avaient amenés, de telle sorte que le compteur marquait un chiffre en plus.
- On a rendu impossible la production de cet accident en ajoutant, aux rouages, des organes de modération spéciaux. On a fixé, à cet effet, sur chacun des arbres carrés qui portent les pignons dentés, un peu au delà des cylindres cannelés, du côté opposé à la manivelle motrice, une roue taillée en croix de Malte, qui correspond avec un secteur monté sur l’arbre du cylindre.
- Ce secteur permet à l’arbre de tourner quand le pignon mobile est en prise avec les dents du cylindre, et le force à rester immobile pendant le restant du tour.
- Lucarnes des quotients. — Tous ces perfectionnements ont assuré la régularité de la marche de la machine et en ont rendu le fonctionnement absolument rigoureux, en même temps qu’ils augmentaient la durée des organes rendus robustes et peu délicats.
- Mais ce qui constitue, sur les machines antérieures, le perfectionnement capital de la nouvelle machine, c’est le compteur des nombres de tours de la manivelle motrice, compteur qui, en inscrivant automatiquement les chiffres successifs des résultats, dans les divisions et les extractions de racines, et ceux des multiplicateurs dans les multiplications, enlève, à l’opérateur, toute préoccupation et lui permet d’effectuer, sans contention d'esprit, les calculs les plus compliqués.
- Dans les machines présentées en 1851, il existait bien une rainure graduée, placée à gauche de la platine, dans laquelle un index, mû par une vis commandée par l’arbre de couche, venait indiquer le nombre de tours faits par les cylindres cannelés; mais ce chiffre s’effaçait à chaque nouvelle opération partielle, et dans les divisions, par exemple, il fallait, après chacune de ces opérations, s’arrêter un moment pour prendre note du nombre de tours inscrits, à moins qu’on ne fût assez sûr de sa mémoire pour en conserver simplement le souvenir.
- Dans son rapport de 1851, M. Benoît avait annoncé qu’il était possible, sans augmenter les dimensions des boîtes des arithmomètres, de leur donner la propriété d’écrire, dans des lucarnes spéciales, l’entier quotient d’une division, et il avait indiqué l’emplacement à donner à ces lucarnes. C’est ce perfectionnement qui se trouve dans les machines actuelles; il n’a, d’ailleurs, été réalisé que vers l’année 1858, et de la façon suivante.
- Sous chaque lucarne du petit compteur, existe un cadran indépendant, monté sur une roue dentée de 18 dents. Chaque cadran porte, à droite et à gauche du zéro, la série des chiffres, 1,2, 3, etc., jusqu’à 9, le chiffre 9 étant commun aux deux séries.
- Chaque roue dentée, lorsqu’on déplace la platine mobile, vient, à son tour, engrener avec une roue qui se meut, tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre, suivant le sens de la marche de la machine et qui avance d’une dent à chaque tour de la manivelle. Chaque cadran indique donc le nombre de tours faits par la manivelle, en tenant compte du rang, des unités sur lesquelles on opère, mais ne peut'marquer plus de 9 tours, à moins de décompter après le neuvième.
- Effaceurs. — A la même époque, on a ajouté deux organes accessoires qui permettent d’abréger notablement la durée des calculs, quand on doit effectuer plusieurs opérations successives; ce sont deux effaceurs qui donnent le moyen de remettre rapidement au zéro les cadrans des deux séries de lucarnes. On met ces appareils en mouvement en tournant, jusqu’à ce qu’on sente un arrêt, deux boutons molletés, placés l’un à droite,
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- l’autre à gauche de la platine. Ces boutons font avancer des crémaillères qui, au moyen de roues placées sous les cadrans, entraînent et font tourner ces cadrans, jusqu’au moment où les zéros se trouvent en face des lucarnes.
- Le mouvement de rotation ne se prolonge pas au delà des zéros, parce qu'on a eu l'ingénieuse idée de supprimer, dans chaque roue, la dent qui se trouve en face de ces chiffres, de sorte que, à ce moment, la crémaillère passe et laisse le cadran immobile. Cette crémaillère reprend ensuite sa position primitive, lorsqu’on lâche le bouton molleté, par l'effet de la détente d’un ressort spiral, placé dans un barillet, sous le bouton de remise à zéro.
- Propulseur. — Enfin, un dernier changement, qui ne constitue aussi qu'un perfectionnement accessoire, a été apporté aux grandes machines de 10 chiffres, dans le but d’éviter, même à l’opérateur la fatigue de soulever et de déplacer la platine mobile pour les changements d'unités. Dans ces machines, en faisant faire à la manivelle motrice un tour en arrière, on fait tourner un excentrique qui soulève la platine des cadrans; puis on met en mouvement un système d’engrenages communiquant avec une crémaillère placée sous cette platine, engrenages qui, à chaque tour, la font avancer ou reculer d’un cran, suivant l’opération que l’on exécute.
- Applications possibles de l'arithmomètre.
- Ces divers perfectionnements qui ont enlevé aux premières machines leur caractère d’instruments de précision exigeant dans leur maniement une certaine délicatesse, et qui ont fait disparaître les défauts de détail qui pouvaient leur être reprochés, ont contribué, dans ces dernières années, à répandre l’usage de l’arithmomètre.
- On peut trouver, cependant, qüe la vulgarisation en a été bien lente, eu égard aux nombreux services qu’une machine de ce genre est susceptible de rendre au commerce, à l’industrie et aux sciences.
- On doit, sans doute, attribuer, en partie, ce résultat à l’impression défavorable produite sur les acheteurs par les imperfections qui nuisaient à l’emploi des premières machines construites.
- Cette impression disparait peu à peu, à en juger par la progression qu’a suivie la vente des appareils; de 1821 à 1865, c’est-à-dire en plus de quarante ans, il n’a été vendu que 500 machines, qui était d’ailleurs établies sur des modèles fort différents, car c’est dans cette période qu’ont été réalisés les perfectionnements successifs énumérés ci-dessus; de 1865 à 1878, en treize ans, il en a été vendu 1000, savoir : 300 dans la période de cinq années, aLlant de 1865 à 1870, 400 dans la période suivante, de 1870 à 1875 et 300 enfin, soit 100 par an, de 1875 à 1878. Sur ce nombre, les 3/10 environ sont des machines de 6 chiffres, les 6/10 des machines de 8 chiffres, 1/10 seulement sont des machines de 10 chiffres.
- On peut ajouter, et c’est un résultat qui doit nous donner à réfléchir, que, sur 100 machines vendues, 60 vont à l’étranger et 40 seulement restent en France.
- Mais les ventes déjà effectuées semblent bien peu en proportion avec les applications nombreuses dont la machine à calculer est susceptible.
- Ce n’est pas seulement, en effet, dans les opérations simples et isolées qu’elle présente cle grands avantages sur le calcul manuel; sa supériorité est bien plus manifeste encore quand il s’agit d’opérations complexes, comme en exigent les calculs des formules algébriques que l’on rencontre dans la solution de la plupart des problèmes de la pratique.
- Pour ces opérations complexes, la machine a le grand avantage de ne pas exiger l’inscription successive des résultats partiels, ces résultats obtenus sur la platine de la
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- machine étant, dans le plus grand nombre des cas, directement transformés les uns dans les autres, sans qu'il soit nécessaire même d'en prendre note.
- En outre, pour les calculs usuels, et surtout pour les calculs relatifs aux constructions, cubages, devis estimatifs, etc., elle doit évidemment une grande supériorité, sur tous les autres modes de calcul, à ce fait qu’elle opère d’un seul coup la multiplication et l’addition.
- Par l’emploi des tables des lignes trigonométriques naturelles, dont on faisait usage avant l’invention des logarithmes, la machine permet d’effectuer les calculs des formules dans lesquelles entrent des valeurs trigonométriques, aussi aisément que ceux des simples formules algébriques, et, par suite, elle dispense de l’emploi des logarithmes, qui ne trouvent plus leur utilité que dans les cas assez rares, où l’on doit faire usage de formules exponentielles.
- Cette dernière propriété est d’une extrême importance, car, eu égard à la facilité avec laquelle on peut apprendre le maniement de l’appareil à une personne même peu versée dans le calcul, on arrive à pouvoir confier les calculs les plus compliqués à de simples manœuvres, qui les effectuent sans difficultés, sur la seule indication de la marche à suivre dans chaque cas.
- Le maniement de la machine est, en effet, infiniment plus facile à enseigner que l’emploi des logarithmes.
- L’usage de ceux-ci exige des connaissances assez étendues, tandis que la première personne venue, pourvu qu’elle connaisse les quatre règles de l’arithmétique, peut, en moins d’une demi-journée, être mise à même de manier couramment la machine.
- Rapidité des opérations à la machine. — La rapidité des opérations faites avec l’arithmomètre, ainsi que les progrès réalisés, sous ce rapport, parla nouvelle mactiine, peuvent être appréciés par le rapprochement des quelques exemples suivants et de ceux que citait M. Benoît, dans son rapport de 1851.
- On trouve mentionné, dans ce rapport, que le produit par lui-même du nombre 99999 999 formé de huit 9, ce qui est la multiplication la plus longue que l’on puisse demander à la machine de huit chiffres, était formé en moins d’une minute (ce produit est 9 999 999 800 000 001).
- Avec la machine nouvelle, ce même produit s’obtient en 24 secondes, et en 28 secondes, avec les machines de dix chiffres, on obtient le'produit par lui-même d’un nombre formé de dix 9 (ce produit est égal à 99 999 999 980 000000 001) (1).
- M. Benoît indique que le produit du même nombre, formé de huit 9, par le nombre 55 555 555, formé de huit 5, s’obtient en moins de 45 secondes; avec la nouvelle machine, il ne faut que 17 secondes, et le produit du même nombre par 11 111 111, qui
- (1) Ainsi que l’a fait remarquer M. Guy, directeur de l’École des arts et métiers de Châlons, ces produits sont faciles à former.
- Un nombre composé entièrement de 9, étant augmenté d’une unité, donne, en effet, ia puissance de 10 dont l’indice est égal au nombre de chiffres de ce nombre. Par suite, le produit d’un nombre de cette espèce par un multiplicateur quelconque est égal au nombre formé par ce multiplicateur suivi d’autant de zéros qu’il y a de 9 dans le multiplicande, diminué d’une fois le multiplicateur.
- Le produit d’un nombre formé cle dix 9 par lui-même s’obtient, par suite, en écrivant dix 9 suivis de dix 0, et changeant le dernier 9 en 8 et le dernier 0 en 1.
- On trouverait de même que le produit d’un nombre formé de huit 9 par un nombre composé de huit 5, se forme en écrivant huit 5 suivis de huit 4, et changeant le dernier 5 en 4 et le dernier 4 en 5.
- On formerait, d’une façon analogue, le produit d’un nombre entièrement composé de 9, par les nombres formés d’un même nombre d’autres chiffres quelconques, et il est à remarquer que ces nombres se déduisent par une multiplication simple de celui qui a pour multiplicateur le nombre formé entièrement de 1, et celui-ci s’obtient en écrivant à la suite un nombre convenable de 1 et un nombre correspondant de 8, et changeant le dernier 1 en 0 et le dernier 8 en 9.
- Tome 132. — 2° semestre. — Septembre-Octobre 1920.
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- s'obtenait en 27 secondes, peut être obtenu en 10 secondes. (Ces produits sont respectivement 5 B55 555 444444 445 et 1 111 111 088 888 889.)
- Malheureusement, si la machine donne cette rapidité dans l’exécution des multiplications, il n'en est pas de même dans l’exécution des additions, et pour ces opérations, ainsi que nous l’avons dit précédemment, elle n’opère guère plus vite qu’un calculateur d’habileté ordinaire, ce qui tient à la lenteur relative de l’inscription des chiffres successifs des nombres à additionner, inscription qui s’obtient par le déplacement des boutons à index.
- Il en serait tout autrement si, pour inscrire les nombres à additionner, il suffisait de toucher du doigt, sans les déplacer, des boutons servant à marquer la place de chacun des chiffres à inscrire ; c’est là le dernier perfectionnement qu’il reste à apporter à la machine et qui en fera, dès lors, un appareil d’un emploi universel.
- Ce perfectionnement, bien des fois cherché déjà, ne semble pas d’une réalisation impossible, et votre rapporteur a pu indiquer à l’inventeur une disposition qui en donnera peut-être la solution.
- Mais déjà, dans son état actuel, la machine épargne au calculateur, dans les additions, la fatigue d’esprit, et dans toutes les autres opérations, elle réalise, en outre, une économie de temps considérable.
- Extension de l'emploi de Varithmomètre à divers cas curieux. — L’usage de la machine à calculer n’est pas limité au calcul des nombres comportant un nombre de chiffres égal à celui des rainures graduées; elle peut, à Laide d’un artifice bien simple, donner, par exemple, au moyen de quatre multiplications successives et d’une addition, le produit de deux facteurs renfermant chacun un nombre de chiffres double de celui des rainures.
- La méthode à employer est fondée sur la remarque que chacun des facteurs peut être décomposé en deux nombres formés, l’un de la moitié de droite des chiffres significatifs, et l’autre de la moitié de gauche, suivie de zéros en nombre égal à celui des chiffres séparés. Le produit de la somme de deux nombres, par la somme de deux autres, étant égal à la somme des produits de ces nombres pris deux à deux, on pourra faire, sur la machine, les produits partiels, deux à deux, des nombres ainsi formés, abstraction faite des zéros placés à la droite, et additionner ensuite ces produits, dont on aura pris note successivement, en rétablissant les zéros négligés.
- Notre savant collègue, M. Hirn, qui a mentionné la méthode à suivre dans un Mémoire qu’il a consacré à l’arithmomètre (1), a indiqué également d’autres applications curieuses de la machine.
- Il a montré comment on peut faire, dans certains cas, la division quand le nombre des figures du diviseur est plus grand que celui des coulisses; comment on peut, avec la machine, obtenir une racine carré avec un nombre de chiffres égal à celui du carré lui-même: comment on peut obtenir, sans être obligé de prendre note d’aucun des résultats intermédiaires, la somme algébrique d’une série de produits de deux nombres, positifs ou négatifs, ou même la racine carrée d’une telle somme; comment, enfin, on peut, par une seule opération, obtenir le produit de trois facteurs, et par suite, le produit d'un nombre par le carré d’un autre, comme, par exemple, la surface d’un cercle de rayon donné.
- Exemples cVapplications usuelles. — Un cas où la machine produit des résultats réellement merveilleux, c’est lorsqu’on l’applique au calcul des tables de multiplication, des barèmes, etc. Dans ce cas, en effet, chaque tour de la manivelle donne un résultat; et, en ayant recours à deux employés, dont l’un tourne la manivelle et l’autre transcrit, on obtient les résultats plus rapidement que ce dernier ne peut les écrire.
- (t) Hirn. Notice sur l’utilité de l’arithmomètre et de l’hydrostat (Annales du génie civil. 1863).
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- Aussi les maisons de banque, les administractions financières, qui ont été les premières à faire usage de l’instrument, sont unanimes à constater les services qu’il leur rend dans le calcul des tables d’escompte, l’établissement des comptes-courants, les calculs de statistique, etc.
- En France, cette machine est employée déjà, entre autres établissements, par les magasins du Louvre, la Compagnie des petites voilures, la Caisse des dépôts et consignations, les directions d’artillerie du Ministère de la guerre, le service de l’artillerie au Ministère de la marine, les commissions d’expériences d’artillerie des deux départements, les Compagnies d’assurances, les Compagnies de chemins de fer, le Creusot,. l’Observatoire, l’Ecole polytechnique, l’Ecole des ponts et chaussées, etc.
- L'administration du chemin de fer du Nord constate que, dans la répartition des recettes entre l’ancien et le nouveau réseau, deux employés, l’un manipulant, l’autre transcrivant les résultats, peuvent faire la besogne de six.
- Le général Didion, qui s’était servi de cette machine pour le calcul des tables numériques de son Traité de balistique, a signalé les services qu’elle rendrait dans les directions des contributions directes, où l’on a à former, chaque année et pour chaque commune, un tableau des produits de 1 à 100 de l’imposition pour 1 franc, relative à la commune et à l’espèce de contribution.
- Les témoignages ne sont pas moins unanimes pour constater la résistance à l’usure,, et la facilité d’entretien de la machine; c’est par dix ans que l’on compte le temps de fonctionnement d’un arithmomètre avant qu’il ait besoin de réparations, alors même qu’il est soumis à un service journalier, et les rouages qui le composent étant la reproduction d’un petit hombre de pièces toutes semblables, les remplacements de ces pièces, en cas de ruptures j?ar suite d’accidents, s’effectuent avec la plus grande facilité.
- Prix de vente. — Si, malgré ces avantages, la machine à calculer n’a pas pris dans, l’industrie la place à laquelle elle a certainement droit, alors surtout que, depuis dix ans, elle a atteint le degré de perfectionnement auquel nous la voyons parvenue, il nous semble que la cause doit surtout en être attribuée à son prix trop élevé. — La machine de 16 chiffres se vend 500 fr; c’est un prix peu abordable pour les petites bourses, et qui n’en permet guère l’achat qu’aux grands établissements et aux administrations. Si l’on considère le mode de construction de ses rouages, qui sont formés de la répétition de pièces semblables, toutes faciles à fabriquer isolément et ne demandant pas un ajustage soigné, on est amené à penser que, si la fabrication de ces machines était installée dans des conditions industrielles, elles pourraient facilement être vendues à moitié prix. Ce serait là un service considérable rendu au commerce, à l’industrie et aux sciences, et nous pourrions voir, avant peu, la machine à calculer prendre place sur le comptoir du négociant ou sur le bureau de l’ingénieur ou du commis, comme nous avons vu récemment la machine à coudre s'introduire dans les ateliers et dans la famille.
- En accordant de nouveau son approbation à cette machine et en constatant les perfectionnements importants qui y ont été apportés, la Société d’encouragement peut contribuer à hâter la réalisation de ce progrès désirable et à faciliter la vulgarisation d’une machine dont le Bulletin trouvait déjà, en 1821, l’invention digne d’être rangée au nombre de ces découvertes qui font honneur à ceux qui les conçoivent, et sont glorieuses pour l’époque qui les produit.
- Votre comité des arts économiques vous propose, en conséquence, de remercier M. Thomas de Bojano de la communication qu’il a bien voulu vous faire sur cet intéressant sujet, et d’ordonner l’insertion du présent Rapport au Bulletin, avec la description et les plans de la machine.
- Signé : Sebert, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 43 décembre 4 818.
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- EXTRAIT I)U BULLETIN D’AOUT 1879.
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- LÉGENDE DESCRIPTIVE DES PLANCHES 101 ET 102 REPRÉSENTANT LA MACHINE A CALCULER, DITE arithmomètre.
- Détail des figures.
- Dans toutes les figures, les mêmes lettres représentent les mêmes objets.
- Planche 101.
- Fig. 1. — Vue extérieure d’une machine, dite de 6 chiffres, à quotient et effaceurs, permettant d'obtenir des produits de 12 chiffres.
- Fig. 2. — Coupe transversale passant entre deux cylindres cannelés de la machine. La platine mobile, dans cette coupe, est supposée à moitié relevée.
- Fig. 3. — Coupe longitudinale passant immédiatement derrière les cylindres cannelés et montrant la disposition des organes de modération et de report des retenues, aux deux extrémités de la machine. Cette coupe ne fait voir que les deux extrémités de la machine.
- Fig. 4. — Vue par bout, faisant voiries organes de propulsion des nouvelles machines de 10 chiffres.
- Fig. 5. — Plan de l’extrémité droite d’une machine pourvue d’organes de propulsion montrant les engrenages d’entraînement de la platine.
- Fig. 6. — Vue arrière des mêmes engrenages en élévation.
- Planche 102.
- Fig. 1. — Vue en plan, la platine fixe enlevée, d’une machine à calculer, dite de G chiffres, montrant la disposition des rouages intérieurs.
- La platine mobile est supposée avoir été complètement relevée, puis rabattue horizontalement à l’envers, pour laisser apercevoir les rouages qu'elle porte sur sa face inférieure.
- Fig. 2. — Vue par bout, en élévation, du côté gauche, laissant voir le mécanisme de changement de marche.
- Fig. 3. — Plan du premier cylindre cannelé, montrant le manchon de mise en marche du petit compteur.
- Fig. 4. — Vue arrière, en élévation, d’un des leviers de report des retenues.
- Fig. o. — Plan d’un cadran du petit compteur.
- Fig. G. — Plan d’un cadran du grand compteur.
- Fig. 7. — Plan de l’extrémité droite de la crémaillère de l’effaceur des quotients, montrant le barillet moteur.
- Fig. 8. — Plan de l’extrémité gauche de la crémaillère de l’effaceur des produits, montrant également le barillet moteur.
- La vue perspective de la page 699 indique la position relative de quelques-uns des principaux organes de la machine.
- Vue extérieure.
- (Fig. 1, pl. 101).
- La boîte est ouverte et laisse apercevoir la platine supérieure de la machine; le couvercle est coupé en partie.
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- I. — Platine fixe en laiton recouvrant les rouages des organes de la machine, dits organes de reproduction et organes de report des retenues.
- II. — Glace dépolie recouvrant une petite boîte ménagée dans une partie laissée libre par le mécanisme et sur laquelle on peut inscrire les résultats obtenus ou les formules des opérations à effectuer.
- III- — Platine mobile, en laiton, recouvrant les compteurs de la machine. Cette platine peut se soulever en tournant autour d’un axe longitudinal placé sous sa face inférieure, près du bord extérieur; elle peut alors être déplacée vers la droite, en glissant le long de cet axe.
- M, manivelle motrice, dont la poignée se rabat latéralement, quand on ne se sert pas de la machine, afin de permettre la fermeture de la boite; elle porte sous sa face inférieure un petit tenon formant plan incliné, qui vient rencontrer un tenon semblable lorsqu’elle est dans la position à partir de laquelle se comptent les tours.
- Elle est montée sur son axe avec un certain jeu, de façon à pouvoir se soulever légèrement pour franchir l’obstacle que forme la rencontre des deux plans inclinés; la résistance que l’on sent à ce moment donne le moyen de compter facilement le nombre de tours effectués et permet de la ramener sans hésitation à sa position de repos.
- B1? B2, ... B6, rainures graduées servant à inscrire les chiffres des nombres sur lesquels on opère.
- Cj, C2, ... Cc, boutons mobiles, a index, coulissant dans ces rainures et que l’on amène en regard des chiffres à marquer.
- D1; D2, D3, ... D12, grandes lucarnes, dites lucarnes des produits, dans lesquelles on lit les sommes et les produits et où l’on inscrit les dividendes.
- Et, E2, ... E7, petites lucarnes, dites lucarnes des quotients, dans lesquelles s'inscrivent les nombres de tours faits par la manivelle motrice, et où se lisent, par suite, les multiplicateurs, les quotients et les racines.
- Près de chacune des lucarnes, grandes ou petites, est percé un petit trou qui peut recevoir une petite cheville en ivoire destinée à marquer la place de la virgule quand on opère sur des nombres décimaux.
- di, d2, d3, ... d12, boutons permettant de faire tourner, à la main, les cadrans dont les chiffres apparaissent dans les grandes lucarnes.
- gj, e.2, ... e7, petits boutons semblables permettant de faire tourner de même les cadrans, dont les chiffres apparaissent dans les petites lucarnes.
- N, bouton d’embrayage mobile dans une rainure et qui sert à disposer la machine pour les opérations, additives ou- soustractives, suivant qu’on le pousse à l’une ou à l’autre des extrémités de la rainure, en regard de l’inscription correspondante.
- Gj, bouton moleté, placé à la gauche de la platine mobile, dit effaceur des produits, et servant à ramener au zéro tous les cadrans des grandes lucarnes, quand on le fait tourner, à la main, en sens inverse du mouvement des aiguilles d’une montre.
- G2, bouton moleté semblable, placé à la droite de la platine mobile et dit effaceur des quotients. Il sert à ramener au zéro tous les cadrans des petites lucarnes, quand on le fait également tourner à la main, mais dans le sens du mouvement des aiguilles d’une montre.
- La machine est représentée au moment où après avoir inscrit dans les rainures graduées le nombre 690 284, on a fait effectuer à la manivelle un tour entier pour reproduire ce nombre dans les grandes lucarnes. La première des petites lucarnes Et, à partir de la droite a marqué le tour effectué.
- Bâti intérieur de la machine.
- (Fig. I et 2, pi.. 102; fig. 2, 4 et a, pl. 101.)
- aa, cloison antérieure, cloison intermédiaire.
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- yy. cloison postérieure.
- oo. entretoises cylindriques réunissant les cloisons antérieure et intermédiaire, à leur partie inférieure.
- es, entretoises rectangulaires réunissant ces mêmes cloisons, à leur partie supérieure. ï)Yj, entretoises réunissant, vers le milieu de leur hauteur, les cloisons intermédiaire et postérieure. p;ji, platine fixe, vv, platine mobile.
- Organes de reproduction des nombres.
- (Fig. 1, pl. 102; fig. 2 et 3, pl. 101.)
- Aj. A2, ... Au, cylindres cannelés, en nombre égal à celui des rainures graduées de la platine fixe.
- Ces cylindres tournent autour d’axes horizontaux, at, a2, ... au, disposés parallèlement au-dessous de chacune des rainures. Ces axes portent, à leur extrémité antérieure, des pignons d’angle qui engrènent avec des pignons semblables, montés sur un même arbre de couche longitudinal nx nl5 et cet arbre reçoit un mouvement de rotation d’un pignon moteur identique placé à son extrémité, vers la droite, et engrenant avec un dernier pignon semblable, mais disposé horizontalement et monté sur l'arbre vertical n\ que commande directement la manivelle motrice.
- La manivelle motrice, dans les machines ordinaires, ne peut tourner que dans le sens du mouvement des aiguilles d’une montre, par l’effet d’une roue à rochet W, montée sur l’arbre vertical n\ et logée sous la platine fixe; dans les machines nouvelles, dites à propulseur, cette disposition est remplacée par un système plus complexe, combiné de façon que la manivelle n’entraîne le pignon, qui commande l’arbre de couche, que dans ses mouvements de rotation dans ce même sens, tout en étant susceptible de tourner dans les deux sens. Lorsqu’on fait effectuer, à cette manivelle, un tour entier dans le sens convenable, tous les cylindres effectuent aussi un tour entier sur eux-mêmes et dans le même sens.
- Des axes semblables à ceux sur lesquels sont montés les cylindres et disposés de la même façon à leur suite, au nombre de deux seulement, «7 et a8, reçoivent un mouvement identique, par l'intermédiaire de pignons semblables, commandés également par l'arbre de couche.
- Ces arbres, visibles à la partie gauche de la fig. 1, pl. 102 et de la fig. 2, pl. 101, servent pour le report des retenues.
- Chaque cylindre porte, en saillie, neuf nervures de longueur successivement décroissante dans l’ordre de la rotation; la première, occupe toute la longueur : la dernière, n’occupe plus que le neuvième de cette longueur, soit environ 5 mill. 7.
- Ces cannelures sont réparties côte à côte, comme des dents d’engrenage qui seraient d’épaisseur décroissante, sur les 9/20 de la surface convexe du cylindre, le reste de sa surface restant lisse.
- B'j, BÇ, ... B'g, roues dentées, portant dix dents, susceptibles d’engrener avec les nervures des cylindres et montées sur des arbres en acier de section carrée fq, 62, ... bG sur lesquels elles peuvent coulisser.
- Ces arbres carrés sont placés directement au-dessous des rainures graduées de la platine fixe; mais ils sont en nombre supérieur de deux à celui de ces rainures, les deux derniers étant placés à la suite des autres, en conservant la même position relative; ces deux derniers 6. et ne portent pas de pignon mobile, mais seulement les organes de modération et de report des retenues, dont il est parlé plus loin.
- Chacun des pignons mobiles est pourvu d’une petite gorge ménagée sur un moyeu et
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- dans laquelle s’engage une petite lame pendante c (fig. 2, pl. 101) portée par le bouton à index G.
- Une petite lame de ressort c' qui pénètre dans des encoches creusées, sous la face inférieure de la platine fixe, en regard des graduations de la rainure, sert à assurer la position du bouton en face de chacune de ces graduations.
- Lorsque les pignons mobiles sont placés à bout de course, contre la paroi antérieure de la boîte de la machine, dans la position indiquée par la fig. 1 de la pl. 102 pour le deuxième cylindre, ils ne sont pas entraînés par les cylindres dans le mouvement de rotation de ces derniers et l’arbre qui les porte reste immobile quand on tourne la manivelle motrice.
- Lorsqu’ils sont placés, au contraire, en un autre point de leur course, comme il est indiqué pour le premier cylindre sur la fig. 1 de la pl. 102, ou sur la fig. 2 de la même planche, ils sont rencontrés par un nombre variable des nervures des cylindres dans la rotation de ces derniers et ils tournent, pour chaque tour de la manivelle motrice, d’un nombre de dents correspondant au chiffre marqué par le bouton à index; les arbres qui les portent tournent donc d’une quantité correspondante, à chaque tour de manivelle, tant qu’on ne déplace pas les boutons.
- Organes de transmission ait grand compteur.
- (Fig. 2, pl. 101 et fig. 1 et 2, PL. 102.)
- Ij, I.2, ... I8, canons en laiton, montés sur l’extrémité des arbres carrés et susceptibles de recevoir un petit déplacement longitudinal sur ces axes, tout en participant à leur mouvement de rotation.
- q, i.2, ... i8, pignons d’angles, à dix dents, montés sur l’une des extrémités de ces canons et commandant les cadrans du grand compteur dans les opérations additives.
- i\, i'.2, ... i'8, pignons semblables, montés à l’autre extrémité des canons et commandant les cadrans du grand compteur dans les opérations soustractives.
- D'j, D'2, ... D'h, D'12, cadrans du grand compteur portés par la platine mobile. d\, d'2,... (Un, d'l2, pignons d’angles, à dix dents, montés sur l’axe de ces cadrans et engrenant respectivement avec les pignons mobiles précédents.
- KK, règle coulissant sur les deux entretoises horizontales ss et entraînant, simultanément, dans son déplacement, tous les canons à doubles pignons sous lesquels elle est engagée.
- L, levier sur lequel est monté le bouton N et qui entraîne, par l’intermédiaire d’une bielle coudée l, articulée sur un second levier L', un arbre horizontal l'V qui porte deux bras l'T, pénétrant dans des encoches oblongues de la règle K.
- La course de la règle est limitée par les deux pièces kk qu’elle entraîne dans son mouvement et dont les extrémités viennent buter contre les parois verticales de la machine; cette course doit être égale au jeu qui provient de l’excès de l’écartement des circonférences primitives des deux pignons du canon mobile sur le diamètre de la circonférence primitive du pignon d’angle des cadrans, et ce jeu, lui-même, doit être supérieur à la saillie des dents en prise.
- Suivant que la règle est poussée en avant ou en arrière, les pignons dentés des cadrans, lorsque la platine mobile est rabattue, engrènent avec le pignon antérieur ou avec le pignon postérieur des canons mobiles et reçoivent, par suite, lors de la rotation de ces canons, laquelle s’effectue toujours dans le sens direct, un mouvement de rotation, soit direct, soit rétrograde.
- n n, axe fixé sur la platine mobile au moyen de trois nœuds de charnière n' n' et d’une vis v', et qui passe dans d’autres nœuds de charnière n" n" fixés après la paroi extérieure de la partie fixe de la machine.
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- EXTRAIT DU BULLETIN D AOUT 1879
- .SEPTEMBRE-OCTOBRE 1920
- Bulletin e/e lu Société B ' Encoureujcment /TrairUm* Série / A "O'H
- f/n/K L<rm<uuu‘n.i Jiir/B
- p,r C'9^'
- ARmiMOMETRE DF. M THOMAS u '
- ARITIIMOMETRE DE MM. THOMAS (DE COLMAR) ET THOMAS DE BOJAN' L
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- Pt. J O2.
- /. t’b/otu (Ut L Chaumont e( Bcrtra/uC sc .
- PAR M. THOMAS DE BOJANO
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- EXTRAIT DU BULLETIN d’àOUT J 879. — SEPTEMBRE-OCTOBRE 1920.
- Ce mode de montage permet de soulever la platine mobile, en la faisant tourner à charnière autour de cet axe, puis de la déplacer latéralement, dans les limites de la course laissée par l’écartement de deux des nœuds de charnière de la platine mobile.
- On peut, par ce déplacement, amener successivement le pignon d’angle du grand compteur, qui suit immédiatement la dernière rainure graduée de la machine, à engrener successivement avec chacun des canons à double pignon correspondant aux différents cylindres cannelés, et, dans ces différents cas, tous les autres canons à double pignon engrènent également avec les pignons des cadrans ainsi amenés en regard de chacun d'eux. Les mouvements de rotation imprimés à tous ces canons sont donc toujours enregistrés par le grand compteur.
- Les cadrans du grand compteur présentent un contour cannelé; une petite lame de ressort (fîg. 6, pl. 102), présentant une partie repliée en forme de double plan incliné, s’engage dans les cannelures et assure la position de chaque chiffre en regard de la lucarne.
- Pour faciliter le déplacement, par crans successifs, de la platine mobile et ne permettre de la l’abattre complètement que lorsqu’elle est dans une des positions où les engrenages qui doivent se commander mutuellement se correspondent, on a pratiqué, dans le rebord supérieur de la cloison intermédiaire de la partie fixe de la machine, des entailles t2, ... ts placées régulièrement au-dessus de chaque arbre carré; un tenon T, fixé sous la platine mobile, s’engage dans l’une de ces entailles lorsque la platine est amenée dans les positions voulues. Par suite de la hauteur donnée à ce tenon, la platine ne peut être rabattue d’une quantité suffisante pour mettre les engrenages en prise lorsque le tenon n’est pas en regard d’une entaille. Les bords des entailles sont évasés pour faciliter l’entrée du tenon.
- Après avoir soulevé légèrement la platine pour la déplacer d’un cran, il suffit de produire une traction longitudinale, en la laissant se rabattre par son propre poids, pour que le tenon s’engage de lui-même dans la première entaille qu’il rencontre et limite ainsi la course de la platine.
- En la soulevant de nouveau et opérant de même, on la déplacera de deux crans. En saisissant la platine par l’un des boutons moletés des effaceurs, pour provoquer ces mouvements, on compte facilement, par le bruit que produit, à chaque fois, la chute de la platine, le nombre de crans dont on la déplace.
- Pour empêcher qu’en touchant, involontairement, le bouton de débrayage pendant la manœuvre de la machine, on ne puisse changer le sens de la marche, d’une façon inopportune, au cours d’une opération, on a monté sur le levier d’embrayage L une lame horizontale h qu’il entraîne avec lui et qui, dans ce mouvement, passe dans le plan d’une roue verticale H (fîg. 2, pl. 101) montée sur le dernier des arbres à pignon d’angle que commande l’arbre de couche; cette roue porte une encoche qui est destinée à laisser passer cette lame, mais qui ne se trouve dans la position convenable que lorsque la manivelle moti’ice est elle-même à sa position initiale. Si, par suite, lorsque cette manivelle motrice a parcouru une partie seulement de la circonférence, on voulait déplacer le bouton d’embrayage, on serait arrêté par la rencontre de la lame h et de la partie pleine de la roue H.
- Un ressort en acier h', fixé sous l’entretoise o et qui agit par son extrémité sur un double plan incliné en laiton h", fixé sur le levier L sert, d'ailleurs, à maintenir ce levier dans ses deux positions extrêmes.
- Petit compteur. »
- (Fig. I, pl. 102 et fig. 2, pl. 101.)
- arbre horizontal placé au-dessus du premier cylindre cannelé et portant une roue dentée f" qui, lorsque la platine mobile est rabattue, engrène au travers des fenêtres e\, e\, ... e'7, avec l’une des roues dentées des cadrans du petit compteur.
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- ARITIIM0.V1 ÊTRE DE MM., THOMAS (DE COLMAR) ET THOMAS DE BOJANO. 715
- E'j, E'2 ... E'2, roues dentées, à 18 dents espacées, portant sur leur face supérieure 18 chiffres (fîg. 5, pl. 102) qui peuvent apparaître dans les petites lucarnes, à savoir le chiffre 0, et à droite et à gauche de ce chiffre la série des chiffres 1, 2, 3, etc., jusqu’au chiffre 9 qui est placé sur l’extrémité du diamètre passant par 0 et qui est commun aux deux séries de chiffres.
- Il résulte de ce mode de chilîraison que chacun des cadrans ne peut marquer que la série des nombres de 0 à 9 et qu’ils donnent cette série dans quelque sens qu’on les fasse tourner; mais si on les fait marcher de plus de 9 dents, ils commencent à décompter, au lieu de continuer à compter.
- fit second arbre horizontal placé parallèlement au précédent et un peu à droite, et qui engrène avec lui, par l'intermédiaire de deux roues dentées égales/'' et de telle sorte que les deux arbres tournent de quantités égales et en sens inverse l’un de l’autre.
- f"i, roue dentée semblable à la roue f" et montée sur ce second arbre.
- F, canon monté sur l’axe carré qui porte le premier des cylindres cannelés (fîg. 3, pl. 102). Ce canon peut coulisser sur cet axe, tout en participant à son mouvement de rotation; il porte une longue dent,, ou came, qui lors de la rotation du cylindre peut venir rencontrer soit la roue f", soit la roue f\ et la faire avancer d’une dent.
- e", équerre fixée sur la règle d’embrayage K et dont la branche verticale forme une fourchette qui s’engage dans une gorge creusée dans la partie cylindrique du canon mobile.
- Dans le mouvement de déplacement de la règle K, cette équerre entraîne le canon et amène la dent qu’il porte dans le plan de la roue /" ou dans celui de la roue f\ suivant que la machine est disposée pour les opérations additives ou pour les opérations soustractives. Dans le premier cas, la roue f” tourne d’une dent, dans un certain sens, chaque fois que la manivelle motrice effectue un tour; dans le second cas, cette même roue, recevant alors le mouvement de la roue f\, tourne d’une dent, en sens inverse, dans les mêmes conditions.
- Celui des cadrans du petit compteur que le déplacement de la platine mobile a amené au-dessus de la roue tourne alors, soit dans un sens, soit dans l’autre. La disposition donnée aux chiffres fait que le cadran compte toujours le nombre des tours effectués, mais en l’inscrivant au rang des unités qui correspondent à la position donnée à la platine mobile.
- En outre, si après avoir commencé une opération additive, on la continue en changeant le sens de la marche de la machine, le cadran décompte, ce qui donne à la machine la faculté de corriger les fautes accidentelles que l’on peut commettre, en faisant faire à la manivelle motrice un nombre de tours trop grand ou trop petit.
- Il suffît pour cela de changer la marche de la machine et de faire tourner la manivelle un nombre de fois égal à celui des tours effectués en plus ou en moins. Le petit compteur note alors successivement les nombres de tours corrigés qui correspondent aux résultats rectifiés qu’enregistre le grand compteur.
- Un ressort en acier j placé derrière la cloison intermédiaire et dont l’extrémité supérieure passe au travers d’une ouverture circulaire ménagée dans cette cloison, vient appuyer contre les dents de la roue /'" et empêche cette roue de tourner de plus d’une dent sous l’impulsion qu’elle reçoit de la came du premier cylindre.
- Organes de modération.
- (Fig. 1, pl. 102 et fig. 2 et 3, PL. 101.)
- ml7 m2, ... m8, canons montés sur les axes carrés des cylindres cannelés et portant à l'arrière, des pièces destinées au report des retenues et, à l’avant, une partie formée de deux demi-cylindres de rayons différents, sauf toutefois le canon du premier cylindre
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- cannelé qui ne porte que cette seconde partie, ce cylindre n'ayant pas à enregistrer de retenues.
- m\, m'.,, ... m'8, canons montés à demeure sur les axes carrés des pignons mobiles: ces canons portent, à l’arrière, les roues dentées destinées au report des retenues et, à l’avant, une roue mince taillée en croix de Malte, à 10 dents, dont les entailles sont déterminées par des portions de circonférences tracées de façon à laisser passer, avec un faible jeu, la portion demi-cylindrique de plus grand rayon de la pièce précédente.
- Cette portion de grand rayon est orientée sur chaque cylindre cannelé, de façon à correspondre à la portion de la surface qui ne porte pas de nervures; il résulte de cette disposition qu'elle n’est pas engagée entre les dents de la croix de Malte, tant que les nervures des cylindres peuvent être en prise avec les pignons mobiles montés sur les mêmes axes que les croix de Malte et que, par suite, ces axes carrés peuvent alors tourner librement; au contraire, ces portions cylindriques, s’engageant entre les dents des croix de Malte, les immobilisent au moment où les pignons mobiles, n’étant plus engrenés, pourraient, en faisant volant par la vitesse acquise, marquer un chiffre de trop, dans le cas où l’on opère un peu rapidement.
- Organes de report des retenues.
- (Fig. 1, 2 et 3, pl. 102.)
- 'hi Q-u <7i-2? cames ou tenons, en forme de losanges, placés sous les cadrans des grands compteurs, sur le rayon qui passe entre les chiffres 9 et 0.
- q\, q'.2, ••. q'-i leviers horizontaux montés sur une plaque fixée à la cloison 3 et terminés par un double plan incliné que les cames qui précèdent viennent rencontrer lorsque, la platine étant rabattue, les chiffres marqués par les cadrans, dans les grandes lucarnes, passent de 9 à 0.
- c/\, q".2, ... q"-n leviers placés dans un plan vertical, pouvant pivoter légèrement d’arrière en avant et dirigés obliquement.
- ru r2, ... r7. petits axes horizontaux engagés dans des trous percés dans les deux cloisons verticale et postérieure de la partie fixe de la machine et susceptibles de coulisser d’arrière en avant dans ces trous.
- Chacun de ces arbres (voir la brisure au milieu de la fig. 1, pl. 102) porte un petit canon fixé sur lui à demeure et contre le bout antérieur duquel vient appuyer l’extrémité du levier oblique correspondant, qui se termine par une fourchette embrassant l’axe. Sur ce canon sont fixées deux petites lames de ressort disposées symétriquement à droite et à gauche de l'axe, et dont les extrémités, formant doubles plans inclinés, s’engagent dans deux trous percés dans la cloison postérieure de la machine et forment freins en pressant contre les parois de ces trous, de façon à maintenir, avec une certaine force, l’axe mobile lorsqu’il a été amené dans l’une ou l’autre de ses positions extrêmes.
- Chacun de ces petits arbres mobiles porte enfin une petite lame rivée d’équerre à son extrémité antérieure. Cette lame forme une fourchette s’engageant dans une gorge creusée sur le moyeu du petit canon monté sur l’axe carré du cylindre cannelé et qui porte le secteur de modération. Ce canon est d'ailleurs mobile sur son axe et peut se déplacer sur lui, d’arrière en avant, tout en continuant à participer à son mouvement de rotation. Ce même canon porte, entre cette gorge et le secteur de modération, une longue dent, ou came, susceptible de venir rencontrer une roue dentée, montée sur l’axe carré qui porte le pignon mobile et faisant corps avec la croix de Malte. Enfin, l’extrémité du canon mobile se termine par une partie taillée en hélice qui, lorsque le cylindre fait la seconde partie de son tour, vient rencontrer un petit plan incliné ménagé à l’extrémité d’une goupille horizontale r" (fig. 2, pl. 101) rivée dans la cloison intermédiaire $ et
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- repousse ainsi en avant le canon mobile, si dans la première partie du tour du cylindre il a été amené en arrière.
- (Ces petites goupilles, étant placées immédiatement au-dessous des axes carrés des cylindres, ne sont pas visibles sur la fig. 1 de la pl. 102 et ne peuvent être aperçues que sur la fig. 2 de la pl. 101.)
- Lorsque le chiffre marqué par l’un des cadrans des grandes lucarnes passe de 9 à 0, le tenon quadrangulaire placé sous le cadran vient rencontrer le plan incliné du levier horizontal et repousse ce levier qui fait basculer d’arrière en avant le levier incliné.
- Celui-ci, par sa partie inférieure, repousse vers l’arrière le petit axe mobile à double ressort, lequel par l’intermédiaire de sa fourchette entraîne avec lui le canon monté sur l’axe carré du cylindre cannelé.
- La longue dent portée par ce canon vient ainsi se placer dans le plan de la roue dentée montée sur l'axe enregistreur suivant et la fait avancer d’une dent lorsqu’elle la rencontre.
- Cette dent est montée, d’ailleurs, dans une position angulaire telle qu’elle suit immédiatement, à un intervalle de dent, la neuvième nervure du cylindre cannelé correspondant, c’est-à dire qu’elle est placée exactement à 180 degrés de la première nervure ; il en résulte qu’aussitôt après qu’un cylindre cannelé a cessé d’agir sur le pignon mobile voisin, il commande l’avance d’une dent de l’axe de ce même pignon, si le cadran qui correspond au cylindre qui le précède indique qu’il y adieu d’effectuer un report d’unité.
- Cette opération effectuée, la portion taillée en hélice du canon mobile vient rencontrer la goupille formant plan incliné, et le canon est repoussé à sa place entraînant l'axe mobile qui, à son tour, commande les deux leviers qui ont provoqué le mouvement et les ramène à leur position première.
- Le secteur de modération, qui fait corps avec le canon mobile, présente une hauteur supérieure à la course imprimée à ce canon, il en résulte qu’il agit toujours de la même façon sur la croix de Malte, quelle que soit sa position.
- Le premier cylindre cannelé n’a pas besoin de canon mobile à dent spéciale pour le report des retenues, puisqu’il n’a pas à enregistrer de reports; par suite, son axe porte seulement un secteur de modération fixé à demeure.
- Pour éviter que plusieurs retenues ne s’inscrivent en même temps, ce qui exigerait un grand développement de force, on prend soin de caler les cylindres sur leurs axes, de façon que chacun d’eux soit en retard d’une dent sur celui qui le précède, à l’exception des deux premiers, qui peuvent être montés de la même façon, puisque l’inscription des retenues ne commence qu’au second cylindre.
- De cette façon l’inscription des retenues ne commence que lorsque tous les cylindres ont effectué un demi-tour et lorsqu’ils ont achevé, par suite, de faire marcher les cadrans respectifs du compteur, et elle s’effectue dans l’ordre des cadrans successifs, à chaque fraction d’un vingtième de tour de la manivelle motrice, à partir de la dixième de ces fractions. Ce n’est donc que dans les machines comportant plus de 10 axes enregistreurs (c’est-à-dire plus de 8 cylindres cannelés) que l’on est obligé éventuellement de faire enregistrer simultanément deux reports de retenue à deux cadrans à la fois.
- Effaceur des produits.
- (Fig. 1 et fig. 8, i>l. 102.)
- P, crémaillère placée sous la platine mobile, en dessous des cadrans dès grandes lucarnes et pouvant recevoir dans son plan deux mouvements, l’un dans le sens de sa longueur, l’autre dans le sens perpendiculaire. Lorsque, dans ce dernier mouvement, on la rapproche des axes des cadrans, elle peut venir engrener avec des roues d', à 10 dents, montées sur le même axe que les cadrans du grand compteur et faisant corps avec ces cadrans. L’une des dents de ces roues, celle qui correspond à la position du
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- KXTRAIT DU BULLETIN d’aOUT 1879.
- SK RT EM B RE-OCTO B RE 1920.
- zéro de chaque cadran, a été enlevée. (Voir sur la fig. 1 de la planche 102, la roue rendue visible par arrachement.)
- P', roue dentée entraînant la crémaillère; cette roue est montée sur l’axe du bouton moleté de l’effaceur. Ce même axe traverse un barillet dans lequel se trouve un ressort spiral que la rotation imprimée au bouton de l’effaceur a pour effet de bander et qui, en se détendant lorsqu’on lâche ce bouton, ramène en place la crémaillère.
- La crémaillère est terminée, à son extrémité gauche, par une partie oblique dont les dents restent engagées dans celles de la roue dentée motrice alors même que cette crémaillère est éloignée à sa position extrême.
- Cette partie oblique forme, du côté opposé à la denture, un plan incliné qui vient porter contre une goupille g fixée dans la platine mobile et qui force la crémaillère à se rapprocher des cadrans quand on la déplace longitudinalement, en la tirant vers la gauche.
- Lorsqu’on fait tourner la roue dentée dans le sens convenable, en agissant sur le bouton moleté, elle entraîne la crémaillère qui, par l'action du plan incliné, se rapproche des roues dentées des cadrans et engrène alors avec chacune d’elles, en leur communiquant un mouvement de rotation, jusqu’à ce que la place de la dent enlevée arrive en regard de la crémaillère. A ce moment, celle-ci cesse d’engrener et passe librement, en laissant la roue immobile. On est averti que ce résultat est obtenu en regardant les cadrans qui sont tous alors amenés au zéro; on en est également prévenu par la diminution de résistance que l’on perçoit en faisant tourner le bouton moleté.
- Si on lâche alors le bouton, la crémaillère est ramenée en place par la détente du barillet et sans entraîner les cadrans, puisque les roues dentées de ceux-ci sont toutes amenées dans la position où elles n’engrènent plus. A la fin de sa course, la crémaillère s’éloigne automatiquement des cadrans par l’action des plans inclinés.
- De petites goupilles g, faisant saillie sur la face inférieure de la crémaillère et qui s'engagent dans des rainures creusées dans la platine reproduisent, de distance en distance, l’effet du goujon g sur le plan incliné correspondant et guident la crémaillère parallèlement à elle-même dans ses divers mouvements.
- Effaceur des quotients.
- (Fig. 1 et 7, pl. 102.)
- L’effaceur des chiffres inscrits dans les petites lucarnes, dites lucarnes des quotients, est disposé de la même façon que l’effaceur des produits, mais les organes en sont moins robustes, parce qu'il opère sur un moins grand nombre de cadrans.
- pp, crémaillère passant sous les cadrans des petites lucarnes, et pouvant se déplacer longitudinalement et aussi se rapprocher des axes des cadrans.
- p\ roue dentée engrenant avec cette crémaillère et commandée par une seconde roue semblable p" montée sur l’axe de bouton moleté de droite. Cet axe traverse, d’ailleurs, un barillet dans lequel est logé un ressort spiral qui se trouve bandé quand on tourne le bouton moleté dans le sens convenable et qui, en se débandant, ramène la crémaillère en place.
- La crémaillère est terminée à son extrémité de droite par une partie courbe qui lui permet de rester toujours engrenée avec la roue dentée qui la mène.
- e'\, e",>, ... e"7, roues dentées placées sous les cadrans des petites lucarnes et faisant corps avec eux. Ces roues ont 18 dents correspondant aux 18 chiffres marqués sur ces cadrans, mais la dent placée en regard du zéro est enlevée.
- Ces roues engrènent avec la crémaillère lorsque cette dernière en est approchée suffisamment, et chacune d’elles tourne lorsque celle-ci se déplace longitudinalement jusqu’à ce que la dent enlevée se présente en regard de la crémaillère, c’est-à-dire
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- ARITIIMOMÈTRE DE MM. THOMAS (l)E COLMAR) ET THOMAS DE BOJANO.
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- jusqu à ce que le zéro du cadran paraisse dans la lucarne correspondante. A ce moment, da crémaillère se meut librement, sans entraîner davantage la roue dentée.
- La crémaillère est guidée dans son mouvement longitudinal par des goupilles g qu’elle porte de distance en distance et qui pénètrent dans des rainures ménagées dans une plaque de recouvrement. Ces rainures présentent, à l’extrémité gauche, une partie oblique formant plan incliné; elles provoquent, par suite, le rapprochement de la crémaillère lorsqu on la met en marche et, à la fin de sa course, lorsqu’elle revient en place sous l’action du ressort du barillet, elles l’écartent de nouveau, de façon à laisser libres les roues des cadrans.
- Propulseur.
- (Fig. 4, 5 et 6, pl. 101.)
- Cet appareil n’existe que dans les grandes machines de 10 chiffres; il sert à déplacer automatiquement la platine mobile, par crans successifs, chaque fois qu’on fait faire un tour à la manivelle motrice, en sens inverse du mouvement habituel. La platine se déplace alors vers la droite, si le bouton d’embrayage est disposé pour les opérations additives et, vers la gauche, s’il est disposé pour les opérations soustractives.
- Dans les machines pourvues de cet organe, l’axe vertical nl de la manivelle motrice M est monté dans deux colliers qui lui permettent de se déplacer légèrement de haut en bas, et il tourne dans deux canons en laiton m\, m"j? qu’il peut alternativement entraîner avec lui au moyen d’un embrayage convenable, suivant qu’il tourne dans un sens ou dans l’autre.
- L’un de ces canons m\ placé à la partie supérieure, porte le pignon moteur de l’arbre de couche; il n’est entraîné parla manivelle que lorsqu’elle tourne dans le sens direct.
- Le second canon m'\ placé au-dessous porte un pignon semblable, disposé en sens inverse, qui commande les organes de propulsion et il n’est entraîné que lorsque la manivelle tourne en sens inverse du mouvement habituel.
- L’organe d’embrayage qui produit ce résultat consiste dans un petit anneau m!' rivé à l’arbre, entre les deux canons. Cet anneau porte deux entailles disposées en sens inverse et dans lesquelles peuvent s’engager deux tenons de forme correspondante qui sout en saillie sur la tranche des canons. Ces deux tenons sont distants, d’ailleurs, d’une quantité à peine supérieure à la hauteur de l’anneau à entailles, augmentée de la profondeur d’une entaille.
- Il résulte de cette disposition que, si la manivelle motrice tourne dans le sens habituel, l’arbre se tient légèrement soulevé et le tenon du canon supérieur reste engagé dans l’anneau à entailles qui l’entraîne avec lui. Mais, si l’on imprime à la manivelle un mouvement de rotation en sens inverse, l’entaille supérieure appuyant sur la partie du tenon qui forme plan incliné, fait descendre légèrement l’arbre, de telle sorte que le tenon du canon inférieur vient s’engager dans l’entaille inférieure de l’anneau fixé sur l’arbre moteur, et c’est ce canon inférieur qui, à son tour, est entraîné.
- Si, ensuite, on tourne de nouveau la manivelle dans le sens direct, le plan incliné que forme le tenon inférieur agit pour faire remonter l’arbre et remettre en prise l’entaille et le tenon supérieurs.
- Cette disposition a conduit à supprimer la roue à rochet montée sur l’axe moteur des machines ordinaires; mais pour empêcher les cylindres cannelés de tourner éventuellement en sens inverse du sens normal, on a placé une nouvelle roue à rochet w' sur l’extrémité de l’axe du premier cylindre cannelé, contre la cloison postérieure de la machine.
- Lorsque le pignon inférieur est mis en mouvement, il commande, par l’intermédiaire d’un second pignon semblable, un arbre horizontal 3 sur lequel se trouvent montés
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- un excentrique z', une roue à rochet z" et une roue U dentée sur la moitié seulement de sa circonférence et portant huit dents. ,
- L’excentrique z', en tournant et par l’intermédiaire d’un galet s qui a pour but de rendre le mouvement plus facile, soulève un levier S dont l’extrémité recourbée arrive sous le bord de la platine mobile et la soulève d’une quantité suffisante pour dégager les dents des rouages des compteurs.
- Dans ce mouvement de bascule de la platine, une crémaillère u fixée obliquement contre la face postérieure de la platine vient se mettre en prise, soit avec une roue dentée V, soit avec une roue semblable Y', suivant que la machine est disposée pour les opérations additives ou pour les opérations soustractives.
- Ces deux roues sont montées, à cet effet, sur des canons susceptibles de glisser d'avant en arrière sur les axes qui les portent.
- Un levier x porte deux tenons qui s’engagent dans les gorges ménagées sur ces canons; il peut pivoter autour d’un axe central, de façon à pousser simultanément l’une des roues en arrière et l’autre en avant. Ce levier reçoit son mouvement d’une bielle articulée y qui est montée sur la règle d’embrayage K.
- Enfin, la roue V est placée de façon à être toujours rencontrée par les dents de la roue U, lorsque celle-ci effectue un tour entier; le déplacement qu’elle reçoit, dans la direction de son axe, par l’action du levier x, étantjnoindre, à cet effet, que l’épaisseur de cette dernière.
- Il résulte de cette disposition que lorsque la manivelle motrice fait un tour en sens inverse du sens habituel, la roue U fait un tour entier sur elle-même et fait avancer de 8 dents la roue Y et de 8 dents, en sens inverse, la roue V'.
- Suivant que la machine est disposée pour l’addition ou pour la soustraction, la crémaillère u avance alors de 8 dents vers la droite ou vers la gauche, et les dimensions des dents sont calculées de façon que ce déplacement corresponde précisément à l’intervalle de deux cadrans consécutifs de la platine mobile.
- Cette platine avance donc d’un cran dans le sens convenable, à chaque tour en sens rétrograde de la manivelle motrice, et à la fin de chaque tour, par l’effet de l’excentrique z' qui cesse de soulever le levier S, cette platine retombe en place, le tenon T s’engageant automatiquement dans l’une des entailles ti, t2, ... de la cloison intermédiaire de la machine; les bords de ces entailles sont, d’ailleurs, chanfreinés pour faciliter l’entrée de ce tenon.
- Un galet s' porté par une petite chape, montée à l’extrémité d’un ressort d’acier s", appuie contre les dents de la roue Y et empêche celle-ci de dépasser, par lancé, la position dans laquelle elle a été amenée par la roue V.
- (S.)
- Bulletin de septembre 1891 (p. 465 a 469).
- ARTS ÉCONOMIQUES
- Rapport fait par M. le Général Sebert, au nom du Comité des arts économiques, sur un appareil ca’culaleur présenté par M. Didelin, 21, rue Bréa, à Paris.
- On connaît l’utilité des barèmes ou comptes faits pour les industriels et commerçants qui ont fréquemment à faire des calculs de même genre, et il a été publié un grand nombre de ces barèmes qui donnent snus forme de labiés numériques, constituant des ouvrages plus ou moins volumineux, les résultats des calculs qui se présentent le plus souvent dans la pratique.
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- CALCULATEUR DIDELIN.
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- Mais l’emploi de ces tables numériques, tout en apportant un secours précieux aux calculateurs qui ont à en faire usage, donne lieu parfois encore à certaines objections.
- Si les barèmes sont faits, par exemple, pour donner tous les produits d’une série considérable de nombres par des multiplicateurs également nombreux, ils présentent un nombre de pages tel que les recherches deviennent pénibles et si, pour simplifier, on réduit les multiplicateurs en ne les prenant que de dix en dix ou de cent en cent, on se trouve conduit à recourir, pour obtenir les résultats exacts, à des opérations complémentaires qui, bien que rendues simples et faciles par l’emploi des tables conservées, exigent cependant une certaine attention, exposent à commettre des erreurs de virgule, et en tout cas augmentent la durée des calculs, en faisant ainsi disparaître au moins une partie des avantages que l’on cherche dans l’emploi des barèmes.
- Pour éviter ces inconvénients, M. Didelin s’est proposé de réunir, dans une boîte de format commode, les éléments des barèmes usuels en les disposant de façon à faciliter les lectures et à faire disparaître toute incertitude sur la position des virgules.
- A cet effet, il se contente de calculer les produits des multiplicandes constitués par
- Fig. 1. — Calculateur Didelin.
- up nombre entier d’unités, de dizaines, de centaines, de mille, etc., c’est-à-dire des nombres allant de 1 à 9, de 10 à 90, de 100 à 900, etc., par un certain nombre de multiplicateurs convenablement choisis et ne dépassant pas 30.
- Il compose avec ces produits des tableaux imprimés, formés chacun des neuf lignes horizontales pour chaque série de multiplicandes et de trente colonnes verticales. Ces tableaux sont destinés à être'reportés, par impression, sur autant de cylindres creux en métal noirci, et leurs dimensions sont déterminées de telle sorte qu’il reste, après impression, entre les deux lignes extrêmes, un intervalle vide qui apparaît en noir, suivant une génératrice du cylindre. Cet intervalle correspond à un signe marqué O qui vient s’intercaler dans la série des neuf nombres indiquant les multiplicandes employés, lesquels sont inscrits à la gauche des tableaux et se trouvent, après impression de ceux-ci, reportés sur le contour du cylindre près du bord gauche de ce dernier.
- Les cylindres au nombre de cinq, pour fonner un barème donnant les produits des nombres compris entre 1 et 100 000, se placent parallèlement dans le double fond d’une boite en bois et sont recouverts d’une feuille de tôle noircie formant couvercle à charnière, q.ui est percée de lucarnes pour laisser voir les produits.
- Ces cylindres sont enfilés sur autant d’axes portant, à l’extrémité gauche, des boutons moletés, à l’aide desquels on peut les faire tourner à la main.
- Les lucarnes sont disposées suivant cinq rangées horizontales correspondant à chaque cylindre et forment 30 colonnes verticales correspondant chacune aux produits donné par un même multiplicateur.
- Tome 132. — 2e semestre. — Septembre-Octobre 1920.
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- EXTRAIT DU BULLETIN DE SEPTEMBRE 1891. -- SEPTEMBRE-OCTOBRE 1920.
- Les multiplicateurs employés sont inscrits sur deux réglettes qui se glissent à la partie inférieure et à la partie supérieure du tableau ainsi formé par le dessus de la boîte.
- Les lucarnes extrêmes de gauche laissent apercevoir, en permanence, les multiplicandes inscrits à la g-auche des cylindres et à côté de ces lucarnes sont inscrits les mots unités, dizaines, centaines, mille et dizaines de mille.
- Les autres lucarnes sont, au contraire, toutes susceptibles d’être masquées à volonté. Sous la feuille de tôle formant le dessus de la boîte sont, en effet, placées 30 lamettes ou fiches en métal mince percées chacune de 5 trous correspondant aux lucarnes. Ces fiches peuvent se déplacer, en coulissant vers le bas, de façon à amener simultanément ces mêmes ouvertures entre les intervalles des lucarnes. Elles se manœuvrent à l’aide de petits boutons en laiton qu'elles portent à leurs extrémités et qui leur servent de guides dans les coulisses pratiquées dans le dessus de la boîte.
- Elles sont disposées de telle sorte qu’elles recouvrent par le haut les nombres de la réglette supérieure, quand elles sont relevées de façon à masquer les lucarnes, et elles viennent, au contraire, masquer les multiplicateurs de la réglette inférieure qu’elles laissaient pidmitivement visibles lorsqu’on les fait coulisser pour démasquer les lucarnes.
- Il résulte de ces dispositions que si l’on tourne l’un des cylindres, de façon à amener, sous la première lucarne de gauche, l’un des multiplicandes que porte ce cylindre et si l’on déplace, en l’abaissant, la fiche qui se trouve en regard d’un des multiplicateurs inscrits sur la réglette inférieure, on voit apparaître, dans l’une des cinq lucarnes que Ton démasque, le produit des deux facteurs considérés.
- Ce produit apparaît en chiffres noirs sur fond blanc, d’une façon très apparente et avec la virgule à la place voulue. Les autres lucarnes démasquées restent noires et la fiche abaissée fait apparaître sur la réglette supérieure, le multiplicateur employé, de façon à permettre de constater que l'on n’a pas fait erreur.
- L’appareil donne donc immédiatement, d’une façon très simple et très commode, par une seule lecture, les produits des nombres qui se trouvent directement inscrits sur les cylindres et sur les réglettes, c’est-à-dire les produits, par les multiplicateurs inscrits sur les réglettes, des multiplicandes formés d’un nombre entier d’unités,.de dizaines, etc.,
- qui se trouvent directement inscrits sur les cylindres.
- Mais s'il s’agit, comme c’est le cas le plus habituel, de nombres composés à la fois 'd'unités, de dizaines, etc., il faut, pour avoir le résultat cherché, totaliser plusieurs nombres inscrits dans des lucarnes différentes.
- Dans ce cas, oh forme le multiplicande en tournant les boutons des cylindres qui correspondent aux différentes unités, de façon à faire apparaître les uns au-dessus des autres, dans les lucarnes de gauche, les chiffres successifs du nombre sur lequel on opère. Si le multiplicateur figure directement sur les réglettes, on abaisse alors la fiche correspondant à ce nombre et l’on voit apparaître, dans les cinq lucarnes démasquées, les différents produits élémentaires dont la somme forme le résultat cherché.
- Ces produits étant placés en colonne verticale et inscrits avec la virgule, s’il y a lieu, l’addition se fait facilement et on peut reporter le total sur une feuille de papier tenue près de la boîte.
- Si le multiplicateur à employer ne se trouve pas parmi les trente nombres inscrits sur la réglette, on l’obtient en le décomposant en nombres qui se trouvent inscrits sur cette -réglette et dont le total lui soit égal.
- Par suite du choix judicieusement fait des nombres inscrits sur les réglettes, il est rare que cette décomposition ne puisse pas se faire en deux parties seulement. En abaissant les deux fiches qui correspondent à ces deux facteurs élémentaires, on trouvera répartis, en deux colonnes verticales, dans les dix lucarnes démasquées, les produits élémentaires à additionner et l’opération s'exécutera encore commodément.
- On aurait à additionner les nombres de 3 colonnes verticales si l’on devait employer 3 fiches mobiles pour constituer le multiplicateur; mais cette circonstance ne se présen-
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- LES MACHINES A CALCULER DE LEON BOLLÉE.
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- lera presque jamais, si l’on fait usage de tableaux appropriés aux opérations que l’on peut avoir à exécuter.
- L’avantage du dispositif adopté par M. Didelin est, en effet, de permettre de changer, à volonté, les cylindres et les réglettes, de façon à obtenir, du même appareil, des barèmes différents, sans augmenter la complication du maniement des organes.
- M. Didelin a fait fabriquer déjà 16 séries de tableaux différents donnant autant de comptes faits usuels que l’on peut adapter à la même boîte.
- Il a ainsi établi des tableaux donnant les produits, par les nombres de 1 à 100 000 ou à 1 million, des nombres de 1 à 100, de 100 à 1 000, de 1 000 à 10 000 ou de 1 centième à 1 pour le calcul des comptes d’objets qui se vendent à l’unité, au cent, au mille ou au centième, tels que mètres, litres, kilogrammes.
- Les multiplicateurs pour ces comptes ont été choisis pour faciliter le calcul des prix de revient, mais il lui serait facile d’établir des comptes semblables pour les prix de vente.
- Il a calculé d’autres tableaux spéciaux pour les prix de vente des papiers, à la rame ou par 100 kilogrammes, pour les remises et escomptes de 1/10 à 90 p. 100, pour les intérêts de 1 jour à 300 jours aux différents taux usuels, pour les intérêts des nombres à tous les taux, etc.
- Il lui sera facile d’ajouter à sa collection d’autres comptes de barèmes suivant les demandes qui pourront lui être faites.
- L'appareil ainsi constitué peut être établi à un prix peu élevé : les séries de comptes formées de 5 cylindres et de 2 réglettes sur lesquels les tableaux numériques sont simplement imprimés et protégés par un émaillage qui leur donne une grande résistance à l’usure, représentent également chacun un prix modéré.
- La boîte qui renferme le calculateur monté est d’un faible volume et elle peut être aisément placée sur un bureau à portée de la main; le mouvement de l’appareil est simple et facile et dans ces conditions, on peut penser que le calculateur est appelé à rendre de sérieux services aux industriels, aux commerçants et aux comptables, en vue desquels ont été établis les comptes que M. Didelin a calculés.
- Votre Comité des arts économiques vous propose, par suite, de remercier M. Didelin de sa communication et d’insérer le présent rapport au Bulletin, avec les dessins nécessaires pour faire comprendre le mode de construction de l’appareil.
- Signé : Général Sebert, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 2â juillet 1891.
- Bulletin de septembre i895 (p. 977 a 996).
- ARTS ÉCONOMIQUES
- Rapport fait par M. le Général Sebert, au nom du Comité des Arts économiques, sur les machines à calculer de M. Léon Bollée, du Mans.
- M. Léon Bollée, du Mans, a présenté à la Société d’Encouragement une grande machine à calculer d’un nouveau type, destinée à faire automatiquement et mécaniquement les opérations arithmétiques les plus compliquées, et une série de petits appareils à calculer dérivant, pour la plupart, d’appareils déjà connus, mais auxquels il a su apporter des perfectionnements importants.
- Il lui a fait connaître, en outre, une série d’applications de ces divers appareils, qu'il a réalisées, et qui représentent un caractère pratique et spécialement intéressant pour certaines industries.
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- Nous examinerons successivement ces différentes présentations, en commençant par les petits appareils à calcul.
- Nous n’entrerons pas, dans le rapport même, dans la description de ces appareils, mais nous nous contenterons d’en signaler le principe et l’usage, en renvoyant, pour plus de détails, à la description qui en sera donnée en annexe.
- 1° Le premier de ces appareils, que M. Bollée nomme Tableau multiplicateur-diviseur, est constitué par une sorte de tableau métallique formé de deux plans de réglettes croisées à angle droit et mobiles dans le sens de leur longueur.
- C’est une application du principe des bâtons de Neper, et le tableau est disposé de telle sorte qu’en déplaçant respectivement les réglettes supérieures et inférieures de façon à leur faire inscrire deux nombres donnés, on obtient facilement, à l’aide des chiffres lus dans les fenêtres que portent les premières réglettes, les chiffres successifs du produit des deux nombres.
- Ce tableau rend donc faciles les multiplications, et, pour les divisions et les extractions de racines, il peut donner également les produits partiels qui interviennent dans les calculs.
- Il est de construction simple et économique, et constitue une nouvelle et ingénieuse solution d’un problème qui a exercé déjà.bien des chercheurs (1).
- 2° Le second appareil présenté par M. Léon Bollée est un petit appareil multiplicateur se présentant sous une forme plus compacte, et dans lequel l’application d’une ingénieuse remarque permet de relever rapidement les chiffres dont l'addition donne immédiatement la succession des chiffres du produit de deux nombres.
- L un de ces nombres s’inscrit en tournant à la main des cylindres qui portent chacun, sur leur circonférence, la série des nombres des bâtons de Neper, l'autre s'inscrit en marquant simplement, le long des fenêtres d'un petit châssis mobile au-dessus de ces cylindres, des traits au crayon en regard des lignes correspondantes des tableaux de Neper, mais en renversant l’ordre habituel des unités, c'est-à-dire en mettant à gauche les unités simples.
- Cette simple précaution suffit pour que les chiffres des cylindres qui sont visibles en regard des mêmes traits, quand on fait coulisser le châssis mobile, donnent, par leur addition, les unités successives du produit.
- On obtient ainsi très facilement ces unités avec un peu d’habitude, et cette petite machine, très peu coûteuse grâce à son mode de construction simplifié au possible, peut être un adjuvant utile pour des calculs courants.
- Lne machine de ce genre comportant 6 cylindres, et pouvant par suite donner des produits de 13 chiffres, ne mesure que 0,15 m sur 0,05 m et peut se construire pour une somme modique.
- 3ü Le troisième appareil présenté par M. Léon Bollée a plus d’importance que les précédents, et nous paraît appelé à avoir de plus nombreuses applications, car cet appareil exécute déjà mécaniquement en partie les calculs, et pourra être souvent utilisé par les personnes qui voudront réduire le travail intellectuel qu’exigent les calculs ordi-daires, sans faire l’acquisition coûteuse d'un arithmomètre ou d une grande machine à calculer.
- Cet appareil est constitué par la réunion de deux parties principales.: l'une destinée à opérer les additions et soustractions, et l’autre, dont l'emploi se combine avec celui de la première quand il s’agit d’effectuer les multiplications et les divisions.
- La première partie forme une sorte de tableau métallique percé de lumières allongées et d’ouvertures rondes en dessous desquelles coulissent des réglettes additives et sous-
- (1) Voir à ce sujet, notamment, les Tables de Sapier publiées par Joseph Bluter (Gauthier-yülars) et Le calcul et les machines à calculer, par Ecl. Lucas. ;Revue Scientifique, RS octobre 1884.)
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- tractives disposées de façon à donner, par de simples mouvemenls de déplacement des réglettes, les résultats de l’addition ou de la soustraction d’unités successives, ayec report des retenues, quand il y a lieu, d’une réglette à la suivante.
- Ces résultats apparaissent dans les ouvertures rondes de l’appareil, et les déplacements des réglettes s’opèrent à l’aide d’un poinçon que l’on introduit dans les trous que porte leur partie supérieure, et qui se présentent en regard des chiffres gravés le long des lumières allongées.
- Deux règles de manœuvre placées à la partie inférieure permettent de remettre rapidement toutes les réglettes au zéro.
- Cette partie de l’appareil est seule mise en usage quand il s’agit d’additions ou de soustractions. Elle pourrait, à la rigueur, servir également à l’exécution des multiplications ou des divisions, en lui demandant la succession des additions ou soustractions élémentaires auxquelles peuvent se ramener ces opérations (i).
- M. Léon Bollée a réalisé un grand perfectionnement par l’addition de la seconde partie de l’appareil, qui est constituée par un châssis mobile portant des séries de réglettes que l’on peut amener en regard des précédentes, et qui donne l’indication immédiate des produits partiels qui entrent dans les opérations, en évitant d’avoir à former ces produits par additions successives.
- Ce châssis porte six groupes composés chacun de neuf réglettes, en forme de feuillets superposés en paquets et montées à charnière de façon à pouvoir se relever individuellement. Ces réglettes sont numérotées de 1 à 9, et portent, en regard des divisions des fenêtres, des chiffres qui indiquent les déplacements à opérer pour chaque chiffre multiplicateur employé.
- Après avoir fait marquer aux réglettes du châssis ie multiplicande, on obtient le produit de ce nombre par les unités du multiplicateur en effectuant simplement le déplacements des réglettes indiquées sur chaque feuillet parle chiffre de ces unités. On obtient de même le produit par le nombre formé des deux premiers chiffres du multiplicateur en déplaçant le châssis d’un cran vers la gauche, et opérant pour le chiffre des dizaines comme on a fait pour celui des unités. On opérera de la même façon pour le chiffre des centaines, etc-., en transportant successivement le châssis vers la gauche.
- L’appareil construit par M. Léon Bollée, dont le châssis porte 6 paquets de réglettes, peut donner des produits de quatorze chiffres, et se prêter à toutes les combinaisons arithmétiques que permettent les machines à calculer. Il est portatif et peu encombrant, de construction solide et soignée et d’un usage commode.
- Il abrège considérablement les calculs, en supprimant tout travail intellectuel.
- Il peut être surtout utile aux personnes calculant difficilement ou ayant beaucoup de petites opérations à faire, et qui ne veulent pas ou ne peuvent pas avoir recours à la grande machine à calculer.
- 4° Mais c’est surtout la grande machine à calculer construite par M. Léon Bollée qui mérite d’appeler l’attention.
- C'est en 1888 que M. Léon Bollée fut amené à s’occuper de la création d’une machine de ce genre.
- Il avait à calculer, pour l’établissement industriel de son père, des tables numériques très étendues, et avait ainsi été amené à l’idée de construire une machine pouvant effectuer rapidement les opérations de l’arithmétique.
- Il ignorait d’ailleurs complètement les travaux déjà faits dans cette voie, de sorte qu’il
- (1) Ainsi limité, l’appareil présenterait quelques analogies avec certains appareils antérieurement imaginés, notamment avec l’arithmographe Dubois, présenté à l’Académie des Sciences par M. Perret, le 7 octobre 1867, mais l’addition des organes qui suivent, et qui dérivent des mêmes principes que ceux qui constituent la partie essentielle de la grande machine à calculer de M. Bollée, les en différencie complètement.
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- aborda la question en dehors de toute influence, et c’est pour ce motif, sans doute, qu’il l’a traitée d’une façon entièrement neuve.
- Les machines à calculer déjà réalisées étaient des machines établies tout d’abord en vue d’effectuer les additions et les soustractions, et pourvues d’organes complémentaires pour faciliter l’exécution des opérations élémentaires du même genre auxquelles peuvent se ramener les opérations d’ordre plus élevé : multiplications, divisions ou extractions de racines.
- La machine de M. Bollée a été conçue, au contraire, surtout en vue de l'exécution rapide et directe des multiplications, et elle ne fournit les résultats des additions que comme cas particuliers de la multiplication.
- Tandis que les meilleures machines connues, et notamment l’arithmomètre Thomas, exigent, pour la formation de chaque produit partiel, autant de tours d’une manivelle qu’il y a d’unités dans le chiffre multiplicateur, la machine Bollée donne en un seul tour de manivelle chacun de ces produits partiels, et elle opère, en outre, automatiquement les déplacements successifs correspondant aux variations d’unités qui doivent se faire à la main dans les autres machines.
- La caractéristique essentielle et entièrement nouvelle de cette machine repose sur l’emploi de barêmes matérialisés, c’est-à-dire d’organes en forme de plaques établis en autant d’exemplaires qu’il peut y avoir de chiffres dans les nombres sur lesquels on veut opérer, et qui reproduisent matériellement, à l’aide de chevilles en saillie, la table de Pythagore, c’est-à-dire la succession des multiples des 9 premiers nombres par eux-mêmes.
- Ces multiples sont groupés sur ces plaques calculatrices en rangées disposées de telle sorte qu’en faisant glisser une plaque quelconque de façon à l’amener en regard d’un numéro représentant un chiffre donné du multiplicande, le barême correspondant à ce chiffre, c’est-à-dire la série des multiples de ce chiffre, vient se placer au-dessous des organes de la machine destinés à l’enregistrement du résultat.
- Ces organes eux-mêmes, par un déplacement commandé par une manette à l’aide de laquelle on vient marquer les chiffres successifs du multiplicateur, viennent se placer au-dessous du multiple correspondant spécialement au chiffre indiqué par cette manette, et, dans cette position, un tour imprimé à une manivelle motrice vient sucessivement relever le produit élémentaire ainsi repéré et l’additionner au résultat partiel déjà inscrit, en effectuant, s’il y a lieu, le report des retenues, et en inscrivant en même temps le multiplicateur déjà employé. La machine produit en même temps les déplacements voulus pour l’enregistrement, à leur place respective, des différents ordres d’unités et pour fa mise en place de la virgule.
- S’il s’agit de division au lieu de multiplication, une simple inversion dans la marche transforme en opérations soustractives les opérations additives élémentaires, et l’on obtient, à chaque tour de la manivelle motrice, le reste provenant de la soustraction du produit du diviseur par le chiffre du quotient qu’indique la manette, chiffre qu’une table auxiliaire permet de déterminer sans tâtonnements.
- La machine Bollée présente cette particularité : que les opérations successives qu’elle doit produire et enregistrer pour chaque tour de manivelle se produisent successivement les unes après les autres, en suivant toujours le même ordre régulier et méthodique, de façon à éviter toute dureté de manœuvre et toute cause de dérangement; aussi, malgré la multiplicité des pièces qui entrent dans cette machine, et qui sont au nombre de plus de 3 000, le fonctionnement est doux et régulier.
- La première machine de ce genre a été conçue et construite par M. Léon Bollée dans l'espace de 3 mois, de février à avril 1888. L’auteur avait alors à peine 18 ans. Cette première machine, qui existe encore, ne donnait que les produits de nombre de 3 chiffres; elle présentait quelques dispositions défectueuses par suite de l’absence d’un outillage convenable pour sa construction ; mais, déjà, elle réalisait les conceptions de l’inventeur.
- Les barêmes matérialisés y étaient réalisés sous forme de cylindres avec cannelures en creux et reliefs, les organes d’enregistrement étaient disposés horizontalement.
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- M. Bollée, après avoir étudié les autres petits appareils qui ont été décrits plus haut, reprenait, au commencement de 1889, sur de nouvelles bases, la construction de sa grande machine, et établissait le type de machine de 20 chiffres qui a figuré à l’Exposition Universelle. — Cette machine, qui lui a valu la médaille d’or, a été achetée par l’État pour le Conservatoire des Arts et Métiers.
- Des perfectionnements nouveaux ont été réalisés depuis cette époque dans les nouvelles machines qu’il a construites, et constituent le type dit modèle 1892, qui a figuré déjà à l’Exposition de Tours en 1892, et qui est présenté actuellement à la Société.
- Cette machine, comme la précédente, permet d’obtenir des résultats de 20 chiffres et, par conséquent, elle donne le moyen de faire les opérations les plus compliquées que l’on puisse rencontrer dans la pratique.
- Dans ce nouveau modèle, le manipulateur et les poignées de remise à zéro ont été rendus d’une manipulation plus facile. .
- Les rebondissements qui tendaient à se produire dans le fonctionnement des organes de retenue, et que l’on empêchait précédemment à l’aide de freins donnant des duretés de manœuvre, ont été combattus, sans aucune addition d’organes spéciaux, par un ingénieux artifice mettant en jeu le principe même de l’inertie qui les produisait.
- Un système général d’embrayage, qui arrête la machine quand les résultats qu’elle doit inscrire passent par zéro, fait que la machine refuse absolument de faire un calcul impossible ou faux.
- Il rend également impossible toute fausse manœuvre, en ne permettant de procéder que méthodiquement, tout en laissant entière latitude pour effectuer tous les calculs qui ne sont pas contraires à la théorie.
- Une disposition nouvelle spéciale permet enfin de réaliser l’extraction automatique des racines carrées sans le concours intellectuel de l’opérateur, problème qui, jusqu’en ces derniers temps, avait été considéré comme insoluble.
- Ainsi constituée, la machine présente la plus grande commodité pour l’exécution rapide des calculs les plus compliqués. Elle possède l’avantage considérable de permettre de commencer les calculs de multiplication par un chiffre quelconque du multiplicateur et d’inscrire le multiplicande dans une position quelconque sur la machine, ce qui donne de singulières facilités pour l’exécution de calculs successifs.
- Bien que la machine ait été spécialement conçue en vue des opérations de multiplication, elle exécute au moins aussi facilement que les autres machines arithmétiques les opérations d’addition et de soustraction, pour lesquelles il suffît de laisser simplement sur le chiffre 1 la manette du cadran multiplicateur pendant que l’on manœuvre la manivelle motrice.
- On voit, par ces détails, quelle est l’importance de l’œuvre déjà accomplie par M. Léon Bollée qui, depuis l’époque où, à peine âgé de dix-huit ans, il réalisait le premier type de sa grande machine à calculer, a pu, en deux étapes rapides, amener cette machine extraordinaire au degré de perfectionnement où elle est aujourd’hui.
- Si cette machine, bien que connue depuis plusieurs années déjà, n’est pas plus répandue, c’est que M. Léon Bollée,' ne possédant pas l’outillage perfectionné pour construire rapidement et avec toute la précision nécessaire un grand nombre de machines semblables, n’en a, jusqu’à ce jour, construit qu’un petit nombre, qu’il a exécutées lui-même, avec un outillage destiné à un tout autre emploi, et qu’il a laborieusement transformé suivant ses besoins.
- xMais il est aujourd’hui pourvu d’un atelier spécialement outillé pour ce genre de construction, et il se trouvera par suite, avant peu de temps, en mesure de livrer à un prix plus abordable des machines semblables à celle qu’il présente aujourd’hui à la Société.
- Cet atelier lui a permis déjà d’organiser la fabrication courante de la petite machine à calculer, du genre arithmographe, que nous avons décrite plus haut, et dont les pièces principales sont obtenues par le découpage à l’emporte-pièce.
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- Ces dernières machines peuvent être, par suite, livrées à un prix assez bas pour qu’elles soient appelées sans doute à se répandre et à prendre, au-dessous des véritables machines de calcul automatiques, une place que n’ont pu encore conquérir les différents et nombreux modèles déjà imaginés par tant d’autres inventeurs.
- M. Léon Bollée a pu aussi, grâce à cet atelier, entreprendre la construction de différentes machines auxquelles nous avons fait allusion au début de ce rapport.
- En appliquant les dispositions mêmes de sa grande machine à calculer, et en modifiant simplement les barêmes matérialisés que portent les plaques calculatrices de cette machine, il a pu établir une machine destinée spécialement aux calculs d’intérêt, dans laquelle on n’a qu'à inscrire à la façon d’un multiplicande le nombre de jours et le taux de l'intérêt et à la façon d’un multiplicateur les sommes placées pour obtenir les intérêts •produits. On comprend que ce résultat sera obtenu en remplaçant les barêmes en relief qui représentaient la table de Pythagore par d’autres portant en relief les produits des neuf premiers nombres par les coefficients représentant la valeur de un franc à un taux déterminé pendant un temps donné. Cette machine présentera une utilité particulière pour les maisons de banque.
- 11 a réalisé pour son usage personnel, en vue du calcul des dimensions des cloches, une machine analogue, dans laquelle les reliefs des barêmes représentent les produits du nombre deux et de ses sous-multiples par des nombres représentant des diamètres.
- Il a étudié des machines spéciales analogues, destinées à donner, pour de grands magasins, les comptes faits pour des ventes d’objets de prix courants tel que : 0 fr. 45, 0 fr. 05, 0 fr. 95, 1 fr. 95. etc., et d’autres machines du même genre, destinées à des compagnies de chemins de fer, et donnant les prix des billets suivant la distance, etc.
- Dans un genre un peu différent, il a créé enfin, pour les chemins de fer, des machines destinées à distribuer et à dater les billets, à enregistrer le nombre des voyageurs par destination, et enfin à classer et à totaliser en bloc les recettes provenant des différents billets délivrés, de façon à réduire ainsi le contrôle financier à la simple lecture d'un cadran.
- Il a également créé, dans le même genre, un type de machine pour le contrôle de la caisse dans les grands magasins. — Ces machines, qui impriment et totalisent en même temps, délivrent un ticket-reçu à l’acheteur, enregistrent chacune des ventes sur une feuille documentaire, et font le total de ces ventes.
- Nous réservant de revenir ultérieurement sur ces dernières machines, nous avons l’honneur de proposer aujourd'hui à la Société, au nom du Comité des Arts économiques, de remercier M. Léon Bollée de son intéressante communication, et de publier le présent rapport au Bulletin, avec la description, qui y serait annexée, de ses différents types de machines à calculer d’un usage général, en joignant à cette description les dessins nécessaires pour faire comprendre le fonctionnement de ces machines.
- Signé : Général Sebert, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 1 1 mai 1894.
- NOTICE SUR LES MACHINES A CALCULER, DE M. LÉON BOLLÉE 1° Tableaux multiplicateurs-diviseurs.
- Les réglettes du dessous, A, A2 A:1 ..., dont une portion est représentée en fig. d, portent à droite huit tableaux des unités des produits de la table de multiplication ordinaire, et, à gauche, huit tableaux des retenues de ces mêmes produits.
- Les réglettes du dessus, B, B2 B;i .... portent deux rangées de trous qui sont disposés
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- de telle façon que, lorsque toutes les réglettes, At, A.2 A3 ... sont glissées de 6 divisions par exemple et celles Bj B2 B3 ... de 4 divisions, on aperçoive, dans la rangée supérieure des trous de chaque réglette, des 2 provenant de la retenue du produit 6 x 4 = 24, et, dans la rangée inférieure, des 4 provenant des unités du même produit.
- Dans ces conditions, on comprend que, pour multiplier 2 nombres l’un par l’autre, il suffit de glisser les réglettes, At A2 A3 ... de façon à former un des nombres et les réglettes B4 B2 B3 ... de façon à former l’autre nombre, puis d’additionner en diagonale, entre les bandes, m n, ..., tous les chiffres visibles.
- Le total de chaque diagonale donne chacun des chiffres du produit. Sur la figure, une partie des réglettes est représentée dans la position voulue pour multiplier 37 x 48. Le produit : 1776, est instantanément déterminé par le total de 4 diagonales.
- Pour les divisions et les racines carrées, les réglettes donnent rapidement soit le produit du diviseur par chacun des chiffres du quotient, soit le double produit de la racine déjà trouvée par le nouveau chiffre, plus le carré de ce dernier chiffre.
- 'H-ÙMZ.ÎH 7;
- Fig. 1. — Tableau multiplicateur-diviseur.
- Les chiffres du quotient sont déterminés au moyen d’un petit abaque, sur lequel on isole avec une petite cache le rectangle correspondant au nombre formé par les 2 premiers chiffres du diviseur. Ce rectangle renferme les produits de ce nombre par 1, 2, 3, 4, 5 ... 9, de sorte que, pour déterminer chacun des chiffres du quotient, il suffit de regarder quel est le plus grand produit pouvant être retranché du dividende ou du reste.
- Pour les racines carrées, on emploie une table des carrés des 100 premiers nombres pour déterminer les 2 premiers chiffres de la racine, et, pour les suivants, on se sert d’un abaque analogue à celui de la division, mais qui renferme les doubles produits des 2 premiers chiffres de la racine par 1, 2, 3 ... 9.
- Dans le dernier modèle du tableau, les réglettes m n peuvent être placées très rapidement aux nombres voulus au moyen d’une manivelle, et remises à zéro en tirant deux boutons.
- Ces tableaux multiplicateurs-diviseurs, qui peuvent être construits à très bon marché, permettent de tripler la vitesse du calcul ordinaire pour les divisions et les racines, et de la quintupler pour les multiplications; de plus, ils n’exigent qu’une attention peu pénible, puisqu’ils ramènent les multiplications à l’addition et les divisions ou racines à la soustraction.
- Petit appareil multiplicateur.
- Le petit appareil multiplicateur représenté en flg. 2, se compose d’une petite boîte rectangulaire dont la face supérieure, percée de fenêtres allongées, laisse voir 1/10 du
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- développement des 6 cylindres portant sur leur pourtour les produits des neuf premiers nombres par 1, 2, 3 ... 7, 8, 9, qui figurent gravés sur le bord des fenêtres allongées en face des produits correspondants.
- Le multiplicande : 325, par exemple, étant posé en tournant convenablement les trois premiers cylindres de droite à 3, 2 et 3, on indique le multiplicateur : 632, par exemple, sur le pètit châssis mobile en traçant sur la première plaque d’ivoire à gauche, un trait de crayon en face de la 2e division gravée sur le bord des fenêtres allongées, sur la 2,! plaque, un trait en face de la 3° division, et, sur la 3e plaque, un trait en face de la 6e division. Ceci fait, on glisse le châssis mobile à droite de la première fenêtre allongée, et on obtient le produit général, 205 400, en six additions effectuées en glissant à chaque fois le châssis d’une fenêtre vers la gauche. Chacune de ces additions étant composée
- Fig. 9. — Petit appareil multiplicateur.
- des chiffres des cylindres qui sont visibles au bout des traits de crayon aussi bien à droite qu’à gauche de chacun de ces traits.
- C’est ainsi qu’on obtient :
- 0 = 0
- 4 + 1 + 5 = 0 et 1 de retenue.
- 1 de retenue + G + 06 + 1 + 0 = 4 et 1 —
- 1 — + 0 + 9+0 + 2+3 = 5 et t —
- I — 0 4- 8 + 1 = 0 et 1 —
- 1 — +1=2 Soit : 205 400.
- Avec une certaine habitude, on parvient à se servir de la machine avec une économie notable de temps sur le calcul ordinaire.
- La machine complète mesure seulement 0m,15 x 0m,05, et permet d’obtenir des produits de 13 chiffres.
- 2° Appareils servant a effectuer mécaniquement les calculs.
- Ces appareils, qui sont un moyen terme entre les grandes machines et les tableaux multiplicateurs-diviseurs, se composent (fig. 3) de deux parties bien distinctes :
- 1° Un appareil enregistreur E;
- 2° Un châssis mobile portant 6 paquets de 10 plaques (P) pouvant être relevées séparément autour d’une charnière commune.
- L'enregistreur se compose :
- D’une plaque E, percée de lumières allongées et d’ouvertures rondes. Dans les lumières allongées, on aperçoit une série de Irous percés dans les régletles R, coulissant en dessous de la plaque. Dans chacune des ouvertures rondes servant à lire les résultats,
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- apparaît un des chiffres frappés sur ces mêmes réglettes. Ces chiffres sont divisés en deux séries inverses, de sorte que, lorsque Tune augmente, l’autre diminue, et réciproquement; celle qui correspond à la rangée d’ouvertures rondes marquées -f- sert pour les additions et multiplications; elle peut être mise à 0 au moyen de la réglette S : l’autre, qui correspond à la rangée d’ouvertures marquées ( —) sert pour les soustractions, divisions et racines; elle peut être remise à 0 par la réglette T.
- Sur le bord des lumières allongées, des chiffres sont placés aux mêmes écartements que les trous et les chiffres des réglettes.
- Pour additionner 8 -f- 5 -f- 7 + 6, par exemple, sur une des réglettes, on pique dans celle-ci, avec un poinçon, le trou en face du 8 de la lumière supérieure, et on tire d abord vers le haut, puis vers le bas jusqu’au refus; on recommence la même opération
- Fig. 3. — Appareil servant à effectuer mécaniquement les calculs.
- pour 5 -f- 7 et 6, et on peut lire, à la rangée inférieure des ouvertures rondes (celle marquée +), le nombre 26, total de 8 -f 5 -f- 7 -f- 6.
- Si, de 26, on veut retrancher 4, on pique avec le poinçon en face le chiffre 4 de la lumière inférieure, et on opère comme précédemment.
- Pour effectuer une multiplication ou une division, il suffit de faire ajouter ou retrancher des produits partiels.
- Le châssis mobile détermine ces produits de la façon suivante :
- Soit, par exemple, 327 à multiplier par 6.
- On ouvre les trois paquets de plaques de droite du châssis mobile à 3, 2 et 7 ; on forme ainsi le multiplicande. Sur les plaques, on remarque, à la partie supérieure, les chiffres pairs 2, 4, 6, 8, et, à la partie inférieure, les chiffres 1, 3, 5, 7, 9.
- Tous les chiffres semblables, tous les 6 par exemple, sont disposés de façon à être en regard des trous des réglettes de l’enregistreur qu’il faut piquer avec le poinçon pour avoir le produit du multiplicande 327 par 6. C’est ainsi qu’ils indiquent le trou 1 de la 4° réglette de droite, les trous 8 et 1 (qui en se totalisant donnent 9) de la 3°, les trous 2 et 4 (total 6) de la 2e, et le trou 2 de la lre.
