Bulletin de la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale
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- BULLETIN
- DE LA
- POUR
- L’INDUSTRIE NATIONALE
- PUBLIÉ
- SOUS LA DIRECTION DES SECRÉTAIRES GÉNÉRAUX DE LA SOCIÉTÉ
- MM. CH. DE FRÉMINVILLE et G. WERY
- 1933
- ------- ' . /
- Pour faire partie de la Société, il faut être présenté par un membre et être n'ômmé par le Conseil d’Administration.
- (Extrait du Règlement.)
- PARIS
- SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ, 44, RUE DE RENNES (6e **«.)
- 1933
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- 132e ANNÉE.
- JANVIER 1933.
- BULLETIN
- DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- CONSEIL D’ADMINISTRATION
- LISTE DES MEMBRES TITULAIRES ET HONORAIRES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION ET DES MEMBRES CORRESPONDANTS POUR L’ANNÉE 1933
- MEMBRES TITULAIRES
- Bureau.
- Année de l’entrée au Conseil.
- Président.
- 1906. — Alby (O. ^), ancien Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, président honoraire du Conseil d’Administration de la Société générale d’Entreprises, 10, boulevard Flandrin (16e arr*).
- Vice-présidents.
- 1906. — Lecornu (C. ^), membre de l’Institut, Inspecteur général des Mines en retraite, professeur honoraire à l’Ecole polytechnique, 3, rue Gay Lussac (5e arr*).
- 1909. — Renard (Paul) (C. J&), lieutenant-colonel honoraire du Génie, 8 bis, rue de l’Éperon (6e arr1).
- 1917. — Mangin (Louis) (G. O. ^), membre de l’Institut et de l’Académie d’Agriculture, directeur honoraire du Muséum national d’His-toire naturelle, 36, rue Geoffroy Saint-Hilaire (5e arr*).
- 1916. — Taillefer (André) (ü. #), ancien élève de l’ücole polytechnique, 215 bis, boulevard Saint-Germain (7e arr1).
- 1925. — Lacoin (Maurice) (#), membre du Conseil supérieur de l’Enseignement technique, 12, boulevard Raspail (7e arr1).
- Secrétaires généraux.
- 1916. — de Fréminville (Charles) (#), Ingénieur des Arts et Manufactures, 18, rue Pierre Curie (5e arr4).
- 1906. — Wery (Georges) (O. efc), Ingénieur agronome, directeur honoraire de l’Institut national agronomique, 6, rue Joseph Bara (6e arr*).
- Trésorier.
- 1932. — Matheron (Jean), ancien Ingénieur des Ponts et Chaussées, administrateur de la Société générale d’Entreprises, 51, boulevard Raspail (6e arr*).
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION (1933). — JANVIER 1933.
- Année
- auConsefl" CenSCUTS.
- 1915. — de Rousiers (Paul) (O. ^), professeur à l’École des Sciences politiques, 12, rue de Bourgogne (7e an4).
- 1926. — Jetrien de la Gravière (Pierre), ancien officier de marine, administrateur de la Société centrale de Dynamite et de la Compagnie de Châti'llon, Commentry et Neuves-Maisons, 105, avenue Henri Martin (16e arr1).
- Commission des Fonds.
- 1926. — Jurien de la Gravière (Pierre), ancien officier de marine, administrateur de la Société centrale de Dynamite et de la Compagnie des Forges de Châtillon, tCommentry et Neuves Maisons, Président, 105, avenue Henri Martin (16e arr1).
- 1891. — d’Eichthal (Eugène), membre de l’Institut, vice-président de la Compagnie des Chemins de fer du Midi, directeur de l’Ecole des Sciences politiques, 144, boulevard Malesherbes (17e arr1).
- 1903. — Lafosse (H.) (O. ^), membre de l’Académie d’Agriculture, Inspecteur général des Eaux et Forêts, Président honoraire, 61, rue de Yaugirard (6e arr').
- 1906. — Alby (O. %), ancien Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, président honoraire du Conseil d’administration de la Société générale d’Entreprises, 10, boulevard Flandrin (16e arr1).
- 1923. — Cûrnu-Tiiénard (André) (ifc), ancien Ingénieur des Manufactures de l’Etat, professeur à l’Ecole nationale supérieure des Mines, 6, place Saint-Sulpice (6e arr1).
- 1928. — IIeurteau (Charles) (O. ^), Ingénieur des Mines, président de
- la Penarroya, administrateur du P. O. et de la Compagnie de Maries, 1, avenue Victor Emmanuel III (8e arr1).
- 1930. — W atier (Henry) (C. ifc, ü§), Inspecteur général des Ponts et Chaussées, conseiller d’Etat, directeur des Ports maritimes et des Voies navigables, 16, quai de la Mégisserie (1er arr1).
- 1930. — Cartault (Paul) (#, 1. i|), docteur en droit, licencié ès lettres, diplômé de l’Ecole des Sciences politiques, avocat au Conseil d’Etat et à la Cour de Cassation, 15, rue Duroc (7e arr1).
- 1932. — M atheron (Jean), ancien Ingénieur des Ponts et Chaussées, administrateur de la Société générale d’Entreprises, 51, boulevard Raspail (6e arr1).
- 1891.
- 1898.
- Comité des Arts mécaniques.
- Sauvage (O. Inspecteur général des Mines, en retraite, Prési-
- dent, 14, rue Eugène Flachat (17e arr1).
- Masson (L.) (O. #), ingénieur civil, directeur en congé hors cadre au Conservatoire des Arts et Métiers, 22, rue Alphonse de Neuville (17e arr1).
- 1900. — Walckenaer (Ch.) (C. i&), Inspecteur général des Mines, en retraite, président de la Commission centrale des Machines à vapeur au
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT EN 1933. 5
- Année
- de l'entrée
- au Conseil.
- Ministère des Travaux publics, 218, boulevard Saint-Germain (7e arr4).
- 1906. — Lecornu (Léon) (C. l&), membre de l’Institut, Inspecteur général des Mines honoraire, professeur en retraite à l’Ecole polytechnique, 3, rue Gay Lussac (5e arr1).
- 1913. — Dantzer (James) (O. ^), ingénieur, professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers, 17, avenue Sainte-Foy, à Neuilly sur Seine (Seine).
- 1916. — de Fréminville (Charles) (ijfc), Ingénieur des Arts et Manufactures, 18, rue Pierre Curie (5e arr1).
- 1918. — Guillery (René) (ifc), administrateur délégué des Etablissements Malicet et Blin, 111, rue de Flandre (19e arr*).
- 1922. — Androuin (M. J.) (ejfc, I. 0), ingénieur conseil, 44, rue Dombasle (15e arr1).
- 1924. — Sabouret (Victor) (O.^f), Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées,
- en retraite, Ingénieur en chef honoraire de la Compagnie du Chemin de fer d’Orléans, 3, square de La Tour Maubourg (7e arr1).
- 1925. — Dumanois (Paul) (O. I. ^>), Ingénieur en chef de la Marine
- (C. R.), Inspecteur général de l’Aéronautique, directeur des Services techniques de l’Office national des Combustibles liquides, 17, rue Darcel, Boulogne sur Seine (Seine).
- 1927. — Fieux (Jean) (^), ingénieur conseil aux Etablissements Schneider, 11, rue Valentin Haüy (15e arr1).
- 1930. — Brillié (Eugène), Ingénieur des Arts et Manufactures, conseil aux Etablissements Schneider, 111, boul. Saint Michel (5e arr*).
- 1932. — Pernollet (Joseph), Ingénieur des Arts et Manufactures, administrateur-directeur des Etablissements E. Vuillaume (Boulonnerie, Paris et Revigny), 45, rue Manin (19° arr1).
- 1932. — Nigolau (Pierre) (^, Ü, q), chef d’escadron d’artillerie, chef du Service de l’Atelier de Précision à la Section technique de l’Artillerie, 69, rue de Rennes (6e arr4).
- 1932. — Epinay (Edmond) (O. ifc), Ingénieur des Ponts et Chaussées, en congé H. C., ingénieur en chef du Matériel et de la Traction à la Compagnie du Chemin de fer de Paris à Orléans,;5, rue Jean Carriès (7e arr1).
- Comité des Arts clnmiques.
- 1900. — Bâclé (O. #), Ingénieur civil des Mines, Président, 96, rue de la Victoire (9e arr4).
- 1885. — Le Chatelier (Henry) (G. O. ^), membre de l’Institut, Inspecteur général des Mines, Président honoraire, 75, rue Notre Dame des Champs (6e arr4).
- 1907. — Guillet (C. i&), membre de l’Institut, professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers, directeur de l’École centrale des Arts et Manufactures, 1, rue Montgolfier (3e arr1).
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION (-1933). — JANVIER 1933.
- Année de l’entrée au Conseil.
- 1908. — Bertrand (Gabriel) (O. ifc), membre de l’Institut, de l’Académie de Médecine et de l’Académie d’Agriculture, professeur à la Faculté des Sciences et à l’Institut Pasteur, 61, boulevard des Invalides (7e arr4).
- 1911. — Trillat (A.) (C. 4fc), chef de Service à l’Institut Pasteur, 28, rue
- Dutot (15e arr4).
- 1912. — Delloye (Lucien) (O. %), directeur général des Glaceries delà Cie de
- Saint-Gobain, 1 bis, place des Saussaies (8e arr4).
- 1913. — Loebnitz (J.) (G. %), fabricant de faïences artistiques, 4, rue Pierre
- Levée (11e arr4).
- 1917. — Chesneau (Gabriel) (G. ifc), Inspecteur général des Mines, directeur honoraire de l’Ecole nationale supérieure des Mines, 17, rue de Bourgogne (7e arr1).
- 1921. — Charpy (Georges) (O. #), membre de l’Institut, professeur à l’Ecole polytechnique, 123, rue de Lille (7e arr4).
- 1924. — Jossier (Gabriel) (i$fc), Ingénieur des Arts et Manufactures, président d’honneur de la Chambre syndicale des Cuirs et Peaux de Paris, 19, rue Béranger (3e arr1).
- 1927. — Fleurent (C. ifc, CI), professeur au Conservatoire national des Arts
- et Métiers, directeur de l’Office des Produits chimiques et pharmaceutiques, 65, route de Croissy, Le Vésinet (Seine et Oise).
- 1928. — Portevin (Albert) (%), Ingénieur des Arts et Manufactures, profes-
- seur suppléant et chef des travaux de métallurgie à l’École centrale des Arts et Manufactures, professeur à l’École supérieure de Fonderie et à l’École supérieure de Soudure autogène, ancien président de la Société des Ingénieurs civils de France, 21, boulevard de Beauséjour (16e arr4).
- 1928. — Pascal (Paul) (^), correspondant de l’Institut, professeur à la Sorbonne et à l’École centrale des Arts et Manufactures, Laboratoire de Chimie minérale de la Sorbonne, 1, rue Victor Cousin (5e an4).
- 1928. — Wahl (André) (ijfc, I. Il), professeur au Conservatoire national des
- Arts et Métiers, 14 bis, boulevard Cotte, Enghien les Bains (Seine et Oise).
- 1929. — Jolibois (Pierre) (ifc, ^), docteur ès sciences physiques, professeur
- à l’Ecole nationale supérieure des Mines, 10, rue Dupont des Loges (7e arr1).
- 1930. — Dubrisay (René) (^, I. ||), Ingénieur en chef des Manufactures de
- l’Etat, docteur ès sciences, professeur de chimie générale au Conservatoire national des Arts et Métiers, examinateur à l’École polytechnique, 37, rue Vaneau (7e arr*).
- Comité des Arts économiques.
- 1909. — Renard (Paul) (C. %), I ieutenant-colonel honoraire du Génie, Président, 8 bîs, rue de l’Éperon (6e arr1).
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT EN 1933. 7
- Année de l’entrée au Conseil.
- 1897. — Lyon (C. ijfc), président honoraire du Conseil d’Administration delà Société Pleyel, 5, avenue du Parc Monceau (8e arr‘).
- 1909. — Bordas (Dr F.) (C. i^), directeur du Laboratoire d’Hygiène générale
- et expérimentale au Collège de France, membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique de France, 58, rue Notre Dame des Champs (6e arr1).
- 1910. — Féry (^j), professeur honoraire de l’Ecole municipale de Physique
- et de Chimie, 28, rue de l’Arbalète (5e arr1).
- 1915. — Arnould (Pierre) (O. i&), ingénieur, commissaire expert du Gouvernement pour l’examen des contestations en douane, 15, rue Duguay-Trouin (6e arr*).
- 1919. — Delage (Gustave) (O. ^), lieutenant de vaisseau de réserve, président délégué de la Société Nieuport-Astra et de la Société aérienne bordelaise, 46, boulevard Gallieni, à Issy les Moulineaux(Seine). 1919. — Rey (Jean) (C. i&), membre de l’Institut, Ingénieur civil des Mines, vice-président de l’Académie de Marine, administrateur directeur des Anciens Etablissements Sautter-Harlé, 20, avenue de Suffren (15e arr1).
- 1925. — Carpentier (Jean) (i&), administrateur délégué de la Société « Ate-
- liers J. Carpentier », 34, rue Guynemer (6e arr1).
- 1926. — Garnier (Maurice) (C. I. 0), Ingénieur général de l’Artillerie
- navale, sous-directeur central de l’Artillerie navale au Ministère de la Marine, 2, rue de Belgrade (7e arr*).
- 1927. — Pineau (Louis) (C. ^), directeur de l’Office national des Combus-
- tibles liquides, 37, avenue Duquesne (7e arr1).
- 1928. — I jEQUEux (Raoul) (^), Ingénieur des Arts et Manufactures, ingé-
- nieur constructeur de matériel de laboratoire, 64, rue Gay Lussac (5e arr*).
- 1929. — Gaumont (Léon) (O. ^), président d’honneur de la Chambre syn-
- dicale française de la Cinématographie, 39, avenue Victor Hugo (16e arr4).
- 1930. — Janvier (Marie-Charles) (C. %), lieutenant-colonel honoraire d’artil-
- lerie, 137, avenue Malakoff (16e arr*).
- 1930. — Nessi (André) (^, i|), Ingénieur des Arts et Manufactures, gérant des Etablissements Nessi frères et Cie à Montrouge, constructeurs d’appareils de chauffage par l’eau et la vapeur, 1, avenue du Président Wilson (16e arr*).
- 1930. — Fabry (Charles) (O. i&), membre de l’Institut, professeur à la Sorbonne et à l’Ecole polytechnique, directeur de l’Institut d’Optique, 150, avenue du Maine (14e arr*).
- 1932. — Helbronner (Paul) (O. ü), docteur ès sciences mathémathiques,
- membre de l’Institut, correspondant du Bureau des Longitudes, 46, avenue Kléber (16e arr1).
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION (1933). — JANVIER 1933.
- Comité d’Agriculture.
- Année de l’entrée au Conseil.
- 1917. — Mangin (Louis) (G. O. ^), membre de l’Institut et de l’Académie d’Agriculture, directeur honoraire du Muséum national d’His-toire naturelle, Président, 36, rue Geoffroy Saint-Hilaire (5e arr1). 1901. — Hitier (Henri) (O. >&), Ingénieur agronome, secrétaire perpétuel de l’Académie d’Agriculture, membre du Conseil supérieur de l’Agriculture, professeur à l’Institut national agronomique, 6, rue du Général Foy (8e arr*).
- 1905. — Schribaux (E.) (C. !&), Ingénieur agronome, membre de l’Académie
- d’Agriculture, 140 bis, rue de Rennes (6e arr1).
- 1906. — Wery (Georges) (O. i&), Ingénieur agronome, membre de l’Aca-
- démie d’Agriculture, directeur honoraire de l’Institut national agronomique, 6, rue Joseph Bara (6e arr1).
- 1916. — Viala (Pierre) (C. %), membre de l’Institut et de l’Académie d’Agri-
- culture, professeur à l’Institut national agronomique, Inspecteur général honoraire de la Viticulture, 35, boul. Saint-Michel(5earr1).
- 1917. — Moussu (G.) (O. ^), membre de l’Académie d’Agriculture, profes-
- seur à l’Institut national agronomique, 1, villa des Épinettes, à Saint-Maurice (Seine).
- 1922. — Kayser (Edmond) (O. ifc), membre de l’Académie d’Agriculture, directeur honoraire du Laboratoire de Fermentation à l’Institut, national agronomique, 9 bis, rue d’Assas (6e arr1).
- 1927. — Roux (Eugène) (G. O. ^), docteur ès sciences, directeur de l’Institut des Recherches agronomiques, 42, rue de Bourgogne (7e arr1).
- 1929. — Nomblot (Alfred) (C. C. H), président de la Chambre d’Agriculture de la Seine, membre du Conseil supérieur de l’Agriculture, secrétaire général de la Société nationale d’Horticulture de France, horticulteur, 146, Grande Rue, Bourg la Reine (Seine). 1929. — Prudhomme (Emile) (O. ^), Ingénieur agronome, directeur de l’Institut national d’Agronomie coloniale, professeur à l’Institut national agronomique et à l’Ecole coloniale, 10, rue de Fontenay, Nogent sur Marne (Seine).
- 1929. — Rémond (Georges) (^), président de l’Association générale des
- Producteurs de Blé et de la Chambre d’Agriculture de Seine et Marne, 60, rue de Vaugirard(6e arr‘).
- 1930. — Alquier (Jules) (O. ^), directeur de la Station centrale de Recherches
- sur l’Alimentation à l’Institut des Recherches agronomiques, secrétaire général de la Société scientifique d’Hygiène alimentaire, directeur de l’Institut national agronomique, 16, rue Claude Bernard (5e arr1).
- 1930. — Caziot (Pierre) (O. i&), Ingénieur agronome, membre de l’Académie d’Agriculture, président de la Compagnie des Experts immobiliers près le Tribunal de la Seine, 2, rue Borghèse, Neuilly sur Seine (Seine).
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT EN 1933. 9
- Année de l'entrée au Conseil.
- 1932. — Vayssière (Paul) (O. §), Ingénieur agronome, docteur ès sciences, professeur de zoologie agricole, 2, rue du Val de Grâce (3e arr1). 1932. — Villard (André) (O. i§, C. g), membre de l’Académie d’Agri-
- culture, vice-président honoraire de la Chambre syndicale des Constructeurs de Machines agricoles, ingénieur, 39, rue de Prony (17e arr‘).
- 1932. — Tardy (Louis) (C. ifc, I. 0, C. j§), Ingénieur agronome, licencié ès sciences, membre de l’Académie d’Agriculture, directeur général de la Caisse nationale de Crédit agricole, professeur à l’Institut national agronomique et à l’Institut national d’Agronomie coloniale, 7, avenue de \ illars (7e arr1).
- Comité des Constructions et des Beaux-Arts.
- Mesnager (A.) (C. %), membre de l’Institut, Inspecteur général des Ponts et Chaussées, en retraite, Président, 17, boulevard Raspail (7e arr*).
- Maes (Georges) {%), manufacturier, 43, rue de Courcelles (8e arr*). Hersent (Georges) (G. O. %), Ingénieur des Arts et Manufactures, 60, rue de Londres (8e arr1).
- Bourdel (Joseph) (O. ifc), imprimeur éditeur, ancien juge au Tribunal de Commerce, ancien président du Cercle de la Librairie et du Syndicat des Editeurs, 10, rue Garancière (6e arr1).
- D’Ali ,emagne (Henry) (O. ^), archiviste paléographe, bibliothécaire honoraire de l’Arsenal, 30, rue des Mathurins (8e arr‘). Taillefer (x\ndré) (O. 4&), ancien élève de l’Ecole polytechnique, docteur en droit, avocat à la Cour de Paris, président honoraire de l’Association française pour la Protection de la Propriété industrielle, 213 bis, boulevard Saint-Germain (7e arr1).
- Magne (Marcel) (O. ^), professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers, membre du Conseil supérieur des Beaux-Arts, 34, quai de Béthune (4e arr1).
- Feret (Bené) (O. %), ancien élève de l’École polytechnique, chef du laboratoire des Ponts et Chaussées, à Boulogne sur Mer (Pas de Calais).
- Colmet Daage (Gaston) (O. i), Inspecteur général des Ponts et
- Chaussées, en retraite, 198, boulevard Saint-Germain (7e arr1). Lumière (Louis) (C. ifc), membre de l’Institut, 136, boulevard Bineau, Neuilly sur Seine (Seine).
- Michel-Schmidt (Maurice) (ifc, Cl, s§, ®), Ingénieur des Arts et Manufactures, entrepreneur des travaux d’extension du port du Havre, 183, boulevard de Strasbourg, Le Havre (Seine Inférieure).
- Schneider (Charles) (^), artiste, maître de verrerie, 79, avenue du Chemin de fer, Épinay sur Seine (Seine).
- 1907. —
- 1903. —
- 1908. —
- 1908. —
- 1908. — 1916. —
- 1919. —
- 1924. —
- 1923. —
- 1926. —
- 1927. —
- 1927. —
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION (1933). — JANVIER 1933.
- Année de l’entrée au Conseil.
- 1927.
- 1927.
- 1930.
- 1892.
- 1897.
- 1910.
- 1913.
- 1915.
- 1924.
- 1924.
- 1925.
- 1925.
- 1926.
- 1927.
- 1929.
- Saupique (Georges) (ifc), sculpteur, membre du Jury à l’Exposition des Arts décoratifs de Paris 1925, 105, rue Notre Dame des Champs (6e arr1).
- Bechmann (Lucien) (i}fc, i), architecte diplômé par le Gouvernement, 23, rue du Conseiller Collignon (16e arr‘).
- Séjourné (Paul) (G. O. #), membre de l’Institut, Inspecteur général des Ponts et Chaussées, conseil de la Cie P. L. M., 82, rue Notre Dame des Champs (6e arr*).
- Comité de Commerce.
- Gruner (E.) (O. ^), Ingénieur civil des Mines, président honoraire du Comité central des Houillères de France, ancien président de la Société des Ingénieurs civils de France, Président, 8, rue César Franck (15e arr1).
- Paulet (G.) (C. ifc), ancien conseiller d’Etat, administrateur du Crédit foncier de France, 21, rue d’Ourches, à Saint Germain en Laye (Seine et Oise).
- Risler (Georges) (G. O. ^), membre de l’Institut, président du Musée social et de l’Union nationale des Fédérations d’organismes d’Ha-bitations à bon marché, 115, avenue des Champs Elysées (8e arr1).
- Richemond (Pierre) (C. ^), ancien ingénieur constructeur, président du Conseil d’administration du P. O., 49, rue Ampère (17e arr1).
- de Rousiers (Paul) (O. i&), professeur à l’École des Sciences politiques, 12, rue de Bourgogne (7e arr1).
- Roume (Ernest) (G. C. i}fc), gouverneur général honoraire des Colonies, 2, rue Litolff (16e arr1).
- Herrenschmidt (Jacques), fabricant de cuirs teints, 138, rue de Courcelles (17e arr1).
- Lacoin (Maurice) (^), membre du Conseil supérieur de l’Enseignement technique, 12, boulevard Raspail (7e arr*).
- Lyautey(H.) (G. C. ^), maréchal de France, membre de l’Institut, 5, rue Bonaparte (6e arr1).
- Servonnet (Hyacinthe) (*}fc, Ü, 0), Ingénieur des Arts et Manufactures, chef adjoint des Services des Ateliers de Machines du Chemin de fer du Nord, 40, avenue Junot (18e arr1).
- Hardy (Georges) (O. |i), ancien élève de l’École normale supé-
- rieure, agrégé de l’Université, docteur ès lettres, ancien directeur de l’Enseignement en Afrique occidentale française, au Maroc, et de l’École coloniale, recteur de l’Académie d’Alger.
- Chevalier (Auguste) (O. ifc), professeur au Muséum national d’Histoire naturelle, directeur du Laboratoire d’Agronomie coloniale, chef de la Mission permanente d’Agriculture au Ministère des Colonies, secrétaire général de l’Association Colonies-Sciences, 57, rue Cuvier (5e arr1).
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- MEMBRES HONORAIRES DU CONSEIL DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT EN 1933. 11
- Année
- <ie L’entrée
- au Conseil.
- 1931. — Blondel (Fernand) (|!), Ingénieur en chef des Mines, secrétaire général du Comité d’Etudes minières pour la France d’Outre Mer, 13, rue de Bourgogne (7e arr*).
- 1931. — Abbatucci (Dr S.) (O. |i, f), médecin colonel en retraite, ancien
- membre du Conseil supérieur de Santé des Colonies, attaché à l’Office national d’Hygiène sociale (Service colonial), 9, rue Léon Vaudoyer (7e arr*).
- Commission du Bulletin.
- MM. de Fréminville, Wery, secrétaires généraux, Lafosse, Jurien de la Gravière, Sauvage, Masson, Bâclé, Chesneau, Renard, Arnould, Hitier , Schribaux, Colmet Daâge, Bourdel , de Rousiers, Herrenschmidt.
- Agent général de la Société.
- 1912. — Lemaire (Eugène) (#, i|), Ingénieur des Arts et Manufactures, 44, rue de Rennes (6e arr*). — Téléphone : Littré-55-61.
- MEMBRES HONORAIRES DU CONSEIL Bureau.
- 1901. — Hitier (Henri) (O. ^), Ingénieur agronome, professeur à l’Institut national agronomique, membre du Conseil supérieur de l’Agriculture, secrétaire perpétuel de l’Académie d’Agriculture (secrétaire général), 6, rue du Général Foy (8e arr*).
- Commission des Fonds.
- 1903. — Lafosse (H.) (O. ^), membre de l’Académie d’Agriculture, Inspecteur général des Eaux et Forêts (président), 61, rue de Vaugirard (6e arr*).
- Comité des Arts cliimiques.
- 1883. — Le Chatelier (Henry) (G. O. ifc), membre de l’Institut, Inspecteur général des Mines (président), 75, rue Notre Dame des Champs (6e arr*).
- 1889. — Vieille (G. O. üfc), membre de l’Institut, 16, avenue Pierre Ier de Serbie (16e arr*).
- 1925. — Kestner (Paul), ingénieur, 24, rue Barbet de Jouy (7e arr*).
- Comité des Arts économiques.
- 1916. — I ægouëz (Raynald) (C. %), Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, membre de la Chambre de Commerce de Paris, 25, rue Molitor (16e arr*).
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION (1933). — JANVIER 1933.
- Année de l’entrée au Conseil.
- 1922. — Breton (Jules), membre de l’Institut, directeur de l’Office des Recherches scientifiques et industrielles et des Inventions, 81 bis, boulevard Soult (12e arr4).
- Comité des Constructions et des Beaux-Arts.
- 1911. — Bertrand de Fontviolant (O. ifc), professeur à l’École centrale des Arts et Manufactures, Les Acacias, Vaucresson (Seine et Oise).
- Comité de Commerce.
- 1899. — Lévy (Raphaël Georges) (O. ifc), membre de l’Institut, 3, rue de Noisiel (16e arr4).
- MEMBRES CORRESPONDANTS
- Comité des Arts mécaniques.
- Correspondant français.
- Année de
- la nomination.
- 1913. — Schubert (Adrien) (#, 1,0), Ingénieur des Arts et Manufactures, 6, rue Fourcroy, Paris (17e arr4).
- Correspondant étranger.
- 1923. — Legros (Lucien Alphonse), M. Inst. C. E., O. B. E., ingénieur conseil, 38, Haie Lane, xMill Hill, Londres, N. VV. 7 (Angleterre).
- Comité des Arts chimiques.
- Correspondant français.
- 1919. — Zuber (Louis), industriel, à Rixheim (Haut-Rhin).
- Correspondants étrangers.
- 1922. — Hauser (Enrique), Ingénieur des Mines, membre de l’Académie royale des Sciences de Madrid, président de la Commission espagnole du Grisou, ancien président de la Société espagnole de Physique et Chimie, professeur chef du Laboratoire de Chimie industrielle de l’Ecole des Mines et du Laboratoire Gomez Pardo, 33, rue Zorrilla, à Madrid, 14° (Espagne).
- 1922. — Sauveur (Albert) (ifc, 0), ingénieur métallurgiste, membre de l’American Academy of Arts and Sciences, membre honoraire de la Société des Ingénieurs sortis des Écoles de Liège, président du Salon français de Boston, professeur de métallurgie et
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- MEMBRES CORRESPONDANTS DE LA SOCIETE D’ENCOURAGEMENT EN 1933. 13
- Armée de la nomination.
- de métallographie à l’Université Harvard, Harvard University, Cambridge, Mass. (U. S. A.).
- 1922. — Mrazec (L.), professeur de minéralogie, directeur de l’Institut géologique de Roumanie, membre de l’Académie roumaine, chaussée Kiselefï, 2, à Bucarest (Roumanie).
- Comité des Arts économiques.
- Correspondants français.
- 1919. — Chauveau (Dr Claude) (ifc), sénateur, docteur médecin, 242, boulevard Saint-Germain, Paris (7e arr4).
- 1919. — Férol (Comte Jean-Emile de), président et administrateur délégué de la Société française d’incandescence par le Gaz (Système Auer), 21, rue Saint Fargeau, Paris (20e arr4).
- 1919. — Visseaux (Jacques), industriel, 88 et 90, quai Pierre Seize, à Lyon (Rhône).
- Correspondants étrangers.
- 1890. — Elihu-Thomson (O. ^), A. M. (Yale University) D. Sc. (Harvard University), Consulting èngineer, electrician, member of Corporation, Mass. Institute of Technology (Cambridge, Mass.), General Electric Company (Lynn, Mass.), 22, Monument Avenue, Swampscott, Mass. (U. S. A.).
- 1913. — Guillaume (Charles-Edouard) (O. ^), correspondant de l’Institut de France (prix Nobel), physicien, directeur du Bureau international des Poids et Mesures, Pavillon de Breteuil, à Sèvres (Seine et Oise).
- 1920. — Torres y Quevedo, membre de l’Académie royale des Sciences de Madrid, directeur du Laboratorio de Automatica de Madrid, membre correspondant de l’Institut de France, Yalgame Dios, 3, Madrid (Espagne).
- Comité d’Agriculture.
- Correspondants français.
- 1890. — Milliau (Ernest) (ifc, §), expert des tribunaux, correspondant de l’Académie d’Agriculture, directeur du Laboratoire d’Essais techniques, 30, rue Sainte, Marseille (Bouches du Rhône).
- 1907. — Monicault (Pierre de) (ü), Ingénieur agronome, membre de l’Académie d’Agriculture, agriculteur, 91, faubourg Saint-Honoré, Paris (8e), et à Versailleux (Ain).
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION (1933). — JANVIER 1933.
- Comité des Constructions et des Beaux-Arts.
- Correspondants français.
- Année de la nomination.
- 1913. — Couturaud (Pierre) (lj£), Ingénieur des Arts et Manufactures, administrateur délégué de la revue Chaleur et Industrie, 5, rue Michel Ange, Paris (16e arr*).
- 1925. — Leinekugel le Cocq (G.) (O. i&), Ingénieur hydrographe en chef de la Marine de réserve, Établissements métallurgiques G. Leinekugel le Cocq, à Larché (Corrèze), et 28, quai de Passy, Paris (16e arr‘).
- Correspondant étranger.
- 1932. — Hannover (Harold Immanuel), ancien directeur de l’Ecole polytechnique royale, 0sterbrogade IO60, Copenhague (Danemark).
- NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
- par M. Ed. Sauvage, membre du Conseil de la Société d’Encouragement.
- Le Bulletin d’octobre 1931 (p. 657-666), a décrit le procédé d’impression mécanique en noir et en couleurs, avec une passe unique, de M. Serge Beaune. Le numéro de Noël 1932 de L'Illustration, a donné une eau-forte en couleurs, Le Jardin japonais, de M. Jean Icart, reproduite à 250.000 exemplaires par le procédé Serge Beaune, dont elle a suivi la mise au point et les perfectionnements incessants.
- Le Comité de Normalisation de la Mécanique a publié en octobre 1932, deux normes sur la soudure autogène, qu’il est intéressant de signaler à nos lecteurs.
- La première, CNM 1301, précise les définitions des divers modes de soudure, soit par fusion, soit par pression; de nombreux croquis représentent les divers modes d’assemblage.
- La seconde, CNM 1302, donne, avec grands détails, la représentation des soudures sur les dessins.
- Erratum.
- Dans le Bulletin de [juin 1931, p. 403, les 5 dernières lignes doivent être remplacées comme il suit :
- En supposant que la résistance moyenne du train avec la locomotive soit de 6 kg par tonne (ce qui paraît faible), on trouve une résistance de 7.260 kg (660 x 11), et un travail par seconde de 7.260 X 27.8, soit 2.010 kgm : la puissance doit donc atteindre et dépasser 2.000 kW. Toutefois le deuxième élément du calcul est hypothétique.
- 2 janvier 1933.
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- BULL. DÉ LA SOC. DENCOURAG. POUR L’iNDÜSTRiE NATIONALE. —JANVIER 1933 (p. lS).
- DIRECTIVES MÉCANOGRAPHIQUES ET MÉCANOGRAPHIE FRANÇAISE'11
- par M. Georges Bolle, Chef de division à la Cle des Chemins de fer P.-L.-M.
- M. LE PRÉSIDENT, MESDAMES, MESSIEURS,
- Préambule. — La mécanographie est à la mode : elle se porte beaucoup, si je peux dire : c’est une mode qui non seulement « prend », comme on dit, mais une mode qui « tient » et qui tiendra : car, contrairement à toute mode, elle a tout ce qu’il faut pour être autre chose qu’un engoûment passager, parce qu’elle répond à un besoin; et encore que, quand il s’agit d’elle, l’aimable vocable « mode » perde sa grâce coutumière pour revêtir un aspect quelque peu rébarbatif, il n’en reste pas moins que le sujet est du plus vivant intérêt. Je vais m’efforcer de vous le montrer ce soir, et de rechercher avec vous si la mécanographie mérite réellement la faveur sans cesse accrue, dont elle est actuellement l’objet, et sous quels angles il convient de la considérer pour s’en rendre compte.
- Je dégagerai de cet examen quelques directives, dont je m’empresse de vous dire qu’elles seront parfaitement objectives, et que je vous les présenterai comme des vérités d’expérience aussi définitives et dénuées de toute marque personnelle que 2 et 2 font 4.
- Je noterai, en passant, que le mot mécanographie, très exact, tant qu’il ne s’agissait que de machines à écrire, n’a été étendu à l’ensemble des machines de bureau que par un détestable abus de langage. Pourquoi avoir conservé ce mot, alors qu’il englobe maintenant quelque 4.000 machines de toute espèce, dont beaucoup n’écrivent rien du tout, dont aucune ne fait sa spécialité d’écrire, dont toutes s’ingénient à faire, avant tout, mécaniquement des calculs et des statistiques? C’est plutôt mécanarithmétique ou calcul mécanique qu’il faudrait dire — mécanographie est devenu un non-sens; mais il en faut bien au moins un, n’est-ce pas, nécessairement, dans toutes les modes, quelles qu’elles soient — et, puisque mode il y a, disons « mécanographie », en attendant — si cela vient jamais — qu’on dise « mécanarithmétique », vocable peu élégant, au demeurant, je le reconnais.
- Origine du « calcul ». — Ce n’est pas d’aujourd’hui que l’homme a cherché à s’aider pour compter, d’artifices matériels : le mot calcul n’est-il pas tout simplement la forme française du latin calculus, qui veut dire « petit caillou », parce que rien n’est plus commode que les petits cailloux pour guider le calculateur novice, au même titre, du reste, que ses doigts, que des haricots secs, bouliers, et autres éléments faciles à grouper et à dégrouper? Aussi bien, remarquez que calculer, ce n’est jamais que composer et décomposer divers éléments pour certains besoins : compositions et décompositions plus ou moins complexes, plus ou moins faciles à réaliser, assurément, mais dont le principe se ramène immuablement aux petits tas de cailloux qu’on amasse, qu’on partage en plusieurs autres, ou qu’on réunit...
- Mais évidemment, les petits tas de cailloux ne mènent pas bien loin, et se sont bientôt montrés d’une insuffisance notoire, en présence des nécessités auxquelles
- (1) Communication faite en séance publique par l’auteur le 22 octobre 1932.
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- LA MÉCANOGRAPHIE EN FRANCE.
- JANVIER 1933.
- devaient faire face les calculateurs : et comme personne, en ces âges lointains, ne songeait à perfectionner mécaniquement les élémentaires combinaisons desdits petits tas, il a fallu trouver autre chose : au lieu de combiner des cailloux, on a, une fois l’écriture inventée, combiné les chiffres — et l'arithmétique est née, — chez les Phéniciens, dit-on — et s’est développée surtout avec l'usage des chiffres arabes (qui ne sont, du reste, plus guère arabes), dont nous nous servons aujourd’hui, et qui ont été introduits en Europe par les Sarrazins, du temps de Charlemagne.
- Les règles des opérations arithmétiques, les vieilles et immuables 4 règles, constituaient, à n’en pas douter, un immense progrès, dont on ne saurait trop se féliciter. Mais, lorsque, au cours des temps, ces opérations se présentèrent en masses compactes, comme il arrive soit dans les administrations, soit dans les comptabilités de grandes entreprises industrielles et commerciales, elles finirent par constituer des travaux si longs, si pénibles, que le besoin de moyens nouveaux, allégeant la tâche des calculateurs, se fit sentir avec une acuité, que le développement des affaires rendit de plus en plus impérieuse.
- Par un juste retour des choses d’ici-bas, c'est à une aide matérielle qu’on a eu de nouveau recours : la machine à calculer allait substituer ses prodigieuses combinaisons aux agencements embryonnaires des petits cailloux. C’est Pascal, notre Pascal national, qui devait en 1641, à l’âge de dix-huit ans, réaliser la première machine de ce genre, « cette machine arithmétique par laquelle on fait, comme s’exprime sa sœur Gilberte, non seulement toutes sortes de supputations sans plume et sans jetons, mais on les fait même sans savoir aucune règle d’arithmétique, et avec une sûreté infaillible ».
- Ladite machine était uniquement destinée, vous le savez, à aider dans ses calculs le père de Pascal, alors intendant des tailles en Normandie. Deux exemplaires de cette vénérable aïeule se trouvent au Conservatoire national des Arts et Métiers. Et certes, le nom d’aïeule lui sied à merveille : car, si perfectionnées que soient les machines de bureau construites depuis, elles se sont toutes inspirées, directement ou indirectement, de la machine de Pascal, dont elles sont, par le fait, les authentiques descendantes.
- S’il a fallu près de deux siècles, avant que l’invention et la réalisation de machines nouvelles soient remises à l’étude, et donnent d’appréciables résultats, c’est d’abord, sans doute, parce que Pascal ne s’est nullement soucié de tirer parti d’une découverte, qu’il avait mise au point pour l’usage exclusif de son père, sans le moindre souci d’en faire une affaire. D’autre part, la mécanique de précision était alors à l’état tellement embryonnaire, qu’un mémorialiste du temps écrit : « La machine de M. Pascal était si difficile à faire, qu’il n'y avait qu’un ouvrier, qui est à Rouen, qui la sache faire : encore fallait-il que M. Pascal y soit présent. »
- Enfin le volume des affaires ne faisait pas alors et ne devait pas faire de longtemps, une nécessité absolue de la machine de bureau : la fonction n’avait pas encore tendance à créer l’organe.
- Quoi qu’il en soit, ce n’est qu’au début du siècle dernier que de nouvelles machines ont fait leur apparition et parcouru la plus brillante carrière, se perfectionnant de plus en plus, accélérant leur vitesse jusque à l'invraisemblable et ne demandant souvent à l'opérateur qu’un insignifiant effort, tout le remuement du mécanisme étant assuré par un moteur électrique.
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- Je n’entreprendrai pas de vous décrire ici les diverses machines qui ont été imaginées : elles sont trop — quelque 4.000, comme je vous le disais tout à l'heure. Constatons simplement qu’il n’est pas un domaine où elles ne trouvent leur place, pas un problème qu’elles ne parviennent à résoudre.
- Après les machines à additionner, on a vu naître les machines à multiplications par additions successives, dont l’arithmomètre que Thomas, de Colmar, construisit vers 1820, peut être considéré comme le prototype. Puis vinrent les machines à multiplications directes, matérialisant la table de Pythagore : c’est en 1888 qu’un jeune Français de 18 ans, Léon Bollée, en produisait la première réalisation.
- Appareils logarithmiques, machines à résoudre les équations, machines à différences, on en a vu de toutes les façons, de tous les aspects, capables, à la manière de Pic de la Mirandole, de discourir, si je peux dire, de omni re calculabili et qui-busdam aliis, sur tout ce qui est calculable et sur bien d’autres choses encore.
- Le savant espagnol, Torres y Quevedo n’a-t-il pas démontré, matériellement parlant, qu’il n’existait pas de combinaison, arithmétique ou algébrique, qui ne puisse être mécaniquement établie? N’a-t-il pas construit — vous le savez sans doute — une machine à jouer aux échecs, qui a complètement battu des polytechniciens, invités par l’inventeur à se mesurer avec elle?
- La machine de Babbage. — Vous me permettrez de mentionner spécialement ici l’une de ces merveilleuses machines, avec lesquelles, dit M. Maurice d’Ocagne dans son livre, Le calcul simplifié : « il semble qu’on entre dans le domaine de la féerie. » Dans la pensée de l’inventeur (est-il dit dans ce livre, auquel j’emprunte ce qui va suivre), elle était destinée à effectuer n’importe quelle suite d’opérations arithmétiques sur n’importe quels nombres, en aussi grande quantité qu’on les suppose, et à en fournir le résultat tout imprimé avec l’indication, au moyen des signes de l’algèbre, de toute la suite des opérations effectuées.
- C’est sur la recherche d’une telle solution que, dès 1834, l’Anglais Charles Babbage concentrait tous ses efforts pour arriver, à vaincre, théoriquement au moins, toutes les difficultés de la question.
- Dans la machine de Babbage, les nombres s’inscrivent verticalement sur des colonnes formées par l’empilement de rondelles, chiffrées sur leur périphérie de 0 à 9, et traversées par un axe. Pour inscrire un nombre sur une de ces colonnes, il suffit d’aligner sur une certaine génératrice, les chiffres dont se compose ce nombre, pris sur les diverses rondelles qui constituent la colonne.
- Cela dit, la machine comprend essentiellement deux parties formées chacune par la réunion d’un certain nombre de ces colonnes. La première, qui est dite le magasin, est destinée à recevoir : 1° les nombres soumis au calcul ; 2° les nombres obtenus comme résultats de ce calcul. La seconde, qui est dite le moulin, est celle où les nombres sont combinés mécaniquement suivant les règles voulues.
- Le jeu de la machine peut être indiqué comme suit : les nombres donnés sont puisés dans le magasin sur les colonnes où ils avaient été inscrits (qui toutes sont remises à zéro) et transportés dans le moulin où l'opération s’effectue. Le résultat de l’opération est ensuite reporté dans le magasin, sur la colonne désignée d’avance à cet effet. Cela suppose que la machine est disposée mécaniquement : 1° pour aller prendre ou reporter les nombres sur les colonnes voulues; 2° pour les soumettre à 132e Année. — Janvier 1933. 2
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- l’opération demandée. 11 faut donc qu’il y ait dans cette machine un organe variable, qu’on pourra appeler Y ordonnateur.
- Cet ordonnateur mécanique est réalisé tout simplement au moyen de feuilles de carton ajourées du genre de celles qui interviennent dans le métier de Jacquard.
- Babbage devait mourir ayant à peine commencé le montage de sa machine, dont des pièces éparses furent léguées par son fils au South Kensington Muséum de Londres, tandis qu’un autre exemplaire inachevé, acheté en 1858 par un Américain pour 100.000 dollars, fut légué par son acquéreur à l’Observatoire Dudley, à Albany. où il est encore.
- machines a statistique, les m. a. s. — Si je vous ai conté cette petite histoire ce n’est pas, croyez-le bien, à titre purement anecdotique : c’est qu’elle comporte une suite, une suite dont les conséquences devaient être immenses, comme vous allez voir. Il n’y avait pas loin d’un demi-siècle que la machine Babbage se morfondait à Albany, lorsque les Américains qui avaient eu la chance de l’y contempler, songèrent à une utilisation, beaucoup plus terre à terre, à fins utilitairement administratives, industrielles et commerciales, des caries perforées.
- On imagina de faire représenter aux perforations, suivant leurs positions sur la carte, diverses données, que les dispositifs spéciaux permettaient ensuite de classer suivant tel ou tel ordre préalablement désigné et, finalement, de totaliser. C’est ainsi que naquirent, à la fin du siècle dernier, des machines à statistique, primitivement destinées à mener rapidement à bien des opérations de recensement, puis adaptées aux besoins plus généraux du commerce et de l’industrie.
- Je ne lasserai pas votre attention par de longues descriptions techniques : dans une conférence, rien ne risque d’être fastidieux comme les descriptions de ce genre ; c’est dans les visites à des installations en action qu’elles ont leur place indiquée, et leur véritable intérêt; nous reparlerons tout à l’heure de ces visites.
- Je me contenterai de vous rappeler ici les éléments des machines à statistique telles qu’elles sont équipées actuellement. Un équipement comporte deux appareils bien distincts :
- la trieuse, chargée de classer les renseignements sur lesquels on opère;
- la tabulatrice, qui, reprenant les renseignements ainsi classés, en tire tous tableaux et analyses désirables.
- La carte perforée est Vâme de la machine. — Et c’est la carte qui apportera à ces appareils les données de la question, sous forme de perforations appropriées, pratiquées par des perforeuses électriques ou à main, dans ses colonnes de chiffres, numérotées chacune de 0 à 9. et groupées par zones, dont chacune représente une donnée déterminée. Il n’est donc pas excessif de dire que la carte perforée est l’âme même de la machine : c’est elle qui permet à celle-ci de vivre, de combiner les résultats qu’on en attend, de leur donner, avec autant de rapidité que de sécurité, toute leur signification, toute leur portée. Elle recèle, cette carte, un potentiel énorme de renseignements, lequel se concrétera. grâce à la tabulatrice, à la volonté de l’opérateur, sous telle ou telle forme qu’il lui plaira de lui donner.
- Et la machine répond avec tant de précision, tant de bonne volonté, tant de puissance d’investigation, aussi bien en surface qu’en profondeur, qu’on en reste confondu, qu’on a presque, par moment, l'impression qu’elle comprend et qu’elle pense. Pure illusion, bien entendu : il n’y a pas de machine qui pense, il ne peut y
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- LA MÉCANOGRAPHIE EN FRANCE.
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- en avoir; mais il y a des machines — et les M. A. S. sont du nombre — qui élargissent si étonnamment le champ de la pensée humaine, que celle-ci semble vivre réellement en elles, avec une intensité, une perspicacité, sans cesse accrues et renouvelées, comme il arrive que d'autres machines multiplient l’effort matériel de l’homme. Et c’est ainsi que la machine de bureau donne la troublante impression qu’une vie propre et qu’une pensée consciente l’animent.
- En réalité, les résultats surprenants qu’elle fournit, et que, souvent, on ne saurait obtenir sans elle, c’est au prix des plus persévérants efforts, d’une étude approfondie de ses moyens et de ses réactions qu’on les obtient : c’est en en faisant, pour ainsi dire, la psychologie attentive et fouillée, en la scrutant avec une inlassable ténacité que le mécanographe lui arrache ses secrets et l’asservit aux directives qu’entend lui imposer sa compréhension créatrice toujours en éveil.
- L'usager doit être l’animateur de la machine. — D’autre part, la pensée de l’inventeur, si ardente, si ingénieuse dans la conception et la réalisation, si divinatrice des problèmes à résoudre qu'elle se soit manifestée, ne saurait jamais apercevoir le but à atteindre que dans sa généralité, que sous la forme d’une sorte de nébuleuse, d’où se détacheront peu à peu par la suite, des mondes de questions aux cent visages divers.
- C’est au chef-mécanographe, c’est à l’usager, qu’il appartient de prolonger ainsi la pensée de l’inventeur, de la féconder par les apports incessants de la sienne propre, de conduire ainsi la machine à cette sorte de maturité qu’on est en droit d’attendre d’elle, et qui produira tous les fruits, dont sa naissance a fait germer l’espoir.
- Les machines ne sont pas faites uniquement pour éviter des efforts. — Si j’insiste à ce point sur la nécessité, pour l’usager, de faire, de l’emploi de sa machine, une sorte de création continue, c’est que je touche ici un point névralgique de la mécanographie. La première idée qui vient aux profanes, c’est que les machines de bureau sont uniquement faites pour éviter des efforts à qui s’en servira. On incline, d’instinct, à les considérer ainsi; et ce ne sont pas généralement les fournisseurs qui détromperont le client : trop souvent uniquement soucieux de vendre leurs appareils en plus grand nombre que faire se peut, ils ont une tendance toute naturelle à exploiter celle du moindre effort, non moins naturelle chez leur éventuel acheteur. Us le font, d’ailleurs, parfois, en toute bonne foi, parce qu’eux-mêmes ne se rendent pas compte de ce que, comme on dit, les appareils ont dans le ventre, et que les efforts de l’usager y peuvent découvrir, parce qu’ils sont bien incapables de faire comprendre aux autres ce dont ils se doutent à peine eux-mêmes.
- Ils convainquent ainsi trop souvent leur clientèle qu’elle acquerra, avec leurs produits, des sortes de machines à miracles, qui. sous la simple pression de boutons et l’abaissement de touches, vont remettre en cinq secs de l'ordre dans sa maison, et y faire couler à flots la prospérité. C’est ainsi qu'au fond d'un stand du Salon mécanographique installé au début de ce mois, dans le Palais Berlitz, on pouvait lire ces mots prestigieux : « S’il y a du coulage dans vos affaires, C... vous le supprimera. " Et c'est une vieille et excellente machine qui est en cause... Vous voyez que je n’exagère pas. Les fournisseurs n’hésitent même pas à offrir, avec une candide inconscience, d’apporter dans la huitaine la solution des questions les plus épineuses.
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- LA MÉCANOGRAPHIE EN FRANCE. — JANVIER 1938.
- Comment les usagers ne se laisseraient-ils pas séduire par des mécaniques si aimablement présentées, et qui leur éviteront, n’est-ce pas, toute espèce de fatigue?
- Les machines inutilement « capacitaires ». — Bien mieux, sollicités par eux, à la moindre difficulté, les fournisseurs s’empressent de doter leurs machines de dispositifs supplémentaires destinés à résoudre tel ou tel point ardu, de façon à éviter à leurs clients toute peine, même légère. Le plus clair résultat de cette pratique, c’est, généralement, de rendre la machine plus délicate, parce que plus compliquée, et toujours de la faire plus chère, beaucoup plus chère. On arrive ainsi, assurément, à créer des merveilles de mécanique mais d’un prix tellement élevé, que personne ne peut plus se les offrir, et d’une complexité telle, que personne ne saurait les utiliser convenablement.
- Je dis bien : les utiliser; car autre chose est de faire fonctionner une machine (un « mode d'emploi » clairement rédigé y suffit toujours), autre chose d’en tirer tout le parti possible. Aussi bien ne serait-il pas admissible de l’avoir munie des plus coûteux perfectionnements, uniquement pour la résolution de quelques difficultés de détail; il faut, de toute nécessité, profiter de l’occasion pour en tirer un parti en rapport avec ses moyens multiples et coûteux. Mais les débutants mécanographes, disciples convaincus du moindre effort, ne s’en soucieront point, puisque, précisément, les complications en cause ont pour objet de leur éviter une fatigue; quant aux vieux mécanographes, qui n’ont jamais eu peur de réfléchir et d’imaginer les plus profondes « astuces », ils se garderont bien de s’embarrasser de ces onéreux engins.
- C’est donc faire dangereusement fausse route que de chercher à en produire de plus perfectionnés sans trêve ni merci. Les Américains eux-mêmes commencent à s’en rendre compte, et avouent qu’on en est arrivé à construire des machines, qu’ils traitent— l’épithète est exacte et pittoresque — d'‘inutilement capacitaires.
- D’où il résulte que l’adaptation du travail à la machine et de la machine au travail, tendent vers un point d’équilibre assez délicat à déterminer, le perfectionnement de la machine étant, dans tous les cas, limité par le prix de revient reconnu acceptable pour que le travail trouve profit à utiliser ses services.
- Déplacement de l’effort. — Non, voyez-vous, ne vous y trompez pas. Ne tombez pas dans l’erreur profonde que les machines de bureau fonctionnent sans qu’on s’en donne la peine. Sans doute, elles évitent maints travaux pénibles, ne serait-ce que l’application aussi fastidieuse que déprimante des A règles de l’arithmétique, d’un bout à l’autre de la journée. Mais, si elles suppriment l’effort d’un côté, c’est uniquement pour le reporter plus avantageusement ailleurs, en ce qui concerne les exécutants, pour en exiger un plus intense, un plus intelligent aussi de la part de leurs dirigeants. Elles se substituent aux facultés machinales de l’homme — mémoire et aptitude au calcul, notamment — en les intensifiant : mais elles ne sont rien sans la spiritualité de celui qui s’en sert; elles ne sauraient produire que dans l’incohérence, si une imagination humaine, avisée et perspicace, ne les plie pas à ses vues, n’apprend pas à les dominer. Ici, comme partout, se retrouve l’universelle maxime, qu’on ne saurait méconnaître sans courir aux pires échecs : Mens agitai molem : c’est l’esprit qui vivifie la matière.
- Et croyez bien que nombre d’usagers ont échoué dans leurs tentatives mécanographiques, parce qu’ils ont trop cru aux machines, et pas assez à eux-mêmes,
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- parce qu’ils se sont imaginé que ces machines étaient de taille à remplacer l’effort humain, alors qu’elles ne sont faites que pour le seconder et pour l’amplifier. Les fournisseurs ne le comprennent pas assez, les inventeurs eux-mêmes ne se rendent pas toujours compte du potentiel de leurs inventions; mais ceux qui les mettent en œuvre, qui les voient constamment en marche, appliquées à des travaux bien définis, se doivent à eux-mêmes de chercher à mieux pénétrer toutes les possibilités qu’elles recèlent.
- Que ceux donc à qui la mécanographie n’a pas réussi, commencent par faire leur examen de conscience, se demandent s’ils ont bien fourni l’effort intellectuel nécessaire pour tirer parti des machines, avant d’accuser celles-ci d’incapacité.
- Le champ d'investigation des machines. — Cela est déjà vrai pour les machines comptables et calculatrices, encore que leur rôle se borne à exécuter mécaniquement des opérations arithmétiques. Même en pareil cas, il y a la manière : disposition des imprimés, répartition et évolution du travail : il y a là ample matière à exercer l’ingéniosité du chef-mécanographe; et il n’est guère de cas où, au cours d’une application, on ne découvre, si l’on s’y emploie comme il convient, quelques modifications pleines d’intérêt, aptes à gagnerdu temps, à faciliter la tâche des exécutants, à rendre plus efficace la vérification de leur production.
- Mais que dire alors des machines à statistiques, de la façon de tirer le plus fructueux parti de leur puissance d’analyse? Ici se place tout de suite une première remarque de capitale importance : il est rare que le profane à qui l’on parle pour la première fois de ces machines, y voie autre chose que des appareils à calcul spéciaux, sans plus, et pour cause : il est, en effet, très rare aussi qu’on les lui présente en lui faisant comprendre tout ce qu’on en peut tirer, en lui expliquant qu’il s’agit bien moins de leur demander de faire ressortir des résultats comptables (d’autres machines s’en chargent, et à moins de frais, je vous expliquerai pourquoi tout à l’heure), que d’analyser ces résultats, que de dévoiler, en les groupant de diverses façons, toutes les particularités d’une gestion, d’ouvrir, ce faisant, les horizons les plus inattendus, comme elles seules savent le faire.
- Pour mieux préciser ma pensée, il me paraît indispensable de vous donner ici un aperçu de quelques particularités très caractéristiques du fonctionnement des M. A. S., dont je vous ai indiqué tout à l’heure les éléments essentiels, savoir :
- les cartes, où s’inscrivent en perforation, les éléments des questions traitées;
- les trieuses, qui classent ces cartes de diverses façons ;
- les tabulatrices, qui tirent des cartes ainsi groupées les états et tableaux désirés.
- La carte à perforations est, nous l’avons vu, l’âme même de ces machines : c’est elle qui les anime, qui alimente et concrète leur activité ; c’est elle, en un mot, qui conditionne leur travail ; c’est elle qui, de par son agencement, de par le choix des signes dont elle est trouée, représente la partie essentiellement intelligente du travail : la perforation elle-même, puis le traitement par les trieuses et les tabulatrices, ne constituant plus qu’une intervention d’ordre mécanique.
- Codes et vérifications. — Certaines zones de la carte reçoivent des renseignements numériques perforés tels qu’ils sont : des dates, des parcours, des tonnages, par exemple. D’autres données ne peuvent s’y incrire qu’après avoir été affectées d’index chiffrés : noms de villes, d’individus, de marchandises, ete., suivant des
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- codes, dont l'établissement demande le plus grand soin, avec relations aussi nombreuses que possible entre diverses zones, en vue d’une vérification aussi curieuse qu’efficace, qui utilise ces relations et contrôle en même temps, et la carie elle-même, et le document de base qu’elle a traduit en perforations.
- Je ne m’étendrai pas ici sur les détails de cette vérification ni sur les autres procédés employés : il en est. en effet, de ce compartiment, comme de celui de la description technique des machines : seules des visites d’installations en marche permettent de comprendre vite et bien le mode opératoire.
- Mais ce sur quoi je tiens à retenir votre attention, c’est la nécessité absolue de procéder aux vérifications les plus minutieuses, les plus approfondies des perforations. N’est-il pas évident, en effet, que tant vaudra la carte perforée, tant vaudront les analyses qu’on en tirera? Tout procédé qui assurera l’exactitude irréprochable de la carte sera donc de premier intérêt : le travail exécuté par les machines sera lui-même, de ce fait, irréprochablement exact, sous la seule condition d’un fonctionnement parfait de celles-ci, perfection aussi facile à obtenir qu’à contrôler. Et je note en passant que le déréglage des trieuses et des tabulatrices — des premières surtout— est chose extrêmement rare...
- Voilà donc le travail des M. A. S. vérifié avant d’être exécuté, ce qui n’a que l’apparence d’un paradoxe, puisque cela revient simplement à dire que toutes précautions sont prises pour que, au moment de son exécution, toutes les données en soient rigoureusement justes, et les machines réglées de façon à n’v pas introduire d’erreurs.
- Il n’en est pas moins vrai qu’il y a là un processus spécial aux M. A. S., et que ne comporte aucune des autres machines de bureau, dans lesquelles on enregistre directement les données des questions, sans interposition d’un support intermédiaire, analogue, de près ou de loin, à la carte à perforations des M. A. S.
- M. A. S. et algèbre. — Cette carte est tout à fait comparable à une fonction de plusieurs variables, celles-ci représentées par certaines données changeantes par nature, telles que parcours, tonnages, taxes, etc. Tandis 'que des données fixes, telles que dates, localités, etc., sont assimilables aux paramètres de la fonction considérée.
- La confection très délicate des codes d’indexage correspond exactement au choix des variables à étudier, et l’aménagement de la carte, à la forme à donner à la fonction en cause.
- Cela fait, les machines se chargeront d’extraire de la carte toutes les solutions qu’on en peut tirer, avec un automatisme du même ordre que les règles fixes présidant à la résolution d’une équation ou à la discussion d’une fonction.
- En sorte qu’on peut dire que le processus des M. A. S. est en tous points une réplique de celui de l'algèbre, que. dans les deux cas, toute la difficulté consiste à mettre le problème sous une forme spéciale, grâce à quoi la solution ne comporte plus d’autres difficultés que celles qui sont inhérentes à cette forme, et qui n’ont plus rien à \roir avec celles du problème lui-même.
- Ce rapprochement : algèbre, M. A. S., n’est pas simple curiosité à noter au passage : il vous montre que les M. A. S., à l’égal de l’algèbre, s’attaquent à n’importe quelle question, ne sont, pas plus qu’elle, arrêtées par les plus ardues, et savent, comme elle, les ramener à des formes aisément solubles.
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- C'est dire qu’il ne faut jamais craindre d’aborder, avec l’aide des M. A. S., les problèmes les plus difficiles : codes à établir, cartes à aménager, et tout en sera dit : trieuses et tabulatrices se chargeront du reste; et il n’est ni code ni carte dont on ne vienne à bout, avec de l’ingéniosité... et de l’expérience.
- Je ne saurais trop insister sur ce point : car trop souvent j’ai vu des services hésiter à s’adresser aux M. A. S., parce que les renseignements auxquels ils songeaient leur paraissaient d’une complication excédant les moyens de ces machines, — moyens dont ils ignoraient la puissance — et qui leur assurent, comme je viens de vous l’expliquer, sur la statistique manuelle, une supériorité du même ordre que celle de l’algèbre sur la simple arithmétique.
- Notez ce point, notez-le et ne le perdez jamais de vue : car c’est sous cet aspect, et sous cet aspect seulement, qu’il est indispensable de considérer les M. A. S., pour les utiliser aux fins précises pour lesquelles elles sont faites.
- Les économies indirectes des M. A. S. — En les étudiant, sous cet angle, on découvrira un immense champ de recherches, s’étendant à perte de vue devant elles. On se rendra compte ainsi que, de par leurs possibilités quasi sans limites, elles seront aptes à détailler des analyses, impraticables sans leur intervention, à déceler des incidences dont on ne se serait jamais douté sans elles, à fournir des renseignements qu’on n’aurait pas cru possible d’obtenir. On en conclura, et c’est là que je veux en venir, qu’on ne saurait, en face de résultats d’une telle portée morale et financière, s’arrêter, pour l’acquisition de ces précieuses machines, à l’insuffisance, parfois constatée, par rapport à ce qu’elles coûtent, des économies directes de personnel qu’elles permettent de réaliser : il n’y a pas, en effet, de commune mesure entre ces résultats et ces économies; et j’illustrerai ce que j’avance par deux exemples typiques, choisis parmi tant d’autres :
- Grâce aux M. A. S., une firme, dont les inventaires de pièces approvisionnées se montaient à 23 millions, a été mise à même de les réduire à 15.
- Grâce aux M. A. S., qui ont permis de catégoriser, de suivre et de réduire les dérangements des appareils électriques de circulation placés le long des voies, un grand réseau français a vu s’améliorer de près de 50 p. 100 la régularité de marche de ses trains; il a pu ainsi économiser plusieurs millions sur les primes à payer à ses mécaniciens pour temps rattrapé, sur la dépense du combustible brûlé à cet effet, et sur les indemnités à verser, pour retards, aux destinataires des marchandises expédiées.
- Poser aux M. A. A. de vastes problèmes et ne pas leur demander de la comptabilité pure. — J’en passe, et des meilleures. Mais il me semble que j’en ai assez dit pour vous convaincre que, si les M. A. S. font payer cher leurs services, elles en récompensent au centuple, et plus encore, leurs usagers; seulement, c'est à la condition essentielle de leur demander ce pour quoi elles ont été conçues, de les questionner sur ces vastes et larges problèmes dont nous venons de parler. Certains ont tenté de les employer à faire simplement de la comptabilité. Sans doute, elles s’y prêtent dans certains cas, moyennant, notamment, des dispositifs spéciaux, leur permettant d’établir des balances comptables. Mais si on ne leur demande pas autre chose que de la comptabilité, on peut être certain de ne pas faire ses frais. Si une fois dressés les états comptables, le rôle des M. A. S. est terminé, on est assuré qu’on aura payé ces états beaucoup plus cher que si l’on avait employé des machines
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- spécifiquement comptables. En effet : les M. A. S. comportent, à la base, des cartes qu’il faut payer et perforer, et chaque carte, tous frais d’achat, de perforation, de traitement mécanique compris, ne revient pas à moins de 0,15 fr. Le travail M. A. S. est donc grevé à la base d’une lourde charge que n’ont pas à supporter les autres machines de bureau; de sorte que, nécessairement, il importe que le rendement soit d’un ordre tel que cette charge soit, avant toute chose, très largement couverte. De simples travaux comptables n’y sauraient suffire. Que si donc on désire en confier de ce genre aux M. A. S. et y trouver un avantage, il est indispensable que, des mêmes lots de cartes ayant servi à ces travaux, on parvienne à extraire ensuite des statistiques éminemment productives.
- Vous m’excuserez d’insister un peu longuement sur ces considérations; mais d’aucuns ont éprouvé de tels déboires en les perdant de vue lorsqu’ils se sont adressés aux M. A. S., qu’on ne saurait trop retenir, sur ce point, l’attention‘des usagers présents et futurs.
- Rapidité et sécurité des M. A. S. — A côté de la puissance d’investigation des M. A. S. qui explorent le vaste domaine des affaires, par ces milliers d’yeux, à qui rien n’échappe, que les perforatrices ouvrent dans les cartes, on ne saurait manquer d’admirer la précision et la rapidité avec lesquelles elles s’acquittent de leur mission. Que peut-il y avoir de plus précis que ces cartes perforées, minutieusement, rigoureusement contrôlées avant d’être interrogées, ayant subi ainsi un examen, qui donne en elles une confiance absolue, au moment où on les remet à des trieuses et tabulatrices qui traduiront impeccablement tous les secrets de leurs innombrables perforations? Quant à la rapidité, on peut dire qu’elle a atteint à peu près la limite pratiquement réalisable, si l’on se rappelle que les trieuses classent 400 cartes à la minute; tout au plus peut-on espérer accélérer celle des tabulatrices qui déjà, dans le même temps, suivant le cas et le type de la machine, traitent de 75 à 150 cartes.
- Réhabilitation de la statistique. — Sécurité, rapidité, ne sont-ce pas là les qualités primordiales, essentielles, de toute statistique, qui a la prétention d’être sérieuse et efficace? Et n’est-ce pas, justement, parce que ces qualités-là manquent presque invariablement à toute statistique manuelle, que la statistique tout court est si souvent raillée plus ou moins agréablement, comparée tantôt à quelque vieille dame radoteuse, qui ne sait trop ce qu’elle dit, tantôt à quelque jeune écervelée, qui se meut avec aisance et délice dans le domaine des plus extravagantes fantaisies? Il n’est que trop évident que tous les relevés statistiques qu’on peut faire à la main n’ont d’autre valeur que la conscience professionnelle de ceux qui en sont chargés. C’est beaucoup, assurément; mais enfin une défaillance humaine, si involontaire soit-elle, est toujours à craindre, surtout dans un domaine où rien d’analogue à la partie double comptable, par exemple, ne confère au travail une exactitude dûment contrôlée. Et puis, c’est long, c’est si long, ces relevés manuels! Si long, que certains d’entre eux sont reconnus pratiquement impossibles à obtenir, et qu’on doit renoncer ainsi, à connaître des résultats, à dresser à la main certaines analyses, malgré leur importance manifeste. En tout état de cause, il est bien rare que ces travaux manuscrits arrivent à leur terme avant que le temps écoulé depuis les faits qu’ils classent et interprètent ne leur ait enlevé tout intérêt.
- Par leur aisance à résoudre les problèmes les plus ardus, par la précision et la
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- rapidité qu’elles y apportent, les M. A. S. ont réhabilité d’un seul coup la statistique, l’ont relevée de l’état de misère où elle végétait, et lui ont assuré le rang auquel elle peut légitimement prétendre, au delà et au-dessus de la comptabilité, qui ne fait qu’enregistrer les faits sous une forme statique rigide une fois définie, alors que la statistique interprète ces mêmes faits, sous un aspect pour ainsi dire dynamique, en tire la signification et les renseignements, grâce à quoi tout chef de service, tout chef d’entreprise, possède à côté de lui un guide perspicace, sur, et sans cesse prêt à le servir sur l’heure. Il y a une dizaine d’années on avait surnommé les M. A. S. : la « boussole des affaires ». Je ne sais qui avait imaginé ce surnom : mais il était si exactement évocateur de leur puissance directrice, des indications données par elles à chaque instant sur la meilleure voie à suivre, qu’il est regrettable d’avoir laissé tomber en désuétude une image qui leur seyait si bien.
- A une époque comme la nôtre, où les problèmes économiques et démographiques présentent un si énorme intérêt, en même temps qu’une si touffue complexité, aucun instrument ne saurait être plus précieux pour les démêler et les résoudre, pour réunir et coordonner les matériaux nécessaires à en édifier de solides solutions, à en construire qu’on n’aurait jamais osé entreprendre avec les seuls moyens humains. Et je voudrais, après m’être quelque peu attardé sur cette étonnante et complète rénovation de la statistique et de ses enseignements, par l’entremise des M. A. S., vous avoir définitivement convaincus de cette essentielle vérité : la surabondance des fruits que produisent les M. A. S. est telle, qu’elle n’a pas de commune mesure avec le coût des machines qui les font mûrir.
- Atelier unique, direction unique. — Il est bien entendu que ce n’est pas une raison pour négliger de faire travailler ces engins aux frais les plus réduits. Leur prix, en effet, n’en reste pas moins élevé, en valeur absolue, et il importe, comme toujours du reste, mais plus encore que jamais en raison de cette cherté, de porter leur rendement au plus haut degré possible, si évidemment qu’à peine est-il besoin d’en faire mention. Mais ce qu’il n’est pas inutile de vous indiquer, c’est la manière d’y parvenir. Et d’abord il n’est pas douteux qu’on doive centraliser les M. A. S. de façon à réduire leur nombre au minimum, grâce à la concentration dans un atelier unique, sous une direction unique, des travaux à leur confier. Un grand réseau de chemins de fer, par exemple, aura un incontestable avantage à en user ainsi, à faire traiter, dans cet atelier unique, les problèmes les plus variés de tous ses services. U arrivera, notamment, à loger dans les intervalles laissés libres par les travaux massifs, des questions fort intéressantes en elles-mêmes, mais dont le très faible volume mécanographique n’aurait pas permis l’acquisition de machines pour les traiter. La statistique des dérangements des appareils électriques de circulation, dont je vous ai parlé tout à l’heure, en est un exemple frappant : ne comportant guère que 1.000 à 1.500 cartes par mois, dont les M. A. S. ne font qu’une rapide bouchée, elle n’en donne pas moins des résultats qui ont conduit, je vous l’ai dit, à des économies se chiffrant par millions.
- Les mêmes considérations valent pour toutes les grandes firmes : elles s’imposent plus encore peut-être pour les firmes moyennes et petites, qui ne sauraient utiliser les M. A. S. avec fruit qu’à la condition de ramasser, dans un ou deux équipements, tous les travaux qu’elles ont à traiter mécaniquement. Et je tiens à vous faire remarquer à ce sujet que certaines de ces firmes, dont je pourrais vous citer les
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- noms, ont su obtenir ainsi, en alimentant parfois un unique équipement de M. A. S., les plus substantiels résultats, et ont démontré par le fait que, contrairement à une opinion inconsidérément répandue, les M. A. S. trouvent à s'employer fort avantageusement ailleurs que dans les vastes entreprises.
- Groupements M. A. 5. -t- M. A. C. — Non seulement le rendement optimum des M. A. S. exige leur centralisation en un unique atelier; mais on ne saurait trop recommander d’installer à proximité tous les groupes possibles de machines calculatrices et comptables, et de mettre le tout sous la direction d’un seul et unique chef-mécanographe. Assurément, calculatrices et comptables exécutent des travaux qui leur sont propres, et qui n’exigent pas le voisinage des M. A. S. Mais, très souvent, certains travaux commencés par celles-ci sont continués par celle-là, ou inversement; d’autres comportent une liaison étroite des deux groupes, si bien qu’on a le plus-grand avantage à rapprocher ces groupes toutes les fois que la configuration des locaux le permet. En matière mécanographique, voyez-vous, concentration est synonyme de rendement optimum; et je ne pense pas qu’il y ait, ici ou ailleurs, personne qui soit en état de m’apporter la preuve péremptoire du contraire.
- Le souci des détails. — Enfin, est-il nécessaire de vous dire combien, dans une installation mécanographique, les moindres détails doivent être minutieusement étudiés, en vue du rendement maximum, aussi bien dans l’organisation même du travail, que dans les mesures à prendre pour en faciliter et en activer l’exécution? Je vous citerai, à titre d’exemple, le soin que nous avons pris, au P.-L.-M.. d’articuler la série des nombreux tris nécessités par la ventilation des parcours, et la préparation du calcul des primes des mécaniciens et chauffeurs. Ce travail comporte une série d’une vingtaine d’états : pour plusieurs d’entre eux, certains tris sont communs. Nous en avons, en conséquence, aménagé la succession de façon que chacun de ces tris communs ne soit effectué qu’wne seule fois, qui serve pour tous les états intéressés, sans avoir à refaire ensuite aucun de ces tris. Or nous avons eu ainsi 30 p. 100 de tris en moins à exécuter que si nous n’avions pas pris cette précaution. Comme nous possédions, à l’époque, 3 trieuses, c’est une trieuse et demie que nous avons rendue, de la sorte, disponible : cela en valait la peine, comme vous le voyez.
- Je pourrais vous citer aussi tel dispositif très simple, destiné à mettre en mesure un magasinier de ravitailler en cartes à traiter, les agents chargés des trieuses, sans que ceux-ci aient à s’en préoccuper, les casiers établis de façon à permettre à la fois le retrait aisé des cartes, et le comptage facile de celles-ci, le système adopté pour nous rendre compte à chaque instant de l’avancement du travail, le code réduit des marchandises, et bien d’autres choses que nous vous ferons voir lorsque nous aurons le plaisir de votre visite à notre installation de la rue Traversière. et dont vous pourrez alors apprécier tout l’intérêt : mais j’ai tenu à vous énumérer ce soir même, quelques détails, pour vous donner sans plus tarder une idée de leur variété, de leur multiplicité, et de la place qui doit leur être faite avec une inlassable sollicitude.
- Je viens de vous décrire ce qui me paraît constituer l’installation mécanographique la plus logique, la plus propre à fournir de substantiels résultats, quelque
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- chose comme une ruche active et bourdonnante, dont la reine incontestée est la machine à statistique, où chacun a sa tâche bien précisément tracée, et qui produit sans arrêt le plus substantifique miel, comme eut dit à peu près Rabelais.
- Ne manquons pas, enfin, de remarquer autour des M. A. S., autour des machines comptables et calculatrices, leurs humbles mais précieuses auxiliaires, ces accessoires à la fois si ingénieux et si variés, dont le plus intéressant est peut-être l’adressographe. lorsqu’on l’utilise, avec la sécurité et la rapidité que permettent ses clichés, à imprimer, par exemple sur les feuilles de solde, les noms des bénéficiaires, avec tous les renseignements y afférents.
- Harmonie des groupements mécanographiques logiquement constitués. — Voilà donc un tout harmonieusement agencé, où la tâche de chaque machine est aménagée non seulement pour tirer le meilleur parti de la machine elle-même, mais en vue de concourir de la façon la plus avantageuse à l’ensemble des travaux traités et constituer pour ainsi dire, une cellule élémentaire, la réunion de toutes les cellules réalisant un organisme, dont les diverses parties doivent fonctionner avec aisance et moindre effort, à quoi la perfection de l’organisme humain pourrait, en quelque manière, servir de modèle limite.
- Ce n’est pas tout; assurément, il est naturel, il est excusable de se complaire à voir en action une installation qui vous donne une si confortable impression d’harmonie, où les ronronnements et tapotements des machines s’allient en une sorte de symphonie moderne, certes tout aussi agréable à l’oreille que certaines auditions de nos jours qui ont la prétention d’être musicales.
- Mais, pour en monter l’orchestration et lui faire produire tout son effet, il ne suffit pas d’y dépenser, comme nous l’avons vu, des trésors d’imagination créatrice et d’ingéniosité : il ne suffit pas de répartir judicieusement dans l’espace les instruments qui exécuteront la grande symphonie mécanographique : il est indispensable — et c’est une de ses particularités les plus typiques — de situer celle-ci congrûment dans le temps.
- H faut situer l’installation dans le temps. — Ce à quoi, trop fréquemment, on n’apporte pas la mesure nécessaire, ce qui est particulièrement regrettable pour une symphonie. A côté des routines revêches, qui repoussent toute espèce de machines, avec la hargne scandalisée des gens qu’on dérange dans leurs habitudes, on rencontre le violent contraste des enthousiasmes qui se livrent sans retenue aux initiatives mécaniques les plus prématurées, les plus intempestives.
- La vue d’une machine merveilleuse suffit parfois à leur donner une manière de coup de foudre. On l’achète — on l’achète même parfois en série, avant de savoir ce qu’on en fera — parce qu’on est toujours sûr, n’est-ce pas, de faire quelque chose d’un si magnifique engin... et l’on est tout surpris de constater que le futur chef-mécanographe, qu’on n’a pas consulté, accueille, avec autant de défiance que de perplexité, ces oiseaux rares, qu’on lui offre, sans qu’on soit capable de lui préciser ce qu’il doit leur apprendre à chanter.
- Ce sont de véritables petits drames administratifs qui se déroulent ainsi. On a vu, par exemple, certaines machines, qui accouraient en foule à l’appel trop hâtivement passionné d’un mécanophile exubérant, ne trouver qu’un emploi si réduit de leurs moyens qu’une bonne partie d’entre elles devaient aller cacher la honte de leur inutilité dans les ténèbres humides des sous-sols. Pour comble de malheur, les
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- dépenses engagées pour l'acquisition de ces malheureuses répudiées avaient été d’un ordre tel qu’elles firent plus tard obstacle à l’acquisition de machines d autres types, dont le besoin se faisait impérieusement sentir.
- Choix des machines. — C’est là une de ces fleurs étranges, qu’on cueille parfois dans le jardin administratif; il n’en manque pas d’autres, hélas! de la même espèce. De sorte que, quand survient un véritable organisateur, il se trouve parfois en présence d’une surabondante floraison mécanographique, qui a poussé dans tous les coins, sous les espèces de machines dont l’effarante variété reflète la confusion des idées et des intentions de ceux qui les ont acquises.
- Il faut n’avoir pas la moindre notion de ce qu’est une machine de bureau pour se livrer à de pareilles extravagances. Comment, si peu qu’on se donne la peine d’examiner ces engins d’un peu près, ne pas constater que chacun est fait pour un certain genre de travaux, et que. par conséquent, il est d’élémentaire prudence et de rudimentaire logique de commencer par déterminer de façon très précise, ce qu'on demandera aux machines qu’on a en vue d’acquérir? Le choix des machines en fonction des travaux à leur confier, voilà une règle que tout organisateur, soucieux de réaliser une installation rationnellement conçue, ne doit jamais perdre de vue.
- Choix toujours délicat et difficile, du reste, puisqu’il s’agit de s’y reconnaître, tant au point de vue technique qu’au point de vue financier, dans un monde de quelque 4.000 machines comptables et calculatrices!
- Les deux types de M. A. S. — Le sujet est trop vaste pour être traité ici; je me contenterai de vous rappeler, à titre d’exemple, qu’il existe deux types de machines à statistique, l’un à liaisons mécaniques, l’autre à liaisons électriques, et que le choix de l’un ou de l’autre n’est pas indifférent, suivant les questions à traiter par M. A. S. Plus rapides et plus souples, les machines à liaisons électriques paraissent préférablement désignées pour les travaux massifs, tels qu’ils se présentent dans les grosses firmes : grands réseaux de chemins de fer. grandes banques, grands magasins, etc. Les autres suffisent généralement à une besogne moins intensive. Tout cela dit. bien entendu, à titre purement indicatif, et non pas du tout comme l’expression d’une règle formelle.
- Organiser d'abord, mécaniser ensuite. — Le choix des machines suppose, nous venons de le voir, (pie l’on a une idée très exacte des travaux à leur confier. Notons-le en passant : c'est là une des caractéristiques capitales de la mécanographie', il est radicalement impossible d'y aborder un problème quelconque sans en avoir préalablement défni les données, de façon rigoureusement précise.
- C’est donc à cette définition qu’il importe de s’attacher avant tout: ce qui, revient à dire qu'avant toute mécanisation, il est indispensable d'étudier de la façon la plus approfondie l’état actuel de l’organisme qu’on a l’intention de doter de machines, d'examiner soigneusement tout ce qui peut être fait sans l'aide de celles-ci, et de ne faire appel à leur concours que lorsque on se trouve en présence de travaux qu’elles peuvent exécuter plus vite et mieux que les procédés manuels, ou même inaccessibles totalement à ceux-ci. ainsi qu’il advient, nous l’avons vu. pour la plupart des statistiques.
- Telle est la marche à suivre, froidement, imperturbablement, si l’on tient à ne
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- rien laisser au hasard, à mettre toutes les chances de son côté et, de plus, ce qui est capital, à se rendre rigoureusement compte des avantages réalisés par la machine elle-même, sans les confondre avec ceux qu’on eût pu obtenir sans son intervention.
- Organiser d'abord, mécaniser ensuite : telle est la sentence à inscrire au fronton de tous les temples de la mécanographie, déesse austère et rigide à l’instar de Minerve, qui exige de ses fidèles la rigoureuse observation de ses commandements d’ordre et de méthode, et foudroie impitoyablement ceux qui, soit présomption, soit insouciance, s’en écartent si peu que ce soit.
- L'organisation mécanographique exige du temps. — Ce qu’elle vous imposera tout aussi impérieusement, c’est la collaboration d’un auxiliaire aussi exigeant qu’elle, et sans lequel aucune œuvre humaine ne saurait prendre solide consistance : le temps.
- « Le temps n’épargne pas ce qu’on a fait sans lui. » Constatation qui semble bien démodée en notre époque de vitesse forcenée, mais qui n’en reste pas moins une vérité, avec laquelle il en cuit de prendre d’excessives libertés, en matière mécanographique notamment. Gardez-vous donc des réalisations hâtives. Que les chefs-mécanographes ne se laissent pas émouvoir, si quelque chef de service les presse avec une certaine impatience, d’accélérer leur installation, dans un désir, très légitime assurément, d’en recueillir rapidement les fruits : qu’on démontre à ces chefs de service que ces fruits-là ne sauraient mûrir dans des « forceries », comme certains, et ne peuvent acquérir qu’à la longue toute leur saveur. Jamais le fameux proverbe : Festina lente, hâte-toi lentement, n’a mieux trouvé sa place qu’en mécanographie : il en coûte cher de l’oublier.
- Importance de la philosophie mécanographique. — Vous trouverez peut-être bien longues et bien lassantes ces considérations philosophico-mécaniques. Mais on les perd si souvent de vue, on s’y arrête, en tout cas, si brièvement, qu’il m’a paru nécessaire de m’y attarder quelque peu, pour y accrocher votre attention, pour vous en montrer toute l’importance et toute la portée, pour vous expliquer comme quoi, hors de cette philosophie mécanographique, il n’y a pas de salut pour le mécanographe.
- Ce n’est qu’en la méditant et en suivant consciencieusement ses enseignements, que nous sommes assurés de tirer bon parti de toutes ces merveilleuses machines, que tant de constructeurs, tous plus ingénieux les uns que les autres, mettent à notre disposition.
- la mécanographie nationale. — Oui, mais, me direz-vous, est-ce bien à la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale qu’il convient de parler de machines qui sont autant dire toutes, américaines, anglaises ou allemandes»? Est-ce bien le lieu de nous en vanter les mérites et les bienfaits, dont le moindre danger semble être d’américaniser fâcheusement notre travail de bureau ?
- Pas de danger d'américanisation. — À quoi on ne saurait tout d’abord s’empêcher de répondre que ces mérites et ces bienfaits sont d’un ordre tel que nulle considération ne saurait nous interdire d’en profiter. Et puis, soyez-en certains, nous ne' nous laisserons ni germaniser, ni américaniser. Je m’adresse, bien entendu, aux gens de bonne foi, et non point à ceux dont les alarmes sont d’autant plus patno-
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- tiquement aiguës, que leurs somnolentes routines craignent plus vivement d’être dérangées par les machines. La technique seule des machines est américaine ou allemande : la façon de s’en servir a la nationalité de qui s’en sert. Et nous pouvons nous en remettre en toute sécurité à notre génie français, qui s’assimile, adapte, sans jamais tomber dans l'imitation servile. Notre individualisme nous en préserve si bien que, chez nous, chaque installation mécanographique, loin d’être marquée d’une impersonnelle standardisation, porte, tout au contraire, et très visiblement, le cachet personnel dont l’a caractérisée son chef propre.
- Les Américains sont d’admirables techniciens; il n’est personne pour le contester. Mais le temps n’est plus où ils nous dominaient, simplement parce que nous nous prosternions trop aisément devant eux. Nous avons constaté, en nous relevant, que, dans le domaine de l’esprit, nous pouvions faire tout aussi bien et même, mieux qu’eux. One si quelqu’un le conteste et vient prétendre que les Français ne sauront jamais utiliser les M. A. S. comme il convient, n’en croyez rien; les Français savent, bien au contraire, en tirer parti à leur manière qui en vaut une autre, je viens de vous le dire. Leur seul tort est d’ignorer trop souvent encore ce que sont et ce que peuvent ces merveilleux instruments d’analyse. Il n’est que de l’expliquer à qui en a besoin : et vous verrez qu’il n’v aura ni Américains ni Allemands pour profiter de la leçon mieux que nos Français. Au reste, je pourrais vous citer un de nos compatriotes qui a passé de longues années aux Etats-Unis, y a visité maintes installations de M. A. S. et a déclaré n’avoir vu nulle part prendre le travail comme nous le prenions chez nous, avec une pareille abondance d’applications variées, avec tant d’ingénieuses astuces pour les réaliser au plus juste prix, grâce à une judicieuse rationalisation. Même déclaration m’a été faite hier même, par un statisticien de l’Etat tchéco-slovaque, qui, lui aussi, a vu maintes installations, en tous pays, en Amérique, notamment, et peut comparer en toute connaissance de cause |!.
- Où en est notre mécanographie nationale? — Si réconfortés que vous soyez par ces constatations, vous ne manquerez pas de vous demander . « Mais alors, pourquoi, à côté de ces remarquables installations françaises, ne voyons-nous pas fleurir une industrie mécanographique également française? N'est-on pas en droit de s’en étonner et de le déplorer d’autant plus amèrement que la mécanographie est née française, puisque c’est la trinité française Pascal-Thomas-Bollée qui. vous nous l’avez dit. est la créatrice .incontestable des premiers types de machines à calculs? »
- Les causes de son retard. — La réponse n’est que trop simple... et pourrait servir pour beaucoup d’autres inventions françaises, dont l’étranger a tiré le plus clair du profit.
- « Le Français, né malin, créa le vaudeville ». disait-on au siècle dernier. Il a été assez malin pour créer bien d’autres choses encore; mais trop souvent, hélas! il n’a déployé qu’une malice de Raton, d'une adresse incomparable à retirer du feu. fùt-ce au risque de s'y brûler les doigts, de savoureux marrons, dont se régalèrent avec joie des Bertrand d'antres pays, à l’affût de cette nourrissante denrée.
- Le Français est un idéaliste, qui se complaît trop souvent, par simple amour de
- (I) M. de Fréminville, en sa haute autorité, nous a confirme pleinement cette opinion, lors de la visite dont il a honoré, le 23 octobre 1932 en compagnie de membres éminents de la Société d'Encouragement, notre installation de la rue Traversière.
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- ce qui est clair et bien ordonné, à mettre un problème en équation, à résoudre celle-ci et à passer à un autre, sans tirer tout le parti que faire se pourrait du premier... Et puis, vous n’ignorez pas l’accueil que font généralement nos compatriotes aux inventions françaises; la plus invraisemblable mine de n’importe quoi, soi-disant prospectée en Patagonie, trouvera plus aisément chez nous des capitaux que la plus belle et la plus tangible découverte nationale. 11 y a bien l’aide de l’État, mais il n’est pas à la portée de tout le monde d’en obtenir la faveur monnayée.
- Et voilà comme quoi la France, qui a vu naître la mécanographie, l’a vue aussi aller faire son instruction et développer ses moyens à l’étranger, avec l’aide puissante, ou des inépuisables capitaux américains, ou des subventions somptueuses du Reich allemand, qui, s’il n’a jamais de fonds pour réparer, en trouve toujours intarissablement pour construire.
- Ainsi l’étranger a pris sur nous une avance mécanographique énorme, et produit les plus merveilleuses machines, alors que rien ou presque rien n’apparaissait chez nous...
- Voyons donc très précisément où nous sommes.
- Pas de machine née française sur le marché. — Évidemment, il n’y a pas d’illusion à se faire. J’ai dit : avance énorme de l’étranger, et l’épithète, hélas! n’est pas excessive. Les machines de bureau ne sont pas, en effet, des articles qu’on peut produire à volonté comme des complets vestons, en essayant de battre ses rivaux simplement par des prix et une qualité inégalables. Toutes brevetées (et il n’y a guère que les machines démodées dont les brevets soient tombés dans le domaine public), elles ont atteint un tel degré de perfection, elles répondent à des besoins tellement variés, qu’il est trop tard, ou peu s’en faut, pour en imaginer de nouvelles, et c’est malheureusement un fait que, depuis la trinité Pascal-Thomas-Bollée, les Français n’ont que très peu réalisé; en tout état de cause, aucune machine née française n'est actuellement sur le marché. Voilà le fait, fort attristant pour nous assurément, devant lequel nous nous trouvons, et sans espoir, pour les raisons que je viens d’exposer, de le voir modifié par l’apparition de machines françaises, qui ne trouveraient probablement plus, une fois mises industriellement au point, une large place au soleil.
- Nous en sommes ainsi inéluctablement réduits à nous contenter pour la satisfaction de notre amour-propre et de notre porte-monnaie national, de recourir au seul procédé de défense qui nous reste : construire en France, avec des capitaux français, des machines d’origine étrangère, ou dérivées de brevets étrangers, mais qu’il y a grand avantage à mettre en chantier chez nous, où leurs prix de revient et de vente seront sensiblement inférieurs à ceux de leurs sœurs fabriquées hors de nos frontières, où nous serons assurés de les trouver toujours à disposition, sans être exposés au risque d’en être privés, en cas de tension diplomatique ou simplement douanière.
- Fabrication en France de machines d'origine étrangère. — En fait, diverses tentatives ont été faites à plusieurs reprises dans cet ordre d’idées. Je vous en donnerai quatre exemples, parmi les plus intéressants :
- Machines Vaucanson. — Ce sont d’abord les Ateliers Vaucanson, d’antique renommée, qui construisent à Paris, 11. rue du Surmelin, une fort jolie petite machine à calcul, française et d’un prix minime, genre Odhner.
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- C’est ensuite, la Société française Thalès, 22, rue du Général de Castelnau, à Strasbourg, qui fabrique des machines du même genre.
- Les Sauciers. — Ce sont également les Établissements Nico-Sanders, qui, en leur usine, à Gentilly, oO, rue Benoît Malon, derrière la Cité universitaire, fabriquent, avec une main-d’œuvre exclusivement française, des machines comptables dérivées des machines américaines bien connues, Ellis, et qui méritent à tous égards d’être encouragés par ceux qui ont à cœur de contribuer à l’essor d’une mécanographie nationale.
- Les Bull. — Ce sont, enfin, les machines à statistique Bull, dont l’inventeur est norvégien, et qui sont construites à Paris même, 92 bis, avenue Gambetta. Nous nous trouvons ici en face d’une initiative particulièrement intéressante, car la première usine qui exploite les brevets Bull est une usine parisienne, fondée au début de l’année dernière, et qui est actuellement entre les mains d’une société française, à majorité française, ayant par devers elle, pour atteindre le but qu’elle s’est assigné, une organisation technique et commerciale hors de pair. Ce n’est pas ici le lieu d’entrer dans des détails à ce sujet. Je me contenterai de vous signaler que, grâce à de nouveaux dispositifs, notamment en ce qui concerne l'impression, la tabulatrice Bull marque sur ses devancières d’incontestables et importants progrès qui lui confèrent une véritable originalité. Et, cette fois, il semble bien qu’on ait atteint le plafond de ce qu’il est humainement possible de réaliser, en matière de M. A. S., ce plafond dont je vous parlais tout à l’heure, et que la mécanographie touche en tant de points
- déjà-
- S’il est hors de mon rôle d’en dire davantage ici, il ne m’est pas défendu de souhaiter la bienvenue la plus cordiale à la Société Bull; car elle nous dote fort opportunément de machines à statistique construites en France avec des capitaux français et qui deviendront rapidement, et à bien meilleur compte, les dignes rivales des machines américaines.
- Et ce n’est pas peu dire : car personne ne saurait contester à celles-ci la perfection et la solidité de leur fabrication. Tout en me réjouissant sans réserve, je çe le cache pas, je considère comme un devoir de reconnaître à la fois leur très haute valeur technique, et la qualité de leurs services, de ceux que, en particulier, les Hollerith ont rendus et rendent encore journellement aux Chemins de fer P.-L.-M.
- Les cartes M. .4. N. françaises. — Sur un plan parallèle, l'industrie française fait également son chemin : après bien des hésitations, après de longs et laborieux essais, elle est maintenant capable de fabriquer des cartes à perforations qui, si elles n’ont pas encore atteint la perfection des cartes américaines, n’en sont plus très éloignées. Déjà leur emploi se généralise ; utilisées exclusivement, cela va de soi, par les machines Bull, les cartes françaises ne sauraient manquer de trouver des débouchés de plus en plus nombreux, grâce aux efforts combinés du Comité mécanographique de la Confédération générale de la Production française, et de la Commission mécanographique inlerréseaux des Chemins de fer français. Efforts qu’on ne saurait poursuivre avec trop de persévérance et de vigueur : car c’est un devoir national que d’encourager ainsi les nombreux, trop nombreux papetiers français qui se sont attelés avec autant d’ingéniosité que de persévérance, à la solution d’un problème particulièrement délicat, en raison de la qualité tout à fait exceptionnelle que doit comporter le papier à cartes.
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- Le Comité mécanographique de la Confédération générale de la Production française. — Je viens de mentionner le Comité mécanographique créé vers la fin de 1930, sous les auspices de la Confédération générale de la Production française; permettez-moi d’y retenir un instant votre attention, parce que ce comité me semble constituer le guide le plus sûr et le plus éclairé qui soit, pour qui désire se mouvoir, sans s’y égarer, à travers le dédale des questions mécanographiques, dont ma causerie n’a fait que tracer les grandes voies à travers leur complexe réseau.
- Constitué par des usagers avertis, et les plus variés (banques, assurances, chemins de fer, grands magasins, etc.) qui mettent en commun leurs idées et leurs expériences, qui échangent leurs vues avec la plus loyale cordialité, ce comité s’est proposé, en effet, de perfectionner ainsi, par l’étroite collaboration de ses membres, en leur donnant une vigoureuse impulsion, la technique mécanographique, de réunir, à cet effet, une documentation très complète sur la question, de devenir de ce fait un précieux centre de renseignements et de consultations, à l’usage des firmes de toute nature.
- Loin de se confiner dans des études purement théoriques, il ne manque jamais de joindre l’exemple à la parole, soit qu’il reçoive des communications concernant d’intéressantes installations, soit qu’il traite à un point de vue essentiellement pratique les sujets professionnels les plus divers. Le tout renforcé par des visites sur place, d’installations variées, oùles usagers peuvent apprécier mutuellement, de visu, ce que leurs collègues en mécanographie sont parvenus à réaliser.
- J’ai suivi depuis deux ans déjà, en qualité de président dudit comité, les diverses manifestations de son activité et c’est en toute connaissance de cause que je vous engage à y adhérer, en vous adressant à son secrétaire général, M. Milhaud, 6, rue de Messine, Paris (8e), qui vous donnera sur le sujet tous les renseignements que vous voudrez bien lui demander.
- Les visites organisées par le Comité. — Ce serait en particulier pour vous le meilleur moyen de multiplier aisément ces visites auxquelles je vous convie, et qui sont le complément indispensable de cette conférence, dont j’ai volontairement exclu, je vous ai expliqué pourquoi, toute description de machines et de modes opératoires.
- Influence de la mécanisation sur les effectifs. — Permettez-moi, en terminant, de répondre en quelques mots à ceux qu’émeut la répercussion de la mécanisation sur la situation du personnel des bureaux.
- Et d’abord, il s’agit de poser bien précisément la question : mécaniser ne consiste pas simplement, à remplacer par des machines des porte-plume maniés par des mains plus ou moins expertes. En premier lieu, il y a une telle supériorité dans le calcul mécanique, et surtout un tel gain de temps, tant par suite de la rapidité des opérations que de la confection simultanée de plusieurs états en une seule frappe, qu’on ne saurait, en bonne administration, hésiter, sous aucun prétexte, à en faire bénéficier une entreprise.
- Mais il y a plus encore : les machines vont généralement bien au delà du travail que peut effectuer l’homme par ses propres moyens, et ne se substituent pas purement et simplement à lui. Le cas est particulièrement frappant pour les M. A. S., dont les possibilités dépassent singulièrement, nous l’avons vu, ce qui est possible 132e Année. — Janvier 1933. 3
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- sans leur intervention, et permettent d’obtenir, avec une rapidité et une sûreté, dont elles sont seules à être douées, des analyses dans le temps et dans l’espace, qu’on n’aurait même pas songé à envisager avant leur apparition.
- C’est dire que, si intéressant que soit le personnel de bureau, les considérations relatives à sa situation ne sauraient prévaloir un seul instant contre le travail des machines, qui domine de si haut le sien en sécurité, en rapidité et en portée. La mécanographie est une force irrésistiblement déclenchée maintenant, une force qui fait peu à peu céder les plus puissantes inerties qu’on lui oppose, et dont rien n’arrêtera l’accélération.
- Le personnel de bureau doit en prendre son parti. Et je m’empresse d’ajouter qu’il n’a rien à y perdre. N’est-il pas d’abord de quelque prix, d’être débarrassé des besognes accablantes de calculateur à jet continu, qui n’a à faire jouer, d’un bout de la journée à l’autre, que les facultés machinales de l’esprit, celles que remplacent si avantageusement les machines?
- Elles amènent infailliblement des réductions de personnel, c’est entendu. Je ne parlerai pas de celui qui reste en place, et qui, dans certains cas — j’en pourrais citer — bénéficie de la ristourne d’une partie des économies réalisées par les machines. Je remarquerai simplement que les agents qui s’en vont ne quittent jamais le bureau en masse sacrifiée, qui se trouve subitement sur le pavé. La mécanisation ne distribue que lentement ses bienfaits : en sorte que le personnel peut être réduit sans à-coup brutal, par suppressions d’emplois réalisées progressivement à la faveur des démissions, départs sous les drapeaux, décès, etc.
- D’autant que la mécanisation même crée des besoins nouveaux. Les machines ne se conçoivent ni ne se construisent et se vendent toutes seules : il y faut des bureaux techniques et commerciaux; il y faut des ateliers, il y faut, autrement dit, toute une main-d’œuvre, bien capable d’absorber, et au delà, celle que les machines rendent par leur action, disponible, sans compter celle, si nombreuse et si variée, que sollicitent les inventions modernes : autos, avions, T. S. F., dont le développement n’est pas près de s’arrêter.
- conclusion. — Soyons assurés que celui de la mécanographie ne s’arrêtera pas davantage, et souhaitons qu’il continue à accélérer son allure, en notre beau pays de France, où son démarrage a été fort laborieux, mais où elle a pris, aujourd’hui, un magnifique envol. De l’altitude où elle est d’ores et déjà parvenue, le champ de ses investigations apparaît si vaste et si varié qu’il ne peut manquer d’exciter toutes les curiosités, de galvaniser tous les enthousiasmes de ceux, de plus en plus nombreux, à qui vient le désir de l’explorer.
- visite des installations mécanographiques p.-l.-m. — Peut-être eussiez-vous désiré que j’agrémente cette assez aride conférence de quelques projections cinématographiques ou autres. Je m’en suis abstenu, parce que cela m’aurait obligé à vous retenir trop longtemps ici, et surtout parce que j’ai beaucoup mieux à vous offrir : dès que j’ai été sollicité de venir vous parler ce soir, j’ai expliqué que la projection la mieux présentée ne saurait valoir une visite sur place; et il a été entendu avec M. Lemaire que mes auditeurs viendraient mardi 23 octobre, à 14 h. 30 m., voir notre installation mécanographique P.-L.-M., où il leur sera donné d’étudier de nombreuses machines en action.
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- Les cartes d’invitation portent l’heure et la date de cette visite, à laquelle j’espère vous voir participer aussi nombreux que possible.
- C’est donc avec l’espoir de vous retrouver bientôt, Mesdames et Messieurs, que je prends congé de vous, en ayant le plaisir de vous dire, non pas adieu, mais au revoir.
- La visite des installations mécanographiques du P.-L.-M. a eu lieu le 25 octobre, à 14 h. 30 m., rue Traversière, n° 17 (12e arr.).
- Elle rassemblait une douzaine de visiteurs, parmi lesquels nous citerons : M. Wery, secrétaire général de la Société, M. de Fréminville, président du Comité national de l’Organisation française et du Comité international de l’Organisation du Travail, M. le colonel Paul Renard, M. le colonel Janvier, M. Prud’hon, directeur de l’Office technique de Chauffage, etc.
- A l’issue de cette visite, la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale a adressé à la Compagnie P.-L.-M., la lettre suivante :
- Paris, le 29 octobre 1932.
- MONSIEUR L’INGÉNIEUR EN CHEF,
- J’ai l’honneur de vous adresser les remerciements de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, pour la visite que vous avez bien voulu autoriser, des Services delà Mécanographie de la Compagnie P.-L.-M., placés sous la direction de M. Bolle, et dans lesquels sont réunies tant de machines d’une ingéniosité admirable.
- Ceux des membres de la Société qui ont pu assister à cette visite peuvent affirmer que le plus grand intérêt qu’ils y ont trouvé, réside surtout dans l’impression qui s’en dégage, de la réalisation d’une véritable collaboration entre tous les membres du personnel et d’une émulation qu’on ne rencontre que dans les organismes réellement vivants, sans cesse en voie de perfectionnement.
- Veuillez agréer, M. l’Ingénieur en Chef, l’expression de ma considération la plus distinguée.
- Le Président,
- Signé : l. mangin.
- ANNEXE
- Les principes de fonctionnement des machines à statistique.
- Il a paru intéressant, pour ceux des membres qui n’ont pu participer à la visite de la mécanographie, de donner ci-dessous quelques indications sommaires sur les principes de fonctionnement des machines à statistique.
- Les M. A. S. ont été imaginées et réalisées en 1888, par un ingénieur américain d’origine germanique, le Dr Hermann Hollerith, statisticien au Service du gouvernement des États-Unis. Elles servirent effectivement, pour la première fois, lors du recensement quinquennal de la population des États-Unis en 1889.
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- Le principe en était le suivant :
- Un petit carton, de forme rectangulaire, de 17 cm de longueur sur 8,5 cm de largeur environ, comportait une série de petites cases, symboliques des données chiffrées ou des indications diverses imprimées dans chacune d’elles.
- Ces cases étaient perforées à l’aide d’un emporte-pièce à main, analogue à une pince à tickets, de telle sorte que la carte, ainsi percée d’un nombre variable de trous circulaires, constituait le support fondamental, l’expression matérielle définitive des diverses caractéristiques d’un même individu, c’est-à-dire : d’un complexe unitaire d’éléments simples, les différentes perforations exprimant, algébriquement, si l’on peut dire, par exemple : le sexe, l’âge, la profession, la province, etc.
