Bulletin de la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale
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- BULLETIN
- 65PI-
- DE LA
- SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR
- L’INDUSTRIE NATIONALE
- PUBLIÉ
- SOUS LA DIRECTION DES SECRÉTAIRES GÉNÉRAUX DE LA SOCIÉTÉ
- MM. CH. DE FRÉMINVILLE et G. WERY
- 1931
- Pour faire partie de la Société, il faut être présenté par un membre et être nommé par le Conseil d’Adminislration.
- (Extrait du Règlement.)
- PARIS
- SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ, 44, RUE DE RENNES (6e *r«.)
- 1931
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- 130e ANNÉE.
- JANVIER 1931
- BULLETIN
- DE LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- CONSEIL D’ADMINISTRATION
- LISTE DES MEMBRES TITULAIRES ET HONORAIRES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION ET DES MEMBRES CORRESPONDANTS POUR L’ANNÉE 1931
- MEMBRES TITULAIRES
- Bureau.
- Année de l’entrée au Conseil.
- Président.
- 1917. — Mangin (Louis) (C. ifc), membre de l’Institut, directeur du Muséum national d’Histoire naturelle, 57, rue Cuvier (5e arr‘).
- Vice-présidents.
- 1900. — Walckenaer (Ch.) (C. ifc), Inspecteur général des Mines en retraite, 218, boulevard Saint-Germain (7° arr‘).
- 1917. — Chesneau (Gabriel) (C. ifc), Inspecteur général des Mines, directeur honoraire de l’École nationale supérieure des Mines, 17, rue de Bourgogne (7e arr*).
- 1919. — Rey (Jean) (C. ifc), Membre de l’Institut, Ingénieur civil des Mines, administrateur-directeur des Anciens Établissements Sautter-Harlé, 20, avenue de Suffren (15e arr1).
- 1908. — d’Allemagne (Henri) (O. ^), archiviste-paléographe, bibliothécaire honoraire de l’Arsenal, 30, rue des Mathurins (8° arr1).
- 1915. — de Rousiers (Paul) (O.. 4fc), professeur à l’Ecole des Sciences politiques, 12, rue de Bourgogne (7e arr1).
- Secrétaires généraux.
- 1916. — de Fréminville (Charles) (ifc), Ingénieur des Arts et Manufactures, 18, rue Pierre-Curie (5e arr*).
- 1906. — Wery (Georges) (O. ifc), Ingénieur agronome, directeur honoraire de l’Institut national agronomique, 6, rue Joseph-Bara (6e arr*).
- Trésorier.
- 1906. — Alby (O. 3fc), ancien Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, 55, boulevard Lannes (16e arr1).
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION (l93i). — JANVIER 1931.
- Année de l’entrée au Conseil.
- 1915.
- 1924.
- 1903.
- 1887.
- 1891.
- 1906. 1923.
- 1926. -
- 1928. -
- 1930. -
- 1930. -
- 1891. -1898. -
- 1900. -1906. -
- Censeurs.
- - de Bousiers (Paul) (O. ijfc), professeur à l’École des Sciences poli-
- tiques, 12, rue de Bourgogne (7e an4).
- - Herrenschmidt (Jacques), fabricant de cuirs teints, 138, rue de
- Courcelles (17e arr4).
- Commission des Fonds.
- - Lafosse (H.) (CL membm de. L’Académie d’Agriculture, Inspec-
- teur général des Eaux et Forêts, Président, 61, rue de Yaugirard (6° arr4).
- - Pereire (Henry), Ingénieur des Arts et Manufactures, vice-président
- honoraire de la Compagnie des Chemins de fer du Midi, 33, boulevard de Courcelles (8e arr1).
- - d’Eichthal (Eugène), membre de l’Institut, vice-président de la
- Compagnie des Chemins de fer du Midi, directeur de l’Ecole des Sciences politiques, 144, boulevard Malesherbes (17e arr1).
- • Alby (O. ifc), ancien Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées,
- 55, boulevard Cannes (16e arr4).
- • Cornu-Thénard (André) (^), ancien Ingénieur des Manufactures
- de l’Etat, professeur à l’École nationale supérieure des Mines, 6, place Saint-Sulpice (6e arr4).
- Jurien de la Gravière (Pierre), ancien officier de marine, admi-
- nistrateur de la Société centrale de Dynamite et de la Compagnie de Châtillon, Commentry etNeuves-Maisons, 105, avenue Henri-Martin (16e arr4).
- Heurteau (Charles) (O. Ü), Ingénieur des Mines, président de
- la Peilarroya, administrateur du P. O. et de la Compagnie de Maries, 1, avenue Victor-Emmanuel III (8e arr4).
- Watier(Henry) (C. Ü), Inpecteur général des Ponts et Chaussées,
- conseiller d’État, directeur des Ports maritimes et des Voies navigables, 16, quai de la Mégisserie (1er arr4).
- Cartault (Paul) (•&, Q, (g>), docteur en droit, licencié ès lettres, diplômé de l’École des Sciences politiques, avocat au Conseil d’État et à la Cour de Cassation, 15, rue Duroc (7e arr4).
- Comité des Arts mécaniques.
- Sauvage (0. ^), Inspecteur général des Mines, en retraite, Président,, 14, rue Eugène-Flachat (17e arr4).
- Masson (L.) (O. ^), ingénieur civil, directeur en congé hors cadre du Conservatoire des Arts et Métiers, 22, rue Alphonse-de-Neuville (17° arr1).
- Walckenaer (C. ^), Inspecteur général des Mines en retraite, 218, boulevard Saint-Germain (7e arr4).
- Lecornu (Léon) (C. ifc), membre de l’Institut, Inspecteur général des Mines, professeur à l’Ecole polytechnique, 3, rue Gay-Lussac (5e arr4).
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT EN 1931. 5
- Année
- de l'entrée
- au Conseil.
- 1913. — Dantzer (James) (O. a&), ingénieur, professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers, 17, avenue Sainte-Foy, à Neuilly-sur-Seine (Seine).
- 1916. — de Fréminville (Charles) (i^), Ingénieur des Arts et Manufactures, 18, rue Pierre-Curie (5e arr1).
- 1918. — Guillery (^), administrateur-délégué des Établissements Malicet et Blin, 111, rue de Flandre (19e arr').
- 1922. — Koenigs (Gabriel) (C. ifc), membre de l’Institut, professeur de mécanique à la Sorbonne et au Conservatoire national des Arts et Métiers, directeur du Laboratoire de Mécanique de la Faculté des Sciences de Paris, 77, rue du Faubourg-Saint-Jacques (14e arr').
- 1922. — Androuin (M.-J.) (%, O.O), ingénieur-conseil, 44, rue Dombasle (15e arr').
- 1924. — Sabouret (Victor) (0. ^), Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées,
- en retraite, Ingénieur en chef honoraire de la Compagnie du Chemin de fer d’Orléans, 3, square de La Tour-Maubourg (7e arr1).
- 1925. — Ernault (Henri) (ifc), Ingénieur des Arts et Manufactures, ancien
- président du Syndicat des Industries mécaniques de France, 169, rue d’Alésia (14e arr1).
- 1925. — Dumanois (Paul) (0. tfc, I. O)- Ingénieur en chef de la Marine (C. R.), Inspecteur général de l’Aéronautique, directeur des Services techniques de l'Office national des Combustibles liquides, 17, rue Darcel, Boulogne-sur-Seine (Seine).
- 1927. — F ieux (Jean) ($£), ingénieur-conseil aux Etablissements Schneider et CIe, 11, rue Valentin-IIaüy (15e arr').
- 1927. — Postel-Vinay (Marcel) (ifc), ingénieur, administrateur-délégué de la Société des Appareils de Levage, 2, avenue de Villars (7e arr').
- 1930. — Brillié (Eugène), Ingénieur des Arts et Manufactures, conseil aux Etablissements Schneider et C10, 111, boulevard Saint-Michel (5e arr').
- Comité des Arts chimiques.
- 1885. — Le Chatelier (Henry) (G. 0. afc), membre de l’Institut, Inspecteur général des Mines, Président, 75, rue Notre-Dame-des-Champs (6e arr').
- 1900. — Bâclé (0. $£), Ingénieur civil des Mines, 96, rue de la Victoire (9e arr').
- 1907. — Guillet (C. ^), membre de l’Institut, professeur au Conservatoire
- national des Arts et Métiers, directeur de l’Ecole centrale des Arts et Manufactures, 1, rue Montgolfier (3e arr').
- 1908. — Bertrand (Gabriel) (O. #), membre de l’Institut, professeur à la
- Faculté des Sciences et à l’Institut Pasteur, 61, boulevard des Invalides (7e arr*).
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION (l93l).
- JANVIER 1931.
- Année de l'entrée au Conseil.
- 1911. — Trillat (A.) (C. %), chef de Service à l’Institut Pasteur, 25, rue
- Dutot (15e arr1).
- 1912. — Delloye (Lucien) (O. $£), directeur général des Glaceries delà Cie de
- Saint-Gobain, 1, place des Saussaies (8e arr1).
- 1913. — Loebnitz (J.) (C. ^), fabricant de faïences artistiques, 4, rue Pierre-
- Levée (11e arr').
- 1917. — Chesneau (Gabriel) (G. ifc), Inspecteur général des Mines, directeur honoraire de l’Ecole nationale supérieure des Mines, 17, rue de Bourgogne (7e arr1).
- 1921. — Charpy (Georges) (O. &), membre de l’Institut, professeur à l’École polytechnique, 123, rue de Lille (7e arr1).
- 1924. —Jossier (Gabriel) (i&), Ingénieur des Arts et Manufactures, président de la Chambre syndicale des Cuirs et Peaux de Paris, 19, rue Béranger (3e arr1).
- 1927. — Fleurent (C. ijfc, Cl), professeur au Conservatoire national des
- Arts et Métiers, directeur de l’Office des Produits chimiques et pharmaceutiques, 65, route de Croissy, Le Vésinet (Seine-et-Oise).
- 1928. — Portevin (Albert), Ingénieur des Arts et Manufactures, professeur
- suppléant et chef des travaux de métallurgie à l’École centrale des Arts et Manufactures, professeur à l’Ecole supérieure de Fonderie, vice-président de la Société des Ingénieurs civils de France, 75, rue de Passy (16e arr1).
- 1928. — Pascal (Paul) (ifc), correspondant de l’Institut, professeur à la Sorbonne et à l’École centrale des Arts et Manufactures, Laboratoire de Chimie minérale de la Sorbonne, 1, rue Victor-Cousin (5e arr4).
- 1928. — Waiil (André) (i^, 1. Cl), lauréat de l'Institut, professeur au Conser-
- vatoire des Arts et Métiers, [ibis, boulevard Cotte, Enghien-les-Bains (Seine-et-Oise).
- 1929. — Jolibois (Pierre) (ïfe, ^), docteur ès sciences physiques, professeur
- à l’Ecole nationale supérieure des Mines, 10, rue Dupont-des-Loges (7e arr').
- 1930. — Dubrisay (Bené) (ifc, |>), Ingénieur en chef des Manufactures de
- l’Etat, docteur ès sciences, professeur de chimie générale au Conservatoire national des Arts et Métiers, examinateur à l’École polytechique, 37, rue Vaneau (7e arr1).
- Comité des Arts économiques.
- 1909. — Renard (Paul) (O. ifc), lieutenant-colonel du Génie territorial, Président, 8 bis, rue de l’Eperon (6° arr1).
- 1897. — Lyon (C. vice-président du Conseil d'Administration de la Société Pleyel, 252, rue du faubourg Saint-Honoré (8e arr1). 1909. — Bordas (Dr F.) (C. i&), professeur suppléant au Collège de France, 58, rue Notre-Dame-des-Champs (6° arr1).
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- CONSEIL d’aD.MIXISTRATON DE LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT EN 1931.
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- Année de l’entrée an Conseil.
- 1910. — Féry (i&), professeur honoraire de l’Ecole municipale de Physique et de Chimie, 28, rue de l’Arbalète (5° arr*).
- 1915. Arnould (Pierre) (O. i&), ingénieur-conseil, commissaire expert du Gouvernement pour l’examen des contestations en douane, 15, rue Duguay-Trouin (6e arr4).
- 1919. — Delage (Gustave) (O. ^), lieutenant de vaisseau de réserve, président-délégué delà SociétéNieuport-Astra, 46, boulevard Gallieni, àIssy-Ies-Moulineaux(Seine),etdela Société aériennehordelaise. 1919. — Rey (Jean) (C. i&), membre de l’Institut, Ingénieur civil des Mines, administrateur-directeur des Anciens Etablissements Sautter-Harlé, 20, avenue de Suffren (15“ arr1).
- 1922. — Ferrié (Général G. A.) (O. #), membre de l’Institut, commandant supérieur des Troupes et Services de Transmissions, 2, square de La Tour Maubourg (7e arr1).
- 1925. — Carpentier (Jean) (i^), administrateur-délégué de la Société « Ate-
- liers J. Carpentier », 34, rue Guynemer (6e arr1).
- 1926. — Garnier (Maurice) (O. I. 0), Ingénieur général de l’Artillerie
- navale, sous-directeur central de l’Artillerie navale au Ministère de la Marine, 10, rue Valentin-IIaüy (15e arr4).
- 1927. — Pineau (Louis) (O. ifc), directeur de l’Office national des Combus-
- tibles liquides, 37, avenue Duquesne (7e arr4).
- 1928. — Lequeux (Raoul) (#), Ingénieur des Arts et Manufactures, ingé-
- nieur-constructeur de matériel de laboratoire, 64, rue Gay-Lussac (5e arr4).
- 1929. — Gaumont (Léon) (O. ifc), président d’honneur de la Société Gau-
- mont, Franco-Film, Aubert, 39, avenue Victor-Hugo, Paris (16e arr1).
- 1930. — Janvier (Marie-Charles), lieutenant-colonel d’artillerie honoraire,
- 137, avenue Malakoff(16e arr4).
- 1930. — Nessi (André) (ifc, ü), Ingénieur des Arts et Manufactures, constructeur d’appareils de chauffage par l’eau et la vapeur, 6, boulevard Richard-Lenoir (11e arr4).
- 1930. — Fabry (Charles) (O. ^), membre de l’Institut, professeur à la Sorbonne et à l’Ecole polytechnique, directeur de l’Institut d’Optique, 150, avenue du Maine (14e arr4).
- Comité d’Agriculture.
- 1917. — Mangin (Louis) (C. #), membre de l’Institut et de l’Académie d’Agriculture, directeur du Muséum national d’IIistoire naturelle, Président, 57, rue Cuvier (5e arr4).
- 1901. — Ringelmann (O. ijfc), Ingénieur agronome, membre de l’Académie d’Agriculture, directeur de la Station d’Essais de Machines, 2, avenue de Saint-Mandé (12e arr4).
- 1901. — Hitier (Henri) (O. ^), Ingénieur agronome, secrétaire perpétuel de l’Académie d’Agriculture, membre du Conseil supérieur de
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION (l93l). — JANVIER 1931.
- Année de l’entrée au Conseil.
- l'Agriculture, professeur à l’Institut national agronomique, 6, rue du Général-Foy (8e arr4).
- 1905. — Schribaux (E.) (C. Ifc), Ingénieur agronome, membre de l’Académie
- d’Agriculture, 140 bis, rue de Rennes (6e arr1).
- 1906. — Wery (Georges) (O. $fc), Ingénieur agronomie, membre de l’Aca-
- démie d’Agriculture, directeur honoraire de l’Institut national agronomique, 6, rue Joseph-Bara (6e arr1).
- 1907. — Dabat (Léon) (G. O. %), membre de l’Académie d’Agriculture, direc-
- teur général honoraire des Eaux et Forêts, conseiller-maître honoraire à la Cour des Comptes, 48, boulevard de La Tour-Maubourg (7e arr1).
- 1916. — Viala (Pierre) (C, $»), membre de l’Institut et de l’Académie
- d’Agriculture, professeur à l’Institut national agronomique, Inspecteur général de la Viticulture, 35, boulevard Saint-Michel (5e arr4).
- 1917. — Moussu (G.) (i&), membre de l’Académie d’Agriculture, professeur
- à l’ücole vétérinaire d’Alfort, à Alfort (Seine).
- 1922. — Kayser (Edmond) (O. >&), directeur honoraire du Laboratoire de Fermentation à l’Institut national agronomique, 9 bis, rue d’Assas (6e arr4).
- 1926. — Brunehant (Louis) (O. %), agriculteur, 19, boulevard Pasteur,
- Soissons (Aisne).
- 1927. — Roux (Eugène) (G. O. ^), docteur ès sciences, directeur de l’Institut
- des Recherches agronomiques, 42, rue de Bourgogne (7e arr4). 1929. — Nomblot (Alfred) (C. C. j§), député de la Seine, président de la Chambre d’Agriculture de la Seine, membre du Conseil supérieur de l’Agriculture, secrétaire général de la Société nationale d’Horticulture de France, horticulteur, 146, Grande rue, Bourg-la-Reine (Seine).
- 1929. — Prudhomme (ümile) (O. ^), Ingénieur agronome, directeur de l’Institut national d’Agronomie coloniale, professeur à l’Institut national agronomique, 10, rue de Fontenay, Nogent-sur-Marne (Seine).
- 1929. — Rémond (Georges) (^), président de ^Association générale des
- Producteurs de Blé et de la Chambre d’Agriculture de Seine-et-Marne, 60, rue de Vaugirard(6e arr4).
- 1930. — Alquier (Jules) (O. i&), directeur de la Station centrale de Recherches
- sur l’Alimentation à l’Institut des Recherches agronomiques, secrétaire général de la Société scientifique d’Hygiène alimentaire, 16, rue de l’Estrapade (5e arr4).
- 1930. — Caziot (Pierre) (O. ^), Ingénieur agronome, membre de l’Académie d’Agriculture, expert près le Tribunal de la Seine, 2, rue Borghèse, Neuilly-sur-Seine (Seine).
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT EN 1931. 9
- Année de l'entrée au Conseil.
- 1907.
- 1903.
- 1908.
- 1908.
- 1908.
- 1916.
- 1919.
- 1924.
- 1923.
- 1926. -
- 1927.
- 1927. • 1927.
- 1927. -1930. -
- Comité des Constructions et des Beaux-Arts.
- Mesnager (A.) (C. ifc), membre de l’Institut, Inspecteur général des Ponts et Chaussées en retraite, Président, 182, rue de Rivoli (1er arr4).
- Maes (Georges) (%), manufacturier, 43, rue de Courcelles (8e arr‘).
- Hersent (Georges) (G. ifc), Ingénieur des Arts et Manufactures, 60, rue de Londres (8e arr1).
- Bourdel (Joseph) (O. ifc), imprimeur-éditeur, ancien juge au Tribunal de Commerce, 10, rue Garancière (6e arr').
- d’Allemagne (Henry) (O. #), archiviste-paléographe, bibliothécaire honoraire de l’Arsenal, 30, rue des Mathurins (8e arr1).
- Taillefer (André) (ijfc), ancien élève de l’Ecole polytechnique, docteur en droit, avocat à la Cour de Paris, président de l’Association française pour la Protection de la Propriété industrielle, 213 bis, boulevard Saint-Germain (7e arr1).
- Magne (Marcel) (O. #), professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers, conseiller technique de l’Exposition internationale des Arts décoratifs de Paris 1923, 34, quai de Béthune (4e arr').
- Feret (René) (O. ^), ancien élève de l’Ecole polytechnique, chef du Laboratoire des Ponts et Chaussées, à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais).
- Colmet Daage (Gaston) (O. ¥), Inspecteur général des Ponts et
- Chaussées, en retraite, 198, boulevard Saint-Germain (7e arr').
- Lumière (Louis) (C. iJSf), membre de l’Institut, 136, boulevard Bineau, Neuilly-sur-Seine (Seine).
- Michel-Schmidt (Maurice) (#, #, §, ®), Ingénieur des Arts et Manufactures, entrepreneur des travaux d’extension du port du Havre, 183, boulevard de Strasbourg, Le Havre (Seine-Inférieure).
- Schneider (Charles) (ifc), artiste, maître de verrerie, 79, avenue du Chemin-de-fer, Epinay-sur-Seine (Seine).
- Saupique (Georges) (i$fc), sculpteur, membre du Jury à l’Exposition des Arts décoratifs de Paris 1923, 103, rue Notre-Dame-des-Champs (6e arr1).
- Bechmann (Lucien) (^, Ji), architecte diplômé par le Gouvernement, 23, rue du Conseiller-Collignon (16e arr1).
- Séjourné (Paul) (G. O. i£), membre de l’Institut, Inspecteur général des Ponts et Chaussées, conseil de la Ci0 P. L. M., 82, rue Notre-Dame-des-Champs (6e arr4).
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- CONSEIL DADMINISTRATION (193-1 ). —- JANVIER 1931.
- Année de l’entrée au Conseil.
- 1892.
- 1897.
- 1897. 1910.•
- 1913.
- 1915.
- 1924.
- 1924.
- 1924.
- 1924.
- 1925.
- 1925.
- 1926.
- 1927.
- 1929.
- Comité de Commerce.
- Gruner (E.) (O. ifc), Ingénieur civil des Mines, vice-président du Comité central des Houillères de France, ancien président de la Société des Ingénieurs civils de France, Président, 8, rue César-Franck (15e arr1).
- Paulet (G.) (G. ifc), ancien conseiller d État, administrateur du Crédit foncier de France, 21, rue d’Ourches, à Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise).
- Dupuis (Ed.) (O. #), Ingénieur civil des Mines, 18, avenue Jules-Janin (16e arr1).
- Risler (Georges) (G. O. i&), membre de l’Institut, président du Musée social et de l’Union nationale des Fédérations d’organismes d’Habitations à bon marché, 115, avenue des Champs-Elysées (8e arr1).
- Richemond (Pierre) (C. üfc), ancien ingénieur-constructeur, président du Conseil d’administration du P. O., 49, rue Ampère (17e arr1).
- de Rousiers (Paul) (O. ^), professeur à l’École des Sciences politiques, 12, rue de Rourgogne (7e arr1).
- Roume (Ernest) (G. C. ^), gouverneur général honoraire des Colonies, 1, avenue Montaigne (8° arr1).
- Herrensciimidt (Jacques), fabricant de cuirs teints, 138, rue de Courcelles (17e arr1).
- Le Gesne (Julien) (G. #), négociant-exportateur, président de l’Union coloniale, administrateur de la Compagnie française de l’Afrique occidentale, vice-président de la section de Législation du Conseil supérieur des Colonies, 58, rue Saint-Lazare (9e arr1).
- Julhiet (Édouard) (O. ^), ingénieur-conseil à la Ranque de l’Union parisienne, 95, rue de Lille (7e arr1).
- Lacoin (Maurice) (^f), membre du Conseil supérieur de l’Enseignement technique, 5 bis, rue de Rerri (8e arr1).
- Lyautey(IL) (G. C. i|), maréchal de France, membre de l’Institut, 5, rue Ronaparte (6e arr1).
- Seryonnet (Hyacinthe) (ifc, I, #), Ingénieur des Arts et Manufactures, chef adjoint des Services des Ateliers de Machines du Chemin de fer du Nord, 40, avenue Junot (18e arr1).
- Hardy (Georges) (^, Ü), ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé de l’Université, docteur ès lettres, ancien directeur de l’Enseignement en Afrique occidentale française et au Maroc, directeur de l’Ecole coloniale, 2, avenue de l’Observatoire (6e arr1).
- Chevalier (Auguste), (O. ^), professeur au Muséum national d’Histoire naturelle, directeur du Laboratoire d’Agronomie coloniale, chef de la Mission permanente d’Agriculture au Ministère des Colonies, secrétaire général de l’Association Colonies-Sciences, 57, rue Cuvier (5e arr*).
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- MEMBRES HONORAIRES DU CONSEIL DE LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT EN 1931. 11
- Commission du Bulletin.
- MAI. de Fréminville, Wery, secrétaires généraux; Lafosse, Jurien de la Grayière, Sauvage, AIasson, Bâclé, Chesneau, Renard, Arnould, Ringelmann, Dabat, Colmet Daâge, Bourdel, de Rousiers, Herrenschmidt.
- Agent général de la Société.
- Année <Ie Feutrée <lu Conseil.
- 1912. — Lemaire (Eugène) ($$», ^), Ingénieur des Arts et Alanufactures, 44, rue de Rennes (6e arr1). — Téléphone : Littré-55-61.
- MEMBRES HONORAIRES DU CONSEIL Bureau.
- 1901. — IIitier (Henri) (O. i&), Ingénieur agronome, professeur à l’Institut national agronomique, secrétaire perpétuel de l’Académie d’Agriculture (secrétaire général), 6, rue du Général-Foy (8e arr1).
- Comité des Arts mécaniques.
- 1897. — Barbet (O. 4&), ingénieur, 47, rue de Liège (8e arr1).
- Comité des Arts chimiques.
- 1889. — Vieille (G. O. ijfc), membre de l’Institut, 16, avenue Pierre-Ior-de-Serbie (16° arr1).
- 1925. — AIichelin (André) (ifc), Ingénieur E. C. P., président de l’Aéro-Club de France, membre du Conseil de Direction du Comité français des Expositions, membre du Conseil supérieur de la Natalité, membre du Comité des Travaux publics pour l’Amélioration du Réseau routier, 105, boulevard Pereire (17e arr1).
- 1925. — Iyestner (Paul), ingénieur, 24, rue Barbet-de-Jouy (7e arr1).
- Comité des Arts économiques.
- 1910. — Marre (O. i&), ingénieur-mécanicien, 72, boulevard de Courcelles (17e arr1).
- 1916. — Legouëz (Ravnald) (C. ^), Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, membre de la Chambre de Commerce de Paris, 25, rue Alolitor (16e arr1).
- 1922. — Breton (Jules), ancien sénateur, membre de l’Institut, directeur de l’Office des Recherches scientifiques et industrielles et des Inventions, 81 bis, boulevard Soult (12e arr1).
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION (l93l). — JANVIER 1934.
- Comité des Constructions et des Beaux-Arts.
- Année de
- la nomination.
- 1911. — Bertrand de Fontviolant (O. ijfc), professeur à l’École centrale des Arts et Manufactures, Les Acacias, Vaucresson (Seine-et-Oise).
- Comité de Commerce.
- 1899. — Lévy (Raphaël-Georges) (O. ^), membre de l’Institut, 3, rue de Noisiel (16e arr1).
- MEMBRES CORRESPONDANTS
- Comité des Arts mécaniques.
- Correspondant français.
- 1913. — Schubert (Adrien) (%, 1,#), Ingénieur des Arts et Manufactures, 6, rue Fourcroy, Paris (17e arr1).
- Correspondant étranger.
- 1923. — Legros (Lucien-Alphonse), M. Inst. C. E., O. B. E., ingénieur-conseil, 23, Cumberland Park, Acton, Londres, VV. 3 (Angleterre).
- Comité des Arts chimiques.
- Correspondant français.
- 1919. — Zuber (Louis), industriel, Rixheim (Haut-Rhin).
- Correspondants étrangers.
- 1906. — Hadfield (Sir Robert Abbott), membre de la Royal Society, D. Sc., D. Met., membre correspondant de l’Académie des Sciences de Paris, steel manufacturer, 22, Carlton House Terrace, London, S. W. 1 (Angleterre).
- 1922. — Hauser (Enrique), Ingénieur des Mines, membre de l’Académie royale des Sciences de Madrid, président de la Commission espagnole du Grisou, ancien président de la Société espagnole de Physique et Chimie, professeur-chef du Laboratoire de Chimie industrielle de l’École des Mines et du Laboratoire Gomez Pardo, 33, rue Zorrilla, à Madrid 14° (Espagne).
- 1922. — Sauveur (Albert) (#, ®), ingénieur métallurgiste, membre de l’Amerioan Academy of Arts and Sciences, membre honoraire de la Société des Ingénieurs sortis des Écoles de Liège, président du Salon français de Boston, professeur de métallurgie et de métallographie à l’Université Harvard, Harvard University, Cambridge, Mass. (U. S. A.).
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- MEMBRES CORRESPONDANTS DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT EN 1931.
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- Année de la nomination.
- 1922. — Mrazec (L.), professeur de minéralogie, directeur de l’Institut géologique de Roumanie, membre de l’Académie roumaine, chaussée KiselefT, 2, Bucarest (Roumanie).
- Comité des Arts économiques.
- Correspondants français.
- 1919. — Chal^ teau (Dr Claude) (ifc), sénateur, docteur-médecin, 242, boulevard Saint-Germain, Paris (7e arr*).
- 1919. — Férol (Comte Jean-Emile de), administrateur-délégué de la Société française d’incandescence par le Gaz (Système Auer), 21, rue Saint-Fargeau, Paris (20° arr1).
- 1919. — Visseaux (Jacques), industriel, 88 et 90, quai Pierre-Scize, Lyon (Rhône).
- Correspondants étrangers.
- 1890. — Eliiiu-Thomson (O. ijfc), A. M. (Yale Universitv). D. Sc. (Harvard University), Consulting engineer, electrician, member of Corporation, Mass. Institute of Technology, Cambridge, Mass., General Electric Company, Lynn, Mass., 22, Monument Avenue, Swampscott, Mass. (U. S. A.).
- 1913. — Guillaume (Charles-Edouard) (O. ifc), correspondant de l’Institut de France (prix Nobel), physicien, directeur du Rureau international des Poids et Mesures, Pavillon de Rreteuil, Sèvres (Seine-et-Oise).
- 1920. — Tzitzeica (Georges), commandeur de la Couronne de Roumanie, docteur ès sciences de Paris, vice-président de l’Académie roumaine, secrétaire général de la Société roumaine des Sciences, membre du Conseil permanent de l’Instruction publique, doyen de la Faculté des Sciences de Bucarest, 82, Strada Dionisie, Bucarest (Roumanie).
- 1920. — Torres y Queyedo, membre de l’Académie royale des Sciences de Madrid, directeur du Laboratorio de Automatica de Madrid, membre correspondant de l’Institut de France, Yalgame Dios, 3, Madrid (Espagne).
- Comité d’Agriculture.
- Correspondants français.
- 1890. — Milliau (Ernest) (^, §), expert des tribunaux, correspondant de l’Académie d’Agriculture, directeur du Laboratoire d’Essais techniques, 30, rue Sainte, Marseille (Bouches-du-Rhône).
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION (l93l) — JANVIER 1931.
- Année de la nomination.
- 1907. — Monicault (Pierre de) (J), député, Ingénieur agronome, membre de l’Académie d’Agriculture, agriculteur, 9, rue Jean-Goujon, Paris (8e), et à Versailleux (Ain).
- 1919. — Simon (Albert) (O. C. ®), président de la Chambre de Commerce de Cherbourg, administrateur-délégué de la Banque de France, président du Conseil d’administration de la Société anonyme des Etablissements Simon frères à Cherbourg, industriel, 45, rue de l’Alma, Cherbourg (Manche).
- Comité des Constructions et des Beaux-Arts.
- Correspondants français.
- 1913. — Couturaud (Pierre) (|5), Ingénieur des Arts et Manufactures, administrateur-délégué delà revue Chaleur et Industrie, 5, rue Michel-Ange, Paris (16e arr*).
- 1925. — Leinekugel le Cocq (G.) (O. #), Ingénieur hydrographe en chef de la Marine de réserve, Etablissements métallurgiques G. Leinekugel le Cocq et Fils, à Larché (Corrèze).
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- BULL. DE LA SOCIÉTÉ d’eXCOURAG. POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- JANVIER 19311
- LA COMBUSTION ET LA DÉTONATION DES MÉLANGES GAZEUX.
- LES « ANTIDÉTONANTS »
- par M. Paul Laffitte, docteur es sciences, chargé de cours à la Faculté des Sciences de Xancy.
- INFLAMMATION. COMBUSTION. DÉTONATION.
- Il y a fort longtemps que les phénomènes de combustion ont fait l’objet de recherches expérimentales. Sans remonter jusqu’à l’origine de la production du feu, on peut rappeler que c’est un concours proposé par l’Académie des Sciences en 1764, pour l’éclairage des rues de Paris, qui a été le point de départ des recherches de Lavoisier sur les phénomènes de combustion et d’oxydation qui l’ont conduit aux découvertes d’où est issue la chimie moderne. Ce sont encore des études sur la combustion qui sont à l’origine des travaux de Sainte-Claire Deville sur la mécanique chimique.
- Depuis quelques années, les recherches sur la combustion se sont multipliées. Leur buta été surtout l’étude des phénomènes physico-chimiques ayant lieu dans les moteurs à explosion et aussi l’explication de certaines particularités qui se produisent lors du fonctionnement de ces moteurs-‘h C’est précisément le cas des recherches sur le phénomène du choc et sur les antidétonants que nous exposerons après avoir rappelé quelques notions indispensables pour la compréhension de ces questions.
- Pour faire brûler un mélange gazeux, il faut porter — par un artifice quelconque (flamme, étincelle électrique, surface chaude, compression, etc.) — un point de sa masse à une température suffisamment élevée. Cette température s’appelle la température d’inflammation du mélange gazeux. Elle dépend, bien entendu, de la nature et de la composition du mélange. Mais, en outre, elle est encore fonction de sa pression, de sa chaleur spécifique, de sa conductibilité calorifique, c’est-à-dire de propriétés caractéristiques du mélange. Mais elle est aussi fonction de propriétés indépendantes de celui-ci, comme la nature et la surface des parois, le volume du récipient, etc. On conçoit que la température d’inflammation dépendant d’un si grand nombre de facteurs doive varier suivant les conditions où l’on se trouve. Aussi, théoriquement, n’est-elle pas une grandeur physique parfaitement bien déterminée. Pratiquement, cependant, si l’on opère dans des conditions qui ne soient pas trop différentes les unes des autres, on obtient des résultats constants, de sorte que la notion de température d’inflammation conserve une précision très suffisante dans la pratique.
- Parmi les méthodes de détermination des températures d'inflammation, celle qui, dans la plupart des cas, donne les meilleurs résultats est la méthode dite du
- (1) L’Office national des Combustibles liquides a groupé un grand nombre de recherches sur ces questions. Nous adressons à M. Dumanois, directeur technique de cet office, tous nos remerciements pour l’intérêt si bienveillant qu’il a constamment porté à ces recherches, ainsi que poulies précieux conseils qu’il a si souvent eu l’occasion de nous donner lors des expériences faites en collaboration.
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- LES ANTIDÉTONANTS. — JANVIER 1931.
- pyromètre, due à Mallard et H. Le Chatelier (A)(2). Son principe est le suivant. On introduit brusquement le mélange combustible dans un récipient porté à une température donnée et où l’on a, au préalable, fait le vide. En recommençant l’expérience plusieurs fois, on peut déterminer une température au-dessous de laquelle le mélange ne s’enflamme jamais, et au-dessus de laquelle il y a toujours une flamme : c’est la température d’inflammation du mélange.
- Voici par exemple les températures d’inflammation des mélanges d’oxyde de carbone et d’air déterminées par cette méthode (Prettre et Laffitte) (B).
- CO p. 100 : 5,Go 11,40 13,90 19,80 21,90 32,40 38,80 42,45 54,35 62,75 64,00 75,10 86,45 92,90 Tempérât. : 659° 656° 654° 655° 656° 657° 656° 637° 665° 675° 677° 687° 709° 727°
- La méthode du pyromètre peut aussi servir pour la détermination des températures d’inflammation des mélanges d’air avec des vapeurs de combustibles liquides (sulfure de carbone, pentane, hexane, etc.). Mais, dans ce cas, on a souvent employé une méthode particulière due à Moore (C). On fait tomber une goutte de combustible dans un creuset de platine placé dans un cylindre d’acier maintenu à température constante. Un courant d’air, chauffé au préalable à la même température que le creuset, passe à vitesse constante à travers celui-ci. C’est par cette méthode que Moore a trouvé que la température d’inflammation de l’alcool éthylique dans l’air était de 518°, celle de l’éther éthylique de 347°, et celle du pétrole mexicain (d = 0,718) de 331°. Egerton et Gates (D) ont perfectionné celle méthode par laquelle ils ont non seulement étudié la température d’inflammation d’un grand nombre de mélanges combustibles, mais aussi l’influence de la présence de petites quantités de vapeurs de composés métalliques ou organiques sur la température d’inflammation.
- On sait qu’en général la combution d’un mélange gazeux ne comporte pas seulement une unique réaction d’oxydation. On admet aujourd’hui qu’il doit y avoir toute une série, une chaîne, de réactions. Ainsi, il y a longtemps que l’on a pu caractériser la formation d’eau oxygénée lors de la combustion de l’hydrogène dans la flamme du chalumeau oxhydrique. Différents auteurs ont, depuis longtemps déjà, caractérisé la présence d’aldéhydes et d’acides dans la combustion des hydrocarbures (E). Aussi a-t-on pensé qu’au moins dans certains cas, la combustion pouvait être amorcée par l’inflammation des corps intermédiaires qui prennent naissance et qui sont en général peu stables puisque ce n’est qu’assez difficilement qu’on arrive à les isoler. C’est ainsi que, pour ne citer qu’un seul exemple entre tant d’autres, Legler a — il y a près d’un demi-siècle déjà — isolé lors de la combustion de l’éther éthylique un peroxyde organique capable d’exploser violemment.
- Or Prettre. Dumanois et Laffitte (F) ont montré que les mélanges d’air et de pentane, dont les températures d’inflammation sont de l’ordre de 300°, sont susceptibles de s’enflammer à des températures bien plus basses, comprises entre 270° et 300°. Cette première inflammation s’explique très bien si l’on suppose que, dans cet intervalle de température, un composé intermédiaire combustible peut prendre naissance. En brûlant, ce composé intermédiaire enflammera le pentane. Au-dessus de 300°, il n’est plus capable de se former et le pentane ne s’enflamme plus, si ce
- (2) Les majuscules entre parenthèses renvoient aux références bibliographiques placées à la fin de ce mémoire.
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- COMBUSTION ET DÉTONATION DES MÉLANGES GAZEUX.
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- n’est à des températures bien plus élevées et par un autre mécanisme. Cette interprétation a d’ailleurs été confirmée par diverses expériences dans le détail desquelles nous ne pouvons entrer, faute de place. Je signalerai seulement que Mondain-Monval et Quanquin (G) ont caractérisé un peroxyde lors de la combustion du pentane, ce qui vient encore à l’appui de l'interprétation précédente.
- Une fois l’inflammation du mélange gazeux amorcée, la combustion se propage par conductibilité calorifique. Chaque tranche du mélange, en brûlant, échaulfe par conductibilité la tranche suivante; lorsque cette dernière a atteint sa température d’inflammation, elle brûle à son tour et ainsi de suite. C’est à ce mode de propagation de la combustion que correspond la déflagration du mélange gazeux.
- Mais, pour qu’une tranche gazeuse, en brûlant, puisse élever la température de la tranche suivante jusqu’à sa température d’inflammation, il faut que la quantité de chaleur dégagée par la combustion soit suffisante. Pour cela, le mélange doit avoir une teneur minima en gaz combustible; il faut aussi que la proportion d’oxygène soit suffisante. Par conséquent, la combustion ne se propagera que si la composition du mélange gazeux est comprise entre deux limites : ce sont les limites </’inflammabilité (limite inférieure et limite supérieure) du combustible dans l’air (ou dans l’oxygène). Ces limites s’expriment généralement par le pourcentage en volume du gaz combustible par rapport au volume total du mélange gazeux.
- Les limites d’inflammabilité ne peuvent être parfaitement définies que dans des conditions bien déterminées. C’est ainsi qu’elles dépendent non seulement de la pression et de la température du mélange gazeux initial, mais aussi — entre autres facteurs — de la forme et du volume du récipient de combustion et même du sens de propagation de la flamme (propagation horizontale, propagation verticale ascendante ou descendante). C’est cette très importante influence des conditions expérimentales qui explique la divergence des résultats obtenus par les divers expérimentateurs.
- Voici les limites approximatives d’inflammabilité de quelques mélanges formés par l’air avec un certain nombre de gaz ou de vapeurs combustibles :
- LIMITES n'iNFLAMMABIUTÉ
- (p. 100 dans l’air)
- Gaz.
- Hydrogène....
- Oxyde de carbone Sulfure de carbone
- Méthane........
- Éthane.........
- Propane .......
- Butane.........
- Pentane........
- Benzène .......
- Alcool méthylique Alcool éthylique .
- Éther éthylique .
- Pétrole........
- Mais il faut noter que ces limites s’élargissent considérablement lorsqu’on élève la température initiale du mélange gazeux (H). C’est ainsi que l’on peut facilement enflammer des mélanges d’hydrogène ou d’oxyde de carbone avec l’air tenant près
- 130p Année. — Janvier 1931. ~
- Inférieure. Supériei
- 5 74
- 12,5 74
- 1,9 35
- 5,3 14
- 3,2 12,5
- 2,4 9,5
- 1,9 8,5
- 1,4 8
- 1,9 8
- 6 —
- 3,5 19
- 1,7 —
- 1,5 —
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- Les ANTlbËTONANTS. —- JANVIÉït 1931.
- de 95 p. 100 de l’uii de ces gaz. Une augmentation de la pression a, en général, la même influence.
- Si donc on enflamiiie un mélange dont la composition est comprise entre les limites d’inflammabilité, la combustion se propagera à toute la masse par le mécanisme de conductibilité calorifique que nous avons vu. La vitesse de Cette propagation peut se mesurer par des méthodes chrono-électriques ou bien par une méthode d’enregistrement photographique imaginée par Mallard et H. Le Chate-lier (À). Le principe de cette méthode est le suivant. Un appareil photographique est disposé en face du tube de verre horizontal dans lequel se propage la combustion. La plaque est fixée sur un cadre vertical à coulisses le long duquel elle tombe en chute libre. Elle déclenche l’allumage électrique du mélange gazeux au moment de son passage devant l’objectif. La vitesse est donnée par la hauteur de chute de la plaque. L’image de la flamme qui parcourt le tube s’enregistre ainsi sur la plaque sous forme d’une ligne plus ou moins courbe. L’inclinaison de la tangente à cette courbe en un point donné permet de calculer la vitesse de propagation du phénomène explosif en ce point.
- t)ans les recherches récentes, le dispositif a été modifié, mais le principe reste le même : la plaque photographique mobile est remplacée par une pellicule sensible enroulée sur ün cylindre tournant pouvant être animé d’une grande vitesse (Dixon) (I), (Laffitte) (J).
- Mallard et Le Chatelier ont airlsi reconnu que, dans des conditions bien déterminées, la combustion pouvait se propager à une vitesse uniforme. Cette vitesse dépend de la nature des parois du tube, et varie très notablement avec son diamètre. Elle est en général de l’ordre de quelques mètres par seconde, mais ne dépasse jamais 20 m:sec. Les chiffres suivants, dus à Masson (K), sont relatifs à des mélanges d’air et de carbures saturés.
- Vitesse de déflagration d’hydrocarbures saturés mélangés ù l’air.
- Garbures................. CH* C2H<5 G*H*<> G6H1-
- Pourcentage de carbure. . 9,52 6,53 4,71 3,66 2,92
- Vitesse (cm:sec.)........ 66,6 85,6 82,1 82,6 83
- C’est sous des pressions initiales supérieures à la pression atmosphérique que l’on a observé les vitesses les plus élevées (Egerton et Gates) (L).
- Mélange. Pression (atm.). Vitesse (m : sec.).
- CSH12 + O2 + 32 N2.................................. 5,3 20
- C2H2 -(- 2,5O2 + ION2............................... 5,3 12 à 13
- En 1881-1882, au cours de leurs expériences sur la vitesse de propagation des phénomènes explosifs dans les gaz, Berthelot et Vieille (M) d’une part, Mallard et Le Chatelier (N) d’autre part, mesurèrent des vitesses de beaucoup supérieures aux précédentes, ce que l’on n’avait jamais encore observé jusque-là. C’est ainsi qu’ils furent conduits à envisager un nouveau mode de propagation des phénomènes explosifs : la propagation par onde explosive à laquelle correspond la détonation du mélange gazeux. Le mécanisme de cette propagation est le suivant. Une tranche du mélange gazeux comprime en brûlant la tranche suivante dont la température s’élève ; lorsque cellé-ci a atteint lé point d’inflammation du mélange, cette tranche
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- COMBUSTION ET DÉTONATION DES MÉLANGES GAZEUX.
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- brûle à son tour et ainsi de suite. Dans l'onde explosive, il y a donc coexistence de deux phénomènes : un phénomène mécanique (l'onde de compression) et un phénomène chimique (l'onde de combustion).
- La vitesse de propagation de l’onde explosive (détonation) est considérablement plus grande que celle de la combustion ordinaire (déflagration). Cette vitesse est line grandeur physique bien déterminée pour un mélange donné. Elle ne dépend que de la nature et de la composition du mélange et non de la matière du tube qui le contient (verre, métal, caoutchouc, etc.) ou de l'épaisseur des parois de ce tube. Le diamètre du tube n’a d’influence appréciable que dans le cas des petits diamètres.
- Le tableau suivant donne la vitesse de l'onde explosive pour quelques mélanges gazeux :
- Vitesse de l'onde explosive pour quelques mélanges gazeux.
- 2112 + 0*. . • 2 H- + 40* . . G - II * + 0* . . C*l(* + 10O* . CtP + 2 0* . . CS*+ 3 0* . . 4 N 11* + 30* . C«ll« + 7,5 0* . C31P* -I- 8 0* . C*IU'01I + 3 0*
- Vitesse 'm:sce.).
- . 2.820 1.927 . 2.143
- 1.770 . 2.287
- . 1.800 . 2.390
- . 2.206 . 2.371
- . 2.350
- Ces vitesses ont été mesurées soit par une méthode d’enregistrement chrono-électrique (Berthelot et Vieille) soit par la méthode photographique (Mallard et Le Chatelier). Elles varient peu avec la pression et la température (Berthelot (M), Dixon (O), Laffitte (J), Egerlon et Gates (D).
- La seule comparaison des chiffres du tableau précédent avec ceux qui se rapportent à la propagation de la combustion ordinaire permet de se rendre compte que les effets de la détonation seront bien plus violents que ceux de la déflagration.
- D’ailleurs, un tube de verre de 12 mm de diamètre environ, et dont les parois ont 1 mm à 1,5 mm d’épaisseur est complètement pulvérisé par fonde explosive (CH4-b202 ou 2H2-+02), alors que reste intacte la partie du tube correspondant à la période de combustion précédant la détonation.
- Lorsqu’une onde explosive arrive à l’extrémité du tube dans lequel elle se propage, elle donne naissance à une onde de compression réfléchie qui se propage à une vitesse qui est du même ordre de grandeur que celle de l’onde explosive. Ainsi, dans le cas du mélange 2H2 + 2,5O2-h 3.6 N2, l’onde explosive a une vitesse de 2.100 m : sec. et l’onde de compression réfléchie une vitesse de 1.900 m : sec. 11 se forme également une onde de compression au moment de la naissance de fonde explosive. C’est Y onde rétrograde qui se propage en sens inverse de la détonation. Cette onde rétrograde peut, elle aussi, donner lieu à des ondes de réfl exion.
- Donc, lorsqu'il y a formation et propagation d’une onde explosive, cela entraîne généralement la formation et la propagation d’ondes de compression (ondes de choc) qui se propagent soit dans des gaz entièrement brûlés, soit dans des gaz dont la combustion n’est pas encore achevée. Mais dans certains cas, nous avons obtenu la formation et la propagation de telles ondes, même en l’absence d’une onde
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- LES ANTIDÉTONANTS. — JANVIER 1931.
- explosive, en particulier lorsque la longueur du tube était très légèrement inférieure (de quelques centimètres) à la longueur nécessaire à l’établissement de l’onde explosive. Ces ondes de compression ayant des vitesses du même ordre de grandeur, quoique légèrement inférieures à celles de l’onde explosive, ont des effets bien plus importants que la combustion ordinaire.
- LE PHÉNOMÈNE DU CHOC.
- Les considérations précédentes vont nous servir à interpréter les phénomènes chimiques qui se passent dans un moteur à explosion.
- On sait que, pour améliorer le rendement d’un tel moteur, on a intérêt à augmenter le taux de compression. C’est ce que montrent les chiffres du tableau suivant :
- Taux de compression : 4 5 0 7 8
- Rendement théorique : 42,6 47.5 31,2 54,0 30,5
- Ainsi, en augmentant le taux de compression de 4 à 5, le rendement théorique est accru de 11 p. 100. On l’accroît d’environ 20 p. 100 en augmentant le taux de compression de 4 à 6. Pratiquement, les rendements industriels sont inferieurs aux rendements théoriques, mais l’augmentation du rendement avec le taux décompression n’en subsiste pas moins. On a donc grand intérêt dans la pratique à augmenter ce taux de compression. Mais on est vite arrêté par le phénomène du choc (ou engnement du moteur). Ce phénomène se manifeste par un bruit métallique provenant du cylindre. 11 est d’autant plus intense que le taux de compression est plus élevé. Il a les très graves inconvénients, d’une part, de provoquer une diminution de la puissance du moteur et, d’autre part, de causer une usure anormale et rapide des pièces du moteur (piston et cylindre).
- L’aptitude au choc d’un carburant pour un moteur donné se définit généralement de la manière empirique suivante. On mesure la compression à laquelle le choc commence à devenir audible dans certaines conditions de température bien définies et en réglant l’inflammation et la compression du mélange de manière à obtenir le rendement le plus élevé. Ce n’est pas la compression maxima que l’on puisse utiliser, c’est plutôt la compression optima.
- Cette compression optima s’appelle le H. U. G. R. du combustible (highest use fui compression ratio, taux maximum de compression utile). Elle peut être déterminée à l’aide du moteur à compression variable de Ricardo. Le tableau suivant donne les H. U. C. R. de quelques combustibles liquides :
- Combustibles. , H. U C. R.
- Essence de pétrole
- Pentane.........
- Hexane..........
- Heptane.........
- Cvclohexane . . .
- Benzène ........
- Éther...........
- Alcool éthylique .
- 5
- 5,7
- 5
- 4 à 4,5
- 6
- 0,9
- 3,5 à 4 7
- La première question qui se pose est de savoir en quoi consiste le phénomène du choc. Dans certains cas, il peut être du à l’inflammation de la masse gazeuse
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- COMBUSTION ET DÉTONATION DES MÉLANGES GAZEUX.
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- avant que jaillisse l’étincelle. Cette inflammation prématurée est causée soit par la présence de points chauds, soit par auto-inflammation par compression adiabatique. Mais, dans ces cas d inflammation prématurée, l’allure du phénomène est différente et peut même être distinguée auditivement de ce qu elle est en général, le choc étant alors plus « mou » et moins « métallique ». D’ailleurs, certains combustibles, comme l’alcool méthylique, peuvent donner lieu à fauto-allumage et ne produisent cependant pas de choc.
- Aussi attribue-t-on généralement le choc à une autre cause : on suppose qu'il est dû à une détonation, c’est-à-dire qu’il y aurait formation et propagation d’une onde explosive au sein du mélange combustible contenu dans le cylindre. Pour pouvoir discuter cette affirmation, nous allons étudier rapidement quelles sont les circonstances de formation de l’onde explosive dans les mélanges gazeux.
- Les mélanges gazeux pour lesquels nous avons indiqué les vitesses de détonation donnent très facilement l’onde explosive. Un très grand nombre de mélanges se comportent de même. Mais il est des mélanges gazeux, en particulier les mélanges avec l’air (au lieu d’oxygène) qui donnent difficilement l’onde explosive. Ainsi Dixon n’a pu obtenir l’onde explosive dans des mélanges d’air et de vapeurs d'alcool ou d’éther, tandis que si on remplace dans le mélange l’air par de l'oxygène, l’onde explosive se forme facilement. Nous avons obtenu le même résultat négatif dans le cas de mélange d’air et de gaz d'éclairage, ou d'air et de méthane (23 p. 100).
- D’autre part, lorsqu’on enflamme un mélange combustible à l’aide d’une étincelle électrique, comme c’est le cas dans les moteurs, l’onde ne prend pas naissance aussitôt. Elle est précédée, sur un certain parcours, d’une combustion ordinaire dont la vitesse va en s’accélérant jusqu’au moment où naît l'onde explosive. Cette « longueur de combustion » est d’autant plus importante que le diamètre du tube est plus grand, comme le montrent les chiffres suivants relatifs à un mélange de sulfure de carbone et d’oxygène (CS2 h-3 O2) ( Laffitte) (J).
- Diamètre intérieur du tube (min) : 6,ri à 7 16 24 34 43 34
- Longueur de combustion (cm) : 48 32 38 84 103 131
- On voit que, dans un tube de 3 cm de diamètre, il faut plus d’un mètre pour que, dans le cas du mélange de sulfure de carbone et d’oxygène dans les proportions théoriques pour la combustion totale (c’est-à-dire non dilué dans un excès d'un des gaz ou dans de l’azote comme le serait un mélange avec l’air), l’onde explosive prenne naissance.
- Un autre facteur retarde la formation de l’onde explosive : c’est l'élévation de la température initiale du mélange comme on peut le voir d'après les chiffres suivants relatifs aux mélanges 2H2 -f- O2 et CH4 -h 2O'2 (Laffitte) (P).
- MÉLANGE 2 H1 -4- 0’ MÉLANGE CIP 4- 2 O1
- Température Longueur Température Longueur
- initiale. de combustion (cm). initiale. de combustion (cm).
- 15 60 15 55
- 120-130 73 160-180 74
- 160-180 78 290-310 90
- 300-320 l 340-360 ( Pas d’onde explosive (tube de 100 cm de longueur) 340-360 j Pas d’onde explosive (tube de 100 cm de longueur)
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- LES ANTIDÉTONANTS.
- JANVIER 1931.
- Il faut en outre noter que les effets de l’explosion sont moins intenses à température élevée qu’à la température ordinaire. D’une manière générale, l’élévation de température produit les mêmes effets qu’une dilution du même mélange gazeux par un gaz inerte.
- Nous venons de voir les facteurs qui retardent la formation de l’onde explosive. Nous allons envisager ceux qui la facilitent.
- On supprime complètement la période de combustion précédant la naissance de l’onde explosive lorsque qu’on amorce l’explosion du mélange gazeux par un explosif d’une puissance suffisante : fulminate de mercure, dynamite, etc. Dans ce cas, après une très courte période de 1 ou 2 cm, pendant laquelle l’onde explosive se forme à la faveur d’une onde de choc, la détonation se propage régulièrement à la vitesse uniforme qui caractérise le mélange étudié (CS2+ 3O2, 2H2 H-O2). Ce phénomène est très nettement mis en évidence lorsque l’on emploie la méthode d’enregistrement photographique (Laffitte) (J).
- D’autre part, on peut, non pas supprimer complètement, mais diminuer notablement la période de combustion précédant l’onde explosive : c’est lorsque l’on dispose de discontinuités sur la surface interne du récipient dans lequel se propage le phénomène explosif. Ainsi, dans le cas où l’on a deux tubes bout à bout, à l’endroit de la jonction de ces deux tubes, il y a une discontinuité qui peut provoquer la formation de l’onde explosive bien avant le point où elle aurait pris naissance si la surface du tube n’avait pas présenté de discontinuité. De même, si l’on met dans le tube une longue traînée de sable à gros grains, formant une suite ininterrompue d’aspérités, l’onde explosive se formera après une période qui se sera développée sur une faible longueur, 45 cm seulement (au lieu de 58) avec un tube de 23 mm de diamètre intérieur et dans le cas du mélange CS2-l-302 (Laffitte) (J).
- La formation de l’onde explosive est encore favorisée par une augmentation de la pression initiale du mélange gazeux. Ainsi, avec le mélange oxyhvdrique 2H2h-02, à la température ordinaire, dans un tube de 13 mm de diamètre, l’onde explosive se forme après les parcours suivants sous diverses pressions (Dumanois et Laffitte) (Q).
- Pression initiale (atmosphères) : 1 2 3 4 5 6 6,5
- Longueur de combustion (cm) : 70 60 32 44 35 30 27
- On voit qu’une augmentation de la pression initiale de 1 à 5 atm diminue de moitié la longueur de combustion précédant la naissance de l'onde explosive. Néanmoins, sous des pressions de 5 à 6 atm, la flamme doit encore parcourir une longueur appréciable avant que l’onde explosive puisse se former. Des résultats tout à fait semblables ont d’ailleurs été obtenus par Egerton et Gates (R) avec d’autres mélanges, par exemple avec ceux que l’on obtient en diluant le pentane et l’oxygène dans de l’azote (mélanges C5H12 -f- 8O2 H- 6N2 et C5H12 h- 802 -+- 15N2). Dans le cas de ces derniers mélanges, la longueur de la période de combustion précédant la formation de l’onde explosive est très importante, plusieurs décimètres, même sous des pressions voisines de 10 atm.
- De tous les résultats précédents on peut conclure que la formation d’une véritable onde explosive semble peu probable dans un moteur, la longueur du cylindre
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- combustion et détonation des mélanges gazeux.
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- étant trop faible. Mais on peut alors penser que si la détonation n’a pas le temps de s’amorcer, il est néanmoins possible d’avoir (sur une certaine longueur) propagation de la combustion à une vitesse qui va en s’accélérant, et qui dégénérerait en onde explosive si le cylindre était plus long. Cette période à vitesse accélérée (que nous avons désignée sous le nom de longueur de combustion) existe sur toutes les photographies obtenues lorsque Je mélange gazeux est allumé par une étincelle électrique, ce qui est le cas des moteurs à explosion (Laffitte) (J). Et cette vitesse accélérée prend — avant la naissance de Fonde explosive — des valeurs que l’on peut mesurer sur les photographies et qui sont de l’ordre, d’abord de plusieurs dizaines de mètres par seconde et ensuite de quelques centaines de mètres par seconde. Des vitesses de cet ordre peuvent, à partir d’une certaine valeur, suffire à expliquer le choc sans qu’il soit nécessaire de supposer la formation d’une onde explosive. De plus, comme nous l'avons vu, on peut, dans ces conditions, observer des ondes de compression ayant de grandes vitesses de propagation et pouvant donc avoir des effets importants.
- Egerton et Gates (L) ont conclu de leurs expériences que le choc pouvait être dù à une combustion d’un type vibratoire se propageant à des vitesses de l’ordre de quelques dizaines de mètres par seconde. Ils sont arrivés à ce résultat en enregistrant photographiquement la combustion de mélanges comprimés d’acétylène et l’air.
- En résumé, il faut conclure des résultats précédents que le choc dans les moteurs, à explosion n'est pas nécessairement associé à une détonation, mais plutôt à une combustion à grande vitesse de propagation, qui pourrait quelquefois être d'un type vibratoire.
- MOYENS MÉCANIQUES d’ÉLIMINEII LE CHOC.
- Tous les combustibles liquides n’ont pas les mêmes aptitudes à produire le choc puisque le II. U.C.R. varie suivant le combustible, toutes autres conditions étant les mêmes. Ainsi le benzène et ses homologues supérieurs sont parmi ceux dont le H. U. C. R. est le plus élevé. Aussi, une addition de benzène à l’essence diminue-t-elle la tendance au choc. Mais il faut que la quantité de benzène ajouté soit assez importante. Par exemple, avec une essence qui commence à produire le choc à la compression 4,5, il faudra ajouter 50 p. 100 de benzène (en volume) pour pouvoir élever la compression jusqu’à 6 sans avoir le choc. Or la production du benzène est fort limitée : elle n’est qu’une très faible fraction de la consommation de l’essence. Il a donc fallu chercher une autre solution.
- Celle-ci peut être une solution mécanique : est-il possible, en modifiant le moteur à explosion actuel, d’utiliser l’essence de pétrole en réalisant des taux de compression supérieurs à ceux utilisés actuellement, et cela sans que se produise le phénomène du choc?
- Ce peut être aussi une solution chimique : est-il possible, sans modifier le moteur actuel, d’employer un carburant, ou plutôt d’ajouter à l’essence de pétrole un corps qui supprime ou tout au moins diminue notablement son aptitude au choc ?
- Diverses solutions mécaniques ou physiques ont été proposées : allumages multiples (S), refroidissement (J), agitation des gaz (T), mais la plus intéressante est celle du piston à gradins imaginé par Dumanois (U) et dont le principe est le suivant. Lorsqu'une détonation se propage dans un tube dont le diamètre augmente
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- brusquement, à l’endroit de la discontinuité, l’onde explosive cesse de se propager et fait place à une combustion à vitesse de propagation bien plus faible (Laffitte) (Y). Ainsi, dans le cas du mélange CS2+ 3 O2, lorsqu’une onde explosive se propageant dans un tube de 7 mm de diamètre intérieur arrive dans un tube de 33 mm de diamètre, la vitesse de propagation du phénomène explosif tombe à la valeur moyenne de 780 m:sec. sur une distance de 30 cm, alors que la vitesse de propagation de l’onde dans le premier tube était de 1.800 misée. Ce phénomène s’explique très facilement. En effet, lorsque le front de l’onde arrive à l’endroit où le diamètre s’élargit, il y a une brusque détente et l’onde de compression ne peut plus entretenir l’onde explosive. Il est évident que si on n’a pas une onde explosive, mais une combustion à grande vitesse, une détente produira un effet analogue et réduira considérablement la vitesse de cette combustion. Donc, quelle que soit l’origine que l’on attribue au phénomène du choc, un tel dispositif dans un moteur ne peut que diminuer les chances du choc.
- Or Dumanois a modifié un moteur dans lequel les augmentations de section de la chambre à combustion étaient réalisées en pratiquant une série de gradins sur le fond du piston, à partir du point d’allumage et dans le sens de la propagation de la combustion. Avec un tel moteur, Dumanois a pu éliminer complètement le choc et atteindre la compression 6,4.
- LES ANTIDÉTONANTS.
- Avec la solution chimique il n’y aurait pas besoin de modifier le moteur actuel. Aussi est-ce à la recherche d’un corps pouvant être ajouté à l’essence de pétrole pour diminuer son aptitude au choc qu’ont été jusqu’à présent consacrés le plus d’efforts. Ces efforts ont abouti en 1922 à la découverte par Midgley (W) des antidétonants ou suppresseurs de choc. Parmi les corps proposés par Midgley, celui qui a le pouvoir antidétonant le plus intense est le plomb-tétréthyle Pb(C2H5)4. Depuis les travaux de Midgley, on a trouvé un grand nombre d’autres corps ayant des propriétés semblables, mais aucun au môme degré que le plomb-tétréthyle.
- On ajoute habituellement à l’essence une quantité de plomb-tétréthyle de l’ordre de quelques millièmes sous forme d'éthyle-fluide, qui est une solution à 33 p. 100 de plomb-tétréthyle dans un mélange de dibromure d’éthylène et de monochloro-naphtalène.
- Les corps ayant les meilleures propriétés anti-détonantes sont les composés organo-métalliques (plomb-tétréthyle, tellure-diéthyle, sélénium-diéthyle, étain-tétréthyle, etc.), puis des métaux carbonvles. Quelques produits organiques, comme les amines aromatiques, les phénols, les nitriles, la quinone, etc., ont des propriétés de suppresseurs de choc, mais à un degré bien moindre que les deux autres classes de corps. Des nombreuses recherches empiriques que l’on a faites pour trouver de nouveaux antidétonants, on a pu conclure que les composés métalliques arylés sont moins efficaces que les composés alcoylés. D’autre part, seuls les composés de métaux oxydables sont efficaces. Enfin, les composés dans lesquels le métal est directement uni à l’oxygène sont inefficaces.
- Une grande somme d’efforts a été dépensée pour étudier les propriétés des antidétonants et pour expliquer leur mode d’action. Nous allons essayer de résumer les résultats obtenus.
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- Influence des antidétonants sur Voxydation et l'inflammation. — On sait, depuis les remarquables travaux de Bone et de ses collaborateurs, qu’un certain nombre de gaz combustibles, et en particulier les hydrocarbures, s’oxydent lentement au-dessous de leur température d’inflammation. Cette oxydation lente se fait en plusieurs stades, au cours desquels les aldéhydes ont été caractérisées d’une manière certaine. Depuis, bien d’autres recherches ont été faites sur cette question, de sorte que les travaux de Bone et de ses collaborateurs ont été confirmés et étendus. Non seulement des aldéhydes et des acides ont été isolés, mais on a quelquefois pu caractériser des peroxydes (Mondain-Monval et Quanquain) (G) comme dans certaines combustions vives. D’autre part, en dessous de leur température d’inflammation, des mélanges d’air et de corps tels que l'éther sont lumineux dans l’obscurité (Perkin) (X). Prettre et Laffitte (Y) ont montré que cette luminosité avait lieu aussi pour des gaz tels que l’oxyde de carbone. Cette luminosité correspond à une oxydation lente des gaz combustibles. Elle a aussi été observée avec des mélanges d’air et d’un grand nombre de composés organiques hydrogénés (Gi 11, Mardles et Tett(Z), Mondain-Monval et Quanquin (AA) ; etc.).
- Lewis (AB) a étudié la combustion lente des carbures en chauffant progressivement le gaz combustible en présence d’air (ou d’oxygène) et en notant à chaque température, la pression correspondante. Il a ainsi tracé des courbes pression-température pour un certain nombre de carbures. Ces courbes présentent toutes un point d’inflexion à une température inférieure au point d'inflammation du carbure (respectivement 253° et 263° pour le pentane normal et l’isopentane). Mais en présence d’une petite quantité de plomb-létréthyle, la courbe, est absolument rectiligne et ne présente pas de point d’inflexion.
- Dumanois et Mondain-Monval (AC) ont obtenu des résultats analogues en opérant à des pressions initiales de quelques atmosphères : à des températures de l’ordre de 230° (pour le pentane), ils ont obtenu une brusque remontée de la courbe pre ssion-température (pour une pression de l’ordre de 10 atm).
- Le point d'inflexion de la courbe pression-température de Lewis et la brusque remontée de celle de Dumanois et Monval correspondent à la première inflammation du mélange gazeux signalée par Prettre, Dumanois et Laffitte (F). D’ailleurs, cette première inflammation des carbures, et en particulier du pentane. est retardée ou meme supprimée complètement par les antidétonants s’ils sont suffisamment puissants (plomb-tétréthyle). Dans le cas où l’antidétonant est, ou trop faible (benzène, étain-télréthyle) ou trop peu concentré, la température de première inflammation est augmentée et la vitesse* de propagation de la flamme diminuée. Un pro-délonant, ou contraire, produit l’effet inverse (Prettre, Dumanois et Laffitte) (AD).
- Mais, même à des températures plus basses que celle de la première inflammation, on a observé que les antidétonants retardaient l’oxydation des carbures. Ainsi Dumanois et Monval (AC), avec des mélanges riches en carbure (c’est-à-dire contenant une proportion de carbure supérieure à la quantité théorique pour la combustion complète) ont observé, vers 120o-130°, dans le cas du pentane. une brusque variation du coefficient angulaire de la droite qui représente l’augmentation de la pression en fonction de la température. Cette variation est dans un sens tel qu’elle correspond à une réaction ayant lieu avec diminution du nombre des molécules, ce qui ne peut être qu’une oxydation. Or, en présence de plomb-
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- tétréthyle, ce point singulier de 120°-130° est extrêmement atténué, ou même complètement supprimé.
- Egerton et Gates (P) ont obtenu par une autre méthode des résultats qui conduisent à une conclusion analogue. Ils envoyaient dans leur récipient, maintenu à une température inférieure à la température d’inflammation du combustible étudié, un mélange d’air et de vapeur du combustible (essence de pétrole) contenant ou non du plomb-tétréthyle. Ils mesuraient la différence de température entre les parois du récipient et le mélange combustible. Ils ont ainsi observé — à une température inférieure au point d’inflammation — une élévation de la température du mélange gazeux qui dure pendant plusieurs secondes après que le mélange a pénétré dans le récipient de combustion. Or cette élévation de température est plus de deux fois plus faible lorsque l’on opère en présence de plomb-tétréthyle. Ceci ne peut encore s’interpréter qu’en admettant que, là encore, l’antidétonant retarde l’oxydation des carbures dans les mélanges combustibles.
- Enfin, il faut aussi signaler les expériences de Moureu, Dufraisse et Chaux (AE) qui ont étudié, à température constante et à chaud, l’oxydation de divers carbures saturés et du pétrole en présence de corps ayant des propriétés antidétonantes plus ou moins prononcées : aniline, étain-tétraméthyle, plomb-tétréthyle, etc. Tous les antidétonants essayés ont ralenti la vitesse d’absorption de l’oxygène par les carbures étudiés, c’est-à-dire que ce sont des anti-oxygènes. Mais il faut cependant remarquer que les anti-oxygènes sont loin d’être tous des antidélonants.
- L’influence des anlidétonants sur la température d’inflammation a été assez controversée. Les expériences de différents auteurs (Ormandy et Graven (AF), Pignot (AG), etc.) ont d’abord été négatives : les antidétonants n’auraient qu’une influence négligeable sur les températures d’inflammation. Mais les expériences très nombreuses, et faites avec un soin particulier, d’Egerton et Gates, dans le cas d’un grand nombre de combustibles et avec différents antidétonants, ont montré que ces composés avaient une influence, parfois considérable, sur les températures d'inflammation.
- C’est ainsi qu’en employant la méthode de Moore, Egerton et Gates (D) ont trouvé que — dans certaines conditions bien déterminées — la température d’inflammation de l’essence de pétrole était élevée de 160 degrés lorsqu’elle contient 0,25 p. 100 de plomb-tétréthyle. D’autres antidétonants ont des effets analogues, comme on peut le voir d’après le tableau suivant qui donne l’élévation de température d’inflammation A t de l’essence de pétrole lorsqu’on y ajoute 0,1 p. 100 en volume d’antidétonant :
- Antidétonants. A t
- Réléniurn-diéthyle............................................ 140 degrés.
- Fer-carbonyle................................................... 130 —
- Bismuth-triélhyle............................................... 120 —
- Nickel-carbonyle.................................................. 40 —
- Tellure-létréthyle................................... ... 55 —
- litain-tétréthyle................................................. 50 —
- Bismuth-triphényle................................................ 40 —
- Ces résultats correspondent approximativement à l’effet antidétonant des substances dans les moteurs, à l’exception de l’étain-tétréthyle et du sélénium-
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- diéthyle qui sont moins efficaces comme antidétonants que ce qu'on pourrait le croire d’après l’élévation du point d’inflammation.
- Seuls les dérivés des métaux oxydables ont une influence sur la température d’inflammation, non seulement de l'essence, mais aussi d’autres combustibles, et les plus efficaces sont ceux qui peuvent donner des peroxydes.
- Le plomb-tétréthyle élève non seulement la température d’inflammation de l’essence de pétrole, mais aussi celle d’un grand nombre de combustibles (pentane. isohexane. éther, acétaldéhyde, etc.). Mais il faut noter que la température d’inflammation des alcools n’est pour ainsi dire pas modifiée, alors que celle des aldéhydes est considérablement élevée.
- Enfin, les métaux, et en particulier le plomb volatilisé ou dispersé par un arc dans de l’azote ou de l’argon, ont, sur la température d’inflammation, un effet analogue à celui des dérivés organo-métalliques. Voici l’élévation de température d’inflammation de l’essence sous l’influence de quelques métaux :
- Métaux.
- t
- Bismuth . Plomb . . Thallium . Potassium Sélénium .
- 70 degrés. 100 — 180 —
- 65 —
- 40 —
- Donc, dans les antidétonants organo-métalliques. ce serait la partie métallique qui agirait.
- Des résultats de toutes les expériences précédentes il résulte que les antidétonants retardent les phénomènes d’oxydation des corps combustibles qu’il s’agisse de l’oxydation lente ayant lieu en dessous de la température d’inflammation, ou de la combustion vive qui se produit au point d’inflammation. C’est à une conclusion analogue que sont arrivés Aubert, Dumanois et Pignot (AH) en étudiant la vitesse de la combustion en phase gazeuse dans le cas de mélange air-hexane. Ils opéraient en enregistrant les pressions en fonction des temps. Ils ont ainsi observé qu’en présence de plomb-tétréthyle, le maximum de pression est atteint plus lentement que lorsque le carburant est pur. Donc les antidétonants agissent en phase gazeuse pour augmenter la durée de combustion.
- Les expériences de Lovel, Coleman et Boyd (AI) ont été faites dans des conditions très voisines de celles de la pratique. Ils ont utilisé un moteur « Delco » alimenté par un mélange de gasoline et d’air (75 p. 100 de la quantité théorique de manière à avoir le rendement maximum). Au moteur était adapté un dispositif permettant de faire des prises de gaz dans le cylindre, de manière à les analyser. Deux séries d’expériences ont été faites : la première avec le combustible pur, la seconde en présence d’antidétonant. Des résultats obtenus on a pu en conclure que la vitesse de combustion est diminuée par la présence d’un antidétonant; là encore, les antidétonants ralentissent l’oxydation des combustibles.
- Influence des antidétonants sur la vitesse de propagation de la combustion et de la détonation. — Les études de l’influence des antidétonants sur la vitesse de propagation de la combustion dans les mélanges gazeux n’ont pas conduit aune conclusion bien nette. En effet, Egerton et Gates (L) ont trouvé que, dans certains cas,
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- les antidétonants abaissaient la vitesse de propagation de la combustion. C’est par exemple ce qui a lieu avec le mélange C3H12 -b 8 O2 32 N2, sous une pression initiale de 3,3 atm, et avec le mélange air-pentane à 3 p. 100 de pentane, sous une pression initiale de une atmosphère. Or il n’en est pas de même dans le cas des mélanges d’acétylène et d’air à o p. 100 d’acétylène, où il semblerait y avoir plutôt une légère augmentation de la vitesse de propagation de la combustion..
- Les résultats des expériences de ces mêmes auteurs sur la formation de Fonde explosive sont au contraire très nets : les antidétonants n’ont aucune influence sur ce phénomène. Les expériences ont été faites avec divers mélanges, aussi bien à la température ordinaire qu’à température plus élevée. Ainsi, on a mesuré les longueurs de combustion dans le cas des deux mélanges suivants : C3H12 -b 8 O2 -b 6 N2 à 13°, et C3H12 H- 8 O2 -b 15 N2 à 230°-240° sous diverses pressions, depuis la pression atmosphérique jusqu’à 6 atm, en présence ou non de plomb-tétréthyle. La concentration de plomb-tétréthyle était, dans le premier cas, de 1 p. 100 de PbEt4 dans le pentane et, dans le second mélange, 10 p. 100, c’est-à-dire une molécule de PbEt4 dans 1.000 molécules du mélange. Les résultats obtenus sont les mêmes en présence ou non de plomb-tétréthyle : la longueur de combustion précédant la naissance de Fonde explosive n’est pas modifiée par la présence d’antidétonant.
- En collaboration avec M. Dumanois (AJ) nous avons étudié l’influence des antidétonants sur la vitesse de Fonde explosive. Nous avons mesuré la vitesse de propagation de la détonation dans un certain nombre de mélanges gazeux détonants purs ou contenant du plomb-tétréthyle (de l’ordre de 1/1.000). Ces expériences, faites par la méthode d’enregistrement photographique, ont été exécutées sous des pressions initiales variant depuis la pression atmosphérique jusqu'à 7 atm, dans le cas d’un grand nombre de mélanges détonants : hydrogène et oxygène (2 H2 4- O2, H2 -b O2. H2-b302, 4H2 -b O2), hydrogène, oxygène et azote (2PI2 -+- 202 -b 2N3) méthane et oxygène (CH4 -b 2 O2, 2CH4 -b302). Les résultats obtenus ont montré que, aux erreurs expérimentales près, la vitesse de la détonation est la même que le mélange contienne ou non un antidétonant.
- Théories de faction des anlidétonants. — C’est sur les propriétés que nous venons de résumer brièvement que l’on s’est basé pour expliquer Faction des antidétonants comme suppresseurs de choc dans les moteurs à explosion.
- Un grand nombre de théories ont été proposées dans ce but. Il est impossible de les mentionner toutes, d’autant plus que parmi elles, un certain nombre qui avaient d’abord semblé satisfaisantes, ont par la suite été reconnues insuffisantes pour rendre compte de certains faits, et en particulier pour expliquer Faction des antidétonants sur les phénomènes d’oxydation.
- Les théories qui semblent actuellement les plus satisfaisantes à ce dernier point de vue sont basées sur la formation de peroxydes.
- Parmi celles-ci, une des premières en date est la théorie de la goutte nucléaire de Callendar (AK) où l’on suppose, dans le mélange gazeux, la formation de gouttelettes actives capables de se peroxyder; la présence d’antidétonant dans les gouttes empêcherait la formation de peroxydes. Mais cette théorie manque de bases expérimentales solides et est en contradiction avec trop de faits pour qu’elle puisse être adoptée.
- 11 n’en est pas de même de celle qui a été proposée par Egerton et Gates (D),
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- qui pensent que les antidétonants agissent comme « briseurs de chaînes » sur la suite de réactions constituant une oxydation. Il y aurait d’abord formation, au sein de la masse gazeuse, d'un peroxyde d'un haut degré d'énergie: il serait formé par union directe d’une molécule de combustible avec une molécule d’oxygène activé. Ensuite aurait lieu une suite de réactions s'enchaînant les unes les autres et les antidétonants briseraient alors les chaînes en réagissant sur une molécule activée intermédiaire, et cela, par suite d’une réaction entre le peroxyde du combustible et le peroxyde métallique provenant de l’antidétonant. Cette réaction provoquerait la destruction des deux peroxydes avec formation de produits ayant un degré d'énergie bien moindre que les produits provenant d'une réaction entre le peroxyde du combustible et une molécule activée, d'où l'arrêt de la chaîne de réactions.
- Cette explication est valable pour tous les antidétonants métalliques d’autant plus que, comme nous l’avons vu, ce sont les composés capables de former des peroxydes qui sont les plus efticaces. On peut aussi l’étendre aux composés organiques car ceux-ci donnent également des peroxydes qui peuvent réagir sur le peroxyde du combustible.
- C’est à une théorie analogue, quoique légèrement, différente, que sont arrivés indépendamment les uns des autres, d'une part Moureu, Dufraisse et Chaux (AE), d’autre part Dumanois (AL). Moureu et ses collaborateurs se sont basés sur leurs expériences d'autoxydation et d'action anti-oxygène de carbures saturés et de carbures naphtaléniques. Il y aurait, dans le mélange combustible, formation de peroxydes qui amorceraient par leur explosion — à la manière du fulminate de mercure suivant la comparaison de Dumanois — la détonation de la phase gazeuse, à moins que, comme le fait remarquer Moureu. leur seule explosion ne suffise à expliquer le choc. M. Dumanois, de son côté, a été conduit à envisager cette formation de peroxydes à la suite des expériences précitées sur l’influence de la pression sur la formation et la propagation de fonde explosive montrant que la longueur de combustion normale ne permettait pas d'expliquer les phénomènes constatés dans les moteurs. L’autoxydation du carburant est d’autant plus probable que des conditions très favorables de pression et de température se trouvent réalisées dans le moteur. D’ailleurs, le choc est favorisé par une augmentation de la concentration en oxygène (soit lorsqu'on élève le taux de compression, soit lorqu’on alimente le moteur avec de l’oxygène pur), ce qui a pour elfet d’accroître l’intensité de la peroxydation. Dans ces conditions les antidélonants agiraient comme anti-oxygènes en empêchant la formation de peroxydes et, par suite, le choc, qui est lié à leur décomposition explosive.
- Cette théorie est tout à fait générale, et convient aussi bien pour rendre compte de l’action des antidétonants métalliques que de celle des composés entièrement organiques. Elle tient compte de toutes les propriétés des suppresseurs de choc, et en particulier celles de l’action de ces corps sur les phénomènes d’oxydation et d’inflammation, dont un certain nombre ont d'ailleurs été observés depuis que la théorie a été proposée.
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- 589, 849 et 894.
- (X) Perkix, J. Chem. Soc. 41 (1882), 363.
- (Y) Prettre et Laffitte, Comptes rendus, 189 (1929), 177.
- (Z) Gill, Mardles et Tett, Trans. Far. Soc. 24 (1928), 574.
- (AA) Moxdaix-Moxval et Quaxquix, Comptes rendus, 189 (1929), 1194.
- (AB) Lewis, J. Chem. Soc. 130 (1927), 1555.
- (AC) Dümaxois et Moxval, Comptes rendus, 177 (1928), 892 et Ann. Comb. Liq. 3 (1928), 761.
- (AD) Prettre, Dümaxois et Laffitte, Comptes rendus, 191 (1930), 414.
- (AE) Moureu. Dufraisse et Chaux, Comptes rendus, 184 (1927), 413.
- (AF) Ormandy et Cravex, J. Inst. Petr. Techn., 10 (1924), 335.
- (AG) Pigxot, Comptes rendus, 182 (1926), 376 et 185 (1927), 1111.
- (AH) Aubert, Dümaxois et Pigxot, Comptes rendus, 186 (1928), 1298.
- (AI) I.ovel, Colemax et Boyd, Ind. Eng. Chem. 19 (1927), 373.
- (AJ) Laffitte, et Dümaxois, Comptes rendus, 186 (1928), 146.
- (AK) Callexdar, Rep. Mem. Aeron. Res. Coin. n° 1013 (1926) et Engineering 123 (1927), 147,
- 182 et 210.
- AL) Dümaxois. Comptes rendus, 185 (1928), 292.
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- BULL. DE LA SOCIÉTÉ d'exCOURAG. POUR (/INDUSTRIE NATIONALE. — JANVIER 1931.
- L’IRRIGATION SOUTERRAINE
- par MM. Jean Bordas et G. Mathieu, directeur et préparateur de la Station régionale de Recherches agronomiques d'Avignon.
- L'eau est le premier des aliments des plantes. Elle prend une importance considérable dans les régions méridionales où elle limite les récoltes et où l'on est amené à pratiquer l’irrigation sur de grandes surfaces.
- Mais les méthodes d’arrosage actuellement employées ne sont guère rationnelles.
- On a creusé, en effet, de nombreux canaux, qui ont coûté fort cher, pour arroser des terres que leur constitution physique rendait impropres à l’irrigation.
- Presque partout l'eau est distribuée aux usagers sans avoir égard à l’aptitude de leurs terres pour l'arrosage.
- L’élude que nous avons entreprise depuis quatre ans, dans le but d'améliorer scienti-iiquement et économiquement les procédés actuels d’irrigation, a pour base une notion un peu nouvelle, quoiqu’il s’agisse d’un plié -nomène connu : la propriété que possède la terre arable d’attirer l’eau. Cette force de succion du sol présente un intérêt scientifique et trouve son application dans l'arrosage souterrain des plantes.
- Après les travaux de Pkralta, M. Kor-neit a étudié cette question, tant en France qu’en Russie. Cette force de succion est mesurée au moyen d’un appareil manomé-trique (fîg. 1) que nous avons mis au point et qui permet, pour un sol déterminé (au laboratoire) de donner la force de succion en rapport avec l’humidité.
- DISPOSITIF EMPLOYÉ POUR L’iRRIGATION souterraine. — Le système d’irrigation souterraine réalisé en 1929, à Avignon, présente les caractéristiques suivantes :
- 1° On établit, au moyen de tuyaux poreux, un plan d’eau constant au-dessous de la terre arable et à un niveau qui est déterminé, d’une part, par la mesure de la force de succion du sol et, d’autre part, en tenant compte des exigences des cultures et du climat (évaporation).
- 2° Si. d’après ces données, ce niveau doit être placé à une profondeur de plus de 40 cm, l'alimentation en eau se fait par voie libre en utilisant le principe des vases communicants.
- O l°°
- Fig. 1. — Appareil manométrique Bor-das-Mathieu destiné à mesurer la force de succion du sol pour l’eau.
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- l’irrigation SOUTERRAINE. — JANVIER 1931.
- 3° Si la mesure de la force de succion indique qu’il faut que ce niveau soit à une profondeur de moins de 40 cm, on opère de la façon suivante.
- On creuse une tranchée à 40 cm sur le fond de laquelle on place les tuyaux poreux. Il serait, en elfet, imprudent de les approcher davantage de la surface du sol sans nuire aux travaux culturaux. Mais, pour remédier à cet état de choses, on donne l’eau sous une légère pression, de façon à toujours fournir l’humidité voulue. Cette opération s’exécute au moyen d’une valve réglable. L’installation est indiquée sur la figure 2.
- On place les tuyaux en poterie poreuse dans une tranchée profonde de 40 à 50 cm. Cette profondeur, comme nous l’avons vu, doit être réglée de façon que le niveau
- Fig. 2. — Installation employée pour Firri.
- d’eau souterrain donne aux plantes une humidité convenable grâce à la force de succion du sol.
- La tranchée est creusée avec une charrue de défoneement; sa pente doit être faible (2 à 3 mm/m) juste ce qu’il faut pour permettre un drainage éventuel.
- Les tuyaux poreux A sont reliés entre eux par un simple joint en ciment. On replace la terre dans les tranchées espacées de 1,75 m (pour la culture maraîchère). En queue des lignes d’arrosage, dont la longueur normale est d’une centaine de mètres, on prévoit un écoulement afin d’évacuer l’eau de pluie (drainage dans la roubine, ou collecteur, B, située perpendiculairement aux lignes d’arrosage, et légèrement en contre-bas).
- En tète d’un groupe de lignes, se trouve un petit bassin C d’une cinquantaine de litres. Il est en communication, d’une part, avec les tuyaux poreux au moyen d’un tube répartiteur D, d’autre part avec le bassin général d’alimentation. Ce niveau constant est maintenu, dans le petit bassin, au moyen d’une valve E et d’un flotteur F, du genre de ceux qui sont employés dans les chasses d’eau des water-closets, mais avec cette particularité qu’il y a possibilité de rendre, au besoin, le niveau variable par une valve réglable munie d’une tige graduée.
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- l’irrigation souterraine.
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- L’excédent d’eau s’écoule, le cas échéant, par un émissaire J. On règle le débit et le niveau de l’eau au moyen d’un contrôleur H et d’une vanne I.
- La figure 3 est un schéma de l’ensemble du dispositif qui donne en même temps la répartition de l’humidité dans le sol aux différentes profondeurs à la date du 10 août 1929.
- résultats obtenus en 1929. — On ensemença le 13 mai 1929 du maïs de La Plata sur deux parcelles de 340 m2, l’une irriguée souterrainement, l’autre superficiellement.
- La récolte eut lieu fin octobre, après un printemps et un été exceptionnellement secs, circonstances extrêmement favorables pour les expériences (93 mm de pluie du 13 mai au 13 octobre 1929).
- Les résultats culturaux furent les suivants :
- a) Le maïs irrigué par voie souterraine prit un développement vraiment extra-
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- Fi». 3. — Courbes de la répartition de l’eau à différentes profondeurs, le 10 août 1929, dans une terre emblavée en maïs, entre deux tuyaux poreux placés à 50 cm de profondeur et écartés de 175 cm.
- ordinaire. Les plants, d’une vigueur exceptionnelle, atteignirent une hauteur moyenne de 3,30 m. Certains ont mesuré plus de 4 m.
- On n’a procédé à aucun binage ni à aucun sarclage, car la surface du sol reste privée de mauvaises herbes qui ne peuvent pousser, la terre étant sèche et meuble sur 3 cm d’épaisseur à partir de la surface. On peut donc dire que, depuis le jour du semis jusqu’à la récolte, on ne s’est pas occupé de cette culture.
- b) Le maïs irrigué a donné une récolte normale. La hauteur moyenne des plants atteignit 2,30 m.
- Les arrosages se faisaient deux fois par semaine. Toutefois, il y a lieu de signaler que trois arrosages n’ont pu se faire à cause d’un mistral très violent. Il était à craindre, en effet, que les pied de maïs en terre détrempée, ne fussent déracinés par le vent. Et, pourtant, c’est justement quand souffle le mistral que le soleil brille et que l’évaporation est plus intense, deux causes qui augmentent la sécheresse.
- On a dû faire sur cette parcelle trois binages pour enlever les mauvaises herbes qui envahissent vite les addos après les arrosages en surface.
- c) Le maïs cultivé sur une petite surface, et qui n’a pas été du tout arrosé, a beaucoup souffert. Les plants atteignirent à peine 1 m et la récolte fut insignifiante.
- Poids des récoltes. — Les plantations de maïs sur les deux parcelles de 340 m2 irriguées souterrainement et en surface, semblent avoir un peu plus souffert que de
- 130e Année. — Janvier 1931.
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- l’irrigation SOUTERRAINE. — JANVIER 1931.
- coutume des dégâts qu’occasionnent toujours le charbon et les noctuelles. Le résultats obtenus sont donnés par le tableau suivant :
- Résultats des expériences d’Avignon.
- POIDS DE LA RÉCOLTE
- pour la parcelle
- de 340 m3.
- Maïs, irrigation souterraine 330 kg 97 q
- Maïs, irrigation par surface 182 kg 53 q
- D’après Garola, on a :
- Maïs non irrigué (Sud-Ouest de la France) . . . 23 q
- Maïs non irrigué (Italie) 45 q
- Maïs irrigué par surface (Italie) 60 q
- Cette culture de maïs avait été précédée d’une plantation de pommes de terre de primeur qui a donné les résultats suivants :
- Récolte à l’hectare.
- Irrigation souterraine............................... 14.905 kg-.
- Irrigation superficielle............................. 9.110 kg.
- Résultats obtenus en 1930. — Ces expériences lurent exécutées au champ d’expériences de la Station sur la parcelle aménagée en 1928 et 1929 et sur une nouvelle parcelle de 400 m'2 aménagée exactement d’après le principe du système d’arrosage souterrain automatique d’Avignon.
- Les comparaisons ont été faites sur des parcelles de môme superficies irriguées superficiellement suivant la méthode traditionnelle en usage en Provence.
- Les fumures furent les suivantes : alors qu’en 1929 on n’avait mis qu’un peu de fumier de ferme (25.000 kg à l’hectare), en 1930, sur les mêmes parcelles, on mit en couverture pour l’irrigation superficielle à l’hectare : 400 kg de sulfate de de potasse, 500 kg de superphosphate et 300 kg de sulfate d’ammoniaque, quantités minima pour la région. Pour l’irrigation souterraine, ces doses furent réduites de moitié.
- Les résultats obtenus furent les suivants :
- a) Culture de pommes de terre (Royal Kidney). — Le printemps ayant été relativement frais, on put espacer les arrosages superficiels (1 à 2 par semaine). Le 6 mai, une pluie de 89 mm fut enregistrée. La parcelle irriguée superficiellement, dont le sol était encrassé par les arrosages, resta détrempée beaucoup plus longtemps que l’autre. Le sol irrigué souterrainement conserva sa structure meuble; son sous-sol ne fut pas encrassé; l’excès d’eau de pluie s’évacua normalement sans que l’on dût recourir au drainage.
- Cet accident retarda les pommes de terre arrosées en surface et la récolte fut :
- pour l’irrigation en surface, 9.850 kg par hectare, le 29 mai.
- pour l'irrigation souterraine, 13.075 kg par hectare, le 20 mai.
- b) Culture de melons. — Aussitôt après l’arrachage des pommes de terre, le sol fut labouré et l’on sema des melons tardifs, dit d’Espagne, après germination préalable.
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- l’irrigation souterraine.
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- Les planches avaient 1,75 m de largeur. En irrigation souterraine, la ligne de semis était à 50 cm de la ligne d’irrigation. En irrigation superficielle, la ligne de semis était à 30 cm de la rigole d’arrosage.
- Le début de l’été ne fut pas très chaud, ce qui permit d’espacer les arrosages superficiels (2 par semaine).
- On observa toujours, en irrigation souterraine, une consommation d’eau qui variait du 1/4 au 1/6 de la quantité employée en irrigation superficielle.
- On doit noter que, dans le cours de la végétation, les melons irrigués superficiellement ont eu à souffrir d’une violente attaque de « blanc du melon » alors que ceux de l’autre parcelle restaient très sains.
- Vers la fin d’août, il y eut de violents « coups de soleil » qui frappèrent surtout les melons arrosés en surface, mal garantis, leur feuillage étant sérieusement endommagé par la maladie.
- Le récolte se fit dans le courant de septembre avec une précocité de 10 à 15 jours en faveur des cultures irriguées souterrainement.
- Voici les résultats rapportés à l’hectare :
- MODE D’iRRIGATION NOMBRE DE MELONS
- Gros. Petits. Moyens.
- Irrigation superficielle Irrigation souterraine 200 1.350 4.125 11.450 7.650 6.200
- Nota. — Après les melons, une troisième culture a été faite de « chicorée frisée » mais on n’en tiendra pas compte dans les bilans.
- C’est sur cette culture que nous essayons la méthode d’alimentation aux engrais solubles.
- Nous communiquons ci-après, à titre indicatif, le bilan financier de deux années d’irrigation souterraine pour un hectare de cultures maraîchères (deux cultures par an seulement).
- Il faut remarquer que, pour l’irrigation souterraine, la diminution des dépenses provient surtout des doses d’engrais moins élevées, et des frais d’arrosage et de sarclages pour ainsi dire nuis. A noter également que le travail du sol a été plus rapidement exécuté dans le cas de l’arrosage souterrain. Les récoltes, tout en étant plus abondantes, ont été également plus précoces, ce qui a augmenté le prix de vente.
- En résumé, il semble donc qu’étant donné la grande différence de bénéfices obtenus entre les cultures irriguées en surface et celles qui sont arrosées souterrainement, il soit possible de récupérer rapidement le prix d’une installation d’irrigation souterraine qui ne saurait dépasser, suivant les conditions de sol et de culture, 15.000 à 20.000 fr par hectare (voir le tableau ci-après).
- avantages du progedé. — Ces deux années d’essais ont permis d’obtenir les avantages suivants :
- 1° L’eau passe du récipient dans le sol, sans arrêt, aussi longtemps que le sol en a besoin, et en quantité suffisante;
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- l’irrigation SOUTERRAINE. — JANVIER 1931. Bilan financier pour 4 hectare.
- 1. Dépenses (en francs). IRRIGATION SUPERFICIELLE IRRIGATION SOUTERRAINE
- 1929 1930 1929 1930
- Pommes de terre. Maïs. Pommes de terre. Melons. Pommes de terre. Maïs. Pommes de terre. Melons
- Travail du sol 480 240 480 240 480 180 240 i80
- Semences 1.860 30 1.900 45 1.800 30 1.900 45
- Plantation ou semis .... 160 60 160 60 160 60 160 60
- Fuinure 1.835 1.035 1.035 1.035 1.317 517 517 517
- Frais d’arrosage 234 650 130 416 12 60 10 50
- Binages et sarclages. . . . 480 840 540 1.320 0 0 0 0
- Frais de récolte 580 390 600 240 650 480 620 360
- Totaux par récolte. . . . . 5.569 3.245 4.845 3.356 4.419 1.327 3.447 1.302
- Totaux par année 8.814 8.201 5.746 4.749
- Totaux pour les 2 ans. . . 17.015 10.495
- II. Recettes (en francs).
- Vente des récoltes 10.120 5.830 8.865 13.580
- Totaux par année 15.950 22.445
- Totaux pour les 2 ans.
- 14.905 10.670
- 14.382 29.110 43.492
- 38.395
- 69.067
- III. Bénéfices nets (en francs) sans tenir compte des amortissements ... Différence en faveur de l'irrigation souterraine. .
- 21.380
- 68.572
- 37.192
- 2° Les couches supérieures de la terre arable ne s’encrassent pas par suite d'un excès d’eau, ce qui arrive souvent avec l’arrosage en surface ;
- 3° A la surface du sol, il ne se forme jamais de croûtes, ce qui retarde la levée des jeunes plantations;
- 4° La quantité d’eau nécessaire pour l’arrosage automatique souterrain est de 5 à 7 fois moindre que pour l’arrosage en surface ;
- 5° Le sol est placé dans des conditions optima d’humidité, ce qui est favorable à une bonne aération de la terre et à une bonne activité bactérienne;
- 6° Le rendement des récoltes est plus élevé par unité de surface ;
- 7° Il est possible d’alimenter rationnellement les plantes par des engrais solubles dissous dans l’eau du réservoir, d’où une meilleure utilisation des éléments fertilisants et une assez grande économie sur la quantité utilisée.
- application de l’irrigation souterraine. — La technique simple employée avec succès en 1929 à Avignon, nous permet d’envisager le problème de l’irrigation souterraine des plantes des différentes façons suivantes. Il y a lieu de considérer trois variantes :
- Cas de pénurie d’eau et de cultures très rémunératrices. — Employer la technique d’Avignon, mais, en plus, avoir soin de cimenter le fond des tranchées pour éviter les pertes d’eau dans le sous-sol.
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- l’irrigation souterraine.
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- Cas de cultures florales, maraîchères et de primeurs. — Employer la technique d’Avignon, mais sans cimentage des tranchées.
- Cas éventuel de la grande culture (prairies ou certains sols assez consistants). Remplacer les tuyaux poreux par des galeries exécutées à la charrue-taupe avec la technique d’Avignon de distribution d’eau.
- conclusion. — On voit donc par ce rapide aperçu et par le bilan précédent qu’une meilleure utilisation de l’eau donne, en dehors de l’économie d’eau et de main-d’œuvre, des avantages qui joueront un rôle important et qui interviendront favorablement dans le calcul de l’amortissement de l’installation.
- C’est dans cette voie que nous poursuivons nos essais, persuadés que, pour certaines cultures du Midi, l’irrigation souterraine sera un grand et nouveau progrès.
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- .BULL. DE LA SOCIÉTÉ ü’eNCOURAG. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. —JANVIER 1931.
- L’ORGANISATION DES RECHERCHES DANS L’INDUSTRIE DE L’IMPRESSION AUX ÉTATS-UNIS
- Conférence internationale des Techniciens de l’Impression ayant pour objet d’étudier les moyens à employer pour développer les recherches relatives à leur industrie.
- Extraits des transactions de la Société américaine des Ingénieurs mécaniciens, septembre 1929, vol. 51, n° 28, p. 73,
- par M. Henry Le Chatelier, membre de l’Institut et du Conseil de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale.
- La réunion de cette conférence a été provoquée par la puissante Société des Ingénieurs mécaniciens américains, dont Tune des sections est précisément consacrée aux questions d’impression. Les discours prononcés à cette occasion sont intéressants à étudier pour nos industriels français, qui verront à quel point les Américains se préoccupent des recherches scientifiques tendant au progrès de l’industrie et comment ils organisent ces recherches, quelles sommes ils y consacrent et surtout comment ils savent coopérer entre eux pour le plus grand bien de la communauté.
- Nous résumerons ici quelques-uns des discours les plus saillants prononcés à cette conférence.
- But de la réunion d’une conférence des techniciens de l’impression, par E. P. Hulse, de New York, président général de la Conférence, éditeur du journal « Mechanical Engineering ». — Tous les progrès de l’industrie moderne sont sous la dépendance de la recherche scientifique. En diverses circonstances, le président Hoover a insisté sur cette vérité. Lors du cinquantenaire de la lampe à incandescence, il disait récemment : « Dans le passé, les découvertes mécaniques étaient « rares et se produisaient au hasard, dans les ateliers, grâce à l’inspiration de « quelques hommes de génie. Aujourd’hui, des milliers de laboratoires de science « appliquée produisent annuellement une foule d’inventions nouvelles. La recherche, « aussi bien dans la science pure que dans les arts appliqués, est le stimulant le plus « actif de tout progrès. »
- Antérieurement, lorsque le président Hoover était encore ministre du commerce, il disait, au cours de la première lecture de la fondation Henry Robinson Towne, le 1er décembre 1925 : « Le temps n’est plus où nous pouvions attendre de grandes « découvertes de génies travaillant dans des galetas. Aujourd’hui, la source de « toute découverte, de toute invention doit être cherchée dans le grand nombre « des travailleurs disposant d’un important outillage, le mettant en œuvre avec « patience et expérience, s’efforçant de construire l’édifice de nos connaissances, « non pas pierre à pierre, mais grain de sable à grain de sable.
- « La recherche a grandement profité au pays; elle a accru notre prospérité
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- ORGANISATION DES RECHERCHES EN IMPRIMERIE AUX ÉTATS-UNIS.
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- « financière ; elle a augmenté notre confort matériel et prolongé la vie. Elle nons a « fait honneur par les grands hommes dont elle a provoqué l’éclosion. C’est l’ori-« gine de toute civilisation, car elle met plus de lumière à la disposition de chaque « homme. »
- Pour atteindre cet objectif si bien présenté par le président Hoover, notre société pense qu’il n’est plus possible aujourd’hui à des individus, ou même à des organisations travaillant isolément, de disposer du temps et de l’argent nécessaires pour faire œuvre utile dans cette voie de la recherche. Cela est au contraire possible avec des recherches coordonnées et poursuivies en collaboration.
- La section des industries d’impression de notre société a déjà abordé, soit dans ses réunions particulières, soit dans des congrès généraux, l’étude de certains problèmes, notamment les suivants : Au meeting de Minneapolis, la fabrication de la pâte à papier et la question des appareils de mesure; au meeting de New York, des études sur l’organisation du travail ; à celui de Rochester, la standardisation des encres et la photogravure; de nouveau à New York, les propriétés du papier, l’influence de l’humidité, de la température, de la pression, etc.
- Toutes ces études sont excellentes, mais elles sont trop peu nombreuses et n’arrivent à la connaissance que d’un petit nombre des personnes intéressées. 11 faut maintenant faire un plus grand effort; soyez certains que vous aurez derrière vous pour vous aider dans cette tâche le cordial appui des 19000 membres de la Society of American Mechanical Engineers. Ils s’agit de grouper dans une vaste organisation tous les concours épars déjà acquis. Je rappelle quelques-uns des principaux organismes de recherches existant déjà. Les fabricants de papier utilisent les traA'aux du Laboratoire forestier de Madison (Wisconsin); les lithographes soutiennent une fondation particulière; les fabricants de vernis ont un laboratoire de recherche; les fabricants d’encres, de même; enfin les relieurs et les imprimeurs de journaux s’adressent à des ingénieurs-conseils. Il s’agit de développer et de coordonner ces efforts isolés.
- Les questions à étudier sont nombreuses. Il faut avant tout préciser les limites de tolérances acceptables pour les matériaux et les machines employés par les imprimeurs; régulariser les prétendus standards de hauteur et d’épaisseur ou de dimensions des caractères. Sur cette question des standards, notre industrie est tout à fait en retard.
- On sait, d’autre part, peu de choses sur l’humidité convenable pour les salles d’impression, sur le rôle de l’électricité statique, sur la composition la meilleure des rouleaux et même des caractères d’imprimerie. Enfin, tout est à faire pour la suppression des vibrations et du bruit.
- Nous espérons beaucoup de la réunion actuelle; jamais, dans notre industrie, on n’avait groupé un aussi grand nombre de compétences. Les communications annoncées sont nombreuses; pour leur donner toute leur utilité, il faut une bonne organisation de nos délibérations. Dans ce but, nous avons adopté des dispositions qui ont déjà fait leurs preuves dans les réunions antérieures de notre société. La Conférence sera divisée en quatre sections pour chacune desquelles, il y aura un président et un directeur. Le président, choisi parmi les notabilités les plus illustres de la science et de l’industrie, aura l’agréable mission de résumer les débats et de féliciter les auteurs des communications. Le directeur, choisi parmi le personnel de notre société, aura pour mission de régler l’ordre des discussions et
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- RECHERCHES EN IMPRIMERIE AUX ÉTATS-UNIS. — JANVIER 1931.
- de veiller à ce que chacun se limite au temps qui lui aura été alloué, de façon que tous les sujets mis à l’ordre du jour puissent être discutés. Son rôle est analogue à celui du chef de train dans les compagnies de chemins de fer, qui veille à ce que l’horaire soit respecté. Nous sommes convaincus que vous apprécierez les avantages d’une semblable organisation.
- * •*
- Emploi des ingénieurs dans les industries d’impression par G. R. Keller, de Detroit (Michigan), 'président de la îre Section de la Conférence, président de V Union des Imprimeurs de VAmérique du Nord. — Jusqu’ici les imprimeries ont été de petites affaires, ne pouvant se permettre les frais d’un personnel d’ingénieurs pour l’étude des problèmes techniques qu’elles ont à résoudre. Mais la tendance actuelle à la concentration facilitera de plus en plus l’utilisation de la science de l’ingénieur.
- L’union des imprimeurs d’Amérique, dont je suis le président, dépense annuellement 25 millions de francs (papier) pour les œuvres d’éducation. Ce seul motif suffît pour expliquer le vif intérêt qu’ elle porte à vos délibérations.
- * *
- Projet d’organisation d’une fondation permanente pour les recherches relatives a l’imprimerie, par A. G. Jewett, de Pittsburgh (Pennsylvanie), directeur de la /re Section de la Conférence, directeur du Collège d'industrie de la fondation Carnegie de Technologie, président du Comité de Recherches sur l'Impression de l'American Institute of Mechanical Engineers. — Les affaires d’impression et d’édition des États-Unis représentent un chiffre d’affaires annuel de 75 milliards de francs (papier). Les constructeurs de machines d’impression, en dehors de leur chiffre d’affaires important à l’intérieur du pays, ont exporté cette année pour 500 millions de francs de machines. Il est assez naturel que des industries aussi importantes éprouvent le besoin de créer un grand institut de recherches.
- Cette fondation serait dirigée par un comité comprenant des représentants de tous les groupements qui soutiendront cette œuvre. Il y aura, en plus, un comité technique comprenant un petit nombre d’ingénieurs et de savants compétents pour apprécier l’importance des études projetées, la possibilité de les réaliser, et chargés d’évaluer les dépenses qu’elles pourront entraîner. Il faudra enfin créer un vaste laboratoire, auquel seront attachés des savants familiarisés avec la recherche.
- Les dépenses annuelles que nécessitera le fonctionnement de cette fondation peuvent êtres évaluées à 1 million de francs environ. Il suffirait, pour assurer le revenu nécessaire, que les 20.000 affaires d’impression des États-Unis versent chacune en moyenne 75 fr par an.
- Sur la nécessité de la recherche dans l’industrie de l’impression, par M. G. H. Carter, directeur de l’Imprimerie nationale du gouvernement des États-Unis. — L’auteur insiste longuement sur l’importance que le président Hoover attache à la recherche et reproduit de nombreuses citations de ses anciens discours.
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- ORGANISATION DES RECHERCHES EN IMPRIMERIE AUX ÉTATS-UNIS.
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- L’enquête sur le gaspillage dans l’industrie américaine, instituée par la Fédération des Sociétés d’ingénieurs, lorsque Hoover en était le président, conclut à une proportion de gaspillage variant, suivant les industries, de 29 à 64 p. 100. L’industrie de l’impression aurait donné une proportion de 58 p. 100, c’est-à-dire qu’elle se classerait parmi les industries les plus mal conduites.
- L’auteur défend son industrie contre ce reproche qu’il trouve exagéré. Il fait, en tout cas, remarquer que les enquêteurs ne sont pas venus à l’Imprimerie nationale. Il proteste également contre l’abus de la standardisation, dont on a exagéré, à son avis, les bienfaits. Il reconnaît, par contre, les services que le laboratoire a rendus à l’Imprimerie nationale.
- Il s’associe à la proposition de constituer une fondation consacrée à la recherche scientifique sur les problèmes intéressant l’imprimerie. Il rappelle que le gouvernement des Etats-Unis et les grands groupements industriels dépensent ensemble annuellement 5 milliards de francs (papier) pour la recherche industrielle. L’industrie de l’impression, qui occupe le sixième rang dans l’industrie américaine, soit comme chiffre d’affaires, soit comme nombre d’ouvriers, ne peut pas rester en arrière.
- Évolution de l’imprimerie en Allemagne, par F. Helmberger, directeur de l’Imprimerie nationale du Gouvernement allemand. — L’impression se fait en Allemagne dans 9.385 établissements employant 226.843 personnes.
- Les principaux progrès techniques réalisés dans ces dernières années se rapportent au développement de l’emploi des machines et à celui des procédés photographiques. Ces derniers permettent aujourd’hui la publication de nouvelles éditions de livres à meilleur compte que par réimpression.
- A la demande des imprimeurs allemands, et avec l’appui financier du Ministère des Sciences et de l’Éducation, on vient de créer un Institut des Arts graphiques qui commencera à fonctionner le 1er janvier 1930. Ses fonctions seront les suivantes :
- 1° Essayer les inventions d’un intérêt général pour l’industrie;
- 2° Essayer les nouveaux procédés d’impression et de reproduction ;
- 3° Examiner et essayer les nouvelles machines ;
- 4° Donner aux travailleurs du métier une formation scientifique appropriée ;
- 5° Publier les résultats obtenus dans les recherches ;
- 6° Créer un bureau de littérature commerciale et de brevets ;
- 7° Exécuter tous les travaux qui seront demandés par le comité de direction.
- Indépendamment de cette organisation nouvelle, le Syndicat des Éditeurs allemands a créé depuis plusieurs années deux comités : l’un de standardisation et l’autre d’économique, qui ont rendu de réels services à l’industrie. On estime, par exemple, que la standardisation des papiers d’impression permet de réaliser une économie annuelle de 1,5 millions de francs.
- L’œuvre du Bureau of Standards dans le domaine des industries d’impres_ sion, par H. D. Hubbard, de Washington, directeur de la 2e Section de la Conférence, adjoint au Directeur du Bureau of Standards. — La condition essentielle de
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- 42 RECHERCHES EN IMPRIMERIE AUX ÉTATS-UNIS. — JANVIER 1931.
- tout progrès industriel est la mesure précise de tous les détails de fabrication. Dans ces dernières années, le Bureau of Standards a fait de nombreuses études pour les industries de l’impression.
- Il a montré, par exemple, que la peau de mouton employée pour la couverture des livres reliés avait l’inconvénient d’être facilement mangée par les insectes, particulièrement par YEctobia Germanicus. Des essais comparatifs, faits en imbibant les cuirs de matières toxiques, comme la strychnine, les chromâtes de plomb ont donné des résultats négatifs. En étudiant parallèlement de nombreux succédanés du cuir, on trouva que le bougran, ou toile à tailleur, avait une résistance bien plus grande à l’action des insectes et coûtait moins cher. Tous les documents d’Etat sont aujourd’hui reliés en bougran, dont la couleur ressemble à celle de la peau de mouton; il coûte trois fois moins cher et dure trois fois plus longtemps.
- Une étude sur les dépôts électrolytiques servant à la préparation des clichés et des caractères a montré qu’en introduisant du phénol dans les bains de sulfate de cuivre, on pouvait mener deux fois plus rapidement le dépôt de cuivre et obtenir en même temps un métal plus dur.
- Les recherches pour les plaques de cuivre servant à la gravure montrèrent que par un chromage très mince, de 0,005 mm, on quadruplait la durée des planches. Enfin, on a reconnu l’avantage de remplacer les planches de cuivre, par des plaques compound formées de dépôts électrolytiques alternés de cuivre et de nickel, ayant au total une épaisseur de 1,5 mm. On les soude sur des plaques d’acier pour leur donner la rigidité nécessaire. Ces plaques servent pour l’impression des billets de banque et des timbres.
- On s’est également préoccupé d’améliorer la qualité des papiers servant à la fabrication des billets de banque. Le papier actuel doit remplir la condition de subir 4.000 pliages sans déchirure. On est arrivé à fabriquer un papier pouvant supporter un nombre double de pliages. Pour obtenir ce résultat, on a dû agir à la fois sur la nature des matières entrant dans la fabrication du papier et sur la préparation des fibres. On s’est arrêté à un mélange de 75 p. 100 de fibres de lin, pour 25 p. 100 de fibres de coton.
- Toutes ces recherches sur le papier des billets ont été décrites dans une publication du Bureau of Standards, Standards Research, paper n° 121, que l’on peut se procurer au prix de 15 cents en s’adressant au Superintendant of Documents, à Washington, D. C.
- L’auteur estime que les divers perfectionnements réalisés grâce à ces recherches économisent actuellement à l’État 25 millions de francs (papier).
- Le problème de l’impression des journaux, par J. W. Park, de Chicago (Illinois), directeur technique de la fabrication au journal « La Tribune de Chicago. » — Les problèmes de l’impression des journaux sont d’une nature spéciale tenant avant tout à la rapidité d’impression nécessaire. On arrive aujourd’hui à réaliser des presses rotatives qui impriment 60.000 feuilles à l’heure. Cela a nécessité la -résolution de certains problèmes assez curieux. La force centrifuge tend à projeter l’encre des rouleaux et oblige à repeindre fréquemment les murs des ateliers pour y conserver assez de clarté. Il faut, d’autre part, des encres séchant très vite, ce qui a
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- ORGANISATION DES RECHERCHES EN IMPRIMERIE AUX ÉTATS-UNIS.
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- conduit à imprimer sur papier sec. Enfin, la nécessité des impressions en couleurs pour les annonces complique encore la question. Toutes ces difficultés ont été levées par les études faites pour le compte du journal La Tribune de Chicago.
- Le problème des manutentions a pris une importance particulière, en raison des masses énormes de papier à manier. Le journal, tiré à 1,25 million d’exemplaires, consomme journellement la charge de 15 wagons, soit 150.000 t de papier par an. Des procédés mécaniques servent au déchargement des rouleaux de papier et à leur transport dans des magasins où ils sont disposés de telle sorte que, pour revenir au point de consommation, ils puissent utiliser l’action de la pesanteur.
- Les 3e et 4° Sections du Congrès s’occupèrent de questions difficiles à résumer en raison de leur multiplicité. La 3e Section a passé en revue les recherches de détail poursuivies dans ces dernières années et a précisé les problèmes les plus urgents à résoudre. La 4e Section s’est surtout occupée des perfectionnements apportés aux machines.
- Enfin un rapport général a été présenté sur les progrès de l’industrie de l’impression pendant l’année 1928.
- Il y a eu au cours de cette conférence, 30 communications, toutes faites par des hommes ayant une situation importante dans leur industrie. Nous avons résumé ici seulement 7 d’entre elles.
- La Conférence a terminé ses travaux en votant la décision suivante et en nommant le comité chargé de choisir les voies et moyens à mettre en œuvre pour réaliser effectivement les décisions prises. Voici le texte voté :
- « Attendu que les représentants des arts graphiques de l’Amérique du Nord, réunis à la Conférence internationale des recherches, reconnaissent l’importance des progrès industriels qui peuvent résulter de recherches techniques concernant soit les procédés de manutention, soit l’équipement électrique, soit les fournitures chimiques, soit toute autre industrie connexe de l’imprimerie;
- « Attendu que les industries fondamentales des arts graphiques, qui représentent un chiffre annuel d’affaires de 75 milliards de francs, ont accordé jusqu’ici peu d’attention aux recherches techniques se rapportant aux matériaux, aux machines, aux procédés de fabrication et à la suppression du gaspillage ;
- « Attendu que les industries graphiques de l’Amérique du Nord ont le devoir d’encourager et de réaliser des recherches techniques très étendues, embrassant tout le champ des problèmes actuellement à l’ordre du jour,
- « Il est décidé de créer une fondation pour la recherche dans les arts graphiques, qui sera financée et dirigée par les affaires intéressées aux arts graphiques et désireuses d’apporter leur coopération à cette œuvre.
- « L’objet principal de cette fondation sera :
- 1° La réalisation de recherches relatives à tout le domaine des arts graphiques;
- 2° L’étude des problèmes concrets présentant une importance particulière pour les arts graphiques;
- 3° L’installation de moyens appropriés pour essayer les inventions, inspecter et
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- RECHERCHES EN IMPRIMERIE AUX ÉTATS-UNIS. — JANVIER 1931.
- contrôler les résultats de fabrications ou d’achats, le tout pour le plus grand profit des arts graphiques;
- 4° La collaboration avec les autres organismes s’occupant des mêmes recherches, de façon à éviter les doubles emplois, à moins qu’il ne s’agisse de contrôler et de vérifier des résultats antérieurement annoncés ;
- ‘ 5° Le groupement et la classification de toutes les recherches en cours, de toutes les données numériques fournies par ces recherches et de tout sujet analogue;
- 6° La publication des recherches d’ordre général et de certaines études plus spéciales ;
- 7° L’institution de programmes de recherches embrassant aussi les questions économiques.
- « Il est en outre décidé qu’un comité des voies et moyens sera nommé par le président et chargé d’établir un plan d’action pour réaliser la création et assurer le fonctionnement de cette fondation de recherches.
- « Il est, en outre, décidé que les représentants des intérêts engagés dans l’industrie des arts graphiques, présents à cette conférence, s’engagent à intervenir activement auprès des intérêts qu’ils représentent pour obtenir leur intervention efficace en faveur de la création de la fondation de recherches des arts graphiques. »
- Cette motion est adoptée à l’unanimité. Le comité des voies et moyens est composé comme suit : p>ésident, G. K. Hebb, trésorier de Evans-Winter-Hebb, à Detroit; — membres : Ch. F. Clarkson, vice-président de Philipp Buxton, New York; — E. C. J. Gratz, président du conseil de W. G. Johnston Co; — J. W. Park, directeur technique du journal La Tribune de Chicago; — I. van Dillen, trésorier de la Bartlett-Orr Press, New York; W. J. Wilkinson, président de Zeese-Wilkinson Co, Long Island City.
- RHÉOSTAT AUTOMATIQUE DE DÉMARRAGE POUR MOTEURS ÉLECTRIQUES, SYSTÈME RENÉ PLANCHE
- par M. Ed. Sauvage, membre du Conseil.
- Ce rhéostat comporte trois électrodes, reliées aux bornes du moteur, et plongeant dans une dissolution saline à niveau variable. A l’arrêt, la surface immergée des électrodes est très faible ; à mesure que la vitesse du moteur augmente, cette surface s’accroît jusqu’au maximum, puis, à ce moment, les trois électrodes sont mises en court-circuit.
- Les organes de l’appareil sont logés dans une boîte en fonte (fig. 1), divisée en deux chambres, les électrodes étant contenues dans la chambre supérieure.
- La surface immergée ne s’accroît pas seulement par suite de l’élévation du liquide, mais aussi à cause de la forme triangulaire des électrodes, visible sur la
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- RHÉOSTAT DE DÉMARRAGE AUTOMATIQUE, SYSTÈME R. RLAXCHE.
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- figure 2. En outre, la section des électrodes en diminue la distance active à mesure que le liquide s’élève. Ces dispositions font varier la résistance du rhéostat entre des limites éloignées.
- L’élévation du liquide est produite par une petite pompe centrifuge, commandée par le moteur qui démarre. Le refoulement de ce liquide, pris dans la chambre inférieure, se fait par un orifice réglable à l’aide d’un bouchon vissé (à droite sur la figure 2). Deux tubes, de part et d’autre des électrodes, font communiquer les parties supérieures des deux chambres ; ils permettent le déplacement de l’air, et aussi le retour du liquide lorsque la chambre supérieure est pleine, la pompe restant en marche.
- Un grand clapet en caoutchouc, au-dessus de la pompe centrifuge, fermé pendant le refoulement, s’ouvre dès que la pompe s’arrête : la chambre supérieure se vide très rapidement, et le rhéostat est prêt pour un nouveau démarrage.
- Pour la mise en court-circuit, le liquide à son niveau supérieur soulève une membrane élastique
- portant des pièces métalliques qui viennent relier des barrettes de cuivre fixées aux électrodes. La pompe centrifuge, à
- Fig. i. — Vue d’ensemble du rhéostat dans sa botte en fonte.
- palettes radiales, tourne indifféremment dans les deux sens. On voit sur la figure 2 un orifice de remplissage, dont le bouchon porte une tige faisant connaître le niveau du liquide.
- M. Planche revendique pour ce rhéostat, qu’il a fait breveter, les avantages suivants : Grande simplicité, solidité; — Facilité de réglage, donnant telle durée de démarrage qu’on désire; on peut agir en effet sur la vitesse de rotation de la pompe, sur la forme des électrodes, sur la densité du liquide, sur la nature du sel dissous; — Absorption par la masse liquide, lors d’un démarrage très lent, d’un grand nombre de calories, sans échauffement excessif.
- Ces revendications nous paraissent justifiées.
- Fig. 2. — Coupes verticales du rhéostat.
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- BULL. DE LA SOCIÉTÉ d’eNCOURAG. POUR L’INDUSTRIE NATIONALE. — JANVIER 1931.
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ
- ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 13 DÉCEMBRE 1930.
- Présidence de M. L. Mangin, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Sont présentés pour devenir membres et admis séance tenante :
- M. Raytchine (Nicolas), Ingénieur E. T. P., 12, boulevard Edgar-Quinet, Paris (14e), présenté par M. Tchaïefï et M. Lemaire (1931);
- le comte d’YANViLLE de Grangues (i&), président de la Société d’Hor-ticulture de Pont-l’Évêque, maire de Grangues, château de Grangues par Dives-sur-Mer (Calvados), présenté par M. H. Hitier et M. E. Lemaire.
- M. Mangin, président, rappelle à l’auditoire que la réunion est une assemblée générale ordinaire pendant laquelle il doit être procédé à l’élection des membres du Bureau pour 1931 et à la ratification de la nomination, pendant l’année 1930, de nouveaux membres du Conseil d’Administration. Le scrutin sera clos à 17 h. 30 m.
- M. Mangin, président. — En payant leur cotisation pour l’année 1931, plusieurs sociétaires y ont ajouté une somme de 40 francs, destinée à notre Bulletin qui, comme vous le savez, est le poste le plus chargé de notre budget. Ces donateurs sont: M. Carrion; — M. J. A. Colin; — M. Quenelle; — M. Müntz.
- Au nom de la Société je leur adresse mes très vifs remerciements.
- M de Fréminville, secrétaire général, présente et analyse quelques-uns des ouvrages entrés récemment dans la Bibliothèque :
- Agendas Dunod 1981. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6°).
- Assurances, par Pierre Véron et Félix Pourche[roux. 2P éd. ; A utomobile, par Gabriel Lienhard. 19° éd. ; Banque, par Henri Dufayel. 12e éd. ; Bâtiment, par E. Aucaaius, révisé par Ph. Rousseau. 50^ éd. ; Béton armé, par Victor Forestier. 4e éd. ; Chemins de fer, par Pierre Place. 50° éd.; Chimie, par Émile Javet. 30° éd. ; Commerce, par G. Le Mercier, revu et corrigé par E. Rachinel. 17° éd.; Construction mécanique, par J. Izart. 50° éd.; Électricité, par L.-D. Fourcault. 30e éd. ; Métallurgie, par A. Roux. 47° éd. ; Mines, par J. Roux-Brahic. 30° éd. ; Physique industrielle, par J. Izart. 11e éd. ; Travaux publics, par E. Aucamus, révisé par Ph. Rousseau. 30e éd. ; Vente et publicité, par E. Rachinel et M. Buisson. 2° éd.
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- ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 13 DÉCEMBRE 1930.
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- Coûts d optique à 1 usage de l’enseignement supérieur, par G. Bruhat. Paris, Masson et Cie, 120, boulevard Saint-Germain (6e), 1931.
- Grand Conseil des intérêts économiques et financiers de VIndochine. Session ordinaire de 1930. Discours prononcé le 13 octobre 1930 par M. P. Pasquier, gouverneur général de l'Indochine. Hanoï-Haïphong, lmp. d'Extrême-Orient, 1930;
- Précis èe métallurgie (Thermo-métallurgie et électrométallurgie à l’usage des Ecoles nationales d’Arts et Métiers et des Instituts miniers et métallurgiques et de fonderie, des métallurgistes et des chefs d’ateliers de forges et de fonderies, par H. Pécheux. 4e éd. ref. et aug. (Enc. indus.). Paris, J.-B. Baillière et fils, 19, rue Hautefeuille (6P), 1931 ;
- L’éclairage par projecteurs. (Br. n° 11.) Société pour le Perfectionnement de l’Eclairage, 134, b. Haussmann, Paris (3e).
- Statistiques commerciales de l’Afrique occidentale française en d9§9. Commerce, production, navigation, voies ferrées. Commerce général : Importations, exportations. (Bull. mens, de l’Ag. éco. de l’A.O.F., n° spécial). Paris, Ag. éco. de l’A. O. F, 139, b. Haussmann (3e) 1930.
- M. Mangin, président. — Je dois vous transmettre les excuses de M. Pierre Hémardinquer qui devait nous faire la conférence d’aujourd’hui. Contre toute prévision, il vient d’être appelé en province pour une affaire de famille urgente.
- M. Armand Machabey fils, que vous allez entendre, a bien voulu le remplacer au pied-levé pour ne pas nous laisser dans l’embarras, bien qu’il n’ait pas l’habitude de parler en public. Je lui adresse nos très vifs remerciements pour son dévouement et je lui donne la parole.
- M. Armand Machabey fils fait une communication sur la fabrication des disques de phonographes, et fait entendre quelques disques Columbia au moyen d’appareils Columbia branchés sur la distribution d’électricité, complétés par des haut-parleurs.
- Le premier phonographe réalisé, il y a une cinquantaine d'années déjà, par Edison n’était guère qu’un curieux appareil de laboratoire que seuls les amateurs aisés pouvaient utiliser couramment. C’est seulement dans ces tout derniers temps que les appareils phonographiques sont devenus vraiment populaires; ils font aujourd’hui l’objet d’une industrie importante en France et à l’étranger : actuellement, il se fabrique chaque jour dans le monde plusieurs millions de disques pour phonographes et une seule usine peut en fournir jusqu’à 30.000.
- Le succès des nouveaux appareils se justifie par des qualités que ne possédaient pas les premiers phonographes à cylindres de cire mis dans le commerce en 1889 à la suite de l’invention, par Charles Sumner Tainter, du procédé permettant de
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — JANVIER 1931.
- reproduire par galvanoplastie, à un nombre d’exemplaires presque illimité, le cylindre enregistré.
- Le disque est moins encombrant et moins fragile que le cylindre de cire; fendu, il peut, à la rigueur, être encore utilisé ; il rend les sons avec une fidélité beaucoup plus grande; c’est insignifiant s’il s’agit d’airs à danser, mais cela donne la possibilité d’entendre, à bon compte et sans se déranger, les chefs-d’œuvre de la musique exécutés par les plus grands virtuoses du monde entier et de façon à satisfaire le mélomane le plus exigeant. Il permet aussi de se faire une idée des instruments particuliers à certains pays, comme la guitare hawaïenne, et de certaines représentations musicales, comme celles du théâtre chinois, qu’on ne pouvait entendre autrefois que dans le pays même. Le phonographe peut aussi reproduire avec la plus grande netteté des discours, des conférences, des scènes parlées; il peut servir et sert effectivement depuis peu à enseigner une prononciation correcte dans l’étude des langues étrangères.
- L’invention du disque date de 1923, mais son usage n’a commencé à se répandre qu’en 1925. Depuis, sa fabrication a fait l’objet de perfectionnements incessants et considérables.
- Les sillons qui sont tracés sur le disque forment des spires équidistantes ; leur forme diffère selon que le disque est à saphir ou à aiguille. Dans le premier, les sillons présentent en profondeur des variations qui correspondent aux variations sonores (hauteur et intensité). Le profil en long du sillon est donc formé de sinuosités. Dans le disque à aiguille, les sinuosités correspondant aux variations sonores sont dans le plan du disque et toutes de la même profondeur; les sillons forment donc, en réalité, une spirale sinueuse, ce que l’on peut facilement vérifier avec une forte loupe.
- Le disque à saphir est aujourd'hui à peu près abandonné car il ne permet pas de reproduire les sons avec fidélité dans les notes très hautes ou très basses. Il en était à peu près de même au début avec le disque à aiguille; mais, déjà, en 1925, l’étendue des sons enregistrés et reproduits couvrait un peu plus de quatre octaves; à la fin de 1929, elle en couvrait sept. Il est certain qu’on ira plus loin encore et que tous les sons musicaux seront reproduits d’ici peu. Il faut remarquer cependant que les qualités de résistance à l’usure et de durée du disque à saphir sont indéniables.
- La restitution des sons enregistrés sur les disques s’effectue au moyen d’un diaphragme, ou, plus exactement, d’une capsule acoustique, ou bien d’un « traducteur » électromagnétique, tous deux portant une aiguille, d’acier le plus souvent, qui doit être changée après chaque audition car sa pointe est très rapidement usée par la matière du disque qui renferme des corps assez abrasifs. En employant des aiguilles plus dures, on abrégerait la durée du disque. Le renouvellement de l’aiguille est le seul inconvénient de ce genre de disque. Avec des appareils doubles on peut non pas l’éviter, mais supprimer l’intervalle sans audition.
- L’édition d’un disque comprend les opérations suivantes : 1° l’enregistrement sur un disque de cire, ou « cire », qui est l’original proprement dit; — 2° la fabrication, par des moyens mécaniques et galvanoplastiques, d’un original dur et solide, en cuivre, ou « père », qui est le négatif de la cire; — 3° la fabrication, avec ce père, de plusieurs « mères » qui sont des répliques métalliques de la cire
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- et qui pourraient servir dans l’appareil pliono graphique pour produire les sons ; — 4°celle de matrices négatives métalliques au moyen des mères; — 5° la fabrication, à la presse, au moyen de ces matrices, d’un nombre de disques qui est pratiquement illimité car si ces matrices s’usent très vite, on peut les remplacer puisqu’on peut les reproduire à l’aide de la mère. La mère est renouvelée après fabrication d’un nombre déterminé de disques pour l’usage, de sorte, que tous ces disques sont pratiquement identiques aux défauts près de fabrication. Ces défauts sont réduits au minimum car tous les 50 disques, par exemple, on en prend un qui est examiné, essayé et cassé. On élimine les 24 disques précédents si un défaut rédhibitoire est constaté, et on renouvelle la mère si c’est elle qui est cause du défaut.
- L’enregistrement est aujourd’hui électromécanique, alors qu’autrefois il n’était que mécanique; l’énergie consommée pour tracer le sillon était alors empruntée aux vibrations acoustiques, ce qui diminuait très notablement et surtout inégalement l’intensité des sons et en altérait aussi la hauteur car l’énergie disponible variait avec l’amplitude et le nombre des vibrations. Aujourd'hui, les ondes sonores frappent un microphone en y provoquant des variations de courant électrique qui sont amplifiées par un amplificateur à lampes de T. S. F.; celui-ci actionne à son tour un enregistreur électromagnétique dont le soc grave les sillons dans le disque de cire.
- Ce mode d’enregistrement n’oblige plus à des dispositions très spéciales, et souvent très incommodes, pour le studio et les exécutants : les instrumentistes d’un orchestre, notamment, se placent comme d’ordinaire, ce qui contribue à une meilleure exécution. On peut d’ailleurs enregistrer n’importe où sans que les exécutants soient prévenus.
- Un dispositif analogue, ou « pick up », peut être employé pour la reproduction; l’intensité des sons est alors assez grande pour couvrir le bruit provoqué par le frottement de l’aiguille sur le fond du sillon : la pression de sa pointe sur le fond est en effet considérable, de l’ordre de 3 000 kg / cm2 pour une aiguille neuve. En équilibrant le porte-aiguille, on a pu diminuer cette pression et réduire de 50 p. 100 le grincement dû au frottement de l’aiguille. Ce grincement est un bruit de fond, uniforme, qui s’ajoute aux sons reproduits; imperceptible pour les sons intenses qui le couvrent, il est insupportable si leur intensité est faible. Il limite donc dans une certaine mesure le nombre des œuvres musicales qu’on peut reproduire de façon satisfaisante.
- Les disques mis dans le commerce sont fabriqués avec un mélange, plastique à chaud, dans lequel entrent : des gommes diverses, du sable fin, de la craie finement pulvérisée, de la sciure de bois, de la bourre fine de coton et du noir de fumée. Comme seule la surface du disque doit être d’un grain très fin, certains fabricants emploient un mélange très ordinaire pour constituer le corps du disque et le recouvrent sur ses deux faces de feuilles de papier enduites de gomme-laque. Les sillons ne pénètrent que dans la gomme-laque mais celle-ci, quoique beaucoup moins, est encore abrasive. La composition du mélange varie d’un fabricant à un autre et est tenue secrète.
- Il existe depuis peu plusieurs modèles de phonographes avec haut-parleurs qu on peut brancher sur une distribution d’électricité et avec lesquels le grincement de
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — JANVIER 1931.
- l’aiguille est pratiquement imperceptible. Ces appareils, qui sont de petits meubles peu encombrants, ne sont pas influencés par les variations de voltage du courant si elles ne sont pas trop grandes. Ils permettent une reproduction aussi intense qu’on le désire des œuvres musicales enregistrées, et cela en un grand nombre de points différents, à toute distance. C’est ainsi que des appareils de ce genre fonctionnent depuis peu à bord des navires de certaines compagnies de navigation faisant le transport des passagers sur de longs parcours; l’orchestre y a été supprimé ; et, grâce aux haut-parleurs, on peut entendre en différents points du navire, aussi bien dans l’entrepont, dans la chaufferie et sur la passerelle du commandant, que dans les locaux de première classe. Il suffît simplement de tourner un commutateur pour suspendre l’audition si elle est jugée gênante.
- Les fanatiques du phonographe, et ils sont nombreux même parmi les amateurs de musique les plus éclairés, prétendent que grâce à lui, la presque totalité des orchestres ayant disparu, il n’y aura plus que d’excellents instrumentistes et des artistes vraiments doués. Le phonographe contribuera donc à l’éducation musicale du public. En fait, on constate que les disques reproduisant les œuvres musicales les meilleures sont de plus en plus demandés.
- E. L.
- M. Mangin, président, remercie M Machabey de son intéressante communication, de même que la Société Columbia qui a bien voulu prêter ses appareils phonographiques et le film qui vient d’être projeté. Ce film, qui nous a fait assister à la fabrication des disques jusque dans les moindres détails, nous montre de quelle importance est aujourd’hui cette industrie née il y a un peu plus de cinq ans.
- M. Mangin, président, donne lecture du procès-verbal de dépouillement du scrutin.
- 1° Bureau pour 193i.
- Ont voté par correspondance.................... 330 sociétaires.
- Ont voté à la séance........................... 12 —
- Bulletins nuis Reste . . Total .... 342 — 4 — 338 sociétaires.
- Ont obtenu : comme président M. Mangin. . . 338 voix
- comme vices-présidents . i MM. Walckenaer V Chesneau . J Jean Rey . . 337 — . 338 — . 338 —
- 1 d’Allemagne . 338 —
- { de Rousiers . 338 —
- comme secrétaires généraux. l MM. de Fréminville. . . 338 —
- Wery . . 338 —
- comme trésorier M. Alby . . . . 337 —
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- ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 30 DÉCEMBRE d930.
- al
- MM. de Rousiers . . . 337 voix
- Herrenschmidt . . 336 —
- En conséquence, le quorum statutaire de 100 membres votants étant atteint, sont déclarés élus membres du Bureau de la Société pour 1931 : Président : M. Mangin; — Vice-présidents : MM. Walckenaer, Chesneau, J. Rey, d’Allemagne, de Rousiers; — Secrétaires généraux : M. de Frémin-ville, M. Wery; — Trésorier : M. àlby; — Censeurs : M. de Rousiers, M. Herrenschmidt.
- Ont signé les scrutateurs : MM. de Fréminville et E. Lemaire.
- M. Mangin, président. — Au nom de mes collègues du Bureau et en mon nom personnel, je remercie nos sociétaires de nous avoir renouvelé leur confiance.
- comme censeurs
- 2° Ratification de la nomination de nouveaux membres du Conseil d'Administration.
- Ont voté par correspondance...............324 sociétaires.
- Ont voté à la séance.......................... 12 —
- Total.................... 336 —
- Bulletins nuis 3 —
- Reste.................... 333 —
- Ont obtenu :
- MM. E. Brillié.............................. 333 voix.
- R. Dubrisay............................. 333 —
- Colonel Janvier......................... 332 —
- A. Nessi................................ 332 —
- C. Fabry................................ 333 —
- J. Alquier.............................. 333 —
- F. Caziot............................... 333 —
- P. Séjourné............................. 333 —
- H. Watier............................... 332 —
- P. Cartault............................. 333 —
- En conséquence, le quorum statutaire de 100 membres votants étant atteint, sont déclarés membres du Conseil d’Administration : M. Eugène Brillié (Comité des Arts mécaniques)', —M. Dubrisay (Comité des Arts chimiques) ; — colonel Janvier, MM. Nessi et Fabry (Comité des Arts économiques); — MM. Alquier et Caziot [Comité d'Agriculture);—M. P. Séjourné (Comité des Constructions et des Beaux-Arts); — MM. NVatier et Cartault (iCommission des Fonds).
- Ont signé les scrutateurs : MM. de Fréminville et E. Lemaire.
- La séance est levée à 18 h. 43 m.
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- BULL. DE LA SOCIÉTÉ d’eNCOURAG. POUR L’iNDUSTRÏE NATIONALE. — JANVIER 1931.
- BIBLIOGRAPHIE
- Les machines, Propriétés générales, par Léon Lecornu, membre de l’Institut.
- (Encyclopédie de mécanique appliquée.) Un vol. (24x16 cm), 232 p., 91 fig.
- J.-B. Baillière édit., 19, rue Hautefeuille, Paris, 1930. Index : 621 + 531
- L’Encyclopédie de Mécanique appliquée, publiée sous le patronage de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale et de la Société des Ingénieurs civils de France, comporte déjà plusieurs ouvrages de premier ordre; elle vient de s’enrichir d’un nouveau volume, dû à son directeur, sur les propriétés générales des machines.
- Dans l’introduction, l’auteur définit les matières qu’il traite :
- « Les problèmes qui vont nous occuper principalement sont les suivants. Quelles sont, abstraction faite du mode de captation de l’énergie, du système de transmission et de la nature de l’outil, les lois générales qui président au fonctionnement d’une machine? Quels sont les moyens de faire en sorte que ce fonctionnement présente la régularité nécessaire? Quels sont, pendant la marche, les efforts intérieurs qui se développent et dont il faut tenir compte dans la construction? Comment, enfin, éviter, ou tout au moins atténuer, les chocs et les trépidations? »
- Le chapitre premier, intitulé statique des machines, étudie les conditions d équilibre d’un système matériel; puis il analyse les résistances passives, frottement de glissement, résistance au pivotement, au roulement, résistance de l’air, avec applications aux glissières, aux engrenages, aux tourillons, aux vis sans fin, aux roulements sur billes.
- Viennent ensuite (chap. il) les formules générales du travail des machines, puis (cliap. ni), la théorie des volants; à la suite des formules usuelles, l’auteur expose la théorie des volants munis de masses satellites montées sur ressorts. Cette théorie, peu connue, semble devoir conduire à des applications intéressantes.
- Le chapitre iv, qui occupe plus du tiers du volume, donne une étude très détaillée des régulateurs. Outre les régulateurs à force centrifuge, il traite des régulateurs d’inertie, des régulateurs chronométriques, et de quelques autres appareils moins importants. C’est un travail très complet sur la théorie de ces mécanismes.
- Rappelons que M. Lecornu a donné dans la Revue de Mécanique (années 1900 à 1903) une série d’articles sur les régulateurs, qui décrivent un grand nombre d’appareils.
- Le chapitre v est consacré aux freins.
- Les chapitres suivants se rapportent aux efforts intérieurs dans les machines, à l’équilibrage des pièces mobiles, aux vibrations. Le travail de M. Lecornu à ce sujet est d’autant plus utile que ces questions sont de première importance, et qu’elles ne sont pas aussi généralement connues qu’il serait désirable.
- Le dernier chapitre contient des aperçus sur la similitude des machines, qu’il définit. Il indique la loi dite de Mariotte-Huygens, d’après laquelle, dans des modèles semblables, les vitesses de rotation doivent varier en raison inverse de la racine carré du rapport de similitude des dimensions linéaires.
- Pour les essais de modèles d’aéroplanes, où la viscosité des fluides est à consi-
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- BIBLIOGRAPHIE.
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- derer, la loi dite d Osborne-Reynolds proportionne la vitesse à l’inverse des dimensions linéaires.
- En résumé, l’ouvrage de M. Lecornu traite de questions de la première importance pour la construction des machines. Ces questions sont étudiées avec grand soin, et avec une louable concision, qui, toutefois, ne sacrifie rien d’important. Les calculs que contient nécessairement un tel ouvrage sont présentés avec toute la clarté compatible avec le sujet.
- ED. SAUVAGE.
- L’entropie. Son rôle dans le développement historique de la thermodynamique,
- par Charles Brunold, docteur es lettres, professeur agrégé de physique au
- Lycée Saint-Louis. Un vol. (24 x 16 cm), de 221 p., 2 fig. Masson et Cie, édit.
- 120, boul. Saint-Germain, (Paris (6e), 1930. Index : 536.7
- La notion d’entropie, à laquelle Clausius a été conduit quand il a entrepris de mettre sous forme mathématique les conséquences du principe de Carnot, est, suivant l’expression de Henri Poincaré, prodigieusement abstraite. M. Charles Brunold a cherché à la rendre plus aisément accessible, et à développer clairement ses conséquences. Il a ainsi réalisé une œuvre qui mérite d’être étudiée avec soin. La forme est non moins soignée que le fond; on sent bien que l’auteur, professeur agrégé de physique au Lycée Saint-Louis, joint, à sa formation scientifique, la forte culture littéraire qu’atteste son titre de docteur es lettres.
- Après une introduction consacrée au concept d’énergie mécanique, viennent six chapitres dont voici les titres : L’œuvre de Sadi-Carnot; — Les origines du principe d’involution (M. Brunold entend par involution une transformation conduisant de l’hétérogène à l’homogène; il fait remarquer que ce mot est le calque latin du grec èv TpoTrv), d’où Clausius a tiré entropie); — L’œuvre de Clausius : l’adaptation de la théorie de Carnot aux idées modernes. L’entropie; — L’entropie et l’énergie utilisable; — L’entropie, variable de position. Son analogie avec le volume; — L’entropie, potentiel thermodynamique; — Le mécanisme et l’entropie.
- L’ouvrage se termine par des conclusions générales qui résument les phases successives par lesquelles a passé la thermodynamique. J’y relève cette phrase qui caractérise assez bien les idées de l’auteur : « L’esprit de l’homme et, avec lui la mathématique et la philosophie, s’en vont, clopin-clopant, à la remorque de la physique qui conduit la pensée humaine dans des directions qu’elle ne connaît pas elle-même. »
- l. lecornu.
- La filature anglaise, par Auguste Poncelet. Un vol. rel. (25x16 cm), de 376 p., 84 fig. tabl. Librairie polytechnique Ch. Béranger édit., 15, rue des Saints-Pères, Paris (6e), 1927. Index : 677.022
- L’ouvrage publié en 1927 par M. Poncelet vise spécialement le travail des laines longues telles que le mohair, l’alpaga, le poil de chameau, etc., qui se travaillent sur un matériel spécial constituant ce que l’on appelle la filature anglaise, par opposition à celui qui est employé pour le travail des laines de moutons qui se transforment en fils à l’aide d’un autre matériel approprié désigné sous le nom de filature française.
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- BIBLIOGRAPHIE. — JANVIER 1931.
- Ce travail, le premier du genre publié en France, comportant 376 pages, illustré de 84 figures et tableaux, présenté dans d’excellentes conditions et écrit dans un style très clair, constitue un des meilleurs ouvrages de la bibliographie textile française. Il peut rendre les plus grands services à ceux, malheureusement peu nombreux, qui, en France, ont à s’occuper du travail spécial des laines longues.
- Dans la première partie de son travail, l’auteur rappelle quelques considérations pratiques connues sur le travail des laines brutes en fils peignés.
- Dans la seconde, il traite de la préparation et étudie très longuement les gills et autres machines d’étirages spéciaux pour la filature anglaise. Il donne tous les calculs et conseils nécessaires pour l’emploi pratique de ce matériel.
- La troisième partie vise spécialement la filature proprement dite sur les métiers à filer à ailettes, à anneaux et à cloches. L’étude du retordage forme l’objet de la quatrième partie.
- Les bobineuses et les dévidoirs, qui exécutent les opérations accessoires de la filature, constituent la cinquième partie dans laquelle se trouvent également rapportés de nombreux tableaux d’assortiments de filature anglaise.
- Enfin, dans son appendice, l’auteur donne quelques indications sur le mohair, le cachemire, les cheveux, et il termine par diverses tables de conversion, de logarithmes, etc.
- Ainsi conçu, cet ouvrage est complet et bien coordonné. Il est des plus recommandables.
- J. DANTZER.
- Traité du renvideur pour laine cardée, par L. Priault, ingénieur, et Th. Thomas, directeur de l’Ecole manufacturière d’Elbeuf, 2e éd. revue et augmentée. Un vol. (23x16 cm), de 339 p., 127 fig. A. Renard-Morizot, édit., 35, rue Fontaine, Paris (9e). Index : 677.051
- La seconde édition de l’ouvrage de MM. Priault et Thomas, relative au métier à filer renvideur pour laines cardées, est à peu près la reproduction de la première édition, actuellement épuisée. Toutefois, les auteurs ont tenu compte des quelques perfectionnements notables qui ont été réalisés, et le travail qu’ils présentent est tout à fait à jour, c’est dire qu’il est exempt de toute critique.
- Après avoir fait un historique des inventions mécaniques qui ont conduit à la construction des renvideurs actuels, MM. Priault et Thomas étudient à fond les mouvements du renvideur, leur mode de travail et leur réglage; puis, dans des chapitres séparés, ils donnent de nombreux renseignements sur les différents genres de fils cardés, leur numérotage, les essais que l’on peut leur faire subir pour apprécier leurs qualités. Enfin, les perfectionnements récents apportés par les principaux constructeurs sont examinés dans un chapitre spécial d’une façon toute particulière. L’ouvrage ainsi présenté et illustré de nombreux dessins très bien exécutés, le seul qui existe en ce genre, sera certainement, comme la première édition, très apprécié de tous, ceux, élèves des écoles ou praticiens, qui désirent connaître avec précision tout ce qui concerne les renvideurs en cardé.
- J. DANTZER.
- La réglementation du travail dans l’industrie. Manuel pratique à l’usage des chefs d’industrie, directeurs, contremaîtres, chefs d’ateliers, par le Conseil social de
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- BIBLIOGRAPHIE.
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- « l usine ». Tom3 I : prescriptions générales : vm-f- 165 p. ; —Tome II : durée du travail : 153 p. Deux vol. (24 x 15 cm). Éditions de « L’Usine », 15, rue Bleue, Paris (9e)- Index : 331.81 -+- 351.83
- Les lois, décrets et réglements d’administration publique relatifs à l’hygiène, à la sécurité et, d’une manière générale, aux conditions du travail dans l’industrie évoluent rapidement. Il est donc utile que, de temps en temps, l’ensemble des dispositions en vigueur soit mis à jour sous une forme condensée et immédiatement utilisable par les chefs d’industrie et leurs collaborateurs immédiats.
- Le manuel en deux tomes qu’a publié la revue L'usine répond à cette condition et sera consulté avec fruit par tous les intéressés.
- M. J. AXDROUIN.
- Découpage, matriçage, poinçonnage, emboutissage, par J. Woodworth. Seconde édition française, d’après la septième édition américaine, par Jean Lévy, Ingénieur des Arts et Manufactures. Un vol. (25x16 cm), de vu-h 375 p., 704 fig., Dunod, édit., 92, rue Bonaparte, Paris (6e). 1930. Index : 621.9
- L’ouvrage de J. Woodworth a fait l’objet de plusieurs éditions. La dernière en date, traduite par M. J. Lévy, contient des renseignements sur les applications les plus récentes de la presse mécanique au travail des métaux en feuilles, telles que la fabrication des éléments de carrosserie automobile, et sur l’emploi des machines à fraiser par reproduction pour tailler les matrices d’estampage.
- La plupart des outillages décrits sont représentés tels qu’ils ont été exécutés, et, à ce point de vue, l’ouvrage a une réelle valeur documentaire dans le domaine du travail des métaux minces.
- M. j. androuin.
- Turbines hydrauliques et régulateurs automatiques de vitesse. Livre I, par André Tenot, ingénieur-conseil, professeur de mécanique appliquée à l’Ecole nationale d’Arts et Métiers de Châlons-sur-Marne età l’Ecole spéciale des Travaux publics, du Bâtiment et de l’Industrie. Un vol. (16,5x25 cm), 573 p. 409 fig. Librairie de l’Enseignement technique, Léon Eyrolles édit., 3, rue Thénard, Paris (5e). 1930. Prix : 100 fr. Index : 621.24
- Aucun ouvrage français ne semble avoir répondu jusqu’ici aux besoins de ceux qui pénètrent, à un titre quelconque, l’important domaine de l'utilisation de l’énergie hydraulique. M. Tenot, Ingénieur des Arts et Métiers et de l’Institut électrotechnique de Grenoble, licencié ès sciences, a voulu combler cette lacune de notre bibliographie technique. Il a rédigé un important ouvrage en exposant surtout des faits, des réalisations, des résultats d’expériences, préférant ne pas s’étendre sur des développements mathématiques dont les hypothèses sont trop souvent douteuses.
- M. Tenot a traité, avec méthode et avec un sens pédagogique rare, le sujet complexe des turbines hydrauliques dont la technique fait appel à des connaissances très variées : la dynamique des fluides, la résistance des matériaux, le génie civil, les travaux d’eau, le graissage, l’électricité, la régulation, l’exploitation des réseaux, les calculs relatifs au prix de revient de l’énergie, etc.., et doit néanmoins se laisser guider encore par des travaux de laboratoire.
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- BIBLIOGRAPHIE. — JANVIER 1931.
- Le premier tome s’adresse plus particulièrement à l’exploitant de chute d’eau. Il expose : le fonctionnement des turbines hydrauliques, les différents cas d’utilisation, le bilan des pertes d’énergie, la notion si féconde de la vitesse spécifique (le Ns), qui découle directement des lois de la similitude restreinte et qui permet de déterminer rapidement le type de turbine répondant le mieux à un problème donné.
- Le livre comporte de nombreux dessins donnant au lecteur une idée concrète des différentes dispositions à adopter dans l’aménagement des chutes d’eau, pour réduire au minimum les pertes d’énergie et pour réaliser les meilleures conditions de sécurité. On y trouve en particulier une étude très documentée sur les dispositifs d’accouplement des turbines et des alternateurs, ainsi qu’un exposé de la question à l’ordre du jour des paliers et pivots à graissage par pellicules d’huile.
- L’auteur fait prudemment l’étude mathématique du fonctionnement des turbo-machines. Sa pratique industrielle déjà longue lui a permis de se rendre compte de l’imprécision des connaissances relatives à l’écoulement de l’eau dans les différents éléments des turbines, qu’il s’agisse de roues Pelton pour les hautes chutes, de turbines Francis pour les moyennes chutes ou de roues-hélices pour les basses chutes. Il attire l'attention du lecteur sur la question des sillages et des cavitations, encore mal connue et pourtant capitale.
- A défaut d’une solution vraiment scientifique de cette question, les constructeurs sont dans l’obligation de recourir à des essais de laboratoire sur modèles réduits et à des modifications généralement coûteuses des machines essayées en usine, pour obtenir un rendement suffisant. Les résultats de ces expériences et la modalité des tracés d’organes qui*en découle, surtout en ce qui concerne les roues-hélices, sont tenues très secrètes, parce qu’ils constituent des éléments importants de la concurrence entre constructeurs. L’enseignement technique se trouve ainsi privé de précieux apports.
- Sachons gré à M. Tenot d’avoir recueilli une documentation considérable sur les installations les plus typiques réalisées en France et à l’étranger, et d’avoir montré avec insistance l’intérêt des lois de la similitude, auxquelles il a consacré un chapitre entier. L’étude de ces lois préparera l’expérimentateur à l’application de méthodes de mesures rationnelles, ainsi qu’à l’analyse et à l’utilisation judicieuse des résultats d’essais.
- Les essais de tous genres et les procédés de mesure relatifs au fonctionnement des turbines feront précisément l’objet d’un chapitre important du tome II, qui exposera d’autre part la conception-type d’un laboratoire, le calcul des différentes turbines, l’étude détaillée de leur fonctionnement, le tracé des augets, aubes et pales, d’après plusieurs méthodes, et enfin la régulation des turbo-machines, sujet particulièrement important.
- C’est dire que l’auteur n’a pas craint d'aborder un travail considérable pour mettre entre les mains des ingénieurs un ouvrage complet, méthodique, d’un puissant intérêt scientifique et pratique.
- La préface de M. Gariel est une œuvre vraiment magistrale, remarquable surtout par l’ampleur des conceptions qui y sont effleurées. De sages réserves concernant la théorie des sillag*es et des cavitations lui donnent ce caractère de prudence et d’honnêteté scientifiques qui marque déjà si profondément l’ouvrage de M. Tenot. jean fieux.
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- Aluminum compounds in food (Les composés de l'aluminium dans les aliments), par
- Ernest Ellsworth Smith. Un vol. rel. (24x16 cm), de 378 p. Paul B. Hoeber, éd., New York, 1928. Index : 669.71 : 612.39
- Dès le début de l’application de l’aluminium dans les industries alimentaires, notamment dans celles de la fabrication d’instruments culinaires, de vives controverses se sont élevées au sujet de sa nocuité. Des hygiénistes plus ou moins qualifiés ont même prétendu que l’ingestion d’aliments préparés dans des récipients en aluminium pouvait engendrer le cancer. Beaucoup d’autres méfaits lui ont été attribués. Il y a quelques années, l’opinion publique s’en était fortement émue, ce qui s’est traduit par une véritable crise de l’industrie de casserolerie d’aluminium.
- Je rappellerai à ce sujet qu’à la suite de nombreuses plaintes, le Conseil supérieur d’Hygiène de France fut chargé d’examiner la question et qu’une commission fut nommée à cet effet. Après un examen attentif de tous les éléments du procès, la commission émit des conclusions qui innocentaient complètement l’aluminium.
- On reconnut du reste que cette attaque contre l’aluminium avait à sa base certains intérêts industriels.
- Aujourd’hui, il s’agit, non pas des soi-disant accidents causés par l’aluminium métal, mais de ceux qui pourraient être causés par la baking powder, destinée à faire lever les pâtes sans fermentation, et qui renferme une de ses combinaisons sous forme d’un alun, de composition variable selon les cas.
- Ce produit est utilisé sur une grande échelle dans le monde entier dans la pâtisserie, dans les farines, dans certaines conserves. Sa provenance est surtout américaine.
- C’est à propos de la défense de la baking powder que M. Smith a fait un travail important pour innocenter l’aluminium et principalement pour démontrer sa parfaite innocuité. Cet ouvrage semble avoir été conçu pour une défense pro domo ; il mérite cependant d’être signalé par une analyse à cause des nombreux documents qu’il renferme.
- L’auteur rappelle que l’aluminium existe dans le règne végétal ; il donne une série de tableaux indiquant le pourcentage d’aluminium dans de nombreux produits végétaux : graines, légumes, farine, lait, etc.., servant à l’alimentation.
- Il aborde ensuite la question de la baking powder et fait l’historique des recherches déjà entreprises. Après avoir défini la toxicité, il étudie l’action delà baking powder dans l’organisme pour des doses couramment ingérées dans la pratique. Il examine comment les dérivés de l’aluminium peuvent se combiner aux aliments et quelle est leur influence sur la sécrétion gastrique et la digestibilité in vitro. Il cite de nombreuses expériences faites sur les animaux après absorption et examine s’il y a eu accumulation d’aluminium dans les organes et ce que deviennent les composés d’aluminium après digestion.
- L’auteur signale aussi les résultats obtenus par des injections sous-cutanées ou intra-veineuses des composés d’aluminium sur des animaux et discute les conclusions des expérimentateurs.
- Dans les chapitres suivants, l’auteur s est appliqué à réfuter les objections qu’on a pu faire concernant l’emploi de la bakinp powder dans l’alimentation : troubles intestinaux, diminution du taux des phosphates, irritation de l’intestin, accumulation dans certains organes, action sur le protoplasma, effets sur la croissance, sur la
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- BIBLIOGRAPHIE.
- JANVIER 1931.
- fécondité. L’auteur affirme qu’en réalité, aucune preuve définitive n’a été apportée par les savants qui se sont occupés de la question ; il conclut en disant que l’aluminium est un constituant normal des aliments et qu’il a une fonction biogénique analogue à celle du fer. Il fait remarquer que, depuis plus de cinquante ans que la baking powder est en usage et qu’elle a été absorbée par des millions d’individus, on n’a pas encore établi la preuve de sa nocuité.
- L’ouvrage de M. E. Smith comporte environ 350 pages et se termine par un index bibliographique très complet qui le rendra précieux à consulter à tous ceux qu’intéresse l’utilisation de l’aluminium sous ses différentes formes d’application dans l’industrie de l’alimentation.
- A. TRILLAT.
- Travaux pratiques de métallographie, par W. Broniewski, professeur à l’École polytechique de Varsovie, traduit du polonais par G. Pruszkowski, ingénieur E. T. P. Un vol. (24 X 17 cm), de 110 p., 128 fig. Fondation Mianowski. Institut d’Encouragement aux Travaux scientifiques. Varsovie, Palais Staszic, et Dunod. éd.,92, rue Bonaparte. Paris (6e). 1930. Index : 669.913
- Préface.
- Le traité de métallographie de M. Broniewski vise un but essentiellement pratique : faciliter aux élèves et aux chefs de travaux l’organisation des manipulations, puis leur réalisation. C’est en quelque sorte la photographie des travaux de laboratoire que l’auteur dirige, comme annexe de son cours, à l’École polytechnique de Varsovie. On peut avoir confiance dans l’exactitude des recommandations, car ce sont des faits vécus. Il ne s’agit pas là d’un travail livresque, édifié, par compilation, au moyen de la littérature très étendue existant aujourd’hui sur ces matières. A chaque ligne, on peut sous-entendre : « J’ai appliqué telle méthode, j’ai obtenu tel résultat. »
- M. Broniewski n’a pas seulement l’expérience du professorat, il a, en outre, personnellement contribué au développement de la science qu’il enseigne. Il a perfectionné les appareils employés pour l’enregistrement des propriétés des métaux et des alliages; il a appliqué, avec succès, ses méthodes à l’étude des bronzes et des laitons. Au point de vue scientifique, son traité offre toute garantie d’exactitude; il est au courant des derniers progrès de la science.
- Le programme des manipulations semble judicieusement établi. Les études progressent du simple au composé; elles débutent par la technique de la métallographie, puis abordent l’étude d’alliages de plus en plus complexes, d’abord ceux du cuivre, puis ceux du fer et du carbone pour arriver au traitement thermique de l’acier. On peut évidemment modifier ce programme de bien des façons différentes, changer les alliages étudiés, les réactifs d’attaque. Tout chef de travaux, au courant de son métier, imaginera de nombreuses variantes. Mais en cas de difficultés, même d’insuccès, il sera prudent, surtout pour les débutants, de se conformer strictement aux instructions de ce petit manuel : ils seront assurés du succès.
- Par cette publication, M. Broniewski rend un réel service à l’enseignement d’une science qui a eu assez d’influence sur les progrès de l’industrie pour que son éloge ne soit plus à faire. h. le chatelier.
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- BIBLIOGRAPHIE.
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- La vapeur à très haute pression, par F. Muxzixger, docteur-ingénieur, traduction d apres 1 édition allemande, complétée et mise à jour par l’auteur, par A. Schubert, Ingénieur des Arts et Manufactures. Un vol. (25x16 cm), de IX-+-277 p., 171 fig. Dunod, édit. 92, rue Bonaparte, Paris, (6e), 1930. Index : 621.18
- Le livre de M. Munzinger sur la vapeur à très haute pression a paru à Berlin en 1924; une réimpression, sous le titre de 2e édition, a été publiée en 1926. Étant données la variété et l’importance des efforts poursuivis depuis lors pour réaliser industriellement la production de la vapeur à des pressions de 60 à 100 hectopièzes et même au delà (dans la chaudière Benson, la vapeur est formée d’abord à la pression critique de 220 hectopièzes avant d’être détendue vers 100), l’ouvrage dont M. A. Schubert nous a donné la traduction en 1930 pourrait encourir le reproche de dater un peu, s'il n’avait été, ainsi que nous en avertit le titre, « complété et mis à jour par l’auteur ». A cet effet, aux chapitres primitifs a été ajouté un chapitre x, intitulé Supplément, complétant ce qui avait été dit précédemment de la chaudière Benson et décrivant les chaudières Schmidt-Hartmann, Lœffler, La Mont; après quoi vient un chapitre xi, qui est la reproduction d’un mémoire présenté en 1929 à l’Association des Centrales électriques à Mannheim, touchant la question de la pression la plus économique à adopter pour les centrales.
- Ainsi que l’explique l’auteur lui-même au début du chapitre x, cette ordonnance générale de l’ouvrage n’est pas sans lui donner un intérêt particulier en marquant clairement les étapes de l’évolution des idées et des appareils.
- Dans son ensemble, l’ouvrage est fort instructif. 11 abonde en renseignements précis et en discussions sérieuses, tant techniques qu’économiques. Quel que soit l’avenir réservé par la pratique aux conceptions de l’heure présente, il offre et conservera un grand intérêt comme document de l’histoire des générateurs de vapeur.
- CH. WALCKENAER.
- Exploitation des bois, par A. Fron, Inspecteur principal des Eaux et Forêts, préface de M. L. Pardé, Conservateur des Eaux et Forêts, directeur de l’École des Barres. 1 vol. (19x12 cm), de 204 pag., 52 fig. Librairie J.-B. Baillière et fils, édit., 19, rue Hautefeuille, Paris, 1931. Prix : br. 12 fr. Index : 674-|- 639.4
- Cet ouvrage fait suite, dans l’Encyclopédie agricole de M. Wery, à deux autres traités connexes du même auteur, La sylviculture et L'aménagement des bois. Ces ouvrages sont spécialement destinés aux propriétaires de terrains boisés, ne possédant pas une instruction forestière étendue; ils y trouveront de très utiles indications sur l’aménagement et l’exploitation de leurs bois, questions sur lesquelles ils sont très souvent mal renseignés, et ils pourront ainsi éviter de graves erreurs, fort préjudiciables à leurs intérêts.
- Dans son Exploitation des bois, M. Fron met les propriétaires en garde contre les conseils de soi-disant praticiens experts, que certains sont trop disposés à suivre, conseils d’exploiter à blanc étoc, de couper prématurément les taillis ou de gros arbres.
- « N’abattez jamais un arbre, dit-il, qu’après avoir bien calculé ce qu’il gagne à rester sur pied et ce que vaudront les tiges nées en remplacement. »
- Ajoutons que cet ouvrage, richement illustré, est d’une lecture attachante, et qu’il intéressera tous ceux qui aiment les beautés de la nature.
- ED. SAUVAGE.
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- BIBLIOGRAPHIE.
- JANVIER 1931.
- Le problème de l’affinité chimique et l’atomistique. Étude du rapprochement actuel de la physique et de la chimie, par Charles Brunold, docteur es lettres, professeur agrégé de physique au Lycée Saint-Louis. Un vol. br. (24x15 cm), de 118 p., Masson et Cie, édit., 120, boulevard Saint-Germain, Paris (6e), 1930.
- Index : 330. 14 + 341. 2-3
- La lecture du livre de M. Charles Brunold est fort instructive. Pour ceux qui ne sont pas au courant des disciplines nouvelles, cet ouvrage est un résumé très clair, très exact des idées à la mode, et il ne peut qu’inciter le lecteur à se plonger à ses risques et périls dans la volumineuse littérature atomistique.
- Le but de ces théories, et en particulier de ce livre, écrit non seulement avec compétence mais dans un style rare, est évidemment de combler le fossé qui sépare la physique de la chimie. Il est à craindre que les générations qui n’ont pas assisté jeunes au développement de ces idées nouvelles, ne soient rebutées par les mathé-mathiques élevées et le langage spécial indispensables pour les traduire. Aussi un livre comme celui de M. Charles Brunold est-il à recommander par sa simplicité et par l’aspect facile sous lequel il se présente au lecteur. Ceux qui veulent s’instruire y trouvent une initiation sans grand effort à l’atomistique moderne. Ceux, plus avancés, déjà familiarisés avec les théories modernes, apprécieront dans ce petit livre d’une centaine de pages, un résumé bien fait, un exposé plein d'idées générales et une vue d’ensemble dans ce domaine nouveau en pleine construction.
- PIERRE JOLIBOIS.
- L’appareillage électrique. Le petit appareillage. Le gros appareillage basse tension. L’appareillage haute tension. Tableaux de distribution. Postes de transformations ruraux. Théorie, construction, applications, par Louis Lagron, ingénieur électricien E.P.C.I.; ingénieur à l’Appareillage électro-industriel Pétrier, Tissot et Raybaud; expert auprès des Tribunaux. Un vol. (18 x 12 cm), de 587 p., 334 fîg. (Nouvelle encyclopédie électro-mécanique), Librairie scientifique Albert Blanchard, édit., 3 bis, place de la Sorbonne, Paris, 1930.
- Index : 621.32
- Il existe très peu d’ouvrages sur l’appareillage électrique et M. Louis Lagron, avec sa grande compétence, a évité d’écrire un volume qui soit simplement un catalogue des appareils utilisés dans les installations électriques. Ce livre s’adresse aussi bien aux ingénieurs s’occupant de la construction de l’appareillage électrique qu’aux installateurs l’utilisant dans leurs entreprises; en particulier, ces derniers trouveront dans cet ouvrage la description des appareils pouvant le mieux leur convenir.
- Dans le chapitre 1, l’auteur donne une classification de l’appareillage électrique et indique les règles de normalisation de cet appareillage; puis, suivent quelques considérations sur : la production des arcs, les distances d’amorçage et de coupure ainsi que sur les forces répulsives produites par les courants.
- Dans les chapitres 2 et 3, on trouve, d’une part, la momenclature des matériaux conducteurs et isolants employés dans la construction de l’appareillage électrique avec le-s propriétés et constantes de ces matériaux et, d’autre part, la momenclature et la description des principaux appareils utilisés pour de faibles intensités dans les installations de la première catégorie.
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- BIBLIOGRAPHIE.
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- Dans les chapitres 4, 5 et 6, l’auteur traite du gros appareillage basse tension. Des indications très précieuses sont données sur l’utilisation de cet appareillage dans les installations, avec la description des interrupteurs, commutateurs cosupe-circuits, appareils de protection avec un mode de calcul des fusibles; en outre, les disjoncteurs basse tension avec leurs applications et calcul sont amplement décrits ; de même, les rhéostats de charge, d’excitation et de démarrage ainsi que la commande par manœuvre volontaire et automatique par contacteurs.
- Les chapitre 7 et 8 ont trait à l’appareillage haute tension. Ils contiennent, tout d’abord, une étude sur la protection des réseaux contre les surtensions d’origine externe ou interne et indiquent les appareils à adopter dans chaque cas.
- Les interrupteurs et disjoncteurs dans l’huile sont traités au point de vue théorique et parfaitement décrits. Des conseils très utiles sur : l’huile, les emplacements des disjoncteurs, la protection sélective des réseaux, la mise en service et l’entretien des appareils dans l’huile sont contenus dans cette partie de l’ouvrage.
- Le chapitre 9 indique les conditions réglementaires et les conditions pratiques devant être observées dans la construction des tableaux; l’auteur indique également leur classification, la disposition des appareils et donne la momenclature des différents types de tableaux. Un paragraphe est réservé aux connexions.
- L’auteur a terminé ce chapitre par la description des postes de transformation ruraux de plus en plus utilisés actuellement, et par un exemple de calcul de la charpente de ces postes.
- JEAN CARPENTIER.
- Applications de l’électricité à la marine. (Encyclopédie d’Electricité industrielle),
- par L. J. M. Ricaud, Edm. Marget et J. L. Routjn. Un vol. (23x16 cm),
- de 320 p., 126 fig. J.-B. Baillière et fils, 19, rue Hautefeuille, Paris, 1930.
- Prix, br. 60 fr. Index : 387 : 537
- Cet ouvrage, dû à la collaboration de MM. Ricaud, Marget et Routin, est, naturellement, destiné avant tout, à un public maritime. Toutefois, sur le bâtiment de guerre moderne, les applications de l’électricité sont si variées, si originales parfois, elles doivent toujours satisfaire à de telles conditions de robustesse et de sécurité, que la lecture de cet ouvrage sera également intéressante et fructueuse pour le technicien non spécialisé au navire. Il pourra y trouver, étudiés et complètement résolus, des problèmes spéciaux qui se sont déjà posés à lui.
- D’ailleurs, vraisemblablement dans ce but, les auteurs ont toujours exposé, aussi clairement et complètement que possible, les conditions des différents problèmes et aucune initiation maritime préalable n’est exigée du lecteur.
- L’ouvrage comprend quatre parties :
- 1° Service électrique à bord : Éclairage, Conditions générales sur la commande à distance, Transmetteurs d’ordres et appareils de communication, Projecteurs, Moteurs et appareils divers, Treuils, Commande électrique de la barre, Applications de l’électricité aux services de l’artillerie ;
- 2° Génération et distribution de l'électricité. Conditions ‘particulières aux installations de bord;
- 3° La propulsion électrique ;
- 4° Appareils et dispositifs utilisés pour réaliser le pointage et la télécommande.
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- BIBLIOGRAPHIE.
- JANVIER 1931.
- Les deux premières parties constituent un exposé complet, tant au point de vue historique que technique, des installations diverses.
- La troisième partie est uniquement consacrée à la propulsion électrique. Tous les facteurs entrant en jeu dans cette application importante sont nettement mis en lumière et la comparaison entre les trois types de réalisation par moteurs continus, asynchrones et synchrones en apparaît simple.
- Cette étude est complétée par des descriptions d’installations existantes.
- La quatrième partie est relative aux dispositifs de télépointage et télécommande.
- Il aurait peut-être été plus commode pour le lecteur, de trouver ici les considérations générales sur la commande à distance insérées au chapitre I.
- Quoi qu’il en soit, l’exposé de ces problèmes, étudiés surtout dans la marine et dont le domaine d’application peut être si vaste, est du plus grand intérêt.
- MAURICE GARNIER.
- Étude sur 1 utilisation de l’énergie des marées en France par Georges Moreau,
- doyen de la Faculté des Sciences de Rennes. Un vol. (25x17 cm), de 102 p.,
- 30 fîg. Librairie Delagrave, édit., 15, rue Soufflot, Paris. 1931.
- Index : 621.48 + 532.5
- Dans cet intéressant opuscule de 102 pages, l’auteur expose d’abord le principe de l’utilisation de l’énergie des marées, et donne quelques considérations générales sur le régime des marées en France.
- Après un historique extrêmement concis et clair, l’auteur donne ensuite une classification des sytèmes successivement envisagés, savoir :
- a) Systèmes à flotteur, à piston ou turbines;
- b) Systèmes fondés sur la compression ou la dilatation de l’air;
- c) Systèmes fondés sur le mouvement des vagues;
- d) Systèmes à bassins de marées simples ou multiples.
- Chemin faisant, il rappelle le procédé Claude et Boucherot, basé sur un principe tout à fait différent : l’utilisation de l'abaissement de température, à mesure qu’on s’enfonce dans la mer.
- M. Moreau expose quels sont les différents systèmes actuellement retenus, et indique, par des graphiques extrêmement simples, quels sont les cycles de fonctionnement correspondant à chacun d’eux : bassins à double effet, sous charge constante ou variable; systèmes des bassins associés (cycles Pein et Maire); systèmes de deux bassins communicants ou associés (Belidor, Decœur et Claude) ; cycles à bassin de secours (Defour); cycles à multiples bassins, etc.
- Le problème le plus difficile à résoudre dans cette utilisation des marées est celui de la continuité : continuité journalière et continuité annuelle.
- Au point de vue de la continuité journalière, M. Moreau expose les avantages et les inconvénients respectifs des cycles susvisés, leur grand nombre montrant précisément le souci des auteurs de résoudre cette difficulté le mieux possible.
- D’une façon générale, on peut dire que la régularisation journalière entraîne, comme contre-partie, un sacrifice de rendement ou de prix du kilowatt.
- Au point de vue de la continuité annuelle, la difficulté du problème provient de la variation très grande de la hauteur des marées au cours de l’année. La régulari-
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- sation ne peut actuellement se faire que par accumulation hydraulique, ou par l’appoint d’une usine thermique.
- Apres quelques considérations sur l’utilisation des turbines et des turboalternateurs, l’auteur envisage l’utilisation du courant continu pour absorber l’excédent d’énergie aux heures de pointes. Si le prix de revient de cette énergie est suffisamment faible, on peut envisager à cet effet soit la fabrication de l’hydrogène par électrolyse, soit la réalisation du cycle de l’azote (Birkeland et Eyde), pour produire du nitrate de chaux, excellent engrais pour les terres peu calcifères, soit enfin l’électro-métallurgie, pour produire au four électrique des fontes, des aciers et des ferros, raffiner le cuivre ou préparer, par voie électrolytique, le zinc, l’aluminium etc.
- Une considération très importante, au point de vue de cette utilisation des pointes — et M. Moreau ne manque pas de la mettre en évidence — c’est que, contrairement aux installations hydrauliques des torrents et des rivières, l’énergie des marées peut être prévue, de sorte que les discontinuités peuvent être utilisées dans des conditions particulièrement favorables, donc économiques.
- M. Moreau termine son opuscule par des applications concrètes, avec discussion raisonnée, des divers bassins qu’on peut trouver sur les côtes de France.
- Il étudie avec quelque détail l’organisation possible de la baie de Rotheneuf à 6 km de Saint-Malo, celles de l’Abervrach, petit fleuve du Finistère qui se jette dans la mer au Nord de Brest, et celles de la Rance.
- Plus sommairement, il expose quelques considérations sur d’autres stations possibles telles que l’estuaire de la Sée et de la Sélune, celle des baies de l’Arguenon et de Saint-Jacut-Lancieux, celle de la baie de Frenaye, de l’anse d’Iffignac, de l’anse de Paimpol, celle de l’estuaire du Trieux, de la rivière de Tréguier, de la baie de Morlaix, de celles du Daoulas et du Faou.
- Cette question de l’utilisation de l’énergie des marées est d’autant plus intéressante que notre pays est en large déficit pour la production de la houille, et qu’il faut donner chaque année à l’étranger cinq milliards pour nous ravitailler de ce chef, sans compter les sommes à débourser pour les carburants liquides.
- Or, depuis 1917, si nos usines hydrauliques ont progressé de 23 p. 100, nos usines thermiques ont de leur côté progressé de 900 p. 100.
- Notre programme d’électrification exigerait annuellement 13 milliards de kilowatts-heure, au lieu de 3 actuellement. Pour le réaliser, il faut, non pas construire de nouvelles usines thermiques, mais aménager des chutes nouvelles et faire appel aux marées.
- En ce qui concerne les départements bretons, on peut estimer la consommation locale à environ 500 000 kWh. Avec une organisation bien comprise, on pourrait produire une première tranche de 2xl09 kWh, et doubler ensuite cette production. Il y aurait donc un excédent qui permettrait, soit d’apporter un contingent appréciable au réseau général d’électrification du pays, soit de fabriquer de l’hydrogène ou des produits de synthèse pour les engrais chimiques.
- Il faut savoir gré à M. Georges Moreau d’avoir, dans un opuscule aussi réduit, ramassé à la fois les idées directrices de cette question, et les moyens de la faire aboutir. Maurice garnier.
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- JANVIER 1931.
- ta décharge électrique dans le vide et dans les gaz, par Maurice Leblanc père et Maurice Leblanc fils. (Encyclopédie d’électricité industrielle). Un vol. (23xlo cm), de 375 p., 137 fig. J.-B. Baillière et fils, édit., 19, rue Haute-feuille, Paris (6e), 1929. Index : 537. 5
- Cet ouvrage, dont les bases furent jetées par M. Maurice Leblanc, de l’Institut, le savant génial bien connu, ne put, par suite de sa mort prématurée, être achevé par celui-ci, et ce fut son fils, qui avait été son collaborateur, qui termina ce travail.
- Le livre est divisé en troisparties, les deux premières traitantde science pure: constitution de la matière suivant les conceptions modernes, et passage de l’électricité à travers le vide ou les gaz ; la troisième partie, relative à la science appliquée, traite des appareils utilisant la décharge électrique dans le vide et la décharge électrique dans les gaz raréfiés, avec quelques chapitres consacrés à des études sur les arcs électriques.
- Les ingénieurs et les techniciens en général qui se consacrent aux applications de la science à l’industrie trouveront réunis dans cet ouvrage, non seulement les éléments nécessaires pour parfaire leurs connaissances théoriques mais aussi, ce qui est extrêmement intéressant, l’exposé des méthodes expérimentales qui ont conduit les savants aux découvertes modernes les plus importantes, et notamment celles concernant la constitution de la matière.
- Ce livre occupe une bonne place dans l’encyclopédie industrielle publiée sous la direction de M. Blondel, où il forme, pour ainsi dire, le trait d’union entre la science pure et la science appliquée. jean rey.
- L’éclairage des ateliers, (21x14 cm), de 95 p., 60 fig., brochure n° 6 de la Société pour le Perfectionnement de l’Éclairage, édit., 134, boulevard Haussmann, Paris (8e). Index : 621.32 : 628.9
- Dans cette brochure, toutes les questions se rapportant à l’éclairage des ateliers sont traitées suivant un plan méthodique et avec une rédaction claire et précise.
- Après avoir rappelé les définitions des termes et unités employés en photométrie, l’auteur de cette note examine successivement les questions d’ordre physiologique se rapportant à l’éclairage, les conditions essentielles d’un bon éclairage en donnant des coefficients pratiques concernant les éclairements recommandés pour différentes industries, les caractéristiques particulières des différentes sources lumineuses et, enfin, les divers appareillages employés avec leurs propriétés propres.
- Le tout forme un travail d’ensemble bien présenté qui sera consulté avec intérêt non seulement par les spécialistes de l’éclairage, mais également par tous les ingénieurs et industriels qui, plus ou moins directement, ont à s’occuper de la question d’éclairage des ateliers. jean real
- Les moteurs agricoles, description, utilisation, par G. Passelègue, Ingénieur agronome. Un vol. (18x12 cm), de 234 p., 131 fig.; Librairie Hachette, édit., 79, Boulevard Saint-Germain, Paris (6e). 1926. Index : 621.2-3-4 : 63
- Les machines agricoles, description, utilisation, par G. Passelègue, Ingénieur agronome. Un vol. (18x12 cm), de 380 p., 199 fig., Librairie Hachette, édit., 79, Boulevard Saint-Germain, Paris (6e). 1930. Index : 631.7
- Le développement du matériel agricole entraîne l’utilisation de moteurs pour actionner les différentes machines installées à poste fixe dans l’exploitation.
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- M. G. Passelègue, Ingénieur agronome, chef de travaux de la Station centrale d Essais de Machines, dirigée par notre collègue M. Ringelmann, étudie, dans ces ouvrages, les différents types de moteurs susceptibles d’être utilisés avec profit dans nos exploitations : moteurs à vapeur, moteurs à combustion interne, moteurs électriques, moulins à vent et moteurs hydrauliques, enfin l’utilisation des animaux par l’intermédiaire des manèges.
- La diminution de la main-d’œuvre et le perfectionnement des méthodes culturales ont largement contribué au développement des machines agricoles. Mais il ne suffit pas de posséder un important matériel, encore faut-il rutiliser dans les meilleures conditions possibles.
- En suivant les différents travaux dans l’ordre où ils sont exécutés dans un domaine, M. Passelègue, a divisé son livre en six parties : machines pour la préparation du sol, épandages des engrais et des semences, entretien des cultures, machines de récoltes, machines pour la préparation des récoltes et enfin l’installation des machines fixes dans la ferme et la culture mécanique.
- Ces deux ouvrages seront d’un grand profit pour les élèves de nos écoles d’agriculture et pour les agriculteurs désireux de mieux connaître les conditions d’établissement et de fonctionnement du matériel qu’ils utilisent.
- Essai d’hydrogéologie. Recherche, étude et captage des eaux souterraines, par le
- Dr Ed. Imbeaux, Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées. Un vol. (28x 19 cm),
- de xix-h 704 p., 345 fig. Dunod édit.. 92, rue Bonaparte (6e), Paris, 1930.
- Prix, broché : 270 fr. Index : 551.49
- M. Imbeaux, docteur en médecine, Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées en retraite, ancien professeur à l’École des Ponts et Chaussées, président de la Commission des Eaux souterraines à l’Union internationale de Géodésie et de Géophysique, vient d’écrire un important ouvrage, intitulé Essai d'Hydrogéologie, recherche, étude et captage des eaux souterraines.
- Il suffit d’énumérer les titres des chapitres pour montrer tout l’intérêt de cet ouvrage :
- Chap. 1. — Le sol et les couches du sol; — origine, âge. composition et exture des roches; — porosité et perméabilité des roches;
- Chap. II. — L’eau dans le sol; — provenance des eaux souterraines; —processus de l’infiltration des eaux de pluie dans le sol ; — procédés pour étudier le mouvement et les quantités d’eau dans le sol ;
- Chap. III. — Bassins hydrogéologiques : — formation et classification des nappes souterraines et des sources ;
- Chap. IV. — Qualités des eaux souterraines et leurs rapports avec la nature des terrains; — qualités physiques, composition chimique, qualités biologiques et bactériologiques des diverses eaux souterraines ;
- Chap. V. — Propriétés hydrogéologiques de divers terrains dans certaines régions prises pour exemples en Europe et dans l’Amérique du Nord; nombreuses études en France.
- En résumé, cet ouvrage permet d’étudier les nappes souterraines, dans chaque cas, déterminé par la composition du sol et du sous-sol, en donnant des précisions-sur la manière dont cette étude doit être poursuivie dans chaque cas. Il sera donc
- 130e Année. — Janvier 1931.
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- OUVRAGES REÇUS. — JANVIER 1931.
- de la plus grande utilité pour tous ceux qui cherchent à utiliser l’eau souterraine pour l’alimentation des villes ou villages, et, là ou l’eau de surface est insuffisante, pour l’irrigation des cultures ou les usages industriels.
- On sait que des subventions, imputées sur le produit du pari mutuel, étaient accordées aux communes pour exécuter les travaux de captage et de distribution d’eau potable; mais ce crédit était tout à fait insuffisant; il semble bien qu’on aurait dû y affecter des sommes au moins aussi importantes que pour le développement de l’électricité dans les campagnes; le Gouvernement vient de faire inscrire un important crédit dans le projet d’outillage national pour donner une nouvelle impulsion à ces travaux qui présentent une si grande importance au point de vue de l’hygiène ; et on peut espérer que le coefficient de mortalité pourra ainsi diminuer en France et se rapprocher du coefficient que l’on a obtenu dans d’autres pays où cette question de l’eau a déjà été résolue.
- Cet ouvrage de M. Imbeaux présente donc une actualité toute particulière en donnant les indications utiles aux ingénieurs chargés d’étudier les projets d’alimentation en eau.
- G. COLMET DAÂGE.
- OUVRAGES REÇUS A LA BIBLIOTHÈQUE EN DÉCEMBRE 1930.
- Bruhat (G.). — Cours d'optique à l’usage de renseignement supérieur. In-8 (24 x 16) de ix H-756 p., 657 fig. Paris, Masson et Cie, 1931. 17919
- Grand Conseil des intérêts économiques et financiers de l’Indochine. Session ordinaire de 1930. Discours prononcé le 15 octobre 1930 par M. P. Pasquier, Gouverneur général de l’Indochine. In-8 (24 x 16) de 124 p. Hanoi-Haïphong, lmp. d’Extrême-Orient, 1930. 179 20
- Pécheux (H.). — Précis de métallurgie. (Thermo-métallurgie et électro-métallurgie) à l’usage des Écoles nationales d’Arts et Métiers et des Instituts miniers et métallurgiques et de fonderie, des métallurgistes et des chefs d’ateliers de forges et de fonderies.
- 4e édition entièrement refondue et augmentée. (Encyclopédie industrielle). In-12 (19 x 12) de 663 p., 167 fig. Paris, J.-B. Baillière et fils, 1931. 17921
- Société pour le Perfectionnement de l’Éclairage (134, boulevard Haussmann, Paris (8e). — L’éclairage par projecteurs. (Brochure n° 11). In-8 (21 x 14) de 119 p., 88 fig., IV pi. 17922
- Agendas Dunod 1931. In-18 (15 x 10). Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e). Assurances, par Pierre Véron et Félix Pourcheiroux. 3e éd., de lxxvi4-468 p.
- 17923
- Automobile, par Gabriel Lienhard. 19e éd., de xxiv-h532 p., 287 fig. 17924
- Banque, par Henri Dufayel. 12e éd., de lxxxiv-|-276 p. 17925
- Bâtiment, par E. Aucamus, révisé par Ph. Rousseau. 50e éd., de xxxvih-592 p., 94 fig.
- 17926
- Béton armé, par Victor Forestier. 4e éd., de xxvm-i-434 p., 262 fig. 17927
- Chemins de fer, par Pierre Place. 50e éd., de xxxu -f 508 p., 93 fig. 17928
- Chimie, par Émile Javet. 50e éd., de lii-f-612 p. 17929
- Commerce, par G. Le Mercier, revu et corrigé par E. Rachinel. 17e éd., de LXiv + 459 p. 17930
- Construction mécanique, par J. Izart. 50e éd., de xxvm + 492 p., 158 fig. 17931 Électricité, par L.-D. Fourcault. 50e éd., de xxxu -h 512 p., 130 fig. 17932
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- OUVRAGES REÇUS EN DÉCEMBRE 1930. 67
- Métallurgie, par A. Roux. 47e éd., de xxxn + 49G p., 55 lïg. • 17933
- Mines, par J. Roux-Brahic. 50e éd.. de xxvm + 584 p., 112 fig. 17934
- Physique industrielle, par J. Izart. 11e éd., de xxxiih-532 p., 149 fig. 17935
- Travaux publics, par E. Aucamus, révisé par Ph. Rousseau. 50e éd.. de xxxu -f- 608 p., 102 üg. 17936
- Vente et publicité, par E. Rachinel et M. Buisson. 2e éd., de ui + 548 p., 61 fig.
- 17937
- Rousset (H.-J.). — Travail du cuir. Tannerie, eorroirie. mégisserie. — Nettoyage-teinture et dorure des cuirs. — Colles, graisses, crèmes pour cuirs. — Chaussures, harnais, courroies. — Maroquinerie, reliure, cuirs d’art. (Tous les « trucs » du praticien). In-8 (23 x 14) de vm+ 173 p., 160 (Ig. Paris, Ch. Béranger, 1930. 17938
- Carpenter (A.). — Tous les procédés de façonnage des bois. Sciage, rabotage, toupillage, perçage, tournage, cintrage, clouage, vissage, placage, collage. (Tous les « trucs » du praticien). In-8 (23 x 14) de vm-|- 131 p., 198 tig. Paris, Ch. Béranger, 1930.
- 17939
- Biluter (Jean). — Électrochimie appliquée. Électrométallurgie des solutions aqueuses. Traduit d’après la 2e édition allemande par .1. Salauze et S. Salauze. In-8 (25 x 16) de x-f-323 p., 131 fig. Paris, Dunod, 1930. 17940
- Chaplet (A.). —• Dictionnaire des produits chimiques commerciaux et de la droguerie industrielle. In-8 (21 x 13) de vm H- 307 p. Paris, Dunod, 1930. 17941
- ARGUS de la Presse. — Nomenclature des journaux et revues en langue française paraissant dans le monde entier, 1930-1931. In-8 (21 x 13) de 1102 p. Paris, .37, rue Bergère (9e). 1794&
- Lafay (A.). — Cours de physique. Tome I : Acoustique. Électricité. (Cours de l’École polytechnique). In-4 (28 x 22) de 666 p., fig. Paris, Gauthier-Villars et Cie, 1930. 179 43
- Aciéries de Longwy, 1880-1930. In-i (32x 24) de 189 p., 447 fig., XV pl. 17944
- Statistiques commerciales de l’Afrique occidentale française en 1929. Commerce, production, navigation, voies ferrées. Commerce général : Importations, exportations. (Bulletin mensuel de l’Agence économique de VA. 0. F., numéro spécial), ln-4 (31 x 24) de 43 p. Paris, Agence économique de l’A. O. F., 159, boulevard Haussmann (8e), 1930.
- Pièce 13657
- Gouvernement général de l’Indochine. — Inspection générale des Travaux publics. — Dragages de Cochinchine. Canal Rachgia-Hatien. In-8 (24 x 15) de 81 p., XXIX pl., 3 cartes, Saigon, 1930. Pièce 13658
- Méniaud (Jean). — Le teck et sa propagation en Afrique tropicale, (ex Actes et C. R. de l’Association Colonies-Sciences, nos 62-63, août-sept. 1930). In-8 (24 x 16) de 14 p. Paris, Association Colonies-Sciences, 60, rue Taitbout (9e), 1930. Pièce 13659
- Collardet (Jean). — Les acajous. Les khaya sont-ils des acajous? (ex Actes et C. R. de l’Assoc. Colonies-Sciences, nos 62-63, août-sept. 1930). In-8 (24 x 16) de 15 p. Paris, Association Colonies-Sciences, 1930). Pièce 13660
- Société des Sciences naturelles du Maroc. — Mémoires, nos XXI-XXII (31 déc. 1929) : Contribution à l’étude de la flore de l’Afrique du Nord, par le Dr R. Maire; — Matériaux pour la flore marocaine, par L. Emberger et Dr R. Maire, 53 p. ; XXIII (15 mai 1930); — Contribution à l’étude du complexe biologique de Lymantria Dispar, par J. de Lépiney, 100 p. Rabat, Institut scientifique chérifien ; Paris, Émile Larose. Pér. 469
- Institut d’Égypte. — Bulletin. Tome XII (1er fasc.). Session 1929-1930. Le Caire.
- Pér. 3£
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- OUVRAGES REÇUS. —‘ JANVIER 1931,
- Koninklijke Akademie van Wetenschappen te Amsterdam. — Proceedings of the Section of Sciences. Vol. XXIX, p. 1,2: XXX, p. 1,2: XXXI, p. 1,2; XXXII p. 1, 2. Pér. 279 National Physical Laboratory. — Report for the year 1929. Teddington, Middlesex.
- Pér. 62
- Society of naval Architects and Marine Engineers. — Transactions. Vol. XXXVII,
- 1929, New York, 29 West 39th Street. Pér. 53
- Association technique maritime et aéronautique. — Bulletin. n° 34, session de 1930.
- Paris, lmp. Chaix. Pér. 480
- Comité des Travaux historiques et scientifiques. (Ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts). — Bulletin de la Section de Géographie. Tome XLIV, année 1929. Paris, lmp. nationale; E. Leroux, 28. rue Bonaparte (6e). Pér. 21
- Société de Secours des Amis des Sciences. — Annuaire 1930. (Compte rendu du 73e exercice et de la 66e séance publique annuelle, tenue le 14 juin 1930, à l’Institut Pasteur). Paris, Gauthier-Villars et Cle. Pér. 151
- Association française pour la Protection de la Propriété industrielle. — Bulletin. 2e série, n° 23 (1929-19301 : Travaux de l’Association. Paris, 117, boulevard Saint-Germain.
- Pér. 320
- Agenda agricole et viticole, par V. Yermorel. 1931, 46e année. Villel'ranche-sur-Saône (Rhône). Pér 290
- Chambre syndicale des Constructeurs de Navires et de Machines marines. — Annuaire 1930-1931. Paris, 7, rue de Madrid (8e). Pér. 91
- Chambre syndicale des Fabricants et des Constructeurs de matériel pour Chemins de fer et Tramways. — Annuaire 1930-1931. Paris, 7, rue de Madrid (8e). Pér. 399
- Comité des Forges de France. — Annuaire 1930-1931. Paris, 7, rue de Madrid (8e).
- Pér. 86
- Société vaudoise des Sciences naturelles. — Mémoires, n° 22 (1930). (Vol. 3, n° 7) : Recherches spectrographiques sur des cendres de sangs et d'organes humains, par Ch. Zbinden, p. 233-272, VI pl. Lausanne. Pér. 209
- Royal Institution of Créât Britain. — Proceedings. Vol. XXVI. part. II, 1929-1930. London, 21 Albemarle Street, W. 1. Pér. 258
- Institution of Civil Engineers. — Minutes of Proceedings. Vol. 228, 1928-29 (part. II). London, Great George Street, Westminster, S. W. 1. Pér. 189
- Institution of Civil Engineers. — Subject index to Minutes of Proceedings, Vol. 205-224; Selected engineering papers nos 1-56. London. Pér. 189
- Iron And Steel Institute. — Journal. Vol. CXXI. 1930. n° 1. London, 28, Victoria Street. S. W. 1. Pér. 157
- Iron and Steel Institute. — Carnegie Scholarship Memoirs. Vol. XIX, 1930. London.
- Pér. 157
- Iron and Steel Institute. — Charter, bye-laws and list of members and associâtes,
- 1930. London. Pér. 157
- Institution of Naval Architects. — Transactions. Vol. LXX1I, 1930. London, 2, Adam
- Street, Adelphi Terrace, W. C. 2. Pér. 222
- New York State Department of Labor. — Annual Report of the Industrial Commissioner, 1929. Albany. Pér. 128
- New York State Departmemt of Labor. — Workmen's compensation law and
- industrial board rules, 1930. Pér. 128
- New York State Department of Labor. — Labor law, 1930. Pér. 128
- L'agent général, gérant.
- F.. LEMAIRE.
- C'uilommiers. — lmp. Paui. RRODARl).
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- 130e ANNEE.
- FEVRIER 1931.
- BULLETIN
- DE LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- LE CENTENAIRE DE L’INVENTION EN FRANCE DE LA MACHINE A COUDRE PAR BARTHÉLEMY THIMONNIER EN 1830
- Le 12 avril 1830, un Français, Barthélemy Thimonnier, associé à un commanditaire A. Ferrand, demandait un brevet pour une machine à coudre. Bien que l’idée d’une machine semblable fût dans l’air en Angleterre et aux États-Unis, Thimonnier n’avait pas connaissance des travaux de ses contemporains; aussi est-il considéré, même par les Américains, sinon comme l’inventeur unique, du moins, comme un des inventeurs de la machine à coudre. Sa machine fut, en tout cas, un outil vraiment industriel et la première machine à coudre qui servit a une fabrication continue dans des ateliers.
- Pour célébrer le centenaire de cette mémorable invention, trois groupements syndicaux français ont organisé à Paris une manifestation, du 17 mai au 1er juin 1930. Ces trois syndicats sont : la Chambre syndicale des Constructeurs de Machines à Coudre; la Chambre syndicale des Fabricants et Négociants en Machines à Coudre, et le Syndicat du Commerce de la Machine à Coudre en France.
- Voici le programme de cette manifestation :
- le vendredi 23 mai 1930, à 14 h. 45 m., Réception au Conservatoire national des Arts et Métiers et visite-conférence, sous la conduite de M. Gabelle, directeur, de la section du Musée relative à l’industrie textile. Dans cette section figurent plusieurs machines à coudre historiques, parmi lesquelles une des premières machines à coudre, en bois, de Thimonnier;
- le lundi 26 mai, à 20 h. 30 m., Séance solennelle dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, comprenant, outre une partie artistique :
- Une allocution de M. J. Drossner, président du Syndicat des Constructeurs de
- Machines à Coudre ;
- Une conférence de M. Justin Godard, sénateur, ancien ministre,
- Un discours de M. Labbè, directeur général de l’Enseignement technique;
- Un discours de M. Flandin, ministre du Commerce et de l’Industrie, qui a présidé la séance.
- A cette séance furent projetées des vues représentant l’évolution de la machine a coudre ;
- le mardi 27 mai, à 20 h., Banquet au palais d Orsay, ^
- du 17 mai au 1er juin, Exposition rétrospective des machines à coudre a la
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- Foire de Paris (Hall 53) où figuraient des machines à coudre de : Thimonnier, de 1835; — Elias Iiowe, de 1846; — Picou, de 1860; — Aubineau et Bouriquet. de 1860; — Hurtu, de 1862; — Bonnaz, de 1863; — Garnier, de 1864; — Jones, de 1870; — Pitoiset, de 1875; — Louis Bouriquet, de 1876; — Vigneron, de 1875.
- A côté de ces machines historiques, figuraient différents types des machines les plus récentes, les plus variées et les plus perfectionnées pouvant coudre toute espèce de tissus, et aussi le cuir.
- La Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale a cru devoir s’associer à cette manifestation et honorer, elle aussi, la mémoire du génial et malheureux inventeur en publiant sa biographie. Elle a demandé à M. A. Matagrin, qui connaît la famille de Thimonnier et qui, à divers titres, s’est intéressé à son invention, de vouloir bien rédiger cette biographie. La Société d’Encouragement le remercie chaleureusement d’avoir accepté.
- (x. n. l. r.)
- BARTHÉLEMY THIMONNIER (1793-1857)
- par .M. Am. Matagrin. ancien bibliothécaire scientifique à Lyon.
- La source documentaire la plus intéressante pour la biographie de R. Thimonnier est une brochure intitulée : Histoire de la machine à coudre; portrait et biographie de l'inventeur B. Thimonnier, par J. Meyssin, professeur de fabrique, membre de la Société des Sciences industrielles de Lyon, 3° édition, Lyon, lmp. B. Boulfard, 1914, in-8°, iv-48 p., 2 figures. Let opuscule, réédité par les soins de la famille de l’inventeur, contient en particulier :
- le Mémoire de J. Meyssin sur la découverte de la machine à coudre et le Rapport de .1. l-'euillal sur la revendication de priorité en faveur du tailleur d’Amplepuis (pièces datées de janvier et février 1800) :
- le sous seing privé Thimonnier-Ferrand (1829);
- les actes de la société Ciermain Petit et Gi0 (1830-31);
- enfin, des articles de presse ou extraits de rapports relatifs aux expositions où figura la machine de Thimonnier et aux controverses sociales qu’elle suscita.
- Les descendants directs de Thimonnier, fabricants de machines à coudre, à Lyon, possèdent des documents originaux, entre autres des lettres autographes de l’inventeur. Je dois à cette source des informations, obligeamment transmises par M. Félix Yial, mon collaborateur pour une petite biographie romancée que publièrent en juillet 1927 les « Livres roses » Larousse, sous le titre : L'invention du tailleur d’Amplepuis.
- Les dates essentielles pour l'histoire des débuts de la machine à coudre se trouvent dans l’importante .Yotice sur les machines ci coudre..., signée M. et publiée dans le Bulletin de la Société (l'Encouragement pour l’Industrie nationale, 59e année, 2e série, t. VII, 1860, p. 339-353. Enfin la commémoration du centenaire de l’invention a motivé des publications intéressantes dans le Bulletin de la Machine à coudre (juillet 1930), le Larousse mensuel (août 1930). et La Sature (janvier 1930).
- JEUNESSE DE BARTHÉLEMY THIMONNIER (1793-1812).
- Aux confins du Lyonnais, du Tararois et du Beaujolais, dans un carrefour de vallons verdoyants et viticoles où Brévenne et Turdine unissent les maigres eaux qu'un peu plus loin l’Azergues entraînera vers la Saône, fument aujourd’hui les
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- cheminées d’une petite ville industrielle : L’Arbresle, chef-lieu de canton du département du Rhône.
- C’est là qu est né, le 19 août 1793, Barthélemy Thimonnier, dont le père est qualifié comme « teinturier à Lyon ». La profession tinctoriale fut toujours florissante dans la ville des soieries : dès le xvie siècle, quand Henri II fut reçu en grande pompe par les corps de métiers, on y comptait plus de « teincturiers » que de « tissutiers ». Si Thimonnier père avait, en 1793, transféré ses « barques » et « guindres » de Lyon à L’Arbresle, il semble bien que ce fut pour fuir les dangers du siège de Lyon par l’armée révolutionnaire et les excès de la terreur dans « Commune-Affranchie ».
- Dès cette époque, L’Arbresle, bourg trois fois moins peuplé qu’aujourd’hui.
- Fig. I. — L’Arbresle, ville natale de Barthélemy Thimonnier, en 1830 (d’après une lithographie de l’époque).
- était comme toute la région lyonnaise en proie à la fureur du tissage manuel. Du haut en bas des maisons neuves en calcaire jaune ou des vieux logis aux escaliers à vis, aux portes écussonnées, qui se blottissent encore sous le château et l’église dorés par les siècles, retentissait du matin au soir le tapage rythmé de la mécanique Jacquard. Là aussi, comme au proche Tarare, cité de la mousseline, le métier de teinturier ne risquait pas chômage. Enfin, toutes voisines, étaient, dans la vallée de l’Azergues, les mines de cuivre de Chessy, dans celle de la Brévenne, les pyrites de Saint-Bel, qui, jadis, avaient contribué à l’enrichissement du grand argentier Jacques Cœur; encore exploitées alors pour le métal (et maintenant pour leur seule teneur sulfureuse), ces mines ne pouvaient manquer d’influencer favorablement l’activité industrielle du petit centre où naquit le fils du teinturier.
- Mais c’est dans un autre bourg tisserand qu’il devait trouver l’idée première delà machine à coudre. Les Thimonnier, dont le nom reste très répandu de part et d’autre
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- du massif tararois, ne se fixèrent pas à L’Arbresle. En 1795, la famille de Barthélemy, remontant la vallée de la Turdine et au delà, passa le col des Sauvages dans les monts de Tarare et s’établit à Amplepuis, d’où elle était originaire. C’est là, .sur le versant qui regarde la plaine du Forez, en terroir un peu plus rude, mais non moins laborieux et tisserand que son lieu de naissance, que Thimonnier allait passer la majeure partie de son existence, connaître l’enivrement initial de l’invention, l’ardeur fiévreuse des premiers ^essais constructifs,... et toujours revenir aux heures de désillusion.
- De l’enfant, de l’adolescent, on sait .seulement qu’il étudia pendant quelques années à Lyon, au petit séminaire de Saint-Jean, parmi d’autres fils d’artisans ou de cultivateurs aisés, mêlés aux enfants de la bourgeoisie. On recevait là une bonne instruction générale dont il semble avoir profîté(1) si l’on s’en rapporte à ce qui subsiste de sa correspondance; l’argument tiré de ses ripostes dans les polémiques de presse apparaît plus discutable, car l’inventeur aura des conseillers, des associés, dont un avocat. Le fait certain, c’est que Barthélemy Thimonnier, s’il fut bien l’inventeur pauvre, sans préparation spéciale, et d’autant plus méritant, n’était pas l’artisan inculte, l’autodidacte absolu que certaine légende nous dépeint.
- Quand il fut écolier à Lyon, vers 1805, la grande cité industrielle ne possédait pas encore son école professionelle si fréquentée, La Martinière, qu’elle dut aux libéralités posthumes du Lyonnais Claude Martin, enrichi, comme major général, au service de la Compagnie des Indes. Quarante ans plus tard, répondant aux attaques d’un adversaire du machinisme dans le Journal de Villefranche, Thimonnier semble bien exprimer implicitement le regret d’avoir été privé lui-même de tout enseignement technique dépassant les bornes routinières de l’apprentissage, quand il écrit en bon prophète : « Au lieu de proscrire les innovations destinées à l’accroissement du bien-être de tous, appelons plutôt à grands cris la réforme dans l’éducation de la femme. Provoquons la création d’écoles d’arts et métiers, pour elle, comme pour l’ouvrier. »
- On a sans preuve avancé qu’il fit à Amplepuis même son apprentissage de tailleur; il est possible qu’il l’ait fait à Lyon, où son père avait sans doute conservé des relations. Et comment vivre alors entre les deux quartiers « canuts », entre montée du Gourguillon et Grand’Côte, sans s’intéresser au métier encore discuté du grand Jacquard, à la géniale invention du vieillard qui, retirédans sa campagne d’Oullins, méditait sur son enfance occupée à tirer péniblement les « lacs » du tissseur d’antan?
- L’iDÉE DU TAILLEUR BARTHÉLEMY THIMONNIER (1813-1824).
- Voici maintenant, vers 1815, notre homme marié depuis pe eut exerçant la profession de tailleur à Amplepuis. Le site est assez montagnard, sous les cimes drapées de sapinières où pointent quelque tour, quelque clocheton, et c’est encore pays assez perdu, entre cette route des Sauvages, ce carrefour du Pin-Bouchin, qui évoquent les exploits des chauffeurs ou des pilleurs de malle-poste. Pourtant, le gros bourg, bâti en amphithéâtre dans le val du Rheins, est actif et cossu avec ses cultures, son travail textile, ses gros marchés de toiles. Il se développe déjà; et les gens
- (1) Justin Godart, Conférence à la Soirée solennelle du Centenaire, donnée à la Sorbonne le 26 mai 1930.
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- dê métier n ont pas à redouter, en ce temps-là, dans ce pays aux communications difficiles, la concurrence des cites les plus proches. Le tailleur, entre autres, y peut coudre jusqu’à satiété : ni le vêtement confectionné, ni la saturation de la clientèle locale ne lui infligeront des loisirs forcés.
- Tandis que Barthélemy Thimonnier coupe, bâtit, essaye et coud les solides vêtures du paysan, de 1 ouvrier, ou les houppelandes et carricks, les gilets brodés, les pantalons à pont et à sous-pieds dont se pare la bourgeoisie rurale, il entend bruire tout à l’entour le « bis-tan-claque-pan » des ateliers familiaux. Là, comme dans toute la région d’entre Rhône et Loire, à cette époque de machinisme encore manuel, pas une maison de jardinier ou de vigneron qui n’ait un ou deux métiers à tisser montés en bonne lumière, près des fenêtres; la femme, aux heures de loisir, l’homme, en hiver surtout, parfois aussi les jeunes gens de la famille, s’escriment à lancer la navette, pousser le battant : et la rapidité relative avec laquelle s’allonge, s’épaissit sur le rouleau la pièce de soierie ou de cotonnade, fait rêver le tailleur d’Àmplepuis, pendant que, les jambes croisées, ankylosées, et l’œil attentif, il passe et repasse l’aiguille d’un geste simple et sempiternellement identique pour aboutir à ce mince résultat, quelques centimètres d’une couture plus ou moins fine et régulière.
- Comment ne jaillirait-elle pas alors, dans un esprit observateur, l’idée première d’où naîtra la machine à coudre? Le tailleur d’Amplepuis n’a rien du mécanicien. Ni ses études, ni son apprentissage ne l’ont préparé directement aux recherches de cet ordre. Il ignore que, dès 1804, un brevet fut accordé à deux Anglais, Thomas Stone et Jones, pour une « machine appliquée à la confection des habillements » qui passait l’aiguille ordinaire à travers l’étoffe au moyen de deux pinces et produisait ainsi le point de surjet. Il ne sait pas davantage que son idée est « dans l’air », que d’autres songent aussi à une construction moins anthropomorphe, plus véritablement mécanique, et que bientôt l’Américain Walter Ilunt ébauchera la première machine à point de navette, l’ancêtre des triomphatrices d’aujourd’huil2).
- Mais s’il ignore tout ce qui pourrait l’éclairer, le guider, Thimonnier, en revanche, sait fort bien raisonner sur son effort et sur la disproportion du résultat obtenu : c’est là le ferment puissant de toutes les grandes inventions artisanes. El ce raisonnement d’artisan, peut-être subconscient dès les années lyonnaises, s’exerce à Ample-puis en atmosphère stimulante, dans le bruit du tissage, — à quelques lieues de ce Tarare où, vers la fin du xviii0 siècle, l’ingéniosité et la persévérance des Simonnet,, oncle et neveu, fondèrent l’industrie bientôt florissante des mousselines, — enfin parmi les brodeuses au crochet qui, dans ce canton, travaillent beaucoup pour la fabrique tararoise ou lyonnaise. En effet, le mouvement de la broderie au crochet ressemble trop à celui du « métier à coudre » ou du « couso-brodeur » Thimonnier, pour qu’on hésite à voir là l’élément essentiel du terrain de culture où se développe le germe de cette invention.
- Comme l’a fort bien dit une voix autorisée : « L’idée, c’est la greffe; on ne sait comment elle vient; on n’a pu domestiquer le génie. On ne peut suivre les traces du chemin merveilleux par où l’idée est apparue. D’ordinaire, l’idée ne surgit qu’après
- (2) On trouvera une étude d’ensemble sur les principaux inventeurs des différents types de machines à coudre: l’Anglais Th. Saint; Thimonnier: les Américains W. Hunt, Elias Howe. J.-M. Sin»er, A.-B. Wilson, J.-E. Allen Gibbs et W.O. Graver, dans l’Annul Report of lhe ïmilhsonian Institution (1929), par H. L. Lewton, du United States National Muséum.
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- une longue attente. Un Newton l’affirme fortement, et qui le sait mieux qu’un Newton ;3)? »
- Il est peut-être imprudent d’insister sur la genèse de l’idée géniale éclose sous le front du tailleur d’Amplepuis, où du moins les rides verticales décèlent le don, la permanence de l’attention. Pourquoi tous les grands inspirés de la technique ou de l’art n’ont-ils pas eu le courage et le talent de nous conter, denous expliquer, autant que faire se peut, la conception, les étapes de leurs inventions, comme y réussit par exemple Bernard Palissy pour ses « rustiques fîgulines? » Pas plus que la date précise où fut conçue la machine à point de chaînette, nous ne saurons jamais comment le tailleur Thimonnier, piquant enfin l’aiguille dans la pelote et abandonnant sa posture à la turque, s’efforçait, avec ses modestes ressources en argent, en matériel, en notions mécaniques, de donner vie à ce qui n’était encore qu’un mirage informe.
- Que furent les premières réalisations de son idée du métier à coudre? Certes, il était assez simple de plan et de rouages pour qu’il en trouvât aisément les matériaux, montants de bois, planches, cable à traction directe, ressort, crochet, bobine, et fût capable de les assembler lui-même avec une précision suffisante. Mais une pièce au moins réclamait un façonnage spécial, celle qui présentait le fil au crochet sous l’étoffe : il se pourrait que l’inventeur ait eu recours à l’obligeance de quelque voisin, menuisier ou serrurier ; certains détails de ses conventions ou recherches permettent de conclure qu’il préféra se priver d’aide, étant peu communicatif, sinon hermétique, comme le sont généralement les inventeurs.
- La légende l’imagine volontiers travaillant dès Amplepluis à son grand œuvre, le soir tandis que sa famille, bientôt accrue, s’effare un peu de ses mystérieuses occupations, ouïe dimanche pendant que des voisins railleurs l’invitent vainement à la traditionnelle partie de boules. A vrai dire, il dut s’apercevoir, tôt après l’éclosion de l’idée première, que sa résidence campagnarde n’était pas propice au perfectionnement de ses constructions mécaniques. Alors l’exode vers Saint-Étienne lui fut suggéré, soit par l’intérêt que soulevait déjà le projet d’un chemin de fer entre cette ville et Andrézieux, soit parce que la profession de tailleur y était moins encombrée qu’à Lyon. Ce fut en 1825 qu’il partit pour la cité forézienne avec sa femme et ses enfants, n’oubliant à Amplepuis ni ses ébauches de machine à coudre, ni son rêve d’inventeur.
- THIMONNIER A SAINT-ÉTIENNE, SON « METIET. A COl lHïE » (1825-1829).
- Le vieux « Sant’Ziève » ne ressemblait guère, dans le premier quart du siècle dernier à Saint-Etienne, la grande ville riche en industries variées, qui n’est pas loin en 1930 de compter 200.000 habitants et représente au mieux, dans notre France les mushroom ciliés des États-Unis. Dix fois moins peuplé qu’aujourd’hui, Saint-Étienne ne laisse guère prévoir alors cette croissance accélérée de cryptogame, et Montbrison, au volcan éteint, conserve sans inquiétude la préfecture de la Loire. Déjà pourtant, les mines, forges, armureries, rubanneries stéphanoises mettaient dans cette ville, parmi sa population, l’activité intense, la mentalité industrielle qui peuvent incliner les intelligences et tendre les volontés vers l’invention technique. Dans la cité d’où partit ce Fourncyron, à qui les humbles scieries de la Forêt-Noire
- (3) Cf. Labbé, Directeur général de l’Enseignement technique, Discours à la Soirée solennelle de la Sorbonne le 26 mai 1906.
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- inspireront 1 idee de la turbine hydraulique et d’une exploitation grandiose de la houille blanche, Thimonnier va trouver, mieux encore qu’à Amplepuis, le stimulant pour son inspiration.
- C est dans la commune faubourienne de \albenoîte (fio1. 2). depuis absorbée
- Fig. 2. — Maison de Barthélemy Thimonnier à Saint-Étienne (d’après un lavis de Joannès Drevet).
- par la ville, que, modestement, s’est établi le tailleur. A contempler, telle qu’elle subsiste encore(4) au bord de son trottoir cahotant, la pauvre et triste maison de la rue des Forges, sombre coin du « pays noir » où fut parachevée l’invention et
- (4) Je tiens à remercier ici M. Joannès Drevet, le peintre et aquafortiste très connu des amateurs comme « le Maître du Vieux Lyon », d’avoir bien voulu me donner pour le Bulletin une image émouvante et fidèle de ce logis très ancien.
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- construite la première machine de Thimonnier, il apparaît bien qu’il fallut à l’inventeur l’énergie d’une race montagnarde unie à l’enthousiasme conscient et patient de l’inspiré, pour ne pas faiblir dans l’effort tout en supportant la vie quotidienne, la monotonie et la fatigue du labeur professionnel.
- Qu’était-ce, en bref, que cette machine dont il choisissait les organes et combinait le fonctionnement depuis quelques mois?
- Avec un sens très juste des exigences de la mécanique appliquée, Thimonnier avait repoussé d’emblée toute imitation servile du travail manuel dans la couture. En réalisant le point de surjet (qui n’est pas le plus esthétique ni le plus apprécié) au moyen d’une aiguille poussée, tirée, retournée par des pinces disposées de part et d’autre de l’étoffe, non sans exiger fréquemment de nouvelles aiguillées de fil, la machine brevetée en 1804 par Stone et Henderson n’améliorait ni la qualité, ni la facilité, ni surtout la rapidité du travail de couture.
- Dans l’appareil perfectionné que Sénéchal exposa, en 1851, au Palais de Cristal, « la pince qui tient l’aiguille agit absolument comme une main naturelle », disait le brevet français daté de 1849 : on oubliait d’ajouter que la main eût travaillé plus vite, et la description semblait viser un automate de Yaucanson. Une machine américaine de 1844, poussant l’aiguille dans les étoffes préalablement rapprochées et gaufrées de plis pour obtenir le point ordinaire de couture, présentait ainsi de sérieux inconvénients. Les seules machines s’inspirant de la couture manuelle qui aient marqué un progrès sensible (Greenough, 1842; Phelizon, 1850; Canonge, 1852) avaient dû renoncer à l’aiguille ordinaire pour adopter celle à double pointe et œil central du métier à broder Heilmann (1834), appareil qui a survécu moyennant divers perfectionnements.
- Ce ne fut pas le moindre mérite de Thimonnier, et c’est son meilleur titre à la gloire comme inventeur de la première machine à coudre, que d’avoir vu clairement la difficulté du retournement de l’aiguille, l’immense avantage du travail à fil continu, et de s'être, par suite, engagé dans une voie nouvelle.
- Des trois principaux points usuels en couture, pourquoi le tailleur d’Amplepuis choisit-il le point de chaînette plutôt que le surjet ou le point ordinaire? C’est évidemment — puisqu’il nommera plus tard sa machine « couso-brodeur » — parce qu’en observant le travail de la brodeuse dans les monts de Tarare, il s’est aperçu qu’en substituant à l’aiguille un crochet et en imitant le mouvement de la broderie, il doit être possible d’obtenir le point de chaînette, et que, dès lors, le concept d’un « métier à coudre » travaillant plus rapidement et sûrement que la main armée de l’aiguille n’apparaît plus irréalisable.
- En effet, après quelques tâtonnements (et combien de laborieux essais, de minutieux ajustages!) cette machine était réalisée, très probablement dès les derniers mois de 1828. Et voici comment l’inventeur avait mis en œuvre le principe de couture mécanique par lui adopté.
- Sur un trépied de bois, que remplacera un socle quadrangulaire dans un modèle plus élégant(5), se dresse (fig. 3) un petit coffre surmonté d’un gros ressort à tige de traction qui donne à l’ensemble un faux air de ratière. Ce ressort actionne, par une transmission assez simple, la tige porte-crochet verticale, qui est supportée par des
- (5) Le modèle primitif à trépied est conservé au Musée des Tissus de Lyon; il existe aussi, de construction plus tardive, un modèle en fer sur trépied (fig. 5). Le modèle à socle est celui qui est exposé au Conservatoire national des Arts et Métiers.
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- bras horizontaux, tendus hors de la façade du coffret. A la base de l’appareil, une longue pédalé commande directement par une corde les mouvements du ressort. Les étoffes à joindre sont guidées à la main sur un plateau perforé au point où pique le crochet. Enfin, sous le plateau, une petite pièce, tournant concentriquement au crochet-aiguille, qui passe dans un œil de cette pièce après avoir traversé
- Fig. 3. — Deux aspects de la première machine à coudre de Thimonnier qui figure au
- Musée du Conservatoire national des Arts et Métiers sous le n° 7 955 avec la notice suivante :
- Première machine a coudre, de Thimonnier (1830). Don de la Chambre de Commerce de Tarare en 1807.
- Barthélemy Thimonnier, simple ouvrier tailleur, inventeur de la machine à coudre, né à LArbresIe en 1793, mort à Amplepuis (Rhône) en 1857, a construit en 1825, à Amplepais. la première machine imitant le point de chaînette à un fil; il a pris un brevet le 17 avril 1830, précédant conséquemment le brev t de Fisher et Gibbons qui, en décembre 1834, inventèrent le point de chainette à deux fils à l'aide d'une machine portant deux aiguilles, l’une horizontale, l’autre verticale, sorte de métier Jacquard ne ressemblant on rien à une machine à coudre.
- Le 1er décembre 1847, l’Américain Helias Hotte prit un brevet en Angleterre pour le point de navette, mais celui qui popularisa la machine à coudre est l’Américain Singer qui perfectionna le brevet Howe lorsqu il 'fut tombé dans le domaine public.
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- les étoffes, lui présente et enroule autour le fil débité par une grosse bobine qui est montée folle sur un axe horizontal.
- On comprend, sans plus d’explication, comment le crochet, traversant l’étoffe à chaque appel de la pédale, ramène le fil en boucle sur l’autre face du tissu à chaque rappel du ressort, et forme, dans son va-et-vient de haut en bas, ces maillons de fil en chaîne continue qui constituent le point de chaînette. Ce point apparaît à la face inférieure de la couture, tandis qu’à la face supérieure on obtient l’illusion du point piqué : résultat dont certaines machines modernes se contentent encore.
- La première machine de Thimonnicr, surtout le modèle à trépied construit presque totalement en bois, nous paraît évidemment lourde et grossière. Mais, plutôt qu’à un jouet d’enfant (comme on se plaît trop à le dire) elle ressemble à quelque appareil de petite industrie; elle fait songer à tout ce qui fonctionnait dans les ateliers de 1830, âge héroïque du machinisme, Sans doute celte machine ne dépasse guère la vitesse du travail d’un ouvrier tailleur très exercé, mais c’est question de perfectionnement, et l'inventeur lui-même ne tardera pas à y pourvoir. Sans doute aussi, et c’est plus grave, le point de chaînette est un choix discutable, car il se défile trop aisément.
- C’est à l’Américain Isaac Singer, qui, en 1854, substitua au dispositif de Thimonnier une aiguille à œil près de la pointe, avec crochet sous l’étoffe, que reviendrait l’honneur d’avoir le premier songé à un organe mécanique nouant, tous les huit points par exemple, la chaînette, si certaines traditions orales n'affirmaient que Thimonnier, avant d’adopter plus tard ce perfectionnement, l’avait spontanément imaginé vers 1840. Enfin et surtout, aux Etats-Unis encore, d’autres auront l’idée féconde du point de navette, inconnu du tailleur d’Amplepuis comme de tous ses confrères. Mais c’est là une autre histoire qui viendra en son temps. Thimonnier n'en avait pas moins inventé la première machine à coudre digne de ce nom; restât à la faire connaître, à lui obtenir la garantie officielle d’un brevet, à lui trouver un acquéreur ou l’aide pécuniaire d’une commandite.
- Or, pendant ces années de recherches, l’inventeur, si dévoué qu’il se soit toujours montré envers sa nombreuse famille, n'a pas été sans négligerun peu ses affaires professionnelles. Tandis qu’il s’acharnait à mettre au point sa construction dans quelque pavillon isolé, quelque appentis de sa pauvre demeure, il a trop souvent oublié les commandes urgentes ou renoncé à en chercher d’autres. Au quartier des Forges, on se raille, comme à Amplepuis, du tailleur mécanicien; les artisans, les voisins le traitent de fou; la maisonnée s’inquiète; la clientèle s’impatiente, et les fournisseurs bien davantage : situation désolante pour qui prétend à lancer une invention! C'est aggraver la gageure, déjà si dure, d’être prophète en son pays.
- Mais soudain, tout s’éclaircit, les pires nuages se dissipent. Soit qu’il eut à le pourvoir de redingotes adéquates aux fonctions universitaires, soit qu’il fréquentât de préférence tous gens idoines à l’instruire en mécanique, Thimonnier est entré en relations avec un répétiteur à l’École des Mines de Saint-Étienne, Auguste Ferrand qui va lui être du plus grand secours pour l’obtention d’un brevet. D’abord Ferrand est capable de faire tous les dessins et rédactions indispensables pour pareille demande ; puis, concours encore plus providentiel dans l’occurrence, il est en situation d’avancer au tailleur l’argent nécessaire, sans même réclamer d’indemnité au cas où le brevet serait refusé. Il pousse même la munificence jusqu’à verser à Thimonnier 50 fr pour la construction d’un second exemplaire du « métier
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- 80 BARTHÉLEMY THIMONNIER (1793-1857). — FÉVRIER 1931.
- propre à la confection des coutures dites à point de chaînette sur toutes sortes d’étoffes ».
- Ferrand n’oubliera pas, n’oubliera jamais, de participer pour moitié tant au brevet demandé qu’aux bénéfices qui en pourraient découler : c’est nettement spécifié dans l’acte sous seing privé qui l’associe à l’inventeur le 2 mars 1829(6), ce l’est encore dans la demande de brevet, datée du 12 avril 1830 (fig. 4) que Auguste Ferrand signe « par procuration de Barthélemy Thimonnier » comme aussi en son propre nom(7) 8. Certes, on ne peut reprocher à ce premier associé du tailleur d’Am-plepuis la « clause léonine » ; mais, pour légale — et presque normale — qu’elle soit, son attitude en cette affaire n’en reste pas moins suggestive et digne de notice dans l’histoire des inventeurs pauvres.
- LE PREMIER ATELIER PARISIEN DE CULTURE MÉCANIQUE (1830-1831).
- Voici donc Thimonnier brevet en main et, par surcroît, nanti d’un associé qui n’est pas dépourvu de science, ni du sens des affaires, ni d’ailleurs de hautes relations. Ferrand est du moins, de par ses fonctions, en rapport avec l’Inspecteur divisionnaire des Mines, Louis Beaunier, exerçant aussi dans la cité stéphanoise. Sitôt informé de l’invention de Thimonnier et mis en présence de la machine, ce personnage s’v intéresse et se fait fort de trouver des commanditaires. Il se met en campagne sur-le-champ, avec l’aide d’un de ses subordonnés, l’Ingénieur des Mines Ch. Combes, non sans qu’ils aient d’abord songé à exploiter eux-mêmes l’invention et traité tous deux de la cession du brevet avec Thimonnier et Ferrand x.
- (6) Voici le texte intégral de cet acte d’association :
- Nous, Barthélemy Thimonnier, et Auguste Ferrand, sommes convenus de ce qui suit :
- 1° Que le sieur Thimonnier s’engage à conlectionner un métier mécanique propre à la couture, point de chaînette, sur toutes sortes d’étoiles.
- 2° Il s’engage de plus à faire un second métier semblable au premier, dont le sieur Ferrand paiera la somme de 50 fr pour le montant dudit métier.
- 3° Le sieur Ferrand s’engage à faire tous les dessins, rapports et demandes dudit brevet au nom des deux contractants, lesquels participeront par moitié aux bénéfices qui en résulteront, soit en vendant leur droit de propriété.
- 4° Le sieur Ferrand s’engage à faire la somme nécessaire pour la demande dudit brevet d’invention.
- 5° Le sieur Ferrand s’engage d’avance à renoncer à toute indemnité, dans le cas de non-réussite, de toutes les sommes par lui avancées.
- 6° Nul des deux associés ne pourra donner aucune connaissance du mécanisme dudit métier à des tiers quelconques, sans le consentement par acte sous seing privé.
- 7° Celui des deux qui contreviendra à la présente clause ci-dessus énoncée, se rendra par ce fait débiteur envers l’autre d’une somme de mille francs.
- 8° Le sieur Thimonnier affirme que, jusqu’à ce jour, il n’a donné et ne donnera à l'avenir aucune connaissance desdites machines à coudre qu’au sieur Ferrand, qu’il regarde dès ce jour comme son associé.
- 9° Aux clauses et conditions ci-dessus énoncées, acte conventionnel de société sera passé devant notaire à première réquisition de l’un d’eux.
- Saint-Étienne, ce deux mars mil huit cent vingt-neuf.
- (Suivent les signatures.)
- (7) Le fac simile de celte demande a été publié dans le Bulletin de la Machine à coudre, juillet 1930, p. 4715, d’après lequel nous le reproduisons.
- (8) Voir, à la note 9, un des considérants de l’acte d’association.
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- B. THIMONNIER, INVENTEUR DE LA MACHINE A COUDRE EN FRANCE. 81
- Un M, de Bousquet, qui entre dans la combinaison et donne sa procuration à l’inspecteur Beaunier, pourrait bien être de ses amis ou collègues, puisqu’il est domicilié dans la cité minière de Saint-Hippolyte-du-Gard. Bientôt on s’assure le aoncours de financiers parisiens : l’agent de change Pierre Petit, F. et Germain Petit, les banquiers Fould-Oppenheim et un M.. Gordier. Enfin, par un acte du 8 juin 1830., qui désignait Thimonnier et Ferrand comme « inventeurs », Beaunier et Combes comme « fondateurs », puis ceux-ci et tous les autres comme « bailleurs de fonds », fut constituée la société en commandite Germain Petit et Cie au capital de 80.000 fr(9). Thimonnier et Ferrand, pour cession de leur brevet, devaient recevoir conjointement et par moitié 18 p. 100 sur les bénéfices nets de la société, plus une gratification de 3.000 Xr pour la première année, ainsi que pour toute autre pendant laquelle les bénéfices s'élèveraient au moins à 50.000 fr. Enfin, par convention verbale de ce même 8 juin, Thimonnier s’engageait à donner tout son
- (9) La brochure Histoire de la machine à coudre par J. Meyssin (éd. de 1914) reproduit comme suit les plus intéressantes dispositions de l’acte de société Germain Petit et C‘e.
- Les soussignés
- MM. Barthélemy Thimonnier, demeurant aux Forges, près Saint-Étienne (Loire), de présent à Paris, rue des Moineaux, 2o;
- Auguste Ferrand, demeurant à Saint-Étienne, de présent à Paris, rue Hyacinthe, 10;
- Louis Beaunier, Inspecteur divisionnaire des Mines, demeurant à Saint-Étienne (Loire), de présent à Paris, rue Thérèse, 9, agissant tant en son nom que comme fondé de la procuration de Ch. Combes, Ingénieur des Mines, demeurant à Saint-Étienne, et de M. de Bousquet, demeurant à Saint-Hippolyte (Gard) ;
- Pierre Petit, agent de change honoraire, rue des Francs-Bourgeois, 16;
- F. Petit, rue Saint-François, 5;
- Germain Petit, rue des Filles-du-Galvaire, 6 ;
- B. Fould et L. Fould Oppenheim, demeurant à Paris, rue Bergère, 10;
- A. Cordier, rue des Francs-Bourgeois, 16;
- Considérant que les sieurs Thimonnier et Ferrand sont inventeurs d’une machine à coudre, pour l’exploitation de laquelle il est pris un brevet d’invention;
- Considérant que les sieurs Thimonnier et Ferrand ont primitivement traité de la cession de leur invention moyennant certains avantages en faveur de MM. L. Beaunier et C. Combes, lesquels de leur côté s’engagent sous certaines réserves, à former de leurs deniers ou du denier d’associés qu’ils se choisissent, les fonds nécessaires pour la confection et la vente du métier à coudre;
- <Que depuis, des expériences décisives ont démontré q>u’il est quant à présent difficile de tirer parti de l’invention du métier à coudre, mais que, de ces mêmes expériences, il semble résulter qu’on peut faire un usage avantageux de l’invention de MM. Thimonnier et Ferrand, soit en se livrant à des entreprises de couture à façon, soit en cédant ou en affermant le droit de former des entreprises semblables;
- Considérant qu’il convient d’annuler les conventions qui ont existé entre MM. Thimonnier et Ferrand, d’une part, et MM. L. Beaunier et C. Combes, d’autre part;
- Ont résolu de s’associer sous les conditions ci-après :
- Article premier. — Les soussignés déclarent former entre eux une association dans le sens de l’article 47 du Code de Commerce, et dans le but unique et spécial d’exploiter tant en France qu’à l’étranger, l’invention faite par les sieurs Thimonnier et Ferrand d’une machine à coudre.
- Art. 2. — Les apports sociaux sont :
- 1° Du côté de MM, Thimonnier et Ferrand, à titre d’inventeurs, la cession complète de leur invention et du brevet qui la constate... etc.
- 2° Du côté de MM. L. Beaunier et C. Combes, à titre de fondateurs, ;la cession de tous les droits qu’auraient pu leur conférer de précédentes stipulations.
- 3° Du côté de MM. L. Beaunier et G. Combes, Bousquet, Pierre Petit, F. Petit, Germain
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- temps et ses soins à « la construction des métiers à coudre, leur perfectionnement, la conduite des ateliers », moyennant quoi, il lui serait attribué un appointement annuel de 1.800 fr ,0i.
- Le chiffre n’est guère directorial, même pour l’époque. Néanmoins, après qu’on s’est imaginé ^ j oie du tailleur d’Amplepuis roulant en diligence vers la capitale, s’en allant au débotté saluer le « fondateur » Beaunier dans la rue Thérèse, et signant l’acte de la forte et loyale main qui construisit la machine, on se plaît à croire qu’il rentra, ce jour-là, triomphant et parfaitement heureux dans son logis de la rue des Moineaux. Car le 8 juin 1830 fut une des cimes, et la plus dorée, de sa destinée, qui n’allait être rien moins qu’un chemin de plaine.
- Dans son principal considérant, l’acte qui fondait la société Germain Petit et Cic avouait la difficulté d’exploiter immédiatement le métier à coudre comme article de construction et de venteaux tailleurs ou couturières. En revanche, l’exploitation directe de la machine dans une entreprise de couture, pour lingerie ou confection de vêtements, s’offrait comme la publicité la plus démonstrative et le meilleur moyen de faire fructifier le fonds social en tirant parti de l’invention. La société ne tarda donc pas à ouvrir, dans son local du 135 de la rue de Sèvres, des ateliers pour la confection de vêtements militaires; en 1831, 80 ouvrières y travaillaient sur machines Thimonnier, période d’activité fiévreuse et rayonnante pour l’inventeur-directcur, qui avait à construire les appareils, à les entretenir en bon étatde marche, à expliquer aux débutantes le fonctionnement du métier à coudre! Les plus habiles obtenaient déjà 100 et quelques points à la minute; et cette rapidité semblait merveilleuse, vertigineuse,... inquiétante même selon certains.
- C’était trop beau, en effet. Non que l'on risquât la surproduction : à défaut de guerre continentale, Louis-Philippe devait poursuivre la conquête de l’Algérie, et remplacer les uniformes blancs de la Restauration. Mais l’époque, commercialement favorable, était au point de vue social la pire qu’on pût trouver pour le lancement d’une telle invention mécanique. Irritées d’avoir vu la révolution de Juillet confisquée, après celle de 1789, par les partis bourgeois, ignorantes d’ailleurs et pauvrement rétribuées, les « classes laborieuses », à Paris comme à Lyon, s’agitaient avec fureur. D’instinct, elles adoptaient l’argumentation des économistes aux vues bornées, de Sismondi entre autres, et elles se soulevaient à la voix des agitateurs pérorant sur ce thème plus ou moins expressément formulé : « Le machinisme, voilà l’ennemi! » Une baisse des salaires, le spectre du chômage, un licenciement trop brutal : il n’en fallait pas davantage pour dresser le gourdin, le marteau, au
- Petit, Fould Oppenheim, Cordier. tous les huit à titre d’associés bailleurs de fonds, les fonds nécessaires à l’entreprise.
- Le tout conformément aux clauses et conditions ci-après énoncées.
- Art. 3. — Le capital social exclusivement formé de deniers des associés bailleurs de fonds sera de quatre-vingt mille francs... etc.
- Art. 10. - La durée de la Société est fixée à quinze années... etc.
- Art. 11. — La raison sociale sera Germain Petit et Cle: le siège de la Société est établi à Paris, rue de Sèvres, 155.... etc.
- Art. 15. — Le présent sous seing privé pourra être converti en acte public par une décision des sociétaires prise à la majorité des voix... etc.
- Paris, le huit juin mil huit cent trente.
- (Suivent les signatures.)
- (10) Ces détails sont connus par l’acte du 11 juillet 1831, dont on va parler.
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- pomg des exaltes et leur faire briser quelque inoffensive, quelque productive et libératrice machine, si elle n était pas encore acceptée, consacrée par la routine professionnelle.
- Tel fut le sort réservé aux métiers à coudre de l’infortuné Thimonnier : bientôt la population ouvrière, redoutant la concurrence de ses machines rapides, exactes, dociles, le traita de « casse-bras » comme tout patron de nouvelle industrie mécanique; tels les « voraces » lyonnais dévalant les pentes de la Croix-Rousse. 200 ouvriers tailleurs, exaspérés du succès des ateliers Germain Petit et Cie, s’élancèrent à l’assaut de cette bastille, bousculèrent le personnel, jetèrent les machines par les fenêtres dans la rue de Sèvres, et poussèrent de telles clameurs homicides tà l’adresse de l’inventeur qu’il jugea prudent de fuir par une issue dérobée. Aussi bien avait-il pu méditer à Lyon sur l’exemple, alors récent, de Jacquard presque jeté aux Rhône par les stupides, les ingrats canuts de Saint-Clair; c’est sur un autre terrain que Thimonnier cultive l’héroïsme à sa manière.
- Après quoi, la police survint enfin ; 73 des émeutiers furent arrêtés, jugés, condamnés à des peines variant de huit jours à deux mois de prison. Mais la menace subsistait ; les métiers étaient en partie brisés, les couturières épouvantées, les commanditaires inquiets pour leurs deniers restants; et Thimonnier lui-même, d'esprit trop clair pour méconnaître les difficultés de l’heure et la nécessité de perfectionner sa machine, sentait maintenant la partie perdue. Par acte passé le 11 juillet 1831, devant Me Grulé, notaire à Paris, il se relira donc de la société Germain Petit et Cio 11'. Ses co-associés et le banquier Clerget, représentant A. Ferrand, voulaient bien sur son désir, annuler la convention qui le liait à la société jusqu’en juin 1843. et reconnaître que, jusqu’à ce jour, il avait tenu tous ses engagements. Le brevet était définitivement cédé à la société Germain Petit, moyennant versement immédiat de 17.600 fr; en outre, Thimonnier recevait en espèces de M. Germain Petit, la somme de 1.300 fr à titre d’indemnité, tant pour frais de voyage que pour tenir lieu éventuellement de sa part sur les bénéfices d’exploitation qui n’étaient pas encore évalués.
- Ces bénéfices ne furent pas tels que l’entreprise se trouvât en mesure de lutter victorieusement contre l’opposition ouvrière. Elle ne survécut guère au départ de l’inventeur. Quelques mois plus tard, la mort de l’inspecteur Beaunier, grand animateur de l’affaire, fournit un excellent prétexte à la dissolution de la première société qui se soit créée pour la construction de machines à coudre et le travail de couture à la machine. Après les bateliers de la Weser brisant la chaudière de Papin et retardant de plus d’un siècle l’avénement de la navigation à vapeur, l’ouvrier parisien, égaré par des sophismes, avait ainsi paralysé, et pour une vingtaine d’années, l’essor de la machine à coudre.
- années d’efforts et d’aventures (1832-1844).
- Quand il regagne, en 1832, son pays tisserand-brodeur, Thimonnier n’est donc pas tout à fait dépourvu de ressources pécuniaires. Mais il faut se rappeler que, marié jeune, il n’a pas failli à la tradition des races montagnardes : c’est un père de famille nombreuse qui, au lieu de s’attarder à pleurer ses espoirs déçus, doit aussitôt
- (11) Le texte de l’acte par lequel Thimonnier se retire de la société est reproduit dans l’opuscule Histoire de la machine à coudre... (éd. de 1914), pp. 18-19.
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- se remettre à l’ouvrage. La machine dont la populace de la grand’ville n’a pas voulu, l’artisan d’Amplepuis va l’utiliser dans sa modeste profession. Et deux ans s’écoulent ainsi, non sans que le tailleur imagine quelques perfectionnements importants à son oeuvre mécanique.
- Dès 1832, en effet, pour remédier au défilage trop rapide du point de chaînette, il songe, — peut-être en regardant travailler des deux mains un bourrelier du voisinage — à une couture avec double fil ; et il tente quelques essais dans ce sens. C’est
- aussi une prévision du point de navette, que Walter Hunt réalisera le premier avec sa machine construite en 1834, mais non brevetée parce qu’elle ne promettait aucun résultat pratique. Sur la fin de sa vie, Thimonnier, instruit par les Expositions universelles de Londres et de Paris, reviendra à l’étude de ce point inconnu de la couture, mais que l’outillage du tisseur contribuait quelque peu à suggérer. Toutefois, il restera finalement fidèle à son point de chaînette périodiquement arrêté. D’ailleurs, entre temps, Elias Howe aura tant amélioré l’appareil de Hunt, dans sa machine brevetée en 1846, que l’essentiel du problème sera désormais résolu.
- Après deux ans de vie rurale, Thimonnier, moralement réconforté, mais financièrement affaibli, se laisse pour une fois tenter par la folle aventure. Pourquoi ne retournerait-il pas à Paris chercher de nouveaux commanditaires? Les perfectionnements déjà entrevus, construction métallique de ng. ». — seconde machine de Thimonnier, en fer. la machine, pointarrêté, vitesse accrue,
- justifieront au total une nouvelle demande de brevet. Embauché comme ouvrier tailleur, avec sa machine comme auxiliaire et recommandation, ne sera-t-il pas, dans la capitale, mieux rétribué qu’à Amplepuis, comme aussi mieux placé pour ses démarches d’inventeur ou ses recherches de mécanicien?
- Il part seul, travaille et peine pendant deux ans à travers ce Paris de Louis-Philippe où le mot d’ordre gouvernemental est : « Enrichissez-vous ! » et il n’aboutit, le désobéissant inventeur, qu’à épuiser ses derniers écus ! Alors la nécessité de rentrer, coûte que coûte, au bercail tararois, en ce foyer où il rapportera du moins son génie modeste, sa vaillance et ses bras, lui inflige les journées les plus singulières, les plus épiques d’une existence tourmentée : le chemin du retour, les 420 lieues au moins qui séparent les rives de la Seine de celles du Rheins, Thimonnier, en 1836, portant sur son dos un pesant attirail, les parcourt à pied.
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- En romançant un peu, pour une collection enfantine, l’existence digne et. somme toute, si exemplaire du tailleur d’Amplepuis, nous l’avons montré suivant la ligne droite de Paris au Forez, traversant le Bourbonnais et donnant, à la jeunesse du bourg papetier de Corvol-lOrgueilleux, le régal d’une représentation de théâtre Guignol, après avoir sans trop de succès exhibé son invention mécanique aux populations assemblées. L’excuse de cette fiction, c’est qu’on est mal renseigné sur l’émouvante réalité. On sait seulement, de cette randonnée pédestre, accomplie par l’inventeur quadragénaire, qu’il subsistait en montrant sa machine comme une curiosité foraine et que, pour mieux dénouer les cordons toujours rebelles de la bourse campagnarde, il faisait ensuite danser et dialoguer des marionnettes. M. le sénateur Justin Godart lui-même, qui est aussi pour ses concitoyens l’érudit président de la Société des « Amis de Guignol », n’osait affirmer aux fêtes du Centenaire que le théâtre ambulant de Tnimonnier fût celui qui est cher aux vieux Lyonnais.
- Après cette équipée, le tailleur d’Amplepuis, harassé mais non découragé, reprend encore l’aiguille dans le milieu familial; ou, plutôt, il se sert du métier à coudre et s’aventure à en construire quelques exemplaires qu’il propose à ses confrères des environs. Mais le placement est malaisé, tant le préjugé contre la « couture mécanique » effraie la clientèle ennemie des innovations. Çà et là, dans ses pérégrinations de propagande au cours desquelles il tâte l’opinion des gens influents, sans oublier les ecclésiastiques, il rencontre quelque esprit ouvert, attentif à ses explications : tel cet abbé Valin, curé de Lissieu dans le Mont-d’Or lyonnais, qui se souvenait d’avoir reçu en 1837 la visite de Thimonnier accompagné de sa machine, et avait été assez frappé de la démonstration pour se rappeler aussi qu’un peu plus tard, selon des rapports de famille, l’inventeur « avait trouvé le moyen d’arrêter son fil continu tous les cinq points, première idée de la navette qui fixe tous les points et les rend indécousables »
- Un succès d’estime, cela suffit au tailleur d’Amplepuis pour qu’il ne renie pas son œuvre, pour qu’au lieu de s’aigrir au souvenir de tous les déboires qu’elle lui a valus, il soit sans cesse occupé à l’étudier, la retoucher, la perfectionner. Tant et si bien qu’en 1845 semble s’ouvrir pour lui une ère nouvelle de prospérité.
- MACHINE A COUDRE, QUESTION SOCIALE ET FÉMINISME A VILLEFRANCHE-SUR-3AONE (1845-1847).
- C’est un avocat de Villefranche en Beaujolais nommé A. Magnin, qui, à son tour, s’intéresse à la machine de Thimonnier, et propose ou accepte une association avec l’inventeur.
- Le tailleur d’Amplepuis, que ses avatars parisiens ont dégrossi, se tient dès lors au courant des inventions apparentées à la sienne. Il sait probablement que, le 12 octobre 1844, un sieur Pariseau a obtenu brevet pour une machine à coudre avec aiguille circulaire applicable à toutes espèces de tissus, cuirs, peaux, etc. N’est-il pas grand temps de faire connaître les perfectionnements apportés au premier métier à coudre? Thimonnier en juge ainsi; aussi prend-il deux brevets en 1845 : l’un, daté du 10 juin, concerne une « application du système du point de
- (12) Les mémoires de l’abbé Valin ont été cités par M. Justin Godart dans sa conférence à la soirée solennelle de la Sorbonne, le 26 mai 1930.
- 130e Année.
- Février 1931.
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- la broderie au crochet à la mécanique et, par suite, à la couture »; l’autre, en date du 21 juillet, vise dans son ensemble la « machine perfectionnée dite métier à coudre au point de chaînette ».
- La presse beaujolaise est aussitôt mise en branle par les soins de l’associé A. Magnin, et la machine présentée au grand public. On vante cet ingénieux mécanisme qui, « même entre les mains de l’apprenti de quelques heures, défie au travail de l’aiguille pour la délicatesse, la régularité et la solidité de la couture, la main la plus habile, et pour la célérité six ouvrières à la fois. Exécuter environ 200 points de couture à la minute, les agrandir ou resserrer à volonté au moyen d'une simple vis, se prêter à tous les contours, sinuosités et irrégularités de l'étoffe, et faire traverser à l’aiguille, sans aucun danger de rupture, les plus fortes et plus dures épaisseurs, tels sont ces incroyables résultats. » On annonce déjà l’exécution de la machine en modèles de luxe ou portatifs. On loue l’auteur de cette petite merveille : « Aussi simple et modeste ouvrier qu’habile mécanicien, il a su, à l’aide de cette machine, appliquée à la confection des habillements de campagne, élever sa famille tout en consacrant ses loisirs et ses veilles à l’étude de la mécanique. C’est ainsi qu’après quinze ans, il a enfin conduit son œuvre au dernier degré de perfectionnement; il ne songeait qu’à jouir sans rivaux dans son village de supériorité mécanique de tailleur, lorsque sur les sollicitations d’une personne fière d’un tel dévouement, il s’est décidé à mettre à jour ce merveilleux métier, en créer un atelier de fabrication, et la vente au public au prix modique de 50 fr. C’est dans notre ville qu’il va établir le siège de cette nouvelle industrie, sous la raison de commerce A. Magnin et Thimonnier (13) ».
- On peut sourire : n’y eut-il pas toujours quelque accointance entre la prose publicitaire et l’éloquence du barreau, ou d’ailleurs?
- Bientôt, l’avocat Magnin devait utilement fournir à Thimonnier, sinon des arguments, du moins des précisions historiques, sur un autre thème, et guider sa plume de polémiste improvisé. Dès le 14 septembre 1845, un abonné du Journal de Ville franche, reprenant dans un ton plus féministe l’antienne des contempteurs du machinisme, s’irritait qu’on sacrifiât à la question industrielle la question sociale et prétendait que la machine, réservée selon lui au sexe fort, arracherait aux ouvrières leur gagne-pain. Anxieux et plat, selon l'usage, le rédacteur du journal insérait la protestation en la faisant suivre d’assez bizarres excuses, telles que la prévision qu’un jour « le métier à coudre disparaîtra lui-même devant la découverte d’une matière qui permettra de faire des vêtements sans couture ! »
- Mais le 28 septembre parut dans la même feuille, sous la signature de Thimonnier, une intéressante réponse à quoi on ne peut douter que l’avocat ait participé. C’est là que l’inventeur, ou son associé, « appelle à grands cris la réforme dans l’éducation de la femme » comme la meilleure sauvegarde contre « les-envahissements du sexe fort » que stigmatisait l’adversaire. Surtout l’inventeur insistait, en invoquant l’aveu même de son contradicteur, sur le principe que « l’économie dans la main-d’œuvre est le but auquel doivent tendre tous les industriels, le moyen le plus efficace de l’accroissement de la fortune publique et que tous, producteurs et consommateurs, y trouvent leur compte en définitive ».
- « Dites-nous (poursuivait-il pour démontrer la multiplication de l’offre d’emploi
- (13) Article du Journal de Villeframhe, n° 211. 21 août 1845.
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- dans l’industrie par l’élan que lui donne toute conquête mécanique) quel était avant l’invention de l’imprimerie le nombre de copistes destinés à la reproduction des livres? et quel est devenu, depuis, le nombre de bras employés à cette même industrie et celle de la librairie ? Dites-nous ce qu’était la ville de Lyon avant Jacquard, et ce qu’est aujourd’hui cette même ville qui lui élève des statues? »
- Puis venait l’exemple classique de la filature : « Comparez les quelques mille fîleuses au petit rouet de la fin du dernier siècle, aux millions d’ouvriers des deux sexes qui peuplent aujourd’hui nos plus industrieuses provinces. Quelle petite cause pour un si grand et si prompt changement! — Un barbier anglais imagine un jour de remplacer les doigts de la fileuse par deux couples de cylindres compresseurs et étireurs, à différents degrés de vitesse et voilà que ces petits cylindres, fondements de nos admirables métiers de filature, deviennent pour l’Angleterre l’un des principaux filons de sa richesse, lui permettent d’inonder le continent de ses produits, et de renvoyer à son tour à l’Inde, sa tributaire, les cotons manufacturés qu’elle tirait autrefois de son sein ». Faut-il donc répudier le métier à tricoter, « une des gloires du siècle de Louis XIY », la mécanique Jacquard, les métiers à rubans, à tulle, à mousseline, « et tous ceux qui remplacent la main de l’ouvrière, concourant à l’envi à la parer des plus beaux ornements », alors qu’ils semblaient enfantés pour la déposséder de son gagne-pain? « Grâce à ces merveilleuses machines, les bras de ces mêmes industries, loin de diminuer, ont décuplé, et la parure des fêtes de la plus humble villageoise de nos jours aurait pu faire envie aux plus grandes reines d’autrefois ».
- Ne nous illusionnons pas : cela est trop cicéronien, trop technologique aussi, pour que la signature « B. Thimonnier », précédée de la mention « Amplepuis, ce 23 septembre 1845 », soit acceptable sans réserve. Il suffît à la gloire de l’inventeur de la machine à coudre d’avoir su intéresser des associés si bien documentés, si éloquents et si diserts, et d’avoir été reconnu digne de prendre sous sa responsabilité personnelle cette bonne défense du machinisme.
- En somme, Thimonnier et son conseiller écartaient habilement le fond du problème, la question que négligeait aussi leur détracteur : quel sera l’effet de la machine à coudre sur le sort de la couturière ou de la lingère salariée hors-atelier? Ils l’éludaient avec raison, puisque le machinisme ne pouvait rien changer au siveating System, à l’exploitation que subira toujours le travail à domicile. C’était judicieusement qu’après avoir déclaré sans ambages, « à cet intérêt momentané d’un très petit nombre, faut-il sacrifier l’intérêt de trente-trois millions de consommateurs? A quelques intérêts de la génération présente, faut-il sacrifier les-générations futures? » l’inventeur concluait sa riposte en des termes qui cadrent bien avec son caractère, sa vie et ses origines. « Qu’est-ce que mon petit métier à; coudre au point de chaînette, comparé à toutes ces sublimes inventions, pour mériter la préférence d’une attaque? Quelle est sa destinée? je l’ignore. Mais s’il m’était permis d’en espérer seulement pour la confection des habillements et du linge de chaque personne une économie annuelle d’un franc, j’aurais épargné à mon pays un travail annuel de trente-trois millions de francs, qui, déversés sur d’autres industries, augmenteraient d’autant la richesse nationale, sans compter les avantages de l’exportation. Et chaque malheureux y gagnerait par an le prix d’une journée de-travail. Un tel résultat, la plus belle récompense que je puisse espérer, me
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- consolerait aisément des attaques, respectables dans leur but, mais erronées, dirigées contre mon invention(u) ».
- Quoi qu’il en soit de cette polémique, peu surprenante à la veille des événements de 1848, la société Magnin-Thimonnier se mit donc à construire des métiers à coudre, dont un certain nombre trouva acquéreurs dans la sous-préfecture du Rhône et les cantons environnants : 200 points à la minute, ce n’était pas à dédaigner pour l’ouvrier tailleur, sinon pour la couturière ou la lingère. D’ailleurs Thimonnier, aidé par un proche parent de son associé, J.-L. Magnin, allait bientôt obtenir mieux avec son « couso-brodeur ».
- LE COUSO-BRODELR ; VOYAGE DE THIMONNIER EN ANGLETERRE (1848-1852).
- Dès le 9 février 1848, 18 mois après l’enregistrement officiel de l’invention d’Elias Howe, et trois jours après la date du brevet américain accordé à Morey et Johnson pour une machine à un fil et crochet-aiguille cousant au point de chai-nette, Thimonnier et J.-L. Magnin obtenaient patente en Angleterre pour une nouvelle machine à coudre, broder et faire les cordons, encore avec ce même point de chaînette.
- Cet appareil, qu’ils dénommaient couso-brodeur pour en brièvement préciser le champ d’application, fit aussi l’objet d’un brevet français daté du 5 août 1848. En France, évidemment, les journées de février et surtout celles de juin 1848, n’avaient pas activé les examens de l’Office des Brevets. Mais la demande immédiate d'une patente britannique indique combien l’associé du modeste inventeur s’occupait activement de commercialiser l’invention, et avec un sens très averti de la nécessite d’une garantie et d’une propagande en pays étranger.
- Il n’est pas douteux, non plus, que tout au moins J.-L. Magnin, qui fit plus lard breveter de nouveaux perfectionnements à cette machine, ait fourni au tailleur d’Amplepluis d’utiles suggestions en matière de mécanique. C’est peut-être à lui qu’il faut attribuer l’application plus poussée du système Thimonnier à la broderie-passementerie. Et il a déjà fort bon aspect, ce « couso-brodeur », qui permet d’obtenii- 800 points à la minute : plus rien, dans son apparence extérieure, du lourd « métier à coudre » que vit naître la rue des Forges. Sur un trépied aux élégantes courbes, enveloppant la poulie-volant à excentrique qui règle et assouplit le jeu d’une légère pédale, s’étale un large plateau carré déjà très analogue à celui des appareils modernes; et, sur ce plateau, un petit dispositif vertical, à peu près mono-bloc et moins volumineux même que le haut des machines d’aujourd’hui, englobe les diverses pièces mécaniques, allégées, amenuisées, alfmées. Tout contraste ici avec la rusticité de la machine construite en bois avec l’indifférence aux considérations d’esthétique dont témoignait la réalisation première du tailleur d’Amplepuis.
- Il est visible que, sous l’influence des Magnin, la machine de Thimonnier a évolué du type de l’outillage d’atelier pour grosse couture vers une conception plus proche de celle des appareils de précision, et que, dès lors, les inventeurs associés ont prévu l’immense avenir de la machine à coudre dans la vie familiale comme chez les couturières, sinon les couturiers, les plus mondains.
- (14) Cette lettre-réponse, insérée dans le Journal de Villefranche, n° 215, 28 septembre 1845, est reproduite intégralement dans FHistoire de la machine à coudre (éd. de 1914), p. 25-29.
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- Mais, une fois de plus, les troubles politiques vont paralyser l’activité de Thi-monnier . comment intéresser la France a une invention de ce genre, quand les Ateliers nationaux ne trouveront mieux que les terrassements de Monceau à proposer aux chômeurs de toutes industries? L’inventeur, aguerri par ses précédents voyages, n’hésite pas alors à s’expatrier momentanément pour jouer la carte anglaise, pour tenter quelque exploitation du brevet britannique. Laissant une fois encore sa famille à l’abri dans le paisible Amplepuis, il va chercher dans Londres des brouillards pires que les brumes du Lyon de sa jeunesse.
- Comme entre les deux ciels, il y a quelque affinité (industrie, négoce, colonisation. persévérance, rêves ardents cachés sous une attitude morne et distante) entre l’âme de la mercantile Albion et celle du « Lyon marchand », comme s'intitulait déjà une comédie du xvie siècle. Dans les quelques mois qu’il passa en Angleterre. Thimonnier trouva un peu partout bon accueil. A la Royal Society de Londres, alors qu’un conférencier sur l'histoire du verre avait manqué d’incendier l'amphithéâtre avec ses fourneaux et que. par suite, les auditeurs étaient privés d’un cours de l’illustre Faraday, ils s’en consolèrent en écoutant un M. Schmidt, qui présentait la machine à coudre actionnée par Magnin lui-même, et volontiers ils suivirent jusqu’à une heure tardive les démonstrations sur cet appareil. « Il est impossible au travail manuel, dit l’informateur anglais(13), d’approcher de la beauté, de la précision du travail de cette machine, qui coud, pique et fait les ourlets par le même mouvement. »
- A Manchester, Thimonnier et son associé obtinrent un succès encore plus grand, il cédèrent la patente anglaise à une compagnie, qui utilisa bientôt le couso-brodeur dans ses ateliers. Ainsi, en Angleterre comme en France, la machine à coudre de Thimonnier est la première qui ait fonctionné industriellement.
- Au bout de quelques mois, l’inventeur, réconforté par cet accueil et un peu lesté d’argent, regagnait le Beaujolais et poursuivait avec son associé (sans grand profit, croit-on, à défaut de toute documentation sur les bilans de la société Magnin-Thimonnier) la construction et le placement local ou régional des couso-brodeurs.
- Mais il était dit que la machine et son inventeur auraient un jour à se plaindre du sort, outre Manche comme en France. L’idée de la couture mécanique était enfin adoptée par l’industrie et s’infiltrait même dans l’opinion publique, quand s’ouvrit l’Exposition de Londres en 1851.
- La great attraction du Palais de Cristal, nouvellement édifié, promettait une grande affluence de visiteurs, donc une large publicité, aux machines à coudre qui s'exhiberaient sous ses immenses verrières. En effet, on s’v intéressa beaucoup aux machines américaines : celle de Morey et Johnson, qui s’inspirait du métier Thimonnier; celle de Howe surtout, à point de navette ; celle de Wheeler et Wilson (brevetée le 12 novembre 1850), élégant perfectionnement de la précédente, avec sa navette circulaire et plate tournant verticalement; enfin celle, plus récente encore, de Grover et Baker, dont les fils, avec aiguille verticale et disque à va-et v ient rotatif, donnaient un double point de chaînette évitant le déraillement reproché parfois à la couture du tailleur d’Amplepuis. Les machines anglaises Thomas (1847) et Robinson (1851), ainsi que l’appareil français, déjà mentionné, de Sénéchal, retinrent également l’attention des visiteurs.
- (13) Article de la Morning Post, 14 février 184?.
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- Thimonnier et Magnin avaient-ils donc, au mépris des meilleurs principes de stratégie commerciale, négligé d’envoyer le couso-brodeur à Londres? Nullement. Mais, comme par hasard, la machine était restée en panne chez le correspondant par eux chargé de l’exhiber en bonne place. Par suite, elle n’arriva au Crystal-Palace qu’après l’examen du jury, ne reçut aucune récompense, et passa à peu près inaperçue dans la langueur des expositions finissantes.
- Rien ne permet d’affirmer qu’il y eut là manœuvre de concurrents déloyaux à l’égard d'une machine déjà introduite et connue en Angleterre. Mais ce cruel mécompte coïncidait étrangement avec l’époque où, en raison de la multiplication des machines à coudre de principes mécaniques très divers, la question de la priorité d’invention se posait et devenait facile à compliquer, à obscurcir, comme Elias Hovve devait, lui aussi, s’en apercevoir au cours de longs procès.
- DERNIER TRIOMPHE ET DEBOIRES ULTIMES DE THIMONNIER (1853-1857).
- Désormais, sexagénaire, épuisé par 30 ans de lutte, de travail acharné, d’existence besogneuse, Thimonnier, quittant la redingote des années d’espoir et d’opulence relative, pour réendosser le veston de velours à côtes qu’affectionnait le tailleur d’Amplepuis, vit surtout dans son bourg familial et semble un peu délaissé par ses associés de Villefranclie. De temps en temps, parmi d’assez humbles occupations qui l’aident à végéter, comme par exemple la fabrication de navettes, il trouve l’occasion de construire ou réparer des machines à point de chaînette. « J’ai eu, écrit-il en 1854, trois métiers à coudre à faire ces derniers temps, qui m’ont donné un peu d’ouvrage. Je ne sais pas si j’en aurai davantage à faire ce printemps... » Ainsi perce le découragement dans les lettres à son fils.
- Pourtant la flamme du génie inventif n’est pas éteinte sous ce front puissant; la réflexion lucide éclaire toujours ce loyal visage autour duquel grisonnent maintenant les longs cheveux et la barbe en collier'16'. Thimonnier va reprendre cette idée de la machine à deux fils, qu'il caressait déjà vers 1832, et dont Hovve a pu tirer si bon parti. Il sait que des perfectionnements à la machine à coudre se réalisent en tous pays, chaque année plus nombreux et orientés surtout vers l’amélioration du point de navette.
- Tandis que J.-L. Magnin a perfectionné le couso-brodeur et fait breveter (à son seul nom), le 5 juillet 1854, « un mouvement ingénieux par lequel le point de broderie peut être exécuté sans tourner l’étoffe sur la table et en lui imprimant seulement une succession de mouvements parallèlement à elle-même, tout en changeant la direction du crochet au moyen d’un mécanisme à pédale(17) », la machine à double point de chaînette a été perfectionné en Amérique par Avery (1852),
- (16) L’iconographie de Barthélemy Thimonnier ne peut faire état que de deux documents qui, l’un et l’autre, le représentent dans son âge mûr. C’est tout d’abord la lithographie publiée en (tète du Mémoire de J. Mf.yssin (Lyon, 1866) : dans cette effigie, les sourcils froncés, l’œil fixe et presque sans lueur, le menton large et lourd exagèrent la rudesse du visage montagnard. Beaucoup plus vivant, et, par là d’une évidente ressemblance est l’autre portrait, entouré d’un encadrement où figure le métier à coudre de 1830 : les descendants de l’inventeur le firent exécuter, pour les expositions universelles, d’après une photographie extraite d’un groupe familial; nous les remercions d’avoir bien voulu nous autoriser à reproduire ici l’original. Une gravure sur bois, inspirée de ce portrait et fournie aussi par la famille de Thimonnier, sert de frontispice à notre brochure, L'invention du tailleur d’Amplepuis, parue dans une collection Larousse.
- (17) Cf. Notice sur les machines à coudre, Bulletin de la Société d'Encouragement, 1860, p. 341.
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- en France par Journaux-Leblond (1854); et Singer, en cette même année, fait breveter, en France comme aux États-Unis, l’aiguille à œil vers la pointe pour le point de chaînette à fil unique.
- D’autre part, le point de navette a été adopté et amélioré dès 1852 par l’Anglais Judkins, en 1853 par l’Américain Seymour, et par son compatriote Tompson, qui imagina la navette aimantée, enfin, en 1854, par le Français Siegl, guidant aussi
- Fig. G. — Barthélémy Thiinonnicr et sa femme (Reproduction E. Pascal, Lyon).
- la navette au moyen d’un aimant, et par Leduc, de Troyes, dont la machine à trois fils, avec aiguilles, crochet et navette en croissant, tournant dans un récipient circulaire, s’inspire tout à la fois des conceptions de Thimonnier, de Howe et de Singer.
- Ces machines, dont la rapidité le fait rêver, mais qu’il aspire à dépasser dans la construction d’un mécanisme plus simple, Thimonnier va les voir toutes réunies, en même temps qu’il recueillera, sans dorure aucune, le dernier laurier de sa car-
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- rière. Une fois encore, l'inventeur revêt son « ample redingote à la Béranger, coupée carrément1181. » et que nul ruban ne fleurira jamais. C’est pour accompagner J.-L. Magnin et son couso-brodeur perfectionné à l’Exposition universelle de 1855, à Paris. Dans ce nouveau voyage, aucun obstacle, aucune embûche sur la route. Les machines étrangères sont fort admirées, et certaines françaises, du moins celle de Journaux-Leblond, présentent déjà avec nos machines actuelles une analogie qui s'accentuera en parfaite ressemblance extérieure dans les modèles de 1862. Mais, à défaut de tels titres à l’attention du jury, le couso-brodeur, fils ou petits-fils du premier métier à coudre de Thimonnier, possède des qualités et surtout un droit de priorité qui sera désormais formellement reconnu à l’invention du tailleur d'Amplepuis.
- A propos du couso-brodeur Magnin, qui obtient une médaille de première classe, le professeur Willis, de Cambridge, rapporteur pour cette section, dit en effet, à la page 352 de son rapport, que la machine de Thimonnier « a servi évidemment de type à toutes les machines à coudre modernes ». Après cela, peu importait que cet homme de science attribuât l’échec de l’exploitation initiale à une « construction trop compliquée pour la pratique usuelle » ou qu’il opposât les 800 points à la minute des plus récentes machines aux 200 points du métier à coudre, aux 300 du couso-brodeur. La propriété du brevet de 1830 était officiellement confirmée : c’était, pour l'inventeur, un peu de baume sur tant de blessures. Aussi, de Paris, écrit-il joyeusement à son fils : « Je fais connaissance avec les principaux détenteurs de machines à coudre, qui me donnent mille louanges d’être le premier inventeur de cette industrie. »
- Le voici à nouveau en proie au démon de l’invention. Il dit lui-même avoir soigneusement inspecté les douze ou quinze machines de différentes catégories qui fonctionnaient à l’Exposition, ainsi que tous les brevets pris en France, et s’être parfaitement rendu compte de tous les mécanismes. Il va donc sacrifier, lui aussi, au nouveau culte du point de navette, et tenter d'obtenir par ce système la couture belle, solide, indéeousable.
- Guidé par son enquête parisienne, il y parvient sans tarder, puisqu’à son fils, qui participe aux opérations de l’armée de Crimée, il peut écrire plaisamment, en 1855. « J’ai eu un siège aussi opiniâtre à faire..., mais la victoire devait arriver quand à quand avec celle de Sébastopol. Le 31 aoiit, j’ai pris la tour Malakoff; le I l courant, j’ai pris la ville avec toutes ses fortifications. Ce siège, c’est mon métier ».
- Ce métier, qui pourra être construit au prix modique de 20 fr et fera l'ouvrage de quatre personnes, coudra toutes étoffes et même le cuir, avec tous les numéros d’aiguille, à couture lâche ou serrée, point grand ou petit ; l’aiguille est droite, à rainure, avec œil à 6 mm au-dessus de la pointe; sous l’étoffe une petite navette passe dans la boucle fermée par le fil de l’aiguille. Il est difficile d’apprécier, d’après la correspondance du tailleur d’Amplepuis, dans quelle mesure cette adaptation des systèmes Howe, Singer et autres les améliorait ou les simplifiait.
- D'ailleurs, dès i856, l’inventeur abjure cette hérésie à l’égard de sa conception primitive. La belle couture à point arrière des deux côtés (« point du cordonnier») qu’il obtenait ainsi, manque par trop d’élasticité: un autre grave inconvénient, c’est qu’il est difficile, surtout pour un opérateur novice, d’entretenir les deux fils à la
- (18) C/. Justin Godart, Conférence à la Soirée solennelle de la Sorl.onne du 2G mai 1930.
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- tension convenable. Thimonnier se rétracte, mais il ne se décourage pas. Il avoue, en juin, que « le meilleur de tous les points de couture mécanique est le point de chaînette, avec un arretement fait par la machine de distance en distance » mais, dès l’été suivant, il compte bien porter à la perfection ce système qui, à vrai dire, lui appartient. << Si j y arrive, ecrit-il, notre fortune est faite parce que personne n’a pu y parvenir. »
- Dernière flambée d’ardeur juvénile, dans un organisme usé! C’est à Paris qu'il a terminé la construction de deux machines tout en fonte, fer et cuivre, l’une travaillant au point arrière, avec aiguille et navette, l'autre au point de chaînette, avec arrêts espacés. Le résultat fut décevant, les appuis espérés se récusèrent : cependant, il était préoccupé à l’idée qu’en Tararois sa famille « lui creuse un puits chez son boulanger ». Alors il est rentré, et pour quels mois à vivre : « On m’a donné bien juste pour mes frais de voyage. Je suis arrivé à Amplepuis. malade, avec 3,25 fr. Je ne suis pas encore parfaitement rétabli. Tout l’été je n’ai pu que dévider du coton et tout ce que j’ai pu faire a été de gagner 7 à 8 sous par jour. J’ai été obligé de vendre une partie de mes outils pour payer où je devais. Je suis forcé de reprendre mon état de tailleur et de refaire ma clientèle. Mes forces physiques ne me permettent pas de travailler à un travail pénible. »
- Cette lettre du 28 septembre 1856, c’est l’aveu de la misère finale, du supplice qui se terminera le 5 août 1857 par la mort de l’inventeur. A cette lecture, il est permis de s’émouvoir, quand on s’attendrit si volontiers sur le déclin de Lamartine; on peut même s’indigner, au moins contre l’injustice du sort, quand on apprend qu’Elias Howe, fils d’un meunier du Massachusetts, et disparu dix ans plus tard que Thimonnier en pleine maturité, après avoir soutenu d'onéreuses instances contre les plagiaires, gagnait 200.000 dollars dans ses dernières années. Mais la physionomie du tailleur d’Amplepuis ne reste-t-elle pas plus digne, aussi bien que touchante sans aucun artifice légendaire, et sa gloire plus pure, sous celte auréole de la misère imméritée?
- L’histoire posthume de Thimonnier fut heureusement comme une réparation progressive de l’injustice des contemporains. Dès 1860, dans une très instructive Notice sur les machines à coudre, le Bulletin de la Société d’Encouragement pour VIndustrie nationale rendait hommage à son invention, en proclamait encore la priorité.
- En janvier-février 1866, sur mémoire de J. Meyssin et rapport de J. Feuillat, et en réponse à des objections américaines, la Société des Sciences industrielles de Lyon (19) appuyait solennellement la « revendication de priorité de l’invention de la machine à coudre au profit de feu Thimonnier (Barthélemy), tailleur d’Amplepuis », et adressait une pétition au préfet du Rhône pour obtenir un secours en faveur de la veuve du malheureux inventeur. Les quatre fils que Thimonnier laissait quand il mourut étaient, eux aussi, des ouvriers aux salaires modérés; sa veuve, septuagénaire et dans un état précaire, reçut en juillet 1872, un mois avant sa mort, un secours ministériel de 300 fr.
- C’était à l’occasion d’une exposition lyonnaise, où l’essor de la machine à coudre apparaissait tel qu’on écrivait ; « Si Thimonnier vivait aujourd’hui et qu’il lui fut
- (19) En J867, le Bulletin de la Société d'Encourag nnent (66e année, 2e série, l. XIV, p. 277), publia, d’après les Annales de cette Société, Quelques mots sur Barthélemy Thimonnier, l'inventeur, en France, de la machine à coudre.
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- accordé un droit d’un franc sur chaque machine à coudre qui se construit dans le monde, son revenu annuel s’élèverait à près d’un million de francs: les intérêts d’une année seulement de cette somme lui auraient encore suffi, depuis 1855 jusqu’à 1872, pour vivre heureux dans sa montagne où il est mort misérablement(20). »
- Le 11 août 1872, un même coin de terre concédé parla municipalité d’Amplepuis réunit les restes des époux Thimonnier, et, une trentaine d’années plus tard, la petite ville industrielle, où l’idée géniale de la machine à coudre s’était développée en bonne atmosphère dans le cerveau du tailleur, tint à honneur d’être la première à lui élever un monument. Demain, Lyon, où il étudia, en fera autant, grâce à l’initiative de la Société des Inventeurs ; et Saint-Étienne, où le métier à coudre se précisa, se paracheva dans sa formule initiale, a déjà fait apposer une plaque commémorative sur le logis de la rue des Forges. Enfin, hier Paris, dont nul geste n’est indifférent au monde, a mis le sceau suprême à la gloire de Thimonnier. Depuis l’hommage, déjà significatif, de l’image d’Épinal, jusqu’à l’apothéose des fêtes du Centenaire de la Machine à Coudre, la revanche est belle pour Barthélemy Thimonnier.
- Mais, pour l’embellir encore, et selon les vœux formulés par l’inventeur, on voudrait croire que, du sol natal où il s’est enfin reposé, par dessus le bruit des discours tardifs, il entend le ronflement allègre des machines qui libèrent des plus lentes, des plus fastidieuses tâches, le tailleur, la brodeuse ou Jenny l’ouvrière, et qu’au lieu des lignes ou l’on s’efforce d’évoquer son destin, il aperçoit la fille de son rêve, ornant et servant les plus modestes logis, et consolidant en notre civilisation agitée, menacée, ce qui doit être le mieux défendu, ce qui fut pour Thimonnier la consolation dans les heures sombres : la vie de famille.
- (20) J. Meyssin, Histoire de la machine à coudre (éd. de 1914), p. 43.
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- BULL. DE LA SOCIÉTÉ d’eNCOURAG. POUR L’INDUSTRIE NATIONALE. — FÉVRIER 1931.
- LES ROULEMENTS SUR HUILE (1)
- par M. Henri Brillié, Ingénieur en chef conseil à la Compagnie générale transatlantique.
- Dans les périodes de crise industrielle, ou de vie chère, la lutte contre le gaspillage, la réalisation de meilleurs rendements, la recherche d’économies nouvelles, sont tout naturellement à l’ordre du jour.
- Si l’on en croit un vieux proverbe, il n’y a pas de petites économies : c’est un principe qu’il est bon de ne pas perdre de vue, particulièrement dans l’industrie. Certaines économies peuvent paraître, de prime abord, d’importance secondaire : on se rend compte de leur importance à mesure que l’on constate qu’elles sont d’une application plus générale.
- C’est une de ces économies, modestes en apparence, en réalité d’une application très étendue, que nous nous proposons d’examiner aujourd’hui.
- Elle intéresse, pouvons-nous dire, toutes les industries, du fait qu’elle s’applique à toute machine.
- Dans toute machine, il y a des pièces fixes et des pièces mobiles : d’où des résistances par frottement qui absorbent l’énergie en pure perte. Le graissage a pour but de diminuer ces pertes d’énergie. Toute amélioration dans le graissage est donc une source d’augmentation de rendement.
- LE LUBRIFIANT.
- Gomment le graissage, c’est-à-dire l’addition d’un lubrifiant, substituant au frottement à sec, métal sur métal, un frottement avec interposition d une couche d huile, entraîne-t-il une diminution dans les résistances passives?
- On est tellement habitué à voir le mouvement d’une machine facilité par le fait d’y mettre de l’huile que la question peut sembler oiseuse.
- Répondre, d’autre part, à la question en indiquant que l’amélioration donnée par le lubrifiant est due à ses propriétés « onctueuses » rappelle un peu l’explication bien connue des propriétés de l’opium. Chose curieuse, dans les conditions considérées, l’indication serait non seulement très nettement incomplète, mais, en bien des cas, tout à fait inexacte. C’est en effet à deux propriétés bien distinctes — et qu’il importe de ne pas confondre — que le lubrifiant doit son action particulière dans les organes en mouvement des machines. Ces deux propriétés sont 1 onctuosité et la viscosité, et la distinction entre les effets d’onctuosité et les effets de viscosité sera en définitive tout le sujet de cette communication.
- Nous dirons quelques mots de l’onctuosité, ne serait-ce que pour bien marquer la différence de nature qui distingue 1 onctuosité de la viscosité.