- Sans rien chercher ni calculer, en prenant seulement avec le poinçon en face tous les chiffres 6, on a donc fait apparaître, à la rangée (+) des ouvertures rondes le nombre 1 962, qui est le produit de 327 par 6.
- Pour avoir le produit de 327 par un autre nombre : 47, par exemple, il suffit de tirer
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- le châssis mobile tout à fait à droite, de piquer avec le poinçon en face tous les 7, de reculer le châssis un rang vers la gauche, et de piquer en face les 4.
- L’enregistreur a totalisé les deux produits partiels, et la rangée (+) des ouvertures rondes indique la 369, produit de 327 par 47.
- Pour les divisions, on opère à peu près de la même façon. Soit à diviser la 369 par 327 :
- On fait apparaître le dividende 15 369 à la rangée (—) des ouvertures rondes, et on ouvre les paquets de gauche du châssis mobile au diviseur 327. On détermine le premier chiffre du quotient 4 avec le petit abaque déjà décrit, on pique avec le poinçon en face tous les 4, on recule le châssis d’un rang vers la droite, et, ayant trouvé 7 sur l'abaque comme 2e chiffre du quotient, on pique tous les 7. Le quotient est 47, et le reste, visible à la rangée (—) des ouvertures rondes, est 0.
- Pour les racines carrées, on procède de la manière suivante : Soit à extraire la racine carrée de 105 625.
- On pose ce nombre : 105 625, comme un dividende, on détermine les deux premiers chiffres de la racine 32 au moyen d’une table des carrés des 100 premiers nombres, on dispose les deux paquets de plaques de gauche du châssis mobile de façon à former 32, on pique d'abord tous les 3, puis on recule le châssis d’un rang vers la droite, et on pique tous les 2. On a ainsi retranché le carré de 32. On trouve sur l’abaque des doubles produits, au rectangle 32, que, des trois premiers chiffres du reste : 3 225, le double produit de 32 x 5 peut être retranché ; 5 est le 3e chiffre de la racine. On ouvre le troisième paquet de plaques à 5, puis on pique deux fois de suite tous les 5, excepté ceux du dernier paquet ouvert, que l’on ne pique qu’une fois. On a donc ainsi retranché le double produit de 32 par 5 + le carré de 5. La racine est 325 et le reste est 0.
- Si, au lieu de 105 625, on avait pris un nombre donnant un reste, on aurait poussé plus loin l’extraction de la racine, en procédant pour chacun des chiffres suivants comme pour le 3e.
- Cet appareil, d’une construction peu coûteuse, peut effectuer des multiplications de 14 chiffres en produit, et se prêter à toutes les combinaisons mathématiques qui sont indiquées à la fin de la description de la grande machine.
- Il abrège considérablement les calculs, et supprime tout travail intellectuel. 11 a surtout été étudié en vue des personnes calculant difficilement ou ayant beaucoup de petites opérations à faire.
- 3° Machine a calculer. — Modèle de 1889.
- Voici les principales dispositions de cette machine (fig. 4, 5,6, 7, 8). Sur lesextrémités d’un socle S, deux montants verticaux sont fixés parallèlement et supportent le récepteur C. Celui-ci est composé d’un châssis longitudinal traversé par deux rangs superposés de chacun vingt arbres horizontaux et parallèles, munis d’un pignon et d’un cadran divisé en dix parties numérotées de 0 à 9, dont un seul des chiffres est visible à la fois à travers une lucarne pratiquée dans la face antérieure du châssis. Les cadrans supérieurs sont disposés de telle façon que, lorsque l’un d’eux passe de 9 à 0 ou de 0 à 9, un appareil F, dit des retenues, augmente ou diminue d’une unité le chiffre du cadran placé immédiatement à gauche.
- Entre deux arbres du même plan horizontal, se trouve un groupe de trois tiges d'acier T placées l’une devant l’autre, dentées en crémaillères vers leur milieu, et pouvant glisser verticalement dans deux règles coulissées. La première tige en avant est susceptible d’engrener et de faire tourner le cadran inférieur qui se trouve à sa droite; la deuxième, le cadran supérieur, également à droite; la troisième, le cadran supérieur à gauche.
- 11 y a autant de groupes de tiges qu’il y a de cadrans dans le même plan horizontal, c'est-à-dire vingt.
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- A la partie inférieure de la machine, près du socle, se trouve le calculateur qui, par 1 intermédiaire d’un manipulateur M, tournant sur un cadran divisé en dix et numéroté de 0 à 9, peut être entraîné longitudinalement sur deux règles horizontales A, recevant elles-mêmes, par la rotation de la manivelle de commande générale P, un mouvement vertical égal à dix fois le pas des crémaillères.
- Le calculateur est l’organe principal. C’est (fig. 5) une sorte de caisse métallique ayant sur sa face supérieure dix rainures, avec crans d’arrêt numérotés de 0 à 9, où peuvent s’engager des boutons fixés à dix plaques calculatrices glissant sur le fond de la caisse. L’écartement d’axe en axe de ces plaques correspond à l’avancement déterminé par un tour complet du manipulateur; il est, du reste, le même que celui des cadrans et des groupes de tiges crémaillères.
- Chacune des plaques calculatrices est (fig 5) la représentation en saillie de la table de
- multiplication ordinaire. Les saillies sont disposées de façon que, lorsqu’une plaque est glissée au chiffre 7, par exemple, et le manipulateur à 8, il se trouve, sous la troisième tige crémaillère du groupe placé au-dessus de la plaque, une saillie égale à cinq fois le pas de la denture, et, sous la deuxième, à six fois ce pas, 5 étant le chiffre des retenues du produit de 8 par 7, et 6 celui des unités.
- Si, dans ces conditions, le calculateur est entraîné verticalement d’une quantité fixe par la rotation de la manivelle, les saillies soulèvent de cinq dents la troisième tige crémaillère, qui inscrit un cinq sur le cadran à sa gauche, et de six dents la deuxième, qui fait tourner à 6 le cadran à sa droite. Le produit 56 est donc déterminé, sans passer, comme dans les autres machines, par la série 7, 14, 21, 28, 35, 42, 49 et enfin 56.
- Lorsque les deux facteurs ont plusieurs chiffres, on forme le multiplicande au moyen des boutons du calculateur, en ayant soin de placer un petit curseur Y en regard|du bouton figurant les unités. Avec le manipulateur, on inscrit successivement tous les chiffres du multiplicateur, en l’arrêtant sur les divisions correspondantes et en passant chaque fois au-dessus du zéro. Après chaque arrêt, on fait décrire un tour complet à la manivelle générale P. Le résultat s’est inscrit sur la rangée supérieure de cadrans, pendant que le petit curseur, par les premières tiges crémaillères, faisait recopier le multiplicateur sur les cadrans inférieurs. On place la virgule à ce nombre, et le résultat est prêt à lire.
- En changeant la position d’un petit levier I, les cadrans tournent en arrière. Cette
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- propriété est utilisée pour différentes opérations, comme la division par exemple, qui n’est, en réalité, qu’une multiplication dont les différents produits partiels se retranchent successivement d’un nombre préalablement placé au lieu de s’ajouter entre eux.
- La machine peut également servir pour les additions, soustractions, progressions, comptes d’intérêt, etc.
- Les racines carrées peuvent être obtenues d’une façon tout à fait automatique; l’opérateur n’ayant pas même besoin de connaître le nombre inscrit sur la machine dont il cherche la racine. Enfin, la machine prévient par son arrêt lorsqu’on lui demande un calcul impossible.
- L’étendue des résultats permet de faire toutes les opérations de la pratique, puisque l'on peut avoir vingt chiffres au produit, et, réciproquement, diviser un nombre de vingt chiffres par un no.mbre de dix chiffres, et ceci s’obtient dans la trentième partie du temps nécessaire à un habile calculateur.
- Quant à la construction, elle est étudiée pour produire une machine d’une grande solidité, dont les combinaisons déterminent absolument les courses et rotations des divers organes, tous apparents et d’un entretien facile.
- Machine a calculer. — Modèle de 1892.
- Dans le modèle 1892, qui a obtenu, à l’Exposition de Tours, un diplôme hors concours, on a supprimé les quelques défauts remarqués dans le modèle 1889.
- Le manipulateur M porte actuellement deux numérations au lieu d’une et, par conséquent, change d’ordre d’unités à chaque demi-tour, ce qui rend la manipulation plus facile. Les poignées de remise à zéro E et E' sont munies de secteurs dentés qui les rendent plus douces (fig. 6, 7 et 8).
- Un système général d’enrayage, trop compliqué pour pouvoir être expliqué ici, fait que la machine refuse absolument de faire un calcul impossible ou faux, même si l’opérateur le cherche. Il est également impossible de faire une fausse manœuvre, l’appareil d’enrayage ne permettant de procéder que méthodiquement, tout en laissant entière latitude pour effectuer tous les calculs qui ne sont pas contraires à la théorie. Enfin, une disposition spéciale I, T, N, R, S permet d’employer un curieux procédé d’extraction de racine carrée décrit plus loin.
- Mode de fonctionnement.
- Addition. — On place le levier I au signe -f et le manipulateur M au cran 1 ; avec les boutons du calculateur on forme ensuite chacun des nombres à additionner, en ayant soin de tourner une fois la manivelle de commande P après la pose de chacun de ces nombres.
- Le total est visible sur les cadrans supérieurs.
- Soustraction. — On place le plus grand nombre sur les cadrans supérieurs, puis on procède avec les nombres à soustraire comme si on voulait les additionner, mais en ayant soin de placer avant le levier I au signe —.
- La différence est écrite sur les cadrans supérieurs.
- Multiplication. — On place le levier I au signe +, puis ou forme le multiplicande avec les boutons du calculateur, en observant de glisser le curseur V en regard du bouton figurant les unités. On arrête successivement la manivelle M du manipulateur dans les crans correspondant à chacun des chiffres du multiplicateur, en changeant chaque fois de numération.
- Après chaque arrêt, on fait faire un tour à la manivelle de commande P. Le multiplicateur est recopié sur les cadrans inférieurs. On glisse les unités u du ruban virgule p en
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- regard des unités du nombre ainsi reproduit, et il ne reste plus qu’à lire le résultat de la multiplication sur les cadrans supérieurs suivant les indications du ruban.
- Division. — On place le levier I au signe —, on pose le dividende sur les cadrans supérieurs, et on forme le diviseur avec les boutons du calculateur, puis l’on procède par un des deux moyens suivants :
- 1° Procédé direct. — Un petit abaque indique, à simple lecture, quel est le premier chiffre du quotient. On pose ce chiffre sur le manipulateur M, et on tourne une fois la manivelle de commande; les cadrans supérieurs portent alors le premier reste, et les cadrans inférieurs le premier chiffre du quotient. On regarde sur l’abaque quel est le deuxième chiffre du quotient, et on procède avec lui comme avec le premier, et ainsi de suite, jusqu’à ce que le quotient ait le nombre de chiffres voulu. Le dernier reste est visible sur les cadrans supérieurs, et le quotient sur ceux inférieurs. Si, au commence-
- Fig. 5. — Machine à calculer, modèle de 1889 ; détails du calculateur.
- ment de l’opération, on a eu soin de placer convenablement la virgule au dividende et au diviseur, elle l’est également au quotient, sans avoir eu besoin de s’en occuper.
- 2° Procédé automatique. — On accroche le petit verrou N, puis on place le calculateur tout à gauche, le manipulateur au cran 1, puis on tourne la commande jusqu’au refus (5 tours en moyenne). On reporte alors le calculateur vers la droite, en plaçant le manipulateur à l’autre cran 1 du cadran, et on tourne encore jusqu’au refus, et ainsi de suite jusqu’à la lin.
- Mêmes remarques que pour le premier procédé pour la lecture du quotient, du reste et de la place de la virgule.
- Racine carrée. — On pose le nombre dont on cherche la racine sur les cadrans supérieurs, en plaçant convenablement le ruban virgule qui divise le nombre en tranches de deux chiffres, puis on procède par un des deux moyens suivants :
- 1° Procédé direct. — Un petit abaque détermine, à simple lecture, les deux premiers chiffres de la racine, que l’on écrit avec les boutons de gauche du calculateur, et que l’on recopie ensuite sur le manipulateur, en tournant une fois la manivelle de commande P pour chacun d’eux. On a alors, sur les cadrans supérieurs, un premier reste; on lit sur l’abaque le 3e chiffre de la racine, on l’écrit sur le manipulateur, on tourne une fois la manivelle de commande, puis on le pose également sur le 3° bouton de gauche du calculateur; on tourne une deuxième fois la commande. On a ainsi retranché deux fois le produit des deux premiers chiffres par le 3°, puis le produit du 3e par lui-même. Ce qui
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- est conforme à la théorie, on obtient donc bien le deuxième reste. On lit sur l’abaque le 4° chiffre, et on procède avec lui comme avec le 3e, et ainsi de suite, jusqu’à ce que la racine ait le nombre de chiffres voulu.
- Le reste est visible sur les cadrans supérieurs et la racine sur les boutons du calculateur.
- 2° Procédé automatique. — On accroche le petit verrou N, on place le calculateur tout à gauche, le manipulateur au cran 2, puis on tourne la commande jusqu’au refus (o tours en moyenne) en ayant soin d’avancer le premier bouton de gauche du calculateur d’un cran après chaque tour. On reporte ensuite le calculateur vers la droite en plaçant le manipulateur à l’autre cran 2, puis on tourne encore jusqu’au refus, en procédant avec le deuxième bouton du calculateur comme avec le premier, et ainsi de suite jusqu’à la fin. On lit les résultats comme dans le précédent moyen.
- Progressions arithmétiques. — Les progressions arithmétiques croissantes ou décroissantes se font absolument comme les additions ou les soustractions, mais avec ce grand avantage que le nombre posé sur le calculateur, et qui figure la'raison, n’a pas besoin d’être changé.
- Progressions géométriques. — On procède comme pour les multiplications ou les divisions; mais, de même que pour les progressions arithmétiques, on n’a pas besoin de changer de place les boutons du calculateur qui figurent la raison.
- Table des carrés des nombres. — La machine construit automatiquement une table de la suite des carrés des nombres, en se basant sur ce fait que la différence entre n2 et (n + l)2 est égale à 2n + 1.
- Pour avoir la suite des carrés des nombres, il suffit donc de placer le manipulateur à 2; le premier bouton de droite à 5 (représentant 1/2 par rapport au second qui figure les unités) et de tourner la manivelle de commande en augmentant chaque fois de 1 le nombre formé par les autres boutons de gauche.
- La machine enregistre successivement :
- 0 + 2(0+ 1/2) = 1, 1 + 2(1+ 1/2) = 4, 4 + 2 (2 + 1/2) = 9,
- 9 + 2(3 + 1/2) = 16, 16 + 2(4 + 1/2) = 23, etc.
- Si, étant rendu au carré de n, par exemple, on veut passer sans faire les intermédiaires au carré de n + 7, on emploie la formule in + 7)2 = a2 + 2n x 7 + 72.
- Le carré de (n) étant déjà sur les cadrans, il suffit d'ajouter 2n x 7 + 72.
- On met le manipulateur à 7 (le calculateur étant naturellement à n) et on tourne une fois la manivelle de commande, le produit est : ~n.
- On place le calculateur à n -1-7, tout en laissant le manipulateur à 7, et on tourne une seconde fois, on ajoute donc encore (n + 7)x7 = 7n + 72, soit au total 2n x 7 + 72 qui, ajouté à n2, donne n2 + 2a x 7 + 72 = (n + 7 +
- Ce procédé de construction des tables de carrés est très rapide, la propriété que possède la machine de calculer la suite des carrés des nombres est employée pour l’extraction automatique de la racine carrée.
- Théorie de l'extraction automatique de la racine carrée. — On avait toujours supposé que cette opération ne pouvait se faire mécaniquement sans le secours intellectuel de l’opérateur, soit que celui-ci indique à la machine le nouveau chiffre de la racine qu’il détermine mentalement ou avec un abaque, soit que, procédant par tâtonnements, il estime que le reste est suffisant ou non pour pouvoir augmenter d’une unité la racine déjà trouvée. Ce second procédé, le seul pouvant être employé avec les anciennes machines (arithmomètres), est très long, car il exige d'arrêter la machine à chaque tour, afin d’observer si le reste est encore égal au double de la racine plus un; il nécessite aussi une attention soutenue.
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- Fig. 6. — Machine à calculer modèle de 1892. Vue de face.
- Fier- 7. — Machine à calculer modèle de 1892. Vue d’arrière.
- Fig. 8. — Machine à calculer modèle de 1892. Plan.
- Tome 132. — 2e semestre. — Septembre-Octobre 1920. 57
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- 738 EXTRAIT DU RULLETIN DE SEPTEMBRE 1895.
- Si; PTEM B R E-0 CT 0 BRE 1920.
- Le problème de l’automatisme absolu est résolu au moyen d’un petit appareil (I, T, N. R, S).
- En poussant le verrou N vers la droite, on rend le levier I dépendant de la manivelle du manipulateur, de façon que, lorsque cette manivelle du manipulateur est à 2 (numération de droite), le levier I est au signe (—), et lorsque la manivelle est à l’opposé, c’est-à-dire à 2 (numération de gauche), le levier I est au signe (+). De cette disposition, il résulte que, chaque fois que le calculateur change d’ordre d’unités par rapport au récepteur, le levier I vient alternativement aux signes-j----b H---H------1----b- etc.
- En dehors de cet appareil, le système d’enrayage de la commande est arrangé de façon à arrêter la machine lorsque le nombre placé sur les cadrans supérieurs passe, de plus grand ou égal à zéro à plus petit que zéro, et réciproquement. A chaque fois que le levier I passe de + à — ou de — à -j-, il décroche la manivelle de commande par l’intermédiaire des tiges (T, R, S).
- Voici maintenant ce qui se produit dans le fonctionnement : soit à extraire la racine de : 3 337 929, qui est le carré de 1 827 :
- On pose 3 337 929 sur les cadrans supérieurs, et on met la manivelle du manipulateur dans le cran 2 de la numération de droite ; le levier I se trouve ainsi placé de lui-même au signe (—), comme on l’a expliqué plus haut. On dispose alors le quatrième bouton de droite du calculateur (le nombre ayant quatre tranches de deux chiffres) de façon à déterminer et retrancher la suite des carrés des nombres, puis on tourne la commande. La machine retranche successivement, d'elle-même, les carrés de zéro mille; de un mille, de deux mille; mais, arrivé là, le reste étant devenu plus petit que zéro, la machine refuse de continuer.
- On change d’ordre d’unité, en rapportant le manipulateur au 2 de l’autre numération, ce qui décroche la commande et fait passer le levier I de ( —) à (+). On fait agir le 2(' bouton du calculateur, et on tourne la commande. Le sens de marche étant renversé, le carré de deux mille, retranché, ne devient plus que le carré de 1 900, puis de 1 800 ; à ce moment, le reste repassant de plus petit à plus grand que zéro, la marche s’arrête.
- On reporte le manipulateur au 2 de l’autre numération, la manivelle se décroche, le levier I vient à -b; le 3e bouton entre en fonction, et le carré de 1 800, déjà retranché, augmente et devient celui de 1 810, puis de 1 820 et de 1 830; le reste devient plus petit que zéro, la marche s’arrête encore.
- On reporte enfin le manipulateur à l’autre 2, toute la marche se renverse comme on l’a dit plus haut ; ce dernier bouton du calculateur commence à agir et le carré de 1 830, retranché, ne devient plus que celui de 1 829, 1 828 et de 1 827; à ce moment, le reste devient égal à zéro, et la machine refuse d'aller plus loin :
- La racine exacte du nombre proposé est 1 827, figurée par les quatre boutons de droite du calculateur.
- Ce procédé d’extraction de la racine carrée est aussi rapide que simple; il a, de plus, l’avantage de n’exiger aucun travail personnel. Ce perfectionnement, appliqué pour la première fois à la machine exposée à Tours, a été considéré, par les personnes qui l’ont vu, comme une des parties les plus originales de l’invention.
- D’après des essais suivis, la machine peut effectuer à l’heure, en marche normale, avec un opérateur habitué, une série de 100 divisions, 120 racines carrées ou 230 multiplications de l’étendue :
- 10 000 000 000 000 000 000 : 1 000 000 000 = 10 000 000 000 vTooo 000 000 000 OOO OOÏÏ = 1 000 000 000 1 000 000 000 X 10 000 000 000 = 10 000 000 000 000 000 000.
- Elle peut calculer 4 000 termes d’une progression arithmétique ayant une raison ne dépassant pas 10 milliards, et à peu près autant d'une table des carrés des nombres jusqu’à 100 quintillons.
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- BIBLIOGRAPHIE
- relative à l’arithmétique, au calcul simplifié et aux instruments à calculer (1).
- A. — Bulletins de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale (2)
- CONTENANT DES ARTICLES SUR LES MACHINES A CALCULER.
- 1. — Rapport fait par M. Francqeur, au nom du Comité des Arts mécaniques, sur la machine à calculer de M. le chevalier Thomas, de Colmar, directeur honoraire de la Compagnie d’assurance du Phénix, rue de l’Échiquier, n° 33, à Paris (Tome XXI, n° 212, février 1822, p. 33-36) (Voir p. 660, le texte in extenso de ce rapport).
- 2. — Description d’une machine à calculer nommée Arithmomètre, de l’invention de M. le chevalier Thomas, de Colmar, par M. Hoyau (Tome XXI, n° 221, novembre 1822, p. 335-363, I pl.) (Voir p. 662, le texte in extenso de cette description).
- 3. — Rapport fait par M. Jomard sur un procédé mécanique pour faire les additions, imaginé par M. Lagrous, quai de l’Horloge, n° 63, à Paris (Tome XXVII, n° 294, décembre 1828, p. 394-396, I pl.) (Voir p. 670, le texte in extenso de ce rapport).
- 4. --• Rapport fait par M. Théodore Olivier, au nom du Comité des Arts mécaniques, sur des machines à calculer présentées par M. le Dr Roth, boulevard des Capucines, 21 (Médaille d’argent). (Tome XLII, n° 471, septembre 1843, p. 411-415) (Voir p. 673,1e texte in extenso de ce rapport).
- 5. _ Description du compteur et de la machine à calculer inventés par M. le Dr Roth (Tome XLII, n* 471, septembre 1843, p. 421-425, I pl.) (Voir p. 679, le texte in extenso de cette description).
- 6. — Nomenclature chronologique des instruments à calcul, par Th. Olivier (Tome XLU, n° 471, septembre 1843, p. 415-421; notes par M. Jomard, p. 548-349) (Voir p. 675 du présent numéro).
- 7. __Appareil à additionner plusieurs nombres et pouvant servir à opérer la soustraction
- (M. Maréchal, 33 boulevard Saint-Martin). (Présentation à la séance du 19 février 1845) (Tome XLIV, n° 488, février 1845, p. 87).
- 8. — Machine arithmétique de MM. Maurel et Jayet (Académie des Sciences, 12 février 1849) (Tome XLVIII, n° 542, août 1849, p. 370-371) (Voir la description de cette machine à la page 685 de ce numéro).
- 9. _ Rapport fait par M. Benoît, au nom du Comité des Arts mécaniques, sur l’Arithmomètre perfectionné, inventé par M. Thomas, de Colmar, directeur de- la Compagnie d’assurance du Soleil, rue du Helder, 13 (Tome L, n° 561, mars 1851, p. 113-123 (Voir p. 687, le texte in extenso de ce rapport); mai 1851, p. 278 (médaille d’or).
- 10. — Rapport fait par M. Benoît, au nom du Comité des Arts mécaniques, sur les Taxe-machines de M. Baranowski, présentées par M. Guérin, rue du Faubourg Poissonnière, 110 (Tome LI, n° 582, décembre 1832, p. 812-814).
- (1) Cette bibliographie a été établie par MM. Malassis, E. Lemaire et R. Grelet.
- (2) La collection complète du Bulletin de la Société d’Encouragement peut être consultée à sa Bibliothèque.
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- BIBLR (GRAPHIE.
- BULLETIN DE SEPTEMBRE-OCTOBRE 1920.
- 11. — Machine à multiplier très simple, présentée par M. Rous (séance du 26 décembre 1866; renvoi au Comité des Arts mécaniques) (2ft série, Tome XIII, décembre 1866, p. 760).
- 12. — Rapport fait par M. Ch. Laboulaye, au nom du Comité des Arts mécaniques, sur l’abaque imaginé par M. Michel Rous, rue de l’Université, 52; suivi de la description de l'abaque (21' série, Tome XVI, mars 1869, p. 137-145, I pl.).
- 13. — Machine à calculer pouvant s'appliquer à un grand nombre de chiffres, de M. J. Boué-Montagxac (correspondance; séance du 27 octobre 1876. Renvoyé au Comité des Arts mécaniques) (3e série, Tome III, décembre 1876, p. 704).
- 14. — Rapport fait par M. Wolff, au nom du Comité des Arts économiques, sur les appareils à cylindre pour faciliter Les calculs de banque et de commerce, présentés par M. Chambon, rue des Marais, 58 (3" série, Tome V, février 1878. p. 88-89; voir aussi Tome IV, 1877, p. 318 et 526).
- 15. — Appareil à calculer nommé Numérateur Troncet, par M. L. Troxcet (correspondance; séance du 28 juin 1878. Renvoyé au Comité des Arts économiques) (3e série, Tome V, octobre 1878, p. 569).
- 16. — Rapport fait par M. Sebert, au nom du Comité des Arts économiques, sur la machine à calculer, dite Arithmomèirc, inventée par M. Thomas (de Colmar) et perfectionnée par M. Thomas de Bojano, 44 rue de Ghâteaudun (suivi de la description de la machine) (3e série, Tome VI, août 1879, p. 393-425, II pl.) (Voir p. 694, le texte in extenso de ce rapport); et Tome VII, juillet 1880, p. 403 (médaille d’or à M. Thomas de BojanoL
- 17. — M. Durand présente le dessin et la légende d'une machine à calculer de son invention (Correspondance; séance du 12 novembre 1880. Renvoyé au Comité des Arts mécaniques' (3° série, Tome VII, décembre 1880, p. 75411.
- 18. — Procédés de calculs au moyen de la machine arithmétique de M. Genaille (communication de M. Lucas, à la séance du 14 mars 1884) (3e série, Tome XI, avril 1884, p. 210).
- 19. — Rapport fait part M. le Général Sebert, au nom du Comité des Arts économiques, sur un appareil calculateur, présenté par M.Didf.lin, 21, rue Bréa (4e série, Tome VI, septembre 1891, p. 465-469, 1 flg.) (Voir p. 720, le texte in extenso de ce rapport).
- 20. — Rapport fait par M. le Général Sebert. au nom du Comité des Arts économiques, sur les machines à calculer de M. Léon Bollée, du Mans (4e série. Tome X, septembre 1895, p. 977-985) i Voir p. 723, le texte in extenso de ce rapport); voir aussi Tome V, 1890, p. 271; Tome IX 1894, p. 350 et 397 (médaille d’or).
- 21. — Notice sur les machines à calculer de M. Léon Bollée (4e série, Tome X, septembre 1895, p. 985-996, 8 flg.) (Voir cette notice, reproduite in extenso à la page 728 du présent numéro).
- 22. — Caissier automatique Carxey i 5° série, Tome III. novembre 1898, p. 1560-1565, flg.).
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- BIBLIOGRAPHIE DU CALCUL.
- IM'
- B. — Bulletins de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale (!) <
- CONTENANT DES ARTICLES SUR LES RÈGLES ET CERCLES A CALCULER.
- Description dune règle à calculer, employée en Angleterre et appelée sliding rule; précédée de quelques réflexions sur l’état de l’industrie anglaise en avril 1815, par M. Jomard (Tome XIV, n° 134, août 1815, p. 179-190, I planche).
- 2. — Rapport fait par M. Ampère, au nom du Comité des Arts mécaniques, sur un • instrument à calculer, inventé par M. Gattey, et auquel il donne le nom d'arithmo-graphe (Tome XV, n° 141, mars 1816, p. 49-50):
- 3- — Description de Yarithmographe de M. Gattey, et explication sommaire de ses principaux usages (Observations de M. Jomard) (Tome XV, n° 141, mars 1816, p. 50-56,
- I planche).
- 4. — Extrait d’un rapport fait par M. Jomard sur des cercles et boites à calculer,... exécutés par M. Hoyau, mécanicien, rue Mauconseil, n° 14, à Paris (Tome XV, n° 146, août 1816, p. 173-174).
- 5. — Rapport fait par M. Jomard, sur l’instruction de M. Collarde.au pour l’usage de la-< règle à calculer (Tome XX, n° 199, janvier 1821, p. 4-5).
- 6. — Rapport fait par M. Francceur, au nom du Comité des Arts mécaniques, sur les règles à calculer de M. Jomard (Tome XX, n° 201, mars 1821, p. 77-79).
- 7. — Rapport fait par M. Jomard, sur les règles â calculer de M. Clouet (Tome XX, n° 205, juillet 1821, p. 198-199).
- 8. — Une nouvelle règle à calculer, exécutée par M. Sargeant (anglais), allée d’Antin, n° 3 (Champs-Elysées), présentée à la séance générale du 3 octobre 1821 (Tome XX, n° 207, septembre 1821, p. 253).
- 9. — Rapport fait par M. Jomard, au nom d’une Commission spéciale, sur les règles à calculer de M. Isaac Sargeant (Tome XXI, n° 211, janvier 1822, p. 12-13).
- 10. — Rapport fait par M. Jomard, sur une nouvelle instruction relative à l’usage de la règle à calcul, publiée par M. Mouzin (Tome XXIII, n° 239, mai 1824, p. 129-132).
- 11. — Rapport sur une Instruction relative à la règle logarithmique, par M. Artur, (1 volume in-8, avec planches, Paris 1827) (Tome XXVI, n° 272, février 1827, p. 43-45).
- 12. — Table à calculs, de M. Artur, 56, rue Saint-Jacques (correspondance; séance du 26 juin 1844) (Tome XLIIJ, n° 481, juillet 1844, p. 321).
- 13. — Rapport fait par M. Théod. Olivier, au nom du Comité des Arts mécaniques, sur un abaque ou compteur universel de M. Léon Lalanne (Tome XLV, n° 502, avril 1846, p. 153-165, I planche; voir aussi p. 190 et p. 658 : Extrait du rapport (médaille de platine).
- 14. — Description d’une règle à calcul ou règle logarithmique, par M. Burdon, rue Vintimille, 6 (correspondance) (Tome L, n° 559, janvier 1851, p. 47).
- 15. — Rapport fait par M. Benoît, au nom du Comité des Arts mécaniques, sur un vernier appliqué, par M. Artur, aux règles logarithmiques (Tome L, n° 569,. novembre 1851, p. 675-687, I planche).
- 16. — La règle à calcul expliquée, ou Guide du calculateur à l’aide de la règle logarithmique à tiroir, dans lequel on indique les moyens de construire cet instrument, et Ton enseigne à y opérer toute sorte de calculs numériques, par M. P. Benoît, membre du Conseil d’Administration de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale.
- (I) La collection complète du Bulletin de la Société d’Encouragement peut être consultée à sa
- Bibliothèque.
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- BIBLIOGRAPHIE.
- BULLETIN DE SEPTEMBRE-OCTOBRE 1920.
- In-12 avec planches, Paris, 1853 (Tome LU, n° 592, octobre 1853, p. 581-589). (Cet ouvrage existe à la Bibliothèque.)
- 17. — Rapport fait par M. Benoît, au nom du Comité des Arts mécaniques, sur une disposition à donner à la graduation et à la position des Bâtons l'habdologiques, pour en former des tablettes d’une lecture facile, inventée par M. Philippe Benoist, à Neuillv, Seine (2e série, Tome IX, janvier 1862, p. 3-5, 1 fig.).
- 18. — Rapport fait par M. Benoît, au nom du Comité des Arts mécaniques, sur une disposition particulière de la règle à calcul ou échelle logarithmique, imaginée par M. Péraux, négociant à Nancy (2e série, Tome X, septembre 1863, p. 513-516).
- 19. — Note sur une règle à calcul spéciale, destinée aux ingénieurs et combinée par M. Delamorinière, ancien ingénieur de la Marine de l’État; par M. Benoît (communication faite à la séance du 29 juillet 1863) (2e série, Tome X, novembre 1863, p. 656-660).
- 20. — Rapport fait par M. Rondot, au nom du Comité de Commerce, sur le totalisateur de M. Amédée Lipman, rue du Faubourg Saint-Denis, 50 (2e série, Tome XI, octobre 1864, p. 587-589).
- 21. — Nouvelle règle à calcul de M. Emile Javal, destinée à remplacer la table de M. Giraud Teulon. Quelques explications par M. de Luynes (Séance du 28 juin 1865. Renvoi au Comité des Arts économiques) (2e série, Tome XII, juillet 1865, p. 448).
- 22. — Arithmographe didactique de M. Dubois (Correspondance; séances du 29 no-vembi’e et du 27 décembre 1865. Renvoi au Comité des Arts mécaniques) (2e série, Tome XII, décembre 1865, p. 751 et 755).
- 23. — Note sur la manière de disposer la règle à calcul logarithmique suivant un cercle, au lieu de la développer sur une ligne droite, par M. Ricours (Correspondance; séance du 27 juillet 1877. Renvoi aux Arts économiques) (3° série, Tome IV, novembre 1877, p. 671).
- 24. — Emploi de la règle logarithmique aux calculs de terrassement, par M. Lebrun (Communication à la séance du 23 juillet 1886) (4e série, Tome I, août 1886, p. 448).
- 25. — Rapport fait par M. le Colonel Goulier, au nom du Comité des Arts mécaniques, sur la règle à calcul à deux réglettes de M. Péraux, à Nancy (4e série, Tome VIII, février 1893, p. 64-76, 3 fig., II planches).
- 26. — Instruction sur la règle à calcul, par A. Vincent (mai 1907, p. 656). (Cet ouvrage existe à la Bibliothèque).
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- BIBLIOGRAPHIE DU CALCUL.
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- G. — Publications périodiques (1)
- CONTENANT DES ARTICLES SUR LES INSTRUMENTS A CALCULER ET LES PROCÉDÉS DE CALCUL SIMPLIFIÉ.
- * Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences de Paris (1).
- 1. — Note sur une balance arithmétique, ou nouvelle machine à calculs, par Léon Lalanne (2 septembre 1839, p. 319-322).
- 2. — Rapport sur une balance à calcul présentée par Léon Lalanne (25 novembre 1839, p.. 693-694).
- 3. — Description d'une nouvelle machine à calcul pour résoudre les équations numériques des sept premiers degrés, par Léon Lalanne (23 novembre 1840, p. 859-860).
- 4. — Rapport sur une machine destinée à la résolution numérique des équations, et présentée à l'Académie par Léon Lalanne (14 décembre 1840, p. 959-961).
- 5. — Mémoire sur un nouveau planimètre, par A. Beuvière (8 décembre 1845, p. 1277-1278).
- 6. — Rapport sur une machine arithmétique,présentée à l'Académie des Sciences, par Maurel et Jayet (12 février 1849, p. 209-217).
- 7. — Rapport sur Varithmomètre de Thomas (11 décembre 1854, p. 1117-1124).
- 8. — Note sur la machine suédoise de MM. Scheutzpour calculer les tables mathématiques par la méthode des différences et en imprimer les résultats sur des planches stéréotypes, par Charles Babbage (8 octobre 1855, p. 557-560 et 28 avril 1856, p. 798-800).
- 9. — Arilhmographepolychrome, parM. Dubois (20 août T860, p. 293-296; Rapport, 7 octobre 1861, p. 618-622).
- 10. — Rapport sur la machine à calculer présentée par M. M/iberg (23 février 1863, p. 330-339).
- 11. — Mémoire sur la règle à calcul, par M. Burdon (28 mars 1864, p. 573-576).
- 12. — Sur un nouvel intégromètre, par Br. Abdânk-Abakanowicz (27 novembre 1882, p. 1047-1048, 1 fig.).
- 13. — Sur la machine analytique de Charles Babbage, Note de M. le Général L.-F. Menabrea (28 juillet 1884, p. 179-182; observation de M. Léon Lalanne, 11 août 1884, p. 267-268).
- 14. — Sur les machines algébriques, par Leonardo Torres (29 juillet 1895, p. 245-248).
- 15. — Sur une nouvelle règle à calcul, par G. Gallice (16 janvier 1899, p. 163-166).
- 16. — Sur les machines à calculer (extrait), par L. Torres (19 février 1900, p. 472-474; Rapport par M. Appell, 2 avril 1900, p. 874-876).
- 17. — Sur une machine à résoudre les équations, par Georges Meslin (2 avril 1900, p. 888-891, 1 fig.).
- 18. — Sur un nouveau cercle à calcul, par Pierre Weiss (31 décembre 1900, p. 1289-1291, 2 fig.).
- 19. — Sur la représentation par points alignés de l'équation d'ordre nomographique 3 la plus générale, par Maurice d’Ocagne (28 janvier 1907, p. 190-192).
- 20. — Sur la représentation de l'équation d'ordre nomographique 3 la plus générale par un nomogramme conique, par Maurice d’Ocagne (29 avril 1907, p. 895-898).
- (1) Les numéros suivis d’un astérisque concernent des articles parus dans des périodiques existant à la Bibliothèque de la Société d’Encouragement, où ils peuvent être consultés. Pour un m ême périodique, les articles cités sont classés dans l’ordre chronologique. Le renseignement entre parenthèses qui figure à la fin de l’indication pour quelques articles de périodiques est la cote à donner au Bibliothécaire pour obtenir rapidement ce périodique en communication.
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- BIBLIOGRAPHIE.
- BULLETIN DE SEPTEMBRE-OCTOBRE 1920.
- 21. — Intègromètre à lame coupante, par Jacob (29 avril 190/, p. 898-900).
- 22. — Sur la représentation des équations d'ordre noinoqraphiqne 4 à 3 et 4 variables, par Maurice d’Ocagne (13 mai 1907, p. 1027-1030).
- 23. — Nouvel intègromètre, par Jacob (6 juillet 1908, p. 33-34).
- 24. — Sur la représentation nomographique des équations à quatre variables, par Maurice d’Ocagne (10 mai 1909, p. 1244-1247).
- 23. — Sur la disjonction des variables des équations nomographiquement rationnelles d'ordre supérieur, par Farid Boulad (14 février 1910, p. 379-382).
- 20. — * Note sur une nouvelle classe d'abaques, par Maurice Beghix (Génie civil, Tome XX11, 24 décembre 1892, p. 124-125, 1 lig.).
- 27. — * Cercle à calcul dit « Arithmographe » de M. hcnaud-Tachet, par F. Desquiens (Génie civil, Tome XXII, 21 janvier 1893, p. 191, 1 fig.).
- 28. — Calculateur G. Fuller, par A. Rateau (Génie civil, Tome XXIII, 14 octobre 1893, p. 380-387, 1 fig.).
- 29. — * Avantages pratiques de la règle à calcul, par Daniel Dujon ( Génie civil, Tome XXIV. 21 avril 1894, p. 396-397, 2 fig.).
- 30. — * La machine à résoudre les équations, de M. Torres, par Maurice d'Ocagne (Génie civil, Tome XXVIII, 18 janvier 1890, p. 179-183, 5 fig.).
- 31. — * Applications de la méthode des points cotés, par M. d’OcAGNE (Génie civil, Tome XXXII, 6 novembre 1897, p. 14.).
- 32. — * Abaque logarithmique pour le calcul des conduites d'eau sous pression, par Jean Rev (Génie civil, Tome XXXIII, 18 juin 1898, p. 112-113, 1 fig.).
- 33. — * Application de la nomographie au jaugeage des tonneaux, par Giuseppe Pesci (Génie civil, Tome XXXV, 20 mai 1899, p. 41-44, 4 fig ).
- 34. — * Perfectionnements au planimètre-hachette (Génie civil, 15 novembre 1902, p. 45, 4 fig.).
- 35. — * Le planimètre-hachette (Génie civil, 11 novembre 1903, p. 29, 4 fig.).
- 30. — * Règle à calcul raccourcie (Génie civil, Tome L, 24 novembre 1900, p. 00-01, 1 fig.).
- 37. — * Cercle à calcul, système Halden (Génie civil, Tome L, 12 janvier 1907, p. 182, 1 fig.).
- 38. — * La construction des règles et cercles à calcul (Génie civil, Tome L. 10 mars 1907, p. 344; d’après une étude de M. Goudie, parue dans Engineering Review d'octobre 1900 à février 1907).
- 39. — * Nomogramme pour le calcul des ressorts hélicoïdaux cylindriques, par Fritz Krui.l iGénie civil, Tome L, 6 avril 1907, p. 394-395, 1 fig.).
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- 41. —* Règle à calcul trigonométrique de M. J. Eichhorn (Génie civil, Tome LIN’, 13 février 1909, p. 271).
- 42. — * Les machines à calculer de construction allemande (Génie civil,-Tome LIV, 3 avril 1909, p. 399; d’après une étude de M. Faerrer, parue dans la Werkstattstechnik de janvier et février 1909).
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- 43. — * Machine combinée à écrire et à additionner, système Underwood (Génie Civil, Tome LVIII, 4 février 1911, n° 14, p. 283, 1 fig.).
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- 47. — * Règle à calcul à deux réglettes de M. Péraux (La Nature, 4 mars 1882, p. 221-222, 2 fig.).
- 48. — 'Les machines ci calculer. Le multiplicateur automatique, par Arthur Good (La Nature, 23 octobre 1886, p. 323-324, 1 fig.).
- 49. — * Machine à calculer de M. Léon Bollée (La Nature, 10 mai 1890, p. 359-360, 1 fig.).
- 50. — *Le diagrammomètre du Colonel Kozloff, par Édouard Lucas (La Nature, 2 août 1890, p. 131 134, 2 fig.).
- 51. — * Calculateur mécanique instantané de M. Troncet, par G. Maresciial (La Nature, 18 octobre 1890, p. 307-308, 1 fig.).
- 52. — * Les baguettes de Napier, par Cii.-Ed. Guillaume (La Nature, 20 décembre 1890, p. 37-38, 2 fig.).
- 53. — * Les réglettes multiplicatrices (La Nature, 7 novembre 1891, p. 355-356, 3 fig.).
- 54. — * Nouveau multiplicateur au'omatique de M. Eggis (La Nature, 14 mai 1892, p. 381-382, 2 fig.).
- 55. — * Machines à additionner, par G. Mareschal (La Nature, 28 octobre 1893, p. 339-340, 2 fig.).
- 56. — * La statistique à la machine, par Jacques Bertillon (La Nature, lor septembre 1894, p. 218-222, 6 fig.).
- 57. — ' Machine à calculer « La Rapide », par Gaston Tissandier (La Nature, 4 janvier 1896, p. 65-66, 1 fig.).
- 58. — * Machine à calculer Felt et Tarrant, par P. Lauriol (La Nature, 11 avril 1896, p. 289-290, 3 fig.).
- 59. — * Règle à calcul circulaire de M. Pouech, par L. Ber (La Nature, 5 octobre 1901, p. 298-300, 1 fig.).
- 60. — * Machines à calculer, par Maurice d’Ocagne (La Nature, 27 août 1904, p. 194-199,
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- 61. — * Nouvelle machine à additionner, par R. Yili.ers (La Nature, 2 janvier 1909, p. 78-80, 5 fig.).
- 62. — * Règle à calcul gigantesque pour le pari mutuel, par G. ChalmarÈs (La Nature, 25 juin 1910, p. 49-51, 2 fig.).
- 63. — ’La machine à écrire additionneuse Underwood, par Lucien Fournier (La Nature, 11 février 1911, p. 179-182, 3 fig.).
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- 65. — * Les automates (Le joueur d’échecs automatique de M. Torres y Quevedo), par U. Vigneron (La Nature, 13 juin 1914, p. 56-61, 7 fig.).
- 66. -— * Le Centenaire de la machine à calculer industrielle, par Léopold Reverchon (La Nature, 15 mai 1920, p. 249-252, 4 fig.).
- 67. — * La « Multi », nouvelle machine à multiplier, par Jacques Boyer (La Nature, 10 juillet 1920, p. 30-32, 2 fig.).
- 68. — * Varithmomètre de M. Torres y Quevedo, par II. Vigneron (Iai Nature, 7 août 1920, p. 89-93, 6 fig.).
- 69. — * Vindustrie de la caisse enregistreuse aux États-Unis, par Léopold Reverchon (La Nature, 21 août 1920, p. 118-123, 7 fig.).
- 70. — * Les machines « Poicers » (Mon Bureau, 15 mars 1920, p. 176-177, 3 lig.).
- 71. — * Les cylindres à calculs logarithmiques. Rouleau calculateur Billeter, par J. M. Caquas (Mon Bureau, 15 mai 1920, p. 301-302, 1 fig.).
- 72. — * Thomas de Colmar, inventeur de Varithmomètre. Notice biographique, par A. Lemer-cier (Mon Bureau, 15 mai 1920, p. 303-305, 4 fig.).
- 73. — * L'exposition de machines à calculer de la Société d'Encouragement. Quelques réflexions, par G. Ravisse (Mon Bureau, 15 juin 1920, p. 344).
- 74. — * Les machines à calcider et leurs principales caractéristiques, par M. Jacob (Mon Bureau, 15 juin 1920, p. 345-350, 18 fig.).
- 75. — * La machine et le calcul simplifié. Quelques exemples, par L.-R. Heller (Mon Bureau, 15 juin 1920, p. 350-351).
- 7 6. — 'Les échelles logarithmiques et leur emploi au bureau (Mon Bureau, 15 juin 1920, p. 364-367, 8 fig.).
- 77. — * Le centenaire de Thomas de Colmar (Mon Bureau, 15 juillet 1920, p. 427-429, 6 fig.).
- 78. — * L'exposition de machines à calculer de la Société d'Encouragement (Mon Bureau, 15 juillet 1920, p. 429-432, 8 fig. et 15 août 1920, p. 485-487, 6 lig.).
- 79. — * Sur Tarithmoplanimètre, machine arithmétique et géométrique, donnant facilement les résultats des opérations les plus compliquées de calcul et de planimétrie, par Léon Lalanne (Annales des Ponts et Chaussées, 1840, 2° sem., p. 3-61, fi g.J.
- 80. — * Extraits du rapport sur une machine à calculs de MM. Maurel et Jayet, fait par M. Lalanne à M. le Ministre des Travaux publics (Annales des Ponts et Chaussées, 1854, 2e sem., p. 287-310, 14 fig.).
- 81. — * Extraits d'un rapport sur la machine à calculer, dite arithmomètre, de M. Thomas, clc Colmar, par M. Lemoyne (Annales des Ponts et Chaussées, 1854, 2e sem., p. 311-322, 1 fig.).
- 82. — * Planirnètre d'Amsler, par M. Petsch (Annales des Ponts et Chaussées, 1868, 2e sein., p. 124-128, 2 fig.).
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- 83- * Sur un appareil (intégromètre Marcel Deprez) propre à donner la surface, le moment
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- 84. — * Instrument destiné au calcul rapide des terrassements, par Blum (Annales des Ponts et Chaussées, 1881, 1er sem., p. 455-461, 1 fig.).
- 85. — * Machine à additionner Fossa-Mancini, par Fossa-Mancini (Annales des Ponts et Chaussées, 1900, 3e trim., p. 356-360, 2 fig.).
- 86. — * Intégraphe Predhumeau-Secrétan donnant directement et mécaniquement : 10 le calcul des terrassements et du mouvement des terres d'un projet de route dont le profil en long est connu; 2° les surfaces, moments des divers ordres et certains graphiques spéciaux, par M. Predhumeau (Annales des Ponts et Chaussées, janvier-février 1919, p. 54-76,
- 10 fig.).
- 87. — * Sur une nouvelle machine à calculer, par Genaille (Communication à l’Association française pour l’Avancement des Sciences, session de Paris, 1878. Revue scientifique, 7 septembre 1878, p. 221).
- 88. — *L'arithmomètre Thomas, de Colmar, par Payen (Communication à l’Association française pour l’Avancement des Sciences, session de Paras, 1878. Revue scientifique, 7 septembre 1878, p. 221-222).
- 89. — * Sur l'emploi de T arithmomètre Thomas dans l'arithmétique supérieure, par Édouard Lucas (Communication à l’Association française pour l’Avancement des Sciences, session de Paris, 1878. Revue scientifique, 7 septembre 1878, p. 222).
- 90. — * Récréations scientifiques sur l'arithmétique et sur la géométrie de situation, par Édouard Lucas. (Le jeu de dames à la polonaise. Le jeu des échecs (comportant la solution complète du problème des huit reines). Le jeu du baguenaudier. Le jeu des ponts. Le jeu des traversées en bateau. Le jeu du taquin ou du casse-tête américain. Le jeu du solitaire. (Revue scientifique, 16 août 1879, p. 154-161, fig.; 3 avril 1880, p. 948-953, fig.; 10 juillet 1880, p. 36-42, fig.; 16 octobre 1880, p. 375-380, fig.; 26 mars 1881, p. 408-412; 18 juin 1881, p. 783-788, fig.; 17 septembre 1881, p. 365-370, fig.)
- 91. — * Une machine arithmétique à mouvement continu, par P. Tchebictief (Communication faite à l'Association française pour l’Avancement des Sciences, dans la séance du 26 août 1882 (lre section du Congrès de La Rochelle. Revue scientifique, 23 septembre 1882, p. 402-404).
- 92. — * Le calcul et les machines à calculer, par Édouard Lucas (Communication à l’Association française pour l’Avancement des Sciences, session de Blois, 1884. Revue scientifique, 18 octobre 1884, p. 482-496, 12 fig.).
- 93. — * Les appareils de calcul et les jeux de combinaisons, par Édouard Lucas (Revue scientifique, 4 janvier 1890, p.‘ 1-13).
- 94. — * Sur l'application de la méthode graphique à l'art du calcul, par Maurice d’Ocagnf. (Leçon inaugurale du Cours libre de Calcul graphique et Nomographie ouvert à la Sorbonne le 1er mars 1907) (Revue scientifique, 13 avril 1907, p. 449-451).
- 95. — * L'arithmomètre Thomas, de Colmar, par Payen (Association française pour l'Avancement des Sciences, Session de Paris, 1878, p. 93-94).
- 96. — * Sur l'emploi de Variihmomètre Thomas dans l'arithmétique supérieure, par Édouard Lucas (Association française pour l'Avancement des Sciences, Session de Paris, 1878, p. 94-95).
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- 97. — * Sur une nouvelle machine à calculer, par Gexaille (Association française pour l'Avancement des Sciences, Session de Paris, 1878, p. 181-182).
- 98. — * Sur une nouvelle machine arithmétique, par P. Tchébichef (Association française pour rAvancement des Sciences, Session de La Rochelle, 1882, p. 91-92).
- 99. — * Une remarque sur certains montres et conséquences qu'on peut en tirer, par Ed. Collignon {Association française pour l'Avancement des Sciences. Congrès de Bordeaux, 1895, 37 pages, 25 fig.) (B. 1626).
- 100. — * Remarques sur la suite des nombres entiers, par Édouard Collignon (Association française pour VAvancement des Sciences. Congrès de Carthage, 1896, 27 p.) (B. 1682).
- 101. — * Rapport sur diverses méthodes de solutions employées en théorie pour la décomposition des nombres en facteurs, par A. GÉrardin (Association française pour l'Avancement des Sciences, Session de Nimes, 1912, p. 54-57, 1 fig.).
- 102. — * La nomographie, représentation graphique des lois à un nombre quelconque de variables, par M. d’OCAGNE (Revue générale des Sciences, 30 septembre 1891, p. 604, 3 fig.).
- 103. — * Les machines de M. Torres à résoudre les équations, par A.'Gay (Revue générale des Sciences, 15 août 1896, p. 684, 7 fig.).
- 104. — * Sur quelques applications pratiques de la méthode des points cotés, par M. d’OCAGNE (Revue générale des Sciences, 15 février 1898, p. 116).
- 105. — * Nouveau cercle à calculs de M. Pierre Weiss, Compte rendu de la séance du 18 janvier 1901 de la Société française de Physique {Revue générale des Sciences, 30 janvier 1901, p. 105, 1 fig.).
- 106. — * Les progrès récents de la méthode nomographique des points alignés, parM. d’OCAGNE {Revue générale des Sciences, 30 mai 1907, p. 392).
- 107. — * Essais sur l'automatique, par Torres y Quevedo {Revue générale des Sciences, 15 novembre 1915, p. 601, 1 planche en couleurs).
- 108. — Sur quelques procédés nouveaux de calcid graphique {Revue cl' Artillerie, Tome XXXIV, p. 330).
- 109. — Machine Grant pour la résolution des équations à coefficients numériques {Revue d'Artillerie, Tome LII, p. 471).
- 110. — Les calculs de tête {Revue cl'Artillerie, Tome LVII1, p. 89).
- 111. — Curiosités mathématiques {Revue d'Artillerie, Tome,LXXVII p. 188).
- 112. —* Sur la construction des machines algébriques, par L. Torres (Revue de Mécanique, septembre 1901, p. 269-285; octobre 1901, p. 420-431, 29 fig.).
- 113. — * Le planimètre Prytz ou planimètre-hachette, par Flamant (Revue de Mécanique, 31 juillet 1905, p. 32-36, 4 fig.).
- 114. — * Les machines à calculer, d’après K. Lenz. Machines Goldman, Mayer, arithmo-mètre Burroughs, machine à calculer Odhner (Brunsviga), machine Thomas, machine à calculer du professeur Selling, machines à calculer de Steiger, Bollée et Baldwin (Revue de Mécanique, juin 1906, p. 568-585, 16 fig.).
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- 416. — Machines à calculer (Machine Gab-Ka, Comptomètre, machine Oméga), par A. Berthier (Ctsmos, 23 juin 1906, p. 687-690, 4 fig.).
- 117. — * L'adlitionneur Cabrol, par L. Reverchon (Cosmos, 24 novembre 1906, p. 566-567, 1 fig-)-
- 118. — * La machine à calculer la « Numeria » (Cosmos, 1er février 1912, p. 117, 1 fig.).
- 119. — * La technique du calcul considérée principalement au point de vue de la science de l'ingénieur, par M. d’Ocagne (Technique moderne, mars 1910, p. 175-177).
- 120. — * Calibre universel ou règle à calcul d'atelier (Technique moderne, 15 avril 1912, p. 305-306, 8 fig.).
- 121. —* Règle à calcul Denis-Poyet (Technique moderne, novembre 1918, p. 508-509, 4 fig.).
- 122. — * Sur une machine à calculer (machines Odhner Brunsviga, la Rapide, Dactyle), par L. Bertrand (Revue du Génie militaire, Tome XIV, 1897, p. 175, 4 fig.).
- 123. — * Quelques applications de la règle à calcul (Revue du Génie militaire, Tome XVII, 1899, p. 444, 3 fig ).
- 124. — * Note sur la règle à calculs du colonel Mannheim, par E. Delcambre (Revue du Génie militaire, Tome XLI, 1911, p. 247, 10 fig.).
- 125. — * Note sur l'emploi des machines à écrire et à' calculer, par le Service du Matériel et de la Traction de la Compagnie des Chemins de fer du Nord, par Salomon (Revue générale des Chemins de fer et des Tramways, avril 1896, p. 189-209, 9 fig.).
- 126. — * Note sur l'emploi de la machine à écrire et de la machine à calculer dans les bureaux d'expédition des gares du Chemin de fer du Nord, par A. Schqeller et A. Mathieu (Revue générale des Chemins de fer et des Tramways, juin 1902, p. 369-375, 3 fig.).
- 127. — * Noie sur l'emploi des machines à calculer pour l'établissement des travaux statistiques et la vérification des pièces comptables, par M. Bernard (Revue générale des Chemins de fer et des Tramways, septembre 1908, p. 168-174, 3 fig.).
- 128. — * Démonstration du théorème général de Fermât sur les nombres polygones, par Cauchy (Mémoires de l'Institut, Tome XIV, lre série, p. 265-296) (Divers 80, n° 3).
- 129. — *Machines à calculer, par L. Torres, Ingénieur des Ponts et Chaussées en Espagne (Mémoires présentés par divers savants étrangers à l'Académie des Sciences de l'Institut national de France, 2e série, Tome XXXII, n° 9, 20 p., V pl. hors texte) 28 x 22. Imprimerie nationale, Paris, 1902.
- 130. — * Machines à résoudre des problèmes relalifs aux nombres entiers (Machines Carissan, Kraïtchik, Aubry, A. Gérardin) (Sphinx-Œdipe, mars 1912, p. 47-48; mai 1912, p. 61-64).
- 131. — * Nouvelle machine donnant des nombres premiers, par A. Gérardin (Sphinx-Œ lipe, décembre 1912, p. 188-189).
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- 132. — * Une remarque sur la multiplication, par El). Collignon (Journal de Mathématiques élémentaires, 1893, 6 p.) (B. 1244).
- 133. — * La multiplication par les nombres triangulaires. Rapport sur les Tables de M. Arnaudeau, fait à l’Institut des Actuaires français, dans sa séance du 13 novembre 1893, par E. Cheysson (Bulletin de l'Institut des Actuaires français, janvier 1894, 11 p.) (B. 1243).
- 134. —• Encyclopédie des Sciences mathématiques (divers articles), par M. d’OCAGNE, 1909,
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- 135. — * Sur le principe d'une machine électrique à résoudre les équations numériques de degré quelconque, par J. Bethenod (La Lumière électrique, 10 avril 1915, p. 25-26).
- 136. — * Le centenaire de la machine ii calculer, par Léopold Reverchon (Journal sidsse d'Horlogerie de février 1920, p. 232-237, 1 flg.).
- 137. — * Sur quelques nouvelles machines algébriques, par A. Gérardin (Comptes 'rendus du Congrès international de Mathématique de Cambridge de 1912) (Pièce 8701).
- 138. — * La machine à calculer est-elle la concurrente du comptable? par A.-H. Piard (La comptabilité et les affaires, n° 10, d’octobre 1920) (Pièce 12554).
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- D. — Ouvrages sur l’arithmétique, le calcul simplifié OU LES INSTRUMENTS A CALCULER (1).
- 1. — ** Rabdologiæ seu numerationis per virgulas, Joanne Nepero, 1617, 1 vol. in-12.
- 2. — ** Machines et Inventions approuvées par l’Académie royale des Sciences, par Gallon, 1666-1734, 7 vol. in-4°.
- 3. — ** Organum mathematicum, par G. Sciiott, 1668, 1 vol. in-4°.
- 4. — ** Œuvres de E. Gunter, par W. Leybourn, 1673, 1 vol. in-4°.
- 5. — ** Journal des Sçavans, 1678, le Sieur Grillet, sa machine à calculer.
- 6. — ** Traité complet de Navigation, par Bouguer, 1706, 1 vol. in-4°.
- 7. — ** Theatrum arithmetico-geometricum, par J. Leupold, 1727, 7 vol. in-f°.
- 8. — ** Grande Encyclopédie (xvme siècle) (articles de Diderot sur la machine de Pascal).
- 9. — An Account of the Life, Writings, and Inventions of John Napier of Merchiston (Vie, écrits et inventions de Jean Neper), par David Stewart et Walter Minto, Perth, 1778.
- 10. — ** Récréations mathématiques, par Ozanam, 1790, 4 vol. in-8°.
- 11. — Mathematical Dictionary (Dictionnaire des Mathématiques), par Hutton, Londres, 1795.
- 12. — ** Métrologie terrestre (origine des nomogrammes), par Louis Pouchet, 1797, 1 vol. in-8°.
- 13. — Histoire des mathématiques, par J.-F. Montucla, Paris, an VII (1799).
- 14. — * L'arithmétique découverte par un enfant de dix ans, ou manière d’enseigner l’arithmétique aux enfants, par Joseph-Bonaventure Vuili.ier (21 x 13), 252 p., I pi. Paris, an XII (1804) (A. 1223).
- 15. — * Nouveau traité de l'addition à l'aide des lettres alphabétiques, par J.-G. d’Archer (20 x 12), 24 p. Sevalle, Montpellier, 1820 (Divers 41, n° 45).
- 16. — * Traité complet de mécanique appliquée aux Arts, par J.-A. Borgnis. Des machines imitatives et des machines théâtrales (25 x 20 cm). (Voir dans ce volume : chapitre iv, Mécanismes qui facilitent la détermination des quantités diverses, p. 211-231, pl. XX à XXIII. Bachelier, Paris, 1820 (A. 1312).
- 17. — * Instruction sur la construction et les usages du calculateur des escomptes et des intérêts, par A. Deville (20 x 12), 27 p., 1 tableau. P.-R. Guillet, Tournon, 1830 (Divers 176, n° 2).
- 18. — * Mémoire sur VArithmoplanimèlre, machine arithmétique et géométrique donnant facilement les résultats des opérations les plus compliquées de calcul et de planimétrie, par Léon Lalanne (20 x 12), 64 p., II pl. Paris, 1840 (Divers 123, nü 5).
- 19. — * Instruction théorique et applications de la règle logarithmique ou à calculs, par J.-F. Artur. 2e éd. (21 x 13), vu +118 p., I pl. Paris, 1845 (A. 725).
- (1) Les ouvrages dont le titre est précédé d’un astérisque existent à la Bibliothèque de Ja Société d’Encouragement où ils peuvent être consultés. Les ouvrages sont classés par ordre chronologique de publication. Le renseignement entre parenthèses qui figure à la fin de l’indication de chaque volume est la cote à donner au Bibliothécaire pour obtenir rapidement le volume en communication.
- Les ouvrages dont le titre est précédé de deux astérisques existent dans la collection de M. Malassis.
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- BIBLIOGRAPHIE.
- BULLETIN DE SEPTEMBRE-OCTOBRE 1920.
- 20. — Ariihmetical Books (Livres d'arithmétique), par Augustus de Morgan, Londres, 1847.
- 21. — * Taxe-machine pour obtenir (au moyen d’une simple addition de nombres) les résultats des calculs les plus compliqués, même ceux des changes et arbitrages de banques, avec un contrôle instantané, inventée par J.-J. Baranowski (19 x 13), 35 p., 1 pl. Chaix et C'°, Paris, 1848 (Divers 23, n° 18).
- 22. — * Méthode pour enseigner spontanément l'arithmétique aux enfants,pax G. Jules Bourget (10 x 10), 18 p. Chez l’auteur, Paris, 1848 (Divers 203, n° 3).
- 23. — * La régie ci calcul expliquée, ou Guide du calculateur à l’aide de la règle logarithmique à tiroir, dans lequel on indique les moyens de construire cet instrument, et l’on enseigne à y opérer toute sorte de calculs numériques, par P.-M.-N. Benoît (18 xlO), xii + 574 p., I pl. Mallet-Bachelier, Paris, 1853 (A. 1862).
- 24. — Histoire des nombres et de la numération mécanique, par Jacomy Régnier, Paris, 1855.
- 25. —* Nouveau manuel de mathématiques appliquées, par Tom Richard. Nouvelle édition (Manuels Roret) (15 x 10), vi + 282 p., IV pl. Roret, Paris, 1856 (A. 1705).
- 26. — ** Histoire cle l'arithmétique, par Ch -Henri Martin, 1857, 1 vol. in-8".
- - 27. — Calculs pratiques appliqués aux sciences d'observation, par Babinet et Housel (23 x 14), avec 75 grav. Gauthier-Villars et Cie, Paris, 1857.
- 28. — Introduction à la théorie des nombres, par V.-A. Le Besgue (25 x16b Gauthier-Villars et Cie, Paris, 1862.
- 29. — ** Essai sur l'automatique pure, par E. Stamm, 1863, in-8°.
- 30. — * Notice sur l'intégromètre Marcel Df.prez et le planimètre Amsler, par H. Sebert [Mémorial de VArtillerie de Marine) (21 x 13), 136 p., 35 üg., I pl. Ch. Tanera., Paris, 1876 (B. 301).
- 31. — Traité d'arithmétique théorique et pratique, par le P. Faton. 10e éd. (19 x 12). Gauthier-Villars et Cie, Paris, 1884.
- 32. — Histoire des sciences mathématiques et physiques, par Maximilien Marie, Paris, 1884.
- 33. — Instruction sur la règle ci calcul à deux réglettes de E. Pénaux (de Nancy), par H. Van Hyfte (23 xl4), avec XXIX pl. Gauthier-Villars et Cie, Paris, 1885.
- 34. — ** statique graphique de A. Favaro, par P. Terrier, 1885, 2 vol. in-8°.
- 35. — ** The Japanese Abacus (Le boulier japonais), par Cargill Knott, 1886, 1 vol. in-8°.
- 36. — The Construction of the Wonderful Canon of Logarithms by John Napier, baron of Mer-chiston, translated from Latin into English with Notes, etc., by William Rae Macdonald, Édimbourg et Londres, 1889.
- 37. — Théorie des nombres. Le calcul des nombres entiers. Le calcul des nombres rationnels. La divisibilité arithmétique, par Édouard Lucas (25 x 16 cm), avec fîg. Gauthier-Villars, Paris, 1891.
- 38. — * Dictionnaire des Arts et Manufactures et de l'Agriculture, par Ch. Laboulaye. 71' éd., 5 volumes (27 x 18 cm), Paris, 1891 (817).
- 39. — Nomographie. Les calculs usuels effectués au moyen des abaques, par M. d’Ocagne, 96 p. Gauthier-Villars, Paris, 1891.
- 40. — "Œuvres de Fermât, publiées par les soins de Paul Tannery et Charles Henry, sous les auspices du Ministère de l’Instruction publique (27 x 22). Tomes 1 à IV. Gauthier-Villars, Paris, 1891, 1894, 1896, 1912 (595 à 597, 14755).
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- BIBLIOGRAPHIE DU CALCUL-
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- 41. — Opinions et curiosités touchant la mathématique, d’après les ouvrages français des xvie, xvne et xviiie siècles, par G. Maupin. 2 vol. de 200 p., avec flg. Gauthier-Villars et Cie, Paris, 1892,1902.
- 42. — * Deutsche Mathematiker-Vereinigung. — Kalalog mathematischer und matematisch-physikalischer Modelle, Apparate und instrumente, unter Mitwirkung zahlreicher Fachgenossen herausgegeben im Auftrage des Yorstandes der Vereinigung von Walther Dyck (Société des Mathématiciens allemands. — Catalogue des modèles, appareils et instruments mathématiques et physico-mathématiques, publié en collaboration de nombreux spécialistes par les soins du président de la société W. Dyck) (24 x 16 cm) de xvi + 430 +135 p., fîg. C. Wolf und Sohn, München, 1892 (B. 1713).
- 43. — ** Thomasche Rechenmaschine (machine à calculer, système Thomas), par E. Reuleaux, 1892, 1 vol. in-8°.
- 44. — Récréations mathématiques, par Édouard Lucas (21x15). Tome I; Tome II p Tome III : Le calcul digital. Machines arithmétiques', Tome IV : L‘arithmétique en boules et en bâtons. Gauthier-Villars et Cie, Paris, 1893.
- 45. — * Instruction sur la règle àcalcul àdeux reglettes de Ë. Peraux, par E. Peraux (17 x H), 80 p., I pl. Tavernier-Gravet, Paris, 1893 (B. 1082).
- 46. — L’arithmétique amusante, par Édouard Lucas (21 x 15), vm + 266 p., 69 fig. Gauthier-Villars et fils, Paris, 1895.
- 47. — Sur la théorie des nombres. Premiers éléments. Sur la divisibilité des nombres. Des congruences. Équations linéaires indéterminées. Systèmes de congruences-linéaires, par T.-J. Stieltjes (28 x 23). Gauthier-Villars et Cic, Paris, 1895.
- 48. — * Traité de Homographie. Théorie des abaques. Applications pratiques, par Maurice' d'Ocagne (25 x 16), xiii —|— 480 p., 177 fig. Gauthier-Villars, Paris, 1899 (B. 2104).
- 49. — * Éléments de la théorie des nombres. Congruences. Formes quadratiques. Nombres incommensurables. Questions diverses, par E. Cahen (24 x 15), vm + 403 p. Gauthier-Villars, Paris, 1900 (B. 2347).
- 50. — * Théorie des nombres, par A.-M. Legendre. 4e édition, conforme à la 3e (1830) (28 x 20). Tome I, xxiv + 396 p., X tables; Tome II, xvi4-463 p. A. Hermann, Paris, 1900 (14519-14520).
- 51. — Récréations arithmétiques, par E. Fourrey. 2e éd. (23 x 14), Vin + 263 p., 106 fig. Nony et Cie, Paris, 1901.
- 52. — * Sur les principes fondamentaux de la théorie des nombres et de la géométrie, par H. Laurent (Scientia, P.-M. n° 20) (20 x 13), 68 p. C. Naud, Paris, 1902 (2498).
- 53. — * La règle à calcul. Notions théoriques, emploi et applications pratiques à l’usage des élèves des écoles et des cours professionnels, par A. Jully (18 x 12), 125 p. E. Bernard, Paris, 1903 (12508).
- 54. — * Règle à calculs. Instruction. Applications numériques. Tables et formules, par A. Beghin. 3e éd. (25x16), xi + 127 p., 135 fig. Ch. Béranger, Paris, 1904 (B. 2844).
- 55. — Geschichte der Mathematik (Histoire des Mathématiques), par A. Sturm, Leipzig, 1904.
- 56. — Problèmes plaisants et délectables qui se font par les nombres, par Bâcle sieur de. Méziriac. 4e éd. Gauthier-Villars et Cie, Paris, 1903.
- 57. — * Le calcul simplifié par les procédés mécaniques et graphiques. Histoire et description sommaire des instruments et machines à calculer, tables, abaques et nomogrammes, par Maurice d’Ocagne. 2e éd. (22x13 cm), vm + 228 p., 73 fig. Gauthier-Villars, Paris, 1905 (12724).
- Tome 132. — 2e semestre. — Septembre-Octobre 1920. 58
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- BIBLIOGRAPHIE.
- BULLETIN DE SEPTEMBRE-OCTOBRE 1920.
- 58. — * Théorie et usage de la règle à calculs (Règle des Écoles. Règle Mannheim), par P. RozÉ (23 x 14 cm), 118 p., 85 fig., 1 pi. Gauthier-Villars, Paris, -1907 (13295).
- 59. — * Instruction sur la règle à calcul ordinaire, par A. Vincent (19 x 13 cm), 72 p., 61 fig. Fernand Nathan, Paris, 1907 (13211).
- 60. — ** A History of the logarithme Slide-llule, par F. Cajori, 1909, 1 vol. in-8°.
- 61. — Récréations mathématiques et problèmes des temps anciens et modernes, par W. Rouse Rall, 2° édition française traduite de la 4e éd. anglaise. Tome 1 (19 x 14 cm), 370 p., fig., 1907; Tome H (19x14 cm), 363 p., fig., 1908; Tome JII (19x14 cm), 363 p., 233 fig., 1909. A. llermann et fils, Paris.
- 62. — * Initiation mathématique, par G.-A. Faisant, 6e éd. (12 x 17 cm), 183 p., 103 fig. Hachette, Paris, 1909 (13617).
- 63. — Calcul numérique, exposé d’après R. Mehmke, par M. d’Ocagne (Er. cyclopédie des Sciences mathématiques pures et appliquées, publiées sous les auspices des Académies des Sciences de Gottingen, de Leipzig, de Munich et Vienne. Édition française, publiée d’après l’édition allemande, sous la direction de Jules Molk. Tomel, vol. IV, fasc. 2 et 3). Gauthier-Villars et Cic, Paris, 1909.
- 64. —"Guide de poche pour l'emploi de la règle à calcul, fournissant instantanément 328 procédés pour résoudre 172 formules, par Stanislas Millot (12 x 8 cm), 64 p. Gauthier-Villars et Cic, Paris, 1910.
- 65. — **Instruction sur l'usage de la règle à calcul, par Maurice d’Ocagne (25 x 16 cm). Gauthier-Villars et Cie, Paris, 1910.
- 66. — * Le calcul mécanique, appareils arithmétiques et algébriques intégrateurs, par F. Jacob (Encyclopédie scientifique publiée sous la direction du Dr Toulouse) (18 x 12 cm), xvi + 412 p., 184 fig. O. Doin et fils, Paris, 1911 (14304).
- ,'07...— * Les nomogrammes de l'ingénieur, par Ricardo Seco de la Garza, avec une préface 'de Maurice d’Ocagne (22x17 cm), xn-(- 196 p., 63 fig., LXXXV pi. Gauthier-Villars, Paris, 1912 (14664).
- 08. — A short Account of the History of Mathematics, par W. MT. Rouse Rall, 5e édit., Londres, 1912.
- 69. — Mathematische Instrumente (Instruments mathématiques), par A. Galle. 1 vol. (13 X 19 cm), V + 187 p., 86 fig. Teubner, Leipzig, 1912.
- 70. — Leçons sur la théorie des nombres. Modules. Entiers algébriques. Réduction continuelle, par A. Châtelet (25 x 16 cm), x-fi 156 p. Gauthier-Villars et Cie, Paris, 1913.
- 71. — * Les appareils d’intégration. Intégrateurs simples et composés. Planimètres; intégromètres; intégraphes et courbes intégrales; analyse harmonique et analyseurs, par H. de Morin (22 x 14 cm), 208 p., 123 fig. Gauthier-Villars, Paris, 1913 (14925).
- 72. — Problèmes d'arithmétique amusante, parP. Delens (22 x 14 cm), yiii fi- 164 p. Vuibert, Paris, 1914.
- 73 — ** Handbook of the Exhibition of Napier Relies and of Books, Instruments and Devices for faciliting Calculation. Modem Instruments and Methods of Calculation a Handbook of the Aapier Tercentenary Exhibition. (Catalogue de l’Exposition de souvenirs sur Napier, de livres, instruments et appareils*destinés à faciliter le calcul. Méthodes et instruments modernes de calcul. Manuel de l’Exposition du Tricentenaire de Napier), par E. M. Horsburgh, Royal Society of Edinburgh (1) (1 vol. in-8, 363 p., fig. G. Belland, Sons
- (l) Get ouvrage est épuisé. La Société d’Encouragement cherche un exemplaire d’occasion
- pour sa Bibliothèque.
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- BIBLIOGRAPHIE DU CALCUL.
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- Ltd, Londres, 1914. Compte rendu bibliographique par S. Lorier dans la "Revue générale des Sciences du 30 juin 1913, p. 381.)
- 7^- — Théorie générale des nombres. Définitions fondamentales, par E. Dumont (20 x 13), 194 p., 10 fig. Gauthier-Villars et Cic, Paris, 1913.
- 75. — ** Œuvres de Huyghens, par la Société hollandaise des Sciences, 1915, in-f°.
- 76. — * Napier Tercentenary Memorial Volume (Ouvrage commémoratif du Tricentenaire de Napier) edited by Cargill Gilston Knott (19 x 25 cm) xi -f- 441 p., fig., XVII pl. hors texte dont 4 en couleurs. Longmans Green and Go, London, 1915 (16078).
- 77. — Die Rechenmaschinen und clas Maschinenrechnen (Les machines à calculer et le calcul mécanique), par K. Lenz. 1 vol. (12,5 x 18,5 cm), n° 490 de la Collection « Aus Natur und Geisteswelt ». Teubner, Leipzig, 1915.
- 78. — Praktische Mathematik (Les mathématiques appliquées), par R. Neuendorff. 2 vol. (12,5 x 18,5 cm), de la Collection « Aus Natur und Geisteswelt ». Teubner, Leipzig. Tome I, 2e édit., 1917; Tome II, 1918.
- 79. — Amusements in Mathematics (Récréations mathématiques), par Henry Ernest Dudeney (20x14 cm), vu -j- 258 p., fig. Thomas Nelson and Sons, Londres, 1918.
- 80. — Die graphische Darstellung (La représentation graphique), par F. Auerbach. 1 vol. (12,5 x 18,5 cm), n° 437 de la Collection « Aus Natur und Gesteswelt ». Teubner, Leipzig, 2° éd. 1918.
- 81. — * Le barême pratique pour les industriels, commerçants, banquiers, agents d’affaires, etc.; Écoles spéciales de comptabilité, d’industrie, de commerce, etc. Méthode complète de calculs rapides : 1° Barême ou table des produits; 2° Barême ou table du tant p. 100; 3° Comptes courants et d’intérêts, par J. Morvan (20x14), 141 p. H. Dunod et E. Pinat, Paris, 1919 (15868).
- 82. — Calcolo numerico approssimato (Calcul numérique approché), par Eugenio M.^ccaferri (1 vol. de la Collection des Manuels Hoepli, xvi + 200 p. Hoepli, Milan, 1919. Compte rendu bibliographique dans la *Revue générale des Sciences du 30 juillet 1919).
- 83. — * Le barême-cadran, par Ch. Epry et Jacquelin (21 x 14), 192 p., 131, boulevard Auguste-Blanqui, Paris, 1919 (16012).
- 84. — Mathematische Spiele (Jeux mathématiques), par W. Ahrens. 1 vol (12,5 x 18,3 cm), n° 170 de la Collection « Aus Natur und Geisteswelt ». Teubner, Leipzig, 4e édit., 1919.
- 85. — Principes usuels de nomographie avec applications à divers problèmes concernant l'artillerie et l'aviation (Conférences faites à la Section technique de l’Artillerie en février 1919), par Maurice d’Ocagne (1 vol. br. 25 x 16 cm, iv + 72 p., 19 fig. Gauthier-Villars, Paris, 1920).
- 86. — ** L'abaque chinois, par Vissière, 1 vol. in-8°.
- 87. — * The Slide Ride : Its principles and application (La règle à calcul, théorie et pratique), by John W. Nasmith (18 x 12 cm), 272 p., 39 fig. J. Nasmith, Manchester (12823).
- 88. —Das Rechnen in der Technik und seine Hilfsmittel Rechenschieber, Rechentafeln-, Rechenmaschinen usw. (Le calcul dans l’industrie et les moyens de simplifier le calcul : règles à calcul, barêmes, abaques, machines à calculer), par J.-E. Mayer (1 vol. (11 x 16 cm), n° 405 de la Collection Gôschen, Berlin et Leipzig, 30 fig.).
- 89. — * Théorie et pratique des règles, cercles et cylindres à calcul, par Georges Delnon-dedieu et Ange Dernange (25 x 16 cm), 66 p. J. Loubat et Cie, Paris (14358).
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- BIBLIOGRAPHIE.
- BULLETIN DE SEPTEMBRE-OCTOBRE 1920.
- **E. — Instructions pour l’emploi de ,la règle a calcul
- Sauveur, 1754, in-4°. Collardeau-Duheaume, 1820, in-8°. Ph. Mouzin, 1824, in-12.
- A. Lapointe, 1846, in-12.
- A. Mannheim, 1851. in-4°.
- L. Lalanne, 1851, in-12.
- L. Pigal, 1851, in-8°.
- P. Guiraudet, 1852, in-12.
- A. Garot, 1852, in-16.
- Guy, 1855, in-12.
- A. Sella, 1863, in-12.
- F'’e René, 1865. in-8°.
- par
- A. Labosne, 1872, in-8°.
- G. Claudel, 1875, in-8°.
- E. Lagout, 1882, in-8°.
- E. Cugnin, 1885, in-16.
- G. de Perrodil, 1885, in-8°. M. Leclair, 1892, in-12.
- D. Dujon, 1894, in-12.
- C. IIerrgott, 1902, in-8°.
- A. Dreyssé, 1903, in-8°.
- S. Millot, 1910, in-16.
- J. Aubert, in-12.
- *T. — Instructions pour l’emploi du cercle a calcul
- De Montferrier, 1835, in-4°. •Boucher, 1880, in-32.
- G. Charpentier, 1880.
- H. Murin, 1883, in-16.
- A- Renaud Tachet, 1890, in-8°. P. Pouech, 1895, in-8°.
- par
- Ch. Charpentier, 1903. Halden, 1905, in-32.
- H. Mohlenbruck, 1906, in-8°. Taylor et Barth, 1908, in-4° M. David, 1910.
- ** G. — Instructions pour l'emploi de divers instruments logarithmiques.
- Abaque logarithmique, par L. Lalanne, 1845, in-12.
- Arithmomètre géodésique, par Derivry, 1850, in-8°.
- Carte à calnd, par G. Delingf, in-16.
- Cercle à calcul logarithmique, par Nystrom, 1854, in-12.
- Calcidating slide seule (en hélice), par G. Fuller, 1879, in-8°.
- Tableau métrique des logarithmes, par C‘ Dumesnil, 1894, in-8°.
- Cylindre logarithmique, parTHACHER, 1907, in-8°.
- ** H. — Ouvrages destinés a faciliter le calcul.
- Le calcul sans chiffres, par L.-J. Hülf, Paris, 1836, in-8n.
- Méthode du calcul mental, par J.-B. Leroy, Paris, 1840, in-8°.
- Méthode abrégée de multiplication, par Tiioyer, Paris, 1841, in-4°.
- Multiplication simplifiée, par An. Laoust, Douai, 1851, in-8°.
- Méthode nouvelle pour calculer, par Gransard, Épinal, 1851, in-8°.
- Table des racines carrées (28 décimales), par Étienne, Paris, 1852, in-12.
- Caractères de divisibilité des nombres de Mondeux, par E. Jacoby, Paris, 1853, in-8°.
- Le clavi-chiffre ou les trois merveilles de l'arithmétique, par J. Graillât, Paris, 1872, in-12. La révolution des 10 chiffres, par F. Straton, Bruxelles, 1878, in-12.
- Nouveau traité méthodique ou le chef-d'œuvre d'utilité publique, par P.-C. Hénuy-Mary, Reims, 1878, in-8°.
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- COMPTE RENDU BIBLIOGRAPHIQUE.
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- Théorie nouvelle des nombres pairs et impairs, par P.-G. Guy, Paris, 1878, in-8°.
- Le calculateur magique, par L. Dorle, Nîmes, 1888, in-8°.
- Sténarithmie-Richard, par L. Richard, Paris, 1889, in-12.
- Nouvelle méthode de sténarithmie, par G. Tajan, Paris, 1890, in-12.
- Algorithmie, par G. Fenoul, Paris, 1890, in-12.
- Méthode nouvelle de calculs abrégés, par E. Mandouce, Paris, 1905, in-8°.
- L. Malassis. E. Lemaire, R. Grelet,
- agent général aide-bibliothécaire
- de la Société d'Encouragement pour l'Industrie nationale.
- COMPTE RENDU BIBLIOGRAPHIQUE
- Napier Tercentenary Volume edited by Cargill Gilston Knott, published for the Royal Society of Edinburgh by Longmans, Green and Co. London, 1915. Volume commémoratif du Tricentenaire de Neper, publié par C. G. Knott, édité pour la Société royale d’Edimbourg par Longmans, Green et C'e, Londres 1915. Un vol. * relié de 19 X25 cm; xih-441 p., fig., XVII pl. hors texte dont 4 en couleurs.
- Ce luxueux ouvrage, que notre Bibliothèque doit à la générosité de la Royal Society d’Edimbourg, a été publié pour commémorer la manifestation organisée par l’Académie écossaise à la fin de juillet 1914, en vue de célébrer le troisième centenaire de la publication de la Mirifici Logarithmorum Canonis Descriptio par John Napier, le célèbre Ecossais, inventeur des logarithmes.
- C’est cette manifestation à laquelle, malheureusement, notre pays n’a pris qu’une trop faible part, qui a incité M. Malassis à demander à la Société d’Encouragement de commémorer, comme l'Académie écossaise, le centenaire d’un événement d’une portée comparable à l’invention des logarithmes, l’invention, par Thomas de Colmar, de la première machine à calculer vraiment pratique. Le présent numéro de notre Bulletin est aussi quelque chose d’analogue à l’ouvrage anglais. Toutefois, les difficultés matérielles de l’heure présente ne nous permettent pas d’honorer nos grands hommes avec la même munificence que les Anglais ont pu encore le faire en 1915 pour honorer Napier. Un de nos mérites cependant sera d’avoir fait paraître ce Bulletin moins de six mois après notre manifestation.
- L’organisation des deux manifestations et l’esprit des deux publications sont d’ailleurs assez différents comme on peut s’en rendre compte, grosso modo, par l’analyse sommaire qui suit.
- L’ouvrage comprend deux parties distinctes :
- La première, richement illustrée, renferme, en 376 pages, 29 mémoires présentés, lus, ou supposés lus, lors de la manifestation d’Edimbourg;
- La seconde (61 pages) contient : le journal des événements qui se sont succédé au cours de la manifestation ; le texte de discours, d’un sermon et d’adresses envoyées
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- LES MACHINES A CALCULER. -- BULLETIN UE SEPTEMBRE-OCTOBRE 1920.
- par des corps savants étrangers (3 Allemands, pas un seul Français) et des listes : membres du Comité d’Organisation (qui avait déjà pu recueillir près de 5 000 livres sterling de subventions ou cotisations le 20 mai 1914), membres fondateurs payant une cotisation minima de 2 livres (individus ou groupes), membres ordinaires ou participants à qui une cotisation semble avoir été demandée, délégués des institutions représentées.
- Deux tables terminent l’ouvrage : table des matières; table des noms de personnes cités.
- Dans la deuxième partie sont exposées la genèse et la préparation de la manifestation. L’initiative en revient à la Royal Society d’Edimbourg (15 juillet 1912). La manifestation a duré trois jours et demi (du vendredi après-midi 24 au lundi 27 juillet 1914). Elle a comporté une exposition, tenue à l’Université d’Edimbourg, qui a duré quatre jours (du 24 au 27 juillet), qui semble avoir été publique et dont les objets étaient répartis en 12 classes :
- A. — Vie et œuvres de Napier;
- B. — Souvenirs et pièces historiques relatives à Napier;
- C. — Tables numériques, principalement de logarithmes ;
- D. — Machines à calculer (parmi lesquelles figuraient des arithmomètres Thomas, probablement de construction allemande, et deux machines de conception et de construction allemandes) ;
- E. — Bouliers;
- F. — Règles à calcul;
- C.—Instruments à calculer ou mathématiques : intégrateurs, planimètres, pantographes de précision, machines à résoudre les équations, calcul des temps de pose et des développements photographiques, prédicteurs de marées, etc. ;
- , H. — Papiers réglés (principalement logarithmiques) et nomogrammes;
- I. — Modèles mathématiques : surfaces, solides, transformations de mouvements, pantographes, plastographes, anaglyphes, etc.;
- K. — Portraits et médailles;
- L. — Divers et pièces arrivées en retard;
- M. — Liste des exposants (au nombre de 112, dont 4 Français, tous non commerçants, et 5 Allemands parmi lesquels 3 commerçants).
- La manifestation d’Edimbourg a été suivie d’un colloquium organisé à l’Université d’Edimbourg, au cours duquel, en plus de trois professeurs anglais, un seul des professeurs étrangers, venus pour la célébration du tricentenaire, a été invité à prendre la parole. C’est M. d’Ocagne, professeur à l’Ecole polytechnique et délégué par elle. Le 28 et 29 juillet 1914, il a consacré à la nomographie deux conférences traitant : l’une des Principes, l’autre de Y Application des nomogrammes à alignement aux différents cas de résolution des triangles sphériques (1).
- Voici la liste des mémoires (traduits en anglais, le cas échéant) reproduits in extenso dans la première partie du volume :
- Discours inaugurai prononcé par Lord Moulton, membre de la Royal Society de Londres, sur l'invention des logarithmes, leur genèse et leur développement-,
- (1) Le texte de ces conférences a été publié dans L'Enseignement mathématique (n0< des 15 novembre 1916 et janvier-mars 1917) et tiré à part.
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- COMPTE RENDU BIBLIOGRAPHIQUE
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- Vie de John Napier, baron of Merchiston, par M. P. Hume Brown, professeur d’histoire ancienne et de paléographie à l’Université d’Édimbourg. (C’est à Merchiston Castle qu’est né John Napier en 1550) ;
- Les logarithmes et le calcul, par M. J. W. L. Glaisher, membre de la Royal Society de Londres;
- La fonction exponentielle dans les travaux mathématiques du xvie siècle, par M. David Eugene Smith, professeur de mathématiques à l’Université Columbia (New-York) ;
- L'algèbre au temps de Napier et les prétendues antériorités dans l'invention des logarithmes, par M. Florian Cajori, professeur de mathématiques à Colorado Springs (Colorado, États-Unis);
- Les logarithmes népériens et leur transformation en logarithmes de Brigg (acheminement vers les logarithmes décimaux), par M. George A. Gibson, membre de la Royal Society d’Édimbourg, professeur de mathématiques à l’Université de Glasgow;
- L'introduction des logarithmes en Turquie, par M. Saliii Mourad, lieutenant de :1a Marine turque;
- Court compte rendu du traité intitulé « De arte logistica », par M. J. E. A. Steg-gall, membre de la Royal Society d’Édimbourg, professeur de mathématiques à l’Université de Saint-Andrews (Écosse) ;
- Le premier logarithme népérien calculé avant Napier, par M. Giovanni Vacca, professeur de chinois à l’Université de Rome;
- La théorie des logarithmes népériens expliquée par Pietro Mengolit en 1659, par M. Giovanni Vacga, professeur de chinois à l’Université de Rome;
- Les formules de Napier et les polygones trigonométriquement équivalents, par M. D. M. Y. Sommerville, membre de la Royal Society d’Édimbourg, maître de conférences de mathématiques à l’Université de Saint-Andrews (Ecosse);
- Bibliographie des ouvrages exposés lors de la commémoration du tricentenaire de Napier en juillet 1914, par M. R. A. Sampson, membre de la Royal Society de Londres et'd’Édimbourg, professeur d’astronomie à l’Université d’Édimbourg. A signaler, la découverte des logarithmes par le Suisse Jobst Buergi, en 1610, date de ses manuscrits, déposés à l’Observatoire de Poulkova; leur publication n’est que de 1620 (Progress Tabullen, dont un exemplaire, exposé à Edimbourg, appartient à la Bibliothèque municipale de Danzig) (1);
- Nouvelles tables trigonométriques et logarithmiques fondamentales, par M. H. An-doyer, professeur d’astronomie à l’Université de Paris ;
- Les calculs de logarithmes de M. Edivard Sang, par M. C. G. Knott, secrétaire général delà Royal Society d’Édimbourg, professeur de mathématiques appliquées n l’Université d’Édimbourg;
- (l) Sur ce fait, voir : la note de A. Bohren, parue dans les Mitteilungen der naturforschenden Gesellscliaft in Bern (1914, p. 318) et résumé dans * Nature (de Londres) du S octobre 1916, p. 97, 2e colonne ; et les ouvrages ou articles ci-dessous :
- Jost Bürgi, par Alhard von Drach, Wien, 1904;
- Arch. der Math, und Phys., 1850, Matzka;
- Die Basis der Biirgischen Log. iste, die Basis der Neperschen Log. ist -, par Kewitch (Zeils. fiir
- Mathem. 27e année, 1896);
- Keppler und. Jost Bürgi, par J. Wolf, Zurich, 1872;
- Justus Byrg, als Mathematiker, par Gieswald, Dantzig, 1856.
- L. M.
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- 760 LES MACHINES A CALCULER. — BULLETIN DE SEPTEMBRE-OCTOBRE J 1)20.
- Formules et méthode de calcul pour le développement d'une fonction à deux variables en harmoniques sphériques, par M. J. Bauschinger, professeur d’astronomie à l’Université de Strasbourg;
- Tables numériques et nomograrnmes, par M. Maurice d'Ocagne, professeur de géométrie'à l’École polytechnique de Paris;
- L’origine des machines à multiplication directe, par M. Maurice d’Ocagne, professeur de géométrie à l’École polytechnique de Paris;
- Une nouvelle table des sinus naturels de secondes d'arcs, par Mme E. Gifford;
- La disposition des tables numériques, par M. James Robert Milne, membre de la Royal Society d’Édimbourg, maître de conférences d’optique physique à l’Université d’Édimbourg;
- Noie sur des tables « critiques », par M. T. G. Hudson, du Bureau du H. M. Nau-tical Almanac',
- Possibilité d'économiser la place dans les tables de logarithmes ou d'autres fonctions, par M. J. A. Steggall, membre de la Royal Society d’Édimbourg, professeur de mathématiques à l’Université de Saint-.Andrews (Écosse);
- La résolution graphique de quelques problèmes de cristallographie, parM. A. Hut-chinson, de Prembroke College, à Cambridge;
- Méthode pour le calcul des logarithmes par la seule addition, par M. William Schooling, membre de la Royal Astronomical Society;
- Comment réduire au minimum l'erreur moyenne dans les tables de logarithmes,. par M. A. K. Erlang, de l’Université de Copenhague;
- Accroissement de précision des tables par amélioration des différences, par M. W. F. Sheppard ;
- Manière de trouver le nombre correspondant à un logarithme naturel donné sans l'emploi des tables, par M. Artemas Martin ;
- La détermination approchée des sinus et cosinus en fonction de l'angle et inversement, par M. H. S. Gay, de Shamokin (Pennsylvanie, États-Unis);
- Probabilités viagères, sur un Critérion logarithmique de M. Goldziher et sur son extension, par M. Albert Quiquet, secrétaire général de l’Institut des .Actuaires français.
- Comme le dit M. Knott, dans la préface du livre, on voit que :
- ces mémoires se partagent en deux groupes selon qu'ils traitent de la vie et des œuvres de Napier, ou des développements qui ont été donnés à l’idée de logarithme. Le premier groupe est intéressant au point de vue historique; les auteurs de ces mémoires ont travaillé indépendamment, chacun d’eux suivant ses propres tendances sans rien connaître des intentions des autres. Quoique inspirés des mêmes faits, ces mémoires présentent une surprenante diversité tant dans le fond que dans la forme. Tous concourent à fixer définitivement plusieurs points d'histoire qui avaient soulevé quelques controverses.