- Les cartes d’origine comportaient 204 cases susceptibles de recevoir autant de caractéristiques différentes, en représentation d’un même individu, fait, ou phénomène statistiquable.
- Sous cette forme particulière, à la fois condensée et inviolable, elles permettaient, grâce à un mécanisme approprié, des comptages simultanés de données indépendantes, jusqu’à concurrence de 40 à chaque fois.
- Dans le même temps que s’exerçaient ces comptages, un appareil connexe offrait la possibilité de séparer, de distribuer les cartes dans un ensemble de cases correspondant à une série d’indications, choisies à chaque fois en conséquence, de façon à permettre des comptages ultérieurs dégroupés, à travers chacune des professions ou des provinces, par exemple.
- Voici les moyens électro-mécaniques employés pour pourvoir à ces doubles fins :
- Les petits cartons perforés étaient placés, à la main, dans un appareil de commande, sorte de mâchoire, dont la partie inférieure comportait un certain nombre d’alvéoles qu’on remplissait — ceux du moins pour lesquels devait s’exercer le comptage — d’une goutte de mercure. La partie supérieure était armée d’autant d’aiguilles que l’inférieure comptait d’alvéoles. Lorsqu’on refermait la mâchoire sur une carte, à l’aide d’une poignée, les aiguilles qui rencontraient le carton restaient suspendues, les autres entraient en contact avec le mercure contenu dans les alvéoles de la mâchoire. Un courant électrique s’établissait ainsi à travers celles des indications effectivement perforées et le transmettait aux aiguilles tde cadrans correspondant à leur position respective, sur un appareil appelé tabulatrice. Il y avait 40 cadrans indépendants sur une tabulatrice, disposés en 4 rangées superposées de 40 chacune, de telle sorte que chaque passage des cartes engendrait éventuellement l’impulsion des aiguilles, à raison d’une division sur chacun des cadrans en question. Une seconde aiguille réalisait, sur chacun d’eux, le report centésimal, à chaque révolution complète de la première.
- On enregistrait de la sorte à la fois jusqu’à 40 caractéristiques différentes, ce qui, en multipliant d’autant le dénombrement cherché, apportait une rapidité d’investigation inconnue jusqu’alors.
- L’opération étant entièrement mécanique, l’exactitude des résultats était, par ailleurs, absolue.
- Accessoirement, un second appareil, dénommé trieuse, permettait de diviser les cartes, de les répartir, suivant l’un des ordres de données perforées, jusqu’à concurrence de 12 éléments. A propos de chaque analyse de cartes par la mâchoire de l’appareil de commande et grâce à une série spéciale de contacts électriques indépendants des premiers et qui s’exerçaient dans les mêmes conditions à travers la
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- Fig. 1. — Première machine à statistique Hollerith.
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- perforation effective d’un ordre de données préalablement arrêté, le couvercle de la case correspondante s’ouvrait et permettait d’y placer, toujours à la main, les cartes tabulées.
- Le tout constituait, on le voit, un processus automatique qui apportait un
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- Fig. 2. — Type de carte à perforer pour une application industrielle de statistique d’accidents du travail (réduit aux 2/3).
- ensemble remarquable d’avantages sur le procédé de comptage pur et simple.
- D’abord, la carte ne comportait que des indications absolues par définition, sans surcharge possible et infalsifîables par essence, du fait de la perforation; elle per-
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- Fig. 3. — Carte de la figure 2 après perforation (réduit aux 2/3).
- mettait, surtout, de répéter des analyses successives différentes, autant de fois qu’il était nécessaire, avec toujours le bénéfice d’une étonnante rapidité et de la plus rigoureuse exactitude.
- Pour ce faire, il suffisait, en effet, de vidanger le mercure et de le verser dans des alvéoles différentes, jusqu’à concurrence de 204 au maximum et de passer à nouveau le lot de cartes dans l’appareil de commande, les aiguilles de la tabulatrice ayant été remises à zéro.
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- Dans le même moment, le tri des cartes, sous un ordre de données convenablement choisi, préparait, une fois de plus, une analyse ultérieure, en fournissant en quelque sorte les abscisses d’un tableau statistique à double entrée.
- Mais, on ne manquera pas de remarquer que, si évident et si important que fût l’intérêt de ce système, il ne s’agissait là, malgré tout, que d’applications élémentaires. Celles-ci ne comportaient que de simples comptages d’éléments indépendants.
- Rapidement, on éprouva le besoin de pousser plus avant l’analyse et surtout d’enregistrer des notations arithmétiques. Il est de nombreux exemples statistiques où il ne suffit pas, en fait, d’enregistrer et de compter des indications qualitatives,
- Fig. 4. — Trieuse horizontale électro-mécanique, système Bull.
- mais où intervient une part de calcul pour la sommation de valeurs arithmétiques.
- Sous cette forme nouvelle, la statistique rejoint, dans une certaine mesure, la comptabilité simple. Pour effectuer des calculs, le système dut subir des modifications profondes. Désormais apte à l’arithmétique, il entrait, de fait, dans une phase nouvelle qui devait lui donner sa forme définitive.
- C’est ainsi que, de nos jours, la carte se présente (fig. 2 et 3) sous la forme type d’un mince carton rectangulaire d’une pâte de papier spéciale, rigoureusement calibré, homogène et stable, de 187 mm de longueur sur 83 mm de largeur et 0,17 mm d’épaisseur. Elle comprend -45 colonnes verticales régulièrement espacées où s’étagent imprimés les 10 chiffres de 0 à 9. Suivant les besoins du problème que l’on prospecte, ces colonnes sont réunies en zones de 2 ou plusieurs colonnes verticales, dont chacune correspond ainsi à l’ordre décimal des chiffres composant les nombres à y perforer. La carte comprend deux séries de zones : des zones indicatives dans lesquelles figurent les données sous forme d’index chiffrés et des zones quantitatives où les valeurs arithmétiques correspondant à ces données sont des nombres enregistrés tels quels.
- La complexité de certains problèmes, et aussi la multiplicité des données
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- susceptibles de constituer un même phénomène statistiquable ou un fait comptable élémentaire, a conduit à créer des cartes, exactement semblables extérieurement, mais qui comportent 80 et jusqu’à 90 colonnes de chiffres (dans ce dernier cas, la carte est divisée en 2 étages superposés et les chiffres y sont enregistrés, pour certains d’entre eux, de façon symbolique, à l’aide de doubles perforations).
- Quoi qu’il en soit, les perforations sont réalisées, dans tous les cas, non plus
- avec la simple pince du début, mais à l’aide d’une perforeuse. Il s’agit là d’une petite machine, à main ou électrique, analogue à une machine à écrire ordinaire, mais de format beaucoup plus réduit. La carte y glisse sous une rangée verticale de poinçons correspondant aux 10 chiffres d’une colonne.
- L’abaissement d’une des 10 touches de l’appareil provoque le matriçage du trou désiré et l’avancement consécutif de la carte d’une rangée, de manière que la colonne suivante puisse recevoir à son tour la perforation voulue. La vitesse opératoire est tout à fait comparable à celle de la machine à écrire, puisque l’on peut ainsi pratiquer mécaniquement 45 trous par carte sur 250 cartes à l’heure environ.
- Contrairement à ce qui se passait avec les machines du début, ici se termine, avec le travail préparatoire, toute intervention humaine proprement dite.
- Le reste, si paradoxale que la proposition puisse paraître, est affaire purement mécanique.
- Les cartes, une fois perforées et congrûment vérifiées par un procédé approprié (collationnement, vérification mécanique, vérification à la broche), il suffit de les confier à des machines, lesquelles sans le secours d’une opération mentale quelconque, et sans autre manœuvre effective que leur alimentation en cartes, de façon absolument automatique, donneront les résultats désirés, avec une souplesse d’analyse, une rapidité de fonctionnement et une exactitude de travail vraiment prestigieuses.
- Le problème, en effet, se trouve sensiblement modifié, du fait même de l’introduction de valeurs arithmétiques dans la carte.
- Celle -ci a, en quelque sorte, perdu en surface dans le même temps qu’elle a gagné en profondeur. Chaque donnée élémentaire, indication ou valeur, au lieu d’y êjre exprimée par une simple perforation, absorbe souvent maintenant plusieurs
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- colonnes verticales, c’est-à-dire une zone entière; mais les index chiffrés ou les valeurs, représentatifs des données, acquièrent, du même coup, un sens décimal; en sorte que chaque zone ainsi constituée peut recevoir toute la suite des symboles de l’ordre décimal que permet la largeur de celle-ci et entrer concurremment avec les symboles numériques des autres zones dans des combinaisons, variées pratiquement à l’infini.
- Également et par une suite toute logique, d’instrumentaccessoire qu’elle était à l’origine, la trieuse est devenue un outil intermédiaire indispensable.
- Il est nécessaire, en effet, d’assembler les cartes suivant une ou plusieurs indications combinées, avant d’en tirer les résultats attendus.
- C’est le travail qui lui est confié.
- L’appareil rudimentaire du début est devenu une machine perfectionnée (fig. 4). De fait, à la vitesse surprenante de 400 cartes à la minute, elle distribue les cartes pour un seul ordre décimal à chaque passage, il est vrai, mais dans autant de cases à la fois que cet ordre comporte de perforations effectives différentes.
- Les cartes ramassées dans l’ordre naturel dans lequel elles ont été classées, il devient loisible de les trier à nouveau sur le rang décimal immédiatement supérieur et ainsi de suite. De cette façon, restant classées en fonction des tris précédents, elles se divisent à chaque fois suivant les différents chiffres de l’ordre décimal nouveau, sur lequel on pratique le tri; de sorte qu’on peut finalement composer très rapidement un classement naturel de tout un lot de cartes, si considérable qu’il soit, sur une zone d’indications, voire même sur plusieurs zones de données combinées, quel que soit le nombre de colonnes verticales que comporte chacune de celles-ci.
- Une fois classées, de cette manière, les cartes sont directement confiées à la tabulatrice (fig. 5). Celle-ci, bien entendu, par une conséquence naturelle, est
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- tout autre chose que la tabulatrice à 40 cadrans du mécanisme primitif. Il s’agit ici d’une série d’organes mécaniques actionnés par les perforations, et qui transmettent leurs impulsions à des barres de caractères pour fournir l’impression des ordonnées et de leurs résultats sous forme de tableaux présentant : d une part, la suite naturelle des données différentes simples ou combinées sur lesquelles s’est exercé le tri, d’autre part, en regard, les résultats arithmétiques qui s’y rapportent (quantités, sommes) et toutes cascades désirées des totaux intermédiaires ou généraux.
- On voit donc par là qu’il ne s’agit plus d’une simple compteuse, non plus d’ailleurs que d’une machine à calculer ordinaire, puisque, d’un seul coup, sans aucune intervention d’aucune sorte autre que l’alimentation en cartes, on a dégagé, et dans l’ordre désiré, celles des données et des valeurs que l’on cherche à recueillir et que recélaient en puissance les cartes en ordre primitivement arbitraire.
- La tabulatrice fonctionne généralement à une vitesse allant de 75 à 150 cartes à la minute.
- Le principe même de la carte, qui en fait un véritable réservoir d’investigations, permet de renouveler l’opération autant de fois qu’on le désire, pour en extraire à chaque fois et sous une forme toujours nouvelle, autant d’indications différentes et de résultats variés, en fonction des données enregistrées (fîg. 6).
- Il n’est pas de problèmes statistico-comptables qui ne puissent bénéficier de l’intervention des M. A. S. Naturellement, plus ces problèmes sont compliqués et nécessitent d’opérations massives et complexes, difficilement réalisables, voire même absolument impraticables à la main, plus il est nécessaire d’en obtenir simultanément et successivement d’éléments variés, et plus on est en mesure de tirer parti de leur rendement incomparable.
- En vue d’accroître le champ de leurs possibilités, elles ont reçu des quantités de perfectionnements successifs, surtout en ce qui concerne l’instrument de calcul et d’impression que constitue la tabulatrice.
- C’est ainsi que ces surprenantes machines peuvent aujourd’hui :
- imprimer des restes, ou des sommes algébriques, ou des soldes débiteurs et créditeurs ;
- dégager des sommes de produits, même sans qu’ils soient perforés individuellement dans les cartes, qui ne comportent que multiplicandes et multiplicateurs;
- voire encore, sous certaines conditions, reproduire des libellés par traduction des perforations en indications alphabétiques en clair, chaque lettre étant, dans ce cas, exprimée dans la carte au moyen de 2 perforations combinées par colonne verticale, suivant un code d’équivalence approprié.
- Aussi, telles qu’elles se présentent, de par l’étendue, la variété et la puissance de leurs moyens, de par la souplesse, la rapidité et l’infaillibité de leurs services, de par l’exactitude absolue de leurs multiples résultats, elles sont les reines incontestées de la mécanographie appliquée à la comptabilité et à la statistique.
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- BULL. DE LA SOC. ü’eNCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — JANVIER 1933 (p. 43).
- RAMONEUR A VAPEUR DALMAR POUR LOCOMOTIVES
- par M. Ed. Sauvage, membre du Conseil de la Société d’Encouragement.
- Les Anciens Établissements André Dalmar, à Rouen, ont présenté à notre Société la description d’un appareil ramoneur des tubes de locomotives, fonctionnant pendant la marche et aussi souvent qu’on le désire. Tout dépôt de suie et de cendres
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- TûRTE UE FOYETl
- Fig. 1. — Foyer de locomotive, avec ramoneur Dalmar.
- dans les] tubes réduit l’efficacité de la surface de chauffe, et le nettoyage en'fin de course ne suffit pas à les tenir propres en permanence.
- L’appareil, fixé sur la face arrière de boîte à feu, envoie un jet de vapeur sur la plaque .tubulaire, à travers le foyer (fig. 1). Ce jet frappe la plaque suivant une spirale, depuis le centre jusqu’aux bords, puis en revenant au centre. Tous les tubes sont atteints dans ce mouvement.
- La figure 2 donne la coupe longitudinale de l’appareil. La « fusée de soufflage » est fixée à une rotule qui joue dans une boîte recevant un mouvement de rotation; en même temps l’axe de cette fusée s’incline progressivemeut sur l’axe de rotation par l’action d’une biellette, entraînée parjune tige centrale.
- La partie fixe de l’appareil reçoit l’arrivée de [vapeur; la partie tournante
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- RAMONEUR DALMAR POUR LOCOMOTIVES. — JANVIER 1933.
- comprend un manchon qui porte la rotule et un volant de manœuvre, ainsi que la tige centrale. Le déplacement longitudinal de cette tige [est donné par une pièce
- intermédiaire vissée dans le manchon et sur la tige, les deux filetages étant de pas différents : le déplacement par tour est égal à la différence des pas. Des presse-garniture s’opposent aux fuites de vapeur.
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- RAMONEUR A VAPEUR DALMAR POUR LOCOMOTIVES. À8
- La figure 1 montre que la partie inférieure de la spirale décrite par le jet de vapeur doit être supprimée. On voit sur la figure 3 comment ce jet se trouve interrompu pendant une partie de la rotation du manchon.
- Quelques autres détails de montage sont prévus pour se prêter aux diverses dispositions des foyers.
- La manœuvre demande une quinzaine de tours de volant dans un sens, et autant
- Fig. 3. — Coupe transversale par l’arrivée de vapeur, montrant la partie pleine qui obture le passage de la vapeur pendant une partie de la rotation.
- en sens inverse; elle doit durer une minute et demie à deux minutes. La dépense de vapeur est insignifiante : on voit même la pression monter pendant la manœuvre, par suite de l’amélioration du passage de la chaleur.
- Cet appareil est employé avec succès sur plusieurs réseaux, et notamment sur l’Est; il s’est montré supérieur à d’autres appareils de ramonage.
- Il est applicable aux générateurs fixes à tubes de fumée; un type spécial a été étudié pour cette application, notamment dans les sucreries et distilleries, dont les générateurs sont souvent très poussés.
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- BULL. DE LA SOC. ü’eNCOUR. POUR l’iNDUSTRÏE NATIONALE. — JANVIER 1933 (p. 46).
- LA PHOTOCHIMIE
- par M. Guy Emschwiller, Ingénieur E. P. C. /.. docteur ès sciences physiques.
- La photochimie a pour objet l’étude des réactions chimiques que produisent la lumière et les radiations qui l’avoisinent dans le spectre. L’activité chimique n’est le monopole d’aucune catégorie de radiations et les plaques photographiques sont sensibles tout à la fois aux rayons X, ultra-violets, lumineux, ou infra-rouges, soit qu’il y ait action directe sur le gélatinobromure d’argent, soit qu’une substance colorante serve d’intermédiaire.
- La photographie est ainsi l’exemple le plus complet, comme aussi l’application la plus importante, de la photochimie. C’est encore un des plus puissants moyens d’étude de la lumière et des radiations mêmes et la physique contemporaine doit à la plaque photographique des acquisitions essentielles. Par elle la photochimie possède à son actif une des découvertes les plus fondamentales de la science moderne. Un nouvel art lui est dû : la cinématographie. Un autre stimulant est que la photochimie recèle une des transformations naturelles qui conditionnent notre vie, l’assimilation du gaz carbonique parles plantes, réaction mystérieuse malgré de multiples recherches, type et modèle de la synthèse photochimique.
- Chapitre capital de la chimie, la photochimie ne la contiendrait-elle pas tout entière? et toutes les réactions ne seraient-elles pas photochimiques s’il était établi qu’elles sont directement provoquées par le rayonnemenent thermique isotherme? Sans doute il est bien connu que les réactions s’accélèrent quand on élève la température et qu’en refroidissant suffisamment on paralyse à peu près toutes les transformations chimiques, même les plus exoénergétiques. Mais, outre qu’il est impossible de séparer la matière de l’énergie thermique, une généralisation aussi vaste peut paraître présentement sans portée, car il n’en subsiste pas moins que certains systèmes demeurent inaltérés dans le rayonnement isotherme et que des transformations chimiques y apparaissent, même si l’on maintient leur température constante, dès qu’on les expose à l’action de sources de lumière.
- Les radiations actives peuvent être caractérisées et plus rien ne se passe si on les arrête au moyen d’écrans convenables. C’est là le critérium de la réaction photochimique, et les réactions ordinaires ne sauraient être considérées comme photochimiques que dans la mesure où l’on pourrait isoler du rayonnement thermique des radiations sélectivement actives, dont la suppression au moyen d’écrans appropriés aurait pour effet d’interdire toute réaction chimique. S’il n’est pas impossible que la preuve en soit faite un jour, on ne dispose guère actuellement d’élément expérimental favorable; tout au plus a-t-on pu parfois reconnaître des bandes d’absorption infra-rouge correspondant à peu près aux radiations actives que la théorie avait permis de calculer.
- Il n’est pas douteux, en effet, que les radiations ne peuvent provoquer de transformations photochimiques que dans les systèmes qui les absorbent. L'action sélective des radiations se rattache ainsi à leur absorption sélective. L’étude de l’absorption des corps s’impose en photochimie et doit précéder toute recherche. C'est pour tout corps pur une propriété absolument spécifique; aussi chimistes et physiciens
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- s’efforcent-ils de rattacher les spectres d’absorption à la constitution des corps et à la structure des molécules. Les théories actuelles permettent déjà d’interpréter un certain nombre de caractères des spectres. Il nous en faut retenir que les radiations absorbées peuvent provoquer différents effets dans les molécules, augmenter leur énergie de rotation, faire vibrer leurs atomes, déplacer des électrons. C’est dans ce dernier cas seulement que les radiations absorbées par un corps seraient capables d’agir sur lui chimiquemeut; ainsi pourraient se comporter le plus souvent les radiations ultra-violettes et visibles, quelquefois aussi les radiations infra-rouges. En fait, l’énergie lumineuse absorbée peut reparaître sous des formes diverses, en général calorifique, comme cela est très fréquent pour les radiations infra-rouges, sans transformation chimique concomitante.
- Il est remarquable que certains systèmes, qui demeurent inchangés en présence de radiations qu’ils n’absorbent pas, deviennent sensibles par adjonction de subtances absorbantes; ces substances photosensibilisatrices restent inaltérées au cours des réactions que leur présence autorise et semblent n’avoir d’autre rôle que de servir au transfert de l’énergie lumineuse. C’est ainsi que les plaques photographiques ordinaires ne sont guère impressionnées que par les rayons bleus, violets et ultraviolets; en ajoutant à l’émulsion des colorants convenables, on peut les rendre sensibles au vert, au jaune, au rouge et même à l’infra-rouge ; si l’on superpose un certain nombre de sensibilisateurs, on obtient des plaques panchromatiques, presque également sensibles dans toutes les régions du spectre visible. De même, la tendance actuelle est de considérer la chlorophylle comme un sensibilisateur au cours de l’assimilation de l’acide carbonique par les plantes sous l’action de la lumière solaire.
- On connaît beaucoup de réactions sensibilisées et par les corps les plus divers, halogènes, sels de fer, sels d’uranyle, oxyde de zinc, vapeur de mercure. Les sensibilisateurs peuvent même amener dans la substance vivante des transformations qui aboutissent à des lésions cellulaires extrêmement manifestes ou à la mort. Ainsi M. Dognon signale que certains protozoaires, tués rapidement par les rayons ultraviolets de courte longueur d’onde, sont tout à fait insensibles à la lumière visible, quelle qu’en soit l’intensité; mais si, à la préparation vivement éclairée, on ajoute une trace d’éosine ou de rose bengale, colorants dénués en eux-mêmes de toxicité, on assiste en quelques secondes à l’arrêt des mouvements et à l’éclatement de la cellule. Ce phénomène très frappant n’existe pas seulement pour les organismes unicel-lulaires, mais aussi pour les animaux et pour l’homme. Un animal blanc, qui a reçu une injection d’éosine, présente, exposé à la lumière, des troubles graves pouvant aboutir à la mort. Cela peut s’observer encore, en dehors des circonstances expérimentales, chez des animaux qui ont ingéré certains végétaux contenant naturellement des substances sensibilisantes, comme le millepertuis.
- Pour être en mesure de provoquer des transformations photochimiques, il faut donc avant tout disposer de sources produisant des radiations absorbables par les systèmes chimiques. Le problème est simple tant qu’il s’agit de la lumière visible; on dispose de la lumière du soleil et de toutes les sources artificielles bien connues. Le difficile est d’accumuler beaucoup d’énergie lumineuse dans de faibles espaces. Pour les radiations ultra-violettes, il y a encore le soleil, surtout dans les régions tropicales; mais, en général, toujours pour les courtes longueurs d’onde, il faut avoir recours à des sources artificielles. Ce ne sont plus ici des corps portés à
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- l’incandescence, car il faudrait atteindre des températures extrêmement élevées pouf produire de l’ultra-violet en quantité notable; c'est aux phénomènes de décharge et d’étincelle électriques qu’on s’adresse. On obtient des spectres d’émission continus par des décharges de haute fréquence dans des tubes remplis d’hydrogène, ou en faisant jaillir des étincelles dans de l’eau entre électrodes d’aluminium. On obtient des spectres de lignes avec les lampes à vapeur de mercure, ou avec l’étincelle condensée jaillissant entre électrodes de zinc, nickel, fer. Ce sont les lampes à vapeur de mercure en silice qu’on utilise le plus communément, mais on peut aussi employer avantageusement l’arc au carbone, surtout si l’on a minéralisé l’âme des charbons au moyen de sels métalliques convenables. Les progrès de la technique, mettant a la disposition des chercheurs des sources toujours plus perfectionnées, ont contribué déjà beaucoup au développement de la photochimie et devront encore être étendus pour lui permettre de conquérir davantage le domaine des réalisations industrielles.
- Les possibilités de la photochimie sont innombrables. Les réactions photochimiques sont multiples et diverses, comme les réactions chimiques elles-mêmes. La lumière permet des transformations nouvelles, accélère des réactions déjà connues, aide à les orienter. On sait combien les réactions d’halogénation peuvent être influencées par l’éclairement. Il n’est pas de substance dont il n’y ait intérêt à connaître l’attitude sous l’action de la lumière et des radiations, et c’est un problème pratique qui se pose souvent que celui de la conservation des corps à la lumière.
- Tous les corps composés sont susceptibles d’être partiellement détruits sous l’action de radiations convenablement choisies, et l’on réserve le nom de photolyses aux décompositions photochimiques en l’absence de tout réactif. Rappelons seulement la photolyse du gaz chlorhydrique en hydrogène et chlore, du gaz bromhydrique en hydrogène et brome, du gaz iodhydrique en hydrogène et iode, du gaz sulfhydrique en hydrogène et soufre, du gaz ammoniac en hydrogène et azote. Les oxydes du chlore et de l’azote subissent, eux aussi, des transformations. L’eau est décomposée par les radiations ultra-violettes qu’elle absorbe en hydrogène et eau oxygénée. L’acide nitrique, pur et blanc, jaunit sous l’influence de la lumière solaire et dégage de l’oxygène. Parmi les corps solides, en plus de l’exemple célèbre des sels d’argent, mentionnons la photolyse du sulfure de zinc en soufre et zinc, de l’oxyde de mercure en oxygène et mercure.
- Dans le domaine de la chimie organique, les photolyses connues sont très nombreuses. Ainsi l’alcool éthylique libère de l’hydrogène, de l’éthane, de l’oxyde de carbone. Il se dégage en effet très souvent des gaz, dont la nature dépend de la fonction du corps, hydrogène, oxyde de carbone, gaz carbonique, carbures d’hydrogène, gaz azotés. C’est là un point important, car, avec nos moyens actuels, les taux de décomposition photochimique sont souvent faibles, et il est avantageux d’avoir à reconnaître des gaz aisément décelables et analysables.
- La lumière apparaît par suite comme un agent universel de destruction, agent d’autant plus dangereux qu’il reçoit souvent le renfort d’alliés redoutables, comme l’oxygène de l’air et l’humidité. Bien des corps ne subissent en présence de lumière seule que des décompositions de peu d’importance, mais ils sont rapidement détruits sous l’action combinée de la lumière et d’un agent atmosphérique. On peut citer comme exemple typique le cas des solutions benzéniques d’iodoforme ; en l’absence
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- d’oxygène, la lumière solaire ne provoque qu’une altération très limitée, même si l’on prolonge pendant des semaines la durée de l’éclairement ; en présence d’oxygène, la destruction peut être complète en quelques heures. On sait aussi combien les couleurs et les peintures sont sensibles à la lumière et à l’air. La lumière jouant fréquemment un rôle important dans la destruction des corps, il importe d’étudier ces altérations photochimiques, ne serait-ce que pour essayer de les éviter.
- L’utilisation pratique des photolyses est en effet très restreinte, si l’on met de côté la photographie dont les applications sont multiples. On a proposé de purifier pno-tochimiquement les solvants organiques contenant certaines combinaisons métalliques, comme le fer-carbonyle, que la lumière détruit. Le blanchiment des toiles et des cotonnades peut être effectué sous de puissants arcs au mercure, et cette action combinée avec celle d’agents chimiques convenables. On peut citer encore la stérilisation des eaux potables par destruction photochimique des bactéries nuisibles. De même, l’air peut être stérilisé par action des radiations ultra-violettes : il y a production intense d’ozone, les germes et microbes sont tués.
- Il ne faut pas oublier l’intérêt que présentent les sources artificielles de radiations ultra-violettes pour les essais rapides de stabilité de nombreux produits et substances, susceptibles de subir, sous l’action de la lumière du jour, une altération lente qu’il devient ainsi possible d’accélérer : peintures, vernis, teintures, étoffes ou papiers teints, papiers peints, matières imprimées, encres, caoutchouc, etc. 11 faut se rappeler toutefois que les résultats de tels essais n’ont pas de valeur absolue et que cette destruction par les radiations ultra-violettes peut s’effectuer dans des conditions qui ne sont pas toujours celles réalisées dans la pratique.
- Du point de vue scientifique, l’étude des photolyses présente un certain intérêt, en ce que la connaissance des produits de destruction peut fournir des renseignements précieux sur la constitution des corps, sur les relations entre atomes à l’intérieur des molécules. Dans cet ordre d’idée, on peut rapprocher les décompositions photochimiques et les décompositions thermiques; les produits de la photolyse et ceux de la pyrolyse sont parfois très comparables. Mais la lumière est un agent de destruction plus souple que la chaleur. Quand on soumet un corps à la destruction pyrogénée, il est malaisé d’éviter que les produits issus de la décomposition ne se trouvent, eux aussi, soumis à l’action des températures élevées. Quand on soumet un corps à la destruction par la lumière, les produits de la décomposition peuvent demeurer inchangés s’ils n’absorbent pas la lumière employée. On dispose donc, dans le cas des décompositions photochimiques, d’un facteur supplémentaire, et, par une sélection convenable des radiations, on peut espérer saisir des termes qui eussent passé inaperçus dans les réactions thermiques.
- Indiquons, à titre d’exemple, que l’étude de l’action de la lumière sur les iodures d’alcoyle fournit en particulier des renseignements précieux sur leur structure. Elle permet de révéler l’existence, dans les molécules de ces dérivés iodés, d’un atome d’hydrogène singulier qui serait sous la dépendance à la fois d’un atome de carbone et de l’atome d’iode. Adoptant les formules actuelles de constitution, il faudrait admettre que cet atome d’hydrogène singulier et l’atome d’iode seraient liés au même atome de carbone ; dans le cas des iodures tertiaires, où il ne pourrait nécessairement en être ainsi, la solidité des autres liaisons internes de la molécule 132e Année. — Janvier 1933. 4
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- s’en ressent, et la photolyse de l’iodure de butyle tertiaire s’accompagne d’une véritable dislocation de la molécule.
- De tels résultats doivent servir de base à toutes les théories structurales qui tentent de fixer les positions relatives et les forces de liaison des atomes dans les molécules. Ils sont susceptibles de faciliter un choix entre les diverses théories sur la constitution des molécules; les principes admis aujourd’hui sont peut-être en effet sujets à révision, ainsi qu’en témoignent les tentatives récentes de MM. Gosselin et de M. Georges Urbain.
- La lumière n’est pas qu’un agent de destruction, c’est aussi un agent de synthèse. Elle peut créer les mêmes corps qu’elle détruit. L’ultra-violet transforme l’oxygène en ozone, s’il refait de l’oxygène à partir de l’ozone. La lumière provoque la décomposition des gaz hydrohalogénés, elle en permet également la synthèse. La composition de la lumière employée a le plus souvent une influence déterminante. C’est ainsi qu’en principe il y a décomposition quand on opère avec des radiations absorbées par le corps ; il y a synthèse quand les radiations sont absorbées par les éléments à partir desquels on peut le former. Des corps nouveaux peuvent ainsi prendre naissance par les réactions les plus variées, d’halogénation, d’oxydation, de réduction, d’hydrolyse, de polymérisation, etc. Mais, pour réaliser ces synthèses photochimiques, il importe de sélectionner les radiations et d’éliminer celles qui provoquent la décomposition du corps qu’on veut préparer. Aussi les problèmes que pose la synthèse photochimique sont-ils le plus souvent très complexes. D’autre part, comme l’obtention de quantités notables de produits nécessiterait des installations encombrantes et coûteuses, il ne faut pas trop s’étonner si les procédés de synthèse par la lumière n’ont pas reçu beaucoup d’applications pratiques.
- On peut noter l’emploi des rayons ultra-violets à la polymérisation modérée des laques pour cuir, dans la fabrication des vernis gras, au vieillissement artificiel des liqueurs. On les utilise au ravivage des couleurs imprimées sur tissus, afin de rectifier les nuances qui ne correspondent pas toujours aux teintes désirées. Les radiations' ultra-violettes ont été préconisées pour l’obtention de solvants chlorés à partir du chlore et d’hydrocarbures, par exemple du chloroforme à partir du méthane, pour la fabrication de matières plastiques à partir de composés non saturés comme le chlorure de vinyle.
- Cependant, la synthèse photochimique acquiert un intérêt exceptionnel quand elle est la seule à permettre la préparation des composés. Ainsi la transformation de l’ergostérine en vitamine D ne peut être provoquée que par l’irradiation. Encore faut-il opérer avec des sources de lumière appropriées, afin d’obtenir les meilleurs rendements et d’éviter la production secondaire de substances nocives. L’intérêt de la méthode est accru par le fait que de très petites quantités de vitamine D suffisent à la production d’effets curatifs.
- De même, le développement de la radiothérapie par la lumière ultra-violette, visible ou infra-rouge peut être dû à l’action bienfaisante de substances produites en très petites quantités dans le corps sous l’action de la lumière, comme aussi certains l’attribuent en partie à la destruction d’éléments nocifs. On sait en tout cas combien sont importants les effets des radiations ultra-violettes sur la peau, sur le sang; la radiothérapie s’est incontestablement révélée efficace dans le traitement du
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- rachitisme, de la tétanie, de la spasmophilie, dans des cas nombreux de déficiences, dans la pathologie chirurgicale; toutefois c’est une arme dangereuse, que les médecins ne doivent manipuler qu’avec prudence et qui est contre-indiquée pour la tuberculose pulmonaire.
- Mais la réaction de synthèse photochimique la plus importante est la synthèse des hydrates de carbone par les plantes. C’est à peine cependant si l’on sait le rôle dévolu à la lumière. Il n'est pas douteux que le processus de l’assimilation de l’acide carbonique ne soit très complexe et qu’il ne fasse pas intervenir seulement des réactions photochimiques. Des réactions biochimiques interviennent, dues à des facteurs protoplasmiques. Les actions de surface paraissent aussi jouer un rôle prépondérant; il semble en effet qu’on puisse préparer des sucres au laboratoire, à partir d’acide carbonique et sous l’action de la lumière visible, en opérant en présence de poudres colorées, agissant non seulement comme sensibilateurs mais encore par des phénomènes d’adsorption dus à des actions superficielles. La synthèse photochimique des sucres est encore réalisable en soumettant le formol à l’action des radiations ultraviolettes, et le formol peut, à son tour, être produit par voie photochimique à partir d’un mélange d’oxyde de carbone et d’hydrogène, en présence de vapeur de mercure. Ces expériences n’appartiennent qu’au domaine du laboratoire, bien qu’elles aient donné lieu à des brevets récents.
- Il n’existe donc pas, somme toute, de synthèse photochimique réalisée à grande échelle industrielle. Coût élevé de l’énergie lumineuse, petitesse des rendements sont, comme il a été rappelé, les obstacles essentiels. Il y a en effet des relations entre les quantités de lumière absorbée et les quantités de substances transformées, relations qu’on ne peut en général prévoir, car on ne dispose pas d’une loi sûre comme en électrochimie, et il est fort à craindre qu’on n’en découvre jamais. Ce n’est pas faute certes qu’on ne l’ait cherchée, surtout depuis qu’ont été introduites en photochimie la conception de discontinuité de l’énergie lumineuse et la notion de rendement quantique.
- De même que la lumière ne serait pas divisible à l’infini et procéderait par petites quantités élémentaires, les molécules, l’énergie lumineuse procéderait, elle aussi, par petites quantités élémentaires ou quanta, véhiculées par de petits corpuscules ou photons. Le processus élémentaire de l’absorption de la lumière consisterait en la captation des photons par les molécules, une molécule ne pouvant capter qu’un photon, un photon ne pouvant être capté que par une seule molécule. La molécule qui fixe un photon acquerrait une énergie très grande, de l’ordre de 40.000 cal par molécule-gramme pour les radiations rouges, 80.000 pour les radiations ultra-violettes, pouvant aller jusqu’à 150.000 pour l’ultra-violet extrême. Par ces apports très importants d’énergie, les molécules seraient rendues aptes à des transformations chimiques. Si les molécules touchées par la lumière intervenaient toutes, intervenaient seules, dans les réactions photochimiques, il y aurait juste autant de molécules décomposées que de photons absorbés, conformément à la pseudo-loi de l’équivalence photochimique ; le rendement quantique serait alors égal à 1, si on le définit comme étant le rapport du nombre de molécules transformées au nombre de photons absorbés. En fait, il en est rarement ainsi, comme on peut s’en rendre compte par les quelques exemples qui suivent :
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- RÉACTIONS
- RENDEMENTS QUANTIQUES
- Photolyse de l’eau oxygénée................................... là 130
- — de l’oxyde azoteux . . . . '....................... 3,9
- — du gaz bromhydrique................................ 2
- — du gaz iodhydrique................................. 2
- — de l’acétaldéhyde gazeux........................... 2
- — du bioxyde d’azote................................. 1.5
- — de l’oxalate d’uranyle............................. 1
- — du chlorure d’argent (dans la gélatine)............ 0,9
- — du gaz ammoniac.................................... 0,2
- — de l’iodure d’isobutyle liquide.................... 0,15
- — de l’iodure d’éthyle gazeux......................... moins de 0,02
- — de l’acide oxalique dans l’eau...................... 0,0009 à 0,01
- Action du chlore sur l’hydrogène.............................. 10 à 100.000
- — du chlore sur l'oxyde de carbone....................... 1.000 à 1.300
- — de l’iode sur le tartrate de sodium et de potassium . . 450
- — du brome sur le stilbène............................................ 305
- — du chlore sur le toluène (à —80°).................................... 27
- — de l’iode sur le formiate de sodium................................. 10
- — du chlore sur le trichlorobromométhane................. 0,9
- — de l’iode sur le sulfate ferreux....................... 0,6
- Oxydation du gaz iodhydrique.................................. 0 à 70
- <— du trichlorobromométhane................................ 0,9
- Polymérisation de l’anthracène................................ 0,48
- Les valeurs données concernent, sauf indication contraire, des réactions effectuées à la température ordinaire. Les rendements quantiques varient le plus souvent de façon continue avec la température et c’est la meilleure preuve qu’il ne saurait en général exister de relation précise entre les quantités d’énergie lumineuse absorbée et de substances transformées. Cependant les coefficients de température des réactions photochimiques sont presque toujours très inférieurs à ceux des réactions ordinaires.
- Ainsi, l’on retrouve dans les réactions photochimiques certaines modalités des réactions chimiques et le sort des systèmes qui absorbent la lumière dépend essentiellement de la nature des corps et des transformations possibles. En particulier le caractère énergétique des transformations intervient dans une certaine mesure pour fixer les taux d’utilisation de la lumière. Dans les réactions exoénergétiques, la lumière ne fait en définitive qu’une avance d’énergie, remboursable le plus souvent sous forme calorifique avec des intérêts parfois très grands, puisque vient s’y ajouter l’énergie libérée parla réaction chimique même. Des molécules peuvent ainsi recevoir de l’énergie qui n’est pas fournie directement par la lumière et un seul photon entraîner l’intervention d’un nombre indéterminé de molécules. Dans les réactions endoénergétiques, il y a de l’énergie lumineuse consommée; une partie seulement peut être restituée. Aussi les réactions fortement exoénergétiques ont-elles des rendements quantiques élevés, les réactions fortement endoénergétiques des rendements quantiques plus faibles. Il faut tenir compte encore de ce que la lumière peut provoquer la formation de catalyseurs.
- Si l’hypothèse de l’équivalence est indiscutablement trop rigide, il n’en reste pas moins qu’elle fournit assez souvent un ordre de grandeur raisonnable des transformations. Aussi peut-on très bien admettre que chaque photon soit susceptible de déclencher la transformation de la molécule qui l’absorbe. On se trouve alors conduit
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- analyser les facteurs qui tendent soit à augmenter soit à diminuer le rendement quantique et par là à préciser le mécanisme même des réactions photochimiques. De la sorte rebondit l’intérêt des études photochimiques qui deviennent ainsi capables d’aider à préciser la conception des molécules actives et de contribuer à la compréhension de réactions ordinaires.
- On sait comment s’est introduite la notion de molécules actives. Le problème des vitesses de réaction préoccupait les chimistes qui se demandaient pourquoi certaines transformations sont rapides alors que d’autres évoluent de façon paresseuse. Les considérations thermochimiques ne permettaient pas toujours de justifier ces variations; c’est ainsi que le mélange d’hydrogène et d’oxygène demeure inchangé à la température ordinaire bien que la réaction productrice d’eau soit fortement exothermique. Pour interpréter la lenteur ou même l’absence d’un grand nombre de réactions, on a parlé de frottement chimique, un système devant pour réagir vaincre certaines résistances. Cette image ne paraît pas avoir conduit à édifier une théorie véritable des réactions chimiques, tandis que l’hypothèse des formes actives a permis de coordonner un grand nombre de faits.
- D’après cette hypothèse, la pluplart des molécules d’un corps seraient, à un instant donné, inaptes à réagir; la réactivité chimique serait l’apanage de molécules privilégiées, les molécules actives. Ce serait, pour certains auteurs, de véritables isomères ou des formes tautomères. Quoi qu’il en soit, elles se distingueraient des molécules inactives par leur état énergétique, et l’on s’accorde à reconnaître avec Arrhenius que les molécules actives sont très riches en énergie, l’énergie d’activation provenant de l’énergie thermique.
- La difficulté, pour vérifier une telle théorie, est que les formes actives sont bien difficilement saisissables ; leur activité même les condamne à disparaître rapidement. On peut essayer de les distinguer dans le cas des réactions photochimiques si l’on admet que ce sont précisément les molécules qui absorbent la lumière. En fait, les énergies des photons sont bien du même ordre de grandeur que les énergies d’activation que l’on calcule pour les réactions ordinaires. La connaissance des modalités de l’utilisation de la lumière peut ainsi permettre de préciser les conditions de l’activation des molécules. En vérité, les théories actuelles sont encore à l’état embryonnaire; elles obligent trop souvent à des précisions téméraires, alors que les critériums expérimentaux sont encore incertains. Mais l’effort doit être poursuivi, car il ne tend rien moins qu’à permettre de tirer de la photochimie des enseignements profitables à la chimie entière.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOUR. POUR l’iNUU'STRIE NATIONALE. — JANVIER 1933 (p. 54).
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ
- ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ORDINAIRE DU 17 DÉCEMBRE 1932 Présidence de M. Ch. Walckenaer, vice-président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Sont présentés pour devenir membres de la Société et admis séance tenante :
- M. Ducatte (Fernand), docteur en pharmacie, fabricant de produits pharmaceutiques, 191, rue Saint-Honoré, Paris (1er)? présenté par M. Waton (1933);
- la Société électrométallurgique de Montricher, 66, rue de la Chaussée d’Antin, Paris (9°), présentée par M. Lemaire (1933);
- M. Perrot (Émile), (O. ifc, I. H), membre des Académies de Médecine, d’Agriculture et des Sciences coloniales, professeur à la Faculté de Pharmacie, 12 bis, boulevard Port-Royal, Paris (5e), présenté par MM. Mangin, Viala et Yayssière (1933).
- M. Walckenaer, vice-président, rappelle que la réunion est une assemblée générale ordinaire pendant laquelle il doit être procédé à l’élection des membres du Bureau pour 1933 et à la ratification de la nomination, pendant l’année 1932, de nouveaux membres du Conseil d’administration. Le scrutin sera clos à 17 h. 30 m.
- MM. de Fréminville et G. Wery, secrétaires généraux, présentent et analysent des ouvrages entrés récemment dans la Bibliothèque.
- M. de Fréminville présente les ouvrages suivants :
- The Methodology of Scientific Research, par Henry Le Chatelier (publié à l’occasion de mes 80 ans, par Journal of Chemical Education (États-Unis), vol. VII, n° 11, nov. 1930, p. 2584), dactylographié. (Don de l’auteur, membre du Conseil d’Administration);
- Memento d’électrotechnique. Tome II : Machines électriques. Tubes à vide et à gaz raréfiés. Redresseurs statiques. Appareillage électrique, par A. Curchod. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (69), 193 2;
- Procédés modernes de découpage et d'emboutissage, par Eugen Kaczmarek. Traduit d’après la 3e édition allemande, revue et augmentée, par A. Schubert. Paris, Dunod, 1933;
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- La transformation de l'énergie électrique. II. Commutatrice et redresseurs, par Henri Giroz (Collection Armand Colin, Section de mécanique et électricité industrielles, n° 131). Paris, Librairie Armand Colin, 103, boul. Saint-Michel (5e), 1932;
- Traction autonome et traction électrique. Etudes sur divers points d'actualité technique. Office de perfectionnement pour la Traction autonome sur les chemins de fer, 3, rue Portalis, Paris (8°), 1932;
- Nouvelles notes pratiques sur les outillages à découper et à emboutir, par V. Ricordel. Paris, Dunod, 1932;
- Le charbon et les chemins de fer français, par R. Godfernaux. Paris, Dunod, 1932.
- M, Wery présente les ouvrages suivants :
- La géologie et les mines de la France d'outre-mer. Recueil de conférences organisées au Muséum par les soins du Bureau d’Etudes géologiques et minières coloniales sous le haut patronage de M. A. Lacroix, secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences, et avec le concours de MM. L. Bertrand, F. Blondel, J. Bourcart, A. Demay, M. Dreyfuss, L. Dubertret, P. Fallot, M. Glasser, H. Hubert, Ch. Jacob, L. Joleaud, A. Lacroix et L. Neltner. Paris, Société d’Editions géographiques, maritimes et coloniales, 184, boul. Saint-Germain (6e), 1932 (Don du Bureau d’Etudes géologiques et minières coloniales) ;
- Traité de chimie minérale, publié sous la direction de Paul Pascal ; secrétaire généra] : Paul Baud. Tome XI : Molybdène, tungstène, uranium, thorium, métaux de la famille du platine, par MM. C. Boulanger, R. Charonnat, M. Delépine, C. Duval, R. Flatt, L. Malaprade, P. Poulenc. A. Travers. Paris, Masson et Cie, 120, boul. Saint-Germain (6e), 1932;
- Un voyage d'études en Italie. A l'Institut international d'Agriculture et au pays des agrumes, par Em. Perrot (Ministère du Commerce et de l’Industrie. Travaux de l’Office national des matières premières végétales pour la droguerie, la pharmacie, la distillerie et la parfumerie, 12, avenue du Maine, Paris (14e), Notice n° 38, 1932.
- M. Walckenaer, vice-président. — Le Père Henri Belval, docteur ès sciences, que vous allez entendre, est bien connu de tous ceux qui s’occupent de chimie biologique. La presque totalité de ses travaux ont été exécutés en Chine, et souvent dans des conditions très difficiles. Ils sont marqués de la plus grande originalité et ils ont retenu l’attention des savants. Aussi notre Société a-t-elle été heureuse de les récompenser l’année dernière en décernant au Père Belval une médaille d’or pour ses recherches
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- sur la formation de l’amidon dans les organes de réserve des végétaux et, plus particulièrement, de ceux qui servent à l’alimentation de l’homme et des animaux domestiques. Ces recherches ont donc une très grande portée pratique.
- Le rapport concluant à l’attribution de cette récompense a été rédigé par notre collègue du Comité des Arts chimiques, M. Gabriel Bertrand, membre de l’Académie des Sciences, qui, avec plusieurs chimistes français, a toujours suivi de très près les travaux du Père Belval.
- Le Père Belval fait partie de cette pléiade de savants français qui composent le corps enseignant de « l’Aurore », Université catholique de Chang-hai, vaste institution qui a rendu et continue à rendre de très grands services en Extrême-Orient.
- D’autres centres scientifiques nous sont déjà connus, tel l’Observatoire de Zi-ka-wei, qui s’est spécialisé dans la prévision et la prédiction des typhons dans le Pacifique et sur la côte orientale d’Asie. Son directeur est le Père Lejay qui est aussi un de nos lauréats.
- Nous avons profité du congé que le Père Belval passe en ce moment à Paris, où il a fait ses études, pour lui demander de nous parler de la Chine, pays auquel il est vivement attaché et qu’il connaît bien pour y avoir accompli de nombreuses tournées de naturaliste.
- Nous lui avons laissé le choix du sujet. Il a exprimé le désir de nous entretenir du Musée d’Histoire naturelle de Chang-hai dont il est l’un des créateurs; chemin faisant, il projettera sur l’écran des cartes et des vues qui nous montreront la géographie, la physionomie et les moyens de transport des contrées explorées par ses prédécesseurs et par lui-même. Je ne doute pas que nous aurons plaisir à l’entendre.
- Le R. P. Henri Belval, docteur ès sciences, fait une communication sur Le Musée d'Histoire naturelle de Chang-haï.
- Ce musée est extrêmement riche; il renferme des pièces, classées méthodiquement, provenant de presque toutes les parties de l’immense Empire chinois et des pays d’Extrême-Orient. Des savants anglais, américains et japonais y viennent travailler fréquemment. L’histoire de ce musée comprend deux périodes : de 1872 à 1929, il était à Zi-ka-wei; il eut alors pour directeurs le P. Heude, qui l’a fondé, puis le P. Courtois. En 1929, il a été transféré dans un immense bâtiment construit sur les terrains de l’Université l’Aurore, compris dans la Concession française de Chang-haï; il porte le nom de Musée Heude.
- Le musée avait d’abord été établi à Nanking en 1868; il fut transféré quatre ans plus tard à Zi-ka-wei, qui était alors un petit village situé à 7 km du centre du Chang-haï d’alors. Aujourd’hui, Chang-haï est une immense agglomération de plus de deux millions d’habitants, dont Zi-ka-wei est devenu un faubourg. Le Musée
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- était installé dans une petit maison à un étage où les collections furent bientôt très à l’étroit.
- Le P. Heude, qui était un voyageur intrépide, adroit chasseur et habile diplomate, y rassembla tous les documents qu’il avait recueillis lui-même au cours de ses nombreux et longs voyages dans la haute vallée du Yang-tse-kiang, au Tibet, aux Philippines, aux Moluques, au Japon, à Java, à Célèbes, dans les îles de la Sonde, au Tonkin, en Cochinchine, au Cambodge et au Siam. Le P. Heude était surtout naturaliste ; il a publié ses travaux dans les Mémoires concernant l'histoire naturelle de l'Empire chinois, édités par fascicules ou cahiers, au fur et à mesure que les matériaux étaient prêts. Ces mémoires forment plusieurs gros tomes illustrés de nombreuses planches, où tout n’est pas d’égale valeur mais que les spécialistes consultent encore avec fruit. Ce qui restera surtout de lui, ce sont les superbes collections, uniques dans leur genre, qu’il a réunies.
- Le P. Courtois lui succéda à] sa mort, en 1902. Sédentaire par tempérament, quoique marcheur infatigable, et ayant l’aversion des voyages, le P. Courtois consacra cependant plus de la moitié de ses 25 ans de directoriat à courir les chemins, de telle sorte qu’il n’y a plus grand chose à glaner dans les régions qu’il a explorées : il était en expédition pendant les 6 mois de printemps et d’automne ; c’était avant tout un botaniste et un ornithologiste. Il limita sa tâche à l’exploration méthodique et poussée très à fond des deux provinces qui constituent la mission de Chang-hai, le Ngan-hoei et le Kiang-sou, coupées toutes deux par le Yang-tse-kiang. Il enrichit le Musée d’un herbier et d’une collection d’oiseaux. Après sa mort, survenue en 1928, il fut possible au P. Belval, son successeur, grâce aux notes très précises laissées par le P. Courtois, de compléter les nombreuses listes de plantes qu’il avait établies. C’était un travailleur acharné, passant sa journée et la majeure partie de ses nuits dans son cabinet.
- On peut tirer comme conclusion provisoire de l’ensemble des travaux du P. Courtois que les parties du Kiang-sou et du Ngan-hoei situées au Sud du Yang-tse-kiang constituent une seule région botanique. Quant aux parties situées au Nord du fleuve, celles du Ngan-hoei, elles sont encore trop peu connues pour permettre de porter un jugement; mais pour le Kiang-sou, il semble bien que ce soit le fleuve qui limite deux régions naturelles; de fait, au Nord du fleuve et jamais au Sud, on trouve des plantes caractéristiques de la flore sibérienne.
- Le P. Courtois a travaillé aussi de 1912 à 1927 à 5 fascicules d’un ouvrage Les oiseaux du Musée de Zi-ka-wei qui comprend 120 pages de texte et 80 planches admirablement colorées à la main par des artistes chinois.
- Le nouveau Musée a été construit d’après les indications du P. Savio, qui est entomologiste, par deux architectes français, MM. Léonard et Vayssère, qui ont tenu compte, pour l’aménagement des locaux, des conditions spéciales qu’exige un climat très chaud et très humide en été, si l’on veut assurer la bonne conservation des collections. Leur transfert n’a commencé qu’au début de 1931.
- Le Musée Heude est un vaste bâtiment en ciment armé à deux étages et à deux façades, l’une sur l’avenue Dubail, l’autre sur un immense jardin botanique. Intérieurement, il comprend deux parties distinctes : 1° trois grandes salles d’exposition, bien éclairées, recevant les collections et qui sont ouvertes au public; 2° un corps de bâtiment réservé aux Pères, actuellement au nombre de trois, qui sont
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- chargés du Musée et qui ont chacun leur appartement et un laboratoire privé, ainsi qu'aux savants de passage désireux de consulter les collections d'étude ou les ouvrages de la bibliothèque.
- x\ctuellement, seule l'installation de l'herbier est terminée : plus de 50.000 spécimens de plantes ont été revus et classés. On a adopté pour l'herbier le système employé avec succès à l'Institut des Recherches agronomiques de Saïgon : les spécimens sont enfermés, par paquets de 50 ou de 100, dans des boîtes de zinc hermétiquement closes et contenant du camphre, ce qui les préserve de l’humidité et des insectes déprédateurs. Actuellement, plus d’un millier de ces boîtes sont disposées sur des étagères le long des murs : c’est l’herbier général de Chine, riche surtout pour les provinces du Kiang-si, du Yun-nan. du Ngan-hoei et du Kiang-sou. D’autres collections, quoique non encore définitivement installées, peuvent déjà être utilisées; telles sont celles des oiseaux du Kiang-sou, et plusieurs collections d’insectes.
- Quant au jardin botanique, on y a transplanté, en février dernier, les principales richesses du jardin qui était attenant au Musée de Zi-ka-wei. Il reste à y introduire nombre de plantes sauvages de la région: ce travail durera plusieurs années.
- Il convient d'ajouter que, par ses nombreux envois, le Musée d’IIistoire naturelle de Chang-hai enrichit les collections du Muséum de Paris.
- E. L.
- M. Garnier. — Vous nous avez parlé de la difficulté des transports terrestres en Chine et de la grande commodité qu’y offrent les transports par avions. Comment sont organisés ces derniers? Sont-ce des services officiels ou privés?
- R. P. Bei jVAL. — Ils sont presque tous entre les mains d’une compagnie américaine, qui emploie du matériel et des pilotes américains; les services sont réguliers entre plusieurs grandes villes; ils ne sont pas une source de grands profits pour la compagnie exploitante mais un moyen de réclame qui lui permet de vendre des appareils au Gouvernement chinois et aux armées.
- M. Mesnager. — Vous avez parlé du cours de chimie que vous faisiez aux étudiants chinois. Est-ce que tous les cours de l’Université l’Aurore sont faits en français?
- R. P. Bel val. — Pendant les quatre premières années, exclusivement, nos étudiants chinois apprennent avant tout le français; c’est une sorte d’enseignement secondaire, mais préparatoire à un enseignement supérieur, qui commence avec la cinquième année; alors, les étudiants se spécialisent dans la médecine, le droit ou les sciences; les professeurs sont ou des laïques ou des Pères.
- M. Mesnager. — Lors de mon passage à l’Aurore, j’ai assisté à une classe et j’y ai vu deux tableaux, l’un en français et l’autre en chinois. Il
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- s’agissait d’une leçon sur la balance. Cela semble en contradiction avec ce que vous avez dit sur l’enseignement exclusivement donné en français.
- R. P. Belval. — Il s’agissait sans doute d’une classe du Cours préparatoire, où les étudiants sachant encore peu le français reçoivent des explications en chinois. Ce cours préparatoire, qui dure quatre ans, est en somme l’équivalent d’un collège secondaire et l’examen qui le termine est assimilé au baccalauréat. Après cet examen, sévère pour le français, les étudiants entrent au Cours supérieur, qui est l’Université proprement dite, et suivent les cours des facultés de droit, de médecine ou de sciences. On a dû abandonner la faculté des lettres, faute d’étudiants. C’est donc seulement au Cours supérieur que l’enseignement est exclusivement donné en français.
- M. Sauvage. — Parmi les plantes récoltées, y a-t-il beaucoup d’espèces qui étaient inconnues?
- R. P. Belval. — Sauf deux ou trois, nous n’avons pas rencontré de plantes complètement inconnues; mais nous avons trouvé, nouveaux pour les régions explorées : deux ou trois familles, 22 genres et 66 espèces.
- M. Noachavitch. — Dans quelle mesure, les travaux de l’Université L’Aurore et du Musée ont-ils été orientés vers la biogéographie, et plus particulièrement vers la phytosociologie? Existe-t-il en Chine d’autres publications que les vôtres sur la géographie botanique?
- R. P. Belval. — Nous avons étudié la répartition géographique par provinces et régions naturelles des principales plantes qui ont retenu notre attention; de leur côté, les Chinois ont un musée botanique à Nanking; et ils commencent à travailler ces questions, seuls ou presque. Leurs travaux paraissent en anglais et en chinois; ils étaient publiés par la Commercial Press, dont l’imprimerie a été bombardée par les Japonais. Je ne sais si elle continue à travailler.
- M. Mesnager. — En France, on ne connaît pas l’Université l’Aurore ; nous ne recevons rien de ses travaux. Nous ne connaissons que l’Observatoire météorologique de Zi-ka-wei.
- R. P. Belval. — C’est un peu vrai : il n’y a guère que les spécialistes, ou ceux qui sont directement intéressés, qui soient au courant de notre enseignement et de nos travaux. Cela tient sans doute à ce que notre Musée est presque autonome.
- M. Walckenaer, vice-président. — Comme le disait le Père Belval en commençant son exposé, il a traité un sujet qui ne nous est pas familier à tous; mais il l’a présenté avec une telle clarté que nous ne saurions trop l’en remercier. Sans trop y insister, il nous a montré par des projections
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- très significatives et bien commentées quelles sont les difficultés matérielles rencontrées pour accomplir la tâche que les Pères ont entreprise en Extrême-Orient, et comment peu à peu cette tâche est menée à bonne fin, par des efforts répétés, continus. Par leur œuvre admirable, ils contribuent au rayonnement de la science et de la pensée française. Au nom de la Société d’Encouragement, je remercie vivement le Père Belval de sa très intéressante communication et des explications complémentaires, non moins intéressantes, qu’il a bien voulu nous donner.
- M. Walckenaer, vice-président, donne lecture du procès-verbal de dépouillement du scrutin.
- 1° Bureau pour i933.
- Ont voté par correspondance.................... 298 sociétaires.
- Ont voté à la séance........................... 14 —
- Total 312 sociétaires.
- Bulletins nuis. 2
- Reste 310 bulletins.
- Ont obtenu : M. Alby .... 307 voix.
- comme président. . <, Colonel Renard . 1 —
- ( M. Rey 1 —
- ! M. Lecornu . . . 307 —
- [ Colonel Renard . . . 310 —
- \ MM. Mangin . . . 310 —
- comme vice-présidents . . < Taillefer. . . 309 —
- i Lacoin . . . 309 —
- f Commandant Nicolau . . 1 —
- 1 M. Alby .... . . 1 —
- comme secrétaires généraux | 31. de Fréminville . M. Wery .... . . 310 — . . 310 —
- comme trésorier .... M. Matheron . . . 310 —
- comme censeurs . ^ M. de Rousiers . M. Jurien de la Gravi . . 310 — ère. 310 —
- En conséquence, le quorum statutaire de 100 membres votants étant
- atteint,
- Sont déclarés élus membres du Bureau de la Société pour 1933 : Président : M. Alby; — Vice-présidents : MM. Lecornu, Col. Renard, Mangin, Taillefer et Lacoin; — Secrétaires généraux : MM. de Fréminville et Wery;
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- ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 17 DÉCEMBRE 1933.
- 6i
- — Trésorier : M. Matheron; — Censeurs : MM. de Rousiers et Jurien de la Gravière.
- Conformément à l’article 15 des statuts, M. Jean Matheron, ancien Ingénieur des Ponts et Chaussées, membre de la Commission des Fonds, étant nommé trésorier de la Société, en remplacement de M. A. Alby, démissionnaire, signera valablement, au nom de la Société, à partir du 1er janvier 1933, tous comptes et reçus ainsi que tous transferts et conversions de titres.
- 2° Ratification de la nomination de nouveaux membres du Conseil d'Administration.
- Ont voté par correspondance..................... 298 sociétaires.
- Ont voté à la séance................................ 14 —
- Total................312 sociétaires.
- Bulletins nuis . . 2
- Reste................310 bulletins.
- I M. Pernollet.......................... 310 voix.
- I Commandant Nicolau....................310 —
- MM. Epinay.................................310 —
- Helbronner........................... 309 —
- Vayssière............................ 309 —
- Villard...............................310 —
- Tardy.................................310 —
- Matheron..............................310 —
- , \ Trouvelot.............................. 1 —
- En conséquence, le quorum statutaire de 100 membres votants étant atteint,
- Sont déclarés membres du Conseil d’Administration : MM. Pernollet, Cdt Nicolau et M. Epinay (Comité des Arts mécaniques)-, — M. Helbronner ('Comité des Arts économiques); — MM. Vayssière, Villard et Tardy (Comité d'Agriculture)-, — M. Matheron (Commission des Fonds).
- Ont signé, les scrutateurs : MM. de Fréminville et Wery.
- La séance est levée à 18 h. 45 m.
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- COMITÉ DES ARTS MECANIQUES. — JANVIER 1933.
- COMITÉ DES ARTS MÉCANIQUES
- (EXTRAIT DU PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE DU 6 DÉCEMBRE 1932.)
- L’électrification des chemins de fer.
- Note présentée par M. Ed. Sauvage.
- L’Office pour le Perfectionnement de la Traction autonome sur les Chemins de fer vient de publier trois notices relatives à l’électrification des voies ferrées :
- Quelques réflexions sur un développement de l’électrification des chemins de fer français, par M. P. Lavarde, ancien Ingénieur du Génie maritime;
- Données sur l'électrification des chemins de fer à Vétranger',
- Traction autonome et traction électrique.
- Ces publications combattent l’extension de l’électrification des chemins de fer, qu’elles jugent devoir être en principe réservée aux lignes de banlieue chargées et aux lignes de montagne.
- Comme point de départ, M. Lavarde a établi le bilan de l’électrification de 3.000 km de lignes, tel qu’il résulte de certains projets récents. D’après ce bilan, la traction électrique ne procurerait qu’une économie égale à 2 p. 100 du capital engagé. L’auteur en critique d’ailleurs les éléments, notamment la durée d’amortissement du capital d’établissement, portée à 30 années, et il établit un autre bilan, donnant un grand avantage à la traction actuelle par locomotives à vapeur.
- La seconde brochure donne le détail de la longueur des lignes électrifiées dans les diverses contrées, au début de 1931. C’est en Suisse que la proportion de cette longueur est la plus grande, étant de 56 p. 100 sur les chemins de fer fédéraux. C’est 14 p. 100 sur les chemins de fer de l’État en Suède. La France avait 1.600 km électrifiés sur 41.500, soit 3,8 p. 100. La proportion est moindre en Allemagne (2,9 p. 100) et en Angleterre (2,5 p. 100).
- La troisième brochure reprend en détail l’examen critique des bilans qui ont été présentés en faveur du développement de l’électrification des chemins de fer français.
- Parmi les nombreuses publications relatives à la question, on consultera avec intérêt des articles de MM. Japiot et Leboucher, ingénieurs en chef des Compagnies du P. L. M. et du Midi, et de M. le Dr E.-H. Stocker, des Chemins de fer fédéraux suisses, dans le Bulletin du Congrès des Chemins de fer de mai 1932; de MM. Leboucher et Parodi (de la Cle du P. O.), dans La science et la vie (nos 177 et 179 de 1932).
- Il est clair que la question est d’une telle importance qu’elle ne saurait être étudiée avec trop de détails et avec l’aide de toutes les compétences.
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- BULL. DE LA SOC. D’ENCOURAG. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. —JANVIER 1933 (p. 63).
- BIBLIOGRAPHIE
- Le travail des métaux aux machines-outils, par M. J. Androuin (Encyclopédie
- minière et métallurgique). Un vol. (23x lo cm), de 499 p., 642 fig., Bibliogr.
- p. 469-470. J.-B. Baillière et fils, édit., rue Hautefeuille, 19. Paris, 1929.
- Index : 621.9
- Cet ouvrage fait partie des grandes encyclopédies industrielles J. B. Baillière, publiées sous le patronage de la Société des Ingénieurs civils de France et de notre Société. Il est en outre patroné par l’Union des Industries métallurgiques et minières et par le Comité des Forges de France.
- L’introduction indique les catégories de lecteurs auxquelles l’auteur a voulu être utile : ce sont les organisateurs de travaux industriels comportant l’emploi des machines-outils; les fabricants de ces machines et des outils; les maîtres et les élèves de nos écoles techniques. Il est facile de voir que les intentions de l’auteur ont été parfaitement réalisées. La précision, la clarté, l’omission de détails inutiles sur les points généralement connus, et au contraire l’étude approfondie de toutes les questions qu’il est utile de traiter caractérisent son travail. La grande expérience de M. Androuin, formée tant à l’étranger qu’en France, non seulement par l’étude, mais par l’exécution personnelle, sa connaissance de l’organisation des ateliers et de la préparation de travaux fort divers, acquise en qualité d’ingénieur conseil, jointes aux qualités littéraires de précision et d’ordre dans les exposés, ont produit un travail hors pair sur une question industrielle d’importance capitale, souvent mal connue dans son ensemble.
- Les 500 pages de l’ouvrage, nombre restreint pour traiter aussi complètement qu’il est désirable un vaste sujet, contiennent 642 figures. Presque toutes sont de simples dessins, montrant clairement le détail étudié, sans accessoires inutiles. Il est clair que ces dessins ont été exécutés en vue de la disposition décrite. La grande valeur de ce traité tient à la connaissance approfondie qu’a son auteur des procédés et des appareils qu’il étudie. Lui-même est l’auteur de perfectionnements notables; beaucoup de dispositions nouvelles sont exposées, dont il semble juste de lui attribuer la paternité. Les lignes qui suivent mentionnent ces dispositions.
- Dans l’exposé du travail de l’outil, M. Androuin a constaté que l’épaisseur des copeaux, détachés parles outils ordinaires, ne peut descendre en dessous d’un certain minimum, qui est souvent de 0,16 mm dans le chariotage, et peut atteindre 0,08 mm avec des outils à finir, soigneusement affûtés. Si l’avance de l’outil correspond à une moindre épaisseur du copeau, il refuse de couper le métal. Cette notion du copeau minimum, très utile pour l’étude des travaux de tournage et de rabotage, l’est encore plus pour ceux où l’on offre inévitablement de minces épaisseurs à enlever aux arêtes multiples des fraises, tarauds, scies, forets.
- S’il est nécessaire de descendre au-dessous de ce minimum, on le peut par l’emploi d'outils dont l’action est très différente de celle des outils produisant le copeau taillé, les grattoirs, qui enlèv-ent des épaisseurs voisines du micron.
- D’autre part, une distinction intéressante est celle du burin, qui appuie sur la surface découpée, tandis que l’outil de machine fait, avec cette surface, l’angle de dépouille.
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- BIBLIOGRAPHIE.
- JANVIER 1933.
- Le chapitre ni donne une étude minutieuse de la forme de l’outil à charioter l’acier. La face d’attaque est celle qui pousse le copeau et sur laquelle il glisse. Elle est généralement plane pour l’outil à charioter. M. Androuin définit l’orientation de cette face d'après les conditions suivantes :
- Les angles doivent pouvoir être mesurés directement et facilement sur les outils;
- L’appareillage d’affûtage doit être simple;
- Les notations doivent être comprises facilement des opérateurs qui confectionnent et entretiennent les outils.
- D’après ce programme M. Androuin a déterminé les pentes et directions qui définissent l’outil, et il a établi une série normalisée, dont l’emploi est à recommander. Cette normalisation est l’objet du chapitre iv. Elle comprend 30 sortes d’outils, qui n’exigent que 15 formes d’ébauche s’ils sont forgés.
- Pour les outils de précision on fait usage, autant que possible, du profil constant déterminé par l’intersection d’une surface en dépouille invariable et d’une surface d’attaque rafraîchie par meulage. Les fraises de ce genre présentent une dépouille frontale et une dépouille latérale.
- Le chapitre v. consacré à l’affûtage des outils, est en grande partie original, surtout en ce qui concerne les appareils de meulage.
- Après l’étude géométrique des outils vient celle du travail qu’ils exécutent. La pente que doit avoir l’outil, en tenant compte du fini, de la précision et du moindre coût du travail, dépend surtout de la nature de la matière attaquée. Il faut tenir compte des déformations de cette matière sous la poussée de l’outil et de l’effet de l’inertie de la masse sur ces déformations. L’ouvrage donne une série d’expériences exécutées par son auteur pour déterminer les meilleures conditions de marche.
- Le chapitre vu, d’une grande importance pratique, donne les moyens de calculer rapidement les vitesses et les temps dans le travail des métaux. Les valeurs des avances et des allures de marche des machines-outils y sont déterminées suivant la série Renard (Bulletin de la Société, 1919, 2e semestre, p. 145, Recherches sur l'évaluation rapide des temps élémentaires des travaux mécaniques, par M. J. Androuin).
- Les considérations du chapitre xi, consacré à l’examen des propriétés des matières travaillées, au point de vue du taillage à l’outil, sont presque toutes originales. Tel est notamment l’examen de la vitesse de coupe minima, nécessaire pour obtenir le fini et la précision de la surface travaillée. Cette vitesse dépend des variations de la résilience de la matière attaquée, suivant la rapidité grande ou faible de l’essai. Lorsque ces variations ne se produisent pas, la vitesse de l’outil n’influe pas sur le produit. Mais, quand l’énergie de rupture diminue dans les essais brusques, le fini sera d’autant meilleur que la coupe sera plus rapide. Tel est le cas des aciers à faible résilience, notamment de l’acier à coupe rapide, du fer, de la plupart des bronzes et laitons, de presque tous les alliages légers. Il en est de même pour les produits d’origine organique, bois, cuir, papier comprimé, ébonite. etc., qui sont d’autant mieux taillés que la vitesse de coupe est plus grande.
- Cette analyse de faits plus ou moins connus empiriquement est fort intéressante.
- U convient de signaler, dans l’étude du rabotage, la détermination de la vitesse fictive, qui permet le calcul rapide de la durée du travail, ainsi que les conditions en assurant la précision. Le rabotage sur la machine à table étant, de tous les procédés de taillage à l’outil, celui qui peut donner le plus haut degré de précision, il importe d’en éliminer toutes les causes d’erreur.
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- BIBLIOGRAPHIE.
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- Le chapitre xiv consacré à l’alésage insiste sur la nécessité d’exécuter ce travail avec une grande précision, car cette précision est le point de départ de toute fabrication interchangeable. Les causes de défauts, et les moyens d’y remédier, sont examinés avec soin.
- Dans l’étude du perçage, l’action du foret hélicoïdal est traitée avec le plus grand détail.
- Le chapitre xvii, consacré au fraisage de face, est à recommander spécialement. Il donne la description des fraises à grand plateau, peu employées en Europe, fraises dont la denture est constituée par des outils à charioter rapportés sur un plateau dont le diamètre dépasse parfois 2 m.
- L’analyse de l’action des fraises cylindriques hélicoïdales montre dans quel cas l’effort produit par cet outil reste constant en grandeur et en direction.
- Une question souvent posée à l’ingénieur d’atelier est la comparaison du fraisage et du rabotage pour la production des faces planes. M. Androuin donne la réponse à cette question dans les divers cas qui se présentent, d’où il résulte que l’un des procédés n’est pas toujours préférable à l’autre. La machine à employer doit être prévue dès l’étude des pièces.
- L’étude délicate des filières et des tarauds est donnée avec nombreux détails. Celle du filetage contient une remarque intéressante sur l’exécution des vis à filet trapézoïdal : l’angle du trapèze, dans l’écrou, ne doit pas descendre au-dessous d’une limite dont la formule est donnée; pour cette raison, le filet carré doit être abandonné pour les vis de précision, le filet trapézoïdal convenant d’ailleurs dans tous les cas.
- Dans l'opération du meulage sont indiquées les expériences, simples d’ailleurs, qui permettent de déterminer les conditions de marche les plus économiques.
- Les indications qui précèdent s’appliquent aux principales parties originales du traité de M. Androuin; mais une analyse complète exigerait la mention de quantité d’autres matières, qui, peut-être moins originales, n’en ont pas moins un grand intérêt.
- En conclusion, on peut dire que toute personne se servant de machines-outils trouvera dans l’ouvrage de M. Androuin des indications utiles, qui lui permettront d’augmenter la qualité du travail tout en diminuant la dépense d’exécution. D’autre part, la lecture en est tout particulièrement recommandée à toute personne étudiant les machines-outils pour un motif quelconque. On peut répéter l’observation donnée au début de cette analyse, « les intentions de l’auteur ont été parfaitement réalisées ».
- ED. SAUVAGE.
- Propagation d’une onde sonore dans l’atmosphère et théorie des ondes du silence (Institut de Mécanique des Fluides de l’Université de Paris. Fondation du Ministère de l’Air)., par Henri Galbrun, docteur ès sciences, actuaire à la Banque de Paris et des Pays-Bas, administrateur délégué de la Société de Prospection géophysique. Un vol. (25x16 cm), de x h- 352 p., 68 fîg. Gauthier-Villars et Cie, édit., 55, Quai des Grands-Augustins, Paris, 1931. Prix, br. 70 fr. Index : 534
- L’auteur part de la théorie classique de l’hydrodynamique, qu’il rappelle complètement dans son ouvrage. Prenant pour base de raisonnement la définition classique de la surface d’onde, due à Hugoniot, il étudie par la méthode de M. Hadamard 132e Année. — Janvier 1933. 5
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- BIBLIOGRAPHIE. — JANVIER 1933.
- la réfraction continue du rayon sonore dans une atmosphère dont les caractéristiques physiques sont des variables continues. Il traite des surfaces d’onde, retrouve et justifie le principe d’Huyghens, étudie enfin, le long d’un rayon sonore, la variation quantitative de la discontinuité constituant l’onde, au cours de sa propagation. Cette première partie de l’ouvrage ne vise pas à présenter des idées ou des méthodes nouvelles, mais simplement à rassembler avec méthode des résultats analytiques et mécaniques déjà connus, dus principalement aux travaux d’Hugoniot et de M. Hada-mard, auxquels l’auteur se réfère.
- Dans la deuxième partie, l’auteur étudie la surface lieu des sommets des rayons sonores issus d’un même point. Il considère que ces rayons forment une congruence, dont il étudie la surface focale. Le résultat de son étude est contraire aux idées d’Esclangon. Ainsi que le montre M. Galbrun, les zones de silence sont dues au fait que le sol, situé immédiatement au-dessous de la source sonore, arrête les rayons d’inclinaison initiale négative, provoquant une déchirure de la surface d’onde. Elles ne sont pas dues à l’existence de nappes de la surface focale au-dessus du sol, cette circonstance n’entraînant que l’existence de certaines régions du plan horizontal d’émission par chaque point desquelles passent plusieurs rayons sonores. Cette deuxième partie est presque entièrement originale.
- L’ouvrage est très mathématique dans l’ensemble. Les cas particuliers traités sont des cas mathématiquement simples plutôt que des cas physiquement réalisés. Dans le domaine analytique c’est un travail remarquable.
- G. LYON et JEAN MORIN.
- Recherches expérimentales sur la propagation d’ondes aériennes dans un long tuyau cylindrique, par Th. Vautier, professeur à la Faculté des Sciences de Lyon, publié par les soins de ses assistants MM. R. de la Boulaye et G. Balme. Un vol. (22x 14 cm), extrait des Ann. de Phys., 10e série, t. XIV (novembre 1930), p. 263-626, XXX pl. Masson et Cle, édit., 120 Bd Saint-Germain, Paris (6e), 1930. Index : 534
- Cet ouvrage est un exposé très complet d’une série d’expériences précises et méticuleuses, conduites avec un souci de méthode, un soin d’exécution et une persévérance remarquables à tous égards. Les graphiques, tableaux et photographies permettent de serrer de très près le détail des expériences décrites.
- Celles-ci ont été effectuées à Lyon. Elles avaient pour objet l’étude des ondes produites par divers explosifs dans une conduite fermée à ses deux extrémités. La conduite utilisée avait 1 m de diamètre et une longueur maximum de 1.640 m.
- Les auteurs donnent eux-mêmes (p. 264) une excellente analyse de leurs travaux; nous ne saurions mieux faire que de la résumer.
- Ils exposent d’abord la méthode interférentielle à laquelle ils ont eu recours pour l’inscription des ondes. Puis ils décrivent les parties essentielles de l’installation. Classant les expériences suivant la nature des ondes produites, la longueur de la conduite utilisée et le lieu de départ de l’onde, ils commentent et discutent les résultats enregistrés sur les planches et graphiques annexés : Vitesse de l’onde, ses variations avec] la longueur de l’onde; — Durée de l’onde; influence du parcours; loi d’accroissement de durée; — Distance du front au sommet; rapport de cette distance à la durée de l’onde ; — Amplitude, définie par la pression au sommet ;
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- BIBLIOGRAPHIE.
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- vérification de la formule de Helmholtz ; — Discontinuités : loi d’amortissement; théorie sur la formation des discontinuités ; sa concordance avec les résultats expérimentaux; — Portée des ondes; — Surfaces d’onde; mesure approchée du coefficient de réflexion; influence de la paroi réfléchissante; — Ondes secondaires; — Ondes de compression d’air.
- G. LYON et JEAN MORIN.
- Les stations thermales des colonies françaises. Index : 615.79 : 325.3 (44)
- Dans un article très documenté publié dans L'hygiène sociale du mois d’aout 1931, M. le Dr Abbatucci nous fournit un tableau des stations thermales et climatiques de nos colonies. Il ne peut être question de condenser ici un exposé qui est déjà lui-même un résumé très succinct, mais peut-être peut-on souligner quelques traits caractéristiques.
- L’immense étendue de notre empire colonial, qui s’étend dans les régions les plus diverses au point de vue géologique, doit naturellement contenir toute une série de sources thermales qui, comme on sait, se présentent comme la dernière manifestation atténuée de phénomènes volcaniques récents. Les coloniaux sont de grands consommateurs d’eaux thermales et l’on ne peut pas ne pas s’étonner, au premier abord, que les coloniaux viennent faire à grands frais des saisons dans les stations thermales de France, alors qu’ils pourraient trouver souvent sur place les mêmes éléments. C’est qu’en réalité, il y a d’abord le changement de climat qui est un élément important dans la cure ; aussi bien, à côté des stations thermales proprement dites, s'est-on plutôt préoccupé, aux colonies, des stations d’altitude qui permettent jusqu’à un certain point de se retremper dans un milieu qui ressemble plus ou moins bien au milieu métropolitain. C’est qu’aussi la mise en exploitation d’une source thermale entraîne généralement de grands frais et ne devient rémunératrice que si les consommateurs sont vraiment nombreux. Il est difficile de réaliser complètement cette dernière condition dans nos colonies et l’on ne peut, en conséquence, que féliciter les gouvernements coloniaux ou les initiatives privées qui ont eu le courage de s’attaquer à cette question délicate. Il ne faut pas non plus s’étonner si, parmi nos possessions d’outre-mer, celle qui est la mieux équipée à ce sujet est l’Algérie.
- Nous ne reprendrons pas ici l’énumération des différentes sources connues dans les pays d’outre-mer et nous renverrons le lecteur à l’article si complet du Dr Abbatucci. Signalons simplement les plus célèbres. En Algérie, il convient notamment de remarquer la source de Hammam R’Hira, sulfatée sodique, et celle d’Hammam Meskoutine, bicarbonatée sodique. Au Maroc, on indique la source de Moulay Yacoub, chloro-sulfurée sodique, et en Tunisie, la station thermale de Korbous, à 48 km de Tunis. En A. O. F., quelques sources ont été signalées, mais aucune n’a été aménagée encore; il en est de même au Togo et en A. E. F. Au Cameroun, on a souligné récemment la source de Baré, déjà reconnue par les Allemands. Madagascar possède de nombreuses sources dont la plus célèbre est Antsirabé, le Vichy malgache, qui a été fort bien aménagée. En Indochine, on connaît également un grand nombre de sources; mais une seule, celle deVinh-hao, dans le Sud-Annam, qui est également du type Vichy, a fait l’objet d’un début d’organisation grâce à l’initiative privée; un typhon a malheureusement détruit récemment une grande
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- BIBLIOGRAPHIE.
- JANVIER 1933.
- partie de l’installation. Les îles volcaniques, La Réunion, La Martinique, La Guadeloupe, contiennent naturellement aussi un grand nombre de sources.
- On ne peut que souhaiter que d’autres articles aussi riches de substances que celui du Dr Abbatucci viennent attirer l'attention sur cette question des sources thermales coloniales pour lesquelles, lorsque les conditions économiques seront devenues plus normales, un effort judicieux et organisé donnerait peut-être des résultats intéressants.
- F. BLONDEL.
- Un coup d’œil sur l’histoire des sciences et des théories physiques, par
- M. Émile Picard, de l’Académie française, secrétaire perpétuel de l’Académie
- des Sciences. Un vol. br. (16 x 25 cm.) de 102 p. Gauthier-Villars édit.,
- 55, Quai des Grands-Augustins, Paris. Index : 1 : 5
- Après quelques considérations d’ordre général, l’auteur entre dans son sujet par l’exposé sommaire du développement scientifique de l’Égypte et de la Chaldée : instruments de construction, qui leur ont servi à édifier leurs monuments ; systèmes de numération; manuel de calculateur; précieuses observations astronomiques. Dans les sciences naturelles, embryogénie.
- Il passe ensuite à la Grèce, note les observations d’Anaximandre, à la recherche de théories cosmogoniques, en honneur dans l’École d’Ionie ; dans la Grande Grèce, avec Pythagore, où, à une école de physiciens, succède une école de géomètres. On reste émerveillé devant les idées émises aux vme et vu0 siècles.
- Puis paraissent : Démocrite, astronome; Platon, mathématicien et physicien, qui expose ses vues sur la science, celle-ci devant « sauver » les phénomènes.
- Les ve et ivc siècles ont été illustrés par : Hippocrate en médecine ; Eudoxe, géomètre et astronome, et par Aristote, qui expose l’état des sciences à son époque. Sa dynamique et son système homocentrique ont dominé pendant près de 2.000 ans.
- Ses continuateurs, dans les trois derniers siècles, sont : Euclide; Appollonius; Archimède, géomètre, ingénieur et physicien, fondateur de la statique rationnelle. En astronomie, Héraclide du Pont, véritable prédécesseur de Copernic ; Aristarque de Samos; Hipparque (150 à 137), le plus grand astronome de l’antiquité, qui découvre la précession des équinoxes; Héron, qui professe que « l’expérience est la meilleure des éducatrices ».
- Aux premiers siècles de notre ère, l’auteur cite Ptolémée, astronome et géo-graphejvers 150, Galien, qui passe près de la découverte de la circulation sanguine.
- Après une longue période d’incertitude, vers 1350, Jean Buridan, à Paris, entrevoit le principe de l'inertie.
- En 1542. Copernic publie ses idées sur la révolution des astres et sur le système solaire. Galilée intervient alors, contrôle les observations de Copernic, découvre les taches du soleil et les phases des planètes : grand physicien aussi, par son Traité de la lumière et des couleurs, de 1704.
- Au xviie et xviii6 siècles, les théories de la lumière sont l’objet d’études et de discussions de la part de Descartes, Huyghens et Newton.
- En 1796, le célèbre mémoire de Sadi-Carnot crée la science de l’énergie.
- Le xixe siècle, avec Fresnel, voit l’admission des vibrations lumineuses et de
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- BIBLIOGRAPHIE.
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- l’éther. Les phénomènes électriques sont étudiés par Coulomb, Green, Ampère; Faraday et Maxwell imaginent les ondes électro-magnétiques.
- Avec la fin du xixe siècle, apparaissent les grandes théories de Lorentz, la relativité d’Einstein, les découvertes de Curie, de Becquerel, qui amènent M. E. Picard à de hautes considérations. Il fait un examen critique de ces théories, ainsi que de l’essai de leur vérification expérimentale par la méthode de Michelson.
- Tout cela est à lire en détail dans l’ouvrage, ainsi que les remarquables observations qui le terminent, sur les théories scientifiques, considérées comme moyen d’explication des phénomènes, et, sur leur valeur, établie par leur accord avec les faits : c’est de la haute et très attachante philosophie scientifique, exposée par un maître de la science.
- c. JANVIER.
- Théorie et technologie des engrenages. Tome I : Étude cinématique. — Conventions usuelles. — Étude dynamique, par Jean Pérignon, Ingénieur des Arts et
- Manufactures. Un vol. (25x16 cm), de xm-f-278 p., 188 fig. Dunod, édit.,
- 92, rue Bonaparte, Paris (6e), 1932. Index : 621.83
- Cet ouvrage complète celui où le même auteur a décrit Les procédés modernes de taillage et de vérification des engrenages.
- L’ouvrage débute par le rappel de certaines notions théoriques sur les vecteurs, la géométrie réglée, la représentation vectorielle du mouvement, les propriétés du mouvement en général et la pression de contact des corps élastiques.
- Puis, après quelques généralités s’appliquant à tous les engrenages, l’auteur décrit les engrenages les plus usuels à axes parallèles, à axes concourants et à axes quelconques.
- L’ouvrage met en relief des propriétés géométriques qu’il est bon de connaître lorsque l’on veut étudier en détail la technologie de certains engrenages. A cet égard, le travail de l’auteur est particulièrement soigné; on y trouve certains détails peu connus, bien que présentant un réel intérêt. C’est ainsi, par exemple, qu’il n’a pas manqué de mentionner la non-identité des engrenages coniques modernes dérivés de la roue plane à dents pyramidales, et des engrenages coniques à développante sphérique, ces derniers n’étant d’ailleurs plus, maintenant, qu’une curiosité géométrique.
- A propos de l’engrenage dit à vis globique, l’auteur n’a pas mentionné le cas, quelquefois intéressant, où c’est la vis qui est concave alors que la roue est cylindrique; mais il a justement fait remarquer que le système dans lequel la roue et la vis sont concaves toutes les deux est généralement à rejeter parce que ses avantages, d’ailleurs problématiques, sont loin de compenser les complications auxquelles son exécution donne lieu.
- L’ouvrage, dans son ensemble, n’est guère à la portée du personnel exécutant des ateliers, mais il peut être d’un grand profit pour l’ingénieur d’atelier ou d’études chez qui de solides connaissances mathématiques font équilibre à une expérience consommée des travaux pratiques.
- M. J. ANDROUIN.
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- BULL. DE LA SOC. d'eNCOURAG. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE.
- — JANVIER 1933 (p. 70).
- OUVRAGES REÇUS A LA BIRLIOTHÈQUE EN NOVEMBRE ET EN DÉCEMBRE 1932.
- Coustet i Émilf. u — Traité général de photographie en noir et en couleurs. Nouvelle édition entièrement refondue et mise à jour par Rémi Ceillier. In-12 (19 x 13) de \iv+ 632 p.. 132 fig. Paris, Librairie Delagrave, 1933 (Don de M. Ceillier). 18148
- La géologie et les mines de la France d’Outre-mer. Recueil de conférences organisées au Muséum par les soins du Rureau d'Études géologiques et minières coloniales sous le haut patronage de M. A. Lacroix, secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences, et avec le concours de MM. L. Bertrand, F. Blondel. J. Bovrcard, A. Demay. M. Dreyfuss, 1,. Dl'rf.rtret. P. Fallut, M. Classer. IL Hubert, Ch. Jacob, L. Joleaud, A. Lacroix et 1,. Neltner. ln-8 (25 x 101 de vin + 604 p., 38 fig.. 111 pi. Paris, Société d’Éditions géographiques, maritimes et coloniales, 1932 (Don du Bureau d’Études géologiques et minières coloniales). 18149
- Pigeire (Jean], — La vie et l'œuvre de Chaptal (1756-1832). In-8 23 x 14) de 394 p.. IV pi. Paris. Éditions Spes, 1932. 18150
- Deguis (E.i — Le livre du bon moutonnier. Guide des bergers et des propriétaires de moutons, ln-12 (19 x 12) de 404 p., 52 lig. Paris, Librairie agricole de la Maison rustique, 1932. 18151
- Franck (Max). — L'univers électromagnétique par une nouvelle loi de la gravitation. In-8 (23x14) de 123 p. Paris, Gauthier-Villars et Cie, 1932. 18152
- Compagnie des Chemins de fer de l’Est. — La gare de l’Est. 1931. ln-8 (26 x 20) de 53 p., fig., XXIX pl. 18153
- Curchod ( A.). — Memento d’électrotechnique. Tome II : Machines électriques. Tubes à eide et à gaz raréfiés. Redresseurs statiques. Appareillage, électrique. In-8 (21x13) de xviii + 302 p., lig. Paris, Dunod, 1932. 18154
- Kaczmarek (Eugeni. — Procédés modernes de découpage et d’emboutissage. Traduit d’après la 3e édition allemande, revue et augmentée, par A. Schubert, ln-8 [23 x 16) de xvi+ 233 p., 186 fig. Paris. Dunod, 1933. 18155
- Ciroz (Henri). — La transformation de l’énergie électrique. II : Commutatrices et redresseurs (Collection Armand Colin, Section de mécanique et électricité industrielles, n° 131). In-16 (17 x 1 1 ) de vi + 217 p., 63 fig. Paris, Librairie Armand Colin, 1932.
- 18156
- Traité de chimie minérale, publié sous la direction de Paul Pascal, secrétaire général : Paul Baud. Tome XI : Molybdène, tungstène, uranium, thorium, métaux de la famille du platine, par MM. C. Boulanger, R. Charonnat, M. Delépine, C. Duval, R. Flatt. L. Malaprade, P. Poulenc, A. Travers. In-8 (26x17) de xvi + xxm + 836 p., 47 fig. Paris, Masson et Cie, 1932, 18157
- Blondel (F.j. — Les services géologiques coloniaux (ex C. R. et Communications de l'Académie des Sciences coloniales, T, XIV), In-4 (28 x 18) de 14 p. Paris, Soc. d’Éditions géographiques, maritimes et coloniales, 1932 (Don du Comité d'Études minières pour la France d’Outre-mer). Pièce 13742
- Raguin i Eugène i. — Pierre Termier, 1859-1930. In-8 (25 x 17) de 69 p., I pl. Paris, Société géologique de France, 28 rue Serpente (6e). Pièce 13743
- Statistiques commerciales de l’Afrique occidentale française en 1931. Commerce, production, navigation, voies ferrées (Bulletin mensuel de l’Agence économique de l’A. 0. F., numéro spécial). In-4 (32 x 24) de 43 p. Paris, Agence économique du Gouvernement général de l’A. O. F., 139, boul. Haussmann (8e): Librairie Larose. Pièce 13744
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- OUVRAGES REÇUS EN NOVEMBRE ET EN DÉCEMBRE 1932.
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- Office de Perfectionnement pour la Traction autonome sur les Chemins de Fer. — Traction autonome et traction électrique. Études sur divers points d'actualité technique. In-4 (27x21) de 22 p. Paris, 3, rue Portalis (8e), 1932. Pièce 13745
- RiCORDEL (V.). — Nouvelles notes pratiques sur les outillages à découper et à emboutir. In-8 (21 x 13) de 84 p., 126 fig. Paris, Dunod, 1932. Pièce 13746
- Perrot (Em.). — Un voyage d’études en Italie. A l’Institut international d’Agri-culture et aux pays des agrumes (Ministère du Commerce et de l’Industrie. Travaux de l’Office national des Matières premières végétales pour la Droguerie, la Pharmacie, la Distillerie et la Parfumerie, 12, avenue du Maine, Paris (14°). Notice n° 38. In-8 (24 x 13) de 78 p., 18 fig. 1932. Pièce 13747
- Godfernaux (R.). — Le charbon et les chemins de fer français. In-8 (24xlo) de 35 p. Paris, Dunod, 1932. Pièce 13748
- Le Chatelier (Henry). — The methodology of scientific research (Publié à l’occasion de mes 80 ans, par Journal of Chemical Education (États-Unis) vol. VII, n° 11, nov. 1930, p. 2584). In-4 (28 x 22) dactylographié, 10 p. (Don de l’auteur, membre du Conseil d’Administration). Pièce 13749
- Isabelle (Pierre). — Une croisade. Dulait pur... pour les enfants de France. In-4 (27 x 22) de 16 p. Le Havre, chez l’auteur, 12, rue Madame Lafayette. Pièce 13750
- Société de Secours des Amis des Sciences. — Annuaire de 1932. Compte rendu du soixante-quinzième exercice et de la 79e séance publique annuelle tenue le 15 juin 1932 à l’Institut Pasteur. Paris, Gauthier-Villars et Cie. Pér. 151
- Institut d’Égypte. — Mémoires présentés. Tome XVIII : Some Lacuslrine Mollusca from the Faiyum Dépréssion. A study in variation, by E. W. Gardner, 123 p., VIII pl. — Tome XX : Marie Jules-César Savigny. Sa vie et son œuvre, par Paul Pallary. 2e partie : L’œuvre de Savigny, vin + 112 p. Le Caire, 1932. Pér. 32
- Institution of Naval Architects. — Transactions Vol. LXXIV, 1932. London, 2, Adam Street, Adelphi Terrace, W. C. 2. Pér. 222
- Institution of Mechanical Engineers. — Proceedings. Vol. 121, 1931 (July-Dec.). London, Storey’s Gâte, St. James’s Park, S. W. 1. Pér. 114
- Royal Institution of Great Britain. — Proceedings. Vol. XXVII, part III (n° 129), 1932. London, 21, Albemarle Street, W. 1. Pér. 258
- Institution of Civil Engineers. — Selected Engineering Papers (1931), Nos 104 : Construction of a regulator and loch at Kafr Bulin, 14 p., I pl. — 105 : The flow of water through groups of sluices : Experiments on scale models, with particular reference to the effects of mutual interférence, 48 p., 15 üg. — 106 : Rainfall, off-flow, and storage in the central provinces, India, 25 p., 7 fig., I pl'. — 107 : The strength of concrète used in roacl-construction, 25 p., 9 fig. — 108 : The deformation of concrète road-slabs, 20 p., 11 fig. — 109 : The effeet of adding flanges-plates to plate-web girders, 32 p., 12 fig. — 110 : Bwetgyi bridge, Burma, 8 p., I pl. — 111 : Pile-driving ancl the supporting-capacity of piles, 15 p., 2 fig. — 112 : Poole harbour bridge ‘ 11 p., I pl. — 113 : Whirling speeds of shafts suppor-ted in multiple bearings, 15 p., 6 fig. — 114 : Mitering lock-gates, 5 p., I pl. — 115 : Hydraulic accumulator stations, with spécial reference to conditions affecting their use in Great Britain, 24 p., 11 fig. — 116 : The proporlioning of railway track fishplates from un économie standpoint, 16 p., 4 fig. — 117 : Winter construction of an automatic low-heacl hydroelectric plant in Canada, 22 p., 10 fig., II pl. — 118 : The effeet of reservoir-area on the discharge of the overflow weir, 13 p., 4 fig. — 119 : A direct method for the construction of influence Unes for continuous girders, 25 p., I pl. — 120 : The aerial cableways at Nag Hammadi barrage, Upper Egypt, 16 p., 3 fig. London, Great George Street, Westminster, S. W. 1. Pér. 189
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- OUVRAGES REÇUS. — JANVIER 1933.
- Institution of Civil Engineers. — Institution lecture to students, 1930-31 : Methods of haulage underground, 15 p. London. Pér. 189
- Smithsonian Institution. — Annual Report of the Board of Regents, 1930. Washington. Pér. 27
- Society of naval Architects and Marine Engineers. — Index to Transactions, Vol. 1 to 38, 1893-1930. New York City, 29 West 39 th Street. Pér. 53
- Society of naval Arciiitects and Marine Engineers. — Year Book, 1932. Xew York City. Pér. 53
- Comité des Travaux historiques et scientifiques (Ministère de l'Instruction publique et des Beaux-Arts). — Bulletin de la Section des sciences économiques et sociales. Année 1931. Paris. Imp. nationale: E. Leroux. 28, rue Bonaparte. Pér. 26
- Mémorial des Poudres, publié par le Service des Poudres, avec l'autorisation du
- Ministre de la Guerre. Tome XXV (P11- fascicule). Paris. Les Presses Universitaires de
- France, 1932-33. Pér. 223
- Institut national agronomique (École normale supérieure de l’Agriculture). —Annales 2° série, Tome XXIV. Paris, J.-B. Baillière et fils: Librairie agricole de la Maison rustique, 1931. Pér. 20
- Association technique de l’Industrie du Gaz en France. — Compte rendu du 55° Congrès de l’Industrie du Gaz, Paris, 14-17 juin 1932. Paris, 21. rue Blanche (9°). Pér. 298 Union syndicale de l’Industrie du Gaz en France. — Compte rendu du 551' Congrès de l’Industrie du Gaz, Paris, 14-19 juin 1932. Paris. 21, rue Blanche (9‘ ). Pér. 298 Observatoire astronomique, chronométrique et météorologique de Besançon. — XLIIF, XLIVX XL V°, XL VP, XLVIP Bulletins météorologiques, années *1927 à
- 1931, publiés par René Baillaud. Besançon, 1932. Pér. 394
- Royaume de Belgique. — Ministère de l’Industrie, du Travail et de la Prévoyance
- sociale. — Direction générale de l’Assurance et de la Prévoyance sociales. — Rapport relatif à l’exécution de la loi du 24 décembre 1903 et des lois du 27 août 1919, du 7 août 1921, du 3 août 1926 et du 15 mai 1929 sur la Réparation des Dommages résultant des Accidents du travail pendant les années 1927-1928-1929. présenté aux Chambres législatives par le Ministre de l’Industrie, du Travail et de la Prévoyance sociale. 1932. Pér. 277
- Société vaudoise des Sciences naturelles. — Mémoires. n° 26 (Vol. 4. n° 3), 1932 : Contribution à l’étude des Stromatopores secondaires, par Alice Steiner, p. 103-221, 11 11g., XIV pi. Lausanne. Pér. 209
- Institution of Mechanical Engineers. — Proceedings. Vol. 122. 1932 (January-June). London, Storey’s Gale, St. James’s Park, S. W. 1. Pér. 114
- Bureau of Standards (Washington). — Miscellaneous Publications, nos 135 (Super-sedes Miscellaneous Publication, n° 2, 2d ed., 1922) : The international metric system of weights and measures. 13 p., 3 fig. — 137 : Paint for priming plaster surfaces, 13 p., I pi.
- 1932. Pér. 61
- Bureau of Standards (Washington). — Circulars, nns 395 : Zinc and its alloys, 214 p.,
- 126 fig. (1931). — 398 : Standard samples. General information, 11 p. (1932). Pér. 61 Bureau of Standards (Washington). — Supplementary list of publications of the Bureau of Standards, July 1, 1925 to December 31, 1931, 214 p. (1932). Pér. 61
- Bureau of Standards ( Washington). — Commercial Standard CS33-32 : Knit under-wear (exclusive of rayon). 49 p., 16 fig. (1932) — CS37-31 : Steel bone plates and screws,
- 9 p., 3 fig. (1932). Pér. 61
- L’agent général, gérant.
- E. LEMAIRE.
- BKODARD ET TAUPIN, Coulommiers-Paris.
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- 132* ANNEE.
- FÉVRIER 1933.
- BULLETIN
- DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- UNE ŒUVRE SCIENTIFIQUE FRANÇAISE EN EXTRÊME-ORIENT,
- LE MUSÉE D'HISTOIRE NATURELLE DE CHANG-HAI"
- par le U. P. Henri Belval, docteur es sciences.
- M. LE PRÉSIDENT, MESSIEURS,
- Ce n’est pas sans inquiétudes que j’ai accepté de vous parler de notre Musée d’Histoirc naturelle. Lorsque votre tout dévoué secrétaire, M. Lemaire, m’en fit la demande, dès mon retour en France, en mai dernier, je lui exposai ces inquiétudes : parler de sciences naturelles à des hommes voués à l’industrie, ne serait-ce pas sortir du cadre des idées de la Société? 11 eut réponse à toutes mes objections.
- J’acceptai alors avec d’autant plus d’empressement que j’avais à cœur de témoigner ma reconnaissance à votre Société, pour Laide matérielle qu’elle m’avait accordée et pour la distinction honorifique qu’elle m’avait décernée.
- Permettez-moi, Messieurs, de faire appel à toute votre bienveillance et à toute votre indulgence, vous rappelant que celui qui parle est avant tout naturaliste et botaniste.
- L’histoire de notre Musée se divise en deux parties : le Musée de Zi-ka-wei, qui eut pour directeurs successifs le P. Heude et le P. Courtois; et le Musée Heude, construit en 1929, qui n’est autre que le Musée de Zi-ka-wei transféré dans les terrains de l’Université l’Aurore, sur la Concession française de Chang-hai.
- LE MUSÉE DE ZI-KA-WEI
- Le P. Heude (1836-1902). — Établi d’abord à Nanking, en 1868, par le P. Heude, le Musée d’Histoire naturelle fut dès 1872-1873 transféré à Chang-hai, ou mieux à Zi-ka-wei, alors petit village à 7 km de la ville, aujourd’hui simple faubourg de cette immense agglomération qu’est devenue Chang-hai.
- C’était, à l’extrémité d’un vaste jardin, une construction des plus modestes : simple maison formée d’un seul étage au-dessus d’un rez-de-chaussée, où s’entassèrent vite coquillages, crânes, squelettes et oiseaux provenant de tous les coins de l’Asie.
- Le P. Heude était en effet tout à la fois voyageur intrépide, adroit chasseur et non moins habile diplomate. Dès 1868, il remonte le Yang-tse-kiang jusqu'à Hiu-
- (l) Communication faite par l'auteur lors de l’assemblée générale du 17 décembre 1932.
- 132e Année. — Février 1933. 6
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- MUSÉE HEUDE, A CHANG-HAÏ (CHINE). — FÉVRIER 1933.
- keou et, au retour, parcourt le Ngan-hoei par Ing-chan, Houo-chan et Lou-ngan. En 1874-1875. il pousse jusqu'au Tibet. 11 visite les Philippines deux fois, en 1885. puis en 1892-1893. En 1894, il se rend à Java et visite les îles de la Sonde, les Moluques et Célèbes. En 1897, il est au Japon. En 1899-1900, il parcourt le Tonkin, la Cochinchine, le Cambodge et le Siam.
- Jusqu’en 1886. il est surtout naturaliste. Ensuite, hanté par l’idée de combattre les doctrines transformistes, il ne se préoccupe plus guère que d’amasser les matériaux nécessaires à ses ouvrages; il est alors chasseur et diplomate. « Partout où il passe, il met tout le monde en mouvement; passe des contrats avec des chasseurs; réquisitionne, le sourire aux lèvres; laisse des instructions aux termes desquelles il reviendra dans quelques semaines, chargé des dépouilles des voisins; et quitte enfin ses hôtes, dévalisés et contents ».