- l’onctuosité. — Qu’est-ce que l’onctuosité? La meilleure ou la plus claire des définitions de l’onctuosité est celle qui est basée sur la sensation particulière, la sensation onctueuse, que l’on éprouve quand on presse entre deux doigts une goutte de lubrifiant. La sensation est toute différente de celle qui correspond à une
- (1) Communication faite par l’auteur en séance publique le 8 novembre 1930. Voir la discussion qui l’a suivie dans le Bulletin de décembre 1930, p. 957 à 959.
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- LES ROULEMENTS SUR HUILE. — FÉVRIER 1931.
- goutte d’eau. Avec l’eau, il suffit de frotter quelques instants les doigts l’un contre l’autre pour que le liquide semble disparaître et que le frottement des doigts donne l’impression d’un frottement sec. Avec le lubrifiant, on constate en même temps qu’une douceur de frottement toute spéciale, une adhérence particulière du lubrifiant dont on ne peut se débarrasser.
- Cette adhérence existe également pour les surfaces métalliques sur lesquelles est amené le lubrifiant : elle correspond aux propriétés d’onctuosité.
- Cette propriété est spéciale aux lubrifiants, et caractérise les bons lubrifiants. On peut augmenter les qualités d’une huile en y ajoutant des substances spéciales. « substances actives », qui augmenteront les propriétés d’adhérence.
- Dans quels cas une substance est-elle plus onctueuse qu’une autre? Ici interviennent, ce qui peut surprendre tout d’abord, et ce qui cependant est tout naturel, les influences moléculaires. C’est par l’étude des molécules d’huile, de leurs dimensions, de leurs formes, des forces qui en émanent, que l’on a pu expliquer les plus ou moins grandes qualités d’une huile au point de vue onctuosité; c’est par la même étude que l’on a pu donner les directives générales, des indications précises, sur les procédés à adopter pour améliorer les qualités d’un lubrifiant.
- Je n'entreprendrai pas d’exposer en détail les études très savantes, très remarquables, très précieuses, qui ont été faites sur l’onctuosité. Je me bornerai à rappeler les noms de Rayleigh, Hardy, Brillouin, Walls et Southcombe, Grebel, etc. et plus récemment deM. Woog, dont l’ouvrage Contribution à Vétude du graissage. Onctuosité. Influences moléculaires fait autorité en la matière.
- Nous croirons sur parole ces savants dans leurs conclusions, qui sont les suivantes :
- Une huile est onctueuse quand la force attractive qui s’exerce entre les molécules ou certaines molécules de cette huile, dites « molécules actives », et les molécules de la surface à lubrifier est plus grande que la force attractive de ces molécules les unes pour les autres. Dans ce cas, en raison de cette grande force attractive, les molécules actives se déposent sur la surface, se pressent sur cette surface en se coinçant les unes contre les autres et en constituant une couche extrêmement mince de l’ordre de grandeur du dixième de millionième de millimètre, que l’on appelle épilamen.
- Plus les molécules seront grandes, plus le coincement des molécules les unes contre les autres sera effectif, plus l’épilamen sera résistant, meilleur sera le lubrifiant.
- Les meilleures formes pour les molécules sont les formes allongées; et les conditions les plus favorables correspondront au cas où le centre actif de la molécule sera, non pas à son centre, mais à l’une de ses extrémités. Dans ce cas, cette extrémité vient se fixer sur la surface, la molécule se place perpendiculairement à la surface. et les diverses molécules se pressent les unes contre les autres en constituant un revêtement que l’on peut comparer à celui que donnent les brins d’un velours.
- L’importance pratique de cette théorie, que je me borne à esquisser, résulte de ce que si un lubrifiant a des qualités médiocres, ses molécules étant peu « actives », il suffira d’y ajouter certaines substances à molécules particulièrement actives, telles que l’oléate de soude par exemple, même en très faible proportion, pour en améliorer considérablement les qualités. C’est ainsi que de l’acide stéarique, dans la proportion très faible de 1 p. 100, fait passer de 0.18 à 0,10 le coefficient de
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- frottement de certaines huiles. De l’oléate de soude dans la proportion de 2 p. 100 avec 8 p. 100 d eau fait passer le coefficient de frottement de la glycérine de 0.2 i à 0,10.
- La formation d un épilamen adhérant sur chacune des deux surfaces, mobile et fixe, d une soie et d’un coussinet, transforme le frottement métal sur métal en un frottement nouveau. L’ordre de grandeur des dimensions des molécules étant le millionième de millimètre, et l’épilamen étantconstitué le plus souvent par une seule couche de molécules, les deux surfaces de portage, lorsqu’elles ne sont séparées que par les épilamens, sont à une distance l’une de l’autre de quelques millionièmes de millimètre.
- Même dans le cas où l’on a entre les surfaces, en plus des deux épilamens, quelques centaines de couches superposées de molécules de lubrifiant, la distance des deux surfaces, inférieure au millième de millimètre, peut être assez faible pour que des actions moléculaires s’exercent entre les molécules des deux épilamens d’une part, — entre les molécules des épilamens et les molécules des surfaces, — ainsi qu’entre les molécules des surfaces d’autre part.
- La distance sera souvent trop faible d’ailleurs pour que les phénomènes normaux d’hydrodynamique puissent se produire pour l’écoulement des quelques couches de molécules qui séparent les épilamens.
- On se trouve, dans ces conditions, dans le cas du graissage onctueux ; les phénomènes sont très complexes, peu connus et les lois n’en sont pas déterminées. Tout ce que l’on peut dire, c’est que ces lois sont en opposition à peu près complète avec celles de Coulomb relatives au frottement sec.
- Les lois de Coulomb correspondent en effet à une force de frottement proportionnelle à la charge, indépendante de la vitesse, fonction de la nature des surfaces.
- Dans le graissage onctueux, la résistance de frottement est : à peu près indépendante de la charge ; — fonction de la vitesse ; — à peu près indépendante de la nature des surfaces; — fonction du lubrifiant.
- La complexité des phénomènes de graissage onctueux provient de ce que les résistances de frottement résultent d’actions moléculaires difficiles à préciser, à plus forte raison à traduire en formules.
- Quand les épilamens seront séparés par une épaisseur de couches de molécules suffisamment importante, les actions réciproques des molécules des épilamens et des surfaces de portage seront relativement faibles. A mesure que l’épaisseur de ces couches diminuera, les actions moléculaires prendront de plus en plus d’importance : à partir d’un certain moment, ces actions deviendront suffisantes pour produire d’abord l’arrachement des molécules d’épilamen qui seront remplacées par d autres molécules, puis l’arrachement des molécules de métal, ce qui produira le phénomène bien connu de l’usure.
- Pour une épaisseur plus faible encore, on aura des arrachements de groupes de molécules; c’est le commencement du grippage.
- Telles sont, en quelques mots, les différentes phases du graissage onctueux dont les lois resteront toujours très complexes et sont, en tous cas, encore à préciser.
- LES PHÉNOMÈNES DE VISCOSITÉ ET LES GLISSEMENTS SUR FILM. — Les nouveaux dispositifs de lubrification que nous préconisons correspondent à un mode de graissage entièrement différent, qui utilise les propriétés de viscosité de l’huile.
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- La viscosité est commune à tous les liquides, et même à tous les fluides. Aussi a-t-on pu assurer par viscosité un excellent fonctionnement de certains organes de machines en employant de l’eau au lieu de l’huile, et même en supprimant tout liquide et en utilisant la viscosité de l’air, comme dans le cas des broches de filatures.
- A l’inverse de l’onctuosité, la viscosité se définit d’une façon très précise, qui se traduit en formules mathématiques. Mais, précisément parce que cette définition est très mathématique, nous préciserons la différence essentielle qui distingue la viscosité de l’onctuosité, en mentionnant tout d’abord une application très intéressante des phénomènes de viscosité présentée il y a une quarantaine d’années et qui avait fait un certain bruit à l’époque (Voir Le Génie Civil du 28 septembre 1889). C’était pendant l’Exposition de Paris de 1889, et il s’agissait d’une invention ayant pour but de perfectionner la locomotion sur rails.
- Pour la traction sur voies ferrées, le dispositif généralement adopté consiste à monter les wagons sur roues. Il en résulte un double inconvénient : d’une part, il y a résistance au roulement de la roue sur le rail, d’autre part il y a résistance au mouvement de rotation de la fusée dans le coussinet. D’où une résistance totale au crochet qui peut être évaluée à 2 kg en moyenne par tonne, soit pour une vitesse de 72 km/h, ou 20 m/sec, une perte de 40 kgm/sec, ou un peu plus d’un demi-cheval.
- Dans l’invention que nous mentionnons, les deux inconvénients de la traction sur roues étaient supprimés d’une façon simple, par la suppression des roues.
- Les roues étaient remplacées par des patins de 20 cm de largeur environ, reposant sur des rails de largeur correspondante.
- Inutile de faire observer que si le glissement s’était produit métal sur métal, ou même dans les conditions du meilleur frottement onctueux possible, avec un coefficient tout au moins égal à 0,01, l’effort sur le crochet aurait atteint au minimum 10 kg/t, soit plus de 5 fois celui qui correspond à la traction sur roues.
- Glissement sur film d'eau. — C’est ici qu’interviennent les phénomènes de viscosité. Les patins sont creux et ne portent sur le rail que par leur pourtour. Dans la cavité centrale est refoulée de l’eau sous pression : le patin est soulevé et une couche d’eau continue le sépare du rail : le contact métal sur métal est supprimé; il n’y a plus comme résistance au mouvement que le frottement fluide, frottement de couches d’eau animées de vitesses différentes; les couches voisines du rail ont une faible vitesse, les couches voisines du patin ont une vitesse du même ordre de grandeur que la vitesse du wagon ; la différence des vitesses entre les différentes couches de liquide développe des pressions à l’intérieur de ce liquide.
- Ces conditions de fonctionnement sont dans leur principe exactement celles du graissage visqueux ou graissage sur film d’huile. Nous disons, dans « leur principe », car, ainsi que nous le verrons, dans les détails d’application, les différences sont nombreuses et d’importance.
- Chemin de fer glissant Girard et Barre. — L’invention que nous venons de mentionner n'a pas existé seulement sur le papier; elle a été réalisée. Elle était due à un ingénieur hydraulicien de grande valeur, Girard, qui s’était signale par des études très remarquées sur les turbines. L’ingénieur Girard avait établi, en 1862, dans une propriété qu’il avait près de Paris, à La Joachère, une voie glissante d’unfr
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- quarantaine de métrés de longueur. Les résultats furent trouvés tels par l’inventeur, qu il comptait obtenir la concession d’une ligne de Calais à Marseille.
- Malheureusement, survint la guerre de 1870 et les Allemands — déjà — jugèrent opportun de détruire toute 1 installation de La Jonchère. Pour comble de malheur, quelques jours après l’armistice de février 1871, Girard, descendant la Seine en bateau, était tue par la balle d’une sentinelle prussienne.
- Son idée fut reprise quinze ans plus tard par l’ingénieur Barre, qui avait été un de ses collaborateurs. L’invention ne portait pas seulement sur le dispositif de patin glissant. Ce n’étaient pas seulement les roues qui étaient supprimées, mais aussi la locomotive et même le charbon. Les voitures étaient automotrices et la propulsion hydraulique. Sous chaque wagon était disposée une sorte de crémaillère constituée par les aubes d’une turbine rectiligne. De distance en distance, sur la voie, étaient disposés des ajutages fixes lançant des colonnes d’eau horizontales sur les aubages des wagons. Le mouvement même des wagons assurait l’ouverture et la fermeture des ajutages. L’eau était recueillie dans des canaux disposés de chaque côté de la voie et retournait à la centrale hydraulique.
- L’inventeur faisait ressortir qu’avec ce dispositif, la production d’énergie étant à poste fixe, le poids mort des trains était considérablement diminué ; la force motrice pouvait, d’autre part, être obtenue dans des conditions de rendement bien supérieures à celles de la locomotive. D’où des avantages qui étaient chiffrés par l’inventeur comme suit :
- Pour un poids utile de 22 t le poids mort était seulement de 31 t au lieu de 111 t dans le cas de trains ordinaires;
- La résistance au glissement était évaluée à 1 kg par tonne de poids utile au maximum, au lieu de 6,5 kg avec le train ordinaire, soit au total une puissance nécessaire de 12 ch par tonne de poids utile au lieu de 194 ch. Ces 12 ch, avec une usine fixe, tous calculs faits, ne devaient nécessiter que 24 kg de charbon à l’heure, tandis que les 194 ch de la locomotive nécessitent 420 kg de charbon, d’où une écononomie de plus de 94 p. 100. Chiffre impressionnant si on le rapproche de la consommation totale de charbon des chemins de fer français, qui est de l’ordre de grandeur de 10 millions de tonnes dont les 94 p. 100 représentent plus d’un milliard.
- Le chemin de fer Girard et Barre a été installé pour l’Exposition de 1889 sur l’Esplanade des Invalides; la ligne avait environ 150 m de longueur; les trains fonctionnaient tous les jours avec succès et ont transporté un grand nombre de visiteurs; l’installation constituait une curiosité très intéressante et très remarquée de l’Exposition.
- Nous nous sommes un peu étendus sur la description du chemin de fer Girard et Barre. Ce n’est pas que nous songions à préconiser ce système de locomotion. Nous laissons ce soin, éventuellement, aux spécialistes en traction sur voie ferrée.
- Mais la réalisation de Girard et Barre a mis en évidence la très grande supériorité du frottement fluide sur les meilleurs frottements onctueux, ainsi que les avantages pratiques que l’on peut retirer de l’utilisation des phénomènes de viscosité. Si ces phénomènes de viscosité ont pu pratiquement être utilisés avec le patin glissant sur rail, il n’y a aucune raison pour que semblable utilisation ne puisse se faire dans les articulations des machines, dans des conditions qui, somme toute, présentent dans l’ensemble des difficultés incontestablement moindres. Enfin, les résultats
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- obtenus avec les patins Girard et Barre confirment pleinement les conclusions théoriques qui se dégagent de l’étude des films.
- Coefficient de frottement sur film d'eau. — Les mesures effectuées avec les patins Girard et Barre ont donné une résistance au crochet inférieure à 0,5 kg/t soit le quart environ du chiffre, généralement admis pour la résislance des wagons au roulement, de 2 kg/t. Le coefficient de frottement correspondant est de un demi-millième, tandis que celui qui correspond à 2 kg/t, rapporté à la fusée, est de 0,015 soit 30 fois plus élevé. Au laboratoire, dans les meilleures conditions observées, on n’a jamais obtenu mieux, comme coefficient de frottement, croyons-nous, que 0,0075. soit 15 fois plus que le coefficient de frottement du patin Girard et Barre. Avec Je graissage sur film d’huile, le coefficient de lrottement atteint généralement, dans de bonnes conditions de fonctionnement, trois millièmes environ, ce qui est encore 6 fois plus que le coefficient du patin Girard et Barre.
- Le résidtat tout a fait remarquable obtenu avec le patin Girard et Barre doit être considéré comme normal et pleinement d’accord avec la théorie générale des phénomènes de viscosité si l’on tient compte de ce que le coefficient de viscosité
- de l’eau est environ du coefficient de viscosité moveu des huiles, et que le 3b 1
- coefficient de frottement pour un film à surfaces parallèles, varie comme la racine carrée du coefficient de viscosité f2).
- Différence entre le film d'eau des patins glissants Girard et Barre et le film d’huile des coussinets. — Le chemin de fer glissant de Girard et Barre est vieux d’environ 40 ans et les wagons ont continué à rouler sur roues. Peut-être même n’était-ce pas une référence bien choisie que de rappeler cette tentative de glissement sur film d’eau pour faire ressortir les mérites du film d’huile, puisque, si intéressante qu’elle ait été, la tentative de Girard et Barre est restée sans lendemain.
- Notons toutefois que les conditions d’utilisation du film d’eau des patins Girard et Barre sont très différentes de celle du film d’huile des coussinets.
- Dans le dernier cas, le fluide est de l’huile et non de l’eau. Si les phénomènes en jeu sont des phénomènes de viscosité, il est très vraisemblable que les qualités d’onctuosité du lubrifiant, en créant sur les surfaces les couches adhérentes des épilamens qui, à leur tour, retiennent par attraction moléculaire les couches d’huile, interviennent utilement pour maintenir l’huile entre les surfaces. Si le patin Girard et Barre fonctionne à « film perdu », et nécessite pour son entretien une abondante provision d’eau 2 (3), le film des coussinets peut, au contraire, utiliser toujours la même huile sans qu’elle sorte du coussinet; il permet généralement de réduire la dépense de lubrifiant par rapport aux dispositions ordinaires.
- L’eau du film des patins glissants devait être envoyée dans ces patins sous pression. L’huile du film des coussinets peut être envoyée dans les articulations par tous les procédés généralement employés, cocatrix, mèches, etc.
- Enfin, le roulement sur huile préconisé est moins révolutionnaire que l’invention Girard et Barre. Il ne supprime ni le charbon, ni la locomotive, ni les roues. Il utilise les dispositions ordinaires des machines ou des fusées d’essieux, sans
- (2) Voir Bulletin de la Société d'Encouragement, d’avril 1930, p. 288.
- (3) La dépense d'eau indiquée était d’environ 1 1/sec par patin.
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- aucune modification dans le trace des pièces, ni même le plus souvent dans les arrivées d huile. Il demande seulement la suppression des rainures d'huile ou pattes •d’araignée ordinairement ménagées sur les surfaces de portage. Ces pattes d araignée peuvent etre bouchées souvent par simple apport de métal. Elles sont remplacées par des bassins rectilignes, de profil convenable et d’espacement convenable, dont l’exécution à la fraise est des plus faciles.
- G est pour ces raisons, sans doute, de grande simplicité et de facilité d’exécution, que le film d’huile entre surfaces parallèles que nous préconisons, vieux seulement de quelques années, a déjà été l’occasion d’applications pratiques relativement nombreuses.
- Inutile d’ajouter que, dans chaque cas particulier, une mise au point peut être nécessaire pour préciser les meilleurs tracés, en se basant sur les résultats déjà acquis expérimentalement.
- LE FILM D’HUILE.
- historique du film d’huile. — Le film d’huile est connu depuis longtemps. Il semble que la première mention en ait été faite en 1853 par Hirn, qui avait indiqué la possibilité d’avoir entre deux surfaces de portage mobiles l’une par rapport à l’autre, une couche continue de lubrifiant. Mais ce n’est que 30 ans plus tard, en 1883, que des expériences précises ont été faites en Angleterre à ce sujet par Beauchamp Tower, qui eut l’idée de mesurer avec des manomètres la pression de cette couche d’huile en différents points, ce qui lui permit de tracer la courbe des pressions. Trois ans plus tard, en 1886, Osborne Reynolds présentait de ces phénomènes à la Royal Society de Londres une théorie qui fait encore autorité.
- Les premières applications pratiques du film d’huile ont été-faites en même temps vers 1905 par l’ingénieur autrichien Michell et l’ingénieur américain Kingsbury.
- Ces ingénieurs ont eu l’idée d’utiliser le film qui se développe dans un coin d'huile, c’est-à-dire entre deux surfaces de portage faiblement inclinées, l’une par rapport à l’autre. L’inclinaison doit être d’un ordre de grandeur inférieur au 1/10 de millimètre pour une longueur de 4 ou 5 cm, soit une pente de 1/1.000 à 2/1.000 environ. Elle est trop faible pour que, pratiquement, on puisse l’exécuter à la machine dans des conditions de bonne efficacité; d’ailleurs, sa valeur varie avec l’allure, la pression, etc. Les ingénieurs Michell et Kingsbury ont eu l’idée de constituer l’une des deux surfaces de portage par une série de patins susceptibles de pivoter autour d’une arête dont la position est déterminée par le calcul de façon qu’elle corresponde à la position prévue pour la résultante des pressions. Le patin se règle ainsi de lui-même, dans de bonnes conditions de stabilité, à une inclinaison fixe, chaque patin correspondant à un film d’huile « en forme de coin », d’une longueur de quelques centimètres.
- Les butées ainsi établies ont donné d’excellents résultats et sont de plus en plus répandues. Des coussinets ont été établis sur le même principe.
- On a pu réaliser avec le patin pivotant des pressions très élevées qui, au laboratoire, ont dépassé 400 kg/cm2.
- M. Martin du Pont, Inspecteur général des Machines à l’agence du Havre delà Compagnie générale transatlantique, a cherché a réaliser le film d’huile entre les
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- surfaces parallèles de butées ou entre les surfaces sensiblement parallèles des coussinets, par l’addition de bassins convenablement rapprochés et ayant un profil en ajutage susceptible d’amorcer le film d’huile.
- Les résultats ont été pleinement satisfaisants et cette disposition a reçu de nombreuses applications sur les navires de la Compagnie générale transatlantique et de diverses compagnies françaises et étrangères.
- Les différentes applications faites à terre sur des machines diverses ont également donné d’excellents résultats.
- études analytiques du film d’huile. — Comme suite à la théorie d’Osborne Reynolds, présentée en 1886 à la Royal Society de Londres, comme suite surtout aux résultats remarquables donnés par les butées à patins pivotants, de nombreuses et savantes études ont été faites, particulièrement en Allemagne et en Angleterre, sur le film d’huile. Nous nous bornerons à citer les noms de Micliell, Sommerfeld, Newbigin, P. H. Lamb, P. H. Gibson, Martin, Lasclie, Boswall, etc.
- Ces études, quelques-unes tout au moins, sont parsemées d’intégrales simples et doubles, et de ces formules complexes qui incitent trop souvent le lecteur à tourner les pages pour courir aux conclusions, qui, malheureusement ne se dégagent pas toujours avec la netteté désirable.
- Aussi avons-nous cherché à établir une théorie élémentaire (4) qui, tout en ayant la-meme rigueur, est d’une assimilation plus facile.
- Formation du film d'huile. — Si l’on considère deux surfaces de portage, inclinées l’une par rapport à l’autre, et que nous supposerons tout d’abord indéfinies, la surface mobile entraînera, par son mouvement les filets d’huile les plus voisins, qui, à leur tour, entraîneront les suivants, et ainsi de suite, de proche en proche jusqu’à la surface où la vitesse des filets liquides restera nulle.
- Pour un élément intermédiaire pris dans la masse d’huile entre les deux surfaces, il y aura effort d’entraînement de la part des filets liquides animés d’une vitesse plus grande, plus voisins de la surface mobile, effort de freinage de la part des filets liquides animés d’une vitesse moins grande, plus voisins de la surface fixe.
- Chacun de ces deux efforts, par définition même du coefficient de viscosité, est le produit de ce coefficient par la variation de vitesse dans le sens perpendiculaire au mouvement, c’est-à-dire par la dérivée de la courbe représentant les vitesses aux différents points de la tranche considérée.
- La différence entre l’effort d’entraînement et l’effort de freinage, c’est-à-dire entre les valeurs de la dérivée de la courbe des vitesses pour les deux points voisins correspondant aux surfaces limitant l’élément considéré, fait apparaître, pour la valeur de la résultante des efforts d’entraînement et de freinage, la dérivée seconde de la courbe des vitesses.
- Mais, à cette résultante, correspond uniquement, l'inertie de la masse fluide considérée étant négligeable, la variation de pression pour les deux extrémités de l’élément considéré.
- Pour tous les points d’une même tranche, la pression est la même, l’influence du poids du liquide étant négligeable. La variation de pression sera également la
- (4) Études publiées par le Bulletin technique du Bureau Veritas (1929); mémoire présenté à l’Association technique maritime en juin 1929.
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- même. La dérivée seconde de la courbe des vitesses, égale à cette variation de pression, sera egalement de meme valeur pour tous les points de la tranche consultée. Cela revient à dire que cette courbe des vitesses est une parabole.
- La variation de pression est égale au quotient ~ du coefficient de viscosité X par le paramètre p de la parabole. 1
- XWWWWXWWXW'KXWWWXVWWV^
- -Pre^sloni dècrouianUs
- Tranche, oie pression
- A«j Xv/ûm«.*dla.tcons Ac iisj prtssLon Aecrolàiantts
- rty>i.on> crolwantts
- Quand la parabole aura sa convexité tournée vers l’amont, le paramètre sera positif, il y aura augmentation de pression dans le sens du mouvement.
- Si la parabole a sa convexité tournée en aval, le paramètre est négatif, il y a diminution de pression dans le sens du mouvement.
- Si la parabole se réduit à une droite, ce qui correspond au cas d’une parabole de paramètre infini, la variation de pression est nulle : la tranche correspond à un maximum de la pression.
- études du coin d’huile. — Ces simples considérations permettent de se rendre compte de ce qui se passera dans un coin d’huile de dimensions indéfinies, c’est-à-dire pour la masse d’huile comprise entre une surface fixe et une surface mobile légèrement inclinées l’une par rapport à l’autre.
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- Nous supposerons que le film est de largeur indéfinie et que cette largeur ne varie pas d’amont en aval.
- Si, pour une tranche prise au hasard, nous avons une parabole dont la convexité est tournée vers l’amont, cette tranche appartient à la région correspondant à des pressions croissantes dans le sens du mouvement.
- Le triangle curviligne délimité par l’ordonnée correspondant à la tranche considérée et la courbe des vitesses représente, par sa surface, le débit du film.
- Ce débit étant constant, nous devons avoir même surface pour tous les triangles analogues.
- Si nous nous déplaçons vers l’amont, les hauteurs des triangles augmentent, l’égalité de surface nécessitera une plus grande convexité de la parabole des vitesses.
- A partir d’une certaine hauteur pour le film, nous trouverons des paraboles dont le sommet sera en amont de la tranche, avec, par suite, toute une région correspondant à des courants de vitesses négatives ou courants de retour.
- On conçoit nettement que le coin d’huile puisse produire des courants de ce genre, en considérant le cas du coin d’huile se terminant en aval par une section d’écoulement négligeable. Le débit du film étant alors nul, on doit trouver pour chaque tranche des « courante directs » entraînés par la surface mobile, et des « courants de retour », l’ensemble correspondant à une parabole de débit nul.
- Dans le cas général, les courants de retour cesseront pour une certaine tranche dont nous représenterons la hauteur par H' ; cette tranche est celle pour laquelle le
- . . H'*
- paramètre de la parabole a sa valeur minimum et pour laquelle, par suite, la
- variation de pression a la plus grande valeur À -ppr • En aval de cette tranche, commence le film proprement dit; nous réservons le nom d’« ajutage » pour la région immédiatement en amont de H'.
- Quand la hauteur de la tranche en amont devient égale à 5 ou 6 fois la hauteur II' les effets de viscosité deviennent négligeables. Nous appelons bassin la région correspondante.
- A mesure que l’on se dirige vers l’aval, à partir de la tranche H', la hauteur du film diminuant, la convexité de la parabole diminue et pour une hauteur h' qui est égale aux 2/3 de H', la parabole se réduit à une droite. C’est la tranche de pression maximum.
- Au delà, la parabole tourne sa convexité vers l’aval, les pressions diminuent, le film est projeté en aval par la pression acquise en amont.
- H/ 3
- Pour une tranche de hauteur h", égale à Tj- ou ^ le sommet de la parabole est sur la surface fixe.
- La pression pour cette tranche du coin d'huile, telle qu’elle résulte des effets de viscosité développés dans le film, est la même que la pression en H'.
- En aval de la tranche h", on trouve des filets liquides qui, sous l’effet de la pression acquise en amont, ont une vitesse supérieure à la vitesse d’entraînement.
- Courbes caractéristiques. — Les différentes paraboles des vitesses, relatives au coin d’huile, sont toutes définies dès que l’on connaît l’une d’elles; par exemple, avec une vitesse connue de la surface mobile, il suffira de connaître la hauteur h' ou la hauteur H' pour exprimer, soit au moyen de considérations géométriques, soit à
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- 1 aide de formules analytiques élémentaires, les valeurs du paramètre [3 et par suite les valeurs de la variation de pression (égales à j| ainsi que les valeurs des résistances
- passives, par unité de surface sur la soie, égales à 1 D étant la distance du som-
- Patln. plvotint
- Pa.tl n
- pivotant
- Film
- a.
- «bot-tacts
- met de la parabole à la surface mobile ; ces valeurs pourront s’exprimer en fonction des rapports z ou Z à h' ou H' des hauteurs des tranches considérées.
- Les courbes correspondantes peuvent être tracées une fois pour toutes; nous les avons données dans le mémoire que nous avons présenté en 1929 à l’Association technique maritime, et dénommées courbes caractéristiques.
- Ces courbes permettent d’étudier géométriquement tous les problèmes relatifs aux films d’huile.
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- Patin pivotant. — Le patin pivotant utilise le plus souvent le film d’huile entre les hauteurs H' et h", c’est-à-dire entre les hauteurs 1,5 h' et 0,75 h'. La hauteur
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- d’entrée est donc double de la hauteur de sortie, la hauteur moyenne h' ou
- 1,125 h', ce qui indique que la tranche de pression maximum est un peu en aval du milieu du patin. La résultante des pressions sera également en aval du milieu, et c’est le point correspondant qui sera choisi eomme position de l’arête de pivotement.
- film a surfaces parallèles. — Dans le cas du film à surfaces parallèles, on sera dans les meilleures conditions possibles si l’on a, comme distance entre les surfaces de portage, la hauteur H' indiquée ci-dessus correspondant à l’augmentation maximum de pression par unité de longueur.
- La théorie montre que, de même que le patin pivotant se règle généralement de lui-même à très peu près à l’inclinaison correspondant aux pressions théoriques, le film à surfaces parallèles se règle de lui-même aux conditions correspondant sensiblement à l’établissement du film optimum.
- Bassins-relais. — Pendant longtemps, par suite d’une interprétation erronée des formules mathématiques relatives aux films d’huile des patins pivotants, on a cru pouvoir indiquer comme conséquence de la théorie que le coin d’huile est indispensable pour le développement du film d’huile. Des expérimentateurs avaient pensé pouvoir confirmer cette déduction en signalant leur échec pour obtenir un film d’une certaine longueur entre surfaces parallèles. Nous avons longuement expliqué dans différentes notes (Bulletin technique du Bureau Véritas, Association technique maritime), que la théorie est parfaitement d’accord avec l’expérience qui a établi que le film d’huile peut se développer entre surfaces parallèles.
- On peut d’autre part se rendre compte facilement de la difficulté que certains expérimentateurs avaient rencontrée pour obtenir entre surfaces parallèles un film d’une certaine longueur.
- Le mouvement de la surface mobile produit l’entraînement successif des différents filets d’huile et par suite une augmentation progressive de la vitesse moyenne des filets d’huile. Avec un débit constant et une hauteur constante, cette augmentation de vitesse entraîne nécessairement une diminution continue de largeur, comparable en tous points à l’étranglement d’une veine liquide sortant sous pression d’un récipient. Celte diminution de largeur tend à produire la destruction du film.
- Les dispositifs que nous préconisons consistent précisément dans l’installation, à des intervalles suffisamment rapprochés, de bassins que nous appelons bassins-relais, et entre lesquels se développent les films élémentaires de largeur décroissante indiqués ci-dessus.
- Les bassins-relais sont fermés, c’est-à-dire qu’ils n’ont aucune communication avec l’extérieur. Dans ces conditions la pression dans le bassin-relais est la pression finale du film d’amont et le film d’aval débute avec cette même pression.
- Le profil des bassins-relais doit être établi de façon à assurer la continuité des phénomènes d’hydrodynamique et de viscosité.
- Fonctionnement du coussinet à rouleaux d'huile. — Le graissage dans ces conditions d’un coussinet à rouleaux d’huile doit être compris comme suit :
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- Entre deux bassins, le film se développe, avec pour chaque tranche, une parabole de vitesse, analogue à celle mentionnée ci-dessus, de hauteur H'. Dans l’ajutage et le bassin, les filets qui doivent constituer le film ont une vitesse moyenne supérieure, et par suite une plus faible épaisseur. Au delà de ces filets, en allant de la surface mobile à la surface fixe on trouve successivement des filets de même sens arrêtés en amont de la tranche limite H', puis les filets de retour qui forment des circuits fermés avec les précédents.
- On a, en définitive, comme un tapis constitué par le film proprement dit, tapis qui roule sur les rouleaux aplatis constitués par l’huile des bassins et ajutages. Tapis et rouleaux sont élastiques, car leur épaisseur peut varier avec la pression. On conçoit que ce mode de fonctionnement correspond à une douceur de roulement tout à fait exceptionnelle et à un excellent rendement, avec suppression de l’usure du métal et consommation d’huile réduite.
- RÉSULTATS EXPERIMENTAUX RELATIFS AU FILM D’HUILE.
- (Coussinets à rouleaux d’huile.)
- Les premières applications du film d’huile, entre surfaces parallèles, ont été faites sur des navires de la Compagnie générale transatlantique, d’abord sur des butées, puis sur des coussinets divers, paliers de lignes d’arbres, paliers moteurs, têtes et pieds de bielles, excentriques, etc.
- Les premières observations furent relatives à la diminution d’usure. Des paliers de butée pour lesquels on constatait une usure de 13 à 14 dixièmes de millimètre par an, ne donnèrent plus qu’un dixième à peine, comme usure annuelle, moyenne mesurée sur deux ou trois années de service (Flandre, Texas). Des résultats analogues furent observés sur des paliers de lignes d’arbres et des paliers moteurs (Honduras, Caravelle). Pour les bielles et les excentriques, la diminution d’usure, quoique moins importante, était encore très notable, l’usure étant réduite en moyenne dans le rapport de 4 à 1.
- Pour les paliers de butée, il a été procédé, sur divers 'navires, à la mesure de l’énergie absorbée, par l’observation de l’élévation de température d’un courant d’eau circulant dans les colliers, avec un débit déterminé. Le nombre des colliers en service était réduit en vue d’augmenter les pressions par centimètre carré.
- Les résultats obtenus ont été les suivants :
- NOMS DES NAVIRES Jacques Cartier. Rochambeau. Marigot
- Nombre total des colliers 6 9 0
- Nombre des colliers en service 6 5 1
- Vitesse circonférentielle 1,80 m/sec 2,50 m/sec 1.79 m/sec
- Pression 1,76 kg/cm2 3.23 kg/cm2 9,64 kg/cm^
- Coefficient de frottement 0,02 0,007 0,0028
- Rapport de la puissance absorbée à la puissance totale de la machine 0,4 p. 100 0,15 p. 100 0,06 p. 100
- Parmi les autres résultats obtenus, nous pouvons citer le cas d’un concasseur de pierres dont il était impossible d’assurer le bon fonctionnement avec les dispositifs de graissage ordinaire, même en employant des huiles de choix dont il était dépensé jusqu’à 10 litres par jour et par articulation et qui, après transformation suivant les dispositifs préconisés de graissage rationnel, a eu un excellent fonctionnement avec des huiles courantes et sans perte d’huile.
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- LES ROULEMENTS SUR HUILE. — FÉVRIER 1931.
- A citer également le cas de paliers à bague qui ont été trouvés, une lois les portages faits, équivalents à des paliers à billes.
- Dans le cas où, par suite de grandes vitesses de rotation (paliers de turbines à 3.500 tours) le film peut se former sans dispositifs spéciaux, l’addition des bassins-relais préconisés et des réservoirs centraux dans les régions opposées à la direction de la charge (coussinets type INA) a réduit les élévations de température et les résistances passives dans le rapport de 2,5 à 1, donnant un gain, pour une turbine d’échappement à double réduction, d’environ 100 ch.
- Enfin, des mesures comparatives, effectuées sur deux paquebots identiques, l’un avec le graissage rationnel, l’autre avec le graissage ordinaire, ont donné, pour le premier un gain de puissance variant, suivant l’allure, de 5 à 10 p. 100, soit un gain en service que l’on peut évaluer en moyenne à 8 p. 100, ce qui confirme les évaluations précédemment faites et indique que les résistances passives dans les articulations deviennent, avec le graissage sur film d’huile, à peu près négligeables et comparables à celles qui correspondraient à des roulements sur billes.
- ÉCONOMIES POUVANT RÉSULTER DES AVANTAGES DU GRAISSAGE SUR FILM.
- Quels sont les bénéfices que l’on peut retirer de la substitution au graissage ordinaire du nouveau graissage proposé?
- Pour en donner une idée, nous prendrons comme base les chiffres moyens donnés par les laboratoires, particulièrement par le Laboratoire national anglais de Recherches dans un rapport publié il y a quelques annnées et reproduit par la Revue générale des Chemins de fer, pour les valeurs des coefficients de frottement, dans le cas du graissage onctueux et du graissage sur film. Ces coefficients de frottement sont, en moyenne, dans le rapport de 10 à 1.
- Quelles sont les pertes par frottement dans le cas du graissage onctueux? De nombreuses recherches ont été faites en Angleterre pour le cas des machines marines. Elles concordent avec les chiffres donnés ci-dessus et conduisent en moyenne à une perte de 8 à 10 p. 100 de la puissance développée par la machine. En réduisant ces pertes dans le rapport de 10 à 1, on augmentera le rendement de 8 à 9 p. 100 comme nous l’avons indiqué déjà.
- Le cargo moyen de 2.500 ch consomme annuellement pour 200 jours de mer, 1.200.000 fr de combustible. Une économie de 8 p. 100 correspond donc à une économie annuelle d’environ 100.000 fr.
- Nous avons présenté déjà, au cours d’une conférence faite en novembre dernier, au Conversatoire national des Arts et Métiers, quelques chiffres de statistique d’après lesquels la totalité de l’armement français correspond environ à 1.000 cargos moyens de 3.000 ch. D’où une économie annuelle totale réalisable, pour l’armement, de 100 fois 100.000 fr, ou 100 millions. Pour les chemins de fer français, une statistique analogue donne une économie réalisable de 30 millions pour les locomotives, et 45 millions pour le matériel roulant.
- Si on ajoutait aux économies ci-dessus les économies réalisables dans les différentes industries, les automobiles, l’aviation, etc., on arriverait sans aucun doute à des chiffres intéressants.
- Aussi, n’étions-nous peut-être pas dans l’erreur, en invoquant au début de cet exposé, la «sagesse des nations », et en rappelant qu’il n’y a pas de petites économies.
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- BULL. DE LA SOCIÉTÉ d’eNCOURAG. POUR L'INDUSTRIE NATIONALE.
- FÉVRIER 1931.
- RENSEIGNEMENTS BIBLIOGRAPHIQUES SUR LES RECHERCHES GÉOLOGIQUES DANS LES COLONIES FRANÇAISES
- Le Bulletin de la Société d'Encouragement de juillet-août-septembre 1930 (p. 603 à 623) a publié le texte de deux conférences faites par M. F. Blondel sur L’industrie minière dans les colonies françaises, son présent, son avenir, dans lesquelles Fauteur a signalé qu’on ne savait à peu près rien des richesses minérales de nos colonies et où il préconisait l’organisation de services chargés de leur prospection géologique.
- Les notes et renseignements bibliographiques qui suivent, dues à M. F. Blondel, donnent l’état actuel de nos connaissances sur la géologie et les richesses minérales des différentes colonies ou pays sous mandat. Elles complètent son travail antérieur. Ces documents sont empruntés aux Actes et comptes rendus de l'Association Colonies-Sciences de juillet et d’octobre 1930. ^ ^ ^
- LES RECHERCHES GÉOLOGIQUES DANS LES COLONIES FRANÇAISES par M. F. Blondel, Ingénieur en chef des Mines.
- L’importance des recherches géologiques dans les pays coloniaux n’est plus à démontrer : elles sont à la base de toute colonisation rationnelle, non seulement pour les mines, mais aussi pour l’agriculture, les travaux publics, etc... Cette importance a d’ailleurs été reconnue officiellement dans une circulaire du 17 septembre 1926 du Ministre des Colonies (alors M. Perrier), prescrivant aux gouvernements coloniaux d’intensifier les recherches géologiques.
- Nous essayons de donner ci-après un inventaire des recherches effectuées et un tableau des recherches en cours en nous excusant à l’avance des lacunes que cette étude pourrait comporter et en espérant que d’aimables critiques nous permettront de mettre au point ce premier essai (1). Une étude analogue avait été déjà faite en 1908 par M. P. Lemoine (8) (2).
- AFRIQUE.
- ALGÉRIE <3>. — Le Service de la Carte géologique de l’Algérie est le plus ancien des services géologiques coloniaux. Il a été fondé en 1859 et, après une première réorganisation en 1882, a fonctionné depuis 1884 sous la forme qu’il a actuellement
- et 2 ^
- On a adopté naturellement en Algérie une organisation très analogue à celle du Service de la carte géologique de France. Des raisons spéciales, lors de la réorganisation de 1882, ont conduit à donner au Service deux directeurs, l’un administratif, l’autre technique; cette double direction a été maintenue jusqu ici. Les
- (1) On me permettra de remercier ici M. Repelin, professeur à la Faculté des•Sciences' ^«eille de l’aimable hospitalité qu’il a bien voulu me donner dans son laborato.re pour me pei mettre de
- compléter ma documentation. ... n\aPA~ à la fin de celle
- (2) Les grands chiffres entre parenthèses renvoient a la bibliographie placée a la lin de
- etU(3)' D’après des renseignements qui m’ont été aimablement c’ommuniqués (avril 1930) par M. Bétier, Ingénieur en Chef des Mines d’Algérie.
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- directeurs administratifs ont été successivement Pouyanne (1882), Jacob (1901), Dussert (1913), Bétier (1928); les directeurs techniques ont été Pomel (1882), Ficheur (1897), Brives (1924), Savornin (1928). Le Service de la Carte géologique d’Algérie est placé sous le contrôle d’une commission spéciale, siégeant à Paris et. dont le président actuel est M. Lantenois.
- Comme en France, on a d’abord fait appel pour le travail sur le terrain aux ingénieurs des mines, puis à des collaborateurs bénévoles universitaires, travaillant presque tous en vue de la production de thèses pour le doctorat ès sciences. Tous ont laissé des traces profondes dans la géologie algérienne. Citons les noms de : Delage, Welsch, Ficheur, Flamand, Bepelin. Blayac, Gentil, Brives, Bitter, Joly, Savornin, Dalloni, Dareste de la Chavanne, Doumergue, Ehrmann, Joleaud, Glan-geaud.
- La réduction progressive du nombre des collaborateurs bénévoles a nécessité une réorganisation récente du Service qui a pris à peu près la forme que l’on peut considérer comme probablement la meilleure dans l’état actuel des choses : le Service comprend désormais, en dehors des collaborateurs bénévoles, des assistants rétribués dont la seule fonction est de travailler pour le Service et qui sont recrutés sur titres. En principe, ces assistants sont affectés à raison de un pour chacun des trois départements du nord : Constantine, Alger, Oran.
- Une section du Service fonctionne avec un budget spécial pour les Territoires du Sud. Ses directeurs successifs ont été Flamand, Brives et Savornin.
- Le Service géologique de l'Algérie publie des cartes d’ensemble de l’Algérie. Une carte d’ensemble au 1/800.000 a eu trois éditions successives (1882,1889, 1900). Ces éditions sont épuisées; elles ne seraient d’ailleurs plus en rapport avec les connaissances actuelles. En 1925, le Service a dressé une carte d’ensemble au 1/1.500.000, qui a été publiée dans l’Atlas d’Algérie et de Tunisie avec une notice explicative (3);
- Des feuilles au 1/50.000 dans le Nord (68 feuilles publiées de 1895 à 1929). La région littorale est presque entièrement levée sur une profondeur variable avec la région ;
- Des feuilles au 1/200.000 (2 feuilles publiées dans l’Est);
- Des cartes à des échelles diverses;
- Des monographies dans le Bulletin du Service de la Carte de l'Algérie.
- Tout ce travail considérable a permis de dire avec juste raison que « l’Algérie « est devenue le pays du globe, en dehors de l’Europe et des Etats-Unis, dont les « tracés géologiques ont acquis la plus grande précision » (4).
- Il ne peut pas être question de donner ici une bibliographie même restreinte des travaux sur la géologie de l’Algérie; je me suis contenté de donner en annexe les titres des ouvrages les plus importants. Il convient d’ailleurs de distinguer entre les territoires du Nord et les Territoires du Sud.
- Pour les Territoires du Nord, on pourra consulter d’abord la carte au 1/1.500.000 citée plus haut; elle n’est malheureusement accompagnée d’aucune bibliographie. A l’occasion du centenaire de l’Algérie, J. Savornin a annoncé un ouvrage résumant les connaissances actuelles sur la géologie de l’Algérie; cet ouvrage doit paraître incessamment (5); il sera accompagné d’une carte structurale au 1/5.000.000.
- En attendant cette publication, on lira avec fruit d'abord l’ouvrage de E. F. Gautier sur la structure de l’Algérie (6), qui contient déjà une certaine bibliographie. Pour plus de détails on se reportera aux ouvrages d’ensemble de Ficheur (7),
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- Gentil (9), Blayac (10), Dareste de la Chavanne (11), Joleaud (12), Savornin (13), Ehrmann (14). On pourra également consulter les comptes rendus des deux excursions de la Société géologique de France de 1896 et de 1924 (13 et 16). Pour plus de détails encore, il faudra se reporter aux cartes au 1/30.000 et au 1/200.000 du Service géologique d Algérie ainsi qu aux publications de la Société géologique de France.
- Pour les Territoires du Sud, il faudra d’abord consulter la note récente de Savornin (17) avec carte générale au 1/7.000.000. 11 est d’ailleurs difficile ici de faire la distinction entre les travaux se rapportant aux Territoires du Sud-algérien et ceux du Nord de l’A. O. F. Une excellente mise au point pour les travaux antérieurs à 1912 se trouve dans l’ouvrage de P. Lemoine sur l’Afrique occidentale (18), les recherches les plus importantes étant celles de Chudeau (19) et de Flamand (20). E. F. Gautier a également donné un croquis géologiqueau 1/7.000.000 du Sahara algérien (21) et l’on pourra consulter les deux études de cet auteur sur le Sahara (19) et (23). Parmi les recherches récentes, on citera celles de J. Bourcart (24) et celles de C. Kilian (25).
- Tunisie (4). — Le Service géologique de la Tunisie, tel qu’il existe actuellement, ne date que de 1922, sa création étant due à l’action persévérante de Berthon, alors chef du Service des Mines. Cette création avait été précédée de diverses reconnaissances parmi lesquelles il convient tout particulièrement de retenir la mission de G. Rolland et de ses collaborateurs (parmi lesquels Ph. Thomas qui devait en 1885 découvrir les grands gisements de phosphate de la région de Gafsa) et la mission de L. Pervinquière (1898 à 1911).
- Le- Service géologique actuel se compose d’un ingénieur-géologue, chef de service (actuellement, M. Solignac) et d’un ingénieur-géologue adjoint. De 1922 à 1930, le Service a publié sept fragments d’une carte générale au 1/200.000; le nombre des fragments publiés atteindra le chiffre de 10 à la fin de 1930. Ce Service géologique est placé administrativement sous la dépendance du Service des Mines; M. Termier, directeur du Service de la Carte géologique de France en était le conseiller technique.
- La seule carte géologique d’ensemble originale que l’on possède sur la Tunisie est de F. Aubert (26). Elle date de 1892 et a été publié en 1895. Le Service géologique de Tunisie a préparé une carte d’ensemble au 1/500.000 tout à fait remarquable dont un exemplaire manuscrit a été présenté au Congrès géologique international de Prétoria (1929) et qui doit paraître dans le courant de 1930. En attendant, on peut se reporter à la carte au 1/1.500.000 de l’Atlas d’Algérie-Tunisie (3).
- La mort de Ph. Thomas et de son continuateur, L. Pervinquière, a empêché d’achever un ouvrage d’ensemble sur la géologie de la Tunisie; trois volumes seulement ont été publiés (27, 28 et 29). Aucune publication n’a été faite sur la géologie de la Tunisie de 1912 à 1922, date de la réorganisation du Service géologique. A partir de 1922, en dehors des cartes publiées par le Service, on pourra également consulter une note d’ensemble donnée par L. Gentil dans le Bulletin de la Société géologique de France (30).
- Maroc (3). — Il n’v a pas à proprement parler au Maroc de service géologique distinct du Service des Mines. C’est ce dernier qui, sous le haut contrôle de
- (4) D’après des renseigements aimablement communiqués (mai 1930) par M. Solignac, chef du Service géologique de la Tunisie.
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- M. Termier, directeur du Service de la Carte géologique de France, a entrepris la publication de la carte géologique et des mémoires correspondants.
- Le personnel du Service géologique comprend, selon les circonstances, soit des ingénieurs des mines, soit des géologues contractuels, soit des géologues chargés de mission venant généralement au Maroc pour y préparer une thèse universitaire ; des missions sont également données à des géologues rattachés à l’Institut scientifique chérifien, qui dépend de la Direction de l’Instruction publique au Maroc.
- La connaissance géologique du Maroc est due principalement à L. Gentil dont les deux publications d’ensemble sont Le Maroc physique (31) et une carte géologique générale au 1/1.300.000, malheureusement épuisée (32) et à Brives avec ses importants Voyages au Maroc (33). On consultera également la carte récente structurale de Savornin au I/o.000.000 (3).
- Depuis quelques années, de nouveaux travaux particulièrement importants ont paru sur la géologie du Maroc. Nous citerons ainsi les travaux de Daguin (34), P. Russo (33 et 36), Lecointre (37), J. Barthoux (38). D’autres mémoires sont également en préparation. Enfin on pourra avoir un exposé d’ensemble (sans bibliographie) dans l’étude de M. Despujols (39), publiée à l’occasion du Congrès de l’Industrie minérale en Algérie, en 1930.
- Un très grand nombre de notes ont été présentées depuis cinq ou six ans, principalement dans les Comptes rendus de l'Académie des Sciences et à la Société géologique de France; leur énumération serait beaucoup trop longue; nous noterons ici simplement les noms de leurs auteurs : J. Barthoux, Beaugé, R. Abrard, J. Bourcart, F. Daguin, H. Douvillé, J. Lacoste, L. Lutaud, G. Lecointre, L. Joleaud, L. Moret, L. Neltner, P. et L. Russo, E. Rocli, P. Termier, H. Termier, J. Savornin, Yovanovitcli.
- Afrique occidentale française (a. o. F.) (6). — Le Service géologique de l’A. O. F. est en voie de réorganisation; il est donc inutile de décrire sa situation actuelle, qui est une pure transition. Le principe adopté est celui d’un service centralisé à Dakar (sous la dépendance administrative du Service des Mines) avec un chef responsable et des géologues rétribués par la Colonie. Chaque géologue travaillera dans une aire délimitée. Le but est la production d’une carte systématique au 1/1.000.000. La difficulté principale est le recrutement du personnel; sous la direction du chef actuel (M. Malavoy) divers-engagements sont en cours.
- On peut dire que ce que l’on connaît de la géologie de l’A. O. F. est essentiellement dû à M. H. Hubert qui a consacré à cette œuvre de longues années et a eu le très grand mérite de pouvoir, principalement par ses propres observations et aussi en utilisant les renseignements qui lui étaient fournis par ailleurs, mettre sur pied une carte géologique d’ensemble à l’échelle du 1/3.000.000 avec notice explicative (40). Il a également publié quatre feuilles provisoires au millionième avec notices (41), couvrant une partie importante du sud de l’A. O. F. (Sénégal, Côte-d’Ivoire, Soudan, Haute-Yolta), une étude sur le Dahomey (42) et une autre sur le Soudan (43).
- Pour le Nord de l’A. O. F., les travaux se rapportant à l’A. O. F. se raccordent
- (3) D’après des renseignements aimablement communiqués (avril 1930) par M. Despujols, Ingénieur en Chef des Mines, chef du Service des Mines du Maroc.
- (6) D’après des renseignements recueillis sur place en octobre 1929 et aimablement communiqués par M. Malavoy, chef du Service des Mines et de la Géologie en A. O. F.
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- à ceux de 1 Algérie du Sud; il convient surtout de citer les travaux de Chudeau (44).
- Depuis les travaux de H. Hubert, diverses études assez courtes ont paru, parmi lesquelles on citera celles de Aubert de la Rue (45) sur la Côte d’ivoire, de R. Furon (46) et de Y. Perebaskine (47) sur le Soudan.
- On consultera avec fruit l’ouvrage de P. Lemoine déjà cité à propos de l’Algérie (18) qui donne une bibliographie complète pour les années antérieures à 1912.
- Afrique équatoriale française (a. e. f) (7). —- Il n’existe pas de service géolo-' gique organisé en A. E. F. Divers géologues officiels dépendant du Service des Mines ont travaillé en A. E. F., mais sans que leurs travaux aient été conduits sur un plan commun.
- Ces recherches ont permis la construction d’une carte d’ensemble au 1/5.000.000 dressée en 1913 par E. Loir (48) et une autre plus récente (1928) au 1/3.000.000 de M. Denaeyer (49).
- L’importante étude récente de V. Babet (50) sur la région du chemin de fer Congo-Océan contient une bibliographie très détaillée pour le Sud de l’A. E. F. Pour le Nord on se reportera à l’ouvrage déjà cité de P. Lemoine (18) et à la thèse de Garde (51).
- togo et Cameroun (8). — On sait qu’à l’inverse des Britanniques, qui ont intégré dans les territoires voisins de la Gold Goast et de la Nigeria les portions du Togo et du Cameroun dont le mandat leur a été confié, nous avons donné aux régions des anciennes colonies allemandes, qui nous ont été remises, une administration indépendante de celles des colonies françaises voisines. Cette séparation se retrouve naturellement pour les études géologiques. C’est ainsi que le Togo et le Cameroun possèdent chacun un géologue qui ne dépend que du Gouvernement correspondant (M. Kouriatchy au Togo et M. Hangou au Cameroun).
- Il n’a été publié aucune étude géologique sur ces territoires depuis la prise de mandat français (9) : d’ailleurs la présence du géologue officiel ne date guère que de la circulaire de 1926 rappelée au début de cette note. Par conséquent la connaissance, que nous avons de la géologie de ces régions, remonte aux travaux antérieurs à 1914.
- On pourra consulter à ce sujet : la carte d’ensemble de H. Hubert (40), qui comprend le Togo et une partie du Cameroun et les cartes de E. Loir (48) et de Denaeyer (49), qui s’étendent jusqu’au Cameroun. On pourra également se reporter à l’ouvrage de P. Lemoine (18), qui donnera une bonne bibliographie, ainsi qu au livre de Reed sur la géologie de l’Empire britannique (52) aux articles : Togo et Cameroun.
- cote française des somalis. — Un géologue, M. Dreyfuss, se trouve actuellement en mission officielle dans la Côte française des Somalis; il vient de donner deux notes dans les Comptes rendus de la Société géologique de France (53).
- Pour les travaux antérieurs et pour la géologie des régions voisines, on pourra
- (7) D’après des renseignements recueillis sur place en septembre 1929 ou d’autres aimablement communiqués par M. Lombart, alors chef du Service des Mines de l’A. E. F.
- (8) D’après des renseignements recueillis à l’Inspection générale des Travaux publics du Ministère des Colonies.
- (9) On peut cependant noter qu’une mission — la mission Arsandaux de 1924 — a remis un rapport qui aurait été publié dans la Colonie.
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- se reporter à l’ouvrage de E. Krenkel sur la géologie de l’Afrique à l’article « Abes-somalien » (54) ou à l’ouvrage de Reed déjà cité (52) sur la géologie de l’Empire britannique à l’article « British Somalïland ».
- Madagascar !‘<>). — La situation est un peu analogue à celle du Maroc : il n’existe pas de service géologique distinct du Service des Mines, mais un certain nombre de géologues travaillant sous le contrôle de ce service. Cette organisation ne date d’ailleurs que de 1925, à la suite de l’action de M. L. Dumas, alors chef du Service des Mines; auparavant les recherches géologiques étaient simplement dues à des géologues chargés de mission. Une organisation complète avec chef responsable est d’ailleurs envisagée.
- Les travaux antérieurs à 1911 ont été résumés dans une étude de P. Lemoine (55). Postérieurement l’ouvrage magistral de A. Lacroix sur la minéralogie de Madagascar (56) donne une bibliographie complète pour les années antérieures à 1923, ainsi qu’une étude très détaillée des terrains cristallins; cristallophylliens et éruptifs et en résumé des travaux sur les terrains sédimentaires; une carte générale est jointe à cet ouvrage fondamental.
- Plus récemment, des travaux importants ont été entrepris sur les terrains sédimentaires; ils ont permis au Service des Mines d'éditer une carte géologique générale à l’échelle de 1/1.500.000 (57). Parmi ces travaux récents on citera l’ouvrage de L. Barrabé (58) sur le Nord-Ouest qui contient une bonne bibliographie et la thèse en préparation de Bésairie sur le Sud-Ouest et l’Ouest. Les importantes explorations de ce dernier géologue ont permis au Service des Mines d’éditer deux cartes sur ces régions, l’une au 1/200 000 (59), l’autre au 1/100.000 (60). Les terrains cristallins de la région d’Ambositra ont fait l’objet d’une étude de MUe Y. Brière qui a levé une carte au 1/1.100.000 actuellement à l’impression.
- Pour un résumé assez bref, on pourra également consulter l’ouvrage de Krenkel déjà cité (54), à l’article « Madagascar ».
- DÉPENDANCES EXTERIEURES DE MADAGASCAR (KERGUELEN, CROZET, SAINT-PAUL, Amsterdam, terre adelie). — Ces terres françaises de l’Océan antarctique ont été rattachées administrativement à Madagascar en 1924. On trouvera un résumé des connaissances géologiques sur ces îles dans l’ouvrage de Krenkel (54) avec la bibliographie correspondante. Plus récemment, Aubert de la Rue vient de faire un voyage aux Kerguelen (61); on peut espérer qu’il en donnera une étude géologique.
- la réunion. — L’étude géologique de la Réunion est due à Ch. Vélain (62) et à A. Lacroix (63) : on en trouvera un résumé dans l’ouvrage de Krenkel (54).
- ASIE.
- syrie et Liban. — On trouvera un résumé assez détaillé des travaux antérieurs à 1925 dans l’ouvrage de Krenkel sur la géologie de l’Afrique (54) à l’article « Syra-bien ».
- Plus récemment ont été publiés : un travail sur la géologie du Liban par
- (10) D’après des renseignements aimablement communiqués par MM. Goursat, ancien chef du Service des Mines à Madagascar, Guillanton, chef actuel du Service des Mines, et L. Barrabé et Bésairie.
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- G. Zumoffen (64), avec carte géologique au 1/200.000 (région Sud-Ouest du mandat français) et une note de L. Dubertret à la Société géologique de France (65). On pourra également consulter un rapport de mission de Lafond paru dans les Annales des Mines (22).
- Indochine française. — Le Service géologique de l’Indochine est le plus ancien des services géologiques coloniaux après celui de l’Algérie, puisqu’il date de 1895. Cependant son action n’a commencé à être réellement efficace que depuis 1905 à partir du moment ou une impulsion vigoureuse lui a été imprimée par M. Lan-tenois, maintenant Inspecteur général des Mines; les travaux scientifiques se sont multipliés depuis le moment où les difficultés principales ont été élucidées dans les travaux magistraux de Ch. Jacob (66 et 67). Les chefs successifs du Service ont été: Counillon (1895), Lantenois (1904), Deprat (1908), Jacob (1919), Dussault (1922) et F. Blondel (1925).
- Le Service, placé sous la dépendance du Service des Mines (Inspection générale des Mines et de l’Industrie), est dirigé par un chef responsable disposant de crédits spéciaux; six collaborateurs (actuellement MM. Dussault, Fromaget, Hoffet, Saurin, Gubler et Benoni), rétribués par la Colonie, sont chargés du travail sur le terrain.. Le but poursuivi est la construction d’une carte générale au 1/500.000 dont deux feuilles ont déjà paru et dont deux autres paraîtront probablement avant la fin de 1931; les autres feuilles sont en cours d’exploration. Une carte générale au 1/4.000.000 (68) a été publiée en 1927. Presque sans exception, les travaux importants sur la géologie de l’Indochine sont publiés dans la collection des Bulletins et mémoires du Service géologique (69). Le Service fait paraître de temps à autre un catalogue de ses publications qui contient en même temps une bibliographie raisonnée (70).
- J’ai donné (71), à l’occasion du Congrès géologique de Prétoria (1929), un résumé de nos connaissances sur la géologie de l’Indochine; pour être complet, ce résumé doit d’ailleurs être accompagné du résumé antérieur publié par Ch. Jacob (72). On trouvera dans le premier de ces ouvrages une bibliographie permettant de retrouver, si on le désire, une bibliographie complète sur la géologie de l’Indochine.
- établissements français de l’inde. — Les Établissements français de l’Inde sont de simples enclaves dans les possessions britanniques: il n’est donc pas possible de séparer leur géologie de celle des Indes anglaises, dont on trouvera un résumé dans l’ouvrage de Beed sur la géologie de l’Empire britannique (52).
- AMÉRIQUE.
- saint-pierre-et-miquelon. — Toutes les descriptions de Saint-Pierre-et-Miquelon reproduisent sensiblement les mêmes indications géologiques (voir par exemple 73) dont nous avons été incapable de retrouver la source. Sur la géologie de Terre-Neuve, voisine, on se reportera au résumé contenu dans l’ouvrage de Reed déjà cité (52).
- Pour La Martinique, au contraire, les travaux géologiques sont très nombreux.
- Antilles françaises (Guadeloupe, Martinique). — Pour La Guadeloupe nous ne connaissons que les travaux très anciens de P. Duchassaing (74 et 75).
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- Le plus important est l’ouvrage bien connu de A. Lacroix (76) qui a été suivi d'un assez grand nombre de notes dont on pourra trouver une bibliographie dans l’ouvrage classique de Suess (77). Ultérieurement J. Giraud a donné une esquisse géologique avec une carte au 1/80.000, mais malheureusement sans bibliographie (78). Tout récemment, enfin, L. Barrabé vient de donner une série de notes à la Société géologique de France (79).
- Pour la géologie d’ensemble des Antilles, on pourra se reporter à l’ouvrage de Reed (52).
- Guyane française. — La géologie de la Guyane française est malheureusement très mal connue; il n’y existe aucun géologue officiel et tout ce que l’on sait résulte de missions minières assez peu nombreuses, parmi lesquelles il convient de citer celles de E. D. Levât (80) et A. Bordeaux (81). Ch. Yélain a donné une esquisse géologique de la Guyane d’après les explorations du Dr Crevaux (82).
- OCEANIE.
- nouvelle-calédonie (u). — La Nouvelle-Calédonie, en dépit de ses richesses minières, ne possède pas de géologue officiel : la connaissance qu’on en possède résulte de diverses missions.
- La publication la plus complète et la plus récente sur la géologie de la Nouvelle-Calédonie est le travail important de M. Piroutet (83) avec carte d’ensemble au 1/1.000.000, publié en 1917. Depuis cette époque, il a paru quelques notes de A. Heim (84) et de M. Piroutet (85) dans les publications de la Société géologique de France.
- établissements français de l’océanie. — Pour la géologie d’ensemble de cette région on renverra à l’ouvrage classique de Suess (77), où l’on trouvera une bibliographie pour les années antérieures à 1913.
- On attirera tout spécialement l’attention sur deux notes plus récentes : une de R. Abrard (86) et surtout une de J. Repelin (87), qui ouvre des horizons nouveaux sur la géologie de cette partie du monde.
- PREMIER COMPLÉMENT A LA NOTE SUR LES RECHERCHES GÉOLOGIQUES DANS LES COLONIES FRANÇAISES
- par M. F. Blondel, Ingénieur en chef des Mines.
- Poursuivant nos études sur la géologie des colonies françaises, nous nous décidons à combler dès maintenant certaines lacunes de notre récente note ’li avant même d’avoir reçu les corrections et compléments que tous ceux qui s’intéressent à ces questions voudront bien nous adresser (13; et qui feront l’objet d’autres notes complémentaires. Nous remercions à l’avance nos aimables correspondants.
- (11) D’après des renseignements de diverses sources et en particulier ceux qui m’ont été aimablement communiqués par la Société « Le Nickel ».
- (12) Voir Actes et Comptes Rendus de l’Association Colonies-Sciences, numéro de juillet, 1930, p. 149, et ce qui précède.
- (13) Directement ou par l’intermédiaire de l’Association Colonies-Sciences, 60, rue Tailbout, Paris <9“).
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- ÉTAT DES CONNAISSANCES GÉOLOGIQUES SUR LES COLONIES FRANÇAISES. J 17
- OUVRAGES GÉNÉRAUX SUR LA GÉOLOGIE DES COLONIES FRANÇAISES.
- Il n y a pas a proprement parler d’ouvrages traitant d’une manière systématique la géologie des colonies françaises. Cependant on ne peut pas ne pas signaler les ouvrages, déjà un peu anciens, de L. de Launay. Les richesses minérales de l'Afrique (88) U) donnera des indications sur nos possessions africaines et La géologie et les richesses minérales de l'Asie (89) renseignera sur l’Indochine et l’Inde française. Le traité un peu plus recent et s’étendant au monde entier des Gîtes minéraux et métallifères (90) fournira quelques compléments aux ouvrages précédents, en particulier à celui de l’Afrique, ainsi que des renseignements sur La Guadeloupe, la Guyane, la Nouvelle-Calédonie, l’Océanie et la Syrie.
- Le magistral traité de A. Lacroix sur la Minéralogie de la France et de ses colonies (91) contient naturellement un grand nombre de renseignements sur la géologie des diverses colonies.
- AFRIQUE.
- Algérie. — Les ouvrages cités de Ficheur (7), Gentil (9), Blayac (10), Dareste delà Chavanne (11), Joleaud (12), Savornin (13), Ehrmann (14) et Flamand (20) laissent un certain nombre de vides dans la description géologique de l’Algérie. Il convient de les compléter par les travaux de Dalloni (92), Brives (93), Pomel (94), Ficheur (95), Delage (96), Répelin (97), Welsch (151) et L. Glangeaud (98) pour l’Atlas tellien occidental; de Ritter (99), Ficheur (100) et Tissot (101) pour l’Atlas saharien; enfin par une note de A. Lacroix sur les roches éruptives tertiaires (102).
- On notera que J. Savornin vient de faire paraître une note de quelques pages sur la constitution géologique de l’Algérie (103). On ne peut pas non plus passer sous silence, bien que n’étant pas directement géologique, la note très récente de G. Bétier (104) sur les mines de l’Algérie.
- Pour la discussion de la tectonique du sol, qui joue un rôle assez important en Algérie et en Tunisie, on pourra se reporter à F excellente mise au point de Gignoux (105).
- Tunisie. — L. Berthon a donné les principes de l’organisation des recherches géologiques en Tunisie dans une note de 1925 (106). Du même ingénieur, il convient de signaler la très remarquable étude sur les mines de la Tunisie (107) qui, malheureusement, ne contient aucune bibliographie.
- Pour la géologie proprement dite, il convient de signaler les ouvrages suivants : pour la Tunisie septentrionale, l’ouvrage très important de M. de Solignac (108) qui offre, en dehors de ses qualités intrinsèques, l’avantage d’être assez récent (1927), de contenir une abondante bibliographie sur la géologie de la Tunisie et de présenter de nombreuses comparaisons avec d’autres régions de l’Afrique du Nord en mettant au point certaines questions controversées ; cet ouvrage ne contient pas de cartes géologiques et il faut se reporter aux cartes au 1/200.000 Bizerte, Tabarca-La Galite, Tunis, La Goulette, Cap Bon; pour la Tunisie centrale, il convient de se reporter encore à la thèse de Pervinquière (109) ; enfin pour le Sud et l’Extrême-Sud. on consultera les ouvrages de Ph. Thomas (27) et (28), de Pervinquière (29 et 147), de Roux (110), de Jourdy (148), de Joleaud (149) et de M. Solignac (150).
- (14) Les chiffres entre parenthèses renvoient à la bibliographie placée àla fin de la présente étude.
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- Afrique occidentale française. — R. Furon vient de donner de nouveaux comptes rendus sur ses études dans le Soudan (111) ; il faut également compléter les indications déjà fournies sur les publications de Perebaskine en (47) par (112). On signalera également une note de Lecointre sur la Guinée (113) et une nouvelle étude de A. Lacroix sur les syénites néphéliniques des îles de Los (114).
- Nous pensons être utile en rappelant ici les études de A. Lacroix sur les latérites de la Guinée (115).
- Afrique équatoriale française. — En dehors des ouvrages contenus dans la bibliographie de l’ouvrage de Babet (50), il faut encore citer une série de travaux de géologues suisses, Duparc (116), Lagotala (117), Gysin (118), Burkhardt (119) ainsi que de M. Sluys (120) sur la région du Niari. On signalera également un compte rendu de Lombard (121), plus récent que ceux déjà cités dans l’ouvrage de Babet (50) et surtout l’étude de L. Cayeux, qui fournit pour la première fois une indication d’àge pour les terrains anciens du Congo (122).
- Pour la région du Nord, on signalera, en plus des ouvrages déjà cités, ceux de Freydenberg (123) et de Tilho (124), ce dernier ayant d’ailleurs un caractère plus géographique que géologique.
- Il existe certaines études sur les latérites de l’A. E. F. ; elles sont dues à Arsan-daux et sont citées dans l’ouvrage de Babet (50).
- togo et Cameroun. — FI. Arsandaux a publié quelques notes à l’occasion de son voyage au Togo (125). On trouvera également sur le Cameroun des études récentes de de Chetelat (126) et de Levy-Alvares (127).
- cotes des somalis. — Les deux notes de M. Dreyfuss indiquées en (53) sont complétées par une troisième (128).
- Madagascar. — Nous avons dit que l’ouvrage récent de L. Barrabé (58) contient une bibliographie très détaillée qui complète pour les dernières années celle de A. Lacroix (56). Nous noterons seulement ici quelques travaux très récents qui ne sont pas signalés par ces auteurs, à savoir des notes ou études de A. Lacroix (129), de Decary (130), de Mlle Brière (131), de Bésairie (132), de Piveteau (133) et de Goursat (134.)
- On sait que la Minéralogie de Madagascar de A. Lacroix (56) contient une étude très détaillée des formations latéritiques et des altérations des roches à Madagascar. Il y a lieu de signaler à ce sujet une étude très intéressante de H. Erhart (135).
- dépendances extérieures de Madagascar (kerguelen, etc.). — Aubert de la Rue vient de donner une étude à la suite de son voyage dans les mers australes (136).
- la réunion. — Caubet a donné une étude sur l’activité récente du volcan de La Réunion (137).
- ASIE.
- syrie et Liban. — L. Dubertret a publié une étude sur les régions volcaniques de la Syrie (138).
- Indochine française. — Gubler vient de donner une note sur la géologie du Cambodge qu’il étudie actuellement (139).
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- ÉTAT DES CONNAISSANCES GÉOLOGIQUES SUR LES COLONIES FRANÇAISES. 119
- Ayant signale plus haut pour les autres colonies les études sur les latérites, nous indiquerons ici la note que nous avons publiée sur cette même question en ce qui concerne l’Indochine (140).
- établissements français de l’inde. — On peut signaler les études de Gossmann sur la faune du pliocène de Karikal (141).
- AMÉRIQUE.
- Antilles françaises. — On pourra se reporter pour une vue d’ensemble sur les Antilles au travail récent de Schuchert (142) ainsi qu’à une note de A. Lacroix (152).
- OCÉANIE.
- 1 1 nouvelle-câlédonie. — W. Benson a donné récemment une série de notes sur la Nouvelle-Calédonie (143).
- établissements français de l’océanie. — Nous signalerons une note de A. Lacroix sur la constitution lithologique des îles (144) et, parmi les travaux anciens, ceux de J. Garnier (145) et de G. Seurat (146).
- BIBLIOGRAPHIE
- (1) E. Ficheur. — La Carte géologique de l’Algérie. Bulletin de la Société de Géographie d'Alger et de l'Afrique du Nord; 4e trim., 1902.
- (2) H. Jacob et E. Ficheur. — Notice sur les travaux récents de la Carte géologique de l’Algérie. Annales des Mines, octobre 1904.
- (3) Atlas d’Algérie et de Tunisie, par A. Bernard et R. de Flotte de Roque-vaire. Fascicule I : Carte géologique. Service cartographique de l’Algérie, 1925.. Se trouve à Alger (Carbonel) et à Paris (Larose).
- (4) L. Joleaud. — Allocution à la réunion du 29 avril 1929 de la Société géologique de France. Comptes Rendus de la Société géologique, 1929, p. 95.
- (5) J. Savornin. — Progrès de la géologie algérienne et nord-africaine depuis 1830. Collection du Centenaire de l’Algérie, 1930.
- (6) E. F. Gautier. — Structure de l’Algérie, Paris, 1922. (Société d’Éditions géographiques).
- (7) E. Ficheur. — Description géologique de la Kabylie du Djurjura. Alger, 1890 (Fontana).
- (8) . P. Lemoine. — Les principaux travaux sur la géologie des colonies françaises en 1908. Paris (Hermann).
- (9) L. Gentil. — Étude géologique du bassin de la Tafna. Alger, 1903.
- . (10) J. Blayac. — Esquisse géologique du bassin de la Seybouse. Alger, 1912.
- (11) Dareste de: la Chavanne. — Géologie de la région de Guelma.
- (12) L. Joleaud. — Étude géologique de la chaîne numidique et des Monts de Gonstantine. Montpellier, 1912 (Montané).
- (13) J. Savornin. — Étude géologique de la région du Hodna et du plateau sétifien. Alger, 1920.
- (14) F. Ehrmann. — Résumé stratigraphique et tectonique sur la Kabylie des
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- GÉOLOGIE DES COLONIES FRANÇAISES. — FEVRIER 1931.
- Babors et les régions voisines. Bulletin du Service de la Carte géologique de l'Algérie, 1924. Fascicule I.
- (15) Réunion extraordinaire de la Société géologique de France en Algérie 1896.
- (16) Réunion extraordinaire de la Société géologique de France en Algérie en 1924. Comptes Rendus de la Société. Paris, 1924, p. 195.
- (17) J. Savornin. — Notice géologique et hydrologique avec carte générale du Sahara, 1929. Publications du Service de la Carte géologique de l’Algérie.
- (18) P. Lemoine. — Afrique occidentale. Handbuch der regionalen Géologie. VII Band, Abteilung 6 A, 1913, Heidelberg (Cari Winter). *
- (19) R. Ghudeau et E. F. Gautier. — Sahara algérien, Paris, 1908.
- (20) C.-B.-M. Flamand. — Recherches sur le haut pays de l’Oranie et sur le Sahara. Lyon, 1911.
- (21) E.-F. Gautier. — Croquis géologique des Territoires du Sud au 1/7.000.000 Paris (Larose).
- (22) Lafond. — Rapport de mission en Syrie. Annales des Mines, 1924.
- (23) E.-F. Gauthier. — Le Sahara. Paris, 1928 (Payot).
- (24) J. Bourcart. — Ün voyage au Sahara (Mission Olufsen). Publications du Comité de l’Afrique française, Paris, 1924.
- (25) C. Kilian. — Au Hoggar. Paris, 1925 (Société d’Éditions géographiques).
- (26) F. Aubert. — Carte géologique de la régence de Tunis au 1/800.000. Paris, 1892.
- (27) Ph. Thomas. — Aperçu sur la géographie physique delà Tunisie. Paris, 1907. (Imprimerie nationale).
- (28) Ph. Thomas. — Monographie des terrains paléozoïques et mésozoïques de la Tunisie. Paris, 1908. (Imprimerie nationale).
- (29) L. Pervinquière. — Monographie des terrains éocènes de la Tunisie. Paris, 1912. (Imprimerie nationale).
- (30) L. Gentil. — La structure de la dorsale tunisienne et les grandes zones tectoniques de la Tunisie. Bulletin de la Société géologique. Paris, p. 213, 1924.
- (31) L. Gentil. — Le Maroc physique. Paris, 1912 (Alcan).
- (32) L. Gentil. — Carte géologique du Maroc au 1/1.500.000, Paris, 1920 (Larose).
- (33) Brives. — Voyages au Maroc (1901-1907), Alger, 1909.
- (34) F. Daguin. — Contribution à l’étude géologique de la région prérifaine avec carte au 1/100.000. Notes et Mémoires du Service des Mines du Maroc, 1927.
- (35) P. Russo et L. Russo. — Recherches géologiques sur le nord-est du Rif. Mémoires de la Société des Sciences naturelles du Maroc. 31 août 1929. Paris (Larose).
- (36) P. Russo. — Recherches géologiques sur le territoire des Hauts plateaux avec carte au 1/500.000. Annales de l'Université de Lyon, 1926.
- (37) G. Lecointre. — Recherches géologiques dans la Meseta marocaine avec carte au 1/200.000. Mémoires de la Société des Sciences naturelles du Maroc, 1926.
- (38) J. Barthoux. — Carte géologique des Djebilet. Service des Mines, 1927.
- (39) M. Despujols. — Note sur l’industrie minière du Maroc. Société de l’Industrie minérale, Saint-Étienne, 1930.
- (40) H. Hubert. — État actuel de nos connaissances sur la géologie de l’Afrique occidentale. Carte géologique et notice explicative. Paris, 1919 (Larose).
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- ÉTAT DES CONNAISSANCES GÉOLOGIQUES SUR LES COLONIES FRANÇAISES. 121
- (41) H. Hubert. Carte géologique de l’Afrique occidentale française au millionième. Feuilles parues : Dakar, Bamako, Ouagadougou et Bingerville. Paris (Larose).
- (42) H. Hubert. — Mission scientifique au Dahomey. Paris (Larose).
- (43) H. Hubert. — Mission scientifique au Soudan. Paris (Larose).
- (44) R. Chudeau. — Sahara soudanais. Paris, 1909. (Société d’Éditions géographiques).
- (43) Aubert de la Rue. — Études diverses sur la Côte d'ivoire. Comptes Rendus de la Société géologique : Paris, 1928, p. 82, 160-206 : — Revue de géographie physique et de géologie dynamique. Paris, 1929, fasc. 3 et 4; Bulletin de la Société de Minéralogie, Paris, 1928, nos S-6-7-8.
- (46) R. Furon. — Études diverses sur le Soudan. Comptes Rendus de la Société géologique. Paris, 1928, p. 376; Comptes Rendus de l'Académie des Sciences. Paris, 1928, t. CLXXXVII, p. 334-931.
- (47) V. Perebaskine. — Sur la présence de Libycoceras Ismaeli au Soudan français. Comptes Rendus de la Société géologique. Paris, 1930, fascicule 5.
- (48) E. Loir. — Carte géologique de l’Afrique équatoriale française, au 1/3.000.000. Paris, 1918 (Larose).
- (49) M. E. Denaeyer. — Esquisse géologique de l’Afrique équatoriale française, du Cameroun et des régions voisines au 1/3.000.000. Uccle, 1928 (Patesson).
- (30) M. Babet. — Étude géologique de la zone du chemin de fer Congo-Océan et de la région minière du Niari et du Djoué. Paris, 1929 (Larose).
- (31) Garde. — Description géologique des régions du Tchad. Paris, 1911.
- (32) Reed. — The Geology of the British Empire. Londres, 1921 (E. Arnold).
- (33) M. Dreyfuss. — Sur la présence d’argiles gypsifères aux environs de Holl Holl (Somalie française); De l’existence de formations sédimentaires au sud de la Côte française des Somalis. Comptes Rendus de la Société géologique. Paris, 1929, fasc. 7.
- (54) E. Krenkel. — Géologie Afrikas. Erster Teil. Berlin, 1925 (Borntraeger).
- (55) P. Lemoine. — Madagascar, Handbuch der Regionalen Géologie VII. Band, 4. Abteilung. Heidelberg, 1911 (C. Winter).
- (56) A. Lacroix. — Minéralogie de Madagascar. Paris, 1923 (Société d’Éditions géographiques).
- (57) Carte géologique et minière du Service des Mines au 1/5.000.000. Service des Mines de Madagascar, 1929.
- (58) L. Barrabé. — Contribution à l’étude stratigraphique et pétrographique de la partie médiane du pays Sakalave (Madagascar). Mémoires de la Société géologique. Paris, 1929.
- (59) H. Bésairie. — Carte géologique du bassin charbonnier du Sud-Ouest de Madagascar. Services des Mines de Madagascar, 1929.
- (60) H. Bésairie. — Carte géologique détaillée de Madagascar, au 1/100.000.
- Feuille d’Andrafiavelo. Service des Mines de Madagascar, 1929.
- (61) A. Aubert de la Rue. — Six mois dans les mers australes. Le Monde colonial illustré. Paris, juillet, 1929.
- (62) Ch. Velain. — Description géologique de la presqu’île d’Aden, de l’île de La Réunion, des îles Saint-Paul et Amsterdam. Paris, 1878.
- (63) A. Lacroix. — Sur la constitution minéralogique des volcans de l’île de La
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- Réunion. Comptes Rendus de VAcadémie des Sciences. Paris, 1912, t. CLV. p. 538.
- (64) G. Zumoffen. —Géologie du Liban. Paris, 1926 (Barrère).
- (65) L. Dubertret. — Note préliminaire sur la structure géologique dés Etats du Levant sous mandat français. Comptes Rendus de la Société géologique.-Paris, 1930, fasc. 6-7.
- (66) ^Gh. Jacob. — Études géologiques dans le Nord-Annam et le Tonkin. Bulletin du Service géologique de VIndochine, vol. X, fasc. I, Hanoï, 1921.
- (67) Ch. Jacob et L. Dussault. — Exploration géologique dans le Haut-Laos. Bulletin du Service géologique de VIndochine, vol. XIII, fasc. 4, Hanoï, 1924.
- (68) Carte géologique de l’Indochine au 1/4.000.000. Service géologique de l'Indochine, Hanoï, 1927.
- (69) Bulletins et Mémoires du Service géologique de l’Indochine. Se trouvent à Hanoï (Imprimerie d’Extrême-Orient) et à Paris (Agence économique de l’Indochine).
- (70) Catalogue des publications du Service géologique de l’Indochine. Dernier paru : 1er janvier 1929. Hanoï (Imprimerie d’Extrême-Orient).
- (71) F. Blondel. — Etat de nos connaissances en 1929 sur la géologie de l’Indochine française. Bulletin du Service géologique de V Indochine, vol. XVIII, fasc. 6, Hanoï, 1929.
- (72) Ch. Jacob. — Traits généraux de l’Indochine française. Verhandelingen van het geologisch-mijnbouwkundig Genootschap voor Nederland en Kolonien. Deel VIII, p. 263-278, juillet 1925. La Haye (Mouton).
- (73) P. Corbin. — Saint-Pierre et Miquelon dans Les colonies françaises d'Amérique. Paris, 1924 (Ed. Notre domaine colonial).
- (74) P. Duchassaing. — Essai sur la constitution géologique de la partie basse de La Guadeloupe. Bulletin de la Société géologique. Paris, 1846, p. 1093.
- (75) P. Duchassaing. — Observations sur les formations modernes de l’îïe de La Guadeloupe. Bulletin de la Société géologique. Paris, 1855, p. 753.
- (76) A. Lacroix. — La Montagne Pelée et ses éruptions. Paris, 1904.
- (77) E. Suess. — La face de la Terre. Traduction française.
- (78) J. Giraud. — Esquisse géologique de La Martinique. Hanoï, 1918 (Imprimerie d’Extrême-Orient).
- (79) L. Barrabé. — Notes diverses sur La Martinique. Comptes Rendus de la Société géologique, Paris, 1928, p. 64, 153, 154,155.
- (80) E.-D. Levât. — Guide pratique pour la recherche et l’exploitation de l’or en Guyane française. Annales des Mines, Paris, 1898.
- (81) A. Bordeaux. — La Guyane inconnue. Paris, 1906.
- (82) Ch. Vélain. — Notes géologiques sur la Haute Guyane d’après les explorations du Dr Crevaux. Bulletin de la Société géologique, Paris, 1879, p. 388 et 1881, p. 396 et Esquisse géologique de la Guyane française. Bulletin de la Société de géographie, Paris, 1885, p. 453.
- (83) M. Piroutet.— Etude stratigraphique sur la Nouvelle-Calédonie. Mâcon, 1917 (Protat).
- (84) A. Heim et A. Jeannet. — Crétacique supérieur à Inocérames et Eocène dans la Nouvelle-Calédonie. Bulletin de la Société géologique. Paris, 1922, p. 246.
- (85) M. Piroutet. — Sur l’âge des couches à Inocérames de Nouvelle-Calédonie. Comptes Rendus de la Société géologique, Paris, 1924. p. 147.
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- ETAT DES CONNAISSANCES GÉOLOGIQUES SUR LES COLONIES FRANÇAISES. 123
- (86) R. Abrard. — Contribution à l’étude géologique des îles Marquises et Gambier. Comptes Rendus du Congrès des Sociétés Savantes, 1923, p. 127.
- (87) J. Repelin. — Sur un point de l’histoire du Pacifique. Comptes Rendus de VAcadémie des Sciences, Paris, 1919, t. CLXVIII, p. 237.
- (88) L. de Launay. —Les richesses minérales de l’Afrique. Paris, 1903(Réranger).
- (89) L. de Launay. — La géologie et les richesses minérales de l’Asie. Paris, 1911 (Béranger).
- (90) L. de Launay. — Gites minéraux et métallifères. Paris, 1913 (Béranger).
- (91) A. Lacroix. — Minéralogie de la France et de ses colonies. Paris, 1893-1913 (Béranger).
- (92) M. Dalloni. — Recherches sur la période néogène dans l’Algérie occidentale. Rullelin de la Société géologique. Paris, 1913.
- — Structure de l’Atlas tellien occidental. Comptes Rendus de la Société géologique. Paris, 1916.
- — Les terrains oligocènes dans l’Ouest de l’Algérie. Bulletin de la Société géologique, Paris, 1917.
- — L’extension du terrain houiller sur le littoral de la province d’Oran. Comptes Rendus de la Société géologique. Paris, 1920.
- — Note préliminaire sur les terrains crétacés des monts de la Mina et du massif des Béni Chougrane (Tell oranais). Rullelin du Service de la Carte géologique. Algérie, 1924.
- (93) A. Brives. — Les terrains miocènes du bassin du Chelif et du Dahra. Bulletin du Service de la Carte géologique. Algérie, 1897.
- (94) A. Pomel. — Description et carte géologique du massif de Miliana. Alger. 1872.
- (95) E. Ficheur. — Notes sur la structure du Djurjura.
- — Les plissements du massif de Blida.
- — Note sur le terrain tertiaire de Medea.
- — Sur les terrains néogènes du Sahel d’Alger, in Réunion extraordinaire de la Société géologique en Algérie en 1896 : voir (15).
- (96) Delage. — Géologie du Sahel d’Alger, Montpellier, 1888 (Thèse).
- (97) Repelin. — Étude géologique des environs d’Orléansville. Marseille, 1893 (Thèse).
- (98) L. Glangeaud. — Plusieurs notes dans les Comptes Rendus de VAcadémie des Sciences et les Comptes Rendus ou le Bulletin de la Société géologique, dont, en particulier :
- — Observations sur la stratigraphie et la tectonique de l’Atlas tellien de l’Algérie occidentale. Bulletin de la Société géologique. Paris, 1926.
- — La structure des régions littorales entre Ténès et Philippeville. Comptes Rendus de VAcadémie des Sciences. Paris, 1930.
- (99) E. Ritter. — Le Djebel Amour et les monts des Oulad Naïl. Bulletin du Service de la Carte géologique. Algérie, 1902.
- (100) E. Ficheur. — Sur les formations'oligocènes de l’Aurès et en particulier de la région d’El Kantara. Association française pour VAvancement des Sciences, session de 1896.
- (101) J. Tissot. — Carte géologique provisoire de la province de Constantine au 1/800.000 et texte explicatif. Alger, 1881.
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- GÉOLOGIE DES COLONIES FRANÇAISES. — FÉVRIER 1931.
- (102) A. Lacroix. — Les caractères cliimico-minéralogiques des roches intrusives et volcaniques tertiaires de l’Afrique du Nord. Réunion extraordinaire de la Société géologique en Algérie en 1924 (voir n° 16) et Naples (Bolletino volcanol.),
- 1927.
- (103) J. Savornin. — Aperçu général sur la constitution géologique de l’Algérie. Saint-Etienne (Bulletin de la Société industrielle minérale). 1930.
- (104) G. Bétier. — Aperçu de l’état actuel de la mise en valeur des richesses minérales de l’Algérie. Saint-Étienne (Bulletin de la Société industrielle minérale), 1930.
- (105) M. Gignoux. — La tectonique des terrains salifères. Livre jubil. Société géologique. Paris, 1930.
- (106) L. Berthon. — Note sur la publication d’une carte géologique de la Tunisie au 1/200.000. Annales des Mines. Paris, 1923 (2e livr.).
- (107) L. Berthon. — L’industrie minérale en Tunisie. Tunis, 1922.
- (108) M. Solignac. — Étude géologique de la Tunisie septentrionale. Publication du Service de la Cane de géologie de Tunisie. Tunis, 1927 (Barlier).
- (109) L. Pervinqcière. — Étude géologique de la Tunisie centrale. Paris, 1903, (Thèse).
- (110) H. Roux. — Les plis des environs de Redeyef.
- — (Avec II. Docvillé). La géologie des environs de Redeyef. Bulletin de la Société géologique. Paris, 1910 et 1911.
- (111) R. Fcron. — Divers Comptes Rendus de VAcadémie des Sciences. Paris,
- 1928, 1929 et 1930.
- (112) V. Perebaskine. Observations géologiques dans la boucle du Niger. Comptes Rendus de VAcadémie des Sciences. Paris, 1929.
- — Notes préliminaires sur la géologie de l’Est du Soudan français. Comptes Rendus de la Société géologique. Paris, 1929.
- (113) G. Lecointre et P. Lemoine. — Sur les graptolithcs gothlandiens de la Guinée française. Association française pour VAvancement des Sciences, 48e session, 1925.
- (114) A. Lacroix. — Nouvelles observations sur les syénites néphéliniqucs des îles de Los (Guinée). Comptes Rendus de l'Académie des Sciences. Paris, 1924.
- (115) A. L acroix. — Les latérites de Guinée et les produits d’altération qui leur sont associés. Nouvelles Archives du Musée. Paris, 1913.
- (116) L. Duparc. — Sur la géologie du Bas-Congo, rive gauche du Niari. Genève (Comptes Rendus de la Société physique, historique et naturelle), 1929.
- (117) H. L agotala. — Contribution à l’étude géologique du Congo français. Genève. (Comptes Rendus de la Société physique, historique et naturelle), 1929.
- (118) M. Gysix. — Contribution à l’étude géologique du Congo français. Genève (Compte Rendus de Ici Société physique, historique et naturelle), 1929.
- (119) R Bcrkhardt. —• .Sur la formation des terres noires cuprifères dans le bassin du Niari. Genève ( Comptes Rendus de la Société physique historique, et naturelle), 1929.
- (120) M. Sluys. — A propos d’observations nouvelles faites dans le bassin du Ni ari. Liég’e (Annales cle la Société géologique de Belgique), 1929.
- (121) J. Lombard. — Sur le crétacé du littoral gabonais. Comptes Rendus de VAcadémie des Sciences. Paris, 1930.
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- ÉTAT DES CONNAISSANCES GÉOLOGIQUES SUR LES COLONIES FRANÇAISES. 125
- (122) L. Cayeux. — Existence de deux groupes d’algues à structure conservée dans le système schisto-calcaire du Congo français. Comptes Rendus de VAcadémie des Sciences. Paris, 1930.
- (123) H. Freydenberg. — Le Tchad et le bassin du Chari. Paris, 1908 (Thèse).
- (124) J. Tilho. — Du lac Tchad au Tibesti. Paris 1926.
- (125) H. Arsandaux. — Sur la chromite du mont Djeti (Togo). Bulletin de la Société minérale. Paris, 1925.
- — Les roches anciennes du Togo. Comptes Rendus du Congrès des Sociétés savantes. Paris, 1925.
- — Sur l’origine des gneiss basiques du massif de Djabataouré (Togo). Comptes Rendus de VAcadémie des Sciences, 1926 et Congrès des Sociétés savantes. Paris, 1927.
- (126) E. de Chetetat. — Notes d’un voyage géologique au Dahomey et en Haute-Yolta. — Revue géographique physique et géologique dynamique. Paris, 1928.
- (127) R. Levy-Alvarès. — Contribution à la géologie du Cameroun. Comptes Rendus de la Société géologique. Paris 1929.
- (128) M. Dreyfuss. — Sur les formations quaternaires de Djibouti. Comptes Rendus de la Société géologique. Paris, 1929.
- (129) A. Lacroix. — Sur un schiste cristallin à saphirine de Madagascar et sur les roches à saphirine en général. Bulletin de la Société minérale. Paris. 1929.
- (130) R. Decary. — Contribution à la géologie de l’Extrême-Sud de Madagascar. Bulletin de la Société géologique. Paris, 1928.
- (131) Mlle Y. Brière. — Note sur quelques minéraux malgaches. Bulletin de la Société minérale. Paris, 1929.
- (132) H. Besairie. — Recherches de pétrole dans l’Ouest et le Sud-Ouest de Madagascar. Bulletin de la Société géologique. Paris, 1929.
- — (et Mlle E. Basse). Observations stratigraphiques et paléontologiques nouvelles sur le crétacé inférieur et moyen de la province de Maintirano. Compte.? Rendus de l'Académie des Sciences. Paris, 1930.
- (133) J. Piveteau. — Note sur les terrains nummulitiques de Madagascar. Association française pour VAvancement des Sciences, 52e session. 1928.
- — Sur un type nouveau de poisson fossile provenant du Nord de Madagascar. Comptes Rendus de CAcadémie des Sciences. Paris, 1930.
- (134) J. Coursât. — Le bassin houillier du Sud-Ouest de Madagascar. Annales des Mines. Paris, 1929.
- (135) H. Erhart. — L’influence de l’origine géologique et des facteurs extérieurs sur la formation et la valeur culturale des terres latéritiques de l’est de Madagascar. Paris, 1926 (Larose).
- (136) Aubert de la Rue. — Un voyage d’exploration dans les mers australes. Revue géographique physique et géologique dynamique. Paris, 1929.
- — Terres françaises inconnues. L’archipel des Kerguelen. Paris (Société parisienne d'éditions), 1930.
- (137) P. Cauret. — L’activité du volcan de La Réunion. Naples (Bulletin volcanique), 1927.
- (138) L. Duvertret. — Étude des régions volcaniques du Haouran et du Djebel Druze (Syrie). Revue géographique physique et géologique dynamique, Paris, 1929.
- (139) Gubleii. — Sur la géologie du Cambodge. — Comptes Rendus de l'Académie des Sciences. Paris, 1930.
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- GÉOLOGIE DES COLONIES FRANÇAISES. — FÉVRIER 1931.
- (140) F. Blondel. — Les altérations des roches en Indochine française. Bulletin du Service géologique d'Indochine, Hanoï, 1929.
- (141) M. Cossmanx. — Faune pliocénique de Karikal. Journal conchyl. Paris, 1924.
- (142) G. Schuchert. — Geological History of the Antillean Région. New York (Bulletin de la Société géologique d'Amérique), 1928.
- (143) W. Benson. — Voir diverses notes dans les Comptes Rendus du 3" Congrès scientifique du Pacifique, Tokyo 1926 :
- — The State of geological mapping in New Caledonia.
- — The structure of New Caledonia.
- — Carboniferous of New Caledonia.
- — The mesozoic rocks of New Caledonia and their relations to tliose of New Zealand.
- — The cainozoic rocks of New Caledonia.
- (144) A. Lacroix. — La constitution lithologique des îles volcaniques de la Polynésie australe. Tokyo (3^ Cong. Pacif.), 1926.
- 143) J. Gxrnier. — Notes géologiques sur l'Océanie, Tahiti et Rapa. Annales des Mines, Paris, 1870.
- (146) G. Seurat. — Tahiti et les Etablissements français de l’Océanie. Paris (Challamel), 1906.
- (147) L. Pervinquière. — Rapport sur une mission scientifique dans l'Extrème-Sud tunisien (frontière tuniso-tripolitaine). Mémoires et Documents. Suppléments au Bulletin trimestriel publié par la Direction de l’Agriculture de Tunisie. Tunis, 1912.
- (148) H. Jourdy. — Observations dans l’Extrême-Sud tunisien. Bulletin de la Société géologique, Paris, 1908.
- (149) L. Joleaud. — Sur la géologie du Sahel et de l’Extrème-Sud tunisien. Bulletin de la Société géologique, Paris, 1918.
- (130) M. Solignac et L. Lavaudex. — Quelques résultats géologiques de la mission transsaharienne du Colonel Courtot (1925). Comptes Bendus de l'Académie des Sciences. Paris, 1926.
- (loi) J. Welsch. — Les terrains secondaires des environs de Tiaret et de Frenda (département d’Oran), Paris (thèse), 1890.
- (152) A. Lacroix. — Les caractères lithologiques des petites Antilles. Liège {Livre jubilaire de la Société géologique), 1926.
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- BULL. DE LA SOCIÉTÉ d’eNCOURAG. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — FÉVRIER 1931.
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ CONSEIL D’ADMINISTRATION
- SÉANCE PUBLIQUE DU 10 JANVIER 1931 Présidence de M. L. Mangin, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Est présenté pour devenir membre de la Société et admis séance tenante :
- M. Audoin (Jean-Frédéric), Ingénieur des Arts et Manufactures, ingénieur, chef des Services techniques du journal Vusine, 9 rue de Civry, Paris (16°), présenté par MM. de Fréminville et Sauvage.
- M. Mangin, président. — J’ai le plaisir de vous annoncer que M. Georges Risler, membre de notre Conseil, au titre du Comité de Commerce, a ete élu membre de l’Académie des Sciences morales et politiques dans sa séance du 20 décembre. Au nom de notre Société je lui adresse mes cordiales félicitations.
- Notre collègue du Conseil, M. Georges Hersent, membre du Comité des Constructions et des Beaux-Arts, vient d’être promu commandeur de la Légion d’honneur. Au nom de notre Société je lui adresse mes chaleureuses félicitations.
- M. Alfred Quinquet, membre de la Société d’Encouragement, Boite commerciale 17, Paris (11e) a déposé le 30 décembre 1930, deux plis cachetés concernant : le premier, des perfectionnements aux truelles ; le second, des perfectionnement à l'exploitation des limons fins et à la fondation d un institut international. M. A. Quinquet autorise la Société d’Encouragement à ouvrir ces plis cachetés et à en faire tel usage qu’elle voudra si M. Quinquet n’en a pas demandé l’ouverture ou le retrait avant le 31 décembre 1935.
- M. de Fréminville, secrétaire général, présente et analyse des ouvrages entrés récemment dans la Bibliothèque.
- Travail du cuir. Tannerie, corroierie, mégisserie, teinture et dorure des cuirs. Colles, graisses, crèmes pour cuirs, chaussures, harnais, courroies. Maroquinerie, reliure, cuirs d'art. (Tous les « trucs » du praticien), par H.-J. Rousset. Paris. Ch. Béranger, 15, rue des Saints-Pères (6e), 1930.
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — FÉVRIER 1931.
- Tous les 'procédés de façonnage des bois. Sciage, rabotage, toupillage, perçage, tournage, cintrage, clouage, vissage, placage, collage, par A. Car-enter. Paris, Ch. Béranger, 1930.
- Electrochimie appliquée. Electrométallurgie des solutions aqueuses. Traduit d’après la 2° éd. allem. par J. et S. Salauze, Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1930.
- Dictionnaire des produits chimiques commerciaux et de la droguerie industrielle, par A. Chaplet, Paris, Dunod, 1930.
- Nomenclature des journaux et revues en langue française paraissant dans le monde entier, Paris, Argus de la Presse, 37, rue Bergère (9e), 1930-1931.
- Cours de physique. Tome I : Acoustique. Electricité. Cours de l’Ecole Polytechnique), Paris, Gauthier-Villars et Cie, 55, quai, des Grands-Augus-tins (6R), 1930.
- Aciéries de Longivy, 1880-1930.
- Dragages de l'Indochine. Canal de Rachgia-Hatien. — Gouvernement GÉNÉRAL DE L’INDOCHINE, INSPECTION GÉNÉRALE DES TRAVAUX PUBLICS, Saïgon,
- 1930.
- Le teck et sa propagation en Afrique tropicale, par Jean Méniaud. Paris, Assoc. Colonies-Sciences, 60, rue Taitbout (8e), 1930.
- Les acajous. Les khaya sont-ils des acajous? par Jean Collardet, Paris, Assoc. Colonies Sciences, 1930
- M. Mangin, président. — Vous allez entendre M. B. Gasquet, administrateur-délégué de la Société pour le Développement des Véhicules électriques. Cette société, constituée en dehors de tout constructeur, par un groupement de producteurs et de distributeurs d’énergie électrique, ne vise pas un but commercial. C’est un organe de propagande, d’essais et de renseignements destiné à favoriser en France le développement des véhicules électriques si intéressant aux points de vue économique et national.
- M. 11. Gasquet, fait une communication sur L'état actuel delà traction électrique par accumulateurs, accompagnée d’un film cinématographique montrant les applications de ce mode de traction à New York.
- Les avantages du véhicule électrique sont : une grande simplicité d’organisation car il ne comporte aucun organe à mouvement alternatif; une grande facilité de conduite; la douceur de marche; l’économie de fonctionnement si on tient compte de tous les facteurs dont le principal est qu’il ne consomme qu’en marche. Au point de vue national, il a l’avantage de consommer une énergie qui est abondante sur notre territoire.
- Cependant, les applications du véhicule électrique autonome sont limitées : il ne peut être employé à tous les usages. Il ne convient qu’aux parcours limités et
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- aux vitesses modérées; il ne peut concurrencer l’automobile à essence pour les longs parcours et les grandes vitesses. Malgré cette limitation, son domaine est vaste : services urbains et suburbains, navette entre points rapprochés (dans une usine, une gare, un marché). En raison de l’arrêt du moteur pendant le stationnement et de la souplesse de la manœuvre, il convient particulièrement au cas des arrêts fréquents, soit à cause de l’encombrement dans les agglomérations, soit en raison de la nature même du service : voitures pour le ramassage des ordures ménagères, voitures de livraison, voitures de place.
- La voiture électrique est née en France; elle connut une grande vogue au début de l’automobile; malheureusement, elle souffrit des progrès rapides de la voiture à essence avec laquelle on voulut la mettre en concurrence pour le transport rapide des personnes aux grandes distances. L’échec jeta le discrédit sur la voiture électrique, du moins en France car, à l’étranger, on se rendit compte que si les accumulateurs ne conviennent pas à la voiture de tourisme, par contre ils étaient indiqués pour le transport des marchandises. Les constructeurs orientèrent leur technique dans ce sens et aboutirent vite à un plein succès qui se poursuit encore. C’est même aux Etats-Unis, les plus grands producteurs d’essence du monde, que les véhicules électriques sont les plus nombreux et les plus variés.
- Cependant, depuis quelque temps, on assiste à une renaissance de ces véhicules en France, notamment depuis deux ans; aujourd’hui, leur développement est presque prodigieux. On s’est limité, il est vrai, aux applications pour lesquelles leur supériorité est incontestable. Une dizaine de constructeurs français se sont adonnés au véhicule électrique, chacun ayant en quelque sorte la spécialité d’un type, répondant à des besoins donnés.
- Voici les principales applications : services de livraisons des grands magasins et des compagnies de chemins de fer, transport du charbon, du coke, du benzol (camions de la Société du Gaz de Paris et de celle du Gaz de Lyon), transport des matériaux de construction, déménagements; service de voierie (Villeurbanne, Asnières, Tours, Valence, Rueil, Bourges); autobus (Lyon).
- Pour les transports à l’intérieur des usines, on emploie : des tracteurs, des chariots porteurs, des chariots élévateurs à faible ou à grande hauteur de levage, des chariots-grues. E- L-
- M. Mangin, 'président. — Je remercie M. Gasquet de la conférence si démonstrative qu’il vient de nous faire et qui nous montre, par les vues qu’il nous a projetées, que le véhicule électrique est beaucoup plus employé que nous le croyions ; nous le côtoyons tous les jours dans Paris sans nous en douter car, il revêt souvent l’aspect d’une voiture à essence.
- M. Sauvage. — De quand date le film américain que vous nous avez présenté? 11 semble, d’après ce film, qu’à New York, la traction par cheval soit encore très fréquente.
- M. Gasquet. — Elle l’est en effet, du moins dans certains quartiers, et c’est ce mode de traction que, précisément, le véhicule est appelé à faire disparaître. Il en est de même à Paris; dans les quartiers Nord, Est et
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — FÉVRIER 1931.
- Sud-Est de la capitale, la traction par cheval est toujours importante. Elle n’a été supprimée, par décision administrative, que dans le centre de Paris et encore pendant certaines heures de la journée.
- Colonel Janvier. — Si la traction par cheval disparaît, comment se procurera-t-on du fumier?
- M. Gasquet. — Il y a d’autres fumures. Il ne semble pas que les maraîchers des environs de Paris souffrent beaucoup du manque de fumier de cheval. Ils ont été d’ailleurs parmi les premiers à effectuer leurs transports aux Halles dans des voitures automobiles.
- M. M. Garnier. — Est-ce que votre propagande s’est exercée auprès de la Compagnie des Transports en Commun de la Région parisienne? Dans l’affirmative, quel en a été le résultat?
- M. Gasquet. — La S. T. C. R. P. suit attentivement les progrès de la traction par accumulateurs, mais j’ignore quelles sont ses intentions pour l’avenir.
- Il ne faut d’ailleurs pas perdre de vue que l’importance même du matériel employé par le département de la Seine, ainsi que la rationalisation poussée à l’extrême des méthodes d’exploitation et d’entretien de la S. T. C. R. P. agissent comme de puissants volants contre l’emploi d’appareils nouveaux qui viendraient modifier l’organisation existante. Les grandes compagnies de chemins de fer sont dans une situation analogue.
- M. JVIangin, président. —Je remercie encore une fois M. Gasquet de son intéressante communication dont le texte a sa place tout indiquée dans notre Bulletin.
- La séance est levée à 18 h. 30 m.
- SÉANCE PUBLIQUE DU 24 JANVIFR 1931 Présidence de M. L. Mangin, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Est présentée pour devenir membre de la Société et admise séance tenante :
- la Compagnie d’Applications mécaniques, fabricant de roulements à billes et à rouleaux, 15, avenue de la Grande-Armée, Paris (16e) présentée par MM. A. Alby et E. Lemaire.
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. --- SÉANCE PUBLIQUE DU 24 JANVIER 1931. 131
- M. Mangin, président. J ai le plaisir de vous annoncer que M. Androuin, membre de notre Conseil, au titre du Comité des Arts mécaniques, vient d etre nomme chevalier de la Légion d’honneur. Au nom de tous nos collègues et de notre Société, je lui adresse mes chaleureuses félicitations.
- J’ai aussi le plaisir de vous annoncer que M. Maurice Garnier, notre collègue du Conseil, membre du Comité des Arts économiques, vient d’être promu Inspecteur général de l’Artillerie navale. Je lui adresse nos très vives félicitations.
- M. de Fréminville, secrétaire général, présente et analyse quelques ouvrages entrés récemment dans la Bibliothèque.
- L’évolution et le développement des principales industries, numéro spécial publié à l’occasion du cinquantenaire de la fondation du Génie civil. Paris, Edition du Génie Civil, 5, rue Jules-Lefebvre (9°), 1930.
- Manuel pratique de l’agriculture, par A. Jacquot. Paris. J.-B. Baillière et fils, 19, rue Hautefeuille (6e), 1931.
- 1 j industrialisation de Vélevage et la fabrication des conserves de viandes, par Maurice Piettre. J.-B. Baillère et fils, 1920.
- Production industrielle du café. Terres vierges et sols fatigués. A la recherche de Vhumus. Élevage, par Maurice Piettre. Paris. Librairie E. Le François, 91, boulevard Saint-Germain (6e), 1925.
- Les peintures et les vernis (Les colloïdes dans Vindustrie), par G. Genin et M. Pivron. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6°), 1931.
- Les procédés catalytiques en chimie appliquée, par E. Midorge, traduit de l’anglais, par Mille. Paris, Dunod, 1931.
- Machines électriques, tomes I et II (Electrotechnique appliquée.) par A. Mauduit. Paris, Dunod, 1931.
- Le chrysanthème, par J. Lochot 5° édition. Paris, Librairie agricole de la Maison rustique, 26, rue Jacob (6°), 1930.
- La signalisation routière. La borne d'angle, par Baudry de Saunier. Paris, Flammarion, 26, rue Bacine (6°).
- M. A. David, Ingénieur agronome et Ingénieur du Génie rural, chargé de missions en Italie, fait une communication sur La politique agraire et l économie italienne.
- Le Gouvernement italien fait actuellement un effort considérable pour transformer en régions agricoles les immenses plaines marécageuses de la vallée inferieure du Pô, de la Vénétie, de l’Emilie et les plaines côtières de la Campanie, de la Calabre, de la Sicile et de la Sardaigne.
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- Depuis des siècles — et déjà du temps des Romains pour les Marais Pontins — les Italiens doivent défendre ces territoires contre l’envahissement des eaux provenant de fleuves ou plutôt de torrents qui charrient du limon et des graviers — conséquence d’un déboisement quasi complet — et qui ne trouvent plus d’écoulement par suite de l’ensablement dans la basse vallée de ces cours d’eau. Ces travaux constituent ce que les Italiens appellent la bonificazione, dont l’équivalent, bonification, avec le même sens, était autrefois d’usage courant en français.
- Mais tandis qu’autrefois, l’assèchement de ces marais, foyers de malaria, était exécuté de façon irrégulière, suivant les ressources dont disposaient les états italiens avant l’unification, aujourd’hui les bonifications sont incorporées dans un vaste programme, établi avec une très grande largeur de vues et à l’exécution duquel le Gouvernement italien a décidé de consacrer, pendant 50 ans, des crédits considérables.
- Le programme, auquel les Italiens ont donné le nom de bonification intégrale, a été déterminé avant tout par les conditions économiques et démographiques du pays.
- L’Italie est un pays à balance commerciale fortement déficitaire. De plus l’émigration ayant cessé dans ces dernières années, les Italiens de l’étranger n’envoient plus leurs économies dans la métropole (environ 500 millions de lires par an avant 1914) comme autrefois.
- En 1929, l’excédent des importations atteignait 6.467.000 lires pour un total d’exportations de 14.885.000 lires. Or, bien que l’Italie soit une nation agricole, le déficit de la balance commerciale est dû uniquement au déficit de la balance agraire.
- La situation démographique de l’Italie est assez alarmante. L’excédent des naissances sur les décès atteignait, en 1928, 430.000 individus ; en 1929, 333.000 seulement à cause d’une mortalité excessivement forte; en 1930, près d’un demi-million. Cette population, qui croît sans cesse, n’a pas comme autrefois la possibilité de s’expatrier. D’où la nécessité d’augmenter la surface des terres cultivées pour permettre à toute la population italienne de vivre sur le sol métropolitain, tout en évitant d’augmenter le peuplement des villes qui est déjà excessif. Enfin, le programme d’accroissement de ce que le Gouvernement italien appelle le « potentiel national » est en plein accord avec les principes du fascisme, qui visent à l’indépendance économique du pays.
- Il convient de reconnaître que le problème auquel s’attaque l’Italie est un des plus complexes qui puissent se présenter à l’attention d’un État. Il s’agit de transformer d’abord les conditions naturelles, puis l’économie de régions entières. Les conditions naturelles seront modifiées par l’ensemble des ouvrages d’hydraulique nécessaires à la régularisation du régime hydrographique (bonification hydraulique). Ensuite interviendront tous les aménagements (routes, chemins, constructions rurales, préparation du sol) qui permettront à la culture de s’installer et de se maintenir (bonification agraire). De semblables entreprises nécessitent des moyens législatifs et financiers que l’Italie a lentement mis au point.
- Les lois sur la bonification se sont précisées, depuis un demi-siècle, au fur et à mesure des réalisations. Deux caractères de ces lois qui se sont accusés, de plus en plus, dans les textes successifs, sont les suivants : la primauté du but agraire
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- sur tous les autres, et 1 autorité. On ne se contente plus d’évacuer les eaux : on se préoccupé aussi de faire suivre la bonification hydraulique de la bonification agraire. Le point de passage de la première phase à la seconde s’est constamment révélé extrêmement critique, mais toutes les contraintes ont été prévues pour permettre de le franchir.
- Les ressources financières affectées aux bonifications sont considérables. La loi Mussolini prévoit 14 années de travaux, 7 milliards de lires de dépenses réparties sur 30 années. L’Italie ne peut, étant donnée sa siti:ation financière, s’acquitter de ces subventions en capital. Elle verse aux concessionnaires des travaux hydrauliques, des titres amortissables. Les grands instituts, Caisse nationale des Assurances, Caisse des Assurances sociales, Caisse des Dépôts et Prêts, ont l’obligation de recevoir ces titres en en payant la valeur actuelle, calculée à un taux supérieur de 1 p. 100 à celui qui est consenti par la Caisse des Dépôts pour ses opérations normales. La seule application de la loi Mussolini exige des inscriptions budgétaires qui croîtront jusqu’en 1943, atteindront alors 323 millions de lires et se tiendront à ce niveau pendant une vingtaine d’années.
- Mais le mouvement de ruralisation qui doit s’ensuivre, pour être efficace, pour qu’il permette une reprise de capitaux, doit être poussé jusqu’à l’achèvement. Or l’achèvement exige des crédits infiniment supérieurs à ceux de la loi Mussolini. Le Ministre de l’Agriculture les évaluait au triple des dépenses envisagées par cette loi, soit 21 milliards. D’autres économistes estiment que la ruralisation de l’Italie nécessitera de 1,3 à 2 milliards par an, pendant 13 ans.
- En se basant sur des évaluations d’origines différentes, on peut considérer que 10 p. 100 de l’épargne italienne seront affectés aux travaux de bonification. Seule l’épargne a été appelée à fournir cet effort, car le recours à l’emprunt extérieur, qui eût entraîné un accroissement notable de la circulation fiduciaire, insuffisamment gagé, constituerait un grand risque que les Italiens ont voulu écarter.
- L'État ne supporte pas seul la charge des bonifications. L’agriculteur doit payer les taxes pour les travaux hydrauliques, et poursuivre sur son domaine les améliorations qui lui permettent de tirer parti des travaux d’intérêt général. Le Ministre de l’Agriculture d’Italie considérait lui-même que l’agriculture était plus lourdement hypothéquée qu’avant la guerre.
- C’est seulement dans les années prochaines que les résultats de l’effort italien pourront être appréciés. Ils dépendent surtout des possibilités financières. La difficulté capitale du programme, dont ses promoteurs ont pleinement conscience et qu'ils s’appliquent à vaincre, est celle-ci : achever.
- E. L.
- M. Georges Rîsler. — De quelle nature sont les machines employées pour l’assèchement?
- M. David. — Ce sont surtout des excavateurs, pour creuser les canaux d’écoulement. Pour l’assainissement proprement dit, l’organe essentiel est la station de pompage, souvent extrêmement puissante.
- G. Rîsler. — Où va l’eau ainsi pompée lorsqu’il n’y a ni rivière ni lac à proximité?
- 130n Année, — Février 1931.
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — FÉVRIER 1931.
- M. David. — Il s’agit en moyenne de pomper 2 litres par seconde et par hectare. Au voisinage de la mer, on rejette cette eau à la mer. Dans la vallée du Pô, on l’envoie dans ce fleuve ou ses affluents. Cela nécessite quelquefois de très longues canalisations.
- M. G. Risler. — Est-ce qu’aprèsles pluies, le terrain ne garde pas l’eau tombée et ne redevient pas marécageux?
- M. Da\ riD. — La quantité d’eau ainsi tombée est insignifiante. Elle correspond à celle qui entretient l’humidité du sol, humidité nécessaire à la végétation dans un terrain normal. Mais il s’agit là d'une humidité temporaire. Ce qui empêche la culture, c’est l’humidité permanente; c’est l’eau stagnante seule qu’il convient de pomper.
- M. E. 1 jEMAIre. — Est-ce que le programme de bonification ne concerne que la mise en valeur des terrains marécageux? Il y a dans le Sud de l’Italie, dans les Pouilles, en Calabre, en Sicile, d’immenses lati fondi, appartenant à quelques grands propriétaires absents du pays; ces terres passent pour fertiles, mais elles ne sont pas cultivées. Il y a quelques années, à la suite d’un mouvement populaire, d’allure révolutionnaire, les paysans, manquant de terres, ont voulu s’emparer de ces lati fondi. Ne serait-il pas plus avantageux de mettre en valeur ces lati fondi plutôt que les terrains marécageux? On éviterait tout le travail préalable, très onéreux, de ce que vous avez appelé la bonification hydraulique.
- M. David. — Ces lati fondi ont bien été compris dans le programme du gouvernement italien; mais la question est plus complexe que pour les marais, car d’abord il s’y greffe un problème de propriété du sol; ensuite il faut irriguer, et dans les régions méridionales, les ressources en eau sont extrêmement limitées.
- M. Sauvage. — Prony s'est occupé de l’assèchement des Marais Pon-vins. Est-ce qu’on utilise encore ses travaux?
- M. D avid. — Il ne reste plus trace de ces travaux. Les études de Prony sont cependant encore citées.
- M. Paul Razous. — Tout en reconnaissant le puissant intérêt, tant au point de vue de la santé publique que pour éviter le chômage, de la bonification des terres en Italie, on peut se demander si pareilles dépenses telles qu’elles sont faites sont en rapport avec les résultats prévus. Le dessèchement par épuisement mécanique a donné des résultats assez satisfaisants pour les Moëres, vaste étendue d’étangs marécageux situés aux environs de
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — SÉANCE PUBLIQUE DU 24 JANVIER 1931. 135
- Dunkerque et où les travaux, terminés en 1909, comprenaient des canaux de dessèchement tracés perpendiculairement les uns aux autres et amenant les eaux aux machines d’épuisement. Mais les entreprises similaires du golfe du Lion et de la côte occidentale de la Corse ont donné de déplorables résultats financiers.
- Le procédé qui semble le plus économique et le seul réalisable est le procédé appliqué sous Charlemagne pour assainir et exploiter les lagunes de Bourges, et celui, à peu près semblable, appliqué aux environs d’Amiens sur les bords de la Somme, sous le nom d’hortillonnage. Par ces procédés, la surface à assainir est divisée en tables, carreaux, aires ou planches, livrés à la culture potagère et séparés par des fossés ou canaux dont les terres de déblai sont répandues à la surface des tables; la largeur des fossés ou canaux atteint 1,60 m pour faciliter la circulation des barques; on alimente ces canaux de façon qu’ils ne soient jamais à sec et qu’il n’y ait pas danger de fièvres pour les habitants voisins. Ce système, à notre avis, beaucoup moins coûteux à réaliser que celui de l’épuisement mécanique, pourrait être appliqué en France et dans certaines de nos colonies pour assainir les endroits marécageux et produire en même temps la bonification des terres. Il est même possible que les capitaux immobilisés dans ces opérations, puissent être récupérés en grande partie par les productions culturales réalisables.
- M. David. — On n’a pas encore de renseignements suffisants sur les résultats financiers de l’opération. Il s’agit d’entreprises à très longue échéance.Le cas est d’ailleurs un peu différent en Italie : l’écoulement des eaux ne se faisant pas naturellement, il suffit de créer un écoulement artificiel.
- M. M. Garnier. — Est-ce que l’assèchement sera définitif quand l’écoulement de l’eau aura été assuré, dans la campagne romaine? Ou, au contraire, la station de pompage devra-t-elle être maintenue de manière à fonctionner périodiquement ou en cas de besoin? Dans ce dernier cas, il y aura là un capital investi considérable.
- M. David. — Les stations de pompage ont un caractère permanent, mais elles ne fonctionnent pas d’une façon continue; les unes pompent pendant quelques jours par an, les autres pendant plusieurs heures par jour. Cela dépend du régime des précipitations atmosphériques. Il n’est pas douteux qu’il faudra partout entretenir le sol dans l’état où l’aura mis un premier assèchement.
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — FÉVRIER 1931.
- M. G. Risler. — Quelle force motrice emploie-t-on pour actionner les pompes? Probablement l’électricité?
- 31. David. — Presque partout c'est l’électricité. Le programme de la bonification comporte toute une partie concernant l’électrification des campagnes.
- M. Mangin, président. — Je remercie M. David pour l’exposé si clair et si documenté qu’il nous a fait du problème de la mise en valeur des mauvaises terres du territoire italien. Il s’agit là d’un problème très intéressant et d’une tâche considérable. Les moyens mis en œuvre sont formidables, mais il nous faut attendre quelques années pour savoir quels résultats ils auront donnés.
- La séance est levée à 18 h. 30 m.
- BIBLIOGRAPHIE
- Microbiologie appliquée à la transformation des produits agricoles, par Edmond Kayser, Ingénieur agronome, docteur ès sciences physiques. (Encyclopédie agricole G. Wery.) Un vol. br. (19 X 12 cm), de 488 p., 33 fig. J.-B. Baillière, édit., Paris, 19, rue Hautcfouille (6e), 1931. Index : 376.8 : 63
- M. Kayser décrit d’abord les organismes et les substances qui sont les facteurs des transformations agricoles : 1° moisissures et ferments; 2° diastases. Ces dernières, qui constituent les principaux agents, sont l’objet d’un important chapitre où l’auteur, après avoir exposé les propriétés générales des diastases. fournit sur chacune d’elles des indications précises sur leur action.
- Il peut ainsi aborder l’étude des transformations. Ce sont d’abord les industries de fermentation où, après l’exposé des conditions de la fermentation alcoolique, viennent les applications à la fabrication du vin, du cidre de la bière. L’action des levures sélectionnées constitue un chapitre très intéressant par les résultats obtenus. L’examen des maladies du vin, de la bière et du cidre complète la revue des industries de la fermentation.
- Dans la viuaigrerie, l’auteur développe les divers procédés de la fabrication du vinaigre, soit à l’aide des levures alcooliques ou des mucoracées telles que le Rhizupus, conjointement avec le ferment acétique.
- Le chapitre consacré à la sucrerie nous fait connaître les divers organismes susceptibles d’altérer le jus sucré et de provoquer des pertes plus ou moins importantes.
- Les amidonneries et les féculeries sont conditionnées par les fermentations destinées à obtenir l’amidon ou la fécule.
- La fermentation panaire est ensuite exposée avec ses caractères généraux et fauteur nous fait connaître les qualités du levain à employer.
- Quelques pages sont consacrées à la fabrication des conserves par fermentation.
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- bibliographie.
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- Dans le chapitre réservé a 1 ensilage, M. Kayser examine les avantages de l’ensilage pour la conservation des fourrages et des grains; il nous fait connaître ; la nécessité de tasser les produits pour éliminer l’air; il insiste sur l’importance de la respiration intramoleculaire au début et, plus tard, sur celle des fermentations, en insistant spécialement sur celles qui fournissent l’acide lactique, très favorable à une bonne conservation et à l’obtention d’un produit excellent.
- Les diverses fermentations du rouissage qui aboutissent à la dissolution des composés pectiques et à la mise en liberté des fibres cellulosiques sont étudiées avec soin par M. Kayser, qui termine l’exposé des transformations des matières végétales par l’examen des phénomènes d’oxydation des feuilles du tabac destinés à leur donner l’arome et les qualités recherchés.
- La transformation des produits animaux comprend la laiterie, avec les produits retirés du lait, beurre et fromages, et la tannerie.
- Le lait, si altérable par sa composition, est susceptible, comme le montre M. Kayser, d’être sujet à des fermentations nombreuses. La connaissance de ces nombreuses causes de transformations permet de préciser les précautions à prendre pour sa conservation.
- La fabrication du beurre dans les grandes exploitations est précédée de la maturation de la crème, préalablement pasteurisée puis ensemencée de cultures bactériennes qui permettent d’augmenter le rendement en conservant les qualités du beurre. Lin examen rapide des fromages complète les données sur la laiterie.
- Quelques pages sont enfin consacrées au tannage : 1° à la préparation des peaux; 2° au tannage proprement dit.
- En résumé, ce livre de M. Kayser, bien ordonné, clair et précis, avec les documents puisés aux meilleures sources, est un excellent résumé des principes qui président aux industries agricoles. C’est en quelque sorte le livre de chevet de tous ceux qui s’intéressent à ces questions.
- L. MANGIN.
- L’organisation du contrôle et la technique des vérifications comptables, par
- Joseph Reiser, docteur ès sciences commerciales et économiques, expert-
- comptable et organisateur-conseil. Seconde édition. Un vol. (24x16 cm),
- 218 p., Dunod, édit., 92, rue Bonaparte. Paris (6e). 1930. Index : 657.63
- Cet ouvrage est consacré à l’expertise comptable et en expose la nécessité, les principes, et le mode d’opérer.
- Avec raison l’auteur divise son travail en deux parties : le contrôle et la révision.
- Le contrôle, dont l’action est préventive et permanente, doit être tel qu’il évite les erreurs et les fraudes, et qu’il révèle dans le plus bref délai celles qui pourraient se produire.
- La révision, exercée généralement par des experts étrangers à l’entreprise, a un caractère occasionnel ou périodique et comporte essentiellement une vérification de la comptabilité.
- C’est à la révision qu’est consacrée la principale partie du livre de M. Reiser : procédés techniques de révision, conseils pratiques au cours du travail, analyse des bilans, examen du compte de profits et pertes, étude de la liquidité de 1 actif et de l’exigibilité du passif, rentabilité (mot affreux, mais qui, hélas! est devenu d usage courant), contrôle des prix de revient, etc,
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- OUVRAGES REÇUS.
- FÉVRIER 1931.
- Un chapitre spécial décrit la révision dans les banques.
- M. Reiser parle enfin de l’organisation du contrôle et de la révision dans la vie économique moderne.
- Cet ouvrage, bien conçu, basé sur de sains principes théoriques et sur une bonne expérience pratique, vient à son heure. A notre époque, le rôle de l’expert-comptable devient de plus en plus important. Les entreprises de tout genre ont recours à leur collaboration. Leur travail sert de base aux décisions de la justice dans les procès financiers. Enfin, les commissions d’enquête parlementaires elles-mêmes font appel à leur compétence impartiale...,
- ED. JULHIET.
- Vade-mecum du commerçant et du comptable, par Maurice Picard, expert-comptable. Première édition. Année fiscale 1930-1931. Un vol, rel. toile (19 x 14 cm),
- 448 p. Les Publications pratiques, E. Mary, imprimeur édit., 44-46, rue de
- Colombes, à Asnières (Seine). Prix : 30 francs. Index : 637 -+- 658
- Ce vade-mecum, composé par M. Maurice Picard en collaboration avec MM. Batardon, Dalsace, Préau, Schœller et Weismann, renferme de nombreux renseignements dont un commerçant peut avoir besoin pour son département comptable, et pour les services souvent annexés à ce département : statistique, assurances, questions fiscales, etc.
- Le volume contient en outre des tableaux et barêmes pour les calculs les plus courants, des notes sur les termes techniques d’un usage journalier, et une bibliographie commode.
- L’auteur compte publier chaque année une nouvelle édition qui, pour être complètement à jour, paraîtra après le vote de la loi de finances.
- Une publication de ce genre, s’améliorant peu à peu par les observations et les critiques des lecteurs, sera, pensons-nous, d’une réelle utilité.
- ED. JULHIET.
- OUVRAGES REÇUS A LA BIBLIOTHÈQUE EN JANVIER 1931.
- Prudhomme (Eu,). — Plantes utiles des pays chauds. 2e édition. In-8 (25x16) de 161 p., LXXII pi., 1 carte. Paris, Librairie Larose, 1929. 17945
- Le Génie civil, 1880-1930. Numéro spécial publié à l’occasion du cinquantenaire de la fondation du « Génie civil ». L’évolution et le développement des principales industries depuis cinquante ans. In-4 (37 x 27) de 236 p., fig. Paris. 5, rue Jules Lefebvre (9e). (Don du Génie civil). 17946
- Jacquot (A.). — Sylviculture. Manuel pratique à l'usage des propriétaires fonciers, des régisseurs de domaines foresLiers, des reboiseurs et des élèves des écoles d’agricultures. In-12 (19 x 12) de xtv + 333 p., fig. Paris. J .-B. Baillière et fils, 1931. 179 47
- Piettre (Maurice). — L’industrialisation de l'élevage et la fabrication des conserves de viandes. In-8 (21 x 14) de 391 p., 59 fig. Paris, J.-B. Baillière et fils, 1920. (Don de l'auteur). 17948
- Piettre (Maurice). — Production industrielle du café. Terres vierges et sols fatigués. A la recherche de l’humus. Élevage. In-8 (25 x 16) de 341 p., 37 fig. Paris, E. Le François, 1925. (Don de l’auteur). ' 17949
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- ouvrages Reçus ex janvier 1931.
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- Gexix (G.) et Pi\rox (M.). Les colloïdes dans 1 industrie. Les peintures et les vernis. In-8 (25 x 16) de xm + 226 p.. 28 fig. Paris, Dunod, 1931. 17950
- . Hilditch (T. P.). — Les procédés catalytiques en chimie appliquée. Traduit de l'anglais par Mlle E. Midorge. In-8 (25 x 16) de xvii + 321 p. Paris, Dunod, 1931. 17951
- Mauduit (A.). — Machines électriques. 4e édition. In-8 (25 x 16). Tome I : Dynamos, alternateurs, transformateurs statiques, de xxvi + 894 p., 387 fig.: Tome II : Moteurs d’induction, machines synchrones, commutatrices, moteurs alternatifs à collecteurs, redresseurs, p. 895-1738, fig. 388-651. Paris, Dunod, 1931. " 17952-3
- Lochot (J.). — Le chrysanthème. 5e éd. In-12 (19x12) de 212. p., 55 fig. Paris, Librairie agricole de la Maison rustique, 1930. 17954
- Urwick (L.). — L’organisation d’un service de vente. Traduit de l'anglais par Louis Ange. In-8 (25 x 16) de xvi + 186 p., 31 fig. Paris, Dunod, 1931. 17955
- Baumgarten (Franziska). — Les examens d'aptitude professipnnelle. Théorie et pratique. Traduit de l’allemand par Marcel Thiers. In-8 (25 x 16) de xx.x-f-654 p., 114 fig. Bibliographie, p. 595-641. Paris, Dunod, 1931. . 17956
- Fron (A.). — Exploitation des bois. (Encyclopédie agricole publiée sous la direction de M. G. Wery). In-12 (19 x 12) de 204 p., 52 fig. Paris, J.-B. Baillière.et fils, 1931. 17957
- Barrère (M.). — Commutatrices et convertisseurs rotatifs. (Encyclopédie d’électricité industrielle), ln-8 (23 x 15) dem + 492 p., 371 fig. Paris, J.-B. Baillière et fils, 1931.
- 17958
- Compagnie des Chemins de fer de l’Est. — Notes sur le matériel présenté à l’Exposition internationale de Liège 1930. In-4 (28 x 22) 19 fascicules. 17959
- Baudry de Saunier. — La signalisation routière. La borne d’angle. In-4 (27 x 21) de 16 p. Paris, Flammarion. Pièce 13661
- Académie des Sciences. — Séance publique annuelle du lundi 15 décembre 1930. Discours de M. Léon Lecornu, président de l’Académie. In-4 (28 x 22) de 20 p. Paris, Gauthiers-Villars et Cifi, 1930. (Don de M. Lecornu, membre du Conseil d’Administration).
- Pièce 13662
- Préfecture du Département de la Seine. — Direction de l’Hygiène du Travail et df. la Prévoyance sociale. — Annales des Services techniques d’Hygiène de la Ville de Paris, publiées sous la direction du Préfet de la Seine. Tome XI : Comptes rendus des travaux en 1929. Paris, Gauthier-Villars et Cie, 1930. Pér. 188
- Institut national agronomique. (École normale supérieure de l'Agriculture). — Annales. 2° série, Tome XXIII. Paris, J.-B. Baillière et fils: Librairie agricole de la Maison rustique, 1930. pér. 20
- Direction générale des Douanes. — Tableau général de la navigation maritime. (Navigation internationale, cabotage français et effectif de la Marine marchande). Année 1928, Paris, lmp. nationale, 1929. pér> 34
- Conservatoire national des Arts et Métiers. (Ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts). — Laboratoire d’Essais mécaniques, physiques, chimiques et de Machines. —- Rapport sur le fonctionnement pendant l'année 1929, par M. Dalbouze. [Don de M. Sauvage, membre du Conseil cl’Administration). Pér. 308
- Annuaire Chaix. Les principales sociétés par actions. 40e année, 1931. Paris, lmp. Chaix, 1931. Pér; 90
- Comité des Travaux historiques et scientifiques. (Ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts). — Comptes rendus du Congrès des Sociétés savantes de Paris et
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- OUVRAGES REÇUS.
- FÉVRIER 1931.
- des départements tenu à Lille en 1928. Section des Sciences. Paris, lmp. nationale, 1930.
- Pér. 26
- Institut d’Egypte. — Bulletin. Tome XII (2e fasc.). Session 1929-1930. Le Caire.
- Pér. 32
- Institution of Civil Engineers. — Minutes of Proceedings. Vol. 229, 1929-30 (part 1) London, Créât George Street, Westminster, S. W. 1. Pér. 189
- Institution of Mechanical Engineers. — Proceedings. 1930, vol. I (Janu.-May). London, Storey’s Gâte, St. James’s Park, S. W. 1. Pér. 114
- Royal Society of New South Wales. — Journal and Proceedings. Vol. LXIII, 1929. Sydney, « Science House », Gloucester Street. Pér. 29
- Institution of Engineers and Shipbuilders in Scotland*. — Transactions. Vol. LXXIII (session 1929-1930). Glasgow, 39 Elmbank Crescent, C. 2. Pér. 5
- American Instituts of Mining and Metallurgical Engineers. — Transactions. 1930 Métal Mining, non ferrous Metallurgy). New York, 29 West 39 the Street. Pér. 201 United States Department of Agriculture (Washington). — Yearbook of Agriculture, 1930. Pér. 410
- United States Department oe Agriculture (Washington). — Technical Bulletins, noS : 158 : Comparative strenght properties of woods grown in the U.S., 38 p. — 160 : Agri-cxlltural sutvey of Europe, 104 p., 7 fîg. — 185 : Irrigation requiremcnts of the arid and semidrid lands of the Southwest, 68 p., 11 fig. — 191 : The production, extraction and germination of lodgepole pine seed, 90 p., 21 fig., III pi. — 192 : Wintering steers in the norih central great plains section, 13 p., 2 fig. 1930. Pér. 410
- ... — Farmers’ Bulletins : 736 (revised 1930) : Ginseng diseases and their control, 20 p., 26 fig. — 1044 (1930) : The city home garden, 30 p., 14 fig. — 1087 (1929) : Beautifying the farmstead 38 p., 42 fig. Pér. 410
- ... — Circulars nos : 108 (1930) : Foaming of milk and cream, 6 p., 2 fig. — 110 (1930) : Spécifie gravity and Baumé gravity tables for turpentine, 9 p. — 117 (1930) : The Asiatic Beefle, a scrious pest in lawns, 7 p., 3 fig. Pér. 410
- ... — Miscellaneous publications : nü 79 (1930) : Anthelmintics for the removal of thorn-headed worms from swine, 11 p. Pér. 410
- ... — Inventory n° 98 (1930) : Plant mate,rial, introduced by the office of foreign plant ntroduction, Bureau of plant industry, January 1 to Mardi, 31, 1920 (nos 78509 to 80018), 67 p. Pér. 410
- ... — Leaflets nos : 3 (1930) : Improccd sanitation in milk production, 8 p., 8 fig. — 15 (1930) : Babbit-house construction, 8 p., o fig. — 59 (1930) : Hints on coyote and wolf trapping, 8 p. 3 fig. — 61 (1930) : English sparrow control, 8 p., 7 fig. — 66 (1930) : Rabbit recipes, 8 p., 6 fig. Pér. 410
- L’agent général, gérant,
- E. LEMAIRE.
- Coulommiers. — lmp. Paul BfiODARI).
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- 130e ANNEE.
- MARS 1931.
- BULLETIN
- DE LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- L’ÉTAT ACTUEL DE LA TRACTION ÉLECTRIQUE PAR ACCUMULATEURS EN FRANCE (1)
- par M. R. Gasquet, administrateur-délégué de la Société pour le Développement des Véhicules électriques.
- AVANTAGES ET LIMITES DU VÉHICULE ÉLECTRIQUE.
- Bien qu’ils aient été fréquemment énumérés, je rappellerai tout d’abord les principaux avantages qui militent en faveur du véhicule électrique, tant intrinsèquement que du point de vue purement français.
- Ce qui frappe, à première vue, quand on examine un tel véhicule, c’est sa simplicité : dans les moteurs, pas de mouvements alternatifs; pas de bielles ni de vilebrequin; pas de soupapes, de magnétos, de carburateurs; pas d’embrayage, ni de changement de vitesse. Comme conséquence : des manœuvres souples et silencieuses; pas de dégagement gazeux; une usure et des risques de pannes réduits au minimum ; démarrage facile par les plus grands froids.
- Simple de construction, le véhicule électrique est simple a conduire, 1 apprentissage du conducteur ne demande que peu de temps et très rapidement un charretier ou un livreur pourra remplir cet office.
- Compte tenu de tous les facteurs entrant dans le prix de revient, y compris l’intérêt et l’amortissement des frais de premier établissement, l’expérience a montré que le véhicule électrique est plus économique à exploiter que le véhicule thermique ; aucune consommation d’énergie à l’arrêt car le moteur cesse de tourner; bas prix de l’énergie électrique comparée à l’essence; pas de consommation d huile, peu de réparations; une durée très longue; des économies sur le personnel, un seul homme au lieu de deux pouvant généralement remplir les fonctions de conducteur et de livreur ; enfin, des frais moins élevés pour les impôts et les assurances en raison de la plus faible puissance fiscale des moteurs, telles sont les principales raisons de l’économie constatée.
- Du point de vue français, l’emploi du véhicule électrique conduit à une réduction des importations d’essence. D’autre part, la charge se faisant en dehors des heures de pointe, il améliore les courbes de charge des centrales de production dont la mauvaise utilisation actuelle s’oppose à la baisse du prix de revient de l’énergie électrique.
- (i) Communication faite en séance publique, par 1 auteur, le 10 janvier 1931.
- 1306 Année. — Mars 1931, ^
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- 142 TRACTION ÉLECTRIQUE PAR ACCUMULATEURS. — MARS 1931.
- Après avoir énuméré ces avantages, je dois dire très nettement : le véhicule électrique ne s’applique pas à tous les usages ; méconnaître cette vérité, c’est courir à un insuccès certain. Le véhicule électrique convient aux parcours limités, à vitesse modérée : il ne peut concurrencer l’automobile thermique pour les longs parcours et les grandes vitesses. Malgré ces limites, son domaine est vaste : services urbains et suburbains, navettes entre deux points rapprochés, une usine et une gare par exemple.
- En raison de ses qualités propres, notamment de l’arrêt des moteurs pendant le stationnement et de sa souplesse, il est particulièrement avantageux pour les services avec arrêts fréquents, et dans les agglomérations, sa vitesse moyenne est du même ordre que celle des véhicules thermiques.
- Le véhicule électrique vise donc principalement à remplacer le cheval ou le véhicule thermique qui a remplacé le cheval dans des applications lui convenant mal.
- LES VÉHICULES ÉLECTRIQUES EN FRANCE ET A L’ÉTRANGER.
- Le véhicule électrique est né en France; il connut la grande vogue au début de l’automobile. Dès les premières années du siècle, la voiture à essence se perfectionna, devint plus souple tout en permettant de longs parcours et de grandes vitesses.
- A cette époque, on n’envisageait pour l’automobile que le transport des personnes; pour garder cette clientèle, les promoteurs du véhicule électrique voulurent, eux aussi, aller loin et vite; d’où toute une série de raids sur longues distances et à grande vitesse, raids malheureusement sans lendemain, exécutés avec des véhicules spécialement établis, peu capables de fournir un service pratique ; la voiture électrique ne pouvait pas concurrencer la voiture à essence dans son domaine propre : elle disparut très rapidement.
- Dans certains pays étrangers, au contraire, notamment aux États-Unis, en Grande-Bretagne et en Allemagne, on comprit que, si les accumulateurs ne permettaient pas de réaliser des voitures de tourisme, le transport des marchandises constituait pour eux une excellente application. Les constructeurs orientèrent leur technique dans ce sens, trouvant à leurs produits des débouchés de plus en plus nombreux.
- Le nombre des véhicules électriques n’a cessé de croître dans ces pays et il est piquant de constater que c’est aux États-Unis, premiers producteurs de pétrole du monde, qu’ils sont le plus nombreux.
- RENAISSANCE DES VÉHICULES ÉLECTRIQUES EN FRANCE.
- Dans les années qui suivirent la guerre, les difficultés économiques conduisirent à la recherche des sources d’énergie susceptibles de remplacer l’essence importée. Sur l’initiative des électriciens, le problème de l’accumulateur appliqué à la traction fut à nouveau examiné.
- Un nouvel échec eût été fatal; l’insuccès ancien du véhicule électrique en France et son succès croissant dans d’autres pays montraient dans quelle voie il fallait s'engager : plus de voitures de tourisme rapides, mais un champ d’application bien délimité. Très vite, on s’aperçut que le véhicule électrique devait être un véhi-
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- LA TRACTION ÉLECTRIQUE PAR ACCUMULATEURS EN FRANCE.
- 143
- cule industriel, destine avant tout aux transports des marchandises ou aux transports en commun des personnes.
- G est donc avec une ligne de conduite bien tracée que la propagande s organisa. Débuts pénibles : il fallait, tout en évitant de décourager les bonnes volontés, détourner les usagers éventuels des applications ne convenant pas; à ceux qui, au contraire, soumettaient des problèmes compatibles avec les véhicules électriques, on ne savait quoi répondre faute de matériel à proposer. Il fallait semer l’idée, instruire le public et en même temps faire prendre patience à ceux qui, séduits par ce mode de traction, voulaient aller carrément de l’avant.
- Tout était à organiser et de nombreuses difficultés se présentaient.
- A priori, la réalisation des véhicules eux-mêmes semblait aisée en raison de leur simplicité et l’on pensait que n’importe quel constructeur, susceptible de réunir des compétences en mécanique et en électricité, réussirait du premier coup.
- Quelle ne fut pas la surprise de trouver là l’obstacle le plus dur à vaincre !
- De longues années de pratique et d’études avaient amené le véhicule thermique, jusque dans ses détails, à un degré de perfection avancé.
- Les ingénieurs français, au contraire, avaient perdu la technique du véhicule électrique et des tâtonnements étaient inévitables avant d’obtenir une mise au point comparable, d’autant plus nécessaire que l’usager futur ignorait ce type de véhicule, et qu’on prétendait pouvoir le mettre impunément entre des mains inexpérimentées.
- Une vieille animosité injustement répandue dans le public français, même parmi les techniciens, semblait autoriser toutes les craintes envers les accumulateurs. L’étude des batteries répandues à l’étranger montra qu’il fallait chercher la solidité, plutôt qu’une grande capacité spécifique; dans les trois types usuels, on pouvait trouver en France des batteries aussi bonnes que celles qui sont utilisées dans les pays anglo-saxons et en Allemagne; les accumulateurs ne soulevèrent aucune difficulté (2).
- Plusieurs années d’études, des années d’exploitation industrielle et des millions de kilomètres parcourus avec des véhicules électriques français autorisent à dire que le matériel, a maintenant atteint ce degré de perfection qui permet de le recommander aux usagers non spécialistes. La période de la propagande craintive est passée; nous sommes au second stade du développement des véhicules électriques; dans les différents domaines d’application, traction sur la voie publique, traction dans les établissements industriels et commerciaux, traction sur voie ferrée, il existe des exploitations, de plus en plus nombreuses, qui constituent de sérieuses références.
- (2) Les constructeurs français d'accumulateurs qui se sont intéressés récemment aux accumulateurs de traction sont :
- pour les accumulateurs au plomb : la Société des Accumulateurs électriques (Accumulateurs Dinin) ; — la Société pour le Travail électrique des Métaux(Accumulateurs T. E. M) ; — l’Accumulateur Tudor;
- pour les accumulateurs au fer-nickel : la Société des Accumulateurs fixes et de traction (Accumulateurs S. A. F. T.).
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- MARS 1931.
- IM
- VÉHICULES POUR CIRCULATION SUR LA VOIE PUBLIQUE(3).
- Comme je l’ai dit plus haut, c’est vers le véhicule industriel que se sont orientés les constructeurs, car c’est dans son domaine que s’applique le plus avantageusement la traction électrique; camions, camionnettes, autobus, sont donc les véhicules à accumulateurs que l’on rencontre sur la voie publique.
- Dans chacun de ces types, il existe des modèles bien au point, construits par des maisons sérieuses, auxquelles ou peut s’adresser en toute confiance, car elles refuseront de remettre des propositions si l’application envisagée ne convient pas à la traction électrique.
- Le nombre de véhicules n’est encore que de quelques centaines en France, mais ce qui est intéressant c’est de constater le rythme avec lequel il progresse chaque année, notamment depuis deux ans.
- Les applications sont nombreuses, dans le domaine des services comportant de fréquents arrêts et les photographies que je projeterai tout à l’heure en donneront des exemples; je me bornerai donc à énumérer quelques-unes de celles qui existent en France :
- Services de livraisons des grands magasins, des industriels et des commerçants ;
- Transports de charbon, de coke, de benzol : La Société du Gaz de Paris utilise 10 camions électriques pour ses livraisons de coke dans Paris; la Compagnie du Gaz de Lyon en emploie pour transporter son goudron et son benzol ;
- Transports de matériaux de construction ;
- Entreprises de déménagements;
- Entreprises de camionnage : Maisons Ameline, Chauvière, Hernu-Péron, Walbaum, etc. ;
- Camionnages des chemins de fer : La Société concessionnaire du camionnage de la Compagnie des Chemins de fer de l’Est utilise actuellement à Paris 10 véhicules électriques. Aux États-Unis, la célèbre American Railway Express C° en utilise environ 2.000, sans compter ses chariots.
- Minoteries : 6 camions électriques aux Grands Moulins de Paris.
- Brasseries ;
- Transport de papier pour les journaux;
- Services de voirie, notamment enlèvement des ordures ménagères (fig. 1). Cette application, qui convient particulièrement aux véhicules électriques, en raison des arrêts très fréquents, est très développée dans certains pays notamment en Grande-Bretagne où une centaine de villes de plus de 50.000 habitants utilisent des véhicules électriques pour la collecte des ordures; parmi elles citons : Birmingham avec une centaine de véhicules électriques, Sheffield avec 80 environ, Glasgow avec plus de 60. Un certain nombre de municipalités française sont venues depuis peu aux camions à accumulateurs : Villeurbanne, Asnières (12 camions), Tours (8 camions), Valence (4 camions), Rueil (3 camions), Bourges (5 camions), etc. Des services sont à l’étude à Lyon, Strasbourg, Colmar, Saint-Ouen et dans d’autres villes.
- Il est intéressant de noter que c’est au cours des deux dernières années que
- (3) Les principaux constructeurs français sont : la Société M. A. F. (Matériel De Dion-Bouton (camions et autobus); — Panhard-Levassor (camionnettes deux tonnes); — la Société S. O. V. E. L. (camions de 3,5 et 5 t.); — V. E. T. R, A. (camions et autobus).
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- LA TRACTION ÉLECTRIQUE PAR ACCUMULATEURS EN FRANCE.
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- presque tous ces camions ont été mis en service; les municipalités françaises ci-dessus ne sont pas intéressées dans les distributions d’électricité de leurs communes, elles n’ont donc pas d’intérêt particulier à favoriser la consommation et c’est uniquement le bas prix d’exploitation qu’elles recherchent. Dès que des véhicules bien au point leur furent offerts avec des références suffisantes, elles furent facilement convaincues de l’économie du système et, si le nombre des camions électriques à ordures ménagères est encore peu élevé en valeur absolue, il est cependant remarquable étant donné le peu de temps qui a suffi pour l’atteindre.
- En dehors de ces applications, il en est beaucoup d’autres dont certaines sont réalisées à l’étranger; je vous citerai notamment :
- Fig. 1. — Collecte des ordures ménagères à Villeurbanne (Rhône).
- Le transport des produits alimentaires, tout indiqué pour les véhicules électriques, en raison des conditions d’hygiène qu’ils permettent de réaliser. D’après les statistiques publiées par la Chambre de Commerce de l’Automobile américaine, les boulangeries des États-Unis emploient 4.275 véhicules électriques, les laiteries et les fabriques de glace, 2.000 (non compris les chariots);
- De nombreux services des P. T. T. — Les postes allemandes utilisent environ 2.000 véhicules électriques.
- Enfin, une autre application est celle des transports en commun. — Plusieurs exploitations existent à l’étranger, notamment en Italie. En France, la plus importante est celle de Lyon. Commencée en décembre 1924, avec 16 voitures, elle en comporte maintenant une vingtaine et fonctionne de façon très satisfaisante (i).
- (4) Voir à ce sujet Création d’un service d’autobus électriques avec exploitation en régie directe, pat M. Chalumeau (Bulletin d’octobre 1926, p. 656-671 : 9 fig.).
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- SOCIÉTÉ D’EXPLOITATION DES VÉHICULES ÉLECTRIQUES.
- Quelques sociétés d’exploitation fonctionnent depuis plusieurs années; c’est grâce à elles que le véhicule électrique a pu sortir de la période de propagande et d’étude pour devenir une réalité pratique; ce sont elles en effet qui ont permis la mise au point et ont pu fournir aux usagers les références nécessaires.
- La plus ancienne de ces exploitations est celle de la Société pour le Développement des Véhicules électriques. Cette société n’a pas un but commercial ; c’est un organe d’essais, de renseignement et de propagande ; mais elle a pensé qu’il était dans son rôle, d’une part, d’encourager les premiers constructeurs qui s’intéressaient à la question, d’autre part, de soumettre les véhicules et les accumulateurs à des essais réellement pratiques et prolongés, seuls capables de démontrer les qualités et les défauts du matériel. Elle ouvrit donc un garage et commanda à différents constructeurs des véhicules que, depuis 6 ans, elle exploite industriellement. Ce furent d’abord les électrocars de l'Exposition des Arts décoratifs; puis des camions et des camionnettes exploités pour le compte de différents clients, entre autres la Compagnie des Chemins de Fer de l'Est ; ce sera dans quelques mois 50 électrocars qui circuleront à Y Exposition coloniale.
- La Société lyonnaise pour VExploitation de Véhicules électriques (S. L. E. V. E.), la plus importante à l’heure actuelle, a pour objet de mettre à la disposition des usagers des moyens de transports électriques (camions et camionnettes), en leur enlevant tout souci d’achat, d’exploitation, de recharge, d’entretien et en leur assurant par contrat un prix forfaitaire pour l’ensemble de ces services. La SLE VE débuta en 1927 en ouvrant à Lyon un premier garage pouvant contenir environ 40 véhicules. Très vite ce garage devint insuffisant et, pour satisfaire les demandes croissantes de sa clientèle, la SLEVE, en 1929, a porté son capital de 2 millions à 5,5 millions et ouvert un second garage pour 100 véhicules. Elle exploite maintenant environ 75 véhicules. Sa clientèle est des plus diverses : services publics, camionneurs, journaux, brasseurs, transport de matériaux de construction, de benzol, de goudron, de charbon, etc.
- La Société alsacienne de Véhicules électriques {SAVE) filiale de la précédente, a été constituée, il y a un peu plus d’un an, avec le même objet. Elle exploite ou aménage actuellement trois garages à Strasbourg, Mulhouse et Colmar.
- La Compagnie des Camions électriques a ouvert à Paris, dans le voisinage des gares de marchandises du Nord et de l’Est, un garage spécial pour véhicules électriques; elle possède un certain nombre de véhicules qu’elle exploite directement; elle a organisé une station service pour l’entretien à forfait des camions appartenant à sa clientèle qui sont garés soit au garage, soit à l’extérieur; dans ce dernier cas, les véhicules viennent périodiquement passer une nuit pendant laquelle ils sont visités.
- Groupant un nombre important de véhicules, ces sociétés peuvent employer rationnellement un personnel d’entretien et de surveillance spécialisé, d’où une diminution du prix de revient et un excellent coefficient d’utilisation du matériel.
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- CHARIOTS A ACCUMULATEURS (5).
- Les chariots à accumulateurs doivent être considérés plutôt comme des engins de manutention que comme des moyens de transport.
- Ce problème de la manutention fait l’objet d'études très approfondies dans l’organisation moderne des industries et les grandes usines sont pourvues d’appareils perfectionnes et à haut rendement : tapis roulants, chaînes, norias, appareils de succion, etc. Mais ces différents engins, qui nécessitent d’ailleurs d’importantes immobilisations de capital, constituent des installations rigides, destinées à des services déterminés à l’avance, qu’on ne peut modifier sans d’importantes et coûteuses modifications. La gamme des moyens de manutention doit être obligatoirement complétée par des engins autonomes, capables de prendre une marchandise en un point quelconque d’un établissement pour la transporter en un autre point par un itinéraire quelconque, de circuler dans les endroits les plus encombrés, de traverser les cours et les rues, de se rendre d’un entrepôt à un quai pour charger ou décharger des wagons, des paquebots ou des camions, en un mot de se prêter à toutes les manutentions prévues ou imprévues.
- Pour ces transports intérieurs, le chariot à accumulateurs est sans contestation possible l’appareil le mieux adapté et le plus avantageux. Simple et robuste, il ne demande que peu d’entretien, dure longtemps et résiste aux mauvais traitements d’une main-d’œuvre peu soigneuse; propre, sans bruit, ne dégageant pas de gaz, il ne gêne pas dans les locaux fermés; d’une évolution facile, tournant dans un très court rayon, il peut circuler dans les ateliers ou les magasins les plus encombrés; enfin, il conduit à de telles économies de personnel que, même dans des conditions d’exploitation défavorables et compte tenu de tous les facteurs, y compris intérêt et amortissement, son emploi réduit les frais généraux. La dépense quotidienne d’énergie électrique ne dépasse pas deux à trois heures de salaire d’un ouvrier et, suivant les applications, un chariot et son conducteur peuvent remplacer jusqu’à 20 ou 25 manœuvres.
- N’étant pas limité comme les camions ou camionnettes par des considérations de distance à parcourir et de vitesse, le chariot à accumulateurs ne connut pas les mêmes difficultés de démarrage que les véhicules électriques plus importants; la mise au point était d’ailleurs plus aisée car le problème posé était plus simple. Les premiers exemplaires furent importés en France par les services de l’armée américaine. Très rapidement, les constructeurs français construisirent des appareils robustes et n’eurent pas de peine à convaincre certains industriels de leurs qualités.
- Dénombrer les chariots en service est assez difficile, puisqu’ils circulent à 1 intérieur des établissements; ils sont plusieurs milliers en France; leur production annuelle est de plusieurs centaines; peut-être n’est-elle pas éloignée de 1.000. Malgré cela, nous sommes encore très loin de la saturation car les applications sont multiples.
- les types courants sont : les tracteurs (fig. 2);
- les chariots porteurs ;
- (5) Principaux constructeurs français : la Compagnie des Chariots et Tracteurs « Automatic »; — les Établissements Fenwick Frères et Cle; — la Société des Freins Jo irdain-Monueret; la Société des Transporteurs mécaniques.
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- les chariots élévateurs à faible hauteur de levée (fig. 3), qui soulèvent une charge préalablement placée sur une plate-forme et vont la déposer ailleurs ;
- les chariots élévateurs à grande hauteur de levée, qui prennent également des charges sur plates-formes, les transportent et peuvent les élever aune hauteur quelconque jusqu’à un certain maximum; les chariots-grues.
- Tous ces types courants peuvent être d’ailleurs adaptés au service particulier qu’ils doivent assurer par l’adjonction de bennes, de tambours, de pinces, de treuils, etc.
- Fig. 2. — Tracteurs électriques à l’Hospice de Bicètre (Seine).
- Certains usagers ayant pris l’habitude de faire circuler dehors leurs chariots de types normaux, dont le conducteur est debout et dirige au moyen d’un levier, les constructeurs étudièrent des modèles dans lesquels ils assirent le conducteur et lui donnèrent un volant; ils arrivèrent ainsi au chariot-camionnette (6) (fig. 4) dont la construction dérive de celle des chariots, mais qui est, en réalité, une véritable camionnette, entrant par conséquent dans la catégorie des véhicules étudiés précédemment.
- Citer les industries qui emploient ou peuvent employer des chariots électriques serait citer toutes les industries; des firmes aussi différentes que les établissements Citroën, les Glaceries de Saint-Gobain, les Corderies d’Angers, le Planteur de Caïffa, qui tous ont des chariots, montrent la variété des emplois.
- (6) Constructeurs français : Automatic; — Fenwick; — Freins Jourdain-Monneret.
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- Mais les usines ne sont pas les seuls établissements qui ont besoin d’eux. Tout le monde connaît les tracteurs à bagages des gares de chemin de fer. Dans les ports, ils rendent aussi de grands services : la Compagnie générale transatlantique en utilise au Havre, à Nantes, à Alger, etc. A la Halle aux Poissons de Boulogne-sur-Mer, toutes les manutentions des bateaux aux voitures de livraison sont faites par des chariots électriques et des remorques.
- On peut les employer aussi pour les services municipaux, dans les villes d’importance moyenne, pour l’arrosage, le curage des égouts, le balayage, l’enlèvement des ordures, l’entretien des jardins publics; dans les halles, les marchés; les abattoirs, etc., etc.
- Traction sur voie ferrée. — La traction par accumulateurs sur voie ferrée a été appliquée à des tracteurs et à des automotrices.
- Fig. 3. — Chariot élévateur électrique plaçant une matrice de 2 tonnes sur la table d’une presse.
- Les tracteurs à accumulateurs, à voie normale ou à voie étroite, servent aux services intérieurs des usines ou des chantiers. A titre d’exemple, je citerai la Société anonyme des Chemins de fer industriels de la Plaine Saint-Denis. Cette société exploite un réseau à voie normale de 34 km situé à 10 minutes de la Porte de la Chapelle, reliant 80 dépôts ou usines au chemin de fer du Nord et au canal Saint-Denis. Elle a donc un service de triage et de desserte d’embranchements particuliers.
- Après la guerre, elle se trouvait en possession de 6 locomotives à vapeur fatiguées par un travail intense, qu’il fallait remplacer. Devant la nature particulière du service à assurer, qui comportait de fréquents arrêts et de courtes distances, la locomotive à vapeur fut d’abord éliminée comme trop onéreuse, car il fallait la maintenir constamment sous pression malgré le peu de temps de service effectif. Après essais, la locomotive à essence fut également abandonnée comme trop légère, trop fragile, trop difficile à conduire, et en raison de son accélération trop faible. Finalement, la société vient de mettre en service trois locomotives à accumulateurs de 26 t à deux essieux et une de 46 t à trois essieux.
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- Dans les mines, la locomotive à accumulateurs est en passe de remplacer les autres modes de traction : cheval, essence, air comprimé.
- Automotrices à accumulateurs. — Le développement des autobus, qui permettent des déplacements rapides, fait une concurrence très sérieuse aux chemins de fer d’intérêt local pour le transport des voyageurs. Malgré leurs prix sensiblement plus bas, les réseaux, qui n’offrent à leur clientèle que l’antique « tortillard », voient leur clientèle voyageurs diminuer d’une façon désastreuse. Il a donc fallu chercher autre chose. L’automotrice à essence n’a pas donné les résultats que l’on espérait; ses organes sont trop fragiles pour les masses mises en jeu et elle coûte trop cher à exploiter. L’automotrice à accumulateurs convient au contraire très bien.
- Fig. 4. — Chariot-camionnette avec remorque, employé par la Compagnie parisienne de distribution d’Electricité.
- Plusieurs exploitations existent à l’étranger. En France, la Compagnie des Chemins de Fer économiques des Charentes, qui possède un réseau à voie d’un mètre de 365 km de longueur, a adopté cette solution. Elle a mis en service, à la fin de 1927, 6 automotrices à accumulateurs qui réalisent des vitesses commerciales, tous arrêts compris, de 21 à 29 km/h, soit donc des vitesses égales ou supérieures à celles des autobus; sur certaines lignes, la traction électrique a permis un gain de vitesse de 65 p. 100 par rapport à la traction à vapeur. Devant les résultats obtenus, 10 nouvelles voitures ont été commandées; elles seront en service au printemps prochain.
- CONCLUSION.
- Bien des choses restent à dire, mais la quesion est si vaste qu’il faudrait plusieurs jours pour l’épuiser.
- De tout ce que j’ai dit je voudrais que l’on retienne ceci : le véhicule électrique n’est pas une curiosité de laboratoire mais une réalité pratique; employé dans les limites de ses possibilités, c’est un véhicule avantageux et économique.
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- BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ ü’eNCOURAG. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — MARS 1931.
- UTILISATION DES MICROBES DANS LA LUTTE CONTRE LES INSECTES NUISIBLES.
- (£nd mémoire) (1) par M. S. Metalnikov.
- ÉTUDE DE NOUVEAUX MICROBES PATHOGÈNES POUR LES INSECTES.
- Dans un mémoire précédent, nous avons donné les résultats de nos recherches sur les microbes pathogènes pour les insectes nuisibles. En 1930, nous avons continué l’étude des maladies qu’ils provoquent chez ces insectes.
- Nous avons reçu des milliers de chenilles de Pyrausta de différents pays : du Canada, de Yougoslavie, d’Italie et de plusieurs régions de France.
- Mais ce sont surtout les chenilles reçues des Pyrénées qui nous ont donné les résultats les plus intéressants. Toutes ces chenilles étaient malades ou mortes. Il s’agissait donc d’une véritable épizootie.
- En examinant les chenilles mortes nous avons pu toujours distinguer trois types de cadavres : complètement noirs, bruns ou légèrement colorés en rose.
- L’étude microscopique des microbes que nous avons isolés de ces trois types de cadavres nous a montré que nous avions affaire à trois maladies différentes. Nous donnons ici la description de quelques nouveaux microbes intéressants, provoquant ces maladies mortelles.
- Bacterium Pyrenei n° 1 (noir). — Ce microbe a été isolé des chenilles noires. Il était toujours associé aux microcoques et coccobacilles peu virulents (2).
- C’est un bâtonnet long, sporulé, à Gram positif. Les spores ovoïdes se forment vers l’extrémité du bâtonnet. C’est un microbe anaérobie facultatif. 11 est très virulent pour les chenilles de la Pyrale du Maïs et pour quelques autres insectes.
- Les chenilles de la Pyrale et d’autres lépidoptères, infectées per os, mouraient souvent en 10-13 heures.
- Bacterium Pyrenei n° 2 (brun). — Ce microbe fut isolé des chenilles de teinte brune mortes. Il était toujours associé à 2-3 microbes peu virulents.
- C’est un grand bâtonnet sporuleux, très mobile, à Gram positif. Les spores, ovoïdes, se forment au milieu. Ce microbe tue les chenilles de la Pyrale per os en 20-24 heures.
- Bacterium Pyrenei n° 3 (rose). — Ce microbe fut isolé des chenilles de Pyrale ayant pris, après la mort, une teinte brun rose.
- C’est un grand bâtonnet aux bouts arrondis, mobile, sporuleux, à Gram positif. Les spores se forment au milieu du microbe. Il est très virulent pour les chenilles.
- Nous avons eu l’occasion de recevoir encore un lot de chenilles très malades des Pyrénées (des environs de Cazaubon). La majeure partie de ces chenilles étaient
- (1) Voir le premier mémoire dans le Bulletin de juillet-août-septembre 1930, p. 538.
- (2) Nous avons donné à ces microbes des noms provisoires en attendant leur détermination complète.
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- EMPLOI DES MICROBES CONTRE LES INSECTES.
- MARS 1931.
- mortes; nous avons isolé de leurs cadavres un microbe d’une très grande virulence, le Bacterium Cazaubon.
- Bacterium Cazaubon. — C’est un bâtonnet dont les bouts sont découpés, immobile, sporuleux, à Gram positif. Les spores se forment au milieu. Il tue les chenilles en 10-15 heures.
- En 1930, nous avons eu l’occasion d’étudier une épizootie microbienne très grave chez les chenilles de Lymantria dispar, qui produisent des ravages formidables dans les forêts et les jardins en Yougoslavie.
- Parmi des centaines de chenilles que nous avons reçues, nous en avons trouvé un nombre assez grand, qui étaient malades ou mortes d’une infection microbienne. Il s’agissait sûrement d’une épizootie très grave. Les microbes très intéressants que nous avons pu isoler sont en cours d’étude. Deux microbes surtout ont attiré notre attention : un bâtonnet sporuleux, à Gram positif, et un bacille qui donne un beau pigment rouge sur gélose ordinaire. L’expérience faite avec ces microbes a démontré leur grande virulence pour les chenilles de Lymantria.
- Voici la liste des microbes les plus virulents que nous avons isolés jusqu’à présent des différentes chenilles. Nous laissons de côté les microbes peu virulents qui sont sans intérêt pratique. Nous n’indiquons que les microbes qui tuent les chenilles per os.
- Tableau A.
- Microbes isolés des PyraL
- Origine.
- 1° Vibrion Leonardi (environs de Paris).
- 20 Cocobacillus Ellingeri ( — — ).
- 3° Bacterium Canadensis (Canada)..........
- 4° Bacterium Pyrenei n° I (environs de Pau)
- 5° Bacterium Pyrenei n° 2 ( — — )
- 6° Bacterium Pyrenei n° 3 ( — — )
- 7° Bacterium Cazaubon (Pyrénées)..........
- Microbes isolés d'autres insectes
- 8° Bacterium galleriæ n° 2 (Paris)...................
- 9° Bacterium Tkuringiensis (Paris)...................
- 10° Bacterium oeneriæ (Yougoslavie)..................
- 11° Bacterium rubrum Ket{ — )................
- -|—|—1—|—J- Mortalité très forte (jusqu’à 100 p. 100). I -|—1—[-Mortalité moyenne (jusqu’à 30 p. 100). -j—I—|—p Mortalité moins forte ijusqu’à 80-90 p. 100). | -1—1- Mortalité faible.
- Nous avons exécuté plusieurs centaines d’expériences sur les chenilles de Pyrausta et sur d’autres insectes pour bien vérifier la virulence des microbes.
- En général, les microbes isolés récemment sont plus virulents que ceux qui ont été cultivés depuis longtemps sur des milieux solides. Même les microbes sporuleux très résistants perdent peu à peu leur virulence.
- Les microbes que nous avons isolés tout récemment des chenilles reçues des Pyrénées nous ont donné les meilleurs résultats. Ces microbes ont tué les chenilles per os en 10-20 heures, tandis que tous les autres les tuaient en 24-30 heures. A titre d’exemple, nous citerons ici quelques-unes de nos expériences :
- es du Maïs maiade.
- Virulents per os.
- .................... +++
- ........................ -P-P~P
- .................... ~\—h
- .................... ++-+++
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- Expéi ience 50. 10 chenilles de Pyrausta sont infectées per os avec une culture
- de B. Pyrenei (noir) sur bouillon de 24 heures.
- lo-20 heures apres le commencement de l’expérience, toutes les chenilles sont mortes.
- Expérience 51. — 10 chenilles de Pyrausta ont mangé des tiges d’armoise mouillées par immersion dans une émulsion de B. Pyrenei (noir); culture de 24 heures sur gélose ordinaire.
- Après 15-20 heures, toutes les chenilles sont mortes.
- Expérience 52. — 10 chenilles de Pyrausta ont mangé des tiges d’armoise mouillées par immersion dans une émulsion de B. Pyrenei (brun); culture de 24 heures sur gélose ordinaire.
- 20-30 heures après, toutes les chenilles sont mortes.
- Expérience 53. — 10 chenilles de Pyrausta ont mangé des tiges d’armoise saupoudrées de spores sèches de B. Pyrenei.
- 24 heures après, toutes les chenilles sont mortes.
- Expérience 56. — 5 chenilles de Pyrausta sont infectées per os avec une émulsion de B. Pyrenei (rose) ; culture de 24 heures sur gélose ordinaire.
- Après 24-40 heures, toutes les chenilles sont mortes.
- Expérience 60. — 10 chenilles de Pyrausta sont infectées per os avec une émulsion de B. Cazaubon. Les tiges d’armoise sont mouillées par immersion pendant une demi-heure dans une émulsion de B. Cazaubon ; culture de 24 heures sur gélose ordinaire.
- Après 12-15 heures, toutes les chenilles sont mortes.
- Expérience 61. — 10 chenilles de Pyrausta sont infectées per os avec une culture de B. Cazaubin; culture de 24 heures sur gélose ordinaire.
- Après 15-20 heures, toutes les chenilles sont mortes.
- Expérience 63. — 8 chenilles de Pyrausta sont infectées per os avec des spores sèches de B. Thuringiensis.
- Après 24 heures, toutes les chenilles sont mortes.
- Expérience 67. — 10 chenilles sont infectées per os avec des spores sèches de B. Gai 1eriæ n° 2.
- Après 24-48 heures, toutes sont mortes.
- Nous avons essayé d’appliquer nos cultures à la lutte contre quelques autres insectes nuisibles.
- Nous avons fait d’abord des expériences avec Aporia cratægi, Pieris brassicæ, Vanessa urticæ. Les chenilles qui ont mangé les feuilles mouillées par nos cultures devenaient malades et mouraient en 2-6 jours.
- Tout récemment, nous avons fait les mêmes expériences à l’Institut d’Hygiène de Zagreb, en Yougoslavie. Grâce à l’obligeance de M. le Dr Bortchitch, directeur de cet Institut, et de ses collaborateurs, M. Baranoff et M. Kalitch, nous avons pu avoir un grand nombre de chenilles de Lymantria dispar et d’autres chenilles nui-
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- sibles, et nous avons pu faire nos expériences dans des conditions excellentes. Nous en citerons ici quelques-unes :
- Expérience n° 18. — 20 chenilles de Lymantria dispar ont mangé des feuilles mouillées par l’émulsion de B. Pyrenei et B. Cazaubon.
- 10 juin....................................... Commencement de l’expérience.
- 11 juin....................................... 2 mortes, 18 vivantes.
- 12 juin............................• . . . . 8 — 12 —
- 13 juin...........•........................... 15 — 5 —
- 14 juin....................................... 20 — 0 —
- Expérience n° .21. — 20 chenilles de Stilpnotia salicis ont mangé des feuilles mouillées par l’émulsion de B. Thuringiensis.
- 16 juin....................................... Commencement de l’expérience.
- 17 juin........................................... 3 mortes, 17 vivantes.
- 18 juin.......................................... 12 — 8 —
- 19 juin.......................................... 19 — 1 —
- 20 juin......................................... 20 — 0 —
- Expérience n° 22. — 10 chenilles de Lymantria ont mangé des feuilles saupoudrées avec des spores sèches de B. Pyrenei et de B. galleriæ n° 2.
- 2 jours après, toutes les chenilles étaient mortes.
- Expérience n° 40. — 10 chenilles de Lymantria dispar ont mangé des feuilles mouillées par une émulsion de B. rubrum Ket isolé de Lymantria malades.
- 23 juin.......................................... 5 mortes, 5 vivantes.
- 24 juin.......................................... 7 — 3 —
- 26 juin........................................... 10 — 0 —
- Expérience n° 25. — 10 chenilles de Lymantria ont mangé des feuilles mouillées par les spores de B. Thuringiensis.
- 4 jours après, toutes les chenilles étaient mortes.
- Expérience 26. — 10 chenilles de Saturnia pavonia ont mangé les feuilles mouillées par B. Pyrenei (noir).
- Le jour suivant, les chenilles étaient très malades; elles sont mortes 4 jours après.
- Expérience 27. — 20 chenilles de Lymantria ont mangé les feuilles mouillées par l’émulsion de B. Cazaubon et de B. Thuringiensis.
- 3 jours après, 18 étaient mortes, 2 restaient vivantes.
- Expérience 28. — 10 chenilles de Lymantria ont mangé les feuilles pulvérisées avec les spores sèches de B. Pyrenei et B. Cazaubon.
- 5 jours après, toutes les chenilles étaient mortes.
- Expérience 29. — 20 chenilles de Pieris brassicæ ont mangé des feuilles mouillées par des B. Thuringiensis et B. Cazaubon.
- 3 jours après, toutes les chenilles sont mortes.
- Expérience 30. — 10 chenilles de Pieris brassicæ ont mangé des feuilles couvertes de spores sèches de B. Pyrenei (noir).
- 2 jours après, toutes sont mortes.
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- EMPLOI DES MICROBES CONTRE LES INSECTES NUISIBLES.
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- Expérience 31. 10 chenilles de Pieris brassicæ ont mangé des feuilles mouil-
- lées par les émulsions de B. Thuringiensis, B. Cazaubon et B. Pyrenei (noir).
- 3 jours après, toutes les chenilles sont mortes.
- Expérience 32. — 20 petites chenilles de Bombyx mori ont mangé des feuilles mouillées par 1 émulsion de B. Cazaubon et B. Pyrenei (rose). Le jour suivant, les chenilles étaient malades; elles sont mortes 3 jours plus tard.
- Expérience 33. — 20 petites chenilles de Bombyx mori ont mangé les feuilles mouillées par l’émulsion de B. Thuringiensis et B. Cazaubon.
- 4 jours après, toutes les chenilles sont mortes.
- Expérience 34. — 20 chenilles de Pieris brassicæ ont mangé les feuilles couvertes de spores sèches de B. Thuringiensis, B. Pyrenei et B. Cazaubon.
- 3 jours après, toutes les chenilles sont mortes.
- Jusqu’à présent, nous avons essayé nos cultures sur les insectes suivants :
- 1° Pyrausta nubilalis;
- 2° Ephestia kuhniella ;
- 3° Lymantria dispar;
- 4° Pieris brassicæ ;
- 5° Stilpnatia salicis ;
- 6° Aporia cratægei;
- 7° Vanessa urticæ ;
- 8° Bombyx mori.
- Les chenilles de tous ces lépidoptères mouraient assez vite après avoir mangé des feuilles mouillées par les émulsions de nos microbes.
- Nos expériences sur les sauterelles, agrotis et quelques autres espèces d’insectes ont donné des résultats contradictoires.
- Les microbes que nous avons isolés des chenilles provenant des Pyrénées nous ont donné les meilleurs résultats. Ces microbes ont tué les chenilles per os en 10-15 heures, tandis que tous les autres les tuaient en 20-24 heures.
- Nous avons exécuté tous les travaux sur l’isolement des microbes et leur virulence en collaboration avec les docteurs Julia Ermolaeff et Vera Skobelsyne, à qui nous adressons ici nos très vifs remerciements pour leur précieuse collaboration.
- MILIEUX DE CULTURE.
- En continuant nos travaux sur les maladies microbiennes de Pyrausta, nous avons cherché les milieux et les méthodes les plus pratiques pour préparer les microbes en très grand nombre.
- Les milieux préparés sur bouillon de viande coûteraient trop cher ; c’est pourquoi nous avons donné la préférence aux milieux végétaux.
- Nous avons commencé par le bouillon de pommes de terre. Nous avons pris 300-500 g de pommes de terre que nous avons coupées en petits morceaux et laissées macérer pendant quelques heures dans 1 litre d’eau. Après avoir passé le liquide à travers un tamis ou un linge, nous l’avons fait bouillir, stérilisé, etc., comme d’habitude. Avec ce bouillon, nous avons préparé des milieux liquides et solides en ajoutant de la gélose et, pour rendre ces milieux plus nutritifs, nous y avons ajouté 1 p. 100 de peptone et un peu de glucose (25 p. 1.000).
- Nous avons préparé des milieux analogues sur les touraillons et sur les levures.
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- EMPLOI DES MICROBES CONTRE LES INSECTES. — MARS 1931.
- Sur ces milieux, nos microbes poussaient aussi bien, sinon mieux que sur les bouillons de viande. La production des spores y était plus rapide et plus abondante. La virulence des microbes était la même que sur les bouillons de viande.
- Pour préparer les microbes en grande quantité, nous, avons utilisé les grandes boîtes de Roux. En 3-4 jours, toute la surface solide était couverte d’une couche épaisse de microbes qui se transformaient assez vite en spores.
- En raclant la surface avec un peu d’eau distillée, nous avons pu ramasser une grande quantité de spores pures en émulsion épaisse. Après avoir desséché cette émulsion, nous avons obtenu des spores en poudre que nous avons pu conserver pendant des mois sans que leur virulence fût amoindrie.
- Pour faciliter la pulvérisation des spores, nous avons ajouté à la poudre, du talc ou des fécules qui la rendaient plus fine.
- Nous avons préparé les spores de tous les microbes les plus virulents.
- L’expérience a démontré que les spores sèches conservent leur virulence pendant des mois et, peut-être, des années. Tout récemment, nous avons essayé les spores sèches de B. Thuringiensis, que nous avons conservées au laboratoire pendant 19 mois. Ces spores tuaient encore très bien les Pyrales de Mais.
- Nous avons utilisé les spores, soit sous forme de poudre que nous avons pulvérisée sur les plantes, soit sous forme d’émulsion que l’on peut très facilement préparer en ajoutant à un peu de spores sèches une quantité déterminée d’eau.
- Toutes nos expériences ont été faites sur les chenilles de Pyrausta, qui se conservent très bien tout l’hiver dans les tiges de Maïs ou d’Armoise, mais elles ne mangent presque rien en hiver; souvent le morceau de Maïs et d’Armoise pulvérisés sont absolument intacts. Et cependant, les chenilles meurent quand elles restent en contact avec des morceaux de Maïs mouillés par les émulsions de spores ou de microbes. Cela s’explique facilement par le fait que les chenilles, quoique ne mangeant pas, n’en continuent pas moins à absorber le liquide qui contient le microbe.
- Tandis que toutes les chenilles de Pyrausta s’infectaient très facilement et mouraient, les chenilles de Galleria melonella, qui mangeaient aussi en grande quantité nos microbes, ne prenaient jamais la maladie per os, alors qu’elles sont très sensibles à ces mêmes microbes quand ils leur sont injectés dans le sang.
- EXPÉRIENCES SUR LES CHAMPS D’ESSAI.
- Au printemps de l'année 1930, nous avons repris les travaux au Jardin botanique de Zagreb. Le directeur du Jardin, le professeur Vouk, nous y a réservé le meilleur accueil et a de beaucoup facilité notre travail ; nous l’en remercions très vivement.
- Malheureusement, lorsqu’il fallut faire ces expériences en juin, le temps était devenu très défavorable : la pluie et les orages étaient journaliers ; les expériences commencées le matin étaient souvent complètement anéanties le soir même ou le lendemain.
- Néanmoins,nousavonspuenréussirquelques-unes; elles sont très démonstratives.
- Nous avons préparé toutes les cultures de microbes en grande quantité à l’Institut d’Hygiène de Zagreb. Grâce à l’obligeance du directeur de cet Institut, M. le Docteur J. Rosuhin et des chefs de service, le Dr Calitch et le Dr Baranoff, on a mis à notre disposition tout ce qui nous était nécessaire. Nous les en remercions très sincèrement.
- Nous avons préparé la plus grande partie de nos cultures dans de grandes boîtes
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- EMPLOI DES MICROBES CONTRE LES INSECTES NUISIBLES.
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- de Roux, sur la gelose de pommes de terre, qui constitue un milieu excellent. 4-10 jours après rensemencement, la couche épaisse des microbes de chaque boîte était raclée et émulsionnée dans 100 cm3 d’eau stérile. Nous les avons conservés assez longtemps dans la glacière.
- Les jours d’expérience, les émulsions-mères étaient diluées dans de l’eau courante à 1 p. 10 et à 1 p. 20.
- Les plantes étaient aspergées au moyen de pulvérisateurs spéciaux. 1-3 jours après cette opération, nous avons infecté les plantes traitées par de petites chenilles de Pyrale du Maïs. Nous en avons placé 30 sur chaque plante. Les plantes de contrôle en ont reçu autant. Lorsque le temps n’était pas sûr, nous faisions l’infection le même jour (5-10 heures après la pulvérisation). Les résultats de ces expériences ont été étudiés à la fin d’août.
- Chaque plante a été examinée et les chenilles trouvées dans la tige ont été comptées. Nous donnons ci-dessous les résultats trouvés :
- Les plantes de contrôle reçurent le même nombre de chenilles que les plantes traitées soit 30 chenilles par pied.
- Expérience 1. — Contrôle (Dent de Cheval et Hrvatica) : plantes infestées de chenilles.
- 1 2 3 4 5 6 7
- DATE DE PULVÉRI- SATION DATE DE l’infec- 'î ION NOMBRE DE PIEDS EXAMINÉS NOMBRE DE PIEDS INFESTÉS NOMBRE DE CHENILLES DÉPOSÉES NOMBRE DE CHENILLES TROUVÉES CHENILLES TROUVÉES P. 1U0 DE CHENILLES DÉPOSÉES
- I. Dent de cheval 5. VII 50 48 1 500 274 18,5
- II. — - 30. VI 50 46 750 108 15.5
- III. Hrvatica 28. VI 54 40 810 109 13,5
- IV. — 5. VII 50 43 1 500 187 12,5
- 204 177 4 560 678 15,0
- Expérience 2. — Pulvérisation de culture de B. Cazaubon.
- Nous avons pratiqué la pulvérisation sur 3 rayons de Maïs (Hrvatica) avec une culture de Cazaubon préparée sur gélose de pommes de terre à la dilution de 1/10. Les rayons I et II ont été traités par une émulsion préparée sur eau courante. Le rayon III par la même émulsion avec une petite dose de gomme arabique (1/1.000).
- 1 O 3 4" ’ 5 6 " 7
- I. B. Cazaubon .... 23. VI 24. VI 15 1 450 1 0,2
- II. — 24. VI 25. VI 12 - 2 360 - 12 3,3
- III. — .... 25. VI 26. VI H 0 330 1 0,2
- Total 38 3 1.140 14 1,2 -
- Expérience 3. —Pulvérisation d’une culture de B. Thuringiensis. Trois rayons de Maïs (Hrvatica) reçurent des pulvérisations de B. Thuringiensis préparées sur gélose ordinaire à la dilution de 1/20. > - >
- 130e Année. — Mars 193i.
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- EMPLOI DES MICROBES CONTRE LES INSECTES.
- MARS 1931.
- 1 2 3 4 5 6 7 REMARQUE
- IV. B. Thuringiensis. . 23. VI 24. VI 15 0 450 5 1,1
- V. — .... 24. VI 25. VI 12 4 360 5 1,4
- VI. - .... 24. VI 28. VI 11 9 337 26 7.9 Pluie.
- Total . . . . 38 18 1.140 31 3,2
- La culture de B. Thuringiensis était assez vieille; elle a cependant très bien conservé sa virulence.
- Le rayon VI a été infesté de chenilles (30 sur chaque pied) 4 jours après la pulvérisation. Il a reçu une assez forte pluie le 27 juin.
- Expérience 4. — Plantes (Maïs Hrvatica) traitées avec des émulsions de culture de B. Pyrenei n° 1 et n° 2. — Nous avons pulvérisé une émulsion de B. Pyrenei n° 1 sur 5 rayons de plantes. Le 25 juin, nous avons infesté le rayon n° 1. Nous voulions infester les rayons I et III en 2-5 jours; malheureusement, les pluies et les orages ont obligé à renvoyer les expériences aux 28 et 30 juin.
- 1 2 3 4 5 6 7 REMARQUES
- I. B. Pyrenei n° 1 . 24. VI 26. VI 11 5 330 10 3,0
- 11. — 25. VI Pluies et
- — — 28. VI 10 2 300 5 1,7 orages.
- — — 28. VI
- III. — . . 24. VI Pluies et
- — 28. VI 30. VI 10 6 300 7 3,06 orages.
- — — 30. VI
- IV. - 24. VI Pluies et
- — — 29. VI 30. VI 13 4 390 5 1,3 orages.
- — — 30. VI
- V. - 25. VI 26. VI 14 2 420 3 0,6
- Total 58 19 1.740 30 1,3
- Expérience 5. — Plantes (Maïs Hrvatica) traitées par un mélange de cultures. — Un mélange des cultures suivantes : B. Cazaubon, B. Pyrenei n° 1 et B. Pyrenei n° 2, à la dilution, de 1/10, a été pulvérisé sur les plantes deux ou trois fois à cause des pluies.
- 1 2 3 4 5 6 7 REMARQUES
- 1. Mélange 26, 28. VI 28. VI 14 1 420 1 0,2 Pluies.
- II. - 26, 28. VI 1. VII 32. 2 960 3 0,1 Pluies.
- III. — 28. VI 2. VII 12 7 390 10 1,7 Pluies.
- Total 59 10 1.770 14 0,3
- Les résultats de cette expérience sont très démonstratifs. Le rayon I n’a donné, sur 14 pieds, qu’une seule chenille. Sur le rayon II, comprenant 32 pieds, nous n’avons trouvé que 3 chenilles. Sur le rayon III, il y avait 10 chenilles, mais il avait été infesté 3 jours après la pulvérisation.
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- EMPLOI DES MICROBES CONTRE LES INSECTES NUISIBLES.
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- Expérience 6. — Maïs Hrvatica traité avec des spores en poudre. — Les spores en poudre dont nous nous sommes servis étaient préparées depuis 3-5 mois. Le mélange comprenait les spores suivantes : B. Cazaubon, B. Pyrenei n° 1 et n° 2. B. galleriæ. B. Thuringiensis et B. Italicus.
- 2 3 4 5 6 7 REMARQUES
- I. Mélange 29. VI 30. VI 15 1 450 1 0,2 Pluie
- II. — 30. VI 30. VI 12 1 360 2 0,6
- III. Galleriæ 2 ... . 7. VII 7. VI 10 5 300 12 4,0 Pluie tout de suite après pulvérisation.
- IY. B. Thuringiensis. . 7. VII 7. VII 8 4 240 11 4,6 Pluies.
- V. B. Cazaubon. . . . 7. VII 7. Vil 10 3 300 6 2 Pluies.
- VI. B. Italicus 7. VII 7. VII 10 4 300 7 2,3 Pluies.
- Total .... 65 18 1.950 39 2,0
- Toutes les autres expériences faites en juillet n’ont pas donné de bons résultats en raison du temps qui fut très défavorable; il y eut des orages et il plut presque tous les jours.
- CONCLUSIONS.
- L’ensemble des résultats trouvés est donné par le tableau suivant.
- MICROBES NOMBRE DE PIEDS TRAITÉS NOMBRE DE PIEDS INFECTÉS NOMBRE DE CHENILLES DÉPOSÉES NOMBRE DE CHENILLES TROUVÉES chemli.es TROUVÉES P. 100 CHENILLES DÉPOSÉES
- B. Cazaubon 38 3 1.140 14 1,2
- B. Thuringiensis. . 38 18 1.140 31 3,2
- B. Pyrenei 58 19 1.740 30 2,1
- Mélange des cultures .... 59 10 1.770 14 0,3
- Mélange des poudres .... 65 18 1.950 39 2,0
- Total 258 68 7.740 128 1,7
- Contrôle 204 m 4.560 686 15,0
- Des tableaux précédents on peut tirer les conclusions suivantes :
- 1° Toutes les plantes traitées par nos microbes (mélangés ou employés isolément) ont très bien résisté à l’infection artificielle. Tandis que sur les contrôles on retrouvait 15 p. 100 en moyenne des chenilles déposées, sur les plantes traitées on n’en retrouva que 0,8 à 1,7 p. 100;
- 2° De tous les microbes essayés, c’est le B. Cazaubon qui a donné les meilleurs résultats ;
- 3° Les cultures préparées sur gélose de pommes de terre ont donné de très bons résultats ;
- 4° Les expériences faites avec les mélanges de bactéries ont donné de meilleurs résultats que les microbes isolés.
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- BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ d’eNCOURAG. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — MARS 1931.
- DISTRIBUTION SOLENNELLE DES PRIX DE LA SOCIÉTÉ INDUSTRIELLE DE SAINT-QUENTIN ET DE L’AISNE
- par M. Ed. Sauvage, membre du Conseil.
- Notre Bulletin de 1929 a rendu compte (p. 853) de la distribution des récompenses de la Société industrielle de Saint-Quentin et de l’Aisne pour l’année 1929, et donné quelques détails sur l'œuvre de cette importante société.
- La distribution des récompenses pour l’année 1930 a eu lieu à Saint-Quentin le 18 janvier 1931, sous la présidence de M. Paul Doumer, président du Sénat.
- Cette cérémonie comprenait les récompenses au personnel des établissements industriels, et les prix aux élèves des cours nombreux créés par la Société.
- Une de ces récompenses a tout particulièrement soulevé l’enthousiasme de l’auditoire, la nomination au grade de chevalier de la Légion d’honneur d’Eugène Carpentier, contremaître mécanicien à Bohain, qui « a aidé puissamment au développement de l’industrie mécanique dans laquelle il est occupé depuis 60 ans ». L’aspect du nouveau chevalier ne laisserait pas supposer une aussi longue période de travail industriel : ce travail l’a certainement maintenu vigoureux et en bonne santé.
- Viennent ensuite 76 médailles d'honneur de l’État, pour services de 30 à 53 ans, puis les médailles de la Société industrielle, 96 médailles de vermeil pour services de 25 à 50 ans, 58 médailles d’argent pour 20 années, et 23 médailles de bronze.
- Quant aux lauréats des cours, ils sont au nombre d’environ 500 (1).
- Toute cette distribution s’est effectuée dans le plus grand ordre et avec une durée très réduite, grâce à sa bonne organisation. Chacun des appelés avait reçu un numéro d’ordre, qui réglait le défilé, les prix à remettre portant les mêmes numéros.
- Au début de la séance, le président de la Société, M. P. Trocmé, successeur de M. P. Flamant, a prononcé une vibrante allocution, a laquelle a répondu M. Doumer. Ces discours seraient à citer en entier; nous extrairons quelques lignes de celui de M. Trocmé :
- « Comme autrefois, du temps où les plus grands artistes bâtissaient, sculptaient et ornaient nos cathédrales pour la simple joie de l’œuvre belle, sans se soucier un instant de rendre leur nom célèbre, nos meilleurs artisans d’aujourd’hui n’ont bien souvent, en récompense, que la satisfaction de 1’ « ouvrage bien faite », et, pour ne citer en exemple qu’une de nos vieilles, de nos célèbres corporations (celle qui m’est la plus proche), voyez l’un de nos vieux tisseurs de Saint-Quentin ou de Bohain : sa pièce une fois déroulée du métier, il s’en va paisiblement le dimanche bêcher son jardin, sans rêver de jamais connaître (que ce soit en Europe ou bien au delà des mers, en Amérique ou dans la lointaine Australie) la jeune femme élégante, le diplomate chamarré pour lesquels il vient pourtant d’achever le tissu dont on fera la robe jalousée ou le plastron impeccable. Son rôle à lui est de rester inconnu de ceux pour lesquels il produit pourtant ses plus belles pièces.
- « C’est pour réparer en partie ces ingratitudes du sort, conclut M. Trocmé, que
- (1) Le palmarès est déposé à la bibliothèque de notre Société.
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- SOCIÉTÉ INDUSTRIELLE DE SAINT-QUENTIN.
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- vont être décernées aujourd’hui ces différentes récompenses à tant d’années de travail probe et persévérant.
- « Je vous présente aussi ces industriels groupés tout autour de vous, connus et estimés autant pour leur esprit d’entreprise que pour leur application tenace à leurs affaires. Qu’ils soient anciens dans la carrière ou recrues nouvelles, ils sont égaux par l’émulation. Ils ont su, sans subir le découragement, relever leurs ateliers quand la ruine les avait bouleversés, et traverser plus d’une crise bien rude.
- « Et, enfin, vous voyez ici des jeunes gens pour qui la carrière est encore inconnue et merveilleuse, qui parfois, dans leur juvénile impatience, se pressent d’en franchir un peu trop vite les premières étapes. En recevant la récompense que leur application a méritée, ils pourront prendre encore de leurs aînés une dernière leçon, un exemple de persévérance dans l’effort et de cette longue patience qui confine au génie.
- « Et comme si la physionomie de cette salle devait revêtir une apparence allégorique, dans ces mêmes rangs où voisine en ce moment la majesté de tant de têtes grises ou blanches, vous pourrez voir tout à l’heure l’infiltration lente et ordonnée de la jeunesse qui vient chercher sa place et vous serez surpris et touchés, vers la fin de cette cérémonie, de vous trouver devant un parterre d’enfants. »
- S’adressant à M. Doumer, dont quatre fils sont morts au champ d’honneur, il termine :
- « Nous savons tous, M. le Président, quelles fortes leçons de calme courage vous avez su donner, nous savons que, mieux que tout autre, vous avez pu mesurer, à quatre reprises, chez ceux qui vous touchaient le plus près, jusqu’où pouvait aller l’héroïsme d’un soldat : mais vous savez aussi apprécier, comme il le mérite, le courage obscur d’un travailleur; votre présence ici à cette occasion n’en est que plus émouvante et nous y voyons un témoignage frappant de la valeur profonde que le pays tout entier attache à une cérémonie de ce genre.
- « Ceux dont les noms et dont la longue liste d’années de travail vont être appelés tout à l’heure devant vous le comprennent ainsi, et c’est en leur nom à tous qu’en terminant je vous dirai, du fond du cœur, merci. »
- De la réponse de M. Doumer, nous donnons ces quelques lignes :
- « J’applaudis aux réalisations de votre École industrielle, qui a suivi et peut-être dépassé celles de son initiatrice de Mulhouse. C’est une chose heureuse que, dans un grand département agricole comme le nôtre, un centre aussi vivant que celui dé Saint-Quentin ait pu montrer ce qu’a réalisé l’initiative des industriels, secondés par l’État. Car l’État, que l’on critique bien souvent injustement, est seul capable de réaliser ce qui est le but de votre action persévérante. »
- Après la distribution des récompenses, un banquet a réuni plus de deux cents convives.
- Ensuite, a eu lieu une visite des établissements de la Société industrielle, visite qui a mis en lumière sa vitalité, en montrant les extensions considérables réalisées en une année.
- Au grand bâtiment existant, dont le Bulletin de 1929 a donné des photographies, une importante addition a été faite, par l’acquisition d’une maison avec un grand terrain; seule une rue sépare la nouvelle propriété de l’ancienne.
- Dans ce nouveau local, ont été installées deux sociétés amies, la Caisse de Compensation et la Mutuelle familiale (qui compte plus de 20.000 adhérents) ; puis on y
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- SOCIÉTÉ INDUSTRIELLE DE SAINT-QUENTIN. — MARS 1931.
- trouve le Centre familial ménager, la salle du Cours de Mécaniciens d’avions, la salle de culture physique.
- Ainsi que l’a exposé M. Trocmé, les cours d’enseignement ménager, dont la première série s’était terminée en juillet, avaient déjà donné de bons résultats. L’expérience avait été assez concluante pour permettre d’en élargir le cadre, en s’efforçant de mettre à la portée de toutes les jeunes femmes ou jeunes filles, que le bureau ou l’atelier éloignent trop de leur rôle normal de maîtresses de maison, la facilité d’acquérir tant de connaissances qui seules permettent de donner facilement au foyer sa solidité et son charme. Quatre écoles sont dès maintenant ouvertes au personnel de tous les bureaux ou ateliers. De nombreuses maisons de la ville se sont imposé d’importants sacrifices pour faciliter la tâche de la Société en créant des « bourses d’enseignement ménager », qui permettent à de nombreuses élèves de profiter des cours sans rien perdre du montant de leurs salaires.
- De nouveaux cours ont été ajoutés à la liste déjà longue des cours anciens, notamment celui d’espéranto, demandé par quelques personnes, et que la Société avait établi sans grand espoir. Contrairement à cette impression, ce cours a eu dès le début un tel succès qu’il a fallu le dédoubler. Mlle Flamant, fille du président sortant, a dirigé cet enseignement; elle a fait, en espéranto, un compliment fort bien tourné à M. Doumer.
- Ajoutons que Saint-Quentin apparaît presque complètement relevé de ses ruines: toutefois, la réparation de sa belle église n’est pas terminée; d’autre part, on achève le musée qui doit recevoir la collection des pastels de Latour, actuellement encore au Louvre.
- Lorsque, venant de Paris, après avoir parcouru 154 km en 99 minutes, on arrive à Saint-Quentin, on est agréablement frappé par l’aspect de la gare. La vieille gare en bois, qui n’avait pas été détruite pendant la guerre, mais avait beaucoup souffert, n’a pas été réparée, mais remplacée par une fort belle gare neuve, aujourd’hui terminée, gare remarquable par la commodité de ses dispositions et par son aspect architectural simple et élégant. Les abords en sont ornés de pelouses, autour desquelles serpentent de larges voies, donnant une entrée majestueuse à la ville.
- En outre, un passage à niveau voisin de la gare a été remplacé par un pont, auquel accède une longue rampe sur arcades d’un aspect pittoresque.
- Ces aménagements font honneur à la compagnie du chemin de fer du Nord et à la ville de Saint-Quentin.
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- BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ D ENCOURAG. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — MARS 1931.
- LA POLITIQUE AGRAIRE ET L’ÉCONOMIE ITALIENNE
- par M. André David, Ingénieur agronome, Ingénieur du Génie rural, chargé de mission en Italie.
- la bonification des terres incultes en Italie. — Il existe en Italie d’immenses territoires que des conditions naturelles mauvaises rendent impropres à la culture. Ce sont les plaines, qui constituent sur presque toute leur étendue d’immenses marécages. La vallée inférieure du Pô, les plaines de l’Emilie, les lagunes de Vénétie, la Campagne romaine, les plaines côtières de Campanie, de Calabre, de Sicile, de Sardaigne, n’ont connu, au cours de l’histoire, que quelques rares périodes de prospérité lorsque les états se préoccupaient de les défendre contre l’action des eaux par un ensemble de travaux hydrauliques que les Italiens désignent sous le nom de bonificazione. Nous traduisons ce mot par bonification qui, autrefois, avait d’ailleurs le même sens en français.
- L’effort de réorganisation fait par l’Italie dans ces dernières années s’est appliqué à ces anciens travaux avec une ferveur particulière. Il s'agissait autrefois de défendre ces territoires contre l’action des eaux; le but est maintenant infiniment plus général. Les Italiens tentent en ce moment de transformer en régions agricoles toutes les zones marécageuses, foyers de malaria, d’en modifier le régime hydrographique, de créer toute la série des aménagements qui permettront à l’agriculture de s’y installer et de s’y maintenir. Il existe en Italie près de 4 millions d’hectares de terres marécageuses ou desséchées, suivant les régions, qu’un gigantesque programme de travaux se propose de rendre à la production. La bonification d’autrefois est devenue la bonification intégrale.
- La bonification intégrale est la mise sur le plan national d’une préoccupation très ancienne de l’Italie. On en retrouve la trace à toutes les époques et dans toutes les régions. Mais depuis quelques années, le problème a pris une signification nouvelle. Les programmes de travaux ont été considérablement étendus, une partie importante de l’épargne italienne est affectée à leur réalisation.
- La bonification intégrale, telle qu’elle est actuellement envisagée est née d’un ensemble de conditions économiques et démographiques et d’une doctrine qui prétend demander à l'agriculture la solution de la plupart des problèmes nationaux.
- Besoins de l'économie italienne. — L’économie italienne a toujours été caractérisée par une balance commerciale déficitaire. En 1928, ce déficit était de 7,5 milliards; en 1929, de 6,5 milliards pour un chiffre d’exportations inférieur à 15 milliards de lires. Les produits agricoles, destinés à la consommation et aux industries, tiennent une place considérable dans les importations. On a pu même établir que le déficit de la balance commerciale était dû presque uniquement au déficit de la balance agraire'4' et cela, malgré la dominante agraire de l’économie italienne.
- Exigences démographiques. — Mais quelle que soit l’importance des facteurs économiques, la bonification intégrale trouve dans la situation démographique ses
- (1) Communication faite par l’auteur en séance publique le 24 janvier 1931. Voir la discussion qui a suivi cette communication dans le Bulletin de février 1931, p. 133 à 136.
- (2) A. de Stéfani, La bilancia agraria (Corriere délia Sera, 12 sept. 1929b
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- justifications le plus souvent invoquées. La population de l’Italie croît rapidement. L’excédent des naissances sur les décès est supérieur à 10 p. 1.000. En 1927 et 1928, cet excédent fut de 450.000 habitants. Pour fournir le travail et la subsistance à cette population sans cessé croissante, qui n’a plus la possibilité de s’expatrier, une seule solution se présente : accroître la surface des terres cultivées.
- La bonification correspond aussi à un besoin humain : les économistes sont d’accord pour estimer que le revenu individuel moyen de l’Italien est beaucoup plus faible que dans d’autres pays. L’économiste italien Mortara l’évalue à 2.200 lires par habitant tandis qu’il obtient pour d’autres pays des chiffres beaucoup plus élevés : pour la Grande-Bretagne 7.400 lires ; pour la France 4.400; pour les Etats-Unis 14.200. Le niveau de l’organisation sociale ne se mesure pas exactement à la valeur du revenu individuel moyen ; une autre donnée intervient dont l’importance est capitale : la répartition de la population entre la campagne et la ville. Un revenu moyen limité peut correspondre à un niveau de vie élevé dans une nation agricole. L’économie italienne a précisément une dominante agraire dont la bonification prétend assurer le maintien. L’accroissement démographique doit donc porter largement sur les campagnes sous peine d’engendrer le surpeuplement des villes et ses maux inévitables dans un pays déjà surpeuplé; l’agriculture italienne connaît enfin un problème social très douloureux : près des grands propriétaires et de la classe très nombreuse des petits exploitants, existe la masse énorme des braccianti, ou ouvriers agricoles dont le sort est actuellement très préoccupant. Laissons parler M. Serpieri, sous-secrétaire d’Etat à la Bonification intégrale : « Dans notre très dense population des champs, un fort contingent est constitué par les travailleurs saisonniers et les tâcherons, pauvres hommes renvoyés d’une région à l’autre, sans jamais trouver aucune sécurité du lendemain; aujourd’hui entassés dans les villes, demain péniblement, parfois très violemment, exigeant un emploi sur cette terre, perpétuellement sans repos, proie de tous les mauvais ferments, origine de toutes les perturbations sociales (:,). »
- Ainsi, parmi les causes déterminantes de la bonification, nulle part n’apparaît la considération purement économique que l’amélioration foncière est une opération payante. Bien plus, la fin extra-économique a été souvent proclamée. Citons au- hasard, les promoteurs de la bonification intégrale : « Les calculs économiques sont impuissants à donner l’impulsion à la bonification intégrale. » « Il ne s’agit pas de faire un bilan entre les valeurs créées et les dépenses d’établissement; il faut employer les capitaux dans les bonifications et dans les transformations foncières, même si elles produisaient un revenu plus bas que celui réalisé dans les autres emplois. »
- Il s’agit encore de bien autre chose : accroître la production et le revenu nationaux ; améliorer la balance comrfierciale ; permettre à une population sans cesse croissanté de vivre de la terre, stabiliser une main-d’œuvre dangereusement flottante.
- Tous ces objectifs sont en pleine concordance avec les grands dogmes du fascisme, celui de l’indépendance économique du pays et de l’accroissement du « potentiel national ».
- (3) A. Serpieri, Problemi del lavoru nello slnto corporativo, Rome, 1930.
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- Avant d examiner les moyens legislatifs et financiers mis en œuvre, nous voudrions insister sur l’extraordinaire difficulté de la tâche qui se propose de modifier de fond en comble toute l’organisation d’une importante partie du sol italien. Il n’est pas de territoire de bonification qui n’ait fait l’objet, au cours de l’histoire, de tentatives de mise en valeur; elles furent généralement suivies d’insuccès à cause de l’expérience insuffisante des dirigeants et des moyens financiers trop limités. Les historiens qui se sont attachés à étudier les vicissitudes de la bonification ont facilement mis en évidence que, dans une province déterminée, le caractère des gouvernements successifs, leur autorité ou leur gestion relâchées apparaissaient dans l’organisation ou l’abandon des ouvrages de défense contre les eaux. La période actuelle, après tant d’autres, n’apportera-t-elle qu’une amélioration d’importance ou ses acquisitions seront-elles durables? Le programme italien, étendu à toutes les provinces nécessite beaucoup de milliards et des dizaines d’années d’efforts dont les promoteurs connaîtront rarement les résultats dans leur plénitude.
- La grande difficulté consiste, après l’exécution des travaux d’hydraulique, à entrer dans la phase agraire, dans la mise en valeur réelle. Après l’assainissement réalisé par le réseau des canaux, les stations de pompage, se présentent les questions d’aménagement du sol, de défrichement, de voies de communications, les redoutables problèmes des constructions rurales, du cheptel, du fonds de roulement. La bonification hydraulique n’a de raison d’être que si on la fait suivre de la bonification agraire; cette bonification agraire est plus coûteuse que la bonification hydraulique; elle est aussi plus difficile à organiser, plus longue, infiniment plus incertaine.
- Cependant, on fonde sur l’effort actuel des espérances que les tentatives antérieures n’avaient pas suscitées. Pourquoi? Parce que les Italiens ont acquis une longue expérience dans la technique, généralement si mal connue, de l’assainissement des grandes surfaces; qu’ils ont défini admirablement les divers aspects du problème et qu’ils ont évalué largement les moyens législatifs et financiers dont ils ont besoin pour le résoudre.
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- La première loi qui fasse allusion aux travaux d’assainissement date de 1882. De 1882 à 1923, les lois réglementant la bonification se sont succédé, chacune d’elles apportant un perfectionnement, une rectification, chaque fois qu’un échec en montrait la nécessité. La législation sur la bonification s’est formée lentement sur les indications de l’expérience.
- Les résultats acquis par un demi-siècle d’efforts furent consignés dans un document d’une importance capitale, la loi du 30 décembre 1923, appelée le texte unique. Cette loi conserva les acquisitions des lois antérieures en ajoutant d’utiles innovations, se rapportant toutes à une augmentation des attributions des associations syndicales. La bonification devint vraiment intégrale. Le but essentiel du syndicat n est plus seulement l’assainissement des terrains marécageux, mais la mise en valeur d’un bassin compromis par le désordre hydraulique. Indiquons seulement ses caractères essentiels :
- 1° La priorité du but agraire sur tous les autres, affirmée davantage à chaque loi nouvelle;
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- 2° Son autorité sans cesse croissante ; il convient de signaler aussi la multiplicité des textes. C’est la preuve de l’extrême difficulté de réglementer les phénomènes ruraux. Les textes se sont succédé plus rapidement encore depuis l’avènement du fascisme et non sans inconvénients. Ailleurs, la mise au point des articles a des chances de se faire au cours des diverses phases d’une lente procédure. Les discussions, les examens critiques peuvent révéler les imperfections de la loi. En Italie, actuellement, la mise en vigueur suit de près l’idée première de la loi, et la succession des textes qui se complètent et se corrigent est la conséquence de la facilité avec laquelle on légifère. Ce qui constitue actuellement le caractère prédominant de ces lois c’est leur autorité.
- Le dogme de l’autorité a été consacré dans la Charte du travail, promulguée le 21 avril 1927, jour anniversaire de la fondation de Rome. Le document dénommé « apport original à l’évolution historique de l’humanité » fixe la conception nouvelle de l’Etat, son rôle devant le groupe et devant les individus. Les articles 7 et 9, qui visent la production en général, sont applicables à la production agricole.
- « Art. 7. — L’Etat corporatif considère l’initiative privée sur le terrain de la « production comme l’instrument le plus efficace et le plus utile dans l’intérêt de « la nation.
- « L’organisation privée de la production étant une fonction d’intérêt national, « l’organisateur de l’entreprise est responsable devant l’Étal de l’orientation de la « production.... »
- « Art. 9. — L’intervention de l’État dans la production économique n’apparaît « que si l’initiative privée est insuffisante ou absente, ou si les intérêts politiques « de l’Etat sont en jeu. Une semblable intervention peut prendre la forme du « contrôle, de l’encouragement ou de la gestion directe. »
- Nous avons montré plus haut que le double but de la législation était d’établir et de réaliser les travaux d’une manière coordonnée, et de lier, autant que possible, la bonification agraire aux travaux d’intérêt général.
- A partir de 1923, ces idées essentielles des articles 7 et 9 de la Charte du travail préexistaient et faisaient entrer dans la législation des bonifications une série de mesures coercitives.
- Voici, dans le texte unique de 1923, les principales contraintes :
- '< Art. 21. — L’État peut nommer, au cours des travaux, un commissaire pour « coordonner la bonification agricole et les travaux d’hydraulique.
- « Art. 23. — Dans certaines régions, l’État peut concéder en même temps les « travaux d’hydraulique et agricoles. » Ainsi est supprimée l’initiative privée poulies travaux intéressant une seule propriété.
- « Art. 38. — Dans l’acte de concession, il peut être établi que, dans les trois mois qui suivent la date de concession, le concessionnaire doit présenter les plans de transformations culturales et des utilisations particulières qu’il entend réaliser. Il aura toute facilité pour réaliser les expropriations nécessaires.
- Art. 79. — « L’Administration a tout pouvoir pour créer entre les propriétaires un consortium pour l’entretien des travaux dès qu’ils sont achevés. »
- Art. 110. — « La bonification agricole doit compléter la bonification hydraulique. Elle est à la charge des propriétaires. En temps opportun, un décret du
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- Ministre de 1 Agriculture prescrit aux proprietaires les délais pour son accomplissement. »
- Art. 142. « Dans 1 Italie centrale, méridionale et insulaire, des consortiums
- forces peuvent etre constitues. L’Administration en est confiée à un commissaire du Gouvernement qui exerce tous les pouvoirs détenus par les organes normaux du consortium. »
- Enfin, la loi donne une liste des consortiums de première catégorie dont la transformation est facilitée par les mesures précédentes. Un immense effort est donc fait pour tenter d’atteindre ce but réputé inaccessible : réformer par la loi l’économie rurale d’un pays. Quels en sont les résultats?
- On peut considérer que le premier des buts est atteint : un programme immense et bien ordonné a pu être établi. Presque partout les projets sont fondés sur des raisons d’intérêt général ou sur des considérations purement techniques. L’autorité conférée par la loi aux dirigeants suffit le plus souvent à étouffer les discussions d’intérêt particulier qui rendent souvent ailleurs si incertaine la réussite de tentatives d’amélioration foncière.
- Cependant, il ne serait pas conforme aux faits d’attribuer ce résultat à la seule législation. Nous croyons apercevoir deux autres causes.
- Les lois, en cette matière, demeurent souvent inopérantes sans un état d’esprit qui les vivifie. Il est nécessaire de signaler l’existence en Italie d’un ensemble d’idées favorables à la ruralisation et, d’autre part, préparées à la contrainte.
- Le remarquable départ des travaux de bonification et d’irrigation tient aussi à un motif très apparent : le large concours financier de l’Etat qui libère presque entièrement le syndicat des propriétaires des préoccupations financières ordinaires. L’État concède les travaux à une société ou au syndicat. Tout est disposé pour que les crédits ne fassent pas défaut. Les propriétaires n’ont aucun moyen d’exprimer leur avis.
- Il est aussi nécessaire de faire la remarque suivante : cette législation a atteint son but dans un domaine limité, les travaux d’hydraulique, c’est-à-dire les travaux d’intérêt général. Il n’est pas possible d’imaginer qu’elle pourra régler la suite de la transformation avec la même autorité. Ce serait supposer aux décrets une puissance qui, en matière rurale, ne leur appartient pas. Quand se présentera la bonification agraire, plus individuelle, plus diffuse, plus faiblement aidée par l’État, l’économie rurale fera de nouveau sentir le poids de ses lois.
- organisation FINANCIÈRE. — L’État favorise de deux façons les capitaux placés dans les travaux de bonification : par des prêts et par des subventions. Les prêts à long terme et à taux réduit sont réservés aux constructions ou aux améliorations foncières faites par les particuliers à l’intérieur de leur exploitation, les subventions aux travaux des consortiums.
- La loi Mussolini, charte financière des bonifications, prévoit un programme de 14 années de travaux. Mais les charges financières correspondantes apparaîtront dans le budget pendant 50 ans. L’État, en effet, s’acquitte de sa subvention, non par le versement du capital, mais par l’engagement de l’amortir en 30 ou 50 annuités.
- Pour le concessionnaire, le concours de l’État ne résout donc pas le problème du crédit. D. s dispositions législatives ont été prises pour permettre la mobilisation
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- des annuités, c’est-à-dire l’escompte des engagements de l’État au fur et à mesure qu’ils sont contractés.
- L’organisation du crédit pour les bonifications répond aux exigences très sérieuses de la situation financière. Malgré le resserrement du crédit, malgré les tâches communes à toutes les nations, l’Italie doit assurer celle de la bonification intégrale, sans grever excessivement son budget, sans priver les autres activités des capitaux indispensables. Ces questions financières méritent d’être étudiées et discutées.
- Le taux des subventions d’État varie entre 40 et 66 p. 100; dans les bonifications méridionales, il atteint 75 p. 100. La province participe obligatoirement dans la proportion de 12 p. 100. La fraction des dépenses restant à la charge du syndicat des propriétaires est donc réduite à 13 p. 100. Les taux de participation d’État, de la province et du syndicat des propriétaires sont fixés dans l’acte de concession.
- L’état d’avancement, établi par le Service du Génie civil, permet de déterminer le montant de la subvention qui doit être liquidé. Les neuf dixièmes des dépenses faites par le concessionnaire sont répartis entre les trois participants, l’État, la province, le syndicat, proportionnellement aux taux fixés dans l’acte de concession. La liquidation consiste dans la délivrance au concessionnaire par l’État et la province des engagements de payer les x annuités qui amortiront leur participation. Le syndicat négociera immédiatement ce titre à l’un des instituts, habilités à financer les bonifications : Caisse des Dépôts et Prêts, Institut national des Assurances, Caisse nationale des Assurances sociales, Institut national de Crédit poulies Coopératives, Caisses d’Épargne, Monts de Piété.
- Les annuités de l’État, qui ne peuvent dépasser 50, sont calculées à un taux supérieur de 1 p. 100 au taux établi par la Caisse des Dépôts et Prêts pour les prêts ordinaires. Les mêmes règles valent pour les annuités de la province; les contributions des propriétaires sont versées en un certain nombre d’annuités, compris entre 5 et 50, calculées au taux même qui a été appliqué par la Caisse des Dépôts dans l’année de l’établissement du projet.
- Ainsi, l’État se rend débiteur du bonificateur et lui consent un intérêt élevé. Le taux des prêts de la Caisse des Dépôts étant cette année 6,25 p. 100, le concessionnaire aura le privilège d’une créance sur l’État au taux de 7,25 p. 100. Un concessionnaire disposant de larges ressources pourrait s’efforcer de garder ce titre. Mais l’importance des sommes nécessaires aux bonifications est telle qu’il doit rentrer dans son capital et vendre sa créance comme un titre d’état amortissable. Il s’adresse à l’un des instituts cités plus haut qui lui verse la valeur actuelle des annuités, calculée à un taux au moins égal à celui consenti par l’État. Le rôle de la Caisse nationale des Assurances sociales est particulièrement important : en 1929, le montant de ses prêts pour les bonifications atteignait 210.649.598 lires, le montant de ses achats d’annuités de l’État 587.255.596 lires. En France, on a proposé de placer dans des améliorations foncières une partie des formidables réserves des assurances sociales !4).
- Ces dispositions financières demandent à être analysées. Un détail retient l’attention, le taux exceptionnellement élevé accordé par l'Etat pour le paiement de ses propres subventions.
- (4) Victor Boret, Pour ou contre la terre, Payot, 1921).
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- Il semble que cette disposition ait pour but d’apporter une aide supplémentaire aux entreprises de bonification. Mais l’avantage consenti par l’État est détourné de sa destination primitive au profit de l’institut bailleur de fonds.
- Les subventions de l’État pour la bonification représenteront une partie importante de la dette publique à un taux notablement plus élevé que les autres rentes sur l’État. Les cours récents des rentes italiennes étaient les suivants : rente 3,5 p. 100, 67,50; — consolidé 5 p. 100, 81,30.
- Les revenus correspondants ressortaient à 5,18 et 6,1 p. 100, tandis qu’un contingent très important des dettes de l’État, dont les 7 milliards de la loi Mussolini constituent une partie, atteindra le taux excessif de 7,25 p. 100.
- Et cependant, le paiement en annuités des subventiont de l’État était une nécessité, étant donné la situation financière de l’Italie et la nature même des entreprises. Les capitaux nécessaires sont trop importants, ils répondent à des besoins trop exceptionnels pour que quelques budgets puissent en supporter toute la charge. Le recours à l’emprunt, procédé normal de répartition dans le temps de dépenses non renouvelables, supprimerait les anomalies apparentes de ce régime financier.
- 1° Il simplifierait considérablement l’obtention des capitaux en supprimant les contacts que les concessionnaires doivent garder avec les instituts bailleurs de fonds ;
- 2° Il permettrait la cession du crédit à un taux, déterminé par le marché financier, beaucoup moins lourd pour l’État que le taux actuel. Mais l’émission d’un emprunt n’est pas possible actuellement : elle déterminerait vers l’agriculture un appel trop important de capitaux privés et risquerait de troubler profondément la répartition du crédit entre l’agriculture et l’industrie, au préjudice de cette dernière. Le plan financier adopté tire de là ces particularités.
- La mobilisation des annuités de l’État près des grands instituts ne répond pas à tous les besoins. Elle assure la mobilisation des annuités de l’État. Restent la mobilisation des contributions privées et les capitaux nécessaires au départ de l’entreprise; la loi a facilité aussi la recherche de ses crédits. Voici les principales dispositions :
- a) Les caisses d’épargne et les instituts de crédit foncier peuvent faire des prêts aux provinces, communes, sociétés et entreprises de bonification. Le remboursement jouit du même privilège que la perception des impôts fonciers;
- b) Les consortiums, individuellement ou groupés, peuvent émettre des titres. Les sociétés concessionnaires de travaux de bonification peuvent émettre, au delà de leur capital actuel, des obligations gagées sur les subventions de l’État;
- c) Les grands instituts soumis au contrôle de l’État sont autorisés, individuellement ou en commun, à acquérir les obligations ou titres émis par le consortium ou la société concessionnaires. Le concours des percepteurs leur est acquis pour le recouvrement des contributions des propriétaires dont les rôles leur sont remis en garantie.
- Bonification et économie nationale. — La bonification occupe une place de premier plan dans l’économie italienne ; elle intéresse une fraction considérable du territoire. Elle absorbe une partie très notable des ressources italiennes, et son développement, ses résultats auront une influence sensible sur l’avenir de l’économie du pays.
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- La dernière statistique de l’Association natioitale. des Bonifications indiquait au 1er juillet 1927 pour les bonifications en cours d’exécutÎQtt, 568.196 ha. Ces données ne seraient plus exactes aujourd’hui. Mais, de toute façon, leur intérêt est très relatif. Elles concernent seulement l’exécution de la bonification hydraulique, qui n’est qu’une partie de la bonification intégrale. On pourrait déduire de ces chiffres que l’œuvre est presque achevée tandis que le programme le plus récemment établi prévoit encore 14 années de travaux.
- Enfin, d’importantes surfaces échappent à la statistique précédente : celles qui sont soumises à des transformations foncières dont les propriétaires devront aussi constituer des consortiums. La loi Serpieri est à ses débuts; cependant, 23 consortiums ont déjà été constitués réunissant 1.200.000 ha.
- Nous pouvons donc retenir qu’actuellement les améliorations foncières intéressent en Italie plus de 3.600.000 ha, surface prodigieusement étendue en regard de celle des terres cultivées.
- En 1924, le rapport Stéfani indiquait comme dépenses autorisées par les lois de 1862 à 1924, 1.168 millions, sur lesquels 666 millions étaient payés. L’Etat intervenant en moyenne pour les deux tiers des dépenses, on peut en déduire que de 1862 à 1924 1 es bonifications hydrauliques réalisées avaient coûté un milliard de lires.
- En mars 1928, ces mêmes travaux atteignirent 2.700 millions (déclaration du Ministre des Travaux publics à la Chambre); le 14 juin 1929, les dépenses pour les bonifications étaient de 3.165 millions; le 20 février 1930, de 3.830.400.000 lires. La loi Mussolini, qui vient d’entrer en vigueur, prévoit l’échelonnement des travaux sur 14 années et l’échelonnement des charges financières sur 50 années.
- Les inscriptions budgétaires autorisées croîtront jusqu’à 323 millions. Le maximum sera atteint en 1942-1943 et se maintiendra jusqu’en 1959, époque à laquelle l’amortissement complet des premières dépenses provoquera une diminution du crédit annuel.
- Tous ces crédits sont indépendants de ceux qui sont nécessaires à l’amortissement de la dépense effectuée avant le 1er juillet 1929 et qui peuvent être évalués annuellement à 250 millions de lires.
- Les besoins en capitaux de l'agriculture italienne. — Mais ce n’est là qu’une partie des capitaux que le mouvement de ruralisation acheminera vers la terre. Les améliorations visées par cette loi sont les bonifications hydrauliques, les irrigations, les adductions d’eau, les routes des consortiums, les constructions rurales et quelques travaux d’électrification.
- D’autres capitaux sont nécessaires pour les aménagements des bassins dominant les territoires bonifiés, pour les constructions rurales, pour toutes les améliorations foncières que les propriétaires sont obligés d’exécuter sur leur fonds en même temps que s’accomplissent les travaux d’intérêt collectif, enfin pour les travaux que l’État exécute directement. Les opinions suivantes, très autorisées, permettent d’évaluer ce que réclame l’agriculture italienne.
- Au cours de la discussion du budget à la Chambre, le Ministre de l’Agriculture évaluait ce besoin total de capitaux au triple du montant des travaux de la loi Mussolini, soit 21 milliards.
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- M. Spinedi, charge de 1 examen des questions financières relatives aux bonifications, écrit à ce sujet [Rivista di diritto agrario, janvier-mars 1930) : « Tenant « compte de tous les besoins de capitaux lies ou en relation directe avec les travaux « prévus par la loi Mussolini, on peut estimer que le besoin minimum de l’agri-« culture italienne, outre 1 emploi normal des capitaux fait par les particuliers, est « de 1,5 à 2 milliards de lires par an et pendant les 15 prochaines années. » Cette évaluation conduirait à un total de 22,5 à 30 milliards de lires.
- Elle concorde avec celle que M. Mazzuchelli a fournie dans une étude sur laquelle nous reviendrons.
- Impossibilité d un emprunt. — La mobilisation en 15 années d’une somme aussi importante, pour un besoin national nouveau et dont il ne faut pas attendre un profit immédiat, est un problème économique infiniment complexe. Nous avons montré que tout était prévu pour que cette somme soit prélevée d’autorité sur le marché monétaire. Un emprunt étranger aurait permis d’éviter le resserrement du crédit dont beaucoup d’économistes redoutent de voir souffrir l’industrie italienne. Mais les exigences du crédit extérieur étaient grandes. Le taux élevé, la garantie hypothécaire de premier rang sont incompatibles avec la nature rurale de l’affaire. En plus, un semblable afflux, même échelonné sur 15 ans, faisait courir le plus grand risque à l’assainissement financier du pays. C’est que les dépenses de main-d’œuvre entrant pour une énorme proportion dans les travaux de bonification, l’utilisation des crédits étrangers exigeait une immédiate transformation en lires. Les entreprises de bonification n’ont de rapport qu’avec l’économie intérieure. Les seuls achats à l’étranger sont les matières premières des machines. De sorte que l’emprunt étranger utilisé surtout pour payer la main-d’œuvre eût amené un important accroissement de la circulation fiduciaire. Il était à craindre que cette nouvelle circulation, gagée sur un accroissement non immédiat de la valeur foncière, ne provoquât un grave désordre financier.
- Ces considérations expliquent pourquoi l’Italie a résolu de faire face aux dépenses de la bonification avec la seule épargne nationale.
- Il est du plus grand intérêt d’examiner ce que représentent les sommes utilisées dans les améliorations foncières parmi les autres placements de l’épargne italienne. Une étude de M. Mazzuchelli (Rivista bancaria du 15 novembre 1929) fournit à ce sujet de précieuses indications.
- L’auteur, essayant de calculer tous les placements de capitaux italiens, les évalue de 16 à 18 milliards. Le revenu total du pays étant évalué par les économistes à 90 milliards de lires, on voit que l’épargne italienne est une fraction importante du revenu. La bonification absorbera donc pendant 15 années 10 à 12 p. 100 de l'épargne italienne. Si ce taux n’est pas incompatible avec l’économie du pays, il inspire cependant aux organisateurs des bonifications une très grande prudence, car il importe à la fois de ne pas troubler l’économie nationale et de trop charger l’agriculture.
- Les exigences de l’économie italienne sont complexes. Après d’immenses sacrifices, l’Italie a réalisé ce miracle de pousser assez loin son industrialisation malgré l’absence totale de combustible et la rareté des matières premières. La bonification intégrale ne doit pas compromettre, par l’absorption de trop de capitaux, le déve-
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- loppement de l’industrie. Ce sont les capitaux destinés à des aménagements urbains que l’on a cherché à diriger vers la terre, en permettant aux grands instituts de prévoyance l’escompte des annuités de l’État.
- La question du partage des attributions entre l’État et les particuliers a servi de thème à d’innombrables controverses. Avec une unanimité parfaite, les promoteurs ont chargé l’État d’une fraction considérable des dépenses. Cependant, le concours financier de l’État n’est pas arbitraire. Le taux de subvention pour les différentes amélorations devrait être tel qu’il rende l’exécution possible. Tout dépassement est funeste. Un travail ébauché doit être poussé le plus rapidement possible jusqu’à la mise en culture par laquelle commence la phase de reprise des capitaux. On peut dire que rien n’est fait tant qu’il reste quelque chose à faire. Le total des dépenses prévues par la loi Mussolini n’a donc qu’une valeur indicative. Étant donné l’obligation d’achever ce qui est commencé, la fixation exacte des dépenses n’est pas au pouvoir de la loi, et il faudra prendre les plus grandes précautions pour inscrire dans le programme une nouvelle zone de bonification.
- L’État doit aussi définir la nature des améliorations auxquelles il contribuera, laisser faire aux particuliers tout ce qui n’est pas de son ressort. Mais comme il importe d’assurer une exécution homogène et rapide, la tentation est grande de porter très avant dans le domaine privé la limite entre la fonction publique et l’action individuelle.
- L’État a mis au point l’exécution des travaux par le consortium des propriétaires : les rédacteurs du projet ont une liberté de décision que rien ne contraint et les crédits fournis par les grands instituts ne font pas défaut. Les charges financières payées par annuités ne paraissent pas menaçantes. Aussi, dans la hâte d’aboutir, les dirigeants sont portés à accroître les obligations de l’État par l’apparente facilité d’y satisfaire.
- Les financiers de la vieille école s’insurgent contre les dettes contractées avec la garantie budgétaire du remboursement par annuités : c’est le cas notamment de l’économiste Einaudi, dans son livre Finance s de guerre et d'après guerre. ,
- Le concours de l’État a donc atteint sa limite et l’a peut-être dépassée. En est-il de même pour celui des agriculteurs? L’économie privée, surtout celle des agriculteurs, est particulièrement fragile et doit être ménagée.
- L’agriculture, en effet, ne doit pas être trop chargée. On a dit et redit que la bonification sortait du cadre économique, que l’accroissement de potentiel qui en résultait pour l’État justifiait les plus grands sacrifices. Mais la charge qui demeure pour l’agriculture ne doit pas être disproportionnée avec les possibilités de son fonds. Or, de lourdes hypothèques dues aux améliorations foncières grèvent actuellement la propriété rurale. Le Ministre de l’Agriculture déclarait, au cours de la discussion du budget 1930-1931. « Maintenant il n’est pas douteux que l’endette-« ment de l’agriculture italienne commence à être préoccupante, spécialement pour « certaines zones du territoire. » S’appuyant sur des évaluations très sûres, il ajoutait : « On peut présumer très approximativement que la totalité de la dette hypo-« thécaire italienne, dépasse 10 milliards, dont, contrairement à la situation d’avant « guerre, plus de la moitié charge certainement la propriété rurale. »
- Ce fait est d’autant plus notable que la dévalorisation de la monnaie, les hauts
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- prix des denrées agricoles, l’esprit d’épargne des agriculteurs ont permis à beaucoup de pays de libérer la terre d’une grande partie de sa dette hypothécaire.
- Eiii France, notamment, le cultivateur a garde aujourd’hui les habitudes qu’en 1600. dans son Théâtre <Tagriculture et mesnage des champs, Olivier de Serres tenait pour nécessaires. Il reste « plus presteur qu’emprunteur, plus vendeur qu’acheteur, tardif à bastir ». En Italie, sous la pression des faits, le paysan a dû prendre l’attitude opposée. Il porte grandement sa part du fardeau des bonifications.
- LA BONIFICATION ET LA POLITIQUE DÉMOGRAPHIQUE.
- La bonification s’est imposée comme une œuvre nationale destinée à pourvoir aux besoins vitaux d'une population croissante. L’importance du but à atteindre apparaît à l’examen de deux phénomènes défavorables de l’économie italienne : le chômage et l’émigration.
- Le chômage existe en Italie. Le nombre des chômeurs varie périodiquement, avec un maximum en janvier et un minimum en mai ou juin. En 1929, les deux chiffres extrêmes des moyennes mensuelles furent 193.325 en mai, 489.347 en janvier. Les régions les plus touchées sont la Vénétie et l’Émilie. En Vénétie, en 1929. le nombre des chômeurs a dépassé 100.000. En Emilie, à la même époque, il atteignit 153.843. Pour les professions agricoles, les chiffres sont beaucoup plus réduits. En 1929. le chiffre maximum fut de 194.000.
- Le chômage temporaire des ouvriers agricoles est un des caractères de l'agriculture dans la vallée du Pô. Tout le territoire cultivé est une conquête due à la bonification. A la fois défendu contre les eaux et irrigué, le sol a acquis partout une fertilité incomparable. Mais la région, aujourd’hui délivrée de la malaria et du danger de la destruction des récoltes, connaît des préoccupations démographiques. La population est très dense, et on compte dans certaines communes rurales jusqu à 400 habitants par kilomètre cari é. Aux périodes de ralentissement des travaux agricoles, les ouvriers agricoles sont condamnés au chômage ou à s’employer loin de leur région dans des travaux publics.
- Les bonifications ont souvent remédié à ces inconvénients en utilisant sur place la main-d’œuvre des chômeurs. Le mode d’exécution, la répartition des travaux furent souvent déterminés par ce souci de fournir aux ouvriers le plus de travail possible. Sur beaucoup de chantiers des travaux de terrassement très importants furent exécutés à la pelle, tandis que l’emploi d’un excavateur eût été possible et très économique. Actionnés par une puissance totale de 120 ch, certains excavateurs de 80 t creusent 200 m3 à l’heure et portent à 40 m les déblais. Mais leur perfection même en limite l’usage : une semblable machine peut exécuter le travail de 500 ouvriers et. pendant l’été, lorsque son fonctionnement est permanent, permettre de supprimer au moins 1.000 ouvriers. Il a paru raisonnable de prohiber leur emploi dans un travail au-dessus des forces humaines pour un motif, qui ailleurs semblerait paradoxal : leur trop grand pouvoir de remplacement du travail humain.
- Dans certaines bonifications de la province de Ferrare, la durée du travail était réduite à 5 heures par jour afin que l’ouvrage fût mieux réparti entre la population disponible.
- Un grand effort est tenté pour fixer par une occupation permanente la main-130e Année. — Mars 1931. 13
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- LA « BONIFICATION » DES TERRES EN ITALIE. — MARS 1931.
- d’œuvre flottante qui constitue cette armée de « braccianti » en en faisant des métayers ou des participants dans l’exploitation de nouvelles zones de bonification de la vallée du Pô et de la Vénétie.
- La politique de Y émigration est étroitement liée à celle de la mise en valeur du sol national. D’une part, la limitation de l’émigration a provoqué une suppression démographique croissante, favorable aux projets agraires. D’autre part, la bonification a été considérée comme devant créer de nouveaux débouchés à substituer à ceux que, traditionnellement, les émigrés italiens allaient chercher par le monde. En dehors de l’Italie, il y a maintenant 9.168.367 Italiens, dont 1.267.841 en Europe (962.593 en France).
- Le chiffre total des émigrés a considérablement diminué de 1921 à 1929. Avant la guerre, de 1905 à 1914, le contingent des émigrés dépassait 500.000 (800.000 en 1906); en 1928 et 1929, la politique de l’émigration le réduisit à 150.000.
- De 1924, date la limitation de l’émigration. Un décret du 28 avril 1927 a substitué au Commissariat général de l’Emigration, la Direction générale des Italiens à l’Etranger qui a étudié, fait approuver et appliquer de nouvelles dispositions en matière d’émigration. Elles s’inspirent des principes suivants.
- L’émigration stable sera réduite le plus possible afin d’éviter toute déperdition d’énergie nationale. Cependant, par « lettre d’appel » un Italien déjà émigré peut demander et obtenir l’autorisation d’émigrer pour un proche parent.
- L’émigration temporaire est permise dans certaines conditions s'il y a présentation d’un contrat de travail pour une durée inférieure à 3 ans.
- L’émigration intellectuelle, commerciale, technique et professionnelle est favorisée.
- D’autre part, le rapatriement des Italiens résidant à l’étranger est grandement favorisé. En 1928, 127.000 Italiens furent rapatriés. 109.000 en 1929, de sorte que l’émigration réelle tomba à 24.000 et 41.000.
- La situation démographique a trouvé un élément favorable dans l’organisation des émigrations internes, c’est-à-dire de l’émigration, temporaire ou permanente, de l’excès de main-d’œuvre des provinces surpeuplées vers les régions italiennes dépeuplées en cours d’aménagement. Ce mouvement se fait du Nord au Sud, particulièrement : l’Emilie, la Vénétie, la Romagne fournissent les premiers travailleurs et les premiers colons des territoires du Midi et des îles. Un comité permanent, dépendant du Ministère des Travaux publics, dirige ces mouvements migratoires, organise les transports, surveille les contrats de travail et les conditions de vie des émigrés.
- L’émigration à l’étranger a par suite été considérablement réduite; elle ne représente plus que 10 p. 100 de l’excédent annuel des naissances sur les décès.
- L’ancien mouvement d’émigration avait une cause profonde : le besoin de vivre d’une population trop dense. Il avait aussi des conséquence favorables à l’économie italienne car il évitait le chômage à l’intérieur et surtout, déterminait un afflux continu d’argent extérieur en Italie. On évaluait à 600 millions-or l’apport annuel dû à l’épargne des émigrés. Cet apport a beaucoup baissé et ne contribue plus aujourd’hui que faiblement à l’équilibre de la balance commerciale. Dans l’esprit des dirigeants, la bonification doit rétablir les choses.
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- LA POLITIQUE AGRAIRE ET L’ÉCONOMIE ITALIENNE.
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- Malheureusement, la crise actuelle a touché l’Italie comme les autres pays; la nouvelle politique de l’Italie ne pourra, semble-t-il, parer qu’avec peine à toutes les difficultés économiques. Aussi, l’émigration italienne qu’on voulait empêcher à tout prix, parce que contraire à la sauvegarde d’un haut potentiel national, a di'i maintenant être tolérée à nouveau. Mais alors on peut craindre pour la réalisation du programme des travaux de bonification. En effet, il ne faut pas une grande expérience de ces travaux pour comprendre qu’une diminution du surpeuplement mettrait leur achèvement en péril. Ces travaux sont particulièrement ingrats, très durs, peu rétribués. Malgré la bonne organisation des chantiers et l’attention des chefs, les sacrifices humains ne sont pas rares dans les régions où règne encore la malaria. Si le travail était libre, ouvert à l’étranger, la main-d’œuvre italienne se porterait moins facilement sur les travaux peu tentants de la bonification.
- Telles sont les observations générales qui peuvent être présentées sur les bonifications italiennes. Elles présentent un effort dans le domaine agraire qu’aucune autre nation avant l’Italie n’avait osé envisager avec une aussi grande largeur de vues. Quels en seront les résultats? Dans quelle mesure la bonification intégrale pourra-t-elle remédier aux difficultés dont l’Italie souffre comme tant d’autres pays? L’agriculture, même étendue à toutes les terres autrefois incultes pourra-t-elle absorber régulièrement l’excédent de population? Un synchronisme suffisant s’établira-t-il entre l’accroissement de la population et le développement de la production agricole?
- Ces questions suffisent à montrer l’intérêt qu’il y aura à suivre pendant de longues années le développement de la politique agraire de lTtalie pour savoir quel sera, en définitive, le résultat de l’effort prodigieux qui aura été fourni.
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- BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ d’eNCOURAG. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE.
- MARS 1931.
- LES COLLOÏDES ARGILEUX ET LEURS APPLICATIONS EN CÉRAMIQUE (1)
- par M. René Dubrisay, membre du Conseil de la Société d’Encouragement.
- On sait, depuis les travaux de Schlœsing, que l’argile peut être mise en suspension dans l’eau. Certaines substances comme l’ammoniaque ou les alcalis dilués stabilisent cette suspension, tandis que d’autres, comme les acides et les sels, en provoquent la floculation. Bien que de nombreuses recherches aient été publiées sur ce sujetl'-' (A), il m’est apparu que certains points pouvaient rester à préciser. Je me propose d’exposer ici les résultats que j’ai pu obtenir.
- Pour opérer sur une matière aussi bien définie que possible, je partais de kaolin naturel que je purifiais par lavage et sédimentation dans l’eau distillée suivant la méthode de Schlœsing. J’obtenais ainsi un produit dans lequel l’analyse chimique ne permettait de déceler aucune trace de composé calcaire et où les rapports pondéraux de la silice et de l’alumine correspondaient, aux erreurs d’expérience près, à la formule théorique de la kaolinite. Il faut remarquer que ce résultat était obtenu sans qu’il y eût besoin de faire appel à aucun réactif chimique, dont de petites quantités risquent toujours d’être retenues par condensation superficielle.
- J’ai tout d’abord étudié la stabilité des suspensions dans divers milieux (B). Pour cela, je mettais 5 g de kaolin purifié en présence de 150 cm3 d’eau distillée; le tout était agité mécaniquement pendant 24 heures. La suspension obtenne était abandonnée pendant une heure, puis décantée, et des volumes invariables (20 cm3) du liquide étaient additionnés de volumes égaux de diverses solutions acides ou alcalines. Le tout était placé dans des cloches graduées verticales. Au bout d’un certain temps, on voyait un nuage se former surmonté par une couche de liquide plus clair. Bien que la surface de séparation entre les deux zones ne fût pas absolument nette, il était possible d’en suivre approximativement tout au moins la vitesse de chute. Les résultats obtenus sont consignés dans le tableau I.
- Tableau I.
- Température, 18°: —V, vitesse de chute (en millimètres par 24 heures).
- NATURE ET NORMALITÉ DES LIQUIDES PH v NATURE ET NORMALITE DES LIQUIDES pH V
- HCl N/6 000 3,77 10,8 Li20 N/600 11,23 0,68
- HCI N/60 000 4,77 6,3 K20 N/300 11,53 0,72
- H20 7 3,8 Na20 N/240 11.62 0,54
- Li20 N/3 000 10,53 1,08 K20 N/150 11,83 0,76
- Na20 N/2 400 10,62 0,90 Na20 N/120 11,93 0,48
- Li20 N/l 200 10,93 0,88 K20 N/96 12,02 0,68
- Na20 N/l 200 10.93 0,71 Li20 N/60 12,23 1,9
- K2 O 11,23 0,82 K20 N/98 12,52 2,62
- K20 N/24 12,62 11
- (1) Communication faite par l’auteur, en séance publique, le 22 novembre 1930. Voir la discussion qui l’a suivie dans le Bulletin de décembre 1930, p. 963.
- (2) Les majuscules entre parenthèses correspondent aux références bibliographiques données à la fin.
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- LES COLLOÏDES ARGILEUX ET LEURS APPLICATIONS EN CÉRAMIQUE 177
- Les divers points représentatifs se groupent approximativement sur une même courbe, quelle que soit la nature de l’acide ou de la base alcaline dissoute. On constate, en outre, que, si l’on part de solutions acides, la vitesse de sédimentation commence par diminuer quand l’exposant d’hydrogène augmente, passe par un minimum correspondant à un pH compris entre 11 et 12 <3', puis augmente à nouveau. En conséquence, les acides exercent sur les suspensions 11110° action flocu-lante, les alcalis dilués au contraire, stabilisent ces suspensions, mais quand l’alcalinité du milieu augmente, la vitesse de sédimentation augmente à nouveau et la floculation se produit rapidement. Ces résultats étaient d’ailleurs déjà signalés, et en particulier Maschaupt (C) avait constaté qu’au-dessus d’une certaine concentration, les alcalis étaient, comme les acides, susceptibles de flocu-ler les suspensionsargileuses.
- Toutefois, étant donnée l’imprécision relative des mesures de vitesse de sédimentation, j’ai cru bon de vérifier ces conclusions par une autre méthode. Dans ce but, je préparais des suspensions de kaolin dans la lithine à diverses concentrations; j’abandonnais pendant un mois les suspensions ainsi obtenues, puis j'en prélevais une petite quantité à la partie supérieure des tubes qui les contenaient afin de procéder à des mesures néphélémétriques. Les résultats sont consignés dans le tableau II.
- Fig. 1. — Ier prélèvement; — HCl: — G : 115.
- Tableau H.
- Normalité des liquides................ N/192 N/144 N/120 N/96 N/48 N/36
- Degré de trouble (unités conventionnelles). 1 1,33 2,70 1,4 1,2 0.0
- On constate que l’opacité commence par croître, puis passe par un maximum et décroît ensuite, ce qui correspond bien à un maximum de stabilité pour la suspension, et confirme, par suite, les résultats énoncés plus haut. Il apparaît aussi que le phénomène étudié est lié à l’acidité et à l’alcalinité du milieu, et conditionné, par suite, par la dissociation électrolytique de la matière dissoute.
- (3) Il convient de noter que le maximum de stabilité de la suspension ne se produit pas toujours pour la même valeur du pH : suivant la nature de l’argile, il se produit dans des milieux parfois plus acides, parfois au contraire, plus alcalins. 11 peut y avoir là un indice caractéristique susceptible d’applications intéressantes.
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- Ces divers phénomènes ont fait l'objet d’observations microscopiques et ultra-microscopiques. Dans les milieux floculents, par exemple dans une solution faiblement chlorhydrique, si l’on prélève une goutte de suspension aussitôt après l’agitation, on voit au microscope des particules agglomérées les unes aux autres (fig. 1). Quelques heures après l’agitation, le dépôt est achevé et le liquide apparaît optiquement vide au microscope comme à l’ultra-microscope. Dans les solutions ammoniacales, au contraire, on aperçoit au microscope une multitude de points isolés animés du mouvement brownien, immédiatement après l’agitation (fig. 2) ; l’aspect reste le même bien que les points soient moins nombreux quelques heures
- après l’agitation. Enfin, après 15 jours de repos, le liquide semble homogène au microscope, mais l’examen ultra-microscopique y met nettement en évidence la présence de particules en suspension (fig. 3). Ces divers aspects ont pu être reproduits photographiquement, et, en outre, M. le Dr Commandon a bien voulu en tirer un très beau film cinématographique.
- En se plaçant dans des conditions convenables, on peut observer au microscope la forme allongée des particules isolées. Une expérience que m’a indiquée M. H. Le Chatelier permet d’ailleurs de donner une justification d’ordre macrographique de cette structure. Si on agite une suspension de kaolin dans une liqueur ammoniacale ou faiblement alcaline, on observe un chatoiement caractéristique du milieu, que l’on peut interpréter en admettant que les particules lamellaires viennent se placer tangentiellement aux lignes tourbillonnaires créées par l’agitation. Ce chatoiement disparaît si on opère, non plus en milieu ammoniacal, mais en solution chlorhydrique ou dans une liqueur fortement alcaline : c’est qu’alors les particules se sont agglomérées les unes aux autres et ont pris une forme quelconque.
- D’ailleurs, des observations ultra-microscopiques permettent de vérifier que cette structure lamellaire se conserve même pour les particules les plus fines, invisibles au microscope. Il suffit d’utiliser un dispositif imaginé par Siedentopf et étendu aux observations ultra-microscopiques. On dispose au-dessous du condensateur un diaphragme placé en dehors de l’axe de l’appareil. Si on observe dans ces conditions un milieu colloïdal à particules sphériques, on aperçoit ces particules de façon continue avec un éclat seulement réduit. Si, au contraire, on a affaire à des
- Fù
- NH1; — 2 heures; — G : 115.
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- micelles allongées, leur présence ne se manifeste que lorsque l’orientation est favorable, si bien qu on les voit successivement apparaître et disparaître en diverses régions du champ. Or, c est précisément ce scintillement que l’on observe dans le cas des suspensions anciennes de kaolin en liqueur ammoniacale.
- Tout cela nous conduit donc à supposer que les particules élémentaires du kaolin sont formées par des lamelles qui restent plus ou moins parfaitement isolées dans les milieux où les suspensions sont stables, et au contraire, s’agglutinent de façon quelconque dans les milieux floculents. Nous verrons, dans la deuxième partie de ce travail, l’importance de ces considérations.
- Dans une seconde partie de mon étude, je me suis occupé de la structure du dépôt qui se forme au fond des vases suivant la nature du milieu dans lequel le kaolin a été délayé. Un phénomène très curieux se manifeste alors : le volume de ce dépôt varie dans des proportions considérables suivant que l’on se trouve dans des milieux où la suspension est stable ou au contraire dans une solution floculente. La chose avait déjà été étudiée par divers auteurs (D); mais ici encore, il m’a semblé que le phénomène méritait des recherches complémentaires (E).
- Je mettais 10 g de kaolin en présence de 80 cm3 de différentes solutions; le tout était placé dans des cloches graduées et agité mécaniquement pendant 12 heures. Les cloches étaient disposées verticalement et abandonnées jusqu’au moment où le volume du dépôt restait invariable (ce qui demandait quelques jours dans les milieux floculents, et un mois environ dans les milieux faiblement alcalins); on notait à ce moment les volumes occupés par les dépôts; les résultats sont consignés dans le tableau III ci-après (4).
- On voit que dans les liqueurs alcalines, le volume du dépôt commence par décroître quand la concentration augmente, passe par un minimum, puis augmente a nouveau. Notons seulement que si le sens du phénomène est toujours le même, les
- (4) Ces mesures, comme d’ailleurs les précédentes, ont été faites sur des kaolins de diverses origines (Limoges, Jonchères, etc.); on obtient, bien entendu, des nombres différents pour les diverses variétés, mais, dans tous les cas l’allure des phénomènes restait toujours la même.
- Fig. 3. — NH3; — 15 jours; — prélèvement sup. ultra-micros.
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- valeurs absolues des volumes varient avec la nature de la base, spécialement aux fortes concentrations.
- Tableau III.
- Dépôt dans les solutions de soude.
- Titre des liqueurs (molécule-gramme par litre). N/3 N/6 N/12 N/24 N/34 N/600 N/1 500 0
- Volume du dépôt (cm3)........................ 26,4 18,8 17 16,2 15,4 16,4 32,4 34
- Dépôt dans les solutions de potasse.
- Titre des liqueurs........................... N/3 N/6 N/12 N/24 N/36 N/300 N/l 200 N/2 400 0
- Volume....................................... 42 40 18 16,0 14,4 16 28 30 34
- Dépôt dans les solutions de lithine.
- Titre........................................ N/3 N/6 N/12 N/24 N/36 N/t 500 H20
- Volume....................................... 21,2 19,4 19 17,6 13,0 28,4 34
- Acide sulfurique.
- Titre........................................ N/30 N/300 N/l 800 N/3 000 N/6 000 0
- Volume....................................... 31,6 34,6 33,6 33,4 38,8 34
- Acide phosphorique.
- Titre........................................ N/30 N/300 N/l 500 0
- Volume....................................... 36,4 37,4 35,4 34
- Acide chlorhydrique.
- Titre........................................ N/30 N/300 N/3 000 0
- Volume....................................... 31,0 33,6 34,0 34
- Dans les solutions acides, les variations de volume sont moins accusées. Le minimum de volume n’apparaît pas. On est d’ailleurs rapidement arrêté par le fait qu’une attaque se manifeste quand la concentration de l’acide augmente.
- Les changements observés sont dus à la proportion d’eau interposée entre les particules. En effet, dans toutes les expériences, le volume final de l’ensemble liquide-dépôt reste le même : la proportion de liquide interposée est donc plus faible, et de beaucoup dans le cas du minimum de volume; en outre, on peut constater qu’une centrifugation énergique ramène toutes les épaisseurs de dépôt à la même valeur, quelle que soit la nature du milieu. Pour le montrer, nous avons délayé 2 g de kaolin dans 15cm3 de solutions sodiques et d’eau; nous laissions déposer 48 heures, puis nous centrifugions pendant 2 heures. Les volumes lus sont consignés dans le tableau IV.
- Tableau IV.
- Titre des solutions.............................. N/3 N/36 N/120 0
- Volume après centrifugation (cm3)................ 2,5 2,5 2,4 2,5
- Pour interpréter ces phénomènes, on petit envisager les deux explications suivantes :
- 1° Dans les milieux faiblement alcalins, il reste en suspension des particules ultra-microscopiques, animées du mouvement brownien, qui doivent exercer une certaine pression osmotique. Cette pression va tendre à comprimer le dépôt, ce qui n'aura pas lieu en milieu acide ou fortement alcalin. C’est là une généralisation de la théorie du gonflement des gels.
- 2° Les particules de plus petites dimensions peuvent se ranger en laissant entre
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- elles moins de vides que les g'rosses. Et la chose sera particulièrement marquée si 1 on se rappelle que les particules argileuses ont une structure lamellaire. Dans les milieux floculents, ces particules s accrochent les unes aux autres, formant des amas irréguliers et tombant rapidement en laissant entre elles des espaces importants. Au contraire, dans les milieux faiblement alcalins, les particules restent isolées, tombent lentement et, lorsqu elles arrivent au tond du vase, elles se présentent régulièrement disposées comme les cartes d’un jeu. posées les unes sur les autres.
- En ce domaine comme en bien d’autres, il est vraisemblable que les deux explications comportent chacune une part de vérité : il est en particulier tout à fait vraisemblable que les particules en suspension exercent une pression osmotique, bien que cette pression soit certainement faible et que je n’aie pas réussi à la mettre en évidence (pas plus, à ma connaissance tout au moins, que les divers expérimentateurs qui ont travaillé la question). Par contre, comme nous l’avons vu plus haut, un certain nombre de faits expérimentaux viennent confirmer la conception de M. H. Le Châtelier sur la structure lamellaire des particules argileuses.
- En outre, M. J.-J. Trillat, a, sur ma demande, cherché à déterminer la structure des particules constituant les dépôts solides au moyen de l’observation des spectrogrammes de rayons X. Les résultats obtenus confirment l’hypothèse de la structure lamellaire.
- Ces phénomènes sont évidemment en rapport avec les propriétés des pâtes obtenues en malaxant de l’argile avec de l’eau : on sait depuis longtemps que pour un même rapport entre le poids de l’argile sèche et la quantité d’eau utilisées pour la délayer, on obtient des pâtes plus ou moins liquides suivant que l’eau est pure ou additionnée de substances dissoutes. La question a été étudiée par les praticiens de la céramique en vue de la fabrication de la porcelaine par coulage, et on a reconnu que l’addition de traces d’alcali à l’eau de gâchage augmentait la fluidité des pâtes tandis que la présence des bases alcalino-terreuses la réduisait. Cela doit être rapproché des observations précédentes puisque nous avons vu qu’en somme une même quantité de kaolin, complètement gorgée d’eau, contenait une quantité de liquide bien moindre dans les milieux où la suspension est stable que dans les liquides floculents. J’ai fait à ce sujet les expériences suivantes : 100 g de kaolin étaient délayés dans des capsules avec 300 g d’eau pure, de soude N/120 et de soude N/3. Je disposais les trois capsules ainsi préparées dans un exsiccaleur à acide sulfurique, puis je procédais chaque jour à la détermination des indices d’Atterberger sur la consistance de la pâte obtenue. Pour cela, je déterminais le moment où un sillon tracé à la surface de la pâte laissait une trace visible (dickflüssige Konsistenz) puis celui où la pâte cessait de coller à une spatule. Ces consistances étaient atteintes pour les humidités suivantes (rapportées à 100 de kaolin sec).
- /re limite : avec l’eau pure, 87 ; — avec la soude N/120, 33, — avec la soude N/3, 98.
- 2me limite : avec l’eau, 52; — avec la soude N/120, 37 ; avec la soude N/3, 55.
- Pour une même proportion d’eau, la pâte sera donc plus fluide avec de la soude qu’avec de l’eau pure ou de la soude concentrée. La relation entre la floculation et la consistance de la pâte est ainsi manifeste.
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- LES COLLOÏDES ARGILEUX.
- MARS 1931.
- Bibliographie.
- (A) Voir en particulier Hall, J. of Amer. Chem. Soc., 6, 229,1923; Poste, Ibid., 8, 231, 1923; Bradfield, J. of Amer. Chem. Soc., 15, 1923-1925; Demolon, Thèse de doctorat, Paris, 1926.
- (B) Dubrisay et Astier, C. R., 5 novembre 1928.
- (C) Maschaupt, Land, ver, St., 83, 458, 1913.
- (D) Bottecher, Sprechsaal, t. XLII, p. 117 et suivantes, 1909.
- (E) Dubrisay, Astier et J.-J. Trillat, C. R., juillet, 1929.
- L'ORGANISATION DES GARES DE TRIAGE
- M. Rabourdin, ingénieur de la Compagnie des chemins de fer de l’Est, a remis à la Société le texte d’une intéressante conférence qu’il a faite le 28 avril 1930, au Groupe des X cheminots, sur l’organisation des gares de triage (1). Il a choisi, pour la décrire, une des plus importantes installations de la Compagnie de l’Est, celle de Blainville, munie des perfectionnements les plus récents.
- Ce qui frappe tout d’abord à la lecture de cette description, c’est l’énorme développement de ces installations, dont certaines occupent une longueur de 4 à 5 km sur 1 km de largeur, dont la construction coûte 200 millions de francs, et où passent journellement jusqu’à 6.000 wagons.
- Ces faits montrent que le simple transport des wagons d’un point à un autre n’est qu’une fraction du service des chemins de fer, et n’est pas ce qu’il y a de plus difficile à bien effectuer.
- Le triage, qui se fait par la gravité, soulève des problèmes compliqués : il s’agit de distribuer rapidement les wagons sur les faisceaux de débranchement, tout en évitant les chocs dangereux pour les chargements et le matériel. Au début des installations, les avaries étaient nombreuses ; grâce à une organisation savante, on est arrivé à un fonctionnement satisfaisant. En même temps, il s’agissait de rendre économique l’exploitation du triage, en évitant l’emploi d’un nombre démesuré d’agents et de locomotives de manœuvre.
- La conférence de M. Rabourdin montre comment ces résultats ont été obtenus.
- ed. sauvage.
- (1) Elle a fait l’objet d’une brochure (n° 10) publiée 17, rue de Londres, Paris (9e).
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- BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAG. POUR L’INDUSTRIE NATIONALE — MARS 1931.
- LOCOMOTIVES A GRANDE VITESSE A QUATRE ESSIEUX COUPLÉS DE LA COMPAGNIE DES CHEMINS DE FER DE L'EST.
- par M. Ed. Sauvage, membre du Conseil de la Société d’Encouragement.
- Le Bulletin de la Société (novembre 1930, p. 776) a donné quelques détails sur la locomotive à grande vitesse, à quatre essieux couplés, des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, locomotive qui figurait à l’Exposition de Liège.
- Les chemins de fer de l’Est avaient exposé à Liège une locomotive analogue, sur laquelle M. l’Ingénieur en chef Duchatel a bien voulu nous donner d’intéressants détails.
- Ces spécimens montrent que l’évolution de la locomotive à grande vitesse, manifestée par l’augmentation du nombre des essieux couplés, se poursuit toujours dans le même sens.
- On a commencé par employer la locomotive à essieu moteur indépendant, telle que la Crampton, qui a eu grand succès en France(t). En Angleterre, on a continué à employer jusque vers l’année 1900, un peu a titre exceptionnel, quelques locomotives à essieux indépendants, qui plaisaient par leur simplicité et leur élégance; mais, depuis longtemps, l’emploi de deux essieux couplés pour la grande vitesse était devenu général. Celles-ci ont fait place au type classique des locomotives à trois essieux couplés.
- Dans un discours prononcé le 10 janvier 1919 a la Société des Ingénieurs civils de France, M. A. Herdner a rendu compte avec détails de ces transformations, sous le titre : L’évolution de la locomotive à grande vitesse en France, de 1878 à1914, et l'influence de l'école alsacienne. Cette seconde partie du titre fait allusion au développement du système compound sur la locomotive.
- Aujourd’hui, on fait un pas de plus, et on ne craint pas de porter à quatre le nombre des essieux couplés des machines à grande vitesse. Le pas est même long, car, sans passer par le type à bogie et quatre essieux couplés (2 4 0), on a pris
- dès le début le type Mountain (2 — 4 — 1), donnant de vastes dimensions à la
- chaudière.
- La nécessité de cette augmentation continue dii nombre des essieux moteurs résulte de ce que la locomotive n’est pas une machine complète : elle ne fonctionne qu’en liaison avec les rails qui la portent. Mais cette liaison n’est assurée que d’une manière imparfaite par l’adhérence des roues sur les rails, adhérence sujette à de
- grandes variations. . , ,
- La liaison de la locomotive et du rail soulève plusieurs problèmes qui ont ete l’objet d’importantes études, mais qui semblent pouvoir toujours donner lieu à de nouvelles solutions.
- Ce sont : la détermination du poids admissible par essieu ; celle des profils du rail et du mentonnet des bandages; les moyens de toujours obtenir une adhérence suffi-
- (i) Une des premières locomotives Crampton, sous sa forme primitive, sera l’un des ornements de la gare monumentale de l’Est à Paris.
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- santé; le jeu qui doit exister entre le rail et le mentonnet; le moyen de réduire le frottement des mentonnets contre les rails.
- En ce qui concerne la charge par essieu, on se contente souvent d’imposer une limite statique, la locomotive étant immobile, tandis qu’en marche, des charges supplémentaires se produisent périodiquement, charges qui croissent comme le carré de la vitesse. On évite ces surcharges en équilibrant toutes les pièces tournantes, et en n’équilibrant pas les perturbations horizontales dues au mouvement du mécanisme. L’emploi de quatre cylindres réduit, d'ailleurs, l’importance de ces perturbations. Toutefois l’équilibre vertical n’est pas parfait : il est troublé par l’obliquité des bielles motrices et par l’inclinaison des cylindres, qu’on ne peut toujours éviter.
- La détermination de la charge admissible dépend d’ailleurs de nombreux éléments. Sur les grandes lignes de l’Est et du Paris-Lvon-Méditerranée, on ne dépasse guère 18,5 t par essieu comme charge statique.
- L’adhérence, d’une part, est proportionnelle à la charge de la roue, mais, d’autre part, elle dépend d’un coefficient fort variable, qui dépasse rarement 0,2, mais descend jusqu’à de très faibles valeurs. Pour qu’elle soit suffisante, on agit d’abord sur le premier élément, le poids ; la charge par essieu étant limitée, on est ainsi conduit à multiplier de plus en plus le nombre des essieux moteurs.
- Quant au coefficient d’adhérence, on arrive bien, par l’emploi du sable, et parfois par le lavage des rails, à le relever quand il est trop faible. Toutefois, la mise en œuvre de ces moyens est un peu rudimentaire; en ce qui concerne le sable, à moins d’une complication inadmissible de tuyauteries, qu’on ne saurait guère maintenir en bon état, on n’arrive pas à faire pénétrer le sable en même temps sous toutes les roues.
- La tendance actuelle semble être de réduire de plus en plus le jeu entre rail et mentonnet, pour les roues directrices des bogies et bissels ; certains ingénieurs estiment même qu’on devrait le supprimer complètement, en se limitant à la faible tolérance nécessaire. Ce jeu dépend d’ailleurs de cotes réglées par conventions internationales, surtout pour le matériel roulant, plus que pour les locomotives, qui ne quittent guère leur réseau d’origine.
- Dans les courbes, le frottement du mentonnet contre le rail cause une résistance importante, mise en évidence par une usure rapide. Puisqu’il s’agit du jeu d’organes qui font partie de la machine complète, il semble qu’en principe des dispositions de graissage devraient être adoptées. Il en existe bien quelques-unes, mais d’un emploi assez restreint.
- Le schéma de la locomotive Mountain à grande vitesse de l’Est a été donné, en 1927, dans la 8e édition de La machine locomotive, par Ed. Sauvage (fig. 288, p. 292). Les dimensions indiquées pour ce premier exemplaire de la machine ne présentent que des différences insignifiantes avec celles de la machine exposée à Liège, sauf en ce qui concerne le diamètre des cylindres à basse pression, porté de 610 à 660 mm, et le timbre de la chaudière, augmenté d’une unité.
- De même que la machine de Paris-Lyon-Méditerranée, c’est une compound à quatre cylindres. Le diamètre des roues motrices, 1,950 m, est, à peu de chose près, un des plus grands usités aujourd’hui pour la grande vitesse : on est loin du
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- diamètre de 2,300 m de certaines Crampton, diamètre qui a même été dépassé en Angleterre.
- Les diamètres des cylindres sont 4o0et660 mm, avec course de 720 mm. Ils sont un peu plus petits que ceux de la machine Paris-Lvon-Méditerranée, dont les roues ont un diamètre un peu moindre; à égalité de pression, l’effort de traction serait donc un peu moindre, mais il est encore supérieur à ce que peut utiliser l’adhérence, 15 t.
- La grille a une surface de 4,43 m2; la surface de chauffe est de 217,61 m», et celle de surchauffe, de 92,57 m2. La chaudière est timbrée à 17 hpz iJ. Ce timbre est porté à 20 hpz sur de nouvelles commandes de ce type de machine.
- Le foyer est prolongé par une chambre de combustion, obtenue tout en conservant aux tubes à fumée une grande longueur (5,900 m).
- Le surchauffeur est du type DM (Duchatel-Mestre), actuellement monté sur toutes les locomotives modernes du réseau de l’Est. Il est décrit dans la 8e édition de La machine locomotive, par Ed. Sauvage (fig. 83, p. 74). Les éléments, au nombre de 30, sont placés dans des tubes à fumée de 130 mm de diamètre intérieur; le circuit aller est constitué par quatre tubes aplatis montés en parallèle, et le circuit retour par un seul tube cylindrique. On obtient ainsi, pour une même section de passage de la vapeur, une grande surface de chauffe, tout en laissant une bonne section de passage pour les gaz du foyer.
- Ce surchauffeur donne couramment à la vapeur des températures de 350° à 375°, pouvant même atteindre 400°. On dépasse donc notablement l’ancienne limite souvent indiquée de 350°.
- Des tiroirs à longue course offrent à la vapeur de larges sections de passage. Les ingénieurs de l’Est estiment qu’on obtient ainsi les mêmes avantages qu’avec des soupapes commandées par cames oscillantes. Ce n’est qu’avec des cames rotatives qu’ils pensent que les soupapes pourraient améliorer encore la distribution de vapeur.
- L’alimentation de la chaudière est assurée par un înjecteur réchauffeur à vapeur d’échappement Metcalfe2 (3) 4, et, en cas de besoin, par un injecteur ordinaire non aspirant.
- Diverses dispositions, d’ailleurs déjà précédemment adoptées, sont à signaler.
- L’attelage entre locomotive et tender comporte une cheville creuse de 180 nmi de diamètre, maintenue dans les portées du caisson arrière de la machine, sans aucun ressort. Le long de cette cheville peut coulisser une rotule sphérique mobile dans une chape fixée sur le caisson avant du tender1*1. Cet attelage permet, d’une part, les dénivellations verticales, et, d’autre part, l’orientation et le gauchissement du tender par rapport à la machine. Il procure, en outre, le grand avantage de donner dans la cabine une plate-forme unique, celle de la locomotive, qui se prolonge sous le plan de pellage du tender, de sorte que les agents ne se trouvent plus sur deux planchers animés de mouvements quelconques, comme c’est le cas sur les anciennes machines.
- (2) L'hectopièzc (hpz), unité de pression légale, employée pour le timbrage des chaudières, vaut 1,02 kg /cm2.
- (3) Voir le Bulletin de la Société d'Encouragement, 1923, p. 302.
- (4) Voir La machine locomotive, par Ed. Sauvage, 8e édition, fig. 301, p. 308.
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- Les cheminées, très courtes, des locomotives modernes donnent lieu à un rabattement de vapeur le long de la chaudière, qui obstrue la visibilité à travers les hublots. Ce rabattement tient à ce qu’un vent latéral crée derrière le corps cylindrique une dépression qui appelle les produits gazeux rejetés par la cheminée.
- On corrige cet effet en munissant l’avant de la locomotive de deux tôles verticales placées de part et d’autre de la boîte à fumée, dans des plans parallèles à l’axe longitudinal de la machine. Cet effet, sur la direction des filets gazeux, est fort curieux, d’autant plus que la surface de chacune de ces tôles ne dépasse pas 1,6 m2. Les voyageurs qui les remarquent se demandent vainement à quoi elles peuvent servir.
- Ces locomotives permettent la remorque, sur les lignes de l’Est, des trains les plus rapides avec des charges de 600 et 700 t.
- Ajoutons qu’on trouvera une description de tout le matériel moteur des chemins de fer exposé à Liège, par M. Lasson, dans la Revue générale des chemins de fer, 1931, 1er sem.. p. 195.
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- BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ d’eNCOURAG. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — MARS 1931.
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ CONSEIL D’ADMINISTRATION
- SÉANCE PUBLIQUE DU 14 FÉVRIER 1931.
- Présidence de M. Louis Mangin, ‘président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Sont présentés pour devenir membres de la Société et admis séance tenante :
- I’Association des Ingénieurs du Conservatoire des Arts et Métiers, 14, avenue Émile-Deschanel, Paris (7e), présentée par M. Sauvage et M. Charles ;
- M. Blondel (Fernand) (£), Ingénieur en chef des Mines, secrétaire général du Comité d’Études minières pour la France d’Outre-mer, 7, rue de Madrid, Paris (8e), présenté par M. Gruner et M. Lemaire (membre à vie);
- M. Gall (François), ingénieur, directeur à la Société d’Électrochimie, d’ÉIectrométallurgie et des Aciéries électriques d Ugine, 10, rue du Général-Foy, Paris (8e), présenté par M. Lemaire.
- M. Mangin, président. — Je tiens à attirer votre attention sur ce qu un de nos nouveaux membres, M. François Gall, est le fils de notre regretté collègue du Conseil, qui a tenu à ce que son nom continue à figurer sur notre annuaire. Nous le remercions très vivement de cette marque de sympathie pour notre Société.
- M. Mangin, président. — J’ai le profond regret de vous annoncer la mort de notre collègue du Conseil, M. Jean-Marc Bel, qui faisait partie du Comité de Commerce. M. J.-M. Bell était Ingénieur civil des Mines; il avait accompli la presque totalité de sa carrière dans les colonies tant comme ingénieur attaché aux services d’exploitation, que comme prospecteur et explorateur. Ses travaux de recherches les plus remarquables ont été exécutés au Congo et au Maroc. Il était vice-président de la Société française des Ingénieurs coloniaux et officier de la Légion d’honneur. Nous adressons nos très vives condoléances à Mme Jean-Marc Bel qui fut presque toujours la compagne de son mari au cours de ses missions coloniales même les plus pénibles.
- M. Mangin, président. — En payant leur cotisation de membre poui l’année 1931, M. José V. Diaz Valentin nous a versé 35 fr, et M. Fer-
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- COMPTES RENDUS DES SEANCES. — MARS 1931.
- nand Weber, 40 fr. Ces sommes seront portées au compte du Bulletin, poste le plus chargé de notre budget. J’adresse nos remerciements à ces généreux donateurs et j’exprime le vœu qu’ils trouvent de nombreux imitateurs.
- M. de Fréminville, secrétaire général, présente et analyse des ouvrages récemment entrés dans la Bibliothèque :
- U organisation d’un service de vente, par L. Uiiwick. Traduit de l’anglais par Louis Ange. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1931 ;
- Les examens d'aptitude professionnelle. Théorie et pratique, par Fran-ziska Baumgarten. Traduit de l’allemand par Marcel Thiers. Paris, Dunod, 1931;
- Exploitation des bois, par A. Fron (Encyclopédie agricole publiée sous la direction de M. G. Wery). Paris, J.-B. Baillière et fils, 19, rue Hautefeuille (6e), 1931;
- Commutatrices et convertisseurs rotatifs, par M. Barrère (Encyclopédie d’électricité industrielle). Paris, J.-B. Baillière et fils, 1931;
- Compagnie des Chemins de fer de l’Est. — Notes sur le matériel présenté à l'Exposition internationale de Liège 1930 ;
- Académie des Sciences. •— Séance publique annuelle du lundi 15 décembre 1930. Discours de M. Léon Lecornu, président de l’Académie. Paris, Gau-thier-Yillars et CiR, 1930. (Don de M. Lecornu, membre du Conseil d’Admi-nistration) ;
- Leçons de chimie analytique, par Alcide Jouniaux. Paris, Hermann et G"’, 6, rue de la Sorbonne (5e), 1931.
- M. Serge Beaune, peintre-graveur, fait une communication sur son Procédé dimpression mécanique des eaux-fortes, pointes sèches, héliogravures, etc., en noir et en couleurs, en une seule passe.
- Les gravures sur bois en couleurs s'imprimenl avec autant de planches qu’il y a de couleurs, cl chaque tirage est repéré sur le papier, les couleurs différentes venant s’y juxtaposer ou, le cas échéant, s’y superposer.
- La lithographie en couleurs (quelquefois jusqu’à 12 couleurs! est aujourd’hui employée surtout pour 1’impression des affiches et des images religieuses. Pour chaque couleur ou ton. il y a une pierre différente. Il faut donc autant de tirages, et repérés comme pour la gravure sur bois, qu’il y a de couleurs. Il est vrai que des machines perfectionnées effectuent ce travail très rapidement.
- La gravure en taille-douce, au burin ou à l’eau-forte, en noir et surtout en couleurs, ne se prête qu’au tirage à la main: elle demeure un objet de luxe.
- Le procédé photomécanique de la trichromie exige trois clichés dont les trames sont en relief (typographie). Pour les travaux soignés, il faut un quatrième cliché (pour le gris ou le noir), dit d'enveloppe. Les repérages successifs de ces trois ou
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — SÉANCE PUBLIQUE DU 14 FÉVRIER 1931. 189
- quatie tirages sur le papier sont extrêmement délicats; ils exigent une machine précise et un montage très soigné.
- L héliogravure au grain d aquatinte, c’est-à-dire sans trame, s’imprime à la main comme la gravure en taille-douce; le procédé de M. S. Beaune, relevant de ce genre d’impression, il convient de le décrire sommairement.
- Une planche de cuivre est recouverte d’un vernis, puis de noir de fumée. L artiste y exécute son dessin avec une pointe d’acier, en mettant le cuivre à découvert sur certains points ou lignes. Il attaque ensuite le cuivre ainsi mis à nu par l’acide azotique ou le perchlorure de fer. Quand il juge que les traits fins sont assez profonds, il rince la planche, la sèche et recouvre les traits fins de vernis au pinceau; il attaque ensuite de nouveau à l’acide et répète ainsi les mêmes opérations 4 ou 5 fois, pour des traits de plus en plus'gros. Pour obtenir les teintes et demi-teintes correspondant aux parties qui n’ont pas été attaquées du tout et qui donneraient des blancs purs au tirage, il procède à leur dépolissage ou grainage. La planche est nettoyée à nouveau; l’artiste y dépose, au moyen d’un ventilateur spécial, une couche de poudre de résine plus ou moins fine ; puis il chauffe légèrement la planche : les grains s’y fixent. L’artiste y réserve des blancs purs en y passant du vernis au pinceau, puis il attaque de nouveau au moyen de l’acide, et nettoie définitivement la planche.
- Pour le tirage, les encres de couleurs différentes sont déposées à la main par l’artiste dans les tailles, au moyen de tortillons d’étoffe dits poupées; le tirage s’exécute à la presse à bras et en une seule passe. Pour chaque gravure, l’ensemble des opérations de tirage dure de 15 minutes à plusieurs heures.
- Dans le procédé S. Beaune, cet encrage se fait mécaniquement; il en est de même de l’essuyage de l’excès d’encre et du passage de la feuille de papier sous la presse.
- La machine est pourvue de rouleaux encreurs spéciaux à surface légèrement plastique, à raison d’un par couleur. La planche étant fixée sur le chariot, elle est encrée à la main en noir : la machine est alors mise en marche; la pression des rouleaux a été réglée de façon que chacun reçoive l’impression de l’image à tirer, et à la place exacte qu’il devra occuper pendant le tirage en couleurs. Les rouleaux sont retirés et, au moyen de couteaux spéciaux, on y enlève toutes les parties qui ne doivent pas prendre la couleur. Les rouleaux sont remis exactement à leur place grâce à des repères. La prise des empreintes dure 15 minutes.