- Les mémoires du second groupe présentent une variété plus grande encore ; ils n’ont qu'un point commun : le calcul.
- E. L.
- L’agent général, gérant, E. Lemaire.
- Coulommiers. — lmp. Paul BRODARD.
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- 119e ANNEE.
- NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1920
- BULLETIN
- DE '
- LA SOCIÉTÉ DENCOURAGEMENT
- »
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- L'INDUSTRIE CHIMIQUE FRANÇAISE PENDANT LA GUERRE(1)
- PAR
- M. A. Haller,
- membre de l'Institut et du Conseil de la Société d'Encouragement.
- Notre sympathique président, M. Lindet, a bien voulu me demander de vous exposer succinctement les efforts réalisés par le Service des Poudres et l’industrie chimique, dans le domaine de la fabrication des poudres, des explosifs et aussi de quelques autres produits ayant joué un rôle important au cours de la guerre.
- Témoin journalier de l’œuvre produite, je me suis rendu à son désir, heureux de pouvoir rendre un public hommage au Service des Poudres et à ses nombreux collaborateurs de l’industrie privée.
- En raison de l’étendue, de l’infinie variété et de la grandeur des efforts accomplis, nous avons jugé indispensable de consacrer deux conférences à cet exposé. Dans l’une, il sera question des matières premières nécessaires aux fabrications, tandis que dans l’autre nous nous attacherons à faire l’histoire abrégée des produits finis : poudres et explosifs.
- Les besoins successifs des armées en poudres et explosifs. — Je ne vous apprendrai sans doute rien, en ce qui concerne les circonstances diffi-
- (1) Conférences faites en séance publique les 8 et 15 mai 1920.
- Tome 132. — 2e semestre. — Novembre-Décembre 1920. 59
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- ciles dans lesquelles notre pays se trouvait, au point de vue spécial qui nous intéresse, au moment de 1a, mobilisation.
- Nos poudreries, au nombre de 11, étaient en mesure de produire environ 20 t de poudre B par jour, tant pour la Guerre que pour la Marine, et, faute de phénol qui, grâce au régime obligatoire des adjudications, nous venait d’Allemagne, nous ne fabriquions que très peu d’explosifs. On jugeait, en effet, que les approvisionnements de mélinite étaient suffisants pour parer aux éventualités d’une guerre courte et vigoureusement menée.
- Il fallut donc se mettre en devoir d’étendre notre production, de façon à la mettre en rapport avec les besoins sans cesse grandissants de la défense.
- En cas de guerre, les poudreries avaient à se conformer à un « plan de mobilisation » qui avait été dressé, après un certain nombre d’études d’ensemble effectuées de concert par des représentants de l’Etat-Major de l’Armée, du Service de l’Artillerie et du Service des Poudres. Bien entendu, tous les renseignements concernant les besoins de l’armée, qui étaient nécessaires pour dresser le plan de mobilisation, émanaient de l’Etat-Major dont le Service des Poudres devait seulement chercher à réaliser les desiderata.
- Distinguons tout de suite les fabrications en explosifs proprement dits et en poudres propulsives ou balistiques.
- En ce qui concerne les explosifs, il n’était pas prévu, comme nous l’avons déjà signalé, de production régulière pendant la guerre. On s’était contenté de faire «constituer par l’Artillerie un stock jugé suffisant pour la durée des hostilités.
- Pour fixer le rôle des trois poudreries, Esquerdes (Pas-de-Calais), Vonges (Côte-d’Or), Saint-Chamas (Bouches-du-Rhône) qui fabriquaient les explosifs à la mobilisation, le Général Directeur des Poudres avait, par instruction du 22 octobre 1912, prescrit « que les poudreries continueraient à produire des explosifs q,vec toute l’activité possible, utiliseraient à cet usage et jusqu’à épuisement, la totalité de l’approvisionnement des matières en service courant, et poursuivraient ensuite leur fabrication à l’aide des ressources qu’elles pourraient se procurer dans le pays ».
- Pour les poudres B le régime était différent; les livraisons démobilisation étaient prévues.
- Le plan de mobilisation approuvé en 1913, prescrivait pour la totalité des poudres B, une fabrication qui devait croître jusqu’au 61e jour de la mobilisation et ensuite rester stationnaire.
- La production, par jour, des différentes poudreries était prévue comme suit pour la totalité des poudres B.
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- l’industrie chimique française pendant la guerre.
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- PRODUCTION DE POUDRES B PREVUE (en tODDes)
- le 21e jour à partir du 61e jour
- de la mobilisation. de la mobilisation.
- Le Ripault 3 290 4190
- Pont-de-Buis 3 300 5 800
- Saint-Médard 5 700 9 400
- Sevran-Livry .... 1 000 3 000
- Toulouse 0 800 1 000
- Le Bouchet 0 000 0 890
- Total 14 090 . 24 280
- lier total se décomposait ainsi
- Poudres pour l’Artillerie (tonnes) . . . 16 280
- — — la Marine — 8 000
- I
- Matières premières nécessaires à la fabrication des poudres
- et des explosifs.
- L’ancienne poudre noire qui, jadis, servait tout à la fois de poudre propulsive et d’explosif ne nécessitait pour sa fabrication que trois matières : du salpêtre ou nitrate de potassium, du soufre et du charbon. Ces matières, intimement mélangées, puis agglomérées sous des formes, dimensions et densités variables, paraient à tous les besoins.
- Il n’ en est plus de même des poudres et des explosifs actuels. Nos poudres B sont constituées par deux variétés de coton-poudre, appelées CP1 et GP2, gélatinisées au moyen d’un mélange d’alcool et d’éther. Or, la préparation du coton-poudre ou fulmicoton a, comme base, le coton, ou toute autre cellulose pure, et exige l’intervention d’acides sulfurique et azotique, avec tout un appareillage spécial pour la nitration, le lavage, la cuisson, le pulpage de la matière nitrée. La transformation de cette dernière en poudre B nécessite enfin l’emploi d’alcool et d’éther.
- Quant aux explosifs, dont la liste peut être aussi longue que variée, leur fabrication demande l’emploi des mêmes acides auxquels il faut ajouter les benzols, la naphtaline, l’azotate d’ammonium, l’azotate de sodium, etc., toutes matières dont la production, en France, était limitée et qu’il a fallu, en majeure partie, tirer de l’étranger.
- Avant d’aborder la production même des poudres et des explosifs, exposons rapidement comment le Service des Poudres s’est assuré toutes les matières premières indispensables à leur fabrication.
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- Tableau résumant la majeure partie des matières qui interviennent dans la fabrication des poudres et des explosifs.
- Acides servant à la fois à la fabrication des poudres et des explosifs.
- Matières servant exclusivement à la production des poudres B.
- Acide sulfurique. Oléum.
- Acide azotique. Coton.
- Alcool.
- Éther.
- Matières nécessaires à la production des explosifs nitrés.
- Matières servant à la confection des explosifs nitratés, chloratés et perchloratés.
- Phénols
- ( Benzène. Benzols J Toluène.
- ( Xylènes. Naphtaline.
- Phénol.
- Crésols.
- Chlore.
- Nitrate de sodium. Ammoniaque.
- Azotate d’ammonium. Chlorate de potassium. Chlorate de sodium. Perchlorate d’ammonium.
- La fabrication d’un poids de poudre exige un poids égal de coton-poudre. La fabrication prévue était :
- Poudrerie d’Angoulême................... 16 300 t par jour.
- — du Moulin Blanc................... 6 200 t —
- Total........................... 22 500 t —
- Il y avait donc un déficit journalier d’environ 2 t par jour, mais il existait une réserve de guerre de coton-poudre d’environ 720 t, laquelle devait suffire à maintenir pendant 350 jours, la production des poudres aux 24 t jugées nécessaires. Les fabrications précédentes de poudres et de coton-poudre exigeaient un approvisionnement en matières premières; on avait prévu les réserves de guerre suivantes :
- Réserve pour cinq mois.
- !Une partie destinée à la fabrication de l’éther dans les installations de Bordeaux, Saint-Médard et Pont-de-Buis. Avec la réserve d’éther, cette quantité d’alcool suffisait à une production de 60 jours.
- Acide sulfurique . . 1 270 t Réserve pour 30 jours.
- Oléum 20 p. 100 . . 2140 t — 60 —
- Nitrate de soude . . 2 604 t — 60 —
- Des mesures étaient prises pour assurer la continuation de l’approvisionnement.
- Pour l’alcool, une convention concernant 7 distilleries devait donner la
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- l’industrie chimique française pendant la guerre.
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- quantité ' nécessaire de 550 hl par jour. Le ravitaillement de ces usines en grains et charbon était prévu par les soins de l’Intendance.
- La maison Bordes devait fournir 42 t de nitrate de sodium et, de plus, constituer et entretenir un stock de 5 000 t.
- Enfin 1 approvisionnement en acide sulfurique et oléum devait avoir lieu par 1 intermediaire des usines fournissant ces matières dès le temps de paix.
- En résumé, d après le plan de mobilisation, on ne comptait pas sur une production régulière d’explosifs.
- On prévoyait à partir du 61e jour une production noimale de 24,280 t de poudres B. Les dispositions étaient prescrites pour la réaliser pendant une durée en quelque sorte illimitée.
- Vers le milieu de septembre 1914, il fut démontré que la consommation des munitions d’artillerie dépassait de beaucoup les prévisions, et l’on décida qu’il fallait être en mesure de préparer, journellement, de 40 000 à 50 000 cartouches de 75. Ces demandes correspondaient à une fabrication de 40 t d’explosifs par jour. C’est alors qu’on proposa d’ajouter aux explosifs réglementaires la schneiderite et les explosifs au perchlorate d'ammonium', ces derniers, toutefois ne furent retenus que pour les engins de tranchées.
- Peu à peu les besoins en projectiles, et par suite en explosifs et en poudre, furent évalués à des chiffres de plus en plus considérables.
- Les programmes successifs, ainsi communiqués au service, furent les suivants (tous les nombres représentent des tonnes par jour) :
- | NUMÉROS DATES DES PROGRAMMES BESOINS PRÉVUS EN POUDRES (tonnes) BESOINS PRÉVUS EN EXPLOSIFS NITRÉS ET NITRATES (tonnes) BESOINS PRÉVUS EN EXPLOSIFS CHLORATES ET PERCHLORATÉS (tonnes)
- i Plan de mobilisation. 24 0(1) 0(1)
- 2 2 janvier 1915. 80 100 —
- 3 24 février 1915. — 105 à 173 42
- 4 6 juin 1915. 104 à 135 125 à 195 —
- 5 4 juillet 1915. 117 à 186 147 à 408 97 à 124
- 6 19 octobre 1915. 238 à 313 351 à 654 109 à 135 (2)
- 7 8 avril 1916. — — 211
- 8 25 décembre 1916. 441 à 550 (3) 728 à 936 (4) 150 4159
- 9 25 avril 1917. 446 (5) 670 (6) —
- 10 25 juin 1917. 484 à 640 (7) 859 à 940 (8) 148 à 124
- 11 28 février 1918. 440 625 —
- OBSERVATIONS
- (1) Comme il a été dit, le stock d’explosifs étant considéré comme suffisant pendant la guerre, les services devaient se borner à épuiser les approvisionnements de matières premières et à poursuivre ensuite leur fabrication à l'aide des ressources du pays. — (2) Dont 25 promises au gouvernement italien. — (3) Dont 60 aux Alliés
- — (4) Dont 60 à 65 aux Alliés.
- — (5) Dont 35 aux Alliés et à la Marine. — (6) Dont 25 aux Alliés. — (7) Dont 35 aux Alliés et à la Marine. — (8) Dont 20 aux Alliés.
- Depuis le 28 février 1918, les programmes de fabrication ne sont pas,
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- suivis et sont remplacés par des commandes de quinzaine, jusqu’au 1er août 1918, et, depuis, par des commandes décadaires.
- Ces commandes décadaires ont été excessivement variables.
- Au mois d’avril 1918, après les explosions de Moulins et de la Courneuve, le Ministre ayant décidé que les ateliers de chargement n’auraient pas plus de 10 jours d’avance d’explosifs pour les chargements, les demandes journalières sont tombées à 290 t, les commandes de poudres étant peu modifiées.
- A partir de cette date, la moyenne des commandes journalières d’explosifs a été de 390 t seulement, avec des variations du simple au double dans les commandes, exemples :
- Mars 4918 ............. 582 t journalières.
- Avril 1918 ............... 289 —
- Juin 1918................. 535 —
- Septembre 1918............ 313 —
- Acides. — Acide sulfurique et oleum. — Poudres et explosifs exigent l’emploi de l’acide sulfurique, à des degrés de concentration divers, suivant la nature des opérations à effectuer. Rappelons que la préparation de cet acide demande comme matière première de la pyrite qui nous venait en partie de Saint-Bel près de Lyon, en partie d’Espagne et d’Italie. Avant la guerre, la production de la France suffisait à tous les besoins. Elle se répartissait dans environ 87 usines disséminées sur tout le territoire, et atteignait, vers 1913, 13 500 000 t d’acide à 53° B., dont 975 000 t étaient employées pour la fabrication des superphosphates, le reste étant concentré en acide à 66° B. Mais cette quantité d’acide était réduite de 15 à 20 p. 100 par suite de l’occupation par l’ennemi des régions industrielles du nord de la France.
- De plus, toutes les usines n’étaient pas à plein rendement au commence ment de la guerre. Enfin, pour ces différents usages, il fallait surtout de l’acide à 66° B.
- Rappelons que, pour la production de 1 t de coton-poudre, il est nécessaire d’employer près de 2 t d’acide à 66°, quantité qu’on peut réduire par l’emploi de l’oléum.
- Pour produire les explosifs nitrés, la proportion est encore plus élevée comme il résulte des chiffres suivants :
- 1 t d'acide picrhfue, à partir du benzène, exige environ 5 t d’acide SCDH2.
- 1 t de tolite, à partir du toluène, exige environ 6 t — —
- 1 t de trinitrocrésol, à partir du crésol, exige environ 5 t — —
- 1 t de mononitronaphtaline, à partir de la naphtaline, exige 1,5 t — —
- 1 t de dinitronaphtaline, à partir de la naphtaline, exige 2 t — —
- Le problème posé consistait donc :
- 1° A augmenter encore la production des chambres de plomb;
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- l’industrie chimique française pendant la guerre.
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- 2° A concentrer l’acide à 53° sous la forme d’acide à 66°;
- 3° A restreindre l’emploi de l’acide sulfurique, de façon à consacrer presque toute la production aux fabrications de guerre.
- Dès le mois d’octobre 1914, on fit appel à tous les fabricants d’acide sulfurique; on remit en marche toutes les usines arrêtées et des conventions furent passées avec de nombreux industriels pour la construction de nouvelles chambres de plomb et de nouveaux appareils de concentration. L’État lui-même monta une fabrique à Toulouse et a fait édifier, pour son compte, dans la région du Midi, avec le concours de la Société de Saint-Gobain, de la Société Kuhlmann, de l’Union des Fabricants d’Acide sulfurique ou de leurs conseils, d’autres usines qui sont sa propriété, les sociétés ci-dessus ayant toutefois un droit d’option de location après la guerre.
- On s’attacha d’autre part à augmenter le rendement des chambres de plomb, rendement qui passa de 7 à 8 kg d’acide à 53° par mètre cube au lieu de 5 à 6. On fit de même avec les appareils à concentration de Kessler et de Gaillard, qui furent multipliés dans la proportion de 1 à 20. Cette marche forcée des chambres et aussi des appareils de concentration, les difficultés qui s’attachent à la condensation complète des vapeurs acides ont rendu l’atmosphère de certaines usines presque irrespirable et ont conduit le Service des Poudres à installer des appareils Cottrell dans sa poudrerie d’Angoulême. Qu’il me soit permis de rappeler en passant, que ces remarquables appareils destinés à séparer les gouttelettes et les poussières en suspension dans les gaz, procèdent des travaux du physicien français M. Langevin sur l’ionisation des gaz, et de son élève M. de Broglie, qui les vérifia dans le cas des fumées et des gaz issus des flammes. On s’efforça enfin -d’orienter l’industrie privée, à laquelle fut réservée 20 p. 100 de la production totale, vers quelques transformations possibles dans les méthodes de préparations chimiques. C’est ainsi que beaucoup d’entre nos fabricants employaient de l’acide concentré là où l'acide éténdu suffisait et, à ceux qui s’en servaient pour le décapage des métaux on conseillait, par circulaire (16 août 1915), l'emploi du bisulfate de sodium, résidu encombrant et sans valeur de la fabrication de l’acide azotique en partant du nitrate de sodium. La réalisation de toutes ces mesures n’a pas été sans rencontrer de grosses difficultés, sans se heurter parfois à des retards très importants, aussi a-t-il été utile de recourir, pour des petites quantités d’acide, à des importations.
- Le développement de la fabrication et de l’emploi de l’acide sulfurique concentré a posé un certain nombre de problèmes accessoires parmi lesquels il paraît utile de signaler tout spécialement celui de la pierre de Yolvicet celui des moyens de transport (wagons-citernes).
- La pierre de Volvic, extraite des carrières situées dans la région des
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- Dômes, près de Clermont-Ferrand, est une matière remarquable par sa résistance aux acides, même à haute température. Elle convient particulièrement pour la construction des appareils de Kessler ou des tours Gaillard pour la concentration de l'acide sulfurique. Il a fallu réserver à la défense nationale la production presque intégrale des carrières ; à cet effet un officier a été détaché en permanence à Volvic, pour contrôler et régulariser le travail et on s’est préoccupé de fournir aux carrières la main-d’œuvre indispensable, non seulement pour assurer nos besoins, mais encore ceux de nos Alliés, l’Angleterre et l’Italie.
- Au fur et à mesure que se développaient les besoins en acide sulfurique, il a fallu prévoir les moyens nécessaires pour transporter cet acide des points de fabrication aux points de consommation. 2 000 citernes de 13 t de capacité furent donc commandées en France, mais en présence de l’impossibilité où se trouvait notre industrie de faire fabriquer toutes les plates-formes de 20 t nécessaires pour les recevoir, on dut en faire construire 600 en Angleterre et en Espagne.
- Oléum. — On donne le nom d’oléum à de l’acide sulfurique qui renferme plus ou moins d’anhydride SO3.
- Les fabrications du Service des Poudres emploient surtout de l’oléum à 20 p. 100 d’anhydride. Il intervient dans la préparation du coton-poudre et de la tolite, en particulier pour remonter le titre de l’acide neuf ou des acides affaiblis. On compte, en moyenne.
- Pour 1 t de coton-poudre........ 1,5 t à 1,9 t d’oléum à 20 p. 100.
- Pour — de tolite ............... 2,2 t — —
- Cet oléum s’obtient par ce que l’on appelle les procédés de contact, c’est-à-dire qu’on détermine la combinaison de l’acide sulfureux, provenant de la combustion des pyrites, avec l’oxygène de l’air, par l’intermédiaire de catalyseurs.
- Les 'procédés de contact, dont l’application industrielle est relativement récente, avaient été réalisés surtout en Allemagne. En France, un très petit nombre de maisons (sociétés de Saint-Gobain, de Malétra et Société des Produits chimiques de l’Ouest) possédaient néanmoins des installations pour cette fabrication; elles purent produire, au milieu de 1915, environ 4000 t par mois.
- A ces installations, il convient d’ajouter celle des Fabriques de Produits chimiques de Thann et Mulhouse, à Thann, en Alsace, qui, bien que sous le feu de l’ennemi fut démontée, en 1914, pendant la nuit, et transportée à Saint-Denis ou elle fonctionne depuis 1916.
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- Quatre procédés sont actuellement en usage, en France, pour la production de l’oléum :
- 1° Le procédé de la Société Badoise pour la Fabrication de l’Aniline, qui emploie comme masse de contact l’amiante platinée, procédé exploité par la Société de Saint-Gobain;
- 2° Le procédé de la société Tentelewa en Russie, qui n’est qu’une variante perfectionnée du procédé précédent, et dont les brevets ont également été acquis par la Société de Saint-Gobain ;
- 3° Le procédé Grillot, qui emploie comme masse catalytique de la magnésie et du platine divisé. Ce procédé a été monté par l’Etat à Saint-Chamas, à Angoulême, puis à la Poudrerie de Bergerac et aussi par la Société des Explosifs, à Saint-Martin-de-Crau ;
- 4° Le procédé de l’Association des Fabriques chimiques de Mannheim, qui emploie d’abord comme catalyseur le sesquioxyde de fer provenant du grillage des pyrites de fer, puis de l’amiante platinée pour achever la réaction.
- Les installations réalisées ont permis de produire mensuellement 21 000 à 22 000 t; le chiffre du programme de 1916 prévoyait l’emploi de 25000 t d’oléum., chiffre un peu élevé, car il y avait intérêt, tant au point de vue de la puissance de rendement des usines que de l’économie en matières premières, à employer de l’acide sulfurique plus concentré dans des cas où l’on n’en faisait pas normalement usage, faute d’oléum, par exemple dans la fabrication du phénol en partant du benzène.
- Les installations qui ont été réalisées ont eu un développement assez long en raison du montage, particulièrement difficile et délicat, développement qui n’a pu suivre la même allure que celui de la consommation. Entre temps, on a eu recours à quelques importations provenant surtout d’Amérique.
- Le graphique de la figure 1 indique la consommation mensuelle d’acide sulfurique et d’oléum pendant la guerre.
- Acide azotique. — Matière indispensable à la fabrication de toute poudre ou de tout explosif nitré ou nitraté, l’acide azotique se préparait, avant la guerre, dans les établissements consommateurs. Des appareils divers, notamment du type Valentiner ou du type Skoglund, sont utilisés à cet effet.
- Lorsque apparut le besoin de développer les fabrications bien au delà du chiffre prévu avant la guerre et, qu’ainsi, les appareils existant dans les poudreries furent insuffisants, on eut recours à l’industrie privée et on s’assura, pour les besoins exclusifs de la guerre, la fabrication possible de tous les établissements existants. Des contrats furent ensuite passés avec certain
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- d’entre eux, en particulier avec la Société de Saint-Gobain, pour l’augmentation des moyens de production. En outre, tous les établissements consommant de l’acide nitrique, poudreries nationales et fabriques privées d’explosifs ont monté de nouveaux appareils, au fur et à mesure du développement général de leur fabrication, pour répondre à l’augmentation de leurs besoins. Jadis, tous les produits nitrés se firent en employant de l’acide azotique.
- SO 000 78 000 76 000 ?4 000 73 000 ?0 000 68 ooo 66 000 64 000 62 000 60 000 53 ooo 56 000 54000 52000 50000 48 ooo 46 000 44 OOO 42000 40000 38000 36000 34 000 32000 30000 28000 26000 24 000 22 OOO 20 000 18 ooo 16 000 14 OOO 42.000 10 000 8000 6000 uooo
- 5000
- 0
- COMS OMMATIOM ACIDE SULFURIQUE 66 ET OLEUM
- Janvier 1915 — — 0cïobre19l8
- ACIDE 66
- OLEUM
- e>u-H <z nocwoz: Q’3tL£<£'-V“><<ooz:cnc^X< £'->'->< tocÆ
- 50 <£> r*4 00
- <j> <31 Bs os
- Fig. 1. — Consommation en acide sulfurique à 66° B. et oléum, de janvier 1915 à octobre 1918.
- Pour certaines fabrications, comme celles du coton-poudre ou de la tolite par exemple, l’emploi de l’acide nitrique libre est indispensable. Pour d’autres (acide picrique et nitronaphtalines) on peut utiliser, soit l’acide azotique, soit opérer la nitration directement au moyen du nitrate de sodium et de l’acide sulfurique; les quantités de matières employées sont alors sensiblement les mêmes mais, dans ce dernier cas, on évite l’appareillage important que nécessite la fabrication de l’acide nitrique. Toutefois, l’emploi de l’acide libre reste, en général, préférable. Aussi, à mesure que le développement des installations a augmenté les disponibilités en acide, on a pu remplacer peu à peu, par exemple pour la fabrication de la dinitronaphtaline, les procédés au nitrate, adoptés au début, par le procédé à l’acide.
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- De cette situation, il résulte que, pour évaluer d’une manière rationnelle les besoins en acide nitrique, il est commode de tout rapporter au nûrate de sodium.
- Les quantités de nitrate nécessaires pour faire 11 d’explosif, que ce nitrate soit employé directement ou par l’intermédiaire de l’acide nitrique, sont à peu près les suivantes :
- il faut 1,8 t de nitrate.
- — 3,5 t —
- — 1,2 t —
- — 3,0 t —
- — 1,7 t —
- Les productions qui ont été réalisées en coton-poudre et en explosifs ont ainsi entraîné, pour la consommation de nitrate, la progression suivante, établie pour la période de juillet 1913 à la signature de l’armistice :
- Janvier 1915.................... 120 t par jour, soit 3 600 t par mois.
- Août 1915 ..................... 320 t — 9 600 t —
- Mars 1916 ...................... 850 t — 25 000 t —
- Juillet 1917................ 1 400 t — 42 000 t —
- (consommation maxima).
- La France importait du Chili, avant la guerre, de grandes quantités de nitrate de sodium, surtout pour les besoins de l’agriculture. Le Service des Poudres conclut, avec divers importateurs français et anglais, des marchés qui ont permis de constituer, à la fin de 1915, un stock d’environ 90 000 t. Ce stock s’est accru pendant l’année 1916. A partir du 1er janvier 1917, c’est-â-dire depuis le début de la guerre sous-marine, les stocks ont baissé régulièrement.
- Notre approvisionnement en nitrate de sodium n’a ainsi pas rencontré d’autre difficultés que celles, très graves d’ailleurs, qui se sont présentées dans toutes les questions de transport, surtout par mer, et de magasinage concernant des tonnages importants.
- En présence de ces difficultés, il a fallu s’adresser à d’autres sources d’acide azotique. Les nitrates naturels ne sont plus actuellement la seule source à laquelle l’industrie peut faire appel pour la production de l’acide nitrique. Depuis quelques années, elle a su mettre au point et réaliser pratiquement la préparation synthétique de cet acide, à partir de l’azote de l’air, soit directement au moyen de l’arc électrique sur l’atmosphère, soit indirectement, en passant par l’ammoniaque. Ces procédés de synthèse ont, comme autre conséquence, l’économie de l’acide sulfurique employé pour la mise en
- Pour 1 t d’acide picrique . .
- — de trinitrocrésol . .
- — de dinitronaphtaline
- — de tolite...........
- — de coton-poudre. . .
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- liberté de l’acide nitrique du nitrate. Destinés à prendre de l’importance dans l’avënir, quand il faudra envisager l’épuisement des gisements du Chili, ils n’étaient pratiqués au début des hostilités que d’une manière restreinte, sauf en ce qui concerne le procédé norvégien.
- L’un de ces procédés, celui à l’ammoniaque, a pris, au cours de la guerre, une importance capitale pour l’Allemagne qui, se trouvant encerclée, ne pouvait recevoir de nitrate étranger et voyait ses ressources en pyrites fortement diminuées. Sans la possibilité d’obtenir synthétiquement de l’acide nitrique, nos ennemis auraient, sans aucun doute, manqué rapidement de munitions. La nécessité les a conduits à monter, dès les premiers mois de la guerre, des fabriques de cyanamide calcique, et de pousser activement, d’autre part, leurs recherches, en vue de la production synthétique de l’ammoniaque. L’alcali provenant de ces deux sources était ensuite oxydé en acide azotique parla réaction de Kuhlmann. Pour la France, la question était toute différente, jusqu’au début de la guerre sous-marine à outrance. Les Alliés conservant la liberté des mers, nous avions la possibilité d’assurer nos approvisionnements en nitrate de sodium et, la seule crainte qui a pu se fairejour à un moment donné, a été non pas de manquer de nitrate, mais plutôt d’acide sulfurique pour le traiter.
- Néanmoins, il a paru nécessaire de ne pas négliger complètement la fabrication synthétique de l’acide nitrique. On pouvait y trouver un secours en cas d’accident et un appoint non négligeable, si nos ressources en acide sulfurique ne se développaient pas assez vite.
- Ces craintes se sont transformées en réalité lorsque l’Allemagne, au début de 1917, commença la guerre sous-marine dont tous les peuples civilisés conserveront le souvenir.
- C’est à partir de ce moment que de nombreux voiliers, chargés de nitrate du Chili, furent coulés mensuellement et que commença la crise des transports maritimes. C’est à partir de cette date que les stocks de nitrate de sodium diminuèrent graduellement.
- De plus, il convient de noter que les fabrications de poudres et d’explosifs ont été considérablement réduites à partir de juillet 1917, sur la demande des services consommateurs et que, malgré ces réductions importantes des besoins, la crise du nitrate de sodium a subsisté; le Service des Poudres n'a pu y pallier qu’en demandant aux gouvernements britannique et américain des secours continuels.
- Grâce à ces secours importants, grâce aussi à l’appoint d’installations d’acide nitrique synthétique, dont on parlera plus loin, le Service des Poudres a pu satisfaire à toutes les demandes de poudres et d’explosifs qui lui ont été notifiées.
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- D’autre part, nous signalerons qu’une décision très importante a été prise dès le début de la crise des transports de 1917.
- Etant donné que 1 t de poudre ou d’explosif exige environ 12 à 13 t de matières premières (charbon, nitrate de sodium, pyrites, etc.), dont la presque totalité était importée, le gouvernement français fut amené à commander en Amérique des quantités importantes de poudres et d’explosifs.
- Le programme envisagé était le suivant :
- Poudres................................... 300 t journalières.
- Explosifs................................. 350 t —
- En réalité, le programme, sur lequel on s’était mis d’accord avec le gouvernement américain, comportait la livraison journalière de :
- Poudres.............................................. 300 t
- Explosifs .......................................... 325 t
- Pratiquement, les marchés réellement conclus ont porté seulement sur la livraison journalière de :
- Poudres.............................................. 200 t
- Explosifs............................................ 175 t
- en raison des réductions considérables par les services consommateurs dans leurs demandes depuis juillet 1917.
- Acide nitrique synthétique. —Deux procédés ont été mis en œuvre pendant la guerre pour réaliser cette synthèse :
- 1° Le procédé à l’arc électrique avec ses diverses modalités;
- 2° Le procédé d’oxydation de l’ammoniaque.
- Procédés par Carc électrique. — On en connaissait trois au moment de la guerre :
- 1° Celui de Birkeland et Eyde, le premier exploité en grand, à Notodden (Norvège) par la Société norvégienne de l’Azote;
- 2° Celui de Schoenherr, également en exploitation en Norvège, par la même société;
- 3° Le procédé Pauling, utilisé à Innsbruck dans le Tyrol, et à la Roche-de-Rame (France). La production de cette usine qui fabriquait journellement, à peu près 2 t d’acide nitrique à 50 p. 100, fut retenue par le Service des Poudres, dès le début de la guerre.
- On décida en outre la construction d’une autre usine plus importante devant mettre en œuvre le procédé de Birkeland et Eyde. Mais pour l’application de ce procédé, il fallait trouver une force hydraulique importante disponible et équipée. On put attribuer à l’acide nitrique de synthèse une puissance électrique de 12 000 kW qui était disponible dans les Hautes-
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- Pyrénées. La Compagnie des chemins de fer du Midi avait en effet construit, à Soulom, une usine comportant six groupes électrogènes, destinés à assurer la traction sur une partie de son réseau. Par suite des circonstances, elle ne devait utiliser, pendant la guerre, que deux de ces groupes. La Société norvégienne de l’Azote, qui déjà pratiquait cette fabrication et fournissait au Service des Poudres du nitrate d’ammoniaque provenant de ses usines de Norvège, prit en location les quatre autres groupes pour une période de cinq années : par une convention passée le 15 septembre 1915 avec le Service des Poudres, elle s’engagea à construire dans le voisinage immédiat, une usine comprenant des fours Birkeland, des tours d’oxydation, de condensation et des appareils de concentration. L’usine de Soulom a livré par mois près de 300 t d’acide nitrique (compté en concentré) tantôt sous la forme d’acide loti, tantôt sous la forme de nitrate d’ammonium, de sodium ou de calcium, suivant les besoins.
- Acide azotique par le procédé d'oxydation de l’ammoniaque. — En même temps, l’Etat a entrepris, pour son propre compte, la construction, à la Poudrerie d’Angoulême, d’une usine d’acide nitrique, par le procédé d’oxydation de l’ammoniaque, en utilisant la cyanamide comme source d’alcali. On s’adressa aux fabricants de cyanamide calcique, et tout d’abord à la Société des Produits azotés, qui s’est procuré du carbure de calcium provenant surtout de la Suisse. Elle le transforma en cyanamide calcique par fixation d’azote pur, séparé de l’air au moyen de la machine Claude, dans ses usines de Martigny, de Notre-Dame-de-Briançon et surtout de Bellegarde.
- Aux termes de son marché, la Société devait livrer, à la poudrerie d’Angoulême 2 650 t de cyanamide calcique par mois, portées ensuite par avenant à 3 500 t.
- Bappelons succinctement la série d’opérations que nécessite la production de l’acide azotique. La cyanamide calcique, chauffée sous pression avec delà vapeur d’eau, fournit de l’ammoniaque, laquelle, après purification préalable, est mélangée avec de l’air et soumise à l’action du catalyseur platine, à une température ne dépassant pas 600° à 650°. Les gaz ainsi obtenus sont ensuite dirigés dans des tours où ils rencontrent de l’eau et se transforment en acide azotique. Celui-ci est recueilli et concentré. Bien que ce procédé d’oxydation de l’ammoniaque porte le nom de Ostwald, le principe en a été établi par Kuhlmann de Lille dans la première moitié du siècle dernier.
- La mise en route des premières unités s’est effectuée à l’automne de 1916. Le fonctionnement |de l’ensemble a été réalisé en 1917. Ce programme fut singulièrement élargi quand, au début de 1917, la guerre sous-marine fit craindre de manquer de nitrate de sodium et d’ammoniaque. On décida alors
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- la création d’usines importantes permettant la production journalière de 500 t d’acide nitrique et de 150 t de nitrate d’ammonium. Une pareille production nécessitait la fourniture de 1000 t de cyanamide, exigeant 800 t de carbure de calcium et une énergie électrique s’élevant à 125 000 kW. Des chutes d’eau furent aménagées dans les Pyrénées, dans le Centre et dans les Alpes, et on fit même appel, comme secours, à l’énergie de puissantes centrales à vapeur, Nanterre et Carmaux.
- La plus importante de ces usines fut celle de Lannemezan, d’une puissance maxima de 50 000 kW. Les nouvelles usines de transformation de la cyanamide en acide azotique ont du être édifiées dans les poudreries de Toulouse, de Bassens, de Sorgues et de Saint-Ghamas, qui étaient grandes consommatrices de cet acide pour la fabrication du coton-poudre et des explosifs nitrés. Au moment de l’armistice, les établissements de Bassens et de Toulouse avaient déjà commencé leur fabrication, tandis que, dans les autres usines, les installations étaient presque achevées. En pleine marche, l'ensemble de ces usines aurait eu une production suffisante, en acide azotique et en nitrate d’ammonium, pour satisfaire à tous les besoins et nous rendre absolument indépendants de tout apport extérieur. Ce serait ici le lieu de vous exposer en détail tous les essais, toutes les études qu’a occasionnés la mise au point du procédé de Kuhlmann-Ostwald, ainsi que les rendements successifs obtenus. Cet exposé a été fait dans cette salle même par le savant (1) qui, au laboratoire d’abord, à l’usine ensuite, a suivi l’évolution progressive de la fabrication et en a marqué toutes les étapes. L’hydrolyse de la cyanamide calcique, s’effectue dans des autoclaves. L’oxydation se fait dans des catalyseurs à lames de platine perforées destinées à favoriser l’oxydation de l’ammoniaque en oxyde d’azote (fîg. 2), la décomposition de vapeurs nitreuses en acide azotique s’opère dans des tours (fîg. 3).
- Alcool. — A part quelques emplois restreints pour la purification de la tolite et de la xylite, l’alcool a servi à la préparation de l’éther et, mélangé à ce dernier, comme gélatinisant du coton-poudre.
- Au début de la guerre, la quantité, ramenée à l’état d’alcool à 95°, du mélange ci-dessus, nécessaire pour fabriquer 1 t de poudre B, se montait à 20 hl. A la suite du développement des installations de récupération par le froid et de l’adjonction d’appareils spéciaux destinés à absorber par les crésols, les vapeurs du solvant des ateliers, on a pu abaisser dans la suite, la consommation à 8 hl par tonne de poudre en moyenne.
- Comme il a déjà été dit, le programme de mobilisation prévoyait, en éther
- (1) Conférence faite à la Société chimique de France par M. Pascal, professeur à la Faculté des Sciences de Lille.
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- et en alcool, une réserve de guerre suffisante pour permettre pendant 60 jours la fabrication journalière des 24 t de poudre prévues. D’autre part, des conventions étaient passées avec un certain nombre de distillateurs pour une
- Fig. 2. — Fabrication d'acide nitrique synthétique. Catalyseurs (Poudrerie nationale d’Angoulême).
- production de 550 hl par jour, capables d’alimenter, d’une façon constante, la fabrication régulière des 24 t prévues.
- Malgré qu’on se fût assuré, dès la mobilisation, de stocks importants dans les Magasins généraux de Paris, et qu’on fît des achats non moins grands aux distillateurs, devant la marée montante des besoins du Grand Quartier
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- Général, il fallut recourir à d’autres moyens pour se pourvoir éventuellement en ce liquide précieux et indispensable.
- L’alcool d’industrie a été produit en ayant recours :
- Fig. 3. — Vue d’un atelier de condensation (Poudrerie nationale d’Angoulême).
- 1° A la fermentation et à la distillation des betteraves;
- 2° A la fermentation et à la distillation des mélasses ;
- 3° A la saccharification des grains (maïs, riz, manioc, blé avarié, etc.) avec fermentation et distillation subséquentes;
- Tome 132. — 2e semestre. — Novembre-Décembre 1920. 60
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- 4° A la saccharification, fermentation et distillation des marrons d’Inde;
- 5° A la saccharification, fermentation et distillation de la sciure de bois;
- 6° A la distillation des cidres de pommes ;
- 7° A la récupération de l’alcool existant dans un stock d’extrait d’absinthe et de liqueurs.
- Avant la guerre, la production normale de la France était d’environ 2 000 000 hl par an, sans compter les eaux-de-vie, soit 6 000 hl par jour. Elle est assurée principalement par le traitement de la betterave, dont la culture se fait surtout dans les départements du Nord. L’occupation par l’ennemi de cette région où se trouvaient aussi la plupart de nos distilleries, nous privait d’une partie de nos ressources. Si l’on ajoute à ces circonstances le manque de main-d’œuvre, une récolte largement déficitaire de la betterave dans les régions non envahies, ainsi qu’un rendement inférieur, on ne pouvait disposer que du tiers ou de la moitié tout au plus, es ressources habituelles. Aussi, dès août 1915, on réquisitionna les stocks industriels, à haut degré, existants, ainsi que la production future de toutes les distilleries. Plus tard, en raison de la concurrence qui s’établit sur les marchés extérieurs, on s’est en outre réservé le monopole à l’étranger. A l’aide de ces ressources, le Service des Poudres a fait face, tant à ses besoins propres qu’à ceux des autres services de la Guerre et aux besoins des industries privilégiées. Conduit à contrôler la marche de toutes les distilleries françaises, il s’est efforcé de leur faciliter le travail et de faire ouvrir celles qui n’avaient encore pu fonctionner. Un grand nombre, celles qui emploient les betteraves, ne travaillent normalement que pendant une partie de l’année; pour prolonger leur période d’activité, on lésa poussées à s’organiser pour le traitement des grains.
- Le Service des Poudres s’est également préoccupé de faciliter aux distillateurs leurs approvisionnements en matières premières; à cet effet, il s’est assuré surtout dans nos colonies : Indo-Chine, Madagascar, et aussi pour une très petite partie, à la Plata, des fournitures considérables de maïs, brisures de riz, manioc, etc. Il a en outre acheté, pour les faire distiller, des sucres non raffinés qui, pour plus de facilité, sont traités généralement en mélange avec les grains ou les mélasses.
- Parmi les autres sources d’alcool intéressantes, il convient encore de citer la distillation des extraits alcooliques d’absinthe destinés à la fabrication de la liqueur interdite par une loi salutaire et récente et qui étaient de ce fait restés sans emploi, distillation qui produisit environ 40 000 hl d’alcool à 100°, la fermentation avec distillation subséquente des jus obtenus par hydrolyse du bois et des marrons d’Inde, etc. Signalons encore l’utilisation des fruits à cidre dont la fermentation a présenté des difficultés techniques
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- assez grandes, difficultés qui ont été aplanies en mélangeant les pommes avec les betteraves. Un contingent supplémentaire d’environ 10000 hl fut obtenu de ce chef. Dans son esprit de prévoyance, le Service des Poudres n’a pas hésité à faire faire, en outre, des recherches à la Poudrerie d’Angoulême pour la mise au point de la fabrication de l’alcool synthétique en partant de 1 acétylène. Les résultats obtenus étaient encourageants et permettaient de fonder quelque espoir sur le procédé, en cas de pénurie de la précieuse liqueur.
- Ajoutons enfin qu’on a eu recours à des importations étrangères. Déjà, dans le courant de 1915, des achats d’importance moyenne avaient été faits en Grèce, en Italie et en Russie ; de nouveaux marchés ont ensuite été conclus aux Etats-Unis et au Canada, pour des quantités s’élevant à 500 000 hl à peu près, et livrables dans la première moitié de 1918. Ces différentes ressources, provenant de notre production indigène et de l’étranger, ont suffi pour maintenir un stock important, tout en donnant satisfaction aux poudreries dans les limites des prévisions du programme de 1916, et aussi aux industries travaillant pour l’exportation (parfums, liqueurs) ainsi qu’à l’industrie pharmaceutique.
- Le tableau suivant résume la consommation en alcool des poudreries et fabriques d’éther au cours des hostilités :
- Année 1914.
- — 1915.
- — 1916.
- — 1917.
- — 1918.
- Total
- 125780 hl 601 281 hl 1 514 069 hl 1 544 115 hl 928 362 hl
- 4 713 608 hl
- Éther. — Les quantités d'éther qui entrent dans le mélange alcool-éther, gélatinisant du coton-poudre, varient quelque peu suivant la nature du coton-poudre et l’espèce de poudre à fabriquer. La dépense finale dépend aussi de la façon dont on récupère le dissolvant. Importante au commencement de la guerre (70 p. 100 du poids de la poudre), cette dépense a diminué notablement à la suite des améliorations introduites dans les modes de récupération du mélange alcool-éther signalés à propos de l’alcool. Il a donc fallu se procurer des quantités d’éther de 22 à 25 t par jour au début, de 120 t journalières en mars 1916, de 270 t en mars 1917, lorsque les poudreries avaient atteint leur production maximum. Si ces dernières avaient fabriqué les quantités de coton-poudre prévues par le programme de décembre 1916 (dont les installations permettaient la fabrication) les besoins journaliers de l’éther auraient été de 335 t.
- Rappelons que l’éther s’obtient dans des appareils appropriés en faisant
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- agir de l’acide sulfurique à 92-93 p. 100 de S04II2 sur de l’alcool à 95°, à une température de 128° à 130° et distillant, à mesure, le produit formé.
- Notre puissance de production prévue était de 23 t par jour. Elles se répar-tissait entre les Poudreries de Saint-Médard, Bordeaux (annexe de Saint-Médard) et Pont-de-Buis. L’appoint des usines privées ayant été très faible, il a fallu développer considérablement les installations existantes et ériger de nouvelles fabriques dans les poudreries qui n’en possédaient pas.
- On a pu produire les quantités suivantes indiquées sur le tableau ci-après :
- PRODUCTION d’éther (en tonnes)
- Octobre Mars 15 novembre Maximum
- 1915. 1916. 1917. prévu.
- Saint-Médard et Bordeaux . . . 8 39 40 60
- Pont-de-Buis 20 23 12 25
- Le Ripault 34 30 8 35
- Bergerac 20 60
- Toulouse 7 14 15 80
- Sevran-Livrv 14 15
- Total 69 106 109 21 o
- Livraison de l’industrie privée . 5 13 57 60
- Total général 74 119 166 335
- Benzols (Benzène. Toluène. Xylènes). — Bappelons que l’usage a prévalu de donner le nom de benzol à l’ensemble des hydrocarbures cycliques C,JH2,l^<; qui se trouvent dans les produits de la distillation de la houille et aussi dans certains pétroles, notamment dans ceux de Bornéo. Parmi ces hydrocarbures seuls le benzène (jadis appelé benzine, nom qui est maintenant adopté pour désigner les huiles légères de pétrole), le toluène et les xylènes G6 H'" (CH3)2 ont reçu un emploi dans la fabrication des explosifs nitrés : mélinite ou acide picrique, tolite, xylite....
- L’approvisionnement en benzols a été un des problèmes les plus préoccupants, à partir du moment où il fut reconnu que les hostilités allaient se prolonger.
- Disons tout de suite qu’avant la guerre, la production globale en benzols de nos usines à gaz et de nos cokeries ne dépassait pas, annuellement, 16 000 à 18 000 t. Le surplus de notre consommation nous était assuré par l’Angleterre et l’Allemagne. Par le fait de l’occupation des régions qui renfermaient la plus grande partie de nos mines de houille et de nos fours à coke, nos ressources propres ont été considérablement diminuées. Il n’était guère possible de compter sur plus de 3 à 4 t de benzols par jour, alors que les besoins devaient dépasser 50 t au milieu de 1915 et monter parla suite à près de 250 t journellement. Il fallut donc trouver d’autres sources pour alimenter nos fabrications. Les mesures suivantes furent prises successivement :
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- 1° Réquisition et stockage de tous les benzols existant en France ;
- 2° Marchés avec l’Angleterre et avec l’Amérique pour la livraison de quantités croissantes de benzols bruts, puis de benzène cristallisable;
- 3° Remise en marche et créations de fours à coke à récupération ;
- 4° Débenzolage du gaz des principales villes de France ;
- 5° Extraction des benzols des pétroles de Bornéo.
- Avant la guerre, des quantités considérables de benzols étaient entreposées dans toutes les régions de la France pour alimenter les moteurs des taxi-autos et des autobus. Dès le mois de septembre 1914, on réquisitionna tous les stocks de benzols servant à cet usage, tout en laissant au service des autobus, qui se rendaient au front, le temps nécessaire pour modifier les carburateurs en vue de l’utilisation de l’essence de pétrole, au lieu et place du mélange benzol et alcool employé jusqu’alors. Cette mesure, considérée au début comme impraticable, fut néanmoins réalisée sans amener de perturbation dans le service. En même temps, on passait des marchés avec les industriels anglais d’abord, puis, à partir du moment où le Gouvernement allié, après avoir annulé tous les contrats, réquisitionna toute la production, avec les autorités britanniques mêmes. Grâce au concours et à l’appui de notre ambassadeur à Londres et de différentes missions envoyées en Angleterre, ces négociations aboutirent à l’accord du 15 janvier 1915, comportant l’autorisation d’exporter mensuellement 2 500 t de benzol commercial détoluéné. Cette quantité fut augmentée à partir de 13 janvier 1916 à 2800 t puis à 3200 t depuis avril 1916. Si l’on ajoute à ces efforts de négociation et de tractation pour l’obtention des produits, ceux que nécessitaient, au cours de la guerre sous-marine, le transport en France et le débarquement de ces quantités importantes de carbure, on peut se faire une idée de l’étendue et de la difficulté du problème résolu.
- L’importation anglaise nous a toujours procuré 1a, plus grande partie du benzol consommé, mais, devant les besoins sans cesse croissants, on a été conduit à chercher d’autres ressources à l’étranger. On s’est adressé à l’Amérique pour la fourniture, non pas du benzol, mais du benzène cristallisable. Des marchés importants, passés à la fin de 1915, nous ont permis d’obtenir journellement de 2 (janvier 1916) à 8 (février 1916), à 35 (mars 1916) et même à 40 t, à partir d’avril de la même année. Un certain nombre de ces marchés ont dû être résiliés dès 1918 pour les raisons que nous avons déjà exposées.
- Ces nombreux marchés, faits avec l’étranger, ne nous ont pas empêchés de chercher à tirer parti de nos propres ressources en benzols et de développer nos installations nationales.
- Dès le mois de septembre 1914, on s’est assuré la fourniture des goudrons
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- dus principales usines à gaz dans le double but d’en extraire les benzols et les phénols.
- D’autre part, des fours à coke ont été remis en marche. On a monté, avec le concours de l’Etat, des installations pour la récupérations des benzols. Avec les cokeries de Nœux, Givors, le Creusot, le Boucau, Mines de la Loire, Garmaux, Calais, Caen, Rouen, Paulliac, etc., on a réalisé des ressources nouvelles se montant à 20 t par jour environ.
- On s’est également préoccupé d’extraire le benzol laissé dans le gaz d’éclairage pour le rendre plus éclairant. Le débenzolage ne permettant plus aux compagnies de remplir les obligations de leur cahier des charges, puisqu’il a pour effet de diminuer le pouvoir éclairant du gaz, il a fallu une loi spéciale pour pouvoir recourir à cette source d’approvisionnement.
- Bien avant la promulgation de la loi de novembre 1915, la Société du Gaz de Paris avait pris ses dispositions pour le débenzolage de son gaz; dès le mois de décembre elle put commencer des livraisons importantes de benzol, dont le maximum a atteint 25 t environ par jour en mai 1917. Le gaz de la Banlieue a pu réaliser une production maxima de 9 t par jour, dès avril 1916. En même temps, des installations analogues ont été montées dans les plus importantes usines à gaz de France, à savoir :
- Gaz de Lyon qui a donné 5 t par jour au début de 1916.
- de Marseille — 2 t — — de 1916.
- de Bordeaux — 3 t — — fin 1917.
- de Nanterre — 1 t — à partir de juin 1917.
- de Nantes — 1,5 t — — de juin 1917.
- de Saint-Étienne — 1,5 t — — de fin 1917.
- du Havre — 1 t — — début 1918.
- de Toulouse — 0,5 t — — fin 1916.
- En résumé, les ressources totales provenant du débenzolage du gaz se montait à 45 t par jour au maximum, avec une production journalière moyenne de 35 à 40 t.
- On s’est préoccupé aussi de satisfaire, dans la mesure où cela était compatible avec les intérêts de la défense nationale, aux besoins strictement indispensables de l’industrie privée. On a pu souvent, d’ailleurs, conseiller ou imposer aux industriels l’emploi, aux lieu et place de produits utilisés par la guerre, de produits pouvant jouer le même rôle. Dans un grand nombre de cas, une substitution pareille n’est toutefois pas possible. L’industrie des matières colorantes, qui présente un intérêt capital pour plusieurs de nos industries françaises, en particulier pour celle de la soierie lyonnaise, avait besoin de benzène, de toluène et naphtalène. Un contingent déterminé lui a été affecté et la répartition en a été confiée à un organisme, créé pendant la
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- guerre auprès du Ministère du Commerce, et qui, sous la direction de M. Béhal, a rendu les plus grands services : l’Office de Produits chimiques et pharmaceutiques.
- Dans un ordre d’idées analogues, pour le contrôle des goudrons et l’affectation des quantités laissées à la disposition de l’industrie privée, l’administration a trouvé le concours le plus empressé auprès du Syndicat professionnel de l’Industrie du gaz.
- Ainsi que nous l’avons fait remarquer, les benzols constituent des mélanges de composition assez variable dont il a fallu extraire le benzène, le toluène, les xylènes et homologues. Cette extraction, dont on a chargé l’industrie privée, se fait au moyen d’appareils à distillation à colonnes. On rechercha et on utilisa toutes les ressources du pays en appareils de rectification perfectionnés et on fit des installations nouvelles.
- Différentes sociétés ont concouru à cette vaste et délicate opération. C’est d’abord la Société Lille-Bonnières et Colombes, avec les usines à pétrole de Colombes, de Petit-Quévilly et de Grand-Quévilly, cette dernière louée à la Société André et Fils. C’est ensuite la Société chimique des Usines du Rhône qui, à elle seule, pouvait produire 80 t de benzène cristallisable par jour, qu’elle transformait sur place en phénol. Citons encore la Société pour l’Industrie chimique de Bâle, qui utilisa à cet effet sa succursale de Saint-Fons, et la Société des Matières colorantes de Saint-Denis. Il a aussi été créé, à Gennevilliers, une usine de distillation (procédé continu) suivant les données les plus nouvelles, et pouvant rectifier 35 à 40 t de benzols par jour. Quelques distilleries furent également installées auprès des fours à coke de Chasse, du Creusot, de la Société des Hauts Fourneaux de Caen, de la Société normande de Métallurgie, afin de pousser la rectification de leurs produits jusqu’au benzène pur. Le Service des Poudres loua même une ancienne distillerie d’alcool située au Pouzin (Ardèche), l’adapta à la rectification des benzols et l’exploita jusqu’à la fin de 1917, époque à laquelle elle fut exploitée en régie par MM. Poulenc Frères. Il a également été créé à La Rochelle-La-Pallice, dans l’usine Bedford Petroleum, un centre important de distillation pouvant traiter 40 t par jour de benzols.
- Toluène. — Carbure fondamental pour la préparation de la tolite, le toluène a joué un très grand rôle dans nos approvisionnements en explosifs nitrés. Alors que les benzols provenant des goudrons des usines à gaz et des fours à récupération, ainsi que ceux retirés du gaz même, renfermaient de notables proportions de toluène (du 1/3 au 1/4 de leur teneur en benzène) les benzols fournis par l’Angleterre étaient tous détoluénés, par suite de l’emploi, par nos Alliés, de la tolite, comme explosif principal.
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- Ce n’est qu’au début de ses livraisons que l’Angleterre nous fournit du benzol tout venant, renfermant du toluène.
- Nos ressources en toluène se trouvaient, par suite, limitées à celui qu’on retirait des benzols produits en France. Bien que le contingent journalier alla en augmentant de 4 t en décembre 1915 à 16 t en janvier 1918, ces quantités se trouvant encore inférieures aux besoins, on a pu trouver une source fort importante dans le pétrole de Bornéo qui, avant la guerre, fut l’objet d’une rectification à Dusseldorf, mais qui n’avait pas encore été traité en France.
- L’huile de Bornéo est rangée parmi les pétroles qui contiennent à la fois des carbures benzéniques (benzène, toluène, xylènes et homologues supérieurs) susceptibles d’être nitrés directement, de carbures de la série grasse analogues à ceux des pétroles de Pennsylvanie et de carbures cycliques saturés, non susceptibles d’être nitrés. Nos procédés de distillation sont impuissants pour séparer ces carbures. On s’est borné à faire des rectifications permettant d’obtenir : des fractions constituant le benzène-essence, passant vers 80°-81°; d’autres, appelées toluène-essence, distillant vers 110°-112° et enfin le xylène-essence 130°~132°, chacun de ces mélanges renfermant à côté d’un seul carbure nitrable, des carbures non nitrables de volatilité voisine. Chacune de ces fractions est ensuite nitrée suivant les procédés habituels et, après lavage à l’eau, soumis à la rectification pour séparer les carbures non attaqués qui distillent à une température inférieure à celle à laquelle passent les produits nitrés. Mononitrotoluène et mononitroxylène furent ensuite convertis en tolite et xylite, tandis que le mononitrobenzène était remis aux fabriques d’aniline en vue de sa conversion partielle en diphénylamine, stabilisant des poudres B, et en matières colorantes. Grâce au concours des raffineurs de pétrole, le Service des Poudres put s’assurer, dès le 13 décembre 1914, un contigent de 15 000 t de pétrole de Bornéo, qui fut livré à Saint-Louis-du-Rhône et à Balaruc vers janvier 1915. Dans la suite, les arrivages se succédèrent, de telle sorte qu’on put traiter en 1916 environ 60 000 t d’essence dont la teneur en carbures benzéniques était sensiblement :
- Toluène........................................ 13 p. 100
- Xylène............................................ 7 —
- Benzène . . . . '................................. 3 —
- ce qui représentait, pour l’année, une quantité totale de
- Toluène........................................... 7 800 t
- Xylène............................................ 4 200 t
- Benzène........................................... 3 000 t
- Pour les premiers traitements de cette essence, on utilisa des usines de
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- pétrole situées au Havre et à Balaruc, près de Cette, puis celle de Saint-Loubès (Gironde) où des installations considérables furent faites par le Service des Poudres. Le reste du travail, c’est-à-dire les derniers fractionnements et la nitration des portions séparées, s’est effectué à Port-Saint-Louis-du-Rhône où le Service des Poudres avait loué une usine de raffinage, arrêtée depuis plusieurs années, et qui fut complètement transformée pour répondre au but poursuivi. Au début de 1915, elle fut même trouvée trop restreinte et dut être doublée.
- Ces diverses installations, lorsqu’elles furent achevées, ont permis de traiter successivement, des quantités d’essence de Bornéo atteignant 100 t par jour (janvier 1916), puis 150 t (mars 1916) et enfin 450 t (1917) correspondant à 35 t de toluène et à 17 t de xylène. On fabriqua en même temps 50 t par jour de mononitrotoluène et de mononitroxylène.
- Grâce à ces ressources importantes venant s’ajouter au toluène extrait des benzols de goudron et du gaz, la production de tolite, qui s’est élevée lentement, depuis le début de la guerre jusqu’en 1915, à environ 10 t par jour, a pu s’accroître ensuite très rapidement pour atteindre 50 t en mars 1916, puis 60 t en juillet 1917.
- Xylènes. — Les carbures C6H4(CH3)2 ou xylènes, existent sous trois formes isomériques qu’on peut représenter par les trois schémas suivants :
- CCH3
- CCH3
- CCH3
- Orthoxylène.
- Métaxylène.
- Paraxylène.
- Ils existent tous trois dans les portions des carbures passant entre 130° et 138°, à la pression ordinaire. Toutefois, l’un d’eux seulement présente un véritable intérêt au point de vue de la production d’un dérivé trinitré. Il s’agit du métaxylène qui, traité dans les mêmes conditions que le toluène, peut fournir un trinitroxylène de constitution et de propriétés analogues à celles de la tolite.
- CCH3
- 02NC
- CNO2
- C —CH3
- 02NC
- CNO2
- O
- CNO2
- Trinitrotoluène,
- CNO2
- Trinitroxylène,
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- Ajoutons qu’aucun procédé physique ne nous permet, jusqu’à présent, de séparer les trois xylènes, quelle que soit leur origine. Il a fallu recourir aux procédés chimiques pour effectuer cette séparation. Etudiée et mise au point à Port-Saint-Louis-du-Rhône, où le Service des Poudres a pu affecter une usine spéciale au traitement des xylènes, l’extraction du dérivé méta a pu se faire par une méthode qui permet en même temps de séparer les isomères ortho et para. Cette méthode a naturellement été appliquée à la fraction dénommée xylène-essence contenant 62 p. 100 de xylènes et passant à la distillation de 130° à 138°. Elle consiste à faire couler lentement de l’acide sulfurique à 94 p. 100 de SCPH2 dans le xylène essence, en ayant soin que, pendant toute la durée de l’opération, la température se maintienne entre 17° et 43°, et à chauffer ensuite le mélange à 50° pendant 2 heures 30 minutes environ. Dans ces conditions, seuls les carbures méta et ortho sont attaqués par l’acide sulfurique pour donner des acides sulfoniques. On lave à l’eau et on élimine par la distillation le dérivé para, en même temps que les carbures aliphatiques non atteints par l’acide. Le résidu, constitué par les deux acides sulfoniques isomères, est ensuite partiellement désulfoné en le chauffant, à 130° environ, avec de l’acide sulfurique étendu, soit dans des marmites en fonte émaillée de la maison Danto-Rogeat, soit dans des cornues Skoglund recouvertes intérieurement d’un enduit spécial, soit enfin dans des appareils en « tantiron ». A cette température, seul l’acide métaxylène sulfonique est décomposé, tandis que l’isomère ortho ne se dédouble qu’à 160°. La xylite qu’on obtient par nitration de ce métaxylène possède les caractéristiques suivantes :
- Point de fusion............................................. 170°
- Huiles solubles dans l'alcool.............................. 5,5 p. 100
- Exsudation sous une pression de 1 700 kg : cm2........... 0,89 —
- Taux d’azote................................................ 17,4 —
- En même temps que se poursuivaient ces études, on a fait de nombreux essais en vue de nitrer le mélange des trois xylènes avec des bains de nitration très forts qui détruisent par oxydation l’orthoxylène et transforment ses isomères en trinitropara- et trinitrométaxylènes. De nombreux essais de nitration, faits dans d’autres conditions avec ce mélange, n’ayant pas donné de produits satisfaisants, on s’est finalement borné à la nitration du métaxylène pur, dans l’usine de Port-Saint-Louis-du-Rhône.
- Dans ce qui précède, nous nous sommes borné à esquisser sommairement toutes les sources auxquelles le Service des Poudres a eu recours pour se procurer les benzols indispensables à ses fabrications. Nous ne saurions toutefois laisser dans l’ombre les nombreux essais d’ordre scientifique et technique qu’il a provoqués et encouragés pour accroître ses ressources.
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- Citons entre autres : les recherches poursuivies par MM. Sabatier, Maihle, Godon et Blanchet, à la Poudrerie de Toulouse, en vue de transformer par catalyse l’essence de térébenthine et le pétrole lampant en benzols; les expériences tentée à l’usine à gaz de Toulouse par M. Yersepuy pour produire, à l’aide des huiles de goudron, chauffées à de hautes températures en présence de catalyseurs, les mêmes carbures; les études très soignées poursuivies dès 1914, par M. Grignard, à l’Institut chimique de Nancy, dans le but d’effectuer la déméthylation des benzènes polyméthylés, afin d’augmenter nos ressources en toluène; celles entreprises par M. Guiselin, à l’usine de la Société des Pétroles de Rouen, pour mettre au point le procédé Edeleanu en vue de l’extraction des carbures benzéniques des pétroles au moyen d’un traitement à basse température par l’acide sulfureux liquéfié, etc., etc. (1). Si ces diverses tentatives, justifiées en principe, n’ont pas abouti, elles témoignent cependant du souci constant qui animait le Service des Poudres d’augmenter, à tout prix, ses ressources pour parfaire le programme que le Haut Commandement lui soumettait.
- Phénol. Crésol. — Deux phénols sont utilisés comme matière première pour la fabrication d’explosifs nitrés, le phénol ordinaire et le métacrésol : tous deux se trouvent dans le goudron de houille.
- Ainsi qu’il a été dit précédemment, nos approvisionnements en ces matières, nous venaient surtout de l’étranger et particulièrement d’Allemagne. On s’attacha d’abord à les extraire du goudron de houille dont on pouvait disposer en France.
- Deux conventions furent passées pour l’obtention de phénol cristallisé : l’une en date du 5 octobre 1914, avec la maison Humareau et Cie à Blaye (Gironde), à qui revenait la mission de traiter les goudrons du Midi et du Centre de la France; l’autre un peu plus tard, avec la Société d’Eclairage, Chauffage et Force motrice (Gaz de la Banlieue, Gennevilliers) qui devait distiller le goudron du reste de la France. Ces deux usines ont commencé à produire seulement en avril 1915. A partir de ce moment, elles ont assez régulièrement produit, la première, 500 kg par jour, la deuxième 1 t environ. Cette quantité totale de 1,5 t par jour est restée sensiblement stationnaire, limitée qu’elle était par les disponibilités de goudron.
- Remarquons dès maintenant que les crésols ne peuvent s’extrair quement que des goudrons. Aussi, la distillation de cette matière a-t-elle permis de produire non seulement les quantités de phénol signalées, mais encore environ 1 t par jour d’un mélange de méta et paracrésol propre à la
- (1) Voir le Bulletin de novembre 1913, p. 498 (Compte rendu de la séance publique du 24 octobre 1913).
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- fabrication du trinitrocrésol qui entre dans la crésylite et les mélanges ternaires. Le complément du crésol nécessaire pour cette fabrication, environ 3 t, par jour, a dû être demandé à l’Angleterre.
- Enfin l’usine de Gennevilliers a mis au point l’extraction de l’orthocrésoî destiné à fabriquer du dinitroorthocrésol qui fut mélangé, pendant quelque temps, à la mélinite pour constituer l’explosif DIX). On a dû y renoncer dans la suite, parce qu’il n’a pas donné de résultats satisfaisants. L’ortho-crésol trouva plus tard une application dans la récupération des vapeurs d’alcool-éther (procédé Brégeat). Le contingent de phénol ordinaire (1 300 kg) qu’on peut ainsi retirer du goudron de houille est très faible par rapport aux quantités nécessaires à la fabrication des nitrophénols, 100 kg de phénol pouvant donner environ 190 kg de mélinite; elles correspondent en effet à 3 t de cet explosif, alors que les quantités à atteindre se chiffraient par centaines de tonnes. Il fallut donc recourir à la fabrication du phénol synthétique à partir du benzène.
- Une seule maison en France, la Société chimique des Usines du Rhône fabriquait ainsi du phénol synthétique (1 t par jour) destiné à la préparation des produits salicyliques. On s’assura tout d’abord, et dès le début des hostilités, cette production journalière. Puis, il intervint une série d’autres ententes ratifiées peu après par les conventions suivantes :
- 1° Avec la même société, à Saint-Fons (convention du 23 novembre 1914), pour une production supplémentaire de 10 t par jour, devant ensuite être portée à 15, à 31 et finalement à 60 t (février 1916). En outre, par convention du 25 novembre 1915, la dite Société s’engageait à créer au Péage-de-Roussillon, une nouvelle usine destinée à produire au minimum 65 t et au maximum 90 t par jour.
- Au total, dans ses deux usines, la Société chimique des Usines du Rhône pouvait donner une production journalière de 150 t; ce maximum a été presque atteint : en effet, les productions réalisées en 1917 dans ces deux établissements ont été les suivantes :
- Saint-Fons........................................... 60 t
- Péage-de-Roussillon.................................. 75 t
- Magnifique effort, tout à l’honneur des dirigeants de cette société et de son personnel technique, MM. Grillet et Kôtschek, ainsi que des nombreux chimistes attachés à la maison ;
- 2° Avec la Compagnie d’Alais et de la Camargue (convention du 1er décembre 1914) pour la production dans l’usine de Salindres, de 9 t par jour de phénol, puis de 25 t et enfin de 40 t (contrat du 14 août 1915). En fait, la production de Salindres atteignait 23 t de phénol en 1915, dépassait 30 t en
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- février 1916, pour arriver à 40 t en juin 1916. Toutefois, sa puissance de production pouvait atteindre 60 t par jour, grâce aux heureux perfectionnements introduits dans son procédé de sulfonation du benzène par l’éminent chimiste, M. le Professeur Guyot, qu’elle s’était attaché depuis la fin de l’année 1914. Elle dut arrêter ses fabrications pour les mêmes raisons que la Société chimique des Usines du Rhône. Il convient de remarquer que la Compagnie d’Alais a eu d’autant plus de mérite à atteindre ces résultats que ses usines, uniquement montées pour des fabrications minérales ont dû être transformées en partie et être adaptées à la nouvelle production. L’honneur de cette initiative hardie revient entièrement au regretté M. Badin, alors directeur général de la Compagnie qui, sur la demande du Service des Poudres, n’a pas hésité à assumer cette lourde responsabilité;
- 3° Avec les Etablissements Poulenc (convention du 19 novembre 1914) pour la fabrication, à Loriol (Drôme), d’abord de 1 200 kg par jour, puis de 2 500 et enfin de 5 000 kg par 24 heures (avenant du 4 juin 1915). En fait, malgré les difficultés de toute nature qu’elle a eu à surmonter et aussi les multiples fabrications qu’elle a en outre entreprises pour le Service de Santé et le Matériel chimique de Guerre, cette maison a atteint le chiffre convenu en mai 1916 ;
- 4° Avec la Société des Matières colorantes et Produits chimiques de Saint-Denis (convention de décembre 1914) pour 3 t par jour, par un procédé spécial sur lequel nous reviendrons plus loin.
- A part les Etablissements de la Société de Saint-Denis, toutes ces usines sont situées dans la vallée du Rhône. Il y avait donc intérêt à posséder des installations dans la région de l’Ouest pour y utiliser les matières premières que l’on y produit ou prépare, acide sulfurique et benzène. Un contrat a été passé avec M. Chautard pour la production de 15 t de phénol par jour à La Pallice. L’installation de cette usine a été de longue durée et la production de phénol réalisée n’a jamais atteint la quantité fixée par le contrat. En fait, on ne dépassa jamais la quantité de 6 à 7 t par jour. Enfin, une Poudrerie nationale a été installée à Oissel, près de Rouen, pour une production journalière de 30 t de phénol, destiné à être transformé sur place en acide picrique. Là encore, on n’est arrivé qu’à un maximum de 25 t par jour, en raison des mêmes difficultés qui ont prévalu dans les usines privées.
- Cependant, grâce à ces dispositions, la production totale de phénol s’est chiffrée :
- à 64 t par jour à 85 t —
- à 200 t —
- En décembre 1915 En février 1916 . En juin 1917 . .
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- Les installations réalisées permettaient une production pouvant atteindre 240 t journalières; en réalité, cette production maxima n’a pu être approchée pour les motifs qui viennent d’être exposés.
- Procédés employés pour la préparation du phénol. •— Parmi ces procédés nous citerons ceux qui sont classiques, ceux qui ont été imaginés ou perfectionnés notablement au cours des événements et enfin celui qu’on peut appeler un procédé de fortune.
- Nous ne saurions toutefois entrer dans le détail des opérations qui ont abouti à la production de la précieuse matière, et nous nous bornerons à donner un aperçu des traitements successifs que cette préparation nécessite.
- Sulfonation du benzène cristallisable. — Cette opération peut s’effectuer dans des autoclaves ou dans des chaudières en fonte munies d’agitateurs. Elle consiste à faire couler peu à peu le benzène dans une quantité convenable d’acide sulfurique à 92-94 p. 100 de S04H2, jusqu’à obtention d’un liquide homogène. Il se forme de l’acide phénylsulfonique et de l’eau, qui a pour effet d’étendre l’acide restant. La réaction entre le carbure et l’acide est limitée et s’arrête quand ce dernier arrive à une concentration d’environ 66 p. 100 de SO3. Ce procédé, qui est classique, fut employé primitivement, dans presque toutes les usines, à quelques variantes près, qui ne portaient d’ailleurs que sur les appareils. Il fut considérablement amélioré par M. Guyot dans les Etablissements d’Alais et de la Camargue. Au lieu d’introduire le carbure liquide dans l’acide concentré, M. Guyot fait passer les vapeurs de benzène dans l’acide préalablement chauffé à une température oscillant autour de 160° et recueille dans de puissants réfrigérants, le carbure non absorbé en même temps que l’eau qui provient de la réaction. Après séparation de l’eau et séchage du carbure, celui-ci rentre dans la fabrication. L’auteur arrive ainsi à utiliser la presque totalité de l’acide mis en œuvre. Il en résulte une économie considérable d’acide sulfurique, de chaux destinée à la neutralisation, de combustible, et aussi de main-d’œuvre.
- Préparation du sulfonate de sodium. — Quelle que soit la méthode employée pour la sulfonation, le produit obtenu est étendu d’eau, neutralisé avec de la chaux éteinte, puis traité, soit par du sulfate, soit par du carbonate de sodium, dans les proportions voulues pour convertir le phénylsulfonate de calcium formé en sel de sodium.
- Les solutions de phénylsulfonate, séparées par filtration du sulfate ou du carbonate de calcium, sont ensuite concentrées dans le vide jusqu’à cristallisation et les cristaux sont finalement séchés pour les débarrasser de leur eau de cristallisation.
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- Un notable perfectionnement a été introduit dans cette fabrication du phérjylsulfonate de sodium, par M. Freyss. Le nouveau procédé a été à peu près mis au point à la Compagnie d’Alais et de la Camargue qui l’a abandonné; il fut ensuite appliqué, avec succès, à la Poudrerie de Cengio, en Italie, et finalement réintroduit en France, à la Société française des Produits chimiques, près de la Rochelle.
- Le perfectionnement réalisé ne porte que sur le traitement de l’acide phénylsulfonique formé au cours de la sulfonation et renfermant encore de notables quantités d’acide sulfurique. Le mélange des deux acides est soumis à 1 action du sulfate neutre de sodium, afin de provoquer la formation de phénylsulfonate de sodium qui, dans des conditions de température et de concentration déterminées, cristallise presque totalement au sein de la solution. Les cristaux formés sont essorés et séchés.
- Fusion du sulfonate de sodium aoec de la soude caustique. — Cette opération s’effectue dans des marmites en fonte munies d’agitateurs et a pour etfet de produire un mélange de phénate et de sulfite de sodium qui, après refroidissement de la masse, est traité par une quantité déterminée d’eau froide. Le phénate alcalin se dissout tandis que le sulfite neutre de sodium se dépose. On le sépare par filtration.
- Le phénate de sodium est de son côté traité par une quantité calculée d’acide sulfurique, qui met l’acide phénique en liberté et redonne avec le sodium du sulfate neutre. Le phénol est décanté et distillé dans le vide, tandis que les solutions de sulfate de sodium sont concentrées pour les amener à cristallisation. Les cristaux ainsi régénérés rentrent dans la fabrication.
- Comme il est facile de se rendre compte, le procédé Freyss supprime le chaulage et évite la coûteuse opération de la concentration des liqueurs de sulfonate de sodium. Il est vrai que le rendement en phénylsulfonate est légèrement inférieur à celui obtenu par le procédé classique, mais la perte est largement compensée par l’économie de chaux, de charbon, de temps et de main-d’œuvre. Ce procédé, combiné avec la méthode de sulfonation de M. Guyot, constitue un notable progrès dans la fabrication du phénol.
- Phénol obtenu en partant de Vaniline. — Il nous reste enfin à signaler un procédé de fortune, uniquement exploité parce qu’il existait, au début des hostilités, de notables quantités d’aniline disponible à la Société des Matières colorantes et Produits chimiques de Saint-Denis. Soucieux d’augmenter, par tous les moyens, nos ressources en explosifs, le Service des Poudres n’a pas hésité à demander à cette société de transformer son aniline en phénol, suivant la méthode classique de la diazotation. Cette méthode, mise au point
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- par MM. Darzens et Choffel, consiste à traiter à une température de 0° une solution d’aniline dans l’acide sulfurique par la quantité théorique d’azotite de sodium, de séparer par filtration le sulfate de diazobenzène obtenu et de le décomposer en présence de l’eau à l’ébullition. Le phénol recueilli est ensuite directement transformé en acide phénol sulfonique et envoyé comme tel à l’usine destinée à le nitrer en acide picrique. Bien que ce procédé fût onéreux et peu pratique, il n’en a pas moins permis de nous assurer un appoint de 2 à 3 t de phénol par jour pendant une certaine période, et en attendant la livraison des autres établissements. Quand la société eut abandonné ce mode de fabrication, elle le remplaça par celui à l’acide phénylsul-fonique et produisit journellement 500 kg de phénol cristallisé.
- Malgré l’effort considérable fourni, le développement de la fabrication du phénol n’a pas été tout à fait aussi rapide que celui des installations destinées à le transformer en acide picrique. On a donc été conduit à parer au déficit par des achats en Amérique. Les marchés ainsi passés, de très faible importance jusqu’à la fin de l’année 1915 (2 t par jour) ont été augmentés vers cette époque.
- Dans le tableau ci-joint, sont indiquées notre production nationale en phénol synthétique et nos réceptions d’Amérique.
- Ressources en phénol synthétique et réceptions d'Amérique de 191k à 1918 (en tonnes).
- ÉTABLISSEMENTS 1914 1915 1916 1917 1918 TOTAUX OBSERVATIONS
- Usines privées :
- Usines du Rhône (Saint- Fons) Usines du Rhône (Le-Péage- 200 8 216 20 612 12 796 4 274 46 098
- du-Roussillon) . . . . 9 752 17 561 9 479 35 792
- Salindres (Alais et la Camargue) Serre à Loriot (usine 2 480 13 999 15 688 3 844 36 011
- Poulenc) Établissements d'État : 1 136 1 882 959 3 977
- Oissel 148 4 820 4 946 9 914
- Importations américaines. 188 3 360 4 821 1 009 9 378
- Totaux 200 10 884 49 007 57 568 23 511 141 170
- Les livraisons américaines se sont faites, en général, avec de sérieux retards. On remarquera qu’elles n’ont donné des quantités notables qu’à partir de 1916.
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- II
- Fabrication des poudres, explosifs et autres produits chimiques
- de guerre.
- Nous avons signalé quelles étaient les quantités de coton-poudre, et partant de poudres B, qui étaient annuellement fabriquées et celles dont on supputait la production en cas de mobilisation.
- Conçues et étudiées magistralement au double point de vue de leur fabrication et de leurs propriétés, par leur éminent inventeur M. Vieille, auquel la France est, de ce fait, redevable non seulement d’un des plus grands progrès qui aient été réalisés dans le domaine de la balistique, mais encore d’un ajournement de l'agression allemande, les poudres B qu’on devrait en réalité appeler poudres V, nous étaient connues dans toutes leurs modalités et dans toutes leurs applications.
- Les douloureuses catastrophes, de Yléna et de la Liberté, qui se sont produites à quatre années de distance (1907 et 1911) ont eu pour effet d’appeler une attention particulière surces délicates matières. Durant 7 ans, c’est-à-dire jusqu’à la veille de la guerre, toutes les phases de leur fabrication, depuis l’entrée à l’usine des matières premières jusqu’à la sortie du produit fini, ont été soumises à une enquête et à une étude répétées autant que minutieuses, étude qui a eu pour effet d’imposer des épreuves diverses et multiples à chaque étape parcourue par la matière mise en fabrication. Des instructions, aussi sévères que rigoureuses, réglementaient d’ailleurs toute la production et les services consommateurs pouvaient, à tout instant, exercer leur contrôle dans les usines. Le critérium de la qualité et de la pureté d’une poudre B ne réside, en effet, ni dans une forme cristalline à point de fusion invariable, ni dans une solubilité strictement déterminée, ni enfin dans un point d’ébullition fixe car, colloïde elle est dans sa matière d’origine, qui est la cellulose, et colloïde elle reste, après avoir subi les phénomènes de nitration et de gélatinisation. Nous devons même ajouter que le terme générique de cellulose que nous appliquons aux libres ou aux substances diverses dont la composition répond à la formule empirique (G6Hl0Os)n n’implique en aucune façon l’identité structurale de ces substances. A ce point de vue, la science organique n’est pas suffisamment avancée pour qu’il nous soit permis d’affirmer que les celluloses de coton, de chanvre, de jute, de bois, de ramie, etc., sont identiques. Le même doute est permis relativement aux variétés de coton.
- Les linters, coton à fibres courtes, ou les déchets de coton n’ont certai-Tome 132. — 2P semestre. — Novembre-Décembre 1920. Cl
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- nement pas la même valeur que le coton arrivé à maturité complète, ou le coton vierge. En raison même de l’incertitude qui règne sur la constitution des celluloses d’origines diverses, on peut être certain que le déterminisme scientifique, appliqué à la fabrication que nous envisageons, ne peut jouer dans toute sa rigueur.
- C’est pour cette raison que, dans les poudreries, le produit final est livré par lots numérotés et parfaitement homogènes, avec ses indices et ses principales caractéristiques, et chacun de ces lots est ensuite soumis aux épreuves balistiques. Comme on le voit, la qualité du produit se mesure par les résultats qu’il fournit dans les emplois auquel il est destiné. Sans doute, quand la fabrication est bien conduite et que les règles sur lesquelles elle repose sont bien observées, les écarts dans les épreuves ne sont pas considérables. Celles-ci ne s’en imposent pas moins pour chaque lot livré.
- Il en est tout autrement des explosifs usuels. A l’état pur, tout explosif cristallisé constitue une individualité chimique déterminée, avec ses formes et ses constances physiques toujours les mêmes, si on les mesure dans les mêmes conditions. Aussi est-il inutile de les soumettre à une épreuve de force quelconque. Celle-ci a été déterminée une fois pour toutes et reste invariable.
- Poudre B. — La fabrication des poudres B comporte deux opérations distinctes qui, avant la guerre, s’effectuaient également dans des établissements différents :
- 1° Préparation du coton-poudre, à laquelle étaient affectées les poudreries d’Angoulême et du Moulin-Blanc;
- 2° Transformation du fulmicoton en poudre B, transformation qui se faisait à Sevran-Livry, au Pont-de-Buis, au Bouchet, au Ripault, à Toulouse et à Saint-Médard.
- Besoins de coton-poudre. — Au début de la guerre, les deux fabriques de coton-poudre étaient loin de posséder la même élasticité que celles de la poudre B; aussi leur développement demanda-t-il beaucoup plus de temps. En attendant ce développement, on se préoccupa dès le mois de septembre 1914, de trouver des ressources nouvelles par des importations d’Amérique et par l’industrie privée. Les mesures prises ne pouvaient commencer à produire leurs effets que peu à peu; en attendant, on para, au moins partiellement, à l’insuffisance des ressources en coton-poudre, en employant par remalaxage une quantité considérable de poudre B d’ancienne fabrication existant dans les poudreries et appartenant, soit à la Guerre, soit à la Marine. La Marine céda également, en vue de cet emploi, du coton-poudre provenant de la démolition de gâteaux de coton-poudre comprimé ayant servi au
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- chargement des mines et des torpilles. Enfin, on remalaxa, pour les transformer en poudre B, 600 t de poudres conservées dans la rivière qui traverse la Poudrerie de Saint-Médard, et on essaya de draguer, pour le même objet, des poudres de la Marine qui, à la suite de la panique de 1911, provoquée par la catastrophe de la Liberté, avaient été noyées dans le port de Toulon. Toutes ces poudres furent d’ailleurs reconnues en état d’excellente conservation. On commença par développer les deux établissements d’Etat qui fabriquaient alors du coton-poudre.
- La Poudrerie d'Angoulême, prévue à 16 t par le plan de mobilisation, atteignit 34 t en avril 1915 et des dispositions étaient prises pour la pousser rapidement à 60 t.
- La Poudrerie du Moulin-Blanc passa sa production prévue de 6 t à 14 t.
- Pendant le 1er trimestre de 1915, on décida la construction d’une fabrique de 20 t dans l’île d’Empalot, à la Poudrerie de Toulouse qui recevait jusqu’alors son coton-poudre d’Angoulême. Pour répondre au programme de juillet 1915, on décida de tripler sa production et de la porter à 60 t.
- Au total et en tenant compte des 25 t des usines privées, on s’acheminait vers une production journalière de 180 t, correspondant au programme de juillet 1915.
- Celui d’octobre de la même année entraîna la création :
- 1° D’une nouvelle usine de 60 t à Angoulême ;
- 2° D’une autre de 60 t à Toulouse, dans les terrains de Bracqueville ;
- 3° D’une troisième de 60 t à Bergerac.
- Enfin, en vue de satisfaire au grand programme de décembre 1916, on décida de tripler la fabrique de coton-poudre d’Empalot (Toulouse) et de porter celle de Bergerac (fîg. 4) à 100 t.
- L’industrie privée fut également mise à contribution pour la fabrication du coton-poudre. Des contrats ont été passées ainsi pour le fonctionnement de 8 usines de celluloïd, dont la production totale, escomptée d’abord à 15 t par jour, a été augmentée ensuite pour atteindre environ 25 t au début de 1916, puis 35 t en mars 1917.
- Le finissage du coton-poudre ainsi obtenu se faisait d’abord à Angoulême, mais cette poudrerie demanda le concours de plusieurs papeteries dans lesquelles elle procéda aux installations nécessaires pour l’aider dans ce travail de finissage. Le tableau ci-après résume les étapes successives du développement de la fabrication du coton-poudre tant dans les établissements de l’Etat que dans lès usines privées.
- Enfin, d’autres ressources ont été demandées aux importations américaines qui, de novembre 1914 à novembre 1918, se sont montées à 47 544 t. Les contingents qui ont été obtenues d’Amérique forment une propor-
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- tion assez importante (15 p. 100) de nos ressources totales, un peu plus forte que pour les poudres au début, plus faibles vers la fin des hostilités. Le total des arrivages depuis l’origine jusqu’à la signature de l’armistice a
- donc été de....................................................47 544 t
- La production française, pendant le même temps se monte à. . 268 094 t
- Total des ressources........... 315 638 t
- Ces ressources ont été précieuses surtout dans les premiers mois.
- Fig. 4. — Fabrique de colon-poudre de la Poudrerie nationale de Bergerac.
- Prévisions du plan uvkaisons (en tonnes par jour) Production
- de mobilisation maxima
- (en tonnes Mars Octobre Mars Mars (en tonnes
- par jour). 1915. 1915. 1916. 1917. par jour).
- Poudreries :
- Angoulême . . . . . 16,5 38,9 54,4 76,5 109 120
- Moulin-Blanc . . . . 6,2 14,2 27,3 35,4 35 38
- Toulouse .... . . 0 00 3,4 34,2 100 140
- Bergerac .... . . 0 0 0 0 20 O O
- Industrie privée . . . 0 0 18,4 27,4 32 35
- Total général. . . 22,5 53,1 103,5 173,1 296 433
- La marche de nos contingents en coton-poudre est représentée dans le graphique ci-après (fig. 5), où sont reportées, exprimées pour chaque mois,
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- et en tonnes par jour, les quantités qui proviennent de toute la production française et celles qui viennent d’Amérique.
- Fabrication du coton-poudre. — Le coton-poudre ou nitrocellulose, ou fulmicoton, ou pyroxyline, qui sert à la production des poudres B, est obtenu par la nitration de la cellulose. Pendant toute la guerre on n’a employé que de la cellulose de coton. On n’a néanmoins pas manqué de mettre au point la
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- Fig. g, — Disponibilités en coton-poudre, d’août 1914 à novembre 1918.
- préparation d’une nitrocellulose en employant comme matière première de la pâte de bois. Avant de subir la nitration, le coton employé (linters, déchets de filatures, chiffons) était soumis au dégraissage et au blanchiment, de façon à ne renfermer que le minimun de matière grasse et de cendres exigé par le cahier des charges. Cette opération a été effectuée d’abord par la Poudrerie d’Angoulême et par une usine située près d’Orléans; celle-ci n’avait, jamais fonctionné et a été mise en route par la dite poudrerie, chargée, dans les premières années de la guerre, de tous les approvisionnements en coton blanchi. Au fur et à mesure des besoins, on a adapté assez facilement à cette opération des usines diverses comme des teintureries, des papeteries, etc.
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- Plus de 30 établissements répartis sur le territoire, travaillaient pour les besoins des Poudres et se sont aménagés pour satisfaire, le cas échéant, à une demande journalière de 240 t environ de coton blanchi, correspondant à 360 t de coton-poudre, ce qui aurait permis, avec les marchés de coton blanchi contractés en Amérique, de satisfaire au grand programme de 1916 (433 t par jour).
- Nitration du coton. — Cette opération se fait en plongeant le coton blanchi
- Fig. 6. — Nitration du coton : procédé des auges et pots.
- dans un mélange sulfurico-nitrique de composition déterminée. Au début des hostilités, cette nitration se fit en partie au moyen du procédé rudimentaire par auges et pots (fig. 6) datant de l’origine de la fabrication, matériel qu’on a eu l’heureuse idée de conserver. Ce procédé avait l’avantage d’exiger le minimum d’appareillage. Les méthodes de nitration plus récentes, telles que turbines Selwig (fig. 7), les appareils Thomson (fig. 8), exigent un matériel beaucoup plus complexe. Aussi n’y a-t-on eu recours que lorsque la crise du coton-poudre fut conjurée. C’est par le procédé des auges que Toulouse a travaillé. Il en a été de même des premières installations nouvelles d’Angoulême, de Bracqueville et de Bergerac. Plus tard, le déficit de coton-poudre étant évité, Angoulême a monté sa deuxième usine de 60 t en Selwig
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- et a remplacé ensuite un atelier d’auges, hors d’usage, par un atelier perfectionné de Thomson. Bracqueville a de même remplacé des auges par des Selwiget des Thomson. Bergerac a installé des Selwig, mais ces installations n’ont été faites que lorsqu’on eut réussi, grâce aux auges, à parer au plus pressé. L’installation des auges est simple et se monte rapidement. Si le procédé exige plus de main-d’œuvre, celle-ci n’a pas besoin d’être aussi qualifiée que le personnel chargé de la conduite d’une turbine Selwig par
- Fig. 7. — Nitration du coton-poudre : turbines Selwig, à la Poudrerie d’Angoulême.
- exemple ; et c’était là, au début, un avantage particulièrement important.
- Après la nitration le coton est lavé, stabilisé à l’eau bouillante (fig. 9), pulpé, essoré et expédié avec 30 p. 100 d’eau à la fabrique de poudre B.
- Bappelons en terminant que nos poudreries fournissent deux variétés de coton-poudre, l’une CP2 à 11 p. 100 d’azote soluble dans le mélange d’alcool et d’éther et l’autre le GP1 à 13 p. 100 d’azote insoluble dans ce mélange.
- Fabrication des poudres B. — Essentiellement constituée par un mélange, en proportions déterminées des deux cotons-poudres malaxés avec un mélange d’alcool et d’éther, filage à la presse et séchage, les poudres B étaient fabriquées en France par 6 poudreries nationales (le Bouchet, Pont-de-Buis, le Ripault, Saint-Médard, Sevran-Livry et Toulouse). Ces poudreries avaient
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- produit au cours des années 1912 et 1913, une moyenne journalière de 15 t environ. Nous le répétons, d’après le plan de mobilisation, elles devaient fournir 24 t par jour, dont 8 pour la Marine et 16 seulement pour la Guerre. En présence des besoins de la Guerre, la Marine renonça aux livraisons prévues, sous les réserves que les fabrications commencées fussent achevées, et que la Poudrerie du Moulin-Blanc continuât à la même allure qu’avant la
- Fig. S. — Nitration du coton-poudre : procédé Thomson.
- mobilisation, la fabrication du coton-poudre comprimé pour les mines et les torpilles.
- La fabrication totale des poudreries fut ainsi, au début, à peu près entièrement consacrée à la Guerre.
- On chercha, d’une part, à augmenter leur production et, d’autre part, à se procurer des ressources en passant des commandes en Amérique.
- En France, la fabrication des poudres était et est restée exclusivement confiée aux établissements de l’Etat. Ses'six poudreries livrèrent rapidement, d’abord 31 t en août 1914, puis 50 t par jour en décembre de la même année. Les besoins s’accroissant, on décida l’agrandissement des poudreries existantes et l’installation de l’appareillage nécessaire à cette fabrication dans les nouvelles poudreries dont il a été question à propos du coton-poudre.
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- Le tableau ci-dessous rappelle, pour chaque poudrerie, la production prévue à la mobilisation, les livraisons réellement faites à diverses dates et enfin la production maximum que pouvaient réaliser les poudreries après achèvement complet des extensions ou installations nouvelles, c’est-à-dire à partir de la fin de 1917.
- Fig. 9. — Lavage et stabilisation du coton-poudre.
- Prévision du plan livraisons (en tonnes par jour) Maximum
- de mobilisation (en tonnes Octobre Mars Mars Septembre prévu (en tonnes
- par jour). 1915. 1916. 1917. 1918. par jour).
- Poudreries :
- Le Ripault 4,10 14,94 31,35 49 60 60
- Pont-de-Buis 5,9 22,06 28,83 49 35 48
- Saint-Médard 9,4 28,72 65,35 120 57 140
- Sevran-Livry 3 , 17,25 21,52 29 16 35
- Bergerac 0 0,00 0,00 o 48 60
- Toulouse (y compris Brac-
- queville) 1,00 14,55 30,38 107 64 130
- Le Bouchet 0,89 2,08 5,63 5 8 10
- Balistite(industrie privée). 0,00 0,00 0,00 10 0 20
- Total ..... 24,28 100,50 . . 183,06 370 288 503
- La courbe intermédiaire du graphique de la figure 5 donne, pour chaque
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- mois depuis la mobilisation, la moyenne journalière, exprimée en tonnes, des livraisons faites par l’ensemble des poudreries; elle fait ressortir la marche ascendante de ces livraisons, particulièrement accentuées de novembre 1915 à mars 1917. La production atteinte dans ce dernier mois, dépasse 15 fois celle qui était prévue à la mobilisation; elle l’aurait dépassée de 21 fois si les circonstances l’avaient exigé puisque les installations étaient achevées.
- Un tel accroissement a nécessité un effort considérable. On en aura une idée approximative en considérant que la nouvelle Poudrerie du Ripault, prévue pour 40 t de poudres B par jour, celle de Toulouse (Bracqueville) prévue pour 100 t de poudres B, celle de Bergerac (fig. 4), prévue pour 60 t, couvrent des superficies dépassant chacune 50 ha.
- La construction d’usines aussi importantes n’a pas été sans exiger de longs délais et sans rencontrer parfois de grandes difficultés : manque de main-d’œuvre, de matières premières, lenteur des transports, pénurie de spécialistes pour la fabrication de l’appareillage spécial indispensable, comme les presses hydrauliques à grand rendement, etc.
- Une autre cause de retard a été, à un certain moment, les modifications apportées dans le choix des types des poudres; le développement de l’artillerie lourde a nécessité la mise en fabrication de poudres épaisses aux lieu et place de poudres plus minces et les premières, plus difficiles à sécher, ont exigé un matériel plus considérable.
- En même temps qu’on cherchait à accroître dans la plus large mesure possible nos moyens propres de production, on demandait à l’Amérique, qui avait adopté la même composition de poudre, le supplément de ressources qui nous était rapidement nécessaire.