- Un aperçu, encore que très sommaire, de ses principales publications, donnera une plus juste idée de son œuvre.
- C’est d’abord la Conchyliologie fluviatile de la Province de Nanking et de la Chine centrale, de beaucoup le meilleur de ses ouvrages, au dire des spécialistes. Vint ensuite une série de publications groupées sous le titre général : Mémoires concernant Vhistoire naturelle de l'Empire chinois. Editées par fascicules ou cahiers, au fur et à mesure que les matériaux se trouvaient prêts, ces mémoires forment un ensemble de 5 tomes, richement illustrés de nombreuses planches.
- L’étude des Mollusques terrestres de la vallée du Fleuve Bleu occupe trois cahiers. Avec la description et les figures de près de 500 espèces, c’était à cette époque l’ouvrage le plus considérable paru en cette matière relativement à la Chine. On le consulte encore avec profit.
- Les Eludes odontologiques se répartissent au cours de neuf cahiers, de 1871 à 1902. C’est en vue de ce travail qu’il réunit la collection à peu près complète des crânes des Ruminants et des Suidés, et, ce qui est unique, avec dents de lait et dents de supplément, dents fraîches et dents usées. Mais c’est aussi l’ouvrage où se retrouve le plus son esprit combatif contre le transformisme, où les discussions scientifiques se mélangent de dissertations philosophiques et d’attaques personnelles.
- L’étude des Cervidés asiatiques occupe trois cahiers. Elle présente les mêmes défauts que les études odontologiques; mais on y trouve la description d’espèces nouvelles dont les types sont conservés au Musée. Ajoutons, pour être juste, que toutes ces espèces n’ont pas été maintenues, le P. Heude ayant tendance à pulvériser les espèces.
- Il faudrait encore citer des publications de moindre importance sur les Capricornes de Se-tchouan, du Tibet oriental, sur les Ursidés du Japon, de Mandchourie, du Chensi et d'Indochine, sur les Talpidés de Chine...
- Bref, on le voit, le P. Heude a laissé une œuvre immense où tout n’est pas d’égale valeur, où bien des conclusions sont à reprendre, mais que les spécialistes ne sauraient négliger.
- Ce qui restera surtout de lui, ce sont les superbes, et l’on peut dire uniques, collections qu’il a réunies : têtes de cerfs, crânes de sangliers et de nombreux carnassiers, tortues dont près de 2 000 en carapace, mollusques, coquillages, etc. Peu connues en France, elles sont bien connues des savants allemands, anglais ou américains qui vinrent à plusieurs reprises les étudier. Et je sais tel musée américain qui en offrit une somme imposante. Malgré cette offre alléchante, elles sont toujours
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- MUSÉE D’HISTOIRE NATURELLE DE CHANG-HAÏ.
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- chez nous et on les trouvera désormais classées et en bonne exposition dans les nouvelles salles du Musée Heude.
- Le P. Courtois (1860-1928). — A la mort du P. Heude, en 1902, le P. Courtois fut presque immédiatement désigné pour lui succéder.
- C’était un tout autre homme. Autant le P. Heude était intrépide voyageur,, autant le P. Courtois était sédentaire par tempérament. Il avait, disait-il lui-même, « l’aversion des voyages et des déplacements ». Gela ne l’empêcha pas, durant 25 ans, de passer par devoir la moitié de son temps à courir les chemins. Timide et — pardonnez-moi l’expression — peu débrouillard, il lui fallait partout trouver un ami qui lui organisât tout : itinéraires, transports, etc. En outre, le Père n’avait — hormis celle de marcheur infatigable — aucune qualité sportive : monter à cheval lui était un supplice, et les lenteurs de la barque, de la chaise à porteurs ou de la brouette chinoise le désolaient. Par ailleurs extrêmement myope, il ne fut jamais bon chasseur; il dut ses collections d’oiseaux à des amis et surtout à son taxidermiste chinois qui l’accompagnait et était son homme de confiance. Mais il avait le flair du botaniste et savait trouver dans la brousse épaisse les raretés qui font la joie des collectionneurs et la richesse des collections.
- Dès son arrivée au Musée, il se délimita le travail. L’histoire naturelle de la Chine était une matière trop vaste pour un établissement privé. Il préféra se cantonner aux deux provinces qui constituaient alors notre Mission : le Ngan-hoei et lé Kiang-sou (fig. 1). D’autre part, le P. Heude, absorbé par ses travaux sur les Mammifères, avait négligé la botanique et l’ornithologie. Ce n’est pas pourtant qu’il n’eût rapporté de ses voyages de nombreux spécimens d’oiseaux ou de plantes — nous en avons des milliers provenant de lui — mais les indications d’origine sont des plus sommaires, parfois le nom seul de la province se trouve transcrit, et les déterminations, le plus souvent hâtives, sont presque toujours sujettes à caution.
- Le P. Courtois résolut de combler cette lacune et d’enrichir le Musée d’un herbier et d’une collection d’oiseaux qui permissent de mieux connaître la flore et l’ornithologie de nos deux provinces.
- Pour commencer, il alla au plus loin, jugeant, non sans raison, qu’il était préférable d’entreprendre les longues randonnées alors, qu’il était en pleine force, laissant à plus tard, quand la fatigue et les ans seraient venus, l’exploration des régions plus voisines de Chang-haï.
- C’est donc la province de Ngan-hoei qu’il explora tout d’abord.
- le ngan-hoei. — Aspect de la province. — Le Ngan-hoei est partagé en deux régions bien distinctes par le Yang-tse-kiang.
- La région située sur la rive droite du fleuve est très montagneuse. Les montagnes,. qui sont la continuation de celles du Kiang-si, et qui, à Chang-ki-keou, par exemple, atteignent une altitude de 1 400 m, occupent pratiquement toute cette partie de la province; elles se prolongent à l’Est dans le Tché-kiang en s’abaissant progressivement jusqu’à la mer, et au Nord viennent s’éteindre dans le Kiang-sou où, passé ! tout le massif de I-liing, ce ne sont plus que des collines s’allongeant jusqu’à Ou-si.
- Dans la région de la rive gauche du fleuve, on trouve tout à fait à l’Ouest, le grand massif du Houo-chan, dont le mont Yao-eul-ping, le poiut culminant, s’élève à
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- FÉVRIER 1933.
- MUSÉE IIEUDE, A CIIANG-HAÏ (CHINE). —
- 1 950 m. Ce massif se rattache aux montagnes du Hou-pé et du Ho-nan et se prolonge vers le Nord-Est jusqu’au lac Hong-tché, où se déverse la rivière Hoai. Au delà de cette rivière, jusqu’à la frontière de Ho-nan, ce n’est plus qu'une vaste plaine.
- Itinéraires du P. Courtois. — De 1907 à 1922. le P. Courtois entreprit chaque
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- 100 km
- I. — Carte du Kiang-nan : Provinces du Kiang-sou et du Ngan-hoei formant une seule mission de 1841 à 1921, et quatre missions depuis 1921, d'après G. Gilbert. S. J.
- année ou presque, deux voyages d’études, l’un au printemps, l’autre à l’automne dès la fin des grandes chaleurs de l’été. Sauf deux années consacrées au massif du Houo-chan (1910-1911), tous ses voyages le conduisirent dans la région située au Sud du fleuve et l’on peut dire sans exagération qu'il en fit 1’ « exploration méthodique ». la parcourant dans tous les sens du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest, choisissant chaque fois un point central d’où il rayonnait dans toutes les directions.
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- MUSÉE D’HISTOIRE NATURELLE DE CHANG-HAÏ.
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- Résultats. — Après 15 ans de cette exploration méthodique, on pouvait croire la flore suffisamment connue et l’herbier assez riche pour fournir matière à une importante publication. Publication absolument nouvelle, puisque rien ou presque n’avait encore été publié sur cette intéressante province. C’est ainsi que l'Index Floræ Sinensis, de Forbes et Hemsley, l’ouvrage de fond en cette matière de botanique chinoise, ne signale que deux ou trois douzaines de plantes pour cette province. Ce qui est d’autant plus curieux que Fortune avait séjourné, en 1848, environ trois semaines dans la région de Hieou-ning.
- Tout était donc à faire et c’était une œuvre de longue haleine. En attendant de publier l’ouvrage projeté, le P. Courtois rédigea une simple liste des plantes récoltées dans le Ngan-hoei, pendant son voyage de 1916. Simple ébauche, mais qui contenait déjà plus de 900 espèces.
- L’histoire de cette liste est d’ailleurs assez curieuse. « Elle devait être publiée, écrit le P. Courtois, par les soins de Mgr Léveillé; par la guerre d’abord, parla mort de Mgr Léveillé ensuite, je ne sais ce qu’elle est devenue; mais ce n’était qu’une devanture, si je puis parler ainsi; j’estime que le Musée renferme 1200 à 1500 espèces provenant du Ngan-hoei, et il n’a pas tout ». Depuis 1918, époque où ces lignes furent écrites, on était sans nouvelles de cette liste. C’est seulement l’année dernière, en avril 1932, que, travaillant à Boston à l’Arnold Arboretum, j’eus la clé de l’énigme. En fait, cette liste avait été publiée et avait paru en 1917 dans une revue manuscrite, rédigée par Mgr Léveillé et intitulée China. Elle formait à elle seule la presque totalité du second et dernier numéro de cette étrange revue, de la page 6 à la page 131.
- Il n’importe. Je l’ai dit, cette liste qui comprenait 600 espèces, n’était qu’une ébauche. Le P. Courtois se proposait de publier la liste complète de ses récoltes. La mort ne lui en laissa pas le temps. Aussi, quand je succédai au P. Courtois dans le département de Botanique, mon premier soin fut de mettre au point la publication qu’il se promettait de rédiger.
- Ce fut relativement facile. Il fallait à ce moment déménager le Musée de Zi-ka-wei et tout réinstaller dans les nouveaux locaux. J’en profitai pour revoir les plantes une à une, contrôler les déterminations en utilisant les acquisitions nouvelles de la bibliothèque. Je pus ainsi identifier quelques espèces douteuses, en décrire de nouvelles et finalement parvenir à une liste de 1387 espèces, non compris les Fougères; liste qui est actuellement en cours de publication à Chang-hai.
- Avec celle que publia Redher en 1927 dans Journal of the Arnold Arboretum, c’est certainement l’une des plus copieuses qui aient paru sur une région déterminée de la Chine. Et il se trouve que cette province, a peu près inconnue au point de vue botanique il y a 20 ans, est aujourd’hui Tune des mieux étudiées. Le mérite en revient pour une grande part au P. Courtois, car s’il n’eut pas le temps de rédiger lui-même ce travail, du moins l’a-t-il rendu possible par son exploration méthodique de la province.
- le kiang-sou. — Comme le Ngan-hoei, le Kiang-sou est partagé en deux parties par le Yang-tse-kiang. Du point de vue botanique, la partie au Sud du fleuve, c’est-à-dire la plaine de Chang-hai, les collines de Tchen-kiang et de Nanking, avec le massif montagneux de I-hing, sont bien connus.
- Les récoltes anglaises sont consignées dans VIndex Floræ Sinensis. Matsuda a
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- MUSÉE HEUDE, A CHANG-HAÏ (CHINE). — FÉVRIER 1933.
- donné dans le Tôkyô Botanical Magazine des listes de plantes récoltées à Ou-si, Sou-tcheou, Chang-hai. Le Bulletin de Géographie botanique contient une liste de 500 plantes récoltées sur les bords du Ta-hou en 1913 par le P. Courtois. Dans le répertoire de Fedde. Léveillé a décrit des nouveautés tirées de 1 herbier du P. d’Argy. Du même auteur, il faut encore signaler deux travaux plus considérables qui résument et systématisent ce qui avait été fait jusqu'à lui pour la botanique du Kiang-sou. L'un est le Catalogus plantarum provinciæ chinensis Kiang-sou hucusque cognitarum, paru en 1916 dans les Memorias de la Beal Academia de Ciencias y Arte. de Barcelone; l’autre est une Flore de Chang-hai et du Kiang-sou éditée en manuscrit vers la fin de 1917.
- Évidemment tous ces travaux ne sont pas d’égale valeur. Il y a dans les listes publiées des omissions certaines; il y a aussi des noms suspects; il y a enfin des noms de [liantes introduites par des Européens, qui, après quelque temps, finissent par disparaître à moins d’apports renouvelés; c’est le cas en particulier du cresson et de la boursette. C’est pour corriger et amender ces listes que le P. Courtois publia en 1918 un catalogue de 1055 plantes récoltées dans les environs de Cliang-haï, Nanking, Tchen-kiang, I-hing.
- Restait la partie au Nord du fleuve, la plus grande, qui était à peu près inconnue. C’est à combler cette lacune que le P. Courtois consacra ses dernières années. La région de Hai-tcheou, tout au Nord de la province, à la frontière du Chan-tong, le vit revenir dès le printemps en 1925, 1926 et 1928. C’est là qu’il mourut en 1928 d’une violente attaque de dysenterie.
- Mais il avait accumulé un immense matériel et je crois qu’il était prêt à publier un travail sur cette région encore inexjdorée. Malheureusement, après sa mort, ses récoltes transportées sans être suffisamment sèches, puis laissées plus ou moins à l’abandon, ont été en grande partie perdues. Toutefois, ses notes restaient, avec les indications de lieu très précises des espèces intéressantes.
- Il me fut ainsi possible, pendant les mois de juillet et août 1931, de reconstituer à peu près la collection et d’en tirer une courte liste qui enrichit les listes déjà connues pour le Kiang-sou de 3 familles, 21 genres et 66 espèces. Encore n'a-t-on là que les plantes d’été.
- conclusions. — Voici quelques considérations générales sur la géographie botanique. Bien entendu, il ne s’agit pas de conclusions définitives, mais certains rapprochements s’imposent, suggérés d’ailleurs par l’aspect des régions étudiées.
- C’est ainsi par exemple qu’on retrouve au Ngan-hoei la plupart des espèces mentionnées dans les listes de Matsuda sur le Tché-kiang, à Hang-tcheou, et dans la liste du P. Courtois Herborisations dans le Kiang-sou. On pouvait s'y attendre puisque les montagnes de la région située au Sud du fleuve se prolongent dans le Tché-kiang et dans le Kiang-sou, et que, somme toute, ces territoires, compris entre le 29e parallèle et le fleuve, constituent un ensemble homogène qu’aucune frontière naturelle ne sépare.
- Pour ce qui est de la partie du Ngan-hoei située au Nord du fleuve, on ne peut encore rien affirmer. L’exploration du massif du Houoa-chan est à peine ébauchée, et l’on ne possède aucun document botanique sur les autres régions. Mais si l’on en juge par la faune, il est bien probable qu’il faut voir dans la rivière Hoai, qui coule
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- de l’Ouest à l’Est, une frontière naturelle délimitant deux flores comme elle délimite deux faunes.
- On est un peu mieux renseigné sur la partie du Kiang-sou située au Nord du fleuve. D’après les récoltes faites par le P. Courtois dans le Siu-tclieou-fou et par moi-même dans le Hai-tcheou-fou, il est évident que la flore de cette portion Nord de la province offre de grandes analogies avec celle du Chan-tong. Ainsi, pour ne citer que quelques exemples, on y trouve en abondance : Lysimachia pentapetala, Cynanchum atratum, Cynanchum sibiricum, Tournefortia sibirica, Calystegia dahurica, espèces qui ne descendent jamais au Sud du Yang-tse-kiang. On a tout lieu de croire ici que, vu son importance, c’est le fleuve qui constitue la frontière naturelle, séparant ainsi deux types de flores.
- Je me suis longtemps attardé à la botanique, étant mieux qualifié pour en parler. Le P. Courtois était aussi ornithologiste. C’est même en ornithologie qu’il publia le plus. Outre les oiseaux qu’il rapportait de ses voyages, il en recevait de ses amis, missionnaires à l’intérieur, qui se faisaient un plaisir de lui envoyer les raretés de leur région; il en reçut de splendides aussi de M. de la Touche; et quand M. Gayot, vice-consul de France, lui eut fait don de sa riche, collection des oiseaux de Chang-hai, le P. Courtois se trouva posséder les éléments d’un grand ouvrage sur les oiseaux. Il y travailla de 1912 à 1927 et publia 5 fascicules, Les oiseaux du Musée de Zi-ka-wei, comprenant 120 pages de texte et près de 80 planches colorées à la main par des artistes chinois.
- Vous jugerez de la valeur et de la beauté de cette publication par les exemplaires que j’ai apportés.
- Et je laisse de côté une foule de notices plus courtes parues soit dans Ibis, soit dans le China Journal of Sciences and Arts, des études sur les Alligators de Chine, sur les Salamandres géantes découvertes au Hoei-tchcou, etc.
- Véritable bourreau de travail, c’est durant les mois d’hiver et d’été, dans les intervalles de ses voyages, que le P. Courtois étudiait, classait, cataloguait. C’étaient alors de longues journées de labeur, car, levé dès 3 h. 30 m., il était à sa table vers 7 h. et pouvait y rester jusqu’à midi sans désemparer; on l’y retrouvait l’après-midi de 14 h. à 19 h.
- Peu accueillant pour les simples curieux — son musée étant un musée d’études — il était la complaisance même pour les travailleurs. Je l’ai vu passer des journées en compagnie d’une missionnaire anglaise protestante, afin de lui déterminer ses plantes; abandonner tout son travail personnel pour étudier un lot de plantes du Tché-kiang qu’un directeur des Douanes, M. Oliver, lui avait envoyé de Hang-tcheou ; et je pourrais multiplier les exemples.
- A sa mort, le P. Courtois laissait donc un musée riche en collections bien classées et, pour ses successeurs, d’abondants matériaux à exploiter.
- Mais tout cela entassé dans des salles trop petites, débordant dans les escaliers et les corridors. Il devenait nécessaire de s’agrandir et de se mieux organiser.
- LE MUSÉE HEUDE.
- Ce qu’il fallait, c’étaient non seulement des salles assez vastes pour contenir la multitude des collections, mais aussi des locaux mieux aménagés; car là-bas, le climat humide et chaud des mois d’été exige des précautions qui ne sont pas indispensables dans nos régions tempérées.
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- MUSÉE HEUDE, A CHANG-HAÏ (CHINE). — FÉVRIER 1933.
- L’Université l’Aurore offrait un terrain pour la nouvelle construction et le jardin botanique; il fut décidé que le Musée d’Histoire naturelle serait transporté sur le terrain offert par l’Université, au centre de la Concession française, et porterait le nom de Musée Heude, en l'honneur de P. Heude, son fondateur.
- Les plans dressés sur les indications du P. Savio, le nouveau directeur, par deux architectes français, MM. Léonard et Vayssère, furent définitivement approuvés à la fin de 1929 ; les travaux commencèrent aussitôt. Prévus pour une durée d’un an, ils se prolongèrent en fait plus de 18 mois et c’est seulement au printemps de 1931 que l'on put commencer à emménager.
- Le nouveau Musée (fîg. 2) est un vaste bâtiment en ciment armé avec deux
- Fig. 2. — Le Musée Heude, à Chang-haï.
- façades : l’une, orientée à l’Ouest, s’étendant le long de l’Avenue Dubail; l’autre, orientée au Sud, faisant face au Jardin botanique. Il comporte deux étages au-dessus du rez-de-chaussée.
- Intérieurement, il est divisé en deux parties absolument distinctes et indépendantes. Le corps de bâtiment situé en bordure de l’Avenue Dubail est destiné aux galeries d’exposition et sera ouvert au public; les trois immenses salles qui le constituent, éclairées chacune, par le haut, de 30 fenêtres, recevront les collections capables d’intéresser les visiteurs qu’aucun souci d’étude spéciale n'attire, mais qui sont curieux pourtant de connaître les principales richesses de la Chine dans les différents domaines de l’histoire naturelle : insectes, reptiles, poissons, oiseaux, mammifères, plantes ligneuses ou herbacées, roches et minéraux...
- Quant à l'autre corps de bâtiment, il est réservé aux Pères chargés du Musée, actuellement au nombre de trois, qui y possèdent chacun leur appartement et leur
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- laboratoire privé, et aux savants de passage désireux de consulter les collections d’étude ou la bibliothèque. Celle-ci, fort riche, occupe, dans toute la hauteur du bâtiment, une grande pièce située entre les salles de collections et le laboratoire ; pour faciliter le travail et éviter les allées et venues, elle a été sectionnée en trois groupes correspondant aux collections de chaque étage, en sorte que, exception faite pour les ouvrages d’intérêt général, chacun pourra trouver sans démarches inutiles les ouvrages dont il aura besoin pour ses recherches.
- Bien entendu, toute cette organisation est encore loin d’être achevée. Ce n’est pas un petit travail que de transporter collections et spécimens, certains fort délicats et fragiles et de procéder à une installation nouvelle en se livrant au travail de contrôle nécessaire.
- Seule jusqu’à présent, l’installation de l'herbier est terminée. Plus de 50.000 spé-
- Fig. 3. — Salle de l’Herbier du Musée Ileude.
- cimens de plantes ont été revus et classés, en même temps qu’on en dressait le catalogue et qu’on en tirait l’ouvrage sur la flore du Ngan-hoei dont il a été question plus haut.
- Au premier coup d’œil, l’herbier diffère notablement de ce qu’on a coutume de voir dans les autres musées. C’est qu’il faut se défendre contre l’humidité, plus redoutable encore quêtons les insectes réunis. On a donc adopté le système employé avec succès à Saigon, à l’Institut des Recherches agronomiques : tous les spécimens, par paquets de 50 ou 100, sont renfermés dans les boîtes en zinc hermétiquement closes, ce qui les préserve de l’humidité, et reposent sur une couche de camphre, ce qui écarte les insectes destructeurs.
- Ce sont ces boîtes que l’on peut apercevoir dans la salle de l’herbier (fîg. 3), alors en plein désordre, car la photographie fut prise au moment où l’on procédait à la révision et au classement des plantes arrivées de Zi-ka-wei.
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- MUSÉE HEUDE, A CHANG-HAI (CHINE).
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- Actuellement, plus d’un millier de ces boites sont disposées sur les étagères le long des murs; elles renferment l’herbier général de Chine, riche surtout pour les provinces du Kiang-si. du Yun-nan —et là nous avons la bonne fortune de posséder un grand nombre de spécimens étiquetés par Franchet lui-mème, — du Ngàn-hoei et du Kiang-sou. Les étagères des tables sont réservées à un herbier moins volumineux mais plus souvent consulté par les botanistes de passage, celui du Kiang-sou.
- Le Jardin botanique demandera plus de temps pour être au point. Il était tracé et les principales richesses du jardin de Zi-ka-wei y avaient été transplantées en février 1932. Il reste maintenant à y introduire nombre de plantes sauvages de la région ; ce sera le travail de plusieurs années.
- A côté de l’herbier, d’autres collections, bien que non encore définitivement installées, peuvent pourtant dès maintenant être utilisées ; telles sont ; la collection des Oiseaux du Kiang-sou; la collection des Coléoptères de Chine, dans laquelle le groupe des Longicornes est le plus abondamment représenté et le mieux étudié, grâce aux recherches du P. Savio; la collection des Hyménoptères et celle des Lépidoptères confiées toutes les deux au P. Piel.
- Telle est l’histoire de notre modeste Musée. Ses premiers directeurs, les Pères Heude et Courtois, étaient du nombre de ces missionnaires dont une récente thèse de doctorat en Sorbonne vient de faire l’éloge et au sujet desquels un membre de l’Institut, M. Lecomte, écrivait : « Si nos collections concernant la Chine ont pris une extension considérable et si notre herbier de Chine est devenu exceptionnellement riche, nous le devons aux missionnaires, qui, à l’exemple du P. d’Incarville, ont enrichi peu à peu nos collections de Chine, et avec, un dévouement inlassable dont nous leur sommes profondément reconnaissants, nous adressent tous les ans des récoltes considérables... »
- Sans doute, ils n’ont pas, comme les Pères David, Delavay, Farges, Soulié, Bodinier..., envoyé au Muséum la totalité de leurs récoltes; ils avaient à prendre l’intérêt de leur propre musée et à maintenir sur place h' bon renom de la science française. Il ne faudrait pas croire pourtant qu’ils furent avares de leurs trouvailles : tous les deux, en fait, furent nommés membres correspondants du Muséum; c’est assez dire que leurs envois étaient appréciés.
- Voici donc maintenant, à côté de l’Observatoire de Zi-ka-wei, dont l’éloge n’est plus à faire, un autre établissement scientifique qui. nous l’espérons bien, fera tout autant honneur à la France.
- Déjà les visiteurs venus en simples curieux se présentent nombreux, mais, ce qui est mieux, les savants chinois ou étrangers savent qu’ils ont là un centre d’études à leur disposition, et ils y viennent, assurés qu’ils sont d’être bien accueillis.
- Puissent ces rapports fréquents contribuer à faire disparaître certains préjugés tenaces, et procurer, par une étroite collaboration de tous, le développement des sciences en Chine.
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- BULL. DE LA SOC. D’ENCOUR. POUR L’INDUSTRIE NATIONALE. —FÉVRIER 1933 (p.8-3).
- DES NOUVELLES CONDITIONS LÉGALES D’UTILISATION DES MÉDAILLES ET RÉCOMPENSES DÉCERNÉES DANS LES EXPOSITIONS (Note complémentaire.)
- par M. André Taillefer, membre du Conseil de la Société d’Encouragement.
- Dans notre étude sur les conditions nouvelles d’emploi des récompenses industrielles(1), — nous avons relevé, au point de vue de l’application de la loi nouvelle aux récompenses décernées antérieurement à son entrée en vigueur, que cette loi de 1892 s’appliquait, d’après le texte, aux récompenses de cette nature et nous ajoutions — ce qui est exact — qu’aucun enregistrement n’était imposé aux titulaires de ces récompenses ou à leurs ayants-cause, pour les récompenses visées aux paragraphes 1 et 2 de l’article 1er, c’est-à-dire pour les récompenses :
- 1° obtenues dans les expositions et concours organisés, patronnés ou autorisés par le Gouvernement ;
- 2° obtenues à l’étranger dans les expositions ou concours organisés, patronnés ou autorisés par un gouvernement étranger.
- Nous ajoutions qu’en ce qui concerne les récompenses décernées en France, ou dans les colonies, ou possessions françaises, ou à l’étranger, par des corps constitués, des établissements publics, des associations ou sociétés françaises ou étrangères (récompenses visées à l’alinéa 3 de l’article 1er), les titulaires ou leurs ayants-cause ne seraient pas tenus de procéder actuellement à l’enregistrement des diplômes et certificats, mais qu’en cas de cession ou transmission de fonds de commerce, postérieurement à la mise en vigueur de la loi, les intéressés qui voudraient faire un usage industriel ou commercial de ces récompenses devraient les faire enregistrer conformément aux prescriptions des articles 2 et 3.
- Nous avions laissé de côté les obligations imposées aux administrations et les conséquences que pourrait entraîner la non-exécution par celles-ci desdites obligations. Il nous paraît utile de compléter brièvement nos observations sur ce point.
- Le paragraphe 2 de l’article 15 de la loi in fine spécifie que les administrations intéressées seront tenues, dans le cas des paragraphes 1 et 2 de l’article 1er, de faire enregistrer les palmarès desdites récompenses à l’Office national de la Propriété industrielle.
- Mais, comme d’une façon générale, aux termes de l’article Ie1'de la loi, il ne peut être fait usage industriel de récompenses qu’après les formalités prévues, c’est-à-dire l’enregistrement des palmarès ou des diplômes, et qu’il est spécifié que la loi est exécutoire dès maintenant pour les récompenses décernées avant son entrée en vigueur, il s’ensuit que si le palmarès des expositions ou concours visés aux alinéas 1 et 2 de l’article 1er n’est pas enregistré par l’Administration, comme elle est tenue, d’après le texte, de le faire, les récompenses y relatives ne semblent pouvoir être employées qu’à la condition, pour les intéressés, de suppléer à cette carence administrative, et de procéder eux-mêmes à l’enregistrement des diplômes mêmes qui les intéressent.
- En ce qui concerne les récompenses visées à l’alinéa 3, le 3e paragraphe de (1) Parue dans le Bulletin de novembre 1932, p. 617 à 628.
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- RÉCOMPENSES DANS LES EXPOSITIONS. — FÉVRIER 1933.
- l'article io. rappelé plus haut, semble apporter à la règle précédente une dérogation formelle, en dispensant les intéressés de toute obligation d’enregistrement pour continuer l’usage immédiat de ces récompenses, sauf, comme il est indiqué, en cas de transmission, postérieurement à la mise en vigueur de la loi. des fonds de commerce auxquels ces récompenses sont attachées.
- Les administrations ou associations ou sociétés qui ont décerné ces récompenses sont-elles, de leur côté, tenues de procéder à l’enregistrement? Il semble que non d’après le texte, et que l’obligation d’enregistrement soit limitée aux administrations qui ont organisé des expositions ou concours dans les termes des paragraphes 1 et 2 de l’article 1er.
- Il y a là néanmoins une situation un peu douteuse, et au sujet de laquelle des contestations peuvent s'élever.
- Le texte de la loi peut d’ailleurs, sur un certain nombre d’autres points, prêter à des discussions et l’interprétation de la loi et du règlement n’est pas sans soulever des difficultés, sur les conditions exactes clans lesquelles la loi doit être réputée s’appliquer aux récompenses décernées antérieurement à sa promulgation, difficultés que nous ne pouvons aborder ici.
- NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
- par M. Kd. Sauvage, membre du Conseil de lu Société d'Encouruf/emeut.
- M. Androuin, membre du Comité des Arts mécaniques, est l’auteur d’une note remarquablement claire sur « L’état actuel de la normalisation industrielle », note publiée dans le Bulletin du Comité national de l'Organisation française de novembre 1931, et reproduite dans les Annales des Postes. Télégraphes et Téléphones d’avril 1932.
- Le charbon et les chemins de fer français, par n. godkernaux. — Le Bulletin d'octobre 1932 a rendu compte d’un important travail de M. R. Godfernaux sur la rationalisation dans les grands réseaux de chemins de fer français. Le même auteur vient de donner une suite à ce travail sous le titre Le charbon et les chemins de fer français. Il y expose les progrès remarquables que reçoivent les locomotives depuis quelques années, progrès qui se traduisent par d’importantes économies de combustible, soit que pour un même travail la consommation en soit réduite, soit qu’avec la même dépense on produise un travail plus grand.
- C’est ainsi que les réchauffeurs d’eau d’alimentation récupèrent une fraction des calories emportées par la vapeur d’échappement. La tuyère d’échappement, organe capital de la locomotive, pendant longtemps installée d’après des règles empiriques, a été l’objet d’expériences méthodiques, qui ont permis d’en augmenter notablement l’effet utile, tout en réduisant la contre-pression dans les cylindres. En ce qui concerne la distribution de la vapeur, on a réduit les laminages et allongé la détente, soit par l’augmentation de la course des tiroirs cylindriques, soit par la substitution de soupapes aux tiroirs.
- M. Godfernaux dit enfin quelques mots de l’éleclrifîcalion des chemins de fer, à laquelle on a parfois attribué des avantages exagérés, et qui n’est économique que dans des conditions bien définies.
- Les deux mémoires de M. Godfernaux se trouvent dans notre Bibliothèque.
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- bull, de la soc. d'encour. pour l’industrie nationale.
- FÉVRIER 4933 (p. 85).
- L’ORGUE ÉLECTRONIQUE COUPLEUX-GIVELET 1,
- par M. A. Givelet, Ingénieur E. S. E.
- nature physique des sons musicaux. — Pour bien comprendre le problème de la production des sons musicaux au moyen des oscillations électriques, il est nécessaire d’avoir présentes à l’esprit les notions fondamentales relatives à la nature même de ces sons.
- Les sons musicaux sont produits par des vibrations qui, en ébranlant l’air ambiant, viennent frapper notre oreille. Celle-ci transmet à son tour à notre cerveau une sensation déterminée, la sensation musicale.
- Les vibrations peuvent provenir de lames vibrantes, cordes vibrantes, tuyaux sonores, etc. ; c’est le cas des instruments ordinaires : harmoniums, violons, flûtes, etc.
- A côté de ces instruments, il existe des instruments électriques qui fournissent, non plus des vibrations audibles, mais des oscillations électriques, que nos sens ne peuvent percevoir, mais qui peuvent être détectées par des instruments spéciaux (notamment les téléphones, les haut-parleurs, etc.) qui convertissent ces oscillations électriques en vibrations acoustiques.
- Les instruments électriques donneront la même sensation que les instruments ordinaires si leurs vibrations sont comparables à celles des instruments ordinaires, en fréquence, en intensité et en timbre.
- D’où la nécessité de signaler les trois qualités fondamentales du son : la hauteur (ou fréquence), l’intensité et le timbre.
- La hauteur, qualité qui caractérise essentiellement un son, est définie par le nombre de vibrations complètes (ou périodes) par seconde correspondant à ce son. C’est la hauteur du son qui fait que ce son est un do, un ré, ou un mi, etc. Par exemple, le la du diapason est caractérisé par435 vibrations complètes (ou périodes) par seconde ou par 870 vibrations simples.
- L'intensité, qui dépend, non plus du nombre, mais de l’amplitude des oscillations, correspond à la puissance du son mise en jeu et perçue par l’oreille.
- Enfin le timbre, qui est, en quelque sorte, le coloris du son et qui différencie les divers instruments, résulte de la superposition au son fondamental de vibrations ayant un rapport numérique simple avec la vibration fondamentale et dénommées harmoniques.
- Tous les sons ne conviennent pas à la musique. Les sons ne sont musicaux que s’il existe entre leurs fréquences certains rapports numériques déterminés, c’est-à-dire s’ils font partie d’une certaine gamme.
- Il existe deux gammes principales (sans parler des gammes mineures) : la gamme naturelle et la gamme tempérée.
- Gamme naturelle. — Dans la gamme naturelle, les fréquences correspondant aux différentes notes sont proportionnelles aux rapports numériques ci-dessous :
- do ré mi fa s°t ta si
- 9 3 3 3 5 13
- 1 » 4 3 3 3 8
- (I) Conférence faite par l’auteur, en séance publique, le samedi 20 novembre 1932.
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- l’orgue ÉLECTRONIQUE COUPLEUX-GIVELET. — FÉVRIER 1933.
- Nous avons ainsi les sept notes d’une octave.
- Pour passer à l’octave suivante nous doublerons toutes ces fréquences; nous aurons donc les rapports suivants :
- 1x2 |Jx2 ^ X 2 |x2 j X 2 ?X2 ~X2
- On voit que le premier terme 1X 2 et le 5e terme | x 2 de cette suite de fractions
- deviennent deux nombres entiers : 2 et 3.
- Ce sont les deux premiers harmoniques d’un son fondamental, le do de l’octave précédente.
- On obtiendrait de même, les nombres 4 et 3 en multipliant par 4, les rapports numériques précédents, c’est-à dire en passant à l’octave suivante.
- Ces considérations, bien qu’élémentaires, ont une grande importance, comme nous le verrons plus loin, pour l’étude des instruments électriques, notamment pour le problème des timbres.
- Gamme tempérée. — La nécessité d’introduire des demi-tons (dièses et bémols) a conduit à l’emploi de la gamme tempérée. Les musiciens ont été amenés à ajouter, aux 7 notes de l’octave 3 autres notes, ce qui a porté à douze le nombre de ces notes.
- Afin de conserver le même rapport entre les fréquences de ces notes, on a constitué cette gamme par une suite de sons dont le nombre des vibrations (fréquence) est proportionnel aux termes d’une progression géométrique ayant pour raison la racine douzième du nombre 2, c’est-à-dire \/2.
- Ces nombres diffèrent quelque peu de ceux de la gamme naturelle (différence d’un coma perceptible à une oreille exercée). En particulier, les harmoniques naturels, dont nous venons de montrer la loi de formation, possèdent une fréquence un peu différente de celle des notes de la gamme tempérée (pii devraient avoir théoriquement le même nombre de vibrations; il résulte de cette différence certaines difficultés dans la réalisation des instruments de musique (interférences, bourdonnements).
- l’orkillk, ses lois physiologiques. — L’oreille humaine, grâce aux fibres de Corti, peut percevoir des sons compris entre 30 et 30.000 périodes par seconde environ. La sensibilité maxima correspond aux sons compris entre 800 et 1.000 périodes par seconde environ, ce qui est justement la fréquence moyenne de la voix humaine.
- Loi de Fechner. — D’après cette loi, la sensation auditive varie seulement comme le logarithme de l’excitation sonore qui en est la cause. Le logarithme de 10 étant 1 et le logarithme de 100 étant 2 (dans le système ordinaire à base 10), si la puissance sonore est centuplée, d’oreille ne percevra qu’une sensation deux fois plus forte. Cette loi ne paraît, d’ailleurs, qu’assez approximative.
- Inertie de l'oreille. — L’oreille ne percevant guère les sons au-dessus de 30.000 périod es par seconde, si l’on découpe le temps en fractions très courtes de
- —-— sec. par exemple, et que l’on fasse agir une source sonore pendant tous les 30 000 1 1 4
- intervalles de temps impairs (le 1er. le 3e, le 3e trente millième de seconde, etc.).
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- l’orgue électronique coupleux-givelet.
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- en supprimant cette source pendant tous les intervalles de temps pairs (le 2e, le 4e, le 6e,...) on percevra néanmoins une sensation continue. On peut donc mettre à profit les intervalles inutilisés pour faire entendre simultanément un autre son. Bien que ces sons soient successifs, ils se superposeront dans l’oreille en donnant la sensation d’un accord.
- Sens de la direction des sons. — Ce rôle est assumé par les canaux semi-circulaires de l’oreille qui nous renseignent sur la direction du son dans l’espace. Dans les édifices, à cause des échos des parois, il est difficile de déterminer la position d’une source sonore. Toutefois, s’il ne s’agit que de deux sources, l’une placée, par exemple, sur la scène d’un théâtre, l’autre dans le fond, on se rend parfaitement compte de l’effet d’écho ainsi obtenu avec ces deux sources. Les instruments de musique électrique permettent de déplacer les sons dans l’espace par le jeu d’un simple commutateur, ce qui est l’une de leurs propriétés les plus intéressantes.
- production électrique des sons. — Il existe un grand nombre de procédés pour produire électriquement des sons : on peut utiliser des vibreurs ou trembleurs, des alternateurs (notamment des alternateurs homopolaires), des commutateurs tournants, des commutateurs photo-électriques et enfin des lampes oscillantes, c’est-à-dire des triodes connectées à des circuits doués de self-induction et de capacités (circuits oscillants).
- Les vibreurs se dérèglent facilement et donnent des sons aigres et criards (mais que l’on peut améliorer par les filtres). Les dispositifs tournants (alternateurs, commutateurs, etc.), conduisent à des réalisations compliquées; ils nécessitent des engrenages nombreux sujets à usure et dont il est difficile d’étouffer les vibrations et les bruits propres. Les dispositifs photo-électriques sont peu sensibles et exigent une amplification considérable.
- La lampe triode, au contraire, engendre des sons d’une pureté parfaite, d’une façon purement statique, c’est-à-dire sans nécessiter aucun dispositif mécanique et, moyennant certaines précautions, elle se montre d’une remarquable stabilité.
- Parmi les instruments de musique à lampes oscillantes, on peut distinguer deux catégories : ceux qui utilisent des lampes donnant directement la fréquence des sons musicaux et ceux qui emploient des lampes oscillant à des fréquences inaudibles et où les sons musicaux résultent d’interférences entre ces fréquences élevées, suivant la méthode bien connue de l’hétérodyne.
- Le premier procédé seul peut être retenu pour les instruments polyphoniques, car il donne seul une stabilité suffisante.
- Supposons, en effet, deux oscillateurs engendrant, l’un la fréquence ft — 30.500, l’autre la fréquence /',= 30.000, la différence fv — /*=> est de 500 périodes, c’est la note musicale résultante.
- Si, par suite d’un léger déréglage, fi passe à 30.800 périodes (augmentation de moins de 1 p. 100), /2 n’ayant pas changé, le battement devient égal à 800. La note résultante a donc varié de plus d’une quinte. Au contraire, lorsqu’on emploie des triodes produisant directement la fréquence musicale, une variation de 1 p. 100 n’est perceptible qu’à une oreille très exercée.
- On pourrait sans doute atténuer l’instabilité de la méthode hétérodyne en employantpour f\ et /0 des fréquences plus basses, mais, en dessous de 30.000 périodes
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- l’orgue ÉLECTRONIQUE COUPLEUX-GIVELET. — FÉVRIER 1933.
- par seconde, on tombe dans les sons audibles et dans les harmoniques de ces sons, ce qui entraîne des complications au point de vue des timbres.
- La méthode directe (oscillation directe à la fréquence musicale) permet en outre la transposition instantanée d’un ton dans un autre.
- La fréquence d'oscillation est, en effet, donnée parla formule de Thomson :
- ^ s CL
- où F représente la fréquence ou hauteur du son, C et L la capacité et la self-induction du circuit. Cette formule n’est qu’approchée dans le cas d’un oscillateur à lampes, mais si les lampes sont convenablement choisies, on peut la considérer comme suffisante et pratique.
- Supposons alors qu’un groupe de notes ait une capacité commune C; en substituant à cette capacité une autre capacité C’, on fera varier toutes les notes proportionnellement de la même quantité, les intervalles entre notes étant respectés. Après avoir exécuté un contour mélodique dans le ton du sol, par exemple, on peut le reprendre aussitôt dans le ton du sol dièse (ou même dans un ton intermédiaire), ce qui produit un effet assez curieux.
- L’un des premiers instruments réalisés d’après ce principe fut le clavier muet Givelet (fig\ 1), qui couvrait deux octaves, mais qui, grâce à son dispositif de transposition donnait toute la gamme des sons audibles. Cet instrument se prêtait à toutes sortes d’expériences curieuses; en effet, les courants musicaux issus du clavier étaient absolument silencieux. La musique ne prenait naissance que dans le haut-parleur relié à ce clavier. Le 27 mars 1928, nous avons réalisé à la salle des Ingénieurs civils, rue Blanche, à Paris, deux expériences assez curieuses, destinées à mettre en évidence le caractère silencieux de la musique ainsi engendrée : l’enregistrement d’un disque de phonographe dans le silence, et la commande à distance d’un poste de radiodiffusion également dans le silence. Pour la première expérience, le public fut invité à nous fournir des thèmes musicaux d’airs populaires : ces airs, exécutés sur le clavier placé sur la scène, furent enregistrés, grâce à un diaphragme électrique, sur la cire d’un phonographe spécial; durant l'enregistrement, on n’entendait absolument rien. Puis le cornet ayant été placé sur ce phonographe qui fut remis en mouvement, les airs demandés sortirent bruyamment de l’appareil.
- Pour la seconde expérience (fig. 2), le clavier fut relié par l’intermédiaire d’un amplificateur et d'une ligne téléphonique du poste de l’Ecole supérieure des P. T. T., situé rue de Grenelle. Les ondes de ce poste furent ainsi modulées silencieusement ;
- I. — Schéma de principe
- d’un clavier à lampe.
- L, Lampe oscillante; — C. Condensateur du circuit oscillant: — L,, L,. L,, Lj, Inductances à noyaux de fer constituant, avec le condensateur C, les circuits oscillants des différentes notes; — r,. r.,, r,. >•„ Ressorts de rappel faisant remonter les touches T,, T,, T:, ,1V, — c,, c», c,, c,, Contacts doubles fermés par des touches ; —T, Transformateur de sortie; — H,. B,, Batteries; — 1U Rhéostat de chauffage.
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- les spectateurs voyaient manœuvrer les touches du clavier, mais ils ne percevaient aucun son, tandis que les sans-fîlistes aux écoutes entendaient cette musique d’un nouveau genre. Puis un récepteur de T. S. F. à cadre, installé sur un coin de la scène, ayant été branché sur un haut-parleur, l’émission devint audible pour les personnes présentes. La musique avait cheminé silencieusement de la rue Blanche à la rue de Grenelle par la ligne téléphonique, et était revenue à son point de départ au moyen des ondes éthérées. Malgré ce double trajet, on ne percevait aucun retard entre le moment où l’on abaissait une touche et celui où l’on percevait la note correspondante. La même expérience a été reproduite entre Roubaix et Lille.
- Ces expériences montrent qu’il sera possible, dans un avenir très proche, de supprimer le microphone (tout au moins pour certaines transmissions musicales) dans les studios de radiodiffusion. On se débarrassera ainsi d’un organe coûteux,
- Antenne démission-
- Poste
- émetteur
- JJaut-Farleur .
- OOQO
- Amplificateur
- Terre
- Fig. 2. — Schéma de la commande à distance d’un poste de radiodiffusion par le clavier électrique muet.
- A gauche, la Salle des Ingénieurs civils; à droite, le poste émetteur des P. T. T., à Paris.
- Les ondes musicales reviennent sur le cadre récepteur placé à côté du clavier muet et permettent d’entendre la musique exécutée silencieusement par ce clavier.-
- délicat, et qui ne suit pas toujours avec fidélité les variations d’intensité des instruments de musique (pour une variation de puissance de l’orchestre de 1 à 100, le microphone n’enregistre guère qu’une variation de 1 à 10. Gomme cette nouvelle musique demeure silencieuse à l’origine, les problèmes d’acoustique des studios, si difficiles à résoudre, se trouveront éliminés, d’où une grande économie (suppression des tentures, réduction des dimensions des studios, etc.).
- polyphonie. — On peut distinguer deux espèces de polyphonies : la polyphonie restreinte et la polyphonie intégrale.
- La 'polyphonie restreinte consiste à faire entendre simultanément un certain nombre de « voix », chacune de ces voix étant obtenue par une lampe oscillante et son haut-parleur. Chaque lampe et chaque haut-parleur ne produisent qu’une note à la fois : c’est en somme la superposition de plusieurs monophonies.
- Un appareil de ce genre, à fonctionnement automatique, a été présenté le 16 novembre 1929 à la salle Pleyel, par M. Elov Goupleux, lors du Congrès national de la Radiodiffusion. Il comprenait 5 haut-parleurs électro-dynamiques de grande puissance recevant chacun les oscillations d’une lampe à travers un amplificateur 132e Année. — Février 1933. 7
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- fonctionnant sous 400 V. Les 5 circuits oscillants de ces lampes correspondaient respectivement aux registres des instruments suivants : 1er violon, 2me violon, alto, violoncelle et contre-basse. Les contacts dont la fermeture déclenchait les oscillations étaient commandés, non par un clavier, mais par des soupapes actionnées par le déroulement d’une bande de carton perforé devant les trous d’une flûte de Pan, suivant les dispositifs bien connus de la Cie Æolian. L’exécution était donc automatique, l’opérateur n’ayant qu’à se préoccuper des nuances (fig. 3).
- Bien que ne donnant que o notes à la fois, cet instrument obtint un très grand succès.
- La polyphonie intégrale, beaucoup plus délicate à réaliser, consiste à combiner,
- Fig. 3. — Premier instrument polyphonique à lampes à fonctionnement automatique.
- On voit : on haut, les 5 lampes correspondant aux 5 instruments : 1er et 2e violons, alto, violoncelle, contrebasse ; au milieu, le rouleau de papier perforé qui se déroule devant la flûte de Pan; en bas, le moteur électri. que et le volant de l'aspirateur d’air.
- dans le circuit d’un seul haut-parleur et d’un seul amplificateur, n’importe quelle note produite en abaissant une touche quelconque d’un clavier de piano ou d’orgue. On se trouve alors en présence de difficultés considérables qui ont amené d’importantes maisons de musique à abandonner ce problème après l’avoir travaillé pendant des années.
- Nous ne pouvons entrer ici dans le détail des recherches qui ont été entreprises pour parvenir à ce résultat, en raison de leur extrême complexité. Un des obstacles les plus sérieux provenait des interférences qui se produisaient entre certaines notes et les harmoniques d’autres notes, ces interférences se traduisant par des bourdonnements anti-musicaux extrêmement désagréables. Il fallait en outre conserver à
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- par deux
- II QQOQO
- II III 1- me * Amplifies tevr*~
- Clsncr électri-
- que
- Fi •
- =Q=
- i,
- Saxophone
- tfï
- u
- chaque note sa personnalité et son timbre, bien que les oscillations correspondant à cette note fussent mélangées dans un circuit unique, avec un certain nombre d’oscillations d’amplitude, de fréquence et de forme différentes.
- Timbres. — Les changements de timbres peuvent être obtenus méthodes principales, la méthode analytique et la méthode synthétique.
- Dans la méthode analytique, on produit une oscillation très riche en harmoniques et l’on filtre les harmoniques au moyen de circuits spéciaux pourvus de self-induction et de capacité. La grande difficulté provient de la nécessité de conserver des timbres uniformes sur toute l’étendue du clavier, de telle sorte que les notes basses n’aient pas un timbre de basson, tandis que les notes élevées auraient un timbre de clarinette, ainsi que cela se produisait avec les premiers instruments. Aujourd’hui, cette difficulté a été complètement surmontée et les orgues à lampes possèdent des jeux aussi nettement caractérisés que ceux des orgues à tuyaux (fîg. 4).
- Dans la méthode synthétique, on obtient les variations de timbres en superposant, à une oscillation fondamentale dépourvue d’harmoniques, des oscillations produites par d’autres lampes et correspondant à la fréquence des divers harmoniques que l’on se propose d’obtenir. Cette méthode n’est utilisée qu’en laboratoire à cause du trop grand nombre de lampes qu’elle exige.
- On peut obtenir également des timbres variés en utilisant les phénomènes de saturation ferromagnétique, en mettant à profit la tonalité propre de certains liaut-par-leurs, etc...
- Quelle que soit la méthode employée, ces changements de timbres s’obtiennent pratiquement avec les mêmes dispositifs de commande que dans les orgues ordinaires, ce
- qui est d’une grande commodité pour l’exécutant. ^ 4 ____r»iSp0sitif don-
- Une grande supériorité des orgues h lampes sur les nant les changements de orgues ordinaires réside dans la possibilité de modifier les tunbre. timbres sur place, selon le désir de l’artiste exécutant ou de ^ ^ 1 FiuVe—T,,
- l’auditeur, en changeant certains éléments des filtres élec- l. L, L, interrupteurs triques.
- Les changements de timbres par filtres qui semblent, a priori, très simples, sont, en réalité, d’une extrême complexité, car il s’agit de modifier, non pas le timbre d’une seule note, mais celui de toute une gamme ; or, il est bien évident que les harmoniques des notes aiguës ne sont pas les mêmes que ceux des notes graves. Il a fallu à M. Eloy Coupleux toute sa haute science musicale et une persévérance digne de tous les éloges pour arriver à obtenir des jeux parfaitement uniformes et homogènes dans toute leur étendue.
- En Allemagne, M. Trautwein a proposé de faire résonner tel ou tel harmonique
- (h
- (h
- Trompette
- ",
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- existant dans l’oscillation fondamentale, au moyen d’un certain nombre de circuits accordés sur ces divers harmoniques et intercalés dans le circuit d’anode de la lampe. Ce procédé, très ingénieux, entraînerait malheureusement une complication excessive dans un instrument polyphonique comprenant 100 à 200 notes fondamentales, comme dans les orgues de type courant.
- RÉALISATION ET AVANTAGES DE l’üRGUE ÉLECTRONIQUE.
- Le type le plus remarquable d’orgue électronique est celui du Poste Parisien réalisé par MM. Coupleux Frères qui comprend trois claviers à mains et un pédalier (tig. 7 et 8). Cet orgue possède 76 jeux dont 60 sont purement électroniques, les
- autres étant des accessoires, tels que cymbales, castagnettes, cloches, etc., à commande électropneumatique. Il comprend environ 400 lampes oscillatrices produisant les courants musicaux sans parler de celles des amplificateurs.
- Grâce à d’ingénieux dispositifs, les oscillations d’une même lampe peuvent être utilisées simultanément dans les divers claviers, et avec des timbres différents, grâce aux filtres. Ainsi la même lampe peut donner simultanément, par exemple, un fa de clarinette sur le 1er clavier et un fa de saxophone sur le second.
- \J expression est donnée par des pédales qui agissent sur les curseurs de résistances introduites dans les circuits des amplificateurs. On peut passer ainsi du fortissimo tonitruant au pianissimo le plus doux.
- En ce qui concerne les nuances, l’orgue à lampes se révèle infiniment supérieur à l’orgue à tuyaux, grâce à la parfaite souplesse de ses commandes.
- Il olfre également l’avantage d’une absence totale d’inertie : ce qui permet l’exécution des morceaux les plus rapides, même avec trilles dans les notes graves. Cet instrument est insensible aux variations do température' qui dilatent plus ou moins les tuyaux et les désaccordent.
- Pour accorder l’instrument, on agit sur des boutons moletés, facilement accessibles, qui assurent un réglage micrométrique extrêmement fin.
- Ces boutons sont placés à l’extérieur de petites caisses métalliques qui renferment tous les éléments du circuit oscillant de chaque note (condensateurs, self-induction, etc.) Ainsi, tous les éléments actifs se trouvent dans de véritables cages de Faraday, ce qui supprime les troubles éventuels pouvant résulter de l’influence des divers circuits les uns sur les autres. Toutes ces caisses métalliques sont renfermées, à leur tour, dans des sortes d’armoires en bois recouvertes de panneaux artistiques et placées à droite et à gauche des claviers.
- Cet instrument ouvre à l’orgue et à la musique, sacrée et profane, des horizons nouveaux et des possibilités jugées jusqu’ici du domaine du rêve. Il permet d’exécuter toute la musique ancienne et moderne avec des ressources antérieurement
- Fig. 5. — Relevés oscillogra-phiques.
- 1, Violon : la, 205 p/s;— 2, Violoncelle : sol, 410 p/s ; — 3, Lampe triode (courant plaque 450 p/s.)
- (La courbe supérieure montre la richesse en harmoniques du son produit; les courbes inférieures présentent une ressemblance remarquable).
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- . 6. — Premier orgue électronique Coupleux-Givelet. (Modèle présenté à l’Académie des Sciences.)
- M. Eloy Coupleux à l’orgue.
- 7. — Orgue électronique Coupleux-Givelet à 76 jeux du studio d’émission du « Poste Parisien »,
- Éléments en cours de montage.
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- imprévisibles. Sa sonorité, qui rappelle la sonorité classique des orgues à tuyaux, a cependant quelque chose de plus prenant, de plus idéal, de plus éthéré, provenant
- sans doute de la formation synthétique des Lm>iiunmnt donnera la possibilité de sonorités nouvelles et inattendues. C’est de la musique créée, engendrée sur place ; elle répond bien par sa douceur et sa puissance à ce que l'on attend d'un instrument destiné à rehausser les cérémonies du culte.
- L'iniçumbn'iûrnt est extrêmement restreint si < >n le compare à celui des orgues à tuyaux, d’autant plus que les éléments sonores, les haut-parleurs, peuvent être séparés de la console et installés dans une partie quelconque de. l‘église. uti de la salle d’audition, où l’orgue se fera entendre. Cette répartition ad libitum des haut-parleurs offre des ressources considérables et permet des effets nouveaux. La meme, console peut, en effet, commander narieurs placés, par exemple, à l’en-egtise et d’autres situés dans le chœur, de sorte qu’un seul orgue en remplace deux. En disposant des haut-parleurs dans certaines voûtes, on peut utiliser les résonances propres de ces voûtes et obtenir des effets d’une extrême puissance avec une énergie relativement faible.
- \J alimentation de l’instrument est assurée
- par un groupe convertisseur branché sur le réseau et fournissant les diverses tensions nécessaires au chauffage des filaments aux anodes des lampes, aux relais de commande, etc...
- Fig. 8. — Claviers de l’orgue électronique du « Poste Parisien En haut, les commutateurs de jeux.
- Telles sont les principales caractéristiques du nouvel instrumenta lampes dont la réalisation — aujourd’hui parfaitement industrielle — fait le plus grand honneur à MM. Coupleux Frères, les habiles et réputés facteurs d’orgues de Tourcoing.
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- bull, de la soc. d’encour. pour l’industrie NATIONALE. — FÉVRIER 1933 (p. 95).
- LA PRÉSENTATION DES PRODUITS A L’EXPOSITION COLONIALE INTERNATIONALE DE PARIS-VINCENNES DE 1931
- par M. Em. Prudiiomme, membre du Conseil de la Société d’Encouragement, directeur de l'Institut national d’Agronomie coloniale, professeur à l’Institut national agronomique et à l’École coloniale.
- PROGRAMME
- Dans leurs pavillons respectifs, nos possessions d’outre-mer ont présenté les produits qu’elles doivent à leur situation géographique, à la nature de leur sol et à leur climat. Par leurs expositions particulières, elles ont ainsi montré la pla*ce qu’elles occupenL dans l’activité économique de tout notre domaine colonial. Elles ont donné, en même temps, une idée des productions d’une valeur purement locale.
- Malgré l’intérêt de ce morcellement, on aurait risqué, de cette façon, de ne pas laisser dans l’esprit du visiteur une impression précise de l’importance des résultats obtenus et de ne fournir qu’un enseignement, précieux certes mais trop exclusif, trop fragmentaire aussi.
- Pour être complète, l’Exposition de 1931 devait donc nécessairement comprendre une véritable synthèse de notre activité coloniale. Au Palais Permanent, dans le cadre général tracé par le Commissariat du Ministère des Colonies (1), c’est à la Section des Produits coloniaux qu’est incombé le soin de grouper ces éléments épars, afin de présenter, sous une forme restreinte, une vue d’ensemble des diverses productions de la France d’outre-mer constituant le bilan de toute notre activité coloniale.
- Les organisateurs se sont efforcés de mettre, sous les yeux des visiteurs, une documentation aussi exacte et aussi bien équilibrée que possible, sans perdre de vue, toutefois, le caractère attractif qu’il ne faut jamais négliger dans l’installation d’une exposition ou d’un musée destinés au grand public.
- L’idée directrice a été la suivante : présenter sous la forme d’une « leçon de choses » les enseignements les plus exacts sous la forme la plus attrayante; réaliser une synthèse des produits coloniaux capable de retenir utilement l’attention, du technicien, de l’agronome, du négociant, de l’industriel, de l’artiste, de l’économiste, de l’étudiant, du voyageur, de l’instituteur et même de l’écolier, du visiteur qui cherche seulement à s’instruire en se distrayant, de « l’homme de la rue » enfin qui, attiré par le seul plaisir des yeux, ne peut manquer d’être surpris par la diversité et l’importance des richesses qui lui sont présentées et dont il fait un usage courant.
- Ainsi conçue, la Section de Synthèse des Produits coloniaux ne pouvait être
- (1) M. Beauregard, Commissaire du Ministère des Colonies.
- Section de Synthèse des Produits coloniaux :
- Présentation réalisée par : M. Em. Prudhomme, directeur de l’Institut national d’Agronomie coloniale, Mlle R. Bonny, chef du Service des collections économiques de l’Institut national d’Agronomie coloniale, et M. Lutz, professeur à l’Institut national d’Agronomie coloniale, assistés de MM. Mignard, Ingénieur d’Agronomie coloniale, et Dreyfus, Ingénieur d’AgricuIture coloniale.
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- une manifestation simplement artistique. Elle fut avant tout une présentation technique rendue plus attrayante par le concours de plusieurs artistes.
- Les organisateurs ont eu aussi le souci de révéler au grand public l’unité et l’indivisibilité, trop souvent méconnues, du bloc que forment la France d’Europe et la France coloniale. Aussi, dans une première galerie, les yeux étaient-ils attirés, dès l’entrée, par une inscription murale destinée à rappeler la liaison étroite de la métropole et de ses possessions extérieures : « Dites-vous bien que la France complète se compose de la France d’Europe et de la France d’outre-mer formant un bloc indivisible ».
- INSTALLATION GENERALE
- Dans l’ensemble, la Section de Synthèse a occupé deux grandes salles et deux galeries comportant : 125 mètres de vitrines murales, 9 dioramas, 5 grands panneaux
- (Cliché Bardonneau.)
- Fig. 1. — Vitrine des plantes textiles.
- En dehors du coton, ces vitrines contenaient les kapoks de l’A. 0. F., d’Indochine et de Madagascar, le paka malgache et le dâh du Soudan, le raphia malgache, les fibres de sisal du Soudan e! de Madagascar, celles de fourcrova, provenant de La Réunion, etc.
- décoratifs et 57 motifs lumineux composés de près de 600 photographies sur verre décolorations variées. Dix-huit inscriptions murales, plus de 800 notices explicatives et légendes lumineuses ou calligraphiées sur carton, ont transformé cet ensemble en une sorte de grand livre dont les échantillons et les photographies sur verre constituaient l’illustration tandis que le texte représentait environ 200 pages dactylographiées de grand format.
- Eclairées intérieurement à l’électricité, toutes les vitrines ont été exécutées en acajou colonial verni au tampon, suivant les directives de l’Institut national d’Agro-nomie coloniale. Toutes les installations ont été conçues de manière à pouvoir figurer telles quelles au Musée permanent des Colonies.
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- LES PRODUITS EXPOSÉS A VINCENNES EN 1931.
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- Les groupes de produits représentés occupant, suivant leur importance, soit une ou plusieurs vitrines, soit une fraction de vitrine, étaient au nombre de 193 et comportaient, pour les plus connus, c’est-à-dire pour 34 d’entre eux : la marche des exportations coloniales figurée par des séries de documents de dimensions variées ; de grands échantillons botaniques donnant une idée de l’aspect des plantes exploitées.
- Complétée par une soixantaine de brochures explicatives, la Section de Synthèse des Produits coloniaux a présenté, d’autre part, près de 2.000 échantillons très soigneusement choisis, minutieusement étiquetés et accompagnés de légendes ou notices fournissant sur chacun d’eux des renseignements détaillés.
- DOCUMENTATION PHOTOGRAPHIQUE LUMINEUSE
- La documentation photographique a représenté, en ce qui concerne l’agriculture des pays chauds, une collection unique en son genre, dont l’Institut d’Agro-nomie coloniale poursuit lajconstitution depuis de nombreuses années. Il n’existe, ni en France, ni même très vraisemblablement à l’étranger, une série de photographies agronomiques coloniales de grand et moyen formats aussi complète, donnant, avec autant de netteté et d’une façon aussi caractéristique, une idée des principales plantes utiles des régions chaudes et des méthodes d’exploitation mises en œuvre pour en tirer parti.
- Ces photographies formant 57 panneaux lumineux, exécutées, les unes par M. Cintract, photographe du Muséum d’Histoire naturelle et de l’Institut national d’Agronomie coloniale, et, les autres, par M. Bardonneau, donnaient, pour chaque culture ou groupe de plantes utiles tropicales, les caractères botaniques les plus intéressants, montraient les differentes phases d’exploitation des produits végétaux, évoquaient les méthodes de préparation en usage dans nos principales colonies et suivaient chaque produit important jusqu’au moment de son arrivée en Europe ou de sa livraison au consommateur.
- Pour les produits animaux (élevage, industrie des conserves alimentaires, sériciculture, etc.) et les minéraux, le même effort de documentation a été réalisé.
- Les diapositives ont été groupées, suivant les sujets représentés, sous forme de panneaux transparents de types variés, de lanternes et colonnes lumineuses.
- La présentation de quelques-uns des panneaux photographiques lumineux nous fournira le moyen de faire mieux comprendre la nature des indications fournies aux visiteurs, en tenant compte des nécessités d’ordre technique et du programme d’ensemble de la Section de Synthèse qui, comme on l’a déjà vu, peut se résumer comme suit : Présenter sous une forme attrayante, au moyen d’échantillons convenablement choisis et de notices explicatives très simples et aussi claires que possible, une leçon de choses sur chacun des grands produits coloniaux.
- C’est dans ces conditions que nous examinerons successivement, les motifs suivants :
- Les plantes alimentaires et les matières tannantes; les zébus et les bovidés taurins de Madagascar; les phosphates.
- plantes alimentaires. — Les cultures vivrières présentent un intérêt si considérable dans les pays chauds, et les végétaux utilisés dans l’alimentation des
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- indigènes et des Européens sont si variés qu'on leur a consacré deux groupes d une vingtaine de clichés.
- Quelques-uns de ces végétaux, comme le riz, les bananiers, l'arachide, le palmier à huile, etc., qui sont, en même temps, l'objet d'une grande exportation, ont, d’un autre côté, donné lieu à la constitution de motifs lumineux spéciaux.
- Nous nous contenterons d'évoquer ici les plantes alimentaires considérées dans leur ensemble. Les titres explicatifs des deux panneaux qui leur ont été réserxrés ont insisté sur le rôle essentiel des cultures vivrières aux colonies. Ils sont reproduits ci-dessous.
- Sur tous les points delà France d'outre-mer, les plantes alimentaires présentent une importance de tout premier ordre, aussi bien pour les populations indigènes que pour les Européens.
- Les fruits des pays chauds méritent, à cet égard, une mention particulière, soit à cause de leur diversité ou de leurs qualités naturelles, soit en raison de l’ampleur des transactions commerciales auxquelles donnent lieu certains d'entre eux, comme la banane, les ananas, les orangers et les mandariniers, les citrons, le grape fruit et les dattes.
- Lorsque les méthodes horticoles auxquelles nous devons l'amélioration des fruits de la zone tempérée seront méthodiquement mises en pratique et généralisées dans les pays chauds, la zone tropicale fournira des fruits d’une finesse de goût et d’une variété incomparables.
- Malgré toute l'importance qu'il convient d'attribuer aux fruits dans l'alimentation humaine, il ne faut pas perdre de vue que la base essentielle de la nourriture des populations des pays chauds est constituée, en ce qui concerne les végétaux, par les céréales et les légumineuses donnant en même temps des matières azotées et des matières amylacées, par les végétaux à réserves féculentes, par les oléagineux.
- Il convient d'ajouter à cette liste les condiments, si appréciés dans tous les pays tropicaux pour rehausser le goût des aliments et stimuler l’appétit.
- Améliorer en qualité et en quantité Valimentation de la France d'outre-mer doit être une des principales préoccupations des Pouvoirs publics.
- 42 clichés ont été groupés au-dessous de ces doux litres lumineux.
- En ce qui concerne les fruits, ils représentent :
- Les Oranges, les Mandarines et les Citrons, fruits d’exportation de l'Afrique du Nord, dont la production, en vue de l'approvisionnement de l'Europe, mériterait, comme en Afrique du Sud et au Brésil, de retenir l’attention de quelques-unes de nos possessions lointaines en raison des améliorations réalisées, dans le courant des dernières années, pour le transport des fruits frais.
- Le Pamplemousse (Citrus decumana). sorte de grosse orange dont divers types, connus sous le nom de « grape fruit », ont été mis à la mode par les Américains et donnent aujourd’hui lieu à un commerce important.
- Le Figuier de Barbarie (Opuntia ficus indica) et les raisins de l'Afrique du Nord.
- L’Arbre à pain (Artocarpus incisa) et \e Jacquier (Artocarpus integri folia), arbres fruitiers très communs sous les tropiques, donnant des amandes farineuses dont le goût rappelle celui de la châtaigne.
- Les Mangues (Mangifera indica), fruits d'excellente qualité, très communs sous les tropiques et dont les meilleures xariétés seraient très certainement appréciées en Europe.
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- La Pomme Cannelle (Anona squamosa). fruit à chair blanche, onctueuse et parfumée.
- Les Ananas (Ananassa sativa) et les Bananes (Musa sapientum, Musa Sinensis). De même que la Banane, l’Ananas est très estimé dans les pays chauds et donne lieu, pour certains d’entre eux, à un commerce d’exportation très considérable. Un panneau lumineux spécial a été consacré à la banane.
- Le Letchi (Nephelium letchi), remarquable fruit d’Extrême-Orient, dont le goût rappelle le muscat.
- L'Avocat (Persea gratissima), fruit très répandu, à pulpe crémeuse, d’un goût exquis, dont on a entrepris la culture rationnelle en Californie.
- Le Durian (Durio Zibethinus), fruit d’Extrême-Orient, très apprécié des Asiatiques mais peu recherché par les Européens, à cause de son odeur désagréable.
- La Papaye ou Melon en arbre (Carica papaya), fruit très fin contenant une sorte de pepsine qui facilite la digestion.
- Le Mangoustan (Garcinia Mangostana), un des meilleurs fruits d’Extrême-Orient.
- Le Dattier (Phœnix dactglifera). Plusieurs photographies sur verre ont représenté la récolte et le triage des dattes, la multiplication des meilleures variétés. Le dattier constitue la principale richesse végétale des oasis sahariennes. La datte, simple friandise pour l’Européen, représente un des éléments essentiels del’alimen-lation de certaines populations sahariennes.
- La Pomme Cajou (Anacardium Occidentale), arbre des régions chaudes et sèches, fournissant une amande d’un goût très fin, utilisée en confiserie.
- La Barbadine (Passiflora quadrangularis), liane très ornementale, de grande végétation, donnant des fruits dont on consomme les graines pulpeuses.
- La Goyave (Psidium pyrifentm), fruit très commun dans toute la zone tropicale.
- Le Bibassier ou Néflier du Japon (Eriobotrya japonica), donne un fruit acidulé et sucré qui se rencontre jusque dans le midi de la France.
- matières tannantes. — Un grand panneau lumineux de 1,25 m de longueur sur 0,50 m de largeur a indiqué d’abord, en quelques phrases, comment se présente, pour la métropole, le problème des matières tannantes.
- A droite et à gauche, deux panneaux, formés de 12 diapositives, ont été consacrés aux tannins de Palétuviers, de Tara et de Takaout, ainsi qu’à ceux d’écorces de Mimosa et de gousses de Gonakié.
- Les textes de la notice générale et de ces deux panneaux photographiques ont donné un résumé de l’importante question des matières tannantes.
- Tannins de France d'outre-mer. —Avant guerre, la production métropolitaine de matières tannantes de premier choix (écorces de chêne ou bois de châtaignier), à qui l’on doit la réputation mondiale des cuirs français, était assez importante pour répondre aux besoins de l’industrie nationale et lui permettre d’exporter de notables quantités d’extraits.
- Toutefois, les progrès de la technique et surtout le désir de diminuer la durée du tannage au chêne et au châtaignier ont eu pour résultat d’attirer l’attention sur le « tannin de Quebracho », en provenance du Paraguay et de l’Argentine, qui est considéré, aujourd’hui, par la majorité des tanneurs, comme une matière première absolument indispensable à l’industrie du cuir.
- Depuis la guerre, les destructions de forêts, les ravages de la « maladie de l’encre » sur les châtaigniers elles exigences économiques ont développé l’utilisation de ces tannins étrangers, dont les réserves diminuent rapidement.
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- Actuellement, la France d'outre-mer ne peut nous fournir en grandes quantités que le « Tyzerah » et le «Palétuvier ». Or, le premier, qui, dans une certaine mesure, peut remplacer le Quebracho, est en voie de disparition et le second n’est guère apprécié des industriels français.
- D’autres tannins, comme le « Takaout » au Maroc et le « Gonakié » en A. 0. F., méritent de retenir l’attention et pourraient être obtenus en assez grande quantité.
- Le « Tara » d’autre part, est actuellement à l’essai au Maroc.
- Par contre, les tannins d’écorce d’acacia ou de mimosa paraissent, dès aujourd’hui, appelés à un grand avenir.
- Des plantations d’acacias ont été effectuées au Maroc et à Madagascar et commencent à entrer dans la phase d’exploitation.
- Tannins de Palétuvier, de Tara et de Takaout. — Les Palétuviers sont très abondants sur les côtes de la zone tropicale. Quelques espèces très répandues à Madagascar ont leur écorce particulièrement riche en tannin (38 p. 100). Cette colonie en a exporté de notables quantités et pourrait en fournir un tonnage beaucoup plus important.
- Le bois de Tizerah contient un bon tannin (22 p. 100), présentant à peu près les mêmes caractères que le tannin de Quebracho.
- Au Maroc, les Tizerahs sont arrachés au fur et à mesure des défrichements.
- Croissant lentement, leur disparition est malheureusement prochaine.
- Les galles de Takaout, pro-(Cliché Bardonneau.) duites par la piqûre d un Acarien
- Fig. 2. — Documentation photographique : sur le « Tlaia », essence assez
- panneau lumineux des épices. répandue au Maroc, fournissent
- La Section de Synthèse des Produits coloniaux a pré- un tannin clair, dans la propor-senté 57 panneaux photographiques lumineux formés de ^ »q jqq
- 600 diapositives des formats 13 x 18, 18 x 24 et 30X 10.
- Tannins d’écorces de Mimosa et de gousses de Gonakié. — Parmi les Mimosas à écorce tannante, Y Acacia clecurrens est particulièrement apprécié à cause de sa richesse en tannin d’excellente qualité : 35 à 40 p. 100.
- Les plantations effectuées à Madagascar et au Maroc depuis 1924-1925 vont bientôt entrer en exploitation; elles semblent avoir un grand avenir. L’introduction des acacias à écorce tannante sur d’autres points de la France d’outre-mer mériterait d’être envisagée.
- Le Gonakié est un acacia très répandu au Soudan et en Mauritanie. Il produit des
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- gousses contenant jusqu’à 39 p. 100 d’un tannin clair sur lequel MM. Yves Henry, Inspecteur général de l’Agriculture coloniale, et Paul Ammann, professeur à l’Institut national d’Agronomie coloniale ont attiré l’attention dès 1909.
- Le Gonakié convient surtout pour le tannage des petites peaux.
- L’un des panneaux photographiques comprenait une série de diapositives montrant des rameaux de Gonakié au moment de la floraison et à l’époque de la fructification, ainsi que de belles plantations de Mimosas de Madagascar et du Maroc.
- Le second panneau permettait de voir un beau spécimen de Tyzerah marocain (Rhus pentaphylla), des Palétuviers de la Côte occidentale de Madagascar, un remarquable spécimen de Tlaia du Maroc (Tamarix articulata) sur lequel se forme la « galle du Takaout », un agrandissement de ces galles et un spécimen de Tara (Coesalpinia pectinata) à l’essai au Maroc.
- Cet ensemble était complété par des échantillons variés(1) 2 des matières tannantes d’origine coloniale disposés dans trois vitrines, pupitres et accompagnés de légendes explicatives complémentaires sur les Palétuviers de Madagascar, sur 1’exploitation et l’utilisation du Gonakié, sur les Mimosas à écorce tannante, sur le Tara en observation au Maroc depuis 1921 et sur les galles de Takaout{i).
- bovidés de Madagascar. — On sait que de toutes nos possessions d’oulre-mer, Madagascar est celle qui, compte tenu de sa superficie et de sa population, possède le cheptel bovin le plus important. C’est pour cette raison qu’il a été consacré aux Bovidés malgaches un panneau de 7 clichés diapositifs surmonté de la notice lumineuse reproduite ci-dessous :
- Le Zébu malgache, caractérisé par la présence d’une bosse adipeuse placée au-dessus des épaules est d’origine indienne. Son introduction dans la Grande lie remonte à une époque très ancienne.
- Ce Bovidé, résistant et vigoureux, se rencontre dans toutes les régions de Madagascar, où il représente la principale richesse des indigènes, celle à laquelle ils tiennent le plus. La suprême ambition de tout Malgache est, en effet, de posséder de nombreux bœufs (Omby).
- Le cheptel bovin malgache comprend sept à huit millions d’animaux élevés soit en demi-liberté, soit dans les parcs. Autrefois, en dehors de la boucherie, le Zébu de Madagascar n’élait utilisé que pour le piétinage des rizières. Le développement du réseau routier a permis d’en tirer un excellent parti pour les transports (charrettes à bœufs).
- La vache zébue est mauvaise laitière; mais, par croisement continu avec les Bovidés sans bosse, on peut améliorer le Zébu malgache comme producteur de viande et de lait.
- 7 diapositives ont montré un énorme Zébu gras primé au Concours agricole de Tananarive, des troupeaux de Zébus à demi-sauvages rencontrés dans le centre et dans le Nord de la Grande Ile, des « bœufs à bosse » dressés, utilisables pour le transport des marchandises par charrettes et des spécimens de croisements « zébu taurin » permettant de se rendre compte de l'importance du progrès réalisé au point de vue de l’aptitude laitière.
- Un deuxième panneau lumineux a permis d'évoquer l’industrie des conserves de viande à Madagascar.
- (1) Concours de la Tannerie Altairac frères et Cl<!.
- (2) Toute la documentation concernant les matières tannantes a été rassemblée et groupée en étroite collaboration avec M. Martelli, directeur de l’Association Colonies-Sciences.
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- les phosphates. — 5 diapositives ont attiré l'attention sur l’exploitation des phosphates tunisiens. Elles ont été placées au-dessous de la légende lumineuse suivante, préparée par M. Lutz. professeur de l’Institut national d’Agronomie coloniale et donnant des renseignements généraux sur les phosphates ainsi qu’une idée d’ensemble des phosphates de la France extérieure.
- Les phosphates de chaux existent dans la nature sous diverses formes :
- 1° L’apatite : phosphate cristallisé.
- 2° La phosphorite.
- 3° Les nodules : mélanges de phosphates et de carbonates de chaux.
- 4° Les phosphates proprement dits, qui forment des bancs épais renfermant, en abondance, des dents de squales et des vertèbres d’animaux marins.
- o° Les sables et les calcaires phosphatés.
- Les phosphates sont exploités en carrières, tantôt à ciel ouvert, tantôt en galeries. Ils sont séchés, moulus et expédiés sous cette forme aux usines européennes qui les transforment, en presque totalité, en superphosphates utilisés par l’agriculture (traitement par l’acide sulfurique).
- La France possède, en Afrique du Nord et en Océanie, d’immenses gisements de phosphates qui en font un des principaux producteurs mondiaux.
- Production mondiale................................................ 10.400.000 t
- Algérie............................................................... 819.700 —
- Tunisie............................................................... 789.000 —
- Maroc............................................................... 1.337.000 —
- Océanie française. ................................................... 136.000 —
- Indochine.............................................................. 11.800 —
- LES DIOR AM AS.
- La Section de Synthèse des Produits coloniaux comportait 9 dioramas.
- La forêt cède le pas à l'agriculture. — Le plus important des dioramas, dû à M. Fouqueray assisté de M. Prévol, mesurait 11 m de longueur. Il appelait l'attention sur l’utilisation de nos richesses forestières coloniales, qui, mieux connues et convenablement exploitées, pourraient permettre à la Métropole de remplacer par des bois coloniaux les bois qu’elle fait encore venir en si grande quantité de l’étranger. Ce diorama évoquait aussi le remplacement progressif des massifs boisés par des plantations arbustives et des cultures herbacées.
- Au milieu d’une imposante forêt vierge de l'Ouest africain, des groupes de travailleurs procèdent à l’abatage d’arbres centenaires, tandis que d’autres indigènes débitent et déplacent d’énormes billes de bois précieux qui vont être chargées et évacuées grâce à l’existence d’une voie ferrée traversant l’exploitation forestière et dont on aperçoit les rails au premier plan. Vers la droite, sur l'emplacement d’un coin de forêt abattue, on peut apercevoir l’amorce d’une grande plantation de Cacaoyers et de Bananiers. Sur le devant, au premier plan, des ouvriers procèdent au cassage des cabosses de Cacao ou transportent des régimes de bananes qu'ils viennent de cueillir.
- Une inscription murale rappelait qu’un « équilibre rationnel de l'exploitation forestière et de l’exploitation agricole peut seul permettre de tirer le meilleur parti des richesses végétales de notre domaine colonial. »
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- Les 8 autres dioramas, de 3 m de largeur sur 3,30 m de hauteur, étaient consacrés aux plantes utiles les plus importantes ou les plus caractéristiques de nos possessions d’outre-mer.
- Il eût été désirable et bien plus commode de pouvoir représenter une culture par diorama; mais le manque de place ne l’a pas permis.
- Pour donner une idée de la façon dont cette forme de documentation a été utilisée, nous donnons ci-dessous la description des deux dioramas consacrés, l’un au Dattier et au Tabac en Algérie, le second à la Vanille et au Giroflier de Madagascar.
- 1° Diorama du Tabac et du Dattier. — Le Tabac et le Dattier en Algérie. La Rose et l’Oranger au Sahara. Composition exécutée par M. Quelvée.
- De gauche à droite, le diorama représente l’intérieur d’une oasis. Il évoque ensuite le désert où se profde la silhouette si caractéristique de Gardaïa, une des villes saintes du pays mozahite. On aperçoit enfin une plantation de tabac située dans les plaines fertiles de la zone côtière.
- Dans l’oasis, le visiteur voit des Dattiers de différentes tailles, dont l’un formant « portant » à gauche présente un rejet (djebar) destiné à la multiplication. Au centre, un Dattier en pleine fructification.
- Sous les Dattiers, des plantes vivrières, des orangers, des citronniers, des rosiers, dont le « Comité de la Rose et de l’Oranger au Sahara », présidé par Mme la Maréchale Lyautey, s’efforce de développer la culture dans les oasis.
- Dans la plantation de Tabac, des indigènes procèdent à la récolte des feuilles.
- Au premier plan, des silhouettes découpées figurenL une femme qui porte une corbeille d’oranges et de citrons et deux Arabes rassemblant des dattes qu’ils viennent de récolter. Un Figuier, autre arbre fruitier très répandu en Afrique du Nord, forme le portant de droite et constitue une partie du bandeau.
- 2° Diorama de la Vanille et du Giroflier. — La Vanille, le Giroflier et le Raphia à Madagascar. Travail exécuté par MM. Rouisset et Philibert.
- A gauche, au premier plan, sous forme d’un panneau découpé, liane de vanille en pleine floraison; au 2° plan, vanilliers au moment de la fructification. En silhouette découpée, une ouvrière malgache cueille et dispose, dans une corbeille placée à côté d’elle, les gousses de vanille arrivées au degré convenable de leur développement, pour être soumises à la longue et minutieuse préparation qui leur donnera l’aspect sous lequel nous les connaissons en Europe.
- Au-dessus des lianes émergent les branches des Pignons d’Inde utilisés comme tuteurs et porte-ombre du vanillier. Sur le sol, quelques graines et fruits de ces arbustes qui sont recueillis avec soin à cause de leur richesse en matière grasse (utilisation industrielle).
- A droite, au deuxième plan, une rangée de girofliers séparée de la vanillerie par un chemin de culture. Un ouvrier vêtu d’une blouse de raphia cueille des clous de girofle dont une jeune femme surveille le séchage.
- Sur toute la toile de fond, un peuplement naturel de palmiers-raphias, dont l’épiderme foliaire constitue, après séchage, le raphia des horticulteurs.
- En fait, en tenant compte du Pignon d’Inde, plante oléagineuse dont les graines, connues dans le commerce sous le nom de « pulghère », sont exportées de Madagascar par centaines de tonnes, le diorama de MM. Bouisset et Philibert représentait quatre plantes largement exploitées dans cette colonie.
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- Les six autres dioramas avaient pour objet les plantes ou cultures suivantes :
- Le Palmier à huile et VArachide. — Composition de MM. Bouisset et Philibert. L’une de ces deux plantes oléagineuses, le Palmier à huile, constitue un des éléments essentiels de l’activité économique du Dahomey, tandis que l'Arachide représente la principale richesse du Sénégal.
- Le Riz, le Cocotier et le Caoutchouc. — Diorama réalisé par M. Quelvée. Cette composition nous transporte en Indochine qui se classe au rang des principaux exportateurs de riz et qui comprend aujourd'hui de splendides cultures d’Hévéa.
- Le Ricin et le Sisal. — Travail exécuté par Mlle Ackein; évocation de l’Ouest africain où ces deux plantes, l’une oléagineuse, l’autre textile, sont largement représentées. L’une et l’autre sont également exploitées à Madagascar.
- Le Coton et le Kapok. — Composition due à M. Martin Sauvaigo et intéressant plus particulièrement nos territoires de la Côte occidentale d’Afrique où les plus laborieux efforts sont tentés pour fournir à notre industrie textile une part de plus en plus grande de nos approvisionnements en coton et où l’on trouve à l’état spontané un Kapok de première qualité, comparable aux meilleures provenances des Indes néerlandaises.
- Le Café et la Canne à sucre. — Ce diorama, réalisé par Mme Nelson, nous a fait assister à la coupe de la canne dans nos colonies sucrières (Guadeloupe, Martinique, Réunion). Il rappelait, en même temps, que, si La Guadeloupe ne vient pas en tête de nos colonies comme centre de production de café, elle a, au moins, le très grand mérite de produire un des meilleurs cafés du monde entier.
- Les Légumes et les Fruits. —Composition de Mlle Ackein. Bien que le Soudan ait été choisi pour évoquer les fruits et les légumes des pays chauds, le diorama de Mlle Ackein, qui attirail l'attention sur ce groupe très important de cultures vivrières, aurait pu être réalisé au titre de toutes nos autres possessions lointaines.
- EXPORTATIONS DE LA FRANCE I) OUTRE-MER.
- La présentation synthétique des productions de nos territoires extérieurs qui, en définitive, constituent la principale tranche de notre activité coloniale, celle qui, en tous cas, intéresse surtout l’industrie et le commerce de la Métropole, n’aurait pas été complète si la Section des Produits n’avait pas donné aux visiteurs une idée de l’importance et de la diversité des exportations coloniales.
- De simples tableaux muraux montrant, à côté de la liste des produits livrés au commerce d’exportation, des colonnes de chiffres permettant de faire apparaître les progrès réalisés, auraient peut-être été suffisants pour le technicien, l’économiste ou celui qui cherche simplement un renseignement précis. Ils n’auraient malheureusement pas retenu l’attention de la masse des visiteurs, pour qui le plaisir des yeux, une présentation luxueuse, élégante et pittoresque forment le principal attrait d’une exposition.
- Il a donc fallu s’efforcer de rendre les statistiques aussi attrayantes que possible. C’est dans ce but que les exportations coloniales ont été présentées sous les formes suivantes :
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- grands panneaux dégoratifs. — Ces panneaux, peints à 1 huile, au nombre de cinq et couvrant ensemble 47’m2, ont été consacrés, les trois premiers aux principales denrées d’origine végétale, et les deux autres aux produits animaux et minéraux. Ils ont été exécutés par M. Géo-Michel.
- Ces compositions artistiques pouvaient être comparées à cinq grandes tapisseries représentant les produits exportés. La plupart des denrées végétales ont été évoquées par les plantes dont elles proviennent. Les trois premiers panneaux représentaient ainsi une sorte de forêt, de plantation ou de brousse tropicale où l’on voyait côte à côte : le Cacaoyer aux fruits d’un aspect si caractéristique, le Caféier dont les cerises de teinte « rouge vif » ne peuvent être confondues avec aucun autre fruit tropical, le Cocotier, le Palmier à huile, le Dattier, le Chêne-liège, l'arbre à Caoutchouc des plantations d’Extrême-Orient, le Bananier, etc... Au premier plan, l’artiste a figuré les végétaux utiles de petite taille, tels que la Canne à sucre, l’Ananas, les céréales de l’Afrique du Nord, le Géranium odorant, le Manioc, la Vigne, le Coton, le Tabac, l’Arachide, le Ricin, etc...
- D’autre part, au milieu de cet ensemble de végétaux comprenant toutes les cultures de la France extérieure,
- M. Géo-Michel a montré, sous leur aspect le plus caractéristique, les cultivateurs de nos différents territoires coloniaux en prenant la précaution de mettre à proximité
- de chaque plante, l’indigène rappelant la colonie où la culture évoquée est la plus développée. C’est ainsi qu’à côté d’un Poivrier, on trouve la gracieuse silhouette d’une Cambodgienne, qu’auprès de la Canne à sucre on peut reconnaître les ouvriers de La Réunion, de La Guadeloupe ou de La Martinique, etc... En ce qui concerne les produits d’origine animale, M. Géo-Michel a su représenter côte à côte, la silhouette si caractéristique du Zébu malgache ou africain, celle du Cheval de nos possessions africaines, le Mouton algérien, le Buffle indochinois, le pêcheur breton 132e Année. — Février 1933. 8
- (Cliché Bardonneau.)
- Fig. 3. — Panneau décoratif exécuté par M. Géo-Michel.
- Les produits sont évoqués par les plantes dont ils proviennent. Les indigènes figurés sur ce panneau sont ceux des régions où chacun des végétaux représentés donne lieu aux plus fortes productions.
- En bas, vitrines-pupitres contenant les produits sous leur forme commerciale.
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- ou normand au travail sur les bancs de Saint-Pierre et Miquelon, le pêcheur indo-chinois, etc... Le panneau des productions minérales montrait les exploitations à ciel ouvert des charbonnages indochinois, les salines de Djibouti, le traitement des sables aurifères, etc...
- Enfin, pour mieux guider les visiteurs, des inscriptions en lettres d’or indiquant le nom de chaque produit.
- échantillons des produits exportes. — Évoquer les végétaux exploités sous une forme artistique et précise ne pouvait manquer d’éveiller la curiosité du promeneur; mais comme l’aspect des produits livrés au commerce ne rappelle presque jamais celui des plantes qui leur ont donné naissance, il a paru nécessaire de montrer, en même temps, une collection complète des principales denrées d’origine coloniale.
- Ce résultat a été atteint en installant à la partie inférieure des panneaux consacrés aux exportations, de petites vitrines en forme de pupitre d’une vingtaine de centimètres de largeur, dans lesquelles ont été placés les échantillons commerciaux de tous les principaux produits coloniaux, munis d’étiquettes donnant, en dehors du nom commercial, la quantité exportée par la France coloniale dans le courant de Tannée 1929.
- 78 échantillons ont été présentés sous cette forme.
- colonnes lumineuses. — Dix colonnes formées de 60 diapositives 30 x 40 cm accompagnées de 70 notices ou légendes transparentes, ont encadré les panneaux dus à M. Géo-Michel; elles ont permis de montrer les exportations coloniales sous une forme donnant, par exemple, une idée des scènes de culture ou figurant la plante exploitée avec plus de précision qu’une peinture, par la vue de la photographie d’un rameau en fleurs ou en pleine fructification.
- Voici à titre d'exemple, les inscriptions consacrées aux principaux oléagineux coloniaux.
- Plantes oléagineuses. Principales provenances de la France d'outre-mer.
- Coprah et Noix de Coco : Océanie, Nouvelles-Hébrides, Indochine, Nouvelle-Calédonie.
- Graines et Beurre de Karité : Afrique occidentale française.
- Huile de Palme et Palmistes : Afrique occidentale française, Cameroun. Afrique équatoriale française. Togo.
- Huile d'Olive et Olives : Algérie, Tunisie, Maroc.
- Ricin et Pulghère : Indochine. Madagascar, Afrique occidentale française.
- Arachides : Afrique occidentale française et surtout le Sénégal.
- Légendes des diapositives.
- Indigène portant un régime cle noix de coco : En 1928, la France d’oulre-mer a exporté plus de 30.000 tonnes de Coprah et plus de 400.000 Noix de Coco. (Cliché Era. Prudhomme.)
- Rameau, fruits, graines et amandes de karité : En 1928, les territoires de l’Ouest africain ont exporté plus de 1.600 tonnes d'amandes de Karité et plus de 2.000 tonnes de beurre de Karité : Composition Institut d'Agronomie coloniale: Cliché Cintract.
- Spécimen de palmier à huile de l’Ouest africain : En 1928, l’Ouest africain français a exporté plus de 23.000 tonnes d’huile de palme et 106.000 tonnes de palmistes. (Cliché Rancoule.)
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- Spécimen de vieil olivier : En 1928. les territoires français du bassin méditerranéen ont exporté plus de 40.000 tonnes d’huile d’olive etd’huiléde grignons, près de 700 tonnes de grignons et plus de 730 tonnes d’olives. (Clichés Parfums de France.)
- Rameau de ricin : En 1928, la France d’outre-mer a exporté plus de 3.240 tonnes de graines de ricin et de pulghère et près de 1.000 tonnes d’huile de ricin. (Cliché Em. Prudhomme.)
- Plant d’arachicle : Nos colonies ont exporté, en 1928, plus de 426.000 tonnes d’arachides et de 400 tonnes d’huile. Composition Bernard; Cliché Cintract.
- On peut, à titre d’exemple, rapprocher de ces chiffres', ceux des étiquettes des échantillons (exportations en 1929).
- Coprah............................................................. 45.780 t
- Graines de ricin.................................................... 3.796 —
- Huile de ricin........................................................ 713 —
- Graines de pulghère ou pignon d’Inde............................... 1.577 —
- Palmistes..................................................... . 111.507 —
- Huile de palme................................................. 34.036 —
- Amandes de karité................................................. 5.139 —
- Beurre de karité.................................................... 7.301 —
- Huile d’arachide................................................... 2.602 —
- Arachides........................................................ 414.892.—
- Huile d’olive...................................................... 35.220 —
- Sésame (graines).................................................... 3.225 —
- GRAPHIQUES MONTRANT LA MARCHE ET LA RÉPARTITION DES PRINCIPALES EXPORTATIONS coloniales suivant leur provenance. — Avec le concours de Jean Kerlior,
- dont les illustrations artistiques sont bien connues dans les milieux coloniaux, quelques graphiques artistiques ont pu prendre place dans la Section de Synthèse des Produits coloniaux.
- L’analyse sommaire du tableau consacré au Cacao, permettra de mieux comprendre les renseignements donnés.
- A la partie supérieure du graphique, une série de Cacaoyers de grandeurs différentes permet de suivre la marche de la production mondiale depuis 1894 jusqu’en 1929.
- En dessous, des colonnes se détachant sur un fond constitué par des cabosses et des graines de Cacaoyer stylisées, montrent la répartition de la production et de la consommation du monde entier en 1929.
- A la partie inférieure de son dessin, l’artiste attire l’attention sur les progrès de la production du Cacao colonial depuis 1875 et sur la répartition de cette production entre nos différentes possessions d’outre-mer, en mettant bien en évidence, par un paysage approprié, la quote-part prépondérante de la Côte d’ivoire. Jean Kerhor compare, en même temps, la production coloniale à la consommation métropolitaine dont il montre les progrès en soulignant qu’à l’heure actuelle, la quantité de Cacao fournie par les colonies françaises suffit aux besoins de la métropole.
- MARCHE DES EXPORTATIONS DES PRINCIPAUX PRODUITS COLONIAUX. — Afin de suivre les progrès réalisés durant une période déterminée d’assez longue durée, en 10 ou 15 ans par exemple, la Section de Synthèse a représenté les exportations annuelles par des échantillons de taille proportionnelle aux quantités expédiées.
- Pour les graines, telles que celles de riz, de cacao, de café; pour certains
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- textiles comme le kapok et le coton; pour des fruits, comme la banane; pour des épices, comme le clou de girofle, le but a été atteint au moyen de colonnes ou
- MARCHEdl-^PRODUCTION MONDIALE
- WÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊIÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊ
- CACAO
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- (Cliché Ciniract.)
- Fig. 4. — Graphique de la production et de la consommation du cacao exécuté par Jean Kerhor.
- d'éprouvettes placées côte à côte et contenant des quantités différentes du produit représenté.
- Pour les liquides et les matières grasses (essences parfumées, huile de palme, beurre de karité, etc...), le renseignement a été fourni par des flacons contenant une quantité plus ou moins grande du produit.
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- LES PRODUITS EXPOSÉS A VINCENNES EN 1931.
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- Enfin, pour certains articles comme la vanille, le tabac ou la laque, des séries de bottillons, de balles commerciales en miniature et de dimensions appropriées ou des lamelles de métal laquées ont permis de renseigner le visiteur sur l’importance prise par ces produits dans nos colonies.
- Les 71 articles énumérés ci-dessous ont été présentés de cette façon ou sous forme de tableaux disposés au milieu des échantillons.
- Comparaison des principales exportations coloniales de 1913 à 1929.
- UNITÉ 1913 1 1991 1923 19-25 1929
- 1° Coprah t 17.300 18.701 40.264 34.334 45.780
- 2° Palmistes (ensemble de la production coloniale) 40.513 62.183 105.207 127.727 111.507
- 3° Palmistes au Togo — 1.600 10.321 8.813 6.215
- 4° Palmistes au Cameroun — 9.096 26.783 36.493 34.240
- 5° Palmistes au Dahomey — 26.371 25.222 36.512 43.228 36.045
- 6° Palmistes en Côte d’ivoire . . . . — 7.971 4.890 13.701 14.582 15.328
- 7° Palmistes en A. E. F — 370 1.639 7.184 9.108 7.931
- 8° ltuile de palme (ensemble des exportations coloniales) 14.145 11.158 29.032 33.502 34.036
- 9° Huile de palme au Cameroun. . . — 1.063 3.093 6.275 8.341
- 10° Huile de palme au Togo — 111 2.913 2.663 1.590
- 11° Huile de palme en A. E. F — 140 85 330 53o 1.190
- 12° Huile de palme au Dahomev. . . . — 0.949 5.974 12.002 10.882 11.319
- 13° Huile de palme en Côte d'ivoire . . — 0.014 3.881 8.009 8.262 7.684
- 14° Arachides (ensemble des exportations coloniales) _ 243.998 246.508 284.032 460.906 414.071
- 13° Arachides en A. 0. F. depuis 1840 (1 tonne en 1840) 243.998 268.407 283.083 433.753 439.283
- 1G° Ricin et pulghère (Huile 50 ü/0) . . — 1.339 2.276 1.832 5.468 6.799
- 17° Sésame — 2.078 1.433 1.235 1.483 3.225
- 18° Karité (amandes) — 611 267 1.459 5.138
- 19° Cacao (ensemble de la production coloniale) 1.734 9.112 12.376 18.660 34.673 ;
- 20° Cacao en Côte d’ivoire — 47 1.474 3.600 6.278 16.314
- 21° Cacao au Cameroun — 3.478 3.407 4.917 10.020
- 22° Cacao au Togo — 1.875 3.324 4.607 5.430
- 23° Cacao aux Antilles françaises . . . — 1.433 1.182 905 1.104 454
- 24° Café (ensemble de la production coloniale) • 1.698 1.897 3.500 5.456 5.308
- 25° Café à Madagascar — 363 1.222 1.573 3.339 4.132
- 20° Café en Indochine — 221 273 623 384 271
- 27° Café en Nouvelle-Calédonie .... — 421 6271 532 380 1.493
- 28° Café à La Guadeloupe — 022 669 533 978 156(J
- 29° Café dans l’Ouest africain. .... — 11 91 216 150 503
- 30° Thé d’Indochine — 372 156 .878 1.035 1.012
- 31° Sucre de Madagascar — 174 731 3.218 4.989
- 32° Sucre d’Indochine — 3.866 6.868 13.963 3.059 1.649
- 33° Sucre de La Réunion — 38.568 53.564 33.723 43.339 37.601
- 34° Rhum de La Réunion hl 44.788 57.490 42.450 61.326 84.602
- 35° Sucre de La Martinique t 40.000 24.213 22.934 43.782 34.972
- 36° Rhum de La Martinique hl 237.195 149.519 168.457 166.978 198.594
- 37° Sucre de La Guadeloupe t 27.736 25.426 23.401 37.791 960 1
- 38° Rhum de La Guadeloupe hl 111.291 91.043 113.814 123.432 125.549
- 39° Clous et Griffes de Girofle t 264 635 757 838 602
- (1) Effet du cyclone.
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- 110 LES PRODUITS EXPOSÉS A VINCENNES EN 1931.
- FÉVRIER 1933.
- UNITÉ 1913 1921 1923 1925 1929
- 40° Cannelle t 280 510 536 630 632
- 41° Vanille (ensemble des colonies) . . — 340 749 511 582 1.273
- 42° Vanille de La Réunion — 62 130 63 61 98
- 43° Vanille de Madagascar — 60 491 283 412 1.092
- 44° Vanille de Tahiti — 194 93 131 Ù 82
- 45° Badiane (fruits) kg 763.100 397.800 413.600
- 46° Essence de Badiane 230.100 42.600 166.300 167.200 80.800
- 47° Essence de Géranium — 75.809 87.296 126.600 239.800 149.800
- 48° Essence de Cannelle — 3.300
- 49° Essence de Girofle — 7.139 17.300 27.800 88.900
- 30° Lemon grass kg 12.535 48.200 43.700
- .31° Ylang-Ylang 4.400 7.700 13.500 16.300 36.000
- 32° Essence de Bois de Rose — 44.400 42.400 83.900 80.200 83.100
- 33° Sisal et Fourcrova tonne 110 879 409 471 1.481
- 54° Coton égrené — 0.130 5.003 3.036 9.527 9.748
- 53° Kapok — 89 219 047 069 2.968
- 36° Raphia de Madagascar — 3.931 1.948 7.028 6.350 6.800
- 37° Paka de Madagascar — 44 217 857 1.866
- 58° lliz (en 1878 : 218.000 tonnes) . . . — 1 733.187 1.394.439 1.563.281 1.479.052
- 59° Blé, Orge, Avoine en Algérie . . . — 207.030 347.142 402.100 231.422 367.285
- 00° Maïs (ensemble des exportations
- coloniales) — 147.273 32.071 39.012 56.843 140.783
- 61° Mais au Togo — 1.337 1.770 1.433 4.101
- 62° Mais à Madagascar — 380 2.792 11.170 15.899 12.134
- 63° Manioc brut (ensemble des colonies)- — 21.399 14.870 23.130 39.362 39.028
- 64° Tapioca à Madagascar — 370 280 1.280 1.445 1.674
- 63° Pois du Cap . — 2.798 2.042 14.001 11.028 12.011
- 00° Fèves — 3.373 38.637 79.374
- 67° Pois chiches — 1.611 14.004 20.038
- 08° Bananes — 27 218 1.316 2.133 7.367
- 69° Caoulchouc (0 — 4.885 4.342 8.949 12.337 12.762
- 70° Tabac à Madagascar — 0,1 31 324 440 1.138
- 71° Laque d’Indochine 493 715 698 831 1.138
- INSCRIPTIONS MURALES CONCERNANT LES ÉCHANGES COMMERCIAUX DE LA FRANCE d’outre-mer. — En ce qui concerne les échanges commerciaux', on a pu remarquer sur les murs du Palais permanent, les phrases suivantes destinées à faire comprendre aux visiteurs l’importance des échanges commerciaux coloniaux et métropolitains.
- Principales exportations d’origine végétale. Valeur des produits végétaux exportés en 1928 par la France d’Outre-mer : 10.085.000.000 fr.
- Principales exportations d’origine animale. Valeur des produits animaux exportés en 1928 parla France d’Outre-mer : 1.845.000.000 fr.
- (I) La boite consacrée au Caoutchouc a permis, par un dispositif convenable, de donner la répartition des exportations totales en Caoutchouc sauvage de l'Ouest africain et en Caoutchouc cultivé de l’Extrême Orient.
- Exportation totale Caoutchouc cultivé Caoutchouc sauvage
- 1913
- 1919
- 1923
- 1928
- 1929
- 4.885
- 6.317
- 8.949
- 12.920
- 12.762
- 4.885 t 3.367 — 3.253 — 3.128 — 2.454 —
- 0 t 2.950 — 5.696 — 9.792 — 10.308 —
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- LES PRODUITS EXPOSÉS A VINCENNES EN 1931.