- Le volume d’encre à déposer est déterminé mécaniquement. L’essuyage et le nettoyage du rouleau essuyeur s’effectuent aussi mécaniquement. La machine, réglée une fois pour toutes, peut tirer, à plat ou à la rotative, en une seule passe, un nombre pratiquement illimité d’exemplaires, à la cadence de 360 feuilles à l’heure. e. l.
- M. Mesnager. — Le film que vous nous avez présenté ne montre qu’un seul tirage, en noir probablement, obtenu au moyen d’une planche gravée en creux à la main, ; il ne correspond donc pas au tirage en couleurs.
- M. S. Beaune. — On n’a représenté que le seul encrage en noir parce que le film ne pouvait guère montrer quelque chose de plus pour le tirage en couleurs.
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- M. Ancel. — Votre procédé doit consommer une quantité considérable de dissolvant puisque l’encrage se fait sur toute la surface de chaque rouleau, alors qu’il n’est utile que pour une fraction et que le reste doit être essuyé, donc perdu.
- M. S. Beaune. — Avec la machine actuelle, marchant tous les jours, la consommation est de 50 à 60 litres par mois ; mais ce dissolvant est récupéré par distillation.
- M. Ancel. — Est-ce que vos encres ne sèchent pas?
- M. S. Beaune. — Si, comme c’est le cas, elles occupent un grand volume, les pertes par dessiccation sont insignifiantes.
- M. Ancel. — Le rouleau essuyeur paraît marcher continuellement. Il doit falloir le nettoyer?
- M. S. Beaune. — Il y a un dispositif qui permet de le nettoyer complètement tous les deux tours.
- M. Mangin, président. — Comme suite àla présentation que M. Serge Beaune vient de nous faire, je vous informe que les membres de notre Société sont invités à voir en marche la machine qui nous a été décrite. Cette visite aura lieu le lundi 23 février, dans les ateliers de la Société des Procédés Serge Beaune, 33, rue de Saint-Maur, à Créteil. Le rendez-vous est à 15 h. à cette adresse. Des explications complétant celles que vous venez d’entendre seront données sur cette intéressante machine. Je remercie M. Serge Beaune de sa communication. Nous serons heureux d’en donner le texte dans notre Bulletin, accompagné de figures explicatives et de spécimens des résultats qu’elle fournit et que vous avez pu apprécier par ceux qui viennent de passer entre vos mains.
- La séance est levée à 18 h. 30 m.
- SEANCE PUBLIQUE PUBLIQUE DU 28 EÉYB1EB 1931 Présidence de M. Louis Mangin, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- M. Mangin, président. — J’ai le plaisir de vous annoncer que le lieutenant-colonel Paul Renard, membre de notre Conseil depuis 1909 et faisant partie du Comité des Arts économiques, dont il est actuellement le président, vient d’être promu commandeur de la Légion d’honneur au titre du
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- Ministère de l’Air. Nous adressons à notre sympathique et dévoué collègue nos plus chaudes félicitations.
- M. de Fréminville, secrétaire général, présente et analyse quelques ouvrages entrés récemment dans la Bibliothèque :
- Don de M. Michel-Schmidt, membre du Conseil d’Administration.
- Les travaux d'extension du port du Havre, par Maurice Michel-Schmidt (ex Mémoires de la Société des Ingénieurs civils de France. Bulletin de juillet-sept. 1924). Paris, Société des Ingénieurs civils de France, 19, rue Blanche (9e);
- Batterie des Maures. Ilot artificiel de lancement pour essais de torpilles automobiles, par M. Michel-Schmidt (ex Mém. de la Soc. des Ingén. civils de France, Bull, de janvier 1909). Paris;
- Le bassin à flot de la Société de la Gironde à Bordeaux, par M. Michel-Schmidt (ex Mém. de la Soc. des Ingén. civils de France, Bull, d’avril 1910). Paris;
- Montages des ponts et charpentes, par M. Michel-Schmidt (ex Mém. de la Soc. des Ingén. civils de France, Bull, de sept. 1900). Paris.
- Faut-il tenter d1 organiser plus rationnellement l’industrie chimique? par J.-P. Lugrin (ex Chimie et Industrie, novembre 1930). Paris, Chimie et Industrie* 49, rue desMathurins (8e). (Don de l’auteur);
- Traitement industriel et rationnel des sous-produits d'abattoirs et des déchets organiques. Industries annexes, par René Planchon. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6°), 1931;
- Théorie succinctey description, conduite et entretien du moteur Diesel, par Y. Le Gallou et F. Bonhoure. 3° édition. Paris, Dunod, 1931 ;
- Les chaudières à vapeury par Charles de Bie. 2e édition. Paris, Dunod, 1931 ;
- Le Conservatoire national des Arts et Métiers. Haute école d’application des connaissances scientifiques. Programmes. Paris, Librairie Vuibert, 63, boulevard Saint-Germain (5°) (Don du Conservatoire national des Arts et Métiers).
- M. André Nessi, membre du Conseil de la Société d’Encouragement, fait une communication sur Les propriétés thermiques des matériaux de construction et l'étude de la transmission discontinue de la chaleur à travers les parois des bâtiments.
- Par un choix et un emploi judicieux des matériaux et notamment des isolants qui entrent dans la construction des murs extérieurs, on peut réduire dans de fortes proportions la consommation de combustible nécessaire pour un chauffage central. Pour chaque bâtiment, il est possible de mettre en parallèle les dépenses qui
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- peuvent résulter dans certains cas de l'emploi de matériaux isolants spéciaux — il en existe aujourd’hui qui donnent toute garantie de solidité et de quasi imperméabilité à l’air, à l’eau et à la chaleur — et les économies d’exploitation qui résultent d’un meilleur isolement, économies auxquelles vient s’ajouter la réduction de prix de l’appareil de chauffage et de l’installation (canalisations et radiateurs qui peuvent être réduits). Le cas se complique si le chauffage est discontinu. Il nécessite une étude particulière.
- L’évaluation des pertes de chaleur par les murs en régime discontinu suppose, pour chaque cas particulier, non seulement, comme en chauffage continu, la connaissance des coefficients de conductibilité des matériaux du mur et ceux de transmission de la chaleur entre ces matériaux et l’air, mais aussi de leur densité et de leur chaleur spécifique.
- Pour une même matière, l’humidité persiste d’autant plus longtemps que sa densité est plus grande, donc qu’elle est moins poreuse. La porosité, cependant, ne doit point favoriser la pénétration de l’eau des pluies, et il faut faire, le cas échéant, des enduits qui l’empêchent. Le régime d’humidité d’un mur n’est souvent atteint qu’après deux ou trois années de chauffage
- Tous ces coefficients et grandeurs peuvent être déterminés au laboratoire.
- Quand on laisse un espace vide d’air dans un mur, la détermination, par l’expérience ou le calcul, de la quantité de chaleur qu’il transmet devient difficile. L’étude de ces murs complexes a permis cependant de dégager quelques lois intéressantes. Ainsi, on peut diminuer n fois la conductibilité d’un espace d’air en le divisant en n intervalles. On a déduit de ce fait que : le remplissage d’un espace d’air par un corps finement pulvérisé et de faible conductibilité, entre certaines limites, diminue la transmission de chaleur; les corps poreux les plus calorifuges ne peuvent avoir un coefficient de conductibilité À inférieur à celui de l’air calme; pour un corps solide, la conductibilité X augmente avec sa densité.
- En collaboration avec M. Nisolle, l’auteur a établi une méthode graphique qui permet de déterminer le flux de chaleur qui traverse un mur quelconque dans des conditions données de températures extérieure et intérieure, ces deux températures variant de façon connue. L’appareil qui exécute cette détermination comprend un planimètre et un système cinématique dont certains points se déplacent sur des courbes représentant deux fonctions connues tracées préalablement. Cet appareil se place et se manœuvre sur une planche à dessin.
- L’expérience et le calcul montrent que pour des locaux (pii ne doivent être chauffés que pendant une courte fraction de la journée, le corps isolant, ou le vide d’air, doit être placé le plus près possible du parement interne des murs extérieurs. Si sa distance à ce parement croît, l’isolant peut perdre rapidement et complètement son efficacité. Dans le chauffage continu, sa position est indifférente.
- Par la méthode de M. A. Nessi, on peut calculer, avec une approximation suffisante pour la pratique, l’économie de combustible que procurera l’emploi d’un dispositif d’isolation donné.
- K. L.
- M. le colonel P. Renard. — Si un bâtiment est construit comment peut-on l’améliorer?
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- BIBLIOGRAPHIE.
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- M. A. Nessi. — Il faut le calorifuger intérieurement; certains papiers de tenture, les lambris de bois donnent déjà de bons résultats, surtout si le chauffage est discontinu.
- M. Mangin, président. — Je remercie notre collègue M. André Nessi de la conférence si pleine de faits qu’il nous a donnée et dont le texte trouvera sa place dans notre Bulletin.
- La séance est levée à 18 h. 45 m.
- BIBLIOGRAPHIE
- Les embranchements industriels et leur utilité, par R. Godfernaux, Ingénieur des Arts et Manufactures, directeur de la Revue générale des chemins de fer. Une br. (30x21 cm), de 31 p., fig. Ex Revue générale des chemins de fer. février 1931, Dunod, éd., 92, rue Bonaparte, Paris (6e). Index : 636.2
- M. R. Godfernaux a remis à la Société une importante étude sur Les embranchements industriels et leur utilité, extraite de la Revue générale des chemins de fer. Cette étude en expose notamment avec détail le régime légal.
- Les avantages en sont nombreux, tant pour l’industriel raccordé, qui n’a plus à effectuer de transports par camions entre gare et usine, que pour le chemin de fer transporteur : les gares sont dégagées et le matériel est libéré beaucoup plus vite car les délais de chargement et de déchargement des wagons sont fortement réduits sur ces embranchements.
- L’établissement en a été souvent contrarié par les exigences de propriétaires dont les terrains sont empruntés, et d’administrations publiques refusant d’autoriser la traversée déroutés. Il est désirable que les oppositions de ce genre puissent être surmontées.
- Le nombre des embranchements particuliers augmente d’ailleurs assez rapidement en France : de 3.803 au 1er janvier 1914, il est passé à 6.213 au 1er janvier 1929.
- ED. SAUVAGE.
- Produits d’entretien ; formulaire des spécialités industrielles de produits chimiques et droguerie, par A. Chemist (Collection « Tous les trucs du praticien »). Un vol. (23 x 14 cm), de vi-l-149 p., 28 fig. Librairie polytechnique Ch. Béranger, édit., 13, rue des Saints-Pères, Paris (6e), 1930. Index : 66
- Ce petit ouvrage de 130 pages n’est qu’un formulaire de nombreux procédés de préparation de spécialités industrielles, de produits chimiques et de droguerie. C’est en quelque sorte un recueil de formules très utiles à connaître dans un laboratoire; il est divisé en 12 chapitres concernant les formules sur les peintures, les vernis, les cires, les cirages, les huiles, les graisses, les brillants, les détersifs, les tinctoriaux, les antiseptiques et désinfectants, les antiparasites. Il donne quelques
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- BIBLIOGRAPHIE.
- MARS 1931.
- indications sur les appareils courants concernant le broyage, le moulage et l’exécution des mélanges, et enfin quelques directives commerciales.
- Cet opuscule trouvera son emploi dans tous les laboratoires dans lesquels le chimiste, souvent très embarrassé, sera très heureux de trouver sous la main et sous une forme très condensée les formules qu’il serait long de se procurer dans la bibliographie.
- A. TRILLAT.
- La Lorraine métallurgique, par Axel Somme. Un vol. (25 x 17 cm), de vm 250p.,
- 14 reproductions photographiques hors texte et 12 cartes ou graphiques. Editions Berger-Levrault, 5, rue Auguste-Comte (6e). Paris, 1930. Index 669
- La Lorraine métallurgique a pour raison d’être et pour base un gisement de minette qui, avec ses cinq millions de tonnes exploitables de minerai de fer, représente à lui seul plus de la moitié des réserves totales de l’Europe et se trouve dépassé seulement par les vastes gisements du Lac Supérieur aux États-Unis.
- C’est, ainsi que M. Axel Somme précise, dès l’introduction de son livre, l’importance du bassin sidérurgique lorrain, qui produit 10 millions de tonnes de fonte par an en utilisant près des 2/3 du minerai de fer lorrain extrait annuellement, soit 32 millions de tonnes sur 50 extraites dans tout le bassin. Cette extraction intensive du minerai peut donc épuiser le bassin en 100 ans, si le gisement ne se prolonge pas en profondeur vers l’Ouest.
- Le minerai lorrain est un minerai pauvre (teneur en fer 30 à 40 p. 100) donnant une fonte phosphoreuse, et c’est la découverte du procédé de Thomas, en 1878, permettant de déphosphorer l’acier, qui a permis le développement actuel de la Lorraine métallurgique. L’ancienne industrie du fer en Lorraine, établie sur les cours d’eau, utilisait seulement en effet les petits gisements de minerai riche.
- Les recherches entreprises après la guerre de 1870, aboutirent à la reconnaissance de riches terrains miniers, dans la vallée de l’Orne près d’Homécourt et un peu plus tard entre la vallée de l’Orne et le bassin de Longwy; vers 1900, tout le bassin de Briey était connu sur son étendue actuelle.
- Entre temps, la découverte des deux ingénieurs anglais Thomas et Gilchrist avait donné le moyen de débarrasser l’acier obtenu au convertisseur Bessemer du phosphore qui le rendait cassant, en modifiant seulement à cet effet le garnissage du convertisseur qu’ils formaient de dolomie basique au lieu de la silice toujours employée jusque-là.
- D’autre part, les scories de déphosphoration provenant du garnissage de la cornue contiennent de la chaux et de l’acide phosphorique et constituent à ce titre un engrais excellent. Le procédé Thomas provoqua dès lors dans une certaine mesure la migration des hauts fourneaux des bassins houillers vers les régions minières. Les grandes sociétés métallurgiques du Centre et de la Loire acquirent des intérêts considérables en Lorraine, et, à la fin du dernier siècle, l’âpreté de la concurrence résultante provoquait un fort mouvement de concentration.
- La concentration dite « verticale » amena la création d’ensembles industriels complets, comprenant des hauts fournaux qui peuvent envoyer la fonte à l’état liquide à l’aciérie Thomas, et celle-ci envoie les lingots d’aciers incandescents aux laminoirs, ce qui représente une économie de combustible considérable.
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- Les bassins métallurgiques de Lorraine comprennent : la région de Longwy, la région de Nancy, le Luxembourg, le bassin de Metz-Thionville, la vallée de l’Orne utilisant un minerai exclusivement calcaire.
- Apres cet expose de la question minière, l’ouvrage de M. Axel Somme examine l’état de la sidérurgie dans les bassins houillers voisins de la Lorraine, et discute la question primordiale de 1 approvisionnement en coke des hauts fourneaux lorrains, qui ont cherche a se rendre indépendants a ce point de vue de leurs fournisseurs de la Ruhr.
- Il insiste en particulier sur la nouvelle orientation adoptée après la période de reconstruction des usines sinistrées et il montre en passant que la métallurgie allemande de la Ruhr a su largement réparer les pertes résultant de la défaite allemande par la concentration et la rationalisation des anciennes sociétés métallurgiques, de telle sorte que la puissance industrielle de la Ruhr égale ou même dépasse aujourd’hui celle des bassins lorrains réunis.
- La Ruhr compte 21 usines avec 77 hauts fournaux qui produisaient, en 1927, 1.014 millions de tonnes de fonte, c’est-à-dire plus que toute la région de minette lorraine, la production d’acier brut se montant à 13 millions de tonnes contre 8 millions en Lorraine, celle des produits finis à 10 millions contre 4,6 millions en Lorraine. Les minerais lorrains importés n’atteignent pas la moitié des chiffres d’avant-guerre, et sur 15.975.000 t de minerai consommé en 1920 par les hauts fourneaux de la Ruhr, 7.199.000 t viennent de Suède; le reste vient d’Espagne, d’Afrique du Nord et des bassins miniers allemands de la Lahn, de la Sieg et de la Bill.
- La puissance de la métallurgie lorraine et la place qu’elle occupe sur le marché mondial sont bien mises en valeur dans cet ouvrage et nous voyons notamment que l’exportation des produits sidérurgiques français est passée de 1.021 milliers de tonnes en 1913 à 4.921 en 1927.
- Les difficultés de recrutement de la main-d’œuvre ne sont pas une des moindres entraves au développement de la métallurgie lorraine ; aussi a-t-il fallu construire d’importantes cités ouvrières pour chercher à fixer la main-d’œuvre étrangère.
- Les œuvres de prévoyance sociale ont fait l’objet des soins vigilants des industriels lorrains, ainsi que le montre M. Axel Somme qui étudie en outre la répercussion sur l’agriculture de la région lorraine du développement prodigieux de l’industrie métallurgique.
- L’ouvrage conclut en indiquant que, aussi bien au point de vue du placement des produits métallurgiques que de l’intérêt général français, il importe de développer les possibilités d’absorption du marché intérieur français, car nous avons tout intérêt à exporter davantage à l’avenir des produits finis plutôt que des demi-produits, ou même de la fonte. On peut observer en effet que les importations françaises de machines restent toujours très considérables.
- La métallurgie lorraine est orientée surtout vers l’exportation, et spécialisée dans les gros produits plutôt que dans les articles plus élaborés et plus légers; mais les efforts des industriels français doivent s’attacher à l’heure actuelle à obtenir des produits de finissage de plus en plus poussé, susceptibles d’être utilisés par la clientèle française.
- L. BACLE.
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- MARS 1931.
- Lignes électriques et postes à haute tension et règlement s'y rapportant. (Arrêté ministériel du 30 avril 1927 et commentaires pour son application), par Alfred Soulier, ingénieur-électricien. Un vol. (19x12 cm), de 283 p., 83 fîg. Librairie Garnier, éd., 6, rue des Saints Pères, Paris (6e), 1930. Prix, broché : 10 fr. Index : 621.316.1
- Au moment où la France tire parti de ses richesses hydrauliques, et où des lignes de transport d’énergie sont établies dans les régions même les plus reculées, où des postes aériens de transformation élèvent leurs grêles silhouettes dans le voisinage des agglomérations, l’ouvrage récent de M. A. Soulier, Les lignes à haute tension, arrive à son heure.
- Le public, toujours si intéressé par les développements incessants de l’électricité, y apprendra le rôle des divers appareils d’allure quelque peu rébarbative que contiennent ces postes. Il sera mis au courant des difficultés qui se sont élevées pour la protection des lignes contre la foudre, la coupure de courant d’une puissance de plus en plus grande et d’une tension qui peut dépasser 100.000 V.
- Cet ouvrage, qui vient compléter la liste déjà nombreuse écrite par le même auteur et qui constitue une véritable encyclopédie moderne de l’électricité, présente les mêmes qualités que les précédents.
- M. A. Soulier s’y montre un vulgarisateur consciencieux et auquel son passage dans l’enseignement donne une grande clarté.
- Renfermant les règlements administratifs concernant les installations électriques, il sera également consulté avec fruit par les ingénieurs chargés des installations.
- L’auteur n’a pas manqué d’attirer l’attention sur les dangers que peut présenter pour les usagers le courant électrique, même à basse tension; il donne les conseils permettant de les éviter, et la marche à suivre en cas d’accident.
- CH. FÉRY
- Microbiologie appliquée à la fertilisation du sol (3e éd.), par Edmond Kayser,
- Ingénieur agronome. (Encyclopédie agricole publiée sous la direction de
- G. Wery). Un vol. (19x12 cm), de 364 p., 51 fig. J.-B. Baillière et fils, édit.,
- 19, rue Hautefeuille, Paris (6e), 1930. Index : 576.8 h-631.1
- Le sol n’est pas une matière inerte comme on le croyait autrefois; il est vivant et les micro-organismes qui le peuplent exercent des transformations de la plus haute importance pour la plante. Ce sont ces transformations que M. Kayser va développer.
- Après avoir exposé en un court résumé les propriétés, les modes de culture, les préparations des micro-organismes, il examine leur répartition dans le sol, explique le mécanisme de la fatigue du sol et les effets de la stérilisation.
- La formation de l’humus et les transformations du fumier retiennent notre attention ; une abondante documentation sur les diverses fermentations dont il est le siège nous permettent de comprendre les dispositions adoptées pour en augmenter la valeur.
- La nitrification connue déjà au xvme siècle où l’on exploitait les salpêtrières
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- sans connaître la cause de ces formations est maintenant connue et M. Kayser nous explique les conditions dans lesquelles la nitrification s’exerce. Elle exige comme on sait l’action successive de trois séries de micro-organismes; ceux qui transforment les matières azotées en ammoniaque, les ferments nitreux transformant l’ammoniaque en nitrite, et les ferments nitriques transformant les nitrites en nitrates.
- Une documentation très abondante nous fait connaître les circonstances qui favorisent ou entravent ce phénomène.
- La dénitrification, inverse du phénomène précédent, ramène les nitrates à l’état d’azote et constitue pour la culture des pertes considérables, aussi faut-il éviter de réaliser les conditions qui lui sont favorables et que M. Kayser expose nettement.
- L’importante question de l’épuration des eaux d’égout et des eaux résiduaires est développée avec soin grâce aux travaux de Galmette et Roland et la fixation de l’azote atmosphérique termine l’étude du cycle de l’azote ; c’est d’abord la fixation réalisée parles micro-organismes du sol sous l’influence des Azotobacter, des Mucé-dinées et des Algues; puis l’assimilation par les Légumineuses grâce à la symbiose du Rhizobium dans les racines. L’application pratique des procédés de fixation a donné naissance à l’industrie de la nitrogène : cultures artificielles des diverses variétés de Rhizobéiens.
- Le livre se termine par l’examen du cycle du soufre et du fer où le rôle des Sulfuraires est mis en évidence ainsi que celui des Algues ferrugineuses.
- Nous devons savoir gré à M. Kayser d’avoir su exposer clairement toutes les données importantes relatives à la fertilisation du sol.
- L. MANGIN.
- Congrès international sur les appareils utilisés dans la lutte contre les ennemis
- des cultures, tenu à Lyon, salle du Conservatoire et exposition-démonstration,
- tenue dans les domaines de l’École d’Agriculture d’Ecully (Rhône), les 24 et
- 25 juillet 1929. Compte rendu. Service agricole de la Compagnie P.-L.-M.,
- 20, boulevard Diderot, Paris (12e), 1930. Index : 632.94 : 063
- Le Service agricole de la Compagnie du P.-L.-M., dirigé par M. Raybaud, Inspecteur principal, s’occupe incessamment d’encourager, de favoriser et d’améliorer les diverses cultures des nombreux départements couverts par son important réseau.
- C’est ainsi, en application du programme ci-dessus que le Service agricole de la Compagnie du P.-L.-M. avait organisé les 24 et 25 juillet 1929 un grand Congrès international d’appareils utilisés dans la lutte contre les ennemis des cultures. Ce congrès, dont le compte rendu vient d’être publié par la Compagnie, s’est tenu à Lyon et à l’École d’Agriculture d’Ecully, sous la présidence deM. Mangin, membre de l’Académie des Sciences et de l’Académie d’Agriculture et président actuel de notre Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale.
- L’analyse, même très résumée, des mémoires présentés au Congrès entraînerait à trop de développements; toute la brochure est à lire et à méditer. Il suffit de citer les noms des rapporteurs : MM. Willaume, Joessel, Paillot, Dufrénoy, Trouvelot, Guyot, Faes, Charliers, Blanchard, Schaffnit, Rode, Gourdon et Guasco.
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- BIBLIOGRAPHIE. — MARS 1931.
- Beaucoup de ces mémoires sont relatifs aux traitements des arbres fruitiers qui tiennent une si importante place dans l’économie rurale de la vallée du Rhône, traitements à effectuer contre les insectes et les champignons, à l’aide de liquides insecticides ou de poudres.
- M. RINGELMANN.
- Tous les procédés de façonnage des bois; sciage, rabotage, toupillage, perçage, tournage, cintrage, clouage, vissage, placage, collage. Scierie, charpente, menuiserie, ébénisterie, tournage, marqueterie, charronnage, lutherie, tonnellerie, boissellerie, parquetage, par A. Carpenter. (« Tous les trucs du praticien »). Un vol. (23 x 14 cm), de vin -h 131 p., 198 fig. Librairie polytechnique Ch. Béranger, édit., 15, rue des Saints-Pères, Paris, (6e), 1930. Index : 674
- Ce petit volume de 130 pages donne toute une série de recettes destinées à simplifier les travaux de menuiserie, ébénisterie, marqueterie et même de charronnage et de tonnellerie.
- Cet ouvrage n’est en aucune façon un travail didactique dans le genre de ce qu’étaient autrefois les Manuels Roret. Comme l’auteur le dit lui-même, c’est plutôt un recueil de trucs permettant de simplifier le travail et d’arriver ainsi à accomplir des ouvrages qui autrement paraîtraient d’une réalisation difficile.
- Ce manuel contient en outre quelques recettes, notamment pour la composition du mastic destiné à masquer les petites imperfections du travail.
- En résumé ce livre peut être utilement consulté par un homme du métier qui y trouvera des indications qu’il pourra utiliser avec profit.
- H. R. D’ALLEMAGNE.
- L’organisation d’un service de vente, par L. Urwick, directeur de l’Institut international d’Organisation scientifique du Travail de Genève, traduit de l’anglais par Louis Augé. Un vol. (25 X 16 cm), de xv -h 186 p., 30 fig. Dunod, édit., 92, rue Bonaparte, Paris (6e), 1931. Index : 658.8
- La traduction que M. Louis Augé nous donne de l’ouvrage publié en Angleterre par le major Urwick sur la réorganisation des services de vente dans l’usine Rowntree, intéressera le public français à divers points de vue. Il se recommande tout d’abord par la personnalité de son auteur. Il constitue un exemple méthodique d’organisation du service des ventes et d’organisation de bureau. Enfin l’étude considérable dont il rend compte permet des conclusions d’ensemble qui se trouvent soit dans la préface, soit dans la dernière partie du volume.
- M. le major Urwick, directeur de la Maison Rowntree a été en Angleterre le premier organisateur des groupements pour l’organisation méthodique du travail. Ces groupements fonctionnent d’une façon tout à fait spéciale. Ils constituent chacun un groupe d’une dizaine d’industriels ou commerçants qui, appartenant à des professions différentes, peuvent échanger entre eux leurs expériences, sans risquer de se trouver en situation délicate. Les groupements ainsi constitués ont fondé un organisme commun, dont M. le major Urwick a été l’instigateur et le premier dirigeant. Depuis, il a été nommé directeur de l’Institut international d’Organisation scientifique du Travail, à Genève, où sa gestion a été universellement appréciée.
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- L exemple que M. Urwick présente a trait à une maison extrêmement importante, la maison Rowntree, qui fabrique du chocolat et de la confiserie dont elle livre environ 20.000 t par an à la consommation. Elle a 60.000 à 80.000 clients, 150 à 200 voyageurs, et les bureaux qu’il s’agissait de réorganiser, comportaient près de 200 employés.
- Une commission fut chargée de l’étude de cette réorganisation et, en même temps, de la responsabilité de mettre à exécution l’organisation qu’elle aurait étudiée, en absorbant deux services dont les chefs furent nommés membres de la commission et remplacés dans leur service courant par leurs adjoints. Le travail préliminaire qui dura environ six mois, conduisit à la conclusion qu’il fallait engager des dépenses d’environ 1.250.000 fr, consistant spécialement en machines de bureau et que la réduction à escompter dans les dépenses serait d’environ 500.000 fr par an.
- Le travail a comporté tout d’abord une période préliminaire d’environ 6 mois, consacrée à l’analyse des problèmes et au choix de l’outillage rendu nécessaire par la réorganisation.
- A cette première période, a succédé un premier stade d’exécution durant six mois dans lequel ont eu lieu pas mal de tâtonnements, et dans lesquels se sont faites la formation du personnel, la modification des installations et la sélection des chefs et du personnel d’exécution.
- Une seconde période de six mois fut consacrée à la mise au point définitive de la nouvelle organisation.
- Les résultats de l’opération ont pu être donnés par la comparaison des dépenses pendant les années 1923 et 1926. Les effectifs des bureaux furent réduits de 193 à 138, les salaires passèrent ainsi de 16.700 livres à 11.300 livres pour six mois, soit une économie annuelle de 9.500 livres, compte tenu de la situation en 1923 et en 1926. La réorganisation entraîna, par contre, des dépenses supplémentaires de papier, de 500 livres par an, et une dépense d’intérêts et d’amortissement pour la rémunération du capital engagé, de 1.700 livres; le gain net fut donc de 7.000 livres par an, soit plus de 800.000 fr.
- L’observation générale que M. le major Urwick tire de son expérience, est que, dans des affaires analogues, la réforme de la comptabilité ne doit pas avoir pour but une centralisation complète des opérations, mais l’établissement d’un contrôle permettant de décentraliser la comptabilité en vue de mettre à la disposition de chacun des responsables les chiffres de sa gestion. M. Urwick a constaté également que lorsqu’il s’agit d’équiper un bureau en machines, il n’est pas possible d’évaluer individuellement le rendement des différentes machines et qu’il faut voir l’opération dans son ensemble.
- L’opération a duré 18 mois, ce qui paraît relativement court. M. Urwick estime qu’elle aurait pu peut-être être menée plus vite, si la préparation avait été plus complète.
- La réorganisation s’est faite à l’aide d’une commission et d’une sous-commission chargées non seulement d’étudier mais d’organiser la réforme. Ceci peut paraître contraire à l’unité de commandement. Cependant M. Urwick se félicite de cette mesure, et l’on peut citer à l’appui de son expérience celle qu’a faite, en France, la
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- Compagnie du Nord dans l’organisation de ses cités ouvrières, qui a été étudiée et exécutée à l’aide d’une sorte de triumvirat composé d’un représentant de chacun des trois services intéressés.
- M. le major Urwick tire du reste de cette expérience des conclusions d’ordre plus général. Il estime que l’œuvre ainsi réalisée n’est pas seulement la réforme d’un service central de vente et de comptabilité, mais qu’elle peut intéresser également ceux qui cherchent à étudier les cas de réorganisation du contrôle central d’une alfaire importante. Il en tire également des conclusions sur l’emploi des machines dans les bureaux centraux et sur les moyens d’entente qui existent dans les cas analogues entre le patronat réorganisant ses services et les syndicats dont le personnel est ainsi touché par la réorganisation. Dans l’exemple cité, la société Rowntree a utilisé d’une façon assez intense la collaboration des syndicats ouvriers.
- L’ouvrage de M. le major Urwick est d’un intérêt tout à fait général. Il offre un exemple extrêmement rare : celui d’un organisateur qui, ayant effectué une tâche importante avec succès, n’hésite pas à en décrire les détails de préparation, les difficultés, les échecs successifs et les moyens qu’il a employés pour vaincre les difficultés inévitables au cours d’une réorganisation. A ce point de vue, il est éminemment instructif et peut servir considérablement la cause de la rationalisation, en attirant l’attention des grands chefs d’industrie sur les précautions minutieuses, le temps et la patience qui sont nécessaires lorsqu’on veut rationaliser un service. Il permettra ainsi d’éviter les erreurs trop fréquentes qui se produisent lorsqu’on escompte de la rationalisation des résultats trop rapides.
- MAURICE LACOIN.
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- BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ d’eNCOUR. POUR L’INDUSTRIE NATIONALE. — MARS 1931.
- OUVRAGES REÇUS A LA BIRLIOTHÈQUE EN FÉVRIER 1931.
- Jouniaux (Alcide). — Leçons de chimie analytique. In-8 (23 x 16) de vm -h 330 p-, 63 fig. Paris, Hermann et Cie, 1931. 17960
- Le Gallou (Y.) et Bonhoure (F.). — Théorie succincte, description, conduite et entretien du moteur Diesel. 3e édition. In-4 (28 x 19) de niii + 365 p., 208 fig. Paris, Dunod, 1931. 17961
- Le Conservatoire national des Arts et Métiers. Haute école d’application des connaissances scientifiques. Programmes, ln-8 (25x16) de xii + 216 p., IV pi. Paris. Librairie Vuibert. (Don du Conservatoire national des Arts et Métiers). 17962
- de Bie (Charles). — Les chaudières à vapeur. 2e édition. In-8 (25 x 16) de 597 p., 475 fig., 90 tableaux. Paris, Dunod, 1931. 179 63
- Planchon (René). —Traitement industriel et rationnel des sous-produits d’abattoirs et des déchets organiques. Industries annexes. In-8 (25 x 16) de xxiv + 459 p., 181 fig. Paris, Dunod, 1931. 17964
- Comité de Normalisation de la Mécanique (Fédération de la Mécanique, 92, rue de Courcelles, Paris (8e). — Feuilles de normes, CNM 113 (déc. 1930) : Vitesses et avances des machines-outils. — CNM 114 (déc. 1930) : Diamètres et vitesses des poulies de machines motrices ou réceptrices. — CNM 115 (déc. 1930) : Poulies de transmission. Dimensions principales (sauf cas d’exception prévus à la Norme CNM 114). — CNM 116 (déc. 1930) : Nombres de tours des arbres de transmission. — CNM 118 (déc. 1930) : Clavetages sur arbres de transmission. — CNM 119 (déc. 1930) : Manchons d’accouplement pour arbres de transmission. — CNM 120 (déc. 1930) : Paliers à patins pour transmissions. — CNM 121 (déc. 1930) : Semelles pour paliers de transmission. Niches murales. — CNM 122 (déc. 1930) : Paliers pendants. Paliers consoles à rotules. — CNM 123 (déc. 1930) : Chaises consoles. Chaises à bout. — CNM 133 (BNA 88) (déc. 1930) : Repérage des pièces filetées à gauche. — CNM 147 (BNA 99 et 100) (déc. 1930) : Arbres et moyeux cannelés. Série courante et série forte. — CNM 148 (BNA 101) (déc. 1930) : Ar6m et moyeux cannelés. Tolérances (Centrage intérieur et centrage extérieur). - CNM 149 (BNA 102) (déc. 1930) : Arbres cannelés. Calculs et exemples. — CNM 150 (BNA 103) (déc. 1930) : Arbres cannelés. Abaque pour le calcul. — CNM 222 (déc. 1930) : Fraises pour rainures à T. — CNM 223 (déc. 1930) : Fraises à 2 dents. — CNM 231 (déc. 1930) : Bagues pour guides de perçage, cylindriques avec ou sans embase, ou coniques. — CNN 304 (déc. 1930) : Tuyauteries d'usine. Dimensions de raccordement des brides ovales. Pressions nominales jusqu à 25. 17836
- Bureau de Normalisation de l’Automobile (Chambre syndicale patronale des Fabricants d’accessoires et de pièces détachées d’automobiles, etc.. 18, iue de lilsitt, Paris (17e). — Feuilles de normes, BNA 104 (sept. 1930) : Disques d’embrayages. Dimensions. — BNA 105 (sept. 1930) : Raccord manomètre-huile. Tube de 3 mm extérieur. — BNA 106 (sept. 1930) : Raccord jauge essence. Tube de 2 mm extérieur. — BNA 107 (oct. 1930) : Lanterne arrière. Fixation. - BNA 108 (oct. 1930) : Poignées d’ouverture de capot. Entraxes. Fixation et encombrement. - BNA 109 (nov. 1930) : Nombres normaux. Série « S. I » et termes exceptionnels. — BNA 110 (nov. 1930) : Tubes acier calibrés. Dimen sions nominales normales « S. I ». — BNA M. 11 (nov. 1930) : Carburateurs pour motocy dettes. Fixation par manchon fendu. — BNA M. 12 (nov. 1930) : Magnétos-motos à ase plate. Encombrement maxima. Base. Perçage. — BNA M. 13 (nov. 1930) . Magnéto a fixation par bride 3 trous, pour bicyclette à moteur. BNA M. 14 idov. 1930) . Magnéto^ et dynamos pour motocyclettes. Bouts d’arbves coniques.
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- OUVRAGES REÇUS. — MARS 1931.
- Don de M. Michel-Schmidt, membre du Conseil d’Administration.
- Michel-Schmidt (Maurice). — Les travaux d’extension du port du Havre (ex Mémoires de la Société des Ingénieurs civils de France, Bulletin de juillet-sept. 1924).. In-8 (24x16) de llo p.. 135 fîg., II pl. Paris, Société des Ingénieurs civils de France, 19, rue Blanche. Pièce 13663
- Michel-Schmidt (M.). — Batterie des Maures. Ilot artificiel de lancement pour essais de torpilles automobiles iex Mém. de la Soc. des Ingén. civils de France, Bull, de janvier 1909). In-8 (24 x 16) de 55 p., 30 üg., II pl. Paris. Pièce 13664
- Michel-Schmidt (M.). — Le bassin à flot de la Société de la Gironde, à Bordeaux (ex Mém. de la Soc. des Ing. civils de France, Bull, d’avril 1910). In-8 (24 x 16) de 67 p.. 42 fig., IV pl. Paris. Pièce 13665
- Michel-Schmidt (M.). — Montages des ponts et charpentes (ex Mém. de la Soc. des Ingén. civils de France. Bull, de sept. 1900). In-8 (24 x 16) de 23 p., VI pl. Paris.
- Pièce 13666
- Lugrin (J.-P.). — Faut-il tenter d’organiser plus rationnellement l’industrie chimique? (ex Chimie et Industrie, novembre 1930). In-4 (27 x 21) de 13 p., 8 fig. Paris. Chimie et Industrie, 49, rue des Mathurins (8e). (Don de l’auteur). Pièce 13667
- Mémorial des Poudres, publié par les soins du Service des Poudres, avec l’autorisation du Ministre de la Guerre. — Tome XXIV (1er fasc.). Paris. Les Presses universitaires de France, 1930-31. Pér. 223
- Annuaire des Ingénieurs agricoles, publié par la Fédération nationale des Ingénieurs agricoles (Anciens élèves des Ecoles nationales d’agriculture : Grignon-Montpellier-Rennes). Année 1930. Paris, a, avenue de l’Opéra. Pér. 92
- Iron and Steel Institute. — Journal. 1930, n° 2, vol. CXX1I. London, 28, Victoria Street, S. W. 1. Pér. 157
- Geological Institution of the University of Upsala. — Bulletin. Vol. XXI, XXII. Upsala, 1930. Pér. 221
- Bureau of Standards (Washington). — Circulars (1930), nos 381 (Supersedes 3d édition of Circulai- 40) : Sodium oxalate as a standart in volumétrie analysis, 9 p. — 382 : Bismuth, 41 p., 26 fig. Bibliography, p. 31-41. — 384 : Sound absorption coefficients of the more common materials, 2 p. — 386 : Spécifications for the manufacture and installation of railway track scales for light industrial service (for knife-edge scales only), 18 p. — 387 (Supersedes Circulai- 52, 2d édition) : Copper electrotyping, 34 p. Pér. 61
- Bureau of Standards (Washington). — Miscellaneous Publications (1930), nüs ÎOO : Plain and thread plug and ring gage blanks, 45 p., 8 fig. — 104 : Testing equipment for large-capacity for the use of weights and measures officiais. 17 p., 14 fig. — 107 : Safety code for brakes and brake testing, v +»6 p., 2 fig. — 108 : Manufacture and properties of a cellulose product (maizolith) from cornstalks and corncobs, 10 p., 9 fig. — 109 : Chart for determining the hélix angles of screw threads, 1 feuille. — 112 Manufacture of insulatmg : board from cornstalks, 27 p., 12 fig. — 113 : Simplification of sizes and terminology of high volatile bituminous coal (Handled over docks at american head of the great lakes). (Régional
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- OUVRAGES REÇUS EN FÉVRIER 1931.
- 203
- recommendation RR1-29), vi h- 10 p. — H5 : Annual report of the Director of the Bureau of Standards to the Secretary of Commerce for the fiscal year ended june 30, 1930, 53 p.
- Pér. 61
- Bureau of Standards (Washington). — Commercial Standard (1930) CS7-29 : Standard weight malléable iron or Steel screwed unions, 10 p., 1 fig. — CS9-29 : Builders' template hardware, 24 p., 16 fig. — CS15-29 : Men’s pajamas (Made from woven fabrics), 8 p., 2 fig. — CS18-29 : Hickory golf shafts, 9 p., 3 fig. — CS0-30 : The commercial standards service and its value to business, V + 34 p., 5 fig. — CS8-30 : Plain and thread plug and ring gage blanks, 42 p., 8 fig. — CS17-30 : Diamond core drill fittings, v + 17 p., 7 fig. — CS19-30 : Foundry patterns of wood, 13 p., 1 fig. — CS20-30 : Staple vitreous china plumbing fixtures, vi + 26 p., 13 fig. — CS21-30 : Interchangeable ground glass joints, v + 7 p., 2 fig. — CS23-30 : Feldspar, v + 14 p. — CS24-30 : American national standard screw threads (Coarse and fine thread sériés), vi + 18 p., 2 fig. — CS25-30 : American national spécial screw threads, IV + 24 p., 2 fig. Pér. 61
- IJagent général, gérant.
- E. LEMAIRE.
- Coulommiers. — lmp. Paul BRODARD.
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- 130e ANNEE.
- AVRIL 1031.
- BULLETIN
- DE LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- ÉQUIPAGE MOBILE DE RADIOLOGIE DE LA COMPAGNIE DU CHEMIN DE FER DU NORD
- par M. Ed. Sauvage, membre du Conseil.
- En construisant des cités pour loger ses agents, la Cle du Chemin de fer du Nord a décidé que ce ne seraient pas de simples groupes d’habitations quelconques, mais que l’organisation, tant au point de vue moral qu’au point de vue matériel, serait l’objet des plus grands soins.
- C’est ainsi qu’elle a orienté la vie de famille vers l’instruction et l’avenir des enfants, en installant 43 écoles maternelles ou primaires, et' 12 jardins d’enfants, avec un total de 134 classes.
- Des cours ménagers et de jardinage pour filles et garçons, des cours de couture, dentelle, broderie pour fillettes, des cours de débrouillage, de dessin, de musique, d’orientation professionnelle pour les jeunes garçons, des cours d’éducation physique, y compris la natation, ainsi que des bibliothèques et d,es sociétés sportives, ont été créés pour la formation de la jeunesse.
- Soulignons l’importance attachée à la natation. On s occupe, à juste titre, de la prévention des accidents : savoir nager n’est-il pas une excellente mesure préventive? Que penser du jeune Français qui tombe a 1 eau sans savoir nager, mais qui est capable d’extraire une racine cubique, connaissance en tout état de cause ridiculement inutile.
- Un point de première importance est que les bibliothèques, les salles de fêtes, de cinéma, les coopératives, les sociétés de toutes sortes soient gérées par les agents eux-mêmes. L’ensemble de l’organisation est confié à un conseil d’administration, dans chaque cité d’au moins 50 logements.
- En ce qui concerne l’hygiène, la CIe du Nord a créé de nombreuses installations; mais elle a jugé qu’il convenait de compléter cette organisation par un dispensaire mobile de radiologie, destiné à circuler sur le réseau.
- Elle a bien voulu nous en donner la description qui suit.
- La Cie du chemin de fer du Nord a construit, pour loger ses agents dans les cites aménagées aux abords des principaux centres de son reseau, près de 11.000 loge
- /30e Année. — Avril 1931.
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- 206 ÉQUIPAGE MOBILE DE RADIOLOGIE DE LA Cie DU NORD. — AVRIL 1931.
- ments. L’ensemble de leur population atteint actuellement 37.000 habitants, en y comprenant les femmes et les enfants.
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- Après avoir apporté une collaboration effective à la création et au fonctionnement des dispensaires antituberculeux, organisés par les services départementaux d’hygiène dans un 'certain nombre de centres importants, la Cie du Nord a estimé
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- ÉQUIPAGE MOBILE DE RADIOLOGIE DE LA Cie DU NORD.
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- qu il convenait d’accentuer son effort en créant un centre ambulant de consultations et d’examens, susceptible de se déplacer sur le réseau.
- Un équipage radiologique a été constitué à cet effet et doté d’appareils modernes et puissants permettant la radioscopie et surtout la radiographie de toutes les parties du corps et de tous les organes dans leurs différentes positions.
- Fig. 4. — Vue perspective de la salle de radiologie.
- L’appareil est monté dans un wagon aménagé à cet effet avec salle d’attente, salle d’inscription et d’établissement de la fiche de chaque consultant, par les soins d’une assistante sociale secrétaire, déshabilloirs, cabinet d’examen du docteur, salle de radiologie et laboratoires pour développement et tirage des films, analyses diverses, etc.
- L’équipement de ce wagon est complété par l’adjonction d’un second véhicule comprenant chambres, salle à manger et cuisine pour permettre au médecin et aux
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- 208 équipage mobile de radiologie de la cie du nord. — avril 1931.
- assistantes sociales de prendre leurs repas et le repos nécessaire entre les déplacements et les consultations.
- Le courant nécessaire au fonctionnement de l’appareil de radiologie est fourni par les installations électriques de la gare où les wagons s’arrêtent.
- L’assistante sociale de la cité voisine tient prête la liste des consultants, agents ou membres de leur famille, et les présente au docteur spécialiste, à qui ce service est confié pour l’ensemble du réseau.
- Fig. 5. — Laboratoire d’analyse et d’examen bactériologique.
- Ainsi examiné rapidement et renseigné exactement sur son état, l’agent qui est venu demander pour lui-même, pour sa femme ou pour ses enfants, un avis et un conseil au docteur spécialiste, est en mesure d’apporter à son médecin des renseignements précis et de se faire soigner avec méthode, sur des données et sur des bases bien établies.
- Comme le dispensaire, le centre ambulant de radiologie et d’hygiène renseignera donc le consultant sur son état et le guidera avec précaution vers les soins qu'il lui sera loisible de se faire donner pour prévenir la maladie ou pour guérir.
- L’aménagement de l’équipage mobile a été prévu pour permettre, outre les consultations de phtisiologie, les prises de sang, les examens de fractures ou de tout autre cas nécessitant un appareil moderne et puissant, susceptible de se rendre rapidement, et sans la moindre difficulté, dans un quelconque des principaux centres du réseau.
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- ÉQUIPAGE MOBILE DE RADIOLOGIE DE LA Cîe DU NORD.
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- Quelques figures complètent cette description. Les figures 1 à 3 représentent les deux véhicules qui constituent le dispensaire. Les figures 4, 3 et 6 sont des photographies de la salle de radiologie, de l’examen d’un consultant couché, et du laboratoire d’analyse et d’examen bactériologique.
- Fig1. 0. — Examen d’un consultant couché.
- Une description détaillée de ce dispensaire mobile a été publiée dans la Revue générale des chemins de fer de janvier 1931 par M. Flament, ingénieur en chef de la O du Nord.
- TURBINES A VAPEUR DE MERCURE
- Dans la machine binaire de du Trembley (1), la vapeur d’éther était employée, à la suite de la vapeur d’eau, dans la zone des basses températures, tandis que, pour utiliser de hautes températures sans pression excessive de la vapeur d’eau, on essaie aujourd’hui le mercure comme premier fluide.
- On trouvera une description, avec dessins, de l’installation de ce genre faite par M. Emmet à Hartford (États-Unis d’Amérique) dans les Proceedings of the Institution of Mechanical Engineers, 1930, 1er vol., p. 763. Une importante étude sur la vapeur de mercure, par M. W. J. Kerton, avait paru dans la même publication en 1923, 2e vol., p. 893. e. s.
- (i) Voir Manuel du conducteur des machines à vapeurs combinées ou machines binaires, par P. V. DU Trembley, Lyon, Imprimerie de Louis Perrin, I850-IS51.
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- BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ d’eNCOURAG. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. —AVRIL 1931.
- NORMALISATIONS NOUVELLES
- par M. Ed. Sauvage, membre clu Conseil.
- Dans sa séance du 3 mars 1931, le Comité supérieur de Normalisation (1) a homologué 22 normes nouvelles du Comité de Normalisation de la Mécanique et 43 normes de Bureau de Normalisation de l’Automobile. En outre, elle a annulé 4 normes de ce bureau, précédemment homologuées, et cela sur la proposition même du Bureau. La raison de cette mesure exceptionnelle est la suivante. L’industrie automobile française, sous la pression de la concurrence étrangère, s’était trouvée obligée de faire siennes des normes anglo-saxonnes, exprimées en pouces. Or, on constate actuellement une tentative très nette pour introduire en France des mesures en pouces, à côté des mesures métriques, seules légales. C’est pour éviter que l’homologation desdites normes ne soit un argument en faveur de cette introduction que le retrait en est prononcé.
- Il est annoncé que le catalogue des normes est préparé et édité par les soins du Secrétariat du Comité supérieur de Normalisation, et qu’une édition nouvelle sera tirée après chaque séance d’homologation.
- L’introduction des normes dans les établissements d’enseignement technique a une importance capitale. Grâce à l’impulsion donnée par M. le Directeur de l’Enseignement technique, des résultats appréciables ont déjà été obtenus.
- Il est annoncé qu’une exposition de normalisation s’organise à l’École d’Arts et Métiers de Lille. Il serait fort utile qu’une exposition permanente de ce genre, comprenant feuilles de normes et objets normalisés, existât à Paris. Le Conservatoire national des Arts et Métiers est tout désigné pour cette installation.
- Le Comité supérieur insiste sur la nécessité de mentionner, sur les dessins ainsi que dans les cahiers des charges, la conformité avec les normes homologuées. II est rappelé que, dans bien des cas, la mention « conforme à telle norme » suffit sans autre précision de dessin ou de cote.
- Ce n est pas seulement dans l’exécution du travail, mais c’est aussi dans sa préparation, que la normalisation apporte de grandes simplifications.
- (1) Le Comité supérieur de Normalisation (80, rue de Varenne, Paris, 7e) exerce une partie des fonctions de l’ancienne Commission permanente de Standardisation, créée en 1918 ; il est rattaché, comme l’était cette commission, au Ministère du Commerce et de l’Industrie. Il homologue les normes qui lui sont présentées par l’Association française de Normalisation (AFNOR) (27, avenue de briedland, Paris, 8e). Les normalisations sont préparées, étudiées et établies par divers organismes parmi lesquels : le Comité de Normalisation de la Mécanique, créé par la Fédération des Syndicats de la Construction mécanique, électrique et métallique de France (92, rue de Courcelles, Paris, 8e) et le Bureau de Normalisation de l’Automobile (18, rue de Tilsitt, Paris, 17e).
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- BULLETIN DE LA SOCIETE D*ENCOURAG. POUR L*INDUSTRlE NATIONALE. —AVRIL 1931.
- LES TRAVAUX DU COMITÉ DE NORMALISATION DE LA MÉCANIQUE
- Session de janvier 1931.
- Il est intéressant de constater combien, depuis trois ans et demi à peine qu’a été créé le Comité de Normalisation de la Mécanique, l’idée de normalisation a fait son chemin, et quelle est l’allure de sa progression quant aux applications pratiques.
- Bien qu’une telle progression soit difficilement chiffrable, un indice en est donné par la vente annuelle des normes qui est passée de 25.000 feuilles, en 1928, à plus de 45.000, en 1929, et à 75.000, en 1930.
- Parallèlement à ces ventes, l’activité des commissions d’études ne se démentit pas, et chaque année l’album s’augmente d’environ une quarantaine de normes nouvelles, nombre considérable si l’on tient compte du travail de prospection, d’enquêtes publiques et privées, de projets et contre-projets, d’essais divers et d’exécutions d’échantillons qu’exige l'élaboration d’une seule de ces normes.
- A ce point de vue, l’année 1931 semble devoir donner des résultats au moins aussi satisfaisants que les précédentes et les commissions d études, au cours de leurs réunions de janvier, qui ont eu lieu du 12 au 15, à raison de deux séances par jour, ont eu à approfondir de nombreux problèmes nouveaux.
- La Commission des Filetages a abordé la normalisation des lamages, en vue d’une réduction ultérieure des outils à lamer, et défini, en vue de l’établissement d’un projet, les différents éléments d’un problème beaucoup plus complexe qu il ne peut paraître à première vue; des essais se sont meme révélés necessaires en vue d’examiner la façon dont se comportent les rondelles Grower dans certains cas particuliers.
- Elle a décidé de consulter quelques fabricants avant d’arrêter le ou les types de dés à douille susceptibles d’être normalisés, et défini les cotes principales d interchangeabilité et d’encombrement dont la normalisation s impose en premier lieu.
- Enfin, elle a admis de soumettre à une enquête publique un projet de vis à tête fraisée tronquée, moins encombrante pour bien des applications que les vis à tête fraisée à 90° de la norme CNM 16.
- La Commission des Dessins techniques a examiné la question de Y unification des écritures à employer sur les dessins, et envisagé d admettre, à côté de 1 écriture bâton, des écritures courantes, ronde, bâtarde ou cursive, mais en simplifiant et codifiant ces dernières de façon à rendre le dessin aussi clair et rapide à exécuter que possible et à éviter tout risque de confusion de lettres ou de chiffres; des projets seront établis dans ce sens.
- Elle a également donné des indications pour l’établissement d’avant-projets relatifs à la représentation simplifiée des engrenages et des ressorts.
- La Commission du petit Outillage, mise au courant du dernier projet établi en sous-commission sur l’initiative de la Chambre syndicale des Industries métallurgiques du Rhône, au sujet des outils de coupe, en a accepté la mise à enquête publique.
- Elle a en outre fixé les directives quant aux dimensions à proposer pour les queues carrées de forêts et les queues d'alésoirs façon Paris ou américains.
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- NORMALISATION INDUSTRIELLE.
- AVRIL 1931.
- La Commission des Éléments de Machines a examiné les réponses à l’enquête publique d’octobre relative aux manettes de blocage et manivelles équilibrées.
- Ces dernières sont acceptées, moyennant quelques modifications, pour faire l’objet d’une norme définitive. Par contre, les manettes de blocage, modifiées en particulier dans leur inclinaison et dans leur forme, de façon à être aussi bien « en main » que possible, seront de nouveau soumises à enquête publique.
- La Commission, après examen de modèles de volants de diverses provenances présentés par plusieurs de ses membres, a jeté les bases d’un futur projet de normalisation des volants.
- La Commission des Ajustements a achevé diverses mises au point concernant la norme des ajustements, et arrêté la liste des qualités et éléments recommandés. On peut compter désormais que cette norme paraîtra incessamment, du moins en ce qui concerne sa partie primordiale, alésage normal, qualités de mécanique générale, jeux et serrages moyens, cas des pièces et des calibres vérificateurs (tolérance et usure).
- La Commission des Tolérances de Filetages a examiné le résultat de mesures faites sur des filetages pris au hasard et présentant tous les degrés de précision de fabrication, depuis le filetage à l’outil jusqu'à l’article de quincaillerie ordinaire.
- L’influence des tarauds étant prépondérante dans le domaine des tolérances de filetage, des mesures du même genre seront faites sur des tarauds de diverses provenances, en vue de déterminer les possibilités de fixation de tolérances susceptibles d’assurer, même aux petites dimensions, une interchangeabilité parfaite.
- La Commission des Tuyauteries a décidé de mettre à l’étude la robinetterie industrielle, en ce qui concerne les dénominations, les sens de manœuvre et Xécartement des brides. Elle a ébauché en séance les deux premiers de ces problèmes et en poursuivra l’étude en liaison avec la Chambre syndicale de la Robinetterie.
- Elle a poursuivi ses travaux en ce qui concerne les tolérances et les conditions de réception des tubes. Pour plus d’unité dans l’étude, elle demandera que ces derniers travaux, déjà avancés, soient achevés par la Commission des Cahiers des Charges des Produits métallurgiques, le tube pouvant, en effet, être considéré au point de vue des conditions de réception comme un produit métallurgique, et certaines clauses pouvant se trouver identiques dans les divers cahiers des charges.
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- BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ d’eNCOURAG. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. —AVRIL 1931.
- COMITÉ DE NORMALISATION DE LA MÉCANIQUE
- RÈGLES D’HOMOGÉNÉITÉ DES NORMALISATIONS ÉDITÉES PAR LE COMITÉ DE NORMALISATION DE LA FÉDÉRATION DE LA MÉCANIQUE,
- 92, rue de Courcelles, Paris (8e).
- RÈGLES D’HOMOGÉNÉITÉ DES NORMALISATIONS CNM MO,
- (juillet 1930).
- Le présent fascicule a pour but de formuler des règles pratiques à l’usage des Comités, des Groupements divers et des Entreprises particulières qui élaborent des normalisations.
- La liste des normalisations (réalisées ou en projet) conformes à ces règles y est jointe en annexe (CNM 111).
- Cette annexe a pour objet d’indiquer dans quelles conditions les règles d’homogénéité des normalisations ont déjà été appliquées. L’ensemble des exemples d’applications constitue en effet le guide le plus sur qui puisse etre mis à la disposition des intéressés.
- EXPOSÉ DES FAITS
- Les règles énoncées ci-après ont pour bases les faits suivants :
- 1° IL EXISTE DES GROUPES DE NORMALISATIONS INTERDÉPENDANTES
- Les éléments de chacun de ces groupes doivent être tels que la possibilité d’adaptation des éléments des groupes connexes soit assurée dans tous les cas.
- Exemples :
- A) A la normalisation des vitesses tangentielles des poulies des machines réceptrices doit correspondre une normalisation concordante pour les machines mot) ices.
- B) A la normalisation des tiges filetées et des écrous doit correspondre une normalisation concordante d^s matières dont ces éléments sont constitués, ainsi que des outils et instruments servant à les vérifier (produits étirés, tarauds, filières, calibres, etc.)
- 2° CETTE CONDITION DE COHÉRENCE IMPLIQUE que les unifications appartenant à un même groupe soient homogènes, c’est-à-dire que les caractéristiques numériques des éléments normalisés procèdent d’une série définie et unique.
- 30 POUR CHAQUE NORMALISATION, la série à choisir est celle qui, dans toute l’étendue correspondant à l’utilisation pratique, donne un échelonnement assez bien gradué pour que l’assortiment qui en résultera soit suffisant et cela moyennant le moindre nombre possible d’échantillons.
- 4° DANS CES CONDITIONS, il a été nécessaire de rechercher, par l’examen de la plus grande variété possible des cas de normalisation qui se présentent en pratique, le moyen de réduire au minimum le nombre des séries différentes à appliquer.
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- NORMALISATION INDUSTRIELLE. — AVRIL 1931.
- 5° CETTE INVESTIGATION A CONDUIT A RECOMMANDER L’EMPLOI DE CERTAINES SÉRIES dont la liste peut être établie comme suit et dont on trouvera plus loin la définition et les conditions d’emploi :
- Séries Renard (série primaire et séries accessoires).
- Séries du Système international ou SI (série primaire et séries accessoires).
- Série harmonique.
- Série des premiers nombres entiers.
- Série des multiples d’une grandeur donnée par la suite des nombres entiers.
- Série des quotients d'une grandeur donnée par les premiers nombres entiers.
- Série des multiples de 4.
- Série des quotients d’une grandeur donnée par les puissances entières de 2.
- Série dite des poids et mesures.
- De toutes ces séries, la série Renard est celle dont l’emploi s’applique à la plus grande variété de cas.
- PLAN ADOPTÉ
- Dans ces conditions, il a été décidé de définir les cas d’application des séries recommandées autres que la série Renard et de limiter Remploi de ces séries aux cas ainsi définis.
- Les conditions d’application de ces séries diverses étant ainsi définies et limitées, la série Renard est à employer, hors les cas d’impossibilité naturelle ou de sérieuse contre-indication, pour toutes les normalisations n’appartenant pas aux groupes qui sont définis ci-après dans les règles d’applicalion des autres séries.
- DÉFINITIONS ET RÈGLES D’APPLICATION DES SÉRIES
- SÉRIE RENARD (R
- Série Renard primaire.
- Définition. — La série Renard est une progression géométrique ayant pour raison v/lfi et contenant les puissances entières de 10. Elle s’étend indéfiniment dans les deux sens.
- Dans cette série, tous les termes autres que les puissances entières de 10 sont incommensurables. Pour en faciliter Remploi, on a substitué aux termes exacts des équivalents mnémoniques qui en sont des valeurs approchées.
- Les propriétés très remarquables de la série Renard sont indiquées au tableau ci-dessous, qui montre le parti qu’on en peut tirer, non seulement pour la normalisation, comme l’ont fait le Colonel Renard et ceux qui l’ont suivi, mais aussi pour le calcul rapide.
- (I) La série est ainsi nommée en mémoire du colonel Ch. Renard qui en a fait, vers 1880, pour des éléments de la construction aéronautique, les premières applications dont on ait connaissance.
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- NORMALISATION INDUSTRIELLE.
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- Séries Renard accessoires.
- Les applications pratiques de la série Renard ont montré la nécessité de recourir, dans certains cas, à des séries accessoires.
- TERMES PE LA PROGRESSION ÉQUIVALENTS PAR RAPPORT A *2 ÉQUIVA LENTS PAR RAPPORT A - ÉQUIVALENTS MNÉMONIQUES
- Rang. Valeur numérique. Valeur nominale. Erreur relative. Valeur nominale. I- rreur relative. Valeur nominale. Erreur relative.
- 0 1,000 i 1
- 1 1,259 1 2* 4- 0,0008 4 71 4-0,0111 1,25 — 0,0072
- 2 1,585 2 25 4- 0,0016 U U,xl0> — 0,009 -4 0,0043 1,6 4- 0,0094
- 3 1,996 2 H- 0,0024 2 4- 0,0024
- 4 2.512 25 4- 0,0032 2,5 — 0,005
- 5 3,163 5 25 4- 0,004 )î<x.o, — 0,0069 4- 0,0069 3.2 -h 0,0117
- 6 3.981 22 4- 0,0048 4 -4 0,0048
- 7 5,012 25 4- 0,0056 5 - 0.0025
- 8 6,310 8 25 4- 0,0064 ( 2iz — 0,0043 4- 0,009 6,4 4- 0,0141
- 9 7,943 23 4- 0,0072 - 0,0111 8 4- 0,0072
- 10 10,000 10 2âT 0,008 10
- Les séries accessoires dont l’emploi est prévu sont les suivantes :
- Série Renard à intervalles doublés, principale.
- Cette série a pour raison y/10 et contient les puissances entières de 10. On la forme en partant d’une puissance entière de 10 et en ne prenant qu’un sur deux des termes de la série principale.
- Série Renard à intervalles doublés, complémentaire.
- Cette série a aussi pour raison y/10 mais elle ne contient pas les puissances entières de 10. On la forme en prenant ceux des termes de la série primaire qui alternent avec les termes de la série à intervalles doublés, principale.
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- Série Renard secondaire.
- Cette série a pour raison ”\/10. Elle comprend tous les termes de la série principale. plus les moyens géométriques entre ces termes.
- Série Renard tertiaire.
- Cette série a pour raison v/ÏÔ- Elle comprend tous les termes de la série secondaire, plus les moyens géométriques entre ces termes.
- Symboles. — La Commission permanente de Standardisation a admis de désigner les séries Renard par les symboles suivants.
- Série primaire : Rl.
- Série à intervalles doublés, principale : Rf 10.
- Série à intervalles doublés, complémentaire : 12.5.
- Série secondaire : R2.
- Série tertiaire : R3.
- Chiffres adoptés pour ces diverses séries.
- Les chilïres des séries Renard sont les suivants entre 10 et 100, ces chiffres pouvant être étendus indéfiniment dans les deux sens, en les multipliant par les puissances entières, positives ou négatives, de 10 :
- Série à intervalles doublés, princi pale :
- 10 16 25 40 64 100
- Série à intervalles doublés, complémentaire
- 12,5 20 32 50 80
- Série primaire :
- 10 12,5 16 20 25 32 40 50 64 80 100
- Série secondaire :
- 10 11,2 12,5 14 16 18 20 21,4 25 28 32 36
- 40 45 50 56 64 72 80 90 100
- Série tertiaire :
- 10 10,6 11,2 11,8 12,5 13,2 14 15 16 17 18 20
- 20 21.2 22.4 23,6 25 26,5 28 30 32 34 36 38
- 40 42,5 45 47,5 50 53 56 60 64 68 72 76
- 80 85 90 95 100
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- NORMALISATION INDUSTRIELLE.
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- Règles d’applications des Séries Renard.
- En principe, on emploie la série primaire RI. Si elle donne un assortiment surabondant, on emploie une des séries à intervalles doublés, de préférence la série principale. Si, au contraire, la série R i donne un assortiment insuffisant, on emploie la série R 2, ou même, très exceptionnellement, la série R 3 lorsqu’il est reconnu tout à fait impossible de constituer un assortiment suffisant avec la série R 2.
- Voir en annexe (CNM 111), les exemples de normalisations réalisées ou projetées.
- En principe et sauf absolue nécessité, on s’abstiendra d’employer les séries régulières que l’on pourrait constituer en prenant, dans la série primaire ou dans l’une des séries accessoires, des termes irrégulièrement espacés.
- Critérium d’appropriation de la série choisie.
- Lorsqu’on envisagera l’emploi de l’une des séries Renard dans un cas où l’emploi d’une progression géométrique ne s’impose pas d’une manière absolue, on reconnaîtra que ce type de série convient, au fait qu’il donnera un assortiment satisfaisant dans toute l’étendue des emplois usuels des éléments à normaliser, et ceci sans qu’il soit nécessaire de passer de la série primaire à une série accessoire ou de l’une de celles-ci à une autre ou à la série primaire.
- SÉRIE DU SYSTÈME INTERNATIONAL (SI)
- La série du système international, dite SI, est une suite de progressions arithmétiques.
- Son utilité découle surtout de ce que les intervalles absolus (différences) de deux termes consécutifs vont en croissant, tandis que les intervalles relatifs vont en décroissant.
- A l’origine (Congrès de Zurich 1899 et 1900), elle s’étendait de 6 à 80 mm. La Commission permanente de Standardisation l’a prolongée, vers le bas, jusqu’à 2,5 par intervalles de 0,5 et, vers le haut, sans limite définie, par intervalles de 5.
- Le Comité de Normalisation de la Mécanique, prenant acte de ce que jusqu’à présent (juin 1930) les groupements internationaux n’ont pas encore réalisé l’accord en ce qui concerne les diamètres inférieurs à 3, a admis que l’adoption du diamètre 2,5 ne pouvait pas être considérée comme définitive.
- Il en résulte que, dans l’état actuel de ses applications, la série SI commence à 3 mm et s’étend sans que sa limite supérieure soit définie.
- Série SI primaire et séries accessoires.
- La série primaire contient tous les termes figurant au diagramme ci-annexé. Elle est ainsi définie :
- Termes de 3 à 6 inclusivement, par intervalles de 0,5
- — 6 à 12 — — 1
- — 12 à 24 — — 2
- — 24 à 48 — — 3
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- NORMALISATION INDUSTRIELLE.
- AVRIL 193-1.
- Termes de 48 à 80 inclusivement, par intervalles de 4 — • 80 et au delà par intervalles de 5
- (pour le détail des chiffres, voir CNM 112).
- Lorsque la série SI primaire donne un assortissement surabondant, on emploie la série SI à intervalles doublés, principale. Cette série comprend un terme sur deux de la série primaire et commence par le terme 3 (termes en traits forts sur le diagramme).
- Dans certains cas, il y a lieu d’employer la série SI à intervalles doublés complémentaire.
- Cette série est constituée par tous les termes de la série SI primaire qui alternent avec ceux de la série à intervalles doublés, principale; ces termes sont ceux qui sont figurés en traits fins sur le diagramme.
- Enfin, il s’est manifesté des cas où les séries SI à intervalles doublés étaient elles-mêmes surabondantes. Pour ces cas, on a constitué une série SI réduite, en ne prenant qu’un terme sur deux de la série SI à intervalles doublés.
- Les termes choisis ont été :
- 16 24 36 48 64 80 100
- L’ensemble constitué par la série SI et ses séries accessoires s’établit comme l’indique le diagramme suivant :
- La courbe ci-dessous représente la loi de croissance de la série SI, la valeur de chacun des termes de celle-ci étant portée en ordonnées sur celle des verticales équidistantes cotées qui correspond à son numéro d’ordre dans la série.
- Ü5 I 45
- 68 I 76
- Règles d’application de la série SI.
- La série SI et ses séries accessoires sont appliquées à la normalisation de tous les éléments dont la dimension caractéristique ou principale consiste dans le diamètre d’un ajustement cylindrique lisse ou fileté, le diamètre de la grande base d’un ajustement tronconique; ou la largeur d’une rainure.
- Elles ne sont appliquées qu’aux éléments ainsi définis.
- Voir en annexe (CNM 111), les exemples de normalisations réalisées ou projetées.
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- NORMALISATION INDUSTRIELLE.
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- SÉRIES DIVERSES
- Série harmonique.
- C’est celle que l’on constitue en multipliant les nombres 4, 5 et 6 par les puissances entières de 2 (î).
- Son application est limitée aux cas exigeant des nombres simples, c’est-à-dire n’ayant pas de grands facteurs premiers.
- Voir en annexe (CNM 111) les exemples de normalisations réalisées.
- Séries des premiers nombres entiers.
- Son emploi est limité aux normalisations qui, en raison de leur nature, exigent absolument des nombres entiers (nombre de socs d’une charrue, nombre de cylindres d’un moteur, etc.).
- Série des multiples d’une grandeur donnée par la suite des nombres entiers.
- Elle n’a d’intérêt que pour les normalisations exigeant nécessairement une grande variété de facteurs premiers.
- Elle n’a été appliquée jusqu’à présent qu’aux modules des engrenages interchangeables (CNM 151).
- Série des quotients d’une grandeur donnée par les premiers
- nombres entiers.
- Son emploi est limité aux normalisations dont la nature s’impose.
- Voir en annexe (CNM 111) les exemples de normalisations réalisées ou projetées.
- Série des multiples de 4.
- Cette série ne s’applique qu’aux nombres de boulons de certaines brides de tuyauteries (CNM 303).
- Série dite des poids et mesures.
- On l’obtient en prenant chacune des unités principales de l’ordre décimal seule ou accompagnée de sa moitié et de son double. C’est celle qui est appliquée aux modèles réglementaires des mesures effectives de poids et de capacité.
- Voir en annexe (CNM 111) les exemples de normalisations réalisées ou projetées.
- (2) La série harmonique tire son nom de ce que les nombres 4, 5 et 6 sont entre eux comme les fréquences acoustiques correspondant à l’accord parfait majeur, la multiplication par les puissances entières de 2 les reproduisant aux octaves.
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- NORMALISATION INDUSTRIELLE. — AVRIL 1931.
- RÉSUMÉ DES RÈGLES FONDAMENTALES
- En résumé :
- Les séries autres que les séries Renard ne sont appliquées qu’à celles des normalisations qui sont spécifiées ci-avant pour chacune d’elles, à celles qui en dépendent cfirectement et à celles dont la nature en impose l’emploi.
- Les séries Renard, telles qu’elles sont définies au présent fascicule, sont appliquées à toutes les autres normalisations, sauf contre-indication à motiver par écrit.
- RÈGLES SPÉCIALES DE NORMALISATION A L’USAGE DES ENTREPRISES PARTICULIÈRES
- Les entreprises particulières sont souvent amenées à réaliser des normalisations propres à leur industrie.
- Il y a toujours avantage à ce que ces normalisations soient mises en harmonie avec les normalisations d’intérêt collectif, certaines de ces normalisations pouvant en effet acquérir par la suite le caractère collectif. Même en dehors de ce cas, elles ont toujours des rapports plus ou moins étroits avec les normalisations collectives, notamment en ce qui concerne les matières et l’outillage nécessaires aux fabrications.
- 11 est instamment recommandé aux entreprises d’observer rigoureusement, dans leurs normalisations particulières les normes collectives, ou tout au moins les règles données ci-avant.
- Il leur est recommandé, notamment, d’échelonner suivant les séries Renard (série primaire ou l’une des séries accessoires) leurs modèles normaux devant ligurer aux catalogues.
- ANNEXE : NORMALISATION S REALISEES OU EN PROJET CNM 111
- (juillet 1930)
- SÉRIE RENARD PRIMAIRE ET SES SÉRIES ACCESSOIRES
- SÉRIE RENARD PRIMAIRE Ri. — Diamètres des cordages et dimensions linéaires des éléments connexes de la construction aéronautique (Charles Renard 1880).
- Classification de matières grenues et pulvérulentes (série primaire, concurremment avec les séries accessoires) (Société d’Encouragement, octobre 1923).
- Allures de marche (vitesses et avances) des machines-outils (CNM 113).
- Diamètres des poulies de transmission (CNM 114).
- Largeurs de base des aciers méplats pour outils forgés (C. P. S. fascicule E2-7 et CNM 251).
- Supports d’outils pour tours (C. P. S. fascicule E2-9 et CNM 99).
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- NORMALISATION INDUSTRIELLE.
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- Tubes cuivre rouge pour tableaux (diamètres extérieurs et épaisseurs) (U.S.E. 64).
- Bases et dalles en marbre pour tableaux de distribution (U. S. E. 98).
- Barres de cuivre et aluminium pour tableaux (largeurs) (U. S. E. 148).
- Fils et câbles en aluminium (U. S.E. 149).
- Intensités de courant (U. S. E. 185).
- Puissance des groupes turbo-alternateurs (U.S.E. 199).
- SÉRIES RENARD A INTERVALLES DOUBLÉS. — Poids par unité de longueur des cordages de l’aéronautique (Ch. Bénard 1880).
- Vitesses des broches des petites machines à percer (série Rï 10 concurremment avec série Rï 12,5 (CNM 113).
- Barres de cuivre et aluminium pour tableaux (épaisseurs) (U. S. E. 148).
- SÉRIE RENARD SECONDAIRE R2. — Diamètres des poulies réceptrices, fixes et folles ou à friction, des renvois de machines-outils (CNM 114).
- Vitesses des broches de meules des machines à rectifier (CNM 113), etc.
- SÉRIE RENARD TERTIAIRE R3. — Hauteurs d’axes des machines telles que moteurs électriques etc., susceptibles d’être montées sur des socles en vue de l’accouplement direct (CNM 141).
- SÉRIE SI PRIMAIRE ET SES SÉRIES ACCESSOIRES
- SÉRIE SI PRIMAIRE. — Diamètres des vis dites à filet triangulaire et de tout ce qui en dépend directement (Congrès de Zurich, 1900).
- Diamètres des ajustements cylindriques, lisses et filetés, et des barres rondes pour la fabrication des boulons et des rivets (C.P.S. El, CNM 1 à 27 et CNM 112).
- Normalisations diverses d’outillages se rapportant aux ajustements cylindriques, lisses ou filetés, etc.
- SÉRIE SI A INTERVALLES DOUBLÉS, PRINCIPALE. — Arbres porte-fraises (C.P.S. E2-10et CNM 65).
- Clavetages (C. P. S. E2-2 et CNM 62 à 64).
- Rainures à T (CNM 100).
- Emmanchements tronconiques de mécanique générale (C. P. S. E2-3).
- SÉRIE SI A INTERVALLES DOUBLÉS, COMPLÉMENTAIRE. — Épaisseurs des aciers à outils livrés en barres brutes et qui, par façonnage à l’outil, doivent être ramenés à la série SI à intervalles doublés, principale (C.P.S. E2-7 et CNM 252).
- SÉRIE SI RÉDUITE. — Trous d’emmanchements des outils dans les tourelles des tours à revolver et les coulisseaux des tours verticaux (C. P. S. E2-11 et CNM 61).
- 1300 Année. — Avril 1931.
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- NORMALISATION INDUSTRIELLE. — AVRIL 1931.
- SÉRIES SPÉCIALES
- SÉRIE HARMONIQUE- — Nombre de dents de fraises et autres outils, obtenus par division circulaire (normalisations particulières).
- SÉRIE DES QUOTIENTS D’UNE GRANDEUR DONNÉE PAR LES PREMIERS NOMBRES ENTIERS. — Pas fins pour éléments de machines et autres. Ce sont des pas SI ayant 12 comme multiple commun; c’est la seule combinaison qui permette le travail rapide sur tours à fileter (C. P. S. El et CNM 131),
- Nombre exact de tours par minute des moteurs électriques synchrones à courant alternatif 50 périodes ; ce sont les quotients de 3.000 par les premiers nombres entiers. C’est la seule série possible.
- Nombre approximatif de tours des moteurs asynchrones.
- SÉRIE DITE DES POIDS ET MESURES. — Mesures effectives de poids et de capacité (modèles réglementaires).
- Quantités de marchandises (en nombre de pièces, en grammes, etc.) contenues dans les empaquetages.
- Quelques normes d’empaquetage et de vente de quincaillerie où la dizaine, la centaine, le mille, ont remplacé la douzaine, la grosse, la masse.
- Graduation des cadrans de machines (C.P.S. E2-4, 6° et CNM 94).
- Échelle des dessins techniques (CNM 41), etc.
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- NORMALISATION INDUSTRIELLE.
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- DIAMÈTRES NORMAUX CXM 112
- (juillet 1930)
- Les diamètres normaux sont les dimensions nominales (transversales aussi bien que diamétrales) des éléments constitutifs d’ajustements et par là même des éléments destinés à être mesurés au moyen de calibres à limites (voir tableau ci-après).
- SÉRIES NORMALES TERMES SÉRIES NORMALES TERMES SÉRIES NORMALES TERMES
- EXCEPTION- exception- EXCEPTION-
- Préférée. Complète. NE LS Préférée. Complète. NE LS Préférée. Complète. NE LS
- 3 22 (23) 76 (78)
- 3,5 24 24 (25) 8 80
- (82)
- 4 4 2 (28) 85
- (88)
- 4,5 30 30 90 90
- (32) (92)
- 5 5 33 (35) 95 (98)
- 5,5 36 36 100 100
- (38) 105
- 6 6 39 110 Ü5
- (40)
- 7 42 42 120 120
- (44) 125
- 8 8 45 (46) 130 135
- 9 48 48 140 140
- (50) 145
- 10 10 52 (55) 150 155
- 11 56 56 160 160
- (58) 165
- 12 12 (13) 60 (62) 170 175
- 14 (15) 64 64 (65) • 180 180 185
- 16 16 68 190
- (17) (70) 195
- 18 (19) 72 72 (75) 200 200
- 20 20 (21)
- Choisir dans l’ordre de préférence les termes de la série préférée puis ceux de la série complète; n’employer les termes exceptionnels que lorsqu’il n’est absolument pas possible de se limiter aux chiffres des séries normales, qui doivent seuls être employés dans tous les cas courants.
- En cas de besoin de termes encore plus espacés que ceux de la série préférée, ne prendre qu’un terme sur deux, ou même un terme sur quatre de cette série à partir du terme 4.
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- BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ ü'eNCOURAG. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — AVRIL 1931.
- NOUVEAU SYSTÈME DE CHAUFFAGE CENTRAL DIT « CHAUFFAGE PAR PANNEAUX »
- par M. Lucien Bechmann, membre du Conseil.
- On commence à appliquer en France un système nouveau de chauffage central déjà employé en Angleterre depuis une quinzaine d’années. Ce système paraît destiné à prendre un grand développement. On l’appelle le chauffage par panneaux.
- Lorsqu’une pièce est chauffée par un radiateur (à vapeur, à eau chaude ou électrique), c’est le phénomène de la convection qui est utilisé. L’air de la pièce, s’échauffant au contact du corps de chauffe, s’élève puis redescend en se refroidissant et revient passer sur le radiateur, créant ainsi un cycle continu. Les calories fournies par le radiateur à l’air ambiant, compensant le refroidissement provoqué par les déperditions des parois et des surfaces vitrées et par les rentrées d’air frais, maintiennent l’air de la pièce à une température constante.
- Nous savons tous d’ailleurs que ce mouvement d’air provoque, surtout sur les parois voisines des radiateurs, des traînées noires dues au frottement des poussières plus ou moins calcinées. L’air, dans ce système, est utilisé comme véhicule des calories.
- Le chauffage par panneaux, au contraire, utilise le rayonnement. Il chauffe les parois de la pièce et les occupants par les rayons calorifiques directs émanant de la surface chauffante. On conçoit que, dans ce cas, l’air de la pièce est beaucoup moins chauffé que dans le cas du chauffage par convection. L’air se laisse traverser par les rayons calorifiques sans leur emprunter beaucoup de chaleur.
- Mais le chauffage par rayonnement nécessite qu’aucun écran ne s’interpose entre la surface chauffante et les occupants puisque les rayons calorifiques ont, comme les rayons lumineux, surtout un effet direct. Cependant ces rayons calorifiques, toujours comme les rayons lumineux, sont réfléchis par les surfaces qu’ils frappent; la proportion de ces rayons réfléchis dépend d’ailleurs de la capacité d’absorption calorifique des surfaces réfléchissantes qui varie avec la texture et la couleur de ces surfaces.
- On peut comparer ce processus de chauffage à celui de la chaleur solaire. Le corps humain exposé aux rayons du soleil, même par une température ambiante assez basse, éprouve une sensation de chaleur due aux rayons calorifiques. Cette sensation cesse dès qu’un écran s’interpose, c’est-à-dire lorsqu’on est dans l’ombre. De même, c’est par rayonnement que chauffe un feu de bois dans une cheminée. Il faut donc, pour chauffer par rayonnement, donner aux surfaces chauffantes un emplacement tel que les occupants se trouvent toujours sous leur influence directe.
- C’est pourquoi, en principe, l’on met au plafond des pièces les surfaces de chauffe dans le chauffage par panneaux, aucun élément de mobilier ne s’interposant alors entre le plafond et les occupants. On peut aussi mettre les surfaces chauffantes dans une paroi verticale ou même dans le sol, mais alors un meuble, une tenture, un tapis pourront contrarier l’effet du chauffage. L’avantage considé-
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- CHAUFFAGE CENTRAL PAR PANNEAUX LOGÉS DANS LE PLAFOND.
- 225
- rable du chauffage par rayonnement est d’éviter tout mouvement de l’air et par suite les conséquences de ce mouvement citées plus haut.
- Lorsque le panneau chauffant est au plafond, l’air en contact avec ce panneau ne peut s’élever et, par suite, ce mouvement d’air continu, qui est la conséquence du chauffage par radiateurs, ne se produit pas. On serait tenté de penser a priori qu’avec un tel chauffage on obtiendra, au voisinage du plafond, une température bien plus élevée qu’au sol : il n’en est rien. Un thermomètre placé à quelques centimètres du plafond n’accuse que 1 à 2 degrés de plus qu’un thermomètre placé près du sol. Avec un chauffage par convection la différence serait nettement supérieure (5 à 6 degrés).
- L’air n’étant plus le véhicule de chaleur, on éprouve dans une pièce chauffée par panneaux où le thermomètre marque 15°, la même sensation de bien-être que dans une pièce chauffée par radiateurs où le thermomètre monterait à 18° ou 20°.
- Les panneaux chauffants sont à une température assez basse (35° à 50°) et l’air de la pièce, moins chauffé, n’est plus desséché comme il arrive dans le cas de chauffage par radiateurs à haute température; c’est un avantage appréciable.
- De plus la ventilation de la pièce (ventilation mécanique ou renouvellement de l’air par les croisées) qui refroidit considérablement les locaux chauffés par convection ne produit qu’un bien moindre effet de refroidissement dans un local chauffé par rayonnement. La température même de l’air de la pièce n’intervenant pas dans le système de chauffage, on peut rester la fenêtre ouverte tout en éprouvant une sensation de chaleur suffisante alors que cela serait impossible avec le chauffage par radiateurs.
- Cette possibilité de bien ventiler sans pertes sensibles de calories est, du point de vue hygiénique, un avantage très sérieux en faveur du nouveau système. Les constructeurs affirment, et l’expérience semble le confirmer, que le chauffage par panneaux permet une économie très nette de combustible. On en explique ainsi les raisons :
- 1° La quantité de calories nécessaire pour donner à un être humain l’impression du confort est moindre si la chaleur agit par rayonnement que si l’on chauffe par convection ;
- 2° L’air étant moins chauffé (surtout à la partie supérieure des locaux) il se produit beaucoup moins de pertes de calories par suite de la ventilation.
- A vant exposé ainsi le principe et les caractéristiques du chauffage par panneaux, nous ajouterons quelques explications sur la façon dont il est pratiquement réalisé.
- chauffage par l’eau chaude. — Surfaces chauffantes. — Les surfaces chauffantes sont constituées par des serpentins en tubes de fer étirés sans soudure (généralement en 15/21 mm ou 20/27 mm) espacés de 0,11 m d’axe en axe et raccordés par des parties courbes. Ces serpentins sont expédiés par éléments tout préparés des usines où ils sont essayés à la pression de 35 kg/cm2. On les soude bout à bout sur le chantier pour constituer pour chaque pièce à chauffer le développement total, donné par le calcul. La longueur des parties droites des serpentins n’excède pas en général 2,60 m environ.
- Chaque surface chauffante est reliée aux colonnes montantes et descendantes par des tuyaux de même section que les serpentins. Entre la surface de chauffe et
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- CHAUFFAGE CENTRAL PAR LE PLAFOND. — AVRIL 1931.
- le piquage sur la colonne^ montante est intercalé un robinet de réglage laissé à la disposition des occupants.
- Pour établir un ensemble offrant le moins de risques de fuites, tous les joints sont exécutés à la soudure autogène, à l’exception seulement des raccords du robinet, qui doivent être démontables pour en permettre le remplacement (fig. 1).
- Chaque partie de l’installation est, une fois terminée et avant d’être dissimulée, essayée à une pression de 30 kg/cm2 maintenue pendant 6 heures au moins. Dans le cas, le plus fréquent, où les panneaux chauffants sont dans les plafonds, la sur-
- Fig. 1. — Soudure autogène des tubes d’acier. Fig. 4. — Plafond tel qu’il apparaît après
- décoffrage du plancher en béton armé plein.
- face totale occupée par les serpentins est en moyenne de l’ordre d’un tiers de la surface totale du plafond.
- Les serpentins sont, après essais, entièrement incorporés dans les plafonds, les colonnes montantes et retours sont incorporés dans les murs. C’est un des principes du système que tous ces éléments doivent être complètement noyés dans du béton de ciment.
- Immédiatement vient à l’esprit l’objection des dilatations et des fissures qui en seraient la conséquence. Les constructeurs anglais, qui ont imaginé le système, affirment que dans les limites de températures auxquelles sont soumises les canalisations et serpentins, les effets des dilatations ne sont pas à craindre si tous les éléments sont parfaitement enrobés de béton. Ils prétendent que les dilatations auxquelles s’oppose la cohésion du "béton sont remplacées par une compression moléculaire du métal sur lui-même.
- L’expérience a d’ailleurs démontré, et j’ai constaté moi-même dans plusieurs
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- bâtiments à Londres, que les plafonds et murs dans lesquels les canalisations sont ainsi prisonnières ne se fissurent pas. De plus, grâce à certains procédés d’exécution et à l’emploi d’enduits et de peintures spéciaux, aucune trace n’apparaît sur les plafonds (fendillements, condensations de poussières ou changements de teinte) permettant de déceler les parties occupées par les panneaux.
- Divers procédés de mise en œuvre des surfaces chauffantes sont employés suivant la nature des planchers.
- Dans le cas de planchers à poutrelles en bois, fer, ou en béton armé sans coffrage, les serpentins sont suspendus aux poutrelles par un système d’armatures. Un métal déployé, fixé par dessous, vient armer le ciment qui y sera projeté et dans lequel |les serpentins se trouveront enrobés (fig. 2). Entre les serpentins et le hourdis du plancher, un^isolant de liège est placé pour éviter la déperdition calorifique vers le haut.
- Lorsque les planchers[sont en béton armé établi sur coffrages plans, ce qui est
- Fig. 2. — Disposition adoptée pour un plancher à poutrelles.
- la solution la plus pratique et la moins coûteuse, les serpentins sont simplement établis à même le coffrage (fig. 3). Une fois les essais exécutés (on y procède étage par étage) les cimentiers ferraillent et coulent le plancher (dont la dalle inférieure, où se trouvent les serpentins, n’entre pas en compte pour la résistance). Après le décoffrage, on aperçoit le serpentin enrobé dont une faible partie, le long de la génératrice inférieure, apparaît au plafond (fig. 4).
- Des précautions sont prises (gravillonnage à sec sur les coffrages ou autres procédés) pour obtenir une sous-face très rugueuse, assurant une bonne adhérence des enduits de plafond. Ces enduits, dans la surface correspondant aux serpentins, sont exécutés, par un procédé spécial, en deux couches, la première en mortier de chaux avec incorporation d’une toile de jute, la seconde, très mince, en plâtre mélangé de poil de vache et appliquée à la truelle.
- La figure 5 montre une coupe d’application sur plancher en béton armé avec corps creux et poutrelles rapprochées.
- Le système peut s’appliquer aux bâtiments existants. Dans ce cas, les panneaux sont suspendus et les plafonds sont rechargés de 0,0o m à 0,06 m.
- Lorsque le chantier est bien organisé, la pose et le raccordement des serpentins sont très rapides. Il faut au maximum 48 heures, lorsque le coffrage d’un plancher a été établi, pour placer, raccorder et essayer les serpentins.
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- CHAUFFAGE CENTRAL PAR LE PLAFOND. — AVRIL 1931.
- A chaque étage, le robinet qui commande la surface de chauffe est placé dans une boîte encastrée dans le mur. Le tuyau de raccordement qui y aboutit comporte une pince de dilatation qui ne doit pas être enrobée et qui assurera le petit jeu nécessaire pour le démontage du robinet.
- On peut apercevoir sui la figure 4 cette pince et le robinet (la boîte ne sera mise en place qu’au moment où les murs seront montés). Le tube avec col de cygne, voisin du robinet, est un fourreau d’acier qui aboutira dans la boîte et dans lequel seront passés les fils électriques nécessaires pour la commande du robinet par thermostat, comme on le verra plus loin.
- Un tel chauffage est entièrement monté en même temps que le gros œuvre du
- Fig. 3. — Disposition adoptée pour un plancher en béton armé plein.
- bâtiment. Dans le cas où la construction comporte (comme sur les photographies présentées) une ossature métallique ou en béton armé, les colonnes et panneaux sont placés avant que ne soit exécuté le remplissage des murs de façade et refends. Le chauffage se trouve entièrement terminé et peut fonctionner avant même qu’on ne fasse les plâtres, ce qui permet un assèchement rapide du bâtiment.
- En ce qui concerne le surplus de l’installation, un tel chauffage ne diffère pas d’un chauffage par radiateurs à eau chaude. Les seules particularités sont, d’une part, que pour obtenir un bon fonctionnement, les serpentins étant établis sans aucune pente, il est nécessaire d’avoir une circulation accélérée par pompe et, d’autre part, que les calculs soient faits pour une température maxima de 50° à 55° pour l’eau de circulation. Le réglage central se fait donc à la chaudière sur une gamme de températures plus basse que dans le cas d’un chauffage par radiateurs.
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- I
- CHAUFFAGE CENTRAI, PAR PANNEAUX LOGÉS DANS LE PLAFOND. 229
- Thermostats. — Si l’on veut obtenir le maximum de confort en même temps que le minimum de dépenses de combustible, il convient d’établir un contrôle thermostatique. Dans ce cas, la tête de chaque robinet est remplacée par une vanne électromagnétique commandée par un thermostat placé dans la pièce. L’usager met l’aiguille du thermostat à la température désirée et l’appareil ouvre ou ferme le robinet automatiquement. Le constructeur garantit qu’avec ces thermostats la température de la pièce se maintiendra constamment (à 1 degré près au maximum) à la température voulue. L’installation de ces thermostats, non indispensables d’ailleurs
- PARQUET
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- Fig. 5. — Disposition adoptée pour un plancher en béton armé avec corps creux.
- au bon fonctionnement du système, représente à elle seule un supplément de dépense considérable.
- Dépenses d’installation. — Le chaulfage par panneaux à eau chaude coûte sensiblement plus cher d’installation qu’un chauffage ordinaire par radiateurs apparents. Mais le fonctionnement est, paraît-il, nettement plus économique. Si l’on tient compte de plus de l’avantage esthétique et hygiénique et de l’augmentation du confort ainsi réalisés, on conçoit que le système soit appelé à prendre de l’extension.
- On est un peu effrayé cependant en pensant aux risques de fuites. De fait, il paraît que, dans les premières installations en Angleterre, on eut de graves déboires par suite de fuites. Mais il semble qu’aujourd’hui, grâce aux précautions prises et à l’expérience acquise, grâce au contrôle sévère, aux essais et à la perfection de la mise en œuvre, les fuites sont extrêmement rares. De plus, l’enrobement complet en ciment de toutes les canalisations et serpentins les protège contre toute oxydation extérieure.
- Appliqué, il y a deux ans pour la première fois en France dans un petit immeuble commercial, avenue Marceau (Parfumerie Bourjois), le chauffage par panneaux a été établi, depuis, dans un grand immeuble de rapport appartenant à la compagnie d’assurances La Nationale, à Neuilly, et dans l’immeuble pour bureaux de la Société l’Air liquide au quai d’Orsay. Une installation très importante (environ 1.400 panneaux, tous avec thermostats) est en cours d’exécution 29, rue de Bern,
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- CHAUFFAGE CENTRAL PAR LE PLAFOND. — AVRIL 1931.
- rue d’Artois et rue de Washington. C’est la Compagnie Richard Crittal de Londres qui a créé ce chauffage. Les entreprises de chauffage Nessi et Bigeault d’une part, Sulzer frères de l’autre, en ont la licence d’application pour la France.
- chauffage électrique. — Il est tout naturellement venu à l’idée d’utiliser le même principe en empruntant les calories à l’électricité. Mais les applications de ce type sont beaucoup plus récentes et encore peu nombreuses. C’est, bien entendu, en Angleterre, où le principe était déjà appliqué, qu’on a commencé à étudier le
- ELECTRIQUES.
- PANNEAUX CHAUFFANT
- --1SV
- TEMPERATURE DE L'AIR Al ME
- Fiir. G. — Pièce chauffée par panneaux électriques fixés après coup au plafond.
- chauffage par panneaux électriques. Il est actuellement connu sous le nom de « Dulrae electric panel warming System ».
- Les panneaux chauffants sont constitués de différentes façons. Le dispositif qui paraît le plus courant se compose de groupes de tubes métalliques, analogues aux serpentins employés pour le chauffage par panneaux à eau chaude, et dans lesquels passent des fils électriques formant résistances. Ces fils sont isolés des tubes métalliques par des tubes de verre. Les tubes sont réunis par groupes de quatre à chacune de leurs extrémités à des boîtes où les fils sont connectés au circuit général d’alimentation. Le tout est noyé dans le plafond comme dans le cas du chauffage à eau chaude lorsqu’il s’agit de constructions neuves.
- Dans les bâtiments existants, où ce chauffage électrique semble pouvoir être installé plus facilement que l’autre système, on peut appliquer les panneaux électriques sous les plafonds, en disposant les saillies, assez faibles, qui en résultent, sous forme de bandes encadrant la pièce ou de panneaux formant décoration. Les panneaux électriques sont toujours commandés par thermostats. La température à laquelle sont portés les tubes est du même ordre que celle des serpentins employés dans les panneaux à eau chaude.
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- CHAUFFAGE CENTRAL PAR PANNEAUX LOGÉS DANS LE PLAFOND.
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- La figure 6 représente, en coupe, une pièce chauffée par panneaux électriques fixés après coup sur le plafond. Elle indique les températures relevées dans la pièce qui a servi d’expérience.
- La température extérieure étant de -h 2°, le thermomètre placé au milieu de la pièce à un mètre du sol était à 16°3. Les températures du sol, des parois et du plafond, relevées au même moment par des appareils thermo-électriques, variait de 13° à 16° alors que la surface des panneaux chauffants eux-mêmes était entre 33° et 36°. Cette expérience vérifie la régularité de répartition de la chaleur et le peu de différence existant entre les températures extrêmes trouvées au sol et au plafond (environ un degré).
- Ces applications sont trop récentes pour que l’on puisse connaître assez exactement la dépense d’exploitation de ce chauffage électrique. Elle paraît devoir être assez élevée. Mais avec les tarifs horaires différentiels, il est possible de la réduire sérieusement en faisant couper le courant par un disjoncteur automatique pendant les heures de pointe. Les constructeurs affirment que le volant de chaleur emmagasiné par les parois, sol, plafond et mobilier, est tel qu’une interruption du chauffage d’une ou deux heures est à peine perceptible par les occupants.
- Il convient, quant au système de chauffage électrique par panneaux, d’attendre que les applications se soient développées pour porter un jugement sur les dépenses de fonctionnement, alors que le chauffage par panneaux à eau chaude a déjà fait la preuve de l’économie de consommation qu’il permet de réaliser.
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- BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — AVRIL 1931.
- LA BIOLOGIE DES SAUTERELLES ET DES CRIQUETS ET LA LUTTE CONTRE LES ACRIDIENS DANS NOS POSSESSIONS AFRICAINES
- par M. André Guichard.
- Les ravages causés par les sauterelles(1) dans les divers pays français ou soumis à l’influence française ont été rarement aussi importants qu’au cours des derniers mois de 1929 et surtout des six premiers mois de 1930. La Tunisie, l’Algérie, le Maroc, l’Afrique occidentale française, l’Afrique équatoriale française, Madagascar, ont subi des invasions acridiennes qui n’ont pu être enrayées — et sur certains points seulement — que grâce aux moyens de lutte, souvent très onéreux, mis en œuvre par les services de défense des cultures ou par les administrations locales.
- Il est curieux de remarquer que l’on s’est contenté longtemps de signaler les invasions de sauterelles, de déplorer les immenses dégâts qu’elles occasionnent, d’employer des moyens de fortune (souvent illusoires) pour préserver les récoltes, au moment où l’invasion a lieu, mais que, jusqu’à présent, les efforts faits, chez nous, pour mieux connaître la biologie des sauterelles et y adapter les méthodes de défense étaient demeurés mal coordonnés et parfaitement insuffisants.
- Sans doute, nous ne manquions pas de moyens de lutte : les barrages, de modèles divers, utilisés depuis de nombreuses années dans l’Afrique du Nord française, les
- (1) On a l’habitude de désigner vulgairement sous le nom de sauterelles des insectes Orthoptères appartenant à deux familles différentes, d’ailleurs très voisines : celle des Locustides (Sauterelles proprement dites) et celle des Acridides (Criquets). Ces familles se distinguent par les caractères suivants :
- Les Locustides ont le corps subcylindrique; leurs antennes fines sont plus longues que le corps; les tarses — ou région terminale des pattes — sont formés de quatre articles; l’appareil auditif est situé sur les jambes postérieures; les mâles possèdent, à la base des élytres, un appareil musical à l’aide duquel ils produisent une stridulation: les femelles portent, à l’extrémité de l’abdomen, une longue tarière ou oviscapte, qui est un appareil de ponte, ayant l’aspect d’un fourreau de sabre; le régime de ces animaux est omnivore.
- Les Acridides, au corps comprimé latéralement, ont les antennes toujours plus courtes que la moitié de la longueur du corps; leurs tarses sont composés de trois articles; l’appareil auditif est situé sur le premier anneau de l’abdomen; les mâles, dépourvus d’appareil musical différencié, émettent des sons en frottant leurs cuisses contre les nervures de leurs élytres; les femelles ne portent pas de tarière; enfin le régime alimentaire est herbivore.
- Les plus redoutables de ces animaux sont les Criquets. Ce sont eux qui produisent les invasions dont l’Afrique du Nord a tant souffert et qui ont parfois éprouvé certaines régions de notre pays. Les espèces les plus connues sont le Criquet pèlerin et le Criquet marocain.
- Dans la présente étude, nous employons indifféremment les appellations de sauterelles, locustes, criquets et acridiens pour parler de l’ensemble des animaux des deux familles; mais ces termes prennent une signification différente lorsque nous les écrivons avec une majuscule et, bien entendu, chaque fois qu’il est question d’une espèce entomologique spécialement désignée.
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- LA LUTTE CONTRE LES SAUTERELLES EN AFRIQUE FRANÇAISE.
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- appareils collecteurs etécraseurs, les pulvérisations d’insecticides, les appâts empoisonnés et, plus récemment, les virus microbiens(î) étaient employés, isolément ou simultanément, avec des succès variables, pour la destruction des insectes adultes, des larves ou des œufs; mais, le mode de vie et le développement des sauterelles restant incomplètement connus, toute la défense demeurait mal adaptée au résultat visé, se bornait à des destructions locales — sans portée d’ensemble et sans tactique déterminée, — parce que dépourvue des bases biologiques capables de l’éclairer et de la diriger.
- C’est en Angleterre que l’étude biologique des sauterelles devait faire les progrès décisifs, nécessaires au fondement de méthodes de lutte rationnelles et efficaces, — cela grâce aux recherches poursuivies, depuis une dizaine d’années, par l’entomologiste russe Uvarov, pour le compte de l’Institut impérial d’Entomologie de Londres, et aux conceptions géniales de ce naturaliste.
- L’Empire britannique, en effet, a souvent à déplorer, lui aussi, dans ses possessions africaines et asiatiques, les désastres causés par les acridiens.
- Dès 1921, B. P. Uvarov mettait au point l’étude du développement de la Locuste du désert, Locusta migratoria L. et édifiait une théorie qu’il prévoyait déjà devoir s’appliquer à tous les acridiens, au Criquet pèlerin notamment, Schistocerca gre-garia Forsk., à qui sont imputables les invasions et les déprédations subies par la plus grande partie de notre domaine africain.
- B. P. Uvarov a reconnu, chez Locusta migratoria, l’existence d’une forme solitaire et d’une forme grégaire, reliées par des formes de transition plus ou moins définies.
- La Locuste peut donc exister sous trois phases biologiques instables : la phase solitaria, la phase transiens, la phase gregaria. Ces trois phases se distinguent l’une de l’autre, d’une part par des caractères de forme et de couleur, d’autre part par des comportements biologiques différents.
- La phase solitaire consiste en individus isolés et est représentée là où aucune troupe n’existe ou n'a existé depuis au moins la génération précédente.
- La phase transiens n’est représentée par aucune forme définie, mais par des séries de formes transitoires entre les phases solitaire et grégaire. De telles séries peuvent être observées lorsque la transformation va de la forme solitaire à la forme grégaire : elles constituent la phase congregans, et aussi, lorsque se manifeste la tendance à la transformation inverse : c’est alors la phase dissocians. Ces deux variétés de la phase transiens sont essentiellement de nature biologique, mais on peut néanmoins les distinguer l’une de l’autre par de petits détails de structure et de couleur.
- La phase grégaire se montre lorsque les individus forment des troupes émigrantes, denses et extensives.
- Enfin, à la lumière des études récentes, l’espèce Locusta migratoria, quoique bien définie, paraît se présenter sous forme de trois sous-espèces : L. rossica dans
- (2) Voir, à propos de remploi des microbes pour la destruction des insectes, les récents articles de MM. Metalxikov et Chorine et de M. Metalnikov, Utilisation des microbes dans la lutte contre les insectes nuisibles, Bulletin de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, 129° année, juillet-août-septembre 1930, p. 538-550, et 130e année, mars 1931, p. 151-159.
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- l’Europe centrale et peut-être occidentale; — L. migratoria (sensu stricto) dans le Sud-Est de la Russie; — enfin, L. migratoriodes dans les pays tropicaux et subtropicaux.
- Chacune de ces sous-espèces peut passer par les trois phases déjà mentionnées, mais il est possible que toutes ne soient pas également polymorphes.
- L’application de cette théorie à divers acridiens montre qu’autrefois on a dû bien souvent décrire sous des noms différents les formes solitaire et grégaire d’une même espèce. Le fait a été confirmé par des auteurs français pour le Criquet pèlerin ainsi qu’on le verra plus loin.
- Du point de vue pratique, il est clair qu’il est de la plus haute importance de suivre le comportement des Sauterelles et des Criquets à la lumière de la théorie d’Uvarov.
- Cette théorie peut conduire à une conception nouvelle des cauj^s des « déborde-dements » de sauterelles et est de nature à coordonner les recherches en les orientant dans un sens déterminé.
- Elle permet d’espérer que l’on pourra, dans certains cas, circonvenir le passage des locustes à la phase grégaire, et, par la localisation des foyers de multiplication de cette dernière phase, détruire un nombre formidable d’individus nuisibles, en puissance(3) 4.
- Se basant sur ces données, le Gouvernement britannique organisait en 1928, en Palestine, pour la première fois, la lutte raisonnée et méthodique contre les sauterelles, avec matériel, équipement et personnel adéquats.
- Les sauterelles ailées étaient détruites, à l’aide de lance-flammes, avant d’avoir pu déposer leurs œufs. Cette destruction d’adultes gravides revient à supprimer des hordes innombrables de jeunes sauterelles encore à l’état potentiel.
- L’opération était pratiquée le soir, alors que les locustes sont groupées en masses denses. Les populations indigènes, munies de filets, assistaient le personnel spécialisé en encerclant les masses de locustes gravides et les dirigeant lentement vers un centre où elles étaient exterminées par les lance-flammes.
- La méthode se montra si efficace que le district de Jéricho fut le seul où les insectes déposèrent leurs œufs. Là, les jeunes locustes venant d’éclore, étaient détruites par des émulsions de kérosène et, plus tard, par le feu et les arsenicaux(A).
- Les bons résultats obtenus dans ce premier essai doivent encourager la lutte, car il est évident que c’est à la préparation adéquate et à l’application de mesures justes, associées à une connaissance exacte du comportement spécifique de la Locuste qu’est dû le succès de l’entreprise.
- Mais il est, d’autre part, manifeste que la lutte, pour être efficace, doit s’organiser à la fois dans toutes les régions infestées périodiquement par les sauterelles.
- (3) Uvarov (B. P. ), Locusts and Grasshoppers, Impérial Bureau of Entomology, London, 1928.
- Uvarov (B.P.) and Zolotarevsky (B.N.), Phasis of Locusts and their Interrelations, Bulletin of Entomological Research, 20, p. 261-265, October 1929.
- (4) Bodkin (G.E.). The Locust Invasion of Palestine during 1928, Bull. Entomological Research, 20, p. 123-139, August 1929.
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- La France, à son tour, a compris l’importance de la question et l’urgence des mesures à prendre pour éviter le renouvellement des invasions. De tous côtés s’organise l’étude biologique des criquets et celle des moyens de lutte méthodiques et rationnels.
- Voici quelques données sommaires sur notre activité de ces dernières années.
- Au Maroc, MM. Lespes, Régnier et Rungs(5) 6 ont étudié, lors de l'invasion de 1927, la biologie du Criquet pèlerin, Schistocerca gregaria Forsk. Ils confirment que 5. gregaria Forsk. et S. flaviventris Burm. sont bien les deux phases migratrice et sédentaire d’une même unité spécifique, ce qui avait été d'abord supposé par Uvarov, puis vérifié, une première fois, par Johnston, dans le Soudan oriental. Ils reconnaissent aussi l’existence de formes de transition variées, non Signalées jusqu’à présent dans l’Afrique du Nord.
- Comme Uvarov l’a établi chez Locusta migratoria L., ils constatent qu’il existe, chez Schistocerca gregaria Forsk., une corrélation entre le développement maximum de l’invasion et le pourcentage de la phase grégaire dans la composition des vols.
- J. de Lépiney, entomologiste agricole de l’Institut scientifique chérifien, à Rabat, décrit récemment le comportement des larves et des adultes du Criquet pèlerin tel qu’il l’a observé au Maroc(fi).
- Les larves se tiennent la nuit sur les plantes dans un état de torpeur plus ou moins prononcé, tant que la température ambiante ne dépasse pas une dizaine de degrés.
- Au matin, les jeunes criquets, ranimés par le soleil, commencent à manger; puis, l’élévation de la température accroissant leur activité, ces larves sautent sur le sol où, bientôt, sous l’influence des sensations olfactives, elles éprouvent, de la part les unes des autres, une attraction qui aboutit à la formation de groupements denses. Une nouvelle élévation de température augmente la tendance au mouvement et détermine le voyage en bandes. En un même lieu, tous ces voyages semblent orientés dans la même direction.
- Le soir, lorsque la température s’abaisse, les mêmes phénomènes se reproduisent en sens inverse : les groupes, reformés sur le sol, se dissocient. Les larves remontent sur les plantes, prennent de nouveau leur nourriture, puis s’engourdissent.
- Les adultes se comportent d’une façon analogue, mais avec une tendance moindre au groupement sous l’influence des attractions olfactives. Le vol en nuages remplace ici le voyage en bandes. L’orientation des vols paraît résulter d’influences extérieures non encore déterminées.
- C. Rungs, Inspecteur adjoint à la Défense des Cultures, à Rabat, croit pouvoir avancer, d’après les résultats de récents élevages, que Schistocerca gregaria Forsk. phase transiens aurait au Maroc deux générations annuelles(7).
- (5) Lespes, Régnier et Rungs, Contribution à l’étude des phases chez le Criquet pèlerin (.Schistocerca gregaria Forsk.), Comptes rendus de l’Académie des Sciences, Paris, 190, p. 874-875, 10 novembre 1930.
- (6) Lépiney (J. de), Sur la biologie du Criquet pèlerin, Comptes rendus de l’Académie des Sciences, Paris, 190, p. 1145-1147, 12 mai 1930.
- (7) Rungs (C.), Contribution à la détermination du nombre des générations annuelles du Criquet pèlerin [Schistocerca gregaria Forsk). Bulletin de la Société des Sciences naturelles du Maroc, t. X, p. 66-67, nos 1-6, 30 juin 1930.
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- Plus récemment, MM. Lespes, Régnier etRuNGS 8) 9, ont montré, par des élevages expérimentaux, que les criquets de la forme gregaria. provenant de vols d’invasion, pouvaient se reproduire dans les régions septentrionales du Maroc, alors que l’on croyait, encore dernièrement, cette reproduction impossible au Nord de l’Atlas.
- Enfin, M. de Lépiney91, étudiant actuellement les voies d’immigration suivies par les criquets qui envahissent le Maroc, pense que ces acridiens, non seulement traversent l’Atlas dans les régions basses voisines de la mer, mais peuvent aussi franchir les parties élevées de la chaîne à des altitudes de 3.000 à 4.000 m.
- Ainsi qu’on peut le voir, ces travaux et les résultats qu’ils fournissent sont encore bien fragmentaires et demeurent souvent dans le domaine de l’expérimentation au laboratoire. Aussi un grand effort d’ensemble a-t-il paru nécessaire pour obtenir rapidement un faisceau de données de tous ordres permettant une mise au point du problème acridien pour nos colonies africaines.
- En effet, une connaissance approfondie, pour le Criquet pèlerin, de la localisation des foyers de multiplication, du mode de vie, du mécanisme des migrations et des voies suivies par elles, de la périodicité des invasions et de ses causes, des ennemis naturels des criquets, etc., permettra seule de concevoir et d’organiser les méthodes rationnelles de lutte, de prévoir et peut-être d’enrayer les invasions futures.
- Ces travaux de recherche, qui nécessiteront sans doute plusieurs années d’efforts, exigent le concours de savants et de techniciens nombreux, spécialement d’entomologistes, qui effectueront des observations et des expériences dans la nature, dans les stations de recherche actuellement existantes et dans les laboratoires temporaires organisés au cœur des contrées infestées. Ils pourront être très utilement secondés parles renseignements que fourniront les observateurs bénévoles, dont le concours permettra d’étendre beaucoup le champ d’observation des techniciens et d’éviter des pertes de temps, notamment par une signalisation judicieuse des phénomènes intéressants constatés.
- La Commission nationale d’Étude des Calamités, plaçant la question des sauterelles au premier plan des problèmes scientifiques qui la préoccupent, vient de prendre l’initiative d’une enquête biologique sur les acridiens, dans tous les pays français ou soumis à l’influence française.
- Afin d’aboutir à une solution rationnelle du problème acridien le plus rapidement possible et avec le minimum de frais, la Commission s’est acquis le concours scientifique des Services d’Entomologie agricole métropolitain (Institut des Recherches agronomiques) et colonial (Institut d’Agronomie coloniale) et celui de l'Association Colonies-Sciences. Elle est convaincue que toutes les personnes susceptibles d’être intéressées par l’étude des sauterelles, — à quelque titre que ce soit — apporteront leur contribution, aussi minime soit-elle, à cette œuvre de longue haleine, essentiellement utilitaire.
- (8) Lespes, Régnier et Rungs, Contribution à l’étude des phases chez le Criquet pèlerin (,Schistocerca gregaria Forsk). Comptes rendus de l’Académie des Sciences, Paris, 191, p. 874-875, 10 novembre 1930.
- (9) Lépiney (J. de), La chaine du Haut-Atlas et les invasions de Schistocerca gregaria Forsk dans le Maroc septentrional. Bulletin de la Société des Sciences naturelles du Maroc, t. X, p. 62-65, nos 1-6, 30 juin 1930.
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- Afin d’obtenir une homogénéité suffisante dans l’ensemble des réponses provenant des diverses régions visitées par les sauterelles, la Commission nationale d’Études des Calamités adopte, à peu de chose près, le texte du questionnaire élaboré par Uvarov et adressé par l’Institut impérial d’Entomologie de Londres à ses correspondants^0'.
- C’est là une initiative heureuse donnant toute garantie quant à la valeur scientifique du questionnaire utilisé, puisqu’il provient du maître actuel de la biologie des sauterelles, et qui aura de plus l’avantage d’assurer une entente et une unité internationales dans la recherche1 et la lutte antiacridienne, dont les problèmes, avons-nous dit, dépassent le cadre de nos possessions africaines.
- Ce tract(11), après avoir résumé, d’une façon brève, mais très claire, les connaissances actuelles sur la biologie des sauterelles, passe méthodiquement en revue, sous forme de questionnaire, les observations présentant un intérêt quelconque pour la connaissance des acridiens, et portant sur les points principaux suivants : le passage des essaims migrateurs, la ponte, les œufs et leur éclosion, les jeunes criquets, les sauterelles ailées ayant pris naissance sur place, les invasiôns antérieures à celle présentement étudiée, les informations diverses à recueillir des indigènes. Ces questions sont accompagnées de planches représentant les espèces migratrices importantes, d’une table de détermination de ces espèces, d’instructions pour l’utilisation du questionnaire et la réalisation pratique des observations.
- Enfin, la Direction générale de l’Agriculture, du Commerce et de la Colonisation au Maroc (14' institue, pour 1931, un concours pour la recherche de nouveaux procédés de lutte contre les acridiens.
- L’Administration du Protectorat, considérant l’importance économique que présentent, pour le Maroc, les invasions de Criquets pèlerins ou de Criquets marocains, se propose, par le moyen de ce concours, de susciter la recherche et la mise au point de procédés nouveaux susceptibles d’assurer la destruction des insectes précités aux différents stades de leur évolution (œufs, larves et adultes). .. \
- Ce concours, doté de 200.000 francs de prix, ne vise que des procédés pratiques, peu coûteux et immédiatement applicables. Voici, du reste, le détail des conditions imposées :
- Le procédé proposé devra : être utilisable en tous terrains; être transportable sur les lieux d’opération dans les délais compatibles avec les nécessités de la lutte ; présenter des avantages techniques ou économiques sur les procédés connus ou déjà utilisés; ne pas nécessiter une main-d’œuvre spécialisée trop importante; ne pas requérir l’emploi de matériel annexe coûteux et dangereux; ne pas imposer une immobilisation importante de capitaux et ne pas exiger de stockage de longue durée.
- Les dossiers des concurrents seront examinés tous les trois mois par un comité technique institué à Rabat, le 10 mai 1930, par arrêté du Commissaire Résident
- (10) Uvarov (B. P.), Instructions for observations On Locusts, Impérial Bureau of Entomology, London 1930.
- (11) Une enquête biologique sur les sauterelles. Actes et Comptes rendus de l’Association Colonies-Sciences, 6e année, nü 65, p. 234-248, fig. 1-4; novembre 1930.
- (12) Protectorat de la République française au Maroc, Gouvernement Chérifien, Direction générale de l’Agriculture, du Commerce et de la Colonisation : Programme de concours pour la recherche de nouveaux procédés de lutte contre les acridiens, année 1931.
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- général. Les procédés retenus par ce comité seront étudiés par une commission de techniciens et soumis à des essais d’application pratique.
- Notons que ce concours, pour louables que soient les intentions qui l’inspirent, est peut-être quelque peu prématuré. En effet, avant de découvrir et de mettre au point des procédés de destruction, il semble logique de savoir exactement ce qu’on veut détruire, dans quelles conditions, à quel moment et en quels lieux — et ces points importants, qui doivent manifestement servir de base aux méthodes techniques, sans quoi ces méthodes ne sauraient être vraiment efficaces, sont loin d’être complètement élucidés pour le Maroc. Conviendra-t-il de procéder indistinctement à la destruction des œufs, des larves et des adultes? C’est peu probable. Il est plus vraisemblable qu’il existe, au cours du développement des acridiens, une phase optima pour l’application des méthodes de destruction. Devra-t-on lutter contre les vols d’invasion parvenus à destination ou prévenir leur pénétration sur le territoire marocain? Y a-t-il lieu de se préoccuper de la reproduction et de la pullulation sur place et dans quelle mesure? Y a-t-il, sur la surface du Maroc, des centres de pullulation ou de transformation? Toutes questions d’une importance pratique fondamentale, puisque, de leur connaissance, doit découler logiquement le choix du ou des modes de lutte et la façon de les appliquer.
- Quoi qu’il en soit, ces quelques indications suffisent à montrer que la défense contre les Sauterelles et les Criquets s’organise méthodiquement dans la plupart des pays intéressés. Les résultats si remarquables obtenus ces dernières années sur le terrain biologique — et qu’il suffira peut-être d’étendre, en les précisant et les complétant, aux espèces acridiennes et aux régions non spécialement étudiées jusqu’ici — offrent, d’ores et déjà, une base générale solide aux études techniques et aux réalisations pratiques. Elles montrent à quel succès sont destinées les recherches coordonnées, conduites avec méthode et intelligence, et quelle supériorité elles présentent sur les études isolées et les tentatives mal préparées ou dépourvues de fondements scientifiques suffisants.
- C’est ce que semblent avoir compris les Pouvoirs publics qui, — par le vaste mouvement d’ensemble qui est en train de s’esquisser — paraissent avoir à cœur de rattraper le retard injustifié où se trouvait jusqu’ici la France en ces matières, d’un si grand intérêt économique pour son domaine colonial.
- Aussi n’est-il pas douteux que, d’ici peu, nous serons en possession de moyens de lutte, efficaces, parce que bien adaptés à la fois à la biologie de l’ennemi à combattre et au but pratique à atteindre, — moyens dont la réalisation, quelque coûteuse qu’elle puisse paraître au premier abord, se montrera finalement économique, eu égard à l’ampleur des résultats obtenus, dont l’importance financière dépassera largement celle des dépenses qu’ils auront nécessitées.
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- BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ d’eNCOURAG. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. —AVRIL 1931.
- LA SOIE ARTIFICIELLE, SA FABRICATION ET SES APPLICATIONS(,)
- par M. J. Quantix.
- La fabrication des soies artificielles est digne de retenir l’attention des milieux qui s’intéressent aux progrès scientifiques, tant par l’exemple merveilleux de synthèse industrielle qu’elle représente que par le développement prodigieux qu’elle a pris au cours de ces vingt dernières années.
- Aussi, la conférence de ce jour a-t-elle pour but, dans la mesure du temps qui lui est réservé, d’une part, d’exposer la technique générale de cette fabrication en analysant plus particulièrement le procédé viscose et, d’autre part, de présenter les applications principales qui ont contribué à donner toute son importance à l’industrie de la soie artificielle.
- Cette branche nouvelle de l’industrie des textiles est d’origine essentiellement française. Son véritable créateur, et nul ne lui conteste ce titre, est le comte de Chardonnet, qui a eu le grand mérite de dégager une formule pratique des recherches antérieures et de mettre au point, le premier, un procédé vraiment industriel.
- HISTORIQUE.
- L’idée de reproduire le fil de soie naturelle sécrété par les glandes du Bombyx Mori n’était pas neuve.
- Dès 1667, le professeur anglais Hooke envisageait « la possibilité de filer, à l’aide d’une substance gommeuse analogue à la bave du ver à soie, une sorte de soie artificielle possédant les qualités de la soie naturelle ».
- Au siècle suivant, en 1734, le savant français Réaumur émettait l’idée de tirer, de certains vernis chinois, des fils aussi fins que ceux des vers à soie.
- La chimie et la mécanique n’étaient pas assez avancées pour permettre à ces précurseurs de donner suite à leurs considérations théoriques.
- la soie artificielle de nitrocellulose. — En 1853, le Suisse Audemars prenait le brevet le plus ancien que l’on connaisse sur la fabrication des fibres artificielles. Son procédé consistait à produire une nitrocellulose par l’action de l’acide nitrique sur l’écorce du mûrier et à la dissoudre dans un mélange d’alcool et d’éther. Sa tentative ne dépassa pas les limites du laboratoire.
- De nouvelles recherches furent entreprises par le Français Ozanam qui, en 1862, employa des filières pour l’injection de la matière colloïdale et par l’Anglais Swan qui, en 1883, réalisa des fibres en combinant les procédés précédents.
- Ces travaux n’aboutirent à aucun résultat appréciable.
- C’est à celte époque que se manifesta, d’une manière décisive, l’intervention du comte de Chardonnet. Ce dernier, passionné par les travaux de Pasteur sur le ver à soie, suivit toutes les phases de la formation du fil pendant la sécrétion de l’insecte, étudia l’influence de la structure de ce fil sur son reflet brillant, et se convainquit
- (1) Conférence faite par l’auteur, le ta mars 1931, au Conservatoire national des Arts etMétiers.
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- de l’impossibilité d’effectuer la synthèse du fil naturel. Par la suite, il établit que le fil de nitrocellulose pouvait donner un textile ayant l’aspect et les qualités de la soie et que la cellulose était la matière première qui permettait d’obtenir le meilleur produit.
- En 1884, après six années de recherches, il résumait sa méthode dans un mémoire déposé à l’Académie des Sciences sous le titre : Sur une matière textile artificielle ressemblant à la soie.
- La période d’essais fut rapidement suivie d’une fabrication régulière. A l’Exposition universelle de 1889, furent présentés la première machine à filer et les premiers échantillons d’étoffes tissées avec la nouvelle soie artificielle de nitrocellulose ou collodion, dont l’exploitation commença à Besançon, l’année suivante, sous le nom définitif de soie artificielle de Chardonnet.
- Parmi les usines créées ultérieurement à l’étranger, la plus connue fut celle de Tubize, en Belgique.
- la soie artificielle au cuivre. — En 1890, le Français Despeissis breveta un procédé de fabrication de la soie artificielle basé sur la solubilité, découverte par Schweitzer, de la cellulose dans la liqueur cupro-ammoniacale. Le solvant n’ayant pas la volatilité de l’éther, comme dans le procédé Chardonnet, il fallut réaliser un procédé d’insolubilisation instantanée de la cellulose, en recevant la solution cupro-ammoniacale à la sortie des filières dans un bain coagulant d’acide sulfurique qui retient le cuivre et l’ammoniaque. Cette récupération des matières mises en œuvre rendait le procédé beaucoup plus économique que celui de la nitrocellulose. L’inventeur ne put toutefois recueillir le bénéfice de sa découverte. Ses recherches furent reprises, en 1897, par Pauly, puis par les chimistes allemands Frémery et Urban. Ceux-ci aboutirent à une formule industrielle qui trouva son application, avec succès, d’abord en Allemagne, puis en France à partir de 1902, dans les usines de Givet et d’izieux.
- la soie artificielle de viscose. — La fabrication de la soie artificielle au cuivre fut vite concurrencée par le procédé encore plus simple de la viscose, lequel dérivait du mode de dissolution de la cellulose, trouvé en 1892, par les savants anglais Cross et Bevan, en soumettant à l’action du sulfure de carbone, une pâte de bois imprégnée de soude. Le composé résultant de cette action donne avec l’eau une solution visqueuse appelée viscose dont l’emploi pour fabriquer des fibres artificielles fut reconnu, en 1903, par l’Anglais Stearn. Les avantages du nouveau procédé étaient considérables. Plus de dissolvant spécial à préparer, plus de produits à récupérer, emploi de matières premières de faible valeur. De plus, un dispositif mécanique de filature fort ingénieux, dû à l’ingénieur anglais Topham. permettait de produire un fil immédiatement tordu, d’où suppression de l’opération du moulinage.
- La fabrication fut mise au point, vers 1904. en France à l’usine d’Arques-la-Bataille. grâce à l’introduction d’un type de pompe à filer de débit constant et réglable. Elle ne tarda pas à se développer au détriment de la soie artificielle au cuivre qui, dès 1910, fut progressivement éliminée, même dans les usines ayant appliqué ce procédé depuis son origine.
- Il convient de signaler que la soie artificielle au cuivre a fait sa réapparition
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- dans ces dernières années, sous la dénomination de soie Bemberg, du nom de la société qui a appliqué le procédé de filature par étirage de Thif.l, lequel permet d’obtenir des fils encore plus fins que ceux de la soie naturelle.
- la soie artificielle a l’acétate de cellulose. — Au cours de la guerre, de très importantes installations furent créées pour produire l’acétate de cellulose servant de base aux enduits utilisés pour le revêtement des avions. La possibilité d’employer cet acétate pour la fabrication de la soie artificielle avait déjà été envisagée dans les brevets, pris en 1903, par Lederer.
- Une des principales difficultés à résoudre était d’obtenir un acétate de cellulose donnant un collodion aussi maniable que celui de la nitro-cellulose. Les recherches effectuées avant la guerre, par la Société chimique des Usines du Rhône et, ultérieurement, les travaux du Dr Dreyfus, aboutirent à un procédé de filature par voie sèche, à basse température et avec récupération complète du solvant. C’est ainsi que se constituèrent en France, la Rhodiaseta et, en Angleterre, la British Celanes Ltd. Le nouveau fil obtenu se recommandait par des qualités physiques remarquables, aussi bien à l’état sec qu’à l’état humide.
- Ce rapide historique permet de se rendre compte de l’étendue et de la variété des divers procédés de fabrication, des difficultés qu’ont eu à surmonter les techniciens chargés de leur mise au point et de la durée nécessaire pour arriver à une exploitation industrielle satisfaisante.
- La soie artificielle n’a pu s’introduire dans les diverses branches de l’industrie des textiles que grâce à des perfectionnements continuels, couverts par des brevets dont le nombre croît chaque année. La fabrication des soies artificielles offre aux chimistes un vaste champ d’études où les problèmes de science pure conduisent souvent à des solutions pratiques réalisées avec l’aide du constructeur.
- PROCÉDÉS DE FABRICATION.
- Le principe commun aux divers procédés est le suivant : mettre la cellulose en solution, injecter celle-ci dans des orifices extrêmement fins et régénérer la cellulose dans le filament. Suivant le dissolvant, la soie artificielle ainsi produite sera au collodion, au cuivre, à la viscose ou à l’acétate.
- La fabrication comprendra donc trois phases :
- 1° Dissolution des composés cellulosiques ou de la cellulose elle-même ;
- 2° Filage et coagulation des dissolutions précédentes ;
- 3° Opérations ultérieures de finissage des fils pour donner à ces derniers des caractéristiques convenables à leur emploi.
- cellulose. — La cellulose constitue la plus grande partie des cellules et fibres de tous les végétaux. Elle existe à l’état presque pur dans le coton, cette neige merveilleuse de la Louisiane. G’est un produit complexe composé de carbone, d’hydrogène et d’oxygène, dont la formule est [C6 H10 O5]", n étant admis généralement égal à 4.
- Au point de vue de la fabrication de la soie artificielle, la valeur de la cellulose dépend de sa proportion d’alphacellulose, seul élément constitutif résistant à l’action des lessives concentrées de soude caustique dans l’opération du mercerisage;
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- ses autres dérivés chimiques : hémicelluloses, hydrocelluloses et oxycelluloses étant, au contraire, dissous dans la soude.
- Un autre facteur de la valeur pratique de la cellulose est donné par l’importance de certains assemblages de cellules appelés micelles et dont la présence est révélée par l’examen aux rayons X. Le gonflement de la cellulose est en relation directe avec la grandeur micellaire.
- La cellulose s’emploie dans les divers procédés de fabrication que nous avons à analyser sous forme, soit de pâtes de bois, soit de linters, c’est-à-dire de déchets de
- coton.
- Les pâtes de bois sont des pâtes dites au bisulfite, blanchies, provenant du Canada ou des pays du Nord de l’Europe, et fabriquées avec le pin et le spruce. Elles doivent présenter une parfaite homogénéité pour assurer une fabrication régulière et contiennent ordinairement : 86 à 88 p. 100 d’alpha-cellulose, 12 à 14 p. 100 d’hémicellulose et, au maximum, 0,9 p. 100 de résine et 0,3 p. 100 de cendres.
- Les pâtes de bois sont presque exclusivement employées pour le procédé viscose.
- Les linters sont plus purs et contiennent jusqu a 99 p. 100 d’alphacellulose. Ils servent à la fabrication des soies à l’acétate et au cuivre et, également, mais à l’état de mélange avec la pâte de bois, pour la soie viscose à brins fins.
- SOIF. ARTIFICIELLE A BASE DE NITROCELLULOSE. — Principe. — Transformer la cellulose [CGH10O5]4 en cellulose octonitrique C2iH32012[N03]8 soluble dans un mélange d’alcool-éther.
- Filer à l’air le collodion ainsi formé. Dénitrer le fil pour le ramener à l’état de cellulose par l’action d’un sulfure.
- Fabrication. — Les linters, préalablement cardés, sont dégraissés, blanchis, puis soumis à la nitration par traitement dans un mélange d’acide nitrique et d'acide sulfurique.
- Le coton nitré, ou nitrocellulose ou coton-poudre, est essoré, puis lavé dans une pile du genre de celles qui servent dans la papeterie.
- Un grand nombre de solvants peuvent être employés pour la dissolution de la nitrocellulose. Pratiquement, l’opération s’effectue dans un tambour tournant avec un mélange d’éther (60 p. 100) et d’alcool (40 p. 100) pendant 7 heures environ. Le collodion ainsi formé est filtré sur des nappes de ouate et dirigé aux métiers à filer, sous une pression de 40 à 50 kg: cm2.
- Les filières sont composées de tubes de verre capillaires, d’un dixième de milli-
- Fig. I. — Schéma de la fabrication de la soie artificielle à la nitrocellulose et filière.
- A, arrivée du collodion; — B, filière (è, capillaires en verre) ; — C, guide-fil ; — D, cylindre entraîneur; — E, bobine en chargement; — F, bobine de remplacement ; — G, hotte fermée reliée à l’aspirateur; — H, charnières pour le relèvement de l’avant-vitre.
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- mètre environ, montés sur des garnitures en bronze étamées intérieurement. Le filament, jaillissant sous la pression, se coagule instantanément au contact de l’air chaud. Les vapeurs d’éther et d’alcool sont aspirées en vue de leur récupération. Les filaments sont réunis, en nombre variable, suivant la grosseur du fil à obtenir. La soie artificielle est lavée pour recueillir l’excédent d’alcool et moulinée, c’est-à-dire tordue, pour lui donner de la résistance (fîg. 1).
- Afin d’être rendue ininflammable, la soie artificielle est mise en écheveau, puis dénitrée par immersion dans un bain de sulfure de calcium ou de sulfhydrate d’ammoniaque. La difficulté de récupérer complètement les solvants, éther et alcool, rend ce procédé très coûteux et ne lui a pas permis de résister à la concurrence des procédés qui donnent également, avec une formule plus économique, des fils à brins très fins.
- soie artificielle A l’acétate. — Principe. — Comme pour la soie au collo-dion, formation d’un éther de la cellulose soluble dans un solvant volatil, lequel régénérera non de la cellulose, mais un fil d’acétocellulose.
- Fabrication.— Les linters cardés, blanchis et séchés, sont traités dans de grands malaxeurs par un mélange d’acide et d’anhydride acétique en présence d’un catalyseur (ordinairement de l’acide sulfurique) pour donner un triacétate de cellulose C6H705[CH3C02]3. Cette opération, appelée acétylisation, a une grande importance et de sa bonnemarche dépend, en grande partie, la qualité du fil d’acétate de cellulose.
- Au sortir des appareils, on obtient une pâte épaisse, d’une couleur ambrée, qu’on laisse mûrir pendant plusieurs heures. L’acétate est précipité par l’eau, lavé, essoré, séché et broyé, pour se présenter finalement sous l’aspect d’un produit très blanc.
- Pour transformer l’acétate en fil, on le dissout dans un mélange d’acétone et d’alcool. Le collodion ainsi produit est filtrép uis filé sous pression à travers des filières capillaires (diamètre, 0,06 mm) dans un courant d’air chaud. La soie, enroulée sur bobine, est ensuite, sans aucun traitement nouveau, moulinée puis mise en flottes.
- On procède par ailleurs à la récupération des sous-produits : acide acétique et acétone (fig. 2).
- La soie à l’acétate possède un toucher doux, chaud, une grande souplesse, un lustre mat rappelant celui de la soie naturelle, une densité faible donnant un grand pouvoir couvrant. Son humidité est moindre que celle des autres soies artificielles et sa résistance au lavage beaucoup plus grande.
- Par suite de leur manque de porosité, la teinture des soies acétylées a exigé de nouveaux procédés de traitement qui ont permis de réaliser avec elles une gamme très riche de couleurs.
- soie artifigelle au cuivre, procédé bemberg. — Principe. — Dissoudre la cellulose dans l’oxyde de cuivre ammoniacal ou réactif de Schweitzer. La solution
- Fig. 2. — Schéma de la fabrication de la soie artificielle par l’acétate de cellulose.
- A, arrivée d’air ; — C, communication avec le condenseur.
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- visqueuse ainsi obtenue est filée par étirage dans l'eau chaude, opération qui régénère la cellulose.
- Fabrication. — La cellulose employée provient des linters lavés puis blanchis à l’hypochlorite de soude. Le solvant est obtenu en mélangeant, dans le malaxeur lui-même, du sülfate basique de cuivre avec de l'ammoniaque et de la soude caustique.
- Le malaxeur reçoit d’abord la quantité d’ammoniaque nécessaire à laquelle sont ajoutés, lentement et en agitant, le sulfate de cuivre et le coton. La réaction s’achève par addition de soude après que le coton a été battu et gonflé. On obtient ainsi une solution visqueuse bleu foncé qui, après épuration et désaération, est propre à la filature.
- La filature s’effectue dans un courant d’eau convenablement épurée et désaérée, portée à la température voulue.
- La solution arrive dans une filière percée d’un nombre de trous convenable pour réaliser le titre demandé.
- Cette filière est placée à la partie supérieure d’un entonnoir conique en verre, enfermé lui-même dans un cylindre également en verre. La filière forme couvercle hermétique sur le cylindre. L’eau arrive par la partie inférieure de l’espace annulaire formé par le cylindre et l’entonnoir, pénètre dans celui-ci par la partie supérieure et redescend dans l’intérieur en entraînant le faisceau de fil, lequel, après avoir passé sous une barre de renvoi, qui sert de séparateur d’eau, s’enroule sur un guindre sous forme d’écheveau (fig. 3).
- Il peut alors soit être utilisé directement par le tissage pour faire des trames, soit être tordu sur des moulins
- Fig. 3. — Schéma de la p0ur faire des chaînes, fabrication de la soie arti- 1 T , , . , . , .. n
- fîcielle au cuivre. Les operations de devidage, moulinage et flottage
- e, arrivée d eau; - L, arrivée n’offrent aucune particularité, de la liqueur cupro-ammomacaie. Les soie artificielle au cuivre sont formés de
- brins unitaires aussi fins que ceux de la soie naturelle, ainsi que nous le verrons en parlant des qualités générales des soies artificielles.
- La faible perte de force à l’état mouillé permet d’obtenir avec la soie de Bemberg des tissus lavables (bas ou lingerie) et des tissus genre soieries (crêpes, taffetas, etc.).
- soie artificielle a base de viscose. — Principe. — Utiliser la propriété du sulfure de carbone de se combiner avec les alcoolates alcalins pour former des Sulfocarbonates à radical alcoolique, appelés xanthates. La cellulose, étant considérée comme un composé à radical alcoolique donne facilement avec le sulfure de carbone un xanthate de cellulose sodique dont la dissolution dans la soude faible constitue la viscose, suivant les réactions :
- C6H10O5 -f- NaOH = C<SH»OLNaO -+- H^O
- cellulose soude alcali-cellulose eau
- CS’2
- sulfure de carbone
- C6H904Na0 = CS
- alcali-
- cellulose
- ONa
- 'S (C6H904).
- xanthate de cellulose sodique
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- Cette combinaison est précédée, puis suivie de deux opérations complémentaires :
- a) mûrissement de l’alcali-cellulose, phénomène qui influe sur les opérations ultérieures : attaque de l’alcali par le sulfate de carbone, dissolution du xanthate et surtout, viscosité de la viscose ;
- b) mûrissement ou maturation de la viscose, qui donne des produits polvmé-risés (réunion de plusieurs molécules), modifie l’aptitude de la viscose à la coagulation et agit fortement sur la qualité du fil obtenu.
- La viscose mûrie est filée dans une solution saline très concentrée et acidifiée, où elle se coagule en régénérant de la cellulose hydratée sous forme d’un fil à plusieurs brins élémentaires. Dans cette opération, la soude est neutralisée par l’acide, alors que se libèrent du sulfure de carbone et de l’hydrogène sulfuré (fig. 4).
- Les opérations de finissage consistent à laver le fil pour enlever toute trace d’acide, à le sécher, aie mouliner pour lui donner la torsion nécessaire, à le mettre en écheveaux, puis à le soumettre à la désulfuration, au blanchiment et à un lavage final.
- La technique de la préparation de la viscose repose sur des transformations moléculaires qui ne sont pas entièrement expliquées ; mais les diverses réactions doivent se produire avec régularité et dans des limites très étroites de durée et de température. La filature et le traitement du fil doivent également s’effectuer avec soin et dans des conditions de température et d’humidité rigoureusement constantes.
- Fig. 4. — Schéma de la fabrication de la soie viscose.
- B, bain de coagulation ; — E, entonnoir à viscose ; — F, filière ; — P, pot de filature ; — V, arrivée de la viscose.
- La récupération est limitée aux lessives de soude et aux bains de filature.
- Fabrication de la viscose. — Nous allons maintenant résumer les opérations pratiques de la fabrication de la viscose.
- 1° Conditionnement de la pâte de bois. — La pâte de bois obtenue par la méthode du bisulfite est livrée blanchie en feuilles rectangulaires ayant généralement pour dimensions de 400 à 600 mm de côté. Nous avons déjà indiqué qu’une pâte doit contenir au moins 86 à 88 p. 100 d’alphacellulose et, au plus 0,9 p. 100 de matières résineuses. Pour déterminer exactement la teneur en cellulose de la viscose, il importe de ramener à un taux constant, généralement 5 p. 100, l’humidité des feuilles qui, lors de la livraison, varie de 8 à 10 p. 100 d’où séchage pendant 24 heures au moins dans une salle maintenue à température constante, de 20° à 30° suivant l’état de l’atmosphère.
- 2° Préparation de Valcali-cellulose. — Les feuilles sont imprégnées d’une lessive de soude caustique par trempage, puis pressage, dans des presses mécaniques à vis ou des presses hydrauliques susceptibles de traiter 50 kg de pâte sèche. Les lessives
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- contiennent par litre 212 g de soude caustique. La durée moyenne de trempage est d’une heure. Le pressage est arrêté de manière que le poids d’alcali-cellulose soit de 330 kg environ pour 100 kg de pâte (fig. 5).
- 3° Déchiquetage de l'alcali-cellulose. — Pour faciliter son attaque ultérieure, l’alcali-cellulose ainsi produit est broyé et réduit à l’état floconneux dans des déchi-queteurs comprenant deux bras mobiles en forme d’hélice et munis de peignes dentés. Les bras tournent en sens inverse l’un de l’autre et alternativement dans les deux sens, pour déchiqueter et homogénéiser successivement la matière, dont réchauffement est limité par une circulation de saumure dans les parois de la cuve.
- Fig. 3. — Presse trempeuse.
- Les appareils permettent de traiter une charge de 330 kg d’alcali-cellulose et d’obtenir le degré de division nécessaire, dans une durée variant de 2,3 à 3 heures, pour atteindre une température finale de 32° (fig. 6).
- 4° Mûrissement de l'alcali-cellulose. — L’alcali-cellulose est placé dans des boites parallélipipédiques en tôle d’acier d’une capacité de 80 litres environ, qui sont elles-mêmes empilées dans une chambre maintenue à température constante. Nous avons dit que le mûrissement agissait sur la viscosité de la viscose. Cette viscosité décroît avec le mûrissement. D'autre part, une relation existe entre la température et la durée de l’opération pour une viscosité déterminée. Généralement on note 24° pour 60 heures de mûrissement.
- 3° Sulfuration de Valcali-cellulose. — La réaction du sulfure de carbone sur l’alcali-cellulose donnant le xanthate sodique de cellulose s’effectue dans des barattes hexagonales dont la capacité permet de traiter le contenu d’un déchique-teur — 330 kg d’alcali-cellulose — avec une charge de 33 kg de sulfure de carbone.
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- L’opération dure deux heures environ ; la température monte progressivement de 18° à 25°, alors que la masse passe du blanc jaunâtre à l’orangé rouge. Des précautions sont prises pour éviter toute fuite de sulfure de carbone, pendant son transvasement et pendant l’attaque, tant au point de vue de l’hygiène que de l’exactitude de la réaction (fig. 7).
- 6° Dissolution du xanthate,. ou mixage. — Cette dissolution s’opère, avec une lessive diluée de soude, dans des mélangeurs, ou mixers, pour obtenir la viscose d’une manière homogène. Les appareils ont une capacité correspondant au contenu
- Fi£. 6. — Déchiquelour.
- de deux barattes. Le volume de la lessive est calculé pour réaliser la concentration de cellulose voulue (de 6,5 cà 8,5 p. 100).
- L’opération dure 3 heures. Au début, la température est abaissée à 8° par une circulation extérieure de saumure et elle atteint 16° en fin de dissolution (fig. 8).
- 7° Mûrissement de la viscose. — En sortant des mixers, la viscose entre en cave pour être soumise à une série de filtrations et de mélanges et subir le mûrissement qui fixera son aptitude à la coagulation.
- Le degré de mûrissement se mesure par la méthode de l’indice au sel, qui consiste à essayer de tirer un fil, avec une baguette de verre, de quelques gouttes de viscose versées dans des solutions de sel titrant progressivement de 2,5 à 10 p. 100 de chlorure de sodium.
- L’indice est donné par le titre de la solution dans laquelle le fil coagulé se produit.
- L’indice va en diminuant avec la durée du mûrissement. Il est influencé dans le même sens par une élévation de température de la cave.
- La filature s’effectue à l’indice que l’on s’est fixé, sa valeur étant le plus 'souvent
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- Fig. 7. — Baratte.
- Fig. 8. — Mixer.
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- comprise entre 4 et 5. Cet indice moyen est atteint pour une température de cave de 15°, après un mûrissement de 60 à 70 heures.
- La viscose est filtrée dans des filtres-presses ordinaires, groupés pour donner lieu à 3 ou 4 filtrations successives. Les réservoirs, ou tonnes, de viscose ont une capacité de 4.000 litres correspondant à 4 viscoses ou 400 kg de pâte. La circulation de la viscose entre les diverses tonnes a lieu par l’air comprimé, par pompe de circulation ou par le vide.
- Ce bref exposé ne fait pas ressortir toutes les difficultés que l’on rencontre, dans la pratique, pour effectuer ce cycle d’opérations qui dure approximativement 6 jours.
- Il est, en effet, rigoureusement nécessaire, pour obtenir une soie convenable, de passer en filature des viscoses exemptes d’impuretés et de bulles d’air et présentant une teneur en cellulose et un degré de mûrissement bien déterminés.
- Ces conditions doivent être satisfaites malgré les variations de la température extérieure et malgré les modifications de régime qu’impose l’arrêt du dimanche. Aussi, certaines usines ont-elles adopté une organisation de travail qui assure, avec des équipes alternantes, une production continue non seulement de jour et de nuit, mais encore pendant toute la semaine, dimanche compris. La fabrication ne s’arrête qu’au moment des grandes fêtes.
- Les chiffres donnés ci-dessus pour la durée et les températures des opérations ne doivent pas être pris en valeur absolue : ils sont susceptibles de changer suivant les usines, compte tenu des conditions locales de travail et de la nature des fils à produire.
- Filature de la viscose. — Nous avons vu que le principe de la filature repose sur la coagulation de la viscose dans une solution saline, après refoulement dans une filière à orifices multiples.
- La composition des bains est extrêmement variable; les plus fréquemment utilisés sont composés d’acide sulfurique, de sulfate de soude et de sulfate de zinc. Le degré de concentration de ces bains dépend des caractéristiques de la viscose, du titre du fil à produire et de son parcours dans le bain et, enfin, du procédé de filature employé. Leur contrôle doit être effectué fréquemment, pour ne pas modifier les caractéristiques du fil et, en particulier, ses qualités au point de vue teinture.
- Il existe deux modes de filature :
- a) la filature centrifuge, où le fil, après avoir été reçu sur un rouleau débiteur, est guidé par un entonnoir animé d’un mouvement de monte et baisse, dans une boîte tournant à grande vitesse et dans laquelle le fil subit une torsion. Ces boîtes sont entraînées individuellement par des broches à commande mécanique ou électrique (fig. 9).
- b) la filature parallèle, où le fil est enroulé directement sur bobines sans recevoir aucune torsion (fig. 10).
- La filature doit donner un fil d’un titre régulier, c’est-à-dire d’une grosseur uniforme. Il est donc nécessaire que l’injection de la viscose dans les filières ait lieu suivant un débit rigoureusement constant. A cet effet, les filières sont alimentées chacune par une pompe dont les nombreux types peuvent se classer en deux groupes : les pompes à pistons et les pompes à engrenages.
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- Les premières dérivent du modèle à deux pistons inventé, dès le début de la fabrication de la viscose, par un ingénieur anglais M. Clayton. Elles sont constituées, en général, par un distributeur tournant dans un corps de pompe et dans lequel se déplacent, trois ou cinq pistons, ou plongeurs, animés d’un mouvement alternatif. Le logement de ces plongeurs communique, par des rainures circulaires, avec les orifices d’admission et de refoulement de la viscose. Le mouvement de va-et-vient des plongeurs est obtenu par la rotation d’une came agissant sur la tête des plongeurs. Une bouteille placée sur le refoulement amortit les oscillations dues au mouvement périodique des plongeurs.
- Le débit de ces pompes est constant, sous réserve qu’il ne se produise aucune
- Fig. 9. — Schéma de la filature centrifuge. Fig. 10. — Schéma de la filature parallèle.
- fuite intérieure ou extérieure due à un manque de précision ou à l’usure des organes. Leur emploi exige donc une parfaite construction et un entretien très sévère.
- Les pompes à engrenages sont composées de deux engrenages tournant à frottement dur dans des logements cylindriques et entraînant la viscose entre leurs dents et la paroi des logements. Ce type de pompe est plus simple que celui des pompes à pistons; son débit est plus régulier et ne nécessite pas de bouteille amor-tisseuse, mais, pratiquement, elles offrent une usure plus rapide, d’où fuites de viscose et irrégularité du fil.
- L’étalonnage des pompes est fait à leur mise en service et périodiquement au cours de leur fonctionnement. Les tolérances admissibles sont de 1 p. 100 du débit moyen.
- Pour éviter le bouchage des filières par les impuretés restant dans la viscose malgré toutes les précautions prises en cave, on est conduit à placer après chaque pompe un filtre, généralement en ébonite, appelé filtre-bougie.
- Les filières sont constituées par un disque embouti sous forme de capuchon et percé de trous en nombre égal à celui des brins élémentaires du fil. Les trous d’un diamètre de 0,08 à 0,1 mm, sont répartis de manière que les brins ne se soudent
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- pas entre eux à la sortie de la filière. Ces filières sont presque toujours métalliques. Leur matière devant résister à la soude de la viscose et aux acides, elles sont fabriquées en platine ou, plus économiquement, avec des alliages de platine et d’or, ou des alliages ternaires d’or, de platine et de palladium. Des précautions minutieuses sont prises pour assurer la régularité des trous et leur nettoyage.
- Les métiers de filature centrifuge comprennent :
- a) la têtière, qui groupe les commandes des différents organes du métier : pompes, mouvement de va-et-vient des entonnoirs, rouleaux-débiteurs;
- b) le banc à double face, sur lequel sont disposés : les tuyauteries d’amenée de la
- Fig-. 11. — Métier de filature centrifuge.
- viscose, les pompes avec leurs filtre et filière, le bac de coagulation, les rouleaux-débiteurs, les entonnoirs avec leur mouvement de monte et baisse, les boîtes montées sur les broches.
- Les bancs actuels comprennent 50 broches de part et d’autre et sont munis, sur toute leur longueur, d’une hotte de ventilation aspirant les gaz à raison de 2 m3/mn par broche. L’ossature métallique du banc est protégée de l’action du bain acide par un revêtement en feuilles de plomb (fig. 11).
- Les broches sont presque toutes à commande électrique, en raison de l’économie d’entretien, de l’absence de vibrations et, surtout, de la possibilité d’obtenir des vitesses plus élevées, actuellement 6000 t/mn avec tendance à les augmenter.
- Les boites ne doivent présenter aucun balourd à ces vitesses élevées, et sont maintenant fabriquées en bakélite pour mieux résister à l’acide.
- Le fil, sous l’action combinée du mouvement de monte et baisse de l’entonnoir et du mouvement de rotation de la boîte, donne un enroulement croisé contre
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- les parois de cette dernière et forme, ce qu’on appelle en terme de métier, un gâteau (fîg. 12).
- La vitesse du fil en filature varie de 55 à 70 m/mn.
- Les métiers de filature parallèle sont de deux types : les métiers à petites bobines et les métiers à grosses bobines.
- Dans les premiers, le fil s’enroule sur des bobines d’aluminium perforé ou de bakélite, de 70 à 90 mm de diamètre, placées perpendiculairement à l’axe du métier.
- Fig. 12. — Gâteaux de filature.
- Le fil est réparti, par un mouvement de va-et-vient à amplitude décroissante ou à changement d’origine, de manière à obtenir des enroulements croisés facilitant le lavage et le traitement ultérieur du fil.
- Dans les métiers à grosses bobines, celles-ci sont placées parallèlement à l’axe du métier et le fil s’y enroule suivant le même dispositif d’encroisement. Les bobines sont généralement en aluminium et perforées.
- Sur ces métiers se retrouvent les tuyauteries d’admission, les pompes, les bacs des bains, suivant les formes et modèles adoptés pour les métiers à filature centrifuge.
- La ventilation est moins forte : 1,5 m3 d’air par filière et par minute. La vitesse de filature varie de 55 à 70 m/mm.
- Opérations de finissage. — Les conditions de traitement du fil à sa sortie de filature sont différentes, tout au moins jusqu’à la présentation en flottes, suivant le procédé de filature employé.
- Après la filature centrifuge, les gâteaux sont maintenus dans une salle pour s’y
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- saturer d’humidité et éviter ainsi leur cristallisation. Les gâteaux acides et humides sont ensuite dévidés, c’est-à-dire mis en écheveaux sur des tavelles et lavés pour enlever les sels et l’acide.
- Les écheveaux sont placés sur chariots, puis soumis au séchage « gris » dans des séchoirs-tunnels, avec ou sans récupération de calories.
- Après la filature parallèle, les bobines sont lavées sous pression ou sous le vide. Elles passent également au séchoir gris et sont ensuite humidifiées pour faciliter le moulinage du fil. Cette opération est précédée du détrancanage dans la filature à grosses bobines, c’est-à-dire d’une mise sur bobines plus petites qui sont placées sur les moulins.
- Le moulinage consiste à donner au fil une torsion convenable, 100 à 150 tours par mètre courant pour les fils de trame, et 200 à 300 tours pour la chaîne. Le matériel employé ne diffère pas de celui de la soie naturelle.
- Enfin, le fil mouliné est mis en flottes sur guindres pour être traité comme le fil en écheveau de la filature centrifuge.
- Les opérations de désulfuration et de blanchiement en flottes sont communes aux deux procédés de filature. Jusque dans ces derniers temps, elles s’effectuaient à la main, par immersion des écheveaux dans les bains. Aujourd’hui, on se sert de machines continues dans lesquelles les liquides agissent par arrosage.
- Les traitements successifs sont : un lavage à l’eau chaude pour éliminer en partie le soufre; — une désulfuration dans un bain de sulfure de sodium ou de sulfite de sodium ; — une série de rinçages suivis de bains adoucissants.
- Si la soie doit être blanchie, elle est reprise après le rinçage précédent dans un bain d’hypochlorite de soude, soumise à un lavage à l’eau, passée à l’antichlore pour neutraliser le fil, puis, après rinçage, lavée au savon ou au sulforicinate.
- La soie ainsi traitée est séchée en blanc dans un séchoir-tunnel à récupération et finalement soumise à une reprise d’humidité dans une chambre de conditionnement maintenue à une température de 18° à 22° et dans un état hygrométrique de 0,58 à 0,62 (fig. 13).
- Les échevettes sont passées au triage pour y être classées dans les différentes catégories de soies artificielles établies par la vente : lre, 2e, 3e choix, hors choix et déchets.
- autres fabrications utilisant la viscose. — Pour compléter cet aperçu très rapide de la fabrication de la soie artificielle de viscose, nous croyons utile d’énumérer les autres applications industrielles de la viscose.
- 1° La soie artificielle celta, à contexture tubulaire, due à la présence de l’air à l’intérieur de la fibre. Cette soie présente un éclat atténué, une grande souplesse, un toucher remarquablement soyeux et chaud, un pouvoir couvrant nettement supérieur à celui de la soie artificielle ordinaire à brins pleins;
- 1° Le papier transparent, connu et vendu sous la marque cellophane, et constitué par une pellicule de cellulose régénérée de solution de viscose ;
- 3° Le crin artificiel, formé d’un seul fil à grosse section, et la lame artificielle à forme plate, produits qui ont des applications multiples dans les articles de mode et, plus particulièrement, pour le chapeau de dame;
- 4° Les capes viscose, ou pellicule de cellulose régénérée, dont le retrait est utilisé pour le capsulage ou le bouchage hermétique des flacons;
- 130e Année. — Avril 1931. 18
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- LA SOIE ARTIFICIELLE.
- AVRIL 1931.
- 5° Les schappes artificielles, provenant tout d’abord des déchets de filature, puis spécialement fabriquées. La schappe artificielle est employée dans la composition de nombreux tissus de mode et de fils fantaisie;
- 6° La laine artificielle, qui est en réalité une schappe artificielle mate, à laquelle on a cherché à donner le crochet de la laine, soit par incorporation de certains produits dans la viscose, soit en mettant les fibres en contact avec des matières pulvérulentes à arêtes vives. Ces procédés n’ont reçu, jusqu’à présent, aucune application pratique.
- Nous ne citerons que pour mémoire les questions de fabrication relatives à la
- Fig. 13. — Séchoir.
- préparation et à la récupération des lessives de soude et des bains de filature, à l’épuration des eaux neuves et du gaz de filature, à la neutralisation des eaux résiduaires, au contrôle de la fabrication.
- Ces problèmes exigent des solutions parfois coûteuses pour assurer la bonne marche des opérations.
- PROPRIÉTÉS DES SOIES ARTIFICIELLES.
- Caractéristiques. — Le titre définit la grosseur du fil. Il est exprimé en deniers. Le denier légal indique, en grammes, le poids d’une longueur de 9.000 m. Un fil de iOO deniers pèse 100 g pour 9.000 m; un fil de 150 deniers pèse 150 g pour 9.000 m etc. ; 1 kg de 150 deniers mesure 60 km de longueur.
- Pour la détermination du denier, on opère sur des écheveaux de 450 m. On définit, en général, le titre du fil par son denier et le nombre de brins qui le com-
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- LA SOIE ARTIFICIELLE, SA FABRICATION ET SES APPLICATIONS.
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- posent, ceux-ci ayant une grande importance pour la qualité : douceur du toucher, souplesse, pouvoir couvrant. o.
- Les soies artificielles à brins ordinaires varient entre : 300/50, 150/24, 75/12, soit un brin unitaire de 6 deniers environ. . . v>
- Les soies artificielles à brins fins varient entre : 150/60, 100/40, 75/25, soit un brin unitaire de 2,5 à 3 deniers. Les diamètres des fils de soie artificielle sont compris entre 40 et 80 ix, alors que celui de la soie naturelle est de 9 à 15 [x. . : , .
- Pour la réception des soies artificielles, les tolérances du denier moyen sont de :
- ±4 p. 100 pour 150 deniers et au-dessus . ; : \ .v
- ±5 — de 100 à 150 deniers
- ±6 — de 75 à 100 —
- ±7 — au-dessous de 75 deniers.
- Le taux de reprise d’humidité est de 11 p. 100 pour les soies de viscose et de 5,5 p. 100 pour les soies à l’acétate.
- La torsion est donnée au fil pour éviter que les brins unitaires ne s’écartent les uns des autres. Elle s’exprime en nombres par mètre. Nous avons dit que les fils de trame recevaient une torsion de 100 à 150 et la chaîne de 200 à 300. Pour l’emploi du crêpe, on utilise des torsions de l’ordre de 2.000 à 3.000 tours dans les crêpes et les voiles.
- Les caractéristiques mécaniques de rupture de fil sont données par la ténacité et Y allongement à l’état sec et à l’état humide. ' , -
- La ténacité est la résistance du fil à la rupture et est exprimée en grammes par denier.
- L’allongement au point de rupture est exprimé en centièmes de la longueur primitive.
- Ces caractéristiques se mesurent au sérimètre du type pendule ou mieux avec l’appareil enregistreur de Richard.
- Depuis 10 ans, des progrès considérables ont été accomplis sous le rapport de la résistance de ces fils à la rupture.
- On sait qu’à l’état de grège, la soie naturelle a, pour une même section, la force d’un fil d’acier (50 kg/mm2); après décreusage, cette résistance diminue de moitié, (20 à 25 kg/mm2) pour le fil sec et n’est plus que le 1/4 environ pour le fil mouillé (13 à 15 kg/mm2); elle est égalée à ce moment par le fil de coton (18 kg/mm2).
- Jusqu’en 1920, les soies artificielles restaient bien dans le même ordre de grandeur à l’état sec (15 à 20 kg/mm2) mais se montraient très inférieures à l’état mouillé (3 à 4 kg/mm2). Ce grave défaut, justement reproché et l’une des caüses de la limitation des emplois de la soie artificielle à ses débuts, attira tout particulièrement l’attention des chercheurs. L’étude scientifique de la disposition des particules dans le fil conduisit à un résultat qui dépassa toutes les espérances. On est parvenu, aujourd’hui, pour des usages spéciaux, à fabriquer des soies artificielles, en particulier delà viscose, à haute ténacité, dont la résistance dépasse celle de la soie naturelle, même à l’état de grège ; leur ténacité arrive à 4 g par denier pour le fil sec et 3 g pour le fil mouillé contre, respectivement : 2,5 g et 2 g pour la soie naturelle. Aussi, voit-on maintenant employer la soie artificielle dans les tissus pour parapluie et dans les enveloppes de pneus, ce qui eût passé pour un paradoxe il y a 10 ans.
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- LA SOIE ARTIFICIELLE. — AVRIL 1931.
- Affinité à la teinture. — Les soies artificielles de viscose, au cuivre et au collo-dion se comportent pareillement à la teinture et peuvent être teintes avec les mêmes colorants que le coton. La soie à l’acétate nécessite des matières colorantes spéciales car elle n’absorbe pas les colorants directs.
- La teinture des soies artificielles s’effectue soit en flottes, soit en pièces; ce dernier procédé permet d’obtenir des effet multicolores du fait que les soies n ont pas la même aptitude à la teinture.
- Pouvoir couvrant. — Le pouvoir couvrant d’une soie artificielle est en raison inverse de sa densité et surtout de la grosseur de son brin unitaire, ce qui donne
- Fig. 14. — Soie artificielle de viscose.
- un avantage aux soies au cuivre et au collodion et, en particulier, à la soie à l’acétate dont la densité n’est que de 1,25 contre 1,55 à la soie viscose.
- Analyse des soies artificielles. — Les soies artificielles se distinguent de la soie naturelle en ce qu’elles brûlent sans odeur et presque sans résidu, alors qu’en se consumant, la soie naturelle sent la corne brûlée. A cette occasion, il est bon de rappeler que les soies artificielles ne sont pas inflammables, les accidents qui ont pu survenir au début de l’emploi de la soie au collodion résultaient d’une dénitration insuffisante.
- Un exemple frappant de ce caractère d’ininflammabilité est fourni par les films constitués avec une pellicule de cellulose régénérée. Cette pellicule ne peut brûler, alors qu’un bout de film sur celluloïd s’enflamme avec la plus grande facilité et même explose sous un volume comparable à celui d’un film entier.
- Les soies artificielles peuvent se différencier entre elles :
- a) à l’aide de réactifs chimiques ;
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- LA SOIE ARTIFICIELLE, SA FABRICATION ET SES APPLICATIONS.
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- b) par l’examen microscopique de sections minces transversales des fils. Cette
- Fig. 16. — Soie artificielle à l’acétate.
- méthode ne donne pas de résultat définitif, mais fournit des indications importantes sur l’origine des soies artificielles et constitue de plus un contrôle de la fabrication.
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- r Les photographies des figures 14 à 18, ont été prises avec un grossissement de
- Fig. 18. — Soie artificielle à la nitrocellulose.
- 150 à 250 diamètres. La soie artificielle de viscose (fig. 14) donne des sections très irrégulières et profondément dentelées; la soie artificielle Celta (fig. 15), des fila-
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- LA SOIE ARTIFICIELLE, SA FABRICATION ET SES APPLICATIONS. 259
- ments recourbés et creux; la soie artificielle à l’acétate (fig. 16) une section arrondie et peu dentelée; la soie artificielle au cuivre (fig. 17) une section presque circulaire ; et la soie artificielle à la nitrocellulose (fig. 18) une section en forme de haricot;
- c) par l’application des rayons X, en se basant sur leur diffraction par les atomes d’un cristal.
- L’observation des spectres obtenus avec les rayons X renseigne sur le mode d’assemblage des cristaux élémentaires en micelles, sur leurs dimensions, leur
- Fig. 19. — Pâle de bois (rayons X). Fig. 20. — Soie artificielle de viscose
- très orientée (rayons X).
- orientation. D'où la possibilité de suivre les facteurs principaux de la fabrication des soies artificielles (fig. 19 et 20). .
- PRODUCTION. ’
- Commencée en 1891, la production demeurait exclusivement française pendant plusieurs années et atteignait plus d’un million de kilogrammes, dès 1901, avec la soie artificielle de Chardonnet.
- A partir de 1906, l’Angleterre et l’Allemagne dépassèrent notre production en développant la fabrication des soies de viscose et au cuivre.
- Pendant la guerre, la France .ainsi que la Belgique eurent leurs exploitations en partie arrêtées, alors que les États-Unis organisaient leur production et se plaçaient définitivement en tête des pays producteurs.
- Le développement de la production mondiale ressort des nombres ci-dessous exprimés en kilogrammes (fig. 21) :
- 1900 . 1 000 000 kg 1924 ...... ...... 66 000 000 kg
- 1905 . 5 000 000 — 1920 . . . . . . ...... 100 000 000 —
- 1913 . . . 11 000 000 — 1928 . . . . .• . . . . . 173 000 000 —
- 1920 . . . 25 000 000 — 1929 ...... .... 199000000 —
- 1922 . . - . . . 36 000 000 — 1930 ...... .... 185000000 —
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- LA SOIE ARTIFICIELLE. — AVRIL 1931.
- L’augmentation a été surtout sensible en 1920. L’ascension brusque de la courbe de production, à cette époque, est certainement due à la nécessité dans laquelle l’Allemagne s’est trouvée, de chercher des produits de remplacement. Les tisseurs se sont vus ainsi dans l’obligation d’essayer l’adaptation de la soie artificielle à de nombreux usages.
- Les ressources de ce textile se sont alors révélées au point que l’industrie lyonnaise, qui devait sa réputation mondiale à l’élégance de ses créations en soie naturelle, se jeta avec enthousiasme dans ce courant et lança des articles dont la vogue fut universelle. La soie artificielle eut ainsi un débouché immense, puisque sa production arriva à dépasser le triple de la consommation de la soie naturelle.
- Les peuples orientaux, dont le goût pour les tissus brillants est bien connu, se sont portés avec avidité sur le textile qui donnait une si grande satisfaction à leur penchant.
- La Chine et les Indes sont devenus des marchés âprement disputés et si les troubles profonds qui ont secoué cette partie du monde pendant ces dernière années n’étaient pas survenus, la courbe ascendante de la consommation de soie artificielle ne se serait pas arrêtée en 1929. Il est certain que, dans ces pays, le vaste courant d’exportation ne manquera pas de se rétablir également.
- Le tableau de répartition des tonnages de la production mondiale entre les divers types de soie artificielle montre la décroissance de la soie artificielle au collo-dion et le maintien du développement de la viscose, malgré le succès des soies artificielles au cuivre et à l’acétate.
- Viscose. Acétate. Cuivre. Collodion.
- 1909............................ 16 p. 100 36 p. 100 48 p. 100
- 1924............................ 83 — 3 p. 100 1,5 — 12,5 —
- 1929 .......................... 80 — 10 — 5,5 — 4,5 —
- 1930 .......................... 86,5 — 8 — 3,5 — 2,5 —
- Le classement des principaux pays producteurs, en se basant sur 1929 est le suivant (leur production est donnée en millions de kilogrammes) :
- Etats-Unis..................... 59
- Italie......................... 28
- Grande-Bretagne................ 25
- France......................... 25
- Allemagne...................... 20
- Japon 10
- Pays-Bas 9,5
- Belgique 7
- Suisse 5,5
- Divers .... 10
- soit au total : 199 millions de kilogrammes de soie artificielle contre une production de 44,5 millions de kilogrammes de soie naturelle (250 000 kg pour la France).
- A titre documentaire, nous donnons ci-dessous les productions des diverses fibres textiles pendant l’année 1928 :
- Coton ....
- Jute..........
- Laine .... Chanvre . . .
- Lin...........
- Soie artificielle Soie naturelle
- 6 200 000 t 2 200 000 — 1 600 000 — 800 000 — 500 000 — 173 000 — 46 000 —
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- LA SOIE ARTIFICIELLE, SA FABRICATION ET SES APPLICATIONS.
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- Le développement formidable de la production s’est traduit par une baisse des prix de vente au kilogramme, qui s’établissent actuellement dans les limites ci-dessous :
- | 100 deniers.................................. 35 à 40 fr
- Viscose 1er choix. < 150 — 30 à 35 —
- ( 300 — 25 à 30 —
- ! 15 deniers................................. 50 à 55 —
- 100 — 45 à 50 —
- 150 — 40 à 45 —
- alors que les prix de la soie naturelle sont compris entre 150 et 250 fr.
- Avant la guerre, on notait le prix de 15 francs (or) pour le 150 deniers-viscose, c’est-à-dire 75 fr à la parité du franc, contre 30 à 35 fr aujourd’hui. Les conditions actuelles de la fabrication permettent donc de réduire les prix de plus de moitié.
- 199.0001
- 186000
- 173000
- 100000
- 64000
- jiatiircJle___
- 30.000
- 26000
- 11.000
- 5 000
- I 0001
- Fig. 21. — Graphique de la production de soie artificielle.
- Telles sont, dans les grandes lignes, les phases suivant lesquelles se développe cette magnifique industrie de la soie artificielle, dont les progrès s’affirment d’année en année et dont l’importance s’accroît sans cesse par rapport aux industries des autres textiles.
- APPLICATIONS.
- Pour terminer, voici des échantillons de fils et des spécimens de tissus et articles de lingerie.
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- LA SOIE ARTIFICIELLE. — AVRIL 4934.
- FILS : 1° Écheveaux de soie artificielle viscose :
- 150/24 trame blanchi.
- 100/40 trame non blanchi.
- 100/30 trame.
- 120/40 trame blanchi.
- 2° Écheveaux de soie artificielle à l’acétate :
- Rhodiaseta écrue..................................... 150/50
- Albène fil mat....................................... 60/18
- Nérane fil de couleur noir . ................... 75/13
- Ténégrine fil de couleur tête de nègre .... 100/32
- Océane fil de couleur bleu........................... 100/18
- 3° Soie artificielle au cuivre :
- Bemberg.............................................. 60/45 sans torsion non ensimé.
- 4° Produits dérivés de la viscose :
- Crin mat.............................................. 000 deniers.
- Lame simple transparente.......................... 3 550 deniers largeur 7 mm.
- Viscose ordinaire Superviscose . . .
- Celta............
- Navisca fil mat. .
- Fils transformés. — 1° Fils ayant subi des torsions élevées pour le crêpe de Chine ou le voile. L’effet de crêpe est obtenu en montant les fils en trame, par alternance d’un fil torsion droite et d’un fil torsion gauche :
- Voile sur tubes 75 deniers................................ 1 350 tours.
- Voile sur canettes 75 — ............................... 1 475 —
- 1° Pour la bonneterie, le fil doit être présenté sur cops ou sur cônes suivant les métiers :
- 1 cops................................ 00 deniers.
- 1 cône................................ 150
- Tissus. — 1° En soie artificielle d'une seule nature :
- 1 échantillon.......................................... Viscose.
- 3 — .......................................... Superviscose (uni, imprimé, façonné).
- 1 — .......................................... Celta.
- 3 — .......................................... Rhodia (2 uni, 1 imprimé).
- 1 — .......................................... Bemberg.
- 2° En soie artificielle de natures différentes pour obtenir, comme dans le crêpe de Chine, un toucher plus souple et agréable, ou pour réaliser la double teinte en tissus écrus avec les fils à l’acétate :
- 4 échantillons Chaîne Rhodia. Trame super.
- 2 — moire — —
- 1 — façonné. Viscose et acétate en chaîne et trame.
- 3° Tissus mélange soie naturelle et artificielle, afin d’éviter de faire subir une charge aux tissus de soie naturelle pour leur donner du tombant.
- 1 échantillon satin noir — soie naturelle et soie artificielle.
- 4° Tissus mélange laine et soie artificielle qui ont donné lieu aux crêpes marocains et, en particulier, aux flamingas restés à la mode pendant plusieurs années :
- 1 échantillon flaminga.
- 4 — trame laine, chaîne : Viscose. Super. Rhodia. Celta.
- 5 — lainages fantaisies.
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- LA SOIE ARTIFICIELLE, SA FABRICATION ET SES APPLICATIONS. 263
- 3° Avec le lin et le coton, de nombreux tissus ont été réalisés, soit pour le linge d’homme, soit pour les toiles servant dans la lingerie féminine, soit pour le linge de table et les différents emplois ordinaires du coton : -
- i serviette de table.
- 6° Tissus mats, mélange de soie et de schappe naturelle ou artificielle :
- 1 coupe de satin « Boilly «jaune.
- 1 collection du « Sinellic de Rodier ».
- 2 coupes de satin mat blanc et vert.
- 4 échantillons de schappe artificielle, chaîne Rhodia, trame schappe.
- 7° Tissu parapluie. — Meilleur démenti à donner à l’opinion que la soie artificielle craint l’eau. Les parapluies de coton ont presque disparu. Cette année les parapluies en soie naturelle représentent environ 10 p. 100 de la production; les autres, soit 90 p. 100, sont en soie artificielle.
- 1 coupe de tissu parapluie Rhodia filés teints.
- 8° Tissus de bonneterie. — Se répartissent en tissus démaillables, tels que les bas et, en tissus indémaillables qui peuvent être coupés et cousus comme un tissu ordinaire. Ces derniers sont réservés aux sous-vêtements de dames ou hommes aux blouses de sport, aux gants d’été :
- 1 coupe Jersey Bemberg .................... 40 deniers 200 tours.
- 1 — — ................. 35 — 200 —
- 1 — — Rhodiaseta . 75 —
- 1 Milanaise matifiée. . . . . . . . . . . . ’ 60 —
- 1 — — Bemberg ............. 150 — ;
- 1 — — chaîne matifiée ............ 60 —
- 1 — — Celta .................... 150 — j
- 1 — :— tubulaire ..................... • ' . * •
- Paires de bas. : , '
- Paires de gants. ; .
- 9° Spécimens d’articles confectionnés :
- 1 pyjama bleu marine, bleu et blanc.
- 1 — brodé.
- 2 chemises pour hommes.
- 2 caleçons pour hommes.
- 1 pyjama pour homme.
- 1 costume de bain bleu et blanc.
- 1 parure rose.
- 1 parure blanc et rose.
- 10° Tissus pour doublures.
- 11° Tissus pour ameublement.
- 10 échantillons.
- 12° Tapis au point noué, en acétate de cellulose.
- 13° Pailles artificielles en cellophane mate. Crins et lames artificielles qui s’emploient dans la mode et ont contribué à éliminer une grande partie des feutres d’importation :
- 1 échevette de crin mat 600 deniers.
- 1 — de lame 7 mm.
- 1 chapeau entièrement constitué de matières artificielles.
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- LA SOIE ARTIFICIELLE. — AVRIL 1931.
- La variété de ces spécimens montre combien est étendu le terrain des applications de la soie artificielle, applications qui, d’après de très récentes statistiques, se groupent en France comme suit :
- Tissages......................................................... 50 p. 100
- Bonneterie......................................................... 20 —
- Hubannerie.......................................................... 9 —
- Passementerie....................................................... 2 —
- Dentelles........................................................... 2 —
- Tissus d’ameublement................................................ 2 —
- Divers............................................................. 15 —
- La consommation ne se répartit pas dans la même proportion et sur les mêmes articles suivant les pays.
- Aux États-Unis, les tricots en soie artificielle dominent pour l’usage des sous-vêtements.
- En Angleterre, les fabriques de cotonnades absorbent un pourcentage élevé de soie artificielle.
- En France, la moitié de la production environ est utilisée dans la région lyonnaise pour constituer, avec la soie naturelle, des tissus de valeur, susceptibles d'être vendus à l’étranger, alors que les tarifs douaniers sont prohibitifs pour les fils pro-prements dits.
- Aucune rivalité n’existe donc entre la soie naturelle et la soie artificielle qui se complètent et s’aident mutuellement.
- Pour conclure, nous exprimons notre confiance dans le développement, en France, de la soie artificielle du fait de son emploi non seulement dans des produits de consommation courante, mais aussi dans des articles de luxe, où s’affirment le génie créateur de nos artistes et la science professionnelle de nos fabricants.
- Nous continuerons ainsi, pour le plus grand profit de l’économie nationale, à conserver la maîtrise d’une industrie qui a pris naissance dans notre pays.
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- BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ ü’eNCOURAG. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — AVRIL 1931.
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ CONSEIL D’ADMINISTRATION SÉANCE PUBLIQUE DU 7 MARS 1931 Présidence de M. Louis Mangin, président.
- La séance est ouverte à 16 h.
- Est présenté pour devenir membre de la Société et admis séance tenante :
- M. Blaringhem (Louis), membre de l’Institut, professeur à la Sorbonne, 77, rue des Saints-Pères, Paris (6e), présenté par M. Henry Le Chatelier et M. Louis Mangin.
- Le Dr A. Rollier, médecin-directeur des Établissements héliothérapiques de Leysin (Suisse), fait une communication sur La clinique-manufacture internationale pour la cure de soleil et de travail des tuberculeux chirurgicaux indigents.
- Dès 1903, le Dr Rollier a affirmé que la cure de soleil est le meilleur traitement des tuberculoses dites « chirurgicales ». Il ne faut cependant pas oublier que le tuberculeux, malade à longue échéance, est non seulement atteint dans son corps mais aussi dans son psychisme. La longueur du traitement, la démoralisation due à l’inaction, les soucis précuniaires ont déterminé le Dr Rollier à adjoindre la cure de travail à la cure de soleil.
- Or, les résultats donnés par la cure de travail ont dépassé toute espérance : elle s’est montrée d’emblée comme l’agent thérapeutique complémentaire, indispensable, de la cure solaire. Le Dr Rollier, dès 1909, l’appliqua tout d’abord à ses convalescents; puis, devant les succès obtenus, il l’étendit à ses malades en évolution et alités. On pouvait supposer de prime abord qu’il serait difficile de soumettre à un travail manuel régulier des patients gravement atteints et immobilisés dans leurs lits par la tuberculose de la colonne vertébrale et des membres inférieurs ou voués à l’inaction par des arthrites des membres supérieurs ou des péritonites bacillaires.
- En réalité, la simplicité de l’appareillage orthopédique, le choix d’attitudes classiques de correction, le souci d’une héliothérapie constante ont permis néanmoins de garder et d’utiliser le jeu des articulations non atteintes. Et la cure de travail, méthodiquement et judicieusement dosée, s’est montrée agent thérapeutique d’une valeur à la fois physique, morale et sociale.
- Le Dr Rollier souligne le caractère international de cette œuvre et il espère que les nations voisines sauront s’y intéresser.
- Les premières réalisations de la cure de travail furent faites dans les cliniques populaires de Leysin. Les malades exécutaient des travaux de vannerie, de menuiserie, d’ébénisterie, faisaient des meubles en rotin. Ces essais furent couronnés de succès au point que les produits fabriqués devinrent d’un écoulement de plus en plus difficile.
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — AVRIL 1931.
- Le Dr Rollier songea alors à créer une clinique-manufacture internationale, destinée aux tuberculeux chirurgicaux peu fortunés.
- Ouvert le 1er février 1930, cet établissement de 120 lits offre aux malades des deux sexes, sans distinction de nationalités, non seulement toutes les installations nécessaires à l’héliothérapie, mais encore toute une organisation technique leur permettant d’exercer au cours de leur traitement une activité qui les met en mesure de subvenir à une partie de leur entretien.
- Le genre d’activité industrielle offert aux malades — travaux de petite mécanique, fabrications de jouets, cartonnages, tissages, tricotages — répond parfaitement aux exigences de l’hygiène et demande fort peu de force musculaire. Du reste, les malades ont à leur disposition de petits moteurs transportables ainsi que de petites machines-outils, placées sur le chevet mobile de leur lit, ce qui facilite beaucoup leur travail.
- Les malades peuvent travailler soit sur de vastes galeries, soit sur le solarium de l’établissement, soit enfin dans leurs chambres suivant les Conditions atmosphériques.
- Les convalescents travaillent dans des ateliers spéciaux bien ventilés et ensoleillés.
- Le D1' Rollier présente des films illustrant les faits précités. Il montre des malades, dans l’état où ils sont arrivés à Levsin, dans celui où ils l’ont quitté et dix ou vingt ans après, jouissant alors d’une santé parfaite, forts et vigoureux; quelques-uns ont fait souche; l’un, est devenu athlète professionnel. Il montre aussi des enfants et des adolescents nusv.en classe, en plein air, même lorsque la neige couvre le sol, ou bien, toujours nus, pratiquant les sports, et notamment le ski. Il fait remarquer que, à partir du moment où la cure de soleil a provoqué le brunissement définitif de la peau sur tout le corps, le malade cesse d’ètre frileux : sa peau bronzée lui sert en quelque sorte de vêtement et le met à l’abri du froid.
- Le Dr Louis Vauthier, créateur et directeur du Sanatorium universitaire suisse, fait une communication sur cet établissement et sur le projet de Sanatorium universitaire international.
- Ce que le Dr Rollier a fait pour les travailleurs manuels, le Dr Vauthier l’a fait pour les intellectuels, plus spécialement les étudiants et les professeurs atteints de tuberculose pulmonaire. Chez l’étudiant, la démoralisation provoquée par le désœuvrement produit des effets encore plus néfastes que chez l’ouvrier, car la perspective de deux ou trois ans de traitement le fait renoncer souvent à poursuivre ses études.
- Les problèmes à résoudre sont différents de ceux qui se posent pour le travail manuel mais ils ne sont pas moins difficiles.
- Le Dr Vauthier a réussi à créer, en 1922, puis à agrandir, un établissement où on s’est efforcé avant tout de faciliter la poursuite dés études.
- Sur les galeries de cure, sont installés : des lits, des chaises-longues, des fauteuils, et, à côté, des tables portatives de travail. Les jeunes gens, groupés à leur gré, causent, discutent, jouent ou travaillent. Leurs maîtres viennent les voir, et, en des causeries, dirigent leurs études, leur procurent des livres, que mettent à leur disposition les bibliothèques des universités et des municipalités suisses.
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- La Société climatique de Leysin leur ouvre gracieusement sa bibliothèque (plus de 15.000 volumes) et met à leur disposition plus de 160 périodiques en plusieurs langues.
- L’établissement dispose de microscopes, d’appareils de chimie, de collections d’histoire naturelle, d’un appareil de projection, d’un cinéma, d’un poste de T. S. F. avec casque .récepteur à chaque lit. Les alités entendent ainsi les conférences et les concerts donnés dans la maison lorsqu’ils ne peuvent se rendre dans la salle commune ou sur la terrasse.
- Les convalescents se groupent autour du maître venu faire un cycle de conférences, des causeries, des expériences. Des excursions géologiques, minéralogiques et botaniques sont organisées.
- Depuis la fondation de l’établissement, une trentaine d’étudiants, parmi lesquels des femmes, ont pu déjà y préparer une thèse de doctorat, soutenue avec succès. Le Sanatorium a été fréquenté non seulement par des Suisses, mais aussi par des Français, des Anglais, des Allemands, des Italiens, des Tchèques et même un professeur japonais. Des amitiés internationales solides s’y sont nouées. Presque tous les étudiants, par voie d’échange, y ont appris au moins une langue étrangère.
- En principe, le sanatorium est suisse parce que tous les étudiants et les professeurs suisses s’imposent une contribution annuelle (10 et 20 francs suisses) pour permettre à ceux d’entre eux qui sont tuberculeux de s’y faire soigner à peu de frais (6,50 francs par jour); pratiquement, le sanatorium est international; pour les étrangers la pension est de 12 francs. Étant donnés les bons résultats qu’il a obtenus par de simples moyens de fortune, le Dr Vauthier cherche à réaliser un établissement vraiment international, où, grâce à une cotisation analogue à celle que payent les Suisses, les étudiants et les professeurs étrangers pourraient se faire soigner aux mêmes conditions que les Suisses : la Belgique et l’Angleterre ont déjà accepté. Le Dr Vauthier désirerait vivement qu’il en fût de même pour la France.
- L’établissement pourrait être construit et aménagé spécialement en vue de sa destination, de façon à satisfaire aux exigences que l’expérience a fait reconnaître comme nécessaires. Dans le sanatorium actuel, les améliorations n’ont pu être apportées que lentement et l’une après l’autre.
- Il y a un moyen d’aider à la réalisation de ce Sanatorium international : verser le capital nécessaire à la fondation d’un lit, ce qui donnerait au souscripteur ou à ses ayants droit la possibilité de prendre part à la gestion de l’établissement : c’est en effet une Société qui créera et exploitera l’établissement projeté. Le projet et le devis sont établis.
- Le projet, établi par M. G. Epitaux, de Lausanne, architecte du Bureau international du Travail, comporte 208 lits et prévoit une dépense de 5.200.000 francs suisses. Ce chiffre peut paraître élevé mais il ne faut pas oublier que de nombreux locaux ont été prévus, pour la vie universitaire et sociale, qui n’ont d’équivalent dans aucun autre sanatorium : vaste bibliothèque, grande salle de conférences, 12 salles d’études, 5 laboratoires, etc. Le terrain a été offert par la municipalité de Leysin. Le prix du lit revient à 25.000 fr et le prix de la pension sera de 11 fr par jour comprenant les soins médicaux, les médicaments, les radiographies et de nombreuses ressources universitaires (deux directeurs d’études, visites régulières de professeurs de tous les pays, enseignement des langues, etc.).
- Cette œuvre, de grande envergure et animée d’un idéal élevé, ne saurait faire tort
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — AVRIL 1931.
- aux sanatoria nationaux analogues qui ont été créés, notamment en France, pour les étudiants tuberculeux : elle ne répond pas tout à fait aux memes besoins et elle complète en quelque sorte l’œuvre des sanatoria nationaux. Son programme a été approuvé par la Commision de Coopération intellectuelle de la Société des Nations, qui en désire vivement la prompte réalisation.
- E. L.
- M. Villetard. — Est-ce que les conférences qui viennent d’être faites seront publiées?
- M. Mangin, président. — Nous tenons à ce qu’elles soient publiées dans notre Bulletin pour garder la trace de la séance mémorable d’aujourd’hui. Nous avons la ferme assurance que MM. les docteurs Rollier et Yauthier ne s’y refuseront pas.
- M. Villetard. — Combien le Dr Vauthier a-t-il reçu de Français dans son Sanatorium suisse ?
- M. Vauthier. — 35 Français ont été soignés chez nous ; c’étaient des professeurs ou des étudiants. De plus, plusieurs Français notables, écrivains de talent ou philosophes, y ont fait un séjour court ou prolongé. Nous tenons beaucoup à la présence des Français et c’est pourquoi je désire tant le concours des étudiants et des professeurs de vos facultés dans notre sanatorium international. Je ne sais si nous avons été favorisés en ne recevant jusqu’à présent que des sujets d’élite, mais l’expérience nous a prouvé qu’ils sont un élément, je dirais, presque indispensable, de notre vie commune; ils y apportent une tournure d’esprit et de caractère, propre sans doute à votre génie national, qui a pour tous la plus grande valeur.
- M. M. Lacoin. —Je suis convaincu que les deux conférences remarquables que nous venons d’entendre auront en France le retentissement que mérite l’œuvre des docteurs Rollier et Vauthier, et qu’ils trouveront chez nous les concours nécessaires. Je voudrais attirer leur attention, si cela n’a pas été déjà fait, sur des œuvres analogues entreprises en France, et dont les efforts me semblent devoir être associés aux Leurs. Il s’agit des équipes sociales pour étudiants tuberculeux recrutées parmi les Scouts de France. Elles fonctionnent notamment à Berck-sur-mer. Ne pourraient-elles pas prendre contact avec vous et profiter de votre expérience?
- M. le Dr Rollier. — C’est très facile. Nous mettrons à votre disposition tout ce que nous avons publié sur le travail manuel des tuberculeux et nous vous donnerons sur place, ou autrement, tous les renseignements complémen-
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- taires que vous pouvez désirer. Je dois cependant vous signaler que la cure de soleil aux grandes altitudes n’est pas tout à fait comparable à celle que l’on pratique au bord de la Manche ou de l’Océan : il y aura certainement une adaptation à trouver; mais ce sera chose facile
- M. le Dr Vauthier. — Je ferai de même. En ce qui nous concerne, je dois dire que le contact est déjà établi entre vos œuvres en faveur des étudiants français et notre œuvre. Nous sommes notamment en relations cordiales et étroites avec le Sanatorium des Petites-Roches. Je crois que nos établissements pourraient utilement faire des échanges de professeurs et d’étudiants, et cela pour le plus grand bien de tous. Une cure commencée ici pourra s’achever là quand la santé se sera améliorée assez pour permettre de poursuivre des études plus à fond, ou dans un esprit différent.
- M. Mangin, président. — Je remercie vivement les docteurs Rollier et Vauthier de leurs si intéressantes communications et je les félicite chaleureusement des magnifiques résultats qu’ils ont obtenus. Nous souhaitons notamment que réussisse l’œuvre admirable à laquelle le Dr Vauthier et sa femme se sont consacrés avec tant de dévouement et d’abnégation, donnant ces soins intelligents qui créent parmi les malades cette atmosphère familiale qui manque tant aux tuberculeux obligés de s’isoler pour se soigner. La Société d’Encouragement est toute disposée à aider son créateur dans sa réalisation en faisant connaître l’œuvre par la voie de son Bulletin.
- Un de nos collègues vient de nous suggérer une idée qui peut être d’un grand secours. II fait remarquer que le prix de fondation d’un lit, 23.000 fr, peut être trop lourd pour une seule personne disposée, cependant, à aider l’œuvre matériellement. Comment faire en pareil cas? La solution nous a paru très simple : nous pouvons organiser une souscription parmi nos sociétaires. La Société d’Encouragement pourrait être ainsi fondatrice de un ou plusieurs lits au futur Sanatorium international; elle serait représentée par un des membres de son conseil au sein du Conseil d’administration de la Société du Sanatorium universitaire international de Leysin
- La séance est levée à 18 h. 30 m.
- 130e Année. — Avril 1931.
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- BULLETIN DELA SOCIÉTÉ d’eNCOURAG. POUR L’INDUSTRIE NATIONALE. -- AVRIL 1931
- BIBLIOGRAPHIE
- Les examens d’aptitude professionnelle. Théorie et pratique, par Franziska
- Baumgarten, docteur en philosophie, privat-docent à l’Université de Berne.
- Traduit de l’allemand par Marcel Thiers, ancien élève de l’École polytechnique.
- Un vol. (25 X 17 cm), de 654 p., 114 fig. Dunod édit., 92, rue Bonaparte, (6e),
- Paris, 1931. Index : 158.1 : 331.826
- D’un homme à un autre, on constate de grandes différences, tant physiques qu'intellectuelles : la vigueur, la santé, l’acuité des sens, l’adresse ne sont pas les mêmes; si l’un se fait remarquer par son urbanité, sa complaisance, un autre sera rude, brutal. Parmi les qualités intellectuelles qui varient le plus, sans apparaître à première vue, on peut citer la mémoire.
- Souvent, dès le premier abord, une personne nous est sympathique, ou au contraire antipathique; c’est un jugement instinctif qui, parfois, est confirmé par une fréquentation ultérieure, mais auquel il est imprudent de trop se fier.
- Aux appréciations rapides, qui risquent d’être superficielles, on conçoit l’intérêt de substituer une méthode d’analyse qui donnera des indications précises, et qui permettra même de chiffrer en quelque sorte les qualités et les défauts. Cette analyse se fait par l’observation de symptômes bien définis, et surtout par des épreuves variées, pour lesquelles on a conservé en France le nom anglais de test.
- Cette étude sera dirigée de diverses manières : elle peut être purement scientifique, cherchant à connaître à fond les facultés physiques et intellectuelles de l’homme, sans se préoccuper des usages auxquels elle pourra servir.
- On peut au contraire chercher des applications pratiques, en dirigeant chaque sujet vers le travail qu’il est le plus apte à bien exécuter : c’est l’orientation professionnelle.
- Indépendamment de toute étude, on sait depuis longtemps que certaines fonctions exigent des qualités spéciales, et qu’il en est d’autres auxquelles certains défauts rendent absolument impropre. Mais aujourd’hui on va plus loin, et on se demande si les hommes qui exercent certaines professions ne seraient pas mieux désignés pour d’autres.
- La question est d’ailleurs délicate : à quel moment doit-on déterminer l’orientation du sujet? L’enfant arrive avec certaines qualités innées; ces qualités ne seront-elles pas modifiées par l’éducation? Cette éducation n’est-elle pas fréquemment trop uniforme, et tient-elle suffisamment compte des aptitudes de chaque enfant?
- Plus tard, l’exercice de la profession peut développer, au moins dans une certaine mesure, les qualités absentes. Il est fort utile de savoir si, lorsqu’un sujet ne paraît pas indiqué actuellement pour un certain travail, il peut devenir apte à bien exécuter ce travail par un entraînement convenable, ou au contraire, s’il est définitivement inapte.
- On constate couramment, dans les jeux d’adresse, que certains joueurs font preuve, dès le début, d’une incapacité notoire; d’autres arrivent à une certaine habileté, qu’ils ne dépassent guère; quelques-uns seulement deviennent de pre-
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- BIBLIOGRAPHIE.
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- mière force. L’aptitude naturelle est sans doute pour beaucoup dans ce classement, mais il paraît difficile de nier l’influence d’un travail assidu, preuve d’ailleurs d’une qualité morale, l’énergie, et aussi celle d’un bon enseignement.
- Des faits analogues doivent se produire dans l'exercice des professions.
- Ainsi que son titre l’indique, l’ouvrage de Mme Baumgarten étudie principalement l’aptitude professionnelle. Après avoir insisté sur l’importance capitale de cette étude, puis exposé quelques considérations générales, l’auteur examine avec grands détails une longue série de professions variées, et passe en revue les multiples épreuves qui s’y rattachent et qui sont employées dans les contrées industrielles par de nombreux techniciens.
- Une indication donnée par Mme Baumgarten (p. 119) expose comment, en pratique, on supplée au manque d’une orientation professionnelle suffisante :
- « Le plus sûr des moyens pour établir si un candidat est propre à un emploi est le travail d’épreuve, c’est-à-dire un travail effectif que le sujet doit exécuter pour démontrer son aptitude et son adresse.... Mais très souvent les rendements professionnels sont d’un genre tel que l'on ne peut les saisir en un seul travail d’épreuve, et l’on y joint une période d'essai, c’est-à-dire un engagement pour une courte durée, quelques jours ou quelques semaines. Sans aucun doute, une période d’essai de ce genre, pendant laquelle on observera de près le nouvel engagé, donnera une idée précise de ses aptitudes. »
- Mme Baumgarten ajoute que, toutefois, si l’embauché provisoire ne donne pas satisfaction, cette méthode entraîne des dépenses inutiles, et que parfois le travail ultérieur ne répond pas à ce que la personne engagée a donné pendant son essai.
- En l’absence d’une orientation logique, le choix d’une profession résulte fréquemment de considérations étrangères à l’aptitude, considérations dont il paraît bien difficile d’éliminer l’influence. C’est ainsi qu’un enfant désire suivre la carrière de son père, ou au contraire s’en détourne ; par ses lectures, par le milieu où il vit, il est attiré vers certaines professions. Viennent surtout, comme motifs de choix, la rémunération, les chances d’avancement, le travail plus au moins pénible, les loisirs, les congés possibles, le milieu avec lequel on est en contact, la considération qui s’attache à la profession, ou au contraire s’en écarte.
- Une des questions les plus intéressantes est l’utilisation des sujets atteints de graves défauts physiques, ou même intellectuels. On est arrivé à d’admirables résultats dans l’emploi des mutilés de guerre et même des aveugles, qui acquièrent, pour certains travaux, une habileté qu’on croirait invraisemblable.
- L’ouvrage de Mme Baumgarten est une véritable encyclopédie de ce qui se rattache à l’orientation professionnelle ; il sera consulté avec fruit par tous ceux que la question intéresse. Il est accompagné d’une très riche bibliographie, qui occupe 47 pages du volume. L’étendue de cette bibliographie est une preuve de l’importance que de toutes parts on attache à la question.
- ED. SAUVAGE.
- Résistances des bétons au choc, à l’usure et au décollement, comparées à leurs résistances à la compression, à la flexion et à la traction, parM. R. Feret, Chef du Laboratoire des Ponts et Chaussées, à Boulogne-sur-Mer, 1 br. (32x25 cm),
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- BIBLIOGRAPHIE. — AVRIL 1931.
- de 72 p., 15 tabl., 133 fig. Édition de la lievue des Matériaux de Construction et de Travaux 'publics, 148, boulevard Magenta, Paris (10e). 1930. Prix br. 15 fr. •
- Index : 620.13
- Après avoir rappelé et confirmé qu’on doit d’abord distinguer deux classes de résistances fondamentales : d’une part, celles à la compression et au cisaillement, proportionnelles entre elles, de l’autre, celles à la traction et à la flexion, également proportionnelles entre elles, mais ne présentant aucune relation fixe avec les premières, l’auteur montre, d’abord par des expériences personnelles, puis en analysant minutieusement les résultats obtenus par divers autres expérimentateurs, qu’en général, pour des séries de mortiers ou bétons faits avec un même ciment et ne différant que par un seul facteur, la résistance à la traction (ou à la flexion) augmente moins vite que celle à la compression, et varie à peu près comme la puissance 2/3 de cette dernière. En outre, pour des mélanges de diverses compositions, le rapport entre la première et la seconde de ces résistances est à peu près proportionnel à celui des quantités d’eau et de ciment employés.
- La discordance entre les deux classes de résistances provient surtout de ce que la partie superficielle des éprouvettes d’essai, qui joue un rôle prépondérant dans la rupture par traction et par flexion, a rarement la même composition que le cœur de la masse, tant à cause de l’inégale répartition des matériaux contre les parois du moule et à l’intérieur, que d’un durcissement différent selon les régions, suivant que le milieu ambiant y exerce plus ou moins directement son action; en outre, les résistances sont diversement influencées par les tensions latentes, variables selon la distance à la surface libre, qui résultent des changements de volume provoqués par les actions chimiques, thermiques et hvgroscopiques.
- Il semble donc que les essais de traction et de flexion renseignent mal sur les efforts de même nature auxquels les bétons sont susceptibles de résister dans les ouvrages, tandis que les chiffres fournis par l’essai de compression doivent être sensiblement proportionnels aux résistances réelles.
- La résistance au choc, celle à l’usure par frottement mutuel et l’adhérence sont des grandeurs distinctes des deux sortes de résistances fondamentales, mais qui, dans certaines séries de bétons ne différant que par un petit nombre de facteurs, peuvent être à peu près proportionnelles aux unes ou aux autres.
- Quant à l’usure par la meule, elle dépend presque uniquement de la dureté propre des matériaux pierreux entrant dans le béton.
- Travaux pratiques de cuisine raisonnée, par le Dr de Pomiane Pozerski, le Dr Hemmerdinger, le Dr et Mme Henri Labbé, M. Martel. Un vol. (16 x 24), de 129 p. publié par la Société scientifique d’Hygiène alimentaire, 16, rue de l’Estrapade, Paris (5e), en vente à la Librairie Le François, 91, boulevard Saint-Germain (6e). Index : 641
- Ce manuel de cuisine n’est pas un « sottisier culinaire » comme on en voit tant entre les mains des cordons bleus et des maîtresses de maison. S’il s’adresse peut-être de préférence aux gens d’une certaine culture, il peut être compris de tous ceux qui ont du goût pour la cuisine et qui y trouveront des méthodes générales, des suggestions et une précision qui manquent à la presque totalité des manuels en usage, simples recueils de recettes imprécises, sans valeur pratique pour ceux qui
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- BIBLIOGRAPHIE.
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- n’ont pas déjà une grande expérience. Toutes les personnes à qui nous avons fait connaître cet ouvrage et qui s’en sont servi pour préparer des mets nouveaux ou dont elles ne possédaient aucune recette sûre, les ont réussis du premier coup et se sont déclarées satisfaites.
- Dans une préface, courte mais substantielle, M. de Pomiane Pozerski montre comment les chimistes ont classé les aliments : en un petit nombre de catégories selon les constituants qui y prédominent : les albuminoïdes, les hydrates de carbone, les graisses, les sels minéraux, les vitamines. Étant données les propriétés de ces constituants, ils se comportent différemment à la cuisson selon qu’elle est pratiquée avec l’eau, dans la friture, en grillade ou rôti, à l’étouffée ou en liaisons et sauces.
- Dans une première partie de l’ouvrage, intitulée Travaux pratiques de cuisine raisonnée, par M. Pomiane Pozerski, les cinq premiers chapitres sont consacrés à chacun des modes de cuisson précités; chacun d’eux est expliqué en tête de chapitre, ce qui dispense de donner certains détails, toujours les mêmes, quand est indiquée ensuite la façon de préparer un mets déterminé entrant dans cette catégorie.
- Un sixième chapitre est consacré aux légumes, un septième aux pâtes et au riz, un huitième aux pâtisseries, que les auteurs déclarent être souvent encore du domaine de l’expérience, sinon de l’empirisme.
- Les chapitres 9 et 10 donnent quelques recettes de mets pour le déjeuner et le dîner.
- La seconde partie, intitulée Travaux pratiques de cuisine diététique, est écrite par Mme et M. le Dr H. Labbé; on y trouve diverses préparations classées méthodiquement : 1° le lait et ses transformations, bouillies, infusions; — les bouillons, les potages et les œufs; — les boissons nutritives et rafraîchissantes pour malades et convalescents; — les entremets.
- Dans une troisième partie, M. Martel donne un résumé des leçons théoriques et pratiques qui figurent dans les pages qui précèdent sur les viandes, les légumes, les fromages, les œufs et les beurres.
- Signalons enfin six pages écrites par le Dr Hemmerdinger, au début de l’ouvrage, sur le rôle social de la science alimentaire. Résumons sa conclusion : « Un jour arrivera pour l’homme où l’on aura trouvé l’alimentation idéale lui permettant de mieux résister à toutes les attaques, de lui faire un cerveau plus puissant, de le faire vivre, en un mot, mieux et plus longtemps. En attendant, si l’on se contentait d’appliquer immédiatement tout ce que nous savons de sûr en fait de science alimentaire, il y aurait une telle différence entre ce qu’on pourrait faire et ce qu’on fait — qu’on songe seulement à l’alcoolisme, à la mortalité infantile, à la tuberculose, à l’artériosclérose, et aussi à l’absentéisme de la femme — que ce serait, au point de vue matériel et moral, une révolution plus formidable que toutes celles que l’histoire a enregistrées. »
- Ce ne sont pas seulement des recettes de cuisine française qu’on trouve dans l’ouvrage; la cuisine exotique, de plus en plus à la mode en France, n’est pas sacrifiée : la préparation de spécialités provençales, italiennes, espagnoles, russes (notamment de ces si nombreux et savoureux hors d’œuvre que sont les zakouski) et même persanes. Voici quelques exemples pris au hasard. On y trouve expliquées, les deux manières de faire gonfler le riz sans le transformer en une masse informe,
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- BIBLIOGRAPHIE.
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- la façon de préparer le café, les pommes de terre soufflées, la sauce mayonnaise, le pilaf, les pirajki, le kéfîr, le yaourt, le tip top punch américain, la bouillabaisse, la goulache hongroise, le homard à l’américaine, la soupe au poisson.
- Pour toutes les recettes, les explications sont simples et brèves, les proportions sont indiquées avec précision. Ce n’est pas là le moindre mérite de l’ouvrage si on songe, par exemple, au nombre de manières préconisées, par les meilleures, cuisinières pour réussir à coup sûr ce simple mets : l’œuf à la coque. e. lemaire.
- Les peintures et les vernis. (Les colloïdes dans l’industrie), par G. Genin et
- M. Pivron, Ingénieurs chimistes E. P. C. I. Un vol. (25x16 cm.), de xm-+-
- 226 p., 28 fîg. Dunod, édit., 92, rue Bonaparte (6e). Paris, 1931. Prix broché : 60 fr.
- Index : 667.6-7
- Jusqu’en ces derniers temps, l’industrie des peintures et des vernis, qui joue cependant un rôle si important dans l’économie générale, a vécu sur un empirisme traditionnel, au moyen de recettes pratiques transmises d’année en année et ne reposant généralement sur aucune base scientifique.
- Depuis quelques années, au fur et à mesure que les travaux entrepris ont montré la nature colloïdale des produits en question, qu’il s’agisse des matières premières ou des produits finis, les choses ont commencé à changer d’aspect.
- Si, cependant, on n’assiste pas encore à une réelle transformation des procédés utilisés jusqu’ici, les connaissances déjà réunies, à la suite de recherches qui se sont considérablement développées, font entrevoir une évolution dont bénéficieront certainement aussi bien la fabrication que l’application des peintures et des vernis.
- Le livre que publient MM. Genin et Pivron a précisément pour but de réunir les différents travaux qui concernent la nature des pigments, des huiles, des résines, etc., d’en faire le point et d’aider ainsi aux recherches ultérieures.
- A cet égard, ce livre est absolument original et comble toutes les lacunes des précédentes publications, en ce sens qu’il n’est pas un traité de fabrication, mais, comme le disent d’ailleurs les auteurs, contient l’aperçu détaillé de l’application des lois de la chimie colloïdale à l’industrie des peintures et vernis, lois conduisant à des déductions pratiques destinées à en perfectionner et en rénover les méthodes de travail.
- Tous les produits mis en œuvre dans la fabrication ou l’application y sont successivement envisagés dans les onze chapitres qui se succèdent. Composition, propriétés et séchage des huiles, rôle des siccatifs et de la cuisson, examen des constituants des vernis, étude des types qui résultent de leurs emplois, rôle des pigments et des peintures, etc... y sont passés en revue, aussi bien en ce qui concerne les travaux auxquels chaque groupe a donné lieu que les théories que ces travaux vérifient ou contiennent en puissance.
- On ne peut que féliciter MM. Genin et Pivron de la nouvelle contribution qu’ils apportent ainsi à l’application industrielle de la chimie des colloïdes. Leur livre, d’une grande clarté dans son exposition cependant concise, marque une étape de l’histoire d’une industrie dont les produits intéressent tous les éléments de la société. Il a sa place marquée, non seulement dans les laboratoires des usines spécialisées, mais dans la bibliothèque de tous les chimistes, lesquels doivent sans cesse se tenir au courant des connaissances acquises dans les divers compartiments de la science qu’ils pratiquent. e. fleurent.
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- BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ d’eNCOURAG. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — AVRIL 1931.
- OUVRAGES REÇUS A LA BIBLIOTHÈQUE EA MARS 1931.
- Marcotte (Edmond). — Les matériaux des constructions civiles et des travaux publics. Tome III : Métaux, bétons, revêtements routiers. In-8 (23 x 14) de 422 p., 191 flg. Paris, Gauthier-Villars el C10, 1931. 17965
- Mauro (François). — Vie et industrie aux États-Unis. Observations d’un ingénieur. Première version française intégrale de G. Pace, revue par Thérèse Leroy, d après la 3e édition italienne. In-8 (22 x 14) de xx + 201 p., 30 fig. Paris, J. Langlois, 1930. 17966
- Clark (Wallace). — Imprimés de bureau et d’atelier. Leur emploi pour l’organisation des entreprises. Traduction de Thérèse Leroy. In-8 (22 x 14) de xiv -f 161 p., 37 flg. Paris, J. Langlois, 1930. 17967
- Radermecker (José). — La rationalisation de nos comptabilités, ln-8 (22 x 14) de Vin+ 89 p., 24 flg. Paris, J. Langlois, 1930. 17968
- Ludwig (Heinz). — Le contrôle budgétaire dans les entreprises industriellés. lraduit de l’allemand par Jean Marteau. In-8 (22x14) de vin + 137 p. Paris, J. Langlois, 1930.
- 17969
- Wolff (Pierre). — Les méthodes du contrôle dans les entreprises. In-8 (22 x 14) de 159 p. Paris, J. Langlois, 1931. 17970
- DE Graffigny (H.). — Pour bien comprendre l’électricité industrielle sans professeur. Production et propagation de l’électricité. Applications diverses de 1 tdectiicite. In-12 (19 x 12) de 179 p., 83 flg. Paris, Albin Michel, 1931. (Don de l’auteur). 17971
- Vauthier (Th.). — Recherches expérimentales sur la propagation d’ondes aériennes dans un long tuyau cylindrique. (Annales de physique, Xe série, tome XIV , novembie 1930). In-8 (22 x 14) p. 263-626, 69 lig., XXXI pl. Paris, Masson et Cie. (Don de l’auteur). 17972 Leblanc (H.). — Les mécanismes des machines y compris les automobiles. In-8 (21 x 14) de vu+ 729 p., 522 flg. Paris, Garnier frères, 1931. 17973
- Wilson (S. P.). — Vernis, émaux, apprêts et mastics de nitrocellulose. Traduit d’après la 2e édition anglaise par A. Tissot. In-8 (25 x 16) de xxiv + 226 p., 13 flg. Pans.
- Dunod, 1931. ... 17974
- Cours de chimie industrielle (Écoles nationales d’Arts et Métiers), publié sous la direction de P. Fournel, en collaboration avec L. Quevron, G. Rumeau, H. Valdenaire. In-8 (25 x 16) : lre partie : Chimie générale, par Fournel et Rumeau, de vm+178 p., 63 flg. ;
- 2e partie : Les grandes industries de la chimie minérale, par Fournel et Quevron, de 152 p., 115 flg.; — 3e partie : La chimie des métaux, par Fournel et Quevron, de 175 p., 35 flg. Paris, Librairie Delagrave, 1931. 17975-6-7
- Lafay (A.). — Cours de physique. (Cours de 1 École polytechnique), lome II . Thermodynamique, Optique. In-4 (28 x 23) de 736 p., flg. Paris, Gauthier-Villais et C‘ , 1931*
- Guillet (Léon). — Trempe, recuit, revenu. Traité théorique et pratique. Tome III . Résultats. In-8 (25 X 16) de x + 490 p., 277 flg., CV planches. Paris, Dunod, 1931. 17979
- Godfernaux (R.). — Les embranchements industriels et leur utilité, (ex Revue générale des Chemins de fer, février 1931). In-4 (30x21) de 31 p., 1 flg, Paiis, Dunod, 1931. (Don de l’auteur). Pièce 13668
- Rabourdin (M.). — Conférence sur l’organisation des gares de triage. Causerie faite à la séance du Groupe des X Cheminots, tenue le 28 avril 1930 à la Maison des X. In-8 (21 xl4) de 18 p., 14 flg. Paris, 17, rue de Londres (9e). (Don de l’auteur.) Pièce 13669
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- OUVRAGES REÇUS. — AVRIL 1930.
- Institution of Mechanical Engineers. — General Index to Proceedings, 1911-1920. London, Storey's Gale, St. James’ Park, S. W. 1. Pér. 114
- Institution of Civil Engineers. — Selected Engineering Papers, n0S86 : Reconstruction of Crawford bridge, Singapore, la p., 8 ûg. — 87 : Bituminous road-construction in Bombay, 9 p. — 88 : The tensile strength of manila rope, 6 p., 1 fig. — 89 : Queensferry bridge, 19 p., a fig., I pl. — 90 : A generalized mathematical détermination of earth-pressure from the wedge theory, 8 p., 2 fig. — 91 : The running of locomotives, with reference to their tendency to devait, 2a p., 10 fig. — 92 : Ah investigation of the « back water suppressor » as applied to a hydro-elcctric installation, 20 p., 9 fig. — 93 : Public works in Nigeria, 14 p. — 94 : Screw-piling, ivith particular reference to screw-piled sewage sea outfall works, 23 p., 9 fig. — 95 : Construction of screw-pile jetty at Bhavnagar, 13 p., 4 fig. — 96 : Changes in the coastline near Bye. 14 p.. 8 fig. — 97 : The river Rother improvement works, p. 14-26, a fig. — 98 : Turbo-vapour-compressors and their application to réfrigération, 27 p., 4 fig. — 99 : The effect of surface waves on the discharge over weirs, 18 p., 7 fig. — 100 : Conservancy works on the Liao river, North China, 17 p., 10 fig., I pl. — 101 : The transverse vibrations of simple stut, 7 p.. 2 fig. — 102 : Damage to and repair of the breakwater, Table Bay Harbour, 1928. 10 p., 3 fig. — 103 : The construction of reinforced-concrete réservoirs in South Australia, la p., 13 fig. London, Gréai George Street, Westminster, S. W. 1. Pér. 189 Institution of Civil Engineers. — Lecture on The locomotive and bridge-oscillation, 13 p.. 4 fig. London. Pér. 189
- Institution of Civil Engineers. — Vernon-Harcourt Lecture 1929-30 : The work of the Committee of the Institution on the détérioration of structures in sea-water, 27 p., 11 fig., I pl. London. Pér. 189
- Smithsonian Institution. — Annual Report of the Board of Regents, 1929. Washington. Pér. 27
- Smithsonian Institution. — Report on the progress and condition of the United States National Muséum for the year ended June 30, 1930. Washington. Pér. 27
- L'agent général, gérant.
- E. LEMAIHE.
- Cimlommiers. Imp. Paul BRODARD.
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- 30e ANNEE.
- MAI 1931
- Bül. I.ETIN
- DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- ASSEMBLÉE GÉNÉRALE SOLENNELLE DU 25 AVRIL 1931
- DISTRIBUTION DES RÉCOMPENSES DÉCERNÉES POUR U’ANNÉE 1930 Présidence de M. Louis Mangin, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Le fauteuil présidentiel est occupé par M. Louis Mangin, président. A ses côtés siègent M. Georges NVery etM. Cil. de Fréminville, secrétaires généraux, et les membres du Conseil rapporteurs des comités techniques sur la proposition desquels les récompenses sont accordées.
- ALLOCUTION DE M. LOUIS MANGIN, président.
- Je viens pour la seconde fois présider notre assemblée générale solennelle et la distribution des récompenses. L’année dernière je vous remerciais d’avoir bien voulu porter votre choix en vue de la présidence sur un naturaliste, persuadé que vos préoccupations industrielles n’excluaient pas les industries agricoles et que les questions coloniales vous étaient également chères.
- La liste de nos lauréats vous apprendra que, sans diminuer la part qui revient à l’industrie et aux machines proprement dites, notre Gomité d’Agriculture a fait une place au développement des cultures dans les oasis ainsi qu’aux productions coloniales. 11 se propose meme, l’année prochaine, d’instituer un concours des producteurs de café des colonies et d’une exposition de ces cafés, et d’y adjoindre une salle de dégustation.
- Avant de développer le compte rendu moral de notre société, je serai votre interprète en donnant un souvenir ému à ceux que nous avons perdus.
- M. Jules Richard, l’ingénieur-conslructeur dont les appareils d’enregistrement sont en si grande faveur dans les laboratoires et dans un très grand nombre d industries. Il avait contribué aussi à perfectionner l’apprentissage et appartenait au Comité des Arts mécaniques, comme M. Auguste Rateau enlevé en pleine activité et dont les conceptions géniales ont fait faire tant de progrès à la construction mécanique et aéronautique.
- M. Charles Girard, du Comité d’Agriculture, le sympathique professeur à l’Institut national agronomique, dont le souvenir restera parmi les agronomes; M. Joseph Hitier, aussi du Comité d’Agriculture, qui jouissait parmi nous d’une si grande autorité par sa science juridique et économique.
- 130e Année. — Mai 1931.
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- M. Henry Gall du Comité des Arts chimiques ainsi que MM. Jean Marc Bel et Le Cesne, du Comité de Commerce, dont les conseils nous étaient si précieux pour les questions coloniales, et enfin M. André Michelin, membre honoraire du Comité des Arts chimiques, dont le nom était tout un programme de perfectionnements industriels et de réformes sociales. Nous avons perdu aussi deux membres actifs de notre société M. Georges Marié et M. Charles Fremont.
- Le Bulletin, signe extérieur de notre activité, maintient sa haute renommée grâce aux soins de MM. de Fréminville, Wery et Lemaire, auxquels va notre reconnaissance. La variété des questions qui y sont traitées en fait un attrait pour les lecteurs de tous ordres ainsi qu'en témoigne le texte des conférences importantes données en 1930 qui y est inséré. Ces conférences traitent les sujets suivants :
- Les lubrifiants nationaux : les huiles de colza et de ricin, par M. E. André; L ondoscope, destiné à montrer en projection les propriétés des ondes, par M. E. Charron; Le moteur Diesel à grande vitesse, par M. P. Dumanois; L'organisation du travail dans la culture du caoutchouc, par M. H. Krieg; L'industrie minière dans les colonies françaises, par M. F. Blondel; Le cognement dans les moteurs et les carburants non détonants, par M. A. Greiîel; Les plantes de grande culture, sélection et création de variétés nouvelles, par M. Roger de Vilmorin; Le labourage électrique, par M. Bitouzet; La photoscopie, par M. Crémieux; Le Congrès de la Rose et de l'Oranger d'El Golea, par M. L. Mangin; un résumé d’une conférence de M. Séjourné sur le chemin de fer de Casablanca à Marrakech.
- A ces conférences nous devons joindre des mémoires tels que :
- Les économiseurs Dabeg pour locomotives, par M. Lavarde; Les moteurs animés considérés comme machines motrices, par M. M. Ringelmann; Les progrès réalisés récemment dans les méthodes de contrôle des produits métallurgiques, par M.Nicolau ; Une série de notes sur la fièvre de Malte, par divers auteurs; Le peuplement européen dans l'Afrique du Nord, par M. Saurin; L'œuvre de Vassociation cotonnière coloniale, par M. A. Chevalier; Les canots de sauvetage modernes, par M. Chollet; L évolution de l'industrie des engrais chimiques, par Raymond Berr; Utilisation des microbes dans la lutte contre les insectes nuisibles, par M. Métal-nikof; La navigation du Rhin, par le commandant Jean Rouch; L’organisation scientifique du travail, par M. Danty-Lafrance; L'organisation et le fonctionnement du Conservatoire national des Arts et Métiers, par M. Gabelle; Lorganisation efle fonctionnement de VEcole d'Agriculture de Grignon, par M. Brétignère ; un très long mémoire sur La lime, richement illustré, par M. Charles Fremont.
- Ces différents mémoires sont rédigés et remis par leurs auteurs, mais quelquefois les conférenciers ne nous remettent aucun texte et alors un résumé de la conférence est donné dans notre Bulletin par notre agent général, M. E. Lemaire, dont l’activité sans cesse en éveil mérite les plus chaleureuses félicitations. J’adresse aussi nos félicitations et nos remerciements au personnel placé sous ses ordres pour le zèle et la conscience qu’il apporte au fonctionnement de nos services parfois très lourdement chargés eu égard au petit nombre de personnes dont se compose notre administration. Voici les sujets de conférences qui n’ont pas encore été publiées dans notre Bulletin :
- Les roulements sur film d’huile, par M. Henri Brillié; La prévision des typhons
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- ALLOCUTION DE M. LOUIS MANGIN, président.
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- du Pacifique, par le père Lejày; Les colloïdes argileux et leurs applications en céramique, par M. R. Dl brisay. Ces textes seront publiés prochainement.
- Gomme vous le voyez, tout en ne négligeant pas les problèmes de l’industrie proprement dite, qui sont des domaines de la mécanique, de la physique, de la chimie et de la construction, nous avons fait une large place aux questions coloniales et à celles qui ressortissent aux sciences naturelles.
- Nous sommes d’ailleurs limités, par le nombre des pages du Bulletin, pour ne pas dépasser les crédits dont nous disposons. J’aborde ici la question brûlante de l’insuffisance de nos ressources destinées à assurer la marche de nos services et en premier lieu, le service du Bulletin.
- Cette situation grave est sous la dépendance du nombre des membres et je renouvelle avec insistance l’appel que je vous adressais l’année dernière; recrutez de nouveaux membres; c’est une des formes la plus impérieuse de votre activité.
- La Bibliothèque est un des services de notre Société sur lequel je crois devoir attirer votre attention. Elle est importante, très riche et bien tenue; les lecteurs qui la fréquentent sont unanimes à louer son organisation, qui permet de trouver rapidement toutes les indications précieuses sur les ouvrages ou périodiques qu’ils désirent consulter, et ainsi, elle contribue au bon renom de la Société d’Eucou-ragement.
- Chaque année nous employons les revenus de nos fondations à l’attribution de secours ou d’encouragements, en nous conformant strictement aux intentions des donateurs.
- Cette année nous avons distribue ou engagé les sommes suivantes : 1.500 fr de secours; 1.135 fr pour prise de brevets, répartis entre deux personnes; 14.200 fr de subventions pour aider à l’élude de différentes questions techniques, répartis entre 7 personnes; 12.390 fr d’encouragements, récompenses, bourses à des élèves d’écoles professionnelles etc.; 6.860 fr pour aider à la publication, dans notre Bulletin, de mémoires de science industrielle, soit un total de 36.085 fr.
- Les revenus de nos fondations en 1930 ne s’élèvent qu’à 30.000 fr environ et sont inférieurs aux sommes engagées mais certaines de ces sommes portent sur deux exercices. Toutefois les revenus de nos fondations n’augmentent pas et nous nous trouverons gênés dans les affectations si nos ressources ne s’accroissent pas.
- Cette année heureusement, on nous a fait quelques dons importants; je puis vous donner la liste des donateurs, sauf un qui veut garder l’anonymat, mais il m’est impossible d’entrer dans le détail, les formalités d’attribution n’ayant encore été accomplies.
- Voici les noms de ces donateurs : M. Jules Richard, qui fut membre de notre Comité des Arts mécaniques : Mme Vve Bardy, dont le mari fut membre de notre Comité des Arts économiques; M. Letort, qui était membre de notre Société; M. Charles Fremont, membre et lauréat de la Société qui nous a laissé la quasitotalité de sa riche bibliothèque. Grâce à un de ces legs nous pourrons améliorer quelque peu la publication de notre Bulletin. Pour les autres, nous serons obligés de nous en tenir à la volonté expresse des donateurs; et, jusqu’à un certain point, cela peut être gênant, surtout si les conditions imposées sont trop étroitement limitées ou mal définies; c’est pourquoi nous avons jugé opportun de publier fréquemment dans notre Bulletin l’avis suivant concernant la rédaction des legs que certaines personnes serait disposées à faire à notre Société.
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- « Tout sociétaire qui voudrait laisser à la Société d’Encouragement un témoignage de son intérêt et de sa sympathie n’aurait qu’à inscrire dans ses dispositions testamentaires la stipulation suivante : « Je donne et lègue à la Société d'Encouragement pour /’Industrie nationale, reconnue comme établissement d'utilité publique par l'ordonnance du SI avril 18S£ {siège social 44, rue de Rennes, Paris, la somme de...) [la somme en toutes lettres et, s’il s’agit de valeurs, désigner ces valeurs]. Ce legs sera franc et libre de tous droits. »
- Dater et signer au-dessous de la date.
- Le testament olographe ne sera point valable s’il n’est pas écrit, daté et signé de la main du testateur; il n’est assujetti à aucune autre forme (art. 970 du Code civil). Il est préférable de l’établir sur un papier timbré pour éviter aux légataires le paiement d’une forte taxe.
- Comme vous le voyez, nous demandons aux bienfaiteurs éventuels de notre Société de s’en remettre à notre Conseil du soin d’utiliser leur don au mieux des intérêts de noire société.
- Et maintenant, Messieurs, vous constaterez avec moi que la situation delà société serait très satisfaisante si son recrutement était régulièrement assuré. Je vous adresse donc un nouvel appel et je m’adresse aussi aux lauréats que nous allons proclamer en les invitant à nous amener des adhésions nouvelles.
- La liste que je vais vous lire vous montrera que plusieurs d’entre eux ont devancé notre appel en nous apportant leur adhésion dès aujourd’hui. Nous les en remercions très vivement. Sont présentés pour devenir membres de la Société et admis séance tenante :
- M. Boizard de Guise (Jacques), Ingénieur civil des Mines, 5 bis, avenue Philippe-le-Boucher, Neuilly-sur-Seine (Seine), présenté par MM. de Frémin-vilie et Sauvage ;
- M. Barbaudy (Jean), docteur ès sciences physiques, chargé de conférences à l’Ecole des Hautes Etudes, 41, rue Madame, Paris (6e), présenté par M. Henry Le Chatelier;
- M. Coupleux (Eloy), fabricant d’orgues, co-inventeur avec M. Givelet de l’orgue à lampes triodes, 93, rue Nationale, Tourcoing (Nord), présenté par M. le général Ferrié;
- M. Chevenard(Pierre), (ifc), Ingénieur civil des Mines, professeur à l’Ecole des Mines de Saint-Etienne, chef du Service des Recherches métallurgiques de la Société Commentry-Fourchambault et Decazeville, 14, avenue Denfert-Rochereau, Saint-Etienne (Loire), et à Imphv (Nièvre), présenté par M. Guillaume;
- la Société des Plantations d’Elima, café colonial français (Afrique occidentale française), 52, avenue de la République, Paris (11e), présentée par M. Lemaire;
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- allocution de m. louis mangin, président.
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- M. Joumier (Eugène), chef des travaux du Service des [Recherches de la Société Commentry-Fourchambault et Decazeville, à Imphy (Nièvre), Service des Recherches, Aciéries d’Imphy (Nièvre), présenté par M. Albert Portevin;
- M. Chaput (André), chef d’atelier aux Manufactures de l’État, 53, quai d’Orsay, Paris (7e), présenté par M. Dubrisay:
- M. Laffitte (Paul), professeur à la Faculté des Sciences de Nancy, 1, rue Grandville, Nancy (Meurthe-et-Moselle), présenté par 31. Dumanois;
- 31. Birkigt (31arc), (C. ifc), ingénieur, directeur technique des Automobiles Hispano-Suiza, 90, boulevard 31aurice-Barrès, Neuilly-sur-Seine (Seine),’ présenté par 31. Dumanois (membre à vie);
- 31. Brii jLIÉ (Henri), (O. ifc), ingénieur en chef conseil à la Compagnie générale transatlantique, 16, avenue Victor-Hugo, Bourg-la-Reine (Seine), présenté par 31. Dumanois;
- 31. Rollier (Auguste), (efc), professeur honoraire de l’Université de Lausanne, médecin-directeur des Etablissements héliothérapiques de Leysin (Suisse), présenté par 31. Gruner;
- M. Boramé (Léon), Ingénieur des Arts et Métiers, industriel, fabricant de meubles de bureaux et de salles de dessin, 15, rue de l’Arsenal, Paris (4°), présenté par 31. Séjourné;
- 31. Anxionnaz (René), (ifc, $), ancien élève de l’Ecole polytechnique, Ingénieur civil des 31ines, ingénieur, directeur à la Société Rateau, 11, avenue Pasteur, Paris (15°), présenté par 31. le colonel Renard;
- 31. Flaissier (Maurice), (O. ifc), ancien Ingénieur en chef de la 3Iarine, expert, 49, cours Pierre-Puget, 31arseille (Bouches-du-Rhône), présenté par 31. Dumanois;
- 31. Fréchet (André), (&), architecte décorateur, directeur de l’Ecole Boulle, 57, rue de Reuilly, Paris (12°), présenté par 31. 31agne.
- Ces nouveaux membres comptent tous parmi les lauréats que nous allons avoir le plaisir de récompenser tout à l’heure. Nous espérons que d’autres suivront prochainement leur exemple car ils savent mieux que personne quels services la Société d’Encouragement peut rendre à ceux qui contribuent à faire progresser en France la technique et la science industrielle.
- 31. L. 31angin, président, 31. G. Wery et 31. Ch. de Fréminville, secrétaires généraux, proclament les noms et titres des lauréats récompensés pour l’année 1930; les membres du Conseil, rapporteurs, résument en quelques mots, les travaux pour lesquels les lauréats sont récompensés.
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- LISTE DES RÉCOMPENSES DÉCERNÉES PAR LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT, ANNÉE 1930
- Grande médaille annuelle de la Société.
- La Société d’Encouragement décerne chaque année, sur la proposition d’un des six comités techniques de son Conseil, une grande médaille portant l’effigie de l’un des plus grands hommes qui ont illustré les arts ou les sciences, aux auteurs, français ou étrangers, des travaux qui ont exercé la plus grande influence sur les progrès de l'industrie française.
- Cette grande médaille, à l’effigie d’Ampère, pour 1930, est décernée cette année par le Comité des Arts économiques, à M. Louis Breguet.
- Rapport présenté par M. G. Delage, au nom du Comité des Arts économiques, sur
- les travaux de construction aéronautique de M. Louis Breguet.
- L’industrie de l’aéronautique qui, hier encore, débutait aux mains de hardis pionniers, est aujourd’hui une des forces vives de la nation.
- Certes, le nombre d’ouvriers qu’elle utilise reste faible par rapport à l'automobile par exemple, le tonnage des matériaux qu’elle emploie et transforme est encore minime mais ce sont matériaux de prix (c’est à l’aviation qu’on doit les progrès des alliages légers), et sa main-d’œuvre est une élite.
- Industrie à la fois fortement exportatrice et de défense nationale, elle présente pour la France un intérêt de tout premier ordre.
- Le Comité des Arts économiques, désireux de marquer l’intérêt tout particulier qu’il lui porte, appelé à décerner cette année la grande médaille annuelle, a estimé qu’il devait en rechercher le bénéficiaire dans l’aéronautique.
- Parmi les créateurs de cette industrie, comme parmi ceux sur lesquels on peut compter pour les réalisations de demain, un ingénieur-constructeur se détache que l’actualité vient de mettre particulièrement en vedette, Louis Breguet, constructeur de l’appareil sur lequel Costes et Bellonte ont réalisé, après tant d’autres exploits, l’admirable vol Paris-New York.
- Louis Breguet, arrière-petit-fils d’Abram Breguet, le grand horloger, petit-fils de Louis Breguet, l’inventeur du télégraphe électrique à cadran, est venu très tôt à l’aviation. Il y apportait comme tous ceux qui, aux temps héroïques, se lancèrent à la conquête de l’air, une foi ardente que rien ne devait jamais décourager, et l’on sait pourtant quels accidents marquèrent les premiers vols. Il y apportait aussi des connaissances techniques qui faisaient trop souvent défaut aux premiers constructeurs, recrutés dans toutes les professions et chez lesquels l’audace et l’esprit d’entreprise ne pouvaient remplacer l’instruction première.
- Louis Breguet était déjà ingénieur électricien; il était entré premier à l’École supérieure d’Électricité de Paris, en 1902, quand il créa, en collaboration avec le professeur Richet, un premier hélicoptère. Ces travaux occupèrent les années 1908 et 1909 et furent marqués par des inventions ou des créations très remarquables. Mais le problème de l’hélicoptère était à l’époque difficile à résoudre. Breguet en eut l’intuition et il se lança dans l’étude de l’avion.
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- RAPPORTS RELATIFS AUX RÉCOMPENSES DÉCERNÉES EN 1930.
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- Il réalisa dès 1909 un appareil très personnel qu’il pilotait lui-même, car Breguet concevait et essayait ses machines. C’était un aéroplane à ailes flexibles, avec longerons en acier et nervures en tôle d’aluminium; l’appareil était muni de roues montées sur amortisseurs oléo-pneumatiques. Toutes caractéristiques qu’on devait retrouver 20 ans plus tard sur les avions les plus modernes.
- En 1910, il participa, comme pilote, avec l’un de ses nouveaux avions, aux grandes manœuvres de Picardie, premières grandes manœuvres où l’aviation ait été utilisée, et à l’issue desquelles il fut fait chevalier de la Légion d’honneur à 30 ans.
- En 1911, ses avions obtinrent les deuxième et troisième places au concours militaire de Reims. La même année, M. Breguet établit divers records du monde, en pilotant lui-même ses avions. Il réussit notamment à enlever 11 passagers, avec un avion équipé d’un moteur Gnome 100 ch.
- En 1912, il établit successivement le record de vitesse sur 100 km avec un et deux passagers. En 1913, il construisit des hydravions et gagna le Grand Prix de la Marine, pour lequel il reçut la Grande Médaille d'Or de la Marine.
- Au moment où la guerre débuta, ses usines étaient installées à Douai; il lui fut demandé de les transporter à Villacoublay. M. L. Breguet fut alors attaché à la défense du camp retranché de Paris, depuis la fin d’août 1914 jusqu’au début de 1913.
- Le 2 septembre 1914, pilotant un de ses avions, il lit l’une des deux reconnaissances mémorables qui renseignèrent le général Gallieni sur la marche oblique des troupes allemandes de von Kluck, reconnaissance faite avec le lieutenant Wateau comme observateur. M. L. Breguet reçut à cette occasion une lettre de félicitations du général Gallieni, qui lui valut plus tard l’obtention de la croix de guerre.
- Dès le mois d’octobre 1914, M. L. Breguet s’attacha à créer des avions de bombardement, réclamés par l’État-Major général, MM. Michelin choisirent l’avion Breguet de bombardement, et en organisèrent la fabrication à Clermont-Ferrand, sur licence cédée gratuitement.
- Il organisa ensuite la fabrication en série de ses avions dans les ateliers qu’il développa à Villacoublay. En 1916, il établit les plans d’un nouvel avion de reconnaissance, le BR 14. Le succès remporté par cet appareil fut considérable; il marqua un progrès décisif sur tous les avions en service, aussi bien chez nos ennemis que chez nos alliés. Les possibilités de chargement de cet appareil et sa grande vitesse, en permirent l’utilisation pour le bombardement de jour.
- Plus de 8.000 de ces avions furent fabriqués en un an dans 8 usines différentes; ils ont joué, comme on le sait, un rôle important pour enrayer les offensives allemandes du printemps en 1918, et furent utilisés dans la plupart des opérations de la dernière année de la guerre.
- Après la guerre, M. Breguet continua à travailler aux progrès de la technique aéronautique, et il aboutit, en 1922, à la création de son avion, type 19, qui fut victorieux au Concours international de Madrid. Cet appareil fut adopté par la France et la plupart des gouvernements étrangers. Les avions de ce type et leurs dérivés tentèrent et réussirent de nombreux raids et records : voyage de France au Japon de Pelletier-Doisy, raids de Gostes, Girier, Arrachart, Lemaitre, Challes, Liberty Trophy, aux États-Unis. C’est également sur un appareil de ce modèle qu’en 1928, Costes et Le Brix réalisèrent leur mémorable tour du monde, et c’est encore avec des dérivés de l’avion 19 que dix records du monde ont été récemment ramenés en Franco par Girier, Weiss, Burtin, Gostes et Bellonte, Gostes et Godos,
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- Concurremment à son œuvre industrielle proprement dite, M. Breguet a effectué différents travaux touchant à la technique pure de l’aviation : Etudes sur : les hélices ; — le vol à voile dynamique des oiseaux ; — les plus grandes vitesses des avions. A de nombreuses reprises, il a présenté à l’Académie des Sciences des communications importantes sur : le calcul du poids de combustible consommé par un avion en vol ascendant; — la résultante aérodynamique d’un planeur soumis à des pulsations aériennes verticales; — la résultante aérodynamique moyenne d’un planeur à ailes en M aplati, soumis latéralement à des pulsations aériennes horizontales;—les conditions que doit remplir un planeur pour utiliser au mieux les pulsations du vent favorables au vol à voile; — les qualités aérodynamiques de l’avion utilisé par Pelletier-Doisy dans son raid Paris-Chang-haï ;—de rendement de la propulsion des oiseaux par battements de leurs ailes; — le rendement des appareils récepteurs de l’énergie du vent; — les grands raids sans escales et le record de distance en avion; —les grandes distances franchissables sans escales et la capacité de transport des avions de l’avenir sur les longs parcours.
- A la fin de la guerre, M. Breguet avait été fait officier de la Légion d’honneur; la cravate de commandeur lui fut conférée en 1926.
- A l’heure actuelle, M. Louis Breguet, ancien président de la Chambre syndicale des Industries aéronautiques, est : président de la maison Breguet, société spécialisée dans la construction des turbines à vapeur et des matériels électriques; — président de la Compagnie Air Union ; — président et directeur de la Société des Ateliers d’Aviation Louis Breguet; — président d’honneur de la Chambre syndicale des Industries aéronautiques; — vice-président du Comité des Conseillers du Commerce extérieur de la France ; —membre du Conseil de Perfectionnement du Conservatoire national des Arts et Métiers; — président de la Commission permanente d’Études aéronautiques ; — président de la Société française de Navigation aérienne en remplacement de notre regretté collègue Auguste Rateau.
- En résumé, M. Louis Breguet, pilote audacieux, ingénieur éminent, qui a souvent su ouvrir à l’aéronautique des voies nouvelles, s’est acquis une renommée mondiale. Il vient, par le voyage admirable de Costes et Bellonte reliant d’un seul vol Paris à New York sur avion Breguet, d’imposer à nouveau son nom à l’admiration de tous. En lui attribuant sa grande médaille annuelle, la Société d’Encoura-ment apportera à ce grand ingénieur une consécration méritée.
- Prix des Exposants de la Classe 51 de l’Exposition universelle de Paris de 1889 (Matériel des arts chimiques).
- Ce prix, en espèces, d’une valeur de 1.500 fr en 1930, est décerné sur la proposition du Comité des Arts chimiques; il est accompagné d’une médaille de vermeil.
- Rapport présenté par M. Henry Le Chatelier, au nom du Comité des Arts chimiques, sur les travaux de chimie de M. Jean Barbaudy.
- M. J. Barbaudy a concentré ses recherches sur un seul sujet, très important par ses applications industrielles, l’équilibre de distillation des mélanges de plu-
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- sieurs liquides. Il l’a fait d’abord en vue d’étudier le problème de la préparation de l’alcool absolu et a examiné deux méthodes différentes.
- 1° La méthode de Young, qui consiste à éliminer l’eau en présence de benzène, est aujourd’hui d’un usage général. Elle avait été mise au point d’une façon empirique. M. Barbaudy a mesuré systématiquement les tensions et compositions des vapeurs émises par le système ternaire eau-alcool-benzène. Ce travail lui a servi de thèse de doctorat.
- 2U Une seconde méthode, proposée par M. Barbaudy, en s’appuyant sur une observation de Merriman, consiste à distiller des mélanges d’eau et d’alcool dans le vide. Ce procédé repose sur le fait que l’azéotrope eau-alcool disparaît sous les pressions suffisamment réduites. Un essai industriel de ce procédé a été fait en Italie.
- M. Barbaudy fut chargé ensuite par le Service des Poudres d’étudier la récupération de l’éther dans les séchoirs à poudre B. Il a été ainsi amené à étudier les systèmes ternaires eau-alcool-éther.
- Obligé, pour ces études, de travailler en dessous delà température ambiante, il dut combiner un thermostat pour les basses températures. L’appareil a été réalisé de la façon suivante. Une grande caisse, laissant libre une cavité de un demi-mètre cube environ, renferme dans sa double paroi un bain de 250 litres de solution de chlorure de calcium. Celle-ci est refroidie par l’évaporation de chlorure d’éthyle, qui est aspiré par un compresseur mû par un moteur électrique. Le chlorure est envoyé liquide à l’évaporateur. Le groupe moto-compresseur est démarré et arrêté automatiquement au moyen d’un thermomètre à distance Labinal. La température est ainsi maintenue constante à ± 1 degré près.
- Ce réglage grossier est complété dans un bain thermostatique d’environ 60 litres (alcool méthylique et eau) qui est placé dans la cavité de l’enceinte. Ce bain est agité électriquement; sa température est contrôlée au moyen d’un régulateur électrique à mercure-toluène qui la maintient constante à ±0°,02 près. Les plus grandes précautions ont été prises pour éviter le réchauffement de l’appareil (liège aggloméré, caoutchouc mousse, chêne).
- Dans un autre ordre d’idées, M. Barbaudy a été amené à étudier et à mettre au point un matériel pour la mesure du pH qui commence à rendre de grands services dans l’industrie. Avec la collaboration des Etablissements Poulenc, il a réalisé un appareillage robuste et précis, dont l’usage se répand de plus en plus dans les usines pour le contrôle des fabrications. Ce dispositif comprend :
- 1° Un potentiomètre à résistance étalonné de façon à donner dans l’intervalle de 0 à 1.210 mV la force électromotrice par lecture directe à± 0,25 mV près;
- 2° Un électromètre capillaire transportable, sensible à 0,1 mV près et son support. Cette fabrication était jusque-là le monopole des Allemands;
- 3° Les divers modèles d’électrodes à hydrogène, quinhydrone, calomel, etc., utilisables dans les recherches industrielles.
- Cet appareillage, lancé en 1924, s’est rapidement répandu dans la sucrerie, la distillerie, les industries biologiques, fromagères; il sert pour les études agricoles des sols, pour le nickelage galvanique, etc. La vente de ces appareils a été en moyenne de trois douzaines par an.
- Si, dans ce rapport, nous avons insisté de préférence sur les réalisations d’appareils dues à M. Barbaudy et si nous avons glissé sur ses travaux scientifiques, c’est
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- que le prix décerné, ayant été fondé par la Classe 51 du matériel chimique de l’Exposition de 1889, il nous a semblé préférable de retenir plutôt les questions qui intéressaient les donateurs.
- Le Comité des Arts chimiques a été unanime à proposer l’attribution de ce prix à M. Barbaudy, en récompense des réalisations d’appareils utiles à l’industrie, sans oublier pour cela les titres résultant de ses travaux de science pure.
- Prix des Exposants de la Classe 65 de l’Exposition universelle de Paris de 1900 (Petite métallurgie).
- Ce prix, en espèces, d’une valeur de 500 fr en 1930, est décerné sur la proposition du Comité des Arts chimiques ; il est accompagné d’une médaille d’argent.
- Rapport présenté par M. Henry Le Chatelier, au nom du Comité des Arts chimiques, sur les travaux de M. Auguste Sirio sur la soudure oxyacétyUnique.
- M. Auguste Sirio est un des plus anciens ouvriers de La Soudure autogène du Sud-Est, 28, rue Montgrand, à Marseille. Il y est entré en 1909. Il a fait partie des premières équipes de soudeurs qui aient exécuté avec succès des travaux de soudure oxvacétylénique sur des chaudières de navires. Blessé de guerre, marié et père de trois enfants, il continue à travailler malgré les souffrances que lui occasionne encore sa blessure à la tête.
- Prix Melsens.
- Ce prix, en espèces, fondé par Mme veuve Melsens, est en 1930 de 700 fr. 11 est accompagné d’une médaille de vermeil. Il est décerné sur la proposition du Comité des Arts économiques.
- Rapport présenté parle général G.-A. Ferrie, au nom du Comité des Arts économiques, sur le procédé de taille des grands miroirs de verre de M. André Couder, astronome à l’Observatoire de Paris.
- La taille des miroirs de verre de très grandes dimensions, miroirs plans et miroirs sphériques pour télescopes, n’était plus pratiquée en France depuis de longues années, et le plus habile des spécialistes de cette technique était M. Ritchey, américain. C’est ce dernier qui avait taillé notamment le grand miroir de 2,50 m, fondu par les usines de Saint-Gobain et employé à réaliser un télescope pour l’Observatoire du Mount-Wilson. M. Ritchey, appelé en France pour effectuer un travail de cette espèce, a mis au courant de ses procédés, M. A. Couder, actuellement astronome à l’Observatoire de Paris. Celui-ci s’est rapidement assimilé les méthodes empiriques de M. Ritchey mais ensuite, il a considérablement amélioré cette technique spéciale en créant des méthodes scientifiques de vérification et de mesure.
- Il a ainsi réalisé plusieurs miroirs plans et des miroirs sphériques de 0,80 m
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- de diamètre pour télescopes, et retaillé des miroirs de télescopes de 1,20 m. Tous ont été soumis à l’examen de l’Institut d’Optique et ont été reconnus parfaits.
- L’astronomie française dispose donc désormais, à l’Observatoire de Paris, d’un très beau laboratoire d’optique de haute précision, placé sous la direction de M. A. Couder et à qui peut être confiée la taille de miroirs de verre de tous genres et de tous diamètres.
- Prix de Salverte.
- Ce prix consiste en une médaille d’argent et en une somme qui est en 1930 de 500 fr. Il est décerné sur la proposition du Comité des Constructions et des Beaux-Arts, à un ouvrier français, appartenant à la corporation du bâtiment, habile, âgé de 60 ans au moins, père d’une famille nombreuse qu’il a bien élevée.
- Rapport présenté par M. Lucien Bechmann, au nom du Comité des Constructions
- et des Beaux-Arts, sur les titres de M. N. Arcaro au prix de Salverte.
- M. N. Arcaro est né le 4 février 1868; il est entré chez M. Allioli fils, entrepreneur de peinture, 414, rue Saint-Honoré, Paris, le 25 janvier 1889. Il a été mobilisé du 3 août 1914 au 13 mai 1915. Il a eu 9 enfants dont 7 sont encore vivants; son fils aîné, qui travaillait comme peintre dans la même maison que lui, est mort au champ d’honneur. Son second fils est chauffeur depuis 1920 dans la même maison; le troisième fils a fait, toujours dans la même maison, son apprentissage fie métreur en peinture pendant 4 ans; un quatrième fils est chef mécanicien dans un garage ; deux filles travaillent, et les derniers enfants, deux jumeaux, vont encore à l’école.
- Ouvrier peintre habile, M. Arcaro est actuellement chef de chantier, chargé surtout de la surveillance des travaux de peinture à l’intérieur. Il est déjà titulaire de la médaille des vieux serviteurs. Sa femme a obtenu la médaille des mères françaises en décembre 1930.
- Médailles d’or.
- Rapport présenté par M. Paul Dumanois, au nom du Comité des Arts mécaniques, sur les travaux de M. Marc Birkigt sur les moteurs d'aviation.
- Costes et Bellonte resteront dans la mémoire des hommes comme un symbole impérissable de la volonté continue dans l’action, de la persévérance méthodique dans l’effort, du courage réfléchi devant le risque immense. A l’origine de leur triomphe, se trouve l’initiative généreuse d’un homme qui a eu la foi, de M. François Coty. Son geste a eu un résultat immense d’encouragement pour l’aviation et l’industrie française; notre Société, de par son but même, se doit de lui rendre un légitime hommage. Mais pour que des exécutants inégalables comme Costes et Bellonte aient pu réussir, il fallait un matériel créé par des ingénieurs dignes d’un tel exploit.
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- Le Comité des Arts économiques a été heureux d’attribuer la grande médaille annuelle de la Société à M. Louis Breguet, l’éminent constructeur de l’avion. Le Comité des Arts mécaniques a pensé qu’il lui appartenait de proposer l’attribution d’une médaille d’or, en témoignage de reconnaissance et d’admiration, à M. Marc Birkigt, créateur du moteur qui a, sans défaillance, assuré la réussite de l’entreprise.
- C’est en 1916 que M. Birkigt réalise son premier moteur de 150 ch et, dès l’abord, la formule nouvelle qu’il présente se révèle comme un progrès considérable : simplicité mécanique; distribution par arbre à cames agissant directement sur les soupapes; refroidissement énergique et régulier, condition de la puissance massique, assuré par le chemisage en acier d’un cylindre en aluminium ; enfin, pureté de lignes remarquable. Les problèmes techniques n’échappent pas en effet aux lois de l’harmonie et lorsqu’ils trouvent une solution heureuse, leur réalisation a aussi sa beauté.
- Depuis 14 ans, M. Birkigt s’en est tenu à cette formule architecturale qui était bonne, la faisant bénéficier successivement des progrès réalisés dans la connaissance des matériaux et leur meilleure utilisation dont la nitruration des cylindres a été la plus récente expression.
- M. Birkigt a recueilli la juste moisson d’une semence féconde qu’il n’a pas cessé de cultiver avec amour; son succès est en même temps un enseignement; il montre une fois de plus que si des conceptions nouvelles sont un élément du progrès, celui-ci ne peut trouver son plein épanouissement que par un travail continu et une volonté qui persévère dans la même voie, car la technique est une longue patience, exclusive de la foi naïve et pleine de déceptions, dans la mise en œuvre de formules chaque jour nouvelles.
- Bapport présenté par M. Paul Dumanois, au nom du Comité des Arts mécaniques, sur les travaux de M. Paul Laffitte, sur la combustion dans les moteurs à explosion.
- Parmi les questions qui présentent un intérêt capital au point de vue du progrès du moteur à explosion, sont celles relatives à l’étude des phénomènes de la combustion du mélange gazeux. Cette combustion peut se produire soit sous forme d’une combustion relativement lente, soit, au contraire, sous forme d’onde explosive, ainsi que l avaient mis en évidence les travaux de MM. Berthelot, Vieille et Henry Le Chatelier.
- Il restait toutefois à faire une étude détaillée des propriétés de l’onde explosive, et des conditions dans lesquelles la combustion régulière fait place à la combustion par onde.
- Dans sa thèse présentée en 1925 sur l’onde explosive, M. P. Laffitte, aujourd’hui professeur à la Faculté des Sciences de Nancy, a exposé toute une série de résultats et de mesures qui font actuellement autorité en la matière. Les différences trouvées entre les résultats expérimentaux qu’il a obtenus et les phénomènes observés dans les moteurs, ont conduit à examiner le problème de plus près et à orienter M. Laffitte vers de nouvelles recherches qu’il a effectuées soit seul, soit en collaboration. Elles l’ont amené à trouver toute une série de faits intéressants qui contri-
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- hueront à étayer une théorie sur le processus même du phénomène de combustion dans les moteurs.
- Les derniers résultats publiés qui ont fait l’objet de récentes communications à l’Académie des Sciences, et d’un mémoire publié dans le Bulletin de la Société d'Encouragement (de janvier 1931) ont montré en particulier que, pour un mélange d’air et d’hydrocarbures saturés envoyé dans une enceinte à température croissante, il y avait deux températures d’inflammation : l’une voisine de 260°, l’autre de 600°. Ils ont montré également que la présence d’antidétonant avait comme conséquence la suppression complète de la première inflammation.
- Ces résultats sont particulièrement importants : ils concordent, en les précisant, avec ceux obtenus par d’autres expérimentateurs, en particulier M. Mondain-Monval et moi-même. Il a paru au Comité des Arts mécaniques que cet ensemble de travaux justifiait l’attribution de la médaille d’or à un savant dont la valeur n’a d'égale que la modestie, et qui est un véritable initiateur.
- * ♦
- Rapport présenté par M. Paul Dumanois, au nom du Comité des Arts mécaniques,
- sur les travaux de M. Maurice Flaissier sur la résistance des métaux.
- M. Maurice Flaissier, Ingénieur en chef du Génie maritime de réserve, a présenté à l’Association maritime et aéronautique, dans ses dernières sessions, trois notes qui ont motivé, de la part de cette association, une demande à la Société d’Encou-ragement, de bien vouloir attribuer une de ses récompenses à M. Flaissier.
- La première des études présentées par M. Flaissier est relative à la fatigue dyssy-métrique qu’imposent au métal les joints à clins. Ces études, entreprises à la suite de l’explosion d’un des coffres de vapeur de chaudière du Madona en 1913, permirent à M. Flaissier de chiffrer la fatigue supplémentaire, qui peut quadrupler à l’endroit où le métal a été écroui par le matage, confirmant ainsi les résultats précédemment indiqués par M. l’Inspecteur général Walckenaer en 1887 (Annales des Mines, 8e Série, Tome XII, 1887, p. 405 à 408). Il en résulte en particulier, au cours des essais de chaudière, que, si la pression d’essai est double dé la pression de régime, on peut atteindre et dépasser 8 fois la fatigue admise en service normal.
- Les deux autres mémoires sont relatifs à des ruptures d’arbres d’hélices. M. Flaissier ayant constaté sur les arbres du Pierre Loti, à la suite d’une rupture, des séries de piqûres se prolongeant les unes les autres par files dessinant deux familles d’hélices orthogonales, les attribua au phénomène de résonance par torsion produisant des lignes d’écrouissage du métal.
- Ces remarques l’ont conduit à reprendre l’examen des phénomènes de vibration de torsion et à imaginer un appareil stroboscopique en vue de les étudier.
- L’ensemble de ces travaux permet de donner l’explication de certains phénomènes jusqu’alors inexpliqués et de déduire la possibilité de prévenir de graves accidents. Ils sont tout à fait caractéristiques de la méthode de l’ingénieur qui doit participer à la fois des connaissances techniques et des recherches expérimentales de manière à pouvoir déduire des incidents mêmes de la vie de la matière des résultats permettant, pour l’avenir, un progrès.
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- Rapport présenté par M. Paul Dumanois, au nom du Comité des Arts mécaniques.
- sur les travaux de M. Henri Brillié sur le graissage par film d'huile.
- Le problème du graissage est de ceux qui, au point de vue industriel, présentent le plus grand intérêt. Le but du graissage est, en effet, de diminuer le coefficient de frottement et, par suite, les résistances passives, tout en préservant de l’usure les pièces en contact.
- Pendant très longtemps, le problème du graissage, qui se traduit pratiquement par la disposition des coussinets d’une part, la nature des lubrifiants d’autre part, a été surtout l’objet de recherches empiriques, mais l’expérience des résultats obtenus montre qu’il est certainement possible de faire mieux et d’éviter, comme cela se produit sur certaines machines, des pertes par résistances passives de l’ordre de 35 p. 100, dans lesquelles le travail de frottement, transformé en chaleur par l’intermédiaire du lubrifiant, tient une place considérable.
- La Société d’Encouragement a déjà récompensé M. Woog, auteur de théories nouvelles sur le graissage, et M. Champsaur, qui a publié différents traités relatifs à sa pratique. Or, il est à noter, parmi les communications faites à la Société cette année, celle de M. Henri Brillié relative à la théorie du film d’huile et aux résultats pratiques qu’elle donne.
- Je ne reviendrai point sur cette question qui a été traitée dans le Bulletin, mais il est important d'insister sur le fait que les travaux de M. Henri Brillié conduisent à des formules pratiques permettant de déterminer la position et l’inclinaison de la résultante des pressions et d’en déduire des données sur le tracé des coussinets. Les résultats auxquels conduisent ces théories ont reçu la sanction de l’expérience.
- Rapport présenté par M. Jean Fieux, au nom du Comité des Arts mécaniques, sur
- le système d'engrenages à rattrapage de jeu de M. Oscar Victor.
- En 1891, M. Oscar Victor adressait à la Société d’Encouragement un mémoire sur les engrenages qu’il avait imaginés pour éviter le déplacement dans les machines à imprimer. Il était alors.conducteur-prote à l’Imprimerie Garnier de Chartres. Ouvrier modèle, il cherchait sans cesse à améliorer le. rendement des machines dont il avait la charge, soit par de petités transformations, soit par des additions; mais il désirait surtout remédier aux inconvénients occasionnés par l’usure des engrenages qui commandent les cylindres de pression. Il eut l’idée de compenser cette usure par le décalage des deux profils utiles de la denture, et il conçut un mode de réalisation très rustique de la roue dentée employée fréquemment aujourd’hui sous le nom d’engrenage « à rattrapage de jeu », dans les mécanismes de grande précision.
- Les circonstances ne lui permirent pas d’expérimenter lui-même son invention, et il ne put apporter à cette époque aucun résultat pratique à l’appui de son mémoire. Comme il avait demandé lui-même qu’on attendît la réalisation du nouveau dispositif afin d’en pouvoir juger tout l’intérêt, aucun rapport ne fut déposé en vue de l’attribution d’une récompense par notre Société.
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- Au cours des premiers mois de 1905, M. Oscar Victor fit paraître dans Le courrier du livre plusieurs articles relatifs aux perfectionnements divers qu’il avait apportés aux machines confiées à ses soins. Il en profita pour publier une description de son système d’engrenages, étant de plus en plus convaincu qu’il avait trouvé là un moyen vraiment pratique d’éviter des remplacements d’organes importants et des réparations fort coûteuses.
- En 1913, il quittait l’Imprimerie Garnier après y avoir travaillé pendant 47 années. Peu de temps après, il apprenait que des machines livrées à différentes imprimeries de la région parisienne par des constructeurs étrangers, puis par des constructeurs français, comportaient des engrenages conformes à la description qu’il avait publiée. Il avait enfin la satisfaction de voir se généraliser dans une large mesure l’application de son dispositif.
- Pour l’ensemble de ses travaux se rapportant au perfectionnement des machines à imprimer et plus particulièrement pour son système d’engrenages à rattrapage de jeu, la Société d’Encouragement décerne une médaille d’or à M. Oscar Victor.
- Rapport présenté par M. René Dubrisay, au nom du Comité des Arts chimiques,
- sur les travaux de M. Jean-Jacques Trillat sur les applications des rayons X.
- M. Jean-Jacques Trillat, docteur ès sciences physiques, s’est spécialisé dans l’étude des spectrogrammes de rayons X et a acquis dans ce domaine une réputation justifiée aussi bien pour ses connaissances générales que pour son habileté technique. On peut, entre beaucoup d’autres, citer les travaux qu’il a publiés sur la structure des acides gras, les lames minces, la constitution de la cellulose et de ses dérivés, l’étude de l’état liquide et des états mésomorphes. Ces recherches présentent un grand intérêt scientifique, et se rattachent en outre à des questions touchant à la technique industrielle et aux applications ; ilsuffîtdans cet ordre d’idées de rappeler les points de vue nouveaux ouverts dans la théorie du graissage des organes mécaniques.
- M. Jean-Jacques Trillat vient de faire hommage à la Société d’Encouragement d’un livre qu’il a écrit sur les applications des rayons X à la physique, à la chimie et à la métallurgie. Cet ouvrage constitue une excellente mise au point de cette importante question, et doit rendre les plus grands services à tous ceux qui veulent appliquer une méthode d'investigation qui a fourni déjà de nombreux résultats et dont on peut attendre plus encore dans l’avenir.
- Rapport présenté par le général G.-A. Ferrie, au nom du Comité des Arts économiques, sur le piano électrique de M. Maurice Martenot.
- M. Maurice Martenot a été l’un des premiers à réaliser au moyen de lampes à 3 électrodes, un dispositif permettant d’obtenir des sons musicaux, de hauteur et de timbre variables, par la méthode des interférences.
- Habile technicien de la radioélectricité, il a longuement perfectionné son dispositif, dans lequel la variation de la fréquence des oscillations électriques est obtenue par un réglage très ingénieux de condensateurs, et la variation de timbre du son résultant, par la création d’harmoniques au moyen de circuits spéciaux.
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- Il a ainsi créé un instrument monophonique, muni d’un clavier et donnant des sons de timbres nouveaux, du plus bel effet artistique.
- La fabrication de tels instruments, dont le succès se développe sans cesse, a nécessité la fondation d’une industrie nouvelle.
- Rapport présenté par M. le général G.-A. Ferrie au nom du Comité des Arts économiques, sur Vorgue électrique de MM. Armand Givelet et Eloi Coupleux.
- MM. Givelet et Coupleux ont réalisé avec succès, au moyen de lampes à 3 électrodes, non plus un instrument monophonique, mais un instrument pouvant produire simultanément plusieurs sons à la manière d’un orgue.
- Ils ont dû, pour cela, vaincre de très grandes difficultés, car ils ont voulu créer un instrument donnant les mêmes possibilités qu’un orgue à soufflerie, c’est-à-dire muni de plusieurs claviers sur lesquels on agit par les mains et par les pieds, ainsi que de clés modifiant les timbres et, par suite, la puissance des sons, ou permettant le trémolo, etc.
- Ils y sont parvenus par des dispositifs techniques très ingénieux ne comportant au total qu’une quinzaine de lampes à 3 électrodes, sur lesquelles on peut brancher, au moyen de claviers, des circuits fermés d’inductances et de capacités convenablement choisis. Chacune des lampes peut donner directement naissance à la fois à plusieurs courants de fréquences musicales différentes, sans avoir recours à la méthode des interférences.
- Les modifications du timbre sont obtenues par l’adjonction de circuits spéciaux en parallèle avec les circuits générateurs.' L’emploi des résistances permet, d’autre part, d’agir sur la durée de la période d’établissement du régime permanent; etc.
- Tous les organes, c’est-à-dire les lampes à 3 électrodes, les circuits générateurs, les résistances sont contenus dans la boîte de l’instrument portant les claviers. Il suffit d’effectuer un branchement sur un distributeur de courant pour que l’appareil, qui est facilement transportable, soit prêt à fonctionner.
- Les courants de fréquence musicale engendrés par le jeu de l’instrument sont envoyés dans des haut-parleurs qui peuvent être placés en des points quelconques d’une salle ou d’un édifice.
- Cet instrument paraît avoir beaucoup d’avenir et sa construction amènera la création d’une industrie nouvelle.
- Rapport présenté par M. Guillaume, au nom du Comité des Arts économiques, sur le dilatomètre différentiel de M. P.-A.-J. Chevenard.
- M. Pierre-Antoine-Jean Chevenard est né le 31 décembre 1888. Il est sorti, en 1910, premier de l’Ecole des Mines de Saint-Étienne.
- Aussitôt ses études terminées, M. Chevenard a été engagé comme ingénieur par la Société de Commentry-Fourchambault et Decazeville. Dès 1911, il était chargé du laboratoire d’Imphy, et, bientôt après, du service de recherches métallurgiques créé par Henri Fayol. Son travail a été si apprécié par la Société qu’on lui a
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- confié la création d’un laboratoire de recherches en vue « d’étudier méthodiquement les alliages afin de découvrir et d’exploiter leurs propriétés exceptionnelles ». Ce laboratoire a été chargé du service de recherches de l’ensemble de la Société.
- Entre temps, M. Chevenard avait été nommé professeur titulaire de métallurgie à l’Ecole des Mines de Saint-Étienne.
- Pour faciliter les travaux de son laboratoire, M. Chevenard a créé une série d’appareils servant à l’étude physico-thermique des alliages et à la mesure de leurs propriétés dans un large intervalle de température : dilatomètres différentiels, gal-vanopyromètre, thermomagnétomètre, viscosimètre, etc. De plus, il a mis sur pied des appareils de contrôle ou d’enseignement. Les appareils qu’il a imaginés se sont révélés très pratiques. En particulier, le dilatomètre Chevenard a été reproduit aux Aciéries d’Imphy à plus de 250 exemplaires, qui ont été acquis par les usines métallurgiques, en France et à l’étranger. Ces dilatomètres ont trouvé récemment des applications très intéressantes dans l’étude des verres, des produits réfractaires et même des roches.
- Grâce à l’outillage qu’il a créé, M. Chevenard a contribué à mettre au point plusieurs alliages, tels que : l’ATV pour aubes de turbines à vapeur; le BTG, tenace à chaud, pour la synthèse de l’ammoniaque. De plus, il a coopéré à la mise au point de Pélinvar et des aciers pour calibres.
- M. Chevenard a poursuivi les travaux scientifiques dans quatre directions différentes :
- Ferronickels réversibles. — Étude des principales propriétés : dilatation, élasticité, propriétés électriques, etc., dans un large intervalle de température. En particulier, le dilatomètre qu’il a construit lui a permis de mesurer la dilatation des ferronickels réversibles à partir de la température de l’air liquide jusqu’à 1.000° environ. Il a tracé d’admirables diagrammes à trois dimensions de leurs diverses propriétés;
- Traitements thermiques des aciers. — Analyse des transformations de l’acier au cours de la trempe, et, pour la première fois, mesure des vitesses de trempe. Notion de courbes caractéristiques pour représenter le pouvoir trempant d’un acier. Analyse des phénomènes de revenu, et lois quantitatives de ce traitement (en collaboration avec M. A. Portevin);
- Propriétés mécaniques des métaux aux températures basses ou élevées. — Il a mesuré la fragilité des métaux aux très basses températures, et étudié la viscosité des alliages à haute température ;
- Enfin, il a étudié la trempe structurale par l’analyse du traitement thermique des alliages peu denses d’aluminium et des alliages susceptibles de durcir par un mécanisme identique : ferronickels chromés, additionnés de carbone, d’aluminium, etc.
- Les travaux de M. Chevenard sont bien connus, grâce à de nombreuses notes insérées dans les Comptes rendus de l’Académie des Sciences (en partie avec la collaboration de M. A. Portevin), auxquelles il faut ajouter des mémoires parus essentiellement dans la Revue de Métallurgie. Nous citerons, en particulier, les Recherches expérimentales sur les alliages de fer, de nickel et de chrome, qu’il a consignées dans un mémoire de 144 pages in-4°, inséré dans le tome XVII des Travaux et Mémoires du Bureau international des Poids et Mesures. Dans ce mémoire, M. Che-
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- venard décrit les propriétés des alliages en question, et donne d’admirables diagrammes à trois dimensions des dilatations et des valeurs de l’élasticité à diverses températures.
- Mentionnons encore : Les courbes caractéristiques des traitements thermiques des aciers, par A. Portevin et P. Chevenard ; Application des alliages spéciaux à la pyrométrie ; Méthodes de recherches et de contrôle dans la métallurgie de précision.
- Rapport présenté par le général G.-A. Ferrie, au nom du Comité des Arts économiques, sur les travaux météorologiques de M. le commandant Robert Bureau, chef du Service des Transmissions, et de M. Philippe Wehrlé, chef du Service des Avertissements, de l'Office national météorologique.
- MM. Robert Bureau et Philippe Wehrlé ont consacré tous leurs efforts depuis huit ans à améliorer la protection météorologique de la navigation aérienne transatlantique.
- M. Bureau, par des études systématiques sur la propagation des ondes courtes et l’influence de l’atmosphère sur cette propagation, a pu adapter étroitement aux propriétés de ces ondes les transmissions de renseignements météorologiques aux diverses distances et aux diverses heures. 11 a ainsi permis à l’Office national météorologique d’établir, avec le concours organisé du Weather Bureau et de nombreux navires naviguant dans l’Atlantique et transmettant tous les renseignements utiles (en particulier le Jacques Cartier), des cartes météorologiques quotidiennes de l’Océan.
- M. Wehrlé s’est consacré à l’étude de la météorologie océanique et à l’application à l’Atlantique Nord des méthodes française (variations de pression et systèmes nuageux) et norvégienne (fronts). Des prévisions tout à fait précises de vent et d’état du ciel sont maintenant établies pour les traversées aériennes de l’Atlantique, et le côté scientifique de la question est suffisamment au point pour permettre l’organisation technique des services réguliers d’avertissements par l’Office national météorologique.
- Les travaux de MM. Bureau et Wehrlé ont une valeur scientifique et technique considérable, et ils contribuent à maintenir à notre pays le rôle d’initiateur qu’il a toujours eu pour ce qui concerne la protection de la navigation aérienne.
- Rapport présenté par le lieutenant-colonel Paul Renard, au nom du Comité des Arts économiques, sur les travaux de M. René Anxionnaz, sur les moteurs d'aviation.
- La Société française de Navigation aérienne propose cette année M. René Anxionnaz pour la médaille mise à sa disposition par la Société d’Encouragement. Voici le résumé de la carrière de cet ingénieur.
- Admis à l’Ecole polytechnique et à l’Ecole normale supérieure en 1914, il s’engagea dès le mois d’août de la même année au 2e régiment d’artillerie et fut envoyé
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- au front avec le grade de sous-lieutenant le 13 avril 1915. Au mois de juillet de la même année, sur sa demande, il fut affecté au Service de l’Aviation, d’abord comme observateur, puis comme pilote. Nommé lieutenant, au mois d’avril 1917, il reçut le commandement d’une escadrille. En mai 1918, il fut promu au grade de capitaine un des premiers de sa promotion de l’École polytechnique. Ses services de guerre furent très remarquables, ainsi qu’en témoignent trois citations et la croix de chevalier de la Légion d’honneur. Pendant la guerre, il reçut une blessure à la suite d’un accident d’aviation. A la fin de la guerre, il avait totalisé 530 heures de vol, dont 460 sur les lignes du front. La guerre terminée, il put seulement commencer ses études à l’École polytechnique où il avait été reçu quatre ans auparavant.
- Il suivit ensuite les cours de l’École supérieure des Mines et en sortit avec le titre d’ingénieur civil des Mines. Il entra alors, le Ier janvier 1922, à la Société Rateau. Grâce à sa culture scientifique et à ses qualités intellectuelles, il se distingua rapidement et gagna la confiance de M. Rateau, dont il devint dès lors le collaborateur technique dans toutes ses études concernant les machines marines, la suralimentation des moteurs à combustion interne et l’aviation.
- Nous ne ferons que signaler en passant ses travaux concernant la marine ou les moteurs en général, mais nous donnerons plus de détails en ce qui concerne l’aviation, car ce sont les travaux de cette catégorie qui ont motivé le choix de la Société française de Navigation aérienne.
- Les études de M. Anxionnaz concernant les moteurs en général portent notamment sur les turbo-ventilateurs de chauffe et turbo-pompes d’alimentation, d’extraction ou de circulation, etc. 11 a également collaboré largement aux recherches sur la suralimentation des moteurs Diesel pour la navigation.
- Observateur et pilote pendant la guerre, M. Anxionnaz, à l’école de M. Rateau, se familiarisa rapidement avec les théories modernes de l’aérodynamique.
- Sous la direction de M. Rateau, il exécuta des recherches et des expériences sur les turbo-compresseurs. On sait que ces appareils, imaginés par notre éminent et regretté collègue, ont pour but d’alimenter les moteurs d’aviation avec de l’air à pression constante à toutes altitudes ; ce qui permet de disposer, dans les régions élevées de l’atmosphère, d’une puissance motrice notablement supérieure à celle qu’on obtiendrait en alimentant directement le moteur par l’air ambiant très raréfié. Pour actionner ces compresseurs, M. Rateau a utilisé l’énergie que possèdent les gaz d’échappement du moteur, énergie qui, avant lui, était complètement perdue. Grâce aux turbo-compresseurs Rateau, les avions ont pu atteindre des plafonds plus élevés et obtenir des vitesses considérables aux grandes altitudes. Dans le même ordre d’idées, toujours sous la direction de M. Rateau, M. Anxionnaz a mis au point un compresseur centrifuge, actionné par le moteur, permettant, comme le turbocompresseur, une suralimentation aux grandes altitudes. Ces différents appareils appliqués à des avions Farmanet Breguet ont donné d’excellents résultats et ramené en France des records importants.
- L’Aéronautique officielle française et de nombreux constructeurs français et étrangers ont adopté, sous des formes diverses, les inventions de M. Rateau, dont M. Anxionnaz a été le principal collaborateur.
- Depuis la mort de son maître, il continue les mêmes recherches et a mis sur pied plus de 20 adaptations sur des moteurs de types différents.
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- Telles sont les considérations qui ont guidé dans son choix la Société française de Navigation aérienne. Elle a estimé que M. Anxionnaz a apporté une large corn tribution aux progrès récents de l’aviation.
- Rapport présenté par MM. Louis Mangin et Émile Prudhomme, au nom du Comité
- d’Agriculture, sur les artisans de la mise en culture des oasis du Sud algérien.
- Grâce à l’initiative de M. Ricard, ancien ministre de l’Agriculture, un premier Congrès de la Rose et de l’Oranger s’est tenu à El Goléa en 1930 et des spécialistes, français ou étrangers, des questions agronomiques, horticoles et coloniales ont pu visiter, dans des conditions particulièrement intéressantes, quelques-unes des plus belles oasis d’Algérie ’L
- Le but de ce voyage, organisé par la Compagnie générale transatlantique, et grâce à l’appui de M. Tardieu, ministre de l’Intérieur, et du Gouvernement général de l’Algérie, était d’étudier les caractères de la végétation saharienne, d’examiner si certaines cultures pouvaient être étendues avec quelque chance de succès dans le Sud algérien et s’il y avait intérêt à tenter l’introduction, dans les oasis, de nouvelles plantes utiles, soit en vue d’en améliorer les ressources en vivres frais, soit pour créer des richesses agricoles capables de supporter, en raison de leur valeur, de longs et coûteux transports avant d’arriver aux centres de vente et de consommation.
- En faisant le parcours d’Alger à El Goléa, les impressions les plus vivement ressenties par les congressistes furent : la surprenante vigueur de la végétation saharienne partout où l’eau peut être fournie aux plantes en quantité suffisante ; les très remarquables efforts de toute la population européenne et de plusieurs notables indigènes pour développer la culture dans les oasis par la création de très beaux jardins; puis, les efforts inouïs réalisés sur certains points — dans le Pays mozabite par exemple — pour puiser l’eau dans le sol, à plus de 100 m de profondeur dans bien des cas, et pour tirer parti de la plus petite goutte de liquide, de la moindre trace d’humidité.
- La belle végétation des dattiers dans le Sud algérien est trop connue pour qu’il y ait lieu de la souligner ici ; mais, parmi les végétaux dont la vigueur et le parfait état sanitaire ont causé une véritable surprise, une mention spéciale est due aux orangers, mandariniers, cédratiers et citronniers, ainsi qu’aux rosiers.
- M. Ricard, qui a repris et poursuit, avec une inlassable activité dans le Nord de l’Afrique, l’œuvre du regretté Dal Piaz, suit attentivement depuis plusieurs années l’amélioration agricole des Territoires du Sud algérien et a su faire comprendre à tous ses collaborateurs de la « Société des Voyages et Circuits nord-africains » tout le bien qui peut être réalisé dans les oasis en y développant le goût du jardinage. Il est même allé plus loin en donnant une conclusion pratique aux travaux du Congrès de la Rose et de l’Oranger au Sahara par la constitution d’un Comité permanent d’Etudes agricoles sahariennes dont Mme la Maréchale Lyautey a bien voulu
- (t) Voir le compte rendu de ce congrès, donné par M. Louis Mangin, dans le Bulletin d’octobre 1930, p. 669.
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- accepter la présidence et qui compte parmi ses vice-présidents : M. Ricard, ancien ministre; M. Mangin, directeur du Muséum national d’Histoire naturelle et président de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale; M. Nomblot, député de la Seine, membre du Conseil d’Administration de la Société d’Encouragement.
- Ce groupement est le « Comité de la Rose et de l’Oranger au Sahara ». Il se propose de poursuivre avec persévérance le développement et l’amélioration des cultures vivrières ou fruitières dans les oasis, ainsi que l’élude des cultures des plantes à parfum (rose, bergamote, etc.) susceptibles de donner des produits pouvant être écoulés sur les marchés extérieurs.
- Au moment où ce comité s'efforce de préciser sous quelle forme il pourra utilement prêter son concours à tous ceux qui portent intérêt aux oasis, il serait injuste de ne pas rappeler les noms de ceux qui, dans les dernières années, ont porté leur attention sur les cultures sahariennes.
- Sans pouvoir en dresser une liste complète, il est possible à la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale de reconnaître les services déjà rendus par quelques-uns d’entre eux en leur décernant des récompenses. Ce sont :
- M. le général Octave Meynier (Médaille d’or). — Cet officier général, directeur des Territoires du Sud, compte 37 ans de services; il est l’âme du développement économique et agricole du Sahara français sous toutes ses formes : exploitation des richesses naturelles, telles que l’alfa, productions agricoles variées (dattes, cultures vivrières, céréales, fruits, légumes, élevage).
- M. le commandant G.-E.-J. Cauvet (Médaille de vermeil). — Né en 1860, le commandant Cauvet a fait ses débuts en Algérie en 1881. La plus grande partie de sa carrière a été consacrée au Sud algérien. Il a été un des premiers pionniers de la mise en valeur de l’oasis d’El Goléa où il a créé, il y a une quarantaine d’années, un très beau jardin, dans lequel les membres du Congrès de la Rose et de l’Oranger au Sahara ont trouvé de nombreux et beaux spécimens d’arbres variés, importés par ses soins des environs d’Alger.