- Par des livraisons successives, qui se sont échelonnées pendant toute la durée de la guerre, nos Alliés nous ont fourni, de janvier 1915 à novembre 1918, un total de 117000 t de poudres B.
- Les marchés passés avec l’Amérique ont permis, depuis le mois de mai 1915, d’accroître dans une proportion importante, les ressources totales en poudres B. On a déjà expliqué, dans un chapitre spécial, les raisons qui ont poussé le gouvernement à importer d’Amérique d’assez grandes quantités de produits terminés.
- L’ensemble de la production française en poudres B, de 1914 à 1918, a été de 306 693 t. Pendant la même période, les importations américaines se sont élevées à 117 000 t, de sorte que la consommation totale a atteint 423 694 t.
- Les quantités importées, exprimées pour chaque mois en tonnes par jour, sont représentées dans le graphique de la figure 10, qui fait ressortir, en même temps, la marche de nos ressources totales en poudres.
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- Balistites. — Alors que nos poudres, comme celles de nos alliés américains et, en dernier lieu aussi, comme certaines poudres employées par les troupes britanniques, sont uniquement constituées par du coton-poudre géla-
- &0to£ &tfuù/Sçnù
- Fig. 10. — Mouvement de la production des poudres B, d?août 1914 à novembre 1918.
- tinisé au moyen du mélange alcool-éther, nos alliés italiens se servaient uniquement de poudres à la nitroglycérine du genre balistite. Dès la fin de 1915, on a envisagé la possibilité d’utiliser, pour certains usages spéciaux, ce genre de poudres.
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- On les prépare, en faisant avec du coton-poudre et de la nitroglycérine une pâte que l’on malaxe en laminant à chaud; on lui donne finalement l’épaisseur voulue par un dernier passage dans les laminoirs finisseurs. Dans certains pays, comme l’Allemagne, la Suède et la Norvège, on donne à ces mêmes poudres la forme de tubes creux. Cette fabrication est donc assez simple; elle ne nécessite pas un outillage aussi varié que celui des poudres ordinaires; elle n’exige pas non plus l’emploi d’un dissolvant, et évite ainsi l’usage de l’alcool. Mais les balistites ont l’inconvénient de posséder un pouvoir érosif plus considérable que nos poudres B et, par suite, de provoquer l’usure trop rapide des bouches à feu qui les utilisent. Ce pouvoir érosif serait notablement plus faible avec une balistite d’un type spécial dit « atténué », dans la constitution de laquelle intervient du trinitrotoluène.
- Le défaut signalé est moins sensible dans les bouches à feu qui tirent sous faible pression; d’autre part, dans ces mêmes bouches à feu, les balistites passent pour présenter une plus grande régularité que les poudres B, due sans doute à une plus grande facilité d’inflammation; elles paraissent ainsi pouvoir bien convenir aux pièces, telles que les mortiers de tranchées, avec lesquelles la précision de tir est d’autant plus difficile à obtenir que les charges de poudre employées sont plus faibles. Quoi qu’il en soit, le Service de l’Artillerie ayant décidé de mettre à l’étude la possibilité d’appliquer à certaines de nos pièces l’emploi des balistites, le Service des Poudres s’est préoccupé de réunir rapidement les moyens nécessaires pour procéder à la préparation des échantillons indispensables à la poursuite des expériences, et assurer ensuite, en cas de besoin, la fabrication qui serait demandée.
- Une mission fut envoyée en Italie et se mit au courant des procédés de fabrication.
- Pour la préparation de la pâte, on s’adressa aux fabriques de nitroglycérine, notamment à la Société française d’Explosifs, à laquelle on fournit le coton-poudre pour fabriquer les pâtes dans son usine de Cugny. Celles-ci furent terminées dans les Poudreries nationales de Sevran et du Ripault.
- A Sevran, on a monté rapidement une petite installation destinée surtout à préparer ce qui est nécessaire aux essais et aux réglages de fabrication. Il a été ainsi produit par Sevran, jusqu’au premier mai 1916, une quantité de 2 900 kg de balistite, dont 1 700 ont été livrés pour essais, principalement à la Commission de Bourges.
- Au Ripault, on a construit une usine plus importante (201 par jour) pour le finissage de la balistite : à partir de juillet 1916, elle pouvait donner 8 t par jour.
- La Société générale pour la Fabrication de la Dynamite a produit, dans son usine de Paulliles, 6 t par jour et aurait pu fabriquer 12 t si cela avait été nécessaire.
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- Enfin, la Société universelle d’Explosifs et de Produits chimiques a monté, dans son usine de Saint-Martin-de-Crau, des installations capables d’une production de 3 t par jour. Cette production a été notamment réalisée en août 1917.
- Pendant la guerre, l’emploi de balistite a été retenu pour les mortiers de tranchée de 58, seulement et exceptionnellement, pour le chargement de certaines gargousses de gros calibres.
- Enfin, on a aussi entrepris des essais en vue de l’emploi de la balistite en remplacement de la poudre à fusil. Ces essais n’ont pas été satisfaisants et ont été abandonnés.
- Explosifs nitrés. — Assurer d’une façon continue et sans cesse ascendante la fabrication des explosifs de guerre, a été une des tâches les plus ardues, je dirai même les plus angoissantes, dans la période qui s’est écoulée du mois de septembre 1914 à juillet 1915. Rien, ni en matières premières, ni en installations de quelque importance, ni en personnel technique, et en l’espèce en chimistes, n’était en effet prévu. Si on avait à sa disposition un stock de nitrate de soude et quelque peu d’acide sulfurique, pour parer aux premiers besoins, on ne possédait, comme nous l’avons déjà indiqué, ni benzène, ni toluène, ni phénol, ni crésols. ni azotate d’ammonium, ni matériel adéquat pour entreprendre, sur une grande échelle, la production des explosifs dont, après l’épuisement des stocks réglementaires, on entrevoyait les formidables besoins, dans la période qui s’ouvrait à la suite de la bataille de la Marne. Sous l’impulsion énergique du Ministre ferme et de volonté agissante qui présidait à cette époque à toutes nos fabrications de guerre, des directives et des ordres ont été donnés pour tirer parti de toutes les ressources que possédait le pays, pour s’en procurer auprès des Alliés et de certains neutres, et surtout pour en créer de nouvelles.
- Tout ce qui pouvait servir à la préparation d’un explosif quelconque, était réquisitionné, stocké et aussitôt mis sur chantier. Dès ce moment, l’agrandissement des poudreries existantes a été résolu et la création de nouvelles, décrétée. Comme on l’a déjà fait remarquer, c’est à partir de ce moment qu’on s’assura la collaboration de tous les industriels et de toutes les bonnes volontés susceptibles de fournir un concours efficace et persistant. On fit venir de toutes les formations, en commençant par les plus anciennes classes, le personnel technique indispensable, pour diriger, surveiller, contrôler et, au besoin, améliorer toute fabrication. La Commission des Inventions, instituée depuis août 1914, fonctionnait régulièrement, multipliait ses séances et examinait minutieusement toutes les nouveautés et tous les perfectionnements que des esprits ingénieux lui soumettaient. Une fièvre ardente
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- de production régnait dans tous les échelons du personnel à qui incombait, à l’arrière, la mission d’alimenter sans interruption, le front en engins chargés de toute nature. Une revue minutieuse fut faite de toutes les matières, de toutes les compositions qui, à un degré quelconque, pouvaient remplir l’office d’un explosif. Ceux de guerre, comme la mélinite, la crésylite et la tolite, étant connus et dans leur composition et dans leurs effets, mais de fabrication immédiate difficile, sinon impossible, il a fallu s’adresser aux plus simples dont les constituants étaient à notre portée, en attendant que fût montée sur une grande échelle la production des premiers. C’est à ce moment qu’on envisagea résolument l’emploi du nitrate d’ammoniaque mélangé de dinitronaphtaline pour le chargement des obus de 75. C’est à ce moment aussi, qu’on mit à l’étude la substitution éventuelle des chlorates et perchlorates aux explosifs nitrés et qu’on développa leur fabrication. Cette substitution n’ayant pu se faire, on trouva plus tard dans ces matières de précieux explosifs pour le chargement des grenades à main et des bombes de tranchées.
- C’est également au cours de cette période qu’on fit, à Bordeaux, les premiers essais pour l’utilisation de l’air liquide pour le chargement des bombes d’avions.
- Acide picrique, Mélinite, Tolite, etc. — Parmi ces explosifs, ceux dont la fabrication était connue, se trouvent l’acide picrique ou mélinite, le trini-trométacrésol ou crésylite; quant au trinitrotoluène ou tolite, aux xylites, aux dinitrophénols et aux mono et dinitronaphtalines, leur apparition ne se fit qu’au cours des hostilités. Ces explosifs, que nous appellerons simples, furent livrés directement aux services (Artillerie et Marine), par exemple la tolite destinée aux amorçages, la mélinite pulvérisée employée au chargement des gaines relais, ou devant être fondue dans les ateliers de chargement avec la dinitronaphtaline (explosif M. D. N.).
- Une autre partie de ces explosifs simples entre dans la composition de mélanges qui sont fabriqués en poudrerie : par exemple, la mélinite paraffinée destinée au chargement des gros obus et du 75, les mélanges fondus binaires et ternaires, la schneidérite, l’explosif N. T., etc.
- Modes de production de l’acide picrique ou mélinite. — Il existe trois méthodes de production de l’acide picrique :
- 1° Nitration du phénol, au sein de l’acide sulfurique, au moyen de l’acide azotique ou du nitrate de sodium :
- 2° Chloruration du benzène et transformation du dérivé monochloré obtenu en dinitrochlorobenzène 1. 2. saponification de ce dernier en dini-trophénol et trinitration subséquente en acide picrique ;
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- 3° Nitration directe, en même temps qu’oxydation, du benzène au moyen de l’acide azotique et du mercure.
- 1° Nitration directe du phénol. — Au cours de la guerre, ce procédé seul a été utilisé. Il consiste à sulfoner au préalable le phénol avec de l’acide sulfurique à 92-93 p. 100 de S04H2 et à verser peu à peu le mélange sulfo-nique sur du nitrate de sodium contenu, soit dans des terrines en grès, soit dans des vases en métal Borcher mobiles, soit, enfin, dans des terrines fixes et formées de matériaux réfractaires inattaquables aux acides. Ces terrines sont munies de couvercles et en relation avec des colonnes en grès destinées à condenser les vapeurs nitreuses qui se dégagent et dont on favorise l’écoulement, soit par un système d’aspiration, soit par un soufflage. On remue la masse de temps à autre et. lorsqu’il ne se dégage plus de vapeurs nitreuses on l’abandonne à elle-même pendant quelques heures. Le produit cristallisé est ensuite lavé, essoré, séché et pulvérisé s’il y a lieu. Il doit fondre à 122°.
- Ce procédé, appliqué avec des variantes diverses, par les poudreries comme par les usines privées, dont chacune voulait innover, a donné lieu à un certain flottement et n’a pas fourni les rendements désirés. Tandis que pour la fabrication du fulmicoton et de la poudre B tout était strictement réglementé et mis au point, et qu'il suffisait, pour donner de l’extension à la production, de copier et de multiplier les unités de fabrication existantes, il n’en fut pas de même des explosifs. Dans certains établissements bien ordonnés, ce rendement atteignait, quand la fabrication était confiée à un chimiste bien documenté, jusqu’à 190 kg d’acide picrique pour 100 kg de phénol, tandis que, dans d’autres, il ne dépassait pas 160 kg. Etant donné le prix élevé de la matière première et, partant, du produit fini, cet écart considérable dans les rendements fut préjudiciable à la fois au producteur et au consommateur, en l’espèce l’Etat, dont les fournitures n’atteignaient pas, en outre, les chiffres attendus.
- Cette expérience, très coûteuse pendant toute la durée de la guerre, comporte en soi un enseignement. Il est de toute nécessité qu’un procédé de fabrication soit exactement au point, comme proportion de matières à mettre en œuvre, comme conduite des opérations à effectuer et comme dispositif d’appareils à employer. Aucune surprise de rendement n’est permise si l’on s’en tient à ces conditions. Plus que toutes autres, les fabrications organiques exigent l’application des méthodes scientifiques, une minutieuse observation des phénomènes qui se produisent, ceux-ci étant régis par les mêmes lois qu’en chimie minérale. Quoi qu’en disent des critiques mal renseignés, l’empirisme n’est pas plus de mise dans des préparations, comme celles dont il est
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- question, que dans la fabrication des aciers, puisqu’on a pu déterminer exactement quantités et nature des corps intermédiaires formés dans les différentes phases parcourues depuis la sulfonation des phénols jusqu’au produit final, l’acide picrique.
- 2° Procédé de Nitration. — Avant la guerre on savait qu’en raison de l’excès de chlore que produisaient les usines allemandes pratiquant l’électro-lyse des chlorures alcalins, presque tout l’acide picrique allemand était fabriqué en partant du chlorobenzène, suivant la série des réactions que nous avons signalées.
- Au début de la crise des explosifs, différents savants n’ont pas manqué de préconiser avec insistance cette méthode de production de la mélinite, sans se rappeler qu’elle exigeait, pour être mise en pratique, l’intervention du chlore presque pur, pour préparer tout d’abord du chlorobenzène, chlore qui, sous la forme concentrée, nous faisait totalement défaut. La seule usine qui le produisait avant la guerre, celle de la Motte-Breuil, était en effet sous le canon de l’ennemi.
- Résolu à se conformer à toutes les suggestions, fussent-elles les plus coûteuses, qui pouvaient accroître notre contingent d’explosifs, le Service des Poudres n’hésita pas à commander 1 000 t de chlore aux États-Unis et aussi à prendre ses dispositions pour en assurer le plus tôt possible la production en France. Toutefois, ces 1 000 t, dont la livraison se fît par arrivages successifs, n’ont point servi à fabriquer de l’acide picrique. Après l’attaque du 22 avril 1915 sur le front de Belgique, et en présence de l’impossibilité où nous nous trouvions de répondre à l’ennemi par les mêmes armes, les premiers arrivages ont été cédés au Service du Matériel chimique de Guerre pour lui permettre de réaliser, aux camps de Satory et de Bourges, ses essais de vagues au chlore et pour préparer nos premières attaques sur le front avec ce gaz. Pendant ce temps, la fabrication du phénol et de la schnei-derite progressait sensiblement, de sorte qu’il arriva un moment où il n’y avait plus utilité à produire de l’acide picrique par cet onéreux moyen et qu’on réserva le chlorodinitrobenzène à la fabrication du dinitrophénol sur lequel nous reviendrons plus loin.
- 3° Procédé de nitration et dé oxydation directes du benzène. — De toutes les méthodes connues, celle qui consiste à attaquer directement le benzène par l’acide azotique, en présence du catalyseur mercure, est, sans contredit, la plus élégante et la plus expéditive. Malheureusement, plusieurs raisons s’opposent à sa mise en pratique Le rendement en mélinite n’est que de 140 p. 100 du benzène employé, alors qu’il atteint près de 190 p. 100 si l’on passe par le phénol; en second lieu, il est difficile de réaliser la récupération
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- de tout le mercure employé; or, nous devions soigneusement réserver toutes nos disponibilités en mercure pour la fabrication du fulminate; une troisième raison enfin, qui s’opposa à la mise en pratique du procédé, c’est le danger que présente la mélinite ainsi obtenue en raison des petites quantités de picrate de mercure qu’elle renferme, picrate très sensible au choc et qui peut jouer le rôle d’amorce comme le picrate de plomb.
- Usines de fabrication de l'acide picrique. — A l’ouverture des hostilités, on ne disposait, pour ces fabrications, que les Poudreries de Saint-Chamas, de Yonges et d’Esquerdes; cette dernière plusieurs fois menacée par l’ennemi, fut par suite évacuée. Au cours des années 1912-1913. ces trois usines avaient une capacité de production de 6 t par jour en mélinite et en crésylite. On a donc dû envisager le développement des deux établissements restants, l’adaptation à la fabrication des explosifs nitrés d’autres poudreries qui, jusqu’alors, étaient restées étrangères à ce genre de production, la création de nouvelles usines d’Etat; on fit appel, enfin, pour une partie du travail, à des usines privées.
- Plus tard on envisagea les importations américaines.
- Poudreries et usines de la région lyonnaise. — L’existence de nombreuses usines de produits chimiques dans la vallée du Rhône, et en particulier dans la région lyonnaise (Compagnie de Saint-Gobain, Société chimique des Usines du Rhône, succursales de la Société pour l’Industrie chimique de Bâle, de la Société par actions de la Fabrique d’Aniline de Berlin, à Saint-Fons [anciens établissements Lucien Picard], succursale de la Société badoise, etc.)... justifiait la création d’un centre de production d’explosifs. L’usine L. Picard, consacrée à la fabrication de matières colorantes, et où s’était créée et maintenue la production de l’acide picrique, avait été mise sous séquestre. Elle fut réquisitionnée, mise en exploitation directe sous l’autorité d’un ingénieur du Service des Poudres et transformée ainsi en une poudrerie temporaire. Ce nouvel établissement étendit son action sur quelques installations voisines, qui ont fonctionné comme annexes (Usines Roche, Neu-ville-sur-Saône, appartenant à la Badishe, et détruite par une explosion en 1817, Le Pouzin déjà cité, usine Coutagne et usine Brante à Saint-Fons, usine Planche et usine Frantz à Yénissieux). La Poudrerie de Saint-Fons a constitué ainsi, avec ses annexes, un centre important qui s’est développé peu à peu; elle a fabriqué plus spécialement: l’acide picrique, le trinitro-crésol, la tolite, les dérivés nitrés de la naphtaline, l’aniline, la diphényl-amine, stabilisant de la poudre B. On y a également effectué la préparation du dinitrophénol par saponification du chlorodinitrobenzène élaboré par l’industrie privée ou provenant des importations américaines. Enfin, on y a Tome 132. — 2e semestre. — Novembre-Décembre 1920. 62
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- préparé les mélanges fondus et la mélinite paraffinée. Cette poudrerie et ses annexes ont été déclassées au début de 1918. les fabrications qui y étaient effectuées ayant été transportées dans la nouvelle Poudrerie de Saint-Fons installée à cet effet.
- La Poudrerie de Vonges a fabriqué surtout de l’acide picrique, 40 t par jour, de la mélinite paraffinée, de la tolite et des mélanges fondus.
- La Poudrerie de Saint-Chamas, déjà importante, a reçu des agrandissements considérables. Avec ses annexes, l’usine de Port-Saint-Louis-du-Rhône, l’usine Watel à Saint-Louis-des-Aygalades, les Etablissements de la Compagnie d’Alais et de la Camargue à Salindres et aux Salins-de-Giraud, ceux de la Société d’Explosifs et de Produits chimiques de Saint-Martin-de-Craux et l’usine Meillassoux, à Montant, près de Beaucaire, qu’elle contrôlait, elle assura la production d’un contingent énorme d’acide picrique, de tolite et de mélanges fondus.
- La Poudrerie militaire du Bouchet. — Etablissement d’artillerie relevant directement de ce service avant la mobilisation, fut rattaché, pour plus de commodité, au Service des Poudres, et se consacra également à la fabrication de divers explosifs nitrés et nitratés, tout en conservant celle de la poudre B.
- La Poudrerie d'Angoulême, qui ne produisait que du coton-poudre et de la poudre noire, s’est également montée pour la fabrication de la dinitro-naphtaline (10 t par jour) ainsi que pour celle de la tolite à laquelle du reste elle a dû renoncer, en raison des dangers que couraient ses formidables installations de coton-poudre, d’oléum, d’acide nitrique synthétique et de schneiderite.
- Enfin, on envisagea la construction de nouvelles usines d’Etat, dont les emplacements furent choisis, en tenant particulièrement compte des facilités de transport pour les approvisionnements en matières premières.
- Usine de Blancpignon. — Cette usine, située près de Bayonne, fut uniquement consacrée à la production de la tolite dont elle produisit journellement 12 t dès septembre 1915, et qui fut détruite par une explosion le 12 septembre 1916. Reconstruite aussitôt, elle put reprendre sa fabrication en juin 1917, avec une production de 8 à 10 t par jour.
- Poudrerie de Sorgues près d'Avignon. — Créée en 1915, elle fut destinée à produire journellement 70 t diacide picrique, 60 t d’un mélange fondu, 80 t de mélinite paraffinée et 15 t de dinitrophénol, par transformation du chlorodinitrobenzène de Saint-Montant, dont les fournitures ont commencé en mars 1916 et qui a pu fonctionner à plein au début de 1917.
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- Poudrerie de Bassens près de Bordeaux. — Elle est aussi importante que celle de Sorgues et sa production fut la même.
- Enfin la Poudrerie d’Oissel, près de Rouen, dont il a déjà été question, devait convertir sur place tout le phénol synthétique (30 t) qu’elle fabriquait dans ses usines.
- Indépendamment de la production journalière en acide picrique, des usines privées de Salins-de-Giraud (50 t), de Saint-Martin-de-Crau (12 t), de Brante, à Saint-Fons (3 t), Planche, à Vénissieux (10 t) et de Frantz, il fut monté une usine à la Pallice, près la Rochelle, par MM. Vandier et Després qui produisit 10 t de mélinite par jour, usine qui fut anéantie par une explosion, en avril 1916. Reconstruite à Paimbœuf, elle reprit, quelques mois après, ses fournitures. Le même sort a été réservé à l’usine Loyer, à Massy-Palaiseau (30 janvier 1917), alors qu’elle produisait environ 10 t de mélinite par jour et qu’elle commençait la fabrication du dinitrophénol.
- Au total, la production de l’acide picrique réalisée par l’industrie privée a atteint un chiffre important (plus de 100 t) comparable, au début, à celle que donnaient les poudreries nationales, et qui a été environ d’un quart de cette dernière quand les établissements de l’Etat eurent terminé leurs installations.
- Dinitropliénol. — La pénurie de crésol, en vue de la préparation de la crésylite destinée au fondu 60/40, et la nécessité qui s’imposait de trouver d’autres mélanges fondus, conduisirent le Service des Poudres à chercher un substitut au trinitrocrésol. Il le trouva dans le dinitrophénol, dont la fabrication fut confiée .à l’industrie privée. Nous avons indiqué plus haut par suite de quelles circonstances on réalisa facilement cette fabrication.
- Modes de préparation. — Le dinitrophénol peut être préparé par deux méthodes :
- 1° En nitrant, dans des conditions déterminées, du sulfophénol au moyen du nitrate de sodium. Il est toutefois difficile d’arrêter la nitration exactement au stade dinitrophénol, car il se forme toujours de notables quantités de trinitrophénol ou acide picrique. Mais, comme on peut s’assurer des doses respectives des deux dérivés dans le mélange et comme, d’autre part, le dinitrophénol est destiné à être associé à l’acide picrique pour constituer l’explosif fondu DD (60/40), il est inutile d’opérer la séparation.
- 2° En nitrant directement le chlorobenzène et saponifiant le dérivé dinitré obtenu. Nous ne reviendrons pas sur cette préparation; il en a été question à propos de l’acide picrique.
- Fabrication. — La première méthode a été réalisée par la maison Gillet,
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- de Lyon, qui l’a exploitée dans ses usines de Yaise. Elle a fourni 2 à 3 t d’explosif par jour jusqu’en mars 1917. L’usine Loyer, à Massy-Palaiseau, avait également mis au point cette fabrication quand elle fut détruite par une explosion. Enfin la Poudrerie nationale de Bassens et celle de Sorgues étaient arrivées au même résultat au moment de l’armistice.
- La seconde méthode fut mise en œuvre :
- 1° Par la Société de l’Air liquide qui, pour ses premières fournitures, employa le chlore nous venant d’Amérique, en attendant qu’elle eût monté, dans son usine de la Grande-Paroisse, près de Montereau, le procédé électrolytique de Monthey;
- 2° Par la maison Barit, à laquelle s’est substitué, dans la suite (1917), la Société des Produits chimiques de Paimbœuf, et dont le chlore, au début, était produit par l’action de l’acide chlorhydrique sur le chlorate de sodium. Après qu’elle eut monté un procédé électrolytique, elle fut à même de fournir jusqu’à 7 à 8 t de dinitrophénol par jour;
- 3° Par M. Meillassoux qui avait transféré les électrolyseurs de la Motte-Breuil à Saint-Montant et dont le chlorodinitrobenzène était saponifié à la Poudrerie de Sorgues. Il en fut de même du chlorodinitrobenzène que fabriquait M. Goutagne à Saint-Fons en employant, comme chlorurant, du chlore préparé au moyen du bioxyde de manganèse et de l’acide chlorhydrique; il était transformé en dinitrophénol à la Poudrerie de Saint-Fons. Ces mesures transitoires ont réalisé une production de chlore suffisante pour les besoins de la fabrication du dinitrophénol, en attendant que fussent achevées les installations en montage dans la plupart des usines, pour la préparation du chlore électrolytique. Ces installations, une fois réalisées, ont permis, seulement en ce qui concerne le Service des Poudres, de porter la production journalière à 20 t de chlore.
- Tolite (Trinitrotoluène 1. 2. 4. 6.). — La fabrication de la tolite se résume à la nitration du mononitrotoluène, que celui-ci provienne de la nitration directe du toluène ou du toluène essence. Le mononitrotoluène, constitué par un mélange de dérivés 1. 2. et 1. L., est transformé en trinitrotoluène dans des récipients en fonte munis d’agitateurs (fig. 11) avec le mélange sulfuriconitrique. Le produit est ensuite essoré, lavé et traité par du sulfite de sodium pour enlever les isomères, lavé à nouveau et séché. La tolite pure fond à 80°-80°,3. L’Amérique nous en a aussi fourni de notables quantités qui figurent sur les graphiques.
- Dinitronaphtaline. — Assez simple, cette fabrication peut se faire soit en nitrant la naphtaline au moyen de l’azotate de sodium et de l’acide sulfu-
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- rique, soit en préparant d’abord le dérivé mononitré puis le soumettant à une seconde nitration en présence de l’acide azotique.
- L’usine de Saint-Martin-de-Crau en produisit jusqu’à 12 t par jour, celle de M. Gaubert, à Saint-Denis, transforma la mononitronaphtaline, fournie par la Société des Matières colorantes et Produits chimiques de Saint-Denis, en dérivé dinitré et en livra de son côté 10 t par jour; la Société de Celluloïd,
- Fig. 11. —Vue cl’un atelier de fabrication de tolite à la Poudrerie d’Angoulême.
- à Saint-Fons, en a fabriqué 2 à 3 t et la Société des Produits chimiques de l’Indre, à Ardentes, en fournit environ 1,5 t journellement. Les contrats de toutes ces sociétés furent résiliés au commencement ou au courant de 1918.
- La dinitronaphtaline, mélangée avec la mélinite, constitue l’explosif M. D. N. ; elle entre également dans la composition de la schneidérite.
- Sdmeidérite. — Explosif de secours par excellence, la schneidérite est constituée par de l’azotate d’ammoniaque mélangé avec 12 p. 100 de dinitronaphtaline. Sa fabrication fut envisagée au mois de septembre 1914, et les quantités que, dès ce moment, il a fallu se procurer étaient de 10 t par jour; elles ont suivi la progression générale et se sont élevées, dès 1916, à 200 t
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- dans les 24 heures. Elle nécessitait des quantités croissantes de nitrate d’ammoniaque dont on a fabriqué de faibles contingents en France au début, par différents procédés :
- 1° On disposait d’un stock de nitrate de calcium destiné à l’agriculture, stock qui fut augmenté par des livraisons de la Société norvégienne de l’Azote, et le tout fut converti par double décomposition avec le sulfate d’ammonique en nitrate, par différents industriels de la région;
- 2° La Compagnie d’Alais et de la Camargue, à l’usine de Saint-Louis-les-Aygalades, près de Marseille, les maisons Bardot, à Paris, et Gaubert, à Saint-Denis, ont employé le procédé de saturation de l’acide nitrique par l’eau ammoniacale, mais ce procédé consommait de grandes quantités d’acide nitrique nécessaire à d’autres nitrations. De plus, l’évaporation des solutions présente des difficultés, car elle exige l’emploi de vases inattaquables aux acides ;
- 3° M. Fosse, à Bordeaux, et M. Danne, à Gif, ont même réussi, après de longues recherches, poursuivies systématiquement, à mettre au point un procédé qui repose sur la double décomposition du nitrate de sodium par le sulfate d’ammonium. Leur production n’a toutefois pas dépassé 750 kg par 24 heures.
- La véritable ressource en nitrate d’ammonium provint en réalité de l’importation étrangère.
- L’Amérique nous a fourni, dans les premiers mois de la guerre, en moyenne de 30 à 40 t par jour; les contrats passés ne furent toutefois pas renouvelés à partir du moment où la Société norvégienne de l’Azote fut à même de satisfaire à nos besoins ainsi qu’à ceux dë nos Alliés. Cette société prépare son nitrate à l’aide de l’acide nitrique synthétique qu’elle produit, et c’est elle qui, avec une constance et une fidélité à toute épreuve, nous a fourni le plus fort contingent de nitrate d’ammonium pendant la guerre. Pour cela, elle augmenta considérablement ses installations, et les livraisons atteintes, en ce qui concerne la France, ont été de 200 t par jour environ.
- La préparation de la schneidérite consiste à triturer ensemble du nitrate d’ammoniaque et de la dinitronaphtaline à une température déterminée, pour amener la dessiccation convenable du nitrate. On peut aussi sécher au préalable ce dernier, de façon à abaisser la durée de la trituration. Les meules à poudre noire des poudreries nationales d’Angoulême, du Bouchet, de Saint-Chamas, de Sevran-Livry, de Toulouse, ainsi que celles d’Esquerdes, montées à Bassens, ont été utilisées pour cette trituration.
- Le résultat de tous les efforts accomplis pour développer la fabrication des explosifs nitrés est représenté par les courbes du graphique des figures 12
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- Fig. 12. — Production journalière en explosifs nitrés et nitratés, d’août 1914 à novembre 1918,
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- et 13 qui donne les quantités, exprimées en tonnes par jour, des différents explosifs livrés sous la forme même où ils ont été fournis aux services consommateurs.
- Ces courbes montrent le grand développement des mélanges fondus depuis le milieu de 1915 et la diminution, sur la demande de l’Artillerie, des livraisons de schneidérite et de dinitronaphtaline. Elles montrent surtout le grand développement de la fabrication d’explosifs en général qui, dans 1 ensemble, est passé de 8 à 9 t par jour, au début de la guerre, à 800 t au mois de juillet 1917.
- Il importe d’observer que, pour obtenir cet accroissement considérable, il
- Fig. 13. — Production journalière de différents explosifs nitrés ou nitratés, d’août 1914
- à novembre 1918.
- ne suffisait pas d’augmenter, dans un certain rapport, les installations existantes, de les porter seulement à une échelle agrandie : il a fallu aussi poursuivre de nombreuses études, afin de mettre au point certains procédés, voire même des fabrications entières, nouvelles.
- On rappellera seulement, dans cet ordre d’idées : la production du dini-trophénol en partant du chlorobenzène, la transformation du phénol, par une seule opération, en un mélange d’acide picrique et de dinitrophénol ; la mise au point de la fabrication de la tolite, de la xylite qui ont exigé des études longues et patientes.
- Cependant, et malgré ces conditions spéciales, le développement de la production des explosifs nitrés a été particulièrement rapide.
- Explosifs chloratés. — Après des essais ayant pour but l’emploi du perchlorate d’ammoniaque enrobé de paraffine pour le chargement des obus de 75, essais qui ont montré que cet explosif chloraté paraissait présenter une plus grande sensibilité au çboc que ceux à base de mélinite et analogues,
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- l’industrie chimique française pendant la guerre.
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- dans le cas des grandes vitesses initiales, on les a utilisés là où ces vitesses sont faibles. C’est le cas des grenades à main, des bombes d’aviation et des bombes pour mortiers de tranchées.
- La Poudrerie de Yonges fabriquait en temps de paix pour les travaux des mines, les cheddites, explosifs à base de chlorate de potassium ou de sodium, enrobés dans la paraffine et la vaseline. Pour les besoins de la guerre, on ne tarda pas à se borner d’abord, pour la fabrication de l’explosif S, à l’emploi du chlorate de sodium, en raison des difficultés éprouvées pour se procurer les quantités nécessaires de chlorate de potassium.
- Cet explosif S fut utilisé par le Génie pour le chargement des grenades et celui des grosses bombes pour mortiers de tranchées.
- En même temps, on utilisa : des mélanges de perchlorate d’ammonium et de paraffine; un explosif 90/10 pour les bombes d’aviation; un explosif 86/14 pour les petites bombes de mortiers de tranchées.
- Plus tard, l’augmentation des besoins nécessitant des quantités croissantes de perchlorate d’ammonium dont la préparation se faisait avec un moins bon rendement que celle du chlorate de sodium, on remplaça une partie du perchlorate par du nitrate de sodium. Cet explosif P était composé de : perchlorate d’ammonium 61,5; nitrate de sodium 30, paraffine 8,50.
- Rappelons que le développement des programmes successifs pour les différents services consommateurs et pour nos livraisons à l’étranger, a été le suivant :
- production (en tonnes par jour)
- Programme. Réalisation. d’explosifs perchloratés. d'explosifs chloratés.
- Février 1915 avril 1915. . . . ... 37 15
- 9 juillet 1915 novembre 1915 . . . . 44,3 79,7
- 19 octobre 1915 novembre 1915 . ... 33 82
- 8 avril 1916 juin 1916. . . . . . . 128 85
- En tenant compte de la composition centésimale des explosifs, ces dernières quantités se traduisent par des besoins en matières premières de :
- Perchlorate d’ammonium................................. 79 t
- Chlorate de sodium..................................... 77 t
- Examinons quelles mesures ont été prises pour réaliser progressivement ces productions :
- Fabrication. — La fabrication des explosifs chloratés comprend :
- 1° La production par voie électrolytique du chlorate de sodium et du perchlorate d’ammonium, leur dessiccation et leur purification;
- 2° L’enrobage de ces sels dans la paraffine.
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- Production des sels. — On s’adressa, pour cette production, à la Société des Forces motrices et Usines de l’Arve qui, d’ailleurs, pour cette fabrication, fît elle-même appel à l’appoint, peu important du reste, que pouvait lui fournir la production en chlorates de la Société d’Electrochimie et de la Compagnie d’Alais et de la Camargue.
- D’une production journalière, au début, de 20 t, la Société de l’Arve, sur la* demande du Service des Poudres, porta peu à peu ses livraisons à 50 t, grâce à l’adaptation successive à ses besoins, de l’Usine de Saint-Jean-de-Maurienne, puis de celle de FArgentière, qui, toutes deux, étaient agencées pour la fabrication de l’aluminium.
- Au milieu de 1915, les prévisions des besoins étant brusquement augmentées, on demanda à la Société de l’Arve un nouvel effort pour accroître encore ses moyens de production en chlorates et perchlorates.
- En dehors de l’usine d’Arreau, dans les Pyrénées, qu’il lui fut possible d’utiliser, il n’y avait plus, en France, de chutes d’eau aménagées disponibles et force fut à la Société d’en chercher à l’étranger. Elle réussit heureusement à s’en assurer deux, l’une de 10 000 kW à Badalona (Espagne), l’autre de 13 000 kW à Nora Montero (Italie). A elles trois, ces usines arrivèrent à une production maxima de 80 t par jour.
- Cette puissance de production, suffisante pour répondre au programme d’avril 1916 en chlorate de sodium, ne permettait cependant pas de couvrir les besoins en perchlorate d’ammonium (79 t). Un nouvel effort fut nécessaire et il porta sur la récupération de ce sel restant dans les eaux-mères.
- Fabrication du perchlorate d'ammonium. — Les matières premières pour la fabrication du perchlorate d’ammonium sont le chlorure de sodium et le sulfate d’ammonium, dont une partie nous venait d’Angleterre.
- La fabrication du perchlorate comporte d’abord l’électrolyse du chlorure de sodium qui, en solution, et par deux opérations successives, produit d’abord du chlorate, puis du perchlorate de sodium. Celui-ci est ensuite transformé en perchlorate d’ammonium par double décomposition avec le sulfate d’ammonium, opération réalisée presque entièrement à Cheddes. Au cours de ce traitement, les eaux résiduelles retiennent une certaine quantité de perchlorate qui n’en était pas retirée. Etudiée et mise au point, cette récupération procura une augmentation de rendemeut d’environ 30 p. 100, soit, pour une production de 50 t, un supplément de 15 t.
- D’autre part, il existait des résidus qui provenaient des traitements antérieurs et qui ont donné 8 t pendant 8 mois, de sorte que l’on a pu réaliser une production totale de 73 t par jour.
- Cette production totale, en tenant compte des stocks actuels de perchlo-
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- rate et d’explosifs fabriqués, a permis de faire face aux exigences des armées jusqu’à la fin de 1916, date à laquelle les besoins ont sensiblement diminué.
- Fabrication des explosifs proprement dits. — L’opération consiste, pour l’explosif P, à mélanger intimement le perchlorate d’ammonium et le nitrate de sodium, pour les deux explosifs P et S, à faire l’enrobage des sels dans la paraffine fondue. La Poudrerie de Yonges, avec l’aide de la Cartoucherie de Lamarche, située à quelques centaines de mètres, et qui appartient à la Société universelle d’Explosifs, laquelle a des attaches avec la Société de l’Arve, et concourait à la fabrication de l’explosif S, Yonges pouvait produire par jour :
- Explosifs perchloratés................................. 60 t
- Explosifs chloratés.................................... 50 t
- Le Service des Poudres installa, tout à côté de l’usine de Cheddes, un établissement d’Etat, où l’on pouvait fabriquer les explosifs chloratés sur le pied de 40 t par jour. Enfin, on décida la construction, à Castres, près de l’Atelier de Chargement des petites bombes de l’Artillerie, d’une poudrerie pour 60 t d’explosifs P. Lorsque après avoir commencé à produire, en avril 1916, elle travailla à plein rendement, elle a permis de demander moins à la Poudrerie de Cheddes, dont les bâtiments proches de l’usine privée, constituaient pour celle-ci une cause de danger possible; or, l’usine de Cheddes assurait, à elle seule, la transformation du perchlorate de sodium en perchlorate d’ammonium et le finissage de celui-ci.
- Quant à l’explosif S, sa production était assurée par Vonges et Lamarche (50 t) et par un établissement installé à Grenoble (50 t) près d’un atelier de chargement, de grosses bombes, par la Société universelle des Explosifs. En résumé, les installations réalisées permettaient la fabrication d’explosifs chloratés et perchloratés indiquée par le tableau ci-après :
- FABRICATION D’EXPLOSIFS
- (en tonnes par jour)
- chloratés. perchloratés
- Poudreries :
- Vonges............................. 50 60
- Cheddes............................ » 40
- Castres........................ » 60
- Grenoble........................... 90 »
- 140 160
- soit, au total, 300 t.
- Grâce à ces dispositions, il a été possible de satisfaire à tous les besoins qui se sont présentés.
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- Le graphique ci-dessous montre, pour les explosifs cliloratés et perchlo-ratés, la marche des livraisons aux différents services depuis le début de la guerre.
- Presque nul en septembre 1014 (un peu de cheddite seulement pour les besoins du Génie), le total commence à croitre en décembre, atteint 40 t en mai-juin 1915, 96 t en mars 1916, 175 t en novembre 1916.
- Les livraisons auraient pu facilement être plus considérables si cela avait
- Fig. 14. — Explosifs chloratés et perchloratës, ne 1 y14 à novembre 1918.
- été nécessaire; elles ont été limitées sur la demande des services consommateurs.
- Fabrications spéciales et nouvelles qui ont été demandées au Service des Poudres pendant la guerre 1914-1918. — Le Service des Poudres ne s’est pas borné à ses fabrications propres : il est venu en aide à d’autres services. Dans cet ordre d’idées, il convient de signaler les fabrications qui lui ont été demandées pour d’autres fins que celles des poudres et explosifs; parmi ces fabrications nous citerons l’ypérite, le chlore et le peroxyde d’azote.
- L'ypérite, ou sulfure d’éthyle bichloré, dont la production, à la Poudrerie d’Angoulême, par l’élégant procédé imaginé et mis au point dans ses propres établissements, par la Société chimique des Usines du Rhône, devait, à la demande du Service du Matériel chimique de Guerre, atteindre 24 t par jour.
- On se proposait de réaliser cette production par tranches successives. L’ensemble de l’installation comprenait huit appareils et ou espérait le mettre en marche successivement par groupe de deux. Peu avant la signature de l’armistice, la Poudrerie d’Angoulême avait réussi à mettre en marche deux de ces appareils, et atteignait déjà une production journalière de 6 t. A la signature de l’amistice, deux autres appareils étaient prêts à être mis en
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- route, ce qui aurait permis de produire 12 t.par jour. Les quatre autres devaient être achevés dans un délai très court et, vers le 1er janvier 1919, il eût été possible de livrer 24 t d’ypérite pour lesquelles l’installation avait été prévue.
- Chlore électrolytique. — Après avoir cédé au Matériel chimique de Guerre, pour ses fabrications, les usines à chlore de Paimbœuf et de Montereau, le Service des Poudres, en présence des besoins grandissants en chlore, n’a pas hésité à entreprendre l’installation, à la Poudrerie de Bergerac, d’une nouvelle usine à chlore par le procédé Solvay. Cette installation était très avancée et en très bonne voie d’achèvement, lorsque l’armistice mit fin aux projets élaborés quelques mois auparavant.
- Peroxyde d'azote. — Les Poudreries d’Angoulême et de Bassens ont également produit respectivement 70 à 80 et 25 à 30 t par jour, de peroxyde d’azote destiné à la préparation de Yanüithe, sorte de panclastite, utilisée pour le chargement des bombes d’aviation, et que l’usine du Pecq n’arrivait pas à fournir en quantité suffisante.
- Organisation et fonctionnement des achats à l’étranger. — Dans l’impossibilité de trouver, sur place, ou dans nos colonies, un certain nombre de matières premières, des machines, du matériel d’installation d’usines, il a fallu organiser tout un service d’achat et de contrôle dans la plupart des pays alliés ou neutres.
- La Suisse, l’Italie et l’Espagne, ont été mises à contributions pour l’achat de matériel de machines et de matières premières diverses. Le Chili, nous a livré des millions de tonnes de nitrate de sodium sans compter celui qu’il a fourni aux industriels. La Norvège a vu ses importations de nitrate d’ammonium dépasser 200 000 t. L’Angleterre, avec une fidélité inlassable nous a alimentés en benzols, naphtaline, houille, etc. L’Amérique, enfin, grand réservoir de toutes les matières premières qui nous manquaient nous fut d’un très grand secours par ses livraisons de poudres et d’explosifs terminés.
- Le Service des Poudres y avait une organisation puissante de contrôle, organisation qui comprenait, outre des ingénieurs, toute une série de laboratoires de chimie dont la création fut confiée à M. F. Binder avec un personnel technique de 16 à 18 ingénieurs-chimistes qui, tantôt rayonnaient dans les usines du continent américain, tantôt effectuaient le contrôle des produits prélevés avant d’accepter les livraisons. Au cours de notre exposé, nous avons insisté sur le tonnage considérable que comportaient ces livraisons de poudres, d’explosifs et aussi de matières premières. Le graphique de la figure 15 donne une idée de l’importance de ces fournitures.
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- NOVEM RRE-D K G EM BR E 1 920.
- Personnel. — Nous ne serions pas complet si nous omettions de dire un mot sur le personnel et sur les difficultés rencontrées pour son recrutement. Le développement de la production des nombreuses matières énumérées
- Importai ion s amèricai tj es
- 7ol al des importai ions Poudres _
- Coton poudrt
- >e _
- ~ue el
- Fig. 15. — Fournitures américaines en poudre, coton-poudre et explosifs, d’août 1914 à novembre 1918.
- dans notre exposé exigea un accroissement considérable de personnel, on peut même dire la constitution de toute une organisation qui n’existait pas en temps de paix.
- A n’en juger que par les seuls établissements de l’État, on aura une idée
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- de 1 importance de cet élément du problème en observant que les poudreries occupaient, en juillet 1914, une population de 7 700 personnes environ, avec un cadre de 44 ingénieurs, dont 7 n’avaient pas encore servi dans les poudreries, et que cet effectif atteignait 120 000, à la fin de 1917, comme le montre le graphique de la figure 16.
- Ajoutons que cet état-major d’ingénieurs ne comportait que deux chimistes, dont un, le regretté colonel d’artillerie Koehler, ne fut incorporé au Service des Poudres qu’un an avant la guerre; 14 agents-chimistes, recrutés au concours étaient, en outre, répartis dans les usines. Il vous
- Fig. 16. — Effectif du personnel employé dans les poudreries, de juin 1914 à novembre 1918.
- paraîtra comme à tous ceux qui ont le souci d’une bonne organisation, qu’une réforme s’impose, car s’il est des fabrications qui exigent des connaissances profondes, ce sont celles des poudres, des explosifs et des matières asphyxiantes. Il est vrai qu’à côté des 14 chimistes, du corps des chimistes militaires, on a pu trouver un concours des plus utiles parmi les chimistes de profession ou les maîtres de l’enseignement qui étaient mobilisés ; mais, apparte-nantà un cadre inférieur, ils n’avaient pas l’autorité qui revenait aux ingénieurs.
- Des difficultés particulières se sont rencontrées pour le recrutement du personnel ouvrier. Alors que l’Artillerie recherchait, surtout pour elle et pour ses fournisseurs, des ouvriers métallurgistes, le Service des Poudres n’eut pas la ressource d’une main-d’œuvre professionnelle analogue. L’industrie chimique française si restreinte, surtout celle s’occupant des produits organiques, ne put en effet fournir à cet égard que des éléments peu nombreux et qui furent bien vite totalement absorbés.
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- On dut faire appel à des ressources tout à fait étrangères à la profession ou aux professions similaires, d’abord à des cultivateurs en assez grand nombre, puis à des ouvriers et, enfin, à des coloniaux.
- Il fallut dresser cette main-d’œuvre aux travaux de fabrication des différentes matières explosives et cet apprentissage ne se fit pas sans difficultés. Au moment de la production maxima (milieu de 1917) le personnel ouvrier comprenait 47 p. 100 de Français, 21 p. 100 d’ouvrières françaises et 32 p. 100 de coloniaux ou d’étrangers.
- Il nous resterait encore à signaler les organes d’études qui ont été fondés, les diverses commissions qui ont été instituées pour examiner les propositions nouvelles et présider aux expériences qu’elles comportent, les missions envoyées à l’étranger, etc., etc., mais nous craignons d’abuser de vos instants en entrant dans les détails de ces diverses organisations.
- Conclusions. — Rien ne peut être plus saisissant que de comparer la production journalière des poudres et explosifs divers au cours des années qui ont précédé la guerre et pendant cette guerre. Cette comparaison donne la mesure de l’effort accompli :
- Au mois
- Avant 1914. de juillet 1917.
- Poudres B . , . . Explosifs nitrés. . Explosifs chloratés
- 15
- 6
- 370
- 700
- 176
- Au cours du développement de cette production, des obstacles de toute nature se sont présentés, causant, sinon des inquiétudes, tout au moins de vives préoccupations. C’est ainsi qu’outre les difficultés d’ordre général des transports, des frais, de la main-d’œuvre, qui se firent sentir avec la même acuité dans toutes les fabrications de guerre, on rencontra des difficultés spéciales. Nous nous bornerons à rappeler d’un seul mot chacune des matières et produits dont l’approvisionnement détermina des craintes plus ou moins vives : l’acide sulfurique concentré, l’oléum, la pierre de volvic, les presses hydrauliques à poudre B, les grès chimiques, etc.
- C’est par un effort constant, et la volonté d’aboutir à tout prix, que le Service des Poudres a pu venir à bout de toutes ces difficultés.
- Avant de terminer ces conférences, je crois de mon devoir de rendre un juste et légitime hommage aux hommes dévoués qui, tant à l’Administration centrale que dans les poudreries mêmes, ont présidé, avec une autorité et un haut sentiment de leurs responsabilités, à la mise en marche et à la surveillance des multiples fabrications qu’exigeait la lutte gigantesque qui se livrait.
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- Malgré les besoins croissants, signalés périodiquement par le Grand État-Major, malgré les difficultés de tout ordre suscitées par les événements et souvent aussi par des esprits chagrins, ces hommes ne se sont, à aucun moment, départis de la sérénité que commandaient les circonstances. Chaque programme nouveau les trouvait prêts à faire un nouvel effort, et on peut ajouter que, dans leur esprit de prévoyance, ils s’attachaient même à aller au-devant des désirs exprimés par le haut Commandement.
- S’il ne m’est pas possible de citer tous ceux qui, à des titres divers et avec la même abnégation, ont partagé les responsabilités, je ne saurais cependant passer sous silence deux noms, celui de M. Barrai et celui de M. Mauclère, successivement Directeurs généraux du Service des Poudres.
- Par la connaissance parfaite qu’il avait des délicats rouages de ce grand service, par la confiance et le dévouement déférent que lui témoignaient tous ses collaborateurs, M. Barrai a été à même, dans les moments difficiles du début, de parer aux besoins les plus pressants et de prendre les premières dispositions pour accroître nos ressources. Quant à M. le Contrôleur général Mauclère, bien que primitivement non initié aux fabrications auxquelles il devait donner la plus vive impulsion, il s’est rapidement révélé et comporté comme un chef de haute envergure. La vision très nette qu’il avait de l’ampleur qu’allait prendre la lutte, la confiance inébranlable que lui inspiraient l’armée et ses chefs, lui ont permis de faire valoir à tout moment son remarquable esprit de décision et de prendre, avec une volonté et une énergie toujours souriantes, les initiatives les plus hardies et les résolutions les plus appropriées aux événements.
- A. Haller.
- Tome 132. — 2e semestre. — Novembre-Décembre 1920.
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- LA DESTRUCTION SYSTÉMATIQUE PAR LES ALLEMANDS DES USINES MÉTALLURGIQUES DU NORD ET DE L'EST DE LA FRANCE (1)
- PAR
- M. L. Bâclé,
- Vice-président de la Société cV Encouragement.
- Au sortir de la terrible mêlée dans laquelle la France a sacrifié sans compter le sang des meilleurs de ses enfants pour le salut de la Patrie et la défense de la liberté du monde, nous sommes malheureusement obligés de constater que la victoire ne nous apporte pas encore la fin de nos épreuves; car la lutte continue maintenant sur le terrain économique, non moins difficile et dangereuse que sur le terrain militaire.
- Cette lutte nouvelle se présente malheureusement pour nous dans les conditions les plus défavorables, car la production française est gravement atteinte maintenant par l’abstention forcée des régions du Nord et de l’Est dont les mines et usines ont été détruites au cours de la guerre par l’invasion allemande, Et la situation est d’autant plus grave qu’il s’agit des industries primordiales par excellence, l’exploitation des mines de houille et la métallurgie du fer, qui donnent à toutes les autres leur aliment obligé, et, en voyant aujourd’hui nos malheureux industriels privés de charbon, manquant du métal nécessaire pour la réédification de leurs usines, la construction des machines de toute nature dont ils ont besoin, on s’explique aussitôt comment leurs efforts vainement poursuivis restent impuissants pour retrouver l’activité passée avec un chiffre de production comparable à celui d’avant-guerre, alors qu’il s’attache cependant pour la France un intérêt vital à ce que nous puissions satisfaire aux besoins de la consommation intérieure sans recourir aux importations étrangères. La crise du change nous rappelle à chaque instant cette cruelle vérité en nous montrant la France entraînée vers la ruine forcée par l’énormité des dépenses résultant de ses achats extérieurs, et l’opinion publique à l’étranger, qui ne connaît pas ou veut ignorer les difficultés insurmontables qu’entraînent pour nous les ruines de la guerre,
- (1) Conférence faite en séance publique le 30 octobre 1920.
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- LA DESTRUCTION DE NOS USINES MÉTALLURGIQUES PAR LES ALLEMANDS. 827
- s étonne tout au moins, si parfois même elle ne s’en félicite pas, de voir la France impuissante à développer maintenant sa production comme il serait nécessaire, incapable en un mot de se relever sur le terrain économique comme elle a su le faire avec tant de courage et d’abnégation sur le terrain militaire.
- Partant de cette observation superficielle, l’opinion est amenée trop souvent à juger sévèrement l’inaction apparente de l’industrie française sans vouloir tenir compte que nos régions du Nord et de l’Est qui étaient les plus industrieuses du pays sont privées maintenant de tous les moyens de production dont elles disposaient. Et cependant les dévastations systématiques dont elles ont été victimes expliquent malheureusement trop bien leur impuissance présente; mais il faut que cette situation soit connue dans toute son horreur et appréciée en conséquence par l’opinion universelle dans les pays étrangers, neutres ou alliés, aussi bien que dans les pays ennemis; il faut en un mot que l’humanité entière sache que, dans les pays occupés, un ennemi barbare a systématiquement enlevé, saccagé ou détruit tout ce qu’il a pu atteindre : les maisons ont été brûlées, les usines démolies, privées de tout leur matériel fixe ou mobile, les mines inondées de manière à empêcher dans la mesure du possible l’accès des gisements minéraux que l’ennemi avait le cruel regret de ne pas pouvoir détruire, la terre elle-même a été violée par l’enlèvement de la couche d’humus appropriée à la culture, par la destruction des arbres fruitiers coupés à un mètre au-dessus du sol, car nos barbares envahisseurs, dignes successeurs du chef des Huns, de l’Attila qui leur avait montré la voie dans le passé, tenaient à honneur de pouvoir dire comme lui que l’herbe ne saurait plus pousser là ou ils avaient posé leurs pas.
- De cette région si fertile et industrieuse, ils ont fait vraiment « le désert de France » où la terre inculte et abandonnée, apparaît maintenant, creusée déchiquetée, bouleversée en tous sens, impuissante à revenir à la vie, comme dans une sorte de paysage lunaire qu’un cataclysme géologique aurait tout à coup fait surgir devant nos yeux épouvantés.
- Et ces destructions ne sont pas simplement le résultat obligé des ravages involontaires que la guerre traîne toujours avec elle; non, il s’agit au contraire d’opérations effectuées de sang-froid avec les engins les plus efficaces, avec les méthodes scientifiques les plus perfectionnées, par un concurrent jaloux et envieux qui veut avant tout imposer son hégémonie sur le monde par la suppression de ses rivaux. Quelle que soit l’issue de la guerre, il veut triompher dans la lutte industrielle qui suivra, et, pour y parvenir, il n’hésite pas à recourir aux moyens de pillage et de destruction les plus odieux. Dans ces usines du Nord qui comptent parmi les plus belles et les plus puissantes
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- 828 DESTRUCTION SYSTEMATIQUE PAR LES ALLEMANDS. — NOV.-DÉC. 1Ô20.
- de l’Europe entière, les Allemands enlèvent d’abord les produits finis et les matières premières, évitant de faire aucun dommage tant qu’ils entretiendront en eux l’espoir de les conserver définitivement; mais, lorsqu’ils ont perdu toute illusion sur la victoire militaire, ils s’attaquent sans vergogne à l’outillage fixe et mobile en enlevant tout ce, que les concurrents allemands trouvent à leur convenance, puis aux bâtiments eux-mêmes; ils démolissent et brisent complètement le matériel restant pour en faire de la ferraille en poussant la prévoyance jusqu’à fausser ou détruire toutes les pièces qui pourront subsister encore, comme par exemple les boulons d’attache dans les fondations en béton qui pourraient servir plus tard à reconstruire ces installations détruites; la prévoyance allemande n’oublie pas en effet qu’il ne faut rien négliger pour abattre par avance la concurrence à venir, et cette besogne de brigandage à main armée est dignement complétée le plus souvent par le vol des espèces et des titres en caisse.
- Ces mêmes procédés ont été appliqués avec ce même esprit d’organisation scientifique à toutes les grandes industries de la région occupée. Celles-ci ont vu en effet leurs usines pillées ou détruites sur des ordres venus d’en haut, en dehors de toute utilité militaire, par des brigands sans scrupule; mais cet effort destructeur s’est porté surtout, comme nous le disions tout à l’heure, sur ces industries primordiales des mines et de la métallurgie, qui sont en quelque sorte le véritable thermomètre de la prospérité générale d’un pays.
- Dans le discours inaugural que notre éminent collègue, M. E. Gruner, prononçait le 3 janvier dernier devant la Société des Ingénieurs civils de France en prenant possession du fauteuil de la présidence, il a montré comment les Allemands se sont acharnés à ravager nos mines du Nord afin de les mettre hors d’état de rien produire pendant de longues années. Dès le début de l’occupation l’ennemi espérait bien, nous dit-il, se les annexer définitivement, assuré qu’il était de pouvoir substituer aux ports lointains de Hambourg, Brême ou Lubeck, les ports bien autrement faciles à exploiter d’Anvers, Dunkerque, Calais ou Boulogne.
- Aussi les ménagea-t-il pendant la première année, comptant bien en tirer parti pour ses besoins, comme il le fit pendant quatre ans dans les houillères belges.
- Il dut toutefois renoncer à cette espérance à partir de mai 1915 lors des attaques de Lens et Vimy qui l’obligèrent à prévoir désormais la possibilité d’un refoulement, et c’est alors que, dans sa rage impuissante, il prit la décision de rendre inexploitables ces gisements miniers voisins du front de bataille qu'il aurait voulu détruire à jamais.
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- Et ce fut alors la destruction systématique, scientifiquement opérée d après les méthodes les plus perfectionnées. Les ingénieurs allemands les plus qualifiés n hésitèrent pas à s’associer à cette œuvre honteuse et barbare, et l’enquête poursuivie à ce sujet a montré en effet, nous dit M. Gruner, par 1 examen des propositions établies par eux pendant la guerre sur la demande du quartier général allemand, tout le soin et la méthode qui présidaient à 1 établissement de ces projets. On y saisit sur le vif cette volonté formelle et réfléchie d’obtenir la destruction systématique poursuivie jusqu’à la ruine totale des installations occupées.
- En lisant, par exemple, l’histoire détaillée des dévastations successives ainsi opérées dans les concessions de Liévin et de Lens, rédigée par ceux-là mêmes qui en ont été les auteurs, nous pouvons suivre cette œuvre de destruction dans toutes ses étapes, y admirer l’esprit de méthode et de ténacité infernale des ingénieurs allemands. Nous les voyons en effet qui, voulant par exemple faire sauter les cuvelages pour inonder les puits de mine, s’attachent d’abord à déterminer les niveaux les plus dangereux et s’efforcent ensuite de provoquer des brèches dans le cuvelage en employant des charges de dynamite continuellement croissantes jusqu’à ce que le résultat visé soit atteint. Et ce n’est pas sans peine, car la tâche est particulièrement rude et difficile, et le plus souvent il faut y revenir à plusieurs reprises, comme c’est le cas par exemple dans les mines de Lens pour la fosse n° 12 qui a été attaquée à cinq reprises différentes, du 21 octobre 1915 au 23 juin 1916, aux profondeurs de 52, 55, 67 et 103 m, et pour la fosse n° 14 qui a été attaquée sept fois, du 23 octobre au 8 novembre 1915.
- Aucun des 21 puits de Lens n’est resté intact, tous ont été dynamités et inondés, et à Lens comme à Liévin, les concessions sont noyées dans toute leur étendue. Les ingénieurs allemands peuvent être fiers de leur œuvre car ils ont travaillé pour la prédominance de la plus grande Allemagne qui est au-dessus de tout, et ils ont bien mérité les distinctions et récompenses qui ne leur ont pas été ménagées.
- Le travail si documenté dans lequel M. Ed. Gruner a relaté ces dévastations méthodiques a produit une impression profonde dans les pays étrangers; la plupart d’entre eux s’étaient en effet refusés jusqu’à présent à admettre de la part des armées allemandes cette volonté réfléchie de faire le mal qu’exprime si bien cependant ce mot allemand intraduisible en français, « Schadenfreude », et ils ne voulaient voir dans ces destructions qu’une conséquence certainement regrettable, mais purement accidentelle, de la guerre.
- L’opinion mondiale ainsi éclairée par l’exposé des faits comprend aussitôt combien sont légitimes et malheureusement trop fondées les récla-
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- mations de la France victime d’un ennemi sans scrupule qui a voulu la faire périr.
- En même temps qu’ils s’efforçaient de détruire notre industrie minière dans la mesure où il leur était possible d’y réussir, nos ennemis s’attaquaient également à notre industrie métallurgique dont ils voulaient anéantir toutes les usines et, là encore, ils éprouvaient devant ces dévastations une satisfaction d’autant plus profonde qu’ils y voyaient la possibilité d’assurer cette fois la ruine complète de la seconde industrie primordiale d’où dépend la prospérité et l’activité de toutes les autres, et, par là, de ruiner la France entière.
- Les établissements des régions envahies occupaient, en effet, une place prédominante dans notre industrie métallurgique, et, en prenant par exemple les statistiques de 1912, nous voyons que la production d’acier atteignait 1425 000 t dans la région de l’Est et 1042 000 t dans celle du Nord, soit ensemble 2 467 000 t sur un total de 3 250 000 t pour la France entière, de sorte que l’anéantissement des usines ainsi occupées devait forcément ramener pour de longues années la production totale française à un chiffre de 783 000 t seulement, n’atteignant même plus le quart de celui d’avant-guerre. Ajoutez encore que ces établissements, dont la plupart étaient de construction toute récente, étaient munis d’un outillage moderne tout à fait perfectionné, assurant une production intensive et économique; les plus anciennes usines avaient été restaurées, d’autre étaient complètement neuves, plusieurs d’entre elles comptaient parmi les plus importantes et les mieux outillées d’Europe; toutes à l’envi s’efforçaient d’augmenter chaque jour leur production totale, et elles allaient devenir par là même pour l’industrie allemande sur le marché mondial un concurrent qu’elle n’aurait plus le droit de négliger.
- On peut même dire que ce résultat était déjà atteint pour les établissements Arbel de Douai, par exemple, qui, peu de temps avant la guerre, avaient réussi à enlever à la firme Van Der Zippen, de Kalk, près Cologne, la commande de 100 wagons pétroliers roumains. C’en était trop, en effet, il n’y avait plus à hésiter devant cette menace que le patriotisme allemand ne pouvait pas tolérer, et, puisque le destin lui-même avait voulu mettre l’Allemagne en possession de tous ces moyens d’action dont un ennemi abhorré voulait se servir pour combattre une suprématie qui lui revient de droit divin, il était de toute justice de prévenir à l’avance, par des destructions méritées, cette concurrence grandissante. Et forts de cette conviction qu’ils travaillaient pour la grandeur de la patrie, nos ennemis n’ont pas hésité à accumuler les dévastations qu’ils ont rendues toujours plus complètes à
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- mesure qu’ils sentaient s’éloigner la victoire escomptée et s’approcher le jour du recul obligé.
- Et ce qui accentue encore, s’il était possible, le caractère odieux de ces mesures barbares, ce sont les déclarations hypocrites invoquées pour les justifier, car les Allemands ont toujours eu soin de les présenter comme inspirées par le désir de sauvegarder le matériel des usines envahies. Dès les premiers jours de l’occupation, ils organisent, sous le nom de Schutzverwaltung, une administration spéciale chargée de veiller sur les usines françaises, et celle- ci s’empresse d’ailleurs de les dépouiller aussitôt de tous leurs approvisionnements qu’elle expédie en arrière; mais c’est, dit-elle, simplement pour les éloigner du front afin de les mettre à l’abri des dangers de la guerre. Plus tard, dans une circulaire en date du 18 novembre 1916, la Schutz invoque le prétexte imaginaire d’attaques d’avions français pour décider le transfert des installations industrielles à l’intérieur du territoire allemand, et elle pousse même le cynisme jusqu’à inviter les sociétés intéressées, propriétaires de ces installations, à apporter leur concours à l’exécution des mesures qui vont les en dépouiller.
- Ainsi que le remarquait, avec juste raison, l’éminent administrateur directeur de la Société des Aciéries de Longwy, M. Dreux, dans le rapport adressé par lui au conseil d’administration delà Société, ce document caractéristique présente bien toutes les marques de la duplicité germanique, car aucun établissement n’avait encore été bombardé, et les avions français n’étaient jamais apparus dans la région qu’à de rares intervalles.
- « Toute la méthode allemande est là, observe M. Dreux avec une juste sévérité, piller et couvrir le pillage du nom de protection dans tous les documents officiels pour donner le change et essayer de tromper l’histoire. Peine inutile, les faits sont là prouvant de la part de nos ennemis une fourberie et une hypocrisie révoltantes qui sont trop souvent allées de pair avec les dévastations les plus éhontées. »
- Lorsque les Allemands décidèrent ensuite de consommer la destruction complète des usines occupées, ils créèrent, dans le même esprit, un service de mise en valeur des machines et matières premières, la Rohstoff-und-Mas-chinenverwertungstelle, désigné par abréviation sous le vocable de Rohma, qui se bâta aussitôt et par ordre d’enlever ou de briser tout ce qu’il était censé devoir conserver, poussant lui aussi le cynisme jusqu’à demander aux sociétés intéressées de fournir elles-mêmes les ouvriers nécessaires pour aider les spécialistes chargés des démolitions.
- Et c’est ainsi que s’est poursuivi et consommé le douloureux martyre de nos établissements métallurgiques, d’abord dépossédés de tous leurs appro-
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- visionnements, puis de tout leur outillage mobile, ce qui les rendait déjà inutilisables pour longtemps. Mais cela ne suffit pas encore, voici que la défaite paraît imminente, il faut à tout prix détruire ce qui ne peut être enlevé, raser toutes les constructions, aller jusque dans l’intérieur du sol fouiller les fondations elles-mêmes qui devront être rendues inutilisables; car le salut de l’Allemagne exige qu’il ne reste pas de ces usines pierre sur pierre ; les ruines elles-mêmes doivent être détruites suivant l’expression du poète : Etiam periere ruinæ \ il ne faut pas, en un mot, que, dans le cahos informe des champs dévastés, labourés par les explosions meurtrières, il subsiste aucun souvenir de ces installations grandioses qui étaient la vie des populations industrielles rassemblées autour d’elles.
- Sur les terrains dévastés qui aujourd’hui subsistent seuls pour conserver le souvenir des grands étabissements qui ne sont plus, plane réellement cette tristesse infinie dont parlait le poète lorsqu’il évoque devant nous la vision des champs déserts où s’élevait dans le passé la grande ville de Troie, Et carnpos ubi Troja fuit, et, en vérité, il s’agit bien pour la France d’un désastre comparable à celui qu’entraînait pour les Troyens la destruction de leur capitale, puisque nos établissements métallurgiques du Nord et de l’Fst étaient en quelque sorte le rempart de la France dans les luttes économiques présentes.
- Cette histoire douloureuse est malheureusement celle de toutes les usines situées en pays envahis, car toutes ont été d’abord pillées, puis graduellement détruites dans les derniers mois de la guerre, alors qu’il n’y avait même plus de possibilité d’invoquer le prétexte des nécessités militaires; la seule différence entre elles tient à ce que la destruction a été partielle poulies unes et totale pour les autres suivant le temps dont l’ennemi a pu disposer avant de battre en retraite.
- Il convient maintenant d’illustrer ces observations générales par des exemples concrets dans lesquels vous verrez à l’œuvre la barbarie allemande; il faut, en effet, que vous puissiez apprécier les procédés infâmes qu’elle a employés, les résultats abominables qu’elle a obtenus, et, puisqu’il serait impossible de vous présenter le lamentable défilé de ses nombreuses victimes, vous me permettrez de m’attacher spécialement à quelques usines choisies parmi celles dont la douloureuse histoire nous est le mieux connue, pendant que je ferai en même temps défiler sous vos yeux les vues des principales installations, prises avant et après la destruction. Je n’ai pas besoin de vous dire d’ailleurs que, le plus souvent, ces vues pourraient s’appliquer aussi bien aux autres usines dont nous n’avons pas le temps de parler ici, car la destruction est à peu près la même partout, tellement par
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- faite que ces ruines se ressemblent et se confondent pour le visiteur qui, même averti, est impuissant à retrouver dans ces décombres informes les belles installations qu’il avait pu voir et admirer avant la guerre.
- Usines de Denain et Anzin.
- (Fig. 1 à 10.)
- Le groupement des Usines de Denain et d’Anzin appartenant à la Société
- Fig. 1. — Usines de Denain : Vue d’ensemble sur les hauts fourneaux de 220 t et les halles de laminage de l'aciérie Jordan avant la guerre.
- du même nom constituait avant la guerre l’un des plus beaux et des plus puissants parmi les grands établissements métallurgiques français, mais son importance même le désignait aux coups d’un ennemi sans scrupule qui, voulant à tout prix anéantir ses rivaux, n’a pas manqué d’appliquer à Denain les méthodes savantes de destruction impitoyable que nous venons d’exposer.
- Ces usines, dont la création remonte à la première moitié du siècle dernier (1834- et 1833), au début de l’essor qu’a pris alors la métallurgie en France, avaient été complètement transformées à plusieurs reprises par la Société actuelle qui en prit possession en 1849, car celle-ci s’était toujours attachée depuis lors à augmenter leur puissance d’action et à les doter de l’outillage moderne le plus perfectionné. En fait, toutes les installations
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- Fig. 3. — Usines de Denain : Aciérie Jordan : Halle de coulée de l’aciérie Thomas.
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- Fig. 4. — Usines de Denain : Aciérie Jordan : Blooming n° I avant la guerre.
- Fig. 5. — Usines de Denain : Aciérie Jordan : Le train à poutrelles avant la guerre.
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- étaient relativement récentes et on y rencontrait seulement quelques vestiges des installations anciennes conservées surtout en raison de leur intérêt historique. Après les dernières transformations, en voie d’achèvement au moment de la déclaration de la guerre, l’usine de Denain comprenait comme installations principales : six hauts fourneaux, dont deux récem-ments terminés, donnant une production journalière de 200 t, une aciérie
- Fig. 6. — Usines de Denain : Aciérie Jordan : Atelier de laminage (ce qui reste de l’installation d’une turbo-dynamo de 800 kW, utilisant les vapeurs d'échappement des machines motrices des laminoirs à gros profilés).
- Thomas comportant quatre convertisseurs avec trains bloomings et de nombreux laminoirs à profilés, puis une aciérie Martin comportant huit grands fours pour la fabrication des tôles de toutes dimensions, laquelle constituait une des spécialités les plus renommées de l’usine. La Société venait aussi de terminer en juillet 1914 et allait mettre en marche une nouvelle grosse tôlerie qui devait compléter la série de ses laminoirs à tôles, en lui permettant d’obtenir les dimensions les plus fortes. Cette magnifique installation comportait en effet un train de 4,350 m de largeur de table pouvant produire 150 t par poste et elle était complétée par un atelier d’emboutissage et d!en\rirolage qui devait en faire l’une des plus puissantes d’Europe.
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- Fig. 8. — Usines de Denain : Tôlerie moyenne : Emplacement des cages et des appareils annexes (ce train avait 3 cages, une ébaucheuse, 2 finisseuses).
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- L’usine d’Anzin possédait deux hauts fourneaux de 100 t produisant de la fonte hématite destinée aux ateliers de fonderie et de puddlage ainsi qu’à l’alimentation des fours Martin des deux aciéries de Denain et d’Anzin, cette dernière comportant deux grands fours de 30 t.
- Les deux usines réunies atteignaient en 1912 une production totale de 317 798 t de fontes diverses et 403 863 t d’acier en lingots, dont 241 362 t d’acier Thomas et 162 301 t d’acier Martin, donnant 203 376 t de rails, pou-
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- Fig. lJ. — Usines de Denain : Nouvelle grosse tôlerie : ce qui reste d’un atelier de laminoir à très grandes et grosses tôles de 4,350 m de table avec cisailles, machines à dresser, occupant 3 ha de terrain dont 2,5 couverts. Cet atelier qui avait coûté 8 millions de francs était entièrement achevé et prêt à être mis en travail.
- trelles, aciers et fers marchands, 90 967 t de tôles et larges-plats et 3 471 t d’acier moulé.
- Les agrandissements en cours devaient permettre de dépasser en 1917 le chilfre de 300 000 t de production.
- Les usines occupaient 7 300 ouvriers.
- Cette magnifique installation qui était cependant fort éloignée du front de bataille a été complètement pillée et détruite par les Allemands, sans aucune nécessité militaire, et, lorsque, après cinquante et un mois d’occupation ennemie, les troupes canadiennes arrivèrent à Denain, elles n’y trouvèrent plus que des ruines informes et des halles vides, endommagées par le
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- feu, marquant la place des grandes et belles usines qui, en 1914, comptaient parmi les plus puissantes du continent.
- L’histoire du martyre des usines de Denain est celle de toutes les usines de la région envahie qui ont été comme elles anéanties par les Allemands, mais il convient de marquer les principales étapes de ce travail de destruction systématique, car elles mettent bien en lumière l’esprit de concurrence commerciale qui l’a inspiré.
- Fig. 10. — Usines de Denain : Intérieur de la centrale de l’aciérie Jordan qui abritait quatre génératrices, trois de 600 HP et une de 350 HP.
- Lorsque les Allemands arrivèrent à Denain en septembre 1914, ils demandèrent aussitôt que l’usine travaillât pour les besoins de l’armée occupante. Sur le refus formel de la direction, ils annoncèrent qu’ils sauraient user de représailles, et cette menace qui devait entraîner dans la suite les mesures les plus odieuses, prises en violation des lois de la guerre toujours respectées jusqu’à présent par tous les peuples civilisés, ne resta pas une vaine formule puisque l’exécution en fut poursuivie jusqu’à l’anéantissement complet des établissements qu’elle visait.
- Ce fut d’abord l’enlèvement méthodique des matières d’approvisionnement de toute nature poursuivi pendant dix-huit mois, de novembre 1914 à mars 1915, puis l’enlèvement des machines, organisé par le capitaine de
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- réserve Boeking, lui-même industriel à Mühlheim, qui s’attacha à démonter tout ce qu’il trouvait à sa convenance, notamment les fours Martin de l’usine d’Anzin, pour les emportera Mühlheim et les remonter dans son usine. L’installation de la grosse tôlerie fut aussi enlevée dans les mêmes conditions, mais le temps manqua sans doute pour la réinstaller dans une usine allemande et elle fut retrouvée, après l’armistice, à Dortmund à l’état de ferraille.
- En août 1916, commença la dévastation systématique et impitoyable dirigée par un spécialiste en la matière, le contremaître Dreyer qui, du reste, en vint dans la suite à exercer ses talents pour le pillage à son profit personnel en dévalisant l’intendance allemande elle-même, de sorte qu’il se fit révoquer, car le pillage n’est admis par l’Allemagne que lorsqu’il est pratiqué à son profit.
- Gomme le travail de dévastation marchait trop lentement, on recourut aux mesures énergiques et on chargea un ferrailleur spécialiste de tout détruire en transformant les machines et pièces métalliques en ferraille et en renversant toutes les constructions. Et alors, les engins destructeurs les plus perfectionnés entrent en action, coupant dans les parties accessibles, brisant par explosion ou par choc direct tout ce qui résiste, c’est le chalumeau oxhydrique, la dynamite, le marteau, c’estla sarabande infernale des pièces brisées projetées en l’air, des maçonneries éventrées, des constructions renversées, c’est la masse énorme d’un haut fourneau tout entier qui s’abat d’un seul coup sur le sol avec un bruit formiclable dans un nuage de poussière et de projections comme sous l’action d’un tremblement de terre, après qu’on eût fait sauter à la dynamite deux des colonnes de support.
- Et ce n’est pas tout encore, il faut que les ruines elles-mêmes disparaissent à leur tour, car elles subsisteraient comme une sorte de protestation éternelle formulée par des témoins incorruptibles, et, surtout, elles pourraient servir peut-être à la reconstruction, il faut donc qu’elles périssent elles-mêmes, et l’ennemi féroce s’attache maintenant à bouleverser encore à coups de dynamite les fondations de tous les bâtiments déjà renversés; enfin, lorsqu’il est obligé de partir, il met le feu à tous ceux qui restent encore debout, qu’il avait épargnés jusque-là comme lui servant de magasins de dépôt.
- Forges de Douai. Société Arbel.
- (Fig. 11 à 18.)
- Les Forges et Ateliers de Douai appartenant à la Société Arbel comprenaient en 1914, avant la déclaration de la guerre, une aciérie pouvant produire annuellement 92 000 t d’acier, un atelier de forge avec une presse à
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- forger et 12 pilons, des laminoirs à grosses et fines tôles, un atelier d’ajustage avec un atelier d emboutissage qui était certainement unique en Europe, car il disposait d une presse de 22 m de longueur pour la fabrication des châssis d automobiles et de wagons. En y joignant enfin un atelier spécial pour la construction des wagons de grande capacité, les constructions occupaient une superficie totale de 14 ha. Ces établissements comptaient certainement parmi les grandes installations de la région du Nord dont la concurrence gênait
- Fig. 11. — Forges de Douai : Atelier de grosse forge en 1914.
- particulièrement l’industrie allemande, et, bien qu’ils soient toujours restés à une distance de 30 km au moins du front de bataille, nous constatons sans étonnement que l’occupation allemande leur a fait plus de mal qu’ils n’en auraient éprouvé s’ils avaient été placés sur le théâtre même de la lutte. Ils ont été en effet systématiquement pillés et dévastés, puis, finalement, détruits dans des conditions qui font de cette histoire l’un des épisodes les plus caractéristiques de la guerre économique telle que les Allemands 1 ont comprise ; nous reconnaissons-là, en effet, une fois de plus qu ils ont poursuivi la guerre au mépris des conventions toujours respectées depuis l’origine du monde par les belligérants, quel que fut leur degré de civilisation.
- C’est que les Forges de Douai se trouvaient tout particulièrement désignées à la vindicte allemande par l’importance de la situation industrielle Tome 132. — 2e semestre — Novembre-Décembre 1920. 64
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- Fig. 12. — Forges de Douai : Atelier d’emboutissage en 1914.
- Fig. 13. —
- Forges de Douai : Atelier de wagonnage en 1914,
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- Fig. 14. — Forges de Douai : Atelier de wagonnage en 1918.
- Fig. 15. — Forges de Douai : Salle des machines motrices en 1914.
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- qu’elles avaient su s’acquérir en quelques années sous l’habile direction de leur fondateur, M. Pierre Arbel, dans certaines fabrications spéciales comme celle des grands emboutis et dans la construction des wagons à grande capacité. Grâce à la puissance des nombreuses presses et des engins divers dont elles disposaient, elles avaient réussi à supprimer en France l’importation des grands emboutis dont les Allemands inondaient notre marché auparavant. Elles étaient même parvenues à supplanter la concurrence allemande à
- Fig. 16. — Forges de Douai : Salle des machines motrices en 1918.
- l’étranger pour les fournitures de wagons, et c’est ainsi que les établissements Arbel venaient en 1914 d’enlever de haute lutte, comme nous venons de le dire, la commande des 100 wagons pétroliers roumains.
- C’était là un succès que les Allemands ne pouvaient pas pardonner et l’occasion était vraiment trop belle pour qu’ils puissent hésiter à satisfaire leur jalousie envieuse au profit de leurs intérêts commerciaux en détruisant j usque dans ses fondements une usine qui avait surgi du sol il y a vingt-cinq ans seulement, et qui, en un laps de temps si court, était devenue pour eux une rivale dangereuse occupant une place prépondérante sur le marché européen.
- Nous avons d’ailleurs sur ce point les déclarations des Allemands eux-
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- mêmes avouant avec une inconscience vraiment cynique les préoccupations de rivalité commerciale qui ont inspiré ces dévastations.
- Voici par exemple M. Charlier, associé de la maison Van Der Zippen, et son beau-frère le capitaine Boeking, chargé du service des destructions, disant à l’ingénieur des Ateliers Arbel devant la grande presse de 1 200 t de 22 m de longueur, dont nous venons de parler: « Voici l’engin avec lequel vous avez
- enleA^é la commande roumaine, nous allons l’emporter chez nous pour l’exécuter à votre place.... »
- De son côté, M. Schrodter, le célèbre métallurgiste allemand, signalait dans le rapport présenté par lui en janvier 1915 devant l’assemblée générale du Verein Deutscher Eisenhüttenleute, l’importance rapidement croissante qu’avaient prise avant la guerre les établissements de Douai, et l’intérêt qui s’attachait pour l’industrie allemande à la suppression de cette concurrence ; d’autre part, l’économiste allemand Stresmann, parlant devant le Reichstag, avouait que le « pillage », comme disent les Français, des usines textiles et mécaniques, impose à la France une perte de plusieurs milliards, et il ajoutait cyniquement qu’il faut féliciter l’industrie allemande d’être ainsi débarrassée d’un adversaire redoutable.
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- Ces principes reçurent à Douai une application aussi complète que possible avec des raffinements de cruauté ingénieuse et méthodique, et, de ces grands établissements, de cette fameuse usine, célébrés par M. Schrodter, il ne restait après le départ des Allemands absolument rien qu’un monceau de décombres et de ferrailles. Sur les 11 ha construits, il subsistait à peine 1 ha supportant les murs de trois cadavres de bâtiments à demi écroulés.
- Tout le matériel, les fours Martin, les chaudières, les centrales, le matériel
- Fig. 18. — Forges de Douai : Vue de l’usine n° 3 en 1918.
- électrique, les laminoirs, les presses à emboutir, à forger, les fours, les outils mécaniques, tout cet ensemble est parti, prenant le chemin de l’Allemagne pour y contribuer au développement de la puissance de l’industrie du peuple élu pendant que le spectacle de ces ruines lamentables atteste le châtiment inévitable des audacieux qui essaient de rivaliser avec elle.
- Société des Aciéries du Nord et de l’Est. — Usines de Valenciennes.
- (Fig. 19 à 26.)
- La Société des Aciéries du Nord et de l’Est dont les diverses installations étaient réparties entre la région du Nord et celle de Meurthe-et-Moselle, dans l’Est, possédait en particulier trois grandes usines établies dans la banlieue de Valenciennes, sur les bords de l’Escaut, et qui pouvaient compter parmi les principaux établissements métallurgiques français.
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- LA DESTRUCTION DE NOS USINES MÉTALLURGIQUES PAR LES ALLEMANDS. 847
- L ancienne usine, située sur la rive droite du fleuve, transformait principalement les fontes venues par bateaux des hauts fourneaux de Jarville, près de Nancy, appartenant à la même Société; elle comprenait deux aciéries
- Fig. 19. — Usines de Valenciennes : Cette vue montre à gauche les épurateurs à sec du haut fourneau n° 1 percés d'obus, avec les passerelles arrachées et les conduites tordues, brisées. Les dégâts sont très importants. A gauche, la cheminée de 80 m, détruite par explosion de mines.
- Thomas et Martin avec un atelier de puddlage, des laminoirs, fabrication d’essieux et de bandages, centrale électrique, ateliers de construction et de réparation ; elle employait un personnel de 1 758 ouvriers et produisait en moyenne 100 à 110 000 t de produits finis.
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- La nouvelle usine, située sur la rive gauche en face de la précédente avec laquelle elle était reliée par deux ponts au-dessusde l'Escaut, comprenait trois hauts fournaux avec une aciérie Thomas, laminoirs divers, centrale électrique, à gaz et à vapeur, etc.; elle occupait 930 employés et ouvriers et produisait en moyenne 225 000 t de fonte et 185 000 t de produits finis.
- L’usine du Pont-de-Trith, située à faible distance sur le territoire de la commune de Trith-Saint-Léger, comprenait un atelier de puddlage avec des
- Fig. 20. — Usines de Valenciennes : lîéservoir d’eau de 1 000 in3 effondré sur son massif détruit lui-mème par les mines. Cet ensemble constituait le château d’eau formé d’une tour de 22 m de hauteur, 14 m de diamètre.
- Dans le fond à droite la cheminée des chaudières, au premier plan, ce qui reste d’une conduite à gaz de 2 m alimentant les chaudières.
- laminoirs divers, centrale électrique, etc. ; elle occupait 275 hommes et produisait en moyenne 24 000 t de profilés de faible section.
- Comme les autres établissements métallurgiques de la région, les usines de Valenciennes sont toujours restées à grande distance du front de bataille, et nulle nécessité militaire ne pouvait justifier leur destruction; mais elles n’en ont pas moins été, elles aussi, systématiquement pillées et détruites par un ennemi jaloux qui, voyant la défaite inévitable, ne se préoccupait plus dans sa rage impuissante que de paralyser pour longtemps la concurrence de l’industrie française. Là, comme ailleurs, l’œuvre de destruction fut poursuivie
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- Fig. 21. — Usines de Valenciennes : Cheminée de 80 m des hauts fourneaux abattue par la mine, à droite les épurateurs à air très endommagés, à gauche les ruines de la halle de coulée, bâtiment métallique de 168x24 m.
- Fig. 22. - Usines de Valenciennes : Tronçons de laronduile de g u ,2,'uni mj aballue.
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- jusqu’à l’anéantissement total, et, lorsque ces usines furent dégagées de l’occupation allemande, elles n’étaient plus que les squelettes d’elles-mêmes, ensevelies dans un silence de mort dont l’angoissante tristesse formait un contraste d’autant plus douloureux avec l’activité passée; c’était là encore ce même spectacle lamentable que nous retrouvons dans toutes les usines de la région occupée : des halles à demi effondrées, vidées de leur outillage et de toutes leurs machines, ou n’en laissant plus apparaître qup des débris
- Fig 23. — Usines de Valenciennes : Vue de la salle des machines prise de la galerie du tableau de distribution au cours de la seconde quinzaine du mois de novembre 1916. Au fond, vue des machines soufflantes des hauts fourneaux.
- informes, quelques constructions moins délabrées restant seuls témoins de la période prospère.
- De cette œuvre de ruine et de dévastation ainsi accomplie en quatre années, nous pouvons assigner avec précision toutes les étapes déterminées d’après un plan méthodique impitoyablement poursuivi dont les usines de Valenciennes, partageant le sort commun des usines similaires, ont été à leur tour les malheureuses victimes.
- Au début, nous dit M. Villain, le flot passe, l’ennemi compte sur la victoire rapide, il ne s’attarde pas, c’est à peine s’il prend le temps de toucher au combustible et au matériel roulant utiles à ses transports.
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- Puis après la Marne et l’Yser, c’est la muraille des tranchées qui se garnit de matériel, 1 ennemi se recueille et inventorie les matières premières avec les produits finis. Il en prescrit et organise l’enlèvement qui se poursuit, lentement d abord en 1915, plus rapidement en 1916. Vers le milieu de 1916, espérant encore une fin victorieuse prochaine, il s’attaque à loutillage et au
- Fig. 2i. — Usines de Valenciennes : Cette photographie représente l’intérieur de la salle des machines des hauts fourneaux, bâtiment de 120 x 30 m, avec très important sous-sol contenant toutes les tuyauteries d’eau, de gaz, d’air des machines à vapeur.
- Au premier plan, on voit un des deux moteurs à gaz de 1 200 ch-qui n’ont pas été enlevés. En plus de ces deux moteurs, la salle contenait : 1 soufflante à vapeur (1 200 ch), 3 soufflantes à gaz type Cockerill (1 200 ch), 2 moteurs à gaz (3 100 ch), 2 générateurs (2 200 kW), 2 générateurs (900 kW), 2 machines à vapeur Dujardin (300 ch) jumelles avec chacune une génératrice de 350 kW, 1 compresseur d’air de 20 ch pour 10 kg : cm2, 1 compresseur d’air de 60 ch pour 20 kg : cm2, i très important tableau de distribution.
- Tout a été enlevé, sauf les deux moteurs de 1 200 ch et l’arbre de couche d’un des moteurs de 3 100 ch que les Allemands n’ont pu enlever faute de wagons.
- matériel fixe, tant pour aider à son effort militaire que pour éliminer par avance l’industrie adverse.
- La fin de 1916 arrive; ni victoire, ni traité possible. C’est l’appel à l’arme nouvelle qu’est le sous-marin, et le début de la lutte à mort contre notre industrie française ; l’ennemi cède à ses industriels le matériel fixe des usines occupées dont l’enlèvement, pratiqué sans précautions suffisantes, équivaut
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- le plus souvent à des destructions. Ces usines atteintes dans leurs organes vitaux, commencent à agoniser. Puis, en 1918, après l’espoir désespéré de la victoire, c’est la défaite. Avant de fuir, l’ennemi tue, il détruit ce qu’il n’a pas pu emporter.
- Les troupes allemandes arrivèrent à Valenciennes le 25 août 1914 et occupèrent aussitôt les usines. En septembre 1914, elles en commencèrent le déménagement en enlevant une partie des fers laminés, puis en janvier 1915 le
- Fig. 25. — Usines de Valenciennes : Laminoir, au premier plan, on voit les fondations du train réversible de 850 cm, longueur de table de 2,25 m, complètement bouleversées.
- Les Allemands les ont fait sauter et ont enlevé la presque totalité du matériel. Les maçonneries restantes doivent être en grande partie démolies avant le déblaiement.
- Au fond, la dernière cage du train réversible et une cage à pignons, qui peuvent être utilisées, sont restés ainsi que quelques rouleaux avant.
- A droite, se trouvent quelques longerons, reste de la halle du train réversible, que les Allemands n’ont pu enlever faute de wagons.
- capitaine Bœking établit l’inventaire des produits de toute nature, particulièrement des cuivres, des fontes, minerais, et métaux spéciaux, le tout représentant 15 000 tenviron, ainsi que celui du matériel roulant. Il décide en outre la consignation générale de tout ce qui peut exister dans les usines dont le personnel français devient le gardien responsable au regard des autorités allemandes.
- C’est alors l’enlèvement méthodique de ces produits spéciaux poursuivi
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- pendant 1 année 1915, puis, en septembre, celui des fontes Thomas représentant un tonnage de 39 000 t.
- Enfin, en février 1916, viennent les réquisitions portant sur l’outillage même de fabrication de l’usine, dont l’enlèvement va compromettre son fonctionnement ultérieur. Cette opération de pillage, retardée quelque temps par les protestations de la direction, commence néanmoins au mois de septembre, portant d’abord sur les cylindres de laminoirs pour 3 960 t, sur
- Fig. 26. — Usines de Valenciennes : Ripeurs du réversible et fondations bouleversées par les mines. A l’arrière le mur avec niches et échancrures recevait les renvois des câbles actionnant les taquets.
- les pièces en acier, les lingotières pour 2 0001, puis, en octobre 1916, sur tous les grands appareils de la nouvelle usine que les Allemands n’hésitent pas à dépouiller complètement pour lui donner le coup mortel. Les grands enlèvements commencent en novembre 1916 par le démontage du blooming et du groupe Illgner, ils se continuent ensuite sans interruption. C’est, en 1917, le démontage des halles, grandes et petites, de tous les ponts roulants, de la centrale électrique et à vapeur, des chaudières, etc. ; la destruction des fours Pitt et des gazogènes dont les pièces de fonte et d’acier sont enlevées; là aussi comme partout ailleurs les boulons de fondations sont faussés ou cassés pour empêcher la reconstruction sur le massif existant.
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- Les machines,' les laminoirs, le train de bandages sont enlevés ou brisés au mouton; les tuyauteries de toute sorte, en cuivre, acier ou en fonte ainsi que toutes les garnitures de hauts fourneaux, tuyères, tympes en bronze, etc., tous les dallages en fonte sont enlevés ou brisés.
- En 1918 la ruine totale des usines est consommée par la démolition des hauts fourneaux avec leurs appareils Cowper et le démontage des moteurs à gaz avec tous leurs accessoires.
- Les hauts fourneaux et les cowpers sont vendus à des marchands de ferraille qui découpent les tôles au chalumeau et les jettent d’une hauteur de 30 m sur les conduites à gaz à vent chaud ou froid pour les briser.
- Après l’évacuation de la ville de Valenciennes, qui eut lieu le 13 octobre, les Allemands continuèrent encore leur travail de destruction dans les usines jusqu’au 2 novembre, en attaquant à la dynamite, au chalumeau ou au mouton tout ce qui avait pu échapper encore à leur rage.
- Usines de Louvroil. Société anonyme de l’Espérance, à Louvroil.
- (Fig. 27 à 29.)
- Usines de Louvroil. — La Société des Usines de l’Espérance exploitait en 1914 :
- à) A Louvroil. — 1° Une usine dénommée « ancienne usine », située sur la rive gauche de la Sambre, comprenant un puddlage, des trains laminoirs et une fabrique de fers à cheval;
- 2° Une usine dite « nouvelle usine », située sur la rive droite de la Sambre, et reliée à la précédente par un pont métallique. Cette division, toute moderne, comprenait deux hauts fourneaux, une aciérie Thomas, et un train blooming. Elle fut mise à feu en 1912.
- b) A Aulnoye. — Deux hauts fourneaux dont un en activité.
- Toutes ces usines souffrirent relativement peu pendant la première année de l’occupation, du moins dans leur ensemble technique. Elles furent soumises à des réquisitions de matières d’approvisionnement : huiles, caoutchouc, petit outillage, etc., matières premières et produits finis, réquisitions qui n’étaient pas toujours faites suivant les règles prescrites par la convention de La Haye.
- Fin 1916 les Allemands effectuèrent l’enlèvement de toutes les pièces en cuivre et en bronze dos machines, puis le démontage et le chargement pour l’Allemagne des plaques de dallage en fonte de l’ancienne usine.
- Ce fut en mars 1917 que commença l’œuvre de destruction de l’usine de la rive gauche de la Sambre. Une équipe de prisonniers russes fut mise à la disposition de l’entreprise civile allemande chargée de la démolition. Les
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- fours furent démolis entièrement pour en enlever les parties métalliques. Toutes les pièces en fonte lurent brisées. Un mouton était rapidement suspendu à la charpente, une corde tirée, et aussitôt une machine, un
- Fig. 27. — Usines de Louvroil : Aciérie Thomas en 1914.