- lit
- Principales exportations d’origine minérale. Valeur des produits minéraux exportés en 1928 par la France d’Outre-mer : 1.423.000.000 fr.
- Produits de France d’Europe et produits de France d’Outre-mer sont, pareillement, des produits nationaux.
- L’argent qui va et vient, entre France d’Europe et France d’Outre-mer, enrichit tour à tour l’une et l’autre.
- Les profits commerciaux de la France d’Outre-mer s'ajoutent aux profits commerciaux de la France d’Europe.
- Enrichissez la France d’Outre-mer par vos achats, elle enrichira la France d’Europe par les siens.
- A égalité de prix et de qualité, achetez en France d’Outre-mer les produits tropicaux dont vous avez besoin.
- PRÉSENTATION DES PRODUITS VEGETAUX
- Deux salles ont été consacrées à cette présentation,
- lre SALLE : TEXTILES, OLÉAGINEUX, CAOUTCHOUCS, GOMMES ET RÉSINES. — Oïl y trouvait :
- Une présentation d’ensemble des Cotons de la Fi ance d’Outre-mer ;
- Les soies de Kapok de l’Ouest africain, d’Indochine et de Madagascar;
- Le Jute et les matières textiles de remplacement, tels que le paka malgache et le dah du Niger, susceptibles de servir à la confection des toiles d’emballage;
- Les Sisals de Madagascar et du Soudan : le Fourcroya de La Réunion ;
- Le Raphia et les Rabanes malgaches, les pailles de chapellerie, l’Alfa de l’Afrique du nord, le Crin végétal algérien, les Rotins d’Indochine et les celluloses papetières coloniales soumises à des essais industriels par l’Institut d'Agronomie coloniale et l’Ecole française de Papeterie.
- On remarquait de beaux spécimens de papier de Cyperus papyrus, de raphia, de parasolier, de luc-binh, de ravinala et d’alfa, ainsi que des brochures illustrées préparées par l’Institut d’Agronomie coloniale et contenant le dossier technique de chacune de ces plantes imprimé sur le papier obtenu au cours des essais.
- Pour les oléagineux, des vitrines ont été consacrées : à l'Arachide, en attirant spécialement l’attention sur sa culture au Sénégal et au Soudan; au Ricin sous forme d’huile et de graines; aux semences de Pignon d’Inde (Pulghère) fournies comme sous-produit par les vanilleries de Madagascar et des Comores; au Palmier à huile de nos possessions africaines; au Cocotier d’Extrême-Orient : aux huiles d’Aleurites, dont l’utilisation en peinture semble devoir se généraliser, au Sésame ; au Karité et enfin à l’Olivier de nos possessions méditerranéennes.
- Dans la Section des Caoutchoucs, Gommes et Résines figuraient, à côté d’échantillons de gommes sauvages de l’A. E. F. et de superbes crêpes des plantations d’hévéa d’Indochine, une curieuse documentation sur la véritable « Laque tirée du Rhus succedanea » et de très beaux spécimens de Gomme arabique provenant de l’Afrique occidentale française.
- Il n’est pas possible, dans cette étude d’ensemble, d’exposer d’une façon détaillée la présentation de chaque produit. Toutefois nous pouvons examiner l’un d’eux, le Coton, à titre d’exemple.
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- LES PRODUITS EXPOSÉS A VIXCEXXES EX 1931. — FÉVRIER 1933.
- Le Coton. — Comme les autres nations européennes, la France métropolitaine est tributaire de l’étranger pour les centaines de milliers de tonnes de coton dont elle a besoin tous les ans. La France d’outre-mer pouvant, sur de nombreux points, convenir à la culture du cotonnier, il faut poursuivre d’une façon méthodique et avec persévérance la production du coton colonial qui peut et doit permettre à l’industrie cotonnière française d’utiliser surtout du coton français. C’est cette idée maîtresse qui a présidé à l’organisation de la Section du Coton colonial.
- Cette présentation constitue un ensemble bien groupé comportant, à côté du diorama exécuté pa r M. Ma rtin Sauvaigo. des documents techniques et botaniques, un panneau lumineux, des statistiques, le coton sous ses différentes formes et des échantillons authentiques des différents types de « lint » 1} fournis par nos possessions extérieures.
- Le diorama de M. Martin Sauvaigo montre une plantation de Cotonniers au moment de la pleine fructification des capsules qui, en s’ouvrant spontanément, laissent échapper les masses floconneuses de poils de coton d’une éclatante blancheur.
- La documentation technique comprenait de beaux échantillons botaniques sous boites vitrées représentant :
- Le Gossypium hirsutum. c’est-à-dire le colon de moyenne soie et de consommation courante, qui représente l’espèce la plus cultivée et la plus recherchée par l’industrie française';
- Le Gossypium Barbadense. type à graines nues donnant les soies les plus longues, les plus fines, les plus soyeuses. Il fournit : h' fameux coton « Sea Island » des Etats-Unis, les colons soyeux provenant des cultures irriguées d’Egypte, les cotons algériens et les cotons guadeloupéens. Il est cultivé aussi sur les bords du Niger;
- Le Gossypium religiosum ou « Cotonnier à rognons » produisant un poil rude au toucher rappelant le contact de la laine. Cette sorte de coton est exploitée en Amérique du Sud, en Nouvelle-Calédonie, aux Nouvelles-Hébrides, en Indochine et sur quelques points de l’Ouest africain.
- Un grand panneau lumineux, composé de 13 diapositives complétées par une notice explicative transparente, a permis d’expliquer brièvement d’où provient le coton, comment il se cultive, comment les négociants en apprécient la valeur commerciale et l’importance mondiale de cette matière textile.
- Le*colon, petit poil végétal de dix à quarante millimètres de long, couvrant les graines de plusieurs arbustes appartenant à la même famille que la mauve de nos jardins, représente le textile le plus important du monde entier.
- Production mondiale atteignant six à sept milliards de kilogrammes par an.
- La culture du colon et les industries qui l’utilisent procurent du travail à plusieurs millions d'êtres humains de la zone tropicale et des régions tempérées. On doit donc considérer le cotonnier comme un élément de richesse de tout premier ordre.
- Les plus gros producteurs sont, par ordre d’importance : les États-Unis, les Indes anglaises et l'Égypte qui fournissent environ les 5/6 de la production mondiale.
- La France d'Europe utilise annuellement trois cents à trois cent cinquante mille tonnes de coton provenant surtout des États-Unis pour les 4/5, de l’Égypte et des Indes pour le surplus.
- ( 1 ) Terme commercial servant à désigner le coton égrené.
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- LES PRODUITS EXPOSÉS A VINCENNES EN 1931.
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- De gros eflorls sont poursuivis sur plusieurs points de la France d’Outre-mer (Ouest africain, Afrique du nord...) pour augmenter la production du coton colonial.
- L’attention a été attirée sur une opération du commerce cotonnier peu connue en montrant, par quelques photographies et par des échantillons soigneusement choisis, en quoi consiste 1' « étirage du coton », c’est-à-dire comment opèrent les négociants et les industriels pour déterminer, avec une précision suffisante, la longueur moyenne d’un lot de coton, sans avoir recours à un outillage
- (Cliché Cintract.)
- Fig. 5. — Étirage du coton. (Démonstration par M. Duleurlre, maître-classeur au Havre.)
- Prélèvement de la mèche à étirer sur une poignée de colon égrené;
- Étirage de la mèche, égalisation des soies;
- La mèche étirée est posée sur une planchette recouverte de velours;
- Détermination de la longueur au moyen d’une mesure divisée en millimètres.
- compliqué et sans nécessiter de longues et minutieuses manipulations inexécutables en pratique commerciale courante.
- On conçoit aisément que, pour le travail du filateur, il est nécessaire de disposer, pour chaque sorte de fil et de tissu de coton, de poils d’une longueur aussi uniforme que possible. Or, comme le fait remarquer une inscription (fîg. 6) placée dans une boîte'de démonstration présentant des graines et des soies de Cotonnier de différentes tailles :
- Les dimensions des poils de coton varient suivant les espèces ou les variétés, suivant les soins culturaux, la qualité des terres, le climat, etc.
- L’étirage du coton a pour but de déterminer leur longueur moyenne en prélevant, sur chaque lot, quelques mèches dont les poils sont rendus bien parallèles et soigneusement égalisés. On classe ainsi les cotons en trois catégories principales correspondant à des emplois différents : longue soie, moyenne soie, courte soie.
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- La manière d'opérer est expliquée par 6 diapositives exécutées, avec le concours de MM. Hemet et Duteurtre courtier en coton et maître-classeur au Havre.
- Ces photographies (fig. 5) montrent un classeur de la place du Havre dans sa tenue habituelle effectuant les opérations suivantes : 1° prélèvement de la mèche à étirer sur une poignée de coton égrené: 2°étirage de la mèche et mèche étirée: l’étirage
- consistant à paralléliser les poils et à les égaliser avec grand soin ; 3° mèche soigneusement étirée et égalisée disposée sur une planchette recouverte de velours noir; 4° détermination de la longueur de la mèche au moyen d’une mesure divisée en millimètres ; 5° série de mèches montrant que, pratiquement, la longueur moyenne des poils de coton oscille entre 10 et 40 mm
- (fig-- ')•
- Les colons des territoires français d’outre-mer étaient représentés par des séries d’échantillons accompagnés de statistiques d’exportation et provenant des régions suivantes :
- 1° Cotons de la Nouvelle-Calédonie et des Nouvelles-Hébrides 1!. — Régions où l’on cultive surtout un coton rude et laineux provenant du Gossy-piurn religiosum. Exportation en 1928 : Nouvelle-Calédonie, 3.529 qu; Nouvelles-Hébrides, 2.155 qu.
- 2" Cotons d’Indochine. — Ce textile y est très anciennement connu; on y cultive principalement les cotonniers à courte soie. En raison de sa situation géographique, l’Indochine exporte surtout son coton en Extrême-Orient. Le principal centre de production est le coton non égrené, 6,199 qu;
- (Cliché Cintract.)
- Fig. 0. — Boite de démonstration présentée par l’Institut NATIONAL D’Agronomie COLONIALE.
- Pour apprécier la valeur commerciale d’un lot de colon, il est indispensable de connaître, notamment, la longueur moyenne des « soies » dont il est composé. Les négociants et les industriels arrivent à déterminer rapidement cette longueur moyenne en procédant à « l'étirage du coton ».
- Cambodge. Exportation indo-chinoise en 1929 coton égrené, 7.546 qu; fils de coton, 295 qu.
- 3° Cotons du Togo. — Exportation en 1929 : 20.449qu.
- (1) Documentation rassemblée avec le concours de la Compagnie cotonnière des Nouvelles-Hébrides.
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- 4° Cotons de l’A. E. F. — Exportation en 1929, 2.420 qn.
- 5° Cotons de La Guadeloupe. — On recueille à La Guadeloupe et surtout à La Désirade, un très beau coton à « longues soies » dont la production, malheureusement insuffisante, mérite d’être encouragée.
- 6° Cotons d’Algérie. — Sous forme de cultures irriguées, l’Algérie fournit, notamment dans la région d’Orléansville, un beau coton à « longues soies » fin et
- (Réduction au tiers.) (Cliché Cintract.)
- Fig. 7. — Tableau montrant la longueur moyenne des différents types de coton
- FOURNIS PAR NOS POSSESSIONS D’OUTRE MEK.
- Longueur moyenne déterminée par la méthode commerciale appelée « étirage du coton ».
- Au milieu du tableau, mesure employée par les commerçants pour prendre la longueur des mèches de coton.
- soyeux, comparable aux cotons égyptiens. Exportations : 1913, 1.429 qu ; — 1921, 2.499 qu; — 1925, 7.287 qu ; — 1930, 13.626 qu.
- 7° Cotons de l’Afrique occidentale française. — L’A. O. F. peut fournir, par culture irriguée, de beaux cotons « longue soies « analogues aux cotons d’Egypte et, par culture non irriguée, dans les régions où les pluies sont suffisantes, du coton « moyenne soie » parfaitement utilisable par l’industrie métropolitaine.
- Exportation en 1929 : Sénégal et Soudan, 15.097 qu ; — Côte d’ivoire, 15.491 qu ; — Dahomey, 10.662 qu. En plus : 3.444 qu de coton non égrené exportés par le Dahomey et le Sénégal.
- Enfin, un grand panneau vitré a montré la progression de la production du coton colonial de 1913 à 1929.
- En 1913 : 61.300 qu ; — en 1921 : 50.054 qu ; — en 1925, 95.272 qu ; — en 1929 : 97.478 qu.
- L’écart entre notre production coloniale, inférieure à 10.000 t, et la consomma-
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- LES PRODUITS EXPOSÉS A VIXCEXNES EX 1931. — FÉVRIER 1933.
- lion métropolitaine, comprise entre 300.000 et 330.000 t. donne une idée de 1 effort à réaliser pour rendre notre industrie textile indépendante des producteur etrangers.
- 2e SALLE : PLANTES ALIMENTAIRES, PLANTES S ACCHAR ITÈRES, CAFÉ, CACAO, THÉ, PRODUITS MÉDICINAUX. ÉPICES, PARFUMS. VANILLE, TABAC. — La 2e Salle des produits végétaux a évoqué toutes les autres cultures coloniales et attiré plus particulièrement l’attention sur les plantes alimentaires dont l'importance capitale a été soulignée par une inscription murait1 2.
- En France d’Uutre-mer, sans d'abondantes cultures alimentaires, pas de bien-être pour les indigènes, pas de main-d'œuvre.
- Sans main-d’œuvre, pas de coton, pas de café, pas d’arachides.
- On y voyait successivement :
- Des vitrines contenant les sucres et les rhums des Antilles françaises, de La Réunion. d’Indochine et de Madagascar.
- Plus loin, les regards se portaient sur le cacao, dont la production coloniale est sur h* point de dépasser la consommation métropolitaine ; sur le café [] dont certaines de nos possessions, comme La Guadeloupe et La Nouvelle-Calédonie, fournissent des types excellents et sur le thé qui, lorsque les bonnes méthodes de culture et de préparation révélées par la technique moderne seront généralisées, pourra être fourni en abondance par l’Indochine. De sérieuses éludes, qui ont déjà donné des résultats fort intéressants, ont d’ailleurs été entreprises dans notre grande colonie asiatique en vue d'approvisionner la métropole en thé noir et nos territoires méditerranéens et de l’Ouest africain en thé vert.
- Tout uncôlé de cette salle aété réservé aux plantes alimentaires (céréales, légumes secs, féculents et fruits), la place d’honneur étant occupée par le riz. encadré parles céréales de l'Afrique du Nord {orge, avoine, blé), le maïs indoehinois ou malgache, le gros mil africain, etc., et à droite, par les plantes féculentes telles que le manioc dont la culture1, pratiquée depuis si longtemps à La Réunion, est devenue, au xxc siècle, une des principales richesses de Madagascar.
- L'importance1 capitale du riz pour l'Indochine a été soulignée1 pardt'S échantillons pmvenant des principales régions rizicoles de cedle colonie (Cochinchine. Tonkin, etc.) et par un dispositif spécial montrant les progrès des exportations de1 riz colonial, de*puis 1878 jusqu’en 1928. Une place a. biem entendu, été rése'rxée aux riz malgaches demi la qualité correspond, lorsqu’ils sont biem préparés, à cedle de*s meilleurs riz américains, italiens ou espagnols.
- Plus loin, le xisiteur a pu se1 rendit1 compte de l'expansion prise par la culture et l'exportation de plusieurs légumineuses, comme le1 pois du Cap provenant du Sud-Ouest de Madagascar et les lèves tunisiennes.
- Enfin nous arrivons aux fruits coloniaux dont la diversité ed le si curieux aspect ont été évoqués par des échantillons mis en conserve dans de l'eau formulée et par une remarquable série de moulages exécutés par M. Théveny et confiés à l'Institut national d'Agronomie coloniale, pour la durée de l’Exposition, par la maison Vilmorin'-Andrieux.
- (1) Documentation rassemblée avec le concours de la Soeiélé des Cafés d’Indochine.
- (2) Documentation rassemblée avec le concours de la Société Indochinoise du Commerce. d’Agriculturc et des Finances ainsi qu'avec la collaboration de la Société des Thés d'Indochine.
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- LES PRODUITS EXPOSÉS A VIXCENNES EX 1931.
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- Les dernières vitrines des plantes alimentaires ont été réservées :
- 1° Aux agrumes, dont la production, modernisée, est susceptible de devenir une source d’incalculables profits pour l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, la Syrie;
- 2° Aux dattes des oasis sahariennes;
- 3° Aux ananas, si appréciés sur toute l’étendue de la zone tropicale et subtropicale et que nos colonies (Martinique. Guadeloupe) peuvent fournir en abondance à la métropole, soit sous forme de fruits frais, en remplacement de ceux que nous faisons venir des Açores, soit sous celle de conserves capables d’être avantageusement comparées à celles des Iles Hawaï ou de la presqu’île de Malacca;
- 4° Aux bananes, dont la consommation fait des progrès si rapides en France et qui, grâce à une série de mesures appropriées, semblent pouvoir devenir une des principales richesses agricoles de la Guinée française, de La Guadeloupe et de La Martinique.
- L’autre côté de la salle a été réservé aux épices, à la vanille, aux [liantes à parfum, aux produits médicinaux et au tabac.
- Pour les épices, les échantillons exposés évoquent surtout Madagascar, par ses cultures de girofliers de la côte orientale. Les épices appellent également l’attention sur les cannelles indochinoises, sur les poivres cambodgiens et eochinchinois, ainsi que sur les amomes et cardamomes.
- La vanille a donné lieu à une présentation particulièrement instructive, grâce au concours des Etablissements Simon qui, à côté des séries commerciales de gousses provenant de Madagascar, des Comores, de La Réunion, de Tahiti, et des Antilles françaises, ont exposé des échantillons montrant les principales applications de la vanille (biscuiterie, parfumerie, chocolaterie, pharmacie, etc.)
- Les plantes à parfum ont retenu l’attention sur Madagascar et La Réunion, avec l’Ylang-ylang, le Lemon grass, le Vétiver, le Géranium rosat, les essences de girofle et de cannelle; mais on trouvait aussi, l’essence de géranium algérien, le Lemon grass d’Indochine, le Bois de Rose de la Guyane, le Niaouli de la Nouvelle-Calédonie et la Badiane du Tonkin.
- Les plantes médicinales ont surtout évoqué l’Ouest africain par de beaux échantillons de noix de Kola et l’Indochine, par la Noix vomique et des écorces de Quinquina.
- Enfin, le visiteur arrivait au tabac dont la culture a fait, depuis 1921, des progrès si remarquables à Madagascar, grâce à l’impulsion donnée par la Commission interministérielle des Tabacs coloniaux et la Direction générale des Manufactures de l’Etat. Voici la progression des exportations de tabac de Madagascar :
- 1927 : 1013 t 1930 : 2583 -
- 1921 : 31 t 1924 ; 416 —
- PRÉSENTATION DES PRODUITS ANIMAUX ET MINÉRAUX
- dispositions générales. — La galerie des produits animaux et minéraux, dont M. Lutz a plus spécialement pris la charge, comprenait 29 vitrines-pupitres surmontées de 29 panneaux lumineux et 19 vitrines murales. Parmi ces dernières. 5 grandes vitrines luxueusement installées avaient surtout un caractère attractif. Elles ont permis de montrer qu’à côté des productions d’un intérêt purement
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- 118 LES PRODUITS EXPOSÉS A VINCENNES EN 4931 . — FÉVRIER 1933.
- industriel ou économique, la France coloniale fournit aussi des produits de luxe qui, certes, ne peuvent sérieusement influencer le régime économique de nos colonies, mais présentent néanmoins un très réel intérêt en caractérisant, pour le grand public, quelques-unes de nos possessions lointaines.
- Ces vitrines ont été consacrées : à l’ivoire; — aux plumes de parure et de literie, dont les plus intéressantes peuvent être fournies par l’élevage 11 ; — aux cuirs et pelleteries (cuirs du Maroc, peaux de bovidés de Madagascar, peaux de serpents, peaux de singes et de panthères, etc.); — aux pierres précieuses de Madagascarl2) (grenats, béryls, tourmalines, topazes, aigues-marines, améthystes, agates, cristal de roche 1 2 (3), corindons, etc.); — et aux arts indigènes des métaux, associant aux étains finement ciselés d’Extrême-Orient, aux pièces d’orfèvrerie, aux bijoux d’or
- (I' l'.< //' Ulll ihililn U U J
- Fig. 8. — Vitrine des pierres précieuses.
- A côté des gemmes à l’état lirut. remarquer une bague, un collier et un bracelet confectionnés avec des pierres précieuses de Madagascar et une collection de pierres taillées.
- et d’argent des artistes indochinois, les productions plus primitives, mais non moins curieuses, de l’Ouest africain.
- Produits d'origine animale. — La vitrine de l’ivoire (tig. 8) a constitué une instructive leçon de choses (4). Elle a montré avec quels soins minutieux les artisans spécialistes procèdent au débitage des défenses d’éléphant pour en tirer le meilleur parti possible et éviter ainsi la perte des plus petits fragments d’une matière aussi précieuse que l’ivoire.
- A coté de belles « pointes » présentées à l’état brut, telles qu'elles parviennent sur le marché européen, la documentation a permis de suivre la fabrication des articles de tabletterie (brosses variées, miroirs, etc.). jusqu’à la présentation d’une garniture de toilette entièrement terminée. Elle a montré aussi le travail de l’ivoire au tour qui permet d’obtenir les nombreux modèles de boîtes utilisées en parfumerie, les blaireaux à barbe, etc.
- Quelques échantillons ont permis de comprendre comment on tourne les billes de
- (1) Documentation rassemblée avec le concours de MM. Glück et Brossard.
- (2) Concours de M. Roussel, lapidaire.
- (3) Concours de la Société Quartz et Silice.
- (4) Concours de MM. Roze et Doderay, et de MM. Éluard et Lemée.
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- billard, de se rendre compte de l’utilisation de l’ivoire dans l’art religieux (confection des crucifix) et de l’emploi des plus beaux morceaux pour la sculpture artistique représentée par une très jolie Vénus de Milo, tirée d’une pointe de l’A. E. F.
- D’autres documents ont attiré l’attention sur l’utilisation de l’ivoire par les miniaturistes : une boîte à poudre dont la décoration rappelait la coiffure originale des femmes de l’Afrique centrale et un petit tableau sur plaque d’ivoire représentant la récolte du café en A. O. F.
- Enfin, l’emploi de tous les déchets a motivé la présentation de minuscules éléphants-breloques, de perles d’ivoire, de ronds de serviettes, de cuillères à sel, de dominos, etc. La documentation a été complétée en rappelant la préparation du « noir d’ivoire » par calcination des déchets absolument inutilisables.
- (Cliché Bardonneau.)
- , Fig. 9. — Vitrine de l'ivoire.
- Pointe d’ivoire de l’A. E. F. et série d’échantillons montrant comment on débite et utilise
- les défenses d’eléphant.
- Les autres vitrines concernaient l’élevage du mouton(1) en Afrique du Nord et en A. E. F., l’apiculture et la sériciculture.
- La soie a donné lieu à deux subdivisions distinctes : « soies sauvages » et « soies d’élevage». Les premières proviennent principalement de Madagascar; elles ont été surtout représentées par la « Soie Lannibé », fournie par le Borocera Madagasca-riensis dont le principal emploi est la confection des linceuls dans lesquels les Hovas ensevelissent leurs morts. Les soies d’élevage sont celles de l’Indochine et de Madagascar, où l’intervention des services techniques a permis, par l’emploi des méthodes de production actuellement en usage en Europe, d’obtenir une très sensible amélioration des produits séricicoles.
- La plupart des vitrines-pupitres consacrées aux produits animaux et les panneaux lumineux placés au-dessus de chacune d’elles, complétaient la documentation des
- (1) Concours de M. le professeur Dechambre et de l’Union ovine.
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- LES PRODUITS EXPOSÉS A VINCEXNES EX 1931. — FÉVRIER 1933.
- vitrines murales et fournissaient des renseignements sommaires, mais précis, sur les différents types d'animaux domestiques de la France coloniale.
- C'est ainsi, par exemple, qu'on y trouvait : une documentation complémentaire sur l'utilisation de l’ivoire accompagnée d'un panneau de diapositives consacrées à l’éléphant d'Afrique et à l’éléphant d’Asie ; une série d'échantillons sur l’utilisation artistique des ailes de papillons, installée à proximité du panneau lumineux réservé aux soies sauvages et à la sériciculture ;-des documents sur l’élevage du mouton et sur l’industrie des conserves coloniales.
- Comme l’indiquaient des notices, le commerce des ailes de Lépidoptères intéresse surtout Madagascar et la Guyane où l'on trouve de nombreux papillons aux ailes présentant les plus brillants coloris et des reflets métalliques du plus bel effet. Cette très curieuse petite industrie donne lieu à des envois s’élevant à plusieurs centaines de mille francs par an. On utilise en effet les ailes de papillons pour décorer une foule d’objets, tels que : bijoux, coupes, plateaux, presse-papiers, etc. r
- Les autres vitrines et panneaux lumineux étaient réservés au chameau (i), au cheval, à l’élevage du porc en Indochine, à Madagascar et dans nos colonies méditerranéennes, au buffle indochinois, auxiliaire précieux des riziculteurs indigènes, aux bovidés d’Indochine, de l’A. O. F., de l’Afrique du Nord et de Madagascar, à la gomme-laque indochinoise et aux volailles.
- Produits d'origine minérale. — Pour les produits minéraux, on comptait en dehors des grandes vitrines contenant les pierres précieuses et les pièces d’orfèvrerie, deux emplacements réservés au nickel de la Nouvelle-Calédonie ^ et au zinc tonkinois, deux vitrines murales consacrées au fer(i) et aux phosphates et trois autres pour les graphites (5) de Madagascar et d’Indochine et combustibles minéraux (houilles du Tonkin).
- Parmi les produits minéraux qui figuraient dans les vitrines-pupitres, citons :
- 1° Le titane (fi), représenté par de nombreux échantillons et un panneau lumineux expliquant l'importance de cet élément, montrant l’exploitation des sables litani-fères en Casamance et indiquant quelques-unes des applications de ce métal.
- 2° Les minerais radio-actifs, représentés par une série très complète d’échantillons et de documents dus à l’obligeance de Mme Curie. Quelques-unes des photographies exposées ont donné une idée des manipulations que comporte l’extraction du radium et rappelé l’aspect du laboratoire de l’Ecole de Physique et de Chimie où Pierre Curie découvrit le radium.
- 3° Le chlorure de sodium trouvé dans nos colonies sous forme de sel gemme provenant de l’Afrique du Nord, de sel marin obtenu sur les côtes au Sénégal, à Djibouti, à Madagascar et en Indochine et de sel impur, appelé mongoul, recueilli au Sahara et au Soudan et dont Tombouctou est l’entrepôt le [dus important.
- 4° Les exploitations aurifères coloniales représentées par un panneau lumineux montrant les exploitations de Guyane et de Madagascar.
- 3° Le chrome calédonien et les micas de Madagascar, dont l’exportation, en 1928, a atteint 635 t.
- (1) Documentation présentée avec le concours de M. Séraphin.
- (2) Concours de la Maison Burberrys et de la Maison Léchât.
- (3) Concours de M. Dhavernas du Centre d’informations du Nickel.
- (4) Concours du Comité électro-métallurgique de France.
- (3) Concours de la Société industrielle des Graphites (M. Cordebas).
- (6) Concours de la « Société française du Titane ».
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- BULL. DE LA SOC. D’ENCOUR. POUR l’industrie NATIONALE. —FÉVRIER 1933 (p. 121).
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ
- CONSEIL D’ADMINISTRATION SÉANCE PUBLIQUE DU 14 JANVIER 1933 Présidence de M. A. Alby, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- M. A lby, président. -— En appelant votre ancien trésorier à succéder comme président de la Société d’Encouragement à un membre éminent de l’Instilut, à un savant de notoriété universelle, vous lui avez conféré un honneur auquel il n’avait jamais songé, se jugeant suffisamment récompensé des faibles services qu’il a pu rendre par la confiance que vous n’avez cessé, pendant plus de vingt-cinq années, de lui témoigner, et aussi par le sentiment de s’être acquitté d’une partie des devoirs sociaux qui s’imposent à tous les honnêtes gens, en consacrant un peu de son activité aux affaires de la Société.
- Mes chers Collègues, votre nouvelle marque de confiance m’a profondément ému et, en vous en remerciant, je puis vous assurer que je ne négligerai rien pour tâcher de la mériter.
- J’ai pensé que mon premier devoir, dans ce but, était d’attirer votre attention sur la situation financière de la Société qui ressort d’un tableau que j’ai mis sous vos yeux.
- Ce petit tableau parle de lui-même, sans commentaires : notre Société était riche en 1907; en 1923, année où elle a fêté le centenaire de sa déclaration d’utilité publique, sous la présidence de M. Louis Raclé, dans des fêtes dont le souvenir est conservé dans un beau numéro de notre Bulletin, auquel notre regretté secrétaire général Toulon avait consacré un temps précieux, notre Société était encore dans l’aisance. Aujourd’hui, bien qu’ayant pignon sur rue, elle est pauvre et gênée. Pour retrouver la modeste aisance d’il y a dix ans, il faudrait quelque 50.000 francs de plus dans son budget annuel.
- Les efforts de compression de dépenses auxquels notre agent général, M. Lemaire, consacre une si remarquable ingéniosité, les efforts de votre Commission des Fonds pour décharger les services généraux en utilisant dans toute la mesure permise et rationnelle les ressources des fondations ont permis jusqu’à ce jour de maintenir notre activité, mais pour la faire 132° Année. — Février 1933. 9
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — FÉVRIER 1933.
- rayonner davantage, il faut attendre et esüérer que des ressources nouvelles lui adviennent.
- Certes, de généreux donateurs enrichissent toujours votre patrimoine. Mais c’est un patrimoine auquel nous ne pouvons généralement pas toucher pour faciliter le fonctionnement de nos services. Il serait à souhaiter que les libéralités des donateurs ne fussent point hermétiquement encerclées par des dispositions trop étroites, quelquefois difficiles à satisfaire, et qu’une part toutau moinsdessommesdonnéesfiitlaisséeàla libre disposition de la Société.
- Il appartient à chacun de. nous d’agir dans ce sens quand les circonstances favorables se présentent.
- A la fin du tableau figurent les excédents des dépenses du Bulletin sur les recettes; les chiffres montrent que cet excédent a diminué très notablement jusqu’en 1923, pour croître ensuite tout en restant très inférieur cependant à ce qu’il était en 1907. Comme nous sommes arrivés à la limite de compressibilité des dépenses pour tous nos services, c’est notre Bulletin qui souffre le plus de cet état de choses.
- Si nous n’avons pas pu maintenir la situation favorable de 1923, c’est en partie à cause de la crise mais c’est aussi pour une autre raison que nous ne devons pas nous dissimuler. C’est que notre Bulletin attire moins la masse des industriels. Il les intéresse moins qu’il y a dix ans.
- Les perfectionnements de la technique, la normalisation, la rationalisation, la production intensive ont passé au second plan des préoccupations des chefs d’industrie.
- Après avoir chanté l’hymne à la production, l'industrie est arrêtée en face du double spectre de la mévente et du chômage. Llle sent confusément encore, mais très positivement, que le progrès technique est entièrement dominé par l’élément moral et ne peut en être dissocié.
- Coucheur, qui était un admirateur de notre Société et un de ses très sincères amis, prétendait qu’il fallait pour bien comprendre l’industrie, avoir passé par les a/J'res de l’échéance et par les transes de la grève.
- Il s’y connaissait : petit-fils d’ouvrier, il s’était élevé, grâce à un travail acharné, servi par une remarquable intelligence, aux premières dignités de l’Etat. Après avoir fondé et pétri de nombreuses industries, il n’ignorait rien des lourdes préoccupations d’ordre économique et social des patrons comme des ouvriers, de l'importance capitale du facteur moral, de la nécessité absolue de la confiance réciproque entre tous les collaborateurs.
- Il n’y a pas de crédit sans honnêteté dans les affaires.
- Il n’y a pas de rendement, quelque perfectionnée que soit une technique, si l’ouvrier qui mène la machine n’a pas confiance dans les avantages de cette technique et dans la droiture de celui qui l’emploie.
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — SÉANCE PUBLIQUE DU 14 JANVIER 1933. 123
- Un coup de marteau suffit pour stériliser une machine coûteuse. Il est essentiel que ce coup de marteau ne soit pas donné par ignorance ou par malveillance.
- Dans la lutte incessante que soutient l’industrie nationale, il n’y a pas de place pour un gaspillage quelconque de temps, d’argent, de travail; il n’y a pas place pour des querelles de classes; la collaboration doit être étroite entre les combattants, ouvriers ou patrons, comme elle existait dans les tranchées. Aussi bien ont-ils tous, dans ce pays, au fond du cœur, le même idéal, qui est de pouvoir fonder et élever une famille et lui assurer une existence digne et confortable.
- Notre Société a bien reconnu la grande importance des questions économiques et sociales en renforçant, il y a quelques années, l’effectif de son Comité de Commerce auquel ces questions ressortissent plus particulièrement.
- Peut-être n’a-t-elle pas assez pris conscience de l’importance de l’œuvre sociale gigantesque qui s’édifie peu à peu, depuis la guerre, à côté des réalisations purement techniques, dans le but d’attacher les collaborateurs ouvriers à l’œuvre commune du progrès, de l’intérêt puissant que prennent à cette œuvre les chefs d’industrie.
- Peut-être redoute-t-elle de prendre figure politique?
- Mais comment empêcher des politiciens de s’occuper de toutes les questions? et hélas! de trancher quelquefois les questions les plus délicates dans une parfaite ignorance des conséquences réelles de leurs décisions? .
- Est-ce une raison de déserter l’étude de questions vitales pour le pays? (l'est au contraire le rôle propre d’une société comme la nôtre d’étudier non seulement des questions intéressant telles ou telles industries spéciales mais aussi celles qui touchent l’ensemble des industries du pays.
- II lui appartient de mettre en relief les répercussions, heureuses ou nuisibles, de telles ou telles formules sur le développement de l’industrie, du commerce et de l’agriculture, qui est l’objet même de son activité.
- Il 1 ui appartient d’éclairer l’opinion et les Pouvoirs publics par des études menées sans passion, avec toute la rigueur scientifique, avec une complète objectivité et avec la sérénité d’un parfait désintéressement.
- Son grand âge lui permet, comme n’hésite pas à le faire sa sœur aînée d’Angleterre, la Royal Society of Arts, d’aborder les problèmes de l’actualité la plus brûlante, intéressant l’économie industrielle; problèmes qui préoccupent les chefs responsables de nos industries et pour la solution desquels ils engagent sans hésiter des sommes considérables qui vont jusqu’à des centaines de millions.
- Pardonnez-moi, mes chers Collègues, de vous avoir parlé non seulement comme votre ancien trésorier, mais aussi comme un vétéran, qui a connu
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- — FÉVRIER 1933.
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- les affres et les transes de l’industrie, qui sait les préoccupations angoissantes de l’heure et qui souhaite vivement que notre Société aide efficacement l’industrie française à les dissiper.
- Sont présentés pour devenir membres de notre Société et admis séance tenante :
- M. Seitre (Robert), (#, g), Ingénieur E. P. G., 46, rue de Gourcelles, Paris (8e), présenté par M. Lemaire;
- M. \Y OOG (Paul), professeur à l’Ecole nationale supérieure du Pétrole, directeur du Laboratoire central de la Compagnie française de Raffinage, o, rue Péguy, Paris (6e), présenté par M. Dumanois;
- M. D eniau (.Marcel), (ijfc, ü), Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, chef du Service des Vais de Loire (ville de Paris), 1, rue Félix-Faure, Paris (15°), présenté par MM. Mesnager et Séjourné.
- M. Ai .by, président,. — En versant leur cotisation pour l’année 1933, deux de nos collègues y ont joint une subvention pour nous aider à publier notre Uulletin, un des postes les plus chargés de notre budget, comme je viens de vous le rappeler. M. Fernand Weber nous a versé 40 fr; les Etablissements K unlmann ont versé 1 000 fr.
- Nous adressons nos très vifs remerciements à ces deux généreux collègues, et nous espérons qu’ils trouveront de nombreux imitateurs.
- MM. Ch. de Fréminville et G. Wery, secrétaires généraux, présentent et analysent quelques ouvrages entrés récemment dans la Bibliothèque.
- M. de Fréminville présente les ouvrages suivants.
- La lumière dans la projection cinématographique, par Jacques Marette. Paris, Gauthier-Yillars et Cie, 53, quai des Grands Augustins (6e), 1933. (Don de l’auteur, membre de la Société);
- Recherches expérimentales sur la propagation d'ondes aériennes clans un long tuyau cylindrique, par Th. Vautier, publiées par R. de la Roulaye et G. Bai.me (Ann. de Physique, Xe série, Tome XVI, nov. 1931). Paris, Masson et C‘e, 120, boul. Saint-Germain (6e). (Don des Annales de Physique);
- La situation des réseaux et les mesures quelle comporte. Le plan des Compagnies (novembre 1932). Paris, lmp. Maulde et Renou, 144, rue de Rivoli (1er);
- Manuel typographique utile aux gens de lettres, et à ceux qui exercent les différentes parties de l'art de Vimprimerie, par Fournier. Tomes I et II. Paris, chez l’auteur, rue des Postes; J. Barbou, rue des Mathurins, 1764, 1766. (Don de M. Legros, membre correspondant);
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- Microénergétique. Tome I : Introduction, par Pierre Bricout. Paris, Gau-thier-Yillars et Cie, 1933;
- Charles-Louis Fremont, métallurgiste et iconographe montmartrois, 1855-{980, par Robert Mathieu. Lille, lmp. Lefebvre Ducrocq, 1932. (Don de M. Sauvage, membre du Conseil d’Administration) ;
- Je crois devoir vous rappeler que M. Charles Fremont fut un grand ami de notre Société, un technicien remarquable, qui a donné, dans notre Bulletin de nombreux mémoires de technologie, modèles de science et de conscience.
- Adolphe Carnot, 1889-1920 \
- Notre impôt général sur le revenu et son mode de calcul, par G. Lecar-pentier (ex Revue politique et parlementaire, 10 novembre 1932). Paris, 10, rue Auber (9e).
- La vie et l'œuvre de Chaptal {1756-1882), par Jean Pigeire. Paris, Editions Spes, 17, rue Soufflot (5e), 1932;
- Cet ouvrage a pour auteur, le maire de la commune dont fait partie le petit hameau de la Lozère où est né Chaptal, un des fondateurs de notre Société et sou premier président. Il a été publié à l’occasion de la célébration du centenaire de la mort de Chaptal le 21 août dernier, «à Mende; à cette manifestation, de nombreux discours ont été prononcés. Notre Bidletin de décembre 1932 donne un bref compte rendu de celte manifestation et reproduit in extenso les discours qui y ont été prononcés par M. de Monzie, ministre de l’Education nationale, et M. Camille Matignon, membre de l’Académie des Sciences, et. aussi de notre Société, qui s’est attaché surtout à montrer en Chaptal le chimiste, l’industriel, l’organisateur de notre enseignement technique. Le texte de ces discours est suivi d’une analyse détaillée du remarquable ouvrage que M. Pigeire a consacré à la mémoire de son « pays »= L’ensemble de ces textes fait revivre de manière impressionnante l’extraordinaire, la belle figure de Chaptal ; il faut surtout retenir, en ce qui nous concerne, que Chaptal fut le principal collaborateur de Bonaparte, premier Consul, dans le relèvement économique de la France sur des bases nouvelles, et le créateur de la grande industrie dans notre pays; et cela, à l’époque la plus tourmentée de notre histoire.
- Je vous recommande vivement la lecture, extrêmement attachante, de la partie de notre Bulletin consacrée à la mémoire de Chaptal.
- M. \Y ery, présente les ouvrages suivants :
- Assainissement général des villes et des petites collectivités. Tome II : Collecte et traitement des déchets solides et gazeux, par Emile Mondon. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1933;
- L osiériculture et la vannerie en Haute-Marne. Les pags osiéticoles de l'étranger. Notes sur Vosiériculture, par Daniel Elouard. Rouen, lmp. Wolf, 1932:
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- comptes rendus des séances. — février 1933.
- Guide pour l'étude expérimentale du sol, par Albert Demolon et Désiré Leroux. Paris, Gauthier-Yillars et Cle, 1933;
- Contribution à Vétude de quelques rapports entre l eau, le sol et la plante. Etude d'un procédé d'alimentation souterraine des plantes en eau. Thèse présentée à la Faculté des Sciences de l’Université de Clermont pour obtenir le grade de docteur de l’Université, par Gaston Mathieu. Gap, lmp. Louis Jean, 1932. (Don de Fauteur);
- La pression intérieure dans les boites de conserves et ses variations pendant la stérilisation, par P. Chambellan, H. Cheptel, M.-L. Thuillot et R. Bou-deau (Établissements J.-J. Carnaud, Forges de Basse-Indre. Laboratoire de recherches biologiques. Bulletin n° 3). Paris, 1932. (Don des Établisse-sements J.-J. Carnaud, Forges de Basse-Indre, membre de la Société).
- M. Alby, président. — Vous allez entendre M. Mancy, Ingénieur du Génie maritime, qui va nous décrire un type de machine nouveau, le moto-com-presseur Pescara, construit par la Maison Breguet, qui est membre de notre Société.
- Sans vouloir déflorer le sujet qui va être traité devant nous, je crois devoir attirer votre attention sur l’intérêt de cette nouvelle machine.
- Vous savez que jusqu’à présent, pour produire l’air comprimé qui est nécessaire dans de nombreuses industries, on utilise généralement un compresseur à piston qui est attelé à un moteur ; dans le compresseur Pescara, ce moteur est du type Diesel et il fonctionne dans un même corps de cvlindre faisant corps avec celui du compresseur et de même axe. Théoriquement, il doit donc en résulter à la fois une augmentation de rendement mécanique, puisqu’on supprime un organe intermédiaire, et une grande simplicité de construction; mais pour obtenir ce double résultat et à différents régimes de marche, il a fallu imaginer et étudier de nouveaux dispositifs qui, comme vous le verrez, sont fort ingénieux.
- M. Mancy, Ingénieur principal du Génie maritime (G. B.) fait une communication sur Les moto-compresseurs LJescara à pistons libres.
- Les moto-compresseurs imaginés par M. Pescara, bien connu par ses travaux sur l'aviation et l'automobile, offrent la particularité de ne comprendre ni bielle, ni volant, ni vilebrequin; le piston moteur est associé rigidement à un piston de compresseur d'air, et chacun d'eux se déplace dans son cylindre respectif, les deux cylindres ayant le même axe. La difficulté était de remplacer le volant: en recourant à une réserve d'énergie pneumatique mise en œuvre par le piston compresseur et simultanément par un ingénieux piston compensateur de même axe, M. Pescara a résolu de façon élégante cette question délicate.
- Le |»iston moteur est celui d'un moteur Diesel à deux temps, qui se déplace
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- dans un cylindre -pourvu des orifices de balayage et d’échappemeni usuels. Le piston compresseur est peu différent des pistons des compresseurs d’air classiques.
- Le type présenté, et dont plusieurs exemplaires sont en service, se compose de deux éléments moto-compresseurs placés horizontalement en opposition. L’injection unique se fait au milieu et la combustion du mélange chasse les deux pistons à la fois dans des sens opposés. Un système de deux biellettes régularise ie fonctionnement en assurant la parfaite symétrie des courses. Le débit de la pompe d’injection est réglé par la pression de refoulement d’air du compresseur. Le démarrage est assuré par la détente brusque d’un ressort préalablement bandé à la main avec une manivelle. L’association de deux appareils identiques, opposés et symétriques, a pour conséquence que tous les efforts s’équilibrent exactement deux à deux et que l’ensemble n’est soumis à aucune vibration et peut être placé sur un socle sans aucune rigidité.
- Les avantages de ces moto-compresseurs se traduisent par une augmentation du rendement mécanique, une économie dans la consommation, une grande diminution de poids et d’encombrement, dues à la simplicité du principe de construction et de fonctionnement. De plus, l’absence de volant, la disposition horizontale et en opposition des cylindres suppriment toute réaction sur le bâti, et permettent d’économiser encore sur le poids total et sur l'encombrement.
- Les applications de ce compresseur paraissent devoir être intéressantes. En effet, il paraît possible d’utiliser l’air comprimé comme fluide moteur après l’avoir réchauffé au moyen des gaz d’échappement. Ainsi le moto:compresseur tiendrait le rôle d’une chaudière à mise en pression et à variation de débit instantanées. Dans certains cas, il semble même que l’auto-compresseur Pescara puisse être appelé à remplacer les classiques moteurs thermiques.
- E. L.
- M. Ed. S auvage. — La machine qui vient de nous être décrite si clairement est d’un type nouveau et elle présente des dispositifs très ingénieux, ce qui m’incite à formuler un vœu. Ne pourrait-elle pas figurer au Conservatoire national des Arts et Métiers, où sa place est tout indiquée? Je crois devoir signaler qu’il y a deux manières d’opérer : ou bien faire un don pur et simple, ou bien prêter l’objet en se réservant la possibilité de le retirer provisoirement, par exemple pour le faire figurer dans une exposition.
- M. lî. Guillery. — Comment renouvelle-t-on l’air dans le piston compensateur qui doit certainement fuir?
- M. Mancy. — Au moyen d’une cannelure pratiquée dans ce piston et qui débouche dans le fond du cylindre compresseur.
- M. H. Guillery. — Comment la machine est-elle graissée?
- M. Mancy. — Par un système de graissage sons pression qui déverse l’huile goutte à goutte en six points convenablement choisis.
- M. Callou, administrateur-délégué de la Maison Breguet. —Nous retenons l’idée d’un don au Conservatoire qui nous est suggérée par M. Sauvage. Je
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — FÉVRIER 1933.
- crois devoir signaler que, en attendant, les personnes qui désirent voir le moto-compresseur en fonctionnement sont invitées à venir nous rendre visite : elles en trouveront un toujours prêt à fonctionner, puisqu’il suffît d'un tour de manivelle pour le mettre en marche.
- M. Séaili.es. — Est-ce que le moto-compresseur fera prochainement l’objet d’une exploitation commerciale?
- M. Callou. — Dans quelques mois. La Maison Breguet en a cependant déjà fourni plusieurs exemplaires qui sont en service.
- M. Gou beaux. — Quelle est la consommation du moto-compresseur par mètre cube d’air aspiré?
- M. Pkscara. — Nous n’évaluons pas la consommation de cette façon : elle est de 1,0 kg de gas oil pour obtenir 1 m3 d’air comprimé à 7 kg/cm2.
- M. Auby, président. — Je remercie MM. Mancy, Callou et Pescara de la description et des explications qu’ils viennent de nous donner et qui nous ont vivement intéressés. Il est d’usage que notre Bulletin reproduise le texte des communications qui sont faites devant notre Société. J’insiste donc d’autant plus auprès de M. Mancy pour qu’il nous remette prochainement un texte détaillé de sa conférence, qu’il s’agit ici d’une conception nouvelle et d'une réalisation très originale et que, par suite, il y a intérêt à ce qu’il en reste une trace durable dans notre Bulletin.
- La séance est levée à 18 h. 30 m.
- SEANCE PUBLIQUE DU 28 JANVIER 1933 Présidence de M. A. Alby, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Sont présentés pour devenir membres et admis séance tenante .
- la Massachusetts Institue ce Technology Library, à Cambridge A, Mass. (U. S. A.), présentée par M. Lemaire;
- M. Pereire (Alfred), (^), secrétaire des Amis de la Bibliothèque nationale, 35, faubourg Saint-Honoré, Paris (8e), présenté par MM. Alby et Lemaire.
- M. Alby, président. — Notre collègue du Conseil, M. Sauvage, nous a versé 50 fr pour le Bulletin. Nous l’en remercions très vivement.
- MM. Cii. de Fréminville et G. Wery, secrétaires généraux, présentent et analvsent des ouvrages entrés récemment dans la Bibliothèque.
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — SÉANCE PUBLIQUE DU 28 JANVIER 1933. 129
- M. de Fréminville présente les ouvrages suivants :
- Pour le bonheur de nos enfants. La réforme de ïéducation nationale, par Ch. Kula et E. Bocquillon. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1933. (Don de M. Ch. Kula);
- Maîtrise. Leçons d’économie industrielle et sociale, à l’usage des agents de maîtrise et des élèves des écoles d’enseignement technique, par E. Didier. Paris, Éditions de « L’Usine », 15, rue Bleue (9e), 1932;
- L'acoustique architecturale, par Gustave Lyon, avec l’annexe : L’aération moderne des salles. (Bibliothèque technique du cinéma, I). Paris, Édition « Film et technique », 78, avenue des Champs-Élysées (8e), 1932. (Don de l’auteur, membre du Conseil d’Administration).
- Les moteurs à vent. Théorie, construction, montage, utilisation au puisage de l’eau et à la production de l’électricité, par Bené Champly, Paris, Dunod, 1933;
- Organisation comptable, parties industrielles et commerciales (adaptée à une fabrique de chaussures), par Baymond Schréber. Paris, lmp. Cogery, 17 bis, rue de Maistre, 1932;
- Du démarrage des moteurs électriques. De la suppression des marches à vide. Des économies qui résultent de Vemploi et des applications du rhéostat automatique de démarrage (système B. Planche). Villefranche-sur-Saône (Rhône), R. Planche et Cie, 5, route de Frans;
- Dilatation linéaire de divers produits céramiques entre la température ambiante et i.OOQ " C, par V. Bodin et P. Gaillard. (Étude faite au Laboratoire de l’Association d’enseignement technique céramique). (Institut de céramique française, n° 4, janvier 1933). Paris, 84, rue d’Hauteville (10°);
- Don du Lieutenant-Colonel Renard, membre du Conseil d'Administration :
- Premier C ongrès international de V Aviation sanitaire, Paris, 14-20 mai 1929. Compte rendu des séances;
- Essai sur le mouvement des liquides visqueux dans une canalisation cylindrique, compte tenu des frottements à la paroi, par E. Doucet (ex Revue générale de VÉlectricité, 27 février 1932). Paris, 12, place de Laborde (8e);
- Le Comité parlementaire français du Commerce et la Coopération économique interparlementaire, par Émile Labarthe. Paris, 18, rue Duphot (1er), 1928;
- U utilisation pratique de la polaire logarithmique pour le calcul des performances des avions, par G. Bilbault. Paris, F. L. Vivien, 48, rue des Écoles, 1930;
- La stratosphère et les couches les qjlus élevées de l'atmosphère, par Ch. Mau-rain {ex Revue scientifique, 26 sept. 1931). Paris, 286, boul. Saint-Germain (7e).
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — FÉVRIER 1933.
- M. W erv présente les ouvrages suivants :
- Manipulations de chimie, à l’usage des chimistes, des élèves ingénieurs-chimistes, des étudiants en pharmacie, des candidats aux certificats de licence et à l’agrégation, par Clément Duval. Paris, Masson et C'e, 120, boul. Saint-Germain (6e), 1933;
- Les colloïdes. Leurs gelées et leurs solutions, par Paul Bary. 2e édition refondue et mise à jour. Paris, Dunod, 1933;
- Guide pratique de Vurbaniste, par Jean Raymond, Paris, Dunod, 1933;
- U aérolevure moderne, par Charles Van Damme. Paris, Dunod, 1933;
- Un péril national. L'invasion économique étrangère, par llenry Grelauet. Paris, La Défense du patrimoine et des produits français, 20, rue de Chabrol {10e), 1932. (Don de l'auteur)-,
- IL agriculture de la Dordogne. (Annales de l’Oftice agricole régional du Sud-Ouest, fascicule n° 19). Bordeaux, lmp. F. Pech, 7, rue de la Merci, 1932;
- L'œuvre de Pasteur. Leçon faite le G janvier 1932 au Conservatoire national des Arts et Métiers, par le Dr Poi tevin. Paris, lmp. nationale, 1932.
- M. René Castro, Ingénieur des Arts et Manufactures, ingénieur aux Laboratoires des Aciéries électriques d’Ugine, fait une communication sur une Trompe à mercure à collection, à fonctionnement entièrement automatique, à l'usage des laboratoires de physicochimie.
- Cette trompe est à remontage automatique du mercure mais du type non tronqué. La cuve à mercure dans laquelle débouchent les deux tubes (capillaires) de chute est à la pression atmosphérique. Les dispositions générales de cette trompe sont donc celles des trompes primitives; les modèles récents, comme ceux de Beutell. étaient en effet devenus inutilement compliqués et fragiles, d’un maniement très difficile et d’un prix extrêmement élevé. Sans doute, la nouvelle trompe com-porte-t-elle l’emploi d’un volume plus grand de mercure, mais cela est beaucoup moins onéreux que le remplacement fréquent d’organes en verre ajustés, d’une exécution et d’une mise en place longues et délicates.
- Dans la nouvelle trompe, il y a indépendance absolue entre la vitesse de chute du mercure dans les tubes capillaires raccordés au récipient dans lequel on fait le vide, et la vitesse de remontée du mercure, et cela grâce à l’emploi d'un trop-plein; le débit de la remontée doit donc toujours être supérieur au débit de la chute; le réglage de ce débit est extrêmement facile.
- Tous les éléments de cette trompe peuvent être facilement construits ou réparés sur place par un souffleur de verre qui n’a pas besoin d'être d’une très grande habileté. Toutes les pièces peuvent être isolées en vue de leur nettoyage ou de leur remplacement.
- Cette trompe sert actuellement à recueillir, en vue de leur dosage, les gaz dissous dans les aciers qui se dégagent quand ils sont fondus dans le vide. Ses applications paraissent devoir être nombreuses. e. l.
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- CONSEIL D'ADMINISTRATION. SÉANCE PUBLIQUE DU i>8 JANVIER 1933. i31
- M. Charles Féry, membre du Conseil de la Société d’Encouragement, fait une communication sur Un important progrès dans la construction des <ic cumulateur s électriques au plomb, /’ accumulateur protégé « Féry-Carbone ».
- Les accumulateurs d’électricité sont de mauvais réservoirs car ils laissent fuir par jour environ 1 p. 100 de l’énergie qu’ils renferment; de plus, un trop long repos, une décharge poussée trop loin, l’abandon sans recharge d’une batterie déchargée provoquent dans les accumulateurs au plomb une sulfatation des négatives qui, alors, ne peuvent plus être ramenées que très difficilement à leur état normal. De plus, la positive laisse peu à peu tomber sa matière active qui se rassemble au fond du bac, ce qui se traduit par une perte de capacité, sans compter les courts circuits possibles.
- De toutes les théories émises pour expliquer le fonctionnement de l’accumulateur au plomb, une seule a été retenue, celle de la « double sulfatation », due à Gladstone et à Tribe (1882) et qui est devenue classique; elle suppose que la positive et la négative se sulfatent toutes deux suivant la réaction réversible :
- Pb -+- 2 sC4H2 + Pb O2 <=> Pi.SG4 -f- 2H2 O -+- Pb SO4
- M. Féry a démontré que cette théorie, d’ailleurs contraire aux lois générales de l’électrolyse, est fausse. 11 a montré que la formation, qui est réelle, du sulfate de plomb sur la positive est due à des réactions secondaires. Le mécanisme de l’accumulateur s’explique simplement par la formation d’un superoxyde de plomb Pb2 ü:i et d’un sulfate plombeux Pb2 SO1 dont l’existence a été reconnue, et la réaction réversible suivante doit être adoptée :
- PL2 -f- SO 4H2 -t- Pb2 06<=à Pb* SO4 + H2O -4- 2 Pb 0^
- Le bien-fondé de cette théorie, qui s’appuyait d’ailleurs sur de nombreux faits facilement observables et effectivement observés depuis longtemps, a été prouvé expérimentalement par M. Féry d’abord, en 1919, puis par M. Rollet, en 1929.
- Aujourd’hui, on a la certitude que la présence du sulfate de plomb, aussi bien à la positive qu’à la négative, est toujours nuisible au bon fonctionnement de l’accumulateur. Il faut donc empêcher sa formation.
- C’est le résultat que s’est proposé d’atteindre M. Féry dans l’accumulateur protégé construit par la Société « Le Carbone ». Dans cet accumulateur, on s’oppose aux échanges gazeux entre les négatives et les positives en interposant entre elles une plaque de bois perméable aux ions et imperméable aux gaz; de plus, après chaque charge, les négatives restent dans une atmosphère réductrice d’hydrogène provenant de l’électrolyse, et les positives restent dans une atmosphère oxydante qui est l’air : il n’v a donc pas réduction du superoxyde de plomb et oxydation du sulfate plombeux. Ces deux corps ayant des couleurs bien caractéristiques, les changements de couleur des plaques suffisent pour renseigner assez exactement sur l’état de décharge.
- Des essais ont montré que l’accumulateur protégé ne perd que 13 p. 100 de sa charge au bout de 4 mois; un accumulateur ordinaire aurait perdu toute la sienne pendant ce temps.
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- comptes rendus des séances. — février -1933.
- Le prix de ces accumulateurs protégés n’est que de 10 p. 100 supérieur à celui des éléments ordinaires; les modèles actuels ont leurs capacités échelonnées de 5 en 5 Ali depuis 10 Ah jusqu’à 75 Ah.
- E. L.
- M. W aton. — Dans les journaux, techniques et autres, il est beaucoup question en ce moment d’un nouvel accumulateur fonctionnant à l’iodure de zinc; pourriez-vous nous en parler?
- M. Ch. F ery. — Cet élément me paraît rentrer dans la classe des accumulateurs à négative soluble; or, de nombreuses combinaisons de ce genre ont été essayées, mais sans succès jusqu’ici. Seuls, les accumulateurs à matière active insoluble, c’est-à-dire au plomb ou au fer-nickel, ont donné des résultats pratiques et sont couramment employés, bien qu’ils présentent encore de grands et nombreux défauts.
- La critique générale qu’on peut adresser aux éléments à négative soluble est la suivante : Pendant la décharge, la négative, généralement en zinc (métal choisi à cause de la grande chaleur de formation de ses sels, ce qui conduit à une force électromotrice élevée) se dissout comme cela a lieu dans une pile quelconque. Le sel soluble dense, ainsi produit, tombe au fond du bac, où il protège de la dissolution la paitie inférieure de l’électrode; il se dissout donc plus de métal à la partie supérieure de l’anode qu’à la partie inférieure. A la charge suivante, il se déposera donc plus de zinc dans le bas de cette électrode, plongeant dans une solution concentrée, qu’à la partie supérieure. •
- On voit que la répétition des décharges et charges successives a tendance à amincir l’anode à sa partie supérieure, et à la grossir à sa partie inférieure, ce qui conduit, soit à la coupure de cette électrode à la partie supérieure, soit à une mise en court-circuit de l’élément à la partie inférieure des plaques.
- Aussi Pouchain, qui a repris récemment en Italie la vieille combinaison de Reynier (1882) : plaque de zinc négative, et positive au plomb dans l’acide sulfurique, a-t-il très habilement appliqué ses éléments à l’éclairage des trains, où les cahots des voitures ont l’heureux résultat de brasser le liquide en lui maintenant son homogénéité.
- Pour éviter l’action un peu vive de l’acide sulfurique sur le zinc, Peyrusson, de Limoges, avait remplacé ce métal par du cadmium, en perdant seulement 0,3 V environ sur la force électromotrice qui n’est plus que de 2 Y.
- Vers 1880 également furent inventés les accumulateurs aux halogènes employant le chlorure, bromure, ou iodure de zinc comme électrolyte. L'un
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — SÉANCE PUBLIQUE DU 28 JANVIER 1933. 133
- des premiers brevets pris sur les accumulateurs à halogènes fut celui déposé en Angleterre par Laurie 1 & 28 juin 1881 pour un élément réversible à l’iodure de zinc, sous le n° 2823; c’est très probablement la réaction qui vient d’être brevetée, à nouveau, dans l’accumulateur auquel M. Waton fait allusion.
- Les combinaisons aux sels halogènes de zinc ont été brevetées bien des fois; rappelons la campagne de presse faite il y a quelques années pour l’accumulateur au chlorure de zinc du Père d’Almeida. Cette invention fut prise très au sérieux par Schneider, au point que l’électrification de l’Orléans en fut retardée, afin de se rendre compte si ces éléments pourraient servir à la propulsion des trains!
- L’accumulateur à l’iodure de zinc sur lequel on demande mon avis n’est donc pas essentiellement nouveau; cette invention remonte à un demi siècle.
- La seule application pour laquelle il ait été réalisé jusqu’ici est celle de la T. S. F. pour laquelle il se présente sous la forme des petites piles au manganèse utilisées souvent pour obtenir la batterie de tension plaque :
- Un petit tube de zinc de 0,3 mm d’épaisseur et ayant 2 cm de diamètre sur 5,5 cm de hauteur, est tapissé intérieurement d’une sorte de papier buvard; le tube est rempli de charbon placé autour d'un crayon central de charbon formant prise de courant; le tout est humecté d’une solution concentrée d’iodure de zinc de densité 1,60; puis le tube est fermé à la cire.
- Pendant la charge, on produit un dépôt de zinc sur le tube formant électrode négative soluble; tandis que l’iode se porte sur le charbon où il se dissout grâce à l’iodure concentré qui l’imprègne.
- M. Jumau, dans une conférence bien documentée, faite le 7 janvier 1933 à la Société française des Electriciens, a donné les résultats qu’il a obtenus sur des éléments plus gros montés par lui. Les résultats delà comparaison qu’il a pu ainsi établir avec les modèles habituels au plomb, ne sont pas favorables au nouvel accumulateur ni au point de vue de la force électromotrice (1,3 Y au lieu de 2 Y), ni de la capacité massique, ni de la conservation de la charge. Pour cette dernière, M. Jumau a trouvé qu’un accumulateur à l’iode a perdu 98 p. 100 de sa charge en 10 jours, tandis qu’un accumulateur au plomb ordinaire n’en a perdu que 10 p. 100.
- Enfin, au point de vue du prix, il semble qu’avec l’iode à 200 fr le kilogramme environ, le nouvel élément ne pourra guère lutter avec la vieille combinaison de Planté qui n’utilise que des produits bon marché.
- M. Alby, 'président. — Je remercie très vivement 31. Féry de l’intéressante communication qu’il vient de nous faire et des explications complémentaires qu’il vient de nous donner.
- La séance est levée à 18 h. 45 m.
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — FÉVRIER 1933.
- COMITÉ DES ARTS MÉCANIQUES
- (EXTRAIT DU PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE DU 3 JANVIER 1933).
- Commémoration du centenaire de la mort de Trevithick l'inventeur de la locomotive (Londres, 22-23 avril 1933).
- Noie présentée par M. Ch. df. Frémixvillk.
- L'Institution of Ci\il Engineers. de Londres, nous prie d’attirer 1 attentionsur le centenaire de la mort de Richard Trevithick. l'un de ces pionniers dont les noms sont loin d'être aussi connus qu'ils le devraient, qu'elle se propose de célébrer le 22 et 23 avril de cette année.
- Trevithick a été en effet le premier à faire usage, dans les machines à vapeur, de pressions relativement élevées, au lieu de la pression atmosphérique des machines de Newcomen et de Watt, substituant ainsi aux machines lourdes et encombrantes de ces derniers, des machines locomobiles légères, tout aussi puissantes, qui, dès leur apparition, rendirent les plus grands services dans toutes les branches de l’industrie; il réalisa une machine routière réellement utilisable et enfin, une première locomotive, qui circula sur les rails du tramway de Pen-y-Daren dans le Pays de Galles, et dans les environs de1 Londres, avant la locomotive de Stephenson.
- Après une vie qui. si elle fut soutenue par l'idéal, connut bien dos vicissitudes, Trevithick mourut en avril 1833 à Darlford (Kent) où il fut enterré. Pendant un demi-siècle, son nom fut éclipsé par ceux d’hommes dont les carrières ont été plus heureuses, mais il est maintenant universellement reconnu comme le père de la locomotive1 à vapeur, l’un des hommes qui ont rendu h' plus de services à l’humanité.
- Le programme de la commémoration de ci' centenaire, auquel on s'efforcera de donne]' un caractère' international, comporte:
- la construction d'un monument commémorât if à son lieu de' naissance; un autre à Pen-y-Daren. et un autre près d'Euston. où il fit circu 1er ses locomotives :
- la célébration de1 services commémoratifs à l'abbaye' de' Westminster à Londres et à l'église de' Dartlbrel :
- une exposition relative à sa vie et à se'S travaux: un discours commémoratif: la publication d'un volume' commémoratif.
- Il est évident que ce programme, tout modeste epi'il sent. eu égard à l’éminente distinction de l'ingénieur qu'il se propose d’honorer. ne peut être mis à exécution sans entraîner une dépense élevée. Le Comité sent qu en raison des circonstances présentes, on ne peut s'attendre à trouver d'importantes contributions individuelles, ed. e.'ii conséquence, il a décidé de donner à son appel la plus grande extension possible. Il espère que. non seulement les ingénieurs, mais le public voudra honore r par ses souscriptions, un homme qui a tant fait pour le progrès dans le monde. Un grand pionnier n'appartient pas à une seule nation : il est citoyen du monde et le
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- BIBLIOGRAPHIE.
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- Comité espère fermement que sa commémoration sera aidée par le public de tous les pays.
- Au moment où a été imprimé cet appel, les institutions suivantes avaient déjà fait connaître leur sympathie pour le but poursuivi : Institution of Civil Engineers; Institution of Electrical Engineers; Cornish Institute of Engineers; Institute of Marine Engineers; Junior Institution of Engineers ; Institute of Transport; South Wales Institution of Engineers; Institution of Engineers and Shipbuilders of Scotland; Belfast Association of Engineers; London Cornish Association; Permanent Way Institution ; Royal Society of Arts ; Institution of Mining and Metallurgy ; Institution of Mining* Engineers; Institution of Municipal and Gounty Engineers, Nortli East Coast Institution of Engineers and Shipbuilders; Institution of Structural Engineers; Newcomen Society for the Study of Engineering Technology.
- En conséquence, on a procédé à l’ouverture d’un « Fond » auquel le Comité invite à. souscrire, d’une façon pressante, tous ceux qui sympathisent avec son objet. Messrs. Coutts and G0, banquiers, 400, Strand, London W. C. 2.,. ont assumé la charge de trésoriers du Fond. Les chèques, les traites et les mandats-poste devront être payables aux banquiers et porter en travers « Trevithick Centenary Fund ».
- BIBLIOGRAPHIE
- L’agriculture de la Dordogne. Annales de l’Office agricole régional du Sud-Ouest. —
- Fascicule n° 19. — Un vol. (24x15 cm), de m-t-504 p., fig., 1 pi. — Imprimerie
- nouvelle, F. Pech, 7, rue de la Merci, Bordeaux, 1932. Index : 63
- A plusieurs reprises déjà, nous avons eu riionneur de présenter, au Comité d’Agri-culture, les monographies agricoles qui, à l’occasion des concours de primes d’honneur dans les départements,, ont été publiées par les soins des offices agricoles régionaux ou départementaux : qu’il suffise de rappeler ici les agricultures'du Calvados, delà Seine-Inférieure, de l’Eure, du Rhin. etc., dont notre société a tenu à signaler tout l’intérêt, reconnaître la valeur.
- M. Lurbe, Ingénieur agronome, directeur des Services agricoles de la Dordogne, nous a récemment adressé U agriculture de la Dordogne, volume de plus de 500 pages, consacré à l’étude du milieu naturel et économique des différentes régions de la Dordogne, puis à la production végétale et à la production animale de ce département. Les personnalités les plus autorisées ont écrit les différents chapitres de cette monographie agricole : M. Lurbe et ses adjoints, MM. Douence et Lestant ; M. Buffault, conservateur des Eaux et Forêts; M. Grégoire, directeur des Services sanitaires vétérinaires, etc.
- Aussi L'agriculture de la Dordogne constitue un véritable traité d’agriculture d’un des départements les plus étendus de la France et dont la valeur annuelle de la production agricole, ces dernières années, dépasse 1 milliard de francs.
- Les questions techniques et économiques qui se posent pour l’ensemble de la France se posent naturellement aussi là, mais il est particulièrement intéressant de les étudier dans une région déterminée, parce qu'alors elles se précisent et permettent de mieux se rendre compte de leur complexité.
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- Sans faire une analyse complète de L'agriculture de la Dordogne, il convient de signaler, à ce point de vue. quelques-unes des questions qui y sont traitées.
- Prenons, par exemple, cette question si générale, hélas, de la diminution de la population rurale. De 1811 jusque vers 1830. la population de la Dordogne avait régulièrement augmenté (tassant de 409.475 habitants à 303.789 : mais, depuis le milieu du xixe siècle, elle a diminué sans arrêt, faiblement de 1851 à 1886. puis rapidement et en 1931 elle n’était plus que de 383.720 habitants; beaucoup de cultivateurs, à la su ile de l’invasion du phylloxéra, après la mort de leurs vignes, ayant du quitter le pays. El si. à l’heure actuelle, malgré tout, un plus grand nombre d’exploitations ne restent (tas en friche, c’est grâce à l'immigration en Dordogne de familles étrangères et notamment yràce à l’immie'ration de familles bretonnes.
- On peid estimer à 8.000 au moins, écrit M. Lurbe, le nombre des membres des familles bretonnes installées en Périgord. 90 p. 100 des Bretons venus au Périgord y sont restés. M. Lurbe confirme ce que déjà avait signalé à l’Académie d Agricul-t u i e M. de Guébrianl : les cultivateurs bretons ont réussi ; de métayers ils sont devenus fermiers, certains même propriétaires.
- " Cad te population, intéressante déjà parce qu’elle a permis la mise en culture de domaines (dus ou moins négligés ne l’est pas moins pour la qualité du travail qu elle1 fournit et parles améliorations qu'elle a réalisées », a pu écrire M. Lurbe.
- Mais malgré l'immigration bretonne et la venue de Polonais. d'Italiens. d’Espagnols. ouest arrivé depuis plusieurs années à une densité de population agricole que l'on pourrait qualifier de densité critique, au-dessous de laquelle les existants ne suffi sent plus pour assurer le travail de tous les domaines et à partir de laquelle Ionie perle devait si' traduire par l'abandon d’une exploitation. Celte hypothèse se réalise malheureusement et une récente1 enquête de la Chambre régionale' (l’Agriculture du Centre'-Sud a trouvé qu’il ivstail en Dordogne 885 exploitations complètement abandonnées. qui élaieml cultivées par métayage avant la giu'rre.
- Notre collègue. M. Caziot. à plusieurs reprises, nous a entretenus de la vale'ur de la terre et dos fluctuations de1 prix que le capital foncier avait subies en France1.
- En Dordogne, le maximum de la valeur du sol a été atteint entre1 1870 e-t 1885. Les domaines se vendaient sur le1 taux moyen de 1.600 lr l'hectare; les vernies au détail se faisaient sur le taux moyen de 2.500 fr.
- De 1885 à 1914. la baisse1 de la vale'ur de1 la te'rre1 fut continue. M. Lurbe e'stime qu'elle n’était [dus avant la guerre que1 le1 I’uts, h1 quart de la valeur de 1880. et de mauvais domaines ne trouvaient pas preneur au dixième du prix où ils auraient été1 payés vers 1880. Bien entendu, louh's les régions de la Dordogne n’avaient pas subi la même1 dépréciation. Si eelle-ci élait surtout accentuée dans le Périgord noir. I»1 Sarladais. edle l’était moins dans la partie granitique1 du Nord se rattachant au Limousin, moindre également dans le Bergeracois.
- Après la guerre et jusque vers 1926. la terre fut recherchée; des métaye'rs achetèrent les domaines qu’ils emllivaienl. des e'a p i t al is les cherchèrent à faire1 emplacement sur: de1 1926 à 1930. la vale'ur des terres reste stationnaire; depuis 1931, c’est à nouveau une baisse » dont on ne1 peut prévoir où elle s arrêtera ».
- A l’heuire actuedl*1 (1931) on peut fixer, e'stime1 M. Lurbe1. la valeur vénale moyenne de la terre en Dordogne au coefliciemt 3 par rapport à 1914 ce qui. em valenir or, ne représenterait plus que 60 p. 100.
- Bien emtendu encore, il y a de1 grosses différences de prix emlre les terres eh's vallées
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- BIBLIOGRAPHIE.
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- et celles des plateaux du Sarladais. Les prés se vendent plus cher que les terres de labour; certains clos de vignobles atteignent des prix plus élevés. Des novers en pleine production peuvent donner à l’hectare de terre-une plus-value de 2.000 à 4.000fr.
- Mais dans 1 ensemble, pour la Dordogne, la terre ne représente plus que 60 p. 100 de la valeur déjà si dépréciée qu'elle avait en 1914.
- Cependant, dans les vallées de la Dordogne, de l'Isle. de la Vézère, les petits domaines de quelques hectares, grâce à des cultures comme la vigne, le tabac, les légumes, à une culture très intensive à gros produits bruts, cultivés par leurs propriétaires assurent à la famille paysanne une existence convenable.
- Les exploitations moyennes sont loin de donner les mêmes résultats; les capitaux trop souvent manquent [tour les bien faire valoir, la main-d’œuvre également; quelques exploitations moyennes font exception, parce que cultivées [tardes propriétaires qui, par ailleurs, disposent de capitaux; mais, comme le remarque M, Lurbe très judicieusement, ces exploitations ne paient pas de revenu (tour le capital foncier : « Ce sont à la fois de bons exemples [tour les procédés culturaux et de mauvais exemples pour la culture économique ».
- Quant aux grandes propriétés, ce sont celles-là encore davantage qui ont trop de frais de main-d’œuvre ; heureusement, elles comprennent surtout des forêts et ce sont les seules où l’on trouve encore de beaux bois.
- La Dordogne est une région très boisée puisque son coefficient de boisement est de 27,8. mais c’est une région généralement mal boisée selon l’observation de M. Buf-faidt, conservateur des Eaux et Forêts; les futaies sont très rares, les taillis sous futaies peu fréquents.
- A travers les âges, la forêt périgourdine s’est transformée, a évolué sous l’action de l’homme. Les hautes futaies de chênes et de hêtres, les épais bois de châtaigniers qui couvraient presque tout le pays ont été diminués, entrecoupés, morcelés; peu à peu ils ont été convertis en taillis au fur et à mesure des développements de la colonisation et de l’industrie. En même temps le pin maritime s'est répandu, a formé des bouquets de plus en plus compacts et a transformé la constitution, l'aspect et les produits de la forêt périgourdine.
- M. Buffault insiste beaucoup sur le développement qu’a pris le pin maritime, et sur l’avenir de celte essence en Dordogue, notamment dans la Double, le Sarladais, la contrée de Villefranche du Périgord, les environs de Saint-Pierre-de-Côle qui sont devenus les principaux centres de gemmage.
- Sur le noyer, le châtaignier, le chêne truffier et la culture de la truffe, sur les vignobles tels que ceux des environs de Bergerac, des côtes de Montravel, de la région de Monbazillac, sur l’élevage en Dordogne on trouvera dans U agriculture de la Dordogne des renseignements pleins d'intérêt.
- Notre collègue M. Schribaux a appelé à plusieurs reprises notre attention sur les inconvénients que présente aujourd’hui le trop grand nombre de variétés de blé qui sont offertes aux agriculteurs, à tel point que ceux-ci risquent fort de ne plus s’y reconnaître; M. Lurbe est de l’avis de son ancien maître. A côté des variétés communes, toutes les variétés plus ou moins récentes sont cultivées en Dordogne, au moins quarante-six. dont trente, dit M. Lurbe, n offrent plus aucun intérêt. En réalité, la Dordogne ne possède pas de variétés réellement adaptées, les sélectionneurs n’ont pas travaillé pour les cultivateurs de ce département, cependant un de ceux qui cultivent le plus de blé.
- 732e Année. — Février 1933.
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- BIBLIOGRAPHIE.
- FEVRIER 1933.
- Quant à la pomme de terre, c est une des cultures les plus importantes dans certaines contrées de la Dordogne comme le Nontronais entre autres, mais maintenant le doryphore s’est installé dans le département et cela parce que, au début, trop d'intéressés se sont dérobés aux traitements.
- Aujourd’hui, l’utilité des pulvérisations arsenicales n'est plus discutée: quelques cultivateurs ont essayé d'associer les traitements contre le mildiou et ceux contre le doryphore en mélangeant la quantité voulue d’arséniate à la bouillie bordelaise, et ils ont été heureusement surpris par les résultats obtenus, et M. Douence. professeur d’agriculture, ne craint pas alors d’écrire :
- « Nous sommes persuadés que tous les agriculteurs feront les traitements et nous ne sommes pas éloignés de penser que l'apparition du doryphore et les conseils donnés par les services officiels pour sa destruction auront un effet inattendu mais très utile : celui de démontrer aux cultivateurs la nécessité des traitements, la possibilité de les exécuter sans grands frais et. par contre-coup, celui de les inciter à traiter, en même temps que le doryphore, le mildiou. »
- Vagriculture de la Dordogne fait grand honneur à ses auteurs : à côté des monographies agricoles déjà parues pour d’autres de nos départements. Uagriculture de la Dordogne occupera une excellente place.
- H. IUT 1ER.
- Paliers à roulement à billes, à rouleaux et à aiguilles, par Hans Behr et Max
- Gohlke, adapté par Max Lâcher. Un vol. (28x19 cm), de 159 p., 232 fi g.
- Dunod. édit.. 92, rue Bonaparte, Paris (6e). 1932. Index : 621.82
- Cet ouvrage constitue une étude générale très intéressante des roulements et de leurs applications.
- Il donne successivement : des notions sur la résistance des billes et des roulements avec surtout un résumé des expériences deStribeck; une vue d’ensemble sur la fabrication; une revue assez détaillée des divers types de roulements et de billes ; le résumé d’un certain nombre d’expériences sur le rendement des roulements : des notions sur les principes de leur utilisation; une révision des dimensions normalisées et un choix important d’exemples d’utilisation.
- Il eut été peut-être préférable :
- 1" que la documentation sur laquelle s’appuie l’ouvrage lut moins ancienne et surtout ne fût pas exclusivement allemande en ce qui concerne la résistance des billes et le rendement des roulements;
- 2" que les roulements à rouleaux coniques fussent traités moins sommairement ;
- 3" que les principes généraux concernant l’application des divers types de roulements fussent exprimés. Cette absence étonne en effet car l’ouvrage original est 1 a*livre de techniciens expérimentés de l’industrie très spéciale des roulements:
- 4° que la question des roulements à aiguilles, ajoutée par le traducteur, question importante et relativement nouvelle, ne se résumât pas seulement à une copie de ca talogue.
- Malgré ces quelques critiques, ce livre contient une documentation importante concernant les roulements à rouleaux cylindriques et les roulements à rouleaux-tonneaux à une rangée, ces derniers peu connus en France.
- Hhi résumé, cet ouvrage, q îoiqu’un peu ancien, n’en constitue pas moins une
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- bibliographie.
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- publication qui peut être très utile aux diverses catégories d’utilisateurs de roulements, car il est l’œuvre de deux ingénieurs spécialistes éprouvés et nous en r 'commandons la lecture. rené guillery.
- L organisation scientifique dans l'industrie américaine, par la Société Taylor, traduit d’après la deuxième édition américaine par A. Schurert, Ingénieur des Arts et Manufactures. Un vol. (25 x 16 cm), de xvm +611 p., 89 fîg. Dunod. édit., 92, rue Bonaparte, Paris (6e), 1932. Index : 638 + 331.87 (73)
- En ce temps de crise, l’organisation scientifique du travail devrait être, plus que jamais, à l’ordre du jour, car elle enseigne surtout à faire le meilleur usage de toutes les ressources dont on dispose, et à organiser le travail de production en vue de satisfaire à une consommation qu’elle s’efforce d’étudier de façon à pouvoir en déterminer l’étendue et les fluctuations. C’est essentiellement le frein modérateur des hommes d’affaires trop ambitieux ou imprévoyants. Il est donc très important de* pouvoir se reporter à un ouvrage qui montre en quoi consiste cette organisation scientifique, et c’est le but de l’ouvrage publié par la Taylor Society, dont M. Schubert vient de donner une excellente traduction.
- La Taylor Society nous fait savoir qu’elle a décidé la publication de ce livre pour donner satisfaction aux demandes, de plus en plus nombreuses qui lui étaient adressées, d’un traité détaillé de l’organisation scientifique, traité qui n’existait pas, les ouvrages classiques de Taylor, Gantt, Gilbreth s’adressant à des publics spéciaux ou ne traitant que des points particuliers, et les autres livres, écrits depuis la grande guerre, s’adressant plutôt à des gens ayant besoin d’être convaincus de la justesse des principes philosophiques qu’à ceux qui, les ayant compris, désiraient en savoir davantage au point de vue technique, et en étendre les applications.
- La Taylor Society s’est donc proposé de donner un aperçu général de la situation de l'organisation scientifique en indiquant les modalités d’après guerre.
- L’organisation scientifique est un sujet beaucoup trop étendu pour être traité dans un seul volume, mais on a eu pour objectif, dans celui qui paraît aujourd’hui d’en établir les bases d’une façon absolument exacte et précise de façon à préparer la voie pour d’autres livres traitant en détail les points particuliers de la question.
- Chacun des chapitres de cet ouvrage a été écrit par les autorités les plus compétentes; ses divisions principales sont les suivantes : lre partie, Introduction; — 2e partie. Recherches relatives à la direction; — 3e partie, Standards de la direction; — 4e partie, L’organisation des opérations; — 5e partie, Organisation. — Le maintien des standards; — 6e partie, Le point de vue humain.
- ch. de fréminville.
- Les méthodes du contrôle dans les entreprises, par M. Pierre Wolff, docteur en droit, ancien élève de l’École polytechnique. Un vol (14x22 cm), de 155 p. Librairie de documentation commerciale et industrielle, J. Langlois, éd., 186. faubourg Saint-Martin, Paris (10e), 1931. Index : 658
- L'ouvrage de M. Pierre Wolff est une étude très généralisée des méthodes de contrôle appliquées plus spécialement aux entreprises industrielles, et commerciales.
- Très différentes de celles qui se rencontrent généralement dans les services de l'État et qui exigent un personnel administratif nombreux, les méthodes envisagées
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- BIBFI' 'GRAPHIE.
- février ICta.
- seront beaucoup plus souples et susceptibles d'être établies sans vexation dans les différents services.
- Le contrôle étant presque1 toujours une restriction de la liberté individuelle, il faudra éviter avant tout de lui donner, même en apparence, un caractère d’espionnage ou de brimade. Pour être effectif, le contrôle devra être exercé dans toutes les branches de l'entreprise, services de direction, achat de matières premières, constitution des stocks, fabrication, services de vente et de livraisons: au point de vue financier et administratif, ce sera le contrôle du tonds de roulement, des Irais généraux, des prix de revient ainsi que des évaluations normales de mise en fabrication et de possibilité de consommation de la clientèle.
- M. Pierre Wullf. sans entrer dans le détail, a surtout cherché à donner une vue d'ensemble du contrôle et son ouvrage sera consulté avec intérêt par tout chef d’entreprise désireux de voir clair dans son affaire.
- .1. IIF.RRENSCHMlhT.
- Charles-Louis Fremont, métallurgiste et iconographe montmartrois, par Robert Matuiff. secrétaire général de la Société d‘Histoire et d’Archéologie .< Le vieux Montmartre ». L ue brochure (25 X Ht cm), de 10 pages, avec une planche hors texte. Imprimerie Lefebvre-Ducrocq. Lille. 1932.
- Index : 92 (Charles Fremont).
- Une notice sur Charles Fremont. publiée dans le Bulletin de la Société en 1951 (p. 509). analyse son œuvre magistrale et passe en revue la série de ses travaux technologiques. Comme complément à cette notice, on lira avec intérêt une récente publication de M. Robert Mathieu, riche en souvenirs personnels, et donnant de nombreux détails sur la vie de son ami.
- Habitant Montmartre. Fremont s est vivement intéressé aux monuments anciens (pie présente ce quartier. Avec son talent bien connu de photographe, il en a fait de nombreuses images, ainsi du reste que d’autres régions parisiennes. 11 avait même commencé la publication d’une série de vues de Montmartre, notamment de la vieille église Saint-Pierre. Malheureusement, cette publication, fort onéreuse, n’a pu être continuée.
- M. Mathieu apprécie comme il suit les recherches de Fremont sur Montmartre : « En résumé, tous les documents recueillis par Charles Fremont sont d’une utilité incontestable pour l’archéologue, pour l’historien cl pour l’amateur d’études sur l'urbanisme. L’évolution du 18e arrondissement ne pourra être étudiée et comprise qu en louillant les clichés h remont. L éludé de la restauration du monument historique qu’est l'église Sainî-Pierre-de-Montmartre ne pourra- être sérieusement faite qu’en se servant des documents amassés parce précieux savant. » La notice de M. Robert Mathieu s*1 trouve dans la bibliothèque de la Société (pièce n" 13751). Elle est extraite du fascicule 10 pour 1931 du périodique. Le viev.r Montmartre, dont le siège est au n1 22 de la rue Tourlaque (18- arr.F Une planche photographique, avec portrait de Fremont dans sa jeunesse, accompagne la notice.
- Ajoutons qu'une plaque va être posta1 sur la maison n 1 25 de la rue Simplon, que Fremont lit construire en 1912. qu’il habita depuis cette époque et où il est mort. Cette’ plaque portera un médaillon, donnant le portrait du défunt, et la devise « Science et conscience ».
- I s a r va u F .
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- OUVRAGES REÇUS EN JANVIER 1933.
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- Guide pour 1 étude expérimentale du sol. par Albert Demolox, Inspecteur général des Stations agronomiques et Laboratoires agricoles, et Désiré Leroux, préparateur de chimie agricole au Conservatoire national des Arts et Métiers. Un vol. br. (21x16 cm\ de vi-t-214 p., 72 fig. Gauthier-Yillars et CU éd., quai des Grands Augustins, 55, Paris. 1933. Prix br. : 33 fr. Index : 631.41 + 332
- Dans leur préface, les auteurs font observer que l’étude du sol ne doit pas se réduire a un problème d’analyse physique et chimique. Elle comporte l'application de la méthode expérimentale dans toute son étendue; si elle s’exerce beaucoup au laboratoire, c’est surtout sur le terrain, au champ, dans les conditions naturelles du milieu qu’elle doit agir. C’est en travaillant la terre que le paysan apprend à la connaître. C’est a son contact dans une série d’expériences appropriées que l’agronome acquerra l’ensemble des connaissances qui lui permettront de mieux connaître les phénomènes si variés qui se passent dans son sein.
- Les auteurs décrivent les expériences qui portent sur les sujets suivants : constitution du sol, ses éléments constitutifs; colloïdes, argileux et organiques; constituant sableux; calcaire; propriétés physiques des sols; rapports entre l’eau et le sol; chimie du sol, pouvoir absorbant, dissolution; biologie du sol; atmosphère; cycle du carbone; cycle de l’azote, nitrification, dénitrification, recherche desazotobacters, nodosités des légumineuses; analyse physique et analyse chimique du sol.
- Tels sont l’objectif de cet ouvrage original et les voies qu’il emploie pour l’atteindre. Sa lecture rendra de réels services à l’étudiant en agronomie et à tous ceux qui s’intéressent aux problèmes que soulève la fertilité.
- G. WKRY.
- OUVRAGES REÇUS A UA BIBLIOTHÈQUE EN JANVIER 1933
- Marette (Jacques). — La lumière dans la projection cinématographique. In-S (20x13) de viii + 132 p., 14 fig. Paris, Gauthier-Villars et G10, 1933. (Don de l'auteur, membre de la Société.) 18.158
- Vautier (Th.). — Recherches expérimentales sur la propagation d’ondes aériennes dans un long tuyau cylindrique, publiées par R. de la Boulaye et G. Baume (Ann. de physique, Xe série, Tome XVI, nov. 1931). In-8 (22 x 14) p. 311-410, XII pl. Paris, Masson et Gi0. (Don des Annales de Physique.) 18.159
- Mondon (Emile). — Assainissement général des villes et des petites collectivités. Tome II : Collecte et traitement des déchets solides et gazeux, ln-8 (23 x 16) de 395 p., 306 fig. Paris, Dunod. 1933. 18.160
- Elouard (Daniel). — L’osiériculture et la vannerie en Haute Marne. Les pays osié-ricoles de l’étranger. Notes sur l’osiériculture. In-8 (23 x 16) de 95 p., fig., LIV pl. Rouen, lmp. Wolf, 1932. 18.161
- Demolox (Albert) et Leroux (Désiré). — Guide pour l’étude expérimentale du sol. In-8 (21 x 16) de vi + 214 p., 72 fig. Paris, Gauthier-\illars et Cie, 1933. 18.162
- La situation des réseaux et les mesures qu’elle comporte. Le plan des Compagnies (novembre 1932). In-8 (21x14) de 80 p. Paris, lmp. Maulde et Renou. 144. rue de Rivoli flei). 18.163
- Mathieu (Gaston'1. — Contribution à l'étude de quelques rapports entre l'eau, le sol et la plante. Étude d’un procédé d’alimentation souterraine des plantes en eau. Thèse
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- OUVRAGES REGLES.
- FÉVRIER 1933.
- présentée à la Faculté des Sciences de l'Fniversité de Clermont pour obtenir le grade de docteur de l'Université. In-8 ,24 x lt> de 119 p.. 30 lig.. VIII pl. Gap. Imp. Louis Jean. 1932. iDon de l’auteur.) 18.164
- Fournier. — Manuel typographique utile aux gens de lettres et à ceux qui exercent les différentes parties de l’art de l’imprimerie. Jn-16 17 x 10>. Tome I. de XXXII-p 323 p.. XVI pl. ; Tome II, de xliv -f 306 p. Paris, chez Fauteur, rue des Postes: •i. Rarbou. rue des Mathurins. 1704, 1700. Don de M. Legros, membre correspondant.
- 18.165-6
- Bricout i Pierre i. — Microénergétique. Tome I : Introduction. In-8 23 • I o de vu -h 303 p.. 34 lig. Paris. Gauthier-Villars et C'A 1933. 18.167
- Kula Ch. et Bocôuillon F. '. — Pour le bonheur de nos enfants. La réforme de l’éducation nationale. Jn-12 19 x 12- de xi i —i— 193 p. Paris. Dunod, 1933. Don de
- M. Ch. Kula.' 18.168
- Didier , F. . — Maîtrise. Leçons d'économie industrielle et sociale, à l'usage des agents de maîtrise et des élèves des écoles d'enseignement technique. In-8 (24 x 10; de 223 p. Paris. Fditions de c l'L'sine. 13. rue Bleue 191'>. 1932. 18.169
- Lyon ..Gustave!. — L'acoustique architecturale, avec l'annexe : L'aération moderne des salles, i Bibliothèque technique du cinéma. F. In-8 i23 x 18) de 70 p.. 33 lig. Paris. Fdition « Film et technique ». 78. avenue des Champs-Elysées (8eK 1932. i'Don de. l'auteur., membre du Conseil d'Administration. ' 18.170
- Duyal ; Clément .—Manipulations de chimie, à l'usage des chimistes, des élèves ingénieurs-chimistes, des étudiants en pharmacie, des candidats aux certificats de licence et à l'agrégation. In-8 (23 x 16) de vi + 373 p.. 89 lig. Paris. (Masson et ChE 1933.
- 18.171
- Ciiamim.y Mené . —Les moteurs à vent, 'théorie, construction, montage, utilisation au puisage de l'eau et à la production de l'électricité-. In-8 )23xl6> de vu + 270 p., 193 lig. Paris. Dunod. 1933. 18.172
- Bar Y i Pauix — Les colloïdes. Leurs gelées et leurs solutions. 2" édition refondue et mise à jour. In-8 ,23 16' de xn -4- 386 p.. 143 tig. Paris. Dunod. 1933. 18.173
- Raymond Jean . — Guide pratique de l’urbaniste. In-8 23 x 16; de vm + 246 p., 3D tig. Paris. Dunod, 1933. 18.174
- Van Damme ; Charles •. — L'aérolevure moderne. In-8 23 x 13 de 161 p. Paris, Dunod. 1932. 18.175
- L’agriculture delà Dordogne, i Annales de l'Dffice agricole régional du Sud-Ouest, fascicule n" 19 . In-8 21 x 16: de 304 p.. lig.. I carte. Bordeaux. Imp. F. Pech. 7. rue de la Merci. 1932. 18.176
- Premier Congrès international de l'Aviation sanitaire, Paris, 14-20 mai 1929. Compte rendu des séances. In-4 .32x21' de 131 p.. tig.. I carte, i Don du Lient-Colonel Renard, membre du Conseil d’Administrât ion i. 18.177
- Grelault Henry a — Un péril national. L'invasion économique étrangère. In-l 27 x 22 de 160 p. Paris. La défense du patrimoine et des produits français. 28. rue de Chabrol 10e . 1932. -Don de l'auteur. 18.178
- Comité de (Normalisation de la Mécanique Fédération de la Mécanique. 92. nie de CourceUes. Paris. 8e . — Feuilles de normes • décembre 1932). CNM 26, f. 3 : Rivets dimensions des têtes . Diamètres de 6 a ho mm. — CNM 66 : Bagues d’espacement et de guidage pour fraises a trou cylindrique. — CNM 87 : Boulonncrie. Extension vers le bas, jusqu'à 3 mm des X or mes CXM b. 7. S. 17. '23 et SX — CNM 88 : Longueurs de tige, longueurs de filetage et serrages. Extension vers le bas. jusqu'à 3 mm de ta Xorme CXM 18. — CNM 102 : Manette de blocage. — CNM 103 : Manivelles équilibrées. — CNM 104 : Volants de manœuvre. Séries courantes. — CNM 136 : Face d'appui des tètes de vis et boulons. — CNM 137 : Lamage. —• Trous borgnes taraudés. — CNM 161 : Xez de broches et plateaux de tours type courant . Dimensions d'interchangeabilité. — CNM 209 : Alésoirs de chaudronnerie èi
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- main à queue cylindrique, avec carré. — CNM 210 : Alésoirs de chaudronnerie à queue conique, série longue. — CNM 211 : Alésoirs de chaudronnerie à queue conique, série courte. — CNM 224 : Fraises à une taille, à trou cylindrique. — CNM 225 '.Fraises à 3 tailles, à trou cylindrique. — CNM 451 : Raccords filetés pour flexibles non métalliques. — CNM 452 : Raccords symétriques pour tuyaux flexibles non métalliques (système Guillemin). 17.836
- Mathieu (Robert). — Charles-Louis Fremont, métallurgiste et iconographe montmartrois, 1855-1930. In-8 (23 x 16) de 16 p., I pl. Lille, lmp. Lefebvre-Ducrocq, 1932.
- Pièce 13.751
- Adolphe Carnot, 1839-1920. In-8 (24 x 16) de 36 p., I pl. Pièce 12.747
- Lecarpentier (G.) — Notre impôt général sur le revenu et son mode de calcul (ex Revue politique et parlementaire, 10 novembre 1932). In-S (24 x 16) de 8 p. Paris, 10, rue Auber (9e). Pièce 13.752
- Gambellan (P.), Cheftel (H.), Thuillot (M.-L.) et Boudeau (R.). — La pression intérieure dans les boîtes de conserves et ses variations pendant la stérilisation (Établissements J.-J. Carnaud, Forges de Basse-Indre. Laboratoire de recherches biologiques. Bulletin n°3). In-8 (23 x 16) de 53 p., 19 fig. Paris, 1932. (Don des Établissements J.-J. Carnaud, Forges de Basse- Indre, membre de la Société.)
- Pottevin (Dr). — L’œuvre de Pasteur. Leçon faite le 6 janvier 1923 au Conservatoire national des Arts et Métiers. In-8 (23 X 15) de 18 p., 13 fig. Paris, lmp. nationale, 1923.
- Pièce 13.754
- Schréber (Raymond). — Organisation comptable, parties industielles et commerciales (adaptée à une fabrique de chaussures). In-8 (24 x 15) de 70 p., 38 fig. Paris, lmp. Cogery, 17 bis, rue de Maistre, 1932. Pièce 13.755
- Du démarrage des moteurs électriques. De la suppression des marches à vide. Des économies qui résultent de l’emploi et des applications du rhéostat automatique de démarrage (système R. Planche). In-8 (27 x 18) de 16 p., 21 fig., I pl. Villefranche-sur-Saône (Rhône), R. Planche et Cie, 5, route de Frans. Pièce 13.756
- Bodin (V.) et Gaillard (P.). — Dilatation linéaire de divers produits céramiques entre la température ambiante et 1.000° C. (Étude faite au Laboratoire de l’Association d’enseignement technique céramique). (Institut de Céramique française, n° 4, janvier 1933). ln-8 (24 x 16) de 18 p., 12 fig. Paris, 84, rue d’Hauteville (10°). Pièce 13.757
- Doucet (E.). — Essai sur le mouvement des liquides visqueux dans une canalisation cylindrique, compte tenu des frottements à la paroi (ex Revue générale de l'Electricité, 27 février 1932). In-4 (27 x 22) de 7 p., 3 fig. Paris, 12, place de Laborde (8e). (Don du Lieut.-Colonel Renard, membre du Conseil cl’Administration.) Pièce 13.758
- Labarthe (Émile). — Le Comité parlementaire français du Commerce et la coopération économique interparlementaire. In-8 (23 x 15) de 53 p. Paris, 18, rue Duphot (U'1'), 1928. (Don clu Lieut.-Colonel Renard, m mbre du Conseil cVAdministration).
- Pièce 13.759
- Bilbault (G.). — L’utilisation pratique de la polaire logarithmique pour le calcul des performances des avions. In-4 (27 x 18) de 45 p., 20 fig. Paris, F. L. Vivien, 48, rue des Ecoles, 1930. (Don du Lieut.-Colonel Renard, membre du Conseil d’Administration.)
- Pièce 13.760
- Maurain (Ch.). — La stratosphère et les couches les plus élevées de l’atmosphère, (ex Revue scientifique, 26 sept, 1931). In-4 (27 x 21) de 9 p. Paris, 286, boul. Saint-Germain (7°). (Don du Lieut.-Colonel Renard, membre clu Conseil cl’Administration). Pièce 13.761
- Annuaire-Chaix. Les principales sociétés par actions, 42e année, 1933. Paris, lmp. Chaix. 20. rue Bergère (9°). Pér. 90
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- FÉVRIER 1933.
- OUVRAGES REÇUS. —
- Préfecture du Département de la Seine. — Direction de l'Iîygiène du Travail et df. la Prévoyance Sociale. — Annales des Services techniques d’Hygiène de la Ville de Paris, publiées sous la direction du Préfet de la Seine. Tome XIII : Comptes rendus des travaux en 1931. Paris. Gauthier-Villars et (OU 1932. Pér. 188
- Ecole Polytechnique. — Journal. 11° série. 30e cahier. Paris. Gauthier-\ illars el C"\ 1932. Pér. 281
- Direction générale des Douanes. — Tableau général du commerce extérieur. Année 1931 : Commerce de la France avec ses colonies et les pays étrangers. Paris, lmp. nationale.
- Pér. 34
- Institut d'Égypte. — Mémoires présentés. Tome XIX : Les biographies du Manhal Safi. par Gaston Wiet. .yy 4- 480 p. Ee Caire. 1932. Pér. 32
- -National Physical Eaboratory. — Collected Researches. Vol. XXIII, 1932. Ted-dington. Middlesex. . Pér. 62
- 1R on and Steel Institute. — Carnegie Scholarship Memoirs. Vol. XXI, 1932. London. 28. Victoria Street. S. \V. 1. Pér. 157
- Royal Society of Xeyy South Wales. —Journal and Proceedings. Vol. LXV (parts I and IP. 1931. Sydney. Pér. 29
- American Institute of Mining and Mf.taulurgical Engineers. Transactions. Vol. 102, 1932. Xew-York. X. V., 29 West 39 th Street. Pér. 201
- U. S. Department of Agriculture (Washington''. — Farmers'Bulletins, (1932) nos 602 : Production of clean milk, 17 p., 8 lig. — 864 : Practical information for beginners in irrigation. 30 p., 32 lig. — 976 : Cooling milk and cream on the farm, 12 p.7 7 lig. — 1.341 : Mule production. 27 p.. 24 fi g. — 1.371 : Diseases and insects of garden vegetables, 40 p., 03 lig. — 1.524 : Farm poultry raising, 27 p., 21 lig. — 1.567 : Propagation of trees and shrubs, 31 p.. 39 lig. — 1.632 : Karakul sheep, 9 p., Olig. — 1.678: The safe use and storage of gasoline and kerosene on the farm, 14 p., 9 üg. — 1.682 : Vsefulness ofbirds on the farm, 13 p., 7 lig. — 1.683 : Measuring ivatcr in irrigation channels, 17 p., 7 lig. Pér. 410
- E. S. Department of Agriculture (Washington). — Technical Bulletins, nos 264 •(19311 : lioron in irrigation ivaters, 63 p., 3 fi g.. I pl. — 268 (1931) : Effect of varions températures on the storage and ripening of tomatoes, 34 p.. 3 lig.. III pl. — 316 (1932) : Phy-sical and Chemical charactcristics of the soils from the érosion eæperirneni stations, 30 p. — 319 (1932) : The fractionation, composition and hypothetical constitution of certain colloids derived from the great soit groups, 43 p. Pér. 410
- l . S. Department of Agriculture ( Washington). — Miscellaneous Publications, n"s 126 (1931) : Fertilizers for cotton soils, 9 p., 3 lig. — 132 (1931) : Jiice ancl its by-pro-duct for feeding livestock. 9 p.. 3 üg. — 139 (1932) : Rome fa et s a bout the cotton outlook for 1932. 8 p.. fi lig. Pér. 410
- U. S. Department of Agriculture (Washington;. — Circulars ( 19321, n°s 203 : Mklday meals for preschool children in clay nurseries and nursery schools, 46 p. — 216 : Production of organic acids from carbohydrates by fermentation, 30 p. — 218 : The break o'day tomato. 4 p.. 1 lig.. I pl. — 233 : Effect of cold storage and âge of seecl on germination and yield ofpeanuts. 12 p.. 2 lig. Pér. 410
- U. S. Department of Agriculture (Washington;. — Leaflet, n° 90 (1932) : Rockeries,
- 8 p., 9 lig. Pér. 410
- Hawaii Agricultural Experiment Station. Honolulu, Hawaii. —Bulletin. n° 63 1931;: Physicochernical properties of ediblecanna and potato starches, 48 p.. 14 üg. Pér. 410
- Smithsonian Institution. — Explorations and field-work of the Smithsonian Institution in 1931. 190 p.. 182 üg. (publication 3.134 . Washington. Pér. 27
- L'agent général, gérant.
- E. LEMAIRE.
- BROLURD ET TAUPIN, Coulommiors-Paris.
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- 132e ANNÉE.