- M. J.-M.-H. Lemmet (Médaille de vermeil). — Ingénieur agronome et d’Agronomie coloniale, licencié ès sciences naturelles, chef du Service agricole des Territoires du Sud, M. Lemmet compte aujourd’hui 26 ans de services dont près de 14 ans en Afrique occidentale française et de 11 ans en Algérie.
- Dès son arrivée à la Direction des Territoires du Sud algérien, ce fonctionnaire s’est consacré avec la plus grande activité à l’agriculture des oasis sahariennes et plus particulièrement à l’amélioration de la culture du dattier, qui constitue une des principales richesses de ces régions.
- Professeur à l’Institut agricole de l’Algérie (productions sahariennes et coloniales), collaborateur dévoué du Directeur et du Sous-Directeur des Territoires du Sud ainsi que du Comité de la Rose et de l’Oranger, M. Lemmet a su obtenir la collaboration active de toutes les personnes susceptibles d’apporter un concours utile à l’amélioration des ressources végétales sahariennes.
- Monseigneur Gustave Nouet, préfet apostolique du Sahara (Médaille de vermeil). — Attaché presque sans interruption, depuis 1903, aux stations du Sahara dont il ne s’est éloigné qu’en 1914, au moment de la mobilisation, monseigneur
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- Nouet n’a jamais cessé de collaborer avec activité au développement agricole des régions sahariennes.
- En qualité de préfet apostolique du Sahara, monseigneur Nouet a pu réaliser, dans le courant des dernières années, avec le concours des Pères blancs et des Sœurs blanches, d’importants progrès agricoles dans les oasis (pompage mécanique, emploi d’engrais chimiques, utilisation de plantes améliorées).
- Cheik Ali ben Lakhdar, propriétaire à Mékhareg, près de Laghouat (Médaille de vermeil). — Le Cheik Ali ben Lakhdar a créé, possède et dirige avec intelligence, aux environs de Laghouat, dans des conditions difficiles, une grande exploitation agricole qui a été visitée par les congressistes.
- La culture des céréales et des plantes vivrières, l’exploitation des arbres fruitiers et l’élevage en grand des ovins et des bovins constituent les principales caractéristiques de cette exploitation, qui dispose d’une moto-pompe à grand débit pour assurer l’irrigation des terrains cultivés.
- Si Mohamed ben Brahim Abazza, propriétaire à El Goléa (Médaille de vermeil). — Né à Ghardaïa et d’origine mozabite, non naturalisé, Si Mohamed Abazza est venu s’installer à El Goléa il y a plus de 30 ans. Au prix d’un dur labeur et d’une persévérance admirable, Si Mohamed Abazza a su faire surgir, en plein Sahara, sur des terrains salés, recouverts à l’origine d’une épaisse croûte cristalline de sel, des jardins merveilleux où les rosiers et les agrumes s’épanouissent avec une rare vigueur.
- Très habile horticulteur et ne reculant devant aucun sacrifice pour améliorer et étendre ses cultures, Si Mohamed Abazza, a pu réunir à El Goléa des collections très intéressantes de fleurs, de légumes et d’arbres fruitiers appartenant aux meilleures variétés. La beauté et la belle végétation des rosiers, orangers, mandariniers, bigaradiers, cédratiers et citronniers des jardins de Si Mohamed Abazza ont fait l’admiration des congressistes. Grâce à son goût pour l’horticulture et grâce à son habileté professionnelle, ce notable indigène deviendra certainement un des meilleurs correspondants du Comité de la Rose et de l’Oranger au Sahara.
- Révérend père A.-E. Langlais, supérieur des Pères blancs à El Goléa (Médaille d’argent). — Fait partie des Pères blancs depuis 1904. Séjourne depuis de longues années dans la belle oasis d’El Goléa, où il a créé en 1920 et où il dirige un orphelinat agricole rendant les plus grands services; les enfants y sont exercés à tous les travaux pratiques de culture et de jardinage. Sous son intelligente et active direction, on doit au père Langlais la création de cultures améliorées par l’emploi des engrais chimiques.
- Révérend père Perrier (Médaille d’argent). — Le révérend père Perrier est attaché aux postes sahariens depuis 1905. Se trouve depuis 1921 à El Goléa où il avait déjà passé 5 ans avant la guerre. Le père Perrier n’a jamais perdu de vue les questions horticoles. Il s’est plus particulièrement attaché à la multiplication et à l’amélioration des agrumes et a présenté au Congrès de la Rose et de l’Oranger au Sahara un rapport très documenté sur cette importante question.
- Les Soeurs blanches de Laghouat (Médaille d’argent). — On doit aux Sœurs blanches de Laghouat la création d’un très beau jardin potager et fruitier donnant de bons résultats et dont les congressistes ont pu remarquer la très belle tenue.
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- M. Chancogne (Médaille d’argent). — M. Chancogne, pharmacien à Bou Saâda, s’adonne avec activité à l’élevage des moutons et aux travaux horticoles depuis son installation dans cette localité. On lui doit l’introduction et l’acclimatation dans la région de nombreux végétaux (arbres fruitiers, fleurs, légumes) qui n’existaient pas encore à Bou Saâda. Il a créé une orangerie par semis de bigaradiers et greffage.
- M. M. Lapoirie, directeur de l’École française de Ghardaïa (Médaille d’argent). — Créateur d’une Section agricole à l’École de Ghardaïa qu’il dirige depuis 1919 et qui est fréquentée par les jeunes élèves mozabites de 12 à 14 ans. Le jardin scolaire est intéressant et très bien tenu. Dans l’école, on donne aux élèves un enseignement pratique très bien compris de l’agriculture, de l’horticulture et de la culture potagère.
- M. le commandant de la Fargue (Médaille d’argent). — Officier supérieur en retraite, attaché depuis de nombreuses années à la Compagnie générale transatlantique, le commandant de la Fargue a créé, dans le voisinage immédiat des hôtels transatlantiques installés dans les oasis, des parcs-jardins très bien fleuris, dans lesquels on trouve d’intéressantes espèces fruitières. Les congressistes ont pu admirer, au cours de leur voyage, les beaux jardins dessinés par le commandant de la Fargue à Bou Saâda, à Laghouat et à El Goléa.
- Lieutenant de Bruce, commandant le poste militaire d'El Goléa (Médaille d’argent). — Né, en 1896, officier de cavalerie hors cadres, au service des Affaires indigènes en Algérie. A fait partie en 1928 de la mission de Ouargla à Gao, organisée par M. Maitre-Devallon, directeur de l’organisme d’études du chemin de fer transsaharien auquel il a rendu des services appréciés. On doit à cet officier d’importantes améliorations réalisées dans le jardin du poste; la culture des rosiers a surtout retenu son attention et ses soins. Ce jardin est aujourd’hui comme une station horticole modèle. Le lieutenant de Bruce a présenté au Congrès un rapport très documenté sur la végétation du rosier à El Goléa qui constitue un exposé complet des observations recueillies par ses soins depuis son arrivée dans le Sud algérien.
- M. F. F. Forestier, gérant de l’hôtel transatlantique à Bou Saâda (Médaille d’argent). — S’occupe très activement du Jardin de l’Hôtel transatlantique de Bou Saâda où il a su réaliser de notables améliorations (cultures florales et fruitières). Avait déjà créé un jardin de palmiers à l’Hôtel transatlantique de Touggourt.
- M. Pierre Kadda, chef de culture du poste d’El Goléa (Médaille de bronze). — Indigène, naturalisé en 1923, est employé comme chef de culture au Bureau des Affaires indigènes d’El Goléa depuis 1921. Antérieurement, il a travaillé comme cultivateur chez les Pères blancs pendant 15 ans.
- Très dévoué et consciencieux, il a grandement contribué à la mise en valeur des propriétés communales. Il sait greffer et tailler; il s’est livré, sur les conseils du chef de poste, à d’intéressantes expériences pour déterminer les variétés des céréales qui conviennent le mieux à la région; il a étudié la question, si importante dans les oasis, de la fumure des terres et a obtenu, dans cette branche, d’excellents résultats. En outre, M. Kadda contribue par ses conseils, à encourager l’agriculture
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- parmi la population sédentaire d’El Goléa. C’est un excellent moniteur, très écouté. Il dirige, en dehors de ses heures de service, l’exploitation de trois jardins qui lui appartiennent.
- Rapport présenté par M. G. Moussu, au nom du Comité d’Agnculture, sur les
- travaux de M. Maurice Piettre sur les productions coloniales.
- En publiant son excellent ouvrage sur la Production industrielle du café au Brésil, M. Maurice Piettre, a suivi la règle qu’il s’est imposée après chacune de ses missions à l’étranger, c’est-à-dire de vulgariser, par le livre, ce qu’il a longuement observé, étudié et souvent même réalisé dans les pays lointains.
- De cela, il faut le louer, car de telles publications, si différentes de tant de rapports officiels hâtivement rédigés, apportent de précieux documents sur l’évolution économique à l’étranger, documents qui peuvent être utilisés avec grand avantage par nos coloniaux et parfois aussi dans la métropole. En même temps, elles réalisent pour les pays visités une propagande qui leur est le plus souvent très utile et d’autant plus efficace que totalement désintéressée.
- L’industrialisation de l'élevage en Argentine et Uruguay, publié en 1920, à la suite d’une mission du Ministère de la Guerre pendant les quatre années de guerre (1915-1919), a montré comment les pays du Rio de la Plata ont pu constituer en moins de 100 ans un des plus beaux élevages du monde en partant d’animaux autrefois amenés par les conquérants espagnols et redevenus complètement sauvages pendant les longues luttes avec les autochtones. Les deux facteurs essentiels de cette évolution ont été : 1° la constitution de la propriété privée (distribution de la terre) parfaitement délimitée d’abord par de simples fossés, plus tard à l’aide de clôtures en fil de fer; 2° l’introduction de reproducteurs de pur sang, bovins et ovins, achetés à prix d’or dans les meilleurs élevages d’Angleterre, d’Amérique du Nord, de France et d’Espagne (mérinos), permettant, par croisement avec les femelles indigènes, d’améliorer progressivement le type créole, porte-greffe rustique adapté depuis longtemps aux conditions assez sévères du milieu.
- L’élevage, moyen de beaucoup le plus économique de mise en valeur des terres neuves libres de forêts, a conduit ensuite à l’agriculture; car le sol, façonné, fécondé par l’animal, devient propre au labourage et par suite au développement de la luzerne « la reine des fourrages », des graminées sélectionnées, des céréales, des légumes, et enfin des fruits.
- La plaine pampéenne, autrefois savane ou désert de sable, produit aujourd’hui, pour l’exportation, des millions de tonnes de blé, avoine, orge, de maïs, de graines de lin, etc.
- Dans La production industrielle du café au Brésil, M. Piettre met en vive lumière un second type d’évolution économique, commandé d'ailleurs par des conditions tout autres de terrain, de climat, de milieu.
- Au Brésil, ce n’est plus la plaine immense, au sol sableux, au climat presque tempéré, mais un climat tropical ou sub-tropical, un terrain tourmenté, vallonné indéfiniment, provenant de la décomposition de roches feldspathiques, de diabases ou plus exactement de porphyrites à augite donnant ces belles terres rouges « terras roxas » si favorables à la culture du caféier,
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- Il a fallu tout d’abord vaincre la forêt vierge pour libérer la terre et y planter le caféier venu en fraude de la Guyane française, qui l’avait elle-même reçu de La Martinique, don du chevalier de Glieu, capitaine aux ordres de sa majesté, Louis XIV, roi de France.
- La destruction de la forêt vierge, réserve précieuse d’humus, par le fer et surtout par le feu, a été la première étape de la mise en valeur du sol brésilien, puis de la création de ces immenses plantations qui ont déferlé, en moins d’un siècle, des bords de l’Atlantique aux rives du Parana, dans le Nord-Ouest de l’état caféicul-teur par excellence, de Sâo-Paulo.
- Mais alors s’est posé, toujours plus angoissant, le problème de l’usure, de la fatigue des terres soumises aux cultures extensives enlevant à chaque récolte des éléments fertilisants jamais restitués. Tandis que l’élevage enrichissait le sol argentin, très pauvre au début, la culture indéfinie du caféier, au contraire, épuisait la terre brésilienne naguère si riche des réserves de la forêt vierge. Les premières plantations durent être abandonnées laissant après elle la mort du sol, le désert, et ce fut la marche vers l’intérieur du pays, à la recherche de nouvelles forêts vierges, la course à l'humus.
- C’est ce problème de la stérilisation de surfaces aujourd’hui formidables, qui a été posé à M. Piettre à son arrivée au Brésil, en même temps que lui était confié, à la Faculté d’Agronomie et de Médecine vétérinaire, la première chaire d’inspection et d’industrie des viandes qui ait été créée dans l’enseignement vétérinaire mondial, et qu’il a illustrée par la publication de deux volumes importants d’hygiène alimentaire devenus classiques.
- Après avoir étudié avec acharnement, pendant trois années, à l’Institut biologique de Rio de Janeiro, la fatigue des terres à café sous tous ses aspects, M. Piettre exposait, devant l’Académie brésilienne des Sciences, la Société nationale d’Agricul-ture et la Société de Chimie, les résultats obtenus. Puis reliant ces données, d’ordre bactériologique, biologique et chimique, il en tirait un vaste programme d’économie rurale dont voici les grandes lignes :
- Substitution à la culture extensive de la culture sur le type intensif, exigeant une main-d’œuvre bien moindre, réduisant progressivement le nombre des caféiers pour pouvoir leur donner tous les soins désirables : fumure, taille, meilleur entretien de la terre ;
- Association de l’élevage, utilisant les surfaces devenues libres par l’arrachage des vieux caféiers improductifs, pour la création de pâturages artificiels ;
- Adoption pour cet élevage des méthodes de croisement en usage en Argentine mais importation de reproducteurs des races françaises (charollaise, limousine, normande) en vue d’échanges commerciaux franco-brésiliens : viandes congelées brésiliennes contre reproducteurs français;
- Affectation des bénéfices de l’élevage à l’achat d’engrais chimiques, en particulier de phosphates nord-africains destinés à enrichir le sol brésilien pauvre en chaux et en acide phosphorique et à compenser tout au moins le déficit en ces éléments provoqué par les récoltes exportées.
- Ce programme, adopté par le Ministère brésilien de l’Agriculture, et dont l’exécution a déjà été annoncée, se trouve développé dans l’ouvrage de M. Piettre.
- La première partie, Culture du caféier, est consacrée aux méthodes de culture en usage au Brésil. L’auteur passe en revue successivement : Abatage de la forêt vierge,
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- semis et pépinières, mise en place des jeunes caféiers dans la plantation, soins à donner aux plants, cueillette des fruits, traitement de ces fruits (lavage, séchage, décortication, séparation mécanique des différents types de grains suivant leur forme et leurs dimensions), commerce mondial du café, exportation par les ports de Santos, Rio de Janeiro et Bahia.
- Ces 134 pages de l’ouvrage sont pleines de renseignements très précis du plus grand intérêt pour nos planteurs coloniaux; aussi n’est-il pas étonnant que le livre de M. Piettre se soit répandu très abondamment en Côte d’ivoire, en Guinée, à Madagascar et surtout en Indochine.
- La seconde partie est spécialement réservée à l’étude scientifique du problème de la fatigue des terres et plus particulièrement de ses causes.
- L’auteur passe en revue la protofaune du sol brésilien : protozoaires du sol misa la mode par les travaux de l’Institut de Rothamsted, bactéries, levures, champignons inférieurs, algues, lichens, qu’il isole et étudie par des techniques d’ailleurs nouvelles et très ingénieuses. De l’ensemble de ces recherches, il se dégage une conclusion générale très importante : dans les terres vierges la protofaune est très abondante, très pauvre au contraire dans les terres épuisées. Il y a donc une relation étroite entre l’action des microorganismes du sol et la richesse de ce sol en matières organiques (humus) et des éléments fertilisants minéraux (chaux, magnésie, potasse, acide phosphorique, etc.). La composition chimique d’une terre devient aussi le facteur prédominant dans le problème de la fatigue. L’étude chimique systématique des terres à café, aux différents stades de leur évolution économique, a permis à M. Piettre, de suivre la disparition progressive des éléments fertilisants, organiques ou minéraux, qui coïncide avec la diminution du rendement en café et du vieillissement des plantations.
- L’auteur a effectué de belles recherches sur les matières humiques : nouvelles méthodes d’isolement et de dosage à l’aide de la pyridinc; présence dans les sols épuisés d’une proportion importante d’acides gras élevés, regardés par les savants américains comme des toxines du sol ; liaison chimique de l’humus avec la matière noire qui constitue la houille. Par oxydation nitrique de cette dernière, puis par réduction des produits nitrés, il a obtenu des substances analogues aux matières humiques naturelles, possédant les mêmes propriétés physiques et chimiques et notamment la même teneur en azote, 4,45 p. 100. La matière noire de l’humus, ainsi d’ailleurs que celle du fumier, joue suivant lui, un rôle très actif, grâce à ses propriétés colloïdales, dans la fixation, la stabilisation des fertilisants minéraux, des engrais solubles. C’est une vue qui ne manquera pas dé retenir l’attention toujours si attentive des agronomes.
- La troisième partie expose quel est l’état actuel de l’élevage au Brésil, et dans quelle voie il doit s’engager pour apporter un appui intéressant à la culture intensive du caféier.
- Sauf dans l’Etat de Rio Grande do Sul, qui s’est modelé sur celui de l’Uruguay, son voisin de frontière, sauf également dans quelques régions de l’État de Sâo-Paulo, l’élevage bovin est resté très médiocre. A côté des races indigènes, à peine améliorées dans ces dernières années, on a eu recours à l’importation massive du zébu de l’Inde, dont le mérite est de s’acclimater très vite et de posséder une résistance extraordinairement forte aux maladies endoglobulaires (piroplasmose, anaplas-mose, etc.). Malheureusement cet animal, peu apte au travail, donnant une viande
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- très inférieure de qualité, s’il a permis au Brésil d’exporter des conserves congelées en quantité importante, a contribué à discréditer la viande brésilienne.
- M. Piettre a proposé d’améliorer le type zébu, à ces deux points de vue, par des croisements avec des reproducteurs français, et plus particulièrement avec des reproducteurs cliarollais. Les premiers résultats obtenus à la suite de l’Exposition internationale du Bétail, de Rio de Janeiro, en 1922, ont été tellement encourageants dans cette direction que le mouvement d’importation au Brésil de nos reproducteurs s’est étendu à d’autres races, limousine et normande.
- Bien plus, d’autres pays de l’Amérique centrale ont suivi l’exemple du Brésil, et, désormais, les races françaises, surtout la race charollaise, sont en train de conquérir la Colombie, le Venezuala et surtout le Mexique, sous l’impulsion remarquable du marquis de Laguiche, le si dévoué président du Syndicat d’Exportation de la Race charollaise. Nos colonies elles-mêmes en ont d’ailleurs profité puisque des Charollais ont été envoyés et se sont acclimatés au Sénégal, au Soudan et à Madagascar.
- Rapport présenté par M. Marcel Magne, au nom du Comité des Constructions et
- des Beaux-Arts, sur les travaux d’art industriel de M. André Fréchet.
- M. André Fréchet, né en 1875 à Châlons-sur-Marne, est depuis 1918 directeur de l’École Boulle, à Paris, après y avoir été chef des études et des travaux de 1913 à 1918. M. Fréchet s’est consacré entièrement à l’art industriel. Il s’est sigiïalé parla création de meubles modernes et d’ensembles mobiliers qui ont remporté le plus grand succès dans de nombreuses expositions. Sa participation à l’Exposition des Arts décoratifs de Paris en 1925 a été importante et fort remarquée : une salle à manger (Jacquemin, de Strasbourg, éditeur); — un salon de musique avec piano moderne (Régy, éditeur); — chambre à coucher de dame (Vérot, éditeur); — grand salon et boudoir en collaboration avec M. Lahalle (Magasins du Louvre, éditeur).
- Voici quelques renseignements sur l’École du Meuble qu’il dirige, école où l’on forme vraiment des artisans.
- L’enseignement y est compris de façon à faire progresser régulièrement les travaux graphiques et les travaux d’apprentissage par l’étude et l’exécution de commandes de l’État et de l’Enseignement technique par exemple.
- La préparation aux expositions y tient une large place; on y pratique la sculpture décorative, la ciselure, la gravure, etc.
- A l’intérieur même de l’École, on organise des expositions sur un thème donné qui ne sont pas publiques, et qui ont pour objet de former le goût des élèves.
- Au 31 octobre 1930, on y avait organisé depuis janvier 1920, 59 expositions. Les principales, dont quelques-unes avec conférences, avaient pour sujets :
- Œuvres d’Extrême-Orient, Chine et Japon; — La mer : rivage, flore, faune, ports, navires, décoration des navires; — Histoire des métiers de l’ameublement et du Faubourg Saint-Antoine; dessins originaux d’architecture intérieure; — Molière et le siècle de Louis XIV; — La musique aux xvue et xvme siècles; — Dessins originaux et maquettes de décorateurs modernes; — Meubles et décoration intérieure au xvme siècle ; — Histoire de la Pologne et matinée musicale. L’art en
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- Pologne ; — Papiers peints ; — Le portrait : reproductions photographiques et en couleurs des portraits les plus remarquables des maîtres étrangers et français; — Photographies des monuments de l’architecture, de la sculpture et de la céramique grecques; — Rétrospective des meilleurs travaux composés modelés, et moulés en plâtre, exécutés dans les cours de sculpture et de modelage de 1920 à 1930. Cette exposition comprenait 138 moulages, 13 sculptures sur bois, 74 objets en cuivre ciselé, repoussé ou gravé. Depuis 1919, les élèves de l’École Boulle prennent part régulièrement au Concours général annuel de Composition décorative. Ils y ont déjà obtenu 33 primes et 16 mentions.
- Ce qui est remarquable dans l’enseignement tel qu’il est donné actuellement à l'École Boulle, c’est que. tout en y introduisant les techniques et les recherches artistiques modernes, on s’y appuie sur les techniques manuelles et les styles passés; on maintient ainsi une instruction très solide des spécialités, telles que la sculpture sur bois et la ciselure du bronze, qui ne sont plus à la mode en ce moment, mais qui le redeviendront un jour parce qu’elles font partie de nos plus anciens et de nos plus illustres métiers d’art.
- Rapport présenté par M. Marcel Magne, au nom du Comité des Constructions et
- des Beaux-Arts, sur Y enseignement du métier de couvreur en France organisé par
- la Chambre syndicale des Entrepreneurs de Couverture et Plomberie de
- Paris et le Manuel du couvreur-ardoisier A) de M. Arsène Brandilly.
- Parmi les métiers d’art traditionnels en France, celui de couvreur-ardoisier fut un des plus caractéristiques. Jusqu’au xvue siècle, les grands combles, logiquement inclinés, sur lesquels glissaient neige et pluie, contribuèrent aux élégantes silhouettes de nos édifices.
- Si l’habileté avec laquelle les ouvriers savaient couvrir, sans garniture métallique, rien qu’avec des ardoises judicieusement taillées et chevauchées, les croupes et les noues, les tourelles et les dômes, assurait une étanchéité parfaite et durable; le ton délicat du schiste harmonisait les toits avec la pierre ou la brique qui les supportait.
- Affirmer aujourd’hui que les grands combles ont leurs qualités sous notre ciel, que l’ardoise, matière de notre pays, a sa place dans notre architecture, n’est pas contraire à l’esprit moderne : celui-ci ne saurait consister à remplacer la formule classique, parce que arbitraire et illogique, par une autre formule, soi-disant apte à n’importe quel programme, sous n’importe quel climat.
- Aussi la Chambre syndicale des Entrepreneurs de Couverture et Plomberie, Eau et Gaz. Assainissement et Hygiène 1 2 de Paris prit-elle en 1928 une louable initiative lorsqu’elle créa, sous les auspices de la Direction générale de l’Enseignement technique, une École supérieure de Couverture pour compléter la formation professionnelle commencée dans les écoles de métiers.
- (1) Manuel du couvreur-ardoisier, à l’usage des ingénieurs, architectes, entrepreneurs, contremaî-
- tres et ouvriers couvreurs, d’après Arsène Brandilly, professeur à l’École supérieure de Couverture d’Angers. Un vol. (17x11 cm), de 340 p., 232 fîg. Librairie polytechnique Ch. Béranger, éd., 55, rue des Saints Pères, Paris, 1929. Index : 695
- (2) Siège social, 3, rue de Lutèce, Paris (4e).
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- Cette école ne pouvait être située que dans le centre qui a gardé la maîtrise du travail de l’ardoise, à Angers.
- Au nombre de ses professeurs les plus qualifiés figurait un maître-ouvrier, Arsène Brandilly. Ce sont ses leçons qui ont été coordonnées dans le Manuel du couvreur-ardoisier : on peut en juger la valeur professionnelle et éducative.
- La précision du texte est complétée par 232 figures, toutes plus évocatrices les unes que les autres; on peut citer en exemple les 8 pages et les 4 figures qui montrent les dégâts que le temps peut produire parmi les ardoises, suivant leur mode de pose et la manière d’en effectuer la réparation.
- On ne saurait s’étonner que la Commission des Ardoisières d’Angers ait patronné la publication de ce livre excellent, comme elle avait donné son appui à la création de l’École supérieure de Couverture.
- Le Comité des Constructions et des Beaux-Arts y voit la continuation de l’œuvre de son actif et regretté président Pierre Larivière et est heureux que cet hommage lui soit rendu.
- Rapport présenté par M. Georges Risler, au nom du Comité de Commerce, sur
- l'œuvre Toute l’Enfance en Plein Air.
- La création de « Toute l’Enfance en Plein Air » remonte à 1923; elle n’a cessé, depuis cette époque, de développer ses services, d’étendre le champ de son activité pour le plus grand bien des très nombreuses familles ouvrières auxquelles elle s’adresse.
- Son but, aux termes mêmes de ses statuts, est de poursuivre le développement physique, intellectuel et moral de la famille française et plus spécialement de l’enfant.
- Son action s’exerce par des consultations de nourrissons, des garderies et classes de plein air, par des séances d’éducation physique, l’organisation de jeux et de sports, une installation de bains-douches très fréquentée, le fonctionnement d’une école de plein air et d’apprentissage, l’institution d’un centre d’informations pour le personnel sanitaire et social, la fondation d’ouvroirs et d’un bureau de renseignements, d’une bibliothèque, de divers cours et conférences, d’une chorale qui fonctionne admirablement, de séances cinématographiques.
- On ne peut se défendre d'un sentiment de surprise et de profonde admiration quand on voit qu’une œuvre d’aussi large envergure est due à trois femmes, Mme Caroline André, présidente de l’œuvre, Mlle Raoul et Mlle Berges, naturellement inspirées par les plus hautes préoccupations morales et douées de dons intellectuels les plus précieux, mais qui n’eussent pu arriver à d’aussi exceptionnelles réalisations sans un merveilleux esprit pratique.
- On les voit tour à tour donnant des leçons tout à fait remarquables à de jeunes élèves, organisant des consultations médicales et aidant le médecin, puis, se transformant en menuisier, en peintre, en tapissier; c’est seulement ainsi que d’aussi admirables résultats peuvent être atteints avec des ressources infimes.
- L’enchaînement homogène de ces divers services, en assurant la continuité d’une action qui s’exerce constamment dans le même milieu, permet d’obtenir ces précieux résultats si profitables à tous.
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- Au cours de l’année 1929, l’œuvre a enregistré 1.168 consultations prénatales avec 432 femmes inscrites; 2.364 consultations de nourrissons avec 561 inscriptions. Un tel armement prophylactique a pour résultat d’abaisser considérablement le taux de la mortalité infantile. Il meurt chaque année en France 50.000 enfants qui pourraient être sauvés avec une organisation appropriée pour peu que l’hygiène soit davantage en honneur dans notre pays.
- Le Bastion 42, qui est le centre de ces œuvres de l’enfance, est également un centre social qui, en rapports constants avec les familles et les écoles, complète son œuvre de prophylaxie par une action sociale des plus bienfaisantes. Ses services de placement, de consultations, d’enseignement populaire, trouvent auprès des familles ouvrières le meilleur accueil, leur inspirent la plus entière confiance et leur rendent les plus grands services.
- Le Bastion 42 comporte, en outre, une école, qui s’applique à préparer la jeune fille à son futur rôle de mère de famille et de maîtresse de maison, pour l’enseignement ménager, et à former un personnel d’élite tout à fait au courant des questions de l’enfance au point de vue sanitaire et éducatif.
- « Toute l’Enfance en plein Air » constitue un véritable modèle d’œuvre de l’enfance et de la jeunesse féminine; rien n’y manque de ce qui peut leur être utile au point de vue moral, intellectuel et matériel.
- Rapport présenté par MM. Maurice Lacoin et Hyacinthe Servonnet, au nom du Comité du Commerce, sur diverses œuvres favorisant la bonne utilisation des loisirs de la jeunesse.
- Depuis plusieurs années, le Comité de Commerce s’est imposé pour devoir d’encourager les œuvres qui s’intéressent à la jeunesse ouvrière et employée, en proposant l’attribution de récompenses aux plus importantes et aux plus méritantes d’entre elles. C’est ainsi qu’en 1926, il a proposé de récompenser des œuvres d’apprentissage s’occupant de la formation professionnelle des jeunes gens dans la région parisienne; en 1927, des œuvres de même nature choisies en province; en 1928, des œuvres de Paris et de province favorisant le développement de l’enseignement ménager ; enfin en 1929, des œuvres d’enseignement général ou professionnel s’intéressant plus particulièrement à l’enfance malheureuse, infirme ou placée dans des conditions défavorables au point de vue des possibilités d’instruction.
- Mais, en dehors des heures consacrées à l’école, à l’atelier, au bureau, les enfants et les jeunes gens ont des heures de loisir, trop souvent mal employées, et c’est accomplir une œuvre sociale de haute portée que d’en favoriser la bonne utilisation. Un rapport de M. Labbé, directeur général de l’Enseignement technique, au congrès de la Ligue de l’Enseignement, et le manuel de la Jeunesse ouvrière catholique ont récemment insisté sur le danger de ces loisirs. C’est pourquoi, en 1930, le Comité de Commerce a proposé un certain nombre de récompenses en faveur d’œuvres s’occupant spécialement des loisirs de la jeunesse, facilitant aux jeunes gens la pratique des sports, la vie en plein air, les séjours à la campagne, dans la forêt, à la montagne, à la mer, en un mot s’efforçant par tous les moyens de maintenir notre belle jeunesse de France en parfaite santé physique et morale. Il n’est
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- pas besoin d’insister sur l’importance sociale de telles œuvres à une époque où l’âpreté des luttes économiques exige de tous le maximum d’énergie et de vitalité.
- La Société d’Encouragement n’est d’ailleurs pas seule à s’intéresser aux œuvres de loisirs.
- La Société de Protection des Apprentis, que de nombreux liens attachent à notre Société, en se réorganisant après la guerre, a mis la question des loisirs des apprentis au premier rang de ses préoccupations. Elle a établi un contact entre les œuvres les plus importantes s’intéressant aux loisirs de la jeunesse et elle a procédé en 1929 et 1930, avec le concours de ces œuvres, à une enquête sur les organisations intéressant les apprentis. Comme suite à cette enquête, un guide donnant aux apprentis des deux sexes des renseignements sur les œuvres qu’ils peuvent utiliser a été rédigé et va paraître très prochainement.
- Dans les milieux patronaux et ouvriers, on s’occupe également des loisirs des apprentis. On peut en citer comme témoignages : le Comité national des Loisirs de la Fédération des Coopératives ouvrières; — la Maison de l’Apprenti, en cours de construction par les soins de Groupement des Industries de la Région parisienne; — enfin, le Comité des loisirs de la Confédération générale de la Production française.
- Ces exemples montrent que le Comité de Commerce est dans la bonne voie. En encourageant par ses récompenses les œuvres méritantes qui assurent avec tant de dévouement la meilleure utilisation des loisirs des jeunes gens, la Société d’Encouragement contribue au développement physique et moral de la jeunesse française; elle sert utilement les intérêts du pays.
- Les Scouts de France (66 ter, rue Saint-Didier, Paris, 16e arr.) (Médaille d’or). — Les Scouts de France constituent la Fédération nationale des troupes scoutes catholiques. Fondés en 1920 et reconnus d’utilité publique en 1927, les Scouts de France, qui avaient 5.000 adhérents en 1924, ont dépassé 25.000 en 1929 et en auront bientôt 30.000. Leurs moyens d’action sont un camp-école fédéral à Chama-rande, auquel s’ajoutent d’autres camps dans divers endroits de la France.
- Ils éditent différentes revues : Le chef, revue mensuelle destinée aux chefs et aux éducateurs; — Le scout de France, revue pour les scouts; — Le louveteau, dont le premier numéro vient de paraître en 1931 et qui est destiné aux futurs scouts.
- Certaines de leurs provinces, notamment l’Ile-de-France, publient des bulletins. Les Scouts de France ont un annuaire publié en 1930 qui donne tous les détails de leur organisation.
- Commandés par le général Guyot de Salins, et avec M. le chanoine Cornette comme aumônier général, ils étendent progressivement leur domaine; depuis trois ans notamment, ils ont organisé une branche d’extension des Scouts de France qui s’occupe des enfants et des jeunes gens moralement ou physiquement déficients soignés à Berck-sur-Mer. Récemment M. Tardieu, en qualité de président du Conseil, a présidé à la décoration de M. le chanoine Cornette, donnant ainsi un exemple de l’intérêt que le Gouvernement français porte non seulement aux Scouts de France, mais au scoutisme dans son ensemble, puisque toutes les autres fédérations de scoutisme étaient également représentées à cette cérémonie.
- Les Scouts de France assurent également la préparation du matériel nécessaire à leurs troupes, par un magasin central qui s’appelle « La Hutte ».
- Leur organisation touche actuellement toutes les régions de la France.
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- Fédération des Éclaireurs de France (Boy-scouts français) (8, rue Bossuet, Paris, 10e) (Médaille d’or). — La Fédération des Éclaireurs de France est la réunion des troupes qui n’ont pas une tendance confessionnelle. Cette association, fondée en 1911, a été reconnue d’utilité publique en 1923. Leur effectif est de 9.000 environ.
- Dirigés par M. A. Lefèvre, commissaire national, et par M. Georges Bertier, ils publient un certain nombre de revues, savoir : Le journal des éclaireurs (édition des Éclaireurs de France); — la revue Le routier, destinée aux routiers, c’est-à-dire aux scouts qui se préparent à être chefs; — enfin, Ze Chef, destiné aux chefs éclaireurs.
- Ils possèdent un camp d’instruction pour les chefs, appelé Camp de Capy, à Yerberie (Oise).
- Éclaireurs unionistes de France (94, rue Saint-Lazare, Paris, 9e) (Médaille d’or). — Les Éclaireurs unionistes ont été fondés en 1911 et reconnus d’utilité publique. Leurs troupes ont un effectif de plus de 10.000. Elles sont reliées par un règlement général et par l’autorité d’un président, M. de Witt-Guizot, et d’un commissaire national, M. Guérin Desjardins.
- Ils publient : une revue mensuelle Le lien, destinée aux chefs; — elle Journal des Eclaireurs (édition des Éclaireurs unionistes de France).
- Recrutant leurs adhérents parmi la jeunesse protestante, ils ouvrent néanmoins leurs rangs à d’autres éléments. Ils ont également des troupes pour la jeunesse féminine.
- Fédération gymnastique et sportive des Patronages de France (3, place Saint-Thomas-d’Aquin, Paris, 7e) (Médaille d’or). — Fondée en 1898, la Fédération gymastique et sportive des Patronages de France constitue une puissante association d’éducation physique et patriotique. Sous la présidence de M. François Hébrard, elle groupe à l’heure actuelle, directement ou par l’intermédiaire de 61 unions régionales, plus de 2.300 sociétés, comptant près de 400.000 membres.
- Son but, tel que le définissent les statuts fédéraux, est de développer par l’emploi rationnel de la gymnastique et des sports, les forces physiques et morales de la jeunesse, de préparer au pays des générations d’hommes robustes et de vaillants soldats. Ses moyens d’action sont les épreuves, concours et festivals qu’elle institue entre ses sociétés, les prix et récompenses qu’elle leur décerne, l’organisation des unions régionales. Elle a, d’autre part, établi avec les fédérations constituées pour un seul sport, des ententes qui permettent à ses adhérents de participer aux épreuves officielles de ces fédérations « unisport » : athlétisme, escrime, foot-ball association, hockey, lavvn-tennis, lutte, natation et sauvetage, pelote basque, équitation, tir.
- La Fédération a amélioré et unifié heureusement les programmes de ses sociétés adhérentes; à la gymnastique proprement dite, elle a ajouté la course à pied, la natation, l’escrime, le tennis, le foot-ball, réalisant un ensemble harmonieux et complet d’éducation physique.
- En de magnifiques manifestations réunissant des milliers de sociétaires, la Fédération a montré, à plusieurs reprises, dans les principales villes de France, l’importance de ses effectifs, la perfection de son organisation, la valeur éducative de ses méthodes, l’entraînement de ses troupes. En 1923, par exemple, 28.000 gymnastes défilèrent dans Paris; la population émerveillée, admira leur discipline et leur belle tenue.
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- Une œuvre d’une telle envergure, dont l’action contribue si puissamment à accroître les énergies physiques et morales de la jeunesse française, sert admirablement la grande cause de l’éducation physique dans notre pays.
- Fédération des Centres sociaux de France (26, boulevard de Vaugirard, Paris, 15e) (Médaille d’or). — Les Centres sociaux, qui contribuent si puissamment à l’amélioration physique, intellectuelle et sociale des familles ouvrières, commencent à prendre dans notre pays un développement remarquable. « Ils sont, dans la nation, a dit M. Oberkirch, un élément d’union et d’éducation civique, un cercle où se retroùvent, sous le signe de la cordialité et de la confiance, les travailleurs de l’outil et de la pensée. »
- Pendant longtemps, les centres sociaux français exercèrent leur action bienfaisante indépendamment les uns des autres; mais en 1921, leurs animateurs sentirent la nécessité de se connaître, de s’unir, de mettre leur expérience au bénéfice de la cause commune, et, en 1922, se créait la Fédération des Centres sociaux, sous la présidence de Mlle de Gourlet, dans le but de grouper les centres sociaux existants, de faciliter leurs rapports tout en leur conservant leur pleine autonomie, de favoriser leur développement ainsi que la création de nouveaux centres sociaux.
- La Fédération groupe actuellement 24 centres sociaux particulièrement importants et actifs. Rappelons que la Société d’Encouragement a déjà récompensé deux de ces centres : la Résidence sociale de Levallois et les Cités-Jardins du Chemin de fer du Nord, qu’elle en récompense deux autres situés à Paris, cette année : l’Union des Familles (subdivision de l’Œuvre de la Chaussée du Maine) et l’œuvre « Toute l’Enfance en plein Air » (Bastion 42).
- La Fédération des Centres sociaux a parfaitement atteint le but visé : elle a permis à ses membres de mieux réaliser l’idéal commun et aussi de le propager, par l’échange de conférenciers, par des visites mutuelles de groupes, l’organisation de compétitions sportives entre les équipes des divers centres, par la création de services centraux de documentation, de propagande et d’initiative, par des relations suivies avec les fédérations étrangères et en particulier avec la Fédération internationale; elle s’est également préoccupée d’assurer la formation des cadres des centres sociaux par la création d’une École des Résidentes et d’une École d’Action sociale.
- Le grand public français n’est pas encore suffisamment éclairé sur l’intérêt considérable que présente pour l’avenir du pays l’œuvre magnifique des Centres sociaux et de leur Fédération. Aussi, la Société d’Encouragement saisit-elle avec empressement l’occasion qui lui est offerte d’appeler l’attention sur ces belles initiatives en leur décernant une récompense.
- Association pour le Développement des Œuvres sociales dans les Industries métallurgiques et mécaniques de la Région parisienne (106, rue Lau-riston, Paris, 16e) (Médaille d’or). — C’est par le groupe des industries métallurgiques, mécaniques et connexes de la région parisienne, qui réunit 1.050 établissements employant plus de 220.000 ouvriers, qu’a été créée en 1928, sous la présidence de M. Pierre Richemond, une Association pour le Développement des œuvres sociales dans ces industries. Son but : étudier et mettre au point
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- des organisations de sports, de distractions, de prévention et de convalescence pour les jeunes ouvriers. Pour atteindre ce but, l’Association a prévu : la création de centres de camping pouvant être convertis en centres de repos au cours de l’hiver ; la construction d’un centre parisien, comprenant des salles de sport et un service d’assistance sociale. 12.000 jeunes gens de 13 à 20 ans travaillent dans les usines du groupement; c’est dire l’intérêt considérable de l’œuvre entreprise.
- La première réalisation a été le centre de camping André Patey, à Brénod (Ain), dans le Jura, sur une petite colline qui domine le village; dès la première année, en août et septembre 1928, le camp a reçu plus de 1.500 jeunes ouvriers, qui ont séjourné 15 jours par groupes de 350. Un deuxième centre a été créé au Martouret, près de Die, dans la Drôme; il fonctionne depuis le 1er août 1929. Admirablement situé, au pied des derniers contreforts des Alpes, le centre du Martouret offre aux campeurs un séjour particulièrement agréable et vivifiant; l’air y est d’une pureté parfaite; le climat est doux, sans humidité; les environs abondent en excursions magnifiques. Gomme à Brénod, les jeunes gens effectuent au Martouret, sous la tente, des séjours de 15 jours. Les journées sont remplies par des exercices sportifs de toute nature, y compris la natation dans une vaste piscine alimentée en eau courante, des promenades, des excursions. On laisse aux campeurs le maximum de liberté compatible avec la bonne marche du centre; toute latitude est laissée aux jeunes gens de se distraire et de se reposer comme ils l’entendent. En vue du rapprochement des classes, l’Association a demandé à un certain nombre d’élèves des grandes écoles, École polytechnique, École centrale, École des Mines, de venir partager l’existence des jeunes campeurs ouvriers, en se mêlant à leurs jeux, en rendant par- leurs causeries, les promenades et les excursions à la fois plus attrayantes et plus insti nctives; cette formule de « liaison sociale » donne d’heureux résultats.
- Depuis la fondation, 6.500 campeurs ont séjourné dans les centres.
- Citons, au sujet des Centres de Camping des Industries métallurgiques de la Région parisienne, les lignes suivantesde M. Henry Pâté, ancien sous-secrétaire d’Élat de l’Éducation physique : « Combien de jeunes citadins, n’ayant jamais quitté la « ville où ils sont nés, ne connaissent de la nature qu’un morceau de ciel par delà « les toits des hautes maisons. Les envoyer à tour de rôle respirer l’air vivifiant des « champs, c’est replacer ces jeunes êtres dans leur milieu naturel, d’où les « exigences de notre civilisation les ont déracinés. C’est leur permettre de faire une « provision de santé qui les préservera des poussières de la grande ville.... Il faut « multiplier les centres de camping, afin que pas un enfant de nos villes puisse « garder la rancœur, étant parvenu à l’àge d’homme, d’avoir été privé du plaisir, « nécessaire à tout être jeune, de se mouvoir quelques jours chaque année dans l’air « pur, sous le soleil. »
- Le Centre social parisien, qui comportera piscine, salle de sport, salles de cinéma et de réunion, bibliothèque, dispensaire, recevra les jeunes ouvriers de 13 à 21 ans à leurs heures de loisirs; ils y retrouveront les élèves des grandes écoles qu’ils auront connus au centre de camping. Les travaux de construction de ce centre sont activement poussés; ils seront terminés fin 1932.
- L’œuvre entreprise est d’une éminente utilité puisqu’elle a pour but de dispenser joie et santé à notre jeunesse ouvrière; elle mérite d’être hautement encouragée.
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- Association générale des Camps de Vacances et d’Éducation physique et morale (11, rue Huyghens, Paris, 14e) (Médaille d’or). — C’est en 1919, pour redonner santé et vigueur à la jeunesse éprouvée par la grande guerre, que furent créés, par le Ministère de la Guerre, les premiers camps de vacances, sous la direction du commandant Fabre. Transféré en 1921 au Ministère de l’Hygiène, le Service des Camps fut confié, en 1922, à l’Association générale des Camps de Vacances et d’Education physique et morale. Reconnue d’utilité publique en 1924, l’Association crée, organise et entretient des camps de vacances à l’intention des enfants et jeunes gens de nationalité française. Elle est actuellement présidée par M. Defert, ancien président du Touring-Club de France; le commandant Fabre assure la direction des camps avec une science et une compétence auxquelles les familles des jeunes gens rendent un hommage mérité.
- Donner aux petits Français de saines vacances en plein air, tel est le but visé. En 1919, il y avait un camp et 100 campeurs : en 1930, 16 camps et près de 5.000 campeurs, en forêt, à la montagne, à la mer. Pour 1931, 18 camps sont prévus, dont 12 pour garçons et 6 pour filles, de juin à octobre. Le budget annuel dépasse 1.600.000 fr ; l’avoir en immeubles et matériel atteint 3 millions.
- Dans chaque camp, toujours situé dans les sites les plus pittoresques, loin des centres populeux, c’est, le plus souvent sous la tente, la vie en plein air, vie de jeux, de sports, de culture physique, qui assouplit les muscles, fortifie les poumons, calme le système nerveux. L’intelligence et le cœur ne sont pas négligés; un personnel choisi, recruté parmi les membres de l’enseignement, les étudiants, les fonctionnaires de la classe moyenne, s’intéresse avec activité et dévouement à la formation morale des enfants, cherche à parfaire leur éducation pratique en développant leur adresse manuelle, leur ingéniosité. La devise du campeur est« vers le mieux ». Son code lui prescrit volonté, bonté, gaieté; lui demande d’être « chic et gentil »; l’invite à grossir, à grandir, à brunir; lui conseille chaque jour une bonne action ün effort, une remarque utile.
- Notons une innovation intéressante : à partir d’octobre 1931, le camp de La Motte (Isère) sera ouvert toute l’année; il constituera une école de plein air pour fillettes et jeunes filles; la matinée sera réservée aux études, préparation au brevet élémentaire, enseignement secondaire; l’après-midi sera consacré aux sports, aux excursions, aux arts d’agrément.
- Il s’agit, en résumé, d’une œuvre de haute portée sociale.
- Œuvre de la Chaussée du Maine (10, 12, 14, rue Vigée-Lebrun, Paris, 15e) (Médaille d’argent). — Fondée en 1871 par Mme de Pressensé, l’œuvre de la Chaussée du Maine constitue un groupement important qui se subdivise en quatre branches distinctes :
- 1° L’Union des Familles, grand et beau centre social, affilié à la Fédération des Centres sociaux, comprenant des écoles, des patronages, des dispensaires, une œuvre de secours, une société de développement physique et d’entraînement au service militaire, une garderie maternelle, dite Foyer de la Zone, à la porte de Versailles;
- 2° L’Asile temporaire d’Enfants, 88, rue de Gergovie, destiné à recevoir les petits garçons dont les mères sont malades à l’hôpital ou chez elles;
- 3° Les Colonies de Vacances, qui admettent à la campagne, à la mer ou à la montagne, les enfants de 5 à 13 ans;
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- 4° La Fondation Louise Escuyer, près de Coulommiers, rattachée maintenant à la branche « Colonies de Vacances ».
- C’est principalement sur la subdivision « Colonies de Vacances » que nous désirons appeler l’attention. Présidée par Mme Jean-Charles Roux, cette subdivision assure aux enfants des séjours d’été de un à quatre mois dans des centres admirablement situés et parfaitement organisés, à la campagne, à la montagne (Anost dans le Morvan, et Rochefort-Montagne dans le Puy-de-Dôme), à la mer (Paimpol et Bréhat dans les Côtes-du-Nord; Blainville et Coutainville dans la Manche).
- En 1928, 3.838 enfants ont été admis, totalisant 7.228 mois de présence. En 1929, 4.151 enfants totalisant 7.700 mois de présence. En 1930, 4.360 enfants, totalisant 8.337 mois, soit 250.110 journées de présence!
- Ces chiffres se passent de commentaire; ils apportent un témoignage impressionnant de l’importance et de la vitalité de l’œuvre, du dévouement et du zèle des personnes de cœur qui la dirigent.
- Association des Villégiatures et du Foyer du Travail féminin, 9, Impasse Cœur-de-Vey, Paris 14e) (Médaille d’argent). — Fondée en 1906, reconnue d’utilité publique en 1907, l’Association des Villégiatures et du Foyer du Travail féminin a pour but principal de faciliter aux jeunes filles ou femmes qui vivent de leur travail des cures d’air ou des séjours de convalescence à la campagne, à la montagne ou au bord de la mer, dans les meilleures conditions d’économie et d’hygiène.
- Grâce à de généreux concours, grâce au dévouement sans bornes de la secrétaire générale, Mlle Korn, l’œuvre dispose actuellement de 15 maisons à la campagne ou à la mer; elle y possède 450 lits; en 1929, environ 2.600 personnes dont 680 enfants, représentant 50 400 journées de présence, ont pu bénéficier de séjours salutaires de vacances ou de repos; notons en particulier la Maison bleue à Onival, dans la Somme, qui reçoit principalement les employées et les jeunes ouvrières.
- D’autre part, l’Association s’est attaquée à l’angoissant problème du logement de la jeune fille isolée; elle s’est en effet rendu compte des difficultés presque insurmontables auxquelles se heurtent les jeunes filles pour se loger en arrivant à Paris. A son siège social, elle a créé : un foyer qui comporte 23 chambres; des locaux spéciaux permettant la préparation des repas; un dispensaire, une salle de réunions et fêtes, une bibliothèque. Actuellement, l’Association poursuit avec énergie le développement de ce remarquable foyer parisien; de nouveaux logements, de nouveaux services annexes sont prévus pour être mis à la disposition de jeunes filles ou de femmes seules qui y trouveront le plus précieux appui matériel et moral.
- En résumé, l’Association des Villégiatures et du Foyer du Travail féminin constitue une belle œuvre féminine, bien organisée, dirigée avec cœur et intelligence.
- Œuvre des Trois Semaines (1, rue Pierre-Levée, Paris, 11e) (Médaille d’argent). — L’Œuvre des Trois Semaines, fondée en 1881 par M. et Mme Théophile Lor-riaux, reconnue d’utilité publique en 1913, a pour but de procurer un séjour de vacances de trois semaines au moins, à la campagne ou au bord de la mer, à des enfants des deux sexes en âge d’école, à des jeunes filles et jeunes garçons délicats ou convalescents, à des mères de famille accompagnant leurs enfants de tous âges.
- C’est l’Œuvre des Trois Semaines qui a créé la premières colonie de vacances française.
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- Depuis la fondation, le nombre total d’enfants menés à la campagne ou à la mer dépasse 36.000. En 1929, l’œuvre a permis 1.176 séjours de vacances, totalisant 26.414 journées de présence dans ses dix maisons de vacances familiales : La Sapinière et la Clé des Champs, à Montjavoult (Oise); L’Étoile de Mer, à Cour-seulles-sur-Mer (Calvados); La Brise-de-Mer, à Ver-sur-Mer (Calvados); etc.
- Il n’est pas besoin d’insister sur les heureux résultats donnés par cette belle œuvre. Les trois semaines de vacances rendent aux enfants, aux jeunes garçons,' aux jeunes filles leurs fraîches couleurs, consolident leur santé, élèvent leur âme par la contemplation des beautés de la nature.
- L'Œuvre des Trois Semaines est, nous l’avons dit, la doyenne des œuvres de colonies de vacances ; elle a montré la voie, et à ce titre elle mérite un hommage particulier.
- Rapport présenté par M. Eu. Gruner, au nom du Comité de Commerce, sur la guérison des tuberculeux chirurgicaux par la cure de travail réalisée à la clinique-manufacture de Leysin (Suisse) par le Prof. Doct. A. Rollier.
- Visitant — quelques années avant la guerre — le bel hospice que la Caisse d’assurance-maladie de Strasbourg venait d’inaugurer — dans le haut de la vallée de la Bruche — près de la frontière française d’alors, nous fûmes très frappé de l’anxiété avec laquelle les médecins qui nous faisaient les honneurs de l’établissement modèle qu’ils dirigeaient, se demandaient si la dépression morale qui envahissait leurs malades au bout de quelques mois d’hospitalisation dans ce site si ensoleillé, si calme, si salubre, au milieu des sapins, ne paralyserait pas définitivement leurs efforts, du fait d'une vie inoccupée, d’une monotonie désespérante.
- Ces médecins nous montraient ces groupes de convalescents se traînant lentement le long des sentiers en plein soleil, embaumés de senteurs des sapins, et exprimaient leurs craintes de voir la démoralisation progressive, causée par le manque de toute occupation, défaire au bout de peu de mois tout le bien constaté pendant les premières semaines de vie au grand air et en pleine lumière.
- Un peu de jardinage, quelques essais de débitage des arbres abattus, étaient tout ce qu’il paraissait possible d’essayer pour combattre ce désœuvrement qui entraînait plus d’un des hospitalisés à s’échapper vers les villages voisins au risque d’y perdre dans la boisson et les excès tout le bien réalisé par de longs mois de soins minutieux.
- Cette anxiété nous envahissait à nouveau chaque fois que, dans ces 20 dernières années, nous repassions en vue de ce bel établissement rendu depuis la guerre à sa destination première; et nous nous demandions si pourtant rien ne pourrait être tenté avec succès dans l’un des nombreux sanatorium qui se multiplient en Suisse et sur les pentes du Jura.
- Aussi est-ce avec un intérêt des plus vifs que nous avons trouvé une première et convaincante réponse à cette préoccupation dans la description, parue récemment, sur l’organisation de la cure de travail pour tuberculeux chirurgicaux indigents dans une clinique-manufacture aménagée pour le traitement pas l’héliothérapie(1,„
- (t) La Revue scientifique du 8 novembre 1930.
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- Dans cet article, accompagné de nombreuses photographies, le Dr A. Rollier, professeur honoraire à l’Université de Lausanne, décrit les résultats qu’il a pu obtenir dans l’établissement spécial de Leysin.
- Le Dr Rollier avait été frappé du fait que « la lumière la plus radieuse ne suffît pas toujours à remonter le moral des malades peu fortunés que hante le sentiment d’être à charge d’autrui ». « C’est, dit-il. pour relever l’énergie de ces malades démoralisés, et leur apporter en même temps une aide pécuniaire effective, que nous avons institué la cure de travail. »
- « Inactif, le tuberculeux devient la proie de l’ennui, véritable maladie de la volonté qui crée chez lui un état psychique lamentable.
- « Un travail manuel hygiénique, facile à exécuter, ne tarde pas à s’affirmer un facteur thérapeutique si remarquable que la cure de travail devint bientôt dans nos cliniques populaires, en Suisse, le complément indispensable de la cure de soleil. »
- « La collaboration intime de son cerveau et de ses membres constitue pour le malade un puissant dérivatif. Il cesse de souffrir de son inutilité, reprend conscience de sa valeur sociale et se rehausse à ses propres yeux. »
- La première tentative d’application méthodique de la cure de travail pour fournir aux convalescents sans ressources une occupation peu fatigante (vannerie, menuiserie, meubles en rotin, etc.), date, à Leysin, de 1909.
- Le succès de cette tentative incita à l’étendre, avec toutes les précautions indispensables, aux tuberculeux chirurgicaux alités. « L’essai fut nettement favorable; certains malades, comme les pottiques et les coxalgiques, que leur immobilisation assez stricte semblait devoir, a priori, exclure de la pratique du travail manuel, s’en acquittèrent de façon parfaite sans nuire en l ien à leur traitement. »
- Tout en laissant son dos et tout son corps au soleil, le pottique, couché sur le ventre, avec un coussin de crin dur sous le thorax, s’appuie sur les coudes, et ses mains restant parfaitement libres, peut travailler plusieurs heures.
- Pour la tuberculose de la hanche, un dispositif spécial permet au malade de travailler dans la position dorsale sans occasionner le moindre mouvement à l’articulation atteinte.
- Il faut bien dire que chaque malade, d’après son état, est installé dans un lit aménagé spécialement pour permettre la continuation de la cure solaire sur tout le corps. De grandes roulettes avec roulements à billes permettent de déplacer facilement le lit; une table-établi suit le mouvement du lit, et des prises de courant permettent au malade de mettre en mouvement les outils nécessaires à son travail.
- Chaque malade peut ainsi, peu à peu, arriver à fabriquer des produits de vente courante, dont le placement est assuré grâce à un organisme dont la pratique sanctionne d’année en année les perfectionnements. Les femmes et les jeunes filles ont à leur disposition des machines à broder, à tricoter et autres.
- A l’organisation de fortune dans un hospice ancien, a succédé une clinique-manufacture, où le travail industriel, méthodiquement organisé, permet aux tuberculeux chirurgicaux indigents de gagner progressivement une part de plus on plus importante de leurs frais de pension.
- Pour réaliser avec succès le problème, il a fallu solutionner trois questions : choix de travaux à offrir aux malades, choix de l’outillage suivant les divers cas cliniques, continuité du travail quelles que soient les conditions atmosphériques.
- La clinique-manufacture, de 120 lits, ouverte depuis un an, poursuit une réali-
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- sation, de mois en mois plus complète et mieux coordonnée, de ces trois problèmes, grâce, il faut le constater avec reconnaissance, à l’aide d’industriels, de constructeurs-mécaniciens et de commerçants qui, tous, ont apporté une ingénieuse et généreuse collaboration pour résoudre les difficultés si diverses d’un travail par des personnes étendues dans une position imposée et tenues à une stricte immobilité.
- De petites machines-outils ont été ingénieusement adaptées aux besoins qui se révélaient ; des métaux et alliages spéciaux ont été fournis à la demande, et des commerçants, gagnés à l’œuvre, assurent le placement des produits dans des conditions qui permettent au travailleur impotent de se réjouir d’arriver à être de moins en moins à charge de sa famille ou des œuvres qui s’intéressent à son sort.
- Les convalescents sont groupés dans des ateliers exposés en plein soleil. Les malades, condamnés à rester étendus absolument immobiles, sont, chaque jour, dès que l'état de l’atmosphère le permet, montés par ascenseur sur une terrasse de plus de 1.000 m2 de surface où, grâce à des dispositions spéciales et de multiples prises de courant, ils peuvent travailler, les parties malades du corps restant exposées en plein soleil.
- Analogue aux établissements de rééducation dont bénéficient nos grands blessés, cet établissement semble avoir résolu, avec une perfection toute spéciale, les difficiles problèmes qui se posent différents pour chaque impotent.
- L’intérêt que chacun apporte au travail du voisin et aux résultats qu’il obtient est un révulsif effectif contre le découragement qui envahit presque inévitablement l’hospitalisé inoccupé dont l’état ne s’améliore qu’avec une imperceptible lenteur et est souvent exposé à des reculs plus ou moins prolongés.
- Il nous a semblé que les résultats obtenus par le Dr Rollier et ses collaborateurs méritaient d’attirer l’attention de notre Société et de susciter des imitateurs parmi les médecins et infirmières qui se dévouent à l’amélioration de l’état de ces malades qui, jadis, encombraient les lits et les salles de nos hôpitaux et hospices, et qui maintenant, grâce à des soins de mieux en mieux adaptés à leur état, voient autour d’eux des améliorations et des guérisons qui relèvent leur moral.
- Aux méthodes thérapeutiques jusqu’ici appliquées, il semble que la cure par le travail ajoute un complément plein de promesses et fertile en résultats.
- Rapport présenté par M. E. Gruner, au nom du Comité de Commerce, sur le Sanatorium universitaire dé Leysin (Suisse) créé et dirigé par le Dr L. Vau-THIER.
- Nous venons d’exposer dans quelles conditions a été recherchée à Leysin la guérison des travailleurs manuels tuberculeux chirurgicaux par la cure de travail. A côté de cet établissement, s’en trouve un autre qui s’inspire de la même préoccupation pour la jeunesse universitaire de tous les pays.
- Pour un jeune étudiant, dont la santé est profondément atteinte par une des formes les plus diverses de la tuberculose, la prescription d’abandonner tout travail, de s’isoler dans un sanatorium de montagne, pour un temps indéterminé, produit une révolution morale qui, souvent, contrecarre tout le bien qu’on peut lui faire espérer de la vie au grand air, au soleil, à l’air vif et pur de la montagne.
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- Rendre à cet étudiant la possibilité de poursuivre, dans la mesure de ses forces, ses études et la préparation d’une carrière, tel a été l’objectif du monde universitaire suisse, sous l’impulsion du Dr L. Vauthier, de Leysin. C’est le 1er octobre 1922, que fut ouvert en plein midi, le premier établissement, isolé de toutes les autres cliniques, ayant devant lui la vallée et au loin les montagnes qu’égaye le soleil. Sur les terrasses, galeries de cure, sont installés, tout le long du jour, des lits, des chaises longues, des fauteuils, et, à côté, des tables portatives de travail. Les jeunes gens, groupés à leur gré, causent, discutent, jouent ou travaillent. Leurs maîtres, qui les ont décidés à accepter cet éloignement momentané, viennent à tour de rôle les voir, et, en des causeries variées, guident leur esprit vers la continuation de leurs études, leur procurent des livres de langues diverses, que mettent libéralement à leur disposition les bibliothèques de chacune des universités suisses et celles de certaines villes du pays.
- La Société climatérique de Leysin leur ouvre gracieusement sa bibliothèque de plus de 15.000 volumes et met à leur disposition plus de 160 journaux et revues en plusieurs langues.
- L’établissement dispose en leur faveur d’une série nombreuse de microscopes, d’appareils variés de chimie, de collections d’histoire naturelle, d’un appareil de projection, d’un cinéma, d’un poste de T. S. F. avec casque récepteur à chaque lit.
- Les alités peuvent ainsi assister aux conférences et concerts donnés dans la maison. Les convalescents peuvent se grouper autour de tel ou tel maître qui est monté pour leur consacrer quelques jours, parfois quelques semaines et faire participer ces isolés à la vie universitaire, par des cycles de conférences, des séries de causeries, d’expériences, de projections qui servent d’aliments à des échanges de vues, à des discussions entre jeunes gens et professeurs d’universités et de pays différents.
- Les journées passent vite, sans ennui et sans fatigue, et les projets d’avenir peuvent de nouveau se construire avec quelque confiance.
- L’établissement est vraiment international puisque autour des étudiants suisses, il groupe des étudiants français, anglais, italiens, polonais, tchécoslovaques et même un professeur japonais.
- Destiné aux étudiants, cet établissement a été créé pour partie importante par eux-mêmes, grâce à la participation généreuse que s’imposent tous les étudiants des universités suisses, à raison de 10 fr par étudiant et par an, et de 20 fr par professeur et par an.
- Le prix unique de pension est de 6,50 fr (suisses) par jour pour les étudiants suisses et de 12 fr par jour pour les membres des universités étrangères (qui ne participent pas à la constitution régulière du fonds commun).
- Pour pouvoir être admis, les étudiants doivent être immatriculés depuis un semestre entier s’ils sont suisses, depuis deux semestres s’ils sont étrangers.
- Le prix de pension couvre à peu près la moitié des frais ; le reste de la dépense est assuré régulièrement par la souscription annuelle de tous les étudiants des diverses universités et écoles supérieures suisses de toutes langues et des divers cantons, et aussi par des subventions diverses.
- La Commission de Coopération intellectuelle de la Société des Nations, après étude approfondie de cette réalisation du Dr Vauthier, à Leysin, a déclaré que ce « sanatorium, dont l’idéal est vraiment international, est tout indiqué pour servir de base à une œuvre de plus grande envergure »,
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- Rapport présenté par M. E. Gruner, au nom du Comité de Commerce, sur les
- travaux de M. F. Blondel sur l'état actuel et l'avenir des exploitations minières
- des colonies françaises.
- Ingénieur en chef des Mines, du cadre colonial, M. F. Blondel, après quelques années de professorat à l’Ecole des Mines de Saint-Etienne, a été appelé à prendre la direction du Service des Mines de l’Indochine et a donné une vive impulsion à la préparation d’une carte géologique de l’Indochine française en même temps qu’à l’étude des gîtes miniers de cette vaste région sur laquelle la France poursuit une adaptation à la civilisation moderne de l’antique civilisation de ces pays, peuplés de races déjà si évoluées.
- Chargé de représenter la France coloniale au Congrès géologique de Pretoria, M. Blondel a profité de cette mission pour jeter un rapide coup d’œil sur les vastes régions de l’Afrique équatoriale dont la France est, depuis la guerre, appelée à assurer le développement industriel et économique.
- Répondant aux appels qui lui viennent de côtés très divers, M. Blondel a successivement exposé devant la Société d’Encouragement, devant la Société de l’Industrie minérale et la Société géologique de France, et devant les élèves des Ecoles des Mines de Paris et de Saint-Etienne, les réalités actuelles, les devoirs delà France vis-à-vis des vastes régions qu’elle est appelée à civiliser et les espérances que font naître, au point de vue minier, beaucoup de ces pays encore trop peu connus.
- Les résultats magnifiques obtenus en quelques années de prospection active et méthodique par les Hollandais aux îles de la Sonde, par les Belges au Congo, par les Anglais au Transvaal et en Rhodésie, doivent inciter la France à redoubler d’efforts en vue de rattraper le temps perdu.
- En une série de leçons données dans cette Ecole de Saint-Etienne où il fut longtemps professeur, M. Blondel a donné un aperçu d’ensemble de la géologie et des mines dans les colonies françaises.
- En deux conférences à notre Société, les 8 mars et 10 mai 1930, il a exposé la situation actuelle de l’industrie minière coloniale et son avenir. Dans d’autres milieux, il a plus particulièrement insisté sur l’instruction spéciale sans laquelle le jeune ingénieur ne peut utilement aborder la vie coloniale et qu’il ne trouve actuellement dans aucune de nos écoles. Ses échanges de vues, qui se sont multipliés, au cours des derniers mois, avec les représentants des grandes sociétés qui tendent à développer leur activité aux colonies, ont conduit à la préparation d’un programme de stage précolonial pour tout ingénieur qui se destine à la vie en pays neuf.
- Alors que, dans une école des mines, l’enseignement doit conserver un certain caractère de généralité, parce que les professeurs ont devant eux des élèves qui n’ont point encore de spécialisation et s’aiguilleront sur des voies très diverses, tout autre doit être le caractère de l’enseignement destiné à celui qui vise à se rendre directement en pays neuf et doit y débuter suffisamment armé pour pouvoir se rendre immédiatement utile et pour pouvoir de suite tracer leur travail à chacun des indigènes qu’il vient de recruter et dont il doit faire l’éducation pratique. Il faut donc qu’il parte, non pas seulement théoricien émérite, mais praticien débrouillard, capable de mettre utilement la main à la pâte dès le premier jour.
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- Ainsi a été conçu, avec le concours d’un Comité d'Etudes minières pour la France d"Outre-Mer, un plan d’enseignement pratique post-scolaire auquel seront appelés à participer un nombre restreint d’élèves ayant fini leurs études dans l’une ou l’autre de nos écoles des mines ou de nos facultés et dont la carrière est dès maintenant aiguillée vers la vie coloniale.
- Appelé tout d’abord à préparer le cadre de ces études, M. Blondel a accepté ensuite de se consacrer à constituer cet enseignement et à faire bénéficier les générations nouvelles de l’expérience que lui ont permis d’acquérir un séjour assez prolongé dans nos colonies et des voyages d’études dans les régions où les étrangers ont, avec plein succès, réalisé la mise en valeur de richesses minières inconnues encore il y a 2o ou 30 ans.
- La Société d’Encouragement, devant qui M. Blondel a tout d’abord exposé ses vues sur l’avenir minier de nos colonies, et dont plusieurs de ses membres ont été parmi les plus fermes appuis pour cet enseignement à créer, ne peut faire moins que de sanctionner ces efforts de M. Blondel.
- Bapport présenté par M. E. Gruner, au nom du Comité de Commerce, sur l'œuvre de /'Association cotonnière coloniale.
- Depuis de longues années, suivant les incitations de nos regrettés collègues M. Ferdinand Boy et M. Ferdinand Boy fils, notre Société a attribué les modestes revenus de la fondation de la Classe 37 de l’Exposition de 1867 aux tentatives diverses faites en vue d’introduire la culture cotonnière dans nos colonies. Dès la première année où notre ancien collègue Esnaidt Peltry créa l’Association cotonnière coloniale, le Comité de Commerce de la Société d’Encouragement lui donna son appui. Et, depuis lors, par le moyen du Syndicat industriel alsacien, il a cherché à se tenir au courant des efforts faits en vue de développer la culture du coton dans les vastes plaines irrigables de la boucle du Niger.
- L’appui donné à ces entreprises, au moyen d’un prélèvement modeste par balle de coton étranger importé, a permis, dans ces dernières années, de donner une impulsion toute nouvelle à ces efforts : des graines sélectionnées d’espèces aptes à prospérer sur les terres non irrigables, ont permis d’obtenir de notables résultats, en attendant que des ressources plus importantes permettent de construire les barrages projetés en plusieurs points de la boucle du Niger; des stations d’égrenage et de nettoyage des cotons, avant formation des balles, ont permis de créer une marque normalisée de coton qui est de plus en plus appréciée.
- D’année en année, des quantités de plus en plus considérables de coton de l’Afrique occidentale française sont utilisées par les filatures d’Alsace, des Vosges et de Normandie, et donnent toute satisfaction aux consommateurs.
- Il a paru que le moment était venu de ne plus se contenter de donner à l’Association cotonnière coloniale un modeste concours financier, mais de lui décerner une médaille d’or pour reconnaître et récompenser les résultats obtenus par ses persévérants efforts qui, nous en exprimons le vif désir, s’intensifieront d’année en année, jusqu’au jour où nos colonies pourront enfin dégager notre industrie cotonnière du lourd tribut qu’elle paye aux planteurs étrangers.
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- Rapport présenté par M. Georges Hardy, au nom du Comité de Commerce, sur
- le développement de Venseignement professionnel en Afrique occidentale française, au Togo et au Cameroun.
- Au cours de ces dernières années, renseignement des indigènes, dans les possessions françaises, s’est décidément orienté vers l’enseignement professionnel, qui offre le double avantage de répondre aux besoins de ces pays neufs, appliqués avant tout au développement de leur outillage, et de maintenir l’œuvre d’éducation dans des voies manifestement utiles.
- Mais il est difficile d’imaginer ce qu’une telle entreprise exige de patience, d’ingéniosité, de foi rayonnante. Les occupations manuelles, chez beaucoup de populations coloniales, sont considérées comme dégradantes, et un jeune indigène intelligent préfère employer à tout autre chose son activité et ses connaissances. Les vieux artisans, de leur côté, ne comprennent pas l’intérêt d’un enseignement en forme pour l’apprentissage d’un métier ; ils hésitent à nous confier leurs enfants, estimant que c’est là du temps perdu. Enfin, l’école apparaît, en général, aux familles indigènes comme une occasion d’élever leur fils en dignité, d’occuper des emplois administratifs, de participer directement à l’autorité de la nation tutrice.
- Pour toutes ces raisons, et bien d’autres que nous n’avons pas le loisir d’énumérer ici, les écoles professionnelles coloniales recrutent difficilement leurs élèves. Pour comble, elles ont beaucoup de peine à les conserver pendant la durée normale des études : dès qu’un jeune homme sait manier un peu la lime ou le rabot, il s’évade et cherche à gagner sa vie, et l’on juge trop souvent la valeur de l’enseignement sur ces fruits tombés de l’arbre avant maturité. Ajoutons que, dans ces régions où les techniques sont restées fort primitives, l’éducation manuelle est particulièrement inséparable de l’éducation de l’esprit, et que la tâche du maître apparaît ainsi comme doublement malaisée.
- Cependant, de surprenants résultats ont été obtenus un peu partout, et l’on ne saurait trop louer ceux qui se sont consacrés à cette tâche ardue et nécessaire. Grâce à eux, nos possessions pourront se donner les moyens modernes de transformation qui leur ont manqué jusqu’ici ; grâce à eux, les indigènes seront associés à tous nos efforts, ils profiteront immédiatement de tous nos progrès, et il est clair qu’en ce domaine, le bénéfice social sera d’une importance au moins égale à celle du bénéfice matériel.
- Aussi la Société d’Encouragement, sur la demande de son Comité de Commerce, a-t-elle décidé d’attribuer cette année une part de ses récompenses à ceux qui se sont voués à cette œuvre dans des conditions particulièrement difficiles : en Afrique occidentale française, et dans les territoires du Cameroun et du Togo sous mandat français.
- Afrique occidentale française.
- M. Assomption (Frédéric), Inpecteur des Ecoles au Soudan français (Médaille d’or). — En Afrique occidentale française, depuis 1907 ; en Guinée, d’abord au Soudan surtout, comme directeur du Groupe central de Bamako, puis comme inspecteur du Soudan, s’est donné tout entier à sa tâche d’éducateur qu’il a comprise de la façon la plus large et la plus pratique. Après avoir été l’animateur de l’Ecole
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- d’Apprentissage de Bamako qui, depuis de longues années, a fourni au Soudan une main-d’œuvre qualifiée et instruite, M. Assomption a su donner, par l’exemple et l’action la plus vive et la plus nette, une grande impulsion à l’enseignement pratique au Soudan. Une force morale au service de la réalité.
- Mission des Pères blancs du Soudan et de la Haute-Volta (Médaille d’or). — A Ouagadougou et à Ségou, les Pères blancs, sous l’actuelle direction de Mgr Thévenot, ont organisé la fabrication des tapis et des couvertures. Il y a là, en même temps qu’un effort très remarquable de rénovation artistique, la fondation d’une véritable industrie et, du même coup, la preuve est faite, au point de vue éducatif, de l’aptitude des indigènes à des fabrications de qualité.
- Missions africaines de Lyon au Dahomey (Médaille d’or). — Sous l’impulsion du R. P. Aupiais, les arts locaux (sculpture, fonderie, céramique, sparterie, vannerie, étoffes, etc.) ont été réveillés et ramenés à leurs qualités originelles. C’est tout un brillant passé qui s’est trouvé ressuscité et toute une région d’art, particulièrement intéressante, qui, un moment étouffée sous la concurrence européenne, a recommencé à produire. Entreprise d’autant plus méritoire qu’elle s’inspire avant tout de préoccupations sociales et qu’elle a pour objet principal de concilier le pro-’ grès et le maintien des institutions traditionnelles.
- M. Rinaud (Pierre), instituteur en Guinée (Médaille de vermeil). — En service en Guinée depuis 1905. Excellent instituteur colonial, vulgarisateur habile et auteur de nouveaux procédés de culture; s’est attaché, dans les différentes fonctions qu’il a remplies, avec un zèle de plus en plus fructueux, à l’enseignement pratique agricole et professionnel ; a acquis, dans la région de Kankan notamment, une autorité remarquable à cet égard.
- M. Arnaud (Albert), inspecteur des écoles en Haute-Volta (Médaille de vermeil). — En service en A. O. F. depuis 1913. Chargé de l’inspection des écoles en Haute-Volta, s’est attaché, avec zèle et succès, au développement de l’École professionnelle de Ouagadougou. N’a rien négligé pour donner aux instituteurs indigènes, placés sous ses ordres, le goût du travail pratique; a obtenu, à cet égard, des résultats remarquables.
- Madame Calvayrac, née Bonnet, institutrice à Dakar (Médaille d’argent). — Compte 27 ans de services dans l’enseignement au Sénégal. Comme institutrice et comme directrice de l’École de Filles, s’est particulièrement attachée au développement de l’enseignement ménager et professionnel, dans un milieu tout neuf et un peu fermé à cet égard ; a obtenu des résultats remarquables. A contribué avec beaucoup de goût et de dévouement au succès des expositions d’art à l’école et d’enseignement ménager.
- Sœurs missionnaires de Toma (Haute-Volta) (Médaille d’argent). — Non contentes de propager l’enseignement ménager et l’hygiène dans les milieux indigènes, les Sœurs missionnaires de Toma ont introduit dans le pays la fabrication de la dentelle arabe et obtenu à cet égard des résultats tout à fait méritoires.
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- M. Pin (Pierre), instituteur directeur de l'École professionnelle de Porto-Novo (Médaille d’argent). — Au Soudan, où il a dirigé pendant 6 ans l'École professionnelle de Bamako, au Dahomey en ce moment, est l’un des meilleurs artisans, parmi les plus dévoués et les plus compétents, de notre œuvre d’éducation professionnelle et pratique.
- M. Kouame N’Guessan, instituteur à Béoumi (Côte d’ivoire) (Médaille de bronze).
- — A déjà obtenu la médaille d’argent pour l’enseignement pratique agricole. S’est signalé à plusieurs reprises par la création et la gestion de florissantes mutuelles scolaires dont le rôle dans l’éducation agricole de l’indigène est si considérable.
- M. Nouhoum Koulibaly, instituteur à Goundam (Médaille de bronze). — A obtenu de bons résultats dans l’enseignement pratique agricole; n’a pas borné son effort au cadre scolaire; s’est efforcé d’agir sur (les chefs indigènes et a compris le rôle de l’école dans la création d’un nouveau genre de vie.
- Togo.
- Mission catholique du Togo (Médaille d’or). — Contribue très activement au développement d’un art indigène par les ateliers de son école professionnelle qui forme dans ses différentes sections (menuiserie, imprimerie, reliure) d’excellents artisans.
- M. Lhuissier, chef ouvrier d’art (Médaille de vermeil). — Ancien directeur de l’École professionnelle de Sokodé. A refondu entièrement l’organisation de cet établissement et a réussi rapidement à faire de ses élèves de véritables ouvriers qualifiés.
- M. Edah Mati, tisserand (Médaille de bronze). — Exerce sa profession depuis 30 ans. Ses travaux ont été l’objet de nombreuses récompenses au cours de différentes expositions locales.
- M. Attikossi Tete, ivoirier et maître-ébéniste (Médaille de bronze). — Exerce sa profession depuis 48 ans et a formé de nombreux ouvriers.
- Cameroun.
- Madame Quer, directrice de l'Ecole d'Artisanat de Foumban (Médaille d’or). — A communiqué à cette école, ouverte en 1925, une activité remarquable et y a tenté un effort très intéressant de rénovation des métiers d’art indigènes (broderie, maroquinerie, fonderie, sculpture sur bois).
- M. Morvan, directeur de l'École professionnelle d'Ebolowa (Médaille de vermeil).
- — Cette école comprend des sections de tissage, de menuiserie, de vannerie, de travail de l’ivoire; grâce à l’ingénieux dévouement de son directeur, elle a pris en quelques années une importance exceptionnelle.
- M. Mosé Yegap, directeur de la Mutuelle d,'Artisanat de Foumban (Médaille de bronze). — Maître-ouvrier, dont l’habileté et le zèle soutenu ont grandement contribué aux progrès de l’artisanat.
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- Médailles de vermeil.
- Rapport présenté par M. Ed. Sauvage, au nom du Comité des Arts mécaniques, suite rhéostat de démarrage de M. René Planche.
- M. R. Planche a fait connaître à la Société un rhéostat de démarrage pour moteurs électriques, qui présente des dispositions intéressantes.
- La mise en charge du moteur est très progressive, et peut être prolongée autant qu’il est désirable, sans danger d’échauffemenl nuisible.
- Ce rhéostat a été décrit dans le Bulletin de janvier 1931, page 44.
- Rapport présenté par M. Portevin, au nom du Comité des Arts chimiques, sur les
- travaux de métallo graphie de M. Eugène Joumier.
- Si les appareils créés par M. Chevenard ont remporté un vif et très légitime succès dans les laboratoires de contrôle et de recherches, et s’ils ont rendu de signalés services dans l’étude des métaux et alliages, cela est dû, non seulement à la remarquable ingéniosité des conceptions et des dispositifs, mais aussi au fini de l’exécution mécanique et à la perfection de la mise au point et du réglage de ces appareils.
- Pour cette mise au point et pour celte réalisation, il convient d’associer, au nom de M. Chevenard, celui de son collaborateur, M. Eugène Joumier, qui, depuis l’origine, participe à l’étude et à la construction de ses appareils.
- Dès son entrée au laboratoire d’Imphy, en 1911, à l’âge de 16 ans, comme opérateur affecté aux essais inétallographiques et physico-thermiques, M. EugèneJou-’mier s’est révélé, en même temps qu’expérimentateur remarquable, mécanicien de valeur servi par une excellente vision et une science précise des possibilités de construction.
- Aussi, lorsque le laboratoire d’Imphy entreprit, en 1915, de construire une série d’appareils originaux, M. Eugène Joumier, par sa grande habileté manuelle, sa patience dans les réglages longs et délicats, son activité, a été un des facteurs décisifs du succès.
- Il est chargé actuellement :
- 1° De 1 'organisation matérielle du laboratoire de recherches et notamment de la création de nouveaux appareils. Sans qu’il soit besoin de lui remettre un plan détaillé, M. Eugène Joumier, une fois le principe de l’appareil admis et les grandes lignes du mécanisme adoptées, en entreprend l’étude complète et, par des essais méthodiques et patients, trouve, pour chaque problème particulier, une solution simple et pratique.
- On lui doit plusieurs dispositifs ingénieux, en particulier le moteur à fil dilatable qui. dans le dilatomètre mécanique, assure le contact intermittent de la plume et du papier ;
- 2° Du contrôle de l’activité des opérateurs et des mécaniciens du service des recherches du laboratoire d’Imphy. Il assure la répartition du programme des
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- recherches et des constructions entre les opérateurs et entre les mécaniciens ; il surveille et contrôle l’exécution des expériences et des appareils ; il intervient en cas de perturbation ou de difficulté ; il dirige, en outre, la formation professionnelle des apprentis et fait montre de réelles qualités de professeur et de chef.
- Travailleur infatigable, il a réussi à compléter les lacunes d’une instruction primaire; il a acquis, en physique et en métallographie, des connaissances précises et étendues. De plus, par sa droiture et sa modestie, il a su s’imposer à l’estime de tous et notamment de ses collaborateurs qui reconnaissent sa supériorité technique.
- Il apparaît donc tout à fait équitable de reconnaître d’aussi brillantes qualités et des services aussi caractérisés par l’attribution d’une récompense à laquelle M. Che-venard sera le premier à applaudir.
- Rapport présenté par M. Jean Carpentier, au nom du Comité des Arts économiques, sur l'ouvrage de M. P. Mercy relatif au télégraphe Baudot.
- L’ouvrage de M. P. Mercy intitulé : Le système télégraphique Baudot et ses applications, est non seulement le vade mecum de tous les agents télégraphistes ou mécaniciens de l’Administration des Postes et Télégraphes appelés à mettre en œuvre le système Baudot, mais il intéresse aussi tous ceux qui, pour diverses raisons, ont besoin de s’initier à la télégraphie électrique.
- La première édition a paru en 1913, mais elle a été assez vite épuisée et d’autres éditions, complétées par des nouveautés qui surgissent constamment dans cette branche active de la télégraphie, ont maintenu et renouvelé, avec toute sa valeur, l’intérêt de cet ouvrage.
- M. Mercy, entré très tôt à l’Administration des P. T. T., a fait toute sa carrière dans les services télégraphiques, occupant toujours quelque poste particulièrement difficile, soit en animant et en dirigeant le service technique du Central de Paris, soit en professant des cours de diffusion aux agents manipulants, aux dirigeurs et aux mécaniciens de son administration, ou bien encore en participant à plusieurs missions de propagande technique, organisées par l’Administration française auprès des administrations étrangères.
- M. Mercy est certainement un des plus actifs propagandiste du système Baudot à l’étranger, non seulement par les démonstrations et les leçons qu’il a données de vive voix au personnel qualifié des adminislrations étrangères, mais encore pour la diffusion continue de la technique du Baudot, réalisée dans l’ouvrage précité.
- Aujourd’hui, M. Mercy est inspecteur chargé du Service technique de la Direction des Télégraphes de la Seine. Ses avis sont toujours particulièrement appréciés et servent de guide à toutes les décisions que sont amenés à prendre journellement les services généraux de l’Administration des P. T. T.
- Rapport présenté par M. Em. Prudhomme, au nom du Comité d’Agriculture, sur le café produit par la Société des Plantations d’Elima (Côte d’ivoire).
- Sur la Côte occidentale d’Afrique, la Société des Plantations d’Elima doit être placée en tête des entreprises de cultures coloniales ayant surtout porté leurs efforts sur la production du café.
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- Gréée en 1926, cette société a pris la direction d’anciennes cultures de caféiers situées en Côte d’ivoire, à Elima et à Aboisso, et dont les débuts remontent à 1880.
- Les progrès réalisés par ses soins sont tels qu’en 1929, sur une exportation totale de 425 t enregistrée par la Côte d’ivoire, 300 t ont été fournies par la Société des Plantations d’Elima. Ce résultat, très certainement obtenu grâce au concours technique d’un ingénieur d’Agronomie coloniale dont la société a eu l’heureuse idée de s’assurer la collaboration, ne pourra que s’amplifier lorsque le personnel dirigeant de ce groupe important aura pu réaliser son désir de confier la direction de ses exploitations agricoles africaines à des hommes possédant les connaissances spéciales nécessaires qui, seules, peuvent permettre, à notre époque, d’obtenir des résultats satisfaisants à tous les points de vue.
- Les espèces actuellement exploitées à Elima et à Aboisso sont surtout le Coffea Liberica eL le Coffea robusta, c’est-à-dire deux types de caféiers moins appréciés en France que le Coffea Arabica, dont la production représente toujours l’énorme masse de café fournie par l’Amérique du Sud, l’Amérique centrale et les Antilles; mais, pour comprendre l’orientation donnée par la Société des Plantations d’Elima à ses cultures de la Côte d’ivoire, il ne faut pas négliger de tenir compte des débouchés offerts au Liberia et au robusta par les consommateurs du Nord de l’Europe et de rappeler la résistance de ces deux caféiers aux parasites et aux maladies. Ce qui peut surprendre les négociants de la métropole, dont les préférences pour le café d’Arabie sont bien connues, et justifiées par les exigences du consommateur français, s’explique donc très bien si, au lieu d’envisager le problème uniquement en vue du marché français, on tient compte des exigences culturales du caféier d’Arabie et de la situation de certains marchés étrangers.
- Notons d’ailleurs qu’à côté du très grand effort réalisé par la Société pour étendre ses cultures, il convient d’appeler l’attention sur le soin apporté à la préparation et à la normalisation du café récolté à Elima. Sous ce rapport, les résultats mis en évidence par de récentes expertises méritent d’ètre cités comme exemple, car il ne faut pas oublier que, seule, une très bonne présentation des produits coloniaux pourra permettre à nos planteurs d’entrer, sans désavantage, en concurrence avec les producteurs étrangers sur le marché mondial.
- A ce titre, l’œuvre déjà réalisée par la Société des Plantations d’Elima mérite d’être récompensée car la bonne préparation et la présentation satisfaisante des produits des colonies françaises sont de la plus haute importance.
- Rapport présenté par M. Paul Séjourné, au nom du Comité des Constructions et des Beaux-Arts, sur la table à dessin perfectionnée de M. L. Boramé.
- M. Boramé, Ingénieur des Arts et Métiers, a présenté à la Société d’Encoura-gement une table à dessin articulée qu’il a inventée.
- Les tables à dessin verticales se substituent de plus en plus aux anciennes tables fixes ou montées sur tréteaux réglables. Mais en raison des dispositifs plus ou moins compliqués au moyen desquels le dessinateur peut faire varier leur hauteur ou leur inclinaison, ces tables coûtent cher.
- Dans la table imaginée par M. L. Boramé, les organes qui permettent de faire
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- varier simultanément la hauteur et l’inclinaison de la planche à dessin sont très simples. La solution cinématique est fort curieuse. En raison de l’équilibre des éléments à mouvoir, un effort insignifiant amène la planche à dessin à la position désirée. Un seul écrou, qu’on serre ou desserre, fixe ou libère les éléments mobiles.
- Cette simplicité permet une fabrication robuste à un prix de revient notablement inférieur à celui des tables articulées actuelles et au plus égal à celui des anciennes tables à tréteaux.
- Rapport présenté par M. Louis Lumière, au nom du Comité des Constructions et des Beaux-Arts, sur la Photoscopie.
- Le procédé photoscopique, mis au point, à la suite d’une longue étude, par M. R. B. Goldschmidt, et qui a été présenté à la Société par M. Crémieux, en séance publique, le 8 février 1930, mérite de se développer en France comme il s’est propagé en Belgique, où il a permis la constitution, sous un très petit volume, de bibliothèques photographiques importantes, à des prix très peu élevés. L’appareil a été décrit et son mode d’emploi exposé dans le Bulletin de mars 1930,
- p. 210.
- La parfaite netteté des images, réalisée grâce à d’ingénieuses dispositions, rend facile l’obtention de projections agrandies dans un rapport considérable. Le matériel servant à cet effet est simple et peu encombrant, qu’il s’agisse soit de lectures personnelles avec faible agrandissement, soit de projections devant un auditoire; il est à la portée des budgets les plus modestes et son utilisation dans l’enseignement mérite de s’étendre grandement car elle facilite dans une large mesure la tâche des professeurs et ajoute à leurs leçons un attrait incontestable.
- Rapport présenté par M. Louis Lumière, au nom du Comité des Constructions et des Beaux-Arts, sur le Stéréoscope universel imaginé par le colonel Ploix et construit par MM. P. E. Valette et Cie.
- Le stéréoscope universel Ploix, qui a fait l’objet d’une communication avec présentation de l’appareil par l’auteur, en séance publique, le 9 novembre 1929, (Voir le Bulletin de février 1930, p. 89) comprend un certain nombre de dispositions ingénieuses qui trouvent particulièrement leur utilisation dans l’examen des phototypes pris en avion.
- L’idée très heureuse d’utiliser une jumelle à prismes à mise au point séparée des oculaires, permet, dans le cas de l’examen de couples stéréoscopiques à grande base, de ramener à la même échelle les images élémentaires et de compenser ainsi l’influence des variations quasi inévitables de l’altitude. Cet appareil semble appelé à rendre de grands services.
- Le colonel Ploix reçoit une médaille de vermeil, et MM. Valette et Cie une médaille d’argent.
- Pour les autres médailles de vermeil voir le rapport de M. Georges Hardy et celui de MM. Lacoin et Servonnet.
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- Médailles d’arg-ent.
- Rapport présenté par M. P. Dumanois, au nom du Comité des Arts mécaniques, surM. Charles Carles, ingénieur, sorti premier de la Section de Mécanique de l’École supérieure d’Aéronautique.
- M. Ch. Caries est un jeune ingénieur qui ne s’est pas contenté d’une culture purement livresque, mais qui, à la suite d’une mission qu’il a accomplie auprès de la Société Sulzer, a montré qu’il s’intéressait à la construction des moteurs à combustion interne, et qu’il avait tiré de l’enseignement reçu, les fruits que l’on pouvait en attendre.
- A l’heure actuelle, il y a un intérêt considérable pour l’industrie française, à posséder des ingénieurs capables d’assurer la construction et le progrès du moteur à combustion interne. M. Caries est un de ceux-là.
- Rapport présenté par M. M. J. Androuin, au nom du Comité des Arts mécaniques,
- sur les amplificateurs à cadran de M. L. Mulot.
- M. L. Mulot a entrepris, il y a quelques années, la fabrication des amplificateurs à cadran, que la France avait jusque-là toujours importés.
- Dès 1928, il avait réalisé et mis dans le commerce un appareil de très bonne facture pour lequel il reçut une récompense à l’Exposition de l’Artisanat français. Mention de cetappareil a été faite par la Société dans son Bulletin de novembre 1928.
- Depuis cette époque, M. Mulot a continué à perfectionner sa fabrication. Récemment, il a réalisé et mis dans le commerce un support universel qui, par la bonne disposition et la rigidité de ses éléments, répond bien aux conditions d’emploi.
- Jusqu’à présent, la plupart des amplificateurs à cadran, y compris ceux de M. Mulot, étaient construits pour le rapport de 100.
- Or, l’industrie a besoin quelquefois, et de plus en plus, d’amplificateurs dans le rapport de 1.000. Ce rapporta été généralement réalisé en ajoutant à l’amplificateur donnant le rapport de 100, un levier ou un autre organe donnant le rapport de 10.
- M. Mulot a étudié et mis au point un nouvel amplificateur qui, tout en ayant à peu près les mêmes dimensions et le même aspect extérieur que son amplificateur par 100, donne directement le rapport de 1.000; il désigne cet appareil sous le nom de « micro-comparateur ».
- Dans cet appareil, un tour de l’aiguille sur le cadran correspond à 0,1 mm; le cadran, divisé en 100 parties égales correspondant chacune à lg, est aussi lisible que ceux des amplificateurs ordinaires.
- Un échantillon de cet appareil a été vérifié au Laboratoire d’Essais du Conservatoire national des Arts et Métiers. Il apparaît au procès-verbal de l’essai que la vérification, faite sur un tour de l’aiguille, n’a révélé que de faibles erreurs, aucune de celles-ci n’excédant 0,5 g.
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- Rapport présenté par M. René Dubrisay, au nom du Comité des Arts chimiques,
- sur les appareils de laboratoire de M. André Chaput.
- M. André Chaput, ancien ouvrier souffleur de verre, est actuellement occupé comme aide-chimiste au Laboratoire des Manufactures de l’État. Il est très habile dans le travail du verre : il a rendu les plus grands services, non seulement dans la construction d’appareils courants de laboratoire, mais aussi pour préparer des objets en verre un peu spéciaux. Tout récemment, par exemple, il a pu réussir à préparer une spirale en lil de verre employée pour des expériences sur l’adsorption. Il s’est mis au courant de certains dosages qui, maintenant, lui sont confiés. Enfin, il est très habile photographe et s’acquitte en particulier très bien de la prise de clichés microscopiques et ultramicroscopiques. M. André Chaput appartient à la catégorie des aides de laboratoire que l’on utilisait autrefois et qui rendaient dans les recherches les plus grands services. On sait que cette catégorie de travailleurs tend à disparaître; aussi la Société d’Encouragement a-t-elle cru devoir décerner une récompense à l’un de ses rares représentants.
- Une médaille d’argent est décernée à M. Pierre Perrin, sorti premier de l’École nationale des Arts et Métiers d’Angers.
- Pour les autres médailles d’argent voir les rapports de MM. Mangin et Prud-homme, de MM. Lacoin et Servonnet, celui de M. G. Hardy et le second rapport de M. L. Lumière.
- Médailles de bronze.
- M. Paul Thomas, sorti second de l’École nationale des Arts et Métiers d’Angers.
- Pour les autres médailles de bronze, voir les rapports de MM. Mangin et Prud-homme et celui de M. G. Hardy.
- ¥ ¥
- Prix Fourcade en faveur d’ouvriers de fabriques de produits chimiques.
- Les exposants de la classe 47 à l’Exposition universelle de Paris de 1878, sur l’initiative et avec la coopération de M. Fourcade, ont fondé, auprès de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, un prix de 1.000 fr, qui est remis
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- chaque année, en séance solennelle de la Société, au simple ouvrier des exposants de la classe 47 ayant le plus grand nombre d'années consécutives de services dans la même maison.
- La Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale décerne, pour l’année 1930, le prix Fourcade cà M. Jean Biedermann, né le 13 juin 1839 à Dieuze, et demeurant à Dieuze (Moselle).
- Entré comme apprenti à l’usine de Dieuze des Salines et Fabrique de Produits chimiques (Établissements Kuhlmann), le 9 juin 1876, M. Jean Biedermann y a exercé successivement les professions de forgeron et de mécanicien. Il y totalise aujourd’hui près de 55 années de services. C’est un excellent ouvrier, dévoué, sérieux, actif, intelligent, digne d’intérêt, qui a élevé 8 enfants dont 5 sont encore vivants. Un de ses fils est chauffeur, trois autres mécaniciens ou serrurier; sa tille, mariée, est couturière. Un de ses fils et deux de ses petits-fils travaillent dans l’atelier de réparation de l’usine de Dieuze en qualité de mécaniciens-ajusteurs et d’apprenti.
- Médailles de bronze décernées aux contremaîtres et aux ouvriers des établissements industriels et des exploitations agricoles.
- Rapport présenté par M. Georges Wf.ry, secrétaire général.
- C’est en 1846 que la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale résolut de décerner des médailles aux contremaîtres et aux ouvriers que de longs et loyaux services désignent à ses suffrages. Récompenser les savants, les chercheurs, les ingénieurs éminents dont les découvertes ou les travaux améliorent les procédés de l'industrie et de l’agriculture, tel est l’un des buts qu’elle s’est assignés depuis sa fondation. Elle a eu aussi l’heureuse pensée de distinguer les mérites de ce collaborateur indispensable, l’ouvrier, dont l’intelligence, l’habileté et le dévouement réalisent les conceptions de l’inventeur et celles des techniciens. Ainsi, a-t-elle singulièrement étendu son action bienfaisante. Depuis 85 ans, elle proclame devant vous les noms de ces excellents serviteurs de l’industrie, du commerce et de l’agriculture qui comptent parmi les meilleurs artisans de la prospérité nationale.
- La récompense consiste en une médaille de bronze à laquelle est attachée une somme de cent francs. Sa valeur tient donc surtout à l’autorité qui émane des actes de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale.
- Ce sont les chefs d’établissements qui, chaque année, nous présentent la liste de ceux de leurs collaborateurs qu’ils jugent dignes d’être récompensés.
- Le nombre des candidats dépasse toujours sensiblement celui des médailles dont nous pouvons disposer. Aussi, sommes-nous obligés de faire une sélection sévère. Si elle rehausse la valeur de la récompense, elle nous laisse le regret de ne pas pouvoir la donner à beaucoup de sujets qui en seraient dignes. Nos lauréats peuvent en être d’autant plus fiers. Notre choix est toujours difficile. Nous le basons surtout sur la durée des services. Sauf des cas tout à fait exceptionnels, nous ne retenons que les propositions faites en faveur d’ouvriers ayant au moins 35 ans de séjour dans l’usine ou l’exploitation agricole. Mais nous estimons que le fait seul de cette
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- RAPPORTS RELATIFS AUX RÉCOMPENSES DÉCERNÉES EN 1930.
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- ancienneté ne donne pas droit à notre médaille. Il n’est qu’une indication. Nous faisons entrer en ligne de compte : 1 âge, la conduite, l’habileté, l’initiative dont le candidat a fait preuve dans l’exercice de son métier. Nous attachons un prix particulier à sa situation de famille, à son âge, au nombre de ses enfants. Le cas échéant, nous prenons en sérieuse considération les améliorations qu’il a pu apporter à l’industrie qu’il exerce.
- Malgré le mérite des sujets qui nous ont été présentés, les nécessités budgétaires nous ont obligés cette année à limiter à vingt-sept le nombre des lauréats. Il serait conforme à l’intérêt général que nous puissions être plus larges à l’avenir. C’est pourquoi nous adressons aujourd’hui un nouvel appel aux sociétés industrielles qui n’ont pas encore adhéré à nos statuts. A celles qui sont déjà des nôtres, nous rappelons qu’elles peuvent nous aider directement à augmenter le nombre de nos lauréats.
- Messieurs, en vous décernant la médaille destinée aux contremaîtres et aux ouvriers des établissements industriels et agricoles, la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale a conscience de récompenser les dignes représentants de l’une des forces les plus vives du pays. C’est un honneur pour elle de proclamer vos noms dans sa séance solennelle.
- Liste des contremaîtres et ouvriers à qui est décernée la médaille de bronze en 1930.
- M. le comte Raymond d’YANViLLE, maire de Grangues, par Dives-sur-mer (Calvados) :
- Albert Gauthé, ouvrier agricole.
- Maison Th. Pilter, 24, rue Alibert, Paris (10e) :
- Pierre Loutz, ouvrier.
- Compagnie des Forges et Aciéries de la Marine et d’Homécourt, 12, rue de la Rochefoucauld, Paris (9e).
- Usine d’Assailly par Lorette (Loire) :
- Antoine Laugier, ajusteur;
- Simon Molle, contrôleur de la fabrication.
- Revue Le Génie Civil, 5, rue Jules-Lefebvre, Paris (9e) :
- Jérôme Raudot, caissier;
- Achille Moreau, chef de service.
- MM. Colin, Croïet ETCie (plumes métalliques Blanzy, Poure et Cie), à Boulogne sur-mer (Pas-de-Calais) :
- Sidney Hill, contremaître;
- Irma Delobel, aiguiseuse;
- Henry Delobeau, contremaître.
- Chemins de Fer de Paris a Lyon et a la Méditerranée, Service du Matériel et de la Traction, 20, boulevard Diderot, Paris (12e) ;
- Pierre Brisson, contremaître principal.
- Ateliers d’Oullins (Rhône) :
- Frédéric Bard, contremaître adjoint;
- Pierre Stenger, contremaître adjoint.
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- Société Nobel Française, 67, boulevard Haussmann, Paris (8e).
- Usine de Paulilles par Port-Vendres (Pyrénées-Orientales) :
- Jean Erre, chauffeur;
- Antoine Tollet, gardien chef;
- Albert Volf, ajusteur;
- Aimé Issarni, ouvrier.
- MM. Ch. Lorilleux et C‘e, 16, rue Suger, Paris (6e):
- Armand Enard, emballeur;
- Emile Sindt, garçon de bureau;
- Michel Bourxeix, manœuvre;
- Jean-Baptiste Boscher, maçon.
- Établissements Kuhlmann, 11, rue de la Baume, Paris (8e).
- 1° Usine de Bordeaux (Gironde) :
- Aimé Vanhems, chef de bureau.
- 2° Usine de Loos-lez-Lille (Nord) :
- Arthur Masse, contremaître;
- Henri Duplessy, surveillant;
- Henri Bustreel, corroyeur;
- Louis Gomane, couvreur;
- Jules Lardey, surveillant;
- Édouard Werquin, charpentier.
- LISTE DES RÉCOMPENSES DÉCERNÉES LE 25 AVRIL 1931 POUR L’ANNÉE 1930. Lauréats. Rapporteurs. Objets.
- Grande médaille annuelle.
- M. I .ouis Breguet
- M. G. Delage.
- Construction aéronautique.
- Prix de la Classe 51 de l’Exposition de 1889. (Matériel des arts chimiques.)
- M. Jean Barbaudy.
- M. H. Le Chatelier.
- Travaux de chimie physique.
- M. Auguste Sirio.
- Prix de la Classe 65 de l’Exposition de 1900.
- (Petite métallurgie.)
- M. H. Le Chatelier. Soudure oxyacétylénique.
- Prix Melsens.
- M. André Couder.
- Général Ferrié.
- Taille des grands miroirs de verre.
- M. A. Arcaro.
- Prix de Salverte. M. L. Bechmann.
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- LISTE DES RÉCOMPENSES DÉCERNÉES EN 1930.
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- M. Jean Biedermann.
- Prix Fourcade.
- M. Marc Birkigt.
- M. Paul Laffitte.
- M. Maurice Flaissier. M. Henri Brillié.
- M. Oscar Victor.
- Médailles d’or.
- M. P. Dumanois.
- M. P. Dumanois.
- M. P. Dumanois.
- M. P. Dumanois.
- M. J. Fieux.
- M. Jean-Jacques Trillat.
- M. Jean Martenot.
- MM. Armand Givelet et Éloi Coupleux.
- M. J. Chevenard.
- MM. Robert Bureau et Philippe Wehrlé.
- M. René Anxionnaz.
- Général Octave Maynier.
- M. Maurice Piettre.
- M. André Fréchet.
- Chambre syndicale des Entrepreneurs de Couverture et de Plomberie.
- «Toute l’Enfance en Plein Air. »
- Scouts de France.
- Fédération des Éclaireurs de France.
- Éclaireurs unionistes de France.
- Fédération gymnastique et sportive des Patronages de France.
- Fédération des Centres sociaux de France.
- Association pour le Développement des Œuvres sociales dans les Industries métal-
- M. R. Dubrisay.
- Général Ferrié.
- Général Ferrié.
- M. Guillaume.
- Général Ferrié.
- Lieut.-col. P. Renard.
- MM. L. Mangin et E. Prud-homme.
- M. G. Moussu.
- M. M. Magne.
- M. M. Magne.
- M. G. Risler.
- MM. M. Lacoin et H. Ser-vonnet.
- MM. M. Lacoin et H. Ser-vonnet.
- MM. M. Lacoin et H. Ser-vonnet.
- MM. M. I .acoin et H. Ser-vonnet.
- MM. M. Lacoin et H. Ser-vonnet.
- MM. M. Lacoin et H. Ser-vonnet.
- lurgiques et mécaniques.
- Association générale des MM. M. Lacoin et H. Ser-Campsde Vacances et d’Édu- vonnet. cation physique et morale.
- Professeur docteur A. Rollier. M. E. Gruner.
- Docteur L. Vauthier. M. E. Gruner.
- M. F. Blondel. M. E. Gruner.
- Moteurs d'aviation.
- Combustion dans les moteurs à explosion.
- Résistance des métaux.
- Graissage par film d’huile.
- Engrenages à rattrapage de jeu.
- Applications des rayons X.
- Piano électrique.
- Orgue électrique.
- Dilatomètre différentiel.
- Travaux météorologiques.
- Moteurs d’aviation.
- Culture des oasis du Sud-Algérien.
- Culture du caféier et élevage.
- Art industriel (meuble).
- Art du couvreur-ardoisier.
- Œuvres sociales.
- Utilisation des loisirs de la jeunesse.
- Utilisation des loisirs de la jeunesse.
- Utilisation des loisirs de la jeunesse.
- Utilisation des loisirs de la jeunesse.
- Utilisation des loisirs de la jeunesse.
- Utilisation des loisirs de la jeunesse.
- Utilisation des loisirs de la jeunesse.
- Clinique-manufacture pour Tuberculeux chirurgicaux de Leysin.
- Sanatorium universitaire de Leysin.
- Exploitations minières des colonies françaises.
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- ASSEMBLÉE GÉNÉRALE SOLENNELLE DU 25 AVRIL 1931. — MAI 1931.
- Association cotonnière coloniale.
- \1. Frédéric Assomption.
- Mission des Pères blancs du Soudan et de la Haute-Vol la. Missions africaines de Lyon au Dahomey.
- Mission catholique du Togo. Madame Quer.
- M. René Planche.
- M. Eugène Joumier.
- M. P. Mercy.
- Société des Plantations d’Eli-ma.
- M. L. Boramé.
- La Photoscopie.
- Colonel Ploix.
- Commandant Cauvet.
- M. J. Lemmet.
- Mgr Gustave Nouet.
- Cheik Ali ben Lakhdar.
- Si Mohamed hen BrahimAbaz-za.
- M. Pierre Rinaud.
- M. Albert Arnaud.
- M. Lhuissier.
- M. Morvan.
- M. Charles Caries. M. L. Mulot.
- M. André Chaput. M. Pierre Perrin. Rév. Père Langlais,
- Rév. Père Perrier.
- M. E. Gruner.
- M. G. Hardy.
- M. G. Hardy.
- M. G. Hardy.
- M. G. Hardy.
- M. G. Hardy.
- Médailles de vermeil.
- M. E. Sauvage.
- M. A. Portevin.
- M. J. Charpentier.
- M. E. Prudhomme.
- M. P. Séjourné.
- M. L. Lumière.
- M. L. Lumière.
- MM. L. Mangin et E. Prudhomme.
- MM. L. Mangin et E. Prudhomme.
- MM. L. Mangin et E. Prudhomme.
- MM. L. Mangin et E. Prudhomme.
- MM. L. Mangin et E. Prudhomme.
- M. G. Hardy.
- M. G. Hardy.
- M. G. Hardy.
- M. G. Hardy.
- Médailles d’argent.
- M. P. Dumanois.
- M. M. J. Androuin.
- M. R. Dubrisay.
- MM. L. Mangin et E. Prudhomme.
- MM. L. Mangin et E. Prud homme,
- Culture du cotonnier dans les colonies françaises.
- Enseignement professionnel indigène en A. O. F.
- Enseignement professionnel indigène en A. 0. F.
- Enseignement professionnel indigène en A. 0. F.
- Enseignement professionnel indigène au Togo.
- Enseignement professionnel indigène au Cameroun.
- Rhéostat de démarrage.
- Métallographie.
- Perfectionnements du télégraphe Baudot.
- Café colonial (Côte d’ivoire).
- Table à dessin perfectionnée.
- Appareil de projection.
- Stéréoscope universel.
- Culture des oasis du Sud-algérien.
- Culture des oasis du Sud. al gérien.
- Culture des oasis du Sud-algérien.
- Culture des oasis du Sud-algérien.
- Culture des oasis du Sud-algérien.
- Enseignement professionnel indigène en A. 0. F.
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- Enseignement professionnel indigène au Togo. *
- Enseignement professionnel indigène au Cameroun.
- Moteur à combustion interne. Amplificateurs à cadran. Appareils de laboratoire. École des Arts et Métiers. Culture des oasis du Sud-algérien.
- Culture des oasis du Sud-algérien.
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- LISTE DES RÉCOMPENSES DÉCERNÉES EN 1930.
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- Les Sœurs blanches de La-ghouat.
- M. Chancogne.
- M. A. Lapoirie.
- Commandant de la Fargue.
- Lieutenant de Bruce.
- M. F. Forestier.
- MM. P. E. Valette et Cie.
- Œuvre de la Chaussée du Maine.
- Association des Villégiatures et du Foyer de Travail féminin.
- Œuvre des Trois Semaines.
- Madame Calvayrac.
- Sœurs missionnaires de Toma.
- M. Pierre Pin.
- MM. L. Mangin et E. Prud-homme.
- MM. L. Mangin et E. Prud-homme.
- MM. L. Mangin et E. Prud-homme.
- MM. L. Mangin et E. Prud-homme.
- MM. L. Mangin et E. Prud-homme.
- MM. L. Mangin et E. Prud-homme.
- M. L. Lumière.
- MM. M. Lacoin et H. Ser-vonnet.
- MM. M. Lacoin et H. Ser-vonnet.
- MM. M. Lacoin et H. Ser-vonnet.
- M. G. Hardy.
- M. G. Hardy.
- M. G. Hardy.
- Médailles de bronze.
- Culture des oasis du Sud-
- algérien. Culture des oasis du Sud-
- algérien. Culture des oasis du Sud-
- algérien. Culture des oasis du Sud-
- algérien. Culture des oasis du Sud-
- algérien. Culture des oasis du Sud-
- algérien.
- Stéréoscope universel.
- Utilisation des loisirs de la jeunesse.
- Utilisation des loisirs de la jeunesse.
- Utilisation des loisirs de la jeunesse.
- Enseignement professionnel indigène en A. O. F.
- Enseignement professionnel indigène en A. 0. F.
- Enseignement professionnel indigène en A. 0. F.
- M. Pierre Kadda.
- M. Kouame N’Guessan. M. Nouhoum Koulibaly. M. Edah Mati.
- M. Âttikossi Tete.
- M. Mosé Yegap.
- M. Paul Thomas.
- MM. L. Mangin et E. Prud-homme.
- M. G. Hardy.
- M. G. Hardy.
- M. G. Hardy.
- M. G. Hardy.
- M. G. Hardy.
- Culture des oasis du Sud-algérien.
- Enseignement professionnel indigène en A. 0. F.
- Enseignement professionnel indigène en A. 0. F.
- Enseignement professionnel indigène au Togo.
- Enseignement professionnel indigène au Togo.
- Enseignement professionnel indigène au Cameroun.
- École d’Arts et Métiers.
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- BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ d’eNCOURAG. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — MAI 1931.
- L’INSTITUT DE TECHNIQUE SANITAIRE AU CONSERVATOIRE DES ARTS ET MÉTIERS,
- par M. Ed. Sauvage, membre du Conseil.
- Nul n’ignore les dangers de la contamination des eaux et de l’atmosphère, qui, sournoisement, menace la vie humaine. Il y a longtemps d’ailleurs qu’on avait reconnu l’insalubrité de certaines eaux, puisque à Paris, au moyen âge, on accusait des malfaiteurs d’empoisonner les puits, pollués par des déjections de toute sorte.
- La connaissance des influences dangereuses resterait vaine, si l’on n y ajoutait celle des moyens de les combattre. L’étude en présente donc deux grandes divisions : d’abord la recherche des influences nocives de tout genre, recherche surtout scientifique; puis la mise en œuvre des moyens de prévention, guidée par les indications théoriques des hygiénistes. C’est principalement cette mise en œuvre qui est du ressort de l’Institut de Technique sanitaire, ainsi du reste que l’indique son nom.
- Cette création remonte à l’année 1923; elle est l’œuvre du Sous-Secrétariat de l’Enseignement technique; l’idée première en revient à M. le directeur Labbe. Dès l’origine, il est apparu qu’il s’agissait de créer un enseignement pratique, appliquant des principes d’hygiène scientifiquement établis, application qui se rattache a 1 art de l’ingénieur, de l’architecte, de l’entrepreneur de travaux.
- Cette orientation de l’enseignement désigne le Conservatoire des Arts et Métiers pour en être le siège. En 1922, le sous-secrétaire d’État de l’Enseignement technique saisissait les conseils du Conservatoire d’un projet de chaire de technique sanitaire. Le docteur Hcim de Balsac, professeur d’hygiène industrielle au Conservatoire de 1903 à 1923, présenta au Conseil de Perfectionnement un rapport sur cette proposition.
- Assimiler cet enseignement si complexe aux autres cours du Conservatoire, et en charger un professeur unique, ne parut pas la meilleure solution, étant donnée l’extrême diversité des nombreuses questions à traiter.
- On s’arrêta à la conception d’un groupement de spécialistes, biologistes, médecins, ingénieurs, architectes, entrepreneurs, 1 organisation générale et la coordination des leçons étant confiées au professeur Heim de Balsac. L expérience a prouvé que cette organisation était excellente.
- Les démarches de M. Heim de Balsac, près de personnalités faisant autorité dans chacune des branches de l’assainissement, reçurent partout le meilleur accueil. En particulier, l’Association générale des Hygiénistes et Techniciens municipaux avait envisagé la création d’un enseignement analogue, sans pouvoir le réaliser par ses propres moyens. Elle trouva dans ce projet la consécration officielle de son idée; c’est avec le plus grand empressement qu’elle assura l’Institut de tout son concours ; plusieurs de ses membres les plus actifs acceptèrent immédiatement de professer à l’Institut.
- La Chambre syndicale des Entrepreneurs de Plomberie sanitaire intervint
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- l’institut de technique sanitaire de paris.
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- également à plusieurs reprises; dès le début, elle affirma l'intérêt d’une coopération étroite de la science et de l’industrie pour la préservation de la santé publique.
- D’autres organismes scientifiques et groupements industriels apportèrent de même leur concours à cette nouvelle création et, en 1923, l’Institut de Technique sanitaire était prêt à fonctionner.
- C’est un organisme d’enseignement supérieur, rattaché au Conservatoire des Arts et Métiers mais indépendant de ses chaires magistrales. C’est le seul de ce genre existant en France. Il forme des techniciens de l’assainissement, qui reçoivent en fin d’études, après examen, un brevet de technicien sanitaire du Conservatoire des Arts et Métiers. Il comprend deux branches d’enseignement : la technique sanitaire générale, et l’hygiène spéciale des industries.
- L’enseignement de la technique sanitaire générale a pour mission la formation scientifique et technique de praticiens de l’assainissement dans ses diverses branches. Tout en accueillant des médecins, il recrute ses élèves surtout parmi les ingénieurs, les architectes, les constructeurs. Les brevetés de l’Institut seront le plus souvent conduits à se spécialiser dans une branche particulière, telle que l’assainissement des villes, des habitations, des usines, des campagnes. Mais avant toute spécialisation, suivant un principe général, il importe d’acquérir une vue d’ensemble sur la technique de l’assainissement.
- Vient ensuite la spécialisation dans une branche déterminée, partie de l’enseignement surtout technique et pratique. De nombreuses visites et des expériences complètent les cours. Par exemple, l’installation des canalisations sanitaires d’une maison exige la connaissance des principes de ventilation et de siphonnement de ces canalisations; mais la façon dont seront exécutés les joints, les soudures ont pour le fonctionnement de la conduite une importance capitale. Le technicien sanitaire doit donc voir des soudures ou raccords bien ou mal faits. Plus encore, il y a un grand intérêt à ce qu’il soit parfaitement au courant de la fabrication des appareils dont il a l’emploi, car, si ceux qui lui sont livrés sont imparfaits, il doit pouvoir juger si la faute incombe au céramiste, au robinettier ou à l’installateur. Invente-t-il Un dispositif nouveau comprenant des pièces de faïence, le technicien sanitaire doit pouvoir concevoir ce dispositif de façon qu’il soit exécutable par un céramiste.
- Lé programme de l’Institut prévoit donc la visite d’une usine de fabrication d’appareils sanitaires en céramique. Mais, au cours de cette visite, on ne voit pas seulement les divers modèles fabriqués et la technique propre de cette fabrication ; on y étudie la disposition des locaux, le chauffage, l’éclairage, la ventilation des divers ateliers, l’organisation des vestiaires, lavabos et postes médicaux, voire même des crèches ou pouponnières annexées à l’usine.
- D’autre part, l’émaillage plombique, le grattage, le ponçage et la manutention de ces appareils sont des opérations exposant à l’intoxication saturnine ; les dispositifs de protection vis-à-vis du saturnisme doivent donc être étudiés avec soin. Une seule visite prête donc, à elle seule, à l’étude de 7 ou 8 chapitres différents de la technique sanitaire.
- Cet exemple montre la multiplicité et la variété des notions que l’élève peut acquérir par l’enseignement de l’Institut. Les problèmes d’assainissement y «ont étudiés, tels qu’ils se rencontrent dans la pratique, sans aucun compartimentage artificiel. Chaque élève, selon sa spécialisation ou sa tendance d’esprit, peut, dans
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- la masse considérable des faits présentés, glaner avec discernement, qui en ne suivant que les grandes lignes, qui en s’attachant surtout aux questions de détail.
- Le programme général, donné en annexe à la présente note, montre l’importance et l’étendue des questions traitées.
- La seconde branche de l’enseignement, hygiène spéciale des industries, distinct de celui de 1$ technique sanitaire, s’adresse à un auditoire très varié : chefs, contremaîtres, ouvriers des industries visées, et aussi à ceux qui se spécialisent dans l’organisation industrielle.
- En principe, l’hygiène spéciale des industries les plus importantes est envisagée à un triple point de vue :
- Protection de la santé des ouvriers à l’intérieur des établissements;
- Influence des industries sur l’hygiène du voisinage et sur l’hygiène générale;
- Amélioration hygiénique des produits fabriqués, au profit des consommateurs.
- L’enseignement de l’Institut commence chaque armée en novembre. Il n’est pas réservé uniquement aux candidats au brevet de technique sanitaire du Conservatoire des Arts et Métiers, car il accueille des auditeurs non candidats à ce brevet. Les étrangers sont admis au même titre que nos nationaux. L’enseignement est gratuit.
- Les candidats au brevet ne sont admis qu’après un examen préalable, prouvant qu’ils possèdent les connaissances indispensables pour la compréhension des cours, à moins que les écoles dont ils ont été élèves et les diplômes dont ils sont titulaires ne donnent toute garantie à cet égard.
- Les cours, dont la durée est généralement d’une heure, ont lieu de 16 h. 30 m. à 18 h. 45 m. ; et de 20 h. à 22 h. 15 m. Les démonstrations et visites ont lieu dans la matinée et de 14 h. 15 m. à 16 h. 15 m. ; parfois même elles occupent une journée entière. La durée de l’enseignement, réduite autant que possible, n’excède pas 3 à 4 mois, pour la commodité des auditeurs n’habitant pas la région parisienne.
- L’Institut met à profit la collaboration de nombreux services publics : services des eaux, des égouts, de désinfection de la ville de Paris et du département de la Seine, dont les ingénieurs donnent, au cours des visites, les explications et commentaires utiles. Il en est de même pour plusieurs services des hôpitaux de Paris, de l’Institut Pasteur, pour le Musée d’Hygiène de la ville de Paris, de l’École nationale des Arts et Métiers de Paris, de la Compagnie des Chemins de fer du Nord.
- L’Association générale des Hygiénistes et Techniciens municipaux, présidée par M. A. Rey, pour témoigner de l’intérêt tout particulier qu’elle porte à l’Institut, a décidé l’attribution d’une médaille à celui des élèves de chaque promotion qui obtient la note la plus élevée à l’examen du brevet. Le titulaire de cette médaille a le droit de se dire : lauréat de l’Association générale des Hygiénistes et Techniciens municipaux.
- La Société de Médecine publique et de Génie sanitaire est représentée dans le cadre des conférenciers.
- La Société centrale des Architectes, la direction de l’École spéciale d’Architecture ont manifesté leur intérêt pour le programme de l’Institut.
- Les chambres syndicales formant la Fédération du Bâtiment, et particulièrement celle de la Couverture et Plomberie sanitaire et celle de l’Assainissement, participent par leurs délégués à l’enseignement de l’Institut.
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- L INSTITUT DE TECHNIQUE SANITAIRE DE PARIS.
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- Enfin, le Comité Biologia a pris à sa charge l’organisation des démonstrations pratiques, allégeant ainsi la contribution financière de l’État.
- L’empressement avec lequel est suivi l’enseignement de l’Institut en démontre l’utilité. Depuis sa création, le nombre des auditeurs a crû régulièrement :
- Exercice 1923-24,
- — 1924-25,
- — 1925-26.
- — 1926-27,
- — 1927-28.
- — 1928-29.
- — 1929-30.
- — 1930-31.
- 20 auditeurs. 40 —
- 60
- SU —
- 100 —
- 120 —
- 160 —
- 194 —
- Le nombre d’auditeurs étrangers a été de 33 en 1929-1930, et de 43 en 1930-1931. Ces élèves provenaient de 20 pays différents, savoir : Argentine, Belgique, Brésil, Bulgarie, Chine, Colombie, Égypte, Espagne, Éthiopie, Grèce, Italie, Mexique, Palestine, Pologne, Portugal, Roumanie, Russie, Suède, Suisse, Turquie.
- On ne saurait trop féliciter les créateurs de cet institut, et le professeur Heim de Balsac, qui le dirige avec le plus grand succès.
- ANNEXE
- PROGRAMME GÉNÉRAL DE L’iNSTITUT DE TECHNIQUE SANITAIRE.
- I. — GÉNÉRALITÉS ET RAPPEL DES NOTIONS DES DIVERSES SCIENCES NÉCESSAIRES AUX ÉTUDES DE TECHNIQUE SANITAIRE.
- Introduction biologique à l’étude de la technique sanitaire. Le technicien sanitaire et le milieu vivant.
- Rappel des notions essentielles sur les fonctions du corps humain dans leurs rapports avec l’hygiène. Démonstrations et manipulations.
- Notions de microbiologie générale : démonstrations pratiques.
- Notions sur le parasitisme dans ses rapports avec l’assainissement.
- Rappel des notions de physique et de mécanique (unités, appareils de mesure et principales lois) intéressant un technicien sanitaire.
- Principes de géologie appliquée à la technique sanitaire. Principales roches et divers sols, lecture de la carte géologique.
- Hydrogéologie dans ses rapports avec l’hygiène. Circulation des eaux dans le sol.
- Assainissement du sol et drainage. Utilité, principe et technique du drainage. Grands travaux d’assèchement.
- II. — TECHNIQUE SANITAIRE URBAINE.
- L’hygiène dans le plan général d’installation des villes. Considérations générales sur la technique sanitaire urbaine.
- Plan d’extension des villes.
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- l’institut DE TECHNIQUE SANITAIRE. — MAI 1931.
- Établissement et entretien hygiénique des voies. Visites d’usines et de chantiers de pavage. Engins de nettoiement. Organisation d’un service municipal de voirie.
- Les souillures de l’atmosphère urbaine par gaz. vapeurs, poussières, fumées, odeurs. Action sur l’organisme. Procédés de captage et de dosage, appareils de détection. Dispositifs d’assainissement. Fumivorité.
- Recherche et captage des eaux en général; transport par gravité, aqueducs, siphons, conduites sous pression. Accessoires. Formules de l’hydraulique courante. Élévation mécanique des eaux : pompes et moteurs.
- Alimentation des villes en eau; microbiologie spéciale des eaux. Qualités, analyse et surveillance d’une eau d’alimentation. Précautions spéciales pour le captage et l’adduction; réservoirs; distribution et accessoires. Épuration par procédés mécaniques, physiques et chimiques : appareils types ménagers et grandes installations collectives (municipales ou privées). Rédaction de projets de captage et d’adduction.
- Les eaux usées. Microbiologie spéciale, nocivité, méthodes d’épuration biologique des eaux résiduaires urbaines et industrielles. Évacuation et destruction. Systèmes à collectionnement et systèmes d’égouts. Destination finale des eaux d’égout : destruction sur place (fosses septiques); destruction à distance (dilution dans un cours d’eau ou dans la mer; épuration dans les étangs poissonneux; épandage; lits bactériens de contact et percolateurs; boues activées); évacuation des boues et emploi agricole.
- Immondices et ordures ménagères : collecte, évacuation, méthodes de destruction. Installations privées et municipales.
- Transmission des infections dans les villes et collectivités. Sources et modes d’infection. Règles et dispositifs de prophylaxie générale. Prophylaxie spéciale appliquée à la tuberculose. Désinfection, procédés mécaniques, physiques, chimiques et biologiques. Appareils de désinfection, organisation et fonctionnement des services de désinfection. Désinsectisation et dératisation.
- Espaces libres. Promenades. Jardins et plantations. Leur rôle dans l’hygiène des agglomérations. Cités-jardins. Jardins-ouvriers.
- Transport et destruction des corps et cadavres. Cimetières.
- L’art dans les travaux publics d’assainissement.
- Législation sanitaire des villes et agglomérations.
- III. — TECHNIQUE SANITAIRE DES CONSTRUCTIONS.
- Desiderata de l’hygiène relatifs à l’habitation.
- Matériaux de construction. Orientation et disposition respective des locaux. Thermalité (chauffage et réfrigération). Ventilation. Éclairage diurne et artificiel. Canalisations sanitaires. Nettoyage et entretien des locaux.
- Bâtiments à usage d’habitation : l’habitation privée, l’habitation collective. Maisons ouvrières et habitations à bon marché.
- Bâtiments publics et à affectations spéciales : écoles ; salles de réunion et théâtres. Bains et piscines. Hôpitaux, postes de secours, crèches et pouponnières. Abattoirs.
- L’art dans la technique sanitaire des bâtiments.
- Législation sanitaire de l’habitation.
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- l’institut de technique sanitaire de paris.
- IV. — technique sanitaire des usines et ateliers.
- Principes généraux et dispositifs d’assainissement industriel. Protection collective et protection individuelle. Dissipation des buées et captage des poussières industrielles. Aspects spéciaux de la technique sanitaire dans les usines et ateliers : thermalité, ventilation, éclairage et entretien hygiéniques.
- Exemples d’application aux diverses industries.
- Législation de l’assainissement industriel.
- v. — technique sanitaire rurale.
- Constructions rurales : habitation, bâtiments de fermes, écuries, étables. Adduction d’eau. Tueries. Puits, citernes. Fumiers et fosses à purin.
- Hygiène de la voie publique dans le village et des voies de communication. Précautions contre la transmission des maladies animales à l’homme. Conditions spéciales d’exécution dans le milieu rural des opérations courantes de technique sanitaire. Dispositifs d’assainissement, simplifiés ou de fortune, applicables à la vie rurale et à l'habitation paysanne.
- VI. — TECHNIQUE SANITAIRE COLONIALE.
- Aperçus sur le rôle de la technique sanitaire en matière de colonisation.
- Aspects spéciaux de la technique sanitaire dans les pays chauds.
- L’habitation privée et les agglomérations aux colonies.
- Le paludisme. Technique de la lutte antipaludéenne; grands et petits moyens. Aperçus sur la lutte contre les grandes endémies et épidémies coloniales : choléra, fièvre jaune, et parasitoses les plus dangereuses.
- VII. — HYGIÈNE SPÉCIALE DES INDUSTRIES.
- Le programme de l’hygiène spéciale des industries varie d’année en année.
- La prochaine session de l’Institut sera ouverte en novembre 1931. Pour l’inscription et pour tous renseignements, écrire au Directeur de l’Institut, au Conservatoire des Arts et Métiers, 292, rue Saint-Martin, Paris, (3e).
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- BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ d’eNCOURAG. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — MAI 1931.
- LA STÉRILISATION DE L’EAU POTABLE PAR LE CHLORE,
- par M. G. Colmet Daàge, membre du Conseil.
- En principe, on ne devrait distribuer pour la consommation des habitants que des eaux naturellement pures afin d’éviter les maladies (fièvre typhoïde, dysenterie, choléra, etc.) résultant de la contamination des eaux; mais il est difficile de trouver partout des eaux répondant à ces conditions ou bien d’éviter que des eaux, très pures au moment de leur captage, ne puissent être souillées accidentellement à la suite d’orages ou pour toute autre cause.
- Les municipalités, qui ont la charge d’assurer une alimentation saine, doivent alors rendre cette eau potable en la stérilisant par un procédé pratique et économique.
- On peut employer l’ozone, les rayons ultra-violets ou un procédé chimique. Ces divers systèmes ont reçu de nombreuses applications pratiques. Le plus simple, celui qui peut être installé le plus rapidement et avec la moindre dépense, est certainement celui où l’on emploie le chlore, sous forme d’hypochlorite de soude en solution (eau de Javel) ou de chaux, de chlorure de chaux ou de chlore gazeux.
- La première utilisation du chlore sur une grande échelle en France a été faite à Paris en juillet 1911 ; au cours de cet été, qui a comporté un très grand nombre de journées successives pendant lesquelles la température a été supérieure à 30n, la consommation d’eau avait été considérable, et les disponibilités en eau potable, qui étaient encore assez restreintes, surtout par suite de l’abaissement du débit des sources captées, étaient devenues rapidement insuffisantes. Afin de ne pas arrêter la distribution des eaux, et sur les conseils du Dr Roux, directeur de l’Institut Pasteur de Paris et président de la Commission de Surveillance des Eaux, on décida de stériliser par l’hypochlorite de soude de l’eau de rivière rapidement clarifiée; la stérilisation était assurée sous la direction et la surveillance de M. Dienert, chef de service delà ville de Paris. Ce procédé, la javellisation, avait déjà été souvent appliqué en Angleterre et surtout en Amérique.
- Depuis cette époque, on a continué à Paris d’utiliser l’hypochlorite pour stériliser les eaux de rivière filtrées, ce qui permet, avec les mêmes surfaces filtrantes, d’obtenir de plus grandes quantités d’eau, les filtres servant seulement à la clarification et à un premier dégrossissage, la disparition des microbes pathogènes étant assurée par le chlore. On distribue ainsi à Paris des quantités d’eaux de Seine et de Marne qui dépassent souvent 200.000 m3 par jour.
- Pendant la guerre de 1914-1918, les eaux potables destinées à l’armée française ont toutes été ainsi stérilisées; les installations, puits ou captages de sources, établies au nombre de plusieurs milliers, pour alimenter les hommes ou les animaux, étaient toutes dotées d’appareils à hypochlorite ; la surveillance de la dose de chlore et de la disparition des microbes pathogènes était assurée par les laboratoires des groupes de brancardiers, sous la direction du Dr Dopter, attaché au Service de Santé du Grand Quartier général.
- Dans l’armée anglaise, on utilisait surtout le chlorure de chaux, sel solide, d’un
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- STÉRILISATION DE L’EAU POTABLE PAR LE CHLORE.
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- transport plus facile, mais qui a l’inconvénient de se mélanger moins aisément à l’eau et de laisser un dépôt de chaux.
- Enfin, dans l’armée américaine, on employait souvent le chlore gazeux, enfermé liquéfié, sous pression, dans des récipients métalliques; mais l’emploi en est plus délicat et quand un ou plusieurs récipients se brisent, le gaz nocif se répand dans l’atmosphère et peut occasionner des accidents dans le voisinage.
- Détermination de la dose de chlore à employer. — L’hypochlorite, qu’on se procure dans le commerce, ne dégage pas toujours la même quantité de chlore et cette quantité diminue avec le temps pendant la durée d’approvisionnement; il convient donc de rechercher la dose de chlore dans chaque produit, soit par l’analyse chimique, soit en utilisant un pèse-chlore densimètre.
- Le chlore oxyde la matière organique contenue dans l’eau et tue les microbes; d’après la théorie de M. Dienert, on doit déterminer dans chaque cas la quantité de liquide à employer pour assurer la stérilisation.
- Pour cela, on prend une série de flacons dans chacun desquels on met par exemple un litre d’eau que l’on doit stériliser, et on ajoute successivement dans chacun des flacons des doses croissantes de chlore. On place le tout à la température de l’eau de la canalisation et à l’obscurité. Au bout du temps (1/2 heure, 2 ou 3 heures) que met l’eau h se rendre de la prise d’eau à l’endroit où commence la distribution, on ajoute dans chacun des flacons 1 g de sel ammoniaque, 1 g d’iodure de potassium et 2 à 3 cm3 d’une solution d’empois d’amidon. Le premier flacon de la série qui donne avec l’iodure de potassium une coloration bleue indique la quantité de chlore minima qu’il faut ajouter à l’eau considérée, pour que, dans le temps déterminé, celle-ci renferme un petit excès de chlore, ce qui montre que la stérilisation est assurée.
- A Paris, M. Dienert emploie, pour les eaux de rivière filtrées, de 0,2 à 0,4 mg suivant la teneur de l’eau en matière organique et en microbes à la suite des crues.
- Dans la « verdunisation » préconisée par M. Bunau-Varilla, on emploie des doses d’hypochlorite beaucoup plus faibles, fixées d’une façon générale à 0,05 g par litre environ. A cette dose, les microbes seuls sont tués, ce qui est suffisant, mais la majeure partie de la matière organique, non vivante, c’est-à-dire inolfensive, n’est pas oxydée.
- appareils stérilisateurs. — Les deux principales sociétés, qui exécutent des travaux pour l’alimenlation en eau, sont la S. A. D. E. (Société auxiliaire de Distribution des Eaux)(1) et la S. E. A. (Société anonyme Eau et Assainissement) L Les Établissements Leune de Paris (3) fournissent les appareils de la première ; la seconde les fabrique elle-même.
- Les appareils stérilisateurs utilisés par ces deux sociétés sont tout à fait analogues; on emploie d’ailleurs divers systèmes suivant que l’eau à stériliser comporte un débit continu ou un débit variable, suivant que l’on traite les eaux dans une conduite d’aspiration ou dans une conduite de refoulement. A titre d’exemple, nous allons donner la description de l’appareil S. A. D. E. pour un débit continu et de l’appareil S. E. A. pour un débit variable.
- (1) Siège social, 5, rue Tronson-du-Coudray, Paris (8e).
- (2) Siège social, 93, rue du Rocher, Paris (8e).
- (3) Établissements Leune, 28 bis, rue du Cardinal-Lemoine, Paris (5e).
- 130e Année. — Mai 1931.
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- STÉRILISATION DE L’EAU PAR LE CHLORE. — MAI 1931.
- Stérilisateur S. A. D. E. — Cet appareil comporte (fig. 1) :
- Deux bacs A et B, qui contiennent la liqueur stérilisante et qui sont utilisés successivement, l’un étant en service et l’autre plein en attente;
- Un vase en grès, ou stérilisateur automatique, S, de 20 litres environ de capacité, qui est en communication avec l’un des deux bacs précités et dans lequel le plan d’eau doit être maintenu constant. Dans ce stérilisateur (fig. 2) un obturateur à pointeau S ferme ou découvre l’orifice inférieur du tuyau d’arrivée de la solution ; les mouvements d’ouverture ou de fermeture sont obtenus au moyen d’un flotteur en verre F, auquel l’obturateur est invariablement lié. Quand le liquide baisse, entraînant avec lui vers le bas le flotteur et le pointeau, l’orifice fixe servant de siège
- Fig. i. — Schéma d’uu appareil S. A. D. E. pour débit continu.
- A, bac d’hypochlorite en service; — B, bac d’hypochlorite en préparation ; — E, eau à stériliser: — F, filtre (coton de verre ou laine d'amiante) ;— S, stérilisateur automatique S. A. I). E.
- Fig. 2. — Stérilisateur automatique S. A. D. E.
- A, Tube fixe d’arrivée de la solution d’hypochlorite; — B, Tube de niveau; — C, Ajutage mobile, solidaire de l'index se déplaçant le long de la règle R au moyen de la vis P; — D, Entonnoir gradué pour le contrôle du débit; — E, Etrier-support; — F, Flotteur en verre; — H, Vase en grès comcnant la solution titrée d’hypochlorite; — J, Couvercle en verre; — L, Robinet d’arrêt; — MN, Niveau constant; — P, Vis de réglage du débit; — R, Règle graduée; — S, Obturateur à pointeau; — T, Tubulure d’alimentation du vase H ; — U, Tube flexible; — Z, Tube de caoutchouc allant à l'eau à stériliser.
- au cône du pointeau, se dégage et la solution d’hypochlorite s’écoule dans le vase H par la tubulure latérale T : le niveau remonte dans le vase jusqu’à ce que le pointeau, poussé par le flotteur, referme l’orifice S. Pratiquement, par suite des grandes dimensions du flotteur comparées à la petitesse du débit de la solution, les oscillations du flotteur et du pointeau sont faibles, le débit est continu et il s’établit dans le vase un niveau de régime ;
- Un régulateur de débit, constitué par un ajutage G se déplace le long d’une règle R, dont le zéro doit être placé au même niveau que le liquide dans le vase, lorsque l’appareil ne fonctionne pas. Lorsque l’appareil est en service, on obtient le
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- débit désiré en faisant coulisser l’ajutage le long de la règle jusqu’en face du chiffre correspondant au débit voulu. Pour obtenir ce chiffre, on utilise le tableau de la figure 3 et la courbe de la figure 4. Pour obtenir la stérilisation de 100 m3 d’eau à l’heure, par exemple, on trouve 0,4 mg chlore par litre avec une liqueur titrant 6 g de chlore par litre; on cherche sur le tableau le débit correspondant, et on trouve 0,11 1/mn. On obtient sur la courbe de réglage la division de la règle correspondant au débit de 0,11 1/mn, soit 8. On amène donc l’index de l’ajutage sur
- Débi ts (litres/minute)
- Fig. 3. — Tableau de réglage du stérilisateur.
- la division 8. On ouvre ensuite les robinets commandant le circuit de la solution d’hypochlorite et l’appareil débite la quantité de chlore fixée.
- L’ajutage G est d’ailleurs amovible et il en est livré de plusieurs diamètres suivant les quantités de solution d’hyperchlorite à déverser dans l’eau à traiter.
- Stérilisateur à débit proportionnel S. E. A. — L’appareil est constitué (fig. o) par deux réservoirs contenant le liquide de stérilisation, dont l’un en service, qui le déverse dans une première cuve à niveau constant, suivie d’une seconde identique pour assurer une constance parfaite de l’écoulement. Le niveau constant est réalisé dans chaque cuve par un flotteur avec un pointeau obstruant plus ou moins le tube d’arrivée.
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- su
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- L’eau chlorée est envoyée dans l’eau à stériliser par un ajutage relié à la seconde cuve par un tuyau en caoutchouc. Lorsque le débit est constant, la hauteur de l’ajutage mobile se règle à la main au moyen d’une tige de suspension filetée portée par la seconde cuve et de deux écrous moletés manœuvrables à la main.
- Lorsque le débit est variable, l’eau à javelliser est déversée dans une cuve de réglage à deux compartiments (pour supprimer les remous), percée vers sa base d’un orifice calibré de telle façon que l’eau monte dans la cuve à une certaine hauteur pour assurer l’écoulement d’un débit égal à celui qui y arrive. A chaque débit entrant dans la cuve correspond donc automatiquement une hauteur d’eau dans celle-ci. L’élévation de l’eau dans cette cuve entraîne un flotteur qui, parl’inter-
- STERILISATIONdes VILLE d ÙEg/T hqrAIRE A
- EAUX par le CHLORE DEBITS du STERILISATEUR STERILISER :!OOms
- TâUX TITRE DE la LIQUEUR en GRAMMES DE CHLORE par LITRE
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- 0.7 2.33* 116* 0.77’ 0.58* 0.46* 0.38’ 033* 0.29’ 0.25* 0.23* 0.21* 019* 0.17’ 0.16° 015* 0.14* 0.13* 012* 0.12* 0.11*
- 0.6 2 1 0.66* 0.5 0.4 0.33* 0.28' 0.25 0.22* 02 016* 016“ 0.15* 0.14* 013* 012* 0.11’ o.ii’ o.io! 0.1
- 0.5 ,1.66* 0,83* 0.55* 0.41* 0.33’ 0.27* 0.23* 0.20* 0,18* 0.16* 015* 0.13* 0.1 f 0.11* 011’ 0 10* 0.09® 0.09* o.o«T 0.08*
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- Fig. 4. — Courbe de réglage du stérilisateur.
- médiaire d’un fléau, abaisse d’une quantité égale l’ajutage de sortie de l’appareil : l’écoulement de l’eau à la sortie de cette cuve, d’une part, et de la liqueur javellisante, d’autre part, se fait donc sous la même charge. On fournit d’ailleurs des ajutages de diamètres différents qui permettent de modifier à volonté les dosages.
- Les appareils stérilisateurs S. A. D. E. ou S. E. A. peuvent être réglés de manière à assurer la stérilisation soit d’après la méthode Dienert, soit d’après la méthode Bunau-Varilla.
- De très nombreuses installations ont été faites en France par ces deux entreprises; nous citerons pour la S. A. D. E., les villes de Perros-Guirec, Lisieux, Dijon, Rennes, Mâcon, Bayonne, Lagny (Seine-et-Marne), Cherbourg, Limoges Louhans, Paris-Plage, Meaux, Frontignan, Saint-Aubin, Jouxte, Boulleng; et par la S. E. A. : Lille, Lunéville, Angoulême, Pléneuf, Royat, Bagnoles, Corbeil,
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- Lamballe, Nancy, Millau, Dourgue, Strasbourg, Clermont-Ferrand, Dinard, Roubaix, Versailles, Saint-Cloud, Pontoise, Chambéry.
- Nous ne rappelons que pour mémoire d’autres installations faites par ces deux entreprises pour des hôpitaux, sanatona ou industries variées.
- De plus, divers constructeurs ont également fourni et monté des appareils stérilisateurs de divers systèmes dans de nombreuses villes.
- Enfin nous citerons des villes où l’on utilise la verdunisation suivant le système
- Réservoir a eau de Javel
- Eau à Javelliser
- Fig. 5. — Schéma d’un appareil automatique S. E. A. à débit variable.
- Bunau-Varilla : Amiens, Auch, Aubagne, Blois, Cambrai, Carcassonne, Château -roux, Clermont-Ferrand, Étampes, Fontainebleau, Guingamp, Hautmont, Le Blanc, Ligny-en-Barrois, Laon, La Roche-Bernard, La Rochelle, Lyon, Montbéliard, Mulhouse, Nancy, Neufchâteau, Poissy, Pontarlier, Reims, Rieux-Minervois, Rochefort, Rombas, les Sables d’Olonne, Saumur, Saintes, Sainte-Adresse, Saint-Lô, Saint-Malo, Thaon-les-Vosges, Toul, Vendôme, Vervins, Vittel, Villeurbanne, Villeneuve-Saint-Georges.
- En résumé, la stérilisation des eaux par le chlore, après avoir été appliquée pendant plusieurs années en Amérique et en Angleterre, est utilisée en France
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- STÉRILISATION DE L’EAU PAR LE CHLORE. — MAI 1931.
- depuis près de 20 ans et s’est développée d’une façon considérable depuis la guerre ; elle n’a donné lieu à aucun mécompte et elle a assuré partout, d’une façon parfaite, la disparition de la fièvre typhoïde et des maladies hydriques.
- La dépense d’établissement est d’ailleurs faible et varie pour chaque appareil de 1.500 à 5.000 fr suivant l’importance de l’installation ; celle de fonctionnement varie également avec le débit, mais n’atteint pas un centime par mètre cube.
- On peut donc dire que sont inexcusables les municipalités ou les compagnies de distribution qui ne prennent pas les précautions nécessaires pour mettre les habitants à l’abri des graves conséquences que peut entraîner la distribution d’une eau contaminée.
- LES TRAVAUX DU COMITÉ DE NORMALISATION DE LA MÉCANIQUE. NORMES SUR LES AJUSTEMENTS
- par M. Ed. Sauvage, membre du Conseil.
- Le bulletin du C N M (Comité de Normalisation de la Mécanique) de mars 1931 contient les remarques suivantes sur les ajustements.
- u On sait que la normalisation internationale des ajustements, proposée par la France au Congrès de Prague, en octobre 1928, a fait l’objet, depuis cette époque, d’études très approfondies au sein de la sous-commission internationale de cinq membres (dont un délégué du Comité français de la Mécanique) créée à cet effet. C’est sur les travaux de cette commission que reposent les normes C N M d’ajustements qui doivent paraître prochainement(1), et la Conférence de Copenhague a pour but de présenter les résultats obtenus aux délégués de tous les pays non représentés à la sous-commission.
- « En préparation de cette réunion, et à titre de contribution à l’enquête ouverte à ce sujet auprès de tous les comités nationaux, la Commission des Ajustements a défini à nouveau le point de vue français sur les diverses questions déjà résolues en sous-commission ; elle a également arrêté ses directives en ce qui concerne les questions à examiner ultérieurement : grands diamètres, respect dans tous les cas du « profil limite », échelonnement régulier des valeurs successives, etc. »
- Le même bulletin du C N M contient un projet de normalisation des vis à bois, soumis à une enquête publique, qui se terminera le 31 mai 1931. Ce projet prévoit 4 types de têtes, tête ronde, tête fraisée, tête fraisée-bombée, tête carrée; ces types sont établis conformément aux principes des normes de visserie déjà parues en tenant compte, autant que possible, de la pratique française et des tendances étrangères.
- Les diamètres nominaux sont ceux de la série SI (Système international de Filetages), avec la seule addition, à titre provisoire, des diamètres 2,75 et 6,5 mm. qui sont d’un emploi fréquent. Pour les têtes fraisées, l’angle de 90° est prévu.
- Le Comité de Normalisation de la Mécanique vient de publier (en avril 1931) la série de normes sur les ajustements (nos 501 à 503, 506 à 508, 516 à 528, 536 à 566, et 576 à 578), dont l’apparition prochaine était mentionnée dans le compte
- (I) Ces normes viennent de paraître et sont analysées ci-après.
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- NORMES GNM SUR LES AJUSTEMENTS.
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- rendu de sa session de janvier, donné dans le Bulletin de la Société d'Encouragement (avril 1931, p. 211). Ces normes doivent être proposées pour l’homologation officielle.
- Les premières de ces normes précisent des définitions et exposent des principes généraux; quelques extraits en sont donnés ci-après. Les dimensions des éléments de machines et instruments vérificateurs, indiquées dans les normes, sont celles qu’ils doivent avoir effectivement à la température de 20° centigrades.
- Un assemblage est composé de deux éléments, un extérieur, dit élément femelle, l’autre intérieur, dit élément mâle. Un assemblage est dit avoir du jeu lorsque la dimension de l’élément femelle est supérieure à celle de l’élément mâle, et du serrage, ou jeu négatif, dans le cas contraire.
- Le jeu ou le serrage effectif, avant pose, d’un assemblage est la différence des dimensions effectives, avant pose des éléments.
- Les conditions de bon fonctionnement d’un assemblage dans un ensemble mécanique imposent des limites, supérieure et inférieure, au jeu et au serrage. La différence entre ces limites constitue la tolérance de fonctionnement de l’assemblage. On appelle ajustement la relation, en ce qui concerne le jeu ou le serrage, entre les deux éléments d’un assemblage.
- Un vérificateur est un instrument permettant de reconnaître si la dimension d’un élément est supérieure ou inférieure à une limite donnée. On emploie surtout, à cet effet, des instruments à dimensions fixes, dits calibres à limite.
- Pour vérifier une dimension, deux instruments sont nécessaires; l’un, dit vérificateur entre, montre si l’assemblage du vérificateur et de la pièce est possible sans forcement : il indique si le maximum d’un arbre et le minimum d’un alésage ne sont pas dépassés; l’autre, dit vérificateur n'entre pas, montre si l’assemblage du vérificateur et de la pièce n’est pas possible sans forcement : il indique si le minimum d’un arbre et le maximum d’un alésage ne sont pas dépassés.
- Gomme la réalisation absolue d’une cote déterminée est impossible, les vérificateurs de dimension fixe doivent avoir des tolérances de fabrication et même des zones d’usure.
- Les éléments normalisés sont définis par leur qualité, d’après la précision imposée à l’usinage, c’est-à-dire d’après la tolérance de l’élément. Chaque qualité est désignée par un numéro, d’autant plus élevé que la tolérance est plus grande. Le tableau donné ci-après indique les tolérances prévues pour des qualités successives.
- QUALITÉ 5 6 7 8 9
- Tolérances. T t T t T t T t T t
- De 1 à 3 (inclus) . 7 2 9 4 12 5 22 10 33 17
- 2 Au delà de 3 à 6 — 7 2 10 4 15 7 27 15 45 29
- , Au delà de (5 à 10 — . 8 3 12 5 18 10 32 20 5G 37
- \ Au delà de 10 à 18 — . 10 4 14 7 22 12 39 23 08 44
- J < Au delà de 18 à 30 — . 12 5 16 9 27 15 47 29 78 52
- c j Au delà de 30 à 50 — . 14 6 18 10 30 18 54 32 90 58
- G Au delà de 50 à 80 — . 16 8 22 12 36 2I 64 40 10b 69
- © Au delà de 80 à 120 — . 20 9 26 14 42 24 72 45 123 80
- O a Au delà de 120 à 180 — . 24 10 30 15 48 28 91 50 145 94
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- NORMES GNM SUR LES AJUSTEMENTS.
- MAI 1931.
- La cote nominale, en millimètres, est la cote, généralement ronde, à laquelle sont rapportées les cotes maximum minimum, et effective, par les différences qu’elles présentent avec cette cote nominale. Dans le tableau ci-dessus, T est la tolérance de l'élément, c’est-à-dire la différence entre sa cote maximum et sa cote minimum ; t est la tolérance T diminuée des tolérances de fabrication et d’usure des vérificateurs, l est donc la zone minimum de tolérance laissée à la disposition de l’usinier.
- Les normes suivantes donnent les détails des ajustements des alésages et des arbres (nos 506 à 508); les limites d’interchangeabilité des ajustements (nos 516 à 528); les tolérances de fabrication et d’usure des instruments vérificateurs (nos 536 à 566); les jeux limites des ajustements recommandés (nos 576 à.578).
- Cette simple énumération montre l’importance de l’étude des ajustements faite par le Comité de Normalisation de la Mécanique. Cette minutieuse étude était en effet nécessaire, car la fixation des tolérances dans l’exécution des éléments de machines est capitale, et les règles proposées à cet égard sont de première importance. La qualité, telle qu’elle a été définie, sera choisie pour chaque nature d’appareil, qui sera exécuté suivant des règles fixes, avec la précision nécessaire, sans excès inutile.
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ
- CONSEIL D’ADMINISTRATION
- SÉANCE PUBLIQUE DU 14 MARS 1931
- CONSACRÉE AUX ARTISANS DE LA TRAVERSÉE AÉRIENNE DE L’ATLANTIQUE-NORD,
- DE L’EST A L’OUEST,
- PAR DIEUDONNÉ COSTES ET MAURICE BELLONTE Présidence de M. L. Mangin, 'président.
- La séance est ouverte à 16 h.
- Allocution de M. le lieutenant-colonel Paul Renard, membre du Conseil de la Société d’Encouragement.
- La réalisation de la traversée de l’Atlantique-Nord de l’Est à l’Ouest par Costes et Bellonte a provoqué un enthousiasme général : cet enthousiasme était parfaitement justifié.
- La traversée avait déjà été faite d’Amérique en Europe, mais c’était la première fois qu’elle s’accomplissait d’Europe en Amérique. Les difficultés sont notablement plus grandes, le vent étant beaucoup plus souvent dirigé de l’Ouest à l’Est qu’en sens inverse. Cette différence se traduit par un allongement de la durée du voyage, par conséquent une augmentation de la quantité de combustible nécessaire pour la traversée. Il faut, évidemment, posséder un avion capable d’emporter cet approvisionnement. Ainsi que le faisait remarquer excellemment le colonel Brocard, après la traversée de Lindbergh, le voyage aérien d’Europe en Amérique est, avant tout, une question de matériel.
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. ----- SÉANCE PUBLIQUE DU 14 MARS 1931. 349
- Ce matériel a été heureusement réalisé en France, et vous entendrez tout à 1 heure M. Louis Breguet vous parler de la construction de l’avion proprement dit, et M. Lacoste, au nom de la Société Hispano-Suiza, vous parler de celle du moteur.
- Mais l’excellence du matériel ne suffit pas pour assurer la réussite, il faut encore savoir s’en servir et une étude minutieuse, au point de vue météorologique et au point de vue géographique, est absolument indispensable. MM. Wehrlé et Kahn vous exposeront ce qui a été fait sous ce rapport.
- Enfin, quelque bien préparé que soit le voyage, il faut des hommes de premier ordre pour l’accomplir : Costes et Bellonte ont été ces hommes et ont droit à tous les éloges. Vous entendrez leurs impressions de voyage.
- Qu’on ne dise pas qu’il s’agit d’un fait isolé sans avenir pratique. Il en sera de la traversée de l’Atlantique comme il en fut, voilà 21 ans, de celle de la Manche par Blériot. L'histoire de l’aviation montre que le record d’aujourd’hui devient le fait courant de demain. Il faut avoir foi dans l’avenir de l’aéronautique en général, et de l’aéronautique française en particulier.
- M. Louis Breguet, président de la Société française de Navigation aérienne, fait une communication sur les caractéristiques et la construction du Point d’interrogation.
- Dès le lendemain de la traversée de l’Atlantique par Lindbergh, en juin 1927, Costes résolut d’aller de Paris à New York et demanda à M. L. Breguet de l’aider dans cette entreprise. Il ne pouvait à ce moment mettre à sa disposition que l’avion avec lequel, l’année précédente, Costes avait conquis le record de distance en allant de Paris à Djask, parcourant 5.430 km. Avec cet avion, il était possible de franchir les quelque 3.000 km qui séparent l’Irlande de Terre-Neuve. Mais ce que Costes voulait c’était partir d’un point précis, Paris, atterrir en un point précis, New York et couvrir d’un seul vol les 6.000 km qui séparent ces deux villes, en dépit d’un régime de vents presque toujours contraires. Il fallait donc un appareil nouveau. M. Breguet se mit à l’œuvre sans y être incité par d’autres que Costes. Costes, cependant, entreprit et réussit la traversée de l’Atlantique Sud avec Le Brix, première étape de ce voyage merveilleux qu’il fit autour du monde et qui se termina en avril 1928. A ce moment, le nouvel appareil Breguet et le nouveau moteur Hispano-Suiza qui lui était destiné étaient prêts. Costes apporta à ces constructeurs le concours matériel, alors anonyme, de M. F. Coty et celui de Bellonte, de qui il avait pu apprécier les qualités incomparables de maîtrise, de sang-froid, de courage réfléchi, d’intelligence et de dévouement, alors que Costes était pilote à la Compagnie Air-Union.
- Avec le Point d’Interrogation, Costes et Bellonte firent la première tentative de traversée de l’Atlantique, que, à bon escient, ils ne poussèrent point au delà des Açores, s’étant rendu compte de l’impossibilité de réussir cette fois-là; mais ils revinrent avec la certitude de réussir une autre fois, et voulurent, au préalable, accomplir un voyage au moins aussi difficile que la traversée de l’Atlantique Nord, celui qu’ils firent de Paris à Tsitsikar (Sibérie orientale) (7.900 km), conquérant ainsi le record du monde de distance, puis prolongeant ce voyage et, en accomplissant d’autres, ils ramenèrent en France sept records du monde.
- M. Breguet rappelle que Costes a été depuis la première heure jusqu’au succès
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — MAI 1931.
- triomphal, un animateur patient mais ferme, un coordonnateur des bonnes volontés et un collaborateur fidèle de ceux qui lui avaient donné leur concours. e. l.
- M. Lacoste, Ingénieur aux Usines Hispano-Suiza, décrit le moteur du Point d’interrogation.
- Les moteurs construits par la Société française Hispano-Suiza dérivent tous du moteur de 150 ch créé en 1915, pendant la guerre, par M. Marc Birkigt. Il était construit sur des principes alors absolument nouveaux qui firent un moment hésiter les autorités militaires à l’adopter et qui sont encore aujourd’hui caractéristiques du moteur Hispano-Suiza, savoir : construction du bloc des cylindres avec fûts en acier vissés dans une culasse d’aluminium; distribution par soupapes commandées directement par un seul arbre à cames pour chaque bloc ; bielle intérieure garnie d’antifriction à l’intérieur et à l’extérieur.
- En 1923, M. Birkigt crée les moteurs à 12 cylindres en Y et en W. Celui de 650 ch, qui servit à Costes et à Bellonte, est à 12 cylindres en V à 60° ; il tourne à 2.000 t/mn, pèse 469 kg, consomme : essence 228 g/ch.h; lubrifiant : 5,5 g/ch.h.
- Ce moteur fait partie d’une gamme de moteurs créée en 1928 et possédant les mêmes caractéristiques générales que les anciens mais dans lesquels un grand perfectionnement a été apporté : la nitruration des cylindres, procédé mis au point par M. Birkigt après de minutieuses et longues recherches.
- Le métal employé est un acier au chrome-aluminium. Le cylindre est d’abord ébauché à 2 ou 3 mm de plus que les cotes définitives; à cet état, il est soumis à une trempe suivie d’un revenu procurant une résistance de 90 à 95 kg/mm2. Après ces traitements thermiques, la cote extérieure est approchée, en laissant encore une
- légère surépaisseur d’environ mm qui ne sera enlevée plus tard qu’à la rectification après durcissement.
- On protège l'extérieur contre la nitruration afin de pouvoir terminer l’usinage sans l’intervention de la meule : le cylindre est nitruré dans un courant d’ammoniaque à une température bien déterminée et juste assez longtemps pour que la couche nitrurée ne dépasse pas une épaisseur de 0,6 à 0,7 mm. Enfin la partie extérieure est mise à la cote juste à l’outil, l’alésage est rectifié.
- La nitruration communique une dureté supérieure à celle des meilleures trempes et rend le cylindre, qui est d’un beau poli, pratiquement inusable. A l’usage, les pistons et les segments se glacent et brunissent : leur usure est presque nulle.
- Tous les autres organes du moteur ont été étudiés pour arriver à une endurance correspondant à celle du cylindre.
- Pendant la traversée de l’Atlantique (d’une durée de 37 heures 17 minutes), le moteur ne consomma que 4.770 litres d’essence et 30 litres d’huile. Une vérification sommaire à l’arrivée à New York permit de constater que le moteur était en excellent état; aussi les aviateurs purent-ils repartir le lendemain pour s’adjuger le prix Easterwood, puis faire leur « tour d’amitié » au-dessus des États-Unis, visitant ainsi 33 villes sans aucun incident malgré plusieurs étapes très difficiles, notamment dans les Rocheuses. A leur retour à New York, ils avaient parcouru 28 000 km en 175 heures de vol, le moteur n’ayant subi aucune réparation.
- Actuellement, au point de vue aéronautique, la France se place en tête des nations avec 33 records du monde, dont 28 avec moteur Hispano-Suiza. e. l.
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — SÉANCE PUBLIQUE DU 14 MARS 1931. 351
- M. Philippe Wehrlé, Ingénieur en chef de l’Aéronautique, chef de la Section des Avertissements à l’Office national météorologique (O. N. M.), fait une communication sur Le rôle de la météorologie dans les grands raids aériens.
- Gostes et Bellonte ont dit, trop modestement, que leur succès est « la victoire de la technique aéronautique française et de la météorologie », mais il est incontestable que le facteur météorologique a joué un rôle essentiel dans la réussite du raid.
- Depuis 1921, le directeur de l’O. N. M. s’est préoccupé d’assurer la protection des futures liaisons aériennes transatlantiques en s’efforçant de :
- 1° connaître l’état de l’atmosphère à chaque heure de la journée en concentrant un nombre suffisant d’observations faites dans l’Amérique du Nord et dans l’Atlantique Nord, celles-ci par les navires qui y circulent et dont certains, comme le Jacques-Cartier, opèrent simultanémnent des concentrations; 2° déduire de ces observations l’état futur de l’atmosphère 3 jours, au lieu de 24 heures, à l’avance.
- Ces deux problèmes peuvent être considérés comme à peu près résolus puisque Costes et Bellonte sont partis au jour et à l’heure indiqués comme favorables et ont bien rencontré, au cours de leur traversée, le temps qui leur avait été indiqué avec précision au départ et confirmé par T. S. F. au cours de la traversée.
- Le conférencier montre pourquoi les situations atmosphériques favorables à la traversée de l’Est à l’Ouest sont très rares et éphémères, et comment l’O. N. M. a pu prévoir que la situation atmosphérique du 31 août 1930, veille du départ (qui eut lieu le 1er septembre à 9 h. 55 m.) se maintiendrait deux à trois jours, ce qui a permis de tracer à l’avion la route la meilleure. Il n’y avait qu’une légère incertitude sur le temps qui régnerait sur la côte américaine lorsque les aviateurs y arriveraient : on ne savait comment évoluerait une dépression qui devait y arriver en venant de l’Ouest. En fait, les aviateurs y ont rencontré la dépression annoncée.
- Au total, la route réelle suivie par Costes et Bellonte s’écarte fort peu de celle que l’O. N. M. avait conseillée et l’horaire du parcours réel ne diffère que d’une heure de l’horaire calculé en tenant compte de la vitesse de l’avion, de la vitesse et de la direction des vents prévus.
- Par contre, dès le 3 septembre, la situation atmosphérique était complètement renversée et était redevenue favorable à un retour d’Amérique en Europe.
- M. I jouis Kahn, Ingénieur du Génie maritime, Ingénieur en chef de l’Aéronautique, fait une communication sur L'art de se diriger au cours des grands voyages aériens.
- M. Kahn expose les méthodes qu’il a imaginées et sur lesquelles a reposé la navigation de Gostes et Bellonte, puis donné des détails sur les applications qu’ils en ont faites le 1er et le 2 septembre 1930 dans leur traversée de Paris à New York.
- Le support des opérations de navigation de Costes et Bellonte est constitué par un système cartographique conçu pour répondre aux besoins nouveaux de la navigation aérienne. Il est d’ailleurs normal qu’un mode nouveau de navigation transforme les méthodes employées. C’est ainsi que le développement de la navigation à la boussole, qui suivit la découverte de nouveaux continents, entraîna la création de la carte de Mercator, destinée à résoudre simplement le problème de la détermination des caps. Si le navigateur était alors préoccupé de connaître la route à suivre pour aller d’un point à un autre à cap constant, ou loxodromie, la navigation
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — MAI 1931.
- aérienne pose désormais la recherche de la route la plus courte d’un point à un autre, ou orthodromie, constituée par l’arc de grand cercle qui joint deux points de la sphère terrestre.
- Cette orthodromie joue encore un double rôle : le grand cercle est en effet le trajet suivi par les ondes hertziennes à la surface de la terre. Il donne donc le relèvement d’une station lorsque l’on connaît la direction suivant laquelle on reçoit ses émissions. C’est une des méthodes qui avaient été prévues pour permettre à Costes et Bellonte de se situer sur l’océan d’après les positions des navires qui entendraient leurs émissions.
- Mais c’est surtout pour la détermination astronomique du point, qui fut constamment employée par eux pour situer le Point d,' Interrogation, que le grand cercle intervient car il joue, en trigonométrie sphérique, le même rôle que la droite en géométrie plane.
- Grâce au système cartographique employé et qui est constitué par un changement d’axe de la projection de Mercator elle-même, le grand cercle peut être considéré comme une droite avec une approximation supérieure à celle qu’exige la pratique. Toutes les opérations de navigation ci-dessus s’exécutent donc comme si la terre était plate et la conservation des angles supprime toute déformation.
- L’auteur donne la valeur chiffrée de cette approximation et projette : les maquettes des principaux itinéraires mondiaux; la première carte imprimée dans ce mode de représentation, savoir la route de l’Europe vers l’Amérique du Sud, et enfin la reproduction de la carte de navigation de Costes et Bellonte.
- Ceux-ci s’étaient entraînés à ces méthodes nouvelles dès 1928.
- A cette époque, c’était surtout à la radiogoniométrie que l’on pensait avoir recours. C’est pourquoi la carte de navigation porte toutes les stations côtières des deux rives de l’Atlantique. En fait, la détermination radiogoniométrique des navires fut assez difficile et c’est surtout comme relais de transmission et comme élément fondamental de sûreté qu’ils jouèrent un rôle éclatant, grâce au dévouement de tous et à la minutie avec laquelle fut préparée l’alerte générale sur l’Océan.
- Costes et Bellonte eurent donc surtout recours à la détermination astronomique de leur position par l’observation du soleil et des étoiles.
- La détermination du point revient, en principe, à l’opération suivante : on observe la hauteur d’un astre au-dessus de l’horizon à un instant donné : l’indication du temps donne le point de la terre où l’astre observé est au zénith ; on se trouve donc à une distance de ce point de la terre, égale à la distance zénithale, complément de la hauteur observée, évaluée en degrés d’arc terrestre. Alors que, normalement, c’est le calcul trigonométrique, plus ou moins simplifié, qui intervient, il suffira, sur la carte employée, de porter la distance zénithale à l’échelle de la carte suivant une droite, le long d’une règle.
- C’est l’opération à laquelle Bellonte s’était longuement entraîné et qu’il exécuta 17 fois pendant le trajet. Un des points les plus délicats consiste dans l’observation des hauteurs. Elle fut faite au quadrant Favé et grâce au pilotage remarquable de Costes qui, depuis l’origine, avait cru à la portée des méthodes scientifiques dans le succès de son expédition.
- Quant à la détermination de la position de l’astre au-dessus de la terre, elle peut se faire directement sur la carte, sans consultation des tables. Le trajet des étoiles est en effet dessiné à l’avance et valable pour plusieurs années.
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- CONSEIL D ADMINISTRATION.
- SÉANCE PUBLIQUE DU 14 MARS 1931.
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- On aura une idée de la précision de la navigation par le résultat suivant : L'équipage avait quitté la terre (en Irlande) à 15 h. (temps international) le 1er septembre 1930; à 12 h. 55 m., le lendemain, Bellonte fit la dernière hauteur sur l’Océan. Elle indiqua que la terre serait atteinte vers 14 h. et, en effet, l’avion après 23 heures de navigation sans aucun repère terrestre, aborda le Nouveau-Monde à li h. 2 m. en survolant, sans avoir à le chercher, le point qu’il voulait atteindre, savoir l’extrémité Nord-Est, la plus proche d’Europe, de l’Iledu Cap Breton.
- L’auteur termine en remerciant Costes et Bellonte d’avoir ainsi consacré ces méthodes nouvelles, qu’ils ont su, tous deux, car ils étaient « interchangeables » à bord, s’assimiler très vite et qu’ils ont appliquées avec une maîtrise incomparable. L’entente entre ces deux hommes est aussi, dit M. Kahn, une chose admirable qui a certainement contribué à leur succès.
- Sur la demande de M. Mangin, président, M. Dieudonné Costes fait une communication sur sa traversée de /’Atlantique et les grands voyages aériens qu'il a exécutés auparavant.
- M. Costes explique comment l’idée de traverser l’Atlantique-Nord de l’Est à l’Ouest lui est venue. Cette idée remonte très loin. Il a compris, dès qu’il eut cherché les moyens de la réaliser, que la réussite dépendait en majeure partie des méthodes scientifiques : d’une adaptation du matériel aéronautique; de la certitude des avertissements météorologiques et d’une préparation, longue et minutieuse, des aviateurs, c’est-à-dire d’un ensemble de conditions ressortissant toutes à une organisation méthodique.
- Le premier essai de traversée de l’Atlantique, par le Sud, lui donna ainsi qu’à Bellonte, la certitude de réussir car la réussite n’était plus qu’une question de patience. En effet, arrivés à hauteur des Açores par temps de brume, les aviateurs avaient pu déterminer exactement leur position par leurs propres moyens, le centre atlantique n’étant pas, comme l’Atlantique-Nord, parcouru par de nombreux navires pourvus de la T. S. F. Ayant reconnu l’impossibilité d’aborder l’Amérique, étant donné l’insuffisance de leur provision d’essence, ils s’en revinrent, sans tenter l’impossible mais avec une confiance absolue dans l’avenir. Après quoi, ils tentèrent un voyage aérien plus long que la traversée de l’Atlantique, à travers la Sibérie.
- Ce voyage a été plus pénible et beaucoup plus difficile que celui de l’Atlantique, et« Si nous avions le choix, dit Costes, nous préférerions l’Atlantique à la Sibérie ». Les incidents furentnombreux et dus aux seules conditions climatiques et météorologiques : mauvais temps, brouillard, givrage des surfaces portantes et même du moteur, perturbations atmosphériques fréquentes et brusques, nuages très élevés (jusqu’à près de 6.000 mètres). Après avoir traversé le lac Baïkal, ils durent louvoyer avec un des six carburateurs déréglé presque toute une nuit, avant de se risquer à atterrir : le jour arrivé, ils se trouvèrent au-dessus du lac Baïkal : ils avaient dérivé de 200 km au Nord du point qu’ils devaient atteindre.
- L’entreprise de la traversée de l’Atlantique fut facilitée grâce au concours financier de M. F. Coty, qui participa pour un tiers dans les frais de l’entreprise.
- Malgré les critiques et les allusions ironiques, Costes et Bellonte attendirent patiemment et partirent à leur heure. Il n’y a rien à dire, ajoute Costes, de notre
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — MAI 1931.
- traversée : elle a été banale et tout s’est passé sans incident et comme il avait été prévu ». Cependant, l’arrivée en Amérique a été sensationnelle; de même, le « tour d’amitié », plus pénible et plus difficile que la traversée de l’Atlantique; un jour, il y eut jusqu’à 160 avions à la queue leu leu dans le ciel !
- Et Costes conclut : « Notre seul mérite est d’avoir su attendre ». e. l.
- M. Maurice Bellonte prononce ensuite une courte allocution à laquelle vu son intérêt, il convient de donner quelque développement. Il parle des problèmes de météorologie, de navigation, de T. S. F. quil a fallu résoudre.
- Grâce au concours de l’O. N. M., les aviateurs s’étaient rendu compte des difficultés que présente la traversée de l’Atlantique, soit par les Açores, soit par l’Islande, le Groenland et le Labrador; cette dernière, cependant, sera sûrement utilisée dans l’avenir, pendant la belle saison. Décidés à adopter la route la meilleure à la fois au point de vue météorologique et à celui de la liaison possible par T. S. F. avec les navires, les aviateurs se décidèrent sans hésitation à partir le 1er septembre, la situation météorologique étant devenue nettement favorable.
- Il fallait, pour avoir le plus possible vent arrière, tourner parle Nord une première dépression centrée aux Açores, en quittant la côte en Irlande, au cap Loop, puis tourner vers le Sud une seconde dépression, trop élevée en latitude. Les aviateurs savaient qu’en arrivant à la côte américaine, ils trouveraient une troisième dépression juste devant eux; le détour à faire pour l’éviter étant trop important, ils profitèrent de ce que l’avion était suffisamment délesté de son essence pour l’aborder de front en volant par-dessus.
- Pour la navigation, les aviateurs ont utilisé toutes les méthodes existantes : observation, estime, radio, visées d’astres et utilisation des cartes établies par M. Kahn qui permettent de faire les calculs en beaucoup moins de temps que parles anciennes méthodes. C’est là un très grand avantage quand il faut travailler sous l’influence du froid, de la fatigue, du bruit du moteur, de la raréfaction de l’air et des courants d’air qui arrachent le papier des mains.
- Au cours du raid, les aviateurs ont fait 17 séries de visées; ils ont pu passer leur point par T. S. F. aux navires avec lesquels ils causaient, et toucher la côte à l’endroit prévu à 5 minutes près de l’heure prévue; ils purent aussi se situer exactement lorsque, après avoir fait de nombreux détours sur les côtes de la Nouvelle-Ecosse, ils tracèrent leur dernier tronçon de route sur New York.
- Le poste de T. S. F. utilisé était l’A 81 D de la Société française radioélectrique, travaillant en modulé et entretenu sur des longueurs d’onde de 600 et 800 mètres, longueurs très stables et d’une utilisation facile à bord. La longueur de 600 mètres fut utilisée au-dessus de l’Océan car les navires passent en veille sur cette onde à intervalles réguliers et convenus. L’onde de 800 mètres devait servir à assurer la liaison avec les radiogoniomètres américains. En fait, le Point d'Interrogation a été en liaison avec une dizaine de transatlantiques et a été écouté et suivi par tous les autres transatlantiques alors en mer.
- 11 n’est resté jamais plus de 30 minutes sans toucher un navire. Dans certains cas, la portée a dépassé 1.500 km, distance à laquelle plusieurs navires ont noté, dans leurs procès-verbaux que la réception sur antenne était très pure et lisible.
- Bellonte exprime ses très vifs remerciements à tous les commandants et opérateurs des navires qui ont rendu aux aviateurs des services remarquables, et aussi aux
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — SÉANCE PUBLIQUE DU 14 MARS 1931. 355
- constructeurs, ingénieurs et artisans dont le concours a assuré le succès de leur randonnée. e. l.
- M. L. Mangin, président. — Je remercie chaleureusement tous les conférenciers d’aujourd’hui, qui nous ont appris d’une manière si claire, comment a pu être réalisé le tour de force de Costes et Bellonte. Cette séance exceptionnelle, organisée par notre collègue du Conseil, le lieut.-col. P. Renard, nous a fait connaître, je ne dirai pas tous, mais les principaux artisans de cette merveilleuse traversée de l’Atlantique de l’Est à l’Ouest, qui s’est accomplie avec une précision et une sûreté remarquables. Nous espérons que tous nos conférenciers voudront bien nous remettre un texte détaillé de leur communication, de façon qu’il reste une trace durable, dans notre Bulletin, de la mémorable séance d’aujourd’hui.
- Avant de clore la séance, je crois devoir attirer l’attention sur ce qui me paraît ressortir de l’ensemble de toutes ces intéressantes communications : c’est la conjugaison des efforts de chacun avec les efforts d’autres collaborateurs, pour atteindre un but difficile à toucher; la longue et méthodique préparation de chacun des artisans du succès, travaillant tous en liaison, avec une compréhension et une harmonie qu’on ne saurait trop louer. C’est là un bel exemple de cette organisation du travail, dont on parle tant depuis quelques années, et des beaux résultats auxquels elle conduit. On a dit, après la malheureuse tentative de Nungesser et Coli, que la possibilité de traverser l’Atlantique-Nord de l’Est à l’Ouest n’était qu’une question de matériel, et qu’en France, on trouverait toujours les hommes qu’il fallait pour risquer l’aventure, si périlleuse qu’elle fût. Je ne voudrais pas diminuer le mérite de Costes et de Bellonte : ils ont couru assez de dangers pour que leur bravoure ne soit pas en question, m;iis je crois que, pour réussir, il ne suffit pas d’être brave; il faut aussi être intelligent et avoir un courage peut-être plus rare que pour risquer sa vie : il faut avoir le courage de travailler sans relâche et avec patience à l’œuvre à laquelle on s’est adonné. Il faut aussi posséder une grande fermeté de caractère pour ne pas céder à certaines sollicitations pressantes, fléchir devant certaines prières, se laisser aller au découragement. Ce sont ces qualités, et bien d’autres encore, que nous trouvons réunies chez Costes et Bellonte avec, en plus, cette compréhension réciproque qu’on rencontre rarement, même chez les amis les plus intimes. C’est ce que, en général, le grand public ne sait pas assez; s’il le savait, l’enthousiasme retentissant que leur exploit a provoqué dans le monde serait plus grand encore.
- Encore une fois, au nom de la Société d’Encouragement, je félicite MM. Costes et Bellonte de leur succès : il est bien mérité.
- La séance est levée à 19 h.
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- BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ d’eNCOURAG. POUR L’iNDUSTRIE NATIONAI E. — MAI 1931.
- OUVRAGES REÇUS A LA BIBLIOTHÈQUE EN AVRIL 1931.
- Kouznetzoff (V. L.). — Exemples pratiques de dispositions d'armatures dans les ouvrages en béton armé. In-4 (32 x 24) de x p., XLV planches. Paris, Uunod, 1931.
- 17980
- Roger (Paul). — Calcul des poutres supportant des planchers et certaines charges particulières. In-8 (25 x 16) de 179 p., 62 fig. Paris, Dunod, 1931. 17981
- Ponthière (Maurice). — Le nouvel esprit des affaires. (Études sur les affaires. III).
- In-4 (27 x 18) de 242 p. Paris, Nouvelle Librairie commerciale, 46, rue Lamartine (9e).
- 17982
- Fubini (Guido) et Cech (Eduard). — Introduction à la géométrie projective différentielle des surfaces. In-8 (25 x 16) de vi + 291 p. Index bibliographique, p. 257-290. Paris, Gauthier-Villars et Cle, 1931. 17983
- Graetz (André) et Burgart (Pierre). — Pétroles naturels et carburants de synthèse. Constitution chimique. Traitement. Utilisation. (Encyclopédie de chimie industrielle). In-8 (23 x 15) de 624 p., 55 fig. Paris, J.-B. Baillière et fils, 1931. 17984
- Ventre (Jules). — Traité de vinification pratique et rationnelle. Il : Le vin. Sa
- composition, ses maladies, sa conservation. In-8 (23 x 14) de 487 p., 95 fig. Montpellier (Hérault), Librairie Coulet, A. Dubois et II. Poulain, 5, Grand’rue. 17985
- Pawlowski (F.). — Les méthodes d’analyses en brasserie, revues par le Dr Doemens d’après la 3e édition allemande par Georges Gharlie. In-8 (25 x 16) de vin -f 319 p., 78 fig. Paris, Dunod, 1931. 17986
- Royal Dublin Society. — Bi-Centenary Souvenir, 1731-1931. In-4 (30 x 23) de 80 p., XLVI pi. Dublin, Ball’s Bridge. 17987
- Gabillion (Robert). — Soies artificielles et matières plastiques. (Collection Armand Colin, Section de chimie, n° 129). In-16 (17 x 11) de 204 p., 20 fig. Paris, Librairie Armand Colin, 1931. 17988
- Chartrou (J.-J.). — Pétroles naturels et artificiels. [Collection Armand Colin, Section de-chimie, n° 124). In-16 (17 x 11) de 206 p., 52 fig. Paris, Librairie Armand Colin, 1931.
- 17989
- Éliacheff (Boris) — Le dumping soviétique. In-12 (19 x 12) de ix + 220 p. Paris, Marcel Giard, 1931. 17990
- Heinrich (W.). — Le problème des balais dans la construction des machines électriques. Traduit de l’allemand par J. Legueu. In-8 (25 x 16) de xii -f- 239 p., 114 fig. Paris, Dunod, 1931. 17991
- Galbrun (Henri). — Propagation d’une onde sonore dans l’atmosphère et théorie des zones de silence. (Publication de l’Institut de mécanique des fluides de l'Université de Paris, Fondation du Ministère de l’Air). In-8 (25 x 16) de x -f 352 p., 68 fig. Paris, Gauthier-Villars et C‘e, 1931. 17992
- Lefebvre (Henri). — Contribution à l’étude de l’action chimique de l’étincelle élec-
- trique sur les gaz sous faible pression. (Thèse présentée à la Faculté des Sciences de l’Université de Lille pour obtenir le grade de docteur ès sciences physiques). In-8 (23 x 15) de 176 p., 51 fig. Paris, lmp. nationale, 1931. (Don de l’auteur). 17993
- L’agent général, gérant,
- E. LEMAIRE.
- Coulommiers. — lmp. Paul BRODAJtD.
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- 130e ANNEE.
- JUIN 1931.
- BULLETIN
- DE LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ
- 1° Rapport présenté par M. Lafosse, au nom de la Commission des Ponds, sur les comptes de l’exercice 1928.
- MESSIEURS,
- La Commission des Fonds, qui a pris connaissance des comptes de votre Société pour l’exercice 1928, m’a chargé de vous soumettre le rapport financier prévu à l’article 31 de vos statuts.
- Les recettes et les dépenses, en ce qui concerne les Fonds généraux, se présentent comme il suit :
- lre PARTIE : FONDS GÉNÉRAUX
- UECETTES
- fr C
- 1° Cotisations annuelles des membres ordinaires de
- la Société................ 61.959,40
- 2° Arrérages et intérêts. 79.652,92
- 3° Subvention du Ministère de l’Agriciilture . . . 1.000,00
- 4° Recettes diverses . . 290,60
- 5° Prélèvement sur la réserve. . . .................. 1.285,73
- Total des recettes. . . 144.188,65
- DÉPENSES
- fr c
- 1° Bulletin et autres publications de la Société (excédent de dépenses) . . 42.861,60
- 2° Service de la Bibliothèque ......... 13.581,65
- 3° Frais d'administration ............... . 62.913,35
- 4° Immeubles ( excédent de dépenses) .... 21.961,55
- 5° Conférences. . . . 1.370,50
- 6° Allocation à la réserve. ........ 1.500,00
- Total des dépenses; . . 144.188,65
- Cet exposé fait apparaître une nouvelle réduction de nos dépenses. La différence, qui, pour les exercices de 1926 et 1927, avait été d’environ 5.600 fr, ressort pour 1928 à près de 10.000 fr.
- Les mesures de compression effectuées n ont cependant pas été suffi-
- 25
- 130e Année. — Juin 1931.
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ (1928). — JUIN 1931.
- sautes, par suite du relèvement général des prix de toutes choses, pour égaler les recettes aux dépenses. Les réductions opérées sur les frais de publication et de bibliothèque ne semblent pas pouvoir être poussées plus loin sans porter atteinte à l’activité de votre Société. Un prélèvement de 1.285,73 fr sur la réserve est nécessaire pour établir la balance; mais ce déficit est plus apparent que réel puisque votre Société a versé 1.500 fr au fonds de réserve.
- La cause principale de la diminution des dépenses est la réduction des frais relatifs aux immeubles. L’excédent de dépenses, qui était en 1927 de 29.873,50 fr, est tombé en 1928 à 21.961,55 fr.
- Le chiffre des cotisations est supérieur d’environ 900 fr à celui de 1927.
- 2* PARTIE : FONDS SPÉCIAUX ET FONDATIONS
- Nous signalons avec satisfaction que l’Association des Propriétaires d’Appareils à vapeur du Nord de la France est inscrite comme membre perpétuel et que M. Saurel s’est inscrit comme membre à vie.
- Les comptes des fonds spéciaux et fondations figurent au bilan qui est annexé au présent rapport; les chiffres parlent d’eux-mêmes et ne comportent aucune explication particulière. Signalons cependant que les portefeuilles commun et individuels des fonds dont vous avez la gestion comprennent :
- 112.-467 fr de rentes françaises de différents types, et 842 obligations de chemins de fer.
- Les sommes affectées en 1928 aux récompenses et subventions ont été un peu supérieures à celles des années précédentes.
- 1° Prix (dont le prix d’Argenteuil 12.000 fr)..... 14.500,00 fr
- 2° Médailles et allocations aux contremaîtres et ouvriers . 7.789,95 —
- 3° Subventions et brevets d’invention.......... 13.010,00 —
- 4° Subventions à des auteuis de mémoires parus dans le
- Bulletin........................................................ 3.503,00 —
- 51 Secours................................................... 800,00 —
- Total............................................ 39.602,95 fr
- Nous vous proposons, Messieurs, d’approuver les comptes et le bilan tels qu’ils sont présentés et d’adresser aux membres du Bureau l’expression de votre vive gratitude pour les soins éclairés et dévoués qu’ils ne cessent d’apporter à la gestion de votre Société.
- Le Rapporteur,
- H. LAFOSSE.
- Lu et approuvé en assemblée générale, le 27 juin 1931.
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- BILAN AU 31 DÉCEMBRE 1928
- ACTIF
- PASSIF
- Immeuble 44, rue de Rennes...................
- Immeuble 15, rue Saint-Beuoit................
- Portefeuille de la Société (valeur d’achat) . . .
- Portefeuille des fondations (valeur d’achat). . . Portefeuille du Fonds d’accroissement (fondation Jollivet) (valeur d’acliat).............
- Portefeuille commun (valeur d’achat).........
- Caisse siège social..........................
- Chèques postaux..............................
- Comptoir national d’Escompte .......
- Compagnie algérienne.........................
- Fondation Jollivet...........................
- — Roy...............................
- — Farcot............................
- Débiteurs divers.............................
- fr c 600.000 » : 141.452,50 2.185.017,36 ] fr c • 2.926.469,86
- 1.146.011,97 , 308.562,18 * 1.454.574,15
- 79.576,01
- 5.746,01 | 15.013,48 ( 4 929,73 ) 25.712,22
- 69,55 ) 16,19 128,50 ) 214,24
- 69.294,07
- Total de l’actif
- fr o
- Valeurs mobilières et immobilières appartenant à la Société. 2.926.469,86
- Valeurs des fondations.......................................... 1.454.574,15
- Fondation d’Argenteuil............................. E6,48 \
- — Bapst (secours)............................. 2.563,05
- — Bapst (recherches).......................... 3.894,20
- — Christofle................................. 1.390,70
- — Galitzine..................................... 289,94
- — Carré......................................... 550,96
- — Fauler...................................... 1.291,47
- — Legrand................................. 7.306,76
- — Christofle et Bouilhet...................... 1.964,97 j
- — de Milly.................................... 5.486,08 J
- — de Baccarat................................... 690,31 JJ
- — Menier........................................ 824,05 B
- — Baude....................................... 3.016,19 I
- — GifTard..................................... 1.397,33 f
- — Meynot...................................... 4.067,22
- — Melsens....................................... 351,07 1
- — Classe 50 (1867) ............................. 814,24 >
- — Parmentier.............................. 2.027 »
- — Classe 51 (1889)........................ 1.478,63
- — — 21 (1889)........................ 103,99
- — 63 (1889)........................ 1.155,44
- — De Salverte................................... 489,37
- — Classe 65 (1900)............................. 512,11
- — Annengaud.................................. 17.847,35
- — Danton...................................... 1.332,64
- — Massion..................................... 8.108,94
- — Osmond......................................... 13,90
- — Robin....................................... 3.768,10
- — Bourdon (Edouard)...................... 2.900 »
- Souscriptions perpétuelles et à vie................ 7,07
- Réserve de la Société............................... . 2.213,92
- Fragilité des aciers. ............................. 2.581 »
- Dons spéciaux...................................... 503 » ' 81.058,08
- Créditeurs divers............................................... 93.738,46
- Total du passif................................ 4.555.840,55
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ (1928). — JUIN 1931.
- 2° Rapport des Censeurs sur les comptes de la Société pour l’exercice 1928, présenté par l’un deux, M. Paul de Rousiers.
- Messieurs,
- En exécution du mandat que j’ai reçu du Conseil d'administration, j’ai l’honneur de vous soumettre le rapport des Censeurs sur l’exercice financier de l’année 1928.
- Les écritures comptables nous ont été présentées et nous avons pu en constater la concordance parfaite et la régularité.
- PREMIÈRE PARTIE : Fonds généraux.
- Les résultats de l’exercice font ressortir une insuffisance de recettes de 1.283,73 fr. en contre-partie de laquelle il a été nécessaire d’opérer sur le fonds de réserve un prélèvement de pareille somme. Il est vrai que l’allocation régulière annuelle de 1.50Ô fr à la dite réserve ligure parmi les dépenses de l’année, mais c’est là l’application d’une règle de prévoyance dont nous ne devons pas nous départir, môme dans les années déficitaires. .
- Nous devons attirer votre attention sur le fait que l'excédent des dépenses constaté en fin de cet exercice aurait été infiniment plus important si des mesures de compression très énergiques n’avaient été effectuées, spécialement sur les frais de publication et de bibliothèque. D’autre part, les frais relatifs à l’entretien des immeubles ont été ramenés aussi à un chiffre très inférieur (21.961,55 fr au lieu de 29.873,50 fr).
- DEUXIÈME PARTIE : Fonds spéciaux et fondations.
- Sur cette seconde partie de vos écritures nous n’avons pas d’observations particulières à présenter. Le rapport de M. Lafosse vous a fourni toutes les données nécessaires. : _
- En conséquence, nous vous proposons, Messieurs, d’approuver les comptes et le bilan tels qu’ils vous sont présentés et nous sommes sûrs d’être votre interprète en adressant aux membres du Bureau l’expression de notre vive gratitude pour le soin avec lequel ils administrent la Société d’Encouragement.
- L'un des Censeurs,
- PAUL DE ROUSIERS.
- Lu et approuvé en assemblée générale, le 27 juin 1931
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- BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ d’enCOURAG. POUR L’INDUSTRIE NATIONALE. — JUIN 1931.
- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ
- 1° Rapport présenté par M. Lafosse,
- au nom de la Commission des Fonds, sur les comptes de l’exercice 1929.
- MESSIEURS,
- J’ai l’honneur de vous soumettre pour l’année 1929, au nom de la Commission des Fonds, qui a pris connaissance des comptes de votre Société, le rapport financier que prévoit l’article 31 de vos statuts.
- Les recettes et les dépenses se présentent comme il suit en ce qui concerne les Fonds généraux :
- -1™ PARTIE : FONDS GÉNÉRAUX
- RECETTES
- fr C
- 1° Cotisations annuelles des membres ordinaires de
- la Société....... 63.407,00
- 2° Arrérages et intérêts. 79.628,44
- 3° Subvention du Ministère de l’Agriculture . . . 1.000.00
- 4° Recettes diverses . . 638,40
- 3° Prélèvement sur la réserve .... ................ 10.301,16
- Total des recettes . . . 137.175,00
- DÉPENSES
- 1° Bulletin et autres publications de la Société (excédent de dépenses). .
- 2° Service de la Bibliothèque ..................
- 3° Frais d’administration ....................
- 4° Immeubles (excédent de dépenses) .... 5° Conférences .... 6° Allocation à la réserve....................
- Total des dépenses . .
- fr c
- 49.024,85
- 16.315,55
- 70.807,50
- 18.979,10
- 548,00
- 1.500,00
- 157.175,00
- Les dépenses qui s’étaient élevées en 1928 à 144.188,65 fr, se balançant approximativement avec les recettes, se sont accrues sensiblement en 1929; l’excédent est d’environ 13.000 fr. L’ascension rapide des prix de toutes choses a occasionné une majoration de près de 7.000 fr concernant les dépenses relatives aux publications diverses de votre Société et au fonctionnement de la Bibliothèque. L’augmentation normale des traitements et l’octroi d’allocations au personnel a été aussi une cause de majoration des frais d’administration. Par contre, il a été possible de réduire de 3.000 fr environ l’excédent des dépenses concernant 1 entretien et la réparation de l’hôtel de la Société et de la maison de la rue Saint-Benoît.
- L’augmentation des cotisations décidée par votre assemblée générale du 17 juin 1922 ne produit, que lentement, les effets que l’on en attendait. Le
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- 362 ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ (1929). — JUIN 1931.
- montant des cotisations s’est accru, en 1929 par rapport au chiffre de 1928, de 3.500 fr.
- Les comptes se soldant en déficit, il est nécessaire, pour établir la balance, de prélever sur la réserve, la somme de 10.501,16 fr. Cette réserve ne se chiffrant qu’à 3.713,92 fr, y compris le versement habituel, nous proposons, pour reconstituer vos disponibilités, de faire un prélèvement sur les sommes inutilisées par diverses fondations dont l’objet ne demande annuellement que des ressources inférieures à leurs revenus actuels. Ce prélèvement serait opéré à raison de 4.000 fr sur la fondation Legrand et de 3.000 fr sur la fondation de Milly.
- 2e PARTIE : FONDS SPÉCIAUX . ET FONDATIONS
- Nous signalons avec satisfaction l’inscription en 1929, comme membres perpétuels : de la Compagnie des Chemins de fer P.-L.-M. et de la Société des Etablissements Louis Perbal; et comme membres à vie : de MM. le marquis de Chasseloup-Laubat, Jolibois, Maisonneuve et Patoureau.
- La Société d’Encouragement a obtenu de l’Académie des Sciences une subvention de 5.000 fr sur le fonds Loutreuil concernant les bibliothèques.
- La lecture du bilan, que vous trouverez en annexe, vous donnera tous renseignements utiles sur l’emploi des fonds spéciaux et fondations. Nous vous signalerons que les portefeuilles commun et individuels des fonds dont vous avez la gestion comprennent :
- 112.467 fr de rentes françaises de différents types, et 821 obligations de chemins de fer.
- Les sommes affectées en 1929 aux récompenses et subventions ont été
- réparties comme il suit :
- 1° Prix.................................................... 2.500,00 fr
- 2° Médailles et allocations aux contremaîtres et ouvriers . 7.376,10 —
- 3° Subventions et brevets d’invention.................. 17.255,50 —
- 4° Subventions à des auteurs de mémoires parus dans le
- Bulletin........................................................ 3.385,00 —
- 5° Secours................................................... 800,00 —
- Total............................................ 31.316,60 fr
- Nous vous proposons, Messieurs, d’approuver les comptes et le bilan tels qu’ils vous sont présentés et d’adresser aux membres du Bureau l’expression de notre vive gratitude.
- Le Rapporteur,
- H. LAFOSSE.
- Lu et approuvé en assemblée générale, le 27 juin 1931,
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- BILAN AU 31 DÉCEMBRE 1929
- ACTIF
- fr c fr c
- Immeuble 44, rue de Rennes................... 600.000 » )
- Immeuble 15, rue Sainl-Benott. .............. 141.452,50 > 2.926.469,86
- Portefeuille de la Société (valeur d’achat) . . . 2.185.017,36 )
- Portefeuille des fondations (valeur d’achat) . . 1.156.617,93
- Portefeuille du Fonds d’accroissement (fondation
- Jollivct) (valeur d’achat)......................... 318.512,18
- Portefeuille commun (valeur d’achat)...........................
- Caisse siège social.................................... 1.862,10
- Chèques postaux....................................... 15.252,11
- Compagnie algérienne................................... 9.122,51
- Comptoir national d’Escompte........................... 6.785,43
- Débiteurs divers................................................
- 1.473.130,1 1 50.055,23
- 33.022,15
- 80.539,61
- Total de l’actif.............................. 4.565.216,96
- PASSIF
- Valeurs mobilières et immobilières appartenant à la Société.
- fr c 2.926.469,86
- Valeurs des fondations..........
- Fondation Jollivet...............
- — Argenteuil............
- — liapst (secours) . . . .
- — Bapst (recherches). . .
- — Christofle...............
- — Galitzine................
- — Carré....................
- — Fauler...................
- — Legrand ...................
- — Christofle et Bouilhet .
- — de Milly.................
- — de Baccarat..............
- — Menier................
- — Roy...................
- — Baude....................
- — Giffard..................
- — Meynot................
- — Melsens.................
- — Classe 50 (1867) . . . .
- — Parmentier...............
- — Classe 51 (1889) . . . .
- — — 21 (1889) . . . .
- — — 63 (1889) . . . .
- — de Salverte..............
- — Massion...............
- — Danton.................
- — Armengaud...............
- — Classe 65 (1900). . . .
- — Osmond.................
- — Robin. . ..............
- — Bourdon (Édouard) . .
- Legs Farcot......................
- Souscriptions perpétuelles et à vie
- Réserve de la Société............
- Fragilité des aciers.............
- Dons spéciaux....................
- Subvention du Fonds Loutreuil . Créditeurs divers...............
- 22,45
- 2.056,48
- 1.243,80
- 5.499,00
- 1.421.20 682,57 675,99
- 1.917,94
- 4.600,65
- 1.943.21 3.493,91
- 847,14 1.100,23 230,07 2.760,42 1.554,68 2.437,82 386,33 1.023,34 \ 1.362,00 / 1.683,63 176,29 1.404,27 528,61 5.030,84 1.012,31 16.847,35 542,83 9,90 183,10 4.100,00 25,10 12.07 212,76 2.581,00 503,00 5.000,00 ;
- 1.475.130,11
- 75.112,29
- 88.504,70
- Total du passif............................... 4.565.216,96
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- 3fi4
- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ ( 1929). — JUIN 1931.
- 2° Rapport des Censeurs sur les comptes de la Société pour l’exercice 1929, présenté par l’un deux, M. Paul de Rousiers.
- Messieurs,
- J’ai l’honneur de vous soumettre, pour l’année 1929, après avoir examiné vos livres comptables et m’être assuré «à la fois de leur tenue régulière et de l’exacte concordance des écritures, le rapport des Censeurs sur l'exercice 1929.
- PREMIÈRE PARTIE : Fonds généraux.
- Le déséquilibre déjà constaté en 1928 entre les dépenses et les recettes s’est accentué d’une façon très sensible au cours de l’exercice 1929. Cette constatation ne saurait, au surplus, comporter aucun blâme d’aucune sorte. Nous nous trouvons en présence d’une adaptation évidente de nos dépenses aux circonstances économiques présentes. Nous tenons même à indiquer que les augmentations de traitements et l’octroi d’allocations au personnel, qui sont un des éléments de l’augmentation des dépenses, ont été opérées avec une grande modération. D’autre part, les dépenses relatives aux publications et au fonctionnement de la Bibliothèque ont été comprimées dans toute la mesure possible et de nouvelles réductions sur l’entretien et les réparations des immeubles ont dû également être décidées. Quoi qu’il en soit, nous nous trouvons en présence d’un excédent de dépenses de 10.301,10 fr. La situation était d’autant plus difficile que la réserve ne se chiffre qu’à 3.713,92 fr, y compris le versement habituel, annuel, de 1.300 fr. Pour reconstituer notre réserve, il a fallu faire un prélèvement sur les sommes inutilisées par diverses fondations ne demandant annuellement que des ressources inférieures à leurs revenus.
- DEUXIÈME PARTIE : Fonds spéciaux et fondations.
- La lecture du bilan vous indiquera que, pour cette seconde partie, la situation est satisfaisante et ne nous donne aucune inquiétude.
- Nous vous proposons donc, Messieurs, en conséquence, d’approuver les comptes et le bilan tels qu’ils vous ont élé présentés en adressant aux membres du Bureau nos sincères remerciements pour le dévouement et la compétence dont ils font preuve dans l’administration financière de notre Société.
- L'un des Censeurs,
- PAUL DE ROUSIERS.
- Lu et approuvé en assemblée générale, le 21 juin 1931.
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- BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ d’eNCOURAG. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — JUIN 1931.
- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ
- 1° Rapport présenté par M. Lafosse, au nom de la Commission des Fonds, sur les comptes de l’exercice 1930.
- MESSIEURS,
- En conformité des prescriptions de l’article 31 de vos statuts, j’ai l’honneur de vous soumettre, au nom de la Commission des Fonds, , le rapport financier de l’exercice 1930.
- La décomposition des recettes et des dépenses s’établit comme il suit en ce qui concerne les Fonds généraux :
- 1“ PARTIE : FONDS GÉNÉRAUX
- RECETTES
- fr c
- 1° Cotisations annuelles
- des membres ordinaires de
- la Société................ 64.116,00
- 2° Arrérages et intérêts. 78.554,93
- 3° Subvention du Ministère de l’Agriculture . . . 1.200,00
- 4° Recettes diverses . . 538,00
- 5° Prélèvement sur la réserve................... 14.328,22
- Total des recettes . . . 158.737,15
- DÉPENSES
- fr c
- 1° Bulletin et autres publications de la Société
- (excédent de dépenses) . . 54.205,10
- 2° Service de la Bibliothèque . ................... 15.935,15
- 3° Frais d’administration ....................... 73.218,60
- 4° Immeubles (excédent de dépenses........ 12.044,10
- 5° Conférences. . . . 1.834,20
- 6° Allocation à la réserve................... 1.500,00
- Total des dépenses . . 158.737,15
- Les dépenses accusent une légère augmentation sur les chiffres de l’année précédente. Les frais relatifs au Bulletin et autres publications de la Société ont été réduits de plus de 4.000 fr. Par contre les dépenses d’administration portant le poids des assurances sociales, ont marqué un accroissement de 2.500 fr environ. Par suite du report à l’année 1931 de certaines réparations, l’excédent des dépenses des immeubles ne ressort qu’à 12.044,10 fr. Les cotisations encaissées sont en légère régression; la crise générale des affaires qui pèse sur l’économie domestique de chacun en est peut-être la cause.
- Les comptes se présentent donc en déficit et pour établir la balance, il faut faire un nouveau prélèvement, sur la réserve, de 14.328,22 fr. Pour reconsti-
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ ( 1930).
- JUIN 1931.
- tuer la réserve, comme on l’a fait l’année précédente, nous proposons d’utiliser les disponibilités de fondations dont les revenus annuels sont supérieurs aux demandes qui sont adressées chaque année.
- 2e PARTIE : FONDS SPÉCIAUX ET FONDATIONS
- En abordant ce chapitre, nous vous signalons, avec satisfaction, l’inscription comme membres perpétuels : de la Manufacture française de Tapis et Couvertures! de Beauvais et de la Compagnie parisienne de Distribution d’Electricité; comme membres à vie : de MM. Fremont, Waton, Watier et Adam.
- Le bilan que vous trouverez ci-joint vous donnera tous renseignements utiles sur l’emploi des fonds spéciaux et fondations.
- Voici la composition des portefeuilles commun et individuels dont vous avez la gestion :
- 112.467 fr de rentes françaises de différents types et 793 obligations de chemins de fer.
- Les sommes affectées en 1930 aux récompenses et subventions ont été réparties comme il suit :
- 1° Prix.................................................... 4.200,00 fr
- 2° Médailles et allocations aux contremaîtres et ouvriers . 8.904,13 —
- 3° Subventions et brevets d’invention.................... 22.833,00 —
- 4° Subventions aux auteurs de mémoires parus dans le
- Bulletin........................................................ 4.860,00 —
- 5° Secours................................................. 1.300,00 —
- Total............................................. 42.299,15 —
- Nous vous proposons, Messieurs, d’approuver les comptes et le bilan tels qu’ils vous sont présentés, d’après les pièces de votre comptabilité et d’adresser aux membres du Bureau l’expression de notre vive gratitude pour le concours dévoué qu’ils apportent à la gestion des affaires de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale dont l’action est hautement appréciée dans tous les milieux industriels.
- Le Rapporteur,
- H. LAFOSSE.
- Lu et approuvé en assemblée générale, le 27 juin 1934.
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- BILAN AU 31 DÉCEMBRE 1930
- ACTIF
- fr c
- Immeuble 44, rue de Rennes..................... 600.000 »
- Immeuble 15, rue Saint-Benoît................... 141.452,50
- Portefeuille de la Société (valeur d’achat) .... 2.185.017,36
- Portefeuille des fondations (valeur d’achat). . . 1.165.531,93
- Portefeuille du Fonds d’accroissement (fondation
- Jollivet) (valeur d’achat)............... 329.160,58
- Portefeuille commun (valeur d’achat)..........................
- Caisse siège social......................... 5.683,65
- Chèques postaux............................ 7.326,08
- Compagnie algérienne...................... 27.960,93
- Comptoir national d’Escompte............... 3.943,00
- Débiteurs divers.............................................
- fr c 2.926.469,86
- 1.494.692,51
- 18.435,55
- 44.913,66
- 81.188,27
- Total de l’actif
- 4.565.699,85
- PASSIF
- Valeurs mobilières et immobilières appartenant à la Société.
- fr c 2.926.469,86
- Valeurs des fondations...........................
- Fondation Jollivet..............................
- — Argenteuil............................
- — Bapst (secours).......................
- — Bapst (recherches)....................
- — Ghristofle..................................
- Galitzine..............................
- — Carré.....................................
- — Fauler....................................
- — Legrand ...............................
- — Chrislofle et Ilouilhet.....................
- — de Milly...............................
- — de Baccarat ...........................
- — Menier..................................
- — Roy.....................................
- — Baude ..................................
- — GifTard.................................
- — Meynot..................................
- — Melsens.................................
- — Classe 50 (1867)........................
- — Parmentier............................ . . '.
- — Classe 51 (1889)........................
- — — 21 (1889) .........................
- — — 63 (1889)................• . . . .
- — de Salverte............................
- — Massion.................................
- — Danton..................................
- — Armengaud...................................
- — Classe 65 (1900)........................
- — Osmond..................................
- — Robin . . ,.............................
- — Bourdon (Édouard).......................
- Legs Fargot.......................................
- Fonds Frémont pour l’amélioration du bulletin. . .
- Souscriptions perpétuelle et à vie................
- Réserve de la Société .... .......................
- Fragilité des aciers..............................
- Dons spéciaux.....................................
- Subvention du Fonds Loutreuil.....................
- Créditeurs divers.................................
- ......... 1.494.692,51
- 13,05
- 4.044,18
- 2.809,00
- 993,80
- 1.322.20
- 892.53 804,00 310,79 158,47 685,74
- 84,94 652,37 381,33 727,90 3.266,32 997,93 3.269,82 23,63 1.237,54 l 1.685,30 /
- 331,23
- 188,89
- 1.657,97
- 6,86
- 2.867,04
- 261,26
- 3.093,75
- 13,08
- 151,15
- 1.458.20 3.700,00
- 77,56
- 8.995,00
- 1,67
- 384.54 2.581,00
- 503,00
- 1.029,45 / 52.262,58
- .... 92.274,90
- Total du passif
- 4.565.699,85
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ (1930). — JUIN 1931.
- 2° Rapport des Censeurs sur les comptes de la Société pour l’exercice 1930, présenté par l’un deux, M. Paul de Rousiers.
- Messieurs,
- Conformément au mandat que vous avez bien voulu confier aux Censeurs de la Société, j’ai l’honneur de vous soumettre leur rapport sur l’exercice 1930.
- Je dois constater, tout d’abord, que la comptabilité qui nous a été présentée était parfaitement régulière et en exacte correspondance avec les écritures qui la constituent.
- PREMIÈRE PARTIE : Fonds généraux.
- Le déficit déjà constaté l’année précédente s’est encore accru au cours de l’exercice 1930 et se mesure par un excédent de dépenses de 14.328,22 fr. L’augmentation des dépenses d’administration est due principalement au poids des assurances sociales et aux dépenses concernant le Bulletin et les publications de la Société, non pas que l’importance de ces publications ait été accrue, mais simplement en raison des prix beaucoup plus élevés concernant l’impression. Cette année encore, l’entretien et les réparations des immeubles ne figurent que pour une somme très peu importante (12.044,10 fr.). Mais, malgré ce sacrifice, qu’il ne sera pas possible de continuer longtemps, il a été nécessaire d’opérer un nouveau prélèvement pour équilibrer nos dépenses avec nos recettes. La réserve, épuisée par les prélèvement antérieurs n’a pu y faire face que parce que les disponibilités de certaines fondations comportant des excédents de revenus annuels ont pu être utilisées dans ce but.
- Comme vous le voyez, c’est au moyen de recettes extraordinaires que l’équilibre a pu être obtenu. Cette situation doit vous être signalée par vos Censeurs. Elle appelle l’examen d’un prompt remède et nous la recommandons tout particulièrement à l’attention de la Commission des Fonds.
- DEUXIÈME PARTIE : Fonds spéciaux et fondations.
- Sur cette seconde partie nous n’avons pas d’observations particulières à présenter. La lecture du bilan et les détails fournis par le rapport de M. Lafosse permettent de se rendre exactement compte de la situation.
- Nous vous proposons, en conséquence, Messieurs, d’approuver les comptes et le bilan tels qu’ils vous sont présentés et nous nous permettons d’adresser en votre nom, aux membres du Rureau, l’expression de notre reconnaissance pour le dévouement qu’ils apportent dans la gestion des affaires de la Société d’Encouragement à une époque particulièrement critique.
- L'un des Censeurs,
- PAUL DE ROUSIERS.
- Lu et approuvé en assemblée générale, le 27 juin 1931.
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- BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ d’eNCOURAG. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — JUIN 1931.
- CHARLES FREMONT
- (l85o-1930),
- par M. Ed. Sauvage, membre du Conseil.
- En la personne de Charles Fremont, décédé le 17 août 1930, la Société d’Encou-ragement a perdu un fidèle collaborateur de son Bulletin, où l’on admirait l’importance et l’originalité de ses travaux. L’attribution de la grande médaille à l’effigie de Prony, en 1920 (1) 2, prouve l’estime qu’elle avait pour ce collaborateur. Elle a d’ailleurs maintes fois manifesté l’intérêt qu’elle portait aux travaux de Fremont par l’octroi de subventions. -
- La Société d’Encouragement était loin d’être seule à reconnaître le mérite de Fremont : l’Académie des Sciences lui a donné plus de vingt prix; la Société des Ingénieurs civils de France, deux grandes médailles d’or; en Angleterre, l’Iron and Steel Institutc, la médaille d’or de Bessemer, « en récompense de ses importantes recherches et des grands services qu’il a rendus à la métallurgie du 1er et de l’acier ».
- Du Gouvernement de la République il a reçu la croix de chevalier dé la Légion d’honneur.
- Toutes ces récompenses ont été entièrement spontanées : celui qui en été l’objet n’aurait pas consenti à faire la moindre démarche pour les obtenir.
- Le journal L'usine {iy, à la suite d’une notice sur la vie et l’œuvre de Fremont, a publié les appréciations reçues de nombreux savants et techniciens, tant français qu’étrangers, qu’il avait eu l’heureuse idée de consulter. Il paraît difficile de réunir plus d’unanimité dans l’éloge.
- Né le 7 août 1853, Fremont manifesta de bonne heure Un goût très vif pour la mécanique; il devint un bon élève de l’École Turgot, qu’il dut toutefois quitter prématurément, par suite de difficultés qui assaillirent ses parents. Après un essai d’entreprise commerciale, il monta un atelier de constructions mécaniques, qu’il dut bientôt abandonner, mais pour suivre le penchant qui le poussait vers les recherches scientifiques.
- Il commença par des études médicales, sans doute par suite de relations personnelles, en s’orientant vers les reproductions photographiques, pour lesquelles il acquit bientôt un talent de premier ordre. C’est vers cette époque qu’il se trouva en rapport avec d’illustres savants, Pasteur, J. Marey, Ch. Bichet, qui surent l’apprécier et le dirigèrent vers la voie qu’il devait suivre avec succès. 11 aimait à rappeler ce qu’il devait à ces maîtres.
- Plus tard, il installa un laboratoire pour l’essai des matériaux, ouvert aux constructeurs, mais il dut l’abandonner par suite de la concurrence d’établissements plus importants.
- L’École supérieure des Mines ayant créé, en 1902, pour l’instruction de ses élèves, un laboratoire de mécanique, Fremont fut choisi comme chef des travaux de ce laboratoire, ou, pendant bien des années, il compléta, par ses démonstrations
- (1) Voir dans le Bulletin de 1921, p. 5i0, le rapport à ce sujet.
- (2) Numéro du 19 décembre 1930, p. 27.
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- 370
- CHARLES FREMONT (l8ao-1930).
- JUIN 1931.
- pratiques, les leçons du cours de machines professé par l’auteur de ces lignes. Son enseignement fut très apprécié des élèves. En dehors des périodes où ceux-ci travaillaient au laboratoire, il put y faire d’importantes recherches, ainsi que de nombreux essais de métaux, notamment sur des pièces rompues par accident.
- Fréquemment on avait recours à Fremont en pareil cas, parce qu’on savait avec quel soin et quelle précision il exécutait les recherches qui lui étaient confiées.
- Fremont travailla aussi pendant quelque temps au laboratoire du cours pratique de machines du Conservatoire des Arts et Métiers. Il aimait ce bel établissement, et en fréquentait les collections, où il exécuta de nombreuses photographies.
- Il est juste d’ajouter qu’il trouva dans les ateliers de la compagnie des Omnibus, devenus atelier de la Société des transports en commun de la région parisienne, sis à Clignancourt, non loin de son domicile, un concours empressé, qui lui fut utile pour nombre d’expériences.
- La vie de Fremont est caractérisée par une constante application au travail, sans aucune période de repos. Hors du laboratoire ou du bureau où il rédigeait ses observations, il vivait auprès de sa mère, qu’il a perdue il y a quelques années, et auprès de sa sœur, qui lui survit. Dès qu’il eut trouvé définitivement sa voie, sa vie entière fut occupée par ses recherches et expériences, ainsi que par les comptes rendus de ses travaux, qu’il a exposés dans plus de quatre-vingts mémoires abondamment illustrés. La collection de ces mémoires est du plus haut intérêt, et il devient aujourd’hui difficile de se la procurer complète. A l’exception des quatre premiers, nps 0, 1, 2 et 3, cette collection existe à la bibliothèque du Conservatoire des Arts et Métiers; une collection existe également à celle de la Société d’Encou-ragement.
- Il est désirable que les mémoires épuisés soient réimprimés, ou, mieux encore, qu’on publie une édition des œuvres de Fremont, rassemblant ce vaste ensemble.
- De ces mémoires, vingt environ ont paru dans le Bulletin de la Société d'Encouragement.
- Les travaux de Fremont sont variés, mais presque tous se rattachent à des sujets connexes. L’auteur en désigne l’ensemble comme « études expérimentales de technologie industrielle », titre heureusement choisi.
- Curieux des travaux anciens qui ont été les précurseurs de ceux de l’époque actuelle, il avait formé une riche bibliothèque d’ouvrages techniques des siècles passés, qui lui ont fourni de précieux éléments pour l’illustration des mémoires, auxquels il aimait à donner un préambule historique et même quelquefois préhistorique.
- Pour établir une classification de ces mémoires, on peut grouper ceux qui traitent des méthodes d’essai des métaux, formant une œuvre magistrale.
- Un autre groupe comprendra les études du mode de travail des outils et des machines-outils, et tout particulièrement du poinçonnage et du rivetage.
- Certains mémoires sont plus spécialement consacrés à l’historique des procédés et des appareils employés pour les travaux mécaniques, en remontant aux plus lointaines origines.
- La formation des apprentis et la pédagogie des écoles industrielles l’ont beaucoup occupé; le temps lui a manqué pour exposer ses idées à ce sujet avec plus de détails qu’il ne l'a fait.
- Enfin quelques mémoires ne se rattachent pas directement aux sujets qui viennent
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- d’être indiqués et apparaissent comme études isolées, intéressantes et d’une lecture agréable comme les autres.
- En ce qui concerne les essais de matériaux, il donne justement une importance primordiale à ceux qui mettent en évidence la fragilité, notamment par le choc sur barreaux entaillés, essais pour lesquels il a établi un mouton bien connu.
- Voici comment s’exprime, au sujet de ce mode d’essai, dans les appréciations publiées par L'usine, sir Robert Hadfîeld, le grand métallurgiste anglais :
- « J’ai toujours pensé que c’était une grande erreur que la méthode Fremont pour les essais au choc n’ait pas été choisie comme méthode standardisée et acceptée internationalement dans le monde entier, car alors nous aurions eu une méthode
- Charles Fremont (1855-1930).
- unique et universelle pour déterminer avec précision l’exacte santé de la fonte, de l’acier et des autres métaux. L’avantage ainsi réalisé aurait eu une immense valeur. La méthode Fremont est si pratique et si précise dans ses résultats que, même aujourd’hui, je n’en connais aucune autre qui puisse lui être comparée de façon satisfaisante. Bien plus, elle ne nécessite qu’une très petite quantité de matière pour constituer les éprouvettes d'essais, de sorte que l’on peut examiner des spécimens de très petite dimensions, ce qui est impossible avec les autres méthodes. » Cette question si importante de la fragilité des métaux a donné lieu à une importante publication de la Société d’Encouragement, faite en 1904, avec le concours des six grandes compagnies de chemins de fer français, sous le titre de Contribution à l'étude de la fragilité dans les fers et les aciers. Cette publication reproduit plusieurs des mémoires de Fremont; on y trouve notamment la description de son mouton d’essai (p. 246).
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- Fremont insiste sur l’importance d’une chabotte très résistante pour les appareils d’essai au choc.
- Bien que pensant, avec beaucoup d’ingénieurs, que les cahiers des charges attribuent une importance exagérée aux essais de traction, mais estimant qu'ils peuvent fournir des indications utiles, Fremont a donné quelques détails sur ce mode d’essai, notamment en insistant sur l’intérêt de la mesure de la limite élastique du métal, au lieu de se contenter de la charge de rupture. Cette mesure est donnée très clairement par les éprouvettes tronconiques (voir Bulletin de la Société d'Encouragement , de septembre 1903, p. 330).
- Dans la machine d’essai de Fremont, la traction subie par l’éprouvette est mesurée par la déformation élastique de son bâti en fonte : suffisamment amplifiée, cette déformation est facilement enregistrée. La machine porte d’ailleurs une romaine qui permet de la tarer et d’en vérifier l’exactitude.
- On doit à Fremont d’autres applications de cette ingénieuse méthode, qui mesure de grands efforts par la flexion des bâtis qui les supportent, notamment sur une presse hydraulique servant aux essais de cisaillement, de poinçonnage, de rivetage (Bulletin de la Société d'Encouragement, 1929, p. 586).
- M. Bâclé a donné une description détaillée de ce procédé dans un rapport sur l’étude du poinçonnage envisagé comme méthode d’essai, publié par la Commission des Méthodes d’Essai, 2e session (1900), t. II, p. 183.
- Pour les essais de dureté, Fremont relève les empreintes d’une molette tranchante (81e mémoire, Le cisaillement et le 'poinçonnage des métaux, p. 665).
- D’une manière générale, il recommande l’emploi d’éprouvettes de petites dimensions; les prises d’essai sont ainsi facilitées, et peuvent être multipliées à peu de frais.
- Il a poussé à l’extrême ce principe, en découpant dans une débouchure de poinçonnage plusieurs éprouvettes, essayées <à la flexion et au choc à l’aide de petites machines simples, faciles à construire (Bulletin de la Société d'Encouragement de décembre 1928, p. 940).
- Outre l’intérêt pratique, dans certains cas, de tels essais, Fremont estimait qu’ils seraient fort instructifs dans les ateliers d’apprentis.
- Les essais de corrosion des fers et des aciers, décrits en 1927 dans le 71e mémoire, mettent en évidence les défauts des pièces, tels que ségrégation, inclusions de matières étrangères, poches de retassure. Les photographies reproduites dans ce 71e mémoire montrent de nombreuses attaques macrographiques, mode d’exécution de ces essais.
- Fremont fait d’ailleurs remarquer que cet essai, bien que fort utile, n’est pas suffisant pour assurer la sécurité, notamment en ce qui concerne les rails.
- Le moyen d’éviter les ruptures de rails en service a été une de ses préoccupations : plusieurs de ses mémoires étudient cette question*3'. Il a trouvé, pour ces études, le concours de la Cie des Chemins de fer de l’Est, et ses méthodes ont été prises en considération tant en France que dans plusieurs pays étrangers.
- (3) Nouvelle méthode d’essai des rails (Génie civil, mai 1911, et mémoire 15 6rs); —- mémoires : 58, causes d’usure prématurée des rails; — 59, essai de réception des rails, 1921; — 61, causes des ruptures accidentelles des rails, 1922; — 69, usure et défauts des rails, 1924.
- Voir aussi Congrès international des Méthodes d’Essai des Matériaux de construction, 1900, t. I, p. 351-454. •
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- Une mention spéciale est due à ses études sur les essais de fonte, lesquels, d’après les méthodes usuelles, ne paraissent pas toujours suffisamment efficaces. Fremont préconise des essais de flexion et de cisaillement, décrits, ainsi que les machines disposées à cet effet, dans son 53® mémoire, Nouvelles méthodes d'essais mécaniques de la fonte.
- D’une grande importance pratique est aussi le 60e mémoire, Essai mécanique des fils d'acier, étant donnés les dangers que causent la rupture de ces fils, notamment dans les transmissions d’appareils de voie de chemins de fer et surtout dans les avions.
- Les arbres coudés des machines, les essieux coudés des locomotives, sont exposés à des fissurations dans les angles de raccordement des coudes et des parties cylindriques, fissurations qui s’étendent progressivement jusqu’à rupture si la pièce n’est pas retirée à temps du service. En étudiant cette altération du métal, Fremont a vu qu’elle tenait à la rigidité des coudes, qui ne présentent pas l’élasticité du reste de la pièce : avec des formes telles que toute la pièce se prête également aux déformations élastiques, Fremont en prolonge beaucoup la vie®.
- Dans le même ordre d’idées, il a fait remarquer que les ruptures d’attelages du matériel des chemins de fer résultent fréquemment de l’insuffisance des ressorts de traction, qui n’amortissent pas suffisamment les chocs qui fatiguent ces attelages. Certains modes défectueux de fabrication facilitent d’ailleurs ces ruptures®. Ce sont des remarques simples, mais qu’il était bon de faire.
- Les assemblages par rivets ont donné lieu à de nombreuses études, reprises par Fremont, qui en a fait l’objet de mémoires de première importance®. Après l’examen des divers procédés de rivetage, et des machines employées pour ce travail, il donne les photographies d’une nombreuse série de rivets, en coupe et après attaque macrographique. Les pièces originales existent dans les collections du Conservatoire des Arts et Métiers.
- Les conclusions résument les conditions d’un bon rivetage; Fremont recommande notamment les rivets « à collet nourricier », qui remplissent mieux les trous que les rivets ordinaires, surtout si l’épaisseur à serrer est grande.
- L’étude du poinçonnage se rattache à celle des rivets : un des derniers mémoires de Fremont, et non l’un des moins importants, est consacré au cisaillement et au poinçonnage des métaux; il a paru en 1929. De nombreuses figures l’illustrent, et notamment de remarquables photographies représentant la macrographie de coupes par l’axe de trous partiellement poinçonnés, avec enfoncement du poinçon à des profondeurs croissantes. Comme les rivures, ces pièces figurent dans les collections du Conservatoire des Arts et Métiers.
- Sur le même sujet, on consultera utilement Le poinçonnage envisagé comme méthode d’essai (mémoire 19 bis; Bulletin de la Société d'Encouragement, rapport de M. Bâclé, 1904, p. 801).
- Au Congrès international des Méthodes d’Essai, tenu à Paris en 1900, M. Bâclé s’est exprimé comme il suit à ce sujet (t. II, p. 27).
- (4) Voir E. Sauvage, La machine locomotive, 8” éd., p. 249; Revue générale des chemins de fer, décembre 1908, p. 385, notice de M. IIallard.
- (5) Bulletin de la Société d'Encouragement, novembre 1909, p. 558; 55e mémoire, Causes des ruptures d’attelages, 1921.
- (6) 25e et 30e mémoires; Étude expérimentale du rivetage, publication de la Société d’Encoura-gement en 1906.
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- « On comprend immédiatement, sans qu’il soit nécessaire d’insister davantage, l’intérêt qui s’attacherait à l’utilisation du poinçonnage comme méthode d’essai, lors même qu’il ne fournirait pas des indications aussi précises et bien graduées que le fait l’essai à la traction.
- « Dans cette pensée, divers expérimentateurs ont entrepris de nombreuses recherches à ce sujet, ainsi que nous le dirons plus loin; aucun d’eux n’avait encore fourni toutefois une solution satisfaisante du problème, et la question serait encore à l’étude, si elle n’avait fait récemment, grâce aux travaux de M. Fremont, un pas qu’on peut considérer comme décisif. Par des expériences de précision qui sont de véritables modèles du genre, cet ingénieur distingué a réussi en effet à élucider la théorie de ces deux opérations du cisaillement et du poinçonnage; il a fourni en même temps le moyen simple de représenter les phénomènes dont elles s’accompagnent et de mesurer les efforts développés. »
- La déformation des métaux est accompagnée de lignes apparaissant à leur surface, dites souvent lignes de Lüders; ce curieux phénomène ne pouvait échapper à l’observation de Fremont, qui en a rendu compte dans le Bulletin de la Société d'Encouragement (1896, p. 1218, et novembre 1900, p. 687).
- L’esprit chercheur de Fremont le portait à l’étude, souvent négligée, de certaines opérations simples, étude qui peut fournir d’utiles indications pratiques.
- C’est ainsi que son mémoire sur Le clou (Bulletin de la Société d'Encouragement, février à juin 1912) donne une série d’exemples de la déformation de bois de diverses essences sous l’action des pointes ou des tranchants des clous. Dans l’esprit de son auteur, ce mémoire était surtout une suggestion pédagogique, pour la formation des apprentis, en montrant comment on peut observer avec précision des opérations simples, sans qu’un outillage compliqué soit nécessaire.
- De tout premier ordre est le travail sur La lime, dont le Bulletin de la Société d’Encouragement a publié une analyse (1913, 2° semestre, p. 510). Cet ouvrage étant épuisé, la Société d’Encouragement décida d’en publier, dans son bulletin, une nouvelle édition. Pour cette publication, Fremont voulut bien revoir son mémoire, et y faire d’importantes additions. C’est ainsi que le nouveau travail comporte 173 pages, au lieu de 157, du même format, et 306 figures au lieu de 283. Ce fut le dernier travail de son auteur, qui put préparer le nouveau manuscrit, mais non en voir la publication dans les numéros d’octobre, novembre et décembre de 1930.
- Le mode d’action de la lime, l’effet de l’usure, la forme des dents, le travail mécanique exigé, la production de limaille, enfin tous les détails de son action ont été l'objet d’expériences précises et sont minutieusement exposés. Pour cette étude, Fremont a fait construire une machine à essayer les limes, avec de nouvelles dispositions.
- Cette étude l’a conduit à imaginer le petit appareil, très simple et très efficace, qui réduit dans une forte proportion la durée du fastidieux travail d’apprentissage du limeur.
- Ce minuscule appareil figure dans les collections du Conservatoire des Arts et Métiers : il a le mérite de réunir une invraisemblable simplicité et une grande efficacité.
- Etant donnée la très grande différence des travaux utiles exécutés par une lime, suivant sa qualité et son degré d’usure, et les dépenses de main-d’œuvre qui en résultent, les essais de Fremont et ses procédés d’essai ont une grande portée pra-
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- tique. On pourrait croire que le développement du travail à la machine-outil, qui livre des pièces complètement terminées, a beaucoup réduit le travail à la lime : il n’en est rien, et la consommation de cet outil est encore fort importante.
- A rapprocher de la précédente, l’étude de La scie (77e mémoire, 1928), dédiée au souvenir de J. Marey « vénéré maître et ami de Fremont ». Après une intéressante partie historique, ce mémoire décrit la scie à main dynamométrique (existant aux collections du Conservatoire des Arts et Métiers), qui enregistre les diverses forces mises en action.
- L’examen des dentures et de l’effet qu’elles produisent a montré que trop souvent elles n’ont pas la perfection désirable, et qu’elles pourraient être améliorées.
- Des précédentes on peut encore rapprocher l’étude sur Le marteau, le choc, le marteau pneumatique (64° mémoire, 1923).
- Lorsque les recherches techniques de Fremont le mettent en présence d’une œuvre d’art, il ne reste pas insensible à sa beauté. C’est ainsi qu’ayant étudié un banc à tirer d’orfèvre, du xvic siècle, au musée de Clunv, il en a reproduit la riche décoration en 37 belles photographies, dont plusieurs d’une exécution difficile. Ces photographies ornent le Bulletin de la Société d'Encouragement (1929, p. 67).
- La commande individuelle des machines-outils par moteur électrique rend nécessaire la connaissance précise des puissances qu’elles consomment. Pour cette mesure, Fremont a construit un dynamomètre de transmission, sur le principe du dynamomètre Morin, mais avec un important perfectionnement. Les indications du dynamomètre Morin s’inscrivent sur un papier entraîné dans le mouvement de rotation de l’appareil, et ne peuvent être vues qu’après arrêt. Dans le nouvel appareil, ces indications sont transmises à l’extérieur par une tige qui se déplace suivant l’axe de l’arbre tournant.
- Avec le concours de M. Huillier, ingénieur de la Cie des chemins de fer de l’Ouest, ce dynamomètre a exécuté des séries de mesures dans les ateliers de cette compagnie.
- Mais la mesure globale du travail absorbé ne pouvait suffire à un analyste comme Fremont : il fallait en outre connaître la fraction de ce travail ulilisée par l’outil travaillant le métal. Un tour spécial a été établi à cet effet dans le laboratoire de mécanique de l’École supérieure des Mines. Malheureusement, le temps a manqué à Fremont pour exécuter, avec ce tour, un nombre suffisant d’expériences, et en coordonner les résultats.
- Fremont estimait que l’étude des questions techniques est rarement complète, et qu’on peut la reprendre même après des travaux importants.
- La formation des apprentis, à laquelle la présente note a déjà fait allusion, a beaucoup occupé Fremont, spécialement en ce qui concerne les métaux. Il a résumé ses vues à cet égard dans le Bulletin de la Société d’Encouragement (1928, p. 933).
- Dans le même ordre d’idées, et sous son inspiration, la maison « Aux Forges de Vulcain » a publié de courtes notices reproduisant quelques passages caractéristiques et quelques figures de mémoires de Fremont, accompagnées delà liste d’une catégorie d’outils. Ces notes ont eu un grand succès; elles ont été fréquemment demandées dans les écoles.
- Il est désirable que cette publication puisse être continuée.
- Bien d’autres sujets ont occupé l’attention de l’infatigable travailleur qu’était
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- Fremont, et ont donné lieu à la publication de mémoires, dont la liste est donnée ci-après. La clarté du style, la précision des exposés, la richesse de l’illustration rendent tous ces mémoires d’une lecture attachante. Certains d’entre eux ont été donnés comme prix dans les écoles : il est difficile de trouver des prix qui conviennent mieux, et cette diffusion de ses travaux dans les écoles était vivement désirée par leur auteur.
- L’analyse, qui précède, bien que sommaire et incomplète, des travaux de Fremont montre quelle était son inlassable ardeur au travail ; elle montre surtout la fécondité de ce travail, qui ne reste jamais stérile. Une œuvre pareille ne s’explique que par un idéal constamment poursuivi avec une foi ardente. Fremont ne pouvait admettre que les ruptures de pièces métalliques, trop souvent causes d’accidents mortels, fussent une nécessité inéluctable, à laquelle on devait se résigner ; il a constamment recherché les causes réelles de ces ruptures et les moyens de les prévenir.
- D’une part, il a étudié les défauts divers que peuvent présenter les métaux, défauts souvent peu visibles mais devenant causes de graves altérations en service, puis les moyens de les éviter dans la production du métal et dans l’élaboration des pièces métalliques; d’autre part, il a préconisé les méthodes d’essai permettant de contrôler le plus sûrement la qualité des métaux, en choisissant de préférence celles d’exécution facile, qu’on peut multiplier. Toutes ses recherches ont été conduites avec une rigueur scientifique en vue des applications pratiques.
- Outre les défauts des matériaux employés, la mise en œuvre de ces matériaux est parfois défectueuse; aussi Fremont a-t-il étudié les procédés d’exéçution, et, tout particulièrement, le poinçonnage et le rivetage; il a donné des règles fort utiles pour la bonne exécution de ces opérations.
- Observateur des plus habiles, ayant acquis une grande expérience, grâce au nombre de pièces avariées qui lui ont été soumises, Fremont était parfaitement préparé pour sa tâche humanitaire. On ne saurait trop louer la générosité dont a fait preuve Fremont dans cette lutte contre les accidents dus aux défauts des métaux et aux négligences dans leur mise en œuvre.
- Ses travaux ne sont pas restés stériles : déjà ses méthodes sont d’une application fréquente, et il est bien vraisemblable qu’elles seront déplus en plus employées, tant en France qu’à l’étranger.
- Le nom de Fremont doit être honoré comme celui d’un de nos illustres techniciens et d’un bienfaiteur de l’humanité.
- *
- * *
- On ne saurait parler de l'œuvre considérable de Fremont sans y associer le nom de sa sœur, Mlle Fremont, femme cultivée et de grand cœur aussi, qui, par sa présence à coté de son frère pendant toute sa vie, a grandement facilité sa tâche, non seulement en éloignant de lui tous les petits soucis de la vie matérielle, mais aussi en se tenant, dans la mesure du possible, au courant de ses travaux. A la mort de son frère, Mlle Fremont a été l’exécutrice fidèle, attentive et intelligente de ses volontés. Nous ne retiendrons des dons qu’elle a faits en souvenir de Fremont que ceux dont bénéficie la Société d’Encouragement. Elle y a créé une fondation qui doit permettre d’aider de jeunes techniciens au début de leur carrière pour poursuivre
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- leurs travaux, s’ils peuvent être utiles ou glorieux pour la France; cette fondation peut aussi aider à la publication du Bulletin de la Société d’Encouragement auquel Fremont s’est toujours vivement intéressé. En outre, elle a fait don à la Société de la presque totalité de la riche bibliothèque de son frère, de la collection de multiples documents ayant servi à ses travaux (notes, mémoires, clichés, photographies), des nombreuses médailles qu’il a reçues de diverses sociétés techniques ou scientifiques — à noter que Fremont a donné au pays, pendant la guerre de 1914-1918. celles qui étaient en or ou en platine, de sorte qu’elles sont remplacées par des répliques en bronze— d’un bronze, La méditation, de Dubois, que Floris Osmond avait légué à Fremont de qui il était l’ami et le collaborateur.
- Mlle Fremont a fondé enfin, en souvenir de son frère, à l’hôpital Saint-Joseph de Paris, un lit plus spécialement destiné aux ingénieurs et aux mécaniciens dans le besoin, quelle que soit leur formation. La disposition de ce lit a été confiée à l’Ecole nationale supérieure des Mines de Paris, boulevard Saint-Michel, à laquelle il convient de s’adresser, le cas échéant, pour pouvoir bénéficier de cette fondation(7).
- (7) Avis de la Direction de l’École nationale supérieure des Mines. Fondation Charles Fremont. — Un lit a été fondé à l’hôpital Saint-Joseph, 7, rue Pierre-Larousse, Paris (14e), sous la dénomination «Fondation Charles Fremont», en mémoire deM. Charles Fremont, ancien chef de travaux mécaniques à l’École des Mines de Paris.
- D’après les termes de la fondation, celle-ci est applicable à tous ingénieurs et mécaniciens, quelle que soit leur formation, qui seraient dans la nécessité et pourraient, grâce à cette fondation, être soignés gratuitement.
- La fondation est aussi applicable aux élèves de l’École supérieure des Mines, où M. Charles Fremont a été chef de travaux pendant 23 ans.
- La carte permettant l’entrée à l’hôpital estdéposée à l’École des Mines, 60, boulevard Saint-Michel (6e), et les personnes rentrant dans les catégories indiquées, qui désireraient l’utiliser, devront s’adresser à la Direction de l’École.
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- LISTE DES ÉTUDES EXPÉRIMENTALES DE TECHNOLOGIE INDUSTRIELLE,
- par Ch. Fremont
- Nos 0. Technologie du forgeron (1890 cl 1891).
- 1. Épuration et stérilisation de l'eau (1895).
- 2. Les mouvements de l'ouvrier dans le travail professionnel (1895).
- 3. Mémoire sur le poinçonnage et le cisaillement des métaux (Bulletin de la Société des Ingénieurs civils de France, janvier 1896).
- 4. Les lignes de Lüders (Bulletin de la Société d'Encouragement, septembre 1896).
- 5. Étude expérimentale du cisaillement et du poinçonnage des métaux {Ibid., septembre 1897).
- 6. Étude de chaudronnerie {Bulletin de la Société des Ingénieurs civils de France, novembre 1897).
- 7. Études sur les avaries de certaines chaudières dans la région des rivures circulaires {Bulletin de la Société d'Encouragement, mai 1898).
- 8. Appareils nouveaux pour l’essai des métaux employés dans les travaux publics {Bulletin de la Société des Ingénieurs civils de France, décembre 1898).
- 9. Étude sur la production des machines-outils façonnant les métaux. En collaboration avec M. Huillier {Bulletin de la Société d'Encouragement, avril 1899).
- 10. Évolution des méthodes et des appareils employés pour l’essai des matériaux de construction {Congrès international des méthodes d'essai des matériaux, juillet 1900).
- 11. Lignes superficielles apparaissant dans le sciage des métaux {Bulletin de la Société d'Encouragement, novembre 1900).
- 12. Étude expérimentale des causes de la fragilité de l’acier {Ibid., lévrier 1901).
- 13. Étude expérimentale sur le pliage des barrettes entaillées. En collaboration avec M. Osmond {Bulletin de la Société d'Encouragement, avril 1901).
- 14. Essai des métaux par pliage de barrettes entaillées {Ibid., septembre 1901).
- 14 bis. Essai des métaux par pliage de barrettes entaillées {Congrès des méthodes d'essais des matériaux, Budapest, 1901).
- 15. Évolution de la fonderie de cuivre (décembre 1902).
- 15 bis. Nouvelle méthode d’essai des rails {Comptes rendus de l'Académie des Sciences, 5 janvier 1903).
- 16. Mesure de la limite élastique des métaux {Bulletin de la Société d'Encou-ragement, septembre 1930).
- 17. Les méthodes de déformation et de rupture des fers et aciers doux. En
- collaboration avec MM. F. Osmond et G. Cartaud {Bévue de Métallurgie, janvier 1904).
- 18. Conclusions de la précédente note. En collaboration avec M. F. Osmond {Revue de Métallurgie, avril 1904).
- 19. Mesure de la pression maximum instantanée résultant d’un choc {Revue de Métallurgie, juin 1904).
- 19 bis. Le poinçonnage envisagé comme méthode d’essai. En collaboration avec M. Bâclé {Bulletin de la Société d'Encouragement, novembre 19041.
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- 20. Explosion d’une chaudière de locomotive (Bulletin de la Société d'Encouragement, mars 1905).
- 21. Les sillons de corrosion dans les tôles de chaudières à vapeur. En collaboration avec M. Osmoxd (Revue de Métallurgie, octobre 1905).
- 22. Explosion d’une locomotive {Le Génie civil, novembre 1905).
- 23. Les propriétés du fer en cristaux isolés. En collaboration avec M. Osmond {Revue de Métallurgie, novembre 1905).
- 24. Résistance au cisaillement des aciers de construction {Revue de Métallurgie, mai 1906).
- 25. Étude expérimentale du rivetage. Mémoire publié par la Société d’Encou-ragement, 1906.
- 26. Les outils historiques, leur évolution, 1907.
- 27. Origine du laminoir {Revue de Métallurgie, août 1908).
- 28. Essai des fers et des aciers par corrosion {Revue de Métallurgie, octobre 1908).
- 29. Recherches sur les causes de l’explosion d’une bouteille d’hydrogène comprimé. En collaboration avec M. J. Danlos {Le Génie civil, 10 avril 1909).
- 30. De la résistance des pièces rivées {Bulletin de la Société d’Encouragement, avril 1909).
- 31. Essais mécaniques de la fonte {Bulletin de la Société d'Encouragement, mai 1909).
- 32. Le coup de pointeau central. En collaboration avec M. F. de Villenoisy {Gazette numismatique française, juin 1909).
- 33. Étude expérimentale de la résistance vive à la traction des attelage6 de wagons {Bulletin de la Société d’Encouragement, novembre 1909).
- 34. Le carré creux des monnaies grecques. En collaboration avec M. F. de Villenoisy {Uevue numismatique, décembre 1909).
- 35. L’analyse des aciers à l’aide des étincelles. En collaboration avec M. Pourcel {Revue de Métallurgie, février 1910).
- 36. Étude expérimentale sur la résistance des soudures {Le Génie civil, 26 février 1910).
- 37. Machine à mesurer le rendement des vis. Origine de la vis et des engrenages {Revue de Mécanique, mai 1910).
- 38. La fatiguç des métaux et les nouvelles méthodes d’essai {Le Génie civil, 22-29 octobre et 19 et 26 novembre 1910).
- 39. Nouvelle méthode d'essai des rails {Le Génie civil, 6-13-20 et 27 mai 1911).
- 40. Le clou {Bulletin de la Société d'Encouragement, février à juin 1912).
- 41. La cause du naufrage du Titanic {La Technique moderne, 1er juillet 1912).
- 42. Six notes relatives à des méthodes d’essai des métaux (Congrès des Méthodes d’essai des Matériaux. New-York, 1912).
- 43. Distribution des déformations dans les métaux soumis à des efforts. Cas du plissement des tuyaux {La Technique moderne, 1er juin 1913).
- 44. Origine et évolution des outils. Mémoire publié par la Société d’Encou-ragement, 1913.
- 45. Origine et évolution des outils préhistoriques. 1913.
- 46. A propos du système Taylor {La Technique moderne, 1er novembre 1913).
- 47. Origine de l’horloge à poids, décembre 1915,
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- 48. Le balancier à vis pour estampage, février 1916.
- 49. La lime, 1916.
- 50. Origine et évolution de la soufflerie. Paris, 1917.
- 51. Les lois de Wohler. Paris, 1919.
- 52. Critique des expériences de M. G. Charpy sur le corroyage de l’acier. Paris, 1919.
- 53. Nouvelles méthodes d’essais mécaniques de la fonte. Paris, 1920.
- 54. Origine et évolution du tuyau. Paris, 1920.
- 55. Causes des ruptures d’attelages. Paris, 1921.
- 56. Essai, à l’emboutissage, des tôles minces (Bulletin de la Société d'Encouragement, mars 1921).
- 57. Origine et évolution de la poulie, du treuil, de l’engrenage, de la roue de voiture, du palan, etc. (Bulletin de la Société d'Encouragement, avril et mai 1921).
- 58. Causes d’usure prématurée des rails. Paris, 1921.
- 59. Essai de réception des rails. Paris. 1921.
- 60. Essai mécanique des fils d'acier. Paris. 1921.
- 61. Causes des ruptures accidentelles des rails. Paris. 1922.
- 62. Unification des méthodes d'essai des métaux. Paris, 1922.
- 63. A propos de l’anniversaire de l’accident du chemin de fer de Versailles. Paris, 1922.
- 64. Le marteau, le choc, le marteau pneumatique. Paris, 1923.
- 65. Essai mécanique des tubes d’acier. Paris. 1923.
- 66. La forge maréchale. Paris, 1923.
- 67. Origine et début de l’évolution de la chaudière à vapeur. Paris. 1923.
- 68. Origine et évolution des pompes centrifuges. Paris, 1923.
- 69. Usure et défauts des rails. Paris, 1924.
- 70. La serrure, origine et évolution. Paris, 1924.
- 71. Essai de corrosion des fers et des aciers, 1927.
- 72. Étude de l’essai de traction des métaux, 1927.
- 73. Une des causes de rupture des ressorts d liorlogerie, 1928.
- 74. Essais de réception des aciers pour constructions métalliques, 1928.
- 75. Lavis, 1928.
- 76. Les outils, leur origine, leur évolution, 1928.
- 77. La scie, 1928.
- 78. La formation des apprentis (Bulletin de la Société d'Encouragement, décembre 1928).
- 79. A propos de normalisation (L’usine, 11 janvier 1929).
- 80. Le banc d’orfèvre du musée de Cluny (Bulletin de la Société d'Encouragement, janvier 1929).
- 81. Le cisaillement et le poinçonnage des métaux, 1929.
- 82. La lime, 2e édition (Bulletin de la Société d'Encouragement, 1930).
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- BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAG. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — JUIN 1931.
- LA CINQUIÈME EXPOSITION DE LA DÉCORATION FRANÇAISE CONTEMPORAINE
- au Pavillon de Marsan (Paris, 4 février-22 mars 1931),
- par M. Marcel Magne, membre du Conseil.
- L’Exposition de la Décoration française contemporaine qui a eu lieu de janvier à mars 1931 au Pavillon de Marsan (Palais du Louvre, 107, rue de Rivoli) a terminé le cycle de trois années que comportait son programme.
- Après avoir montré des ensembles d’appartements, puis des halls de magasins de tissus et de papiers points, elle avait adopté cette année, pour mode de présentation de l’orfèvrerie, de la bijouterie, de la céramique, do la verrerie et du bronze, un décor de boutiques qu’elle intitulait « rue des Industries d’Art ». Fidèle à son idéal de collaboration entre les artistes et les industriels, elle avait demandé à la Société de l’Art appliqué aux Métiers do choisir des artistes jeunes, n’ayant eu que rarement l’occasion de montrer leur talent, pour établir les projets des façades et devantures de ces boutiques.
- La Société de l’Art appliqué aux Métiers avait ouvert, à cet effet, un concours entre les anciens élèves de l’École nationale supérieure des Arts décoratifs, de l’École Boulle, et des Cours professionnels institués par la Chambre syndicale des Entrepreneurs d’installations de Magasins et Bureaux.
- Le jury de la Décoration française contemporaine, composé d’artistes, d’amateurs d’art et d’industriels, retint les meilleurs de ces projets et chacun des exposants, orfèvres, céramistes ou verriers, choisit celui qui paraissait devoir mettre le mieux en valeur ses créations.
- Pour réaliser les devantures de ces boutiques, la Société de l’Art applique aux Métiers fit appel à ses membres, parmi lesquels on compte le Groupe des Chambres syndicales du Bâtiment ainsi qu’à la Chambre syndicale des Installateurs de Magasins. Elle trouva toutes les collaborations nécessaires.
- On ne peut que saluer le geste élégant de ces entrepreneurs, arrivés aux plus hautes situations de leur corporation, qui, se souvenant des débuts difficiles que beaucoup d’entre eux ont connus, n’ont pas hésité à exécuter gracieusement les œuvres de jeunes décorateurs, pour faciliter leur entrée dans la carrière.
- Chacun des auteurs a rempli alors le rôle qu’il aura à tenir dans la vie en dirigeant pour un client l’exécution de ses conceptions par la coopération des diverses entreprises.
- La disposition de l’ensemble restait conditionnée par l’exiguïté des salles du Pavillon de Marsan : on s’est efforcé de faire une plantation pittoresque de rues et de places, agrémentée d’une fontaine, d’un banc, d’un portique (fig. 1). Dans le décor nocturne, l’éclairage des boutiques faisait briller les objets qui y étaient exposés.
- C’est avec de telles expériences qu’on peut travailler utilement dans le présent pour préparer l’avenir.
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- LA DÉCORATION FRANÇAISE CONTEMPORAINE. — JUIN 1931.
- L’union des artistes et des industriels est aujourd’hui d’autant plus nécessaire que les programmes imposés par la vie moderne sont plus complexes et les moyens de les réaliser plus variés.
- L’artiste, s’il est seul, manque de moyens techniques et financiers; l’industriel, s’il est isolé, se prive de l’imagination artistique : il en résulte des œuvres pauvres de réalisation ou de conception, caricatures de l’esprit moderne, qui font le plus
- Fig. 1. — La « rue des Industries d’Art » au Pavillon de Marsan en 1931.
- grand tort à la production française, surtout à l’étranger, où l’on peut, sans peine, copier d’aussi indigentes formules.
- Non moins indispensable que l’union de l’art et du métier est la nécessité de mettre les jeunes générations à même de se produire et d’acquérir l’expérience que la réalisation de leurs œuvres peut, seule, leur donner.
- Pour pouvoir être réalisée dans cet esprit, l’Exposition de la Décoration française contemporaine a exigé un concours de volontés auquel la grande presse et le public ont porté tout l’intérêt qu’il méritait.
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- BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ d’eNCOURAG. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. —JUIN 1931.
- LE SAHEL TUNISIEN ET LES MAURES DE PROVENCE
- par M. M. Sagot-Lesage.
- M. P. A. Burollet, docteur ès sciences naturelles et en pharmacie, pharmacien-major de l’Armée, a consacré, en 1927, au Sahel tunisien, une importante monographie phytogéographique. MM. Dccamp, ancien directeur des Forêts de l’Indochine, et Flaugère, Inspecteur principal des Eaux et Forêts à Nîmes, ont analysé et annoté de remarques cet important travail. Nous nous servirons des données de ces auteurs pour en tirer quelques points de comparaison avec les Maures de Provence.
- La région du Sahel, dont la capitale est Sousse, s’étend sur plus de 220.000 ha. Sur presque toute son étendue, elle est plate, formée de sables et de lagunes, mais elle se relève, sur le littoral, avec des caps en falaises et, dans l’arrière-pays, en plateaux et collines dont le culmen ne dépasse cependant pas 150 m.
- Le terme arabe dont on a fait Sahel tire son étymologie de la teinte sombre produite par la prodigieuse quantité d’oliviers qui s’y rencontrent. L’analogie avec l’origine onomastique des Maures est flagrante (mauros : sombre). Gomme les Maures, le Sahel est peu propice aux grandes cultures. En revanche, c’est là-bas la terre d’élection de l’olivier.
- Les oliviers du Sahel constituent un groupe assez compact de plus de quatre millions d’arbres. Ces oliviers sont bien cultivés, bien taillés, placés entre de petits mamelons servant de déversoirs aux eaux pluviales ; aux pieds des arbres, la terre est ameublie et soigneusement nettoyée.
- Les plus belles oliveraies se trouvent dans les terres dites « Sialines » qui entourent la ville de Sfax, sur une superficie de 67.000 ha. Ces terres tirent leur nom de la famille des Siala, à qui elles appartenaient au xvie siècle. Le domaine beylical les recouvra en 1870 ; mais, aux termes d’un décret du 8 février 1892, elles furent mises en vente au prix uniforme de 10 fr l’hectare, à condition que les lots vendus fussent complantés dans un délai de quatre ans.
- Dix-sept oliviers à l’hectare dans les terres Sialines produisent plus de fruits que cinquante dans le Sahel et que cent ou cent vingt dans le Nord.
- Le régime fiscal de l’impôt, dit « Kanoun », auquel sont soumis les oliviers du Sahel n’est probablement pas étranger à leur bonne tenue et par suite à leur rendement élevé, car, par le jeu de cet impôt, plus le revenu est élevé, moins lourde est la taxe. C’est le système de la fiscalité dégressive qui s’oppose à celui de la fiscalité progressive, ayant en France cette conséquence paradoxale qu'un propriétaire de forêts a plus d'intérêt à faire une coupe à blanc étoc qu'à entretenir et à exploiter ses bois en bon père de famille.
- La plupart des oliveraies sont exploitées en association, en vertu d’un contrat de « m’gharcia », d’après lequel le propriétaire achète la terre et la loue à un préposé, le m’gharcia. Ce dernier défriche le terrain, fournit les plants, le matériel, met les arbres en état de produire. Le m’gharcia a le droit de faire, pendant les cinq premières années du contrat, des cultures intercalaires(1) ; il jouit des trois quarts des
- (1) Excellente pratique.
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- récoltes, le dernier quart revenant au propriétaire. Le m'gharcia n'ayant généralement pas de ressources, il est d’usage que le propriétaire lui avance une partie des fonds nécessaires pour commencer l’exploitation. Ces avances, non productives d’intérêt, sont remboursables à l’expiration du contrat dont la durée est d’environ dix ans (délai déterminé en pratique par le moment où les oliviers commencent à ne plus coûter de frais d’entretien) ; c’est alors que se fait le partage par le moyen d’experts, les deux parties égales étant tirées au sort.
- Malgré tous les soins donnés aux plantations, les récoltes d’olives sont très irrégulières; elles peuvent, d’une année à une autre, varier dans la proportion de 1 à 5. Cette inégalité dans la récolte des olives dans le Sahel se retrouve dans les Maures. Elle a eu pour conséquence de faire abandonner la culture de l’olivier par les paysans mauriens, alors que sa propagation serait peut-être à souhaiter ici, car si l’olivier relève de l’agriculture plutôt que de l’art forestier, l’extension de son aire d’occupation ne peut laisser le forestier indifférent. (Flaugère.)
- Que l’olivier appartienne à l’agriculture ou à la « foresterie » il n’en est pas moins vrai que Sahel et Maures sont tous deux de vocation forestière plutôt que de vocation arboricole. Ici comme là les deux facteurs principaux de cet état sont le sol et l’eau, et, d’ailleurs, il en est ainsi plus particulièrement tout autour du bassin méditerranéen ou peu s’en faut. (Dtcamp.)
- Les terres argilo-marncuses du Sahel sont aussi pauvres que le sol des Maures, formé de terrains primitifs : gneiss et micaschistes. Les tins et les autres sont situés sous le climat des régions chaudes et tempérées. Il s'ensuit que le développement général de la végétation et ses possibilités d’extension se trouvent placés sous la dépendance étroite du facteur eau.
- Dans les Maures comme dans le Sahel, c’est à peine si la neige se montre très fugitivement; la grêle et les orages sont également des phénomènes accidentels et localisés. Il n’en est pas de même de la pluie, qui est, dans les deux régions, le facteur essentiel de l’existence et du développement de la végétation.
- En ce qui concerne les chutes d’eau météoriques, on rencontre entre les deux régions de troublantes analogies ayant comme caractère commun : l’irrégularité et l’impétuosité. Les moyennes pluviométriques donnent respectivement : 600 mm répartis en 58 jours (Maures) et 415 mm pour 62 jours de pluie (Sousse). En ce qui concerne la répartition, l’automne donne semblablement les 3/4 de la quantité totale. Comme de longues périodes de sécheresse séparent les ondées, une bonne part de la pluie se trouve perdue pour la végétation car les sols desséchés sont réfractaires à l’absorption de l’eau "2l. Dans cette situation précaire, l’humidité de l’air, due au voisinage modérateur de la mer, a sur le climat une influence relativement grande. A Sousse et dans les Maures, le soir, l’air est très humide (état hygrométrique moyen : 0,60 à Bormes, dans le Var.)
- Quant aux condensations de la vapeur d’eau météorique à l’intérieur du sol, M. Burollet n’en parle pas pour le Sahel. Dans les Maures, il est à remarquer que les sols siliceux ont en général une grande capacité à l’égard de l’eau : ils la retiennent et la cèdent lentement. L’altération des schistes micacés, en particulier, produit une sorte d’argile plus ou moins mélangée de cailloux qui garde une
- (2) Plus une terre est sèche, moins vite' (‘Ile absorbe l’eau. (Bulletin de la Société forestière de Franche-Comté, juin 1901, Dccamp.)
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- LE SAHEL TUNISIEN ET LES .MAURES DE PROVENCE.
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- grande humidité pendant toute la saison fraîche (Flahault). Il ne faut pas exagérer pourtant cette capacité aquifère car les couches siliceuses et de schistes micacés n’atteignent qu’une faible profondeur et sont assises sur une infrastructure absolument compacte.
- Il va sans dire que, dans les deux zones envisagées, le régime des pluies est sous la dépendance de la direction des vents. Tous les vents qui viennent de la mer favorisent la pluie (Nord-Ouest dans le Sahel, Est-Sud-Est dans les Maures). Les chutes météoriques étant irrégulières et impétueuses, donnent une forte proportion (4/5 dans les Maures) d’eau de ruissellement qui s’écoule sans profit pour les plantes.
- Pour ce qui est des eaux souterraines, seules les nappes alluviales du Sahel et des Maures peuvent les capter et les retenir. Leur facteur d’utilisation dépend uniquement de l’action de l’homme. A ce point de vue, et jusqu’à présent, il semble que le Kabyle ou le Berbère tunisien, travailleur intéressé, économe, prévoyant, rangé (Rinn et Alix) se soit dépensé avec plus d’ingéniosité et d’activité que les aborigènes des Maures, pour creuser des puits, pour conduire les eaux, pour ne pas perdre une goutte du bienfaisant liquide, d’autant plus précieux qu’il est plus rare.
- Les conditions climatiques et hydrologiques étant des deux côtés en harmonie, la saison défavorable à la végétation se trouvera de part et d’autre être l’été. Aussi, dans la flore, trouve-t-on le plus représenté comme type biologique celui des « thérophytes » ; c’est que les plantes annuelles résolvent de la façon la plus simple le problème de la conservation de l’espèce en passant la saison défavorable à l’état de graines. Beaucoup d’autres végétaux sont d’ailleurs doués de cette synapto-spermie, caractérisée par une dispersion collective de graines suivie d’une germination.
- A la différence des Maures, le Sahel se fait remarquer par sa pénurie en arbres spontanés. Ce fait est à retenir pour pouvoir en apprécier les possibilités forestières.
- Vu l’identité des milieux, la végétation y revêt une physionomie spéciale due au rassemblement d’un certain nombre d’espèces végétales ayant les mêmes exigences vis-à-vis du sol et du climat en particulier. Le critérium des associations végétales du Sahel et des Maures sera une xérophilie marquée. Sans entrer dans le détail de ces associations végétales, il est possible de les synthétiser par les mots : maquis et garrigue. Ces formations ne régnent-elles pas dans tout le domaine méditerranéen? (Flahault).
- Nous touchons maintenant au point le plus captivant pour les esprits spéculatifs : la genèse des origines de la végétation du Sahel et des Maures, avec la reconstitution historique de sa dynamique probable.
- Les botanistes et les forestiers ont tous remarqué que la végétation qui occupe un terrain donné change d’aspect avec le temps, sous l’influence des variations du climat, des variations dans la constitution du sol et surtout sous l’influence de l’ensemble des êtres vivants (hommes, animaux, végétaux) qui occupent le terrain. En dehors de toute intervention d’origine humaine, la végétation d’un terrain évolue vers une association végétale déterminée, dite association climatique finale ou « climax », qui ne dépend plus que du climat et du sol et qui persistera tant que des variations notables de ces deux éléments n’entraîneront pas son évolution.
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- Or, il résulterait des observations faites sur la végétation du Sahel (Burollet) que sa garrigue pourrait être un stade de dégradation d’un « climax » antérieur dominé par le Pinus Halepemis. Le pin aurait disparu, au cours des âges, ne laissant derrière lui que les espèces xérothermiques les plus résistantes. S’il est possible d’admettre une origine tirée du pin d’Alep, comme il n’existe pas dans le Sahel d’arbre de cette espèce à l’état spontané, il est plus difficile de conclure qu’on se trouve en présence du stade ultime de la dégénérescence d’une pineraie antérieure.
- S’il est vrai que les conditions présentes ne se prêtent plus à la réintégration du pin d’Alep, la question se pose toujours de savoir si la garrigue du Sahel ne serait pas le début d’une formation forestière (Flaugère) car la connaissance de nombreux exemples de successions permet de dire que, d’une manière générale, le tapis végétal évolue normalement vers un stade arborescent. On en déduit que la forêt climatique est par vocation une dominante, hors de l’emprise de l’homme bien entendu. Comme l’homme et ses troupeaux, le facteur humain in globo (3), ont usé et abusé de certaines parties du Sahel, ce sera l’influence conjugée des conditions climatiques et biotiques qui aura abouti au stade de dégénérescence du « climax »... car il est incontestable que la garrigue actuelle ne se maintient qu’à la faveur de l’intervention continue de ces conditions défavorables. Dans les sols du Sahel, basiques, durs, encroûtés, donc défavorables aux espèces climatiques, les premiers occupants ne peuvent être que des éléments résistants et xérophiles. Cela n’exclut pas la possibilité d’une venue de pionniers de plus grande taille, même sans modification des conditions climato-édaphyques surtout si les facteurs biotiques défavorables font place à des forces biotiques actives (action bienfaisante de l’homme se substituant à son action destructive).
- D’un nouveau stade, un autre milieu peut naître, moins défavorable et ainsi de proche en proche, avec lenteur; mais sûrement le retour au « climax » forestier peut être envisagé.
- En effet, toute formation forestière entretient une ambiance spécifique intérieure, beaucoup plus accueillante aux espèces climatiques que ne semble le comporter le milieu général de la région. La lente accumulation des débris végétaux crée un nouveau milieu édaphyque propre à d’autres espèces qui tendent finalement à prendre la place des premiers occupants.
- De telles considérations, ayant leur valeur surtout pour les pays circum-méditer-ranéens, doivent amener à ne pas trop rétrécir les notions du « climax » (Ducamp, Lavauden, Kuhnoltz-Lordat, Flaugère, etc.).
- Cela nous ramène tout naturellement aux Maures. A l’origine, toutes ces basses montagnes siliceuses étaient couvertes de forêts; quelle association dominait? Olivier, chêne-liège peut-être? Même maintenant, dès qu’un sol y est abandonné pendant quelques années, il passe de la lande herbeuse au maquis puis les arbres y prennent pied et le rendent à la forêt. Seulement, le cycle ne s’accomplit jamais jusqu’au bout; la forêt (association : pin maritime, chêne-liège) n’est plus qu’un accident et si la lande et le maquis subsistent à un potentiel aussi élevé ce n’est que par la faute de l’homme (incendies) et des troupeaux (élevage des chèvres et des moutons) soit donc à des facteurs biotiques défavorables. Néanmoins, il est certain que lande ou erme maurienne, maquis des Maures, sont de vocation fores-
- (3) Parasitisme humain, de Peyerimhoff, conservateur des Forêts à Alger.
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- LE SAHEL TUNISIEN ET LES MAURES DE PROVENCE. 387
- tière car, à ne considérer que la variété résultant de l’âge relatif de la lande ou du maquis, leurs conditions de formation, il est indubitable qu’ils ne sont jamais primitifs (Flahault). Ils ne seraient donc que la dégradation d’un « climax » antérieur.
- Les diverses données spéculatives qui précèdent conduiront aux conclusions suivantes :
- La seule, la vraie richesse du Sahel est l’olivier.
- Au point de vue forestier, il ne faudra rien entreprendre qui puisse gêner l’extension de l’oliveraie sur les terres à vocation bien caractérisée. Sous cette réserve, et partout ailleurs où il sera possible, une modification des facteurs biotiques permettra de recréer la forêt qui n’y est, pour l’heure, qu’en puissance dans la forme d’une strate inférieure chamephytique (Burollet, Flaugère, Ducamp, Lavauden).
- De même, la seule, la vraie richesse des Maures est le manteau sylvestre sous toutes ses formes. 11 ne faut pas demander à cette région autre chose que ce qu’elle peut donner. Il convient donc, d’abord, de protéger ledit manteau et, sans entrer dans le détail de toutes les mesures préconisées pour ce faire, nous marquerons d’un mot les principales : rendre à la culture de l’olivier son ancienne splendeur ; peut-être diffuser celle de l’oranger et du mandarinier, qui sont loin d’être partout où ils pourraient être adaptés; donner au chêne-liège toute la place qu’il pourrait, qu’il devrait occuper (Flahault) et qu’il est loin de remplir; le soigner davantage; ne pas négliger le châtaignier, qui n’est plus entouré d’attentions aussi assidues qu’il y a quelques années, malgré qu’il soit, de toutes les façons, rémunérateur. Ces mesures prises, ce qui appartient à la forêt devra lui être rendu, c’est-à-dire que les Maures peuvent être préparés à un avenir meilleur par des repeuplements naturels en essences transitoires, génératrices d’humus, tendant à évoluer vers le retour à un « climax forestier ». C’est une telle évolution qui semble se préparer à Port-Cros (i). Il appartient donc à l’homme de recréer ce qui avait été créé à l’origine, car la forêt est « le complément indispensable de la création ».
- B ormes (Var).
- COMITÉ DE NORMALISATION DE LA MÉCANIQUE
- Le Comité; de Normalisation de la Mécanique soumet à l’enquête publique (jusqu’au 31 juillet 1931) 4 nouveaux projets, savoir :
- C N M TEX 1, relatif au matériel de l’industrie textile;
- CN M 451, Raccords filetés pour flexibles:
- C N M 446, Tuyaux de caoutchouc ;
- C N M 26 f 3, Rivets (dimensions des têtes).
- (4) Maillon détaché des Maures, en mer.
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- BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ D’ENCôURAG, POUR L INDUSTRIE NATIONALE. —JUIN 4931.
- NOUVEAU DISPOSITIF MÉCANIQUE D’AMPLIFICATION POUR LA MESURE OU L’UTILISATION INDUSTRIELLE DES FAIBLES DÉPLACEMENTS OU DILATATIONS n
- par M. Albert Erb, Ingénieur des Arts et Manufactures.
- De nombreux appareils de mesure ou de régulation utilisent un déplacement linéaire résultant de l’action d’une variable d’ordre mécanique ou physique, mais les déplacements obtenus sont relativement petits et la difficulté est de les amplifier.
- Le nouveau dispositif dont je vais avoir l’honneur de vous entretenir permet d’amplifier considérablement les faibles déplacements ; il a l’avantage d’être d’une construction très simple et peu coûteuse, d’être précis et indéréglable; on peut
- l’utiliser dans la confection des appareils de mesure de tout genre et, par un réglage approprié que j’examinerai, il peut aussi ser-vir à la confection d’appareils régulateurs donnant des enclenchements et déclenchements brusques, à maxima et à minima.
- Soit, par exemple, une tige T (fig. 1) dont on veut déceler les variations de longueur. Le procédé le plus courant pour obtenir une amplification consiste à utiliser des leviers montés en série, mais ce dispositif présente des inconvénients d’autant plus graves que les déplacements à amplifier sont plus petits et l’amplification demandée plus grande; cela à cause des frottements, du jeu dans les articulations et des déformations élastiques des supports ou bras de levier, si les efforts à transmettre sont importants; déplus, de tels systèmes sont influencés par les chocs et vibrations et ils ne se prêtent pas à la réalisation d’enclenchements et déclenchements brusques à maxima et à minima, réalisation qui doit cependant toujours être recherchée dans les appareils électriques.
- Le dispositif que je vais décrire ne présente pas ces inconvénients et il permet, soit de mesurer des variations de longueur très petites (avec une précision pouvant être poussée jusqu’au micron), soit de réaliser des enclenchements et déclenchements brusques dans les deux sens par rapport à un point moyen (avec une précision de réglage de l’ordre du vingtième de millimètre).
- Principe du dispositif (fig. 2). — Soit une tige T, dont on veut amplifier les mouvements relatifs par rapport à un support S. Fixons à ce support deux organes A, A', tels que la ligne fictive qui passe par les points a et a' tienne lieu d’axe d’oscillation a a' pour l’organe oscilllant L (lame mince, par exemple).
- A la tige T, fixons l’organe B, qui appuie par sa pointe b sur l’organe oscillant L, sous Faction du ressort R (ce ressort tendant à faire pivoter la tige T autour de O).
- W a cUbla.ce me*vt
- axe
- éjoLdcemevot = oc.
- Fig. 1. — Amplification par leviers.
- (1) Communication faite, par l’auteur, en séance publique le 9 mai 1931.
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- MÉCANISME D’AMPLIFICATION SYSTÈME A. ERB.
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- On conçoit alors, par le simple examen de la tigure schématique, que si b est à droite de l’axe a a', la lame L bascule ou tend à basculer vers la droite; au contraire, si b se déplace vers la gauche, la lame L bascule ou tend à basculer vers la gauche.
- Réalisation du dispositif. — Les organes A et A', solidaires de S, peuvent être constitués, soit par deux couteaux à arêtes très vives dans le prolongement l’un de
- 7/////////////
- Fig. 2. — Représentation schématique du dispositif A. Erb.
- l’autre, soit par deux aiguilles très pointues. L’organe B est constitué, soit par un couteau ayant son arête parallèle aux arêtes des couteaux A et A', soit par une aiguille très pointue.
- L’axe d’oscillation a a' est alors la ligne qui joint les extrémités des couteaux ou aiguilles A et A'.
- Problème général de Vamplification. — On démontre que si le point d’application b est au-dessus de l’axe a a' quand la lame L est horizontale, cette lame prend, pour chaque position de B, une position correspondante bien déterminée d’équilibre stable (fig. 3); autrement dit, la position de l’extrémité delà lame (qui a, dans ce cas, la forme d’une aiguille indicatrice) est fonction de la dilatation de la tige T.
- Voyons quelle sensibilité peut être obtenue. Le déplacement z de l’extrémité de la lame en fonction de la dilatation x de la tige est donné par la formule approchée :
- ^ _ l.X
- dans laquelle :
- l = demi-longüeur de la lame;
- x == mouvement à amplifier (déplacement horizontal de b) ;
- z = mouvement amplifié (déplacement vertical de l’extrémité de l’aiguille indicatrice L);
- Fig- 3. — Cas de l’équilibre stable de l’organe oscillant.
- 130e Année. — Juin 1931.
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- MÉCANISME D’AMPLIFICATION SYSTÈME A. ERB. — JUIN 1931.
- e = distance verticale ab, c’est-à-dire distance du point d’application b à l’axe fictif de rotation. (Cet axe est la droite qui joint les extrémités des deux aiguilles inférieures.)
- Tout l’intérêt du dispositif réside dans le fait que e n’étant pas une distance matérialisée, comme le serait un bras de levier ordinaire, peut être choisi aussi petit qu’il est nécessaire : on n’est limité, en ce qui concerne la précision possible de l’appareil, que par la finesse pratiquement réalisable des pointes d'aiguilles. La formule ci-dessus indique que l’amplification obtenue est d’autant plus grande que e est plus petit et que l est plus grand. (Nous examinerons plus loin le réglage de la sensibilité par variation de e.)
- Exemples : on a
- 1° Si e = 1/20 mm et / = 50 mm, à un déplacement x :
- 1
- 1000
- mm, correspond
- un déplacement amplifié z = 1 mm, soit une amplification de ^ . L’appareil
- permet dans ces conditions d’apprécier des variations de longueur de l’ordre du micron.
- 2° Dans les appareils de mesure usuels où on ne recherche pas une telle sensibilité, on pourra prendre, par exemple :
- e = l/5min, et 1 = 20 mm,
- ce qui donne -^ = 100, soit une amplification de
- RX)
- 1
- Fonctionnement. — Considérons une lame d’épaisseur e, de poids négligeable et offrant une surface idéalement lisse, ne pouvant donner lieu à aucun frottement si b s’y déplaçait. La pointe b fait pression sur la lame, sous l’action de la force F due au ressort. On peut vérifier que c’est quand la normale en à à la surface de la lame vient passer par l’axe d’oscillation a a' que la lame a une position d’équilibre stable; en effet, si, pour une longueur fixe de la tige T, on écarte la lame de cette position, ce mouvement provoque le soulèvement du point à, puisque ce point, qui ne peut se déplacer que dans une direction verticale, voit sa distance à l’axe augmenter. Il en résulte que le ressort R se tend. Au contraire, si on laisse la lame libre d’osciller, l’équilibre statique du système est obtenu pour la position de la lame qui correspond au minimum de l’énergie potentielle du ressort, c’est-à-dire celle pour laquelle b est le plus bas possible; or, cela a lieu quand la normale à la surface au point d’application b passe par l’axe d’oscillation a a'.
- Les figures 4 et 5 permettent de se rendre compte de cette propriété remarquable qui donne toute sa valeur au dispositif. Dans les deux figures, la position d’équilibre stable de la lame, pour la position donnée de B, est figurée en trait plein ; en effet, si on force la lame à se déplacer vers le haut comme l’indique la figure 4, le point b vient en èt; donc l’action de la force F tend à le ramener à sa position initiale b ; si on force la lame à se déplacer vers le bas comme l’indique la figure 5, le point b vient en à.,; donc l’action de la force F tend encore à le ramener à sa position initiale b.
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- Deux points importants sont à retenir :
- 1° Si la lame susceptible d’osciller autour de a a' n’est soumise qu’à la seule pression exercée sur elle par l’organe B en 6, elle prend une position d’équilibre stable qui est fonction de la distance horizontale de cet organe B à l’axe de
- rotation a a';
- 2° Le point de contact b est le même pour toutes les positions d’équilibre stable, puisqu’il est défini par la normale à la surface passant par l’axe d’oscillation, et sa trajectoire est un arc de cercle ayant son centre sur l’axe. (Voir la figure 6 qui donne A positions successives.)
- Il n’importe donc pas que la surface de la lame soit plus ou moins lisse et qu’il y ait ou qu’il n’y ait pas de frottement quand b tend à se dé-
- placer; toutefois, en pratique, on prend une surface de lame la plus lisse possible.
- Il résulte de cette particularité essentielle du dispositif qu’aucun frottement ne vient fausser les indications de l’appareil et l’expérience montre, en effet, que l’aiguille indicatrice solidaire de la lame décèle, sans le moindre retard, les déplacements de b, quelles que soient la rapidité ou les variations de sens de ces déplacements.
- Construction d'un pyromètre. — Le pyromètre est constitué par deux tiges concentriques, l’une en acier, l’autre en silice, dont les coefficients de dilatation sous l’influence de la température sont différents ; la mesure de la différence de la dilatation indique la température atteinte. On y parvient en amplifiant cette différence par le dispositif qui vient d’être décrit et l’appareil obtenu donne
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- des indications de températnre dans la zone voulue, par exemple entre 600° et 650°.
- Au-dessous de 600° et au-dessus de 630°, l’aiguille reste bloquée, mais sans fatigue du mécanisme amplificateur ; le même appareil, réglé différemment, donnerait la température de l’eau d’un radiateur, etc....
- Comme autres exemples d’application, je citerai les manomètres, les dynamomètres, les comparateurs, les régulateurs de carburation, etc....
- A
- l I I I
- Transformation d'un mouvement lent en un mouvement brusque. — Cette transformation donne la possibilité de réaliser des appareils de régulation à enclenchement et déclenchement brusques. Reprenant le même dispositif que précédemment, on démontre que cette condition est réalisée quand, au contraire de ce qui précède, la forme de la lame oscillante est telle que le point b se trouve au-dessous de l’axe d’oscillation quand la lame est horizontale, car l’équilibre de la lame est alors instable dans n’importe quelle position (fig. 7).
- Quelle sensibilité peut-on obtenir dans ces nouvelles conditions de fonctionnement ? Supposons que la lame soit basculée dans la position indiquée en traits pleins sur la figure; s’il n’y avait pas de frottement, c’est au moment où B, se déplaçant vers la droite, aurait dépassé
- l’axe de rotation de la distance x=e j que la lame passerait brusquement de la
- position primitive à la position marquée en pointillé.