- volant, une cage de train étaient brisés sur place. Toute pièce trop volumineuse ou dont le descellement offrait trop de difficultés était dynamitée sans aucune précaution pour protéger les bâtiments voisins.
- L’enlèvement des voies suivit de près cette destruction et, sept ou huit mois plus tard, il ne restait, de cette division, que les colonnes de soutien de la charpente et une toiture en très mauvais état.
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- Le tonnage brisé et enlevé représentait environ 3 000 t. dont rien n’a pu être récupéré, la totalité ayant été détruite ou utilisée par l’ennemi.
- Dans le courant de l’année 1917 intervinrent les démontages méthodiques de l’usine de la rive droite. Les réquisitions n’avaient cependant pas cessé jusqu’à cette époque et la majeure partie des moteurs électriques de petite et moyenne puissances avaient été déjà enlevés, ainsi que les coussinets en bronze de toutes les machines.
- Fig. 28. — Usines de Louvroil : Aciérie Thomas en 1918.
- Le démontage commença par la batterie des vingt-six chaudières et par le bâtiment métallique qui les abritait. 11 se continua par l’atelier d’entretien d’où furent enlevés les machines-outils et les ponts roulants. Vint ensuite la salle des machines où trois soufflantes, trois turbo-alter-nateurs et toute l’installation électrique, machines, tableaux et appareils de mesure prirent le chemin de l’Allemagne. La machine réversible suivit de près, ainsi que les appareils accessoires du train blooming, table du train, rouleaux entraîneurs (ceux-ci furent brisés avant expédition), ripeurs, scies, cisailles, etc.
- Le hall principal du laminoir avec ses ponts roulants, ainsi que la halle de coulée furent démontés à peu près à cette époque et livrés, comme tout ce qui précède, à des firmes allemandes.
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- Restaient le mélangeur et les trois convertisseurs, gros morceaux que les Allemands jugèrent trop difficile de démonter proprement. La dynamite fit ici son œuvre, ces appareils sautèrent l’un après l’autre et furent laissés là où. ils avaient été projetés, de sorte que cette destruction ne rapporta rien à ceux qui l’avaient accomplie. Ces explosions provoquèrent un ébranlement général des bâtiments adjacents et le déplacement d’une cheminée en briques toute proche.
- Dans l’intervalle fut organisé le démontage des huit appareils Cowper. Les tôles en furent dérivées sur place, les parties encombrantes coupées au chalumeau et les briques expédiées comme matières premières aux fabriques allemandes de produits réfractaires. En même temps que les cowpers il était procédé à la destruction des conduites de gaz et de vent et de l’épuration. Les voies de chemin de fer eurent le même sort que celles de l’ancienne usine et furent enlevées pour la plupart, ainsi que tout le matériel roulant, wagons, grues et locomotives.
- Les destructions les plus inattendues furent commises, notamment l’enlèvement des tuyaux, gros et petits, dans les conduites souterraines, la chute des potences électriques qui, déboulonnées au pied, étaient abattues sur le sol où elles se brisèrent pour la plupart.
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- La destruction des deux hauts fourneaux était prévue, lorsque la débâcle allemande du début de novembre 1918 arrêta cette destruction. Les monte-charges devaient être sectionnés au chalumeau et les fourneaux proprement dits, dynamités.
- Le 9 novembre 1918, veille du départ définitif de l’ennemi, celui-ci faisait sauter le pont reliant les deux usines, et cela sans but militaire, puisque aucune voie carrossable n’y avait accès.
- Le tonnage enlevé à cette division représente environ 10 000 t, sur lequel environ 7 000 t ont pu être péniblement récupérées. La plupart des machines rentrées sont en mauvais état et exigeront des réparations longues et coûteuses.
- Division d'Aulnoye. — Cette usine a eu le même sort que l’ancienne usine de Louvroil. Tout le matériel a été brisé sur place et les hauts fourneaux mis hors de service.
- Aucune machine n’a donc pu être récupérée. Le tonnage provenant des démolitions enlevé à cette division a été d’environ 1 500 t.
- Usines de Pont-à-Vendin.
- (Fig. 30 à 31.)
- Les usines de Wringles de la Société métallurgique de Pont-à-Vendin et sa gare d’eau, les nombreuses habitations que la Société avait édifiées aux alentours des usines pour y loger son personnel (ouvriers, employés, ingénieurs, directeur) ainsi que les fours à chaux, qui étaient en cours de construction sur le territoire de la commune de Vendin-le-Vieil, furent occupées par l’ennemi dès octobre 1914 et restèrent dans cette situation jusqu’au début d’octobre 1918.
- La ligne de combat s’étant trouvée stabilisée pendant toute la durée de la guerre à quelques kilomètres seulement, l’ennemi utilisa les observatoires merveilleux qui étaient : le château d’eau en béton armé (65 m de hauteur au-dessus du sol), les hauts fourneaux et les appareils Cowper, ainsi que les abris nombreux et sûrs que constituaient les autres installations pour les hommes et les pièces d’artillerie.
- Les constructions érigées par la Société métallurgique de Pont-à-Vendin furent par suite, durant quatre années, des objectifs particulièrement visés par l’artillerie et subirent de ce fait des dégâts importants.
- Outre ces dévastations, résultat direct des opérations militaires, les Allemands s’employèrent comme ils le firent partout ailleurs, à parfaire systématiquement la destruction d’une usine qui devait être une des plus modernes de France.
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- Ils ont pris d’abord, et envoyé en Allemagne, un nombreux matériel, en particulier des moteurs à gaz complets de 3 000 et]6 000 chevaux, des moteurs électriques en grande quantité, un matériel important de laminoirs, une installation complète de gazogènes, les machines-outils et tout l’outillage des ateliers du matériel roulant (locomotives, wagons, wagons spéciaux porte-poche), du matériel de voies normales (rails, traverses métalliques et en bois) et des approvisionnements de toute sorte.
- Fig. 30. — Usines de Pont-à-Vendin : Haut fourneau détruit.
- Du matériel électrique resté à l’usine, quelques moteurs des Sous-Stations électriques, les lignes électriques téléphoniques et d’éclairage, les fils de prise de courant de tous les ponts roulants, ont été détruits sur place pour en retirer le cuivre.
- Si l’enlèvement total du cuivre, des machines-outils et des appareils métallurgiques peut être considéré comme un acte justifié dans une certaine mesure par les besoins de la guerre de la part d’un ennemi qui, se croyant vainqueur, n’aurait aucun compte à rendre, il est des destructions dénotant d’une façon évidente l’intention criminelle des auteurs de supprimer pendant de longue années la concurrence de l’industrie française à leur profit.
- C’est ainsi qu’à la veille de leur recul, au début d’octobre 1918, suivant
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- les renseignements recueillis, les Allemands consommèrent les destructions les plus importantes.
- Dans la division des hauts fourneaux, ce sont les appareils producteurs de fonte qui sont détruits au moyen de puissantes charges d’explosifs. L’une des charges non explosée fut même retrouvée détériorée par les intempéries au pied de l’un des appareils. Un fouillis de plus de 3 300 t de ferrailles enchevêtrées dans un monceau de 2 300 t de briques réfractaires
- spéciales, représente ce qu’étaient les trois hauts fourneaux, leurs monte-charges inclinés, les halles de coulées, les appareils d’épuration primaire, ainsi qu’une partie des conduites de gaz et de vent.
- Dans la division de l’aciérie, ce sont les cubilots de deuxième fusion de la fonte qui sont visés. Plusieurs colonnes consécutives de la charpente supportant l’installation sont coupées par des explosifs pour provoquer l’effondrement de l’ensemble.
- Dans la division des laminoirs, c’est le blooming qui est mis hors de service, toujours au moyen d’explosifs qui brisent les colonnes et les cylindres du train.
- Un pont roulant du parc, dont les chemins de roulement avaient été
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- démunis des butées d’extrémité, a été lancé sans motif sur le sol de l’usine.
- L’état dans lequel ont été retrouvées les usines de Wringles après l’occupation permet de distinguer, d’une façon évidente, les destructions causées par le tir de l’artillerie et celles résultant de ce qu’on qualifie de nécessités militaires telles que : voies ferrées détruites, construction de blockhaus, ponts sautés, etc., mais on y reconnaît également, et très nettement, l’action méthodique et scientifique ayant pour but d’anéantir les parties vitales indispensables à la production de l’ensemble.
- Société des Forges de la Providence.
- Usines d’Hautmont et de Rehon.
- (Fig. 32 à 41.)
- La Société des Forges de la Providence possédait avant la guerre 2 grands établissements principaux, l’un à Hautmont, comprenant une aciérie Martin avec 2 grands ateliers pour laminage des tôles et profilés, et l’autre à Rehon, comprenant 3 hauts fourneaux avec une aciérie Thomas et 2 grands trains modernes commandés par des moteurs électriques réversibles.
- Ces usines furent d’abord pillées puis complètement détruites pendant l’occupation allemande, de sorte qu’il n’en reste aujourd’hui que des ruines. Là encore, il faut observer que ces destructions ont été opérées sans aucune nécessité militaire avec cette unique préoccupation de la concurrence commerciale dont les Allemands se sont également inspirés partout ailleurs pour déterminer le sort des établissements métallurgiques occupés par eux.
- L’installation d’Hautmont comprenait 2 usines distinctes, dont une plus ancienne pour le laminage des tôles fines et des fers et profilés de faible section, et une nouvelle usine comportant des trains de laminoir de construction moderne pour la fabrication des grosses tôles et des profilés.
- L’aciérie Martin qui alimentait ces laminoirs comprenait 3 fours de 20 t chacun avec leurs gazogènes, tuyauterie de gaz, d’eau, de vapeur, appareils de manœuvre, poches de coulée, etc.
- Il faut mentionner également divers ateliers annexes de galvanisation, de construction et de chaudronnerie, etc.
- Quant à l’usiiie de Rehon, elle comprenait 3 hauts fourneaux dont un transformé en 1910, était d’installation tout à fait moderne, et une aciérie Thomas dont la construction avait été également commencée en 1910 et qui était prévue pour 4 convertisseurs de 20 t, 2 cubilots à fonte traitant 23 t à l’heure, 2 cubilots à spiegel de 6 t et un mélangeur chauffé de 450 t de capacité.
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- Fig. o±. — Nouvelle usine ilTIauliiionl : llall du train réversilde de TUU et du train réversible’de 1 000. Vue après guerre.
- Fig. 33. — Nouvelle usine d’Hautmont : Batterie de chaudières. Vue après guerre.
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- Fig. 35. — Usine de Rehon : Vue d’ensemble des aciéries avant la guerre.
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- L’usine était complétée par un atelier de laminage comportant 2 grands trains réversibles pour blooms, rails et poutrelles, d’installation moderne, commandés par des moteurs électriques, avec les ateliers accessoires, moulins à scories, etc.;' elle atteignait en 1913-14 une production annuelle de 200000 t.
- Pendant les deux premières années de l’occupation, de 1914 à février 1917, ces usines avaient été déjà, de la part de la Schutz, l’objet de réquisi-
- tions continuelles portant d’abord sur les approvisionnements, puis sur les produits bruts ou en cours de fabrication, lorsque en 1917 la Holmia décida d’enlever ou de briser le matériel pour le détruire ensuite complètement.
- La Kohma traita à cet effet avec un entrepreneur d’Aix-la-Chapelle, Joseph Hollander, qui se mit immédiatement à l’œuvre dès le 1er mars 1917 avec le concours d’équipes de soldats allemands ou même de prisonniers militaires ou civils réquisitionnés, enlevant d’abord tout l’outillage mobile, puis les appareils fixes qui furent descellés et emportés en Allemagne, après quoi commencèrent les grandes démolitions et destructions systématiques ne laissant plus subsister que des ruines inutilisables.
- Il en fut de même pour l’usine de Rehon qui fut aussi complètement
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- Fig 37. — Usine de Rehon : Emplacement des convertisseurs après l’armistice.
- Fig. 38. — Usine de Rehon : Train blooming. Vue avant guerre.
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- saccagée et détruite. Tout le matériel ainsi que l’outillage fixe et mobile, les ponts roulants et même leg charpentes métalliques furent enlevés de juin à septembre 1917 et transportés en Allemagne. Après l’armistice, la plus grande partie de ces pièces furent retrouvées auprès d’une usine lorraine, dans des terrains sur lesquels elles avaient été simplement déchargées et entassées comme ferrailles.
- Les commandes électriques du train blooming et du grand laminoir, qui
- Fig. 39. — Usine de Rehon : Train blooming. Vue après guerre.
- avaient été aussi enlevées, furent également retrouvées en 1919, toujours inutilisées. Quant à l’installation même de ces laminoirs, elle fut mitraillée sur place, les petites pièces furent cassées au marteau et les grosses détruites à la dynamite. /
- Le haut fourneau n° 3 fut aussi détruit dans les mêmes conditions en même temps que deux machines soufflantes à vapeur et un groupe électrogène de 900 kW, entièrement neuf; les pièces de cuivre et de bronze provenant de la démolition de ce groupe furent chargées et expédiées en Allemagne le 9 novembre 1918, soit 48 heures seulement avant la signature de l’armistice.
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- En présence de ces enlèvements et de ces destructions méthodiques, il est impossible de ne pas reconnaître l’intervention d’une volonté réfléchie et sans scrupule, décidée à anéantir un concurrent gênant par tous les moyens, et, aux usines de la Providence, cette impression s’impose avec d’autant plus de force que les barbares auteurs de ces dévastations n’ont même pas essayé de les justifier par le prétexte commode des nécessités militaires ou des besoins des armées d’occupation, puisqu’ils ont laissé à l’abandon pendant plus d’une année entière la presque totalité du matériel enlevé par eux sans même songer à l’utiliser sous une forme quelconque.
- Usines de Vireux-Molhain.
- Les usines de Vireux-Molhain comportaient en 1914 une grande aciérie comprenant deux convertisseurs Thomas de 8 t avec trois fours Martin de 16 t, quatre grands trains trios de laminoirs avec divers ateliers de forge et de laminage pour essieux et bandages de chemins de fer, de chaudronnerie, tournage des cylindres, etc.; elles produisaient annuellement 120 000 t de lingots en acier Martin et Thomas, 100 000 t de laminés et 120 000 t de bandages et essieux.
- Elles eurent, elles aussi, ce mortel honneur d’être considérées par les Allemands comme un concurrent qu’il fallait supprimer à tout prix, et, à ce titre, elles partagèrent le sort commun de nos grands établissements industriels, car elles furent d’abord pillées, puis saccagées et finalement détruites.
- Dans les deux premières années de l’occupation, les Allemands se bornèrent, à Vireux-Molhain comme ailleurs, à enlever les approvisionnements et l’outillage mobile, puis la destruction systématique commença et fut poursuivie avec la même résolution implacable jusqu’à l’anéantissement complet.
- Les trains laminoirs furent démontés, les grosses pièces telles que entablements et colonnes furent cassées en morceaux, les fours Martin avec leurs gazogènes et leurs planchers de chargement furent démolis jusqu’au ras du sol, il en fut de même des cubilots et des convertisseurs Thomas. Les machines motrices furent cassées sur place au mouton au moyen des ponts roulants qui les desservaient, les volants de machines furent dynamités.
- Les boulons de fondation furent tordus ou coupés avec ce même raffinement de cruelle prévoyance que nous retrouvons dans toutes les usines dévastées et qui était inspiré par l’évidente préoccupation d’empêcher l’utilisation ultérieure des massifs de fondation en béton.
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- Pour compléter cette douloureuse revue des destructions opérées à Vireux-Molhain, disons encore que toutes les chaudières de l’usine, à 1 exception de deux, furent mises hors d’usage par l’enlèvement des corps cylindriques.
- On peut dire en un mot qu’à Vireux-Molhain, comme ailleurs, l’œuvre de destruction a été aussi complète que possible et fait honneur au labeur méthodique de ses auteurs.
- Établissements de la Société des Aciéries de Long"wy.
- (Fig. 42 à 55.)
- Les Etablissements de la Société des Aciéries de Longwy qui, avant la guerre, occupaient l’un des premiers rangs dans la région de l’Rst, comportaient les grandes divisions suivantes :
- 1° Neuf hauts fourneaux avec leurs appareils Cowper et accessoires divers répartis entre les trois groupes dits de Mont-Saint-Martin, le Prieuré et Moulaine, assurant chacun une production moyenne de 200 t par jour;
- 2° Une aciérie Thomas occupant deux mélangeurs de 240 t chacun et sept convertisseurs de 18 et 24 t, produisant annuellement 350 000 t d’aciers;
- 3° Une aciérie Martin occupant un mélangeur chauffé de 350 t, trois fours oscillants à sole basique de 60 t et deux fours à sole basique de 25 t alimentés par douze gazogènes à grille rotative avec décrassage automatique, et munie d’ailleurs de tous les engins modernes les plus perfectionnés, donnant une production annuelle de 200 000 t ;
- 4° Un atelier de laminoir comprenant des trains bloomings et deux trains de grosse tôlerie de 4 m. et 2,525 m. de longueur de table, un train réversible à trois paires de cages pour gros rails, grosses poutrelles, etc., et trois autres trains trios pour larges plats, tôles moyennes, cornières, poutrelles, etc., plusieurs laminoirs à petits fers, un train machine, etc. ;
- 5° Quatre stations de moteurs à gaz, trois stations centrales électriques, ateliers de constructions et fonderies, ateliers de fabrication des scories de déphosphoration et d’utilisation des laitiers.
- Ces usines occupaient avant la guerre un effectif de 6 850 ouvriers et employés.
- Comme les autres grands établissements de la région occupée par les Allemands, les usines de Longwy ont été d’abord systématiquement pillées par l’enlèvement des matières d’approvisionnements, de Toutillage, du matériel mobile, puis privées du matériel fixe qui fut à son tour enlevé et transporté en Allemagne « pour y être mis à l’abri du bombardement des avions français » ou brisé sur place, et enfin complètement ravagées ou
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- Fig. 42. — Usines de Longwy : Aciéries Thomas et Bessemer. Vue avant guerre.
- Fig. 43. — Usines de Longwy : Halle principale des laminoirs. Vue avant guerre.
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- Fig. 44. — Usines de Longwy : Emplacement des appareils Cowper démolis et rasés. Les décombres de démolitions sont jetés dans la fosse à voie de décrassage qu’ils obstruent complètement ainsi qu’une partie de la voie de la fonte qui est inondée jusqu’au dessus du châssis du wagon abandonné qui s’y trouve.
- Fig. 45. — Usines de Longwy : Vue de la halle de coulée vers le bassin n° 2. Aciérie Thomas. On aperçoit au premier plan les pontets de roulement du pont de coulée et du pont de montage.
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- anéanties par la destruction des halles et constructions diverses en fer ou en maçonnerie dont elles se composaient.
- Là comme ailleurs, ces destructions ont été opérées sans aucune nécessité militaire, en les couvrant le plus souvent du prétexte hypocrite d’assurer la sauvegarde du matériel enlevé, alors qu’elles étaient inspirées avant tout par le désir de faire profiter les industriels allemands des dépouilles des usines françaises dont la concurrence se trouvait ainsi paralysée pour long-
- Fig. 46. — Usines de Longwy : Aciérie Martin. Parc à matières. On aperçoit à gauche le bâtiment en tôles ondulées des chaudières de Naeyer, lesquelles ont été dégarnies de leurs accessoires, passerelle et éléments de tuyauterie à gaz, projetés sur le sol; on remarque la démolition partielle des murs de soutènement dont les garde-corps ont été arrachés.
- temps; et nous n’aurions pas besoin d’insister spécialement, si nous ne disposions pas, en ce qui concerne Longwy, de renseignements historiques bien précis qui font le plus souvent défaut dans les autres établissements.
- Ces renseignements sont fournis par un document d’un intérêt exceptionnel qui est le journal des agissements de l’ennemi dans lequel l’éminent administrateur-directeur, M. Dreux, resté en pays envahi, inscrivit chaque jour pendant les quatre années d’occupation, sans se préoccuper du danger qu’il courait, le douloureux martyre des usines de Longwy.
- Ce document, qui restera ainsi comme le témoin véridique et incontesté
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- Fig. 47. — Usines de Longwy : Tôlerie III. Train n° 2 montrant les charpentes démolies. Toute la couverture a disparu. Au premier plan les Pitts du blooming I démolis, à gauche des tuyaux à gaz dont le garnissage réfractaire a été enlevé.
- Fig. 48. — Usines de Longwy : Laminoirs. Vue dans la halle des fours. On aperçoit les vestiges
- des fours à réchauffer.
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- de toutes ces atrocités commises, permet en même temps de définir avec précision les étapes successives qu’a traversées cette œuvre d’anéantissement, d’y retrouver les répercussions des grands faits de la guerre sur la mentalité et les agissements des envahisseurs, et c’est ainsi que nous avons pu recueillir les détails qui suivent d’après le résumé qu’en a publié M. Paw-lowski. *j
- La première période, qui commence avec l’arrivée des Allemands, s’étendy
- Fig. 49. — Usines de Longwy : Vue du train a larges plats et tôlerie II. On aperçoit au premier plan les fondations des paliers de la commande électrique, plus loin les fondations du train à larges plats et la tôlerie III, à droite les débris des fours à réchauffer et deux ventilateurs subsistants.
- jusqu’au 18 novembre 1910, elle est caractérisée d’abord par l’enlèvement progressif des matières d’approvisionnement opéré sous la direction de la Schutz dans le dessein immédiat d’approvisionner les armées ou même les industriels allemands, et avec la préoccupation qui se dessine peu à peu de gêner dans l’avenir la remise en marche des usines françaises.
- Les réquisitions se succèdent en effet sans interruption, portant d’abord sur les tôles d’acier et les feuilles de fer-blanc (1er novembre 1914), puis la fonte brute, l’acier brut, les demi-produits, les produits finis (25 novembre), les scories brutes et moulues avec les sacs d’emballage (4 décembre), le matériel des voies de campagne (16 décembre), puis les tours et machines.
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- les outils, les lingotières, l’aluminium, l’hématite, la fonte de fusion, le nickel, le spiegel (23 décembre).
- Pendant la même période, les Allemands confisquèrent aux usines de Moulaine un million de briques de laitier, des bois et des traverses en fer.
- En 1915, sous l’impulsion du Dr Lilge, qui occupa les fonctions de directeur de la Schutz à partir du 21 février, les exigences devinrent encore plus méticuleuses et tracassières, les réquisitions se firent plus pressantes,
- Pi g. 50. - Usines de Longwv : Vue de la halle des trains. Au premier plan on aperçoit les fondations de la machine à vapeur réversible de 5 000 ch actionnant le train à rails et poutrelles. Plus loin, on voit toutes les fondations de la commande électrique de la tôlerie II et du train à larges plats de 1 000 ch.
- portant maintenant sur des organes plus essentiels et appuyées en outre par des menaces et des mesures de plus en plus violentes.
- • Le 8 mars, le l)r Lilge donnait l’ordre de « démonter et de charger de suite sans aucune espèce d’objection » les tours choisis par les Allemands, ajoutant d’ailleurs qu’il prendra les mesures les plus énergiques pour assurer l’exécution de ses ordres.
- Il exige en même temps des états précis et détaillés, des inventaires complets de toutes les matières existant, harnais, cuirs, aciers à outils, wagons, approvisionnements de charbons, matériel électrique, rails, huile, machines à béton, boulons et vis, qui sont ensuite enlevées peu à peu.
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- L’autorité allemande songea même à remettre pour son compte les hauts fourneaux et les laminoirs en marche, mais elle dut y renoncer devant la résistance énergique de M. Dreux et devant les nombreuses difficultés techniques qui s’opposaient d’ailleurs à cette reprise du travail.
- Toutefois, la résistance ainsi opposée irrita profondément les autorités allemandes qui augmentèrent encore la rigueur des réglementations et en
- Fig. 51. — Usines de Longwy : Vue sur l’emplacement de la machine du blooming I. On aperçoit au premier plan les fondations de cette machine réversible de 4 000 ch. Plus loin, les bâtiments très endommagés, la condensation centrale dont les installations intérieures ont disparu.
- vinrent à occuper complètement les usines pour les affecter aux besoins de leurs divers services.
- C’est ainsi qu’ils installèrent, en juillet 1915, une fabrique de marmelade et une distillerie dans les ateliers de chemins de fer de Mont-Saint-Martin, puis une scierie et un atelier de grenades dans les aciéries.
- Le 8 janvier 1916, la Schutz ordonne l’évacuation immédiate dans la journée de toute la partie des usines située au nord de la voie Longwy-Luxembourg, comprenant les nouveaux laminoirs, les hauts fourneaux 1, 2 et 3, pour y installer un parc de pionniers et un dépôt de munitions, puis, ultérieurement, une fabrique d’air liquide.
- En même temps elle ordonnait le démontage des laminoirs, puis l’enlè-
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- vement sur les machines de toutes les pièces contenant du cuivre, comme les coussinets, etc.
- Elle exigeait de même le démontage de tous les appareils téléphoniques, puis l’enlèvement des lampes et appareils électriques qui devaient être
- Fi^. 52. __ Usines de Longwy : Aciérie Thomas, installation reconstituée.
- déposés dans les magasins de l’administration, promettant d’ailleurs de les restituer suivant les besoins justifiés, mais il est inutile d ajouter qu aucune restitution ne fut jamais opérée.
- En juillet 1916, la Schutz exigea la remise des dessins et plans de toutes les installations existantes, et la direction, contrainte et forcée, dut les livrer
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- après avoir épuisé tous les moyens de résistance et en constatant la violence qui lui était faite pour dégager sa responsabilité à l’égard des constructeurs qui avaient établi ces plans.
- C’était la préface des mesures plus violentes encore qui allaient bientôt suivre, soumettant la direction et le personnel à de nouvelles épreuves toujours plus douloureuses pour aboutir finalement à la destruction totale des usines.
- Une circulaire de la Schutz, en date du 13 mai 1910, adressée à tous les
- Fig. 53. — Usines de Longwy : Aciérie Martin, installation reconstituée.
- industriels, avait déjà consacré la mainmise des envahisseurs sur leurs propriétés dont la libre disposition et même la direction leur était enlevée. Cette circulaire déclarait en effet que la direction des usines perdait son indépendance et n’était plus qu’un organe d’exécution des décisions de la Schutz, laquelle avait désormais seule qualité pour représenter les usines à l’extérieur, de sorte que celles-ci se trouvaient dépouillées du droit de correspondre au dehors et ne pouvaient plus le faire sans l’autorisation des autorités allemandes.
- Malgré les enlèvements de matières ainsi effectués, les constructions proprement dites et le gros outillage avaient été respectés pendant les premières
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- années de 1 occupation tant que les Allemands avaient cru pouvoir compter sur la victoire certaine qui leur aurait permis de conserver les usines situées en territoire envahi.
- Vers la fin de 1916, il leur fallut reconnaître toutefois que cette victoire devenait de plus en plus problématique, et, dans leur rage impuissante, ils décidèrent de se venger de leur déconvenue sur les usines elles-mêmes qu’ils allaient donc détruire pour empêcher uu’elles ne reviennent à la France.
- Fig. 54.— Usines de Longwy : Laminoirs continus, installation reconstituée.
- C’est alors que fut constitué, comme nous le disons plus haut, la Rohma, service de mise en valeur des machines et matières premières, qui s’empressa aussitôt de les anéantir.
- A Longwy, la Rohma exige successivement la destruction des laminoirs, des poches de coulée, la démolition des ponts roulants, des wagons, des fours Martin, des bloomings. Elle pousse même le cynisme jusqu’à demander à la Société de fournir elle-même les ouvriers nécessaires pour aider les spécialistes chargés des démolitions.
- Le 12 mars 1917, elle interdit d’effectuer aucun travail qui ne soit pas dans l’intérêt de l’armée, observant d’ailleurs que les travaux de l’usine sont nécessairement interrompus en raison des enlèvements importants qu elle
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- prépare et elle ordonne de mettre le personnel disponible à la disposition des autorités allemandes.
- C'était l’agonie des usines qui commençait pour se poursuivre ensuite graduellement jusqu’à la destruction finale.
- Les halles vidées de tout leur matériel, défoncées en partie, servant de parc à ferraille pour recevoir les matériaux et les objets de toute nature constituant souvent l’assemblage le plus hétéroclite provenant des dévas-
- Fig. 55. — Usines de Longwy : Blooming n° II, installation reconstituée.
- tâtions opérées de tous côtés, n’étaient plus en effet qu’un amas de ruines et de décombres lorsqu’elles furent évacuées par les Allemands.
- Il ne faut pas oublier d’ailleurs que ces réquisitions n’avaient pas porté seulement sur le matériel des usines, mais aussi sur tout ce qui avait une valeur, les bijoux, les meubles, la literie, les récoltes et spécialement les foins qui furent complètement accaparés par les autorités allemandes, de sorte que les chevaux périrent d’inanition, et il s’en est fallu de peu que les hommes ne subissent le même sort, car c’est seulement après des démarches pressantes et répétées que la direction put obtenir l’autorisation de planter des pommes de terre pour alimenter les vieillards et les malades de l’Hôtel-Dieu de la ville de Longwy.
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- Il est inutile d’ajouter, en terminant le récit de ce douloureux martyre, que, aussitôt remise en possession de ses usines dévastées, la Société de Longwy s’est mise immédiatement à l’œuvre pour relever ces ruines, comme l’ont fait pareillement du reste les autres Sociétés intéressées, et actuellement, elle a déjà remis en activité les principaux ateliers, comme les aciéries Thomas et Martin, le blooming n° II et les laminoirs continus, ainsi qu’on en peut juger d’après les vues de ces ateliers reconstitués représentées figures 52 à 55, et qui contrastent si heureusement avec les dévastations antérieures dont les figures 44 à 51 donnent la reproduction.
- Usines de la Société de Miclieville, à Villerupt.
- (Fig. 56 à 62.)
- Les usines de Micheville ont été, elles aussi, complètement pillées, puis saccagées et détruites sans aucune nécessité militaire pendant l’occupation allemande, alors qu’elles se trouvaient cependant à une distance considérable du front de bataille; elles apportent à leur tour une preuve nouvelle de la barbarie méthodique et des préoccupations de rivalité commerciale qui ont présidé à ces dévastations, et qui en ont fait pour ainsi dire le chef-d’œuvre de l’organisation allemande.
- Avant la guerre, ces usines, qui effectuaient le cycle complet des fabrications métallurgiques, se composaient essentiellement de six hauts fourneaux de 250 t, d’une aciérie Thomas disposant de cinq convertisseurs de 15 t pour une production journalière de 1000 t et de différents trains, au nombre de huit, permettant d’obtenir toute la série des demi-produits et laminés, depuis le fil machine jusqu’aux profilés de toutes sections ainsi que les fers marchands.
- Les usines comprenaient en outre quatre mélangeurs dont deux de 180 et deux de 600 t, intercalés entre les hauts fourneaux et l’aciérie Thomas, ainsi que divers ateliers accessoires pour le finissage, les réparations, le broyage des scories avec moteurs à gaz et machines à vapeur; elles occupaient 40 000 ouvriers et employés.
- Tout ce magnifique ensemble qui faisait de l'usine de Micheville l’un des établissements les plus importants de la région a été comme les autres, pendant quatre années durant, systématiquement, scientifiquement pillé, volé et démoli.
- Aux jours qui ont précédé l’armistice, quand les troupes du front bousculées refluaient déjà en désordre, les pillards de l’arrière opéraient encore méthodiquement; ils frappaient les œuvres vives, avec un peu plus de hâte seulement, car ils avaient un programme de destruction à réaliser au maximum dans le minimum de temps.
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- L’occupation de Miclieville commença le 7 août 1914 et se poursuivit avec son cortège obligé de terreur et d’exactions sur lequel nous n’avons pas à insister ici; mais en novembre 1914 la « Méthode » apparaît.
- Le pillage commence par l’enlèvement des matières premières, d’abord les minerais et les métaux, puis les hématites, les fours, les scories, les machines-outils. Toutes ces opérations sont dirigées sous le patronage du gouverneur de Metz comme nous l’avons déjà indiqué, par l’administration
- spéciale dite de 'protection la Schutzverwaltung, qui comprend elle-même trois divisions affectées respectivement au matériel d’usines, aux approvisionnements et au matériel de chemins de fer.
- Au début, cette administration se borne à s’approprier les approvisionnements et l’outillage mobile; mais, en novembre 1916, un ordre du Ministère de la Guerre décide d’enlevçr toutes les installations « pour les mettre à l’abri des attaques d’avions ». C’est la destruction qui se prépare, et la Schutzverwaltung quitte son masque hypocrite pour devenir le Service de mise en valeur du matériel et des machines, la Rohma, comme nous l’avons dit plus haut. Les industriels allemands viennent visiter les usines et faire leur choix dans les dépouilles à en provenir, après quoi, au cours de
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- l’année 1917, la Rohma procède à l’enlèvement des installations choisies par eux et à la destruction systématique de celles qui restent.
- Parfois même, ces opérations s’accompagnent d’une véritable mise en scène, comme pour le dynamitage des machines soufflantes qui fut opéré le
- Fig. 57. — Usines de Villerupt : Machine soufflante n° 2 en 1914.
- 15 août 1917 devant une réunion d’officiers allemands spécialement convoqués pour assister à ce spectacle si riche d’espérances nationales et de haines assouvies qu’ils accueillirent de leurs joyeuses acclamations, tel Néron contemplant l’incendie de Rome du haut du Mont Palatin.
- On brise tout, en effet, chez l’ennemi jalousé qu’il faut mettre hors d’état de concurrencer l’industrie allemande, c’est l’hécatombe universelle dans
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- Fig. oS. — Usines de Villerupt : Machine soufflante n° 2 en 19!8.
- Fig. 59. — Usines de Villerupt : Batterie de chaudières démantelées.
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- Fig. 60. — Usines de Villerupt : Bâtis de moteur à gaz au casse fonte.
- Fig. 61. — Usines de Villerupt : Accumulateur à minerai.
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- laquelle rien n’est épargné. On brise les poulies, les robinets et vannes, montés ou non, les plaques de dallage, les armatures des fours, on déshabille les chaudières, on fait sauter à la dynamite les plaques de fondations.
- Pas un ancrage n’est respecté, car il faut absolument que rien ne puisse être réutilisé. Les halles sont démontées, ce qui est utilisable est expédié, le reste découpé. On découpe au chalumeau oxhydrique les convertisseurs, on porte au casse-fonte les cylindres de laminoirs, ou bien encore on les dynamite. Les agents allemands ne suffisent pas à la besogne, on fait venir des pri-
- Fig. 62. — Usines de Villerupt : Halle du train trio de 850.
- sonniers civils,'puis des] prisonniers italiens et ,des Français. On s’attaque enfin aux appareils Cowper, et on commençait à enlever le cerclage des hauts fourneaux lorsque l’armistice est intervenu, trop vite au gré des vandales désolés d’être obligés d’abandonner un aussi joli et fructueux travail alors qu’il restait encore quelques pièces debout.
- Ils avaient vraiment tort de se désoler; car, si le travail n’était pas complètement achevé suivant toutes les règles de l’art, ils avaient cependant mérité leur salaire, et, lorsque au moment de l’armistice ils durent partir à leur tour, ces magnifiques établissements n’existaient plus, et, sur les champs où ils s’élevaient, on ne voyait plus que des murs éventrés, des toits effondrés, le sol retourné, de-ci de-là quelques ferrailles tordues qu’on n’avait pas eu le temps d’évacuer.
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- Société métallurgique de Gorcy.
- (Fig. 63 à 68.)
- La Société métallurgique de Gorcy possédait avant la guerre dans la région de Longwy d’importants établissements comprenant plusieurs mines de fer, 2 hauts fourneaux, une aciérie Martin de 2 fours de 30 t, une grande forge avec 12 fours à puddler^ train de puddlage, train machine et train marchand, une boulonnerie, une tréfilerie, pointerie, etc. En dehors
- Fig. 63. — Usines de Gorcy : Salle des soufflanles. Les deux machines soufflantes ont été brisées
- et enlevées comme bocages.
- de la production des fontes, fers et aciers marchands, elle s’était spécialisée dans la fabrication des boulons, rivets, écrous, pointes, aiguillage, plaques tournantes et pièces mécaniques de toutes sortes.
- Comme les autres établissements de la région envahie, les usines de Gorcy ont été aussi les malheureuses victimes de l’occupation allemande; elles furent d’abord entièrement pillées, puis complètement détruites, sans aucune nécessité militaire, par un ennemi barbare qui n’avait d’autre préoccupation que d’anéantir une concurrence commerciale pour l’avenir.
- Le processus de ces dévastations se retrouve là encore toujours le même, tel que nous l’avons exposé à de nombreuses reprises.
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- rig. 64. — Usines de Gorcy : Emplacement des fours de l'aciérie. L’aciérie comportait une installation moderne de 2 fours de 30 t avec chargeuse électrique à pont. Les deux fours ont été en grande partie démolis et l’outillage détruit.
- Fig. 65. —Usines de Gorcy : Ce qui reste de trois gazogènes à grille tournante, système Kerpelv, de 3 m de diamètre et de leur bâtiment en charpente métallique.
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- Fig. t'.ii. - l «mes ili* (lorry : l.mplaroineiit du train a. Iil.
- Fig. 07. — Usine de Gorcy : Ce qui subsiste de l’atelier de boùtonnerie qui produisait ' .
- annuellement 500 t de produits.
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- Pendant la première période allant de 1914 au début de l’année 1917, les Allemands se contentent d’enlever d’abord les approvisionnements, les matières premières, les produits en cours de fabrication, puis l’outillage mobile. A partir de 1917, lorsqu’ils entrevoient la défaite probable, ils enlèvent les dernières machines qui ont pu échapper au pillage, les constructions métalliques, les charpentes qu’ils peuvent emporter, et dans un accès de rage infernale ils détruisent tout ce qu’ils sont obligés de laisser sur place.
- Là, comme partout ailleurs, le travail de dévastation esl opéré a ver um>
- Fig. 68. — Usines de Gorcy : Emplacement des recuits.
- organisation parfaite, d’après les méthodes les plus savantes, en observant en un mot toutes les règles de l’art. Les destructions étaient exécutées, en effet, par des équipes spéciales opérant sous la direction de sous-officiers choisis à cet effet, rétribués par des primes proportionnelles au tonnage des débris, et recevant eux-mêmes les ordres d’un ingénieur spécialiste exclusivement attaché à cette mission.
- Il a été possible de reconstituer avec toute l’exactitude désirable les étapes successives des enlèvements et destructions dont les usines de Gorcy ont été les victimes, et on a pu reconnaître ainsi qu’elles rentrent bien dans le processus habituellement observé.
- Jusqu’en 1917, les enlèvements portent surtout sur les approvisionnements métalliques, les produits en cours et l’outillage mobile. Les Allemands main-
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- tiennent en marche l’atelier de tréfilerie en obligeant les ouvriers à y fabriquer pour leur compte des pointes et des ronces artificielles.
- En janvier 1917 commence la phase des destructions systématiques. Des équipes spéciales viennent enlever toutes les machines démontables qui subsistent encore, puis elles brisent à coups de marteaux et détruisent par explosion ou par incendie tout ce qu’il est impossible d’emporter.
- Chaque semaine l’ingénieur technicien chargé de ce service se rend à Gorcy pour indiquer les destructions à opérer et les dispositions à prendre à cet effet pour ne plus laisser que des ruines inutilisables.
- Nous n’essaierons pas de reproduire la nomenclature de tous les vols, bris, déprédations ou destructions ainsi opérés, mais il nous suffira de dire que ces destructions ont affecté tous les ateliers de l’usine et qu’elles ont anéanti une valeur d’avant-guerre certainement supérieure à 15 millions de francs.
- Usine d’Homécourt de la Compagnie des Forges et Aciéries de la Marine et d’Homécourt.
- (Fig. 69 à 82) (1).
- Les établissements d’Homécourt devaient nécessairement figurer dans ce martyrologe de l’industrie métallurgique française, car ils occupaient avant la guerre, parmi les usines de la région, une situation prédominante qui allait en faire pour les Allemands un concurrent sérieux sur le marché mondial, aussi, ne devons-nous pas nous étonner de voir qu’ils aient été complètement pillés et saccagés par nos barbares ennemis, sans que ceux-ci puissent alléguer même le prétexte d’une nécessité militaire, puisque l’usine d’Homécourt, située dans le département de Meurthe-et-Moselle, à quelques centaines de mètres seulement de la frontière, a été occupée par eux dès les premiers jours de la guerre, exactement dans la nuit du 3 au 4 août 1914, et n’a été libérée qu’à la date même de l’armistice, le 11 novembre 1918, sans s’être jamais trouvée à proximité du front de bataille.
- Là, comme ailleurs, c’est l’esprit de basse jalousie et de rivalité commerciale qui a inspiré toutes les dévastations dont cette grande et belle usine a été la douloureuse victime, et du reste nous retrouvons là encore le même processus dans le pillage et la dévastation que nous avons signalés déjà pour les autres usines; d’abord l’enlèvement systématique des matières premières, approvisionnements de toute nature, produits fabriqués ou en cours de fabrication, opéré de 1915 à 1917 sous la direction de la Schutzverwaltûng,-puis intervention de la Rohma qui s’attaque d’abord au matériel fixe, ensuite aux bâtiments eux-mêmes, jusque dans leurs fondations, pour enlever tout cè qui
- (1) Les clichés des vues prises avant la guerre ont été communiqués par M. E. Mésière de Charleville.
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- pouvait être transporté en Allemagne et détruire le reste; car, avant tout, il ne faut laisser qu’un monceau de décombres et de ferrailles informes sans utilité industrielle, ne représentant plus qu’une gêne pour les travaux de reconstruction ultérieure.
- On appréciera l’intérêt qui s’attachait pour la métallurgie allemande à supprimer la concurrence d’Homécourt en songeant que cette usine se classait, comme nous le disions tout à l’heure, parmi les plus importantes de la
- Fig. 69. —: Usines d’Homécourt : Vue prise en 1911 du côté Nord montrant la ligne des appareils Cowper et ies voies des Skips des six hauts fourneaux existant à cette époque. Un septième haut fourneau a été construit depuis et mis en feu en février 1913. Sur cette photographie les conduites de vent et les valves à vent froid sont visibles. Elles n’existent plus sur la ligure 70.
- métallurgie française. Elle s’étendait, en effet, sur une superficie de 82 h, occu pant, en 1914, 4930 ouvriers dont les salaires dépassaient 9 millions de francs.
- Elle comprenait sept hauts fourneaux pouvant produire annuellement 420 000 t, une aciérie Thomas avec 4 convertisseurs, 7 trains de laminoirs, avec ateliers de réparations, chaudronnerie, fonderie, et un matériel de transport comprenant 23 locomotives et 157 wagons.
- Elle tirait son minerai de la concession voisine d’Homécourt que les Allemands exploitèrent d’ailleurs pour leur compte pendant l’occupation, et ils ont pu ainsi extraire jusqu’à l’armistice un tonnage d’environ 3 millions de tonnes qui ont été expédiées à de nombreuses usines allemandes.
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- Il est inutile de signaler que cette exploitation a été conduite avec la préoccupation unique d’obtenir le maximum de tonnage avec le minimum de main-d’œuvre, de sorte qu’elle a grandement troublé le bon aménagement de la mine; mais on peut dire tout au moins que celle-ci a relativement peu souffert, tandis que les usines ont été complètement détruites.
- Dans la division de la fonte, par exemple, les hauts fourneaux ne sont plus maintenant que des carcasses lamen-
- tables, des maçonneries éventrées dans les brèches desquelles ont été enlevés les scellements des pièces métalliques et de tous les appareils de manœuvre fixés sur le four. Sur les vingt-neuf appareils Cowper, quatre sont complètement démontés, les vingt-cinq autres sont dépourvus de leurs vannes de manœuvre.
- Tous les appareils métalliques, les machines soufflantes, les installations d’utilisation des gaz ont été enlevées ou détruites. Gette situation lamentable se trouve la même dans la division de l’aciérie et dans celle des laminoirs. Les fours Martin comme les convertisseurs Thomas et les trains de laminoirs, avec tous les appareils accessoires, ponts roulants, etc, et les halles elles-mêmes, ont été démontés
- pour être transportés en Allemagne ou méthodiquement hrisés sur place; là, comme ailleurs, les fondations ont été brisées à la dynamite, les boulons d’attache soigneusement faussés pour être rendus inutilisables, montrant ainsi par un nouveau et décisif exemple le soin et la méthode que l’Allemagne sait apporter dans l’organisation de la barbarie.
- Fig. 70. — Usines d’Homécourt : Cette photographie, prise en 1919, montre que ces conduites ont été enlevées.
- Usine de Jœuf, de MM. de Wendel et Cu\
- (Fig. 83 à 96.)
- L’usine construite dans la vallée de l’Orne, près de l’ancienne frontière franco-allemande, est alimentée en minerai par un siège d’extraction situé à 1,5 km environ et auquel elle est reliée par un chemin de fer à voie normale.
- a) Mine. — Lamine dite du Grand Fond comporte deux puits d’extraction et produisait, en 1914, 2 000 t de minerai par jour.
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- Fig. 71. — Usines d’Homécourt : Vue prise en 1911, montrant le trou de coulée d’un haut fourneau, le passage au-dessus de la tranchée de circulation des poches à fonte, la rigole de coulée et la halle de coulée.
- Fig.72. — Usines d’Homécourt : La halle de coulée transformée en magasin par les Allemands.
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- Fig. 73. — Usines d’Homécourt : Vue prise en 1911 de la halle des convertisseurs de l’aciérie Thomas. A gauche, convertisseur n° 4, décrassage du bec, le convertisseur n° 3 vient de couler, la grande coulée avec la poche pleine d’acier s’en va vers la halle de coulée. Le convertisseur n° 2 est en attente, le convertisseur n° 1 à peine visible souffle. On voit très bien sur cette vue la plate-forme de travailla voie d’amenée des poches à fonte, les pieds des colonnes poriant les convertisseurs et la plate-forme.
- Fig. 74. — Usines d’Homécourt : Vue prise après l’armistice montrant l’état de la halle des convertisseurs. La plate-forme, les colonnes portant les convertisseurs, la passerelle de la chaîne, le monte-charge à chaîne n’existent plus. Les rideaux de protection au-dessus et en face des convertisseurs n’existent plus. Les convertisseurs gisent à terre en cours de démolition. D’après les témoins oculaires, pour descendre les convertisseurs, les Allemands faisaient sauter par des coups de mine les colonnes de fonte qui les portaient; cette méthode montre qu’ils opéraient une destruction systématique. Dans le fond, la halle de coulée avec un pont de 15 t resté pourifaire le chargement des pièces sur wagons, mais très détérioré.
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- Fig. 75. — Usines d’IIomécourt : Aciérie Martin. Cette vue, prise après l’armistice, représente l’emplacement de l’aciérie Martin à deux fours de 35 t. D’une installation moderne (le 2° four avait étéjmis en feu en 1913), il ne reste que les massifs en briques, des chambres de récupération des fours à moitié démolis et les deux cheminées. On voit l’une d'elles à gauche de la photographie.
- Fig. 76. — Usines d’Homécourt : Vue prise en 1911 de la halle des fours Pitt. On voit les deux ponts enfourneur et défourneur. Dans le fond, l’appareil hydraulique à démouler.
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- i.\ Dr>Tm'r,Tiû\ r»r; .nus usint.s Mi.TAi.uiitii.dKs i>.\k \.v< au.kmands. 897
- Fig. 78. _ Usines d’Homécourt : Vue prise en 1914 du train trio universel à larges plats.
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- 8D(S nFSTrirCTK'X SYSTKU \T[ijI I : I» \ | ; |.i;s \U.KM V\|t>. - Ni i\.-|>|':i l'.tL’P.
- Fig. 80. — Usines d’Homécourt : Ce qui reste du train à tôles. 11 est en cours de démontage; les Allemands n’ont pas eu le temps d’en achever la destruction. Son moteur électrioue de 2 500 ch a été [enlevé. Son emplacementjest|visible sur la photographie.
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- Fig. 81. — Usines d’Homécourt : Vue prise en 1911 de la slation centrale électrique. En avant, les deux moteurs de 2 500 ch et leurs alternateurs qui devaient être enlevés par les Allemands; dans le fond, les quatre moteurs de 1 500 ch laissés.
- Fig. 82. — Usines d’Homécourt : Vue de la station centrale électrique en 1919.
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- Les Allemands l’ont exploitée de juillet 101 li à novembre 1918.
- Les dégâts qui y ont été commis résultent principalement, en dehors du minerai volé, de la mauvaise méthode d’exploitation, établie en vue d’un rendement maximum momentané sans prévision d’avenir, de l’enlèvement d’une partie importante du matériel (locomotives, rails, wagonnets, etc.), des transformations provisoires effectuées en vue d’une adaptation momentanée, et du défaut d’entretien de l’outillage.
- Fig. 83. — Usines ne Jœuf : Vue de L'aciérie Thomas après Farmistiee.
- b) Usine. — L’usine proprement dite comprenait en 1914 :
- 8 hauts fourneaux produisant 1 250 t de fonte par vingt-quatre heures; ; 1 aciérie Thomas avec six convertisseurs;
- 4 trains de laminoirs : blooming, rails et poutrelles, billettes, fil;
- 1 station centrale à gaz.
- Elle n’a pas été mise en marché pendant l’occupation. Les Allemands en; ont commencé la démolition par les laminoirs, ont continué par l’aciérie, les ; hauts fourneaux et la station centrale à gaz. ;
- A l’armistice : . :
- 1° Les laminoirs étaient entièrement démontés et une grande partie des'
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- l'iir. 8i. — Usines de Jœuf : Vue de l’aciérie Thomas en 1 n|irès riTeclion.
- Fig. 85. — Usines de Jœut : Vue de l'atelier doloinitique après l’armistice.
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- pièces brisées sur place (fig. 87 et 89). Sur la figure 92, on aperçoit le mouton marqué d’une croix qui servait à briser la machine du train à rails ;
- 2° L’aciérie était dépouillée de tout son matériel : poches à fonte, poches à acier, cars de coulée, lingotières, moulins à dolomie, etc. Les planchers de service étaient démontés, les grues de coulée et tables de mouvements démontées en partie, les tuyauteries brisées, etc.;
- 3° Les hauts fourneaux étaient vidés, ce qui, pour la moitié d’entre eux,
- Fig. 86. — Usines de Jœuf : Vue de l’atelier dolomitique en 1920.
- conduisait à une réfection complète ; les tuyères et accessoires divers des creusets étaient enlevés ainsi que les moules en fonte des halles de coulée;
- 4° Les machines des ateliers avaient disparu;
- 5° Le démontage des machines à gaz de la station centrale était commencé; deux groupes convertisseurs électriques manquaient;
- 6° Tous les approvisionnements : matières premières, produits en cours de fabrication, produits finis, pièces de rechange en magasin étaient disparus.
- Après le départ des Allemands on a commencé les travaux de déblaiement de toute l’usine et la remise en état des deux hauts fourneaux les moins détériorés. Le matériel de remplacement pour l’aciérie a été mis en exécution. Concernant les laminoirs, seule une partie du train blooming n’était pas
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- Fig. 88. — Usines de Jœuf : Emplacement du train blooming en 1920, après réfection.
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- Fig. 89.'— Usines de Jœuf : Emplacement de la deuxième machine du train blooming.
- Fig. 90. — Usines de Jœuf : Train bluoming après réfection.
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- Fig. 92. — Usine de Jœuf : Machine à vapeur du train à rails.
- La croix montre le mouton ayant servi à la briser.
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- Fig. 94.— Usine de Jœuf : Vue de Feiiiplueemenl du Iruiu a. rails
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- Fig. 95. — Usine de Jœuf : Vue de l’emplacement du train à fils,
- Fig. 90. — Usine de Jœuf : Emplacement des l'uurs à réchaull'er.
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- brisée et se trouvait en Lorraine; les autres trains n’étaient pas susceptibles de reconstruction directe et il fut décidé de mettre à l’étude des trains de remplacement modernes.
- Les deux hauts fourneaux nos 7 et 8 ont été allumés le i l juin 1919. Les nos 4, 5 et 6 sont en état de marche mais ne peuvent être allumés par suite de la pénurie de coke; le n" 1 était en état en juillet et les nos 2 et 3 le seront
- vers avril 1921.
- L’aciérie est en état de marche depuis le Ier octobre 1919 avec six convertisseurs; les deux autres convertisseurs étaient prêts à marcher en juillet 1920.
- Société des Hauts Fourneaux et Fonderies de Pont-à-Mousson. Usine d’Auboué.
- (Fig. 97 à 100.)
- Les Etablissements de la Société des Hauts Fourneaux et Fonderies de Pont-à-Mousson comprenaient au 2 août 1914 les 3 usines suivantes situées toutes trois dans le département de Meurthe-et-Moselle :•
- 1° L’usine de Pont-à-Mousson avec ses 5 hauts fourneaux, ateliers de fonderie de Pe et 2e fusions donnant alors une production annuelle de 200 000 t de fonte moulée. Cette usine s’était spécialisée dans la fabrication des tuyaux pour laquelle elle jouissait d’une réputation mondiale lui permettant de défier la concurrence allemande ;
- 2° La mine-usine d’Auboué comprenant 2 puits d’extraction avec une production annuelle de 2 000 000 t de minerais et 3 hauts fourneaux avec une production totale annuelle de 200 000 t de fonte;
- 3° Une usine de seconde fusion située à Foug.
- La mine-usine d’Auboué fut envahie par l’ennemi dès le 3 août 1914 et elle resta occupée jusqu’à la conclusion de l’armistice; elle partagea dès lors le sort des autres établissements situés en pays envahi et fut comme eux victime de la barbarie allemande.
- Quant aux deux autres usines, elles restèrent toujours en deçà du front de
- Fig. 97. — Usine d’Auboué Hautfourneau n° 3 démoli.
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- bataille et ne furent pas envahies, mais l’usine de Pont-à-Mousson, qui resta pendant presque toute la durée de la guerre à une distance des premières lignes n’excédant jamais 3 km, eut à subir des bombardements incessants qui y causèrent des dégâts considérables.
- Ajoutons que ces bombardements effectués par canons ou par avions ont été continués jusqu’à l’instant même de la signature de l'armistice si bien que les obu« tombaient eneore «nr la ville et les atpliers de l’usine dans
- Fig. OS. — Usine' d'Auboué : Emplacement du groupe électrogène Thyssen enlevé. Les boulons de fondation ont été coupés au chalumeau. Les massifs partiellement démolis sont à refaire entièrement.
- la matinée du 11 novembre 1918. Pendant la durée de l’occupation, depuis le 11 août JJ.914 jusqu’au 1 1 novembre 1918, le nombre total de ces bombardements s’est élevé à 302 et le nombre des projectiles lancés, dont un certain nombre chargés de gaz délétères, a dépassé le chiffre de 5 000. Une forte proportion était formée du reste de projectiles de gros calibres dont l’explosion produisait des dégâts considérables, brisant les machines ou renversant les constructions qu’ils atteignaient.
- On conçoit que l’usine de Pont-à-Mousson ait été ainsi complètement dévastée dans les parties qui n’ont pas été détruites; mais, comme il s’agit, ainsi que nous venons de le voir, d’un établissement situé à proximité du
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- front de bataille, que sa nature et son emplacement désignaient aux coups de l’ennemi, nous ne croyons pas devoir insister davantage sur ce cas particulier dans une étude exclusivement consacrée aux dégâts systématiques commis volontairement par l’ennemi sans aucune nécessité militaire, comme nous en avons malheurement trop d’exemples à citer. Nous reconnaissons, en effet, qu’une pareille excuse peut être invoquée ici, bien que, en fait, ces bombardements n’aient pour ainsi dire produit aucun effet utile au point de
- Fig. 99. — Usine d’Auboué : Emplacement des soufflantes à gaz Schneider de I oOO ch enlevées. Les boulons de fondation ont été coupés.
- vue militaire, et d’autre part la persistance avec laquelle ils ont été poursuivis jusqu’au dernier jour paraît bien témoigner de ce même désir d’anéantir une concurrence gênante qui a provoqué toutes les destructions systématiques ainsi opérées sur presque tous les établissements de la région occupée. Ajoutons encore que l’usine de Foug qui se trouvait en arrière à 50 km environ du front de bataille a été aussi fréquemment bombardée par avions, mais elle n’eut à subir que des dommages peu importants.
- Il n’en fut pas de même pour la mine-usine d’Auboué qui resta occupée par les Allemands jusqu’à la fin des hostilités, ainsi que nous l’avons dit plus haut.
- Gomme les autres usines de la région, elle fut d’abord pillée et dévastée
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- par 1 enlèvement des matières premières, des approvisionnements, puis de 1 outillage fixe et mobile, des machines de toute nature qui furent emportées en Allemagne quand c’était possible ou autrement sabotées ou brisées.
- C est ainsi que furent démolis les 3 hauts fourneaux de l’usine, deux d une façon complète, et le troisième en partie seulement, le travail de démolition étant resté inachevé.
- Deux machines soufflantes de 1 500 ch furent enlevées et transportées
- Fig. 100. — Usine d’Auboué : Emplacement de la machine soufflante à gaz Thyssen de 2 500 ch enlevée. Le massif partiellement démoli est à refaire entièrement.
- dans l’usine de la Moselhütte à Maizière-les-Metz, une troisième de 2 000 ch fut transportée à l’usine de Knutange ainsi qu’un groupe électrogène de 2 500 ch et le treuil électrique du monte-charge du haut fourneau n° 3.
- Les moteurs à gaz furent aussi enlevés et démolis.
- Les vues ci-jointes (fig. 97 à 100) donnant l’aspect de l’usine d’Auboué ainsi dévastée montrent qu’elle a subi le même traitement que les autres établissements occupés, et l’historique de ces dévastations se répétant partout identiques à elles-mêmes établit ici encore avec la même évidence qu’il s’agit toujours d’actes de pillage et de violence n’ayant aucune excuse militaire, mais qui sont inspirés seulement par l’esprit de basse jalousie de concurrents barbares et haineux.
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- Observations générales.
- Les notices précédentes ont mis sous nos yeux le douloureux martyre de nos usines de la région envahie, elles nous ont fait assister au pillage et à la dévastation progressive dont elles ont été d’abord l’objet pour aboutir enfin à cette œuvre impitoyable de destruction et d’anéantissement attestée par les vues photographiques dont nous donnons la reproduction.
- En présence de ces ruines informes, de ces fers tordus et brisés en tous sens qui ne sont plus que d’ignobles ferrailles, de ces pans de murs effondrés qui ne sont plus que des éboulis informes, occupant maintenant la place de ces belles et grandes usines qui nourrissaient la population et assuraient la prospérité de la région, on ne peut se défendre d’une indignation trop légitime à l’égard des barbares qui ont commis de pareils attentats contre l’humanité et la civilisation, obéissant à la seule préoccupation de supprimer un concurrent gênant, et, dans de pareilles conditions, il peut paraître superflu de se demander jusqu’à quel point les lois delà guerre pouvaient autoriser de pareils forfaits.
- La réponse ne saurait être douteuse, car les peuples civilisés tiennent à honneur d’éviter les cruautés et les destructions inutiles au point de vue militaire; ils emploient sans doute dans la guerre les procédés de brutale violence les plus efficaces mais ils font porter exclusivement leur effort contre l’armée et les propriétés de l’état ennemi; ils évitent d’attaquer les monuments historiques qui forment le patrimoine commun de l’humanité ; ils respectent surtout les propriétés privées appartenant même aux citoyens de l’état ennemi, car ils considèrent avec raison que, s’il en était autrement, la guerre ne serait plus qu’un simple brigandage à main armée supprimant toute civilisation et ramenant l’humanité aux époques les plus reculées de sa primitive histoire. L’Allemagne elle-même avait proclamé qu’elle ne faisait pas la guerre aux particuliers, mais ce fut là une simple déclaration de principe qu’elle oublia aussitôt pour s’abandonner à ses instincts de vol et de rapine, espérant que la victoire qu’elle estimait certaine lui apporterait l’absolution obligée de tous ses crimes.
- Elle invoque aujourd’hui comme excuses les nécessités militaires, l’obligation de subvenir aux besoins de ses troupes, l’intérêt qui s’attachait à transporter le matériel des usines françaises à l’intérieur du territoire allemand pour le mettre à l’abri des bombardements par avions, etc.
- Nous avons déjà fait justice de cet argument hypocrite par lequel elle voudrait tromper l’histoire impartiale, en remarquant que, dans tous les cas où ils l’ont invoqué, les Allemands n’ont même pas essayé de le justifier par
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- aucun fait précis, et il faut y voir une allégation qui n’a pas plus de fondement que le prétexte du bombardement de la ville de Nuremberg par des avions français qui fut de même imaginé de toutes pièces pour justifier la déclaration de guerre en 1914.
- Quoi qu’il en soit, et bien que toute discussion sur un pareil sujet puisse paraître superflue, nous avons cru cependant devoir examiner jusqu’à quel point les lois de la guerre pouvaient excuser une partie des violences commises et justifier au moins les réquisitions, car la France attache en effet le prix le plus élevé au jugement des nations civilisées qui représentent en quelque sorte pour nous dans l’époque présente le jugement futur de l’histoire impartiale et incorruptible, et dès lors c’est un devoir pour nous de nous efforcer de leur montrer que les lois de la guerre n’autorisaient même pas la plupart des réquisitions de matériel et encore moins les vols d’objets de toute nature, mobiliers, bijoux, lingerie, etc., ni surtout les violences abominables sur les personnes ou les choses dont les habitants des régions envahies et spécialement les grandes usines ont été les malheureuses victimes.
- Pour nous en tenir à ce qui concerne spécialement les usines qui ont été d’abord pillées, puis dévastées et détruites, il est à noter d’abord, ainsi que le remarque M. Villain, que, à aucun moment, pendant les quatre années d’occupation ni dans le calme relatif de 1915, ni dans la fièvre d’anéantissement des années 1916 à 1918, les Allemands n’ont accepté qu’il soit procédé à un constat d’ensemble dans aucune des usines qu’ils occupaient.
- Leurs techniciens savaient cependant qu’une usine métallurgique moderne est constituée par un ensemble dont toutes les parties sont solidaires et indispensables au fonctionnement général, et l’enlèvement de l’une d’elles provoque forcément un arrêt immédiat de l’organisme tout entier.
- En prescrivant toujours, comme ils le faisaient, l’estimation des parties séparées, ils empêchaient forcément toute appréciation du dommage total effectif qui frappait l’ensemble de l’usine.
- Si, du reste, ils consentaient encore dans les premiers temps à remettre des bons de réquisition en représentation des matières enlevées par eux, ils ont bientôt cessé de le faire, mettant ainsi les usines dans l’impossibilité de réclamer dans l’avenir la réparation du préjudice causé.
- On peut se demander au moins si les réquisitions qui rentrent effectivement dans les actes de guerre autorisés par la Conférence de la Haye se sont effectuées dans les conditions fixées par le réglement international de cette Conférence, d’ailleurs accepté et signé par les Allemands, et nous croyons intéressant de reproduire à ce sujet la discussion juridique présentée par M. Villain.
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- L’article 52 de l’annexe à la Convention IV, concernant les lois et les coutumes de la guerre, stipule que : « Des réquisitions en nature et des services ne pourront être réclamés des communes ou des habitants que pour les besoins de l’armée d’occupation. Ils seront en rapport avec les ressources du pays et de telle nature qu’ils n’impliquent pas pour les populations l’obligation de prendre part aux opérations de guerre contre leur patrie ».
- Il est clair que les termes « besoins de l’armée d’occupation » correspondent à l’idée d’une région restreinte, qu’on ne saurait en étendre la signification aux armées occupant la Belgique, ni a fortiori l’Allemagne et la Russie.
- Par ailleurs, on ne vise que « les communes et les habitants », ce qui renforce bien l’idée de réquisitions locales devant pourvoir aux besoins de l’armée ou portion d’armée occupant une région restreinte. Enfin, la précision que les réquisitions « devront être en rapport avec les ressources du pays » exclut l’idée d’un dépouillement complet, et, comme l’article susvisé ne dit pas « avec les ressources du pays envahi », mais « avec les ressources du pays », c’est-à-dire de l’endroit même où les réquisitions peuvent légitimement s’exercer, on retrouve à nouveau l’idée d’une restriction.
- De ces considérations, il résulte que la plupart des réquisitions opérées revêtent le caractère de réquisitions non autorisées. Il en est de même des consignations partielles de matériel ou même générales auxquelles les Allemands ont procédé dans les usines occupées et qui ne sont prévues nulle part dans le règlement de la Haye, non plus que les enlèvements généraux ni les destructions systématiques dont elles étaient le prélude.
- Enlèvements. — Si même les Allemands pouvaient, par une interprétation osée des accords internationaux, donner un semblant de caractère régulier aux réquisitions de matières premières et de produits finis, il leur resterait à justifier les enlèvements d’outillage de fabrication et de matériel fixe. Or, ces enlèvements, nettement destinés à l’entretien ou à l’accroissement de l’industrie adverse, non pas seulement à celle qui doit satisfaire les besoins des armées de la nation allemande, mais aussi à celle qui doit répondre, par la constitution de stocks de produits manufacturés, aux appels de l’olïre mondiale dès la paix, ces enlèvements ne sauraient, en aucune façon, être assimilés à des réquisitions.
- Ici, le vol est manifeste. Il se trouve aggravé de destruction : pour avoir certaines matières plus particulièrement indispensables, ou simplement utiles (fer, acier, cuivre, etc.), on démolit du matériel fixe (garniture des hauts fourneaux, fours Pitts, fours à réchauffer, à puddler, gazogènes, etc.) et on n’admet le décompte que sur les poids des matières enlevées.
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- Destructions. — Si les destructions effectuées à l’occasion de prélèvements de matières déterminées sur du matériel fixe, ou les destructions résultant de démontages défectueux sont nettement condamnables, que dire des destructions finales exécutées et pratiquées à l’aide du mouton et de la dynamite après que l’ennemi s’est rendu compte qu’il ne peut tout enlever. Elles revêtent incontestablement dans le domaine des biens le caractère de l’assassinat dans le domaine des personnes.
- Réquisitions non autorisées, consignation générale arbitraire, enlèvements ne pouvant se justifier par aucune règle ni coutume de guerre et revêtant un caractère destructif, destructions systématiques et par des moyens modernes, telles sont les manifestations successives, progressivement accablantes, de l’activité ennemie.
- En présence de pareilles constatations, nous croyons avoir le droit d’élever, au nom de la justice et de l’humanité, une protestation indignée contre les procédés barbares et odieux auxquels les Allemands ont eu recours pour consommer la destruction de nos grandes usines françaises, et nous ne doutons pas que toutes les nations civilisées ne soient d’accord avec nous pour estimer que de pareils forfaits marqueront pour l’avenir, et pendant des siècles, le nom allemand d’une tache indélébile : elles proclameront avec nous qu’une réparation intégrale, complète et entière, est due à toutes les victimes ainsi frappées dans leurs personnes et dans leurs biens.
- On ne saurait certainement évaluer à un prix trop élevé le préjudice matériel et moral que les régions ainsi dévastées et avec elles le pays tout entier ont éprouvé du fait de ces destructions impitoyables qui ont anéanti la production sidérurgique car elles entraînent des répercussions inéluctables s’étendant au loin sur les branches les plus diverses de l’industrie nationale dont elles ont paralysé et paralyseront encore l’activité pendant de longues années; mais, en ce qui concerne les dégâts matériels affectant la grosse métallurgie dont nous nous occupons spécialement ici, il convient cependant d’essayer d’en apprécier l’importance et d’évaluer dans la mesure du possible le montant des dépenses de réparations qu’ils vont exiger.
- C’est l’étude qu’a entreprise M. le député Louis Dubois, actuellement président de la Commission Internationale des Réparations, dans le rapport qu’il a présenté en janvier 1919, au nom de la Commission d’Enquête de la Chambre des Députés, en s’aidant des renseignements officiels déjà recueillis à ce sujet.
- Il évaluait alors à 5 milliards de francs la somme nécessaire pour la reconstitution des usines de la grosse métallurgie, et à 2 milliards de francs la valeur des approvisionnements détruits ou enlevés, matières premières et
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- 916 DESTRUCTION SYSTÉMATIQUE PAR LES ALLEMANDS. — NOV.-DÉC. 4920.
- produits fabriqués ou en cours de fabrication, et, d’autre part, pour l’industrie minière, il indiquait le chiffre de 2 milliards comme représentant la somme nécessaire pour la remise en état des travaux du fond et la réfection des chevalements, des bâtiments et de toutes les installations de surface.
- Il est inutile d’ajouter que les dépenses effectives ainsi prévues en janvier 1919 se trouvent aujourd’hui fortement augmentées par suite des hausses continuelles qui ont marqué ces deux dernières années ; mais l’énormité même de ces chiffres qui confondent l’imagination suffit déjà pour montrer l’étendue des pertes subies par ces deux industries primordiales de l’exploitation des mines et surtout de la métallurgie, et elle permet en même temps d’apprécier l’intérêt capital qui s’attache pour la France entière aussi bien que pour les industries intéressées à ce que l’Allemagne ne puisse plus se dérober à ses engagements et soit obligée de nous accorder au plus tôt les réparations pleines et entières qu’elle nous doit.
- L’Allemagne a proclamé elle-même à de fréquentes reprises le devoir de justice qui lui incombe de ce chef et l’un de ses ministres n’a pas hésité à reconnaître que c’est là en même temps une condition nécessaire du maintien de la paix européenne, « car, a-t-il dit, aucun accord durable n’est possible avec la France, tant qu’il restera dans ce pays des ruines à relever » ; ce serait donc un véritable danger mondial et un scandale affectant toute notre civilisation contemporaine si les nations neutres ou alliées acceptaient qu’une obligation aussi formelle et évidente ne soit pas intégralement remplie.
- Sans doute, les sociétés industrielles intéressées n’ont pas manqué de consacrer tous leurs efforts à la restauration de leurs usines détruites aussitôt qu’elles ont pu en reprendre possession après le départ des Allemands, et elles y ont réussi déjà dans plusieurs ateliers qui ont pu être reconstruits et remis en marche; nous donnons d’ailleurs dans les vues reproduites plusieurs exemples de ces reconstitutions, spécialement en ce qui concerne les usines de Jœuf et de Longwy, et nous aurions pu du reste en multiplier le nombre.
- L’industrie française qui ne veut pas mourir sait, en effet, qu’il lui faut avant tout compter sur elle-même et s’imposer les initiatives et les sacrifices obligés pour ramener à la vie ses ateliers dévastés; mais le plus souvent les elforts qu’elle peut faire sont paralysés par des obstacles de toute nature, comme la difficulté d’obtenir les avances dont elle a besoin, le manque de personnel ouvrier, et surtout le défaut des matières premières, des matériaux ou des machines nécessaires, alors qu’elle ne peut pas se les procurer chez nous dans l’état d’épuisement général dû à la guerre; il faut donc reconnaître que de longtemps nos malheureux sinistrés ne pourront pas triompher de ces difficultés si l’Allemagne n’exécute pas intégralement ses engagements, tant pour le paiement des indemnités de restauration que pour
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- LA DESTRUCTION DE NOS USINES METALLURGIQUES PAR LES ALLEMANDS. 917
- la livraison des matières indispensables, et elle s’y résoudra seulement si l’opinion publique, mieux éclairée maintenant sur le bien-fondé de nos revendications, n’hésite pas à réunir le monde entier dans une manifestation unanime exigeant qu’il nous soit donné satisfaction au nom de la justice et du droit.
- Nous reproduisons ci-après la liste des principales usines métallurgiques du Nord et de l’Est de la France qui ont été détruites par les Allemands, en ajoutant en face de chacune d’elle ses caractéristiques à l’ouverture des hostilités telles qu’elles résultent de documents officiels.
- Ce tableau permettra d’apprécier d’un simple coup d’œil l’importance considérable des dévastations commises par l’ennemi et justifiera en même temps le chiffre énorme auquel s’élèvent les dommages en résultant.
- L. Bâclé.
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- NOV.-DEC. 1920.
- PRINCIPALES USINES MÉTALLURGIQUES DU NORD ET DE L’EST DE LA FRANCE DÉTRUITES PAR LES ALLEMANDS
- Établissements Arbel .
- Hauts fourneaux de la Chiers.
- f 5 fours Martin, 22 pilons.
- < Presses à forger de 1 000 et 3 000 t.
- ( 15 presses à emboutir jusqu’à 24 m de longueur, t 4 hauts fourneaux.
- \ 3 convertisseurs.
- ) 2 trains de laminoirs.
- [ 1 — machine continu.
- Production, acier : 3 000 t.
- 2 100 ouvriers.
- Production de 1913, fonte : 81 000 t.
- Hauts fourneaux, forges
- et aciéries de Denain et d’Anzin.
- 8 hauts fourneaux.
- 4 convertisseurs basiques. 10 fours Martin basiques. 12 — à puddler.
- 2 bloomings.
- 16 trains de laminoirs. Fonderie d’acier.
- — de fonte.
- Fours à coke.
- Briqueterie.
- Usines de l’Espérance .
- 4 hauts fourneaux.
- 12 fours à puddler.
- 6 — divers.
- 5 trains de laminoirs.
- 1 — de blooming.
- 1 aciérie Thomas.
- 1 fabrique de fers à cheval.
- Société métallurgique de Gorcy.
- Hauts fourneaux. Fonderie.
- Forge.
- Boulonnerie.
- Tréfilerie.
- Pointerie.
- Atelier de construction.
- Production de 1913, fonte : 334 677 t, acier : 396 262 t.
- 6 500 ouvriers.
- J
- )
- ! Production de 1913, fonte : 142 843 t, acier : 152 825 t.
- 1 900 ouvriers.
- Aciéries de Longwy
- 9 hauts fourneaux.
- 8 machines soufflantes à gaz.
- Il groupes électrogènes.
- 6 convertisseurs.
- 5 grands fours.
- 14 trains de laminoirs.
- Fonderie de fonte.
- — d’acier.
- — de bronze.
- Atelier de construction.
- — pour la fabrication de voies portatives et matériel d’entrepreneur.
- Moulins à scories.
- Briqueterie.
- Atelier de concassage de ballast.
- Production de 1913, fonte : 364 680 t, acier : 314 234 t.
- 6 744 ouvriers.
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- LA DESTRUCTION DE NOS USINES MÉTALLURGIQUES PAR LES ALLEMANDS. 919
- Usine d’Homécourt, appartenant à la société des Forges et aciéries de la Marine et d’Homécourt.
- Aciéries de Micheville.
- Aciéries du Nord et de l’Est.
- Forges et aciéries de Pompey.
- Hauts fourneaux et fonderies de Pont-à-Mousson.
- Société métallurgique de Pont-à-Vendin.
- Usines
- de la Providence à Hautmont et à Rehon.
- 7 hauts fourneaux. 4 convertisseurs.
- 2 fours Martin.
- Production
- de la société en 1912-13, fonte : 453 650 t, acier : 345 000 t.
- 6 hauts fourneaux.
- 4 convertisseurs.
- 6 trains de laminoirs. Fonderie.
- Production de 1913, fonte : 389 599 t, acier : 308 832 t.
- 3 000 ouvriers.
- ( 7 hauts fourneaux. l 7 soufflantes.
- ) 5 groupes électrogènes.
- ] 5 convertisseurs.
- ' 5 trains de laminoirs.
- 2 fours Martin.
- I 4 hauts fourneaux.
- 3 convertisseurs Thomas, i 1 four Martin basique.
- I 16 — divers à réchauffer.
- 1 8 trains de laminoirs.
- \ 8 marteaux-pilons.
- (1 atelier de construction.
- 1 — de réparation.
- Fonderie de bronze.
- — de fonte. l — d’acier.
- ' 8 hauts fourneaux.
- 9 soufflantes à gaz. i 3 — à vapeur.
- I Fonderie de tuyaux.
- J — à plat.
- \ 4 Stations électriques, f 26 cubilots.
- ' 3 fabriques de briques de laitiers.
- Cimenterie de laitiers.
- Fours à coke.
- ' 3 hauts fourneaux déjà construits.
- < Aciéries.
- { Laminoirs.
- ' 3 hauts fourneaux.
- 3 machines soufflantes à gaz.
- 3 — soufflantes à vapeur.
- 1 4 groupes à gaz électrogènes.
- 12 — à vapeur électrogènes.
- J 3 convertisseurs Thomas.
- ] 3 fours Martin basiques.
- I 1 blooming. f 9 trains de laminoirs.
- -2 fonderies de fonte.
- 1 fonderie de bronze, i 1 briqueterie, moulins à scories.
- Production de 1913-14, fonte : 242 890 t, acier : 192 308 t.
- 4 800 ouvriers.
- Production deïl913, Minerai de fer :
- 2 213 000 t,
- fonte brute : 285 000 t, fonte moulée : 179 000 t. Nombre total d’ouvriers en 1914 :
- 6 200.
- Production de 1913, fonte : 196 000 t, acier : 220 000 t, Nombre d’ouvriers : 2 300.
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- 920 DESTRUCTION SYSTÉMATIQUE PAR LES ALLEMANDS.
- NOV.-DEC. 1920.
- Établissements Raty et Cie.
- Etablissements de Saintignon et Cie.
- Société métallurgique de
- Senelle-Maubeuge.
- Société lorraine industrielle.
- Forges
- de Vireux-Molhain.
- Établissements de Wendel et Cic.
- Enlevé
- aux installations : matériel et outillage.
- Enlevé des stocks : approvisionnements, matières premières et
- produits finis.
- ( 4 hauts fourneaux. ( Fonderie.
- 5 hauts fourneaux.
- 2 ateliers de réparation. Fabrique de briques.
- Production de l'J13, fonte : 94 677 t. 335 ouvriers.
- Production de 1913, fonte : 173 493 t.
- 7 hauts fourneaux.
- Aciérie Martin-Talbot.
- — Martin-Siemens.
- — Thomas.
- 17 fours de puddlage.
- 14 trains de laminoirs.
- Fonderies.
- Ateliers de construction et de chaudronnerie. Moulins à scories Thomas.
- 4 250 ouvriers.
- 2 hauts fourneaux.
- 7 Production de 1913, > fonte : 51 702 t.
- ) 125 ouvriers.
- f Aciérie Martin. A
- l — Thomas. j
- J Usine de fabrication de bandages et d’essieux. !
- j 4 trains de laminoirs. f
- ! Forges. 1
- V Fonderies de fer et d’acier. j
- Production de 1912, fonte 2e fusion :
- 4 000 t.
- Produits finis :
- 91 319 t.
- 1 200 ouvriers.
- f 8 hauts fourneaux.
- ^ 6 convertisseurs basiques. ) 4 trains de laminoirs.
- 1 1 atelier de réparation.
- j Production de 1913, f fonte : 393 723 t,
- ( acier : 330 207 t.
- ) 2 383 ouvriers.
- Fonte, fer et aciers ouvrés.......................... 50 850 000 kg
- Cuivre, bronze, aluminium, zinc et plomb ouvrés . . 247 000 —
- Machines-outils et outillage......................... 457 000 —
- Ponts roulants....................................... 737 000 —•
- Matériel électrique.................................. 1 768 000 —
- Verre à vitres...................................... 28 000 —
- Bois................................................. 293 000 —
- Caoutchouc, cordages, courroies et divers............ 12 000 —
- Matériaux réfractaires............................... 1 927 000 —
- Total.................................. 56 321 000 kg
- Fonte, fer et acier................................ 22 276 000 kg
- Minerai de fer..................................... 723 000 —
- Minerai de manganèse................................. 3 292 000 —
- Combustible........................................... 2 305 000 —
- Scories et déchets divers............................ 11 417 000 —
- Mitrailles d’acier.................................... 3 341 000 —
- Réfractaires.......................................... 1 557 000 —
- Stocks divers et approvisionnements................... 5 346 000 —
- Sous-produits......................................... 1 172 000 —
- Total................................. 51 429 000 kg
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- LA DESTRUCTION DE NOS USINES MÉTALLURGIQUES PAR LES ALLEMANDS. 92î:
- RÉFÉRENCES A CONSULTER SUR LA DESTRUCTION, PAR LES ALLEMANDS,
- DES USINES MÉTALLURGIQUES DU NORD ET DE L’EST DE LA FRANCE.
- Les lecteurs qui désireraient obtenir des renseignements plus détaillés sur les dévastations dont les usines de la région du Nord et de l’Est ont été l’objet de la part des Allemands pendant l'invasion, pourront consulter les notices et les ouvrages suivants :
- 1° La métallurgie lorraine sous le joug allemand (51 mois de pillage et de dévastation), par A. Pawlowski. Librairie Dunod et Pinat, 1919.
- 2° Les dévastations allemandes dans les usines sidérurgiques de Meurthe-et-Moselle, par A. Pawlowski (Génie civil du 29 mars 1919).
- 3° L'assassinat d'une usine, par M. F. Villain {La marche de France, P’° année, Vol. X. Paris, 237, boulevard Saint-Germain).
- 4° Les bombardements de l'usine, des hauts fourneaux et fonderies de Pont-à-Mousson, par A. Pawlowski (Génie civil du 8 novembre 1919).
- 5° Destruction et restauration du bassin houiller du Nord et du Pas-de-Calais par M. E. Gruner, président de la Société des Ingénieurs civils de France (Bulletin de la Société de janvier 1920, Paris, 19, rue Blanche).
- 6° La destruction des usines de Denain et Anzin, par M. Jordan {Revue de Métallurgie, avril 1920).
- 7° Les déprédations et destructions commises par-les Allemands à l'usine d'Horné— court, par M. Paul Thomas {Revue de Métallurgie, 5, cité Pigalle. juillet 1920).
- 8° La destruction des Forges de Douai des Etablissements A rbel par les Allemands, par M. A Brochard {Revue de Métallurgie, août 1920).
- 9° Les établissements de Wendel et Cie, par M. Jean Durand {Revue de Métallurgie, septembre 1920).
- Ajoutons que le Ministre des Finances français a pu communiquer au Parlement, -en janvier 1919, un document allemand rédigé au moyen de renseignements' recueillis à cet effet avant la guerre et témoignant bien de la volonté réfléchie de nos ennemis de détruire notre industrie nationale dans la région du Nord et de l’Est, de manière à empêcher toute reprise rapide de notre activité économique pour Je cas où la victoire allemande ne serait pas complètement décisive. C’est un ouvrage d’environ 200 pages {Die Industrie im besetzten Frankreich) donnant l’état complet et détaillé de nos ressources industrielles. Il fut rédigé en 1916 à l’aide des inventaires auxquels procédèrent des experts désignés par le Grand État-Major allemand dans plus de 4 500 entreprises. Il avait déjà été préparé, du reste, avant la guerre, au moyen de renseignements recueillis par les ingénieurs et spécialistes disséminés à cet effet dans nos établissements industriels, et il leur suffit, en effet, de compléter leurs dossiers pendant l’invasion lorsque l’État-Major décida de procéder aux confiscations puis aux destructions.
- La découverte des archives de la comptabilité qui ont été retrouvées à Bruxelles après le départ des Allemands ne laisse d'ailleurs aucun doute sur la volonté réfléchie qui a présidé à ces destructions et, à ce point de vue, il serait fort désirable que ces documents soient publiés pour que la conscience universelle puisse apprécier les agissements de l’Allemagne comme ils le méritent.
- Tome 132. — 2e semestre. — Novembre-Décembre 1920.
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- 1)22 DESTRUCTION SYSTÉMATIQUE PAR LES ALLEMANDS. — NOV.-DÉC. 1920.
- L’ouvrage comporte pour chaque industrie un chapitre spécial ainsi divisé :
- Etat de l’industrie considérée avant la guerre, état des dommages subis, comment l’industrie allemande peut en profiter.
- Nous reproduisons en outre, à titre d’exemple, la déposition faite, sous serment, le 24 février 1919, par M. Dreux, vice-président du Conseil d’Administration de la Société des Aciéries de Longwy devant la Commission d’Enquête instituée par le Gouvernement français en vue de constater les actes commis par l’ennemi en violation du droit des gens (Vol. X, XI, XII, des Rapports et Procès-Verbaux de la Commission, p. 159 et suiv.). (Ces volumes, édités par l’Imprimerie Nationale, sont déposés chez les consuls français dans les principales villes des pays neutres.)
- Déposition reçue, le 24 février 1919, a Paris, par la Commission d’Enquête.
- Dreux (Alexandre), âgé de soixante-six ans, maître de forges, vice-président et délégué du conseil d’administration des Aciéries de Longwy, à Mont-Saint-Martin, vice-président de la Chambre de Commerce de Nancy, officier de la Légion d’honneur.
- Je jure de dire la vérité.
- Dès leur arrivée à Mont-Saint-Martin, le 21 août 1914, les Allemands ont massacré des habitants et mis le feu au village. Ce n’était pas dans l’entraînement de la bataille qu’ils agissaient de la sorte, et il était visible qu’ils obéissaient à des ordres donnés et en vertu d’un plan préalablement conçu. C’est ainsi qu’une compagnie a brûlé avec des pastilles incendiaires une de nos grandes cités ouvrières, devant laquelle des gens du pays regardaient tranquillement passer les régiments.
- Au bout de quinze jours ou de trois semaines, des officiers nous ont demandé de faire diverses déclarations concernant nos aciéries. C’était une mesure préliminaire aux réquisitions, dont fut chargé un service spécial, dénommé, par ironie sans doute, administration de protection des mines et usines (Schutzverwaltung). Cet organe a commencé par réquisitionner nos matières premières, minerais de manganèse, aciers, etc., qu’il faisait charger et expédier à nos frais par notre personnel. Cette période d’exploitation se poursuivit jusqu’au milieu de l’année 1916. Pendant sa durée, nous fûmes autorisés à faire des constructions et des améliorations. Dans la croyance que nos usines seraient respectées, j’ai dépensé alors huit millions, dont trois et demi pour des travaux neufs. Les choses en étaient là quand, après les grandes attaques sur Verdun, je reçus la visite d’un sieur Meyer, délégué de la Deustche Bank et chargé d’une mission dont il souligna le caractère en me rappelant que le directeur général de cet établissement était le docteur Helfïerich. « Je viens, me dit-il, vous proposer d’acheter vos mines et vos usines. Nous voulons acquérir toutes les mines des bassins de Briey et de Longwy. — Mais, objectai-je, vous rendez-vous compte de l’importance d’une pareille acquisition? — Parfaitement, me répondit-il, cela peut représenter 1 milliard. Nous avons les capitaux. Nous dépensons 4 milliards par mois pour la guerre ; nous pouvons bien sacrifier le quart de cette somme pour être maîtres de la production minière dans l’arrondissement de Briey. D’ailleurs, ce qui nous intéresse, ce sont vos mines, et non pas vos usines. Celles-ci disparaîtront. Il est dans les intentions de notre gouvernement de ne plus laisser un établissement métallurgique à proximité delà frontière. » — Comme
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- LA DESTRUCTION DE NOS USINES METALLURGIQUES PAR LES ALLEMANDS. 923
- mon visiteur me laissait entendre que la possession des mines de Briey et de Longwy avait été l’une des causes de la guerre, et que, si l’Allemagne obtenait satisfaction sur ce point par négociations directes, cela faciliterait la conclusion de la paix, je lui demandai s’il avait l’intention de voir mes confrères. Il me fit une réponse affirmative, me disant qu’il désirait conférer avec MM. Nahan, Raty et de Saintignon ; et, à la suite de cet entretien, nous nous réunîmes chez M. de Saintignon. Je déclarai alors que je ne pouvais prendre d'engagement, qu’il fallait d’abord que l’assemblée générale des actionnaires eût été convoquée et que notre Gouvernement eût été touché de la question. « Donnez-nous des laissez-passer, ajoutai-je, et nous irons prendre des directives. » Mon but était d’apporter au Gouvernement français des indications utiles; mais, après s’être rendu au Grand Quartier Général, Meyer, accompagné du conseiller d’état impérial Rank, nous apporta des passeports pour Bruxelles, et nous nous rendîmes dans cette ville avec M. Rank. Là, nous avons convoqué nos confrères belges, que, du reste, nous avions vus à l’avance. Il fut entendu que Meyer irait à Berlin rendre compte de sa mission et demander des passeports pour nous permettre de passer en Suisse, d’où nous comptions bien gagner la France. Il devait revenir dans les quinze jours, mais il nous fit savoir par la Schutzverwaltung que son retour était différé. Un mois après, nous recevions l’ordre d’interrompre nos travaux. La période des enlèvements d’outillage et des destructions allait commencer. Nos machines soufflantes et nos convertisseurs furent brisés. Nous avions, entre autres, deux machines de 2 500 ch, avec un pont roulant au-dessus ; elles furent cassées sur place, et, détail à retenir, le modèle le plus récent fut anéanti le premier. Les Allemands venaient nous signifier que telle machine allait être détruite et qu’il leur fallait tant d'hommes pour cette besogne. Nous devions alors fournir des ouvriers pour la destruction de notre matériel et les payer de nos deniers, sous la menace de pénalités sévères. On nous promettait, il est vrai, de nous rembourser de nos frais. Quand il y en a eu pour 800 000 f, j’ai réclamé et refusé de faire de nouvelles avances. A ce moment, tout notre personnel a été réquisitionné, avec obligation de travailler. On le payait avec des bons communaux que l’autorité ennemie faisait imprimer elle-même.
- Sur ces entrefaites, l’administration dite de protection s’est transformée pour devenir la Rohstoff und Maschinen Vert eilung s telle ou Rohma (administration pour la répartition et l’emploi des machines et des matières premières). Quand nous réclamions à ce nouveau service ce que nous devait la Schutzverwaltung, il nous répondait : « Cet organisme n’existe plus; ses engagements ne nous regardent pas. Adressez-vous à Metz. »
- Avec le nouveau régime, les destructions systématiques se sont poursuivies sans répit. Les plaques de dallage, une machine de 1000 ch, des fours à réchauffer Siemens, nos 14 trains de laminoirs, ont été démolis ou démontés pour être expédiés en Allemagne. On employait l’air liquide pour faire sauter notre outillage. Les maîtres de forges allemands venaient choisir ce qui leur convenait chez nous. 11 y avait à Berlin un office de vente qui faisait de la publicité pour l’écoulement du butin.
- Nous avons été obligés de remettre les plans de nos aciéries Martin et de livrer les fours oscillants, qui étaient d’une grande puissance, ainsi que les 14 ponts roulants qui les desservaient. La plus grande partie de nos autres ponts roulants, notre grand train à tôles, nos trains bloomings, nos laminoirs continus et bien
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- d’autres installations modernes ont été emportés et revendus. Nous savons, par exemple, que nos aciéries Martin ont été revendues par l’autorité allemande à Rombas, et nos aciéries Thomas à Hayange.
- Quand j’ai su que l’ennemi sollicitait un armistice, j’ai pensé qu’il allait arrêter les destructions. Au contraire, il les poussait avec une activité redoublée. Un nommé Viltberger que nous avions occupé comme entrepreneur de triage dans les déchets, et à qui nous n’avions pas voulu renouveler son contrat, dirigeait les travaux d'anéantissement de nos usines avec toute l’ardeur que lui inspirait sa rancune.
- Après l’armistice, ordre a été donné aux démolisseurs de s’arrêter, et les ouvriers ont été occupés à une besogne de nettoyage destinée à donner à ce désastre un aspect moins effroyable.
- Tous les établissements de la région ont partagé plus ou moins le sort des nôtres, et l’on peut dire que, si les Allemands ne les ont pas entièrement détruits, c’est parce que le temps leur a manqué. Les forges de Saintignon à Gourancourt, celles de Micheville, de Gorcy, de Senelle et de la Chiers ont subi des dégâts importants. L’usine de Réhon est presque entièrement démolie. Le matériel en a été acheté par la maison Rôcklin à Thionville.
- En causant tous ces ravages, l’autorité allemande poursuivait un triple objectif : supprimer une concurrence importante, amener le chômage, et s’emparer de nos mines devenues pour nous inutiles, puisque nous n’aurions plus eu d’usines.
- A la fin de 1917 ou au commencement de 1918, le séquestre qui nous avait été imposé demanda la production de nos bilans. Sa préoccupation était de nous faire payer ce que nous devions en Allemagne et d’encaisser ce qui nous était dû en pays occupé. Nous devions en Allemagne 2 millions. Ils nous furent réclamés, mais je déclarai n’avoir pas les moyens de payer. Le capitaine Viëtor, chef de la Rohma, qui était installé chez moi en maître, m’écrivit alors qu’il avait engagé des pourparlers avec la Banque internationale de Luxembourg, et que celle-ci était disposée à me consentir un prêt de 2 500 000 f, à la condition que les organes institués par nos statuts reconnaîtraient mon engagement. Je répondis qu’il s’agissait de créances non exigibles, se rapportant pour la plupart à des fournitures payables en plusieurs termes et dont le solde ne devait être versé qu’après bon fonctionnement reconnu, condition qui ne pouvait se réaliser puisque les fournitures en question nous avaient été enlevées. Les Allemands voulaient en effet nous faire payer le prix des machines qu’ils nous avaient volées.
- Il y a mieux. Les Aciéries de Longwy avaient commandé une machine à la Société alsacienne de Mulhouse, et j’avais versé un acompte sur le montant de cette commande. Notre séquestre avait la prétention de m’en faire acquitter le solde; or, à ce moment, le séquestre de la Société alsacienne avait vendu la machine à la Société du Phénix, à Ruhrort.
- Après lecture, le témoin a signé avec nous.
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- L’ORGANISATION DE LA DOCUMENTATION TECHNIQUE ET INDUSTRIELLE EN FRANCE
- Introduction.