- MARS 1933.
- BULLETIN
- DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- LETTRE ADRESSÉE PAR LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT A M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL DES MINISTRES.
- Paris, le 3't février 1933.
- MONSIEUR LE PRÉSIDENT,
- La Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, dont le siège est à Paris et qui a été reconnue d’utilité publique par ordonnance du 21 avril 1824, juge qu’il est de son devoir de joindre sa voix à celle des chambres de commerce, des syndicats de producteurs, des groupements industriels et commerciaux, en particulier des Sociétés industrielles de France, pour exprimer aux Pouvoirs publics ses inquiétudes, non seulemeut au sujet de l’aggravation quotidienne de la crise financière dont souffre le Pays, mais aussi au sujet de l’insuffisance et des dangers des palliatifs, plus nuisibles qu’utiles, que préconisent certains législateurs.
- Elle estime que la restauration de nos finances est possible, sinon aisée, pourvu que ceux qui assument la grave charge de gouverner aient le courage de prendre les mesures qui s’imposent.
- La Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, comme les chambres de commerce, les groupements industriels et commerciaux, estime que le remède cherché réside avant tout, peut-être même uniquement, dans la mise en pratique immédiate d’une politique d’économies massives, réalisées, sans égard aux intérêts particuliers, dans les divers services publics, en respectant la limite compatible avec le souci primordial de la sécurité du pays, mais en réalisant dès à présent une large simplification des rouages administratifs dont tout le monde s’accorde à dénoncer la ruineuse complexité.
- Elle prie instamment le Gouvernement et le Parlement d’aborder la solution du problème financier dans cet esprit qui répond au vœu général des Français épris de labeur, d’ordre et de paix sociale, c’est-à-dire de l’immense majorité.
- Elle pose en principe que, si de nouveaux sacrifices doivent être demandés aux citoyens, il faut, d’abord, que les sacrifices soient demandés à tous. L’opinion publique française, légitimement éprise d’égalité, ne saurait admettre que le Gouvernement et le Parlement, cédant aux sommations inadmissibles et illégales d’une catégorie de citoyens, déjà privilégiés à bien des égards, les dispensassent de supporter une contribution supplémentaire aux charges du Pays, que les ouvriers, les industriels et les commerçants ont déjà subie; les premiers, sous forme de chômage et de réduction des salaires; les seconds, sous forme de diminution, sinon de disparition, de leurs bénéfices.
- Elle a l’honneur, Monsieur le Président, de vous présenter respectueusement ce vœu et de vous prier d’agréer l’expression de ses sentiments les plus dévoués.
- Le Président,
- Signé : a. alry.
- M
- /,?2e Année, — Mors 1933.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOUR. POUR LANDE-STRIE NATIONALE — MARS 1933 (p. 146).
- LES PROGRÈS RÉALISÉS DANS L’INDUSTRIE FRANÇAISE DES MATIÈRES COLORANTES DEPUIS 1914,
- par M. André Wahl, membre du Conseil de la Société d’Encouragemenl.
- Le 8 mai 1915, à la demande de notre regretté président M. L. Lindet, j’ai eu l'honneur d'exposer devant la Société d’Encouragement comment se présentait, à ce moment, le problème de la fabrication des matières colorantes par l’industrie française (1).
- Dix-huit années déjà nous séparent de cette époque. Aussi la Société d’Encouragement a-t-elle pensé qu'il serait intéressant de connaître comment cet espace de temps a été utilisé par les industriels de notre pays. Pour se rendre compte des efforts qui ont été réalisés, il nous suffirait d’établir deux bilans : celui du point de départ en 1914 et celui du point d’arrivée actuel en 1933 ; la différence représenterait les résultats obtenus.
- Cependant, pour que l’histoire de cette période si troublée soit complète, je crois qu’il est également nécessaire de considérer les mesures qu’il a fallu prendre pour faire face aux dilférenls aspects des problèmes qui se sont posés et comment ceux-ci ont été résolus. Il a été souvent fait mention de la situation critique dans laquelle se trouvaient à peu près tous les pays au lendemain des hostilités. Lorsque les effets de cette situation se sont fait sentir plus durement, on en a cherché les causes multiples afin d'y apporter les remèdes. On peut résumer la situation en disant que l’Allemagne produisait 75 à 80 p. 100 des colorants consommés dans le monde. Les chiffres suivants ont été établis par le Département du Commerce de Washington.
- Production en matières colorantes dans le monde en 19J3.
- Allemagne.........
- Suisse............
- (irande-Bretagiie. .
- France ...........
- Etals-Unis........
- Autriche..........
- Russie............
- Belgique..........
- Hollande..........
- Autres pays . . . .
- Total . . .
- 341.500.000 fr 74,1 p. 100
- 32.230.000 — 7 —
- 30.000.000 — 0,3 —
- 23.000.000 — 5,3 —
- 13.000.000 — 3,3 —
- 7.300.000 — 3.000.000 —
- 2.3O0.00O — 3,7 —
- 1.000.009 — 1.090.009 —
- 490.750.0119 — 99,9 ]). 100.
- Mais ces chiffres ne fournissent pas une image tout à fait correcte de l’état de dépendance dans lequel on s’est trouvé en 1914; la réalité était encore plus sombre car, si d’après ces chiffres la contribution de l’Angleterre était évaluée à 6,5 p. 100, celle de la France à 5.3 p. 100 et celle des États-Unis à 3,3 p. 100, il est essentiel de remarquer que certaines des usines productrices étaient des succursales allemandes et, que la plupart des autres utilisaient des matières intermédiaires qu’elles achetaient en Allemagne.
- La consommation française était estimée avant la guerre à 8.500-9.000 tonnes de matières colorantes et la fabrication en était assurée par 6 grandes usines dont une
- (l) Voir le Bulletin de mai-juin 1913, p. 1-92-399.
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- l’industrie française des .matières colorantes. 147
- seule était française. Sa contribution représentait à peu près 10 à 15 p. 100 de la consommation de la France. L’ordre de mobilisation arrêta toute l’activité du pays et les usines lurent fermées car personne n’avait envisagé la possibilité d'une guerre de longue durée. Un premier problème devait bientôt se poser brutalement : l’énorme consommation de projectiles avait épuisé les stocks d’explosifs et de munitions; il fallait à tout prix et sans tarder entreprendre la fabrication d’explosifs nitrés; mais, pour cela, il était nécessaire de disposer des matières premières indispensables, aussi bien minérales, comme le chlore et les acides sulfurique et nitrique, que celles d’origine organique, comme le phénol et les carbures aromatiques. Il fut alors décidé de rappeler les chimistes et les techniciens, d’organiser le travail dans les poudreries et dans les usines de produits chimiques. Les résultats qui furent obtenus dans ce domaine, grâce à l’énergie de tous, ont été exposés devant la Société par le regretté M. Haller d’une manière saisissante (2).
- Ainsi, dans cette première période, les préoccupations essentielles étaient dominées par celles des besoins de la défense et, en particulier, par la coordination des industries chimiques en vue de la fabrication des munitions. Mais les besoins d’une armée en campagne sont multiples. Si l’état-major s’occupe de l’armement et des moyens d’action, l’intendance réclame des équipements, le service de santé demande des médicaments, des produits pharmaceutiques. Or, dans tous ces domaines si différents, c’est finalement l’industrie chimique qui intervient soit qu’il s’agisse de nitrer le phénol et les carbures ou de fournir les colorants, de fabriquer les antiseptiques ou de livrer les produits pharmaceutiques.
- Ainsi, dès le début apparaît cette vérité qu’une industrie chimique puissante est l’âme de la résistance et une des conditions de la victoire. Afin de centraliser tous les efforts indispensables, le ministre du Commerce, M. ClémenteL créa, sous l’impulsion du sénateur Astier, dès octobre 1914, un Office des Produits chimiques et pharmaceutiques, dont la direction fut confiée au Prof. Béhal.
- Nous voilà donc au point de départ.
- L’Office des Produits chimiques se mit en rapport avec les usines susceptibles de reprendre leurs fabrications, c’est-à-dire la Société des Matières colorantes de Saint-Denis, les maisons Y. Steiner, Laroche et Juillard, Mabboux et Cammel; parmi les usines séquestrées, la Manufacture lyonnaise fut remise en marche. D’autre part, une commission fut constituée à l’Office des Produits chimiques pour estimer et répartir les colorants séquestrés et aussi pour centraliser et fixer les besoins de cette industrie en matières premières. Celles-ci, en effet, se trouvaient réquisitionnées pour les exigences de la défense nationale par le Ministre des Armements. Enfin cette commission fixait aussi les prix de vente des colorants fabriqués avec ces matières premières.
- Cependant, aux nécessités impérieuses de la défense, venaient s’ajouter progressivement les besoins de la population civile. L'idée de la possibilité d’une guerre de longue durée commençait à prendre consistance et, comme conséquence, il devenait nécessaire de considérer, en plus de la situation du front, celle de l’arrière, c’est-à-dire du reste du pays. Or parmi les multiples produits que consomme un pays, les matières colorantes jouent un rôle important ; théoriquement, il semble qu’on pourrait s’en passer; mais la pratique démontre que ce serait impossible. La sensation
- (2) Voir le Bulletin de novembre-décembre 1920 : L’industrie chimique française pendant la guerre, p. 761-825.
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- LËS MATIÈRES COLORANTES DEPUIS 1914. — MARS 1933.
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- colorée esl un besoin impérieux qui fait que, même devant la menace du plus grand péril, il faut y satisfaire. D’autre part, il fallait des colorants pour teindre les uniformes des soldats.
- C’est ainsi que la production des matières colorantes se posa comme une réalisation d’autant plus urgente et nécessaire qu’elle se rattachait directement aux fabrications de guerre, dont elle utilisait les mêmes matières premières et partiellement les mêmes procédés de transformations.
- Tandis que les usines existantes reprenaient assez rapidement leur activité, de nouvelles entreprises étaient amorcées. C’est ainsi que sous les auspices de la Chambre de Commerce de Lyon, il fut créé une Société d’Études pour la Fabrication des Matières colorantes; de même, à Rouen, il se fonda la Société normande d’Etudes pour le Développement de l’Industrie des Matières colorantes. Ces efforts aboutirent à la création de plusieurs compagnies d’exploitation. Ce furent : la Compagnie nationale de Matières colorantes et Produits chimiques, au capital de 40 millions; la Compagnie française des Matières colorantes de Saint-Clair-du-Rhcne, au capital de 3 millions; la Société des Colorants français, au capital de 10 millions; enfin, la Société des Matières colorantes de Saint-Denis portait son capital de 3.750.000 fr à 7 millions de francs. Un accord fut conclu avec les usines suisses, d’après lequel celles-ci fourniraient le complément des colorants nécessaires, à la condition que leur seraient livrées les matières premières correspondantes.
- Ainsi un grand elîort était entrepris, mais les initiés ne se dissimulaient pas les difficultés de la tache à accomplir. La production des matières colorantes n’est que Iç terme final d’une série de transformations d'un très petit nombre de matières premières ; il est aisé de comprendre la multiplicité et la diversité des procédés à mettre en œuvre pour fabriquer le grand choix de colorants exigé par l’industrie tinctoriale.
- Les matières premières sont fournies par la distillation de la houille dans les usines à gaz mais principalement dans les cokeries établies au voisinage des mines de houille. Or nos mines les plus importantes, celles du Nord et du Pas-de-Calais étaient aux mains de l'ennemi. Il s'agissait donc d’assurer l’importation de ces matières, et, en même temps, il fut prescrit aux usines à gaz d’extraire les carbures par l’opération appelée débenzolage du gaz qui permettait de récupérer de la benzine et du toluène en quantités appréciables.
- Les matières premières, benzine, toluène, naphtaline, anthracène. phénol et crésols, soumises à l'action combinée des réactifs minéraux comme le chlore, l'acide sulfurique, l’acide nitrique, les alcalis, etc. sont d’abord transformées en ce qu’on appelle les produits intermédiaires. La fabrication d’un petit nombre d’entre eux comme l’aniline, la diméthylaniline, le naphtol. la naphtylamine et leurs dérivés sulfoniques les plus simples, était déjà pratiquée en France à Saint-Denis, à l'usine Poirrier qui fut en quelque sorte le berceau de celte industrie. Mais, à cette liste, il fallait ajouter beaucoup d’autres produits plus compliqués, dont la production était indispensable si l’on voulait établir l’industrie des matières colorantes sur une base solide et durable. Or, si la constitution de ces substances était déterminée et si l’on connaissait l’enchaînement des réactions dont elles constituaient le terme final, personne ne possédait de renseignements suffisamment précis pour construire et aménager l’outillage afin d e pouvoir entreprendre d’emblée leur fabrication. Il fallait
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- l’industrie française des matières colorantes.
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- d’abord soumettre chacune des phases de ces procédés à une étude minutieuse et forcément de longue haleine ; c’est là qu’intervint le rôle des laboratoires. Les conditions qui ont régné pendant la période qui s’étend de 1915 à 1918 ont été très particulières. D'une part on était pressé par le temps, et la hâte n’est pas un élément favorable pour un travail précis ni pour l’étude complète d’une réaction chimique. M.ais, en revanche, ni la qualité irréprochable des produits fabriqués, ni le prix de revient minimum n’étaient, comme en temps normal, une nécessité primordiale. On avait la possibilité de commencer à produire dans des conditions qui n’étaient ceites pas les meilleures; toutefois, l’essentiel c’était de produire; les améliorations et les perfectionnements viendraient et sont venus ensuite, car un procédé industriel n’a jamais dit son dernier mot et la possibilité de l’affiner reste toujours ouverte.
- C’est en procédant de la sorte,-par étapes, que les matières intermédiaires fondamentales, comme les acides sulfoniques dérivés de la naphtaline, les acides naphtol-sulfoniques, naphtylaminesulfoniques, aminonaphtolsulfoniques, la benzaldéhyde et ses dérivés, les diamines comme la benzidine, la tolidine, la dianisidine, etc. furent successivement fabriquées.
- Ayant ainsi établi des fondations solides on pouvait bâtir sur celle-ci l’édifice complexe de l’industrie des matières colorantes. Aussi, à l’armistice, la France avait déjà produit les quantités suivantes : en 1916, 463 t, en 1917, 961 t et en 1918, 1.200 t de colorants.
- Mais cela ne représentait que la dixième partie de la consommation de la France en temps normal, en y comprenant l’Alsace-Lorraine recouvrée. L’effort était donc loin d’être terminé et, en attendant que les demandes des industries tinctoriales rétablies dans leur régime de paix pussent être satisfaites, il fallait prendre un certain nombre de mesures transitoires. L’Office des Produits chimiques, dont le rôle avait été si utile, allait rendre de nouveaux services, sous la direction de notre éminent collègue, M. le Prof. Fleurent, qui, en 1918, succéda à M. Béhal.
- Le traité de Versailles, par l’annexe VI de la partie VII, stipulait que l’Allemagne aurait à livrer aux Alliés, pendant 5 années, au moins 50 p. 100 des stocks existant dans leurs usines au 15 août 1920 et qu’en plus, elle aurait à mettre à la disposition des Alliés 25 p. 100 de la fabrication journalière et, cela au prix payé par le consommateur le plus favorisé. D’autre part, l’industrie renaissante des matières colorantes, si péniblement établie, ne pouvait pas demeurer sans protection; le régime établi en 1910 avait démontré ses vices profonds. En frappant les colorants finis d’un droit relativement élevé mais en laissant pénétrer les produits intermédiaires moyennant une taxe minime, il avait eu comme conséquence de provoquer l’établissement de succursales allemandes qui, en important les produits intermédiaires, ne constituaient que des ateliers de finissage. Le nouveau tarif douanier, préparé par le Syndical général des Produits chimiques, avec le concours de l’Office des Produits chimiques, fut voté en novembre 1919 et la classification des intermédiaires et des colorants en groupes distincts, suivant leur complexité, réparait les erreurs du précédent. En attendant que le traité de Versailles fût ratifié, il fallait prélever les colorants sur les stocks allemands et il fallait en même temps en acquitter le montant. Enfin, il fallait permettre aux usines françaises de se développer sans qu’elles eussent à craindre de succomber, à nouveau, sous la pression de la concurrence étrangère. Il était souhaitable de limiter les importations aux produits qui n’étaient pas encore fabriqués en France et par suite d’établir un contrôle et une réglemen-
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- LES MATIÈRES COLORANTES DEPUIS 1914. — MARS 1933.
- talion des demandes d’importation. Là encore, l’Office des Produits chimiques eut un rôle important, et, pour qu'une telle organisation lut viable, il fallait assurer tout d’abord une bonne volonté mutuelle et une collaboration étroite et loyale entre les consommateurs et les producteurs. C’est là l’origine du groupement appelé Union des Producteurs et des Consommateurs pour le Développement de l’Industrie des Matières colorantes en France, dont la constitution date du 1er juin 1919. Cette société, fondée avec l’assentiment de l’État, au capital de 2 millions, comprenait dans son conseil d’administration un nombre égal de producteurs et de consommateurs. Les statuts spécifient qu’il ne serait pas distribué de dividende mais que les bénéfices devaient servir à subventionner les laboratoires de recherches des diverses écoles françaises.
- Grâce aux efforts de quelques personnalités industrielles et au concours dévoué de M. Fleurent, cette association a fonctionné à la satisfaction de tous.
- Tous ces efforts combinés ont puissammmt contribué à faciliter la tâche des producteurs de matières colorantes. Mais il restait cependant beaucoup de difficultés à vaincre. On avait dû tout d’abord s’attaquer aux problèmes relativement les plus simples; mais, si l’on était arrivé à fabriquer les colorants usuels, on n’avait pas encore pu aborder ceux, plus spéciaux, que réclament l’impression et les teintures particulièrement solides. On pouvait craindre que les consommateurs français se trouvassent un jour dans l’impossibilité de se les procurer si les Allemands leur en refusaient la fourniture à l’expiration du délai de o ans. Pour parer à cette éventualité, le Gouvernement signa les accords de Londres du 15 août 1924, par lesquels l’Allemagne s’engageait à prolonger la livraison des intermédiaires et des colorants jusqu’en août 1928.
- Ces décisions heureuses, prises par le Gouvernement avec l’aide du Parlement, engagèrent les producteurs à fortifier davantage leurs entreprises. La Compagnie nationale des Matières colorantes et Produits chimiques porta son capital à 100 millions; puis elle fusionna avec la Société Kuhlmann, et, finalement, son capital atteignit 180 millions; il est actuellement de 320 millions. La Société des Matières colorantes et Produits chimiques de Saint-Denis porta successivement son capital de 24 millions à 30 millions puis à 50 millions. La Compagnie française de Saint-Clair-du-Rhône acquit la Manufacture lyonnaise de Matières colorantes; la maison Victor Steiner, de Vernon, fut transformée en société anonyme au capital de 1 million.
- Ces moyens financiers, venant s’ajouter à l’expérience acquise par les services techniques et scientifiques, n'ont pas tardé à donner à l’industrie des matières colorantes une impulsion vigoureuse qui n’a fait que s’accentuer. Rien ne saurait mieux démontrer l’allure ascendante de la production française que les tableaux suivants.
- Pour donner un aperçu fidèle de l’état actuel d’une industrie, quelle qu’elle soit, il faut un peu procéder comme quand on étudie l’histoire d’un pays. On ne comprend bien les événements que si l’on envisage l’ensemble des continents car, de plus en plus, les nations sont solidaires et ce qui se passe chez l’une d’elles ne saurait laisser les autres indifférentes. Cette vérité dépasse les limites des événements politiques ou sociaux et elle s’applique aussi aux conditions économiques, industrielles et financières.
- C’est ainsi qu’il est intéressant de mentionner les transformations profondes que l’organisation de l’industrie des matières colorantes a subies en Allemagne avant et
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- L INDUSTRIE FRANÇAISE DES MATIÈRES COLORANTES.
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- pendant la guerre. Jusqu’en 1905, la production était assurée par huit sociétés importantes et deux autres de moindre envergure mais qui toutes étaient autonomes ou indépendantes. A cette époque, elles s’associèrent pour former deux groupes bien distincts qui comprenaient, l’un la Badische Anilin-und Soda-Fabrik, de Ludwigshafen, les Farbenfabriken Bayer, l’Aktiengesellschaft, de Berlin; l'autre groupe, les Farbwerke, de Hoechst, Léopold Cassella, de Francfort, Kalle et Cle, de Biebrich. Le premier de ces groupes s’était intéressé à la fabrication de l’acide nitrique par la Société norvégienne; mais, en 1912, il retirait ses capitaux pour pouvoir exploiter les procédés Haber-Ostwald, qui furent montés à Oppau.
- Production française des matières colorantes depuis la guerre.
- ANNÉE a PRODUCTION TOTALE (Tonnes). b IMPORTATIONS (Tonnes). c EXPORTATIONS (Tonnes). d QUANTITÉS MISES A LA DISPOSITION DE LA CONSOMMATION, d — a b — c (Tonnes\
- 1919 4.523 2.600 240 6.883
- 1920 8.556 5.887 3.334 11.109
- 1921 7.369 1.148 2.698 5.819
- 1922 9.566 1.826 566 10.826
- 1923 12.468 1.371 2.114 11.725
- 1924 . 16.478 2.445 3.973 14.950
- 1925 16.054 1.451 4.937 12.568
- 1920 17.107 1.488 4.681 13.874
- 1927 14.015 1.541 5.082 10.474
- 1928 15.603 1.559 3.653 13.509
- 1929 16.431 1.518 3.066 14.883
- En 1930, la production française a atteint environ 12.000 t; le tableau suivant indique comment les fabrications se sont réparties suivant la nature des matières colorantes.
- Production, par catégories, des matières colorantes en France en 1930.
- a PRODUCTION (Tonnes). b IMPORTATIONS (Tonnes). C EXPORTATIONS (Tonnes). d SOLDE, d—a+b—c (Tonnes).
- Colorants au soufre 1.489 18 177 1.330
- Indigo 20 p. 100 1.820 2 616 1.206
- Indigo broiné 66 8 n 69
- Autres colorants de cuve 596 124 65 650
- Divers 8.211 1.210 1.354 8.067
- 12.182 1.362 2.217 11.327
- Depuis 1930, les statistiques concernant la production n’ont plus été publiées.
- Ces fabrications furent d’un immense secours à l’Allemagne bloquée par les Alliés et privée, de ce fait, des nitrates du Chili. Pendant la guerre, les deux groupes précédents se réunirent en englobant de plus les usines de Weiller-ter-Meer et de Griesheim-Elektron, pour former cette puissante combinaison désignée sous le nom d’Interessen Gemcinschaft, ou, en abrégé, I. G.
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- LES MATIÈRES COLORANTES DEPUIS 1914. — -MARS 1933.
- Les bénéfices sont répartis suivant des coefficients qui sont :
- Badische........................................................... 24,82 p. 1 OU
- Bayer.............................................................. 24,82 —
- Hoechsl....................!................................... 24,82 —
- Aktiengesellsehaft.................................................. 8,08 —
- Grieshcim........................................................... 0,00 —
- Weiler-ter-Meer..................................................... l,6o —
- Cassella............................................................ 9,81 —
- 100,00 p. 100.
- L’industrie allemande constitue donc un bloc homogène puissant, et, par conséquent, d’autant plus redoutable qu’il n’avait en face de lui que des entreprises jeunes dont les efforts étaient dispersés. On a compris un peu partout qu’on est plus fort quand on est réuni et on a reconnu, fort heureusement qu’en disant « l’union fait la force » on n’exprime pas seulement un proverbe mais une réalité. C’est ainsi que, progressivement, les fabricants anglais ont constitué d’abord la British Dye-stuffs Corporation en 1915. puis, en 1925, l'Imperial Chemical Industries (I. C. I.) dont le capital actuel est de 109 millions de livres. Depuis 1920, l’importation des colorants est réglementée par le Dyestuffs Act.
- Ces exemples ont été suivis par la Suisse où les plus importantes usines de Bâle ont constitué une communauté d’intérêts calquée sur l’organisation de l’I. G. allemande. Enfin, les maisons françaises, c’est-à-dire les Etablissements Kuhlmann. la Société des Matières colorantes de Saint-I)(;nis. la Compagnie de Saint-Clair-du-Bliône, la Société Steiner, etc., ont également conclu des accords en vue d’une collaboration scientifique, technique et commerciale, ce qui aboutit à la création de la Société centrale des Matières colorantes, fondée' en 1929.
- Mais on est allé plus loin et, suivant en cela des exemples déjà anciens, on a pensé qu’il n’était pas impossible d’arriver à coordonner les efforts des producteurs des divers pays. C’est ainsi que s’est développée ce qu’on appelle la politique des ententes internationales. Le premier accord de cette nature fut celui des industries allemandes, suisses et françaises conclu en 1927 et 1929. Depuis 1932, l’Imperial Chemical Industries y a donné son adhésion qui fut suivie par celle des fabricants polonais.
- Telle est, en résumé, l’histoire de ces dix-huit années, qui furent à la fois si douloureuses et si fécondes. La situation de l’industrie des matières colorantes en France est donc bien différente aujourd'hui de ce qu’elle était en 1914 puisque la production couvre sensiblement 90 p. 100 de la consommation. Mais ce qu’il faut surtoutconsidérer, c'est la solidité des fondations sur lesquelles elle repose, ce qui en assure la continuité et la durée. Cependant, lelfort n’est jamais terminé car le progrès est incessant ; mais comme il est moins pénible d'améliorer et de développer que de créer, il semble qu’on puisse être satisfait des résultats obtenus, qui sont de bonnes garanties pour l’avenir.
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- bull, de la soc. d'encour. pour l’industrie NATIONALE. — MARS 1933 (p. 153).
- UN IMPORTANT PROGRÈS DANS LA CONSTRUCTION DES ACCUMULATEURS ÉLECTRIQUES AU PLOMB : L’ACCUMULATEUR PROTÉGÉ « FÉRY-CARBONE > 1
- par M. Ch. Féry, membre du Conseil de la Société d’Encouragement.
- De même que la bicyclette et l’automobile ont répandu dans le public les notions de mécanique, la T. S. F. a vulgarisé l’électricité et familiarisé les usagers de la radiophonie avec les accumulateurs et leur a appris, hélas ! leurs défauts.
- Ce sont surtout ces défauts qui ont amené les perfectionnements des postes alimentés par le secteur.
- L’eau et le gaz s’accumulent facilement dans des réservoirs ou des gazomètres qui sont parfaits à tous points de vue : ils gardent parfaitement leur charge, et indiquent même à chaque instant leur capacité résiduelle il n’en est pas de même des réservoirs d’électricité, les accumulateurs, qui fuient plus ou moins rapidement (1 p. 100 par jour environ) et où il est difficile de connaître, sinon impossible, la capacité dont on dispose.
- Cette différence de fonctionnement est due au fait que l’accumulation d’un liquide ou d’un gaz se fait mécaniquement, tandis qu’on est obligé de passer par une réaction chimique pour emmagasiner l’électricité : des fuites, qui correspondent à un débit sur une résistance extérieure, se produisent en effet continuellement au repos entre les deux plaques des éléments, fuites qui ont tendance à ramener ces deux plaques au même potentiel en réduisant la positive et en oxydant la négative.
- Un trop long repos, une décharge poussée trop loin, et surtout l’abandon sans recharge d’une batterie déchargée, produisent dans les accumulateurs au plomb, une « sulfatation » profonde des négatives qui ne peuvent être ramenées que très difficilement à leur état normal.
- De plus, les positives laissent peu à peu tomber leur matière active qui s’accumule sous forme de boues au fond du bac; cette perte de matière amène naturellement une perte irrémédiable de capacité.
- Telles sont les principales causes de perle de capacité des accumulateurs au plomb avec le temps, et qui abrègent la vie des éléments.
- Ces défauts ont causé à la radiotélégraphie militaire de grands ennuis pendant la guerre et m’ont été signalés à ce moment par notre regretté collègue, le général Ferrié, qui m’a demandé d’étudier cette question.
- Une -dizaine de théories ont été échafaudées pour expliquer le fonctionnement de la géniale découverte de G. Planté (1859).
- (1) Communication faite en séance publique par l’auteur le 28 janvier 1933.
- (2) Les électriciens eux-mêmes s’adressent à l’accumulation hydraulique dans les « usines de pompage » quelquefois adjointes aux usines hydro-électriques de production d’énergie. L’accumulation de l’énergie pendant les « heures creuses » serait également très avantageuse dans les centrales thermiques, en diminuant le nombre d’alternateurs nécessaires; seuls les défauts des batteries actuelles s’y opposent.
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- '1 o-i L*ACCU M U LA T K UII PR* »TÉÜÉ « F KR Y-C A RBON'E ». — .MARS 1933.
- De toutes ces hypothèses seule la théorie de Gladstone et Tribe (1882) avait été retenue et était devenue classique.
- Comme on le sait, dans cette théorie on admet que les deux plaques se sulfatent pendant la décharge, d’où le nom de théorie de la double sulfatation qui lui a été donnée, et qui s'exprime par la réaction réversible suivante :
- Ph ~ 2S04H2 -r- PbO2 PliSO4 -A 2H20 — PJ.SO4 [F
- Bien des faits expérimentaux rendent cette hypothèse difficilement acceptable :
- 1" L’accumulateur n’est pas autre chose qu’une pile, dont les produits actifs ont été préparés sur place par électrolyse, et les lois qui régissent l’électrolyse sont générales; elles s’appliquent à tous les métaux.
- Dans la pile de Volta, par exemple, on sait que l’électrolyte sulfurique, pendant la décharge, se scinde en ses deux ions : S0\ qui se porte sur le zinc pour donner un sulfate soluble, et H2 qui vient se dégager sur le cuivre, où il produit, comme on on le sait, le phénomène de la polarisation.
- Pourquoi le plomb seul ferait-il exception, et comment expliquer que le radical acide SCP de l’acide sulfurique se porte simultanément sur les deux électrodes?
- Cette seule remarque laisse supposer que la production de sulfate de plomb, toujours constatée dans la positive des éléments ordinaires et non protégés, est due à une réaction secondaire;
- 2° Comment se fait-il que le sulfate de plomb produit par une décharge normale dans la négative soit facilement réductible si on recharge de suite l’élément, tandis qu’au contraire cette réduction devient impossible si on le laisse au repos quelques jours avant de le recharger?
- Les-partisans de la théorie de Gladstone expliquent ce fait en disant que les cristaux de sulfate de plomb produits ainsi pendant le repos grossissent en devenant irréductibles.
- On peut remarquer facilement d’ailleurs qu’au lieu de blanchir pendant la décharge comme le voudrait la formation de PbSO’% la plaque négative prend une teinte plus sombre, comme l’avait déjà observé Planté lui-mème, ce qui est inconciliable avec la production de PbSCP qui est blanc:
- 3’ De même [tour la positive, dont la couleur, après décharge, reste brun chocolat au lieu de passer au blanc.
- Quant aux chutes de matière positive, elles étaient expliquées par une considération philosophique : « Après un assez grand nombre de cycles de charge et de décharge, cette matière a vécu ; elle devient inerte et meurt... en se détachant de la plaque.... "
- Pensant qu'on ne pourrait perfectionner l'accumulateur au plomb que par la connaissance exacte des réactions chimiques qui s’y produisent, tant à la charge qu’à la décharge, j’ai entrepris, en 1916. une série de recherches et d’analyses chimiques que j'ai publiées en 1919 ’ et qui ni ont conduit à la réaction réversible suivante ;
- Pli- ; - -r Plro5 IM.-SO4 II2!»-- 2PI.U2 2
- FU Fonctionnement chimique de l'accumulateur au plomb (Bullelin de la Société chimique de France. 2a, 19 l'.t p. 223, et Bulletin de la Société française des Électriciens. 3° série, n° 77, 19111).
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- L’ACCUMULATEUR PROTÉGÉ « FÉRY-CARBONE ».
- Jd5
- Cette réaction contient deux composés nouveaux ou du moins peu connus : le superoxyde électrolytique Pb20:i, déjà soupçonné par Drewiecki (1882) et que cet auteur suppose être l’anhydride de l’acide perplombique Pb206H2, et le sulfate plombeux Pb2S04 que Denham a retrouvé depuis et dont il a donné la préparation chimique en février 1919 à la Chimical Society, au moment même où je publiais mes travaux.
- Le superoxyde de plomb est un corps d’un beau noir, très oxydant et endother-mique, qui est réduit à froid, comme je l’ai observé, par un courant d’hydrogène d’après la réaction :
- Pb205 + H2 = 2Pb02 -+- fl20 [3]
- en s’échauffant et devenant brun (oxyde puce).
- J’ai pu analyser ce corps extrait des alvéoles d’une plaque positive fraîchement chargée.
- Quant au sulfate plombeux, c’est un composé gris ardoise que je n’ai pu analyser en raison de sa rapide oxydation à l’air, où les pastilles extraites des négatives s’échauffent en fournissant le sel stable PbSO4 par la réaction
- Pb2S04 + S04H2 + 0 = 2PbS04 4- H20, [4]
- cela grâce à l’électrolyte qui les imprègne'41.
- Dix ans plus tard, en effet, en 1929, M. A.-P. Rollet a soutenu, devant la Faculté des Sciences de Strasbourg, une thèse de doctorat ayant pour titre « Sur quelques composés nouveaux qui prennent naissance aux électrodes »; cette thèse avait été préparée dans le laboratoire du Prof. Hackspill, à Strasbourg.
- Voici les conclusions de M. Rollet en ce qui concerne les électrodes de plomb dans l’électrolyte sulfurique :
- « 1° La théorie de Féry semble bien expliquer le fonctionnement de la plaque « positive. Si la fixation de SO4 est expliquée par la théorie de Gladstone, cette der-« nière ignore le peroxyde Pb20\ D’autre part, admettre la théorie de Gladstone « c’est admettre ce fait étrange : quelles que soient les conditions expérimentales, « une proportion de matière active positive, voisine de 40 p. 100, est seule sus-« ceptible d’être utilisée ».
- M. Rollet pense que le sulfate de plomb PbSO1, que contient toujours la positive après décharge, est dû à une réaction secondaire que j’ai trouvée depuis et que je donne plus loin.
- « 2° La théorie de Féry relative au fonctionnement de la négative de raccunnda-« teur au plomb (Pb2«=>S04Pb2) concorde avec mes expériences. Ces dernières
- (4) Ma théorie a été bien accueillie par les membres de l’enseignement, et lorsque je l’ai présentée autrefois à la Société française de Physique, l’un de mes collègues de province m’a remercié de lui avoir appris ce qui se passait réellement dans l’accumulateur, en m’avouant qu’il enseignait depuis de longues années la théorie de la double sulfatation sans la comprendre.
- Ma théorie figure d’ailleurs maintenant dans quelques ouvrages d’enseignement, malgré les nombreuses critiques qu’v ont faites les industriels qui construisent des accumulateurs au plomb.
- Ce n’est d’ailleurs qu’après la confirmation de mes résultats par la belle thèse de doctorat de M. À.-P. Rollet, qui confirme mes vues, que l’Institut me décerna le prix G. Planté en 1929 pour mes travaux sur l’accumulateur.
- J’ose espérer convaincre les industriels par les résultats remarquables obtenus par les éléments nouveaux construits par la Société « Le Carbone » dont les perfectionnements ont été inspirés par ma théorie et que je mentionne plus loin.
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- lof) L’ACCUMULATEUR PROTÉGÉ « FÉRY-CARBONE ». — MARS 1933.
- « ne peuvent s’accorder avec la théorie de Gladstone (Pb?=±S04Pb), qu’en admet-« tant ce fait assez surprenant : quelles que soient les conditions expérimentales, la « moitié de la matière active négative est seule susceptible d’être utilisée.
- « Si la formation d’un composé aussi peu connu que S04Pb2 étonne au premier « abord, on constate cependant qu’elle explique d’une façon très naturelle les pro-« priétés de la plaque négative de l’accumulateur. »
- M. Rollet n’a pu analyser le produit oxydant Pb20:i car il employait la lorma-lion Planté en couche très mince sur des lames de plomb: par contre, il a pu analyser le sulfate plombeux qui se forme à la négative soit surune lame de plomb, soit sur une lame de platine recouverte d’un dépôt mince de plomb, ce que je n’avais pu faire; nos travaux se complètent donc ainsi.
- Pour cette dernière analyse, la plaque rapidement lavée, pour être débarrassée de son électrolyte, est plongée dans une solution concentrée d’acétate d’ammonium, qui dissout le sulfate plombeux formée après décharge. On dose ensuite le plomb et le SO4 correspondant, ce qui amène à la formule Pb2S04. Si on laisse au contraire la plaque déchargée à l’air pendant 72 heures imprégnée de son électrolyte puis qu’on la lave à l’eau et la traite par l’acétate d’ammonium, la réaction [4] s’est produite et on trouve dans le liquide du sulfate plombique PbSO4 : la plaque est «'sulfatée » d’après l’expression consacrée, tout le plomb est transformé en PbSO'u
- Explication de la présence de sulfate de plomb dans les deux plaques des accumulateurs non protégés. — La réaction j’2] que j’ai donnée pour représenter le fonctionnement normal de l’accumulateur, tant à la charge qu’à la décharge, montre que jamais dans un fonctionnement normal, il ne doit se former de sulfate de plomb PbSO4. Gomment se fait-il qu’on trouve toujours-ce sel, en proportion variable d’ailleurs, dans les deux plaques?
- a) Dans la négative. Cette présence s’explique tout naturellement par la réaction L4], et provient de l’action ultérieure de l’air, ou de l’oxygène provenant des positives voisines, sur la surface des négatives contenant du sulfate plombeux après décharge.
- b) Dans la positive. D’après mes travaux, le superoxyde de plomb est très facilement réductible ; il passe à l’état de PbO2 par l’action de l’hydrogène à froid :
- PL2 0B -U 112 = 2PI»02 -+- li20.
- 11 n’est donc pas étonnant que la surface des positives, exposée au dégagement lent et continu d’hydrogène donné par les négatives au repos, soit transformée peu à peu en PbO ' ’. On peut remarquer d'ailleurs que la belle couleur noire des positives chargées à refus passe lentement au brun par le repos; cette dernière teinte devient encore plus claire après la décharge.
- En effet, c’est la surface des plaques qui travaille pendant les premiers instants de la décharge, et le PbO2 qui a pris naissance pendant le repos peut passer à un état de réduction inférieur à PbO2.
- 2Pb02 + H2 = PtrO3 + H20. [6]
- Or le minium Pb203, qui a ainsi pris naissance superficiellement, est attaqué
- (31 Lorsqu'on se trouve dans une salle contenant une forte batterie, on entend le léger bruissement que font les bulles d’hydrogène ainsi dégagées en éclatant à la surface de l’élerlrolyte.
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- l’accumulateur protégé « féry-car&one ».
- loi
- comme on sait par l'acide sulfurique en donnant du sulfate de plomb et du bioxyde deplomb.,
- PbsOa + SO*H2 = PbSO* + PbO2 + H20. [7]
- Cette couche, qui a perdu sa porosité par suite du remplacement de 1 d’oxygène par le groupe SO4 plus volumineux, tombera lors de la recharge suivante, sous la poussée des gaz que dégage la positive en fin de charge.
- Ainsi prennent naissance les boues qui s’accumulent au fond des bacs des accumulateurs non protégés, et qui peuvent produire, si on n’y prend garde, des courts circuits entre les parties inférieures des plaques.
- Cette chute de matière active positive cause une diminution lente de la capacité des positives, de même que la formation de sulfate de plomb irréductible, dont nous avons exposé précédemment le mécanisme de formation dans les négatives(6).
- Comme nous le faisions remarquer en débutant, la présence de PbSOv est toujours due à des réactions étrangères à la production normale du courant, et la présence de ce sel, aussi bien à la positive qu’à la négative, est toujours nuisible au bon fonctionnement de l’accumulateur au plomb.
- ACCUMULATEUR PROTEGE FER Y-CARBONE IN S U L F AT A B L Ë.
- Quelles conditions faut-il réaliser pour éviter tous les défauts dont nous venons d’exposer le mécanisme? Il suffit simplement de s’opposer aux échanges gazeux entre les plaques de polarités inverses, en laissant, après charge, la négative dans une atmosphère réductrice d’hydrogène et la positive dans une atmosphère oxydante, c’est-à-dire dans l’air.
- Il est donc indispensable d’entourer la négative d’un séparateur continu, mais ouvert à sa partie inférieure, susceptible de laisser dégager l’hydrogène en fin de charge et aussi pendant les périodes de repos, mais s’opposant d’une manière absolue à toute rentrée d’air dans le compartiment négatif.
- Il faut de plus que ce séparateur laisse passer les ions mais soit complètement imperméable aux gaz. Ce résultat est obtenu très simplement (fig. 1) par un cadre C, en matière moulée dont les deux faces sont constituées par des plaques en bois préparé Sx et S, (séparateurs employés par quelques constructeurs pour séparer mécaniquement les électrodes). Toute matière poreuse à pores fins et inattaquable par
- (0) On peut expliquer très facilement par ces mêmes considérations tous les phénomènes qui se produisent pendant la décharge de l’accumulateur. Ainsi, par exemple, dans les éléments non protégés, on observe souvent et tout de suite après le coup de fouet (dû comme on sait à des produits oxydants et instables, eau oxygénée et ozone produits pendant la charge) un brusque relèvement de la différence de potentiel de l’accumulateur eu débit et qui se maintient pendant le palier de décharge.
- Ce fait provient d’une réduction de la matière positive superficielle par le dégagement d’hydrogène en fin de charge par les négatives voisines; ce n’est que lorsque la matière sius-jacente, qui est au maximum d’oxydation, entre en jeu, que la différence de potentiel normale est obtenue.
- Cette anomalie n’existe pas dans la décharge des accumulateurs protégés qui commence immédiatement après le coup de fouet leur palier normal.
- Ils le commencent même sans coup de fouet si on laisse l’élément au repos quelques heures après la charge, ce qui laisse à l’ozone et à l’eau oxygénée formés le temps de disparaître.
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- ir,8
- ACCUMULATEUR PROTÉGÉ « FÉRY-CARBONF. ». — MARS J9'RR
- l’électrolyte remplit ce rôle lorsqu’elle est imprégnée de liquide retenu dans ses pores par capillarité.
- De plus, le cadre qui maintient ces deux séparateurs est percé, à ses deux angles supérieurs, de deux trous obliques T orientés de haut en bas vers l’extérieur.
- La cavité supérieure ainsi réservée ne peut s'emplir d’électrolyte lorsque ce séparateur, qui coiffe la négative P (dont la prise de courant est à la partie inférieure O), est plongé dans l’électrolyte. Les deux trous supérieurs forment un véritable joint
- hydraulique, laissant sortir le gaz hydrogène, mais s’opposant d’une manière absolue à toute rentrée d’air.
- Ce dispositif est employé pour les éléments transportables; pour les batteries fixes, la construction est encore plus simple : les deux côtés verticaux du cadre, et les deux plaques de bois sont seuls conservés et la cloche supprimée; mais l’ensemble de ce séparateur, ouvert aux deux bouts, est légèrement plus haut que la négative à protéger, et qu'il déborde ainsi à sa partie supérieure.
- L'électrolyte doit recouvrir le haut de la plaque, mais non le haut du séparateur.
- L’étanchéité par rapport à l’air est obtenue en versant, sur l’élément ainsi monté, une couche d’huile de pétrole qui assure une fermeture hermétique, tout en permettant le dégagement des bulles d’hydrogène prenant naissance à la négative.
- On a employé souvent autrefois ce procédé dans des accumulateurs ordinaires, autant pour éviter l’évaporation de l’électrolyte que pour s’opposer, par la filtration des gaz dégagés pendant la charge, aux émanations acides si désagréables des batteries.
- Fi y. J. — Accumulateur au « Fèi v-Rarbone
- >loml) protège
- Mesure de Vétnl de charge des accumulateurs en service. — Pendant la décharge d’une batterie, l’électrolyte se dilue au voisinage des négatives en cédant SOl à ces plaques pour donner naissance au sulfate plombeux Pb2SO’% et aussi près des positives par formation d’eau due à la réduction de ces dernières : réaction réversible de la réaction [21. L’abaissement de la densité de l’électrolyte résultant de ces réactions est couramment employé pour déterminer la charge résiduelle d’une batterie, soit au moyen d’un densimètre. soit plus simplement par l’observation de trois boules de verre coloré et lestées de manière à flotter toutes les trois quand la charge est complète et à être toutes au fond lorsque la décharge est terminée. A mi-décharge l’une des boules est à la surface, l’autre au fond et la troisième est à mi-hauteur.
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- L* ACCUMULATEUR PROTEGE « FERY-CARBONE ».
- L)9
- On a aussi employé un compteur OK qui est traversé en sens inverse par le courant de charge et celui de décharge.
- Tous ces procédés donnent des résultats incorrects avec les accumulateurs ordinaires non protégés, dans lesquels prennent naissance les réactions parasites que nous venons d’indiquer et qui ne contribuent à aucune production d’énergie électrique dans le circuit extérieur. On peut même remarquer que l’acide fixé dans les boues qui proviennent de la désagrégation des positives est irrémédiablement perdu et ne peut être libéré par une recharge ultérieure.
- Ces réactions parasites ne se produisent pas dans les accumulateurs protégés et le densimètre y donne des indications correctes.
- Grâce à la netteté des réactions dans ce dernier cas, les changements de couleur des plaques, très caractéristiques, peuvent seuls suffire à la connaissance approchée de l’état de décharge.
- La négative en particulier passe régulièrement du gris clair au gris foncé pendant la décharge et trois témoins peints en gris clair, gris moyen et gris noir, collés sur la paroi du bac, disparaissent successivement sur le fond de la négative qui s’assombrit régulièrement pendant la décharge.
- Pour apercevoir cette plaque, il suffit de remplacer le dernier séparateur en bois ourné vers la paroi de verre du bac, par une lame de mica ou de celluloïd transparent.
- Dans le cas des batteries à bacs en matière moulée, on emploiera la mesure par le densimètre ou par un compteur d’intensité qui donneront, au rendement près, mais dans ce cas constant, l’état de charge correct de la batterie.
- RÉSULTATS OBTENUS AVEC LE NOUVEAU DISPOSITIF.
- M. Reynaud Bonin, Ingénieur en chef des P. T. T., directeur des Services téléphoniques de Paris, a soumis les nouveaux éléments à des essais prolongés qu’il a détaillés dans un article publié en 1931 dans la Revue générale de l’Élec-Iricité (7); ce travail a été résumé par cet auteur dans une note présentée à l’Académie des Sciences (8) dont j’extrais les passages suivants :
- « Ces accumulateurs protégés ont été soumis à des essais, concurremment à « des éléments ordinaires de dimensions extérieures identiques et garnis avec le « même nombre de plaques positives et négatives, à savoir, pour chaque élément, « 3 plaques positives de 100 X 100 X 1 mm et 4 plaques négatives de 100 X 100 X « 3 mm.
- « Ces plaques étaient toutes à formation artificielle et du type standard indus-« triel courant. D’après les dimensions et d’après les courbes de charge et de « décharge au régime de 10 heures, ces éléments étaient du type connu industriel-« lement sous le nom de « type 30 Ah. »
- « Les expériences entreprises pour vérifier la résistance à la sulfatation ont duré « depuis le mois d’avril 1930, jusqu’au mois de février 1931. Voici ce qu’il semble « établi :
- (7) Expériences sur la conservation des accumulateurs R. G. E. (4 avril 1931, t. XXIX, p. 531-535.)
- (8) Comptes rendus de VAcadémie, t. 192, p. 1035, 27 avril 1931.
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- L'A C C U M U LA T E UI l PROTÉGÉ « FERY-CARBOXE ». — MARS 1933.
- « 1° On a choisi, pour ces éléments, un régime de décharges qui n en « consomme les 30 Ah qu’en un délai de 90 jours environ; mais au lieu que la « décharge soit constante et à faible intensité, elle était intermittente et aune inten-« sité de 0,5 A, selon un rythme commandé par un appareil téléphonique, qui en « était comme le régulateur d’intermittence, chaque fois qu’une conversation télé-« phonique était engagée (commande à distance par électro). Cette loi de hasard « ayant été ainsi réalisée, un accumulateur Féry protégé et un accumulateur au « plomb ordinaire, absolument identiques l’un à l’autre (à part le dispositif de » protection), sembleraient capables de soutenir tous deux cette décharge en « 90 jours, mais, après l’avoir soutenue une première fois, l’accumulateur au c plomb ordinaire, repris au mois de septembre 1930. après avoir été laissé au « repos et déchargé du 19 juillet au 25 août, puis rechargé, n’a été capable de « reprendre le régime intermittent que pendant 60 jours, tandis que l'accumulateur « Féry l’a repris pendant 94 jours.
- « 2° Le même accumulateur Féry, conservé à nouveau à l’état déchargé depuis « le 9 décembre 1930, jusqu’à la mi-janvier 1931, a été capable de donner d’excel-« lentes courbes de charge et de décharge en 10 heures.
- « 3° Un accumulateur Féry protégé et un accumulateur ordinaire, neufs et « chargés tous deux, ont été maintenus à circuit ouvert pendant 7,5 mois (du « 7 avril 1930 au 30 novembre 1930). Placés tous deux en série, à partir du « 20 novembre 1930; au régime intermittent spécial décrit plus haut, ils accusent u tous deux au départ, une différence de potentiel de 2,02 V; mais l’accumulateur « ordinaire a été épuisé après 8 jours de régime intermittent, tandis que l’accumu-« laleur Féry a tenu pendant 53 jours (l’intensité débitée ayant été réduite de « moitié entre le 8° et le 53e jour par suite de la suppression de l'accumulateur « ordinaire déchargé.
- « 4° Ce même accumulateur Féry protégé a été capable de donner à ce moment « d’excellentes courbes de charge et de décharge en 10 heures.
- « Si l’on voulait donner de cette remarquable résistance à la sulfatation d’autres « explications théoriques que celle qui a été rappelée plus haut, il faudrait que les « partisans de la théorie de la double sulfatation suggérassent une interprétation du « rôle patent de la cloche entourant la négative dans la conservation de l’accumu-« lateur.
- « Enfin le dispositif simple décrit précédemment ne nuit en rien au fonction-« nement normal de l’accumulateur qui reste susceptible de débits intenses « (décharge en 10 heures) tout en offrant l’avantage de pouvoir être laissé en repos « sans danger, même étant déchargé. »
- D’autres expériences ont été faites par les Compagnies fournissant des installations téléphoniques privées.
- La commande de ces petits standards d’usines, est faite par des accumulateurs chargés en « tampon » sur le courant de lumière, avec interposition d’un transformateur abaissant la tension, et d’un redresseur à l’oxyde de cuivre.
- Ce procédé si simple se serait beaucoup plus développé, si ce régime de charge, n’avait mis assez rapidement hors de service par surcharge les accumulateurs ainsi utilisés19'.
- (U) On peut remarquer, en passant, que les accumulateurs protégés se chargent normalement
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- Cette mise hors service n’est pas due en général à la négative qui ne se sulfate pas (l’élément étant toujours en charge), mais à la positive dont la matière se détache peu à peu et qui perd ainsi irrémédiablement sa capacité.
- L’expérience a montré depuis de longs mois dans ce cas que l’accumulateur Féry-Carbone protégé résiste parfaitement à ces surcharges et que sa matière active ne tombe pas. *
- Enfin les compagnies de chemins de fer français ont fait aussi de nombreux essais sur les accumulateurs Féry-Carbone; l’un d’eux est particulièrement démonstratif.
- Un élément de ce système, d’une capacité de 120 Ah, a été déchargé d’abord en 10 heures, en fournissant correctement sa capacité. Rechargé et soumis à un régime de décharge lent (5 Ah par jour) jusqu’au crochet final à 1,8, il a donné 175 Ah.
- L’élément fut ensuite rechargé et laissé au repos pendant 4 mois au bout desquels il fut déchargé au même régime lent et continu, de 5 Ah par jour. On put ainsi constater qu’il n’avait perdu pendant ce repos que 13 p. 100, soit ce qu’aurait perdu un accumulateur non protégé pendant les 13 premiers jours de repos (i0).
- Pour s’assurer de la résistance des positives à une surcharge, les ingénieurs de la Compagnie qui fit ces essais rechargèrent cet élément de 120 Ah d’abord en lui fournissant les 175 Ah qu’il avait débités et cela au régime de 3A, puis ils lui fournirent une surcharge de 3.000 Ah en 1.000 heures et au régime de 3 A.
- Au bout de ce temps, cet accumulateur donna une décharge normale au régime en 10 heures, et fournit une capacité de 118 Ah, montrant ainsi son insensibilité à une surcharge considérable.
- Enfin, en terminant, je voudrais exposer une remarque faite par un homme d’équipe d’une autre compagnie.
- Chargé de remettre de l’eau distillée à intervalles réguliers dans des accumulateurs actionnant des signaux de voie à quelque distance d’une gare, cet homme remarqua qu’un accumulateur Féry-Carbone, mis en série avec des éléments ordinaires sur ce signal, n’avait que très rarement besoin de voir ramener son niveau par addition d’eau, tandis que dans les éléments ordinaires l’électrolyte semblait s’évaporer rapidement.
- L’explication de ce fait est très simple : la densité de l’acide d’un accumulateur qui se sulfate tend à baisser, même en l’absence de débit, car SO se fixe sur les plaques comme il a été expliqué précédemment. Or l’électrolyte ainsi affaibli a une tension de vapeur assez grande et s’évapore vite ; au contraire, dans les nouveaux éléments, la densité de l’électrolyte se maintient à 1,25 surtout si ces éléments sont en charge à petit régime (30 à 40 mA) au moyen d’un redresseur.
- Or l’expérience m’a montré qu’en France (et sans doute dans tous les pays tempérés), un acide sulfurique de degré quelconque, tend vers une densité de 1,30 si on l’abandonne à l’air.
- Pour cette densité d’acide, la tension de vapeur représente, en effet, la tension moyenne de la vapeur d’eau dans l’air. Or, la densité 1,25 d’un élément chargé est
- avec de très faibles courants, incapables de charger'les accumulateurs ordinaires, vu l’absence de réactions secondaires parasites.
- (10) Pratiquement un élément ordinaire a complètement perdu sa charge en 120 jours. (Jumac, Traité des accumulateurs électriques.)
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- 102 l'accumulateur PROTÉGÉ « F É R Y-CAR Boni-; ». — MARS tlLLi.
- bien voisine de celle de 1,30 pour laquelle l’acide ne perd ni ne gagne d’humidité prise à l’air.
- CONCLUSIONS.
- Les qualités de résistance à la sulfatation des nouveaux éléments « Féry-Car-bone » leur ouvrent une foule d’applications pour lesquelles les accumulateurs au plomb ordinaires ne pouvaient être employés jusqu’ici.
- Leur prix n’est que de 10 p. 100 supérieur à celui des éléments ordinaires; il représente le coût du séparateur à cloche d’hydrogène.
- On peut remarquer que, même dans beaucoup de cas, le prix et aussi l’encombrement seront moindres, car en téléphonie privée, par exemple, on peut remplacer un élément de 20 Ah généralement adopté, par un accumulateur protégé de 10 Ah faisant le même service et ayant en outre une plus longue vie qu’un élément ordinaire.
- La mise sur le marché des accumulateurs protégés « Féry-Carbone » par la Société « Le Carbone » qui les fabrique, et dont les modèles actuels sont échelonnés de 10 à 73 Ah, avec des capacités variant de 3 en 3 Ah, sera donc bien accueillie de tous les usagers.
- Les nouveaux éléments réunissent toutes les qualités des anciens modèles d’accumulateurs au plomb et de celles des éléments plus récents fer-nickel ou cadmium-nickel, sans avoir les défauts de ces deux principaux types d’accumulateurs industriels: ils dotent l’industrie électrique d’un réservoir ayant sensiblement les qualités de ceux qui sont employés pour accumuler l'eau et le gaz.
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- BULL. DR LA SOC. D'ENCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE.
- MARS 1933 (p. 163).
- LE TRANSSAHARIEN ET LES DIFFICULTÉS DE LA MISE EN VALEUR DES COLONIES li
- par M. F. Blondel, Ingénieur en Chef des Mines, membre, du Conseil de la Société d’Encouragement.
- Lorsque le Président de la Société d’Encouragement a bien voulu me faire demander, il y a quelques jours, de vous parler du Transsabarien à la place de la conférence de M. Mesnager, dont le décès nous a si cruellement et si rapidement frappés, je me suis empressé de répondre à son appel.
- Non pas que j’aie une compétence spéciale en cette matière, autre que celle de quelqu’un qui, par profession et par goût, suit de très près les questions coloniales. Mais il m’a semblé que j’avais là une occasion que je cherchais depuis déjà quelque temps de faire connaître, sur un exemple particulier et vraiment vital pour notre pays, les difficultés auxquelles se heurtent les entreprises de mise en valeur de nos colonies et le danger très grave que le retard sans cesse accentué de leur réalisation fait courir, non seulement à notre empire colonial lui-même, mais aussi à notre vie nationale future. Mon travail quotidien, dans une autre sphère, m’a permis de me rendre compte, malheureusement, de ces difficultés et il m’a semblé que le grand public, celui qui pense et celui qui juge, devait en être averti. C’est donc moi qui dois remercier la Société d’Encouragement de la facilité qu’elle m’offre d’exposer ainsi ces idées qui, hélas, ne me sont pas particulières, car elles sont bien-familières à tous ceux qui veulent entreprendre une œuvre quelconque dans notre empire colonial.
- IJ ignorance des notions coloniales est un premier obstacle à la mise en valeur de notre domaine d'outre-mer. — La première fois que l’on entend parler du Transsaharien, la réaction instinctive que l’on a est la suivante : « Quelle idée étrange «d’aller construire un chemin de fer dans un désert! » Cette réaction, beaucoup d’entre vous l’ont certainement eue; je l’aie eue moi-même autrefois; et il est facile de la provoquer en amenant la discussion sur le Transsaharien dans un milieu qui n’est pas au courant de la question ou qui ne la connaît que vaguement. Cette réaction est particulièrement instructive parce qu’elle montre à quel point nous sommes loin d’avoir le sens colonial.
- Il me semble, en effet, que lorsqu’un projet de cet ordre est présenté par des personnes raisonnables, la réaction devrait être de se demander : « Ce projet a-t-il « été étudié? Dans quelles conditions? Quelles sont les conclusions de l’étude? « Et il conviendrait de ne fixer son attitude que suivant les réponses à ces questions. Je vous demande la permission, avant d’aborder le détail du problème du Transsaharien, de justifier ce point de vue et de montrer pourquoi ce n’est généralement pas ainsi qu’on procède.
- Ce n’est pas cette méthode que Ton adopte parce que les problèmes coloniaux paraissent a priori d’une simplicité extrême; mais cette simplicité apparente n’est due qu’à notre ignorance qui nous fait juger les problèmes coloniaux sans en pos-
- (1) Communication faite par l’auteur en séance publique, le 11 février 1933,
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- LE TRANSSAHARIËX. — MARS 1933.
- sédcr tous les éléments. Par exemple, dans le cas du Transsaharien, nous croyons savoir que le Sahara est un affreux désert de sable où l’on meurt de faim et de soif. Nous en concluons tout de suite qu’établir un chemin de fer dans un tel désert est une entreprise folle et surtout inutile parce qu’elle ne servira à rien, puisqu’il n’existe rien à transporter dans ce désert.
- Nous commettons d’abord une erreur de fait un peu excusable, il est vrai, car elle est due au nom même du chemin de fer. L’une des raisons accessoires des tribulations morales du Transsaharien est certainement son nom qui, en portant l’accent sur le mot « Sahara », appelle l’attention sur le désert à traverser. Peut-être eût-il mieux valu l’appeler « Méditerranée-Niger »; on aurait mis davantage en évidence le but que l’on se propose : joindre la Méditerranée au Niger, l’Afrique du Nord à l’Afrique occidentale. Il est vrai que l’on remplacerait peut-être une appréhension par une ignorance, car je doute qu’il y ait beaucoup de Français pour lesquels ce mot de Niger évoque une idée précise. Cette ignorance des notions coloniales est une des difficultés à vaincre, la moins grave sans doute.
- Il ne faut pas juger l'avenir des colonies d'après leur situation actuelle. — Pour ceux qui sont un peu moins ignorants, le Niger apparaît comme un pays pauvre, dénué de ressources; et l’on se trouve alors devant une objection d’une plus grande portée : « Pourquoi faire un chemin de fer pour desservir un pays —le Niger — où il n’y a que peu de choses. Le trafic de ce chemin de fer sera insignifiant. »
- Cette objection mérite qu’on s’y arrête quelque peu, car elle est malheureusement très générale en matière coloniale. Elle repose sur cette idée que la situation de demain peut se déduire aisément de la situation d’aujourd’hui.
- Il est évident — et encore peut-être j’exagère — que le Transsaharien ne répond à aucun besoin immédiat important des régions qu’il compte desservir. Mais, si nous devons proportionner l’équipement de nos colonies à leurs besoins actuels, notre travail sera vite fini. Pour leur développement économique présent, leur équipement est, en général, suffisant et l’outillage que nous voulons créer a surtout pour but de répondre à des besoins futurs et même de permettre qu’ils naissent.
- Si l’on veut vraiment développer les colonies — j’introduis là une restriction sur laquelle je reviendrai à la fin de cette conférence — il ne faut pas les traiter comme la métropole. En France, les problèmes d’outillage se posent ainsi. Il y existe certaines productions et certains courants d’échanges qui s’effectuent grâce à un ensemble de moyens, chemins de fer, routes, canaux, ports, télégraphe, téléphone, organisation administrative, etc. Cet équipement est plus ou moins commode, plus ou moins adapté à sa fonction; il gène plus ou moins les transactions; mais celles-ci ont lieu tout de même. La réalisation d’un plan métropolitain d’outillage a simplement pour but de faciliter les échanges et non de les faire naître, parce qu’ils existent déjà. Il est donc normal d'étudier ces modifications d'outillage en fonction des besoins actuels,
- Dans les colonies, au contraire, ces échanges n’existent pas, sauf justement dans les régions où nous les avons déjà rendus possibles au moyen d’un équipement approprié. Ailleurs, cet équipement est nul ; il n’est pas question de l’améliorer, comme en France, mais de le créer purement et simplement. Dans ces conditions, il est évident que les besoins qui justifieraient actuellement cet équipement sont nuis aussi. Pourquoi aurait-on créé des productions qui ne pourraient pas être transportées?
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- DIFFICULTÉS DE LA MISE EN VALEUR DES COLONIES.
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- Les transactions coloniales actuelles sont très faibles faute de moyens de communication. — On ne s’imagine pas à quel point les transactions coloniales sont faibles eu égard à l’importance des territoires. Je vais en citer un exemple bien typique. Madagascar est un pays un peu plus grand que la France. Or, les exportations annuelles de Madagascar n’ont pas dépassé, au maximum, 500 millions de francs. On pourrait multiplier les comparaisons analogues. L’Indochine, la plantureuse Indochine, qui, moins par une propagande savamment organisée que par un concours de circonstances facile à expliquer, nous a paru si riche dans ces dernières années, n’est pas beaucoup plus favorisée à cet égard. L’Indochine n’a pas vendu en 1931 à l’étranger 1,5 milliard de francs. Pourquoi? Toujours pour la même raison. Parce que, pour vendre à l’étranger, il y a toute une série de conditions à remplir, indépendamment même de l’organisation commerciale extérieure — tout d’abord, il faut qu’il y ait une production à vendre, ce qui suppose qu’on ait fourni aux habitants, au moyen de capitaux investis, des possibilités d’action qui accroissent leur rendement, ou même plus simplement qu’on les ait éduqués pour qu’ils sachent mieux profiter de leur propre labeur — cela suppose également qu’il existe la possibilité de transporter la production au moyen de routes ou de chemins de fer et de l’expédier au moyen de ports. Ces deux termes se tiennent; pas de production sans moyen de communication, car que ferait-on de cette production? C’est alors un cercle vicieux que de vouloir ne créer les moyens de communication qu'en fonction des productions existant actuellement. Par définition pourrait-on dire, ces productions sont sensiblement adaptées aux moyens existants.
- Je m’excuse de cette longue digression. Elle était, je crois, nécessaire pour réagir contre une fausse image de la réalité et pour montrer ceci, que j’annonçais au début : l’esprit colonial est tout à fait différent de l’esprit métropolitain. L’esprit métropolitain consiste à améliorer un domaine que nous connaissons bien, dont les possibilités ont été étudiées, cataloguées et dont l’évolution est lente. L’esprit colonial consiste à créer là où il n’v a rien. En conséquence”, il ne faut jamais, dans nos colonies, juger un projet d’après la situation actuelle, sinon la conclusion sera toujours la même : il n’y a rien à faire. Il faut prendre une autre attitude. Laquelle? Ne pas conclure avant d’avoir fait une étude détaillée de la question.
- Seulement, cette analyse de l’avenir est singulièrement plus délicate que celle qui consiste à examiner le présent. Avons-nous, chacun, pris isolément, les moyens de faire cette étude? Certainement pas. Aussi la seule méthode dans ce cas est-elle de confier l’étude à des experts suffisamment avertis et suffisamment nombreux pour écarter les chances d’erreur. Une fois cette étude faite, il faut s’en remettre à ce jugement et faire confiance à ses auteurs.
- LE TRANSSAHARIEN A FAIT L’OBJET d’üNE ÉTUDE MINUTIEUSE ET COMPLÈTE. — Par une chance exceptionnelle — c’est d’ailleurs la seule chance que le Transsaharien ait rencontrée dans son histoire— cette étude a pu être faite pour ce chemin de fer. Après quelques missions préliminaires, une loi du 7 juillet 1928 a créé un Organisme d’Études doté de 11 millions pour examiner la question sur toutes ses faces et pour conclure. L’étude a été faite par un ensemble de personnalités si éminentes et si qualifiées que c’est à douter de notre bon sens — dont les Français s’enorgueillissent pourtant si souvent — que de discuter leurs conclusions. Dans cet organisme, nous rencontrons : des techniciens des chemins de fer comme M. Mahieu,
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- LE T HA X S S A11AIIIE N.
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- Inspecteur général des Ponts et Chaussées, président de la Commission des Chemins de fer au Sénat; M. Fontaneilles, Inspecteur général des Ponts et Chaussées, ancien directeur des Chemins de fer au Ministère des Travaux publies; M. Maître-Devallon, Inspecteur général des Ponts et Chaussées et Inspecteur général des Travaux publics au Ministère des Colonies; des coloniaux avertis comme M. Roume. Gouverneur général des Colonies, qui a été un des animateurs de l’Afrique occidentale française.
- Cet Organisme d’Études, après plus de 52.000 km d’itinéraires, a conclu, le 26 novembre 1929, à la possibilité de l’exécution du Transsaharien. Son rapport a été soumis à une Commission consultative de 100 membres, tous choisis pour leur expérience coloniale dans tous les domaines, politique, économique, militaire. Cette Commission a donné son adhésion unanime au projet.
- Mais puisque nous avons ainsi un dossier à notre disposition, il est grand temps de l'ouvrir. Non pas, d’ailleurs, avec un esprit critique — pour pouvoir critiquer il faudrait pouvoir refaire l’étude qui a demandé à ces personnalités tant de temps et de travail! — non pas donc dans un sens critique, mais simplement pour nous instruire. C’est à cela que je vous convie rapidement.
- Le Transsaharien est d'une exécution technique très facile. — Comme je le disais au début, le Transsaharien a pour but de joindre la Méditerranée au Niger, l’Afrique du Nord à l’Afrique occidentale'.
- Quelle est d'abord la longueur de ce chemin de fer? 3.450 km, répond le rapport. Encore faudrait-il distinguer trois parties dans ce chemin de fer : l’une en Afrique du Nord — dans le Maroc oriental, d’après le projet; l’autre au Soudan même, le long du Niger; et la troisième dans le Sahara. Les deux premières, quoi qu’il arrive, devront nécessairement être construites un jour ou l’autre et ne constituent pas à proprement parler ce qui est spécial au Transsaharien ; seule, la partie centrale qui traverse le Sahara est quelque chose de distinct et d’un peu particulier; et à quoi s’élève-t-elle? à 1.600 km à peine. C’est insignifiant. En Afrique même, on peut aller, sans lacune du rail et en ne changeant qu’une fois de voiture, de Capetown à Port-Francqui, dans le Congo belge, ce qui représente uni' distance de plus de 6.000 km.
- Il faut bien dire que nous ne sommes guère hardis en matière de voies ferrées, du moins chez nous, car nous avons construit à l’étranger des voies ferrées très remarquables. Si l’on fait le bilan, on constate qu’en Afrique même, alors que le domaine français et le domaine britannique sont sensiblement de même superficie et égaux d’ailleurs chacun au tiers du continent, l’Afrique anglaise arrive avec plus de 35.000 km de voies ferrées, tandis que l’Afrique française n’en a pas 14.000; le Transsaharien, à lui seul, ne rétablirait pas la balance (voir Annexe).
- Le tracé prévu suit en gros la piste actuelle, avec quelques variantes pour faciliter son tracé. A quelque distance du Niger, il est prévu une bifurcation; une branche, celle de l’Ouest, remonte le fleuve et, par Tombouctou, atteint Ségou: elle rejoindra tôt ou tard Bamako, terminus actuel de la voie ferrée qui vient de Dakar; l’autre branche descend, par Gao, vers Niamey, de manière à constituer l’amorce d’un futur Transafricain vers la Nigeria, LA. E. F. et le Congo belge, se reliant ainsi au réseau sud-africain dont je parlais plus haut. Pour nous en tenir au Transsaharien, on voit que l’ensemble des deux branches prévues a pour but de colliger, pourrait-on dire, toute la moyenne vallée du Niger.
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- Ce tracé, d’après l’Organisme d’Études, est un des plus faciles du monde, comme le sont en général ceux des autres grands chemins de fer désertiques déjà existants. Le problème est si simple que, comme l’a déclaré M. Maître-Devallon, « sur « plus deoOOkm, il faudra de l’imagination aux poseurs de voie pour s’écarter de la « ligne droite ». Dans la partie désertique il sera même possible de se dispenser de
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- ballast. Bien entendu, l’emploi de moyens mécaniques pour la construction serait développé de manière à réduire la main-d’œuvre au minimum. On estime qu’il faudrait environ 2.000 à 3.000 hommes sur les chantiers avec, en plus, 600 hommes en Afrique [du Nord et 1.500 à 2.000 hommes dans le Niger. Avec de tels effectifs, on peut prévoir un avancement tel que, les travaux étant poursuivis simultanément au Sahara et au Soudan, l’ensemble pourrait être fini en o ou 6 ans.
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- Bien qu’en général on se désintéresse des questions purement techniques dans la discussion de ce projet, il est deux points qui inquiètent ordinairement ceux qui veulent bien porter quelque intérêt à cette entreprise : la question du sable et la question de l’eau. Depuis que les Anglais nous ont appris que le coq gaulois aimait à gratter le sable, nous croyons savoir que le Sahara est entièrement formé de sables mouvants. Nos amis d’outre-Manche ne l’ont pas fait exprès, mais ils ont ainsi fourni involontairement un argument contre le Transsaharien; or cet argument est inexact. Il y a bien des régions de sables mouvants, mais on peut les éviter et passer surtout dans des régions de reg à sol dur. Quant au sable qui pourrait, transporté par le vent, gêner l’exploitation, nous savons ce qu’il en est par nos deux lignes sahariennes : celle de Colomb-Béchar et celle de Touggourt ; nous savons également ce qu’il en est par le chemin de fer transaustralien : c’est une question d’entretien insignifiant qui exige en Australie moins d’un homme par 5 km.
- L’eau est infiniment plus redoutable pour les voies ferrées. Mais l’eau manque dans le Sahara; on ne le sait que trop : c’est le « pays de la soif ». Gomment fera-t-on pour faire circuler des locomotives? La solution, là aussi, n’est pas à inventer : il suffit d’utiliser les locomotives Diesel électriques en usage dans d’autres pays. Ces locomotives permettront de remorquer des trains de marchandises de 3.000 t et de transporter les voyageurs par trains rapides en 30 heures de la Méditerranée à Ségou.
- A la vérité, ces questions techniques n’inquiètent que par acquit de conscience, pourrait-on dire, et sur ce point, mais sur ce point seulement, on fait volontiers confiance aux ingénieurs. D’ailleurs, il faut ajouter que leurs conclusions techniques ne paraissent pas avoir été jamais contestées. Le Transsaharien est un problème très facile au point de vue technique.
- Le Transsaharien sera un chemin de fer très bon marché. — Où la discussion devient plus vive, c’est lorsqu’on aborde le problème financier et économique. Ce chemin de fer sera-t-il jamais payant?
- Et d’abord que coûtera-t-il? La dépense envisagée avec les cours actuels y compris les intérêts intercalaires pendant la construction, est de 2.600 millions, soit 630.000 fr par kilomètre, ce qui est très faible pour un chemin de fer à voie normale et ce qui est dû aux facilités d’exécution. Ce chiffre n’a jamais été contesté non plus. Nous reviendrons plus loin sur le problème financier; examinons d’abord le problème économique qui le commande. Car, de toute évidence, la somme indispensable ne pourra être trouvée que si l’emprunt est accompagné d’une garantie d’intérêt de la part de l’Etat et il est, par suite, nécessaire de savoir si cette garantie d’intérêt devra jouer; il faut donc faire une évaluation des revenus possibles.
- Très sagement, les auteurs du rapport se sont posé le problème de la façon suivante : A partir de quel tonnage le Transsaharien couvrira-t-il ses frais d’exploitation et ses charges de capital? Le résultat de l’étude est le suivant : à partir de 280.000 t par an dans chaque sens, le Transsharien devient une entreprise payante.
- Ce chiffre peut paraître faible; et cependant, lui non plus n’a guère été contesté; il résulte du fait que le prix de revient à la tonne offerte serait de 130 fr de Ségou à la Méditerranée avec les trains de 1.300 t adoptés par les auteurs du rapport. A l’heure actuelle, avec les progrès techniques des locomotives Diesel, on adopterait des trains de 3.000 t et le prix de revient de la tonne tomberait à 90 fr.
- Ce faible prix de revient, comparé aux autres prix de revient des chemins de fer
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- coloniaux, est dû tout d’abord aux facilités de tracé ; il provient aussi du fait que le Transsaharien ayant sa tête de ligne en Afrique du Nord pourra être entretenu et mené par un personnel blanc payé à un prix raisonnable, tandis que les chemins de fer coloniaux sont conduits par un personnel noir à compétence limitée. Tous ceux qui ont quelque expérience coloniale savent la différence qui en résulte pour le prix de revient.
- « En somme, comme le fait remarquer avec beaucoup de bonheur M. Maître-« Devallon, le chemin de fer transsaharien n’est pas un chemin de fer, il est en tous « points comparable à l’exploitation d’une mer : les trains transsahariens, ce sont « des cargos et ils ont des prix de fret comparables à ceux des cargos. Et il n’y a « rien d’étonnant à cela. Un train de 3.000 t, pour marcher à 30 km/h, a besoin « d’une machine de2.500 ch; à 15 km/h, un cargo doit avoir besoin d’une machine u de 1.500 ch. Un train transsaharien a besoin de 6 hommes d’équipage; le cargo, « environ 15 hommes. Donc un peu plus d,e force dans un cas, un peu plus de « main-d’œuvre dans l’autre. La partie est égale. Il ne faut donc pas s’étonner qu’un « train lourd de cette nature puisse faire des prix comparables à ceux d’un cargo. »
- Les 'possibilités des pays à desservir justifient largement la construction du chemin de fer. — Jusqu’à présent, il n’y a pas encore de bien grandes difficultés. Elles commencent à partir du moment où l’on pose cette question : « Ces 280.000 t dans chaque sens, où les trouverez-vous? »
- Bien entendu, pas dans le Sahara, tout au moins jusqu’à plus ample informé, mais dans la vallée du Niger, qui n’est plus le désert, tant s’en faut. Ce trafic de 300.000 t ne paraît vraiment pas exagéré pour un pays comme le Soudan, qui est deux fois plus grand que la France et qui a déjà 4 millions d’habitants. Le Sénégal, quand nous y sommes arrivés, n’exportait rien. Or, plus petit et moins peuplé que le Soudan, il exporte maintenant 500.000 t.
- Les auteurs du rapport, toujours prudents, ont admis qu’au début de la vie du Transsaharien, le trafic serait nul; puis que, croissant peu à peu, il atteindrait cette limite de 300.000 t en 25 ans. Si le chemin de fer arrive, après 60 ans, à un trafic, en vérité misérable, de 600.000 t dans un sens et de -400.000 dans l’autre, il aura remboursé toutes ses insuffisances d’exploitation et amorti entièrement son capital. A ce moment, il sera libéré de toutes dettes.
- On peut penser que ces hypothèses sont, en fait, trop prudentes et que le trafic sera rapidement beaucoup plus considérable. Au début, il proviendra surtout de l’arachide, qui sera plantée en quantité le jour où les populations de cette région sauront qu’elles peuvent la vendre. Ces matières proviendront également du bétail, tant bêtes vivantes que peaux et laines, dont il existe déjà des troupeaux considérables au Soudan. Enfin, ces produits proviendront des irrigations du Niger qui sont commencées sous la direction d’un ingénieur particulièrement habile et compétent, M. Bélime. On a calculé qu’une fois la première étape atteinte, dans 15 ou 20 ans, ces irrigations entraîneraient, tant en engrais qu’en matériaux de construction, machines et produits de la culture, un trafic d’un million de tonnes par an.
- Au point de vue financier, le capital serait souscrit sous forme d’obligations qui s’échelonnant sur 5 ou 6 ans, devraient donc comporter des émissions de 500 à 600 millions de francs par an; on ose à peine citer ce chiffre puisque c’est lui qui est considéré comme rendant l’opération irréalisable. On ne peut pas, paraît-il,
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- LE IRA N S SA H A RIEN.
- .MARS i'.l.'î.'i.
- trouver 500 à 600 millions de francs par an dans un pays dont la réserve d'or est de 81 milliards !
- l’objection 1)E NOS DIFFICULTÉS FINANCIÈRES ACTUELLES. EN REALITE LA CONSTRUCTION du transsaharien les diminuerait. — Il y a une question qu’il faut traiter tout de suite à propos de ces problèmes financiers parce qu’elle constitue l'une des objections qui paraissent les plus raisonnables. « Ce n’est pas, dit-on, le moment d’entre-« prendre un tel travail au milieu de nos difficultés financières. Lorsque le feu est « à la maison, on ne s’occupe pas des écuries, » sauf, me répondait récemment une éminente personnalité, lorsque les écuries peuvent aider à sauver la maison. Ce qui est le cas pour la plupart des projets coloniaux et notamment du Transsaharien.
- Le capital prévu comprenant les intérêts intercalaires, la garantie d’intérêt ne jouerait qu’après la première année de mise en train du chemin de fer : de telle sorte que, dans les conditions les plus défavorables, le Trésor n’aurait rien à débourser avant 5 ou 6 ans. Que dis-je? il y gagnerait maintenant. Car, si le Parlement se décidait à ordonner demain la construction de ce chemin de fer, les commandes de matériel faites en France, s’élevant à 1.650 millions, fourniraient du travail à 35.000 ouvriers français pendant 4 ans, allégeant d’autant les finances publiques grevées par les allocations de chômage.
- UNE AUTRE OBJECTION I NOS COLONIES ONT d’aUTRES REGIONS TRÈS RICHES Qu’lL
- faut d’abord mettre en yaleur. —Cette conclusion ne satisfait pas tous les contradicteurs les mieux intentionnés qui sont tentés de faire l’objection suivante : « Nous « voulons bien admettre tout ce que vous nous dites du Transsaharien; mais n’y « a-t-il pas cependant dans quelques parties de nos colonies des régions très riches. >< Ce sont ces régions riches qu’il faut chercher à atteindre par le rail et non des « zcnes pauvres comme le Niger. Par exemple, supposez que vous puissiez nous « dire : il y a un magnifique gisement d’or dans le Sahara; alors nous compren-« drions que vous nous proposiez le Transsaharien pour permettre l'exploitation, « car on pourrait à l’avance et dans une certaine mesure examiner si celte exploi-« lation serait possible et payante. Dans ce dernier cas, la voie de communication « s imposerait. Mais vous n’avez rien d’analogue à nous proposer qu’un hypothé-« tique développement du Niger. »
- ON NE CONNAÎT PRATIQUEMENT RIEN DES RICHESSES MINIÈRES DE NOS COLONIES. LEUR DÉCOUVERTE DÉPEND AUSSI DANS UNE CERTAINE. MESURE DES POSSIBILITÉS DE communication. — Suivons nos contradicteurs sur ce terrain; mais faisons remarquer tout de suite que l’absence de gisement minier connu ne prouve rien et que c’est raisonner avec beaucoup de simplicité que de croire à la découverte spontanée des mines dans les pays où la circulation est particulièrement difficile.
- Puisque je suis, par hasard, sur mon terrain familier, voulez-\ous me permettre d'en dire deux mots? Il faut parler franc. Nous ne savons absolument rien des possibilités minières de nos colonies et nous commettons, en jugeant ces possibilités minières, la même erreur générale que je signalais plus haut. Nous admettons que ce développement de demain peut se prévoir par une simple extrapolation prudente de la situation d'aujourd’hui. Comme, actuellement, dans notre domaine africain, en dehors de l'Afrique du Nord, l’exploitation minière est quasi nulle, nous en concluons qu elle sera indéfiniment nulle ou à peu près. Lu même raisonnement
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- appliqué à la Rhodésie du Nord avant 1925 — ce n’est pas si vieux — aurait conduit à admettre qu’il n’y avait rien non plus à tirer de ce pays : or, depuis 1925, on a mis en évidence, en Rhodésie, des gisements de cuivre si riches et si importants qu’associés à ceux du Ivatanga, ils ont bouleversé complètement le marché du cuivre et détruit la suprématie des États-Unis pour ce métal. Dans la brousse africaine, où la population est clairsemée et ignorante, les gisements ne se trouvent pas par un coup de dés. Ou tout au moins, si nous ne comptons que sur ce coup de dés, nous pouvons attendre longtemps. Là aussi, nous transposons indûment, dans un domaine qui ne leur convient pas, nos habitudes d’esprit créées par ce que nous a montré la vie de la métropole ou de l’Afrique du Nord. En France, beaucoup de gens circulent : on va partout ou à peu près. On peut dire que tout le sol a été exploré et que bien peu de choses sont ignorées. En Afrique, c’est le contraire. Combien de spécialistes ont circulé dans les régions situées en dehors des quelques rares pistes, toujours les mêmes? Pour des pays plus grands que la France, on les compterait sur les doigts de la main. Comment, dans ces conditions, conclure que l’on a déjà trouvé tout ce qu’il y avait à trouver? Il en résulte également que, si nous ne créons les voies de communication qu’en fonction des mines possibles et reconnues, nous retomberons dans le même cercle vicieux : car, pour pouvoir trouver des mines, il faut d’abord qu’on puisse circuler dans le pays.
- En voulez-vous un exemple pris ailleurs? La Guyane est un pays probablement riche en or : je dis « probablement riche en or » parce qu’on en a déjà extrait officiellement 150 tonnes, soit, au cours actuel, plus de 2 milliards de francs; c’est une première raison ; la seconde, c’est qu’on y rencontre fréquemment de très hautes teneurs, par exemple des alluvions à 7 ou 10 g/m3, alors qu’on est généralement très heureux quand on peut exploiter ailleurs des alluvions à 2 g/m3. Mais que sait-on de la Guyane? Rien — rien en dehors de toutes petites zones le long des seules voies de communication possibles — et quelles voies : des rivières à peine navigables! Imagine-t-on, en France, que, pour se rendre de la côte à l’intérieur de la Guyane, c’est-à-dire pour parcourir 250 km, il faut près de 3 mois et que, si l’on voulait organiser une exploration de la zone inconnue du Sud, il faudrait prévoir toute une expédition qui devrait durer au moins 1 an. Et cela pour un pays qui est à peu près grand comme le bassin d’Aquitaine. Conclusion : ne dites pas que les gisements miniers appartiennent à un ordre de richesse qui, bien que non exploitée, justifierait la construction d’un chemin de fer; car, dans l’état actuel des choses, nous ne savons rien des richesses minières de nos colonies.
- l’illusion de la grande richesse spontanée des colonies. — Mais, en outre, cette objection repose sur une erreur bien plus fondamentale. On imagine que nos colonies sont des Eldorados, qu’il y a une foule de richesses évidentes qui ne demandent qu’à être cueillies et qu’en conséquence c’est vers ces zones naturellement riches que nous devons nous diriger. Je sais d’où vient cette illusion : elle est due à une propagande souvent bien intentionnée, mais bien inhabile des littérateurs d’autrefois. Que de descriptions n’avons-nous pas lues où nos colonies étaient présentées comme des Edens, où tout vient à profusion. Les parfums, les fleurs, les fruits, tout est produit avec une richesse inégalable; et le bienheureux colon, mollement bercé dans un hamac établi au milieu de la forêt tropicale, doucement éventé par une troupe d’esclaves dociles, n’a qu’à donner des ordres pour qu’affluent, à ses
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- pieds, les richesses du sol et du sous-sol. Je sais bien que, consciemment, ce n’est plus cette image que nous avons dans l’esprit, du moins pour ceux qui ont.pris la peine de s’informer. Mais, sincèrement, n’est-ce pas cette image inconsciente qui guide tous nos réflexes et toute notre conduite vis-à-vis des colonies?
- Nos colonies sont des pays vierges qui ne seront mis en valeur qu'avec du travail et des capitaux. — Cette image est fausse, absolument fausse. Nos colonies ne sont pas des pays naturellement riches par une bénédiction providentielle : ce sont simplement des pays vierges. Leurs richesses, si j’ose dire, ce sont leurs kilomètres carrés. Mais c'est tout. Et, pour en profiter, il faudra, comme ailleurs, du travail et des capitaux. Voilà ce qu’il faudrait répéter, inlassablement, pour que, peu à peu, cette nouvelle image remplaçât l'ancienne. Nous avons un immense domaine qui n’est riche que de son immensité. Mais il est en friche — absolument en friche; il n’y pousse que de mauvaises herbes — cette mauvaise herbe étant fréquemment la foret tropicale hostile, impénétrable. Si nous voulons en faire un domaine productif, il faudra faire comme pour tous les domaines en friche; il faudra y pénétrer, enlever les mauvaises herbes et les remplacer par des cultures rémunératrices ou des industries prospères. 11 faudra y travailler et il faudra y investir de larges capitaux.
- LES RAISONS DE L’INACTION : LA NÉCESSITÉ DE L’INTERVENTION DE GOUVERNEMENT
- et du parlement. —Ainsi, voilà ce que nous apprennent des personnalités particulièrement qualifiées et compétentes. On peut à peine comprendre qu’on ne soit pas passé tout de suite à l’exécution. Et. cependant, rien n’a été fait. Pourquoi? En examinant les raisons, ou tout au moins quelques-unes des raisons, nous allons comprendre la grande misère de toutes les entreprises coloniales et l’immense responsabilité que nous encourons et dont nous porterons tôt ou tard le poids.
- La raison essentielle pour laquelle ce chemin de fer n’est pas encore l'ail est qu’il est une œuvre collective, nécessitant l'accord du Gouvernement et l’autorisation du Parlement. De là découlent, comme je vais le dire, toutes les difficultés. Malheureusement, il faut bien se convaincre que c’est le sort de presque tous les projets coloniaux.
- Nos colonies, en fait, ont été créées non pas par la volonté du peuple français, mais par quelques initiatives hardies et désintéressées, mollement soutenues par les Pouvoirs publics et parfois complètement abandonnées à leur propre sort. Le mouvement une fois commencé, on a été généralement obligé de suivre. Mais cela, c elait possible pour la conquête; ce n’est plus possible pour la mise en valeur. Pour des raisons diverses, dont la principale est l'éparpillement des fortunes en France, l’effort privé ne pourra jamais à lui seul réaliser la mise en valeur des colonies. Il pourra, et même il devra, y participer dans une large mesure. Mais il est nécessaire, dans presque tous les cas, que le Gouvernement intervienne. Et alors commence une comédie — ou une tragédie — dont je vais essayer de débrouiller quelques lils.
- les discussions autour du transsaharien. — Tout d'abord. pour réaliser aisément des œuvres collectives, les Français sont trop intelligents. Chez d'autres peuples, où l’esprit critique est moins répandu, un rapport extraordinairement bien fait et revêtu de l'estampille officielle aurait semblé parole d'Évangile. Chez nous, il a suscité un monde de critiques. El ces critiques proviennent de trois séries de
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- difficultés de la mise en valeur des colonies.
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- personnalités que l’on retrouverait dans toute entreprise coloniale du même genre : les sceptiques, les contradicteurs et les chercheurs d’améliorations.
- Les sceptiques. — Les sceptiques d’abord. « A quoi bon, disent-ils, entreprendre « de tels projets? Le rapport est sans doute bien fait, mais il a été établi par des « visionnaires. Cultivons notre jardin. Restons chez nous. Allons-nous jeter notre « argent aux quatre coins du monde? Tout cela échouera, tout cela est voué à une « mort misérable. » L’esprit français est dur à tous ceux qui veulent faire du nouveau. « Les plumes d’autruche n’étant plus à la mode, votre chemin de fer n’aura « plus que du sable à transporter » disent-ils.
- Je crois que les sceptiques ne sont pas les plus dangereux. Ils constituent une masse négative que l’on peut assez facilement neutraliser. Heureusement, le peuple français, pris en bloc, est susceptible d’enthousiasme et il suffit de trouver la bonne corde pour la faire vibrer; j’ajouterai tout de suite qu’il ne me semble pas que cette corde ait encore été trouvée pour le Transsaharien; j’y reviendrai plus loin en insistant beaucoup, parce que c’est, à mon sens, la plus grande difficulté de cette entreprise, comme d’ailleurs de toutes les entreprises coloniales. Mais, le jour où l’on aura pu susciter l’enthousiasme, les sceptiques se tairont parce que les rieurs ne seront plus de leur côté.
- Les contradicteurs. — Après les sceptiques, les contradicteurs. Ceux-là sont un peu plus dangereux. Il est bien difficile, en France, de proposer de faire quelque chose sans qu’immédiatement quelqu’un ne découvre de bonnes raisons pour faire autre chose. On ne nie pas que le but général poursuivi ne soit intéressant; mais, comme vous avez proposé un moyen, on en met immédiatement un autre en avant. Le Transsaharien a pour but, pratiquement, de débloquer la région du Niger. « Mais pourquoi la débloquer vers le Nord? disent les contradicteurs. C’est une « idée inouïe : c’est vers l’Ouest qu’il faut aller — ou vers l’Est — ou vers le Sud », suivant les personnes. On aurait proposé l’Ouest qu’on aurait trouvé aussi bien des contradicteurs pour défendre le Nord. « Vous voulez débloquer le Niger? Mais « pourquoi employer le chemin de fer? Moyen démodé : prenez donc l’automobile, « ou l’avion... »
- Le Transsaharien a, en outre, à ce point de vue, le malheur d’être un projet de travaux publics; or, tout le monde se figure être compétent en matière de travaux publics. Il y a des domaines privilégiés dans lesquels le public n’ose pas s’aventurer, par exemple celui des mines ; il croit, les yeux fermés, ce que les spécialistes lui racontent à ce sujet. Pourquoi? Tout d’abord parce que le public a rarement l’occasion d’entrer en contact avec le monde des mines qui est un monde à part, fermé. Aussi, parce que cette technique exige la connaissance d’un vocabulaire précis que le public ignore. Lorsque quelqu’un non-spécialiste ose, par hasard, discuter une telle question, il est immédiatement désarmé devant l’offensive de mots tels que trias, pegmatites, cassitérite, travers-bancs, molettes, et autres dont, sans la moindre intention malveillante, le technicien le bombarde. Il recule épouvanté et se tait. Il sent qu’il est là en présence d’un monde inconnu et se fie aux rapports des experts. Mais, en matière de travaux publics, le non-technicien prend sa revanche. Comme il paie parfois un billet de chemin de fer, il est persuadé que la technique ferroviaire n’a aucun secret pour lui et que tout de ce métier s’apprend en regardant passer les trains. De même, il a plus ou moins à se servir des routes,
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- sinon dans sa propre voiture, du moins dans celle des autres. Cela lui conlère une compétence spéciale en cette matière. Et puis, les mots sont simples. Si nos camarades des Ponts et Chaussées s’exprimaient entre eux en chinois, ils auraient beaucoup moins de difficultés morales à vaincre. Pour les consoler, on peut leur dire qu’ils sont à ce sujet encore mieux placés que les médecins. Tout cela, malheureusement, augmente les possibilités de contradiction.
- Les auteurs du projet ont eu la complaisance de répondre à toutes ces critiques: et vous en trouverez aisément les échos dans les multiples conférences et études publiées sur le Transsaharien. Je ne m’attarderai pas à développer ces objections et ces réponses, parce que je ne suis pas qualifié pour cela — et parce que ce n’est pas mon but. 11 me suffira de dire qu’aucune des objections qu’on a pu soulever ne résiste à l'examen. On pouvait en être sur à l’avance. Car on avait pris soin de réunir dans cet Organisme d’Etudes tous ceux qui étaient capables, par leurs connaissances techniques ou coloniales, de faire à l'avance le tour de ces objections et de les étudier.
- Les chercheurs d'améliorations. — Après les contradicteurs, les chercheurs d’améliorations. Ceux-là sont les plus terribles. « Préservez-nous de nos amis! » On admet le projet en soi, mais on cherche à en améliorer tous les détails. Cette critique est beaucoup plus subtile et beaucoup plus dangereuse parce qu’il est évident qu’elle est fondée. Il est certain qu'au fur et à mesure que le temps passe, la technique s’accroît et les connaissances se développent. Si les études de l'Organisme du Transsaharien étaient faites aujourd’hui, les propositions du rapport seraient sans doutes différentes. Il est évident que plus on attendra, plus on pourra perfectionner la solution. Seulement, il faut poser la question préalable. Cherche-t-on à dresser un mémoire académique ou à créer quelque chose? Et ne voit-on pas qu’à attendre que l’œuvre soit parfaite, on ne la réalisera pas.
- On ne dira jamais assez le mal qu’ont fait à notre pays toutes ces personnes très bien intentionnées et qui ont, à propos de tout, proposé des améliorations. El. pourtant, notre esprit populaire le sait qui dit que le mieux est l’ennemi du bien. Toute action humaine est imparfaite. Seul, dit encore un de nos proverbes, ne se trompe pas celui qui ne fait rien. Quand donc tous ces bons esprits — car ce sont généralement de très bons esprits — comprendront-ils qu'ils nuisent gravement à la cause qu’en définitive ils veulent défendre; au lieu d’appliquer leur effort à chercher des améliorations perpétuelles, qu’ils emploient donc leurs forces à défendre ce qui a été déjà mis sur pied contre les attaques négatives de l’extérieur.
- Les étrangers qui nous jugent avec le moins de sévérité pensent que nous sommes peut-être un peuple d’intellectuels, mais non un peuple d’actifs. Ce en quoi ils se trompent et parfois à leurs dépens. Mais il faut bien dire que l’apparence leur donne raison. Lorsque, pour un moment, on s’abstrait du milieu où l’on vit et qu’on essaie de juger notre attitude générale, on est découragé par cette multitude de discussions, à propos de tout et à propos de rien, et qui, le plus souvent, rendent stériles les plus belles idées.
- Les défenseurs officiels du budget français. — Il y a enfin une autre difficulté, mais celle-là est normale : c’est celle qui provient de la résistance des défenseurs officiels du budget français. Je dirais presque que c'est leur rôle; il est normal qu’il existe dans un état un organisme qui freine automatiquement toute nouvelle
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- occasion de dépense. Ce qui est moins normal, c’est que ce frein suffise pour tout arrêter : un tel organisme devrait donner des avis; il ne devrait pas dresser des barrières insurmontables. Il devrait y avoir normalement une possibilité de passer outre à ses objections. Ce n’est malheureusement pas le cas, au moins en ce qui concerne les projets coloniaux, car nous voyons des projets moins sensés et autrement plus coûteux dépasser ce barrage. Il n’empêche qu’il existe là quelque chose d’un peu extraordinaire dans notre organisation administrative et qui est responsable de l’avortement de bien des projets.
- L’INDIFFÉRENCE DU PUBLIC ENVERS LES QUESTIONS COLONIALES EST LA GRANDE CAUSE DU RETARD DE LA MISE EN VALEUR DE NOTRE DOMAINE D’OUTRE-MER. — Est-ce tout ce qui s’oppose à la construction du Transsaharien? Non, malheureusement — et ce n’est même pas le plus grave. S’il n’y avait eu que les critiques ou les discussions, je crois bien que le Transsaharien serait déjà entrepris. Mais il y a plus, beaucoup plus : il y a un danger qui menace toute notre œuvre coloniale; et c’est l’indifférence du public.
- Sans doute, grâce à une excellente propagande organisée notamment par le Comité du Transsaharien, l’opinion publique éclairée a fait connaître son avis, en particulier dans les vœux émis par la presque unanimité des Chambres de Commerce de France et d’Algérie. Mais, à côté de cette opinion éclairée, il y a celle de la masse, celle qui compte au point de vue parlementaire, parce qu’elle peut se traduire par une action électorale. C’est celle-là qui reste indifférente.
- Pourquoi, pratiquement, le Transsaharien n’est-il pas encore décidé? C’est, ma foi, fort simple et l’on peut en donner l’explication schématique suivante. Le projet de loi nécessite la signature d’au moins cinq ministres, peut-être plus. Avant de signer, chacun de ces cinq ministres demande l’avis d’au moins cinq de ses chefs de service, ce qui fait qu’avant que le projet arrive au Parlement, il faut au moins 25 signatures essentielles. Le malheur veut qu’entre la première et la vingt-cinquième, le se passe toujours une crise ministérielle; et alors tout est à recommencer indéfiniment.
- Il faut avoir l’habitude de l’Administration française — qu’on ne nous envie plus — pour savoir que, sans la moindre mauvaise volonté, il faut un temps considérable avant qu’un tel projet soit « en état », comme dit l’expression administrative consacrée. Que voulez-vous? Les administrations n’ont pas que cela à faire. 11 y a une besogne courante à accomplir. Chacun des ministères a une tâche spéciale à remplir : les Travaux publics doivent entretenir des routes ; les P. T. T., faire marcher le téléphone et distribuer des lettres; les Finances, répartir l’argent et recevoir les impôts — surtout recevoir les impôts, — etc. Tout examen d’un projet tel que le Transsaharien constitue une besogne supplémentaire, en dehors du travail courant. On l’étudie quand on a le temps. Et on n’a jamais le temps, surtout les hauts fonctionnaires.
- Car c’est là un autre écueil auquel se heurtent bien des projets coloniaux. Un plaisant a proposé, je crois, d’instituer dans chaque ministère un directeur du prix de revient qui ne serait payé qu’en pourcentage de l’amélioration du rendement du ministère. Je suis persuadé qu’une de ses premières décisions serait de décharger les hauts fonctionnaires d’une foule de besognes qui devraient être faites par des agents subalternes : c’est un rendement désastreux; on oblige des personnages à
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- 100.000 fr par an à faire un travail qui en vaut bien 20.000. Comme tous — il n’est que juste de le reconnaître — ont une haute idée de leurs fonctions et de leur devoir, ils sont écrasés par cette besogne ridicule. Le résultat inévitable, c’est que tous les projets qui ne sont pas pressés restent en sommeil.
- Pour qu’un tel projet arrive enfin à voir le jour, il faut donc qu’il soit poussé par l’extérieur, qu’il soit réclamé par l’opinion publique. Or, celle-ci est d’une indifférence totale en matière coloniale. Au début de cette conférence, j’introduisais cette restriction : « si nous voulons vraiment développer nos colonies... » Or, il faut bien le dire, nous ne le voulons pas. Quelques-uns d’entre nous seuls le veulent; un plus grand nombre le désire, vaguement; la grande masse est indifférente.
- D’ailleurs, pourquoi ne le serait-elle pas? Quelle raison la pousserait à considérer les colonies comme une nécessité vitale pour la France? Il y a bien eu l’Exposition coloniale : elle a été un magnifique effort de propagande qui a véritablement secoué l’opinion publique. Désormais, le mot de colonies est devenu familier. Il fallait voir la composition de la foule si dense qui se pressait à Yincennes pour se rendre compte de l’immense diffusion que cette exposition a créée. Tous ceux qui sont persuadés de la nécessité de l’action coloniale doivent vouer une reconnaissance très vive à ceux qui ont proposé et réalisé l’Exposition et notamment à M. le Maréchal Lyautey. Mais, en fait, le résultat de l’Exposition a été simplement de révéler les colonies; il faut aller beaucoup plus loin; il faut arriver, non pas à faire comprendre, ce serait insuffisant, mais à faire penser à la majorité de notre population que tout l’avenir de la France dépend de ses colonies.
- IL FAUT QUE LE PUBLIC FRANÇAIS SACHE QUE, SI NOUS NE METTONS PAS NOS COLONIES EN VALEUR, NOUS SERONS BIENTOT UNE NATION DE SECOND RANG. — Regardons une carte du monde : qu’est-ce que la France sur une telle carte? Un point; la France ne représente pas les 3/1000 de la surface totale des terres. Ne nous abusons pas sur notre prétendu prestige international: il ne résiste pas à un voyage en dehors de quelques nations amies; en général, l’étranger considère notre pays un peu comme nous considérons la Grèce. La France, pour lui, c'est une nation qui a eu autrefois son heure de célébrité, sur le sol de laquelle se trouvent de beaux monuments et qui mérite à ce double titre un pèlerinage. Mais c’est un pays vers son déclin. Tous ceux qui ont couru le monde et qui lisent les journaux étrangers savent bien que je n’exagère pas.
- Et l’étranger s’irrite lorsqu’il voit cette nation si minuscule présenter de temps à autre quelque résistance à ses projets; lorsqu’il voit surtout s’accumuler sur le sol français cet or qui nous a fait tant d’ennemis. Gomment, cette petite nation ose garder chez elle le tiers de l’or du monde? Il ne faut avoir aucun contact avec le monde extérieur pour ne pas sentir toute l’envie qui rôde autour de nous.
- Pour nous défendre, pour arrêter cette chute vers la médiocrité, qu’avons-nous? Sans doute, physiquement, nous saurons au besoin nous défendre à nouveau. Mais, l'attaque est maintenant moins brutale; elle est plus perfide et elle est plus sûre. C’est moralement qu'il nous faut nous défendre contre l’opinion mondiale. Et là nous n’avons qu’un seul argument : l’importance de noire domaine colonial.
- La France, un petit point perdu de la carte d’Europe? Allons donc! La France, c'est un immense empire dont la surface, plus grande que celle même des États-Unis, occupe le dixième des continents et qui n’est dépassé que par l’U. R. S. S. et
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- l’Empire britannique, ce dernier hétérogène. La France, c’est 100 millions d’humains, le vingtième de la population du monde, du même ordre de grandeur également que les Etats-Unis. C’est cela, la France, avec toutes les possibilités d’un sol vierge et non travaillé sur les 9/10. Comment ne voit-on pas que seules nos colonies nous permettent encore de tenir dans le monde un rang honorable et de faire figure de grande puissance — à une condition cependant, que nous les mettions en valeur.