- 1
- Exemple : Soit 2 2 =r 14 mm, c = ^ mm.
- 1
- On aurait 0? = ^ mm; autrement dit, l’appareil serait sensible, dans ces condi-
- 1
- lions, à des variations de 77^-. mm de part et d’autre de l’axe a a', soit une ampli-
- 100 1
- 1 . , tude totale de mm pour passer d’une position de la lame a l’autre.
- Si on analyse de plus près le fonctionnement sur la figure 8, on voit que la pointe se déplace dans le sens de la flèche Y et, exerçant une pression sur la lame, engendre une force de réaction dirigée suivant R; tant que R passe à gauche de l’axe a a , la lame 11e bouge pas; mais, au moment où R, qui se déplace parallèlement à elle-même, passe à droite de l’axe a a', le couple qui règle la position de la lame change de signe et la lame bascule brusquement; dans ce mouvement, la pointe b se déplace sur la surface de la lame. Donc, contrairement à ce qui se passait avec le dispositif réglé comme appareil de mesure, il y a ici un frottement qui a pour effet, en retardant le mouvement de bascule, de diminuer la sensibilité de l’appareil.
- L’expérience montre qu’on peut obtenir pratiquement un fonctionnement brusque pour un déplacement total de b de 1/20 mm.
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- II convient de signaler que le frottement de b sur la lame, gênant pour la sensibilité, a toutefois l’avantage, en retardant le mouvement de bascule, de rendre ce dernier beaucoup plus rapide, le couple qui le provoque se trouvant brusquement augmenté du fait qu’au moment où la lame commence son mouvement, un coefficient de frottement dynamique se substitue au coefficient de frottement statique.
- Il est intéressant de dire quelques mots sur l’effort obtenu aux extrémités de la lame. L’effort E est donné par la formule approchée x
- E = F
- j , il est proportionnel à la distance hori-
- Fiff. 8.
- TT X
- U - et z
- — Explication de do l’équilibre.
- l’instabilité
- zpntale x de b à l’axe a a' et inversement proportionnel à la longueur de la lame, mais il est indépendant de z. On se trouve donc dans des conditions sensiblement différentes de celles du système d’amplification par levier de la figure 1.
- car, dans ce dernier cas, en effet, E
- l’effort obtenu à l’extrémité du levier est inversement proportionnel à z. Il est intéressant de noter qu’on peut faire agir une force F plus grande que l’effort initial U, à condition toutefois que le glissement sur la lame, de b, reste possible, ce qui ne dépend que du coefficient de frottement, égal à environ I/o.
- Fio.9.
- ?
- mmm
- A
- F
- Réglage de la sensibilité dans tous les cas, — On a vu que la sensibilité du dispositif dépend essentiellement de la distance verticale e de b à l’axe a a'; or, on peut donner à e la valeur désirée, aussi petite qu’on veut, par l’un des procédés suivants (ou par leur combinaison) :
- 1° En donnant, par construction, à la lame L, une forme appropriée. Exemple : On constitue L (fig. 9) par deux lames d’acier accolées, et trouées de telle sorte que B appuie sur la lame inférieure tandis que a a' appuie sur la lame supérieure; dans ces conditions, la distance e est représentée par l’épaisseur de la lame d’air qui sépare les deux lames de métal. On pourra l’augmenter à volonté par l’interposition d’une matière autre que l’air et de l’épaisseur voulue;
- 2° En utilisant une lame L flexible et en réglant la flèche de la déformation (donc aussi e) par variation de l’effort F, ce qu’on réalise en agissant sur la tension du ressort R qui crée la force F (fig. 2).
- Exemple : Si à un allongement du ressort de 10 mm, correspond une variation de flèche de la lame de 1/2 mm (fig. 10), on obtiendra une variation de flèche de
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- 1/100 mm en tendant le ressort de I/o mm en plus; autrement dit, on pourra régler la distance e à moins de 1/100 mm près, puisque l’allongement du ressort peut être réglé à moins de 1/5 mm près, à l’aide d’une simple vis;
- 3° En donnant une certaine inclinaison transversale à la lame L, soit par construction, soit par déformation sous l’action de la force F, de manière qu’en déplaçant transversalement le point 6, ce point arrive sensiblement au niveau de a a .
- Exemple : Si la pente de i ï est de 1 mm pour 20 mm (fig. 11), en déplaçant transversalement b, dans le sens s, de 1/2 mm, le point b s’élève de 1/40 mm ;
- 4° En déplaçant perpendiculairement la surface d’appui de B par rapport aux surfaces d’appui de A et A (fig. 12); il suffit, pour cela, d’agir sur la vis U. Les surfaces d’appui sont constituées par des rubis ou des grains d’acier, les parois des logements sont inclinées comme il est indiqué sur la figure.
- Nous avons vu comment on réglait la sensibilité; il reste à voir comment on règle la position initiale de l’aiguille B. Ce réglage se fait par variation de la longueur initiale de la tige T ; il n’est pratiquement pas influencé par le réglage de la sensibilité.
- O ©
- Fi- 12.
- Indiquons rapidement quelques variantes intéressantes du dispositif décrit.
- 1° Tout d’abord, certaines aiguilles ou couteaux peuvent être solidaires de l’organe oscillant au lieu d’être fixés aux organes S ou T, comme précédemment. Les figures 13 et 14 en donnent des exemples.
- En particulier dans la figure 14, les pointes définissant l’axe de rotation sont dans le prolongement l’une de l’autre, chaque pointe reposant par son extrémité seule dans une cuvette conique (fig. 15) ;
- 2° On a vu que, dans le cas de l’équilibre instable, le couple qui maintient la
- lame dans sa position décroît progressivement jusqu’à zéro, puis croît rapidement aussitôt que la lame a commencé son mouvement de bascule. L’enclenchement se fait ainsi avec une pression notable sur les extrémités de la lame, ce qui est très favorable dans le cas de contacts électriques.
- Voici, par exemple, comment on établit le circuit électrique commandant un
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- conjoncteur-disjoncteur (fig. 16). Le oircuit comprend : une résistance R, la bobine d’enclenchement B et un interloc I, qui est ouvert quand le conjoncteur est ouvert, mais se ferme en même temps que lui.
- Les contacts C4 et C2 du mécanisme amplificateur agissent ainsi : dans un sens, le contact C„ en court-circuitant l’interloc I, met sous tension la bobine et provoque l’enclenchement ; au contraire, dans l’autre sens, le contact G, court-circuile la bobine et provoque le déclenchement;
- 3° Envisageons maintenant le cas où l’on veut pouvoir couper de fortes puissances par les contacts mus par le mécanisme amplificateur et examinons s’il serait possible de faire en sorte que le couple qui commande la position de la lame change brusquement de sens sans décroître progressivement jusqu’à une valeur nulle. Pour obtenir ce résultat, qui paraît à première vue difficilement réalisable, il y a deux moyens.
- a) Le premier moyen consiste à donner à la surface de la lame la forme d’un angle dièdre avec une arête vive comme l’indique la figure 19.
- Supposons que l’aiguille b se déplace vers la gauche, la réaction est dirigée d’abord suivant R2 et passe à droite de l’axe de rotation a a' ; mais, au moment même où b franchit l’arête vive, la réaction prend la direction R4 et passe à gauche de l’axe de rotation : le couple qui détermine la position de la lame a bien changé brusquement de sens.
- b) Le deuxième moyen consiste à prendre un organe oscillant composé de deux pièces pouvant aussi osciller l’une par rapport à l’autre autour d’un axe secondaire 02 solidaire de l’une d’elles. L’axe général d’oscillation est O,. On voit que, quand la pointe b se déplace vers la gauche, la réaction R passe à un moment donné à gauche de l’axe O., alors qu’elle est encore sensiblement à droite de l’axe Oj. Or, à ce moment la lame L2 bascule, ce qui a pour effet de changer brusquement la direction de la réaction R qui passe alors à gauche de l’axe O,, et par conséquent d’entraîner l’oscillation de tout l’ensemble autour de cet axe. Le déclenchement du mouvement de bascule de L, se produit donc avant que le couple qui règle sa position ait diminué progressivement jusqu’à zéro.
- Comme exemples d’appareils industriels exigeant pour leur bon fonctionnement un enclenchement et un déclenchement brusques de part et d’autre d’une position moyenne, je citerai les thermostats.
- Les thermostats de tous genres utilisent la dilatation ou la déformation d’un corps sensible aux variations de la température (variation de la longueur d’une tige, déformation d’une capsule contenant un liquide volatil, etc...), mais l’organe moteur proprement dit, ainsi constitué, ne procure que des déplacements lents et faibles qu’il est indispensable d’amplifier. Cette amplification se fait avec toute la précision désirée par le dispositif qui vient d être décrit ; on le règle généralement
- Fig. 16. — Circuits de commande d’un contacteur électrique.
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- comme je l’ai dit, pour obtenir des enclenchements et déclenchements brusques, car cet avantage rend beaucoup plus sûr le fonctionnement du thermostat et des organes qu’il commande (conjoncteur-disjoncteur, ampoule à mercure, etc...).
- En résumé, les particularités du nouveau mécanisme amplificateur sont : 1° Une fabrication simple et facile et un faible prix de revient;
- Fig. 17, 18 et 19. — Forme d'organe oscillant augmentant la rapidité du déclenchement.
- 2° La possibilité, soit de déceler de faibles déplacements (appareils de mesure), soit d’obtenir des enclenchements et déclenchements brusques de part et d’autre d’une position moyenne (appareils de régulation);
- 3° La distance de coupure du courant électrique peut être aussi grande qu’on le
- oi
- \i
- ^wwwwvwwwwww
- Mécanisme pour coupure de courants électriques relativement important:
- veut. Le réglage est d’ailleurs indépendant de l’état de conservation des contacts électriques;
- 4° Le couple final obtenu est au moins aussi grand qu’avec n’importe quel autre dispositif mécanique d’amplification;
- 3° La sensibilité est réglable, l’amplification est très grande;
- 6° La possibilité de mesures différentielles ;
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- 7° L’organe oscillant est symétrique par rapport à l’axe de rotation; l’appareil est donc insensible aux chocs et aux vibrations ;
- 8° La libre dilatation, dans les deux sens, de l’organe moteur, ce qui évite toute fatigue inutile de cet organe et des pièces qui assurent l’amplification.
- Voici quelques expériences exécutées avec un appareil de démonstration d’une extrême simplicité :
- Les 3 aiguilles AA' et B (fig. 2) sont des aiguilles de phonographe et la lame oscillante est une lame de rasoir suffisamment flexible pour permettre les deux cas de fonctionnement à étudier (cas de l’amplification progressive et cas de l’amplification brusque). L’organe moteur dont il s’agit d’utiliser les dilatations est une petite tige de laiton que je chauffe avec une allumette ou même simplement avec la main. On constate que les indications do l’aiguille indicatrice solidaire de la lame se font bien comme le prévoit la théorie. On peut observer en passant que les 3 aiguilles et la lame ne représentent qu’uni; mise de fonds inférieure à un franc et qu’il est peu courant de pouvoir mesurer le micron pour ce prix.
- Voici maintenant quelques appareils industriels permettant le réglage des températures; ils ont été mis au point dans les Ateliers J. Carpentier.
- Voici d’abord un appareil (fig. 23) utilisant la différence de dilatation entre des tiges d’invar et des tiges de laiton; ces tiges sont soudées à leur extrémité de façon que les dilatations s’ajoutent; la vis de réglage de la température moyenne, au pas de 1/2 mm, permet de vérifier que l’enclenchement brusque est réalisé au 1/20 de tour, soit pour 1/40 mm.
- Voici un thermostat pour chauffe-eau dont l'organe moteur est constitué par une tige d’invar placée dans un tube de laiton.
- Enfin, voici un thermostat pour appartements et tous locaux, dont l’organe moteur est constitué par deux lames bimétalliques se déformant en sens inverse sous l’action d’une variation de température. Ce dernier thermostat a été monté sur une automotrice des Ghemins de fer de l’Etat, où il a donné satisfaction malgré les secousses et trépidations auxquelles il se trouvait nécessairement soumis.
- Fip-. 2«L — Réalisation du dispositif amplificateur A. Erl*.
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- BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ d’e.NCOURAG. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE — JUIN 1931.
- LA SEMAINE DU CAFÉ COLONIAL
- (Paris, 5-11 mai 1930)
- par M. Georges Wery, secrétaire général de la Société d’Encouragement.
- L’an dernier, à l’occasion de la Semaine coloniale, tenue du 5 au 11 mai, l’Ins-litut colonial français organisa, en collaboration avec la Chambre de Commerce de Paris, une semaine d’intéressantes manifestations. Elles ont eu surtout pour but de faire connaître le café et le rhum de nos colonies. 11 n’est pas trop tard pour en parler encore puisque l’Exposition coloniale internationale de Paris, qui se tient à Vincennes actuellement, met en pleine actualité les productions des pays tropicaux.
- Nous voudrions essayer de donner ici un bref résumé de la belle conférence que l’éminent directeur du Laboratoire d’Agronomie coloniale du Muséum d’Histoire naturelle, M. Auguste Chevalier a donnée sur le café le jeudi 8 mai.
- Il a passé successivement en revue l’histoire du café, la situation du caféier dans les colonies françaises, les perspectives d’avenir offertes à sa culture, les secours qu’elle peut attendre de la science.
- C’est, dit M. A. Chevalier, au début du xvme siècle, grâce aux efforts du Gouvernement français, de l’Académie des Sciences, d'Antoine de Jussieu, professeur au Jardin du Roi, de Michel Isambert et de Gabriel de Clieu, que le caféier fut introduit aux Antilles. Les Hollandais l’avaient déjà transporté en Europe et acclimaté dans leur colonie de Surinam. De là. il passa à Cayenne où les Brésiliens vinrent le chercher en 1777.
- S’il fallut plus d’un siècle pour que le Brésil commençât d'exporter son grain parfumé, nos colonies des Antilles et de Bourbon (aujourd’hui La Réunion) ne tardèrent pas à en expédier au dehors de grandes quantités. A la veille de la Révolution, elles produisaient près de 50.000 t de café dit d’Arabie, c’est-à-dire plus des trois quarts de la quantité consommée alors dans le monde. Ace sujet, M. Chevalier a fait ressortir combien notre situation actuelle est différente. Alors que l’étendue de notre domaine colonial a plus que centuplé, nous ne produisons plus que 5.000 t de café, dix fois moins qu’en 1789 et nous sommes obligés d’acheter à l’étranger, chaque année, environ 150.000 t soit une valeur de plus d’un milliard et demi de francs! Et cependant, nous disposons aujourd’hui d’immenses territoires comme l’Afrique occidentale, l’Afrique équatoriale, Madagascar, l’Indochine où le précieux arbuste trouve des sols et des climats qui lui sont très favorables.
- En se basant sur les chiffres de la production des cinq dernières années, le Brésil exporte à cette heure 1.200.000 t; viennent, ensuite les Indes néerlandaises avec 89.0001; la Colombie, avec 102.000; le Venezuela, avec 45.000; le Pérou, 35.000 ; le Mexique, 34.400 ; San Salvador, 33.000 ; Guatemala, 29.000 ; les Indes britanniques. 18.639; Costa Rica, 17.000; Nicaragua, 15.280; Porto Rico, 14.800; l’Afrique orientale anglaise (Kenya, Ouganda, Tanganika), 10.000.
- Sur les 1.680.093 q que la France a importés en 1927,1e Brésil en a fourni 993.687 ; les Indes néerlandaises, 205.704; Haïti, 165.125; le Venezuela, 70.911; les Indes anglaises, 37.423; le Nicaragua. 31.798 ; Madagascar, 27.490; les autres pays, 151.955.
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- LA SEMAINE DU CAFÉ COLONIAL FRANÇAIS.
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- Avant la guerre, les possessions anglaises de l’Afrique orientale ne produisaient que des quantités infimes de café. En 1927, elles en ont exporté 10.000 t. Le Congo belge s’est mis résolument à cette culture et approvisionnera, peut-être, bientôt complètement la Belgique. Nul doute que si nous savons faire le nécessaire, nous n’arrivions, dans un avenir prochain, à tirer de nos propres colonies les 1.590.574 q de café que nous consommons annuellement, et même, que nos produits retrouvent la vogue qu’ils avaient jadis.
- Le caféier d’Arabie (Coffea arabica) représente plus des 9/10 de la production mondiale. Sa culture est vieille de 600 ans. Sa qualité est très recommandée et très remarquable, mais, par le fait même de l’ancienneté de sa culture, il est très sensible à la maladie et à l’attaque de certains insectes, aux colonies néerlandaises surtout. Depuis une dizaine d’années, les Hollandais l’ont remplacé par des espèces et des races plus résistantes : le Hobusta, le Kouilou, l'Ouganda, le Chari, etc. et par des hybrides greffés. Tous ces plants, qui ne sont connus que depuis à peu près 30 ans, ont besoin d’être améliorés.
- Depuis environ 80 ans, deux faits extrêmement importants ont marqué l’histoire de la culture du caféier.
- Le premier, c’est le développement de maladies extrêmement graves et le pullulement de plusieurs insectes qui attaquent la plante. Le second, c’est la découverte d’espèces ou de races plus résistantes, plus robustes que le Coffea arabica.
- La maladie la plus sérieuse est imputable à un petit champignon, YHemileia Vastatrix, apparu en 1863. Il a ruiné les cultures de Ceylan qui, vers 1870, produisaient par an plus de 80.000 t d’excellent café. Par la suite, ce mal s’est répandu partout, sauf en Amérique. L'Arabica n’y échappe que lorsqu’il est cultivé à une altitude assez élevée. Le seul remède consiste dans l’emploi de variétés résistantes.
- Les insectes nuisibles représentent aussi des fléaux.
- Le Xylotrechus, signalé en 1880 aux Indes, est un insecte perceur dont la larve creuse des galeries dans les branches et peut les faire mourir.
- Le Stephanodores Hampei a une prédilection marquée pour le caféier d’Arabie. Il est originaire de l’Afrique tropicale. Pendant la guerre, il a été importé à Java où il a occasionné des dégâts considérables. Mais c’est surtout au Brésil qu'il a exercé ses ravages. Sa présence a été constatée pour la première fois aux environs de Campinas dans l'État de Sào Paulo.
- M. A. Chevalier a pu constater sur place les mesures énergiques que le Gouvernement a prises contre ce fléau. La plus radicale consiste à enlever à la main, cinq semaines après la récolte, arbre par arbre, les fruits qui restent, ceux qui sont tombés à terre et même les fleurs, puis à nettoyer soigneusement le sol au pied des arbustes et à enfouir tous les débris de fruits à 30 cm. La femelle étant ainsi privée des fruits où elle dépose ses œufs, la multiplication de l’insecte est arrêtée. On comprend que le Brésil, dont la richesse dépend pour une si grande part, du caféier, s’ingénie à protéger le précieux arbuste. A Sào Paulo, lors du voyage de M. Chevalier, on commençait à construire un Institut biologique destiné surtout à l’étude du caféier et qui devait coûter 18 millions.
- Le second fait important, avons-nous dit, qui a marqué l'histoire du caféier pendant ces dernières années, est la découverte d’espèces résistantes aux maladies et aux insectes : le Canephora et YExcelsa parmi les principales.
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- 400 SEMAINE DU CAFÉ COLONIAL (PARIS, MAI 1930). — JUIN 1931.
- La première espèce, découverte en 1885 par Mgr Leroy, alors qu’il était jeune missionnaire au Gabon, a donné deux variétés intéressantes : le Robusta et le Kouilou. Elles sont très appréciées aux Indes néerlandaises. Dans toutes les régions équatoriales d’altitude faible, elles se sont substituées à Y Arabica. Elles donnent de hauts rendements, pouvant atteindre, certaines années, jusqu’à 1.500 kg/ha. Le café est de qualité inférieure à Y Arabica mais il s’améliorera. On en récolte déjà une bonne sorte en Nouvelle-Calédonie. Sa culture se répand aussi à Madagascar. \J Ouganda et le Niaouli, au Dahomey, le caféier d’Elimaau Fouta-Djallon, le caféier de Touba à la Côte d’ivoire représentent des variétés d’avenir.
- La deuxième espèce dont la vogue commence à être grande est le Coffea Excelsa ou caféier Cliari que M. Chevalier a découvert en Afrique centrale en 1903. Ses caractères sont remarquables : accommodation aux climats les plus variés, très résistant à la sécheresse, donnant couramment 6 à 7 kg de grains par an et parfois, à dix ans, 15 kg. Il a été introduit avec succès au Brésil, à Java, en Indochine, dans l’Oubangui. Il semble devoir être très intéressant pour l’Afrique tropicale.
- Le Coffea et les espèces que l’on découvre encore ont naturellement besoin d’être améliorés. M. Chevalier croit qu’en combinant l’hybridation et la sélection, en adaptant ces nouvelles essences aux terroirs qui leur conviennent, on pourra créer dans nos colonies toute une gamme de cafés qui satisferont les amateurs les plus exigeants. « Il n’est pas impossible, dit-il, que nos possessions coloniales aient, dans l’avenir, leurs grands crus de café, comme nos provinces métropolitaines ont leurs grands vins. Mais, pour le moment, il suffît de produire un café marchand de valeur courante. »
- « C’est vers la production de ce café commun, pouvant lutter, si on lui applique la détaxe douanière complète, avec le café brésilien ou le café indo-néerlandais que l’on doit orienter l’agriculture de certaines de nos colonies. Des efforts sont commencés, mais il faut les continuer avec persévérance et étendre surtout les moyens d’action. » Tel est le programme que trace M. Auguste Chevalier à l’agronomie coloniale. Comme l’a écrit M. A. S arraut, dans son livre sur la mise en valeur des colonies, il serait impossible aux planteurs européens de planter sur 300.000 à 400.000 ha, les 300 à 400 millions d’arbres qui seraient nécessaires à la consommation française. Il faudrait implanter sur la surface cultivée une main-d’œuvre qui atteindrait 200.000 à 250.000 ouvriers et réunir des capitaux considérables.
- M. A. Chevalier est en parfait accord avec M. Sarraut. Ce n’est pas des entreprises européennes qu’il attend la solution mais de la culture des indigènes. De nombreux exemples montrent que son espoir ne serait pas trompé. La culture paysanne a déjà fait ses preuves à Java et à Sumatra, où elle produit autant de café que les Européens, dans l’Ouganda, au Tanganyika, à Madagascar, en Guinée française, chez la plupart des riches Foulahs, notamment à Dalaba, à Bamboli, à Djindji, à Timbi-Madcna, à Timbi-Touni, à Pellel-Boutan. àla Côte d’ivoire, au Togo, au Cameroun, au Dahomey, dans l’Oubangui. Quelques Annamites ont commencé de l’entreprendre dans la province de Tanh-Hoa. Il y a de ce côté un vigoureux effort à fournir. Mais il portera ses fruits si on l’entreprend résolument et si on le poursuit d’une façon continue.
- M. Chevalier a écrit, il y a deux ans, qu’il suffirait pour produire le café que nous consommons en France, d’un millier de familles indigènes qui se consacreraient à sa culture. Or, sur le territoire de nos colonies, où peuvent croître les nouvelles espèces, plus rustiques que les anciennes, il existe environ 10 millions
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- LA SEMAINE DU CAFÉ COLONIAL FRANÇAIS.
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- d’habitants, paysans pour la plupart. Il suffirait que chaque famille attribuât au caféier moins de 0,5 ha. Là, le caféier vivrait en communauté avec les plantes vivrières. Sa culture n’empêcherait pas, d’ailleurs, les paysans de travailler sur les plantations européennes, comme cela se passe au Brésil.
- Les grandes plantations ne peuvent se créer partout. Il n’y a place que pour quelques-unes d’entre elles à Madagascar et en Afrique où le noir répugne au travail discipliné. Elles ont beaucoup plus de chance de se développer en Indochine. Il est bon qu’il y ait de ces entreprises dans les colonies. Disposant de moyens puissants, elles constituent des exploitations modèles où les paysans trouvent de bons exemples à suivre. Mais il est très désirable, au point de vue social, que la culture paysanne se développe. Et c’est grâce à elle seulement que nous aurons chance de tirer de nos colonies, nous venons de l’expliquer, la quantité de café qui nous est nécessaire.
- Mais qu’il s’agisse de petits paysans ou de colons, il faut que les uns et les autres soient guidés par des spécialistes et des savants. Ils leur épargneront bien des déboires et des dépenses inutiles et c’est en cela que consiste le rôle de la science. Il est nécessaire que nous ayons dans chacune de nos colonies des stations d’essais, réparties convenablement suivant les régions culturales, et, au-dessus d’elles, des insti-tut% scientifiques d’une nature plus élevée où les différentes branches de la science soient représentées par des spécialistes. C’est dans ces laboratoires, auxquels seront annexés des champs d’expériences, que l’on essaiera les espèces, appropriées au sol et au climat, donnant les produits les meilleurs, que l’on recherchera les moyens de lutter contre les maladies et les insectes, que l’on appréciera l’action des engrais.
- L’exemple le plus frappant de l’utilité de semblables établissements, c’est le célèbre jardin que les Hollandais ont créé depuis longtemps à Buitenzorg à Java et ses annexes. C’est grâce aux remarquables travaux que le savant génial Treub et ses éminents collaborateurs ont poursuivis, c’est grâce aux applications des sciences biologiques à la culture des plantes que les colonies néerlandaises sont parvenues à produire la canne à sucre la plus riche, un tabac unique au monde, un quinquina et un Hévéa donnant des rendements inespérés.
- Ce serait une grande erreur de croire qu’il existe un « café colonial » que l’on puisse cultiver avec avantage dans l’une ou l’autre de nos colonies. Il n’y a pas un café, mais des cafés coloniaux. Il faut trouver l’espèce ou la variété qui convient à telle ou telle colonie, à son sol, à son climat et l’améliorer par l’hybridation et la sélection. Cette recherche des meilleurs crûs et leur perfectionnement appartiennent aux stations de recherches. Et pour que celles-ci remplissent effectivement leur rôle, il faut qu’elles aient des ressources convenables en hommes et en matériel. Il serait nécessaire, dit M. Auguste Chevalier, que les services agronomiques de nos colonies aient des moyens dix fois plus étendus, qu’elles disposent d’un personnel plus nombreux de savants pour les recherches et la diffusion de leurs résultats, qu’elles distribuent gratuitement ou à très bon marché des plants améliorés aux indigènes et aux petits colons.
- Pendant les dix ou vingt ans que durera l’enfance, puis le développement de la culture de nos cafés coloniaux, ceux-ci devront être protégés contre les cafés étrangers par des droits de douane.
- Nous reproduisons ci-après, intégralement, la partie de la conférence que M. A. Chevalier a consacrée à cette question importante.
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- SEMAINE DU CAFÉ COLONIAL (PARIS, MAI 1930). — JUIN 1931.
- « Avant la guerre, les cafés étrangers importés en France payaient un droit de douane de 136 fr par quintal. Il n’y avait pas d’autre taxe. Ce droit était du reste considérable puisque le café du Brésil à Santos ne valait même pas 136 fr le quintal. En 1912, la détaxe complète des droits de douane fut accordée. C’était une prime magnifique dont bénéficiaient les colons et les indigènes. Malheureusement vint la guerre.
- Nos plantations coloniales s'étendirent faiblement. Par contre, le Brésil trouvant des débouchés à ses cafés, à des prix très rémunérateurs, étendit beaucoup ses plantations. En 1923, croyant avoir le monopole, il créa l’Institut du Café qui stockait la production. La récolte était groupée et mise en vente au fur et à mesure des besoins, à des prix excellents pour le producteur, jusqu’au jour, en novembre dernier, où le marché s’est affaissé. Actuellement, les cours du café sont de 50 p. 100 plus bas qu’ils n’étaient il y a deux ans. Il y a, à Santos et à Bio, des stocks considérables. Ils seraient de 16.500.000 sacs, soit près d’une année de récolte. Le gouvernement de Sào Paulo a trouvé de nouveaux crédits qui vont lui permettre de sortir de cette situation, mais à la condition formelle de procéder à une liquidation échelonnée de l’Institut du Café. Un prêt lui est consenti pour dix années par des banquiers américains et anglais, à la condition que, dans ce délai, il liquide tout le stock, et qu’à partir du 1er juillet prochain, il ne stocke plus les récoltes futures.
- Malheureusement, la France, depuis la guerre, n’a pas encore organisé complètement la protection de ses cafés coloniaux dans des conditions aussi avantageuses qu’avant 1914.
- Actuellement, la situation est la. suivante : 100 kg de café étranger paient 231,20 fr de droits de douane, plus 180 fr de droits de consommation, plus une taxe de 8 p. 100 ad valorem (soit 80 fr environ); au total 491,20 fr, soit près de 5 fr par kilogramme.
- Les cafés coloniaux sont seulement exonérés de la taxe de 231,20 fr qui ne représente qu’un coefficient de protection faible; or le droit d’avant-guerre de 136 francs-or représenta' en réalité 136x5 = 680 francs-papier.
- Le coefficient de protection accordé au café colonial n’est plus que les 34 centièmes de celui d’avant guerre. Par contre, les cafés étrangers entrant en France bénéficient par rapport à l’avant-guerre d’une taxe favorable de 680 — 491,20 = 188,80 fr (en moins) soit, en nombre rond, 190 fr par 100 kg.
- Les coloniaux français demandent qu’à l’importation on revienne au droit de 136 francs-or, soit 680 francs actuels.
- Pour 1.600.000 q de cafés importés cela rapporterait au trésor 304 millions de francs. Le prix du kilogramme de cale se trouverait ainsi relevé de 1,90 fr, d’où vie plus chère.
- La répercussion sur le prix de la vie serait du reste des plus faibles puisque le prix de revient d’une tasse de café serait accru d’environ trois centimes. Une famille de quatre personnes qui prennent chaque matin une tasse de café consomme un kilog. de café par semaine dont le prix de revient se trouverait majoré de 1,90 fr. L’achat du tabac ou la dégustation de quelques petits verres de cognac impose au consommateur des taxes fiscales bien plus élevées. »
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- LA SEMAINE DU CAFÉ COLONIAL FRANÇAIS.
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- A la Journée du Café, le 8 mai 1930, quelques personnes ont fait observer qu’il ne serait sans doute pas possible de majorer les droits de douane pour les cafés de provenance étrangère, par suite des engagements pris avec les autres pays. On peut, par contre, incorporer, par une loi, les droits intérieurs au tarif douanier. Ils ne s’appliqueraient pas ainsi aux cafés coloniaux. Par cette fusion de droits, il ne serait imposé aucune charge nouvelle aux cafés étrangers, ni aux importateurs; il n’y aurait aucune restriction à prévoir dans la consommation, et comme tout le café exporté des colonies vient déjà dans la métropole, le Brésil ne vendrait pas un sac de moins à la France. Des propositions tendant à effectuer cette transformation des droits sont soumises aux commissions compétentes de la Chambre des Députés. »
- Bibliographie.
- La culture du cajé dans les colonies françaises par les Européens et par les indigènes, par A. Chevalier, professeur au Muséum d’Ilistoire naturelle. (Extrait des communications et procès-verbaux de l’Académie des Sciences coloniales.)
- LE MATÉRIEL DES CHEMINS DE FER FRANÇAIS A L’EXPOSITION COLONIALE
- La locomotive type Mountain de la Compagnie des Chemins de fer de l’Est, décrite dans le Bulletin de mars 1931, p. 183, figure dans la salle des chemins de fer à l’Exposition coloniale (Section métropolitaine). Dans cette salle, les chemins de fer français présentent un ensemble du plus haut intérêt, comprenant non seulement les types les plus récents de locomotives et de matériel roulant, mais aussi une riche collection de modèles de toutes sortes relatifs aux chemins de fer.
- Le même Bulletin indique (p. 162), comme exemple de grande vitesse, le trajet de Paris à Saint-Quentin effectué en 99 minutes. Cette durée a été réduite à 88 minutes, ce qui, pour un parcours de 153,1 km. exactement, donne une vitesse commerciale de 104,4 km/h. Avec un train de 360 t, on a même effectué, le trajet en 83 minutes; c’est une vitesse commerciale de 110,7 km/h.
- La Compagnie du Chemin de fer du Nord indique que la Pacific, qu’elle expose, peut remorquer un train de 500 t à la vitesse de 100 km/h sur rampe de 5 mm/m. Le poids de la locomotive étant de 100 t, et celui du tender, variable suivant l’état des approvisionnements, étant estimé à 60 t, c’est un poids de 660.000 kg élevé par seconde de 0,139 m (0,005x27,8 m, parcours en une seconde). Le travail de la gravité seule est donc de 91.500 kgm en une seconde, soit une puissance de 900 k W.
- En supposant que la résistance moyenne du train avec la locomotive est de 6 kg par tonne (ce qui paraît faible), on trouve une résistance de 3.970 kg, et un travail par seconde de 3.970 X 27,8 ou 1.100 kgm : c’est une puissance de 1.080 k W.
- Il semble donc que la puissance de la locomotive atteigne 2.000 k W. Toutefois le deuxième élément du calcul est hypothétique.
- ED. SAUVAGE.
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- BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ d'eNCOURAG. POUR L’INDUSTRIE NATIONALE. — JUIN 1931.
- MATÉRIEL PRÉSENTÉ A L’EXPOSITION INTERNATIONALE DE LIÈGE, EN 1930, PAR LA Cle DES CHEMINS DE FER DE L’EST
- par M' Ed. Sauvage, membre clu Conseil.
- Le Bulletin de mars 1931 a donné une description de la locomotive à grande vitesse, type Mountain, de la Cie de l’Est, exposée à Liège en 1930. Outre cette locomotive, pièce capitale de son exposition, un nombreux matériel, objet de l’analyse qui suit, représentait la Compagnie de l’Est.
- TENDER A BOGIES.
- Ce tender, dont les soutes contiennent 35 m3 d’eau, s’applique à divers types de locomotives. L’attelage et la disposition de la plateforme, qui fait partie de la locomotive, ont été décrits dans la note précitée. Cette ingénieuse disposition, due à M. Mestre, Ingénieur principal des études de la Clc de l’Est (aujourd’hui honoraire) est désignée par l’initiale M.
- A vide, ce tender pèse' 30 t. et 73 l avec ses approvisionnements complets en eau, combustible, outillage, sable. Attelé à la locomotive Mountain, et en prenant le poids moyen dans un long parcours, avec approvisionnements à demi épuisés, on trouve un total de 165 I : c’est le tiers du poids d’un train de 500 l.
- LOCOMOTIVE-TENDER DE BANLIEUE i-4-1 .
- Cette puissante locomotive, à 4 essieux couplés entre deux bisscls symétriques, correspond au programme suivant :
- Remorque de trains pesant normalement 510 l ;
- Démarrage et acccéléralion très rapides;
- Vitesse moyenne supérieure à G0 km/h;
- Vitesse maxima, 90 à 100 km/h ;
- Capacité des soûles à eau, 13 m3.
- Deux machines de ce type, construites dans lesateliers delà Cie de l’Est à Epernay, ayant donné toute satisfaction, on le reproduit à un grand nombre d’exemplaires.
- La Clp de l’Est possédait déjà des locoinotives-lenders à quatre essieux couplés entre deux bissels, mais moins puissantes (ces machines sont décrites dans La machine locomotive, H0 éd., par Ed. Sauvage, p. 298).
- La nouvelle machine est à simple expansion, comme la précédente, mais avec trois cylindres de 510 mm de diamètre, avec course de 660 mm. L’emploi de trois cylindres, à simple expansion, n’est pas nouveau à la Compagnie de l’Est : les locomotives Decapod, qui en sont munies, ont été décrites dans le Bulletin (1929, p. 416). Contrairement à la disposition précédemment adoptée, les trois cylindres de la nouvelle machine ont chacun un mécanisme de distribution indépendant.
- Le diamètre des roues motrices est relativement faible, 1,420 m, ce qui conduit à de grandes vitesses de rotation : la circonférence des roues étant de 4,46 m, la vitesse
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- L’EXPOSITION DE LA cie DE l’EST A LIEGE EN 1930.
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- de 100 km/h, ou 27,8 m/sec., exige 6,22 tours par seconde, nombre qui sera dépassé avec des bandages amincis par l’usure.
- Il semble d’ailleurs qu’on accepte, d’une manière générale, de grandes vitesses de rotation : ainsi la locomotive Mountain, pour laquelle la vitesse de 120 km/h est autorisée, a des roues de 1,950 m de diamètre, donnant 5,45 tours par seconde à celte vitesse. Mais il est probable que cette limite arbitraire de 120 km/h sera relevée; 6 tours par seconde donneraient 132 km/h, ce qui semble acceptable avec l’état actuel des machines et des voies.
- L’emploi de distributions par tiroir à très longue course, même aux faibles admissions, permet ces vitesses sans laminages excessifs de vapeur. D’autre part, pour éviter l’exagération des forces d’inertie, les pièces à mouvement alternatif sont allégées : les tiroirs sont en tôle emboutie, les pièces du mécanisme en acier chrome-nickel à haute résistance, les contre-tiges de piston ont été supprimées.
- Quant à l’accélération lors des démarrages, les considérations suivantes, bien que peu précises, en donnent une idée.
- Le poids adhérent, 75.000 kg, permet, avec une adhérence au septième, un effort de traction de 10.700 kg. Avec les trois cylindres de 510 mm de diamètre, et course de 660 mm, cet effort de traction correspond à une ordonnée moyenne des diagrammes de 6 kg/cm2 ou plutôt un peu supérieure, vu la résistance des mécanismes.
- Le train pèse 510 t et la locomotive 107. En admettant, pour la résistance moyenne par tonne jusqu’à la vitesse de 60 km/h, 5 kg pour le train et 11 pour la locomotive, la résistance totale est de 3.700 kg; il reste donc 7.000 kg pour l’accélération de la masse, du poids de 617.000 kg, soit 63.000 avec les unités usuelles.
- Les formules du mouvement uniformément accéléré donnent, pour obtenir la
- vitesse de 16,66 m/sec (60 km/h), l’accélération étant 0,111 m/sec2,
- 150 sec, avec un parcours de 1.240 m, correspondant à une vitesse moyenne de 30 km/h. A la vitesse de 60 km/h, la durée de ce parcours serait réduite à moitié : la perte de temps au démarrage est donc de 75 sec.
- Il serait intéressant de connaître, par l’observation, les valeurs réelles de l’accélération.
- Les dimensions principales de ces nouvelles locomotives, comparées à celles des anciennes 1-4-1, sont les suivantes :
- Surface de grille...........
- — de chauffe..........
- — de surchauffe . . . .
- Timbre......................
- Cylindres : nombre..........
- diamètre........
- course .........
- Diamètre des roues motrices.
- Poids en charge.............
- Poids adhérent..............
- Eau dans les soutes.........
- Combustible.................
- 130e Année. — Juin 1931.
- LOCOMOTIVES ANCIENNES. '
- 2,422 m2 127,15 m2 26,51 m2 14 kg/cm2 2
- 550 mm 660 mm 1,580 m 87,60 t 58,6 t 7,8 m®
- 3,5 t
- LOCOMOTIVES
- NOUVELLES.
- 2,80 m2 139,63 m2 45,29 m2 16 hpz
- 3
- 510 mm 660 mm 1,420 m 107,3 t 75 t 13 m3
- 4 t
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- MATÉRIEL ROULANT DE LA Gie DE L’EST. — JUIN 1931.
- LOGOMOTIVE-TENDER POUR LIGNES SECONDAIRES, TYPE 1-3-1.
- Ce type de machine marque une particularité intéressante dans l’évolution des locomotives.
- D’une manière générale, on construit constamment des locomotives de plus en plus puissantes, nécessaires pour la traction de trains de plus en plus lourds et rapides. Mais le service des chemins de fer comporte un grand nombre de trains légers, pour lesquels, ces locomotives ne pouvant convenir, on utilise d’anciennes machines.
- Mais, d’une part, les locomotives anciennes arrivent à la limite d’usure, et, d’autre part, elles ne comportent pas les perfectionnements modernes, tels que pression élevée et surchauffe de la vapeur : l’usage de ces anciennes machines finit par être peu économique, et on conçoit qu’on soit amené à les remplacer par des types neufs, de puissance modérée, bien appropriés au service qu’on leur demande.
- Telle est la locomotive 1-3-1 exposée à Liège, déjà décrite dans La machine locomotive, 8e édition, par Ed. Sauvage, p. 296, et dont 50 exemplaires sont en service.
- Les trois essieux couplés portent des roues de 1,42 m de diamètre; la vitesse limite prévue est de 90 km/h, mais on a pu atteindre, sans le moindre inconvénient, celle de 105 km/h, les roues faisant 6,5 tours par seconde.
- VOITURE MÉTALLIQUE A BOGIES, A INTERCIRCULATION.
- Dans ce type de voiture, la Compagnie de l’Est a réduit le poids mort par l’utilisation rationnelle du métal ; elle a cherché à rendre aussi simples que possible la construction, la réparation, et l’entretien.
- Les détails qui suivent sont extraits d’une notice de la Compagnie de l’Est.
- « Pour obtenir le minimum de poids, on a substitué, à l’ancienne conception du châssis porteur d'une caisse indépendante, la conception nouvelle d’une poutre tubulaire dans laquelle la caisse et le châssis ne sauraient être séparés, ce dernier constituant la partie tendue d’une poutre dont les fibres comprimées se localisent à la toiture de la caisse.
- « L’élément nouveau assurant cette fusion est un platelage continu, en tôle, placé à la base de la caisse et formant en même temps l’élément essentiel du châssis caissonné.
- « Pour que ce tube résiste sans voilement aux efforts de flexion (charges verticales) et de compression (chocs horizontaux), il a suffi de l’armer intérieurement d’un réseau approprié de raidisseurs, généralement constitués d’éléments emboutis ou pliés, à section fermée, présentant, par suite, le maximum de rigidité pour un poids donné.
- « Ce mode de construction a permis de se libérer des difficultés d’approvisionnement, des excédents de poids, de l’imprécision de la construction et de la complication des assemblages qu’entraîne ordinairement l’usage des charpentes en profilés.
- « Le métal a été employé sous les dimensions maxima que permet l’industrie ; il a été embouti pour lui conférer une résistance spécifique maximum et pour obtenir directement, sans intermédiaire de goussets et d’équerres, les assemblages des divers éléments constitutifs de l’ouvrage.
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- l’exposition DE LA Cie DE L’EST A LIEGE EN 1930.
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- « Tous ces assemblages ont été ou rivés, ou soudés à l’arc électrique.
- « Loin de considérer que l’adoption du nouveau mode de construction devait conduire nécessairement à l’emploi d’un revêtement métallique intérieur, la Compagnie de l’Est a estimé, au contraire, que la sécurité assurée par la charpente permettait de conserver le seul mode de garnissage (parois en bois) susceptible d’assurer le. maximum d’isolement acoustique et thermique avec le poids minimum.
- « En conséquence, il a été maintenu un plancher en bois, isolé du platelage par une couche d’air; les parois verticales et le pavillon ont été garnis en bois contreplaqué, le tout isolé du contact direct de la charpente par l’intermédiaire de molleton.
- « Les cloisonnements comportent d’ailleurs une âme métallique raidie par les procédés déjà décrits ci-dessus pour l’ossature tubulaire. Les assemblages intérieurs ont été simplifiés par l’emploi étendu de la soudure électrique par points. »
- Ces principes nouveaux, adoptés pour la construction des grandes voitures, sont remarquables. Le spécimen exposé à Liège était une voiture mixte, contenant cinq compartiments de 2e classe et deux grands compartiments à bagages.
- FOYER EN CUIVRE DE LOCOMOTIVE, SOUDÉ A L’AUTOGÈNE.
- Les ateliers de la Compagnie de l’Est, à Épernay, ont étudié et'mis au point, depuis 1922, l’application de la soudure autogène du cuivre aux réparations de foyers. Près de 1.300 foyers ont été réparés par ce procédé, et certains d’entre eux ont fourni des parcours de plus de 300.000 km sans incident.
- L’extension de ce procédé a conduit à la construction d’un foyer complet par soudure autogène. La locomotive-tender 1-4-1, décrite plus haut, est munie d’un foyer de ce genre.
- TRAVAUX EXÉCUTÉS PAR LES APPRENTIS DU SERVICE DU MATÉRIEL ET DE LA TRACTION.
- La Compagnie de l’Est attache une grande importance à la formation d’apprentis. A en juger par les travaux exécutés dans ses ateliers d’apprentis, qui étaient exposés à Liège, ces ateliers forment des ouvriers de premier ordre.
- Ces travaux consistent en beaux modèles de véhicules et de pièces de matériel roulant, savoir :
- Châssis complet de la locomotive-tender 1-4-1, ci-dessus décrite, à l’échelle du cinquième : c’est la locomotive sans sa chaudière, ce qui met bien en évidence tout le mécanisme;
- Foyer et boîte à feu de la locomotive Mountain, au cinquième;
- Voiture mixte à bogies, avec couloirs partiels et portières latérales, au cinquième ;
- Wagon pour le transport des rails et des longs fers, au cinquième;
- Bogie des nouvelles voitures métalliques, au tiers.
- La voiture mixte à bogies a été prêtée par la Compagnie de l’Est au Conservatoire des Arts et Métiers, et figure dans ses collections. Il est à souhaiter que les autres modèles exécutés par les apprentis y figurent également.
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- MATÉRIEL ROULANT DE LA Cie DE L’EST. — JUIN 1931.
- APPAREILS DIVERS.
- Le dressage des tables de triple valve du frein à air comprimé, précédemment effectué à la main, était un travail long et difficile. Une machine à dresser ces tables par rodage a beaucoup simplifié l’opération.
- L’emploi du pistolet à air. comprimé, pour la peinture au poncif des inscriptions des wagons, semble indiqué. Mais les appareils en usage ont un débit beaucoup trop fort pour cette application spéciale. Le nouvel outil fonctionne avec une faible dépense de peinture et d’air comprimé, au point qu’une petite pompe à main suffît à l’alimenter.
- Les huiles de graissage, ainsi que les alliages pour coussinets, sont l’objet d’essais sur une machine étudiée de concert avec les Établissements Malicet et Blin, qui reproduit de près les conditions de service. Cette machine enregistre les charges, les vitesses, les coefficients de frottement et les températures.
- Pour fixer les conduites du frein continu, il est nécessaire de percer des trous dans les châssis des wagons. Une machine a été construite h cet effet, et de manière à se prêter au travail à la chaîne pour cette opération de montage.
- PRÉPARATION DES COMBUSTIBLES A VAIRES-TRIAGE.
- On délivre aux locomotives des mélanges de combustibles de natures diverses, en proportions variables suivant les services qu’elles assurent. La préparation de ces mélanges dans chaque dépôt, au moment du déchargement des wagons, est difficile et n’est pas toujours satisfaisante.
- C’est pourquoi la Compagnie de l’Est a installé à Yaires-Triage, près de Lagny, une station de préparation de combustibles, qui alimente les dépôts voisins. Cette station procède, dans de bonnes conditions, au criblage et aux mélanges des combustibles; elle peut loger des stocks de 15.000 t, sans que la hauteur des tas dépasse 3,50 m ; l’expédition aux dépôts se fait en wagons à trémie.
- L’emploi des procédés mécaniques de manutention permet un fonctionnement économiq ue
- Chaque dépôt possède une installation mécanique, qui assure une manutention rapide depuis les wagons à trémie jusqu’aux tenders.
- Le service de la voie et travaux et le service de l’exploitation ont en outre exposé une série d’appareils de signalisation et de commande d’aiguilles, notamment pour les gares de triage.
- Plusieurs de ces appareils sont dus à l’éminent ingénieur Descubes, directeur des Travaux de la Compagnie de l’Est, prématurément décédé il y a quelques années.
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- BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ ü’eNCOURAG. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — JUIN 1931.
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ CONSEIL D’ADMINISTRATION SÉANCE PUBLIQUE DU 9 MAI 1931 Présidence de M. L. Mangin, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Sont présentés pour devenir membres de la Société et admis séance tenante :
- La Photoscopie, appareils et films de projection fixe et de lecture, 61, rue Joufîroy, Paris (17e), présentée par M. Louis Lumière;
- M. Mercy (Paul), (^), Inspecteur des Télégraphes, 24, rue Bertrand, Paris (7e), présenté par M. Jean Carpentier;
- FAssociation cotonnière coloniale, 33, rue de Châteaudun, Paris (9e), présentée par M. Grimer ;
- M. Cournot (Jean), (^, ^), ingénieur-conseil, professeur à l’Ecole nationale supérieure de l’Aéronautique, répétiteur à l’École polytechnique, 30, quai du Louvre, Paris (1er), présenté par M. Léon Guillet;
- la Société Allioli fils, entrepreneurs de peinture, 414, rue Saint-Honoré, Paris (1er), présentée par M. Lucien Bechmann (membre perpétuel);
- la Société anonyme des Ateliers d’Aviation Louis Breguet, constructions aéronautiques, 24, rue Georges-Bizet, Paris (16e), présentée par M. Louis Breguet (membre perpétuel).
- M. Mangin, président. — Je crois devoir attirer votre attention sur ce que tous les nouveaux membres qui viennent d’être nommés, sauf un, sont des lauréats de notre Société, que nous avons eu le plaisir de récompenser dans la dernière séance. Je les remercie très vivement de la marque de sympathie qu’ils donnent à notre Société.
- M. Mangin, président. — J’ai le regret de vous annoncer la mort de trois membres de notre Conseil et d’un des plus connus des membres de la Société.
- M. Le Cesne faisait partie du Comité de Commerce depuis 1924. Il y est entré au moment où le nombre des membres de ce comité venait d’être porté de 10 à 16 en vertu des nouveaux statuts approuvés en 1923. Le Comité de Commerce s’est adjoint à cette époque plusieurs personnes compétentes dans les questions coloniales. M. Le Cesne fut l’une d’elles. Il
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — JUIN 4931.
- s’occupait d’exploitations agricoles coloniales et du commerce des produits coloniaux; très versé dans ces questions, il présidait l’Union coloniale et il était vice-président de la Section de Législation au Comité supérieur des Colonies. Il était commandeur de la Légion d’honneur.
- Nous adressons à la famille de notre regretté collègue, l’expression de notre sympathie émue.
- Nous venons de perdre aussi un des plus anciens membres de notre Conseil, M. Max Ringelmann qui, en 1901, avait remplacé Maxime Cornu au Comité d’Agriculture.
- Ringelmann s’est attaché à une œuvre qui restera. Il a été le premier à étudier systématiquement les machines agricoles et à déterminer exactement aussi bien leur rendement que la résistance aux actions mécaniques de leurs parties travaillantes. Dans cette voie, il a créé des méthodes d’examen et d’essais qu’il suffira d’appliquer après lui. Il a été un des artisans de la culture mécanique, aujourd’hui généralisée partout où elle est possible et avantageuse. Il a écrit de nombreux articles ou mémoires dans notre Bulletin ou dans des périodiques agricoles. Il est l’auteur de nombreux traités fort appréciés sur tout ce qui concerne l’outillage et le matériel de la ferme, y compris les bâtiments ruraux. Ces ouvrages présentent cette particularité qu’ils permettent de déterminer exactement et avec facilité, au moyen de formules simples, les dimensions à donner à une installation rurale quelconque répondant à des conditions données. La compétence de notre collègue l’avait fait nommer depuis longtemps à la direction de la Station d’essais de Machines du Ministère de l’Agriculture : elle était devenue son œuvre et il y a formé de nombreux élèves qui continueront à y appliquer ses méthodes.
- Max Ringelmann était professeur de construction de matériel intérieur et extérieur de ferme, à l’Institut national agronomique et à l’Ecole nationale d’Agriculture de Grignon. Il était officier de la Légion d’honneur.
- Rompant avec d’anciens errements, Ringelmann fut souvent obligé de lutter contre la routine; il le faisait avec une franchise quelquefois un peu rude; mais il était la droiture même, d’une complaisance poussée à l’extrême, et il n’a jamais eu en vue que les intérêts généraux de l’agriculture qu’il était chargé de défendre; c’était un ami sur. La Société d’Encouragement perd en lui un de ses collaborateurs les plus précieux et les plus estimés. Nous adressons à Madame et à Mlle Ringelmann nos plus vives et plus sincères condoléances.
- M. André Michelin, Ingénieur des Arts et Manufactures, a été pendant plusieurs années membre de notre Comité des Arts chimiques. En 1928, il était devenu membre honoraire de notre Conseil. Son nom est universelle-
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- ment connu comme celui du créateur d’une nouvelle industrie française, celle du caoutchouc, et qui prit, dans ses usines, un développement considérable avec les progrès de l’automobile et de l’aviation, industries qu’il a encouragées par des créations originales, comme ce concours de l’Aéro-Cible Michelin.
- Il était partisan convaincu de l’organisation méthodique du travail, qu’il a appliquée dans toutes ses installations industrielles et agricoles, et pour laquelle il a fait beaucoup de propagande et créé un centre d’études, le « Comité Michelin » à l’usage surtout des jeunes ingénieurs peu versés dans les questions d’organisation. Je rappellerai que ce centre d’études, qui a un fonds propre dans la Bibliothèque de la Société d’Encouragement, a aussi son siège social dans son hôtel. Pendant plusieurs années, il y a donné de nombreux cycles de conférences.
- André Michelin était membre du Comité directeur de l’Aéro-Club de France, de la Ligne aérienne, de l’Automobile-Club, président d’honneur de la Chambre syndicale des Industries aéronautiques. Il était chevalier de la Légion d’honneur.
- Nous adressons l’expression de notre douloureuse sympathie à sa famille.
- M. Joseph-Théophile Blondin était membre de notre Société d’Encouragement depuis fort longtemps. Il a été un de ses bons collaborateurs. Professeur dans l’enseignement secondaire, il s’est spécialisé très vite dans l’électricité. Créateur et directeur de la Revue générale de VElectricité, il en a fait un organe précieux de documentation pour tous les ingénieurs électriciens qui y retrouvent les qualités d’ordre, de clarté et de méthode que Blondin devait sans doute à sa formation pédagogique. Il est l’auteur de travaux originaux sur la physique mathématique et notamment d’une théorie tourbillonnaire de l’électricité. M. Blondin croyait à l’absolue nécessité de l’unification des symboles et des abréviations, de même que du classement méthodique des documents, question pour lesquelles il a lutté avec persévérance jusqu’à son dernier jour.
- M. Blondin était chevalier de la Légion d’honneur.
- Nous adressons nos très vives condoléances à Mme Joseph Blondin et à ses fils qui continuent l’œuvre de leur père.
- MM. de Fréminville et Wery, secrétaires généraux, présentent et analysent quelques-uns des ouvrages entrés récemment dans la Bibliothèque.
- M. de Fréminville présente les ouvrages suivants :
- Vie et industrie aux Etats-Unis. Observations d'un ingénieur, par François Mauro. Première version française intégrale de C. Pace, revue par Thé-
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- rèse Leroy, d’après la 3e édition italienne. Paris, J. Langlois, 186, faubourg Saint-Martin (10e), 1930;
- Imprimés de bureau et d'atelier. Leur emploi pour Vorganisation des entreprises, par Wallace Clark. Traduction de Thérèse Leroy. Paris, J. Langlois, 1930;
- La rationalisation de nos comptabilités, par José Radermecker. Paris, J. Langlois, 1930;
- Le contrôle budgétaire dans les entreprises industrielles, par Heinz Ludwig. Traduit de l’allemand par Jean Marteau. Paris, J. Langlois, 1930;
- Les méthodes du contrôle dans les entreprises, par Pierre Wolff. Paris, J. Langlois, 1931;
- Pour bien comprendre Vélectricité industrielle sans professeur. Production et propagation de l'électricité. Applications diverses de ïélectricité, par H. de Graffigny. Paris, Albin Michel, 22, rue Huyghens, 1931. (Don de l’auteur);
- Recherches expérimentales sur la propagation d'ondes aériennes dans un long tuyau cylindrique, par Th. Vautier. (Annales de Physique, 10° série, tome XIV, novembre 1930). Paris, Masson et Cie, 120, boulevard Saint-Germain (6e). (Don de l’auteur);
- Les mécanismes des machines y compris les automobiles, par H. Leblanc. Paris, Garnier frères, 6, rue des Saints-Pères (7e), 1931;
- Le dumping soviétique, par Boris Eliaciieff. Paris, Marcel Giard, 16, rue Soufflot (5°), 1931 ;
- Le problème des balais dans la construction des machines électriques, par W. Heinrich. Traduit de l’allemand par J. Legueu. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1931 ;
- Exemples pratiques de dispositions d'armatures dans les ouvrages en béton armé, par V.-L. Kouznetzoff, Paris, Dunod, 1931;
- Calcul des poutres supportant des planchers et certaines charges particulières, par Paul Roger. Paris, Dunod, 1931;
- Les embranchements industriels et leur utilité, par R. Godfernaux (ex Revue générale des Chemins de fer, février 1931). Paris, Dunod, 1931. (Don de l’auteur) ;
- Conférence sur Vorganisation des gares de triage. Causerie faite à la séance du Groupe des X Cheminots, tenue le 28 avril 1930 à la Maison des X, par M. Rabourdin. Paris, 17, rue de Londres (9e);
- Introduction à la géométrie projective différentielle des surfaces, par Guido Fubini et Eduard Cech. Paris, Gauthier-Villars et Ci0, 53, quai des Grands-Augustins (6e), 1931 ;
- Cours de physique (Cours de l’Ecole Polytechnique). Tome II : Thermodynamique. Optique, par A. Lafay. Paris, Gauthier-Villars et Cie, 1931;
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- Propagation d'une onde sonore dans Vatmosphère et théorie des zones de silence, par Henri Galbrun. (Publication de l’Institut de mécanique des fluides de l’Université de Paris. Fondation du Ministère de l’Air). Paris, Gauthier-Villars et Cie, 1931 ;
- Le nouvel esprit des affaires, par Maurice Ponthière (Etudes sur les affaires, III). Paris, Nouvelle librairie commerciale, 16, rue Lamartine (9e).
- M. Wery présente les ouvrages suivants :
- Trempe, recuit, revenu. Traité théorique et pratique. Tome III : Résultats, par Léon Guillet. Paris, Dunod, 1931 ;
- Les méthodes d'analyses en brasserie, par F. Pawlowski, revues par le D1' Doemens. Traduit d’après la 3° édition allemande par Georges Charlie. Paris, Dunod, 1931;
- Vernis, émaux, apprêts et mastics de nitroceïlulose, par S. P. Wilson. Traduit d’après la 2e édition anglaise par A. Tissot. Paris, Dunod, 1931;
- Cours de chimie industrielle (Ecoles nationales d’Arts et Métiers), publié sous la direction de P. Fournel, en collaboration avec L. Quevron, G. Rumeau, H. Valdenaire. lre partie : Chimie générale, par Fournel et Rumeau ; 2e partie : Les grandes industries de la chimie minérale, par Fourmel et Quevron ; 3e partie : La chimie des métaux, par Fournel et Quevron, Paris, Librairie Delagrave, 15, rue Soufflot (5°), 1931;
- Pétroles naturels et carburants de synthèse. Constitution chimique. Traitement. Utilisation, par André Graetz et Pierre Burgart. (Encyclopédie de chimie industrielle). Paris, J .-B. Baillière et fils, 19, rue Hautefeuille (6e), 1931 ;
- Traité de vinification pratique et rationnelle. II : Le vin, sa composition, ses maladies, sa conservation, par Jules Ventre. Montpellier (Hérault), Librairie Goulet, A. Dubois et R. Poulain, 5, Grand’rue;
- Contribution à l'élude de l'action chimique de l'étincelle électrique sur les gaz sous faible pression, par Henri Lefebvre. (Thèse présentée à la Faculté des Sciences de l’Université de Lille pour obtenir le grade de docteur ès sciences physiques). Paris, lmp. nationale, 1931. (Don de l’auteur);
- Royal Dublin Society. — Bi-Centenary souvenir, 4731-4934. Dublin, Ball’s Bridge ;
- Soies artificielles et matières plastiques, par Robert Gabillion. (Collection Armand Colin, Section de chimie, n° 129). Paris, Librairie Armand Colin, 103, boulevard Saint-Michel (5e), 1931;
- Pétroles naturels et artificiels, par J.-J. Chartrou. (Collection Armand Colin, Section de chimie, n° 124). Paris, Librairie Armand Colin, 1931 ;
- Les matériaux des constructions civiles et des travaux publics. Tome III :
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- Métaux, bétons, revêtements routiers, par Edmond Marcotte. Paris, Gauthier-Villars et Cie, 1931.
- M. Albert Erb, Ingénieur des Arts et Manufactures, décrit et présente un Dispositif mécanique amplificateur de faibles déplacements de son invention et signale ses applications aux appareils de mesure, aux thermostats et à tous régulateurs(,).
- Le dispositif présenté comporte une lame oscillante à faces parallèles disposée entre les deux organes dont le déplacement relatif l’un par rapport à l'autre est à amplifier, et trois aiguilles invariablement liées aux organes sus-indiqués et disposées de telle sorte que leurs pointes appuient de part et d’autre sur l’organe oscillant sous l’action d’un ressort; de cette façon l’organe oscillant est maintenu dans une position d’équilibre bien déterminée. Ce dispositif, duquel on peut dire qu’il est à la mesure des petits déplacements linéaires ce qu’est la balance à la mesure de faibles poids, peut s’adapter soit à tous genres d’appareils de mesure, soit à toute espèce de régulateur; il permet en elfet, par un réglage très simple : soit de grandes amplifications progressives (pouvant atteindre sans difficulté mille pour un, applications aux pyromèlres, manomètres, dynamomètres, comparateurs, etc...); soit des enclenchements et déclenchements brusques commandés par des déplacements linéaires qui peuvent être de l’ordre du 1/40 de millimètre (applications aux thermostats, régulateurs de pression, régulateurs de carburation,etc...).
- Les autres avantages que l’on peut reconnaître à ce dispositif sont :
- 1° l’insensibilité aux chocs et aux vibrations, du lait que l’organe oscillant est symétrique par rapporta son axe d’oscillation;
- 2° la libre dilatation de l’organe moteur dans les deux sens de ces déplacements, ce qui lui évite toute fatigue inutile;
- 3° l'effort final obtenu est du même ordre que celui qui est donné par le dispositif par levier;
- 4° la sensibilité et le réglage sont indépendants de l’état de conservation des contacts électriques;
- 3° la simplicité de construction.
- M. Mangin, président. — Vous venez d’entendre M. Erb qui nous a présenté un dispositif très simple et extrêmement ingénieux et dont le fonctionnement est basé sur un principe entièrement nouveau. C’est déjà un grand mérite et cela prouve, en passant, qu’il y a peut-être d’autres principes encore inconnus, utilisables dans la mécanique de précision, et qu’on peut s’attendre à ce que celle-ci fasse de nouveaux progrès, et dans d’autres voies que celles que nous connaissons à l’heure présente. Un mérite non moins grand est que M. Erb a tiré tout le parti possible de son dispositif; il en a étudié minutieusement toutes les propriétés, toutes les conséquences et les
- (1) Voir, à la page 388 du présent numéro du Bulletin, le texte augmenté de cette communication.
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- applications; il a, pour ainsi dire, épuisé le sujet, faisant ainsi preuve d’une persévérance qu’on ne saurait trop louer, et dont je tiens à le féliciter : il ne suffît pas en effet d’avoir une idée, si géniale soit-elle : il faut, si on veut qu’elle soit fructueuse, en déduire toutes les conséquences qu’elle comporte* Au nom de notre société je remercie, très vivement M. Erb de sa très intéressante communication et je le prie de vouloir bien nous donner un texte détaillé avec figures, sur son invention et ses applications. Il a sa place tout indiquée dans notre Bulletin.
- La séance est levée à 18 h. 30 m.
- SÉANCE PUBLIQUE DU 30 MAI 1931 Présidence de M. L. Mangin, président.
- La séance est ouverte à 16 h. 30 m.
- Est présentée pour devenir membre de la Société et admise séance tenante :
- la Chambre syndicale des Entrepreneurs de Couverture, Plomberie, Eau, Gaz, Assainissement et Hygiène de la Ville de Paris, de la Seine et de la Seine-et-Oise, 3, rue de Lutèce, Paris (4e), présentée par M. Magne.
- MM. Ch. de Fréminville et G. Wery, secrétaires généraux, présentent et analysent quelques ouvrages entrés récemment dans la Bibliothèque.
- M. de Fréminville analyse les ouvrages suivants :
- La technique des affaires (Méthodes françaises et étrangères), t. III : Les affaires et le personnel, par L. Chambonnaud, 3e édition refondue. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1931;
- Laminage et tracé des cannelures des cylindres de laminoirs. Initiation au laminage et au tracé des cannelures, par Wilhelm Tafel. Traduit par Marcel Grison, d’après la 3° édition allemande. Paris, Dunod, 1931;
- Traité de pyrométrie optique, par Gustave Ribaud. (Encyclopédie photométrique, 5e section : Mesures sur l’émission. Tome IV). Paris. Editions de la Revue d’Optique théorique et instrumentale, 165, rue de Sèvres; 3 et 5, boulevard Pasteur (15e), 1931;
- Décapage et polissage des métaux. Abrasifs, meules et roues à polir, papier et tissus à polir, polissage, brillants commerciaux, traitements des métaux, démétallisation, par An. Engineer. (Tous les « trucs » du praticien). Paris, Ch. Béranger, 15 rue des Saints-Pères (6e), 1931. (Don de l’auteur);
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- Les mines coloniales, par Ch. Berthelot. Paris, J.-B. Baillière et fils, 19, rue Hautefeuille (6e), 1931 ;
- Congrès international de Mécanique générale, Liège 31 aoûl-5 septembre 1930. Volume I : Éléments de machines. Machines-outils. — Vol. III : Hydraulique. Instruments de mesure. Divers. Procès-verbaux des séances du Congrès. Liège (Belgique), Institut de Mécanique, boulevard de la Constitution, 32 ;
- Compagnie des Chemins de fer de Paris a Lyon et a la Méditerranée. — Notices sur le matériel exposé à VExposition coloniale internationale de Paris 1931 ; 1 : Locomotive à voyageurs type « Mountain » compound, ci quatre cylindres, pour trains rapides, Série 211-C ; 2 : Locomotive-tender compound, à quatre cylindres et ci quatre essieux accouplés, Série 24-3-BT; 3 : Voiture à bogies à intercirculation avec compartiments cle 1re classe transformables en couchettes, A*cGyfi; 4 : Voiture ci bogies ci intercirculation avec compartiments de luxe L'2S6yfi\ 3: Voiture à bogies ci intercirculation, avec lits-scilons, à compartiments ci couchettes de lrti classe AzciU‘g7,gfi; 6 : Installation de manutention mécanique des combustibles et des scories ; 7 : Cadres à panneaux démontables pour transport des primeurs. (Don de la C1" P.-L.-M., membre de la Société) ;
- Une méthode pour analyser rapidement une entreprise, par R. Satet, 2° édition. Paris, chez l’auteur, 68, rue Duhesme (13°);
- Jean-Marc Del, 1855-1931 ;
- Emploi de la double expansion dans les locomotives de la Compagnie des chemins de fer P.-L.-M. (ex Revue gén. des chemins de fer, avril 1931), Paris, Dunod, 1931.
- M. W ery présente les ouvrages suivants :
- Culture des porte-graines. Racines fourragères, plantes potagères et fleurs, par C. Marlé. (Encyclopédie agricole publiée sous la direction de M. G. Wery). Paris, J.-B. Baillière et fils, 1931;
- Clarification et séparation des liquides par la force centrifuge, par Berthold Block. Traduit de l’allemand, adapté et mis à jour par Jean Lévy. Paris, Dunod, 1931;
- Congresos internacionales de Agricullura tropical y subtropical y ciel Café celcibrados en Sevilla del 26 de septiembre al 2 de octubre de 1929. Tome I. Madrid, Cleto Vallinas, Calle de Luisa Fernanda, 3, 1930;
- La carrière scientifique coloniale, par F. Blondel. Paris, Association Colonies-Sciences, 60, rue Taitbout (9e), 1931;
- Société industrielle de Rouen. — Distribution solennelle des récompenses aux collaborateurs de l'Industrie et du Commerce sous la présidence de
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- . J. Demares, préfet de la Seine-Inférieure, le 3 mai 1931. Rouen, lmp.
- . Desvages;
- La crise de la pêche maritime de marée fraîche, par Richard Bloch (ex Reçue politique et parlementaire, 10 février et 10 mars 1931). Paris, 10, rue Auber (9e). (Don de l’auteur, membre de la Société);
- Travaux du Laboratoire de recherches et de la Station expérimentale sur Valimentation du bétail, 4929-1980, par J. Alquier (ex Bull, de la Soc. scient, d'Hygiène alimentaire. Tome XVIII, nos 8 et 9, 1930). (Don de l’auteur membre du Conseil d’Administration) ;
- Le sous-sol de Madagascar. Conférence faite à la section des matières premières de la Société de géographie commerciale de Paris, le 18 mai 1929, par M. Coursât. Paris, 20, rue de Tournon (6e).
- M. Pierre Ichac, Ingénieur agronome, chargé de mission cinématographique au Hoggarpar le Gouvernement général de l’Algérie, fait une communication sur Les Touareg du Hoggar et leur prochaine disparition.
- Le Sahara, qui s’étend sur 6.000 km de l’Ouest à l’Est, n’est pas aussi désert qu’on le croyait autrefois; en dehors des caravanes, qui le traversent généralement du Nord au Sud, il est habité en permanence ou presque par les Touareg; à la lisière, habitent, d’autres peuples, sédentaires ou plus ou moins nomades : les Maures, à l’Ouest, en bordure de l’Atlantique; au Nord, les populations du Sud-Algérien; à l’Est, les Senoussia dans l’oasis libyenne de Koufra; au Sud, les noirs soudanais du Niger et du Tchad. Les Touareg sont des Berbères; ils ne sont guère plus de 130.000; la plupart, 120.000, les Ioulemmiden, habitent la steppe nigérienne et sont très mêlés de sang noir; 10.000 vivent dans l’Adrar. Au Hoggar même, ils sont très peu nombreux : 2.300 d’après le recensement de 1928, plus 1.300 noirs ou métis de noirs et de Touareg.
- Depuis la défaite des Touareg du Hoggar, en 1902, au combat de Tit, on peut se rendre dans leur pays sans danger et sans de trop grandes difficultés; les touristes y sont cependant encore assez peu nombreux car s’il est relativement facile de parcourir le Sahara en automobile — le tourisme s’en est emparé peu avant 1930 — il est moins aisé de circuler dans le Hoggar même : c’est un massif montagneux très accidenté, dont les points culminants atteignent 3.000 m et dont les abords sont parsemés de déserts de pierres.
- Le Hoggar n’est pas aussi sec que le Sahara : les pluies du Soudan, dont il est plus proche que de l’Algérie, y parviennent quelquefois. Grâce à ces pluies, très irrégulières, on y trouve des pâturages, quelques champs de blé, d’orge ou de mil; aussi la vie sédentaire y est-elle possible.
- Mais les pentes y sont soumises à un ruissellement intense car, si on y observe plusieurs mois consécutifs sans pluie, il y tombe quelquefois des pluies torrentielles qui durent plusieurs iours.
- La capitale administrative et militaire du Hoggar est Tamanrasset, à 1.500 m d’altitude. C’est un village au bord de l’Oued Tamanrasset; il sert de relais sur les pistes des automobiles sahariennes; on y trouve un fort crénelé, construit par les
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- autorités militaires, un poste de T. S. F., des arbres plantés en 1918, des maisons de terre, un hôtel pour les touristes et un court obélisque de granit consacré à la mémoire du conquérant du Sahara, le général Laperrine, qui y a trouvé la mort au cours d’une traversée en avion, et du père de Foucauld, qui y a vécu en ermite et où il a été tué pendant la guerre. Tamanrasset est destiné à devenir une station touristique, mais la région qui l’environne immédiatement ne donne pas une idée exacte du vrai Hoggar et de la vie qu’on y mène actuellement. Les Touareg paraissent originaires de la Phénicie d’où il seraient venus à une époque très reculée sans s’arrêter en Egypte. C’est grâce au chameau d’Asie, qu’ils ont introduit dans l’Afrique du Nord, que le Sahara a cessé d’être véritablement désert et a pu être conquis, d’abord par eux puis par les Européens. Les Touareg purs forment la classe noble; ils sont orgueilleux et paresseux; au-dessous d’eux sont les hommes libres ou affranchis, ou imrad ; les uns et les autres ne se sont jamais adonnés à aucun travail. Le travail est encore exécuté en partie par les femmes mais surtout par les anciens esclaves, noirs plus ou moins purs, originaires du Soudan. On en compte 1.500 au Hoggar.
- Les armes, les outils, les vêtements, les ornements utilisés par les habitants du Hoggar, et qui leur paraissaient propres, sont tous originaires du Soudan d’où ils ont été apportés autrefois, en même temps que leur industrie et quelques arts mineurs, par les noirs soudanais faits prisonniers au cours des razzias et devenus esclaves. Leur esclavage était d’ailleurs assez doux et ils faisaient en quelque sorte partie de la famille.
- L’Islam a peu pénétré au Hoggar et n’a pas dressé ses habitants contre nous. L’occupation française semble devoir y provoquer de plus en plus leur disparition. Autrefois, les nobles et les imrad occupaient le peu de temps qu’ils passaient au Hoggar à faire de l’escrime au sabre, à jouer, à écouter les femmes, souvent poétesses, auxquelles ils s’efforçaient de plaire et à qui ils faisaient de nombreux cadeaux. Une fois endettés, ils partaient rançonner les caravanes et revenaient chargés de butin.
- Aujourd’hui, le Touareg est complètement oisif; il n’a plus aucun goût ni pour les arts ni pour les sports. Gomme il ne peut plus piller, il tourne à la mendicité, les femmes à la prostitution. Quant aux anciens esclaves, libérés en 1922, la plupart sont retournés chez leurs anciens maîtres et continuent à travailler; seuls ceux qui étaient mal traités sont venus à nous et ont même été assez encombrants au début. Aujourd’hui, adonnés surtout au travail des métaux, leurs femmes au travail du cuir, ils gagnent assez bien leur vie. Pour l’instant, il ne peut donc être question d’une véritable colonisation du Hoggar, ni d’une mise en exploitation de ses richesses si tant est qu’il en existe.
- E. L.
- La séance est levée à 18 h. 15 m.
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- ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 27 JUIN 1931.
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- ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 27 JUIN 1931 Présidence de M. L. Mangin, président.
- La séance est ouverte à 14 h.
- M. Mangin, président, annonce que la réunion d’aujourd’hui est une assemblée générale à laquelle les sociétaires ont été convoqués le 11 juin pour délibérer sur les comptes des trois derniers exercices financiers de la Société. M. L. Mangin présente les excuses de M. Alby, trésorier, et de M. Lafosse, président de la Commission des Fonds, qui devait présenter, au nom de cette commission, le rapport concernant ces trois derniers exercices financiers.
- Est présenté pour devenir membre de la Société et admis séance tenante :
- M. Bourdon (Pierre) Ç%), Ingénieur des Arts et Manufactures, directeur du Dépôt de Paris de la Maison Michelin et Cie, 103, boulevard Pereire, Paris (17°), présenté par M. Léon Guillet et M. Ernault (membre à vie).
- M. de Fréminville donne lecture des rapports présentés par M. Lafosse, au nom de la Commission des Fonds, sur les comptes des exercices financiers 4928, 4929 et 4980 {ih
- M. de Rousiers, censeur, lit les rapports présentés, au nom des Censeurs, sur les comptes des exercices financiers 1928, 1929 et 1930 1 (2).
- Ces rapports sont approuvés à l’unanimité des membres présents.
- La séance est levée à 14 h. 30 m.
- (1) Voir le texte de ces rapports dans le présent numéro du Bulletin, p. 357, p. 361 et p. 365.
- (2) Voir le texte de ces rapports dans le présent numéro du Bulletin, p. 360, p. 364 et p. 368.
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- BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ d’eNCOURAG. POUR L’iXDUSTRIE NATIONALE. — JUIN i931.
- BIBLIOGRAPHIE
- Travail du cuir. Tannerie, corroierie, mégisserie. — Nettoyage, teinture et dorure des cuirs. — Colles, graisses, crèmes pour cuirs. — Chaussures, harnais, courroies, maroquinerie, reliure, cuirs d’art (Tous les « trucs » du praticien), par H. J. Roussf.t, ingénieur-chimiste. Un vol. (23 x 14 cm), de vu -h 173 p., 170 fîg. Librairie Polytechnique Ch. Béranger, édit., io, rue des Saints-Pères, Paris (6e), 1931. Index : 675
- L’ouvrage Travail du cuir, que M. H. J. Rousset a remis à la Société d’Encou-ragement, réunit sous une forme commode une série de renseignements sur le cuir, sur sa fabrication et sur quelques-unes de ses applications.
- Comme le dit M. Rousset dans sa préface, ces renseignements sont incomplets pour les techniciens, mais peuvent être profitables aux amateurs.
- Dans la première partie de sa brochure, l’auteur passe en revue quelques-unes des matières premières pouvant servir à la fabrication du cuir et les différentes opérations faites en usine pour transformer le cuir en poil, en un produit convenant à la consommation.
- Ces notes sont un peu touffues et leur exposé n’est pas fait d’une manière assez méthodique, ne séparant pas les peaux brutes en poil qui sont destinées à faire des cuirs épais pour semelles, courroies, etc., des petites peaux brutes en poil qui sont employées dans les mégisseries et tannées soit à l’alun, soit au chrome, soit d'une tout autre manière.
- L’auteur annonce, d’ailleurs, une bibliographie où se trouvent classés, d’une manière méthodique, des renseignements succincts sur les différentes sortes de peaux brutes, matières tannantes végétales, minérales ou animales qui sont employées.
- Dans le chapitre suivant, sont passés sommairement en revue différents procédés de fabrication; on y trouvera des formules pour la teinture du cuir, que le travaux soient faits en usine ou qu’ils soient tentés par des amateurs. Ce chapitre contient aussi des renseignements pour la réparation des chaussures, pour le nettoyage des gants, le blanchiment, la dorure, la reliure, etc.
- Deux chapitres entiers sont consacrés à la fabrication des courroies de transmission, aux cuirs emboutis et aux qualités que doivent remplir les colles employées dans la fabrication des courroies, à leur jonction, leur entretien, leur adhérence.
- Un autre chapitre passe en revue les enduits pour cuir : cirages, crèmes, polish, vernis, graisses, etc.... Il donne un grand nombre de formules en renvoyant à des ouvrages spéciaux pour complément de renseignements.
- Le chapitre o traite de la cordonnerie, de la bourrellerie. Pour la cordonnerie, il étudie les modes de traçage, le patronage et même le ressemelage des chaussures. Pour la bourrellerie, il donne des renseignements sur la confection des harnais. Le chapitre 7 traite de la maroquinerie, de la sellerie, des articles de voyage, et aussi du remploi des vieux cuirs pour fabriquer de petits objets de maroquinerie, ainsi que des cuirs employés pour des articles de voyage : sacs, mallettes, valises, etc.
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- BIBLIOGRAPHIE.
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- Quant à la reliure, 1 auteur donne une liste des cuirs employés couramment, faisant remarquer qu'avec les méthodes actuelles de tannage, les articles fabriqués sont moins solides qu’autrefois et il conseille aux fabricants, pour des articles soignés, de veiller au choix des cuirs que Ton met en œuvre.
- Le dernier^ chapitre est consacré au travail artistique du cuir : les cuirs d’art, cuirs découpés, cuirs repoussés, cuirs incisés, cuirs pyrogravés, cuirs dorés, de mosaïques en cuir et même de fleurs destinées à l’ornementation.
- L’auteur renvoie, d’ailleurs, à des ouvrages spéciaux pour des renseignements plus détaillés sur le travail artistique du cuir.
- En résumé, l’ouvrage de M. Rousset ne présente aucune idée nouvelle; il a cependant sa place pour guider un amateur qui, par ces temps de vie chère, veut faire chez lui quelques réparations à des objets d’un usage courant ou qui cherche à occuper ses loisirs à des travaux artistiques pour lesquels le cuir, avec ses nuances variées, permet d’obtenir des effets très originaux. g. jossier.
- Traitement industriel et rationnel des sous-produits d’abattoirs et des déchets
- organiques. Industries annexes, par M. René Planchon, ingénieur spécialiste.
- Un vol. (25x16 cm), de xxim-460 p., 181 fi g. Dunod, édit., 92 rue Bonaparte, Paris (6e), 1931. Index : 614.9-1-637.52
- M. René Planchon a réuni dans un important travail toutes les questions se rapportant aux industries des sous-produits d’abattoirs et des matières organiques qui en dérivent. Après avoir exposé en détail l’installation moderne d’une usine de triperie et décrit les diverses machines servant à échauder, à cuire, à épiler, à gratter, à flamber, à blanchir et à raffiner, l’auteur nous initie aux procédés de fabrication des extraits opothérapiques : poudres d’organes, extraits aqueux ou gly-cérinés etc.... Il passe ensuite au chapitre de la boyauderie, qui est l’utilisation rationnelle des intestins des animaux; il montre comment doit être installée une semblable industrie, et fait la critique des procédés actuels. Le traitement du sang et les appareils qu’il comporte font l’objet du chapitre suivant.
- M. René Planchon fait ressortir toute l’importance de l’utilisation des déchets organiques en poudre : fabrication de farine nutritive pour les animaux. 11 décrit les divers appareils de dessiccation et fait l’énumération des divers modes de séchoirs utilisés : séchoirs à auge, à plateau, laminoirs rotatifs, etc.
- Dans un autre ordre d’idées, l’auteur fait un résumé des divers procédés utilisés pour le traitement des immondices et montre leur usage. Enfin, il termine son ouvrage en exposant les nombreux systèmes employés pour l’épuration des eaux résiduaires d’abattoirs et des industries traitant les sous-produits organiques.
- Jusqu’ici tous les procédés concernant l’industrie de la triperie et de la boyauderie étaient décrits très imparfaitement et d’une façon éparse; le livre que l’auteur présente vient à son heure : il doit attirer l’attention de ce milieu industriel encore très ignorant et auquel l’agriculture et de nombreuses industries d’utilisation ont encore de plus en plus recours.
- Parmi les industries les plus variées traitant les produits organiques, celles qui ont trait à l’utilisation des sous-produits d’abattoirs sont de première importance. Je ne doute pas que les industriels français accueillent avec un grand intérêt l’ouvrage de M. René Planchon, conçu dans un esprit tout à fait moderne.
- A. TRILLAT.
- 130e Année. — Juin 1931.
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- BIBLIOGRAPHIE. — JUIN 1931.
- Traité de pyrométrie optique. (Encyclopédie photométrique, 5e section : Mesures sur l’émission, Volume IV), par Gustave Ribaud, professeur à la Faculté des Sciences de Strasbourg, directeur du Laboratoire de Pyrométrie de la Fondation Edmond de Rothschild. Un vol. (25x16 cm), de xv -h 485 p., 163 fig., Editions de La Revue d’Optique théorique et instrumentale, 3 et 5, boulevard Pasteur, Paris (15e), 1931. Index : 536. 52
- Préface.
- Un grand nombre d'opérations industrielles et de recherches de laboratoire exigent l’emploi de températures élevées; de là les progrès d’une technique de plus en plus complexe et variée pour la production et l’emploi des hautes températures, et tout progrès de cette technique ouvre des possibilités nouvelles dans quelque industrie. On aura une idée de la rapidité des progrès accomplis si l’on se souvient qu’il y a un peu plus d’un siècle, la combustion du charbon et d’un petit nombre de combustibles liquides, alimentée par l’air atmosphérique, était le seul moyen connu pour produire des températures élevées, et qu’à cette époque, Thénard réussit, pour la première fois, à fondre une parcelle de platine en soufflant de l’oxygène, emmagasiné dans une vessie, sur un morceau de charbon enflammé. Aujourd’hui, l’emploi dés flammes alimentées en oxygène, le chauffage électrique par résistance ou par induction, à basse ou à haute fréquence, donnent au technicien une grande diversité de moyens pour la production des hautes températures. Parallèlement, la technique des matériaux réfractaires a fait d’immenses progrès, chaque nouveau pas vers les hautes températures amenant une demande de matériaux plus résistants.
- Ce n’est pas sans difficultés que les méthodes de mesure des températures ont suivi cette ascension. Les thermomètres usuels, destinés à la mesure des températures moyennes, étaient déjà parvenus à une précision satisfaisante alors que la mesure des températures élèvées était impossible ou très incertaine. Dans la course vers les hautes températures, il y a eu, pendant longtemps, un énorme décalage entre la limite des températures obtenues et celle des températures mesurées. Ces difficultés dans les mesures s’expliquent facilement : on ne pouvait concevoir de mesure des températures que par l’intermédiaire d’un corps dont on mesurait les variations de propriétés; or, à mesure que l’on s’élève dans l’échelle des températures, le choix des corps utilisables devient plus restreint, et même, finalement, tout à fait impossible. C’est ainsi que, par exemple, le thermomètre à gaz, théoriquement le plus simple et utilisable à des températures indéfiniment croissantes, devient d’un emploi impossible aux températures très élevées à cause de l’impossibilité de trouver un réservoir indéformable et parfaitement étanche pour contenir le gaz.
- Le problème de la mesure des températures très élevées n’a été réellement résolu que le jour où l’on a réussi à s’affranchir de tout thermomètre matériel porté à la température que l’on veut mesurer, et cela s’est trouvé possible en prenant comme méthode de mesure l'examen du rayonnement émis par le corps dont on cherche la température. On supprime ainsi tout lien matériel entre ce que l’on mesure et l’instrument qui sert à mesurer, et, par suite, toute difficulté dans la construction du thermomètre qui n’existe pour ainsi dire plus. On peut désigner sous le nom de pyrométrie optique l’ensemble des méthodes qui utilisent le rayonnement, le mot optique étant pris dans le sens généralisé qui englobe tout ce qui est relatif aux radiations, visibles ou invisibles. Cette pyrométrie optique ne pouvait prendre une
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- forme définitive qu’après la découverte, qui n’est pas très ancienne, des lois du rayonnement; mais, sous une forme rustique, la pyrométrie optique est beaucoup plus ancienne, et c’est elle qu’utilisaient les chimistes d’autrefois lorsqu’ils désignaient les températures par des noms de couleurs (rouge cerise, rouge blanc, etc.), s’appliquant au rayonnement émis par un four.
- C’est cette science de la mesure des températures par le rayonnement que M. Ribaud expose dans le présent volume, qui est le fruit d’une longue pratique personnelle et d’une très complète documentation. On y trouvera une description de tous les appareils intéressants, soit qu’ils utilisent l’œil comme appareil récepteur, soit qu’ils mesurent le rayonnement total au moyen d’un récepteur thermométrique; plus encore, on y trouvera un exposé clair et bien coordonné des méthodes de la pyrométrie par rayonnement.
- Cet exposé des méthodes conduit naturellement M. Ribaud à l’étude des propriétés rayonnantes des divers corps solides, et la discussion des différentes notions auxquelles cette étude conduit. Les personnes qui s’intéressent à la construction des lampes à incandescence et, plus généralement, aux progrès des appareils producteurs de lumière, trouveront sur ces questions des chapitres d’un haut intérêt.
- Il se trouve ainsi que le livre de M. Ribaud déborde de beaucoup le problème de la pyrométrie. Indispensable à ceux qui ont à faire des mesures de températures, il sera consulté avec fruit par toutes les personnes qui s’intéressent à la production de la lumière et sera lu avec intérêt par tous les physiciens. ch. fabry.
- Culture des porte-graines, racines fourragères, plantes potagères et fleurs, par G. Marlé, Ingénieur agronome, directeur technique de l’Ecole secondaire d’Agriculture des Ponts-de-Cé, professeur à l’École supérieure d’Agriculture et de Viticulture d’Angers. Un vol. de 384 p., 98 fig. (Encyclopédie agricole G. Wery), J.-B. Baillière et fils, édit., 19, rue Hautefeuille, Paris (6e), 1931.
- Index : 631.52 + 581.16
- Il existe un grand nombre de traités d’agriculture et même d’ouvrages consacrés à la culture d’une plante déterminée. Mais jusqu’ici, la littérature agricole ne possédait aucun ouvrage qui s’occupât exclusivement des plantes porte-graines. Et, cependant, leur culture intéresse au plus haut point plusieurs régions de notre pays, en particulier l’Anjou, qui est le centre le plus important de leur production.
- M. Marié, qui a exercé les fonctions de professeur dans cette région, qui a, de longue date, observé les agriculteurs, suivi leurs travaux, qui les a questionnés ainsi que les inspecteurs qu’envoient sur les lieux les grandes maisons de vente de graines, était désigné pour écrire ce nouveau volume de l’Encyclopédie agricole. Lui-même avait senti la nécessité de combler une lacune dont il avait éprouvé les inconvénients.
- Comme il arrive lorsque l’on entreprend une œuvre nouvelle, il s’est aperçu que beaucoup de documents manquaient, qu’il était cependant indispensable de réussir. C’est ainsi qu’il a instauré des expériences culturales sur l’application des engrais aux porte-graines, chapitre qui n’avait pas encore été écrit jusqu’ici. En collaboration avec M. Lemesle, Ingénieur agronome, professeur de chimie agricole à l’Ecole supérieure d’Agriculture et de Viticulture d’Angers, il a mené à bien de nombreuses recherches culturales. Il s’est inspiré des travaux de Garola sur le blé et de Lagatu sur la vigne ; notamment, il a montré l’influence remarquable qu’exercent
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- les engrais potassiques donnés à très haute dose. L’ouvrage de M. Marié s’améliorera encore au fur et à mesure des nouvelles éditions. Mais tel qu’il est aujourd’hui, il constitue le guide sûr des producteurs de graines. Georges wery.
- Cours de physique, par M. A. Lafay', tome I : acoustique, électricité, 1930; —
- tome II : thermodynamique, optique, 1931. Deux vol. (21 x28 cm) de 666 et de
- 736 p. avec fig. Gauthier-Villars éd. Paris." Index : 53
- La Librairie Gauthier-Villars, continuant l’édition des cours professés à l’Ecole polytechnique, vient de faire paraître le cours de physique de M. le colonel Lafay. On sait que, jusqu’à ces derniers temps, les cours de l’École polytechnique étaient lithographiés chaque année; celui de M. Lafay se trouve ainsi avoir été édité bien des fois avant d’être présenté au public. Gomme il fut constamment tenu à jour au point de vue scientifique, et perfectionné au point de vue didactique, il bénéficie de la façon la plus directe de l’expérience acquise par son auteur au cours de ses nombreuses années de professorat.
- Le cours est divisé en chapitres et en leçons. Gette division n’a pas seulement l’avantage de permettre une exposition commode et claire : elle explique et justifie en quelque sorte le contenu de l’ouvrage.
- Comme il ne s’agit en tout, que d’une soixantaine de leçons consacrées à la physique moderne, on peut féliciter M. Lafay d’avoir respecté ce cadre, si étroit pour l’ampleur du sujet, sans perdre de vue le véritable but de l’enseignement qu’il avait à répandre.
- En présentant à leur juste place les faits importants, il permet au lecteur de classer ceux-ci aisément et correctement dans sa mémoire, et de se constituer ainsi une base solide pour son bagage scientifique.
- En donnant par quelques paragraphes des aperçus aussi précis que possible sur chacune des questions que la science a mises le plus récemment à l’ordre du jour, il éveille la curiosité de ce même lecteur et lui donne le goût de devenir, à son tour, un chercheur.
- En s’abstenant de développements qui n’ont véritablement leur place que dans des traités spéciaux, il assure la réussite de son enseignement.
- On trouvera dans le premier tome de cet excellent ouvrage six leçons sur l’acoustique et vingt-cinq sur l’électricité, depuis l’électrostatique jusqu’aux oscillations électriques et aux émissions électroniques, en passant, naturellement, par le courant électrique et le magnétisme.
- Le tome II commence par douze leçons sur la thermodynamique et la théorie cinétique des gaz. Il en comprend, en outre, vingt autres sur l’optique; c’est parmi ces dernières que se trouvent exposés les bases et les principaux résultats des théories modernes sur le relativité. MAURICE DUMAS,
- Ingénieur de l’Artillerie navale.
- Le Sahara, par Georges Hardy, directeur de l’École coloniale. Un vol. (12 x 19 cm)
- de 183 p.. 25 fig. hors texte. Librairie A. Lemerre, 23-33, passage Choiseul, édit.
- Paris, 1930. Index : 91 (661)
- Cet ouvrage est un résumé de l’état actuel de nos connaissances sur le Sahara, cette immense région, aujourd’hui conquise, pacifiée et si parfaitement connue et
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- sûre que le tourisme s’en est emparé et que le Service géographique de l’Armée
- est en train d’en achever la carte au ;r,wAtrw, •
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- Longtemps considéré comme impénétrable, et entouré de mystère et de légendes, nulle région n’a, comme le Sahara, aussi vivement excité la curiosité et l’imagination des hommes; aussi les idées les plus fausses ont-elles régné longtemps sur ce désert par excellence. Généralement, on se le représentait comme une immense étendue de sable, plate, balayée par des vents violents et brûlants, qui y formaient des dunes mouvantes, très hautes; c’était le fond d’une ancienne mer desséchée, et d’une sécheresse si grande que toute vie y était impossible; des caravanes le traversaient bien mais au prix de mille périls comme l’attestaient les ossements des hommes et des chameaux qui en jalonnaient la route.
- Le grand public n’a commencé à revenir de son erreur que tout récemment en 1923, après la première traversée du Sahara, de Touggourt, dans le Sud algérien, à Bourem, sur le Niger, par les cinq automobiles de la mission Haardt-Audouin-Dubreuil, due à l’initiative du général Estienne et de 3VI. André Citroën : en 22 jours, elle avait parcouru, du Nord au Sud, en poussant une pointe au Hoggar, un trajet de 2.800 km qui n’aurait pu être couvert par des méharistes accomplis qu’en trois mois au moins. Après avoir poussé jusqu’à Tombouctou, la « Croisière noire » était revenue en Algérie, en suivant à peu près le même itinéraire qu’à l’aller.
- Malheureusement, la popularisation de cet exploit par le cinéma n’a pas encore corrigé toutes les erreurs courantes : l’écran n’a guère montré au grand public que cette fraction du Sahara où le terrain est plat, où le sable domine, le seul que pouvaient parcourir les automobiles à chenille de la Mission, c’est-à-dire l’exception.
- Toute une pléiade d’officiers français, les « Sahariens », avaient, depuis plus de vingt ans, préparé et rendu possible la randonnée de la Croisière noire. A leur tête, on doit placer le général Laperrine, pionnier de la conquête et de la pacification du Sahara ; c’est grâce au -corps des méharistes Chaamba, qu’il créa, en 1902 — il était alors commandant — qu’elles devinrent possibles et sont maintenant un fait accompli.
- Le Sahara a cessé d’être une terre d’épouvante, le pays de la soif et de la peur ; le nomade n’y règne plus en maître, le pillage y est devenu un simple délit de droit commun punissable et puni, mais rare; les habitants des oasis, sédentaires, sont protégés; la traversée du désert par des missions scientifiques ou économiques est aujourd’hui chose courante et il n’est plus nécessaire de posséder les qualités et la longue expérience d’un vieux Saharien pour l’entreprendre : la vie y est devenue normale autant que les conditions propres au pays le permettent.
- L’ouvrage de M. G. Hardy comprend deux parties distinctes. Dans l’une (chapitres i, il et ix) il nous trace en quelque sorte l’histoire du Sahara et l’évolution de nos connaissances sur cette immense région, montrant les efforts de ses explorateurs et des Sahariens; c’est une histoire douloureuse.
- Dans la seconde partie, l’auteur traite toutes les questions qui ressortissent à la géographie, telle qu’on l’entend aujourd’hui ; il décrit le milieu par sa météorologie '{chap. m : Le ciel saharien); sa configuration (chap. iv : Les formes du désert)', sse productions, la vie de l’homme, des bêtes et des plantes (chap. v à vu). Le chapitre vm, intitulé Les régions du Sahara, montre que le Sahara, abstraction faite
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- des oasis, est loin d’ètre uniforme et se divise en régions distinctes, ayant leurs caractères propres et où les conditions de la vie humaine sont différentes.
- Les planches hors texte qui illustrent l’ouvrage sont presque toutes la reproduction de photographies prises au cours de la Croisière noire. e. l.
- La conquête du Sahara, essai de psychologie politique, par E. F. Gautier, professeur à l’Université d’Alger. Un vol. (12x19 cm), de 250 p. Librairie Armand
- Colin, édit. Paris. 4e édition, 1925. Index : 9-1-91 (661)
- Cet ouvrage est composé de monographies, évidemment rédigées peu de temps avant la guerre, mais qui n’ont pas perdu de leur intérêt d’actualité car quelques initiés seuls sont au courant de l’œuvre accomplie par ceux qui ont conquis et pacifié le Sahara.
- L’intérêt de l’ouvrage est à la fois dans le choix des sujets traités et dans la façon dont ils ont été traités ; l’auteur, qui a vu ou vérifié tout ce dont il parle, qui a une connaissance personnelle et approfondie des choses et des faits, les analyse et les commente dans un style très vivant et avec des vues très personnelles, qui rendent la lecture de son ouvrage très attachante : on le lit comme un beau roman d’aventures, mais d’aventures réelles, plus extraordinaires que celles qu’un romancier pourrait imaginer. Voici, très brièvement résumés, les chapitres de l’ouvrage avec quelques-uns de leurs points saillants.
- La conquête du Sahara touareg, décisive, par le lieutenant Cottenest. Le 7 mai 1902, au combat de Tit, au iïoggar, à la tète de 40 indigènes fraîchement soumis et de 90 goumiers peu sûrs, sans cadres européens, en moins d’une heure, le lieutenant Cottenest défait les redoutables Touareg du Hoggar, au nombre de 299; il en tue 93. le tiers de leur effectif; nos pertes sont de 4 morts et de deux grands blessés. Ce combat mit fin au prestige des Touareg au Sahara et aux terreurs qu’avait fait naître l’échec de la seconde mission Flatters, en 1881.
- Ce fait d’armes, si gros de résultats, passa inaperçu en France, parce qu’il était la conséquence naturelle d’une simple opération de police, une contre-razzia, tout à fait imprévue et nullement préparée : un grand seigneur touareg avait razzié au pâturage quelques chamelles appartenant à un métis, bien connu et qui nous a servi longtemps de guide et d’interprète, de femme touareg et d'Arabe, tenu, par conséquent pour un transfuge par les Touareg, et d’autant plus qu'il habitait le Tidikelt, autrefois sous leur domination, au milieu des Chaamba, leurs ennemis héréditaires. En réalité, les vainqueurs de Tit n’étaient qu’une bande de particuliers, craignant tous les Touareg, qui avaient été autorisés à régler à leur guise une affaire privée, et auxquels on avait adjoint un officier; mais celui-ci n’avait sur elle aucune autorité régulière; cependant l’influence du chef fut décisive. Il convient de dire pourtant que la petite troupe, très aguerrie, avait, à toute allure, à travers le cœur du Sahara puis, par-dessus les hautes montagnes du Hoggar, parcouru 1 500 km en six semaines avant de punir le coupable; mais elle était armée à l’européenne tandis que les Touareg n’avaient guère que des armes blanches.
- M. Gautier compare le raid du lieutenant Cottenest à l’expédition qui avait abouti à l'anéantissement de la seconde mission Flatters, au puits de Gharama le 18 février 1881 ; les mêmes adversaires, en même nombre, avaient eu facilement raison des 96 vieux soldats de Flatters, entraînés pourtant et bien encadrés ; et il n’y
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- eut pas guet-apens, contrairement à ce que l’on crut tout d’abord. Après coup, on se rendit compte que l’expédition ne pouvait aboutir qu’à un échec.
- Le second fait extraordinaire raconté dans le premier chapitre est la prise d’In-Salah, sans préméditation, par une mission purement scientifique, officielle, en état de légitime défense, le 27 décembre 1899. A la tête de la mission était M. G. B. M. Flamand, préparateur de géologie; il disposait de 140 fusils sous-le commandement du capitaine Pein. Jamais un compte rendu de l’opération n’a été donné : on sait seulement qu’il y eut deux batailles sanglantes, dans lesquelles intervint un escadron de spahis sahariens qui couvrait la mission et la suivait de très près. M. Gautier explique le fait par l’anonymat et l’irresponsabilité des bureaux car M. Flamand a toujours protesté de ses intentions pacifiques, confirmées d’ailleurs par un incident, et le Gouverneur général de l’Algérie d’alors n’a pu prendre l’initiative d’une expédition militaire qui pouvait provoquer des difficultés diplomatiques, puisque le Maroc n’était pas encore sous le protectorat français. La prise d’In-Salah passa, elle aussi, inaperçue en France.
- La conquête du Saharien marocain. — Par Sahara marocain, il faut entendre ici le Touat, longue, oasis de 600 km de longueur et d’une centaine de mètres de largeur, appelée « rue de palmiers » par les indigènes, et qui s’étend de Figuig, au Sud-Est du Maroc, à In-Salah au seuil du Hoggar. C’est une grande voie de communication naturelle, orientée du Nord-Ouest au Sud-Est, la plus facile de tout le Sahara et qui a été suivie de tout temps pour aller de la Berbérie au Soudan. Dans sa partie septentrionale, des Berbères nomades bien armés, les Berabers, n’ayant jamais reconnu l’autorité du sultan du Maroc, jouaient le même rôle que les Touareg dans sa partie méridionale.
- Le Touat était dans l’hinterland algérien mais le traité de 1845 qui consacrait la conquête de l’Algérie, avait laissé Figuig au Maroc. Par respect pour ce traité, la conquête du Touat commença par In-Salah, beaucoup plus éloigné cependant que Figuig des postes algériens, et ne progressa que peu à peu vers Figuig ; et ce furent surtout les Berabers que nous eûmes à combattre âprement. Ils furent battus au cours de plusieurs combats sanglants, de 1902 à 1904.
- M. Gautier décrit ces combats et raconte l’affaire de Timimoun — nous y avions une petite garnison — qui ne dut d’être conservé que grâce à l’initiative de quelques dizaines de « Joyeux » des bataillons d’Afrique. A ce moment cependant, nous avions dans le Touat 4.000 hommes de troupes avec de l’artillerie, sous le commandement d’un général, la plus forte armée que le Sahara ait jamais vue.
- Figuig aurait pu être occupé facilement dès 1880. Vingt années d’inaction et d’erreurs administratives ont confirmé le Maroc dans cette idée que tout le Touat était une dépendance de l’Empire chérifien; et nous n’avons occupé Figuig que quand le protectorat français eut été reconnu sur ce pays. M. Gautier attribue ce retard à l’échec de la seconde mission Flatters qui nous avait donné une idée fausse de la puissance des Touareg du Hoggar.
- Les autres chapitres de l’ouvrage ont pour titres : Les méharistes, qui ont rendu possible la conquête du Sahara (Le chameau est loin de posséder, toutes les qualités dont on avait paré « le vaisseau du désert ». G’est, de tous les animaux domestiques, celui qui, cependant, est le mieux adapté au désert. Et si on sait s’en servir — c’est un animal très délicat — on peut en tirer un bon parti. Le méhari n’est pas une
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- variété de chameau obtenue par sélection et croisements, car les nomades indigènes sont des pasteurs et non des éleveurs ; le méhari est un chameau qui a été choisi quand il était jeune pour l’ensemble de ses qualités et qui a été soumis à un entraînement couronné de succès. Ces difficultés, sans compter celles d’ordre administratif, font ressortir le grand mérite du général Laperrine qui a réussi à créer le corps des méharistes Chaamba); — Les oasis ; — Les Touareg (le naturaliste René Chudeau, un des collaborateurs de M. Gautier, les considère comme les derniers représentants de la très belle race paléolitique de Cro-Magnon); — Le transsaharien.
- On lira avec intérêt ce dernier chapitre. M. Gautier y réfute quelques-uns des arguments donnés par Leroy-Beaulieu en faveur du transsaharien; mais il n’en reste pas moins convaincu, pour des raisons qu'il donne, de sa possibilité et de son utilité. A l’époque où ce chapitre a été écrit, c’est-à-dire peu avant la guerre, le Sahara n’avait encore vu ni automobiles, ni avions, ni postes de T. S. F., mais il existait déjà un service postal entre l’Algérie et le Niger passant par le Hoggar, et des officiers français, en service au Soudan, rejoignaient fréquemment leur poste ou retournaient en France en passant par Alger et le Sahara. Au Touat, au Tidikelt, des stations météorologiques fonctionnaient régulièrement depuis 1902.
- Déjà avant 1914, on connaissait assez bien la configuration du terrain pour affirmer que la construction d’une voie ferrée à travers le Sahara était non seulement techniquement possible mais relativement facile, et pour savoir si le trans-saharien payerait : « Il suffisait de faire, comme M. Gautier, quelques hypothèses médiocrement hardies. »
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- Mœurs et médecine des Touareg de l’Ahaggar, par le docteur H. Foley, sous-directeur de l’Institut Pasteur d’Alger. Un vol. (16x24 cm), de 123 p., 10 fig. avec une carte et XXXIX planches (soit 57 fig.) hors texte. Imprimerie « La Typo-Litho », 23, avenue des Consulats, édit. Alger, 1930. Index : 572 (661)
- Dans cet ouvrage, l’auteur rend compte, en ce qui le concerne, d’une mission dont il a fait partie. Cette mission a été envoyée au Hoggar (Ahaggar est une transcription plus exacte que Hoggar, corruption arabe, mais moins usuelle) par M. Bordes, gouverneur général de l’Algérie, et organisée par le général Meynier, directeur des Territoires du Sud. Partie d'Alger le 16 février 1928, elle arriva à Tamanrasset le 5 mars; là, le 10 mars, elle se divisa en deux groupes, qui suivirent des itinéraires différents ; le groupe dont faisait partie l’auteur, se dirigea vers les campements touareg de la région. Les deux groupes, réunis à Amegid le 28 avril, furent de retour à Alger le 14 mai.
- L’ouvrage commence par une esquisse géographique destinée à faciliter la compréhension des chapitres suivants.
- Un premier chapitre traite ensuite de la vie des Touareg, de leur habitation : la tente (construction, montage, tannage des peaux, mobilier de la tente) et quelques maisons, habitées par les sédentaires, depuis l’occupation française, dans les centres de culture; du campement, des animaux domestiques (chameaux, chevaux, ânes, moutons, chèvres, chiens) ; des vêtements, et en particulier du voile porté par les seuls hommes adultes, de leurs chaussures, de leurs armes, du port de la barbe et des cheveux, de leurs ornements, des fards employés par les femmes, générale-
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- ment assez jolies, de leur chevelure, de leurs bijoux; de la nourriture : lait, fromages, beurre, céréales, fruits et légumes cultivés, graminées sauvages consommées en cas de disette, farine de blé, pain, couscouss, bouillies, dattes, plantes sauvages, viande d’animaux domestiques, gibier (mouflon, gazelle, antilope et lièvre, chassés au fusil ou à courre ou encore pris au piège), sauterelles cuites sous la cendre au moment des passages et conservées en sacs pendant plusieurs mois, sel, boissons (lait et thé).
- Le premier chapitre se termine par un exposé de la vie aux divers âges : naissance (de vieilles femmes jouent le rôle de matrones) et éducation des enfants; occupations des hommes; usage du tabac (à fumer, à chiquer, à priser); vie des femmes (la femme noble joue de Yimgad, violon monocorde, et du tambourin) ; rôle de la femme (ahâl ou réunion galante de jeunes femmes et de jeunes hommes où les hommes disent ou chantent des vers; quelquefois de jeunes hommes font plus de 200 km pour passer quelques jours en visiteurs dans un campement où se tient un ahâl agréable; Vâhal et Yasri, réunion plus intime, sont interdits par la religion musulmane; ils se traduisent par des pratiques anticonceptionnelles, des mariages tardifs, une faible natalité et la fréquence des infanticides).
- Le second chapitre traite des maladies, de la médecine et de l’hygiène des Touareg. Les maladies étudiées sont : les fièvres éruptives, notammnnt la variole (la variolisation n’est pas pratiquée comme au Touat et au Tidikelt), la varicelle, la rougeole et la coqueluche qui font des ravages chez les enfants et les adultes; le rhumatisme, extrêmement fréquent; le paludisme, très rare et généralement contracté ailleurs qu’au Hoggar ; les affections de l’appareil respiratoire qui sont banales et rarement graves; la tuberculose (plus rare encore que dans le Sahara septentrional, surtout dans les groupements isolés; elle est généralement sans gravité); la lèpre, extrêmement rare et généralement importée; les maladies du tube digestif, bénignes; les maladies des yeux, très rares; les maladies vénériennes; les parasites (les Touareg n’ont pas de puces, mais ils ont des poux); les animaux venimeux (vipères et scorpions) ; les affections chirurgicales (elles sont beaucoup moins fréquentes qu’autrefois ; dans tout le Sahara on constate une très grande résistance à l’infection des plaies, ce qui explique l’efficacité des procédés empiriques et des pratiques très simples de petite chirurgie, parfois fort rationnelles, notamment en cas de fractures, en usage pour le traitement des traumatismes et le pansement des plaies).
- Les scarifications, saignées, ventouses, cautérisations et massages sont très en faveur chez les Touareg du Hoggar. Ils n’ont pas de guérisseurs professionnels : ils ont recours aux bons offices d’individus plus habiles que les autres, généralement des ouvriers en bois ou en métaux, d’origine soudanaise.
- Le chapitre m traite quelques questions d’histoire naturelle relatives aux insectes et aux acariens.
- L’analyse du sel d’Amadrar ou de la sebkha de Timimoum, consommé tel quel par les indigènes, montre qu’il est moins chargé d’impuretés et beaucoup plus riche en chlorure de sodium que celui qui provient de l’eau de mer évaporée à sec.
- Un premier appendice donne le mode de transcription des mots touareg en caractères romains, adopté par le Père de Foucauld, pour rendre certains sons des caractères tifinar, peu nombreux, employés par les Touareg pour écrire leur langue; ces sons n’ont pas d’équivalent en français, mais ils en ont en arabe.
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- Un second appendice donne, dans cette transcription, les mots et termes touareg1 * 3 * 5 relatifs à la médecine, classés méthodiquement. Il convient de remarquer que, dans le cours de son ouvrage, le docteur Folev donne dans cette transcription, au singulier et au pluriel, les noms touareg des objets, substances, animaux ou maladies au fur et à mesure qu’il en parle.
- L’ouvrage est accompagné de nombreuses notes de bas de page, de références bibliographiques, d’excellents dessins au trait et de très bonnes reproductions photographiques.
- En définitive, on trouvera dans cet ouvrage, sous une forme condensée, des renseignements nombreux et précis sur une race, en somme peu tarée et assez sympathique, qu’il serait peut-être fâcheux de voir disparaître : il ne semble pas impossible de faire des Touareg de bons auxiliaires, si des mesures appropriées sont prises à temps. Il semble, bien que l’auteur ne le dise pas, son ouvrage étant purement descriptif, qu’on soit entré dans cette voie.
- E. L.
- OUVRAGES REÇUS A LA BIBLIOTHÈQUE EN MAI 1931.
- Ciiambonnaud (L.). — La technique des affaires (Méthodes françaises et étrangères). III : Les affaires et le personnel. 3e édition refondue. In-8 (23 x 15) de 502 p., 9 fig. Paris, Dunod, 1931. ' 17994
- Tafel (Wilhelm). — Laminage et tracé des cannelures des cylindres de laminoirs. Initiation au laminage et au tracé des cannelures. Traduit par Marcel Grison, d’après la
- 3e édition allemande. In-8 (25 X 16) de xn -f- 352 p., 185 fig., XIV pl. Paris, Dunod, 1931.
- 17995
- Ribaud (Gustave). — Traité de pyrométrie optique. (Encyclopédie photométrique,
- 5e section : Mesures sur l’émission. Tome IV). In-8 (25 x 16) de xvi -f- 485 p., 163 fig. Paris, Éditions de la Revue d’Optique théorique et instrumentale, 165, rue de Sèvres; 3 et 5, boulevard Pasteur (15e), 1931. 17996
- Engineer (An.) — Décapage et polissage des métaux. Abrasifs, meules et roues à polir, papier et tissus à polir, polissage, brillants commerciaux, traitements des métaux, démétallisation. (Tous les « trucs » du praticien). In-8 (23 x 14) de 170 p., 50 fig. Paris, Ch. Béranger, 1931. (Don de l’auteur). 17997
- Marlé (G.). — Culture des porte-graines. Racines fourragères, plantes potagères et fleurs. (Encyclopédie agricole publiée sous la direction de M. G. Wery). In-12 (19 x 12) de 384 p., 98 fig. Paris, J.-B. Baillière et fils, 1931. 17998
- Berthelot (Ch.). — Les mines coloniales. In-8 (23 x 16) de 284 p., 77 fig. Paris, J.-B. Baillière et fils, 1931. 179 99
- Block (Berthold). — Clarification et séparation des liquides par la force centrifuge. Traduit de l’allemand, adapté et mis à jour par Jean Lévy. In-8 (25 x 16) de vin -|- 387 p., 175 fig. Paris, Dunod, 1931. 18000
- Congresos internacionales de Agricultura tropical y subtropical y del Café, cele-brados en Sevilla del 26 de septiembre al 2 de octubre de 1929. Tomo I. In-8 (28 X 20) de 341 p. Madrid, Cleto Vallinas, Calle de Luisa Fernando, 5, 1930. 18001
- Congrès international de Mécanique générale, Liège 31 août-5 septembre 1930. In-4 (31 x 22). Volume I : Éléments de machines. Machines-outils, de 293 p., fig. — Vol. III : Hydraulique. Instruments de mesure. Divers. Proces-verbaux des séances du Congrès, de 277 p., fig. Liège (Belgique), Institut de Mécanique, boulevard de la Constitution, 32.
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- 'OUVRAGES REÇUS EN MAI 1931.
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- Compagnie des Chemins de fer de Paris a Lyon et a la Méditerranée. — Notice sur le matériel exposé à l’Exposition coloniale internationale de Paris 1931. In-4 (31 x 21).
- I : Locomotive à voyageurs type « Mountain » compound, à quatre cylindres, pour trains rapides, Série 24/. C, 7 p., VI pi. ; 2 : Locomotive-tender compound, à quatre cylindres et à quatre essieux accouplés, Série 242. BT, 8 p., VII pl. ; 3 : Voiture à bogies à intercirculation avec compartiments de 1TB classe transformables en couchettes, Ascsyfi, 6 p., III pl. : 4: Voiture à bogies à intercirculation avec compartiments de luxe, L2S*yfi, 6 p., IV pl.: 5 : Voi-ture'à bogies à intercirculation, avec lits-salon, compartiments à couchettes et de iTe classe, A3c-L3g3 y fi, 7 p., IV pl. ; 6 : Installation de manutention mécanique des combustibles et des scories, 3 p., III pl.; 7 : Cadres à panneaux démontables pour transport de primeurs, 2 p.,
- II pl. (Don de la Cle P.-L.-M., membre de la Société). 18005
- Blondel (F.). — La carrière scientifique coloniale. In-8 ^24 x 16) de 15 p. Paris, Association Colonies-Sciences, 60, rue Taitbout (9e), 1931. Pièce 13670
- SOCIÉTÉ industrielle de Rouen. — Distribution solennelle des récompenses aux collaborateurs de l’Industrie et du Commerce, sous la présidence dé M. J. Desmars, préfet de la Seine-Inférieure, le 3 mai 1931. In-8 (28 x 19) de 42 p. Rouen, lmp. A. Desvages.
- Pièce 13671
- Bloch (Richard). — La crise de la pêche maritime de marée fraîche (ex Revue politique et parlementaire, 10 février et 10 mars 1931). In-8 (24 x 16) de 53 p. Paris, 10, rue Auber (9e). (Don de l’auteur, membre de la Société). Pièce 13672
- Alquier (J.). — Travaux’du Laboratoire de recherches et de la Station expérimentale sur l’alimentation du bétail, 1929-1930 (ex Bull, de la Soc. scient, d’hygiène alimentaire, Tome XVIII, n08 8 et 9, 1930). In-8 (24 x 16) de 75 p. (Don de l’auteur, membre du Conseil d’Administration). Pièce 13673
- Goursat(M.). —Le sous-sol de Madagascar. Conférence faite à la Section des matières premières de la Société de géographie commerciale de Paris, le 18 mai 1929. In-8 (24 x 15) de 8 p. Paris, 20, rue de Tournon (6e). Pièce 13674
- Satet (R.). — Une méthode pour analyser rapidement une entreprise, 2e édition. In-8 (22x 14) de 16 p. Paris, chez l’auteur, 68, rue Duhesme (18e). Pièce 13675
- Jean-Marc Bel, 1855-1931. In-8 (24 X 16) de 14 p., I pl. Pièce 13676
- Emploi de la double expansion dansées locomotives de la Compagnie des chemins
- de fer P.-L.-M. (ex Revue gén. des chemins de| fer. avril 1931). In-4 (31 x 21) de 12 p. Paris, Dunod, 1931. Pièce 13677
- Société des Ingénieurs civils de France. — Annuaire de 1931. Paris, 19, rue Blanche (9e). • Pér. 313
- Société vaudoise des Sciences naturelles. — Mémoires, n° 23 (Vol. 3, n° 8, 1930) : Étude des banquettes glaciaires de la vallée de Bagnes (Valais), par Alice Steiner. p. 273-311, VII pl. Lausanne. Pér. 209
- National Physical Laboratory. — Collected Researches. Vol. XXII, 1930. London, H. M. Stationery Office, Adastral House, Kingsway, London, W. C. 2. Pér. 62
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- Bureau of Standards (Washington). — Circulars, n°" 385 (Superseded Circular n° 138) : Classification of radio subjects. An extension of the Dewey Décimal System. 25 p. —
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- OUVRAGES REÇUS. — JUIN 1931.
- 390 ^Superseded second édition of Circulai' n° 139) : American Standard spécification for dry cells and batteries, 4 p. 1930. Pér. 61
- Bureau of Standards ^Washington). — Supplementary list of Publications of the Bureau of Standards, July 1, 1925 to February 28, 1930, 175 p. 1930. Pér. 61
- Bureau of Standards ^Washington; — Commercial Standard CS 2-30 : Mopsticks, 11 p. (1930; CS 22-30 : Builders’ hardware yiiontemplate), 68 p. — CS 26-30 : Aromatic red cedar closet lininy, 12 p. 1930. Pér. 61
- United States Department of Agriculture ; Washington;. — Technical bulletin n° 195 : Control of the moutain pine beelle in Lodyepole Pine by the use of solar heat. 20 p., 11 tig. 1930. Pér. 410
- Society of naval Architects and Marine Engineers. — Transactions. Vol. XXXVIII, 1930. New York, 29 West 39th Street. Pér. 53
- Western Australia Geological Survey. — Bulletin n° 94 : Geoloyy and ore depostts of the Boulder Belt, Kalyoorlie, 110 p., 8 tig., XVII p. Perth, 1929. Pér. 184
- Laboratoire d'Essais mécaniques, physiques, chimiques et de machines du Conservatoire national des Arts et Métiers. — Bulletin nu 23 : Quelques appareils ou méthodes d’essais récemment mis au point dans le service des essais de machines, par M. Boyer-Guillon, M.Coulmeau et M11'1 Xugues-Bourchat. 73 p.. 26 tig. Paris, Ch. Béranger, 1931. Pér. 308 Institut des Recherches agronomiques (Ministère de l'Agriculture). — Rapport sur le fonctionnement de l’Institut des Recherches agronomiques pendant l'année 1930 (Vol. IX). Paris, 42 bis, rue de Bourgogne (7e;. Pér. 9
- Comité des Travaux historiques et scientifiques (.Ministère de l'Instruction publique et ,des Beaux-Arts;. — Bulletin de la Section des Sciences économiques et sociales. Année 1930. Paris, lmp. nationale: E. Leroux, 25, rue Bonaparte (6e;, 1931. Pér. 26 Chambre de Commerce de Paris. — Compte rendu des travaux. Année 1930. Tome 1 : Commissions d’études : Tome 11 : Commissions administratives. Paris, Librairies-Imprimeries réunies, 1931. Pér. 148
- Ministère de l’Industrie, du Travail et de la Prévoyance sociale (Royaume de Belgique). — Inspection du Travail et des Etablissements!) angereux, insalubres ou incommodes. — Rapports annuels de 1 Inspection du Travail, 3Ur année, 1929. Bruxelles, J. Lebègue et C"‘; Albert Dewit, 1930. Pér 277
- Institution of Civil Engineers.— Minute of Proceedings. Vol. 230, 1929-30(part. II). London, Créât George Street, Westminster, S. W. 1. Pér. 189
- National Piiysical Laboratory. — Report for the year 1930. Teddington, Middlesex.
- Pér. 62
- Bureau of Standards (Washington). — Miscellaneous Publications, n° 116. Report of the twenty-third National Conférence onWeiyhts and Measures, June 1930, 152 p., 15 lig. 1931.
- Pér. 61
- Bureau of Standards (Washington). — Commercial Standard CS27-30 : Plate ylass mirrors, 13 p. 1931. Pér. 61
- Bureau of Standards (Washington). — Building and Housing n° 14 : Recommended minimum requirements for fire résistance in buildinys. 58 p., 4 fig. 1931 Pér. 61
- L'agent général, gérant.
- F.. LEMAIRE.
- BRODARD ET TAUPIN, Coulommiers-Paris.
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- |30« ANNÉE.
- JUILLET-AOUT-SEPTEMBRË 1931.
- BULLETIN
- DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- LA CLINIQUE-MANUFACTURE INTERNATIONALE POUR LA CURE DE SOLEIL ET DE TRAVAIL DES TUBERCULEUX CHIRURGICAUX INDIGENTS
- par le Dr Auguste Rollier, médecin-directeur des Établissements héliothérapiques de Leysin (Suisse), membre correspondant de l’Académie de Médecine.
- M. le Président, Mesdames, Messieurs.
- Qu’il me soit permis tout d’abord de remercier M. Gruner, président d’un de vos Comités, de l’honneur qu’il a bien voulu me faire en m’invitant, au nom de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale et de son président, M. Mangin, à vous parler aujourd’hui de la cure de travail des tuberculeux chirurgicaux et plus particulièrement de la Clinique-Manufacture internationale, où nous l’avons érigée en système thérapeutique.
- Me reportant à quelques années en arrière, je me souviens avec quelle appréhension, ignorant des choses les plus élémentaires de l’industrie, j’avais été appelé à donner une série de conférences dans nos centres horlogers, afin d’y faire connaître l’œuvre de la Clinique-Manufacture et d’y solliciter des collaborations indispensables.
- Cette appréhension — je me hâte de le dire — s’est vite transformée en un sentiment réconfortant de confiance, en constatant quel intérêt spontané avait soulevé dans le monde industriel de la Suisse l’idée de notre entreprise.
- L’élan de solidarité que j’ai rencontré dans les milieux industriels de notre petit pays, je suis heureux de le retrouver ici, aussi vif et aussi sympathique, parmi les personnalités les plus en vue de l’industrie française, et au sein de votre illustre société qui, depuis plus d’un siècle, n’a pas cessé de travailler avec tant de succès au développement et au progrès économique et social de votre grande nation.
- La réception si cordiale que vous m’avez réservée, ainsi qu’à mon compatriote et ami le Dr Vauthier, qui a entrepris de son côté l’œuvre admirable de la cure de travail des universitaires, témoigne du bienveillant intérêt que vous portez à notre cause et constitue pour nous le plus précieux des encouragements.
- L’idée d’une cure de travail appliquée à des malades alités peut, a priori, paraître audacieuse et paradoxale. Comment, dira-t-on, peut-on faire intervenir,
- (1) Conférence faite par l’auteur en séance publique le 7 mars 1931.
- 130e Année. — Juillet-Août-Septembre 1931. 30
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- d’une façon méthodique, un travail régulier et rémunérateur dans le programme de cure de patients atteints d’affections aussi graves que les tuberculoses de la colonne vertébrale, de la hanche, du genou ou des membres supérieurs, et dont l’immobilisation est considérée, d’une manière générale, comme une règle fondamentale.
- L’objection tombe bien vite pour qui sait à quel point l’héliothérapie, telle que nous l’avons préconisée, a bouleversé les notions jusqu’alors admises dans le traitement de la tuberculose des os, des articulations, des glandes ou du péritoine.
- Puisque c’est par la cure de soleil que nous avons été amené à réaliser la cure de travail, il est nécessaire, pour comprendre la genèse de cette dernière, de faire d’abord une petite incursion dans le domaine de la thérapeutique solaire de ces tuberculoses dites chirurgicales.
- L’épithète de chirurgicales, qu’on a conservée bien à tort à ces formes de bacilloses, rappelle l’époque où elles étaient considérées comme relevant exclusivement de la chirurgie.
- Lorsque Koch eut découvert le bacille qui porte son nom, on fut tout près d’admettre que la tuberculose était définitivement vaincue. On crut que les lésions externes engendrées par le bacille dans telle ou telle partie du corps constituaient un simple mal local susceptible d’être guéri par un traitement local, ou extirpé par le bistouri, à l’instar d’une tumeur bénigne. Ce fut pour le tuberculeux chirurgical l’ère des grandes interventions sanglantes, presque toujours mutilantes, qui avaient le tort, non seulement de ne pas supprimer le mal, mais souvent encore d’ouvrir la porte à l’infection secondaire, beaucoup plus redoutable que la tuberculose elle-même. Au règne de la chirurgie, s’associa celui de l’immobilité absolue dans ces grands appareils plâtrés, occlusifs, dont l’application est encore trop souvent respectée comme un dogme intangible.
- Véritables carapaces inamovibles, ils ont le grave inconvénient d’atrophier les téguments, les muscles et le squelette, de favoriser l’ankylose des articulations et de provoquer chez le malade, par cette immobilisation excessive et cette inaction prolongée, une sorte de torpeur physique et morale, qui annihile peu à peu toutes les défenses de son organisme.
- L’héliothérapie de la tuberculose chirurgicale est basée sur la pathogénie de cette bacillose et sur cette conviction fondamentale, affirmée dès le début de notre activité, qu’elle n’est pas une maladie locale justiciable d’un traitement local, mais une maladie générale, nécessitant un traitement général. Si le bacille de Koch est une donnée du problème, celle des résistances que va lui opposer l’organisme en est une autre, de beaucoup plus importante.
- De toutes les maladies infectieuses, la tuberculose chirurgicale est incontestablement celle où le terrain joue le rôle prépondérant, le rôle destructeur du bacille ne pouvant s’exercer qu’à la faveur du déséquilibre des résistances naturelles du malade. Le traitement rationnel consistera donc à reconstituer ce terrain, à stimuler la résistance de l’organisme affaibli, et à rétablir son équilibre rompu, non seulement dans le domaine physique mais aussi bien dans le domaine moral dont il est inséparable.
- C’est pour réaliser cette thérapeutique à double action que nous avons, dès 1903, préconisé l’héliothérapie, non point locale, comme l’avaient pratiquée avant nous l’école de Lyon et le Dr Bernard de Samaden, mais générale, c’est-à-dire
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- appliquée méthodiquement au corps tout entier, afin de replacer ce dernier au plein contact de ces deux régénérateurs de la vie : le grand air et le soleil.
- Cette balnéation solaire, générale et systématique, se révéla le plus puissant stimulant des échanges, le régénérateur par excellence du sang et des milieux humoraux. Elle reconstituait les téguments, permettant à leurs multiples fonctions physiologiques de jouer leur rôle intégral, qui en fait le plus admirable système défensif de l’organisme. Elle reconstituait de même les muscles, ces leviers naturels des articulations et les développait à tel point qu’ils semblaient appeler d’eux-mêmes leur mise en jeu par le travail. Les radiations solaires, d’autre part,
- Fig. 1. — Enfant atteint de nombreux foyers de Fig. 2. — Le même enfant que celui de tuber culose osseuse. On r emarquera l’état lamentable la figure 1 après 6 mois. Guéri et présentant de ce malade. Sa musculature est considérablement un harmonieux développement musculaire, atrophiée, son thorax rétréci et décharné. De plus, le lobe supérieur du poumon droit présentait une lésion bacillaire à son début.
- exerçaient une action éminemment recalcifiante sur la structure osseuse tout entière, et s’avéraient, associées à une orthopédie rationnelle, le traitement de choix des lésions ostéo-articulaires. L’héliothérapie, enfin, exerçait une action des plus réconfortantes sur le psychisme des malades, la bienfaisante lumière du soleil, hiver comme été, leur procurant, en général, un bien-être intime et profond, une sorte d’épanouissement de tout l’être (fig. 1, 2 et 3).
- Au surplus, la lumière la plus radieuse ne suffit pas à relever le psychisme des malades indigents, hantés trop souvent par l’insoluble angoisse que le désœuvrement leur inflige, par la pensée du foyer qu’ils ont dû quitter, de ceux qu’ils ont laissés sans ressources, et par ce sentiment si pénible d’être à la charge d’autrui.
- C’est pour aider moralement ces malades doublement atteints par l’infortune et leur apporter une aide pécuniaire que nous avons associé à la cure de soleil la cure de travail. Toujours individualisée, strictement dosée et médicalement
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- contrôlée, comme l’héliothérapie, elle a sur cette dernière l’avantage de pouvoir être pratiquée par tous les temps.
- Par l’efficacité et la constance de son action, elle s’est avérée un facteur thérapeutique d’une triple valeur : physique, morale, économique, et n’a pas tardé à devenir l’adjuvant indispensable du soleil dans toutes nos cliniques populaires.
- De même que la cure solaire, la cure de travail n’est pas autre chose qu’un retour à une loi naturelle, qui est aussi un commandement divin : « Tu travailleras
- six jours ». L’organisme, soumis méthodiquement à leur double action, ne tarde pas à en retirer un double bienfait. Le travail manuel, justement dosé, constitue l’exercice physiologique par excellence, qui favorise au mieux la circulation, et la circulation, c’est la vie. Il régularise la thermogénèse, rétablit l’équilibre du système nerveux, relève l’état général, augmente sa résistance, et stimule à son tour les échanges et le métabolisme tout entier.
- Mais le rôle salutaire du travail ne se borne pas à cette activité d’ordre musculaire et physique. Il se double d’une influence morale indéniable dont on ne saurait assez souligner l’importance.
- On a trop souvent méconnu le facteur moral qui intervient en premier rang dans la réaction du patient contre le mal. Et pourtant il pose un problème inéluctable. Le tuberculeux, malade à longue échéance, est presque toujours atteint non seulement dans son corps, mais dans son psychisme. Rien n’est aussi démoralisant, pour un individu actif et intelligent, que ce sentiment d’être mis, par la maladie, en marge de la vie normale, incapable de jouer le rôle qui lui était départi dans la grande œuvre de la solidarité humaine. Oh! je sais bien que si les circonstances réduisent un homme à l’inaction, il lui reste encore la possibilité d’exercer une action toute spirituelle. Je n’en veux point sous-estimer la valeur, au contraire, car je suis persuadé plus que personne de la mission merveilleuse du malade dans le domaine de la vie intérieure. Mais combien la comprennent et s’y consacrent? Combien, en quittant brusquement la vie trop fiévreuse des affaires ou de l’usine, où ils gagnaient leur pain, sont préparés à se vouer librement, pendant de longues périodes d’inaction, à la méditation silencieuse, au recueillement, à l’enrichissement de la vie spirituelle ?
- Chez ces malades, l’esprit désœuvré trop souvent s’évade vers le passé, s’épuise en regrets inutiles ou en distractions stériles qui laissent après elles l’amertume et
- Fig. 3. — Le même que sur les figures 1 et 2, vingt ans après. Si résistant qu’il a fait 400 jours de mobilisation de guerre sans un jour de maladie.
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- l’ennui. Or, l’ennui chez des sujets qui sont aux prises avec des soucis d’avenir, avec des souffrances morales, crée souvent un état psychique lamentable. « L’ennui, a écrit le Dr Vigné, est une maladie grave, quoiqu’elle ne soit pas cataloguée en pathologie et n’entraîne par elle-même aucune lésion appréciable à l’autopsie. C’est surtout une maladie de la volonté, faculté maîtresse qui cesse de s’exercer quand elle n’a plus de but. Or l’ennui résulte de l’inaction et aboutit en retour, par un cercle vicieux, à l’entretien de celle-ci. En détruisant la volonté, l’ennui est l’avant-coureur de toute les déchéances, car en tuberculose plus qu’en toute autre maladie, le succès
- Fig. 4. —Notre École au Soleil « Les Noisetiers », fondée en 1910.
- A gauche, un groupe d'enfants s'adonnant aux sports d’hiver; à droite, on voit un groupe d’élèves d’une classe mobile, se rendant en skis, et pupitres au dos, à l'emplacement choisi ce jour-là pour la leçon; à l'arrière-plan, en bas, élèves à l'étude pendant le bain de soleil; à l’arrière-plan, en haut, une leçon de gymnastique respiratoire.
- est souvent une question de potentiel nerveux et il faut sans cesse vouloir pour guérir. »
- Le travail régulier, strictement adapté à l’état et aux forces du malade, opère chez ce dernier une miraculeuse transformation. Il lui rend l’inappréciable service de le faire rentrer dans l’ordre naturel dont la maladie l’avait tiré. Il est une arme infaillible contre l’ennui. Soumis individuellement et avec méthode à la cure de travail, les malades prennent conscience du retour progressif de leurs forces et éprouvent bientôt cette sensation réconfortante que donnent le fonctionnement normal des organes et l’adaptation du moteur humain au travail. Du jour où le malade, sortant de cette apathie dans laquelle il était prêt à s’enlizer, se met courageusement à l’œuvre, la collaboration nécessaire du cerveau avec le muscle constitue pour lui le meilleur dérivatif ; son humeur se transforme, tandis que, par une réaction normale, son état physique s’améliore. Le malade-ouvrier cesse bientôt de
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- souffrir de son inutilité. Il reprend conscience de sa valeur et se rehausse à ses yeux par l’action ennoblissante du travail. Au fur et à mesure que le moral s'élève, l'àme s’épanouit à son tour en s’ouvrant aux clartés intérieures et réalise cette harmonie de l’esprit et du corps qui est comme le reflet de la pensée divine.
- Un autre avantage de la cure de travail, particulièrement appréciable pour les malades peu fortunés, c’est Y appoint financier qu’elle leur procure. Le long traitement auquel le tuberculeux osseux est soumis pose la grave question pécuniaire. L’interruption de l’activité professionnelle entraîne pour beaucoup de malades la
- Fig. a. — Une classe mobile de notre Ecole au Soleil en hiver.
- On voit iri la cure de travail associée aussi à l'héliothérapie de ces enfants délicats et prédisposés à la tuberculose; le bain d’air et de soleil en a fait des êtres robustes et endurcis, heureux à l'étude, leur cerveau vivifié assimilant sans peine l'enseignement du maître.
- perte du salaire habituel. Or, pendant les mois et les années de maladie, il faut vivre et faire vivre les siens. Si les ressources personnelles sont insuffisantes pour faire face à la situation, le malade se trouve en présence d’un terrible dilemme : interrompre le traitement commencé, qui promettait la guérison, ou bien prolonger ce traitement et alors s’endetter, à moins de bénéficier d’une assurance ou de l’aide d’une ligue contre la tuberculose. Mais les ressources de celles-ci ne sont pas inépuisables, d’autant moins que le nombre des malades à secourir augmente dans une inquiétante proportion. C’est ici que s’avère toute la valeur sociale et humanitaire de la cure de travail, appliquée méthodiquement aux malades indigents. Une occupation régulière et rémunératrice, strictement adaptée aux conditions physiques du malade-ouvrier, peut aidera résoudre, sinon complètement, du moins en partie, cet angoissant problème social.
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- Notre première tentative d’application méthodique de la cure de travail date de 1909, époque à laquelle nous créâmes à Levsin,avecle concours du pasteur Hoffet,
- Fig. 6. — Un do nos élèves évoluant on skis tout en prenant un bain de soleil.
- et sous le patronage de la Ligue vaudoise contre la Tuberculose, notre première
- Fig. 7. — Cette jeune Pille atteinte de tuberculose vertébrale, rationnellement couchée sur le ventre, confectionne sans aucune peine, pendant sa cure solaire, tous les objets beaux et variés dont on la voit entourée.
- « colonie de travail ». Elle avaitpour but de fournir, à nos convalescents sans ressources, une occupation peu fatigante (vannerie, menuiserie, meubles de rotin, etc.) et,
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- en même temps, assez rémunératrice pour leur permettre de consolider leur guérison à la montagne. Les résultats furent si concluants qu’il fallut envisager, après quelques années, l’agrandissement de la maison.
- C’est à la même époque que nous créâmes notre « École au Soleil » (fig. 4, 5 et 6) à Cergnat, près de Leysin, premier préventorium solaire d’altitude, destiné aux enfants délicats et prédisposés, auxquels il assurait l’instruction et l’éducation en même temps que le développement physique.
- Fort de ces expériences, nous voulûmes l’étendre non plus seulement aux
- Fig. 8. — Malade atteint de coxalgie pendant sa eure de soleil et de travail, entouré d’objets de vannerie qu’il a confectionnés.
- convalescents et aux prédisposés, mais aux tuberculeux chirurgicaux alités, en cours de traitement.
- Un essai méthodique fut d’abord tenté à la clinique militaire suisse de Leysin, que nous fûmes appelé à diriger en 1915. La tâche nous fut facilitée par la collaboration du lieutenant Junod, aujourd’hui directeur technique de la Clinique-Manufacture. Malade, alité lui-meme, technicien averti et d’esprit inventif, il comprit d’emblée la valeur du travail dont il fut l’animateur.
- Nos malades atteints de tuberculose osseuse s’occupèrent d’abord de fabriquer des objets faciles (filets à provisions, hamacs, tapis, corbeilles, sculptures sur bois) en tenant compte des exigences de la cure, des installations encore sommaires et des possibilités de vente, assez restreintes au début (fig. 7 et 8).
- Peu à peu, le travail prit une grande extension. On fabriquait à la Clinique militaire plus de 80 objets différents, et une annexe dut être construite pour abriter les nombreux ateliers destinés aux malades et aux convalescents.
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- L’essai fat nettement favorable. Certains malades, comme les pottiques et les coxalgiques, que leur immobilisation stricte semblait devoir a priori exclure de la pratique du travail manuel, s’en acquittèrent de façon parfaite sans nuire en rien à leur traitement. Le pottique, couché sur le ventre, avec un coussin de crin sous le thorax, s’appuie sur les coudes, ses mains restant parfaitement libres. Il peut ainsi travailler plusieurs heures sans cesser d’exposer son dos et tout son corps au soleil (fig. 7 et 9). Pour la tuberculose de la hanche, un dispositif spécial permet au malade de travailler dans la position dorsale sans occasionner le moindre mouvement à l’articulation atteinte (fig. 8).
- Fig. 9. — On voit ici un malade atteint de tuberculose osseuse et de lésions pleuro-pulmonaires, occupé à des travaux de sculpture sur bois. On remarquera l’harmonieux développement de sa musculature.
- A mesure que le travail de nos soldats se faisait apprécier, l’écoulement des objets fabriqués par eux devenait plus facile et la vente plus rémunératrice. Pendant les années 1918-1919, par exemple, la Coopérative des Soldats suisses de la Clinique militaire de Leysin vendit pour 62.190 francs (suisses) d’objets confectionnés de leurs mains.
- Ces excellents résultats nous incitèrent à généraliser la pratique de la cure de travail dans nos cliniques populaires où nous nous efforçâmes de varier la production des objets manufacturés pour en faciliter la vente. Mais nos malades-ouvriers devinrent bientôt si nombreux et leur ardeur au travail si constante que les stocks s’accumulèrent à tel point que leur écoulement devint difficile. Pour le faciliter, nous organisons chaque année, à Leysin, depuis 1926, une vente générale dont les résultats furent dès le début des plus intéressants. Les sommes obtenues, réparties
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- Fig. 10. — Façade Sud, avec de larges terrasses pour la cure de soleil et la cure de travail.
- entre les travailleurs, déduction faite du prix de la matière première, furent pour eux le meilleur des stimulants.
- La pratique du travail prenant toujours plus d’extension, il devint urgent de l’établir sur une base plus large, et de prévoir une organisation qui assurât l’écoulement régulier et méthodique des articles confectionnés.
- Fig. II. — Façade Nord de la Clinique-Manufacture internationale et entrée principale. A l’arrière-plan, le panorama des Dents du Midi.
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- Fig. 12. — La cure de soleil et de travail sur le solarium de la Clinique-Manufacture
- internationale.
- Des prises de courant électrique permettent la mise en marche de petits moteurs et de petites machines
- placées sur le lit même du malade.
- Fig. 13. — La cure de travail dans un des dortoirs de la Clinique-Manufacture internationale.
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- C’est alors que nous décidâmes de créer de toutes pièces une clinique-manufacture (fîg. 10 à 13) où le travail industriel fût érigé en système et où nous n’aurions plus à nous préoccuper de la vente des pièces confectionnées, puisque au sortir de nos ateliers, elles seraient livrées directement aux fabriques qui les auraient commandées.
- Ces conditions sont entièrement réalisées dans la Clinique-Manufacture internationale, ouverte le 1er février 1930, disposant de 120 lits.
- Les tuberculeux chirurgicaux indigents, sans distinction de nationalité, y bénéficient d’une organisation technique, qui leur permet de gagner une partie de
- Fig. 14. — Malade atteinte de tuberculose du bassin travaillant à une machine à tricoter
- pendant sa cure de soleil.
- leurs frais de pension à l’aide d’un travail industriel aisé, hygiénique et rémunérateur.
- La Clinique-Manufacture représente donc un nouveau type d’établissement hospitalier. Sa caractéristique est de réunir les conditions d’une clinique modèle et d’une manufacture modèle, en adaptant d’une façon aussi parfaite que possible l’outillage aux nécessités médicales et économiques, tâche quelque peu facilitée par le machinisme moderne, qui réduit l'effort musculaire au minimum. Trois questions se posaient ici : le choix des travaux à offrir aux malades, le choix de l’outillage suivant les divers cas cliniques et la continuité du travail, quelles que fussent les conditions atmosphériques.
- La première question fut assez délicate à résoudre, étant donné que la plupart de nos malades sont alités. Nous dûmes donc nous restreindre à la petite industrie
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- Fig. 15. — La tète réversible de notre lit forme établi. C'dui-ci est fixé par une vis de serrage à l’inclinaison voulue. Des heures durant, sans peine aucune, le patient atteint de tuberculose osseuse utilise sa perceuse, tout en bénéficiant de l’heliothérapie.
- Fig. IG. — Malade atteint de tuberculose du pied gauche et du genou droit, pendant sa cure de soleil et de travail. Son établi a été construit de façon à n’empêcher en rien l’accès du soleil sur les régions malades.
- Confortablement installé, le dos soutenu par un appui mobile, ce patient effectue des travaux de décolletage très précis. Sans aucune peine, sa production journalière peut atteindre 2.000 pièces environ.
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- et épuiser les ressources des corps de métiers où l’effort physique est réduit à son minimum. Cependant, là aussi, nous trouvâmes un champ d’exploitation suffisamment vaste. La petite mécanique nous fournit déjà une variété de travaux auxquels nos malades s’adaptèrent fort bien : décolletage, perçage, taraudage, fabrication de pièces détachées pour l’industrie textile et pour l’horlogerie, de compteurs pour avions et pour automobiles, de magnétos, de bobinages, de pièces détachées d’instruments de physique (fig. 13 et 13 à 18). Pour les femmes, on recourut au tricotage et au tissage à la machine, ainsi qu’à tous les travaux à l’aiguille (fig. 14). De nom-
- Fig. 17. — Malade atteint de tuberculose de la colonne vertébrale occupé pendant sa cure de soleil à des travaux de mécanique.
- breuses machines ont été mises à notre disposition, à titre gracieux, par différentes fabriques suisses. Le directeur technique y apporta toutes les modifications nécessaires à leur utilisation par des malades alités.
- Pour les convalescents, nous avons établi un grand atelier largement aéré et ensoleillé, où ils se livrent à des travaux plus importants et nécessitant un plus grand effort physique. Ils y fabriquent, entre autres, une grande partie de l’ameublement des dortoirs de la Manufacture, tels que : tables de nuit, tables de travail, séchoirs, lampes à pied, etc.
- Grâce à l’organisation technique de la maison et à l’appui constant des fabricants qui nous ont assuré leur concours, les produits de la Clinique-Manufacture peuvent être exécutés et livrés aux même prix que ceux du marché industriel. Chaque
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- malade-ouvrier reçoit comme salaire le prix total payé par la fabrique, déduction faite des 20 p. 100 représentant les frais généraux et d’entretien de l’outillage.
- La solution du second problème, l’adaptation de l’outillage à l’état physique de nos ouvriers, nous fut singulièrement facilitée par notre longue expérience de la cure de travail. Nos dispositifs orthopédiques permettent à tous les malades d’effectuer des travaux industriels en rapport avec leur état. Nos patients disposent tous dans leurs lits, et à portée immédiate de la main, d’une table-établi d’un modèle très simple, d’un moteur individuel, et de tout l’outillage nécessaire à la confection des objets ou des pièces qu’ils doivent manufacturer. Une installation spéciale,
- Fig. 18. — Un malade atteint de tuberculose osseuse exerce avec aisance, couché sur le ventre, son métier de graveur, pendant sa cure solaire. On remarquera, sur cette figure comme sur toutes les précédentes; comme la musculature se développe d’une manière harmonieuse et souvent athlétique sous l’action de l’héliothérapie associée à la cure de travail.
- adaptée à chaque lit, permet à chaque malade, quelle que soit la position exigée par la cure, de travailler aussi aisément qu’un ouvrier en bonne santé (fig. 15 à 18).
- Insistons encore sur le fait que la cure de travail étant un adjuvant de la cure solaire, elle ne doit en aucun cas devenir une source de fatigue pouvant nuire au traitement. Aussi bien, est-elle toujours médicalement dosée par les médecins attachés à l’établissement, soigneusement graduée d’après l’état du sujet, son degré d’amélioration, sa résistance générale et ses aptitudes au travail. Un patient peut aisément fournir, lorsqu’il est en bonne voie de guérison, 6 heures de travail quotidien sans compromettre en rien son traitement.
- Pour ceux de nos malades qui viennent directement à la Clinique-Manufacture
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- sans avoir passé par nos cliniques populaires, ce travail nécessite un certain entraînement.
- Le directeur technique de la Manufacture, aidé de contremaîtres, s’occupe avec dévouement des novices dont il dirige l’éducation professionnelle avec une compétence éprouvée.
- Pour assurer la continuité du travail par tous les temps, nous avons prévu toutes les installations nécessaires, tant dans les dortoirs que sur les galeries et sur le solarium. Nos lits peuvent être déplacés très facilement d’un endroit à un autre, grâce aux grandes roulettes sur billes dont ils sont pourvus.
- Une question qui ne laisse pas de nous causer de grosses préoccupations est celle des débouchés. La crise qui pèse si lourdement sur l’industrie a eu son reten-
- Fig. 19. — Malade atteint de tuberculose des vertèbres occupé, pendant sa cure de soleil, à des travaux de perçage à l'aide d’une petite machine mue à l’électricité et placée sur la tète renversée du lit qui sert d’etabli alors que le moteur est placé sous ce dernier.
- tissement à la Clinique-Manufacture. Nous souhaitons vivement la voir finir afin qu’un plus grand nombre d’industriels soient en mesure de nous accorder leur collaboration, indispensable au succès de notre entreprise. On chôme actuellement le mercredi et le samedi et chacun s’accorde à dire que ces jours-là le moral des malades subit un fléchissement notoire.
- La question financière ne laisse pas aussi de nous préoccuper. Le coût total de l’établissement s’est élevé à 2 millions de francs suisses. La moitié de cette somme a été amortie par des dons des amis de la Clinique-Manufacture internationale et par une aide de la Confédération suisse. Il reste donc un million encore à trouver. Nous nous efforçons de couvrir cette dette par des souscriptions. Leur produit nous
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- permettrait de réaliser notre vœu le plus cher : la réduction du prix de pension (actuellement de 7-9 fr suisses) à des chiffres assez bas (4-5 fr par exemple) pour que le malade le plus indigent pût en gagner le montant intégral par son travail.
- Ainsi conçue, la Clinique-Manufacture sera pour les tuberculeux chirurgicaux peu fortunés la période d’acheminement rationnel vers la guérison et vers la vie normale.
- * *
- De ces patients affaiblis et découragés, atteints souvent dans leur âme autant que dans leur corps, le travail libérateur, accompli dans une atmosphère ensoleillée, devant un des plus beaux panoramas du monde, fera d’autres hommes, au moral comme au physique. Quand sonnera l’heure de la guérison, ils iront reprendre leur rôle familial et social, car ils ne seront plus des non-valeurs ou des épaves, mais des êtres sains et renouvelés, entraînés au travail et capables de gagner leur vie.
- Mais nous attendons plus encore de cette entreprise humanitaire. Nous voudrions qu’elle fût en quelque sorte un véritable centre d’éducation morale; que l’existence régulière et laborieuse de nos malades, vécue en pleine communauté d’intérêts et d’aspirations, sans distinction de nationalité et de religion, stimulât chez eux le sens de l’entr’aide et de la charité en même temps qu’elle développât leurs qualités de conscience et de discipline et que, soumis à la loi divine du travail, ils subissent l’exemple du divin charpentier qui honora tant lui-même le travait manuel, et obéissent à cet admirable commandement : Tu aimeras ton 'prochain comme toi-même, qui est, en dernière analyse, la seule et vraie solution des grands problèmes sociaux de tous les temps.
- Laboris lucisque beneficio valeas, dit la devise de la Clinique-Manufacture.
- Dans une concision voulue, elle associe les bienfaits du travail et de la lumière, les bienfaits du travail manuel, intellectuel et spirituel à ceux de la lumière du soleil et de la lumière de l’esprit.
- Laissez-moi souhaiter, Mesdames et Messieurs, que cette œuvre, fondée dans cette inspiration, mérite aussi votre sympathie et votre appui. Cet appui sera, si je puis dire, la consécration de la campagne que je mène en faveur d’une œuvre dont la portée sociale doit être considérable et dont bénéficient non seulement les tuberculeux chirurgicaux de la Suisse, mais ceux de tous les pays, et particulièrement de notre grande voisine et amie, la France.
- La voie est tracée. Nous ne doutons pas qu’elle soit bientôt suivie. Et si, par la suite, la tentative se généralise, comme nous en avons le ferme espoir, un pas décisif aura été fait dans le domaine de la lutte antituberculeuse, dans la voie du progrès social aussi, puisque, par un juste retour des choses, les tuberculeux indigents seront désormais promus au rang des privilégiés (1).
- (I) Dans sa séance du 25 avril 1931, la Société d’Encourarement a décerné, sur rapport de M. E. Grunf.r, une médaille d’or au Dr A. Rollier, pour son œuvre de la Clinique-Manufacture internationale de Leysin. (N. D. L. R.)
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- LA TRAVERSÉE DE L’ATLANTIQUE NORD DE L’ESTA L’OUEST PAR COSTES ET BELLONTE 1
- par M. le lieutenant-colonel Paul Renard. membre du Conseil de la Société d’Encourayement.
- La traversée de l'Atlantique Nord par Costes et Bellonte, réalisée au mois de septembre dernier, a soulevé dans le monde entier, notamment en France et aux Etats-Unis, un enthousiasme général.
- Cet enthousiasme était parfaitement légitime. Ce n’est pas cependant la première fois que l’Atlantique a été franchi d’une seule traite par un avion reliant ainsi directement l’Ancien et le Nouveau Continent. L’Atlantique Sud a été franchi le premier, mais il est beaucoup moins large que l’Atlantique Nord, par conséquent la difficulté était moindre. Plus tard Lindbergli a, le premier, traversé d’un seul bond l’Atlantique Nord en allant d’Amérique en Europe; ce voyage fut considéré, avec raison, comme un événement mondial, et Paris fit à l’aviateur américain une splendide réception qu’il méritait à tous égards.
- On voulut rendre à nos amis d’outre-mer leur visite aérienne et l’on fréta plusieurs avions dans ce but. On aboutit à des échecs et à une catastrophe, celle dans laquelle les remarquables pilotes qu’étaient Nungesser et Coli disparurent sans laisser aucune trace.
- C’est qu’en raison de la prédominance des vents d’Ouest, la traversée d’Amérique en Europe est favorisée, tandis qu’en sens inverse elle est contrariée par les éléments. Cela se traduit par une diminution de la vitesse par rapport à la terre, en supposant, ce qui est conforme à la réalité, que la vitesse propre de l’avion, c’est-à-dire par rapport à l'atmosphère supposé immobile, reste constante. Lindbergh avait un appareil dont la vitesse propre était d’environ 150 km/h. En admettant qu’il ait eu un vent favorable de 30 km/h, cela lui donnait, par rapport à la surface du globe, une vitesse de 180 km/h qui lui permit de réaliser son voyage en 33 heures environ. Si le vent, conservant la même vitesse, lui avait été défavorable, il aurait fallu non pas l’ajouter à la vitesse propre, mais l’en retrancher, ce qui n’aurait donné, par rapport à la surface de la terre, que 120 km/h au lieu de 180. La vitesse, étant ainsi réduite aux 2/3 de sa valeur primitive, la durée du trajet aurait été une fois et demie ce qu’elle a été en réalité, c’est-à-dire en nombre rond 50 heures au lieu de 33. Il aurait donc fallu pouvoir disposer d’un approvisionnement d’essence, et, en général, de toutes matières consommables, une fois et demie plus grand que celui qui avait suffi à Lindbergh pour réaliser son programme.
- Or, ce cas hypothétique d’un aviateur partant d'Amérique et ayant à lutter contre le vent, est celui qui correspond, à moins de circonstances atmosphériques tout à fait exceptionnelles, à un voyage aérien de l'Est à l’Ouest au-dessus de l'Atlantique Nord; l'appareil de Lindbergh aurait été incapable de le réaliser et, pour le tenter avec des chances de succès, il fallait disposer d’un appareil ayant, toutes choses égales d’ailleurs, une capacité de transport multipliée dans le rapport de 3 à 2.
- (1) Allocution prononcée dans la séance publique du 14 mars 1931. Voir le compte* rendu de cette séance dans le Bulletin de mai 1931, p. 348 à 355.
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- la traversée de l'atlantique Nord de l’est a l’ouest.
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- S’élancer sur l’océan sans posséder un appareil de cette nature, c’était une entreprise déraisonnable, et il ne faut pas chercher ailleurs les causes de l’échec des diverses tentatives qui ont suivi le voyage triomphal de Lindbergh.
- Ainsi que le disait excellemment le colonel Brocard qui, pendant la guerre, commandait l’escadrille des Gigognes dont Guynemer faisait partie, ce n’est pas une question d’hommes, mais une question de matériel ; nous ne manquons pas de pilotes capables de réussir la traversée d’Europe en Amérique, à la condition qu’ils aient un appareil portant un approvisionnement suffisant pour tenir l’air pendant tout le temps nécessaire.
- Si l’on veut réussir dans une semblable entreprise, il faut évidemment mettre tous les atouts dans son jeu, et, à cet effet, ne pas se contenter d’avoir un appareil remplissant les conditions voulues, mais, en outre, se placer dans les circonstances les plus favorables possibles et se diriger à travers l’atmosphère avec la certitude d’atteindre le but visé.
- En ce qui concerne l’appareil, il y a lieu d’examiner successivement le planeur et le moteur. On désigne sous le nom de planeur, ou de cellule, tout l’ensemble de l’appareil, à l’exception du groupe moto-propulseur, c’est-à-dire du moteur et de l’hélice. M. Louis Breguet, constructeur du Point d'Interrogation, l’avion qui a servi à Costes et à Bellonte, vous exposera lui-même les conditions à remplir et la façon dont il les a réalisées.
- En ce qui concerne le moteur, construit par la Société Hispano-Suiza, des explications détaillées vous seront données par M. Lacoste, directeur technique de cette maison.
- Un voyage aérien, comme celui dont nous nous occupons aujourd’hui, est plus ou moins difficile à réaliser suivant les circonstances météorologiques. Afin de se placer dans les conditions les plus favorables, une étude approfondie de la région à traverser a été faite par l’Office national météorologique, qui a, au moment de l’exécution, fait connaître aux aviateurs si la situation semblait ou non favorable. M. le général Delcambre, directeur de l’O. N. M., a bien voulu autoriser un de ses collaborateurs, M. Wehlré, à vous exposer les études faites et les résultats obtenus.
- Bestait à assurer la direction de l’appareil en traversant une étendue de plusieurs milliers de kilomètres ne présentant aucun repère naturel. On a dû recourir à des procédés de navigation analogues à ceux qu’emploient les marins, c’est-à-dire déterminer par des observations astronomiques la position occupée par l’aéronef à la surface du globe. Si cette manière d’opérer est, en principe, identique à celle qui est en usage depuis plusieurs siècles en navigation maritime, les conditions d’emploi sont notablement différentes. En particulier, en raison de la vitesse considérable des vents, qui atteint des valeurs 10 et même 20 fois supérieures à celles des courants marins les plus rapides, on est obligé d’obtenir le plus tôt possible les résultats des observations astronomiques, en sacrifiant, au besoin, à la précision. M. Louis Kahn, Ingénieur du Génie maritime, vous exposera la méthode qu’il a imaginée dans ce but, et il vous dira comment il a pu en simplifier l’application, de manière à la mettre à la portée d’un personnel n’ayant pas fait d’études scientifiques comparables à celles qu’on exige des officiers de marine. L’expérience a démontré l’excellence de la méthode.
- Enfin, les aviateurs Dieudonné Costes et Maurice Bellonte vous feront connaître eux-mêmes leurs impressions de voyage.
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- LA TRAVERSÉE DE l’aTLANTIQÜË NORD. — JÜILL.-AOÜT-SEPT. t93i.
- Je ne veux pas différer plus longtemps le plaisir que vous aurez à entendre ces différents orateurs. Toutefois, avant de leur céder la parole, permettez-moi d’attirer votre attention sur les causes dont dépend l’échec ou l’insuccès des tentatives de navigation aérienne. Comme dans toutes les entreprises humaines, il faut avant tout travailler avec méthode et ne tenter une aventure que lorsqu’on a les moyens matériels grâce auxquels la probabilité d’une réussite est suffisante. Lorsqu’on agit autrement, on peut parfois réussir si les circonstances veulent bien être exceptionnellement favorables. Dans le cas contraire, qui est le cas général, on marche vers un échec ou vers une catastrophe. 11 y a 30 ans l’expédition d’Andrée au pôle Nord, plus récemment la catastrophe du dirigeable R. 101 ont montré les inconvénients de la première méthode ; le succès de la traversée de l’Atlantique par Costes et Bel-lonte est une preuve éclatante des effets de la deuxième.
- Je n’ai pas de projections se rattachant à l’expédition des héros du jour, mais je vais faire passer devant vos yeux quelques photographies dont les unes vous rappelleront les étapes successives de l’aviation, et dont les autres vous donneront une idée des difficultés qu’on peut rencontrer dans certains voyages aériens.
- Voici : les ruines de Carthage vues par Garros après la première traversée de la Méditerranée ; — Chavez traversant pour la première fois les Alpes au col du Sim-plon; — des vues prises par Thoret dans les Alpes : Dent du Géant, Col du Géant, avion de tourisme, Aiguille Verte, Retour du Mont-Blanc en avion; — les déserts et les marais de Sibérie; — Nous voici au-dessus de l’Océan; — Aux États-Unis, la foule acclamant le dirigeable Graf Zeppelin ; — le Panthéon et Notre-Dame vus en avion.
- Qu’on ne vienne pas dire que l’exploit que nous célébrons aujourd’hui est un fait isolé qui n’aura pas de lendemain. On en a dit autant, il y a 22 ans, de la traversée du Pas de Calais par Blériot, et, aujourd’hui, des avions en service régulier font, plusieurs fois par jour, le voyage aérien de Londres à Paris ou de Paris à Londres, et personne n’y prête attention tant la chose est devenue normale. Le record de 1909 est devenu depuis longtemps un fait courant : l’histoire de l’aviation présente de nombreux exemples de cette nature. Il en sera certainement ainsi de la traversée de l’Atlantique et, dans un petit nombre d’années, il y aura des services réguliers d’aréonefs entre l’Ancien et le Nouveau Continents.
- En terminant, je voudrais vous demander d’avoir confiance dans l’avenir de l’aéronautique en général, et de l’aéronautique française en particulier. Mais cette recommandation est inutile, car la confiance naîtra sans effort dans vos esprits lorsque vous aurez entendu ceux qui, à divers titres, ont été les ouvriers de la traversée aérienne de France aux États-Unis auxquels je suis heureux de céder la parole.
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- DU SANATORIUM UNIVERSITAIRE SUISSE AU SANATORIUM UNIVERSITAIRE INTERNATIONAL (S. U. I.) •>
- par le Dr Louis Vauthier, initiateur et directeur du Sanatorium universitaire suisse, secrétaire général du Comité d’action en faveur du Sanatorium universitaire international (S. U. I.).
- Lorsqu’on s’attache à édifier une œuvre nouvelle, difficile, qui nécessite des fonds importants et qu’on en est totalement dépourvu, on a d’autant plus besoin de compréhension, de sympathie et d’appui. C’est pourquoi, Monsieur le Président, j’ai accepté avec une reconnaissance émue l’invitation que vous avez bien voulu m’adresser de venir exposer devant les membres de votre Société mon projet de Sanatorium universitaire international, à la création duquel j’ai voué ma vie. C’est pour moi plus qu’un honneur, c’est une joie, caries encouragements qui me viennent de France me sont particulièrement précieux et me réconfortent profondément.
- Je vous parlerai tout d’abord du Sanatorium universitaire suisse (S. U.), en tant que première esquisse de l’institution projetée. Il ne s’agit pas d’une œuvre étrangère à votre pays puisque 35 professeurs ou étudiants français sont déjà venus y recouvrer la santé. Le S. U. I. doit l’être encore moins. Il importe même grandement que la France y possède un certain nombre de lits, non seulement dans l’intérêt des maîtres et des élèves de ses grandes écoles et de ses universités, mais dans l’intérêt même du rayonnement de l’esprit français.
- Quand je pense aux années de lutte et aux difficultés sans nombre qui ont hérissé ma roule jusqu’à la fondation du Sanatorium universitaire suisse, le mot de légende, employé par Claude Aveline dans un article sur l’ensemble de mon effort, est bien celui qui évoque le mieux ma campagne et ses péripéties. Ce n’est toutefois pas cette histoire-là que je viens vous conter. Je me bornerai à vous faire connaître objectivement l’origine de mon idée, sa réalisation partielle par la Maison des Universités suisses et les bases sur lesquelles s’édifiera le Sanatorium universitaire international.
- L’idée est née en moi à la suite de douloureuses expériences de ma pratique médicale à Leysin. Je me consacrai avec d’autant plus de ferveur à la faire aboutir que cette activité me donnait l’occasion de témoigner un peu de la grande reconnaissance que je porte à l’Université, dont plusieurs maîtres ont eu une influence décisive sur l’orientation de ma vie.
- J’avais été impressionné par le nombre d’étudiants et de professeurs arrêtés par la tuberculose et qui, faute de ressources suffisantes, durent renoncer au traitement prolongé qui leur eût assuré la guérison. Frappé surtout par le manque de ressources intellectuelles et par la pauvreté spirituelle des milieux hospitaliers, je rêvai de grouper ces amis dans une clinique adaptée en tous points à leurs besoins. Je voyais en outre dans mon projet le moyen de rapprocher non seulement les étudiants et les professeurs de mon pays, mais ceux de tous les pays, et de créer ainsi un lieu d’entr’aide universitaire et de fraternité internationale. Et sauver ces vies,
- (1) Conférence faite par l’aiiteur, en séance pubtique, le 7 mars 1931. Les statistiques ont été mises à jour à la date du 1er septembre 1931.
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- n’était-ce pas aussi travailler directement pour la science, qui n’existe pas sans les hommes qui la font? Pour mener à bien une tâche aussi considérable, je sentis immédiatement que je devais abandonner mon travail, avec tous les risques d'une telle aventure. Je pris le bâton du pèlerin, avec la volonté d’atteindre mon but, quelles que fussent les difficultés à surmonter. Je n’ai cessé d’avoir au cœur, il est vrai, la certitude du succès.
- LE SANATORIUM UNIVERSITAIRE SUISSE.
- C’est en 1918 que, pour la première fois, j’ai exposé mon projet de sanatorium universitaire international à des professeurs de la Suisse française. J’ai consacré dès lors tout mon temps et tous mes efforts à cette cause. En 1920, sur ma demande, les Universités de Genève, de Lausanne et de Neuchâtel constituèrent un comité d’action. Jusqu’en mars 1922, le projet resta international sans restriction, et de nom-
- Fig. I. — Le premiersanatorium universitaire, le S. U. suisse, tel qu’il se présentait à son ouverture en 1922. (Façade Nord : au fond, la vallée du Rhône et les Dents du Midi.) Il est destiné à guérir, dans les meilleures conditions matérielles et morales, les professeurs et les étudiants des universités suisses, sans distinction de nationalité, atteints de tuberculose curable où prédisposés à cette maladie. Il leur fournit en même temps les moyens de poursuivre, dans toute la mesure du possible, leurs travaux et leurs études dans une atmosphère de solidarité. Dans la mesure de la place disponible, il reçoit également les maîtres et les élèves des établissements d’instruction supérieure de n’importe quel pays.
- breuses démarches furent entreprises auprès de gouvernements et d’associations qui promirent leur appui. Je ne mentionnerai que la Commission médicale de la Ligue des Sociétés de la Croix-Rouge qui, en 1920, vota à l’unanimité une résolution par laquelle elle décidait de « favoriser cette création » et la Confédération internationale des Etudiants, qui l’adopta avec enthousiasme, à Bruxelles, la même année, et la fit figurer à l’ordre du jour de tous ses congrès ultérieurs.
- C’est en Suisse, bien entendu, que l’idée se propagea le plus rapidement. Dans un bel élan de solidarité, les étudiants, à mon appel, fournirent les moyens de rendre le projet viable. Les premiers, ceux de Neuchâtel, votèrent une cotisation obligatoire de 5 francs (suisses) par étudiant et par semestre en faveur du Sanatorium. Ils furent bientôt suivis par leurs camarades de toutes les autres villes universitaires. De leur
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- Fig. 2. — Le Sanatorium universitaire suisse arpés son agrandissement en 1927. II dispose de 50 lits et en est bientôt à sa 400e cure. Des ressortissants à près de 40 nations sont venus y retrouver la santé.
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- côté, les professeurs s’imposèrent une cotisation annuelle de 20 fr. L’institution, devenant désormais l’œuvre commune de toutes les grandes écoles suisses, le Comité d’action suisse romand disparut pour faire place, en mars 1922, à un Comité national où furent représentées les Universités de Bâle, Berne, Genève, Lausanne, Neuchâtel, Zurich, l’École polytechnique fédérale et l’Union nationale des Associations générales d’Étudiants de Suisse. Étant données les difficultés de coopération internationale du moment et la question des changes, ce Comité, désireux de faire sans plus tarder œuvre utile, décida de s’en tenir pour débuter à un sanatorium destiné aux professeurs, privat-docents, assistants, étudiants et étudiantes des grandes écoles fondatrices, sans distinction de nationalité, où seraient également accueillis les professeurs et les étudiants des universités étrangères, dans la mesure des places disponibles.
- Fig;. 4. — Une chambre à deux lits. Couché, un étudiant de la Faculté des Lettres de Sheffield, muni d’un écouteur de T. S. F.; à ses côtés, un étudiant de la Faculté de Droit de Paris, venu lui faire une visite.
- Grâce à l’esprit de sacrifice des étudiants et des professeurs de Suisse et grâce à des dons de particuliers, le S. U. ainsi conçu était immédiatement réalisable. Pour créer un fonds de réserve, de grandes fêtes universitaires furent organisées dans les principales villes suisses, auxquelles le Conseil fédéral, la Croix-Bouge et la Ligue contre la Tuberculose accordèrent leur patronage d’honneur. La presse de toutes tendances soutint vigoureusement cet effort.
- Le 1er octobre 1922, le Sanatorium universitaire suisse ouvrait ses portes à Levsin, qui avait été choisi à l’unanimité par le Comité national comme siège de l’institution. Je fus chargé de sa direction médicale, universitaire et sociale.
- Le S. U. dispose actuellement d'une cinquantaine de lits et bientôt atteindra sa quatre centième cure. Il est bien aménagé et situé devant un panorama de toute beauté, qui contribue à entretenir l’excellent moral de ses habitants. Le prix depen-
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- Fig. 5. — La cure solaire et le travail intellectuel conjugués, facteurs de bonne humeur et de guérison.
- Fig. 6. — La bibliothèque du Sanatorium universitaire suisse renferme 7.000 volumes en toutes langues; elle est l’objet de la sympathie active de plusieurs gouvernements, de savants, d’écrivains et d’éditeurs de nombreux pays. Elle est administrée par une commission d’étudiants des diverses facultés.
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- sion, unique, est de 6,50 francs (suisses) par jour (de 12 francs, prix de revient, pour les universitaires ne participant pas à l’œuvre coopérative), tout compris : soins médicaux, médicaments, radiographies, ressources universitaires, etc.
- Vie sociale et intellectuelle au Sanatorium universitaire suisse. — Le moral du tuberculeux a, dans la cure, une importance décisive : il détermine la possibilité et la rapidité de la guérison. Le médecin doit en être le soutien le plus convaincu et le plus habile, et savoir inspirer à son patient courage et confiance.
- L’étudiant, qui vit surtout par l’intelligence et par la sensibilité, est plus que tout autre susceptible de découragement et de désespoir, quand, frappé par la
- Fig. 7. — Amicale collaboration : un étudiant en médecine dicte sa thèse à un docteur en droit, l’un et l’autre faisant leur cure solaire.
- maladie, il doit tout quitter pour recouvrer la santé. Brusquement arraché aux travaux qui étaient sa vie même, ses facultés restent sans emploi; il les sent se rouiller, tandis qu’il suit de loin, non sans envie, les succès de ses camarades. Comme il n’est pas rare qu’il soit tourmenté par des soucis d’argent, on devine dans quelle détresse il peut tomber. Même lorsqu’il peut s’accorder un séjour à la montagne, il est trop souvent transplanté dans un milieu, sanatorium ou pension, qui, loin de l’aider à maintenir son niveau intellectuel et moral, exerce sur lui l’influence la plus déprimante, la plus désorganisatrice. Notre maison s’efforce de répondre à ces multiples besoins, et par la modicité de son prix de pension, et par une atmosphère qui fait de la communauté qu’elle abrite une grande famille spirituelle.
- Nombreux sont les malades qui ont vy leur guérison sensiblement accélérée du jour où ils se sont astreints à une étude régulière qui leur a rendu le sentiment, à la fois tonique et apaisant, qu’ils seront capables de reprendre un jour le cours de leurs études et de jouer un rôle utile dans la société. Entretenir la vie de l’intelligence et du cœur et, par là même, prévenir les désespoirs et favoriser la guérison, tel est le
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- but que se propose le S. U. et vers lequel il tendra toujours davantage, au fur et à mesure des moyens dont il disposera. Il constitue un milieu plein de vie et de cordialité, où chacun poursuit ses travaux dans sa propre langue et selon les méthodes qui lui sont familières, avec les seules restrictions qui sont imposées par la maladie. Le médecin suit de très près les réactions de chaque individu, afin de déterminer, aux diverses périodes de la maladie, la dose optima d’activité.
- Fig. 8. — Les professeurs de toutes les facultés des diverses universités suisses viennent à tour de rôle passer quelques jours au Sanatorium. Us parlent devant les étudiants réunis et vont ensuite s’entretenir avee chacun d’eux. On voit ici, sur une galerie de cure, le professeur Meissner, de l’École polytechnique fédérale de Zurich, traitant un problème de mécanique.
- Il ne saurait être question d’organiser au Sanatorium un cycle complet d’études, ni des cours réguliers. Il est évident aussi qu’il ne peut offrir à ses hôtes tous les avantages universitaires prévus pour un établissement plus vaste (laboratoires de recherches, directeurs d’études à demeure, professeurs de langues étrangères, etc.). Tel qu’il est actuellement, on y fait cependant de bon travail. Chaque étudiant est suivi et conseillé par un directeur d’études, choisi parmi ses maîtres, et les professeurs des grandes écoles suisses, de toutes les facultés, maintiennent l’atmosphère
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- intellectuelle et le contact avec les universités par des visites régulières ; ils donnent quelques leçons sur un sujet de leur spécialité, ou des conférences d’intérêt général.
- Un des plus importants instruments de travail est la bibliothèque, créée presque uniquement par des dons. Grâce à la bienveillante intervention du très regretté recteur Appell qui, dès la première heure, fut un grand ami de mon effort, le Service des Œuvres françaises à l’Etranger du Ministère des Affaires étrangères nous a fait don de remarquables collections d’ouvrages d’histoire, de littérature et d’histoire de l’art, et nous a abonné aux plus belles publications françaises. Le S. U. jouit aussi du droit d’emprunter les livres des bibliothèques universitaires suisses, bénéficie de l’usage gracieux de la bibliothèque de la Société des Médecins de Leysin et des 15.000 volumes de la Société climaté-
- Fig. 9. — Le professeur Ed. Fischer, de la Faculté des Sciences de Berne, illustre ses conférences de biologie végétale par des exercices pratiques.
- rique; il reçoit enfin, gratuitement, plus de cent journaux et revues en plusieurs langues. Il possède, en outre, des microscopes, des collections scientifiques, un appareil à projections, un cinéma, un épidiascope, un poste de T. S. F., avec casque récepteur à chaque lit et à chaque chaise-longue, un dispositif spécial faisant profiter les alités des conférences et des concerts donnés dans la maison.
- Il est naturellement plus facile de poursuivre, à Leysin, des études de science pure, de droit, de lettres, de théologie, que de sciences appliquées. Cependant, l’étudiant en médecine, par exemple, a l’occasion d’étudier sur place la tuberculose, son diagnostic, son évolution, son traitement. S’il a déjà quelques semestres d’études, il peut suivre avec profit la visite médicale dans différents établissements où se traitent toutes les formes de la tuberculose, collaborer dans une certaine mesure avec la direction médicale du Sanatorium, s’adonner à des travaux de laboratoire, préparer et rédiger une thèse ou quelque travail spécial. D’ailleurs,
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- Fig:. 10. — Une excursion botanique aux Rochers de Naye, sur Montreux, sous la direction du professeur Fischer. En haut, à gauche, le professeur Arnold Reymond, recteur de l’Université de Lausanne.
- Fig. 11. — Sur la terrasse dominant le Sanatorium, en plein air, le professeur Argand, de la Faculté des Sciences de Neuchâtel, fait une conférence sur la formation des Alpes.
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- toute discipline comprend des études théoriques, et les étudiants, même les moins favorisés, ne perdront pas leur temps s’ils peuvent compléter leur culture générale, apprendre une langue étrangère ou s’initier aux mathématiques supérieures.
- Influence du travail intellectuel sur la cure. — Ce quijait l’originalité de notre maison, c’est l’influence du travail intellectuel de nos patients sur le cours de leur maladie. Il ne nous est pas possible de donner des chiffres, mais nous pouvons affirmer sans hésiter que l’effet de ce facteur est énorme et que sa répercussion se fait sentir dans tous les domaines. Jamais un travail régulier, tranquille, à des heures précises, et bien dosé, n’a été défavorable à aucun de nos malades. Toujours,
- Fig. 12. — Le café'en famille. Au premier plan, à droite, l’écrivain Georges Dufiamel et Madame Duhamel, fidèles amis du Sanatorium universitaire.
- au contraire, il a exercé sur eux une action puissante, à la fois sédative et tonique, leur a donné une mentalité plus saine et plus équilibrée, et les a préservés de la démoralisation et de la neurasthénie. Si anormale et pénible que soit leur situation, ils s’en rendent moins compte, sont plus faciles, moins susceptibles, plus compréhensifs, plus reconnaissants.
- Tous nos malades n’ont certes pas bénéficié dans la même mesure de cette thérapie par l’intelligence, car il ne suffît pas d’être élève d’une grande école pour avoir le goût de l’étude et la passion de la culture. Mais, qu’ils l’aient voulu ou non, tous en ont certainement subi les bons effets. Le travail effectué ne serait-il qu’une illusion — l’expérience a montré que ce n’est pas le cas — il n’en serait pas moins une nécessité dans une institution comme la nôtre.
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- Nos malades notent chaque jour le nombre d’heures consacrées au travail intellectuel. Il n’est toutefois pas facile d’apprécier la qualité de ce labeur. Nous ne
- Fig. 13. — L’écrivain allemand Rud. G. Binding en conversation avec une étudiante française.
- Fig. 14. — D’éminentes personnalités politiques et universitaires de tous pays montent aussi au Sanatorium universitaire et y font des conférences, toujours suivies de vivantes discussions. Sur une galerie de cure d’air, Madame Vauthier offre le café turc à quelques étudiants et à deux visiteurs : M. Fierlinger, ministre de Tchécoslovaquie à Berne (à sa gauche) et l’écrivain Julien Benda (à droite).
- pouvons avoir que des impressions, mais nous nous plaisons à reconnaître qu’en général, elles sont bonnes et, dans beaucoup de cas, excellentes. Nombreux, par
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- exemple, ont été les examens entièrement préparés au S. U. et brillamment passés dans la plaine, nombreuses les thèses préparées ou rédigées, etc.
- Nous avons esquissé la répercussion de l’activité intellectuelle sur la vie sociale de notre petite communauté. Nous avons montré son importance au point de vue de la cure médicale elle-même. Nous avons constaté la valeur du travail accompli. Est-il possible d’exprimer, si l’on peut dire, l’action pharmacodynamique de ce remarquable tonique? On connaît la psychothérapie; sans crainte d’être pédant, nous osons parler d’un traitement par l’activité intellectuelle, d’une sorte de « noothérapie ». A notre avis, les bienfaits observés tiennent certainement pour une part à une cause aussi profonde.
- Pour l’heure, contentons-nous de l’explication partielle, mais certaine, que
- Fig. 15.—Surla terrasse qui surmonte le Sanatorium, un poste météorologique a été installé sous la direction du professeur A. Jaquerod, de la Faculté des Sciences de Neuchâtel. L’orientation de l’héliographe : à gauche, un étudiant français; à droite, Madame Vauthier, qui prend part à toutes les manifestations du Sanatorium.
- voici : l’intellectuel malade qui se remet à un travail régulier et fructueux ou à qui on ouvre seulement la perspective d’une activité utile, est pris comme d’une allégresse intérieure — d’une allégresse du sympathique, pourrions-nous dire, — comme d’une espèce de joie — plus subconsciente encore que consciente — à rentrer dans le rang, à reprendre sa place parmi les producteurs, à redevenir un être normal. De là à se croire bientôt guéri, il n’y a qu’un pas et l’on sait que croire à la guérison et s’abandonner à caresser cette idée est une force. L’activité intellectuelle d’un universitaire atteint d’une affection chronique est donc une source d’optimisme, de confiance et de patience. L’optimisme s’incarnant en quelque sorte dans tout l’être et agissant sur ses multiples fonctions, voilà, croyons-nous, l’essence de la force curative cachée dans l’activité de l’esprit. Il nous plairait de pouvoir exprimer ses effets en statistiques et en graphiques, mais on en voit aisément l’impossibilité.
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- LE SANATORIUM UNIVERSITAIRE INTERNATIONAL.
- Les initiateurs du S. U. n’ont jamais renoncé à voir se réaliser un jour l’idéal international entrevu. Dès le début, d’ailleurs, ses comités dirigeants ont été heureux d’accueillir des étudiants et des professeurs d’universités étrangères, quand la place le permettait. Des ressortissants à près de quarante nations sont venus y retrouver la santé.
- Les résultats obtenus durant les neuf années d’existence de notre institution répondent pleinement, tant au point de vue médical (résultats positifs : 80 p. 100) et universitaire que spirituel, à l’attente de ses fondateurs. De nombreuses intelligences ont été sauvées de la maladie et rendues à la collectivité; de précieuses
- Fig. 16. — Partie de tralaeau. 11 est nécessaire, pour le moral des malades, de leur procurer des distractions compatibles avec leur état. Les sorties et excursions sont très goûtées, particulièrement les parties de traîneaux l’hiver, dans la montagne.
- amitiés internationales se sont nouées à ce foyer. Il importait qu’avant longtemps ses bienfaits pussent se faire plus largement sentir.
- C’est ce qu’ont compris les sept organisations internationales d’étudiants lorsque à leur session d’avril 1927, tenue à Genève, sous les auspices de la Société des Nations (Commission internationale de Coopération intellectuelle), elles ont décidé de s’unir pour m’aider à réaliser mon rêve premier d'un sanatorium universitaire véritablement international. « Le Comité, dit la résolution, exprime sa conviction unanime qu’un sanatorium universitaire international est une entreprise parfaitement réalisable et au nombre des plus importantes, des plus urgentes comme des plus utiles, soit qu’on se place au point de vue humanitaire, soit qu’on se place à celui des relations internationales.
- « Il est convaincu que les expériences faites à Leysin, depuis cinq ans, démontrent qu’un elfort international a les plus grandes chances de succès. Il est persuadé que le Sanatorium suisse de Leysin, dont les portes ont été toujours ouvertes aux
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- étudiants d’autres nationalités et dont l’idéal est vraiment international, est tout indiqué pour servir de base à une œuvre de plus grande envergure. »
- En conséquence, un Comité d’initiative fut aussitôt créé, qui me pria d’assumer la charge de secrétaire général. Dans la suite, fut constitué un Comité d’Action formé de personnalités éminentes de plusieurs pays, qui engloba le précédent, et dont la présidence fut confiée à M. William Rappard, professeur à l’Université de Genève, directeur de l’Institut universitaire de Hautes Études internationales, membre de la Commission permanente des Mandats de la Société des Nations. Depuis 1930, la présidence est assumée par M. le professeur Rohn, président du Conseil de l’École polytechnique fédérale. Le trésorier du Comité est
- Fig. 17. — Le docteur et Madame Vauthier reçoivent chaque jour les étudiants à leur foyer, par groupes ou individuellement. Voici une réception des étudiantes (qui appartiennent à sept nationalités) et de leurs deux infirmières.
- M. Schnyder de Wartensee, vice-président de la Direction générale de la Banque nationale suisse, qui est la banque de l’œuvre.
- Le projet comporte un établissement de 208 lits. Avec toutes les installations hôtelières, sanitaires, médicales, chirurgicales et universitaires, les frais d’aménagements extérieurs, la création d’un petit fonds de roulement, etc., le coût de l’établissement s’élève à 5.200.000 francs (suisses). Cette estimation tient compte des nombreux locaux prévus pour la vie universitaire et sociale, qui n’ont leurs pareils dans aucun autre sanatorium : vaste bibliothèque, grande salle de conférences, douze salles d’études, cinq laboratoires de recherches, etc. Les plans ont été dressés par M. G. Epitaux, de Lausanne, architecte du Bureau international du Travail. Le terrain a été généreusement offert par la municipalité de Leysin. Le prix du lit revient donc à 25.000 fr (suisses).
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- D’après le budget d’exploitation élaboré par des spécialistes, le prix de pension se monte à 11 fr par jour, comprenant les soins médicaux, les médicaments, les radiographies, et de nombreuses ressources universitaires (deux directeurs d’études, visites régulières de professeurs de tous pays, enseignement des langues, etc.).
- Le S. U. I. sera sous le patronage d’honneur des gouvernements. Le Conseil fédéral suisse lui a déjà accordé le sien en date du 7 août 1928. Plusieurs hommes d’état étrangers m’ont assuré que leur gouvernement participerait à la création de la nouvelle institution.
- Le 13 septembre 1930, le Conseil fédéral suisse a décidé d’allouer à la Fondation du S. U. I. une subvention d’un demi-million de francs suisses, ainsi que de pré-
- Fig. 18. — Avant leur départ, les étudiants guéris sont l’objet d’une petite fête intime chez le docteur Vauthier. Ici, Madame Vauthier offre « une fondue neuchâteloise » à sept étudiants : quatre Français, un Anglais et deux Suisses.
- senter le projet à tous les gouvernements et de demander leur patronage d’honneur et leur appui financier en faveur de l’œuvre. En mars 1931, les Chambres fédérales ratifièrent à l’unanimité ces décisions. La Suisse avait le moins d’intérêt à une telle souscription puisqu’elle possède un sanatorium national plus que suffisant pour ses besoins. Par sa décision, elle a cependant voulu marquer son désir de collaborer avec les autres pays au succès d’une cause qui les intéresse tous au plus haut degré.
- Avant la fin de 1931, les gouvernements, les universités, les groupements nationaux et internationaux d’étudiants, les particuliers, seront invités à faire connaître le nombre de lits qu’ils désirent fonder. L’Institution s’édifiera, en effet, par l’achat des lits (23.000 fr). Les dons inférieurs à cette somme serviront à fonder des lits libres, c’est-à-dire à la disposition de n’importe quel professeur ou étudiant. Il va de soi que les dons pourront recevoir d’autres destinations : développement des
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- ressources scientifiques, bibliothèque, fonds de secours, etc. Tout fondateur d’un lit ou donateur d’une somme équivalente, quelle que soit sa destination, fait partie du Conseil de Fondation. Ses droits sont stipulés dans l’acte de fondation. Des appels seront aussi lancés pour provoquer l’entretien de lits gratuits ou à prix réduit. Ce dernier effort, toutefois, doit être, par excellence, celui des organisations internationales d’étudiants et des unions nationales d’étudiants en faveur de leurs membres.
- Le vœu a été exprimé qu’au S. U. I. soit adjoint un institut de recherches sur la tuberculose où seraient réunis tous les ouvrages sur la question. Non seulement les étudiants en médecine en traitement pourraient y travailler, mais de jeunes médecins auraient la possibilité de venir se spécialiser dans l’étude scientifique de la tuberculose, tout en faisant des stages cliniques au Sanatorium. De cette façon, même les gouvernements des pays les plus éloignés auraient intérêt à s’assurer quelques places.
- Si le Sanatorium universitaire international a pour but de guérir, dans les meilleures conditions matérielles et morales, des professeurs et étudiants atteints de tuberculose curable ou prédisposés à cette maladie, et de leur fournir en même temps les moyens de continuer, dans une certaine mesure, leurs études et leurs travaux, il se propose aussi et surtout d’être un foyer d’amitié et de rapprochement international. A ce titre, il est à souhaiter que le plus grand nombre de nations y soient représentées, fût-ce seulement par quelques lits, afin que le génie national de chacune d’elles contribue à l’enrichissement de la grande famille que groupera la future institution. Le S. U. I. étant une œuvre de pur idéalisme, sans aucun intérêt personnel, financier, nationaliste ou particulariste quelconque, ses initiateurs auront toutes les audaces pour la faire aboutir.’
- Je vais vous montrer maintenant une série de clichés qui vous donneront un aperçu de la vie au Sanatorium universitaire suisse. Tout d’abord, quelques vues de l'établissement qui fut loué en 1922, puis acheté, puis agrandi en 1927. Sa situation en face de la Dent du Midi et au-dessus de la vallée du Rhône est incomparable. Voici quelques aspects des galeries de cure et des chambres, avec eau courante chaude et froide, toutes munies de prises de T. S. F. à la tête de chaque lit et de chaque chaise-longue. Les étudiants emploient la plus grande partie de leur cure d’air ou de soleil à un travail intellectuel. Plus de 60 ont ainsi préparé des examens de médecine, de lettres, de sciences, de théologie, de droit, et les ont passés brillamment en Suisse, en Belgique, en Allemagne, en Italie, en France, en Angleterre, etc. : 30 étudiants ont rédigé leur thèse.
- Voici quelques conférences de professeurs et d’écrivains faites, quand le temps le permet, sur une galerie, dont on a enlevé les séparations. Les maîtres de toutes les facultés des diverses universités suisses viennent tour à tour traiter les sujets les plus variés. Ils demeurent plusieurs jours dans la maison, donnent des leçons, s’entretiennent en particulier avec les étudiants appartenant à leur discipline et passent le reste de leur temps à faire des visites individuelles de chambre en chambre. Souvent aussi nous avons le privilège d’accueillir à notre foyer des per-
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- sonnalités d’autres pays. Nous profitons de leur passage en Suisse pour les prier de monter jusqu’à Leysin. Parmi les savants, les écrivains et les artistes français qui nous ont enrichis de conférences ou de concerts, je suis heureux de citer les noms de : Claude Aveline; Julien Benda; Albéric Cahuet; Daniel-Rops; Danjon, astronome à l’Observatoire de Strasbourg; Georges Duhamel; Charles-Marie Garnier, Inspecteur général de l’Instruction publique; André Germain; Élie Gou-nelle, directeur du « Christianisme social » ; Grunebaum-Ballin, président du Conseil de Préfecture de la Seine; Holweck, chef des travaux à l’Institut du Radium de la Faculté des Sciences de Paris; A. Lods, professeur à la Sorbonne; la princesse Marie de Grèce, née Bonaparte; Masson-Oursel, professeur à l’École des Hautes Études de Paris; Metzger, professeur à la Faculté des Lettres de Grenoble ;
- Fig. 19. — Le futur Sanatorium universitaire international de Leysin. (Projet de M. G. Epitaux.)
- Émile Meyerson, membre correspondant de l’Institut; André Philip, professeur à la Faculté de Droit de Lyon; Quénisset, astronome à l’Observatoire Flammarion, de Juvisy; Charles Rist, sous-gouverneur honoraire de la Banque de France, professeur à la Faculté de Droit de Paris; Jérôme Tharaud; J. de Vilmorin, membre de l’Académie d’Agriculture de Paris ; les grands pianistes]Paul Loyonnet et Marie Pan thés; et le trio Pasquier.
- Sur la liste de nos nombreux visiteurs français, je relève les noms des personnalités suivantes : MM. Clémentel, sénateur, ancien ministre; Carnot, professeur à la Faculté de Médecine de Paris; A. Pic, professeur à la Faculté de Médecine de Lyon; Édouard Rist, médecin à l’Hôpital Laënnec; Émile Moussât, agrégé de l’Université, professeur au Lycée Janson de Sailly, président du Conseil central des Médaillés militaires; Henri Trocmé, directeur-adjoint de l’École des Roches; F. Maurette, chef de la Division des Recherches scientifiques du Bureau international du Travail; H. Chassain de Marcilly, ambassadeur de France à Berne. Je m’en voudrais enfin de manquer cette occasion, unique, de rendre un respectueux et reconnaissant hommage à MM. Poincaré, Briand, Herriot, MM. Vessiot et
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- Bougie, directeur et directeur-adjoint de l’École Normale supérieure; Léon Guillet, directeur de l’École Centrale et, très spécialement, à M. Charléty(1), recteur de l’Université de Paris, pour l’appui qu’ils m’ont apporté dans mon effort au cours de ces dernières années et la sympathie qu’ils me témoignent dans ma grande tâche 4).
- Si, à l’Université, les relations entre les étudiants des différentes facultés et celles des élèves avec leurs maîtres sont rares et souvent superficielles, il n’en est pas de même au Sanatorium, où la vie côte à côte pendant de longs mois crée une intimité extrêmement fructueuse pour l’esprit et le cœur. Voici plusieurs images de tels entretiens en chambre, sur les galeries ou en promenade. Celle-ci vous montre un professeur d’une faculté des lettres en conversation avec un assistant en physique, un assistant en chimie, un étudiant en médecine et un étudiant en médecine vétérinaire. De tels spectacles sont quotidiens. Ce sont de merveilleuses et continuelles leçons de culture générale, de tolérance et de solidarité.
- Voici maintenant quelques excursions avec nos malades valides, en autocar, en traîneaux, en train, en bateau ou à pied. Ces sorties en commun sont d’un grand charme et sont un excellent moyen pour entretenir l’esprit fraternel de nos hôtes. Quand nous le pouvons, nous emmenons un professeur dans ces parties de plaisir. S’il est géologue ou botaniste, l’instruction ne perd pas ses droits.
- Quelques photographies plus intimes : les étudiants à mon foyer. Ils y viennent très souvent, par groupes ou individuellement. Les voici presque tous réunis la veille du départ d’un de vos compatriotes. Nous étions quarante. Lorsqu’un étudiant nous quitte après un long séjour, une émotion étreint aussi bien ceux qui
- (1) Lettre de M. Charléty à M. Raymond Poincaré, président du Conseil, ministre des Finances, à M. Briand, ministre des Affaires étrangères, et à M. Herriot, ministre de l’Instruction publique :
- Paris, le 5 octobre 1927.
- Monsieur le Président,
- Le Dr Vauthier, qui vous présentera cette lettre, dirige à Leysin le Sanatorium universitaire, où des étudiants de tous les pays reçoivent les soins que nécessite leur état tout en vivant dans un milieu intellectuel et sympathique. Je puis vous dire que la sympathie du Dr Vauthier va tout particulièrement aux étudiants français qui ont toujours trouvé dans la maison qu’il a fondée l’accueil le plus amical. J’en ai eu des preuves par des témoignages d’attachement montrés au Directeur du Sanatorium par un grand nombre de nos jeunes compatriotes. Le Dr Vauthier désirerait vous entretenir de son œuvre et de ses projets. Il est, d’ailleurs, à remarquer qu’il ne s’agit pas d’une concurrence pour l’œuvre française du Sanatorium des Étudiants, bien au contraire. Le Dr Vauthier est tout à fait d’accord avec les étudiants français et le Comité de leur Sanatorium. Mes prédécesseurs et moi-même avons toujours témoigné au Dr Vauthier beaucoup de sympathie; nous l’avons aidé dans la mesure de nos moyens. Son œuvre est tout à fait digne de l’appui moral qu’il vient vous demander, et, s’il vous était possible de l’entendre, je vous en serais tout particulièrement obligé.
- (2) Principales études rédigées par des personnalités françaises sur le Sanatorium universitaire suisse et le Sanatorium universitaire international : Projet d'un Sanatorium universitaire international à Leysin, par Franck Abauzit, privat-docent à l’Université de Genève. (Imprimerie nouvelle, Leysin, 1928) ; — Un sanatorium universitaire, tel qu'il doit être, par Georges Duhamel, dans Le Journal du 12 juillet 1927; — Le sanatorium universitaire de Leysin, par Claude Aveline, dans l'Illustration du 13 octobre 1927; — Essai sur l’hygiène universitaire, thèse inaugurale de médecine du Dr Robert Jacquet, président de l’Union nationale des Étudiants de Érance. Préface de M. Édouard Herriot, ministre de l’Instruction publique. (Maloine, Paris, 1928); — Les sanatoria universitaires, par Henry Petiot, professeur au Lycée Pasteur, de Paris, (en littérature, Daniel-Rops), dans la Revue universitaire du 15 janvier 1930; — Sur les cimes, par Julien Benda, dans le Journal de Genève du 18 janvier 1930; — Préface de M. S. Charléty, recteur de l’Académie de Paris, président du Conseil de l’Université, à l’ouvrage Le Sanatorium universitaire international de Leysin, par M. Charles Bernard, directeur de La Revue mensuelle, 1931 (Georg et C,e, S.-A., Corraterie 5, Genève). Dans le même ouvrage, une étude de M. Rist et une autre de M. J. Hatsfeld, maître de conférences à la Faculté des Lettres de Paris.
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- restent que celui qui part. La séparation n’en est pas moins fêtée cordialement [par ses amis. Voici le chemin suivi par notre camarade français. Il est pavoisé jusqu’à la gare. Vous voyez les guirlandes, les drapeaux, les banderoles avec inscriptions.
- Terminons par quelques vues du futur Sanatorium universitaire international. Dans le corps central du bâtiment se trouvent tous les services généraux : (cuisines, salles à manger, bureaux d’administration, grand hall et salons, service médical, division opératoire, bibliothèque, salle de conférences avec scène, laboratoires de recherches, etc. La salle de conférences est accessible aux alités grâce à deux ascenseurs permettant de transporter les malades dans leur lit. Les 208 chambres de malades, toutes identiques, exposées au Sud et à un lit, s’ouvrent sur de larges galeries de cure. Elles sont réparties sur quatre étages dans les deux ailes. Chaque groupe de 13 chambres est séparé du suivant par une salle d’étude ou de lecture. Cinq laboratoires sont prévus pour les travaux de physique, de chimie, de biologie, de bactériologie et les archives de préparations microscopiques (1).
- ANNEXE
- Souscription organisée par la Société d’Encouragement pour la fondation d’un lit au Sanatorium universitaire international de Leysin.
- Lors de la séance publique du 7 mars 1931, au cours de laquelle furent faites les communications du Dr Rollier et du Dr Vauthier, dont on vient de lire le texte(2), un membre de la Société d’Encouragement a fait remarquer que le prix de fondation d’un lit au Sanatorium universitaire international, 23.000 fr suisses, soit 125.000 fr français, est trop lourd pour une seule personne, disposée, cependant, à aider l’œuvre matériellement; il a suggéré l’idée d’organiser une souscription parmi les membres de la Société d’Encouragement en vue de réunir la somme nécessaire à la fondation d’un lit. Depuis, plusieurs autres Sociétaires, sans doute disposés à participer à cette fondation, ont approuvé l’idée de cette souscription. Malheureusement, les spécifications, toujours très strictes, des fondations dont la Société d’Encouragement a la gestion, ne lui permettent pas de prendre part elle-même à cette souscription; mais elle peut l’organiser, comme elle l’a fait déjà depuis la guerre, pour une autre œuvre médicale et sociale d’intérêt général. Au cas où cette souscription réunirait la somme nécessaire, la Société d’Encouragement pourrait ainsi être fondatrice, aurait un délégué, qu’elle désignerait, au Conseil de Fondation et désignerait aussi les bénéficiaires du lit.
- MM. les Sociétaires qui, dans ces conditions, seraient disposés à participer à la fondation, sont priés de se faire connaître en indiquant le montant de leur souscription. Toute suggestion de leur part sera étudiée par le Bureau de la Société, qui fera connaître, par la voie du Bulletin, les décisions prises avant d’ouvrir définitivement la souscription. Les noms des souscripteurs et le montant de leur souscription figureront au Bulletin.
- (1) Dans sa séance du 25 avril 1931, la Société d’Encouragement a décerné, sur rapport de
- M. E. Gruner, une médaille d’or au Dr L. Vauthier, pour son œuvre du Sanatorium universitaire suisse de Leysin. (n. d. l. r.)
- (2) Voir le compte rendu de cette séance dans le Bulletin d’avril 1931, p. 265 à 269.
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- BULL. DELA SOC. d’ENCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — JUILL.-AOUT-SEPT. 1931.
- LES CARACTÉRISTIQUES ET LA CONSTRUCTION DU MOTEUR DU « POINT D’INTERROGATION (1) »
- par M. J. Lacoste, Ingénieur aux Usines Hispano-Suiza.
- Au nom de la Société française Hispano-Suiza, je remercie la Société d’Encou-ragement pour l’Industrie nationale, et tout particulièrement son président, de nous avoir, en nous conviant à la présente réunion, donné l’occasion d’exprimer, une fois de plus, à Costes et à Bellonte, notre admiration et notre reconnaissance pour l’exploit qu’ils ont accompli.
- Je m’excuse d’être obligé, pour expliquer les conditions dans lesquelles a été faite la préparation du moteur du Point d,' Interrogation, de rappeler les diverses performances dont le colonel Renard et M. Breguet vous ont donné les détails; mais cela est nécessaire pour expliquer cette préparation.
- La première liaison aérienne entre Paris et New York, que ces pilotes ont si brillamment réussie, est le fruit de longues années de recherches et d’expériences nombreuses ; elle est aussi la conclusion logique des nombreux exploits réalisés au cours de ces dernières années par le moteur Hispano-Suiza, exploits que nous croyons utile de rappeler ici, en nous limitant toutefois à ceux accomplis par Costes.
- Nous citerons en premier lieu, le raid Paris Djask (5.400 km) effectué en octobre 1926, par Costes et Rignot, qui battirent ainsi le record du monde de distance en ligne droite détenu par Girier-Dordilly, avec Paris Omsk (4.715 km). Ces deux records furent d’ailleilrs réalisés avec le même appareil Breguet XIX, équipé d’un moteur Hispano-Suiza en V, de 500 ch. Cet exploit fut continué par un voyage aux Indes jusqu’à Calcutta et retour à Paris. La distance totale ainsi parcourue fut d’environ 20.000 km, et cela en 108 heures de vol.
- Après une nouvelle tentative contre le record de distance, en ligne droite, qui échoua par suite du mauvais temps, Costes décida de tenter Paris New York sans escale. Malheureusement, les préparatifs minutieux nécessités par la parfaite mise au point de l’ensemble avion-moteur, furent terminés trop tard pour permettre de tenter le raid vers New York avec le maximum de chance de beau temps.
- Dans ces conditions, Costes, abandonnant momentanément sa première idée, décida de traverser l’Atlantique-Sud. Il employa le même appareil que pour les tentatives précédentes, mais le moteur Hispano 500 ch fut remplacé par un de 600 ch; les caractéristiques et l’encombrement de ce dernier étaient les mêmes que pour celui de 500 ch; il n’en différait que par une course de 20 mm plus longue.
- Le départ eut lieu en octobre 1927, Costes s’étant adjoint le navigateur Le Brix.
- Après avoir rejoint Saint-Louis du Sénégal, ils s’envolèrent au-dessus de l’Atlantique et atterrirent à Natal (Brésil) ayant ainsi traversé pour la première fois, sans escale, l’Atlantique-Sud.
- Poursuivant leur raid, les pilotes visitèrent successivement tous les pays de l’Amérique du Sud et de l’Amérique centrale pour atteindre New York, où leur
- (1) Communication faite en séance publique par l’auteur, le i4 mars 1931.
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- LE MOTEUR HISPANO-SUIZA DU « POINT D’INTERROGATION ».
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- moteur, qui avait à ce moment 250 heures de vol, fut démonté et remplacé par un moteur neuf du même type.
- Le premier moteur fut retourné à l’usine où il fut démonté en présence des ingénieurs de l’Aéronautique française ; il était en parfait état.
- L’avion, muni du nouveau moteur, gagna San Francisco, où il fut démonté. Les pilotes s’embarquèrent pour le Japon afin de réaliser une liaison rapide Tokyo Paris.
- Bien qu’ils aient eu à lutter plusieurs fois contre le mauvais temps, le retour fut foudroyant : 6,5 jours après le départ de Tokyo, l’avion atterrissait au Bourget. Ce voyage autour du monde se termina par un tour d’Europe. Ce raid représente 65.000 km parcourus en 420 heures de vol.
- Fig. I. — Costes surveillant la préparation du moteur.
- Le second moteur, vérifié lors de sa rentrée à l’usine, était également en parfait état.
- Bevenant à sa première idée, Costes prépara alors le raid Paris New York. La Maison Breguet construisit à cet effet un nouvel appareil dit « Superbidon » dont M. Breguet, dans son exposé, nous a donné les détails de préparation en ce qui concerne la cellule.
- Quant au moteur, Costes, toujours satisfait de son Hispano 600 ch, décida de le conserver.
- Avant de vous exposer sommairement le travail préparatoire que nécessite une entreprise de cette importance, nous croyons utile de donner ici quelques renseignements techniques sur la construction du moteur.
- Les divers types de moteurs fabriqués actuellement par la Société française
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- Hispano-Suiza dérivent tous du moteur de 150 ch, créé en 1915 par M. Marc Bir-kigt. Ce moteur était basé sur des principes absolument nouveaux à cette époque et qui sont encore aujourd’hui caractéristiques du moteur Hispano-Suiza. Les plus remarquables sont :
- La constitution du bloc cylindres avec fûts en acier vissés dans une culasse d’aluminium, cette dernière étant émaillée intérieurement afin d’éviter son attaque par l’eau de refroidissement;
- La distribution : les soupapes sont commandées directement par un arbre à cames unique pour chaque bloc et placé en tête. Leur construction spéciale en permet un réglage très facile;
- L'embiellage : la bielle intérieure est garnie d’antifriction intérieurement et extérieurement; la bielle extérieure est du type à fourche.
- Ce moteur de 150 ch, ainsi que tous ceux qui ont été créés pendant la guerre (180-200-220 canon, 300 ch) était à 8 cylindres calés en Y, à 90».
- Nous ne voulons pas insister sur les difficultés qu’il fallut vaincre à cette époque pour faire adopter le moteur Hispano-Suiza, par les services officiels. Nous noterons, cependant, qu’ils lui imposèrent un essai de 50 heures au banc, à pleine charge, essai qu’il paraissait alors impossible de réussir.
- Devant la nette supériorité du matériel présenté, tout le monde s’inclina. Après le Gouvernement français, tous les gouvernements alliés insistèrent pour obtenir des moteurs Hispano-Suiza. Il en fut construit durant la guerre près de 50.000 dont un grand nombre sont encore en service sur différents types d’appareils.
- En 1923, toujours à la recherche d’une plus grande puissance, M. Birkigt crée les nouveaux moteurs à 12 cylindres en V et en W. Tous ces moteurs n’étaient que des extrapolations du 150 ch primitif. Nous arrivons ainsi au moteur 450-500 ch, employé pour les premières tentatives de Costes, et au 600 ch qui, ainsi que nous l’avons dit, est presque en tous points semblable au précédent. Ses caractéristiques sont les suivantes : 12 cylindres en V, à 60°; — Alésage, 140 mm; — Course, 170 mm; — Compression, 6; — Poids, 435 kg; — Puissance nominale, 600 ch à 2.000 t/mn; — Équivalent de puissance, 630 ch.; — Consommation : essence, 215 g/ch.h; huile, 7 g/ch.h.
- Je vais maintenant vous parler de la préparation du raid.
- Tout d’abord, il est nécessaire de prévoir plusieurs moteurs, au moins trois, non point que les moteurs utilisés pour les raids soient des moteurs construits spécialement en vue d’une performance, au contraire : pour la garantie même de la réussite de l’entreprise, il est indispensable que les pièces constitutives du moteur soient prélevées sur des pièces de série bien éprouvées.
- Le montage seul du moteur, c’est-à-dire l’assemblage des pièces, est confié à des ouvriers de choix qui sont heureux de contribuer à l’exploit projeté par l’exécution de ce travail. Nous profitons de l’occasion qui nous est offerte pour rendre hommage à leur collaboration dévouée.
- Il est donc nécessaire, ainsi que nous le disions plus haut, de préparer au moins trois moteurs : l’un qui servira pour les essais au banc, le second pour les essais en vol et la mise au point de l’appareil, le troisième pour l’utilisation.
- Les buts des essais au banc sont les suivants :
- 1° Déterminer les puissances et consommations aux différents régimes;
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- 2° Déterminer le régime optimum d’utilisation ;
- 3° Déterminer l’influence de la manœuvre du correcteur sur les consommations ;
- 4° Déterminer le meilleur mélange en tenant compte :
- a) de la tenue des organes du moteur (bougies, soupapes, etc.) ;
- b) de la consommation horaire en poids ;
- 5° Déterminer le meilleur réglage du carburateur pour lequel on obtiendra à différents régimes :
- a) la puissance maxima ;
- b) la consommation minima;
- 6° Ces essais terminés et les différentes conditions d’utilisation parfaitement déterminées, il est nécessaire de reproduire au banc le tableau de marche présumé en plaçant autant que possible le moteur dans les mêmes conditions qu’en vol afin de vérifier : a) les consommations ; b) la tenue des organes et accessoires du moteur.
- Concurremment avec les essais au banc, des essais en vol sont effectués. Ceux-ci ont pour but, non seulement de vérifier les qualités de la cellule, mais encore celles de l’ensemble de l’appareil et, en ce qui nous concerne, de contrôler les consommations du moteur, avec différents poids et à divers régimes pour une altitude donnée.
- La mesure de ces consommations est du reste un problème délicat. Il est nécessaire de prévoir un réservoir spécial que l’on puisse isoler des autres au moyen d’un robinet parfaitement étanche. La capacité de ce réservoir devra permettre un vol d'au moins une heure afin d’augmenter la précision des mesures.
- Le décollage et la montée se font sur les réservoirs normaux ; lorsque l’avion a atteint l’altitude voulue, le pilote amène son moteur au régime indiqué pour les essais et passe sur le réservoir spécial en notant l’heure. Le pilote s’attache alors à suivre le plus rigoureusement possible le régime imposé.
- A la fin de l’essai, le pilote note également l’heure au moment de repasser sur les réservoirs normaux.
- Pendant l’essai, la vitesse est également déterminée par plusieurs passages sur une base de longueur connue.
- Ces essais une fois terminés, il est possible d’établir le tableau de marche définitif, qui est contrôlé par quelques vols ultérieurs effectués avec le moteur destiné au raid.
- Tous les essais précédents ayant donné entière satisfaction, tant au pilote et l’avionneur qu’au constructeur du moteur, la Société Hispano-Suiza put prendre sa part de responsabilité morale et patronner le raid Paris New York.
- Le départ eût lieu en juillet 1929, Costes s’étant adjoint Bellonte comme navigateur et radiotélégraphiste.
- La route choisie était celle du Sud passant par les Açores.
- Le raid se déroula magnifiquement jusqu’à la hauteur de cet archipel et tout laissait prévoir une réussite complète. Malheureusement, les conditions atmosphériques rencontrées au delà furent désastreuses. Les aviateurs, craignant de ne pouvoir joindre New York et d’échouer près du but sur un point quelconque de la côte américaine, firent demi-tour et revinrent se poser à Villacoublay, ayant parcouru 5.400 km en 28 heures de vol.
- Malgré son échec, cette tentative fut un merveilleux enseignement pour le
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- pilote. Costes, nullement découragé, prépara au contraire, avec plus d’ardeur, sa seconde tentative.
- La saison étant trop avancée Costes voulut reconquérir le record de distance en ligne droite qui lui avait été ravi. Il obtint à ce moment l’entière propriété de son appareil qui lui fut offert par un généreux mécène, M. F. Cotv.
- Au mois d’octobre 1929, Costes et Bellonte, volant de Paris à Tsitsikar, portaient le record du monde de distance en ligne droite à 7.905 km en 51 heures 19 minutes.
- Ayant rejoint Hanoï, ils réussirent la liaison de cette ville avec Paris en 4 jours et 12 heures, améliorant ainsi la performance réalisée en 1928.
- En compagnie de Codos, Costes s’adjugea le record du monde de distance en circuit fermé avec 8.029 km en 52 heures 37 minutes. Poursuivant leur succès, ces pilotes conquirent 5 records du monde avec charge.
- Costes reprit alors son projet de traversée de l’Atlantique. Désirant emporter une plus grande quantité d’essence et afin de pouvoir cependant décoller, même avec un vent mal orienté, il décida, sur les conseils personnels de M. Birkigt, de remplacer son moteur de 600 ch par un moteur de 650 ch, dont les caractéristiques sont : 12 cylindres calés en Y, à 60°; — Alésage, 150 mm; — Course, 170 mm ; — Cylindrée, 36,1 litres; — Compression, 6,2; — Puissance nominale, 650 ch à 2.000 t/mn; — Équivalent de puissance, 750 ch ; — Poids total, 469 kg; — Consommation : essence, 222 g/ch.h. ; huile, 5,5 g/ch.h.
- Ce moteur (fig. 2) fait partie d’une nouvelle gamme de moteurs créés en 1928, ayant toujours les mêmes caractéristiques générales que les anciens, mais dans lesquels un perfectionnement considérable a fait réaliser un grand pas à la technique du moteur d’aviation.
- Ce perfectionnement consiste dans l’application de la nitruration aux cylindres, procédé mis au point, après de patientes et longues recherches, par M. Birkigt, et dont le détail est le suivant.
- Le métal employé est un acier au chrome-aluminium. Le cylindre est d’abord ébauché à 2 ou 3 mm près des cotes définitives. A cet état, la pièce est soumise à une trempe suivie d’un revenu donnant une résistance de 90 à 95 kg/mm2.
- Après ce traitement, la cote extérieure est approchée en laissant cependant encore une certaine surépaisseur qui devra être enlevée après durcissement. L’alésage est amené aux cotes finies en laissant seulement 0,1 mm de surépaisseur pour la rectification après durcissement.
- A cet état, on protège l’extérieur contre la nitruration afin de pouvoir, après durcissement, en terminer l’usinage sans intervention de la meule.
- Le cylindre est ensuite nitruré; l’opération se fait en portant la pièce à une température donnée dans un courant d’ammoniaque et en l’y laissant le temps nécessaire pour obtenir une couche nitrurée de 0,6 à 0,7 mm.
- Après durcissement, les pièces sont reprises en usinage. La partie extérieure, qui avait été protégée, est complètement usinée à l’outil, puis l’alésage est rectifié.
- La nitruration donne aux cylindres une dureté supérieure à celle des meilleures trempes et les rend pratiquement inusables. Étant donné cette dureté et le poli obtenu, les pistons et les segments se glacent et brunissent à l’usage, et leur usure est presque nulle.
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- Naturellement, tous les autres organes ont été étudiés pour arriver à une endurance correspondante.
- Dans l’ancien type de culasse, ainsi que nous l’avons dit plus haut, le cylindre était vissé dans la culasse sur la grande partie de sa' longueur. Dans le nouveau type, le cylindre n’est fixé qu’à sa partie supérieure. De 'cejfait, lespparois d’aluminium entre les cylindres ont été supprimées et l’espace ainsi 'gagné a permis d’augmenter l’alésage sans accroître la longueur totale de la culasse. ;Le moteur de
- Fig. 2. — Le moteur Hispano-Suiza, de 650 ch, qui a servi à Gostes et à Bellonte pour leur traversée de l’Atlantique Nord.
- 650 ch a, de ce fait, le même encombrement que celui de 600 ch : il est absolument interchangeable avec celui-ci.
- En outre, une disposition spéciale permet une circulation d’air autour des paliers; ceux-ci, considérablement refroidis, s’usent moins. Enfin, un dispositif permet d’assurer un graissage supplémentaire au départ par une injection d’huile sur les tètes de bielles. Les points fixes sont ainsi évités.
- Ce moteur, tout à fait nouveau, n’avait été monté que sur quelques avions prototypes et n’était, somme toute, que peu expérimenté en vol.
- Afin de donner confiance à Costes, qui ne voulait utiliser qu’un modèle éprouvé,
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- la Société Hispano-Suiza décida d’effectuer, comme avec le moteur de 600 ch, une nouvelle série d’essais au banc semblables à ceux qui ont été décrits ci-dessus.
- Pendant ce temps, un moteur d’essai fut monté sur l’avion et les essais en vol furent poursuivis.
- Notons que l’installation fut complétée par un dispositif spécial permettant, en cas de besoin, de prendre de l’air chaud autour des collecteurs d’échappement pour éviter le givrage des carburateurs qui est à redouter dans les brumes de l’Océan.
- Les essais en vol durèrent 80 heures ; ils furent concluants. Le moteur définitif fut alors monté et effectua une quinzaine d’heures de vol comme dernier contrôle ; l’équipage, ayant une confiance absolue dans le moteur, n’eut qu’à attendre des conditions atmosphériques favorables.
- Le départ eut lieu le 1er septembre et le vol fut sans histoire : New York fut atteint en 37 heures 18 minutes. Durant le raid, le moteur ne consomma que 4.770 litres d’essence et 30 litres d’huile.
- Une vérification sommaire permit de constater l’excellent état du moteur et les aviateurs repartirent dès le lendemain pour Dallas afin de s’adjuger le prix Eas-terwood. Après avoir visité Washington, où ils eurent l’honneur d’être reçus par le président Hoover, ils entreprirent un voyage au-dessus des États-Unis, qu’ils baptisèrent « Tour d’amitié ». Ils visitèrent ainsi 33 villes sans aucun incident, malgré plusieurs étapes difficiles, particulièrement dans les Montagnes Rocheuses. A leur retour à New York, ils avaient couvert au total, avec la traversée de l’Atlantique, 28.000 km en 175 heures de vol, sans aucun incident de route, le moteur n’ayant subi aucune réparation.
- Au retour en France, le moteur fut visité par les services techniques de l’Aéronautique et, malgré les dures épreuves qu il avait dû surmonter, il était en parfait état.
- Inlassables, Gostes et Bellonte entreprirent un « Tour d’amitié » en France, au cours duquel ils visitèrent nos principales villes.
- La Société Hispano-Suiza est justement fiëre d’avoir collaboré, avec la Société Breguet, à l’accomplissement d’un raid désormais historique, dont la gloire a rejailli sur toute l’aéronautique française.
- Il est bon de remarquer qu’au point de vue aéronautique, la France se place actuellement en tête de toutes les nations avec 33 records du monde et que, sur ce nombre, le moteur Hispano-Suiza en détient 28 à lui seul.
- On discute quelquefois la portée et l’intérêt pratique des records et des raids d’aviation. Tout me fait croire cependant que la création du « Superbidon » de Costes a beaucoup aidé la maison Breguet à construire de remarquables appareils commerciaux et militaires. Et je sais que la Société Hispano-Suiza doit, aux efforts qu’elle a faits pour mettre entre les mains de Costes et de ses émules des moteurs parfaits, de pouvoir aujourd’hui livrer, aux compagnies de navigation aérienne et aux aéronautiques militaires, des moteurs dont les qualités sont, je crois, unanimement reconnues.
- Au nom de la Société Hispano-Suiza, je remercie Costes et Bellonte de nous avoir obligés à beaucoup travailler. Nous en sommes récompensés aujourd’hui.
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- LE RAID PARIS NEW YORK AU-DESSUS DE L’OCÉAN ATLANTIQUE PAR COSTES ET BELLONTE, LE ROLE DE LA MÉTÉOROLOGIE
- par M. Philippe Wehrlé, Ingénieur en chef de l’Aéronautique, chef du Service des Avertissements à l’Office national météorologique.
- Les aviateurs, toujours si mesurés dans leurs appréciations, ont dit en arrivant à New York : « Malgré les difficultés rencontrées, les bons renseignements météorologiques que nous avons eus ont grandement facilité le voyage d’un bout à l’autre ; nous avons réussi à avoir des vents très favorables. » Et ils ont écrit, avec une
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- Fig. 1. — Carte du 31 août 1930, à 1 h., qui a servi à établir la prévision n° 1 et qui a décidé Costes et Bellonte au départ.
- On remarquera sur le Sud de l’Angleterre la zone orageuse (Or.), qui avait interdit le départ le 31 août au matin.
- Les points noirs représentent les observations de navires; les zones hachurées, les centres de basses pressions.
- modestie excessive : « Nous aurions dû dire que notre victoire était celle de la technique aéronautique française et de la météorologie, beaucoup plus que le triomphe de deux hommes. » Le facteur météorologique a donc joué un rôle essentiel dans la réussite du raid.
- Dès 1921, le Directeur de l’Office national météorologique (O. N. M.), prévoyant les liaisons transatlantiques aériennes à venir, se préoccupait d’assurer leur protection météorologique, et par conséquent de résoudre un double problème :
- 1° Connaître l'état actuel de l'atmosphère, et, pour cela, concentrer, en nombre suffisant, des observations de l’Amérique et de l’Atlantique Nord;
- 2° En déduire l'état futur de Vatmosphère, trois jours, au lieu de 24 heures, à l'avance, et pour cela perfectionner les méthodes de prévision.
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- 2. — Le premier diagramme de prévision établi par l’O. N.M. (prévisionnisle, AL Viaut), le 31 août, à 11 h., et qui a décidé les pilotes à prendre le départ.
- Les flèches indiquent le sens d’où viendra le vent, et le nombre de barbules la vitesse du vent
- (1 barbule = 10 km/h en moyenne).
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- ROLE DE LA MÉTÉOROLOGIE DANS LE RAID PARIS NEW YORK. 481
- Pendant 10 ans, l’Office national météorologique a poursuivi un effort constant, à la fois national et international, pour, mener à bien cette tâche. Cet effort a été
- /Fig. 3. — Carte du 31 août, à 13 h., qui a permis de confirmer à 18 h. la prévision n° 1, qui est alors remise à l’équipage.
- Les flèches indiquent le sens de déplacement des centres de hautes et de basses pressions.
- Fig. 4. — Carte du 1er septembre 1930. à 1 h., qui a pu être préparée pendant que Costes et Belloute attendaient la dissipatiqn-de la brume matinale dense.
- Cette carte a été remise aux pilotes au moment de leur départ.
- Elle a permis d’apporter quelques très légères modifications à la prévision nc 1.
- 130* Année. - Juillet-Août-Septembre 1931. 33
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- Fig. 5. — Ce second diagramme de prévision montre les modifications de détail précitées, apportées sur le terrain du Bourget à la prévision n° 1 de la figure 2.
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- Fig. 6. — Carie des routes prévues el réelles.
- En comparant les heures réelles de passage de l’avion aux heures prévues, que l’on trouvera sur le second diagramme de prévision q£
- (flg. 5) on constatera que, jusqu’en Nouvelle-Écosse, l’horaire prévu et basé sur la prévision a été strictement suivi. Les nombreux cro- W
- chets nécessités par la forte perturbation du Nord-Est des États-Unis ont retardé le Point d’interrogation d’environ une heure en lin de parcours.
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- 484 LA MÉTÉOROLOGIE DANS LE RAID PARIS NEW YORK. —
- Fig. 7. — Cette carte résume le temps rencontré par Costes et Bellonte; on retrouve bien les trois perturbations indiquées dès le 31 août au matin. A part une rotation de vent par 45° Ouest, un peu plus accusée vers le Nord qu’il n’était prévu, les prévisions fournies étaient très correctes.
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- Fig. 8. — Le 3 septembre 1930, à 13 h., la situation atmosphérique est complètement renversée. En comparant cette carte à celle de la figure 3, on voit qu’un centre de hautes pressions a remplacé le centre de basses pressions des Açores, tandis que le centre de hautes pressions A de la figure 3 a été remplacé par un centre dépressionnaire.
- Les vents soufflent maintenant du secteur Ouest entre l’Est de l’Amérique et la Manche.
- Cette situation aurait été favorable à un retour d’Amérique en Europe, en atteignant celle-ci par le Nord de l’Espagne.
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- ROLE DE LA MÉTÉOROLOGIE DANS LE RAID PARIS NEW YORK. 485
- résumé par le Directeur de l’O. N. M. dans un article de Y Illustration du 27 sept. 1930.
- Les cartes et bulletins de renseignements ci-joints, qui indiquent, brièvement, l’état actuel de l’organisation radio-météorologique de l’Atlantique, montrent que lorsque le départ de Gostes et Bellonte fut envisagé, il n’y eut qu’à utiliser ce mécanisme complexe, mais soigneusement mis au point et perfectionné, et à prendre quelques mesures complémentaires. Pendant leur longue période d’attente, les aviateurs venaient quotidiennement à l’O. N. M. étudier la situation météorologique avec le prévisionniste. Gomme les situations favorables à la traversée d’Est à Ouest sont très rares et éphémères, il fallut attendre jusqu’au 31 août 1930 pour en trouver une qui fût acceptable. D’ailleurs, exceptionnellement, pouvait-on prévoir que cette situation persisterait deux à trois jours et tracer à l’avion la route la plus favorable. Si on suit les événements heure par heure, on constate qu’une liaison intime a été maintenue entre les aviateurs et le prévisionniste, M. A. Yiaut, en qui ils avaient pleine confiance. La météorologie a donc joué un rôle essentiel tant avant que pendant le raid. Après l’envol, quatre messages météorologiques ont été adressés de l’O. N. M. au Jacques-Cartier et au Rochambeau pour être retransmis au Point d'Interrogation.
- La prévision s’est remarquablement vérifiée, comme le montre là comparaison du diagramme de prévision et de la carte résumant les situations rencontrées par l’avion. La route réelle suivie par les aviateurs s’écarte d’ailleurs fort peu de la route conseillée par l’O. N. M., et l’horaire du parcours ne diffère que d’une heure au total de l’horaire calculé en fonction des vitesses de l’avion et des vents prévus. Par contre, dès le 3 septembre, la situation s’était complètement inversée et était devenue favorable à un retour d’Amérique en Europe.
- Je remercie vivement Gostes d’avoir rendu hommage au rôle de la météorologie d’une manière si éclatante.
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- LA TRAVERSÉE AÉRIENNE DE L'ATLANTIQUE NORD DE L’EST A L’OUEST (1)
- par M. Dieudonné Gostes.
- M. le Président, Mesdames, Messieurs,
- Tout d’abord je vous demande de bien vouloir nous excuser Bellonte et moi d’arriver un peu en retard à votre réunion. Un déjeuner de nos camarades du Service technique des Essais en Vol à Villacoublay, nous a retenus un peu plus longtemps que nous n’aurions voulu. Nous le regrettons bien sincèrement.
- Je remercie ensuite la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale qui a bien voulu organiser cette réunion pour parler du matériel qui nous a permis de ramener en France un exploit très envié par toutes les aviations étrangères.
- M. Lacoste vient de vous expliquer les principales caractéristiques du moteur Hispano-Suiza 650 ch à cylindres nitrurés. Il vous a dit les longs essais auxquels nous nous étions livrés, mais ce qu’il n’a pas dit, par modestie sans doute, c’est la qualité remarquable des moteurs créés par M. Birkigt.
- Les moteurs Hispano m’ont promené aux quatre coins du monde; depuis sept ans je suis resté fidèle à ce moteur qui m’a aussi fidèlement servi. J’ai accumulé ainsi des milliers et des milliers de kilomètres, des voyages sous toutes les latitudes et sous tous les climats, des pays les plus chauds aux pays les plus froids, sans aucune défaillance de la mécanique merveilleuse qui nous était fournie par la Société Hispano-Suiza.
- Aussi est-ce avec une profonde émotion et une grande joie que je veux témoigner toute ma gratitude à M. Lacoste, administrateur-délégué de la Société Hispano-Suiza, et à M. Birkigt, l’incomparable ingénieur qui a réalisé des merveilles dans le domaine de la mécanique.
- Toute ma gratitude va aussi à la Société des Ateliers d’Aviation Louis Breguet et particulièrement à M. Louis Breguet lui-même, auquel je suis très heureux de dire aujourd’hui et devant vous, Messieurs, combien il a facilité tous mes voyages aériens en s’imposant toujours de très grands sacrifices pour toutes les modifications et améliorations que je lui ai demandées et que lui-même a envisagées, surtout en ce qui concerne la transformation de l’avion grands raids type « Bidon » en avion dit « Super-Bidon », qui est le Point d'Interrogation actuel. Et cette modification n’a pas été une petite affaire : la surface portante a été augmentée, la capacité d’essence aussi, l’entreplan, le fuselage l’ont été également; en un mot, l’appareil a été étiré dans tous les sens. Tout l’hiver 1928-1929 a été employé à ces importantes modifications.
- Aux essais, cet appareil plus grand, plus lourd, s’est révélé comme ayant des qualités meilleures que celles qu’il avait précédemment, et cela avec le même
- (i) Allocution faite en séance publique le 14 mars 1931.
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- moteur. C’est ainsi que l’on peut rendre encore hommage à la science et à la grande valeur technique de M. Louis Breguet, science et valeur qui sont hautement reconnues dans tous les milieux et principalement dans l’aéronautique.
- C’est donc dans le planeur Breguet, dans ses grandes qualités et également dans les merveilleuses qualités du moteur que nous devons placer les succès que nous avons remportés et en remercier bien sincèrement les constructeurs.
- Nous avons dû aussi, et cela est de toute évidence, faire de nombreux essais de mise au point et de consommation et c’est ainsi que nous avons été conduits à voler plus de 80 heures pour être sûrs que notre avion nous porterait au but que nous nous étions fixé.
- Parallèlement à nos essais en vol, la Société Hispano avait renouvelé les essais de consommation au banc. Nous avons profité de ces essais pour nous assurer de la consommation d’huile et de la bonne tenue des bougies.
- Enfin, vers le milieu de juillet nous étions prêts; il ne nous manquait plus qu’un facteur et celui-là très important : les conditions météorologiques.
- Nous savions, par expérience, ce qu’il en coûte de rencontrer des conditions atmosphériques inattendues et notre voyage des Açores, lequel nous a obligés de survoler 3.000 km au-dessus de l’eau aller et retour, distance équivalente à la traversée de l’Atlantique d’Irlande à Terre-Neuve, est encore un cuisant souvenir.
- Je dois dire que cela n’est nullement imputable au Service météorologique qui nous a toujours renseignés avec la plus grande précision et je ne recommanderai jamais assez à tous mes camarades de partir avec des conditions météorologiques favorables, condition indispensable à tout grand voyage aérien.
- Si nous avons eu cette désagréable surprise en nous rendant aux Açores, c’est parce que certains bateaux, à cette époque-là, n’adressaient pas des renseignements qui sont nécessaires aux météorologistes pour faire une carte du temps avec assez de précision, et, au milieu d’un bel anticyclone, il peut exister une perturbation secondaire qui échappe aux prévisionnistes.
- C’est ce qui nous est arrivé dans notre première tentative de l’Atlantique par les Açores.
- Cette fois-ci nous n’avions pas de route fixe : nous voulions seulement passer par le chemin le meilleur; une légère préférence, cependant, par la route Nord ou la route des paquebots, parcours qui est sillonné par les grands bateaux, ce qui assure des renseignements météorologiques parfaits.
- Et en effet, la prévision que nous avions eue s’est vérifiée en tous points. Nous avons trouvé rigoureusement sur tout notre parcours le temps exact qui nous avait été prédit la veille de notre départ.
- Vous comprendrez, Messieurs, qu’avec un bon moteur, un bon planeur, des conditions météorologiques inespérées, une bonne volonté et un désir ardent d’arriver, le voyage pouvait être considéré comme terminé.
- C’est sans histoire, sauf une petite perturbation, prévue et rencontrée sur la Nouvelle-Écosse, qu’après 37 heures 18 minutes de vol nous avons atterri à Curtiss-Field, au milieu d’un enthousiasme indescriptible.
- Après un jour de repos, vous savez que nous sommes partis pour Dallas, que
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- nous sommes revenus à New York et que nous avons exécuté, avec une parfaite réussite, une tournée dans toutes les grandes villes des Etats-Unis.
- L’accueil que nous ont réservé les Américains a été sincère et enthousiaste au possible; je les remercie bien sincèrement et de tout cœur.
- Je remercie encore une fois M. B reguet et M. Lacoste et enfin tous les bons collaborateurs, tous les mécaniciens qui ont travaillé avec nous avec courage et dévouement à la préparation de notre avion ; ils ont aussi une grande part dans le succès. C’est avec plaisir que je le reconnais et que je leur donne cette part qu’ils ont bien méritée dans la victoire des ailes françaises.
- NOTRE RAID SUR L'ATLANTIQUE'1»
- par M. Maurice Bellonte.
- Dans la préparation de notre raid, nous avons eu à traiter de nombreux sujets d’ordre technique. Costes vient de vous dire de quelle façon impeccable fut réalisée la mise au point de l’avion Breguet-Bidon et du nouveau moteur de 650 ch His-pano-Suiza.
- Je vais donc simplement, en quelques mots, vous donner un aperçu des problèmes de météorologie, de navigation, de télégraphie sans fil, que nous avions à résoudre.
- Celui de la météorologie, que l’O. N. M. et nous, suivions depuis longtemps, était ardu; nous en connaissions toutes les difficultés. Sur la route des Açores, après notre voyage de juillet 1929, nous nous étions rendu compte des difficultés que présentait cette route : parcours beaucoup plus long, renseignements météorologiques trop peu nombreux, d’où impossibilité d’établir une carte précise du temps.
- La route orthodromique, par conséquent la plus courte, se trouve trop souvent balayée par de violents vents d’Ouest.
- La route par l’Islande, le Groenland et le Labrador, qui sera sûrement utilisée dans l’avenir pendant la bonne saison car elle n’allonge la distance que dans des proportions acceptables, passe dans des régions désertiques où il y a beaucoup à apprendre et tout à faire,
- Nous étions décidés à adopter la route météorologique la meilleure et se rapprochant le plus possible de l’orthodromie ou de la route des bateaux ; cette dernière donnait des facilités de liaison par T. S. F. et offrait la possibilité de secours éventuels auxquels nous attachions beaucoup d’importance.
- Or, le 31 août 1930, la situation météorologique sur l’Océan se présentait d’une façon nettement favorable et c’est sans hésitation, certains que nous devions toucher New York après 36 heures de vol, certains aussi de rencontrer un temps satisfaisant, que nous décidâmes de partir le lendemain matin.
- (1) Allocution faite en séance jjublijqtie le 14 mars 1931:
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- LE RAID DE COSTES ET BELLONTE SUR L’ATLANTIQUE NORD.
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- Le problème consistait à tourner par le Nord une première dépression centrée au Nord-Est des Açores et à profiter des vents favorables qu’elle donnerait sur plus des 2/5 du parcours total ; nous étions conduits à quitter la côte en Irlande, au cap Loop; ainsi notre itinéraire se rapprochait progressivement de la route des paquebots.
- Cette manœuvre, en nous serrant sur la dépression n° 1, nous donnait le vent arrière et nous écartait en même temps d’un second centre de dépression, que nous étions obligés de contourner par le Sud, car cette dépression était trop élevée en latitude. Il y avait donc intérêt à passer loin dans le Sud pour avoir des vents de bout les moins forts possible. Ensuite, nous devions trouver en arrivant à la côte américaine une troisième dépression juste devant nous; le détour à faire était trop important pour l’éviter; nous avons donc décidé de profiter de ce fait que l’appareil était suffisamment délesté de son essence pour l’aborder de front et voler au-dessous ou au-dessus de cette dépression, suivant le cas.
- Les choses se passèrent exactement ainsi, et, pour donner une idée de la précision des renseignements de l’O. N. M., je dirai que la prévision portait 36 heures à 36 heures 30 minutes de vol; or nous avons tenu l’air 37 heures 18 minutes.
- En ce qui concerne notre navigation, nous avons utilisé toutes les méthodes existantes (observation, estime, radio et visées d’astres), mais l’innovation importante a été l’utilisation, pour notre navigation astronomique, des cartes de M. Louis Kahn, chef du Cabinet du Ministre de l’Air.
- Depuis plus de deux ans, nous avions étudié les possibilités de pratiquer à bord la navigation astronomique. La violence des vents et des tempêtes que nous pouvions éventuellement rencontrer nous en avait fait sentir la nécessité. La navigation à l’estime est nettement insuffisante dans les cas où la direction générale des courants aériens est contraire à la marche d’un aéronef, tant qu’on ne volera qu’aux vitesses actuelles (notre vitesse propre au départ était de 200 km/h et était ramenée à 175 km/h en fin de parcours; à ce sujet, il est intéressant de remarquer que notre Breguet-Hispano était la meilleure machine au monde pour tenter et réaliser ce raid).
- Ainsi donc, après les premiers essais de navigation astronomique, qui furent un peu décevants et au cours desquels nous avions cherché à trouver le sextant qui pouvait être le plus pratiquement utilisable, nous étions arrivés à faire des droites de hauteur suffisamment correctes pour notre usage. A ce moment, M. Louis Kahn préparait déjà ses grands itinéraires transcontinentaux permettant la détermination graphique du point, mais nous avions peur de ne pas avoir la carte à temps, et alors, ces premières droites de hauteur, faites en vol, le furent à l’aide de calculs préparés d’avance avec M. Louis Kahn pour certaines latitudes et astres prévus. Il fallait alors environ 10 minutes pour faire un calcul de point. Mais les cartes furent prêtes avant la première tentative de juillet 1929; et, avec un entraînement consciencieux, les droites de hauteur purent être portées sur les cartes en 5 minutes.
- On put ainsi se rendre compte de l’avantagé considérable qu’elles présentent. En effet, dans les conditions inconfortables dans lesquelles nous étions obligés de travailler, soumis au froid, à la fatigue, au bruit du moteur, à l’influence de l’altitude et aux courants d’air qui arrachent tous les papiers des mains, cette résolution graphique du point, pratiquée après un excellent entraînement, s’était affirmée si sûre que nous l’avons, sans hésitation, préférée aux autres.
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- Notre voyage aux Açores fut une très bonne démonstration du bien-fondé de nos espérances. Il nous permit de nous rendre compte que nous n’allions pas assez vite et de décider le demi-tour; puisa 1.300 km des côtes, lorsque nous eûmes passé sur le transatlantique Guadeloupe, nous étions à moins de 5 milles de notre route; aussi, dans la nuit, nous vînmes toucher le cap Finistère juste à l’heure prévue d’après les dernières observations.
- C’est donc forts de ces essais si probants que nous avions envisagé notre navigation vers la côte américaine.
- Au cours de cette navigation, nous avons fait 17 séries de visées, presque toutes dépouillées, ce qui nous permit : de passer notre point aux navires avec lesquels nous causions, de toucher la côte à moins de 5 minutes de l’heure prévue et juste à l'endroit prévu, puis de nous aider à nous situer exactement, lorsque après avoir fait de nombreux détours sur les côtes de la Nouvelle-Écosse, nous eûmes tracé notre dernier tronçon de route sur New York.
- En ce qui concerne la T. S. F., cette question fut traitée avec beaucoup de soins de notre part, car Costes et moi avions pu, depuis de longues années déjà, nous rendre compte des services qu’elle pouvait rendre à un aéronef dans certaines situations parfois critiques.
- Le poste utilisé était l’A 81 D spécial, de la Société française radioélectrique, travaillant en modulée et entretenue sur 600 et 800 m. L’onde de 600 m, destinée à être employée sur tout le parcours, fut judicieusement choisie car c’était la plus efficace : elle permettait de prendre contact avec tous les navires, car ils passent tous en veille sur cette onde à intervalles réguliers et convenus. L’onde de 800 m était destinée à travailler avec les radiogoniomètres américains. De plus, ces longueurs d’onde sont très stables et très faciles à utiliser à bord.
- En fait, nous avons été en liaison avec une dizaine de transatlantiques et nous avons été écoutés et suivis par tous les autres. Nous ne sommes jamais restés plus de 30 minutes sans toucher un navire pour lui passer notre point, lui signaler notre route ou le mettre au courant de la progression de notre vol. Dans certains cas, les portées réalisées ont dépassé 1.500 km. A cette distance, plusieurs navires ont noté, dans leurs procès-verbaux, que la réception sur antenne était remarquablement pure et lisible.
- Nous sommes heureux de pouvoir exprimer ici nos vifs remerciements à tous les commandants et opérateurs des navires qui nous ont ainsi rendu des services remarquables.
- Pour terminer, je veux, une fois de plus rendre hommage à tous ceux, ingénieurs et artisans, qui ont contribué au succès de notre randonnée.
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- L’ÉTABLISSEMENT DES QUAIS DE GRANDE HAUTEUR SUR LES TERRAINS COMPRESSIBLES ,f
- par M. Michel-Schmidt, entrepreneur des Travaux d’Extension du Port du Havre, membre du Conseil de la Société d’Encouragement.
- INTRODUCTION.
- La question des fondations en terrain mou est une des questions très importantes qui se présentent fréquemment dans la construction des ports.
- Ceux-ci sont en effet très souvent placés à l’embouchure de grands fleuves qui leur servent de voie de communication vers l’hinterland, et, ordinairement, les terrains d’estuaires sont formés d’alluvions plus ou moins vaseuses et inconsistantes. Tels sont les ports du Havre, de Rouen, de Nantes, de Saint-Nazaire, de Bordeaux pour ne citer que les principaux ports français.
- Cette difficulté s’aggrave considérablement en France de ce que nos cités sont baignées par des mers à grand marnage, jusqu’à 7 à 8 m, telles que l’Océan Atlantique et la Manche, qui exigent de très grandes hauteurs de quai, d’où augmentation, dans de grandes proportions, de la difficulté de fondation en terrain vaseux.
- La solution adoptée pour diminuer la hauteur des quais, soit le bassin à flot, n’est pas une solution complètement satisfaisante, car elle exige la construction d’ouvrages coûteux, comme les écluses, d’autant plus coûteux que le sol de fondation est mauvais; en outre, les éclusages font perdre du temps aux navires. Aussi, le port du Havre lui-même, où le marnage est le plus considérable, s’est résigné à construire des quais de marée à grand tirant d’eau.
- Dans cette étude, nous nous proposons d’examiner les solutions qui ont été données à la construction des quais de grande hauteur sur terrain compressible. Nous comparerons ces diverses solutions et essaierons de dégager de ces comparaisons quelques principes pour la construction de ces ouvrages ; mais il est bien certain que trop de variables interviennent dans un pareil choix pour que nous puissions espérer tirer des conclusions précisés ; la nature du sol compressible et sa résistance peuvent être très différentes; des couches de vase ou d’argile peuvent alterner avec des bancs de sable ou de gravier; la couche résistante peut se trouver à une plus ou moins grande profondeur et même être considérée comme inaccessible; la nature des matériaux du pays, les habitudes locales mêmes interviendront dans le choix d’une solution.
- La nature du trafic à prévoir conditionnera surtout le type de quai; ce type peut aller du simple perré qui régularise une rive, au mur proprement dit, sensiblement vertical, contre lequel viennent accoster les navires; ces quais peuvent atteindre 20 à 30 m de hauteur (29,30 m au Havre); ils reviennent à des prix très élevés et ne sont pas toujours indispensables.
- Un mur de quai peut être décomposé en plusieurs éléments ayant chacun leur rôle bien déterminé :
- a) Soutenir les terre-plains qu’il limite ;
- b) Servir de point d’appui pour l’accostage des navires;
- (1) Mémoire présenté au Congrès international de l’Art de J’Ingéniéur à Tôkyô (Japon) en 1929.
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- c) Servir à la circulation des grues de déchargement, des wagons et du personnel. L’importance relative de chacun de ces rôles dépendra évidemment de la nature des marchandises à recevoir ou à expédier; on peut ainsi classer les quais : en quais omnibus, destinés à recevoir les marchandises les plus diverses arrivant par des navires de toutes dimensions; en quais spécialisés, ayant un but bien défini, destinés par exemple, à recevoir des cargaisons entières d’une même marchandise; en quais d’escale, affectés au service des passagers.
- Le quai omnibus devra, à lui seul, remplir les divers rôles envisagés ci-dessus; le terre-plain s’épaulera directement à la muraille, de façon à présenter le maximum
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- Fig. i. — Port de Bordeaux-Grattequina : Postes d’accostage de Trabuchet pour charbon et poteaux de mine.
- de surface, pour servir au dépôt et au triage des marchandises à l’air libre ou sous hangars. Le mur devra être continu, de manière à permettre l’accostage des navires, de catégories, classements et tonnages différents, en des points non définis d’avance, les engins de manutention et voies ferrées pouvant ainsi être amenés le long du paquebot.
- Pour diminuer l’action des poussées, le terrain peut cependant rester avec son talus naturel, plus ou moins protégé, à condition d’éviter la discontinuité entre l’arrière du quai et l’arête du terre-plain; un platelage devra alors surmonter ce talus de rive.
- Le quai spécialisé permettra de grandes simplifications et économies.
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- Un service de voyageurs pourra, par exemple, être assuré par l’accostage des: paquebots à 1 extrémité d un wharf; un bateau pétrolier pourra être amarré sur des ducs d Albe assez loin de la rive, à laquelle il sera relié par une passerelle légère supportant les tuyauteries; il en pourra être de même pour les navires charbonniers, les navires frigorifiques ou porteurs de céréales, à décharger par engins spéciaux : transporteurs à courroies, temperleys, aspirateurs, etc. Une usine déterminée pourra également être desservie par des ducs d’Albe pour l’accostage des navires; une passerelle de circulation pour le service, des chemins de roulement pour les grues de déchargement à grande portée ; ce type d’installation a été réalisé aux Docks Frigorifiques de Bordeaux-Bassens, au poste d’accostage de Trabuchet, à Bordeaux-Grattequina (fig. 1), etc.
- Les quais sur 1 appontement, fréquemment adoptés en Amérique, sont généralement basés sur le principe de ne pas soutenir les terres pour éviter la
- Fig. 2. — Port du Havre : Quai Joannès Couvert (Mur plein fondé à l’air comprimé).
- Fig. 3. — Port de Boulogne.
- poussée quelles infligent au mur de quai, et de couvrir tous le talus, comme nous l’avons dit plus haut, par un tablier supporté par des pieux et pouvant atteindre de grandes largeurs.
- EXAMEN DES SOLUTIONS.
- Nous allons passer à l’examen des différentes solutions de quais pouvant être appliquées aux terrains compressibles (argile molle ou vase de profondeur définie ou illimitée) d’après le trafic envisagé et en nous appuyant sur quelques principes définissant leur classement.
- murs pleins a l’air comprime. — C’est une solution parfaite pour un quai omnibus, lorsque le terrain résistant n’atteint pas une profondeur trop considérable; on l’a appliquée au Havre (fig. 2), pour les 500 premiers mètres de quai Joannès Couvert, avec arrêt des caissons à la cote (— 16,00), la souille étant draguée à (— 12,00); cette solution est coûteuse et, après la guerre, on a recherché, dans des cas analogues, à réduire la largeur du massif fondé à l’air comprimé et à diminuer, les volumes de maçonnerie par des élégis.
- Dans le même esprit, à Boulogne-sur-Mer (fig. 3), pour les nouveaux quais qui
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- seront fondés à (— 13,00), la partie du mur de quai, fondé à l’air comprimé, n’aura que 10 m de largeur pour une hauteur de 23,80 m, le couronnement étant prévu à (-1-10,80); une très forte console ou chaise, construite au-dessus du zéro, aura 15,75 m de largeur et sera armée de vieux rails.
- mur sur voûtes. — Lorsque le terrain solide est très profond, pour diminuer le volume des maçonneries et le cube de déblais à l’air comprimé, on a souvent adopté la solution du mur sur voûtes, réduisant l’emploi de l’air comprimé aux chambres de travail des caissons de piles de faibles largeur.
- Dans ces quais sur voûtes, les trois éléments essentiels se distinguent nettement :
- Des piles robustes, servant à l’accostage des navires ;
- Une série de voûtes, reliant ces piles, permettant la circulation des grues et des wagons ;
- Un ouvrage de soutènement à l’arrière, réalisé de façon plus ou moins économique, suivant l’importance du talus protégé par des fascines ou enrochements, c’est-à-dire suivant la cote choisie pour la limitation verticale du terre-plain (qui est d’autant plus coûteuse qu’elle se rapproche davantage du viaduc frontal) ; cette limitation peut être constituée par un petit mur indépendant du via-duc et réalisé soit par des blocs en maçonnerie, soit par des caissons en béton armé, soit même, si le terrain se prête au battage," par des palplanches retenues par des ancrages.
- Les piles ne doivent supporter qu’une faible partie de la poussée des terres; pour cela, il est indispensable que les talus sous voûtes et le mur qui les surmonte puissent conserver leur stabilité propre.
- Il est à noter que les terrains vaseux et argileux sont particulièrement poussants et susceptibles de glissement lorsque leur état d’équilibre est troublé par les dragages en avant du mur ou par la charge des enrochements qui doivent raidir les talus; on pourrait diminuer cette raideur en augmentant la largeur (profondeur) des voûtes; mais l’économie du système en serait fort compromise; il paraît préférable d’établir, sur pieux, des platelages de décharge en béton armé dimi. nuant la poussée.
- Cette solution s’est imposée à Bordeaux (fig. 4) pour un quai sur pieux, qui s’est avancé de façon dangereuse, ce qui a nécessité l’enlèvement des remblais et leur remplacement par une plateforme dite « plateforme de décharge ».
- De même à Saigon, il a été nécessaire de supprimer une partie des remblais à l’arrière d’un mur de quai et de foncer de nouvelles piles supportant un platelage qui repose également sur le viaduc frontal.
- L’avantage de ces murs de quai sur voûtes par rapport aux quais simplement sur pieux est de présenter une masse plus importante à l’accostage des gros navires;
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- mais, par contre, ils peuvent produire un grand inconvénient si les piles ne reposent pas sur un terrain absolument incompressible : dans ce cas, malgré la règle indiquée ci-dessus, pour la stabilité propre des ouvrages de soutènement, la charge de la partie supérieure du mur, correspondant à la longueur d’une voûte et la largeur d’une pile, peut amener des tassements (inégaux dans les piles successives), et provoquer des fissures dans les voûtes qui constituent la partie continue de l’ouvrage.
- A Lisbonne, un système analogue a été employé, les voûtes étant remplacées par des linteaux qui se prêtaient mieux à de légers mouvements à la base; le sol solide n’ayant pu être atteint, on a enlevé les vases jusqu’à 20 m sous le zéro à l’aide de dragues à élindes verticales spécialement aménagées à cet effet; la souille ainsi obtenue a été comblée par des versements alternés d’enrochements et de sable ; les piles ont naturellement subi des tassements, ne provoquant pas de renversement, mais, en quelques endroits, un glissement, qui s’est arrêté, l’ouvrage
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- Fig. 5. — Port du Havre : Nouveau quai du bassin Fig. 6. — Port du Havre (Quai
- de marée (Quai sur voûtes avec plateforme de décharge). continu évidé, à chaises).
- s’étant parfaitement stabilisé grâce à d’importants versements de déchets de carrière en arrière.
- A Nantes, on a adopté un système de tirants en béton armé, qui sous-tendent les voûtes, supprimant leur poussée, et permettent de diminuer la largeur des piles.
- Au Havre (fig. 5), le nouveau quai sur voûtes du bassin de marée présente une hauteur de 29,50 m, les piles étant fondées à la cote (— 20,00) et le couronnement établi à la cote (+ 9,50); le plafond de dragage est réalisé à la cote (— 12,00); le viaduc frontal a une largeur de 12,85 m; on a jugé utile de prévoir une plateforme de décharge sur pieux à l’arrière de.ce viaduc, pour diminuer la poussée des terres, mais, si on est dans l’obligation de décharger ainsi l’arrière d’un quai, la solution des voûtes ne paraît plus très économique; on doit, en outre, se mettre en garde contre les phénomènes dangereux que peuvent produire des battages de pieux en arrière d’un viaduc frontal ; ceux-ci, s’ils étaient trop rapprochés du masque arrière des voûtes, ou trop serrés entre eux, comprimeraient le terrain et auraient tendance à déterminer un certain mouvement des piles ; ils doivent donc être réalisés avec prudence.
- En résumé, nous constatons, en France, que tous les murs sur voûtes établis
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- dans les sols vaseux, la hauteur des couches molles étant limitée, ont donné de bons résultats à Rochefort, Nantes, Saint-Nazaire, Bordeaux et au Havre, mais ne seraient pas à recommander dans le cas de couches de vase d’épaisseur pratiquement illimitée, c’est-à-dire ne permettant pas d’atteindre le sol résistant.
- quai évidé continu. — Il est possible d’obtenir également dans les cubes de maçonneries d’un quai continu, une économie se rapprochant de celle réalisée dans le type à arcades en pratiquant de larges évidements sur une grande partie de sa hauteur; le grand avantage dans cette continuité à la base, est de permettre à la butée d’être effectuée c’est-à-dire que, si l’ouvrage à une légère tendance au glissement, ce mouvement sera général et s’arrêtera quand la base s’épaulera au terrain vierge découpé par le tranchant des caissons et non soumis au dragage ; on améliorera très sensiblement la stabilité de l’ouvrage en disposant, à l’arrière, suivant les principes de M. l’Inspecteur général Minard, de fortes consoles en maçonnerie ou béton, appelées « chaises », qui tendent à ramener le point de passage de la résultante des forces au milieu de la base (fîg. 6).
- murs de quai sur pieux. — Un des types classiques des murs de quai en terrain vaseux est le mur. fondé sur pilotis. Ces quais ont un grand nombre d’avantages dans les terrains vaseux :
- Ils sont légers et chargent peu le terrain qu’ils ont tendance à consolider en le comprimant ;
- Ils représentent généralement une solution économique pour rechercher l’appui sur le bon sol, si la longueur des pieux n’est pas exagérée;
- Ils exigent peu de déblais et il y a souvent intérêt à ne pas bouleverser les sols argileux ou vaseux, qui se mettent facilement en mouvement lorsque leur équilibre est rompu ;
- Ils facilitent un élargissement de la construction pour lui permettre de résister à la poussée des terres ; il est assez fréquent de porter la largeur de l’appontement à une valeur telle que le talus des terres sous le patelage soit le talus naturel, ne produisant par conséquent aucune poussée : la surcharge sur le platelage de l’apponte-ment est transmise, par les pieux, au sol de fondation tandis que dans la plupart des types de quais, cette surcharge, agissant sur le terre-plain, se transforme en poussée horizontale. Par contre, les murs sur pieux sont fragiles, exigent beaucoup d’entretien en raison de leur faible masse qui fait que le choc des navires leur cause souvent des avaries. On peut citer de nombreux exemples de ces quais-appontements :
- Un quai à la Nouvelle-Orléans (É.-U.) reposant sur 25 files de pieux surmontant un talus de 2,5 pour 1 (Rapport de M. Coleman, Congrès de Navigation du Caire 1926) ;
- Des quais du port d’Amsterdam (fig. 7);
- Des quais semblables, au port de Corpus Christi (Texas), au port d’Auckland (Nouvelle-Zélande), au port de Gotenbourg (Suède) (fîg. 8) où le platelage surmontant le talus des terres atteint 34 m de largeur pour un quai de 11,40 m de hauteur.
- L’exécution de ces murs devient cependant très difficile pour les grandstirants d’eau et spécialement dans les ports à grande variation de marée; on est alors conduit à des longueurs de pieux de 15 à 20 m, et même davantage, dont la manutention, la mise en {fiche et le battage sont des opérations délicates; les risques de
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- QUAIS DE GRANDE HAUTEUR EN TERRAINS COMPRESSIBLES.
- 497
- flambage, par manque d’entretoisement et liaison des pieux, deviennent dangereux, bien que 1 on puisse y remédier en groupant les pieux en « bouquets » et en les
- «a, 1Wjn.
- Fig. 7. — Port d’Amsterdam (Quai à fondation haute).
- encerclant par des anneaux en béton armé superposés, formant une enveloppe dans laquelle on coule du béton maigre.
- Nous pouvons citer comme quai de ce type, celui édifié tout récemment au
- Sable rapporte
- Fig. 8. — Port de Gotenbourg : Bassin central.
- Havre (fig. 9), par la Compagnie industrielle maritime; c’est un exemple remarquable de quai sur pieux de très grande hauteur, de la cote (— 14,00) du dragage
- <Q.OO)
- Plafond à C-m-.ooh
- 1 V veSO.OO)
- Port du Havre : Quai Nord de la Compagnie industrielle maritime (Quai sur pieux).
- à celle du couronnement (-b 9,50); les pieux de 25 m de longueur environ, sont groupés par 9 pour former des piles d’accostage, espacées de 43 m ; ils sont entourés
- 130e Année. — Juillet-Août-Septembre 1931. 34
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- d’une gaine en béton armé, d’une seule pièce, pesant 200 t, mise en place par une grue « Simbad » extrêmement puissante, puis remplie de béton ; un ouvrage de soutènement des terres est constitué par des voiles en béton armé, assemblés sur pieux battus à 20 m en arrière des piles, et agissant entre les cotes (0,00) et (h-9,60); il
- repose au sommet d’un talus dragué à 2,5 pour 1, puis revêtu d’un massif de galets et enrochements réglés à 3 pour 2 ; au-dessus de ce talus et le recouvrant, règne un platelage en béton armé de 16 m de largeur, reposant sur 4 files de pieux et supportant les voies ferrées; il est indépendant des piles et de l’ouvrage de soutènement; les piles d’accostage sont reliées au masque arrière par des entretoisements en béton armé, prolongés par des tirants en acier, enrobés de béton, jusqu’aux massifs d’ancrage situés à grande distance (25 m) dans le terre-plain : les voiles de limitation des remblais sont également retenus, entre les piles, par des tirants agissant
- sur des ancrages à 15 m en arrière.
- Nous citerons également, comme quai de ce type, celui qui va être édifié à Bordeaux (fig. 10) pour le rempié-tement des anciens quais; les pieux
- Fig. 10. — Poil de Bordeaux: Nouveau quai au droit du Quai Louis XVIII.
- *.,cu. 1/rt
- . 12. — Quai Christiani et Nielsen.
- seront groupés par quatre dans des chemises en béton armé de 3,06 m de diamètre remplies de béton ; ces piles ne sont espacées que de 6 m et font partie intégrante du quai; le platelage est formé d’une dalle en béton de 1,50 m d’épaisseur, qui donne au quai une masse importante, de même que le petit mur antérieur de 3,37 m
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- QUAIS DË GRANDE HAUTEUR. EN TERRAINS COMPRESSIBLES.
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- d’épaisseur, qui limite le terre-plain surmontant cette dalle, supportée par des pieux dont les uns sont inclinés vers la rivière et les autres vers les terres, assurant ainsi une grande stabilité.
- Nous pourrions également citer d’autres solutions pour contreventer les pieux antérieurs d’un mur de quai exposé aux chocs ; elles ont, du reste, été indiquées dans divers mémoires présentés aux Congrès de Navigation.
- Au port de pêche de Lorient (fîg. il) notamment on a employé une méthode un peu moins coûteuse que l’enrobage complet de bouquets de pieux dans des cylindres de béton ; on s’est contenté de réunir les pieux, d’un groupe de 5 ou de 8 pieux, par des disques en béton massif coulés sous l'eau à deux ou trois niveaux ; on a complété cette défense par des ducs d’Albe placés en avant et complètement indépendants ; ce môle a été construit sur une couche de vase surmontant le rocher et dont l’épaisseur était suffisante pour réaliser un encastrement convenable de la base de l’ouvrage.
- On conçoit fort bien que, dans les différents murs de quai sur pieux, on puisse faire des limitations de terre-plains, par des rideaux de palplanches, situés en des positions très différentes, depuis la paroi verticale en alignement de la file avant des pieux, jusqu’au rideau, de faible hauteur, en crête d’un talus, plus ou moins raidi, et positions intermédiaires entre les deux systèmes ; dans chaque cas particulier, les ouvrages devront être étudiés avec le plus grand soin et la plus grande prudence.
- Quand les talus sont protégés par des enrochements, il convient de soigner particulièrement le « bourrelet de pied » et les versements, qui doivent être effectués très méthodiquement, afin d’éviter le glissement de ces masses, qui faucheraient les pieux.
- Il est juste de signaler tout spécialement parmi les murs de quai sur pieux, ceux du type Christiani etNielsen (fig. 12), constitués principalement par une dalle massive surmontée d’un petit mur de quai et reposant sur une file de palplanches à l’avant et sur des pieux inclinés à l’arrière, de telle sorte que la résultante de la charge verticale et de la poussée fasse toujours travailler les pieux à la compression, sauf pour les pieux (généralement à l’arrière de l’ouvrage), inclinés vers le terre-plain, destinés aussi bien à résister en cas de chocs sur le quai qu’à la traction au cas contraire; ces pieux, de fruits opposés, doivent, autant que possible, être associés en tête pour éviter des efforts dangereux pour la dalle. Comme nous venons de l’indiquer, les palplanches peuvent être à l’avant, à l’arrière, ou même dans une position intermédiaire ; ces quais sont caractérisés par la grande masse que présentent la dalle horizontale et le mur qui la surmonte.
- Les quais du « type de Rouen » (fig. 13) sont caractérisés également par la recherche d’une masse d’accostage suffisante, obtenue en fondant les maçonneries assez bas, dans des caissons en bois, échoués sur des pieux et dont les parois sont ensuite démontées en vue de nouvelles utilisations à l’avancement; derrière ce quai,
- Quai de Rouen,
- Fig. 13,
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- un talus en enrochements raidit la rive et, au-dessus de ce talus, se trouve un plate-lage en bois supporté également par des pieux.
- Pieux à vis. — Nous ne citons que pour mémoire ce type d’ouvrage, à recommander surtout pour les quais en rivière, à faible tirant d’eau et dans les alluvions présentant une certaine « cohésion », car ces pieux, ne pouvant s’enfoncer très profondément, ne sauraient s’opposer au glissement; les vis, pouvant atteindre 1,50 m de diamètre, constituent la surface portante et s’enfoncent dans le sol par la rotation des pieux.
- A Saint-Nazaire (fig. 14), on a disposé, à 1,50 m au-dessus de la pointe des pieux, des semelles en béton armé, maintenues par des consoles et s’appuyant sur
- une couche d’enrochements protégeant les talus de vase.
- Une variante de pieux, quand le terrain solide ne peut être atteint, est le système des pieux à ailettes, qui offrent une grande résistance à l’enfoncement par suite du frottement (fig. 15).
- MURS DE QUAI SUR CAISSONS OU SUR BLOCS. — Un autre procédé classique, qui peut être employé aussi bien soit pour descendre la fondation jusqu’au terrain solide, soit pour l’établir sur un massif de terrain rapporté, quand l’épaisseur de la couche de vase est considérée comme illimitée, consiste à draguer cette vase et à la remplacer par un massif d’enrochements ou de sable sur lequel on fonde un mur constitué soit par des grands caissons, en béton armé ou non, amenés par flottaison, soit par des blocs de béton posés avec un fort ponton-mâture.
- Ce système pourrait être employé plus fréquemment depuis que M. l’Inspecteur général Minard, comme nous l’avons signalé, a proposé un nouveau profil des murs dits « à chaise », qui permet d’obtenir que la résultante des forces passe exactement au milieu de la base et que, par suite, le tassement se fasse verticalement; il devient alors possible de fonder des murs de quai sur des talus d’enrochements de grande hauteur atteignant 12 à 15 m et plus.
- a) Murs sur caissons simplement échoués. — Les types de murs fondés à l’aide de grands caissons sont actuellement assez nombreux; nous pouvons citer ceux de Marseille, de Rotterdam (fig. 16), de Soerabaja (Java), celui de Kobé (fig. 17), où les caissons étaient dvssymétriques afin de répartir logiquement la matière au prix de plus grandes difficultés de mise en place.
- Parmi les inconvénients possibles des grands caissons simplement échoués, nous citerons : la fissuration éventuelle si la plateforme d’échouage n’est pas parfaitement réglée ; la tendance au glissement, le mur recevant la poussée intégrale de la vase
- Fig. 14 et 15. — Port de Saint-Nazaire (Appontement sur vase et pieux à ailettes).
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- QUAIS DE GRANDE HAUTEUR EN TERRAINS COMPRESSIBLES.
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- qui est considérable, la paroi arriéré lisse sur laquelle le frottement des terres est faible, ce qui accroît la poussée: le manque d’adhérence du gros béton aux parois des caisses par suite des vibrations dues aux engins de déchargement ou au passage des trains.
- Par contre, nous devons signaler les avantages suivants : l’exécution du béton à
- Fig. 16. — Port de Rotterdam (Mur-caisson, Fig. 17. — Port de Kobé.
- nouveau type).
- sec dans les caissons peut se faire dans un chantier de lestage, des masses importantes de maçonneries peuvent être ainsi remorquées et échouées à leur emplacement, permettant une marche accélérée du travail ; la stabilité de ces grandes masses est, a priori, meilleure que celle d’un mur en petits blocs superposés; le matériel est simplifié; on évite l’emploi des chalands porte-blocs et des pontons-mâtures.
- • Rocher al-18j2o)
- 35.00
- Fig. 18.— Port de Marseille : Bassin du Président Wilson
- Fig. 19. — Port de Trieste : Bassin des Doges.
- (Quai sur grands caissons).
- Ces murs offrent de grandes facilités d’allégement, comme il a été réalisé au bassin Président-Wilson, à la traverse du Cap Janet, à Marseille (fig. 18) : quelques-unes des alvéoles restent vides et sont recouvertes par des voûtes; les autres sont remplies de béton et forment piles de résistance pour l’accostage des navires; les cellules arrière sont remplies de béton pour ramener en arrière la résultante des forces qui agissent sur le mur.
- b) Murs en gros blocs arrimés. — Les types de mur de quai en gros blocs posés sur enrochements sont relativement lourds et ne sont acceptables sur terrain vaseux
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- que si la couche d’enrochements repose directement sur un bon sol après enlèvement des couches de vase.
- Au port de Trieste (fig. 19) cependant, dans le Bassin des Doges, où le rocher était à la cote (— 18,00), on a pu se contenter de draguer à la cote (— 14,00) par suite de la grande largeur du massif d’enrochements en avant du mur qui a chargé les vases et arrêté ainsi leur mouvement d’avancement.
- Au même port de Trieste, au Bassin du Duc d’Aoste (môle VI), on a dû extraire la vase molle jusqu’à (— 28,00) pour atteindre un fond solide et la remplacer par des enrochements sur une épaisseur d'environ 19 m; en raison de la grande hauteur de massif d’enrochements, les quais ont subi des tassements, avec basculement vers le port qui aurait pu être évité par l’application des murs à chaise.
- Parmi les murs en gros blocs, fondés sur enrochements, bien que non prévus spécialement en vue des terrains vaseux, nous pouvons citer le nouveau mur à chaise du port d’Alger, dont le type pourrait être appliqué, dans le cas, que nous étudions spécialement, de grandes profondeurs de mauvais terrain (fig. 20).
- (4 1.95
- r/'/7//////Z/y/7////y//'/v//
- fciÆSl
- c3j rCEnrochements'
- Déchet
- \ Enrochements
- Terrain nature!
- carrière
- Enrochements.
- Fig. 20. — Port d’Alger: Bassin de Mustapha Fig. 21. — Port de Bizerle.
- (Mur de quai à chaise, en gros blocs).
- Un type de quai très économique, donnant un tirant d’eau de 8 m, a été réalisé au port de Bizerte (fig. 21), en retraitant vers le terrc-plain le deuxième massif d’enrochements, de même que le petit mur qui le surmonte; dans ce cas, les-navires doivent s’épauler sur des ducs d’Albe et les déchargements s’opérer par des engins à grande portée.
- CONSOLIDATION DU SOL PAR REMBLAIS EN GRANDES MASSES. — La méthode de consolidation d’un sol vaseux par apport d’un remblai de sable, préalablement à tout travail, a été très souvent employée ; nous citerons en particulier, les ports de Bot-terdam, Soerabaja, Stockholm, Amsterdam, Patras. Il est à noter que la dépense de ce sol artificiel augmente notablement le prix des quais et peut y participer jusqu’à 50 p. 100 de leur valeur; malheureusement, quelle que soit la solution choisie pour la construction de l’ouvrage, par grands caissons ou blocs artificiels notamment, il est souvent indispensable d’enlever complètement le mauvais terrain pour le remplacer par un bon remblai de sable et gravier, souvent sur de grandes hauteurs.
- Au port de Stockholm (fig. 22), le sol résistant se trouvait entre (— 22,00) et (— 24,00) et était recouvert par 12 à 15 m de vase molle sur laquelle on a versé directement un remblai de gravier qui s’est enfoncé par son propre poids ; pour le faire descendre jusqu’au sol résistant, il a fallu cependant, à plusieurs reprises, faire
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- exploser des charges de dynamite à la jonction des deux terrains; on a construit, dans ce remblai, un mur de quai sur pieux, qui présente la particularité suivante : afin d obtenir une masse de résistance sérieuse aux accostages, les deux files de pieux à l’avant sont englobées dans un massif de béton coulé entre deux files de palplanches jointives.
- La hauteur des remblais, en sable de la Meuse et du Lek, atteignait 22 m à Rotterdam (fig. 23) ; dans ce remblai, on échoua des caissons en béton armé après préparation d’une plateforme à la cote (— 11,00).
- Malgré toutes les précautions prises dans l’exécution de ce sol artificiel, il n’est pas toujours absolument sûr et peut n’être pas réalisable lorsque des glissements de terrain ou des courants ont tendance à ramener des vases dans la fouille draguée, ou sur le remblai en cours d’exécution; c’est ainsi qu’à Soerabaja, trois caissons de 40 m de longueur, d’un quai sur caissons en béton armé, glissèrent sur un sol de sable mis à la place de la vase draguée.
- ACCIDENTS A REDOUTER POUR LES MURS DE QUAI ÉTABLIS SUR TERRAINS VASEUX. — Nous croyons utile, en terminant cette note, de rappeler quelques accidents, bien connus, causés par les terrains vaseux et d’indiquer les procédés adoptés pour y remédier, car on peut en tirer des enseignements précieux.
- 1Q.QO____
- (-14,50)
- Fig. 22. — Port de Stockholm.
- Fig. 23. — Port de Rotterdam (Amélioration du terrain pour la fondation d’un mur-caisson).
- Les accidents se produisent de différentes façons, entrant dans une ou plusieurs des catégories suivantes :
- 1° Par enfoncement plus ou moins vertical par suite du poids exagéré de l’ouvrage qui fait céder le terrain compressible sur lequel il est fondé;
- 2° Par basculement vers le bassin à cause d’une mauvaise répartition des pressions ou du manque de résistance à la flexion des supports de la fondation;
- 3° Par glissement vers le large par défaut d’adhérence du quai sur sa fondation ou glissement général du terrain.
- Nous avons vu que, lorsque les mouvements sont faibles, on peut s y opposer par l’adjonction de tirants, en acier ou béton armé, ancrés dans des blocs de maçonnerie ou de béton, ou reliés à des pilotis disposés dans le terre-plain à une distance assez grande pour se trouver hors du massif en mouvement.
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- Nous avons indiqué également qu’on peut décharger l’arrière des murs en substituant au mauvais terrain des remblais de bonne qualité, ou en recouvrant l’excavation par des voûtes (Bordeaux, Rotterdam), par un plancher sur estacade (South-ampton), par une plateforme de décharge sur pieux (Le Havre), par un plancher soutenu par des piles foncées à l’air comprimé (Saigon).
- Dans la première catégorie, peuvent entrer :
- L’accident de La Spezia, où un mur de quai sur blocs s’est enfoncé dans la vase en se penchant en arrière, et celui de Rotterdam (1853), mur fondé sur enrochements posés sur la vase, qui a reflué en avant, comme cela se produit generalement sous l’influence de l'enfoncement d’un quai ;
- Au port de Trieste (fig. 24 et 25), des accidents semblables se sont produits aux
- môles I, II, III, IV, du bassin Victor-Emmanuel III, creusé en terrains très défavorables, la couche de vase surmontant la marne et atteignant des hauteurs de 10 à 23 m ; les quais ont été construits en blocs de béton posés sur une digue en enrochements édifiée directement sur la vase (môles I et II) ou après dragage d’une partie de cette vase jusqu’à la cote (— 12,00) (môles III et IV); les blocs inférieurs s’étant tassés sur une très grande hauteur avec de forts déplacements horizontaux vers le large, on fut dans la nécessité de poser de nombreux blocs supplémentaires sur les premiers;
- L’accident survenu au môle VI (tassement et inclinaison vers le bassin), a été indiqué ci-dessus et rentre dans les lre et 2° catégories;
- De même, dans ces deux catégories, se classe l’accident du mur sur pieux de Bordeaux, les pieux s’étant inclinés sous la poussée des terres.
- Dans la troisième catégorie, nous citerons l’accident du mur de quai au 2e bassin de Trieste, où le mur sur blocs s’avança de 8 à 9 m vers le large; nous pouvons classer également dans cette catégorie, les accidents survenus aux quais sur grands caissons de Soerabaja et Semaranaz (Java) : glissement des caissons en avant, bien que la vase eût été remplacée par du sable.
- Se classant dans les trois catégories d’accidents, rappelons le cas d’un quai sur blocs à Brest, qui a tassé, glissé et versé, par suite d’enfoncement des enrochements dans la vase sous la surcharge des blocs, et le cas à Alger, du Môle Amiral Mouchez (blocs sur massif d’enrochements), qui a avancé de 0,60 m avec inclinaison vers le port, parce que ces enrochements, en certains points, avaient été déposés sur des poches de vase Dans la suite, on remédia à cet inconvénient en enlevant soigneusement cette vase avant échouage des enrochements, puis en les pilonnant, avant la pose des blocs, avec un « bloc-pilon » présentant une base de surface réduite, qui permettait d’obtenir une pression au moins égale à la plus forte pression devant être exercée par le mur en service,
- nuel lit.
- Fig. 2o. — Port de Trieste : Bassin du Duc d’AosIe, môle VI (Tassement de 3 m avec glissement vers le large).
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- QUAIS DE GRANDE HAUTEUR EN TERRAINS COMPRESSIBLES.
- 505
- RÉSUMÉ ET CONCLUSION.
- De 1 examen des solutions variées qui ont été adoptées, dans divers pays, en des cas analogues, mais jamais rigoureusement semblables, nous ne pouvons évidemment tirer des conclusions absolues ; nous nous sommes attaché simplement à rappeler les éléments, si divers, qui conditionnent l’établissement d’un quai au double point de vue de sa fondation et de son exploitation; nous avons fait ressortir, pour la détermination du type d’ouvrage, l’influence des vents, des courants, des marées à grand ou faible marnage, de l’état de la mer, de la sécurité des abris de protection, de la valeur des matériaux disponibles, enfin de la nature du sol, en nous arrêtant plus spécialement au cas des mauvais terrains en couches plus ou moins profondes.
- Si la fondation du quai doit atteindre, à des profondeurs de 15, 18 et 20 m, un sol résistant, on peut traverser les vases par des caissons descendus à l’air comprimé et servant de base soit à des murs continus évidés, soit à des murs sur piles et voûtes; la pression sur le terrain qui en résulte est toujours assez forte.