- On a souvent reproché aux Français de n’être pas organisateurs. Une occasion s’offre à nos industriels, à nos techniciens, qui connaissent la nécessité de cette organisation et, en particulier, celle de la documentation, de prouver que ce reproche n’est pas fondé, en apportant leur concours à la création, en France, d’une Fédération nationale de Bibliographie et de Documentation, qui s’occuperait plus spécialement des sciences appliquées et de l’art de l’ingénieur. Voici dans quelles conditions.
- Une Conférence internationale de Bibliographie et de Documentation, préparée par l’Institut international de Bibliographie de Bruxelles s’est tenue dans cette ville, du 7 au 10 septembre 1920 (1). Cette Conférence devait arrêter les statuts d’une Union internationale de Bibliographie et de Documentation, et ces statuts ont fait l’objet d’un projet, établi sur le type des statuts adoptés par le Conseil international de Becherches pour les Unions. Ce Conseil a été créé en juillet 1919 par la Conférence interalliée des Académies, qui a son siège à Bruxelles, ville qui a été désignée par elle pour devenir le siège intellectuel de la Société des Nations. Et c’est ainsi que, déjà, l’Institut international de Bibliographie a été transféré dans le Palais mondial du Cinquantenaire de Bruxelles, palais qui, d’ailleurs, a été transformé en vue de l’installation de ce siège intellectuel de la Société des Nations. L’Union sera placée sous l’autorité de la Société des Nations, conformément à l’article 24 du pacte de cette Société.
- On voit qu’il s’agit là d’un grand mouvement intellectuel interallié, auquel notre pays a déjà pris une large part. La Conférence nous conviait à y prendre une part plus grande encore. Elle se proposait :
- 1° D’organiser, d’étendre et de perfectionner la documentation, et notamment celle qui est relative aux sciences et à leurs applications;
- 2° De répartir ce travail entre des organismes nationaux ou internationaux, existants ou à créer, de façon à éviter les doubles emplois et les lacunes.
- A cet effet, les statuts projetés prévoyaient, dans chaque pays allié, une Fédération nationale de la Documentation, chargée de représenter les intérêts de ce pays dans l’Union internationale et, notamment, à la Conférence de Bruxelles. Les fédérations nationales se formeront et se gouverneront comme elles le voudront, mais chacune d’elles sera représentée d’une façon permanente auprès de l’Union interna-
- (1) Cette conférence a été une des nombreuses manifestations qui ont eu lieu à Bruxelles, du 5 au 20 septembre, au cours de la « Quinzaine internationale ». Voir plus loin, p. 930, le compte rendu de la conférence de Bruxelles.
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- tionale par un Conseil national dont les membres, choisis dans son sein, comprendront :
- Des délégués officiels du Couvernement et des représentants des sociétés savantes ou industrielles, des universités, etc.
- Or, en France, il n’existe encore, à proprement parler, ni fédération nationale, ni conseil national, bien que le Bureau bibliographique de Paris, sous les auspices de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, s’occupe de documentation technique et industrielle depuis de longues années déjà.
- Les intérêts de la France, en ce qui concerne les lettres et les sciences pures (mathématiques, physiques naturelles et sociales) devaient être bien représentés à Bruxelles, mais on pouvait craindre que ceux des sciences appliquées, de la technique, de l’industrie, de l’art de l’ingénieur, ne l’y fussent pas suffisamment. Et cependant, ce sont nos industriels et nos techniciens qui, au moment où notre industrie prend un si bel essor, ont le plus grand besoin de voir s'organiser la documentation qui les intéresse. Il importait donc de préparer sans perte de temps notre libre participation à la Conférence de Bruxelles, en ce qui concerne la technique et les sciences appliquées.
- Or, le Bureau bibliographique de Paris et la Société d’Encouragement avaient été invités à prendre part aux travaux de la Conférence de Bruxelles et à s’y faire représenter. Il leur a semblé qu’ils devaient préparer la participation à cette Conférence des représentants de toutes les institutions libres et de tous les services privés qui s’occupent déjà de documentation technique et industrielle. Déjà, grâce à la campagne faite par ces deux organismes, le Congrès du Livre, en 1917, et le Congrès général du Génie civil, en 1918, avaient émis des vœux reconnaissant l’urgente nécessité de créer en France un service central de documentation technique et industrielle.
- Le Bureau bibliographique de Paris paraissait déjà qualifié alors pour devenir le noyau de ce service, puisqu’il s’occupe depuis longtemps de la documentation relative aux sciences pures et appliquées (divisions 5, 6 et 7 de la classification décimale universelle). Il a semblé qu’il pouvait tout .aussi bien devenir le noyau de la Fédération nationale à créer en France; sa part de collaboration dans la documentation mondiale, qui doit embrasser l’universalité des connaissances humaines, pourra alors se limiter aux seules sciences appliquées et se borner, pour les sciences sociales, à ce qui touche directement la production industrielle, par exemple, aux questions de brevets, au chômage, aux grèves.
- Dans le but d’étudier les mesures propres à assurer la participation de la France à la Conférence de Bruxelles et la création d’une Fédération nationale de Bibliographie et de Documentation, deux réunions ont été organisées le 12 juillet et le 31 août 1920, par le Bureau bibliographique de Paris, dans l’hôtel de la Société d’Encouragement. A ces réunions assistaient de nombreux représentants des institutions et services intéressés; elles furent présidées par le général Sebert, membre de l’Institut, président du Bureau bibliographique de Paris.,
- Voici le compte rendu de ces deux réunions et celui de la Conférence de Bruxelles
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- bureau bibliographique de paris (séance DU 12 JUILLET I920). 927
- BUREAU BIBLIOGRAPHIQUE DE PARIS
- SEANCE DU 12 JUILLET 1923.
- Compte rendu.
- Par une lettre circulaire dont le texte est reproduit ci-après (Annexe n° 1), le Président du Bureau bibliographique avait convoqué, en vue de leur participation éventuelle à la Conférence internationale de Bibliographie et de Documentation qui doit s’ouvrir à Bruxelles le 7 septembre prochain, de nombreux représentants des associations ou institutions s’occupant de bibliographie ou de documentation, des bibliothécaires, des personnes intéressées à ces questions, des sociétés industrielles se préoccupant de réunir des informations documentaires, des éditeurs de publications techniques, etc.
- La séance réunit les représentants d’une trentaine de groupements. Quelques-unes des personnes convoquées avaient d’autre part envoyé par lettre leur avis sur les questions posées ou s’étaient fait excuser en exprimant le désir de recevoir le compte rendu de la séance.
- Celle-ci fut présidée par M. le général Sebert, assisté au Bureau de M. Lindet, membre de l’Institut, président de la Société d'Encouragement pour l’Industrie nationale, et de M. Lemaire, secrétaire, agent général de cette Société.
- Malheureusement, M. Paul Otlet, secrétaire de l’Union des Associations internationales, qui devait assister à cette séance et y fournir des indications utiles sur l’organisation de la Conférence de Bruxelles, avait télégraphié que, par suite d’un incident de voyage, il ne pourrait prendre part à la réunion; le Président, après l’avoir excusé, dut se borner à résumer à sa place les renseignements qu’il possédait sur cette organisation.
- Il présenta, avec l’aide de M. Lindet et de M. Lemaire, un exposé de la question qui se trouve reproduit ci-après (Annexe n° 2).
- A la suite de ces communications eut lieu, entre les assistants, un échangé de vues auquel prirent part notamment M. Gérard, M. Dubois, M. Blondin, M. de Baral, M. Van Mœurs, M. Lévy, M. Crété, M. Chiron, M. Durand-Réville, M. Dieudonné, M. Sustrac, M. Bayle, M. Maurain, M. Marcel Poète, M. Mesnager.
- De cet échange de vues, il résulte qu’en France, les organismes et les personnes qui ont intérêt à prendre part à la Conférence internationale de Bibliographie et de Documentation de Bruxelles se rattachent bien aux trois catégories que les organisateurs de la Conférence de Bruxelles ont envisagées, en admettant que chacune d’elles pourra apporter sa participation à cette Conférence en observant les modalités qui lui conviennent.
- 11 ressort des déclarations envoyées par les Secrétaires perpétuels de l’Académie des Sciences, que celle-ci, revendiquant à ce sujet son rôle d’Académie principale dans l’organisation des Unions des Association scientifiques qui ont été constituées lors de la Conférence interalliée des Académies, ne croit pas devoir intervenir dans l’envoi des délégués dont peut avoir à s’occuper le Bureau bibliographique de Paris.
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- D’autre part, M. Maurain, représentant la Direction des Recherches scientifiques et industrielles, actuellement rattachée au Ministère de l’Instruction publique, déclare qu’il ne se considère pas comme saisi de la question de la désignation des délégués officiels, désignation qui ne pourra être faite que par le Gouvernement français si le Gouvernement belge l’en saisit par la voie diplomatique.
- Le Bureau bibliographique n’a donc pas à en référer à l’Administration pour obtenir la désignation des délégués officiels et il ne lui reste qu’à réunir les personnes appartenant à des institutions libres ou à des organismes privés qui s’intéressent aux questions qui seront traitées à la Conférence de Bruxelles et seraient désireuses d’assister à cette conférence ou de s’y faire représenter. Elles pourront constituer, pour coordonner leur action, une Section libre du Conseil national qui doit représenter les intérêts français à Bruxelles.
- De l’ensemble des opinions exprimées, il ressort d’ailleurs que la majorité des personnes qui s’intéressent au mouvement provoqué par la Société d’Encourage-ment pour l'Industrie nationale et par le Bureau bibliographique de Paris, pour la création en France d’un service central de documentation technique et industrielle, sont d’avis que ce service qui est destiné surtout à faciliter notre mouvement commercial et industriel doit chercher à rester libre de toute attache officielle et vivre, en principe, de ses propres ressources, sauf à solliciter, au 'début, l’appui moral et une subvention du Gouvernement.
- Dans ces conditions, le Bureau bibliographique n’aura, ainsi que l’indiquait déjà le Président dans ses conclusions, qu’à recueillir les noms des personnes qui, après avoir reçu les documents qui leur seront envoyés avec le présent compte rendu, feront connaître leur désir de prendre part aux libres discussions de la Conférence de Bruxelles ou demanderont simplement à avoir connaissance decequi y aura été décidé.
- Il a paru désirable d’informer de ces décisions tous les industriels et techniciens français au moyen d’insertions dans les revues techniques et les principaux journaux quotidiens (1).
- Il sera envoyé aux personnes qui le demanderont des convocations aux prochaines réunions préparatoires qui seront tenues par les soins du Bureau bibliographique de Paris, en vue d’assurer la libre participation des Français à la Conférence de Bruxelles. Ceux qui n’auront pu assister à ces réunions préparatoires seront tenus au courant s’ils le désirent.
- SEANCE DU 31 AOUT 1920.
- Compte rendu.
- Cette réunion a été présidée par M. le Général Sebert, président du Bureau bibliographique, assisté au Bureau de M. Arnoul, membre du Conseil de la Société d’Encouragement, et de M. E. Lemaire, agent général de cette société.
- Cette séance avait pour but de réunir les personnes disposées à se rendre à la Conférence internationale de Bibliographie de Bruxelles ou désireuses d’être tenues
- (1) Le Génie civil (hebdomadaire), La Machine moderne (mensuel) et La Journée industrielle (quotidien) ont inséré une information très détaillée à ce sujet.
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- au courant de ses travaux et des décisions qui y seront prises. Elles devaient y échanger leurs vues sur les mesures à prendre pour assurer la meilleure organisation des services d’information qu’il faudra rattacher à l’Office central de Documen-tion qu’il convient de créer en France. Il fallait aussi rechercher les moyens d’obtenir pour cet office, le concours éventuel d’offices analogues créés ou à créer dans les autres pays et enfin son rattachement à l’Union internationale de Bibliographie et de Documentation dont la création devait faire l’objet principal de la Conférence de Bruxelles.
- A cette réunion du 31 août, prirent part une quarantaine de personnes, à titre personnel, ou comme délégués de différents groupements ou organismes. Il leur fut donné connaissance du programme projeté des travaux de la Conférence de Bruxelles, ainsi que des conditions matérielles du voyage et du séjour dans cette ville. Lecture a été donnée de 28 lettres reçues depuis la réunion du 12 juillet, et note a été prise des concours de collaboration aux travaux de la Conférence de Bruxelles offerts par les signataires de quelques-unes de ces lettres.
- Il résulte de la discussion et de la lecture de la correspondance que, de l’avis de toutes les personnes présentes, il y a lieu de centraliser autour du Bureau bibliographique de Paris les efforts de tous ceux qui, en France, s’occupent de documentation technique et industrielle et de créer dans notre pays la Fédération nationale de Bibliographie et de Documentation.
- En conséquence, l’assemblée a arrêté les noms de plusieurs organismes ou personnes, choisis parmi ceux qui veulent bien se charger de représenter, à titre libre, les intérêts français à la Conférence de Bruxelles et de former la Section libre du Conseil national de Bibliographie qui pourra être appelée à donner son avis sur l’organisation projetée.
- De plus, tenant compte de la correspondance, l’assemblée a demandé au Bureau bibliographique de désigner d’autres personnes qui ont offert leur concours et qu’il y aurait intérêt à voir collaborer, au même titre que les premiers, aux travaux de la Conférence de Bruxelles.
- Conformément à ces décisions, les personnes dont les noms suivent ont été désignées. Elles en ont été informées immédiatement par lettre.
- M. Lindet, président de la Société d’Encouragement;
- M. Paul Toulon, membre du Conseil et secrétaire de la Société d’Encouragement;
- M. Sauvage (Bureau bibliographique de Paris);
- M. Gariel (Bureau bibliographique de Paris);
- M. Gault (Institut de Chimie de l’Université de Strasbourg);
- M. Baignères (Société amicale des anciens Elèves de l’Ecole centrale des Arts et Manufactures de Paris);
- M. David (Comité électro-technique français);
- M. Durand-Réville (Le Mois scientifique et industriel);
- M. Sustrac (Bibliothèque Sainte-Geneviève et Association des Bibliothécaires français) ;
- M. de Prat (L'Avenir textile);
- M. Chiron (Technos);
- M. Montessus de Ballore (Index generalis);
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- M. Blondin (Revue générale de VÉlectricité);
- M. Noirclerc (Fiches industrielles) ;
- ' M. F rydlender (Revue des Produits chimiques);
- M. Léris (Librairie Gauthier-Villars) ;
- M. B>oxon (La Houille blanche) ;
- M. FAbbé Langlois (Bibliothèque de l’Institut catholique de Paris);
- M. Bayle (La Librairie)]
- M. Lévy (Etablissements Bessonneau) ;
- M. Tassy (Etablissements Bessonneau) ;
- M. le Directeur des Établissements Piguet;
- M. le Directeur des Aciéries réunies;
- AI. FIngénieur en chef delà Compagnie parisienne de l’Air comprimé;
- M. FIngénieur délégué des Associations des Industriels du Nord de la France;
- I’Office central pour l’Etude du Matériel de Chemins de fer;
- M. L. Dure, 11, rue des Dahlias, à Lyon;
- M. Dujardin. 24, rue Pavée, Paris;
- M. J. Desjardins ;
- M. Gougis, constructeur de machines agricoles, à Anneau (Eure-et-Loir ;
- M. E. Lemaire, agent général de la Société d’Encouragement.
- Des échanges de vues eurent lieu au cours de la séance entre ceux de ces délégués qui étaient présents, sur les questions intéressant plus spécialement notre pays et pouvant guider dans le choix des mesures à prendre pour la réorganisation du Bureau bibliographique.
- Au sujet de cette réorganisation, le Président fît connaître que les motifs qui en avaient jusqu’ici retardé la solution paraissent définitivement écartés et que le Bureau venait enfin d’ètre informé que le Ministère de l'Instruction Publique, sur la demande de la Direction des Recherches scientifiques et industrielles etdes Inventions, lui a accordé l’appui officiel qui lui avait été demandé et une subvention de 5000 francs. Il n’y avait donc qu’à attendre le résultat de la Conférence de Bruxelles pour mettre à exécution les mesures préparées conformément aux vœux du Congrès général du Génie civil de 1918, en tenant compte simplement des modifications que pourraient justifier les décisions qui seront prises à la Conférence de Bruxelles.
- CONFÉRENCE INTERNATIONALE DE BIBLIOGRAPHIE ET DE DOCUMENTATION
- (Bruxelles, 7-10 Septembre 1920).
- Compte rendu.
- A l’invitation de l’Institut International de Bibliographie (I. I. B.) la cinquième Conférence internationale de Bibliographie et de Documentation s’est réunie à Bruxelles du 7 au 10 septembre. Les Conférences antérieures ont eu lieu en 1893,
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- CONFÉRENCE DE BIBLIOGRAPHIE ET DE DOCUMENTATION DE BRUXELLES. 931
- 1897, 1900 et 1910. La session s’est tenue pendant la Quinzaine Internationale organisée par l’Union des Associations Internationales, quinzaine au cours de laquelle se sont réunis divers autres Congrès, entre autres celui de cette Union qui avait à son ordre du jour la participation des Associations Internationales aux travaux bibliographiques.
- Le but de la Conférence était d’examiner les mesures à prendre dans le domaine documentaire par suite de la guerre. Elle s’est réunie au moment du xxvc anniversaire de l’Institut International de Bibliographie et à l’occasion de l’inauguration de ses nouvelles installations.
- Un grand nombre de pays avaient adhéré à la conférence et avaient envoyé des délégués : le Luxembourg, la Tchéco-Slovaquie, la Belgique, la France, la Suisse, la Hollande, l’Italie, la Pologne, l’Espagne. Malheureusement, les bibliothécaires anglais n’étaient pas présents, 1’Association des Bibliothécaires tenant ses séances en môme temps en Angleterre. Quant aux Américains, ils ont été moins nombreux qu’à la dernière Conférence, à cause de la difficulté des voyages; mais les entretiens individuels de ces derniers mois entre délégués des grandes institutions américaines et représentants de l’Institut International de Bibliographie témoignent de leur très vif intérêt pour la coopération internationale.
- Le Secrétoire adjoint de la Société des Nations, le D1' Nitobé (Japon) a suivi toute la Quinzaine Internationale de Bruxelles et a honoré de sa présence plusieurs séances de la Conférence. En son absence, le Secrétariat de la Société des Nations était représenté par Mlle Wilson.
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- La Conférence avait été préparée par trois publications principales :
- 1° Un Mémorandum contenant un projet de statut pour la constitution d’une Union internationale pour la Documentation et un plan-programme pour ses travaux (Publication n° 128 de l’I. 1. B.);
- 2° Un rapport général sur l’Organisation internationale de la Bibliographie et de la Documentation, présentant une vue d’ensemble sur les questions à résoudre et une série de propositions coordonnant les pratiques existantes ou les solutions proposées par l’I. 1. B. (Rapport de M. Otlet, publication n° 129 de l’I. I. B.);
- 3" Une série de Notes relatives aux plus récents travaux réalisés dans l’organisation documentaire (Publication n° 130 de l’I. I. B.);
- 4° Une étude sur « les moyens de documentation en France » ( Publication n" 131 de l’I. 1. B. et du Bureau bibliographique de Paris).
- Divers rapports sur des points particuliers ont été présentés verbalement par leurs auteurs.
- C’est dans le cadre du rapport général que les travaux de la Conférence se sont poursuivis au cours de cinq séances. Ils ont porté :
- 1° Sur un examen de l'oeuvre de FL I. B. ;
- 2° Sur l’organisation nouvelle qui s’impose à la documentation;
- 3° Sur le développement des méthodes;
- 4° Sur diverses questions de moindre importance.
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- La séance inaugurale a été consacrée à la commémoration du Jubilé de TI. I. B. Deux exposés ont été présentés par les fondateurs de l’Institut, l’un, historique, par M. H. La Fontaine, l’autre, envisageant l’actualité et l’avenir, par M. P. Otlet.
- Pour célébrer cet anniversaire, il a été procédé à l’enregistrement de la douze-millionième fiche dans le Répertoire bibliographique universel.
- Ces collections, heureusement préservées pendant l’occupation allemande, et tous les services de l’Institut sont aujourd’hui très largement installés dans le Palais Mondial avec les autres établissements groupés en un Centre International. Ce Palais, situé dans le Parc du Cinquantenaire, a été mis à la disposition des Associations Internationales parle Gouvernement belge. Il comprend notamment : la Bibliothèque collective internationale, composée de 67 fonds appartenant à diverses Associations; le Musée international, avec une exposition permanente des grandes données de la vie mondiale; des salles de réunion; l’Université Internationale; des bureaux pour diverses Associations internationales et des installations pour les Congrès internationaux.
- La première partie des discussions a envisagé surtout les moyens de continuer et de développer l’œuvre d’organisation internationale de la documentation pour lui permettre de répondre aux besoins actuels.
- Les discussions ont porté sur les travaux documentaires réalisés par plusieurs grandes Associations internationales (Institut International d’Agriculture, par son vice-président M. Dop; Fédération Internationale de Chimie, par son secrétaire général M. J. Gérard ; Union Internationale des Villes par son directeur M. Wjnck), et sur l’état de préparation de divers Comités nationaux notamment en France, en Hollande, en Suisse et en Italie.
- Voici, résumées, les résolutions qui ont été prises :
- Plan général. — La Conférence a adopté en principe le plan proposé par l’Institut International de Bibliographie pour l’Organisation générale internationale de la Documentation, tel qu’il est exposé dans le projet précité. La tâche est considérable: il faut donc envisager dans leur ensemble les diverses parties de la grande fonction intellectuelle qu'est la documentation.
- Le plan vise le collectionnement et le cataloguage des bibliothèques nationales et internationales, des bibliographies nationales et spéciales qu’il y a lieu de relier à la Bibliographie Universelle, les résumés des travaux, les échanges et les prêts de documents, la coordination à apporter dans les publications scientifiques.
- Coopération et coordination. — La Conférence a émis un vœu général en faveur de l’entente et de la coopération qui, seules, permettront de rattacher les travaux spéciaux des groupes et des particuliers aux grands ensembles par les travailleurs intellectuels. En application de ce vœu, la Conférence a demandé que soit poursuivie l’œuvre du Catalogue international de la Littérature scientifique mais que des transformations permettent de la relier à l’avenir aux autres parties de la documentation. La Conférence, à laquelle fut communiqué le chaleureux message adressé àl’I. I. B. par l’American Library Association pendant la guerre, a adressé
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- son salut à cette corporation et exprime le vœu de voir s’étendre de plus en plus la collaboration bibliographique entre l’Amérique et l’Europe.
- Organisation. — La Conférence a estimé qu’il y a lieu de voir créer une Union ou Fédération Internationale pour la Bibliographie et la Documentation. Elle a pris pour point de départ le projet qui lui a été soumis par l’I. I. B., projet déjà présenté en 1919 au Conseil International des Recherches et approuvé en principe par lui. La Conférence y a apporté toutefois divers amendements ayant pour objets :
- a) De placer sur un pied d’égalité tous les pays faisant partie de la Société des Nations;
- b) De faire des Comités des Conseils Nationaux la base de l’organisation tout en
- faisant appel aussi à la coopération des Associations Internationales et à la Société des Nations; *
- c) De faire de l’I. I. B. l’organe scientifique et l’agent de gestion de la Fédération.
- Tenant pour constituée cette Fédération, elle a invité les représentants de tous
- les pays faisant partie de la Conférence à agir activement en vue de constituer les Conseils ou Comités et, à cette fin, de provoquer immédiatement l’examen des projets de statuts et des amendements proposés de manière à arriver dans le plus bref délai à l’adoption de statuts définitifs.
- La Fédération aura pour objet la réalisation du plan arrêté pour l’organisation de la documentation en précisant, suivant les circonstances, le programme d’exécution. Elle coopérera aussi au développement des méthodes et en particulier à l’extension des Tables de la Classification décimale. Elle provoquera les conventions entre organes coopérateurs et publiera périodiquement la liste des travaux accomplis conformément aux accords.
- On peut imaginer bien des modes de décentraliser et de centraliser le travail. Ils sont fonction des ressources dont on dispose. Des coopérateurs libres ne sauraient se trouver que dans une organisation décentralisée à l’extrême pour le travail et pour sa publication, mais les coopérateurs payés travaillant à des publications disposant d’une subvention internationale produiront davantage s’il y a centralisation et possibilité d’opérer au centre une division des opérations non plus exclusivement par catégories de sciences, mais encore par tout ce qui est travail matériel, par catégories d’opérations (recrutement des documents, lecture systématique, copies, premier classement, impression, etc.).
- Méthodes. — En ce qui concerne les méthodes, la Conférence, confirmant les résolutions des Conférences antérieures, a proclamé la nécessité d’un minimum de méthodes documentaires unifiées, pour rendre possible la coopération. Elle a estimé qu’il y a lieu de procéder au plus vite à la réimpression des Tables de la Classification décimale, partiellement épuisées, en y apportant les développements nécessaires.
- Des matériaux ont été réunis par l’Institut pour le développement de ces tables et leur traduction. Plusieurs ont été publiés (aviation, odontologie) ou arrêtés (administration, télégraphie, astronomie, technique).
- La proposition de publier les Tables de la Classification en tableaux constamment tenus à jour est prise en considération mais sans qu’il soit renoncé à la publication en fascicules et volumes. (Proposition de M. Chavanne, directeur de l’Association
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- pour l’Organisation du Travail intellectuel (Asted), et de M. Heymans, directeur du Normalisatie-Bureau de Delft.)
- Un Syndicat international sera constitué avec l’aide des Comités nationaux, des gouvernements et des éditeurs, pour assurer les fonds et répartir, entre tous les pays, les charges et les avantages d’une édition mise à jour. La proposition a été acceptée de former une exposition circulante des méthodes et de l’organisation documentaires.
- La Conférence a fait un appel pressant à tous ceux qui se servent de la Classification décimale, afin de maintenir l’unité de système de classification et a souhaité voir établir un développement parallèle entre les éditions française et anglaise de la classification. Il n’y a guère de pays où les méthodes de l’I. I. B. n’aient pénétré. Ceux de l’Amérique du Sud (Bibliothèque de Bio de Janeiro) et les Etats nouveaux (Bibliothèque de Prague) ont donné récemment de beaux exemples de coopération.
- Il a été décidé de publier l’essentiel des études et discussions scientifiques poursuivies par l’Institut avec les groupes des coopérateurs pour l’extension de la Classification décimale. (Proposition de la Délégation hollandaise.) La théorie et les règles de développement de la Classification décimale élaborée par l’Institut seront aussi publiés.
- L’Institut organisera aussi un service de consultation pour aider dans l’indexation pratique des documents. (Proposition de M. Ginsback.)
- Institut International de Bibliographie. — Les travaux de l’I. I. B. ont servi de base aux discussions. L’œuvre principale de l’Institut reste le Bépertoire Bibliographique Universel, vaste concentration des travaux de toute nature entrepris par des particuliers ou des groupes de tous pays et dont les notices établies sur fiches sont classées par auteurs et par matières (Classification décimale). Le Répertoire est complété par un catalogue, sur fiches, renseignant sur les bibliothèques où sont déposés les ouvrages et qui comprend le Catalogue collectif des Bibliothèques de Belgique et un exemplaire du Catalogue sur fiches de la Library of Congresses. L’Institut a aussi commencé à réunir les matériaux d’une vaste encyclopédie documentaire, texte et figures. Il a réuni une Bibliothèque Bibliographique internationale qui est déjà d’une très grande richesse. Malheureusement, l’Institut se trouve en présence d’un immense arriéré dû à la guerre et créé par l’état dans lequel Bruxelles s’est trouvée pendant près de cinq années, et il a besoin de tous les concours pour lui permettre de regagner cet arriéré.
- La Conférence a signalé l’opportunité de distinguer désormais entre l’œuvre scientifique et de collectionnement de l’Institut Central et l’œuvre d’organisation de la coopération qui devrait être le propre d’une Fédération dont l’Institut serait partie intégrante.
- D’autre part, la Conférence a fait sien le vœu suivant, présenté par l’I. I. B :
- Considérant l’importance qu’a prise, surtout au cours de la guerre, la Documentation dans la vie scientifique et dans la vie pratique; considérant le grand effort accompli sous la direction de l’Institut International de Bibliographie par la coopération purement volontaire, mais constatant l’impuissance de poursuivre actuellement l’œuvre commencée avec les moyens mis en œuvre jusqu’ici, il est désirable de voir le Répertoire Bibliographique Universel devenir un service public international. Il appartient à la Société des Nations, qui se développe de plus en plus dans le sens d'une organisation collective des
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- hauts intérêts communs à toute l’humanité, de prendre l’initiative de la création d’un tel service et de faire, par le relevé statistique de la production intellectuelle qu’est la bibliographie universelle, ce qu’elle vient d’opérer si heureusement pour la statistique démocratique et économique.
- La dernière partie des travaux de la Conférence a été consacrée à l’examen de questions particulières dont plusieurs ont pris une grande importance en ces derniers temps et qui, toutes, sont de nature à apporter des perfectionnements à l’œuvre bibliographique et documentaire.
- 1° On a demandé la réforme du Service international des Echanges qui ne répond plus aux besoins actuels; le vœu a été émis de voir la convention s’étendre à tous les pays. On a demandé qu’une commission internationale permanente contrôle l’exécution de la convention, que l’on arrive à des échanges de totalité et que chaque pays publie les catalogues complets de ses publications officielles.
- 2° La Conférence a émis le vœu de voir multiplier et développer les offices locaux et spéciaux de documentation (conçus comme des ensembles systématiques de collections de livres, de répertoires bibliographiques, d’archives documentaires et de services d’information mis à la disposition des intéressés). Elle souhaite que les offices généraux et internationaux puissent être graduellement reliés, de manière à constituer un réseau universel de communications intellectuelles au moyen du document. Le complément ou la transformation des Bibliothèques dans ce sens est vivement recommandé.
- 3° Des communications ont été faites au sujet de certaines bibliothèques et des transformations à introduire dans les bibliothèques publiques, afin de les organiser en système de bibliothèques (Bibliothèque municipale de la Ville de Paris, M. Sustrac), types nouveaux de Bibliothèque centrale avec branches (Bibliothèque postale proposée en Belgique avec une centrale unique et un catalogue largement répandu).
- La nécessité est apparue de coordonner les bibliothèques d’un pays en un vaste système qui s’appuierait sur les bibliothèques publiques locales et relierait celles-ci à des organismes centraux dont ne saurait se désintéresser la bibliothèque nationale. Le problème de la lecture se pose en termes nouveaux : nécessité d’éclairer la démocratie, de développer les connaissances techniques, de pourvoir à l’utilisation des loisirs créés par la réduction des heures de travail dans les usines, chantiers et bureaux.
- 4° La Conférence a pris acte des progrès réalisés en ces derniers temps dans les archives documentaires administratives, tant des organismes publics que des entreprises industrielles et commerciales. Ces progrès ont pu être réalisés en appliquant les méthodes internationales et en reliant la documentation administrative à la documentation scientifique et technique. (Conclusions du Nederlandsche Regis-tratuur Bureau au sujet des administrations hollandaises. Conclusions de MM. Zaal-berg, Glavrin, Van-Bergen, Huon.)
- 5° On a demandé la publication, dans chaque pays, d’un guide documentaire contenant des informations détaillées sur tous les moyens dont les travailleurs intellectuels disposent. (Rapport de M. Tassy.)
- 6° Le vœu a été émis de voir les sociétés de bibliophilie ou de bibliographie étendre leurs études dans un sens historique et archéologique et participer aussi au mouvement général d’organisation du livre.
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- 7° Une communication a été faite au sujet d’une branche nouvelle de la bibliographie, la psychologie bibliologique, branche créée récemment par le D1' Nicolas Roubakine et qui tend à donner des bases scientifiques à l’étude des relations réciproques entre l’auteur, le livre et le lecteur.
- 8° La Conférence a entendu et discuté des communications faites au sujet des éléments documentaires des revues et de leur rôle dans l’organisation documentaire : le titre, le mot type, le sommaire, la classification, le résumé, la disposition matérielle des textes et la forme monographique à leur donner. (Rapport de M. Frydlender; communication de AL Matagnix sur les fiches industrielles.) Des conclusions ont été présentées aussi au sujet de l’emploi de la photographie en tant que moyen de documentation dans les sciences naturelles (rapport de AI. Bommer sur la reproduction des herbiers) au sujet de la manière précise et claire de porter les indications sur les fiches. (Conclusion de AI. Pinart.)
- L’attention a été attirée sur la nécessité de « visualiser » davantage les résultats des travaux et sur les possibilités de convertir en tableaux l’essentiel des exposés scientifiques. Les salles du Alusée International ont démontré l’importance de ces tableaux et le rôle qu’ils peuvent jouer dans ce qu’on pourrait appeler « l’enseignement mural a.
- 9° Le vœu a été émis de voir l'immense littérature des brevets d’invention faire l’objet d’un traitement systématique et de fournir ainsi un précieux complément à la littérature technique. Les conclusions du Congrès International des Inventeurs à ce sujet ont été appuyées.
- 10° La coopération des éditeurs et des libraires a été spécialement demandée et il a été décidé de s’adresser à eux par l’intermédiaire de leurs associations internationale et nationales. Ils ne sauraient plus longtemps se désintéresser des modes de publicité que peut leur apporter la bibliographie organisée. Toute nouveauté devrait s’annoncer par le moyen de la fiche décimale. (Conclusion de AI. Bayle.)
- 11° Il a été demandé que la question de la standardisation des formats et celle de l’épaisseur des papiers soient mises rapidement à l'étude en tenant compte des nécessités des utilisateurs et des producteurs. L’adoption d’un nombre réduit de formats faciliterait la formation des collections.
- Pour réduire le nombre des formats l’invitation sera faite à l’Union Postale Universelle de ramener le format de la carte postale à celui de la fiche internationale en compensant la réduction de surface par le maintien de la taxe actuelle d’affranchissement.
- D’une manière générale, tout ce qui s’écrit ou se publie sur carte ou sur petite feuille devrait être ramené au format de la fiche pour faciliter l’incorporation dans les ensembles documentaires.
- La constitution d’une vaste « Encyclopédie documentaire » formée de contributions de toute nature publiées par des spécialistes de tous les pays, serait une des conséquences de cette unification.
- Une communication avec démonstration a été faite par « l’International Stu-dent Bureau » (M. Victor Russel) au sujet des méthodes documentaires qu’il est désirable de voir appliquer dans la manière de résumer et de classer les notes prises au cours des études.
- 12° La nécessité de nouveaux progrès dans l’unification et la codification des règles catalographiques a été affirmée. Il a été désiré qu’elle s’étendît à toutes les
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- catégories de documents. (Communication de Sir Forduam sur la Carto-Biblio-graphie.)
- 13° La Conférence a émis le vœu que chaque branche de science et d’activité pratique ait son système coordonné de publications, embrassant l’ensemble des données scientifiques et s’étendant à la production des travaux originaux ainsi qu’à la condensation de leurs résultats. (Revues, annuaires, traités, catalogues, etc.)
- 14° Il a été aussi demandé que : Pour faciliter les recherches et éventuellement le prêt des ouvrages, il soit créé ou développé partout des catalogues collectifs de bibliothèques (une ville, une région, un pays, ou tout le pays, au point de vue d’une spécialité).
- 13° La Conférence a rappelé les vœux antérieurement formulés au sujet de la statistique du livre et des imprimés organisée sur des bases de parfaite comparabilité, au sujet de l’enseignement des méthodes documentaires (bibliographiques, bibliothéconomiques, archivistiques) et au sujet de la place à donner dans l’enseignement à tous les degrés à une initiation au rôle de la documentation.
- Ont été déposés sur le Bureau, à l’appui des discussions qui ont eu lieu, les documents suivants :
- Organisation générale de la documentation (tendant à voir l’entente s’établir entre les offices de documentation actuellement existants), par M. Durand-Réville;
- La /déforme Bibliographique : Bibliothèque et Bibliographie (tendant à voir les notices de leurs articles publiés par les revues scientifiques elles-mêmes, en sommaire d’abord, en table ensuite),par M. François Secoues;
- Les Éléments documentaires et leur rôle organisateur (proposant des améliorations pratiques dans la manière de formuler les titres, de disposer les matières et de publier les sommaires), par M. Frydlender;
- Les développements de la Classification décimale, par M. H. Huon;
- La Classification décimale appliquée aux brevets d’invention (historique et état actuel de l’œuvre privée entreprise par l’auteur, à Anvers, pour établir un Répertoire de brevets), par M. Gevers;
- Comptes rendus des réunions préparatoires de la Conférence, tenues le 12 juillet et le 31 août 1920, par le Bureau bibliographique de Paris.
- Réunie pour commémorer un mouvement qui a pris naissance il y a vingt-cinq ans et pour fixer l’orientation de l’étape prochaine, la Conférence a pu voir les forces anciennes se compter et accrues de très grandes forces nouvelles par de nouveaux adeptes et de nouveaux coopérateurs dans tous les pays, dans toutes les branches de connaissances. Désormais, l’Institut International de Bibliographie n’est plus livré à ses propres efforts : des comités nationaux, en voie d’organisation, sont venus lui offrir leur concours; la Fédération va maintenant s’organiser. De grands organismes internationaux et, en particulier, l’Union des Associations Internationales, marchent de concert avec lui. L’Institut enfin est incorporé Tome 132. — 2e semestre. — Novembre-Décembre 1920. 70
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- désormais dans les établissements installés dans le Palais Mondial et auxquels la Société des Nations s’intéresse. Nul doute qu’il n’y trouve des aides puissantes pour son développement futur (1).
- Les organisateurs de la Conférence se sont excusés de ne pouvoir, à raison de la rigueur des temps, offrir à leurs hôtes tous les charmes d’une réception variée dont la Belgique d’avant-guerre était coutumière. Une visite toutefois a été organisée à Louvain et aux ruines de sa bibliothèque. Une autre visite a été faite à Liège. Un dîner intime a réuni les participants.
- Une exposition des méthodes bibliographiques avait été organisée au Palais Mondial ainsi qu’une Exposition du Livre scientifique contemporain.
- ANNEXE N° 1
- Lettre-circulaire du 8 juillet 1920.
- Monsieur,
- Paris, le 8 juillet 1920.
- La Société d’Encouragement pour flndustrie nationale a reçu récemment une circulaire émanée de l'Institut international de Bibliographie de Bruxelles, et rédigée en conformité des décisions du Conseil international des Recherches scientifiques créé par la Conférence interalliée des Académies, qui s’est tenue dans cette ville au mois de juillet 1919.
- Cette circulaire l’invite à prendre part à la Conférence internationale de Bibliographie et de Documentation qui doit s’ouvrir à Bruxelles, le 7 septembre prochain.
- Cette Conférence a pour but l’organisation d’ensemble d’un Service international de Bibliographie et de Documentation reposant sur l’établissement de Conseils nationaux qui fédéreraient toutes les forces d’un même pays, susceptibles d’être représentées dans la susdite Conférence.
- La circulaire, dont il s’agit, demande à la Société d’Encouragement si elle serait disposée à prendre, d’accord avec les autres services intéressés de notre pays, l’initiative de constituer notre Conseil national et d’en provoquer immédiatement la formation provisoire, en vue d’assurer l’unité de représentation de la France dans la Conférence dont il s’agit.
- En raison de l’appui que cette Société a donné, dès l’origine, à la création du Bureau bibliographique de Paris, qui s’est proposé d’organiser, en France, un Service central de Documentation technique et industrielle, et a obtenu du dernier Congrès généra! du Génie civil l’adoption de propositions à ce sujet, elle a demandé à ce Bureau son avis sur la possibilité de prendre l’initiative de cette création.
- Après avoir pris l’avis, à ce sujet, de la Direction des Recherches scientifiques et industrielles et des Inventions, notre Bureau a été d’avis de provoquer une réunion d’un certain nombre des représentants des Services intéressés pour examiner la question et décider, s’il y a lieu, des mesures à prendre pour arriver à constituer le Conseil national qui pourrait assurer la représentation des intérêts français à la Conférence projetée.
- Dans la pensée que vous voudrez bien répondre à notre appel, dans ce but, nous vous invitons à vouloir bien faire représenter votre Association ou à assister personnellement à cette réunion, qui aura lieu le 12 de ce mois, à 17 h., à F hôtel de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, 44, rue de Rennes, Paris (6e).
- (1) La Société des Nations a déjà accordé des subsides à l’œuvre de l’Union des Associations Internationales. Elle a envoyé sa sympathie à l’Université Internationale créée sous ses auspices.
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- Nous espérons que M. Paul Otlet, secrétaire général de l’Institut international de Bibliographie de Bruxelles, pourra assister à cette séance et y donner tous les renseignements utiles qui pourraient lui être demandés.
- Agréez, Monsieur, l’assurance de ma considération distinguée.
- Le Président du Bureau bibliographique de Paris, Sebert.
- ANNEXE N° 2
- Communication faite par M. le Général Sebert, président, à la réunion du Bureau bibliographique de Paris, du 12 juillet 1920.
- Messieurs,
- La circulaire par laquelle vous avez été convoqués et les documents qui y étaient joints, vous ont fait connaître sommairement le but de cette réunion.
- Il s’agit, en somme, de rechercher les moyens de constituer, en France, le Conseil national de Bibliographie et de Documentation qui doit y être créé pour pouvoir représenter les intérêts français à la Conférence internationale qui doit se tenir à Bruxelles au mois de septembre prochain. Vous savez que cette conférence a été convoquée en exécution des conventions internationales conclues dans cette ville au mois de juillet 1919, lors des réunions de la 3e Session de la Conférence interalliée des Académies, agissant d’accord avec l’Union des Associations internationales, déjà depuis longtemps constituée dans cette ville.
- Pour que vous puissiez vous former une opinion éclairée sur la question, il est nécessaire de remonter à l’origine des négociations qui ont donné lieu à la préparation de cette convention internationale, et je ne crois pouvoir mieux faire, pour vous les rappeler, que de vous faire donner lecture des passages les plus importants d’une note, qui a été présentée à cette Session de Bruxelles sur l’organisation d’une documentation internationale pour les associations scientifiques.
- Extrait d'une note sur l’organisation d’une documentation internationale pour les associations scientifiques (1). — La question de l’organisation d’une bonne documentation bibliographique esta l’ordre du jour de toutes les associations scientifiques et notamment de celles qui sont d’un caractère international.
- Dans chaque pays, ces associations cherchent à joindre à la documentation, qui concerne la production nationale, celle qui se rapporte aux travaux correspondants faits dans les autres pays, et il est clair que, pour réduire les dépenses et diminuer les difficultés de sa préparation, il y a intérêt à recourir à la coopération des associations étrangères qui s’occupent des mêmes tranches de sciences et auxquelles, par réciprocité, on pourra offrir un concours analogue pour la préparation de leurs propres documentations.
- Il y a là une question qui doit intéresser particulièrement les Associations et Unions internationales dont la création figure à l’ordre du jour de la Conférence interalliée des Académies scientifiques et qui, toutes, se préoccupent de créer des publications documentaires aussi complètes que possible.
- Mais, pour que les documentations dont il s’agit puissent être préparées dans les conditions indiquées, c’est-à-dire en coopération, par les Sociétés ou Associations, des divers pays, poursuivant des buts similaires, il faut qu’elles soient établies d’après un pian d’ensemble permettant de les relier, en utilisant des bases communes de classifications Il convient, en outre, que cette classification se prête aux modifications et aux extension, que peuvent exiger les progrès de la science et de l’industrie.
- Enfin, d’après les préoccupations qui guident actuellement tous les promoteurs de
- (I) Cet extrait était joint à la lettre du 8 juillet 1920, reproduite (annexe n° 1) page 938.
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- projets de publications documentaires, il faut que la classification bibliographique adoptée ne s'applique pas seulement aux sciences pures, mais embrasse aussi leurs applications techniques et industrielles.
- Il y a donc lieu, au début des travaux de la Conférence interalliée des Académies scientifiques, de rechercher ce qui a été fait déjà pour organiser la Documentation scientifique, sur un plan d’ensemble, de façon à profiter de l’expérience acquise, en évitant les défauts de certaines méthodes ou remédiant aux lacunes que présentent certains modes de publications.
- Or. cette étude d’un plan d’ensemble pour l’organisation générale de la documentation scientifique a fait, depuis près de vingt-cinq ans, l’objet des travaux spéciaux de l’Institut international de Bibliographie qui s’est installé à Bruxelles, avec l’appui du Gouvernement belge, et a obtenu le concours de nombreuses coopérations internationales.
- Les installations matérielles et les précieuses archives de cet Institut ont pu être sauvegardées, malgré l’occupation allemande, grâce à la protection du Gouvernement espagnol, et les directeurs de cet Institut se mettent à la disposition de la Conférence interalliée des Académies, pour lui fournir tous les renseignements utiles sur la question.
- Il convient de rappeler que les travaux de l’Institut international de Bibliographie ont eu pour origine des Conférences internationales qui ont été tenues en Belgique depuis 1896, et auxquelles ont assisté des représentants de la France et notamment des membres de l’Académie des Sciences. Ces travaux ont été exposés dans plusieurs Congrès internationaux, tenus en Belgique et en France, et ils ont fait aussi, à Londres, l’objet -de réunions dans lesquelles ont été signalées les différences qui existent entre le plan adopté pour la publication du Catalogue de la Littérature scientifique, placé sous le patronage de la Société royale de Londres, et le plan, préconisé par l'Institut international de Bibliographie, pour la publication d’une Bibliographie universelle qui comporte autant de parties distinctes qu’il y a de branches de sciences dans les connaissances humaines.
- Le grand avantage du plan général, adopté par l’Institut international de Bibliographie, est qu’il fait usage de la classification décimale universelle, dont les bases ont été admises dans les premières conférences précitées et qui, s’appliquant à l’universalité des connaissances humaines, donne le moyen d’établir un lien entre toutes les branches de sciences. Cette classification présente, grâce aux propriétés des nombres décimaux qu'elle emploie, une grande élasticité qui en permet l’extension à toutes les créations nouvelles et elle s’étend facilement à toutes les applications des sciences.
- Des associations filiales de l’Institut international de Bibliographie se sont créées, dans différents pays, pour faire l’application de ses méthodes à des besoins particuliers ou pour coopérer à son œuvre.
- A Zurich, le Concilium bibliographicum, dirigé par M. Field, publie, depuis plus de vingt ans, les bibliographies sur fiches des principales sciences biologiques.
- Le Bureau bibliographique de Paris, créé en 1896, s’est donné pour mission de coopérer à la préparation du Répertoire universel sur fiches, en se limitant aux sciences et à leurs applications techniques et industrielles. Avec le concours de l’Association française pour l’Avancement des Sciences et de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, il a pu provoquer l’application, par un grand nombre de Sociétés savantes ou industrielles, du plan d’organisation de la documentation scientifique conçu par l’Institut international de Bibliographie, avec emploi, pour leurs archives et leurs publications, de la classification décimale, dont les tables, complétées avec son concours, ont reçu une -extension considérable.
- A la suite de rapports présentés au Congrès du Livre en 1917 et au Congrès général du Génie civil en 1918, la question de l’organisation, en France, d’un Office central de Documentation, coordonnant l’action de toutes les sources d’informations techniques et industrielles, s’est trouvée mise à l’ordre du jour.
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- Elle se rattache à celle de la création, dans notre pays, du Bureau national de-Recherches scientifiques, qui se relie elle-même aux créations déjà effectuées d’organes semblables dans les autres pays et notamment aux États-Unis et en Grande-Bretagne.
- Un appel avait déjà été affressé à la Conférence interalliée des Académies, lors de sa deuxième session à Paris, au mois de novembre 1918, par les soins de l’Institut international de Bibliographie, agissant d’accord avec le Bureau bibliographique de Paris, pour que la Conférence soumit à un examen d’ensemble les questions qui se rattachent à la meilleure organisation de la bibliographie scientifique.
- Les événements n’ont pas permis de donner suite, à ce moment, à cet appel, mais l’examen dont il s’agit ne pourrait être différé davantage sans graves inconvénients, au moment où toutes les Associations scientifiques internationales, qui se créent, se-préoccupent, d’arrêter le programme d’organisation de leurs publications documentaires.
- La note entrait ensuite dans des détails sur une question qui était, en ce moment à l’ordre du jour, celle du rôle à réserver au Catalogue de la Littérature scientifique de la Société royale de Londres dans l’organisation de la documentation. Elle rappelait, à ce propos, les critiques formulées contre la direction donnée à cette publication, à la préparation de laquelle prête son concours, en France, la Commission de la Littérature scientifique qui fonctionne au Ministère de l’Instruction publique.
- Elle se référait au rapport que M. Otlet avait préparé pour être présenté à la Conférence interalliée des Académies et qui portait le titre <c L’organisation de la Documentation en matière technique et industrielle », et enfin elle se terminait par l’énumération de notes et documents à consulter, déjà publiés, parmi lesquels les dernières notes de l’Institut international de Bibliographie qui établissaient un parallèle entre la classification décimale et celle qui a été adoptée parle Catalogue de la Littérature scientifique, et critiquaient le système qui avait été proposé d’une combinaison de lettres avec des nombres décimaux.
- La Note rappelait enfin la conclusion qui ressortait des correspondances échangées avec le représentant de la Société royale de Londres et qui paraissait admise déjà par cette Société, à savoir que le catalogue de la Société royale de Londres ne semble pouvoir être d’aucune utilité pour l'organisation de la documentation technique et industrielle.
- Cette note a été soumise à l’examen des délégués à la 3e Conférence interalliée des-Académies qui, réunis à Bruxelles en juillet 1919, avaient à arrêter les bases d'une organisation internationale des Associations scientifiques, et l’ont fait de concert avec les représentants de l’Union des Associations internationales, déjà depuis longtemps constituée dans cette ville.
- Il a donc pu être tenu compte, dans la préparation des statuts, de l’existence du. Conseil international de Recherches, dont la création a été décidée, dans cette session. Malgré le choix déjà annoncé de la ville de Genève, comme siège politique, et peut-être militaire, de la Société des Nations, il a été décidé, en même temps, que le siège intellectuel de cette Société resterait fixé à Bruxelles, comme il en avait été décidé aux Congrès mondiaux, tenus en Belgique en 1910 et en 1913.
- Cette décision a eu déjà pour effet, d’une part, de faire mettre à l'étude, à Bruxelles,., la création d’un Palais mondial de la Société des Nations, établi en territoire neutralisé, et, d’autre part, la constitution immédiate d’un certain nombre d'Unions scientifiques internationales, placées sous la direction centrale, à Bruxelles, du Conseil international de Recherches, et comportant, pour chacun des pays associés, l'existence d’un Bureau* national groupant, sous forme de Fédérations nationales, les Associations scientifiques affiliées à chacune de ces Unions.
- Les bases de création d’un certain nombre de ces Unions, telles que l'Union des-
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- Sociétés chimiques, celle des Sociétés astronomiques, etc., avaient été déjà jetées dans les deux précédentes sessions de la Conférence interalliée des Académies, tenues à Londres et à Paris (1).
- La Conférence de Bruxelles en a définitivement arrêté le mode d’organisation, en adoptant les Statuts du Conseil international de Recherches, dont un article spécial prévoit le rattachement possible à la Société des Nations par application de l’article 24 du pacte de cette Société.
- C’est en conformité de ces statuts qu’a été préparé, à Bruxelles, le projet d’Union internationale pour la Bibliographie et la Documentation, et que, par l'initiative de l’Institut international de Bibliographie, doit être tenue, le 7 septembre prochain, une Conférence internationale, destinée à ratifier, s’il y a lieu, la constitution de cette Union.
- Le tableau ci-dessous que vous présente M. Lindet indique d’une façon schématique comment les Associatious d’un même pays, s’occupant de bibliographie, peuvent se grouper par spécialités en Fédérations placées sous la direction d’un même Conseil national et comment l’ensemble des Fédérations des différents pays ainsi constituées peuvent former une Union internationale groupée sous la direction d’un Conseil international.
- SCHÉMA
- REPRÉSENTANT L'ORGANISATION DES GROUPEMENTS NATIONAUX ET INTERNATIONAUX INTERALLIÉS
- La Fédération française
- La —
- La —
- La —
- La —
- La —
- etc.,
- anglaise
- italienne
- belge
- américaine
- japonaise
- etc.
- de Bibliographie \
- forment TUnion internationale de Bibliographie.
- Chaque Fédération envoie un certain nombre de membres au Conseil national de Bibliographie. Et la réunion des Conseils Nationaux forme le
- Qui relève du
- Conseil international de Bibliographie.
- Conseil international des Recherches.
- Une organisation semblable est prévue, créée ou en cours de création, pour la physique, la chimie, l’astronomie, etc. Chaque Fédération est formée elle-même par la réunion de Sociétés déjà existantes dans chaque pays. Pour la chimie, par exemple, la Fédération française comprend : la Société chimique de France, l’Association des Chimistes de Sucrerie, la Société de Chimie industrielle, la Société de Chimie physique, etc.
- Des groupements analogues, constitués par les différentes Unions internationales que forment les Fédérations nationales des autres catégories d’Associations scientifiques, composent l’ensemble des organismes placés sous la Direction générale du Conseil international de Recherches scientifiques.
- Un intéressant article, publié par M. Jean Gérard, dans Chimie et Industrie, de juin 1920, et qui, sous le titre : La Conférence internationale de la Chimie, rend compte de la 3e Session de cette Conférence qui vient d’être tenue à Rome, donne d’ailleurs un exemple très précis du fonctionnement du système que l’on se propose d’appliquer à la constitution de l’Union internationale de Bibliographie et de Documentation.
- Il paraît nécessaire, pour représenter, dans cette conférence, les intérêts des difl'é-
- (1) Les documents concernant les travaux de la troisième Conférence interalliée des Académies et reproduisant le texte des Statuts approuvés pour le Conseil international des Recherches et pour les différentes Unions déjà constituées sont consignés dans le Rapport publié par l’Académie Royale de Belgique sous le titre Conseil international des Recherches, Assemblée constitutive, et dans les documents préliminaires sur cette Assemblée générale du 8 au 18 juillet, publiés par ce même Comité, en anglais et en français.
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- rents pays, de constituer, dans chacun d’eux, un Conseil national groupant les représentants de toutes les Associations ou institutions s’occupant déjà [de bibliographie et de documentation.
- C’est pour étudier la convenance de la création de ce Conseil national dans notre pays, que le Bureau bibliographique de Paris vous a réunis aujourd’hui, après accord avec la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, alin de répondre à la question posée dans la lettre d’invitation que nous avons reçue.
- La première question est de savoir si nous devons nous occuper ici de l’ensemble de la bibliographie générale, ou seulement de parties spéciales de cette bibliographie. L’Institut international de Bibliographie embrasse dans ses travaux, l’universalité des connaissances humaines et les branches de sciences dans lesquelles se partagent les documents qui composent le Répertoire bibliographique universel, dont il a entrepris l’établissement, sont classées dans l’ordre que leur donnent les Tables de la Classification décimale, adoptées par cet Institut sous les grandes divisions suivantes, numérotées de 0 à 9 savoir : Généralités, Philosophie, Religion, Sciences sociales, Linguistique, Sciences pures, Sciences appliquées, Beaux-Arts, Littérature, Histoire et Géographie.
- Le Bureau bibliographique, et la Société d’Encouragement ne visent, au contraire, que la bibliographie des sciences pures et appliquées, divisions 5, 6 et 7 et plus spécialement celles qui constituent la documentation technique et industrielle, en laissant de côté les autres branches de connaissances humaines et même la plus grande partie de la législation et des sciences sociales, en ne considérant de ces dernières que ce qui s’applique au commerce et à l’industrie.
- Iis ne peuvent donc avoir la pensée de prendre part aux travaux de l’Union internationale de Bibliographie et de Documentation que pour les questions qui concernent la documentation technique et industrielle, c’est-à-dire les sciences et leurs applications.
- Il y a lieu, dans ces conditions, de se demander si nous devons envisager ici l’organisation complète d’un Conseil national qui embrasserait, pour la France, l’ensemble de la bibliographie générale, ou s’il convient seulement de se contenter d’étudier la création de la partie de ce Conseil qui s’occuperait des seules branches de sciences et de leurs applications intéressant la documentation technique ou industrielle, en laissant à d’autres organismes le soin de s’occuper de la partie complémentaire de ce Conseil.
- C’est dans cette hypothèse que nous nous sommes placés pour l’envoi des convocations à cette réunion, en admettant qu’il appartiendra à la Direction des Recherches scientifiques de compléter, dans la mesure que cette Direction jugera utile, la constitution du Bureau national dont nous pourrons ici esquisser le plan d’organisation en ce qui concerne la partie qui nous intéresse spécialement.
- Mais une des questions qui se posent aussi à nous, au point de vue pratique, est celle de la suite à donner au projet de constitution, en France, d’un service central de documentation technique et industrielle, service dont le besoin s’est fait impérieusement sentir, comme conséquences des derniers événements.
- A cet effet, il convient d’entrer dans quelques détails rétrospectifs sur le projet de création, dans notre pays, d’un service national de documentation technique et industrielle et sur les mesures à prendre pour trouver, au moins à titre provisoire, une solution satisfaisante.
- Venant à la suite d’une campagne entreprise par la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale et de vœux déjà exprimés au Congrès du Livre en 1917, le Congrès général du Génie civil, qui a été tenu à Paris en 1918, sous la présidence de M. Millerand, a émis le vœu que le Gouvernement constitue en France un Service public de Documentation technique et industrielle, pour aider à la reprise de notre activité commerciale.
- Ce service devait être établi, le plus tôt possible, sur le plan, depuis longtemps étudié par l’Institut international de Bibliographie de Bruxelles. C’est ce même plan qui, dès l’origine, a été adopté, pour ses travaux, par le Bureau bibliographique de Paris, que je
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- préside, el qui est installé, depuis 1898, dans l’Hôtel de la Société d'Encouragement pour l’Industrie nationale, avec l’appui de cette Société.
- Comme le signale la Note précitée, le plan est basé sur l’emploi de la Classification décimale universelle, ce qui permettrait de rattacher le service à créer aux œuvres de bibliographie générale qui existent déjà dans différents pays qui reposent sur les mêmes bases.
- Le Congrès avait d’ailleurs proposé que l’organisation en fût confiée au Conservatoire national des Arts et Métiers, en s'inspirant d’un projet de règlement organique dont le Directeur de cet établissement a bien voulu préparer la rédaction.
- Malgré le désir que peuvent avoir les sociétés privées et les établissements industriels de conserver leur autonomie et leur part d’initiative dans l’organisation nationale à laquelle leur concours doit être acquis en principe, le Congrès avait cru pouvoir accepter cette solution, malgré les tendances étatistes qu’on pouvait lui reprocher.
- L’indépendance d’action des établissements ou services dont le concours était assuré paraissait, en effet, pouvoir être garantie suffisamment par les conditions particulières dans lesquelles est constitué notre Conservatoire national des Arts et Métiers, dont le fonctionnement comporte l’intervention d’organismes extérieurs indépendants.
- Mais les événements dont il sera parlé plus loin peuvent remettre cette solution en question et conduire plutôt à la création d’un organisme entièrement indépendant de l’État et se contentant simplement de lui demander un appui moral et, éventuellement, des subventions.
- Pour faciliter et accélérer la création et la mise en marche du Service national dont il s’agissait, le Congrès avait aussi conseillé d’accepter l’offre de concours faite, à cet effet, par le Bureau bibliographique de Paris, en mettant ce dernier en mesure de publier les instructions nécessaires pour guider les travailleurs dans l’emploi des méthodes à adopter et de procéder à la réimpression des fascicules des Tables de la Classification décimale qui se trouvaient épuisés et dont l’emploi est nécessaire pour l’application de ces méthodes.
- Les événements ultérieurs et des circonstances défavorables ont empêché jusqu’ici de donner suite à la réalisation de ces vœux et le Bureau bibliographique de Paris attend encore l’octroi des subventions qu’il espérait recevoir pour pouvoir donner satisfaction aux vœux du Congrès.
- A défaut de cet appui officiel, et en attendant que les promesses gouvernementales puissent se réaliser, il reste une solution à envisager, c’est celle de faire appel à l’initiative privée et au concours des Associations et des industries qui ont un grand intérêt à voir aboutir la création de l’Office central de Documentation.
- Le Bureau bibliographique de Paris se propose d’adresser a tous ces intéressés un appel pour la constitution d’un fonds de documentation qui lui permettra de mettre en train l'organisation projetée, et je serais heureux de sortir de cette réunion avec l’espoir que cet appel sera entendu.
- Je sais qu’en Belgique des subventions élevées ont déjà été accordées, tant par le Gouvernement belge que par la Société des Nations et de généreux donateurs, à l’Institut international de Bibliographie pour l’organisation des services, à Bruxelles, de l’Union internationale de Bibliographie et de Documentation. Une grande partie du Palais de la célèbre Exposition du Cinquantenaire, devenu le commencement du Palais Mondial, est déjà en cours d’aménagement très avancé, pour recevoir les grandes installations de l’Union des Associations internationales et de l’Institut international de Bibliographie, installations qui étaient jusqu’ici dispersées dans plusieurs édifices et palais de la ville de Bruxelles.
- Il faut espérer que Paris ne se laissera pas devancer et que nous verrons bientôt se réaliser, en ce qui concerne, tout au moins, la bibliographie documentaire, les installations en vue desquelles notre Conservatoire national des Arts et Métiers est tout indiqué et a déjà mis à l’étude les projets d’exécution matérielle.
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- ORGANISATION DE LA DOCUMENTATION INDUSTRIELLE EN FRANCE.
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- Le succès qu’aurait, d’autre part, l’appel que songe à faire le Bureau "bibliographique ne pourrait qu'accélérer les décisions gouvernementales et donner aussi à la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale les moyens d’activer la réalisation des projets- qu’elle a préparés de son côté. Elle pourrait ainsi continuer, en le développant, à donner son concours à l’œuvre utile de la documentation technique et industrielle, qui est aujourd’hui le complément naturel des vues qui ont inspiré ses fondateurs.
- Conclusion. — Voici ce que je vous propose de faire, sous réserve toutefois des observations que vous pouvez avoir à formuler à ce sujet et dont je serai heureux de profiter.
- Le Bureau bibliographique a pu, au cours de l’année 1918, avec le concours de M. Paul Otlet, alors réfugié à Paris, préparer une étude concernant l’organisation, en France, d’un Service national de Documentation et dans laquelle étaient énumérés les services, institutions, bibliothèques, dépôts d’archives, laboratoires scientifiques, etc., dont les ressources pouvaient être utilisées pour la constitution de ce Service central.
- Cette étude peut constituer un Rapport à présenter à la Conférence, à laquelle nous sommes invités à nous faire représenter, pour y préciser la nature des concours que notre pays peut apporter à l’Union internationale de Bibliographie et de Documentation, mais il peut y avoir lieu aujourd’hui, d’en compléter les indications, par suite des événements nouveaux qui sont survenus depuis sa préparation, et c'est sur votre concours et sur celui de tous ceux que la question intéresse que je crois pouvoir compter pour le faire.
- Pour obtenir ce résultat, et, si je puis, comme je l’espère, réunir les fonds nécessaires à cet effet, je me propose de faire imprimer cette étude et d'en adresser un exemplaire à tous les établissements et services qui y sont mentionnés, ainsi qu’à toutes les personnes intéressées et notamment à toutes celles qui ont été convoquées à cette réunion.
- Pour rappeler à tous ceux qui assistent à cette séance ce qui leur a été exposé, comme aussi pour renseigner, à ce sujet, tous ceux qui ont répondu à notre invitation, je pourrai aussi y joindre le compte rendu de cette réunion ; j’espère pouvoir recueillir ainsi les observations que peuvent soulever les questions qui nous sont posées.
- Je serais heureux de noter, dès aujourd’hui, les suggestions que peut provoquer, de votre part, l’exposé que je vous ai fait de la situation, dans laquelle nous nous trouvons, en présence des questions soulevées par l’invitation qui nous est adressée. J’espère, en tout cas, que la distribution des documents dont je parle, permettra à tous ceux qui peuvent être appelés utilement à représenter les intérêts français à la Conférence de Bruxelles de se faire connaître et même de prendre part à la création du Conseil national qu’il est question de constituer.
- Le Bureau bibliographique de Paris pourra se charger de centraliser leurs demandes et de les transmettre, finalement, s’il y a lieu, à la Direction des Recherches scientifiques, pour arriver à la constitution officielle de ce Conseil national de Bibliographie et de Documentation, dans le cas où ce Conseil devrait s’étendre à toutes les branches de la Bibliographie générale et où on ne se contenterait pas, au moins pour l’instant, de constituer seulement pour notre pays, un Conseil spécial pour la Documentation technique et industrielle.
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- COMITÉ DU RETOUR AUX ÉTUDES TECHNIQUES
- Programmes d’examens.
- TRAVAUX PUBLTCS.
- EXAMEN DU 1er DEGRÉ
- Première partie. — Programme commun aux stagiaires des diverses catégories (Voir Bulletin, de la Société d'Encouragement de mars-avril 1920, p. 227).
- A). — Rappel des connaissances générales.
- Programme des baccalauréats latin-sciences et sciences-langues vivantes (Voir Bulletin de mars-avril 1920).
- B). — Complément de connaissances générales.
- (Voir Bulletin de mars-avril 1920).
- G). — Connaissances techniques spéciales à la Section des Travaux publics.
- I. — Dessin technique et d’ouvrages d’art.
- Croquis coté, dessin au trait et au lavis d’un ouvrage d’art.
- Ouvrage pouvant servir de guide : Cours de dessin graphique, Viclin, auto-graphié, 123 pages, 37 planches (École des Travaux publics); Instruction pour l'exécution du dessin graphique, Viclin et Gigogne [Idem).
- II. — Géométrie descriptive.
- Droite et plan. Polyèdres. Surfaces courbes. Surfaces de révolution et surfaces réglées. Plans cotés. Principes des ombres et de la perspective (Cours de descriptive de l’Enseignement secondaire).
- III. — Topographie.
- Instruments de mesure et leur emploi.
- Planimétrie. Nivellement. Cours de Gabriel (Voir spécification bibliographique, Bulletin mars-avril). Notions de topographie, Eyrolles, Caussin-Yvon, Seyer (École des Travaux Publics).
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- PROGRAMMES D EXAMENS : TRAVAUX PUBLICS.
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- IV. — Géologie.
- Constitution de l’écorce terrestre. Formation des roches. Notions de géologie pratique, Donat, Ingénieur au Corps des Mines, 160 pages autographiées (Ecole spéciale des Travaux publics).
- Voir également : Éléments de géologie, par Nivoit (Béranger, 15, rue des Saints-Pères).
- V. — Résistance des matériaux.
- Notions générales. Etude de la résistance aux efforts longitudinaux et à la flexion. Ouvrages : Gabriel (déjà cité). Cours élémentaire de résistance des matériaux et de stabilité des constructions, Régimbal, 416 pages (École des Travaux Publics), ou (plus élémentaire) Notions sur la résistance des matériaux, Lieutenant-colonel Espitallier (École des Travaux publics).
- VI. — Mécanique et statique graphique.
- Ouvrages : un des cours de mécanique cités au Bulletin mars-avril. Notions de statique graphique et de résistance des matériaux, Mathieu, 123 pages autographiées (École des Travaux Publics).
- VII. — Notions d’hydraulique.
- Principes d’hydrostatique et d’hydrodynamique. Théorème de Bernoulli. Ecoulement par les orifices, par canal à gueule bée, par tuyau de conduite. Ouvrages : Notions d'hydraulique, Dariès (École des Travaux Publics).
- VIII. — Pratique des travaux et exécution des ouvrages d’art.
- Ouvrage : Cours de pratique des travaux, Eyrolles, Ludinart et Caussin-Yvon, première partie : Matériaux de Construction, 226 pages autographiées; deuxième partie : Préparation et mise en œuvres des matériaux, 206 pages (Ecole des Travaux publics).
- IX. — Rédaction des rapports et métré des ouvrages d’art.
- Ouvrages : Instructions générales sur la rédaction des projets, Etève, Aubry et Ludinart, 64 pages autographiées (École des Travaux publics); Notions sur le métré, Cigogne, 346 pages autographiées (École des Travaux publics).
- X. — Notions sur la construction du BxItiment.
- (Lieutenant-colonel Espitallier). École des Travaux publics. Barberot, Traités de Constructions civiles.
- XI. — Droit et législation.
- Ouvrage : Éléments de droit administratif et de droit général, Georgin, 260 pages (École des Travaux publics).
- Nota. — Pour les diverses matières, Bibliothèque du Conducteur des Ponts et Chaussées.
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- 948 COMITÉ DU RETOUR AUX ÉTUDES TECHNIQUES. — NOV.-DÉC. 1920.
- EXAMEN DU 2e DEGRÉ
- D). — Programme particulier pour les stagiaires des Travaux publics.
- I. — Analyse.
- Voir le Cours d'analyse, Vasnier et Général Gages, 660 pages (École des Travaux publics).
- II. — Mécanique.
- Compléments. Théorie des vecteurs. Cinématique appliquée. Statique et dynamique du point matériel. Dynamique des systèmes. Mécanique élémentaire, de Moulan (Béranger, 15, rue des Saints-Pères).
- III. — Résistance des matériaux. — Stabilité des constructions.
- Cours de résistance, de Mathieu, 4 vol. (École des Travaux publics). Voir également : Résistance des matériaux, de Pigeaud, Ingénieur des Ponts et Chaussées (Gauthier-Villars, 55, quai des Grands-Augustins).
- IV. — Procédés de construction et calcul des ouvrages.
- Cours détaillé de construction du bâtiment, du Lieutenant-colonel Espitallier (Ecole des Travaux publics), 5 vol. :
- a) Fondations ;
- b) Maçonnerie, matériaux naturels et artificiels; murs de soutènement, de réservoir, de bâtiment ;
- c) Bois et fer, petite charpente;
- d) Grosse charpente de combles ;
- e) Travaux complémentaires, couverture, zinguerie, vitrerie, peinture.
- Barberot, Traité des Constructions civiles (Béranger, 15, rue des Saints-Pères).
- V. — Construction en béton armé.
- Cours de béton armé, du Lieutenant-colonel Espitallier, 2 vol. (Librairie d’Enseignement technique, 3 bis, rue Du Sommerard).
- VI. — Construction des routes.
- Cours de routes de VÉcole des Ponts et Chaussées, Limasset, Ingénieur en Chef (Dunod, 47, quai des Grands-Augustins); Cours de routes, chemins vicinaux, tramways, Eyrolles et Lévy (Ecole des Travaux publics).
- VIL — Navigation intérieure.
- Rivières à courant libre. Rivières canalisées. Canaux, barrages, écluses. Ouvrages ; Cours de navigation intérieure, 3 vol., Fourrey (École des Travaux publics); Canaux de Bonnet (École des Travaux publics); De Mas, Rivières à courant libre. Rivières canalisées. Canaux (Béranger, 15, rue des Saints-Pères).
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- PROGRAMMES D’EXAMENS : TRAVAUX PUBLICS.
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- VIII. — Travaux maritimes.
- Marées, jjorts, rades, phares. Cours de navigation maritime, 3 vol., Bénézit, Ingénieur des Ponts et Chaussées (Ecole des Travaux publics); Travaux maritimes, de Quinette de Roghemont (Béranger, 15, rue des Saints-Peres).
- IX. — Ponts en maçonnerie.
- 3 vol., Lorton et Terrien (École des Travaux publics).
- X. — Constructions métalliques.
- Boll, vol. I, II, IV et V (École des Travaux publics).
- Résal. Constructions métalliques (Béranger, 15, rue des Saints-Pères).
- XI. — Chemins de fer.
- Infrastructure, voie, matériel roulant. Exploitation technique et commerciale. Ouvrages : Cours de chemins de fer, d’HuMBERT (Béranger); Cours de chemins de fer, de Dautry, Ingénieur en Chef aux Chemins de fer du Nord, 5 vol. (École spéciale des Travaux publics).
- XII. — Construction des usines et établissements industriels.
- Cours de construction des usines, du Lieutenant-colonel Espitallier (Librairie d’Enseignement technique, 3 bis, rue Du Sommerard).
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ
- Rapport
- présenté par M. Henry Laîosse au nom de la Commission des Fonds, sur les comptes de l’exercice 1919.
- Les comptes de l’exercice 1919, que j’ai l’honneur de présenter au nom de la Commission des Fonds, se résument de la manière suivante :
- PREMIERE PARTIE FONDS GÉNÉRAUX
- AVOIR 1° Cotisations des membres, de la Société (950 coti- f C DEBIT 1° Bulletin : achat du papier, frais d’impression et f C
- sations à 36 f) 91 cotisations des années 34 200,00 d’expédition 2° Imprimés divers : 41 267,80
- 1915 à 1918 2° Abonnements au Bul- 3 276,00 comptes rendus des séances, circulaires, annuaire, calen-
- letin de la Société 3° Vente au numéro du 5 527,00 drier, etc 3° Bibliothèque : traite- 13 458,10
- Bulletin de la Société . . . 2 410,80 ment des agents, achats ,
- 4° Vente de volumes, de mémoires et de diverses abonnements, reliures, etc. 4° Agence et économat : 11 350,65
- publications 23 985,40 traitement des agents, frais
- 5° Locations des salles divers 30 819,60
- de l’Hôtel 6° Locations de l’immeuble de la rue Saint-Be- 12 642,40 5° Jetons de présence . 6° Hôtel de la Société : a. Aménagement, entre- 1 6 085,00
- noît, n° 15 7° Arrérages et intérêts 3 449,30 tien, réparations . 12 303,75 ,
- divers 64 665,42 b. Mobilier. . 2191,85 i
- 8° Recettes diverses . . 6 926,45 c. Contribu- F
- 9° Subventions au Bul- tions . . 6 547,05 > 34 647,35
- letin 7 797,00 d. Eau, assu- l rances,di- 1
- Total des recettes . . . 164 879,77 vers. . . 700,95 1
- Emprunt au fonds de réserve 3144,78 e. Chauffage et ! éclairage. 12 903,75 J
- A reporter 168 024,55 A reporter 137 628,50
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ. — EXERCICE 1919. 951
- Report .............. 168 024,55
- Total comme ci-contre . 168 024,55
- Report............... 137 628,50
- 7° Immeuble de la rue Saint-Benoît, n° 15 : entretien, réparations, assurances, contributions et charges
- diverses............. 6261,45
- 8° Conférences............. 2 539,75
- 9° Subventions et médailles........................ 7 585,00
- 10° Allocation à la réserve .................... 1500,00
- 11° Pensions ..... 4400,00
- 12° Frais de correspondance et dépenses diverses. 7 591,15
- 13° Exposition de Strasbourg............... 518,70
- Total des dépenses. . . 168 024,55
- Les recettes de 1919, montant à 164 879,77 f ont dépassé de 46 382,90 f celles de 1918. Cet excédent est du : en partie à la vente de nombreux mémoires, tirés à part et numéros anciens publiés, pour la plupart, pendant la guerre; partie à l’admission de 101 nouveaux membres et au paiement de cotisations en retard du fait de la guerre. Il en résulte, défalcation faite des décès et démissions, une augmentation du nombre et du produit des cotisations : 34 200 f pour 950 cotisations en 1919 au lieu de 30 528 f pour 848 cotisations en 1918 et 3 276 f pour 91 cotisations correspondant aux années 1915 à 1918.
- La Société du Traitement des Quinquinas et les Fils de M. Deutscii de la 31e urthe se sont fait inscrire comme souscripteurs perpétuels en versant 1 000 f. Sept autres membres ; MM. Brull, Gripon, Delage, Potin, Général Baron Empain, Visse aux et Pluvinage, ont versé chacun 500 f à titre de souscripteurs à vie.
- Le Ministère de l’Agriculture nous a alloué en 1919 sa subvention annuelle de 1700 f, dont nous lui sommes particulièrement reconnaissants.
- Le total des arrérages et intérêts divers, montant à 64 675,42 f, représente, pour la plus grande part, le revenu du portefeuille de nos fonds généraux, qui se composait, au 31 décembre 1919, de 53 702 f de rente 3 °/0, 5 824 f de rente 5 %, 16 obligations P.-L.-M. 2,5 °/0 et 11 obligations P.-L.-M. 3 °/0, y compris 312 f de rente 5 °/°> résultant du placement en 1919 du solde du compte de souscriptions perpétuelles et à vie.
- Le total des dépenses s’est élevé dans l’année à 168 024,55 f, dépassant de 46 350,85 f le total correspondant de 1918. Cette aggravation sensible de
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- 932 ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ. EXERCICE 1919. — NOV.-DÉC. 1920.
- nos charges porte sur la plupart des articles de notre budget et est une conséquence de la hausse générale et croissante de toutes choses. Nous avons dû notamment faire, dans notre hôtel et dans l’immeuble de la rue Saint-Benoît, des réparations qui ont été importantes car elles avaient dû être suspendues pendant la guerre. De même, nous avons dû augmenter l’indemnité de vie chère allouée aux agents de notre Société les moins rétribués. Ajoutée à la gratification annuelle, que le Conseil d’Administration a été heureux, comme tous les ans, de leur acccorder, elle a donné lieu à un débours de 7 036 f, compris dans la somme de 7 391,13 f, figurant au titre de dépenses diverses.
- Grâce aux subventions bénévoles de plusieurs de nos membres, dont le montant s’élève à-7 797 f, nous avons pu, malgré la hausse croissante du papier et des travaux d’impression, conserver à notre Bulletin sa haute tenue d’autrefois.
- Malgré l’accroissement notable de nos recettes, nous avons dû, pour solder nos comptes, faire à notre fonds de réserve un emprunt de 3 IM,78 f, qui, en réalité, par suite du versement annuel de 1 300 f prélevé sur les fonds généraux et effectué à ce même fonds de réserve, se trouve réduit à la somme de 1 644,78 f.
- La situation de nos finances reste donc satisfaisante. Le nombre des sociétaires s’est encore sensiblement accru en 1919; malgré l’enchérissement général, notre société reste prospère, affirmant sa puissance et sa vitalité.
- Cet heureux résultat est dû, en grande partie à notre éminent président, M. Lindet, qui aura été pendant huit années l’âme vivante de notre Société; mettant au service des intérêts que nous représentons, ses hautes qualités d’intelligence et d’activité, avec le concours précieux de nos dévoués secrétaires, MM. Hitier et Toulon, et de notre distingué agent général M. Lemaire ; il a su, dans des temps difficiles, maintenir notre Société au premier rang des plus grandes.
- Nous sommes certains d’interpréter fidèlement vos sentiments à tous, en leur offrant l’expression de notre gratitude.
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ. — EXERCICE 1919.
- DEUXIEME PARTIE
- FONDS SPÉCIAUX ET FONDATIONS
- Souscriptions perpétuelles et à vie.
- AVOIR
- f c
- Solde créditeur au 31 décembre 1918................. 6,86
- 2 souscriptions perpétuelles de 1 000 f.......... 2 000,00
- 7 souscriptions à vie de 500 f....................... 3 500.00
- o 506,86
- Souscription à 312 f de
- rente 5 %................... 5 491,20
- Solde créditeur au 31 décembre 1919................. 15,66
- 5 506,86
- Le titre de 312 f de rente 5 °/0 est venu s’ajouter au portefeuille des. Fonds généraux.
- Fonds de réserve.
- La création d’un fonds de réserve a été décidée par le Conseil d’Adminis-tration, dans sa séance du 2 mars 1901. Constitué au moyen des sommes précédemment affectées au grand prix de la Société, qui a été supprimé, il est alimenté par le prélèvement d’une annuité de 1 500 f sur les fonds généraux. En outre, les années où les fonds généraux présentent un excédent de recettes, le solde créditeur en est versé au fonds de réserve.
- Solde créditeur au 31 décembre 1918 .............. 17 342,42
- Annuité versée par les fonds généraux............ 1 500,00
- 18 842,42
- Versement aux fonds
- généraux................. 3144,78
- Solde créditeur au 31 décembre 1919.............. 15 697,64
- 18 842,42
- Le solde est représenté par des dépôts en banque ou des placements temporaires, dont les intérêts et arrérages sont compris dans les recettes des fonds généraux.
- Fonds d’accroissement destiné à développer et à perpétuer l’œuvre créée par le comte et la comtesse Jollivet.
- Aux termes d’une délibération du Conseil d’Administration, en date du 9 juillet 1882, une somme de ,100 000 f, prélevée sur les legs du comte et de la comtesse Jollivet, a été mise en réserve et immobilisée, dans le but Tome 132. — 2° semestre. — Novembre-Décembre 1920.
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- 1)54 ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ. EXERCICE 1011*. — NOV.-DÉC. 1020.
- de capitaliser les arrérages pendant 50 ans. A l’expiration de cette période, le produit de cette capitalisation sera mis à la disposition de la Société et la somme de 100 000 f immobilisée continuera à être affectée à des capitalisations identiques. La première période de 50 ans expire en 1933.
- A V O IR
- Arrérages
- f C
- 13 422,10
- Solde débiteur au 31 dé-
- cembre 1918............... 60,70
- Souscription à 620 f de
- rente 4 % (1917).......... 10 633,00
- Solde créditeur au 31 décembre 1919 .............. 2 728,40
- 13 422,10
- 13 422,10
- Portefeuille au 31 décembre 1919:8 428 f de rente 3 °/0, 1 572 f de rente 5 °/0, 2 000 f de rente 4 0/0 (1917), 42 obligations P.-L.-M. 2,5 °/0, 25 obligations P.-L.-M. 3 % et 78 obligations Midi 2,5 °/0.
- Grand prix fondé par le marquis d’Argenteuil.
- But : récompenser tous les six ans, par un prix de 12 000 f, l’auteur de la découverte la plus utile au perfectionnement de l’industrie française, principalement pour les produits dans lesquels la France n’aurait point encore atteint une supériorité sur l’industrie étrangère, soit quant à la qualité, soit quant aux prix des objets fabriqués.
- Legs : 40 000 f, représentés par un titre de 2 000 f de rente 3 °/0.
- Le prix a été décerné en 1910.
- AVOIR
- Solde créditeur au 31 décembre 1918...............
- Arrérages..............
- f C
- 12 477,39 2 470,45
- 14 947,84
- D É B IT
- Solde créditeur au 31 décembre 1919..................
- f C
- 14 947,84
- 14 947,84
- Portefeuille au 31 décembre 1919 : 2 000 f de rente 3 °/0, 15 obligations Est 2,5 °/0, 3 obligations Midi 2,5 °/0, 0 obligations P.-L.-M. 2,5 °/0, 6 obligations P.-L.-M. 3 0/o et 100 f de rente 4 °/u (1918).
- Legs Bapst.
- Ce legs consistait en une inscription de 2 160 f de rente 3 °/0 applicables annuellement jusqu’à concurrence de 1 565,20 f (lrc fondation), à des secours en faveur d’inventeurs malheureux et destinés, pour le surplus, soit 594,80 f (2e fondation), à favoriser les découvertes.
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- EXERCICE 1919.
- 955
- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIETE. —
- Première fondation (1 565,20 f de rente).
- AVOIR
- Solde créditeur au 31 décembre 1918................
- Arrérages..............
- f c
- 6 386,10 1 565,20
- 7 951,30
- Secours................. 200,00
- Solde créditeur au 31 décembre 1919 ................ 7 751,30
- 7 951,30
- Deuxième fondation. La fondation primitive (594,80 f de rente) ne pouvant remplir qu’imparfaitement le but du légataire, <le Conseil d’Administration avait décidé d’en capitaliser les arrérages, jusqu’à ce qu’ils eussent atteint le chiffre de 1 800 f de rente. Ce revenu, par suite de capitalisations successives, a été dépassé et est actuellement représenté par une inscription de 3 094,80 fde rente 3 °/0 et 300 f de rente 4 °/0 ( 1918).
- Solde créditeur au 31 dé-
- cembre 1918.............. 8 466,05
- Arrérages............. 3 394,80
- 11 860,85
- DÉBIT
- Subvention à l’Association d’Expansion économique.............. . . .
- Solde créditeur au 31 décembre 1919..............
- f C
- 500,00
- 11 360,85 11 860,85
- Fondation Christofle pour l’acquittement des premières annuités de brevets.
- Don : 10 000 f, dont le revenu est destiné à permettre à des inventeurs d’acquitter, avec les frais, leur première annuité de brevet.
- AVOIR
- Solde créditeur au 31 décembre 1918................
- Arrérages..............
- f O
- 3 671,15 1 036,00
- 4 707,15
- Quatre annuités de brevet. 640,00 Solde créditeur au 31 décembre 1919 ................. 4 067,15
- 4 707,15
- Portefeuille au 31 décembre 1919 : 1 036 f de rente 3 °/0.
- Fondation de la princesse Galitzine.
- Legs : 2 000 f.
- But : un prix à décerner sur la proposition du Comité des Arts écono-
- miques.
- AVOIR
- Solde créditeur au 31 décembre 1918.................
- Arrérages...............
- f C
- 53,69
- 426,20
- 479,89
- DÉBIT
- f c
- Solde créditeur au 31 décembre 1919 ................. 479,89
- 479,89
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- 950 ÉTAT TINANCIER DE EA SOCIÉTÉ. EXERCICE 1010. — NOV.-DÉC. 1920.
- Portefeuille au 31 décembre 1919 : 18 obligations Est 3 °/0, 2 obligations Midi 2,5 °/o, 1 obligation P.-L.-M. 2,5 °/0, 1 obligation P.-L.-M. 3 °/0 et 120 f de rente 5 °/0.
- Fondation Carré.
- Legs : 1 000 f.
- But analogue à celui de la fondation précédente.
- AVOIR
- f c
- Solde créditeur au 31 dé-
- cembre 1918................. 210,08
- Arrérages................ 144,70
- 354,78
- DÉBIT
- Solde créditeur au 31 décembre 1919..................
- f c
- 354,78
- 354,78
- Portefeuille au 31 décembre 1919 : 6 obligations Est 3 °/0, 2 obligations Midi 2,5 °/0 et 3 obligations P.-L.-31. 2,5 %.
- Fondation Fauler (industrie des cuirs).
- Legs : 5 143 f.
- But : venir en aide à des contremaîtres ou ouvriers malheureux, ayant rendu des services appréciés dans l’industrie des cuirs.
- A VOIR
- f c
- Solde créditeur au 31 dé-
- cembre 1918............. 1 236,32
- Remboursement de 1 obligation Est 3 %.......... 489,57
- Arrérages............ 859,95
- 2 585,84
- Portefeuille au 31 décembre 1919 : Ardennes 3 °/0, 10 obligations Midi 3 gâtions Midi 2,5 °/0, 3 obligations P.-L, 100 f de rente 5 °/<> et 100 f de rente 4
- Souscription à 100 f de
- rente 4 % (1918)............. 1 770,00
- Solde créditeur au 31 décembre 1919.................. 815,84
- 2 585,84
- 28 obligations Est 3 °/0, 3 obligations °/o> 2 obligations Est 2,5 %•> 8 obli--M. 2,5 °/0, 1 obligation P.-L.-M. 3°/0,
- y» (iM8).
- Fondation Legrand (industrie de la savonnerie).
- Don : 25 obligations Est 3 °/(,.
- Même but que la précédente fondation, mais concernant l’industrie de la
- savonnerie.
- AVOIR
- Solde créditeur au 31 décembre 1918..............
- Remboursement de 1 obligation Est 3 %...........
- Arrérages .......
- 163,69
- 489,70 l 766,80
- Souscription à 100 f de
- rente 4 % (1918)............. 1 770,00
- Solde créditeur au 31 décembre 1919.................. 650,19
- 2 420,19
- 2 420,19
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-
-
-
- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ. — EXERCICE 1919.
- 951
- Portefeuille au 31 décembre 1919 : 64 obligations Est 3 °/0, 12 obligations Est 2,5 °/0, 11 obligations Midi 2,5 °/0, 3 obligations P.-L.-M. 2,5 °/0, 2 obligations P.-L.-M. 3 °/0, 310 f de rente 5 °/0 et 300 f de rente 4 °/0 (1918).
- Fondation Christofle et Bouilhet (artistes industriels). Don : 21 obligations Est 3 °/0.
- But : venir en aide à des artistes industriels malheureux.
- Solde créditeur au 31 dé-
- cembre 1918............... 1 938,77
- Arrérages.............. 591.80
- 2 530,57
- DÉBIT
- Solde créditeur au 31 décembre 1919................
- f c
- 2 530,57
- 2 530,57
- Portefeuille au 31 décembre 1919 : 25 obligations Est 3 °/0, 2 obligations Midi 2,5 %, 1 obligation P.-L.-M. 2,5 °/0 et 200 f de rente 4°/0 (1918).
- Fondation de Milly (industrie de la stéarine).
- Legs : 10 obligations Est 3 °/0.
- But : secourir des contremaîtres ou ouvriers de cette industrie, malheureux ou ayant contracté des infirmités dans l’exercice de leur profession.
- AVOIR
- Solde créditeur au 31 décembre 1918. . .'..........
- Arrérages...............
- f C
- 71,70 1 045,00
- 1 116,70
- DÉBIT
- Solde créditeur au 31 décembre 1919................
- 1' C
- 1 116,70
- 1 116,70
- Portefeuille au 31 décembre 1919 : 45 obligations Est 3 °/0, 10 obligations Est 2,5 °/0, 5 obligations Midi 2,5 °/0, 3 obligations P.-L.-M. 2,5 °/0, 100 f de rente 5 °/0 et 90 f de rente 4 °/0 (1918).
- Fondation de Baccarat (industrie de la cristallerie).
- Don : 1 100 f.
- But : venir en aide aux contremaîtres ou ouvriers, malheureux ou
- infirmes, de cette industrie.
- Solde créditeur au 31 dé-
- cembre 1918 ............... 439,30
- Arrérages............... 175,50
- 614,80
- Subvention............... 400,00
- Solde créditeur au 31 décembre 1919.................. 214,80
- 614,80
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-
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- 958 ÉTAT FINANCIER DK LA SOCIÉTÉ. EXERCICE 101 R. NOV.-DÉC. 1020.
- Portefeuille au 31 décembre 1919 : 40 f de rente 5 °/0, 7 obligations Est 3 u/0, 1 obligation Est 2,5 °/0, 1 obligation P.-L.-M. 2,5 °/0 et 1 obligation Midi 2,5 °/0.
- Prix de la Classe 47 à l’Exposition universelle de 1878 et fondation Fourcade (industrie des produits chimiques).
- Don : 1 000 f de rente 3 °/0.
- But : créer un prix annuel de 1 000 f, pour récompenser un ouvrier de l’industrie chimique, choisi de préférence parmi ceux des donateurs et parmi ceux qui comptent le plus grand nombre d’années consécutives de bons services dans le même établissement.
- Solde créditeur au 31 dé-
- cembre 1918............... 4 000,00
- Arrérages.............. 1 000,00
- 5 000,00
- Prix décernés à MM. Breuil-let, Raffin, Pionnier et Cai-
- zergues..................... 4 000,00
- Solde créditeur au 31 décembre 1919................. 1 000,00
- o 000,00
- Fondation Menier (industrie des arts chimiques).
- Legs : 1 455 f.
- But : venir en aide à des contremaîtres ou à des ouvriers, malheureux ou infirmes, de cette industrie.
- AVOIR
- f c
- Solde créditeur au 31 dé-
- cembre 1918 ................ 458,61
- Arrérages............... 300,40
- 759,01
- B D ÉIT
- f
- Solde créditeur au 31 décembre 1919 ................... 759,01
- 759,01
- Portefeuille au 31 décembre 1919 : 9 obligations Est 3 °/0, 2 obligations Est 5 °/o> 2 obligations Est 2,5 °/0, 2 obligations P.-L.-M. 2,5 °/0, 1 obligation P.-L.-M. 3 °/0 et 63 f de rente 5 °/0.
- Prix de la Classe 27 à l’Exposition universelle de 1867 (industrie cotonnière).
- (Fondation due à l’initiative de M. Gustave Roy.)
- Don : 13 169,85 f.
- But : encourager les développements et les progrès de l’industrie cotonnière, en France et dans les colonies françaises.
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-
- EXERCICE 1919.
- 959
- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ. —
- AVOIR
- Solde créditeur au 31 dé-
- cambre 1918.............. 1160,57
- Remboursement de6 obligations Est.............. 2 937,46
- Arrérages............. 746,05
- 4 844,08
- Portefeuille au 31 décembre 1919 tion Est 2,5 °/0, 3 obligations Midi 2,5
- Subvention à l’association
- cotonnière coloniale .... 1 000,00
- Souscription à 200 f de
- rente 4 % (1918)............ 3 540,00
- Solde créditeur au 31 décembre 1919................. 304,08
- 4 844,08
- : 32 obligations Est 3 °/0, 1 obliga-l,/o, et 200 f de rente 5 °/0.
- Prix de la Classe 65 à l’Exposition universelle de 1867 (génie civil et architecture).
- (Fondation due à l’initiative de M. Elphège Bande.)
- Don : 2 315,75 f.
- But : décerner, tous les cinq ans, un prix à l’auteur des perfectionnements les plus importants, apportés au matériel ou aux procédés du génie civil, des travaux publics ou de l’architecture.
- AVOIR f C DÉBIT L C
- Solde créditeur au 31 de- Souscription à 80 f de
- cembre 1918 811.61 rente 4 % (1918) 1 416,00
- Remboursement de 1 obli- Solde créditeur au 31 dé-
- gation Est 489,57 cembre 1919 261,83
- Arrérages 376,65
- 1 677,83 1 677.83
- Portefeuille au 3i décembre 1919 : 14 obligations Est 3 °/0, 4 obli-
- gâtions Est 2,5 °/0, 2 oblig ations Midi 2,5 °/0, 2 obligations P.-L.-M, 9 v; « / — 9 O / 0
- et 75 f de rente 5 °/0.