- Car, si nous n’augmentons pas notre effort, si nous ne nous décidons pas à sortir des vaines querelles d’écoles pour réaliser l’action décisive, il ne manquera pas de prétendants pour prendre notre place ; et l’on saura bien nous forcer la main. C’est cela que le peuple français devrait comprendre à l’heure actuelle; par une amère ironie du sort, ce sont les étrangers qui l’ont compris, qui ont compris que nous jouons actuellement notre avenir et celui de nos enfants, au milieu de l’indifférence presque complète de la foule.
- Il faut décider l’opinion publique; il faut qu’elle réclame la mise en valeur de nos colonies; et alors on verra les projets sortir de leurs cartons; et alors on verra les capitaux sortir des bourses soigneusement fermées pour nos colonies, alors qu’elles s’ouvrent largement pour venir en aide à des pays ex-ennemis qui feront de notre argent Dieu sait quoi? Car rien ne peut se faire sans capitaux, sauf les discussions académiques qui ne coûtent rien : aussi en sommes-nous prodigues. Sait-on que les possessions anglaises ont une dette publique de 350 milliards de francs, alors que l’Afrique occidentale n’avait, avant les emprunts récemment autorisés, qu’une dette de 350 millions, mille fois moins; cependant l’Empire britannique tout entier n’est que 8 fois plus grand que l’A. O. F. A cette échelle, le public fiançais aurait dû prêter à notre grande colonie africaine plus de 40 milliards de francs; nous sommes loin du compte et le Transsaharien apparaît alors un bien petit projet avec ses 2,5 milliards.
- CONCLUSIONS.
- Il faut conclure. Bien des barrières arrêtent l’œuvre coloniale. La plus grave, la seule vraiment sérieuse est l’indifférence du public. Pour la vaincre, il faut une propagande inlassable.
- Et, en ce qui concerne le Transsaharien, je no peux pas trouver de meilleure conclusion que celle qui m’est fournie par un Italien, M. Carlo Giglio : « Pour la « France, construire le Transsaharien signifie mettre en valeur des territoires « immenses dont l’économie peut être évaluée en milliards. En dehors de cette « valeur, le Transsaharien en a une autre d’une portée nettement politique et inter-« nationale. Il serait, en effet, le premier tronçon d’un grand transafricain d’Alger « au Congo belge.... L’importance du Transsaharien saute tout de suite aux yeux « de tous. Outre qu’il consoliderait le système impérial français, il lui procurerait la « possibilité de devenir le point de croisement entre l'Europe et les deux Amériques. » Jusques à quand accepterons-nous que les étrangers soient plus clairvoyants que nous-mêmes dans l’appréciation des intérêts français?
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- LE TRAK3SAIIARIEN.
- MARS 19.°»:!.
- ANNEXE
- Longueur des chemins de fer africains.
- Possessions françaises :
- Algérie.......................................................... É806 km
- Tunisie........................................................ 2.02.i —
- Maroc........................................................... 2.118 —
- Afrique occidentale............................................. 3.325 —
- Togo.............................................................. 330 —
- Cameroun.......................................................... 304 —
- Afrique équatoriale............................................... 330 —
- Côte des Somalis................................................... 90 —
- Total...................................................... 13.428 km
- Possessions britanniques :
- Sierra-Leone........................................................... 301 km
- Gold Coast............................................................. 803 —
- Nigeria.............................................................. 2.979 —
- Sud-Ouest africain................................................... 2.472 —
- Union de l’Afrique du Sud........................................... 19.188 —
- llechuanaland.......................................................... 644 —
- Rhodésie du Sud...................................................... 2.148 -
- Rliodésie du Nord...................................................... 800 —
- Soudan anglo-égyptien................................................ 3.211 —
- Kenya................................................................ 2.503 —
- Uganda................................................................. 270 —
- Tanganyika.......................................................... 2.039 —
- Nyasaland............................................................. 206 —
- Total............................................................ 37.768 km
- Congo belge................................................................... 3.950 km
- Possessions italiennes :
- Tripolitaine................................................................ 269 km
- Erythrée.................................•............................. 312 —
- Somalie italienne........................................................... 113 —
- Total.......................................................... 694 km
- Possessions portugaises :
- Angola.............................................................. 2.500 km
- Mozambique.......................................................... 1.387 —
- Total........................................................ 3.887 km
- Égypte.............................................................. 4.730 km
- Éthiopie.............................................................. 693 —
- Maroc espagnol......................................................... 207 —
- Total général............................................... 65.357 km
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- BULL. DE LA SOC. d’enCOUR. BOÜR l’indüSTRÎE NATIONALE.
- MARS 1933 (p. 179).
- LE Ve CONGRÈS INTERNATIONAL DE L'ORGANISATION SCIENTIFIQUE DU TRAVAIL
- (Amsterdam, 18-23 juillet 1932)
- par M. Joseph Compagnon, Ingénieur des Aids et Manufactures, secrétaire général du Comité national de l’Organisation française.
- Le Ve Congrès international de l’Organisation scientifique du Travail s’est tenu à Amsterdam, du 18 au 23 juillet 1932. La France y était représentée par 82 congressistes. Les nations suivantes : Etats-Unis d’Amérique, Belgique, Bulgarie, Allemagne, Angleterre, Hongrie, Italie, Pays-Bas, Indes néerlandaises, Norvège, Autriche, Pologne, Roumanie, Espagne, Tchéco-Slovaquie, Suède, Suisse, comptaient environ 700 congressistes inscrits. La séance de clôture eut lieu le 21 juillet à 13 h. 30 m. Au cours de cette séance, la médaille d’or du Comité international de l’Organisation scientifique (C. I. O. S.) fut remise au Prof. Adamiecki, un des plus éminents pionniers de la science de l’organisation en Pologne.
- On peut dire que, d’une façon générale, le Ve Congrès a été dominé d’abord par les problèmes que pose la crise actuelle, ensuite par l’idée que l’on puisse rendre l’organisation responsable de la crise. Ces deux points ont été d’ailleurs rappelés par M. Verschuur, ministre de l’Économie et du Travail dans son discours d’ouverture. C’est peut-être également le résultat des études et réflexions sur la crise qui a fait exprimer, au cours du Congrès, cette idée que : « l’organisation ne tend pas tant à obtenir une production maxima pour des moyens donnés, qu’à obtenir une production donnée par des moyens minima ».
- Une autre caractéristique de ce congrès est qu’il y a été insisté davantage sur le facteur moral, et sur ce fait que l’homme n’est pas exclusivement une machine. La nécessité de l’étude et de l’emploi de la psychotechnique a été souvent rappelée, mais avec cette correction cependant qu’il faut en reconnaître les limites.
- Douze questions ont été traitées, qui ont donné lieu, avant l’ouverture du Congrès, à deux gros volumes, contenant 120 mémoires. Ces mémoires sont rédigés en français, en allemand ou en anglais, avec un résumé dans les trois langues. Ces volumes sont déposés à la bibliothèque du Comité national de l’Organisation française (C. N. O. F.).
- Établissements des prix de revient. — Existe-t-il dans les groupes économiques : industrie, agriculture et commerce, des méthodes standard d’établissement du prix de revient?
- Cette question, très complexe, demande pour être traitée avec toute l’ampleur nécessaire, un cadre plus vaste, comme étude et temps, que celui qui a été réservé à Amsterdam; en particulier, il y aurait lieu de bien définir ce qu’on entend par prix de revient, et les éléments que l’on désire y faire entrer.
- Crédit aux banques. — Le budget considéré comme base de la détermination et du contrôle des crédits accordés par les banques.
- D’après l’étude de cette question, il semble que les crédits ne doivent être
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- ORGANISATION SCIENTIFIQUE DU TRAVAIL. — MARS ÎO-'UL
- accordés qu’après une étude très approfondie de chaque affaire en exigeant des garanties très sérieuses. La création, proposée, de sociétés spécialisées dans l’expertise du crédit laisse craindre que les banquiers n’acceptent jamais ce contrôle.
- Étude du marché. — Études des marchés d'un produit courant pouvant être lancé par la publicité.
- La discussion sur cette question a démontré le déséquilibre actuel, entre l'offre et la demande, comme une des causes probibles de la crise que nous subissons. Il semble que les principes d’organisation et de distribution, bien compris, pourraient remédier à cette situation.
- On a insisté sur le gaspillage résultant de recherches, sur l’analyse du marché, faites en double par des entreprises concurrentes.
- Formation des agents de maîtrise. — Gomment organiser, dans l’intérieur de l’entreprise, la préparation technique et mentale des agents de maîtrise, en vue de l’application de la rationalisation?
- L’ensemble des rapports présentés semble faire ressortir que les agents doivent avoir une formation plus étendue que par le passé. Certains rapporteurs sont d’avis que les agents de maîtrise soient formés dans des instituts leur donnant la formation de la branche choisie1. On a invoqué, pour cette formation, la psychotechnique et la considération des aptitudes au commandement. Il faut signaler aussi une1 tendance* asse'z marquée, demandant que1 l’élève ne travaille que1 les questions l’intére'ssanl vraiment, à l’exclusion de1 tout enseignement inutile1.
- Avancement du personnel. — Quelles sont les considérations matérielles et psychologiques dont il faut tenir compte1 dans l’établissement d’un système1 rationne1! de promotion et jusqu’à quel point en a-l-on tenu compte1, élans l’administration publique et privée?
- Des cinq rapports qui ont été présentés et de la discussion qui a suivi hoir présentation on peut déduire qu'il y a deux façons de comprendre l’avancement du personnel : l’avancement pécuniaire et l’avancement en grade. Pour le premier, on ne tient compte, en général, dans l’industrie privée, que1 du rendement, à l’exclusion de l’ancienneté; au contraire, dans les administrations publiques, l’ancienneté a une grande, importance, pour régler cet avancement. Quant à l’avancement en grade, il ni1 s’envisage pratiquement que dans les entreprises à personnel nombreux et il doit donner lieu à une étude préalable1 du candidat pour déterminer la valeur de ses services, son caractère1, ses capacités, ('te.
- Le problème posé demande en réalité une certaine1 étude1 et une1 élasticité qui peuit varie1!'suivant h's entreprises.
- Etude de la rationalisation dans /'enseignement. — Gomment établir les programmes d’enseignement des principes de la rationalisation dans l’enseignement ? Gomment dévia se faire la préparation du personnel enseignant?
- Gomme1 conclusion à l'étude de1 ce'tte question, il semble qu’on ne puisse charger les programmes d’enseignement d’une matière nouvelle1, mais on pourrait enseigner comment on apprend à penser, c’est-à-dire, faire ressortir par la méthode expérimentale les rapports qui unissent les faits les uns aux autres. Il y a lieu de s’attacher à rechercher quelles sont les méthodes donnant, avec le minimum d’efforts, le maximum d’effets, ce qui conduirait à l’abandon des méthodes désuètes et à
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- mettre en pratique renseignement expérimental (cinémas, disques). La psychotechnique doit jouer aussi dans cette étude de la rationalisation dans renseignement. Enfin, les rapporteurs sont d’avis que tout professeur doit compléter sa préparation par un contact permanent avec la réalité pratique.
- Méthodes d’amélioration de la production. — Quels sont les avantages relatifs des différents moyens à employer pour intéresser l’ouvrier à l’augmentation de son rendement?
- De l’ensemble de la discussion des rapports, il résulte que les principes moraux sont de première urgence à étudier. Ensuite, une organisation poussée est nécessaire, ainsi que des conditions d’hygiène, de psychotechnique, créations d’œuvres sociales. Il ne faut pas oublier que la direction doit créer, de ce côté, une ambiance permettant une collaboration confiante de la part de son personnel.
- En résumé, c’est un très vaste champ d’études, d’une valeur primordiale, si l’on veut intensifier la production dans une entreprise.
- Travail ménager. — Déterminer les standards permettant rétablissement du budget à des dépenses en argent, en temps et en énergie dans l’administration du ménage?
- En raison du prix élevé des appareils ménagers, une organisation serait à étudier quant à l’aménagement des maisons à construire. Cet aménagement tendrait à permettre aux ménagères d’avoir à meilleur compte, grâce à la collectivité, toutes facilités pour l’emploi de ces machines.
- Le coût de la distribution et la rapidité des affaires. — Etudier le problème du coût de la distribution chez les négociants sous l’angle de la rotation des stocks, c’est-à-dire le rapport du montant investi en marchandises à celui du chiffre d’affaires.
- La discussion générale montra que dans chaque entreprise, on doit chercher à déterminer, au moyen d’une surveillance étroite, la rapidité de la rotation des stocks, afin d’empêcher l’immobilisation prolongée, d’où moins-value.
- L’établissement d’une règle générale est difficile, en raison de la diversité des entreprises; elles ne doivent s’inspirer que de leur cas particulier.
- Travail agricole. — Préparation, répartition et contrôle du travail en agriculture.
- L’importance de l’organisation du travail agricole, au point de vue social, a été le point dominant de la séance consacrée à cette question. Si les voies et moyens de réalisation diffèrent, selon les orateurs, le fond reste le même et tous ont été d’accord sur la nécessité :
- iü D’augmenter le rendement du travailleur agricole :
- 2° De réduire les heures de travail, d’où une augmentation des loisirs et une transformation complète de la vie rurale. Si le Congrès n’a pas permis de- discuter et d’étudier en détail la question, il a du moins provoqué la rencontre de spécialistes désireux de travailler et qui ont projeté de futures réunions et discussions.
- Méthodes de rationalisation. — Les formes que doivent prendre les méthodes de rationalisation suivant qu’elles s'appliquent à des industries travaillant à produire continûment un produit unique en grandes séries standardisées, en demi-séries ou en fabrication diversifiée, pose un problème d’une importance telle qu’il n'a guère
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- ORGANISATION SCIENTIFIQUE DU TRAVAIL.
- MARS 1933.
- etc possible de tirer une conclusion utile de la discussion. Cependant, on a pu en tirer des indications précieuses, permettant de préciser différentes études à poursuivre.
- Travail de bureau. — Comment établir les normes scientifiques de production dans le travail de bureau et comment lier équitablement la rétribution au respect de ces normes?
- L'étude des dix rapports qui ont été présentés fait ressortir l'existence de deux manières de voir différentes.
- D’après certains auteurs, dans la plupart des cas. une organisation en vue de l’établissement de normes pour obtenir une application équitable n’est pas nécessaire, les exigences du travail lui-même étant suffisantes pour qu’il soit exécuté en temps voulu. D’autres, au contraire, sentent qu’il est possible d’appliquer au travail de bureau les mêmes principes que dans les ateliers.
- Bien qu’en général, des applications n’aient été faites que dans de grandes entreprises, on peut, dans la mesure du possible, chercher à mettre au point une petite organisation de bureau dans les entreprises de faible importance.
- Le Conseil du Comité international de l’Organisation scientifique a décidé que le prochain Congrès aurait lieu en juin 1935, en principe à Londres, et que le programme du Congrès comporterait deux sortes de questions :
- a) Une série de quatre à six questions précises portées à la connaissance des comités nationaux deux ans avant la date du Congrès;
- b) Une série de deux ou trois questions d’opportunité, déterminées par le C. I. O. S. un an à l’avance, et transmises aux comités nationaux six mois à l’avance.
- Il a décidé également de confier le Secrétariat général du Comité international à l’Institut d'Organisation scientifique de Genève.
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- BULL. DE LA SOC. d’ENCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE.
- MARS 1933 (p. 183).
- ÉTUDES EXPÉRIMENTALES ET THÉORIQUES DANS LE DOMAINE DES HAUTES TEMPÉRATURES 1}
- par M. Pierre Montagne.
- études expérimentales. — Dans un mémoire antérieur 4), nous avons donné les conclusions d’un travail sur la décomposition, par l’étincelle condensée, du gaz carbonique, sous pression réduite. Lia décomposition du gaz carbonique par l’étincelle présente de grandes analogies avec sa dissociation thermique. Celte ressemblance nous a conduit à utiliser la notion de température apparente de l’étincelle électrique : c’est la température à laquelle devrait être porté le gaz pour que l’état qu’il présente après le passage de l’étincelle soit un état d’équilibre chimique réel. La température apparente de l’étincelle condensée dont la décharge présente l’aspect symétrique d’un trait de feu est d’environ 3.000° K. et cette température est à peu près indépendante de la pression et de la capacité, pourvu toutefois que l’étincelle de décharge présente bien la forme symétrique que nous venons de rappeler.
- Nous avons poursuivi l’étude de l’action chimique de l’étincelle condensée sur les gaz composés, en soumettant le méthane à son action. La décomposition purement thermique de ce gaz a déjà fait l’objet de nombreux travaux. Les produits de cette décomposition sont très différents suivant la température à laquelle ce gaz est porté, et le temps pendant lequel il s’y trouve maintenu. Si la température dépasse 1.200°. le produit final de la réaction est formé de carbone et d’hydrogène si la durée de la pyrolyse est considérable; on obtient par contre de l'acétylène et de l’hydrogène si l’on soumet pendant un temps très court le méthane à la même température. Le mode d’action de l’étincelle condensée étant surtout thermique, nous pouvions en prévoir les résultats : la haute température et la très courte durée de l’étincelle réalisent en effet les conditions mêmes de la pyrolyse la plus avantageuse, avec formation d’acétylène et d’hydrogène. La transformation du méthane en acétylène et hydrogène a été étudiée sous des pressions variant de 1 à 11 mm de mercure, dans un appareil analogue à celui qui nous avait servi pour la décomposition du gaz carbonique et que nous avons décrit sommairement dans notre précédent mémoire. La mesure de la pression des gaz après l’action de l’étincelle ne suffisant pas à déterminer la décomposition chimique des produits obtenus, nous avons utilisé l’analyse sur la cuve à mercure, souvent aidée du fractionnement physique par l’air liquide.
- Nous nous sommes particulièrement attachés :
- 1° A mesurer la quantité d’énergie électrique fournie au gaz pour calculer le rendement chimique de cette énergie, employée à produire la réaction endother-mique :
- 2 CH* = C1 2H2 + 3H2- 91,0 Cal.
- (1) Travaux exécutés au Laboratoire de Chimie générale et analytique de l’École nationale supérieure des Mines, sous la direction de M. P. Jolibois, et facilités par une subvention de la Société d’Encouragement.
- (2) H. Lefèvre et P. Montagne, Bulletin de la Société cPEncouragement, décembre 1928, p. 917.
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- HAUTES TEMPÉRATURES.
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- 2° A établir un bilan de chaque réaction réalisée; nous savons en effet quelle masse de gaz est soumise à l’étincelle, quelle autre masse de gaz nous retrouvons; la différence nous donne les quantités d’hydrogène et de carbone combinés, restés dans le tube laboratoire sous forme de dépôt solide.
- Les principaux résultats auxquels nous sommes parvenus sont les suivants :
- 1° La décomposition du méthane par l’étincelle condensée à forme symétrique croît lorsque s'élève la quantité d’énergie fournie au gaz enfermé dans le tube laboratoire. La décomposition en acétylène et hydrogène est d’abord la seule réaction; mais elle ne tarde pas à être accompagnée de la transformation de l’acétylène formé en carbone et hydrogène. La proportion maxima de méthane transformé en acétylène atteint 75 p. 100, et la proportion maxima d’hydrogène obtenu dépasse légèrement ce chiffre. Soumis à de nombreuses étincelles, le gaz s’appauvrit en acétylène pendant que la quantité d’hydrogène libre décroît très lentement. A côté de ces deux réactions, on constate également la formation de très petites quantités d’éthylène et d’autres carbures saturés (éthane, propane) ;
- 2° A pression constante : Si la même quantité d’énergie est fournie par la décharge de condensateurs de capacité variable la proportion maxima de méthane transformée en acétylène et le rendement chimique des étincelles sont des fonctions croissantes de la capacité du condensateur employé ;
- 3° A capacité constante et pourvu que l’étincelle présente l’aspect symétrique d’un trait de feu, la proportion maxima de méthane transformé est à peu près indépendante de la pression, cependant que le rendement chimique croît légèrement quand la pression s’élève. Si l’on transforme la moitié seulement du gaz présent en acétylène et hydrogène, le rendement chimique est de l’ordre de 15 à 18 p. 100, le chiffre de 25 p. 100 est rarement atteint(3).
- Dans notre étude de l’action chimique de l’étincelle sur le méthane sous une pression de 3,2 mm de mercure, nous avons étudié les discontinuités de régime électrique qui se produisent quand la capacité du condensateur est trop faible pour donner immédiatement une étincelle symétrique1; l’action chimique de la première forme d’étincelle est surtout polymérisante et donne un très faible rendement en acétylène ; la seconde forme est celle que nous avons étudiée principalement et dont nous venons de donner les propriétés. Le passage de la première forme à la seconde se fait ici sous l’influence de l’augmentation de la pression du gaz, augmentation due à la décomposition partielle produite par la première forme d’étincelle; une augmentation de la pression initiale du gaz en expérience produirait le même effet.
- Nous avons aussi cherché à isoler immédiatement l’acétylène formé et à le soustraire à l’action ultérieure de l’étincelle électrique qui le décompose, en refroidissant par de l’air liquide les parois du tube laboratoire dans lequel éclate l’étincelle. L’effet désiré est obtenu, l’acétylène échappe bien à l’action de l’étincelle, mais on voit en même temps apparaître de l’éthylène et de l’éthane, accompagnés de leurs
- (3) Ce rendement est du même ordre que celui qu’obtiennent Fischer et ses élèves au Kaiser Wilhelm Institut fur Ivohlenforschung quand ils décomposent le méthane par l’arc sous tension élevée, dans les meilleures conditions de vitesse de courant gazeux et d’énergie électrique.
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- homologues, en quantités assez importantes. Les rendements chimiques s’affaiblissent, puisqu’il faut réchauffer davantage les gaz soumis à l’étincelle. L’emploi de l’air liquide pour simplifier la réaction aboutit donc au résultat opposé.
- Nous avons aussi étudié l’action du courant continu de faible intensité sur le méthane : nous observons la formation de petites quantités de carbures, acétylène, éthylène, éthane, propane, à côté de quantités plus importantes d’hydrogène; mais les rendements chimiques sont extrêmement faibles. Des deux formes de décharges étudiées par nous, l’étincelle condensée peut seule entrer en ligne de compte dans la transformation du méthane en acétylène, et avec un rendement chimique à peu près égal à celui de l’arc à haute tension.
- recherches théoriques. — Lors de notre étude sur la décomposition du gaz carbonique par l’étincelle condensée, nous avons été conduit à nous occuper du calcul des équilibres chimiques. Nous avons montré alors l’application qui pouvait être faite de la représentation triangulaire au calcul de la composition chimique à l’équilibre d’un mélange de gaz carbonique, d’oxyde de carbone et d’oxygène, placé dans des conditions déterminées de température et de pression (4). Poursuivant notre étude théorique sur le calcul des équilibres chimiques, nous avons montré qu’on pouvait utiliser une forme particulière de diagramme carré au calcul de Ja réaction du gaz à l’eau (5). Depuis, nous avons fait une étude systématique des équilibres chimiques homogènes et appliqué les méthodes graphiques à leur 'calcul. Les représentations graphiques planes permettent le calcul de tous les équilibres isolés formés de deux ou trois constituants seulement. (Par exemple : H“^=>2H, et 2H20 2H2 -h O2) ; elles permettent, dans quelques cas particuliers le calcul d’équi-
- libres à quatre constituants (exemple : réaction du gaz à l’eau CO2 -h H2 <=> CO -b H20). Les graphiques permettant ce calcul ont été construits avec soin : ils sont inscrits dans des carrés de 1 m de côté ou des triangles équilatéraux de 1 m de hauteur.
- Nous avons ensuite cherché une méthode d’approximations successives pour calculer les concentrations à l’équilibre de mélanges de plusieurs gaz. Nous avons enfin appliqué notre méthode de calcul à l’étude du phénomène de la combustion, en admettant que dans la zone la plus chaude de la flamme, les gaz aient la composition chimique correspondant à l’équilibre de leurs constituants à celte température. Les gaz dont nous avons ainsi calculé la température de combustion dans l’oxygène sont : l’hydrogène, le méthane, l’éthylène, l’acétylène et le benzène. Les résultats obtenus avec l’acétylène sont particulièrement intéressants : le chiffre maximum diffère d’une dizaine de degrés seulement de celui qu’ont observé Henning et Tingwalt(6) : 3.383° K (cale.) au lieu de 3.373° K (obs.). La composition du mélange donnant la température maxima diffère un peu de celle qu’ont observée ces auteurs :
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- C2H2 -b ^ O2 (cale.) au lieu de C2H2 -b O2 (obs.); nous avons retrouvé par le calcul
- 1’abaissement de la température de combustion produit par l’arrivée d’oxvgène en excès. D’une façon générale, nous avons calculé que la température maxima de combustion était obtenue pour des mélanges gazeux plus riches en gaz combustible que
- (4) P. Jolibois et P. Montagne, C. R., t. 187, p. 1145 (1928).
- (5) P. Montagne, C. R., t. 192, p. 677 (1931).
- (6) Henning et Tingwalt, Zeitschrift für Physik, 48, 805 (1928).
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- celui qui correspondrait à la combustion théorique complète ; cette prévision théorique se trouve confirmée par des mesures faites sur des mélanges air-gaz combustibles(7); cette différence doit être attribuée à l’accroissement des dissociations produit par l’arrivée de plus grandes quantités d'oxygène et à l’augmentation des chaleurs spécifiques des corps produits par la combustion : le gaz carbonique possède en effet une chaleur spécifique supérieure à la chaleur spécifique du mélange oxygène-oxyde de carbone qui lui donnerait naissance; (le même fait se retrouve dans le cas de l’eau). Dans nos calculs, nous avons utilisé les dissociations des molécules H-, O2 en atomes, dissociations calculées d’après les données spectrales. Nous avons aussi fait appel aux mesures spectrales pour la deuxième dissociation de l’eau : (2H20 = 20H + H2), et pour la détermination des chaleurs spécifiques des gaz à haute température, en utilisant les fonctions d’Einstein. L’approximation obtenue dans nos calculs montre quel intérêt présentent ces mesures spectrales et quel moyen puissant d’introspection elles constituent.
- L’exposé complet de nos recherches est actuellement en cours. Nous sommes heureux de remercier la Société d’Encouragement et spécialement son Comité des Arts chimiques, qui nous ont permis de mener à bien ces travaux, dont la partie théorique sera pour nous l’occasion de plus amples développements.
- (T) Jones, B. Lewis, Kkiauf ol Perrot. Journ. Amer. Chim. Soc., 53, 809 (1931).
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- BULL. DE LA SOC. D’ENCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. —MARS 1933 (p. 187).
- trompe a mercure a collection, entièrement automatique,
- A L’USAGE DES LABORATOIRES DE PHYSICOCHIMIE
- par M. René Castro, Ingénieur des Arts et Manufactures,
- Ingénieur aux Laboratoires des Aciéries électriques d'Ugine.
- Les trompes à mercure sont des instruments qui ont été, depuis de longues années, presque exclusivement employés pour faire le vide dans les récipients de petite et moyenne capacité.
- L’invention des pompes à vapeur de mercure les a fait partiellement abandonner. Toutefois, pour l’usage ci-dessus indiqué, autant que pour recueillir quantitativement aux fins d’analyse, les gaz naissant dans un espace clos préalablement vidé, elles sont susceptibles d’applications intéressantes.
- Le mot de « trompe » qui leur est appliqué est impropre, car ces appareils n’ont aucune analogie de fonctionnement avec les éjecteurs; voici le principe de leur fonctionnement (fig. 1) :
- Supposons qu’un entonnoir rempli de mercure soit prolongé par un tube capillaire de 1,25 m environ, appelé tube de chute, plongeant dans une cuve à mercure. Ce tube est vers le haut raccordé latéralement avec le récipient à vider.
- Si on laisse s’écouler doucement le mercure, on remarque qu’à l’endroit du raccord, il se divise en un chapelet de gouttes cylindriques adhérant aux parois du capillaire. De ce fait on a aussi appelé ces trompes : trompes à chapelet. Les gouttes emprisonnent entre elles de petites bulles cylindriques de gaz qui est ainsi extrait du récipient. Si on alimente l’entonnoir constamment avec du mercure, on remarque que les bulles deviennent de plus en plus petites, le gaz se raréfiant de plus en plus dans le récipient à vider.
- A la limite, le mercure se stabilise dans le capillaire en une colonne de hauteur correspondant à la pression atmosphérique et les gouttes de mercure qui continuent à se former, tombant sur cette colonne sans interposition d'un matelas gazeux, font entendre un claquement sec.
- Théoriquement, le vide ainsi atteint est illimité, mais pratiquement, pour des pressions basses, le gaz entraîné l’est sous forme de bulles minuscules qui se collent latéralement aux parois et qui descendent mal, d’autant plus que le capillaire est plus large. On n’arrive donc pratiquement qu’à des pressions de 1/100 à 1/1.000 mm de mercure (pression partielle des gaz et vapeurs non condensables) à moins de prendre des précautions spéciales. On voit que le débit de la trompe est fonction du diamètre du capillaire. La vitesse d’extraction croit donc au détriment du vide limite atteint et vice versa.
- Ce système très simplifié de trompe nécessite un transvasement constant du mercure de la cuve dans l’entonnoir supérieur, ce qui rend l’appareil d’un emploi très incommode. La figure 2 montre le principe du remontage automatique du mercure que le chimiste anglais Collie a employé en 1885 un des premiers et qui est souvent employé en France sous le nom de Verneuil.
- (1) Communication faite en séance publique par l’auteur le 28 janvier 1933.
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- TROMPE A MERCURE SYSTEME CASTRO.
- MARS 1933.
- L’enlonnoir est remplacé ici par un ballon relié à une trompe à eau faisant un vide préparatoire de quelques centimètres. Le ballon est relié latéralement à la cuve à mercure par un tube parallèle au tube de chute, qui porte, à sa partie inférieure un raccord à robinet A communiquant avec l’atmosphère par un robinet imparlai-tement ouvert.
- Mettons la trompe à eau en fonctionnement : une dépression étant créée dans l’appareil, l’air va entrer par A, mais insuffisamment pour compenser la dépression
- TPOMPE a Eau
- Fi^-. I. — Principe de la trompe a mercure.
- 2. — Trompe à remmilatre automatique du mercure et
- détail du raccord a robinet A.
- FiF, 3.
- Trompe tronquée
- créée par la trompe. Le mercure va donc tendre à monter dans le tube: au niveau du raccord, il rencontre le courant d'air ascendant et est divisé en gouttelettes plus ou moins fines qui seront entraînées dans le ballon supérieur, et de là, il retombent dans le capillaire. Ce remontage automatique est donc simple, permet d’éviter la manipulation du mercure et permet de le remonter à des hauteurs assez grandes.
- Nous avons vu que, pour les pressions limites inférieures, le mercure atteint dans le tube de chute une hauteur égale à 70 cm environ, la hauteur totale de la trompe est alors de 1.25 à 1.50 m ou plus. On peut, par un artifice, réduire celte hauteur : il suffit d abaisser la pression à la surface de la cuve à mercure : c’est le principe de la trompe tronquée (fig. 3). La cuve à mercure est ici un ballon fermé qui sert en même temps de réservoir collecteur des gaz. La pression est abaissée dans ce ballon en mettant un réservoir auxiliaire communiquant avec ce ballon par
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- TROMPE A MERCURE AUTOMATIQUE ET A COLLECTION.
- m
- la partie inférieure, sur la dépression d’une trompe à eau. Le tube de chute pourra alors, toutes choses égales d’ailleurs, être de 70 cm plus court environ.
- On a réalisé un très grand nombre de trompes de ces deux types, avec des perfectionnements nombreux augmentant naturellement leur complication. Toutefois, les modèles construits jusqu’ici(i) présentent les inconvénients suivants :
- 1° Difficulté de réglage indépendant du système de remontage du mercure et de la vitesse d’extraction de la trompe. En effet, pour un débit de chute donné, on voit (fig. 2) qu’il n’y a qu’une vitesse de remontée du mercure qui convienne; une vitesse plus faible provoque une vidange du réservoir à mercure supérieur et une vitesse plus grands un mauvais fonctionnement par remplissage exagéré de ce même réservoir;
- 2° Rigidité et difficulté de nettoyage des éléments de la trompe qui sont très souvent soudés entre eux, les rendant ainsi fragiles;
- 3° L’interchangeabilité rapide des pièces de verre venant fréquemment à se briser (comme par exemple les tubes de chute qui sont soumis aux chocs répétés des gouttes de mercure pour des vides poussés) n’est pas possible avec la plupart des modèles usuels de trompe à mercure.
- Nous avons été amené à réaliser une trompe à mercure relativement simple et pratique d’emploi, par l’étude de l’appareillage de dosage des gaz dans les métaux par la méthode de fusion dans le vide (3). Les gaz recueillis sont extraits du four de fusion par une pompe à vapeur de mercure à grand débit et à vide poussé et doivent ensuite être recueillis pour être envoyés dans un analyseur Orsat par une trompe à mercure à collection jouant en même temps le rôle de pompe préparatoire pour la pompe à vapeur de mercure.
- Le modèle le plus souvent, pour ne pas dire uniquement, employé jusqu’ici à cet usage a été une trompe de Beutell(i) ; c’est une trompe tronquée à double tube de chute d’une réalisation extrêmement compliquée et qui est plutôt une pièce de musée ou une pièce d’horlogerie en verre qu’un appareil courant de laboratoire. Le fonctionnement en est délicat; l’appareil comporte 23 rodages, robinets ou soupapes; il est très fragile et est formé d’un petit nombre de pièces de verre dont l’une présente jusqu’à 21 soudures ou raccords. Les tubes de chute sont interchangeables, mais raccordés par des rodages sphériques nécessitant un ajustage de leurs longueurs extrêmement précis, à moins de 1/10 mm. Enfin cet appareil est fort cher.
- Nous sommes revenus au type de la trompe normale non tronquée pour un grand nombre de raisons dont les principales sont les suivantes :
- L’emploi d’une cuve à mercure à l’air libre permet une grande indépendance des éléments constitutifs dans l’appareil, moins de rigidité, la facilité de nettoyage et d’interchangeabilité rapide des tubes de chute. Elle nécessite toutefois plus de mercure qu’une trompe tronquée, mais ce mercure ne représente pas, comme une pièce compliquée en verre, un capital périssable.
- (2) Pour la description d’un grand nombre de trompes à mercure, consulter :
- Travers, Technische Unlersuchung von Gasen, Braunschweig, 1896.
- Dunoyer, La technique du vide, Paris, 1923.
- I.îoetz, Physik undTechnik des Hochvakuums, Braunschweig, 1926. ,
- OStwald, Luther-Drucker,Hilfsmethoden, Leipzig, 1931.
- (3) O. Meyer et R. J. Castro, Archiv. fur das Eisenhüttenwesen, VI (1932-1933), p. 189-192. Voir aussi R. Castro et A. Portevin, Revue de Métallurgie (Mémoires) XXIX (1932), p. 449-469 (2e partie).
- (4) Beutell, Chemiker-Zeitung 30 (1910), p. 1342-1343. Oberhoffer und Beutell, Stahl und Eisen, 39 (1919), p. 1384-1590. Cette trompe a été encore modifiée depuis.
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- TROMPE A MERCURE SYSTÈME CASTRO. — MARS 1933.
- La trompe tronquée collige les gaz dans un réservoir où ils se trouvent à pression relativement réduite, ce qui, pour un même volume du ballon collecteur, diminue la masse maximum de gaz qu’il est possible de recueillir.
- Fig. 4 (>| o. — Schéma de la trompe Castro et détail d’un raccord B d’étanchéisation à mercure.
- Légende de la figure 5.
- a, a, Tubes à raccorder: — b, Tube de caoutchouc épais; — c, Fourreau en verre: — d, Bouchon de caoutchouc taillé en biseau; — e. Capillaire de vidange; — f. Bouchon de cire; — g, Mercure d’étanchéisation.
- Enfin la trompe tronquée est d’un emploi incommode quand il s’agit de faire passer des gaz du ballon collecteur à l’analyseur.
- L’appareil que nous présentons (fig. 4) comporte principalement ; une cuve à mercure C ;
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- TROMPE A MERCURE AUTOMATIQUE ET A COLLECTION. 191
- un tube de remontée du mercure M avec son raccord à rentrée d’air A; .
- un réservoir supérieur de mercure r, surmonté d’un séparateur n; ce réservoir est muni d’un tube de trop-plein retournant à la cuve G;
- un robinet de réglage du débit du mercure h ;
- deux tubes de chute tt, raccordés au réservoir r par l’intermédiaire de deux systèmes (fig. 6) analogues à ceux de k tronape Beutell et qui permettent la production régulière de grosses gouttes de mercure;
- un ensemble comportant un manomètre tronqué m et un dessécheur à anhydride phosphorique d ;
- un système de collection et d’évacuation des gaz EVE’ ;
- enfin, une trompe à eau T, raccordée à l’appareil par une soupape en verre S et un flacon de sécurité F destinés à éviter les retours d’eau de la trompe dans l’appareil. Cette trompe à eau sert de moteur pour la remontée du mercure et également pour prévider l’appareil jusqu’à quelques centimètres de mercure.
- Voici quel est le fonctionnement de cette nouvelle trompe à mercure.
- On commence par prévider l’appareil raccordé en O au moyen de la trompe à eau branchée sur le robinet à clé creuse R. Le robinet A étant fermé, le mercure
- Fig. 6. — Cycle de fonctionnement du système producteur de grosses gouttes de mercure.
- monte dans les tubes M, d, tv t2, jusqu’à une hauteur correspondant à ce vide préliminaire. On ferme R et on ouvre A, le mercure remonte en gouttelettes dans M et remplit le réservoir r jusqu’à la hauteur du trop-plein, puis retourne par d à la cuve G. A ce moment, on ouvre h en grand, et on règle A de manière que le mercure arrive toujours en excès par M, puis s’écoule par le trop-plein. Le remontage du mercure est alors réglé une fois pour toutes et s’effectuera automatiquement sans surveillance ni réglage ultérieur, même si l’on fait varier le débit de la trompe par le robinet h.
- Le mercure s’écoule alors dans le système gv g2 en gouttes fournies et régulières (voir sur la figure 6, le schéma de fonctionnement). Il entraîne les gaz provenant de O et préalablement desséchés en D, dans les capillaires de chute tt, t2, puis dans le réservoir V.
- Par le jeu des robinets fermant ce réservoir et du vase d’équilibre E', raccordé à V par un double piège à bulles p, on peut très facilement, par simple compression, évacuer les gaz vers l’analyseur.
- On remarque donc, d’après ce schéma, l’absolue indépendance de la vitesse de chute du mercure, c’est-à-dire de la vitesse d’extraction de la trompe réglée par h,
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- TROMPE A MERCURE SYSTEME CASTRO. — MARS 1933.
- et du système de remontée, grâce à l’emploi du trop-plein d, rendant le fonctionnement de l’appareil automatique et sur.
- De plus, les éléments constitutifs sont très simples et peuvent être facilement construits ou réparés sur place par un souffleur de verre même peu expérimenté.
- Fig-. 7. — Appareillage pour le dosage des gaz dans les aciers par la méthode de fusion dans le vide : Côté des fours.
- Les divers éléments sont raccordés par des étanchéisations à mercure simples et facilement démontables (fig. o). Les robinets ont été munis, partout où cela a été possible, de pièges à graisse évitant de salir le mercure tout en leur assurant une bonne étanchéité.
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- TROMPE A MERCURE AUTOMATIQUE ET A COLLECTION.
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- Les diverses pièces peuvent être extraites isolément pour permettre leur nettoyage et leur remplacement, principalement en ce qui concerne les tubes de
- Fig. 8. — Appareillage pour le dosage des gaz dans les aciers par la méthode de fusion dans le vide : Côté de la trompe et de l’analyseur.
- chute. La Cuve à mercure peut être abaissée et 30 sec suffisent pour remplacer un tube de chute sali ou brisé.
- Cet appareil coûte moins de la moitié de ce que coûte la trompe Beutell et sa vitesse d’extraction en est nettement supérieure.
- Cette trompe a été imaginée pendant un séjour à l’Ecole supérieure technique 132e Année, — Mars 1933, 14
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — MARS 493M.
- d’Aix-la-Chapelle(S) (Institut sidérurgique) où deux exemplaires sont actuellement en service, puis a ensuite été modifiée et simplifiée(6) aux Laboratoires des Aciéries électriques d’Ugine où elle est en service dans l’appareillage de dosage des gaz par fusion dans le vide (fig. 7 et 8).
- Nous espérons que cette trompe automatique pourra non seulement être avantageusement utilisée dans le but pour lequel elle a été destinée, mais aussi dans les laboratoires s’occupant de travaux analytiques sur les gaz et les laboratoires de physicochimie en général.
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ
- CONSEIL D’ADMINISTRATION SÉANCE PUBLIQUE DU 11 FÉVRIER 1933 Présidence de M. A. Alby, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Sont présentés pour devenir membres de la Société et admis séance tenante :
- M. Bonnier (Claude), ($£, j;), Ingénieur civil des Mines, docteur ès sciences, chef du Service des essais à la Station nationale de Bellevue, 7, rue Poulet, Paris (18e), présenté par le Colonel Renard et M. Dumanois;
- I’Institut de Chimie industrielle, Calea Mosilor, n° 132, Bucarest (Roumanie), présenté par M. Lemaire;
- M. Fromonot (Gustave), (^), ancien Ingénieur de la Marine, Ingénieur aux Forges et Chantiers de la Méditerranée, 25, boulevard Malesherbes, Paris (8P), présenté par M. de Fréminville.
- M. Alby, président. — Depuis sa dernière réunion, le Conseil de la Société d’Encouragement a été cruellement frappé par la perte de l’un de ses membres les plus éminents, M. Augustin Mesnager, Inspecteur général des Ponts et Chaussées, membre de l’Institut, professeur à l’École nationale des Ponts et Chaussées et au Conservatoire national des Arts et Métiers.
- Augustin Mesnager était entré à notre Conseil en 1907, au Comité des Constructions et des Beaux-Arts dont il est devenu le président après la mort de M. Larivière en 1926. Pendant les années 1924, 1925, 1926 il a exercé les fonctions de président de notre Société à laquelle il n’a cessé de porter le
- (5) Constructeur pour l’Allemagne : L. Mohren, Aix-la-Chapelle.
- (6) Modèle déposé.
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- CONSEIL d’aDMINISTRAÎION. — SEANCE PUBLIQUE DU II FEVRIER 193:1. 195
- plus grand intérêt. Il devait aujourd’hui même faire une communication au sujet d’un grand problème d’intérêt national, le canal des Deux-Mers.
- Il y a quelques jours il nous fit savoir qu’il allait entrer dans une clinique pour une opération qu’il jugeait de minime importance et nous avisait que son fils prendrait la parole à sa place s’il ne pouvait le faire lui-même.
- Hélas! notre collègue ne devait plus revenir parmi nous. Un accident, comme il peut malheureusement en arriver quelquefois dans toute intervention chirurgicale, est venu brutalement l’enlever à l’affection des siens et trancher une carrière que tous pensaient devoir se prolonger encore longtemps.
- Je n’ai point le dessein de vous retracer ce soir la carrière si remplie de notre regretté président. Devant son cercueil, des voix plus qualifiées que la mienne ont dit tout ce qu’a été Augustin Mesnager comme homme, comme ingénieur, comme savant et comme professeur.
- Les éloquentes paroles de M. Suquet, directeur de l’Ecole des Ponts et Chaussées, représentant le Ministre des Travaux publics, le Corps des Ponts et Chaussées et l’Ecole; celles de M. Nicolle représentant le Ministre du Commerce et le Conservatoire national des Arts et Métiers; celles de notre collègue, M. Lecornu, au nom de l’Institut, sont encore dans nos oreilles car beaucoup d’entre nous ont tenu à venir à la cérémonie de Saint-Germain l’Auxerrois.
- Une notice publiée dans notre Bulletin rappellera à tous nos membres l’œuvre d’Augustin Mesnager. Je me bornerai à dire ici les profonds regrets que laisse le souvenir de l’ancien président. Nous nous rappelons tous l’autorité avec laquelle il présidait nos réunions, la netteté et la lucidité de ses observations, toujours marquées au coin du bon sens, l’aménité et la courtoisie exquise de ses rapports avec tous ses collègues. Aussi bien, au cours de la cérémonie d’avant-hier, avons-nous constaté combien la figure d’Augustin Mesnager avait su attirer la sympathie : chose rare, il ne comptait que des amis parmi ses camarades. Son souvenir durera parmi nous.
- Homme de famille, Augustin Mesnager laisse derrière lui dans l’affliction la compagne de sa vie de labeur et une lignée de trois fils ; la guerre lui avait enlevé un quatrième enfant mort pour la France.
- Nous comprenons l’immensité du deuil qui vient de s’appesantir sur cette noble famille ; nous partageons sa tristesse, et nous lui adressons l’expression de la sympathie douloureuse et profondément émue de tous les collègues d’Augustin Mesnager au Conseil de la Société d’Encouragement.
- Nous avons fait connaître à M. Jacques Mesnager que la communication, qu’il devait faire normalement aujourd’hui, serait remise à une date ultérieure et choisie à sa convenance; nous avons pris nos dispositions d’urgence
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- 196 COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — MARS 1933.
- pour remplacer cette conférence par une autre sur un sujet de même nature. M. Blondel, membre du Conseil, a bien voulu accepter de nous faire une causerie sur le Transsaharien, sujet à l’ordre du jour dans le monde colonial. Je tiens à remercier tout spécialement M. Blondel d’avoir accepté cette tâche avec une parfaite bonne grâce. Le temps a manqué malheureusement pour prévenir nos auditeurs et nos invités. Nous les prions de vouloir bien nous excuser.
- MM. de Fréminville et G. Wery, secrétaires généraux, présentent et analysent des ouvrages entrés récemment dans la Bibliothèque.
- M. de Fréminville présente les ouvrages suivants :
- Agendas Dunod 1933. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e):
- Automobile, par G. Lienhard. 21e éd. ;
- Bâtiment, par E. Aucamus, révisé par J. Couderc. 52e éd. ;
- Béton armé, par V. Forestier. 6e éd.;
- Chemins de fer, par P. Place. 52e éd. ;
- Chimie, par Emile Javet. 52e éd. ;
- Commerce, parE. Bachinel. 19e éd.;
- Constructions mécaniques, par J. Izart. 52e éd.;
- Electricité, par L. D. Fourcault. 52e éd.;
- Métallurgie, par R. Cazaud. 49e éd. ;
- Mines, par F. J. Dorion. 52e éd.;
- Physique industrielle, par J. Izart. 13e éd. ;
- Le mystère et le paradoxe du vol animal, par le Dr Emile Batault. Paris, Gauthier-Villars et Cie, 55, quai des Grands-Augustins (6e), 1933;
- The speed and power of ships. A manual of marine propulsion, by D. W. Taylor. Washington, D. C., Ransdell Incorporated, 1933. (Don du Ministère de la Marine des Etats-Unis);
- Conditions de la distribution de Vénergie électriqueen France, par R. Baridon. Paris, Édition de « L’Usine », 15, rue Bleue (9e), 1933;
- La locomotive à vapeur aux Etats-Unis. Son rôle prédominant dans la lutte soutenue par les chemins de fer. Conférence faite à l’Université de Princeton, le 14 avril 1931, par William C. Dickermann. Traduit de l’anglais et édité par l'Office de Perfectionnement de la Traction autonome sur les Chemins de fer. Paris, O. P. T. A., 3, rue Portalis (8e), 1932.
- M. Wery présente les ouvrages suivants :
- Traité de chimie minérale, publié sous la direction de Paul Pascal ; secrétaire général : Paul Baud. Tome IV : Antimoine, bismuth, vanadium, niobium,
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — SÉANCE PUBLIQUE DU 25 FEVRIER 1933. 197
- tantale, bore, par MM. G. Champetier, A. Chrétien, A. Lalande, M. Picon, H. Pied, P. Renaud. Paris, Masson et Cie, 120, boulevard Saint-Germain (6e), 1933;
- Les matériaux des constructions civiles et des travaux publics. Tome IV : Béton armé, bois, peintures et vernis, routes en béton, par Edmond Marcotte. Paris, Gauthier-Yillars et Cie, 1933.
- M. Alby, président. — Les Etablissements Kuhlmann viennent de faire un nouveau don, en vue de nous aider à la publication de notre Bulletin. Cette fois, ils nous ont versé 1.400 fr. Je leur adresse nos plus vifs remerciements.
- M. F. Blondel, Ingénieur en chef des Mines, secrétaire général du Comité d’Etudes minières pour la France d’Outre-mer, membre du Conseil de la Société d’Encouragement, fait une communication sur Le Transsaharien et les difficultés de la mise en valeur des colonies.
- On trouvera à la page 163 du présent numéro le texte in extenso de cette communication.
- La séance est levée à 18 h. 45 m.
- SÉANCE PUBLIQUE DU 25 FÉVRIER 1933 Présidence de M. A. Alby, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- M. Alby, président. — Je crois devoir vous signaler qu’un troisième Congrès du Chauffage industriel se tiendra à Paris du 9 au 15 octobre prochain. Il est organisé avec le concours de la Commission interministérielle d’Utilisation du Combustible. Son président d’honneur est notre collègue du Conseil, M. Henry Le Chatelier, et son président, un autre de nos collègues, M. Walckenaer. Notre Société fait partie du Comité de Patronage de ce congrès.
- Vous trouverez ici quelques exemplaires du règlement et du programme de ce congrès, ainsi que des bulletins d’adhésion.
- MM. de Fréminville et Wery, secrétaires généraux, présentent et analysent des ouvrages entrés récemment dans la Bibliothèque.
- M. de Fréminville présente les ouvrages suivants :
- Le cinéma parlant. Procédés d’enregistrement électrique des sons.
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- 198 COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — MARS 1933.
- Prises de vues et de sons. Appareils de projection et de reproduction sonore, par Alfred Soulier. Paris, Librairie Garnier frères, 6, rue des Saints-Pères (7e) ;
- U écoulement en conduites des liquides, gaz et vapeurs. Les lois de l'écoulement. La mesure des débits, par Alb. Schlag. (Bibliothèque scientifique belge. Section technique). Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6°), 1933;
- Société française des Electriciens. — A propos du Centenaire des découvertes de Michel Faraday, 1831-1931. (Supplément au Bulletin de novembre 1932). Malakoff (Seine), 8 à 14, avenue Pierre Larousse.
- M. Wery présente les ouvrages suivants :
- Manuel de chimie gazière. Méthodes et procédés des essais et analyses en usage à l’usine expérimentale de La Villette delà Société du Gaz de Paris, par Emile Sainte-Claire Deville. 2e édition revue et augmentée par le Service des Recherches chimiques de la Société du Gaz de Paris, avec la collaboration de M. Paul Sainte-Claire Deville. Paris, Dunod, 1933;
- Nos colonies, 1933. Carte dressée par M. A. Meunier, géographe au Ministère des Colonies. (Don de M. A. Meunier, membre de la Société);
- Art de l'ingénieur et métallurgie. Résistance des matériaux et données numériques diverses, rédigées par L. Descroix. (Extrait des volumes VIII (années 1927-1928) et IX (1929) des Tables annuelles de constantes et données numériques. Secrétaire général : Ch. Marie). Paris, Gauthier-Villars et Cle, 53, quai des Grands Augustin^ (6e), 1932;
- Données numériques d'électricité, magnétisme et électrochimie, rédigées par P. Auger, L. Durand, G. Foex, L. Néel, N. Marinesco, Dr A. Sciinorf, Dr N. Thon, F. Wolfers. (Extrait des volumes VIII (années 1927-1928) et IX (année 1929) des Tables annuelles de constantes et données numériques. Secrétaire général : Ch. Marie). Paris, Gauthier-Villars et Cic, 1932.
- M. Alby, président. —M. Chaudron, que vous allez entendre, n’est pas un inconnu pour notre Société. L’année dernière, elle a décerné à M. Chaudron une médaille d’or pour l’ensemble de ses travaux.
- Ces travaux sont nombreux et extrêmement variés : ils touchent généralement des questions de chimie industrielle. Je ne citerai que les plus remarquables, à cause du retentissement qu’ils ont eu, ceux qui ont trait à la corrosion des métaux et alliages. M. Chaudron a montré que toute corrosion est un phénomène électrolytique et que, par suite, tout phénomène de polarisation peut être mis à profit pour la protection.
- Aujourd’hui M. Chaudron va nous parler de ses travaux sur la préparation des fibres textiles et notamment de la fibre de lin; ils l’ont conduit à préconiser un nouveau mode de rouissage, par voie purement physico-chimique, et sans recours à la fermentation.
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. ---- SÉANCE PUBLIQUE DU 2a FÉVRIER 1933. 199
- M. Georges Chaudron, professeur à la Faculté des Sciences et directeur de l’Institut de Chimie appliquée de Lille, fait une communication sur La préparation de la fibre de lin, ses propriétés et sa structure.
- La structure fibreuse possède des caractères qui tiennent à la fois de ceux des corps cristallins et de ceux des corps amorphes. Les fibres sont d’origine végétale, animale (cheveux, poils, écailles, plumes) ou minérale (amiante, soufre mou) ou artificielles (caoutchoucs factices, soies artificielles).
- Depuis quelques années, les physico-chimistes s’intéressent à la texture fibreuse ; et c’est ainsi que des études ont été entreprises à Lille sur la préparation et la structure de la fibre de lin.
- L’examen au microscope (g = 125) montre, sur la coupe transversale d’une tige de lin, qu’elle se compose de bois, la partie interne, entouré de faisceaux de fibres agglomérées par une matière pectique, la gomme, qui entoure les paquets de fibres et les colle au bois. Les fibres apparaissent au microscope comme des cellules de section grossièrement hexagonale pourvues d’un canal central. Déjà l’examen microscopique permet de distinguer les lins de bonne et de mauvaise qualité.
- La préparation de la fibre pour obtenir ce qu’on appelle la filasse, comprend : 1° un rouissage, par lequel on dissout complètement ou partiellement la gomme; 2° un teillage par lequel, après dessiccation, on casse le bois et isole les faisceaux de fibres.
- Dans le Nord, le rouissage naturel du lin se fait dans l’eau courante de la Lys, dans l’eau dormante des marais (comme pour le chanvre) ou sur le pré; dans ce dernier cas, il exige une main-d’œuvre importante et son succès dépend beaucoup des conditions atmosphériques. Suivant la température, la durée du rouissage est de 6 à 15 jours en eau courante. C’est la fin du rouissage qui doit être surveillée avec soin; on peut alors obtenir une filasse de très bonne qualité. Le rouissage artificiel se pratique dans un bac à 30°; il est très rapide. Dans tous ces cas, il y a fermentation : le rouissage est biologique.
- Le rouissage chimique ou physico-chimique consiste à dissoudre les gommes sans altérer la solidité des longues fibres qui constituent la filasse du lin.
- Un traitement trop poussé détruit les forces de cohésion qui maintiennent les fibres élémentaires : au lieu d’une filassse de lin, on obtient alors une matière textile formée de petits éléments analogues au coton.
- La filasse de lin, après rouissage, comprend les éléments de structure suivants : 1° le faisceau de fibres; 2° les longues fibres ; 3° les fibres élémentaires.
- La fibre élémentaire possède une structure en hélice où on distingue plusieurs éléments: 1° plusieurs couches de fibrilles: 2° des grains cristallins enrobés de substance amorphe; 3° le motif cristallin de la cellulose.
- L’état de surface de la fibre élémentaire semble jouer un rôle capital au moment de la filature.
- E. L.
- MM- Garnier. — Pourriez-vous nous dire quelques mots, même très sommaires, sur la technique de l’examen des textiles par les rayons X ?
- M. G. Chaudron. — 11 s’agit là d’une technique bien connue qui a fait
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — MARS 1933.
- l'objet de tout un chapitre d’un ouvrage important de M. J. J. Trillat, sur les applications industrielles des rayons X. Cet examen va au delà de la fibrille, à laquelle, pour nos recherches, nous nous sommes arrêtés.
- M. \\ aton. — Je crois me souvenir que, avant la crise actuelle, déjà même avant la guerre, la culture et l’industrie 1 i ni ères françaises étaient en pleine décadence. Certains auteurs, notamment un conférencier ici même, avaient préconisé pour parer à cette situation défavorable, le développement ou la création de nouvelles cultures et industries textiles, comme celles de la ramie et de l’ortie. En somme, la culture et l’industrie du lin semblaient appelées à disparaître; dans ces conditions, il peut paraître pratiquement inutile de poursuivre l’étude de ce textile.
- M. C iiaudion. — Le lin est un textile remarquable qu’il est impossible de remplacer pour beaucoup d’usages. Les conditions commerciales sont assez complexes : il y a du lin qui est cultivé et acheté en France, roui en Belgique, teillé en France et filé en Belgique; entre le paysan, producteur de lin, et le lilateur, il peut v avoir jusqu’à six intermédiaires. .
- Colonel Janvier. — Est-ce que le gouvernement n’encourage pas par des primes la culture du chanvre et du lin en France?
- M. Chaudron. — Des primes sont en effet accordées. Leur utilité est souvent contestée.
- M. E. Lemaire. — Existe-t-il un procédé de rouissage nouveau qui soit basé sur les faits d’observation que vous avez exposés?
- AL C HAUDRox. — Ce procédé à vrai dire n’est pas entièrement nouveau : il consiste à rouir dans un autoclave vers b kg/cnr; le blanchiment peut suivre immédiatement. Le procédé n’est autre que celui de Peufaillit, essayé avant la guerre, mais qui a échoué faute d une méthode de contrôle permettant de diriger le rouissage et d’arrêter le traitement à temps voulu.
- M. Lemaire. — Le procédé s’applique-t-il à d’autres textiles végétaux que le lin?
- AL Cii audron. — Oui, au chanvre.
- M. I æmaire. — S’applique-t-il aussi à la ramie, dont, il y a encore peu de temps, on considérait le rouissage comme très difficile?
- AL Chaudron. — On n’a pas essayé; c’était inutile car aujourd’hui, le lin est relativement à très bon marché et il est à la portée de tous.
- AI. Alby, président. — Je remercie vivement Al. Chaudron de sa très intéressante conférence sur un sujet assez particulier mais d’un intérêt très général puisqu’il nous a montré que, dans une industrie aussi vieille que la filature^ du lin et le tissage de la toile, il y a encore de grands progrès à réaliser. Je le remercie également des explications complémentaires qu’il
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- bibliographie.
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- nous a données. Pour nous conformer à l’usage, je le prie de vouloir bien nous remettre très prochainement le texte de sa communication en vue de son insertion dans notre Bulletin.
- La séance est levée à 18 h. 30 m.
- BIBLIOGRAPHIE
- La gare de l’Est, Compagnie des Chemins de fer de l'Est. Un vol. (26x21cm) de 53-f-30p. et 28 planches ; Paris, 1931. Devambez. Index : 385-+-625.1 (44)
- La Compagnie des Chemins de fer de l'Est a publié une description de la nouvelle gare qu’elle vient d’édifier à Paris. C'est un véritable ouvrage de luxe, remarquable par sa belle présentation et sa très riche illustration.
- Au début, nous y voyons la gare primitive ouverte au service en 1850, avec son harmonieuse façade et ses deux xToies à quai sous la balle. L’exposé des considérations qui en ont fixé l’emplacement est fort intéressant.
- Vient ensuite la description des agrandissements successifs de cette gare primitive : installations en dehors de la halle pour le service de la ligne de Mulhouse; suppression de la voie du milieu sous la halle, et son remplacement par un quai desservant deux voies latérales, en 1877 ; de 1888 à 1891. établissement de 1-4 voies à quai en dehors de la halle; enfin raccourcissement de la halle, pour allonger ces voies extérieures et suppression de la partie des voies qui y pénétrait encore.
- Telle était la situation jusqu'à ces derniers temps. Mais, dès 1912, elle était devenue insuffisante. Passé de 4 millions en 1891 à 8 millions en 1901, le nombre des voyageurs expédiés annuellement s'éleva, en 1911..à 12 millions, et on prévoyait qu’au bout de quelques années, il atteindrait IG millions. Une transformation profonde s’imposait : l’Ingénieur en chef Deseubes présenta un projet que le Conseil d'administration de la Compagnie adopta on mars 1912. Les dispositions en sont essentiellement celles du projet définitif, qui ni' put être exécuté qui' vingt ans plus Lard, après une longue discussion des autres solutions proposées.
- Pour accroître la capacité des voies à quai, devenues trop courtes pour les longs trains, et limitées au Nord par les aiguillages du pont Lafayette. on les allongea vers le Sud, en rescindant profondément le bâtiment des voyageurs.
- Pour augmenter le nombre de ces voies, porté à 30. élargir les trottoirs, retrouver les surfaces bâties perdues en profondeur et donner aux services de départ et d'arrivée les développements nécessaires, la gare s'élargit vers l’Est en déplaçant la rue du Faubourg Saint-Martin.
- L’allongement des bâtiments comporta la construction d'une façade pareille à l’ancienne, avec interposition d'une construction à usage d’hôtel. Un vaste sous-sol fut consacré aux services d’arrivée, notamment à la livraison des bagages.
- En outre, le goulot des voies de départ fut élargi de manière à donner passage à 8 voies de circulation et de manœuvres.
- Ainsi qu’il est dit plus haut, le projet, tel qu'il a été exécuté, reproduit les dispositions essentielles du projet Descubes, mais avec une notable augmentation : le
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- BIBLIOGRAPHIE.
- .MARS 1(133.
- nombre de 16 millions de voyageurs, prévu en 1912. était déjà dépassé de plus d'un million en 1920.
- De vastes salles et des communications bien conçues donnent aux. "voyageurs toutes facilités de circulation et leur permettent de faire enregistrer les bagages et de prendre les billets aussi commodément et rapidement que possible. De grandes annexes, largement et élégamment installées, correspondent à tous les besoins, café-restaurant. vaste buffet, liotel. salle d’accueil avec toilettes, bains, téléphones, coiffeurs. etc.
- Une pareille gare exige de grandes installations pour le chauffage des locaux et des trains, pour l'éclairage, la force motrice, nécessaire notamment pour les appareils de manutention des bagages. La confection mécanique des billets, décrite dans la notice, utilise un fort ingénieux outillage.
- L’exécution des travaux d’une telle importance, est décrite dans un chapitre spécial .
- Pour passer des 20 voies de 1925. dont aucune ne devait restera sa plaça", aux 90 voies de 1991. il a fallu acquérir 48 immeubles et évincer 1.027 locataires, en offrant des logements neufs à plus de 500 d’entre eux: et ou sait combien notre législation rend difficiles les opérations de ce genre". Tous ces travaux, qui ont transformé toutes les parties de l’ancienne gare", ont été exécutés sans interrompre les services et sans trop les gêner : on peut dire, à cet égard, que le succès de celte opération est un véritable tour de force". En outre, le pont de la rue Lafayette a du être remplacé par un autre plus long; il en est de même pour d’autres ponts traversant les voies.
- En résumé, les possibilités d'exploitation de celte magnifique gare, avec ses 90 voies à ([liai de 900 m et ses amples installations, permettent de* faire" lace à un trafic largement supérieur au trafic actuel. Les quais sont assez longs pour recevoir des trains de 19 grandes voitures métalliques, offrant en moyenne 980 places assises, et pesant 708 t. Les nouvelles machines à grande vitesse, avec 4 essieux accouplés, peuvent remorquer ces trains à la vitesse de 120 km/h.
- La description de la nouvelle gare et des travaux d'exécution est suivie d'indications relatives aux récentes locomotives ("t aux voitures métalliques de l’Est.
- Enfin un appendice rend compte des cérémonies d'inauguration de la nouvelle gare; il décrit divers travaux exécutés sur le réseau, ("t donne une série de statistiques sur les dépenses et les charges d’établissement, sur le nombre et la composition des trains, sur les principaux centres de trafic et les v ariations annuelles de ce trafic, et sur quantité d'autres sujets, parmi lesquels il convient de signaler la maison de cure de Séricourt (Seine-et-Marnej.
- Cette maison, établie près de La Ferté-sous-Jouarre. à 70 km de Paris, dans un domaine de 191 ha. à flanc de coteau, face au Midi, peut recevoir 108 malades.
- Bien que sommaire et incomplète, l'analyse qui précède peut donner mit" idée de l'extrême intérêt de la publication de la Compagnie de l’Est, mais non de la beauté et de l'abondance de l'illustration qui en fait une véritable publication d'art.
- Ce bel ouvrage porte la dédicace suivante :
- « A ceux qu'intéressent les efforts poursuivis et les progrès réalisés par les chemins de fer français depuis la grande guerre, et à ceux qui. de bonne foi. les ignorent. »
- eu. sai vaui;.
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- BIBLIOGRAPHIE.
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- L’univers électromagnétique par une nouvelle loi de la gravitation, par Max Franck, ancien élève de l’École Polytechnique. Un vol. br. (23 x 13 cm), de 126 p., fig. Gauthier-Villars et Cie, édit., Quai des Grands-Augustins, 33, Paris, 1932.
- Index : 338 : 321.12
- L’ouvrage de M. Max Franck apporte un renouvellement complet du point de vue théorique auquel doit se placer le physicien.
- Malgré des constatations expérimentales de plus en plus nombreuses, qui auraient dû l’orienter vers une conception strictement corpusculaire, la science contemporaine s’est attachée trop superstitieusement, semble-t-il, aux représentations ondulatoires qui, de Fresnel à Maxwell, ont commandé le développement de l’optique et de l’électromagnétisme.
- Par une critique radicale des notions d'espace, de force et d’inertie, la doctrine de M. Max Franck rétablit dans les phénomènes un ordre cohérent, et en fait découler une synthèse logique et satisfaisante.
- L’idée maîtresse de l’auteur est que tous les phénomènes doivent s'expliquer « avec le respect des notions évidentes du temps et de l’espace absolus dans un espace euclidien, et d’une façon générale, en conservant les axiomes delà mécanique classique qui sont à la racine meme du savoir humain », à condition d’apporter une correction à la formule newtonienne de la gravitation, pour en faire une formule d'interaction universelle dont soient justiciables tous les phénomènes quels qu’ils soient.
- M. Franck présente celte correction à la loi de Newton. Ses bases sont :
- 1° l’existence d’un éther immatériel, inaccessible à nos sens, remplissant tout l’espace — sauf là où existe l’élément primordial de la matière — et qui est à l’origine de toute énergie de l’interaction universelle : Véther-force, immobile, non vibrant, représentant l’énergie potentielle;
- 2° la notion du grain primordial d’inertie constituant ultime de la matière, électron ou même moins, si nécessaire, l’inertie en mouvement sous l’impulsion de l’étlier-force représentant l’énergie cinétique ;
- 3° l’existence, au voisinage et au sein des condensations de matière que sont les astres, d’un autre éther, l’éther électrolumineux, formé, à l'instar de la matière, de corpuscules, mais beaucoup plus légers que les grains d’inertie, et qui ne sont autres que les photons. Cet éther, ce fluide photonique, a une masse, une densité, et suit la loi des gaz parfaits.
- En fin d’analyse, la matière est formée d’électrons (ou moins) se déplaçant dans un milieu de photons; l’éther photonique sert d’appui à la matière, et ses variations de densité (ou de pression) engendrent tous les mouvements électroniques, atomiques, moléculaires....qui constituent l’ensemble des phénomènes chimiques et physiques.
- La première partie de l’ouvrage, intitulée « Force et inertie » est consacrée à l’établissement et à la discussion de la formule d’interaction universelle à substituer à la formule insuffisante de Newton.
- A ce dernier, M. Franck fait grief — bien entendu très respectueusement — d’avoir fait de la masse un coefficient d'inertie, alors qu’on ne doit y voir qu’une quantité d’inertie, le rôle de coefficient d’inertie devant être dévolu à la densité. Four deux systèmes, de masses m et mr, de densités d et d’, isolés dans l’éther pur.
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- BIBLIOGRAPHIE.
- MARS 1933.
- Féther-force, la formule newtonienne se transforme en la formule d’interaction suivante :
- , d -h d!
- a = mm
- r-
- qui. discutée au sens électromagnétique dans la seconde partie de l’ouvrage, donnera au phénomène électrique toute sa signification.
- Discutant cette formule en dynamique, et se plaçant dans l'hypothèse d’un champ de gravitation (en particulier le champ terrestre), l’auteur en fait découler, de façon élégante : les lois de la chute des corps, le principe d’Archimède, l’axiome de l’action et de la réaction, le théorème de la force vive, les lois d’un fluide en équilibre et de la cinétique des gaz.
- Dans la deuxième partie de l’ouvrage, M. Franck esquisse une théorie de « L’électromagnétisme universel », en partant de la formule d’interaction susvisée.
- Faisant intervenir la notion de plan magnétique, ou plan de polarisation, l’auteur complète la formule d'interaction pour arriver à sa formule électromagnétique, dont, selon lui, découle directement l’explication automatique de tous les phénomènes : calorifiques, lumineux, électriques.
- C’est là qu’entre enjeu le second éther, l’éther lumineux : notion de température, dilatation des corps, chaleur spécifique, sauts d’électrons sur les orbites atomiques, dégagements électroniques, foyers d’émission, réactions chimiques sont présentés sous une forme ingénieuse.
- Suit une étude du rayon lumineux tachant à expliquer, par l'intervention d’une loi pendulaire d’accélération dans un mouvement secondaire des photons, les apparences ondulatoires de la plupart des phénomènes lumineux qui, d’après Fauteur ne sont, et ne peuvent être, que des radiations corpusculaires. Suit encore une étude du faisceau lumineux, d’où M. Franck tire une explication de la réfraction et, par voie de conséquence, de la réflexion, de la diffraction, de la polarisation, des interférences.
- Traitant in fine des « relativités ». Fauteur y voit surtout des principes ayant visé à maintenir l’excellence des théories ondulatoires, si fortement menacées par les constatations expérimentales, sur la nature corpusculaire de maints rayonnements et le caractère quantique des échanges d’énergie.
- En résumé. M. Franck présente -— non sans autorité — plusieurs idées hardies, originales, d'où découlent, par des raisonnements ingénieusement conduits, des explications — plaisantes pour l’esprit — des phénomènes physiques et chimiques.
- Quelques-unes de ces idées sont discutables et elles seront certainement discutées : mais non moins certainement, il en restera quelque chose. C’est un beau sort pour des idées nouvelles.
- M. GARNIER.
- La propagation des ondes électromagnétiques. Exposé des connaissances acquises.
- Synthèse des idées et des théories, par Paul Labat, capitaine du Génie, ancien
- élève de l'École polytechnique. Un vol. br. (25 X16 cm), de xii ~f- 445 p..
- 66 fi g. Gauthier-Yillars et Cic, édit., 55. quai des Grands Augustins, Paris, 1932.
- Index : 621.399
- La télégraphie et la téléphonie sans fil. en même temps qu elles révolutionnaient les communications à distance, ont donné naissance à une nouvelle industrie dont
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- bibliographie.
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- l’importance se chiffre déjà par centaines de millions de francs. La T. S. F. est basée sur la propagation dans l’espace des ondes électromagnétiques; or cette propagation pose une foule de problèmes qui, malgré de très nombreuses recherches, sont loin d’être complètement résolus. Tout porte à croire qu’elle est influencée par la constitution des couches atmosphériques situées à une centaine de kilomètres de hauteur. Dans cette région, jusqu'à présent inaccessible, paraissent se produire des phénomènes d'ionisation, dus à l’action de la lumière et peut-être aussi au bombardement par des électrons venus du soleil. L’état de la basse atmosphère, sa teneur en vapeur d’eau notamment, intervient aussi d’une façon qui n’est pas complètement élucidée.
- Il était intéressant, dans ces conditions, de procéder à un inventaire des résultats acquis et de réunir une documentation éparpillée dans toutes sortes de publications. M. Paul Labat, capitaine du Génie, ancien élève de l’École polytechnique, n’a pas reculé devant celte lourde besogne. Son livre est dédié à la mémoire du regretté général Ferrié, qui avait promis d’en écrire la préface.
- L’ouvrage comprend trois parties. La première expose ce que l’on sait ou croit savoir sur les propriétés de l’atmosphère, depuis le sol jusqu’aux grandes altitudes. La seconde est consacrée aux difficiles théories de la propagation des ondes électromagnétiques dans les milieux ionisés. La troisième présente un résumé des hypothèses fort variées et des études physiques destinées à préciser ce mode de propagation.
- Ainsi que le déclare l’auteur, il s’est avant tout proposé de mettre à la disposition des chercheurs un instrument de travail. Il a parfaitement rempli son but : tous ceux qui veulent contribuer à débrouiller les phénomènes extraordinairement complexes dont dépend la T. S. F. auront grand profit à consulter le livre de M. Paul Labat. léon lecornl.
- Manuel de chimie gazière, méthodes et procédés des essais et analyses en usage à l’Usine expérimentale de La Villette de la Société du Gaz de Paris, par
- M. Émile Sainte-Claire Deville, 2° édition, revue et augmentée par le Service des Recherches chimiques de la Société du Gaz de Paris, avec la collaboration de M. Paul Sainte-Claire Deville. Un vol. de vm-t-238 p. (13x21 cm), 67 fig., Dunod, édit., 12, rue Bonaparte, Paris (6e), 1933. Index : 665.7
- Ce volume expose les méthodes d’examens et d’analyses employés à l’Usine expérimentale de la Société du Gaz de Paris pour étudier les charbons employés et déceler les qualités ou les défauts des différents produits de la distillation de la houille. Toutes ces méthodes joignent à une grande précision, la facilité et la rapidité d’exécution qui permettent de multiplier le nombre des opérations. Un grand nombre d’entr’elles sont nées, en quelque sorte, à l’Usine expérimentale de La Villette et ne se trouvent que dans cette publication.
- La seconde édition a été complètement revue. Elle a reçu de nombreux compléments. Citons le dosage de la naphtaline par le procédé dit à l’acide picrique, des notes relatives à l’influence du poids de l’échantillon essayé, à la détermination des matières volatiles dans les charbons, à l’indication des méthodes nouvelles pour l’essai des goudrons, ainsi qu’au dosage du soufre total, du bleu de Prusse, de l’acide sulfocyanique et du fer total dans les matières épurantes.
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- BIBLIOGRAPHIE.
- MARS MC'R-i.
- 2nr»
- Cet ouvrage remarquable est dû à Émile Sainte-Claire Deville, fils de 1 un des maîtres de la chimie minérale du siècle dernier. Émile Sainte-Claire Deville lut pendant 50 ans attaché à l'Usine expérimentale de la Compagnie du Gaz de Paris. Les remaniements de la seconde édition proviennent de la collaboration du Service des recherches chimiques de la Société du Gaz de Paris et de M. Paul Sainte-Claire Deville.
- Cetle seconde édition rendra d'inappréciables services aux ingénieurs des usines à gaz et cokcries. et. en général, à tous ceux qui s'intéressent à la chimie des combustibles. G- uf.bv.
- NOTE BIBLIOGRAPHIQUE
- L’emploi du froid pour la pêche.
- M. B. DK Bovssox. Ingénieur principal du Génie maritime, a présenté, à la session de 1932 de l’Association technique maritime et aéronautique, une important*' élude sur La pêche frigorifique et les chalutiers congélateurs.
- Il existe aujourd'hui des procédés qui assurent la parfait*' conservation du poisson depuis le moment où il sort de l'eau jusqu’à la présentation au consommateur avec l'aspect le plus satisfaisant. Ces procédés exigent des installations coûteuses à bord des chalutiers, mais qui peuxenl être largement compensées par l'accroissement de leur rayon d’action et surtout en éxilant au pécheur l’effondrement des cours en cas de pèches abondantes.
- Ces installations abord doivent être complétées par une bonne organisai ion à terre de magasins et de transports frigorifiques, organisation qui existe déjà, au moins partiellement, et dont le développement rend de tels serxices qu’il est inévitable. malgré quelques résistances intéressées.
- Les meilleurs 'procédés de préparation du poisson, pour une conservation de duré*1 presque illimitée, consistent à le congeler liés rapidement à un*' température fort basse (jusqu'à - 18°). puis à l'enrober dans un*' couche de glace et à l'emmagasiner dans une cale maintenue à — 15°.
- Il faut donc à bord une machine frigorifique de puissance largement calculée et des cales bien isolées.
- Connu*' application spécial*', M. de Boysson cite J*' cas de la pèche de la morue. Avec les morues, qui sont salées, on prend beaucoup d'autres poissons qui. à Létal frais, auraient une valeur supérieure à celle de la morue salée, et qui sont rejetés à la nier.
- En terminant son étude', l'auteur déclare qu il y a « un très gros effort à réaliser. « lequel ne pourra porter ses fruits qu*' lentement : cet effort est commencé et les « premiers résultats en sont, dès à présent, des plus encourageants.
- < Pour 1 industrie de la pèche, la généralisation de ce procédé peut apporter *' une véritable révolution, analogue à celle survenue dans l'industrie de la viande. * par l'usage de la viande frigorifiée.
- > Et de même que 1*' transport de viande frigorifiée a posé au constructeur naval « des problèmes tout à fait nouveaux, la congélation du poisson lui demandera aussi *< des conceptions toutes nouvelles, a ed. sauvage.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOURAG. POUR i/lNDUSTRlE NATIONALE.
- MARS 1933 (p.207).
- OUVRAGES REÇUS A LA BIBLIOTHÈQUE EN FÉVRIER 1933
- Batault (Dr Émile). — Le mystère et le paradoxe du vol animal. In-8 (25 x 16) de xvi-h 236 p., 19 fig., I pl. Paris, Gauthier-Villars et Gie, 1933. 18179
- Taylor (D. W.). — The speed and power of ships. A manual of marine propulsion.
- In-4 (31x 23) de vi + 366 p.. 217 fig. Washington. D. G., Ransdell Incorporated. 1933.
- (Don du Ministère de la Marine des États-Unis.) 18180
- Traité de chimie minérale, publié sous la direction de Paul Pascal; secrétaire général : Paul Baud. Tome I\ : Antimoine, bismuth, vanadium, niobium, tantale, bore, par MM. G. Gfjampetier, A. Chrétien, A. Lalande, M. Picon, H. Pied, P. Renacd. In-8 (26 x 17) de xxin -t- 630 p., 55 fig. Paris, Masson et Cie, 1933. 18181
- Agendas Dunod 1933. 11 volumes in-18 (15 x 10). Paris, Dunod 92. rue Bonaparte (6°), savoir :
- Automobile, par G. Lienhard. 21e éd., de xxii + 572 p., 283 fig. 18182
- Bâtiment, par E. AüCAMUS, révisé par .1. Gouderc. 52e éd., de xxxn + 543 p., 72 fig.
- 18183
- Béton armé, par V. Forestier. 6e éd., de xx + 420 p., 246 fig. 18184
- Chemins de fer, par P. Place. 52° éd., de xxvi + 400 p., 62 fig. 18185
- Chimie, par Émile Javet. 52° éd., de xlvi + 414 p. 18186
- Commerce, par E. Rachinel. 19° éd., de lx + 395 p. 18187
- Constructions mécaniques, par J. Izart. 52e éd.. de xvi + 330 p.. 151 fig. 18188
- Électricité, par L. D. Fourcault. 52° éd., de xxiv + 415 p., 123 fig. 18189
- Métallurgie, par R. Gazaud. 49e éd., de xx + 354 p., 54 fig. 18190
- Mines, par F. J. Dorion. 52° éd., de xv + 335 p., 70 fig. 18191
- Physique industrielle, par J. Izart. 13e éd., de xxiv + 347 p., 120 lig. 18192
- Marcotte (Edmond). — Les matériaux des constructions civiles et des travaux publics. Tome IV : Béton armé, bois, peintures et vernis, routes en béton. In-8 (23 x 14) de Vin+ 483 p., 250 fig. Paris, Gauthier-Villars et Cin, 1933. 18193
- Soulier (Alfred). — Le cinéma parlant. Procédés d’enregistrement électrique des sons. Prises de vues et de sons. Appareils de projection et de reproduction sonore. In-12 (19x12) de 327 p., 130 fig. Paris, Librairie Garnier frères. 18194
- Schlag (Alb.). — L’écoulement en conduites des liquides, gaz et vapeurs. Les lois de Uécouiement,. La mesure des débits. (Bibliothèque scientifique belge. Section technique). In-12 (19 X 12) de 182 p., 51 fig. Paris, Dunod, 1933. 18195
- Sainte-Glaire Deville (Émile). — Manuel de chimie gazière. Méthodes et procédés des essais et analyses en usage à l'Usine expérimentale de La Villette de la Société du Gaz de Paris. 2e édition revue et augmentée par le Service des Recherches chimiques de la Société du Gaz de Paris, avec la collaboration de M. Paul Sainte-Glaire Deville. In-8 721 x 14) de vm+ 234 p., 67 fig. Paris. Dunod, 1933. 18196
- Société française des Électriciens. — A propos du centenaire des découvertes de Michel Faraday, 1831-1931. (Supplément au Bulletin de novembre 1932). In-8 (26 x 18) de 244 p., fig., I pl. Malakoff (Seine), 8 à 14. avenue Pierre-Larousse. 18197
- Art de l’ingénieur et métallurgie. Résistance des matériaux et données numériques diverses, rédigées par L. Descroix. (Extrait des volumes VIII (années 1927-1928) et IX (année 1929) des Tables annuelles de constantes et données numériques. Secrétaire général : Ch. Marie. In-4 (28 x 22) de xxi +vi + p. 2552-2706 + v +p. 1474-1607. Paris. Gauthier-Villars et Cie, 1932. 18198
- Données numériques d’électricité, magnétisme et électro-chimie rédigées par P. Auc-er, L. Durand, G. Foex, L. Néel, N. Marinesco, Dr A. Schnorf, Dr N. Thon,
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- (UVRAGES REÇUS. — MARS 1933.
- F. Wolfers. ^Extrait des volumes VIII (années 1927-1928' et IX (année 1929) des Tables annuelles de constantes et données numériques. Secrétaire général : Ch. Marie). In-4 (28 x 22) de xxi p. -+- p. 318-408, 1491-1508. 1886-2010 +p. 210-324. 875-894, 1063-1206. Paris, Gau-thier-Villars et C‘". 1932. 18199
- Baridon U. . — Conditions de la distribution de l'énergie électrique en France. In-4 27 x 21i de 39 p. Paris, Édition de « L’Usine », 13. rue Bleue (9°', 1933.
- Pièce 13762
- Diceerman (William C.l — La locomotive à vapeur aux États-Unis. Son rôle prédominant dans la lutte soutenue par les chemins de 1er. (Conférence faite à l'Université de Princeton, le 14 avril 1.931 j. Traduit de l’anglais et édité par l’Office de Perfectionnement de la Traction autonome sur les Chemins de fer. In-4 (30 x 23) de 36 p., 16 fig. Paris, O. P. T. A.. 3. rue Portalis (8e), 1932. Pièce 13763
- Nos colonies. 1933. Carte dressée par M. A. Meunier, géographe au Ministère des Colonies. (80 x 120). (Don de M. A. Meunier, membre de la Société.) Pièce 13764
- Comité des Travaux historiques et scientifiques. (Ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts. — Comptes rendus des Congrès des Sociétés savantes de Paris et des départements. Section des Sciences. 62' Congrès, Paris 1929; 64° Congrès, Clermont-Ferrand 1931; 65e Congrès, Besançon 1932. Paris, Masson et Cie. Pér. 26
- Syndicat général de la Construction électrique. — Annuaire 1932-1933. Paris, 54, avenue Marceau .>8C;. Pér. 90
- Direction générale des Douanes. — Tableau général de la navigation maritime (Navigation internationale, cabotage français et effectif de la marine marchande). Année 1931. Paris, Imprimerie nationale, 1932. Pér. 34
- Tables annuelles de constantes et données numériques de chimie, de physique, de biologie et de technologie. (Secrétaire général : Ch. Marie.) Vol. VI, années 1923-1924, P" et 2'' parties: Vol. VII, années 1925-1926. 1in et 2r parties: Table des matières des volumes I à V, années 1910 à 1922. rédigée par G. Kraytzoff. Paris, Gaulhier-Villars et C'1'. Pér. 63
- Bureau of Standards (Washington). — Miscellaneous Publications, nos 118 (1932) : The optical rotation of liquids. iis variation mit h mare lenyth température, solvent and concentration, iv + 106 p. — 138 (1932) : Animal report of the Director of the, Bureau of Standards to the Secretary of Commerce for the fiscal y car eiuled June 30, 1932, 40 p. Pér. 61
- Bureau of Standards Washington'. — Circular. n° 397 uSupersedes Circulai- n° 75) (1932) : Safety for the Household, iv + 102 p.. 24 fig. Pér. 61
- Bureau of Standards (Washington). — Handbook. n° 16 (19311 : Wood pôles for overhead electrical Unes, 24 p., 1 lin. Pér. 61
- Bureau of Standards y Washington). — Building and Housing Publication, n° 18 (1932) : llecommended minimum requirements for small dwelling construction, vin —1— 107 p., 34 fig. Pér. 61
- Smitiisonian Institution ( Washington). — Report on the progress and condition of the United States National Muséum for the year ended June 30, 1932. Pér. 27
- L'agent général, gérant,
- E. LEMAIRE.
- BRODARD ET TAUPIN, Coulommiers-Paris.
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- 132e ANNEE.
- AVRIL 1933.
- BULLETIN
- DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- ASSEMBLÉE GÉNÉRALE SOLENNELLE DU 25 MARS 1933 DISTRIBUTION DES RÉCOMPENSES DÉCERNÉES POUR L’ANNÉE 1932
- Présidence de M. A. Alby, président.
- La séance est ouverte à 16 h. 30 m.
- Le fauteuil présidentiel est occupé par M. A. Alby, président. A ses cotés ont pris place, au Bureau : MM. Ch. de Fréminville et Georges Wery, secrétaires généraux; le lieut.-col. Paul Renard et M. M. Lacoin, vice-présidents, et les membres du Conseil, rapporteurs des comités techniques sur la proposition desquels les récompenses ont été accordées.
- Allocution de M. A. Alby, président.
- L’assemblée générale solennelle de notre Société est l’occasion pour le président, en relatant les événements de l’année écoulée, de faire brièvement le point.
- Peut-il, se bornant aux seuls événements de notre vie sociale, passer sous silence la formidable secousse de l’économie mondiale et le paradoxe de l’etlYoyable misère de millions d’ouvriers chômant dans une industrie merveilleusement et de plus en plus perfectionnée, paradoxe qui trouble les esprits les plus éminents.
- Le progrès aurait-il fait faillite?
- Le perfectionnement de l’industrie, objet des études de notre Société, serait-il devenu un mal? Ou bien n’y a-t-il qu’un simple défaut passager d’adaptation de l’organisation sociale actuelle à la marche accélérée du progrès technique?
- Avec conviction, nous oserons dire que nos prédécesseurs n’ont pas fait fausse route et qu’en étudiant les phénomènes sociaux dont nous souffrons, avec le même esprit scientifique que les phénomènes purement physiques ou mécaniques, on arrivera à surmonter les difficultés présentes.
- De quoi s’agit-il exactement? Le progrès technique a pour effet de développer les moyens de production et de réduire l’emploi de la main-d’œuvre non qualifiée (manœuvres ou manœuvres spécialisés). Les conséquences peuvent en être la formation de stocks de produits hors de proportion avec les besoins et le chômage d’une partie de la main-d’œuvre industrielle.
- Surveiller les besoins et prévenir la formation de stocks nuisibles, renvoyer à la vie rurale la main-d’œuvre qui lui a été enlexée et qui lui manque, ne paraissent 132e Année. — Avril 1933. 15
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- 210 ASSEMBLÉE GÉNÉRALE SOLENNELLE DU 25 MARS 1933. — AVRIL 1933.
- pas des opérations impossibles à réaliser si l’on veut s’en préoccuper. Notre pays a fait pendant et après la guerre pour sa reconstitution des efforts autrement difficiles mais dont la nécessité apparaissait très crûment aux yeux de tous.
- Ainsi la crise ne doit pas avoir pour effet de mettre en sommeil nos comités de chimie, de mécanique et des arts économiques, mais de donner un surcroît d’activité à nos comités d'agriculture et de commerce, de même qu’à celui des constructions et des beaux-arts, afin qu’ils recherchent et qu’ils trouvent les moyens efficaces de régulariser la production et de rendre la vie rurale attrayante.
- Plus que jamais, notre Société a le devoir de poursuivre son double but : en premier lieu, combattre l’ignorance par l’action de ses conférences, de son Bulletin, de sa Bibliothèque; ensuite découvrir et honorer les élites dans quelque rang de l’industrie qu’elles travaillent.
- Avant de proclamer les récompenses que la Société a décernées pour l’année 1932. je rappellerai brièvement, selon l’usage, quelle a été son activité durant cette année.
- Nous adresserons d’abord un dernier salut à ceux des membres de notre Conseil qui sont décédés depuis la dernière assemblée solennelle :
- à Henry Pereire. membre de la Commission des Fonds depuis 1887, décédé le 22 août dernier, qui, malgré son âge très avancé, venait assister très fidèlement à nos réunions ;
- à Edmond Depuis, membre du Comité de Commerce depuis 1897, ancien vice-président de notre Société, qui a toujours montré le plus vif intérêt à nos travaux et y a apporté un très actif concours;
- à Augustin Mesnager, membre de notre Conseil depuis 1907, décédé le 7 février dernier, président du Comité des Constructions et des Beaux-Arts, ancien président de notre Société en 1924-1923-1926, membre de l’Institut, Inspecteur général des Ponts et Chaussées, qui a été, jusqu’à son dernier jour, associé à nos travaux.
- Nous devons aussi un souvenir particulièrement ému à un très ancien membre de notre Société, M. Henri Carrion, décédé le ü juillet, qui a témoigné son intérêt à l'œuvre que nous poursuivons en attribuant à notre Société un legs très important qui le classe parmi l’un de ses principaux bienfaiteurs.
- Au cours des séances publiques de notre Société, en 1932, les sujets les plus variés ont été traités :
- le 9 janvier, M. Albert Letellier. avocat à la Cour d’Appel. a parlé avec éloquence de Vinfluence de la littérature et des arts sur les découvertes scientifiques ;
- le 23 janvier, M. Blondel, Ingénieur en chef des Mines, membre du Conseil, secrétaire général du Comitéd’Études minières pour la France d'Oulre-mer, adonné une belle conférence sur Madagascar pays houiller;
- le 13 février. M. Laxguepin, vice-président de la Société des Ingénieurs soudeurs, nous a fait une très intéressante communication sur la soudure électrique par résistance ;
- le 27 février. M. Guillery. membre du Conseil, nous a entretenus, avec sa haute compétence, de divers perfectionnements apportés récemment à certaines machines d’essais et à leur emploi.
- le 9 avril. M. Ronceray. Ingénieur des Arts et Métiers, directeur de l'École
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- ALLOCUTION DE M. A. ALBY, président.
- supérieure de Fonderie, a traité, dans une causerie des plus intéressantes : Y évolution récente de la fonderie de fonte en France. Cette causerie a été complétée par une visite, faite le 15 avril, à l'École supérieure de Fonderie ;
- le 23 avril, M. André Grebel a parlé d’un sujet spécial et très actuel : Monogrammes, oscillogrammes, cinématographies, spectrogrammes des flammes des moteurs à explosion;
- le 7 mai, M. Pierre Crepin, secrétaire du Conseil de la Société nationale d’Accli-matation de France, a traité une importante question d’hygiène : le lait de chèvre, question sociale ;
- le 28 mai, M. Jean Habert, lieutenant de vaisseau, chef de la Mission française de l’Année polaire, nous a parlé de Vannée polaire 1932-1933;
- A la rentrée d’automne, le 21 octobre, la Société a fait la visite de la gare de l’Est, sous la direction de M. Rabourdin, Ingénieur principal de l’Exploitation, membre de notre Société.
- Le 22 octobre, M. Georges Bolle, ancien élève de l’École polytechnique, chef de division à la Compagnie des Chemins de fer P. L. M. nous a expliqué : Les directives mécanographiques et la mécanographie nationale. Cette conférence a été complétée par une visite faite le 25 octobre aux installations mécanographiques de la Compagnie des Chemins de fer P. L. M.
- Le 5 novembre, M. Henri Lagatu, correspondant de l’Académie des Sciences, directeur de la Station de Recherches chimiques de Montpellier,, a traité un sujet du plus haut intérêt : Les valeurs techniques en agriculture, leur contrôle par le diagnostic foliaire.
- Le 29 novembre, M. A. Givelet nous a présenté Y orgue électronique Coupleux-Givelet et exposé l’avenir des nouveaux instruments de musique utilisant les ondes électriques; cette communication a été suivie le jour même d’une visite à l’un des orgues électroniques les plus récents.
- Enfin le 17 décembre, le R. P. Belval nous a donné une très intéressante conférence sur le Musée d'histoire naturelle de Chang-hai. •
- La plupart de ces sujets ont fait l’objet de notes et de communications publiées à notre Bulletin qui a inséré également, au cours de l’année, des notes relatives à des conférences faites antérieurement sur divers sujets': Le système de montres à remontage automatique utilisant les déplacements et les secousses, système Léon Hatot; — L'autoscope G. T., appareil de projection pour vues fixes: —Le contrôleur d'allumage des lanternes de signaux, de M. Jean Gabreau ; — Quelques nouveautés dans Yétude de la corrosion, de M. Jean Cournot.
- Le Bulletin a donné également le compte rendu de certaines conférences qui ont eu lieu dans d’autres sociétés, telles que : La conférence de M. Bacqueyrisse au Conservatoire des Arts et Métiers sur Les moteurs compound en traction électrique et la récupération d’énergie.
- Indépendamment des sujets traités en séances publiques, le Bulletin a publié un nombre considérable d’études provoquées par les divers comités de la Société ou sur lesquelles ces comités ont porté une attention toute spéciale.
- Ainsi, un important article sur Y action de la pesanteur sur les courroies (effet Lewis), de M. Swyxgedauw, professeur à la Faculté et directeur de l’Institut électromécanique de Lille, paru au Bulletin de mars; M. Ed. Sauvage, notre ancien
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- [•résident, a donné an cours de Tannée un nombre considérable de courtes notes sur des sujets de mécanique de toute nature, notes qui forment comme uni' revue de mécanique des plus intéressantes.
- M. Mondain-Moxval. docteur ès sciences, professeur à l’Ecole supérieure de Chimie de Mulhouse, a donné une étude sur l'oxydation des hydrocarbures et le phénomène du choc dans les moteurs:
- M. Kapp. une note sur Y oxydation par l'air de l'acide sul fhgdrique ;
- M. Toussaint, une étude sur la couleur, transformateur d'énergie.
- Les notes ou articles intéressant le Comité d'Agricullure sont nombreux : L'économie agricole danoise et la crise, de M. René nu la Gorce: — La Commision d'Etudes des ennemis des Arbres: — La formule du reboisement des Maures, de M. Sagot-Lksage ; — L'emploi en France des moissonneuses-batteuses combinées, de M. Villard : — Une opinion sur le doriphora et le pou de San José, de M. Vayssière : — Stérilisation des liquides fermentescibles par le procédé Matzka.
- Votre Comité des Constructions et des Beaux-Arts a donné au Bulletin : une élude d'un de ses membres. M. Taillefer. sur les nouvelles conditions légales d'utilisation des médailles et récompenses données dans les expositions: — un article sur la pervibration, procédé de serrage automatique du béton, de M. Michel Finot; — un autre article sur l'installation électrique d'un bateau-feu moderne, de M. Besson. Ingénieur des Ponts et Chaussées: —et une étude importante sur le Maroc maritime français par M. J. Rouch. capitaine de frégate, commandant la Marine au Maroc. Cette élude intéresse également votre (Anuité de Commerce qui a d'ailleurs donné un aliment important à notre Bulletin en raison des sujets nombreux intéressant spécialement les colonies ou les questions économiques ou sociales : M. Wery. secrétaire général, nous a donné une étude sur les terres rouges et les terres noires d’origine basaltique de VIndochine". — M. Bastet, chef de la Station de Génie rural d’Algérie, une étude sur le labourage électrique en Algérie; — M. Henri Labouret, un article sur les sociétés indigènes et la colonisation ; — M. le D1' Abbatucgi. membre du Conseil, a donné à notre1 Bulletin, avec sa compétence particulière, trois études du plus grand intérêt : l’uni' sur le médecin colonial, une autre sur la protection de la maternité et de l'enfance aux colonies, la dernière sur les prisonniers de l'opium.
- Comme étude économique, le Bulletin a donné le compte rendu du livre de M. Godfernaux sur la rationalisation dans les grands réseaux de chemins de fer.
- Enfin, nous devons une mention particulière à l'étude faite, sur la demande du Comité de Commerce, par M. LacOIN. membre du Conseil et vice-président de la Société, de la crise économique mondiale, étude publiée dans le numéro de janvier 1932.
- La crise n’avait pas. à cette époque, produit tous ses effets nocifs et les États-Unis faisaient encore figure d'une nation à économie parfaitement saine et sur laquelle on pouvait faire fond [tour un redressement. D'autre part, le mécontentement de populations malheureuses dans plusieurs des états européens n’avait pas encore pris le caractère de grands troubles politiques menaçants. Les conclusions prudentes de notre collègue n’en sont que plus justifiées.
- Notre Bulletin a publié également le compte rendu de diverses réunions où elle a été représentée, parmi lesquelles figure la célébration du centenaire de Chaptal à Mende, le 21 août 1932.
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- allocution de m. a. alby, président. 213
- Notre Société manifeste quelquefois son activité par des adresses de vœux aux Pouvoirs publics.
- Au cours de l’année dernière, elle a eu l'occasion d’adresser un vœu à M. le Ministre de l’Agriculture, le 28 avril, au sujet de la lutte contre le pou de San José, et à M. le Ministre des Colonies, à la date du 16 juin, au sujet des entreprises minières coloniales et de la réalisation de l'organisme permanent proposé par le Congrès des Recherches scientifiques coloniales.
- De nombreux donateurs ont légué à la Société, depuis sa fondation, des sommes dont les revenus doivent être employés conformément à leur volonté. Ces revenus, qui forment un total relativement important (plus de 40.000 fr en 1932), nous permettent de remplir certains objets spéciaux figurant dans nos statuts.
- Au cours de l’année 1932, les sommes ci-après ont été employées :
- 1.010 fr à payer des annuités de brevets;
- 8.000 fr à donner des prix ou subventions en espèces à cinq personnes;
- 14.077 fr 63 à des encouragements, récompenses, bourses à des élèves d’écoles professionnelles ou à des apprentis;
- 3.942 fr 50 à des publications de mémoires dans le Bulletin.
- Notre Bibliothèque continue à être fréquentée et très appréciée; elle s’est enrichie, ainsi que l’a annoncé l’an dernier le président Mangin, de la Bibliothèque de M. Charles Fremont, qui est aujourd’hui installée dans un local spécial au rez-de-chaussée de l’hôtel et mise à la disposition des lecteurs. Le classement de cet important fonds de livres a exigé un gros effort de la part de notre personnel et nous devons en remercier spécialement Mme Noachovitcli, notre bibliothécaire.
- Vous voyez que notre Société a manifesté l’an dernier une activité notable et qu’elle a réussi à maintenir l’intérêt de son Bulletin, son œuvre capitale. Elle est arrivée à ce résultat grâce au zèle de la Commission spéciale du Bulletin, de ses secrétaires généraux et aussi de celui de M. Lemaire, son agent général, qui lui consacre la plus grande partie de son temps et qui utilise, avec beaucoup d’ingéniosité, les ressources qu’il peut trouver autour de lui dans un personnel excessivement restreint et dans les sommes qui sont mises à sa disposition, malheureusement avec une parcimonie que la dureté du temps nous impose et que nous déplorons.
- Pour rehausser l’éclat de notre séance solennelle, nous la terminerons par la présentation d’un film sur les installations réalisées par le Groupe des Industries métallurgiques, mécaniques et connexes de la Région parisienne pour les repos de vacances et les loisirs des jeunes ouvriers des usines de cette région, œuvre dont M. Villey a bien voulu nous entretenir à notre dernière séance publique. Nous adressons nos remerciements particuliers à M. Richemond. notre collègue, président du Groupe, qui a autorisé la présentation de ce film, qui est tourné (selon l’expression consacrée) pour la première fois en public aujourd’hui.
- Maintenant, Messieurs, avant de proclamer les lauréats de cette année, je me permets de vous adresser un appel en faveur du recrutement de nouveaux membres. Cet appel, que tous les présidents renouvellent presque à chaque réunion, aux anciens sociétaires, s’adresse à tous ceux qui sont ici présents et en particulier à nos nouveaux lauréats. Quelques-uns ont devancé déjà notre appel. Nous les en remercions bien sincèrement.
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- 214 ASSEMBLÉE GÉNÉRALE SOLENNELLE DU 23 MARS 1933. — AVRIL 1933.
- M. Alby, président. — La Société Nobel française dont nous récompensons aujourd'hui quatre vieux serviteurs, ouvriers ou contremaîtres, nous a versé 300 fr.
- M. E. V allot, membre de la Société, nous a adressé 100 fr pour nous aider à la publication du Bulletin, poste le plus chargé de notre budget.
- Nous remercions très vivement ces deux donateurs.
- Sont présentés pour devenir membres de la Société et admis séance tenante :
- M. Kapp (Marcel), docteur de l’Université de Lyon, licencié ès sciences, ingénieur-chimiste, 8, boulevard Beaumarchais, Paris (11e) présenté par M. T rillat et M. Lemaire;
- M. Kuiin (Emile), constructeur-mécanicien, 8, rue Blaise-Pascal, Rouen (Seine-Inférieure), présenté par M. Sauvage;
- M. de Bardyère (Georges), (ifc), artiste décorateur, sculpteur, 21, rue de Richelieu, Paris (L1’), présenté par M. Magne et M. Lemaire;
- M. G alrrun (Henri), docteur ès sciences, actuaire de la Banque de Paris et des Pays-Bas, 40 bis, avenue Bosquet, Paris (7f), présenté par M. Lyon et M. Lemaire ;
- M. E ressinet (Jean), architecte-décorateur, directeur de l’Ecole des Arts appliqués, 2, rue Aumont-Thiéville, Paris (17e), présenté par M. Magne et M. Schneider;
- M. Solignac (Emile), Ingénieur des Arts et Métiers, Inspecteur de l’Apprentissage à la (h'1 du Chemin de fer de Paris à Orléans, 71, rue Mirabeau, à Choisy-le-Roi (Seine), présenté par MM. Lacoinet Servonnet;
- M. Herbert (Jean), chimiste, 30, rue Castel, à Fontenav-sous-Bois (Seine), présenté par MM. Ed. Sauvage et E. Damour;
- M. Sarrabezolles (Charles), sculpteur, 16, rue des Volontaires, Paris (15), présenté par MM. Saupigne et Magne;
- M. Freyssinet (Eugène) (0. &), ancien Ingénieur des Ponts et Chaussées, ingénieur-conseil, 28, rue Saint-James, à Neuilly-sur-Seine (Seine), présenté par MM. Magne et Séjourné.