- On peut également, dans ce premier cas, draguer jusqu’au bon sol, le relever par une couche d’enrochements de hauteur convenable, et échouer ensuite des caisses divisées en alvéoles vides ou remplies de sable ou de béton, suivant la zone à alléger ou charger pour la stabilité; ces caisses peuvent être remplacées par des blocs convenablement arrimés et reliés par des rails ou de toute autre manière.
- Si l’on recherche une édification rapide, économique, et qu’on ait moins à tenir compte des frais d’entretien, le mur sur pieux avec talus naturel du terrain et plate-lage en béton armé au-dessus, peut parfaitement convenir, à condition que les pieux n’atteignent pas de trop grandes longueurs, et que des précautions spéciales soient prises en vue de l’accostage.
- Nous avons cité des exemples de chacun de ces types de quai ayant donné toute satisfaction.
- La solution du problème est autrement difficile lorsque la fondation d’un quai ne pourra atteindre un terrain pratiquement incompressible; il semble bien évident que la masse vaseuse devra être enlevée, sur une assez grande hauteur, et remplacée par du sable, du gravier ou des enrochements; ces bons remblais devront pénétrer assez profondément et offrir une grande surface de base, c’est-à-dire une grande largeur, à l’arrière, pour diminuer la poussée, et à l’avant, pour charger les vases et les empêcher de refluer.
- Il y a malheureusement des couches profondes de vase molle, impossibles à draguer par suite d’apports rapides de nouvelles vases dans les fouilles avant échouage des bons remblais ou formant des plans de glissement entre les versements successifs de ces remblais; on a eu recours, dans ce cas, au procédé coûteux de la consolidation du sol par versement direct, sur le mauvais terrain, de sable ou de gravier en grande masse faisant refluer les vases en avant et en arrière; il est prudent de laisser la surcharge agir pendant un temps assez long, et d’étudier le type de mur le plus léger possible ; il ne faut pas chercher à accélérer la compression du sol par l’emploi de gros blocs dans la construction du quai : ceux-ci ne manqueraient pas de s’incliner durant le tassement; l’usage des grandes caisses, convenablement évidées et allégées, paraît très indiqué sotis la réserve simplement de s’opposer à leur glissement (ripage en avant), par emploi, en arrière, de remblais de faible poussée, enrochements ou déchets de carrière.
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- Si, au contraire, les alluvions sont constituées par des vases plus ou moins sableuses, des argiles assez consistantes pour permettre un dragage à 18 ou 20 m. de profondeur, on pourra établir au-dessus de ces cotes, suivant les matériaux dont on dispose à proximité du port, un sol artificiel résistant, servant de matelas de répartition des charges.
- Si ce matelas intermédiaire est formé de masses sableuses, le type de quai à construire devra être choisi, comme précédemment, parmi ceux produisant une faible pression unitaire sur la fondation et la chargeant d’une manière aussi uniforme que possible; c’est encore le cas des caissons évidés, à recommander spécialement dans les ports sans marée où le quai est construit presque complètement dans l’eau.
- Quand la nature des remblais rapportés se prête au battage des pieux, nos préférences iraient à ce système, qui permet, par un groupement convenable de ces pieux, d’obtenir l’uniformité souhaitée dans la répartition des pressions ; il suffit pour cela que le centre de. gravité de l’ensemble des sections de pieux coïncide sensiblement avec le point de passage de la résultante des forces (poids du mur et poussée des terres) ; ce résultat peut être obtenu presque à toute hauteur (réserve maintenue au sujet du flamblage des pieux de trop grande longueur) en multipliant les pieux dans la partie avant du mur et en donnant une inclinaison convenable à ceux de l’arrière; d’autre part, pour conserver une masse suffisante à ces quais, il est nécessaire, à l’encastrement des pieux dans la dalle de béton, de donner de fortes dimensions à cette dalle, en largeur et en épaisseur, et de l’établir au niveau le plus bas possible, juste au-dessus des basses eaux, dans un port à marée et même plus bas si on peut l’exécuter à l’abri d’un batardeau.
- Ainsi que nous l’avons vu dans divers exemples, cette dalle sera surmontée d’un mur, formant bordure de quai, ajoutant sa masse à la sienne et servant à l’appui des navires qui se fera en sécurité si l’on a soin de grouper les pieux avant en bouquets dans des chemises en béton armé emplies de béton maigre ou de les protéger par des piles d’accostage, établies d’après les mêmes principes et pour des longueurs de pieux ne dépassant pas une vingtaine de mètres.
- Si la proximité de bonnes carrières permet de réaliser le matelas répartiteur avec des enrochements et mieux, de souder le massif rapporté au bon sol, le procédé des blocs monolithes en béton est applicable, même sur de grandes hauteurs d’enrochements, à condition d’adopter un profil « à chaise », où la résultante des forces passe au milieu de la base de manière à produire des tassements verticaux; le soubassement en enrochements devra être symétrique et ne pas reposer, même en partie, sur une couche inclinée d’argile favorisant le glissement.
- Tous ces types d’ouvrages sont étudiés pour des quais à grand trafic; dans le cas d’une exploitation plus réduite, le mur à chaise permet des solutions économiques; il peut être placé au sommet, ou en un point quelconque, d’un massif d’enrochements; on pourra également utiliser un simple talus protégé, les navires étant maintenus à distance par des radeaux comme à la jetée du Homet, ou des ducs d’Albe comme à Bizerte, et les déchargements exécutés par des engins à grande portée.
- Derrière les murs continus établis dans les ports à marée, une retenue des eaux augmente la poussée aux basses mers; il y a intérêt à prévoir des drains favorisant leur écoulement tout au moins pendant la période de tassement des remblais ; si ces drains viennent à se boucher plus tard, la cohésion des terrains étant réalisée, leur poussée deviendra plus faible.
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- BULL. DE LA SOC. D ENCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. —JUILL.-AOUT-SEPT. 1931.
- COMITÉ DE NORMALISATION DE LA MÉCANIQUE
- Rapport présenté à l’Assemblée générale annuelle du 8 juillet 1931.
- par M. Mériel-Bussy, Ingénieur des Arts et Manufactures, secrétaire du Comité.
- Depuis notre dernière réunion, il y a un peu plus d’un an, le Comité de Normalisation de la Mécanique a été frappé à nouveau par trois pertes cruelles, celles de MM. Schwarberg, Gougis et Levis, qui portaient tous trois, à des titres divers, un intérêt tout particulier à la normalisation.
- Si la maladie retenait déjà depuis longtemps M. Levis éloigné de nos séances, vous savez, que, par contre, M. Schwarberg resta assidu à celles-ci jusqu’au dernier moment, ainsi qu’à celles de l’AFNOR, dont il était le vice-président. Quant à M. Gougis, il n'est pas nécessaire de rappeler ici son rôle de précurseur et son inlassable activité dans tout ce qui concernait la normalisation des machines agricoles, et, sur un plan plus général, la normalisation rationnelle.
- Vous vous associerez comme nous, Messieurs, aux regrets que nous cause la disparition de ces trois membres, et aux sentiments de sympathie déjà adressés par nos commissions d’études à M. André Gougis, continuateur de l’œuvre paternelle au sein de ces commissions.
- Depuis notre réunion de juin 1930, toutes nos commissions d’études ont pu fonctionner normalement dans le cadre des directives arrêtées par le Comité au cours de ses précédentes réunions.
- On peut donc considérer les méthodes comme désormais bien établies, ainsi qu’on pourra d’ailleurs en juger par l’exposé qui va suivre.
- Parmi ces directives du Comité, la plus importante est celle qui concerne la politique générale de normalisation, politique définie et affirmée par lui à plusieurs reprises, et plus spécialement au cours de sa réunion de mars 1930.
- Rappelons en deux mots que la politique ainsi définie consiste à faire de la normalisation rationnelle et homogène dans le cadre du système métrique, et à en rechercher l’internationalisation dans la mesure du possible; cette politique, qui était également celle de l’ancienne Commission permanente de Standardisation (C.P.S.), est actuellement suivie, outre le Comité de Normalisation de la Mécanique, (C.N.M.) par l’Union des Syndicats de l’Électricité et par le Bureau de Normalisation de l’Automobile, qui s’en est fait un des meilleurs propagandistes.
- Le Comité supérieur de Normalisation vient de se saisir à son tour du problème dans l’intention de définir une politique de Normalisation encore élargie et applicable non plus seulement aux industries mécaniques et voisines mais à l’ensemble des intérêts français.
- Nous aurons à examiner tout à l’heure de quelle façon notre Comité pourra le plus utilement collaborer à cette étude d’ensemble.
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- 508 NORMALISATION DE LA MÉCANIQUE. — JUILLET-AOUT-SEPTEMBRE 1931.
- Au point de vue technique, la politique actuelle de normalisation repose sur l’application du fascicule X de la C.P.S., complété et commenté par les règles d’homogénéité de notre norme CNM 110 ‘É
- Cette norme est véritablement la clef de voûte de tous nos travaux, travaux dont il serait impossible de donner dans ce rapport un compte rendu même succinct mais dont nous voudrions du moins mettre sous vos yeux, aussi brièvement que possible, le schéma d’ensemble. Le nombre d’études terminées ou en cours est en effet considérable et aurait certainement suffi, si nous avions adopté la méthode de travail en usage dans certains pays, à justifier la création d’au moins une soixantaine de commissions.
- En fait, une seule commission, celle des éléments de machines, centralise une tâche, immense en principe, mais dont elle a délégué une part importante à d’autres commissions cantonnées chacune dans un domaine spécialisé, quoique souvent encore fort vaste : ajustements, filetages et rivets, tolérances de filetage, dessins techniques, petit outillage, tuyauteries, raccords, machines agricoles, machines textiles.
- La Commission des Éléments de Machines s’est réservé l’élaboration des principes généraux de base et l’étude des multiples éléments de la construction mécanique ne rentrant pas dans le cadre des commissions précitées.
- Son premier soin a donc été l’établissement des règles d’homogénéité des normalisations et leur application à la norme dite des « diamètres normaux ».
- Passant à la normalisation des machines-outils, elle a divisé le problème en trois parties principales : étude des caractéristiques de ces machines, détermination du sens de manœuvre des organes de commande, établissement d’une gamme normalisée de vitesses et d’avances, afin d’unifier la désignation des machines susceptibles d’un résultat déterminé, d’assurer l’interchangeabilité du personnel chargé de leur conduite, enfin de permettre l’organisation rationnelle des ateliers par le calcul préalable et rapide des temps d’exécution.
- L’accouplement des moteurs électriques aux machines réceptrices posait des problèmes délicats, qui ne pouvaient être résolus qu’en accord avec les syndicats de l’électricité. Sont actuellement à l’étude dans ce domaine, soit à l’Union des Syndicats, soit au Comité de la Mécanique, et en pleine collaboration entre ces deux organismes, les questions suivantes : bouts d’arbres, accouplements à plateaux, accouplements élastiques, moteurs à flasque-bride, interchangeabilité des moteurs électriques, hauteurs d’axe, cette dernière question faisant toutefois l’objet depuis déjà plus d’un an d’une norme définitive.
- Parmi les éléments de machines les plus importants, citons encore, comme normes définitives, celles de clavetages et celles d’engrenages.
- Les roulements à billes et les arbres cannelés, autres éléments de première importance, ont, d’accord avec la Commission, été étudiés par le Bureau de Normalisation de l’Automobile, pour lequel ces normalisations présentaient un caractère particulier d’urgence.
- La normalisation des chaînes de levage, en ce moment sous presse, et toutes les normes d’organes de transmission, arbres, poulies, paliers, chaises, semelles,
- (1) Voir le Bulletin d’avril 1931, p. 213.
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- consoles, etc., sont à ajouter a la liste, ces dernières établies sur les indications du groupe des fabricants d’organes de transmission.
- Parmi les éléments de détail, nous trouvons, déjà parues ou en cours d’étude, des normes de volants, poignées, manivelles, manettes, bagues d’arrêt et bagues de graissage.
- L étude des éléments spéciaux aux machines-outils a englobé jusqu’ici les nez de broches de tours, les rainures à T, les emmanchements cylindriques d’outil-lage, les supports d’outils, les emmanchements coniques.
- Cette dernière question donne lieu a des études expérimentales approfondies qui sont en cours dans les ateliers de l’École des Arts et Métiers de Paris et seront vraisemblablement poursuivies au Laboratoire d’Essais du Conservatoire national des Arts et Métiers.
- Les supports d’outils et emmanchements cylindriques ont été normalisés à partir de la norme primordiale des sections d’aciers à outils, et c’est sur la même base que vient d’être adoptée définitivement la norme des outils de coupe (outils à cha-rioter, planer, dresser, fileter, aléser, raccorder, etc.), dont l’initiative est due à la Chambre syndicale des Industries métallurgiques du Rhône.
- La normalisation des forets est à l’étude sur le plan international, et a été confiée à notre Comité; cette étude englobe environ une douzaine de types d’outils, depuis les forets à centrer jusqu’aux forets pour vilebrequins.
- Les guides pour bagues de perçage, les tarauds, divers types de fraises, les arbres porte-fraises et bagues de guidage et d’espacement sont déjà l’objet de normes définitives.
- La normalisation des meules est en bonne voie avec la collaboration des fabricants français de meules.
- Les deux commissions des éléments de machines et du petit outillage ont déjà obtenu, on le voit, des résultats considérables. Mais ces résultats resteraient vains dans une grande mesure, si les normes se bornaient à fixer des dimensions sans spécifier les tolérances admissibles.
- L’étude de ces tolérances a nécessité l’établissement d’une commission spéciale, qui a fourni depuis près de quatre ans un effort technique et scientifique de tout premier ordre. Le succès a d’ailleurs couronné cet effort, qui portait au moins autant sur le plan international que sur le plan national.
- A la suite de démarches personnelles, à Berlin et à Pilsen, de nos représentants, une sous-commission internationale à cinq avait été créée en 1928, à Prague, pour l’étude d’un système international d’ajustements. Cette sous-commission, où la France était représentée par MM. Le Besnerais et le commandant Nicolau, a tenu de multiples séances, à Stockholm, Cologne, Saint-Moritz, Prague, Paris, et on se figurerait difficilement la somme d’études personnelles fournies par chacun de ses membres, en liaison avec son propre comité.
- Le résultat a été l’élaboration d’un projet de bonne tenue, immédiatement adopté et publié en France, parce que suffisamment général et logique, malgré de nombreuses concessions de détail faites aux normes étrangères en usage.
- Or ce projet, soumis en réunion générale à Copenhague à tous les comités adhérents à l’Association internationale de Normalisation, vient d’être adopté à
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- l’unanimité, et l’on se trouve ainsi, pour la première fois depuis la normalisation des filetages en 1898, en présence d’une véritable norme internationale.
- Nos délégués ont en outre noté avec plaisir l’insistance de leurs collègues étrangers, à Copenhague, en faveur d’un meilleur échelonnement logique, pour l’avenir, des nombres adoptés, preuve que les idées françaises de pure logique, vivement combattues au début, ont cependant fini par faire leur chemin.
- Par ailleurs, des études sont encore en cours pour les ajustements de grand diamètre, les forts serrages, le système dit à axe normal, et les divers types de calibres vérificateurs. La France assure le secrétariat international pour la première de ces questions, dont la solution rapide intéresse au plus haut point certains de nos grands constructeurs.
- La Commission des Tolérances de Filetages, de création beaucoup plus récente, s’oriente dans la même voie que la Commission des Ajustements.
- A l’intérieur, elle soulève le même intérêt technique et scientifique, la même passion, pourrait-on dire, renforcée encore par le fait que le problème est infiniment plus complexe et pose des questions d’outillage qu’ignorent les ajustements lisses, et qui ont amené en particulier la Commission à faire entreprendre sur des tarauds de minutieuses mesures comparatives.
- A l’extérieur, une sous-commission internationale de quatre membres, au sein de laquelle notre Comité est représenté par son vice-président, M. Pernollet, conduira sans doute, dans un délai plus ou moins long, à l’élaboration d’une norme internationale des tolérances de filetages.
- Les filetages eux-mêmes sont normalisés de longue date. Toutefois, la norme ne commençait jusqu’ici qu’au diamètre 2,5 mm, et rien n’était fixé au-dessous de ce diamètre.
- Trois ans d’études, enquêtes, contre-enquêtes et compromis ont été nécessaires pour prolonger cette norme au-dessous de 2,5 mm, et l’accord définitif avec le Bureau de Normalisation de l’Horlogerie, récemment créé, n’est intervenu qu’il y a quelques semaines à peine, au cours d’une réunion à Besançon, à laquelle nous étions représentés.
- Signalons aussi que les divergences qui subsistaient jusqu’ici entre les normes de filetages à pas fins de différents pays viennent d’être aplanies, à la Conférence internationale de Copenhague, par l’adoption de pas qui se trouvent être justement ceux de la norme CNM.
- La Commission des Filetages et Rivets a établi en outre un certain nombre de nouvelles normes en relation étroite avec les questions de filetage ou de boulon-nerie : avant-trous de taraudage, trous de passage des boulons, perçages et lamages, surface d’appui des boulons, repérage des pièces filetées à gauche.
- La norme des clés à écrous, arrêtée depuis de longs mois, et retardée dans sa publication par des difficultés purement matérielles, va paraître sans tarder.
- Sont publiées ou en cours d'étude : des normes d’axes et rondelles d’axes, goupilles de position, tolérances sur goupilles coniques, rondelles Grower légères.
- Les normes de vis à bois viennent d’être acceptées au cours d’une récente réunion.
- Enfin, une enquête publique est en cours sur la normalisation des rivets à tête fraisée pour constructions métalliques et navales.
- La représentation symbolique des rivets sur les dessins, étudiée par la Commis-
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- sion des Dessins techniques, va de son côté faire l’objet d’une publication prochaine.
- On sait que cette commission avait déjà publié une dizaine de normes de dessins techniques, dont l’enseignement est au programme de toutes les écoles professionnelles; une norme des écritures à employer sur les dessins y sera adjointe vers octobre prochain.
- Les formats de papier à dessin ont été réservés jusqu’à l’achèvement des travaux de la Commission des Formats de Papiers de l'AFNOR; la Commission a suivi de très près ces travaux, et exprimé le vœu que les besoins des usagers soient pris en considération avant tout.
- La représentation symbolique des soudures, étudiée au cours d’une série de réunions de sous-commissions, sous l’impulsion de l’Office central de l’Acétylène et de la Soudure autogène, va faire prochainement l’objet d’une enquête publique, qui prendra le caractère d’une véritable étude technologique de tout premier intérêt sur les divers procédés de soudure.
- La représentation symbolique des ressorts et engrenages, déjà adoptée, sera suivie de l’étude de celle des vis et boulons, et de celle des diverses pièces de tuyauteries.
- Les teintes distinctives à apposer, tant sur les tuyauteries elles-mêmes que sur les plans de tuyauteries, font l’objet d’une norme qui paraîtra très prochainement.
- La normalisation des tuyauteries, qui n’était encore qu’à l’étude lors de notre dernière réunion, a rapidement progressé.
- Les normes de diamètres nominaux, pressions nominales et dimensions de raccordement des brides, parues il y a maintenant un an, constituent l’une des principales armatures de cette normalisation et assurent l’interchangeabilité avec les normes métriques étrangères.
- La ratification de la Convention des Pétroles, et la création correspondante des usines de raffinage et de toutes leurs installations de tuyauteries, a donné aux travaux une nouvelle impulsion; les rapporteurs de la Commission ont fourni un travail intensif pour permettre la publication des normes françaises en temps voulu. Actuellement, sont parues ou sous presse les normes de : brides de robinetterie, brides de tuyaux en acier, brides mandrinées, rivées, mandrinées et rivées, à braser, tournantes, vissées, etc...; seuls les détails de mandrinage ont été réservés provisoirement, ainsi que les diamètres d’emboîtement, à la demande de la Commission centrale des Machines à vapeur du Ministère des Travaux publics, qui, sous la présidence de M. Walckenaer, a mis à l’étude une réglementation des assemblages par brides mandrinées, et se tient en liaison à ce sujet avec notre Commission.
- Les études se poursuivent pour les brides de tuyaux en fonte et un premier échange de vues, aux usines mêmes de Pont-à-Mousson, a permis de préparer utilement les travaux futurs de la Commission.
- Les écartements de brides de robinetterie et la classification de la robinetterie seront soumis dans le bulletin de juillet à une enquête publique de durée réduite, et les normes définitives pourront ainsi paraître très prochainement.
- Parmi les autres questions terminées ou en cours, signalons encore : la simplification des tubes sans soudure du commerce étirés à chaud, les tubes en acier étirés
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- à froid, les tubes en cuivre, et l’établissement de simples feuilles de renseignements, conformément aux directives du Comité, reproduisant les normes étrangères de tubes à gaz et de filetages au pas du gaz.
- La Commission des Raccords, après un démarrage assez lent et difficile, est entrée dans la période de production et a commencé à soumettre, elle aussi, des normes à l’enquête publique. Citons parmi ses travaux : les raccords filetés pour tuyaux flexibles, les raccords symétriques, les dimensions des tuyaux de caoutchouc, et les divers types de raccords pour eau et vapeur.
- La Commission de Normalisation, créée sur l'initiative de la Chambre syndicale des Machines agricoles, bien que n’ayant encore publié aucune norme, a déjà à son actif de nombreuses études, et ses interventions aux conférences internationales de La Haye, en 1930, et de Copenhague en 1931, ont donné d’heureux résultats.
- Les travaux, orientés dès le début par le regretté M. Gougis dans le sens de l’unification rationnelle, ont porté sur les questions les plus diverses : vitesses des moteurs de machines agricoles, raccords graisseurs pour graissage sous pression, point d’attache des tracteurs, arbres cannelés de prise de mouvement, lames et doigts de moissonneuses, dents de herses, de râteaux, de cultivateurs, contenance des barattes, débit des écrémeuses, etc.
- La normalisation du matériel textile, due à l’initiative de M. Thibeau, président de l’Union des Constructeurs de Matériel textile, est conçue suivant un plan général, qui conduira à la création de huit commissions ou sections principales. Ce plan comporte l’application, aux parties mécaniques, des normes de mécanique générale et, dans la partie plus spécialement textile, la simplification des dimensions d’interchangeabilité et des pièces de rechange.
- Les travaux ont commencé par la Section de la Laine peignée, en collaboration étroite avec l’Union des Filateurs de Laine peignée, et déjà un premier projet, relatif aux gills inlersectings, vient d’être mis à l’enquête. Les études se poursuivent par ailleurs sur les dimensions principales des bobinoirs, des broches, de certains boulons à large tête spéciaux à l’industrie textile, etc.
- L'album de normes CNM comprend actuellement 167 normes, dont 84 parues depuis notre dernière réunion, auxquelles vont s’ajouter 28 autres normes aujourd’hui sous presse, soit un total de 112 normes parues dans l’espace d’un peu plus de 12 mois, alors que les années précédentes ne voyaient sortir qu'une quarantaine de normes en moyenne par an.
- Ce résultat est dû en particulier à l’aboutissement simultané des normes d’ajustements et de tuyauteries, en étude depuis plus de trois ans; la préparation minutieuse de leur exécution matérielle, en parallèle avec les travaux techniques courants, nous a obligés à laisser provisoirement de côté toute une série d’autres normes définitivement adoptées, et que nous espérons pouvoir faire paraître à partir du mois d’octobre : clés à écrous, avant-trous de taraudage, trous de passage, teintes de tuyauteries, représentation des rivets, lamages, vis à bois, outils de coupe, etc.
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- Comme on le voit, 1 industrie de la feuille de normes ne souffre pas de la crise cette année; bien au contraire, surtout si l’on songe que, dans l’année écoulée, le nombre de normes ayant fait l’objet d’une enquête publique peut être évalué à près de 120.
- Les travaux internationaux se sont poursuivis par ailleurs à la même cadence que par le passé. L’énumération sèche des questions traitées en réunions internationales suffît à donner une idée de l’étendue de ces travaux : à Prague et à Copenhague, réunions de la Sous-Commission internationale des Ajustements; à Vienne, en septembre dernier, conférences sur les diamètres normaux, les vis à bois, les conditions de réception des tubes, l’introduction des normes dans la pratique; à Copenhague, en mai 1931, conférences sur les machines agricoles, les dessins techniques, les ajustements, les roulements à billes, la boulonnerie, les filetages et les rivets.
- Au cours de ces réunions, nos représentants ont pu faire d’utile besogne, comme en témoignent les résultats de détail relatifs aux filetages à pas fins, l’obtention d’importantes normes internationales, comme celles des tubes sans soudure étirés à chaud et des dimensions de raccordement des brides de tuyauteries, enfin et surtout les résultats mentionnés plus haut au sujet des ajustements.
- Ces résultats n’ont pu être obtenus qu’en multipliant les contacts directs, en dehors même des séances officielles, avec certains comités ou certaines personnalités étrangères; et la méthode devra être généralisée, au moins pour toutes les questions nouvelles, pour lesquelles des positions anciennes, déjà presque irréductibles, n’ont pas encore été prises.
- La même méthode doit s’appliquer à l’intérieur pour assurer, entre tous les bureaux ou organismes intéressés à la normalisation, l’unité de vues indispensable et faire tomber les cloisons qui résulteraient de relations d’ordre purement administratif.
- Or, si cette méthode a toujours été suivie depuis le début des travaux, il est récemment apparu qu’il y aurait intérêt à la compléter par des démarches de bon voisinage, en dehors même de toute question technique à résoudre. Les premières de ces démarches, grandement facilitées par l’accueil reçu dans un désir général de pleine collaboration, nous incitent à les généraliser dans l’avenir, et il n’est pas douteux que des contacts multipliés de ce genre rendront beaucoup plus aisée l’obtention d’accords ultérieurs sur les questions techniques.
- Un des points les plus délicats qui semble devoir se poser entre bureaux industriels de normalisation est l’attribution des études intéressant à la fois plusieurs branches d’industrie. Cependant, cette attribution s’est toujours faite à l’amiable, sans aucune difficulté, et au mieux des besoins et des possibilités des bureaux intéressés.
- C’est ainsi que nous avons vu plus haut la répartition entre l’Union des Syndicats de l’Électricité et le Comité de la Mécanique de toutes les études d’ordre électromécanique, et les études de mécanique générale entreprises, avec notre accord, par le Bureau de Normalisation de l’Automobile, qui reproduit par ailleurs, dans son album, un grand nombre de nos normes.
- Les relations sont également des plus cordiales avec les bureaux récemment créés : Bureau de Normalisation de l’Outillage (outillage à main, tel que marteaux,
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- truelles, etc.) présidé par M. Jean-Pierre Peugeot, installé pendant ses premiers mois dans les locaux de notre Comité; Bureau de Normalisation de l'Horlogerie, auquel nous avons pu rendre visite à Besançon, à l’occasion de l’étude des tilelages de petit diamètre, grâce à l'obligeance de son secrétaire général, M. Fred. Lipmann. A noter tout spécialement que ces deux bureaux sont entièrement acquis aux idées de normalisation rationnelle.
- Enfin, nous avons été représentés aux réunions des commissions des boîtes de conserves, des produits métallurgiques, des tôles de chaudières, des profilés et des formats des papiers.
- Certains membres de nos commissions et des abonnés à notre bulletin ont exprimé le désir d’être tenus plus directement au courant des travaux entrepris dans les domaines voisins, estimant que tout se tient en normalisation et qu’il serait intéressant de reproduire également dans le bulletin les diverses enquêtes publiques relatives aux normalisations étrangères à la mécanique.
- Nous avons pris bonne note de ce vœu et ferons de notre mieux pour y donner satisfaction, dans les limites de possibilité de mise en page du bulletin, la priorité devant évidemment être réservée à nos propres enquêtes.
- Signalons encore que nous nous sommes dessaisis, sur la demande de l’Association française de Normalisation, qui a exprimé le désir d’en poursuivre elle-même l’étude, de la question des roues de machines agricoles et de celle des toiles métalliques, cette dernière, préparée sur la proposition du Comité, par relations directes avec les fabricants, étant déjà assez avancée et ayant même fait l’objet, à propos des toiles de tamis, d’une première réunion internationale. De même, notre Commission des Tuyauteries, après avoir dégagé en sous-commission les divers éléments d’une normalisation des conditions de réception des tubes et avoir pris part à une réunion internationale à ce sujet, a demandé, pour plus d’unité de vues et de méthodes, que la solution définitive de la question soit laissée à la Commission des Produits métallurgiques, au même titre que les autres cahiers des charges de produits métallurgiques.
- Le temps nous manque pour insister ici sur les méthodes de travail de nos commissions d’études et les solutions adoptées pour éviter le défaut d’un travail en vase clos, trop souvent l’apanage des commissions les mieux constituées, et pour en assurer la continuité de vues indispensable.
- Peut-être certaines améliorations pourront-elles encore être apportées à ce sujet, mais les études des représentations symboliques des soudures, des chaînes de levage ou des meules, pour ne citer que ces trois-là au hasard, sont de bons exemples de la voie à suivre.
- Les méthodes peuvent d’ailleurs varier d’une étude à Pautre, et elles doivent conserver assez de souplesse pour s’adapter à tous les cas d’espèce. Déjà, au sein de notre Comité, la normalisation du matériel textile et celle de la machine agricole suivent des disciplines extérieures à celles des commissions de mécanique générale, et les bureaux de normalisation voisins utilisent, avec un égal succès, des méthodes totalement différentes mais satisfaisant à leurs propres conditions.
- Nous ne pouvons non plus insister sur l’organisation des enquêtes publiques, dont chacune touche au minimum 2.000 intéressés, industriels, administrations,
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- syndieâts, ni sur 1 organisation de la propagande. Signalons seulement les expositions de Lille et de Liège, les cartons « Nous appliquons les normes CMN » dans les principaux stands de la Foire de Paris et de l'Exposition coloniale, la publication dans les journaux ou revues techniques d’un compte rendu succinct de chacune des sessions mensuelles, de communiqués annonçant les enquêtes publiques, et, dans certains d entre eux, la reproduction in extenso de ces enquêtes ou même parfois de certaines normes définitives. Des progrès restent encore à faire dans ce domaine. Le compte rendu mensuel, innovation récente fort bien accueillie par les intéressés, reste forcément assez abstrait, et il y aurait intérêt à le doubler par des articles généraux sur un sujet bien déterminé, signés des membres les plus compétents des commissions intéressées. Au point où en sont les études, ces sujets ne manquent pas, et l’exemple des articles de M. Berger sur les arbres cannelés, et de M. Oertlé sur les tuyauteries, dans le journal L'Usine, mériterait d’être largement suivi. De même, certains exposants à la Foire de Paris, qui ont réalisé d’intéressantes applications de la normalisation, en particulier quant aux allures de marche des machines, gagneraient à le faire ressortir nettement sur leur stand et dans leur publicité.
- Enfin, le travail en profondeur que constitue la propagande dans les écoles techniques se poursuit, et, grâce à l’appui du Directeur de l’Enseignement technique, M. Labbé, les normes sont actuellement répandues dans toutes les écoles professionnelles.
- D’une façon générale, la diffusion des normes marque un grand progrès sur les années précédentes. Alors qu’en 1930 nous avions fourni 75.000 feuilles de normes, en augmentation de 25.000 déjà sur le chiffre de l’année précédente, nous atteignons déjà 67.000 pour le premier semestre de la présente année. Nous allons en outre examiner certaines suggestions nouvelles en vue d’intensifier encore cette diffusion, non seulement par l’augmentation du nombre d’acheteurs ou de souscripteurs, mais encore par la multiplication du nombre d’exemplaires à l’intérieur d’une même firme. La distribution, souvent par très petites quantités, de toutes ces normes exige évidemment un assez grand .travail matériel, et, afin de réduire au minimum les besognes de comptabilité correspondantes pour consacrer aux travaux purement techniques le maximum de nos moyens, nous avons dû exiger de nos clients le paiement au comptant, ce qui, bien qu’en contradiction avec certaines habitudes, n’a soulevé aucune difficulté sérieuse et s’est révélé parfaitement efficace.
- En résumé, études techniques en plein épanouissement, résultats intéressants sur le plan international, collaboration étroite avec les autres bureaux, amélioration de la propagande, croissance impressionnante du chiffre de vente des normes, on pourra peut-être accuser ce rapport d’un excès d’optimisme.
- Mais l’optimisme sous sa forme active n’est-il pas une condition de succès? Cet optimisme fécond, c’est celui des pionniers de la première heure : de notre président M. Ed. Sauyage, de M. Androuin, de M. Pernollet, de tous les collaborateurs de de l’ancienne C.P.S., qui, malgré bien des difficultés, n’ont jamais désespéré de l’avenir de la normalisation, et commencent enfin à voir ces résultats qui sont leur œuvre. C’est grâce à eux que le même optimisme règne dans chacune de nos com-
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- missions d’étude, et le dévouement bénévole de leurs membres, la somme de travaux personnels fournis par la plupart d’entre eux sont le secret de résultats obtenus avec des moyens en apparence très minimes, et que commencent à nous envier des pays outillés beaucoup plus en grand.
- Cet élan en avant n’est d’ailleurs pas le fait des seuls éléments industriels de nos commissions, mais aussi des représentants des ministères et des grandes administrations, qui nous apportent une pleine collaboration, et le font avec une largeur de vues qui mérite spécialement d’être notée. C’est à eux que nous devons presque entièrement certaines de nos normes parmi les plus importantes et les mieux étudiées, comme par exemple celles des ajustements et des couleurs de canalisations.
- Nous ne pouvons oublier ici non plus nos collaborateurs du secrétariat, MM. de Beauchaine et Vaz, qui, le premier depuis le début de nos travaux, le second depuis tantôt un an, ont pris leur tâche comme un véritable apostolat, et ont fait preuve du plus grand esprit d’initiative personnelle tant dans la création et l’organisation du service de vente des normes et la préparation des enquêtes publiques et des normes définitives que dans l’étude des divers problèmes techniques que pose la préparation de toutes nos réunions.
- Il nous reste, en terminant, à exprimer un vœu, c’est que chacune des firmes industrielles de quelque importance intéressée à la normalisation suivent un exemple qui commence, quoique encore bien timidement, à se généraliser, en créant dans leurs bureaux un service de normalisation sous les ordres d’un ingénieur spécialisé, chargé de suivre tous les travaux et d’en assurer la mise en pratique à l’intérieur de l’usine.
- C’est une solution qui, déjà adoptée sur une grande échelle dans certains pays, s’est révélée particulièrement utile dans les quelques firmes françaises qui l’ont adoptée, et qui faciliterait grandement les études préliminaires, enquêtes publiques et diffusion des normes, avec les meilleures garanties de stricte conformité aux besoins industriels.
- Nous serions heureux que la lecture de ce rapport puisse inciter quelques nouvelles firmes à créer ce service de normalisation, et de pouvoir, dans notre rapport de l’an prochain, vous rendre compte de progrès importants dans cette voie. Nous , vous demandons, Messieurs, de bien vouloir vous faire d’ici là, dans toute la mesure de vos moyens, les propagandistes de cette idée.
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- L'ÉLECTROCHIMIE DES COLLOÏDES,
- SES APPLICATIONS INDUSTRIELLES
- par M. Paul Bary, ancien chef de travaux à l'École de Physique et de Chimie industrielles de la ville de Paris et au Laboratoire central d’Électricité.
- I. — PHÉNOMÈNES.
- L’électrochimie, c’est-à-dire la science qui s’occupe des liens existant entre l’électricité et la chimie, remonte à la pile de Volta, soit à l’année 1800. Elle se divise en deux branches très distinctes : celle qui utilise les réactions chimiques pour la production de l’électricité et celle qui, au contraire, emploie l’énergie électrique à la transformation des composés chimiques que l’on soumet à son influence. Toutefois, cette division est surtout d’ordre pratique et les deux genres de phénomènes sont régis par les mêmes lois; bien souvent même, ils sont réversibles et permettent de constituer ce que l’on nomme une pile ou générateur d’électricité en faisant traverser par un courant électrique un système chimique convenablement constitué; c’est la classe intermédiaire des accumulateurs.
- L’électrolyse des solutions par h passage du courant entre deux électrodes qui plongent dans le liquide fournit depuis bien des années une industrie importante qui croît de jour en jour. Les phénomènes électrochimiques qu elle utilise sont très connus dans leurs grandes lignes dont nous n’avons pas à parler ici.
- Les industries électrochimiques commencent à s’étendre depuis quelques années dans un domaine nouveau, celui de l'électrochimie des matières colloïdales, et les résultats intéressants déjà obtenus, ainsi que la généralité des méthodes employées permettent d’espérer un développement futur assez grand pour motiver 1 exposé que je me propose de faire des principes sur lesquels ces méthodes reposent et des résultats déjà atteints.
- LES LIQUIDES Électrolytes. — Les solutions vraies, c’est-à-dire celles dans lesquelles le corps dissous est à l’état de dispersion moléculaire simple, peuvent constituer ou non des électrolytes, suivant que la substance dissoute est capable ou non de s’ioniser dans le milieu choisi.
- La nature du milieu joue un rôle particulièrement grand et l’on sait, à la suite des travaux de J. Perrin, que les dissolvants qui font les meilleurs électrolytes sont ceux dont le pouvoir inducteur spécifique est le plus grand. L’eau, dont le pouvoir inducteur est beaucoup plus grand que celui de tous les liquides simples connus, est donc le dissolvant le plus favorable à l’électrolyse.
- Tableau I. — Pouvoir inducteur spécifique des liquides ou constante diélectrique.
- 7g Huile de ricin. ....... 4,4 à 4,5
- 32 6 — de c°lza...........3,07 à 3,14
- 24 à 27 — d’olives...........3,08 à 3,16
- 22 8 Essence de térébenthine. . . 2,15 à 2,28
- 15 à 16 Benzène................ . 2,3
- 7 5 Éther de pétrole.......1,92
- (1) Conférences faites au Conservatoire national des Arts et Métiers les 13 et 15 mai 1931.
- Alcool méthylique
- — éthylique
- — propylique
- — amylique
- Aniline........
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- Pour les valeurs de la constante diélectrique inférieures à 5 (Tableau I), les liquides sont considérés comme non ionisants et, par conséquent, impropres à la conduction ionique du courant et à l’électrolyse.
- Dans les liquides de grande constante diélectrique, tels que l’eau, le liquide lui-même, à l’état pur, possède une légère conductibilité diélectrique, qui démontre l’existence d'une dissociation de ses propres molécules. La conductibilité de l’eau est telle qu’aux environs de 25° la constante de dissociation est de
- K H20 = 1 x lO-i*
- mais k H20 = [H] x [OH]
- et, dans le cas de l’eau pure, où [H] = [OH], on a
- [H]2 = [OHp = io-i*
- d’où
- [H] = [OH] = 10-'
- correspondant à un pH = pOH = 7 (neutralité) suivant la définition de Sôrensen.
- Si, à cette eau pure, on ajoute un acide en faible quantité, celui-ci est entièrement dissocié en ions H+ et en ions acides négatifs; par exemple HCl donne des ions H+ et des ions Cl-, N03H des ions H+et des ions NO3-, etc.
- Charge des granules. — Le fait principal qui nous intéresse au point de vue des colloïdes réside en ce que toute substance en contact avec un liquide électrolytique fixe une partie des ions contenus dans ce liquide et prend une charge de signe déterminé dont la grandeur dépend du nombre des ions fixés.
- La fixation des ions par les corps solides en contact avec le liquide peut se faire de différentes manières suivant les cas; elle est en tout cas concevable de plusieurs façons :
- 1° Par adsorption simple. — On sait qu’à la surface de contact entre deux milieux différents tels qu’un solide et un liquide, il se forme une couche intermédiaire qui provient de l’adsorption, par la surface du solide, des molécules du liquide, ou de certaines d’entre elles si le liquide est complexe.
- La couche moléculaire, ou pellicule, ainsi formée est dissociable dans le milieu électrolyte au même titre que les autres molécules solubles. Il s’ensuit que la substance solide, qui garde par préférence l’une ou l’autre espèce des ions, prend la charge qui lui est apportée par ceux-ci.
- 2° Par adsorption préférentielle. — On peut admettre que cette adsorption s’obtient directement par fixation d’ions d’une certaine nature ayant une affinité pour le solide en contact avec le milieu.
- 3° Par combinaison superficielle. — Le solide est capable de fixer chimiquement certaines parties de l’électrolyte et forme ainsi des produits dissociables dans le milieu.
- électrophorèse. — Quelle que soit d’ailleurs l’origine de la charge, c’est un fait d’une constatation facile à faire que cette charge existe; il est probable que, suivant les cas considérés, la cause appartient à l’une ou à l’autre des différentes possibilités envisagées plus haut, car il faut distinguer parmi les sols, les solutions et les suspensions colloïdales, ainsi que les systèmes mixtes dans lesquels la matière colloïdale existe simultanément sous les deux formes.
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- En fait, chaque granule d’une suspension colloïdale porte à sa surface un certain nombre d ions i (fig. 1), négatifs par exemple, et lorsqu’ils sont placés dans un champ électrostatique continu, ils ont tendance à se déplacer vers l’électrode positive, pendant que des ions i', positifs, se déplacent en sens inverse. Lorsque le granule atteint 1 électrode et se décharge de ses ions négatifs, un nombre égal d ions positifs se sont déchargés sur l’électrode négative ou cathode.
- On conçoit aisément que, dans ce phénomène, la loi de Faraday, qui rapporte le nombre de molécules déposées par le courant à la quantité d’électricité qui traverse 1 électrolyte, ne peut être respectée puisque, pour quelques ions qui chargent le granule, le nombre de molécules que celui-ci contient peut être considérable.
- Un granule d’or ayant un diamètre, par exemple, de 10mg, ce qui représente un granule parmi les plus petits visibles à l’ultramicroscope, contient un nombre d’atomes d’or d’environ 30.000. Sa charge superficielle pouvant n’être que de 1, 10 ou même 100 ions, l’arrivée à la cathode de chacun d’eux apporte sur celle-ci 90.000, ou 9.000, ou 900 fois plus d’atomes que dans le cas d’une électrolyse normale (l’or étant trivalent).
- La quantité de matière déposée par coulomb est donc beaucoup plus grande que dans l’électrolyse ordinaire et cette différence frappante en a fait l’objet d’un phénomène spécial et distinct de l’électrolyse; on l’a nommé électrophorèse, soit cataphorèse quand les granules se dirigent vers la cathode, ou anaphorèse, dans le cas opposé.
- Dans tous les cas, la quantité d’électricité employée à l’électrophorèse pour déposer l’unité de poids de la matière en suspension est d’autant plus grande que la charge électrostatique des granules est plus faible et, par conséquent, que la concentration de l’électrolyte employé dans le bain pour fournir les ions indispensables, est elle-même plus faible.
- Or, on n’opère l’électrophorèse que sur des sols extrêmement peu conducteurs, non seulement pour la raison précédente, mais aussi parce que la stabilité d un sol exige que la quantité d’électrolyte présent soit très faible. Il en résulte que la tension nécessaire au passage des faibles courants employés est relativement grande par rapport à celle usuellement utilisée en électrolyse ordinaire; elle atteint souvent 50 ou 100 V et même parfois davantage.
- électrodialyse. — C’est un phénomène bien connu que celui de la dialyse des solutions colloïdales au travers de septums ou de diaphragmes dont la perforation est assez petite pour permettre aux ions simples de passer librement, mais pour
- Fig. 3. — Éleclrodialyseur.
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- retenir les granules d’une suspension ou la matière solide d’une solution colloïdale vraie. Toutefois la dialyse, qui est très employée pour la séparation des matières en solution vraie contenues dans les milieux colloïdaux, a le défaut d’être une opération fort longue et on a remarqué que l’électrolyse la rendait beaucoup plus rapide.
- Ce qui se passe alors pendant la traversée du courant est aisément compréhensible (fig. 2).
- ' Dans la migration du granule entre les électrodes E et F, il arrive un moment où ce granule porteur de charges négatives rencontre la paroi poreuse qu’il ne peut traverser; il reste donc à la surface de celle-ci alors que les ions, pouvant facilement passer au travers, continuent leur chemin jusqu’à la cathode. On retrouve ainsi à la surface du diaphragme la matière colloïdale.
- Lorsqu’on se propose de purifier une solution colloïdale des sels solubles qu’elle contient, il faut cependant agir de telle façon qu’il n’y ait pas dépôt du colloïde, mais qu’au contraire celui-ci reste à l’état dispersé dans le liquide. Pour obtenir ce résultat, on fait, dans le compartiment qui contient la solution colloïdale, une agitation continue qui détache les granules de la paroi au fur et à mesure de leur dépôt et les remet en suspension où ils reprennent une charge nouvelle mais plus faible aux dépens des ions restants.
- On place généralement la solution à purifier entre deux diaphragmes de façon à l’isoler complètement des liquides anodiques et cathodiques plus fortement minéralisés et qu’on doit appauvrir de temps à autre par addition d'eau.
- L’expérience d’origine, faite par Morse et Pierce 2 3 (4) 5, en 1903, et celles deTniBOT et Chrétien (3) étaient basées sur le fait que la dialyse des solutions était rendue beaucoup moins lente par le passage du courant au travers du diaphragme, une des électrodes plongeant dans le liquide à dialyser et l’autre dans l’eau extérieure. On opérait alors de la manière montrée sur la figure 3, avec le modèle ordinaire de dialyseur et l’addition de deux électrodes.
- Le potentiel de membrane. — Dans un système formé de deux solutions différentes. séparées par une membrane dialytique, la perméabilité de cette membrane, qui laisse passer les petits ions ou les molécules simples des sels dissous mais retient les ions colloïdaux, crée entre les deux côtés de la membrane une dvssymétrie qui, lorsque l’équilibre est atteint, se manifeste par une différence de potentiel que l’on peut observer entre les deux solutions. C’est ce que Loeb (4) a nommé le potentiel de membrane.
- D’autre part, Donnan (3) avait démontré précédemment que l’équilibre dans de telles conditions tendait vers une valeur de répartition des ions qui pouvait être établie par les lois de la thermodynamique comme suit :
- Supposons que nous ayons une solution de protéinate de sodium d’un côté de la membrane et, de l’autre, une solution de chlorure de sodium, ce qu’on peut représenter par :
- (1)
- Na+
- R-
- Na+
- ci-
- (2)
- (2) Morse et Pierce, Zeit. f. Phys. Chem., XLV, p. 606, 1903.
- (3) Tribot et Chrétien, C. R. 140, p. 144, 1905.
- (4) Loeb, Les protéines, p. 37, Paris, 1924.
- (5) F.-G. Donnan, Zeit. Elektrochem., XVII, p. 572, 1911.
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- On observe que NaCl diffuse de (2) vers (1); quand l’équilibre sera atteint la répartition sera : •
- Na+ Na+
- fl) R- Cl" (2)
- ci-
- On démontre que l’équilibre est obtenu quand les produits des concentrations des anions et des cathions de chaque coté de la membrane sont égaux.
- tNa+]t X [Cl-]! — [Na+]2 X [Cl-]2.
- En appelant x la concentration des ions Na et Cl dans la cellule (2), y la concentration des mêmes ions dans la cellule (1) et z la concentration des ions Na combinés ou associés à la gélatine, on a la relation : .
- x2 = y (y + 2) ;
- c’est l’équation d'équilibre de Donnan.
- La répartition des ions étant établie ainsi, il est possible de déterminer la force électromotrice produite entre les électrodes placées dans chacune des cellules par application de la formule de Nernst; on trouve ainsi que cette force électromotrice est proportionnelle à :
- !og| ou log y/l+p.
- Ce phénomène de la tension de membrane a une grande importance dans l’étude des protéines, de leur gonflement dans les liquides et des pressions osmotiques de leurs solutions.
- élegtroosmose. — L’électroosmose est presque aussi ancienne que la pile de Vol ta; elle date de 1808; elle remonte à une expérience de Reuss, publiée dans les Mémoires de la Société impériale de Moscou(8). Voici en quoi consistait cette expérience :
- Dans un bloc de terre glaise humide sont enfoncés verticalement deux tubes de verre ouverts à leurs deux extrémités et remplis d’eau jusqu’à mi-hauteur. Une électrode plonge dans chacun de ces tubes et une tension continue est mise en relation avec elles. On constate alors que le niveau baisse dans l’un des tubes et monte dans l’autre. En outre, du côté où se produit le dégagement acide provenant de l’électrolyse de l’argile ou de certains des sels qu’elle contient, il y a montée de l’argile dans le tube et baisse du niveau du liquide.
- Cette dernière action se rapporte à l’électrophorèse, les particules de l’argile se trouvant transportées par le courant dans le sens correspondant à leur charge.
- Pour ce qui est, au contraire, de la montée du liquide dans un tube et de sa descente correspondant dans l’autre, elle correspond à un phénomène distinct qui est, en propre, celui de l’électroosmose.
- Le phénomène a été étudié, plus de 50 ans après Reuss, par Wiedemann qui en a établi les lois générales d’après l’expérience, et par Quincke ensuite. Ils ont montré qu’on pouvait obtenir le même résultat en remplaçant l’argile ou les matières poreuses, par des tubes capillaires, sans changer les faits observés. Ils montrèrent également qu’il s’agissait d’une action électrochimique absolument générale et
- (6) Reuss, Mémoires de la Soc. Imp. de Moscou, 2, p. 332, 1808.
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- qu’elle est réversible. Cette réversibilité est la suivante : si, dans un tube capillaire horizontal relié à deux tubes verticaux contenant une solution électrolytique dans laquelle plongent les électrodes, on fait passer un courant continu, on observe un déplacement du niveau du liquide; par contre, si, en l’absence de courant, on établit une différence de niveau entre les deux tubes, il y a un courant liquide qui s’établit dans le capillaire et production d’une force électromotrice aux électrodes.
- Théorie de Vélectroosmose. — La théorie de ce curieux phénomène a été donnée tout d’abord par Helmholtz (1879) en se basant sur cette hypothèse qu’à la surface des corps en contact avec un électrolyte, il y a formation d’une couche électrique double. Cette couche double peut provenir, par exemple, de l’adsorption par la surface du solide de certains ions positifs ou négatifs, les ions correspondants restant dans la solution.
- Cette théorie, telle qu’elle a été reprise et complétée par M. Jean Perrin, est
- encore celle en cours aujourd’hui.
- Supposons (fig. 4) un tube capillaire A, horizontal, relié à deux tubes verticaux plus larges B et C, et du liquide placé dans les tubes. Le liquide, qui est de l’eau plus oumoins pure, contient toujours un certain nombre d’ions provenant de traces de sels et de l'eau elle-même. Si les ions négatifs, par exemple, sont adsorbés par la paroi du verre, les ions positifs restent dans la solution et, à l’intérieur du tube capillaire les ions négatifs sont immobilisés par leur contact avec le verre, alors que les ions positifs placés dans le liquide sont soumis à un champ électrique entre les deux électrodes D et E qui les dirige dans un sens déterminé par le sens du champ.
- En calculant la grandeur des actions, par un raisonnement très simple, on trouve que le débit $ du liquide dans un tube de section s est donné par la relation
- <I> = r—KHs
- 4- 71 VJ
- dans laquelle H est le champ électrique, e la différence de potentiel entre les deux couches électriques, K la constante diélectrique du liquide et tj sa viscosité.
- On voit alors, dans la formule, que le débit est proportionnel au champ et à la section du tube, mais est indépendant de sa longueur, pour une même valeur du champ exprimé en volts par centimètre.
- Or, il est possible de considérer une matière perméable à l’eau comme constituée par une substance granulaire dont les parties laissent entre elles des canaux étroits où circule le liquide. Cela revient à envisager le bloc perméable comme un empilement ou un faisceau de tubes capillaires, le déplacement du liquide dans chacun d’eux étant régi par la formule donnée ci-dessus.
- Enfin, par une extension que justifie l’expérience, la même formule reste applicable aux gelées qui sont des corps perméables aux liquides, sans que, par
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- aucun moyen, on puisse observer l’existence de canaux dans leur structure. La formule se réduit alors à
- <t> = AKHS
- dans laquelle A est un coefficient constant et S la section de la gelée considérée puisque la section et le nombre des canaux supposés sont inconnus.
- Que 1 obstacle opposé au passage de certains ions soit dû à ce que la substance qui le forme est un canal étroit et cylindrique, ou un assemblage de grains laissant entre eux des canaux étroits de forme quelconque, ou une substance poreuse, ou enfin une substance homogène gonflée du milieu de dispersion et s’opposant au passage de certains des ions de l’électrolyte, le phénomène apparaît sous la même forme extérieure et suit les mêmes lois. Tout au plus peut-on faire la distinction entre l’électroosmose et l’électrodialyse, comme on fait celle de l’osmose et de la filtration, le terme intermédiaire étant la dialyse et l’électrodialyse correspondante.
- Le point isoélectrique. — La théorie permet donc de relier ensemble tous ces phénomènes qui semblent au premier abord distincts les uns des autres, l’électrophorèse elle-même ne différant de l’électroosmose que par le fait que, dans cette dernière, les ions colloïdaux ne sont plus immobilisés et restent libres de poursuivre leur migration jusqu’à l’électrode.
- Dans tous les cas, c’est un mouvement relatif des deux espèces d’ions les uns par rapport aux autres, le déplacement du milieu liquide s’opérant dans le sens de la catégorie d’ions qui exercent sur lui le plus grand effort de frottement.
- Les fonctions chimiques de la substance dispersée dans l’électrolyte apparaissent par la nature des ions qui se fixent sur elle. Ces réactions peuvent se produire dans toute la masse, ou seulement en surface, si la substance est insoluble et non gonflable.
- Prenons le cas de la gélatine, dont la propriété de fournir une gelée par gonflement est bien connue. Plaçons une gelée de gélatine dans la partie médiane d’un appareil à électroosmose tel que celui de M. J. Perrin (fig. 5) dans sa forme d’origine ou dans celle qu’on lui a fréquemment donnée depuis et qui peut servir à l’éloctrodialyse ou à l’électroosmose suivant que le milieu colloïdal qui occupe la cellule intermédiaire est liquide ou solide (W. Pauli), représenté sur la figure 6.
- Si on a rempli cette cellule avec une solution chaude de gélatine qui se prend en masse en refroidissant et si on place dans les cellules latérales un électrolyte neutre, acide, ou alcalin, à des concentrations variables, on observe que l’électro-osmose se produit pour des concentrations alcalines vers une des électrodes; en diminuant la concentration, l’effet diminue, mais reste encore de même signe pour la concentration nulle (/?H = 7). Il est nécessaire d’ajouter à l’eau des concentrations
- Fig. 5. — Appareil de Jean Perrin.
- (Les clichés des figures 5 et 6 ont été obligeamment prêtés par M. Dunod, éditeur.)
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- croissantes d’un acide pour voir enfin l’effet devenir nul à une certaine valeur, puis changer de sens pour des concentrations acides plus fortes. La concentration correspondant à l’effet nul place la gélatine au point qui a été appelé par Hardy, le point isoélectrique. Pour la gélatine, il est à pH = 4,7.
- La gélatine, corps amphotère, a donc une réaction acide en milieu neutre et sa réaction alcaline prend naissance dans des milieux d’un pH supérieur à 4,7 mais qui peuvent avoir encore une acidité appréciable. La même observation peut se faire par'le sens de la migration des granules dans l’électrophorèse.
- M. J. Perrin a montré depuis qu’un grand nombre de corps se comportaient comme s’ils étaient absolument neutres en milieu neutre et s’associaient, au moins superficiellement, avec les ions en excès dans le liquide, que ceux-ci fussent négatifs comme les OH~, ou positifs comme les H+. Le point isoélectrique de la majorité des substances insolubles est alors pH = 7 ; mais ce n’est pas une règle absolue et l’on
- connaît un certain nombre
- wTL
- d’exceptions caractérisées autres que les protéines et la cellulose, qui sont négatives en solutions aqueuses pures.
- Fig. 6. — Éloetroosmoseur de W. Pauli (Fritz Kôhler). Réactions secondaires. —
- Parmi les phénomènes secondaires que l’on rencontre dans l’électrolyse des milieux colloïdaux, on retrouve naturellement, comme dans toute l'électrochimie, certaines réactions chimiques provenant de ce que le passage du courant accumule vers les électrodes des ions à une concentration qui peut être assez grande pour leur permettre de réagir soit sur l’électrode, soit sur le milieu liquide.
- Dans le cas où l’électrolyte est colloïdal, outre les réactions purement chimiques, les changements de concentration et de nature du milieu peuvent provoquer la coagulation, car beaucoup de solutions colloïdales ne sont stables qu’à une assez grande dilution et dans un liquide très peu minéralisé.
- Également, la matière colloïdale dispersée peut se trouver au voisinage des électrodes dans un milieu fortement acide ou basique, oxydant ou réducteur, et il en peut résulter la formation de produits cristalloïdaux solubles qui sont à leur tour soumis à l’électrolyse.
- La variété des phénomènes chimiques qui peuvent être ainsi produits est infinie et chaque cas particulier doit être d’objet d’une étude détaillée en vue de réduire ces actions, si elles se présentent comme une difficulté dans l’opération poursuivie, ou pour les favoriser, si elles sont, au contraire, utiles au résultat final. Les moyens dont on dispose sont: le choix de la tension et de la densité du courant, les cloisonnements poreux et la circulation ou le renouvellement de liquide au voisinage des électrodes.
- Dans la majorité des cas, on est en présence de réactions purement chimiques et leur discussion ne diffère pas sensiblement de celle à laquelle conduit l’examen des phénomènes électrochimiques courants.
- phénomènes physico-chimiques. — A côté de ces phénomènes connus, il en existe d’autres de nature physico-chimique. En 1910, Kossonogow (7) a étudié à
- (7) J. Kossonogow, Zeit. Chem. Ind. Koll., 7, p. 129, 1910.
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- 1 ultramicroscope les solutions de sels métalliques soumises à l’électrolyse et il a observé ce phénomène curieux que, même avant tout passage de courant, on voit dans la solution des points lumineux soumis au mouvement brownien; par le passage du courant, tous ces points lumineux se dirigent vers la cathode en suivant les lignes de courant avec la même vitesse que celle déterminée ordinairement pour les ions. Ces points lumineux, peu nombreux quand il n’v a pas de courant ou que la tension est très faible, augmentent énormément dès que la tension dépasse la valeur qui provoque la décomposition du sel dissous. Ils s’accumulent alors peu à peu vers la cathode, mais sans venir à son contact et laissant entre elle et eux un espace vide de 5 à 8 centièmes de millimètre d’épaisseur.
- Ces phénomènes s’observent pour les couples argent-nitrate d’argent, cuivre-sulfate de cuivre et, sous une forme un peu différente, avec le platine et l’eau distillée.
- D’après W. Ostwald '8), les particules observées à l’ultramicroscope ne peuvent être des ions simples d’argent et de cuivre, beaucoup trop petits pour être visibles, et il admet que ce sont des granules formés de métal et d’oxyde hydraté à l’état colloïdal dont la migration est un phénomène de simple électrophorèse.
- Les expériences de Nordensen (9) paraissent, en effet, avoir établi que la dislocation des métaux par action spontanée du liquide qui les baigne ne peut se produire que s’il y a une oxydation préalable provenant de traces d’oxygène dissous. Le plomb et même l’argent sont oxydés par l’eau contenant de l’oxygène.
- Quoi qu’il en soit, on connaît, depuis 1902, une méthode de préparation de certains sols métalliques, due à Bilitzer (10), qui consiste dans l’électrolyse simple de solutions très diluées de sels métalliques, sous forte tension.
- Par exemple, on peut obtenir un sol d’argent par électrolyse d’une solution de nitrate d’argent (concentration : 0,004 N) sous 220 V, avec des électrodes de fer ou de nickel et une densité de courant de 0,2 à 0,3 A/dm2.
- Un résultat analogue est obtenu en électrolysant une solution diluée de nitrate mercureux.
- Les métaux ne sont pas les seuls corps qu’on puisse ainsi disperser dans l’eau. Le même résultat a été observé par Gütrier et Resenschek (11) par électrolyse d’une solution diluée d’acide tellurique contenant une petite quantité d’ammoniaque. On obtient alors une suspension fortement colorée de tellure.
- Désagrégation des anodes. — Dans la désagrégation des anodes par l’élec-trolyse, on admet ordinairement que le principal phénomène provient de l’apport à l’anode des ions négatifs qui se combinent au métal pour former à nouveau un sel soluble remplaçant celui qui a été précédemment décomposé par le courant.
- Nous venons de voir que lorsqu’on opère en solutions très diluées, avec des anodes qui ne sont pas sensiblement attaquées, on observe des phénomènes bien différents de ce que donnerait le simple transport des ions métalliques ou métalloï-diques d’une électrode à l’autre.
- (8) W. Ostwald, Zeit. Chem. Ind. KolL, 7, P- 132, 1910.
- (9) Nordensen, Koll. Chem. Beihefle, 7, p. 91, 1915.
- (10) Bilitzer, Berichte, 35, p. 1920, 1902.
- (11) Gutbier et Resenschek, Zeit. anorg., Ch., 40, p. 264, 1904.
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- On en trouve un exemple nouveau en employant comme anode des corps tels que le soufre, le sélénium ou le tellure.
- Muller et Novakoski (lÿ ont observé que si l’on emploie pour électrolyser de l’eau distillée une anode formée de platine enduit de sélénium ou de soufre fondu avec une tension de 20 V dans le premier cas et de 200 V dans le second, le métalloïde est désagrégé et dispersé dans l’eau en donnant un sol colloïdal. On ne peut cependant expliquer cette action par l’oxydation que produiraient les atomes d’oxygène de l’électrolyse, et la formation de composés solubles qui entraînent avec eux un grand excès du métalloïde, car les suspensions obtenues ont une odeur caractérisée d’hydrogène sélénié ou d’hydrogène sulfuré, suivant le cas.
- Le tellure a été obtenu de manière analogue par Muller et Lucas (13) en utilisant directement des électrodes de tellure qui sont suffisamment conductrices. Il faut alors employer de l’eau pure ou très légèrement alcaline.
- Il semble que, dans ces phénomènes anodiques, il n’y a pas seulement des actions chimiques produites, mais aussi certaines forces mécaniques mises en jeu qui facilitent la désagrégation en fournissant des particules de grande surface relative, capables de produire des actions superficielles avec les ions du milieu.
- On trouve, en tout cas, des exemples dans lesquels les faits se passent ainsi; ce sont ceux produits à haute température par l’étincelle ou l’arc électrique.
- Electrothermie colloïdale. — De même qu’on utilise dans les fabrications ordinaires, telles que celles du carbure de calcium, le passage du courant pour le seul échauffement qu’il produit dans la masse à traiter, en l’amenant à la fusion et en permettant ainsi aux réactions chimiques de prendre naissance, on peut classer dans l’électrothermie certains genres de réactions qui donnent des sols colloïdaux, sinon sans que l’électrolyse intervienne, du moins sans qu’elle y joue, au moins apparemment, le phénomène principal.
- L’exemple le plus caractéristique de ce cas a été décrit en 1898 par Bredig (U). Son expérience, bien connue, consiste à produire un arc entre deux fils métalliques d’or, par exemple, dans l’eau maintenue à une basse température. On utilise une tension continue de 50 à 100 V et un courant de quelques ampères. On met tout d’abord les électrodes en contact; on les écarte ensuite légèrement de façon à produire un arc entre leurs extrémités : il y a alors volatilisation d’une petite quantité d’or et projection de particules dans l’eau où elles restent en suspension.
- On peut ainsi obtenir des sols de métaux divers dans lesquels le corps dispersé reste à l’état métallique s’il est inoxydable ou peu oxydable, ou prend l’état d’oxyde, dans le cas contraire.
- On prépare ainsi pratiquement des sols d’or, d’argent, de platine, de mercure, de rhodium, etc. pour les besoins thérapeutiques. On fait également de cette manière, de l’oxyde de fer et quelques autres sols analogues.
- Dans le cas du mercure, l’expérience est aisément réalisable par un dispositif tel que celui de la figure 7, dont l’électrode centrale de fer est le pôle d’un arc qui s’établit entre elle et la surface du mercure.
- Le mercure dispersé de cette manière est formé de très petites gouttes liquides
- (12) Muller et Novakoski, Berichte, 38, p. 3779, 1903.
- (13) Muller et Lucas, Zeil. Elektroch., II, p. 521, 1905.
- (14) Bredig, Zeit. angew. Chem., p. 951, 1898; — Zeits. fiir Elektroch., 4, p. 514, 1898.
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- entourées d une couche solide d’oxvde, mais la quantité d’oxyde est très faible et si, par un moyen quelconque, on provoque la coagulation de la suspension, on retrouve la presque totalité du mercure à l’état métallique.
- La réaction chimique, qui est dans ce cas un phénomène secondaire, provient de ce qu’il y a électrolyse de l'eau entre les électrodes et que l’oxygène produit se combine directement avec une partie du métal.
- Si la réaction secondaire est faible dans le cas du mercure et presque nulle dans le cas de l’or ou du platine, il y a des cas où elle constitue le phénomène principal. Si, par exemple, entre deux électrodes de fer, corps très difficile à disperser par l’arc, on fait éclater une étincelle dans un milieu liquide d’acétone, il y a décomposition de l’acétone et formation de carbone. C’est ce que montre l’expérience, très facile à réaliser.
- Lorsqu’on produit un arc ou des étincelles dans un milieu liquide d’eau ou de composés organiques, il y a toujours un dégagement plus ou moins important de gaz, ainsi que le fait a été fréquemment signalé depuis Svedberg (13).
- Les expériences postérieures de Urbain et Sgal (lr,) ont précisé la composition des gaz dégagés dans un certain nombre de cas résumés dans le Tableau IL
- Fig. 7. — Dispersion électrique du mercure.
- Tableau II. — Composition des gaz dégages par différents composés organiques.
- MILIEU LIQUIDE
- Série aromatique.
- Série grasse.
- nature
- DES GAZ DÉGAGÉS
- Acétylène.............
- Ethylène..............
- Oxyde de carbone . . .
- Hydrogène.............
- Acide cyanhydrique . .
- Il semble qu’à la haute température de l’arc, le liquide vaporisé soit réduit en ses atomes, qui se recombinent entre eux au refroidissement suivant un processus à peu près identique pour tous.
- Résistivité des sols. — Les solutions colloïdales dont la stabilité exige une très faible concentration de substances minérales dissoutes ont toujours une conductibilité électrique faible par suite du petit nombre d’ions qu’elles contiennent.
- (15) Th. Svedberg, Koll. Zeit., 1, p. 229, 1907.
- (16) Urbain et Scal, Soc. Chim. Phys., 10, déc. 1919.
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- Or, nous avons vu que la charge de la substance colloïdale était empruntée à ces ions, par un mécanisme qui peut être interprété de différentes manières, mais qui est sans doute différent dans les divers cas considérés. La conductibilité ne peut donc être supérieure à celle que donneraient les substances solubles additionnelles seules dans le même volume liquide. Au contraire, elle est généralement inférieure par suite de la dimension des ions colloïdaux entraînés qui leur donne une mobilité plus faible dans le liquide.
- Nous savons que la stabilité des sols colloïdaux dépend, pour une part importante, de la charge électrique des particules ; or, l’addition au sol d’un sel dissociable peut modifier cette charge et, suivant la règle donnée par Hardy, la coagulation se produit quand la charge devient nulle.
- Des observations assez nombreuses ont cependant montré que, dans la règle générale, cette coagulation apparaît avant que le point isoélectrique soit atteint et cette propriété a sa cause dans la tendance naturelle des particules à s’agglomérer les unes aux autres.
- Les expériences de Powis sur les émulsions d’huile ont montré que la coagulation se produit dès que les gouttelettes ont une charge positive ou négative inférieure à 0,03 V.
- Dans les sols qui font partie de ceux appelés irréversibles, les granules sont soumis à deux forces contraires : une qui tend à les rassembler et une force de répulsion due à leur charge électrique qui tend aies maintenir écartés les uns des autres. On conçoit donc que le point isoélectrique ne soit pas le terme rigoureux d’aboutissement, quand on augmente progressivement la concentration des électrolytes. Cependant, on peut dire que le point isoélectrique est le centre delà zone de coagulation des sols qui peuvent prendre des charges positives ou négatives, suivant le milieu ionique dans lequel ils se trouvent.
- En suivant à l’ultramicroscope le déplacement des ions colloïdaux d’un sol d’argent, on peut observer la vitesse de migration de ces ions par le courant et la manière dont elle varie par l’addition d’électrolytes. Les expériences de Svedberg avaient pour but de suivre la coagulation d’un sol d’argent par addition de sulfate d’aluminium :
- Dans l’eau pure, la vitesse de migration est de 2 g/sec pour un champ électrique de 1 V/cm; en ajoutant du sulfate d’aluminium, cette vitesse va en diminuant jusqu’à devenir nulle, pour la concentration de 60 x 1CL8 d’aluminium par gramme de solution. Aux concentrations plus fortes, elle va progressivement en croissant en sens inverse. On observe, pendant ces variations, que des granules s’agglomèrent pour donner des granules plus gros.
- La conductibilité, toujours très faible, de tels sols est donc essentiellement modifiée par les matières minérales introduites non seulement parce que celles-ci ont une conductibilité très grande par rapport au colloïde, mais aussi parce qu’elles modifient la structure du colloïde lui-même.
- Rôle des colloïdes dans Uélectrolyse. — On a remarqué depuis longtemps, et on utilise couramment cette propriété en galvanoplastie, que, dans l’électrolvse des sels métalliques, l’introduction de certaines matières colloïdales telles que la gélatine, avait une influence très grande sur la nature du dépôt du métal à la cathode.
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- Ce phénomène a été étudié de différentes parts et les expériences faites en particulier par Mutscheller (17> permettent de comprendre les causes qui produisent les faits observés.
- Considérons 1 électrolyse d une solution de nitrate d’argent dans laquelle on ajoute progressivement des quantités de gélatine de façon à faire varier la concentration de cette dernière de 0 à 12,5 p. 100.
- Si l’on détermine la vitesse de migration des ions NO3- du bain en fonction de la concentration de gélatine, on trouve que la vitesse, d’abord négative, va en diminuant, passe par zéro pour une concentration d’environ 6 p. 100 de gélatine, puis augmente positivement, suivant une droite (fîg. 8).
- Le meilleur dépôt correspond alors à la concentration de gélatine qui donne une mobilité nulle des ions NO3-.
- Si, considérant cette concentration de gélatine comme satisfaisante, on étudie
- "S 40
- §. 35
- 5 30
- ^ 20
- 8 9 10
- Normalité des acides :Ii-10~*
- Fig. 8.
- % de gelâti,
- Z-0,4
- Fig. 9.
- maintenant l’effet de concentrations variables de nitratè d’argent du bain, pour 6 p. 100 de gélatine, on obtient les résultats montrés sur la courbe de la figure 9.
- En ordonnées sont portées les vitesses de migration des ions NO3- et en abscisses les concentrations de N03Ag du bain. Cette courbe montre une vitesse de migration d’abord négative qui tend progressivement vers zéro pour la concentration 1,5 N environ, puis augmente négativement avec la concentration de l’électrolyte. ,
- Le point de vitesse de migration nulle des ions N03~ est encore, dans ce cas, celui qui correspond au meilleur dépôt d’argent, qui est alors blanc, lisse et adhérent. >
- Des résultats analogues sont obtenus en remplaçant le nitrate d’argent par le sulfate de cuivre ou le sulfate de zinc. Dans tous les cas, le meilleur dépôt correspond à une vitesse nulle des ions acides, c’est-à-dire au point isoélectrique de la gélatine.
- *
- * ♦
- En résumé, de tout ce qui vient d’être dit, il résulte que les phénomènes électrochimiques produits dans les électrolytes qui contiennent des substances
- (17) Mutscheller, Métal, and Chem. Eng., I. 13, p. 353 et 439, 1915; — Journ. Amer. Chem. Soc., 42, p. 2142, 1920.
- 130e Année. — Juillet-Août-Septembre 1931.
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- colloïdales, à l’état dispersé ou à celui de gelée, reposent, comme toute l’électrochimie, sur l’ionisation créée par dissociation électrolytique des molécules simples des corps en dissolution vraie ou des molécules complexes en solution colloïdale.
- A côté de ce phénomène, relativement simple, même dans le cas des solutions colloïdales, s’en place un autre dont les effets s’ajoutent presque toujours au premier; c’est celui de la charge électrique prise par les matières insolubles, qu’elles soient à l'état de gel dans l’électrolyte ou qu’elles s’y trouvent dispersées en donnant ce qu’on appelle une suspension.
- Dans le premier cas, celui des solutions colloïdales, les molécules complexes sont formées par un polymère de la substance mère du colloïde, unie chimiquement à l’eau de la solution et à certains ions des électrolytes qu’elle contient. Ce complexe constitue le corps dissous, qui s’ionise en donnant des ions simples et des ions colloïdaux. Par exemple, considérons une solution d’alumine provenant de la dialyse du chlorure d’aluminium; le sel dissous est un chlorure basique d’aluminium de la forme (18)
- II — (Al203. H20)n — Cl
- donnant, par dissociation des ions Cl- et des ions colloïdaux,
- [H — (A1203. H20)n]+.
- Si le sol d’alumine provenait de la dialyse de l’aluminate de sodium, le complexe colloïdal serait un aluminate acide de sodium
- K — (A1203. H20)n — OH
- et par dissociation, il donnerait des ions K+ et des ions colloïdaux
- [(A1203. H20)n.0H]~.
- Dans le second cas, où le sol est une suspension colloïdale d’alumine APO3 non hydratée, placée dans un milieu légèrement chlorhydrique, par exemple, les granules d’alumine sont formés par un agglomérat qui peut être représenté par (APO3)” en présence d’acide chlorhydrique et d’eau, c’est-à-dire d’ions H+ et Cl-, de HCl, et d’ions et OH-, de H30 ; il existe une concentration d’ions H+, Cl- et OH-différente de chacun de ces corps et, soit combinaison superficielle sur le granule, soit adsorption préférentielle de certains de ces ions, il y a union de quelques-uns d’entre eux sur chaque granule qui devient alors lui-même un ion colloïdal.
- Si, d'ailleurs, l’alumine n’avait pas été dispersée dans le liquide, mais si elle avait formé un bloc poreux, ou gel d’alumine, les phénomènes de surface se seraient produits d’une manière analogue et cette alumine aurait pris également une charge en tous les points placés au contact de l’électrolyte. Alors seraient nés les phénomènes d’électroosmose se substituant à ceux d’électrophorèse, puisque le gel lui-même, fixé aux parois du vase d’électrolyse, n’aurait pas la liberté de se déplacer.
- Tous ces phénomènes se ramènent donc à deux classes seulement, en principe : celle des solutions colloïdales, qui se comportent comme les électrolytes ordinaires, et celle des suspensions colloïdales, qui reposent sur des actions de surface.
- Malheureusement, les solutions colloïdales sont fréquemment d’un type intermé-
- (18) P. Bary, Rev. gén. Coll., V, p. 517, 1927.
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- diaire qui contient à la fois des molécules complexes dissoutes et des granules formés par 1 association plus ou moins volumineuse de matière insoluble ll9‘.
- IL — APPLICATIONS.
- préparation de colloïdes minéraux. — Nous avons passé en revue les divers phénomènes qui se produisent par le passage du courant dans des solutions électro-lytiques contenant des substances colloïdales ou des corps cristalloïdaux qui fournissent sous l’action du courant des composés colloïdaux.
- Nous allons examiner maintenant les diverses fabrications industrielles qui sont basées sur ce genre de réactions. Quelques-unes sont assez anciennes; elles avaient pour but d’obtenir des réactions particulières produisant certains composés sous une forme qu’on n’obtient que difficilement par voie purement chimique.
- Dans cette catégorie, on peut classer tout d’abord, parmi les composés minéraux, les préparations de solutions colloïdales employées en médecine. Nous avons précédemment dit quelques mots sur le mode de préparation des métaux colloïdaux dû à Bredig, par l’arc électrique, en milieu aqueux pur ou avec une petite quantité de soude.
- On obtient, par cette méthode, les métaux purs ou à l’état d’oxydes, hydratés ou non, suivant la facilité que possède le métal choisi de s’unir plus ou moins aisément à l’oxygène produit par la décomposition de l’eau.
- Le platine, l’or, le mercure, donnent des sols métalliques; le fer se transforme entièrement en oxyde hydraté ; le cuivre, l’étain, l’argent fournissent des granules métalliques généralement recouverts d’une mince couche d’oxyde ou de sous-oxyde.
- Nous avons vu aussi précédemment que ces métaux ou leurs oxydes pouvaient être préparés à l’état de sols au moyen de l’électrolyse de solutions diluées de sels avec des électrodes qui ne remplissent pas de fonction chimique.
- On peut aussi obtenir certains oxydes, tels que celui de fer, par électrolyse de l’eau légèrement sodée entre deux électrodes de fer.
- Les méthodes employées couramment dans ce but sont extrêmement variées et permettent généralement de préparer des sols très purs, comme il est nécessaire pour les applications à la médecine, sans avoir à opérer une purification, toujours longue et délicate. Ces méthodes sont bien connues; nous ne pensons pas qu’il y ait lieu de s’y arrêter plus longtemps. Ce sont d’ailleurs des applications de laboratoire plus que d’industrie.
- extraction de l’alumine de ses minerais. — On peut purifier la bauxite et les minerais alumineux par un procédé électrolytique permettant d’en séparer les métaux étrangers à l’aluminium, et en particulier le fer, et donnant finalement un gel d’alumine hydratée pure. Il a été expérimenté par M. Heibig, de la Société des Filtres Philippe, à qui je dois ces renseignements.
- Le traitement préliminaire à faire subir au minerai alumineux consiste dans une attaque sulfurique qui transforme la masse en un mélange de sulfate d’aluminium, de fer et de quelques autres composés en faibles proportions. La silice et le titane sont éliminés.
- (19) P. Bary, Journ. de Chim. phys., 28, 25 janvier 1931.
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- Si, à cette solution, on ajoute de la tournure de fer pour maintenir ce métal à l’état de sulfate ferreux, qu’on y plonge deux électrodes, l’une de fer et l’autre de cuivre, on obtient une pile qu’il suffit de mettre en court-circuit sur elle-même pour réaliser l’électrolyse de la solution.
- Les sulfates se décomposent en apportant à l’anode de fer des ions SOt_ qui donnent à nouveau du sulfate ferreux. Après un certain temps de passage du courant, le sulfate d’aluminium a perdu une certaine quantité d’acide sulfurique et se transforme en un sulfate basique d’aluminium, c’est-à-dire en alumine colloïdale hydratée solvatisée par l'acide sulfurique restant.
- Si l’électrolyse est maintenue assez longtemps, il y a coagulation de l’alumine en une masse gélatineuse qui finit par précipiter ou coaguler dans la liqueur dont il est facile de la séparer et de la laver. Elle est alors entièrement débarrassée du fer qu’elle contenait et elle est d’un blanc parfait.
- La coagulation de l’alumine restant à l’état de solution colloïdale dans le bain est aisément obtenue par simple addition d’eau en quantité suffisante.
- L’alumine ainsi extraite diffère de celle qu’on obtient dans le traitement par la soude, auquel la bauxite est habituellement soumise, en ce que, dans ce dernier cas, on a formation de polyaluminate acide de sodium et le colloïde est négatif, alors que dans celui que nous venons de décrire, l’alumine est à l’état de sulfate très basique et les micelles colloïdales sont de signe positif.
- les accumulateurs électriques. — Une application industrielle importante et ancienne, celle des accumulateurs d’électricité repose sur une préparation du plomb et du peroxyde de plomb à l’état colloïdal et, bien qu’on n’envisage pas généralement les faits sous ce point de vue spécial, puisqu’on avait fort peu étudié les colloïdes à l’époque où Planté réalisa son premier accumulateur, il semble intéressant de considérer la formation des plaques d’accumulateurs comme un phénomène colloïdal 20).
- On sait que les plaques positives des accumulateurs au plomb sont formées de peroxyde de plomb qui absorbe de l’oxygène pendant la charge et le perd pendant la décharge. Mais, pour que ce peroxyde de plomb soit capable d’absorber l’oxygène en quantité importante, il faut que la plaque contienne ce corps sous une forme particulière à laquelle on ne s’est que peu arrêté en général.
- Le peroxyde de plomb existe sous la forme anhydre PbO2 et sous la forme hydratée Pb02.H20, mais il est alors polymérisé (PbO2. H20)". Or, tous les oxydes métalliques colloïdaux sont beaucoup plus actifs pour l’absorption des gaz lorsqu’ils sont à l’état hydraté. C’est la préparation de l’hydrate de plomb colloïdal qui constitue ce qu’on appelle la formation des plaques positives de l’accumulateur.
- Pendant tout le temps que dure la formation d’un élément et pendant sa charge, il est aisé de constater que l’électrolyte contient du sulfate de plomb, lequel, ainsi qu’on le sait, est légèrement soluble dans l’eau acidulée sulfurique. La décomposition du sulfate de plomb, comme celle de tous les sels solubles de plomb, donne du plomb métallique à la cathode et du peroxyde de plomb à l’anode.
- Le plomb métallique se dépose à l’état spongieux et le peroxyde de plomb sous la forme hydratée. Ce sont, pour chacun de ces dépôts, les états sous lesquels ils sont capables d’absorber les gaz en quantités importantes.
- (20) P. Bary, Rev. gén. des Colloïdes, II, p. 33, 1924.
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- Le sulfate de plomb ainsi décomposé est constamment renouvelé dans la solution par suite de 1 attaque directe de 1 oxyde de plomb des électrodes par l’acide sulfurique du bain, ou par la dissolution du sulfate de plomb de la négative.
- Lorsque les électrodes sont formées de cette manière, la décomposition de l’eau de l’électrolyte, avec dégagement d’oxygène à l’anode et d’hydrogène à la cathode, suffît à produire l’accumulation d’énergie, par suite de l’absorption de ces gaz dans les électrodes ainsi préparées.
- Des réactions ultérieures peuvent se produire, par exemple, la suroxydation du peroxyde de la positive, ou la sulfatation de la négative, comme le veut la théorie de Ch. Féry(21), mais elles ne paraissent pas nécessaires à l’explication du phénomène d’accumulation. Il est, en effet, indispensable d’admettre que, si de tels composés définis se forment normalement dans les plaques, ils doivent être assez instables pour expliquer la décharge de l’accumulateur à circuit ouvert sous la seule action du temps. »
- Les accumulateurs alcalins du type Edison ou de Lalande et Chaperon ont un fonctionnement qui repose de même sur la formation aux électrodes de dépôts colloïdaux, seuls propres à l’absorption de grandes quantités de gaz.
- purification des argiles. — Les kaolins employés pour la fabrication de la porcelaine contiennent des impuretés en quantités plus ou moins grandes ; ce sont surtout du mica et du quarlz, dont la séparation est assez facile, bien que longue, par sédimentation des dispersions de ces argiles dans l’eau. D’autres impuretés, telles que le fer, sont d’une séparation plus difficile. Ces impuretés représentent parfois les trois quarts du poids total de l’argile; cependant, le but de l’électroosmose n’est pas dans le traitement de ces argiles de qualités très inférieures, mais seulement dans l’amélioration et la décoloration des kaolins de qualité moyenne. Le traitement électroosmotique donne, dans ce cas, une modification de composition qui ressort nettement des valeurs indiquées dans le tableau ci-dessous '2i).
- Analyse d'un kaolin.
- Avant traitement. Après traitement.
- Perte au feu . . ..................... 8,51 p. 100 13,52 p. 100
- SiO2 ................................... 65,60 — 47,24 —
- A1203.................................... 22,73 — 37,97 —
- Fe203..................................... 2,47 — 0,81 —
- Alcalis.............................. 0,71 — non dosé
- Ainsi qu’on le voit par les valeurs données dans ce tableau, la silice a diminué dans une forte proportion, ce qui a augmenté la quantité relative d’alumine, et l’oxyde de fer a été réduit au tiers de sa valeur. Il ne semble pas qu’on puisse améliorer sensiblement des argiles contenant des quantités de fer inférieures à ce minimun.
- La méthode employée consiste à mettre en suspension l’argile à purifier et à soumettre le sol à l’électrolyse ; pour la réalisation pratique, différents systèmes ont été proposés dont le premier en date est celui de Meister Lucius et Brüning (1907) ; le dispositif de Botho Schwerin (brevets de 1911 à 1917) est celui qui a seul pris
- (21) Ch. Féry, Recherches sur le fonctionnement de l’accumulateur au plomb. (Bull. Soc. Encour. Ind. nat., janv.-fév. 1919, p. 92 à 98.)
- (22) Frydlender, Rev. des Prod. Chim., 25, p. 721, 1922 ; — Sarrot du Bellay, Idem, septembre 1925.
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- un certain développement industriel et ce sont les résultats obtenus par ce procédé que nous allons examiner.
- L’électrolyse du sol d’argile est faite dans une cuve demi-cylindrique dans laquelle tourne un cylindre horizontal, servant d'anode, de 60 cm de diamètre et de 1 m de longueur. Parallèlement à la partie de sa surface qui plonge dans le bain, se trouve un tamis métallique de fer employé comme cathode. Le liquide est agité au fond de la cuve d’une manière continue. Par suite du passage du courant, les particules colloïdales négatives d’argile sont entraînées vers l’anode sur laquelle elles se déposent. La rotation lente du cylindre anodique amène progressivement le dépôt hors du bain et une lame, frottant sur sa surface, décolle la couche déposée et l’amène à l’extérieur de la machine. Ce dépôt ainsi obtenu est presque sec, par le fait du phénomène d’électroosmose qui s’opère dans le dépôt lui-même, dont l’eau est chassée vers la cathode, en emportant les impuretés solubles et une partie de oelles insolubles, qui ne sont pas chargées négativement.
- L’argile pure est déposée sur l’anode en couches de 6 à 12 cm d’épaisseur et ne contient qu’environ 25 p. 100 d’eau.
- Ce traitement présente des avantages pratiques importants. En effet, grâce à la purification obtenue, le point de fusion de l’argile s’élève très sensiblement par suite de l’absence de silice et de mica qui agissent comme des fondants de la pâte. En outre, par la peptisation de la totalité de l’argile, on a donné à celle-ci une grande homogénéité et, sous l’action de la chaleur, elle est amenée plus rapidement au ramollissement et à la vitrification. On sait, en effet, que la cuisson de la porcelaine doit être poussée jusqu’à un commencement de fusion ayant pour effet de coller ensemble tous les grains constitutifs de la pâte séchée.
- Entre deux argiles de même pureté, celle qui est la plus homogène a une température de vitrification plus basse et il en résulte une cuisson plus rapide et une économie de combustible.
- Cet abaissement de température est d’environ 300 degrés pour les argiles inférieures; il est plus faible pour celles de bonne qualité; l’abaissement delà température de vitrification et l’élévation de la température de fusion véritable donnent une grande facilité de cuisson des pièces, car il est connu que le retrait ou la contraction de la matière cesse brusquement dès que la vitrification commence à se produire. C’est ainsi, d’après Jameson et Valpy(23), que des briques faites avec des argiles osmosées sont mieux et plus rapidement cuites à 1.000° que des briques d’argile brute à 1.300°.
- Les expériences de W. R. Ormandy (2i) sur les kaolins lui ont montré que ces substances, souvent colorées en vert ou en bleuâtre par de la tourmaline ou d’autres silicates doubles contenant un peu de fer, sont rendues, tout à fait blanches par le traitement électrique; les colorations jaunes ou brunes sont plus difficiles à séparer.
- Pour qu’une argile, d’après le même auteur, puisse être utilisée à la fabrication de la porcelaine blanche, il est nécessaire que sa contraction à 1.500° soit d’au moins 17 p. 100. Or les kaolins anglais naturels ne donnent que 10 à 12 p.100 avant traitement; mais après avoir subi l’osmose, la contraction monte à 19 p. 100.
- (23) Jameson et Valpy, Pat. angl., 29 janvier 1907.
- (24) W. R. Ormandy, Engl. Ceram. Soc., 14, p. 13, 35 et 48, 1913.
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- A. V. Bleininger (25) a étudié l’addition aux suspensions d’argile de quantités faibles d électrolytes et il a observé que la viscosité de ces dispersions diminuait beaucoup par cette addition. Les électrolytes employés sont la soude, l’oxalate et 1 acétate de sodium. La quantité à introduire est celle qui donne dans chaque cas le minimum de viscosité. Cette quantité dépasse rarement 2 p. 100 du poids de l’argile sèche.
- La tension continue employée dans l’électroosmose des argiles est d’environ 100 V et l’énergie dépensée pour le traitement d’une tonne d’argile serait de 70 à 80 kWh. Une machine du type décrit plus haut permettrait d’obtenir annuellement 1.000 t de produit purifié.
- Née en Allemagne, cette méthode de traitement de l’argile a été mise en pratique par la société allemande Elektroosmose. Les procédés ont été ensuite acquis par la société anglaise Electro-osmosis, la société américaine Chemical Foundation Inc. et l’Electro-osmose latine, qui a son siège à Paris.
- Des usines ont été installées dans différents pays et ont montré que l’emploi de la méthode électrique permet d’obtenir des résultats très intéressants dans un certain nombre de cas.
- En Angleterre, Jackson (î6) signale que, pendant la guerre, alors que l’on manquait de creusets de verrerie, on a réussi à purifier ainsi des argiles permettant la fabrication de creusets résistant à 15 chauffes à 1.500° environ, alors qu’avec l’argile avant traitement, ils n’en pouvaient supporter que trois ou quatre.
- Allen (27; a signalé également que, dans la fabrication des pièces pour lesquelles le moulage se fait au moyen de barbotine, dont l’eau est absorbée par la matière poreuse du moule, l’emploi du courant électrique entre une électrode plongeant dans le moule et l’autre à l’extérieur, permet d’obtenir des dépôts rapides et d’épaisseur variable à volonté suivant l’intensité du courant employé. On peut fabriquer par le même moyen des creusets formés d’un mélange de silice et de plombagine, en déposant directement ces corps sur une anode servant de moule.
- En Tchécoslovaquie, l’usine de Chodau, près de Karlsbad, delà Karlsbader Kaolin Elektroosmose, produit annuellement 1.500 wagons de kaolin enrichi. D’autres analogues sont installées à Ghemnitz (Saxe), à Montabaur, en Rhénanie, à Grosselme-rader, près de Cassel, etc.
- Enfin, les mêmes procédés sont appliqués en Autriche, au Danemark et au Japon.
- émulsions naturelles d’huiles minérales. — Le pétrole brut, tel qu’il est extrait des poches souterraines, est à l’état d’émulsion dans une solution aqueuse; c’est du moins un cas assez fréquent que l’on rencontre, en particulier, dans presque tous les pétroles de Californie.
- La présence d’asphalte en quantités assez grandes stabilise ces émulsions et rend parfois la séparation de l’huile assez difficile. La quantité d’eau contenue dans ces huiles est très variable, mais elle peut atteindre 60 p. 100 du total ; la proportion de 25 p. 100 est très courante.
- On a cherché à utiliser l’action du courant pour rompre ces émulsions. On peut,
- (25) D. V. Bleininger, J. Amer. Ceram. Soc., 15, p. 338, 1913; Ind. Eng. Chem., 12, p. 430, 1920.
- (26) Jackson, Rev. Prod. Chim., 23, p. 471, 1920.
- (27) B. J. Allen, Trans. Ceram. Soc., 16, p. 134, 1916. i
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- en effet, constater avec assez de facilité que si, dans de telles émulsions, on plonge deux électrodes reliées aux pôles d’une source continue, les gouttes d’huile se rassemblent à l’électrode positive : elles sont donc Chargées négativement par l’adsorp-tion des cathions provenant de la dissociation des sels minéraux en solution dans l’eau.
- Les expériences de Sherrick ont montré que les émulsions de pétrole se détruisent par l’addition d’acide; si l’on ajoute à l’émulsion des quantités variables d’acide, on observe une séparation d’autant plus complète que l’acidité est plus grande, ainsi que le montrent les courbes de la figure 10.
- Sur ces courbes, on voit qu’il faut arriver à une concentration normale d’acide pour avoir un pétrole ne contenant plus que peu d’eau dispersée. Le rôle du courant et de l’électrolyse peut donc être considéré comme le moyen d’obtenir au voisinage
- de l’anode des ions acides à une concentration assez élevée pour obtenir la coalescence des gouttelettes de pétrole.
- Cette méthode a été appliquée par Seibert et Brady dans un appareil que montre schématiquement la figure 11.
- Il est formé de réservoirs cylindriques de 60 cm de diamètre et de 2 à 3 m de hauteur, à la partie supérieure desquels se trouve une cloche ouverte dans le bas et laissant entre les parois un intervalle de 10 à 15 mm. L’émulsion arrive par la partie supérieure, traverse cette couronne pour gagner 1r partie inférieure du réservoir. Dans son passage entre la cloche et le réservoir, qui forment les électrodes, il y a électrolyse, et l’eau tombe au fond, alors que l’huile séparée monte dans la cloche. Un système de pompe et de réservoir permet de soutirer les liquides séparés et d’amener l’émulsion nouvelle à traiter, qui peut repasser plusieurs fois dans l’appareil si cela est nécessaire.
- On opère sous une tension de 500 V ; la résistance électrique de chaque électro-lyseur est d’environ 150 w.
- Un dispositif très employé pour effectuer cette électrolyse est celui de Cottrell (fig. 12).
- L’appareil de Cottrell est formé de grands cylindres en tôle à l’intérieur desquels se trouvent deux cônes concentriques en toile métallique formant électrodes. Le liquide émulsionné arrive à la partie supérieure et est soutiré par le bas; il se rend alors dans une seconde cuve plus étroite où se fait la décantation. Le courant employé est du courant alternatif à 50.000 V.
- Fig. 10. — Destruction des émulsions de pétrole brut dans l’eau par les acides.
- électrolyse en courants alternatifs. — Le dispositif de Cottrell que nous venons de voir nous amène à cette question de la possibilité de faire de l’électrolyse avec des courants alternatifs. Il est nécessaire d’insister un peu sur cette question au sujet de laquelle on n’a généralement guère d’éclaircissement. Il semble, en effet, que le courant alternatif, renversant dans chaque demi-période le travail fait dans la demi-période précédente, doit conduire à un effet total nul.
- C’est ce qui se produit dans des cas très fréquents, parce que, dans l’électrolyse courante, les phénomènes chimiques opérés sur les électrodes sont réversibles. Si
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- 1 on décomposé une solution de sulfate de cuivre, par exemple, on dépose du cuivre à la cathode et de 1 acide sulfurique se forme à l’anode. Le courant étant inversé, le cuivre déposé d abord est dissous par l’acide sulfurique sur une électrode et celui qui se dépose sur 1 autre est transformé en sulfate de cuivre par la présence de l’acide sulfurique qui venait de se former.
- Pour les colloïdes, il faut considérer deux cas : celui où le dépôt est susceptible de se dissoudre dans un milieu tel que celui donné par l’électrolyse au voisinage de l’électrode, ou, au contraire, celui où cette dissolution nouvelle n’est plus possible.
- D’une manière générale, on peut dire que chaque fois que la matière déposée en granules ou en gouttelettes s’unit à elle-même par coalescence des grains, il y a formation d’une couche que le courant est incapable de remettre en dispersion spontanée. Dans ce cas, le dépôt s’opère alternativement sur l’une et l’autre électrode, suivant le sens momentané du courant, et ces dépôts vont en s’accumulant.
- Dans le cas du pétrole, dont nous venons de parler, il est évident que lorsque les gouttelettes de pétrole ou d’eau se sont groupées pour former une couche liquide, le courant de sens inverse ne pourra les disperser à nouveau.
- Il en est de même de la plupart des émulsions et, en particulier, de celles de caoutchouc dont nous parlerons tout à l’heure et qui peuvent être électrolysées par le courant alternatif.
- D’ailleurs, il ne s’agit pas là exclusivement d’un phénomène colloïdal : on sait, en effet, depuis longtemps, que si l’on fait passer un courant alternatif dans de l’eau acidulée, par exemple, les gaz dégagés aux électrodes sont un mélange d’hydrogène et d’oxygène. Pour que ce dégagement de gaz fût nul, il faudrait que chacun des gaz déposé sur l’électrode y restât fixé à l’état atomique de façon que, l’ion opposé venant à son tour se déposer en ce point, leur combinaison se produisît.
- Fig. H. — Appareil de Seibert et Brady pour la destruction par électrolyse des émulsions de pétrole dans l’eau. (Les clichés des figures 11 et 12 ont été prêtés par M. Gauthier-Yillars, éditeur.)
- électrolyse des émulsions de caoutchouc. — Le latex de caoutchouc, tel qu’il est récolté à la saignée des arbres, est une émulsion qui a une constitution analogue
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- à celle des laits animaux, mais la matière grasse du lait est remplacée ici par le caoutchouc qui est un hydrocarbure.
- Le caoutchouc est dispersé dans une solution contenant quelques sucres, des sels minéraux en petites quantités et des matières protéiques qui jouent le même rôle de stabilisateurs de l’émulsion que la caséine du lait.
- Depuis les expériences de Victor Henri 281 on sait que les granules de caoutchouc du latex portent une charge négative; les ions négatifs du liquide de suspension favorisent donc la stabilité alors que les acides tendent au contraire à produire la coagulation. Les granules de caoutchouc sont alors recouverts d’une mince couche de protéine à l’état de sel alcalin (protéinate d’ammonium, par exemple).
- La dissociation dans l’eau donne deux ions (protéine)-et (NH*)+.
- Les ions protéine qui recouvrent la surface du granule fournissent donc à celui-ci la charge négative qu’ils portent. Par le passage du courant dans l’émulsion, ces granules migrent vers le pôle positif ou anode. En même temps qu’eux, arrivent à l’anode tous les ions de même signe, c’est-à-dire les radicaux acides de sels minéraux et les groupes oxhydrvles de l’eau. C’est un phénomène d'anaphorèse.
- En 1908, CocivERELL, du Collège technique de Cey-lan, à Colombo, breveta l’emploi de l’électrolyse pour obtenir la coagulation du latex; celle-ci fut réalisée par P. S. Clignett (i9) un peu plus tard, mais elle n’a
- pas semblé présenter des avantages pratiques suffisants pour une application étendue. Elle paraît être actuellement tout à fait abandonnée, la coagulation s’opérant uniformément dans les plantations par voie chimique.
- C’est seulement depuis quelques années que s’est développée l’application de l’électrolyse du caoutchouc, non plus pour la coagulation du latex, mais pour la fabrication industrielle d’un certain nombre d’articles.
- En 1922, Sheppard et EBerlin prirent un brevet américain pour un mode de préparation de dépôts électrolytiques de caoutchouc, qu’on pourrait nommer la
- Fis
- 12. — Dispositif de Cottrell pour la destruction électrolyse des émulsions de pétrole dans l’eau.
- par
- (28) V. Henri, C. R., 144, p. 431, 1907 . I 147, p. 102, 1908.
- (29) P. S. Clignett (Congrès de Batavia), Caoutch. et Gutta., 12, p. 8721, 1915.
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- galvanoplastie du caoutchouc, tellement la manière d’opérer ressemble à celle qui permet d’obtenir des dépôts de nickel, d’or ou d’autres métaux.
- Si, entre deux électrodes plates plongeant dans du latex de caoutchouc, on fait passer un courant continu, on observe un dépôt de cette matière sur l’anode. En même temps il y a dégagement gazeux et la masse obtenue reste perméable aux ions, ce qui permet de prolonger l’expérience jusqu’à ce qu’on ait un dépôt d’une épaisseur suffisante. Il est nécessaire de munir la cuve d’un agitateur afin que le liquide reste bien homogène.
- On peut aussi déposer le caoutchouc sur une électrode cylindrique tournant lentement sur son axe et présentant successivement ses génératrices à la cathode de manière à donner un dépôt très régulier.
- Le défaut de cette électrolyse est le dégagement d’oxygène à l’anode qui retire aux pièces faites une valeur véritable. On peut éviter ce défaut et obtenir une couche de caoutchouc adhérente aux métaux, en choisissant ceux-ci parmi ceux qui absorbent facilement l'oxygène, tels que le zinc.
- C'est une méthode appliquée aujourd’hui pour l’obtention d’un dépôt de caoutchouc adhérent aux métaux. S’il s’agit de métaux peu attaquables par l’oxygène, on les recouvre préalablement d’une couche mince de zinc, de cadmium ou de magnésium.
- Un perfectionnement important a été apporté à ce procédé par l’Anode Rubber Company; il consiste à effectuer le dépôt de caoutchouc sur une cloison poreuse derrière laquelle se trouve placée l’anode. Le caoutchouc se dépose alors sur la cloison intermédiaire dont il peut être détaché aisément en fin d’opération; les ions de l’électrolyse passent à travers la matière poreuse et se rendent à l’anode où a lieu le dégagement gazeux.
- La figure 13 montre une cuve métallique servant de cathode et contenant du latex dans lequel plonge un vase poreux cylindrique dans l’axe duquel se trouve l’anode. On a de cette manière un dépôt de caoutchouc cylindrique lui-même, mais on conçoit aisément qu’on puisse lui donner toute autre forme.
- Dans la figure 14, le cylindre poreux est horizontal ; il plonge par sa partie inférieure dans le bain et tourne lentement sur son axe. La couche de caoutchouc déposée est décollée de la surface poreuse à la partie supérieure et entraînée sur des toiles talquées. On obtient ainsi une feuille continue de gomme.
- La tension employée est généralement de 50 à 100 Y et la densité de courant sur l'anode de 0,3 à 0,6 A/dm3. Mais ces valeurs varient suivant le résultat à obtenir et les dispositions adoptées.
- Ces procédés s’appliquent au latex naturel et également à des latex artificiels qui contiennent non seulement du caoutchouc, mais encore les différents ingrédients qui sont nécessaires pour obtenir la qualité désirée comme solidité, élasticité, couleur et degré de vulcanisation.
- Le système consiste alors à faire un mélange de caoutchouc, comme on le fait ordinairement, avec toutes les poudres de charge, le soufre, les accélérateurs, etc. et à mettre ce mélange à l’état d’émulsion par addition de savon ou d’autres substances produisant des effets analogues. On triture alors ce caoutchouc à chaud, sur les cylindres mélangeurs en y ajoutant peu à peu de l’eau jusqu’à ce qu’on ait un liquide contenant le caoutchouc et ses charges à l’état de dispersion dans l’eau.
- Par suite du mélange avec l’eau, il est nécessaire de choisir des ingrédients qui
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- ne soient pas solubles et qui n’absorbent pas l’eau. On ajoute aussi quelquefois des corps, appelés adoucissants, tels que des hydrocarbures liquides, des huiles, pour donner plus de fluidité au caoutchouc et permettre la mise en émulsion plus rapide.
- Les matières déposées électrolytiquement sont alors prêtes pour la vulcanisation dès qu’elles sont sèches et elles ont la forme même des pièces qu’on a voulu
- réaliser.
- a I "
- Ces méthodes extrêmement ingénieuses ont eu tout d’abord un très vif succès et des applications en ont été entreprises en divers pays : aux États-
- Fig. 13. — Électrophorèse du caoutchouc.
- Fig. U. — Obtention d’une feuille de caoutchouc par électrophorèse.
- Fig. 15. — Filtre électroosmotique.
- Unis, par la Société Kodak; en Angleterre, par l’Anode Rubber Company (aux Établissements Dunlop); en Hongrie, en Allemagne et en France (par la Société des Isolants moulés). Les résultats obtenus sont restés au-dessous des espérances que l’on avait conçues à l’origine, pour diverses raisons intéressantes à analyser; aussi, l’emploi de ces méthodes est-il, à l’heure actuelle, presque entièrement réduit à l’obtention de couches adhérentes de caoutchouc sur les métaux. Cependant, les études se poursuivent et plusieurs procédés élégants assez nouveaux paraissent devoir laisser une place importante à l’électrophorèse du caoutchouc dans la fabrication de quelques articles de grande consommation tels que les chambres à air des pneumatiques(30).
- (30) Voir en particulier les communications faites par A. Johnston et J. G. Mackay et par D. Twiss au Congrès des Techniciens du Caoutchouc tenu à Paris du 10 au 13 juin 1931.
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- l électrolyse et l’ultrafiltration. — Dans la fabrication des pièces moulées par électrolyse sur des cloisons poreuses, il est aisé de voir que le courant agit de la meme manière que le ferait une différence de pression exercée entre les deux côtés de la cloison et tendant à faire filtrer le liquide au travers de celle-ci. Dans une telle filtration, les seules parties liquides ou solides dissoutes seront capables de traverser la cloison poreuse et les matières colloïdales resteront adhérentes à l’extérieur de la cloison.
- Au sujet du kaolin, nous avons signalé le cas des barbotines employées pour le moulage des pièces de porcelaine dans des moules de plâtre poreux. Cependant, l’emploi du courant dans ce cas offre l’avantage de permettre des dépôts plus épais assez rapidement, parce que, au lieu de faire filtrer la totalité du liquide à travers le dépôt déjà obtenu, il suffit qu’il soit traversé par lés ions et que la résistance opposée à leur passage reste toujours faible. Le mécanisme est cependant presque le même et, dans l’application au caoutchouc, les méthodes électrolytiques ont principalement servi à orienter les applications du latex vers des méthodes où l’électrolyse ne jouait aucun rôle et où le même résultat était obtenu plus simplement par filtration.
- Un autre procédé, comparable à la filtration, est celui qui consiste à placer le latex d’un côté de la cloison poreuse et, sur la face opposée, un liquide acide, par exemple, qui, pénétrant progressivement dans les pores, vient au contact du latex et le coagule sur la surface même de la cloison.
- Ces méthodes qui ont été et sont encore un peu employées pour le caoutchouc, se rattachent à l’ultrafiltration et l’on comprend que l’électrolyse à travers une cloison poreuse en diffère sensiblement par le fait que le coagulum déposé, dès les premiers instants, constitue un colmatage presque imperméable aux liquides, dans certains cas, alors qu’il reste très facile à traverser par les ions.
- Dans chaque cas, l’avantage de l’emploi du courant seul ou de la filtration, ou de la combinaison des deux moyens, c’est-à-dire l’électro-ultrafiltration, sera déterminé par la nature du dépôt sur la cloison poreuse et le degré de colmatage qu’il cause.
- dessiccation de la tourbe. — La tourbe est un mélange de grains fins de charbon emprisonnés dans des substances fortement colloïdales d’hydrocellulose et de produits chimiquement analogues qui contiennent une forte proportion d’eau. L’eau en solution dans la matière colloïdale, la gonfle et il est très difficile de l’extraire complètement. On sait que les pressions de gonflement de ce genre de substances sont très grandes. Les géloses extraites des algues ont une pression de gonflement de o atm quand il y a 75 p. 100 d’eau dans la gelée et, pour 48 p. 100 d’eau, la pression de gonflement est de 41 atm. On conçoit aisément que l’eau soit difficile à séparer de tels corps et c’est le cas des substances qui accompagnent le charbon dans la tourbe. Il est pratiquement impossible de chasser l’eau de la tourbe par compression mécanique; quant à l’évaporation à l’air, elle ne peut dépasser une certaine valeur qui dépend de l’état hygrométrique de l’atmosphère. Or, les tensions de vapeur de ces gelées sont très faibles et l’équilibre avec l’atmosphère sous nos climats est obtenu pour des gonflements encore considérables.
- Le comte Schwerin et la Société Elektroosmose allemande ont fait porter leurs premières installations d’électroosmose sur la dessiccation de la tourbe. C’est un
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- problème qui présente un intérêt considérable en Prusse orientale où existent de grands gisements dont l’assèchement permettrait de rendre à la culture des terres riches. L’usine de Wildenhoff, installée à titre d’essai, fonctionne depuis plusieurs années; elle a montré que, techniquement, on peut obtenir le résultat désiré. Le procédé consiste à faire passer le courant à travers la tourbe; celle-ci se condense au pôle positif et devient assez compacte, par suite du départ d’une grande quantité d’eau.
- Il y a intérêt à ce que la tourbe soit broyée en grains assez fins et à ce que la solution soit alcaline. Dans ces conditions, la dépense de courant pour 1.000 kg de tourbe sèche est d’environ 250 à 300 kWh pour une déshydratation de 70 p. 100 environ.
- Le résultat accuse un prix de revient assez élevé qui ne semble intéressant que pour de très grandes installations.
- Des expériences faites en Angleterre ont montré que le déplacement d’eau de la tourbe était 5.000 fois plus grand que la même quantité d’électricité en peut décomposer électrolytiquement. D’après Schwerin, si on utilise la tourbe séchée de cette manière à la production de l’électricité nécessaire à cette opération, il faut brûler le cinquième de la quantité totale produite.
- filtre-presse Électroosmotique. — La disposition générale employée en électroosmose, en dehors des dispositifs particuliers qui peuvent présenter des avantages dans certains cas spéciaux, comme ceux que nous avons vus pour les argiles, consiste à faire une série de cloisonnements poreux entre lesquels sont placées alternativement les solutions aqueuses à électroosmoser et l’eau pure. On arrive ainsi à constituer un appareil qui a toutes les formes extérieures d’un filtre-presse et qui n’en diffère, en fait, que par les électrodes placées dans chaque cellule, alternativement positives et négatives (fîg. 15).
- Dans ce dispositif, les électrodes des cellules impaires sont reliées en parallèle sur l’un des pôles de la source continue et celles des cellules paires sur l’autre pôle. On ajoute progressivement, dans les premières, le liquide contenant la matière colloïdale à séparer, dont l’eau, traversant les cloisons, passe dans les cellules impaires, d’où elle est éliminée.
- Les cloisons employées le plus fréquemment sont des toiles, tissées assez serré, de coton ou d’amiante ou des matières poreuses.
- G. Jaubert 31 a décrit un système de diaphragmes armés qui sont perméables aux ions, et laissent par suite passer le courant électrique, mais retiennent les substances colloïdales et même les gaz; cette dernière propriété ayant été appliquée par lui à la décomposition électrolytique de l'eau. Ces diaphragmes sont formés d'une plaque métallique percée d’une multitude de trous microscopiques sur la surface de laquelle on a fait, par électrophorèse, un dépôt colloïdal, en solution alcaline, de polvsilicates acides de magnésium, d’oxydes de métaux terreux ou alcalino-terreux.
- La figure 16 montre la disposition générale de ces filtres-presses servant à l’électroosmose.
- déminéralisation des gélatines. — On emploie fréquemment dans les laboratoires de biologie, depuis que la pratique en a été enseignée par Ch. Dhéré et
- (31) G. F. Jaubert, C. R., 191, p. 1417, 1930.
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- Gorgolewkski (32), 1 électrodialyse pour la purification des sérums ou des solutions de protéines telles que la gélatine.
- Par la dialyse seule de la gélatine commerciale dans l'eau maintenue à une
- Fig. 16. — Appareil à cellules démontables, système Philipps et Pain.
- température de 0° à 2°, on peut, en 8 jours, enlever une quantité de sels minéraux assez grande pour faire passer la conductibilité électrique de la solution de 439 X 10-6 à 7 X 10~6, mais ce résultat est largement dépassé par l’emploi du courant électrique. Dhéré employa pour cette opération un appareil très simple.
- Un tube en U retourné (fîg. 17) est rempli par une solution tiède à 25 p. 100 de la gélatine à traiter, qu’on laisse prendre en masse par refroidissement ; les extrémités ouvertes plongent alors dans des vases remplis par de l’eau de conductibilité dont la constante
- est de 1,5xlO"6 environ; une électrode plonge dans chacun de ces vases et le cou-
- Fig. 17. — Appareil Dhéré.
- Fis. 18.
- (32) Ch. Dhéré et Gorgolewski, Journ. de Physiol., C. R., 150, p. 934 et 993, 1910.
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- rant électrique traverse la gelée pour passer d’une électrode à l’autre. On observe alors que les conductibilités des eaux anodiques et cathodiques croissent assez vite par suite des ions minéraux cédés par la gélatine.
- Des dispositifs nombreux et variés, dont certains très ingénieux, ont rendu pratique cette méthode aujourd’hui très employée dans la purification des liquides biologiques.
- Au point de vue industriel, la déminéralisation de la gélatine peut être obtenue pratiquement et l’application en a été faite par la Société Elektroosmose. Elle s’opère en deux phases : une première électroosmose entre deux diaphragmes imperméables à la gélatine, enlève la majeure partie des matières minérales de la
- __ T EAU~=" — DÉMINÉRALISÉE
- Fig. 19. — Schéma d’une installation pour la déminéralisation continue de l’eau.
- gélatine à l’état de solution épaisse. Dans la seconde phase, la solution contenant de 5 à 20 p. 100 de gélatine, est placée dans un appareil formé de 4 compartiments ou cellules (fig 18). Les cellules extrêmes B et C contiennent les électrodes plongeant dans de l’eau; on verse la solution dans la cellule A, séparée de B par une cloison de porosité très fine et de D par une cloison à perforation un peu plus grosse. La gélatine, arrivée à un certain état de déminéralisation, est retenue par les cloisons mais traverse la cloison cf2, alors que les autres matières organiques sont retenues dans la cellule A. On arrive ainsi avec une tension d’environ 100 Y et une dépense de 5 à 7 kWh par kilogramme de gélatine pure, à obtenir des gélatines qui ont perdu de 5 à 10 p. 100 de leur poids, par suite de l’enlèvement des matières minérales et de certains produits de décomposition de la glutine. La gélatine est alors plus visqueuse, moins colorée et son odeur typique est très réduite.
- applications diverses de l’électroosmose. — La méthode de purification de la gélatine est applicable à beaucoup d’autres cas : lorsqu’une substance colloïdale contient des impuretés qui peuvent être enlevées par l’électrodialyse. Une applica-
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- tion très importante est celle de 1 ’électroosmose des sérums; l’intérêt de son emploi tient beaucoup plus à la qualité des produits obtenus ainsi qu’à leur quantité.
- En Allemagne et en Autriche, la plus grande partie des sérums antidiphtériques, antitétaniques et antistreptocoques sont obtenus de cette manière, et l’on vient de réaliser en France ces préparations par les mêmes moyens. Le traitement comprend plusieurs opérations bien déterminées qui ont pour but l’élimination successive des électrolytes, des amino-acides et autres produits de dégradation des albumines,
- Fig. 20. — Petite installation pour la déminéralisation continue de l’eau.
- et enfin des toxines; le produit final ne devant plus être formé que d’albumine, et particulièrement de paraglobuline sur laquelle sont fixées les antitoxines, après séparation de l’euglobuline(33).
- Des essais nombreux ont également été faits en vue de la purification et de la clarification des jus sucrés qui contiennent, comme on le sait, de nombreuses impuretés qui sont un trouble pour la cristallisation et le raffinage. Cette appli-
- (33) G. Génin, Osmose, dialyse, ultrafiltration, p. 207, Dunod, Paris, 1928.
- 130e Année. — Juillet-Août-Septembre 1931. 37
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- cation, qui fournit quelques résultats intéressants, n’a pas encore pu entrer dans la fabrication courante.
- Il en est de même du traitement des glycérines, des alcaloïdes, de certaines denrées périssables, telles que le lait, la bière, et de la stérilisation des fourrages permettant leur conservation à l’état frais.
- On a de même essayé l’extraction de certains produits contenus dans les eaux provenant de divers traitements, tels que la soude des liquides résiduaires de la fabrication de la cellulose. Les diaphragmes, dans ce cas, retiennent les matières cellulosiques et l’électrolyte qui les traverse peut être récupéré.
- épuration de l’eau. — On sait l’importance considérable qui s’attache à la déminéralisation de l’eau. Dans la majorité des cas, on se limite à éliminer les sels de chaux et de magnésie, mais non pas le chlorure de sodium ou le sulfate de sodium.
- Le procédé le plus sûr pour obtenir la déminéralisation de l’eau est la distillation. Il est possible d’éviter cette opération, assez onéreuse, par l’électroosmose, en traitant l’eau de la même manière que nous l’avons vu précédemment pour la gélatine ou d’autres corps.
- L'opération se fait dans des bacs contenant deux cloisons semi-perméables, les cellules latérales contenant les électrodes, et la cellule centrale, l’eau à purifier. Les appareils réalisés par les Établissements Philipps et Pain, sont maintenant en usage courant dans beaucoup d’industries. Ils comportent un certain nombre de bacs montés en série pour pouvoir utiliser directement la tension ordinaire de 110 ou 220 V et un nombre variable en parallèle.
- L’épuisement électrolytique se fait en effet d’une manière méthodique par un écoulement de l’eau à purifier d’un bac dans les suivants et, en opérant en sens inverse, la circulation des eaux de nettoyage qui sont contenues dans les cellules extérieures. De cette manière, l’eau brute, plus chargée de sels, est en présence, dans chaque bac, des eaux cathodiques et anodiques provenant des bacs précédents.
- L’expérience a montré que les eaux cathodiques, après décantation des carbonates de chaux et de magnésie qui se forment avec l’acide carbonique contenu dans l’eau, pouvait servir à l’alimentation de l’appareil par suite de cette première épuration. L’eau anodique est, au contraire, perdue et envoyée à l’égout.
- La figure 19 fait aisément comprendre le fonctionnement de l’appareil. La figure 20 montre une petite installation permettant la déminéralisation continue de l’eau.
- En résumé, par les quelques exemples passés en revue, on peut se rendre compte que l’électrolyse des mélanges colloïdaux permet d’obtenir des résultats intéressants dans de nombreux cas, et on est assez surpris que l’application d’une méthode qui est, en principe, d’une grande simplicité, ne se répande pas plus rapidement.
- Beaucoup de travaux théoriques et pratiques ont été faits pour tenter de l’appliquer à bien des cas différents; de grands capitaux ont été engagés dans diverses usines sans qu’on puisse dire d’une manière certaine que l’emploi du courant a apporté des avantages caractérisés, de qualité ou d’économie, en dehors de certains cas très spéciaux. Au sujet du caoutchouc, nous avons fait remarquer que les
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- applications faites ont eu le grand intérêt de montrer l’analogie de ces opérations avec celles de la filtration ou de l’ultrafiltration et d’ouvrir la voie à des méthodes plus simples et donnant des résultats comparables. Dans d’autres cas, l’anaphorèse du caoutchouc fournit une méthode très pratique.
- Les insuccès rencontrés ne sont donc pas la règle générale et ils proviennent pour la plupart d’une étude préliminaire insuffisante.
- On doit donc considérer que l’électrochimie des matières colloïdales, en particulier dans la forme industrialisée sous le nom d’électroosmose, ouvre des horizons séduisants pour un nombre très grand d’applications; mais, comme toujours, lorsqu’il s’agit des matières complexes que sont les colloïdes, on ne peut passer très vite de l’expérience du laboratoire à l’application industrielle sans crainte de mécompte.
- L’électrophorèse et l’électroosmose apparaissent comme des méthodes générales, dont les possibilités d’application restent très grandes, quoique leur succès industriel n’ait pas semblé répondre jusqu’à ce jour aux grands espoirs qui avaient été fondés sur elles. Il faut dire, cependant, que l’on a surtout envisagé jusqu’à maintenant les nouveaux procédés comme devant révolutionner complètement des industries dont les fabrications très anciennes sont en progrès lents, mais continus, depuis longtemps et que leur transformation brusque ne peut se faire sans une adaptation peut-être assez longue.
- Il ne m’a pas été possible de parler, dans ce court résumé, de quelques applications d’un genre assez différent, telles que la sénilisation des bois, le tannage des peaux, le chromage et la teinture des cuirs. Bien que des résultats intéressants aient été obtenus dans ces divers traitements, surtout au point de vue de la rapidité avec laquelle les résultats sont obtenus, la méthode électrique ne semble pas devoir supplanter les procédés purement chimiques et d’une application courante.
- Mais il s’agit là aussi d’industries très vieilles, dont les méthodes ont été acquises lentement par une pratique séculaire et dans lesquelles la science ne fait que commencer à pénétrer.
- L’électrochimie colloïdale peut donc être considérée actuellement comme trop nouvelle pour se développer rapidement dans ses applications, mais elle reste une promesse pour un avenir peut-être peu éloigné.
- SOCIÉTÉ INDUSTRIELLE DE ROUEN
- Distribution solennelle des récompenses aux collaborateurs de l’industrie et du commerce
- (Rouen, 3 mai 1931) par M. Ed. Sauvage, membre du Conseil.
- La distribution annuelle des récompenses de la Société industrielle de Rouen a eu lieu pour la sixième fofs le 3 mai 1931. Le président de notre Société était invité à cette cérémonie.
- Les récompenses sont attribuées au personnel des industries pour de nombreuses années de services ininterrompus dans le même établissement : médaille d’or pour
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- 548 SOCIÉTÉ INDUSTRIELLE DE ROUEN. — JUILLET-AOUT-SEPTEMBRE 1931.
- un minimum de 40 années, médaille de vermeil pour 30 années, médaille d’argent pour 20. Tout le personnel, sans exception, est compris dans cette distribution, directeurs, contremaîtres, ouvriers, employés. Ce personnel comprend un grand nombre de femmes.
- Le nombre des titulaires de médailles était d’environ 430, dont 107 ont reçu la médaille d’or, l’un d’eux, M. Adolphe Davy, employé chez MM. Aubin frères et Cie, pour 60 années de service.
- MM. André Forthomme, Maurice Capelle et Cle (tissage du Vivier, à Bolbec), nouveaux adhérents à la Société industrielle, ont présenté 44 agents pour la médaille d’or et 20 pour la médaille de vermeil.
- Outre les récompenses de la Société industrielle de Rouen, on a distribué, pendant la même cérémonie, 200 médailles du travail de l’État, ainsi que des diplômes du Cours d’aides chimistes de la Société industrielle de Rouen et du Cours de Filature et de Tissage de l’Institut chimique de Rouen.
- Au début de la séance, le président de la Société industrielle, M. Ch. Renard, et M. Lacroix, représentant le Préfet de la Seine-Inférieure, ont insisté sur l’intérêt social de la cérémonie, et sur les sentiments de bonne harmonie qui s’y manifestent.
- Minutieusement organisée par M. d’Anjou, secrétaire général de la Société, la distribution des récompenses s’est faite rapidement et dans un ordre parfait : 630 lauréats ont défilé successivement, sans le moindre encombrement, sur l’estrade où avaient pris place le président de la séance, les membres du bureau de la Société industrielle et ses invités. Les récompenses étaient généralement remises par le chef d’établissement à son personnel.
- Quelques morceaux de musique, joués par l’Harmonie des Établissements Kuhlmann, à Oissel, coupaient la cérémonie.
- La distribution des récompenses fut suivie d’un déjeuner auquel la Société industrielle avait convié ses invités, ainsi que des représentants du personnel récompensé. Au dessert, M. Ch. Renard rappelle que la Société industrielle travaille à l’établissement de la paix sociale, notamment par des cérémonies, comme celle qui vient d’avoir lieu; il adresse un salut cordial aux autres sociétés industrielles, qui dirigent leurs efforts vers le même but. Il parle en termes élogieux de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, ancêtre des sociétés industrielles, qui ont brillamment suivi ses traces.
- Ensuite, M. Le Mire, industriel, député de l’Eure, expose les difficultés de la crise actuelle.
- Enfin, M. Lacroix déclare que l’Administration a la plus grande estime pour la Société industrielle et apprécie ses travaux, puis il lève son verre à la santé du chef de l’État.
- Le palmarès de la distribution des prix du 3 mai est déposé à la bibliothèque de notre Société. (Pièce 13.671.)
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- BULL. DELA SOC. D’ENCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. —JUILL.-AOUT-SEPT. 1931.
- LE PROBLÈME DES BOIS COLONIAUX
- par M. J. Collardet, Ingénieur agronome. directeur technique du Comité national des Bois coloniaux.
- La question de l’utilisation de nos richesses coloniales est actuellement plus que jamais à l’ordre du jour et l’on attend, en particulier, beaucoup de l’exploitation rationnelle de nos immenses forêts tropicales.
- Il nous semble, par suite, utile de faire un rapide inventaire de ces ressources forestières, d’exposer les difficultés de leur mise en valeur et d’énumérer les principales essences dont l’exploitation est déjà entreprise ou pourrait actuellement être envisagée.
- Superficie des forêts coloniales. — La superficie totale des forêts coloniales atteindrait, d’après la plupart des auteurs, près de 90 millions d’hectares. Ce nombre considérable ainsi que les taux élevés du cubage à l’hectare rapportés par les premiers prospecteurs ont fait considérer le problème des bois coloniaux sous un jour beaucoup trop optimiste.
- Pour tenir compte des broussailles, des savanes, des défrichements des indigènes ou des colons, il parait sage, aujourd’hui, de ramener à 50 ou 60 millions d’hectares la surface des massifs boisés vraiment dignes de ce nom.
- C’est là encore un total très important, puisqu’il représente de 5 à 6 fois celui des forêts métropolitaines. En réalité, cette superficie boisée est assez faible par rapport à l'étendue de nos colonies, et fort mal répartie. Mais si elle est entièrement intéressante au point de vue climatique, elle n’est et ne sera d’ici longtemps exploitable qu’en partie pour l’exportation, en raison des difficultés d évacuation des produits. On peut raisonnablement conclure avec M. Méniaud(,) que cette surface exploitable ne dépasse pas, à l’heure actuelle, 20 à 25 millions d’hectares.
- Possibilités actuelles. — Ce qui caractérise la forêt tropicale, ce sont moins les dimensions considérables qu’atteignent les arbres que le nombre et la variété des espèces qui la composent, aucune n’étant réellement dominante. Sans doute, quelques essences (l’Okoumé, par exemple) forment-elles, parfois, des peuplements presque purs mais cela reste l’exception; aussi, dans la plupart des cas, serait-il nécessaire, pour exploiter rationnellement la foret et justifier 1 emploi d un outillage mécanique moderne, d’extraire sur chaque chantier un assez grand nombre d’espèces différentes, choisies parmi les meilleures et les plus abondantes.
- C’est ce qu’avait compris le Service des Bois coloniaux du Ministère des Colonies, qui entreprit de vulgariser simultanément plus d une centaine d especes coloniales en les classant par assimilation avec nos bois métropolitains et en les présentant comme leurs succédanés1 (2).
- Malheureusement, les consommateurs, habitués à n utiliser qu une demi-
- (1) Rapport présenté au Congrès du Carbone végétal, Lyon, 1929.
- (2) "Voir à ce sujet Les ressources de nos forêts coloniales par M. Boutteville (Bulletin de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, de mars-avril 1919, p. 258 à 298).
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- 550 LE PROBLÈME DES BOIS COLONIAUX. — JUILLET-AOUT-SEPTEMBRE 1931.
- douzaine de bois bien connus, furent déroutés par le nombre de ces essences nouvelles; quelques déboires, inévitables au début et surtout imputables à la méthode de vulgarisation, dissuadèrent les plus hardis.
- A ces causes psychologiques, il faut ajouter, à la décharge des industriels, le fait qtie les essences préconisées n’étaient pas toujours importées et stockées en quantité suffisante pour satisfaire aux demandes d’une manière continue, et enfin que le prix de vente des bois coloniaux communs était notablement plus élevé que celui des bois de pays. Ce sont là autant de raisons qui rendaient la pénétration de ces bois sur les marchés européens particulièrement lente.
- Néanmoins, en dehors de l’Acajou, des Palissandres, de l’Ebène et de l’Okoumé, bois déjà exploités avant la guerre et pour lesquels la demande allait régulièrement croissante, quelques autres essences d’ébénisterie ou de déroulage retenaient l’attention des consommateurs. A l’heure actuelle, leur trop petit nombre et leur faible abondance dans les peuplements n’ont pas encore permis de passer de l’exploitation sporadique à la méthode des coupes réglées, dont les avantages, tant économiques que sylvicoles, sont trop évidents pour qu’il soit nécessaire de les rappeler ici.
- La production des chantiers forestiers n’est encore, en Côte d’ivoire, que de 3 à 4 m3 par hectare, et 6 à 8 m3 au Cameroun. Au Gabon, où l’Okoumé forme des peuplements assez denses, on ne coupe pas plus de 20 à 25 m3 à l’hectare.
- Production. — Le tableau ci-dessous indique les exportations de bois par nos différentes colonies de 1919 à 1930 :
- Voici grossièrement comment se sont réparties ces exportations : Acajou et
- EXPORTATION DK BOIS PAR LES PRINCIPALES COLONIES FRANÇAISES EN 1913 ET DE 1919 A 1930 (TONNES)
- 1913 1919 1920 1921 1922 1923 1924 1925 1926 1927 1928 1929 1930 (4)
- Côte d’ivoire (3). 42.652 24.616 46.014 50.936 59.600 72.890 100.911 92.789 107.332 127.505 109.993 89.758 89.686
- Gabon et Moyen Congo.... 150.685 6.932 47.478 50.978 112.136 104.910 198.893 219.727 241.855 335.454 369.512 308.807 396.405
- Cameroun . . . chiffre non relevé 818 567 1.792 3.130 13.008 21.636 28.180 39.678 48.328 50.217 59.029 49.200
- Indochine . . . 161 1.500 10.841 9.966 15.000 19.005 21.645 16.207 19.345 19.506 17.144 27.916 28.000
- Guyane .... 170 75 1.635 2.290 007 1.673 6.398 6.329 7.844 6.005 3.413 5.552 5.500
- Madagascar . . 4.857 2.197 6.286 5.824 5.783 4.419 3.276 5.311 3.279 2.953 4.148 3.977 4.000
- Autres colonies. 909 » 2.202 2.279 1.626 23 894 5.487 5.144 5.664 642 4.846 4.500
- Total. . 199.434 36.138 115.023 124.024 197.923 215.928 353.653 374.030 424.477 545.415 555.069 499.885 577.291
- (3) Les chiffres, pour la Cote d’ivoire, ont été obtenus par l’application du coefficient 0,7 aux quantités de bois exportés et décomptés par le Service des Douanes en mètres cubes. L’Acajou de Grand-Bassam a une densité moyenne en billes, de 0,650 à 0.700. Mais la plupart des autres essences expédiées par la colonie, Tiama, Bossé, Iroko, Makoré, Niangon, etc., ont une densité supérieure et le chiffre de 0,700 pris comme moyenne, n’est certainement pas supérieur à la réalité.
- (4) Chiffres provisoires ou approximatifs.
- autres bois d’ébénisterie : environ 130.000 t. soit environ 190.000 m3; — Okoumé (350.000 t environ) et autres bois de déroulage : 380.000 t, soit environ 560.000 m3; —
- Bois d’oeuvre (menuiserie, parquet, charpente spéciale) : 50.000 t soit environ 70.000 m3. Au total : 560.000 t ou 820.000 m3.
- Les bois d’ébénisterie représentent donc 23 p, 100 du total, les bois de dérou-
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- LE PROBLÈME DES BOIS COLONIAUX.
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- lage 68 p. 100, et les bois communs 9 p. 100 seulement, alors qu’ils sont précisément les plus abondants en forêt. Au contraire, les bois d’ébénisterie et de déroulage, exception faite pour l’Okoumé, sont plutôt rares et partout très disséminés, on estime meme que la possibilité normale, en ces essences, des massifs exploitables, est déjà dépassée. Leur production ne saurait donc beaucoup s accroître ; malheureusement, il faut craindre que ces bois continuent, tant qu’il y en aura, a former la plus grande partie des exportations.
- En effet, malgré une active propagande en faveur des bois coloniaux communs, étayée sur une solide documentation scientifique et justifiée par des essais pleinement satisfaisants, les consommateurs ne se décideront à les utiliser que lorsqu ils leurs seront offerts dans des conditions acceptables de présentation et de prix, et lorsque des stocks suffisants auront été constitués. De leur côté, les exploitants, importateurs et négociants ne consentiront à s’intéresser aux bois d’œuvre, à les débiter et à les stocker, que lorsqu’ils seront assurés de débouchés suffisamment rémunérateurs. C’est là un cercle vicieux dont il importe de sortir.
- Consommation. — Les débouchés offerts aux bois d’ébénisterie et de déroulage sont forcément assez limités et la production coloniale, presque uniquement constituée par ces essences, satisfait ou même dépasse actuellement les besoins. C’est pourquoi la métropole, qui est pourtant le meilleur client pour nos bois coloniaux, n’en peut annuellement absorber que 230.000 t environ, soit 40 à 45 p. 100 du tonnage exporté, quantité insignifiante (8 à 9 p. 100) en regard des importations de bois d’œuvre étrangers.
- Voici d’ailleurs comment se sont réparties les exportations de bois des colonies françaises entre les principaux pays consommateurs de 1913 à 1930 :
- RÉPARTITION DES EXPORTATIONS DE BOIS DES COLONIES FRANÇAISES ENTRE LA FRANCE ET L’ÉTRANGER (TONNES)
- Moyenne quinquennal |5) 1919 1920 1921 1922 1923 1924 1925 1926 1927 1928 1929 1930 (6)
- France. . . 21.260 7.002 31.470 38.990 74.239 90.456 147.407 117.205 207.011 233.408 230.653 226.165 236.000
- Angleterre . ) 37.340 34.500 53.919 19.729 21.213 35.359 35.677 22.697 24.629 20.954
- Belgique . . 1.284 1.486 715 2.796 13.569 8.603 26.306 17.826 17.071 15.187
- Allemagne A 1 8.451 22.261 30.303 32.128 74.368 104.813 59.077 159.663 154.946 124.8631
- Italie. . . .( A » 400 1.228 17.811 13.748 21.387 14.605 30.069 13.7281
- Hollande. . t 7.018 9.029 3.551 9.683 14.229 41.518 14.846 31.863 57.286 46.31 lé DU 1
- Espagne . ,\ » » 23 » 2.114 1.913 4.309 5.986 5.589 3.465'
- Etats-Unis . 15.038 9.226 15.638 31.391 38.686 32.737 28.553 37.004 18.570 23.758
- Autres pays. / 14.423 8.533 19.133 28.517 24.356 18.134 27.311 22.363 16.256 25.424 j
- Total . . 124.492 36.138 115.024 124.025 197.921 215.928 353.653 374.030 424.477 545.415 555.069 499.855 577.291
- (5) Le plus fort chiffre atteint avant guerre (année 1913) fut 199.434 t, dont 36.967 t pour la France et 162.467 t pour l'étranger.
- NOTA. — Statistique établie d’après les déclarations d’expédition, faites aux colonies et ne coïncidant pas très exactement avec les chiffres relevés à l’importation en France. Les différences sont toutefois, dans l’ensemble, assez peu importantes. (Pour 1929, les statistiques de la métropole accusent l’importation de 202.595 t de bois coloniaux dont 39.423 d’Acajou et 91.744 d’Okoumé.) Noter aussi que les chiffres portés comme « part de la France » comprennent les exportations sur les colonies françaises (2.990 t en 1928).
- Les exportations de colonie à colonie d’un même groupe (de la Côte d’ivoire sur le Sénégal ou sur le Dahomey, par exemple), ne sont pas relevées: elles sont du reste extrêmement peu importantes (quelques centaines de tonnes au total).
- (6) Chiffres approximatifs.
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- Toutes les considérations précédentes ne doivent nullement décourager les espoirs fondés sur les bois coloniaux; elles les ramènent seulement à la mesure des possibilités, qui restent considérables; elles font apparaître plus urgentes l’étude et la vulgarisation des essences non encore exportées et l’adoption de toutes les mesures destinées à faciliter la production et la consommation des bois communs.
- En même temps, elles nous montrent que les forêts coloniales sont, malgré les apparences, des forêts pauvres (en essences exploitables) pour lesquelles il faut sans tarder adopter une politique de conservation, d’enrichissement et d’aménagement.
- Exposition coloniale internationale de Vincennes (1931). Musée permanent des Colonies. Salle de présentation en bois coloniaux par Saddier. Les 60 panneaux verticaux qui entourent la pièce sont chacun d’un bois différent provenant de colonies françaises. On voit par réflexion dans la glace, à droite, un meuble d’appui enMaidou, surmonté d’un panneau décoratif en marquetterie de Marie Martelli.
- Principales essences coloniales. — Nous donnons ci-après, sous forme de tableau, une liste alphabétique de 50 essences coloniales choisies parmi les plus intéressantes, en raison de leur beauté, de leurs propriétés ou de leur abondance relative(7). Ce tableau indique, pour chacune d’elles, l’identité botanique, le pays d’origine, la couleur, la densité, les principaux emplois et la production annuelle approximative (pour la consommation locale et l’exportation).
- (7) Ces essences sont celles qui ont été retenues par le Comité national des Bois coloniaux et qu’il a présentées dans la Galerie des Bois coloniaux du Musée des Colonies.
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- LISTE ALPHABÉTIQUE DES PRINCIPALES ESSENCES COLONIALES
- NOM COMMERCIAL NOM SCIENTIFIQUE ET FAMILLE PAYS D’ORIGINE COULEUR I)U BOIS DENSITÉ a l’état sec EMPLOIS PRINCIPAUX PRODUCTION ANNUELLE APPROXI- MATIVE (tonnes)
- Acaj ou d’Afrique. Kliaya ivorensis A. Chev. Méliacées. Côte d’Afrique. Rose saumoné. 0,45 — 0,35 Ébénisterie, menuiserie One,contreplaqué, embarcations. 60.000
- Acajou blanc. . . Kliaya anlhotheca C.D.C. Méliacées. Côted’Afrique. Rose saumoné. 0,55 — 0,70 Ébénisterie, menuiserie fine,contreplaqué, embarcations.
- Amarante Peltogyne spp. Lég. Césalpiniées. Guyane. Violet rouge. 0,75 — 0,90 Ebénisterie, placage. 500
- Amourette .... Brosimum guianense Ilub. Mokacées. Guyane. Brun rose tacheté de noir. 1,00 — 1,15 Marquetterie, tournerie, brosserie, cannes. 40
- Angélique .... Dicorynia paraensis Benth. Lég. Cesalpiniées. Guyane. Brun grisâtre ou violacé. 0,75—0,90 Menuiserie lourde, parquets, tonnelle rie, constructions navales. 2.000
- Assié et Sipo . . . Entandrophragma utile Sprague. Méliacées. Cameroun, Côte d’ivoire. Brun rosé. 0,50—0,75 Ébénisterie, menuiserie fine, contreplaqué. Ébénisterie plaqué, menuiserie, moulures, contreplaqué. Contreplaqué, menuiserie, cais-serie. 14.000
- Avodiré Turreanlkus africanus (Welw.) Pellegr. Méliacées. Côte d’ivoire. Blanc. 0,45 — 0,55 5.000
- Ayous et Samba . Triplochiton scleroxylon Kshum. Tbiplochitanacées. Cameroun. Blanc. 0,35 — 0,50 12.000
- Azobé Lophira procera A. Chev. OcHNACÉES. Côled’Afrique. Brun chocolat. 0,95—1,10 Parquets, charpentes spéciales, travaux hydrauliques, traverses. 4.000
- Bahia . Mitraqyne macrophylla Hiern lUllIIACÉES. Côte d’Afrique. Gris rose. 0,50 — 0,60 Menuiserie, moulures, caisserie. 1.000
- Banlang Lagerstroemia spp. Lyth racées. Indochine. Gris brunâtre. 0,70 — 0,80 Menuiserie, cintrage, charronnage, batellerie, tonnellerie, crosses de fusils. 50.000
- Bilinga Sarcocephalus Trilesii Pierre. Rubiacées. Cameroun et Gabon. Jaune ocre. 0,80-0,90 Ébénisterie plaquée, menuiserie, traverses. 1.500
- Bossé Guarea cedrata (A. Chev.) Pellegr. Méliacées. Cùle d’I vo i re Rose pâle. 0,55 — 0,70 Ébénisterie plaquée, menuiserie fine. 5.000
- Bubinga Didelotia africana Pierre. Lég. Césalpiniées. C a m e r o u n et Gabon. Brun rouge veiné. 0,80 — 0,95 Ébénisterie massive et plaquée. 1.200
- Camlaï et Trac . . (palissandres.) Dalbergia spp. Lég. Césalpiniées. Indochine. Rouge veineux et violet veiné. 1,00 — 1,15 Ebénisterie massive et plaquée, marquetterie, tournerie, brosserie. 2.000
- Cèdre gris .... Qualea rosea Aubl. V OCHYSIACÉES Guyane. Rose orangé clair. 0,60-0,75 Menuiserie, parquets. 200
- Dau Dipterocarpus spp. Diptérocarpacées. Indochine. Brun rougeâtre. 0,70 — 0,85 Menuiserie, charpente, parquets, batellerie. 150.000
- Dibetou Lovoa Klaineana Pierre. Méliacées. Côte d’I vo i re Brun clair. 0,45-0,55 Ébénisterie commune, menuiserie légère, moulures, contreplaqué. 2.500
- Douka Mimusops africana (Pierre) H. Lee. Sapotacées. Ca m e r o u n e t Gabon. Brun rouge. 0,70 — 0,80 Ébénisterie massive et plaquée, parquets. 500
- LE PROBLÈME DES BOIS COLONIAUX.
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- LISTE ALPHABÉTIQUE DES PRINCIPALES ESSENCES COLONIALES
- NOM COMMERCIAL NOM SCI ION Tl El (J U H ET CAMILLE PAYS O’OKIGINE COULEUR nu ROIS DENSITÉ a l'état sec EMPLOIS PRINCIPAUX PRODUCTION ANNUELLE APPROXI- MATIVE (tonnes)
- Ebène Diospyros spp. EliÉN ÂGÉES. Cameroun, Gabon, Madagascar. Noir. 1,05 — 1,20 Kbénisterie plaquée, brosserie, tabletterie. 3.000
- Evino Vitex pachyphylla Baker Vkkbénacées. Gabon, Moyen Congo. Gris brunâtre. 0,45 — 0,55 Kbénisterie massive, menuiserie, moulures. 100
- Fraké et Limbo . Ter minai ia supcrba Kngler et Diels. Gombr étagées. Côte d’Afrique. Blanc jaunâtre souvent veiné noir au cœur. 0,40 — 0,65 Ébénisterie massive, menuiserie, moulures, déroulage, caisserie. 3.000
- Framiré Terminalia iuorensis A Chev. ClIMBRÉTAGÉES. Côte d’ivoire. Jaune paille. 0,45 — 0,60 Menuiserie, moulures, parquets. 200
- Go Sindora spp. Lég. Cksai.pinif.es. Indochine. Brun jaune. 0,95 — 1,10 Ébénisterie, tournerie, menuiserie fine. 15.000
- Grignon franc . . Ocotea rubra Mez. Laukacées. Guyane. Brun rose. 0,50 — 0,70 Ébénisterie massive, menuiserie fine. 100
- Hintsy Afzelia bijuga A. Gray LÉG. CÉSALPINIÉES. Madagascar. Brun jaune. 0,75 — 0,85 Kbénisterie, menuiserie. 500
- Iroko Chlorophora excelsa Benth. et Hook. Moracées. Côte d’Afrique. Jaune gris. 0,70 — 0,80 Ébénisterie, menuiserie, parquets, charronnage, tonnellerie, constructions navales. 12.000
- Lim Limbo Brythrophlaeum Fordii 01 iv. Lég. Césalpiniées. (voir Fraké). Indochine. Brun clair. 0,90 — 1,05 Ébénisterie ordinaire, grosse menuiserie, traverses, constructions navales, tournerie. 35.000
- Longotra Cryplocarya spp. Lauracées. Madagascar. Brun rouge. 0,90 — 1,10 Kbénisterie, menuiserie. 300
- Maïdou Pterocarpus pcdalus Pierre Lég. Papii.ionacées. Indochine. Rosé rouge veiné. 0,85 — 1,15 Ebénisterie plaquée, marquel-terie. 1.500
- Makoré Mimusops Ueckeli (Pierre) H. Lee. Sapotacées. Côte d’ivoire. Brun rosé. 0,65 — 0,80 Ébénisterie massive et plaquée, menuiserie line parquets. 5.000
- Manil et Parcouri. Symphonia globulifera et Plalonia insignis Mari. Guttifères. Guya ne et Guadeloupe. Jaune grisâtre. 0,60 — 0,80 Menuiserie, parquets, tonnellerie. 300
- Movingui Disthemonanthus Benlhamianus Baill. Lég. Césalpiniées. Cameroun et Gabon. Jaune citron. 0,65- -0,80 Ébénisterie plaquée, menuiserie, charronnage, parquets, escaliers. 500
- Muong Cassia spp. Lég. Césalpiniées. Indochine. Gris noirâtre tacheté. 0,75—0,90 Kbénisterie. 16.000
- Niangon Tarrietia utilis Sprague. Sterculiacées. Côte d’ivoire. Brun rosé. 0,60- -0,75 Ébénisterie commune, menuiserie, moulures. 1.500
- Niové Slaudtia gabonensis Warb. Myristicacées. Cameroun et Gabon. Brun rouge. 0,95 — 1,10 Kbénisterie plaquée, menuiserie, charpentes spéciales, parquets. 200
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- LISTE ALPHABÉTIQUE DES PRINCIPALES ESSENCES COLONIALES
- NOM COMMERCIAL NOM SCIENTIFIQUE ET FAMILLE PAYS D'ORIGINE COULEUR DU BOIS DENSITÉ a l’état SEC EMPLOIS PRINCIPAUX PRODUCTION ANNUELLE APPROXI- MATIVE (tonnes)
- Okoumé Aucoumea Klaineana Pierre Burséracées. Gabon. Rose saumon. 0,40—0,50 Contreplaqué, menuiserie, embarcations. 380.000
- Ozigo Pachylobus spp. Burséracées. Gabon. Gris rosé. 0,55—0,70 Contreplaqué, menuiserie, parquets.
- Padouk Pterocarpus Soyauxii Taub. Lég. Papilionacées. Cameroun et Gabon. Corail. 0,65—0,80 Ebénislerie menuiserie, charronnage. 250
- Palétuvier .... Rhizophora sp. Rhi/.ophoracées. Cameroun, Madagascar, Guyane. Brun rouge. 0,90 — 1,15 Traverses, poteaux, tonnellerie. (Écorce tannante). 20.000
- Palissandres . . . Parcouri Dalbergia spp. Lég. Papilionacées. (Voir Manil). Madagascar. Brun, rouge, rose ou violacé, veiné. Ebénisterie, marquetterie, tabletterie, brosserie. 2.000
- St-Martin rouge . Samba . Andira Wachcnheimi R. Ben. Lég. Papilionacées. (Voir Ayous). Guyane. Rouge violacé. 0,75 — 0,95 Ebénislerie massive et plaquée. Menuiserie, contreplaqué. 1.800
- Sao Hopea spp. DI PT É RO C A R PAC É ES. Indochine. Jaune brunâtre. 0,70 — 0,90 Menuiserie, parquets,charpente, charronnage. 20.000
- Sapelli Entandrophragma cylindricum Sprague Méliacéks. Cameroun. Brun rouge clair. 0,65 — 0,80 Ebénislerie massive et plaquée, menuiserie fine. 4.000
- Satiné Sipo Brosirnum paraense Hub. Mo RACÉES. (Voir Assié). Guyane. Rouge finement veiné. 0,95 — 1,10 Ebénislerie plaquée, marquetterie. 100
- Son Melannorrhea laccifcra Pierre Anacardiacéës. Indochine. Rouge orangé. 0,80 — 0,95 Ebénisterie, marquetterie, lour-nerie. 1.500
- Teck Tectona grandis L. Vkrbénacees. Laos. Jaune brunâtre. 0,50 — 0,80 Constructions navales, menuiserie, parquets. 8.000
- Thuya Callitris qua.driua.lvis Vent. Pinacées. Afrique du Nord. Blanc jaunâtre. 0,65 — 0,75 Ebénislerie, menuiserie.
- Tiama Trac Entandrophragma macrophyllum A. Chev. Méliacéës. (Voir Camlai) Côte d’ivoire. Brun rose clair. 0,50 — 0,60 Ebénisterie, menuiserie, contreplaqué. 5.000
- Torotoro Gluta Turtur March. Anacardiacéës. Madagascar. Rouge carotte. 0,55 — 0.65 Ebénisterie.
- Varongy Mespidodaphne spp. Lauracéës Madagascar. Brun clair. 0,50 — 0,75 Menuiserie. 300
- Wacapou Vouacapoua americana Aubl. Lég. Césalpiniées. Guyane. Gris brun foncé. 0,80—1,00 Ebénisterie plaquée, travaux hydrauliques, charpentes spéciales. 300
- Zingana Cynomelra spp. Lég. Césalpiniées. Cameroun et Gabon. Blanc jaune zébré noir. 0,60 — 0,70 Ebénislerie, décoration. 200
- LE PROBLÈME DES BOIS COLONIAUX. 555
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- BULL. DELA SOC. d’eNCOUR. POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.— JUILL.-AOUT-SEPT. 1931.
- BIBLIOGRAPHIE
- Nos bois coloniaux. Étude physique et mécanique des bois coloniaux, par
- Jean Collardet, Ingénieur agronome, directeur technique du Comité national
- des Bois coloniaux. Une broch. 131 p., XXI tabl., 4 hors texte, 53 fig. Publication de l’Association Colonies-Sciences, 60, rue Taitbout, Paris (19e). Prix
- br. 10 fr. Index : 620. 1 : 674
- Dès sa création, l’Association Colonies-Sciences s’est assigné la tâche de réunir toute la documentation nécessaire pour identifier avec précision les objets coloniaux introduits sur le marché ou susceptibles de l’être et pour étudier scientifiquement leurs caractéristiques.
- Vulgariser l’emploi de ces essences, qui constituent l’une de nos plus précieuses richesses coloniales et dont certaines peuvent remplacer les espèces métropolitaines qui deviennent rares, et, par conséquent chères, tel est est le but qu’elle poursuit. Le meilleur moyen pour l’atteindre, c’est de caractériser chacune d’entre elles et de faire connaître ses qualités propres.
- Soucieuse de rester dans le domaine de la pratique, l’Association Colonies-Sciences a conjugué ses efforts avec ceux des groupements industriels et commerciaux qui se consacrent au bois : Groupement général du Commerce et de l’Industrie des Bois en France, Chambre syndicale des Producteurs de Bois coloniaux africains, Association nationale et industrielle du Bois. Avec leur concours, elle a formé le Comité national des Bois coloniaux qui réunit ainsi les techniciens, producteurs, importateurs, négociants, transporteurs et consommateurs de ces bois.
- Les études entreprises par Colonies-Sciences sont poursuivies aux points de vue botanique, forestier, chimique, anatomique, physique, mécanique et industriel; elles aboutissent à une double série de publications : monographies scientifiques et fiches de vulgarisation.
- L’Association Colonies-Sciences vient de publier une brochure consacrée aux propriétés physiques et mécaniques des bois coloniaux. Le texte de cette brochure a été rédigé par M. Jean Collardet, Ingénieur agronome, directeur du Comité national des Bois coloniaux et collaborateur scientifique du Service des Rercherches de l’Aéronautique. Le texte a été revu par M. Marcel Monnin, conservateur des Eaux et Forêts, détaché à ce service. C’est la méthode imaginée par M. Monnin, officiellement adoptée par les Services techniques de l’Aéronautique, consacrée par les Cahiers des Charges de la Commission permanente de Standardisation du Ministère du Commerce, qui a été suivie pour caractériser les essences. Grâce a un appareillage perfectionné, elle permet de suivre les propriétés physiques des bois avec les variations de leur humidité et de déterminer, notamment, l’importance du retrait et de ses lois, qui sont les caractéristiques primordiales pour un grand nombre d’emplois.
- Mais son progrès consiste surtout dans l’appréciation des propriétés mécaniques.
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- bibliographie.
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- Celles-ci sont rapportées à la densité ou au carré delà densité de chacun des bois, en sorte qu’elles sont et restent individuelles, constantes pour chacun d’eux.
- Les matériaux ont été fournis par les services forestiers compétents. Ils ont été identifiés au Muséum d’Histoire naturelle, en ce qui concerne les bois africains, par le Laboratoire des Productions coloniales d’Origine végétale (directeur, M. A. Chevallier) en ce qui concerne les bois indochinois, par le Laboratoire de Botanique phanérogame (directeur, M. Lecomte).
- Le nouveau travail publié par Colonies-Sciences renferme les résultats de 310 essais sur environ 170 essences coloniales. Les essais physiques et mécaniques y figurant ont été réalisés : au Laboratoire des Bois du Service des Recherches de l’Aéronautique, par M. Monnier et son regretté collaborateur M. E. Tiedrez; au Laboraroire de la Station d’Essais des Bois coloniaux de l’Agence générale des Colonies, par MM. Jean Collardet et Jean Fulconis, chef delà Station d’essais de Nogent-sur-Marne, avec le concours de M. Jean Méniand, chef du Service technique des Bois coloniaux à l’Agence générale des Colonies.
- Les observations et les essais ont porté sur les qualités et propriétés suivantes : qualités esthétiques, chimiques, physiques, technologiques, mécaniques; en particulier, humidité, rétractibilité, densité, nœuds, défauts, dureté, résistance; la flexion, la compression, le choc transversal (résistance); deux tableaux donnent les caractéristiques des 170 essences coloniales étudiées.
- Le chapitre ni du volume traite des propriétés et caractères des bois pour les principaux emplois : ébénisterie, menuiserie, charpente, panneaux contreplaqués, modelage, tournerie, sculpture, gravure, billes et galets; bois pour construction à l’humidité, pour travaux des chemins de fer, pavés, pilotis, écluses, constructions navales, carrosserie, charronnage, tonnellerie, manches d’outils, résonance, allumettes, pâte à papier, pour emplois mobiles (aviation, navettes...).
- Dans cette remarquable étude, l’auteur s’est efforcé à rattacher les qualités des échantillons à leur cause première, c’est-à-dire à la structure même des bois. Il n’a pas pu passer en revue toutes les essences pas plus qu’il n'a pu envisager tous les usages qu’elles peuvent satisfaire. C’est à l’industriel d’examiner toute la gamme des propriétés des bois étudiés afin d’employer l’essence qui convient au but qu’il poursuit. Jusqu’à présent, il s’est trop souvent contenté de fixer son choix sur l’espèce dont l’aspect, la couleur et le grain se rapprochent le plus de l’essence métropolitaine ou étrangère qu’il s’agit de remplacer. M. Collardet met en garde contre les dangers d’une telle pratique.
- La connaissance des bois français est elle-même parfois erronée. Elle est bien loin d’égaler celle que l’on a aujourd’hui du fer, de l’acier et même du béton. Il faut donc que le constructeur et l’industriel se résolvent à se laisser guider scientifiquement. Le petit volume que nous venons d’analyser lui rendra de très grands services ; l’on ne saurait trop louer l’Association Colonies-Sciences de l’avoir publié. Il convient aussi d’adresser des remerciements à son distingué rédacteur, M. Jean Collardet, et à ceux qui ont participé au long et pénible travail de la détermination des qualités spécifiques des essences, c’est-à-dire à MM. Monnin, Méniaud, Falconis et à M. Jean Collardet, lui-même.
- GEORGES WERY.
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- BIBLIOGRAPHIE. — JUILLET-AOUT-SEPTEMBRE 1931.
- Oranges, citrons, pamplemousses. Leur culture et leur commerce en Floride et en
- Californie, par Jacques Faugeras, Ingénieur agronome. Un vol. (25 x 17 cm),
- de230p., 55 fîg. Dunod, édit., 92, rue Bonaparte, Paris (6e), 1931. Index : 634, 3.
- M. J. Faugeras, à la faveur d’une mission de la fondation Rockefeller, a rapporté des États-Unis un ouvrage fort intéressant où il étudie d’une façon méthodique et complète la production et le commerce des agrumes, oranges, citrons, mandarines et pamplemousses (grape fruit des Anglais), dans les deux parties du continent américain, Californie et Floride, où ces fruits, aussi agréables à la vue et au goût qu’utiles à la santé, ont trouvé une terre et un climat d’élection.
- Le livre de M. Faugeras arrive à son heure.
- La surproduction de la plupart des produits de l’agriculture métropolitaine et coloniale, cause principale, quoi que l’on ait pu dire, de la crise que le monde traverse si péniblement, oblige à chercher à remplacer certaines cultures, dont les produits inondent les marchés, par des récoltes dont ils ne sont pas saturés. Or, nous sommes loin, en France, de produire, soit directement, soit dans nos colonies, les quantités d’oranges et de citrons que nous consommons annuellement et que nous pourrions produire, et nous sommes loin aussi d’avoir atteint notre faculté d’absorption pour ces excellents fruits.
- C’est ainsi que le Midi de la France et nos domaines du Nord de l’Afrique, qu’il s’agisse du Maroc, de l’Algérie ou de la Tunisie, pourraient donner bien davantage et trouver pour leurs récoltes des débouchés faciles, non seulement dans la métropole, mais encore dans les pays étrangers.
- L’auteur nous apprend que les États-Unis tiennent actuellement la tête pour la production des agrumes avec annuellement 1.800.000 t; viennent ensuite l’Espagne, avec 1.300.000 t et l’Italie avec 800.000 t. Très loin derrière ces leaders, prennent place : l’Australie et la Nouvelle-Zélande, l’Union Sud-Africaiue, le Japon, la Palestine, le Liban, Porto-Rico, les Antilles, la Chine, le Brésil, le Mexique, diverses républiques d’Amérique centrale, le Chili.
- Si les citrons d’Italie occupent toujours le premier rang avec 350.000 à 450.000 t en moyenne, contre 250.000 pour ceux des États-Unis, l’orange d’Espagne s’est laissée dépasser en 1925 et 1926.
- Les surfaces totales des plantations en pleine production aux États-Unis en 1928, étaient estimées à 225.000 ha, dont 210.000 pour la Floride et la Californie et une quinzaine de milliers pour les autres états. Sauf pour les citronniers, les orangers et les pamplemoussiers, ces chiffres sont toujours en progression.
- Bien que les États-Unis soient de très grands producteurs, ils importent cependant des oranges et des pamplemousses de Porto-Rico et de Cuba au moment où faiblit la production locale, vers le mois d’octobre, et, en toute saison, des citrons de l’Italie. Mais alors qu’autrefois sur les 12 citrons que consommait un Américain 6 provenaient d’Italie; aujourd’hui, celle-ci n’en fournit plus que 3 ou 4.
- Malgré ce déficit, les exportations américaines sont toujours supérieures et de beaucoup aux importations. Si l’Espagne vient en tête des pays exportateurs d’agrumes avec 20 millions de caisses, puis l’Italie avec une dizaine de millions, les ventes des États-Unis, au dehors, sont en augmentation constante. Dans ce pays, la
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- balance commerciale des agrumes est aujourd’hui en excédent d’une vingtaine de millions de dollars.
- Quels sont les principaux acheteurs des agrumes américains? L’Angleterre, le Canada, l’Allemagne, la France, la Hollande. Ils absorbent 80 à 85 p. 100 de l’exportation; l’Angleterre à elle seule de 30 à 55 p. 100.
- La consommation des États-Unis est élevée, mais elle a tendance à s’accroître sans cesse. L’Américain et le Canadien absorbent chacun, annuellement, en moyenne, 51 oranges et mandarines, 2,6 citrons, 4,5 pamplemousses. Ils en mangeront encore davantage.
- La consommation européenne se tient loin de ces chiffres. Elle n’est que de 15 oranges, mandarines et citrons par tête et par an. Quant aux pamplemousses, ils ne sont guère connus que dans les centres importants, sur la table des grands hôtels et des restaurants où les étrangers, presque exclusivement les Américains, les réclament.
- Ces chiffres montrent combien le marché européen est loin d’être saturé et quel débouché il offre à la production des régions voisines du Sud de la France et du Nord de l’Afrique. C’est cette situation qui rend particulièrement opportune la publication de l’ouvrage de M. Faugeras.
- Après avoir exposé les principaux faits économiques qui gouvernent la production des agrumes, et dont nous n’avons pu donner ici qu’une brève analyse, l’auteur consacre la seconde partie de son livre aux « Méthodes de distribution et de Consommation » des fruits. Ses 80 pages environ renferment les chapitres les plus originaux de l’histoire des agrumes aux Etats-Unis. Qu’cst-ce que distribuer un produit? Qui distribue les agrumes? Chaînes de distribution. American Fruit Growers Inc.; groupements à forme coopérative; California Fruit Growers Exchange; Florida Citrus Exchange; organisation; principaux services, résultats économiques et financiers, marques, emballage et transport des fruits; associations de distributeurs, rôle des Pouvoirs publics, standards, inspection, renseignements économiques, encouragements à la vente pour les associations coopératives, arrivée du produit dans les centres de consommation.
- Il ne fallait pas seulement transformer par l’irrigation, en Californie surtout, de la main de l’homme, de vastes régions désertiques où le soleil, la terre et l’eau disciplinée devaient faire des merveilles ; introduire les meilleures variétés d’arbres, les améliorer par la greffe, appliquer au sol les engrais convenables, lutter contre les insectes et les maladies qui atteignent la plante, il fallait aussi imaginer une machinerie spéciale pour laver, sécher, polir les fruits, les trier, les mettre en caisse, les transporter au frigorifique ou au wagon. Il fallait encore créer toute une organisation commerciale pour vendre les fruits dans de bonnes conditions.
- M. Faugeras étudie d’abord avec soin les chaînes de distribution, c’est-à-dire l’ensemble de tous les intermédiaires qui, après avoir acheté le fruit au producteur, le livrent à l’ultime consommateur, chaque chaînon représentant un intermédiaire ou distributeur.
- Comme l’écrit M. Faugeras, les intermédiaires rendent un service au public. Mais hélas! pourquoi le font-ils payer si cher? A côté du détaillant se trouvent, aux États-Unis, des entreprises de vente à des succursales, munies de capitaux considé-
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- râbles qui, comme lui, vendent ses denrées alimentaires au consommateur ultime. Ces maisons sont désignées sous le nom de « magasins à chaîne », parce que leurs succursales couvrent toute une région ou parfois tout le territoire de l’Amérique du Nord, comme les maillons d’une chaîne sans lin. Opérant dans plusieurs régions, faisant de gros chiffres d’affaires, elles peuvent réduire la marge du bénéfice de l’épicier.
- Viennent ensuite les magasins à prix fixe où les vendeuses-caissières cèdent toutes sortes de marchandises à deux ou trois prix seulement, de 5 à 25 cents. Et enfin, les drugstores où l’on vend, à côté d’objets divers, horlogerie, tabac, papier à lettres, médicaments, des repas froids et des boissons variées. Dans tous ces magasins de détail, on vend des agrumes et des jus d’agrumes, et cela du 1er janvier au 31 décembre, sans un jour d’arrêt.
- Parmi les distributeurs d’agrumes, les coopératives tiennent une très large place. Elles forment cinq groupements, deux en Floride, deux en Californie, un dans l’Alabama. Ce sont elles qui dominent le service coûteux des intermédiaires indépendants.
- M. Faugeras s’étend sur les deux principales : le California Fruit Growers Exchange et le Florida Citrus Exchange. La première remonte à 1893. Après diverses transformations, elle constitue aujourd’hui un puissant organisme de vente qui comprend 15 fédérations, 235 associations locales, 11.000 planteurs d’agrumes. En 1928-1929, elle a vendu 74,3 p. 100 des expéditions totales de Californie; elle en a expédié en Europe 2.124 wagons, soit 981.309 caisses. Ses ventes ont rapporté aux planteurs californiens près de 90 millions de dollars.
- Le Floride Citrus Exchange, fondé seulement en 1909, comprend 11 fédérations et environ 80 associations locales. En 1928-1929, il a vendu 17.870 wagons d’agrumes, dont 9.760 d’oranges et 7.240 de pamplemousses, soit 27 p. 100 des expéditions totales de l’état. Ces opérations ont rapporté aux planteurs 14 millions de dollars.
- Les associations précitées ont joué un rôle considérable, qu’il faut mettre en relief, sur la production des agrumes. Non seulement elles assurent aux planteurs leur indépendance à l’égard des intermédiaires et par conséquent, un gain, mais encore, grâce à leurs procédés de publicité, elles ont beaucoup développé la consommation des fruits. C’est ainsi qu’en 1929, le service de publicité du California Fruit Growers Exchange a dépensé 1.312.203 dollars. Par des tracts bien conçus, par des conférences, des affiches opportunes, par l’action des médecins et des hygiénistes, on pénètre dans tous les milieux et on persuade au public le plusrécal-ciltrant qu’il doit consommer largement oranges, citrons et pamplemousses.
- Ce sont les coopératives qui ont imaginé les marques « Sunkiss », « BlueGoose »,
- « Seald Sweet ». Elles sont universellement estimées parce qu’elles garantissent à l’acheteur un fruit de qualité parfaite et constante, correspondant à un standard dont les caractéristiques sont sévèrement surveillées.
- L’ensemble des manifestations que subissent les agrumes, depuis la cueillette jusqu’à la fermeture du wagon ventilé et rempli de caisses, prêt à traverser le continent, est désigné sous le terme de « packing ». Aujourd’hui, la majorité de ces opéations s’effectuent à l’aide de machines ingénieuses : machines à laver, à sécher, à polir les fruits, à les trier ou à les calibrer; vastes ateliers où l’on emballe jus-
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- qu à 5.000 et 6.000 caisses par journée de onze heures, où 225 ouvriers et ouvrières utilisent 135 ch en énergie calorifique ou électrique.
- La production des fruits est l’objet d’autant de soins méthodiques que leur commerce. M. Faugeras y consacre la troisième partie de son ouvrage : variétés, plantations, culture des jeunes arbres, taille, travaux du sol, fumures et engrais verts, irrigation, lutte contre les parasites animaux et les maladies; enfin, quantités produites et prix de revient.
- Quelques tableaux et 55 figures illustrent l’ouvrage. Celui-ci évoque la synthèse de l’art de bien produire et de bien vendre. Il nous montre comment l’homme, aidé de la plante, du soleil et de l’eau, a pu changer les terrains jadis désertiques, sans valeur culturale, de la Californie, et les marécages de la Floride, où se vautraient des milliers d’alligators, en riches vergers qu’égayent les fruits d’or des Hespérides, dont l’hectare atteint quelquefois le prix de 200.000 fr.
- C’est à cette transformation, qu’un ignorant pourrait qualifier de magique, qu’est consacré l’ouvrage de M. Faugeras. Les principes qu’il émet, les procédés qu’il décrit ne s’appliquent pas seulement au commerce et à la production des fruits des Aurien-tiacées, mais aussi, toute proportion gardée, à ceux de la plupart de nos arbres fruitiers qui trouvent d’excellentes conditions de prospérité sur les bords de la Méditerranée. Nombre d’entre eux remplaceraient avantageusement les vignes dont le produit encombre le marché.
- Produire ne suffit pas. Il faut encore savoir vendre. Cela ne fut jamais plus vrai qu’aujourd’hui. En lisant le livre de M. Faugeras, nos producteurs de fruits connaîtront les procédés d’un art que leurs collègues américains ont porté à un haut degré de perfection et que le succès a consacré.
- GEORGES WERY.
- Le nouvel esprit des affaires, par Maurice Ponthière. Un vol. 72x28 cm, de
- 242 p., Nouvelle Librairie commerciale, édit., 46, rue Lamartine, Paris, 1931.
- Index : 658
- M. Maurice Ponthière cherche à établir comment l’esprit des affaires doit se plier aux circonstances économiques et sociales actuelles pour atteindre son but. Certains des conseils qu’il donne, et que nous ne songeons pas à contester, sont de tous les temps, par exemple, celui d’ « apprendre à penser pour apprendre à agir », qui forme le titre d’un de ses chapitres. D’autres, aussi bien fondés en bonne logique, s’inspirent visiblement d’une pratique ou, tout au moins, d’une connaissance pratique des affaires contemporaines, plus complexes, d’un rythme plus rapide et d’une envergure plus large qu’elles ne l’étaient il y a un siècle. On lira avec intérêt, par exemple, le chapitre intitulé : « La mémoire de l’entreprise, fiches et classements ». Le temps n’est plus du chef qui portait seul dans sa tête les archives de son industrie, se fiant à sa seule mémoire et conservant jalousement ses secrets. Aujourd’hui, ce chef a besoin d’un certain nombre de collaborateurs qui aient des vues d’ensemble, qui comprennent pour mieux exécuter et auxquels il fasse confiance. C’est pourquoi le facteur humain, la valeur de l’homme bien encadré mais placé au poste où il rendra au maximum, prend de plus en plus d’importance, et M. Ponthière consacre à cet aspect du problème une importante partie de son étude.
- 130e Année. — Juillet-Août-Septembre 1931.
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- BIBLIOGRAPHIE. — JUILLET-AOUT-SEPTEMBRE 1931.
- Le chapitre sur les salaires est, en réalité, une explication et une explication juste, de la théorie américaine des hauts salaires. La théorie a été fabriquée après coup et a faussé l’ordre des faits et la cause de leur enchaînement. En réalité, les salaires ne sont pas élevés aux Etats-Unis parce qu’on l’a voulu ainsi. Ce n’est pas un but dont on a poursuivi l’accomplissement : c’est une donnée du problème à résoudre. Il y a un siècle, au temps de Tocqueville, quand l’Amérique manquait de capitaux, les ouvriers étaient déjà chèrement payés. C’est que l’Amérique manquait d’hommes déjà. Elle regorgeait de richesses naturelles, mais encore latentes, non réalisées. Elle offrait à tout venant des possibilités d’avenir merveilleuses et des facilités d’indépendance inouïes. En particulier, elle mettait à sa disposition des terres fécondes; elle l’invitait à les cultiver et à s’y établir. Dans un pays où chacun pouvait si aisément et si profîtablement travailler à son compte personnel, personne n’était disposé à louer ses bras et son temps à petit prix. Il fallut donc, dès le début, que l’industrie des Etats-Unis s’appliquât à économiser la main-d’œuvre. Elle y était poussée bien plus que l’industrie européenne, payant les ouvriers cinq fois moins cher. De là cet effort constamment tendu vers le remplacement du travail musculaire de l’homme par le travail mécanique de la machine, qui aboutit maintenant à des prix de revient souvent capables de lutter avec les nôtres.
- Lorsque ce résultat a été obtenu, les Américains en ont été justement très fiers. Ils ont constaté que leurs travailleurs vivaient avec l’aisance de bourgeois européens modestes, ce qui marque, en effet, un progrès matériel notable. Us ont remarqué aussi que ces ouvriers bien payés, et dépensant largement, constituaient, pour leurs industries grandissantes une précieuse clientèle, ce qui est un avantage économique certain. Mais, arrivés à ce point, ils se sont laissé griser par le succès et ont élaboré un système d’après lequel Jil suffirait de payer de hauts salaires pour assurer à l’industrie un essor indéfini. La dure leçon des choses ne s’est pas fait attendre. M. Ponthière met bien en relief la moralité de cette histoire. Il montre par là qu’il observe les affaires avec un sens critique sans être ébloui par les apparences, même les plus brillantes.
- PAUL DE ROUSIERS.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOUR.POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE.----JUILL.-AOUT-SEPT. 1931.
- OUVRAGES REÇUS A LA BIBLIOTHÈQUE EN JUIN 1931
- Hatox de la Goupilliere. — Cours d’exploitation des mines. 4e édition revue et considérablement augmentée par J. de Berc. Tome IL In-8 (25 x 16) de viii + 1.183 p., fig. 762 à 1.334. Paris, Dunod, 1931. 180 06
- Bétraxcourt (F.). — L’emploi des unités dans la pratique des calculs. In-8 (21 x 13) de iv + 91 p., 2 fig. Paris, Dunod, 1931. 180 07
- Colin (J.-A.). — Principes d’organisation et direction appliqués à l'industrie textile. In-8 (25 x 16) de 172 p. Suresnes (Seine), chez l’auteur, 45, rue du Chemin-de-fer, 1931.
- 18008
- Picard (Émile). — Éloges et discours académiques. In-8 (23 x 14) de vu -|- 399 p. Paris, Gauthier-Villars et Cie, 1931. 18009
- Duplan (J.-L.). — Sa Majesté la machine. In-8 (23 x 14) de 159 p. Paris, Payot, 1930.
- 18010
- Franche (G.) et Seferian (D.). — Pratique de la soudure autogène. (Encyclopédie Roret). In-12 (19 x 12) de 292 p., 136 fig. Paris, Soc. française d’Éditions littéraires et techniques, 12, rue Hautefeuille (6e), 1931. 18011
- Comité de Normalisation de la Mécanique (Fédération de la Mécanique, 92, rue de Courcelles, Paris, 8e). — Feuilles de normes (avril 1931). — CNM 501, 502, 503 : Ajustements. Définitions et principes généraux. — CNM 506 : Ajustements. Vue d’ensemble des alésages. — CNM 507 : Ajustements. Vue d’ensemble, des arbres. — CNM 508 : Ajustements. Vue d’ensemble des ajustements recommandés (Alésage normal). — CNM 516 : Ajustements. Limites d’interchangeabilité. Alésages de la qualité 6. — CNM 517 : ... Alésages
- de la qualité 7. — CNM 518 : ........ Alésages des qualités 8, 9, 10 et 11. — CNM 526 :
- Ajustements. Limites d’interchangeabilité. Arbres des qualités 5 et 6. — CNM 527 : ......
- Arbres des qualités 7 et 8. — CNM 528 : ... Arbres des qualités 9, 10 et 11. — CNM 536,
- 537 : Ajustements. Tolérance de fabrication et usure des instruments vérificateurs. Alésages de la qualité 6. — CNM 538, 539 : Alésages de la qualité 7. — CNM 540 : Alésages de la qualité 8. — CNM 541 : Alésages de la qualité 9. — CNM 542 : Alésages de la qualité 10. — CNM 543 : ....... Alésages de la qualité 11. — CNM 556, 557 :
- Ajustements. Tolérance de fabrication et usure des instruments vérificateurs. Arbres de la
- qualité 5. — CNM 558, 559 : ...... Arbres de la qualité 6. — CNM 560, 561 :........Arbres
- de la qualité 7. — CNM 562, 563 : ...... Arbres de la qualité 8. — CNM 564 : ......Arbres
- de la qualité 9. — CNM 565 : ..... Arbres de la qualité 10. — CNM 566 : .....Arbres de la
- qualité 11. — CNM 576 : Ajustements. Jeux limites des ajustements recommandés (Alésage normal, qualité 6). — CNM 577 : (Alésage normal, qualité 7). — CNM 578 : (Alésage normal, qualités 8 et 10).....................................................17836
- Bureau de Normalisation de l’Automobile (Chambre syndicale patronale des Fabricants d’accessoires et de pièces détachées d’automobiles, etc., 18, rue de Tilsitt, Paris (17e). — Feuilles de normes, BNA 71 (janv. 1930) : Filetages à pas fins. Diamètres normaux. Pas. — BNA 72 (janv. 1931) : Carrés d’entraînement. Dimensions sur plats et longueurs. — BNA 111 (déc. 1930) : Chapes de tringleries. Modèles à queue taraudée et bras courts. — BNA 112 (déc. 1930) : Chapes de tringleries. Axes (à 2 goupilles, à tête et goupilles, à 2 plaquettes). — BNA 113 (janv. 1931) : Boules de rotule. Fixation conique (10 pour cent sur 1). — BNA M. 15 (déc. 1930) : Clavettes vélo. Dimensions. Filetages. — BNA M. 16 (janv. 1931) : Cycles. Guidon. — BNA M. 17 (janv. 1931) : Cycles. Tige de selle. — BNA M. 18 (janv. 1931) : Cycles. Griffe de selle. — BNA Al. A2, A3. A4 (fév. 1931) : Répertoire par spécialités avec listes des fournisseurs fabriquant les. modèles garantis conformes aux normes BNA. — BNA A5 (fév. 1931) : Questions à l’étude. Graphique d’état des travaux. 17497
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- OUVRAGES REÇUS. — JUILLET-AOUT-SEPTEMBRE 1931.
- Société industrielle de Saint-Quentin et de l’Aisne. — Distribution solennelle des prix du dimanche 15 janvier 1931, sous la présidence de M. Paul Doumer. In-8 (24 x 15) de 112 p. Saint-Quentin (Aisne), 48, rue Raspail. Pièce 13678
- Ministère de l’Agriculture. — Caisse nationale de Crédit agricole. — Rapport sur les opérations faites par la Caisse nationale de Crédit agricole pendant l’année 1929 en application de la loi du 2 août 1923 facilitant par des avances de l’Etat la distribution de l’énergie électrique dans les campagnes, (ex Journal officiel, 23 décembre 1930). ln-4 (31 x 23) de 7 p. Paris, lmp. des Journaux officiels, 31, quai Voltaire (7e). Pièce 13679 Ministère de l’Agriculture. — Caisse nationale de Crédit agricole. — Rapport sur les opérations faites par les Caisses régionales de Crédit agricole mutuel pendant l’année 1929 et sur l’application de la loi du 3 août 1920. (ex Journal officiel, 23 décembre 1930). In-4 (31 x 23) de 42 p. Paris. Pièce 13680
- Ministère de l’Agriculture. — Caisse nationale de Crédit agricole. — Rapport sur le warrantage des produits agricoles pendant les années 1925 à 1928. In-4 (31 x 23) de 11 p. Paris, lmp. nationale, 1930. Pièce 13681
- Association française de Normalisation, (AFNUR). — Rapport sur la normalisation des papiers en France. Formats des papiers. (Résultats de l’enquête prescrite par la Commission générale du Papier, dans sa séance du 3 juillet 1930). In-8 (24 x 15) de 32 p. Paris, 27, avenue de Friedland (8°), 1931. Pièce 13682
- Ministère des Travaux publics. — Direction des Mines. — Statistique de l’industrie minérale et des appareils à vapeur en France et en Algérie pour l’année 1928. Paris, lmp. nationale, 1930. Pér. 138
- Ministère du Travail et de la Prévoyance sociale. — Direction du Travail. — Statistique des grèves survenues pendant les) années 1927 et 1928. Paris, lmp. nationale, 1931. Pér. 205
- Institution of Civil Engineers. — Subject-Index to Minutes of Proceedings, vol.
- 205-224; Selected Engineering Papers nos 1-56. London, Créât Georges Street, Westminster, S. W. 1, 1930. Pér. 189
- Institution of Mechanical Engineers. — General Index to Proceedings 1911-1930. London, Storey’s Gâte, St. James’s Park, S.W. Pér. 114
- Institution of Naval Architects. — Index to the Transactions, vol. LXVIII-LXXII, 1926-1930. London, 2, Adam Street, Adelphi Terrace, W. C. 2, 1931. Pér. 222
- U. S. Department of Agriculture (Washington). — Yearbook of agriculture, 1931.
- Pér. 410
- L'agent général, gérant.
- E. LEMAIRE.
- BRODARD ET TAUPIN, Coulommiers-Paris.
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- 130e ANNEE.
- OCTOBRE 1931.
- BULLETIN
- DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- LA CRISE DE LA PRODUCTION EN AGRICULTURE COLONIALE,
- SES CAUSES, SES REMÈDES
- par M. Georges Wery, secrétaire général de la Société d’Encouragement.
- M. Auguste Chevalier a donné au Muséum national d’Histoire naturelle, les 22 et 25 avril dernier, deux conférences*11 sur la crise de la production en agriculture coloniale, ses causes, ses remèdes.
- Dans un préambule très documenté, l’éminent professeur met en relief les besoins du monde en produits agricoles tirés des pays chauds et l’accroissement de la production dans les dernières années.
- Il montre clairement que c’est la surproduction, aggravée par une récente sous-consommation, qui est la principale cause de la crise aiguë dont souffre l’agriculture coloniale. Les chiffres qu’il donne sont caractéristiques, et il est fort utile de les répandre. La production des terres tropicales a pris une importance que peu de personnes imaginent. Ainsi, en ce qui concerne les seules colonies françaises, leur commerce qui, avant la guerre, ne portait que sur 7 milliards en représente aujourd’hui 34. Nos colonies ont exporté en 1929 pour 14 milliards, dont 7 représentent la part des terres tropicales.
- Si nous passons en revue avec M. A. Chevalier, du point de vue economique et commercial, les principales denrées des pays chauds, nous serons frappés des accroissements de leur production en face d une consommation qui est loin d avoir suivi le même rythme.
- Voici le riz, sa production mondiale durant la période 1909-1914 n était que de 77 millions de tonnes; en 1924, elle a atteint 88 millions.
- L’exportation de l’Indochine qui était de 1.286.000 t en 1913 est passée à 1.471.000 t en 1929. Nous ne consommons en France que 260 à 360.000 t. Constatation intéressante, nous les tirons entièrement de nos colonies. La production s est beaucoup développée et améliorée au Japon, aux Indes néerlandaises, aux Philippines; la récolte du Japon dépasse aujourd’hui de 10.000.000 t par an celle de l’Indochine. Résultat; celle-ci a perdu un de ses principaux débouchés et les prix se sont avilis.
- (t) Le texte de ees deux conférences a paru dans la Revue de Botanique appliquée et d’Agriculture coloniale de juillet 1931 (Qe 119).
- 130* Année. — Octobre 1931.
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- LA CRISE DE L’AGRICULTURE COLONIALE. — OCTOBRE 1931
- La culture des plantes oléagineuses a pris, elle aussi, depuis 20 ans, une extension considérable. M. A. Chevalier évalue la production mondiale des matières grasses en 1929 à 4.963.000 t contre 4.610.000 t en 1928. Celle du coprah est passée de 450.000 t en 1914 à 900.000 t en 1929. Le Sénégal, qui produisait, vers 1913, 269.409 t d'arachides, en donne aujourd'hui 500.000 t. Les Indes néerlandaises, depuis l’introduction du palmier à huile, apparaissent comme un redoutable concurrent.
- En 1913-1914 la production mondiale de sucre était de 18 millions de tonnes, fournies moitié par la canne, moitié par la betterave. Aujourd’hui, elle est montée à 28 millions dont les deux tiers proviennent de la canne. La betterave cultivée dans la métropole fournit à celle-ci la plus grande quantité du sucre dont elle a besoin. Nos colonies n’exportent que 80.000 t contre 121.000 en 1910. Mais elles distillent une quantité de rhum beaucoup plus considérable qu’autrefois : 267.000 litres d’alcool à 100 degrés en 1929.
- L’excédent de la production sur nos besoins, en comprenant nos colonies, a été de 165.000 t pour la campagne 1930-1931. Pour remédier à cette situation, des accords ont été réalisés afin de stocker l’excédent de la production de la dernière campagne et de contingenter la production des deux prochaines années. Le contingentement a été arrêté à 800.000 t pour la métropole et à 107.0001 pour les colonies.
- La récolte du caoutchouc, qui avoisinait 140.000 t en 1914, est passée à 860.000 t en 1929 ; les besoins sont bien loin d’avoir suivi cette progression. Aussi les prix se sont-ils avilis profondément, très sensiblement au-dessous du prix de revient.
- Le prix du coton vient de baisser au-dessous de toute prévision : la récolte qui était de 4.759.000 t pendant la période 1910-1914, a atteint 5.413.000 t en 1929. L’offre mondiale en 1931 est supérieure de 300.000 balles à la moyenne quinquennale 1925-1929.
- La production du café est passée de 1.216.000 t en 1913 à 1.660.000 t en 1929 et il existe actuellement, principalement dans les entrepôts de Santos et de Rio, un stock invendu de près de un million de tonnes ! La consommation française avoisine 160.000 t (1929); nos colonies ne la satisfont que dans la proportion de 5.000 à 6.000 t mais l’effondrement des cours empêche l’extension de la production.
- Le monde dispose à l’heure actuelle de 531.000 t de cacao (1929) contre 228.0001 pendant la période 1910-1914. Notre A. O. F. ne donnait que 1.5501 à peine en 1910. Aujourd’hui, elle suffit à notre consommation qui, de 26.000 t en 1910, est parvenue à 40.000 t.
- La production du thé est montée à 429.000 t; elle était de 285.803 t en 1913.
- De tous les produits de la terre, c’est certainement le tabac dont la consommation s’est le plus accrue depuis 1913. On l’évaluait en 1928 à 1.425.000 tpour l’ensemble du globe. Sa production a suivi : elle était de 1. million ..de tonnes en 1900; elle est aujourd’hui de 1.400.000 t.
- En ce qui concerne les bois coloniaux, M. Chevalier signale un fait nouveau d’une grande importance. Avant la guerre, nos colonies, surtout celles du Gabon et
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- LA CRISE DE LA PRODUCTION AGRICOLE COLONIALE.
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- de la Côte d’ivoire, n’en exportaient que de petites quantités (150.000 à 200.000 t); elles en fournissent aujourd’hui 365.000 t.
- Le peu de place dont nous disposons nous empêche de suivre M. Chevalier dans les renseignements très intéressants qu’il donne sur la production et le commerce des fruits, des épices et condiments, des plantes à parfum, des plantes médicinales. Nous ferons cependant une exception pour la vanille, le seul produit dont le marche appartienne actuellement à la France. En effet, elle fournit 86 p. 100 de la production totale qui ne dépasse pas 700 à 800 t. Elle prélève 30 à 50 t pour ses propres besoins. Ici aussi, il y a disproportion entre la récolte et la consommation. Et il existe actuellement sur le marché un stock de 600 à 7001.
- Ce déséquilibre économique a naturellement entraîné une forte chute des prix de toutes les denrées.
- Cote des principaux produits coloniaux.
- Mai 1913 (francs or). 15 avril 1931 (francs papier).
- Caoutchouc plantation n° I, 9 fr le kilogr. 4 fr le kilogr. au lieu de 45
- Sucre, 3 à 31 fr les 100 kg. 37 fr les 100 kg — 150 à 155
- Café Santos good, 75 fr les 50 kg. 183 fr — — 375 fr
- Vanille, 34 à 40 fr le kilogr. 38 à 40 fr — — 170 à 200
- Huile de palme, 65 à 76 fr les 100 kg. 215 fr — — 325 à 380
- Coprah, 68 à 70 fr — 88 fr — — 340 à 350
- Cacao, 70 à 90 fr les 50 kg. 200 fr — — 350 à 450
- Sisal, 68 à 70 fr — 220 à 280 fr — — 340 à 350
- Poivre Saigon, 52 à 56 fr — 335 fr — — 260 à 280
- La crise économique est générale. Elle sévit sur l'industrie comme sur l’agriculture, sur les métropoles comme sur leurs colonies.
- Elle a débuté par l’avilissement du prix des matières premières. Elle s’est étendue rapidement aux produits de l’industrie et aux valeurs mobilières à revenu variable. Les faits économiques se propagent de proche en proche.
- La cause visible de la crise est la surproduction. Mais à quoi tient celle-ci ? En grande partie à des erreurs techniques commises en agriculture coloniale.
- Certains pays, comme la Malaisie britannique et les Indes néerlandaises pour le caoutchouc, l’Amérique du Sud pour le café, ont étendu les plantations d’une manière exagérée par rapport aux besoins mondiaux. Le développement de l’agriculture tropicale a marché à une trop grande vitesse.
- Après la guerre, le mot d’ordre était de produire, produire quand même. On ne s’inquiétait pas des débouchés. Ils semblaient illimités. Les facilités du crédit accéléraient encore cette allure. Elles se sont brusquement évanouies lorsque la chute des prix est arrivée, et la catastrophe s’en est aggravée d’autant plus que beaucoup de grandes entreprises coloniales, au lieu de constituer des réserves pour les temps difficiles, s’étaient engagées dans des dépenses somptuaires.
- Il est piquant de constater que M. Chevalier, qui est l’un des représentants éminents de la science et de la technique, reconnaît que l’une des causes de la surproduction réside dans l’amélioration même des procédés de culture. ............... —
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- Comment le nier, en effet, lorsque l’on songe, par exemple, aux miracles de productivité qu’ont réalisés la sélection des plants de caoutchouc et la multiplication indéfinie des meilleures variétés par les clones et les greffes ? On estime qu’actuellement, il y a en Malaisie 150.000 acres (d’environ 0,5 ha) plantés d’hévéas greffés. Leur production triplera le rendement ancien! Jusqu'où montera-t-elle dans quelques années si l’on accroît encore la surface cultivée ?
- Les perspectives sont les mêmes pour la canne à sucre. Les Hollandais, à Java, ont créé des variétés qui vont jusqu’à quintupler les rendements que l’on obtient dans certaines vieilles colonies, mais qui s’amélioreront certainement encore. A cette cause primordiale d’augmentation de la récolte viennent s’ajouter les progrès qui résultent de l’application des engrais, de la lutte efficace contre les ennemis des plantes, de l'emploi des machines.... On a fait appel à la science. Elle a répondu généreusement. Faut-il aujourd’hui la proscrire? Loin de là. Nous y reviendrons tout à l’heure.
- Trop d’organisateurs d’affaires techniques ont abordé l’agriculture coloniale sans connaissances spéciales. Enfin, s’il avait existé aux pays chauds des groupements de paysans suffisamment instruits et organisés, ils eussent réagi contre l’effondrement des marchés.
- La situation si grave dans laquelle se débat notre agriculture coloniale, qui a suscité tant de magnifiques travaux, réuni des capitaux considérables, que la métropole s’est d’ailleurs toujours efforcée de soutenir en créant des moyens de communication, en exécutant des travaux d’irrigation, en organisant des services techniques de recherches, etc., cette situation vraiment angoissante devait provoquer de nouveaux efforts de la part des Pouvoirs publics.
- M. Chevalier énumère les mesures récentes que le Parlementa prises, à l’instigation de M. Reynaud, ministre des Colonies. Un crédit de 100 millions de francs est prévu dans le plan d’équipement national pour l’organisation du crédit colonial agricole. Une loi établit des droits spéciaux, à titre provisoire, sur les produits suivants, de toute provenance, à leur entrée en France; caoutchoucs, café, sisal. Le produit de ces droits sera réparti entre les colonies dans la limite des crédits ouverts chaque année par la loi de finances. Le produit de la taxe servira à constituer un fonds spécial, dont le montant sera réservé aux colonies intéressées, en vue de leur permettre de venir en aide aux producteurs dans la limite des disponibilités qui leur seront fournies. Au tarif des douanes, les droits sur les maniocs et tapiocas étrangers sont relevés.
- D’autres dispositions ont encore été prises ou sont envisagées pour aider le cultivateur indigène. C’est ainsi qu’en A. E. F.. 20 millions de francs doivent être répartis aux producteurs de coton et de caoutchouc. Des distributions d’instruments agricoles et d’engrais doivent être faites dans certains pays. Dans les diverses colonies, le crédit agricole va être organisé et des prêts à court, moyen et long terme viendront en aide aux agriculteurs européens ou indigènes. La mise en train des grands travaux publics entrepris sur les fonds de l’emprunt de 4.800 millions de francs, consacré à notre domaine colonial, améliorera certainement les conditions de production et aussi de consommation locale.
- Et maintenant, après cette analyse, trop sommaire, des deux remarquables
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- LA CRISE DE LA PRODUCTION AGRICOLE COLONIALE.
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- conférences de M. Chevalier, quelles sont ses conclusions? Les voici. Elles paraîtront étonnantes, dit-il, au premier abord.
- 1° Bien que le monde souffre actuellement de la surproduction, c’est en accroissant encore la production, spécialement la production agricole, que les colonies sortiront du marasme qui les étreint.
- Il s’agit naturellement de produire en premier lieu toutes les denrées nécessaires à la vie du paysan indigène ou du petit colon, denrées leur permettant de vivre sur la ferme même en temps de crise. Il faut produire les seules denrées qui conviennent à l’exploitation et ne pas s’en tenir à une seule ; en outre, il faut les produire à un prix de revient aussi bas que possible. L’avenir est à ceux qui seront les mieux préparés à affronter la concurrence sur les marchés mondiaux.
- 2° Quoique la production agricole coloniale actuelle, européenne et indigène, soit handicapée par l’effondrement des cours des matières premières et que ces produits se vendent presque tous à perte, c’est par de nouvelles dépenses affectées à l’organisation des transports que nous nous mettrons en mesure d’abaisser le prix de revient et de soutenir la concurrence des autres pays. Les améliorations techniques en agriculture coloniale marchent à pas de géant; il faut les appliquer si l’on ne veut pas rester en arrière.
- On entend bien que si M. Chevalier préconise un accroissement de la production, il s’agit de la production par unité de surface qui diminue le prix de revient et non d’un accroissement de la production totale, qui ne tiendrait qu’à l’augmentation de la surface cultivée, au moins de celle qu’exploitent les Européens. Pour ce qui est de l’agriculture indigène, M. Chevalier y attache une très grande importance. Il réclame énergiquement qu’elle soit améliorée. Elle est, en général, bien adaptée aux conditions écologiques de chaque contrée. Son grand défaut est de n’avoir pas évolué et de n’avoir pas profité des découvres scientifiques acceomplies depuis un siècle.
- S’il est en général peu instruit, le paysan de tous les pays a beaucoup d’expérience. M. A. Chevalier s’élève avec force contre cette idée préconçue que le noir ne renoncera jamais à son indolence et à son imprévoyance. C’est une hérésie, s’écrie-t-il. Et il cite à l’appui de son opinion les 500.000 t d’arachides que fournissent à l’exportation les indigènes du Sénégal, les 400.000 t de cacao qu’apportent ceux de la Gold Coast, de la Côte d’ivoire et du Cameroun. M. A. Chevalier insiste beaucoup sur la nécessité d’enseigner aux indigènes les bonnes techniques. Mieux les indigènes produiront, plus ils seront riches et plus leur capacité d’achat augmentera et par conséquent, plus grande sera leur demande de produits fabriqués en Europe. La métropole, quand cela ne serait qu’au point de vue utilitaire, a grand intérêt à favoriser l’enrichissement des indigènes. C’est la politique suivie par les Hollandais en Malaisie.
- Il convient donc de pousser au développement de l’enseignement pratique agricole, à celui du crédit et de la coopération. On sait les merveilles qu’elle a réalisées en Algérie et en Tunisie. Elle a déjà des racines profondes dans plusieurs de nos colonies proprement dites.
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- LA GRISE DE L’AGRICULTURE COLONIALE. — OCTOBRE 1931.
- Les améliorations techniques de l’agriculture entraînent souvent avec elles la surproduction et, de ce fait, elles sont parfois fâcheuses au point de vue économique. Elles sont pourtant indispensables. Les pays qui ne voudraient pas en tenir compte seraient bientôt handicapés par les autres. Ce sont ceux qui appliquent les premiers les découvertes qui en profitent.
- S’efforcer toujours à diminuer le prix de revient des matières premières fournies par l’exploitation de la terre coloniale et aussi des produits dérivés, de manière à augmenter la consommation des uns et des autres, et à laisser au producteur un bénéfice raisonnable. Pour cela, appliquer les dernières découvertes de la science, la favoriser dans ses établissements de recherches, dans sa vulgarisation; développer les améliorations du sol, irrigations, assainissement, les améliorations sociales, instruction, crédit, coopération; accroître les moyens de transport, terrestres, maritimes et fluviaux, en un mot, appliquer le progrès sous toutes ses formes. Telle est l’idée maîtresse qui se dégage des deux conférences de M. Chevalier.
- Hélas! le progès a sa rançon. Il s’avance irrésistible, sans souci des richesses qu’il foule d’abord sur son passage, des ruines qu’il commence trop souvent par semer sous ses pas. Mais nous avons le droit d’espérer qu’il prépare un avenir meilleur et que le savant, qui l’a provoqué par ses travaux et ses découvertes, a la faculté de discerner au loin, derrière les brumes du temps présent, la clarté commençante de l’aube nouvelle.
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- BULL. DE LA SOCIÉTÉ d’enCOURAG. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — OCTOBRE 1931.
- LE FUMIER ARTIFICIEL ET L’UTILISATION AGRICOLE DES RÉSIDUS URBAINS
- par M. Jean Bordas, Ingénieur agronome, lauréat de l’Institut, directeur de la Station de Recherches agronomique d’Avignon.
- Le manque de fumier. — Les conditions économiques actuelles, l’emploi de plus en plus répandu de la traction mécanique sont les deux causes principales de la rareté du fumier. Cet état de choses compromet, en grande culture, la bonne marche des exploitations rurales et crée une situation difficile à la culture maraîchère.
- Or, si la fumure purement minérale aux engrais chimiques peut, dans certains cas isolés, donner des résultats heureux, il est indéniable, comme le dit M. Demolon, Inspecteur des Stations agronomiques, que l’entretien des réserves humiques apportées par le fumier est presque toujours indispensable au maintien d’une haute fertilité et, en particulier, à l’obtention du maximum d’effet utile des fumures minérales (,).
- Rôle du fumier. — Le fumier de ferme doit rester, ajuste titre, la base des,fumures en agriculture progressive. On doit considérer le fumier non comme un engrais mais comme un amendement. Son rôle est de tout premier plan.
- En effet, le fumier est à la fois capable d’assouplir les terres fortes et de donner du corps aux sols légers. L est 1 humus ou, plus exactement, ce qu on appelle « colloïdes humiques », résidus provenant de la transformation des matieees organiques dans le sol, qui améliorent la structure physique des deux types extrêmes de terres.
- D’autre part, l’humus augmente la capacité de rétention des sols pour l’eau. Or, nous ne devons pas oublier que, bien souvent, 1 eau est le facteur qui vient limiter nos récoltes.
- Les colloïdes humiques exercent également leur pouvoir d’absorption vis-à-vis des éléments fertilisants. Intimement associes a 1 argile, a 1 état de complexe argilo-humique, ils représentent la partie véritablement active, parfois appelée le « protoplasme des sols » ; c’est là que s'emmagasinent les éléments minéraux nutritifs
- nécessaires au développement des cultures.
- On voit donc l’effet spécifique du fumier sur la production végétale dû à l’action
- des colloïdes actifs.
- sources de matières organiques autres que le fumier. Nous allons examiner les différentes sources de matières humiques en agriculture et nous verrons quelles sont celles qui sont susceptibles d’apporter un remède à cette « crise » actuelle du fumier de ferme.
- 1° Les engrais verts. — Leur emploi est une pratique excellente ; mais elle ne peut être généralisée et ne peut être envisagée en culture intensive.
- 2° Les terreaux, les poudro-verts, les composts, ont le grave inconvénient d etre
- (1) Demolon, Rôle des matières humiques dans la fertilité (Journal d’Agriculture pratique, 7 février 1931).
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- LE FUMIER ARTIFICIEL. — OCTOBRE 1931.
- malpropres; ils ne sont pas suffisamment assainis par une fermentation biologique surveillée et ils renferment des parasites, cryptogames et insectes, nuisibles aux cultures.
- 3° Les engrais organiques (tourteaux, sang, engrais de vidange, déchets de laine, chrysalides, etc.) sont les produits les plus utilisés à l’heure actuelle en culture maraîchère, mais ils sont à des prix élevés ; l’azote organique est en effet de beaucoup le plus cher. L'action de ces engrais est lente, irrégulière et ne suit pas le besoin des plantes. Même employés à dose élevée, ils n’apportent au sol qu’une masse bien faible d’humus comparée à celle du fumier. C’est donc une erreur que d’employer des engrais organiques au lieu du fumier car ils ne sont pas capables de le remplacer au point de vue de l’apport d’humus.
- 4° Résidus urbains (ordures ménagères, boues d’égouts, déchets d’abattoirs). — Cette importante question de l’utilisation agricole des résidus urbains, qui préoccupe les villes soucieuses de leur hygiène, est un problème résolu actuellement et nous pouvons espérer que le traitement industriel de tous les résidus des villes donnera, sous peu, une quantité de « fumier de ville », susceptible de remplacer, tout au moins dans le Midi de la France, le « fumier de ferme », coûtant très cher, manquant presque totalement, et, de plus, indispensable pour la culture intensive des légumes et des fleurs.
- 5° Le fumier artificiel, à base de paille, a déjà donné d’excellents résultats et les agriculteurs ont là un moyen économique et rapide d’obvier au manque de fumier.
- A notre avis, ce sont ces deux dernières méthodes qui donneront, dans un avenir très prochain, les sources les plus importantes d’humus susceptibles de remplacer avantageusement le fumier de ferme, trop souvent d’ailleurs mal préparé.
- La première méthode est plutôt du domaine industriel; la seconde est plus à la portée des agriculteurs, mais toutes deux sont issues du même processus biochimique qui consiste à transformer d’une façon rationnelle, rapide et économique, les matières organiques en humus, questions que nous allons examiner.
- t. — LE TRAITEMENT RATIONNEL DES GADOUES ET FUMIERS PAR VOIE MICROBIENNE PERMETTANT LEUR UTILISATION AGRICOLE.
- Les matières organique employées comme engrais sous forme de débris végétaux et animaux (fumiers, gadoues) subissent des modifications biochimiques diverses qui influent beaucoup sur le degré de fertilité du produit obtenu. La connaissance des réactions qui interviennent offre, à côté de son intérêt scientifique, une utilité pratique incontestable, puisque, par divers procédés, on peut exercer une influence capitale sur le cours de ces réactions et sur la qualité de leurs produits ultimes qui renferment les principaux aliments des plantes.
- Avant d’en arriver à la description de nos travaux sur cette question et des expériences qui ont été faites durant ces dernières années, nous allons rappeler les différents processus de la transformation de la matière organique, travail qui a servi de base à notre étude.
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- LE FUMIER ARTIFICIEL PAR LES RÉSIDUS URBAINS.
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- DÉCOMPOSITION ET TRANSFORMATION DE LA MATIÈRE ORGANIQUE DES GADOUES ET FUMIERS.
- processus chimique et action des microorganismes *>. — La transformation des gadoues et fumiers en un terreau noirâtre, stade assez mal défini que l’on appelle humus, se fait plus ou moins rapidement par deux processus principaux, différents : phénomène d'érémacausis et phénomènes de putréfaction.
- L’érémacausis est la transformation aérobie de la matière organique par combustion lente (oxydation).
- La putréfaction est la transformation anaérobie de la matière organique par certains ferments (réduction).
- 1° Erémacausis. — La décomposition des matières organiques en présence de l’air (érémacausis) donne naissance, sous certaines conditions (chaleur, température, humidité) à de l’acide carbonique, de l’eau et de l’ammoniaque. Les principes minéraux, englobés dans la matière organique, et inactifs à cet état, deviennent libres et passent pour la plupart sous une forme assimilable.
- Les matières azotées des débris végétaux et animaux existent principalement sous la forme de principes albuminoïdes et d’amides, qui subissent des modifications microbiennes dont le résultat est la formation d’ammoniaque. Ce processus est lié à une forte oxydation. L’oxygène attaque la matière azotée en transformant son carbone en acide carbonique, son soufre en acide sulfurique, et son hydrogène en eau. L’ammoniaque ne demeure pas généralement à cet état : elle s’oxyde en présence de l’air et se transforme en nitrite, puis en nitrate, phénomène bien connu de la nitrification.
- Ce sont d’abord, parmi les matières hydrocarbonées, les sucres réducteurs, dextrines et tanins, qui disparaissent le plus rapidement; viennent ensuite les substances amylacées et la cellulose.
- Quant aux matières grasses, elles sont d’abord oxydées et saponifiées. La glycérine et les acides gras mis en liberté deviennent la proie des microbes qui les réduisent plus ou moins rapidement.
- L’érémacausis a lieu dans les conditions suivantes :
- 1° Si l’aération du milieu est bien faite ;
- 2° Si la température est assez élevée (optimum : 3o°, maximum : 80°, d’après Moeller et Wolny);
- 3° Si l’humidité est suffisante. En effet, les matières organiques se décomposent d’autant plus vite qu’elles sont plus humides sans toutefois que les pores et interstices de la masse en fermentation ne soient obstrués au point d’entraver l’action de l’air. D’autre part, une faible alcalinité favorise l’érémacausis et l’oxydation du carbone est augmentée par l’addition de phosphates ou de nitrates en solutions très diluées. Les chlorures ralentissent', au contraire, l’érémacausis et la nitrification.
- 2° Putréfaction. — Quand l’air, ou plus exactement l’oxygène, n’arrive plus à la matière ou n’y arrive qu’au-dessous de certaines limites, le mode de décomposition est tout autre que dans le cas précédent. Il se forme alors beaucoup moins de produits gazeux qui sont principalement de l’acide carbonique, du méthane, de
- ' (2) Wolny, La décomposition de la matière organique, Berger-Levrault, édit.
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- l’hydrogène sulfuré, de l’hydrogène phosphore, du protoxyde d’azote, de l’azote; la matière organique constitue une masse de teinte plus ou moins foncée, très difficile à se décomposer et qui, outre ses principes propres non azotés, renferme divers composés azotés (indol, scatol, acides amidés, etc.), de l’ammoniaque, parfois des nitrites et des acides gras volatils (acides formique, butyrique, acétique, propionique, valérianique). La plus grande partie des principes minéraux s’y trouve sous une forme non assimilable.
- Ce mode de destruction des matières organiques est beaucoup plus lent que l’érémacausis et conduit à des composés bien moins intéressants au point de vue de la pratique agricole. C’est pourquoi, dans les expériences que nous avons entreprises, nous nous efforçons de laisser la plus large place au phénomène de l’érémacausis, en favorisant, par les moyens connus et par de nouveaux procédés, la destruction rapide des matières organiques des gadoues et fumiers.
- autres modes de décomposition. — Erémacausis et putréfaction peuvent se présenter simultanément dans la môme masse, suivant que les diverses couches de fumiers reçoivent plus ou moins d’air. Mais, en dehors de ces deux principaux modes de décomposition, il y a d'autres phénomènes secondaires qui jouent parfois un rôle important dans la décomposition des débris végétaux.
- a) Fermentation alcoolique et butyrique. — Il existe dans le sol un grand nombre de microbes anaérobies capables de provoquer la fermentation butyrique de l’amidon et des sucres avec dégagement de gaz carbonique et d’hydrogène.
- On sait, d’autre part, d’après les travaux de Müntz, que l’alcool se rencontrerait dans les sols riches en matières organiques. L’alcool éthylique, et avec lui l’acide carbonique, l’acide succinique et la glycérine, se dégagent après fermentation de diverses espèces de sucres, soit directement soit après inversion.
- b) Fermentation ammoniacale des urines. — On sait que l’urine se transforme, par fermentation en présence de l’eau, en carbonate d’ammoniaque. L’acide hippurique, qui existe en grande quantité, avec l’urée, dans l’urine des herbivores, se dédouble également par addition d’eau, d’abord en acide benzoïque et glycocolle ; ce dernier subit alors des transformations pour aboutir à des sels ammoniacaux.
- La fermentation ammoniacale de l’urine a lieu aussi bien en présence de l’air, c’est-à-dire d’oxygène, qu’en présence d’azote, d’hydrogène, de gaz carbonique, mais la fermentation se ralentit beaucoup dans ces derniers cas. Cette fermentation de l’urée joue un rôle très important dans la décomposition des fumiers de ferme.
- Remarque. — Toutes les transformations de la matière végétale que nous venons de passer en revue se font par l’action des microbes. La plupart des espèces banales, si les conditions de milieu s’y prêtent, participent à l’humification.
- L’étude des microorganismes du sol et des matières végétales enfouies dans la terre et des diverses fermentations a été entreprise par de nombreux savants, Pasteur, Boussingault, Dehéraix, Winogradsky, Müntz, Kayser, etc... Il nous semble donc inutile d’entrer dans le détail des travaux entrepris sur ce vaste sujet.
- Le résumé que nous venons de faire sur la décomposition et la transformation de la matière organique est suffisant pour permettre de suivre les expériences entre-
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- prises sur la fermentation rationnelle des gadoues et des fumiers en vue de l’obtention d’un produit final ayant une valeur agricole intéressante et qui donne des garanties hygiéniques suffisantes.
- NOS RECHERCHES SUR CE SUJET, APPLICATIONS.
- Chargé de mission en Italie (février 1923), par M. le Ministre de l’Agriculture, pour étudier, à Florence, le procédé Beccari (fermentation spontanée en vase clos des gadoues)(3) nous nous sommes rendu compte de l’intérêt qu’il y avait à poursuivre, au point de vue de l’hygiène des villes et de l’agriculture, l’étude de cette question encore bien mal connue. Les recherches et les expériences que nous avons entreprises depuis cette époque nous ont permis de mettre au point (au début de 1929) un procédé et un dispositif de fermentation des matières organiques pour la fabrication du fumier artificiel aseptique et le traitement des résidus urbains (utilisation des ferments de l’urée)(4).
- point de départ des recherches. — L’utilisation des ferments de l’urée dans la désintégration de la matière organique date de la guerre, et a fait l’objet d’une intéressante étude du Dr F. Bordas et de M. S. Bruèrf. (S). Elle a permis de faire rapidement disparaître les cadavres en les enfouissant dans la paille arrosée de purin : trois semaines après, on ne retrouve plus que le squelette complètement mis à nu. Les auteurs sont arrivés à ce résultat après une série d’expériences de laboratoire qui leur ont permis de formuler les conclusions suivantes : il est nécessaire, pour obtenir la destruction rapide des cadavres, d’associer l’action de ferments extérieurs à celle des micro-organismes intérieurs dont 1’ « activité » se manifeste au moment de la mort. Parmi ces derniers les ferments de l'urée, grossièrement sélectionnés, sont les plus actifs. Cette activité sera d’autant plus grande que certaines conditions seront observées : humidité, température et aération déterminée du milieu.
- Nous nous sommes basé, d’une part, sur ces expériences, en opérant dans des conditions analogues (le purin étant remplacé par de l’urée additionnée d’un peu de fumier frais, porteur de ferments) et, d’autre part, sur les travaux du Dr Beccari qui, par un dispositif que nous avons modifié et amélioré par la suite, traite, en vase clos, les résidus des villes et des fermes.
- appareil, technique et résultats d’expériences. — Nous avons opéré dans un silo en maçonnerie bien isolé de 10 à 12 m3 de capacité. Le chargement s’opère par en haut, le déchargement par le bas. Le silo est muni, à sa partie supérieure, d’une tourelle avec plateaux en chicane renfermant du sulfate de fer ou du superphosphate, pour retenir les gaz ammoniacaux. Le plancher a une inclinaison vers une petite fosse à purin. L’aération se fait par une cheminée centrale (tube percé de trous) et latéralement par une paroi où circule l’air.
- Les trois points essentiels de notre technique sont les suivants qu'il s'agisse du traitement des gadoues ou de la paille en vue d’obtenir du fumier artificiel:
- (3) J. Bordas, Le traitement des résidus urbains par fermentation en vase clos : Ann. sc. agronom., 1923; — Ann. d'Hygiène, 1921; — Bal. Société d’Encouragement, février 1929.
- (4) J. Bordas, Ac. des Sciences. Prix Beliion, 15 décembre 1930.
- (5) Dr Bordas et S. Bruère, La désintégration de la matière organique par protéolyse microbienne (Ac. des Sciences, Prix Beliion, 1916).
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- a) Utilisation des phénomènes d’oxydation de la matière organique (Erémacausis) en évitant, par une aération voulue et calculée (ventilation latérale et centrale), les phénomènes anaérobies de la putréfaction qui. en dehors de leur mauvaise odeur, donnent, au point de vue agricole, des produits non assimilables.
- b) Emploi des ferments de l’urée pour activer les réactions aérobies en élevant la température, ce qui réduit la durée des fermentations et détruit les g'ermes pathogènes et les mauvaises semences. L’addition d’urée (5 kg) et d’une trace de fumier frais se fait en trois fois.
- c) Maintien de l’humidité à une dose convenable (300 litres environ par 10 m3 d’ordures ménagères). Pour la paille, on ajoute deux fois son poids d’eau.
- Nos premières expériences nous prouvèrent que nous n’avions pas réalisé les meilleures conditions car les températures de réaction observées à l’intérieur du silo étaient trop en correspondance avec celle de l’air extérieur, ce qui ralentissait trop les opérations en hiver.
- Dès 1928, nous nous sommes efforcé d’obvier à cet inconvénient eu donnant au silo une double paroi à l’intérieur de laquelle on a mis un isolant (sciure de bois et plâtre). En calorifugeant avec des balles de paille bien tassées, on arrive à un résultat aussi bon.
- Nous avons également constaté qu’en déchargeant au bout de 20 jours les gadoues encore à 70°, la transformation en fumier pailleux était réalisée, et la richesse en éléments fertilisants était alors la même que celle du même fumier laissé 16 jours de plus dans le silo.
- Quand on emploie la paille (fumier artificiel), la température est un peu moins élevée et la durée de fermentation est un peu plus longue (40 jours environ).
- Pour activer, on a donc avantage, dans ce cas, à ajouter le plus possible de matières organiques, déchets d’abattoirs, débris de poissons, par exemple; une expérience faite avec le cadavre d’une vache nous a confirmé ces faits.
- Les résultats de ces essais donnèrent entière satisfaction. On a obtenu un véritable terreau aseptique, présentant, au point de vue chimique, une composition en éléments fertilisants supérieure à celle du fumier. Mais là n’est pas le point essentiel de notre technique, notre but étant d’obtenir de la matière humique indispensable à nos cultures, en utilisant tous les déchets organiques d’origine végétale ou animale. Les engrais minéraux viennent ensuite compléter, par leur apport d’azote, d’acide phosphorique, de potasse et de chaux, la fumure de nos récoltes.
- II. — UTILISATION AGRICOLE DES RÉSIDUS URBAINS
- Les gadoues noires (c’est-à-dire les gadoues fermentées) ont une valeur agricole plus grande que les gadoues vertes. Qn a donc cherché à réduire les pertes des matières fertilisantes que subissent les gadoues brutes, tout en évitant les inconvénients des dépôts à l’air libre.
- En premier lieu, nous citerons le plus connu de ces systèmes d’utilisation des gadoues.
- procédé beccari. — Ce système, italien, fonctionne à Florence, à Novare, à Naples, à Bologne et à Carrare.
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- Principe. —Le Dr Beccari, préoccupé du fait que, dans les exploitations rurales de la Toscane, le fumier des étables, soumis à des traitements irrationnels, perdait la meilleure partie de ses propriétés fertilisantes, se mit à rechercher un système
- Température clés gadoues dans le silo de fermentation.
- (Essai du 14 octobre au 3 novembre 1928.)
- • température température des gadoues
- EXTÉRIEURE DANS LE SILO
- DATES Maxima Minima Matin Soir
- — — — — —
- 14 oclobre 18“ 8°,5 70“ 75”,
- 15 — 14“ 6°, 5 76“ 78“
- 16 — 10»,5 2” 82“ 83”
- 17 — 16°,5 1°,5 85° 85“
- 18 — 19°,5 7° 85° 84”
- 19 — 19“ 12“ 83“ 82“
- 20 — 21“ 11”,5 82” 80“
- 21 — 21“,5 16“ 78“ 78”
- 22 — 18»,5 10”, 3 78“ 78“
- 23 — 16“ 4”,5 78” 77“
- 24 — 20“ 5“ 76“ 76”
- 25 — 20°,5 5” 75“ 75“
- 26 — 22” 11” 74” 74”
- 27 — 17“ 13” 74“ 74",
- 28 14” 4» 73“ 73“
- 29 — 11“,5 6°,5 72” 72”
- 30 15», 5 4“ 72” 72“
- 31 — 16”,3 6" 72” 72°
- 1er novembre 2 3 — 18“ 8”,3 71“ 70”, 5 70” 71” 70” 70”
- Analyses des gadoues après 20 jours de fermentation. (Résultats de plusieurs expériences.)
- Azote total...................
- Azote uréique.................
- Acide phosphorique total (P20s). Potasse soluble (K20).........
- 1,08 1,05 1,10 1,18 p. 100,
- 0 0 0 0 —
- 0,61 0,64 0,80 0,75 —
- 0,64 0,68 0,72 0,65 —
- Fig. 1. — Expériences de 1927 : Influence de la température-extérieure sur la fermentation des ges, avec ou sans addition des ferments de l’urée.
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- permettant d éviter ces pertes. C’est donc, tout d’abord, au fumier de ferme que s appliqua le procédé Beccari. Par la suite, on l’étendit au traitement des résidus urbains.
- Fig. 2. — Procédé Beccari : Cellules de fermentation.
- Le principe du procédé consiste à faire fermenter dans une chambre close le fumier ou bien les ordures ménagères prélablement débarrassées des produits inutiles : verres, papiers, chiffons, ferraille, etc.., (fig. 2 et 3).
- Nous passons sous silence la description du procédé Beccari, déjà exposé en détail par nous (3).
- Observations. — Ce procédé permet de récupérer un produit précieux pour l’agriculture et de le présenter sous une forme plus vendable et facilement stockable. D’autre part, son prix d’installation est moins coûteux que celui d’un procédé d’incinération.
- Toutefois, le système Beccari présente des inconvénients. En effet, la fermentation, abandonnée à elle-même, est lente. D’autre part, le tassement de la matière dans les cellules fait perdre une place importante.
- Ces deux causes entraînent l’obligation de construire un grand nombre de cellules. C’est ainsi qu’à Florence, ville de 200.000 habitants, on en utilise 204.
- Au point de vue hygiénique, le produit donne, après traitement, toute satisfaction, mais le procédé prévoit le triage des gadoues pour enlever les matières non
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- fermentescibles, os, chiffons, verres, fer-blanc, etc., et cela sans aucune précaution hygiénique.
- procédé anger (6). — M. Anger a modifié le procédé Beccari, en ce qui concerne la disposition des cellules zymothermiques et la manière de les décharger, de la façon suivante :
- La cuve de 20 m3 (fig. 4) est surélevée au-dessus du sol. Un trou de 0,70 m X 0,70 m est percé au milieu du fond. Si, après fermentation, et sans dispositif intérieur, on ouvre son opercule, la masse forme voûte et il ne tombe que très peu de matière. Il faudrait attaquer cette gadoue noire au pic pour la faire descen-
- . — Procédé Anger : 1, Cellule de fermentation; — 2, Chargement; 3, Déchargement; — 4, Tôle ondulée; — 5, Serre.
- dre. M. Anger a placé, sur le pourtour de la trappe, une série de barreaux verticaux, cage où l’on mettra également de la gadoue, et qui descendra avec l’opercule. A quelques centimètres autour de cette cage, et reposant sur le fond fixe, se trouve une seconde cage de barreaux verticaux. Pendant la fermentation, l’air passe entre les deux cages. Pour vider le terreau, on laisse descendre, dans le sous-sol de la cuve, l’opercule, la cage intérieure et la gadoue qu’elle contient. Le manœuvre, qui se tient sur le toit, a, sous ses pieds, un trou gardé par les barreaux de la cage fixe; il enlève les barreaux d’un côté et fait tomber le terreau.
- A la partie Nord de la cuve, est accolée une serre chauffée par contact. Cette paroi est constituée par de la tôle ondulée.
- Quatre cuves ainsi équipées fonctionnent à Villeneuve-Saint-Georges. Le triage est fait par un trommel à ventilateur qui enlève en hiver une partie des cendres de charbon. .- • •. / . .:____ ::
- Observations. — Les modifications apportées par ce procédé n’enlèvent pas les inconvénients du système Beccari. La masse des gadoues, quoique un peu mieux
- (6) J. Anger, Transport et fermentation des ordures ménagères (Technique sanitaire et municipale, mars 1929).. . . . . - •
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- aérée, fermente encore dans des conditions défectueuses. La durée de l’opération est encore longue, il y a toujours perte de place provenant du tassement. De plus, on utilise mal la chaleur perdue et la serre risque fort de refroidir la cellule, la surface de contact étant trop grande. Le triage est plus perfectionné, mais pas encore très hygiénique. Il se fait au cours de la collecte. On prévoit, sur les camions automobiles qui ramassent les ordures, un compartiment spécial où l’on versera le verre et le fer-blanc, non fermentescibles.
- procédé biaggiano-pico (7). — Ce procédé, utilisé à Gênes, transforme les gadoues dans des tours hermétiques où Ton fait agir l’air comprimé à pression élevée.
- Les tours sont cylindriques, de 1.000 à 1.600 m:i de capacité et8’m de hauteur. Un plan incliné à 10 p. 100 permet aux camions de monter sur le toit des tours et de verser directement leur contenu sans aucun triage préalable.
- Après avoir rempli la tour et après fermeture hermétique, on fait agir l’air comprimé à 7 atm. Le passage de l’air provoque la fermentation. La température monte lentement jusqu'à 60° et atteint 70°. La durée de fermentation est de 35 jours. On décharge par des portes latérales et on opère le triage (après stérilisation, par conséquent), en vue de l’utilisation agricole.
- La puissance absorbée par le compresseur et le ventilateur est environ 14 kW.
- Observations. — Le procédé Biaggiano-Pico active la fermentation des gadoues, mais par un moyen mécanique, et on peut toujours craindre un arrêt accidentel. D’autre part, on éprouve de grandes difficultés à faire pénétrer l’air comprimé dans toute la masse, qui est trop tassée. On n’évite toujours pas la perte de place due au tassement. On charge les tours sans aucun triage préalable, ce qui, au point de vue hygiénique, est très recommandable, mais cela exige un plus grand nombre d’appareils. Enfin, on ne récupère pas la chaleur dégagée.
- procédé zymos. — Le procédé Zymos est utilisé par certaines villes du Sud-Est de la France notamment Cannes, Aix-en-Provence, Avignon et Valence, pour traiter tous les résidus urbains (ordures ménagères, boues d’égouts, déchets d’abattoirs) en vue d’obtenir un terreau agricole aseptique. Utilisant les derniers perfectionnements scientifiques et mécaniques, les usines fonctionnent de la façon suivante :
- Les voitures de collecte versent les ordures ménagères dans la salle de réception, salle entièrement close, contenant une grande fosse à ordures. Un pont électrique à bennes preneuses automatiques prend les gadoues dans cette fosse. Toutes les manœuvres de ce pont sont commandées électriquement de l’extérieur, de sorte que le mécanicien n’est pas en contact avec les gadoues. Celles-ci passent ensuite devant un trieur magnétique qui enlève la ferraille. Toujours automatiquement, par le moyen d’un tapis roulant, les résidus urbains sont versés dans les cellules de fermentation où elles subissent, dans des conditions voulues d’aération, d’humidité et d’ensemencement microbien (ferments de l’urée) les réactions biochimiques qui, en un mois à peine, les transforment en humus. L’ammoniaque qui se dégage est récupéré et tous les gaz des cellules sortent désodorisés dans l’atmosphère. Le terreau, qui a subi pendant plus de 25 jours une température de plus de 70°, est aseptique et
- (7) E. Trompe, Enlèvement et traitement des ordures ménagères (Compte rendu du Congrès des Associations générales des Hygiénistes et Techniciens municipaux, Nantes, 1928).
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- peut etre manipulé sans danger. On opère alors un triage qui enlève le verre, le carton et les chiffons. Ces derniers alimentent un petit four dont les calories sont utilisées par l’usine. Après un broyage soigné, le terreau se présente sous forme de poudre noirâtre, sans odeur, prêt à être utilisé par les agriculteurs.
- L’usine d’Aix-en-Provence va traiter également les boues d’égouts provenant du traitement du tout à l’égout par le système à percolation de Franck-Candy, en les incorporant dans des conditions’déterminées dans les^cellules^de fermentation du procédé Zymos (fîg. 5).
- Fig. 5. — Installation d’Aix-en-Provence : Au fond, procédé Zymos pour le traitement des résidus urbains; —au Ier plan, procédé Franck-Candy pour le traitement du tout à l’égout.
- Observations. — Il y a lieu de signaler le très louable effort que les villes du Midi de la France sont en train de faire. Soucieuses de leur hygiène, certaines municipalités méridionales traitent d’une façon rationnelle leurs eaux usées et leurs résidus urbains, tout en donnant aux agriculteurs un produit de grandes valeur, du fumier, si utile pour la culture intensive des primeurs, des fleurs et des fruits, richesse de toute la Provence agricole.
- III. — LE FUMIER ARTIFICIEL.
- EXPÉRIENCES FAITES EN FRANCE.
- En dehors de nos recherches(8) sur cette question que nous avons signalées plus
- (8) Tous nos travaux ont été entrepris de 1927 à 1931, grâce à une subvention de l’Institut de France (Caisse des Recherches scientifiques de l’Académie des Sciences). Chaque année, un rapport détaillé donne le compte rendu de nos expérienés. Ces essais, ainsi que ceux du Dr Salmon à
- 130e Année. — Octobre 1931.
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- haut, il y a lieu de citer les expériences scientifiques et pratiques sur la fabrication du fumier artificiel qui ont été faites en France ces dernières années.
- Expériences de MM. Demolon et Burgecin (à la Station centrale de Biologie des Sols, de Versailles, Institut des Recherches agronomiques)i9). Depuis l’année 1928, MM. Demolüx et Burgevix ont poursuivi des essais de préparation de fumier artificiel en vue de préciser un mode opératoire pratique et de suivre les transformations chimiques qui se produisent.
- Dans ces essais, on a cherché à réduire au minimum la dose d’azote nécessaire pour assurer l’humification. On sait, en effet, les pertes considérable d’azote que le fumier peut subir, soit en cours de fabrication, soit surtout au moment de son épandage. Ce serait donc une erreur au point de vue économique de vouloir faire du fumier artificiel un engrais azoté. Il vaut mieux viser la production de matières humiques et apporter directement l’azote aux cultures.
- Les essais ont été entrepris dans des cuves de ciment à section carrée de 1 m de côté et de 60 cm de profondeur, enterrées dans le sol et pouvant contenir 40 kg de paille.
- On a fait les constatations suivantes. La première condition à réaliser est d’amener la paille à un état d’humidité convenable. On y arrive en faisant absorber à la paille environ 2,2 fois son poids d’eau, ce qui ne s’obtient pas sans difficulté. Le procédé par immersion est impraticable. Une série d’arrosages intermittents constitue le meilleur procédé pour obtenir une humidification satisfaisante de la masse.
- La fermentation ne s’établit rapidement et uniformément que si l’on a soin d’ensemencer la masse. De bons résultats ont été obtenus en lui incorporants p. 100 de fumier naturel ou de fumier artificiel provenant d’une opération précédente.
- L'élévation de température est assez rapide au début. C’est ainsi qu’en partant de 15°. 16°, elle atteint 55° à 60° en 4 ou 5 jours pour diminuer ensuite progressivement. Le volume des cuves est en effet insuffisant pour éviter les pertes de chaleur.
- Des résultats obtenus on peut tirer les conclusions suivantes :
- 1° La paille seule, sans addition d’éléments nutritifs, est susceptible de subir une décomposition donnant un produit d’apparence analogue au fumier. Mais l’humifi-cation est beaucoup plus avancée lorsqu’on additionne la paille d’éléments nutritifs tels que l’urée ainsi qu’il résulte des chiffres d’analyses relatifs h la composition de deux fumiers artificiels obtenus dans les essais de la Station (méthode d’analyse de M. Pichard) 10).
- Le premier fumier a été obtenu en trois mois (10 juillet-10 octobre 1929) avec la paille seule. Le second a été obtenu dans les mêmes conditions mais avec addition de 5 kg d’urée et 1 g de phosphate monoammonique par kilogramme de paille ;
- 2° Le maintien d’une température élevée est une condition favorable mais non indispensable à l’humification de la paille.
- Expériences de MM. Lafite et Caudron (ll). — Ces expériences ont été faites à la
- Boulogne-sur-Mer (1927-1928), sont effectués sous la haute direction du Dr Bordas, Ingénieur agronome, professeur au Collège de France.
- (9) Rapport sur le fonctionnement de l’Institut des Recherches agronomiques, année 1929, vol. IX, mai 1931 p. 217 et 218.
- (10) G Pichaud, Méthodes de séparation et de dosage des principes immédiats contenus dans les tissus liquéfiés et dans leurs produits de décomposition. (Ann. agr., n° 4. juillet-août 1931.)
- (11) Lafite et Caudron : Une année d’expériences sur le fumier artificiel. (Journal <TAgriculture pratique, n° 1, 4 janvier 1930, p, 13.) — Le fumier artificiel au point de vue économique. (Journal Agricul. prat. des 6 et 13 juin 1931;)
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- Ferme des Anglais près de Reims. MM. Lafite et Caudron possèdent une aire cimentée avec une fosse à purin et un système de tuyaux faisant retomber en pluie, sur le tas de paille, le liquide recueilli dans la fosse. Ce dispositif a facilité grandement l’arrosage de la paille en vue de la fabrication du fumierartificiel. Après différents essais, voici la technique adoptée.
- On commence par constituer un pied de cuve avec 2.000 kg de fumier de cheval sur les 75 m3 de chacune des plateformes. Le chargement commence immédiatement après et chaque lit comporte 500 kg de paille. A ce moment, on met l’apport d’azote. Les meilleurs résultats ont été obtenus avec l’urée (5 kg par tonne). La température s’élève rapidement, en 4 ou 5 jours, à 60°. C’est le moment choisi pour le tassage que l’on effectue par un cheval. Le tassage, qui ne doit pas être trop long, est suivi d’un arrosage qui ramène la température à 40°; mais, dès le lendemain, elle remonte au-dessus de 60° et l’on peut recharger (un chargement par semaine par conséquent). Le tas est entouré de balles de paille pressées. Cette précaution, tout en empêchant l’influence de la température extérieure, permet de tasser jusqu’au bord et l’arrosage est partout efficace. La durée de l’opération est de un à un mois et demi suivant la saison. Le prix de revient est le même que celui du fumier naturel.
- Expériences du DT Delucq{li). — Le Dr Delucq, secrétaire général du Comice agricole de Vic-Fezensac (Gers), en faisant des essais de fabrication de fumier artificiel, a vite reconnu que, si on ne possède pas l’outillage nécessaire, il est très difficile et onéreux d’arriver à arroser 1.000 kg de paille avec 2.200 kg d’eau.
- Par un artifice très simple, il est arrivé à obvier à cet inconvénient. Le Dr Delucq a eu l’idée d’étaler la paille en couches minces (7 t sur 900 m2) et d’attendre qu’il pleuve. Il a suffi d’une pluie de 17 mm pour fournir l’humidité nécessaire (15.300 litres d’eau) : on n’a plus qu’à mettre entas. L’essai, poursuivi, s’est fait avec de la cyanamide avec apport de fumier naturel comme pied de enve.
- La fabrication était faite en hiver, donc à une époque où les champs sont libres et où la main-d’œuvre est moins occupée. D’autre part, on opère sur place, ce qui économise des frais de transport.
- EXPÉRIENCES FAITES A L’ÉTRANGER.
- En Allemagne et dans les pays centraux, on s’est tout d’abord préoccupé d’améliorer la fabrication du fumier de ferme. Hermann Krantz li3) a recherché les méthodes capables de réduire le plus possible les pertes de substances organiques. Le « fumier noble », ou Edelmist ainsi qu’il le nomme, s’obtient par une stratification très lâche du fumier de ferme journalier. On arrive à une température de 60° à 65°, ce qui empêche une fermentation capricieuse. Cette température étant atteinte, la masse en fermentation est foulée énergiquement à diverses reprises. Le troisième ou le quatrième jour, une nouvelle masse de fumier est mise sur le tas. Par son propre poids elle fait pression sur le bloc sous-jacent.
- Cette technique nous prouve donc l’importance de l’aération et de la température dans la fabrication du fumier, qu’il soit naturel ou artificiel.
- Dans les essais culturaux comparatifs effectués en sol de limon sableux, avec
- (12) Dr Deluco, La préparation du fumier artificiel. (Journal Agr. pratique, 21 mars 1931.)
- (13) Fr. Teply, Fumier noble et engrais commerciaux. (Landbau und, Technik, n° 12, 1928; — Ann. sc. agr., n° 2, 1929, p. 222.)
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- pommes de terre, on a obtenu, avec l’Edelmist (fermentation chaude) un notable supplément de rendement.
- La fabrication du fumier artificiel obtenu par décomposition de la paille de céréale au moyen d’un milieu nutritif azoté, dans les conditions d’aération et d’humidité contrôlées, a été étudiée par de nombreux auteurs à l’étranger. Les principales expériences que nous citerons sont les suivantes.
- Otto Konold (li) donne la description d’expériences faites à Markel avec 2.000 q de paille. Un hache-paille, réglé pour débiter la paille en morceaux de 20 cm de longueur, avait été adjoint, à la suite d’une machine à battre, à une soufflerie permettant de transformer la paille hachée à l’emplacement prévu pour la fabrication. A l’extrémité du tube amenant la paille, l’arrosage était effectué par un tube d’eau circulaire percé de trous. On comptait 75 p. 100 en poids d’eau pour avoir l’humidité voulue. L’addition du milieu nutritif était faite soit à l’aide de cyanamide et de scories de déphosphoration, soit avec un produit, préparé en Angleterre par l’Agri-cultural Développement Co, appelé « Adco » (mélange de phosphate brut et de cyanamide calcique). Ces produits furent ajoutés en solution dans l’eau d’arrosage. La paille fut entassée sur 2 m de hauteur. La température atteignit 70° en 3 jours. Au bout de 3 mois, on obtint une matière brune, tendre et bien décomposée. Cette fabrication n’est pas trop onéreuse si on tient compte de la valeur du produit obtenu, mais il faut avoir soin d’employer le moins de main-d’œuvre possible pour les diverses manipulations.
- A. Zechmeister (15), en Hongrie, a exécuté des essais sur une grande échelle, en février 1928, dans deux puits avec environ 1.200 charretées de paille et 6 à 13 q de cyanamide. L’humidité était maintenue à l'aide d’une pompe. Au bout de deux mois et demi on a obtenu environ 18.000 q de fumier artificiel.
- D. Meyer et P. Obst (16) ont opéré dans des cuves de 300 litres de capacité avec différents engrais azotés : urée, sulfate d’ammoniaque, Adco. Les meilleurs résultats ont été obtenus avec l’urée.
- Zucker {i1> signale des expériences exécutées à Budapest avec de la paille hachée en petits morceaux de 4 à 6 cm de longueur. Des poids de 7 à 8 kg de cette paille ont été saupoudrés de cyanamide intimement mélangée à trois fois son poids de terre. Ce mélange était bien tassé et arrosé d’eau.
- En Angleterre et en Amérique, des essais analogues furent tentés et donnèrent de bons résultats. On est arrivé a produire artificiellement un fumier ayant les même propriétés que le fumier ordinaire. Nous citerons les expériences suivantes :
- Dans le Missouri du Sud, W. A. Albrech (18) a opéré avec un mélange de 45 p. 100 de sulfate d’ammonium, 40 p. 100 de calcaire finement moulu et de 15 p. 100 de superphosphate mélangé à de la paille à raison de 70 kg par tonne.
- (14) Otto Konold, Nouvelles méthodes de préparation du fumier artificiel et leur importance pratique. (Illast. Landw. Zeit., n° 5, février 1929.)
- (15) A. Zechmeister, Fumier artificiel. (Kozteler, 39, 1929, p. 76-77; — Deutsche Landw. Runds., vol. 5, Sc. agr., n° 4, avril 1930: —p. 561.)
- (16) Meyer et Obst, Fumier artificiel à partir de la paille. (Deutsche Landw. Presse, 56, 1929, p. 605; — D. L. R. vol, 5, n° 4, avril 1930; — Ann. sc. agr., n° 4, 1930, p. 561.)
- (17) Zucker (F), Deutsche Landw. Runds., III, n° 4, avril 1929, p. 384.
- (18) W. A. Albrech, Mise. str. Bull., 258 (ex St. rec., vol. 58; n° 8, juin 1928, p. 721.)
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- Smith, Stevenson et Brown à la Station agronomique de l’Iowa, ont
- effectué des recherches, soit in vitro, soit à l’air libre. La comparaison de divers mélanges nutritifs a montré qu’il y avait toujours accélération de la décomposition. L’inoculation avec un fumier frais produit un effet accélérateur par l’apport de germes.
- De grandes quantités de fumier artificiel sont préparées aux Indes (R. M. Hegde-katti (21i, à Kanara, en faisant fermenter dans des fosses des matières organiques en présence d’environ 30 p. 100 en poids de fumier de bétail et d’urine. Les principaux éléments organiques utilisés sont les feuilles vertes et sèches et les tiges de jeunes plantes forestières. On active la fermentation dans les fosses en arrosant la matière en fermentation et, en la retournant de temps en temps. On lui ajoute aussi 0,31 p. 100 d’azote, sous forme de sulfate d’ammoniaque, plus 5 p. 100 de chaux. On a obtenu de meilleurs résultats dans les fosses couvertes que dans les fosses découvertes.
- TECHNIQUE PRATIQUE DE LA FABRICATION DU FUMIER ARTIFICIEL.
- La plupart des expériences que nous venons de citer ont été faites dans des conditions un peu spéciales, avec un appareillage trop cher pour la pratique agricole, mais nécessaire pour les recherches et les différents essais précis, devant se prêter aux mesures.
- Nous allons indiquer, à présent, la technique pratique qui est déjà employée en France par certains agriculteurs, en Allemagne et en Amérique.
- Une des conditions essentielles est d’être outillé pour pouvoir arroser convenablement la paille. Si l’on ne dispose pas de plate-forme avec citerne à purin, on peut avoir recours à la méthode du docteur Delucq(12), épandre la paille sur le sol en couches minces et utiliser la pluie. Il est nécessaire que la paille soit amenée à 70 à 75 p. 100 d’humidité, ce qui correspond à une absorption d’eau d’environ 2,2 fois son poids (Demolon) (1).
- On emploie du fumier naturel pour faire un pied de cuve (action des ferments de l’urée). L’apport d’azote soluble (faible dose) accélère la fermentation. L’urée comme nous l’avons montré(i) est la forme d’azote qui convient le mieux. Malheureusement, cet intéressant engrais provenant d’Allemagne (prestations en nature) ne se trouve plus actuellement sur le marché français de l’azote. On peut employer du sulfate d’ammoniaque ou de la cyanamide à raison de 3 kg par 1.000 kg de paille. Si on emploie le sulfate d’ammoniaque, il est bon d’incorporer un peu de phosphate tricalcique pour neutraliser l’acidité. On opère de la façon suivante :
- Le premier lit est fait avec du fumier naturel frais bien imbibé de purin. On ajoute ensuite une couche de paille humide de 1 m de hauteur. On saupoudre d’engrais azoté à la dose indiquée précédemment (3 kg pour 1.000 kg de paille). On recouvre d’un peu de fumier. Il est bon de ménager au centre de la plateforme une
- (19) Smith, Stevenson et Brown, Production du fumier de ferme artificiel. (Research Bail., u° 126, 1930; — Ann. agr., n° i, 1930, p. 128.)
- (20) Brown et Smith, Production du fumier artificiel avec de la paille d’avoine. (Journal of Ann. Soc. agr., vol. 2i, n° 3, mars 1929, p. 310-322;— Ann. Sc. agr., n° 3, 1929, p. 364.)
- (21) R. M. Hegdekatti, Méthodes actuelles et améliorées de fabrication de fumier artificiel à Kanara. (Poon. agr. Coll, mag., 1930, 21, p. 222-240; — Ch. Abst., 1931, 25, 8, 1928; — Ann. agr. n° 4, 1931, p. 591.)
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- cheminée verticale d’aération, faite avec des fascines de bois. On fait des bordures avec des balles de paille pressées qui seront employées dans une fabrication ultérieure. Cette précaution est utile pour éviter l’influence des variations de température de l’atmosphère. Puis on observe la température. 11 ne faut pas oublier que la bonne conduite de l’opération doit reposer sur le contrôle des phénomènes thermiques, liés eux-mêmes à l’aération. La température doit monter à 65-70° en 48 heures. On opère un léger tassement et c’est seulement à ce moment que l’on remet une nouvelle couche de 1 m de paille humide. Il faut avoir soin d’arroser encore la paille si l’humidité n’est pas suffisante.
- Le rendement de ce mode opératoire est le même que pour les fumiers naturels : avec i.000 kg’ de paille, on obtient 3.000 kg de fumier.
- Les résultats pratiques obtenus en France, en Allemagne, et en Amérique montrent que les effets du fumier artificiel ont sur les conditions bactériennes des sols et sur le rendement des récoltes des effets semblables à ceux obtenus avec le fumier naturel.
- CONCLUSION.
- Telles sont, succinctement résumées, les expériences entreprises pour traiter les résidus des villes et des champs en vue de fabriquer du fumier artificiel.
- Ces recherches montrent donc qu’en reprenant à la base l’étude d’un problème vieux comme le monde, la fermentation du fumier, on arrive, en utilisant les connaissances agricoles modernes tout en respectant les lois de l’hygiène, à réglementer, à modifier même, un phénomène naturel que la routine des siècles faisait considérer comme immuable; nous espérons que ces travaux, en passant dans le domaine de la pratique industrielle et agricole, viendront apporter une solution nouvelle au problème des réserves des matières humiques des sols.
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- BULL. DE LA SOCIÉTÉ D ENCOURAG. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. ----- OCTOBRE 1931.
- L’ÉVOLUTION DE LA PHOTOGRAIYIIYIÉTRIE DEPUIS LAUSSEDAT JUSQU’A L’ÉPOQUE ACTUELLE "
- par le général G. Perrier, membre de l'Institut.
- Le Congrès et 1’Ex.position internationaux qui ont eu lieu du 6 au 10 septembre 1930, à Zurich, ont suscité en France un mouvement très net en faveur d’une science d’origine française et trop longtemps restée chez nous, pour ainsi dire, dans un demi sommeil, tandis qu’elle prenait à l’étranger un développement de plus en plus remarquable : la métrophotographie ou photogrammétrie.
- La série de sept conférences que lui consacre, cette année, le Conservatoire national des Arts et Métiers, et que nous inaugurons aujourd’hui, est, entre plusieurs autres, une manifestation de cet intérêt. Nous devons remercier tout spécialement le directeur actuel du Conservatoire, M. Gabelle, de nous avoir donné l’occasion de retracer, dans ce grand établissement scientifique, l’évolution d’une science créée par celui-là même qui le dirigea pendant de longues années, le colonel Lalssedat.
- LA PHOTOGRAMMÉTRIE TERRESTRE.
- Aimé Laussedat, né à Moulins, le 19 avril 1819, entré à l’École polytechnique en 1838, sorti de cette école dans l’arme du génie, professeur de géodésie et d’astronomie à la même école de 1856 à 1871, directeur du Conservatoire national des Arts et Métiers de 1880 à 1900, élu membre libre de l’Académie des Sciences en 1894, est mort à Paris le 19 mars 1907 à quatre-vingt-huit ans. Arrêtons-nous un instant sur la curieuse ligure de cet homme vraiment hors pair, dont l’activité s’est exercée dans les domaines les plus variés.
- Géodésien, Laussedat assiste, en 1858, à la mesure de la base fondamentale de la triangulation espagnole dans la plaine de Madridejos, à l’aide de l’appareil bimétallique construit par Brunner, qui était à cette époque considéré comme le plus parfait pour de telles mesures. A celte occasion, il se rend à Grenade pour se renseigner sur la réalité d’une visibilité réciproque des sommets de la Sierra Nevada et de la province d’Oran, permettant une jonction géodésique entre l’Espagne et l’Algérie, dont Biot et Arago avaient pressenti la possibilité lorsqu’ils avaient, de 1806 à 1808, prolongé jusqu’aux Baléares la méridienne de Delambre et Méchain. Vingt et un ans après le voyage de Laussedat, F. Perrier et Ibanez devaient procéder avec succès à cette opération grandiose, utilisant, pour franchir la Méditerranée, un immense quadrilatère, dont une des diagonales atteint 271 km, et permettant ainsi, à la science géodésique, de disposer aujourd’hui, sans solution de continuité, d'une chaîne ininterrompue de triangles depuis la plus septentrionale des îles Shetland jusqu’aux confins du Sahara, le long d’un arc de méridien de 27 degrés d’amplitude.
- Astronome, Laussedat, observant une éclipse de soleil à Batna, le 18 juillet 1860, utilise un appareil de son invention, Vhéliographe horizontal, jouant le rôle de nos
- (I) Conférence faite au Conservatoire national des Arts et Métiers, le 10 juin 1931.
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- cœlostats modernes. Il reconstitue un cadran solaire phénicien, dont Renan avait rapporté un fragment, et la découverte, en 1873, d’un cadran identique, parfaitement conservé, montre l’exactitude de ses déductions.
- Topographe, ingénieur et diplomate, en 1863, il est sollicité de venir au Mexique étudier sur place le projet de jonction du golfe du Mexique avec le Pacifique, à travers l’isthme de Tehuantepec. Après la guerre de 1870-1871, il fait partie, sous les ordres de son ami, le général du génie Doutrelaine, de la Commission chargée de délimiter la nouvelle frontière franco-allemande.
- Aéronaute, président de la Commission des Aérostats au Ministère de la Guerre, il prend part, le 9 décembre 1875, avec Albert Tissandier, Godard, le commandant Mangin et le capitaine Charles Renard, à la tragique ascension du ballon Y Univers et s’en tire à bon compte avec une jambe fracturée.
- Enfin, Laussedat, sans s’occuper ouvertement de politique, ne laissa pas d’avoir une attitude qui ne pouvait guère contribuer à son avancement. Son frère, le docteur Louis Laussedat, représentant du peuple pour l’Ailier, en 1848, résolument hostile au Prince-Président, avait été banni après le coup d’état. « J’avais une répugnance instinctive et invincible pour l’Empereur », a écrit Aimé Laussedat, en expliquant pourquoi il avait refusé en 1859 d’être chef du cabinet topographique de Napoléon III en Italie.
- A-t-il eu réellement le premier l’idée d’appliquer la photographie à la topographie? Doit-on en attribuer l’honneur à l’Allemand Meydenbauer, qui, en 1858, employa des photographies de la cathédrale de Wetzlar pour en établir le plan? Le procès nous semble jugé sans appel. Laussedat a maintenu ses droits avec quelque vivacité dans une Notice sur l'histoire des applications de la perspective à la topographie et à la cartographie, publiée en 1891 sous forme de lettre à Nadar et sa démonstration est définitive.
- Certes, l’idée de se servir, pour établir des cartes et plans, de vues perspectives, est bien plus ancienne que les travaux de Laussedat. Le célèbre Beautemps-Beaupré (1756-1854), le père des hydrographes, comme l’avaient surnommé les Anglais, le véritable créateur de notre Service hydrographique, avait ouvert la voie lorsqu’il accompagnait d’Entrecasteaux, envoyé en 1791 à la recherche de La Pérouse. « Il faisait, dit Laussedat, l’usage le plus ingénieux de vues pittoresques sur lesquelles il inscrivait les angles mesurés avec le cercle à réflexion ou avec le théodolite » et utilisait deux vues prises de stations différentes pour construire le plan.
- Mais personne avant Laussedat ne s’était avisé de supprimer les mesures angulaires directes pour déduire immédiatement les angles d’images bien plus exactes que de simples dessins à main levée et obtenues avec des instruments d’une fidélité incomparable, la chambre claire, imaginée par Wollaston en 1804, ou la chambre noire, connue de toute antiquité.
- Dans une note manuscrite conservée à la Bibliothèque municipale de Moulins (3i, Laussedat résume ses premiers travaux. C’est en août 1839 qu’à l’Observatoire de
- (2) Paris-photographe, septembre-octobre 1891, 22 p.
- (3) Publiée par M. Bruel, administrateur en chef honoraire des Colonies, neveu de Laussedat. (Histoire de l'invention de la métrophotographie, Revue scientifique du Bourbonnais et du Centre de la France, avril 1927, 5 p.)
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- Paris, Arago montre, à ce jeune capitaine de 30 ans, le premier daguerréotype qu il devait présenter le lendemain à l’Académie des Sciences. C’est à partir de 1847 que, sur la lecturg d’un rapport du même Arago, Laussedat entreprend de perfectionner la méthode de Beautemps-Beaupré, mais en faisant usage de perspectives obtenues par une chambre claire perfectionnée, qu’il appelle hémipérisco-pique. En 1850, des essais concluants sont exécutés au Mont-Valérien et au fort de Vincennes. Si l’imperfection des objectifs et la difficulté des manipulations photographiques ne permettent pas encore à Laussedat d’utiliser la chambre noire, il n’y renonce pas pour plus tard.
- En 1851, le Comité du Génie l’autorise à commander une chambre photographique. En 1858, il fait établir par le célèbre constructeur Brunner un appareil de phototopographie qui est le prototype de nos photothéodolites actuels. A l’aide de cet appareil, il exécute un levé des rues de Paris par des vues prises de la tour nord de l’église Saint-Sulpice et de l’observatoire de l’École polytechnique. Ce travail est présenté en 1859 à l’Académie des Sciences (*>. En 1861, un autre levé, celui du village de Bue, près de Versailles, est effectué (une copie en existe au Conservatoire). La photogrammétrie est née. Appliquée d’abord à la topographie, elle rendra bientôt des services à de nombreuses autres sciences.
- Faut-il dire photogrammétrie ou mètrophotographie'l Une croyance simpliste paraît s’être établie : métrophotographie serait le terme français, photogrammétrie le terme allemand, donc indésirable. Or Laussedat lui-même, dans la lettre à Nadar précitée, consacre une page entière à ses hésitations au moment de « baptiser son enfant » suivant son expression (baptême bien tardif : en 1891, l’enfant avait atteint la quarantaine!) Il était disposé, dit-il, à adopter le mot photogrammétrie, quand le Congrès international de Photographie, tenu à Bruxelles en 1891, décida que toutes les applications scientifiques de l’art de Niepce et de Daguerre devaient être désignées par des noms terminés par le mot photographie. Cette décision paraît aujourd’hui caduque et puisque le terme photogrammétrie est employé partout à l’étranger, puisqu’il existe une Société internationnale dite de Photor grammétrie, rallions-nous à ce mot. En tout cas, il est plus commode que Licht-bildmesskunst.
- La méthode de Laussedat n’est autre, en somme, que le procédé classique de levé dit intersection, avec cette différence qu’en planimétrie, les projections horizontales des lignes de visée sont tracées au bureau d’après les photographies, au lieu de l’être sur la planchette.au cours des opérations sur le terrain. De même, les altitudes sont déduites de mesures prises sur les photographies et non d’angles de pente observés.
- Mais, pour rendre pratique cette méthode, il fallait apporter aux appareils, aux procédés photographiques, aux opérations sur le terrain et au bureau, les perfectionnements suggérés par l’expérience. Ce fut de 1863 à 1871 l’œuvre de la brigade phototopographique du capitaine Javary, topographe, photographe et dessinateur horspair. « Personne plus que lui, a écrit Laussedat, n’a contribué à perfectionner la méthode
- (4) Comptes rendus hebdomadaires des séances de VAcadémie des Sciences de Paris, t. XL1X, 1859, p. 732. Voir aussi t. L, 1860, p. 1137.
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- que j’avais proposée et inaugurée, personne ne l’a appliquée avec plus de goût, de science et de discernement. » Le capitaine Javary, que beaucoup d’anciens élèves de l’École polytechnique encore vivants ont connu comme chef des Travaux graphiques à l’École, infatigable, opéra pendant huit ans, levant plus de 72.000 ha de terrain, la plupart au I/o 000, dans les environs de Paris, en Savoie, dans le Dauphiné, aux environs de Toulon, sur le plateau de Langres et dans les Vosges, enfin, pendant le siège de Paris, pour la reconnaissance des positions ennemies.
- Mais, après la guerre, d’autres soucis plus urgents détournèrent des travaux photogrammétriques l’attention des officiers du génie. La brigade Javary fut supprimée, par économie apparemment, « en tout cas, a écrit Laussedat, sans que j’aie bien su pourquoi ».
- Pendant près de 40 ans, nos services officiels allaient se désintéresser complètement de la photogrammétrie. C’est sans doute que les instruments et les méthodes de la topographie avaient été portés à un degré de perfection qu’il paraissait impossible de dépasser, grâce à un autre officier du Génie, le colonel Goulier (mort en 1895), professeur à l’École d’Application de l’Artillerie et du Génie à Metz puis à Fontainebleau, qui avait fait école, des idées et des procédés duquel tous les topographes officiels étaient tributaires. Le développement considérable pris à l’étranger par la photogrammétrie était chez nous peu connu ou complètement ignoré. Dans le Livre du Centenaire de l'Ecole polytechnique (1894), le chapitre consacré aux topographes du Corps du Génie (3), rédigé par le commandant Crouzet, de la Section des Levés de Précision du Service géographique de l’Armée, ne dit pas un mot des travaux de Laussedat. Dans son important ouvrage paru en 1899, La carte de France, 1750- 1898, étude historique, le colonel Berthaut, alors chef de la Section de Cartographie, et qui devait, en 1903, prendre la direction du Service, apprécie assez dédaigneusement la méthode photographique (f’!, en dressant ce que Laussedat a appelé un réquisitoire 5 6 (7) 8.
- Le réquisitoire est développé dans les 12 pages (p. 251 à 261) que le colonel Crouzet consacre à Y Emploi des perspectives dans les levés et à la phototopographie dans ses Eléments et principes de la topographie, publiés en 1911 par le Service géographique de l’Armée 8i.
- Il est résulté de celte indifférence de nos services officiels que, depuis 1870
- (5) T. II, p. 60-71.
- (6) « Au total, on ne gagne rien comme durée de travail, à prendre sur place des perspectives dont il faut ensuite extraire tous les éléments qu’on aurait pu se procurer directement par les méthodes habituelles.... Les causes d’erreur de toute sorte, pour la plupart systématiques, en ce qui a trait d’abord à l’opération sur le terrain, puis au travail de cabinet, sont trop nombreuses et les erreurs probables d’un ordre trop élevé pour qu’on puisse attendre de la méthode photographique une exactitude analogue à celle qu’on doit se proposer dans les levers régulièrement faits....
- « Quant aux instruments construits pour ce genre d’opérations, et auxquels on donne généralement le nom de photothéodolites, ils sont de divers types, parmi lesquels on en remarque de très ingénieux, mais d’invention trop récente pour qu’il soit possible de se prononcer sur leur valeur... » (t. II, p. 320-321).
- (7) Recherches sur les instruments, les méthodes et le' dessin topographiques, ch. IV : Développement et progrès de la métrophotographie à l'étranger et en France. (Annales du Conservatoire des Arts et Métiers, 1901, p. 170.)
- (8) Conclusion du colonel Crouzet : « Partout où les procédés anciens peuvent être mis en œuvre, l’avantage leur reste, et jusqu’ici, rien dans leur domaine, ne peut rivaliser avec eux à aucun point de vue, mais on connaît certains cas exceptionnels où l’on sera trop heureux d’employer la photographie, et cela suffit pour qu’on se tienne au courant de la pratique de ce moyen. »
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- jusque vers 1910, tous les travaux photogrammétriques exécutés en France ne l’ont été que par des individualités, avec leurs propres ressources. Quelques noms sont à citer :
- Le docteur Gustave Lebon, dont on connaît l’œuvre si considérable et si variée, qui s’est attaqué à tant de problèmes, ayant été chargé d’une mission archéologique dans l’Inde, a appliqué la photographie non seulement à la topographie, en suivant les méthodes de Laussedat, mais aussi à l’architecture, en montrant qu’on peut rapidement, d’après une seule photographie, restituer les dimensions d’un monument. Il a publié en 1889 le résultat de ces travaux si originaux l9).
- Le commandant Y. Legros, dans son remarquable Sommaire de photogram-métrie, (10) s’est attaché à réagir contre « une indifférence aussi générale et cependant aussi peu justifiée de la part du monde militaire » envers la photogrammétrie ;
- Enfin, Joseph et Henri Vallot, ayant entrepris en 1892 le travail considérable de la carte du Mont-Blanc au 1/20.000, firent établir, en.1893-1894, par le constructeur Brosset, un phototachéomètre, à l’aide duquel, avec une ténacité admirable, ils levèrent 430 km- environ sur 530 à représenter, accomplissant une œuvre qui fait époque dans l’histoire de la photogrammétrie (11).
- Pendant qu’en France la méthode Laussedat rencontrait des résistances injustifiées, quels progrès avait-elle réalisés à l’étranger, de quelles applications y avait-elle fait l’objet? Bornons-nous à ne citer que l’essentiel, notre liste sera déjà longue.
- Allemagne. — En 1870, un détachement photographique avait été constitué par l’état-major prussien. Il opéra aux sièges de Strasbourg et de Paris, et Laussedat, commissaire français à la Commission de délimitation de la nouvelle frontière, eut la désagréable surprise d’être félicité un jour à Bussang par le général von Strantz, président de la Commission allemande, pour avoir créé une méthode si précieuse aux armées (121.
- Le promoteur des premiers essais entrepris en Allemagne, Meydenbauer, fut mis en 1883 à la tête d’un Institut photogrammétrique chargé de la restitution de photographies des monuments publics de la Prusse et des pays annexés. Ses disciples les plus connus, W. Jordan et Stolze, rapportèrent, l’un de Libye (Mission Rohlfs 1873-1874), l’autre de Perse (Mission Andréas, 1874-1875) une quantité de documents photographiques qu’ils exploitèrent ultérieurement au bureau.
- Autriche-Hongrie. — Ce pays est certainement un de ceux qui ont le plus fait pour le développement de la photogrammétrie. Les premiers essais en Carinthie
- (9) Les levers photographiques et la photographie en voyage. lrc partie : Application de la photographie aux levers de monuments et à la topographie, Paris, Gauthier-Viflars, 1889, in-12, 131 p.
- (10) Paris, Société d’Editions scientifiques, place de l’École-de-Médecine. 1891, iu-I2, 272 p.
- (11) Le phototachéomètre Vallot a été employé par la Mission du Service géographique de l’Armée chargée de la mesure d’un nouvel arc de méridien équatorial en Amérique du Sud (Équateur et Pérou, 1899-1906) mais surtout pour obtenir une belle collection de panoramas des Cordillères des Andes, qui existe au Service géographique. Nous ne saurions oublier avec quelle bienveillance et quelle compétence Joseph et Henri Vallot, tous deux disparus aujourd’hui, nous éclairèrent de leurs conseils quand nous fûmes appelé à nous servir du photolachéumèlre sur les hauts sommets des Andes.
- (12) Voir colonel A. Laussedat, La métrophotographie. (Conférences de la Société française de Photographie), Paris, Gauthier-Villars, in-8°, 1899, 52 p., 2 pi. p. 34 et suiv. et Recherches sur les instruments, les méthodes et le dessin topographiques, ch. IV, p. 164. (Annales du Conservatoire des Arts et Métiers, 3e série, t. III, 3' fasc., 1901.)
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- datent de 1887. Dès 1891, les travaux décisifs et les ouvrages originaux ou didactiques se multiplièrent à l’extrême. Yincenz Pollack, Inspecteur des Chemins de fer de l’État autrichien, est le promoteur de ce mouvement, bientôt dirigé par le colonel baron von Hübl, directeur de la Section technique de l’Institut géographique militaire, qui, par ses études, provoque à cet institut un large emploi des procédés photogrammétriques, et par le professeur Dolezal, aujourd’hui président de la Commission géodésique autrichienne, dont on va fêter en 1932 les 70 ans, en même temps que le 25° anniversaire de la fondation par lui, en 1907, à Vienne, de la première société de photogrammétrie.
- Canada. — Un nom domine toute l’histoire de la photogrammétrie au Canada, celui de Deville (1849-1924) qui termina sa carrière comme General Surveyor du Canada. Deville, nous pouvons en être fiers, était français. Né dans la Nièvre, officier de marine sorti de l’École navale de Brest, après d’importants travaux hydrographiques sur le Pacifique et sur les côtes du Pérou, il avait quitté notre Marine en 1874, comme lieutenant de vaisseau, pour entrer au service du Gouvernement canadien. C’est en 1888 que fut entrepris sous sa direction le levé photographique d’une large bande de terrain le long de la voie ferrée du Canadian Pacific; en 1893, il appliqua la même méthode à la délimitation de la Colombie britannique et de l’Alaska que les États-Unis venaient d’acheter à la Russie. Au Canada, dit Laussedat(13), la photogrammétrie a réalisé « des merveilles telles qu’il serait difficile à ceux qui ont pu s’en rendre compte de ne pas convenir des précieuses propriétés d’une méthode qui permet de surmonter les plüs grands obstacles sans cesser d’être extrêmement expéditive et rigoureuse ».
- Espagne. — Dès 1862, l’Académie des Sciences de Madrid mettait au concours la question suivante : « Quel est le meilleur procédé à employer pour appliquer la photographie au levé des plans? » Le mémoire de Laussedat obtint le prix. Depuis cette époque, nombreux ont été, dans les dernières années du xixe siècle, les travaux exécutés et les ouvrages didactiques parus en Espagne, relatifs à la photo-grammétric, ouvrages parmi lesquels la Topografîa fotogrâfîca des ingénieurs de Iriarte et Navarro, publiée en 1899, a mérité les éloges de Laussedat.
- États-Unis. — La photogrammétrie, qui avait d’abord rencontré quelques résistances au Geological Survey et au Coast and Geodetic Survey, a fini par triompher, l’exemple du Canada pendant la délimitation Alaska-Colombie britannique entraînant les ingénieurs des États-Unis. Son emploi s’est imposé aux États-Unis non seulement en topographie, mais pour de nombreuses autres applications sur lesquelles nous reviendrons : études géologiques, météorologiques, etc.
- Italie. — Les premiers essais datent de 1875, « aussitôt contrecarrés, dit Laussedat (U), par les topographes officiels, toujours et uniquement en raison de leur nouveauté ». Mais en 1878, le colonel, depuis général, Ferrero, un des grands noms de la géodésie italienne, directeur de l’Institut géographique militaire de Florence, les faisait reprendre, et ensuite, pendant de longues années, un habile
- (13) Recherches, etc., ch. IV, p. 178.
- (14) La métrophotographie, p. 39.
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- opérateur, l’ingénieur-géographe Paganini Pio employait la méthode photogrammétrique avec succès pour des levés dans les Alpes au 1/25.000 et au 1/50.000.
- Russie. — Le Gouvernement impérial russe a fait entreprendre des levés photo-grammétriques d’une grande étendue pour les études de chemin de fer en Asie centrale (Transsibérien), sous la direction de l’ingénieur Thilé.
- Suisse. — A l’Exposition universelle de Paris, en 1889, M. Simon a présenté un beau relief du massif de la Jungfrau pour l’établissement duquel plus de 2.000 photographies avaient été utilisées.
- Ces quelques exemples montrent qu’à la fin du siècle dernier, les méthodes photogrammétriques avaient suscité partout un très vif intérêt et que, dans certains pays, des applications très étendues en avaient été faites.
- Bien que cette conférence n’ait pas pour but de vous exposer des questions techniques, il convient de résumer impartialement, sans obéir au parti pris dont faisaient preuve les topographes de l’école classique, les inconvénients et les avantages de la photogrammétrie, telle que l’avait imaginée le colonel Laussedat, c’est-à-dire avant l’emploi de la photographie stéréoscopique et de la photographie aérienne, par la simple méthode des intersections pratiquée à l’aide de photographies verticales prises à terre de points déjà bien déterminés en planimétrie et en altitude.
- Inconvénients. — Difficulté d’identification des points; incompatibilité entre la condition qui facilite cette identification (bases courtes) et celle qui est nécessaire pour la précision (bases longues); en général, pour rendre l’identification facile, nécessité de travailler sur des épreuves positives sur papier et par suite de n’utiliser que de très bons clichés pris dans des conditions favorables.
- Avantages. — Rapidité des stations sur le terrain, possibilité de lever des régions inaccessibles.
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- A l’époque où nous sommes arrivés, malgré ces deux avantages qui sont énormes, les inconvénients signalés justifiaient dans quelque mesure les appréhensions des topographes à employer la méthode photographique. Mais, vers 1901, la question change d’aspect par l’application de la stéréoscopie à la photogrammétrie, due à Pulfrich, collaborateur scientifique des Établissements Zeiss à Iena. L’idée d’utiliser la stéréoscopie pour la restitution des photographies était assez ancienne : dès 1880, Deville avait tenté de la mettre en application.
- C’est l’ingénieur Hector de Grousilliers, de Charlottenburg, Allemand malgré son nom français, qui, en 1893, eut le premier l’idée du télémètre stéréoscopique dérivé du téléstéréoscope de Helmholtz, et c’est Pulfrich qui le réalisa 8 ans plus tard sous le nom de stéréotélémètre. Fait paradoxal ! Car ce savant avait perdu l’œil gauche par accident dans sa jeunesse et devait ne pas être apte à la vision stéréoscopique (d’où on peut conclure qu’en plus de l’existence de deux yeux, certaines causes secondaires interviennent pour produire la sensation du relief).
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- Le stéréotélémètre conduisit Pulfrich à étudier les photographies stéréoscopiques. Il créa, vers 1901. le stéréo comparateur, admirable appareil « dont les ressources, a dit Laussedat, sont pour ainsi dire inépuisables » (13. Il peut utiliser aussi bien des photographies prises aux extrémités de petites bases que celles prises à celles de bases immenses, (comme, par exemple, en astronomie). Les deux clichés conjugués sont observés stéréoscopiquement dans l’appareil; un index mobile, entraîné par divers organes de commande, étant amené par l’observateur au contact stéréoscopique d’un point du terrain, ses déplacements sont lus sur diverses échelles, et, de ces lectures, on déduit les coordonnées et l’altitude du pint.
- La difficulté de l’identification n’existant plus dans la stéréophotogrammétrie, tous les inconvénients reprochés à la photogrammétrie ne peuvent lui être opposés. Laussedat, mort en 1907. put constater le triomphe de ses idées, consacrer à la Stéréoscopie appliquée à la construction des plans quelques pages de ses Recherches sur les instruments, lus méthodes et le dessin topographiques, publiées en 1902, quand il avait 83 ans, (dans lesquelles il prévoit môme quel rôle important devait jouer la photographie aérienne).
- Un pas nouveau fut fait en 1908 grâce à un officier d’infanterie de l’Institut géographique de Vienne, élève de von Hübl, qui, plus tard, entra à la Maison Zeiss et est aujourd’hui établi à Zurich Llii, le lieutenant von Orel. Von Orel imagina le premier le stéréoautographe, stéréocomparateur muni d’un dispositif mécanique qui. transformant les déplacements de l’index mobile, pique directement sur la feuille de dessin la position du point observé stéréoscopiquement. Cet appareil prodigieux, plusieurs fois modifié et perfectionné, arrivé cà sa forme définitive en 1911, extrêmement lourd, intransportable, dont le bâti couvre une surface de plusieurs mètres carrés, et dont le prix est prohibitif pour d’autres que de puissants services ou sociétés, dessine automatiquement la planimélrie et même les courbes de niveau. Il est le prototype des nombreux appareils analogues imaginés ensuite, dont on peut dire qu’ils ont malheureusement les mêmes défauts, mais aussi les mêmes inappréciables qualités.
- Si notre pays, avec Laussedat, avait ouvert le chemin, il s’était donc malheureusement arrêté en route et n’était pour rien dans les inventions d’importance capitale du stéréocomparateur et du stéréoautographe.
- Comme nous l’avons fait pour la photogrammétrie, signalons les inconvénients et les avantages de la stéréophotogrammétrie avec emploi du stéréoautographe.
- Inconvénients. — Un seul peut compter : il est impossible de réaliser la coïncidence stéréoscopique du repère mobile et d’un point du sol quand le terrain est couvert de végétation. Le commandant Ollivier, dans son remarquable ouvrage La topographie sans topographes, traité de photogrammétrie 17 a fort bien indiqué de nombreux palliatifs à cet inconvénient.
- Avantages. — Nous les résumons d’après les commandants Vavon a8) et Ollivier
- (la) Recherches, etc... ch. IV, p. 252.
- (16) Institut Orel-Füssli, Zurich.
- (17) Paris, Éditions de la Revue d’Optique théorique et instrumentale, 3 et 5, boulevard Pasteur, 1929, in-8°, 302 p., 158 fi g., p. 286.
- (18) La stéréotopographie. Revue de l’Industrie minérale, Saint-Étienne, 19, rue du Grand-Moulin, in-4°, n°* 22, 23 et 24 de 1921, tirage à paît de *27'p., p. 24.
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- qui les ont établis, semble-t-il, d’une incontestable façon : suppression des fautes; précision; continuité des détails et des formes du terrain; vérité et richesse du modelé; impersonnalité des levés; rapidité d’exécution; possibilité, pour le resti-tuteur, de travailler par tous les temps sans considération de saison.
- G est en 1910 que le Service géographique de l’Armée française commença à se préoccuper des résultats obtenus à l’étranger. Une mission de trois officiers, le colonel Vidal, chef de la Section de Topographie, le lieutenant-colonel Jardinet, chef du Service des Reproductions et Tirages, et le capitaine Perrier, de la Section de Géodésie, fut envoyée en Allemagne pour visiter la « Landesaufnahme » (Service géographique prusssien) et les Établissements Zeiss à Iéna.
- La même mission, qui devait se rendre en 1911 à Vienne pour visiter l’Institut géographique militaire, en fut empêchée par la tension politique qui suivit l’événement d’Agadir.
- En 1911, notre service géographique acquit un stéréocomparateur et organisa une brigade topographique chargée de lever, par les procédés stéréophotogram-métriques, certaines régions inaccessibles des Alpes du Dauphiné. Les résultats obtenus amenèrent le Service à entrer en pourparlers avec la Maison Zeiss pour l'acquisition d’un stéréoautographe Orel.
- la photogrammétrie et la stéréophotogrammétrik aériennes.
- Survint la guerre. Un nouveau facteur que l’on ne prisait pas encore à sa juste valeur entra en ligne : la photographie aérienne par avion.
- Jusqu’alors, l’attention s’était uniquement portée sur les photographies obtenues au moyen de ballons ou de cerfs-volants. En 1856 et 1858, Félix Nadar, ce personnage si curieux, à la fois littérateur, dessinateur et aéronaute, avait exécuté avec succès des essais en ballon captif; puis, pendant la guerre de Sécession, les armées de l’Union avaient utilisé des photographies ainsi obtenues pour la reconnaissance des positions ennemies. La difficulté des manipulations arrêtèrent ces tentatives jusqu’à l’invention des plaques au gélatino-bromure d’argent. En 1885, Gaston Tissandier et Ducom les renouvelèrent "'G et sous l’impulsion du colonel Charles Renard, nos officiers du Génie arrivèrent à pratiquer couramment la photographie en ballon.
- En 1898, L. Gaumont construisit pour M. Cailletet une chambre noire destinée à être jointe au ballon-sonde pour contrôler le trajet de celui-ci par des photographies échelonnées le long de son parcours. De 1888 à 1897, Batut et Émile Wenz obtinrent des levés de reconnaissance remarquables au moyen d’appareils enlevés par des cerfs-volants. Le capitaine Saconneyl20) se lança dans la même voie, mais il fît porter aussi ses investigations sur la photographie en ballon et en avion et c’est grâce à sa prévoyance et à son expérience que l’on put, dès la fin de 1914, adjoindre en toute hâte quelques sections de photographie aérienne aux escadrilles des armées.
- De bonnes photographies en. avion avaient été cblenues pour la première fois
- (19) Gaston Tissandier, Hisi&ire de mes ascensions, récit de quarante voyages aériens (1S681SS6). Paris, Maurice Dreyfus, 1887, in-S°, 296 p., p. 278.
- . (20) Aujourd'hui général de division, Inspecteur technique du Matérifl et des Installations des forces aériennes.
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- en 1909 à la suite d’un concours ouvert par F Aéro-Club de France. Les premiers essais de nos aviateurs sur le front, en 1914. exécutés cependant à l’aide d’appareils d’amateurs portatifs à court foyer, avaient assez rapidement convaincu le commandement français de la puissance de ce nouveau moyen d’investigation. Mais tout le matériel et le personnel nécessaires arrivèrent assez lentement aux armées. « Les conflits d’attribution, a écrit un ancien chef de Groupe de Section de Photographie aérienne aux Armées, qui, dans plusieurs armées, se produisirent entre les Services topographiques (Groupes de Canevas de Tir) et l’Aviation, et l’ignorance mutuelle des ressources et des besoins respectifs de ces deux services, ne permirent malheureusement pas d’obtenir de la photographie aérienne, malgré de nombreux efforts isolés et peu encouragés, son rendement normal pour l’établissement en pleine guerre de la carte des terrains d’opérations 21 ». Ce jugement, tout en renfermant une part de vérité, nous paraît quelque peu sévère, car si les efforts de nos aviateurs et de nos officiers des Groupes de Canevas de Tir ne parvinrent pas à fournir des plans directeurs au 1/20.000 ou au 1/10.000 rigoureusement exacts dans les régions qui, malheureusement, n’avaient pas été levées à grande échelle et où ils n’avaient à leur disposition que des agrandissements du 1/80.000, du moins le commandement et l’artillerie furent-ils en général suffisamment renseignés sur les organisations adverses. La restitution de celles-ci ne s’opérait pas toujours, il faut bien le dire, par des procédés rigoureux, mais souvent par interpolation ou craticulage rapide sur une planimétrie déjà existante. Néanmoins, dans le but d’obtenir plus de précision et aussi plus de rapidité, on imagina des appareils de redressement (Roussilhe, Clerc), ayant pour but, la photographie ayant été prise sur une plaque non horizontale, de projeter le cliché sur un écran ou une autre plaque sensible, de telle manière que l’image obtenue fût semblable à celle qui eût été obtenue directement sur une plaque horizontale.
- Du côté allemand, dès le mois d’août 1915, comme le montrent certains documents, les armées étaient dotées d’appareils appropriés à la photographie en avion et d’appareils de redressement.
- Bref, pendant les 51 mois de guerre, sous la pression des événements, la technique des photographies aériennes par avion et de leur restitution fît plus de progrès qu’elje n’en aurait fait en de longues années de paix.
- DÉVELOPPEMENT DE LA PHOTOGRAMMÉTRIE ET DE LA STÉRÉOPHOTOGRAMMÉTRIE
- APRÈS LA GUERRE. APPLICATION A DES SCIENCES AUTRES QUE LA TOPOGRAPHIE.