- Legs Giffard.
- Legs : 50 000 f représentés par une inscription de 1 949 f de rente 3 °/0.
- La moitié du revenu est destinée à créer un prix sexennal de 6 000 f pour services signalés rendus à l’industrie française; l’autre moitié à distribuer des secours,
- AVOIR
- Solde créditeur au 31 décembre 1918...............
- Arrérages.............
- f C
- 8 303,23 1 949,00
- Subventions à divers. . 1425,00
- Solde créditeur au 31 décembre 1919............... 8 827,23
- 10 252,23
- 10 252,23
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- 960 ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ. EXERCICE 1919. — NOV.-DÉC. 1920.
- Fondation Meynot.
- Don : 20 000 f, représentés par une inscription de 730 f de rente 3 °/„.
- But : création d’un prix de 1 000 f, qui sera décerné alternativement :
- 1° A une petite culture, dans un des départements de la région du Sud-Est, sous certaines conditions ;
- 2° A l’exploitation agricole de petite ou moyenne étendue, en France, en Algérie ou aux colonies, qui présentera le meilleur type d’installation mécanique, pouvant être cité comme exemple à suivre.
- AVOIR
- Solde créditeur au 31 décembre 1918................
- Arrérages..............
- f C
- 1 401,44
- 1 226,30
- 2 627,74
- DÉBIT
- Solde créditeur au 31 décembre 1919................
- f C
- 2 627,74
- 2 627,74
- Portefeuille au 31 décembre 1919 : 730 f de rente 3 °/0, 19 obligations Est 3 °/0, 15 obligations Est 2,5 °/0, 3 obligations Midi 2,5 °/0, et 1 obligation P.-L.-M. 2.5 °/0-
- Fondation Melsens.
- Don : 5 000 f.
- But : création d’un prix triennal de 500 f, pour récompenser l'auteur d’une application intéressante de la physique ou de la chimie à l’électricité,
- à la balistique ou à l’hygiène.
- AVOIR
- Solde créditeur au 31 dé-
- cembre 1918................ 647.34
- Arrérages............... 317,50
- 964,84
- Portefeuille au 31 décembre 1919 tions Est 2,5 °/() et 80 f de rente 5 °/0
- Solde créditeur au 31 décembre 1919 ................... 964,84
- . 964,84
- : 15 obligations Est 3 °/0, 2 obliga-
- Fondation de la Classe 50 à l’Exposition universelle de 1867 (matériel des industries alimentaires).
- (Fondation due à l’initiative du baron Thénard.)
- Don : 6 326,80 f.
- But : création d’un prix, à décerner à Fauteur du perfectionnement le plus important, apporté au matériel des usines agricoles ou des industries -alimentaires.
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-
-
- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ.
- EXERCICE 1919.
- 961
- AVOIR
- Solde créditeur au 31 dé-
- cembre 1918................ 72,10
- Arrérages................ 242,20
- 314,30
- DÉBIT
- Solde créditeur au 31 décembre 1919..................
- f C
- 314,30
- 314,30
- Portefeuille au 31 décembre 1919 : 17 obligations Est 3 °/0.
- Prix Parmentier, fondé par les Exposants de le Classe 50 à l’Exposition universelle de 1889 (industries relatives à l’alimentation).
- (Fondation due à l'iniliative de M. Aimé Girard.)
- Don : 9 846,75 f.
- But : création d’un prix triennal de 1 000 f, destiné à récompenser les recherches scientifiques ou techniques, de nature à améliorer le matériel ou les procédés des usines agricoles ou des industries alimentaires.
- AVOIR
- Solde créditeur au 31 décembre 1.918...............
- Arrérages..............
- f C
- 1 677,00 335,00
- 2 012,00
- DÉBIT
- Solde créditeur au 31 décembre 1919................
- f c
- 2 012,00
- 2 012,00
- Portefeuille au 31 décembre 1919 : 335 f de rente 3 °/0.
- Fondation des Exposants de la Classe 51 à l'Exposition universelle de 1889 (matériel des arts chimiques, de la pharmacie et de la tannerie).
- Don : 2 556,30 f.
- But : création d’un prix.
- AVOIR
- Solde créditeur au 31 décembre 1918................
- Arrérages..............
- f C
- 1 082,68 159,10
- 1 241,78
- DÉBIT
- Solde créditeur au 31 décembre 1919................
- f C
- 1241,78
- 1 241,78
- Portefeuille au 31 décembre 1919 : 7 obligations Est 3 °/0, 2 obligations Est 2,5 0/o et 3 obligations Midi 2,5 °/0.
- Don de la Classe 21 à l’Exposition universelle de 1889 (industrie des tapis et tissus d’ameublement).
- Don : 400 f.
- But : secourir des ouvriers malheureux, appartenant à cette industrie.
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-
-
- 962 ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ. EXERCICE 1919.
- NOV.-DÉC. 1920.
- AVOIR
- t‘ c
- Solde créditeur au 31 dé-
- cembre 1918.................. 32,17
- Arrérages................ 14,20
- 46,37
- DÉBIT
- Solde créditeur au 31 décembre 1919...................
- f c
- 40,37
- 46,37
- Portefeuille au 31 décembre 1919 : une obligation Est 3 °/0.
- Fondation des Exposants de la Classe 63 à l’Exposition universelle de 1889 (génie civil, travaux publics et architecture).
- Don : 3 869,83 f.
- But : création d’un prix.
- Solde créditeur au 31 dé-
- cembre 1918 ................ 324,91
- Arrérages............... 280,30
- 803,21
- DEBIT
- Solde créditeur au 31 décembre 1919..................
- f c
- 803,21
- 803,21
- Portefeuille au 31 décembre 1919 : 12 obligations Est 3 °/0, 2 obligations Est 2,3 u/„, 3 obligations P.-L.-M. 2,3 °/0 et 50 f de rente 5 °/0.
- Fondation de Salverte.
- Legs : 1 000 f.
- But : décerner chaque année, sur la proposition du Comité des Constructions et Beaux-Arts, un prix consistant en une médaille d’argent et une somme de 25 f, à un ouvrier français, appartenant à la corporation du bâtiment, habile, âgé de soixante ans au moins et père d’une famille nombreuse, qu’il aura bien élevée.
- AVOIR
- Solde créditeur au 31 décembre 1918..................
- Arrérages................
- f c
- 89,70
- 40,90
- 130,60
- DEBIT
- Solde créditeur au 31 décembre 1919..................
- f C
- 130,60
- 130,60
- Portefeuille au 31 décembre 1919 : 29 f de rente 3 °/„ et une obligation Midi 2,3 °/0-
- Fondation André Massion.
- Voulant perpétuer la mémoire de son fils, ingénieur mécanicien, M. Massion, notaire à Paris, a fait donation en 1903, à la Société, d’une somme de 30 000 f.
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-
-
-
- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ. — EXERCICE 1919. 963
- Le revenu de cette somme doit être appliqué à encourager des recherches, en vue de la construction d’un moteur à puissance spécifique très élevée, sous un faible poids ou, plus généralement, à des recherches de mécanique.
- AVOIR
- Solde créditeur au 31 décembre 1918................
- Arrérages..............
- f C
- 1 244,58
- 1 267,25
- 2 511,83
- DEBIT
- f C
- Subvention ........... 1 000,00
- Solde créditeur au 31 décembre 1919................ 1 511,83
- 2 511,83
- Portefeuille au 31 décembre 1919 : 53 obligations Est 3 °/0, 7 obligations Est 2,5 °/0, 9 obligations P.-L.-M. 2,5 °/0, 2 obligations P.-L.-M. 3 % et 265 f de rente 5 °/0.
- Fondation Lamy.
- Don : 1 000 f employés à l’achat d’une inscription de 30 f de rente 3 °/0. But : encouragements à l’industrie nationale.
- Solde créditeur au 31 dé-
- cembre 1918.............. . 180,00
- Arrérages................ 30,00
- 210,00
- DÉBIT
- Solde créditeur au 31 décembre 1919..................
- f c
- 210,00
- 210,00
- Fondation Gilbert.
- M. Gilbert, fabricant de crayons à Givet, a légué à la Société d’Encoura-gement une somme de 20 000 f, pour être employée de la façon que la Société jugera la plus propre à encourager l’industrie française.
- Les 20 000 f, versés en 1904, ont donné lieu à l’achat d’une inscription de 611 f de rente 3 °/0.
- Solde créditeur au 31 dé-
- cembre 1918............... 270,40
- Arrérages.............. 800,00
- 1 070,40
- DEBIT
- Solde créditeur au 31 décembre 1919 . ..............
- f c
- 1 070,40
- 1 070,40
- Portefeuille au 31 décembre 1919 : 611 f de rente 3 °/0 et 189 f de rente 4 °/0 (1918).
- Fondation Danton.
- M. Danton, Ingénieur civil des Mines, a légué à la Société, en 1907, une somme de 5 000 f, pour prix à décerner à l’auteur qui aura réalisé le procédé
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-
-
- 964 ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ. EXERCICE i'.HIL ------ NOV.-DÉC. 11)20.
- pratique le meilleur, pour isoler les éléments de l’eau, l’hydrogène et l’oxygène, de manière à les utiliser ensuite isolément ou en les recombinant.
- AVOIR
- DEBIT
- Solde créditeur au 31 dé-
- cembre 191S............... 933,73
- Arrérages.............. 149,60
- 1 083,33
- Solde créditeur au 31 décembre 1919 ................. 1 083,33
- 1 083,33
- Portefeuille au 31 décembre 1919 : 7 obligations Est 3 °/0, 2 obligations Est 2,3 °/0, 1 obligation Midi 2,5 °/„ et 1 obligation P.-L,-M. 3 °/0.
- Fondation Armengaud (Bourse et Grande médaille Michel Perret).
- Mme Armengaud aîné a légué, en 1907, à la Société une somme de 3 000 f de rente 3 °/0, qui doit recevoir une double affectation :
- lu Une somme de 2 800 f doit être employée à la création d’une bourse annuelle de recherches et d’études industrielles, qui portera le nom de bourse Michel Perret. Cette bourse sera mise spécialement à la disposition du Comité des Arts chimiques, mais pourra cependant être accordée pour des études ou recherches autres que celles se rapportant directement aux arts chimiques, si la Société juge que ces études ou recherches sont de nature à contribuer à leur développement.
- 2° Une somme de 200 f est destinée à décerner, tous les cinq ans, une grande médaille d’or, à l’auteur, français ou étranger, de découvertes ou inventions ayant contribué, en Erance, à la création d’une industrie nouvelle ou au développement d’une industrie déjà existante.
- AVOIR
- Solde créditeur au 31 décembre 1918...............
- Arrérages.............
- f C
- 20 000,00
- 3 000,00
- 23 000,00
- DEBIT
- Subventions à divers . Solde créditeur au 31 décembre 1919............
- f c
- 3 500,00
- 17 500,00 23 000,00
- Fondation de la Classe 65 à l'Exposition universelle de 4900 petite métallurgie).
- Le Comité d’installation de la classe 65 à l’Exposition universelle de 1900 a fait don, en 1908, à la Société, d’une somme de 1 500 f, affectée à la création d’un prix, à décerner à des ouvriers méritants d’une industrie relevant de la petite métallurgie.
- Cette somme a été employée à l’achat, de 3 obligations Est 2,5 °/0.
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-
-
-
- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ.
- EXERCICE 1911).
- 963
- Solde créditeur au 31 dé-
- cembre 1918................. 184,68
- Arrérages................ 33,60
- 220,28
- DÉBIT
- f c
- Solde créditeur au 31 décembre 1919 .................. 220,28
- 220,28
- Fondation Osmond.
- M. Floris Osmond, ingénieur civil, a légué à la Société, en 1912, une somme de 100 000 f, qui a été employée à l’achat d’obligations de chemins de fer garanties par l’Etat.
- AVOIR
- Solde créditeur au 31 décembre 1918................
- Arrérages..............
- f C
- 2183,35 5 147,50
- 7 330,83
- Subvention............. 5 000,00
- Solde créditeur au 31 décembre 1919................ 2 330,85
- 7 330,85
- Portefeuille au 31 décembre 1919 : 159 obligations Est 3 °/0, 49 obligations Midi 2,5 °/0, 2 000 f de rente 5 % et 300 f de rente 4 °/0 (lois).
- Fondation Félix Robin.
- M. Félix Hobin, Ingénieur des Arts et Manufactures, mort glorieusement des suites de ses blessures, le 30 août 1914, a légué à la Société une somme de 90 000 f, dont les revenus devront servir à distribuer des secours et des récompenses pour des travaux scientifiques remarquables, exécutés en France par des Français.
- Le montant du legs a permis l’achat de 5 128 f de rente 5 °/0 et 272 f de rente 4 °/0 (1918).
- Solde créditeur au 31 dé-
- cembre 1918............... 1 610,35
- Arrérages.............. 5 400,00
- 7 010,35
- I) E BI T
- Solde créditeur au 31 décembre 1919.............• . .
- f C
- 7 010,35
- 7 010,35
- Recherches sur la fragilité des aciers.
- Fonds spécial destiné à permettre l’impression de travaux relatant des expériences sur la fragilité des aciers.
- A VOIR
- Solde créditeur au 31 décembre 1918.................
- Solde créditeur au 31 décembre 1919..................
- 2 381,00
- 2 581,00
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-
- 966
- ÉTAT FINANCIER RE LA SOCIÉTÉ. EXERCICE 1019. — NOV.-DÉC. 1920.
- Table décennale du Bulletin.
- Fonds spécial avant pour but la publication d’une table du Bulletin tous les dix ans.
- AVOIR
- f c
- Solde créditeur au 31 décembre 1918................ 1 629,16
- Annuité versée par les Fonds généraux............. 300,00
- 1 929,15
- DÉBIT
- Solde créditeur au 31 décembre 1919.................
- f C
- 1 929,1a
- 1 929,15
- Portefeuille commun aux fonds spéciaux et fondations.
- Les reliquats, en espèces, des fonds spéciaux et fondations, qui, séparément, seraient insuffisants pour permettre un placement avantageux, sont groupés en un fonds commun, employé à l’achat de valeurs, qui sont destinées à être, par la suite, réparties entre ces divers comptes.
- Le portefeuille commun, ainsi constitué, ligure au bilan pour la somme de 99 688.90 f dont 3 557,60 f représentés par 201 f de rente 5 °/0, 15 381,30 f par 869 f de rente 4 % (1918) et 80 750 f, valeur à un an, de 85 000 f en bons de la Défense nationale.
- État récapitulatif des valeurs constituant les portefeuilles individuels ou communs des fonds généraux, fonds spéciaux et fondations.
- 77 510 f de rente 3 °/0 sur l’État
- 2 000 f — 4 % — (191
- 3 000 f — 4 % — (191
- 16128 f — 5 % —
- 80 obligations Est 2,5 %
- 174 — Midi —
- 96 — P.-L.-M. —
- 540 — Est 3 %
- 10 — Midi —
- 50 — P.-L.-M. —
- 3 — Ardennes —•
- 2 — Est 5 %
- 85 000 f de bons à un an de la Défense nationale.
- Les titres de rentes et obligations sont immatriculés au nom de la Société. Leur répartition entre les divers comptes (fonds généraux, fonds spéciaux, fondations et fonds communs) est donnée dans le présent rapport.
- Les obligations de chemins de fer sont affectées individuellement, avec leur numéro d’ordre, à ces divers comptes, qui bénéficient ainsi des primes
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIETE.
- EXERCICE 1919.
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- de remboursement, par tirage au sort, des obligations figurant dans leur portefeuille.
- En cours d’exercice, il a été alloué à divers, à titre de récompenses, subventions ou secours, une somme totale de 19 665 f prélevée sur les ressources des fondations.
- En terminant l’exposé de notre situation financière, certain d’interpréter votre pensée, nous tenons à renouveler à notre cher trésorier, M. Alby, nos remerciements les meilleurs pour le dévouement si éclairé qu’il ne cesse d’apporter à la bonne gestion de nos intérêts.
- Le rapporteur,
- H. Lafosse.
- Lu et approuvé en assemblée générale, le i8 décembre i920.
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- BILAN AU 31 DÉCEMBRE 1919
- ACTIF PASSIF 1
- f c f c f c
- Immeuble rue de Rennes, n° 44 600 000,00 ) Valeurs mobilières et immobilières appartenant à la Société. 2 756 303,21
- Immeuble rue Saint-Benoît, n° lo 141 452,50 > 2 756 303,21 Valeurs des fondations 1 489 015.38
- Portefeuille de la Société . 2 014 850,71
- Portefeuille des fondations . 1 0'8 224,31 Fondation Jollivet 2 728,40 1
- Portefeuille du fonds d’accroissement 400 791,07 i 4oy uiü,oo — d’Argenteuil
- — Bapst (secours) 7 751,30
- Portefeuille commun 99 688,90 — Bapst (recherches) . 11 360,85
- — Christolle . . 4 097,15
- Caisse et banquiers 4 1 466,66 — Galitzine . . 479,89
- — Carré ... . . 354,78
- Débiteurs divers 10 341,85 — Fauler . . 815,84
- Legrand . . 650,19
- — Christolle et Bouilhet
- — de Milly , . . 1 116,70
- — de Baccarat . . 214,80
- — Fourcade . . 1 000,00
- — Menier . . 759,01
- — Roy . . 304,08
- — Baude . . 261,83
- •— Giffard . . 8 827,23
- — Meynot . . 2 627,74
- Melsens
- — Classe 50 (1867) . . 314,30 \ 154 497,41
- — Parmentier . . 2 012,00
- — Classe 51 (1889) . . 1241,78
- — — 21 (1889)
- — — 63 (1889) . . 805,21
- — De Salverte . . • 130,60
- — Massion . . 1 511,83
- — Lamv . . 210,00
- — Gilbert . . 1 070,40
- — Danton . . 1 083,33
- — Arniengaud . . 17*500,00
- — Classe 6'i (1900) . . 220,28
- — Osmond . . 2 330,85
- — Robin . . 7 010,35
- Souscriptions perpétuelles et à vie
- Réserve de la Société . . 15 697,64
- Reserve Table décennale . . 1 929,15
- Recherches sur la fragilité des aciers . . 2 581,00
- Dons divers . . 503,00
- Créanciers divers
- Total de l’actif .... 4 399 816,00 Total du passif 4 399 816,00
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- RAPPORT DE M. BORDET, CENSEUR, SUR L’EXERCICE FINANCIER 1920. 969
- Rapport présenté au nom des censeurs par M. Lucien Bordet, l’un d eux.
- Messieurs,
- En parcourant le compte de gestion qui vous est présenté nous constatons que, sur tous les chapitres, nous avons dépensé beaucoup plus que l’année dernière.
- Les circonstances difficiles que nous traversons entraînent, en effet, une majoration de toutes nos charges qu’il est impossible d’éviter.
- Fort heureusement, nos ressources ordinaires ont permis d’y faire face sans avoir besoin d’augmenter la cotisation de nos membres comme la plupart des sociétés ont été obligées de le faire. Elle est restée la même qu’en 1801, date de notre fondation.
- C’est que notre Société est restée vivante et utile : le nombre croissant de nos adhérents, les subventions bénévoles que nous avons reçues et les fondations nouvelles qui nous sont confiées en fournissent un témoignage que nous sommes heureux de constater.
- Nous n’oublions pas combien, pendant les années de guerre, l’actif dévouement de M. Lindet a contribué au maintien de notre prospérité et, au moment où les exigences statutaires vont mettre fin à sa présidence, nous ne voulons pas manquer de lui exprimer encore une fois notre bien vive reconnaissance.
- Nous vous proposons, Messieurs, d’approuver les comptes de 1919 qui vous sont présentés.
- L’un des censeurs,
- Lucien Bordet.
- Lu et approuvé en assemblée générale, le 18 décembre 1920.
- Tome 132. — 2e semestre. — Novembre-Décembre 1920.
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- COMPTES RENDUS
- DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- CONSEIL D’ADMINISTRATION
- SÉANCE PUBLIQUE
- DU 30 OCTOBRE 1920
- Présidence de M. Lindet, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Sont présentés pour devenir membres de la Société et admis séance tenante :
- M. L. Nj:u.\n\ et C!e, négociants en machines à calculer, 1, bouleAXtrd Poissonnière, Paris (2e), présentés par M. Lemaire;
- M. Hugon (Michel-Jean), Ingénieur de l’École supérieure d’Aéronautique, capitaine du Génie h. c., Section économique, Mission française en Pologne, S. P. 311, Varsovie (Pologne), présenté par le colonel Roche;
- M. Ebstein (Fernand), Maison Ebstein Frères (meubles métalliques), 90, boulevard Magenta, Paris (10e), présenté par MM. Lemaire et Toulon;
- M. Demarest (Marius), machines à calculer Monroe et Amco, 15, rue Drouot, Paris (9e), présenté par MM. Toulon et Lemaire;
- M. Darius ( Alphonse), ingénieur-constructeur (arithmomètre Thomas de Colmar), 123, boulevard Saint-Michel, Paris (5e), présenté par MM. Toulon et Lemaire;
- M. Tai jiguet (François de), associé-gérant de la Société F. Gailhau et Cie (Laines et Crins), 16, rue Suger, Saint-Denis (Seine), présenté par MM. Hitier et Lemaire;
- Mlle C iiretien (YAmnne), diplômée du Cours féminin de Dessin industriel (18, rue des Bons-Enfants, Paris), 83, boulevard Saint-Marcel, Paris (11e), présentée par Mlle Charles;
- M. R A visse (Gaston-Jacques), éditeur (Mon Bureau), 52, rue des Saints-Pères, Paris (7e), présenté par M. Toulon;
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — SÉANCE PUBLIQUE DU 30 OCTOBRE 1920. 971
- M. Nico Sanders, directeur de la Compagnie Ellis et des Etablissements Nico Sanders, 6, rue de Hanovre, Paris (2e), présenté par M. Toulon;
- M. Leroy (André-Jean), Etablissements Tavernier-Gravet, règles à calcul, instruments de précision, 19, rue Mayet, Paris (6e), présenté par MM. Lemaire et Toulon ;
- M. Lambert (Gabriel-Auguste), agent de manufactures, 190, boulevard Pereire, Paris (17e), présenté par MM. Toulon et Lemaire;
- M. Guérin (Emile-Félix), ancien capitaine du Génie, constructeur d’appareils photographiques, 109, rue du Bac, Paris (7e), présenté par le colonel Renard ;
- Société Dejoux et Cle, La Dactyle, machines à écrire et à calculer, 4, rue Lafayette, Paris (9e), présentée par M. Paul Toulon;
- M. Carlssan (Eugène-Olivier), chef de bataillon au 41e régiment d’infanterie, SI, faubourg d’Antrain, Rennes (Ille-et-Vilaine), présenté par le général Sebert et M. Carpentier;
- M. Bouron (André), Ingénieur des Arts et Manufactures, chimiste chez MM. Petit, Wicart, Cousin, 6, rue Victor-Cousin, Paris (5e), présenté par M. Lemaire;
- M. Savy (Emile), officier de l'Instruction publique, Ingénieur-chimiste, administrateur, directeur technique de la Société A. Savy, Jeanjean et Cu, à Courbevoie (Seine), 5, rue Denis-Poisson, Paris (17e), présenté par MM. Lindet et Lemaire ;
- M. Popovici (Jean), capitaine d’artillerie (Armée roumaine), Grand-Hôtel, à Grenoble (Isère), présenté par MM. Longinescu et Lemaire;
- La Direction des Etablissements du Centre de la Compagnie des Forges de Chatillon, Commentry et Neuves-Maisons, Usines Saint-Jacques, à Montluçon (Allier), présentée par M. Henry Le Chatelier;
- M. Coulaudon (Charles), chimiste-métallurgiste, Electrométallurgie d’Auvergne, Les Ancizes (Puy-de-Dôme), présenté par M. Lemaire;
- M. Michaux (Louis-Eugène-Henri), industriel en sulfate de soude, à Pavillon-sous-Bois (Seine), négociant en produits chimiques, 147, rue du Temple, Paris (3e), présenté par M. Lindet;
- M. Pécaut (Louis-Emile), concessionnaire du Rouleau calculateur national Billeter, 20, rue de la Fontaine-au-Roi, Paris (11e), présenté par MM. Toulon et Lemaire;
- M. Fournier (Louis) et Gérard- M ang, constructeurs de la Calculatrice Fournier, 19, rue Béranger, Paris (3e), présentés par MM. Toulon et Lemaire;
- La Société anonyme Burrougils, machines à calculer, 1, rue des Italiens, Paris (9e), présentée par MM. Toulon et Lemaire ;
- M. Maurain, directeur adjoint des Recherches scientifiques et industrielles,
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1920.
- 1, avenue du Général-Gallieni, Bellevue (Seine-et-Oise), présenté par le colonel Renard et M. Féry.
- M. le Président annonce que :
- M. B lard, SI, avenue de Suffren, Paris (7e), a remis le 21 octobre 1920, un pli cacheté renfermant la description d'un hélicoptère.
- M. le Président. — Notre collègue, M. Cormerais, ingénieur-constructeur, est mort le 10 août 1920, à l’âge de soixante et un ans. Il avait été président du Syndicat des Mécaniciens et Fondeurs de la Loire-Inférieure (1895-1913), président de l’Union des Syndicats du Commerce et de l’Industrie de la Loire-Inférieure (1903-1913) et président de la Chambre de Commerce de Nantes depuis 1913 jusqu’à sa mort. Nous adressons à sa famille et aux membres de la Chambre de Commerce de Nantes, notre collègue, l’expression douloureuse que nous cause son décès.
- M. le Président. — Les amis et admirateurs de M. Tisserand ont tenu à fêter, le 10 juin dernier, en même temps que son 90e anniversaire, sa promotion à la dignité de Grand’Croix de la Légion d’honneur. Un très grand nombre de nos confrères y assistaient et ont rendu hommage à l’œuvre immense accomplie par notre vénéré doyen.
- J’ai rendu compte, dans le Bulletin de juillet-août., du Congrès de l’Union des Sociétés industrielles de France, tenu à Mulhouse (2-4 juin 1920) ainsi que de la Conférence internationale de la Chimie pure et appliquée, tenue à Rome (22-25 juin 1920), où j’ai été fort heureux de représenter la Société.
- Le 2e Congrès de la Natalité, organisé à Rouen (23-25 septembre 1920) comptait, en qualité de représentant de notre Société, notre collègue, M. Georges Risler.
- Nous avons délégué à la Conférence internationale de Bibliographie de Bruxelles (7-10 septembre 1920), notre dévoué collègue et secrétaire, M. Paul Toulon, et j’ai moi-même assisté, le 16 octobre, au nom de la Société, à la réunion de l’Association amicale des anciens Elèves des Ecoles d’Arts et Métiers.
- Un grand nombre de nos collègues du Conseil ont obtenu, dans l’ordre de la Légion d’honneur, des promotions dont nous sommes les premiers à nous féliciter.
- Commandeurs : M. Louis Lumière, M. Georges Risler, M. Violle.
- Officiers : M. Carmichael, M. Maurice-Leblanc, M. Loebnitz, M. Ringelmann, M. Wéry.
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — SÉANCE PUBLIQUE DU 30 OCTOBRE 1920. 973
- Chevaliers : M. Dantzer, M. Féry, M. de Rousiers.
- Nous avons eu la grande satisfaction d’apprendre que Mlle Martinet qui, pendant cinq ans, s’est dévouée à la direction de notre ouvroir, vient de recevoir la médaille de la Reconnaissance française, justifiée par la note suivante, insérée au Journal officiel :
- Mlle Martinet (Amanda-Mathilde), à Paris, directrice de l’ouvroir créé en septembre 1914 par la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, n’a cessé, depuis cette époque et au grand détriment de ses intérêts professionnels, d’assurer gratuitement, avec une compétence remarquable et un zèle de tous les jours, la marche de cet atelier modèle qui a donné les meilleurs résultats pour venir en aide à différentes œuvres destinées à soulager les victimes de la guerre.
- M. le Président. — En janvier dernier, M. Gruner, notre ancien président, président de la Société des Ingénieurs civils, exposait, devant cette Société, la situation lamentable de nos mines du Nord et montrait comment leur destruction systématique avait été ordonnée et réalisée par nos ennemis. Notre très distingué vice-président, M. Raclé, a considéré qu’il y avait une suite et que le récit des dévastations de nos grands établissements métallurgiques devait, de la même façon, être l’objet d’une vulgarisation chez nos alliés et même chez nos ennemis.
- M. B aglé, vice-président de la Société, fait une communication sur la destruction systématique, par les Allemands, des usines métallurgiques du Nord et de l'Est de la France (1).
- Les établissements métallurgiques qui font l’objet de ce martyrologe comprenaient en général le cycle complet des fabrications de la grosse métallurgie; ils comportaient par conséquent : des hauts fourneaux; des convertisseurs Thomas ou des fours à sole Martin; des forges; des laminoirs pour tôles ou profilés. Ces établissements comptaient parmi les plus importants de la France, quelques uns parmi les plus modernes du monde; chacun d’eux couvrait souvent plusieurs dizaines d’hectares, ce qui empêche d’en donner des vues d’ensemble. Les vues projetées représentent donc des ateliers indépendants, des machines ou des outils isolés, et la comparaison de ce qu’ils étaient en 1914 et au lendemain de la signature de l’armistice permet à peine de se rendre compte avec quel génie méthodique et infernal les Allemands ont procédé à leur anéantissement. Sauf un, aucun de ces établissements ne s’est trouvé dans la zone des combats; leur destruction a donc été voulue et réfléchie; quand ils s’y sont trouvés, les destructions dues au bombardement par canon ou par avion qui, jusqu’à un certain point, pourraient se justifier, sont d’une étendue et d’une importance incomparablement moindres que celles qui sont dues à la volonté, calme et réfléchie, des hommes compétents qui les ont dirigées. Le résultat cherché, ruiner et rendre impuissante pour longtemps
- (1) Voir le texte in extenso de cette communication dans le présent numéro du Bulletin, p. 826.
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- l’industrie française devenue concurrente de l’allemande, n’a été que trop bien atteint.
- En général, ce sont des autorités allemandes parfaitement régulières qui ont procédé à la destruction, qui a comporté trois phases :
- 1° Expédition en Allemagne des stocks de produits fabriqués et de matières premières ;
- 2° Démontage, enlèvement et expédition en Allemagne du matériel;
- 3° Destruction du matériel non démontable ni transportable, ou son inutilisation quand la destruction ou le transport n’étaient pas possibles.
- C'est ainsi que, dans tous les massifs de fondation mis à nu et non détruits par la mine, les boulons de fondation ont tous été faussés de façon à rendre nécessaires la démolition puis la construction de nouveaux massifs de maçonnerie au cas où la machine qu’ils portaient aurait pu être retrouvée.
- Des prétextes fallacieux et hypocrites — la protection, le plus souvent — étaient donnés aux intéressés pour justifier enlèvement et destruction et pour tâcher, sinon d’obtenir leur concours même, du moins pour donner un semblant de légalité aux opérations.
- Une administration spéciale, la Schulzver/rallung, a été créée dès les premiers jours de l'occupation dans le but, disaient les Allemands, de protéger les usines françaises, en réalité pour les détruire, car c’est elle qui les a dépouillées de leurs approvisionnements.
- Une autre, la IlohsLo/f-und-Maschinentcertwigslclle (R O K M A) a procédé ensuite à leur destruction quand tout espoir de victoire a été perdu pour les Allemands, et elle a opéré jusqu’à la veille de l'armistice.
- Les autorités allemandes ont pris le plus grand soin de faire diriger une destruction déterminée par un chef bien qualifié qui, dans la vie civile, occupait avant la guerre, en Allemagne, une situation qui le mettait en mesure d'agir en parfaite connaissance de cause. C’est- ainsi que les Forges de Douai (Société Arbel) qui disposaient d'un atelier d’emboutissage unique en Europe, et notamment d’une presse de 22 m de longueur qui leur avait permis d’enlever aux Allemands, en 1914, la commande de 100 wagons-citernes à pétrole pour la Roumanie, ont vu cet atelier détruit sous la direction du capitaine Charlier, associé delà maison allemande Van der Zippen, concurrente des Forges de Douai, et de son beau-frère, le capitaine Boeking. Ces deux personnages ont déclaré cyniquement qu’ils emportaient en Allemagne le matériel nécessaire à l’exécution de la commande roumaine mais dans leurs propres ateliers.
- Les Allemands ont partout procédé aux destructions avec Schadenfreude, mot intraduisible en français, qui n’existe d’ailleurs dans aucune autre langue germanique que l’allemand, et qui ne peut se rendre qu’imparfaitement par : jouissance à faire le mal, joie de nuire à autrui.
- En 1912, les établissements métallurgiques du Nord et de l’Est de la France qui ont été détruits, produisaient 2 467 000 des 3 230 000 t d’acier produites dans la France entière! C’est dire quelle gêne a été pour la défense nationale la privation de ces établissements, et quelle gêne elle est encore pour la reconstitution de toute notre industrie.
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- Les établissements passés en revue par le conférencier sont : les Usines de Denain et Anzin; les Forges de Douai; l’Usine de Louvroil; l’Usine de Pont-à-Vendin ; les Usines de Rehon et de Longwy (Société des Forges de la Providence); l’Usine de Villerupt (Société de Micheville) ; les Établissements de la Société de Gorcy; ceux de la Société des Aciéries de la Marine et Homécourt; l’Usine de Jœuf ;MM. de Wendel et Ci0); l’Usine d’Auboué (Société de Pont-à-Mousson).
- On aura une idée de l’étendue des dommages causés en rappelant qu’en janvier 1919, la Commission Internationale des Réparations évaluait à 5 milliards la somme nécessaire à la reconstitution des usines de la grosse métallurgie et à 2 milliards les approvisionnements qui y ont été détruits ou enlevés. Elle indiquait le chiffre de 2 milliards comme représentant la somme nécessaire pour la remise en état de nos houillères du Nord. Il va de soi que ces sommes doivent être aujourd’hui fortement majorées. La reconstitution de toute l’industrie française ne sera vraiment possible que lorsque nos industries minières et métallurgiques, qui en sont la base, seront elles-mêmes reconstituées.
- E. L.
- M. le Président. — Dans aucune guerre, on n’a vu un belligérant recourir à de semblables procédés; ceux que l’histoire a appelés les Barbares ont brûlé des récoltes, pillé des maisons, violé des femmes; mais ils ont hésité à tarir les sources de la vie économique en s’attaquant aux instruments de travail. La guerre de 1914 a été entreprise et menée pour paralyser, pour décourager l’industrie française; il est du devoir de notre Société, qui vise un but absolument opposé, de signaler les mines qui se sont amoncelées, et d’encourager leur relèvement. J’aperçois, dans la salle, notre collègue, M. Arbel, qui a montré, dans la reconstitution de son usine de Douai, ce que peut faire la science métallurgique quand elle est soutenue par l’énergie et la ténacité.
- Nous pouvons assurer AL Bâclé que nous répandrons, dans tous les milieux qui sont à même de la comprendre, la belle conférence, dont nous ressentons encore les tristes échos.
- La séance est levée à 18 h. 15 m.
- SÉANCE PUBLIQUE
- DU 13 NOVEMBRE 1920 Présidence de M. Lindet, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Est présenté pour devenir membre de la Société et admis séance tenante : M. Brillié (Léon), Ingénieur-agronome, industriel, émailleur, 9 et 11,
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- rue de Toul, Paris (10e), 10, rue Etienne-Marcel prolongée, Paris (3e), présenté par MM. Lindet et P. Nottin (1921).
- M. le Président annonce que :
- la Société Lefranc et Cie, 18, rue de Valois, Paris (1er), a déposé le 12 novembre 1920, un pli cacheté relatif : 1° à un produit nouveau, dit adialyte, utilisable comme vernis; 2° à un procédé, dit francadicdyte, pour la fabrication de ce produit.
- Le Comité des Arts chimiques déclare la vacance de la place occupée au Conseil par le regretté Adolphe Carnot.
- M. le Président. — Le Sénateur Luigi Bodio, qui vient de mourir à Rome, à l’age de quatre-vingts ans, était membre correspondant étranger de notre Comité de Commerce depuis 1890. Le Sénateur Bodio était une des personnalités les plus en vue de l’Italie et sa renommée avait franchi depuis longtemps les frontières de son pays. C’était surtout un savant agronome, économiste et statisticien, le vrai type du Latin par l’étendue et la variété de ses connaissances, la vivacité de son esprit à qui rien de ce qui est humain n’était étranger.
- Sa vie a été bien remplie. Il fut d’abord professeur de droit à l’Université de Turin et à l’Ecole d’application des Ingénieurs de cette ville. Il fut nommé conseiller d’Etat et directeur de la Colonisation du Royaume d’Italie, fut appelé à l’Académie dei Lincei, élu membre correspondant de notre Académie des Sciences morales et politiques et enfin nommé sénateur en 1900.
- Il fît récemment un long séjour à Paris comme membre d’une commission internationale; les fatigues de cette mission, bien qu’il eut conservé une grande vigueur de corps et d’esprit jusqu’en ses derniers jours, devaient avoir raison de son grand âge.
- Nous adressons à la veuve et à la fille de notre regretté collègue nos respectueuses condoléances.
- M. le Président. — Les journaux nous ont appris, ce matin, que le Prix Nobel de Physique avait été attribué cette année, par l’Académie des Sciences de Stockholm, à notre correspondant du Comité des Arts chimiques, M. Guillaume, qui, Suisse d’origine, mais Français de cœur, est, depuis trente-sept ans, attaché au Bureau international des Poids et Mesures; il en est aujourd’hui le directeur. L’Académie de Stockholm a récompensé le savant qui a doté la géodésie et la chronométrie d’un acier au nickel, dit « métal invar », à coefficient de dilatation pratiquement nul. Quand M. Guillaume apprit que cette haute récompense venait de lui être décernée, il tint à en
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- reporter le mérite à notre collègue, la Société de Commentry, Fourehambault et Decazeville, qui s’était si obligeamment mise à sa disposition pour lui préparer ses alliages. Notre collègue est trop modeste; ne retenons de cette démonstration de reconnaissance que ce que peut la science quand elle est secondée par des industriels à l’esprit ouvert aux conceptions scientifiques.
- M. Masson, au nom du Comité des Arts mécaniques, lit un rapport sur la machine à couper et à égaliser les brosses, de M. Mollet.
- Ce rapport est approuvé.
- M. le Président annonce que M. Lalande qui devait présenter ce soir les machines construites par M. Navarre pour la fabrication des conserves alimentaires, frappé par un deuil de famille, a dû partir, hier soir, pour la province. Le mauvais état de santé de M. Navarre ne lui permet pas de faire lui-même cette communication. Elle est donc remise à une date ultérieure. En conséquence, il a été demandé à M. Bozonnet de vouloir bien développer plus longuement sa communication, ce qu’il a accepté très volontiers.
- M. Bozonnet fait une communication sur un nouveau type de fraise à tailler les pièces profilées, construite par MM. Ch. Bonnalfous, Bozonnet et C‘*.
- Le conférencier étudie d’abord les deux types de fraises employés jusqu’à présent; il en montre les avantages et les inconvénients.
- La fraise à denture dégagée, dite fraisée, dont les arêtes sont vives et très tranchantes, travaille avec une grande vitesse de coupe et exige un faible effort. Mais sa denture fragile ne permet pas les grandes avances, de sorte que sa capacité de production est fortement diminuée. De plus, pour les fraises de profil compliqué et précis, destinées notamment à tailler les engrenages, un affûtage correct est presque impossible et il ne peut s’exécuter que sur l’arête tranchante en diminuant la hauteur et le creux de la dent. On ne peut donc éviter le bourrage par le copeau et la fraise est mise assez rapidement hors d’usage.
- La fraise à profil constant, dite à denture détalonnée, obtenue au tour à détalonner, a une denture robuste, un encastrement solide. Sa capacité de production est élevée et ses faces travaillantes peuvent être facilement affûtées. Mais, à cause de son détalonnage curviligne ou en forme de molette, même avec une lubrification intense, on ne peut lui donner une grande vitesse de coupe ni une forte pénétration. Ces inconvénients s’accusent lorsque l’outil, au lieu d’agir sur l’extérieur de la pièce en travail, se trouve placé à l’intérieur de cette pièce, comme dans l’alésage.
- L’expérience montre qu’une passe de bonne épaisseur mais de surface réduite demande moins d’effort et s’exécute plus facilement qu’une passe correspondant à la même quantité de métal enlevée mais de large surface et de peu d’épaisseur. De plus, s’il s’agit d’une grande quantité de métal à enlever, un moindre travail sera demandé à la machine par le fractionnement de la passe en plusieurs portions
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- COMPTES RENDUS DES SEANCES. — NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1920.
- exécutées l'une après l’autre, par deux ou plusieurs outils qui se suivent et enlèvent chacun une portion réduite de la totalité du. métal à enlever.
- Ces considérations ont conduit à étudier une fraise comparable, pour la netteté de la coupe, à la fraise à denture fraisée et possédant, en même temps : la robustesse et la facilité d’affûtage, la constance des profils taillés de la fraise à profil constant.
- Le type de fraise réalisé est dit à détalonnage rectiligne conoïdal à denture encochée-
- Dans cette fraise, chacun des éléments formant dent est très exactement à forme d’outil rectiligne, correctement affûté à l’angle de coupe convenable; de plus, chacune de ces dents exécute une portion différente du travail de la passe. La rectilignité du détalonnage était relativement facile à obtenir. La constance du profil taillé, malgré les affûtages successifs, bien que d’une réalisation plus difficile, a été obtenue en donnant à la denture de la fraise la forme d’un tronc de conoïde engendré par une droite parallèle à un plan perpendiculaire à l’axe de la fraise qui s’appuie sur un profil donné et sur une droite fixe, parallèle à Taxe de la fraise : les flancs de la dent étant dans des plans parallèles, il en résulte que, quelle que soit l’usure de cette dent, les transversales qui mesurent les différentes épaisseurs de la fraise sont constantes.
- Eu outre, la surface enveloppe de chaque dent a été sectionnée par un système d’encoches à portions, alternées d’une dent à la suivante, mais symétriques dans l’ensemble- L'alternance et le mode de répartition de ces encoches sont tels que le profil taillé est exactement sans solution de continuité. Chaque dent agit donc comme un petit outil sur une surface très réduite et fournit des copeaux fins qui se dégagent facilement. Ces encoches facilitent aussi grandement la lubrification. Les affûtages sont peu fréquents.
- Ces nouvelles fraises, mises en service courant, ont taillé, par exemple, ! 200 dents d’un pignon en acier à R=45 kg : mm-, sans nouvel affûtage au lieu de 370 avec d’autres fraises faites du même acier, fonctionnant à la même vitesse de coupe et pour un même serrage. De même, en les substituant à d’autres fraises, de même acier, dans le travail d’un acier au nickel-chrome à R = 85 kg : mm2, les nouvelles fraises ont fait augmenter le rendement en copeaux de 175 p. 100.
- Dans des essais, on a pu pousser la nouvelle fraise, travaillant dans la fonte ordinaire, au serrage maximum de 392 mm : min. ; elle a ainsi taillé les 34 dents de 80 mm de largeur d’une roue. Après quoi, sans nouvel affûtage, et avec un serrage normal, elle a pu tailler les dents d’une roue en acier coulé.
- E. L.
- La séance est levée à 18 h. 13 m.
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- SÉANCE PUBLIQUE
- DU 27 NOVEMBRE 1920 Présidence de M. Lindet, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Sont présentés pour devenir membres de la Société et admis séance tenante :
- La Compagnie parisienne de l'Air comprimé, 5, rue de Liège, Paris (9e), présentée par MM. Desroziers et Hillairet (1921);
- M. L arivière (Jean), 148, rue de Longchamp, Paris (16e), présenté par MM. G. et J. Hersent (1921).
- M. Bâclé, vice-président, dit qu’une réunion intime des membres du Conseil vient d’avoir lieu; ils ont voulu remercier M. Lindet des services qu’il a rendus à notre Société et du dévouement qu’il a apporté dans sa direction pendant sa présidence que la guerre a rendue exceptionnellement longue. A cet effet, ils ont ouvert entre eux une souscription, et le produit a permis d’offrir à M. Lindet un objet d’art en bronze (1) dont la remise lui a été faite au cours de cette réunion. Sur la demande de ses collègues du Conseil, M. Bâclé donne lecture des paroles qu’il a prononcées à cette occasion :
- Monsieur le Président,
- Nous arrivons prochainement au terme de votre présidence qui, de l’avis unanime, méritera une place éminente dans l’histoire déjà séculaire de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, puisque, à travers les cruelles épreuves qui ont marqué ces années dernières, elle aura contribué cependant, pour une large part, à accroître encore l’autorité morale de notre Société, en la mettant mieux que jamais au service de l’industrie nationale qu’elle a pour mission de promouvoir; et vos collègues du Conseil, qui vous ont vu constamment à l’œuvre, qui ont pu apprécier l’activité et le dévouement inlassables que vous avez apportés dans l’exercice de vos hautes fonctions et qui déjà, à deux reprises différentes, ont tenu à prolonger par
- (1) Ce bronze, Le Guerrier pensif, de Paul Dubois, porte gravé sur son socle : A son président de la Grande Guerre, 1913-1918, M. Léon Lindet, Le Conseil de la Société d’Encouragement pour l'Industrie nationale.
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- une disposition exceptionnelle la durée de votre présidence, ont voulu aujourd’hui reconnaître, au nom de la Société, dans une manifestation unanime, la haute valeur des services que vous lui avez rendus.
- Grâce à vous, en effet, la Société d’Encouragement a su, dans la situation présente, s’acquitter encore avec un réel succès, de la tâche que ses fondateurs avaient assumée pour elle il y a maintenant cent vingt ans déjà, dans des circonstances non moins difficiles que celles que nous traversons maintenant.
- Alors, comme aujourd’hui, la Patrie avait été envahie et gravement menacée, et, si la victoire militaire avait bien pu assurer le salut de la France sur les champs de bataille, elle restait toujours impuissante à apporter à elle seule un succès également décisif dans la lutte économique qui allait suivre, alors qu’il fallait cependant, et à tout prix, donner à notre industrie nationale une impulsion efficace pour qu’elle puisse au moins refouler chez nous, sinon à l’extérieur, la concurrence étrangère.
- La Société d’Encouragement est fière de pouvoir dire que dans les premières années qui ont suivi sa fondation et, sous l’impulsion des savants éminents qu’elle avait alors à sa tête, elle a apporté une collaboration efficace dans ce mouvement de rénovation qui allait transformer l’industrie française encore à ses débuts.
- Elle s’est attachée, en effet, à rappeler à tous cette vérité fondamentale que l’industrie est faite avant tout de science appliquée, et elle est apparue dès lors comme le trait d’union obligé entre ces deux facteurs essentiels de la prospérité nationale, qu’elle appelait à concourir désormais dans une union féconde où chacun d’eux devait puiser cet essor merveilleux qui allait modifier si profondément la civilisation contemporaine.
- Elle s’est donc soigneusement efforcée, d’un côté, de montrer aux industriels les services que la science peut leur apporter dans tous les ordres d’activité humaine, en même temps que, de l’autre, elle faisait entrevoir devant les savants les progrès que ces recherches d’ordre purement pratique allaient forcément provoquer dans la connaissance des lois naturelles qui font l’objet principal de leurs études.
- C’est seulement, en effet, par l’observation méthodique, guidée par la science, que l’industrie peut apprécier la valeur exacte des procédés techniques employés par elle, qu’elle peut éclairer d’un jour nécessaire les tours de main inexpliqués, les succès ou les échecs imprévus qui font l’orgueil ou le désespoir des praticiens, et les savants qui, au commencement du siècle dernier, poursuivaient ainsi la solution des problèmes industriels posés par les événements, y trouvaient en même temps, par une répercussion féconde, des aperçus nouveaux qui allaient enrichir la science elle-même.
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- C’est ainsi que nous voyons la Société d’Encouragement, à peine fondée, s intéresser aussitôt à toutes les grandes questions affectant la prospérité industrielle du pays, les signaler aux chercheurs pour qu’ils en fassent l’objet d’études méthodiques et précises d’où ils dégageraient ensuite une solution répondant aux besoins de l’époque. Et l’histoire des premières années du siècle dernier nous montre, en effet, combien cette idée de l’application de la science dans la pratique industrielle était féconde, puisque, en dépit de toutes les difficultés résultant du blocus continental et des guerres continuelles du premier Empire, l’activité nationale a pris aussitôt un développement inattendu par la création d’industries inconnues jusque là, par l’application et la diffusion de procédés nouveaux transformant les industries anciennes. C’est le cas par exemple pour la fabrication de la fonte au coke et du fer puddlé, pour celle de la soude par le procédé Leblanc, pour celle du sucre de betteraves, pour celle du bleu d’outremer, réalisée quelques années plus tard par le procédé Guimet dont notre Société a été directement l’inspiratrice, etc.
- Aujourd’hui, la guerre mondiale que nous venons de subir, les ruines que la barbarie allemande a semées autour d’elle pendant les cinq années qu’a duré l’invasion ennemie, ont placé l’industrie française devant des difficultés non moins graves et angoissantes, et ce sera l’honneur de notre Société d’avoir su, à l’exemple de ses fondateurs, aborder résolument les problèmes nouveaux que les événements venaient poser, pour en mettre toutes les données sous les yeux des savants et des industriels intéressés et leur fournir ainsi les éléments de la solution à chercher.
- Si notre Société a pu faire quelque bien dans cette voie et contribuer par là même à ce réveil et à la prospérité future de nos industries françaises, c’est surtout à votre initiative, cher Monsieur le Président, que le mérite en revient, et nous ne saurions trop vous en remercier.
- Vous vous êtes consacré, en effet, à cette tâche difficile avec un véritable dévouement patriotique, ne négligeant aucun moyen d’action pour éclairer l’opinion publique tout entière et les intéressés eux-mêmes sur les progrès dont leur industrie était susceptible, sur l’enseignement qu’ils pouvaient tirer de l’étude de cette merveilleuse organisation à la fois financière, technique et commerciale qui a fait le succès de l’industrie allemande, de manière à ce que notre industrie puisse réparer bientôt les ruines de la guerre et soutenir avec avantage la lutte contre la concurrence étrangère.
- A cet effet, vous avez mis en œuvre tous les moyens d’enseignement dont notre Société pouvait disposer, publications dans le Bulletin de nombreuses notes exposant les progrès réalisés pendant la guerre par nos principales industries, organisation de conférences données par des spécialistes compé-
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- tents et institution d’expositions spéciales dans lesquelles nous avons pu voir et admirer, fabriqués par l’industrie française, de nombreux produits dont l’Allemagne s’était assuré le monopole avant la guerre, comme par exemple dans l’industrie chimique, la photographie, l’optique, la verrerie de laboratoire, etc.
- Ces publications du Bulletin, ces conférences et surtout ces expositions ont eu un retentissement mérité, en montrant une fois de plus à l’opinion publique et aux savants comme aux industriels que notre vieille Société est encore en mesure de leur rendre à tous de réels services.
- En dehors de ces questions techniques, vous avez voulu qu’elle aborde en même temps la discussion des sujets d’ordre général intéressant l’industrie tels que la guerre les a soulevés, comme l’exploitation de nos richesses coloniales, la législation des brevets, la diffusion de la langue Espéranto, l’application de la méthode Taylor et l’organisation méthodique dans le travail des ateliers, la standardisation des types de pièces et d’organes de machines ou d’appareils susceptibles d’être unifiés, etc. Préoccupé, d’autre part, des difficultés que présente actuellement le recrutement du personnel ouvrier et de ses cadres, vous avez remis à l’étude cette question toujours actuelle de l’apprentissage, vous avez collaboré à la constitution du Comité de Retour aux Etudes techniques, qui a rendu et rend encore aujourd’hui tant de services aux industriels et aux jeunes soldats que la guerre avait mis dans l’impossibilité de suivre les cours des écoles d’application; elle fournit en effet à ces jeunes gens, par un enseignement approprié à leur cas particulier, l’instruction technique qui leur fait défaut.
- Vous ne vous êtes pas contenté d’apporter ainsi la participation active de notre Société aux manifestations de toute nature qui pouvaient intéresser l’industrie pendant votre présidence, vous avez voulu l’associer en même temps à une oeuvre de bienfaisance, avec la collaboration de Mademoiselle Martinet, Madame Jeannequin et de Madame Lindet qui a su, elle aussi, sur un autre terrain, comme infirmière-major au Val-de-Grâce, mériter la reconnaissance de ses malades avec les suffrages de ses chefs et de ses collaborateurs. Vous avez ainsi créé cet ouvroir, qui a été, pendant la durée de la guerre, un refuge et un secours assuré pour de malheureuses ouvrières privées de travail, et qui a pu fournir, d’autre part, à de nombreux groupes de combattants et de réfugiés, le linge et les vêtements dont ils avaient tant besoin.
- Entre temps, l’Académie des Sciences vous appelait à siéger dans son sein en remplacement de votre cher et vénéré maître Schlœsing, dont vous avez su résumer, devant nous, avec tant d’éloquence et d’affectueuse émotion, la laborieuse et féconde carrière.
- En faisant ce choix, auquel nous sommes si heureux d’applaudir, l’Aca-
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- démie a tenu sans doute à témoigner de la haute valeur qu’elle attache aux nombreuses études et aux travaux que vous avez effectués de votre côté pour éclairer ces questions si complexes que soulève, à chaque instant, l’industrie agricole et spécialement l’industrie alimentaire, les unes intéressant la physiologie végétale ou animale appliquée aux matières premières, les autres affectant les procédés ou les appareils employés, autant de problèmes soulevés pour chacun desquels vous avez apporté une donnée nouvelle qui a servi ou servira à son tour de point de départ aux expérimentateurs à venir, pour se rapprocher davantage de l’explication définitive qu’il ne nous sera sans doute jamais donné d’atteindre dans l’étude de la matière vivante.
- Si nous nous réjouissons de l’appréciation ainsi portée par l’Académie, nous nous rappelons en même temps l’intérêt qu’elle n’a cessé de témoigner aux efforts poursuivis par notre Société pour élucider ces questions de science appliquée à l’industrie qui forment le domaine propre de son activité, et c’est en effet dans nos rangs qu’elle a choisi la plupart des membres de la nouvelle section qu’elle vient de créer pour les sciences appliquées ; aussi nous est-il permis de penser que, tout en proclamant, par son choix, la haute valeur des travaux du savant, la docte assemblée était heureuse de pouvoir, en même temps, récompenser les services éminents du Président de la Société d’Encou-ragement pour l’Industrie nationale. A ce titre, l’honneur qui vous est ainsi fait rejaillit sur notre Société entière et nous ne saurions trop vous en remercier.
- C’est dans cette pensée que vos collègues du Conseil ont organisé une cérémonie intime au cours de laquelle nous avons offert ci notre Président de la Grande Guerre ce modeste témoignage de notre reconnaissance et nous vous prions de vouloir bien en agréer l’hommage.
- Comme vous le voyez, ce bronze de Dubois représente le Guerrier pensif se recueillant après le dur combat dans lequel il s’est couvert de gloire. C’est l’image de la France immortelle, sortie victorieuse de la Grande Guerre, absorbée maintenant dans la vision des luttes nouvelles qui l’attendent sur le terrain économique, non moins difficiles et dangereuses que sur le terrain militaire. Elle sait toutefois qu’elle peut se reposer avec confiance sur le génie de ses enfants qui ne la laisseront pas périr et elle agite dans ses pensées profondes les moyens de développer en eux les qualités dont ils ont besoin pour aborder sans faiblir ces luttes nouvelles.
- A cet appel de la Patrie, la Société d’Encouragement peut se rendre ce témoignage qu’elle a répondu dans la mesure forcément limitée de ses moyens d’action : elle s’est souvenue que noblesse oblige et, ainsi, elle a tenu les promesses de son titre, mais nous ne saurions oublier que le mérite en revient avant tout à l’initiative et au dévouement dont vous avez fait preuve, et ce
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- bronze, qui rappelle le souvenir de la Grande Guerre et de votre passage à la présidence, restera en même temps comme le garant des sentiments de reconnaissance de notre Société à votre égard. (Vifs applaudissements.)
- M. Lindet. — Notre très distingué vice-président, M. Bâclé, a bien fait d’évoquer, en parallèle des événements actuels, ceux dont nos grands ancêtres étaient témoins quand ils ont fondé notre Société; le traité de Lunéville venait de mettre fin à la deuxième coalition; la France était épuisée par les guerres de la Révolution et du Consulat; elle ne pouvait se relever que par le travail et Bonaparte l’avait si bien compris qu’il tint à être notre premier souscripteur. Malgré les coalitions qui se déchaînèrent contre l’Empereur et le trouble qu’elles jetèrent dans la vie du pays, l’industrie prit un essor dont nos premiers bulletins sont l’écho autorisé.
- Au lendemain du Traité de Versailles, nous retrouvons semblables coalitions, et nous en sommes d’autant plus affectés que leur développement se fait sous les yeux de nos amis d’hier. Celles-ci ne seront pas anéanties à Austerlitz, à Iéna, à Friedland ou à Wagram, mais bien sur les champs de bataille économiques où prévaudront uniquement les efforts dans le travail, la dignité et l’énergie dans les négociations diplomatiques et commerciales.
- Ce parallèle entre deux époques, que le plus glorieux des siècles sépare, n’oblige pas fort heureusement le président actuel à soutenir la comparaison avec les illustres personnalités qui ont guidé les premiers pas de notre Société, depuis Chaptal jusqu’à Dumas. Ceux-là ont été les grands présidents; je me contente du titre que vous avez inscrit sur le socle de cette belle œuvre de Paul Dubois, de « président de la Grande Guerre » ; il rappelle qu’au milieu des angoisses, des déceptions, mais aussi des glorieux réconforts, au moment où chacun donnait à la patrie ce qu’il avait en lui, sa jeunesse, sa résistance physique, sa science, sa bonne volonté et sa charité, je n’ai pas hésité un seul jour sur la voie que je devais prendre. J’ai accepté la présidence en 1912, me défiant de moi-même, je vous assure, tremblant de ne pas être digne de la mission que vous aviez voulu me confier, mais sachant que la conscience, qui est l’écho de la peur de mal faire, est ma qualité dominante, et que je pouvais compter sur de dévoués collaborateurs : vous d’abord, mes chers Collègues, que j’ai vu si souvent au travail dans nos Comités, vous, cher M. Toulon, et vous, cher M. Ilitier, qui malgré vos occupations à la Société des agriculteurs de France, veniez, jusqu’au jour où M. Lemaire fut démobilisé, corriger les épreuves du Bulletin; je tiens à citer encore M. Grelet, la cheville ouvrière de notre Société, M. René Grelet, notre jeune bibliothécaire, Mlle Béloué, notre délicate secrétaire-dactylo-graphe, l’obligeant André Naillod, et le toujours vigilant Hubert Toulon.
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- Ils n’ont pas quitté leurs postes et la Bertha ne les a pas effrayés. Dans aucune société, dans aucune administration, on ne saurait trouver rapports plus cordiaux entre le personnel dirigeant et le personnel exécutant, entre ce que M. Fayol appelle la fonction administrative et la fonction technique.
- Et voilà comment je suis arrivé à la fin d’un mandat dont nos statuts n’avaient pas prévu l’exceptionnelle longueur, n’ayant rencontré parmi vous que sympathie, amitié et affection; ce sont elles qui ont plaidé ma cause à l’Académie des Sciences, elles que je rencontre continuellement sur mon passage, où que j’aille, pour m’ouvrir la route, et qui me valent aujourd’hui cette bien touchante manifestation, dont le souvenir ne me quittera jamais. Merci, mes chers Collègues, merci, mon cher Vice-président. (Vifs applaudissements.)
- M. le Président. — La conférence que M. le Sous-Intendant Laporte va nous donner réalise un projet que je caresse depuis l’armistice; j’ai pensé en effet que notre Bulletin devait enregistrer les efforts qui ont été faits pendant la guerre par les Services de l’Intendance, qui sont de ceux.que l’on n’a jamais critiqués, c’est-à-dire que l’on a toujours admirés. Après de nombreux mécomptes, que j’oublie volontiers aujourd’hui, nous avons pu, grâce à M. le Contrôleur général Ducru et à M. l’Intendant général Moizard, directeur de l’Intendance, obtenir de M. le ministre de la Guerre et du général Debeney, directeur de l’Ecole supérieure de Guerre, que M. le Sous-Intendant Laporte vous entretienne du sujet qui nous tenait au cœur. Je le remercie et le prie de prendre la parole.
- M. le Sous-Intendant Laporte, chargé du Cours d’intendance err Campagne à l’Ecole supérieure de Guerre, fait une communication sur le Service de V Intendance pendant la guerre 191k-19i8 elle problème de la réunion des ressources nécessaires aux Armées.
- Dans l’ordre des idées qui viennent d’être exposées par M. Bâclé sur les rapports de la science et de l’industrie, le Sous-Intendant Laporte croit opportun de rappeler que les résultats auxquels M. Lindet est arrivé dans ses recherches sur la mouture et la panification, sont à la base, comme le Credo, des travaux de l’Intendance française en matière de boulangerie. La fabrication et la conservation du pain de troupe et du pain de guerre posent en effet des problèmes très difficiles dont la solution exigeait une base scientifique solide. Le conférencier ajoute qu’au cours de la grande guerre, les services de l’Intendance ont été plus d’une fois heureux de pouvoir compter sur la collaboration des savants et des industriels : l’exemple de la synthèse de l’indigotine, cité plus loin, est, à ce point de vue, tout à fait typique.
- x4utrefois l’Intendance était chargée de multiples tâches, notamment celle de la fabrication, du ravitaillement et du transport des munitions. L'organisation était Tome 132. — 2e semestre. — Novembre-Décembre 1920.
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- vicieuse; elle laissait la porte ouverte à de nombreux abus qui n’ont pas manqué de se produire et qui ont fait chez nous, même chez les militaires professionnels, une mauvaise réputation aux services de l’Intendance. Cette réputation est tout à fait imméritée : déjà, Daru avait porté l’Intendance à un haut degré de perfection pendant les guerres du Premier Empire et, au cours de la Grande Guerre, les combattants sans parti pris, sans préjugés, c’est-à-dire l’énorme majorité, ont pu se rendre compte que l’Intendance s’est tirée avec honneur de l’accomplissement de sa tâche : il n’est pas un troupier qui, expérience faite, se soit plaint de sa nourriture, du pain, du vin, de ses chaussures, de ses effets, de son casque.
- La’ tâche du Service de l’Intendance est limitée aujourd’hui au ravitaillement des armées en subsistances (vivres, fourrages, combustibles) et en effets d’habillement. Il peut aussi avoir à ravitailler en subsistances la population civile des camps retranchés. Ce double ravitaillement est assuré au moyen de stations-magasins et de gares régulatrices, ces dernières situées à 80 ou 100 km en arrière des troupes combattantes, dans lesquelles celles-ci puisent selon leurs besoins. Dans les stations-magasins, l’Intendance doit « faire le plein » en les réapprovisionnant constamment au moyen des ressources nationales, métropolitaines ou coloniales, ou de l’importation étrangère.
- Cette tâche a été rendue singulièrement difficile pendant la guerre 1914-1918, car, dès le début des hostilités, il a été impossible d'utiliser la production agricole du nord de la France, envahi; quant à la production industrielle, elle a été entièrement désorganisée par la mobilisation. La mise en sursis d’une partie du personnel n’a permis sa réorganisation qu’à partir de 1915. Encore a-t-il fallu recourir à la main-d’œuvre coloniale et étrangère.
- En ce qui concerne les importations, celles de Turquie et de Bulgarie, de Russie et de Roumanie ont cessé presque aussitôt par suite de l’entrée en guerre des deux premiers pays et de la fermeture des Dardanelles. Les importations ont été gênées ensuite par : l’étroitesse de nos ports et le mauvais état de nos voies ferrées, d’ailleurs encombrées par les transports militaires proprement dits ; l’absence de crédit commercial; la crise du fret, provoquée par la guerre sous-marine à outrance : il nous aurait fallu disposer d’une flotte de 7 millions de tonnes, en 1917 ; on n’en avait même pas la moitié!
- Il a fallu, par suite, exploiter à fond les ressources du pays. Fort heureusement, le système dit Ravitaillement national, imaginé en 1885-1886, en ne supposant pas que nous pussions jouir de la liberté des mers, a fonctionné admirablement. Néanmoins, en 1917, la famine fut à nos portes.
- Au début de la guerre, conformément à ce plan de ravitaillement, l’Intendance n’eut à fournir que le fond de l’alimentation du soldat : pain, sucre, café, sel, légumes secs et riz, graisses, pain de guerre, conserves de viande, tous produits fournis par la métropole, sauf le riz et le café, et provenant de l’arrière. On devait trouver dans la zone des opérations ce qu’il fallait pour améliorer l’ordinaire du soldat ainsi que le combustible et tout ce qui est nécessaire à la nourriture des chevaux. Dans la suite, la guerre de position se prolongeant et les ressources locales dans la zone du front se raréfiant, l’Intendance fut chargée aussi de fournir toutes ces denrées; ce furent notamment : le chocolat, les confitures, les pommes
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- de terre, le fromage, le poisson. Elle a eu à lutter à partir de ce moment contre les mercantis et elle a dû faire jouer la réquisition et les commissions de réception départementales, prévues dans le plan de ravitaillement. La mobilisation des vivres s’est faite le 2 août 1914 et les jours suivants, aussi bien que la mobilisation des hommes.
- En ce qui concerne les vivres trois exemples sont donnés, ceux du pain, de la viande et du vin.
- La récolte métropolitaine en blé de 1913avait été moyenne et déficitaire; celle de 1914 avait été retardée par les pluies; la guerre éclata en 1914 au milieu de la « soudure » : on profita des ressources de notre Afrique du Nord dont le blé est moissonné un mois plus tôt qu’en France, mais il fallut, par suite du non-arrivage des blés russes à Marseille, à cause de la présence des croiseurs allemands en Méditerranée, ravitailler en farine toute la population civile du Sud-Est delà France et, par suite de l’avance rapide des Allemands, approvisionner le camp retranché de Paris qui n’avait de farine dans ses magasins généraux que pour deux jours. Grâce à l’énergie et à l’habileté de l’Intendant général Ducuing, Paris avait des vivres : le 20 août 1914, pour 40 jours; à la veille de la bataille de la Marne, pour 6 mois, et, à la fin de 1916, pour trois mois. La guerre sous-marine réduisit ces approvisionnements à 1 jour en septembre 1917. Jusqu’à la signature de l’armistice, Paris et nos grands centres urbains n’eurent jamais une avance en farine de plus de deux ou trois jours, et la farine manqua fréquemment certains jours chez les boulangers de plusieurs villes.
- La France comptait 14 millions de bovins en 1914. La ration en viande du soldat combattant ayant été, dès le début de la guerre, portée à 300 g, ration d’ailleurs très excessive, à la fin de 1914, notre cheptel bovin était tombé à 12 millions de têtes. Il fallut songer à recourir à la viande congelée dès août 1914, solution prévue depuis longtemps par l’Intendant Ducuing (le premier entrepôt frigorifique militaire, celui de Verdun, date de 1894). Dès novembre 1914, nous en importions 20 000 t par mois, chiffre qui correspondait aux deux tiers de la consommation militaire. Les Anglais nous fournirent les navires frigorifiques, l’Intendance construisit ou fit étudier et construire des entrepôts frigorifiques dans les ports et stations-magasins, de même que des wagons isolants. L’entrepôt de Dijon, nos wagons isolants sont des modèles que, aujourd’hui, les Anglais imitent ou nous envient.
- Le ravitaillement des armées en vin n’avait jamais été prévu. En 1915, la consommation mensuelle des troupes en vin était de 750 000 hl; dans la suite, pour satisfaire aux demandes du Haut Commandement qui augmenta constamment la ration de vin du combattant, il fallut réquisitionner le quart de la récolte dans tout le Midi de la France. Les stations-magasins, dotées de cuves en ciment, continrent toujours au minimum quatre jours de vin. Ce sont surtout les fûts qui ont manqué bien que l’Intendance eût installé des tonnelleries à grand rendement et malgré les avis multiples donnés aux troupes de l’avant de ménager les tonneaux.
- Les armées ont fait aussi une grande consommation d’essence car les transports automobiles ont dû souvent remplacer les transports ferroviaires, fortement déficitaires, et il a fallu subvenir aux besoins de l’aviation et des chars d’assaut. La con-
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- sommation d’essence à quintuplé du commencement à la fin de la guerre. En novembre 1917, l’essence faillit manquer bien que la priorité des achats eût dû être donnée aux services militaires sur la population civile. Grâce à une intervention de M. Clemenceau auprès de M. Wilson, tous les navires américains du monde entier chargés de pétrole, sur mer ou dans les ports, furent réquisitionnés par télégraphie sans fil et dirigés immédiatement sur nos ports. La contre-offensive de juillet 1918 ne fut possible que grâce à de forts approvisionnements d’essence, les tanks, formidables consommateurs, ayant joué, à partir de ce moment, un rôle considérable dans les opérations militaires.
- L’habillement rencontra des difficultés très grandes aussi. L’armée consommait en moyenne 80 000 m de drap par jour (4 000 m en temps de paix) : il fallut renoncer au principe de n’envoyer au front que des hommes habillés de neuf de pied en cap; la crise fut très grave au début de la guerre, et tous les vêtements, salopettes de toile bleue, pantalons de velours, etc. furent employés. Ce fut une vraie mascarade dont quelques-uns de nos hommes, faits prisonniers, eurent plusieurs fois à souffrir. Le drap horizon avait été choisi cependant [dès [le 2 août 1914; en novembre-décembre 1914, nos troupes commencèrent à en être habillées. Grâce aux comités lainiers de Roubaix et de Tourcoing réfugiés en territoire libre, sa fabrication fut montée dans plusieurs centres avec des laines d’Australie; auparavant, pour aller au plus pressé, on avait eu recours à l’Angleterre mais sa fabrication était beaucoup trop chère et fournissait un drap mauvais. La récupération des vieux effets de retour du front fut pratiquée; malgré cela, en 1918, la laine brute manqua et on dut faire de la laine « renaissance » extrémité devant laquelle on avait reculé jusque-là (1).
- Pour la teinture du nouveau drap, il fallait des matières colorantes qui manquaient, car elles étaient exclusivement fabriquées en Allemagne, et notamment l’indigotine. Sa fabrication industrielle fut réalisée, à Creil, en quelques semaines, avec le concours de M. Boucart, directeur de l’usine de Creil, de M. Béhal et de l’Intendance, grâce à la synthèse de l’acide monochloracétique, encore utilisée industriellement à l’heure actuelle. On sait que ces résultats n’ont été obtenus en Allemagne qu'après sept années de travaux ininterrompus de la Badische Anilin und Soda Fabrik.
- En ce qui concerne l’habillement deux autres fabrications nouvelles sont aussi à retenir : celle du casque Adrian, qui ne revenait qu’à 3,50 f et dont tous les combattants furent coiffés le 25 septembre 1915; celle des bourgerons et pantalons imperméables, en toile huilée, créés pour les travailleurs de Barrière et auxquels il a suffi, en 1918, de faire subir une opération supplémentaire très simple pour les rendre imperméables aux gaz vésicants employés par les Allemands.
- E. L.
- (I) Il faut entendre cependant par laine renaissance, dans ce cas, le résultat d’une opération toute différente de celle qui fournit la laine renaissance en temps de paix : traitement par une liqueur acidulée puis par la chaleur, ce qui carbonise et rend friables les fibres végétales d’un tissu mixte de laine et coton,; ce traitement affaiblit toujours quelque peu la laine récupérée. Le drap de troupe étant et ayant toujours été tout laine, on s’est contenté d’en désagréger les déchets au moyen de forts peignes désintégrateurs et de soumettre le produit ainsi obtenu, après triage, à de nouveaux cardages, filages et tissages (E. L.).
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — SÉANCE PUBLIQUE DU 27 NOVEMBRE 1920. 989
- M. le Président. — Il arrive parfois qu’une habile et brillante exposition cache des faits contestables; mais vous n’avez pas devant vous un avocat de 1 Intendance mais un historiographe, dont le langage impeccable, la méthode scientifique sont au service de documents précis. Le Sous-Intendant Laporte a vécu la guerre; il a éprouvé les hésitations de l’initiative et les angoisses de la responsabilité. C’est qu’il a été à bonne école et, puisqu’il n’a cité aucun nom dans l’œuvre entreprise, afin que l’Armée soit toujours la grande muette, permettez-moi de saluer ici la mémoire de l’Intendant général Ducuing, mort à la peine en mai 1915. C’est lui qui a créé le « Ravitaillement national », dont M. Laporte vient de nous exposer le mécanisme et le succès; c’est lui aussi qui a été l’organisateur du camp retranché de Paris, et qui, après avoir constaté qu’à l’ouverture des hostilités, Paris ne disposait que de deux jours de farine, certifiait au général Gallieni, à la veille de la bataille de la Marne, que Paris était assuré de six mois de vivres. L’Intendant général Ducuing a été un des vainqueurs de la Grande Guerre, et si on associe à son nom celui du maréchal Foch, son cousin, on reconnaît que l’Allemagne a eu devant elle, comme autrefois, un Napoléon et un Daru.
- La séance est levée à 18 h. 45 m.
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- BIBLIOGRAPHIE
- Die Rechenmaschinen und das Maschinenrechnen (Les machines à calculer et le calcul mécanique), par K. Lenz, membre du Patentamt. Un vol. relié de la collection Aus Natur und Geisteswelt (n° 490) (12x18 cm), de vi-hll4 p., 43 fig. Teubner, édit., Leipzig, 1915.
- Ce petit volume donne une vue d’ensemble sur la question des machines à calcul et sur celle du calcul simplifié au moyen des machines. Il ne s’adresse pas aux spécialistes mais à ceux qui, sans grandes connaissances techniques, veulent se mettre au courant delà question, et, plus particulièrement, aux usagers éventuels de ces machines. Il leur signale surtout les principales machines à calculer qu’on trouve dans le commerce, leurs propriétés et la nature des calculs et des travaux qu’elles sont le plus aptes à exécuter. Il convient de signaler cependant un chapitre de six pages consacré aux organes fondamentaux et à la classification des machines à calculer et quelques pages sur la machine à calculer idéale, et sur ce qu’on pourrait exiger des machines dans l’état actuel de l’industrie mécanique.
- Les figures, quand ce ne sont pas la simple reproduction de photographies, sont des schémas destinés à mieux faire comprendre les particularités et le fonctionnement. De nombreux exemples d’applications numériques sont donnés. L’auteur se défend de recommander les machines qu’il décrit à l’exclusion des autres. Il donne cependant le nom et l’adresse des constructeurs, presque toujours allemands, des machines qu’il décrit ainsi que le prix d’achat de ces appareils.
- Les machines, dispositifs ou appareils décrits sont : le boulier, les additionneurs : ïrick., Baum, Comptator, Adix, Kuli; les bâtons de Néper; les tables de produits ou barèmes; le Comptometer; les machines : Burroughs, Wales, Brunsviga, Trinks-ïriplex, Triumphator-Duplex; les machines Thomas de modèles récents construites en Allemagne : Peerless, Record; les machines Mercedes-Euklid, Millionnaire; les machines qui calculent et écrivent (Ratiotyp) ; les règles à calcul.
- E. L.
- Mathematische Instrumente, par A. Galle, chef de section à l’Institut géodésique de Potsdam. Un vol. broché (13x20 cm), de vi-b 187 p., avec 86 fig. Teubner, édit., Leipzig, 1912.
- Cet ouvrage est un exposé plutôt théorique que pratique de tous les types d’instruments qui servent aux calculs. Le calcul arithmétique et les machines à calculer exécutant les quatre opérations fondamentales et l’extraction des racines carrées, n’y occupent, par suite, qu’une petite place, vingt-cinq pages. Des exemples d’applications numériques sont donnés quand le sujet traité le permet.
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- BIBLIOGRAPHIE.
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- Voici les titres des neuf chapitres du livre avec quelques indications sommaires sur les matières traitées dans chacun d’eux :
- 1° Instruments arithmétiques à échelles logarithmiques ;
- 2° Machines à calculer. Machines : Thomas-Burkhardt, Mercedes-Euklid, Odhner (et 8 de ses dérivées allemandes), Gauss, Selling, Millionnaire; machine à différences Hamann;
- 3° La roulette. Théorie et pratique de son emploi dans les instruments mathématiques;
- 4° Appareils utilisant des dispositifs cinématiques et des échelles graduées (Stetige Rechenapparate), et permettant : l’exécution des quatre opérations arithmétiques (appareil Hele-Shaw), l’extraction de la racine carrée et le calcul des logarithmes y compris les logarithmes hyperboliques (machine Hamann) ; o° Machines servant au calcul différentiel ;
- 6° Gurvimètres ;
- 7° Appareils à mesurer les longueurs et les aires, planes ou courbes. Plani-mètres, intégrateurs, planimètre-hachette. Ce chapitre, le plus long de l’ouvrage, compte 66 pages;
- 8° Appareils employés en analyse harmonique. Analyseurs de : Yule, Le Conte, William Thomson, Henrici-Coradi, Sharp, Sommerfeld-Wiechert, Michelson-Stratton, Terada;
- 9° Intégraphes; appareils de : Abdank-Abakanowiez, Ernesto Pascal.
- Le livre se termine par une bibliographie, qui compte cent dix-huit ouvrages, et un index alphabétique des noms propres cités et des sujets traités. En outre, des indications bibliographiques, généralement do périodiques, sont fréquemment données dans les très nombreuses notes qui figurent au bas des pages.
- E. L.
- Les conditions du travail dans la Russie des Soviets. Questionnaire méthodique et bibliographie préparés pour une mission d’enquête en Russie, publié par le Bureau international du Travail, avec une préface de M. Albert Thomas, directeur. Un vol. br. (15x24 cm), 309-+-cxliv p. Dépôt général : Berger-Levrault, Paris-Nancy-Strasbourg, 1920. Prix net : 18 f.
- Cet ouvrage, extrêmement curieux, est un résumé sincère de ce que l’on sait, hors de Russie, sur les conditions actuelles du travail dans la République russe des Soviets. Ce que l’on sait est fort peu de chose : quelques textes officiels; des radioté-légrammes, presque toujours incomplets ou incorrects ; quelques rapports, relations, ou comptes rendus de ceux qui ont visité la Russie dans ces derniers temps, mais qui, souvent, l’ont mal vue ou vue très incomplètement. Aussi, le Bureau international du Travail de la Société des Nations, estimant que quelles que soient les conditions exceptionnelles dans lesquelles s’opèrent actuellement les transformations économiques en Russie, il s’y fait une expérience d’organisation du travail sur des bases nouvelles dont il serait au moins maladroit de ne pas tenir compte, bien que cette expérience ne puisse être considérée comme concluante; mais, vu l’indigence de renseignements précis sur les nouvelles dispositions législatives et surtout sur leur application, le Bureau international du Travail a décidé d’envoyer une commission d’enquête en Russie. Pour faciliter la tâche de ses membres, pour que cette enquête soit aussi fructueuse que possible, il a rédigé un questionnaire raisonné,
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- -et un peu improvisé, faute de temps, dit-il, — ce questionnaire occupe quinze pages du livre — destiné à signaler exactement tous les faits importants sur lesquels manquent des renseignements précis.
- Voici, d’après la préface de M. A. Thomas, dans quelles conditions le Bureau international du Travail a été amené à faire cette enquête.
- Dans sa session de janvier 1920, le Bureau international du Travail fut saisi, par M. Sokal, délégué du gouvernement polonais, d’une proposition d’enquête ainsi rédigée :
- « il est institué une commission d’enquête comprenant des représentants des syndicats patronaux et ouvriers, et ayant pour objet d’étudier les conditions du travail et la situation de la classe ouvrière dans certains pays de l'Europe orientale et en particulier la Bussie des Soviets ».
- Tout de suite, cette proposition donna lieu à une assez vive discussion. Un certain nombre de membres du Conseil d’Administration redoutèrent de voir le Bureau engagé, dès sa naissance, dans une action qui n’était pas sans présenter des inconvénients ou des dangers. D’autres membres, au contraire, demandèrent Très fortement que l'enquête fût décidée. En particulier, les membres ouvriers du Conseil d’Administration insistèrent sur cette idée : « Il existe en ce moment dans toute la classe ouvrière un grand trouble moral. Ce trouble résulte, pour une grosse part, de notre ignorance totale des événements de Russie. Les uns vont disant que tout y est parfait, et le mirage du paradis bolchevik exerce alors une séduction d'autant plus forte que les travailleurs souffrent plus douloureusement du désordre économique et social qui résulte de la guerre. D'autres, au contraire, multiplient les accusations contre l’organisation des Soviets, et l’opinion moyenne s’effare à la pensée des réformes, même les plus légitimes. Le trouble ne peut cesser que si l’on cherche à connaître la vérité sur les conditions du travail et sur la situation de la classe ouvrière dans la Russie révolutionnaire. »
- Le Conseil d’Administration, frappé de ces arguments, mais sentant bien tout ce qu’une pareille enquête suscitait de difficultés, adopta finalement en janvier la résolution suivante :
- « Attendu que la motion précédente exige une préparation du Bureau du Travail, il est décidé que le Conseil d’Administration maintiendra la proposition à son ordre du jour, et décidera, à sa prochaine session, après avoir reçu un rapport du Directeur du Bureau international du Travail. Ce rapport contiendra un programme détaillé de l’enquête projetée et des indications sur les possibilités d’y procéder. »
- Dans sa session du 22 mars 1920, le Conseil d’Administration, après avoir consulté le Conseil de la Société des Nations, et afin de bien marquer que, ni de près ni de loin, le Bureau international du Travail ne pouvait être mêlé à une action politique, et afin démarquer, d’autre part, que son enquête devait avoir un caractère d’objectivité et d’impartialité absolues, décida de composer sa mission de cinq délégués patrons, de cinq délégués ouvriers et de deux délégués gouvernementaux. Ainsi se trouvait attestée la volonté d’un sérieux et impartial effort vers la vérité. C’est dans le même esprit, d’ailleurs, qu’il avait conduit les études préliminaires et préparé le programme détaillé de l’enquête. C’est ce dont on pourra s’assurer en lisant le présent ouvrage.
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- Outre le questionnaire précité, l’ouvrage renferme :
- Un exposé, sous forme de rapport, avec classement méthodique, de tout ce que Ion sait sur les conditions du travail en Russie avec l’indication des sources (271 pages) :
- Une note critique sur les documents qui ont servi de base au rapport précédent (6 pages);
- l ne bibliographie, de 144 pages, comprenant ou concernant : a) des livres ou brochures, en toutes langues;
- b) Des articles bien déterminés parus, dans des périodiques de toutes langues, de 1917 à 1919;
- c) Les noms des périodiques qui se sont occupés du bolchévisme au point de vue du travail soit d’une façon générale, soit dans des articles spéciaux parus de temps à autre dans différents numéros;
- d) Des articles insérés dans des journaux anglais, français, allemands, etc. depuis le Ier janvier 1920, dont le Bureau international du Travail possède les coupures. Cette liste est très incomplète surtout en ce qui concerne les journaux autres qu’anglais ;
- e) Des comptes rendus analytiques, intitulés « Notes critiques », de divers articles ou livres sur le bolchévisme dans ses rapports avec le travail, et qui ont eu un certain retentissement. On y trouve assez fréquemment des appréciations de ce genre : « sans valeur documentaire » ; « pas de statistiques »; « peu de détails »; « pas de faits » ; « dépourvu d’intérêt pour l’enquête ».
- Voici les titres des chapitres dont se compose la première partie, la principale, de l’ouvrage :
- lu Durée du travail, journée de 8 heures, suspension du travail, repos hebdomadaire, jours fériés, travail dans les mines, heures supplémentaires de travail, travail volontaire, code du travail de 1919;
- 2° Salaires : leur détermination, leur gradation, paiement en nature, travail aux pièces, primes, salaires des femmes et des enfants, puissance d’achat des salaires;
- 3° Travail des femmes et des enfants. Industries dangereuses ou insalubres;
- 4° Chômage : sa prévention, secours aux chômeurs, réglementation du chômage et des secours ;
- 5° Travail à domicile ;
- 6° Assurances sociales : évaluation de la perte ou delà diminution de la capacité de travail, incapacités permanentes et momentanées : maternité, décès, organisation des caisses, versement des primes;
- 7° Travail obligatoire : principe : le travail humain est une 'propriété de VEtat, la liberté du travail et le devoir de travailler;
- 8° Grèves;
- 9° Organisation du Commissariat pour le Travail;
- 10° Unions professionnelles;
- 11° Nationalisation de l’industrie;
- 12° Résultats matériels de la nationalisation : industrie du coton, grosse métallurgie, cuirs, etc., productivité de l’ouvrier;
- 13° Le contrôle ouvrier, son évolution;
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- BIBLIOGRAPHIE.
- NO VE M B RE- D ÉC E M BRE 1920.
- 14° Personnel technique ;
- 15° Industries non nationalisées ;
- 16° Les coopératives russes.
- Presque tous ces chapitres, qui ne font souvent guère que reproduire intégralement et presque sans commentaires1 des textes ou leur traduction, sont divisés en deux parties. Dans la première, sont donnés tous les textes législatifs, règlements officiels, sous la forme, fréquemment incomplète, que nous leur connaissons. On est assez surpris de constater qu’ils sont inspirés des meilleurs sentiments d’humanité et d’intérêt général. La deuxième partie rend compte de ce que l’on sait sur l’application effective de ces dispositions légales. Presque toujours c’est fort peu de chose, et le remaniement des textes législatifs prouve fréquemment que les premières dispositions législatives n’ont pas dû donner ce qu’on en attendait. Il se dégage quelquefois de rares constatations, faites par ceux-là mêmes qui détiennent le pouvoir, un certain accent de sincérité et d’impartialité : c’est ainsi que les autorités, dans des considérants, qui semblent avoir été rendus publics, avouent ingé-nuement qu’elles n’ont pas pu se passer du concours des techniciens : le contrôle mixte exercé sur les ingénieurs et les directeurs d’usines, aux débuts, s’étant transformé en un régime de terreur pour les gérants, ceux-ci disparurent complètement; quelques autres, mieux avisés, réussirent à clore leurs établissements avant que les ouvriers s’emparassent du contrôle financier. Le gouvernement soviétiste, par le décret du 30 juin 1918, article 5, reconnut la nécessité de s’attacher le personnel technique, « des bourgeois spécialistes pour labourer à nouveau le sol, de manière qu’aucune bourgeoisie n’y puisse de nouveau prendre racine », et cela, provisoirement, parl ancienne méthode bourgeoise, c’est-à-dire par un salaire plus élevé. « C’est un pas en arrière de l’État soviétiste. » Ce nouveau programme paraît jusqu’à présent avoir été suivi fidèlement : la position du personnel technique, depuis le décret de juin 1918, n’a cessé de s’améliorer aux points de vue des pouvoirs et des traitements; aussi le nombre des ingénieurs, des jeunes en particulier, qui prêtent leur concours dans ces conditions, va-t-il en croissant. Le fait n’est affirmé cependant que pour l’industrie cotonnière, et les techniciens spécialistes restent en nombre manifestement insuffisant.
- E. L.
- La contribution extraordinaire sur les bénéfices de guerre. Évaluation des stocks
- au 30 juin 1920, par Léon Batardon, expert-comptable. Une plaquette de 63 p.
- (11 ,5x18 cm). G. et M. Ravisse, édit., 52, rue des Saints-Pères, Paris, 1920.
- Prix : 3,50 f.
- La contribution extraordinaire instituée par la loi du 1er juillet 1916 cesse d’être applicable aux bénéfices réalisés après le 30 juin 1920. La loi du 31 juillet 1920 a fixé le mode d’évaluation dont les commerçants et industriels peuvent demander l’application en ce qui concerne les stocks dont ils étaient détenteurs à l’expiration de la dernière période d'imposition.
- Mais une loi de cette nature, par suite de la complexité inévitable des questions qu’elle soulève, présente nécessairement des lacunes et des difficultés d’application nombreuses. L’auteur s’est efforcé de combler les premières et de résoudre les secondes en signalant notamment la façon de procéder dans les hypothèses non
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- définies par la loi : inventaire au 30 juin non établi; bilan arrêté à une autre date que celle qui est fixée pour l’expiration de la période imposable; calcul de détaxe; liquidation ou cession de l’entreprise; apport en société, etc.
- Plusieurs applications numériques sont données dans les cas divers où l’entreprise assujettie utilise de nombreuses catégories de produits, lorsque l’estimation ne peut être basée que sur l’ensemble des stocks, ou lorsqu’il sera impossible de procéder par estimation quantitative directe.
- Notice sur la Grande Roumanie, publiée par FOffice commercial français en Rou-manie, 2, Strada Bursei, Bucarest. Une plaquette (15,5x24 cm), 43 p., 8 fig. et une carte hors texte, mai 1920. En vente dans les bureaux de Paris de l’Office commercial français en Roumanie, 18, rue Favart. Prix : 4,75 f.
- Cette notice est destinée à fournir aux industriels ou commerçants français les renseignements essentiels qu’ils ne peuvent trouver dans les guides, annuaires, atlas, tant sont grandes et profondes les modifications que la guerre et les révolutions des pays voisins ont apportées dans l’économie sociale de la Roumanie nouvelle. Les auteurs n’ont pas la prétention de donner des renseignements complets, surtout en ce qui concerne les parties du royaume nouvellement annexées ; Transylvanie, Maramouresli, Bucovine, Bessarabie, Banat de Temishoara, Dobroudja. Ces provinces nouvelles ont presque doublé la population et la superficie de l’ancien royaume; les noms de leurs fleuves, de leurs montagnes, de leurs villes, sous leurs déguisements hongrois, allemand ou russe ont presque toujours dissimulé leur caractère roumain c’est-à-dire latin.
- L’ouvrage comprend trois parties :
- 1° Superficie, population, villes principales, les richesses de la Roumanie actuelle, le commerce extérieur ;
- 2° Renseignements pratiques (publications, transports, tarif postal, prix de la vie, etc.), adresses utiles;
- 3° Liste des articles prohibés à l’importation ou dont l’importation est soumise à certaines restrictions, décret du 10 avril 1920, lois douanières, régime des échantillons.
- La carte hors texte, dressée par le Service géographique de l’Armée roumaine, donne, outre les renseignements physiques et politiques ordinaires, l’emplacement des centres industriels et miniers, des gisements minéraux et des principales richesses naturelles localisées. Dans le corps du livre, les noms propres roumains, nouveaux pour la plupart des Français, ont souvent été transcrits à peu près à la française de façon à rappeler la prononciation roumaine. Sur la carte, au contraire, la graphie roumaine a été conservée. 11 sera facile de les rapprocher et d’en déduire la prononciation, très facile, des caractères spéciaux à l’écriture roumaine.
- E. L.
- Précis d’application pratique du salaire à prime Rowan à toutes les industries, par MM. R. Humery et A. Joulot, Ingénieurs civils des Mines, administrateurs de la Société d’Entreprises pour l’Industrie et l’Agriculture (S. E. P. L A.). Un vol. br. (12x18,2 cm), 159 p. avec fig. Payot, édit., Paris, 1920. Prix 5 f.
- Les auteurs de cet ouvrage en font précéder le titre de ces mots : La question du
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- juste salaire. Ils démontrent, en effet, que le salaire à prime Rowan est un des modes de paiement à la fois les plus équitables et les plus faciles à appliquer et qui, par suite, donnent le moins lieu aux contestations entre patrons et ouvriers. L’idée des salaires à primes, établies suivant une formule avantageuse à la fois pour le patron et l’ouvrier et aussi pour le consommateur des objets fabriqués par les deux premiers, c’est-à-dire favorable au progrès de l’industrie qui emploie ceux-ci, est née au Canada, il y a un peu moins de trente ans, avec le système Halsey. Elle s’est vite répandue aux Etats-Unis puis en Angleterre où sont nés des systèmes un peu différents, ceux de Weir et de Rowan (1). En France, on commençait à appliquer ces systèmes avant la guerre dans quelques rares usines. Un grand nombre d’ateliers de l’Etat et d'établissements travaillant pour la défense nationale ont employé le système Rowan pendant la guerre, mais l’application semble en être encore limitée aux ateliers de pièces mécaniques. MM. Humery et Julot montrent que l’application en est beaucoup plus générale et s’étend très facilement à tout le personnel d’un grand nombre de fabrications et de travaux si on observe certaines précautions. Elles résultent d'une longue pratique et. en les observant, on évite aisément les mécomptes qui ont fait rejeter l’emploi du système par des industriels trop pressés ou inhabiles.
- Les auteurs décrivent d’abord les divers types de salaires et en montrent les avantages et les inconvénients aux trois points de vue que nous avons indiqués; ceux du patron, de l’ouvrier et du consommateur.
- Ils montrent les inconvénients d’une application brutale du système Taylor en ce qui concerne le mode de paiement des salaires qu’il préconisait : elle aboutit à la sélection des ouvriers, luxe que les pays pauvres en main-d'œuvre ne peuvent pas se permettre et, disent-ils, à la « machinisation)) de l’ouvrier; mais alors, la solution d’une plus grande production réside dans l’adoption d’une vraie machine, et cette adoption laisse subsister tout entière la question du salaire qui doit être payé à celui qui conduit ou surveille la machine. C’est ainsi d’ailleurs qu’en France on a compris généralement la méthode Taylor : on y a vu beaucoup plus un enseignement que des directives étroites.
- Soit t, par exemple en heures, le temps consacré réellement par un ouvrier a exécuter un travail pour lequel un temps T lui a été alloué : soit s son salaire horaire de base (c’est un minimum) et p la prime touchée. Cette prime, dans le système Rowan, est donnée par la formule :
- t — t.