- M. A. Alby, président, MM. G. Wery et Ch. de Eréminville, secrétaires généraux, proclament les noms et les titres des lauréats récompensés pour l’année 1932. Lecture est donnée des rapports présentés à l’appui de ces récompenses n.
- Après la distribution des récompenses, il est donné lecture du texte suivant :
- (1) Voir ces rapports dans le présent numéro du Bulletin p. 216 à 2i2.
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- ALLOCUTION DE M. A. ALBY, président.
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- MESDAMES, MESSIEURS,
- La Société d Encouragement va avoir maintenant le plaisir de vous présenter un film documentaire sur le Centre de Camping organisé à Die, dans le département de la Drome, par VAssociation pour le Développement des Œuvres sociales dans les Industries métallurgiques de la Région parisienne.
- Cette Association a été créée en 1928 par le Groupe des Industries métallurgiques de la Région parisienne dont notre président M. Alby est le vice-président respecté. Son activité n’est pas inconnue de notre Société, puisqu’elle a tenu à l’encourager en lui décernant en 1931, une médaille d’or dans la section : Utilisation des loisirs.
- L’Association pour le Développement des Œuvres sociales a pour mission d’étudier et de mettre au point des organisations de sports, de distractions, de prévention des maladies et de convalescence pour le jeune personnel des usines et établissements de la Région parisienne.
- Pour atteindre le but qu’elle s’est proposé, l’Association s’inspire des considé-. ration que voici : faire bénéficier les jeunes travailleurs d’un séjour au grand air pendant les mois d’été; favoriser leur formation physique et morale et mettre à leur disposition, au cours de l’hiver, un centre de réunion méthodiquement organisé; les secourir en toutes circonstances à l’aide d’un service d’assistance fonctionnant régulièrement.
- Le Centre de Camping du Marlouret diffère de ce qu’on appelle communément « la colonie de vacances ». C’est une véritable organisation d’éducation physique et morale. L’Association s’efforce de replacer périodiquement le jeune homme dans des conditions de vie saine, en lui conseillant de suivre une hygiène rationnelle.
- L’esprit qui anime ce programme est le suivant : donner aux campeurs le maximum de liberté compatible avec la bonne marche du Centre. Bien que les mesures de prudence soient prises pour éviter accidents et incidents, toute latitude est laissée aux jeunes gens de se distraire et de se reposer comme ils l’entendent. Les exercices physiques, les promenades, les séances récréatives sont rigoureusement facultatives. Aucun horaire fixe ne distribue la journée du campeur. Un simple programme indique chaque jour les heures de fonctionnement des divers services dont les campeurs profitent dans la mesure où ils le jugent à propos.
- Les jeunes gens font de la culture physique sous la direction de professeurs spécialisés. Les exercices pratiques visent beaucoup moins à sélectionner des champions olympiques qu’à procurer au plus grand nombre les bienfaits d’une éducation rationnelle. Ces exercices de plein air, complétés par des cures de soleil et par des bains en piscine, constituent une véritable remise en état des organismes débilités.
- Le film qui va être projeté devant vous et dont l’Association a bien voulu réserver la primeur à la Société d’Encouragement vous montrera d’une manière suggestive, l’intérêt des efforts tentés et l’importance des résultats obtenus.
- Puis est présenté le film cinématographique : Le Centre de Camping du Marlouret, à Die (Drôme), organisé pour les ouvriers, apprentis et fils d’ouvriers de ses adhérents par I’Association pour le Développement des Œuvres sociales dans les Industries métallurgiques de la Région parisienne.
- La séance est levée à 18 h. 30 m.
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- 216 ASSEMBLÉE GÉNÉRAI.K SOLENNELLE DU NI MARS 193.1.
- AVRIL 1933.
- RAPPORTS RELATIFS AUX RÉCOMPENSES DÉCERNÉES PAR LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT. ANNÉE 1932.
- Grande médaille annuelle de la Société.
- La Société d’Encouragement décerne chaque année, sur la proposition d'un des six comités techniques de son Conseil, une grande médaille, portant l’effigie de l’un des plus grands hommes qui ont illustré les sciences ou les arts, aux auteurs, français ou étrangers. des travaux qui ont exercé la plus grande influence sur les progrès de l’industrie française.
- Cette grande médaille, à l’effigie de Prony pour 1932. est décernée, par le Comité des Arts mécaniques à M. Pierre Chevenard.
- Rapport présenté par M. Ch. de Eré.uinvieee, au nom du Comité des Arts mécaniques. sur les Appareils de mesure de prévision, imaginés parM. Pierre Giie-
- YENARD.
- Les travaux de M. Pierre Chevenard ne pouvaient, manquer de retenir, de longue date, l’attention de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, qui a déjà décerné à leur auteur deux médailles d'or. La première de ces récompenses était motivée par le caractère hautement scientifique des travaux de M. Chevenard auquel notre éminent collègue. M. Ch. Ed. Guillaume se plaisait à rendre hommage à cette occasion ; la seconde, décernée sur la proposition de la Société française de Navigation aérienne, lui était at tribuée pour les importants résultats que ses travaux ont permis d’atteindre, en guidant les constructeurs dans le choix des matériaux nécessaires aux réalisations nouvelles de l’industrie et notamment à la construction des moteurs d’aviation, résultats dont l’importance a été exposée devant la Société par le colonel Renard.
- Le Comité des Arts mécaniques, appelé cette année à désigner le titulaire de la Grande Médaille de la Société, à l'effigie de Prony. n’a pas hésité à porter son choix sur M. Pierre Chevenard. estimant qu'il s'est aussi révélé un mécanicien hors ligne, par l’ingéniosité dont il a fait preuve dans la conception et la réalisation des appareils de mesure des propriétés des métaux et de contrôle des opérations de la métallurgie, appareils largement répandus en France et à l’étranger, et qui ont exercé la plus grande influence sur les progrès de l'industrie française.
- M. Pierre-Anloine-Jean Chevenard, né le 31 décembre 1888, est sorti le premier de l'É cole des Mines de Saint-Étienne en 1910.
- Au SS itôt ses études terminées. M. Chevenard était engagé comme ingénieur de la Société de Commentry. Fourchambault et Decazeville. Dès 1911, il était chargé du laboratoire d'Imphy. et. bientôt après, du servie*' des recherches métallurgiques créé par Henri Fayol. Son travail était si apprécié par la Société qu'on lui confiait la création d'un laboratoire de recherches en vue « d'étudier méthodiquement les alliages, afin de découvrir et d’exploiter leurs propriétés exceptionnelles ». Ce laboratoire a été chargé du service des recherches de l’ensemble de la Société.
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- RAPPORTS RELATIFS AUX RÉCOMPENSES DÉCERNÉES EN 1932.
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- Entre temps, M. Chevenard était nommé professeur titulaire de métallurgie à l’École des Mines de Saint-Étienne.
- Les travaux de M. Chevenard, bien connus grâce à de nombreuses notes insérées dans les Comptes rendus de l’Académie des Sciences (en partie avec la collaboration de M. A. Portevin) ont fait l’objet de nombreux mémoires, parus le plus souvent dans la Revue de Métallurgie; l’un deux, d’une très grande importance : Les recherches expérimentales sur les alliages de fer, de nickel et de chrome, sur lequel M. Ch. Ed. Guillaume a retenu l’attention d’une façon particulière, a été inséré dans le tome XVII des Travaux et mémoires du Bureau internationnal des Poids et Mesures.
- M. Chevenard, au cours de ses recherches sur les propriétés des métaux, suivant leurs compositions ou les traitements thermiques auxquels ils ont été soumis, frappé des déductions qu’on pouvait tirer de la façon dont les matériaux se dilatent sous l’influence de la température, a imaginé et mis au point des appareils extrêmement ingénieux qu’il a été le premier à utiliser et qui lui ont permis de créer une nouvelle méthode de recherches des plus fructueuses.
- Les appareils de M. Chevenard utilisent des échantillons minuscules permettant d’étudier la dilatation de corps dont on ne possède que des quantités infimes ; la petitesse des échantillons assure, de plus, l’égalisation rapide de la température, d’où possibilité d’opérer avec une vitesse relativement grande, donc avec un excellent rendement.
- Les principaux appareils de M. Chevenard, destinés à l’étude physiothermique des alliages, à l’enregistrement des principales propriétés des métaux en fonction de la température et à l’enseignement de la métallographie, pour la conception et la réalisation desquels l’auteur a fait preuve d’un sens si remarquable de réalisation mécanique, sont les suivants :
- Dilatomèlres différentiels à enregistrement photographique et à enregistrement mécanique, analyseur thermique pour la détermination des points de transformation, et pour la mesure précise de la dilatabilité des métaux dans un large intervalle de température;
- Microdilatomètre pour l’élude des réactions d’instabilité des alliages trempés ;
- Galvanopyromètres pour l’enregistrement des propriétés électriques des alliages;
- Thermomagnélomètres pour l’enregistrement de l’aimantation en fonction de la température ;
- Appareils pour l'étude des propriétés mécaniques à chaud des alliages : viscosi-mètres isothermes et à températures croissantes, oscillomètres, rélaxomètres ;
- Extensomètres ;
- Appareils de démonstration et de contrôle.
- Plus de 400 de ces appareils figurent dans les laboratoires scientifiques et industriels en France et dans d’autres pays.
- C’est à l’aide de ces appareils que M. Chevenard a poursuivi ses travaux dont nous citerons seulement les plus marquants portant sur les points suivants :
- 1° Alliages tenaces à chaud. — Dès 1914, alors que le problème des métaux résistant à chaud n’était pas encore à l’ordre du jour, il a proposé les ferro-nickels fortement chromés et additionnés de tungstène. Dans le même ordre d'idées, en 1918, il a été l’un des premiers à étudier la viscosité à chaud des aciers;
- 2° Les ferro-nickels irréversibles, pour lesquels il a établi des diagrammes à
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- deux et trois dimensions. Résumant de très longs essais sur la dilatation, la thermoélasticité, le frottement interne, les propriétés électriques des ferro-nickels additionnés de chrome, il a insisté sur la distinction entre les transformations anormales, on points de Curie, de ces alliages, et les transformations proprement dites avec changement de phases de ces aciers, distinction qui a été très longtemps méconnue, puisque dans les diagrammes des alliages fer-nickel, on continuait à adopter l'interprétation d’Osmond, faisant interférer entre elles les lignes correspondantes de ces deux genres de transformations ;
- 3° Il a été l’un des premiers à s’orienter vers des mesures précises des propriétés physiques des alliages dans un large intervalle de température, suivant en cela les directives de M. Ch. Ed. Guillaume, à une époque où les métallographes s’occupaient principalement de micrographie et d'essais mécaniques;
- -4° Il a lait faire un pas considérable aux traitements thermiques par ses travaux sur la trempe et les revenus des aciers, et la connaissance précise du mécanisme de ces phénomènes, grâce à l’application de l’analyse physique quantitative à leur étude, et d’une manière systématique;
- 3° Dès 1914, par l’addition massive de chrome au ferro-nikel, riche en nickel, il a trouvé une solution à la corrosion fissurante par la vapeur, solution peut-être un peu coûteuse, mais en tous cas parfaite (c’est l’alliage AT V) ;
- 6° Enfin, ces dernières années, il s’est attaché au durcissement, par trempe structurale et par niLruration, des ferro-nickels complexes. Il a réussi, par ces moyens, à apporter uni' solution élégante et meilleure que toutes celles qui avaient été proposées jusqu’alors au problème des soupapes d’échappement des moteurs à explosion.
- Mais, M. Chevcnard ne s’est pas seulement appliqué aux travaux de recherches; il s’est également consacré, et c’est un point qui mérite encore d’être signalé, à l'organisation des méthodes de contrôle des fabrications des alliages spéciaux d’Imphy, au cours et en lin de fabrication, contribuant ainsi à la mise au point des alliages de M. Ch. Ed. Guillaume : invar, élinvar, etc., et réalisant la mise au point des alliages tenaces à chaud, à hautes teneurs en nickel et en chrome, avec addition de tungstène, etc., pour tubes des procédés Glande, etc.
- En résumé, les travaux que IM. P. Chevenard poursuit depuis plus de vingt ans sont aussi remarquables par les conceptions scientifiques sur lesquelles ils reposent que par la méthode avec laquelle ils ont été conduits, par l’ingéniosité des appareils créés et mis en œuvre, par l’importance universellement reconnue des résultats industriels qu'ils ont permis d’atteindre. En lui attribuant cette année sa grande médaille annuelle, la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale rencontrera certainement une approbation unanime dans le monde de la métallurgie et de la mécanique.
- Prix Charles Fremont.
- Le Prix Charles Fremont a été fondé par Mlle Fremont en souvenir de son frère, qui était un grand ami de la Société d’Encouragement. Ce prix, en espèces, de 3.000 fr cette année, est destiné à aider un jeune technicien, au début de sa carrière. à poursuivre des travaux s’ils peuvent être utiles ou glorieux pour la France.
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- Le Prix Charles Fremont est décerné cette année pour la première fois. Le bénéficiaire en est M. Jean Herbert, élève au Conservatoire national des Arts et Métiers.
- Rapport présenté par M. Ed. Sauvage, au nom du Comité des Arts mécaniques, sur
- les titres de M. Jean Herbert au Prix Charles Fremont.
- M. Jean Herbert, né le 9 juin 1909, poursuit en même temps des études au Conservatoire national des Arts et Métiers (Laboratoire de Verrerie) et à la Sorbonne (Laboratoire de Minéralogie). Il a pris comme sujet de travaux l’étude suivante qui est à la fois scientifique et industrielle : « Étude microscopique en lumière naturelle et en lumière polarisée des défauts du verre tendant à déterminer leur nature et, par suite, les moyens de corriger un verre ».
- Il étudie l’application courante du microscope au contrôle des fabrications verrières en mettant en œuvre les ressources du laboratoire de minéralogie. L’expérience de la verrerie ayant prouvé à M. le Prof. Damour combien le verrier est désemparé et impuissant par la chimie seule à diagnostiquer les défauts du verre, il a cru devoir orienter M. Herbert vers ces recherches. Mais on ne peut se dissimuler qu’elles peuvent être longues et laborieuses, entraînant des frais importants de préparation et d’outillage.
- M. Herbert a suivi avec succès, au Conservatoire, les cours suivants : chimie générale, chimie de la teinture, chimie agricole, électricité industrielle, chauffage industriel, physique, céramique et mathématiques. Il a exécuté en outre les travaux pratiques correspondant à la plupart de ces cours. Il donne toute garantie sur la possibilité de mener à bonne fin les recherches qu’il a entreprises.
- Prix Fourcade.
- Les exposants de la classe 47 à l’Exposition universelle de Paris de 1878, sur l’initiative et avec la coopération de M. Fourcade, ont fondé, auprès de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, un prix de 1.000 fr qui est remis chaque année, en séance solennelle de la Société, au simple ouvrier des exposants de la classe 47 ayant le plus grand nombre d'années consécutives de services dans la même maison .
- La Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale décerne, pour l’année 1932, le prix Fourcade à M. Jules Bonnel, qui est entré en 1878, à l’âge de 16 ans, comme apprenti à l’usine de Loos-les-Lille, des Établissements Kuhlmann. Il y a occupé sucessivement les emplois de manœuvre, maçon, corroyeur et monteur, puis de chef monteur.
- Prix Meynot.
- Le prix Meynot, d’une valeur de 1.000 fr, est destiné à récompenser un agriculteur, propiétaire, fermier ou métayer qui, à l’aide de sa femme et de ses enfants, sans avoir recours à une main-d’œuvre salariée prise au dehors, exploite un petit domaine dans lequel il donne les meilleurs exemples de travail, de progrès en même temps que par la manière dont il élève ses enfants.
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- Rapport présenté par M. P. Caziot, au nom du Comité d'Agriculture, sur les titres
- de M. Alexandre Chantereau au Prix Meynot.
- M. Alexandre Chantereau exploite, depuis 15 ans, une métairie à La Croix-Moreau. commune de Parassv, canton d’Aix-d’Angillon, arrondissement de Bourges (Cher).
- Il s'agit d'une métairie de 22 ha, située en terrain argilo-siliceux, dans une zone de transition comprise entre le Sancerrois, la Sologne et la Champagne berrichonne. C’est une métairie de qualité moyenne convenant pour la culture et l’élevage.
- L’exploitant est un bon cultivateur, très laborieux, très ordonné et jouissant de l'estime générale. Il élève une famille de 10 enfants dont certains sont, encore en bas âge. La faible importance de sa métairie, pour élever une famille aussi nombreuse, fait ressortir d’une façon toute particulière le mérite de M. Chantereau, d'autant plus qu'il se trouve dans une région où les familles sont généralement peu nombreuses.
- Prix Parmentier.
- Le Prix Parmentier a été fondé par les Exposants de la classe 50 à l’Exposition universelle de 1889, sur l'initiative de M. Aimé Girard; il est triennal, d’une valeur de 1.000 fr ; il doit récompenser les recherches scientifiques ou techniques susceptibles d’améliorer le matériel ou les procédés des usines agricoles et des industries alimen la ires.
- Rapport présenté par M. P. Vayssière, au nom du Comité d'Agriculture, sur les
- titres de M. Emile Perrot, au Prix Parmentier.
- Depuis une quinzaine d’années, M. le Prof. Emile Perrot a été l’animateur, presque le fondateur, d’une branche de l'industrie que notre Société doit encourager. Presque depuis la fondation du Comité interministériel des Plantes médicinales et des Plantes à essence, le professeur Perrot en est président. Mais il connaît trop l’Administration pour estimer qu’une Commission, aussi bien composée soil-elle. peut suffire pour rénover une industrie. Il faut un organisme susceptible d'établir une liaison intime et permanente entre la science, le commerce et l’industrie. Aussi est-ce, sur son initiative, que fut créé l’Office national des Matières premières pour la Droguerie, la Pharmacie, la Distillerie et la Parfumerie, dont le bureau obtint sa nomination comme directeur.
- M. Perrot se traça un programme qui peut se résumer ainsi ; une première phase, de réalisation immédiate, visait la cueillette des [liantes médicinales spontanées sur les territoires de la France et de l'Afrique du Nord; une seconde, dont les résultats ne pouvaient se faire sentir que dans un certain délai, s’appliquait aux cultures des plantes médicinales ou aromatiques qui poussent spontanément sur notre sol, mais dont la culture pourrait seule abaisser le prix de revient et améliorer le rendement soit en qualité, soit en quantité, soit au point de vue de leur teneur en principes actifs; une troisième phase enfin, devant être de longue haleine, et serait caractérisée par l'introduction en France et dans nos colonies d'espèces que
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- RAPPORTS RELATIFS AUX RÉCOMPENSES DÉCERNÉES EN 1932.
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- les conditions de climat etde sol permettraient d'y acclimater et qui fourniraient des produits pour lesquels nous étions tributaires de l’étranger.
- En 12 ans, les résultats obtenus ont dépassé les prévisions les plus optimistes. Malgré la crise qui atteint l’industrie et le commerce, M. Perrot a su conserver à l’Office national des Matières premières toute son activité. Il est venu lui-mème, en séance publique de la Société d’Encouragement, exposer les résultats qu’il a obtenus avec le Pyrèthre tant au point du vue cultural qu’au point de vue de ses applications insecticides et vermicides.
- Un très grand nombre de brochures ont été publiées par l’Office ou sous son patronage. Il convient en outre d’attirer l’attention sur les résultats particulièrement heureux des initiatives du prof. Perrot tels que la publication des caractères des plantes médicinales et des plantes à essence sous forme de magnifiques planches en couleurs avec une notice sur leur choix, récolte, séchage et commerce : près d’une centaine d’entre elles sont actuellement parues et rendent les plus grands services.
- Médailles d’or.
- Rapport présenté par M. P. Dimanois, au nom du Comité des Arts mécaniques, sur les recherches de M. P. Mondain-Monval concernant le phénomène de choc dans les moteurs.
- En cherchant à améliorer le rendement des moteurs à explosion, on a été conduit à augmenter leur taux de compression volumétrique. Cette augmentation a amené l’apparition concomitante du phénomène de choc. Il était intéressant de déterminer de façon systématique le mécanisme de la combustion et de jeter un peu de lumière sur certaines réactions encore inexpliquées.
- Mon collaborateur, M. P. Mondain-Monval, docteur ès sciences, élève de M. Henry Le Chatelier, professeur de chimie générale et de chimie physique à l’Ecole supérieure de Chimie de Mulhouse, a, dans ce but. étudié systématiquement l’oxydation directe des hydrocarbures par l’air. *
- M. Mondain-Monval a réussi à isoler les composés d'oxydation (qui ne sont autres que des oxyalcoylhydroperoxydcs). en cliautfant rapidement à la pression ordinaire un mélange de vapeur d’hydrocarbure et d’air, puis en évitant leur décomposition en les refroidissant immédiatement. Ces peroxydes se décomposent en effet, vers 220°, avec formation abondante d’aldéhydes, dégagement de chaleur et luminescence. Quelques expériences réalisées sur un moteur à explosion montrent que les peroxydes décelés par les méthodes précédentes jouent un rôle essentiel dans le phénomène du choc, puisqu’ils apparaissent dans le cylindre à l’instant exact où le choc se fait sentir. Les résultats de ces travaux ont d’ailleurs été exposés d’une manière complète dans l’article que M. Mondain-Monval a donné dans le Bulletin de notre Société (n° de mai 1932, p. 360).
- M. Mondain-Monval a présenté 22 rapports publiés dans les Comptes rendus de VAcadémie des Sciences ; deux de ces travaux ont paru dans les Annales de Chimie et quatre notes dans le Bulletin de la Société chimique de France.
- Ses études ont d’ailleurs fait l’objet d’une distinction spéciale de l’Académie des
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- 222 ASSEMBLÉE GÉNÉRALE SOLENNELLE DU 25 MARS 1933. — AVRIL 1933.
- Sciences qui lui a attribué successivement le prix Houzeau et la médaille Berthelot en 1930. Les travaux accomplis par ce jeune et distingué savant sont de ceux qui devaient retenir l’attention de notre Société par les progrès qu’ils ont fait réaliser et les résultats féconds qu’ils apportent à l’industrie des moteurs.
- Rapport présenté par M. A. Portevin, au nom du Comité des Arts chimiques, sur
- les travaux exécutés en fonderie par M. Eugène Ronceray.
- Nous assistons, depuis une quinzaine d’années, à une véritable transformation de la fonderie, laquelle, longtemps demeurée confinée dans des traditions empL riques et des tours de mains que se transmettaient les praticiens, s’est orientée résolument vers l’application de principes et méthodes scientifiques pour perfectionner les procédés de fabrication et améliorer la qualité des produits. Une telle transformation implique la pénétration d’idées scientifiques parmi les praticiens et l’introduction de nouveaux techniciens pourvus des connaissances et notions scientifiques, de manière à rénover progressivement cette industrie.
- Dans ce mouvement général, la France a donné l’exemple et, parmi les artisans français de ce renouvellement, on doit placer en première ligne M. Eugène Ronceray. On sait que M. Ronceray a attaché tout d’abord son nom au moulage à la machine, dont il a été le champion dans notre pays; jusque vers 1900, les machines à mouler et le matériel de fonderie étaient un monopole des constructeurs allemands et français; M. Ronceray a créé un système de moulage mécanique, point de départ du grand développement industriel des établissements Bonvillain et Ronceray, et qui a déjà été récompensé par notre Société, en 1903, par une médaille attribuée conjointement à MM. Bonvillain et Ronceray, sur rapport de M. Bourdon.
- Mais il est un autre aspect de l’activité de M. Ronceray qu’il convient de faire ressortir cette fois car, parallèlement à son rôle de chef d’industrie, il s’est attaché, avec une persévérance et une ténacité que rien n’a pu faire fléchir, à organiser un vaste mouvement d’amélioration et de développement de la technique de la fonderie en France, et cela en procédant par la création de trois organismes se complétant, abordant ainsi le problème sous toutes ses faces : création de l’Association technique de Fonderie et des expositions et congrès internationaux de fonderie; — création et direction de l’Ecole supérieure de Fonderie; — organisation et développement de l’apprentissage.
- 1° A la suite de conférences faites par M. Ronceray à la Société des Arts et Métiers en 1908 et à Nancy en 1909, la création de l’Association technique de Fonderie eut lieu et il en devint président en 1932, après en avoir été, comme membre du Comité de Direction et vice-président, l’élément le plus actif. Secrétaire de la Commission et organisateur de l’Exposition et du premier Congrès international de Fonderie en 1913, il contribua depuis à la préparation de tous les congrès qui suivirent et notamment organisa, avec un plein succès, le dernier congrès mondial qui se tint à Paris en septembre 1932.
- 2° Dans une communication faite à Liège en 1921, il lançait pour la première fois l’idée d’une Ecole supérieure de Fonderie, laquelle fut créée en 1923; il en devint le directeur, établissant en très peu de temps les programmes, les concours
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- et le recrutement du corps enseignant; il en est demeuré l’animateur et l’on peut dire que toute la vie de cette école résulte en grande part de son action personnelle.
- 3° Depuis 1920, il a introduit dans son usine de Choisy-le-Roi l’apprentissage, dans une proportion de 10 apprentis environ par an, pour un effectif total de 70 personnes, manœuvres compris. A une certaine époque, le nombre total des apprentis et anciens apprentis présents fut de 40. Outre les cours de technologie de fonderie organisés par le Groupement des Industries métallurgiques, les apprentis suivent des cours d’instruction générale.
- Ancien président de la Commission inter-association pour le Développement des Programmes d’Apprentissage, M. Ronceray a rédigé des programmes A et B, qui servirent à tous les cours d’apprentissage ; il a réuni les fonds pour l’impression et dirigé les travaux de cette commission jusqu’en 1928; cette commission possède actuellement les manuels d’apprentissage du niveau élémentaire et supérieur.
- En même temps, il provoquait la création à Paris du cours de formation du personnel de maîtrise de fonderie, cours qui a lieu le soir à l’Ecole supérieure de Fonderie; depuis 1929, cet enseignement réunit environ 70 inscrits par an.
- Sans citer les nombreuses communications et conférences que M. Ronceray a faites devant diverses sociétés techniques et à l’occasion des congrès successifs de fonderie, les titres que nous venons d’énumérer montrent quelle part prépondérante M. Ronceray a dans la création et l’organisation générale de l’enseignement à tous les degrés de la technique de la fonderie et dans la rénovation de cette industrie, rénovation à laquelle nous faisions allusion.
- Rapport présenté par M. R. Dubrisay, au nom du Comité des Arts chimiques, sur les travaux de M. Guy Emschwiller sur la 'photochimie.
- M. Guy Emschwiller est ancien élève de l’Ecole de Physique et de Chimie (sorti en 1920). Il est actuellement âgé de 32 ans.
- Il a publié aux Comptes rendus de VAcadémie des Sciences une dizaine de notes sur des sujets de chimie physique et de photochimie. Le 23 mai 1932, il a été reçu à la Faculté des Sciences de Paris docteur ès sciences physiques avec mention très honorable. La thèse qu’il a soutenue à cette occasion a pour sujet la décomposition photochimique des iodures alcooliques. Le travail est extrêmement intéressant et a une grande portée scientifique.
- Il a publié dans le Bulletin de la Société chimique de France une conférence sur la synthèse photochimique des glucides.
- M. Emschwiller est chef des travaux de chimie générale au Conservatoire national des Arts et Métiers et a été désigné comme maître de recherches par la Caisse nationale des Sciences.
- Rapport présenté par le lieut.-col. P. Renard, au nom du Comité des Arts économiques, sur les travaux de M. Claude Bonnier sur les moteurs à combustion et a explosion. (Prix mis à la disposition de la Société française de Navigation aérienne.)
- M. Claude Bonnier est Ingénieur civil des Mines, docteur ès sciences; depuis sept ans, il est attaché à l’Office national des Combustibles liquides; il est devenu
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- chef du Service des Essais de cet office, M. Claude Bonnier a fait de nombreuses études sur les conditions de fonctionnement des moteurs à combustion interne. Ses études ont porté notamment sur les points suivants : Étude de la combustion dans les moteurs à explosion au moyen de l’analyse des gaz d’échappement; — Notes sur la détermination des températures dans les moteurs à explosion; — Méthode pour l’établissement de bilans thermiques complets dans les moteurs à explosion; — Méthode pour le contrôle du fonctionnement des moteurs à combustion interne au moyen de l’analyse des gaz d’échappement. Cette méthode originale est basée sur le dosage, dans les gaz d’échappement du moteur, de l’acide carbonique, de l’oxygène et de l’oxyde de carbone; aujourd’hui elle a fait ses preuves par plus de 1.600 analyses effectuées soit sur différents types de moteurs, soit avec différents carburants.
- Ces essais ont eu lieu au banc, sur voitures en marche, et enfin, dans ces derniers temps, sur avions en vol.
- Il serait trop long d’entrer dans les détails des résultats obtenus par cette méthode, dont l’auteur a fait récemment un exposé magistral au cours des Journées techniques internationales de l’Aéronautique, organisées par la Chambre syndicale des Industries aéronautiques, pendant l’Exposition qui a eu lieu au Grand Palais du 28 novembre au 2 décembre 1932. Ces travaux intéressent les moteurs à combustion interne en général et toutes leurs applications. Mais ce qui a motivé surtout le choix du Conseil de la Société française de Navigation aérienne et des délégués de la Société d’Encouragcmenl, MM. Dumanois, Delage et P. Renard, c’est l’application qui en a été faite depuis un an à l’aéronautique. A la suite d’une entente entre l’Offi ce national des Combustibles liquides et la Direction générale technique du Ministère de l’Air, services dirigés par deux éminents ingénieurs, notre collègue M. Dumanois et M. Caquot, on a pu appliquer la méthode de M. Bonnier sur des avions en vol. A l’heure actuelle, 26 heures de vol ont été consacrées à ces recherches; elles ont permis d’élucider plusieurs points intéressants parmi lesquels je citerai notamment : le réglage de la carburation par la connaissance du rapport entre le poids de l’air et le poids du carburant; — les influences de la vitesse de marche de l’avion et de la position des manches d’admission; — l’influence de l’altitude et le réglage de la correction altimétrique; — l’influence de la température ambiante et le calcul des températures internes; — le calcul de la chaleur perdue par l’échappement, etc.
- Les compagnies de navigation aérienne, parmi lesquelles on peut citer l’Air-Union, ainsi que des constructeurs de moteurs, se sont intéressés aux méthodes de M. Bonnier et ont demandé des essais à l'Office des Combustibles liquides.
- Il convient de rappeler que, chaque année, jusqu’à présent, le Ministre de l’Air a alloué une somme de o.OOO fr au titulaire de cette récompense.
- Rapport présenté par le lieut.-col. P. Renard, au nom du Comité des Arts économiques, sur les travaux de M. A. Pommellet. (Prix mis à la disposition de l'Association technique maritime et aéronautique. )
- Conformément à un accord passé entre la Société d'Encouragement pour l’Industrie nationale et l'Association technique, maritime et aéronautique, cette
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- dernière association présenta trois candidats pour la médaille d’or décernée par notre Société ; ces candidats sont :
- En première ligne, M. Pommellet, Ingénieur des Constructions navales; — en seconde ligne, M. Bilbault, Ingénieur civil de l’Aéronautique à la Société Nieuport-Astra; — en troisième ligne, M. de Leiris, Ingénieur des Constructions navales.
- Tous trois avaient présenté à l’Association technique maritime et aéronautique des mémoires très dignes d’intérêt.’ Il nous a semblé que les communications de M. Pommelet, Ingénieur des Constructions navales, devaient spécialement retenir notre attention. Elles sont assez nombreuses et portent sur des sujets intéressants, parmi lesquels nous citerons :
- Etudes sur la similitude mécanique et sur la similitude généralisée; — études sur le roulis; — fatigue des arbres porte-hélices des sous-marins; — giration à la mer ; — emploi du cinématographe pour des expériences à la mer ; — stabilité des mâts de levage, etc.
- Toutes ces communications sont fort bien présentées; l’exposition est faite avec une grande clarté; mais, surtout, leur auteur a su associer à l’étude de questions d’une nature très spéciale, des considérations d’ordre général très élevé. C’est surtout pour ce motif qu’il a été proposé au choix du Conseil de la Société d’Encou-ragement pour l’attribution de la médaille d’or.
- M. Pommellet était d’ailleurs présenté en première ligne parmi les trois candidats proposés par l’Association technique maritime et aéronautique.
- Une médaille d’or est décernée à titre posthume, sur la proposition du Comité des Arts économiques, à M. Th. Vautier pour ses travaux d'acoustique. Ils ont fait l’objet d’un ouvrage dont M. G. Lyon a donné une analyse dans le Bulletin de janvier 1933, p. 66.
- Une médaille d’or est décernée, sur la proposition du Comité des Arts économiques, à M. Henri Galbrun pour ses travaux d'acoustique. Ils ont fait l’objet d’un ouvrage dont M. G. Lyon a donné une analyse dans le Bulletin de janvier 1933, p. 65.
- Une médaille d’or est décernée, sur la proposition du Comité d’Agriculture, à M. Jules Ventre, docteur ès sciences, professeur à l’École nationale d’Agriculture, pour son Traité de vinification pratique et rationnelle. Cet ouvrage en trois tomes a fait l’objet d’un compte rendu de M. P. Viala, paru dans le Bulletin de mars 1932, p. 243.
- Rapport présenté par M. G. Wery, au nom du Comité d’Agriculture, sur les travaux de M. Yves Henry sur les terres basaltiques de VIndochine.
- Les terres basaltiques forment, avec les rizières, le capital foncier le plus important de l’Indochine. Il était donc extrêmement utile de les bien connaître.
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- C’est l’œuvre que M. Yves Henry, Ingénieur agronome, Inspecteur général de l’Agriculture de l’Élevage et des Forêts aux Colonies, membre de l’Académie d’Agriculture, a réalisée grâce à six années de labeur et à ses dévoués collaborateurs ; en particulier, MM. Tonnerre, J. Avril, de l’Institut des Recherches agronomiques de Saïgon, puis MM. Thévenot, Dauplay, Angenot, Castagnol, Fronton et de Vismes, Ingénieurs des Services de l’Agriculture.
- Le gros volume que le Gouvernement général de l’Indochine a publié en 1931 renferme l’exposé des méthodes suivies, celui des résultats obtenus, et, enfin, de judicieux conseils sur la mise en culture de ces terres. M. Y. Henry a utilisé les progrès les plus récents de l’analyse chimique. Elle permet de déceler aujourd’hui, avec plus de précision qu’autrefois, la constitution physique des sols, leur teneur en argile et en humus, leur état colloïdal, leur capacité d’absorption pour l’eau et l’air et de rétention pour les substances fertilisantes, leur degré d’acidité et non seulement leur richesse totale, brute, si l’on peut dire, dans les divers éléments fertilisants mais encore le degré d’assimilabilité de chacun d’eux par la plante.
- Le travail que représente cet examen, où doivent intervenir les observations sur place et celles du laboratoire, est toujours long et délicat.
- Mais lorsqu’il s’agit d’étendues qui atteignent pour les terres basaltiques de l’Indochine environ 2.500.000 ha, défalcation faite des surfaces impropres à la culture, alors même que les opérations n’ont pu porter que sur un nombre relativement petit de stations bien choisies, on imagine combien la tâche a été considérable.
- On a beaucoup parlé des terres rouges. Les uns leur attribuent une richesse exceptionnelle, les autres leur refusent toute fertilité. En réalité, elles comprennent toute une série de sols, depuis des terres de premier ordre jusqu’à des terres plus ou moins usées et quelquefois stériles. Elles sont parvenues à un état de décomposition peu avancé ou moyen, qui a provoqué leur déminéralisation, particulièrement en chaux puis en potasse. Moyennement riches en azote, certaines ont une teneur remarquablement élevée en phosphore. Mais ce qui caractérise surtout la plupart d’entre elles, d’après M. Y. Henry, c’est leur pauvreté en colloïdes, argile et humus. Cette situation conditionne la technique de leur culture. Elle a en effet, comme conséquence immédiate : la déficience du pouvoir de rétention pour l’eau et les matières minérales, une vie microbienne très ralentie ou inexistante. Pour corriger ces défauts, le cultivateur indochinois doit par conséquent atteindre deux buts essentiels : produire de l’humus, conserver l’eau dans le sol.
- Telles sont les conclusions auxquelles aboutissent les centaines d’analyses que M. Y. Henry a fait exécutera l’Institut des Recherches agronomiques de Saïgon et aux laboratoires de Java qui ont poussé très loin l’étude de terres analogues.
- Rapport présenté par M. Mesnager, au nom du Comité des Constructions et des Reaux-Arts, sur le procédé de 'pervibration de béton imaginé par M. Marcel Déni au.
- Le béton joue actuellement un rôle de premier plan dans la construction. Obtenir sans dépense importante, avec une moindre quantité de ciment, un béton plus résistant et tout à fait imperméable, c’est-à-dire avec une dépense moindre un béton
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- de meilleure qualité que ceux qu’on utilisait jusqu’à présent, réalise donc un progrès important dans l’art de construire.
- C’est ce qu’a fait M. M. Deniau, Inspecteur général des travaux de la Ville de Paris, avec le béton pervibré. On savait déjà qu'en soumettant à des chocs les coffrages dans lesquels on place les armatures et le béton, on améliore les qualités du béton armé. On emploie pour obtenir ce résultat des marteaux vibreurs à air comprimé appliqués sur les dits coffrages. Sous leur action, on voit les bulles d’air et l’excès d’eau remonter à la surface, mais il ne faut pas trop la prolonger pour ne pas amener une ségrégation des matériaux : les cailloux descendraient au fond des moules tandis que les éléments fins remonteraient à la surface, constituant ainsi une matière hétérogène de qualité irrégulière et souvent perméable.
- M. Deniau pour faire tasser plus complètement le béton a disposé les appareils vibrants dans le béton lui-même.
- Ces appareils sont placés à l’intérieur de cylindres qu’on met dans les coffrages et sur lesquels on jette le béton par pelletées. Sous l’action des vibrations, le béton se comporte comme un liquida, remplissant tous les vides à l’intérieur du coffrage, et le cylindre monte de lui-même à la surface comme un corps flottant suivant le principe d’Arcliimède.
- Le béton ainsi obtenu est suffisamment compact pour être absolument étanche et sa résistance est considérable. Sa compacité atteint 0,85, au lieu que, par les anciens procédés, elle ne dépassait guère 0,75. La résistance est augmentée de 0,30 à 0,50. Dans les piliers la résistance est constante de la base au sommet.
- En résumé, la dépense de confection du béton pervibré est moindre que celle du béton courant et les qualités du béton sont augmentées. Des applications importantes ont déjà été faites.
- Rapport présenté par M. M. Magne, au nom du Comité des Constructions et des Beaux-Arts, sur les travaux d'art décoratif de M. G. de Bardyère.
- Sculpteur, décorateur, éditeur, G. de Bardyère est un des artistes qui ont le plus fait pour donner et conserver, à l’art décoratif français contemporain, son originalité et sa perfection technique.
- Élève des Écoles des Beaux-Arts de Nancy et de Toulouse, il eut pour maîtres L. Majorelle et J. Rivière. Membre actif delà Société des Artistes décorateurs, sociétaire et membre du jury du Salon d'Automne, il a exposé régulièrement depuis 1919, dans les principaux Salons et aux expositions du Musée Galbera, des meubles et des ensembles où il affirma toujours son souci d’échapper aux formules faciles. Il a en outre participé aux expositions pour la propagande de l’art français à l’étranger, notamment à Tokyo et à Madrid.
- La valeur, la continuité et le caractère personnel de cet effort ont depuis longtemps reçu la consécration officielle. Plusieurs des œuvres de G. de Bardyère ont été acquises soit par la ville de Paris pour la collection du Musée Galbera, soit par l’État pour le Mobilier national, l’Hôtel delà Fondation Rothschild, la Villa Velasquez à Madrid, les salons du Sous-Secrétariat d’Étatdes Beaux-Arts.
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- Médaillé de la Société des Artistes français, de la Société d’Encouragement à l’Art et à l’Industrie, G. de Bardyère obtint un diplôme d’honneur à l’Exposition Internationale des Arts décoratifs de 1925.
- Bapport présenté par M. G. Saupique, au nom du Comité des Constructions et des Beaux-Arts, sur la sculpture en taille directe du béton en prise et sans maquette de M. Charles Sarrabezolles.
- M. Charles Sarrabezolles a derrière lui un riche passé de sculpture : second Grand Prix de Borne en 1914, Prix du Salon en 1922, Grand Prix à l’Exposition de 1925, hors concours à l’Exposition coloniale, il a produit de nombreuses oeuvres en bronze ou en pierre : monuments aux morts ou grandes décorations d’églises ou édifices municipaux ; pour l’Exposition coloniale, il a collaboré au Palais de l’A.O.F., à celui du Congo belge, à celui des Missions; il a exécuté également les bustes du Cardinal Mercier, du Maréchal Pilsudski, du Professeur Branly. 11 est représenté au Musée du Luxembourg par une statue de pierre : L'âme de la France.
- C’est M. Sarrabezolles qui, à partir de 1926, a créé le procédé de sculpture en taille directe dans le béton en prise et sans maquette. C’est ainsi qu’il a exécuté : les sculptures du campanile de Villemomble (Seine) et de l’église d’Élisabethville (Seinc-et-Oise); les géants du Beffroi du nouvel Hôtel de Ville de Lille (Nord); les statues de l’Eglise du Saint-Esprit, rue de la Cannebière à Paris (12e arr.); le Calvaire de Coulonges-sur-l’Autize (Deux-Sèvres) et enfin le tympan A la gloire de la Seine, situé à l’entrée du Pont-Neuf sur le pan coupé entre la rue Dauphine et la rue de Nevers, à Paris (6e arr.)
- M. Sarrabezolles utilise un béton au Portland à 350 à 400 kg de ciment par mètre cube de sable et gravillon : on décoffre au matin l’élément préparé la veille; le béton présente à ce moment une dureté un peu supérieure à la pierre tendre; le travail, dégrossi à la hache par l’artistèlui même, est terminé dans la journée avec les outils habituels du sculpteur. Toutes ces opérations avancent à une très grande vitesse : au tympan d’Élisabethville, les anges mesurant 2,80 m ont été taillés à la cadence d’un par jour.
- Cette technique peut être comparée à celle de la peinture à fresque. L’extrême rapidité d’exécution et, partant, un prix de revient bien moins élevé qu’avec la pierre, font grandement apprécier ce procédé par les architectes, d’autant qu’une œuvre exécutée dans ces conditions se marie intimement à l’architecture.
- M. Sarrabezolles en a tiré des effets d’un grand caractère décoratif, avec une belle sobriété de movens.
- Bapport présenté par M. de Bousiers, au nom du Comité de Commerce, sur les travaux du commandant Jules Bouch sur la navigation du Rhin.
- Le commandant J. Bouch n’est pas un inconnu à la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale. Déjà, par deux fois, il a reçu de nous une médaille de vermeil pour des ouvrages d’ordre scientifique sur la météorologie. Il a même fait,
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- sous notre patronage et dans notre salle, une conférence remarquée au sujet des progrès de la météorologie. Enfin, pendant la guerre, il a été chargé du Service météorologique aux Armées et a créé, organisé et fait fonctionner ce service avec succès. Ses titres scientifiques sont donc sérieux et multiples.
- Parmi les travaux d’ordre divers auquel il se livre et qui sont inspirés généralement par des préoccupations maritimes, nous retenons spécialement aujourd’hui une monographie très complète sur la navigation du Rhin, publiée par le commandant J. Rouch dans le Bulletin de la Société d’Encouragement de juillet-août-septembre 1930, p. 551 à 604.
- Cet important travail est appuyé de cartes, de graphiques et de statistiques qui en font un outil précieux de documentation et qui permet de se rendre un compte exact des différents phénomènes observés par l’auteur.
- Ces phénomènes sont d’ordres divers. Le commandant Rouch étudie, en premier lieu, les conditions particulières à la navigation par le fleuve. Toutes les questions de climat, de régime des eaux, d’amélioration du fleuve par suppression d’obstacles naturels, enlèvement de seuils, approfondissement par dragages et autres travaux, sont traitées d’une façon très complète et fournissent aux navigateurs les renseignements dont ils ont besoin.
- L’installation des ports du Rhin, et spécialement celle du port de Strasbourg pour lequel un effort si important vient d’être réalisé, est passée en revue et permet de se rendre compte des facilités offertes, tant au séjour des navires qu’au débarquement et à l’embarquement des marchandises, à la rapidité des opérations et aux frais qu’elles entraînent.
- Enfin, les ressources économiques des régions traversées sont également indiquées, de telle sorte qu’après avoir lu l’étude du commandant Rouch on connaît à la fois les éléments de trafic offerts à la navigation du Rhin et les moyens de transport, de séjour et de manutention mis à la disposition des négociants et des transporteurs pour l’échange de ces marchandises.
- Cette étude consciencieuse, sincère, portant sur un sujet qui intéresse si vivement les milieux français, et qui est de première importance pour l’ensemble de l’Europe occidentale, méritait d’être signalée, recommandée à l’attention du public et récompensée par notre Société.
- Rapport présenté par M. F. Rlondel, au nom du Comité de Commerce sur Y activité
- de I’Association Colonies-Sciences.
- On ne discute plus guère à l’heure actuelle sur le principe de la nécessité des recherches scientifiques pour le développement de nos colonies; s’il y a encore beaucoup à faire avant que cette conviction soit transformée en une activité harmonieuse et coordonnée, il ne faut pas oublier cependant que cet assentiment général est de date récente et que le temps n’est pas si éloigné où l’on considérait les recherches scientifiques comme un luxe pour colonies riches. Cette modification de l’opinion est due en grande partie à l’effort d’un petit nombre de groupements actifs, habiles et enthousiastes, au premier rang desquels il convient de placer l’Association Colonies-Sciences.
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- Elle a été créée en janvier 1925, pour développer les recherches scientifiques dans le domaine agricole colonial. Par une très heureuse initiative, l’Association a compris qu’elle ne pouvait réussir qu’en groupant les différents éléments intéressés à la question, techniciens, laboratoires, sociétés métropolitaines. Elle a su choisir comme président une personnalité particulièrement dévouée aux questions coloniales, M. le général Messimy, qui a été secondé depuis le début de l’Association par un directeur remarquablement actif, M. Martelli.
- L’une de ses premières réalisations a été la création en 1927 du Comité national des Bois coloniaux, qui a établi une documention de premier ordre et qui contribue largement à la recherche et à l’emploi judicieux de cette richesse naturelle de nos possessions tropicales.
- L’expérience ainsi acquise dans le domaine purement agricole devait conduire nécessairement l’Association à aborder le problème de l’organisation des recherches scientifiques coloniales en général. Grâce à son action patiente et coordonnée, dans un congrès qui s’est tenu durant l'Exposition coloniale de 1931 et qui a été analysé en son temps dans le Bulletin de la Société d’Encouragement, l’Association a pu obtenir l’accord, qui semblait presque irréalisable, de tous les intéressés pour la création d’un Comité national des Recherches scientifiques destiné à coordonner ces recherches. La Société d’Encouragement s’est d’ailleurs associée à ce vœu dont la réalisation, gênée par les difficultés présentes, n’est plus qu’une question de temps.
- Ces deux exemples, choisis entre bien d’autres, indiquent le caractère très original de l’activité du groupement.
- Une analyse plus complète de cette activité dans les domaines très divers qui ont été abordés — les tanins, le problème de la main-d’œuvre, l’entomologie, les textiles, etc., montrerait également combien sont déjà grands et combien seront plus grands encore les services rendus par l’Association à la cause coloniale qui ne se distingue pas — il ne faut pas se lasser de le redire — de la cause française elle-même.
- Rapport présenté par M. G. Hardy, au nom du Comité de Commerce, sur Vœuvre colonisatrice de M. Jules Saurin.
- Un vaillant Français, M. Jules Saurin, a entrepris, il y a 35 ans, de peupler la Tunisie de cultivateurs de chez nous. Il voulait par là implanter fortement notre influence dans un pays qui, soumis au régime du protectorat, pouvait être un jour ou l’autre, et au grand dommage de tout le monde, travaillé de velléités séparatistes et qui, par ailleurs, était âprement convoité par l’Italie.
- La société qu’il a fondée à cette intention et qu’il n’a cessé de diriger depuis 1898 s est en conséquence proposée de créer de petits domaines de quelques hectares, de modestes « fermes », qui exigent la présence constante et le travail personnel du fermier et qui, du même coup, le fixent au sol avec sa famille, l’imposent aux milieux indigènes, l’enracinent avec tout ce que cette opération comporte de rayonnement social et d’emprise. Elle s’opposait par là à la « colonisation bourgeoise ». qui était pratiquée de préférence par le Gouvernement du Protectorat et qui, ne prévoyant que des domaines de plus de 100 ha, courait le risque d’entraîner
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- 1 absentéisme, 1 exploitation indirecte, la réduction du peuplement français au minimum.
- Mais, pour faire vivre ces petites fermes, il était nécessaire de compenser la quantité du terrain cultivé par la qualité des méthodes culturales, et c’est ainsi que, parallèlement à son projet de peuplement européen, la Société des Fermes françaises de Tunisie a mis au point un programme non moins intéressant d’améliorations agricoles (irrigation, amendements, fumure, etc.), qui profite à l’ensemble du pays. De sorte qu’elle représente, en même temps qu’une œuvre très française, une œuvre* générale d’humanité.
- M. Saurin avait présenté en 1918 les premiers résultats de cette entreprise admirablement conduite, sous le titre de Vingt ans de colonisation; en 1922, sous l’impression de difficultés spéciales causées par l’après-guerre, il avait jugé bon d’insister sur l’intérêt national de sa politique de peuplement et fait l’historique de Vingt-cinq ans de colonisation. Aujourd’hui, au terme d’une série d’efforts nouveaux, il fait vivre sous nos yeux Trente-deux ans de colonisation nord-africaine (Paris, Société d’éditions géographiques, maritimes et coloniales, 1932). Peu d’ouvrages sont plus émouvants que ce compte rendu de gestion dans sa simplicité voulue : il révèle un chef-d’œuvre colonial de persévérance et de méthode, qui fait le plus grand honneur à son auteur et mérite de retenir l’attention de nos compatriotes.
- Rapport présenté par M. G. Hardy, au nom du Comité de Commerce sur le développement de l’enseignement professionnel à Madagascar.
- Cet enseignement ne date que de quelques années. Il a déjà donné d’excellents résultats. A Madagascar, comme dans les autres colonies, on s’est efforcé de conserver et de développer les industries d’art indigène. La Société d'Encouragement a retenu les noms de quatre artisans de rette rénovation des arts indigènes malgaches : M. Pierre Heidmann, MM. E. Rakotondrabe et Th. Randrianomanana, et Mme E. Raveloarisoa.
- M. Heidmann (Pierre) (Médaille d’or). — Directeur des Ateliers d’Art appliqué malgache. Appelé en 1928 à Madagascar pour rénover et développer les industries d’art indigène, a réussi en un laps de temps très court à former un noyau d’artisans de valeur, dont il a su stimuler la sensibilité créatrice, en les détournant de l’imitation servile des modèles européens par la direction raisonnée de leurs facultés personnelles.
- M. Rakotondrabe (Ernest) (Médaille de vermeil). — Excellent sculpteur sur bois. Entré aux Ateliers d’Art appliqué en novembre 1928, a toujours fait preuve de très réelles qualités d’invention et d’originalité dans ses productions. A été l’un des ouvriers d’art envoyés à l’Exposition coloniale de Yincennes.
- M. Randrianomanana (Théodore) (Médaille d’argent). — Entré aux Ateliers d’Art appliqué en septembre 1928. Ron dessinateur et habile sculpteur; s’est fait remarquer par la diversité et l’intérêt de ses maquettes et a été, de ce fait, choisi
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- 232 ASSEMBLÉE GÉNÉRALE SOLENNELLE DU 25 MARS 1933. — AVRIL 1933.
- pour faire partie du groupe d’artisans qui ont représenté les industries d’art malgache à l'Exposition coloniale de Vincennes.
- Mme Raveloarisoa (Ernestine) (Médaille de bronze). — Entrée comme tres-seuse aux Ateliers d’art appliqué en avril 1929, s’est montrée une des meilleures ouvrières par la finesse de son travail et un goût très sûr dans le choix des dessins et des tons. A été envoyée à l’Exposition coloniale de Vincennes.
- Rapport présenté par MM. Maurice Lacoin et Hyacinthe Servonnet, au nom du Comité de Commerce, sur diverses œuvres sociales créées en faveur de la jeunesse ouvrière et employée pour compléter son instruction professionnelle, faciliter la bonne utilisation de ses loisirs, son logement, ses repas.
- Depuis 1926, le Comité de Commerce propose chaque année un certain nombre de récompenses en faveur des œuvres sociales qui s’occupent des intérêts matériels et moraux de la jeunesse ouvrière et employée, qui favorisent sa formation professionnelle, complètent son instruction générale et technique, veillent à la bonne utilisation de ses loisirs, lui facilitent le logement et la nourriture. R apporte de cette manière le précieux encouragement de notre Société aux œuvres les plus méritantes de Paris et de province, les fait connaître et apprécier, et contribue ainsi à susciter, à développer les belles et fécondes initiatives, plus nécessaires que jamais dans la période de lourde crise économique que nous traversons.
- L’an dernier, il s’est particulièrement intéressé aux œuvres qui se préoccupent de la situation matérielle de la jeunesse ouvrière et employée en dehors de l’atelier, du bureau, du magasin : maisons de famille, foyers, restaurants; les plus importantes et les plus méritantes ont été proposées pour des récompenses.
- Des enquêtes complémentaires effectuées au cours de l’année 1932 ont montré que d’autres œuvres de même nature méritaient également detre encouragées, et quatre d’entre elles sont proposées cette année pour des récompenses.
- D’autre part, l’attention du Comité de Commerce s’est portée sur une autre branche d’activité sociale du plus haut intérêt pour l’avenir de notre pays : l’enseignement agricole rural, l’artisanat rural. De sérieux efforts s’accomplissent en ce moment sur ce terrain; les enquêtes qui seront faites au cours de l’année 1933 permettront de discerner les œuvres, les organisations d’initiative officielle ou privée dignes d’être signalées et encouragées. Mais, dès cette année, pour marquer la nouvelle voie dans laquelle il désire s’engager, le Comité de Commerce a proposé l’attribution d’une récompense en faveur d’une école saisonnière d’agriculture et d’artisanat rural dont les heureux résultats ont été portés à sa connaissance.
- Le Foyer de l’Ouvrière, 1, rue Denis-Poisson, Paris (17e) (Médaille d’or). — Fondée en 1893, reconnue d’utilité publique en 1921, l'association philanthropique « Le Foyer de l’Ouvrière », présidée actuellement par Mme Félix Vernes, s’efforce d’offrir aux jeunes apprenties, ouvrières et employées, quelques-uns des avantages matériels et moraux dont les prive l’éloignement de leur famille, par la création de restaurants, de logements, de bibliothèques, par l’organisation de cours divers d’enseignement général, artistique et professionnel, de consultations médicales.
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- Le premier foyer fut installé en 1893, 60, rue d’Aboukir; 3.000 repas y furent servis pendant cette année; aujourd’hui, 3 foyers fonctionnent à Paris, dans lesquels près de 600.000 repas sont servis annuellement. En outre, l’œuvre a fondé une maison de vacances à Bauville dans le Calvados, et une maison de repos à Jouy-en-Josas en Seine-et-Oise.
- Citons un passage du rapport de Mlle de Labouchère, secrétaire, à l’assemblée générale de 1931, qui définit éloquemment le but poursuivi par l’œuvre : « Le « Foyer de l’Ouvrière n’a pas seulement pour but de servir de bons repas substan-« tiels dans les conditions les plus économiques possibles : son idéal est de soutenir « moralement la jeune ouvrière que l’on réconforte matériellement, de récréer la « travailleuse en lui donnant la possibilité de laisser s’épanouir celles de ses « facultés qui ne sont pas absorbées par son travail. Pour aider son développement « physique, intellectuel et moral, des distractions variées sont organisées, et chaque « travailleuse peut choisir celle qui répond le mieux à ses goûts et à ses aptitudes. »
- Des « Compagnons », jeunes étudiantes chrétiennes, viennent dans les Foyers en amies, en camarades, faire profiter l’ouvrière manuelle des connaissances intellectuelles qu’elles ont pu acquérir.
- Union Chrétienne des Jeunes Gens de Paris, 14, rue de Trévise, Paris (9e) (Médaille d’or). — L’Union chrétienne des Jeunes Gens de Paris a été fondée en 1852, rue Dauphine. C’est en 1893 que fut édifié le bâtiment de la rue de Trévise, édifice aménagé dans le but de satisfaire à tous les besoins, à toutes les aspirations des jeunes travailleurs : salles de gymnastique, piscine, bibliothèque, restaurant, chambres meublées, etc. Ouverte à tous, sans distinction de confession, présidée par M. Pierre Monod, l’Union chrétienne offre aux jeunes ouvriers et employés des avantages à la fois matériels, intellectuels et moraux :
- Avantages matériels : restaurant assurant à des prix modiques des repas sains et copieux; 900 repas peuvent y être servis chaque jour;
- Crémerie offrant à des prix très bas une nourriture végétarienne et de régime ;
- 70 chambres et chambrettes meublées dont le prix varie de 120 à 250 fr par mois;
- Gymnastique : salle de culture physique, piste d’entraînement à la course à pied, piscine avec douches, salle de boxe et d’escrime; des équipes de basket-ball et de foot-ball, des camps de vacances complètent l’activité sportive de l’Union;
- Avantages intellectuels et moraux : des cercles d’études sociales, artistiques, littéraires, économiques, coloniales ; des groupes de photo-ciné-radio, du textile, de philatélie, permettent aux jeunes gens de développer et de compléter leur formation dans tous les domaines;
- Des conférences, des causeries-express sur les sujets les plus divers, sont organisées 5 fois par semaine à l’intention des jeunes gens qui fréquentent l’Union à l’heure du déjeuner ; l’orientation professionnelle n’est pas négligée ; un service de revues circulantes est oganisé pour les militaires.
- Une branche cadette, formée de 3 groupes : la Meute de Louveteaux, la Troupe d’Éclaireurs, les Cadets, s’occupe spécialement des tout jeunes gens.
- Enfin un groupe amical des anciens membres a été créé; il appuie l’action poursuivie par l’Union soit sous la forme de contribution financière, soit sous la forme de contribution personnelle; il vient en aide aux jeunes gens dignes d’intérêt en les
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- aidant à trouver une situation en rapport avec leurs aptitudes; il aide au recrutement des nouveaux membres par une propagande personnelle.
- En 1931, il a été délivré 4.603 cartes de membres; le restaurant a servi 217.293 repas; les salles de gymnastique ont enregistré 32.000 entrées; les 70 lits de la maison meublée ont été constamment occupés.
- Maison de Famille des Petits-Carreaux, 14, rue des Petits-Carreaux, Paris (2e) (Médaille de vermeil). — La Maison de Famille des Petits-Carreaux, fondée en 1892 par le Frère Hieron, des Frères des Ecoles chrétiennes, également fondateur du Syndicat catholique de la rue Cadet, dans un but à la fois moral et religieux, cherche à obvier aux inconvénients et aux dangers de l’isolement pour le jeune homme à Paris. Donnant à ce jeune homme les avantages de la vie de famille, la possibilité de garder intactes sa bonne éducation et sa foi religieuse, elle le fait en outre profiter de sérieux avantages matériels.
- Des chambres de un, deux ou trois lits peuvent recevoir 56 jeunes gens.
- Un restaurant, ouvert à tous, donne, à des prix modiques, une nourriture substantielle ; actuellement, ce restaurant sert de 650 à 700 repas par jour.
- La Maison de Famille des Petits-Carreaux est fréquentée par des employés de banques, des compagnies d’assurances, des grands magasins, par des étudiants. Les jeunes gens y sont soumis à une discipline empreinte à la fois de fermeté et de douceur; ils doivent avoir dans la maison et au dehors une conduite à l’abri de tout reproche.
- La Maison des Semeurs, 131, rue de Silly, à Boulogne-Billancourt (Seine) (Médaille de vermeil). — Le but de la Maison des Semeurs est de mettre à la disposition des jeunes gens toutes les institutions sociales pouvant leur être utiles : Bureau de placement gratuit; Office d’orientation professionnelle; Cours artistiques, cours d’enseignement général et industriel, cours de gymnastique; Foyer pour jeunes ingénieurs, étudiants, employés, techniciens, comportant 82 chambres confortables, un restaurant, une salle de réunions, une salle de lecture, une salle de gymnastique, des salles de douches.
- Les jeunes gens qui le désirent peuvent, sans résider dans la maison, profiter des services qui y sont organisés, pourvu qu’ils fassent partie de la Société d’Edu-cation populaire les « Semeurs ».
- Inaugurée en août 1932, la Maison des Semeurs est l’œuvre de Mme Lespinasse, animatrice de grand cœur et d’un dévouement exceptionnel, qui, depuis plusieurs années, s’est consacrée à la création d’organisations analogues dans divers quartiers, ne ménageant ni son temps, ni sa peine, sans se laisser rebuter par les difficultés considérables dues à la crise actuelle.
- M. Solignac, Inspecteur divisionnaire au Chemin de fer de Paris à Orléans, fondateur de l’Ecole saisonnière d’Agriculture et d’Artisanat rural de Saint-Céré (Lot). (Médaille de vermeil). — Créée en 1929 par M. Solignac, à Saint-Céré, son pays d’origine, l’Ecole saisonnière d’Agriculture et d’Artisanat rural fonctionne régulièrement chaque hiver depuis cette date. Elle poursuit les buts suivants :
- 1° Mettre le jeune agriculteur en mesure de réaliser avec un outillage restreint des travaux de réparation et d’amélioration dans l’intérieur de la ferme ;
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- 2° Remédier à la pénurie d’ouvriers qui s’aggrave sans cesse dans les villages ; apprendre aux jeunes agriculteurs à se passer du forgeron, du maçon, du zingueur, du charron, etc., pour les réparations simples ou urgentes; lui donner le souci de maintenir par lui-même en parfait état le matériel de son installation : outils agricoles, chars, clôtures, crèches, dallages, locaux d’habitation, étables, etc. ;
- 3° Attirer les jeunes gens à l’Ecole, les soustraire pendant quelques heures chaque semaine à l’influence de leur milieu trop souvent routinier, et leur donner ainsi le goût d’améliorer leurs connaissances.
- Le programme en vigueur depuis l’hiver 1929-1930 comprend un enseignement pratique et théorique; les élèves sont confiés aux artisans instructeurs par groupes de quatre ou cinq; leurs travaux sont faciles, utilisables; les élèves peuvent apporter des matériaux, et, dans ce cas, l’objet confectionné ou réparé leur appartient. Le dimanche matin ont lieu des causeries et démonstrations sur l’agriculture, faites par un cultivateur d’une compétence reconnue.
- Il est important de noter que l’enseignement donné ne risque pas d’arracher le jeune paysan à son milieu d’origine pour en faire un ouvrier d’usine, car les travaux manuels, dirigés uniquement d’ailleurs vers l’entretien courant et non vers la construction, s’adressent à des jeunes gens et hommes d’âge mûr déjà fixés à la terre.
- Enfin, le fonctionnement de l’École apparaît extrêmement économique puisque son budget annuel n’est que d’environ 4.750 fr.
- Les résultats donnés par l’enseignement de l’École saisonnière sont des plus encourageants; aussi, la Direction des Services agricoles du département du Lot a-t-elle décidé de faire bénéficier par roulement plusieurs centres agricoles de cette remarquable organisation qui deviendra de la sorte une véritable école ambulante.
- Rapport présenté par M. G. Risler, au nom du Comité de Commerce, sur le Foyer des Infirmières.
- La notice officielle, éditée à l’occasion du transfert du Foyer des Infirmières dans l’immeuble construit à son usage 4, rue Tessier, Paris, 15e, fait connaître très complètement son statut officiel, la composition de son conseil d’administration, son programme, et, avant tout l’esprit de l’œuvre qui commande l’amitié et l’entr’aide à toutes les infirmières, bénévoles et professionnelles, qui font partie de l’Association mutuelle des Infirmières de la Croix-Rouge (association recrutée parmi les diplômées des trois sociétés de la Croix-Rouge française et de l’Association des Infirmières-Visiteuses de France).
- A titre de renseignements complémentaires, il peut cependant être utile d’inscrire ici les 4 stades du développement du Foyer proprement dit.
- Période 1916-1928. — Le Foyer, improvisé pour les besoins du temps de guerre, offre 60 lits, répartis en trois immeubles, boulevard Auguste Blanqui et square Grangié, aux infirmières de passage à Paris, ou que leur activité professionnelle fixe à Paris sans qu’elles y aient de famille;
- Période 1928-1930. — Le Foyer, pour qui la Société de Constructions à bon marché du Foyer a bâti le bel immeuble de la rue Tessier, y dispose de 175 chambres, parmi lesquelles une vingtaine sont réservées aux « passantes », les autres aux infirmières en activité de service de toutes spécialisations ;
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- Période 1930-1932. — Le Foyer, comme suite à la construction d’une aile nouvelle, peut étendre son action. 11 dispose désormais de 245 chambres, dont 40 pour les « passantes ». Il n’v a jamais de vacances. Le prix des chambres, toujours retenues à l’avance, n’a pas été augmenté depuis 1928. Un restaurant, ouvert aux infirmières, leur offre des déjeuners et dîners à la carte, tarifés à prix coûtant, ce qui leur permet de s’y nourrir pour une somme de 3 à 6 fr suivant le menu. Les comptes de l’exploitation présentés à la dernière assemblée générale (23 avril 1932) ont fait apparaître pour l’exercice 1931 le chiffre d’affaires ci-après :
- Location des chambres..................................... 600.345 fr
- Restaurant............................................ 463.448 fr
- Période s’ouvrant en novembre 1932. — Le Foyer, grâce à la nouvelle opération immobilière qui est entreprise actuellement par la Société de Constructions à bon marché du Foyer, va s’adjoindre un nouveau bâtiment, construit sur un terrain limitrophe de celui qu’il occupe, à l’usage des Infirmières âgées, faisant partie de l’Association mutuelle, mais ne pouvant plus exercer d'activité professionnelle.
- Ces infirmières âgées, qui ne bénéficient d’aucune retraite officielle, qui n’ont souvent pu se constituer que de minces économies au prix de toute une vie de dévouement et de fatigues, trouveront dans la maison construite pour elles non seulement un abri, mais les soins que leur donneront volontiers les jeunes infirmières du Foyer, leurs camarades et voisines.
- <Æ uvres domiciliées au Foyer. — Le Foyer, en sus de ses chambres et de son restaurant, dispose de locaux qui ont permis aux œuvres suivantes d’y installer leur siège social : Association mutuelle des Infirmières de la Croix-Rouge : 14.000 adhérentes, indemnités de maladie, bulletin professionnel, conférences professionnelles; — Caisse des Infirmières de la Croix-Rouge : Caisse d’assurances sociales à circonscription interdépartementale, agréée n° 73-14 ; maladie-maternité-décès-soins aux invalides; — Service de placement des infirmières affiliées à la Mutuelle, par la directrice du Foyer.
- Médailles de vermeil.
- Une médaille de vermeil est décernée, sur la proposition du Comité des Arts mécaniques, aux Anciens Établissements André Dalmar, à Rouen, pour leur ramoneur pour locomotives dû aux travaux de M. E. Roblet, chef du Service lechnique de ces établissements. Cet appareil a fait l’objet d’un exposé rédigé par M. Ed. Sauvage, qui a paru dans le Bulletin de janvier 1933, p. 43.
- Rapport présenté par M. J. Trillat, au nom du Comité des Arts chimiques, sur le procédé d'oxydation catalytique de Vhydrogène sulfuré dans les eaux industrielles, imaginé par M. Marcel Kapp.
- M. Marcel Kapp a étudié un procédé d’oxydation de l’hydrogène sulfuré en solution dans l’eau. Dans beaucoup d’industries, ce gaz se trouve dissous dans les
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- eaux de lavage ou dans les eaux résiduaires, par exemple, dans les eaux résiduaires de la tannerie, dans les eaux de lavage du coke, dans les eaux d’égout, etc. On arrive difficilement à se débarrasser de l’acide sulfhydrique au moyen de l’eau de Javel, procédé long et coûteux. Aussi les dangers d’intoxication ou d’incommodité sont-ils fréquents.
- Le procédé imaginé par M. Kapp consiste à provoquer l’oxydation de l’hydrogène sulfuré par l’oxygène de l’air en présence d’une petite quantité de sulfate de nickel agissant comme agent catalytique. Par addition de sulfate de nickel dans l’eau sulfurée, il se forme instantanément du sulfure de nickel à l’état colloïdal qui, en présence de l’air, transforme de suite l’hydrogène sulfuré en soufre qui est facilement séparé et en acide sulfurique qui est saturé par du carbonate de baryum.
- M. Kapp a étudié le mécanisme de cette réaction et, après de longues études, est parvenu à rendre son procédé d’une application pratique. C’est ainsi qu’il a pu appliquer sa méthode au traitement et à la purification des eaux de lavage du coke dans l’installation des moteurs Pierson, notamment à l’Institut Pasteur dont les services jusqu’à ce moment étaient très incommodés par les dégagements d’hydrogène sulfuré. D’autres applications sont envoie d’exécution.
- Je rappellerai que M. Kapp a déjà présenté un mémoire sur la question dans le Bulletin de la Société d’Encouragement de mai 1932 et qu’un deuxième mémoire a été publié dans le Bulletin de décembre 1932, p. 649. Par la lecture de ce travail dont je ne puis donner le détail ici, on peut se rendre compte des difficultés que présentait la réalisation du problème et des efforts persévérants de l’auteur.
- Enfin j’ajouterai qu’au cours de son travail, M. Kapp a trouvé une méthode de dosage de l’hydrogène sulfuré dans les eaux. Jusqu’ici les méthodes employées étaient très défectueuses et l’auteur a doté la science d’un procédé d’analyse rigoureusement scientifique; il en a fait l’objet d’une publication récente à l’Académie des Sciences.
- Rapport présenté par le lieut.-col. Paul Renard, au nom du Comité des Arts économiques, sur les travaux de M. Louis Eblé, concernant la physique du globe.
- La séance publique du 14 mars 1931 de notre Société a été consacrée à la traversée aérienne de l’Atlantique par Costes et Bellonte. Indépendamment des aviateurs eux-mêmes, on a entendu successivement tous ceux qui avaient joué un rôle dans la préparation du voyage aérien : construction des appareils, contrôle de la route, prévisions météorologiques. La Société d’Encouragement a manifesté son intérêt en décernant des récompenses aux auteurs et aux collaborateurs du voyage.
- Un de ceux qui avaient participé à la préparation météorologique, M. Louis Eblé, n’a reçu aucune récompense, bien qu’il ait joué un rôle important dans le travail préparatoire.
- Il est de toute justice de réparer cet oubli. C’est dans ce but que le Comité des Arts économiques a proposé d’attribuer une médaille de vermeil à M. Eblé pour sa participation à la préparation météorologique de la traversée aérienne de l’Atlantique par Costes et Bellonte.
- M. Eblé, qui est aujourd’hui physicien adjoint à l’Institut de Physique du Globe
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- de l’Université de Paris, continue à s’occuper de météorologie, comme à l’Office national météorologique ; il est aussi l’auteur de belles recherches en ce qui concerne le magnétisme terrestre et la rigidité du globe terrestre.
- Une médaille de vermeil est décernée, sur la proposition du Comité d’Agricul-ture, à M. A. Lurbe pour son ouvrage intitulé L'agriculture de la Dordogne.
- Cet ouvrage a fait l’objet d’un compte rendu rédigé par M. H. Hitier qui a paru dans le Bulletin de février 1933, p. 135.
- Médailles d’argent.
- Rapport présenté par M. L. Gaumont, au nom du Comité des Arts économiques, sur l’ouvrage de M. Jacques Marette, intitulé La lumière dans la projection cinématographique.
- M. Jacques Marette, Ingénieur des Arts et Manufactures, qui fut pendant 25 ans le directeur technique de la Société Pathé-Cinéma, était tout indiqué pour rédiger cet ouvrage.
- Dans l’avant-propos qui lui sert de préface, l’auteur donne les raisons qui l’ont déterminé à l’écrire et les considérations qui l’ont guidé.
- Ce livre devra utilement se trouver entre les mains de tous ceux qu’intéresse la projection cinématographique, c’est-à-dire l’opticien, le constructeur d’appareils, le praticien, l’architecte et jusqu’au propriétaire de salle d’exploitation.
- Il expose en effet, d’une façon claire et avec le moindre recours à des explications scientifiques qui risqueraient si facilement de devenir ardues lorsqu’il s’agit de problèmes d’optique, les conditions que doivent remplir, pour l’obtention la plus économique des meilleurs résultats, les divers éléments qui concourent à la projection sur l’écran de l’image cinématographique.
- Jusqu’à présent, nombreux encore sont ceux dont la formation professionnelle procède presque uniquement d’une longue pratique. Education excellente et certainement suffisante lorsqu’il s’agit d’une profession parvenue à un haut degré de perfection ; mais il n’en est pas encore ainsi dans l’industrie cinématographique qui est toujours en cours de développement et dont les transformations nécessitent des études et des mises au point que l’on ne peut utilement suivre qu’avec les connaissances nécessaires.
- La seule pratique engendre souvent, dans des conditions semblables, des erreurs qui se transmettent sans réflexion alors que la connaissance même un peu sommaire des principes scientifiques en jeu permet de les déceler et, le plus souvent, d’y remédier.
- Rapport présenté par M. H. Hitier, au nom du Comité d’Agriculture, sur l’ouvrage de M. Daniel Elouard, intitulé Losiériculture et la vannerie en Haute-Marne.
- A côté des cultures qui couvrent de grandes étendues comme celles des céréales, des plantes fourragères, de la vigne, etc., il en est quelques-unes que l’on désigne
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- sous le nom de cultures secondaires parce qu’elles n’occupent que quelques milliers d’hectares, quelles sont, souvent localisées en quelques points seulement sur l’ensemble de notre territoire. C’est bien le cas de l’osier qui ne couvrirait en France que 6.000 à 7.000 ha dont, dans le seul département de la Haute-Marne, un peu plus de 700 ha.
- La culture de l’osier est le type de la culture familiale comme son travail est aussi le type du travail familial : non seulement les hommes mais aussi les femmes et les enfants se chargent de l’épluchage, du triage, de la mise aux routoirs, du pelage, du cirage, de la préparation de l’osier blanc, de la confection des liens.
- Le vannier, en France, enfin, a été et demeurera toujours un artisan rural. Il a son oseraie où il récolte toutes les tailles d’osier nécessaires à ses fabrications. L’art de tresser le souple brin d’osier lui a été transmis par son père et son grand-père.
- Certes, jusqu’à ces dernières années, le vannier français avait pu, grâce à la qualité et à l’élégance des objets si divers qu’il fabriquait, trouver des débouchés intéressants pour ses produits en France et même à l’étranger.
- Mais, aujourd’hui, la vannerie française est très fortement concurrencée par les produits étrangers. Certains pays ont développé beaucoup leur osiériculture et peuvent produire et exporter à des prix très bas. Les Polonais, par exemple, cherchent actuellement, au prix d’efforts incessants et considérables, à établir à leur profit un monopole mondial de l’osier et de la vannerie.
- Nous avons créé en France une école d’osiériculture et de vannerie à Fayl-Billot (Haute-Marne) où se forment, où peuvent se former d’excellents praticiens et artisans, école qui a su aussi implanter dans le pays des industries nouvelles comme celle du rotin ou vannerie de luxe; mais cela ne suffit pas.
- Sous peine de voir disparaître osiéricuflture et vannerie en France, il nous faut continuer à produire de l’osier de très bonne qualité, le meilleur marché possible. Peut-être de nouvelles variétés plus résistantes aux insectes, aux maladies seraient-elles à rechercher? Peut-être, nous aussi, devrions-nous nous grouper en coopératives de vente, tant pour l’osier que pour la vannerie. L’exemple polonais nous montre qu’on peut arriver à cet accord. En somme, il nous faut rechercher, par tous les moyens appropriés, à développer notre marché intérieur et à utiliser celui de nos colonies.
- Nous pourrions enfin employer l’osier à la régularisation de nos cours d’eau, à la stabilisation des sols de nos montagnes ; ce problème a été résolu depuis longtemps déjà par le Corps forestier français.
- Pour réaliser un tel programme, un guide est nécessaire; il faut connaître les meilleures méthodes de culture moderne de l’osier, les variétés à adopter suivant les qualités demandées aujourd’hui au brin d osier pour telle ou telle fabrication; nous devons nous inspirer des méthodes étrangères. L’osier, comme toutes les plantes, a des ennemis, des maladies qu’il faut combattre.
- Sur tous ces points, le livre que vient d’écrire M. Daniel Élouard aidera beaucoup. M. Élouard, Ingénieur agronome, professeur à l’École d’Osiériculture et de Vannerie de Fayl-Billot, a vécu les choses dont il parle; il a sur la culture de l’osier, la sélection des variétés, la lutte contre les maladies, etc. poursuivi des travaux personnels importants, relevé des observations d’un grand intérêt; il connaît l’osié-riculture des pays étrangers. Il a voulu faire profiter de toutes ces connaissances ses concitoyens; on doit l’en remercier et l’en féliciter. Ajoutons enfin que l’ouvrage de
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- M. Élouard est illustré de très nombreuses photographies originales et de dessins de l’auteur qui en facilitent et en agrémentent la lecture.
- Rapport présenté par M. Ed. Kayser, au nom du Gomité d'Agriculture. sur la croisade pour le lait pur, organisée par M. Pierre Isabelle.
- M. Pierre Isabelle s’est spécialisé dans les questions laitières; il a été le créateur et l’organisateur de groupements qui s’occupent de la production, du traitement, du transport et de la vente du lait pur pour les enfants. Cette organisation, qui a donné de bons résultats et qu’on ne saurait trop encourager, a été décrite dans le Bulletin de novembre 1932, p. 642.
- Médailles de bronze décernées aux contremaîtres et aux ouvriers des établissements industriels et des exploitations agricoles.
- Rapport présenté par M. Georges Wery, secrétaire général.
- Dès 1830, il y a donc aujourd’hui plus de cent ans, la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, institua un ordre spécial de récompenses pour les contremaîtres et les ouvriers des établissements industriels et agricoles qui se recommandent par de longs et loyaux services. Et, depuis, chaque année, elle leur décerne un certain nombre de médailles. Elle tient, ainsi, à honorer dans sa séance solennelle, à côté des grands savants et des techniciens éminents qui, par leurs recherches et leurs travaux, perfectionnent sans cesse l’industrie et l’agriculture, ces modestes collaborateurs sans lesquels les découvertes et les inventions les plus remarquables resteraient sans application.
- Plus que jamais, au moment où toutes les branches de l’activité humaine souffrent d’une crise aiguë sans précédent, où tous les membres de la grande collectivité industrielle et agricole subissent de si cruelles épreuves, elle désire mettre à l’honneur ces artisans d’élite, désignés par leurs chefs, dans l’âme desquels se retrouvent les meilleures qualités de notre race : l’intelligence, la probité et le dévouement et ce fonds d’optimisme qui ne désespère pas du lendemain, espoir d’un meilleur avenir, qui est, lui aussi, un sentiment bien français. Elle reste ainsi fidèle à son objectif et à l’esprit démocratique, entendu dans son sens le plus élevé, qui a présidé à sa fondation.
- Si elle est heureuse de récompenser, avec l’autorité qui s’attache à ses actes, quelques-uns des travailleurs qui sont l’honneur de nos établissements industriels, elle regrette de ne pas pouvoir en distinguer davantage. C’est, en effet, par centaines que se comptent dans nos ateliers, comme dans nos exploitations agricoles, les travailleurs qu’elle aimerait à ranger parmi ses élus. Notre palmarès devrait être beaucoup plus long pour constituer, en quelque sorte, le livre d’or de nos contremaîtres et ouvriers. Bien malheureusement, les ressources pécuniaires nous manquent qui seraient nécessaires pour réaliser ce dessein.
- Aussi, la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale adresse-t-elle un
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- pressant appel aux industriels et aux agriculteurs afin qu’ils l’aident matériellement à remplir l’une des missions qui lui importent le plus.
- Suivant sa coutume, pour apprécier les candidats, elle a tenu compte non seulement de l’ancienneté des services mais de leur qualité, de la situation de famille et, en particulier, du nombre des enfants et de la façon dont ils ont été élevés.
- Parmi nos lauréats de cette année, nous en comptons neuf qui ont de 41 à 53 années de services dans la même maison; trois dont 6 enfants sont encore vivants et qui comptent 38, 43, 45 années de services.
- Voici, quelques-unes des appréciations qui accompagnent les propositions.
- « Entré comme petit employé aux écritures; aujourd’hui contremaître de fabri-» cation; très intelligent, très dévoué, d’une conscience professionnelle à toute » épreuve; veille sur les rendements et l’emploi judicieux de la main-d’œuvre. »
- « D’une valeur et d’une conscience professionnelles remarquables. »
- « Très actif, conduisant parfaitement les fabrications dont il a la charge. »
- « Ouvrier modèle; a toujours donné entière satisfaction ; d’une grande conscience professionnelle. »
- « Joint à des connaissances techniques qu’il a intelligemment développées, une » conscience professionnelle modèle. »
- « Présente au degré le plus élevé lés qualités intellectuelles et morales si pré-» cieuses dans la grande industrie. »
- « Chef d’équipe très consciencieux; exemple d’activité et de dévouement à ses » subordonnés. »
- « A toujours donné l’exemple d’une collaboration professionnelle dévouée, active » et intelligente. »
- « Excellent organisateur. »
- « Aptitudes professionnelles étendues; capable de fabrications délicates. »
- « Excellentes qualités professionnelles, intellectuelles et morales. »
- Messieurs, en saluant en vous quelques-uns des membres de l’élite des contremaîtres et ouvriers de notre pays, la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale formule le vœu que votre exemple suscite les années prochaines un nombre plus grand de concurrents et que la générosité des chefs d’usines et d’exploitations lui permette d’en récompenser davantage.
- Liste des contremaîtres et ouvriers à qui est décernée la médaille de bronze en 1932.
- Établissements Kuhlmann, 11, rue de la Baume, Paris (8e) :
- Usine d’Aubervilliers (Seine) :
- Clément Marteau, contremaître;
- Théodore Sinoquet, ouvrier;
- Albert Penin, ouvrier.
- 132e Année. — Avril 1933. 17
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- Usine d’Hennebont (Morbihan) :
- Eugène Mar, plombier.
- Usine de Bordeaux (Gironde) :
- Théodule Holvoet, chef de fabrication.
- Usine de Loos (Nord) :
- Maurice Mettre, employé;
- Cyprien Vianin, contremaître ;
- Albert Lecourt, contremaître.
- Usine de Villers-Saint-Paul (Oise) :
- Hippolyte Portebois, contremaître;
- Paul Burgat, charretier;
- Albert Temps, contremaître;
- Émile Pannier, contremaître.
- Usine de Nevers (Nièvre) :
- Pierre Billot, chef d’équipe ;
- Alexandre Debede, ouvrier chaudronnier.
- Compagnie des Forges et Aciéries de la Marine et d’Homécourt, 12, rue de La Bochefoucauld, Paris (9e) :
- Usines de Saint-Chamond (Loire) :
- Antoine Monnier, ouvrier;
- Nicolas Boutiiet, pilonnier;
- Prosper Delhome, machiniste;
- Alexandre Defassiaux, contremaître.
- Usines d’Assailly et de Lorette (Loire).
- Pierre Parret, machiniste;
- Pierre Rey, usineur.
- MM. Ch. Lorilleux et Cie, 16, rue Suger, Paris (6e) :
- François Kesseler, chef d’équipe;
- Édouard Gabory, surveillant;
- Louis Carré, employé de laboratoire ;
- Alphonse Siegel, chef de service;
- Georges Caillié, ouvrier.
- Chemins de fer de Paris a Lyon et a la Méditerranée, Service du Matériel et de la Traction, 20, boulevard Diderot, Paris (12e) :
- Ateliers d’Oullins (Rhône) :
- Louis Joly, sous-chef des ateliers.
- Ateliers d’Arles (Bouches-du-Rhône) :
- Pierre Bidet, sous-chef des ateliers;
- Désiré Gontard, contremaître-adjoint.
- Ateliers de Villeneuve-Saint-Georges (Seine-et-Oise) :
- Jean Valût, chef divisionnaire d’atelier.
- Société Nobel française, 67. boulevard Haussmann, Paris (8e) :
- Usine du Vert-Galant à Villetaneuse (Seine) :
- Auguste Dion, ouvrier.
- Usine de la Rivière-Saint-Sauveur (Calvados) :
- Mme Louise Corblin, ouvrière de fabrication;
- Émile Gode, caissier comptable ;
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- LISTE DES RÉCOMPENSES DÉCERNÉES EN 1932.
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- Albert Corblin, contremaître.
- MM. Colin, Croïetet Cie (plumes métalliques Blanzy, Poure et O), à Boulogne-sur-mer (Pas-de-Calais) :
- Alfred Carré, ouvrier.
- LISTE DES RÉCOMPENSES DÉCERNÉES LE 25 MARS 1933 POUR L’ANNÉE 1932
- Lauréats. Rapporteurs. Grande médaille annuelle. Objets.
- Pierre Chevenard. de Fréminville. Prix Charles Fremont. Dilatomètres.
- Jean Herbert. Ed. Sauvage. Étude des défauts du verre.
- Prix Fourcade.
- Jules Bonnel. G. Wery. Prix Meynot. Longs services dans l’industrie chimique.
- Alexandre Chantereau. P. Caziot. Petite culture.
- Prix Parmentier.
- Émile Perrot. P. Vayssière. Plantes médicinales et à es-
- Médailles d’or. sence.
- P. Mondain-Monval. P. Durtianois. Choc dans les moteurs.
- Eugène Ronceray. A. Portevin. Fonderie.
- Guy Emschwiller R. Duhrisay. Photochimie.
- Claude Bonnier. P. Renard. Moteurs à explosion et à combustion.
- A. Pommellet. P. Renard. Constructions navales.
- Th. Vautier. G. Lyon. Acoustique.
- Henri Galhrun. G. Lyon. Acoustique.
- Jules Ventre. P. Viala. Vinification.
- Yves Henry. G. Wery. Terres basaltiques.
- Marcel Deniau. A. Mesnager. Pervibration du béton.
- G. de Bardyère. M. Magne. Art décoratif.
- Charles Sarrabezolles. G. Saupique. Sculpture du béton.
- Jules Rouch. P. de Rousiers. Navigation du Rhin.
- Association Colonies-Scien- F. Blondel. Étude scientifique des ques-
- ces. tions coloniales.
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- 244 ASSEMBLÉE GÉNÉRALE SOLENNELLE DU 2o MARS 1933. — AVRIL 1933.
- Jules Saurin. G. Hardy. Colonisation paysanne en Tuni-
- sie.
- Pierre Heidman. G. Hardy. Art malgache.
- Foyer de l’Ouvrière. M. Lacoin et H. Servonnet. Œuvres sociales pour la jeu-
- nesse ouvrière.
- Union chrétienne des Jeunes M. Lacoin et H. Servonnet. Œuvres sociales pour la jeu-Gens de Paris. nesse ouvrière.
- Foyer des Infirmières. G. Risler. Œuvres sociales.
- Médailles de vermeil.
- Anciens Établissements An- E. Sauvage, dré Dalmar.
- Marcel Kapp. J. Trillat.
- Louis Eblé.
- A. Lurbe.
- Ernest Rakotondrabe. Maison de Famille des Petits-Carreaux.
- Maison des Semeurs.
- Émile Solignac.
- P. Renard.
- H. Hitier.
- G. Hardy.
- M. Lacoin et H. Servonnet. M. Lacoin et H. Servonnet. M. Lacoin et H. Servonnet.
- Ramoneur pour locomotives.
- Désodorisation des eaux sulfhy driques.
- Prévisions météorologiques.
- Dordogne agricole.
- Art malgache.
- Œuvres sociales pour la jeunesse ouvrière.
- Œuvres sociales pour la jeunesse ouvrière.
- Œuvres sociales pour la jeu nesse ouvrière.
- Médailles d’argent.
- Jacques Marette.
- Daniel Élouard.
- Pierre Isabelle.
- Théodore Randrianoma-nana.
- L. Gaumont. H. Hitier.
- E. Kayser.
- G. Hardy.
- Cinématographie. Osiéricullure, vannerie. Croisade pour le lait pur. Art malgache.
- Médaille de bronze.
- MmeErnestineRaveloarisoa. G. Hardy.
- Art malgache.
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- bull, de la soc. d’encour. pour l’industrie NATIONALE.------AVRIL 1933 (p. 245).
- LES MOTO-COMPRESSEURS PESCARA A PISTONS LIBRES(1)
- par M. Mancy, Ingénieur principal du Génie maritime, G.R.
- Définition des machines à pistons libres. — Les machines à pistons libres sont des moto-pompes ou des moto-compresseurs caractérisés par le mode d’association des pistons. Un piston moteur et un piston de pompage ou de compression sont assemblés rigidement en tandem et se déplacent librement dans leurs cylindres respectifs; la pression motrice et la pression résistante ont une résultante qui équilibre la force d’inertie du bloc mobile. Les organes habituels de transmission des machines alternatives, bielle, arbre et volant sont supprimés ; il en résulte : une diminution de poids et d’encombrement, une augmentation de rendement mécanique, une augmentation de la sécurité et de la souplesse de fonctionnement.
- Les machines à pistons libres à vapeur sont en usage depuis longtemps en raison de la simplicité de leur réalisation : le bloc mobile des pistons est muni de butoirs qui, un peu avant d’atteindre l’extrémité de leur course, déplacent l’organe de distribution de la vapeur, directement ou par l’intermédiaire d’un tiroir d’asservissement. Ce dispositif de renversement du sens de marche des pistons ne permet malheureusement pas l'utilisation normale de la détente de la vapeur; les pompes et les compresseurs à vapeur à pistons libres, plus communément appelés à « action directe » ont donc un rendement thermique médiocre qui limite leur emploi aux cas où la souplesse de fonctionnement a une importance primordiale. En particulier, les pompes à action directe ont été extrêmement appréciées pour l’alimentation des chaudières parce que leur vitesse de piston et leur débit sont réglés automatiquement et instantanément par le degré d’ouverture du robinet régulateur d’alimentation de la chaudière; leur intérêt a cependant diminué depuis l’apparition et le développement des pompes multicellulaires qui ont, avec des avantages analogues, un meilleur rendement thermique.
- La réalisation des machines à pistons libres à explosion ou à combustion interne présente de très grandes difficultés dues au rôle particulier du volant dans les machines où s’effectue une compression préalable de l’air comburant. De constants échanges se font entre le volant et les pistons qui cèdent de l’énergie pendant les courses motrices et en absorbent pendant les courses de compression. Un moteur à pistons libres doit nécessairement comporter une réserve d’énergie pour suppléer au volant supprimé; dans le cas d’un moto-compresseur, il est naturel de recourir à une réserve d’énergie pneumatique ; mais sa mise en œuvre par des moyens simples et efficaces est un difficile problème qui a été complètement résolu par M. Pescara, l’éminent ingénieur dont l’activité s’est déjà très heureusement manifestée dans le domaine de l’aérodynamique et de l’aéronautique.
- Les moto-compresseurs Pescara de débit modéré sont dès maintenant des appareils industriels parfaitement au point que construit la Maison Breguet. Ils ouvrent la voie à la prochaine réalisation de compresseurs de tous débits et aussi à de nou-velles applications du cycle des moteurs à combustion interne.
- (i) Gommunicalion faite par l’auteur en séance publique le 14 janvier 1933. . :
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- MOTO-COMPRESSEURS PESCARA.
- AVRIL 1933.
- Principes fondamentaux des moto-compresseurs Pescara.— Certaines dispositions fondamentales d’un moto-compresseur Pescara sont représentées sur la fîg'ure 1.
- P est un piston de moteur Diesel à deux temps se déplaçant dans un cylindre pourvu d’orifices d’échappement E et d’orifices de balayage B, disposés à la manière usuelle mais ayant une longueur bien supérieure à celle qui est nécessaire.
- Q est un piston de compresseur faisant corps avec le précédent et se déplaçant dans un cylindre de compresseur muni de soupapes d’aspiration et d’échappement S et S'; ce piston Q comporte un forage central formant un cylindre dit « compensateur ».
- R est un piston compensateur rigidement fixé sur le cylindre compresseur; des canaux C mettent le cylindre compresseur et le cylindre compensateur en communication à la fin de la course d’aspiration du compresseur.
- Le bloc des pistons se déplace dans le sens Ft sous l’action de la pression des gaz du cylindre moteur; par son déplacement il comprime l’air du cylindre compresseur et l’air du cylindre compensateur. Il se déplace dans le sens F2 sous l’action
- Fig. 1. — Schéma d’un moto-compresseur Pescara.
- de la détente de l’air contenu dans l’espace nuisible du cylindre compresseur; par son déplacement, il effectue la compression préalable de l’air carburant du cylindre moteur.
- Le mouvement est possible tant que le travail des forces appliquées au bloc mobile est nul dans chaque course simple (aller seulement ou retour seulement). Les figures 2, 3 et 4 représentent le diagramme des pressions qui s’exercent respectivement sur le piston moteur, sur le piston compresseur et sur le fond du cylindre compensateur.
- Sur les trois figures, A représente la position du bloc mobile à la fin de la course de compression de l’air du cylindre moteur et B la position du bloc à la fin de la course de détente des gaz du même cylindre.
- Sur la figure 2, le point L représente la position du bloc mobile au début de l’ouverture et à la fin de la fermeture des orifices d’échappement du cylindre moteur; comme les orifices ont une longueur surabondante,* le diagramme comporte une courte ligne horizontale où se confondent la courbe de compression et la courbe de détente.
- Sur la figure 3, la compression est représentée par AC', le refoulement par C'C et la détente de l’air de l’espace nuisible par CF.
- Sur la figure 4, la compression et la détente de l’air du cylindre compensateur sont représentés par une seule courbe AD.
- Dans une course double du bloc mobile (aller et retour) les travaux des forces qui s’exercent sur le piston moteur et sur le piston compresseur sont proportionnels
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- MOTO-COMPRESSEURS PESCARA A PISTONS LIBRES.
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- aux aires marquées de hachures horizontales ; si on les désigne respectivement par P0 ôo s* 011 néglige le travail des résistances passives, on a la condition de fonctionnement en régime permanent commune aux machines à pistons libres et aux machines à arbre vilebrequin :
- Po = Qo.
- Le travail des pressions dans la course de B vers A comprend : le travail de compression de l’air comburant P,, le travail de détente de l’air de l’espace nuisible du compresseur Qi et le travail de détente de l’air du cylindre compensateur Rt; les trois travaux sont respectivement proportionnels aux aires marquées sur les figures de hachures verticales. La condition de fonctionnement spéciale aux moteurs à pistons libres est :
- — Qi + Ri-
- Si la course et le diamètre du piston moteur sont fixés à l’avance ainsi que la quantité de combustible injecté par pulsation, on peut évidemment calculer les dimensions du cylindre compresseur et du cylindre compensateur qui satisfont aux deux conditions de fonctionnement. Le problème ainsi posé comporte une infinité de solutions puisque le rapport du travail de détente de l’air de l’espace nuisible et du travail de détente de l’air du cylindre compensateur est arbitraire ; cette indétermination provisoire est utilisée pour réaliser la stabilité du fonctionnement.
- La position du bloc mobile à la fin de la course de détente des gaz moteurs peut varier sans inconvénient entre des limites assez éloignées ; les variations ont pour résultat une durée plus ou moins grande de l’ouverture des orifices de balayage et d’échappement (qui ont une longueur surabondante) et une durée plus ou moins grande de l’ouverture des soupapes de refoulement du compresseur. La position du bloc mobile à la fin de la course de compression préalable de l’air comburant ne peut au contraire varier qu’entre des limites rapprochées ; toute variation importante aurait pour résultat soit une compression de l’air comburant insuffisante pour produire l’élévation de température nécessaire pour l’allumage du combustible, soit une compression exagérée dangereuse pour le cylindre moteur.
- Le travail de compression préalable doit être approximativement invariable quelle
- Fig. 2, 3 et 4. — Diagrammes des pressions qui s’exercent sur le piston moteur, sur le piston compresseur, et sur le fond du cylindre compensateur.
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- M OTO-COM PRESSE U RS PE SCA RA.
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- que soit la quantité de combustible injectée ; la somme du travail de détente de 1 air de l’espace nuisible et du travail de détente de l’air du cylindre compensateur doit donc être aussi approximativement invariable ; la conduction de stabilité du fonctionnement s’exprime par :
- Qi + Ri = Constante.
- Supposons que les diagrammes tracés correspondent au maximum du débit du compresseur et que l’une des extrémités de course avec débit nul se produise au même point A; l’autre extrémité se produira au point B' qui correspond au début de la levée des clapets de refoulement dans le fonctionnement au débit maximum. En négligeant les transmissions de chaleur par les parois et les frottements des segments, les courbes de compression et de détente du moteur se confondront ; les courbes d’aspiration et de compression du compresseur se confondront aussi.
- Le travail de compression préalable de l’air comburant sera toujours Pt.
- Le travail de détente de l’air de l’espace nuisible sera représenté par Faire AC'B'; il aura pour expression :
- Q0 + Qi — aire BB'G'C.
- Le travail de détente de l’air du cylindre compensateur sera représenté par l’air AD' B'; il aura pour expression :
- Rj — aire BB'D'D ;
- on devra donc avoir
- P1 = Q0 4- Qt + Ri — (aire BB'G'G + aire BB'D'D) ;
- et comme on a déjà il en résultera :
- Pi — Qi + Ri
- aire BB'G'G + aire BB'D'D = Q0.
- Il est donc possible de remplir les conditions de fonctionnement aussi bien pour la marche à vide que pour la marche à plein débit; on comprend et le calcul confirme que les conditions de fonctionnement sont également remplies pour les marches intermédiaires.
- Le moto-compresseur fonctionne ainsi avec une compression préalable de l’air de combustion sensiblement constante, une position du point mort côté injection de combustible sensiblement invariable, une position du point mort côté échappement des gaz brûlés variable avec la puissance du moteur et le débit du compresseur.
- Il en résulte une très grande simplicité de la régulation ; le régulateur commandé par la pression de la tuyauterie de refoulement d’air du compresseur agit sur le débit de la pompe d’injection de combustible; une augmentation de l’injection augmente simultanément la puissance motrice, la course du bloc mobile et le débit d’air comprimé.
- Il n’est pas besoin de régler la vitesse qui ne dépend que de la masse du bloc mobile et des pressions qui lui sont appliquées : l’emballement n’est pas possible. La loi des vitesses du bloc est d’ailleurs différente de la loi des vitesses d’un piston de machine à arbre vilebrequin. Le diagramme de la figure 5 représente l’une et l’autre ; on voit que la vitesse du piston libre est plus grande dans la course motrice que dans la course de compression préalable.
- Le moto-compresseur Pescara peut être disposé pour faire la compression de
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- l’air en plusieurs phases ; le mouvement d’aller et de retour est assuré par des procédés qui diffèrent un peu dans les détails de réalisation mais qui sont conformes aux mêmes principes.
- Il est à noter que l’énergie pneumatique accumulée pendant la course de détente du piston moteur est dépensée en totalité pendant la course suivante pour comprimer l’air comburant; il n’y a pas d’accumulation permanente d’énergie comme dans le volant d’un moteur à vilebrequin; il en résulte pour le moto-compresseur à pistons libres une extrême souplesse et une extrême sécurité de fonctionnement.
- Il est à noter aussi que le fonctionnement du cylindre Diesel reste absolument identique à celui d’un cylindre de moteur à arbre vilebrequin; le rendement du moto-compresseur à pistons libres n’est pas sacrifié comme celui des pompes à vapeur à action directe.
- Dans le démarrage, l’énergie nécessaire pour la première compression de l’air comburant est fournie, dans le cas des moto-compresseurs de puissance modérée, par un ressort préalablement bandé à la main; dans le cas des moto-compresseurs de grande puissance, elle est fournie, conformément à la pratique des
- moteurs Diesel, par une réserve d’air comprimé. Les mécanismes de démarrage sont réglés pour donner à la première compression une valeur un peu surabondante afin d’assurer un allumage facile, même par les temps les plus froids.
- Des dispositions sont prises pour assurer le fonctionnement pendant la période de mise sous pression des capacités alimentées. L’air débité passe d’abord dans un
- Fig. 5. — Moto-compresseur à pistons libres : ft, course de détente du piston moteur; — R, course de compression du piston moteur.
- Machine à arbre vilebrequin: f.„ courses dans les deux sen«.
- Fig. 6. — Schéma complet d’un moto-compresseur Pescara.
- petit réservoir auxiliaire ; il y pénètre soit par le clapet principal de refoulement du compresseur qui est muni d’un dispositif de blocage constitué par un piston soumis à l’action de la pression du réservoir auxiliaire et à l’action d’un ressort taré, soit par un petit clapet auxiliaire à ressort; il en sort par une soupape automatique de trop-plein dont les déplacements commandent par ailleurs le réglage du débit de la pompe à combustible.
- Au départ, le réservoir auxiliaire est sans pression, la soupape de trop-plein est fermée, le clapet principal de refoulement du cylindre du compresseur est bloqué dans la position de fermeture, l’air sort du cylindre par le clapet auxiliaire qui ne s’ouvre que lorsque la pression dans le Cylindre atteint une valeur suffisante pour
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- assurer le fonctionnement des pistons libres; la pression s’élève rapidement dans le réservoir auxiliaire, elle soulève le piston de blocage du clapet principal de refoulement et elle provoque l’ouverture progressive de la soupape de trop-plein. La mise en marche est alors complètement terminée ; la soupape de trop-plein fonctionne comme régulateur en agissant sur le mécanisme qui fait varier le débit de la ponTpe à combustible.
- La figure 1 donne un schéma incomplet des moto-compresseurs Pescara, le schéma complet est celui de la figure 6.
- Le moto-compresseur comporte deux blocs mobiles identiques qui se déplacent dans deux cylindres compresseurs et dans un cylindre moteur unique portant des ouvertures d’échappement E à une extrémité et des orifices de balayage B à l’autre.
- Les deux blocs mobiles sont de même masse, leurs faces correspondantes sont soumises à la même pression, leurs mouvements sont synchronisés par des bielles légères qui les relient à un arbre oscillant (fig. 8). Le mécanisme de synchronisation n’altère en rien le principe du fonctionnement des pistons libres ; il ne collabore pas à l’équilibre des pressions motrices et résistantes ; il ne transmet que les efforts résultant de petites différences inévitables telles que les différences des forces de frottement s’exerçant sur les segments des pistons des deux blocs.