- Après la fin des hostilités, des perspectives illimitées parurent, et à juste titre, s’ouvrir devant les méthodes photographiques en topographie : plans cadastraux à refaire dans les régions ravagées par la guerre ou à exécuter dans des territoires nouveaux à mettre en valeur, délimitation de frontières nouvelles, etc., bref, travaux topographiques de toute sorte que ne manqueraient pas d’entreprendre vainqueurs et vaincus. Aussi, depuis une quinzaine d’années, sans qu’aucune invention nouvelle comparable à celle du stéréocomparateur ou du stéréoautographe soit intervenue, nous avons pu constater dans tous les pays un intérêt toujours accru pour les questions de photogrammétrie et de stéréophotogrammétrie terrestres et aériennes. De
- (21) l.-p. clerc, ancien chef de Section de Photographie aérienne aux Armées, Applications de la photographie aérienne, Paris, Octave Doin, 1920, in-12, 330 p., 10 pi., 136 flg., p. 4.
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- nouveaux appareils de prise de vues, de redressement ou de restitution, sont créés, les services d État donnent plus d’extension à leurs levés photographiques, des sociétés se constituent pour executer de semblables levés, etc. Nous ne pouvons ici détailler les différentes phases de cette activité. Nous en indiquerons plus loin les résultats a propos du Congrès et de l’Exposition de Zurich (septembre 1930).
- En même temps, les applications de la photogrammétrie et de la stéréophoto-grammétrie à des sciences autres que la topographie deviennent de plus en plus courantes. Nous avons déjà indiqué les services que l’architecture et l’archéologie peuvent en attendre.
- Le géologue s’en sert pour l’étude des modifications qui se produisent dans les glaciers, des éruptions volcaniques et de leurs effets, des variations des dunes par l’effet des vents, etc.
- En météorologie, elles permettent de déterminer la position et l’étendue des éclairs, l’altitude des nuages et leur vitesse, en grandeur et en direction.
- En océanographie, on a songé à employer la stéréophotogrammétrie pour l’étude des formes si variables des vagues.
- La stéréophotogrammétrie radioscopique est utilisée en chirurgie.
- En balistique, la détermination des vitesses des projectiles, l'étude de leurs trajectoires trouvent un grand secours dans les procédés photographiques.
- Enfin les astronomes, qui ne peuvent disposer à la surface de la terre que de bases trop courtes en comparaison des distances des corps célestes, ont trouvé dans la stéréophotogrammétrie un secours aussi précieux qu’imprévu. Les premières photographies stéréoscopiques d’un astre ont été celles de la lune, obtenues en 1860 par Warren de la Rue l:22), et plus tard, Pulfrich a pu faire au stéréocompa-rateur des mesures de distances relatives très précises sur des photographies stéréoscopiques de notre satellite obtenues par Lœwy et Puiseux.
- organisation internationale de la photogrammétrie (23).
- La première organisation scientifique internationale fut, au siècle dernier, une association géodésique, car la synthèse des travaux exécutés en toutes les régions du globe, objet final de la géodésie, nécessite au premier chef une coopération internationale. Aujourd’hui, les bienfaits d’une collaboration de tous les peuples sont devenus évidents, même dans le cas de sciences qui pourraient être cultivées isolément par chacun d’eux.
- Aussi la photogrammétrie vient-elle de recevoir son statut international. Rappelons-en les origines. Nous avons indiqué qu’en 1907, Dolezal avait fondé à Vienne la première Société nationale de Photogrammétrie. Cet exemple a été suivi en Allemagne en 1909, et les sociétés autrichienne et allemande se sont fédérées peu de temps avant la guerre pour constituer le noyau d’une Société internationale de
- (22) En utilisant le phénomène de la libration, ou balancement de l’astre, d’où il résulte que nous en apercevons au total un peu plus d’un hémisphère. Il équivaut, pour l’observateur terrestre, à un déplacement le long d’une base dont la longueur dépend de l’amplitude de la libration, c’est-à-dire, en somme, du temps écoulé entre les deux prises de photographie. C’est ainsi que, pour une amplitude de la libration de 14 degrés, la longueur de cette base fictive atteint 95.000 km.
- (23) Par la suite, nous entendrons par le terme photogrammétrie à la fois la photogrammétrie proprement dite et la stéréophotogrammétrie, terrestres et aériennes.
- 130e Année. — Octobre 1931.
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- Photogrammétrie (Internationale Gesellsehaft für Photogrammetrie). Un certain nombre de sociétés nationales ont été créées plus tard (Espagne, 1927 ; Suisse, 1928, etc.) et ont adhéré à la Société internationale qui, au début de 1930, groupait ainsi 10 sociétés.
- Cette Société internationale avait déjà organisé deux congrès internationaux de photogrammétrie accompagnés d’expositions d’instruments et travaux photogrammétriques, le premier à Vienne, en 1913, le second, à Berlin, en 1926. Elle avait son siège à Berlin, son président était M. Eggert, professeur de géodésie à l’Ecole supérieure technique de Berlin, et son secrétaire M. Kœrner, membre de l’Office des Brevets d’invention. Un troisième congrès et une troisième exposition étaient prévus à Zurich pour septembre 1930, dans le bâtiment de l’Ecole polytechnique fédérale, véritable palais.
- Les dirigeants allemands et autrichiens de la Société et leurs collègues suisses et espagnols s’étaient parfaitement rendu compte que, pour étendre son action et en faire une organisation véritablement internationale, il fallait réviser ses statuts avec la collaboration des photogrammètres du plus grand nombre possible de pays. Lorsque M. Baeschlin, alors président de la Société de Photogrammétrie suisse, nous exprima officieusement, en décembre 1928, le désir de voir la France prendre part à la réunion de Zurich, il nous apparut que notre pays, resté jusqu’alors complètement en dehors du mouvement photogrammétrique international, ne pouvait plus se dérober. Heureusement, une Société nationale française de Photogrammétrie n’était pas à créer. Elle existait en fait : c’était la Section Laussedat, formée, en 1907, au sein de la Société française de Photographie, pour s’occuper spécialement de photogrammétrie. Cette section a pris la tête du mouvement et, non sans peine, nous, Français, nous sommes parvenus à faire honorable figure au Congrès et à l’Exposition de Zurich.
- Je dis non sans peine, car nos appels aux divers ministères et aux sociétés exploitantes ne nous ont apporté au total que 120.000 fr environ de subventions. Si nos remerciements chaleureux doivent aller au Ministère de l’Air, qui, à lui seul, a fourni à peu près la moitié de cette somme, nous pouvons manifester quelque étonnement de voir d’autres départements, intéressés au premier chef par la photogrammétrie, comme la Marine et les Colonies, refuser toute subvention en se désintéressant à peu près complètement d’une manifestation dans laquelle le bon renom de la science et de l’industrie françaises était engagé et où nous avions tant à apprendre pour rattraper le temps perdu.
- Dans le même ordre d’idées, trop peu de directeurs d’instituts officiels, de directeurs des maisons françaises, de fabricants d’instruments et d’appareils photogrammétriques de toute sorte et de nos sociétés exploitantes, ont pris la peine de se rendre à Zurich. Ceux qui y sont allés, comme le directeur du Conservatoire national des Arts et Métiers, en ont rapporté, nous le savons, une profonde impression et de précieux enseignements.
- Un coup d’œil jeté sur l’Exposition nous renseignera sur l’état actuel de la photogrammétrie en France et à l’étranger. 17 pays avaient exposé, savoir : Allemagne, Autriche, Colombie, Espagne, France, Grèce, Hongrie, Japon, Italie, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Roumanie, Russie, Suisse, Tchécoslovaquie, Yougoslavie.
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- L Allemagne se distinguait par l’abondance et l’intérêt des appareils et des travaux présentés. Le nombre des exposants atteignait 38. Les grandes maisons allemandes, construisant des appareils de précision, ont apporté certainement depuis longtemps à la photogrammétrie une attention toute particulière. Imposant était à Zurich le nombre de toutes sortes d’appareils de prise de vues, de redressement, de restitution, automatiques ou non, d’appareils pour développements et tirages, d’instruments variés pour les multiples applications de la photogrammétrie. Une mention spéciale est due aux maisons suivantes :
- Zeiss, d’Iéna (photothéodolites dont un modèle léger à l’usage des explorateurs, chambres aériennes à main et automatiques, appareil de redressement à mise au point automatique, stéréocomparateur, stéréoautographe, stéréoplanigraphe, etc);
- Heyde, de Dresde (photothéodolites et chambres, stéréocomparateur, autocartographe, aérosimplex, etc.), tous appareils construits sur les données du professeur Hügershoff et exploités par l’Aerotopograph-Gesellschaft;
- La Société « Photogrammétrie », de Munich : on lui doit une chambre panoramique à 9 objectifs de la maison Steinheil qui photographie d’un seul coup un espace de 30 km de côté. Accouplée avec un appareil dit de transformation qui réunit les 9 images en une seule, un appareil automatique de redressement et un appareil de triangulation aérienne, elle permet d’entreprendre des levés très étendus, des cartes générales à petite échelle (1/100.000 ou 1/200.000), alors que les applications de la photogrammétrie s’étaient jusqu’à présent bornées aux levés à grande échelle.
- Nous ne pouvons citer toutes les sociétés allemandes qui se chargent d’exécuter des levés pour le compte de destinataires variés, entreprises, municipalités, particuliers, etc. Nommons seulement : l’Aerokartographisches Institut, de Berlin; la Junkers-Luftbild-Zentrale, de Leipzig; la HansaLuftbild, de Berlin; la Photogram-metrie, de Munich ; l’Aerotopograph, de Dresde.
- L’exposition suisse venait comme importance presque au niveau de l’exposition allemande. Parmi les constructeurs de cette nationalité, Wild, de Heerbrugg, si connu pour ses théodolites d’un modèle tout à fait nouveau et précieux, dont l’usage tend à se répandre universellement, vient au premier rang en photogrammétrie avec sa chambre aérienne, son photothéodolite et son autographe.
- Il est regrettable que ni la Grande-Bretagne, ni l’Italie n’aient exposé, car elles auraient pu présenter des appareils et des travaux dignes d’intérêt. En Angleterre, une commission spéciale, l’Air Survey Committee, a poussé très loin l’étude des levés par photographie aérienne et nous devons à l’Italie des appareils de restitution automatique (Nistri, Santoni) fort intéressants parmi tous ceux qui, se multipliant aujourd’hui, rivalisent avec le stéréoautographe primitif de von Orel construit par Zeiss.
- Le succès relatif indéniable de l’exposition française est dû incontestablement à la compétence et à l’activité de son commissaire général, M. Roussilhe, Ingénieur hydrographe en chef de la Marine. Avec les Allemands et les Suisses, les constructeurs français étaient d’ailleurs, fait consolant, les seuls représentés par des appareils originaux, les autres pays n’ayant exposé que des travaux exécutés, en général, au moyen d’appareils allemands ou suisses.
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- L’ÉVOLUTION DE LA PHOTOGRAMMÉTRIE. — OCTOBRE 1931.
- Dans le hall central du rez-de-chaussée de l’École polytechnique, en plus d’un modèle d’avion photographe de la Société Nieuport-Astra, on remarquait les appareils de MM. Roussilhe (Société Cinéma-Tirage, L. Maurice, à Gennevillers), Poi-villiers (Société d’Optique et de Mécanique de haute Précision, à Paris), et Ferber (Société Gallus, à Courbevoie), qui ont tous trois suscité à Zurich un intérêt réel et dont nous dirons quelques mots.
- L'appareil Roussilhe est un appareil de redressement, dont la première idée est venue à M. Roussilhe pendant la guerre, alors qu’il était attaché à un Groupe de Canevas de Tir aux Armées. Mis entièrement au point en 1926, il a été employé depuis lors dans des régions variées, par exemple au Levant et en Indochine, mais surtout dans les deux différents services que M. Roussilhe a successivement dirigés : au Ministère des Régions libérées (Reconstitution foncière et Remembrement) et au Ministère des Finances (Etudes pour la Révision ou la Mise à jour du Cadastre). La théorie et la pratique de cet appareil sont aujourd’hui entièrement au point. La démonstration a été faite d’une manière éclatante par M. Roussilhe, au moyen de nombreux essais sur le terrain, que la révision de notre cadastre, si suranné, est nécessaire, qu’elle est possible dans un délai de 20 ans, en mettant en action au maximum 2.500 opérateurs travaillant en principe à l’entreprise et par photographie aérienne, enfin que le prix de revient n’excéderait pas 25,25 fr par hectare, soit une dépense totale de 47 millions environ par an ('24). Il est vraiment regrettable que l’argent des contribuables soit souvent réservé pour des œuvres moins utiles que celle-là, intimement liée au bon rendement de la contribution foncière et à l’établissement d’une nouvelle carte de France à grande échelle, regrettable aussi que le service que dirigeait M. Roussilhe au Ministère des Finances ait été à vrai dire supprimé, par une économie mal entendue, au moment où l’on pouvait espérer passer des études à la période de réalisation. Cette suppression est d’ailleurs une réédition de ce qui s’était déjà passé en 1907 pour un service nouveau du cadastre, en plein fonctionnement, dirigé par M. Ch. Lallemand. N’insistons pas, cette histoire du cadastre français est vraiment trop navrante.
- Le stéréotopographe, dont M. Poivilliers poursuit la réalisation avec ténacité depuis 1919, est un appareil de restitution automatique, aussi propre à l’utilisation des photographies terrestres que des photographies aériennes. Un premier modèle a été construit par la Société d’Optique et de Mécanique de haute Précision, avec l’appui du Service géographique de l’Armée, et a fait ses preuves. Un second type, perfectionné, est en construction.
- Si les conceptions mécaniques des appareils Poivilliers et Ferber sont comparables, une différence fondamentale réside dans leurs conceptions optiques. L’appareil Poivilliers est, comme le stéréoautographe von Orel, basé sur l’examen stéréoscopique de deux clichés. L’appareil Ferber utilise une méthode spéciale sur laquelle nous ne pouvons nous étendre ici, la méthode anaglyphique ou par scintillement. Il est construit, a fait aussi ses preuves, et une société, YAérotopographie, vient de se constituer pour l’exploiter. Naturellement, son premier avion a été baptisé Le colonel Laussedat.
- Les travaux des services officiels ou des sociétés exploitantes français exposés à
- (24) Voir H. Roussilhe, Emploi de la photographie aérienne aux levés à grande échelle, Paris, Librairie de l’Enseignement technique, Léon Eyrolles, rue Thénard, 3, 1930 (31 X 21 cm), 480 p., avec un atlas de 33 pl., 200 fr.
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- Zurich présentaient un réel intérêt (Service géographique de l’Armée, Ministère de 1 Agriculture, Cadastre de Syrie et du Liban, Entreprise Marcel Chrétien, Société Air-Orient, Société française de Stéréotopographie, Entreprise de Photos aériennes Moreau, etc...) Mais combien ils auraient pu être plus nombreux et plus variés si nous n’étions pas restés trop longtemps en arrière dans cette voie !
- Au Congrès tenu en même temps que l’Exposition et qui a été organisé par M. Baeschlin et M. Zeller, professeurs à l’École polytechnique fédérale (ils étaient alors, le premier, président, le second, secrétaire de la Société suisse de Photagram-métrie) 303 délégués officiels ou invités (dont 22 Français) représentaient 34 nations. Ce Congrès a ressemblé à tous les congrès : séances de 14 commissions, conférences, séances plénières, sans oublier de nombreuses et agréables distractions, mais certainement il sera particulièrement fructueux, car c’est la première fois qu’un aussi grand nombre d’adeptes de la photogrammétrie se rencontraient pour procéder à des échanges de vues toujours féconds.
- L’œuvre capitale du Congrès a été l’organisation définitive de la nouvelle Société internationale de Photogrammétrie.
- Les statuts proposés ont été d’abord discutés par une commission composée de délégués des sociétés nationales déjà adhérentes à l’ancienne société internationale (dont la Société française Section Laussedat); le texte proposé a été ensuite adopté par l’assemblée générale.
- La nouvelle société est toujours un groupement de sociétés nationales (25) qui payent une cotisation d’un franc suisse par membre. Chacune dispose d’une voix par 50 membres et au minimum de deux voix, chaque cinquantaine commencée étant considérée comme complète. Le Comité exécutif se compose du Bureau (président, secrétaire et trésorier, appartenant au même pays) et de 4 autres membres, tous nommés en assemblée générale et dont les pouvoirs expirent à l’assemblée suivante. Les assemblées générales revêtent, tous les quatre ans, en principe, la forme de congrès internationaux préparés par le Bureau qui, par suite, doit être élu dans le pays où aura lieu le congrès.
- Nous étions autorisé par le Ministère de l’Air, comme président de la délégation française à Zurich, à inviter la société internationale, si les circonstances paraissaient favorables, à tenir son prochain congrès et sa prochaine exposition à Paris, si possible à l’époque même d’un des salons bisannuels de l’Aéronautique et dans les mêmes locaux (Grand Palais). Nous avons cru, avec l’assentiment unanime des délégués français, pouvoir formuler cette invitation. Elle a été acceptée à l’unanimité, les présidents des délégations hongroise et espagnole ayant aimablement retiré des invitations analogues qu’ils avaient formulées pour Budapest et Madrid. Comme conséquence, le général Perrier et M. Roussilhe ont été nommés président et secrétaire de la Société internationale pour la période 1930-1934. Le siège de celle-ci sera donc à Paris durant ces quatre ans.
- A la Société internationale de Photogrammétrie adhèrent actuellement les sociétés nationales suivantes :
- (25) Il y a aussi des membres individuels dans les pays n’ayant pas de société nationale.
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- Pays. Nombre de membres. Nombre de voix.
- Allemagne 266 6
- Autriche 80 2
- Espagne 140 3
- France (Section Laussedat) . 101 3
- Hongrie 84 2
- Lettonie 24 2
- Norvège 17 2
- Pologne 104 3
- Roumanie 66 2
- Suède 60 2
- Suisse 75 2
- Tchécoslovaquie 50 2
- Ce tableau peut servir de conclusion à notre étude sur l’évolution de la photo-grammétrie. Avec ce que nous avons dit de l’Exposition et du Congrès de Zurich, il montre le chemin parcouru en 80 ans, depuis l’année où Laussedat fit construire par Brunner sa première chambre noire topographique.
- CONCLUSION.
- Mais cet exposé serait incomplet si, connaissant à présent ce que l’on peut appeler la position actuelle de la France en photogrammétrie, nous ne précisions ce que tous, savants, constructeurs, sociétés exploitantes, services publics, gouvernement, nous devons faire, non point pour conserver cette position (ce qui ne serait pas difficile, car on ne peut dire qu’elle soit privilégiée), mais pour la rendre plus stable, plus forte, et pour nous placer au rang des nations qui, il faut bien le dire, ont conduit le mouvement sans nous, pendant des années.
- Bien des choses ont été faites depuis un an, d’abord sous la pression de la nécessité d’organiser la participation française à la manifestation de Zurich, puis pour mettre à profit les leçons recueillies au Congrès et à l’Exposition. C’est ainsi que la Section Laussedat a été animée d’une vie nouvelle, que la Société française de Photographie vient de décider de consacrer à la photogrammétrie un supplément trimestriel à son bulletin mensuel. Le premier numéro de ce supplément est sous presse ; nous aurons ainsi un organe français de photogrammétrie qui pourra, espérons-le, prendre place à côté de Y Internationales Archiv für Photogrammétrie, fondé par M. Dolezal, publié à présent par M. Baeschlin, qui paraît irrégulièrement et sera désormais consacré aux comptes rendus des congrès de photogrammétrie, à côté du Bildmessung und Luftbildwesen, trimestriel, organe de la Société de Photogrammétrie allemande, enfin à côté des Anales de la Sociedad espanola de Estudios foto-gramétricos, irrégulier, périodiques spécialement consacrés à la photogrammétrie.
- Une réunion, qui s’est tenue récemment à l’Institut d’Optique, consacrée aux objectifs à employer en photogrammétrie et la série des conférences qui vont avoir lieu dans cette enceinte, sont une preuve de l’intérêt que suscitent chez nous des questions trop longtemps délaissées.
- Enfin, un fait qui ne dérive pas, il est vrai, du mouvement créé par la réunion de Zurich, mais qui n’en a pas moins une haute importance, c’est la création, au Ministère de l’Air, sous la direction de M. Roussilhe, d’un Service de Photographie et de Cartographie aériennes dont on peut beaucoup espérer.
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- Mais il reste encore fort à faire.
- Il faut, en premier lieu, créer un enseignement de la photogrammétrie. En Allemagne, cet enseignement existe dans maintes écoles techniques. Il est vrai de dire que, souvent, il est organisé par telle ou telle maison fabriquant des appareils de photogrammétrie et qu il a surtout pour objet de dresser des ingénieurs photo-grammètres à se servir des dits appareils. Exemple : le 7e cours de photogrammétrie, professé par le professeur Dr. Yon Gruber et cinq adjoints à l’Institut physico-technique de l’Université d’Iéna, du 16 au 28 mars dernier, où les « instruments nécessaires aux exercices pratiques sont prêtés gracieusement par les Établissements Karl Zeiss » et qui doit être suivi d’un cours de perfectionnement de 6 à 8 semaines.
- Nous préférerions voir nos constructeurs subventionner, tout au moins en partie, des cours professés dans l’un de nos grands établissements scientifiques ou techniques, Institut d’Optique, Conservatoire des Arts et Métiers, École des Travaux publics, etc., formant des ingénieurs qui ne seraient pas cantonnés dans le maniement de tel ou tel appareil.
- Nous avons entendu certains représentants de sociétés exploitantes se plaindre amèrement du manque d’ingénieurs compétents susceptibles d’être employés par elles. Nous en avons entendu d’autres se flatter que ces sociétés dressent elles-mêmes des ingénieurs aptes à être utilement employés.
- Il y a donc là une enquête à faire et une solution à trouver. Mais encore faut-il que les ingénieurs pourvus d’un brevet de photogrammètre à la fin de tel cours ou à la sortie de telle école trouvent des situations, et des situations suffisamment rémunératrices.
- Comment les trouveront-ils si le champ d’action des sociétés exploitantes et leur clientèle restent toujours aussi limités (plans de villes, études de chemins de fer, etc.)? En France même, aucune administration d’État n’a encore passé de marché pour des travaux importants à des entreprises françaises. Aux colonies, le Gouvernement général de l’Indochine seul, comprenant l’intérêt de posséder le plus rapidement possible des plans parcellaires exacts, a confié des travaux étendus à une importante compagnie française (26).
- Cet exemple doit être suivi dans la métropole et dans les autres pays de notre empire colonial. Si les sociétés exploitantes ont à établir de grands travaux, sévèrement contrôlés bien entendu, mais qu’elles espéreront rémunérateurs, elles n’hésiteront pas alors à acquérir les dispendieux appareils techniques indispensables.
- Comme conséquence, les constructeurs d’avions établiront des types d’avion-photographe réellement appropriés à leur mission. Nos constructeurs, qui ont déjà fait de très intéressants efforts (par exemple ceux du Groupement d’industriels de la Photographie aérienne, la Société d’Optique et de Mécanique de haute Précision, les Usines Gallus), nantis de commandes, feront le nécessaire pour augmenter leur production et perfectionner leurs appareils, aussi bien dans le domaine de la photogrammétrie terrestre que dans celui de la photogrammétrie aérienne. Ils pourront baisser leurs prix, déjà inférieurs, d’ailleurs, à ceux de l’industrie alle-
- (26) Levés cadastraux de la Compagnie Air-Orient en Annam et au Cambodge; un fragment au i/5.000 des 112.000 ha de la province de Soai Rieng était exposé à Zurich.
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- mande, et nous n’entendrons plus parler, par exemple, d’appareils automatiques de restitution, dont il existe à peine quelques modèles, de prix de l’ordre du demi-million ou du million.
- Nos services d’État ont toujours tendance à exécuter eux-mêmes des travaux qu’il serait souvent avantageux de confier à l’entreprise. L’économie qu’ils se flattent de réaliser ainsi est-elle réelle? A constater l’audace et la production intense de l’industrie photogrammétrique allemande, on ne saurait douter, même si l’on n’en avait d’autres preuves, que le gouvernement du Reich donne, sous une forme ou une autre, difficile à déceler, un appui efficace aux constructeurs et aux exploitants, dont bon nombre sont puissamment outillés. Chez nous, au contraire, ni les uns ni les autres ne sont encouragés par le Gouvernement à augmenter et perfectionner leur production.
- Quel champ d’action d’une étonnante étendue s’offre cependant à la photogram-métrie et plus particulièrement à la photogrammétrie aérienne, non seulement dans la métropole, pour la révision de son cadastre, mais dans les colonies, protectorats et pays sous mandat! Là, souvent, deux sortes de documents sont à établir : 1° des levés à grande échelle dans les régions déjà habitées ou cultivées, importantes à l’un des points de vue agricole, minier, etc. ; 2° une carte à petite échelle de territoires souvent immenses, encore peu ou point connus, œuvre pour laquelle les procédés de la Société « Photogrammétrie » de Munich (chambre à nombreux objectifs, triangulation aérienne) paraissent devoir rendre d’inappréciables services, comme d’intéressants essais faits dans la région de Marseille par le Service de Photographie et de Cartographie aériennes du Ministère de l’Air viennent de le montrer.
- Le véritable moyen de donner une énergique impulsion à la photogrammétrie française serait donc d’établir, en France et dans chaque pays de notre empire colonial, un programme d’ensemble, technique et financier, de levés à confier à l’industrie privée.
- En tout cas, n’oublions pas que, dans trois ans, Paris sera le rendez-vous des pho-togrammètres du monde entier. Il n’est pas trop tôt pour songer à la manière dont nous les recevrons, pour prévoir et obtenir les crédits nécessaires à l’organisation de la réunion de 1934. Souhaitons qu’ils ne soient pas parcimonieusement mesurés. Que chacun de nous, dans sa sphère d’action, fasse tous les efforts possibles pour que la photogrammétrie française, qui doit être à la fois une science et une industrie, occupe au congrès et à l’exposition de 1934, la place qui lui est due et qu’aurait rêvée pour elle Laussedat.
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- BULL. DE LA SOCIÉTÉ d’eNCOURAG. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE.
- OCTOBRE 1931.
- LA GENÈSE DE L’AMIDON
- ' DANS LES ORGANES DE RÉSERVE DES VÉGÉTAUX (*)
- par le R. P. H. Belval, projesseur de chimie à l’Université « L’aurore a (Chang-Hai, Chine).
- On peut ramener à trois principales les diverses théories proposées pour expliquer le mécanisme de la formation de l’amidon dans les végétaux. Péligotv1), Payen J), Hébert (3), Maquenne{4) et Leclerc du Sablon (5), croyant à l’existence des dextrines, faisaient du processus synthétique de la substance amylacée l’inverse du processus d’hydrolyse. Dehérain(6), par contre, admettait que l’amidon provient du saccharose, issu lui-même du glucose, premier produit de l’assimilation chlorophyllienne ; tandis que Balland(7), d’accord avec Dehérain pour nier l’existence des dextrines, voyait dans les sucres réducteurs la matière première de l’amidon.
- La découverte de différents principes lévogyres dans les tiges et les grains des céréales (Kuhnemann Müntz i9), Schultze et Francfurt (,0), Ch. Tanret(u)), puis dans les bulbes d’un certain nombre de Monocotylédones à réserve amylacée (Chevastelon (i*\ Colin et Belval (13), spécialement riches en dextrines au dire de Leclerc du Sablon, achevait de donner plus d’intérêt au problème. C’est pourquoi il a paru utile de reprendre la question en mettant a profit les progrès réalisés, grâce aux recherches de Bourquelot, soit dans la récolte du matériel destiné aux analyses, soit dans les méthodes même d’analyse.
- Mes recherches, dont quelques-unes sont encore inachevées, ont porté sur des plantes très différentes. Je grouperai les résultats sous les titres suivants .
- 1° L’amidon dans les céréales ;
- 2° L’amidon dans la Banane ;
- 3° L’amidon et les lévulosides des Lycoris.
- Qu’il me soit permis d’exprimer ici ma vive reconnaissance à la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, qui a voulu s intéresser à ces recherches, ainsi qu’à M. G. Bertrand, dont l’accueil bienveillant, fait à mes travaux, est un précieux encouragement.
- (*) Ces recherches ont été subventionnées en partie par la Société d’Encouragement.
- (1) Péligot, Ann. Phys. Chim., 3e Série, t. 29, 1830, p. 5.
- (2) Dictionnaire de Wurtz, Art. : Céréales.
- (3) Hébert, Ann. Agron., t. 17.1891. .........
- (4) Maquenne : G. R. Ac. Sc., t. 125, 1897, p. 576; — Précis de physiologie vegetale, Coll. Payot,
- éd 1922 n. 144.
- (5) Leclerc du Sablon : Rev. Gén. Bot., t. 10, 1898, pp. 353, 385, 447, 519; — G. R. Ac. Sc., t. 128, 1899. p. 944.
- (6) Dehérain, G. R. Ac. Sc., t. 69, 1869, p. 1369. . „ ,Q8n
- (7) Balland : G. R. Ac. Sc., t. 106, 1888, p. 1610; — Ann. Phys. Chim., 6e Sene, t. 16, 1889,
- p. 212.
- 18) Kühnemann, Ber. der deutsch. chem. Gesells., t. 8, 1875, p. 387.
- (9) Müntz : G. R. Ac. Sc., t. 87, 1878, p. 679; — Ann. Sc. Nat. Bot., T Série, 1886, p. 4o.
- MO) Schultze et Francfurt, Ber. der deutsch. chem. Gesells., t. 27, 1894, p. 65.
- (11) Tanret (Ch.) : Bull. Soc. Ch. 3" Série, t. 9, 1893, p. 622; — G. R. Ac. Sc., t. 112, 1891, p. 293; — Bull. Soc. Ch., 3' Série, t. 5, 1891, p. 724.
- (12) Chevastelon, Contribution à l’étude des hydrates de carbone, (these doct. sc., Paris, 1894.)
- (13) Colin (H.) et Belval (H.), C. R. Ac. Sc., t. 176, 1923, p. 1493.
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- 606 LA GENÈSE DE L’AMIDON DANS LES VÉGÉTAUX. — OCTOBRE 1931.
- I. — L’AMIDON DANS LES CÉRÉALES.
- Les résultats de mes recherches sur ce sujet ayant été publiés dans la Revue générale de Botanique!U), je me contenterai ici de les résumer et d’en dégager les principales conclusions.
- A. — les glucides des feuilles. — La feuille des graminées est essentiellement formée de deux parties : le limbe, qui est l’organe assimilateur; la gaine, qui peut être considérée plutôt comme un organe de conduction analogue au pétiole des Dicotylédones.
- L’analyse séparée de ces deux organes permettra de déterminer quel est le glucide qui apparaît du premier coup dans les cellules chlorophylliennes, puis sous quelle forme il émigre vers la tige.
- a) Limbe. — Il ne renferme jamais autre chose que le sucre de canne et ses produits d’hydrolyse : le pouvoir rotatoire initial est toujours positif et généralement assez élevé ; l’action de l’invertine conduit aux mêmes résultats que l’hydrolyse acide et le pouvoir rotatoire [a2] se rapproche plus ou moins de celui du sucre interverti, suivant les proportions de glucose et de fructose qui constituent le mélange réducteur.
- b) Gaine. — C’est déjà au niveau de la gaine que se manifestent les différences essentielles qui partagent les céréales en deux groupes parfaitement distincts. Dans le Maïs et le Riz, la gaine ne contient jamais d’autres glucides que ceux qui lui sont fournis par le limbe ; seules, les proportions varient : les glucides réducteurs devenant plus abondants aux dépens du saccharose, comme le montrent l’abaissement du pouvoir rotatoire et les valeurs plus élevées du rapport R/S. (Tableau I).
- Il en va tout autrement du Blé : très vite, au cours du développement, d’importantes modifications se produisent : le pouvoir rotatoire initial [aj, toujours inférieur à celui du limbe, s’abaisse jusqu’à devenir négatif; la sucrase ne produit plus qu’une inversion partielle; l’hydrolyse par les acides entraîne un nouveau recul de la déviation vers la gauche, accompagné d’une augmentation du pouvoir réducteur; enfin, le pouvoir rotatoire [a2], nettement inférieur à celui du sucre interverti, indique la présence dans les produits d’hydrolyse d’une forte proportion de fructose. (Tableau I).
- L’existence d’un principe lévogyre, donnant, sous l’action des acides dilués, une grande quantité de lévulose, n'est pas douteuse; il s’agit certainement du lévuloside que nous retrouverons dans les tiges de toutes les céréales du type du Blé : Seigle, Orge, Avoine.
- Dans le Tableau I, comme aussi dans tous les autres, les résultats sont rapportés à 100 g de substance fraîche. En outre, on a adopté les symboles suivants :
- [aj, pouvoir rotatoire du mélange de glucides solubles, avant hydrolyse;
- [a2], pouvoir rotatoire après hydrolyse acide;
- T, totalité des glucides solubles;
- R, glucides réducteurs;
- S, saccharose ;
- (14) Belyal (U.) : I.a çjen'ese de l'amidon dan s les céréales (Rev. Gén. Bol., t. 36. 1924. p. 308 et stiiv.); — C. R. Ac. Sc., t. 173, 1922, p. 1441 ; — C. R. Ac. Sc„ t. 186, 1928, p. 781.
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- LA GENÈSE DE L AMIDON DANS LES ORGANES DE RÉSERVE DES VÉGÉTAUX. 607
- TABLEAU I
- W. DATES
- M DES ANALYSÉS [«J [«J T R S L R / S
- ' RÉCOLTES|
- 1° F euilles du Maïs.
- 11/10/17. Nervures centrales. . + 29 2,58 1,70 0,83
- 31/ 7/18. | Limbes + 50 0,88 0,26 0,59 0,44
- Nervures + 44 1,02 0,37 0,64 0,58
- 16/ 8/23. Limbes + 53 1,56 0,43 1,06 0,40
- Gaines + 43 0.57 0,32 0,2* 1,33
- 3/ 9/23. | Limbes + 52 3,10 0,77 2,21 0,34
- Gaines + 44 3,58 1,72 1,76 0,97
- 2° Feuilles du Riz.
- 19/ 7/26. j Limbes + 60 — 17 1,18 0,13 1,03 0,12
- Gaines et tiges . . . + 34 — 17 0,43 0,12 0,30 0,41
- 4/ 8/26. | Limbes + 60 — 18 0,97 0,09 0,87 0,11
- Gaines et tiges . . . + 34 — 17 0,43 0,13 0,29 0,44
- 26/ 8/26. j Limbes + 51 — 19 1,10 0,19 0,90 0,21
- Gaines et tiges . . . + 39 — 19 0,85 0,25 0,60 0,42
- 14/10/26. j Limbes . + 60 — 13 1,67 0,24 1,42 0,16
- Gaines et tiges . . . + 45 — 16 1,73 0,50 1,23 0,41
- 3° Feuilles du Blé.
- 19/ 5/23. | Limbes + 44 — 15 1,44 0,30 1,08 0 ‘
- Gaines + 34 1,56 0,26 0,75 0,52
- 11/ 6/23. | Limbes + 54 — 24 1,80 0,31 1,41 0
- Gaines — 11 — 62 4,68 0,85 1,20 2,56
- 19/ 6/23. | Limbes Gaines + 54 — 4 — 21 — 58 2,55 5,51 0,49 1,06 1,86 1,65 7 0 2,71
- L, lévulosides;
- A, amidon.
- Le glucose n’est donc pas comme le pensaient Dehérain(6), et Hébert O), l’unique glucide des feuilles; il n’est pas davantage le premier produit de l’assimilation chlorophyllienne. Les analyses des feuilles de Maïs montrent, en effet, avec évidence que le saccharose domine sur les hexoses dans le limbe; que, au contraire, dans la gaine, ces derniers sont relativement plus abondants; on doit donc admettre que la formation du sucre de canne précède celle des hexoses et que ces hexoses, loin d’être la source du saccharose, n’en sont que ses produits d’hydrolyse. Le sucre interverti est d’ailleurs la forme normale de transport du saccharose; nous en verrons d’autres exemples.
- Le cas des feuilles de Blé est plus complexe. Il est curieux de constater que le rapport des sucres réducteurs au sucre total ne varie pas sensiblement dans les différentes régions de la feuille, alors que le rapport du saccharose au sucre total diminue du limbe à la gaine; il y a donc disparition du sucre de canne, et, par
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- 608 LA GENÈSE DE L’AMIDON DANS LES VÉGÉTAUX. — OCTOBRE 1931.
- ailleurs, on ne le retrouve pas dans la gaine sous forme de sucre interverti; on y décèle, par contre, un corps nouveau, le lévuloside; et il est bien évident que c'est aux dépens des hexoses, issus dn sucre cristallisable, que s’élabore ce principe lévogyre.
- B. — les glucides des tiges. — Les glucides des tiges sont essentiellement les mêmes que ceux des gaines. Dans les céréales du type du Blé, il existe toujours, sauf aux tout premiers stades du développement, à côté du glucose et du fructose, un principe non réducteur, différent du saccharose, facilement soluble dans l’alcool à 65°, et l’on constate que les valeurs de [aj sont d’autant plus faibles qu’il est plus abondant et, corrélativement, que, après hydrolyse par les acides, les valeurs de [a,] sont très inférieures au pouvoir rotatoire du sucre interverti (Tableau II).
- TABLEAU II
- [«.] .[+ T R S L
- i 1° Tiges du Bl é. I
- + 22 -26 3,75 1,33 0,96 1,41
- + 10 — 44 8,66 2,12 2,77 3,62
- + 4 — 51 6,32 1,17 1,69 3,37 Floraison.
- — 9 — 53 5,67 0,96 1,56 3,07
- + 3 — 50 3,52 0,60 1,68 1,14
- — 12 — 60 5,74 1,55 1,52 2,58
- + 18 — 33 1,80 0,65 0,82 0,28
- — 10 — 51 3,00 1,40 0,86 0,79
- -55 — 64 0,68 0,56 0,11 0
- 2° Tiges du Sei( lie.
- + 11 — 30 3,52 1,49 1,13 0,84
- 0 — 52 3,66 0,38 0,86 2,37
- 2 — 57 5,88 0,65 1,32 3,83 Epis.
- — 23 — 68 7,48 0.71 1,07 5,64
- — 24 — 53 3,04 1,96 1,02 Traces.
- ° Tiges de l’Avo ru\
- + 6 — 41 7,10 1,53 2,00 3,46
- — 5 — 51 2,64 1,05 0,98 0,55
- 4° Tige s du Ma S.
- + 6 — 9 2,31 1,94 0,35
- + 15 — 9 1,10 0,75 0,33
- + 29 — 13 4,37 2,33 2,03
- + 46 — 13 3.14 0,89 2.14
- DATES DES RÉCOLTES
- 19/3/23.
- 19/6/23.
- 26/6/23.
- 11/7/23.
- 20/7/23.
- 28/7/23.
- 12/5/23.
- 7/6/23.
- 29/6/23.
- 13/7/23.
- 15/6/23.
- 26/7/23.
- 16/8/23.
- 3/9/23.
- ORGANES ANALYSES
- Tiges entières Tiges entières Tiges entières Tiges entières
- 13/7/23. Tiges:
- inférieui
- Tiges :
- Tiges entières.
- Tiges entières.
- rp.^ , ( Moitiésupérieure *°eS ' ( — inférieure
- Tiges entières.........
- Tiges entières.........
- Tiges entières. Tiges entières.
- Tiges :
- Tiges :
- — inférieure,
- Qu’il s’agisse ici de ce qui a été si souvent dosé sous le nom de dextrines, la chose n’est pas douteuse; mais les données optiques sont incompatibles avec l’exis-
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- LA GENÈSE DE l’aMIDON DANS LES ORGANES DE RÉSERVE DES VEGETAUX. 609
- tence d un principe dextrogyre; ce qui accompagne le saccharose ne peut être qu’une substance lévogyre.
- Pareille substance, par contre, ne se rencontre jamais ni dans le Maïs ni dans le Riz. Chez ces dernieres céréales, le pouvoir rotatoire [aj, bien que notablement inferieur à celui des limbes, ce qui s’explique par la proportion plus grande des sucres réducteurs, n’est pourtant jamais très faible, et, après hydrolyse, [a2] est toujours voisin du pouvoir rotatoire du sucre interverti; si l’on ajoute que, dans tous les cas, l’hydrolyse par la sucrase est totale, on aura suffisamment caractérisé le saccharose à l’exclusion de tout principe dextriniforme (Tableaux I et II).
- L’examen du Tableau II suggère quelques remarques. Normalement la tige est un organe de conduction destiné à conduire jusqu’au grain les substances solubles élaborées par les feuilles. Elle peut jouer aussi, en certains cas et à certaines périodes du développement, le rôle d’organe de réserve. Ainsi voit-on la tige de Blé s’enrichir en substances hydrocarbonées jusqu’au moment de l’apparition des épis ; puis se vider peu à peu à mesure que l’épi mûrit, absorbant toutes les réserves de la plante.
- Cette accumulation des glucides dans la tige, leur migration ensuite, s’accompagnent de profonds changement dans leur nature. On l’a vu, ce que fournissent les feuilles par l’intermédiaire des gaines ce sont surtout des sucres réducteurs ; très vite, par une série d’isomérisations, ils donnent naissance au sacharose dans le Maïs, aux lévulosides dans le Blé; ce qui est bien conforme à la loi formulée par Maquenne : « Tout corps soluble peut s’accumuler en un point de l’organisme vivant quand sa formation en ce point donne lieu à un abaissement de la pression osmotique. »
- L’enrichissement des tiges de céréales en produits de condensation est d’ailleurs un fait normal, connu depuis longtemps et qui, dans le cas du Maïs par exemple, a reçu des applications industrielles il5). Ce qui est plus remarquable, c’est la différence que l’on constate dans la nature de ces principes : à partir des mêmes hexoses, en effet, les tiges du Maïs n’élaborent que du saccharose; celles du Blé, du Seigle, de l’Orge et de l’Avoine fabriquent en outre, et en bien plus grande quantité, des principes lévogyres.
- On peut donc à bon droit considérer les tiges des céréales comme de véritables organes de réserve; elles ne jouent ce rôle toutefois que d’une façon transitoire; aussitôt que l’épi se développe, un courant d’émigration vers les grains se produit qui ne cessera qu’à la maturité : plus la saison avance, plus la tige se vide, à ce point que, lors de la moisson, elle ne renferme plus que des traces de substances solubles. En outre, au cours de cette migration, la proportion des sucres réducteurs augmente constamment en même temps que diminue celle du saccharose et des lévulosides. Sans aucun doute, les polyoses ne cheminent pas tels quels vers l’épi: ils se transforment; arrivés dans la tige à l’état d’hexoses, c’est encore à l’état d’hexoses qu’ils la quittent; en sorte que le grain reçoit un mélange de glucides solubles où dominent les sucres réducteurs.
- Il reste à suivre les modifications que subissent ces sucres réducteurs pour donner naissance à l’amidon.
- (15) Payssé, Bull, de Pharm., t. 4, 1812, p. 521; — Burger, Bull, de Pharm., t. 31, 1811, p. 279; — de Vilmorin (Pli.) et Levallois (F), Contribution à l’histoire du sucre de maïs. (Rev. Sc., 1913, p. 397.)
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- 610 LA GENÈSE DE L’AMIDON DANS LES VEGETAUX. — OCTOBRE 1931.
- G. — les glucides des grains. — Disons tout de suite que, pour se faire une idée exacte de ce qui se passe dans le grain, il est nécessaire d’étudier ces grains le plus tôt possible après la fécondation, quand ils sont encore riches en principes solubles et que l’élaboration de la matière amylacée est à peine ébauchée. C’est pour avoir négligé cette étude que, jusqu’à présent, on a manqué de saisir l’un des plus intéressants phénomènes de biochimie.
- Nous venons de voir que les glucides pénètrent dans le grain à l’état d’hexoses principalement, accompagnés de saccharose dans le Maïs, de saccharose et de lévu-losides dans le Blé. On s’attendrait donc à trouver dans les grains une forte proportion de sucres réducteurs. Ainsi en est-il du Maïs : les grains récoltés aux tout premiers stades du développement, encore remplis de suc laiteux, déjà pourvus d’amidon, renferment toujours un grand excès d’hexoses; quant aux glucides non réducteurs, ils sont solubles en totalité dans l’alcool fort et donnent, sous l’action de la sucrase ou sous l’action des acides, du sucre interverti ; il ne peut donc être question de dextrines; on est bien en présence du seul saccharose (Tableau III).
- TABLEAU III. — les glucides des grains
- DATES DES RÉCOLTES VARIÉTÉS ANALYSÉES [«.] T R s L A
- 1° Mais.
- 11/11/17. Mais dent de cheval . . 0 — 17 4,67 3,76 0,86 2,38
- 7/ 8/18. Mais nain hâtif + 5 — 14 4,20 3,30 0,85 2,90
- 3/ 9/23. Maïs géant du Brésil . . + 9 — 11 4,84 3,76 1,02 2,75
- 2° Blé.
- 12/ 6/22. Blé des Alliés — 10 — 59 8,25 1,10 1,02 6,07 2,54
- 2/ 7/23. « — 9 — 65 8,76 0,67 1.09 6,94 6,32
- 11/ 7/23. « 0 — 50 3,26 0,33 1,05 0,87 22,50
- 17/ 7/23. « + 16 — 50 0,69 0,09 0,33 0.24 37,00
- 24/ 7/23. « + 40 — 28 0,94 0,13 0,45 0,32 50,40
- 28/ 7/23. « + 49 — 19 0,88 0,10 0,50 0,25 51,50
- î° Seigle.
- 7/ 6/23. Seigle géant de Russie . — 17 -67 11,22 0,81 2,13 8,16 2,61
- 29/ 6/23. * — 13 — 68 7,23 0,47 1,88 5,25 12,50
- 7/ 7/23. « 0 — 48 3,48 0,31 1,13 1,98 24,70
- 20/ 7/23. « + 7 — 55 1,83 0,13 0,40 1,28 40,34
- 26/ 7/23. « 0 — 58 2,64 traces 0,95 1,64 65,66
- 4° Orge.
- 7/ 7/23. Orge carrée de printemps. -2 1 — 41 2,31 0,70 0,52 1,16 26,25
- 5 0 Avoine.
- 7/ 7/23. Avoine noire d’hiver . . + 3 — 56 3,84 0,67 1,41 1,68 16,00
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- LA GENÈSE DE L’AMIDON DANS LES ORGANES DE RÉSERVE DES VÉGÉTAUX. 611
- Contrairement à ce qui a lieu pour le Maïs, le grain de Blé très jeune, bien que riche en principes solubles, ne contient qu’une faible proportion d’hexoses, à côté d’une grande quantité de glucides non réducteurs.
- Ce sont ces derniers qu’on a généralement dosés comme dextrines. Or, toutes les analyses effectuées sur les grains récoltés aussi jeunes que possible m’ont fourni les résultats suivants :
- L alcool à 65°-70° enlève la totalité des glucides solubles; la solution, toujours faiblement réductrice, présente un pouvoir rotatoire nettement négatif; l’addition de sucrase provoque une augmentation du pouvoir réducteur et un recul de la déviation vers la gauche ; après action des acides, le pouvoir rotatoire s’abaisse au dessous de — 50 et le pouvoir réducteur devient considérable. (Tableau III.)
- Il est clair que ces faits sont incompatibles avec l’existence des dextrines et ne peuvent s’expliquer que par la présence d’un principe lévogyre. Ce dernier est évidemment la lévosine de Tanret (U) et c’est vraisemblablement le mélange non réducteur, formé de saccharose et de lévosine, que Münlz (9) a isolé sous le nom de synan-throse.
- En somme, on retrouve dans le grain la répétition de ce que l’on a déjà observé dans les gaines des feuilles : celles du Maïs, dépourvues de principes lévogyres, sont riches en sucres réducteurs; celles du Blé, pauvres en hexoses, contiennent un lévuloside formé à leurs dépens. Il ne faut pas chercher ailleurs l’origine de la lévosine des grains ; c’est de toute évidence un produit de polymérisation des hexoses fournis par la tige.
- Il est plus difficile de préciser son rôle dans la genèse de l’amidon. Rien n’empêche d’admettre que l’amidon puisse se former aux dépens de substances lévogyres; on est assez accoutumé en biochimie à observer de semblables isomérisations : le foie, par exemple, n’est-il pas capable d’élaborer le glycogène à partir du fructose aussi bien qu’à partir du glucose. Mais, vouloir faire de la lévosine du Blé la source unique ou même principale de l’amidon serait exagéré : comparée à la quantité d’amidon qu’on retrouve dans les grains mûrs, la teneur en lévosine des grains jeunes est infime; d’autre part, rien ne nous autorise à penser que les hexoses fournis par la tige doivent nécessairement passer par le stade lévosine avant de s’insolubiliser sous forme d’amidon ; il est bien plus probable que l’amidon s’élabore, une fois passée la période de jeunesse, aux dépens des hexoses qui sont constamment fournis par la tige; d’autant plus que la formation de la réserve amylacée n’est nullement liée à la présence de lévosine, puisque le Maïs, le Riz, le Sorgho, et quantité d’autres végétaux sont constamment dépourvus de toute substance lévogyre.
- On pourrait voir dans la production des lévulosides un moyen de défense contre l’élévation de la pression osmotique, à une époque où la synthèse de l’amidon est à peine amorcée, et où les hexoses affluent des tiges en forte proportion. Débordé par cette arrivée incessante de sucres réducteurs, le grain se défendrait alors en faisant passer une partie des glucides à l’état de molécules plus condensées; puis, une sorte d’équilibre s’établissant entre l’apport des glucides et leur utilisation, la lévosine se résorberait peu à peu jusqu’à la maturité où l’on n’en retrouve plus que des traces. Mais il faut convenir qu’à cet égard, le maltose ou les dextrines produiraient le même résultat que la lévosine.
- Avouons tout simplement que nous sommes en présence d’un fait pour lequel nulle explication n’est satisfaisante.
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- LA GENÈSE DE L’AMIDON DANS LES VÉGÉTAUX. — OCTOBRE 1931.
- Quoi qu’il en soit, une chose est certaine : la corrélation qui existe entre l’apparition de la réserve insoluble et la disparition des principes solubles. Cette disparition s’accompagne, en outre, de profondes modifications dans le milieu soluble : le pouvoir rotatoire initial, d’abord négatif, tend vers 0 puis devient de plus en plus positif, tandis qu’après hydrolyse par les acides, le pouvoir rotatoire se rapproche de plus en plus du pouvoir rotatoire du sucre interverti. C’est bien la preuve que non seulement la lévosine disparaît, mais encore que le saccharose devient prédominant sur les sucres réducteurs, ceux-ci étant utilisés dans la synthèse de la réserve insoluble plus rapidement que le sucre de canne. (Tableau III.)
- Résumé. — 1° Les céréales se divisent en deux groupes : les céréales du type du Maïs, comprenant Riz et Sorgho, dont les organes ne renferment jamais autre chose que le sucre de canne et ses produits d’hydrolyse; et les céréales du type du Blé, comprenant le Seigle, l’Orge et l’Avoine, dans lesquelles on trouve toujours avec les glucides du Maïs des substances léArogyres.
- Cette distinction, que je proposais pour la première fois en 1924, a depuis été étendue par de Cugnac i,1; à toute la famille des Graminées.
- 2° Dans le Maïs, le processus de la synthèse de l’amidon est des plus simples. Le saccharose élaboré par les feuilles émigre vers la tige à l’état d’hexoses; là, une partie est utilisée aussitôt; l’autre partie est mise en réserve sous forme de saccharose jusqu’au moment de l’apparition des épis; à ce moment, les glucides se dirigent vers les grains en se transformant tout le long du trajet en sucres simples, qui pénètrent dans le grain et donnent naissance à la réserve amylacée.
- 3° Dans le Blé, le phénomène se complique de la présence des lévulosides. Comme dans le Maïs, le saccharose des feuilles émigre vers la tige sous forme d’hexoses; mais là, au lieu de s’v condenser sous forme de sucre de canne, les sucres réducteurs donnent naissance à une substance lévogyre, et cela dès la gaine. Lors de l’apparition des épis, cette substance lévogyre quitte la tige mais en se transformant en hexoses, et c’est principalement à l’état de sucres simples que les glucides pénétrent dansle grain; là, nouvelle condensation aboutissant à la lévosine, sorte de réserve transitoire spéciale aux tout premiers stades du développement, disparaissant d’ailleurs très vite pour laisser place au processus normal, qui est l’utilisation directe des hexoses dans la synthèse de l’amidon.
- 4° Ni dans le Maïs ni dans le Blé, on ne trouve trace de dextrines. Ce qu'on a pris pour dextrines, aussi bien dans les tiges que dans les grains, est ou bien le seul sucre de canne, ou bien le mélange non réducteur formé de saccharose et de lévulosides.
- 11. — L’AMIDON DANS LA BANANE
- Après avoir étudié l’origine de l’amidon dans les céréales et le mécanisme de sa formation dans les grains, il m’a semblé intéressant de m’adresser à des plantes riches encore en amidon, mais dans lesquelles la substance amylacée ne constitue pas, à la maturité tout au moins, la véritable matière de réserve.
- Or, on sait depuis longtemps que si, dans les Bananes vertes, l’amidon est abondant, il fait à peu près complètement défaut dans les fruit mûrs"'.
- (**) J’adresse ici mes plus sincères remerciements à M. Neveu, directeur du Jardin botanique de Saigon, qui a bien voulu mettre a ma disposition les plantations de Bananie du Jardin, ainsi
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- LA GENÈSE DE L’AMIDON DANS LES ORGANES DE RÉSERVE DES VÉGÉTAUX. 613
- Me proposant de suivre l’évolution des glucides dans la plante entière, j’étudierai d’abord l’appareil végétatif, dont le seul organe intéressant est la feuille; puis le régime(17).
- !• — l’appareil végétatif. — Bien développé, le bananier est formé d’un tronc, ou stipe, portant au sommet un bouquet de feuilles au centre duquel se développe le régime à l’époque de la floraison.
- Dans ces conditions, l’étude du stipe est sans intérêt; il peut être considéré comme le prolongement des pétioles, dont il se rapproche d’ailleurs par sa composition chimique. La feuille, par contre, est l’organe essentiel ; c’est elle qu’il faut soumettre à l’analyse si l’on veut se faire une idée de l’évolution des glucides. La feuille du Bananier se prête d’ailleurs particulièrement bien à semblables recherches : le limbe, large et long, est nettement distinct de la nervure centrale, qui elle-même se prolonge jusqu’au stipe en un robuste pétiole. J’ai donc analysé séparément le limbe, la nervure et le pétiole de feuilles récoltées à différents stades de développement : les unes très jeunes, les autres adultes, les dernières plus âgées et déjà par endroits déchirées.
- A. Limbe. — A quelque stade de développement qu’on les prenne, les feuilles, pourvu évidemment qu’elles ne soient pas absolument desséchées, présentent à peu près toujours la même composition en ce qui regarde les glucides. Seule, la teneur en eau varie : voisine de 86 p. 100 dans les feuilles jeunes, elle n’est plus que de 77 p. 100 dans les feuilles âgées. Ce qu’on trouve dans tous les cas, c’est un mélange de sucres réducteurs et de saccharose, ce dernier l’emportant de beaucoup. Le pouvoir rotatoire initial [aj, toujours très élevé, et voisin de -h 58, s’abaisse, après inversion par la sucrase ou par les acides dilués, jusqu’à des valeurs voisines de la valeur théorique du pouvoir rotatoire du sucre interverti, à la température du moment. On en conclut que le mélange des sucres réducteurs qui accompagne la saccharose n’est autre que du sucre interverti.
- On pouvait penser, en raison précisément de la largeur du limbe, que les parties les plus proches de la nervure centrale présenteraient peut-être une composition différente de celle des parties tout à fait externes. Pour le vérifier, j’ai analysé séparément des bandes découpées sur le limbe parallèlement à la nervure centrale; les résultats obtenus ne manifestent aucune différence notable : si l’on observe en certains cas une légère diminution dans la totalité des glucides, au voisinage de la nervure, lés valeurs des pouvoirs rotatoires [aj et [a2] restent néanmoins sensiblement constantes, ainsi que le rapport des sucres réducteurs au saccharose. Il apparaît donc que le limbe, dans toute sa surface, se comporte de façon identique.
- B. Nervure centrale. — Elle est toujours plus hydratée que le limbe : sa teneur en eau pour 100, passant de 91 dans les feuilles jeunes à 88 dans les feuilles âgées. Pour les analyses des glucides, j’ai toujours examiné séparément la moitié supérieure, terminant le limbe, et la moitié inférieure, se continuant par le pétiole :
- qu’à MM. Cerighelli, Commüm, Bara, qui m’ont réservé l’accueil le plus aimable au Laboratoire de Chimie de l’Institut des Recherches agronomiques, au cours de mes deux séjours à Saigon.
- (17) Belval (H.) : C. B. Ac. Sc., t. 190, 1930, p. 886; — Les transformations des glucides dans le Bananier (Bull. Univ. Aurore, n° 20, 1930); — Trai sfor mations of Carbohydrates in the Banana : 1. Formation of Star ch (Chinese Journal of Physiology, vol. IV, n° 4, 1930, p. 365.)
- 130e Année. — Octobre 1931.
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- LA GENÈSE DE L’AMIDON DANS LES VÉGÉTAUX. — OCTOBRE 1931.
- les divergences entre ces deux moitiés manquent parfois de netteté, mais les divergences entre le limbe et la nervure sont bien caractérisées; dans la nervure, le saccharose est moins abondant ; par contre, la proportion des sucres réducteurs est plus grande; le pouvoir rotatoire initial [at], qui n’est jamais supérieur à + 40, peut s’abaisser jusqu’à -+- 6, tandis que les valeurs du pouvoir rotatoire après hydrolyse restent sensiblement celles du pouvoir rotatoire du sucre interverti. Ces changements peuvent varier d’intensité, mais les différences entre le limbe et la nervure sont constantes et la variation se produit toujours dans le même sens.
- C. Pétiole. — Comme la nervure, le pétiole a été partagé en deux moitiés : la moitié supérieure, qui fait suite à la nervure, et la moitié inférieure, qui se termine au stipe. Le taux d’hydratation de ces deux moitiés est très sensiblement le même et voisin de 93 p. 100; mais elles différent profondément en ce qui concerne la composition du mélange des glucides : la moitié inférieure est toujours plus pauvre en saccharose et plus riche en sucres réducteurs que la moitié supérieure, et du sommet à la base, le pouvoir rotatoire initial va sans cesse en tendant vers 0.
- La divergence n’est pas moins nette entre la base de la nervure et le sommet du pétiole : le saccharose disparaît au profit des sucres réducteurs, en sorte que le pouvoir rotatoire diminue constamment. Comme précédemment, le phénomène est plus ou moins accentué; il est, dans tous les cas, très net et toujours progressant dans le même sens.
- Ces résultats sont résumés dans le Tableau IV, qui renferme les analyses de feuilles récoltées au mois de mai 1929.
- L’examen de ce tableau permet de suivre, sans doute possible, l’évolution des glucides au cours de leur migration à partir du limbe, où ils sont élaborés, jusqu’à la base du pétiole, d’où ils passeront dans le régime. Le saccharose est prédominant dans le limbe; à la base du pétiole, ce sont les sucres réducteurs qui l’emportent; on constate, en effet, que, plus on descend vers le stipe, plus le pouvoir rotatoire initial diminue, et, corrélativement, plus le rapport R/S augmente. A mesure donc qu’il chemine à travers les tissus de la nervure et du pétiole, le sucre de canne s'hydrolyse en sucre interverti, en sorte que c’est un mélange de glucides où dominent le glucose et le fructose qui pénétrera dans le pédoncule du régime.
- IL — le régime. — On sait que le régime du Bananier est constitué par un long pédoncule émergeant du centre des feuilles, au sommet du stipe, vite recourbé en forme d’U renversé et portant à l’extrémité un nombre parfois considérable de fruits. Afin de déterminer quels sucres pénètrent dans le fruit, pour y donner naissance à l’amidon, il fallait donc soumettre à l’analyse d’abord, le pédoncule du régime; puis, des fruits très jeunes et tout au début de leur développement.
- 1° Pédoncule. — Quatre régimes ont été choisis à des degrés différents de développement.
- Régime n° 1. — Encore presque en fleurs, il portait quelques fruits, remplis de substance mucilagineuse, dans lesquels je n’ai trouvé que des sucres solubles accompagnant une très petite quantité d’amidon. Quant au pédoncule, très pauvre en substances hydrocarbonées, il tranche nettement avec la base du pétiole. Nous avons vu, en effet, que, dans tous les cas, le pétiole était caractérisé par la prédo-
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- LA GENÈSE DE L’AMIDON DANS LES ORGANES DE RÉSERVE DES VÉGÉTAUX. 615
- minance des sucres réducteurs sur le saccharose; dans le pédoncule, au contraire, le sucre de canne est a peu près l’unique glucide, le sucre réducteur, n’existant qu’à l’état de traces non dosables.
- TABLEAU IV. — Feuilles de Bananier.
- ORGANES ANALYSÉS [«.] . t =28° T R S R/S
- 1° Feu lies jeunes
- T.imhft { Moitié extérieure . . . + 55 - 16 1,67 0,20 1,46 0,13
- ( - intérieure . . . + 55 — 16 1,53 0,18 1,34 0,12
- Norvnro s - supérieure . . . + 33 — 16 0,83 0,28 0,54 0,52
- inférieure . . . + 22 — 15 0,58 0,31 0,27 1,15
- Pét.inlfi \ - supérieure . . . + 14 — 26 0,39 0,21 0,18 1,17
- ( - inférieure . . . 0 — 20 0,44 0,27 0,17 1,58
- 2° Feuilles adultes.
- l Tiers extérieur. . . . + 56 — 14 1,69 0,18 1,50 0,12
- Limbe 1 ~ moyen + 58 — 14 1,71 0,17 1,52 0,11
- ( — intérieur.... + 56 — 16 1,48 0,13 1,35 0,10
- yiiTP l Moitié supérieure . . . + 40 — 16 0,79 0,25 0,54 0,47
- l - inférieure . . . + 44 — 18 0,52 0,15 0,36 0,42
- p^tiolP • \ - supérieure . . . + 44 — 20 0,34 0,10 0,24 0,41
- l - inférieure . . . + 18 — 18 0,30 0,11 0,19 0,58
- 3° Feuilles vieilles.
- ( Moitié extérieure . . . + 53 — 14 1,33 0,21 1,12 0,18
- Limbe • } - intérieure . . . + 58 — 15 1,66 0,22 1,44 0,13
- Nartm ro supérieure . . . + 45 — 18 0,44 0,11 0,32 0,34
- ( - inférieure . . . + 46 — 16 0,30 0,07 0,23 0,33
- pp(jo)p \ - supérieure . . . + 16 — 16 0,34 0,17 0,17 1,00
- ( - inférieure . . . 0 0,34 0,21 0,13 1,61
- Régimes nos 2, 3 et 4. — Le régime n° 2 portait des fruits très petits dont je n’ài pu faire l’analyse, le flacon s’étant brisé au cours du transport de Saigon à Chang-Hai. Les fruits du régime n° 3, bien développés, étaient encore loin de la maturité ; quant au régime n° 4, il a été récolté environ 3 à 4 semaines avant la maturité.
- Dans l’ensemble, ces trois régimes sont très comparables : la base du pédoncule, c’est-à-dire la portion qui adhère au stipe, présente une composition à peu près identique à celle de la base des pétioles : le mélange des sucres réducteurs l’emporte sur le sucre de canne ; mais, à mesure qu’on descend vers l’extrémité portant les fruits, on constate que le saccharose tend de plus en plus à dominer, et que le pouvoir rotatoire [oej s’accroît en même temps que diminue le rapport du réducteur au saccharose. Ces modifications, qui n’apparaissent pas dans le régime n° 3, sont au contraire très nettes dans les régimes n° 2 et n° 4.
- 2° Fruits. — Avec le fruit, brusquement tout change. D’abord, la proportion des sucres réducteurs y est toujours minime par rapport à celle du saccharose; le rap-
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- 6 J 6 LA GENÈSE DE l’aMIDON DANS LES VÉGÉTAUX. — OCTOBRE 1934.
- port R/S, dans le régime n° 4 par exemple, qui, dans le pédoncule au niveau des fruits, est égal à 2,48, n’est plus que de 0,23 dans le fruit lui-même, et le pouvoir rotatoire passe d’un seul coup de -h 18 à H- 50. Par ailleurs, si l’on considère la totalité des sucres solubles présents dans le pédoncule et dans le fruit, on remarque que le fruit n’en renferme plus que très peu alors qu’ils sont relativement abondants dans le pédoncule; mais la banane contient toujours de l’amidon, lequel fait constamment défaut dans le pédoncule (Tableau V).
- TABLEAU V
- ORGANES ANALYSÉS [“Ü T R S R/S A
- Régime n 0 1.
- 1° Pédoncule :
- Base (voisine du pétiole) + 55 0,25 traces 0,22
- Milieu + 60 0,23 « 0,23
- Sommet • \ Région fructifère + 58 0,29 « 0,26
- commet . ^ Région florifère + 62 0,44 « 0,44
- 2° Fruits 0,11 « 0,10 4,5
- Régime n° 2.
- 1° Pédoncule
- Base + 18 0,64 0,45 0,19 2,36
- Milieu + 19 0,43 0,17 0,26 0,63
- Sommet + 39 0,36 0,11 0,25 0,44
- Régime n° 3.
- 1° Pédoncule :
- Base + 18 2,18 1,70 1,08 1,57
- Milieu + 20 2,35 1,57 1,78 2,01
- ( Au-dessus des fruits .... + 20 2,34 1,40 0,84 1,78
- Sommet . j Entre leg fnjUs + 17 2,29 1,53 0.76 2,01
- 2° Fruits + 60 0,14 traces 0,14 10,76
- Régime n° 4.
- 1° Pédoncule :
- Base + 13 1,76 1,48 0,38 3,89
- Sommet + 18 1,15 0,82 0,33 2,48
- 2° Fruits + 50 0,21 0,04 0,17 0,23 32,28
- Si l’on fait abstraction du régime n° 1, qui diffère notablement des suivants et dont il importerait de contrôler la composition par d’autres analyses, l’interprétation des données du Tableau V paraît évidente : on trouve, à la base du pétiole, un mélange de glucides dans lequel le glucose et le fructose dominent; ce mélange passe à peu près tel quel dans le pédoncule du régime, y est utilisé en partie pour la nutrition des cellules, mais, en somme, parcourt toute sa longueur sans subir de modifications profondes ; qu’on l’examine, en effet, un peu au-dessus de l'insertion de fruits, ou dans les intervalles de ces insertions, sa composition est sensiblement
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- LA GENÈSE DE L AMIDON DANS LES ORGANES DE RÉSERVE DES VÉGÉTAUX. 617
- constante (régime n° 3) ; ce mélange, enfin, pénètre dans le fruit où il s’insolubilise sous forme de réserve amylacée; là, très vraisemblablement, le sucre de canne aussi bien que les sucres réducteurs sont utilisés dans l’élaboration de la réserve insoluble, mais il n’est pas douteux que ce sont les sucres réducteurs qui fournissent la matière première principale, aux dépens de laquelle prend naissance l’amidon : ceux-ci, en effet, sont toujours en proportion insignifiante dans les bananes vertes, ou même sont totalement absents dans les fruits très jeunes; le saccharose, au contraire, se retrouve constamment dans les bananes dont il constitue la presque totalité des glucides solubles (***).
- Résumé.
- 1. Le premier produit de l’assimilation chorophyllienne qu’il soit possible de déceler dans le limbe des feuilles est le saccharose. Il gagne ensuite la nervure centrale en se transformant progressivement en sucre interverti. L’inversion se continue tout au long du pétiole, en sorte que le sucre de canne, qui domine dans le limbe, ne forme plus qu’une petite portion du contingent glucidique à la base du pétiole.
- 2. De la base du pétiole, le mélange des sucres solubles s’engage dans le pédoncule du régime, sans y subir de modifications notables, et pénètre dans le fruit.
- 3. Le fruit, toujours très pauvre en sucres solubles, constitue sa réserve amylacée aux dépens surtout des sucres réducteurs, le saccharose étant sans doute utilisé moins vite et devenant peu à peu prédominant sur le sucre interverti.
- 4. Enfin les dextrines font totalement défaut dans les bananes à tous les stades du développement.
- III. - L’AMIDON ET LES LÉVULOSIDES DES LYGORIS.
- Nombre de bulbes de Monocotylédones renferment, à côté de la ‘réserve amylacée, une quantité plus ou moins grande de glucides solubles non réducteurs que Leclerc du Sablon considérait comme des dextrines et dans lesquels il voyait les précurseurs de l’amidon (5). Ces prétendues dextrines s’étant trouvées être, en fait, des principes lévogyres, le problème de la formation de l’amidon dans ces organes de réserve se posait de nouveau. C'est pour essayer de le résoudre que ce travail a été entrepris.
- J’ai choisi dans ce dessein deux espèces de Lycoris, abondants sur la colline de Zocé, aux environs de Chang-Hai : Lycoris squamigera Max. et Lycoris radiata Kunth. Comme dans les recherches précédentes, je me suis proposé de suivre l’évolution des glucides depuis la feuille jusqu’à l’organe de réserve; je consacrerai ensuite une seconde partie à l’étude des lévulosides qui accompagnent l’amidon et que j’ai été amené à isoler.
- NATURE ET ÉVOLUTION DES GLUCIDES.
- Les Lycoris squamigera et radiata diffèrent profondément par leur mode de végétation, et il importe de noter certaines particularités qui influent sur la biochimie des deux plantes.
- L**) me propose de compléter prochainement ce travail par une étude comparée de la maturation des fruits récoltés verts et des fruits mûrissant sur la plante.
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- LA GENÈSE DE L’AMIDON DANS LES VÉGÉTAUX. — OCTOBRE 1931.
- C’est dès le mois de novembre que les feuilles de L. radiata apparaissent; elles persistent parfaitement vertes, mais d’un vert foncé, jusqu’en avril; elles jaunissent alors et se dessèchent; la hampe florale ne sort de terre qu’à la fin d’août. Tout autre est le L. squamigera : plus larges, plus épaisses, d’un vert plus clair, les feuilles n’apparaissent pas avant le mois de février; dès la fin de mai, elles sont complètement desséchées; quant à la floraison, elle précède celle du L. radiata de quelques semaines.
- 1. feuilles. — Comme dans la plupart des Monocotylédones, la feuille est cons tituée par une lame adhérant directement à l’organe souterrain; on y peut distinguer, néanmoins, deux régions : la partie supérieure verte, la plus considérable, qui est à proprement parler la région de l’assimilation, et la partie inférieure, plus ou moins blanche, comparable à un organe de conduction.
- A) L. radiata. — Ce qui est remarquable ici, c’est la présence constante, à toutes les époques de la végétation, de substances lévogyres, même dans la région supérieure la plus verte. Les pouvoirs rotatoires néanmoins sont élevés, par suite de la prédominance du saccharose, mais toujours plus faibles dans la région inférieure, celle-ci voyant le saccharose disparaître au profit des glucides réducteurs et en même temps la teneur en lévulosides s’accroître.
- B) L. squamigera. — Dans le L. squamigera, au contraire, on ne trouve de lévulosides que dans les dernières semaines de la végétation, et encore la moitié supérieure en est-elle constamment dépourvue; néanmoins, les pouvoirs rotatoires sont faibles, relativement aux précédents, et le saccharose ne se montre jamais abondant; les rapports R/S sont toujours supérieurs à l’unité, mais, toujours aussi, on les trouve plus faibles dans la moitié supérieure que dans la moitié inférieure.
- Les feuilles de Lycoris ne semblent donc pas faire exception à la règle générale : comme dans les céréales et le Bananier, le saccharose est le premier produit de l’assimilation chlorophyllienne, et les glucides réducteurs n’en sont que les produits d’hydrolyse; la seule différence est que, dans un cas, la végétation se prolongeant durant tous les mois d'hiver, au cours desquels, l’oignon, dans un état de vie ralentie, n’accumule pour ainsi dire aucune réserve, l’inversion du saccharose en sucre interverti, et la migration de ce dernier sont considérablement ralenties, au lieu que dans l’autre cas, les feuilles ne persistant pas plus de trois mois, les mêmes phénomènes se produisent avec beaucoup plus d’intensité.
- La présence de lévulosides dans le L. radiata, leur absence dans le L. squamigera me paraissent confirmer ces vues : on peut croire, que, par un phénomène analogue à celui qui se passe dans la gaine et les tiges des céréales, dans le L. radiata, les hexoses issus du sucre de canne et non utilisés par l’oignon se condensent en lévulosides, condensation qui n’a pas lieu dans le L. squamigera, l’oignon utilisant tous les hexoses au fur et à mesure de leur production ; quant aux lévulosides qui, vers la fin de la vie des feuilles, se rencontrent dans la moitié inférieure, ils n’apparaissent qu’à l’époque où l’oignon a fini de constituer ses réserves; d’ailleurs, il faut se rappeler qu’il n’y a pas ici de ligne de démarcation nette entre la base des feuilles et le sommet de l’oignon ; il n’y a donc rien d’étonnant à ce que les lévulosides, une fois l’oignon rempli, gagnent progressivement en hauteur. (Tableau VI).
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- LA GENÈSE DE L'AMIDON DANS LES ORGANES DE RÉSERVE DES VÉGÉTAUX. 611)
- TABLEAU VI
- dates DES RÉCOLTES ORGANES ANALYSÉS [,,] Ltt, T R S L A
- 1® L ycoris si mamiger a.
- Feuilles: S MoitiésuPérieure- + 9 — 18 3,96 2,81 1,15
- 12 mai. ( — inférieure. — 7 — 24 3,48 2,64 0,84
- Oignon — 16 — 68 6,72 0,14 0,58 5,98
- , -, <1 Feuilles i Moit'é supérieure. + H — 8 4,20 3,24 0,96
- 4 avril. ( — inférieure. — 3 — 15 5,60 4,60 1,00
- f Oignon — 4 — 60 8,66 0,38 1,62 6,06 20,00
- o • ^ Feuilles • \ supérieure. + 26 — 12 6,23 3,03 3,19
- 2 mai. ( — inférieure. + 12 — 20 6,03 3,48 1,69 0,90
- f Oignon — 17 — 70 13,51 0,30 1,81 11,40 17,90
- ( r ... (Moitiésupérieure. + 20 -15 4,71 2,98 1,73
- 16 mai. 2 ' ( — inférieure. + 4 — 14 5,28 3,51 0,60 1,17
- / 1 Oignon — 22 — 67 13,00 traces 13.00 18,20
- 2» Ly coris radiata.
- 1 t Pp„iii«.SMoitié supérieure. + 47 — 13 3,45 1,08 2,09 0,28
- 28 nov. ) réunies. ^ _ inférieure + 13 — 15 4,42 2,44 1,32 0,66
- ) Oignon + 4 — 47 7,54 0,72 2,29 4,51 13,75
- ( Fpuillps $ Moi^ié supérieure. + 57 — 16 4,09 1,09 3,00
- 12 déc. 1 ' ( — inférieure. + 27 — 20 4,23 1,61 1,83 0,79
- t Oignon + 4 — 52 9,61 0,71 2,04 6,86 12,50
- ( . ( Moitiésupérieure. + 48 — 18 5,06 0,74 3,27 1,04
- 19 janv. < X C U1 1 L C 3*1 • m t • ( — inferieure. + 30 — 22 4,54 1,07 1,95 1,52
- ) Oignon — 2 — 56 10,64 0.69 3,33 6,62 12,25
- ( „ ... (Moitiésupérieure. + 43 — 17 5,40 1,59 3,66 0,14
- 26 fév. ) Feuilles : | _ iûférieure + 17 — 17 4,88 2,35 1,49 1,04
- } Oignon + 2 — 52 8,71 0,36 2,62 5,72 14,60
- 4 avril, j Oignon (feuilles desséchées). — 15 — 70 13,01 traces 1,24 11,67 19,64
- Signalons, en passant, que la présence de substances lévogyres dans le tissu chlorophyllien n’avait été jusqu’à présent signalée que dans Y Iris fœtidissima, par Augem (18).
- 2. oignon. — A) Nature des glucides. — Qu’on s’adresse à l’une ou l’autre espèce, on ne trouve dans les oignons, outre l’amidon, que des glucides susceptibles de passer en solution dans l’alcool faible. Le pouvoir rotatoire initial [a,] est presque toujours négatif, plus ou moins voisin de 0 souvent, mais pouvant atteindre selon les époques jusqu’à des valeurs égales à —15 ou — 17.
- Les sucres réducteurs sont peu abondants. Comme toujours, la sucrase provoque un changement de rotation vers la gauche avec augmentation du pouvoir réducteur, mais l’allure de l’hydrolyse est des plus caractéristiques : avec une solution d’invertine très active (2 cm3 intervertissant en 3 heures 5 g de saccharose
- (18) Augem (AA : C. R. Ac. Se., t. 185, 1927, p. 475; — Les glucides des Iris. (Rev. Gén. Bot., t. 40, 1928, p. 456.)
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- LA GENÈSE DE L’AMIDON DANS LES VÉGÉTAUX. — OCTOBRE 1931.
- en solution dans 100 cm3) l’inversion se poursuit avec une extrême lenteur et se prolonge pendant deux et trois semaines; d’autre part, l’indice de réduction enzy-molytique, égal d’abord à celui du saccharose, puis croissant progressivement jusqu’à des valeurs voisines de 800, montre clairement que le sucre de canne n’est pas le seul glucide tributaire de l’invertine, et qu’il existe une substance lévogyre capable de se transformer en sucre réducteur en même temps que le saccharose mais avec une vitesse très inférieure. Voici, à titre d’exemple, le détail de la marche d’une hydrolyse par la sucrase.
- Dates. a Réducteur p. 100 cm3. Indices de réduction.
- — — — —
- 5 mai. . ' 14 h 16 h .... —1» 48' .... —2® 28' 0,123 0,544 600
- ( 6 mai. ' 20 h .... —2° 46' 0,620 0,828 729
- 8 mai. .... —3° 1,030 755
- 14 mai . . . . —3° 10' 1,230 810
- 20 mai. .... —3» 20' 1,385 823
- 27 mai. .... —3» 26' 1,460 818
- Sous l’action des acides ensuite, la rotation présente un nouveau et fort recul vers la gauche qui s’accompagne d’un accroissement considérable du pouvoir réducteur. Il n’est pas douteux qu’on soit en présence de deux substances lévogyres très différentes : l’une, non tributaire de la sucrase que j’appellerai lévuloside A, l’autre tributaire de la sucrase que j’appellerai lévuloside B.
- B) Variations saisonnières. — Remarquons tout d’abord que le lévuloside B n’est que partiellement tributaire de l’enzyme (je le montrerai plus loin). Il est par suite impossible d’évaluer la teneur exacte de chacun des deux lévulosides, car on ne sait jamais quelle proportion du lévuloside B a subi l’action de la sucrase; néanmoins, pour obtenir des résultats aussi comparables que possible, le dosage des liqueurs additionnées de sucrase a toujours été effectué au bout de 12 heures; ce sont ces résultats qu’on trouvera consignées sous la rubrique S ; il est évident qu’ils expriment, outre la totalité du saccharose, la petite portion de lévuloside B qui a été transformée; quanta L, il désigne non seulement le lévuloside A, mais aussi tout le reste du lévuloside B.
- En dépit de cette cause d’imprécision, on peut distinguer trois périodes assez nettement accusées : d’abord, une période d’assimilation intense, correspondant au plein développement des feuilles et au cours de laquelle l’oignon reconstitue très vite sa réserve amylacée en même temps qu’il s’enrichit en glucides solubles, lévulosides principalement; vient ensuite, après la dessiccation des feuilles, une période de vie latente qui se prolonge jusqu’à la formation de la hampe florale; finalement, une période d’utilisation des réserves au profit des graines; après quoi, l’oignon, appauvri en amidon surtout, passera en terre tout le temps qui s’écoule entre l’époque de la maturité des fruits et l’époque où les feuilles commencent à se développer, et où, grâce aux glucides fournis par les feuilles, la réserve se reconstituera. (Tableau VII).
- De ce qui précède, bien que ce travail soit encore très incomplet, deux faits se dégagent avec évidence : 1° la disparition des sucres réducteurs fournis par la feuille à mesure qu’ils pénètrent dans l’oignon (voir Tableau VI); 2° l’enrichis-
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- LA GENÈSE DE L AMIDON DANS LES ORGANES DE RÉSERVE DES VÉGÉTAUX. (521
- TABLEAU VII
- OIGNONS DE LY CO RIS SQUAMIGERA
- DATES
- DES RÉCOLTES OBSERVATIONS K] M T R S L A
- 5 mai en feuilles —[il — 70 6 72 0,15 0,58 5,98
- 13 mai en feuilles — 16 — 68 6,72 0.07 0,49 6,14
- 10 juin i feuilles desséchées et - 9 — 58 4,35 0,22 0,69 3,43 15,80
- 15 juillet 4 août i disparues 10 — 8 — 54 — 59 6,26 5,92 0,37 0 28 1,08 1,09 4,80 4,55 17,39 17,50
- 21 août en fleurs - 6 — 57 6,35 1,08 1,42 3,85 15,64
- 26 août en fruits verts - 17 — 66 6,71 0,74 1,09 4,88 10,34
- 18 septembre en fruits mûrs - 10 — 56 7,72 0,72 1,08 5,92 11,85
- 12 décembre non encore en feuilles . — 7 — 61 7,87 1,00 2,14 4,72 14,00
- 18 janvier non encore en feuilles . — 4 — 63 8,72 1,05 3,53 1,14 9,75
- 26 février début des feuilles. . . . — 4 — 55 7, 8 1,13 2,66 3,28 9,77
- 4 avril en pleines feuilles . . . — 4 — 60 8,66 0,38 1,62 6,06 20,00
- 2 mai en pleines feuilles . . . — 17 — 70 13,51 0,30 1,81 11,40 17,90
- 16 mai feuilles jaunissantes . . — 22 — 67 13,00 traces 13,00 1 18,20
- sement de l’oignon tout à la fois en lévulosides et en amidon. D’où l’on peut conclure que, très vraisemblablement, l’amidon ne se produit pas aux dépens des glucides réducteurs et que lévulosides et amidon constituent comme deux réserves indépendantes entre lesquelles on n’aperçoit pas de relation.
- LES LÉVULOSIDES DES OIGNONS.
- Depuis l’époque où Keller m émettait l’opinion que, chez les Monocotylé-dones, il ne doit exister qu’une seule espèce de lévulosanes pour cette singulière raison que ces plantes étant très semblables du point de vue anatomique, elles ne peuvent se comporter différemment du point de vue physiologique, l’étude des substances lévogyres a fait l’objet d’un certain nombre de mémoires.
- Après la lévosine de Tanret et la scilline de Schmiedeberg, ont été préparés et étudiés systématiquement les lévulosides des Iris : l’irisine de I. pseudoacorus et les deux lévulosides de /. fœtidissima [Augem, 1928, (l8>)], l’asphodéloside des Asphodèles (Neyron, 1930, (20'), les lévulosides des Graminées, dont deux au moins paraissent devoir être considérés comme des espèces chimiques distinctes : le gra-minoloside et le triticoloside [de Cugnac, 1930,
- Loin donc d’être réductibles à une seule, les substances lévogyres des Monoco-tylédones sont au contraire très différentes. Doit-on rapporter celles des Lycoris à l’une ou l’autre des substances déjà connues, ou bien sont-elles de nouveaux corps? Telles sont les questions auxquelles je me suis efforcé de répondre.
- 1. préparation des lévulosides. — 3 kg d’oignons de L. squamigera Max, ont été récoltés le 13 mai 1930, c’est-à-dire à l’époque où les feuilles étant desséchées et l’oignon à l’état de vie ralentie, les glucides réducteurs et le saccharose sont en
- (19) Keller (H), Ueber die Kohlenhydrate der Monocotyledonen, insbesondere Irisin, Triticin und Sinistrin; Nachweiss der Identitat von Irisin und Triticin. (Dissert., Munster, 1894.)
- (20) Neyron (C), Sur le principe fermentescible des tubercules d’Asphodèles. (Thèse Un. Paris, 1930.)
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- 622 LA GENÈSE DE L'AMIDON DANS LES VÉGÉTAUX.
- OCTOBRE 1931.
- plus petite quantité et les lévulosides au maximum de concentration. Après plusieurs essais, je me suis décidé à faire l’extraction par l'alcool à 90°; on n’enlève ainsi qu’une partie du lévuloside A, mais, par contre, on a l’avantage de le séparer parfaitement du lévuloside B. Les oignons ont donc d’abord été épuisés par l’alcool à 95°, et les liqueurs, filtrées chaudes pour éliminer l’amidon et rendues absolument limpides, ont été abandonnées dans un endroit frais jusqu’au mois d’octobre. Elles se sont d’ailleurs très vite troublées et, peu à peu, une poudre blanche s’est déposée sur les parois et au fond du flacon. Séparée par filtration, lavée à l’alcool, purifiée par dissolutions et précipitations successives, cette poudre constitue ce que j’appelle le lévuloside A. On en a retiré de la sorte 23 g.
- Les liqueurs alcooliques limpides, ne contenant plus que de très petites quantités de ce lévuloside A, fort peu soluble dans l’alcool à 90°, ont été distillées sous pression réduite, puis déféquées à l’acétate basique de plomb ; après élimination de l’excès de plomb par H2S on a réduit le volume jusqu’à 600 cm3 environ, et traité par la baryte concentrée bouillante. L’addition de baryte ne provoque qu’un très léger précipité, dû à la petite quantité de lévuloside A, dont le composé barytique insoluble précipite, souillé de baryte; filtrée après 24 heures, la liqueur limpide, additionnée de son volume d’alcool à 95°, laisse déposer un abondant précipité blanc.
- Ce précipité, séparé et lavé, puis redissous dans l’eau, a été traité par un courant de CO2, et on a terminé la dissociation du complexe barytique par IPSO4, ajouté jusqu’à réaction acide à l’hélianthine. Après filtration, pour éliminer les sels des baryum, on a alcalinisé légèrement par quelques gouttes de NH3 et concentré au bain-marie jusqu’à sirop. L’addition d’alcool fort précipite ce sirop sous forme de masse jaunâtre, plus ou moins visqueuse et filante, qui se colle fortement à l’agitateur et aux parois du vase. Desséché dans le vide sur P2O8, il a fourni 93 g de poudre très légèrement jaune, qui est le lévuloside B impur. De ces 93 g, une partie a été purifiée par épuisements à l’alcool à 93° d’abord, puis à 90° : les pertes sont assez fortes, le produit étant notablement soluble; mais on a obtenu finalement 30 g d’une poudre parfaitement blanche sur laquelle on a déterminé les principales propriétés.
- 2. étude des deux lévulosides a et b. — A) Lévuloside A. — Il se présente sous forme de poudre blanche ne renfermant pas plus que 0,66 p. 100 de cendres, très peu hygroscopique, peu soluble dans l’eau froide, mais très soluble à chaud. Le pouvoir rotatoire, obtenu sur le produit desséché à l’étuve à 110° jusqu’à poids constant, est voisin de — 34.
- Solution à 4,42 g p. 100. Solution à 2,21 g p. 100.
- [«] = — 33,9 [a] = — 33,9 [oc] = — 33,9
- Après hydrolyse acide, en opérant sur la solution à 2,21 p. 100, on a trouvé par la liqueur de Fehling 2,18 p. 100 et des déviations égales à — 3°40' et — 3°32! Calculé à partir du poids de poudre pesée, le pouvoir rotatoire serait égal à — 80 ou — 83, et, à partir du résultat fourni par le dosage chimique, à — 81 ou — 84.
- Comme dans le cas de l’irisine, du triticoloside et du graminoloside, la transformation du glucide en sucre réducteur se fait sans changement de poids.
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- LA GENÈSE DE L’AMIDON DANS LES ORGANES DE RÉSERVE DES VÉGÉTAUX. 623
- Le point de fusion n’est pas net ; divers essais au bloc Maquenne peuvent être ainsi résumés : jusqu’à 173°, la poudre ne change pas d’aspect et demeure parfaitement blanche; entre 173° et 188°, elle jaunit, brunit, se ramollit, mais il est impossible de saisir un point de fusion; au voisinage de 200°, on n’a plus qu’une masse noire, qui n’est évidemment qu’un produit de transformation.
- Le poids moléculaire a été déterminé par cryoscopie, comparativement avec des solutions de saccharose : il est voisin de 1300. On trouve en effet, d’après la formule M = 18,6 x t :
- A
- ? A M
- ( 6,68 0,09 1 380
- Lévuloside A ] 4.43 0,065 t 267
- ( 2,21 0,03 1 370
- i 5,00 0,30 310
- Saccharose . ] 4,30 0,26 307
- f 2,50 0,14 332
- On est donc en présence d’une substance dont la formule pourrait se représenter par (C6H10O5)8, soit C48H80O40, très peu soluble à froid dans l’eau, et possédant un pouvoir rotatoire égal à — 34. Or, les seuls lévulosides connus à pouvoir rotatoire voisin sont l’inuline ( [a] ± — 38) et la lévosine ( [a] = — 36). L’inuline, dont l’insolubilité dans l’eau froide est caractéristique, a un poids moléculaire de 4 950; quant à la lévosine, outre qu’elle est très soluble dans l’eau, elle répond à la formule C24H40O20. Il faut donc conclure que le lévuloside A est une substance nouvelle, et le mot « lycoroside » le désigne bien.
- B) Lévuloside B. — Le lévuloside B est très différent. Toutes mes déterminations ont été faites sur le produit purifié dont la teneur en cendres était de 0,45 p. 100, et dont le pourcentage en sucres réducteurs était de 1,3 p. 100 du poids sec. C’est un produit très hygroscopique qui, après dessiccation dans le vide sur P205, perd encore dans l’étuve à 110° 4,54 p. 100 de son poids; il est, de plus, très soluble à froid dans l’eau, et même dans l’alcool à 90°.
- Le pouvoir rotatoire, calculé à partir du produit desséché à l’étuve, est égal à —19 (a =—1°48'; 71 = 4,68; 1= 2); après hydrolyse par l’acide, on le trouve égal à — 67 ou — 68, selon qu’on prend pour valeur de tz le poids du produit pesé ou le résultat du dosage chimique.
- a = — 6° 20'
- t pesé 4,68 ( dosé 4,60
- Remarquons que, ici encore, l’hydrolyse s’effectue sans changement de poids.
- Le poids moléculaire a été déterminé en même temps que le précédent, avec les mêmes solutions de saccharose comme contrôle ; on a :
- Lévuloside B
- ? A M
- 4,68 0,16 544
- 2,34 0,07 620
- soit un poids moléculaire voisin de 600.
- Comme pour le lévuloside A, il n’y a pas de point de fusion net; mais certains phénomènes méritent d’être notés. Dès 110°, la poudre commence à jaunir, en même
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- LA GENÈSE DE L’AMIDON DANS LES VÉGÉTAUX. — OCTOBRE 1931.
- temps qu’elle gonfle, foisonne et finit par décupler de volume; j’avais été frappé déjà, au cours de l’incinération, de voir se produire un énorme champignon remplissant très vite le creuset et tendant à déborder, ce qui n’a jamais lieu avec le lévu-loside A. Plus la température s’élève, plus le produit se ramollit, sans qu’il soit possible de saisir un changement d’état bien marqué.
- L’action de la sucrase est des plus caractéristiques : l’hydrolyse se poursuit lentement pendant une ou deux semaines, puis s’arrête bien avant que la transformation du glucide soit complète. Si, alors, on ajoute une nouvelle quantité d’enzyme, il y a production d’une nouvelle quantité d’hexose, suivie d’un nouvel arrêt; on peut ainsi, par additions successives de diastase, faire progresser l’hydrolyse, mais un moment vient où une dernière addition reste sans effet, une partie du lévuloside demeurant toujours non transformée. Voici, à titre d’exemple, le résultat de deux expériences :
- a) Première expérience. — Elle a porté sur une solution à 4,60 p. 100 (t=20°). dont la rotation initiale était — 1°48, et la teneur en réducteurs libres 0,064 p. 100;
- le 14 février, on a ajouté à 50 cm3 de cette solution 1 cm3 de sucrase très active, et
- on a suivi l’hydrolyse au polarimètre et en procédant au dosage du sucre réducteur
- libéré. Réducteur Indices
- Dates. Rotation. p. 100. de réduction.
- 14 février . . — 1° 48' 0,064
- 16 février . . —2° 10'
- 18 février . . — 2» 30'
- 24 février (terminé) . . — 2° 50' 0,970 900
- Addition de 0,5 cm3 de sucrase : 6 mars (terminé) 1,40
- Addition de 1 cm3 de sucrase : 14 mars (terminé) . — 3° 20' 1,65 1 034
- Hydrolyse par HCl . — 6° 20' 4,60 1 000
- b) Deuxième expérience. — Solution à 2,15 p. 100; 50 cm3 additionnés de
- 1 cm3 de sucrase (t = 20°) Réducteur Indices
- Dates. Rotation. p. 100. de réduction.
- 14 'évrier . — 0° 54' 0,030
- 24 février . — 1°24' 0,59 1 120
- Addition de 0,5 cm3 de sucrase : 28 février . — 1° 30' 0,69 1 000
- Hydrolyse p xr HCl . - 3° 2' 2,15 993
- Bien que, dans ces deux expériences, le rendement en sucres réducteurs ne dépasse pas 36 et 32 p. 100, on ne peut manquer de remarquer la constance des indices de réduction toujours voisins de 1000, qu’il s’agisse des indices de réduction enzymolytique, ou des indices de réduction acide. Par ailleurs, en dépit de nombreux essais, il m’a été impossible de scinder le produit en deux constituants dont l’un serait tributaire de l’invertine et l’autre non. Je crois donc qu’on est en présence d’une substance définie.
- J’ajoute que cette substance est parfaitement fermentescible, et que, contrairement à ce qui a lieu pour le lévuloside A, elle fermente aussi facilement que le saccharose. Pour le vérifier, on a opéré sur des solutions de saccharose, de lévuloside A et de lévuloside B, toutes amenées à la même concentration : 1,04 p. 100;
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- LA GENÈSE DE l’aMIDON DANS LES ORGANES DE RESERVE DES VÉGÉTAUX. 625
- de ces solutions on a prélevé 50 cm3 auquels on a ajouté une goutte d’acide acétique au demi, et 1 g de levure de bière sèche, provenant de la Maison Poulenc; on a abandonne a la température du laboratoire (t = 20°) et on a dosé le sucre restant dans la solution le deuxième jour et le quatrième jour.
- Sucre restant en solution.
- Saccharose..........................$ ^ îour
- ( 4* jour 0
- Lévuloside B........................\ îour ^,42
- ( 4e jour 0
- Lévuloside A........................i 2e jour 0,82
- ( 4e jour 0,72
- Quelle est donc cette substance sur laquelle la sucrase n’exerce qu’une action limitée et qui, néanmoins, fermente avec la même facilité que le saccharose? Il ne peut s’agir que de l’asphodéloside, retirée par Neyron des tubercules d’asphodèles, et qui vient de faire l’objet d’un mémoire très complet et très précis. On en jugera par le tableau suivant qui résume les principales propriétés du principe extrait des Asphodèles et du principe retiré du Lycoris sous le nom de lévuloside B.
- POUVOIRS ROTATOIRES COMPOSÉ BARYTIQUE FUSION M HYDROLYSE DIASTASIQUE FERMEN- TATION
- Avant hydrolyse. Après hydrolyse.
- Asphodéloside Lévuloside B —18 à —19 —19 — 67 — 67 à—08 soluble soluble se décompose se décompose ± 600 ± 600 lente et incomplète lente et incomplète totale totale
- Résumé. — 1° Les feuilles de Lycoris élaborent le saccharose, lequel émigre vers l’organe souterrain sous forme de sucres réducteurs; la présence de substances lévogyres dans les feuilles de L. radiata n’est nullement contraire à cette manière de voir : ce ne sont que des produits de condensation formés aux dépens des glucides réducteurs ou du saccharose.
- 2° Les glucides réducteurs fournis par la feuille donnent naissance dans l’oignon à deux matières de réserve : l’une soluble, moins abondante, constituée par les lévulosides A et B ; l’autre insoluble, l’amidon.
- 3° Quant aux substances lévogyres, extraites du L. squamigera, le lévuloside A est un principe nouveau qu’on pourrait désigner sous le nom de « lycoroside » ; l’autre, le lévuloside B, ne paraît pas être différent de l’asphodéloside.
- Il reste à déterminer si les lévulosides du L. radiata, si différent du précédent par son mode de végétation et le chimisme de ses feuilles, sont identiques
- CONCLUSIONS GÉNÉRALES
- 1° On a plusieurs fois fait remarquer que la feuille ne renferme, exception faite pour les feuilles de Lycoris, que le saccharose, le glucose et le lévulose, et que, de plus, le saccharose ne peut provenir d’une condensation des hexoses. puisque, à
- (20) Neyron (C), Sur le principe fermentescible des tubercules d'Asphodèles. (Thèse Un. Paris, 1030.)
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- 626 LA GENÈSE DE i/aMIBON DANS LES VEGETAUX. — OCTOBRE 1931.
- mesure que le mélange des glucides s’éloigne du limbe, on voit la proportion des sucres réducteurs s’accroître aux dépens du sucre de canne. On en conclut que le premier produit de l’assimilation chlorophyllienne est le saccharose.
- Pourtant, selon quelques auteurs, la prédominance du saccharose dans le limbe et sa transformation en sucre interverti au cours de sa migration ne suffisent pas « pour conclure que le saccharose soit le premier produit de l’assimilation chlorophyllienne et que le glucose ne puisse résulter directement de l’activité du parenchyme vert; en effet, comme le glucose ne peut s’accumuler dans le limbe, il se transforme en saccharose (premier stade de la mise en réserve); mais pour passer dans la tige le dissaccharide s’hydrolyse en partie et il n’y a rien d’étonnant à ce qu’on trouve moins de saccharose dans la gaine des céréales que dans le limbe. »
- Que le saccharose soit précédé par le glucose et que ce dernier puisse donner naissance à un dissaccharide formé de glucose et de fructose, la chose est possible. L’isomérisation du glucose en fructose, de même que la production de polymères lévogyres à partir de sucres simples dextrogyres est fréquente chez les végétaux. Il suffit de rappeler l’exemple si typique de la Chicorée dont la racine transforme en inuline un mélange de glucides où domine le glucose. Il reste pourtant que, dans le cas qui nous occupe, la polymérisation du glucose en saccharose n’est pas prouvée. Si le glucose était réellement le premier produit de l’assimilation chlorophyllienne, on devrait saisir ce stade; or, jamais cette formation directe du glucose n’apparaît; ce qui apparaît toujours du premier coup, au contraire, c’est le saccharose, et les sucres réducteurs qui l’accompagnent ne sont que ses produits d’hydro-lvse. Supposer que, antérieurement au saccharose, il existe une production de glucose qui se polymériserait si rapidement que l’analyse ne puisse déceler ce stade, est une supposition toute gratuite, ne reposant sur aucune donnée expérimentale et, par surcroît, invérifiable.
- Sans doute faut-il voir dans cette hypothèse d’une production première de glucose un reste de fidélité aux vues de von Baeyer et une tentative de conciliation entre la théorie classique et l’assimilation chlorophyllienne et les données expérimentales. Malheureusement, l’hypothèse de von Baeyer, faisant intervenir le méthanal, soulève trop de difficultés pour être vraisemblable ; elle n’est pratiquement plus admise aujourd’hui, encore qu’elle se retrouve dans la plupart des manuels de physiologie. La théorie récemment proposée par Maquenxe (-21; ne soulève pas les mêmes difficultés; elle permet de concevoir avec autant de facilité la production directe du saccharose aussi bien que du glucose; elle a de plus le mérite d’être basée sur les travaux de chimistes tels que Willstaeter.
- 2° Le saccharose élaboré par les feuilles émigre sous forme d’hexose vers l'organe de réserve. C’est un fait général ; mais les phénomènes qui accompagnent cette migration sont des plus variés, selon la situation de l’organe de la mise en réserve et selon la physionomie de la plante. S’agit-il d’un organe aérien, graine ou fruit, situé à l'extrémité d’une tige ou d’un pédoncule, ou bien les hexoses les parcourent sans grande modification, comme il arrive dans le Bananier, ou bien ils s'y condensent sous forme de réserve transitoire jusqu’au moment du développement des fruits, comme dans les céréales; on constate alors, dans la nature de
- (21) Maquexxe, Bull. Soc. Ch. France, 4e Série, t. 35, 1924, p. 649.
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- la genèse de l’amidon dans les organes de réserve des végétaux. 627
- ces reserves, les plus grandes divergences : parfois, c’est le saccharose, à l’exclusion de tout autre glucide non réducteur, comme dans le Maïs; parfois, le saccharose est constamment accompagne de substances lévogyres, comme dans le Blé. Mais quelle que soit la nature de cette réserve transitoire, c’est encore sous forme d’hexoses que, le moment venu, elle gagnera l’organe de réserve définitif. S’agit-il, au contraire, d organes souterrains adhérents aux feuilles sans l’intermédiaire de tiges, les hexoses, dans ce cas, parviennent directement au bulbe ou à l’oignon : c’est le cas du Lycoris.
- 3° Cet afflux incessant de glucides déclenche dans les cellules de la mise en réserve une série de phénomènes chimiques sur lesquels on n’a pour ainsi dire aucun renseignement, mais dont les résultats sont d’une étrange variété.
- Dans la Banane, dans les céréales saccharifères du type du Maïs, le phénomène est des plus clairs : l’amidon s’élabore aux dépens des hexoses au fur et à mesure de leur arrivée dans l’organe de réserve. Par contre, dans les céréales à lévuloside, du type du Blé et dans les Lycoris, on assiste à la production de substances lévogyres, qu’il s’agisse de formation transitoire, comme dans le Blé, ou de formation permanente, comme dans les Lycoris. Le rôle de ces formations, qu’on pourrait dire secondaires, reste obscur : certainement, pour ce qui est du Blé, on ne peut voir dans la lévosine la source principale de l’amidon, et, par ailleurs, dans les Lycoris, on constate que l’augmentation et la diminution de la teneur en lévulosides et en amidon suivent exactement le même rythme. Le contraire aurait lieu si la réserve amylacée s’élaborait aux dépens des premières. Il est plus probable que lévulosides et amidon constituent deux matières de réserve indépendantes, mais d’importance inégale, prenant naissance aux dépens des mêmes hexoses, et contribuant toutes les deux à assurer la formation et la nutrition des nouveaux tissus lors du développement de la hampe florale.
- 4° En tout cas, l’amidon n’est jamais précédé de dextrines provenant d’une condensation de glucose. Chaque fois que, dans la littérature scientifique, on se trouve en face de la théorie classique faisant de la synthèse de la matière amylacée l’inverse de l'hydrolyse, on constate qu’il y a, ou bien insuffisance de technique, ou bien conclusion dépassant les données de l’expérience. C’est ainsi que Leclerc du Sablon, dans son travail sur les organes de réserve des Monocotylédones, se contente des dosages à la liqueur de Fehling, avant et après hydrolyse par les acides dilués, pour évaluer la proportion des sucres réducteurs et des sucres non réducteurs, lesquels, en cas de présence d’amidon, sont considérés comme « matière amylacée soluble » ; pareille méthode ne permet nullement de différencier les polyoses non réducteurs solubles, devenant réducteurs sous l’action des acides : les dextrines appartiennent à ce groupe, il est vrai, mais aussi le saccharose et tous les lévulosides.
- Lorsque Maquen’ne concluait, d’après les résultats obtenus dans ses mesures cryoscopiques, que « la formation de l’amidon est précédée de celle de substances dextriniformes ayant déjà un poids moléculaire très supérieur à celui du glucose », il était fidèle à la théorie généralement admise. Mais l’expérience autorisait à conclure à la présence de produits de condensation ; nullement à préciser la nature de ces produits.
- En fait, le contrôle optique des résultats fournis par les analyses chimiques ne
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- 628 LA GENÈSE DE L’AMIDON DANS LES VÉGÉTAUX. — OCTOBRE 1931.
- laisse aucun doute sur la nature des substances solubles non réductrices qui accompagnent l’amidon : ce peut être le sucre de canne, comme dans le Maïs ou la Banane, ou un mélange de sucre de canne et de un ou plusieurs lévulosides, comme dans le Blé et les Lycoris. Ce ne sont jamais des dextrines.
- 5° On le voit, le processus de la synthèse de la réserve amylacée n’est pas aussi simple qu’on l’a cru pendant longtemps : on ne monte pas du glucose à l’amidon par une sorte de progression continue; bien au contraire, tout au long du chemin qui les conduit des feuilles à l’organe de réserve, les glucides passent par des vicissitudes multiples et impossibles à prévoir. A partir des mêmes hexoses fournis par les feuilles, les plantes se montrent capables d’élaborer aussi bien la lévosine des grains des céréales que le graminoloside ou le triticoloside des tiges de diverses Graminées, l’irisine ou les substances lévogyres des Iris aussi bien que les lévulosides des Lycoris. Il resterait à découvrir le mécanisme intime de ces transformations qui s’effectuent avec tant de facilité dans la cellule vivante; tant qu’on n’y sera pas parvenu, il faudra se résigner à reconnaître qu’on ne connaît que bien peu de chose de la biochimie des plantes et que, en particulier, l’étude de la genèse de l’amidon n’est encore qu’ébauchée.
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- BULL. DE LA SOCIÉTÉ ü’eNCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — OCTOBRE 1931.
- LA TRAVERSÉE AÉRIENNE DE L’ATLANTIQUE NORD,
- DE L’EST A L’OUEST, PAR D. COSTES ET NI. BELLONTE,
- LA NAVIGATION {l}
- par M. Louis Kahn, Ingénieur du Génie maritime.
- I. — LES MÉTHODES
- LES BESOINS NOUVEAUX DE LA NAVIGATION AÉRIENNE. — L’ORTHODROMIE, POUR LE CHOIX DE L’ITINÉRAIRE, LA DÉTERMINATION DES ROUTES LES PLUS COURTES ET LA RADIOGONIOMÉTRIE. — LA CARTE MARINE OU PLANISPHÈRE DE MERCATOR. DIFFICULTÉS D’EM-PLOI. LE CALQUE DE FAVÉ. — LES CARTES GNOMONIQUES. — LA NOUVELLE SOLUTION PROPOSÉE. CHANGEMENT D’AXE SUR LA CARTE RÉDUITE. PRÉCISION RÉALISÉE DANS LA DÉTERMINATION DE L’ORTHODROMIE. — LE POINT ASTRONOMIQUE. SIMPLIFICATION APPORTÉE.
- Les opérations de navigation de Costes et Bellonte au-dessus de l’Atlantique avaient pour support la carte de navigation que l’auteur avaient construite pour eux, en 1928. Elle est conçue pour réduire les calculs nautiques à des constructions graphiques simples (“2).
- La cartographie, ou plus précisément la géographie mathématique, est l’art de représenter la surface de la terre sur une feuille de papier. Gela n'est pas possible en toute rigueur, car on ne peut appliquer une surface sphérique sur un plan sans l’étirer ou la déchirer. Les anciens connaissaient déjà le problème et avaient imaginé de nombreuses solutions de circonstance. Et, depuis, la cartographie est restee en évolution constante bien que les éléments du calcul différentiel, dont elle est une application, soient parfaitement connus depuis plusieurs siècles. Mais elle a progressé avec notre connaissance du monde et, au fur et à mesure que les distances commerciales s’étendaient et que se perfectionnaient les moyens de naviguer, elle a dû devenir de plus en plus précise.
- Aussi ne faut-il pas s’étonner si l’aviation, à son tour, lui pose de nouveaux problèmes. En bref, ils se ramènent à un seul : la connaissance immédiate du plus court chemin d’un point à un autre et de la distance qui les sépare. Ce plus court chemin est sur la sphère un arc de grand cercle ou orthodromie, et on dit qu’uqe carte est orthodromique quand elle le représente par une droite (3).
- En navigation aérienne, la connaissance du grand cercle joue un multiple rôle.
- D’abord elle permet de choisir la route directe ou de comparer entre eux, à vue, les différents itinéraires possibles. L’exemple de Paris-New York est la preuve que ce n’est pas toujours la route la plus courte qu’il faut adopter. Si, de plus, l’échelle est constante, la comparaison des distances, la discussion des itinéraires en seront très facilitées.
- (1) Communication faite en séance publique par l’autear le 14 mars 1931.
- (2) Voir en particulier : les trois notes présentées par M. P. Painlevé à l’Académie des Sciences en 1928 et 1930 : t. 186, p. 496; — t. 187, p. 284; — t. 191, p. 706; — le Bulletin de VAssociation technique maritime et aéronautique de 1928 et Y Académie de Marine, t. VIII, 1929.
- (3) Suivant le vocabulaire usuel, nous dirons qu’une carte est orthodromique quand elle donne pour image d’un arc de grand cercle une droite, nous dirons qu’elle est conforme quand elle conserve les angles au voisinage d’un point.
- 130e Année. — Octobre 1931.
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- Ensuite, une carte orthodromique permet de tracer sur la carte, par une simple droite, le trajet des ondes hertziennes qui suivent sur la sphère le plus court chemin. Une carte orthodromique permet donc de relever un émetteur de signaux par T. S. F., un avion ou un bateau, par exemple, et de le situer par rapport au récepteur aussi simplement qu’un topographe relève à courte distance un point remarquable. Cette opération sera facilitée si les angles sont fidèlement représentés.
- Que la carte marine (fig. 1) ne donne pas l’orthodromie à lecture directe, c’est là un fait bien connu de ceux qui s’en servent. Elle n’a d’ailleurs pas été faite pour cela, mais au contraire pour donner une image rectiligne de la loxodromie.
- Sur cette carte, dont l’échelle est infinie au pôle, plus un itinéraire passe près du pôle, plus il paraît s’allonger, même quand c’est le contraire dans la réalité : représentation à la fois choquante pour l’esprit et très impratique quand il s’agit de confronter deux routes à vue pour discuter avec précision un itinéraire.
- On peut dire que jusqu’ici la façon courante de déterminer l’orthodromie, c’est de la calculer par les formules de trigonométrie sphérique. Dans le triangle Pôle, point de départ, point d’arrivée, on connaît l’angle au pôle, différence des longitudes, et les côtés adjacents qui sont les colatitudes des deux points. On calcule le troisième côté qui est la distance orthodromique, et l’angle au point de départ qui est le cap géographique à l’origine.
- Régulièrement, en navigation maritime, on garde ce cap au départ pendant 12 ou 24 heures. Au bout de ce temps, on fait le point et on détermine, par le même calcul, le cap nouveau. Ainsi sur la carte marine, on suit une ligne brisée faite de tronçons rectilignes qui festonnent autour de l’orthodromie. Le procédé est généralement suffisant, à défaut de mieux, mais, en somme, il est assez grossier et il est ennuyeux à cause des calculs. Et, comme un avion va à peu près cinq fois plus vite qu’un navire, si on voulait suivre l’orthodromie avec la même précision, il faudrait calculer cinq fois plus souvent. Lorsqu’il n’y a pas de navigateur à bord, et que, par suite, tout calcul et toute observation sont impossibles, on fait le calcul d’avance des caps successifs, on les corrige de la déclinaison magnétique et on en donne la liste au pilote. Mais comme un avion dérive beaucoup plus qu’un bateau et que son incertitude d’estime est beaucoup plus grande, des calculs nouveaux seraient nécessaires, et les calculs faits d’avance risquent d’être de peu d’utilité.
- - Il n’est pas surprenant qu’on se soit ingénié à simplifier la question.
- On peut dire que la base de ces efforts, c’est la projection gnomonique. Projetons la surface de la terre sur un plan, en prenant comme point de vue le centre de la terre. Comme les grands cercles sont des plans qui contiennent le point de vue, ils se projettent suivant des droites.
- La route d’un point à un autre est représentée par la droite qui les joint. Si l’on projette sur un plan parallèle à l’axe des pôles, on a la carte d’Hilleret (fig. 2).
- Mais quand on a tracé la droite, il faut encore déterminer le cap à adopter pour s’y maintenir. C’est une opération difficile parce que ces cartes altèrent les angles, elles ne sont pas conformes. Cela est particulièrement apparent sur la projection d’Hilleret où les angles des méridiens et des parallèles qui sont des angles droits en réalité, se projettent suivant des angles de 30” dans les coins de la carte. Il faut aussi suivre sa route par la longueur parcourue mais l’échelle n’est pas constante.
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- de Mercalor. Noos avons reproduit ici le « Planisphère pour la détermination des routes orthodromiques Service hydrographique de la Marine pour servir de fond au calque de Favé, qui est reproduit ligure '-t
- LA NAVIGATION AÉRIENNE DANS L’ATLANTIQUE-NORD.
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- Fig. 2. — Carte d’Hilleret (Service hydrographique de la Marine).
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- LA NAVIGATION AÉRIENNE DANS LATLANTIQUE-NORD.
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- Comme la carte n’est pas conforme, l’altération de l’échelle n’est pas la même dans toutes les directions.
- Naturellement, par des constructions appropriées, on peut arriver à reconstituer les distances et les angles en vraie grandeur. Mais pratiquement il est plus simple de reporter la route point par point sur la carte marine (projection de Mercator), de lire directement les caps et de mesurer les distances par les procédés bien connus de ceux qui pratiquent ces cartes.
- Fig. 3. — Calque de Favé. Les courbes rayonnantes sont des images des grands cercles sur un planisphère Mercator. En réalité, ils ont tous la même longueur. Les courbes concentriques, qui sont leurs trajectoires orthogonales, servent à mesurer les distances. Ce sont les courbes de hauteur.
- Si l’on doit recourir aux planisphères, il y a une solution plus simple qui a été imaginée par M. Favé {i) en 1921 (fig. 3). Toutes les images des grands cercles sur la carte ne dépendent que de l’angle du grand cercle avec l’équateur. On peut donc tracer ces images une fois pour toutes et voir celle qui convient pour joindre deux points.
- Le trait commun de toutes les solutions qui précèdent c’est qu’on s’est toujours efforcé de conserver la carte réduite, ou d’obtenir des grands cercles rigoureusement tracés.
- (4) C’est également à M. Favé que l’on doit le sextant à bulle, tel que les aviateurs l’emploient.
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- Nous allons voir comment les solutions deviennent simples pour l’utilisateur de la carte, quand on renonce à la propriété essentielle de la carte marine, celle d’avoir un canevas exceptionnellement facile à construire.
- Tout d’abord, il est essentiel de conserver la conformité de la carte (5). C’est une condition avec laquelle on peut transiger quand on se propose de représenter uhe faible partie de la terre, par exemple dans les cartes à grande échelle comme la carte d’état-major. Pour une petite zone, on peut par exemple confondre la terre et sa projection sur le plan tangent, au voisinage du point de contact. Mais à 90° du point de contact, tous les angles, quels qu’ils soient, auront une projection nulle et elle sera déjà fortement altérée bien avant cette distance. De telles cartes ne permettent donc aucune des opérations nécessaires à la navigation, et dès qu’on s’écarte du centre, elles ne donnent plus une image fidèle des lieux représentés.
- Voici alors la solution proposée :
- Soient deux points à la surface de la terre, Paris et New York par exemple ; considérons le cylindre circonscrit à la sphère le long du grand cercle Paris-New York(G). Si on développe ce cylindre sur un plan, ce grand cercle deviendra une droite. L’échelle sera constante tout le long de la route, et nous aurons au moins une orthodromie, qui sera une droite. Pour avoir une solution conforme, nous adopterons pour loi de correspondance entre les points de la sphère et les points du cylindre, la même loi que sur les planisphères de Mercator. On pourrait d’ailleurs démontrer qu’aucune autre loi ne convient, dès que l’on admet la constance de l’échelle sur Taxe et la correspondance des génératrices du cylindre avec les grands cercles normaux à l’axe.
- On obtient alors la figure 4.
- Au lieu d’envoyer à l’infini les pôles géographiques, nous avons envoyé à l'infini les deux pôles du grand cercle Paris-New York, c’est-à-dire les deux points de la terre qui sont les plus éloignés de ce cercle. L’un est vers le Japon, l’autre dans la mer Australe. Nous ne nous en soucions pas puisque nous nous occupons de Paris-New York.
- Que deviennent les grands cercles?
- Nous pouvons prévoir qu’ils seront peu différents de droites dans la région de la carte qui nous intéresse, puisque celui que nous avons pris comme axe est devenu une droite rigoureusement. Et, de fait, on démontre que tous les grands
- (•">) On pourrait ajouter ici, à moins de ne pas s’en écarter plus que ne le comporterait la précision dos instruments. C’est ainsi que A. Tissot, dans son mémoire classique à l’Académie des Sciences, a renoncé à annuler l’altération angulaire, de façon à éviter une altération excessive de l’échelle sur les pays de grande superficie. Mais jamais il n’a admis une erreur de conformité de plus d’une minute vingt secondes [Trouver le meilleur mode de projection pour chaque contrée particulière (Comptes rendus de l'Académie des Sciences, du 17 décembre 1860, p. 964-969). Cité et reproduit par A. Germain (p. 230 de son traité)].
- Cette erreur de conformité, que Tissot appelle erreur d’angle, est en somme l’altération angulaire de triangles géodésiques infiniment petits. L’altération qui importe est celle des triangles finis, que nous appelons altération goniométrique. Elle sera d’autant plus faible que l’on aura pu conserver à la fois angle et échelle. C’est cette erreur que nous calculons dans le cas particulier de notre projection.
- Ajoutons à la gloire de Mercator (1569) que, dans tous les cas étudiés par Tissot, la présente projection altère moins l’échelle que les projections proposées par Tissot. Et elle ne donne pas d’erreur d’angle.
- (6) En réalité, c’est sur le grand cercle cap Finisterre d’Espagne-cap Hatteras que nous avons construit la carte de Costes et Bellonte.
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- cercles qu’on peut tracer sur la sphère ont un point d’inflexion au point où ils coupent l’axe, c’est-à-dire que leur rayon de courbure est infini.
- Gela apparaissait déjà sur le calque de Favé. On peut remarquer ici que tous les méridiens, qui sont des grands cercles, diffèrent très peu de droites dans toute la bande médiane de la carte. Nous préciserons tout à l’heure la zone dans laquelle on peut considérer que la droite qui joint deux points peut être prise comme route la plus courte entre ces deux points.
- En somme l’opération que nous avons faite est très simple. Nous avons pris sur la sphère une bande autour du grand-cercle Paris-New York, nous l’avons ouverte et développée sur le plan, en la déformant pour la rendre applicable, mais la loi de déformation a été choisie pour que le grand cercle ne soit ni étiré, ni tordu, et pour que, sur toute la bande, les angles soient conservés.
- Nous obtenons ainsi une bande qui est une représentation de la terre aussi fidèle que la bande d’un planisphère, voisine de l’équateur.
- Nous allons voir que pour les applications que nous avons en vue, la largeur de la bande peut aller jusqu’à 15° de l’axe, de chaque côté, c’est-à-dire, qu’on peut s’en servir pour couvrir une zone étendue en longueur à toute la circonférence terrestre et en largeur à 30° soit 3.333 km environ.
- Chercher dans quelle limite cette carte est orthodromique, c’est chercher de combien on allonge la route en suivant la droite qui joint deux points, au lieu de suivre l’orthodromie véritable. Il est facile de se rendre compte que c’est en se déplaçant parallèlement à l’axe que l’on allongera le plus la route. Si au contraire on se déplace normalement à l’axe on ne commet aucune erreur.
- Supposons qu’elle soit parallèle à l’axe et à 700 km de lui. Pour une distance de 5.000 km, on allongera la route de 3.560 m soit 0,07 p. 100. Pour que l’allongement atteigne 1 p. 100, il faudrait que la route soit de 10.000 km précisément à 15° de l’axe. Nous sommes donc très modérés en restant dans des limites aussi étroites.
- C’est aussi dans ces limites qu’on peut regarder la carte comme applicable à la radiogoniométrie sans aucune correction.
- Nous allons voir maintenant quelle simplification elle apporte à la trigonométrie sphérique, et à son application principale en navigation, la détermination astronomique du point.
- Qu’est-ce donc que faire le point astronomique?
- A tout instant, grâce aux tables nautiques dressées plusieurs années d’avance et à une montre réglée sur le mouvement de rotation de la terre, le navigateur connaît la position des astres au-dessus de notre globe. Si l’un de ces astres, le soleil par exemple ou, la nuit, une étoile, est juste au-dessus de lui, à son zénith, le navigateur connaît par là même sa propre position à cet instant précis. Le navigateur peut donc lire sa position dans le ciel, comme s’il identifiait le sol sous son avion. Mais il est exceptionnel et malaisé à constater qu’un astre est au zénith. Aussi, l’observation est-elle un peu différente. Elle consiste à mesurer, grâce à un appareil appelé sextant, la hauteur d’un astre au-dessus de l’horizon ou, ce qui revient au même, la distance angulaire entre l’astre et le zénith. Supposons qu’au point inconnu où se trouve l’avion le navigateur constate qu’un astre, Vega par exemple, est à
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- 30° du zénith. Cela signifie que l’avion est à 30° terrestres, soit 3.333 km du point connu par les tables, où Vega est au zénith. Supposons la carte orthodromique à l’échelle du 1/10.000.000 : l’avion est à 333 mm de ce point, c'est-à-dire sur un cercle de 333 mm de rayon. On tracera sur la carte un petit tronçon de ce cercle voisin de la position estimée. Ce tronçon étendu sur 1 ou 2 cm (c’est-à-dire à l’échelle sur 100 ou 200 km), se confond avec un élément rectiligne de la tangente et on l’appelle la droite de hauteur.
- L’utilisation de l’observation est donc immédiate, surtout si, pour dispenser d’ouvrir la table, la carte porte le trajet même des étoiles au-dessus de la terre. Pour trouver le point de l’étoile sur la carte, il suffit alors de savoir l’heure. On reconnaît alors futilité des parallèles d’étoiles tels qu’ils sont figurés sur la carte de navigation.
- II. — L’EXÉCUTION
- L’ITINÉRAIRE MÉTÉOROLOGIQUE. LA PARTIE CONTINENTALE A L’ESTIME. LES DÉTERMINATIONS ASTRONOMIQUES DE LA POSITION ET LEUR COMMUNICATION AUX NAVIRES A LA MER. LA DÉTERMINATION DES VITESSES RÉELLES D’APRÈS LES DROITES DE HAUTEUR. LE VENT RELATIF A VARIÉ DE 118 KM/H PENDANT LA PARTIE MARITIME DU VOYAGE. DÉTERMINATION ASTRONOMIQUE DU POINT AU-DESSUS DE LA TERRE, APRÈS LE MAUVAIS TEMPS.
- Si on compare la carte du raid aux cartes habituelles, elle surprend. Mais, en se reportant à un globe terrestre, on constate qu’elle est au contraire très fidèle. Elle montre, en particulier, que le continent européen barre la route de l’aviateur venant d’Amérique et lui facilite son atterrissage. Mais, en sens inverse, la situation est très défavorable. Si, venant d'Europe, on passe trop au Nord, on tombe dans les brumes ou le verglas de Terre-Neuve; si l’on passe trop au Sud, on défile devant la côte sans la voir.
- On sait que cette difficulté géographique est aggravée par la difficulté météorologique. La climatologie de l’Atlantique-Nord indique que le vent y souffle presque toujours du secteur Ouest et qu'il est rare d’y trouver des vents favorables à l’avion qui vient d’Europe. Depuis 1928, cette situation ne s’est rencontrée que deux ou trois fois chaque année, non pas qu’un calme complet ou un régime de vent d’Est ait alors uniformément régné sur l’Atlantique-Nord. mais il était possible de tracer entre les perturbations un itinéraire qui ne fut pas trop soumis au vent contraire ou au mauvais temps, ni trop allongé par des détours.
- L’itinéraire du Point d’Interrogation était commandé par les deux perturbations principales qui régnaient sur l’Atlantique. Une première dépression, dont la partie Nord était à la hauteur de l’Irlande, s'étendait sur l’Est de l’Atlantique. Celle-ci devait être contournée par le Nord pour donner des vents favorables. Et c’est pourquoi Costes et Bellonte quittèrent l’Europe en Irlande.
- Une deuxième perturbation, qui s’étendait à l’approche des côtes d’Amérique, ne pouvait être contournée que par le Sud, malgré les vents contraires. Le Point d'Interrogation devait donc dessiner sur l’Atlantique une sorte de V aplati, qui s’ouvrait vers le Nord et dont la pointe était au milieu de l’océan, en un point situé à peu près à 42° Ouest, 43° Nord.
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- Du Bourget au cap Loop d’Irlande, soit de 9 h. 30 m., heure de Greenwich (10 h. oO m., à Paris), à 15 h., la navigation fut faite à l'estime, c’est-à-dire d’après les caps mesures sur la carte et compte tenu de la dérive. La route était contrôlée au passage des villes successivement visées et atteintes et dont Bellonte signalait par radio le survol. A 15 h., l’avion quitta l’Irlande au cap Loop. Il devait rester au-dessus de la mer jusqu’à 14 h., le lendemain.
- La route fut donc choisie pour contourner la dépression qui régnait sur l’Atlantique oriental et profiter des vents favorables qui la bordaient au Nord. A 19 h. 52 m., la route fut contrôlée par une observation du soleil. On la voit sur la carte de navigation (fig. 4). Elle situe l’avion en longitude.
- Aussitôt après, Bellonte, qui était en relation avec le Rochambeau depuis 17 h., lui demanda de le radiogoniométrer. C’est une opération qu’il tenta plusieurs fois par la suite. Mais, en général, il n’en tira pas d’indications de position. Par contre, les navires reçurent parfaitement ses messages et « causèrent » avec Bellonte d’une façon à peu près constante.
- Le contrôle de la position à 19 h. 52 m. était d’autant plus nécessaire que le Point d'Interrogation n’avait pu conserver la route initiale. Il avait déjà du, par deux fois, faire route au Nord-Ouest parce qu’il butait dans les nuages accompagnant la dépression. Il valait mieux les éviter pour la nuit et l’équipage savait, d’après les renseignements météorologiques du départ, que le ciel dégagé était au Nord.
- Cette première observation astronomique de 19 h. 52 m. fut suivie de 16 autres pendant le voyage. La plupart figurent sur la carte de navigation, soit que les droites de hauteur correspondantes aient été directement placées sur la carte, soit qu’elles y aient été reportées, après avoir été tracées ailleurs. Il peut arriver, en effet, que les astres observés ne soient pas dans la carte de navigation elle-même. C’est pourquoi Bellonte disposait également de deux autres cartes, construites l’une pour la route des Indes, l’autre pour la traversée de l’Atlantique-Sud, grâce auxquelles il pouvait exploiter tous les cas possibles d’observation astronomique.
- A 22 h. Greenwich, le Point d'interrogation se trouvait à peu près vers le 30° de longitude Ouest. Il faisait nuit, comme à 20 h. en France. Bellonte fit les premières observations d’étoiles, avec Altaïr et Arcturus observés presque simultanément dans d’excellentes conditions. La position correspondante, 50° 10' Nord, 30° 40' Ouest, est certainement une des plus précises du voyage.
- Depuis un moment, la route avait été prise vers le Sud-Ouest et retrouvait l’itinéraire initialement projeté. C’est à ce moment que le contact fut pris avec le Ham-burg et surtout avec le Bremen, avec lequel il fut conservé jusqu’à 5 h. du matin.
- Dans l’intervalle, Bellonte avait encore observé plusieurs étoiles et estima que le Point d'Interrogation avait rejoint la route des navires. Costes fit donc route à l’Ouest et une observation de la Polaire précisa la latitude : 43°. La position de 3 h. 50 m., remarquablement connue également, fut passée au Bremen et recueillie aussi sans doute par le Jacques-Cartier, qui entra à ce moment en liaison, bientôt suivi du Roussillon.
- Après avoir délibéré sur la route à prendre, tout en continuant cap à l’Ouest, l’équipage estima qu’il pouvait désormais faire route sur la côte américaine. La route météorologique prévoyait l’atterrissage à Halifax. La route la plus courte était vers lé cap Race. Costes et Bellonte décidèrent d’adopter le'point le plus proche, Terre-
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- Neuve étant excepté. Ce point se trouvait dans l’île du Cap Breton, à 100 km Nord-Est du cap Canso.
- Ce fut la période des vents contraires. Toutes les observations astronomiques de Bellonte entre ce point et la côte, comme aussi le temps qui sépara le changement de cap de l’atterrissage, montrent que la vitesse du raid, qui avait dépassé 238 km/h dans la première partie, fut pour la dernière partie, à certains moments, inférieure à 120 km/h.
- Cette variation du vent de plus de 118 km/h, et cela bien que les circonstances météorologiques choisies fussent exceptionnellement favorables, montre que la navigation à l’estime sur l’Atlantique est inconcevable sans un contrôle constant de la position.
- Le jour vint vers 9 h. A 9 h. 30 m., Bellonte fit une observation du soleil. 11 en fit encore deux autres jusqu’à la côte. La dernière fut faite à 12 h. 35 m. et donna avec une excellente approximation la distance qui restait à franchir avant le continent. C’est sur elle que se fonda Bellonte pour annoncer que la terre serait en vue à 14 h. Et, en effet, le survol de la terre fut noté sur son livre de bord à 14 h. 2 m. et au point qu’il se proposait d’atteindre.
- Le temps était devenu très mauvais. Obligé de garder le contact avec la terre pour la dernière partie du voyage, Costes fit passer le Point d’interrogation sous les nuages et suivit à faible altitude les détours de la côte de la Nouvelle-Écosse. Ces détours rendaient la position incertaine, de sorte qu’il remonta « au-dessus » pour permettre à Bellonte de fixer la position par une observation solaire. Elle situa l’avion dans la baie de Fundy à 18 h. 17 m. et, complétée par un « transport par l’estime » de la côte de la Nouvelle-Écosse elle-même, elle précisa exactement la position.
- III. — LES ENSEIGNEMENTS
- BILAN DES DISTANCES ET DES VITESSES PENDANT LE VOYAGE. — DIFEICULTÉ DE FIXER UNE ROUTE. LARGEUR DE LA ZONE DE PASSAGE ÉVENTUELLE. INFLUENCE DE L’AUG-MENTATION DE VITESSE. RELAIS. RÔLE DE LA DÉTERMINATION ASTRONOMIQUE DU POINT. LA COLLABORATION AVEC LES NAVIRES. CONCLUSION.
- L’entreprise de Costes et Bellonte apporte donc, au point de vue de la navigation, des enseignements particulièrement importants. Elle confirme les méthodes que nous avons indiquées et montre qu’elles permettent à un avion de suivre son itinéraire avec une précision extrême dans une indépendance absolue et sans rien identifier de la surface.
- Il semble bien que ces conditions de vol, qui rapprochent la navigation aérienne de la navigation maritime, caractérisent pour une certaine période le vol au-dessus de l’Atlantique-Nord, surtout de l’Est à l’Ouest, et le rendent si profondément différent de celui des lignes aéroterrestres ou aéromaritimes aujourd’hui en exploitation. Cela tient à deux causes: d’une part, on ne peut fixer une route et, d’autre part, il faut laisser une initiative absolue à l’équipage pour parer à un incident météorologique imprévu.
- Que l’on ne puisse fixer la route, c’est ce que montrent les chiffres suivants : la distance Paris-New York est de 5.810 km ; elle paraît faible pour le Point d’interrogation qui avait porté le record du monde de distance en ligne droite à 7.905 km
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- et la distance en circuit fermé à 8.029 km. L’itinéraire suivi par le Point d’interrogation les 1er et 2 septembre en compte 6.550, et, comme l’avion tint l’air 37 heures et 12 minutes, à une vitesse moyenne de 184 km/h. il a effectivement parcouru dans l’air 6.880 km.
- Le trajet direct a donc été allongé de 740 km par les détours météorologiques et de 330 km par le vent qui, dans son ensemble, fut encore contraire. Les différences qui subsistent, sans que nous y insistions, se justifieraient en comparant l’essence restant dans les réservoirs et les régimes de marche.
- Pendant toute la période où la navigation transatlantique s’acheminera de l’âge des héros à celui de l’exploitation régulière, il faudra de même, pour choisir la route d’Europe en Amérique, composer avec le vent contraire sur un itinéraire aussi peu allongé que possible. La zone des routes s’étend sur plus de 1.800 km de largeur.
- Cette largeur pourra se réduire dans la mesure où la vitesse propre des avions sera suffisante pour que le vent soit négligeable devant elle. Supposons par exemple un avion traversant à la vitesse de 300 km/h, avec un rayon d’action commercial égal à celui du Point d'Interrogation. Un vent de 70 km/h n’abaisserait la vitesse qu’à 230. Et, bien que la durée normale du voyage, qui serait de 19 à 20 heures, monte alors à 25 heures, le parcours dans l’air ne serait encore que de 7.500 km.
- Sans doute on pourrait penser d’ici là réduire l’étape par des relais : bateaux-escales ou relais semi-fixes comme les îles flottantes, relais fixes des routes déviées soit par l’Irlande et le Groenland, soit par les Açores et les Bermudes. Mais le temps bouché et les tempêtes pourront interdire à certains moments le survol d’une vaste région atlantique. Le jalonnement d’une seule route ne suffirait donc pas et il serait tout aussi utile de disposer des escales transversalement au trajet que d’équiper une route unique. Jusque-là, le moyen principal de navigation devra donc rester la détermination astronomique du point contrôlant constamment l’estime (7). Sa portée ne devra d’ailleurs que se développer si, comme on l’espère, c’est par le vol aux grandes altitudes, au-dessus des systèmes nuageux, que le problème d’accroissement de vitesse doit se trouver résolu.
- Il restera encore à développer la collaboration avec les navires pour la détermination des positions. On sait le rôle considérable qu’ils ont joué, depuis plusieurs années, dans l’étude synoptique de la météorologie atlantique et dans l’établissement des prévisions du raid lui même. En outre, ils ont été les constants relais entre le Point d'Interrogation et les postes continentaux. Bien que la route suivie par l’avion se soit rapprochée de leur trajet, le plus fréquenté des grands parcours maritimes du monde, Costes et Bellonte n’en aperçurent aucun au large. Il n’était donc pas question d’aller les survoler pour leur demander leur position exacte. La radiogoniométrie même n’a pas été efficace. L’avion n’avait pas de cadre à bord et devait être relevé par les navires. En 1928, c’était surtout sur cette méthode que comptait l’équipage. La suite a montré quel risque c’eût été de s’en remettre à ce seul procédé.
- (7) Le 13 juillet 1926, Costes et Bellonte avaient tenté la traversée parle cap Finisterre d’Espagne et les Açores. L’observation du soleil leur montra qu’ils avaient, 12 heures après leur départ, un tel retard sur l’horaire qu’il devenait douteux d’atteindre New York. Ils décidèrent le retour et ramenèrent le Point d’interrogation à Paris. A plus de 500 km au large, vers 22 h., l’observation de la Polaires t de Vega leur montra que la côte devait être atteinte vers 1 h. 15 m., et c’est à 1 h. 7 m. qu’ils aperçurent le premier feu de terre.
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- MESSIEURS,
- Pour que de tels résultats de navigation aient pu être obtenus, il a fallu que ces opérations soient exécutées par l’équipage dans l’étroit poste de l’avion avec calme et sang-froid. Il a fallu que Gostes, ayant pesé ses moyens de réussite, ait cru à ces méthodes. Il a fallu que son pilotage ait à chaque instant facilité les prises de hauteur de Bellonte. Il a fallu que Bellonte se soit patiemment entraîné avec intelligence et minutie pour opérer d’instinct' avec le sextant, la montre et la carte. La navigation astronomique est devenue chez lui une seconde nature et, arpentant l’aire cimentée devant les hangars du Bourget dans la nuit du 13 au 14 juillet 1929, un peu avant le décollage pour la première tentative vers les Açores, il choisissait déjà dans le ciel les étoiles les plus commodes pour la traversée.
- ^ En 1909, Blériot a traversé la Manche pour la première fois. Aujourd’hui, les avions des lignes régulières, chargés de passagers et de marchandises, la survolent commercialement environ 3.000 fois par an.
- Je ne veux pas insister sur les espoirs que de tels chiffres font naître dans les esprits tournés vers l’avenir, au moment où, pour la première fois, Costes et Bellonte ont volé de Paris à New York contre le sens des vents dominants.
- Mais je voudrais simplement, pour terminer, les remercier en ami, d’avoir, au cours de ces heures historiques, consacré les méthodes de navigation aérienne que je viens de vous exposer.
- O U V R AGES REÇUS A LA BI R L1U T H È(J U E EN JUILLET, AOUT ET SEPTEMBRE 1931
- Crennell (J.-T.) et Lea (F.-M.). — Les accumulateurs alcalins. Traduit de l’anglais par L. Navarin. In-8 (25 x 16) de u + 147 p., 24 fig. Paris, Dunod, 1931. 18012
- Zworykin (V.-K.) et Wilson (E.-D.). — Les cellules photoélectriques et leurs applications. Traduit de l’anglais par G. Malgorn. In-8 (25 x 16) de vi + 177 p., 98 fig. Paris, Dunod, 1931. 18013
- Oonat (André). — Technique du réglage des appareils horaires. Système balancier spiral. In-8 (21 x 14) de 202 p., 56 ûg. Paris, Dunod, 1931. 18014
- Pérignon (Jean). — Les procédés modernes de taille des engrenages. In-8 (21 x 14) de 95 p., 84 fig. Paris, Dunod, 1931. 18015
- Croiset (Pierre). — Étude sur le moulage de l’acier. In-8 (25 x 16) de x+206 p., 75 fig. Paris, Dunod, 1931. 18016
- Hawley (L.-F.) et Wise (Louis E.). — La chimie du bois. Traduit de l’anglais par Jean Barry. In-8 (25 x 16) dexin-f-302 p., 19 fig. Paris, Dunod, 1931. 18017
- Varriot (E.). — Organisation des usines de chaudronnerie et de mécanique générale. In-8 (25 x 16) de 130 p., fig. Paris, Dunod, 1931. 18018
- Mondon (Emile). — Assainissement général des villes et des petites collectivités. Tome I : Les déchets urbains et la pollution des cités. In-8 (25 x 16) de xxi + 122 p., 54 fig. Paris, Dunod, 1931. 18019
- Staudinger (H.) et Frost (W.j. — Introduction à l’analyse qualitative organique. Traduit de la 2e édition allemande par Eric W. Reuss. In-8 (25 x 16) de vnn-192p. Paris, Dunod, 1931. 18020
- Hausbrand (E.). — Le fonctionnement des appareils à rectifier et à distiller. Traduit
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- OUVRAGES REÇUS EN JUILLET, AOUT ET SEPTEMBRE 1931.
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- d’après la 4e édition allemande par Charles L. Schweitzer. In-8 (23 x 16) de xvi + 314 p., 16 diagrammes. Paris, Dunod, 1931. 18021
- Collet (G.) etDiBOS (Pierre). — La fonte, précédée d’un aperçu sur la métallographie des fontes, par Albert Portevin. (Encyclopédie minière et métallurgique). In-8 (23 x 13) de 406 p., 172 fig. Paris, J.-B. Baillière et fils, 1931. 180 22
- Chalamel (F.). — Manuel du carreleur et du mosaïste avec le concours de L. Descamps, Sylvain Baud, L. Alêne. (Bibliothèque professionnelle). In-12 (18x 12) de 344 p., 201 fig. Paris, J.-B. Baillière et fils, 1931. 180 23
- Faugeras (Jacques). — Oranges, citrons, pamplemousses. Leur culture et leur commerce en Floride et en Californie. In-8 (23x16) de ix + 229 p., 33 fig. Paris, Dunod, 1931. 180 24
- Billière (Marius). — La gestion des entreprises. — Le point mort. Théorie, détermination, application. In-4 (27 x 21) de 84 p. Paris, Édition de « L’Usine », 13, rue Bleue (9e). 18025
- Malette (Joseph). — Détermination du dosage des mortiers en œuvre par l’analyse chimique (ex C. R. du 10ft Congrès de Chimie industrielle, 7-13 septembre 1930). ln-4 (27 x 22) de- 2 p. Paris, Chimie et Industrie, 49, rue des Malhurins. (Don de l’auteur).
- Pièce 13683
- Quantum (J.). — La soie artificielle, sa fabrication et ses applications (ex Bull, de la
- Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, avril 1931). In-4 (27x21) p. 239-264, 21 fig. Paris, 44, rue de Rennes (6e). Pièce 13684
- Direction générale des Douanes. — Tableau général du commerce extérieur. (Commerce de la France avec ses colonies et les puissances étrangères). Année 1929. Paris, lmp. nationale, 1930. Pér. 34
- Direction générale des Douanes. — Tableau général de la navigation maritime. (Navigation internationale, cabotage français et effectif de la marine marchande). Année 1929. Paris, lmp. nationale, 1930. Pér. 34
- Ministère du Travail et de la Prévoyance sociale. — Conseil supérieur du Travail. — 34e session, novembre 1930. Paris, lmp. nationale, 1931. Pér. 295
- Ministère des Travaux publics. — Recueil de lois, ordonnances, décrets, règlements et circulaires concernant les services dépendant du Ministère des Travaux publics, dressé par les soins de l’administration centrale. 2e série. Tome XXXVII, année 1929. Paris, lmp. nationale, 1930. Pér. 144
- Mémorial des Poudres, publié par les soins du Service des Poudres, avec l’autorisation du Ministre de la Guerre. — Tome XXIV (2e fasc.), 1930-31. Paris, Les Presses universitaires de France, 49, boul. St-Michel (5e). Pér. 223
- Ministère de l’Agriculture. — Direction générale des Eaux et Forêts. —Annales. Fasc. 58 : Documents législatifs et administratifs, jurisprudence, études juridiques ; Rapports et notes techniques (France et étranger). — Fasc. 59 : Documents législatifs et administratifs, jurisprudence, études juridiques; Rapport et notes techniques (France et étranger). Paris, lmp. nationale, 1928, 1929. Pér. 9
- Ministère de l’Agriculture. — Direction générale des Eaux et Forêts. — Annales (partie juridique et partie technique). Table des matières du fasc. 43 au fasc. 57 inclus. Paris, lmp. nationale, 1930. Pér. 9
- Association française pour la Protection de la Propriété industrielle. — Bulletin, 2e série, n° 24 (1930-1931) : Travaux de l’Association. Paris, 117, boul. St-Germain (6e), 1931. Pér. 320
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- OUVRAGES REÇUS. — OCTOBRE 1931.
- Société libre d’Émulation du Commerce et de' l’Industrie de la Seine-Inférieure. — Bulletin. Exercice 1930. Rouen, lmp. A. Lainé, 1931. Pér. 6
- Association parisienne de Propriétaires D’Appareils a vapeur. — Bulletin annuel. 36e exercice, 1930. Paris, 66, rue de Rome. Pér. 33
- Comité international des Poids et Mesures. — Procès-verbaux des séances. 2e série, Tome XIV. Session de 1931. Paris, Gauthier-Villars et Cie, 1931. Pér. 208
- Association des Ingénieurs sortis de l’École de Liège. — Liste des membres, années 1931-32. Liège. Pér. 470
- Société des Ingénieurs de l’Automobile. — Annuaire 1931. Paris, 8, rue Jean-Goujon (8e). Pér. 95
- Chambre syndicale des Fabricants et des Constructeurs de Matériel pour Chemins de Fer et Tramways. — Annuaire 1931-1932. Paris, 7, rue de Madrid (8e). Pér. 399 Union des Industries métallurgiques et minières, de la Construction mécanique, ÉLECTRIQUE ET MÉTALLIQUE ET DES INDUSTRIES QUI S’Y RATTACHENT. — Annuaire 1931. Paris, 7, rue de Madrid (8e). Pér. 86
- Comité des Forges de France. — Annuaire 1931-1932. Paris, 7, rue de Madrid (8°).
- Pér. 86
- Syndicat général des Fondeurs de France. — Annuaire 1931. Paris, 8, rue de la Victoire (9e). Pér. 431
- Association amicale des anciens Élèves de l’Institut national agronomique (Ingénieurs agronomes). Promotions 1876 à 1929. — Annuaire. Année 1931. Paris, 5, quai Voltaire (7e). Pér. 92
- Société amicale des anciens Élèves de l’École polytechnique. — Annuaire 1931. Paris, Gauthier-Villars et Cie, 1931. Pér. 92
- École polytechnique. — Journal. IIe série, 28e cahier. Paris, Gauthier-Villars et Cie,
- 1931. Pér. 281
- Association technique de l’Industrie du Gaz en France. — Compte rendu du
- 53e Congrès de l’Industrie du Gaz tenu à Paris, 10-14 juin 1930. Paris, 21, rue Blanche (9e). Pér. 298
- Société des Sciences naturelles du Maroc. — Mémoires n° XXV (31 déc. 1930) : Recherches sur les déplacements tectoniques clés aires continentales, par P. Russo, 66 p., fig., XI pi. ; n° XXVI (31 déc. 1930) : Contribution à l’étude de la flore du Maroc, (fasc. 2), par René de Litardièrf, et René Maire, 56 p. Rabat, Institut scientifique chérifien; Paris, Émile Larose. Pér. 469
- Institution of Engineers and Shipbuilders in Scotland. — Transactions. Vol. LXXIV, Session 1930-31. Glasgow, Elmbank Grescent, G. 2. Pér. 5
- Royal Institution of Great Britain. — Proceedings. Vol XXVI, part III (iiù 125), 1930-1931 : part IV (n° 126), 1931. London, Albemarle Street, W. 1. Pér. 258
- Royal Society of Edinburgh. — Transactions. Vol. LVI, part III. Session 1930-31. Edinburgh. Pér. 2
- L’agent général, gérant,
- E. LEMAIRE.
- BRODARD ET TAUPIN, Coulommiers-Paris.
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- 130® ANNÉE.
- NOVEMBRE 1931.
- BULLETIN
- DE LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- LES CARACTÉRISTIQUES ET LA CONSTRUCTION DU « POINT D’INTERROGATION »"’
- par M. Louis Breguet, président de la Société française de Navigation aérienne.
- M. le Président,
- C’est bien volontiers que je dirai, devant l’auditoire choisi qui est ici réuni, quelques mots sur ma contribution au magnifique exploit de Costes et Bellonte.
- Costes, comme vous le savez, a été pendant de longues années, le chef pilote de la Compagnie Air Union. Ses qualités hors pair de maîtrise et sa volonté froide et réfléchie furent appréciées de tous, et il fut en quelque sorte plébiscité par tout le personnel de la Compagnie Air Union pour solliciter mon aide en vue de la réalisation de ses grands projets.
- L’augmentation du rayon d’action des avions avait été, dès le lendemain de la guerre, l’une de mes préoccupations dominantes. En 1926, je confiai a Costes 1 un des appareils réalisés dans ce but, avec lequel il effectua, en compagnie de Rignot, le vol de Paris à Djask, devenant ainsi détenteur à cette époque du record du monde de la distance par 5.396 km.
- De Djask, il poursuivit son raid jusqu’à Calcutta puis revint par étapes à Paris où fut fêtée sa belle performance.
- L’année suivante, au lendemain du vol historique de Lindbergh, Costes me fit part de son désir de rendre aux États-Unis la visite que leur héroïque enfant nous avait faite à Paris, en volant sans escale de Paris à New York.
- Mais l’avion que je pouvais mettre à sa disposition avait un rayon d’action trop juste pour tenter, avec la marge désirable, de voler de Paris à New York, étant donnés les vents contraires qui sont généralement rencontrés sur cet itinéraire. Vous savez tous — car la chose est établie aujourd’hui — que, malgré que la distance kilométrique soit évidemment la même de New York à Paris que de Paris à New York, tout se passe, en raison des vents en question, comme si la distance de Paris à New York était de 2.000 km environ plus longue que la route inverse. En outre, au lieu d etre comme dans le sens Amérique-France, en quelque sorte emportés par
- (1) Communication faite par l’auteur en séance publique le 14 mars 1931. Voir dans le Bulletin de mai 1931, p. 348 à 353, le compte rendu de cette séance; voir le texte des autres communications faites au cours de cette séance : dans le Bulletin de juillet-aoùt-septembre 1931, les communications : du Colonel P. Renard, p. 450; de M. J. Lacoste, p. 472; de M. Ph. Wehrlé, p. 479; de M. D. Costes, p. 486; de M. M. Bellonte, p. 488; — dans le Bulletin d’octobre 1931, la communication de M. L. Kahn, p. 629.
- 130e Année. — Novembre 1931.
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- 646 LA CONSTRUCTION DU « POINT D'INTERROGATION ». — NOVEMBRE 1931.
- les perturbations mêmes, les équipages doivent, dans le sens France-Amérique, faire front successivement à des perturbations répétées.
- Gostes voulut néammoins risquer sa chance et, pendant tout l’été 1927, il attendit le moment favorable pour tenter la grande aventure. Or, ce moment ne s’étant pas rencontré, Gostes, impatient de grands raids susceptibles d’accroître le prestige de l’aéronautique française, décida de se rendre à Buenos Aires. Vous savez comment, avec son vaillant co-équipier Le Brix, il y réussit pleinement et comment, non content de ce premier grand succès, il continua son voyage à travers toute l’Amérique du Sud, visitant les capitales de toutes les nations de ce continent, pour gagner ensuite l’Amérique du Nord et New York.
- Il avait ainsi, par une voie détournée, rallié en vol New York, ce qui était son rêve le plus cher.
- Chacun croyait qu’il se reposerait sur ses lauriers. Mais Costes, toujours tenté par de nouveaux exploits, gagna San Francisco où il embarqua son avion pour Tôkyô. De là, d’un seul coup d’ailes, il gagna Hanoï où il reprit contact sur une terre française, et d’Hanoi, en 4 jours, il rejoignit Paris où tous ont encore présentes à la mémoire les réceptions triomphales qui lui furent faites ainsi qu’à Le Brix.
- Gostes cependant n’avait pas renoncé à ses grandes ambitions. Son programme était de relier Paris à New York en un seul vol. Connaissant d’ailleurs ce projet, qu’il m’avait confirmé lorsqu’il était de passage à New York, j’avais fait préparer à son intention un appareil d’un rayon d’action plus important. C’est cet appareil qu’il baptisa par la suite le Point (PInterrogation. Costes obtint à ce moment le précieux concours pécuniaire de M. François Coty, et les charges de la Société His-pano-Suiza et la mienne furent de ce fait considérablement allégées.
- L’été se passa sans que les circonstances atmosphériques permissent une tentative avec des chances sérieuses de réussite, d’autant que Costes se proposait d’emprunter la route des Açores, plus longue de 700 km que la route la plus directe.
- J’employai l’hiver 1928-1929 à modifier assez profondément l’appareil de Costes, en vue d’en augmenter encore notablement le rayon d’action qui fut porté à environ 9.000 km par vent nul.
- Au printemps de 1929, Costes fît sa première tentative de traversée en passant par les Açores. Tout le monde sait comment, ayant rencontré des vents contraires très violents, il considéra comme très aléatoire de pouvoir atteindre New York, et préféra, plutôt que de risquer un atterrissage sur la côte américaine entre Halifax et Boston, revenir à Paris.
- Costes avait pris comme collaborateur, lors de ce vol, Maurice Bellonte. Il faut admirer, comme tous l’ont fait d’ailleurs, le beau courage que montrèrent nos aviateurs en abandonnant à moitié route une tentative qui présentait encore certaines chances de succès, mais pour la réussite de laquelle ils devaient compter sur des circonstances exceptionnellement heureuses.
- L’été 1929 ayant été particulièrement défavorable pour une entreprise comme celle que Costes avait en vue, il décida, afin de ne pas rester dans l’inaction, de ramener en France le record du monde de la distance en ligne droite qui, l’année précédente, avait été conquis par un équipage italien et porté à 7.188 km.
- C’est alors que Costes partit dans la direction de la Mandchourie où, après un
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- CARACTÉRISTIQUES ET CONSTRUCTION DU « POINT DINTERROGATION ». 647
- vol mémorable, il atterrit aux environs de Tsitsikar, franchissant une distance de 7.905 km, ramenant ainsi en France le record du monde de la distance. Puis il revint en France en passant par notre belle Indochine, battant le record qu’il avait établi l’année précédente, en mettant cette colonie à moins de trois jours et demi de Paris.
- Non content de ces succès, Costes tint à s’approprier le record du monde en circuit fermé, et les 15, 16 et 17 décembre 1929, à une époque où les nuits sont pourtant bien longues, il conquit ce record du monde, franchissant avec Codos 8.029 km, bien qu’ayant été gêné dans sa tentative par un fort mistral.
- Costes établit toute une autre série de records qu’il serait trop long de vous énumérer.
- A la suite de ces multiples succès, le Point d'Interrogation revint dans nos usines où, d’accord avec la Société Hispano-Suiza, je fis remplacer le moteur de 600 ch par un moteur dont la puissance était augmentée de 100 ch. Cela donnait la possibilité d’emporter à bord un appareil de T.S.F., ainsi que des matériels que nous estimions nécessaires pour une tentative aussi importante que celle que Costes avait en vue. L’augmentation de puissance du moteur permettait également à l’avion de décoller plus facilement et d’avoir, dès son départ, un très large excès de puis sance, d’où augmentation de la sécurité.
- Différents essais eurent lieu pendant le printemps 1930.
- Chacun sait comment Costes sut mettre à profit les conditions atmosphériques convenables sur l’Océan qui se présentèrent le 1er septembre 1930.
- L’éloge de Costes et de son vaillant co-équipier Bellonte est superflu. Il va sans dire que plus et mieux que quiconque je connais leur immense valeur, et je dirai seulement que j’ai trouvé en eux, en ce qui concerne la mise au point de leur avion, les plus précieux des collaborateurs.
- Puisque vous m’avez demandé, Messieurs, de vous parler de l’avion lui-même, je vous dirai que cet appareil a été l’aboutissement d’améliorations méthodiques et successives; il n’a été que le perfectionnement d’un des appareils de série que je livrais à l’armée française; il a évolué en quelque sorte comme un être vivant, profitant de tous les enseignements dus au raisonnement et à l’expérience.
- La capacité de ses réservoirs est de 5.570 litres, sa structure est entièrement en duralumin, avec des renforcements en acier à haute résistance; c’est un monomoteur muni d’une hélice tractive; son envergure est de 18,30 m, sa longueur totale de 10,718 m, sa surface totale de 59,94 m2. Son poids à vide équipé était de 2.190kg; pour ce poids, le rayon d’action théorique calculé était de 9.500 km; sa vitesse, au poids de 3.500 kg, était de 250 km/h.
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- BULL. DELA SOCIÉTÉ d’eNCOURAG. POUR L’INDUSTRIE NATIONALE. — NOVEMBRE 1931.
- LES CONGRÈS DE L’ASSOCIATION COLONIES-SCIENCES
- Congrès de l’Enseignement colonial en France, Paris, 28-29 septembre 1931; — Congrès de l’Enseignement technique d’Outre-Mer, Paris, 29-30 septembre 1931; — Congrès des Recherches scientifiques coloniales, Paris, 9-10 octobre 1931.
- par M. F. Blondel, Ingénieur en Chef des Mines, secrétaire général du Comité d’Etudes minières pour la France d’Outre-Mer, membre du Conseil de la Société d’Encouragement.
- L’Association Colonies-Sciences (1), dont le président est M. le général Messimy, ancien président de la Commission des Colonies au Sénat, s’est spécialisée dans l’étude des problèmes relatifs aux questions scientifiques coloniales. Elle a déjà obtenu des résultats fort importants pour l’organisation de ces recherches.
- A l’occasion de l’Exposition coloniale, l’Association a été chargée d’organiser trois congrès : le Congrès de l’Enseignement colonial en France; — le Congrès de l’Enseignement technique d’Outre-Mer; — le Congrès des Recherches scientifiques coloniales.
- Ces congrès ont de nombreux points communs; mais l’habileté des organisateurs a permis cependant de bien limiter les discussions et l’on peut penser que ces congrès seront parmi ceux qui auront été à la fois des plus suivis et des plus utiles parmi les très nombreux congrès tenus à l’occasion de l’Exposition coloniale internationale de Paris en 1931.
- Nous nous proposons d’en donner ci-après un bref compte rendu suivi des vœux qui ont été émis par chacun de ces congrès.
- CONGRÈS DE L’ENSEIGNEMENT COLONIAL EN FRANCE
- Ce congrès avait pour but de faire ressortir la place que les colonies occupent actuellement dans les diverses branches de l’enseignement métropolitain et d’étudier les améliorations qui paraissent s’imposer à ce sujet.
- De nombreux rapports avaient été préparés sur les sujets suivants : Enseignement primaire (H. Félix); — Enseignement secondaire (R. Ronze); — Enseignement supérieur scientifique (Ch. Jacob); — Facultés de droit (A. Girault); —Institut de Médecine coloniale de Paris (L. Tanon); — Faculté de Médecine de Marseille (Imbert et Alezars); — F1acuité de Médecine de Bordeaux (H. Bonnin); — Faculté de Médecine de Nancy (G. Thiry); — Faculté des lettres (A. Bernard); —Ecole d'Application du Service de Santé des Troupes coloniales (H. Gravellat): — Val-de-Grâce (Jame); —Ecole polytechnique (P. Al vin); — Ecoles des Mines (F. Blondel); — Ecole centrale des Arts et Manufactures (L. Guillet); — Enseignement forestier colonial (Ph. Guinier); — Ecole coloniale (G. Hardy); — Institut de Médecine vétérinaire exotique (E. Nicolas); — Institut national agronomique (E. Prudhomme); — Ecole des Hautes Etudes commerciales {M. Chassigneux); —
- (1) Siège social, 60, rue Taitbout, Paris (9e).
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- LES CONGRÈS ORGANISÉS EN 1931 PAR L’ASSOCIATION COLONIES-SCIENCES. 049
- Écoles des Sciences politiques (R. Seydoux); — École supérieure de Commerce de Paris (P. Templier); — L'enseignement colonial à Marseille (P. Masson); — L'enseignement colonial à Alger (P. Messerschmitt) ; — L'enseignement colonial à Nancy (K. Gain); —L'enseignement colonial à Bordeaux (Beille); — L'enseignement colonial à Lyon (P. Clerget); — L'école pratique coloniale du Havre (E. Prudhomme); — Ncole de législation professionnelle et de pratique coloniale (E. Garrousle); —Institut technique colonial (H. Bonnamaux).
- Ainsi qu’on le voit, ces rapports ont couvert tous les ordres d’enseignement et ont épuisé la question.
- Il est très remarquable de constater la présence de hautes personnalités à ce congrès et notamment des Directeurs du Ministère de l’Instruction publique; il convient également de signaler que les discussions ont été à la fois animées et très intéressantes.
- De l’ensemble de ces exposés on peut dégager un certain nombre de faits et de principes qui sont résumés ci-après.
- Il paraît d’abord nécessaire de préciser que l’enseignement colonial en France a trois buts complètement distincts : d’abord éclairer l’opinion de l’ensemble de la population française sur notre empire colonial, de manière à éviter que notre politique coloniale ne soit plus gênée à l’avenir par des mouvements d’opinion fondés sur une ignorance totale de ces questions; ensuite, éveiller chez un certain nombre de jeunes gens la vocation coloniale; enfin, pour ceux qui doivent effectivement partir aux colonies, fournir une préparation spéciale aussi complète que possible en vue de leur carrière coloniale.
- Comme on le voit, d’un ordre à l’autre, ces enseignements s’adressent à un public de plus en plus restreint; en même temps, l’enseignement doit être de plus en plus précis et de plus en plus spécialisé.
- Pour l’instruction générale de la population, on compte beaucoup sur l’enseignement, primaire. On a fait remarquer que les maîtres de l’enseignement primaire avaient de grandes difficultés à orienter leur enseignement vers les colonies, faute de documentation adaptée à ces besoins. Le Directeur de l’Enseignement primaire au Ministère de l’Instruction publique a proposé que, par liaison entre son administration et celle des Colonies, soit préparée — notamment par les membres de l’enseignement présents aux colonies — une documentation spéciale destinée aux écoles primaires.
- Pour l’éveil des vocations, on compte davantage sur l’enseignement secondaire, car le personnel à envoyer dans nos colonies doit être surtout un personnel dirigeant et choisi le plus possible parmi nos élites métropolitaines. Là aussi, on s’est plaint de la difficulté de la documentation.
- Dans l’un comme dans l’autre de ces enseignements, il semble que la question soit moins une révision des horaires de manière à donner une place plus large à un enseignement spécifiquement consacré aux colonies, qu’à faire en sorte que tout notre enseignement soit imprégné des notions coloniales qui peuvent être évoquées non seulement en histoire et en géographie, mais également en sciences naturelles, en littérature, etc.
- Par ailleurs, on a également insisté sur la nécessité de ne pas fausser l’image des
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- 650 LES CONGRÈS DE L’ASSOCIATION COLONIES-SCIENCES EN 1931. —NOVEMBRE 1931.
- colonies en la rendant trop séduisante par des descriptions éloignées de la réalité. Il faut essayer de donner une image sincère de la vie coloniale pour éviter ultérieurement des déceptions.
- Enfin — toujours pour ces deux ordres d’enseignement — on a constaté l’intérêt qu’il y aurait, pour faciliter la création et la diffusion de la documentation réclamée par les rapporteurs, à confier le détail de l’exécution à un organisme unique : ce rôle pourrait être joué provisoirement par l’Ecole coloniale.
- En ce qui concerne l’enseignement directement préparatoire aux colonies, l’exposé des rapports montre qu’il est plus ou moins organisé dans les différentes branches de l’activité ; peut-être même existe-t-il quelques doubles emplois : en tout cas, il semble que certains enseignements parallèles auraient intérêt à se connaître. Aussi a-t-on rappelé une tentative faite par le Directeur de l’Ecole coloniale pour créer une certaine liaison entre tous ces enseignements.
- On n’a pas manqué de signaler également qu’en raison de la crise économique actuelle, les emplois coloniaux sont devenus beaucoup moins nombreux, en général ; et qu’il était nécessaire, avant de former des jeunes gens pour les colonies, de s’assurer qu’ils y trouveront des places disponibles.
- VŒUX ADOPTÉS.
- Vu l’ensemble des travaux présentés, le Congrès de l’Enseignement colonial en France émet les vœux suivants :
- 1° Que, par une adaptation des programmes, tout l’enseignement en France, primaire, secondaire, supérieur, technique, instituts spéciaux, avec les modalités appropriées à ses différentes disciplines, soit imprégné de l’idée coloniale, celle-ci étant liée à la mission de la France dans le monde.
- 2° Que toute l’activité de l’administration universitaire, sous l’impulsion de ses éminents chefs, soit guidée par cette notion fondamentale : l’unité de la France (métropole et colonies) et que, par des compressions nécessaires, une place plus large soit faite aux colonies dans la formation des maîtres comme des élèves.
- 3° Que soit créé un centre de documentation unique au point de vue colonial, à même de rassembler toutes les documentations issues de l’Exposition coloniale, à même de la conserver, de la synthétiser pour les besoins des différents enseignements et d’en favoriser la diffusion judicieuse suivant un plan d’ensemble constamment tenu à jour.
- 4° Que les ressources nécessaires à cette diffusion soient groupées par une entente entre tous les organismes intéressés (ministères, colonies, chambres de commerce, associations et syndicats industriels et commerciaux).
- 5° Que soient rapprochés, dans une organisation souple, les établissements d’enseignement colonial pour harmoniser leurs travaux, leurs recherches, leur activité, favoriser leur unité d’action, supprimer le temps perdu, poursuivre le développement des travaux du Congrès.
- 6° Que soient groupés, dans chaque université, les établissements d’enseigne-gnement supérieur pour faciliter leurs recherches, guider leurs travailleurs et mêrpe les rapprocher dans une véritable université coloniale,
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- LES CONGRÈS ORGANISÉS EN 1931 PAR L’ASSOCIATION COLONIES-SCIENCES. 651
- /° Considérant que 1 enseignement de la législation et de l’économie coloniales, prévu par le décret du 2 août 1922 comme pouvant faire l’objet d’un cours à option dans la troisième année de la licence en droit, n’est donné que dans la moitié des facultés de droit ;
- Que cet enseignement n’existe pas dans les Facultés d’Alger, d’Aix, de Montpellier, de Grenoble, de Dijon, de Nancy, de Caen et de Lille;
- Considérant que l’enseignement de la législation et de l’économie coloniales répond à un intérêt général et devrait faire partie dans toutes les facultés des programmes d’enseignement,
- Emet le vœu :
- 8° Qu’un cours de législation et d’économie coloniales soit établi dans toutes les facultés de droit de l’Université.
- 9° Que soit favorisé, autant qu’il est possible, le contact entre les éléments de l’enseignement colonial, professeurs et élèves, et les colonies, par des bourses de voyage, par des stages dans les colonies françaises et étrangères.
- 10° Que soit favorisée le plus possible la propagande indirecte, atteignant les familles par l’enfant (la distribution de récompenses de caractère colonial, par les timbres coloniaux, cartes coloniales, collections, etc.).
- 11° Que soit développé, dans l’enseignement colonial, en même temps que le côté purement historique, géographique, économique, le côté moral et social de la connaissance des races indigènes, la psychologie indigène, le travail des âmes.
- i2° Que soit favorisée aussi le plus possible l’orientation d’une élite intellectuelle, morale, sociale, vers les colonies et que lui soit assurée, dans les services de l’état comme dans les organisations privées, la rémunération légitime de sa formation et de sa haute culture.
- 13° Que les instituteurs, professeurs, inspecteurs du cadre de contrôle allant de la métropole aux colonies, n’y soient pas envoyés sans une formation préalable, complète, au milieu colonial dans lequel ils sont appelés à travailler.
- 14° Que soit facilité par une préparation préalable le séjour de la femme française aux colonies.
- 15° Que soient révisés certains manuels d’enseignement contenant de regrettables inexactitudes dans l’histoire et la géographie de nos colonies, pour que ces ouvrages contiennent un enseignement exact et précis et ne soient pas seulement conçus en vue de flatter l’imagination.
- 16° Que le placement des jeunes gens aux colonies soit facilité.
- 17° Qu’il soit mis fin à toutes les publicités exagérées qui tendent à induire en erreur les candidats aux carrières coloniales.
- 18° Que soit prolongé, par tout le corps enseignant et par les voies les plus rapides, le magnifique succès qu’est l’Exposition coloniale, œuvre géniale du maréchal Lvautey et de scs collaborateurs, pour favoriser dans toute la nation, jusqu’au plus profond des campagnes, au sein de toutes les familles, cette mentalité coloniale, cette menfalitp impériale, npn par un vain sentiment de lucre et d’orgueil.
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- mais par un sentiment de juste fierté, de ce qu'ont fait les fils de France, et de s’associer, dans la mesure du possible, à leur œuvre, élément de paix et de sécurité pour notre nation et de progrès dans le monde.
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- CONGRÈS DE L’ENSEIGNEMENT TECHNIQUE D’OUTRE-MER
- Ce congrès avait pour but d’étudier le développement des mesures et des institutions tendant à répandre l’instruction technique dans la masse indigène. Il s’est tenu à l’Exposition coloniale.
- De nombreux rapports ont donné ces renseignements pour toutes les possessions d’outre-mer (Algérie et Tunisie exceptées) ainsi que pour les organisations créées par les missions catholiques et protestantes. Un intérêt tout spécial s’attachait en outre aux rapports du Portugal, du Congo belge et surtout des Indes néerlandaises.
- Pour les possessions françaises, l’ensemble des rapports conduit à une conclusion très nette : il convient de distinguer deux groupes de colonies : les anciennes colonies (Guyane, La Guadeloupe, La Martinique) et les autres.
- Dans les anciennes colonies, les rapporteurs sont unanimes à constater que l’enseignement technique est inexistant et que tout ou presque tout reste à faire à ce sujet. On a cité à ce propos des exagérations manifestes dans le sens du développement des études secondaires qui ont évidemment empêché toute organisation d’enseignement technique.
- Dans les autres colonies, au contraire, un effort patient, lent sans doute en raison de l’énormité de la tâche, mais qui cependant progresse peu à peu, tend à une organisation de l’enseignement technique qui a obtenu déjà des résultats satisfaisants, notamment au Maroc, en A. O. F. et en Indochine. Les difficultés rencontrées sont à peu près les mêmes partout et dérivent notamment du discrédit du travail manuel parmi les populations indigènes : c’est pourquoi le danger d’un enseignement technique insuffisamment préparé est de former des jeunes gens qui s’évadent le plus tôt possible vers des carrières administratives au lieu de continuer à exercer le métier qu’on leur a enseigné. Cependant, peu à peu et avec beaucoup de persévérance, on constate de lentes améliorations dans cet état de choses.
- Des remarques intéressantes ont été faites également en ce qui concerne le développement des arts indigènes.
- L’une des communications de ce congrès qui ont suscité le plus vif intérêt est certainement celle qui se rapporte aux Indes néerlandaises. La longue expérience coloniale des Hollandais, les brillants résultats qu’il ont obtenus conduisent tout naturellement à s’inspirer de leur exemple. On a regretté simplement que cet exposé soit pratiquement limité aux questions agricoles et que le problème de la formation technique industrielle n’ait pas pu être développé.
- On s’est rendu compte — par l’expérience — aux Indes néerlandaises, qu’il était nécessaire, au point de vue agricole, de prévoir deux enseignements techniques tout à fait distincts.
- Le premier enseignement a pour but de former des agents indigènes pour les entreprises européennes. Cet enseignement ne diffère pas notablement d’un ensei-
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- LES CONGRÈS ORGANISÉS EN 1931 PAR L'ASSOCIATION COLONIES-SCIENCES. 653
- gnement analogue donné en Europe; il est simplement dirigé davantage vers les questions pratiques. Il convient d’ailleurs de séparer cet enseignement en plusieurs groupes de manière à former des cadres de niveaux distincts. Sur çe point, l’exemple des Indes néerlandaises est intéressant, mais ne nous fournit pas beaucoup de notions nouvelles.
- L’autre enseignement technique agricole s’adresse à la masse indigène et c’est là que l’expérience des Indes néerlandaises peut nous être particulièrement profitable. Les Hollandais avaient d’abord imaginé de constituer pour la masse indigène de petites écoles de village, qui cherchaient à répandre les notions agricoles dérivées de la science européenne. Cette expérience a conduit à un échec complet et, en étudiant les causes de cet échec, les Hollandais se sont rendu compte qu’il était nécessaire d’adopter une tout autre méthode.
- Cette autre méthode peut se caractériser ainsi : avant d’organiser un enseignement quelconque dans un village ou un groupe de villages, on y envoie un technicien qui étudie les problèmes qui peuvent se poser dans la région. Il peut arriver que les problèmes ainsi posés n’aient aucune solution; dans ce cas, on se garde bien d’intervenir dans la pratique indigène ordinaire. Par contre, l’étude de certains problèmes peut mettre en évidence des améliorations à apporter à cette même pratique. Dans ce cas, le technicien entreprend une campagne de propagande auprès des indigènes pour la mise en œuvre de pratiques nouvelles. Autrement dit, il n’y est fait aucun enseignement théorique, si faible soit-il; on s’attache simplement à améliorer le travail indigène sur certains points bien particuliers et pour lesquels le succès est certain.
- C’est, comme on le voit, une méthode tout à fait originale de l’enseignement technique agricole. L’expérience a montré que son succès était complet. Malheureusement, elle exige des cadres très importants et, par voie de conséquence, des crédits très élevés. On peut citer à ce sujet que le budget des Indes néerlandaises est de l’ordre de 7 milliards de francs et que, sur cette somme, 400 millions sont dépensés pour l’enseignement. D'après les chiffres qui ont été cités lors du Congrès, l’enseignement technique à lui seul, compte tenu de la participation du Service de l’Agriculture, dépenserait 400 millions de francs par an. Si l’on veut bien remarquer que cette somme s’applique théoriquement à l’ensemble des Indes néerlandaises, mais que, pratiquement, la plus grande partie est dépensée pour Java, c’est-à-dire pour un pays qui ne dépasse pas le cinquième de la superficie de la France, on se rend compte de la difficulté d’étendre aux colonies françaises les méthodes employées dans les Indes néerlandaises.
- Comme on le voit, ce Congrès de l’Enseignement technique a apporté des précisions tout à fait intéressantes sur ce problème essentiel pour le développement de nos colonies.
- CONCLUSIONS.
- 1° Le Congrès signale l’intérêt de la collaboration des initiatives privées, et notamment des Chambres de Commerce, pour le développement de l’enseignement technique si nécessaire à l’économie coloniale. Cette collaboration pourra s’exercer sous la forme de conseils de perfectionnement, de patronage, d'office des métiers et aura
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- 654 LES CONGRÈS DE L’ASSOCIATION COLONIES-SCIENCES EN 1931. —NOVEMBRE 1931.
- surtout en vue la mise au point des programmes, l’inventaire des besoins et la question du placement des ouvriers et des apprentis.
- 2° Le Congrès appelle l’attention des Pouvoirs publics sur l’intérêt national et colonial qui s’attache à placer par tous les moyens possibles (expositions, récompenses) le travail manuel et agricole à sa place, c’est-à-dire à l’honneur.
- 3° Le Congrès, après avoir entendu les rapporteurs de La Martinique, de La Guyane et de La Guadeloupe, et après échange de vues, attire l’attention sur l’intérêt essentiel qui s’attache à l’orientation pratique de l’enseignement, au développement de l’enseignement professionnel dans les vieilles colonies.
- 4° Le Congrès, constatant le grand intérêt des rapports qui lui ont été soumis et des comparaisons fécondes qu’il a été possible d’instituer, souhaite qu’une liaison permanente entre les diverses colonies soit assurée, par échange de documents et de bulletins, communications de renseignements, et le développement des organes réunissant cette documentation dans la métropole.
- 5° Le Congrès, ayant pris connaissance des remarques faites et des résultats obtenus par certaines colonies pour la conservation, la rénovation des métiers d’art indigènes, signale l’intérêt d’étendre cette organisation aux colonies qui possèdent des arts indigènes restés vivants.
- 6° Dans les pays coloniaux, l’éducation agricole est un des devoirs de l’école indigène. Le Congrès, prenant connaissance des résultats très remarquables obtenus dans certaines colonies françaises et étrangères, par les jardins, plantations et mutuelles scolaires, souhaite que ces institutions soient développées, multipliées et consolidées.
- 7° Le Congrès, constatant l’importance du rôle de l’école rurale ou professionnelle dans la mise en valeur des colonies, appelle l’attention sur la nécessité d’une formation professionnelle adaptée des instituteurs métropolitains ou indigènes.
- 8° Le Congrès appelle l’attention sur l’adaptation nécessaire de l’enseignement technique à la situation économique et notamment à la grande industrie.
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- CONGRÈS DES RECHERCHES SCIENTIFIQUES COLONIALES
- Ce congrès, qui était placé sous la présidence de M. A. Lacroix, secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences, s’est tenu au Muséum d’Histoire naturelle.
- Le but de ce congrès était de faire ressortir comment, à l’heure actuelle, s’effectuent les recherches scientifiques dans les diverses branches de nos connaissances pour l’ensemble de la France extérieure et d’examiner les améliorations qu'il y a lieu d’apporter à ces recherches. Étant donné l’importance des recherches scientifiques pour le développement de la production des colonies, on voit tout l’intérêt qui s’attachait à ce congrès.
- De nombreux rapports avaient été préparés sur les sujets suivants :
- Sciences physiques : La géologie et les mines (M. Blondel);—La pédologie (M. Arambourg); — La biologie du sol (M. Winogradsky); —La physique du globe (M. Hubert); — La géographie et la géodésie (Général Perrier),
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- LES CONGRÈS ORGANISÉS EN 1931 PAR L’ASSOCIATION COLONIES-SCIENCES. 655
- Sciences biologiques : La botanique phanérogamique (M. Lecomte); — La lutte contre les parasites et maladies des plantes (MM. Maublanc, Roger Heim, Yayssière); — L'agronomie coloniale (M. Aug. Chevalier); — La diffusion aux colonies des plantes utiles et des plantes d'intérêt scientifique d’origine tropicale (M. Guillaumin); — L’élevage aux colonies (M. Piettre); — L'élevage en Indochine (M. Jacotot); — L’océanographie biologique (M. Gruvel).
- Médecine : La parasitologie (Professeurs Mesnil, Roubaud et Brumpt); — Instituts Pasteur (Docteurs Noël Bernard, Mathis, Sice); — L'organisation des recherches sur la lèpre (Professeur Marchoux); — L’ethnologie et la sociologie (Docteur Rivet).
- Divers : La technologie des matières premières (MM. Ammann et Collardet); — La phytochimie (Professeur Perrot) ; — La chimie biologique (Pharmacien général Bloch); — Carburants nationaux (M. Charles Roux); — La chimie el les colonies (M. A. Ranc).
- Ainsi qu’on qu’on le voit, cet ensemble de rapports couvrait très sensiblement les différentes branches de nos connaissances scientifiques.
- A la suite de chacun de ces rapports, une courte discussion a été engagée, mais on s’est vite rendu compte que ces différentes discussions soulevaient à peu près les mêmes problèmes, de sorte que l’on a renvoyé l’examen de ces problèmes généraux à une discussion d’ensemble qui eut lieu dans l’après-midi du 11 octobre et à laquelle assistait en particulier M. Cavallier, Directeur de l’Enseignement supérieur au Ministère de l’Instruction publique.
- Les remarques faites par les différents rapporteurs signalaient notamment : le peu de stabilité des recherches scientifiques aux colonies; la variation constante du personnel, des méthodes et des programmes; le manque de coordination des recherches entre elles dans une même colonie ou d’une colonie à l’autre. On a également insisté sur les inconvénients très sérieux qui peuvent résulter du fait que les institutions scientifiques coloniales peuvent être soumises aux variations d’opinions des gouverneurs généraux à leur sujet et l’on a cité des exemples regrettables de cet état de choses; aussi, tout le monde a été d’accord sur la nécessité d’organiser à Paris une institution dont le but ne peut pas être de contrôler dans le détail l’exécution des recherches scientifiques dans les colonies, mais tout au moins d’apporter dans le domaine de ces recherches l’ordre, la continuité et la stabilité dont elles ont besoin. Après avoir envisagé différentes formules pour la mise au point de cette organisation, le Congrès s’est rallié à une proposition, faite par M. Cavallier lui-même, de demander au Gouvernement la constitution d’un institut créé par une loi de finances. Cet institut, doté d’une organisation spéciale et de l’autonomie financière, pourrait être chargé de toutes les questions se rapportant à l’organisation des recherches scientifiques dans les colonies.
- Le Congrès a confié à son comité d’organisation le soin de préciser cette proposition.
- Il a semblé au Congrès que ce vœu résumait tous les autres vœux particuliers qui avaient été émis au sujet du développement des recherches scientifiques coloniales et que l’institut proposé serait à même de pouvoir réaliser,
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- 656 LES CONGRÈS DK L ASSOCIATION COLONIES-SCIENCES EN 1931. —NOVEMBRE 1931.
- VŒUX.
- Le Congrès des Recherches scientifiques coloniales organisé par l’Association Colonies-Sciences, sous le patronage de l’Exposition coloniale internationale, après avoir entendu les différents rapporteurs et discuté leurs conclusions, a émis une série de vœux généraux sur les recherches scientifiques coloniales dont l’un, particulièrement important, constitue la base môme de l’organisation à réaliser :
- Constituer, en France, un organisme d’ensemble susceptible d’éclairer les services publics afin de permettre à ceux-ci : 1" de donner l’impulsion nécessaire aux services scientifiques de la France d’outre-mer; 2° d’exercer un contrôle efficace, notamment en ce qui concerne la pérennité des programmes et des recherches ; 3° d’assurer la publication des travaux effectués.
- Cet organisme, dont la création est demandée, devrait s’inspirer dans son activité des vœux ou principes suivants, qui ont été adoptés, sans discussion, par l’Assemblée :
- Ne rien diminuer de ce qui est déjà organisé, au point de vue scientifique, dans nos territoires d’outre-mer;
- Assurer la pérennité des travaux scientifiques d’outre-mer ;
- Laisser aux Pouvoirs publics l’autorité, la responsabilité, la décision et le contrôle ;
- Organiser, sur des bases solides, les services scientifiques coloniaux ;
- Assurer, en permanence, la liaison entre les services scientifiques d’outre-mer et l’ensemble des usagers de ces services;
- Assurer, avec régularité, le recrutement d’un personnel offrant toutes garanties scientifiques et techniques;
- Donner à ce personnel des avantages moraux et matériels en relation avec les services exigés de lui ;
- Fournir, aux établissements scientifiques d’outre-mer et au personnel de ces établissements, la plus grande somme de moyens pour entreprendre leurs travaux et diffuser les résultats obtenus;
- Constituer, en France, un bureau de documentation scientifique, de liaison et de diffusion des renseignements ;
- Faire adhérer les colonies au Conseil international des Unions scientifiques et aux unions internationales.
- En attendant la constitution de cet organisme et son fonctionnement, il a paru nécessaire à l’Assemblée de poursuivre immédiatement la réalisation des vœux particuliers qui ont été formulés par les rapporteurs au cours du Congrès. Nous citerons parmi les plus importants :
- Constituer, au Ministère des Colonies et dans les colonies, des bibliothèques scientifiques ;
- Créer en France, un enseignement spécial pour les études scientifiques coloniales, (entomologie et agronomie en particulier);
- Créer, aux colonies, des instituts de recherches cryptogamiques, des postes d’entomologie médicale, des jardins botaniques coloniaux, des inspections des pêches, des services géologiques (A. E. F. et Nouvelle-Calédonie), un service géographique (en A. O. F.) et un service d’élevage aux colonies;
- Constituer, au Ministère des Colonies, des services scientifiques bien organisés pour l’élevage, la géographie, la géologie, l’agronomie et la physique du globe.
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- BULL. DE LA SOCIÉTÉ d’eNCOURAG. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — NOVEMBRE 1931.
- PROCÉDÉ D’IMPRESSION MÉCANIQUE DES EAUX-FORTÊS, POINTES SÈCHES, HÉLIOGRAVURES, ETC.
- EN NOIR ET EN COULEURS EN UNE SEULE PASSE1»
- par M. Serge Beaune, artiste-graveur.
- Avant de vous exposer les principales caractéristiques des procédés Serge Beaune pour l’impression mécanique de la taille-douce, de l’eau-forte, de l’héliogravure en couleurs, il est utile de rappeler quelles furent les étapes successives de l’impression des estampes présentant, dans le livre ou l’image, la reproduction, à un grand nombre d’exemplaires, d’œuvres originales d’artistes, ou la reproduction d’un document quelconque. Nous croyons devoir les séparer en deux catégories principales :
- 1° La gravure originale proprement dite, c’est-à-dire l’œuvre d’un artiste gravée par lui-même directement sur bois, pierre ou métal, et imprimée par des modes différents, selon qu’il s’agit de typographie, de lithographie ou de taille-douce;
- 2° La gravure photomécanique pour la reproduction de tous dessins ou peintures par la photographie, et obtenue sur métal, en relief ou en creux, par morsure aux acides.
- La gravure sur bois est la plus ancienne dans la première catégorie. Avec un canif ou une lame quelconque très coupante (aujourd’hui avec un burin), l’artiste entaille le bois en ne laissant subsister en relief que les traits du dessin : c’est le mode typographique.
- Ange Rogcha, dans sa Bibliothèque vaticane illustrée, livre imprimé à Rome en 1591, fait remonter à trois siècles avant notre ère l’usage constant chez les Chinois de planches xylographiques. En Occident et à l’origine, il semble que les dessins gravés sur bois aient surtout été employés pour la confection des cartes à jouer; la gravure donnait le trait ou le dessin et elles étaient ensuite enluminées à la main. Il est généralement admis que des cartes à jouer exécutées ainsi étaient connues en Allemagne dans les premières années du xive siècle.
- Après les cartes, on grava des images saintes : la plus ancienne gravure sur bois connue et portant une date a été découverte à Malines, datée de 1418. Elle représente une Vierge et l’Enfant Jésus; elle mesure 40 cm de hauteur sur 26,5 cm de largeur. Dans le livre, alors que le texte était gravé sur une planche de bois, et plus tard avec des caractères mobiles également en bois, les lettrines, ornements et enluminures étaient réservés dans le texte et exécutés à la main. Dans la Bible de Gutenberg, les capitales et frontispices sont dessinés et peints à la main. Le premier livre orné de gravures sur bois connu, a été imprimé à Rome en 1467 par Ulric Han; il est orné de 34 gravures sur bois enluminées. En France, le plus ancien livre orné de gravures sur bois aurait été imprimé à Lyon en 1478.
- (1) Communication faite en séance publique par l’auteur le 14 février 1931. Voir le compte rendu de cette séance dans le Bulletin de mars 1931, p. 188 à 190.
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- C’est en 1513 seulement qu’on semble avoir imprimé des bois gravés en plusieurs couleurs; à cette époque, Jean Schott publia à Strasbourg une édition duPtolémée augmentée d’une carte représentant la Lorraine en vert, rouge et noir; actuellement, comme à cette époque, les gravures sur bois en couleurs s’impriment avec autant de planches qu’il y a de couleurs et ces tirages successifs se repèrent sur le papier en venant se juxtaposer ou se superposer s’il y a lieu.
- La lithographie. — Ce procédé d’impression fut inventé à la fin du xvme siècle par un jeune étudiant de Munich nommé Aloïs Senefelder. Il fut introduit en France en 1802 et se répandit rapidement, car il permettait d’intéresser le public à des œuvres originales qui, bien que n’avant pas la valeur artistique de la taille-douce, étaient d’un prix de revient très inférieur.
- Puis ce fut l’époque très florissante de la chromolithographie qui répandit dans tous les intérieurs les images colorées qu’ils ignoraient jusqu’alors. Ces images n’étaient pas toujours d’un goût très sûr mais répondaient à un besoin. Aujourd’hui la chromolithographie est employée surtout pour les affiches et l’imagerie religieuse. Il n’est pas rare de voir de belles affiches tirées en 10 et 12 couleurs, c’est-à-dire que chaque ton est sélectionné sur une pierre différente et nécessite 10 ou 12 tirages successifs. Il est vrai que de rapides et puissantes machines effectuent ce travail.
- Gravure en creux, burin, eau-forte. — Les origines de la gravure en creux sont suffisamment discutées pour que nous ne citions que quelques dates des monuments connus de l’origine de cet art.
- Une estampe gravée au burin, attribuée à Martin Schoen de Culmbach, est datée de 1442. En Italie, Finiguerra, orfèvre à Florence, commença en 1460, mais les premières épreuves de ses gravures au burin ont disparu.
- Le British Muséum, de Londres, possède une gravure à l’eau-forte de Ven-ceslas d’Olmütz, datée de 1496, tandis que la première eau-forte connue d’ALBERT Durer remonte à 1502. Le premier livre orné d’estampes en taille-douce a paru à Londres en 1540.
- En France, on croit que le premier artiste qui se servit du burin fut Jean Duvet, né à Langres en 1510. C’est au xvme siècle seulement que l’on imprima des gravures sur métal, en couleurs, lorsque Jean-Baptiste Leprince eut perfectionné le procédé d’aquatinte trouvé par Hercule Zegers en 1660.
- La gravure en creux est le mode d'impression le plus complet et le plus recherché. La merveilleuse collection de la chalcographie du Louvre est l’histoire même de cet art et la preuve de sa perfection. Mais alors que des machines modernes et rapides assurent à la gravure sur bois et à la lithographie, comme aux procédés photomécaniques, une production économique, en rapport avec les besoins de diffusion actuels, la gravure en taille-douce ou à l’eau-forte, surtout en couleurs, ne pouvait, comme nous le verrons plus loin, ne s’imprimer qu’à la main, c’est-à-dire demeurer un article essentiellement de luxe.
- Gravure photomécanique. — La géniale invention de Daguf.rre et Niepce a permis de transformer complètement les procédés d’impression, transformation de diffusion surtout par la facilité et la rapidité d’exécution des planches en relief ou
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- MACHINE S. BEAUNE A IMPRIMER EN PLUSIEURS COULEURS.
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- en creux. Parmi les procédés de gravure découlant de la photographie, nous n’en retiendrons que deux particulièrement intéressants : la trichromie et l’héliogravure au grain.
- La trichromie permet de sélectionner, au moyen d’écrans, sur trois clichés tramés, les couleurs fondamentales. Ces clichés sont reportés sur trois plaques de cuivre et mordus à l’acide, la trame se trouvant en creux ou en relief, selon que ces plaques sont destinées aux procédés typographiques ou héliographiques. L’impression successive, et par superposition de ces trois plaques sur le papier, donne la reproduction de l’original. Dans la pratique, pour les travaux plus soignés, une quatrième planche d’enveloppe est nécessaire. Le jaune est imprimé dans un premier tirage, le rouge dans un second, le bleu dans un troisième, le gris ou noir dans un quatrième. Le repérage de ces 3 ou 4 tirages sur le papier étant très délicat, demande une précision de machine et un soin de montage particulier.
- L’héliogravure au grain d’aquatinte, c’est-à-dire sans trame, s’imprimant actuellement à la main comme la taille-douce et entrant dans le cadre des procédés Serge Beaune, nous aurons à en donner plus loin une description détaillée.
- De ce résumé, aussi abrégé que possible, il ressort :
- 1° Que tous les modes d’impression actuellement en usage exigent autant de plaques, formes ou clichés, et partant de tirages successifs qu’il y a de couleurs, et, en sélection triclirome au minimum trois clichés, donc trois impressions des couleurs fondamentales superposées;
- 2° Que les procédés de gravure sur bois, lithographiques ou photomécaniques tramés, sont pourvus de modes d’impression rapides et industriels.
- Seules, les gravures au burin, à l’eau-forte, à la pointe sèche, etc., et l’héliogravure au grain, demeurent, comme à l’origine, imprimées en petit nombre à la main. C’est à ces gravures que s’appliquent les procédés Serge Beaune.
- EXPOSÉ PRÉLIMINAIRE.
- Avant de décrire les procédés qui permettent le tirage en couleurs par une seule passe sur la machine, il nous semble nécessaire de donner d’abord quelques renseignements sur les procédés de gravure en creux qui nous intéressent particulièrement, c’est-à-dire la gravure à l’eau-forte, au burin, à la pointe sèche, et l’héliogravure, et d’exposer ensuite le mode employé actuellement pour le tirage de ces gravures en couleurs, cet exposé étant indispensable pour bien saisir l’intérêt et le principe du nouveau procédé.
- gravure a l’eau-forte. — Une plaque de cuivre plané, généralement de 1 à 1,5 mm d’épaisseur, biseautée sur les bords et convenablement nettoyée de toute oxydation ou couche graisseuse, est ensuite recouverte, au moyen d’un tampon et à chaud, d’un vernis résistant aux acides, avant refroidissement de la plaque; celle-ci, tenue dans un étau à main, est retournée pendant que le graveur passe sur toute la couche de vernis la flamme d’une torche composée d’une dizaine de brins de mèche paraffinée. Le vernis protecteur se présente ainsi d’un beau noir brillant. Après refroidissement complet, l’artiste dessine sur la plaque avec une pointe d’acier dont
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- 660 PROCÉDÉ d'impression MÉCANIQUE, SYSTÈME S. BEÀUNE. — NOVEMBRE 1931.
- la finesse varie selon les besoins. Le vernis est ainsi enlevé par la pointe et laisse le cuivre à nu. Lorsque ce travail est terminé, l’artiste recouvre d’un vernis au pinceau le dos de la planche, ainsi que tous les endroits ou le cuivre serait accidentellement découvert, et procède à la morsure.
- Plusieurs acides sont employés selon la technique et la prédilection de l’artiste : les plus usités cependant sont l’acide azotique et le perchlorure de fer.
- Le graveur a préparé, dans une cuvette plus grande que sa plaque, un bain d’acide azotique pesant de 20° à 25° B., ou du perchlorure de fer à 45°; il y dépose sa plaque et agite le liquide. L’acide attaque le cuivre aux endroits où il est à nu, c’est-à-dire dans les traits du dessin. Lorsque l’opérateur juge que le creux est suffisant dans les traits légers qu’il désire obtenir, il retire sa plaque, la rince à grande eau, l’essuie entre des feuilles de buvard, et recouvre de vernis au pinceau les tailles qu’il juge assez creuses ; il met ensuite à nouveau sa plaque dans le bain pour obtenir plus de profondeur dans les tailles non garanties par le vernis. Il procède ainsi à 4 ou 5 morsures successives. Lorsqu’il juge que les tailles voulues plus profondes sont obtenues, il dévernit sa plaque à l’essence de térébenthine et tire une épreuve en noir, comme nous le verrons plus loin. Les tailles plus profondes et élargies ont pris plus d’encre que celles qui sont faiblement attaquées par l’acide; il s’ensuit que l’épreuve donne toute une gamme d’intensités différentes des noirs.
- Il convient ensuite de préparer la plaque pour obtenir les teintes et demi-teintes.
- Nous savons que l’encre ne peut s’accrocher sur un cuivre qu’aux endroits où celui-ci est dépoli et que l’intensité du ton dépendra de son volume, c’est-à-dire de la profondeur de ce dépolissage. Donc, pour obtenir des épreuves où la couleur doit tout recouvrir, sauf les blancs purs, il faudra dépolir le cuivre entre les tailles, plus ou moins profondément, selon les intensités désirées.
- Le moyen généralement employé est Y aquatinte ou grain de résine. Ce procédé demande un appareil spécial appelé boîte à grainer, consistant en une armoire de 2,50 m de hauteur, 0,80m de largeur et 0,50 m de profondeur environ; elle renferme à sa partie inférieure de la résine finement pulvérisée, et, au-dessus, une planchette montée sur un axe à manivelle et servant successivement de moulinet-ventilateur et de tablette.
- Lorsque le graveur a nettoyé à nouveau sa planche, qui comporte alors tout son dessin gravé, il met en mouvement la résine au moyen de la planchette, de façon que cette fine poussière se tienne en suspension dans la partie supérieure de la boîte à grainer; les particules plus grosses retomberont les premières et les plus fines resteront plus longtemps à se déposer. Donc, selon qu’il veut un grain plus ou moins serré, le graveur placera sa plaque dans la boîte à grainer aussitôt après la ventilation ou attendra plusieurs minutes. La résine se dépose uniformément sur toute la surface du cuivre; après 10 minutes environ, il sort sa plaque avec précaution et la place sur une table chaude. La résine se fixe.
- Le graveur procède alors à la morsure : après avoir réservé les blancs purs avec du vernis au pinceau, ainsi que les marges et le dos de la planche, il dépose celle-ci dans le bain : l’acide n’attaque le cuivre qu’entre les grains de résine; le dépolissage est donc acquis. Les différentes valeurs sont obtenues, comme nous l’avons vu plus haut pour le trait, en recouvrant successivement les parties mordues pour arriver aux valeurs les plus sombres.
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- BULLETIN DE LA SOCIETE D'ENCOURAGEMENT POUR L'INDUSTRIE NATIONALE
- EAU-FORTE ORIGINALE TIRÉE EN 7 COULEURS SUR LES PRESSES DE LA SOCIÉTÉ DES PROCÉDÉS SERGE BEAUNE
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- BULLETIN DE LA SOCIETE D'ENCOURAGEMENT POUR L'INDUSTRIE NATIONALE
- EAU-FORTE ORIGINALE TIRÉE EN 7 COULEURS SUR LES PRESSES DE LA SOCIÉTÉ DES PROCÉDÉS SERGE BEAUNE
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- MACHINE S. BEAUNE A IMPRIMER EN PLUSIEURS COULEURS.
- CGI
- Après nettoyage, la plaque gravée est terminée et recevra par dépôt galvano-plastique une couche d’acier doux qui en préservera les finesses et isolera le cuivre de certaines couleurs qui s’altèrent à son contact.
- gravure au burin. — Ce mode n’est presque exclusivement employé que pour la gravure à reproduction. Le cuivre étant noirci et le calque du sujet à reproduire reporté, le graveur ne se sert comme outils que de burins de grosseurs et de formes différentes. Il attaque directement le cuivre plus ou moins profondément selon l’effet à obtenir. Ce travail est d’autant plus beau et plus fin qu’il est plus serré. Il est d’un très bel effet artistique mais ne souffre pas de médiocrité.
- gravure a la pointe sèche. — Ce genre de gravure est rarement employé seul ; le plus souvent, il se complète de gravure à l’eau-forte ou d’aquatinte. Le cuivre est attaqué par un diamant ou une pointe en acier très dur. Les valeurs sont obtenues, non point comme dans la gravure au burin, par des tailles plus ou moins profondes, mais par le rapprochement des tailles, et en conservant sur les bords de celles-ci le copeau ou barbe qui s’est soulevé sous l’outil. L’encre est retenue par ces aspérités qui donnent au noir des aspects veloutés mais qui ne durent que peu d’épreuves, la barbe s’écrasant sous la pression. Lorsqu’une pointe sèche doit tirer un nombre important d’épreuves, les barbes sont enlevées au grattoir et remplacées par une morsure profonde à l’eau-forte.
- héliogravure. — L’héliogravure est employée pour la reproduction de tous documents, peintures, dessins, objets divers, par la photographie. Elle est basée, en principe, sur la propriété qu’ont certains produits de devenir insolubles sous l’influence des rayons lumineux. Le plus généralement employé est la gélatine bichromatée. L’héliograveur procède de la façon suivante.
- La plaque de cuivre, convenablement nettoyée, est recouverte d’un grain de résine très fin, comme nous l’avons vu plus haut, puis d’une couche de gélatine bichromatée. Elle est ensuite exposée, sous un cliché positif, aux rayons solaires ou sous une lampe à arc. Après cette exposition, les blancs purs ont été insolés complètement, les demi-teintes légèrement, et les noirs, protégés par le cliché positif, n’ont pas été influencés et sont donc restés solubles. La morsure se fait au perchlo-rure de fer à des degrés de concentration différents : 42°, 38°, 33°, 31° B. La première morsure à 42° B. attaque le cuivre dans les grands noirs, la seconde, «à 38ü B., pénètre les demi-teintes fortes, et ainsi de suite jusqu’à la dernière morsure à 31° B., qui ne doit respecter que les blancs purs. La plaque nettoyée donne alors la reproduction fidèle du cliché, avec des creux plus ou moins profonds dans toute la gamme, du noir au blanc. La retouche se fait au burin pour accentuer certains noirs, à la roulette pour intensifier les demi-teintes, et au brunissoir pour les diminuer de valeur ou nettoyer des blancs.
- TIRAGE EN COULEURS DE GRAVURES PAR LE PROCÉDÉ ACTUEL (a LA POUPÉE).
- Après cet abrégé des moyens employés pour graver, nous devons décrire succinctement le mode actuel d’impression en couleurs de ces divers modes de gravure.
- 130e Année.
- Novembre 1931.
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- La planche étant préparée par l’un des procédés qui précèdent, l’impression se fait actuellement à la main, c’est-à-dire que l’imprimeur taille-doucier emplit d’encre la taille de la gravure, avec des tons différents, au moyen de tortillons d’étoffe dits « poupées ». Il essuie l’excédent de couleur en surface de la plaque, au moyen d’une mousseline, après chaque pose de couleur, en prenant toutes précautions utiles pour ne pas mélanger les tons les uns dans les autres et ne pas vider les tailles déjà encrées, et, lorsque tous les tons ont été posés, il nettoie complètement la surface de la plaque avec la paume de la main de façon à ne laisser aucune salissure. Les marges et les biseaux étant nettoyés au blanc d’Espagne, la plaque ainsi encrée est posée sur la table de la presse à bras; une feuille de papier préalablement humidifiée est appliquée et recouverte de plusieurs épaisseurs de lange de laine. La presse est mise en mouvement : sous la pression des rouleaux, le papier humide pénètre dans toutes les tailles de la gravure et absorbe l’encre. L’épreuve ainsi obtenue est mise entre intercales et cartons pour être séchée à l’abri de l’air. Ces opérations sont renouvelées à chaque épreuve, suivant une cadence qui peut varier de 15 minutes à plusieurs heures selon la dimension de la gravure, le nombre de couleurs et la précision avec laquelle les couleurs demandent à être posées sur la plaque gravée.
- Nous voyons que, la planche ayant été préparée comme il est indiqué, le tirage en plusieurs couleurs s’effectue en une seule passe sous la presse.
- PROCÉDÉS SERGE BEAUNE.
- Les procédés Serge Beaune consistent à effectuer mécaniquement et successivement les opérations que nous venons d’énumérer, c’est-à-dire apport de toutes les couleurs sur la plaque gravée, essuyage de l’excès de couleur en surface de la planche, passage sous la presse avec la feuille de papier, l’épreuve étant ainsi obtenue en une seule passe sur la machine plate actuelle, à la cadence de 360 feuilles raisin à l’heure.
- Ce résultat est obtenu par une machine dans laquelle la plaque passe d’abord sous n rouleaux encreurs (un par couleur) qui déposent la couleur sur la plaque et là seulement où il le faut; l’excès de couleur est enlevé par un (n -b l)me rouleau (essuyeur) avant de passer, avec le papier, sous la presse proprement dite.
- Nous allons décrire séparément ces opérations : 1° Encrage de la planche gravée ; — 2° Essuyage ; — 3° Nettoyage de l’essuyeur ; — 4° Impression de l’épreuve sur le papier. Examinons tout d’abord une opération préliminaire.
- Préparation des rouleaux encreurs. — Nous avons vu plus haut que, pour obtenir une épreuve en couleurs, il fallait encrer les tailles de la gravure d’un volume d’encre suffisant pour garnir celles-ci complètement dans chacun des tons et à la place exacte qu’elles occupent respectivement sur la gravure.
- Pour obtenir ce résultat, il est fait usage de rouleaux encreurs (1 par couleur) disposés comme suit : un noyau est recouvert d’une couche de o mm d’épaisseur d’une matière légèrement plastique, se travaillant facilement, et obtenue par moulage sous pression. Ce rouleau ainsi garni doit nécessairement être d’un développement égal à la longueur du chariot sur lequel les plaques gravées sont fixées à chaud au moyen de feuilles de gutta-percha.
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- MACHINE S. BEAUNE A IMPRIMER EN PLUSIEURS COULEURS.
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- Chaque rouleau est muni d’un pignon d’un diamètre primitif correspondant au diamètre extérieur du rouleau revêtu ; une dent de ce pignon est repérée par rapport aux intermédiaires et ceux-ci par rapport à la crémaillère fixe sur le chariot.
- Les plaques fixées sur le chariot sont d'abord encrées à la main, en noir; la machine est mise en marche, les rouleaux étant réglés en hauteur pour une pression de 0,5 mm environ sur les plaques. Chaque rouleau reçoit ainsi en noir l’impression de 1 image à tirer, et exactement à la place qu’il devra occuper pendant le tirage. Les rouleaux sont retirés de la machine et, au moyen d’outils spéciaux, on enlève sur chacun d’eux tout ce qui ne doit pas encrer dans la couleur envisagée. Ce travail terminé, les rouleaux sont replacés sur la machine au repère mentionné plus haut. La prise d’empreintes demande 15 minutes environ.
- Nous avons vu, d’autre part, qu’un volume d’encre déterminé est nécessaire pour
- Fig. I. — Procédé Serge Beaune : disposition schématique des cylindres.
- A, Chariot; — B, Plaque gravée; — G, Rouleaux encreurs; — I), Rouleaux d'apport moletés; — E, Augets; — F,' Couleurs; — G, Lames de réglage des débits; — H, Lames de butée (C, D, E, F, G et H, en nombre égal au nombre de couleurs employées); — J, Rouleau essuyeur; — K, Porte-lame et joint de caoutchouc; — L: Distributeur de solvant: — M, Brosse de nettoyage (L et M, mobiles transversalement); — N, Lames réceptrices du solvant et de la couleur diluée; — O, Porte-lames et canalisation d écoulement.
- garnir les tailles d’une gravure, et cela proportionnellement à la profondeur de ces tailles. Ce volume d’encre à déposer est déterminé mécaniquement de la façon suivante :
- Un rouleau moleté en acier est placé immédiatement au-dessus du rouleau de matière plastique, et en contact avec ce dernier. Le moletage diffère selon la nature de la gravure : pratiquement, il est de 0,4 mm d’écartement pour les héliogravures, de 0,5 mm pour les eaux-fortes moyennes et de 0,6 mm pour certaines eaux-fortes profondément mordues. Ce moletage forme un réservoir où l’encre de l’auget, dans lequel il tourne, vient se fixer en comblant les stries. A la partie supérieure de ce rouleau moleté, et perpendiculaire à la ligne des axes, une lamelle flexible en acier est appliquée en contact intime avec lui et coupe l’encre au ras des crêtes du moletage. Cela explique qu’il ne peut jamais se produire de surcharge d’encre sur un point quelconque du rouleau : même dans l’éventualité où ce rouleau
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- n’aurait à fournir son encre que sur un point de matière plastique, il se présenterait sur la matière toujours chargé d’un volume égal. L’affinité de la matière plastique pour l’encre étant très supérieure à celle de l’acier, cette matière retient toute l’encre qui lui est nécessaire.
- Nous employons des encres analogues à celles dont se servent les taille-douciers, c’est-à-dire des couleurs en poudre broyées très dur avec des huiles de lin cuites en présence du bioxyde de manganèse.
- Encrage. — La plaque gravée étant fixée au chariot, à son passage sous le rouleau ainsi chargé, celui-ci abandonne une partie de son encre en emplissant les
- Fig. 2. — Presse à imprimer les gravures en couleurs, de la Société des Procédés Serge Beaune.
- De droite à gauche : Chevalement des transmissions; — Table de dégagement du chariot; — Harnais des rouleaux encreurs surmonté des distributeurs de couleurs; — Rouleau essuyeur surmonté de la hotte d'appel des vapeurs nocives; — Commande du déplacement des brosses de nettoyage; — Rouleau imprimeur, chargé de 10 tonnes; — Table réceptrice; — Poulies de renvoi des chaînes de translation du chariot. (Lors du mouvement rétrograde du chariot, les rouleaux se soulèvent de quelques millimètres pour éviter tout contact avec la plaque.)
- tailles, et, bien entendu, en dépose en excès sur la surface de la plaque comprise dans la portion de couleur envisagée. La plaque gravée, ayant reçu au passage sous les rouleaux encreurs successivement toutes les couleurs juxtaposées ou superposées, est entièrement recouverte en surface d’une couche polychrome épaisse. Il faut donc procéder à l’essuyage, c’est-à-dire débarrasser complètement la surface de la plaque gravée de toute la couleur superflue, sans dégarnir les tailles ni les grains, même les plus légers, et sans mélanger arbitrairement les tons.
- Essuyage. — Le rouleau essuyeur est composé d’un noyau d’acier parfaitement centré, recouvert d’une enveloppe de matière très légèrement plastique, de 5 mm
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- MACHINE S. BEAUNE A IMPRIMER EN PLUSIEURS COULEURS.
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- d’épaisseur, composée d’un mélange similaire à celui des rouleaux encreurs. Cette enveloppe est moulée sous pression et reçoit une préparation spéciale après mou-lage, savoir : rinçage à l’alcool à 90°, glaçage en chambre froide, traitement chimique, séchage et enlin rectification et polissage.
- Terminé, le rouleau essuyeur est d’un développement correspondant exactement à la longueur du chariot. Pour son emploi, ce rouleau est placé sur la machine et est commandé de telle sorte que, pendant le passage du chariot, il fasse un tour en sens inverse de la marche. Théoriquement, la génératrice de ce rouleau ne doit rencontrer qu’une ligne idéale de la plaque gravée, sans aucun frottement; en raison de son affinité pour la couleur, il conserve la totalité de l’encre enlevée en surface de la plaque.
- La fabrication de ces rouleaux essuyeurs, la préparation de la matière, et leur traitement ultérieur ont une importance capitale dans le résultat à obtenir. Il en est de même, au point de vue mécanique, de leur réglage sur la machine. Cet organe est d’un long usage, à la condition expresse d’être toujours traité et utilisé avec soin.
- Nettoyage de l'essuyeur. — Le rouleau essuyeur ainsi garni d’encre est naturellement impropre à renouveler toute opération d’essuyage. Son nettoyage s’effectue de la façon suivante.
- A sa partie supérieure, une brosse inclinée à 45° et animée d’un mouvement de va-et-vient de 60 mm de course environ, reçoit d’un baladeur un jet de dissolvant. La fonction de cette brosse est de diluer et décoller la couche d’encre.
- En arrière de cette brosse, dans le sens de la marche, est placé un joint en caoutchouc, monté dans une règle à mâchoires guidée latéralement et réglable en pression sur le rouleau essuyeur. Ce joint arrête l’encre diluée qui s’écoule à chaque extrémité, où elle est reçue par deux lames d’acier flexible montées sur une gouttière qui guide ce liquide vers un filtre placé en dehors de la machine.
- Débarrassé d’une partie des matières inertes qu’il avait entraînées, le dissolvant est remonté dans le bac supérieur au moyen d’une pompe. L’ensemble de ce dispositif est enfermé dans une hotte; un aspirateur rejette à l’extérieur les évaporations délétères.
- Impression de l'épreuve sur le papier. — Au sortir de l’essuyeur, la plaque est prête à l’impression. La feuille de papier, préalablement humidifiée, est entraînée par un jeu de rouleaux et guidée par des rubans métalliques avant son passage sous le rouleau imprimeur. Ce rouleau est absolument semblable à ceux des machines à bras, sauf qu’il est calculé pour une pression totale de 10 t sur deux jeux de rondelles Belleville. Il est garni de plusieurs langes, étendus au moyen d’un dispositif ad hoc placé à sa partie inférieure. Il fait un tour au passage du chariot et s’immobilise ensuite. Après ce passage, les rubans, en se soulevant dans des guides latéraux, facilitent la prise de la feuille imprimée que le receveur dépose sur la table arrière.
- résumé. — Les dispositifs qui viennent d’être décrits, actuellement appliqués à la machine plate, sont également applicables à un ensemble rotatif à la feuille ou en continu, ainsi qu’aux impressions en timbrage. Nous voyons donc que le nou-
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- ()66 PROCÉDÉ D’IMPRESSION MÉCANIQUE, SYSTÈME S. BEAUNE. — NOVEMBRE 1931.
- veau procédé réalise bien automatiquement toutes les opérations nécessitées par le procédé actuel à la poupée, avec ces différences :
- 1° que la machine, une fois réglée, peut tirer un nombre pour ainsi dire illimité d’exemplaires, possédant tous la même uniformité d’exécution, l’artiste n’intervenant que pour l’exécution de la plaque et aussi pour le réglage de la machine;
- 2° alors qu’avec le procédé actuel la cadence de production est subordonnée à la nature de la planche et à son fini et peut demander par épreuve un quart d’heure à plusieurs heures, avec le procédé Serge Beaune, elle est actuellement de 360 feuilles à l’heure, cadence qui pourra être augmentée avec la rotative, et cela avec une perfection d’exécution au moins égale à celle du tirage à la main actuel.
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- BULL. DE LA SOCIÉTÉ d’eNCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — NOVEMBRE 1931.
- LA LAMPE « SUPERDUALIX »> A DEUX FILAMENTS ET A COUPELLE
- par M. A. Marsat.
- Des la mise en vente des premières lampes Yvel-Norma pour projecteurs sans réglage, j’ai indiqué dans une note précédente(,) le principe géométrique sur lequel était basée la construction d’une lampe à incandescence suffisamment précise pour permettre la suppression des dispositifs de réglage assez compliqués que l’automobiliste ne savait souvent pas utiliser. J’ai décrit également les appareils de contrôle décelant, en cours de fabrication, les lampes qui auraient donné des résul-
- Fig 1. _ Appareil de vérification des pieds de lampes. Ensemble et détails.
- tats insuffisants et les appareils de réglage sur lesquels les lampes subissaient leur dernière mise au point.
- Depuis cette époque, MM. Lévy et Monnier et leurs collaborateurs ont souvent modifié tel ou tel détail de fabrication et l’appareil de réglage diffère de l’appareil primitif notamment :
- 1° par un dispositif commandé au pied pour saisir le culot;
- 2° par l’augmentation de l’éclairage et la substitution d’objectifs anastigmats aux lentilles achromatiques primitivement employées;
- 3° par une modification de la position de l’écran qui a permis de multiplier par
- (1) Bulletin de la Société d’Encouragement de novembre 1925, p. 737.
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- LAMPE SUPERDUALIX.
- NOVEMBRE 1931.
- 10 les dimensions angulaires sous lesquelles l’ouvrière voit les organes de la lampe.
- Parallèlement aux modifications de l’outillage de fabrication, MM. Lévy et Mon-nier ont créé et répandu chez leurs principaux clients divers modèles d’appareils destinés au contrôle des lampes terminées.
- La figure -2 est une photographie d’un appareil de contrôle analogue, mais beaucoup plus précis, étudié et construit par les Etablissements Malicet et Blin pour la Société des Projecteurs Marchai. On remarquera le microscope qui permet de déceler les moindres erreurs et de ne laisser passer que les lampes répondant aux tolérances minimes qui ont été fixées par cette société.
- Ces progrès de la fabrication étaient à prévoir, leur réalisation était nécessaire, mais la mise au point de la lampe à deux filaments et coupelle pour projecteurs mixtes AB(2) représente un travail bien distinct dû en majeure partie à M. Alfred Monnier, et à son collaborateur M. Marcel Mouton. S’appuyant sur le principe de l’appareil de réglage des lampes Yvel-Norma, visée simultanée du filament non allumé dans deux directions rectangulaires, ils ont créé pour chaque opération des appareils de contrôle qui assurent la régularité nécessaire d’une fabrication très délicate.
- Le Code de la Route prescrit que les voitures automobiles aient, la nuit, au moins un phare non aveuglant, B ou AB, dont le faisceau doit être rabattu de façon que l’œil de l’observateur placé au-dessus du plan horizontal passant par le haut de l’appareil ne puisse apercevoir de surfaces brillantes d’étendue notable et dont l’éclat soit supérieur à une bougie et demie par centimètre carré; ces appareils doivent, en outre, donner un éclairement minimum de 2 lux à 25 m en avant de la voiture, sur une largeur de 2,50 m de part et d’autre de l’axe de la voiture et sur une hauteur primitivement fixée à 10 cm mais portée récemment à 45 cm.
- Tous les projecteurs B et AB doivent être conformes à un modèle examiné par le Laboratoire central d’Électricité et homologué par une Commission spéciale du Ministère des Travaux publics. Lorsque la lampe livrée avec un projecteur est hors service, elle doit être remplacée par une lampe du même type et il avait d’abord été admis qu’il faudrait que la lampe de remplacement fût garantie conforme au modèle par le constructeur du phare. Si tous les constructeurs avaient construit chacun un appareil différent, il n’aurait pas été possible de modifier cette règle malgré les inconvénients qu’elle présentait, mais, en réalité, la majeure partie des appareils présentés à l’homologation étaient du même système et utilisaient des lampes à peu près identiques. Cependant il aurait fallu que chaque garagiste eût en stock des lampes différentes en 6 et 12 V, garanties conformes par les divers constructeurs.
- (2) On appelle projecteurs A les projecteurs aveuglants, sans limite de puissance, qui ne sont pas soumis à l’homologation ministérielle; on appelle projecteurs B, les projecteurs à lumière rabattue, qui sont soumis à l’homologation ministérielle. On appelle projecteurs AB ceux qui peuvent fonctionner alternativement comme projecteurs A en route libre et comme projecteurs B aux croisements des autres véhicules et en ville.
- Fig. 2. — Appareil de contrôle,construit, parles Établissements Malicet et Bliu, pour la Société des Projecteurs Marchai.
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- L’idée devait venir naturellement de normaliser ce modèle de lampe et MM. Lévy et Monnier furent les premiers à présenter à la Commission des Projecteurs d’Automobiles des lampes ayant la précision requise. La Commission visita à plusieurs reprises leurs ateliers, examina avec soin l’outillage spécial créé pour cette fabrication et, le 4 octobre 1930, paraissait l’arrêté ministériel attribuant aux lampes Superdualix l’estampille n° 173 et autorisant leur emploi (fans un grand nombre de modèles de projecteurs déjà homologués. Il était, en outre, décidé que les modèles de projecteurs devraient, par la suite, être présentés, de préférence, avec des lampes de modèles homologués.
- La lampe Superdualix (fig. 3) est destinée aux projecteurs mixtes AB; elle comporte un filament route placé de façon à donner un éclairage normal à grande portée et cependant assez diffusé pour ne pas créer une région sombre aux abords immédiats de la voiture, puis un filament code placé dans une coupelle. Le filament code est placé sur l’axe focal du réflecteur en dehors de la caustique d’aberration et donne par suite un faisceau conique à grande ouverture. La coupelle supprime la partie supérieure de ce faisceau et il faut que la tache lumineuse produite par le faisceau sur un écran vertical soit limitée à sa partie supérieure par une ligne sensiblement droite. La moindre aigrette brillante accuse une. direction où l’appareil sera aveuglant; un trou noir prévient des directions où l’obstacle sera vu trop tard.
- L’écran sur lequel on fait cet examen est situé à plus de 23 m du projecteur; la distance focale de celui-ci est toujours voisine de 3 cm; les erreurs de position du corps éclairant ne peuvent par suite avoir que des valeurs très faibles, nettement inférieures à un demi-millimètre.
- Si le réflecteur n’avait aucune aberration, si le filament était de dimensions infiniment petites, la tache éclairée aurait la dimension même du projecteur et 1 éclairage produit serait à coup sûr insuffisant* Mais les réflecteurs les mieux faits ont des aberrations appréciables; il est même assez souvent nécessaire de leur donner en certains points des aberrations notables ; les filaments ont des dimensions assez grandes, la tache éclairée a une forme et une taille qui dépendent d’abord de la forme du filament et de sa position par rapport au réflecteur, puis des aberrations et très peu de la dimension du réflecteur.
- Si l’on fait varier la distance du filament au fond du réflecteur, on constate qu’il y a une position qui donne à la tache éclairée un diamètre minimum : pour cette position on peut cacher une portion considérable du réflecteur sans modifier la forme ni la dimension de la tache. C’est la position que l’on donne au filament principal destiné à éclairer en route libre car c’est elle qui donne le maximum de puissance. Si l’on s’écarte de cette position, soit en avant, soit en arrière, on voit se modifier l’aspect de la tache sur l’écran ; son diamètre s’accroît beaucoup mais on remarque une partie centrale plus brillante dont au contraire le diamètre diminue. En continuant le mouvement, la tache centrale brillante disparait, puis elle fait place à une tache sombre qui paraît même noire par contraste, et la tache est devenue un anneau brillant dont le diamètre irait toujours en augmentant. En présentant une cache devant le réflecteur, on voit alors
- Fig. 3. — Lampe « Superdualix ».
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- se dessiner sur l’écran une partie sombre dont la forme rappelle celle de la cache.
- Pour obtenir un fonctionnement code satisfaisant, la cache doit occulter la moitié supérieure du faisceau. Elle se présentera parfois comme un demi-cercle, opaque ou diffusant, placé sur la porte du projecteur. Dans le cas de la lampe à coupelle, elle a la forme d’un demi-cylindre fermé à ses extrémités par des parties planes ou coniques (fig. 4).
- La figure 5 est une photographie qui ( montre la tache éclairée donnée par un réglage correct; la figure 6 en est une représentation schématique. La figure 7 montre l’aspect de la tache avec un filament qui n’a pas été assez excentré I (aigrette) ; la figure 8 montre au contraire l’aspect de la tache avec un filament trop excentré (trou noir).
- Fig. 4. — Corps
- éclairant d’une lampe « Superdualix
- La position de la coupelle a également une grande importance. Si le bord de la coupelle, au lieu d’être situé dans un plan horizontal, est légèrement incliné, la projection sur un écran revêtira alors la forme des figures 9, 10 et 11. Dans un
- Fig. 5. — Tache éclairée donnée sur l’écran par un faisceau code bien réglé.
- Fig. 6. — Forme schématique de la tache donnée sur l’écran par un faisceau code bien réglé.
- Fig. 7. — Forme schématique d’une tache éclairée présentant une aigrette.
- Fig. 8. — Forme schématique d’une tache éclairée présentant un trou noir.
- cas, on aveuglera l’automobiliste venant en sens inverse, dans l’autre le piéton situé sur le côté droit de la route. Ces défauts sont à éviter dans la mesure du possible.
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- Le bord de la coupelle doit être situé dans le plan horizontal contenant l’axe du
- *Fig. 9. —'Tache éclairée résultant d’une mauvaise orientation de la coupelle.
- Fig. 11. —Coupelle mal orientée.
- projecteur. Si la coupelle est au-dessus de l’axe, on obtient (fîg. 12) une pro-
- Fig. 10. — Schéma de la tache éclairée lorsque la coupelle est mal orientée.
- F’ig. 12. — Coupelle trop haute.
- Fig. 13. — Coupelle trop basse.
- Fig. 14. — Filament mal centré.
- Fig. 15. — Filament mal centré.
- Fig. 16. — Le Blâment Fig. 17. — Forme schématique rentre dans la coupelle, de la tache éclairée quand le filament rentre dans la coupelle.
- jection non aveuglante mais un mauvais éclairage; si la coupelle est au-dessous de
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- l’axe, le projecteur est éblouissant puisque le faisceau se relève de plus en plus au-dessus du plan horizontal (lig. 13).
- Le filament incandescent doit être dans le plan vertical du projecteur. Il peut
- s’en écarter sans rendre le projecteur aveuglant, mais le faisceau se trouve déporté en sens inverse et déformé comme l’indiquent les figures 14 et 15, ce qui est fort gênant pour le conducteur.
- Fig. 18. — Le fila- Fig. 19. — Forme schématique de la tache ment sort de la cou- éclairée quand le filament sort de la coupelle, pelle.
- La position du filament dans la coupelle joue aussi son rôle. Si le filament rentre dans la coupelle (fig. 16), l’éclairage est insuffisant sur les bords de la route (fig. 17); si le filament sort de la coupelle (fig. 18), l’éclairage est aveuglant (fig. 19).
- Si, par un hasard malencontreux, plusieurs de ces défauts se trouvent réunis
- Fig. 20. — Filament trop près du culot et rentré dans la coupelle.
- Fig. 21. — F’ilamenl trop loin du culot et sorti de la coupelle.
- dans leur allure la plus défavorable, le faisceau peut donner l’une ou l’autre des apparences représentées sur les figures 20 et 21.
- La position du filament dans l’ampoule n’est pas non plus indifférente.
- La paroi de l’ampoule de verre donne du filament lumineux une image dont l’éclat peut atteindre le dixième de celle de la source. Il est nécessaire, dans une lampe code à deux filaments, d’éviter une image du filament code qui produirait un faisceau parasite dirigé au-dessus du plan horizontal.
- Pour produire en grande série (10.000 lampes par jour de ce seul type) une lampe impeccable, répondant en tous points aux dimensions et conditions imposées par la Commission des Projecteurs d’Automobiles, il faut, dès le début de la fabrication, mesurer et sélectionner les éléments constitutifs de la lampe.
- C’est ainsi que le tube de verre qui formera plus loin le pied de lampe est coupé, à une longueur déterminée, par des machines automatiques, puis calibré et impi-
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- toyablement rejeté s’il ne présente pas les caractéristiques requises. C’est en effet dans toutes les opérations de travail du verre que le contrôle doit s’effectuer avec le plus grand soin car le verre devient pâteux à haute température, au cours de son travail, et risque de s’allonger ou de se rétrécir aux dépens de la précision.
- Dès que le pied de lampe est formé et muni des électrodes en nickel qui amèneront le courant au filament de tungstène, les machines à couper et à cambrer donnent la forme et la dimension requises en courbant et rognant de telle sorte que,
- Fig. 22. — Ensemble et détails de l’appareil de contrôle créé pour ies lampes « Superdualix ».
- si l’on prend l’un ou l’autre de ces embryons de lampe, on s’aperçoit qu’aucun d’entre eux ne peut se dire plus grand ou plus gros que le voisin.
- Amené à ce stade, le pied est alors muni, dans un appareil automatique, de sa coupelle et de ses deux filaments qui prennent leur emplacement exact. On conçoit bien que, malgré toute la perfection apportée à ce mécanisme, il soit fort difficile de placer tous les éléments, au 0,1 mm près, à la place qu’ils doivent occuper. C’est à ce moment qu’intervient, avant le montage dans l’ampoule, un appareil de contrôle (fig. 22). Trois faisceaux lumineux sont dirigés sur le pied de lampe : deux à 90° l’un de l’autre, pour en montrer la face et le profil; un troisième, incliné, éclaire la coupelle et, par réflexion sur celle-ci, illumine le filament code.
- A l’aide d’objectifs et de prismes, apparaissent, côte à côte sur un écran de verre dépoli, des images grossies plus de 10 fois. Elles se placent sur des traits repérés, encadrés de part et d’autre par des traits plus faibles, qui indiquent les
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- tolérances limites. 11 est ainsi facile à l’ouvrière d’amener tous les éléments du pied de lampe en position exacte, grâce à l’extrême visibilité et aux grandes dimensions des images.
- Le pied de la lampe est contrôlé successivement deux fois dans deux appareils identiques, d’abord pour assurer la bonne position du filament code dans la coupelle, puis pour vérifier la position du filament route 3'.
- Dans le stade suivant, le pied est soudé avec l’ampoule. Il faut éviter que leurs positions relatives soient défectueuses. Les appareils employés pour cette opération sont semblables à ceux qui ont été décrits dans ma note de novembre 1925 : déjà presque parfaits à l’époque, ils n’ont subi que de légères modifications.
- L’ensemble des deux filaments et de la coupelle est placé à bonne hauteur dans l’ampoule : aucune image gênante ne risquera de se former.
- Le vide est fait ensuite dans les ampoules, le gaz inerte est introduit par des machines spéciales, créées par les Etablissements Lévy et Monnier et étudiées par leurs services techniques.
- L’ampoule est terminée. Elle est ensuite montée sur un culot Norma, qui assure la position précise dans le projecteur. Cette opération bénéficie naturellement des progrès apportés depuis l’origine à tout le matériel de fabrication et de contrôle 4es lampes Yvel-Norma et signalés au début de cet exposé.
- Après réglage et soudure du culot Norma, la lampe est placée, pour un dernier contrôle, dans un appareil spécial où, en plus des vérifications habituelles par examen de la silhouette des divers organes, on procède à un allumage du filament code.
- La lampe Superdualix des Etablissements Lévy et Monnier marque un progrès nouveau dans la normalisation des projecteurs d’automobiles et permet à tous de trouver facilement partout des lampes qui mettent un grand nombre de projecteurs code en règle vis-à-vis des gendarmes, en règle aussi vis-à-vis des autres automobilistes. Le gendarme peut s’incliner devant un projecteur estampillé mais mal réglé, l’automobiliste, plus exigeant, hésite rarement à rallumer ses projecteurs A si les projecteurs de la voiture qu’il croise lui paraissent aveuglants.
- (3) En outre, un appareil de contrôle est en permanence à la disposition des ouvrières monteuses qui désirent vérifier elles-mêmes leur travail avant de le remettre aux ouvrières spécialement chargées des contrôles.
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- BULL. DE LA SOCIÉTÉ d’eNCOURAG. POUR L*INDUSTRIE NATIONALE. — NOVEMBRE 1931.
- RÉFORME DE LA LOI DE 1844 SUR LES BREVETS D’INVENTION, EXAMEN DES DERNIÈRES DISPOSITIONS VOTÉES PAR LA CHAMBRE
- DES DÉPUTÉS,
- par M. André Taillefer, membre du Conseil de la Société d’Encouragement.
- Le projet de réforme de loi de 1844 sur les brevets est en chantier depuis plus de 20 ans. Le projet actuellement en discussion devant le Parlement a été déposé en 1924; d'autres projets l’avaient précédé, mais sans avoir pu être inscrits à l’ordre du jour de la Chambre des Députés.
- Le projet de 1924 a fait l’objet d’un rapport très important de M. Marcel Plaisant, alors député, et d’un vote de la Chambre en avril 1927.
- Renvoyé au Sénat, le projet a été voté, au rapport de M. Roy, sénateur, par la haute assemblée, avec de nouvelles modifications qui ont nécessité son renvoi devant la Chambre des Députés. Celle-ci, sur un rapport dû, cette fois, à M. Georges Boucheron, en a abordé la discussion dans les séances des 28 et 29 mai 1924 et 5 juin 1931.
- A la suite de cette discussion, un nouveau texte a été voté qui, sur un certain nombre de points importants, modifie considérablement les votes précédemment acquis. Le projet est à nouveau devant le Sénat.
- Il n’est pas dans notre intention d’examiner le projet dans son ensemble ; nous nous bornerons à l’analyser très brièvement en insistant sur les dernieres dispositions votées par la Chambre.
- Le projet comporte 71 articles. La loi actuelle n en comporte que o4.
- Pour la plupart des articles, la Chambre a accepté le texte du Sénat et les divergences entre les deux assemblées ne portent guère que sur cinq articles : les articles 4, 5, 12, 26 et 33.
- On sait que, d’une façon générale, c’est le système de la loi de 1844 qui subsiste dans les projets nouveaux : délivrance des brevets sans examen préalable. Les caractères de brevetabilité, éclairés par une jurisprudence bientôt séculaire, n’ont heureusement pas été modifiés.
- Il n’en est pas de même en ce qui concerne l’article 3 qui traite des exceptions à la brevetabilité.
- Sont exclues de la brevetabilité les découvertes ou inventions, ou applications ne présentant aucun caractère industriel, et les découvertes ou inventions contraires, soit à la sûreté ou à l’ordre public, soit aux bonnes mœurs. Aucune observation n’est à formuler en ce qui concerne ces deux exceptions.
- Mais il a été ajouté une troisième disposition qui vise les produits définis de l’industrie chimique. Il est dit que les produits de l’industrie chimique définis ou résultant de l’association d’éléments définis avec réaction totale ou partielle de ces éléments entre eux, les compositions pharmaceutiques et les remèdes sont exclus de la brevetabilité sans que, toutefois, cette exception s’applique aux procédés, dispositifs ou autres moyens servant à leur obtention.
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- filfi LA FUTURE LOI SUR LES BREVETS. — NOVEMBRE 1931.
- Comme les compositions pharmaceutiques et les remèdes, dans la loi actuelle, les produits chimiques définis ne seraient plus brevetables en eux-mêmes. C’est le système de la loi allemande.
- Si ce système semble, au premier abord, présenter certains avantages pour les industriels, en ce sens qu’il permet d’exploiter immédiatement sans qu’un accord soit nécessaire avec l’inventeur du corps chimique, tous les procédés susceptibles de le préparer, il apparaît comme injuste à l’égard des créateurs de produits nouveaux, ceux-ci, n’ayant plus droit qu’à une protection limitée au moyen de préparation du corps découvert par eux, lequel, le plus souvent, ne sera pas le meilleur qui puisse se concevoir. Ils risqueront désormais, si un tiers découvre un procédé de préparation plus avantageux, d’être irrévocablement, et sans compensation, dépouillés du profit légitime de leur découverte.
- Il semblerait désirable que cette disposition, introduite au Sénat, alors que la Chambre avait maintenu le système de la brevetabilité du produit chimique avec, toutefois, l’obligation pour le breveté, d’accorder licence à celui qui découvrirait un autre procédé de préparation industrielle du produit, fît l’objet d’un nouvel et très sérieux examen lorsque le projet de réforme de la loi de 1844 sera à nouveau discuté devant la haute assemblée.
- Parmi les dispositions nouvelles introduites dans la réforme, et aujourd’hui votées déjà une première fois par les deux chambres, signalons :
- La suppression de l’article 18 actuel obligeant, à peine de nullité, l’inventeur d’un perfectionnement à un brevet préexistant, s’il prend son brevet dans l’année, à le déposer sous pli cacheté; obligation illogique et impossible à exécuter vis-à-vis des brevets déposés avec ajournement de la délivrance, et même vis-à-vis de tous les brevets déposés, en raison des délais d’impression entre la date à laquelle le brevet est déposé et celle où il est délivré et mis à la disposition du public;
- La suppression de l’obligation d’exploiter et son remplacement par l’organisation de la licence obligatoire;
- L’organisation de l’expropriation des brevets, précaution rendue indispensable en raison, d’une part, des nécessités de la défense nationale et de la suppression même de l’obligation d’exploiter;
- L’introduction, au titre de la contrefaçon, de la mauvaise foi comme élément nécessaire du délit, étant entendu que l’ignorance alléguée d’un brevet régulièrement publié, ne pourrait à elle seule être invoquée comme preuve de bonne foi ;
- Une disposition spéciale en ce qui concerne l’emploi à bord des navires pénétrant temporairement ou accidentellement dans les eaux françaises, de moyens faisant l’objet de brevets;
- L’extension de huit jours à quinze jours du délai d’assignation après la saisie, etc., toutes dispositions qui, avec l’extension à vingt ans de la durée des brevets à l’article 4, méritent entière approbation.
- Il n’en est pas de même, toutefois, des dispositions nouvelles votées par la Chambre. Elles ont trait aux articles 4, 5. 12, 26 et 33 que nous nous proposons d’examiner brièvement.
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- En ce qui concerne Y article 4, à côté de la prorogation de la durée des brevets à vingt ans, disposition unanimement désirée, l'article modifie profondément les conditions de prise du brevet. En effet, tandis que le projet du Gouvernement et le premier texte voté, tant par la Chambre que par le Sénat, établissaient pour les brevets une taxe de dépôt de 100 fr, et une taxe de publication de 250 fr au profit de l’Office de la Propriété industrielle, et assuraient par ces versements le maintien du brevet pendant les trois premières années, à partir du dépôt, une annuité de 300 fr étant seulement due pour la quatrième année, avec augmentation de 50 fr par année, la Chambre a décidé un peu brusquement, que le brevet donnerait lieu, lors du dépôt de la demande, au paiement, au profit de l’État, d’une taxe de dépôt de 100 fr, d’une taxe de protection de 650 fr et, au profit de l’Office national, d’une taxe de publication de 250 fr.
- Moyennant donc le paiement unique d’une somme de 1.000 fr, la possession du brevet serait désormais assurée au déposant pour 20 ans.
- On peut se demander si cette réforme de la suppression des annuités, en principe à coup sûr désirable, n’est pas susceptible dans la pratique, dans un pays comme la France où la délivrance des brevets n’est accompagnée d’aucun examen préalable, et où les brevets ne comportent pas de revendication liant le breveté, mais un simple résumé indicatif, de présenter des inconvénients pouvant compenser et au delà, les avantages qu’au premier abord la réforme semble présenter.
- Le but de la réforme, proposée dans l’intérêt des petits inventeurs, ne semble pas devoir être atteint. On peut penser qu’il sera difficile à ceux-ci de réunir d’un seul coup une somme de 1.000 fr, qui, bien que l’article 12 indique que la protection peut être assurée, pour un an, moyennant le simple versement d’une somme de 50 fr, devra être par eux trouvée au plus tard dans l’année du dépôt de leur demande. Faute de ce faire, la demande sera détruite et il n’en restera plus trace.
- Dans le système actuel, au contraire, quand les annuités cessent d’être payées, le brevet est toujours publié et constitue pour le déposant, tout au moins, un titre de possession personnelle indiscutable.
- Le projetprimitif de la Chambre et celui du Sénat semblaient assurément plus favorables aux inventeurs puisqu’il suffisait d’un versement de 350 fr pour s’assurer une protection de trois ans pendant lesquels, si le brevet présentait une valeur quelconque, on pouvait espérer le négocier ou en entamer une exploitation fructueuse.
- D’autre part, étant donné que le projet prévoit la suppression de l’obligation d’exploiter et son remplacement par le simple octroi, dans des conditions déterminées, d’une licence obligatoire, sous peu d’années, l’industriel ou l’inventeur de demain rencontreront sur leur route des milliers de brevets en apparence parfaitement réguliers dont il leur sera fort difficile d’apprécier la valeur réelle, alors que si le paiement des annuités était maintenu, beaucoup disparaîtraient d’eux-mêmes par non-paiement de celles-ci.
- On a cité pour justifier le vote de la Chambre, l’exemple des États-Unis où les brevets sont affranchis des taxes annuelles, mais on a oublié, ce faisant, qu’aux 130e Année. — Novembre 1931. 46
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- États-Unis, les brevets ne sont délivrés qu’après un examen préalable qui, au moins dans une certaine limite, écarte les brevets d’obstruction sans valeur, et qu’en outre, la portée du brevet est, aux États-Unis, strictement limitée à ce qui est indiqué dans les revendications, et que ce sont celles-ci seules qui sont à considérer pour reconnaître si un brevet est ou non contrefait.
- On sait qu’il en est autrement en droit français où tout ce qui est nouveau dans le texte même de la description peut être réclamé par le breveté, ce qui constitue d’ailleurs en sa faveur un avantage, qu’il serait singulièrement périlleux pour lui de voir disparaître. Si le texte voté était maintenu, il serait vraisemblablement indispensable d’en arriver à limiter la portée de brevet aux revendications.
- On peut donc penser qu’il serait désirable de revenir au système du projet tel que voté une première fois par la Chambre et par le Sénat.
- L'article 5 nouveau règle les conditions de prise des brevets. Il a été profondément modifié dans son texte et son esprit par le récent vote de la Chambre. La loi de 1844 donne le droit à quiconque de déposer un brevet sans avoir à justifier qu’il est l’inventeur. Cette disposition libérale, mal comprise par beaucoup d’esprits, avait été précisée dans le texte voté par le Sénat où il était dit que « l’inventeur ou ses ayants droit pouvaient demander un brevet ».
- Le dernier vote de la Chambre limite ce droit à l’inventeur et à ses ayants droit à cause de mort. C’est dire, par suite, que seul l’inventeur peut déposer le brevet. Il est, en outre, spécifié que toute fausse déclaration peut donner lieu, dans un délai de trois ans, à une action en nullité ou subrogation de brevet.
- Cette disposition est imitée de la loi des États-Unis qui, il faut le répéter, n’est en rien comparable à la loi française. Elle est d’ailleurs ouvertement tournée dans ce pays par l’usage établi, lorsque l’inventeur prend un brevet qui, légitimement, doit appartenir à son employeur, de le lui céder aussitôt la demande déposée, moyennant un dollar.
- En France, cette mesure ne peut être que désavantageuse pour l’inventeur qui perdra la possibilité de vendre son invention dès sa réalisation, en laissant à l’acheteur le soin de la couvrir par un brevet, et pour l’industriel français qu’elle empêchera d’acheter une invention déjà brevetée, par exemple à l’étranger, pour la breveter à son nom en France, ce, par application du droit de priorité de la Convention.
- Il est à remarquer, en outre, que cette disposition viole les prescriptions de la Convention internationale concernant la propriété industrielle qui, après la prise d’un brevet dans un des pays de l’Union, autorisent l’inventeur ou ses ayants droit, et non pas seulement les ayants droit à cause de mort, à prendre dans le délai de priorité, son brevet dans les divers pays de l’Union. Elle suppose, d’autre part, que l’on peut identifier l’auteur de l’invention, ce qui, pratiquement, est presque impossible lorsqu’il s’agit d’une invention née de la collaboration d’ingénieurs et d'un bureau d’études d’une société.
- La disposition est, d’autre part, inconciliable avec d’autres articles du projet, notamment avec l’article 17 qui reconnaît, chose parfaitement légitime, à l’État le droit de prendre des brevets. On peut encore remarquer qu’elle créerait, si elle était maintenue, les plus grandes difficultés aux sociétés étrangères qui, ayant déposé en
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- leur nom un brevet à l’étranger, voudraient effectuer le dépôt correspondant en France, puisque le brevet ne pourrait être désormais délivré qu’à l’inventeur lui-même, souvent difficile à retrouver, ou à son ayant droit à cause de mort.
- L'article 26 du projet règle les conditions de transmission des brevets. La Commission du Commerce et, après elle, la Chambre, ont introduit la possibilité d’une action en rescision en cas de vente de brevet pour cause de lésion.
- Le maintien d’une telle disposition paraît de nature à rendre très difficile la vente des brevets, cela au détriment des inventeurs, en raison des incertitudes qu’elle introduit sur le sort des contrats de vente de brevets dans l’avenir.
- Comment fixer rétroactivement la valeur exacte d’un brevet à l’époque où ce brevet a été vendu, chose cependant nécessaire pour apprécier si le prix payé est tellement insuffisant qu’il justifie une action en rescision pour cause de lésion. Il ne faut pas oublier d’ailleurs que, bien souvent, lorsqu’une invention brevetée est achetée, c’est dans le but de pouvoir en toute liberté la perfectionner ; qu’elle n’est souvent, alors, qu’à l’état embryonnaire, et, que c’est l’acquéreur qui, le plus souvent, la modifie, la complète, la met au point, en général au prix d’efforts et de dépenses considérables.
- Peut-on admettre que, dans ces conditions, un acheteur soit exposé à une action en rescision de la part de son vendeur, si celui-ci ne considérant que les résultats finalement obtenus, s’imagine qu’il a été lésé et n'a pas tiré de la vente de son invention un profit normal.
- Il est à craindre que l’industriel qui achèterait volontiers un brevet qui lui paraît renfermer une idée intéressante, ne s’abstienne désormais s’il a lieu de redouter, ce faisant, d’aller au devant d’un procès, lorsqu’il aura réussi la mise au point nécessaire de l’invention.
- La disposition risque fort d’inciter l’industriel à se borner à acquérir des licences de brevets étrangers.
- Le projet de révision delà loi de IBM contient un titre nouveau. Il est relatif aux droits des employés sur leurs inventions ; Y article 33 est consacré à cette question.
- Le texte voté par le Sénat ne faisait guère, sous une forme d’ailleurs, semble-t-il, plutôt moins heureuse que ne l’était le premier texte voté par la Chambre, que reproduire et mettre en forme les règles posées par la jurisprudence en matière d’inventions réalisées par les employés.
- Il existait, toutefois, une disposition nouvelle qui, à elle seule, donnait aux employés un avantage considérable. On y avait introduit, en effet, le principe que, lorsqu’une invention serait due à un employé, et que le brevet serait demandé par l’employeur, soit en vertu de contrat, soit en raison des circonstances de l’invention, le nom de l’inventeur devrait toujours figurer dans la demande de brevet et être reproduit, après le titre, sur l’imprimé de la description.
- C’était là une façon très simple d’assurer, à l’employé inventeur, tout en respectant d’une façon complète la liberté des contrats, la juste notoriété à laquelle il a droit. La Chambre, dans le nouvel article 33, au lieu de reprendre la rédaction votée une première fois par elle, si elle n’acceptait pas le texte du Sénat, a tout bouleversé. Elle impose dans tous les cas d’invention faite par l’employé dans l’exercice de ses fonctions, que cette invention soit spontanée ou le résultat d’un
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- travail commandé, la co-propriété de l’invention entre l’employeur et l’employé, et le dépôt du brevet au nom de l’inventeur employé, en accordant simplement à l’employeur, si l’employé vient à céder sa part de propriété, un simple droit de préemption.
- Il est même indiqué que si l’employé, pour réaliser l’invention, a utilisé les moyens mis à sa disposition par l’employeur pour son travail, il n’y a pas matière à co-propriété, mais à simple possibilité d’indemnité en faveur de l’employeur.
- Si l’on se rappelle que la jurisprudence a toujours décidé qu’en matière de brevets, le droit de co-propriété n’est pas l’indivision et habilite chacun des copropriétaires à faire personnellement usage du monopole conféré par le brevet, sous la seule condition de ne pas entraver la jouissance du co-propriétaire, on peut craindre que le seul effet de la disposition adoptée soit de faire naître la lutte entre l’employé et l’employeur.
- Comment, d’ailleurs, si ce texte est maintenu, pourront procéder les sociétés de recherches, dont l’utilité est incontestable, qui engagent des ingénieurs ou employés spécialement pour réaliser des inventions? Seront-elles obligées de partager avec leurs employés, de la façon singulière posée par l’article, la propriété des brevets relatifs à des inventions réalisées par ordre? La rédaction nouvelle les menace dans leur existence même.
- Ce texte aura pour effet, s’il subsiste, une disparition rapide des bureaux d’études, les chefs d’industrie n’ayant pas intérêt à maintenir ces bureaux, alors que leur maison ne peut pas profiter seule des inventions qui y sont réalisées. Ils préféreront certainement se contenter d’exploiter des inventions nées à l’étranger.
- Comment admettre, d’autre part, que l’invention faite par ordre, par un officier dans l’exercice de ses fonctions, puisse faire naître, au profit de cet officier, un droit de co-propriété qui l’expose à se mettre en conflit avec ses chefs, et, s’il s’agit d’une invention intéressant la défense nationale, risquerait de lui permettre, s’il n’était pas retenu par un scrupule de conscience, d’abuser au profit de l’étranger d’une invention qui ne doit appartenir qu’à son pays.
- L’employé tirera-t-il au moins un profit de la faveur que prétend lui faire l’article 33 nouveau? Nullement semble-t-il, car il serait désormais mis en tutelle, et ne pourra librement traiter avec son employeur au sujet des inventions qu’il peut être appelé à réaliser.
- La répercussion que peut avoir le texte voté sur le fonctionnement des industries privées et des services techniques de l’État est considérable ; les plus grandes et les plus décourageantes difficultés résulteraient de son maintien.
- La raison voudrait donc que le Sénat se refusât à accepter, pour cet article 33, comme pour les précédents signalés, les dispositions que la Chambre a votées assurément dans une bonne intention, mais d’une façon inconsidérée : dispositions dangereuses et inopportunes, dans l’intérêt même de ceux que l’on prétend favoriser.
- Le projet de réforme de la loi des brevets a, c’est le mieux qu’on puisse dire, grand besoin d'être remis au point par la haute assemblée. Modifié par elle, il devra revenir devant la Chambre, si bien que la réforme de la loi de 1844, cependant nécessaire, apparaît comme encore lointaine.
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- QUELQUES ENSEIGNEMENTS
- DE L’EXPOSITION COLONIALE INTERNATIONALE DE PARIS, 1931,
- par M. Georges Hardy, Directeur de l’École coloniale, membre du Conseil de la Société d’Encouragement.
- On n’attend pas ici une description, même sommaire, de l’Exposition coloniale. L’événement, Dieu merci, n’est point passé inaperçu; il paraît même n’avoir nullement souffert de la crise mondiale, et il a fait naître toute une « littérature », exceptionnellement abondante : ouvrages coloniaux, séries d’articles dans nos grandes revues, communiqués quotidiens dans tous les journaux. La Revue des deux Mondes, en particulier, a publié une suite d’études par colonies, qui permettra d’en prendre une idée exacte.
- Nous nous bornerons aussi à constater, pour mémoire, le succès, vraiment inattendu, de cette féerie. Plus de trente millions d’entrées, et pas une note vraiment discordante dans les impressions des visiteurs. Des participations étrangères, dont aucune ne fut médiocre, et parmi lesquelles ne se révélait qu’une seule abstention, d’ailleurs regrettable, celle de l’Angleterre. Un magnifique ensemble, une atmosphère d’entrain que la pluie n’est pas parvenue à refroidir, et, par-dessus tout, l’étonnant prestige de l’homme qui, aux yeux des Français comme des étrangers, incarne les vertus éminentes de l’action colonisatrice.
- C’est déjà là, notons-le, un enseignement de cette exposition, et non le moindre. C’est la preuve qu’en dépit des prophètes de mauvais augure nous sommes encore capables de nous intéresser passionnément a une belle entreprise, quand nous le voulons fermement, quand nous choisissons les exécutants pour leur seule capacité, quand nous nous unissons dans une commune pensée de grandeur, et c est, du même coup, la preuve que notre temps, si vilipendé, est pour la France une époque de forte solidarité et de ferme conscience nationale.
- Mais les leçons de l’Exposition ne se bornent pas à cette constatation réconfortante. Elles sont multiples et diverses. Elles constituent l’intérêt profond de cette manifestation, qui aura été, en même temps qu’un spectacle inoubliable, une sorte d’inventaire des valeurs de notre empire, une révision des principes de notre politique coloniale et, pour l’ensemble de nos compatriotes, l’amorce d’une éducation nécessaire.
- Essayons d’en dégager quelques-unes, et voyons, pour commencer, celles qui s’adressent aux coloniaux de métier,
- Car on pense bien qu’une entreprise comme celle-la n a pas simplement pour objet d’amuser et de renseigner le public de la métropole. C est, pour les coloniaux de tout ordre, une merveilleuse occasion de se rendre compte des résultats obtenus, de comparer ces résultats avec ceux du voisin et de tirer de cette comparaison des conclusions pratiques, d’enrichir ou de réformer les méthodes, d’élargir les plans de campagne, en un mot, de se livrer au plus fructueux des examens de conscience.
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- Au demeurant, l’Exposition n’était pas tout entière dans les pavillons et les stands. Elle avait comme des coulisses, où se tenaient les congrès, et l’ensemble de ces congrès, — plus de 160 en tout — représente quelque chose de très important. Des spécialistes y ont traité des questions fort sérieuses, présenté des rapports solidement étudiés, échangé leurs vues, émis des vœux et rassemblé, dans tous les cas, une précieuse documentation.
- C’est dire que, dans les différents domaines de l’activité coloniale — organisation administrative et judiciaire, agronomie et sylviculture, zootechnie, pêcheries, exploitations minières, vulgarisation agricole, assistance médicale et hygiène, enseignement des indigènes, etc. — les hommes du métier sortirent de l’Exposition plus riches d’idées qu’ils n’y étaient entrés et prêts pour de nouveaux efforts. Mais il est clair que nous ne pouvons ici examiner dans le détail cette semence de progrès ; nous n’allons retenir que des enseignements très généraux, communs à tous les coloniaux, sans distinction de profession, et susceptibles d’intéresser surtout les gouvernements.
- Celui-ci, par exemple, qui paraît dominer tous les autres : les colonies devront s’appliquer, plus assidûment que par le passé, à se faire connaître de la métropole.
- Reconnaissons qu’au lendemain de la grande guerre, les colonies ont tenté un grand effort pour corriger cette erreur. Elles ont cessé de vivre en vase clos. Elles ont installé à Paris des « agences économiques », qui étaient quelque chose comme leurs ambassades et qui étaient destinées à renseigner le public, à servir d’intermédiaire entre les Français de France et les Français des colonies. Elles ont lancé des tracts, publié des ouvrages de vulgarisation et des bulletins périodiques, organisé des foires, donné l’essor à des volées de conférenciers, et le résultat, quoi qu’on puisse dire, à été] fort appréciable. La meilleure preuve — une preuve matérielle — c’est la facilité croissante avec laquelle se sont recrutés les cadres coloniaux; c’est aussi le développement quasi subit de nombreuses entreprises coloniales grâce à l’exportation de capitaux français.
- Malgré tout, cette propagande n’était encore ni assez générale ni assez méthodique. Elle ne parvenait pas à délimiter suffisamment son objet, elle allait un peu à l’aventure, et puis, elle était souvent grise et maussade : elle assénait, sur le crâne du public, une grêle de chiffres et de noms baroques, elle fatiguait l’auditeur et le lecteur, leur donnait trop fréquemment l’impression que les colonies n’étaient pas seulement meurtrières par leur climat, mais encore par l’ennui qu’elles dégageaient.
- Or, nous savons maintenant, après l’épreuve de l’Exposition, ce que veut le public, et le public, de son côté, n’ignore plus ce qu’on peut lui donner. Il faut que les colonies s’ingénient à mettre sur pied des organes de propagande largement outillés et bien vivants, donnant la note juste, ne demandant ou n’offrant que ce qu’il convient exactement de demander ou d’offrir, tenant l’attention en haleine et créant, entre les colonies et la métropole, un vif courant d’idées. Il faut, du même coup, que le Musée permanent des Colonies — cet admirable monument décoré par le sculpteur Jeanniot et qui seul dans cette floraison d’art n’est pas éphémère — évite soigneusement d’être une nécropole ensevelie sous la poussière, et pour cela qu’il se renouvelle perpétuellement, grâce à l’initiative et aux envois des colonies.
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- Dans le même ordre d’idées, il importe que le Français de France qui cherche un emploi dans les colonies ou qui veut lier avec telle ou telle colonie des rapports d’affaires puisse se renseigner le mieux possible et dans le minimum de temps. C est là, rappelons-le, le rôle des agences : Agence générale des Colonies, Agences de l’Indochine, de l’A. O. F., de l’A. E. F., de Madagascar, Offices du Maroc, de l’Algérie, de la Tunisie. Mais ces agences et ces offices sont étrangement dispersés. Pour en faire le tour avec fruit, il faut avoir plusieurs jours devant soi et un bon plan de Paris. D’autre part, cette dispersion ne leur vaut rien; elle accroît inutilement leurs frais généraux et les prive d’une émulation nécessaire.
- C’est justement pour remédier à ces inconvénients, c’est pour imposer à l’attention un centre actif de renseignements de tout ordre, que le maréchal Lyautey a fait dresser, au tout premier plan de l’Exposition, cette Cité des Informations qui est vraiment son œuvre personnelle et qui porte sa marque jusque dans les moindres détails.
- Mais la Cité des Informations, au contraire du Musée permanent, est bâtie en carton-pâte. Elle n’est, dans la pensée du maréchal Lyautey, que l’ébauche et comme le symbole d’une future cité, en bonne pierre, celle-là, et dans laquelle seraient concentrées les agences de toutes nos possessions, avec des services communs et des services particuliers à chaque colonie. Cette future cité, c’est ce que le Maréchal a déjà baptisé la « Maison de la France extérieure », et il compte sur le boni de l’Exposition pour l’amorcer.
- Le principal effet de cette liaison si désirable, ce sera Y organisation du marché colonial et, à cet égard encore, l’Exposition a mis en lumière un fait d’une importance capitale, qui n’était pas ignoré des coloniaux, mais que le public métropolitain ne soupçonnait pas : nous achetons à l’étranger, en quantités considérables, des matières premières que les colonies produisent en abondance; comme ces produits s’écoulent mal, leur prix de revient demeure élevé, et la production coloniale, dans bien des cas — pour le café, par exemple — n’arrive pas à sortir de ce cercle vicieux. Bien pis, certains produits de nos colonies, pour se faire admettre sur le marché français, sont obligés de passer d’abord par un marché étranger; c’est ainsi que, pendant longtemps, des billes d’acajou abattues dans notre colonie de la Côte d’ivoire furent importées, de retour de New York, comme acajou d’Amérique, sans même que la marque des coupeurs eût été effacée.
- Cela revient à dire que nos colonies, qui ont tant fait pour mettre leurs ressources en valeur, ont généralement manqué d’esprit commercial. Elles n’ont pas su aller au-devant de l’acheteur, imposer leurs produits. Or, l’Exposition, en tant que foire commerciale d’une ampleur inaccoutumée, est bien propre à faire réfléchir sur les inconvénients d’une organisation économique qui, à la manière de l’araignée, attend le client dans son coin d’ombre.
- L'exemple des autres : encore une grande leçon de l’Exposition à l’usage des colonies.
- Elles ignorent trop, en général, comment le voisin s’y prend pour faire valoir son domaine et gouverner ses populations. Elles n’en sont informées, sauf exceptions,
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- que par hasard et par à-coups, elles ne disposent pas de moyens de documentation vraiment efficaces et permanents, elles ne font pas grand’chose pour encourager dans la métropole les rares organes qui se consacrent à cette besogne si nécessaire, la colonisation comparée. Il suit de là qu’elles cherchent en gémissant des formules qui, ailleurs, sont depuis longtemps appliquées, et qu’elles recommencent à grands frais des expériences qui, en d’autres régions, ont été faites et bien faites.
- Sans doute a-t-on ébauché, à la veille de l’Exposition, une politique fort heureuse de conférences intercoloniales, de congrès spécialisés, dans l’étude des maladies tropicales par exemple, de visites entre chefs de colonies françaises et étrangères, voire de publications en commun. Ce n’est là qu’une amorce. L’Exposition, en rapprochant, pendant un temps prolongé, les représentants des différents états colonisateurs, en élargissant leur horizon, en les obligeant à confronter ouvertement des entreprises que chacun était tenté de considérer comme des secrets de fabrication, a créé, semble-t-il, une atmosphère nouvelle et fait naître quelque chose comme un esprit intercolonial.
- Cet esprit intercolonial, il conviendra de l’entretenir et de le renforcer en toute occasion, systématiquement. Le temps n’est plus où chaque peuple colonisateur pouvait se barricader dans ses possessions et n’en sortir que pour empiéter sur le voisin. Toutes les puissances coloniales ont des intérêts communs, disons plus, des ennemis communs. Pour poursuivre paisiblement l’œuvre d’amélioration humaine qu’elles ont assumée, il est indispensable qu’elles prennent conscience de leur solidarité, que l’Exposition soit pour elles autre chose qu’une rencontre éphémère, un baiser Lamourette, et qu’elle devienne le point de départ d’une entente durable et sincère.
- L’exemple des autres? Même en dehors des politiques ou des techniques déterminées, il est souvent bon de le connaître et de s’en inspirer. Rien qu’en constatant l’originalité de la présentation dans certains pavillons étrangers, tous les visiteurs de l’Exposition auront certainement senti qu’il y avait là mieux que des détails de procédés, toute une direction de pensée à retenir.
- Il ne n’agit pas, notons-le tout de suite, d’admirer béatement tout ce qui se fait à côté et de dénigrer tout ce qui se fait chez nous. Nous avons, nous aussi, nos mérites propres, et les faits l’attestent abondamment. Mais voici par exemple, une vertu dont nous manquons parfois dans nos œuvres coloniales, et qu’une puissance colonisatrice, la Hollande, a portée au plus haut degré : c’est Y esprit de suite.
- Veut-on, entre mille, un trait de cette persévérance batave, et qui, justement, contraste avec certaines de nos habitudes? C’est Y organisation scientifique qu’ils ont acclimatée à Java.
- Leur Institut botanique de Buitenzorg contient, un jardin de 80 ha, à Buitenzorg, et un autre en montagne, à Tijbodas, des musées, des laboratoires, un aquarium, un service de publications, etc... le tout confié à des savants de tout premier ordre et en rapports constants avec les organes de production. C’est le modèle du genre. Mais ce qu’il y a de plus remarquable dans le cas de Buitenzorg, c’est sa longévité : voici, en effet, quelque cent ans que cette institution purement scientifique fonctionne, et c’est là le vrai secret de son utilité, c’est là ce qui lui a permis de transformer de fond en comble l’économie de Java, d’améliorer et d’intensifier les
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- cultures et, par contre-coup, d’augmenter considérablement le chiffre de la population indigène.
- Or, nous ne trouvons rien de tel dans nos colonies. Nous ne disposons gère que de stations modestes et isolées, à qui l’on demande des résultats immédiats, et qu’on remanie tous les quatre matins. La science ne s’improvise pas. Il lui faut des moyens matériels et surtout du temps. Le jour où tous nos dirigeants coloniaux, éclairés par l’exemple de Buitenzorg, auront compris cela, nos colonies auront fait un grand pas en avant.
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- Il va de soi que cet esprit de suite ne s’applique pas seulement aux entreprises d’ordre économique et qu’il vaut tout autant pour la politique indigène proprement dite. Au demeurant, c’est un des caractères essentiels de l’Exposition — et l’on ne saurait trop insister sur ce point — de ne s'être point cantonnée dans les préoccupations matérielles et d’avoir réservé une très large place à l’homme. Elle a rappelé, à chaque tournant et de mille façons, qu’il serait déraisonnable de s’absorber dans les questions de production, de réduire la colonisation aux étroites proportions d’une affaire, et de ne lui point communiquer la tendance qui doit être, en fin de compte, sa meilleure justification : l’amélioration du sort des indigènes et le rapprochement des races.
- C’est le public lui-même qui, à cet égard, s’est chargé de donner la leçon. Certes, il s’est intéressé aux produits, mais il a marqué une préférence bien nette pour tout ce qui pouvait le faire pénétrer dans la vie des populations coloniales. 11 a entouré, jusqu’à les étouffer, les indigènes qui faisaient partie du personnel de l’Exposition ou qui y venaient en visiteurs, et ce n’était point là simple badau-derie, car on le trouvait également attentif devant des collections ethnographiques, devant des expositions scolaires ou médicales. Il est même tout à fait sûr que les pavillons de certaines colonies auraient eu plus de succès, si cette partie de leur présentation n’avait été un peu faible.
- Il apparaît donc que la colonisation, pour être pleinement assurée de la sympathie du public français, devra s’offrir de plus en plus sous les espèces d’un devoir social et que, sans négliger, bien entendu, la mise en valeur économique, qui est la condition première de tous les progrès, elle devra s’efforcer d’activer dans tous les sens — matériel, intellectuel, moral, social, — le progrès des populations indigènes.
- Mais l’Exposition dans son ensemble — et ceci n’est pas moins important — a laissé entendre que ce progrès ne doit pas consister dans une illusoire uniformisation, dans la disparition des civilisations locales, dans une hâtive assimilation des populations indigènes aux citoyens de la métropole.
- Dans toutes ses parties, elle s’est préoccupée de représenter les indigènes sous leur aspect le plus favorable et d’indiquer par là qu’ils étaient en mesure de se perfectionner, sans renoncer à leur personnalité. Elle a montré que leurs arts, même dans les régions les plus barbares, n’étaient nullement informes, et que leurs traditions familiales, sociales et morales, méritaient qu’on n’y touchât point sans précautions. Du même coup, elle a dessiné toute une politique, qui, dans certaines de nos possessions, est largement appliquée, mais qui, en d’autres, s’annonce tout juste.
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- Cette politique, c’est le progrès sans doute, mais à l’intérieur du cadre traditionnel. C’est la combinaison de la civilisation indigène et de notre civilisation à nous, combinaison qui demande beaucoup de prudence et d’habileté, qui suppose une connaissance approfondie des sociétés intéressées, et qui reste sujette à de continuelles adaptations.
- Ce quelle prévoit surtout, cette politique d’association, c’est la conservation du milieu moral dans tout ce qui n’est pas contraire à la simple humanité. C’est, par exemple, le réveil des arts indigènes, qui a été si brillamment réalisé au Maroc et en Indochine, mais qui, partout ailleurs, reste imparfait ou même est à peine ébauché. C’est aussi la mise au point d’un urbanisme spécial à chaque colonie; l’Exposition, par la variété de ses pavillons et l’utilisation méthodique des styles locaux, atteste que cette entreprise est possible partout, et que partout il y aurait intérêt à ménager une transition entre l’habitation traditionnelle et la maison européenne.
- Voilà pour nos coloniaux bien des enseignements. Des enseignements qui ne sont pas absolument neufs, mais dont l’Exposition a donné une éclatante confirmation.
- Voyons maintenant la part de la métropole, la part du Français de France, dans la grande leçon de Vincennes.
- Nous avons tous dans la mémoire la silhouette de ces visiteurs pleins de précaution, qui, renseignés par l’expérience de la veille ou par des amis, entraient à l’Exposition avec un pliant sous le bras et une paire de sandales dans un petit sac. Avouons que ce n’était pas du luxe. L’Exposition était immense et, à part quelques bars et restaurants qui, eux non plus, n’étaient pas sans utilité, cette immensité était occupée par des installations proprement coloniales. Ainsi, rien que par la fatigue de leurs jambes, des millions et des millions de Français auront perçu l’importance de notre domaine colonial.
- Ils sauront désormais que la France s’étend réellement aux cinq parties du monde, qu’elle compte, non point 40 mais 100 millions d’habitants, et que son destin n’c-st pas limité aux Alpes et aux Pyrénées. Les cartes, les graphiques, les figurations de toutes sortes qu’on a imposés à leur attention leur auront découvert qu’un pays comme l’Afrique occidentale française par exemple est neuf fois grand comme la France, et que l’ensemble de nos possessions représente une superficie plus de 22 fois supérieure à celle de la métropole. En admettant même que ces chiffres s’estompent dans leurs souvenirs, il leur restera nécessairement une impression de grandeur, bien propre à changer le cours habituel de leurs pensées, car on n’a pas tout à fait la même façon d’envisager l'existence, selon qu’on habite une petite chaumière ta]>ie dans un creux de vallon ou une grande maison qui domine tout le paysage.
- Ma is ce qui importe surtout, c’est qu'ils aient compris à quel point notre France continentale était solidaire de ces cent pays d’outre-mer. Notre vie nationale ne se conçoit plus sans ces dépendances plus ou moins lointaines; dans le recoin le plus perdu de nos provinces, l’influence de notre activité coloniale se fait sentir, et de mille façons : par des produits de consommation infiniment variés, par des échanges, par du recrutement de personnel et par notre politique générale qui, sous tous les gouvernements sans exception, s'appuie en grande partie sur notre force coloniale pour maintenir notre prestige. Ce point-là, l’Exposition l’a fort bien mis
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- en lumière : partout, dans son Pavillon de Synthèse comme dans ses pavillons régionaux, elle s’est attachée à démontrer que les colonies n’étaient plus, comme jadis, des établissements plus ou moins fortuits et provisoires, qui, en cas de crise internationale, pouvaient servir de monnaie d’échange, mais qu’elles étaient devenues des parties intégrantes du territoire national, qu’elles étaient désormais sacrées comme tel ou tel de nos départements et que tout abandon serait coupable, toute amputation désastreuse. La métropole et ses colonies, ce sont les membres et l’estomac : tout ce qui atteint les uns retentit gravement sur l’autre.
- Il est vrai qu’à la veille de l’Exposition, certains esprits, et parmi les plus généreux, sans nier la valeur pratique de nos possessions coloniales, persistaient à en contester la légitimité. Ils prétendaient y voir une violation du droit des gens, un fruit détestable de la force brutale, un larcin et une oppression. Ils se disaient « anticolonialistes », par respect de la liberté et de la dignité humaines, et pour ne citer qu’un grand nom, l’on trouverait mainte trace de cette doctrine dans les œuvres d’Anatole France, par exemple : pour ce subtil philosophe, la colonisation n’est qu’un masque moderne des pires instincts de l’humanité.
- A ces attaques de principe, l’Exposition s’est chargée de répondre. Que, dans certaines régions coloniales, la colonisation ait des origines un peu troubles, ce n’est pas douteux. Mais, à ce compte-là, tous nos groupements humains seraient sujets à caution : il n’en est guère qui ne soient nés de la force, et ce n’est pas une raison pour les démolir si, par la suite, ils sont devenus une source de bienfaits. Et puis, il faudrait distinguer : rares, très rares sont, en réalité, les colonies où nous nous sommes installés contre le gré de la majorité des habitants, et celles-là remontent aux premiers temps des établissements coloniaux; presque partout, nous sommes intervenus pour protéger les faibles contre la tyrannie des plus forts et, si les faibles, terrorisés par leurs maîtres ou mal renseignés sur nos intentions, n’ont pas toujours vu du premier coup de quel côté était leur intérêt, ils n’ont guère tardé à reconnaître leur erreur, et par là s’explique la durée de notre autorité.
- En tout cas, et quels que soient ses débuts, la colonisation française appara.it nettement comme une œuvre essentiellement humaine, et, dans la balance de ses actes, les mérites l’emportent de beaucoup sur les méfaits. Rappelons-nous ce que nous avons vu à tous les tournants de l’Exposition, dans les pavillons des différentes colonies aussi bien que dans les salles du Musée permanent : partout, nous avons substitué l’ordre et la paix à l’anarchie la plus meurtrière ou à des dominations accablantes, partout, nous avons délivré des populations qui tremblaient depuis des siècles sous des poignes féroces. Conquêtes coloniales? Mais non, le mot est impropre, c’est de campagnes de libération, d’émancipation, de sauvetage social qu’il faudrait parler, et les vieux indigènes de nos colonies vous le diront tout net.
- Et puis, ces guerres, auxquelles on a dû se résoudre par moments et par endroits, elles ont été bien différentes de nos guerres européennes : elles ont été des guerres constructives. Le conquérant n’a jamais perdu de vue que son adversaire d’aujourd’hui serait demain son collaborateur; il l’a ménagé dans ses biens, dans sa personne et dans sa dignité ; il lui a révélé, dès avant la soumission, tout ce qu’on pouvait attendre d’une alliance avec nous, et le médecin, par exemple, dans bien des cas, a été le principal agent de l’accord définitif.
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- Une fois l’ordre rétabli, nous avons fait surgir du sol des ressources nouvelles, nous avons créé des voies de communication et doté de vastes pays du système nerveux qui leur avait toujours manqué; nous avons protégé l’indigène contre l’usurier, en mettant à sa portée des institutions de prévoyance, nous avons conjuré les famines, enrayé les épidémies, sauvé l’enfance, ouvert les esprits en ouvrant des écoles.
- Disons-nous bien que nous avons fait naître des mondes entiers à l’humanité et que, si la colonisation n’existait pas, une nation généreuse aurait le devoir de l’inventer. La colonisation, a-t-on dit, est inséparable de la civilisation. Et qui a dit cela? Un socialiste fameux, Liebknecht, et l’Exposition s’est tout particulièrement souciée de développer cette idée-là.
- Nous voici donc déjà réorientés par l’Exposition : nous avons pris conscience de notre situation impériale et, par ailleurs, loin d’accepter cette situation d’un cœur contrit, nous y voyons l’occasion d’exercer le plus noble des devoirs sociaux. Mais on devine quelle conséquence pratique s’impose du même coup.
- Cet empire dont nous assumons la charge, et qui est étroitement lié à nos destinées, il ne suffit pas de l’avoir entrevu entre les arbres de Yincennes : nous sommes tenus désormais de lier vraiment connaissance avec lui, d’apprendre avec précision sa forme et ses ressources, de suivre sa vie comme nous suivons celle de notre propre pays. Autrement dit, puisqu’il est bien avéré que nous sommes citoyens d’un univers, il s’ensuit que la connaissance de cet univers entre dorénavant dans le programme de notre instruction civique.
- Les visites à l’Exposition ont surtout éveillé notre curiosité. Une exposition, avec la meilleure volonté du monde et les modes de présentation les plus perfectionnés, ne peut tout dire ni tout apprendre : elle ne fait qu’évoquer et suggérer, elle prépare à comprendre, elle crée une atmosphère d’intérêt, et sans doute la plupart des visiteurs, mis en goût par ce rapide voyage autour du monde, se sont-ils empressés de compléter — ou de constituer — leur bibliothèque coloniale.
- C’est là ce qu’on pourrait appeler le devoir individuel. Mais il ne suffit pas que les individus y mettent de la bonne volonté, il importe aussi qu’on les aide et qu’on les guide. A cet égard, noive propagande coloniale devra s’intensifier et se généraliser. Il y a, dans toutes les régions de la France, des comités de propagande qui ont été créés par M. André Hesse, alors ministre des Colonies, et qui ont une existence officielle; certains sont assurément fort actifs, et ils n’ont qu’à persévérer dans la bonne voie, d’autres sont plus languissants, et ils ont besoin d’être réveillés. Réveillons-les, et créons par toute la France un puissant mouvement qui contribuera à tremper notre énergie collective et à renforcer notre confiance en l’avenir.
- Reste l’enseignement proprement dit, l’enseignement à tous ses degrés, primaire, technique, secondaire, supérieur. Il a beaucoup à faire pour se mettre au niveau de cette tâche. Certes, les colonies figurent dans ses programmes; mais il faut avouer qu’elles sont un peu sacrifiées, et si, dans ces derniers temps, d’appréciables progrès ont été réalisés, si, par exemple, on s’est résolu à prévoir une interrogation spéciale sur les colonies à l’examen du baccalauréat, il est clair que d’autres progrès encore sont à souhaiter. Sans doute serait-on tenté de désirer une refonte générale des plans d’études, qui ferait une plus large place aux questions coloniales, et il est probable qu’on y viendra ; mais, en attendant, il serait possible d’amé-
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- liorer la situation par de tout petits moyens et à coups d’initiatives privées : organisation de modestes musées coloniaux dans tous les établissements d’enseignement, création de prix spéciaux, voyages annuels d’études dans l’Afrique du Nord pour les élèves-maîtres des écoles normales et pour les grands élèves des lycées et collèges, constitution de bibliothèques coloniales, enseignement post-scolaire, développement d’un outillage scolaire spécialement consacré aux colonies, films, vues à projections, imagerie, ouvrages classiques, etc. Je ne puis y insister ici, mais on devine que c’est surtout l’enseignement qui tient la clé du problème et qu’il dépend de lui, plus que de tout autre, de nous donner ce qui nous a manqué jusqu’ici : une opinion publique, dûment avertie des questions coloniales ou, comme on dit volontiers tous ces temps-ci, une conscience coloniale.
- Autre leçon : cet énorme travail d’organisation que nous a révélé l’Exposition, cette transformation matérielle et morale de pays immenses en un temps si court, est-il possible que ce soit l’œuvre de simples aventuriers, de ratés, de Français de seconde zone? Ne voit-on pas que tout ce qui s’est accompli outre-mer a exigé à la fois une technique plus poussée et des efforts plus soutenus que ce qui se fait journellement dans la métropole? Et va-t-on persister, en France, dans notre vieux pays de justice et de bon sens, à considérer les coloniaux comme de simples tètes brûlées?
- En réalité, c’est malgré les aventuriers de tout ordre, c’est malgré l’obstination de la métropole à se débarrasser sur les colonies de certaines non-valeurs, que la colonisation a pu s’évader des formules brutales ou routinières du début, et si nos colonies, dans leur ensemble, sont devenues un reflet honorable delà France, c’est à une élite qu’elle le doit,—une élite qui aurait aisément trouvé à s’employer dans la métropole et qui a seulement cherché sur d’autres continents une besogne à sa taille.