- Le salaire horaire total S, en tenant compte de la prime, est :
- La prime Rowan est donc une prime au temps et non à la production. Elle la stimule cependant; elle récompense l’effort, évite les sanctions vexatoires, arbitraires ou inefficaces comme la réprimande, l’amende ou le renvoi. Comme la prime
- (1) Voir l’étude comparative de ces systèmes et du salaire à la pièce ou à l’heure que nous avons donnée dans Le Génie civil du 4 mars 1905. Voir aussi l’étude de M. Bosi.er dans la Revue de Mécanique d’août 1904.
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- Halsey, elle est avantageuse à la fois pour l’ouvrier et le patron; le premier est incité à produire plus et le second à perfectionner son outillage et, par conséquent, toute son industrie. Elle évite une trop fréquente révision des bases s et T car la valeur limite, jamais atteinte, du salaire horaire S de l’ouvrier est le double de son salaire horaire de base. La formule est plus simple que celle de Halsey (un coefficient de moins); la prime ne croissant pas indéfiniment avec la production, cette condition a pour effet d’empêcher dès le début le surmenage de l’ouvrier et sa stabilisation rapide à la rapidité de production maxima compatible avec ses forces physiques et intellectuelles. Elle permet au patron de supporter raisonnablement même les grosses erreurs d’appréciation dans les valeurs de s et de T. Elle écarte ainsi une des causes les plus fréquentes des conflits que fait naître l’application malhabile des primes à formule. Le seul reproche que l’on peut adresser à la formule Rowan c’est de ne pas tenir compte de ce fait que ce sont les dernières économies de temps qu’il est le plus difficile d’atteindre et, ici, ce sont ces dernières heures qui sont le moins bien rétribuées. On peut remédier cependant à ce petit inconvénient par un choix judicieux des constantes set T, question qui fait l’objet d’un très long chapitre (31 pages) du livre.
- Dans les chapitres suivants, les auteurs étudient ou exposent : l’influence de la prime Rowan sur le prix de revient; son application pratique (explication aux ouvriers, affichage, agent des temps, feuilles de tâches, cas des équipes, homogènes ou non homogènes (1) ; l’extension de l’application du système Rowan aux contremaîtres et aux ingénieurs; la prime de Rowan généralisée; l’intervention de l’indemnité de vie chère; l’emploi des barèmes, des abaques et de la règle à calcul.
- L’ouvrage se termine par quatre annexes d’un très vif intérêt :
- Une opinion ouvrière sur la prime Rowan ; «
- Exemple de problème pratique posé par l’application de la prime Rowan ;
- Exemple d’un contrat collectif de travail basé sur l’application de la prime Rowan ;
- Une fraude.
- La lecture de ce livre laisse cette impression que le système Rowan est d’une application délicate comme toutes les méthodes qui modifient les habitudes traditionnelles de fixation des salaires. Et c’est pourquoi, sans doute, beaucoup d’industriels, sincèrement désireux de relever leur production et d’intéresser les ouvriers à leurs efforts, hésitent à tenter une expérience, dont ils craignent les hasards du début. Mais les conseils résultant d'une application vécue et les précisions minutieuses que donnent MM. Humerv et Joulot, qui ont appliqué réellement dans leurs exploitations les méthodes modernes de salaires, sont de nature à enlever toute appréhension aux industriels encore hésitants.
- De plus, à l’heure où la reconstitution des régions libérées pose un problème vital pour notre pays, il est du plus haut intérêt de constater que le système Rowan peut s’adapter aux entreprises de constructions.
- Notons enfin, que le système Rowan constitue la véritable solution, pratique et immédiate, de la participation de l’ouvrier aux bénéfices, en majorant très simplement le salaire de sa part légitime des profits de l’entreprise.
- E. L.
- (1) Voir, sur quelques-uns de ces sujets, l’étude de M. Lavallée parue dans notre Bulletin de mai-juin 1919 et citée par les auteurs : Résultats obtenus par U application des nouvelles méthodes de travail aux chantiers de Penhoët (3 000 ouvriers) pendant la guerre.
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- OUVRAGES REÇUS A LA RIRLIOTHÈQUE
- EN AOUT, SEPTEMBRE, OCTOBRE ET NOVEMBRE 1920
- Hersent (Georges). — La mise au point de l’outillage maritime français. In-4 (27 x 18) de 176 p. Paris, Association nationale d’Expansion économique, 23, avenue de Messine, 1920. (Don de M. Georges Hersent, membre du Conseil d’Administration). 16015 Treadwell (F.-P.). — Manuel de chimie analytique. Tome I : Analyse quantitative. 2e éd. française, revue et refondue par Marcel Boll. In-8 (21 x 13) de xx + 612 p., 29 fig., III pl . ; Tome II : Analyse quantitative. 3P éd. française, revue et refondue par Marcel Boll. In-8 (21 x 13) de xx + 811 p., 125 fig., I pl. Paris, Dunod, 1920. 16101-2
- OEhmichen (Étienne). — Nos maîtres les oiseaux. Étude sur le vol animal et la récupération de l’énergie dans les fluides. In-8 (25 x 16) de iii + 190 p., 118 fig. Paris, Dunod, 1920. 16103
- Pezeu (Pierre). — Les hommes qu’il nous faut pour organiser la production. In-12 (19 x 12) de 239 p. Paris, Payot et Cie, 1920. 16104
- André (Maries). — Guide psychologique du Français à l’étranger, à l’usage des industriels, des voyageurs de commerce, des touristes et des gens de lettres. In-12 (19 x 12) de 349 p. Paris, Nouvelle Librairie nationale, 1917. 16105
- LÉM0NON (E.-IL). — Les moteurs à vent. 2e éd. In-12 (17 x 12) de 128 p., 50 fig. Paris, chez l’auteur, 27, rue d’Enghien. 16106
- Association nationale d Expansion économique. — Les nouvelles charges fiscales et leur application. Texte et interprétation de la loi du 25 juin 1920 et des décrets complémentaires. In-8 (21 x 13) de 136 p. Paris, 23, avenue de Messine, 1920. 16107
- Comité central d Études et de Défense fiscale. — Les nouvelles ressources fiscales créées par la loi du 25 juin 1920 y compris les dispositions de la loi du 31 juillet 1920 relative aux bénéfices de guerre. In-8 (21 x 13) de iy +111 p. Paris, 21, rue Croix-des-Petits-Champs, 1920. 16108
- Villemur (G.). — L’anglais par questions et par réponses (lre série). (Méthodes Plumon pour l’enseignement des langues modernes). In-8 (22 x 14) de 244 p. Paris, Ch. Béranger, 1920. 16109
- Imbert (A.). — Le système Taylor. Analyse et commentaires. In-12 (19 x 12) de 159 p. Paris, G. et M. Ravisse, 1920. 16110
- Laine (André). — Dictionnaire de l’aviation. In-12 (17 x 12) de vm -j- 408 p., fig. Paris, Henri Charles-Lavauzelle. 16111
- Coquidé (E.) — Amélioration des plantes cultivées et du bétail. Application de la génétique à la sélection des races et à la production des variétés nouvelles en agriculture et en horticulture. (Encyclopédie agricole Wery) de 607 p., 120 fig. Paris, J.-B. Baillière et fils, 1920. 16112
- Ringelmann (Max). — Habitations rurales et bâtiments de la ferme des régions libérées. In-12 (18 x 11) de 86 p., 40 fig. Paris, Librairie agricole de la Maison rustique, 1920. 16113
- Ballu (Tony). — La motoculture. Ses applications pratiques. (Bibliothèque agricole.) 2e éd. In-12 (19 x 12) de vu + 367 p., 121 fig. Paris, Librairie agricole de la Maison rustique, 1920. 16114
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- OUVRAGES REÇUS EN AOUT, SEPTEMBRE, OCTOBRE ET NOVEMBRE 1920. 999
- Brown (Henry T.). — 507 mouvements mécaniques renfermant tous ceux qui sont les plus importants dans la dynamique, l’hydraulique, l’hydrostatique, la pneumatique, les machines à vapeur, les moulins et autres machines, les presses, l’horlogerie et les machines diverses et contenant beaucoup de mouvements inédits et plusieurs qui sont seulement depuis peu en usage. Traduit de l’anglais par Henri Stévart. In-12 (16 x 16) de 122 p., 507 fig. Liège, Charles Desoer. 16115
- Gouvernement général de l’Indochine. — L’Indochine française. I : Annam. In-12 oblong (19 x 28) de 6 p., CLXXIX pl., 1919. 16116
- Hickisch (L.). — La chimie à la portée de tous. Notions de chimie générale et de chimie pure. Les applications de la chimie. In-8 (21 x 14) de 447 p. Bibliographie, p. 441-445. Paris, Dunod, 1920. 16117
- Valois (Georges) et Coquelle (Georges). — Intelligence et production. La nouvelle organisation économique de la France. In-12 (19 x 12) de 269 p. Paris, Nouvelle Librairie nationale, 1920. 16118
- Humery (R.) et Joulot (A.). — Précis d’application pratique du salaire à prime Rowan à toutes les industries. In-12 (19 x 12) de 159 p. Paris, Payot et Cie, 1920.
- 16119
- Bureau international du Travail. — Les conditions du travail dans la Russie des Soviets. Questionnaire méthodique et bibliographie préparés pour une mission d’enquête en Russie. In-8 (24 x 15) de 309 p., avec une Bibliographie de cxliv p. Paris, Rerger-Levrault, 1920. 16120
- Galassini (Alfredo). — Elementi di siderurgia e di tecnologia meccanica. Metalli
- e leghe. Siderurgia. Fucinazione. Trattamenti termici. Prove dei metalli. Fonderia. Lavoro a freddo. Lavorazione del legno. In-8 (26 x 17) de xm -f- 669 p., 560 fig. Torino, Società tipografico-editrice nazionale, 1920. 16121
- Chevalier (Aug.). — Premier inventaire des bois et autres produits forestiers du Tonkin. (Bulletin économique de l'Indochine, nouvelle série, nos 131-132, juillet-octobre 1918, et n° 137, juillet-août 1919). In-4 (27 x 19) de 228 p. Hanoï-Haïphong, lmp. d’Extrême-Orient, 1919. 16122
- Exposition universelle et internationale de Gand, 1913. — Groupes IX, classes 49 à 54 : Industries forestières, matériel de chasse, pêches et cueillettes. M. Gaucher, rapporteur. In-4 (28 x 18) de 51 p., fig. — Section française, Groupe X, classe 60 : Vins et eaux-de-vie de vin, Rapport de M. Louis Soualle. ln-4 (28 x 18) de 260 p., fig. — Groupe X, classe 61: Sirops et liqueurs. M. Pittié, rapporteur. In-4 (28 x 18) de 114 p., fig. — Groupe X. Classe 62 : Bières, cidres et eaux-de-vie de cidre, boissons diverses. M. Jean Geslin, rapporteur. In-4 (28 x 18) de 91 p., fig., avec une Bibliographie française du cidre et de la pommé, p. 87-90. — Groupe XIIB, classe 70-71 : Tapis, tapisseries et autres tissus d’ameublement, décoration mobile et ouvrage du tapissier. M. Albert ChanÉe, rapporteur. In-4 (28 x 18) de 53 p., fig. — Groupe XVIIIB, classe 16 : Médecine et chirurgie. Rapport de M. A. Bardy. In-4 (28 x 18) de 124 p., fig. — Section française. Groupes XXI, classes 126, 127, 128 : Jeux et sports. Rapport de MM. Pierre Roy et Pierre Bccheron. In-4 (28 x 18) de 64 p., fig. Paris, Comité français des Expositions à l’Étranger, 42, rue du Louvre. 16123-9
- L’Indochine. Les Indochinois en France. (Numéro spécial de la Dépêche coloniale illustrée). In-f° (41 x 29) de 72 p., fig. Paris, Comité d’Assistance aux Travailleurs indo-chinois, 15 bis, rue Laffitte. 16130
- Francq (Roger). — Le travail au pouvoir. Essai d’organisation technique de l’État démocratique. 2e éd. In-12 (19 x 12) de 198 p. Paris, Éditions de la Sirène, 12, rue La Boëtie, 1920. 16131
- Durand (O.). — Organisation et conduite des aciéries Martin. lre partie : Les gazogènes. (Bibliothèque de F Usine). In-8 (23 x 15) de 40 p. Éditions de l'Usine, rue de Valenciennes, 145, faubourg Saint-Denis, Paris. 16132
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- OUVRAGES REÇUS. — NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1920.
- Brocard (H.), et Lemoyne (T.). — Courbes géométriques remarquables (courbes spéciales) planes et gauches. In-8 (25 x 17). Tome 1, de vin H- 451 p. Paris, Vuibert, 1919.
- 16133
- Ahrens (W.). — Mathematische Spiele (Jeux mathématiques). (N° 170 de la collection Aus Natur und Geisteswclt.) 4 Aull. In-12 (18 x 12) de 121 p., 78 fig. Leipzig, B. G. Teubner, 1919. 16134
- Auerbach (B.) — Die graphische Darstellung (La représentation graphique). (N° 437 de la collection Aus Natur und Geisteswelt). 2 Aull. In-12 (18 x 12) de 118 p., 139 tig. Leipzig, B. G. Teubner, 1918. 16135
- Neuendorff (R.). — Praktische Mathematik (Les mathématiques appliquées). (N08 341 et 526 de la collection Aus Nuturund Geisteswelt). In-12 (18 x 12). T. I, 2 Aull., de 106 p., 30 fig.; T. II, de 104 p., 133 fig. Leipzig, B. G. Teubner, 1917, 1918. 16136-7
- Lenz (K.). — Die Rechenmaschinen und das Maschinenrechnen (Les machines à calculer et le calcul mécanique). (N° 490 de la collection Ans Natur und Geisteswelt.) In-12 (18 x 12) de vi + 114 p., 43 fig. Leipzig, B. G. Teubner, 1915. 16138
- Galle (A.). — Mathematische Instrumente (Instruments mathématiques). In-8 (20 x 13) de vi 188 p., 86 fig. Literatur, p. 179-181. Leipzig, B. G. Teubner, 1912.
- 16139
- Boquet (Émile). — Le matériel de la motoculture à la semaine d’automne de Sentis (Oise) du 1er au 5 octobre 1919. Son étude. Suivi du Rapport sur les essais de motoculture de Givry-lez-Mons du 21 au 25 juin 1919. Ecole de Mécanique agricole de Mons, Province de Hainaut (Belgique). In-8 (26 x 18) de 118 p., 94 fig. (autographié). 16140 Institution of Civil Engineers. — The Détérioration of Structure of Timber, Métal and Concrète exposed to the Action of Sea-Water. First Report of the Committee of the Institution of civil Engineers, edited by P. M. Crostiiwaite and Gilbert R. Redora ve. In-8 (25 x 16) de 301 p., 36 fig., XXXIII pl. London, Great George Street, Westminster, S.W. 1, 1920. 16141
- Royaume de Belgique. Ministère de l'Industrie, du Travail et du Ravitaillement. Secrétariat général. — Statistique des accidents du travail élaborée par l'Office du Travail, d’après les documents fournis en exécution de la loi du 24 décembre 1903 sur la réparation des dommages résultant des accidents du travail. Année 1908. In-4 (29 x 23) de x + 409 p. Bruxelles, J. Lebègue et Ci0 ; Albert Dewit, 1920. 16142
- Comité des Forges de Frange. — La sidérurgie française, 1864-1914. Ouvrage publié parle Comité des Forges de France, à l’occasion du cinquantième anniversaire de sa fondation. In-4 (29 x 23) de xn + 626 p., 10 cartes, 16 graphiques, I pl. Paris, 7, rue de Madrid. 16143
- Comité des Forges de France. — Tableaux statistiques sur la production minière et sidérurgique des principaux pays, 1864-1913. Publiés par le Comité des Forges de France, à l’occasion du cinquantenaire de sa fondation (1864-1914). In-4 (30 x 23) de 169 p. Paris, 7, rue de Madrid, 1914. 16144
- Prud’homme (Maurice). — Notice bibliographique sur Auguste Rosenstiehl (Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse, avril 1920, 14 p.). (Don de M. Prud’homme, membre du Conseil d’Administration.) Pièce 12548
- Barbet (E.). — Rectification de l’air liquide. Nécessité de faire l’extraction de l’argon pour avoir une pureté réelle de l’azote et de l’oxygène. (Chimie et Industrie, août 1920, 4 p., 1 fig.) Pièce 12549
- Société des Forces de la Sélune. — Installations hydro-électriques. Barrage et usine de la « Roche qui Boit » (2 500 HP), à Ducey, près Avranches (Manche). In-12 oblong (16 x 22) de 13 p., XV pl., 1 carte. Rennes, lmp. Oberthiir. Pièce 12550
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- OUVRAGES REÇUS EN AOUT, SEPTEMBRE, OCTOBRE ET NOVEMBRE 1020. 1001
- Comité central d'Études et de Défense fiscale. — Les dispositions fiscales contenues dans la loi du budget de 1920 (Loi du 31 juillet 1920). In-8 (21 x 13) de 24 p. Paris, 21, rue Croix-des-Petits-Champs, 1920. Pièce 12551
- Comité central d'Études et de Défense fiscale. — L’impôt sur le chiffre d’affaires. In-8 (21 x 13) de v -j- 86 p. Paris, 21, rue Croix-des-Petits-Champs, 1920. Pièce 12552 Fould (Ch.) et Paul (Marcel'. — Pour favoriser l'exportation. Rapport à l’enquête ouverte par la Chambre de Commerce de Nancy. In-8 (23 x 15) de 40 p. Nancy, lmp. nancéenne, 1920. Pièce 12553
- Piard (A.-H.). — La machine à calculer est-elle la concurrente du comptable? (La comptabilité et les affaires, octobre 1920, 2 p.). Pièce 12554
- Paul (R.). — L’électrification des chemins de fer. Rapport présenté à la Sous-Commission des Voies de Communication. (Association nationale cl'Expansion économique. Coin-mission de l'Outillage national.) In-4 (28 x 18) de 16 p. Paris, 23, avenue de Messine, 1920.
- Pièce 12555
- Séjourné. — Traversées des Alpes. Leurs lignes d’accès. Rapport présenté à la Sous-Commission des Voies de Communication. (Association nationale d’Expansion économique. Commission de l'Outillage national.) In-4 (28 x 18) de 40 p., fig. Paris, 23, avenue de Messine, 1920. Pièce 12556
- Arnaud (L.). — Exportation des principaux produits de l’Indochine pendant la période décennale 1908-1917. (Bulletin économique de l'Inclochine, nouvelle série, n° 139, novembre-décembre 1919, 20 tableaux). Ilanoï-IIaïphong, lmp. d’Extrême-Orient, 1919.
- Pièce 12557
- La sériciculture en Indochine (1914). 1 carte (40 X 30). Pièce 12558
- Ytiiier (Jean). — L'Indochine et la paix. (Les Annales, 27 juillet 1919, p. 81-86, fig.)
- Pièce 12559
- Madrolle (Cl.). — Indochine ethnolinguistique. 1 carte (57 x 40). Pièce 12560 Descombes (P.). — L’influence du reboisement sur les condensations occultes. (Bulletin de la Société météorologique de France, 2e fascicule de 1920, 27 p.). Pièce 12561 Burgess (George K.). — Température Measurements in Steel Furnaces. (Eifteenth General Meeting of the American b on and Steel Institute, New York, October 24, 1919. 8 p.).
- Pièce 12562
- Burgess (George K.). — Science and the after-war Period. (The Scientific Monthly, February 1919, p. 97-108). Pièce 12563
- Burgess (George K.). — Governmental Research. (The Scientific Monthly, October 1920,
- p. 341-352). Pièce 12564
- Société du Quartz transparent et de ses applications. (Rayons ultra-violets et stérilisation). Procédés Billon-Daguerre. —I. Le Quartz (silice pure fondue transparente); tous objets et ustensiles pour laboratoires et industries; II. L’éclairage. Lampes à vapeur de mercure. Lampes « Quartz » à incandescence intensive; III. La stérilisation par les rayons ultra-violets. In-8 21 x 13) de 16 p., 6 fig. Asnières (Seine), 8, 10, rue de Normandie. Pièce 12565
- Royaume de Belgique. Ministère de l'Industrie, du Travail et du Ravitaillement. Administration des Mines et Inspection du Travail. Office de l’Assurance et de la Prévoyance sociale. (Direction centrale des Secours'. —La situation des industries belges en juin 1920. In-4 (27 x 21] de 87 p. Bruxelles, M. Weissenbruch, 1920. Pièce 12566 Office commercial français en Roumanie. — Notice sur la grande Roumanie. In-8 (24 x 13) de 43 p., VIII ph. 1 carte. Paris, F. Essertier et D.-M. Schuster, 2, rue Corvetto,
- mai 1920. Pièce 12567
- HiRSCHAUER (Capitaine), en collaboration avec Pillard (André) et Genie. — Méthode de calcul des pompes centrifuges des moteurs à explosion, et Note sur l'évaluation de la résistance d’un circuit hydraulique de moteur à explosion. (Bulletin du Service technique de /'Aéronautique, fasc. 5, septembre 1920, 42 p., 36 fig.). Pièce 12568
- Tome 132. — 2e semestre. — Novembre-Décembre 1920. 74
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- OUVRAGES REÇUS. — NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1920.
- Wattebled (F.). — Note sur les économies de combustible et le contrôle industriel delà combustion à réaliser dans les fours. (Ministère de l'Armement et des Fabrications de Guerre. Commission technique des Produits céramiques et réfractaires). In-4 (27 x 21) de 42 p., 6 fig., 1918 (dactilographié). Pièce 12569
- Het Nederlandsciie Registratuurbureau. — Bijlage I : Korte Beschrijvind Decimaal Systeem, voornamelijk volgens Général Sebert; Bijlage II : Concept-Opzet van het Tech-nisch Registratuurbureau, afdeeling der vereeniging « Het Nederlandsche Registratuur-bureau ». In-4 (32 x 20) de 4 p. Pièce 12570
- Me RR Y (G.). — Rapport sur la Standardisation en France, présenté à FAmerican Society oe Mechanical Engineers. In-4 (28 x 21) de 15 p. 1919. (dactylographié).
- Pièce 12571
- Daudet-Bancel (A.). — Antialcoolisme constructif. Utilisation rationnelle des fruits et spécialement des pommes et du raisin. (Vouloir, 32 p.) Paris, 14, rue Gaillon.
- Pièce 12572
- Pillet (F.-J.). — Filets automoteurs pare-mines et torpilles. In-8 (21 x 11) de 12 p., I pl. Paris, chez l’auteur, 38, boulevard Garibaldi. 1917. Pièce 12573
- Department of Scientific and Industrial Research. — Report of the Committee of the Privy Council for Scientific and Industrial Research, for the year 1919-20. — Fuel Research Board. Spécial Report n° 2 : The peut resources of ïreland, by Pierce F. Purcell, 25 p., III pl. — Report of the Food Investigation Board, for the year 1919. — Food Investigation Board. Spécial Report n° 3 : The Methods used for the Inspection of canned Foods and their Reliability for this Purpose, by William G. Savage. Part I : Canned Méats, 23 p. — Advisory Council. — Report of the Inquiry Committee on the Standardisation of the Eléments of Optical Instruments, 39 p., 17 lîg. — Third Report on Colloïd Che-mistry and its general and industrial Applications, 154 p. (16145).. — Conférences of Research Organisations. Report of 3d meeting, 14th may 1920. London, 1920.
- Pér. 456
- Bulletin scientifique et industriel de la Maison Roure-Bertrand fils, de Grasse. — 4e série, il0 2, octobre 1920. Pér. 179
- Comité des Travaux historiques et scientifiques. — Bulletin de la Section de Géographie. Tome XXXIV, année 1919. Paris, Imprimerie nationale; Ernest Leroux, 1920.
- Pér. 26
- Comité des Travaux historiques et scientifiques. — Bulletin. (Section des Sciences économiques et sociales). Année 1918. Paris, Imprimerie nationale; Ernest Leroux, 1920.
- Pér. 26
- Association parisienne des Propriétaires d’Appareils a Vapeur. — Bulletin annuel. 45e exercice, 1919. Paris, 66, rue de Rome. Pér. 33
- Société des Ingénieurs civils de France. — Fascicule décennal publié en 1920. Annexe aux Annuaires de 1920 à 1930. Paris, 19, rue Blanche. Pér. 313
- École Polytechnique. — Journal. IIe série, 20e cahier. Paris, Gauthier-Villars et Cic, 1920. Pér. 281
- Ministère des Travaux publics. Direction des Mines (2e Bureau). — Statistique de l'industrie minérale et des appareils à vapeur en France et en Algérie pendant les années 1914 à 1918, avec un appendice concernant la Statistique minérale internationale. Paris, Imprimerie nationale, 1919. ~ Pér. 138
- Société de Secours des Amis des Sciences. — Compte rendu du soixante-troisième exercice. (57e séance publique annuelle, tenue le 15 mai 1920, à l’Institut Pasteur). Paris, 28, rue Dutot. Pér. 151
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- OUVRAGES REÇUS EN AOUT, SEPTEMBRE, OCTOBRE ET NOVEMBRE 1920. 1003
- Société des Anciens Élèves des Écoles nationales d’Arts et Métiers. — Annuaire des Sociétaires pour 1920. Paris, 6, rue Chauchat. Pér. 136
- Chambre syndicale des Constructeurs de Machines agricoles de France. — Annuaire des constructeurs de machines agricoles de France, 1920. Paris, 10, rue de Lancry.
- Pér. 238
- Chambre de Commerce de Paris. — Compterendu des travaux. Année 1919. Tome I : Commissions d’études: Tome II : Commissions administratives. Paris, Librairies-Imprimeries réunies, 1920. Pér. 148
- Institut des Actuaires français. — Bulletin. Tome XXV0 (Années 1915 à 1919). Paris, 5, rue Las Cases. Pér. 241
- Société française de Physique. — Procès-verbaux et résumé des communications faites pendant Tannée 1919. Paris, 44, rue de Rennes. Pér. 36
- Colonie de Madagascar et Dépendances. — Bulletin économique publié par les soins du Gouvernement général. Année 1920, lre et 2e trimestres. Tananarive, 1920.
- Pér. 446
- Gouvernement général de l'Indochine. — Chemins de fer. Statistiques des années 1916, 1917, 1918. dressées à l'Inspection générale des Travaux publics. Hanoï-Haiphong, 1918, 1919. Pér. 141
- Institut d’Égypte. — Mémoires présentés. Tome II : (Organisation et fonctionnement du Service vétérinaire à /’Administration des Domaines de l’État égyptien, par J.-B. Piot-Bey). Le Caire, 1920. Pér. 32
- Iron and Steel Instituée. — Journal. 1920, n° I. Vol. CI. London, 1920. Pér. 157 Institution of Mechanical Engineers. — Proceedings. 1920 (january-april). London, 1920. Pér. 114
- Institution of Civil Engineers. — Minutes of Proceedings. Vol. CCV, 1917-18 (part I); CCVI, 1917-18 (part II). London, 1920. Pér. 189
- Royal Society of New South Wales. — Journal and Proceedings. Vol. L, 1916
- (parts I, II, III). — Vol. IJ, 1917. — Vol. LU, 1918. Sydney. Pér. 29
- Accademia delle scienze fisiche e matematiche. — Rendiconto. Sérié 3a, Vol. XXVI, 1920 (fasc. 4 à 6, aprile a guigno). Napoli. Pér. 14
- Smithsonian Institution. — Annual Report of the U. S. National Muséum, 1919. Washington. Pér. 27
- U. S. Bureau of Labor Statistics. — Bulletins nos 259, 264. Washington, 1919.
- Pér. 35
- National piiysical Laboratory. — Report for the year 1919. — Supplementary Report for the year 1918, and Scheme of Work for the year 1919-20. London, 1920.
- Pér. 62
- Association du Congrès international des Chemins de Fer. — Supplément aux tables générales pour la période du 1er janvier 1912 au 31 octobre 1914. Bruxelles, 1920.
- Pér. 113
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- LISTE DES NOUVEAUX MEMBRES
- ADMIS PENDANT L’ANNÉE 1920
- -A FAIRE PARTIE DE EA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- Anciens établissements Egrot et Grange, constructeurs d’appareils de distillation, 19 à 25, rue Mathis, Paris (19e).
- Association des anciens élèves de l’école de chimie de Lyon, 68, rue de la République, Lyon (Rhône).
- Aubrun (André), Bourges (Cher).
- Bal (Eugène), licencié ès sciences et en droit, 112, rue Saint-Dominique, Paris (7e).
- Balincourt (Henri de), industriel, 31, boulevard de la Tour-Maubourg, Paris (7e).
- Barast (Marcel), licencié en droit, diplômé de l’École des langues orientales vivantes, 36, avenue de Neuilly, Neuilly-sur-Seine (Seine).
- Berran (Alfred), organisateur-conseil de comptabilité, commissaire aux comptes de sociétés, administrateur de la Compagnie des Experts-Comptables de Paris, 8, rue Faraday, Paris (17e).
- Besson (Henri), Ingénieur civil des Mines, chef de service aux Usines de Wendel, Erzange par Hayange (Moselle).
- Bibliothèque de l’Université, 38, rue Chabot-Charny, Dijon (Côte-d’Or).
- Boitet (Marcel), docteur en droit, assureur, 41, rue Madame, Paris (6e).
- Bourgarel (Paul), professeur au Lycée Saint-Louis, 44, boulevard Saint-Michel, Paris (6e).
- Bouron (André), Ingénieur des Arts et Manufactures, chimiste chez MM. Petit-Wicart-Cousin, 6, rue Victor-Cousin, Paris (5e).
- Brés (Paul-Henri), ingénieur, 8, rue du Helder, Paris (9e).
- Carissan (Eugène-Olivier), chef de bataillon au 41e régiment d’infanterie, 51, faubourg d’Antrain, Rennes (Ille-et-Vilaine).
- Cercle industriel de l’Université catholique de Louvain, 10, rue Saint-Michel, Louvain (Belgique).
- Chambre des ingénieurs-conseils et ingénieurs-experts de France, 47, rue de Rome, Paris (8e).
- Charrier (Henri), Ingénieur des Arts et Manufactures, directeur de la Maison Kestner, 7, rue de Toul, Lille (Nord).
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- LISTE DES NOUVEAUX MEMBRES ADMIS EN 1920.
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- Chenevier, Bailly et Ci0, produits chimiques pour la tannerie et la mégisserie,. 56 et 58, rue de l’Amiral-Mouchez, Paris (14e).
- Chervin (Pierre), administrateur du Jardin d’Essai du Hamma et Stations annexes, sous-directeur de l’Agriculture de l’Algérie, 26, boulevard Carnot, Alger (Algérie).
- Chômienne (Emile), Ingénieur des Arts et Métiers et de l’Institut polytechnique de Grenoble, 6, rue Général-Hoche, Belfort.
- Chrétien (Mlle Yvonne), diplômée du Cours féminin de Dessin industriel (18, rue des Bons-Enfants, Paris), 83, boulevard Saint-Marcel, Paris (13e).
- Compagnie pour la fabrication des compteurs et matériel d’usines a gaz.. 16 et 18, boulevard de Vaugirard, Paris (15e).
- Compagnie française pour l’exploitation des procédés Thomson-Houston, 364, rue Lecourbe, Paris (15e).
- Compagnie française Thomson-Houston, Usine de Colombes, 223, boulevard de Valmy, Colombes (Seine).
- Compagnie générale de Constructions navales, 11, rue d’Argenson, Paris (8e).
- Coulaudon (Charles), chimiste-métallurgiste, Electro-métallurgie d'Auvergne, Les Ancizes (Puy-de-Dôme).
- Danaïla (N.), professeur de technologie chimique à l’Université de Bucarest, Calea Mosilor, 142, Bucarest (Roumanie).
- Danset (Maurice), directeur général de la Société Lille-Bonnières et Colombes, 10, rue de Calais, Paris (9e).
- Darras (Alphonse), ingénieur-constructeur, 123, boulevard Saint-Michel, Paris (5%
- Demarest (Marius), machines à calculer Monroe et Amco, 15, rue Drouot, Paris (9e).
- Demorlaine (Joseph-Charles-Etienne), Inspecteur des Eaux et Forêts, professeur d’Economie forestière à l’Institut national agronomique, 20, rue de l’Aigle,. Compiègne (Oise).
- Direction générale des Travaux publics du Maroc, Rabat (Maroc).
- Dufour (Albert), ingénieur-constructeur, 23, quai d’Orsay, Paris (7e).
- Dufour (Georges), ingénieur des Arts et Métiers, 54, rue Ducret, Aniche (Nord).
- Dujardin (Marcel), industriel, 232, rue Nationale, Lille (Nord).
- Ebstein (Fernand), de la Maison Ebstein Frères (meubles métalliques), 90, boulevard Magenta, Paris (10e).
- Ecole teciinqiue Scientia, 23, rue François-Gérard, Paris (16e).
- Empain (Général Baron), 50, rue de Lisbonne, Paris (8e) et 33, rue du Congrès, Bruxelles (Belgique).
- Estrade (Joachim), administrateur délégué de la Société d’Electro-Motoculture, 1, rue Pierre-Germain, Carcassonne (Aude).
- Etablissements du Centre de la Compagnie des Forges de Chatillon, Commentry et Neuves-Maisons (La Direction des), Montluçon (Allier).
- Etienne (René), Ingénieur en chef des Mines, professeur à l’École supérieure des Mines, délégué du Conseil de gérance de la Société Solvay et Cie, 44, rue du Louvre, Paris (1er).
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- 1.006 LISTE DES NOUVEAUX MEMBRES ADMIS EN 1920. — NOV.-DÉC. 1920.
- Fayol (Henri), Ingénieur civil des Mines, 49, rue de Bellechasse, Paris (7e).
- Felt et Tarrant Mfg. C°, machines à calculer Comp tome ter, 9,. avenue de l'Opéra, Paris (1C1’).
- Ferrie (Gustave-Auguste), général de brigade, Inspecteur général de la Télégraphie militaire, 23, boulevard Montparnasse, Paris (6").
- Fournier (Louis) et Gérard-Mang, constructeurs delà Calculatrice Fournier-Mang, 19, rue Béranger, Paris (3e).
- Frémy (Comte Elphège), 11 bis, rue Casimir-Périer, Paris (7e).
- Geoffroy et Delore, ingénieurs-constructeurs, 28 et 30, rue des Chasses, Clichy (Seine).
- Gonzalez (Hijinio), ancien élève de l’École des Ponts et Chaussées de Paris, ingénieur civil, Correo Casilla, n° 1790, Santiago (Chili).
- Grandel (Paulin), ancien élève de l'École polytechnique, administrateur des Établissements Kuhlmann, 7, rue Louis-Boilly, Paris (16e)-
- Guérix (Émile-Félix), ancien capitaine du Génie, constructeur d’appareils photographiques, 109, rue du Bac, Paris (7e).
- Henrys (Paul-Prosper), général de division, chef de la Mission militaire française à Varsovie (Pologne).
- Hugon (Michel-Jean), Ingénieur de l’École supérieure d’Aéronautique, capitaine du Génie h. c., Section économique, Mission française en Pologne. S. P. 311, Varsovie (Pologne).
- Institut polytechnique de l’Ouest, 3, rue Saint-Clément, Nantes (Loire-Inférieure).
- Jolivet (Georges), industriel, construction de massifs isolants, 4, place delà Chapelle, Paris (18e).
- Koechlin (Isaac), Ingénieur E. C. P., administrateur-délégué de la Société des Automobiles et Cycles Peugeot, 80, rue Danton, Levallois-Perret (Seine).
- Laboratoire Kuhlmann, 32, rue Kléber, Levallois-Perret (Seine).
- Laboratoire de Physique générale et Mathématique du Collège de France, 2, place Marcellin-Bertlielot, Paris (5e).
- Lambert (Gabriel-Auguste), agent de manufactures, 190, boulevard Pereire, Paris (17e).
- Lefebvre (B.), ingénieur, directeur général des Établissement Petit, Vicart, Cousin, constructeurs, 14, rue de Clichy, Saint-Ouen (Seine).
- Legrand (Alexandre), industriel (textiles), 135, rue Blomet, Paris (15e).
- Leroy (André-Jean), Établissements Tavernier-Gravet, règles à calculs, instruments de précision, 19, rue Mayet, Paris (6e).
- Lescardé (Fernand), ancien élève de l’École polytechnique, ingénieur, 51, boulevard de la Chapelle, Paris (10e).
- Marcotte (Gaston-Pierre-Louis), docteur ès sciences de l’Université de Nançy, Ingénieur-chimiste, 4, avenue Dorian, Paris (12°).
- Maufroid (Désiré), administrateur-délégué et directeur de la Société anonyme « La Céramique moderne )), Rebaix-lez-Ath (Belgique).
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- LISTE DES NOUVEAUX MEMBRES ADMIS EN 1920.
- 1007
- Maurain, directeur-adjoint des Recherches scientifiques et industrielles, 1, avenue du Général-Gallieni, Bellevue (Seine-et-Oise).
- Maurel (Pierre), minotier, 15, boulevard d’Athènes, Marseille (Bouches-du-Rhône).
- Maurice (Franklin), ancien élève de l’École polytechnique, directeur technique de la Compagnie Real, 59, rue de Richelieu, Paris (2").
- Michaux (Eugène-Louis-Henri), négociant en produits chimiques, 147, rue du Temple, Paris (3e).
- Minerais et Métaux. 154, boulevard Haussmann, Paris (8e).
- Musceleanu (Christian), docteur ès sciences, ancien directeur au Ministère de l’Industrie et du Commerce, Strada Simonide, 1, Bucarest (Roumanie).
- Nessi (André), Ingénieur des Arts et Manufactures, de la Maison Nessi Frères, 6, boulevard Richard-Lenoir, Paris (11e).
- Neuman (L.) et Cie, négociants en machines à calculer, i, boulevard Poissonnière, Paris (2°).
- Nico Sanders, directeur de la Compagnie Ellis et des Établissements Nico Sanders, 6, rue de Hanovre, Paris (2°).
- Pascalis (Georges), fabricant de produits 'chimiques, président de la Chambre de Commerce de Paris, 5, rue Chapon, Paris (3e).
- Pecaut (Louis-Émile), concessionnaire du Calculateur national Billeter, 20, rue de la Fontaine-au-Roi, Paris (11e).
- Périsse (Jean-Ferdinand-Lucien), Ingénieur des Arts et Manufactures, 94, boulevard Malesherbes, Paris (17e).
- Perrault (Eugène), ancien conseiller général, président honoraire du Comice agricole de l’arrondissement de Saumur, Château de Meigné, Brézé (Maine-et-Loire).
- Plinio Silva, capitaine du Génie (armée portugaise), ingénieur et député, 140, rua da Boa Vista, Lisbonne (Portugal).
- Poizat (Ernest), banquier, 8, rue de la Bienfaisance, Paris (8e).
- Popovigi (Jean), capitaine d’artillerie (armée roumaine), rue Cristovianu, 5, Bacan (Roumanie).
- Quinquet (Alfred), constructeur, à Leforest (Pas-de-Calais).
- Ravisse (Gaston-Jacques), éditeur de Mon Bureau, 52, rue des Saints-Pères, Paris (7e).
- Risler (Gustave-Henri), ancien élève de l'École polytechnique, ancien directeur de FUsine de Bezons de la Société industrielle des Téléphones, 155, rue de la Pompe, Paris (16e).
- Roux (A.) et Marc Deléamont, machines à calculer, 80, rue Taitbout, Paris (9e).
- Saint-Seine (Comte Christian de), ancien officier de Marine, administrateur de la - Compagnie des Forges de Châtillon, Commentry et Neuves-Maisons, 1, avenue Émile-Deschanel, Paris (7e).
- Savy (Émile), Ingénieur-chimiste, administrateur-directeur technique de la Société A. Savy, Jeanjean et Cic, 5, rue Denis-Poisson, Paris (17e).
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- 1008 LISTE DES NOUVEAUX MEMBRES ADMIS EN 1920. — NOV.-DKC. 1920.
- Service français des Mines de la Sarre, Sarrebruck (Territoire de la Sarre).
- Service des Mines de l’Indochine (l’Ingénieur en chef des Mines, chef du), à Hanoï (Tonkin).
- Service des Travaux publics du Cambodge, à Pnhom-Penh (Cambodge).
- Sestier (Marius), pharmacien, 9, cours de la Liberté, Lyon (Rhône).
- Severin (Emile), docteur ès sciences de Paris, professeur à l’Université de Jassy (Roumanie).
- Société algérienne de Produits chimiques et d’Engrais, 28, rue de Châteaudun, Paris (9e).
- Société anonyme des Anciens Établissements Loy et Aubé, constructeur de fours, gazogènes, appareils de manutention spéciaux, 63, avenue des Champs-Elysées, Paris (8e).
- Société anonyme Burroughs, machines à calculer, 1, rue des Italiens, Paris (9e).
- Société anonyme de Carbonisation et de Distillation des Combustibles, 1, rue Jules-Lefebvre, Paris (9e).
- Société auxiliaire pour le développement de l’Industrie et du Commerce français, 3, rue Saint-Georges, Paris (9e).
- Société Dejoux et Cie « La Dactyle », machines à écrire et à calculer, 4, rue Lafayette, Paris (9e).
- Société des Établissements Bajac, à Liancourt (Oise).
- Société générale des Chaux et Ciments, 82, boulevard Saint-Germain, Paris (5e).
- Société du.Traitement des Quinquinas, 18, rue Mailler, Paris (4e).
- Station d’essais de Machines agricoles de l'Afrique du Nord (le Directeur). École d’Agriculture de Maison-Carrée (Algérie).
- Suss (Nathan), Ingénieur des Arts et Manufactures, ingénieur-conseil de la Compagnie des Chemins de fer de Madrid à Saragosse et à Alicante, 112, boulevard de Courcelles, Paris (17e).
- Suzaunet (Jean de), 6, place du Palais-Bourbon, Paris (7e).
- Talhouët (François de), associé-gérant de la Société F. Cailhau et Cie (laines et crins), 16, rue Suger, Saint-Denis (Seine).
- Thierry-Delanoue (Edmond), administrateur de sociétés, 28, rue Faber, Paris (7e).
- Union des Syndicats de l’Électricité, 7, rue de Madrid, Paris (8e).
- Vanuxem (Paul-Charles-Henri), Ingénieur des Manufactures de l’Etat, chef du Service commercial de la Société de Commentry, Fourchambault et Decazeville, 118, rue du Cherche-Midi, Paris (6e).
- Vaury (André), 104, avenue d'Orléans, Paris (14e).
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- TABLE ALPHABÉTIQUE
- DES
- NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS
- DANS LA CENT-DIX-NEUVIÈME ANNÉE DU BULLETIN
- (janvier-décembre 1 920)
- Tome 132
- Le nombre en chiffres romains indique le mois du cahier. Le nombre en chiffres arabes qui le suit indique la page
- A
- Allemagne (H. d‘). — Salon des Arts appliqués (Paris, 4 mai-31 juillet 1920).
- V-VI 371
- Andoyer (H.).................IX-X 739
- André (Marius). — Guide psychologique du Français à l'étranger à l'usage des industriels, des voyageurs de commerce, des touristes et des gens de lettres . .
- VII-VIII 539
- Apard. — Voir Guichard.
- Ariîel (Pierre). — Conférence sur les relations commerciales privées entre Français et Allemands, dangers qu'elles font courir à la France, moyens d'y remédier (Mémoire).
- III-IV 183
- — (Compte rendu de la séance publique du 26 mars 1920). . . III-IV 256
- Artemas Martin.................IX-X 760
- Audouin (E.). — Le Congrès franco-américain pour l’Aménagement des Cours d’eau du Bassin de la Loire (Tours, 21-24 septembre 1919).. I-II 109
- B
- Bâclé (L.). — Nécrologie de Félix Robin (1er mars-1882-30 août 1914). III-IV 162
- Bâclé (L.). — Analyse de : Analyse des métaux par électrolyse. Métaux industriels, ulliayes, minerais, produits d’usines, par A. Hollard et L. Ber-tiaux.............................III-IV 266
- — Présidence de la séance publique du
- 26 mars 1920...................III-IV 255
- — Séance publique du 29 mai 1920.
- V-VI 386
- — — — 26 juin 1920. IX-X 654
- — « I-II 127
- — Conférence sur la destruction systématique, par les Allemands, des usines métallurgiques du Nord et de l'Est de la France (Mémoire). XI-X1I 826 — (Compte rendu de la séance publique du 30 octobre 1920). XI-XII 973
- — Paroles adressées àM. LiNDETen com-
- mémoration de sa présidence pendant la grande guerre (Compte rendu de la séance publique du 27 novembre 1920)..........................XI-XII 979
- Bailloud (Général). — Présidence de la séance publique du 7 février 1920. .
- III-IV 242
- Barbet (Émile). —Contre les malthusianismes et les gaspillages en agriculture.
- III-IV 264
- Barody. — Méthode rationnelle appliquée à la coupe des vêtements sur mesure............................III-IV 159
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- 1010
- NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS EN 1920. — NOV.-DÉC. 1920.
- Batardon (Léon). — La contribution extraordinaire sur les bénéfices de guerre. Évaluation des stocks au
- 30 juin 1920 ..............XI-XI I 994
- Bauschinger (J.)................. 1X-X 760
- Bayard (Émile). — L'art de reconnaître
- les styles......................I-1I 138
- Benoît. — Rapport, au nom du Comité des Arts mécaniques, sur l’arithmomè-tre perfectionné, inventé par Thomas, de Colmar (Réimpression du Bulletin de mars 1831, p. 113 à 123). IX-X 687 Bertiaux (L.). — Voir Hollard.
- Bertin (Commandant). — Voir Dabat. Bertin. — Présidence de la séance publique du 29 mai 1920. . . V-VI 386 Bertrand (Gabriel). — Présidence de la séance publique du 18juin 1920. . .
- VII-VIII 332
- Bojano (Thomas de). ..... IX-X 694
- Bollée (Léon).....................IX-X 723
- Bordet (Lucien)...................I-II 117
- — Rapport présenté au nom des censeurs par M. L. Bordet, Pun d’eux, sur l’exercice financier 1919. XI-XII 969 Bouché (Henri). — Conférence sur la photographie aérienne, arme de guerre, outil de la paix : les applications delà photographie aérienne : carte et cadastre, agriculture, travaux publics (Compte rendu de la séance publique du 10 janvier 1920).
- I-II 122
- — (Mémoire)................VII-VIII 464
- Bourdiol. — Voir Guichard.
- Bozonnet. — Communication sur un nouveau type de fraise à tailler les pièces profilées (Compte rendu de la séance publique du 13 novembre 1920).
- XI-XII 977
- Braivf. (Jean). — Aide-mémoire de Vingénieur-constructeur de béton armé. .
- I-II 137
- Bureau international du Travail. —
- Les conditions du travail dans la Russie des Soviets................XI XII 991
- ç
- IX-X 759
- Carissan (Commandant E.). — Communication sur sa machine à résoudre les congruences (Mémoire). . IX-X 600 •— (Compte rendu de la séance publique du 26 juin 1920) . . . IX-X 657 CARLES (F.). — L'anatomie de la voiture automobile : le changement de vitesse,
- embrayage et freins.........I1I-IV 264
- Chalkley (A. P.). —Les moteurs Diesel, type fixe et type marin. Traduction
- de Ch. Lordier................. I-II 137
- Chambrier (Paul de). — Conférence sur les gisements de pétrole d’Alsace
- (Mémoire).......................I-II 45
- — (Compte rendu de la séance publique du 6 décembre 1919). . I-II 115
- — Historique de PècheIbronn, 1498-1918.
- I-II 136
- — La source de pétrole jaillissante de
- Péchelbronn.................VII-VIII 458
- Chancerel (Lucien). — Traité pratique de sylviculture, exploitation forestière et boisement......................V-YI 402
- — Flore forestière du globe,. . . V-YI 404 Charpy (G.). — Analyse de : De l'organisation des activités humaines. VII-VIII 537
- Ciiesneau (G.). — Analyse de : Les gîtes minéraux, par Stanislas Meunier............................. I-II 135
- — Combustibles industriels, parCüLOMER
- et Lordier......................I-II 135
- — Traité de chimie analytique appliquée, par Villavecchia. Traduit et annoté
- par P. Nicolardot...............V-VI 399
- Claude (Georges). — L'électricité à la portée de tout le monde. Causeries sur le radium et les nouvelles radiations .
- III-IV 263
- — — VII-VIII 409
- — Communication sur la fabrication synthétique de l’ammoniaque au . moyen des très hautes pressions (Compte rendu de la séance publique
- du 18 juin 1920)............VII-VIII 532
- Clément (L.) et Rivière (C.). — La cellulose et les éthers cellulosiques. Leurs applications industrielles. . . III-IV 265 Colomer (Félix) et Lordier (Charles). — Combustibles industriels. . . . I-II 135 Cornec. — Voir Guichard.
- Crosthvvaite (P. M.) et Redgrave (Gilbert R.). — La détérioration des ou-
- Cajori (Florian).......
- Cantagrel. — Voir Guichard.
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- NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS EN 1920.
- 1011
- images en bois, métal et béton exposés à. Veau de mer (Détérioration of Structures of Timber, Métal and Concrète exposed to the Action of Sea-Water).
- VII-YIir 541
- D
- Dabat. — Rapport, au nom du Comité d’Agriculture, sur la mission forestière coloniale du commandant Ber-
- tin ..........................III 17
- — Rapport, au nom du Comité d’Agriculture, sur la collaboration de MM. Vignerot et Maitrot dans la publication des modèles-types de constructions agricoles du Ministère de
- l’Agriculture..................I-II 21
- Dantzer (James). — Rapport, au nom du Comité des Arts mécaniques, sur l’utilisation et l’extraction des fibres textiles contenues dans l’écorce des branches du mûrier séricicole, suivant les procédés de M. Pol Paxion.
- I-II 14
- D ARRAS (A.)......................IX-X 550
- Délavai. (H.). — Voir Kayser.
- Deslandres. — Présidence de la séance publique du 17 janvier 1920. . I-ÎI 124
- Didelin.......................... IX-X 720
- Dümanois. — Communication sur l’intérêt et l’utilisation des combustibles liquides (Compte rendu de la séance publique du 29 mai 1920) . . V-VI 395
- — (Mémoire)...............VII VIII 436
- Dupoxchelle (Jules)...............I-II 128
- Duval (Général). — Présidence de la séance publique du 10 janvier 1920.
- I-II 120
- Dybowski. — Communication sur les intérêts communs de la France et de la Pologne (industrie, agriculture, commerce) (Compte rendu de l’assemblée générale du 20 décembre 1919).............................I-II 119
- E
- Entât (Martial). — Emploi des rayons ultra-violets pour constater la désagrégation des tissus sous l’influence
- de la lumière. Rapport, présenté au nom du Comité des Arts économiques, par le lieutenant-colonel
- Renard.......................IÏI-IV 153
- Entât (Martial). — (Mémoire). . III-IV 166 Eriksson (Jakob). — Les maladies cryp-togamiques des plantes agricoles et leur traitement. Traduit du suédois par
- Mme Signe Hagman...............V-VI 398
- Erlang (A.-K.)....................IX-X 760
- Espitallier (Lieutenant-colonel G.). — Rapport, présenté au nom du Comité des Constructions et Beaux-Arts, sur une méthode rationnelle appliquée à la coupe des vêtements sur mesure,
- de M. Barody...............III-IV 159
- — Cours de béton armé........V-VI 401
- F
- FÉry (Charles). — Analyse de : L'électricité ci la portée de tout le monde. Causeries sur le radium et les nouvelles radiations, par Georges Claude.
- III-IV 263
- — Rapport, présenté au nom du Comité
- des Arts économiques, sur les travaux scientifiques et l’œuvre industrielle de Georges Claude et concluant à l’attribution de la grande médaille Ampère ...................VII-VIII 409
- Fouret...........................I-II 117
- Francceur. — Rapport, au nom du Comité des Arts mécaniques, sur la machine à calculer de M. le chevalier Thomas, de Colmar (Réimpression du Bulletin de février 1822, p. 33 à 36)..............................IX-X 660
- Fréminville (Ch. de). — Analyse de :
- Traité élémentaire d'automobile, par Henri Petit...................III-IV 263
- — Analyse de : L'anatomie de la voiture automobile : le changement de vitesse, embrayage et freins, par F. Carlès.
- III-IV 264
- — Séance publique du 29 mai 1920
- V-VI 387
- G
- Galéot (A.-L.). — De l'organisation des activités humaines.............VII-VIII 537
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- 1012 NOMS DES AUTEURS MENTIONNE
- Galle (A.). — Mathematische Instru-
- mente (Appareils à calculer). XI-XII 990
- Garvin (M.). — Voir Portevin.
- Gay (H.-S.) IX-X 760
- Gérard (André-Eric). — Voir Thomson.
- Gibson (George A.) . IX-X 759
- Gifford (Mme E.) . IX-X 760
- Gilbert. — Type de rapport de l’ali-
- mentation en eau d’une ville. III-IV 161
- Glaisher (J.-W.-L.) IX-X 759
- Grelet (R.). — Voir Malassis.
- Gruner. — Rapport, présenté au nom du Comité de Commerce, sur l’œuvre de pacification et de développement économique du général Lyautey au Maroc..........................V-Vl 273
- Guérin (René). — Index méthodique des travaux et essais exécutés, de 1915 à 1918. aux Laboratoires de l’Aéronautique de Chalais-Meudon . .
- III-IV 157
- Guichard (Marcel), Vavon, Cornec, Gantagrel, Stevenson, Apard, Bour-diol. — Contribution à l’étude de la synthèse directe de l’ammoniac par
- catalyse sous pression..........I-II 71
- Guillaume.........................I-1I 131
- — Séance publique du 13 novembre
- 1920..........................XI-X11 976
- Guillet (Léon). — Rapport, présenté
- au nom du Comité des Arts chimiques, sur l’Index méthodique des travaux et des essais exécutés, de 1913 à 1918, aux Laboratoires de l’Aéronautique de Chalais-Meudon, de
- René Guérin.................III-IV 157
- — -- I-II 130
- H
- Hadfield (Robert)...............I-II 127
- Haller (A.). — Communication sur l’industrie chimique française pendant la guerre : matières premières servant à la préparation des poudres et explo-
- sifs (Compte rendu de la séance publique du 8 mai 1920). . . V-VI 382 — (Mémoire)................XI-XII 763
- — Communication sur l’industrie chimique française : fabrication des
- )S EN 1920. — NOV.-DÉC. 1920.
- poudres, explosifs et autres produits chimiques de guerre (Compte rendu de la séance publique du 13 mai 1920).
- V-VI 384
- — (Mémoire).................XI-XII 793
- Hitier (IL). — La question du blé . .
- V-VI 359
- — Analyse de : Le.s appareils de prothèse et les machines permettant aux mutilés d'exécuter les travaux agricoles, par Roger de Saint-Maurice. .
- V-VI 400
- Hollard (A.) et Bertiaux (L.). — Analyse des métaux par électrolyse. Métaux industriels, alliages, minerais, produits
- d'usines....................III-IV 266
- Hoyau. — Description d’une machine à calculer nommée arithmomètre, de l’invention de M. le chevalier Thomas, de Colmar (Réimpression du Bulletin
- de novembre 1822, p. 335 à 365) . .
- IX-X 662
- Hudson (T.-C.)...................IX-X 760
- Hume Brown (P.)..................IX-X 759
- Humery (R.) et Joulot (A.). — Précis cVapplication pratique du salaire à prime Rowan à toutes les industries.
- XI-XII 993
- Hutchinson (A.)..................IX-X 760
- J
- Jayet. — Voir Maurel.
- Joleaud (L.). — Communication sur les richesses minérales de l’Afrique du Nord : Maroc, Algérie, Tunisie (phosphates, gîtes métallifères, pétrole). (Compte rendu de la séance publique
- ! du 17 avril 1920)...........V-VI 375
- — (Mémoire).............VII-VIII 417
- Jomard. — Rapport sur un procédé mécanique pour faire les additions, imaginé par M. Lagrous (Réimpression du Bulletin de décembre 1828,
- p. 394 à 397)................IX-X 670
- — Note sur la liste chronologique des instruments à calculer i Réimpression du Bulletin de décembre 1843, p. 548
- et 549)......................IX-X 684
- Joulot (A). — Voir Humery.
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- NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS EN 1920.
- 1013
- K
- Kayslr (E.) et Delaval (H.). — Contribution à l’étude du rouissage. Travaux exécutésau Laboratoire des Fermentations de l’Institut national agronomique .......................Y-VI 277
- Knott (Cargill Gilston). — Napier Ter-centenary Volume (Volume commémoratif du tricentenaire de Néper). . .
- IX-X 757
- — IX-X 759
- L
- Lafosse (Henry). — Rapport, présenté au nom de la commission des Fonds, sur les comptes de l’exercice 1919 .
- XI-XII 950
- Lagrous..........................IX-X 670
- Langevin. — Communication sur une révolution dans les conceptions de la physique : la relativité (Compte rendu de la séance publique du 17 janvier
- 1920)...........................III 125
- Langrogne. — Communication sur les mines de fer de la Lorraine (Compte rendu de la séance publique du 27 mars 1920) ....... III-IV 260
- Laporte (Sous-intendant). — Communication sur le Service de l’Intendance pendant la guerre 1914-1918 : le problème de la réunion des ressources nécessaires aux armées (Compte rendu de la séance publique du 27 novembre 1920) . . . XI-XII 985 Le Chatelier (Alfred). — Communication sur les pâtes plastiques souples et rigides, de la Société de recherches « Cellulose et Papiers » (Compte rendu de la séance publique du
- 14 février 1920).............III-IV 246
- Lecornu. —Analyse de : Le calcul intégral et différentiel à la portée de tout le monde, par Silvanus P. Thomson.
- I-II 138
- Lemaire (Eugène). — Introduction au numéro commémoratif du centenaire
- de l’invention, par Thomas de Colmar, de la première machine à calculer industrielle................IX-X 545
- — Exposition publique des machines à calculer anciennes et modernes, organisée par la Société d’Encoura-gement, du 5 au 13 juin 1920. Catalogue explicatif des objets exposés : l°Exposition rétrospective (machines à calculer anciennes, machines spéciales, règles et cercles à calcul) .
- IXX 608
- — 2° Exposition de machines à calculer
- modernes....................IX-X 626
- — Voir Malassis.
- Lenz (K.). — Die Rechenmaschinen und clas Maschinenrechnen (Les machines à calculer et le calcul mécanique).
- XI-XII 990
- Lixdet (Léon). — Séances publiques
- du 6 décembre 1919. . . . MI 114
- — — 10 janvier 1920. . . . I-II 120
- — — 17 — — I-II 124
- — — 7 février — III-IV 242
- — — 14 — — III-IV 245
- — — 28 — - III-IV 248
- — — 13 mars — III-IV 250
- — — 27 — ' — III-IV 259
- — — 17 avril — Y-VI 373
- — — lpr mai — Y-VI 378
- — — 8 — — V-VI 381
- — — J o — — V-VI 384
- — —• 7 juin •— IX-X 649
- — — 30 octobre — XI-XII 970
- — — 13 novembre — XI XII 975
- — — 27 — — XI-XII 979
- — Assemblée générale du 20 décembre
- 1919 . . . I-II 116
- — Analyse de : Contre les malthusia-
- nismes et les gaspillages ent agriculture,
- par Émile Barbet. . . . . . III-IV 264
- — Analyse de : Le lait, par Monvoisin.
- III-IV 265
- — — L'évolution des industries
- qui transforment les produits agri-
- coles . . III-IV 265
- — Le Congrès de l'Union des Sociétés
- industrielles de France (Mulhouse,
- 2-4 juin 1920) . VII-VIII 522
- — La conférence internationale de la
- Chimie pure et appliquée (Rome, 22-
- 25 juin 1920) . VII-VIII 529
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- 1014
- NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS EN 1920. — NOV.-DÉC. 1920.
- Lordier (Charles). — Voir Chalkley
- et Colomer..........................
- Lyautey (Général). — Présidence de la séance publique du 17 avril 1920.
- V-VI 373
- — — V-VI 273
- M
- Magne (M.). — Analyse de : Théorie de rarchitecture, par A. Vaillant. I-II 138
- Maitrot. — Voir Darat.
- Malassis (L.)..................XI-X1I 546
- Malassis (L.) et Lemaire (E.). — Exposition publique des machines à calculer anciennes et modernes, organisée parla Société d’Encouragement, du 5 au 13 juin 1920. Catalogue explicatif des objets exposés : lü Exposition rétrospective (machines à calculer anciennes, machines spéciales, règles et cercles à calcul) . .
- IX-X 608
- Malassis (L.), Lemaire (E.) et Gre-let (R.). — Bibliographie relative à l’arithmétique, au calcul simplifié et aux instruments à calculer. .
- IX-X 739
- Mangin (L.). — Analyse de : Les maladies cryptogamiques des plantes agricoles et leur traitement, par Jakob Eriksson. Traduit du suédois par Mme Signe Hagman.................V-VI 398
- Maurel et Jayet. — Machine arithmétique (Réimpression du Bulletin
- d’août 1849, p. 370 et 371) . .
- IX-X 685
- Mesnager. — Analyse de : Cours de
- béton armé, par le Lieutenant-colonel
- G. Espitallier. . . . . . . . . V-VI 401
- Meunier (Stanislas). — Les gîtes miné-
- raux . . . I-II 135
- Milne (James, Robert). . . . . IX-X 760
- Monvoisin. — Le lait. . . . . III-IV 265
- Moreau (A.). — Rapport, présenté au
- nom du Comité des Constructions et
- Beaux-Arts, sur le type de rapport
- de l’alimentation en eau d’une ville,
- de M. Gilbert . . III-IV 161
- Moulton (Lord) . . . IX-X 758
- N
- Nicolardot (P.). — Voir Villavecchia.
- Nottin (P.). — L’industrie sucrière française pendant et après la guerre.
- I-II 103
- O
- Ocagxe (Maurice d’). — Histoire des machines à calculer (Mémoire). . .
- IX-X 554
- — (Compte rendu de la séance publique du 5 juin 1920). . . . IX-X 646
- — IX-X 760
- Office commercial français en Roumanie. — Notice sur la Grande Roumanie ..........................XI-XII 995
- Olivier (Théodore). — Rapport, au nom du Comité des Arts mécaniques, sur des machines à calculer présentées par M. le docteur Rotii (Réimpression du Bulletin de septembre 1843, p. 411 à 425).....................IX-X 673
- P
- Périsse (Lucien). — Les efforts de l’industrie française pendant la guerre.
- La construction automobile . V-VI 347
- Petit (Henri). — Traité élémentaire d'automobile....................III-IV 263
- Pol Paxion. — L’utitisation et l’extraction des fibres textiles contenues dans l’écorce des branches du mûrier séricicole........................I-Il 14
- Portevin (A.-M.) et Garvin (M.). — Influence de la rapidité du refroidissement sur la trempe des aciers au carbone.........................III-IV 198
- — (fin).........................V-VI 297
- Prud'homme (M.). — Analyse : Historique
- de Pcchelbronn, 1498-1918, par Paul de Ciiambrier......................I-II 136
- Q
- Quiquet (Albert)
- IX-X 760
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- NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS EN 1020.
- 1015
- R
- Rateau. — Séance publique du 29 mai 1920 .............................Y-VI 390
- Redgrave (Gilbert R.). — Voir Cros-THWAITE.
- Renard (Lieutenant-colonel). — Présentation du Manuel pratique de météorologie, par le lieutenant de vaisseau Rouen....................I-II 117
- — Rapport, présenté au nom du Comité
- des Arts économiques, sur l’emploi des rayons ultra-violets pour constater la désagrégation des tissus sous l’influence de la lumière, par Martial Entât.................III-IV 153
- — Communication sur l’évolution de l’aéronautique pendant la guerre (Compte rendu de la séance publique
- du 7 février 1920)............III-IV 244
- Rice (Calvin W.)..................V-VI 395
- Richemond (Pierre). — Communication, faite au Comité de Commerce, sur la « Caisse de Compensation de la Région parisienne ». Allocations pour charges de famille. . . III-IV 236
- Richet (Professeur Charles). — Communication sur l’utilité de la langue internationale pour l’industrie, le commerce et les sciences (Compte rendu de la séance publique du 13 mars 1920)...................III-IV 253
- — Conférence sur une langue auxi-
- liaire internationale : l’Espéranto (Mémoire).................VII-VII i 496
- Risler (Georges). — Le Congrès national de la Natalité (Nancy, 25-28 septembre 1919)......................V-VI 366
- Rivière (C.). — Voir Clément.
- Rotfi (Docteur)................IX-X 673
- Rouen (Lieutenant de vaisseau). —Voir Lieutenant-colonel Renard.
- Roux (J.). — Conférence sur l'enseignement technique, industriel et commercial en Alsace et Lorraine (Mémoire)....................... I-II 25
- S
- Saint-Maurice (Roger de). — Les appareils de prothèse et les machines 'permettant aux mutilés d'exécuter les travaux agricoles.................V-VI 400
- Salih Mourad. . .................IX-X 759
- Sampson (R.-A.). . •.............IX-X 759
- Sauvage (E.). — Analyse de : Les' moteurs Diesel, type fixe et type marin, par P. Chai.kley. . . I-II 137
- — Locomotives articulées Mallet du Virginian Railway .... VII-VIII 489
- — Présidence de la séance publique
- du 5 juin 1920..................IX-X 645
- Schooling (William)..............IX-X 760
- Sebert (Général). — Présidence de la séance publique du 13 mars 1920. . .
- III-IV 250
- — — —26 juin 1920. IX-X 652
- —Allocution sur l’adoption d’une langue
- internationale auxiliaire (Compte rendu de la séance publique du 13 mars 1920) . .............III-IV 250
- — Rapport, au nom du Comité des Arts économiques, sur un appareil calculateur présenté par M. Didelin (Réimpression du Bulletin .de septembre 1891, p. 465 à 469) . . IX-X 720
- — Rapport, au nom du Comité des Arts économiques, sur les machines à calculer de Léon Bollée (Réimpression du Bulletin de septembre 1893,
- p. 977 à 996).............. IX-X 723
- — Rapport, au nom du Comité des Arts économiques, sur la machine à calculer, dite arithmomètre, inventée par Thomas (de Colmar) et perfectionnée par Thomas de Bojano (Réimpression du Bulletin d'août 1879,
- p. 393 à 425) IX-X 694
- Sheppard (W.-F.) IX-X 760
- Signe Hagman (Mme). — Voir Eriksson.
- Smith (David, Eugène) IX-X 759
- SOMMERVILLE (D.-M.-J.) IX-X 759
- Steggall (J.-E.-A.). . . IX-X Stevenson. — Voir Guichard. 759 et 760
- T
- Tassart. — Communication sur les richesses immédiatement exploitables en Mésopotamie septentrionale et au Kourdistan, dans la zone d’influence française (céréales, oléagineux, gîtes métallifères, pétrole). (Compte rendu de la séance publique du lor mai 1920.)........................V-VI 378
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- 1016
- NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS EN 1920. — NOV.-DÉC. 1920.
- Thomson (Silvanus P.). — Le calcul intégral et différentiel à la portée de tout le -monde. Traduction d’André-Eric
- Gérard........................Ml 138
- Tilho (J.). — Communication sur son voyage de l’embouchure du Congo à celle du Nil, par le Tchad, et sur la mise en valeur du Soudan par un transcontinental franco-britannique
- — (Compte rendu de la séance publique du 28 février 1920). . III-IV 248
- Torres y Quevedo (L.). — Communication sur son arithmomètre électromécanique (Mémoire). . . IX-X 588
- — (^Compte rendu de la séance publique du 26 juin 1920) . . . IX-X 655
- Toulon (Paul). — Les machines à calculer et leurs applications dans l’organisation de l’industrie et du commerce (Mémoire)..............IX-X 570
- — (Compte rendu de la séance publique du 7 juin 1920) . . . Xl-Xll 649
- — IX-X 552
- V
- Vacca (Giovanni)...................IX-X 759
- Vaillant (A.). — Théorie de l'architecture ............................. I-II 138
- Vavon. — Voir Guichard.
- Vignerot. — Voir Dabat.
- Vigreux (Henri). — Le soufflage du verre dans les laboratoires scientifiques et industriels. .... III-IV 268 Villavecchia (V.). — Traité de chimie analytique appliquée. Traduit et annoté par P. Nicolardot . . . V-VI 399
- Z
- Zamoyski (Comte). — Présidence de l’Assemblée générale du 20 décembre 1919........................... I-1I 115
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- TABLE ALPHABÉTIQUE ET ANALYTIQUE
- DES MATIÈRES
- CONTENUES DANS LA CENT-DIX-NEUVIÈME ANNÉE DU BULLETIN
- (janvier-décembre 1920)
- Tome 132
- Le nombre en chiffres romains indique le mois du cahier. Le nombre en chiffres arabes qui le suit indique la page.
- A
- Aciers. Influence de la rapidité du refroidissement sur la trempe des — au carbone, par A. M. Portevin et
- M. Garvin...................III-IV 198
- — — — (fin). V-VI 297
- ADMINISTRATION, COMPTES RENDUS, ETC., E LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- Conseil d’Administration :
- Liste des membres titulaires et honoraires du--------et des membres cor-
- respondants pour Tannée 1920. I-II. 3 Assemblée générale du 20 décembre 1919.
- Présidence du comte Zamoyski. I-II 115 Comité des Arts chimiques. Extrait du procès-verbal de la séance du 9 décembre 1919......................I-II 127
- Comité des Arts économiques. Extrait du procès-verbal de la séance du 11 décembre 1919.......................I-II 131
- — Rapport, de Charles Féry, sur les travaux scientifiques et l’œuvre industrielle de M. Georges Claude et con-
- cluant à l’attribution de la grande
- médaille Ampère...........VII-VIII 409
- Etat financier de la Société. Rapport présenté par M. Henry Lafosse, au nom de la Commission des Fonds, sur les comptes de l’exercice 1919 .
- XI-XII 950
- — Rapport présenté par M. Lucien
- Bordet, censeur, sur les comptes de
- l’exercice 1919. . . . . XI-XIl 969
- Récompenses. Listes des — décernées
- au cours des années 1916, ,1917, 1918
- et 1919. . . . . . . . . III-IV 148
- Séances publiques
- — du 6 décembre 1919 I-II 114
- — — 10 janvier 1920 I-II 120
- — — 17 — __ I-II 124
- — — 7 février — III-IV 242
- — — 14 — — III-IV 245
- — — 28 — — III-IV 248
- — — 13 mars — III-IV 250
- — — 26 — — III-IV 255
- — — 27 — — III-IV 259
- — 17 avril
- — 1er mai
- — 8 —
- — 15 —
- Tome 132. — 2° semestre. — Novembre-Décembre 1920.
- V-VI
- V-VI
- V-VI
- V-VI
- 75
- 373
- 378
- 381
- 384
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- 1018 TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES DE 1920. — NOV.-DÉC. 1920.
- Séances publiques
- — du 29 mai 1920 . V-VI
- — — 18 juin — VII-VIII
- — — 5 — — IX-X
- — — 7 — — IX-X
- — — 26 — — IX-X
- — — 30 octobre — Xl-XII
- — — 13 novembre — XI-XII
- — — 27 — — XI-XII
- Vœu émis au sujet des relations économiques privées entre Français et Allemands (séance du 31 mars 1920).
- III-IV
- 386
- 532
- 645
- 649
- 652
- 970
- 975
- 979
- 145
- Liste clés nouveaux membres admis pendant l’année 1920 à faire partie de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale..........XI-XII 1004
- Ammoniaque. La fabrication synthétique de 1’ — au moyen de très hautes pressions. Communication de Georges Claude (Compte rendu de la séance publique du 18 juin 1920). VII-VIII Arithmomètre électromécanique. Communication de L. Torres y Quevedo
- (Mémoire).......................IX-X
- — (Compte rendu de la séance publique du 26 juin 1920) . . . IX-X
- Arts appliqués. Salons des-----(Paris,
- 4 mai-31 juillet 1920), par H. d’ALLE-
- MAGNE..........................V-VI
- Automobile. Les efforts de l’industrie française pendant la guerre. La construction —, par Lucien Périssé . .
- V-VI
- Aéronautique. Index méthodique des travaux et essais exécutés, de 1915 à 1918, aux Laboratoires de 1’ — de Chalais-Meudon, de René Guérin. Rapport, présenté au nom du Comité des Arts chimiques, par Léon Guil-
- LET........................III-IV 157
- — L’évolution de Y — pendant la guerre. Communication du Lieutenant-colonel Renard (Compte rendu de la séance publique du 7 février
- 1920)......................III-IV 244
- Afrique du Nord. Les richesses minérales de 1’-----— : Maroc, Algérie,
- Tunisie (phosphates, gîtes métallifères, pétrole). Communication par L. Joleaud (Compte rendu de la séance publique du 17 avril 1920).
- V-VI 575
- — (Mémoire)..............VII-VIII 417
- Agriculture. — (Voir Photographie aérienne et Pologne.)
- Algérie. — (Voir Afrique du Nord.) Allocations. La v Caisse de Compensation de la Région parisienne ».(— pour charges de famille). Communication faite au Comité de Commerce par
- Pierre Richemond...........III-IV 236
- Ammoniac. Contribution à l’étude de la synthèse directe de 1’ — par catalyse sous pression, par Marcel Guichard, avec la collaboration de MM. Vavon, Cornec,Cantagrel, Stevenson, Apard, Bourdiol........................I-II 71
- B
- Betteraves. — (Voir Industrie sucrière.)
- Bibliographie. — (Voir Documentation.)
- Bureau bibliographique de Paris : Compte rendu de la séance du ^juillet 1920........................XI-XII
- Compte rendu de la séance du 31 août
- 1920 ......................XI-XII
- Conférence internationale de — et de Documentation de Bruxelles (7-10 septembre 1920). Compte rendu........................XI-XII
- BIBLIOGRAPHIE
- (Comptes rendus analytiques d’ouvrages récemment parus).
- Agriculture. Contre les malthusianismes et les gaspillages en —, par Émile Barbet...........................III-IV
- — L'évolution des industries qui trans-
- forment les produits agricoles, par L. Lindet.....................III-IV
- Architecture. Théorie de V —, par A. Vaillant ..............................I-II
- Automobile. Traité élémentaire d’ —, par Henri Petit......................III-IV
- — L'anatomie de la voiture — : le chan-
- gement de vitesse, embrayage et freins. par F. Carlès.................III-IV
- Bénéfices de guerre. La contribution extraordinaire sur les —---------. Évo-
- 532
- 588
- 655
- 371
- 347
- 927
- 928
- 930
- 264
- 265 138 263
- 264
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-
- TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES DE 1920.
- 1019
- lution des stocks au 30 juin 1920, par Léon Batardon. ...... XI-XII 904
- Béton armé. Aide-mémoire de l'ingénieur-constructeur de--------, par Jean
- Braive.........................MI 137
- — Cours de-------, par le Lieutenant-
- colonel G. Espitallier. . . . Y-Yl 401
- — (Voir Eau de mer.)
- Bois. — (Voir Eau de mer.)
- Calcul, instruments et machines à calculer :
- Mathematische Instrumente (Appareils à calculer), par A. Galle. . . XI-XII 990 Die Rechenmaschinen und das Maschi-nenrechnen (Les machines à calculer et le calcul mécanique), par K. Lenz.
- XI-XII 990
- Calcul intégral et différentiel. Le — —
- — — à la portée de tout le monde, par Silvanus P. Thomson. Traduction
- d’André-Eric Gérard..............I-II 138
- Cellulose. La — et les éthers cellulosiques. Leurs applications industrielles, par L. Clément et C, Rivière. .
- III-IV 265
- Chimie. Traité de — analytique appliquée, par V. Villavecchia. Traduit et annoté par P. Nicolardot . . V-VI 399 Combustibles industriels, par Félix Colomer et Charles Lordier. , . I-II 13-5 Commerce. — (Voir Psychologie.)
- Eau de mer. La détérioration des ouvrages en bois, métal et béton, exposés à !----------(Détérioration of Struc-
- tures of Timber, Métal and Concrète exposed to the Action of Sea-Water), par P. M. Crosthwaite et Gilbert
- R. Redorave...............VII-VIII 541
- Électricité. L' — à la portée de tout le monde. Causeries sur le radium et les nouvelles radiations, par Georges
- Claude....................... III-IV 263
- Électrolyse. Analyse des métaux par —.
- Métaux industriels, alliages, minerais, produits d’usines, par A. Hollard ët
- L. Bertiaux....................III-IV 266
- Industrie. — (Voir Psychologie.)
- Lettres. — (Voir Psychologie.)
- Maladies cryptogamiq-ues. Les------des
- plantes agricoles el leur traitement, par Jakob'ERiKSSON. Traduit du suédois par Mme Signe Hagman. V-VI 398
- Métaux. — (Voir Eau de mer et Electro-lyse.)
- Minéraux. Les gîtes —, par Stanislas
- Meunier.....................t . I-II 135
- Moteurs Diesel, Les — —, type fixe et type marin, par A. P. Chalkley. Traduction de Ch. Lordier . . I-II 137 Mutilés. Les appareils de prothèse et les machines permettant aux — d'exécuter les travaux agricoles, par Roger de
- Saint-Maurice. .............V-VI 400
- Néper. Napier Tercentenary Volume (Volume commémoratif du tricentenaire de Néper), publié par Cargill Giston
- Knott.......................IX-X 757
- Organisation. De V — des activités humaines, par A.-L. Galéot. VII-VIII 537 — Les conditions du travail dans la Russie des Soviets, par le Bureau INTERNATIONAL DU TRAVAIL. . XI-XII 991 Péchelbronn. Historique de —, 1498-1918, par Paul de Chambrier . I-II 136 Produits agricoles. — (Voir Agriculture.) Psychologie. Guide psychologique du Français à l'étranger, à l'usage des industriels, des voyageurs de commerce, des touristes et des gens de lettres, par Marius André. VII-VIII 539 Radium. — (Voir Électricité.)
- Roumanie, Notice sur la Grande — par 1'Office commercial français en
- Roumanie....................XI-XII 995
- Russie. — (Voir Organisation.)
- Salaire. Précis cl’application pratique du — à prime Rowan à toutes les industries, par R. Humery et A. Joulot.
- XI-XII 995
- Styles. L'art de reconnaître les —, par
- Émile Bayard . . ..............I-II 138
- Sylviculture. Traité pratique de —, exploitation forestière et boisement, par Lucien Chancerel. . . . V-VI 402 — Flore forestière du globe, par Lucien
- Chancerel.......................V-VI 404
- Tourisme. — (Voir Psychologie.)
- Verre. Le souffage du — dans les laboratoires scientifiques et industriels, par Henri Vigreux................III-IV 268
- Blé. La question du —, par H. Hitier.
- V-VI 359
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- 1020 TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES DE 1920. — NOV.-DÉC. 1920.
- Bois d’œuvre. La mission forestière coloniale du commandant Bertin. Rapport, présenté au nom du Comité d’Agriculture, par M. Dabat. . I-II 17
- G
- Calcul. — (Voir Machines à calculer.) Cartographie. — (Voir Photographie aérienne.)
- Céréales. — (Voir Mésopotamie.)
- Chemins de fer. Activité de l’Association internationale des — — —
- depuis 1914.................VII-VIII 493
- Chimie. La Conférence internationale de la — pure et appliquée (Rome,
- 22-25 juin 1920), par L. Lindet .
- VII-VIII 529
- Combustibles liquides. L’intérêt et l’utilisation des — — Conférence par Dumanois (Compte rendu de la séance publique du 29 mai 1920). . . V-VI 395
- — (Mémoire)..........- . VII-VIII 436
- Commerce. — (Voir Pologne.)
- Commerce franco-allemand. Les relations commerciales privées entre Français et Allemands, dangers qu’elles font courir à la France, moyens d’y remédier. Conférence par Pierre Arbel (Mémoire). . . III-IV 183
- — (Compte rendu de la séance publique du 26 mars 1920) . . III-IV 256
- Congrès. Le — franco-américain pour l’Aménagement des Cours d’eau du Bassin de la Loire (Tours, 21-24 septembre 1919), par E. Audoin. . I-II 109
- ------national de la Natalité (Nancy,
- 25-28 septembre 1919), par Georges
- Risler..........................V-VI 366
- — Le — de l’Union des Sociétés industrielles de France (Mulhouse, 2-4 juin 1920), par L. Lindet . . . VII-VIII 522 — Conférence internationale de Bibliographie et de Documentation de Bruxelles (7-10 septembre 1920).
- Compte rendu..................XI-XII 930
- Constructions agricoles. La collaboration de MM. Vignerot et Maitrot dans la
- publication des modèles-types de----
- du Ministère de l’Agriculture. Rapport, présenté au nom du Comité d’Agriculture, par M. Dabat. . I-II 21
- D
- Documentation. L’organisation de la — technique et industrielle en France.
- XI-XII 925
- E
- Eau. Type de rapport de l’alimentation en — d’une ville, de M. Gilbert. Rapport, présenté au nom du Comité des Constructions et Beaux-Arts, par A. Moreau......................III-IV 161
- Enseignement. L’ — technique, industriel et commercial en Alsace et Lorraine. Conférence par J. Roux (Mémoire)...........................I-II 25
- Espéranto. Une langue auxiliaire internationale : T —. Conférence par Charles Richet (Mémoire). VII-VIII 496
- — Renseignements historiques et sta-
- tistiques sur le développement du mouvement espérantiste dans ces dernières années...........VII-VIII 512
- — (Voir Langue internationale.)
- Études techniques. Comité du Retour
- aux — —. Programmes d’examen (Industries : mécanique, métallurgique, chimique et minière). III-IV 227 — Comité du Retour aux--------. Pro-
- grammes d’examen (Travaux publics) ......................XI-XII 946
- Explosifs. — (Voir Poudres.)
- F
- Fer. Les mines de — de la Lorraine. Communication de M. Langrogne (Compte rendu de la séance publique du 27 mars 1920)...............III-IV 260
- Fibres textiles. L’utilisation et l’extraction des— — contenues dans l’écorce des branches du mûrier séricicole, suivant les procédés de M. Pol Paxiox. Rapport présenté, au nom du Comité des Arts mécaniques, par M. James Dantzer..........................I-II 14
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-
- TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES DE 1920.
- 102-r
- Fraise. Communication de M. Bozon-net sur un nouveau type de — à tailler les pièces profilées, construit par MM. Ch. Bonnaffous, Bozonnet et Gie (Compte rendu de la séance publique du 13 novembre 1920). XI-XII 977
- France. — (Voir Pologne.)
- I
- Industrie. — (Voir Pologne.)
- Industrie chimique. L’ — — française pendant la guerre : matières premières servant à la préparation des poudres et explosifs. Communication par A. Haller (Compte rendu de la séance publique du 8 mai 1920) .
- V-VI 382
- — (Mémoire)................XI-XII 763
- — L’-----française : fabrication des
- poudres, explosifs et autres produits chimiques de guerre. Communication par A. Haller (Compte rendu de la séance publique du 15 mai 1920).
- V-VI 384
- — (Mémoire)................XI-XII 793
- Industrie française. Les efforts de P-
- pendant la guerre. La construction automobile, par Lucien Périsse .
- V-VI 347
- — (Voir Congrès.)
- Industrie sucrière. L’ — — française pendant et après la guerre, par P. Nottin.........................I-II 103
- Intendance. Le Service de P — pendant la guerre 1914-1918 : le problème de la réunion des ressources nécessaires aux armées. Communication du sous-intendant Laporte. (Compte rendu de la séance publique du 27 novembre. 1920)...................XI-XII 985
- K
- Kourdistan.— (Voir Mésopotamie.)
- L
- Langue internationale. Adoption d’une ------auxiliaire. Allocution du géné-
- ral Sebert (Compte rendu de la séance publique du 13 mars 1920) .
- III-IV 230'
- — L’utilité de la---pour l’industrie.
- le commerce et les sciences. Communication du professeur Charles Richet (Compte rendu de la séance publique du 13 mars 1920). . III-IV 253-
- — (Voir Espéranto.)
- Locomotives articulées Mallet du Virgi-nian Railway, par E. Sauvage . .
- VII-VIII 489-
- Lorraine. — (Voir Fer.)
- M
- Machines à calculer. Introduction au numéro commémoratif du centenaire de l’invention, par Thomas, de Colmar, de la premièi’e industrielle, par Eugène Lemaire.--IX-X 545
- — Histoire des-------, par Maurice
- d’ÛCAGNE (Mémoire).........IX-X 554-
- — (Compte rendu de la séance publique du 5 juin 1920). . . . IX-X 646-
- — Les--------et leurs applications
- dans l’organisation de l’industrie et du commerce, par Paul Toulon (Mémoire) ....................IX-X 570^
- — Compte rendu de la séance publique du 7 juin 1920). . . . IX-X 649-
- — Machine à résoudre les congruences. Communication par le commandant
- E. Carissan (Mémoire). . . . IX-X 600
- — (Compte rendu de la séance publique du 26 juin 1920). . . . IX-X 657
- — Exposition publique des------—
- anciennes et modernes, organisée par la Société d’Encouragement, du . du 5 au 13 juin 1920. Catalogue-explicatif des objets exposés : 1° Exposition rétrospective (— — — anciennes, — spéciales, règles et cercles à calcul), par L. Malassis et E. Lemaire..........................IX-X 608
- — 2° Exposition de — — — modernes, par E. Lemaire . . . IX-X 626
- — Rapport, au nom du Comité des
- Arts mécaniques, sur la----------de
- M. le chevalier Thomas, de Colmar,
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- 1022 TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES DE 1920. — NOV.-DÉC. 1920.
- par M. Francqeur (Réimpression du Bulletin de février 1822, p. 33 à 36).
- IX-X 660
- — Description d’une —-----nommée
- arithmomètre, de l’invention de M. le chevalier Thomas, de Colmar, par M. Hoyau (Réimpression du Bulletin de novembre 1822, p. 355 à 365) .
- IX-X 662
- — Rapport sur un procédé mécanique
- pour faire les additions, imaginé par M. LaCxROüs, par M. Jomard (Réimpression du Bulletin de décembre 1828, p. 394 à 397)...........IX-X 670
- — Rapport, au nom du Comité des Arts mécaniques, sur des — — — présentées par M. le docteur Roth, par Théodore Olivier (Réimpression du Bulletin de septembre 1843, p. 411
- à 425)........................IX-X 673
- — Note sur la liste chronologique des instruments à calculer, par M. Jomard (Réimpression du Bulletin de décembre 1843, p. 548 et 549) . . . IX-X 684
- — Machine arithmétique de MM. Maurel et Jayet (Réimpression du Bulletin d’août 1849, p. 370 et 371). IX-X 685
- — Rapport, au nom du Comité des Arts mécaniques, sur l’arithmomètre perfectionné, inventé par Thomas, de Colmar, par M. Benoît (Réimpression du Bulletin de mars 1851, p. 113
- à 123)....................... IX-X 687
- — Rapport, au nom du Comité des
- Arts économiques, sur la —-------,
- dite arithmomètre, inventée par Thomas (de Colmar) et perfectionnée par Thomas de Bojano, par M. Sebert (Réimpression du Bulletin d’août
- 1879, p. 393 à 425)..........IX-X 694
- — Légende descriptive des planches
- 101 et 102 représentant la------- —,
- dite arithmomètre............IX-X 708
- — Rapport, au nom du Comité des Arts économiques, sur un appareil calculateur présenté par M. Didelin, par le général Sebert (Réimpression du Bulletin de septembre 1891, p. 468
- à 469)...................... IX-X 720
- — Rapport, au nom du Comité des
- Arts économiques, sur les---------,
- de Léon Bollée, par le général Sebert
- (Réimpression du Bulletin de. septembre 1895) . . .............IX-X 723
- — Notice sur les — — — de Léon
- Bollée ..................... . IX-X 728
- — Bibliographie relative à l’arithmétique, au calcul simplifié et aux instruments à calculer, par MM. Malassis, E. Lemaire et R. Grelet. IX-X 739
- — (Voir Arithmomètre.)
- Maroc. L’œuvre de pacification et de développement économique du général Lyautey au —. Rapport, présenté au nom du Comité de Commerce, par M. Gruner ......... V-YI 273
- — (Voir Afrique du Nord.)
- Mésopotamie. Les richesses immédiatement exploitables en — septentrionale et au Kourdistan, dans la zone d’influence française (céréales, oléagineux, gîtes métallifères, pétrole). Communication de M. Tassart (Compte rendu de la séance publique
- du 1er mai 1920). ...........V-VI 378
- Métallurgie. La destruction systématique par les Allemands des usines métallurgiques du Nord et de l’Est de la France. Conférence par L. Baglé
- (Mémoire)..................XI-XII 826
- -----(Compte rendu de la séance publique du 30 octobre 1920). XI-XII 973
- Météorologie. Présentation, à l’assemblée générale du 20 décembre 1919, de l’ouvrage du Lieutenant de vaisseau Rouch : Manuel pratique de —, par le Lieutenant-colonel Renard.
- I-II 117
- Minerais. — (Voir Afrique du Nord.)
- Mûrier séricicole. — (Voir Fibres textiles.)
- N
- Natalité. — (Voir Congrès.)
- Navigation fluviale. — (Voir Congrès.)
- Nécrologies. M. Achille Mermet. . I-II 116
- — M. Félix de Lalande...........I-II 117
- — M. Égrot.......................I-II 121
- — M. Louis Simon................I-II 121
- — M. Arthur Legallet............I-II 124
- — M. Félix Robin (1er mars 1882-30 août
- 1914), par L. Bâclé.........III-IV 612
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- TABLE ALPHABÉTIQUE , DES MATIÈRES DE 1920.
- 1023
- — Comte Frémy . . III-IV 243
- — M. Adolphe Carnot . . . . . IX-X 653
- — M. Cormerais . . XI-XII 972
- — Sénateur Bodio .... . . XI-XII 976
- O
- Oléagineux. — (Voir Mésopotamie.)
- P
- Pâtes plastiques souples et rigides, de la Société de recherches « Cellulose et Papiers ». Communication par Alfred Le Chatelier (Compte rendu de la séance publique du 14 février 1920)..........................III-IV 246
- Péchelbronn. — (Voir Pétrole.)
- Pétrole. Les gisements de — d’Alsace. Conférence par Paul de Chambrier (Mémoire)........................I-II 45
- — (Compte rendu de la séance publique du 6 décembre 1919). . 151
- — La source de — jaillissante de Péchelbronn, par Paul de Chambrier.
- VII-VIII 458
- — (Voir Afrique du Nord et Mésopotamie.)
- Phosphates. — (Voir Afrique du Nord.)
- Photographie aérienne. La —----, arme
- de guerre, outil de la paix. Les applications de la----: carte et cadastre,
- agriculture, travaux publics. Communications d’Henri Bouché (Compte rendu de la séance publique du 10 janvier 1920)...............I-II 122
- — (Mémoire)...............VII-VIII 464
- Physique. Une révolution dans les conceptions de la — : la relativité. Communication de M. Langevin (Compte rendu de la séance publique du
- 17 janvier 1920)...............I-II 125
- Pologne. Les intérêts communs de la France et de la — (industrie, agriculture, commerce). Communication par M. Dybowski (Compte rendu de l’assemblée générale du 20 décembre 1919)........................I-II 119
- Poudres. L’industrie chimique française pendant la guerre : matières premières servant à la préparation
- des — et explosifs. Communication de M. Haller (Compte rendu de la séance publique du 8 mai 1920). . . V-VI 382 — L’industrie chimique française pendant la guerre : fabrication des —, explosifs et autres produits chimiques de guerre. Communication de M. Haller (Compte rendu de la séance publique du 15 mai 1920) . . V-VI 384 Produits chimiques de guerre. — (Voir Poudres.)
- R
- Ravitaillement. — (Voir Intendance.)
- Rayons ultra-violets. — (Voir Tissus.) Relativité. — (Voir Physique).
- Rouissage. Contribution à l’étude du —. Travaux exécutés au Laboratoire des Fermentations de l’Institut national agronomique, par E. Ivayser et H. Delà val....................V-VI 277
- S
- Soudan. Voyage de l’embouchure du Congo à celle du Nil, par le Tchad, et sur la mise en valeur du — par un transcontinental franco-britannique. Communication du Lieutenant-colonel J. Tilho (Compte rendu de la séance publique du 28 février
- 1920)...........................III-IV 248
- Standardisation. Commission permanente de — :
- — Unifications adoptées le 23 décembre 1919........................III-IV 241
- — Unifications adoptées le 4 juin
- 1920........................ VII-VIII 492
- Sucre. — (Voir Industrie sucrière.)
- T
- Tissus. Emploi des rayons ultra-violets pour constater la désagrégation des — sous l’influence de la lumière, par Martial Entât. Rapport, présenté au nom du Comité des Arts économiques, par le Lieutenant-colonel Renard.........................ni-iv 153
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- 1024 TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES DE 1920. — NOV.-DÉC. 1920.
- — (Mémoire de l’auteur) . . . III-IV 166 Travaux publics. — (Voir Photographie aérienne.) . -rx
- 'Trempe. — (Voir Aciers.) '
- Tunisie. — (Voir Afrique (lu Nord.)
- Union des Sociétés industrielles de France. — (Voir Industrie française.)
- U
- Vêtements. Méthode rationnelle appliquée à la coupe des — sur mesure, de M. Barody. Rapport, présenté au nom du Comité des Constructions et Beaux-Arts, parle Lieutenant-colonel
- G. Espitallier .
- III-IV 159
- L'agent général, gérant, E. Lemaire.
- Couloramiers. — lmp. Paul BRODARD.
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