- C’est aussi une élite, et rien qu’une élite, qui parviendra à parfaire cette œuvre et à en assurer la durée, et l’on ne saurait trop insister là-dessus. Il faut que le Français qui va servir aux colonies soit d’une impeccable moralité et s’impose naturellement à l’estime des indigènes, il faut qu'il soit suffisamment intelligent et cultivé pour dominer les événements et trouver en toute circonstance des formules d’adaptation, il faut enfin qu’il ait été soigneusement préparé à sa tâche et qu’il n’arrive pas dans la colonie comme un hibou qui tombe d’un clocher.
- C’est dire que la métropole ne prêtera jamais trop d’attention à ses institutions d'enseignement colonial. Or, elle s’en est, jusqu’ici, assez fâcheusement désintéressée. Presque toutes, sinon toutes sans exceptions, ont été fondées par des initiatives privées, et parfois contre le gré du Gouvernement. On semblait estimer qu’un colonial en saurait toujours assez, et c’est pourquoi aucune de ces institutions ne dispose actuellement des moyens qui lui permettraient de donner sa pleine utilité.
- Cette indifférence serait grandement coupable si, au lendemain d’une manifestation qui a mis en lumière les difficultés multiples du problème colonial, elle restait dans les mœurs gouvernementales.
- Concluons d’un mot que cette exposition, qui, dans l’esprit de beaucoup, n’était qu’une grande fête exotique, nous a créé des devoirs nouveaux. Tous, tant que nous sommes, nous voilà devenus un peu coloniaux et franchement associés à cette tâche immense — la conquête morale de nos colonies, — qui représentera, sans l’ombre d’un doute, la plus belle page de notre histoire.
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- BULL. DE LA SOCIÉTÉ d’eXCOURAG. POUR L'INDUSTRIE NATIONALE. —NOVEMBRE 1931.
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ
- CONSEIL D’ADMINISTRATION SÉANCE PUBLIQUE DU 24 OCTOBRE 1931 Présidence de M. L. Mangin, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Sont présentés pour devenir membres de la Société et admis séance tenante :
- M. Mulot (Lucien), inventeur-constructeur, petite mécanique de haute précision (amplificateurs à cadran), 28, rue de Poitou, Paris (3e), présenté par M. Androuin;
- M. D urand (Julien), %), Ingénieur au Corps des Mines, 20, boulevard Laromiguière, Rodez (Aveyron), présenté par M. A. Portevin;
- M. F errand (Marc), Ingénieur E. S. E., ingénieur, 199 bis, boulevard Saint-Germain, Paris (7'), présenté par M. Jurien de la Gravière (1932).
- M. Mangin, président. — J’ai le regret de vous annoncer le décès de deux membres de notre Conseil; M. Édouard Julhiet et M. Léon Dabat.
- M. Édouard Julhiet faisait partie de notre Comité de Commerce depuis 1924. Ancien élève de l’École polytechnique, à sa sortie comme major de l’Ecole nationale supérieure des Mines, en 1895, il obtint la médaille d’or de l’Association des Anciens Élèves pour un très remarquable journal de voyage.
- Ce travail attira sur lui l’attention du Chef des Etudes financières du Crédit Lyonnais qui l’attacha à ce service dès sa sortie de l’École.
- Au cours de trois années passées en Amérique du Sud et de six années passées en Amérique du Nord, pour le compte du Crédit Lyonnais, M. Julhiet avait acquis des connaissances très spéciales sur les questions économiques et commerciales à l’étranger; aussi fut-il nommé ingénieur-conseil de la Banque de l’Union parisienne et professeur à l’École spéciale des Travaux publics.
- M. Julhiet avait été fait officier de la Légion d’honneur. Il a donné à notre Société de très nombreux rapports et analyses d’ouvrages sur les questions économiques et financières, l’organisation du travail administratif, la comptabilité publique et privée. Nous adressons à sa famille nos très vives condoléances.
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. --- SÉANCE PUBLIQUE DU 24 OCTOBRE 1931. 601
- M. Léon Dabat, directeur général honoraire des Eaux et Forêts, conseiller maître honoraire à la Cour des Comptes, membre de l’Académie d’Agriculture, grand officier de la Légion d’honneur, était membre de notre Conseil d’Administration, au titre du Comité d’Agriculture, depuis 1907.
- Entré au Ministère de l’Agriculture comme rédacteur, il y a 45 ans environ, Léon Dabat avait gravi tous les échelons d’une carrière administrative qui fut exceptionnellement brillante et où il rendit au pays d’éminents services.
- Formé à l’école d’Eugène Tisserand, dont il eut la bonne fortune d’être le secrétaire pendant plusieurs années, il devint sous-directeur de l’Agriculture, puis directeur de l’Hydraulique agricole et, enfin, à la mort du regretté Daubrée, directeur général des Eaux et Forêts.
- Directeur de l’Hydraulique, il sut orienter l’activité de sa direction vers les applications rurales. C’est ainsi qu’il créa le Service des Améliorations agricoles, aujourd’hui Service du Génie rural. Cela seul suffirait à lui assurer la reconnaissance des agriculteurs. Le nouveau service devait parachever son œuvre en diffusant l’électricité, force et lumière, dans les campagnes.
- Comme directeur général des Eaux et Forêts, Léon Dabat parvint à se concilier, à une heure difficile, l’estime et la confiance du Corps forestier grâce à sa droiture, à son tact et à son bon sens.
- Pendant la guerre, il partagea avec ses collaborateurs le mérite de satisfaire aux demandes considérables de bois des armées alliées tout en sauvegardant les richesses sylvicoles du pays.
- A ses qualités de grand administrateur, il joignait celles du cœur. Ce fut un chef très bienveillant et un ami fidèle.
- Depuis 1907, il appartenait à notre Comité d’Agriculture. 11 faisait aussi partie de la Commission du Bulletin. Assidu à nos réunions, ses avis étaient toujours appréciés, comme le furent les nombreux rapports qu’il nous adressa sur les sujets de sa compétence.
- Nous exprimons à sa famille, à Madame Léon Dabat et à ses enfants, MM. René et Georges Dabat, nos plus vives condoléances.
- 31. Mangin, président. — J’ai le plaisir de vous annoncer que depuis notre dernière séance publique :
- M. Jules Alquier, membre de notre Comité d’Agriculture, directeur à l’Institut des Recherches agronomiques, secrétaire général de la Société d’Hygiène alimentaire et d’Alimentation rationnelle, a été nommé directeur de l’Institut national agronomique, et que
- M. Louis Pineau, membre de notre Comité des Arts économiques, direc-
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- COMPTES RENDUS DES SEANCES. — NOVEMBRE 4931.
- teur de l’Office national des Combustibles liquides, a été promu commandeur de la Légion d’honneur.
- Nous adressons nos très vives félicitations à ces deux membres de notre Conseil.
- MM. de Fréminville et Wery, secrétaires généraux, présentent et analysent quelques-uns des ouvrages entrés récemment dans la Bibliothèque.
- M. de Fréminville présente les ouvrages suivants :
- Cours d'exploitation des mines, par Haton de la Goupillière. 4e édition revue et considérablement augmentée par J. de Berc. Tome II. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6°), 1931 ;
- L'emploi des unités dans la pratique des calculs, par F. Bétrancourt. Paris, Dunod,1931;
- Organisation des usines de chaudronnerie et de mécanique générale, par E. Varriot. Paris, Dunod, 1931 ;
- Leê cellules photo-électriques et leurs applications, par V. Iv. Zworykin et E. I). Wii .son. Traduit de l’anglais par G. Malgorn. Paris, Dunod, 1931;
- Technique du réglage des appareils horaires. Système balancier spiral, par André Donat. Paris, Dunod, 1931;
- Les procédés modernes de taille des engrenages, par Jean Pérignon. Paris, Dunod, 1931;
- Etude sur le moulage de l'acier, par Pierre Croiset. Paris, Dunod, 1931;
- Principes d'organisation et direction appliqués à l'industrie textile, par J.-A. Colin. Suresnes (Seine), chez l’auteur, 43, rue du Chemin de fer, 1931 ;
- Sa majesté la machine, par J.-L. Duplan. Paris, Payot, 106, boulevard Saint-Germain (6e), 1930;
- La gestion des entreprises. Le point mort. Théorie, détermination, application, par Marius Billière. Paris, Edition de « l’Usine », 13, rue Bleue (9e) ;
- Association française de Normalisation (AFNOR). — Rapport sur la normalisation des papiers en France. Formats des papiers. (Résultats de l’enquête prescrite par la Commission générale du Papier, dans sa séance du 3 juillet 1930). Paris, 27, avenue de Friedland (8°), 1931;
- Le phonographe et ses merveilleux progrès, par P. HÉxMARDINQUER. Paris, Masson et Cie, 120, boul. Saint-Germain (6°), 1930;
- Histoire des sciences mathématiques dans l'antiquité hellénique, par Gino Loria. (« Science et civilisation ». Collection d’exposés synthétiques du savoir humain). Paris, Gauthier-Villars et Clc, 33, quai des Grands-Augus-tins (6°), 1929 ;
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- Fédération de la Mécanique et Syndicat des Industries mécaniques de France. — Matériels mécaniques et outillages pour les colonies. Paris, 92, rue de Courcelles (8e), 1931;
- La soudure électrique par résistance, par J.-E. Languepin (ex Revue scientifique, 12 avril 1930). Paris, 286, boulevard Saint-Germain (7e);
- Historique de la Commission d'expériences de Gâvre (4829-1930), par L. Patard. Supplément au Mémorial de IArtillerie française. Paris, lmp. nationale, 1931 ;
- Société française des Electriciens. — Inventaire des ouvrages et périodiques scientifiques de la Bibliothèque, dressé sous la direction de M. F. Doizan (mis à jour du 30 juin 1931). MalakQff (Seine), 8 à 14, avenue Pierre-Larousse ;
- Recherches théoriques sur le rendement et les conditions de réalisation des systèmes moto propulseur s à réaction, par Maurice Roy. (Publications scientifiques et techniques du Ministère de l’Air, Service des recherches de l’Aéronautique, n° 1.) Paris, Ed. Blondel La Rougery; Gauthier-Villars, 1930;
- Quelques applications analytiques de la théorie des courbes et des surfaces algébriques, par Emile Picard. (Cahiers scientifiques publiés sous la direction de M. Gaston Julia, fasc. IX.) Paris, Gauthier-Villars et C10, 1931 ;
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- M. Wery présente les ouvrages suivants :
- Le fonctionnement des appareils à rectifier et à distiller, par E. IIausbrand. Traduit d’après la 4e édition allemande par Charles-L. Schweitzer. Paris, Dunod, 1931 ;
- Les accumulateurs alcalins, par J. T. Crennell et F. M. Lea. Traduit de l’anglais L. Navarin. Paris, Dunod, 1931;
- La chimie du bois, par L. F. Hawley et Louis E. Wise. Traduit de l’anglais par Jean Barry. Paris, Dunod, 1931;
- Assainissement général des villes et des petites collectivités, par Emile Mondon. Tome I : Les déchets urbains et la pollution des cités. Paris, Dunod, 1931;
- Introduction à l'analyse qualitative organique, par H. Staudinger et \V. Frost. Traduit de la 2e édition allemande par Eric W. Reuss. Paris, Dunod, 1931 ;
- Oranges, citrons, pamplemousses. Leur culture et leur commerce en Floride et en Californie, par Jacques Faugeras. Paris, Dunod, 1931;
- La fonte, par G. Collet et Pierre Dibos, précédée d’un aperçu sur la métallographie des fontes, par Albert Portevin. (Encyclopédie minière et métallurgique.) Paris, J.-B. Baillière et fils, 19, rue Hautefeuille (6e), 1931;
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- Manuel du carreleur et du mosaïste, par F. Chalamel, avec le concours de
- L. Descamps, Sylvain Baud, L. Alêne. (Bibliothèque professionnelle.) Paris, J.-B. Baillière et fils, 1931;
- La sucrerie de betteraves, par Ch. Quillard. (Encyclopédie de chimie industrielle.) Paris, J.-B. Baillière et fils, 1932;
- Hydrologie agricole, par Frédéric Dienert. 3° éd. (Encyclopédie agricole publiée sous la direction de M. G. Wery.) Paris, J.-B. Baillière et fils, 1932;
- Eloges et discours académiques, par Emile Picard. Paris, Gauthier-Villars et Cie, 35, quai des Grands-Augustins (6e), 1931 ;
- Pratique de la soudure autogène, par G. Franche et D. Seférian. (Encyclopédie Roret.) Paris, Soc. Française d’Editions littéraires et techniques, 12, rue Hautefeuille (6°), 1931 ;
- Détermination du dosage des mortiers en œuvre par l'analyse chimique, par Joseph Malette (ex C. R. du 10e Congrès de Chimie industrielle, 7-13 septembre 1930). Paris, Chimie et Industrie, 49, rue des Mathurins. (Don de l’auteur) ;
- La soie artificielle, sa fabrication et ses applications, par J. Quantin (ex Bull, de la Société d'Encouragement pour l'Industrie nationale, avril 1931). Paris, 44, rue de Bennes (6e) ;
- Inspection générale des Mines et de l’Industrie de l’Indochine. — L'industrie minérale en Indochine. Hanoï, lmp. d’Extrême-Orient, 1931;
- Société industrielle de Saint-Quentin et de l’Aisne. — Distribution solennelle des prix du dimanche 18 janvier 1931, sous la présidence de
- M. Paul Doumer. Saint-Quentin (Aisne), 48, rue Raspail;
- Ministère de l’Agriculture. — Caisse nationale de Crédit agricole. — Rapport sur les opérations faites par la Caisse nationale de Crédit agricole pendant l'année 1929 en application de la loi du 2 août 1923 facilitant par des avances de l'Etat la distribution de l'énergie électrique dans les campagnes (ex Journal officiel, 23 déc. 1930). Imp. des Journaux officiels, 31, quai Voltaire (7e) ;
- Ministère de l’Agriculture. — Caisse nationale de Crédit agricole. — Rapport sur les opérations faites par les Caisses régionales de Crédit agricole mutuel pendant l'année 1929 et sur l'application de la loi du 5 août 1920 (ex Journal officiel, 23 décembre 1930). Paris;
- Ministère de l’Agriculture. — Caisse nationale de Crédit agricole. — Rapport sur le warrantage des produits agricoles pendant les années 1925 à 1928. Paris, Imp. Nationale, 1930.
- M. Em. Perrot, membre de l’Académie de Médecine et de l’Académie d’Agriculture, professeur à la Faculté de Pharmacie de Paris, président du
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- CONSEIL D ADMINISTRATION. — SÉANCE PUBLIoUE DU 24 OCTOBRE 1931. 695
- Comité interministériel des Plantes médicinales et des Plantes à Essences, fait une communication sur Les insecticides, les vermicides, les vermifuges, le pyrèthre et ses applications.
- On connaît depuis fort longtemps de nombreux corps qui permettent de lutter efficacement contre ce que l’on pourrait appeler les gros parasites, internes ou externes, de l’homme, des bêtes et des plantes. Il s’agit ici des parasites visibles à l’œil nu : vers, acariens, insectes, par opposition aux microbes pathogènes et à certains champignons microscopiques. En général, l’action de ces remèdes est spécifique et assez énergique; mais leur emploi n’est pas toujours sans danger ni souffrance, car presque tous sont doués d’une certaine toxicité pour le parasité, animal ou plante. Souvent, dans le cas des vers intestinaux par exemple, l’emploi de ces remèdes doit être combiné à celui des purgatifs car ce ne sont que des vermifuges et non des vermicides ; il faut alors répéter le traitement, ou bien parce que le patient n’y a pas été soumis la première fois au moment où le ver est au stade le plus opportun de son évolution, ou bien parce qu’on a craint, par un traitement trop énergique, de nuire à un patient déjà affaibli.
- Parmi ces remèdes, on peut citer comme caractéristiques : la fougère mâle, et la pelletiérine, son principe actif; l’écorce de grenadier et le kousso d’Ethiopie, très efficaces contre le ténia, mais presque sans effet sur les oxyures, l’ankylostome et les trichocéphales; le semen contra, provenant d’une petite armoise qui ne pousse que sur les steppes élevées du Turkestan russe, et la santonine, son principe actif, qui n’agissent que sur les vers ronds ou lombrics.
- Pour les animaux domestiques, la fougère mâle, associée ou non au calomel, et le thymol, qui n’est pas sans danger, sont les seuls remèdes dont l’action soit générale et assez efficace ; le traitement par le soufre des gales, causées par des acariens, est radical, mais il est très douloureux; contre les douves du foie, qui provoquent la cachexie du mouton, on est presque désarmé.
- Il n’y a que quatre insecticides surs et vraiment polyvalents; les derris, le pyrèthre, les arsenicaux et le tabac. Ces deux derniers, en raison de leur grande toxicité, sont réservés aux plantes pour lesquelles, d’ailleurs, ils ne sont pas toujours inoffensifs.
- Les derris sont de petits arbustes de la famille des légumineuses dont les racines, une fois pulvérisées, sont en usage depuis fort longtemps en Extrême-Orient pour détruire les parasites externes de l’homme. Les derris sont les seuls insecticides qui possèdent, avec le pyrèthre, la propriété d’être absolument inofîensifs pour les animaux supérieurs. Depuis peu, on les cultive en grand aux Indes néerlandaises, mais il n’y a aucun avantagea tenter leur culture dans nos pays : ce sont des plantes des pays tropicaux dont la végétation est assez mal connue et qui ne s’acclimateraient probablement pas facilement dans les pays tempérés; de plus, leur principe actif probable, la roténone, n’est pas encore très bien défini. Par contre, le pyrèthre croît aisément en France (dans le Nord, jusqu’en Champagne), et dans tout le bassin de la Méditerrannée ; sa culture est très facile, et son principe actif, la pyréthrine, est assez bien connu depuis quelques années pour qu’il fasse l’objet de préparations dont l’effet est certain et contrôlable. De plus, le pyrèthre est à la fois un excellent vermicide et un excellent insecticide.
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- Depuis des siècles, on utilise dans le proche Orient les propriétés des pyrèthres rosé et pourpre (Pyrethrum roseum et P. purpureum) et, sur les rives de l’Adriatique, le pyrèthre blanc (Chrysanthemum cinerariæfolium Vis.), actuellement très cultivé en Dalmatie et au Monténégro. On s’était contenté jusqu’en ces derniers temps de pulvériser leurs capitules floraux desséchés, dans des moulins rudimentaires, et celte industrie, d'abord localisée en Dalmatie, s’est installée, perfectionnée, à Marseille, puis au Japon, où la plante avait été introduite peu de temps avant 1914.
- La poudre de pyrèthre ainsi obtenue, bien séchée et conservée à l’abri de l’humidité, tue un grand nombre d’insectes et leurs larves, mais il y a peu de drogues qui aient été, surtout autrefois, autant falsifiées et qui aient provoqué la création d’autant de marques commerciales, ce qui a provoqué des doutes, en partie justifiés, sur la constance de ses effets; d’ailleurs, la moindre trace d’humidité, en présence de l’air, ou de certains corps étrangers lui fait perdre rapidement son activité. Aussi a-t-on essayé de préparer, surtout pour l’agriculture, des extraits ou des émulsions savonneuses qui n’aient pas ces inconvénients. On y a réussi quand le savon employé n’est pas trop alcalin.
- Des travaux récents exécutés au Japon et en Europe ont conduit depuis à la découverte, dans les pyrèthres insecticides (quelques variétés ne le sont pas du tout), de principes définis, les pyréthrines, qui semblent représenter l’activité totale des fleurs. Depuis, d’autres recherches ont été entreprises, en France, en vue de l’application de ces pyréthrines; elles sont toujours en cours. On a reconnu déjà que :
- 1° les pyréthrines sont absolument inoflensives pour les animaux à sang chaud et très toxiques pour les animaux à sang froid, jusques et y compris les reptiles et les batraciens ;
- 2° L’action des pyréthrines est conditionnée par : a) la conservation de leurs caractères dans les préparations vermicides ou insecticides; b) le mode d’attaque qui convient le mieux pour détruire le parasite.
- Pour chaque application, il faut donc trouver un corps convenable qui leur serve de support et en permette l’emploi facile ; par exemple, s’il s’agit de pulvérisations sur des plantes, assurer leur mouillage et leur adhérence et éviter aussi que laprépa-ration ne soit rapidement lessivée par les pluies. Il faut aussi connaître la biologie du parasite et à quel stade de son développement il faut pratiquer le traitement. Une grande partie des recherches de cet ordre sont du ressort des industriels qui fabriquent les préparations n.
- Compte tenu de ces conditions, on peut affirmer que les pyréthrines fournissent les moyens d’action les plus puissants dont l’homme ait jamais disposé pour lutter contre tous les parasites animaux, internes ou externes. Le fl y tox. par exemple, qui a suscité de nombreuses imitations, est à base de pyréthrine. Bon nombre de ces préparations sont très efficaces contre les mouches et les moustiques.
- Depuis dix ans. le chrysanthème insecticide a été cultivé avec succès, aux environs de Paris, dans le Midi de la France et en Espagne, à Jaca; sa culture peut être développée facilement chez nous ; il ne prospère que si le terrain contient une certaine quantité de calcaire. C’est une composée, une sorte de grande marguerite blanche,
- (1) Quelques-uns d’entre eux subventionnent un organisme de recherches, l’Office national des Matières premières végétales pour la Droguerie, la Pharmacie, la Distillerie et la Parfumerie, qui a introduit en France la culture industrielle du pyrèthre (siège social, 12, avenue du Maine, Paris, 15e).
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — SÉANCE PUBLIQUE DU 24 OCTOBRE 1931. 697
- dont les capitules floraux sont portés sur un pédoncule ligneux de 20 à 40 cm de hauteur. Ces pédoncules forment une touffe serrée, ce qui permet de couper tous ceux d’un même pied d’un seul coup de faucille. Les petits fruits, ou akènes, avant complète maturité, sont aussi très riches en pvréthrine, contrairement à la croyance de nombreux droguistes ou herboristes. Cela facilite la récolte, car on peut la faire en une seule fois dans un champ dont les pieds sont à des degrés différents de maturité; on la fait quand les premiers capitules commencent à se flétrir.
- On a reconnu, depuis peu, que les feuilles, à l’exclusion des pédoncules ligneux, renferment le 1/4 ou le 1/5 de la pvréthrine que peuvent fournir les fleurs d’un même pied. On recherche le moyen d’extraire économiquement cette pvréthrine; si on le trouve, la récolte pourra se pratiquer par fauchage mécanique. Actuellement, au Japon, on fauche la plante et, quand elle est sèche, à la main, on sépare les capitules au moyen d’un peigne spécial.
- Notre pays, qui produit déjà plusieurs centaines de tonnes de capitules, en importe, cependant, par Marseille, 300 tonnes, originaires de Dalmatie. Malgré les besoins des plantes cultivées en insecticides, qui croissent rapidement, notre pays y suffira très probablement d’ici quelques années.
- Les pyréthrines, à un degré de pureté variable, se présentent, quand elles sont presque chimiquement pures, sous la forme d’un liquide visqueux et légèrement jaunâtre, d’aspect analogue à celui du bon miel frais; mais ce n’est là qu’un mélange impur, renfermant deux corps chimiquement définis, les pyréthrines A et B, de pouvoir insecticide équivalent, qui sont des éthers d’un alcool cétonique, et jusqu’à 8 p. 100 de corps cireux, encore mal définis, intimement unis à ces pyréthrines et qu’il est difficile de les en séparer sans une perte sensible de ces dernières. Il n’y a donc pas intérêt, pour l’usage, à pousser la purification.
- Les meilleurs dissolvants des pyréthrines sont l’alcool et les hydrocarbures; mais on peut employer de nombreux autres véhicules, moins coûteux, pourvu qu’ils ne détruisent pas les pyréthrines.
- Tous les vers intestinaux de l’homme et des animaux domestiques sont tués par les pyréthrines. Elles tuent tous les parasites externes, tous les insectes : mouches, taons, moustiques ; il suffit de s’en enduire les parties découvertes pendant la nuit pour être préservé de leurs piqûres pendant six heures. Les gales sont guéries radicalement et sans douleur. En ce qui concerne les plantes, si les badigeonnages et les pulvérisations sont bien exécutés, avec des préparations bien étudiées, on fait disparaître tous leurs insectes parasites, y compris le puceron lanigère. Pour certains parasites, et aussi pour les limaces et les petits escargots, il suffit de pulvériser les plantes dont ils se nourrissent pour empêcher qu’ils ne les attaquent. De même on peut protéger les fruits contre les guêpes.
- E. L.
- M. Lenoir. — Le pyrèthre peut-il servir à protéger les étoffes de laine contre les mites?
- M. Perrot. — Parfaitement. Depuis un an, l’armée française s’en sert pour conserver les vêtements de troupes. Une maison française fabrique une préparation dans laquelle le véhicule des pyréthrines est l’alcool, et qui
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — NOVEMBRE 1931.
- s’emploie en pulvérisations. Elle est efficace, mais l’alcool est cher et il s’évapore très vite. D’ici peu, on aura trouvé un véhicule moins volatil, d’un prix abordable et qui ne laisse pas de taches sur les vêtements, condition essentielle.
- M. Besson. — Dans l’Afrique du Nord, presque tous les véhicules des transports en commun sont infestés de mites, de poux et de punaises. Peut-on s’en débarrasser avec le pyrèthre?
- M. Perrot. — Oui, facilement, par des pulvérisations, pour les poux et les mites. Pour les punaises, c’est plus difficile car il faut aller les chercher là où elles se cachent. On pourrait peut-être opérer comme pour les blattes, les grillons et les fourmis en leur tendant des pièges, amorcés avec du son, de la farine, du sucre pyréthrinés. C’est le support le plus convenable qu’il faut trouver; il doit pouvoir être associé au produit qui attire le mieux un insecte donné, sans que la pyréthrine soit altérée. Dans des cas analogues, on dispose déjà d’une douzaine de supports. Ces recherches sont en cours; elles aboutiront certainement.
- M. Mangin, président. — Je remercie très vivement M. Perrot de sa très intéressante communication et des renseignements complémentaires qu’il nous a donnés. Il y a relativement peu de temps que lui et ses collaborateurs travaillent la question du pyrèthre et de ses modes d’emploi, et nous venons de voir quels progrès immenses elle a fait grâce à eux. Cette question est vitale, car certaines cultures, comme celle de la pomme de terre, menacée par le doryphora, seront anéanties dans quelques années, l’année prochaine peut-être, si des mesures énergiques ne sont pas prises pour arrêter le fléau.
- La séance est levée à 18 h. 45 m.
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- BULL. DE LA SOCIÉTÉ ü’eNCOURAG. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. —NOVEMBRE 1931.
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ COMITÉ DES ARTS MÉCANIQUES
- (EXTRAIT DU PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE DU 6 OCTOBRE 193l)
- L’électrification à la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans,
- par M. Victor Sabouret, membre du Conseil de la Société d’Encouragement.
- Trois cas différents peuvent justifier la substitution de l’électricité à la vapeur dans la traction des trains :
- 1° la suppression de la fumée, que procure la traction électrique, permet d’exploiter des trains normaux dans des gares souterraines, ou des tunnels difficilement ventilables ;
- 2° l’emploi de rames réversibles et facilement décomposables, réalisable avec des automotrices électriques, accroît notablement le rendement des grandes gares de banlieue ;
- 3° un abaissement suffisant du prix de l’énergie électrique peut justifier l’élec-trification de lignes d’exploitation très difficile et, même quelquefois, d’une partie importante d’un grand réseau.
- Nous allons montrer comment la Compagnie d’Orléans a été conduite à appliquer ces trois cas d’électrification.
- gares et lignes souterraines. — En 1898, quand la Compagnie décida le transfert de son terminus de la gare d’Austerlitz à celle du Quai d’Orsay, elle reconnut de suite que la traction électrique seule conviendrait à l’exploitation d’une grande gare souterraine située au centre de Paris et d’une ligne de jonction établie sous des voies publiques.
- La mission envoyée aux États-Unis, au printemps de 1898, put voir à Baltimore une locomotive électrique à courant continu, 500 Y, qui, depuis trois ans, remorquait, à la traversée d’un long tunnel, en rampe de 8 mm, des trains de 1.700 t, c’est-à-dire des trains de deux à trois fois plus lourds que ceux dont elle avait besoin pour le service de la gare du Quai d’Orsay. La Compagnie n’eut donc qu’à adopter une machine du type de Baltimore, mais de puissance moindre, qui fut construite par la même société, la General Electric C°. Elle fut mise en service à l’inauguration de la gare, en juin 1900.
- Il n’existait encore aux États-Unis, aucune grande gare souterraine. La Compagnie du Pennsylvania Railroad, de beaucoup la plus importante des États-Unis, hésitait alors entre deux solutions, l’une aérienne, l’autre souterraine, pour transporter au centre de New York son terminus, qui était établi sur la rive droite de l’Hudson. L’exemple de la gare d’Orsay décida le Pennsylvania Railroad à adopter la solution souterraine, qui fut exécutée de 1902 à 1909(1).
- (1) Une allocution prononcée dans le banquet annuel du 15 décembre 1909, par M. S. Rka, vice-président de la Compagnie, relate ainsi l’incident: « La question en était donc là quand, pendant l’été de 1901, M. Cassait étant en Europe, la mise en service du prolongement du chemin de fer d’Orléans dans Paris, me suggéra l’idée que peut-être, en tenant compte des perfectionnements pouvant être apportés à la traction électrique, remplaçant ainsi l’usage de locomotives à vapeur, nous pourrions de notre côté mettre à exécution d’une façon satisfaisante un projet de tunnel. Je câblai et écrivis à M. Cassatt pour lui demander d’examiner les travaux de l’Orléans. Il le fît et me
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- rames automotrices réversibles. — Dans le même voyage d’étude de 1898, la mission de la Compagnie eut l’occasion de voir à Chicago le premier essai, alors tout récent, d’un train de banlieue automoteur réversible, imaginé par l’ingénieur américain Sprague. Le système nouveau permettait de composer le train d’un nombre quelconque de rames de deux ou trois voitures, dont une automotrice réversible, qu’on pouvait accoupler, ou découpler, sans manœuvre.
- C’était la solution idéale, qui doublait au moins la capacité des voies dans une gare de banlieue encombrée ; la solution, qui permit plus tard à la gare Saint-Lazare de maintenir, sans accroissement d’emprises, les services considérablement accrus des lignes de Versailles-rive droite, Saint-Germain et Argenteuil.
- La Cie d’Orléans appliqua le même système en 1905, entre Orsay et Juvisy, à l’occasion du quadruplement des voies principales.
- électrification de grandes lignes. — Au milieu de la guerre, en décembre 1917, la Compagnie demanda la concession d’importantes chutes d’eau sur la haute Dordogne, au cœur du Massif Central, en appuyant sa demande d’un large programme d’électrification.
- La crise de production, de transport et de prix du charbon venait de provoquer en France la recherche de chutes hydrauliques, capables de produire de l’énergie électrique à bas prix et en grande quantité. Le Massif Central, en particulier, fut étudié de divers côtés ; les études aboutirent à la concession de groupes d’usines et à la construction d’autres usines isolées, dont la puissance se révélait supérieure de beaucoup aux premières prévisions. On sait maintenant qu’en année moyennement pluvieuse, les grandes usines reconnues possibles dans le Massif pourront produire plus de 3xl09 kWh, quantité supérieure à la consommation actuelle de la région parisienne, qui a atteint 2 x 109 kWh en 1930.
- Trois groupes d’usines sont surtout intéressants. Le premier en date est celui de la concession de la Compagnie dite de la Haute Dordogne, qui comprendra 7 usines, dont 3 sur la Dordogne et 4 sur des affluents, d’une capacité de production, en année moyenne, de 600 X 106 à 700 X 106 kWh. La CIe d’Orléans l’avait étudié au milieu de 1917, en utilisant les travaux d’un ingénieur spécialiste, le prof. Ad. Palaz, administrateur délégué de la Société électrique du Sud-Ouest. Dès le mois de décembre de la même année, la Compagnie demanda la concession de ces chutes, destinées à l’électrification d’une partie notable de son réseau. La concession fut accordée par une loi en juillet 1920.
- En poursuivant son projet, la Compagnie ne visait pas seulement l’amélioration de son réseau : elle avait de suite compris qu’en donnant l'exemple et en créant un large réseau de distribution, aboutissant à Paris, elle provoquerait la mise en valeur générale des ressources reconnues dans le Massif Central.
- Et il en fut bien ainsi. Une seconde concession dite de la Moyenne Dordogne, qui prolonge immédiatement en aval celle de la Compagnie et en doublera la production, a été donnée, par la loi du 6 mars 1928, à un groupement des régions économiques du centre de la France. L’exécution n’en est pas encore engagée.
- Le troisième groupe, situé à 100 km au Sud des deux premiers, est celui de la basse Truyère, dont les travaux se poursuivent activement.
- répondit immédiatement que ces travaux l’avaient beaucoup intéressé et qu’il croyait possible de tirer de là la solution de notre problème. »
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- L'ÉLECTRIFICATION dû CHEMIN DE FER DE PARIS A ORLÉANS.
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- Dans une conférence faite devant la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale le 9 novembre 1918, l’avant-veille de l’Armistice, nous avions exposé un programme d’électrification partielle du réseau d’Orléans. Nous pouvons aujourd’hui présenter les résultats obtenus depuis 1926 par le premier groupe électrifié, groupe important puisqu’il dessert près de 20 p. 100 du tonnage kilométrique du réseau entier. L’électrification a été exécutée conformément aux règles générales définies par le Ministère en 1920, à savoir : 1° distribution primaire en courant triphasé 50 périodes : 2° courant de traction en courant continu 1.500 V.
- Le courant primaire vient dès maintenant des usines du Massif Central, par des lignes triphasées aboutissant à Paris, qui seront unifiées à 220.000 V après les transformations en cours. Après réduction à 90.000 Y pour le service de traction, il est transformé en courant continu 1.500 V par des sous-stations rotatives espacées en moyenne de 20 à 25 km.
- En 1918, nous proposions de donner la priorité d’exécution à deux lignes de tracé difficile, les transversales Est-Ouest, de Limoges à Gannat et de Brive à Clermont, par Tulle, qui se partagent le trafic de Lyon et Genève vers Bordeaux. Sur l’avis parfaitement motivé de M. l’Ingénieur en chef Parodi, et dont l’expérience a démontré toute la valeur, la Compagnie décida de donner la préférence à Tune des artères principales du réseau, celle de Paris à Vierzon. C’est donc le résultat de cette importante application que nous allons résumer.
- La longueur de ligne électrifiée est de 228 km : 204 km de Paris à Vierzon et 24 km de Brétigny à Dourdan, section de banlieue de la ligne de Brétigny à Tours par Vendôme. De ces 228 km, 54 km, d’Austerlitz à Étampes, sont à quadruple voie.
- Indépendamment de l’avant-gare de Paris, la zone électrifiée comprend quatre grandes gares de triage : Juvisv-Ceinture, Brétigny, Les Aubrais-Orléans et Vierzon.
- Alors que la longueur électrifiée ne représente que 3 p. 100 de celle du réseau en 1930, le nombre des kilomètres de trains électriques a atteint 9,5 millions, soit 14,4 p. 100 des trains du réseau, et celui des tonnes kilométriques remorquées, 5.076 millions, soit 19 p. 100 du réseau.
- La quantité d’énergie consommée par les trains électriques a atteint 114,5 X 10e kWh, comptés en basse tension à l’entrée des stations, soit 22,5 kWh pour 1.000 tonnes kilométriques remorquées.
- Elle provient actuellement de l’usine de Coindre sur la Rhue, qui fait partie de la concession de la haute Dordogne, et de l’usine d’Eguzon, sur la Creuse, qui appartient à l’Union hydro-électrique, société spéciale dans laquelle la Compagnie d’Orléans a une participation. Les deux usines sont exploitées par l’Union hydroélectrique, en liaison avec les thermiques de Paris appartenant à l’Union d’Electri-cité. Elles ont produit ensemble 149 x 106 kWh en 1929 et 271 X 106 kWh en 1930. La consommation de la traction électrique en 1930, soit 114,5 X 106 kWh, a remplacé 230.000 t de charbon soit 2 kg de charbon pour 1 kWh.
- L’économie de conduite et d’entretien des machines imputable au remplacement de la vapeur par l’électricité s’est élevée à 2 fr par kilomètre de train, soit 19 millions de francs pour 1930.
- Dans l’exploitation des grandes gares de triage, la locomotive électrique s’est
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- montrée nettement supérieure à la locomotive à vapeur, qui convient mal à un travail très irrégulier.
- Ces résultats économiques très favorables, auxquels s’ajoute une amélioration notable de la régularité du service, ont décidé la Compagnie à prolonger son électrification d’Orléans à Tours, soit 115 km, et de Vierzon à Brive, soit 300 km. La réalisation de ce programme aura sensiblement pour effet de tripler la longueur de lignes électrifiées et d’en doubler le tonnage remorqué, ainsi que la consommation d’énergie.
- Les 200 km d’Argenton à Brive présentent, il est vrai, un tracé moins satisfaisant que celui de Paris à Vierzon : longues rampes de 10 mm ; rayons de 500 m au delà de Limoges. Mais la récupération du courant dont bénéficieront les trains de marchandises dans les pentes et l’absence d’un service très onéreux de banlieue permettront de conserver sensiblement la même consommation par unité de tonnage remorqué.
- Le prolongement, demandé par la Compagnie le 24 janvier 1931, a été approuvé le 10 septembre 1931. Les travaux d’Orléans à Tours ont été engagés de suite et seront poursuivis activement.
- La Compagnie a été autorisée en même temps à exécuter l’usine barrage de Marèges, la dernière et la plus importante de sa concession de la haute Dordogne.
- On estime que, quand les deux prolongements nouveaux auront été exécutés, une locomotive électrique remplacera 2,3 locomotives à vapeur.
- Au début de l’électrification, la Compagnie avait cru utile de répartir ses premières commandes de locomotives entre divers types : les machines à deux bogies moteurs constituaient le gros de l’effectif et, comme il n’existait pas encore de types très puissants reconnus aptes aux grandes vitesses, la Compagnie acquit 5 machines de trois types différents pour les comparer et préparer une commande ultérieure.
- Quatre années d’expérience ont permis de faire un choix et de mettre en train un lot de 25 grosses machines dérivant du type jugé le meilleur. Cette nouvelle acquisition permettra d’accroître la vitesse commerciale des trains rapides, qui n’a pas jusqu’ici bénéficié de l’électrification.
- L’amélioration à attendre de ce chef intéresse tout spécialement les 200 km d’Argenton à Brive, dont les longues rampes de 10 mm souffrent de l’insuffisance de vaporisation des machines à vapeur.
- Le gros entretien du matériel électrique est concentré dans un atelier spécial, construit à Vitry, terminé en 1926. Cet atelier a remplacé l’ancien dépôt de Paris et son parc, qui étaient devenus insuffisants et dont on prévoyait le déplacement, au prix d’une dépense supérieure à celle de la construction du nouvel atelier.
- Dans notre conférence de 1918, nous faisions valoir, à l’avantage de l’électrification, l’augmentation de capacité qu’elle procure aux lignes à gros trafic, de profil difficile, parce qu’elle y autorise l’emploi systématique de la traction multiple. Or, cet avantage cessera, dans une dizaine d’années, d’être le privilège de la traction électrique ; il sera obtenu aussi en France par l’application du frein continu aux trains de marchandises, qui a été décidée en 1927 et se poursuit plus ou moins vite, dans les états voisins. Depuis quarante ans, la pratique américaine montre que la traction multiple, rendue possible par le freinage continu, autorise la circulation normale de trains de 5.000 et 6,000 t sur des lignes à rampes de 15 et 20 mm.
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- BIBLIOGRAPHIE
- Le Génie Civil, 1880-1930. Numéro spécial publié à l’occasion du cinquantenaire
- de sa fondation. L’évolution et le développement des principales industries
- depuis cinquante ans. Un vol. (37 x 27 cm), de 236 p., fig. 5, rue Jules
- Lefebvre (9e). Paris, 1930. Index : 62 -b 338
- La revue Le Génie Civil a consacré un numéro spécial à une étude de l’évolution qui s’est produite dans les différentes industries au cours des cinquante premières années de son existence (1880-1930).
- Le principal fondateur de la revue, M. Émile Muller, devenu professeur à l’École centrale des Arts et Manufactures, après avoir dû quitter, en 1870, la situation industrielle qu’il occupait à Mulhouse, résumait, en ces termes, le programme de cette publication, dans son rapport à la deuxième assemblée générale constitutive de la société anonyme « Le Génie Civil ».
- « Le journal sera ouvert à tous les ingénieurs, sans distinction d’origine. Il embrassera tous les sujets qui peuvent intéresser l’ingénieur, le manufacturier, l’économiste, etc.... »
- Le fait que, parmi les plus actifs créateurs de cette revue, se trouvaient cinq des anciens présidents de la Société des Ingénieurs civils de France, devait faire disparaître, dès l’origine, toute crainte d’antagonisme entre ces deux groupements. C’est ce qui eut lieu, et, dans la suite, plusieurs des collaborateurs les plus utiles du Génie Civil sont devenus à leur tour présidents de la Société des Ingénieurs civils.
- Le passage successif à la présidence de son conseil d’anciens élèves de l’École Centrale, de l’École des Mines et de grands industriels consacra le caractère de la revue, qui n’a laissé de côté aucune des manilestations les plus diverses du génie civil en France et à l’étranger.
- Le numéro spécial du cinquantenaire qui ne contient pas moins de 236 pages du grand format de la revue — à deux colonnes — groupe des articles de plus de cinquante spécialistes les plus réputés qui évoquent le passé et font entrevoir l’avenir d’industries les plus diverses et les plus évoluées qui réalisent l’adaptation sans cesse plus rapide des applications de la science au travail, jadis manuel, devenu le travail industriel moderne.
- Le numéro du cinquantenaire s’ouvre par un article magistral de Henry Le Chatelier, l’Ingénieur des Mines, le professeur à l’École des Mines et à la Sorbonne, qui a consacré toute sa longue carrière à associer la science à l’industrie, ce qui est le phénomène essentiel de l’époque moderne. Comme il le dit, c’est le développement rapide des sciences expérimentales qui caractérise notre époque. Il justifie cette affirmation en jetant un rapide coup d’œil sur les transformations que le développement des sciences a provoquées dans les industries les plus diverses.
- M. de Fréminville, le collaborateur de la première heure de H. Le Chatelier, dans l’étude des procédés Taylor, montre avec précision quelle part joue l’organisation du travail dans le succès des entreprises et aussi dans l’atténuation de la fatigue qui résulte pour l’ouvrier d’une production qui lui est demandée toujours plus abondante et plus rapide.
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- BIBLIOGRAPHIE.
- NOVEMBRE 1931.
- Ce sont ces applications de la science réalisées par nos ingénieurs et nos industriels qui ont permis les transformations du travail agricole et celles des industries textiles qui n’ont plus eu seulement à traiter des produits naturels, mais aussi des fils fabriqués par association de la mécanique de précision aux inventions les plus inattendues de la chimie organique.
- Les progrès simultanés de la grande industrie chimique, métallurgique et électrique ont transformé la plupart des fabrications et ont mis à la disposition des industriels et des constructeurs des produits nouveaux sans cesse plus nombreux que la revue a fait connaître, année après année, et dont elle a assuré les applications sans cesse plus variées, en appelant sur elles l’attention d’industriels qui, grâce à elle, ne vivent plus dans l’isolement des résidences provinciales, mais continuent à réfléchir, à chercher, en partant des faits nouveaux que les publications scientifiques divulguentsiutilement. Grâce à elle, l’industriel, l’ingénieurne se replie plus sur lui-même dans la routine du passé, mais a son esprit toujours tenu en éveil.
- La revue Le Génie Civil réalise ce bienfait et les articles nombreux de cette publication du cinquantenaire sont bien de nature à faire réfléchir sur les remarquables évolutions de la vie industrielle depuis 50 ou 60 ans et sur les espérances que peuvent faire naître les connaissances accumulées qu’il était essentiel de ne pas laisser perdre.
- Les articles sur le progrès de l’éclairage et du chauffage, de la construction des routes, des ponts, des canaux et des ports, des barrages et de l’utilisation des forces hydrauliques sont particulièrement caractéristiques.
- L’application de la traction électrique aux chemins de fer, le développement de l’automobile et son utilisation pour achever l’exploration et l’occupation des parties les plus sauvages du globe, peuvent être suivis année par année, et même semaine, par semaine, grâce à cette belle publication hebdomadaire dont le numéro du cinquantenaire synthétise les faits principaux.
- Tant de transformations industrielles devaient nécessairement être accompagnées de modifications dans les législations commerciale et ouvrière. Le créateur de la revue, Émile Muller, n'avait pas abandonné Mulhouse, en 1870, sans conserver, dans son esprit, le germe des idées de progrès qui inspiraient ses anciens patrons, les Mieg, les Engel, les Dollfus, et tant d’autres dont l’âme était imprégnée des principes des philanthropes pratiques, des Oberlin, des Daniel Legrand et de la nombreuse cohorte des industriels du Haut-Rhin et de la vallée de la Bruche, dont la continuelle préoccupation a été de ne pas se contenter de payer à l’ouvrier un salaire en argent, mais d’améliorer les conditions de son habitation, de développer l’instruction et l’éducation de la jeunesse, de limiter les accidents de travail et d’en atténuer les conséquences.
- Dans le bureau de rédaction de la revue ont été, dès la première heure, admis, ou plutôt attirés, tous ceux, ingénieurs, industriels, économistes, médecins, chercheurs de toute origine, qui avaient à faire connaître quelque progrès nouveau.
- Le fascicule du cinquantenaire est le reflet vivant de cette préoccupation constante du progrès. e. gruner,
- ancien président de la Société des Ingénieurs civils et de la Société d'Encouragement pour Vindustrie nationale,
- président honoraire du Comité central des Houillères de France, président de la Société de l’Industrie minérale.
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- BIBLIOGRAPHIE.
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- Trois siècles d’économie maritime française, par P. Charliat, Préface de
- G. Lacocr-Gayet, membre de l’Institut. Un vol. in-4 illustré. Paris, Marcel Rivière édit., 1931. Index : 656.6 : 338
- La Commission d’Organisation de la salle de la Marine marchande au Musée permanent des Colonies a décidé l’impression de cet ouvrage qui résume, dans un texte bref mais très nourri, le passé proche de la marine française et son rôle économique. L auteur s’était déjà fait apprécier par un livre publié l’an dernier avec la collaboration de M. J. Boissonxade sur Colbert et la Compagnie de Commerce du Nord. Il y avait fait preuve de qualités de méthode et de critique que sa nouvelle œuvre confirme aujourd’hui. Il la présente comme un croquis, à peine ébauché, d’une histoire de notre marine marchande dans les temps modernes. Nous souhaitons sincèrement que l’œuvre définitive succède à l’intéressante préparation que nous avons sous les yeux.
- Il est utile, en effet, que le grand public soit averti de la fonction importante remplie par le pavillon français dans la vie économique moderne et de celle qu’il est appelé à remplir dans le présent et dans l’avenir. On a pu concevoir autrefois des régions assez éloignées de tout littoral maritime pour demeurer étrangères dans leur vie courante à l’activité du trafic sur mer. Aujourd’hui que les moyens de transports terrestres se multiplient et se perfectionnent parallèlement au progrès des transports maritimes, la môme marchandise peut accomplir successivement sur terre et sur mer de très longs parcours, de telle sorte que les blés du Far West américain sont consommés dans l’Europe Centrale, tandis que des riz d’Indochine pénètrent sur nos marchés d’Europe et que les pétroles du Caucase concurrencent à la fois ceux des États-Unis, du Venezuela, des Indes néerlandaises ou de la Perse. Ajoutez à cela la course éperdue, à travers le monde, des produits fabriqués que leur valeur plus grande et leur poids réduit permettent de transporter à de longues distances et qui, partis des points d’origine les plus divers, luttent les uns contre les autres pour se disputer les memes débouchés. Qui pourrait, dans ces conditions, se désintéresser du trafic maritime si intimement mêlé à la distribution des marchandises qu’il consomme ou à la répartition de celles qu’il produit? Un agriculteur du fond des terres est atteint ou servi par les relations maritimes actuelles beaucoup plus qu’il ne s’en doute parfois. Son indifférence ne saurait s’expliquer que par une dangereuse ignorance, alors que celle de ses ancêtres du xviu siècle répondait à un isolement de fait. Cet isolement a cessé et ne paraît pas devoir se reproduire de sitôt.
- La lecture des divers chapitres du livre de M. Charliat permet de se rendre compte de l’évolution qui s’est produite pendant trois siècles, d’une façon lente et partielle d’abord, d’une façon générale et précipitée ensuite. Elle montre clairement, en premier lieu, qu’à chaque époque, le rôle de la marine se modifie suivant les circonstances économiques et, en même temps, que le passé proche conditionne les réalités présentes, de manière que les transformations, quelque brusques que les découvertes techniques les déterminent, se lient cependant à l’état antérieur qui les a précédées. Lorsque la route des Indes et celle de l’Amérique ont été connues, des navigateurs français se sont trouvés pour participer au grand mouvement de commerce, de colonisation et de découvertes qui agita le monde à cette époque; mais il n’en aurait pas été ainsi si les pêcheurs, les transporteurs de sels et
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- BIBLIOGRAPHIE.
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- de vins français n’avaient déjà fait à Dieppe, à La Rochelle, à Saint-Malo, l’apprentissage de la navigation hauturière; si les marins de Marseille n’avaient déjà ramené dans les entrepôts de notre grand port du Midi les marchandises de long cours qu’ils distribuaient ensuite tout autour de la Méditerranée.
- Richelieu aperçut le premier le lien qui s’établissait peu à peu entre le mouvement des échanges terrestres et celui des échanges maritimes. Il était réservé à Colbert de tirer les conséquences pratiques de ce fait nouveau en réservant par préférence au pavillon français la clientèle de notre commerce d’outre-mer et en organisant l’inscription maritime, à la fois pour recruter les équipages des galères du Roi et pour encourager les marins du commerce. Mais son grand effort ne put réussir qu’à cause des éléments que lui fournissaient des ports actifs qui, grâce à des circonstances favorables et à l’esprit d’entreprise de leurs armateurs, avaient constitué déjà un noyau de marins remarquables et créé de vigoureuses et saines traditions sur nos côtes,
- Sous le régime protecteur organisé par Colbert, le pavillon français connut pendant deux siècles une période inégalement prospère, mais maintint son rang et son prestige, tant par l’activité que lui fournissait une économie nationale multiple et variée que par la qualité et la hardiesse de ses marins. Il subit les conséquences funestes des revers qui marquèrent la fin du règne de Louis XIV, de la perte de plusieurs colonies au milieu du xvmc siècle, mais avait conservé une vitalité suffisante pour se relever dans les dernières années de la monarchie. Marseille, Rordeaux, La Rochelle, Nantes, Le Havre, Rouen, Dunkerque, Bayonne, Saint-Malo faisaient figure de ports importants à la veille de la Révolution et notre tonnage commercial comprenait environ 750.000 tonneaux de jauge nette, sans compter notre flotte coloniale, alors que le tonnage anglais, colonies comprises, ne dépassait pas 1.511.401 tonneaux. Cette proportion de 50 p. 100 ne devait pas être conservée au cours du xixe siècle. A partir de 1815, en effet, la marine marchande anglaise, délivrée du cauchemar des guerres continentales et des entraves au commerce maritime qu’elles comportaient, se développe en proportion des industries exportatrices de la Grande-Bretagne, puissamment favorisées par l’abondance de la houille et portées à un degré de perfection techniqne très supérieur à celui de ses rivaux du continent d’Europe. C’est Père victorienne qui se prépare. En France, au contraire, le progrès de notre tonnage est faible et l’essor de notre commerce extérieur moins marqué. En 1866, nous ne comptions que 1.070.000 tonneaux nets, alors que l’Angleterre dépassait 5 millions. Notre pavillon ne représente plus alors que 20 p. 100 du pavillon anglais. En 1900, nous sommes à 1.038.000 tonneaux nets et l’Angleterre à 9.583.000. Nous ne représentons plus que 10 p. 100 de son tonnage. Il faut le grand effort accompli depuis le début du siècle dans l’économie générale française comme dans l’armement pour regagner à peu près la proportion de 1866; nous comptons, en effet, en tonnage net 2.075.000 tonneaux contre 11.853.00 en Angleterre.
- Cette laborieuse évolution est très heureusement jalonnée par les différents chapitres de l’ouvrage de M. P. Charliat et l’exécution très soignée, accompagnée d’une belle illustration, en rend la lecture particulièrement agréable.
- PAUL DE ROUSIERS.
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- bull, de la société d’encourag. pour l’industrie nationale.
- NOVEMBRE 1931.
- OUVRAGES REÇUS A LA BIBLIOTHÈQUE ES OCTOBRE 1931
- Hémardinquer (P.). — Le phonographe et ses merveilleux progrès. In-12 (18 x 12) de 278 p., 161 ftg. Paris, Masson et Ci0, 1930. 18026
- Loria (Gino). — Histoire des sciences mathématiques dans l'antiquité hellénique. (Science et Civilisation. Collection d'exposés synthétiques du savoir humain.) In-12 (19 x 14) de m-t-215 p. Paris, Gauthier-Villars et Ci0, 1929. 18027
- Fédération de la Mécanique et Syndicat des Industries mécaniques de France. — Matériels mécaniques et outillages pour les colonies. In-4 (31 x 22) de 164 p.,fig. Paris. 92, rue de Courcelles (8e), 1931. 180 28,
- Patard (L.). — Historique de la Commission d’expériences de Gâvre (1829-1930). Supplément au Mémorial de l’Artillerie française. In-8 (25x16) de 390 p., 92 fig. Paris. Imp. nationale, 1931. 180 29
- Société française des Électriciens. — Inventaire des ouvrages et périodiques scientifiques de la Bibliothèque, dressé sous la direction de M. F. Doizan (mis àjour au 30 juin 1931). In-4 (27 x 18) de 331 p. Malakoff (Seine), 8 à 14, avenue Pierre-Larousse.
- 18030
- Roy (Maurice). — Recherches théoriques sur le rendement et les conditions de réalisation des systèmes motopropulseurs à réaction. (Publications scientifiques el techniques du Ministère de l’Air, Service des recherches de l’Aéronautique, n° 1.) In-4 (28x19) de 214 p., 53 fig. Paris, Ed. Blondel La Rougery; Gauthier-Villars, 1930.
- 18031
- Picard (Émile). — Quelques applications analytiques de la théorie des courbes et des surfaces algébriques. (Cahiers Scientifiques publiés sous la direction de M. Gaston Julia, fasc. IX.) In-8 (25x16) de vni-f-224 p. Paris, Gauthier-Villars el Cie, 1931. 18032
- Quillard (Ch.). — La sucrerie de betteraves. {Encyclopédie de chimie industrielle.) In-8 (23 x 16) de 522 p., 165 fig. Paris, J.-B. Baillière et fils, 1932. 18033
- Diénert (Frédéric). — Hydrologie agricole. 3e édition. (Encyclopédie agricole publiée sous la direction de M. G. Wery.) In-12 (19x12) de viii -f- 462 p., 175 fig. Paris, J.-B. Baillière et fils, 1932. 18034
- Languepin (J.-E.). — La soudure électrique par résistance (ex Revue scientifique, 12 avril 1930). In-4 (27x21) de 9 p., 15 fig. Paris, 286, boulevard Saint-Germain (7e).
- Pièce 13685
- Inspection générale des Mines et de l’Industrie de l’Indochine. — L'industrie minérale en Indochine. In-8 (27 x 19) de 72 p., VIII pl., 1 carte. Hanoï, Imp. d’Extrême-Orient, 1931. Pièce 13686
- Ministère de l’Agriculture. — Direction de l’Agriculture. — Office De renseignements agricoles. — Statistique agricole annuelle, 1929. Paris, Imp. nationale, 1931.
- Pér. 242
- Société amicale des Ingénieurs de l’École supérieure d’Électricité. — Annuaire 1931. Malakoff (Seine), 8 à 14, av. Pierre-Larousse. Pér. 92
- Bureau of Standards (Washington). — Miscellaneous Publications, n° 114 (1931) : Filters for the reproduction of sunlight and daylight and the détermination of color température, 165 p., 33 fig. Pér. 61
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- OUVRAGES REÇUS. — NOVEMBRE 1931.
- Bureau of Standards (Washington). — Circulars, nos : 388 (1930) Use of bismuth in fusible alloys, 10 p., 2 fig. — 389 (1931) : The making of mirrors by the déposition of métal on glass, 17 p., 2 fig. — 391 (1931) : Standard thicknesses, weights and tolérances of sheet métal (customary practice), 32 p. — Supplément to Circulai*. n° 25(1931) : Standard samples
- issued or in préparation, 10 p. Pér. 61
- Bureau of Standard (Washington). — Commercial Standard CS6-31 (1931) : Wrought-iron.pipe nipples, 10 p., 1 fig. — CS14-31 (1931) : Boys' blouses, button-on waists shirts and juniors shirts, 11 p.. 4 fig. Pér. 61
- Bureau of Standards (Washington). — Handbook, n° 15 (1931) : X-ray protection, 26 p., 3 fig. Pér. 61
- Bureau of Standards (Washington). — Modifications in recommended minimum requirements for masonry wall construction, 3 p., 1931. Pér. 61
- Bureau of Standards (Washington). — Supplementary list of publications of the Bureau of Standards, July 1, 1925 to February 28, 1930, 195 p. 1930. Pér. 61
- Bureau de Normalisation de l’Automobile (Chambre syndicale patronale des Fabricants d’accessoires et de pièces détachées d’automobiles, etc., 3, avenue Friedland (8e). — Feuilles de Normes (juil. 1931), BNA 30 : Immatriculation des automobiles. Mode de pose et éclairage des plaques. — BNA 118 : Tolérance de fabrication. Définitions et principes généraux. — BNA 119 : ....... Définitions et symboles. — BNA 120 : .... Symboles et indices de
- tolérances. — BNA 121 : .....Prescriptions. —BNA 122 : ........ Alésages (qualités G et 7). —
- BNA 123 : ......Alésages (qualités 8, 9, 10 et 11). — BNA 124 :...Arbres (qualités 5 et G).
- — BNA 125 : ...... Arbres (qualités 7 et 8). — BNA 126 : ...... Arbres (qualités 9, 10 et
- 11). — BNA M.6 : ........ Immatriculation (cyclecars et motos). Mode de pose et éclairage des
- plaques. — Répertoire BNA B9 (juin 1931) : Liste des abonnés aux Normes BNA. Pays étrangers et colonies. 17497
- Comité de Normalisation de la Mécanique (Fédération de la Mécanique, 92, rue de Courcelles. Paris, 8e). — Feuilles de normes (juin 1931), CNM 421 : Tuyauteries d’usine. Brides de robinetterie en fonte. Pression nominale 2,5. — CNM 422 : ...... Pression nominale G. — CNM 423 :....................................................... Pression nominale 10. — CNM 424 :. Pression nominale 16. —
- CNM 425 : Pression nominale 25. — CNM 426 : ................... Pression nominale 40. —
- CNM 431 : Tuyauteries d’usine. Brides de robinetterie en acier moulé. Pression nominale IG.
- — CNM 432 : ...... Pression nominale 25. — CNM 433 : .......... Pression nominale 40. —
- CNM 434 : ...... Pression nominale 64. — CNM 435 : ............ Pression nominale 100. —
- (juillet 1931), CNM 321 : ... Tuyauteries d’usine. Brides de tuyau en acier moulé (brides
- rondes). Pression nominale 16. — CNM 322 : ...... Pression nominale 25. — CNM 323 : ......
- Pression nominale 40. — CNM 324 : ....... Pression nominale 64. — CNM 325 : .......Pression
- nominale 100. — CNM 326 :....... Tuyauteries d’usine. Brides à braser (brides rondes). Pressions nominales 2. 5 et 6. — CNM 331 : .......... Tuyauteries d’usine. Brides mandrinées
- (brides rondes). Pressions nominales 2, 5 et 6. — CNM 332 : ..... Pression nominale 10. —
- CNM 333 : ...... Pression nominale 16. — CNM 334 : ............ Pression nominale 25. —
- CNM 335 : ....Pression nominale 40. — CNM 341 : Tuyauteries d’usine. Brides mandrinées et rivées (brides rondes). Pression nominale 10. — CNM 342 : ...... Pression nominale 16.
- — CNM 343 : .... Pression nominale 25. — CNM 344 : ............ Pression nominale 40. —
- CNM 351 : Tuyauteries d’usine. Brides rivées (brides rondes). Pressions nominales 2, 5 et G. —
- CNM 352 :.......Pression nominale 10. —CNM 353 : Pression nominale 16. —CNM 354 :.........
- Pression nominale 25. — CNM 355 : Pression nominale 40. — CNM 361 : Tuyauteries d’usine. Brides vissées (brides rondes). Pressions nominales 2, 5 et G.
- L’agent général, gérant.
- E. LEMAIRE.
- BRODARD ET TAUP1X, Coulommiers-Paris.
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- 130e AMVEE.
- DECEMBRE 1931.
- BULLETIN
- DE LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- INSECTICIDES ET VERMICIDES,
- LE PYRÈTHRE ET SES APPLICATIONS
- par M. Em. Perrot, membre de- l’Académie de Médecine et de l’Académie d’Agriculture.
- professeur à la Faculté de Pharmacie de Paris, directeur du Comité interministériel des Plantes médicinales et. des Plantes à essences.
- Depuis son apparition à la surface du globe, maladies et ennemis de toute nature ne cessent d’assaillir l’homme, et c’est une vérité première que d’affirmer la nécessité d’organiser sa protection et sa défense.
- Il lui faut se nourrir, se protéger contre les intempéries, en somme rechercher tous moyens de conserver sa santé; les infiniment petits le guettent, des parasites s’installent dans son organisme ou s’attaquent soit aux productions végétales dont il a le plus pressant besoin, soit aux animaux qu’il a domestiqués, dans un but d’association ou d’utilité nutritive.
- Aussi, la parasitologie, dans son sens absolu, est-elle une science de défense et nous devons limiter notre exposé à une faible part de son vaste domaine : celle des moyens à employer pour réduire à merci, d’abord les parasites animaux dont nous sommes infestés, ceux dont les attaques sont indirectement dangereuses, puis étendre nos investigations à ceux qui s’attaquent aux animaux domestiques ou aux plantes utiles, alimentaires ou médicinales.
- Laissant de côté l’examen des conditions à réaliser pour mettre l’organisme en état de résistance maximum, nous nous contenterons de ramener la question au simple point de vue des moyens les plus propres à combattre les effets fâcheux des parasites directs ou des ennemis indirects, en insistant sur ce point que ces derniers ne sont pas toujours les moins dangereux; il suffit, en effet, de rappeler le rôle des insectes vecteurs de maladies contagieuses : mouches, moustiques, poux, puces, punaises, et dans les végétaux, pucerons, papillons, larves, etc.
- Cette lutte sans merci existe depuis toujours, mais c’est seulement aux cours des derniers siècles, avec le progrès et les conquêtes du cerveau humain, qu’elle s’est scientifiquement organisée.
- Or la nature elle-même nous vient en aide en limitant les dégâts, car il n est guère d’exemple qu’un parasite, à lui seul, ait pu détruire son hôte : la disparition de ce dernier n’entraînerait-elle pas aussi la mort du vainqueur? C’est pourquoi
- (1) Conférence faile par l’auteur en séance publique, le 24 octobre it)'îl-130" Année. — Décembre 1931.
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- 710 INSECTICIDES ET VERMICIDES. LË PYRETHRE. — DECEMBRE 1931.
- l’on constate certaines adaptations de l’hôte au parasite, l’apparition de formes de résistance et qu’en thérapeutique, n’oubliant pas ce point de vue, on cherche à développer la résistance individuelle aux maladies parasitaires.
- Malheureusement, en agriculture, comme chez les animaux domestiques, en voulant créer, par sélection, des races répondant à des besoins particuliers, n’appa-rait-il pas, souvent, qu’on a précisément diminué leur résistance?
- D’où nécessité de parfaire l’œuvre en s’attaquant avec des moyens perfectionnés à l’ennemi dont le pullulement entraînerait le désastre. « Dieu ayant créé la souris », a dit quelque part Victor Hugo, « s’aperçut de son erreur et créa le chat. Le chat c’est Y erratum de la souris; c’est l’œuvre de la création revue et corrigée. »
- Dans cette lutte pour la vie, il faut tenir compte du jeu des forces naturelles, les asservir, si besoin est, à notre cause, bien qu’en général nous devons nous contenter d’en percevoir les effets en restant ignorants des lois qui les régissent.
- Nos parasites ou ennemis possèdent des moyens de défense tels que, si une attaque bien ordonnée peut, dans une certaine mesure, empêcher la répercussion grave de leurs déprédations, on ne saurait avoir la prétention de les exterminer jusqu’au dernier.
- Le meilleur des insecticides ou le plus parfait des vermicides ne peut prétendre à l’absolu : c’est au pourcentage le plus élevé dans l’ordre destructif qu’il faut tendre, et l’on doit vulgariser l’emploi de tout moyen reconnu excellent, ce qui n’est pas toujours besogne particulièrement aisée. Ce n’est pas toujours, en effet, le problème scientifique le plus difficile à résoudre, en pareille occurrence, car il n’a pas à tenir compte des contingences matérielles, comme l’établissement du prix de revient et le coût de la publicité indispensable, qui risquent, dans l’application, d’en rendre l’usage prohibitif.
- Plus encore, il est le plus souvent nécessaire d’organiser les moyens d’attaque en commun, car la lutte individuelle risque, la plupart du temps, d’être inopérante, et les exemples en sont nombreux.
- En résumé, pour être efficace, la lutte contre les ennemis de notre organisme ou ceux de l’agriculture, nécessite des études les plus variées avec une technique rigoureuse faisant appel à toutes les connaissances de l’esprit humain.
- Tous les moyens doivent retenir l’attention, depuis la capture avec ou sans appâts, moyens primitifs, jusqu’à l’emploi de ceux que mettent à notre disposition les découvertes scientifiques les plus ardues, et c’est toujours dans le domaine des sciences physiques et chimiques qu’on pourra puiser largement.
- Les poisons chimiques sont légion, mais, pour les utiliser en parasitologie, leur nocivité contre le parasite doit rester spécifique et ne pas altérer les tissus de l’hôte, animal ou végétal, qui le porte; ils doivent même ne lui causer aucun dommage.
- Et c’est ainsi que bon nombre de ces poisons sont inutilisables dans certains cas et rendent, par ailleurs, de signalés services; telles certaines applications de l’emploi des gaz toxiques dans la lutte contre les insectes et même quelques découvertes bactériologiques; n’a-t-on même pas recherché et encouragé le développement des parasites de nos parasites?
- Il ne faut donc pas songer à exposer ici, même sommairement, toutes les données acquises dans cette lutte, d’autant plus que tenter même une simple esquisse, nécessiterait une compétence générale qui me fait défaut.
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- INSECTICIDES ET VERMICIDES. LE PYRÈTHRE ET SES APPLICATIONS. 711
- Je me contenterai de passer en revue ceux des principaux insecticides et vermicides grâce auxquels la lutte contre les hôtes anormaux de l’homme et des animaux et la destruction des parasites des végétaux de grande culture peut être couronnée de succès.
- VERMIFUGES, VERMICIDES ET INSECTICIDES.
- Jusqu’à ces derniers temps, en thérapeutique humaine et vétérinaire, on employait des remèdes assez différents contre les vers intestinaux : l’essence de térébenthine, semen-contra et santonine, écorce de grenadier et pelletiérine, extrait de fougère mâle, kousso d’Ethiopie, essence de Chenopodium, semences de courge, plus récemment le thymol, sans compter une foule de remèdes populaires de qualité variable et souvent anodins.
- Tous ces produits ne sont pas sans danger à l’usage, car tous présentent une toxicité variable pour le patient et nombreux sont les accidents, parfois graves, occasionnés par l’ingestion de certains d’entre eux.
- De plus, il ne sont pas également actifs contre les différentes espèces de vers et tel excellent tœniafuge, comme l'extrait de fougère mâle, Yécorce de grenadier, le kousso, ne donne guère de résultat contre les oxyures, l’ankylostome ou les tricho-céphales.
- Le thymol, en revanche, dont l’emploi est assez délicat, a conquis une place importante ; son emploi s’est généralisé, et non sans succès, mais avec beaucoup de précautions, car il n’est pas sans danger.
- Le semen contra, cette petite armoise des plateaux à steppes du Turkeslan russe, est un excellent vermifuge dont l’action se localise particulièrement dans la lutte contre les vers ronds (lombrics.) ; malheureusement, son usage et celui de la santonine, son principe actif, ne vont pas non plus sans inconvénients.
- Chez les animaux domestiques, Vextrait de fougère mâle (allié ou non au calomel), puis le thymol, semblaient être les deux seuls remèdes ayant conquis un réel droit de cité.
- Contre la cachexie aqueuse du mouton, causée par la présence de la grande et de la petite douves accumulées dans le foie, l’extrait de fougère et quelques spécialités à formule plus ou moins bien connue ont donné des résultats dans un grand nombre de cas; on doit ajouter à cette liste, malgré certains accidents survenus, le tétrachlorure de carbone.
- Mais, le plus souvent, ces médicaments sont seulement des vermifuges paralysant pendant un certain temps les vers intestinaux et permettant leur évacuation, grâce à un complément purgatif administré à la fin du traitement.
- A toutes ces drogues se substitueront, sans doute, à bref délai, les pyréthrines, extraites de la fleur du pyrèthre, mieux dénommé chrysanthème insecticide, sur l’action desquelles j’aurai longuement à revenir, car leur introduction dans la lutte contre la verminose intestinale des animaux est toute récente et leur activité est parfois encore mise en doute.
- Quant aux insectes piqueurs et transporteurs de germes de nombreuses maladies, comme les moustiques et les mouches, les phlébotomes, jusqu’aux acariens de la gale, aux punaises, aux puces, aux poux du corps et des vêtements, leur destruction peut s’opérer de différentes façons soit, quant cela est possible en asphyxiant leurs
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- larves dans les réserves d’eau croupissante où elles pullulent, soit en s’attaquant aux insectes parfaits.
- La poudre de pyrèihre est un des moyens les plus anciennement en usage; aussi était-elle désignée sous le nom de « poudre à punaises ».
- Depuis que sont apparues les premières spécialités à base de pvrètlire, dont le fly-tox fut sans doute le premier, nue légion d’imitations plus ou moins actives ont envahi le commerce.
- Contre la gale, chacun sait que le traitement par le soufre a donné d’excellents résultats, mais il ne va pas sans de grands inconvénients ni sans soulfrance; il sera sans doute bientôt remplacé par le traitement à la pyréthrine, comme l’ont démontré, dans une communication très récente à la Société de Thérapeutique, le médecin commandant Lemaire cl M. Gai dix.
- Chez les végétaux, on avait essayé de nombreux produits dans la destruction des insectes ravageurs comme le phylloxéra, les altises, les larves phytophages les plus diverses, et aussi, le dernier, venu d’Amérique, qui menace d’une disparition presque totale la culture de la pomme de terre en France, le fameux Doryphora, dont le nom seul a provoqué le sourire ironique du Parlement.
- Cette incompréhension pouvait nous coûter cher sans l’activité du Service de Recherches scientifiques du Ministère de l’Agriculture, dont les efforts n’ont, malgré tout, point fait disparaître la menace ; le désastre reste encore imminent.
- Ce problème de la destruction des parasites agricoles est actuellement, le plus angoissant à résoudre, car notre industrie d’exportation est menacée. L’Angleterre, outre la pomme de terre, interdit l’importation des cerises françaises et même d’autres fruits, par crainte de transporter ces parasites.
- D’autre part, dans notre domaine national, il faut s’organiser et trouver enfin les moyens de lutter victorieusement contre tous ces ennemis.
- Malheureusement, ceux dont nous disposons sont insuffisants et deviendraient-ils efficaces qu’il faudra encore vaincre l’inertie et le fatalisme du cultivateur. •
- Obligé de lutter constamment, il se décourage et ne comprend pas toujours qu’il vaut mieux conserver ce qu’on a mis en terre que de semer une deuxième fois. Habitué à se plier aux forces de la nature, impuissant à éviter les cataclysmes, orages, grêle, périodes trop longues de sécheresse ou de pluie, il se lamente et reste sceptique devant les moyens de lutte qu'on lui propose. Gagnant difficilement sa vie, il appréhende de dépenser, par avance, de l’argent pour acheter les insecticides nécessaires ou les produits qui détruisent les champignons parasites. A quoi bon? dit-il encore trop fréquemment.
- Pourtant, peu à peu les notions techniques pénètrent le milieu agricole; avec les engrais ou amendements chimiques, le paysan a appris à tirer de terres mauvaises des récoltes convenables. La potasse et l’acide phosphorique lui ont permis de fertiliser les terres les plus arides comme celle de Champagne, où la chaux en excès était un obstacle qui lui paraissait insurmontable. Devant les résultats, il a fini par comprendre que la science était une amie ; toutefois, pour réussir, il lui reste toujours à surmonter un obstacle matériel bien difficile à franchir : celui de la main-d’œuvre, déficitaire et exigeante.
- Où trouver le temps nécessaire à donner ces soins nouveaux qui vont s’ajouter à sa besogne journalière, faire des préparations assez délicates, non sans des précau-
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- INSECTICIDES ET VERMICIDES. LE PYRÈTIIRE ET SES APPLICATIONS. 713
- tions dont la cause ne lui est pas toujours accessible; il nous appartient donc de gagner sa confiance et de mettre en ses mains des procédés faciles à exécuter et d un prix assez modéré pour que, somme toute, il puisse être certain de sauver, de sa récolte, une partie suffisante pour payer sa main-d’œuvre et le dédommager de son travail.
- Et c’est ainsi que se pose, dans ses grandes lignes, le problème des insecticides agricoles et horticoles.
- Bien entendu, il n’entre pas dans dans mon intention de vous parler des produits anticryptogamiques, mais seulement de deux groupes d’insecticides : les produits chimiques et les produits extractifs végétaux.
- La littérature spéciale signale près de 300 substances auxquelles l’on reconnaît un pouvoir insecticide, mais la plupart, heureusement, n’ont pas d’intérêt pratique. En réalité, le nombre de celles qui ont fait leurs preuves est réduit. Ce sont, d’un côté, les produits arsenicaux et, de l’autre, avec le jus de tabac, riche en nicotine, le pyrèthre.
- Dans les pays tropicaux, il y faut ajouter les formes extractives de certains Derris, plantes de la famille des Légumineuses, en usage en Extrême-Orient.
- Avant d’en comparer les eiîels, il n’est pas inutile de rappeler, tout au moins en ce qui concerne les insectes, leurs larves et quelques autres ennemis du règne animal, que l’emploi raisonné des solutions ou émulsions insecticides est subordonné à plusieurs conditions préalables.
- Il faut d’abord un-pulvérisateur qui donne avec une certaine puissance un jet de liquide actif projeté en brouillard le plus fin possible, afin dé couvrir au mieux les parasites; puis, des préparations bien étudiées en vue de posséder un pouvoir mouillant considérable.
- Tout cela ne va pas sans soulever de délicats problèmes de mécanique, de physique et de chimie; il faut abaisser la tension superficielle de l’eau et augmenter sa viscosité pour atteindre le but, et il a été publié sur ce sujet, de nombreux et savants travaux, notamment en France, par MM. Vermorkl et Dantony, dans lesquels sont passées en revue les substances dont l’addition aux solutions d’insecticides est, à conseiller.
- Gomme il est impossible d’établir des règles scientifiques générales, c’est surtout à la pratique expérimentale que l’on doit demander des résultats définitifs.
- Directement ou indirectement, on peut employer comme vermifuges ou insecticides un grand nombre de produits chimiques qui rendent de réels services dans divers cas particuliers mais dont aucun ne s’est imposé d’une façon générale ; tels sont, en thérapeutique vétérinaire : l'essence de térébenthine, Vhexachloréthane et le tétrachloroét hane et bien d’autres.
- Dans la destruction des insectes, depuis le pétrole et ses dérivés, le tétrachlorure de carbone, le paradichlorobenzène, le formol, la chloropicrine, et, plus récemment, le gaz cyanhydrique, on fait constamment de nouveaux essais et avec plus ou moins de succès.
- Par exemple, aux États-Unis, on dispose de véritables tentes bien closes, englobant un certain nombre d’arbres et on fait arriver sous cette immense cloche de l’acide cyanhydrique; un pareil procédé n’est concevable que dans d’immenses vergers industriels comme ceux de la Californie.
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- produits arsenicaux. — Les dérivés arsenicaux, en usage depuis longtemps, ont conquis la place la plus importante et la plus méritée, malgré le danger que comporte leur emploi, à cause de leur toxicité pour l'homme et les animaux.
- On emploie surtout les arsénites et les arséniates de chaux, de cuivre et de plomb.
- L’arséniate de plomb qui, grâce à son insolubilité, est d’une innocuité parfaite pour la plante, est le sel préféré, car les autres sont toujours plus ou moins solubles et nuisibles au végétal lui-même.
- Malheureusement, toutes les chenilles ne sont pas d’égale sensibilité aux divers arsenicaux, si bien qu’on a recours à plusieurs formules renfermant en mélange les divers sels arsenicaux, de cuivre, de chaux ou de plomb.
- C’est également avec les solutions arsenicales qu’on détruit, par des bains appropriés, les parasites externes des animaux : tiques, mouches des chevaux et bovidés, système qui rend dans les pays chauds d’éminents services.
- On doit également signaler l’emploi du vert de Paris, ou vert de Schweinfurth, dans la destruction des larves d’anophèles, à Ceylan et en Amérique. C’est un acèto-arsénite de cuivre qu’on mélange soit à de l’huile, soit à des poudres fines, en proportion de 1/100, qu’on projette avec un soufflet à la surface des mares ou étangs; on s’est même servi de l’avion. 0,1 cm3 du mélange suffit pour 1 m3 d’eau et, à cette dose, l’arsenic est insuffisant pour causer des dommages aux animaux domestiques et à la végétation.
- Contre les mites, un procédé curieux, dit Escaich-Worms, a été expérimenté à l’Intendance militaire ; il est basé sur l’action du nitrite de soude additionné de sels métalliques solubles.
- Enfin il me faut encore rappeler que dans les recherches sur la stérilisation des sols et la formation des matières humiques, on a envisagé l’addition aux substances chimiques, engrais ou amendements, de produits insecticides; mais il ne semble pas qu’on soit encore entré définitivement dans la voie des réalisations.
- Egalement, au cours des études si curieuses sur la fixation de certaines matières colorantes dans la lutte contre les parasites inférieurs, il apparaît certaines possibilités intéressantes pour la destruction des parasites supérieurs.
- vermicides et insecticides végétaux. — Dans le monde végétal, des centaines d’espèces sont connues comme jouissant de propriétés vermifuges et insecticides, notamment dans la famille des Composées, et il n’est pas jusqu’à la charmante petite pâquerette des prés (Bella perennis L.) qui ne puisse être rangée dans ce groupe. Les propriétés de la Tanaisie ne sont pas ignorées du populaire, mais elles sont pour le moins exagérées et chacun sait que certains papiers gluants destinés à capter les mouches renferment AqYextrait de Quassia, tous exemples qui pourraient être multipliés. En réalité, en l’état actuel de nos connaissances, il convient de retenir seulement 1 ejus de Tabac ou nicotine, les préparations de Pyrèthre, ou Chrysanthème insecticide, qui, depuis une dizaine d’années surtout, font l’objet de recherches extrêmement approfondies.
- Néanmoins, il est encore nécessaire de ne pas passer sous silence une drogue nouvellement introduite dans la lutte contre les déprédateurs de certaines grandes cultures des pays chauds, la racine de Tuba, provenant de plusieurs Légumineuses d’Extrême-Orient, appartenant au genre Derris,
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- Le tabac. — Le jus de tabac, préparé dans les manufactures, prend place dans les premiers rangs parmi les insecticides et, peut-être, si les états n’avaient pas imposé de restriction à sa fabrication et à sa diffusion, n’eût-ôn jamais pensé à chercher d’autres moyens de lutte. L’alcaloïde nicotine est un poison violent pour presque tous les animaux et c’est évidemment là un inconvénient grave, auquel s’ajoute ce fait que les pièces des organes floraux ne sont pas toujours indemnes de son contact, si bien que l’on doit souvent laver les végétaux qui ont été arrosés avec une solution de nicotine, pour éviter des actions nocives.
- La poudre de tabac paraît, sur certains insectes, plus active que la poudre de pyrèthre, mais la teneur en alcaloïde influe naturellement sur la rapidité de l’action et le rôle de la tabacine, principe toxique récemment découvert, n’est pas encore établi.
- Dans les serres, on utilise les fumigations, en projetant de l’extérieur, par un dispositif spécial, du tabac pulvérisé sur des charbons ardents; on peut aussi vaporiser des solutions de jus de tabac.
- Comme la solution dans l’eau mouille insuffisamment les insectes touchés par pulvérisation, il est préférable d’employer les bouillies savonneuses ou de l’additionner d’alcool méthylique ou de phénol.
- Malgré toutes les difficultés de l’emploi de la nicotine, et même ses dangers, les Etats-Unis ont aujourd’hui organisé cette fabrication et livrent le produit à un prix tout à fait réduit, même en France. Comme on a pu associer la nicotine aux ingrédients anticryptogamiques et lutter ainsi à la fois contre les insectes et les champignons parasites, le jus de tabac reste largement utilisé.
- Les Derris insecticides. — Bien connue depuis longtemps comme stupéfiant des poissons, la poudre de racines de Derris elliptica Benth. a été surtout préconisée assez récemment comme insecticide en Extrême-Orient et l’on prétend que celle du D. uliginosa et du D. malaccensis sont d’une activité comparable; de même, on a essayé avec un certain succès un Lonchocarpus de la Guyane.
- L’action insecticide du Derris serait due à la présence d’un corps cétonique, la roténone, découvert par un savant japonais et travaillé récemment en Allemagne; il y a peu d’années encore on l’attribuait à la derride, substance mal définie, qu’on avait même rattachée au groupe des pliytotoxines.
- On se sert en pratique d’une forme extractive de la racine que l’on délaie dans l’eau en présence de savon.
- Le Derris elliptica est un arbuste plus ou moins grimpant qu’on cultive surtout aux Indes néerlandaises avec les kapokiers comme supports.
- Aux États-Unis, on a introduit ces plantes pour les étudier concurremment avec le Pyrèthre; sans doute il faut prendre en considération la culture des Derris qui, dans les régions tropicales et équatoriales, peuvent fournir aux planteurs des insecticides de valeur; mais il convient de les étudier pour établir les préparations avec le même soin que celles dont le Pyrèthre constitue la base. Rien ne fait prévoir que dans nos pays, où cette dernière plante croit aisément, il puisse y avoir un intérêt quelconque à introduire une autre drogue exotique, encore mal connue ; rappelons que la toxicité du Derris comme celle du Pyrèthre serait à peu près nulle chez les animaux supérieurs, ce qui, pour ces deux drogues, constitue un avantage considérable.
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- LE CHRYSANTHEME OU PYRÈTHRE INSECTICIDE.
- Depuis des siècles, on utilise en Orient, notamment en Turquie, en Syrie et jusqu’au Caucase et’en Perse, les propriétés des Pyrèthres rosé ou pourpre (Pyrethrum roseum et P. parpureitm). comme aussi sur les rives de l'Adriatique, le pyrèthre blanc (Chrysanthemum cinerarimfolium Vis.), qui est abondamment cultivé en Dal-matie et au Monténégro.
- On s’est contenté jusqu’à ces derniers temps de pulvériser les capitules floraux dans des moulins plus ou moins perfectionnés et cette industrie, localisée d'abord en Dalmatie, s’est installée à Marseille, puis au Japon, où la plante fut introduite avant la guerre.
- La poudre de pyrèthre récente, bien séchée et conservée à Vcibri de l'humidité, tue en effet bon nombre d’insectes et leurs larves, mais il est peu do drogues qui aient été autant falsifiées, ce qui a entraîné le doute sur la constance de son action. D’un autre côté, la moindre trace d'humidité, en présence de l’air, lui fait perdre rapidement son activité. Aussi a-t-on tenté, en vue de lutter contre les insecles et leurs larves, parasites de l’agriculture, de préparer à l aide d’une forme extractive, des émulsions savonneuses qui, quoi qu'on en ait dit, conservent pendant assez longtemps leurs qualités si le savon n'est pas trop alcalin. Le professeur Faes, de Lausanne, étudia avec soin cette question pendant la guerre, étude que continuèrent en France M. le professeur Juillet et M. Caubet,
- Depuis celte époque, les travaux de M. Staudinger et Ruszicka, en même temps que ceux de plusieurs savants japonais, sur la composition chimique du pyrèthre, ont amené la découverte de principes définis, les pyréthrines, qui semblent représenter l’activité totale des fleurs.
- Dès lors, la question a pris une tout autre envergure, et, de toutes parts, ont surgi, tant en France qu’à l’étranger, notamment aux États-Unis et au Japon, de nombreuses recherches techniques et expérimentales.
- En France, Ripert, J. Chevalier, Juillet et, dans mon laboratoire, le Dr Rourcet, mon collaborateur et ami, ainsi que MM. Carbon et Gaudin, poursuivent leurs recherches en vue d’applications à la lutte contre les animaux parasites; des faits acquis, il est possible déjà, sans exagération, d'affirmer :
- 1" Que les pyréthrines, absolument inoffensives pour l'homme et tous les animaux à sang chaud, sont toujours toxiques pour les animaux à sang froid, depuis la grenouille jusqu’aux protozoaires, en passant naturellement par les insectes et les vers;
- 2° Que l’action des pyréthrines est conditionnée dans la parasitologie par deux faits : a) La conservation de ces substances sous leur forme constitutive et sans altération dans les préparations verm icides ou insecticides ; b) Le mode d'attaque de l'espèce considérée; ce qui entraîne des études délicates dans le domaine de la tension superficielle et de la viscosité des préparations, pour arriver à un mouillage parfait, comme aussi dans une connaissance approfondie de la biologie du parasite qu'il faut saisir au moment propice, au cours de son évolution.
- En tenant compte des conditions énumérées, il est donc possible de faire, à 1 aide du Pyrèthre, des préparations qui constituent les moyens d action les plus puissants que l’homme ait jamais eus à sa disposition dans sa lutte contre les parasites animaux, internes ou externes.
- Avant d’entrer plus profondément dans les détails que pose le problème dans
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- ses multiples applications, qu il me soit permis de dire quelques mots de la plante, de sa culture et du traitement que doivent subir les capitules fleuris et la plante entière afin d’obtenir des préparations riches ou des pyréthrines pures.
- Le Chrysanthème insecticide est une sorte de grande Marguerite blanche à feuilles laciniées, groupées en rosette à la base; les capitules sont portés chacun sur un pédoncule ligneux, long de 20 à 40 cm, ce qui permet de les sectionner aisément à la faucille, car la cueillette à la main serait trop onéreuse.
- Différents auteurs se sont occupés de déterminer les rapports d’activité entre les organes végétatifs et floraux, en vue de l’exportation de la plante, et l’on peut conclure ainsi :
- Les petits fruits, ou akènes, encore verts, placés à la base de chaque fleur tubuleuse du centre (car les fleurs blanches périphériques rayonnantes, à corolle longue, sont stériles) sont les plus riches en pyréthrines; cette observation détruit la croyance tenace du commerce de la droguerie, que les capitules non épanouis constituent la drogue la meilleure et du prix le plus élevé ; cette erreur dure encore malgré tous les efforts, tant est difficile à détruire une coutume séculaire, même erronée.
- On doit cueillir les capitules à la maturité, mais toutefois quand les akènes ne sont pas entièrement mûrs ; aussi, en pratique, la récolte se fait quand les premiers capitules commencent à se flétrir. On obtient ainsi un mélange de capitules largement ouverts, à demi fermés et en boulons.
- Les pédoncules ligneux sont à peu près inactifs et les feuilles renferment environ 1/4 à I/o de la quantité que peut fournir en pyréthrines, le même poids de fleurs. Il en résulte que si l'on peut utiliser les feuilles pour la préparation du principe actif, l’opération ne peut être rémunératrice que si la perte en solvant n’est pas trop élevée, car malgré la récupération, la poudre traitée en conserve toujours une quantité plus ou moins importante, quelle qu’en soit la nature.
- En réalité, il est à souhaiter que l’industrie puisse utiliser la plante entière car elle aurait à sa disposition une matière première dont la production donnerait toute satisfaction au cultivateur. Le prix pourrait en être d’autant plus réduit que le fauchage mécanique paraît possible.
- C’est donc le processus d’extraction qui seul peut faire connaître si l’emploi des feuilles est possible. Déjà, de grosses firmes industrielles ont fait construire des appareils très perfectionnés qui doivent permettre de traiter la plante entière avec profit. Les autres n’emploient que les capitules et, pour éviter les frais énormes et prohibitifs de cueillette, cherchent à introduire en France le procédé japonais du peigne, tel que l’a décrit M. le Prof. Juillet.
- Le Chrysanthème insecticide se multiplie comme la Camomille, par éclats de souches prélevés sur des pieds de trois à cinq ans, chaque touffe pouvant aisément fournir 20, 30 et même 50 petits éclats. D’autre part, rien ne s’oppose, dans chaque plantation, à laisser mûrir un certain nombre de pieds pour recueillir les nombreuses graines des capitules et les faire germer en pépinière pour repiquer en place l’année suivante. De nombreuses notices ont été publiées, que l’Office national tient à la disposition des intéressés.
- Il y a dix ans. il n’existait en France aucune culture de Chrysanthème insecticide; c'est pourquoi, dès la création du Comité interministériel des Plantes médicinales et de l’Office, j’ai proposé de recommencer les quelques expériences négatives
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- antérieurement faites dans le Midi, en ignorant les tentatives limitées que venait d'entreprendre le Prof. Marchal aux environs de Paris.
- Aidé des Prof. Jumelle de Marseille, Juillet de Montpellier et conseillés par M. Caubet, de Marseille, qui avait installé en Espagne des cultures fort importantes près de Jaca. nous réussissions en quelques années, non plus de timides essais mais de véritables cultures industrielles, si bien que la France produira sans doute cette année plusieurs centaines de tonnes de fleurs. Malgré cela notre pays en importe encore plus de 800 tonnes et la demande augmente chaque année.
- C’est qu’en effet, depuis le succès des formes spécialisées bien connues et couramment employées contre les mouches et les moustiques, en France comme aux colonies, il a surgi de nombreuses concurrences et même on peut dire que beaucoup de produits commerciaux se réclamant du Pyrèthre pourraient tomber sous le coup de la loi des fraudes.
- En Amérique, où la question du pyrèthre est l’objet de la sollicitude des Pouvoirs publics, les laboratoires ont décrit des méthodes de dosage chimique, en vue d’éviter la fraude mais, comme il a été dit récemment, il semble qu’aucun des procédés décrits n’offre les garanties scientifiques nécessaires en pareil cas.
- Toutefois, on obtient une approximation convenable et l’on peut, d’autre part, la contrôler par des méthodes physiologiques. Ou s’est contenté tout d’abord d’observations sans rigueur sur les mouches, puis d’essais sur les poissons qui sont extrêmement sensibles à l’action des pyréthrines ; mais justement cette extrême sensibilité risque de fausser les résultats et il fallait chercher autre chose. A plusieures reprises le D1' J. Chevalier a publié des observations judicieuses et deux de nos élèves ont réussi, en opérant sur le segment céphalique du lombric, par une méthode déjà employée dans d’autres cas, à enregistrer l’action pyréthrique. La communication de MM. Gaudin et Carbon, présentée le 20 octobre par nos soins à l’Académie de Médecine, apporte des précisions qui permettent de penser qu’on est enfin en possession d'une méthode; d’appréciation suffisante pour permettre la surveillance des produits dits pyréthrinés et d’étudier, comme nous l’avons entrepris, les variations d’activité des Heurs de pyrèthre de provenances géographiques différentes.
- C’est qu’en effet le Chrysanthème insecticide prospère non seulement sous le climat méditerranéen mais encore jusque dans les plaines arides et calcaires de la Champagne. Une certaine quantité de calcaire lui paraît indispensable; bien qu’on aiL pu le cultiver dans des terrains acides, il y dépérit rapidement et son activité paraît ' diminuer. Il faut à la plante des terrains secs et calcaires, dans lesquels, pendant l’hiver, Veau ne séjourne jamais autour des racines. Dans le cas contraire, celles-ci pourrissent; aussi faut-il proscrire sa culture des régions irriguées. Le Dr J. Chevalier, qui a particulièrement étudié la question, ayant donné à ce sujet les détails les plus précis, je n’ai pas besoin d’insister.
- Revenons maintenant à la préparation des pyréthrines. Au laboratoire, nous avons essayé toutes les méthodes préconisées dans la littérature scientifique et qui, d’ailleurs, s’inspirent sans exception des travaux de Staudinger et Ruszicka.
- On peut toujours obtenir facilement des pyréthrines, mais à un degré de pureté variable. Voisines de la pureté chimique, elles se présentent sous forme d’un liquide épais, de couleur de miel très clair, mais ce n'est encore antre chose qu’un mélange
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- impur renfermant des proportions variables de pyréthrines A et B, éthers d’un alcool cétonique, la pyréthrolone, et des acides chrysanthème mono ou di-carbo-niques, l’un très épais, l’autre sensiblement plus fluide ; leur séparation est pratiquement inutile et l’on a pu les obtenir pures à l'aide d’un artifice qui les a faits dénommer pyréthrines hémi-synthétiques.
- Au cours de nos recherches, nous avons acquis la conviction que la pureté chimique n’était pas nécessaire pour la préparation des produits parasiticides industriels; il suffit en somme d’obtenir des formes extractives purifiées, riches en pyréthrines, mais renfermant toutefois la totalité des principes actifs du végétal. De plus, si l’on veut obtenir des produits voisins de la pureté chimique, on observe, au cours des opérations d’épuration, une perte assez élevée des principes actifs par suite de leur facile dégradation.
- La meilleure préparation sera donc celle qui, sous un volume réduit, contiendra intégralement les pyréthrines de la matière première et il semble que la présence d’une certaine quantité de matière cireuse ne nuit pas à la valeur du produit. Bien au contraire, et le fait n’est pas isolé, il est vraisemblable que ces cires, en protégeant dans l’application pratique les pyréthrines d’une dégradation trop rapide, assurent par conséquent leur meilleure conservation ; elles favorisent même leur action, notamment dans la lutte contre la verminose intestinale où, au cours de leur acheminement dans le tube intestinal, elles ont à subir des actions de milieu bien différentes.
- Telles sont les données qui se dégagent des travaux publiés et de ceux que nous avons effectués ; examinons maintenant les précautions à prendre pour établir des formules variées appropriées aux divers moyens de lutte. L’alcool absolu, les hydrocarbures sont les solvants les meilleurs des pyréthrine s, mais leur emploi n’est pas toujours pratique; il faut donc chercher, et c'est là le rôle des laboratoires industriels, à obtenir des préparations stables en évitant surtout les supports hygrosco-piques, car une petite quantité d’eau suffit la plupart du temps à accélérer la dégradation et détruit plus ou moins l’activité en un temps variable, C’est à ce manque de précautions qu’il faut attribuer surtout les échecs enregistrés dans l’emploi de certaines préparations commerciales.
- En revanche, en réalisant les meilleures conditions de milieu et d’extraction, dont il vient d’être parlé, on peut affirmer qu’il est possible d’obtenir des préparations d’activité constante et durable et, comme on va le voir, cela est du plus haut intérêt quand on songe aux immenses services que les pyréthrines peuvent rendre en thérapeutique humaine et vétérinaire, d’une part, et dans la lutte contre les ennemis de l’agriculture, d’autre part.
- Encore faut-il que l’extraction des pyréthrines se fasse dans des conditions de bon marché suffisantes pour que, dans certains cas, comme en agriculture, le prix de revient ne soit pas prohibitif. Chez l’homme, tous les parasites intestinaux du groupe des vers sont justiciables des pyréthrines : tænias, oxyures, trichocéphales, lombrics et même, sans doute aussi, certains organismes comme les Lamblias.
- On peut aussi également, comme M. le médecin commandant Lemaire et M. Gaudin viennent de le démontrer, établir un traitement curatif de la gale simple et entièrement sans douleur.
- La destruction des poux du corps et des vêtements se fait radicalement avec
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- certaines précautions et l'on peut aussi, en enduisant les parties non protégées du corps par une crème pyréthrinée, se protéger des piqûres de moustiques, plébotomes, taons, mouches, etc.
- Les vers intestinaux du chien et du porc, le ver rouge des Gallinacés (poules, faisans, dindons, etc.), sont détruits de la même façon, et la bronchite vermineuse des Bovidés est guérie facilement. Ajoutons que la plus grande partie des œufs des parasites considérés, notamment les lentes des poux, sont plus ou moins corrodés par Faction pyréthrinique et ne paraissent plus, pour la plupart, en état de germer. Toutefois, il vaut mieux attendre pour juger du résultat et recommencer le traitement, après un délai convenable, pour ceux des œufs qui ont résisté.
- Enfin, il faut éviter les réinfections, si fréquentes, comme aussi les éclosions des œufs (oxyures, poux, etc.) dans les appartements, sur les vêtements, dont la désinfection s’impose et doit être faite avec le plus grand soin.
- Quant à la douve du foie, malgré quelques essais positifs, on doit dire qu’il lia pas encore été possible de lutter efficacement car il faut aller toucher le parasite dans sa zone d’élection, ce qui n’est pas aisé. Peut-être, à l’aide d’un artifice y réussira-t-on.
- Dans le domaine agricole, le problème est plus compliqué. Les larves et insectes à téguments mous, comme les pucerons, sont très sensibles aux solutions pyré-thrinées, préparées an moment du besoin à des dilutions atteignant 1/50.000 environ. Les attises touchées par les pulvérisations meurent et aussi les papillons et la plupart des insectes.
- Les échecs proviennent en général, du fait que les insectes ne sont pas touchés par la solution employée, vu qu’ils sont protégés, les uns par leur enveloppe cireuse ou chitineuse, les autres par les poils abondants qui les recouvrent, comme c’est le cas du puceron lanigère; on doit donc, dans ce cas. badigeonner et frotter au pinceau pour en activer la disparition et recommencer à plusieurs reprises, surtout à la fin de l’automne et au début du printemps, car on ne saurait pénétrer autrement dans les repaires que fournissent aux parasites les crevasses et les replis des bourgeonnements de réaction cancéreux.
- En un mot. comme je l’ai dit, il faut étudier la biologie de l'être à faire disparaître et ne pas se fatiguer de la lutte, puisqu’on est assuré de l’activité du produit insecticide et qu’on ne saurait incriminer son inconstance.
- Il est encore un fait que j’ai observé à maintes reprises depuis plusieurs années et qui a été confirmé par J. Chevalier, c’est que les insectes phytophages peuvent être atteints en répandant par pulvérisation des solutions pyrétlirinécs sur les feuilles qui leur servent de nourriture. Des limaces et de petits escargots ont été détruits dans une serre et dans des couches printanières par le même procédé, de telle sorte qu’à l’aide de solutions bien étudiées et de pulvérisations méthodiques sur les germinations dès leur apparition, on peut les soustraire aux déprédations de tous les parasites appartenant au groupe des animaux inférieurs.
- Nous avons obtenu aussi de bons résultats dans la protection des fruits : fraises, poires, pèches, etc., même contre les guêpes qui, privées d'aliments sucrés, s attaquaient cette année à chaque grain de raisin, au fur et à mesure de sa maturité sur-la grappe; sur celle-ci. arrosée de solution pyréthrinée dès l’apparition des premiers grains mûrs, les guêpes ne se posaient plus pendant quelques jours. Cette opération,
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- répétée à deux ou trois reprises, a permis de cueillir les grappes en maturité suffisante; or, pour la consommation, il n’était même pas besoin de les laver.
- Bien que faciles dans les jardins particuliers, il ne saurait être question d’utiliser en grand de semblables pratiques dans les industries viticoles par exemple, mais je reste convaincu qu’une solution économique du problème est possible, en combinant faction pyréthrinique à celle d’un anticryptogamique, de façon à ne faire qu une seule manipulation, car le prix de la main-d’œuvre rendrait les traitements répétés tout à fait prohibitifs.
- Bien des inconnues sont encore à dégager dans futilisalion des pyréthrines, mais elles sont du domaine de la pratique et, partant, réalisables, car le fait intangible de leur activité nocive envers les animaux à sang froid laisse entrevoir un champ d’expériences presque sans limites.
- Cette découverte des pyréthrines revêt une importance capitale, car elle ouvre à l’homme un horizon des plus vastes dans sa lutte contre une grande partie de ses ennemis, du dedans et du dehors, vivant à ses dépens.
- On travaille de tous côtés à dégager les facteurs de cette lutte et chaque jour apporte un éclaircissement; la réussite est certaine quand on aura établi des produits pyréthrines bien étudiés, affectant la forme nécessaire pour une application déterminée et dans les conditions les meilleures.
- Le prix encore élevé des pyréthrines sera sans doute abaissé, bien que la matière première atteigne déjà sa valeur minima par suite de la concurrence mondiale; c’est donc sur le bon marché du processus d'extraction que doivent se concentrer les efforts pour diminuer le prix de revient.
- D’autre part, les solvants et la forme des préparations sont à étudier, en tenant compte de l’usage auquel ces dernières sont destinées et en n’oubliant pas que les pyréthrines sont instables dans certaines conditions qu’il faut éviter.
- Quant au reste, les problèmes qui se posent pour leur emploi sont les mêmes que pour les autres insecticides ou les anticryptogamiques; la pulvérisation doit être aussi fine que possible et la viscosité étudiée avec soin pour assurer un mouillage aussi parfait que possible.
- En dehors de l’utilisation agricole, de grands progrès ont été réalisés qui permettent déjà d’espérer, je le répète, que les pyréthrines constitueront sous peu l’une des acquisitions les plus importantes dans la lutte contre la verminose de l’homme et des animaux et la protection contre les insectes piqueurs, vecteurs des maladies contagieuses. Mais alors, il convient que les fabricants consciencieux jouissent du bénéfice de la protection de la loi sur la répression des fraudes et qu’on établisse, comme nous avons cherché à le faire, des procédés de contrôle suffisamment rigoureux.
- Aux procédés de dosage chimique encore insuffisants, doivent s’ajouter les méthodes physiologiques, et celle de MM. Gaudin et Carron est déjà, entre les mains des pharmacodynamistes. un moyen qui est susceptible de discriminer, parmi les produits pyréthrines, ceux qui sont dignes de ce nom.
- Cette surveillance est indispensable si l’on ne veut pas voir un progrès certain sombrer devant un discrédit immérité et une découverte, dont la vulgarisation permet de tels espoirs dans les divers domaines de la défense de l’homme et des animaux domestiques et de la préservation des plantes utiles, rester sans lendemain.
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- Il en résulterait, en outre, que certaines régions, dont le sol est aride et pauvre, seraient privées d'un bénéfice agricole intéressant, ce qui n’est pas à souhaiter dans les circonstances actuelles.
- Bien au contraire, il y a tout lieu de prévoir un avenir commercial des plus importants des préparations pyréthrinées et une extension correspondante de la culture du Chrysanthème insecticide pour le plus grand bénéfice de la thérapeutique et de l’agriculture '2l.
- (2) En dehors des fabricants de produits destinés à la lutte contre les mouches et les moustiques (Fly-tox, Elit, Muscamor, etc.), on a rnis en vente soit des extraits pyréthriques, soit des préparations spécialisées destinées à l’agriculture (Savon-pyrèthre, Agrieola, Agrilox, Salvagrol, etc.).
- Contre le lænia et les vers intestinaux de l’homme et des animaux, la première préparation fut la Chrysémine Carteret, puis le Vermosol de la Société anonyme des Vermènes, 41», rue du Bac, à Asnières (Seine) qui a étudié aussi toute une série de produits nouveaux contre la Gale, les insectes parasites ou piqueurs et môme les ennemis de l’agriculture.
- (N. D. L. R.)
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- BULL. DE LA SOCIÉTÉ d’eNCOURAG. POUR L’INDUSTRIE NATIONALE. —DÉCEMBRE 1934.
- LA CRISE DES MÉTIERS D’ART.
- LA MARQUETERIE
- par M. H. Marcel Magne, membre du Conseil de la Société d’Encouragement.
- Depuis cinquante ans, l’art français a montré sa vitalité en renouvelant les formes traditionnelles d’un passé plus lourd de gloire que celui d’aucune autre nation.
- Nos artistes ont su montrer, que, pour eux, le passé n’est ni un ennemi, ce qui serait outrecuidant, ni un modèle, ce qui stériliserait l’esprit créateur, mais qu’il demeure un allié, un discret inspirateur.
- Après le succès éclatant, en 1925, de la Section française à l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes, succès loyalement reconnu par tous les pays étrangers, un danger nous menace aujourd’hui, celui de n’avoir cessé d’être les esclaves du passé que pour devenir les forçats du futurisme.
- Or, la délicatesse de l’invention, la perfection du détail restent les qualités indispensables au renom et à la richesse de notre f>;»ys. Une formule internationale de « nudisme intégral » irait à l’encontre de nos intérêts, qui sont les memes aujourd’hui que jadis.
- Ce danger a été vigoureusement signalé par M. Chastenet, rapporteur du budget des Beaux-Arts au Sénat pour l’exercice 1931-1932, qui a ainsi reflété l’inquiétude qu’industriels, artistes, critiques d’art ressentent en voyant que nos meilleurs, artisans, modeleurs et sculpteurs, bronziers et ciseleurs, marqueteurs, souffrent de n'avoir plus leur place dans les conceptions artistiques contemporaines.
- Parmi ces artisans, le marqueteur est peut-être le plus touche, ce qui parait d’autant plus paradoxal qu’aujourd’hui l’emploi du placage ou du contreplacage est plus répandu, dans la menuiserie comme dans l’ébénisterie.
- Lorsque, dans les temps les plus anciens, on eut l’idée d’appliquer au bois massif un décor de surface pour compléter le décor de relief obtenu par les moulures et les sculptures, c’est par gravure et incrustation qu’on opéra. Le burin et la gouge permirent de creuser dans le bois massif des alvéoles pour y loger des pièces laites de bois diversement colorés ou même de toute autre matière.
- C’est ainsi que les sièges égyptiens étaient décorés d ornements d ivoire ou d’ébène, collés dans les alvéoles des bâtis. Les menuiseries arabes du Moyen-Age, les menuiseries italiennes de la Renaissance offrent le même mode de décoration qui, appliqué aux meubles et aux sièges, s’est généralisé sous le terme d’ébénisterie, même si l’emploi de l’ébène n’y tenait aucune place.
- Aujourd’hui, le travail d’incrustation reste constamment employé, notamment pour les filets. L’incrustation est faite au couteau de taille ou au trusquin à pointe tranchante; c’est également au trusquin que sont coupés les filets, le bois scié en feuille mince étant placé dans une rainure. Pour mettre d’égale épaisseur les filets, on emploie le tire-filets, sorte de filière dans laquelle le filet passe sur la lame tranchante d’un fer.
- On simplifie souvent aujourd’hui le travail d incrustation des filets, en meme temps qu’on lui donne une résistance beaucoup plus considérable, en traversant de
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- part en part la pièce qui sert de support, le filet avant toute l’épaisseur de la pièce : c’est alors avec la scie sauteuse, introduite au moyen d'un trou de mèche, qu’on met à jour la pièce à décorer.
- Certains ébénistes modernes ont eu l’idée d'utiliser. pour le décor d’incrustation, les métaux mous dont la température de fusion est assez basse pour permettre, sans carboniser le bois, de couler le métal dans des alvéoles, taillées en queue d’aronde pour mieux le retenir; un grattage et un polissage amènent la surface du métal au nu de la pièce décorée.
- L'utilisation des feuillets minces de bois colorés pour le décor d’incrustation a été le point de départ du décor de surface qui s’est développé, dès la Renaissance italienne, par l’emploi du placage.
- Le décor de surface obtenu par le placage repose essentiellement sur les oppositions de valeur et de couleur des bois naturels ou teints artificiellement. Ces oppositions peuvent résulter simplement des ramages du bois, surtout lorsque les feuillets sont assemblés par petites frises disposées symétriquement. La décoration la plus riche est réalisée par la marqueterie de bois coloré, dont chaque pièce est assemblée avec les pièces voisines pour former un panneau complet qu’on colle sur le fond qui sert de support.
- Il semble que le travail du placage soit né du désir d’utiliser, non plus seulement les bois massifs indigènes de colorations fines, assez neutres et de valeurs voisines, mais encore les bois exotiques de colorations intenses qu’il fallait économiser en raison de, leur rareté et de leur elierlé. Aussi a-t-on eu l’idée de suppléer aux bois exotiques en teignant des bois indigènes tendres et poreux, comme le platane et le poirier, en même temps qu’on ornait le bois d’incrustations d’autres matières, comme l’ivoire, la nacre et les marbres.
- Les églises italiennes de Lucqucs (fig. 1) et de Vérone, la Chartreuse de Pavie, ont conservé des ensembles complets de stalles décorées par la marqueterie.
- Transporté en France par l’influence qu’exercèrent alors les arts de la péninsule, le placage devint un art original français entre les mains de Boulle (fig. 2) dont les œuvres montrent de magnifiques compositions dans lesquelles des elfets de surface sont obtenus parla marqueterie de cuivre doré et d’écaille posée sur un fond rouge, tandis que les effets de relief sont dus au bronze ciselé.
- Au xvme siècle, c’est la marqueterie de bois qui prévalut dans la parure des consoles galbées, des bureaux à cylindre (fig. d) et. après l’exubérance des décors Louis XV, la discrétion des dessins marquetés complète le charme particulièrement affiné des meubles de Riksexer, comme des horloges de Maktin Caiilix. Le bois de rose et le bois de violette faisaient principalement, avec l’acajou et l'ébène, les frais de ces ornements.
- Jusque-là, les feuillets de bois mince étaient levés à la scie dans des plateaux sur dosse ou sur quartier: le trait de scie occasionnait un déchet considérable qui atteignait 66 p. 100 de la matière employée. On avait eu l’idée, pour les objets usuels désignés sous le nom de boissellerie, d’obtenir des copeaux avec un gros rabot coupant le bois en fil.
- Ce fut l’origine du tranchage des feuillets, qui fut pratiqué pour la première fois en 1844 dans un atelier de la rue de Charonne à Paris : cette invention fut une
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- véritable révolution dans l’industrie du bois plaqué; elle permettait de trancher avec régularité et sans aucun déchet des feuillets de très faible épaisseur, de o à 8
- Fig. 1. — Pupitre par Leonardo Marti (Pinacothèque de Lucques).
- dixièmes de millimètre. Il en résultait une économie qui ne fut pas sans léser certains intérêts; la routine aidant, c’est seulement vers 1860 que le procédé nouveau prit tout sou essor.
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- Dans la machine à trancher, la bille de bois est fixée sur un plateau qui se déplace verticalement dans un puits afin que la surface à trancher soit rigoureuse-
- ment au même niveau à chaque passage du couteau : la bille monte, en conséquence, après chaque passage, de l’épaisseur d’un feuillet grâce à un encliquetage
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- par étoile ou par pignon. Le couteau a la longueur de la bille et agit horizontalement en biais comme un fer de rabot : il est monté sur un châssis qui se déplace horizontalement sur deux glissières, levant à chaque passage le feuillet que l’ouvrier reçoit, à l’extrémité, sur une table.
- Le tranchage ne laisse pas d’ailleurs de présenter certains inconvénients. Il se produit parfois des arrachages, sous la pression du couteau. En outre, il est nécessaire de ramollir le bois par un étuvage à la vapeur sous une pression correspondant à une température de 120° à 130°, opération qui dure plusieurs heures ou même plusieurs jours, suivant la dureté du bois. Le bois ainsi étuvé perd ses qualités, il a les pores plus ouverts, est énervé et change même parfois de couleur. Enfin, de même que le sciage, le tranchage ne permet d’utiliser que des plateaux parfaitement sains, sur dosse ou sur quartier.
- C'est en 1872 que, dans la même usine de la rue de Charonne où avait été inventé le tranchage, Mougenot créa la machine à dérouler le bois. L’arbre est pris à ses extrémités entre deux mâchoires, s’il est entier, ou fixé sur un axe horizontal, s’il est coupé en deux dans le sens de la longueur. Il est animé d’un mouvement de rotation tandis que le couteau, vertical, agissant de bas en haut, avance à chaque tour d’une quantité correspondant à l’épaisseur du feuillet à lever.
- Ce procédé supprime l’étuvage, l’opération se faisant à sec, sauf pour les bois très durs, qui sont alors seulement déroulés dans l’eau chaude, l’arbre tournant dans un bac. Il augmente en outre la largeur des feuilles, ce qui permet d’utiliser des arbres de très petits diamètres. Il a surtout un grand intérêt du point de vue décoratif, parce qu’il rend possible l’utilisation des bois défectueux qui sont souvent les plus riches d’aspect, comme les érables et les palissandres d’Amérique, dont le cœur est en général gercé, pourri, ou noir. On peut dérouler les loupes, excroissances sur l’arbre ou sur sa racine, les ronces, fourches qui resserrent les fibres au départ de deux grosses branches, parties qui sont inutilisables comme bois massif et qui présentent en revanche des ramages chatoyants comme ceux du marbre.
- Les feuillets sont utilisés par le placage au marteau à plaquer, à la cale, au sable, à la sangle ou par le contreplacage, procédé appliqué déjà depuis longtemps aux planches à dessin pour les rendre rigoureusement indéformables.
- En même temps que l’invention du tranchage et du déroulage, que le perfectionnement du placage et du contreplacage, les variétés sans cesse accrues d’essences de bois colorés ont multiplié les ressources de la marqueterie.
- Avec le développement des moyens de communication et des échanges, on a reçu, en plus grande quantité et avec plus de diversité, les bois exotiques, et on a alors utilisé non seulement l’acajou, le satiné, l’ébène, le bois de rose, l’amarante, le bois de violette, qui donnent toute la gamme du rouge au rose et au violet, mais le gaïac, vert foncé, le citronnier, jaune, l’amboine, le thuya, d'un roux moucheté.
- La palette des bois plaqués s’est encore enrichie par l’utilisation des bois indigènes de coloration particulière, comme le sycomore et le houx, qui ont la blancheur de l’ivoire, comme l’érable, l’olivier, le tilleul, le poirier, et, tout récemment, par l’apport des essences que fournissent nos colonies de l’Indochine, de la Côte d’ivoire et du Gabon.
- « Le travail de marqueterie nécessite la composition et l’exécution préalable d’un carton grandeur d’exécution, précisant les contours du dessin, les colorations
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- conformes aux essences de bois à employer et même le sens dans lequel le bois devra être découpé. »
- « Le dessin est relevé par décalque sur un papier qui ne doit pas être mouillé, afin d’éviter toute déformation; il est ensuite piqué et reporté, par un frottis de bitume de Judée en poudre, sur du papier blanc auquel le bitume adhère par un léger chauffage. Une des épreuves ainsi obtenues est collée sur le feuillet qui servira de fond, du côté qui sera l’endroit, une fois l’ouvrage terminé; cette opération n’a pas seulement pour but de reporter sur le feuillet de bois le dessin qui servira au débouchage du fond; elle lui donne en même temps la résistance nécessaire pour éviter les cassures pendant le sciage. Sur une autre épreuve, on débouche chaque pièce et on la colle sur le feuillet d’essence choisie, de manière à l’harmoniser, pour la couleur et le sens des fibres, avec les indications du carton; on obtient ainsi la contre-partie qui s’emboîtera dans le débouchage du fond. »
- « Lorsque la marqueterie est faite exclusivement de bois, il arrive souvent qu’on puisse découper d’un même trait de scie la partie et la contre-partie : on a alors un encastrement parfait. S’il s’agit de matières différentes, comme le cuivre et l’écaille ou l’ivoire, il n’est pas possible de les découper simultanément. »
- « Quand le dessin comporte des motifs de répétition, on peut scier quatre ou six épaisseurs superposées, en ayant soin d’interposer des papiers enduits de suif, pour graisser la scie au passage, et de placer en dessous un feuillet de tulipier pour prendre la bavure de la scie. Le sciage des feuillets est une opération délicate qui nécessite un matériel spécial. L’ouvrier marqueteur fait lui-même les lames de scie dans un ressort en acier fixé dans le porte-scie qui est assujetti dans l’étau. Avec un premier tiers-point, ou lime triangulaire, l’ouvrier fait les dents; puis, avec un second tiers-point, il les approfondit; il enlève la bavure sur les côtés et fait au marteau la voie, qui est de 3 à 4 dixièmes de millimètre. Il affûte la scie et en abat le dos pour éviter les résistances dans les courbes. »
- « A itrefois, on assujettissait simplement le porte-scie dans l’étau pour scier les feuillets; aujourd’hui la scie de marqueterie est fixée perpendiculairement dans un bâti auquel est établie une sellette sur laquelle l’ouvrier prend place. »
- « Les morceaux découpés sont rangés sur une tablette avec le plus grand soin, suivant leur position même dans le dessin à réaliser. L’ouvrier les met en place avec une pince, en enduisant les bords de colle de fécule; si les pièces de marqueterie sont en métal, on les chauffe pour les coller. »
- « Il colle enfin à la colle forte sur l’ensemble, toujours du côté de l’endroit, un papier que l’ébéniste enlèvera à l’eau, au racloir et à la ponce, après avoir appliqué le panneau de marqueterie sur la surface à décorer; l’ébéniste rebouche à la gomme-laque les vides qui peuvent subsister entre les différentes pièces de la marqueterie. » « Afin d’affirmer les détails du dessin à l’intérieur de chaque petite pièce, on a eu, de bonne heure, l’idée d’utiliser la gravure au burin ou à la pointe, travail qu’on remplace aujourd’hui par la pyrogravure. »
- « L’idée fausse qui a consisté, depuis un siècle, dans la marqueterie comme dans d’autres décors de surface, tels que ceux des tissus, à vouloir donner des effets d’ombre et de lumière offrant l’illusion d’un relief, a donné naissance à un procédé particulier de modelé, celui de l’ombrage au sable. »
- « Le sable est chauffé dans un poêlon, et on y plonge les parties à ombrer en tenant les pièces avec une pince; on obtient ainsi un dégradé entre la partie chauffée
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- et celle qui n’a pas été plongée dans le sable; si l’on veut obtenir des oppositions plus nettes, on cache, à l’aide de calibres, les parties qui doivent rester intactes. »
- « On peut obtenir des effets analogues à l’aide de l’acide sulfurique ou nitrique, appliqué au pinceau. Ce sont là des ressources qu’il y a lieu de connaître, mais qu’il
- Fig. 4. — Meuble étagère par Galle.
- faut employer avec une grande discrétion, car, du point de vue décoratif, il est plus franc de laisser à la marqueterie sa valeur de décor à plat; la perfection du travail des scies modernes et l’harmonieuse variété des essences naturelles de bois offrent d’ailleurs des moyens assez riches pour suffire à tous les besoins 1(. »
- (1) L'art appliqué aux métiers : Décor du bois, par H. M. Magne, H. Laurens éditeur, Paris.
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- C’est selon ces derniers principes que Galle (fîg. 4), suivi par Majorelle et toute l’Ecole de Nancy, remit en honneur, à la fin du siècle dernier, l’art de la marqueterie dans des meubles dont les lignes contournées et le décor très développé rappelaient de trop près les formes de la nature, mais qui avaient le mérite de la nouveauté, après un demi-siècle de pastiches des styles anciens.
- Fig. 5 — Stalles de la Basilique de Montmartre à Paris : L. Magne, architecte; — H. M. Magne, décorateur: — Ausseur, ébéniste; — Séguin, sculpteur; — Guilmet, marqueteur.
- Les stalles de la Basilique de Montmartre à Paris (fîg. 5) fournirent, au début de ce siècle, l’occasion d’un ensemble architectural où la marqueterie tint une place qu’elle n’avait sans doute pas occupée depuis les œuvres de la Renaissance italienne. Puis les décorateurs comme Maurice Dufrène (fîg. 6), Paul Follot, appli-
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- quèrent à leurs meubles, par le même procédé, un décor aussi précieux que discret.
- On ne saurait trop mettre en valeur les noms des admirables artisans du Faubourg’ Saint-Antoine qui. comme Guilmet, pour les stalles de Montmartre,
- Fig. 6. — Meuble par Matrice Dufréne. Messager, marqueteur. (Édition par les Galeries Lafayette.)
- comme Messager, pour les meubles de Dufrène, exécutèrent avec une précision merveilleuse les cartons des artistes.
- Il n'y a pas eu, dans le passé, d’artisans plus complets que ceux-ci.
- Aussi méritent-ils qu'on se préoccupe de la crise qui, en les atteignant, atteint l’art et le commerce français.
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- G est ce qui me déterminait récemment à confier à Messager l’exécution d'un Chemin de croix (fig. 7), fait uniquement d’essences naturelles et de travail à la scie sans aucune retouche à la gravure ou au sable.
- C est aussi ce qui m’a poussé à parler de cette crise des beaux métiers à notre Comité des Constructions et des Beaux-Arts, qui a exprimé le désir que la question bénéficiât de la publicité de notre Bulletin.
- Puissent ceux qui liront cet article se persuader que nous devons renoncera nous contenter d’une formule d’art simpliste, qui est la caricature de l’esprit
- (J. Desboutin. photo.)
- Fig. 7. — Station de-Chemin de Croix, par H. M. Magne. Messager, marqueteur.
- moderne, et que nous devons nous efforcer d’en dégager, par une étude plus approfondie des formes et des surfaces, une grâce et une originalité françaises qui ne puissent pas être imitées n’importe où. par n’importe qui.
- C’est le vœu que formulait à sa dernière assemblée générale, la Société de l’Art appliqué aux Métiers, reconnue d’utilité publique, que j ai l’honneur de présider.
- Il est d’ailleurs réconfortant de voir que, pour ce nouvel effort, artistes et industriels paraissent décidés à une collaboration complète.
- Les menaces qui pèsent sur les uns et les autres évoquent opportunément la fable toujours vraie Les membres et Vestomac. La communauté des intérêts rapproche leurs points de vue. Provisoirement associés en 1925, ils renoncent à de vaines querelles pour tâcher de former, par une fédération des sociétés d’art et des chambres syndicales des métiers d’art, une libre association ressuscitant la discipline des anciennes corporations.
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- LE REDRESSEMENT
- ET LA RESTITUTION DES PHOTOGRAPHIES AÉRIENNES
- par M. H. Roussilhe, Ingénieur hydrographe en chef,
- Chef du Service de Photographie et de Cartographie aériennes au Ministère de l’Air.
- Dans cette série de conférences qu’inaugure cette année le Conservatoire des Arts et Métiers, je viens, à mon tour, vous montrer mon ours. Il est bon enfant, et déjà vieux. Aussi je répéterai probablement des choses déjà dites par mes prédécesseurs : cela tient à ce qu'on a découpé un sujet très vaste, peut-être un peu arbitrairement, en un nombre quelconque de tranches, et que, entraînés par leur sujet, certains d’entre nous mangèrent un peu dans la part de leurs voisins.
- Je me bornerai d’ailleurs à des idées simples, et, pour préciser, je parlerai beaucoup plus pour les topographes et géomètres que pour les mécaniciens, les opticiens et les savants.
- GÉNÉRALITÉS.
- Depuis les résultats obtenus pendant la dernière guerre, on se préoccupe un peu partout d’utiliser la photographie aérienne comme une méthode économique et rapide de lever des plans. Encore convient-il de définir exactement ce que l’on fait et ce que l’on obtient.
- Avant tout, il ne faut pas oublier que, dans ce domaine, la photographie sera seulement un moyen merveilleux pour enregistrer les multiples détails d’un lever, et merveilleux aussi pour les reconstituer sur une carte exacte, c’est-à-dire, comme on dit depuis un demi-siècle déjà, pour les restituer.
- Mais le but à atteindre, ne l’oublions pas, c’est le plan lui-même; et il ne faut pas se dissimuler que les procédés aéro-pliotographiques modernes ne donneront de résultats sérieux que s’ils sont maniés par des professionnels de la géodésie, de la topographie et de la cartographie.
- On s’en rendra compte tout à l’heure.
- J’en dirai d’ailleurs autant de la photogrammétrie terrestre : par exemple, il faut être l’éminent architecte et l’admirable artiste qu’est M. Deneux, pour tirer de 1, 2 ou 3 cartes postales, plus ou moins bien imprimées, la constitution rationnelle du plan, des coupes et des élévations d’un monument.
- D’autre part, en ce qui concerne la photogrammétrie aérienne, une méthode nouvelle ne pourra concurrencer les méthodes classiques que si, à égale précision, elle correspond à des économies certaines en temps, ou en prix de revient, ou pour les deux facteurs à la fois.
- Les questions de précision, de rendement et de prix sont donc étroitement liées, et des essais pratiques, sur des terrains variés et pour des superficies suffisantes, devront être institués en vue de classer les résultats entre eux.
- A un autre point de vue, la photographie aérienne et son exploitation aussi correcte que possible peuvent correspondre, non à un problème de lever topographique
- (i) Conférence faite le 19 juin 1931, au Conservatoire national des Arts et Métiers.
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- normal, mais à des reconnaissances ou à des levers expédiés sur des terrains inaccessibles, en temps de guerre par exemple : ici. la méthode devient une obligation, et les- questions de précision et de rendement, surtout celle de prix de revient, s’effacent devant les nécessités absolues du travail à effectuer, tout en conduisant, dans les conditions modernes du tir de l’artillerie ou du combat en avion, à la résolution de problèmes extrêmement délicats (par exemple photographie à haute altitude et à grand rendement).
- En outre, il peut être question de résoudre, par la voie photographique, des problèmes nettement différents : par exemple : contrôle des indicateurs d’altitude, de direction, de vitesse et d’inclinaison en avion; — contrôle simultané du fonctionnement des appareils de navigation ; — étude de la distribution réelle des pressions atmosphériques en fonction de l’altitude, etc. A cet égard, la restitution des photographies aériennes prises de l'avion, et sur un terrain soigneusement équipé dans ce but, pourra seule donner des résultats attendus lorsqu’on travaillera à très haute altitude, et sous la réserve que cette restitution fournira facilement les données initiales de la prise de vues.
- Enfin, pour revenir aux applications purement topographiques, on peut avoir à dresser un plan nouveau, avec ou sans l’altimétrie, ou à réviser un plan existant : c’est, notamment, le cas de notre vieux cadastre.
- On voit, pour conclure, combien le domaine des réalisations est complexe, combien les méthodes doivent s’assouplir aux diverses circonstances de travail et aux divers buts à atteindre, et combien la question est susceptible d’intéresser les géomètres, les topographes, les agronomes, les ingénieurs, et, en dehors de la pure technique topographique, combien elle peut apporter d’utiles résultats en aérodynamique, en urbanisme, etc.
- On constate également que la question des programmes d’utilisation (reconnaissances aux diverses altitudes, cartes aux diverses altitudes, cartes aux diverses échelles, applications étrangères à la topographie) commande celle des équipements photographiques, celle-ci, à son tour, devant être résolue avant que l’on puisse définir les caractéristiques rationnelles des divers modèles d’avions photographes à employer selon les circonstances.
- M. J. B reguet a traité brillamment cette question dans une conférence spéciale : je n’y insisterai pas autrement.
- Afin qu’on puisse se rendre compte de l’utilisation topographique des photographies aériennes, panoramiques ou horizontales, je vais donner quelques exemples.
- (Ici le conférencier projette 5 clichés panoramiques et 7 clichés horizontaux, villes et gares.)
- Ces explications générales montrent qu’il me serait parfaitement impossible de présenter, en une seule et courte conférence, la théorie et la pratique de la restitution dans ses cas les plus généraux : il faudrait y consacrer un véritable cours, et je me bornerai aux notions essentielles, quitte à donner les résultats sans aucune démonstration.
- Mais il y a un point, très important, sur lequel je désire insister.
- Deux méthodes générales se partagent actuellement la faveur des spécialistes de
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- PHoTOGRAMMÉTRIE. — DÉCEMBRE 193d.
- la question. Elles correspondent à des préoccupations différentes, à des buts et à des résultats différents.
- 1° Dans la méthode de restitution stéréoscopique, ou dans toutes celles dont le principe géométrique est analogue, les réalisations optiques et mécaniques étant seules variables, on exploite des couples de clichés couvrant entièrement le terrain considéré, et on cherche, surtout si le point de prise de vues est éloigné, à déterminer à la fois la planmiétrie de la carte et le relief du sol, les altitudes devant être déterminées avec toute la précision compatible avec les besoins.
- Ces préoccupations permettent de comprendre pourquoi les divers services géographiques nationaux ont surtout travaillé dans ce sens, et pourquoi on a principalement équipé les matériels correspondants en vue des levers à l’échelle du 1/10.000.
- MM. Puivilliers et Ferrer ont exposé dans le détail, dans deux autres conférences, les appareils très intéressants dont ils se servent, et les résultats obtenus : je n’y insisterai pas autrement.
- 2° Dans la méthode de restitution semi-automatique, au contraire, — méthode que j’ai préconisée et développée depuis 1913, et qui n’est pas autre chose que la méthode Laessedat, appliquée aux clichés aériens et utilisant un instrument spécial, — on opère par redressement de clichés isolés, ou de groupes de clichés synchrones, c’est-à-dire qu’on remplace, par un mécanisme automatique très simple, les clichés originaux par d'autres rigoureusement horizontaux et mis à l’échelle de rédaction. Ceci fait, on exploite les redressements par les méthodes topographiques régulières : les positions planimélriques sont déterminées par intersection, les altitudes par les parallaxes zénithales entre les points redressés et les points restitués.
- La photographie ne joue donc plus que le rôle d’un enregistreur des angles horizontaux et zénithaux; mais, pour la rédaction du plan, on travaille exactement comme avec des stations de planchette ou de tachéomètre.
- La méthode fournit de nombreux contrôles, par la combinaison de plus de deux redressements. Elle donne très simplement les conditions initiales de la prise de vue, et est donc applicable immédiatement aux recherches aérodynamiques.
- D’autre part, lorsqu’il s’agit de la révision d’un plan existant, elle donne presque immédiatement. — par redressement sur les points et lignes de ce plan encore en place — le résultat cherché.
- Enfin, le travail de restitution étant effectué sur des épreuves photographiques (au lieu de l’exploitation stéréoscopique visuelle), on conserve à tout instant le répertoire des mesures enregistrées, et on peut contrôler facilement qu’aucun point à restituer n’a été omis.
- Pour l’emploi de cette méthode semi-automatique, que j'ai réglementée et expérimentée pendant 12 ans, même pour des plans à l’échelle du 1/1.000, voici l’essentiel de ce qu’il faut savoir.
- CONDITIONS DE PRISE DE VUES.
- Elles dépendent naturellement du but à atteindre, mais sont délimitées par les altitudes de vol possibles et par les longueurs focales des objectifs utilisables.
- Si l’on réunit tous les programmes à envisager et toutes les nécessités de vol à haute altitude, l’échelle des réalisations est la suivante :
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- REDRESSEMENT ET RESTITUTION DES PHOTOGRAPHIES AÉRIENNES.
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- Altitude de vol de 500 à 16.000 m. ;
- Focale des objectifs de 0,10 m à 1,20 m ;
- Échelle moyenne des clichés de 1/500 à 1/160.000.
- Dans l’état actuel des fabrications industrielles, il ne faut pas songer à réaliser ce programme intégralement : un sérieux effort devra être fait, tant sur la qualité des verres et sur la valeur des objectifs (notamment pour les courts foyers), que sur la finesse des émulsions (plaques ou pellicules) et sur leurs propriétés géométriques (planéité, déformations négligeables ou rigoureusement homothétiques).
- D’autre part, il est rationnel de ne concevoir les divers équipements photographiques qu’en établissant en même temps, et même auparavant, les matériels et les procédés de restitution correspondants, sinon, la photographie aérienne risque de s rester une simple image, intéressante
- qualitativement après interprétation, mais ne se prêtant pas du tout à des mesures.
- En tout cas, il existe une condition d’ensemble à réaliser, qui est à la base
- Fiir. 1. — Courbure de la terre.
- même de la méthode : le cliché doit pouvoir être assimilable, en tenant compte d’une certaine tolérance de précision, à une perspective géométrique exacte du terrain.
- Cette obligation générale conduit à deux groupes de conditions particulières : conditions géographiques, conditions optiques.
- conditions géographiques. — On doit en premier lieu éliminer la courbure de la Terre et la réfraction atmosphérique, ou calculer les corrections correspondantes (niveau apparent), ou encore en tenir compte mécaniquement à la restitution.
- Pratiquement, on obtiendra le 0,1 mm à toutes échelles si lès rayons lumineux à la prise de vues sont inclinés à 45° au plus de la verticale (fîg. 1, 2 et 3).
- En tout cas, ces déformations spéciales se produisent seulement dans le plan vertical de la visée photographique; elles n’affectent donc pas la direction ni la position de la trace de ce plan sur un plan horizontal.
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- DECEMBRE 1931.
- En second lieu, si on suppose alors le terrain photographié rapporté au plan tangent à la Terre en V, pied de la verticale de station (fîg. 4), il faudra tenir compte du relief du sol, qui déforme nettement les images photographiques.
- Le cliché peut être considéré comme la perspective exacte d’une représentation déformée du terrain, ou plus exactement de la carte du terrain à l’échelle E.
- L’ensemble des points M0, perspective exacte du cliché sur le plan H, S étant le point de vue. est en somme identique au cliché que l’on aurait obtenu à l’échelle E
- et sur une plaque rigoureusement horizontale : c’est ce qu’on appelle le redressement du cliché original.
- A tout point M0 du redressement correspondra donc, dans la restitution, un point M' situé sur le vecteur M0 Y, la longueur de ce
- Valeurs de D
- Fig. 3. — Valeur des déformations du niveau apparent.
- vecteur étant c=A—, sa direction étant vers V si l’altitude h est positive.
- Le vecteur c, ainsi que je l’ai dit précédemment, n’est pas affecté en position par la courbure de la terre et la réfraction : mais il l’est en longueur, et on devra travailler, à la restitution, soit de manière à tenir compte de cette déformation, soit dans des conditions telles qu'on puisse la négliger.
- En conséquence, le travail de restitution, dont je parlerai plus loin, devra être appuyé sur des repères calculés et cotés, de façon qu’on puisse tenir compte des cotes de ces points. Au contraire, pour les points de détail dont l’altitude est connue, on utilisera plusieurs photographies du même terrain, et on déterminera :
- 1° les positions planimétriques par intersection des vecteurs M0 V (fig. o) ;
- 2° les altitudes en relevant les vecteurs c = M0 M' et en calculant (ou en construisant graphiquement) :
- h — ct
- Y
- lh
- c2
- Aj>_
- Dl
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- REDRESSEMENT ET RESTITUTION DES PHOTOGRAPHIES AÉRIENNES.
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- On obtiendra donc des contrôles en planimétrie et en altimétrie, et par suite les erreurs moyennes du lever.
- On voit que le problème n’a une solution que si l’on peut déterminer les points V et les altitudes A. c’est-à-dire, en fait, déterminer les coordonnées de la station photographique S.
- D’autre part, les altitudes seront bien déterminées si les vecteurs c sont aussi grands que possible, donc si l’on emploie au moins une série de clichés inclinés à 30°.
- Enfin, la prise des photographies nécessitera un travail préalable de signalisation du terrain. Les points de repère de restitution doivent tous être calculés et cotés en triangulation ou polygonation, donc signalés comme points géodésiques. De plus, on les munit d’un signal horizontal, bien visible et bien centré, qui doit être très net sur les clichés, et dont les dimensions miniina doivent être environ de 0.05 mm à l’échelle du cliché.
- Inutile d’ajouter que ces repères de restitution, lorsqu’il s'agit d’un lever de précision à grande échelle, doivent être déterminés avec exactitude, et notamment calculés dans un système de projection conforme approprié : il serait illusoire de chercher à restituer correctement, sur un canevas conservant mal les angles, une photographie aérienne
- à laquelle on va précisément s’efforcer de donner toutes les propriétés géométriques d’une perspective exacte.
- Quant aux autres points de détail du terrain, on ne les signale que si leur définition sur la plaque est insuffisamment nette; pratiquement, ces signaux spéciaux ne sont nécessaires que pour les lisières de bois et de haies.
- Fi£. 5. — Planimétrie par intersection.
- conditions optiques. — Ces conditions sont tout d’abord liées à l’emploi des objectifs épais, et nous les examinerons pour l’ensemble du problème photographique : prise du cliché et restitution.
- Il faut en somme conserver aux objectifs toutes les propriétés élémentaires des lentilles minces, grâce auxquelles l’image photographique est identique à une perspective géométrique du cliché.
- En premier lieu, on ne doit employer que des objectifs aussi bien corrigés que possible des aberrations de sphéricité, de chromatisme et de distorsion. On sait que le problème n’est pas simple, mais les solutions actuellement connues sont admissibles, tant qu'on travaille dans un champ limité et sous une ouverture ne dépassant pas I/o. Il n’y a pas encore d’objectif grand angulaire correct, et c’est ce
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- qui conduit, lorsqu’on veut augmenter la surface couverte, à utiliser plusieurs objectifs travaillant sous des inclinaisons différentes.
- D’autre part, ces corrections peuvent être assez bien réalisées lorsque le système optique travaille au voisinage du plan focal (ce qui est le cas de la prise de vues) et ne plus l'être lorsqu’on effectue à courte distance une perspective photographique du cliché (ce qui est le cas du redressement). On doit alors chercher à réaliser cependant une perspective plane correcte géométriquement, malgré la courbure du champ et l’écartement des points nodaux, en particulier. L’expérience (répétée
- Champ pour ouverture
- Champ pour ouverture
- VA Champ pourif/
- W ouverture ) '23
- Fij? (i. — Courbure et profoinJeur du champ.
- pendant plusieurs années sur de nombreux objectifs) a montré qu’il fallait dans ce cas, lorsqu’on utilise l’objectif de redressement dans les mêmes conditions de position que lors de la prise de vue, travailler à l'agrandissement (au moins 1,5) et réduire l’ouverture à 1/2 (fig. 6).
- A un autre point de vue, de grandes précautions doivent être prises pour que les clichés soient à la fois nets et sans déformation (obturateurs d’objectifs, rapides et cependant ayant un bon rendement lumineux, émulsions sensibles à grains fins) et pour que les vues directes ou leurs restitutions soient réellement planes et indéformables (supports rigoureusement plans, verre étiré ou glace, et fixité absolue des émulsions ou des épreuves papier collées sur verre).
- Pour des travaux n’exigeant pas le maximum de précision, on peut naturel-
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- REDRESSEMENT ET RESTITUTION DES PHOTOGRAPHIES AÉRIENNES. 741
- lement utiliser les pellicules, mais il n’en existe encore aucune dont la stabilité géométrique soit parfaite, après le passage dans les bains et pour toutes les variations thermométriques ou hygrométriques.
- On peut maintenant se faire une idée de la quantité et de la complexité des problèmes à résoudre, ainsi que de toutes les disciplines scientifiques et pratiques dont il faut avoir au moins une forte teinture si l’on ne veut pas courir à un échec certain.
- CONDITIONS THEORIQUES DU REDRESSEMENT.
- Je supposerai d’abord que le terrain est plan et horizontal, et qu’on en a obtenu, en P, une image photographique identique à une perspective du point S. Soit <o le
- T „
- Fig. 7. — Théorie du redressement.
- centre de plaque, G le plan d’une carte du terrain à l’échelle E du redressement demandé, v le pied de la verticale de S, E v = a = AE l’altitude réduite, h Ykorizon du cliché, / (très peu différent de Sw) la longueur focale de l’objectif de prise de vues, d l’horizontale du cliché à l’échelle E (fig. 7).
- Je suppose provisoirement connus les 6 éléments géométriques définissant la position du cliché dans l’espace :
- Pied v de la verticale de 2......................2 conditions (coordonnées x, y).
- Altitude A....................................... i condition.
- Inclinaison i.................................... 1 condition,
- Longueur focale f.................................1 condition.
- Orientement des horizontales du cliché............i condition.
- Total .
- 6 conditions.
- Cherchons maintenant à réaliser, sur un plan quelconque R et à partir d’un point de vue quelconque S, une perspective de P qui soit identique à la figure du plan C. Les plans de restitution passent nécessairement par d, qui doit rester sa 130e Année. — Décembre 1931. 50
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- perspective à elle-même. Une longueur quelconque, dO par exemple, doit rester identique sur le plan R : les plans de restitution R sont donc des rabattements de C autour de d comme charnière. Soit R un de ces plans (il y en a une infinité, caractérisée par l’angle de rotation À).
- Le centre de perspective est en S, sur mO et sur h S, parallèle à R (h doit rester l’horizon du cliché).
- On établit aisément que h S = Ai. Par suite (théorème classique), le centre de perspective décrit un cercle de centre A, et tourne du même angle X.
- Si on considère la figure restituée (P S R), on constate que les plans homologues
- P R font cette fois, avec l’axe de perspective tu S O, non plus les angles ^ et | — i
- de la figure initiale (P S C), mais des angles a a' qu’il serait facile de calculer en fonction de l’angle X. Mais n’insistons pas sur les résultats mathématiques, quand ils ne correspondent qu’à une curiosité de l’esprit.
- Cherchons au contraire, dans un but essentiellement pratique, à réaliser photographiquement la perspective de restitution R. On en connaît les conditions :
- 1 1 1
- 1° Utiliser un objectif de longueur cp, définie par - -p- — = - si on appelle
- p = coS et p' = SO les longueurs conjuguées comptées sur l’axe de perspective;
- , , . p’
- 2° Travaillera l’agrandissement ^ 1,5 en ne limitant cet agrandissement que
- par des conditions de netteté (2,5 à 3 suivant les objectifs), et régler l’objectif à l’ouverture 1/2;
- 3° Désaxer l’objectif d’un angle g, de manière que son plan principal théorique passe par la droite d.
- Dans ce cas, il y a encore une infinité de solutions optiques, caractérisées cette fois par la valeur de cp, et, si on se donne cette valeur, tous les éléments de la figure (pp'aa'u) se calculent aisément, en fonction de E. O. V. A, f, cp et i.
- CONDITIONS PRATIQUES DU REDRESSEMENT.
- Mais les conditions initiales de la prise de vues ne sont pas connues. Les viseurs ou enregistreurs divers ne donnent (à 2.000 ou 3.000 m d’altitude) le pied de la verticale qu’à 100 ou 200 m près, l’inclinaison de l’axe optique qu’à 5 ou 10° près, l’altitude qu’à 200 ou 300 m près.
- Il est facile de remédier à cet inconvénient, en réfléchissant à la signification géométrique de la figure théorique 7. En fait, on a situé le centre de perspective S en se donnant sur le cliché et sur le plan R :
- un point w et son homologue;
- la droite h et son homologue (droite de l’infini du plan R), ou, si l’on veut, les points tu O et la direction des horizontales du cliché.
- On peut remplacer ces conditions géométriques particulières par la connaissance de 3 points quelconques du terrain, LMN, et de leurs images sur le cliché, Imn, ce qui revient à résoudre un problème bien connu : placer sur les faces d’une pyramide S Imn un triangle LMN dont les longueurs de côtés sont connues (fig. 8).
- La recherche de la solution correcte de redressement consistera donc à éclairer
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- le cliché à l’aide d’une lanterne de projection quelconque, puis à rechercher sur l’écran la coïncidence exacte des 3 points de repère avec les projections de leurs images du cliché. On prendra alors une épreuve photographique de ce redressement, qui est en somme identique à la photographie que l’on aurait obtenue en prenant un cliché horizontal et à l’échelle E (donc à l’altitude A/ si l’objectif de
- prise de vue a / pour focale, avec un objet f' = ^ si A est l’altitude).
- Le problème optique est du 8e degré, tout comme le problème géométrique. 4 solutions sont situées d’un côté de la pyramide SImn par rapport à S, les 4 autres sont symétriques des premières par rapport au sommet.
- Mais il est facile de lever l’ambiguïté, en prenant tout simplement 4 points de repère par cliché, et non 3, ce qui conduit, pour établir une méthode régulière de prise de vues, à imposer aux photographies aériennes un recouvrement régulier de 1/2 dans les 2 sens, les points de repère se trouvant dans les parties communes.
- Je vous ai fait grâce des formules de calcul. Il est cependant utile de dire que l’on peut résoudre facilement les équations directes, et en tirer les éléments de la
- prise de vues, notamment l’inclinaison i et la position du point S dans l’espace, en fonction des lectures pp'aa' faites sur l’appareil de redressement placé en position correcte.
- Voici les résultats du calcul :
- ! . sina'
- i cos l : - —--
- V siu a
- ) QY _?' — <? /sini
- ) ? E
- / . P'— ç>/cosi
- i 9 E
- Ces formules inverses se traduisent aisément en abaques.
- L’emploi de l'appareil de redressement donne donc la solution complète du problème :
- 1° un cliché horizontal, qui n’est plus déformé que par le relief du terrain;
- 2° la position du point de prise de vue ;
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- ni
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- 3° la planimétrie et le relief du terrain par exploitation topographique directe de 3 ou 4 clichés non simultanés.
- La méthode est d’ailleurs rigoureusement applicable au cas d’emploi d’appareils multiples synchrones. Supposons par exemple qu’on utilise un groupe de 4 appareils dont les axes optiques sont à 26° d’un axe mécanique commun SA (fîg. 9).
- On redresse d’abord les 4 clichés sur un plan P perpendiculaire à cet axe commun, puis on traite le cliché obtenu comme une vue aérienne ordinaire, mais
- Fig. 9. — Redressement simultané de 4 clichés synchrones.
- on n’a plus alors à déterminer que 4 points de repère par groupe, au lieu de 16. D’où simplification du travail géodésique (toujours long et coûteux), simplification du travail de prise de vues (l’écartement des axes de vol est doublé), et augmentation considérable du rendement.
- CONDITIONS DR LA RESTITUTION DANS L’ESPACE.
- Encore un peu de géométrie (ce n’est pas moi qui l’ai introduite dans cette question, elle s’y trouve en naissant).
- Qu’est-ce que devient l’espace à 3 dimensions, lorsqu’on effectue le redressement dans les conditions théoriques?
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- J’ai donné, en 1925, deux compléments au théorème classique de Rouché sur les perspectives : pendant que le plan de perspective tourne autour de la droite d, le centre de perspective tourne autour de h et d’un angle égal (résultats classiques). En outre, le quadrilatère wSYR se déforme, de manière que les angles en w et Vt restent égaux, et que le rapport SV
- reste constant. En d’autres ter-
- Sü)
- mes, à l’altitude réduite SV = a, normale au plan C, correspond, dans l’espace restitué, une altitude
- S Vi = a', de longueur a' = , et
- inclinée sur le plan R d’un angle HVid=Yoid — a (fig. 10).
- Considérons alors le cas d’un point M du terrain, de cote h au dessus du plan des repères de restitution, supposé horizontal.
- Soit M0 sa perspective sur le plan C, Mj le redressement de M0 sur le plan R, d, la distance V1 Mr Au redressement doit correspondre une restitution M2, telle ^ que Vi M2 soient en ligne droite et que :
- M., M, = c = h — (fis. 11).
- 1 a
- Menons alors M,2 M' parallèle à Vj St : on aura :
- a' d, a
- D’OÙ h' = h — = hf.
- Ainsi le point M' représentera, dans l’espace redressé à 3 dimensions, le point M de l’espace initial, pourvu que les cotes d’altitude h (normales au plan de la carte), Fig. il. soient représentées par des cotes
- transformées, de longueur h! = h y, et faisant l’angle a avec la ligne de plus grande pente de l’écran S.
- Altitudes transformées dans la restitution.
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- Or l’angle a et le rapport ^ sont constants pour tous les points d’un même cliché.
- On a donc un moyen simple de matérialiser les points de repere dans 1 espace, en nnlfipant lpnrs nn«itinns o*pnrlésiffxies nar leurs oositions transformées ; a
- Données
- Pylône d'altitude
- z J_ S/n •C = 66 > S
- IOOO
- K = M = 1.5
- Fig. 12. — Emploi du pylône d’altitude.
- on utilise un pylône d’altitude, dont le bras horizontal est orienté par un levier lesté et porte la graduation (fîg. 12 et 13) :
- x = hj cos a,
- ce bras étant calé à la distance :
- ,P
- y = hjr sma
- par rapport à l’écran.
- SCHÉMA DE l’appareil DE REDRESSEMENT.
- L’épure générale de la géométrie du redressement donne immédiatement le schéma de l’appareil (fig. 14).
- L’axe de projection wSO est placé horizontalement de façon à assurer, dans les meilleures conditions possibles, l’emploi des pylônes d’altitude (écran R presque vertical).
- Le porte-cliché est constitué par une fenêtre du format des plaques, située dans un disque tournant autour de son centre (recherche des horizontales du cliché dans l’espace). Il tourne également autour de son axe horizontal co; un secteur divisé donne l’angle a.
- L’objectif peut être désaxé (angle g, donné par un abaque) au moyen d’une vis à tambour divisé.
- L’écran porte un disque mobile, se déplaçant sur un châssis soigneusement fraisé,
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- et muni d’une glace supportant le canevas de redressement (où sont fixés les points de repère de restitution).
- L’appareil ainsi constitué, avec ses accessoires et ses abaques, est robuste, simple, et peu coûteux.
- Au fond, ma conférence, la voilà. L’appareil est ici, devant vous. Il a été transporté ce matin en camionnette, monté et réglé en quelques heures. Vous pouvez venir le regarder : il n’est pas compliqué, bien que représentant un véritable tachéomètre de précision, qui mesure des angles à la minute et des longueurs à 1/500 près.
- N’oubliez pas que c’est le fils d’un outil bien modeste, né en pleine guerre en mars 1915, et que, soigneusement imité en Allemagne, dans divers modèles coû-
- Fig. 14. — Schéma de l’appareil Roussilhe.
- teux, qui se sont bornés à rendre vertical l’axe de projection, ce qui détruit tout le bénéfice de l’emploi des pylônes d’altitude, il en est cependant à son numéro 50 de fabrication, dont 37 en service dans la plupart des pays du monde.
- PRATIQUE DU PROCÉDÉ DE REDRESSEMENT.
- Deux cas à distinguer, suivant qu’on a à effectuer un lever nouveau ou à réviser un plan ancien.
- lever nouveau. — On redresse chaque cliché isolément, en choisissant et en calculant 4 points de repère cotés en altitude. Connaissant approximativement les données initiales de la prise de vues (i, A, V) et les focales / et <1, on cale d’abord l’appareil de redressement aux valeurs approchées p p' a a' u d’après les abaques. On place alors le canevas de redressement sur l’écran, et on met en position les pylônes d’altitude, pour tous les points de repère sauf celui de cote minimum.
- Par tâtonnements successifs, et méthodiques, on assure à peu près la coïncidence des repères de l’espace avec les images des repères correspondants du cliché. On détermine alors, en première approximation, les valeurs de l’inclinaison i et de l’altitude A, puis on place le pied V de la verticale de station.
- On effectue alors, sur le canevas de redressement, les corrections inverses d’alti-
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- tude, de façon à remplacer les positions géodésiques des repères par leurs perspectives coniques vues du point S.
- Ceci fait, on recommence le redressement, en prenant deux repères, B C par exemple, dont on règle la coïncidence permanente avec les images projetées. On trace alors les courbes décrites par les autres images, D E par exemple, les angles a a! étant constants et l’orientement du cliché variable, puis les courbes décrites par les mêmes points quand l’orientement reste fixe, a a' variant (fig. 15).
- Ces deux familles de courbes encadrent la position vraie des repères D E, et une simple interpolation donne la solution définitive.
- Une troisième approximation peut être nécessaire, si les résultats définitifs (i, A, V) diffèrent trop des résultats provisoires.
- On remplace alors la glace-écran par une glace identique, sur laquelle on a collé
- 0r,e ntemenf venant
- i-
- c:
- 1
- Fig. 15. — Courbes d’erreur dans le redressement par approximations successives.
- à froid une feuille de papier sensible, et on tire une épreuve du redressement, qui reste collée sur glace jusqu’à la vérification du plan.
- lever de révision. — Les opérations sont à peu près les mêmes, mais on n’a pas à se préoccuper des différences d’altitude des repères. Il suffit de projeter le cliché sur un fragment de la carte à réviser, fragment découpé à la demande, et, autant que possible, suivant des facettes à peu près planes du terrain (plateaux, versants, vallées). Les points fixes (ou les lignes fixes) c’est-à-dire les éléments du terrain encore représentés fidèlement sur la carte, se reconnaissent instantanément, et on réalise une coïncidence d’ensemble, avec une approximation qui dépend naturellement de celle qu’on recherche, et surtout de celle du plan ancien lui-même.
- Encore une fois, il m’est impossible de m’étendre sur les détails de la méthode : elle a fait ses preuves pendant la guerre, pour la rédaction rapide des plans directeurs; elle a continué à les faire, depuis dix ans, pour la révision des cartes d’état-major et des plans cadastraux.
- RÉSULTATS D’ESSAI.
- Je signalerai simplement, en ce qui concerne les expériences cadastrales faites en France (1923-1928), que j’ai effectué la révision du cadastre de 21 communes.
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- échelles 1/1.1250 et 1/2.500, 134 feuilles de plan, superficie totale 15.600 ha, nombre de parcelles réelles 36.300, prix de revient moyen 23.90 fr y compris la recherche des propriétaires et de la nature des cultures et bâtiments, le calcul des contenances et l’établissement des documents statistiques.
- L’approximation moyenne en position est 0,60 m (donc 1/4 mm à l’échelle du 1/2.500) nettement inférieure à la précision intrinsèque des plans anciens, qui a été contrôlée soigneusement.
- En ce qui concerne les essais de réfection du cadastre, ils n’ont porté que sur 6 communes, échelles 1/1.000 et 1/2.000, 59 feuilles de plan, superficie totale 2.728 ha, prix de revient moyen 59 fr par hectare au 1/2.000, y compris les délimitations et enquêtes parcellaires.
- L’approximation des positions est en moyenne 0,30 m ou 0,15 m suivant l’échelle, soit exactement 0,15 m dans tous les cas,
- Le rendement des opérations, pour une brigade de deux opérateurs (un géomètre et un aide) est de : 1.620 ha par an (révision rapide); 600 ha par an (réfection correcte). Chaque point de la pla-nimétrie est déterminé par 2, 3 ou 4 vecteurs provenant de 2, 3 ou 4 stations photographiques différentes (fig. 17). Extrait du plan définitif : le parcellaire est dessiné en utilisant à la fois les points restitués par vecteurs et les détails fournis par les redressements photographiques eux-mêmes.
- Voici quelques exemples de travaux effectués en 1925 :
- (Fig. 16) : Assemblage de 4 redressements; Tracé des vecteurs d’intersection;
- Il n’a pas été déterminé d’altitudes, qui n’intéressent pas le service du cadastre. Les essais fragmentaires effectués en 1921 et 1926 ont montré que, dans l’état actuel de la question, on ne peut compter pour les cotes que sur une approximation de 0,50 m environ. Pour améliorer ce résultat, il faudra ou perfectionner la méthode, ou effectuer le nivellement à terre sur les photographies redressées servant de fonds de planimétrie, ou enfin combiner la méthode semi-automatique avec l’étude du relief en stéréotopographie.
- RESTITUTION DES CLICHÉS MULTIPLES.
- On a été frappé depuis longtemps de divers inconvénients inhérents à la photographie aérienne :
- a) insuffisance de rendement en surface, surtout à grande échelle;
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- Fig. 16. — Tracé des vecteurs d’intersection.
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- b) difficultés de réalisation des vols photographiques précis;
- c) temps et prix de la triangulation nécessaire (4 points par cliché).
- if
- Fig. 17. — Extrait du plan définitif au
- l.üuü
- Plusieurs tentatives ont été effectuées, depuis 1919. pour remédier à ces inconvénients. C’est ainsi que M. M. Chrétien utilise régulièrement un groupe de 4 appareils photographiques de 30 cm travaillant simultanément, et que, depuis
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- REDRESSEMENT ET RESTITUTION DES PHOTOGRAPHIES AÉRIENNES.
- 751
- 1923, j'ai fait étudier au service technique de l’Aéronautique l’installation, dans un avion, de 3 appareils de 50 cm ou de 30 cm (2 inclinés à 10° dans le sens latéral, le 3e incliné à 30° dans l’axe de vol).
- Mais les procédés et matériels de restitution correspondants n’ont pas encore été établis, et nous avons été devancés dans cette voie par l’Allemagne. C’est ainsi que la Société Photogrammetrie de Munich a exposé l’an dernier à Zurich un matériel de prise de vues à petite échelle, avec 9 objectifs de 53 mm. et un
- Fig. 18. — Schéma de l’appareil de transformation de 4 clichés simultanés.
- appareil de transformation de ces clichés, qui fournit, pour chaque prise de vue, une vue photographique unique, à peu près horizontale, à l’échelle du 1/100.000 et couvrant sur le terrain un carré de côté égal à 30 km environ.
- J’étudie actuellement, à la suite d’expériences effectuées en France, ces matériels, ces procédés, et les résultats obtenus. De p?reilles expériences sont intéressantes à trois points de vue :
- a) nous renseigner sur les solutions générales admissibles, et éviter de recommencer des études déjà faites ;
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- b) définir les conditions de calcul à toutes échelles (déjà étudiées pour le 1/100.000 en Allemagne) d’une triangulation aérienne déterminée par mesure des angles sur les clichés eux-mêmes;
- c) préparer la voie aux applications de la photographie aérienne à la cartographie coloniale aux petites échelles, ainsi qu’à la réalisation d’un matériel de reconnaissance aérienne militaire, à grand rendement et de facile exploitation.
- Pour regagner le temps perdu, j’ai alerté depuis 6 mois les inventeurs et constructeurs qualifiés, en généralisant le problème de la restitution des photographies multiples, et en l’étendant notamment aux échelles topographiques et cadastrales (1/2.000 à 1/50.000).
- Une solution fort élégante m’a déjà été fournie par M. Poivilliers, pour le redressement de 4 clichés obliques et simultanés.
- C’est, au fond, et on ne pouvait faire autrement (car il n’v a qu’une géométrie et une optique de la question) l’application intégrale des principes de l’appareil Roussilhe : le grand mérite de M. Poivilliers consiste à avoir défini non seulement une réalisation mécanique très précise de ces principes, mais, au surplus, une adaptation intéressante pour l’emploi d’objectifs de prise de vues, pris dans une même série, mais forcément de longueurs focales légèrements différentes.
- J’espère faire construire d’ici 1 ou 2 ans cet appareil spécial, ainsi que la chambre de prise de vues correspondante, pour des focales de 10, 20 et 30 cm, répondant à tous les besoins. On pourra alors quadrupler le rendement de la photographie aérienne en surface, doubler l’écartement des lignes de vol, et diviser par 4 le nombre des points de repère de restitution.
- Les clichés uniques obtenus par transformation pourront ensuite être exploités définitivement, soit par la méthode semi-automatique Roussilhe, soit, par paires, à l’aide des appareils Poivilliers ou Ferber.
- CONTROLE DES PERFORMANCES AERONAUTIQUES.
- Laissant de côté les applications purement topographiques, je dirai un mot du concours que peut fournir le redressement des photographies aériennes à l’étude des routes suivies par un avion en vol et à la détermination corrélative des pressions atmosphériques.
- Le redressement correct d’un cliché pris en avion, sur un terrain dont on possède un bon plan graphique, ou mieux, des points calculés en nombre suffisant, permet en effet de déterminer, au moyen des équations inverses, les coordonnées du point de prise de vues (pied de la verticale et altitude), l’orientement des horizontales du cliché et son inclinaison.
- Si l’axe optique de l’appareil est calé dans l’avion dans des conditions définies, on a donc un moyen simple, et précis, pour déterminer un nombre considérable de points de la route suivie par l’avion, pour déterminer les vitesses si un relais de T. S. F., facile à imaginer, donne les instants précis de prise de vues, et pour calculer l’angle d’attaque en fonction de la vitesse et de l’altitude.
- En particulier, si l’avion dispose d’un barographe, dont les indications sont soigneusement étalonnées à l’aide d’un baromètre ordinaire, il sera possible de contrôler les indications de ce barographe, d’étudier les retards dans l’enregistrement des altitudes à la montée comme à la descente, et finalement d’établir dans
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- REDRESSEMENT ET RESTITUTION DES PHOTOGRAPHIES AÉRIENNES.
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- de bonnes conditions la loi de variation des pressions atmosphériques avec la température et l’altitude.
- Le même procédé permettra vraisemblablement de contrôler les indications des appareils sonores ou ultra-sonores, actuellement à l’étude pour la détermination de l’altitude d’un avion.
- Des expériences doivent être prochainement instituées, en particulier pour le fonctionnement des barographes aux grandes hauteurs (8.000 à 15.000 m) : l’emploi de l’appareil de redressement permettra de connaître les altitudes de contrôle à 25 m près environ.
- Quant à la vérification des performances en altitude, elle sera des plus faciles si
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- distances et gisements de Ni Nk
- Fig. 19. — Cale il du segment capable dans l’espace.
- l’on opère par temps très clair, et si l’on prend un cliché d’un terrain bien connu au moment où l’avion atteint son plafond absolu.
- Je n’insisterai pas sur d’autres applications possibles de la même méthode au réglage des appareils de tir vertical ou oblique. Mais je dirai un mot d’un problème posé depuis longtemps, et dont j’ai donné la solution, en octobre 1928, dans la Revue du Bureau hydrographique international et dans deux comptes rendus de l’Académie des Sciences.
- Pour une altitude de vol comprise entre 2.000 et 3.000 m, et en utilisant un objectif de 0,30 m ou de 0,50 m, l’appareil de redressement permet de déterminer à 3 ou 4 m près la position inconnue de l’avion au moment où l’on prend un cliché. Le résultat peut être perfectionné par le calcul, en appliquant la méthode des segments capables que les ingénieurs hydrographes emploient depuis longtemps dans leurs travaux de géodésie.
- Dans les conditions actuelles de précision des objectifs et des plaques photographiques, l’approximation de calcul atteint alors 2 à 3 m : le calcul améliore donc fort peu la solution approchée fournie par l’appareil de redressement, qui fonctionne en somme comme un rapporteur optique, avec une précision analogue à celle d’un bon tachéomètre.
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- PHOTOGRAMMETRIE. — DECEMBRE 1931.
- Il n’en serait pas de même si l’on pouvait utiliser des objectifs parfaitement corrigés et surtout des émulsions photographiques très fines, 1/100 de mm par exemple : dans ce cas, on pourra espérer une détermination des altitudes avec la précision de 1 ou 2 m près environ. Telle est la solution du problème de la carte dans l'espace.
- Elle peut conduire au calage rapide des clichés dans les appareils de stéréo-restitution.
- Pour conclure la présente conférence, et aussi toute la série qui l’a précédée, je voudrais qu’on se rende compte non seulement de l’étendue du domaine des
- dans l'espace
- Echelle
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- A « 2ioom,ûio,1
- Fig. 20. — Calcul du point de prise de vues.
- recherches et de celui des applications, mais aussi du concours que les différents procédés d’utilisation de la photographie aérienne peuvent se prêter mutuellement.
- En photogrammétrie, comme dans toutes les autres sciences appliquées, il n’y a pas de méthode exclusive : chacune d’elles a évidemment son objet propre et son domaine d’application plus ou moins limité, mais il faut les connaître toutes pour pouvoir les employer suivant les circonstances, et au besoin les mettre en jeu simultanément.
- C’est pourquoi, reprenant le vœu émis par le général Perrier dans sa conférence du 10 juin, je souhaite qu’un enseignement spécial soit organisé incessamment en France, et permette de compléter les indications sommaires fournies au cours des conférences actuelles du Conservatoire des Arts et Métiers.
- Je souhaite également que cet enseignement spécial soit précisément organisé ici, dans la maison du colonel Laussedat, et reprenne ainsi la tradition ouverte par le fondateur incontesté de la photogrammétrie.
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- BULL. DE LA SOCIÉTÉ d’eNCOURAG. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — DÉCEMBRE 1931.
- L’INSTALLATION FRIGORIFIQUE DE L’ÉQUIPAGE DE RADIOLOGIE DE LA Cle DU CHEMIN DE FER DU NORD
- Dans le Bulletin d’avril 1931, p. 205 à 209, M. Ed. Sauvage a donné une description détaillée de Y Equipage de Radiologie de la Compagnie du Chemin de fer du Nord. Nous donnons, dans ce qui suit, quelques détails de l'installation frigorifique de celle des deux voitures qui constituent cet équipage. Une inscrip tion portée sur la figure 2 (p. 206) de la description précitée pourrait, d’ailleurs, laisser croire que cette installation frigorifique est d’origine étrangère; il n’en est rien : elle a été faite par la Compagnie française des Automobiles de Place (1) qui construit le réfrigérateur « Frilex ».
- Le réfrigérateur Frilex (fig. 1) est du type à compresseur à gaz sulfureux; il se compose d’un faisceau tubulaire, l’évaporateur, qui contient l’anhydride sulfureux liquéfié, dans lequel, le liquide se vaporise en produisant du froid sous l’influence de l’aspiration du compresseur; celui-ci comprime le gaz dans des serpentins condenseurs refroidis où il se liquéfie. Le liquide s’accumule dans un réservoir et remonte, sous l’influence de la pression, jusque dans l’évaporateur, où le cycle recommence. Entre le condenseur et l’évaporateur se trouve un détendeur qui maintient la pression de liquéfaction dans le condenseur et est installé de manière à débiter en poids autant de gaz liquéfié que le compresseur en aspire à l’état gazeux.
- Dans la glacière Frilex, on s’est efforcé de simplifier le plus possible les organes délicats tels que le détendeur et le compresseur, de manière à leur assurer, en même temps que le rendement optimum, le maximum de résistance aux chocs et trépidations, inévitables dans une voiture de chemin de fer.
- Le compresseur est actionné par moteur électrique. Le fonctionnement de l’appareil ne réclame que l’installation d’une prise de courant, car le refroidissement du condenseur se fait sans eau, au moyen d’un courant d’air produit par un ventilateur.
- Le fonctionnement est entièrement automatique : un régulateur utilisant l'allongement ou la contraction d’une membrane flexible, provoqués par l’augmentation ou la diminution de pression delà vapeur saturante de gaz sulfureux, détermine, par l’intermédiaire d’interrupteurs à mercure, la mise en marche et l’arrêt, de manière que la température intérieure de l’armoire-glacière reste constante.
- Trois allures de marche sont possibles et peuvent être utilisées à volonté, par la simple rotation d’un bouton de commutateur placé à la partie inférieure de l’armoire. En outre, à l’intérieur de l’armoire se trouve un réservoir contenant un liquide incongelable dans lequel baigne l’élément réfrigérant, avec un coffre où sont placé des tiroirs pouvant contenir chacun environ 1 kg de glace. Cet ensemble
- (1) Siège social. 2, place Collange. à Levallois- 'erret (Seine).
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- 756 RÉFRIGÉRATEUR FRILEX. — DÉCEMBRE 1931.
- constitue un important volant de froid qui permet de maintenir facilement la température de la glacière pendant plusieurs heures en cas d’arrêt dans l’alimentation en courant électrique, ce qui est indispensable dans le cas d’une installation mobile.
- Fig. K — Le réfrigérateur « Frilex » installé sur une des voitures de l’équipage de radiologie de la Cie du Chemin de fer du Nord.
- A toute allure de marche on peut disposer simultanément de deux températures différentes!
- D’une part, la température est toujours supérieure à 0° dans l’armoire-glacière ; c’est là qu’on place les produits destinés à être simplement rafraîchis.
- D’autre part, la température est toujours inférieure à 0° dans le coffre où se trouvent les tiroirs à glace; on y place les produits qui doivent être conservés à
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- RÉFRIGÉRATEUR FllILEX.
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- basse température; les tiroirs peuvent d'ailleurs être retirés et remplacés par des récipients, bouteilles, bocaux, etc... contenant des produits à maintenir froids.
- Le moteur électrique est à courant alternatif 50 périodes, 110/220 V, pour permettre le fonctionnement pendant les arrêts dans lès gares.
- Afin d’alimenter la glacière, le cas échéant, par la batterie d'accumulateurs de la voiture, on a prévu un moteur supplémentaire à courant continu 24 V, placé sur un socle à coté de l’armoire. Un dispositif d'embrayage à levier à main permet de rendre la poulie du moteur auxiliaire solidaire de son arbre lorsque la glacière fonctionne sur le courant continu et de la rendre folle lorsque la glacière fonctionne sur le courant alternatif, de manière à ne pas faire tourner à vide l’induit du moteur à courant continu. La courroie du moteur auxiliaire passe à travers une fenêtre aménagée dans la paroi latérale de la glacière et s’enroule sur une des deux gorges de la poulie du moteur à courant alternatif, cette dernière restant toujours solidaire de son arbre.
- Par la seule manœuvre d’un interrupteur, situé sur le tableau électrique dé la voiture, on peut, à la fois, brancher l’installation sur le courant voulu et mettre en marche celui des deux moteurs qui convient.
- Lorsqu’on marche au moyen des accumulateurs, avant de manœuvrer l’interrupteur, on clavète la poulie du moteur 24 V sur son arbre à l’aide de l’embrayage; lorsqu’on marche au moyen d’un circuit de gare à 110 V, on déclavète la poulie du moteur 24 V pour la rendre folle sur son arbre.
- L’entretien de cette installation se borne exclusivement à un graissage pério-^ dique des paliers du compresseur et des moteurs électriques.
- 130e Année. — Décembre 1931.
- H
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- BULL. DE LA SOCIÉTÉ IUENCoURAG. PoUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- DECEMBRE 1931.
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ CONSEIL D’ADMINISTRATION SÉANCE PUBLIQUE DU 14 NOVEMBRE 1931.
- Présidence de M. Louis Mangin, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Est présenté pour devenir membre et admis séance tenante :
- le D1' Abbatucci (Séverin), (O.^, ü), médecin-colonel en retraite, ancien membre du Conseil supérieur de Santé des Colonies, attaché à l’Office national d’Hygiène sociale (Service colonial), 9, rue Léon-Vaudoyer, Paris (7"), présenté par M. Georges Hardy et M. Gruner (1932).
- M. M axgix, président. — J’ai le regret de vous annoncer la mort de deux membres de notre Conseil; celle de M. A. Barbet, survenue en juin dernier, et celle de M. G. Koenigs, décédé le 29 octobre; tous deux étaient membres du Comité des Arts mécaniques.
- M. Ai .exandre Barbet était Ingénieur des Arts et Manufactures. Il était entré au Conseil de notre Société en 1897.
- Notre regretté collègue s’est occupé surtout de grands travaux de construction. Il a été d’abord ingénieur en chef aux Établissements Cail; il est entré ensuite à la Société du Port de Bosario dont il est devenu administrateur-délégué, puis vice-président, lorsque son grand Age l’eut obligé à résigner une partie de ses fonctions.
- Il était ingénieur-conseil au Ministère des Beaux-Arts et avait été promu commandeur de la Légion d’honneur.
- Pendant la période d’activité de sa vie, il a donné à notre Société de nombreux mémoires et rapports. En 1927, il avait été nommé membre honoraire de notre Conseil.
- Nous adressons à sa famille nos très vives condoléances.
- Né à Toulouse le 17 janvier 1838, Gabriel Koenigs, à sa sortie de l’Ecole normale supérieure, en fut nommé agrégé-préparateur puis professeur de mécanique. Il enseigna ensuite la mécanique à la Sorbonne, au Conservatoire des Arts et Métiers et, en 1897, à la Faculté des Sciences de Paris où il faisait des cours de mécanique physique et expérimentale.
- A ses cours, très suivis par un grand nombre d étudiants séduits par la nouveauté et l’intérêt de son enseignement, il joignit bientôt un laboratoire de mécanique. Le développement que prit rapidement cette nouvelle institu-
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — SÉANCE PUBLIQUE DU 14 NOVEMBRE 1931. 759
- tion obligea, en 1912, son transfert dans un local spécialement aménagé, situé 96 boulevard Raspail.
- Parmi les premiers travaux de Kœnigs, on peut citer : les appareils qu’il construisit en 1889 pour l’étude des girations et ses recherches sur les systèmes de tiges articulées. Il montra ainsi, à l’aide d’un système articulé, qu’il est possible de satisfaire à toutes les conditions algébriques imposées au mouvement d’un point ou d’un corps solide. Enfin, il interpréta le fait que, dans un mouvement déterminé, le volume engendré par une portion de surface limitée par un contour fermé quelconque, plan ou gauche, ne dépend que du contour qui le limite.
- Mais l’œuvre la plus caractéristique de Kœnigs fut la création de son laboratoire de mécanique dont il resta le directeur jusqu’à sa mort. Il s'est occupé surtout des moteurs de tous types et de leurs méthodes d’essai. Les installations de ce laboratoire modèle comportent, d’une part, des machines pour les essais de résistance des métaux, et d’autre part une série de moteurs à explosion ou à combustion interne. Ce laboratoire a rendu les plus grands services pendant la guerre. Nous devons souhaiter que son œuvre continuera à prospérer grâce au concours des nombreux collaborateurs qui lui doivent, au moins en partie, leur formation.
- Kœnigs était entré dans notre Conseil en 1922. Il avait été élu membre de l’Académie des Sciences en 1918 et il était commandeur de la Légion d’honneur.
- Nous adressons à sa famille l’expression de notre sympathie émue.
- M. Mangin, président. — Plusieurs membres de notre Société nous ont fait des dons en espèces pour nous aider à la publication de notre Bulletin. Ces généreux donateurs sont : M. Lorilleux, 500 fr ; — la Compagnie de Saint-Gobain, 1.000 fr; — M. E. Vallot, 200 fr. Au nom de notre Société, je les remercie très vivement.
- Je crois devoir vous rappeler, puisque l’occasion m’en est offerte, que ce genre de dons est toujours le bienvenu, car notre Bulletin nous coûte très cher. Grâce à l’habileté, toujours renouvelée, de ceux qui s’occupent de sa publication, nous avons pu lui conserver le grand intérêt, la haute tenue et la belle présentation qu’il a toujours eus. Il n'en demeure pas moins que son prix de revient est très supérieur à la cotisation annuelle des membres ordinaires, à qui, de cette façon, la Société fait un véritable don tous les ans. Nous adressons donc un pressant appel à tous ceux qui pourraient nous aider dans la publication de notre Bulletin.
- MM. Ch. de Fréminville et G. Werv, secrétaires généraux, présentent et analysent quelques ouvrages entrés récemment dans la Bibliothèque.
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — DÉCEMBRE 1931.
- M. de Frémlnyille présente les ouvrages suivants :
- Le graissage des turbines à vapeur et des machines rotatives à grande vitesse. Élude des huiles, des émulsions et des mousses. Etude du frottement. Applications, par P. Martinet. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1931;
- Leçons sur la géométrie projective complexe, par E. Cartan; d’après des notes recueillies et rédigées par M. F. Marty. (Cahiers scientifiques publiés sous la direction de M. Gaston Julia, fasc. X). Paris, Gauthier-Villars et Cie, 55, quai des Grands-Augustins (6e), 1931;
- Cours d’électricité théorique professé à l’Ecole professionnelle supérieure des Postes et Télégraphes, par J.-B. Pomey; Tome III : T. S. F. et câble téléphonique. Théorie mathématique. Paris, Gauthier-Villars et Cie, 1931 ;
- Les machines à courants continus. Caractéristiques, contrôle, applications, par R. Langlois-Berthelot. Paris, Gauthier-Villars et Cie, 1931;
- Trois siècles d’économie maritime française, pur P. Charliat. Paris. Marcel Rivière, 31, rue Jacob (6e), 1931 (Don de M. Paul de Rousiers, membre du Conseil d’Administration) ;
- Les États-Unis d aujourd’hui, par André Siegfried. J 0e éd. (Bibliothèque du Musée Social). Paris, Librairie ArmandColin, 103, boul. Saint-Michel(5e),1931 ;
- La Commission européenne du Danube et son œuvre de 1856 à 1931. Paris, lmp. nationale, 27, rue de la Convention (15e), 1931 ;
- Quelques autres précurseurs des chaudières à circulation accélérée, par Paul A ugustin-Normand (ex Revue maritime). Paris, Soc. d’Éditions géographiques, maritimes et coloniales, 184, boulevard Saint-Germain (6°), 1931 (Don de l’auteur, membre de la Société).
- M. Wery présente les ouvrages suivants :
- Vinification dans les pays chauds. Algérie, Tunisie, Maroc, par J. Dugast. 3e éd. Alger, Éditions Aumeran, 6, boulevard Carnot, 1930 (Don de M. Wery, secrétaire général de la Société);
- Le chien. Races, élevage, alimentation, hygiène, par Paul Dechambre, 2° éd. Paris, Librairie agricole de la Maison rustique, 26, rue Jacob (6e), 1931;
- Le sourcier moderne. Manuel de l’opérateur à la baguette et au pendule. Eaux, minerais, biologie, par Henry de France. 3e éd. Paris, Librairie agricole de la Maison rustique;
- Société française de Physique. — Le livre du Cinquantenaire de la Société française de Physique. Paris, Éditions de la Revue d'Optique théorique et instrumentale, 140, boulevard du Montparnasse (14e), 1925;
- Le pyrèthre de Dalmatie (Chrysanthème insecticide), par A. Juillet (Publication agricole de la Compagnie des Chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, n° 26).
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- CONSEIL D'ADMINISTRATION. — SÉANCE PURLIOUE DU là NOVEMBRE 1931. "(H
- M. Georges Touzet, ingénieur à « La Photoscopie » fait une communication sur Vautoscope G. T., appareil de projection pour vues fixes, avec commande à distance, à haut rendement lumineux, pour conférences et publicité.
- Cet appareil utilise, comme le photoscope une bande pelliculaire perforée du type standardisé employé pour le cinématographe, sur laquelle se succèdent les images photographiques positives que l’on veut projeter (jusqu’à 50 par bande). La source lumineuse est une lampe à incandescence poussée, de 140 W, en atmosphère gazeuse. L’appareil peut être orienté dans tous les sens et se placer sur n’importe quel support, table, chaise; on peut le brancher sur n’importe quelle distribution électrique.
- Dans l’autoscope de conférence, le socle contient la résistance réglable et les organes de mise en route. Pour les secteurs à 220 V, le socle contient en outre : les résistances additionnelles et le commutateur, permettant de fonctionner sur 110 ou sur 220 V.
- A la demande, les autoscopes de publicité sont munis d’un filtre antiparasite qui annule les perturbations dans les réceptions radiophoniques d’alentour causées par le moteur électrique.
- Ce qui le distingue du photoscope, c’est la possibilité, pour le conférencier qui présente des projections, de commander à distance le déplacement et l’immobilisation des vues et le retour en arrière, le cas échéant : il suffit d’agir sur un gland à poussoir muni d’un contacteur spécial mobile, relié par une canalisation souple à l’appareil et placé à portée de sa main.
- L’appareil fonctionne au moyen d’un moteur électrique silencieux. Les vues peuvent passer automatiquement à une cadence uniforme, réglable. C’est ce qui est prévu surtout pour un appareil du même genre, servant à projeter des vues destinées à la publicité. La manœuvre d’un petit levier permet de [tasser instantanément de la commande à distance au fonctionnement automatique et vire versa.
- M. Touzet décrit les mécanismes, très simples, robustes et indéréglables, qui permettent d’obtenir ces résultats.
- E. L.
- ]\L Bresson. — Votre appareil peut-il passer des vues de hauteur?
- M. Touzet. — Parfaitement. A cet effet, il porte sur le côté des bossages qui permettent de le fixer, couché, sur son socle, de sorte que le film se déroule horizontalement. Cette disposition est employée pour la projection de reproductions d’affiches, par exemple pour les compagnies de chemins de fer.
- M. Verdier. — Peut-on laisser la vue arrêtée assez longtemps pour permettre de développer longuement le sujet représenté?
- M. Touzet. — Il n’y a aucune limite de temps.
- M. Maillet. — Pendant les stationnements d’images, le moteur tourne-t-il?
- (I) Voir sa description et ses usages dans le Bulletin de mars 1930, p. 244,
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — DÉCEMBRE 1931.
- M. T ouzet. — Oui; le moteur tourne constamment; seul le déclenchement du mécanisme est provoqué par l’action du solénoïde mis en circuit par le contacteur.
- M. Maillet. — Sur quels voltages fonctionne cet appareil?
- 31. Touzet. — L’appareil est toujours équipé pour 110 Y. S’il y a lieu, on y adjoint, à l’intérieur du socle, des résistances utiles pour utiliser tout autre voltage, 220 Y par exemple; un commutateur permet alors de marcher sur 110 ou 120 Y.
- M. M aillet. — Le moteur est-il de construction spéciale pour être silencieux?
- M. T ouzet. — Non, le moteur est de construction normale; il doit son silence au système de régulateur de l’appareil qui maintient sa vitesse aux environs de 400 t/mn et lui donne plein courant lors des pointes dues au fonctionnement des divers organes au moment du déplacement du film.
- M. Marius Lavet, Ingénieur des Arts et Métiers et de l’Ecole supérieure d’Electricité, fait une communication sur Les montres à remontage automatique par rutilisation des déplacements et des secousses, et un nouveau type de ces montres, du système Léon Hatot.
- L’idée de ces montres n’est pas nouvelle : le célèbre horloger Bréguet en a construit plusieurs, dites montres perpétuelles, qui se remontaient automatiquement au moyen d’une masse mobile contenue dans le boîtier; elle actionnait par cliquet une roue à roehet agissant par un train d’engrenages sur le ressort; quand celui-ci était tendu au maximum, un déclic débrayait la roue à rocliet. Avant Bréguet, d’autres inventeurs avaient eu l’idée d’utiliser, comme c’est le cas pour les podomètres, la cadence de la marche pour remonter les montres. Ces appareils doivent être conçus de telle sorte que quelques heures de fonctionnement suffisent pour assurer la marche de la montre pendant les heures de repos.
- On a proposé de nombreux dispositifs reposant sur ce prmeipe : leurs différences ne portent que sur : la position de la masse mobile et de son axe de rotation par rapport à l’axe des aiguilles, les organes de transmission, les moyens d’éviter la surtension du ressort et les dispositifs de remise à l’heure. Toutes les montres ainsi réalisées ont été construites à la main et en quelques exemplaires seulement. Elles étaient assez volumineuses et lourdes, car la masse mobile, généralement en or à cause de sa grande densité, pesait de 50 à 100 g; enfin, elles étaient chères. C’est en 1024 seulement qu’un inventeur anglais, Hartwood, réussit à créer un modèle pouvant être fabriqué en série et à en faire l’objet d'une exploitation commerciale : dans ces montres, de conception anglaise mais fabriquées en Suisse, la masse mobile a la forme d'une portion de tore entourant partiellement le mouvement.
- Dans le système Hatot. on a cherché à appliquer le remontage automatique aux montres de poignet, rectangulaires, petites et très plates, qui sont actuellement à la mode. La masse mobile est le mécanisme d'horlogerie tout entier, qui, sous l’effet
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — SÉANCE PUBLIQUE DU IL NOVEMBRE 1931. 703
- des déplacements ou secousses, va et vient à l'intérieur du boîtier d’un mouvement rectiligne; il s’y déplace sur des roulements à billes très petites.
- Pour qu’une montre de poignet, dont le mouvement pèse au total 12 g, puisse marcher pendant 30 heures consécutives, il suffit que le boîtier reçoive environ 700 secousses. Les inclinaisons d’environ 10° suffisent à provoquer des mouvements moteurs. Le déplacement du mouvement dans le boîtier, d’une amplitude de 3 à 4 mm, n’exige qu’une force de l’ordre de 4 g. L’emploi des roulements à billes permet d’éviter tout graissage et assure le bon fonctionnement de la montre sans nécessité d’aucune intervention. La montre étant entièrement close, on évite toute cause d’encrassement, d’usure ou d’enrayage par l’introduction des poussières extérieures.
- La construction diffère un peu pour les montres de poche et d’automobiles, qui sont animées de mouvements de sens différent de celui des montres de poignet.
- E. L.
- M. de la Valette. — J’ai eu la possibilité d’étudier en détail les belles réalisations de Bréguet concernant le remontage automatique. Cet inventeur s’était préoccupé d’éviter les efforts excessifs sur les pivots de l’axe de la masse motrice, lorsque cette masse est soumise à une force parallèle à son axe de rotation. Pour éviter l’inconvénient signalé par M. Lavet, il fixait la masse sur un bras flexible et il en limitait les déplacements latéraux. De la sorte, la masse oscillante pouvait prendre appui sur des butées fixes et les pressions sur les pivots se trouvaient toujours limitées à de faibles valeurs.
- M. Lavet. — Je ne connaissais pas cet intéressant dispositif. Ce moyen est certainement efficace en ce qui concerne la protection des pivots, mais je crois qu’il doit provoquer assez souvent des chocs et des frottements qui gênent les déplacements de la masse motrice et font perdre une fraction importante de l’énergie développée par les secousses. A ce point de vue, la disposition Hatot me semble plus avantageuse. Le plus souvent, la force qui s’exerce sur la masse motrice est dirigée obliquement par rapport aux chemins de roulement. On peut décomposer cette force en une composante dans le sens du déplacement utile et une composante normale; la première produit le travail de remontage, la deuxième tend à presser les billes sur les chemins de roulement; mais, en raison de la forme cylindrique des gorges et de l’emploi de billes roulantes, les pressions latérales, même très élevées, ne nuisent en rien à la mobilité du mécanisme horaire par rapport au boîtier.
- M. Guillerv. — Je crois devoir signaler que M. Hatot m’a mis au courant de ses recherches; il m’a demandé des billes de très petits diamètres, notamment des billes de 0,8 mm, dont la fabrication présente de grandes difficultés techniques; de plus, elles doivent être établies avec une tolérance inférieure à ± 1 g. Je me suis vivement intéressé au problème du remontage auto-
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- 704 COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — DÉCEMBRE 193].
- matique et je pense que l’on pourrait réaliser des systèmes moteurs susceptibles de se déplacer dans deux et même trois directions différentes, ce qui permettrait d’augmenter l’efficacité du remontage. Il semble d’ailleurs que l’utilisation dans deux directions soit suffisante; dans trois directions cela m’a paru superflu.
- M. Lavet.— Les nombreux essais auxquels on a procédé avant de mettre en fabrication les montres que je viens de présenter, ont permis de constater que la vitesse de remontage était suffisante. Cette disposition n’est évidemment pas la seule que l’on puisse envisager, mais elle présente l’avantage de se prêter à une construction simple et économique; de plus, elle permet de réaliser des montres d’aspect satisfaisant.
- La réalisation des petites montres a nécessité des billes d’acier poli parfaitement sphériques et d’un diamètre constant. Cette fabrication a été assurée à la perfection par les Etablissements Malicet et Blin, sous la direction de jVI. Guillery. Je suis certain de répondre au désir de M. Hatot, en disant ici combien ce dernier est reconnaissant à M. Guillery de ses conseils techniques et de son concours dévoué.
- M. de la Valette. — Il me semble que l’application du remontage automatique aux montres d’automobiles sera rendue de plus en plus difficile par suite des progrès mêmes de la suspension des voitures.
- La période des oscillations du châssis, dont a parlé IM. Lavet, est sujette à des variations importantes en raison de la charge variable des voitures et de l’emploi d’amortisseurs. Actuellement, tous les efforts des fabricants d’automobiles tendent à améliorer la suspension et à éviter la réception des secousses du châssis. Une montre automatique se comporte, en somme, comme les instruments de mesure (accéléromètres) que l’on emploie pour contrôler l’efficacité des amortisseurs. Au fur et à mesure des progrès, les secousses reçues par les montres d’automobiles seront de plus en plus atténuées. N’est-il pas à craindre qu’un jour prochain, cette source d’énergie ne devienne insuffisante ?
- Si la suspension était parfaite, et elle n’est pas loin de l’être, tout ce qui est à l’intérieur de la voiture est en quelque sorte immobile par rapport à elle et participe à sa période propre d’oscillation. Qu’adviendra-t-il aussi, si les montres étant conçues pour se remonter automatiquement lorsque la suspension est bonne et la route très unie, on circule par exemple sur une route pavée? Est-ce que les ressorts amortisseurs des chocs de la partie mobile de la montre seront suffisants ?
- M. Lavet. — Les montres d’automobiles Hatot ont été essayées sur de grosses voitures très bien suspendues et roulant sur des routes parfaitement
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- unies. On a constaté que, malgré ces conditions très défavorables pour le remontage, la masse motrice, associée à un ressort convenablement choisi, prenait un mouvement d’oscillation et remontait le ressort.
- Je crois que l’on peut expliquer ce fonctionnement de la façon suivante : grâce aux roulements à billes et à l’emploi d’une transmission offrant un grand rapport de démultiplication, la masse de remontage peut osciller avec une très grande liberté. Elle se comporte à peu près comme un pendule peu amorti, dont on déplace latéralement, d’un mouvement alternatif, l’axe de rotation. On sait que, dans ce cas, un déplacement infime, de période convenable, suffit à lancer le pendule et à le faire osciller à une très grande amplitude.
- Bien entendu le rythme des mouvements de l’automobile n’est pas absolument constant et l’on ne peut songer à réaliser rigoureusement la condition de résonance. En pratique, il suffit de se rapprocher du rythme le plus fréquent. A cet effet, la flexibilité optimum du ressorf associé à la masse peut être déterminée par des tâtonnements méthodiques. On a constaté que cette valeur était à peu près la même pour des automobiles de marques diverses et de poids très différents. En tout cas, à mon avis, il n’est pas à craindre que l’énergie fasse défaut, car la puissance mécanique à produire pour assurer le remontage d’une montre est extrêmement faible; elle est de l’ordre de 1 gcm/sec et les moindres aspérités de la route permettent d’entretenir des oscillations motrices ininterrompues et d’une amplitude suffisante.
- M. E. Lemaire. — N’est-il pas possible de remonter automatiquement une pendule ordinaire soumise à de petites trépidations? Il semble que dans les grandes villes, la circulation des voitures provoque des trépidations du sol suffisantes pour obtenir ce résultat.
- M. Lavet. — L’utilisation des vibrations à grande fréquence et de très faible amplitude a été envisagée, et les brevets Hatot décrivent des dispositifs convenant particulièrement à de tels mouvements moteurs. Toutefois, la réalisation est assez difficile et ces systèmes n’ont pas encore été expérimentés.
- M. Mangin, président. — Je remercie très vivement M. Touzet etM. Lavet de leurs très intéressantes communications et des renseignements qu’ils ont bien voulu nous donner pour répondre aux questions qui leur ont été posées et qui complètent heureusement leur exposé. J’espère que nos deux confé^-renciers de ce soir voudront bien donner pour notre Bulletin le texte de leur communication.
- La séance est levée à 18 h. 30 m.
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- 766 COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — DÉCEMBRE 1931.
- SÉANCE PUBLIQUE DU 28 NOVEMBRE 1931.
- Présidence de M. Louis Mangin, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Sont présentés pour devenir membre de la Société et admis séance tenante :
- M. Fournier (Charles) (O. i, €1), ancien élève de l’Ecole polytechnique, colonel d’artillerie en retraite, directeur de l’Association de Documentation, 82, rue de Taitbout, Paris (9e), présenté par M. Camille Poulenc;
- M. Villard (André) (O. 1), ancien vice-président de la Chambre syn-
- dicale des Constructeurs de Machines agricoles, ingénieur, 59, rue de Prony, Paris (17e), présenté par M. Hitier et M. Wery.
- M. Mangin, président. — Dans la séance en comité secret que notre Conseil d’administration vient de tenir, il a nommé comme nouveaux membres de ce conseil, au titre du Comité de Commerce :
- le Dr S. Abbatucci, médecin colonel en retraite, ancien membre du Conseil supérieur de Santé des Colonies, attaché à l’Office national d’Hygiène sociale (Service colonial);
- M. F. Blondel, Ingénieur en chef des Mines, ancien directeur du Service des Mines de l’Indochine, secrétaire général du Comité d’Etudes minières de la France d’outre mer.
- Conformément aux statuts, la ratification de ces deux nominations sera soumise à l’assemblée générale ordinaire des membres de la Société qui se tiendra prochainement, le 19 décembre.
- M. Léon Appoullot, ingénieur constructeur, fait une communication sur ses Disques calculateurs pour la résolution deproblèmes, simples ou très complexes, par une nouvelle méthode, qu’il a imaginée.
- Ces disques calculateurs sont de différentes sortes : les uns, de petit diamètre, permettent de faire les quatre opérations arithmétiques; les autres, de plus ou moins grandes dimensions mais ne dépassant pas un diamètre de 20 cm, permettent de faire tous les calculs qui se présentent dans le commerce, la banque ou dans l’art de l’ingénieur.
- Ce sont des cartons sur lesquels on a collé l’épreuve photographique sur aluminium émaillé d’une planche métallique gravée. Les diverses graduations y sont en spirale, ce qui, pour les grands disques, correspond à une règle à calcul rectiligne de 90 cm de longueur. Au centre du disque, sont montées, sur un même axe, deux ou plusieurs aiguilles en celluloïd, la première entièrement libre, les autres entraînant la première ou les précédentes.
- Dans le cas, par exemple d’une multiplication, soit 12x13, on appuie le bord
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- de la première aiguille sur un butoir, on place le bord de la seconde sur 12 ; en déplaçant la seconde, qui entraîne la première, de façon que celle-ci vienne sur 13, on trouve le produit, soit 156 sur le bord de la seconde. En agissant sur la seconde de même façon, on trouve de même tous les produits successifs de 12 par 14, 15,16, etc.
- Ces disques permettent de trouver la valeur de certaines expressions complexes, de résoudre un système d’équations du 1er degré jusqu’à 6 inconnues et des équations d’un degré élevé à une inconnue, de calculer des fonctions exponentielles et diverses autres fonctions usuelles dans l’art de l’ingénieur.
- Les résultats sont toujours fournis avec 3 chiffres significatifs, quelquefois avec 4. Certaines fonctions, exponentielles par exemple, sont calculées par approximations successives. L’appareil donne la place exacte de la virgule et la valeur de la mantisse, dans le cas des logarithmes.
- E. L.
- Al. Androuin. — Il semble que vos disques ne diffèrent pas essentiellement d’une règle à calcul ordinaire : la ou les réglettes et le curseur sont ici remplacés par une sorte de compas à deux ou plusieurs branches; il ne semble y avoir de plus grande précision qu’à cause d’une plus grande longueur obtenue par l’enroulement en spirale de la graduation? Pouvez-vous calculer
- cl bvcx
- facilement des expressions telles que .
- 7Z(i "
- M. Appoullot. — Oui, et d’un seul coup. Tel est le cas que pour -.
- M. Garnier. — Est-ce que les aiguilles ne prennent pas de jeu à la longue? Si elles en prenaient, la précision serait illusoire?
- M. Appoullot. —Non. Le montage des aiguilles se fait par cônes de même axe et de même conicité, emmanchés l’un sur l’autre.
- AI. Sauvage. — Il serait intéressant qu’un modèle de vos disques calculateurs figure au musée du Conservatoire des Arts et Alétiers, où il existe une section des machines et appareils à calculer.
- AI. Appoullot. — Un de mes premiers modèles, qui date de dix ans, a été déposé au Conservatoire à cette époque. Il n’en est pas de même pour mes derniers modèles ni pour la brochure que j’ai rédigée sur leur mode d’emploi avec l’indication, au moyen d’exemples, des divers calculs que l’on peut effectuer. Je serais reconnaissant aux personnes qui voudraient bien m’indiquer quelques problèmes courants à résoudre, de façon que puissent être envisagés tous les cas qui se présentent couramment dans la pratique. Je crois qu’on peut tous les résoudre, quitte, le cas échéant, à monterune ou deux aiguilles de plus, ce qui est extrêmement facile en raison du mode de montage.
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — DÉCEMBRE 1931.
- M. Jean Jacques Trillat, docteur ès sciences, chef de travaux à l’École des Hautes Etudes (Sorbonne), maître de recherches auLaboratoire de Physique des Rayons X, fait une communication sur Les applications industrielles des rayons X.
- M. J. J. Trillat rappelle d’abord le mode d’obtention des rayons X. Le prototype du tube Coolidge, qui les fournit, a été perfectionné; c’est ainsi qu’on en construit qui sont entièrement démontables et fonctionnent sur des pompes à vide ; d’autres peuvent supporter des tensions atteignant jusqu’à 400.000 V, qui donnent des rayons extrêmement pénétrants pouvant être utilisés par exemple pour la radiographie de pièces très épaisses considérées autrefois comme pratiquement opaques aux rayons X.
- L’absorption des rayons X par les corps est proportionnelle au cube de leur poids moléculaire et au cube de leur longueur d’onde, qui est comprise entre 0,005 et lg. Il y a donc intérêt à utiliser des longueurs d’onde aussi petites que possible, c’est-à-dire à les produire sous une tension très élevée. L’absorption change d’ailleurs brusquement pour certaines valeurs critiques de la longueur d’onde caractérisant ainsi le passage par les bandes d’absorption ; il y a lieu d’en tenir compte en radiographie. La différence d’absorption permet de déceler des défauts internes : soudure imparfaite, fissures, soufflures.
- Les rayons X sont diffractés par les cristaux car ceux-ci sont constitués par des atomes ou des ions disposés en réseaux réguliers et qui, agissant comme source d’ondes, interfèrent dans des directions déterminées en donnant lieu à des renforcements ou à des extinctions qui apparaissent sur la plaque photographique. La mesure, par deux méthodes différentes, de leur position et de leur intensité permet de connaître la structure d’un cristal connu. On reconnaît ainsi de cette façon les actions mécaniques subies par la matière essayée : filage, laminage, emboutissage, martelage, écrouissage, trempe, recuit, revenu.
- En employant comme anticathode des métaux divers, elle fournit des rayons X dont le spectre est caractéristique de chacun de ces métaux. Le spectre peut être d’émission ou d’absorption, avec des raies lumineuses ou obscures, analogues à celles des spectres lumineux mais bien moins nombreuses et beaucoup plus faciles-à identifier. On peut ainsi déceler la présence d’éléments ou d’impuretés en très faible proportion, par exemple dans les aciers spéciaux, et en opérant sur une quantité de matière extrêmement minime, de l’ordre de quelques milligrammes.
- Les rayons X ionisent l’air; on utilise cette ionisation pour les doser, pour apprécier les différences d’homogénéité dans un métal ou un mélange, ou l’importance des défauts dans un métal.
- Par l’emploi des rayons X, on peut donc soit étudier la composition et la structure des corps soit en contrôler la fabrication. La méthode n’est pas limitée aux métaux et alliages; elle est applicable aux sels, oxydes (terres rares), à la cellulose et à ses dérivés (textiles divers, papiers), au caoutchouc, aux colloïdes, aux vernis, aux isolants électriques, aux matières grasses. Dans chaque cas, la spectrographie fournit des images caractéristiques. La méthode permet en outre quelquefois de prévoir certaines propriétés de ces corps, savoir, par exemple, s’ils sont à réaction acide.
- La radiographie parles rayons X est aussi utilisée en médecine; son grand avan-
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- tage est qu’elle n’altère en aucune façon l’objet ou l’organe examinés. On opère en regardant l’intérieur de cet objet ou de cet organe au moyen d’un écran fluorescent, ou bien on garde une trace durable de l’image fournie au moyen de la plaque photographique.
- Dans ces derniers temps, des applications intéressantes ont vu le jour : examen des carters et des hélices en aluminium, des différentes essences de bois et du bois contreplaqué, dosage du plomb contenu dans les gaz d’échappement des moteurs quand il y est fait usage d’antidétonant à base de plomb tétraéthyle, examen des câbles isolés, boîtes de résistance, coupleurs, radio-valves, lampes électriques à verre opale, de cellules photo-électriques au sélénium ou au potassium. Tous ces essais sont extrêmement rapides et très précis. L’importance des résultats qu’ils fournissent justifie les frais élevés d’une installation de production et d’utilisation des rayons X.
- E. L.
- M. Appoullot. — Est-ce qu’avec les rayons X, on peut contrôler la fabrication des plaques et des papiers photographiques?
- IVL ,1. J. Trillat. — Non. Le grain de l’émulsion est beaucoup trop gros. Mais on pourrait utiliser les rayons ultra-violets.
- M; Mangin, président. — Je remercie vivement M. Appoullot et M. J. J. Trillat de leurs très brillantes communications et des renseignements complémentaires qu’ils nous ont donnés.
- La séance est levée à 18 h. 30 m.
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- BULL. DE LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAG. POUR L*INDUSTRIE NATIONALE. — DECEMBRE 1931.
- OUVRAGES REÇUS A LA RIRLIOTHÈQUE EN NOVEMBRE 1931
- Martinet (P.). — Le graissage des turbines à vapeur et des machines rotatives à grande vitesse. Étude des huiles, des émulsions et des mousses. Études du frottement. Application. In-8 (25 x 16) de vin -f- 167 p., 46 fig. Paris, Dunod, 1931. 18035
- Société française de Physique. — Le livre du Cinquantenaire de la Société française de Physique In-8 (25 x 16) de 160 p., fig., planches. Paris, Édition de la Revue d’Optique théorique et instrumentale, 140, boul. du Montparnasse (14e), 1923. 18036
- Dugast (J.). — Vinification dans les pays chauds. Algérie, Tunisie. Maroc. 3e éd. In-8 (22 x 14) de 396 p., 53 fig. Alger, Éditions Aumeran, 6, boul. Carnot, 1930 (Don de M. Wery, secrétaire général de la Société). 18037
- Dechambre Paul. — Le chien. Races, élevage, alimentation, hygiène. 2e éd. In-12 (19x12) de 311 p., 90 fig. Paris, Librairie agricole de la Maison rustique, 1931. 18038
- Cartan (E.). — Leçon sur la géométrie projective complexe, d’après des notes recueillies et rédigées parM. F. Marty. (Cahiers scientifiques publiés sous la direction de M. Gaston Julia, fasc. X). In-8 (25 x 16) de vu + 323 p., fig. Paris, Gauthier-Villars et Cie, 1931. 18039
- Pomky (J.-R.) — Cours d’électricité théorique professé à l’École professionnelle supérieure des Postes et Télégraphes. Tome III : T. S. F. et câble téléphonique. Théorie-mathématique. In-8 (25 x 16) de 315 p., 40 fig. Paris, Gauthier-Villars et Cie, 1931. 180 40
- Langlois-Bertiielot (R.). — Les machines à courants continus. Caractéristiques, contrôle, application. In-8 (25 x 16) de xiv + 290 p., 195 fig. Paris, Gauthier-Villars et Cie, 1931. 18041
- Char liât (P.). — Trois siècles d’économie maritime française. In-8 (25 x 16) de xi + 228 p., XXXI planches. Paris, Marcel Rivière, 1931 (Don de M. Paul de Rousiers, membre du Conseil d'Administration). 18042
- Siegfried (André). — Les États-Unis d’aujourd’hui. 10e éd. (bibliothèque du Musée Social). In-8 (23 x 14) de 362 p., 8 fig. Paris, Librairie Armand Colin, 1931. 18043
- de France (Henry). — Le sourcier moderne. Manuel de l’opérateur à la baguette et au pendule. Eaux, minerais, biologie. 3° éd. ln-12 (19x12) de 181 p.. 15 fig. Paris, Librairie agricole de la Maison rustique. 18044
- La commission européenne du Danube et son œuvre de 1856 à 1931. In-4 (33 X 25) de vin -h526 p., avec planches. Paris. Imp. nationale, 1931. 18045
- Fabry (Cil). — Cours de physique. Tome I. (Cours de l'Ecole Polytechnique). In-4 (28 x 23) de vi + 663 p., 339 fig. Paris, Gauthier-Villars et Cic. 1932. 18046
- Perrot (Em.). — Plantes médicinales de France. Tome I. In-12 (19 x 13) de 68 p., XLVIII planches. Paris, Office national des Matières premières végétales pour la droguerie, la pharmacie, la distillerie et la parfumerie. 12, av. du Maine (15e): Sainl-Aubin-d'Eerosville (Eure). Etablissements du iRAuzoux. 18047
- Abbatucci iDp S.). — Médecins coloniaux. (Collection « Vies coloniales » publiée sous la direction de M. Georges Hardy). In-16 (17 x 11) de 130 p. Paris, Éditions Larose, 1928. 18048
- Abbatucci iSx — Devant la proue des navires. In-12 (19 X 13; de 302 p. Paris, L. Fournier. 224. boulevard Saint-Germain (7e). 18049
- Abbatucci S. . — Essais de psychologie sociale. In-8 (20 x 14) de 123 p. Paris. L. Fournier. 18050
- Comité national di: l'Organisation française. — L’organisation scientifique du travail. IVe Congrès international. Paris. 1929. In-4 27 x 22) de 263 p. Paris. 78, rue du Ranelagh 116° ». 18051
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- OUVRAGES REÇUS EN NOVEMBRE 1931.
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- Catalogue modèle de l'Ingénieur, 3e édition, 1931-1934. publié par les éditeurs du Catalogue modèle de l'Architecte. In-4 (32 x 2a) de vu -f 238 p. Paris, Société de publication de Catalogues modèles, 11, rue de Sèvres (6e). 18052
- Comité de Normalisation de la Mécanique (Fédération de la Mécanique, 92, rue de Courcelles, Paris (8e). — Feuilles de normes (juillet 1931), CNM 361 : Tuyauteries
- d’usine. Brides vissées (brides rondes). Pressions nominales 2, 5 et 6. — CNM 362 : .....
- Pression nominale 10. — CNM 363 : ....... Pression nominale 16. —CNM 371 : Tuyauteries
- d’usine. Brides tournantes (brides rondes). Pressions nominales 2, 5. 6 et 10. — CNM 391 :
- Tuyauteries d’usine. Brides ovales vissées. Pressions nominales 2, 5 et 6. — CNM 392 : ..
- Pressions nominales 10 et 16. — CNM 404 : Tubes acier sans soudure étirés à chaud. (Tubes sans garantie. — Dimensions du Commerce). Pressions nominales 1 ci 52 — Dimensions nominales de 4 à 500. — Documentation CNN 401 : Tubes filetés, dits : Tubes à gaz. — CNM 402 : Tubes filetés renforcés, dits : Tubes gaz renforcés. — CNM 403 : Filetage au pas du gaz. — (novembre •1931’), CNM 437 : Trous de passage des boulons. Avant-trous de taraudage. — CNM 436 : Tuyauteries d’usine. Vannes en fonte ci corps méplat et sièges obliques (série isomorphe). Pressions nominales 1 à 10. — CNM 437 : Tuyauteries d’usine. Vannes en fonte à corps ovale et sièges obliques (série isomorphe). Pressions nominales 2, 5 ci 13. — CNM 438 : Tuyauteries d’usine. Vannes en fonte à corps ovales et sièges parallèles (série isobare). Pression nominale 16. — CNM 439 : Tuyauterie d’usine. Vannes en fonte à corps ovales et sièges obliques ou parallèles (série, isobare). Pression nominale 16. — CNM 440: Tuyauterie d’usine. Vannes en fonte ci corps ovale et sièges obliques (série isobare). Pression nominale 25. — CNM 441 : Tuyauteries d’usine. Vannes en acier moulé ci corps ovale et sièges parallèles (série isobare). Pression nominale 25. — CNM 442 : .... Pression nomi-
- nale 40. — CNM 601 : Chaînes cle levage calibrées à maillons courts. — CNM 602 : Chaînes de levage calibrées à maillons longs. 17836
- Juillet (A.). — Le pyrèthre de Dalmatie (Chrysanthème insecticide). (Publication agricole de la Compagnie des Chemins de 1er de Paris à Lyon et à la Méditerranée, n°26). ln-8 (21 x 13) de 39 p., 111 pl. Pièce 13687
- Augustin-Normand (Paul). — Quelques autres précurseurs des chaudières à circulation accélérée (ex Revue maritime), ln-8 (23 x 16) de 29 p., 4 fig. Paris, Soc. d’Éditions géographiques, maritimes et coloniales. 1931 (Don de l’auteur, membre de la Société).
- Pièce 13688
- Comité des Travaux historiques et scientifiques (Ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts). — Bulletin de la Section de Géographie. Tome XLV, année 1930 Paris, lmp. nationale: E. Leroux, 28, rue Bonaparte (6e). Pér. 21
- Ministère du Travail, de l'Hygiène, de l'Assistance et de la Prévoyance sociales.
- __Conseil supérieur du Travail. — 33e session, novembre 1929. Paris, lmp. nationale,
- 1930. Pér. 295
- Ministère de lTntérieur. — Situation financière des départements en 1929. Paris. Imp. nationale, 1931. Pér. 135
- Chambre syndicale des Constructeurs de Navires et de Machines marines. — Annuaire 1931-1932. Paris, 7, rue de Madrid (8e). Pér. 91
- Société vaudoise des Sciences naturelles. — Mémoire, n° 24 (Vol. 4, n° 1, 1931) : Variation des échanges respiratoires des poissons en fonction de la pression atmosphérique et de la température, par Louis Baudin, 40 p. Lausanne. Pèr. 209
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- OUVRAGES REÇUS. -— DÉCEMBRE 1931.
- Institution of Civil Engineers. — Minutes of Proceedings. Vol. 231, 1930-31 ipart 1). London, Great Georges Street. Westminster. S. W. 1. Pér. 189
- Iron and Steel Institute. — Journal. 1924. n° 1. vol. CXXUI. London, 28. Victoria Street, S. W. d. Pér. 157
- IRON and Steel Institute. — Charter, by-laws and list of members and associâtes, 1931. London. Pér. 157
- Iron and Steel Institute. — The National Fédération of Iron and Steel Manufac-TURERS. — First Report of the Corrosion Committee to the Iron and Steel Industrial Research Council. London, 1931. Pér. 157
- Institution of Naval Architects. — Transactions, vol. LXX11I. 1931. London, 2. Adam Street, Adelphi Terrace, W. G. 2. Pér. 222
- U. S. Département of Agriculture (Washington). Miscellaneous publications, nos 60 (1931) : List of available publications of the U. S. Departement of Agriculture, December 1, 1930, 81 p. — 83 (1930) : Direclory of fielcl acticities of the Bureau of Ento-mology, 56 p. — 113 (1931) : Adéquate cliets for families with limited ilicornes. 16 p. — 115(1931) : Information for the guidance of field men ami cooperators of the Bureau of Biological Surir y engaged in the control of'injurions rodent s and predatory animais, 8 p.
- Pér. 410
- F. S. Departement of Agriculture (Washington). — Technical Bulletins n03 147 (1929) : The habits and économie importance of'alligators, 36 p., Il pi. — 149 (1930) : Fun-gous cliseases of the honeybee, 42 p., 5 lig., VI pi. — 155 (1929) : Quaking aspen. A study in applied forest pathology. 33 p., 5 fig., II pi. — 156 (1930) : Investigations in weed control by zinc sulphate and other Chemicals at the Savenac forest nursery. 35 p.. VII pi. — 161 (1929) : Life hisloryj habits, and control of the Mormon cricket, 28 p., 24 fig. -- 169 (1930) : The wearing quality and other properties of vegetable-tanned and of chrome-retanned sole leather, 17 p., 2 lig. — 173 (1930) : The bluegrass webœorm, 23 p., 4 fig. — 195 (1930) : Control of the mountain pine beetle in lodgepolepine by the use of solar beat, 19 p., 11 lig. — 233 (1931) : Apanteles thompsoni lyle a braconid parasite of the Europea corn borer, 28 p., 7 lig. — 235 (1931) : Quality of alfalfa hay in relation to eu ring practice, 23 p., 5 lig. — 236 (1931) : The time to harvest fiber flux, 22 p., 7 lig. Pér. 410
- LISTE DES NOUVEAUX MEMBRES ADMIS, PENDANT L’ANNÉE 1931, a faire partie de la société d’encouragement pour l’industrie nationale.
- M. Abbatucci (Séverin) (O. ifif, ü), médecin-colonel en retraite, ancien membre du Conseil supérieur de Santé des Colonies, attaché à l’Office national d’Hygiène sociale (Service colonial), 9. rue Léon Vaudoyer, Paris (7e), présenté par MM. Hardy et Gruner (1932) (14 novembre 1931).
- M. Anxionxaz (René) (ijfc, £), ancien élève de l'École polytechnique. Ingénieur civil des Mines, ingénieur, directeur de la Société Rateau, 11, avenue Pasteur, Paris (15e), présenté par M. le colonel Renard (25 avril 1931).
- Association cotonnière coloniale, 53; rue de Châteaudun, Paris (9e), présentée par M. Gruner (9 mai 1931.)
- Association des Ingénieurs du Conservatoire des Arts et Métiers. 14, avenue Émile Deschanel, Paris (7°), présentée par M. Sauvage et M. Charles (14 février 1931).
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- LISTE DES NOUVEAUX MEMBRES ADMIS EN 1931.
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- M. Audoin (Jean-Frédéric), Ingénieur des Arts et Manufactures, ingénieur, chef des Services techniques du journal L'usine, 9, rue de Civry, Paris (16°), présenté par MM. de Fréminville et Sauvage (10 janvier 1931).
- M. Barbaudy (Jean), docteur es sciences physiques, chargé de conférences à l’Ecole des Hautes Études, 41, rue Madame, Paris (6e), présenté par M. Henry Le Chatelier (23 avril 1931).
- M. Birkigt (Marc) (C. ijfc), ingénieur, directeur technique des Automobiles Hispano-Suiza, 90, boulevard Maurice Barres, Neuilly-sur-Seine (Seine), présenté par M. Dumanois (membre à vie) (23 avril 1931).
- M. Blaringhem (Louis), membre de l’Institut, professeur à la Sorbonne, 77, rue des Saints Pères, Paris (6e), présenté par MM. Le Chatelier et Mangin (7 mars 1931)*
- M. Blondel (Fernand) (J$), Ingénieur en chef des Mines, secrétaire général du Comité d’Études minières pour la France d’Outre-mer, 13, rue de Bourgogne, Paris (7e), présenté par M. Gruner et M. Lemaire (membre à vie) (14 février 1931).
- M. Boizard de Guise (Jacques), Ingénieur civil des Mines, 3 bis, avenue Philippe le Boucher, Neuilly-sur-Seine (Seine), présenté par MM. de Fréminville et Sauvage (23 avril 1931).
- M. Boramé (Léon), Ingénieur des Arts et Métiers, industriel, fabricant de meubles de bureaux et de salles de dessin, 13, rue de l’Arsenal, Paris (4e), présenté par M. Séjourné (23 avril 1931).
- M. Bourdon (Pierre) (^), Ingénieur des Arts et Manufactures, directeur du Dépôt de Paris de la Maison Michelin et Clp, 103, boulevard Pereire, Paris (17°), présenté par M. Léon Guillet et M. Ernaull (membre à vie) (27 juin 1931).
- M. Brillié (Henri) (O. ifc), ingénieur en chef conseil à la Compagnie générale transatlantique, 16, avenue Victor Hugo, Bourg-la-Reine (Seine), présenté par M. Dumanois (23 avril 1931).
- Chambre syndicale des Entrepreneurs de Couverture, Plomberie, Eau, Gaz, Assainissement et Hygiène de la ville de Paris, de la Seine et de la Seine-et-Oise, 3, rue de Lutèce, Paris (4e), présentée par M. Magne (30 mai 1931).
- M. Chaput (André), chef d’atelier aux Manufactures de l’État, 33, quai d’Orsay, Paris (7e), présenté parM. Dubrisay (23 avril 1931).
- M. Chevenarl (Pierre) (%), Ingénieur civil des Mines, professeur à l’École des Mines de Saint-Étienne, chef du Service des Recherches métallurgiques de la Société Commentry-Fourchambault et Decazeville, 14, avenue Denfert Rochereau, Saint-Étienne (Loire), et à Imphy (Nièvre), présenté par M. Guillaume (23avril 1931).
- Compagnie d’Applications mécaniques, fabricant de roulements à billes et à rouleaux, 13, avenue de la Grande Armée, Paris (16e) présentée par MM. A. Alby et E. Lemaire (24 janvier 1931).
- M. Coupleux (Éloi), fabricant d'orgues, co-inventeur avec M. Givelet de l’orgue à lampes triodes. 93, rue Nationale, Tourcoing (Nord), présenté par M. le général Ferrie (23 avril 1931).
- M. Cournot (Jean) (^, ü), ingénieur-conseil, professeur à l’École nationale supérieure de l'Aéronautique, répétiteur à l’École polytechnique, 30, quai du Louvre, Paris (1er), présenté par M. Léon Guillet (9 mai 1931).
- M. Durand (Julien) ($£. ü), Ingénieur au Corps des Mines, 20, boulevard Laro-miguière, Rodez (Aveyron), présenté par M. A. Portevin (24 octobre 1931).
- M. Ferrand (Marc), Ingénieur E. S. E.. ingénieur. 199 bis, boulevard Sainl-130e Année. — Décembre 1931. 32
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- MEMBRES ADMIS EN 1931.
- DÉCEMBRE 1931.
- Germain, Paris (7e), présenté par M. Jurien de la Gravière (1932) (2-4 octobre 1931).
- M. Flaissier (Maurice) (0. i&), ancien Ingénieur en chef de la Marine, expert, 49, cours Pierre Puget, Marseille (Bouches-du-Rhône), présenté par M. Dumanois (23 avril 1931).
- M. Fournier (Charles) (O. ü, O), ancien élève de l'École polytechnique, colonel d’artillerie en retraite, directeur de l’Association de Documentation, 92, rue Taitbout, Paris (9e), présenté par M. Camille Poulenc (28 novembre 1931).
- M. Fréchet (André) (%), architecte décorateur, directeur de l’École Boulle, 37, rue de Reuilly, Paris (12e), présenté par M. Magne (23 avril 1931).
- M. Gall (François), ingénieur, directeur à la Société d’Électrochimie, d’Électro-métallurgie et des Aciéries électriques d’Ugine, 10, rue du Général Foy, Paris (8e), présenté par M. Lemaire (14 février 1931).
- M. Hatot (Léon) (i&), fabricant d’horlogerie, 12, rue du Faubourg Saint-Honoré, Paris (8e), présenté par M. Guillery et M. Lavet (19 décembre 1931).
- M. Joumier (Eugène), chef des travaux du Service des Recherches de la Société Commentry-Fourchambault et Decazeville, à Imphy (Nièvre), Service des Recherches, Aciéries d’Imphy (Nièvre), présenté par M. Albert Portevin (23 avril 1931).
- M. Laffitte (Paul), professeur à la Faculté des Sciences de Nancy, 1, rue Grand-ville, Nancy (Meurthe-et-Moselle), présenté par M. Dumanois (23 avril 1931).
- M. Mercy (Paul) (4&), Inspecteur des Télégraphes, 24, rue Bertrand, Paris (7e), présenté par M. Jean Carpentier (9 mai 1931).
- M. Mulot (Lucien), inventeur-constructeur, petite mécanique de haute précision (amplificateurs à cadran), 28, rue de Poitou, Paris (3e), présenté par M. Androuin (24 octobre 1931).
- Office national du Commerce extérieur (Bibliothèque), 22, avenue Victor Emmanuel III, Paris (8e), présenté par M. Lemaire (19 décembre 1931).
- La Photoscopie, appareils et films de projection fixe et de lecture, 61, rue Jouf-froy, Paris (17e), présentée par M. Louis Lumière (9 mai 1931).
- M. Raytchine (Nicolas), Ingénieur E. T. P., 12, boulevard Edgar Quinet, Paris (14e), présenté par M. Tchaïeff et M. Lemaire (13 décembre 1930).
- M. Rollier (Auguste) (ifc), professeur honoraire de l’Université de Lausanne, médecin-directeur des Établissements héliothérapiques de Leysin (Suisse), présenté par M. Gruner (23 avril 1931).
- Société Allioli fils, entrepreneurs de peinture, 414, rue Saint-Honoré, Paris (1er), présentée par M. Lucien Bechmann (membre perpétuel) (9 mai 1931).
- Société anonyme des Ateliers d’Aviation Louis Breguet, constructions aéronautiques, 24, rue Georges Bizet, Paris (16e), présentée par M. Louis Breguet (membre perpétuel) (9 mai 1931).
- Société des Plantations d’Elima, café colonial français (Afrique occidentale française), 32, avenue de la République, Paris (11e), présentée par M. Lemaire (23 avril 1931).
- M. Villard (André) (O. Üfc,C.$), ancien vice-président de la Chambre syndicale des Constructeurs de Machines agricoles, ingénieur, 59, rue de Prony, Paris (17e), présenté par MM. Hitier et Wery (28 novembre 1931).
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- BULL. DE LA SOCIÉTÉ D.'eNCOURAG. PuüR L’INDUSTRIE NATIONALE. — DÉCEMBRE 1931.
- TABLE ALPHABÉTIQUE DES NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS
- DANS LA CENT TRENTIÈME ANNÉE DU BULLETIN (JANVIER-DÉCEMBRE 1931)
- 130e année.
- Les nombres en chiffres romains indiquent le ou les mois du cahier. Le nombre en chiffres arabes
- qui les suit indique La page.
- A
- Allemagne (H. R. d’). — Analyse de : Tous les procédés de façonnage des bois, par A. Carpenter. III 198
- Androuin (M. J.). — Analyses de :
- La réglementation clu travail dans l’industrie.................. I 34
- — — Découpage, matriçage, poinçonnage, emboutissage, par J. Woo-dworth. 2^ éd. fr. par Jean Lévy. I 33
- — Rapport, au nom du Comité des
- Arts mécaniques (Compte rendu de l’Assemblée générale solennelle du 23 avril 1931), sur les amplificateurs à cadran de M. L. Mulot. V 326
- Appoullot (Léon). — Communication sur : ses disques calculateurs pour la résolution de problèmes, simples ou complexes, par une nouvelle méthode (Comptes rendus de la séance publiquedu28novembrel931). XII 768
- B
- Raclé (L.). — Analyse de : La Lorraine métallurgique, par Axel Somme. III 194
- Barbait»y (Jean). — Voir Le Cha-TELIF.R.
- Bary (Paul). — L'électrochimie des colloïdes, ses applications industrielles................ VIl-UII-IX 317
- Baumgartex (Franziska). — Les examens d'aptitude professionnelle.
- Théorie et pratique.......... IV 270
- Beauxe (Serge). — Communication sur son procédé d'impression mécanique des eaux-fortes, pointes sèches, héliogravures, etc., en noir
- et en couleurs, en une seule passe
- (Compte rendu de la séance publique du 14 février 1931). . III 188
- — — (Mémoire).............. XI 637
- Bechmann (Lucien). — Nouveau système de chauffage central dit
- « chauffage par panneaux ». IV 224
- — Rapport, au nom du Comité des
- Constructions et des Beaux-Arts (Compte rendu de l’Assemblée générale solennelle du 23 avril 1931 ) sur les titres de M. N. Arcaro au
- prix de Salverte............. V 287
- Bellonte (Maurice). — Communication sur les problèmes de météorologie, de navigation, de T. S. F. qu'il a fallu résoudre dans la traversée de l'Atlantique (Compte rendu de la s. publ. du 14 mars 1931). V 334
- -----(Mémoire). . . . VII-VIII-1X 488
- Belval (R. P. IL'. — La genèse de l'amidon dans les organes de réserve des végétaux.............. X 603
- Blondel (F.). — Renseignements
- bibliographiques sur les recherches géologiques dans les colonies
- françaises..................... II 109
- — Les Congrès de l'Association Colonies-Sciences : Congrès de l’Enseignement colonial en France, Paris.
- 28-29 sept. 1931 : — Congrèsde l'Enseignement technique d'outre-mer.
- Paris, 29-30 sept. 1931 : — Congrès des Recherches scientifiques coloniales. Paris, 9-10 oct. 1931. . XI 648
- Bordas (Jean). — Le fumier artificiel et l'utilisation agricole des résidus urbains............................ X 371
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- NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS .EN 1931. — DECEMBRE 1931.
- Bordas (Jean) et Mathieu (G.). — L’irrigation souterraine............I 31
- Brandilly (Arsène). — Voir Magne.
- Breguet (Louis). — Communication sur : Les caractéristiques etla construction du Point d’interrogation (Compte rendu de la séance publi-
- que du 14 mars 1931) .... V 349
- — — (Mémoire)............... XI 643
- — Voir Delage.
- Brillié (Henri). — Communication
- sur Les roulements sur huile. 11 93
- — Voir Dumaxois.
- Broniewski (W.). — VoirPRUSZKOWSKI
- Brunold (Charles). — L’entropie. Son rôle dans le développement historique de la thermodynamique. ... I 33
- — Le problème de l’affinité chimique et l’atomistique. Étude du rapprochement actuel de la physique et de
- la chimie....................... I 60
- c
- Carpenter (A.). — Tous les procédés de façonnage des bois : sciage, rabotage. toupillage, perçage, tournage, cintrage, clouage, vissage, placage, collage. Scierie, charpente .menuiserie, ébénisterie, marqueterie.charronnage, lutherie, tonnellerie, boissellerie, parquetage.......................... III 198
- Carpentier (Jean). — Rapport, au nom du Comité des Arts économiques (Compte rendu de l'Assemblée généralesolennelle du25 avril 1931 ). sur l'ouvrage de M. P. Mercy relatif au télégraphe Baudot. V 323
- — Analyse de : L'appareillage électrique. par Louis Lagron . . . 1 60
- Charliat (P.).— Trois siècle s d'économie
- maritime française............. XI 702
- Chemisti A. ). — Produits d'entretien .formulaire des spécialités industrielles de produits chimiques et droguerie. III 19.3
- Chevexard. — Voir Guillaume.
- CoLLARDETi Jeaii '. — Le Problème des
- bois coloniaux. . . . VII-VIILIX 349
- — .Vos bois coloniaux. Étude physique et mécanique des bois coloniaux.
- VII-VIII-IX 356
- Colmet DaàGe (G.). — La stérélisalion de l’eau potable par le chlore. V 340
- Analyse de : Essai d’hydrogéologie. Recherche, étude et captage des eaux souterraines, par E. Imbeaux. . I 63 Costes (Dieudonné). — Communication sur sa traversée de l’Atlantique et ses grands voyages aériens (Compte rendu de la séance publique du 14 mars 19.31) ... V 353
- ---(Mémoire). . . . VII-VIII-IX 486
- D
- Daxtzer (J.). - Analyses de : La filature anglaise, par Aug. Poncelet. I 53
- ---Traité du renvideur pour laine
- cardée, par L. Priault .... I 54
- David (André). — Communication sur : la politique agraire et l’économie italienne (Compte rendu de la s. pub. du 24 janvier 1931). . . II 131
- — — (Mémoire).................. 111 163
- Delage (G.). — Rapport, au nom du
- Comité des Arts économiques, sur les travaux de construction aéronautique de M. Louis Breguet (Compte rendu de l'Assemblée générale solennelle du 25 avril 1931). V 282
- Dubrisay (René). — Comm. surlescolloïdes argileux etleurs applications en céramique (Mémoire). . . III 176
- — Rapports, au nom du Comité des Arts chimiques (Compte rendu de l'Assemblée généralesolennelle du 25 avril 1931). sur :
- — les travaux de M. J.-Jacques Trillat
- surlesapplieationsdesrayonsX. V 291
- — les appareils de laboratoire de
- M. André Chaput.................V 327
- Dumanois (Paul). -- Rapports, au nom du Comité des Arts mécaniques, (Compte rendu de l'Assemblée générale solennelle du 25 avril 19311 sur les travaux de :
- — — M. Marc Birkigt sur les moteurs d'aviation..................V 287
- — — M. Paul Laffitte sur la com-
- bustion dans les moteurs à explosion ...........................V 288
- — — M. Maurice Flaissier sur la
- résistance des métaux...........V 289
- — — M. Henri Brillié sur le graissage par film d’huile.............V 290
- — — M. Charles Carles .... V 326
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- NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS EN 1931.
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- Dumas (Maurice). — Analyse de : Coins de physique, par A. Lafay . . VI 424
- E
- Erb (Albert). — Communication sur :
- Un nouveau dispositif mécanique d’ampliflcation pour la mesure ou l’utilisation industrielle des faibles déplacements ou dilatations de son
- invention (Mémoire)........VI 388
- — — (Compte rendu de la séance
- publique du 9 mai 1931). . . VI 414
- F
- Fabry (Ch.). — Analyse de : Traité de pyrométrie optique........VI 422
- Faugeras (Jacques). — Oranyes, citrons, pamplemousses. Leur culture et leur commerce en Floride et en Californie.............VII-VIII-IX 338
- Ferf.T (R.). — Résistances des bétons au choc, à l’usure et au décollement, comparées à leurs résistances à la compression, à la flexion et à la traction...........................IV 271
- Ferrie (Général G.-A. ). — Rapports, au nom du Comité des Arts économiques (Compte rendu de l'Ass. gén. solennelle du 25 avril 1931) sur :
- — — le procédé de taille des grands
- miroirs de verre de M. André Couder............................. V 280
- — — le piano électrique de M. Maurice Martknot.......................V 291
- — — l'orgue électrique de MM. Armand Givelet et Eloi Coupleux. V 292
- — — les travaux météorologiques
- de M. le commandant Robert Bureau et de M. Philippe Wehrlé. V 294
- Féry (Ch.). — Analyse de : Lignes électriques et postes à haute tension et règlement s'y rapportant. . . III 196
- Fieux (Jean). — Rapport, au nom du Comité des Arts mécaniques (Compte rendu de l’Assemblée générale solennelle du 25 avril 1931). sur le système d’engrenages à rattrapage de jeu de M. Oscar Victor. . . V 290
- — — Analyse de : Turbines hydrauliques et régulateurs automatiques
- de vitesse, par André Tenot. . . I 33
- Flaissif.r (Maurice'. — Voir Dumaxois,
- Fleurent iE.l — Analyse de : Les peintures et les vernis (Les colloïdes dans l'industrie . par G. Genin et
- M. Pivron......................IV 274
- Foley (Dr H.'. — Mœurs et médecine
- des Touareg de l'Ahaggar. . . VI 428 Fremont ^Charles). — Liste des études expérimentales de technologie industrielle............................ VI 378
- ---Voir Sauvage.
- Fron (AA. — Exploitation des bois. I 39
- G
- Garnier (Maurice). — Analyses de : Applications de l’électricité à la marine, par E. J. M. Ricaud, Edm. Mar-
- get et J. L. Routin...............I 61
- ---Étude sur l'utilisation de l’énergie des marées en France, par Georges
- Moreau............................I 62
- Gasquet i. IL). — Communication sur : l/état actuel de la traction électrique par accumulateurs en France (Compte rendu de la séance publique du 10 janvier 1931). ... Il 128
- — — (Mémoire)................... III 141
- Gautier (E. F.). — La conquête du Sahara, essai de psychologie politique. VI 427
- Genin (G.) et Pivron (M.). — Les peintures et les vernis (Les colloïdes dans
- l’industrie).....................IV 274
- Godfernaux (R.t. — Les embranchements industriels et leur utilité. III 193
- Gruner (EdA. — Rapports, au nom du Comité de Commerce (Compte rendu de l’Assemblée générale solennelle du 25 avril 1931). sur :
- — — la guérison des tuberculeux chirurgicaux par la cure de travail réalisée à la Clinique-Manufacture de Leysin i Suisse) par le Prof. Dr
- A. Rollier........................V 313
- — — le Sanatorium universitaire de Leysin (Suisse) créé et dirigé par le
- D1' L. Vauthier...................V 315
- — — les travaux de M. F. Blondel
- sur l’état actuel et l'avenir des exploitations minières des colonies françaises........................V 317
- — — sur l’œuvre de l’Association
- cotonnière coloniale..............V 318
- — Analyse de : Le Génie civil, 1880-
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- NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS EN 1931. — DÉCEMBRE 1931.
- 1930. L’évolution et le développement des principales industries depuis cinquante ans....................XI 705
- Guichard (André). — La biologie des sauterelles et des criquets et la lutte contre les acridiens dans nos possessions africaines. ... IV 232 Guillaume. — Rapport, au nom du Comité des Arts économiques, (Compte rendu de l’Assemblée générale solennelle du 25 avril 1931), sur le dilatomètre différentiel de M. P. A. J. Chevenard . V 292
- H
- Hardy (Georges). — Rapport, au nom du Comité de Commerce (Compte rendu de l’Assemblée générale solennelle du 25 avril 1931), sur le développement de l’enseignement professionnel en A. O. F., au Togo
- et au Cameroun................ Y 319
- —• Le Sahara.....................VI 424
- — Quelques enseignements sur l’Exposition coloniale internationale de
- Paris, 1931...................XI 681
- Hemmerdinger (Dr). — Voir Pomiane Pozf.rski (Dr de).
- I
- Ichac (Pierre). — Communication sur : Les Touareg du Hoggar et leur prochaine disparition (Compte rendu de la séance publique du
- 30 mai 1931)...................VI 417
- Imbeaux (Dr E.). — Essai d’hydrogéologie. Recherche, étude et captage des eaux souterraines.................I 65
- J
- Jolibois (Pierre). — Analyse de : Le problème de l'affinité chimique et l'atomistique. Etude du rapprochement actuel de la physique et de la chimie, par Charles Brunold. .1 60
- Jossier (G.). — Analyse de : Travail du cuir, par H. J. Rousset. . VI 420
- Julhiet (Ed.). — Analyses de : L’organisation du contrôle et la technique des vérifications comptables, par
- Joseph Reiser, . . . . . . . II
- — — Vade-mecum du commerçant et
- du comptable, par M. Picard. . II 138
- K
- Kahn (Louis). — Communication sur : L’art de se diriger au cours des grands voyages aériens. La traversée aérienne de l’Atlantique Xord, de i’Est à l’Ouest, par D. Costes et M. Belloxte : la navigation (Compte rendu de la séance publique du 14 mars 1931). . V 351
- — — (Mémoire).................X 629
- Kayser (Edmond). — Microbiologie
- appliquée à la transformation des produits agricoles...........II 136
- — Microbiologie appliquée à la fertilisation du sol...................III 196
- L
- Labbé (Dr et Mme Henri). — Voir Pomiane Pozerski (Dr de).
- Lacoin (Maurice). — Analyse de : L’organisation d’un service de vente,
- par L. Urwick............. III 198
- Lacoin (Maurice) et Servonnet (Hyacinthe). — Rapport, au nom du Comité de Commerce (Compte rendu de l’Assemblée générale solennelle du 25 avril 1931), sur diverses œuvres favorisant la bonne utilisation des loisirs de la
- jeunesse.....................V 306
- Lacoste (J.). — Communication sur :
- Les caractéristiques et la construction du moteur du Point d’interrogation (Compte rendu de la séancepubliquedul4mars 1931). V 350
- -----(Mémoire). . . . VII-V1II-IV 472
- Lafay (A.). — Cours de physique. VI 424
- Laffitte (Paul). — La combustion et la détonation des mélanges gazeux.
- Les « antidétonants ».........I 15
- — Voir Dumanois.
- Lafosse. — Rapports, présentés au nom de la Commission des Fonds, surlescomptesdel’exercicel928. VI 357
- — — — 1929. VI 361
- — — — 1930. VI 365
- Lagron (Louis). — L’appareillage électrique. Le petit appareillage. Le gros appareillage basse tension. L’appareillage haute tension. .... I 60
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- NOMS DES AUTEURS MENTIONNES EN 1931.
- Lavet (Marius). — Communication sur : Les montres à remontage automatique par l’utilisation des déplacements et des secousses, et un nouveau type de ces montres, du système Hatot (Compte rendu de la séance publ. du 14 nov. 1931). XII 762
- Leblanc (Maurice) père et Leblanc (Maurice) fils. — La décharge électrique dans levide et dans les gaz. I 46
- Le Chatelier (Henry). — L’organisation des recherches dans l’industrie de l’impression aux États-Unis. Extraits de la Conférence internationale des techniciens de l’impression. I 38
- — Rapports, au nom du Comité des Arts chimiques (Compte rendu de l’Assemblée générale solennelle du 25 avril 1931) sur les travaux :
- ---de chimie de M. J. Barbaudy. V 284
- — — de M. Auguste Sirio sur la soudure oxyacétylénique... V 286
- — Analyse de : Travaux pratiques de métallographie, par W. Broniewski.
- Trad. par G. Pruszkowski. . . I 58
- Lecornu (Léon). — Les machines. Propriétés générales..................I 52
- — Analyse de : L’entropie. Son rôle
- dans le développement historique de la thermodynamique, par Brunold. I 53
- Lemaire (E.). — Analyses de : Travaux pratiques de cuisine raisonnée, par le Dr DE POMIANE POZERSKI, le Dr Hemmerdinger, le Dr et Mme Henri Labbé, M. Martel ... IV 272
- — — Le Sahara, par G. Hardy. VI 424
- — — La conquête du Sahara, essai de psychologie politique, par Gautier. VI 427
- — — Mœurs et médecine des Touareg
- de l’Ahaggar, par H. Folf.y. VI 428
- Lévy (Jean). — 2e éd. franç. de : Découpage, matriçage, poinçonnage, emboutissage, par J. Woodworth . . I 55
- Lumière (Louis). — Rapports, au nom du Comité des Constructions et des Beaux-Arts (Compte rendu de l’Assemblée générale solennelle du 25 avril 1931), sur :
- — la photoscopie.................V 325
- — le stéréoscope universel imaginé par le colonel Ploix et construit
- par MM. P. E. Valette et CiP. V 325
- 779
- M
- Machabey (Armand). — Communication sur : La fabrication des disques de phonographes (Compte rendu de l’Ass. gén. du 12 déc. 1930) . . I 47
- Magne (Marcel). — Rapports, au nom du Comité des Constructions et des Beaux-Arts (Compte rendu de l’Assemblée générale solennelle du 25 avril 1931) sur :
- ----Les travaux d’art industriel de
- M. André Fréchet............V 303
- ----L’enseignement du métier de
- couvreur en France organisé par la Chambre syndicale des entrepreneurs de couverture etde plomberie de Paris et le Manuel du couoreur-ardoisier de M. A. Brandilly. . V 304
- — La 5e exposition de la décoration franç. contemp. au pavillon de Marsan (Paris, 4 fév.-22 mars 1931). VI 381
- — La crise des métiers d’art. La
- marqueterie..................XII 723
- Mangin (Louis). — Assemblée générale du 13 décembre 1930 ... I 46
- — — — 27 juin 1931............VI 419
- — Assemblée générale solennelle du
- 25 avril 1931. Allocution ... V 277
- — Séances publiques du :
- — — 10 janvier 1931...........II 127
- ----24 — —...........II 130
- — — 14 février —..........III 187
- ----28 — —..........III 190
- — — 7 mars —...........IV 265
- ----14 — —............V 348
- — — 9 mai —...........VI 409
- ----30 — —...........VI 415
- ----24 octobre —...........XI 690
- — — 14 novembre — .... XII 758
- ----28 — — .... XII 766
- — Analyses de : Microbiologie appliquée à la transformation des produits agricoles, par Edmond Kayser. II 136
- — — Microbiologie appliquéeàla fertilisation du sol, par Ed. Kayser. III 196
- Mangin (Louis) et Prudhomme (Émile).
- — Rapport, au nom du Comité d’A-griculture (Compte rendu de l’Ass. gén. solennelle du 25 avril 1931) sur les artisans de la mise en culture des oasis du Sud algérien. . . V 296
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- NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉ
- Marget (Edm.). — Voir Ricaud.
- Marlé (G.). — Culture des porte-graines, racines fourragères, plantes
- potagères et fleurs............VI 423
- Marsat (A.). — La lampe Superdua-lix à deux filaments et à coupelle pour phares d’automobiles. . XI 667
- Martel (M.). — Voir Pomiane
- Pozerski (Dr de).
- Matagrin (Am.). — Barthélemy Thi-
- monnier (1793-1857)............II 70
- Mathieu (G.). — Voir Bordas.
- Mercy (P.). — Voir Carpentier. Mériel-Bussy. — Rapport à l’Assemblée générale annuelle du 8 juillet 1931 du Comité de Normalisation de la Mécanique . VII-VIII-IX 507
- Metalnikov (S.). — Utilisation des microbes dans la lutte contre les insectes nuisibles (2° mémoire). III 151
- Michel-Schmidt. — L’établissement des quais de grande hauteur sur les terrains compressibles. VII-VIII-XI 491
- Moreau (Georges). — Étude sur l’utilisation de l’énergie des marées en
- France..........................I 62
- Moussu (G.). — Rapport, au nom du Comité d’Agriculture (Compte rendu de l’Assemblée générale solennelle du 25 avril 1931), sur les travaux de M. Maurice Piettre sur les productions coloniales. V 300
- Munzinger (F.). — Voir Schubert.
- N
- Nessi (André). — Communication sur : Les propriétés thermiques des matériaux de construction et l’étude de la transmission discontinue de la chaleur à travers les parois des bâtiments (Compte rendu de la séance publ. du 28 fév. 1931). III 191
- P
- Passelègue (G.). — Les moteurs agricoles, description, utilisation . . I 64
- — Les machines agricoles, description,
- utilisation.....................I 64
- Perrier (Général G.). — L’évolution de la photogrammétrie depuis Laus-sedat jusqu’à l’époque actuelle. X 587
- Perrot (Em.). — Communication sur : Les insecticides, les vermi-
- S EN 1931. — DÉCEMBRE 1931.
- cides, les vermifuges, le pyrèthre et ses applications (Compte rendu de la s. publ. du 24 oct. 1931). IX 695
- — — (Mémoire)....................XII 709
- Picard (Maurice). — Vade-mecum du
- commerçant et du comptable . . II 138 Piettre (Maurice). — Voir Moussu. Pivron (M.). — Voir Genix.
- Planche (René). — Voir Sauvage.
- Plaxchon (René). — Traitement industriel et rationnel des sous-produits d’abattoirs et des déchets organiques.
- Industries annexes...............VI 421
- Pomiane Pozerski (Dr de), Hemmer-dinger (Dr), Labbé (Dr et Mme Henri), Martel (M.). — Travaux pratiques de cuisine raisonnée. . . IV 272
- Poncelet (A.).—La filature anglaise. I 53
- Ponthière (Maurice). — Le nouvel esprit des affaires. . . VII-VIII-IX 561
- Portevin. — Rapport, au nom du Comité des Arts chimiques (Compte rendu de l’Ass. gén. solennelle du 25 avril 1931), sur les travaux de métallographie de M. E. Joumier. V 322
- Priault (L.). — Traité du renvideur
- pour laine cardée.................I 54
- Prudhomme (Émile). — Rapport, au nom du Comité d’Agriculture (Compte rendu de l’Ass. gén. solennelle du 25 avril 1931), sur le café produit par la Société des Plantations d’Elima (Côte d’ivoire). V 323
- — Voir Mangin.
- Pruszkowski (G.). — Trad. de : Travaux pratiques de métallographie, par W. Broniewski...................I 58
- Q, R
- Quantin (J.). — La soie artificielle, sa
- fabrication et ses applications. IV 239
- Reiser (Joseph). — L’organisation du contrôle et la technique des vérifications comptables.................II 137
- Renard (L.-col. Paul). —Rapport, au nom du Comité des Arts économiques ( Compte rendu de l’Assemblée générale solennelle du 25 avril 1931 ). sur les travaux de M. René Anxion-naz sur les moteurs d'aviation. V 294
- — La traversée de l’Atlantique Nord de l’Est à l’Ouest par Costes et Bel-
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-
- NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS EN 1931.
- 781
- lonte (Allocution à la séance publique du 14 mars 1931). . . . Y 348
- -----(Mémoire). . . . VII-VIII-IX 430
- Rf.y (Jean). — Analyses de : La décharge électrique dans le vide et dans les gaz, par Maurice Leblanc père et Maurice Leblanc lils. . I t>4
- — — L’éclairage des ateliers ... I 04
- Ribaud (Gustave). — Traité de pyrométrie optique.........................VI 422
- Ricaud (L. J. M.). Marget (Edm.) et Routin (J. L.). — Applications de
- l’électricité à la marine..........I 01
- Ringelmann (M.). — C. R. du Congrès international sur les appareils utilisés dans la lutte contre les ennemis des cultures, Lyon,24-25juil. 1929. III 197
- Risler (Georges). — Rapport, au nom du Comité de Commerce (Compte rendu de l’Assemblée générale so-1 e n n el 1 e d u 25 avril 1931 ), su r l’œ u vr e « Toute l’enfance en plein air ». Y 303
- Rollier (Dr Auguste). — Communica tion sur : La Clinique-Manufacture internationale pour la cure de soleil etde travail des tuberculeux chirurgicaux indigents (Compte rendu de la s. publ. du 7 mars 1931 j. . IV 203
- -----(Mémoire). . . . VII-VIII-IX 433
- Rousiers (Paul de). — Rapport des Censeurs sur les comptes de la Société pour l’exercice 1928. . . VI 300
- — 1929. . . M 304
- 1930. . . VI 308
- — Analyses de : Le nouvel esprit des affaires, parM.Ponthière. Y1I-Y1JI-IX 301
- — — Trois siècles d’économie maritime française, par P. Charliat . XI 702
- Rousset (H. .L). — Travail du cuir. Tannerie, corroierie, mégisserie. Nettoyage, teinture et dorure des cuirs.
- Colles, graisses, crèmes pour cuirs. Chaussures, harnais, courroies, maroquinerie, reliure, cuirs d’art. . VI 420
- Roussilhe (H.). — Le redressement et la restitution des photographies
- aériennes........................XII 734
- Routin (J. L.). — Voir Ricaud.
- S
- Sabouret (Victor). —L’électrification de la Compagnie du chemin de fer
- de Paris à Orléans (Séance du 6 oct.
- 1931 du C. des Arts mécaniques). XI 098 Sagot-Lesage (M.). — Le Sahel tunisien et les Maures de Provence. VI 383 Sauvage (Ed.). — Rhéostat automatique de démarrage pour moteurs électriques, système R. Planche. I 44
- — Distribution solennelle des prix
- de la Société industrielle de Saint-Quentin et de l’Aisne........III 100
- — L'organisation des gares de triage.
- III 182
- — Locomotives à grande vitesse à 4 essieux couplés de la Cifi des
- chemins de fer de l'Est . . . III 183
- Équipage mobile de radiologie de
- la Cie du Chemin de fer du Nord. IV 205
- Turbines à vapeur de mercure. IV 209
- Normalisations nouvelles. . . IV 210
- — Les travaux du Comité de Normalisation de la Mécanique. Normes
- sur les ajustements..............Y 340
- — Rapport, au nom du Comité des Arts mécaniques (Compte rendu de l’Assemblée générale solennelle du 23 avril 1931), sur le rhéostat de démarrage de M. R. Planche. V 322
- — LTnstilutde Technique sanitaire au
- Conservatoire des Arts et Métiers. V 334
- — Charles Fremont (1833-1930). VI 309
- — Le matériel des chemins de fer français à l’Exposition coloniale. Vf 403
- — Matériel présenté àl’Expositioninternationale de Liège, en 1930, parla
- C>e des Chemins de fer de l’Est. VI 404
- — Soc. ind. de Rouen. Distribution des récompenses aux collaborateurs de l’industrie et du commerce (Rouen,
- 3 mai 1931)............VII-VIII-IX 347
- — Analyses de : Les machines. Propriétés générales, par L. Lf.CORNU. I 32
- ---Exploitation des bois, par A. Fron.
- I 39
- — — Les embranchements industriels
- et leur utilité, pa.rR. Godfernaun. III 193
- — — Les examens d’aptitude professionnelle, par Baumgarten . . 14 2/0
- Schubert i'A.). — Lavapeur à très haute pression, d'après Munzinger. . . I 93
- Séjourné (Paul). — Rapport, au nom du C. des Const. et des B.-Arts (C.
- R. de l’Ass. gén. solennelle du 23
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-
-
-
- 782
- NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS EN 1931. — DÉCEMBRE 1931.
- avril 1931), sur la table à dessin
- de, M. L. Boramé.............Y 324
- Servoxnet. — Voir Lacoin.
- Smith (Ernest Ellsworth). — Aluminium compouncls in food (Les composés de V — dans les aliments).. I 37 Somme. —La Lorraine métallurgique. III 194 Soulier (Alfred). — Lignes électriques et postes à haute tension et règlement s’y rapportant.................. III 196
- T
- Taillefer (André). — Réforme de la loi de 1844 sur les brevets d’invention, dernières dispositions votées par la Chambre des Députés . XI 673
- Tenot (André). — Turbines hydrauliques et régulateurs automatiques de
- vitesse........................ I 33
- Touzet (Georges). — Communication sur: L’autoscope G. T., appareil en projection pour vues fixes, avec commande à distance, à haut rendement lumineux (C. R. de la s. publ. du 14 nov. 1931) .... XII 761
- Trillat (A.). — Analyses de : Aluminium compouncls in food (Les composés de l’aluminium dans les aliments), par E. E. Smith............1 37
- — — Produits d’entretien : formulaire des spécialités industrielles de produits chimiques et droguerie, par
- A. Chemist....................III 193
- — — Traitement industriel et ration-
- nel des sous-produits d’abattoirs et des déchets organiques, par R. Planchon.......................VI 421
- Trillat (J.-J.). — Voir Dubrisay.
- -----: Communication sur : Les applications industrielles des rayonsX(C. R.delas.publ.du28nov.l931). XII 768
- U, V
- Urwick (L.). — L’organisation d’un service de vente................III 198
- Victor (Oscar). — Voir Fieux.
- Vauthier (Dr Louis). — Communication sur : Le Sanatorium universitaire suisse de Leysin et le projet de Sanatorium universitaire international (Compte rendu de la séance publique du 7 mars 1931). IV 266
- — — (Mémoire). . . . VII-VIII-IX 453
- w
- Walckenaer ( Ch. ). — Analyse de : La vapeur à très haute pression, par Schubert, d’après Munzinger. . I 59
- Wehrlé (Philippe). — Communica-
- tion sur le raid Paris New York, au-dessus de l’Océan Atlantique, par Costes et Bellonte. La météorologie (C. R. de la s. p. du 14marsl931). V 351
- — — (Mémoire). . . . VII-VIII-IX 479
- Wery (Georges). — Rapport sur les
- médailles de bronze décernées aux contremaîtres et aux ouvriers des établissementsindustriels etdes exploitations agricoles (C. R. de l’Ass. gén. solennelle du 25 avril 1931). V 328
- — — La Semaine du Café colonial,
- français (Paris, 5-11 mai 1930). VI 398
- — La crise de la production en agriculture coloniale..................X 365
- — Analyses de : Culture des porte-graines, par G. Marlé.................VI 423
- ---Nos bois coloniaux. Étude physique et mécanique, par Jean Col-I.ARDET..................VII-VIII-IX 556
- — — Oranges, citrons, pamplemousses.
- Leur culture et leur commerce en Floride et en Californie, par J. Fauge-
- RAS . ................VII-VIII-IX 558
- Woodworth (J.). — Voir Lévy.
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-
-
-
- BULL. DE LA SOCIÉTÉ d’eNCOURAG. POUR L’INDUSTRIE NATIONALE. — DÉCEMBRE 1931.
- TABLE ALPHABÉTIQUE ET ANALYTIQUE DES MATIÈRES
- CONTENUES DANS LA CENT TRENTIÈME ANNÉE DU BULLETIN (JANVIER-DÉCEMBRE 1931)
- 130e année.
- Les nombres en chiffres romains indiquent le ou les mois du cahier. Le nombre en chiffres arabes
- qui les suit indique la page.
- A
- Accumulateur (V. Traction électrique.)
- ADMINISTRATION, COMPTES RENDUS, etc. DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- Assemblée générale du 13 déc. 1930. I 46
- — — du 27 juin 1931..........VI 419
- Ass. générale solennelle du 25 avril 1931 :
- — Distribution des récompenses décernées pour l’année 1930 :
- — Allocution de M. L. Mangin . V 277 Bureau pour 1931 (Compte rendu
- de l’Ass. gén. du 13 déc. 1930). I 50 Comité des Arts mécaniques. Séance du 6 octobre 1931 :
- — — L’électrification à la Ci0 du chemin de fer de Paris à Orléans,
- par Victor Sabouret.........XI 698
- État financier de la Société. 1° Rapports présentés par M. Lafosse, au nom
- de la Commission des Fonds, sur
- les comptes de l’exercice 1928 VI 357
- — — — 1929 VI 361
- — — — 1930 VI 365
- 2° Rapports des Censeurs sur les
- comptes de la Société, présentés par l’un deux, M. Paul de Rousif.rs,
- pour l’exercice 1928..............VI 360
- — — 1929...........VI 364
- — — 1930...........VI 368
- Liste des Membres du Conseil d’Administration :
- Membres titulaires...............I 3
- — honoraires .... I 11
- — correspondants . . I 12 Plis cachetés. Dépôt de deux — — concernant : 1° des perfectionnements aux truelles ; 2° des perfectionnements à l’exploitation des
- limons fins, par M. A. Quinquet (s. publ. du 10 janv. 1931). . . II 127 Récompenses. Distribution des — dé-
- cernées pour l’année 1930 (Ass.
- gén. solennelle du 25 avril 1931). V 277
- — Rapports relatifs à ces — . . V 282
- — Liste des — V 330
- Séances publiques :
- 10 janvier 1931. . . . II 127
- 24 — — . . . . II 130
- 14 février — . . . . III 187
- 28 — — . . . . III 190
- 7 mars — . . . . VI 265
- 14 — — . . . . V 348
- 9 mai — . . . . VI 409
- 30 — — . . . . VI 415
- 24 octobre — . . . . XI 758
- 14 novembre — . . . . XII 758
- 28 — — . . . . XII 766
- Aéronautique. L’art de se diriger au
- cours des grands voyages aériens.
- La traversée de l’Atlantique Nord de l'Est à l’Ouest, par Costes et Bellonte. La navigation. Communication par Louis Kahn (C. R. de la s. publ. du 14 mars 1931). . V 351
- — — (Mémoire)......................X 629
- — La traversée de l’Atlantique Nord de l’Est à l’Ouest par Costes et Bellonte, par le L.-col. Paul Renard (Allocution à la séance publique
- du 14 mars 1931)..................V 348
- — — (Mémoire). . . . VII-VIII-IX 450
- — Ma traversée de l’Atlantique et mes grands voyages aériens. Communi-tion par Dieudonné Costes (C. R. de
- la s. publ. du 14 mars 1931). . V 353
- — — (Mémoire).... VII-VIII-IX 486
- — Les problèmes de météorologie,
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-
- 784- TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES DE 1931. — DÉCEMBRE 1931.
- de navigation, de T. S. F. qu’il a fallu résoudre pour la traversée de l’Atlantique. Communication par M. Bellonte (Compte rendu de lasé-ance publique du 14 mars 1931). V 354 — (Mémoire'. . . . VII-VIII-IX 488 — ( Voir Météorologie. Point d’interrogation.)
- Agriculture. (Voir Politique agraire.) Agriculture coloniale. La crise de ia production en — —, ses causes, ses remèdes, par G. Wery . . X 365 Ajustements. (Voir Normalisation.)
- Amidon. La genèse de F— dans les organes de réserve des végétaux, par le II. I*. H. Beeval .... V 005 Amplificateur (Voir Dispositif mécanique d'amplification. )
- Antidétonants. (Voir Mélanges gazeux.) Association Colonies-Sciences. Les Congrès de F-------— : Congrès de l’En-
- seignement colonial en France.
- Paris, 18-19 sept. 1931: — Congrès de l’Enseignement technique d’outre-mer, Paris, 29-30sept. 1931 :
- — Congrès des Recherches scientifiques coloniales, Paris. 9-10 oet.
- 1931, par F. Blondel..........XI 048
- Atlantique. (Voir Aéronautique.) Automobiles. (Voir Lampe.)
- Autoscope G. T. 1.’-----, appareil de
- projection pour vues fixes, avec commande à distance, à haut rendement lumineux. Communication par Georges Touzet (C. U. de la s. publ. du 14 nov. 1931). . . Vil 701 Aviation. (Voir Aéronautique.)
- B
- BIBLIOGRAPHIE
- Affaires. Le nouvel esprit des —, par Maurice Ponthière. . VII-VIILIX 361 Aluminium compounds in food [Les composés de V— dans les aliments), par Ernest Ellsworth Smith . . I 37 Appareillage électrique. Le petit —. Le gros — basse tension. L'— haute
- tension, par L. Lagrox........ I 00
- Aptitude professionnelle. Les examens d‘— —. Théorie et pratique, par Franziska Baumgarten. . . . IV 270 Atomistique. Le problème de l’affinité
- chimique et V—. Etude du rapprochement actuel de la physique et de la chimie, par Charles Brunold. . I 00 Bétons. Résistances des — au choc, à l'usure et au décollement, comparées à leurs résistances à la compression, à la flexion et à la traction, par Ferf.t. VI 271 Bois. Exploitation des—. par Frox. I 39
- — Tous les procédés de façonnage des — : sciage, rabotage, toupillage, perçage, tournage, cintrage, clouage, vissage, placage, collage : scierie, charpente, menuiserie, ébénisterie, marqueterie, charronnage, lutherie, tonnellerie, boissellerie, par A. Carpf.nter. III 198
- Bois coloniaux. Nos-------. Étude phy-
- sique et mécanique des — —, par Jean Collardet . . . VII-VIII-IX 330 Chimie. (Voir Atomistique.)
- Comptabilité. Vade-mecum du commerçant et du comptable. parM. Picard. 11 138
- — [Voir Vérifications comptables.)
- Cuir. Travail du—. Tannerie, eorroie-
- rie, mégisserie. Nettoyage, teinture et dorure des —. Colles, graisses, crèmes pour —. Chaussures, harnais, courroies, maroquineries, reliure,
- — d’art, par 11. J. Rousset . VI 420 Cuisine. Travau.r pratiques de — raisonnée. parle I.)r de Pomiaxe Pozeiuski, le l)r IIemmerdixger, le I)r et Mme Henri Laubé, M. Martel . . . IV 272 Cultures. Congrès international sur les appareils utilisés dans la lutte contre les ennemis des cultures, Lyon, 24-
- 25 juillet 1929....................III 197
- Décharge électrique (La) dans le vide et dans les gaz, par Maurice Leblanc père et Maurice Leblanc fils . . I 64
- Découpage, matriçage, poinçonnage. emboutissage, par J. Woodworth,
- 2° éd. française par Jean Lévy . I 35
- Éclairage [L’) des ateliers .... I 6t
- Electricité. (Voir Marine.)
- Embranchements industriels. Les--------et
- leur utilité, par R. Godff.rnaux . III 193
- Énergie des marées. Étude sur l'utilisation de L —--------en France, par
- Georges Moreau...................I 62
- Entropie. L’ —. Son rôle dans le développement historique de la thermodynamique, par Charles Brunold . I 53
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-
-
-
- table alphabétique DES MATIÈRES DE 1931.
- 785
- Fertilisation du sol. La microbiologie appliquée à la — — —, par E.
- Kayser................ ... III 196
- Filature. La — anglaise, par Auguste Poncelet...........................I 53
- Génie civil (Le), 1880-1930. L’évolution et le développement des principales industries depuis cinquante ans. XI 705 Hydrogéologie. Essai cl’ —. Recherche, étude et captage des eaux souterraines, par le Dr Ed. Imbealx . I 65 Laine (Voir Renvicleur.)
- Lign es électriques et postes à haute tension et règlement s’y rapportant, par
- Alfred Soulier.................111 196
- Lorraine (La) métallurgique, par Axel
- Somme..........................111 194
- Machines. Les —. Propriétés générales.
- par Léon Lecornu.................1 52
- Machines agricoles (Les), description, utilisation, par G. Passelègue . I 64
- Marine. Applications de l’électricité à la —, par L. J. M. Ricaud, Ed. Marget
- et J. L. Routin..................I 01
- Marine marchande. 3siècles d’économie maritime française, par Charliat. XI 702
- Métallographic. Travaux pratiques de —, par NV. Broniewski. Trad. par
- G. Pruszkowski...................1 58
- Microbiologie appliquée à la transfor motion des produits agricoles, par
- Edmond Kayser...................II 136
- — (voir Fertilisation du sol.)
- Moteurs agricoles (Les).Description, utilisation. par G. P. Passelègue. I 04
- Oranges, citrons, pamplemousses. Culture et commerce en Floride et en Ca-lifornie, par.l. Exi geras. VII-VII l-IX 558
- Peintures. Les — et les vernis (Les colloïdes dans l'industrie), par G. Gknin
- e L M . PlVRON..................IV 274
- Physique. Cours de—, parA.LAFAY. IV 424
- Plantes porte-graines. Culture des —
- —. par G. Marlé.................VI 423
- Produits d'entretien, par A. Chemist. III 193
- Pyrométrie optique Traité de — —, par
- Gustave Ribaud..................VI 422
- Réglementation du travail clans l’industrie................................I 54
- Renvideur pour laine cardée. Traité du
- -----------, par L. Priault. . I 54
- Sahara {Le), par Georges Hardy. VI 424
- — La conquête du —, essai de psycho-
- logiepolitique.pa.rE.F.CiAUTŒR. VI 462
- Sous-produits d’abattoirs. Traitement industriel et rationnel des — — — et des déchets organiques. Industries annexes, par René Planchon. . VI 421 Thermodynamique. (Voir Entropie.) . Touareg. Mœurs et médecine des — de l’Ahaggar. par le Dr H. Foley. VI 428 Turbines hydrauliques et régulateurs de vitesse, par A. Tenot .... I 55 Vapeur (La) à très haute pression, par Schubert, d’après Munzinger . I 59 Vente. L'organisation d'un service de
- — , par L. Frwick............III 198
- Vérifications comptables. L’organisation du contrôle et la technique des
- — —. par Jacques Reiser. . . II 137 Vernis. (Voir Peintures.)
- Bois coloniaux. Le problème des------,
- par .1. C01.LARDF.T. . . VII-VIII-IX 549 Brevets d'invention. Réforme de la loi de 1844 sur les——, dernières dispositions votées parla Chambre des Députés, par A. Taillefer . . XI 675
- c
- Café. La Semaine du — colonial français (Paris, 5-11 mai 1930), par
- Georges Wery.....................VI 398
- Calculateurs. Disques —pour la résolution de problèmes, simples ou complexes. Commun. par.M. Léon Aim’oullot (G. R. de la s. publ. du
- 28 novembre 1931 1..............XII 766
- Céramique. (Voir Colloïdes argileux. 1 Chauffage central. .Nouveau système de — — dit « chauffage par panneaux ». par Lucien Bechmann. IV 224
- Chemins de fer. Le matériel des------
- — français à l'Exposition coloniale.
- par Ed. Sauvage..................VI 403
- — Matériel présenté à l'Exp. int. de Liège, en 1930, par la Cin des Chem.
- de ferde l'Est, par Ed. Sauvage. VI 404
- — A'oir Electrification.':
- Chlore. (Voir Eau potable.
- Colloïdes. L’électrochimie des —. ses
- applications par P. Bary. VII-VIII-IX 517 Colloïdes argileux. Les — — et leurs
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-
- 780
- TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES DE 1931. — DÉCEMBRE 1931.
- applications en céramique. Communication par R. Dubrisay. III 176
- Colonies françaises. (Voir Association Colonies-Sciences, Géologie).
- Congrès. (Voir Association Colonies-Sciences.)
- Criquets. (Voir Sauterelles.)
- D
- Décoration. La 5e exposition de la — française contemporaine au Pavillon de Marsan (Paris, 4 février-22 mars 1931), par M. Magne. VI 381
- Dispositif mécanique d1 amplification.
- Nouveau-----------pour la mesure
- ou l’utilisation industrielle des faibles déplacements par A. Erb. VI 388
- — — (Compte rendu de la séance
- publique du 9 mai 1931).... VI 414
- E
- Eau potable. La stérilisation de P —
- — par le chlore, par G. Colmet-
- Daâge.............................V 340
- Eaux-fortes. (V.Impressionmécanique.)
- Électrification. L’ —à la Compagnie du ch. de fer de Paris à Orléans, par V. Sabouret (Séance du 6 oct. 1931 du C. des Arts mécaniques) . XI 698
- Enseignement. (Voir Association Colonies-Sciences.)
- Exposition. (Voir Chemins de fer, Décoration).
- Exposition coloniale internationale. Quelques enseignements de P----------
- — de Paris, 1931,par G. Hardy. XI 681
- F
- Fondations en terrain mou (Voir Quais.)
- Fumier artificiel. Le----et l’utilisa-
- tion agricole des résidus urbains, par Jean Bordas...................X 571
- G
- Gares cle triage. L’organisalion des ----------, par Ed. Sauvage . . III 182
- Géologie. Renseignements bibliographiques sur les recherches géologiques dans les colonies françaises, par F. Blondel......................II 109
- H, i
- Héliogravures (Voir Impression mécanique.)
- Hoggar. (Voir Touareg.)
- Impression mécanique. Procédé d’-----
- des eaux-fortes, pointes sèches, héliogravures, etc., en noir et en couleurs, en une seule passe. Comm. par S. Beaune (C. R. de la
- s. publ. du 14 fév. 1931). . . III 188 -----(Mémoire)................XI 657
- Industrie de l'impression. L’organisation des recherches dans P-------------
- aux États-Unis. Conf. inter, des techniciens de l’impression. Ex-
- traits par H. Le Chatelier. . . I 38 Insectes nuisibles. Utilisation des microbes dans la lutte contre les------
- (2e mémoire), par S. Metal-NIKOV.........................III 151
- Insecticides. Les —, les vermicides, les vermifuges, le pyrèthre et ses applications. Comm. par Perrot (C.
- R. de la s. publ. du24 oct. 1931). XI 695
- — — (Mémoire).....................XII 709
- Installation frigorifique (Voir Radiologie.)
- Institut de Technique sanitaire (L’). —
- --------du Conservatoire des Arts
- et Métiers, par Ed. Sauvage . . V 334 Irrigation. L’— souterraine, par Jean
- Bordas et G. Mathieu.........I 31
- Italie (Voir Politique agraire.)
- L
- Lampe « Superdualix ». La----à deux
- filaments et à coupelle pour phares d’automobiles, par A. Marsat. XI 667
- Locomotives à grande vitesse à 4 essieux couplés de la C. des Ch. de fer de l’Est, par Ed. Sauvage . III 183
- M
- Machine à coudre. Le centenaire de l'invention en France de la---------par
- Barthélemy Thimonnier en 1830,
- par A. Matagrin..............II 69
- Marqueterie. La crise des métiers d’art. La —, par M. Magne. XIJ 723 Matériaux de construction. Les propriétés thermiques des-------- — et l’étu-
- de de la transmission discontinue de la chaleur à travers les parois.
- Comm. par A. Nessi (C. R. de la s. publ. du 28 fév. 1931). . . III 191 Maures de Provence. (Voir Sahel.)
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- TABLE ALPHABÉTIQUE DES -MATIÈRES DE 1931.
- 787
- Mécanique. (Voir Normalisation.)
- Mélanges gazeux. La combustion et la détonation des---------. Les « antidétonants », par Paul Laffitte. .1 15
- Mercure. (Voir Turbines.)
- Météorologie. Le raid Paris New York au-dessus de l’Océan Atlantique par Costes et Bellonte. Le rôle de la — dans les grands raids aériens. Communication par Philippe Wehrlé (Compte rendu de la séance publique du 14 mars 1931). V 351
- ----(Mémoire), . . . VII-VIII-1X 479
- — (Voir Aéronautique.)
- Montres. Les — à remontage automatique par l’utilisation des déplacements et des secousses, système Hatot. Comm. parMarius Lavet(C. de la s. publ. du 14 nov. 1931). XII 762 Moteur. (Voir Point d’interrogation.)
- Moteurs électriques. (Voir Rhéostat.)
- N
- Navigation. (Voir Aéronautique.)
- Nécrologies. M. Charles Fremont (1855-
- 1930), par Ed. Sauvage. . . VI 369
- — M. Le Cesne................. VI 409
- — M. Max Ringelmann............VI 410
- — M. André Michelin............VI 410
- — M. Joseph-Théophile Blondin. VI 411
- — M. Édouard Julhiet...........XI 690
- — M. Léon Dabat.............XI 691
- — M. Alexandre Barbet. . . . XII 758
- — M. Gabriel Kcenigs..........XII 758
- Normalisation. — nouvelles, par Ed.
- Sauvage.......................VI 210
- — Les travaux du C. de — de la Mécanique. Session de janv. 1931. IV 211
- — Règles d’homogénéité des — éditées par le Comité de — de la Fédération de la Mécanique :
- 1° Règles d’homogénéité des — :
- C N M 110 (juillet 1930). ... IV 213
- 2° Annexe : —réalisées ou en projet:
- C N M 111 (juillet 1930) ... IV 220
- 3° Diamètres normaux : C NM 112 (juillet 1930)...................IV 222
- — Normes pour les ajustements,
- par Ed. Sauvage.................V 346
- — Projets soumis à l’enquête publique .......................... VI 387
- — Rapport présenté à l’Ass. gén.
- du 8 juil. 1931, par M. Mériel-Russy.................VII-VIII-IX 507
- P
- Phares. (Voir Lampe « Superdualix ».) Phonographes. La fabrication des disques de —. Comm. par A. Macha-bey (Compte rendu de l’Ass. gén.
- du 12 décembre 1930)............I 47
- Photogrammétrie. L’évolution de la — depuis Laussedat jusqu’à l’époque actuelle, par le gén. G. Perrier. X 587
- Photographies aériennes. Le redressement et la restitution, des-----------,
- par H. Roussilhe..............XII 734
- Point d’interrogation. Les caractéristiques et la construction du----------.
- Communication par Louis Breguet (Compte rendu de la séance publique du 14 mars 1931)............V 349
- -----(Mémoire)....................XI 645
- — — Le moteur du-------. Commu-
- nication par M. Lacoste (C. R. de
- la s. publ. du 14 mars 1931). . V 350
- -----(Mémoire). . . . VII-VIII-IX 472
- -----(Voir Aéronautique.)
- Pointes sèches. (Voir Impression mécanique.)
- Politique agraire. La----et l’écono-
- mie italienne. Communication par A. David (Compte rendu de laséance publique du 24 janvier 1931). . II 131
- — — (Mémoire)..................III 163
- Pyrcthre (Voir Insecticides.)
- Q
- Ouais. L’élablissementdes — de grande hauteur sur les terrains mous, par M. Michel-Schmidt. VII-VIII-IX 491
- R
- Radiologie. Équipage mobile de — de la Compagnie du Chemin de fer du Nord, par Ed. Sauvage . . IV 205
- — L’installation frigorifique de l'équipage de — de la Cie du Chemin
- de fer du Nord................XII 755
- Rayons X. Applications industrielles 'des — —. Communication par M. J. J. Trillat (Comptes rendus de la s. publ. du 28 nov. 1931) . XII 768
- Rhéostat automatique de démarrage
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- 788 TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIERES DE 1931. — DECEMBRE 1931.
- pour moteurs électriques, système René Planche, par Ed. Sauvage. I 44
- Roulements sur huile. Les — — —. Communication par Henri Brillié (Mémoire)..........................II 93
- S
- Sahel tunisien. Le — —et les Maures de Provence, par M. Sagot-Lesage.
- VI 383
- Sauterelles. La biologie des — et des criquets et la lutte contre les acridiens, par André Guichard. . IV 232
- Société industrielle de Rouen. Distribution solennelle des récompenses aux collaborateurs de l’industrie et du commerce (Rouen, 3 mai 1931), par Ed. Sauvage. . . V1I-VI1I-IX 347
- Société industrielle de Saint-Quentin et de l’Aisne. Distribution solennelle des prix de la------------------- ,
- par Ed. Sauvage.................III 160
- Soie artificielle. La-, sa fabrication,
- ses applications, par J. Quantin. IV 239
- Sanatorium. Le — universitaire international de Leysin, par le Dr Louis
- Vauthier................VII-VIII-IX 433
- Stérilisation. (Voir Eau potable.)
- T
- Télégraphie sans fil. (Voir Aéronautique.)
- Thimonnier. Barthélemy — (1793-1837), par Am. Matagrin ... II 70 Touareg. Les — du Hoggar et leur prochaine disparition. Comm. par Pierre R. Ichac (C. de la s. publ.
- ( du 30 mai 1931)...............VI 417
- Traction électrique. L'état actuel de la — — par accumulateurs en France. Communication par R. Gas-quet (Compte rendu de la séance publique du 10 janvier 1931). . II 128
- — — (Mémoire)...................III 141
- Tuberculeux chirurgicaux. La Clinique-
- Manufacture internationale pour la cure de soleil et de travail des —
- — indigents. Comm. par A. Rollier (C. de la s. publ. du7 mars 1931). IV 263
- -----(Mémoire). . . . VII-VIII-IX 433
- — Le Sanatorium universitaire suisse de Leysin (Suisse) et le projet de Sanatorium universitaire international. Comm. par L. Vauthier (C.
- de la s. publ. du 7 mars 1931). IV 266
- -----(Mémoire)........... VII-VIII-IX 433
- Turbines à vapeur demercure, parEd. Sauvage............................IV 209
- V
- Végétaux. (Voir Amidon).
- Vermicides. (Voir Insecticides.)
- Voyages aériens. (Voir Aéronautique.)
- L'agent général, gérant.
- E. LEMAIRE.
- BRODARD ET TAUPIN, Coulommiers-Paris.
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