- L’application aux moteurs à deux temps des mouvements opposés de deux pistons est due au professeur Junkers; elle permet simultanément la suppression de toute soupape et la réalisation d’un dispositif de balayage particulièrement efficace.
- Appliqué aux moto-compresseurs à pistons libres le système des mouvements opposés évite toute réaction sur les appuis de l’appareil, à l’exception de la pesanteur. Il est très remarquable de constater l’absence totale de vibrations d’un moto-compresseur en fonctionnement, même s’il est monté sur un léger cadre métallique déformable sous de faibles efforts.
- Description d'un moto-compresseur de petite puissance. — La description sommaire d’un moto-compresseur de petite puissance construit par la Maison Breguet est donnée à titre d’exemple.
- Les dimensions principales de l’appareil sont :
- diamètre du cylindre moteur........................... 90 mm
- diamètre des cylindres compresseurs.................. 180 —
- diamètre des cylindres compensateurs.................. 73 —
- course maximum....................................... 170 —
- nombre d’oscillations par minute....................1.000
- Le compresseur aspire par minute un volume d’air de 1,6 m3 et le refoule à la pression absolue de 7 kg/cm2.
- La figure 7 représente une coupe par l’axe d’un moto-compresseur. On y voit les pistons moteurs en A, les pistons compresseurs en B et les pistons compensateurs en C. L’air pénètre dans les cylindres compresseurs par les clapets d’aspiration D ; il peut en sortir par les clapets principaux de refoulement E, par les clapets auxiliaires F et par les clapets de balayage G dont il n’a pas encore été fait mention. L’air des clapets principaux et auxiliaires est envoyé au réservoir intermédiaire H ; tant que la pression de ce réservoir n’atteint pas la valeur fixée, les clapets principaux sont maintenus fermés par le piston de blocage I et les clapets auxiliaires fonctionnent seuls; lorsque la pression est suffisante dans le réservoir, les clapets
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- principaux sont libérés et les clapets auxiliaires sont libérés. Les clapets de balayage ne fonctionnent qu’au début de la course de compression lorsque les lumières K sont découvertes par les pistons compresseurs; ils remplissent d’air à basse pression
- O
- C
- c3
- 0
- CL
- •D
- Cl
- O)
- XJ
- a
- p
- X
- a
- h-
- cC
- une chambre qui est en communication avec le cylindre moteur lorsque l’un des pistons moteurs découvre les orifices de balayage L en même temps que l’autre découvre les orifices d’échappement M.
- La figure 8 est une vue de l’appareil après enlèvement des portes du carter qui
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- l’enveloppe. On y remarque les manivelles de synchronisation P, les bielles de synchronisation R et les coulisseaux S qui supportent le poids de l’équipage mobile.
- Les applications des moto-compresseurs à pistons libres. — Les moto-compres-
- seurs à pistons libres sont en premier lieu utilisables pour la production d’air comprimé au même titre que les compresseurs des types usuels.
- La réunion du compresseur et du moteur en un seul appareil donne l’avantage
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- MOTO-COMPRESSEURS PESCARA A PISTONS LIBRES.
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- d’une meilleure utilisation du combustible puisqu’elle supprime des pertes de puissance par frottement. Elle réduit le prix d’achat parce qu’elle est obtenue par des moyens simples et parce qu’elle supprime notamment les arbres à vilebrequin qui sont les pièces particulièrement coûteuses des machines alternatives.
- Le parfait équilibrage des forces d’inertie des pistons permet une appréciable réduction des frais d’installation puisqu’il rend inutiles les fondations coûteuses. Il facilite aussi l’installation sur des plateformes transportables ; plus légers, à puissance égale que les groupes à arbre à vilebrequin, les moto-compresseurs à pistons libres peuvent aussi être montés sur des chariots très légers (fîg. 9).
- Le moto-compresseur à pistons libres peut d’autre part donner une heureuse solution au problème de l’application du cycle Diesel aux locomotives. On a déjà imaginé et réalisé la transmission pneumatique de la puissance produite par un moteur Diesel : le moteur actionne un compresseur d’air; l’air comprimé à 8 ou 10 kg/cm2 est réchauffé à 350° environ par les gaz d’échappement; il constitue alors pour la locomotive un fluide moteur qui donne, comme la vapeur, une grande facilité de démarrage et un couple moteur croissant quand la vitesse diminue. Cette solution a pour inconvénients un rendement thermique un peu insuffisant et surtout un poids et une complication inacceptables. 11 est à prévoir que l’emploi des moto-compresseurs y remédiera ; la disparition des perles dues à la suppression des arbres et des bielles donnera à la locomotive Diesel pneumatique un rende-
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- ment thermique analogue à celui de la locomotive Diesel électrique avec plus de légèreté, de simplicité et de robustesse et aussi avec une souplesse incomparable en raison de l’absence de tout volant.
- D’une façon générale, le moto-compresseur à pistons libres peut avoir des applications très intéressantes dans les domaines où les machines à vapeur sont souvent préférées en raison delà facilité du démarrage, des variations de vitesse, du renversement de marche, c’est-à-dire pour les treuils, grues, pelles mécaniques, etc. Le moto-compresseur tiendra le rôle de la chaudière, mais ce sera une chaudière à mise en pression et à variation de débit instantanées.
- Enfin, dans un avenir peut-être moins immédiat, les machines à pistons libres peuvent donner un moyen d’améliorer le rendement du cycle des moteurs à combustion interne. On sait que ce rendement augmente avec le taux de la compression préalable de l’air comburant et que l’augmentation de compression se heurte à diverses difficultés, en particulier à l’exagération de l'importance des réactions des bielles et à l’exagération corrélative des pertes de puissance par frottements. Il n’est pas indispensable que toutes les opérations du cycle soient effectuées dans un seul cylindre ; le commencement de la compression peut se faire séparément dans un cylindre de compresseur; la fin de la compression, la combustion et le commencement de la détente peuvent se faire dans un cylindre de moteur; enfin, la détente peut se terminer dans une turbine. En groupant le cylindre compresseur et le cylindre moteur dans une machine à pistons libres, on éliminera entièrement les inconvénients des poussées excessives sur les pistons; on peut avoir le moyen de réaliser ainsi un générateur de gaz chaud sous pression utilisable dans une turbine de construction normale; le problème si important de la turbine à combustion interne serait ainsi résolu par une voie détournée.
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- BULL. DE LA SOC. ü’eNCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — AVRIL 1933 (p. 255).
- LES CANALISATIONS DE DISTRIBUTION ÉLECTRIQUE DANS LES MAISONS ET A BORD DES NAVIRES
- par M. Gaston Menier, industriel, sénateur de Seine-et-Marne, président du Conseil de l’École centrale des Arts et Manufactures, président du Conseil de Perfectionnement et vice-président du Conseil d’Administration du Conservatoire national des Arts et Métiers.
- Les troublants incendies qui se sont produits récemment sur trois de nos belles unités de la marine marchande : le Georges-Philippar, Y Atlantique et la France, attirent vivement l’attention sur les conditions relatives à la distribution de la lumière et de la force sur les paquebots.
- Si, malheureusement, des cas de malveillance avaient pu se produire, la question se présenterait d’une autre façon; mais du fait, comme on l’a annoncé au Parlement, que, depuis 10 ans, le nombre de paquebots incendiés s’est élevé au chiffre impressionnant de 176, on peut être porté à croire à certains défauts inhérents à la nature même de la distribution de l’électricité qui peuvent provoquer ces sinistres.
- Il est bien loin de ma pensée de faire, dans cette question, un procès général de la distribution de l’électricité, aussi bien dans les maisons à terre que sur les navires ; mais les circonstances d’une longue carrière industrielle m’ont mis à même de connaître très particulièrement la construction des conducteurs électriques, de l’âme des câbles, des diélectriques qui les recouvrent et de certains phénomènes qui peuvent s’y produire.
- On sait qu’un câble conduisant de l’électricité dispose, par cela même, d’une énergie calorifique qui peut se transformer très rapidement en chaleur et par suite de défauts d’isolement, produire des effets considérables. Il porte en lui-même un danger latent; je l’indique un peu plus loin et des faits encore assez troublants sont de nature à démontrer que la technique, dans certains cas, est encore un peu incertaine.
- Certes, je suis loin de méconnaître les recherches déjà faites par les grands chantiers pour remédier à certains défauts aperçus et je rends hommage aux ingénieurs de ces chantiers qui étudient ces questions, mais je crois qu’en ces matières difficiles et délicates, il pouvait être intéressant de consulter trois corps scientifiques, auxquels je suis particulièrement lié, pour soumettre aux professeurs qui les composent l’état actuel de la question et leur demander d’y porter une attention particulière. J’ài exposé la question :
- 1° au Conseil de l’École centrale des Arts et Manufactures, dont j’ai l’honneur d’être le président;
- 2° au Conseil de Perfectionnement du Conservatoire national des Arts et Métiers, dont je suis également le président;
- 3° à l’Association technique, maritime et aéronautique, dont je suis membre du Conseil, et dont les travaux, en ce qui concerne particulièrement la technique maritime ont une réputation consacrée en France et à l’étranger.
- J’ai demandé notamment à cette association de susciter une large discussion sur ce sujet à sa session prochaine et je m’estimerai heureux si, dans l’intérêt général,
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- 256 l’incendie par les CANALISATIONS ÉLECTRIQUES. — AVRIL 1933.
- il pouvait surgir de ces discussions un progrès plus définitif pour nous affranchir des craintes qui pèsent encore sur nos esprits et, en tout cas, apporter des améliorations sur beaucoup de points.
- Dans une lettre adressée, au moment de la catastrophe de Y Atlantique, à M. Fould, président du Conseil d’Administration des Chantiers et Ateliers de Saint-Nazaire (Penhoët), je lui disais que je ne doutais pas un seul instant des soins et de la science que ses ingénieurs réputés apportent aux problèmes posés en ces matières et qui viennent d’alarmer si dramatiquement l’attention publique, mais il y a encore bien des faits troublants qu’il importe d’élucider, et si j’ai tenu à apporter ces quelques observations générales et quelques suggestions, c’est parce que cette question m’est familière en rappelant que, dès le début des installations électriques, j’ai été un des premiers à me préoccuper de ces questions.
- C’est à Noisiel en effet que, pour la première fois en 1875, avec le concours de Gramme, qui venait de créer sa première dynamo, une installation de distribution électrique a été effectuée dans mes usines; elle était bien rudimentaire, car elle était faite par des conducteurs simples, sur des cavaliers isolants.
- Ensuite, dans mes usines de Grenelle, actuellement fusionnées avec la Société industrielle des Téléphones, j’ai été appelé à entreprendre la confection des premiers câbles sous-marins et de lumière, ainsi que l’étude des diélectriques qui les recouvraient.
- Les âmes des câbles. — Les âmes des câbles, au lieu d’être constituées par un fil unique, furent alors formées de plusieurs fils d’un diamètre plus ou moins réduit et câblés ensemble qui constituaient ainsi un toron et leur assuraient une grande souplesse, souplesse dont on a presque trop abusé.
- Pour l’augmenter, on diminuait le diamètre des petits fils formant le toron ; mais, par contre, la torsion de ces câbles, souvent trop grande, amenait des ruptures de fils; aussi j’avais dû imaginer des dispositifs assurant une détorsion graduée. Ces appareils de détorsion sont d’ailleurs encore employés, en principe, pour la confection des câbles.
- Afin d’éviter les ruptures qui se produisaient assez fréquemment au cours de ce travail, j’avais imposé la fourniture de cuivre très bien recuit; ce dernier fut ensuite remplacé par du cuivre phosphoreux ou siliceux ayant une résistance mécanique plus grande, mais qui était plus sec ou plus cassant. Ces torons donnaient lieu à des inconvénients que l’on va voir dans les paragraphes suivants.
- Les diélectriques. — La question des diélectriques qui devaient recouvrir les fils et les câbles fut l’objet de longues recherches et, malgré tout, ils ne sont pas encore sans inconvénients.
- Tout d’abord, la gutta semblait plus facile à employer, c’est elle dont on faisait usage pour les câbles sous-marins; elle se conservait assez bien dans l’eau de mer où elle était immergée, qui la maintenait dans un état satisfaisant à température à peu près constante; mais pour les câbles à l'air libre elle se fendillait et, au bout de peu de temps, elle ne donnait plus un isolement satisfaisant.
- On essaya ensuite le caoutchouc naturel, puis vulcanisé recouvert de tresse ou de bandes en coton enduites de chatterton, d’ozokérite, de gomme-laque ou même de papier; peu à peu c’est le caoutchouc qui devint le mieux adapté comme diélectrique pour les câbles de distribution de force ou de lumière. Encore faut-il que le
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- caoutchouc employé soit de bonne qualité et non pas régénéré, provenant de déchets de caoutchouc.
- Mais il arrivait que, dans le câblage, des brins se cassaient et pouvaient se redresser par leur élasticité naturelle ; ils venaient alors traverser le diélectrique et, en le blessant, amenaient ainsi des défauts d’isolement, soit des contacts, soit des fissures par lesquelles pénétrait l’humidité.
- On fit des recherches pour remédier à ces inconvénients et on employa des rubans isolants entourant les torons (on semble les avoir négligés à tort). On avait remarqué que l’emploi d’un diélectrique trop mou empêchait l’âme de rester au centre du câble, quand le pli du câble devenait trop prononcé. Elle se rapprochait trop de l’extérieur du câble et pouvait dans certains cas préparer un défaut; ce ruban était un remède assez efficace. On avait bien essayé de mélanger au caoutchouc naturel de l’amiante très fin pour lui donner du corps, mais la couverture de l’âme était moins facile et, en somme, le petit ruban avait le double avantage de conserver un centrage satisfaisant de l’âme et de maintenir les petits bouts cassés des fils fins du toron et d’en empêcher leur redressement.
- Ces petites blessures, si elles n’amenaient pas toutefois des courts-circuits, permettaient à l’humidité, à l’eau douce et particulièrement à l’eau salée de pénétrer et de donner lieu à des phénomènes très fâcheux d’électrolyse que pouvaient déceler seulement les essais d’isolement; on estimait qu’il devait atteindre l’ordre de 600 à 800 megohms pour être satisfaisant.
- Les câbles ainsi fabriqués et formant des circuits divers furent d’abord placés sur des cavaliers isolants; mais on s’aperçut vite qu’à cause de la dilatation, il fallait soutenir le câble dans son trajet, d’où la nécessité de l’enfermer dans des moulures en bois pour le protéger mieux. On demanda ensuite que ces moulures, passées au sulfate de cuivre pour leur conservation propre, fussent enduites de paraffine ou d’ozokérite pour être rendues plus insensibles à l’humidité, toujours redoutable.
- Dans le but de s’en affranchir, on exigea que ces câbles fussent enfilés dans des tuyaux de plomb et passés ensuite dans des filières destinées à assurer une jonction parfaite du câble avec le plomb.
- On croyait avoir ainsi toute sécurité. Pour l’augmenter on disposa des coupe-circuits, dits fusibles, c’est-à-dire, au départ des dynamos, et, dans certains points, on fit une coupure dans les câbles pour placer une petite longueur d’un métal fusible qui, pour un ampérage déterminé, fondait et coupait le courant si cet ampérage était dépassé.
- Un bureau de contrôle, à la formation duquel j’avais coopéré et qui a pris un grand développement, a rendu de grands services dans bien des cas, en signalant à temps des câbles devenus mauvais, au cours d’inspections périodiques effectuées pour surveiller les isolements.
- Il ne faut pas oublier, en effet, et on ne saurait trop le répéter, qu’un câble transportant l’électricité contient en fonction de son potentiel une énergie calorifique importante qui peut brusquement se déclencher en amenant des troubles très graves.
- Tout semblait donc bien résolu, mais on constata dans la pratique des phénomènes troublants et j’ai eu à plusieurs reprises, chez moi, des constatations de ce genre.
- Mon installation de distribution électrique venait d’être complètement refaite /«32e Année. — Avril 1933. 18
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- avec des câbles mis sous plomb, comme je l’indique ci-dessus, lorsqu’un soir, brusquement, sur un de ces câbles qui pouvait conduire environ une centaine d’ampères et qui avait un coupe-circuit proportionné, un petit défaut d’isolement avait amené sans doute un brin de cuivre de l’âme à travers le diélectrique et fait une communication avec le plomb recouvrant le câble. Le courant, dérivé par ce petit arc qui avait formé un premier foyer, avait suivi le tuyau de plomb et était venu, à 22 mètres, former un autre petit arc entre ce tuyau de plomb et un tuyau de gaz qui passait à proximité, sans toutefois le toucher. Il s’est donc déclaré simultanément deux foyers distincts, séparés d’environ 22 mètres; puis le feu prit à une conduite de gaz et en un instant tout le sous-sol était en flammes et envahi par la fumée.
- Les pompiers alertés coupèrent immédiatement et non sans peine le gaz et l’électricité de mon hôtel et l’incendie fut ainsi maîtrisé.
- Le lendemain matin, le Bureau de Contrôle, qui n’avait rien trouvé d’anormal quelques mois auparavant, vint examiner la coïncidence bizarre de ces deux incendies survenus, en même temps, à 22 mètres l’un de l’autre, sur ce conducteur et, chose curieuse, ces deux foyers d’incendie n’avaient amené aucune interruption de la lumière qui continuait à fonctionner; on constata que les plombs de mon compteur étaient restés intacts et que les plombs de la prise sur les câbles du secteur, dans la rue, n’avaient pas non plus cédé.
- Les sapeurs-pompiers et le Bureau de Contrôle me mirent en demeure d’enlever une petite bande de plomb de un centimètre de largeur, tous les 5 mètres environ, sur le plomb entourant le câble afin d’établir des solutions de conductibilité pour éviter de pareils faits et parer à la carence des fusibles restés intacts.
- Et d’ailleurs, en y réfléchissant, l’explication en est facile. Si, sur un câble destiné à transporter 100 A, les coupe-circuits ne doivent fonctionner que lorsque cet ampérage est dépassé, il est arrivé que le petit arc, qui s’est formé par suite d’un défaut d’un point du câble, n’a peut-être atteint qu’un débit de quelques ampères et en venant amorcer un arc de même importance, près du tuyau à gaz, cela a suffi pour le fondre et mettre le feu sans affecter le coupe-circuit de 100 A qui commandait ce circuit.
- A ma connaissance, c’est un phénomène analogue qui s’est produit à bord d’un navire dont j’avais eu connaissance en 1922. Je me souviens qu’à cette époque, un câble était entré en contact avec une cloison métallique et avait brûlé sur une longueur de plusieurs décimètres. Là également, les coupe-circuits n’avait pas fonctionné, les secours immédiats avaient pu mettre fin à ce petit incendie d’ailleurs bien caractérisé, comme le mien.
- Que dire alors de la technique employée maintenant avec ces câbles entourés d’une gaine de fils d’acier qui joue le rôle du tuyau de plomb, comme il est indiqué ci-dessus?
- Enfin, chacun doit avoir souvent entendu parler d’incendies survenus, notamment dans les sous-marins, soit par suite de l'emploi d’accumulateurs, de l’emploi de lumière ou de force, incendies qui se sont malheureusement trop souvent répétés.
- Il ne faut pas perdre de vue que, dans un câble parcouru par un courant électrique, ce câble possède toujours une résistance et que, par conséquent, comme le montre la formule de Joule : RI2, il est toujours le siège d’un dégagement de chaleur; si cette chaleur est proportionnée à la section du câble, elle se dissipe et n’a pas d’effets nuisibles; mais si, pour une raison de diminution de section, provenant
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- d’oxydation ou de fils de toron rompus, une nouvelle résistance entre en jeu en un point, la chaleur y augmente au point de mettre le feu, ou de fondre le câble en projetant tout autour des parcelles de métal incandescent.
- Les effets d’électrolyse sont très fréquents, même dans les maisons à terre : il suffit qu’un câble par temps de dégel ou d’humidité se recouvre de buée, et qu’elle s’accumule peu à peu : par un défaut de diélectrique, il se produit une dérivation ou une électrolyse qui va jusqu’à ronger complètement le conducteur. A bord, les rats détériorent très souvent les conducteurs, rongeant le plomb des câbles ou des canalisations et mettant les âmes à nu.
- A Paris, où les terres sont si mauvaises, par suite de pertes des câbles qui passent sous les rues, il n’est pas difficile d’allumer une lampe en se servant d’un pôle et de la terre, et cela surtout dans les secteurs à 5 fils, plus rares heureusement, où la différence de voltage peut atteindre 440 V.
- Les effets d’électrolyse ci-dessus indiqués sont infiniment plus importants lorsqu’il s’agit d’eau de mer qui peut provoquer, dans de mauvaises conditions, avec la masse, des arcs dangereux et une électrolyse considérable et très rapide.
- Sur les navires on emploie des courants de 220 et 110 V car on suppose que ces voltages ne sont pas dangereux. Or, un Congrès international a fixé un maximum de 37 V pour que ce voltage soit incapable de provoquer un arc dangereux et, pour ma part, sur un bateau de 630 t, Y Ariane, que je possède, à la suite de voyages par très gros temps, j’ai éprouvé des mouilles d’eau de mer qui avaient amené la détérioration des câbles; mais je n’ai pas eu d’incendie, parce que j’avais exigé que toutes les canalisations fussent faites au régime de 50 V.
- A Rouen, dans le magnifique Palais de Justice, où vient d’être placée la lumière électrique, la Commission des Monuments historiques a exigé que la tension dans les câbles fût fixée à 25 V pour obtenir un maximum de sécurité.
- C’est certes plus difficile pour les grands navires qui emploient des milliers de kilowatts, mais c’est une question à examiner si l’on veut obtenir la sécurité. D’ailleurs, cet abaissement ne fait que diminuer le danger et n’est pas un remède absolu.
- Importance de la surveillance des canalisations électriques. — Dans l’accastillage des paquebots, les décorateurs sont terribles ; ils ne veulent pas voir passer les câbles et ils les font reléguer derrière des cloisons, mélangés les uns aux autres, à des endroits où la chaleur s’accumule et où on ne peut les surveiller. Il faut les placer au contraire, comme un mal nécessaire, dans des endroits visibles, puisqu’ils portent le danger en eux-mêmes. On ne saurait trop les surveiller dans leur parcours.
- Quand on voit, pour la construction des paquebots, les quantités de bois employées pour les parquets ou derrière les contreplaqués formant les cloisons, qui sont très belles en effet mais qui sont recouvertes d’un vernis cellulosique qu’il est absolument nécessaire de prescrire, on comprend que ces éléments constituent un aliment considérable quand un incendie commencé ne peut être immédiatement maîtrisé.
- L’idée de remplacer tous les bois par de la tôle est à rejeter pour d’autres inconvénients majeurs.
- Il faut également surveiller tous les agencements de prises de courant, ces fils souples laissés à la disposition des passagers, les interrupteurs, les coupe-circuits,
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- les petits appareils, les ventilateurs, les fers à repasser ou à friser, les lampes portatives si possible, etc.
- Isolement spécial des installations de T. S. F. — En ce qui concerne la T. S. F., il faut : qu’elle soit placée dans des parties du navire complètement indépendantes et isolées du bateau et au moins en deux endroits pour les grands paquebots; que l’alimentation électrique soit tout à fait spéciale, hors d’atteinte de la fumée; en un mot qu’elle joue en principe le rôle qu’on applique dans les théâtres par un éclairage distinct destiné à assurer l’évacuation des spectateurs en cas de sinistre. Il faut qu’elle puisse fonctionner quelles que soient les circonstances. Enfin ne doit-on pas étudier les courants parasites que peuvent déterminer les courants de haute tension . d’un poste d’émission de T. S. F. placé dans le voisinage?
- Questions de principe à déterminer. — Diverses questions sont encore, dans de nombreux cas, très incertaines et très troublantes; faut-il se servir de contact à la masse, qui règne surtout à l’étranger, ou au contraire isoler complètement les deux circuits?
- Ce sont deux théories qui sont opposées sur lesquelles il faudrait un accord définitif.
- On a remarqué que, sur les 176 incendies de navires connus, tous ces navires employaient le mazout, sauf deux. Y aurait-il dans le mazout des essences légères qui se sépareraient et qui, restées très inflammables, pourraient prendre feu? Cette question mérite d’être étudiée soigneusement, ainsi que les graves problèmes dont certains cas cités peuvent expliquer la présence d'incendies multiples comme on l’a constaté sur le Georges-Philippar, sur Y Atlantique ou la France, de même que sur nombre de grands paquebots étrangers.
- La dilatation des câbles, leurs allongements, les frottements dans les traversées des cloisons, dus aux flexions et aux vibrations des navires, leurs boîtes de jonctions, doivent être visibles pour être surveillés.
- Bien d’autres questions devront être étudiées au point de vue du grave sujet des incendies des navires et doivent être traitées, mais elles sortent du cadre que je m’étais tracé d’apporter des suggestions relatives aux accidents dus à la distribution de l’électricité.
- Je citerai notamment la question de l’ignifugeage des matériaux susceptibles de brûler, entre autres les bois, les tapis, les couvertures ou objets mobiliers.
- J’ai déjà parlé des vernis cellulosiques, mais les bois méritent une mention spéciale. M. le Président de la Société Penhoët a indiqué qu’on admet qu’une cloison est pratiquement étanche au feu lorsqu’elle n’est pas détruite au bout d’une heure par un foyer d’une température de 800° et que des matelas d’amiante pouvaient constituer une solution satisfaisante de cloisons pare-feu. Gela est bien, mais il faut aussi que tous les tapis et rideaux soient ignifugés pour être à l’abri du feu. C’est évidemment à retenir.
- Il faut aussi que toutes les traversées de cloisons par la tuyauterie soient faites de telle façon que la fumée ne puisse pas envahir rapidement les cabines ni les couloirs du navire.
- Enfin, comme on l’a indiqué, quand le feu s’est déclaré, il faut que les hommes destinés à le combattre, avec tous les moyens mis à leur disposition, puissent agir sans retard et soient immédiatement rendus à leur poste de combat avec des appa-
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- reils leur permettant de vivre dans la fumée (appareils Marcille ou appareils de l’Oxhydrique employés par le Régiment de Sapeurs-Pompiers de Paris, cagoules formant vase clos et bouteilles d’oxygène).
- Il y a lieu également de multiplier les extincteurs, tenus en bon état de fonctionnement, pour être placés dans chaque cabine. Il est nécessaire de prévoir des indicateurs de température qui puissent avertir de son élévation insolite.
- Aux Etats-Unis, tous les bureaux industriels, salles de réunion, théâtres, etc... possèdent des appareils qui, automatiquement, à une température déterminée coupent le courant, déclenchent un arrosage et empêchent ainsi les incendies. Les compagnies d’assurances ne font payer qu’un dixième des primes ordinaires lorsque ces appareils sont en usage.
- A bord, l’arrosage serait à proscrire bien entendu pour éviter des courts-circuits, mais le principe d’avertisseurs automatiques multiples est à retenir.
- J’ai tout lieu d’espérer que le rapport dont a été chargé M, Louis Kahn, Ingénieur principal de la* Marine, de préparer pour la session de mai prochain de l’Association technique, maritime et aéronautique, appuyé par M. Bourgès, secrétaire général de l’Association, et aussi par un certain nombre de nos collègues et parmi eux son éminent président, M. Emmanuel Rousseau, présentera ce problème dans toute son ampleur pour essayer de mettre au point ces graves questions qui font partie au premier chef des préoccupations de cette association. ,
- A mon avis, la première conséquence à tirer de toutes ces observations au point de vue de l’état des câbles me paraît être la suivante. Il importe de faire des vérifications fréquentes de l’isolement des câbles et, bien que quelquefois les défauts se manifestent très rapidement, c’est, en tout cas, une des meilleures garanties à prendre pour permettre en même temps de surveiller les installations et les contrôler à intervalles fréquents et réguliers.
- Pour faciliter ces vérifications, il devrait être recommandé dans l’étude des installations :
- 1° que toutes les canalisations soient faciles à surveiller et la plupart du temps qu’elles soient visibles, à moins d’empêchements majeurs et très exceptionnels. Il faut poser en principe que les canalisations doivent être un mal nécessaire et ne pas chercher à les dissimuler. Les circuits seront bien déterminés;
- 2° qu’elles ne soient pas reléguées dans des passages étroits, confondues les unes aux autres, comme j’ai pu souvent le constater, et éloignées de toutes les tuyauteries, aussi variées que nombreuses qui existent à bord d’un paquebot : eau chaude, eau froide, vidange, conduits, etc.
- Toutes ces conditions sont d’une importance absolue.
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- BULL. DE LA SOC. D’ENCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — AVRIL 1933 (p. 262).
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ
- CONSEIL D’ADMINISTRATION
- SÉANCE PUBLIQUE DU 11 MARS 1933 Présidence de M. A. Alby, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- MM. de Fréminville et G. Wery, secrétaires généraux, présentent et analysent des ouvrages entrés récemment dans la Bibliothèque.
- M. de Fréminville présente les ouvrages suivants :
- Faraday and his metallurgical researches. With spécial reference to their bearing on the development of alloy steels, by sir Robert A. Hadfield. London, Chapman and Hall Ltd., 11, Henrietta Street, W. C. 2, 1931. (Don de l’auteur, membre correspondant);
- Union syndicale des Maîtres Imprimeurs. — Les livres chez eux. Bibliothèques et cabinets d'amateurs. Paris, 117, boul. Saint Germain (6e); 7, rue Suger (6e), 1930;
- Le cinématographe sonore, par P. Hémardinquer. 2e édition. (Encyclopédie industrielle et commerciale). Paris, Librairie de l’Enseignement technique, L. Eyrolles, 3, rue Thénard (5e), 1932;
- La formation des apprentis mécaniciens pour l’industrie moderne, par J. Androuin. (Encyclopédie industrielle et commerciale). Paris, Librairie de l’Enseignement technique, L. Eyrolles, 1933;
- La mesure des couleurs et ses applications industrielles, par René Toussaint. (ex Mémoires de la Société des Ingénieurs civils de France, Rulletin de mai-juin 1932). Paris, 19, rue Rlanche (9e), 1932.
- M. Wery présente les ouvrages suivants :
- Association des Chimistes de Sucrerie, de Distillerie et Industries agricoles de France et des Colonies. — Cinquantenaire, 1882-1932. Paris, 156, boul. Magenta (10e). (Don de l’Association des Chimistes de Sucrerie, membre de la Société) ;
- Guide des huiles lourdes, 1933. Paris, Le Guide du Pétrole, 7, rue de Miromesnil (8e) ;
- Manuel de l’industrie du papier, par J.-A. Porphyre (Ribliothèque professionnelle). Paris, J.-R. Raillière et fils, 19, rue Hautefeuille (6e), 1933,
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- CONSEIL D'ADMINISTRATION. — SÉANCE DU 11 MARS 1933.
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- M. Alby, président. — Dans'la séance du 14 janvier dernier, j’ai eu l’occasion de vous signaler l’œuvre gigantesque réalisée depuis la guerre par les groupements d’industriels en matière sociale.
- Cette œuvre est certainement ignorée du grand public.
- Au milieu du tapage que mènent les marchands de remèdes sociaux exotiques, les hommes réfléchis qui ont édifié ce grand œuvre se sont inspirés de cette pensée de notre grand Pascal, qui connaissait bien l’âme française : « On se persuade mieux, pour l’ordinaire, par les raisons que l’on a trouvées soi-même que par celles qui sont venues dans l’esprit des autres » et ces hommes ont agi silencieusement de manière que leurs collaborateurs ouvriers pussent se faire uniquement par eux-mêmes une opinion sur la valeur de l’action patronale dans le domaine social.
- Cette méthode a-t-elle été la meilleure? En tout cas, elle n’a pas produit de mauvais résultats et ces résultats méritent d’être mis en lumière.
- M. Etienne Villey, qui dirige depuis des années le très important Groupe des Industries métallurgiques mécaniques et connexes de la Région parisienne, dont notre collègue M. Pierre Richemond est le président, est la personne la plus qualifiée pour nous donner un tableau de ce grand effort et il va le faire avec l’autorité que lui donne la confiance qu’il a su inspirer à tous dans l’accomplissement d’une tâche extraordinairement délicate.
- M. Etienne Villey, directeur du Groupe des Industries métallurgiques, mécaniques et connexes de la Région parisienne, fait une communication sur L'œuvre sociale des groupements industriels français.
- Les premières améliorations apportées par les patrons aux conditions d’existence et de travail du personnel ouvrier sont nées de sentiments altruistes, d’ordre philosophique ou religieux. Le spectacle de l’extrême misère imposée aux ouvriers a suscité tout d’abord une réaction tendant à remédier à cette situation. Ce facteur continue de jouer; mais, depuis quelques années, il le cède en importance à un autre facteur, l’intérêt. L’expérience a prouvé en effet qu’un chef d’industrie ne peut se désintéresser sous aucun prétexte de son personnel car « l’aptitude de l’homme au travail ne dépend pas seulement de ses vertus ou de ses besoins immédiats mais de son état physique, de son humeur générale ou occasionnelle, du cadre collectif et familial dans lequel il vit, d’une certaine correspondance entre son tempérament et la forme d’activité où il s’emploie. » On a reconnu que le problème social appartient au problème très général de l’organisation du travail, au même titre et avec la même importance, que les problèmes technique, administratif, commercial et financier. Dès lors se pose le problème de la meilleure organisation des efforts patronaux.
- M. Villey recherche quels sont les mécanismes auxquels les chefs d’industrie peuvent ou doivent recourir en vue d’obtenir des progrès sociaux. Ce sont de grands patrons, comme MM. Schneider au Creusot, ou de riches sociétés minières,
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- COMPTES RENDUS DES SEANCES. — AVRIL 1933.
- qui ont pris l'initiative des œuvres sociales; peu à peu, on a reconnu la supériorité de l’action collective des patrons sur leur action individuelle; et cela pour de nombreuses raisons : l’industrie française est morcelée, elle comprend un nombre considérable d’établissements moyens ou petits qui, isolément, seraient impuissants; les frais auquels entraînent les œuvres sociales doivent être considérés comme faisant partie de la main-d’œuvre et il est équitable qu’ils soient répartis entre les patrons d’une même profession ou d’une même région; l’ouvrier, l’ouvrier français surtout, tend de plus en plus à se méfier de l’intervention personnelle de son patron dans sa vie privée : il a moins de préventions à l’égard d’une collectivité.
- En fait, les réalisations ainsi rendues possibles par la collaboration des patrons sont innombrables et extrêmement variées. Le mécanisme de l’action collective laisse d’ailleurs une large place à l’action individuelle.
- M. Yilley présente ensuite quelques observations sur ce qu’il faut entendre aujourd’hui par salaire, élément principal de la condition ouvrière. Deux facteurs agissent pour faire évoluer les salaires : le souci de mieux-être des ouvriers tend à les élever ; la préoccupation du prix de revient tend à les abaisser. Les systèmes de rémunération au rendement permettent souvent d’augmenter le salaire sans augmenter le prix de revient, quelquefois même de l’abaisser.
- La fixation judicieuse du salaire est difficile. Dans le Groupe des Industries métallurgiques, mécaniques et' connexes de la Région parisienne, on a tourné la difficulté en tenant à jour une documentation précise et permanente des salaires effectivement pratiqués; cette documentation, mise à la disposition des adhérents, leur sert de base d’appréciation. Cette manière de faire s’est montrée efficace : pendant une période particulièrement difficile et dans un milieu turbulent et agité, il n’y a pour ainsi dire pas eu de grève. De plus, les salaires ont une certaine fixité, ce qui est désirable.
- Le régime des allocations familiales, dû entièrement à l’initiative patronale, est un palliatif au système de fixation du salaire au rendement. Le salaire proprement dit, fixe, correspond à la valeur économique de l’ouvrier; l’allocation familiale, variable, à sa valeur sociale. La tendance actuelle est de diminuer le premier au bénéfice de la seconde.
- Les efforts des patrons en faveur des meilleures conditions du travail ont porté sur l’organisation de l’apprentissage et sur la prévention des accidents. La formation professionnelle est un grand avantage pour l’ouvrier; ainsi, en ce moment, le chômage ne frappe guère que la main-d’œuvre non qualifiée.
- M. Villey termine son exposé en signalant quelques autres réalisations d’œuvres sociales visant la vie de l’ouvrier hors de l’usine : les infirmières-visiteuses, les dispensaires, l’assistance médicale, les colonies de vacances, les séjours de convalescence, le travail à domicile pour les futures mères, l’enseignement ménager, les centres de camping, les « foyers » et centres de réunion, les garderies d’enfants, les logements ouvriers. e. l.
- M. Alby, président. — M. E. Yilley vient de nous montrer un magnifique tableau de l’œuvre sociale des groupements industriels.
- En l’écoutant, me revenait à l’esprit l’ouvrage que le regretté Robert Pinot publiait en 1924, sur L’œuvre sociale des industries métallurgiques. Passant
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- COMITÉ DES ARTS CHIMIQUES. — SÉANCE DU 14 MARS 1933.
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- en revue le mouvement social du siècle dernier et avant guerre, Pinot constatait, lui aussi, que l’initiative patronale avait toujours précédé l’œuvre législative et trouvé les formules des réalisations heureuses. Il constatait que ce mouvement avait été dénaturé par l’intervention dans notre système politique de dogmes exotiques d’État-Providence et de lutte des classes et que le progrès social ne paraissait pas avoir bénéficié de cette introduction.
- Que déduire de cette unanimité de constatations résultant de l’étude des faits? C’est que le progrès social a ses lois et qu’il ne sert de rien de les transgresser.
- L’Etat n’a aucune puissance par lui-même, au-dessus de la collectivité des citoyens dont il n’est qu’une émanation et dont il tient ses moyens. S’il ne sert pas avec sagesse et économie les intérêts de la collectivité, s’il gaspille ses ressources, il arrive que la collectivité est ruinée ou se dérobe et l’Etat n’est plus rien.
- Le progrès social se réalise par l’effort des élites travaillant suivant la méthode scientifique, par l’observation exacte et scrupuleuse des phénomènes sociaux et de leurs causes profondes, par l’application de formules appropriées aux contingences et sincèrement étudiées.
- Il a fallu cent années d’efforts acharnés de milliers d’intelligences pour faire sortir des découvertes géniales de Faraday et d’Ampère les réalisations merveilleuses de l’électricité dont nous jouissons aujourd’hui. Suffirait-il d’un simple vote parlementaire pour assurer le bonheur perpétuel des citoyens?
- Pour créer plus de bien-être, il faut encore, surtout et d’abord, la collaboration confiante, persévérante et désintéressée de citoyens éclairés ayant pris conscience des responsabilités dans la conduite des affaires publiques ou privées. Hors de là il n’y a que gâchis.
- Telle est la philosophie qui se dégage de la belle conférence de M. Villey. En l’en remerciant et en l’en félicitant, je puis lui dire qu’il est en complet accord avec son auditoire.
- La séance est levée à 18 h. 45 m.
- COMITÉ DES ARTS CHIMIQUES
- Concours international pour développer l’emploi de la colle forte d’os.
- (extrait du procès-verbal de la SÉANCE DU 14 MARS 1933.)
- L’Association internationale des Fabricants de Colle d’Os (siège social à Glaris, Suisse), qui a pour objet l’Étude et le Perfectionnement de l’Industrie Des OS (É. P. I. D. OS.), désirant provoquer le développement de l’emploi du produit principal fabriqué par ses adhérents, a organisé un concours à cet effet.
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- bibliographie.
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- Elle l’a doté de 20.000 fr suisses (soit environ 100.000 fr français) qui seront obligatoirement distribués aux auteurs des meilleurs mémoires faisant connaître de nouveaux emplois possibles de la colle d’os dans les industries où elle ne sert pas encore ou la possibilité d’en augmenter la consommation dans les industries où l’on s’en sert déjà, qu’il s’agisse de produits nouveaux ou déjà connus.
- Ces mémoires, qui doivent être rédigés en français, en anglais ou en allemand, devront être remis au secrétariat de l’ÉPIDOS, 58, rue de Châteaudun, Paris (9e) avant le 1er mars 1934. Trois mémoires au moins seront récompensés et aucun ne recevra moins de 2.000 fr suisses. Outre la dotation précitée, un supplément de 10.000 fr suisses servira soit à récompenser un mémoire signalant la possibilité d’une consommation nouvelle et importante, soit à subventionner des recherches pour la mise au point de cette application.
- Les auteurs des mémoires dans lesquels une invention nouvelle sera décrite sont invités, pour protéger cette invention, à déposer une demande de brevet. L’EPIDOS s’engage à ne pas divulguer les inventions décrites dans les mémoires non récompensés aussi longtemps qu’elle les détiendra.
- Des dispositions sont prévues pour l’exploitation industrielle des inventions soit par l’ÉPIDOS soit par ses adhérents, qui auront un droit de priorité pour l’achat des brevets aux inventeurs.
- Le jury du concours sera composé de cinq personnes appartenant à cinq pays différents qui seront désignées par le Conseil de l’ÉPIDOS et prises parmi ses membres; cinq autres personnes, prises dans les mêmes conditions, pourront être désignées comme jurés suppléants.
- Le jury réglera souverainement la procédure relative à ses réunions, convocations, méthodes de travail, etc... Il se réserve de faire procéder à la vérification des faits avancés dans les mémoires pour juger de leur valeur.
- La proclamation des résultats du concours aura lieu au plus tard le 30 juin 1934. Les mémoires non primés seront retournés aussitôt aux auteurs.
- Pour tous renseignements complémentaires et pour le règlement du concours, s’adresser au Secrétariat général du Concours Colle de l’ÉPIDOS, 58, rue de Châteaudun, Paris (9e).
- BIBLIOGRAPHIE
- Regards sur les transports, Conférence donnée à l’Université de Zurich, le 18 mars 1932, par M. Dautry, directeur général des Chemins de fer de l’État. Supplément au numéro de décembre 1932 de L'État.... notre réseau. Une brochure (26 x 17 cm) de 34 p. Index : 656
- En présence des déficits de l’exploitation des lignes de chemins de fer et de navigation, l’Association des Ingénieurs et Architectes suisses, dans un congrès tenu à Zurich en mars 1932, a demandé à trois directeurs de chemins de fer, dont M. Dautry, directeur général des Chemins de fer de l’État, de traiter cette question. La conférence de M. Dautry a été publiée en supplément au numéro de décembre 1932 de la revue L'Etat, notre réseau.
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- M. Dautry débute en rappelant que M. Leidbrand, directeur des Chemins de fer allemands de la Région de la Ruhr, vient d’indiquer les mesures prises contre la concurrence automobile, et que M. Schrafl, directeur général des Chemins de fer suisses, et son adjoint, M. Savary, ont donné le détail des mesures de sauvegarde prises en Suisse depuis plusieurs années. Il ajoute n’avoir rien de pareil à exposer, aucune réglementation du trafic routier n’ayant encore été promulguée en France.
- Les solutions techniques qu’il envisagera sont assez générales pour être indépendantes des réseaux et des pays. Il ne prétend d’ailleurs nullement faire la leçon aux gouvernements, car il estime que la politique seule doit définir les buts aux techniciens et choisir entre les moyens dont ceux-ci disposent. Encore faut-il que les buts politiques soient orientés vers l’avenir et que les moyens techniques ne soient pas périmés.
- La conférence de M. Dautry est clairement divisée en une série de chapitres, dont les titres sont donnés ci-après, avec une courte analyse.
- I. — Le problème des transports est à la base de tous les problèmes humains.
- — La multiplication trop rapide des moyens de production et des moyens de transport, depuis le début du xx® siècle, a rendu difficile le parallélisme de la production et de la consommation. Après une période de consommation exaspérée, qui a provoqué un développement fiévreux de ces moyens, le ralentissement des transactions a diminué fortement, et pour longtemps sinon pour toujours, le tonnage des produits à transporter.
- II. — Crise industrielle et crise des transports. — Ainsi que les autres productions, celle des moyens de transport doit être réglée sur les besoins de la consommation; il faut abandonner l’idée néfaste qu’il y a intérêt à en multiplier indéfiniment le nombre, et ne pas pousser au développement excessif des outillages de transport, routes, canaux, ports, voies ferrées, lignes d’avions. La notion de service doit d’ailleurs l’emporter sur celle de concurrence exagérée.
- III. — L'évolution du monde et les transports. — Malgré les nécessités des affaires et les sollicitations de l’action, du repos et du plaisir, les trains de voyageurs, les paquebots, les automobiles, les avions, ont, dans l’ensemble, un médiocre coefficient d'utilisation; la seule progression qu’on constate, c’est celle des exigences des usagers. Une clientèle, qui ne peut pas augmenter indéfiniment, qui est de jour en jour plus exigeante, se répartit entre un nombre croissant d’engins de transport.
- En ce qui concerne les marchandises, l’évolution économique réduit les longueurs du transport, chaque établissement se rapprochant des lieux de production de ses matières premières ou de ses débouchés, suivant les cas. En outre, l’évolution technique agit sur les masses à transporter. Le développement des distributions d’électricité entraîne une réduction évidente des transports ; bien d’autres causes agissent de même, notamment l’emploi de matériaux légers, tel que l’acier à grande résistance au lieu de fonte. De plus, certaines constructions, telles que celle des chemins de fer, qui exigent de très gros tonnages, sont nécessairement fort ralenties.
- IV. — Vue d'ensemble sur les transports et notamment sur les transports français.
- — Par comparaison à la situation d’avant guerre, la crise de la marine marchande se résume comme il suit : la capacité de transport de la flotte mondiale est accrue d’au moins 80 p. 100, en face d’un tonnage de marchandises diminué de 20 p. 100.
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- En France, la batellerie s’est beaucoup développée depuis 1912, tant par le nombre des bateaux que par l’emploi de la propulsion mécanique ; aussi transporte-t-elle de plus en plus des marchandises chères, telles que coton, sucre, viande frigorifiée. Actuellement, l’entretien des voies navigables en France coûte par an 80 millions, pour une recette en impôts de 25 millions. Et cependant bien des chalands sont en chômage.
- Il est peu utile d'insister sur le prodigieux développement du transport des personnes et des marchandises par automobiles, affranchies de plusieurs charges fort lourdes imposées aux chemins de fer.
- L’aviation marchande ne subsiste que par de fortes subventions.
- Le paragraphe relatif aux chemins de fer, où M. Dautry rend compte du brusque déficit qui s’est produit à partir de l’année 1930, et en analyse les causes, est du plus haut intérêt. Il rappelle notamment que les chemins de fer sont tenus de transporter tout ce qui leur est présenté et de faire face à toutes les pointes de trafic, telles que saisonnières, horaires dans les services de banlieue, et occasionnelles.
- La maladie des chemins de fer tient aune série de causes extérieures, aiguës et momentanées, qui s’ajoutent aux causes lentes et permanentes d’anémie dont sont frappés tous les modes de transport.
- V. — Aperçu historique sur la constitution du réseau français. — La période de 1842 à 1857 est celle de la construction des grandes artères, dont la longueur atteint 7.500 km en 1857. La collaboration des transports routiers était alors fort importante pour alimenter ces artères.
- De 1857 à 1883, le réseau se complète, et sa longueur passe à 26.300 km, donnant encore un trafic satisfaisant.
- Vient enfin l’exécution du programme dit de Freycinet, et la longueur des réseaux atteint, en 1913, 40.000 km, auxquels s’ajoutent environ 20.000 km de lignes départementales; les transports routiers sont réduits à des parcours insignifiants.
- Le prix de revient des transports ferroviaires augmenta tandis que diminuait la qualité de leur exploitation, peu faite pour un service de menus détails. Aussi les automobiles trouvèrent, à partir de 1921, un terrain préparé pour leur colossal développement.
- VI. — Des précisions : la situation actuelle du réseau de l’Etat. — Par sa structure, par la nature de son trafic, le réseau de l’État montre clairement les inconvénients dont les autres réseaux français souffrent à un moindre degré. Les grands services, tant pour les marchandises que pour les voyageurs, y sont fort irréguliers dans le cours d’une année. M. Dautry expose avec détail les sujétions de l’énorme mouvement de banlieue des gares Saint-Lazare et Montparnasse.
- Considérant le trafic du port de Rouen, on constate qu’en 1931 le tonnage des céréales évacué par voie de fer a été de 4.300 t, contre 52.000 t par voie d’eau. On a chargé sur Avagons 1.100 t de Arins contre 364.000 sur bateaux. Des proportions analogues se retrouvent pour d’autres marchandises.
- M. Dautry conclut ce chapitre comme il suit : « En définithe, si la crise écono-« mique mondiale actuelle est bien un élément de la crise des transports, elle n’est « qu’un élément second qui interfère avec l'élément premier, résultant, lui, de « l’excès de capacité des moyens de transport actuels, du \deillissement du chemin
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- « de fer, du désordre avec lequel se fait l’investissement de capitaux publics et privés « pour la création et l’emploi des moyens de transport. »
- VII. — Il faut prendre des mesures industrielles de bon sens. — Pour amener la courbe des recettes à rejoindre celle des dépenses, des mesures sérieuses sont nécessaires : les chemins de fer devront augmenter leurs vitesses commerciales, le confort offert aux voyageurs, la régularité des services, encore et toujours la sécurité, d’ailleurs déjà très grande, puisqu’on 1929 on n’a eu à déplorer aucun accident mortel parmi les voyageurs sur les chemins de fer français.
- En ce qui concerne le champ d’action des chemins de fer, M. Dautry a dressé le tableau qui suit :
- Voyageurs
- jamais :
- souvent :
- toujours : quelquefois :
- pour les petites distances (à l’exception des transports massifs de banlieue).
- pour les moyennes distances, avec une organisation spéciale à chaque cas.
- pour les grandes distances, pour les très grandes distances.
- ( presque jamais : pour les petites distances.
- Marchandises < • Pour *es moyennes distances, après étude et organisation dans
- J chaque cas.
- v toujours : pour les grandes et les très grandes distances.
- VIII. — Coup d'œil sur les mesures appliquées dans certains pays. — En Angleterre, une loi donne aux réseaux des pouvoirs très étendus pour exploiter eux-mêmes des véhicules automobiles et pour conclure des accords en vue d’une coordination des services.
- En Allemagne, l’établissement de services automobiles dépassant une certaine longueur exige l’octroi d’une concession.
- La Belgique réglemente les services d’autocars et d’autobus, en les subordonnant à l’intérêt général.
- Aux États-Unis, on a jugé désirable dans l’intérêt public d’encourager la collaboration, entre modes de transports existants, par diverses mesures d’ordre tarifaire et financier.
- Les mesures prises en Suisse ont été l’objet d’un long exposé.
- IX. — Quelques projets des réseaux français. — Sur le réseau du Nord, M. Javary propose un service de trains ne s’arrêtant qu’à des gares importantes, les localités intermédiaires étant desservies par automobiles, sur rails ou sur route. Ce mode d’exploitation s’appliquerait aux voyageurs et aux colis de détail, pris et livrés à domicile.
- Au réseau de l’État, M. Dautry prévoit la suppression totale d’un grand nombre de lignes courtes, à faible trafic, et leur remplacement par des services de camionnettes, de camions, et d’autobus. Au Havre et à Cherbourg, les paquebots débarquent, à des heures quelconques, des voyageurs parfois trop peu nombreux pour motiver un train spécial, mais qui demandent à partir pour Paris sans délai : l’auto sur rail convient parfaitement pour ce transport, qui s’applique également dans d’autres cas.
- X. — Il faut d’abord faire un effort technique. — Tout est perfectible dans les chemins de fer : les progrès effectués depuis dix ans en sont la preuve. Il faut déve-
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- lopper l’emploi du moteur Diesel, de l’automotrice, de l’autorail, du container, qui donne de telles facilités pour le transport des colis et peut transformer la vie du rail et de la route.
- XI. — Il faut aussi, et même surtout, faire des progrès commerciaux. — « Il ne « suffît pas de produire un article meilleur et moins cher que celui du voisin; il « faut savoir le vendre, et il faut savoir découvrir l’acheteur. »
- Après avoir énoncé ce principe, M. Dautry expose, avec exemples typiques, comment sont établis les tarifs des chemins de fer, et comment ils devraient être modifiés. Il estime qu’il conviendrait de les modeler sur le prix de revient des transports par camions. Il donne des exemples des résultats déjà obtenus dans ce sens.
- En ce qui concerne les voyageurs, il estime que les trains secondaires ne devraient comporter que deux classes.
- XII. — Il faut, dans chaque pays, tout de suite, et demain à travers les pays, organiser les transports. — La bonne répartition du trafic entre les divers modes de transport doit être entreprise sans délai; il faut aboutir aune solution complète, valable d’ailleurs au plus pour une vingtaine d’années. Il y a d’ailleurs un intérêt capital à ne pas engager de dépenses nouvelles lorsque de nouveaux modes de transport ne sont pas réellement nécessaires : tel est le cas des voies navigables, qui ne doivent pas être aménagées pour des services rapides.
- XIII. — Conclusion. — En conclusion, M. Dautry rappelle que, dans les pays riches, les chemins de fer sont trop nombreux. L’automobile résout mieux que la voie ferrée certains problèmes. Au contraire, dans les contrées non évoluées, les voies ferrées sont insuffisantes.
- Il faut à la fois restreindre le champ d’activité du chemin de fer et perfectionner ses moyens, pour l’employer aux transports qu’il est à même d’assurer le mieux et le plus économiquement. Il faut prohiber le camion automobile de 101 entre Rennes et Paris, et entre Marseille et Paris, tout comme il faut prohiber le train de marchandises de détail, c’est-à-dire le camion à vapeur de 5001, et le train de voyageurs, c’est-à-dire l’autobus de 300 t, entre deux villages voisins.
- Cette magistrale conférence se termine comme il suit : « Je souhaite ardemment « que les hommes du rail, les hommes de l’automobile, les hommes du navire, les « hommes de l’avion, ne parlent qu’un langage, celui de l’avenir; que les hommes « de gouvernement n’agissent que sous un seul signe, celui de l’économie, de l’éco-« nomie véritable, de l’économie économe, car, suivant la profonde pensée de Goethe, « l’économie est la plus nécessaire expression de l’ordre. »
- Le présent compte rendu ne donne qu’une analyse incomplète de ce mémoire, vaste recueil d’idées originales, exposées sommairement mais avec une rare puissance. Ce mémoire est en tout conforme aux directives énoncées par son auteur : convenir à l’usager qui veut être servi économiquement et bien, au contribuable qui souhaite l’allégement de ses charges, au porteur de titres d’entreprises de transports qui redoute que ses coupons ne lui soient pas payés. Aussi ne saurait-on trop en recommander la lecture.
- ED. SAUVAGE.
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- OUVRAGES REÇUS EN MARS 1933.
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- L’écoulement en conduites des liquides, gaz et vapeurs. Les lois de l’écoulement, la mesure des débits, par Albert Schlag, professeur à l’Université de Liège. Bibliothèque scientifique belge (Section technique). Un vol. (19 x 12 cm) de 182 p., 51 fig. Dunod, édit., 92 rue Bonaparte, Paris (6e) 1933. Prix br. 18 fr.
- Index : 532
- L’ingénieur se trouve plus que jamais en présence des problèmes que soulève l’écoulement des fluides dans les conduites, aussi bien pour la mesure du rendement des moteurs, compresseurs, etc., que pour le transport à distance des fluides, qui prend de jour en jour plus d’importance. Pour résoudre ces problèmes, il est nécessaire de posséder une connaissance approfondie des lois de l’écoulement en conduites, des liquides, gaz et vapeurs. L’auteur s’est proposé, avant tout, de faire saisir le mécanisme de l’écoulement des liquides et des gaz, d’en exposer les lois essentielles et l’application qu’on peut en faire aux problèmes de la pratique. Sans se lancer dans de longs développements mathématiques, M. Schlag insiste surtout sur la façon dont les problèmes se posent et se mettent en équations, en soulignant les hypothèses adoptées et faisant la part du raisonnement et de l’expérience, avant de donner la formule. Cet ouvrage, conçu en vue de l’application pratique tout en s’appuyant sur des notions scientifiques bien établies, est certainement appelé à rendre de grands services. ch. de fréminville.
- OUVRAGES REÇUS A LA RIBLIOTHÈQUE EN MARS 1933.
- Hadfield (Sir Robert A.). — Faraday and his metallurgical researches. With spécial reference to their bearing on the development of alloy steels. In-8 (26 x 16) de xx -f 329 p., 12 flg., LVIII pl. London, Chapman et. Hall Ltd., 1931. (Don de l’auteur, membre correspondant.) 18200
- Association des Chimistes de Sucrerie, de Distillerie et Industries agricoles de France et des Colonies. — Cinquantenaire, 1882-1932. In-8 (24 x 18) de xxn^-f 94 p., XXI pl. Paris, 156, boul. Magenta (10e). (Don de l’Association des Chimistes de Sucrerie, membre de la Société.) 18201
- Guide des huiles lourdes, 1933. In-8 (22 x 14) de xv + 292 p., fig. Paris, Le Guide du Pétrole, 7, rue de Miromesnil (8e). 18202
- Union syndicale des Maîtres Imprimeurs. — Les livres chez eux. Bibliothèques et cabinets d’amateurs. In-4 (31 x 24) de 129 p., CXXX pl. Paris, 117, boul. Saint-Germain (6e); 7, rue Suger (6e), 1930. 18203
- Hémardinquer (P.). — Le cinématographe sonore. 2e édition. (Encyclopédie industrielle et commerciale). In-8 (25 x 16) de 236 p., 137 fig. Paris, Librairie de l’Enseignement technique, L. Eyrolles, 1932. 18204
- Androuin (J.). — La formation des apprentis mécaniciens pour l’industrie moderne. (Encyclopédie industrielle et commerciale). In-8 (23 x 14) de 152 p., 62 fig. Paris, Librairie de l’Enseignement technique, L. Eyrolles, 1933. 18205
- Porphyre (J.-A.). — Manuel de l’industrie du papier. (Bibliothèque professionnelle). In-18 (16 x 10) de 252 p., 67 fig., V pl. Paris, J.-B. Baillière et fils, 1933. 18206
- Le comte Chaptal. Les fêtes de son centenaire. (Les gloires lozériennes.) In-12 (19 x 14) de viii + 119 p., VIII pl., Mende, Henri Chaptal, éditeur. (Don de M. Pigeire, membre de la Société.) 18207
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- OUVRAGES REÇUS. — AVRIL 1933.
- Toussaint (René). — La mesure des couleurs et ses applications industrielles.
- (ex Mémoires de la Société des Ingénieurs civils de France, Bulletin de mai-juin 1932.) In-8 (24 x 16) de 28 p., 7 fig. Paris, 19, rue Blanche (9e), 1932. Pièce 13765
- Follain (R.). — Le froid en brasserie, (ex Revue générale du Froid, nos 7 et 8, 1932). In-4 (31 x 24) de 31 p., 32 fig. (Don de M. E. Sauvage, membre du Conseil d’Administration.)
- Pièce 13766
- Vincent (Maxime). — Nouvelles réflexions sur l’utilisation future des énergies naturelles. In-12 (19 x 12) de 48 p., 22 fig. Paris, Librairie Fischbacher, 1933. (Don de l’auteur.)
- Pièce 13767
- La soudo-brasure oxy-acétylénique des métaux et alliages. In-8 (21 x 13) de 126 p., 117 fig. Paris, Office central de l’Acétylène et de la Soudure autogène, 32, boul. de la Chapelle (18e). Pièce 13768
- De Valbreusf. (Robert). — Quelques remarques sur l'éclairage, (ex Bulletin de la Société française des Électriciens, n° 27, 1933). In-8 (27 x 18) de 20 p., 4 fig. Bar-le-Duc, Comte-Jacquet et Cie. Pièce 13769
- Ministère de l’Agriculture. — Caisse nationale de Crédit agricole. — Liste par département des Sociétés coopératives agricoles ainsi que des Associations syndicales ayant bénéficié d’avances de la Caisse nationale de Crédit agricole, (ex Journal officiel, 16 décembre 1932). In-4 (31 x 24) de 30 p. Paris 31, quai Voltaire (7e), 1932. Pièce 13452 Ministère de l’Agriculture. — Caisse nationale de Crédit agricole. — Rapport sur le warrantage des produits agricoles pendant les années 1929 et 1930. In-4 (30 x 23) de la p. Pièce 13681
- Ministère de l’Agriculture. — Caisse nationale de Crédit agricole. — Rapport sur les opérations faites par la Caisse nationale de Crédit agricole pendant l’année 1931, en application de la loi du 2 août 1923 facilitant par des avances de l’État la distribution de l’énergie électrique dans les campagnes, (ex Journal officiel, 16 décembre 1932). In-4 (31 x 24) de 5 p., Paris, 1932. Pièce 13696
- Ministère de l’Agriculture. — Caisse nationale de Crédit agricole. — Rapport sur les opérations faites par les Caisses régionales de Crédit agricole mutuel pendant l’année 1931 et sur l’application de la loi du o août 1920. (ex Journal officiel, 16 décembre 1932). Jn-4 (31 x 24) de 46 p. Paris, 1932. Pièce 13697
- Société des Ingénieurs de l’Automobile. —Annuaire 1932. Paris, 8, rue Jean Goujon (8e).
- Pér. 92
- Ministère de l’Agriculture. — Direction des Eaux et du Génie rural. — Annales. Fascicule 61 : Documents législatifs et administratifs, jurisprudence, études juridiques ; Rapports et notes techniques (France et étranger). Paris, lmp. nationale, 1931. Pér. 9
- Société des Sciences naturelles du Maroc. — Mémoires, n° XXXIII (15 décembre 1932) : Recherches botaniques et phytogéographiques dans le Grand Atlas oriental (Massifs de Ghat et du Mgoun), par L. Emberger, 49 p., II pl. Rabat, Institut scientifique chérifien; Paris, Émile Larose, 11, rue Victor-Cousin (op) ; Londres, Janson and Sons, 44, Great Russell Street, W. C. 1. Pér. 469
- Royaume de Belgique. — Ministère de l’Industrie, du Travail et de la Prévoyance sociale. — Inspection du Travail et des Établissements dangereux, insalubres ou incommodes. — Rapports annuels de l’Inspection du Travail. 32e année. 1931. Bruxelles, J. Lebègue et Cie ; Desclée et de Brouwer, 1932. Pér. 277
- Iron AND Steel Instituts. — Journal, 1932, n° II, vol. CXXVI. London, 28, Victoria Street. S. W. I. Pér. 157
- L’agent général, gérant.
- E. LEMAIRE.
- BRODARD ET TAUPIN, Coulommiers-Paris.
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- 132* ANNEE.
- MAI 1933.
- BULLETIN
- DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- AUGUSTE RATEAU (1863-1930),
- par M. En. Sauvage, membre du Conseil de la Société d’Encouragement.
- M. Émile Jouguet, Inspecteur général des Mines, membre de l'Institut, a publié dans les Annales des Mines de septembre 1932 une remarquable notice sur la vie et les travaux du célèbre ingénieur Rateau. Une analyse de cette notice sera d’un grand intérêt pour les membres de notre Société, où ce regretté collègue a été membre du Comité des Arts mécaniques depuis l’année 1901.
- M. Jouguet débute comme il suit :
- « La mort d’Auguste Rateau survenue le 13 janvier 1930 a produit, dans le monde des ingénieurs, une impression profonde qui n’est pas encore effacée. Rateau occupait une place éminente parmi les techniciens du monde entier, et l’on a pu dire que sa disparition avait véritablement découronné la mécanique française [Séance solennelle en l’honneur d’A. Rateau, Mémoires de la Société des Ingénieurs civils, année 1930, p. 911]. Par ses éludes théoriques comme par ses créations de machines nouvelles, il a associé son nom à ceux des plus brillants inventeurs qu’ait produits notre pays, les Poncelet, les Fourneyron, les Seguin, les Dupuy de Lomé, les Renard, les Maurice Leblanc. »
- Auguste Rateau est né à Royan le 13 octobre 1863. Après de brillantes études, il fut reçu à l’École polytechnique, d’où il sortit premier en 1883. Pendant son séjour à l’École, il avait produit, sur une question de mécanique, un travail qui fut publié par le Bulletin de VAssociation française pour VAvancement des Sciences. Élève-ingénieur des mines, il rédigea divers mémoires, dont plusieurs furent publiés dans les Annales des Mines, et notamment une étude sur les appareils Piccard pour la vaporisation des dissolutions salines avec emp oi du travail pour produire de la chaleur [Annales des Mines, 8e série, t. XIV, p. 377). Le sujet de ce travail lui avait été indiqué par son professeur Haton de la Goupillière. Cette étude, de 1888, est d’autant plus intéressante que la question a été récemment reprise sous le nom de chauffage thermodynamique.
- A sa sortie de l’École des Mines, Rateau fut envoyé comme ingénieur de l’État à Rodez, et, peu après, nommé professeur à l’École des Mines de Saint-Étienne. Les dix années qu’il y passa, dans un milieu vivifié par l’amour de la science et le souvenir d’illustres devanciers, furent particulièrement fécondes. Il y établit sa théorie des ventilateurs et, en général, des turbo-machines, puis fit construire, dans les Ate-132e Année. — Mai 1933. 19
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- l’œuvre d’auguste RATEAU. — MAI 1933.
- liers Biétrix, des appareils qui eurent un grand succès. Des expériences sur l’écoulement des gaz et des vapeurs vinrent appuyer ses théories.
- D’autre part, son enseignement, où il associait dans une juste mesure l’analyse mathématique et les théories de la mécanique rationnelle à l’exposé des applications pratiques, a laissé à ses élèves une impression profonde.
- Outre les ventilateurs, Rateau étudia les turbines hydrauliques, et, successeur à Saint-Étienne des créateurs de ces machines, Burdin et Fourneyron, il en amena la théorie à un grand degré de simplicité et de précision.
- En 1897 il quitte l’Administration des Mines et, avec elle, l’École de Saint-Étienne, pour se consacrer entièrement à la carrière d’inventeur. Il fonde à Paris un bureau d’études, et fait construire, par divers industriels et notamment par la maison Sautter-Harlé, ses turbines à vapeur multicellulaires, ses pompes centrifuges et ses ventilateurs à haute pression. En 1903, il crée une société pour l’exploitation des brevets Rateau, société qui, sous la direction de M. Chaleil, a pris un rapide développement et a nécessité de vastes ateliers.
- En 1902, l’École des Mines de Paris lui confie le cours d’électricité industr elle, comme successeur de Potier, cours qu’il professa pendant cinq années, mais souvent suppléé par Maurice Leblanc.
- Pendant la guerre de 1914-1918, il dirigea diverses fabrications et fit des études intéressant la défense nationale, notamment celles du turbo-compresseur d’avions et de freins de bouche des canons.
- Le 16 décembre 1918, Rateau fut élu par l’Académie des Sciences dans la nouvelle division des applications de la science à l’industrie.
- Sa compétence le faisait rechercher pour faire partie et pour présider de nombreuses commissions, tant officielles que privées; c’est ainsi qu’il fut membre de la Commission du Grisou, qu’il présida la Section de Mécanique de la Commission permanente de Standardisation, qui fonctionna de 1917 à 1924, puis l’Association française de Normalisation, qui remplaça la précédente commission. Il dirigea de la manière la plus active et la plus heureuse les travaux de cette association, réagissant contre la tendance, dans l’établissement des normes, d’introduire des dimensions irrégulières et nullement justifiées, uniquement parce que certains constructeurs les exécutent. Rateau estimait au contraire, avec une grande clairvoyance, que le succès d’une normalisation n’est assuré que si elle est établie suivant des règles précises et logiques, ce qui d’ailleurs n’empêche pas de les adapter aux besoins de la pratique.
- Pour graduer les dimensions, il était partisan de la série Renard, progression
- géométrique dont la raison est y lü, toutes les fois que des motifs sérieux ne s’opposent pas à son adoption.
- On peut citer encore, comme ayant eu le privilège de l’expérience de Rateau, la Société française de Navigation aérienne, la Société hydrotechnique, où il provoqua des expériences sur les coups de bélier dans les grandes conduites d’eau, l’Association technique maritime et aéronautique, les Comités de Mécanique de notre société et de la Société des Ingénieurs civils.
- En même temps qu’il se dépensait sans compter pour le bien public, il dirigeait avec succès les travaux de sa société, trouvant dans ses ateliers une réelle distraction, jusqu’au moment où la mort vint prématurément l’enlever.
- Après son exposé de la vie de Rateau, M. Jouguet étudie en grand détail les tra-
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- l’œuvre d’auguste RATEAU (1863-1930).
- vaux scientifiques et techniques de l’illustre ingénieur. Il commence par la citation de quelques phrases où Rateau lui-même, dans une notice rédigée en 1917 à l’occasion de sa candidature à l’Académie des Sciences, expose sa méthode de travail comme il suit :
- « Les types de machines que j’ai préconisés de 1890 à 1901 sont maintenant à peu pies universellement adoptés; cela tient à ce qu’ils ont été conçus d’après une méthode scientifique et non pas sans guide théorique en s’abandonnant à l’inspiration non vérifiée par l’expérience.
- « La mécanique étant essentiellement expérimentale comme la physique, dont elle n’est qu’une des branches, je me suis toujours attaché à vérifier par des expériences appropriées les théories établies et les formules qui en résultent. Mes travaux, dirigés surtout en vue du perfectionnement des machines qui utilisent les fluides mécaniques (eau, air, vapeur) et plus spécialement la classe générale des turbo-machines, ont pris ainsi le double caractère de travaux théoriques et expérimentaux. »
- M. Jouguet fait remarquer que Rateau s’est très peu servi des équations fondamentales de l’hydrodynamique, se contentant de principes généraux correspondant à des hypothèses simples, et se rapprochant des théories de l’hydraulique. Avant d’exposer en détail ses travaux, il résume comme il suit ses principales réalisations :
- 1° La création de la turbine multicellulaire à action ;
- 2° L’évolution des pompes centrifuges et des ventilateurs vers, les hautes pressions et notamment la création du turbo-compresseur ;
- 3° De belles applications de la turbine à vapeur et du turbo-compresseur, dont les plus brillantes sont l’utilisation des vapeurs d’échappement, et l'emploi des gaz de la décharge d’un moteur à combustion interne en vue de sa suralimentation.
- Il ajoute qu’aux points de vue scientifique, théorique ou expérimental, les deux résultats suivants émergent de son œuvre :
- 1° Une importante théorie générale des turbo-machines avec belles applications à diverses catégories de turbines, notamment aux turbines hydrauliques;
- 2° Des expériences de premier ordre sur l’écoulement des. fluides et sur la mesure de leur débit.
- Le magistral exposé des travaux de Rateau, par M. Jouguet, met en lumière l’extrême importance et l’harmonie de cette belle œuvre. Il serait difficile de donner une analyse complète de cet exposé, et l’on ne trouvera ci-après que quelques indications sommaires, avec les titres des divisions établies par son auteur.
- Théorie générale des turbo-machines et études sur les turbines hydrauliques. — Les coefficients caractéristiques de Rateau, rendement, ouverture réduite, vitesse relative, coefficient de débit, coefficient de puissance, rendent les plus grands services en permettant une analyse claire du fonctionnement de ces machines.
- La régularisation des turbines hydrauliques par l’intermédiaire d’un servomoteur, l’étude des coups de bélier dans les conduites, sont également traitées dans cette section.
- Turbines à vapeur. — Ces turbines eurent le plus grand succès, tant sur mer que sur terre. A leur usage normal s’ajoute l’ingénieux emploi des vapeurs d’échappement, dont le débit est régularisé par l’accumulateur régénérateur.
- Ventilateurs. Turbo-compresseurs. Pompes centrifuges. — Dans ces appareils, Rateau a bien distingué le cas où on demande de grands débits sans forte pression
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- et avec un faible encombrement, et celui où au contraire de fortes pressions sont nécessaires. Il a des solutions efficaces pour ces différents problèmes. Parmi les études particulièrement intéressantes faites pour cette classe d’appareils est celle d’un turbo-compresseur réalisant un vide très poussé pour les appareils Claude et Boucherot utilisant l’énergie thermique des mers.
- Etudes sur les procédés de mesure des débits fluides. — Sous ce titre est décrit un manomètre multiplicateur mesurant de très faibles différences de pression, et il est rendu compte d’une série fort importante d’expériences sur le tube de Pitot et les moulinets.
- Trompes. Appareils à jet. — Le prix Fourneyron, mentionné plus haut, a été décerné à Ratau en 1899 pour sa théorie des trompes.
- Travaux sur les hélices propulsives et sur les surfaces portantes. — D’importantes éludes sur ses sujets se rattachent à son œuvre.
- Suralimentation des moteurs à combustion interne. — M. Jouguet caractérise comme il suit le travail sur cette importante question :
- « La dernière grande invention de Rateau concerne l'utilisation de l’échappement des moteurs à combustion interne pour réaliser leur suralimentation. Ce n’est [tas la moins brillante. »
- Grâce à cette invention, les moteurs d’avion peuvent continuer à développer leur puissance aux plus grandes altitudes. Les gaz d’échappement actionnent une turbine motrice. Il est curieux de remarquer que Rateau n’estimait, pas que la turbine à gaz pût se développer, sauf dans des cas très particuliers comme celui-ci.
- L’intérêt de la suralimentation ne se limite pas aux moteurs d’avion. Elle augmente notablement la puissance des moteurs travaillant sous la pression atmosphérique normale, ainsi que l’a prouvé son application à des moteurs Diesel marins.
- Divers. — Sous ce litre, M. Jouguet cite des études sur la résistance des matériaux, sur les rondelles Belleville, la construction d’un dynamomètre de rotation à indicat ions optiques, celle d'un frein hydraulique applicable à des moteurs de grande-puissance. Des expériences avec ce frein ont donné à son auteur une mesure précise de l’équivalence du travail et de la chaleur.
- Le beau travail de M. Jouguet se termine par le compte rendu de la séance solennelle organisée par la Société des Ingénieurs civils de France, le 27 novembre 1930.
- Ce travail se trouve à notre bibliothèque; la présente analyse, forcément très restreinte, engagera sans doute beaucoup de nos lecteurs à s’y reporter. On y trouvera notamment l’indication des nombreuses publications de Rateau.
- Le Bulletin de notre Société contient d’ailleurs plusieurs rapports et mémoires de Rateau, la plupart d’un grand intérêt, savoir :
- Théorie des hélices propulsives, 1900, 3, p. 497 ;
- Analyse d’un mémoire de M. Constantinescu, 1902, 6, p. 792;
- Ventilateurs et pompes centrifuges à haute pression, 1901, 12, p. 728 ;
- Rapport sur la suspension Patoureau, 1907, 2, p. 127 ;
- Turbines à vapeur, 1904, 4, p.. 300;
- Pompe centrifuge, 1909, 12, p. 772 (simple mention);
- Accumulateurs de vapeur, 1910, 12, p. 629 (simple mention);
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- Rapport sur les valves Samain, 1918, 6, p. 349;
- Courte note sur le développement à donner à l'enseignement de la mécanique. 1918, 9-10, p. 212 et 221 ;
- Allocution prononcée à Birmingham, le 17 septembre 1919, à l’occasion du centenaire de Watt, 1919, 11-12, p. 310;
- Discours de M. de Fréminville, en séance publique, remettant à M. Rateau le diplôme de membre d’honneur de l’American Society of Mechanical Engineers, et réponse de M. Rateau, 1920, 3-6, p. 387.
- Dans cette réponse, Rateau expose ses idées sur les méthodes à suivi e dans l’enseignement technique et les réformes qu'il y voudrait voir introduire. On y lit la déclaration suivante :
- « J’ai été professeur de science pure et de science appliquée. Entré jeune dans l’enseignement, j’ai suivi les errements habituels. A celte heure, ayant vu bien des choses à l’étranger, visité plusieurs écoles d’enseignement technique et leurs Jabora-toires, en Amérique, en Angleterre, en Allemagne, et beaucoup réfléchi à leur sujet, je puis dire que, si je reprenais l’enseignement, je le présenterais tout autrement, avec la conviction que les élèves en auraient plus de bénéfice. »
- NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
- Charles Ferrand, Ingénieur du Génie maritime.
- M. R. Lelong, Ingénieur général de la Marine, a donné, dans le bulletin de la Société amicale de Secours des Anciens Élèves de l’École polytechnique (n° 22, du 15 février 1933), une notice sur un membre éminent de notre société, l’Ingénieur du Génie maritime Charles Ferrand, décédé en juin 1931. Nous croyons devoir signaler à nos lecteurs comment il apprécie un travail de cet ingénieur, publié par notre Société :
- « Dans la partie technique de son œuvre, que nous ne pouvons décrire en détail, nous citerons la magistrale étude, publiée en août 1896 dans le Bulletin de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, qui est intitulée « Le Forban » et les progrès réalisés depuis dix ans dans la construction des torpilleurs, et dont la lecture présente encore aujourd’hui le plus vif intérêt. »
- M. L.-F. Girardet, vice-président de l’Association technique de Fonderie de Paris, professeur agrégéde l’enseignement supérieur, fondeur à Saint-Dié (Vosges), et M. Tsou-Ren-Kou, ingénieur-chimiste, ont présenté au Congrès mondial de Fonderie, tenu à Paris en septembre 1932, une importante Contribution à l’étude du processus de destruction de la fonte grise par les acides. Ce travail est publié dans le Bulletin de la Société industrielle de l'Est, n° 207 (octobre-novembre-décembre 1932). Il est accompagné de 166 microphotographies,
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- BULL. DE LA SOC. d'eNCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — MAI 1933 (p. 278).
- L’ŒUVRE SOCIALE DES GROUPEMENTS D’INDUSTRIELS '
- par M. Étienne Ville Y, directeur du Groupe des Industries métallurgiques, mécaniques et connexes de la Région parisienne.
- INTRODUCTION.
- L’éminent publiciste Lucien Romier écrivait récemment, dans la préface de l’intéressant ouvrage de M. Maurel sur L'ingénieur social dans l'industrie : « Une « des nouveautés les plus fécondes du progrès social, depuis trente ans, a été la « découverte que l’aptitude de l’homme au travail ne dépend pas seulement de ses « vertus ou de ses besoins immédiats, mais de son état physique, de son humeur « générale ou occasionnelle, du cadre collectif et familial dans lequel il vit, enfin, « d’une certaine correspondance entre son tempérament et la forme d’activité où il « s’emploie ». Et, en conclusion, M. Romier formule cette constatation, qui donne à ces considérations leur valeur pratique : « Toutes les forces révolutionnaires « qui subsistent aujourd’hui, à commencer par le communisme, ont leurs racines « profondes dans l’expérience atroce du salariat de l’ère individualiste. »
- On peut traduire plus précisément encore ces observations en disant que les préoccupations sociales, donnant naissance à un ensemble d’efforts d’amélioration des conditions de travail et d’existence du personnel exécutant, tendent, aujourd’hui, à s’intégrer dans le problème même de la production.
- Ces préoccupations sont nées de sentiments altruistes, d’ordre philosophique et religieux. Le spectacle de l’extrême misère imposée aux ouvriers par le développement des techniques industrielles, a suscité une réaction philanthropique tendant à remédier à la dureté de cette situation. Ce facteur continue, d’ailleurs, de jouer un rôle important dans le progrès social et il faut souligner et saluer respectueusement les manifestations du souci, quelle qu’en soit l’origine, d’apporter un soulagement et un mieux-être à ceux qui en ont besoin parce qu’ils sont hommes et que tous les hommes doivent s’entr’aider.
- Mais l’étude systématique des conditions du rendement a permis de dégager peu à peu cette constatation qu’un autre facteur s’ajoute à celui que nous venons d’évoquer : l'intérêt est, sur le terrain dont nous nous occupons, en plein accord avec ce que certains considèrent comme un devoir : le souci d’une production mieux organisée a obligé à faire passer le problème social du domaine des considérations secondaires et accessoires, dont on ne s’occupe que si et dans la mesure où on en a le loisir, dans le domaine des considérations essentielles, dont un chef d’industrie ne peut se désintéresser sous aucun prétexte. Le problème social n’appartient plus à la seule philanthropie : il appartient au problème général de l’organisation du travail, exactement au même titre, exactement avec la même importance que le problème technique, le problème administratif, le problème commercial et le problème financier.
- Comme il sied à notre époque d’analyse, cet aspect de la question a donné lieu à des recherches et à des consignations de résultats scientifiquement poursuivies ;
- (I) Communication faite en séance publique, le li mars 1933.
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- une littérature fort abondante, — et qu’on ne saurait, d’ailleurs, trop recommander à 1 attention des chefs d’industrie et des services de direction des établissements, — énumère les résultats d’expériences précises sur les variations de rendement du facteur humain, suivant les conditions matérielles et psychologiques dans lesquelles ce facteur évolue.
- Je ne puis pas entrer, sur ce point, dans un exposé détaillé qui m’entraînerait trop loin. Qu’il me suffise de faire appel à un effort élémentaire d’auto-analyse. Lorsque vous avez, dans vos affaires, la préoccupation du lendemain, la préoccupation d’une échéance difficile, de commandes ou d’exécutions de travaux qui ne marchent pas à votre gré, vous ne travaillez plus de la même façon. De même, lorsque vous avez une préoccupation personnelle, lorsque, par exemple, quelqu’un des vôtres est malade, vous arrivez à votre bureau dans un état d’esprit qui influe sur le rendement de votre travail. Eh bien, il en est exactement de même pour l’ouvrier. S’il arrive au travail avec des préoccupations, avec le souci du lendemain, avec ce sentiment si particulièrement pénible que, chez lui, sa femme, ses enfants manquent de quelque chose, avec ce sentiment qu’il parvient difficilement à obtenir le minimum de bien-être normal, s’il arrive sortant d’une ambiance mauvaise parce que son habitation est défectueuse... son rendement au travail en sera affecté.
- Nous sommes donc en droit de considérer comme admis que l’effort social vis-à-vis des travailleurs, jadis (et aujourd’hui encore, dans une large mesure) entretenu par des occupations d’ordre philanthropique, s'impose de nos jours par des considérations d’ordre utilitaire. Dès lors, se pose le problème de la meilleure organisation de cet effort : une telle étude est bien à sa place parmi celle de tant d’autres problèmes techniques auxquels se consacre votre éminente Société.
- J’examinerai successivement : 1° A quel mécanisme sont amenés à recourir les chefs d’industrie en vue de l’obtention des progrès sociaux ; — 2° A quelles réalisations ce mécanisme a abouti ; — 3° Quelles conclusions doivent être tirées de ces constatations, quant à la technique du progrès social.
- I. — A QUEL MÉCANISME SONT AMENÉS A RECOURIR LES CHEFS D’iNDUSTRIE EN VUE DE L’OBTENTION DES PROGRÈS SOCIAUX.
- Les premières interventions patronales tendant à l’amélioration de la situation ouvrière ont consisté dans une série de créations de bienfaisance assumées par d’importants patrons ou d’importantes sociétés comme le Creusot et les sociétés minières. Ces initiatives fournirent à Le Play et à l’École de l’Économie sociale l’aliment d’une construction doctrinale basée sur le devoir social du patron. Peu à peu, ces réalisations furent développées et systématisées. A la fin du siècle dernier, elles constituaient un ensemble très appréciable, dont l’inventaire amenait M. Charles Gide à conclure, dans ses Institutions de progrès social, qu’ « il faut . « rendre cette justice à l’initiative patronale, que c’est elle qui, dans bien des cas, a « pris le devant et donné l’exemple aux autres facteurs » ; l’éminent auteur ajoutait, d’ailleurs, au lendemain de la guerre, que l'influence patronale lui semblait devoir occuper, longtemps encore, une place prépondérante parmi les facteurs de l’évolution sociale.
- Un phénomène récent prouve, d'ailleurs, la valeur de ces observations : c est la généralisation de la méthode qui a consisté à confier, dans les usines, les prcn
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- blêmes relatifs au mieux-être du personnel, à des personnes exclusivement adonnées à cette tâche, ou à des services spécialisés.
- Mais, si intéressante et si importante que soit l’évolution qui a ainsi conduit le patron à juxtaposer aux soucis d’ordre technique et d’ordre commercial des entreprises, un souci d’ordre social, — à intégrer, comme je l’ai dit, la préoccupation du mieux-être du personnel exécutant dans le problème général de la conduite de son affaire, — le mécanisme ainsi réalisé apparaît insuffisant. Ces dernières années ont vu se préciser et se développer un mouvement dont on peut attendre une progression notable des réalisations sociales : savoir, la substitution de l'action collective à l'initiative individuelle.
- Je viens de dire que cette dernière a joué un rôle considérable; il est hors de doute qu’elle continuera d’être à la source d’une foule de réalisations sociales. Fille n’est cependant pas suffisante à elle seule, et cela pour les raisons suivantes :
- Tout d’abord, l’industrie française est assez morcelée : elle comprend un nombre considérable d’établissements de moyenne et de petite importance. Quelque marqué que soit et que doive se révéler le mouvement de concentration industrielle, il est à prévoir qu’un notable morcellement des fabrications persiste longtemps chez nous : d’abord, parce qu’il est conforme au génie de notre race, et, ensuite, parce que la nature d’un certain nombre de fabrications l’exige. Or, les initiatives d’un petit établissement sont, évidemment, très limitées : des résultats substantiels ne peuvent être obtenus que par la réunion de ces moyens restreints : c’est une nouvelle application de l’éternelle loi que l’union fait la force. Cet intérêt joue aussi, d’ailleurs, pour les établissements importants, vis-à-vis desquels le groupement remplit, d’autre part, un rôle considérable de documentation.
- En second lieu, l’organisation moderne de la production rend chaque jour plus marqué le rôle de la concurrence. Or, si les créations sociales constituent un domaine différent des préoccupations directement rattachées à l’œuvre de production, elles ne sont cependant pas sans lien avec celles-ci; elles apparaissent, malgré tout, comme une dépense de main-d'œuvre. Dès lors, il devient intéressant, pour les établissements, que les charges correspondantes soient réparties sur la collectivité des maisons d’une corporation ou d’une région données, et non sur certaines d’entre elles : ainsi se trouve évitée, au moins sur le marché intérieur, une rupture d’équilibre dans le prix de revient. A ce nouveau point de vue, on est amené à confier les réalisations de progrès social aux collectivités patronales, définies, soit professionnellement, soit géographiquement.
- Enfin, il y a, au moins dans certaines agglomérations, à tenir compte d’une évolution de l’esprit ouvrier qui tend à se défier de l’intervention personnelle de son patron dans l’organisation de sa vie privée. Cette intervention lui apparaît comme une ingérence qu’il supporte mal dans un domaine où les susceptibilités sont vite éveillées : il arrive même qu’elle soit interprétée comme un calcul intéressé. La substitution d’une collectivité à un auteur individualisé fait tomber ces préventions. Et c’est une nouvelle raison de considérer que l’action collective des patrons peut embrasser un monde énorme de réalisations.
- Ce point de vue a été très vite aperçu. Dès les premières manifestations du patronage patronal, les patrons de la région de Mulhouse ont assumé des réalisations collectives, qui ont rencontré un très notable succès.
- Si l’on considère que, sur le plan économique comme sur le plan social, la
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- formule de 1 action collective s’avère également comme mieux adaptée à une organisation dans laquelle la concurrence individuelle fait progressivement place à la concurrence des groupes, on aperçoit que cette formule tend à s’imposer comme correspondant au stade actuel de l’évolution économique et sociale. Il ne semble pas exagéré de dire que le groupement, l’association sous ses formes diverses, constitue et constituera de plus en plus l’organe des indispensables réalisations sociales. Que ceux qui sont convaincus de la prééminence de l’action( purement individuelle ne s’effrayent pas, d’ailleurs, d’une telle constatation : il y a tant de choses à faire, dans le domaine que nous évoquons, qu’il v a place pour toutes les bonnes volontés et tous les efforts. D’autre part, le mécanisme même de l’action collective laisse une large place à l’action individuelle, en ce sens que lorsque le groupement intervient, soit en définissant une politique sociale, soit en se chargeant de réalisations déterminées, c’est cependant au patron qu’il appartient de donner effet, vis-à-vis de son personnel, aux solutions ainsi arrêtées : il est placé au stade précis des interventions auquel celles-ci sont appliquées aux intéressés vis-à-vis desquels il garde le bénéfice du contact direct.
- Les progrès de l’action collective en matière sociale ont amené une caractéristique de l’organisation des groupements qu’il y a lieu de souligner : savoir une certaine multiplication des organismes, basée sur le souci de la spécialisation des travaux : les problèmes seront classés par catégories qui donneront naissance à des rouages distincts, adaptés à chacune d’elles; telles réalisations, comme l’application des allocations familiales ou l’organisation administrative des assurances sociales provoqueront la création de groupements propres... Les chefs d’établissements professent généralement une vive aversion pour cet état de choses : ils lui reprochent d’aboutir à une situation compliquée, dans laquelle ils finissent par ne plus s’y reconnaître; ils recueillent l’impression de la dispersion des efforts, des doubles emplois, en un mot d’une organisation défectueuse. Je ne nierai certes pas, —je professe au contraire — que l’organisation professionnelle des employeurs, considérée dans son ensemble, pourrait être simplifiée et plus rationnellement organisée. Mais cela est une question d’application, d'exécution, qui ne détruit pas le principe de l’utilité, de la nécessité même de l’observation du grand principe de la division du travail dans l’organisation professionnelle. L’état d’esprit de beaucoup d’employeurs s’explique par une référence plus ou moins consciente à l’époque à laquelle l’industriel pouvait s’en remettre à « sa » chambre syndicale du soin de l’étude et de la solution de l'ensemble des questions appartenant à l’action collective. Or, il faut bien comprendre que ce temps n’est plus. De même que l’évolution moderne a obligé les établissements à créer des services distincts, de même elle a conduit à répartir les divers objets de l’activité collective entre des organismes différenciés. Et il faut bien noter que, contrairement aux apparences, cette situation n’augmente pas les charges imposées aux intéressés : elle les diminue, au contraire, parce que la spécialisation du travail constitue incontestablement une procédure économique.
- II. — LES RÉALISATIONS.
- Je ne puis évidemment songer à dresser, dans le cadre de cet entretien, un tableau complet, ni même approché, des réalisations sociales à inscrire à l’actif des groupements industriels. L’objet de ces réalisations est si étendu, les modalités
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- d’exécution sont si diverses et affectées de telles nuances, qu’un inventaire de cette nature s’insérerait bien malaisément dans le cadre de la vue générale et synthétique que cet exposé doit viser à dégager. Je me bornerai à tenter de mettre en relief quelques observations particulièrement importantes que j’illustrerai d’exemples, présentés plutôt sous forme de monographies et fournis par les groupements que mes fonctions me permettent de connaître particulièrement.
- TENDANCES ACTUELLES CONCERNANT LA DEFINITION DU SALAIRE. — L’un des aspects les plus importants peut-être, quoique moins visible que beaucoup d’autres, de l’effort de mise au point de l’organisation sociale du travail, a consisté dans la politique des salaires, progressivement dégagée et appliquée dans des catégories importantes comme les industries des métaux de la région parisienne.
- Il n’est pas besoin de rappeler que le salaire constitue l’élément principal de la condition ouvrière. On sait, d’autre part, que l’évolution des salaires est commandée par des facteurs qui agissent en sens contraire : si le souci du mieux-être des exécutants, et, par conséquent, du progrès social, tend à en faire élever le taux, la préoccupation du prix de revient, commandé parla concurrence, tend à le comprimer.
- Un important élément d’apaisement du débat chronique qui s’est trouvé suscité par cette situation est constitué par l’application des systèmes de rémunération au rendement, qui permettent, précisément, d’augmenter le salaire sans augmenter le prix de revient, — voire même en diminuant celui-ci. Les groupements industriels présentent, depuis longtemps, la généralisation de ce système de rémunération, comme l’une des pièces maîtresses de leur politique des salaires. C’est un aspect de la question trop connu pour qu’il y ait lieu d’v insister.
- Mais, cet aménagement de la rémunération du travail ne supprime cependant pas complètement l’opposition d’intérêts qui gêne la fixation du salaire. Or, — c'est là le 'point important de la question — une fixation judicieuse du salaire apparaît comme l'élément capital, essentiel, d'une bonne organisation sociale du travail. En effet, si le taux est insuffisant, l’exécutant souffre indûment et ne retire pas de son effort tout le fruit qui lui revient légitimement. Si le taux est excessif, la source du rendement est compromise : la poule aux œufs d’or est tuée, ou tout au moins blessée. 11 s’ensuit, d’une part, le chômage et ses souffrances atroces, d’autre part, les brusques variations dans le standing ouvrier, comme celles dont l’Amérique donne présentement l’exemple, — variations qui sont funestes, parce que l’idéal du progrès social consiste, en matière de rémunération du travail, dans un état équilibré, comportant une amélioration progressive de la condition des travailleurs, et réduisant au minimum les inévitables répercussions des perturbations économiques. Ces dernières, non seulement ne sont pas évitées, mais, au contraire, sont provoquées et aggravées, par une politique de salaires inappropriée.
- Comment, donc, définir la procédure la meilleure, ou la moins mauvaise?
- Longtemps, les groupements professionnels, aussi bien patronaux qu’ouvriers, ont pratiqué, et beaucoup pratiquent encore, le système des définitions syndicales, prétendant imposer des taux, lesquels étaient fixés [dus ou moins arbitrairement, suivant des impressions et des appréciations incertaines, suivant aussi le sentiment de la plus ou moins grande facilité à les faire respecter. D’étude approfondie des données du problème, il n’y en avait pas, pour la raison très simple que, dans la
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- plupart des cas, il ne peut pas y en avoir, dans l’état actuel de la documentation économique : les facteurs qui influent, à chaque moment, sur le prix de revient et le prix de vente, sont trop divers et trop complexes pour que quiconque puisse prétendre déduire de l’observation des faits, le taux exact de chaque catégorie professionnelle. Il est, par conséquent, permis de dire que, sauf exception constituée, précisément, par le fait que, dans quelques domaines bien définis, les facteurs de variation peuvent être connus et constatés, la méthode de fixation des salaires par voie de définition syndicale est défectueuse. Elle méconnaît cette vérité que le taux de la rémunération du travail ne dépend pas de la volonté des producteurs, qu’ils soient dirigeants ou exécutants. L’expérience prouve, d’ailleurs, qu’elle est impuissante à donner satisfaction aux intéressés et à éviter les conflits.
- La difficulté a été résolue d’une tout autre façon, au cours de ces dernières années, — depuis la guerre, — dans les industries des métaux de la région parisienne. Le Groupe des Industries métallurgiques, mécaniques et connexes de la Région parisienne, qui constitue l’organe professionnel de ces dernières, pour l’étude et la solution des questions d’ordre ouvrier, s’est donné pour tâche initiale d’élaborer un système de documentation précise et permanente sur les taux effectivement pratiqués. Il est parvenu, en ce sens, à publier périodiquement et à tenir à jour les renseignements concernant les taux de toutes les catégories et de toutes les professions des fabrications de sa compétence. Cette documentation, dont l’expérience ne permet plus de mettre en doute la valeur, est communiquée aux adhérents et tenue à leur disposition : elle sert de base aux appréciations des directions de personnel, soit que celles-ci soient saisies de réclamations, soit qu’elles vérifient d’elles-mêmes, périodiquement, suivant le conseil pressant qui leur est donné, l’état de leur barème.
- Pratiquement, cette politique a fait ses preuves : pendant une période particulièrement difficile, dans un milieu particulièrement turbulent et agité, les grèves, tant générales qu’individuelles, ont été relativement peu nombreuses, et celles qui se sont produites ont été à peu près constamment marquées par l’insuccès des agitateurs, au point que la constatation de cet insuccès a incontestablement constitué l’un des facteurs de la décadence du mouvement unitaire.
- Doctrinalement, la politique des salaires pratiquée par le Groupe des Industries métallurgiques, mécaniques et connexes de la Région parisienne s’analyse en un détour ingénieux qui permet de mieux respecter et de mieux appliquer l’inéluctable loi de l’offre et de la demande. Puisque, comme je vous l’ai rappelé, les ressorts et les facteurs de l’activité économique échappent, le plus généralement, à une appréciation et à un dosage directs, on suivra l’évolution dans la constatation de ses résultats, auxquels on s’adaptera à chaque moment. C’est parce qu’il a été procédé à cette constatation que, comme je viens de le dire, les réclamations fantaisistes des groupements unitaires ont échoué : vérification, encore, de cette vérité fondamentale qu’on ne peut imposer de conditions arbitraires à la vie économique.
- Sur cette base précise et solide, le Groupe considéré se trouvera très à l’aise pour définir les directives générales que les circonstances imposent, et qui se traduiront en conseils et en renseignements auprès des chefs d’établissements, lesquels restent, en dernière analyse, les juges les plus autorisés de la décision exacte. Dans le sens de la hausse, il demandera de ne pas lutter contre l’élévation des salaires comme telle, mais de veiller seulement à ce que l’élévation des salaires corresponde, dans des conditions économiques constantes, à une augmentation de rendement. Dans le sens
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- de la baisse, il préconisera que soit maintenu, dans toute la mesure possible, le standing of life de l’ouvrier, en tenant compte de la hiérarchie que créent certaines considérations sociales et familiales.
- Ce tableau, quoique très schématique, est suffisant pour permettre de souligner l’importance pratique des observations que je vous ai présentées, concernant la nécessité de la spécialisation des organes de l’action collective. Il est bien certain, tout d’abord, que l’étude et la mise en œuvre des éléments d’une politique d’ensemble, comme celle que je viens d’esquisser, légitime et nécessite l’activité d’un rouage approprié. Mais, d’autre part, et surtout, cette nécessité découle du fait que le domaine sur lequel s’exerce l’activité du groupement est différent suivant qu’il s’agit de la politique ouvrière ou des différents problèmes d’ordre économique : ceux-ci varient avec les spécialités professionnelles, tandis que les problèmes sociaux sont communs à toutes les spécialités professionnelles d’une famille de fabrications. Etant donnée l’interdépendance des différentes spécialités des industries des métaux, par exemple, il ne serait pas exact, — et il serait d’ailleurs illusoire, — de prétendre morceler les manifestations de la politique des salaires. Et voilà pourquoi l’organisation professionnelle doit comprendre, à cet égard, au moins deux attaches syndicales à la charge des établissements : l’une auprès de la chambre syndicale, adonnée aux problèmes d’ordre économique, technique et commercial, l’autre auprès du groupement chargé de la conduite de la politique ouvrière.
- les efforts en faveur des meilleures conditions du travail. — Un second groupe de réalisations sociales très poussées et très intéressantes, est constitué par les efforts laits en faveur de l’apprentissage et de la prévention des accidents du travail.
- Apprentissage. — L’importance sociale de la formation professionnelle est évidente : la capacité professionnelle constitue, pour l’ouvrier, la meilleure garantie de trouver à s’employer et d’être assuré de la stabilité dans son emploi : il y paraît bien dans les difficiles circonstances actuelles : les chefs d’industrie n’ignorent pas que le chômage ne sévit à peu près pas en ce qui concerne la main-d’œuvre qualifiée. La formation professionnelle présente un autre avantage social considérable : elle arme l’ouvrier en vue de l’ascension qu’il peut et doit espérer dans la hiérarchie des exécutants.
- De la part des groupements industriels, l’effort qu’ils fournissent se manifeste par la création, au sein de tous ceux d’entr’eux qui présentent quelque importance, de commissions spécialisées à ce problème, lesquelles commissions assument les tâches suivantes : organisation systématique du recrutement des apprentis, en liaison avec les directeurs d’écoles et d’œuvres de jeunesse; collaboration aux organisations d’orientation professionnelle et de préapprentissage ; établissement des programmes d’enseignement et des textes des contrats d’apprentissage; organisation des cours d’enseignement théorique ; développement, vulgarisation et surveillance des méthodes de formation pratique parmi les employeurs; délivrance des récompenses et diplômes de fin d’études ; collaboration au fonctionnement des organismes officiels d’étude, d’exécution et de contrôle.
- L’importance prise par le problème de la formation professionnelle et technique a conduit à constituer ces commissions spécialisées, non seulement au sein des
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- groupements professionnels du premier degré, mais encore auprès des organes fédératifs et des organes généraux : c’est ainsi qu’un Comité central a été institué à la Confédération générale de la Production française, pour coordonner les travaux des autres comités et commissions, et étudier les problèmes généraux de la matière. Ce Comité central est présidé par M. Quantin, dont il n’est pas permis de ne pas rappeler la compétence et le dévouement, lorsqu’on évoque, même très sommairement, le problème de la formation technique.
- La prévention des accidents du travail. — Avec le problème de la prévention contre les accidents du travail, nous retrouvons des exemples de spécialisation très caractérisée des organes d’exécution.
- Comme pour l’apprentissage, il existe une première forme de spécialisation, qui consiste dans le fonctionnement de commissions au sein de groupements professionnels : ces commissions se livrent à l’étude méthodique des accidents et des moyens de prévention; elles élaborent des affiches, des notices, voire des cours et conférences pour les cadres de l’industrie; elles définissent les conseils pratiques à présenter aux établissements.
- Il existe, d’autre part, des organes spécialement et exclusivement adonnés à cet ordre de préoccupations. Les principaux sont : l’Association normande pour Prévenir les Accidents du Travail, fondée en 1879; — l’Association des Industriels français contre les Accidents du Travail, fondée en 1883; — l’Association des Industriels du Nord de la France, fondée en 1894; — le Groupement des Associations françaises de Propriétaires d’Appareils à Vapeur. Les moyens d’action de ces organismes peuvent être résumés comme suit : inspection et visites des établissements par des spécialistes, enquêtes, instructions, propagande, primes et encouragements divers à la prévention, services spéciaux de contrôle des appareils et machines. Les trois premiers groupent 6.000 à 7.000 adhérents occupant ensemble quelque 800.000 ouvriers ; le quatrième contrôle 15.000 usines contenant près de 50.000 chaudières.
- le régime des allocations familiales. — L’effort récent du patronat français concernant l’adoption, la définition, puis la généralisation du régime des allocations familiales, est particulièrement symptomatique de la place prise, à l’époque contemporaine, par le problème social, parmi les préoccupations des employeurs. Le régime des allocations familiales présente, en effet, la valeur d’une innovation extrêmement importante, tant par son principe que par les développements auxquels il a donné naissance.
- Du principe du régime, ou peut dire, comme du système du salaire au rendement, qu’il constitue un palliatif extrêmement intéressant à l’opposition fondamentale qui existe entre les éléments mêmes de la fixation du salaire. Il fait leur part à chacune des deux aspirations en lesquelles s’analyse cette fixation ; il facilite, par sa souplesse, une certaine conciliation de tendances contraires : la rémunération du travail ne consiste plus en une somme fixe et uniforme : on distingue, d’une part, ce que l’on appellera le salaire proprement dit, pour conserver aux mots leur valeur acquise : il correspond à la valeur économique du travail fourni et se caractérise par sa complète stabilité en un même moment et pour une même catégorie d’individus; et, d’autre part, Yallocation familiale : elle correspond à la
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- valeur sociale du travailleur et se caractérise par sa complète variabilité, en un même moment et pour une même catégorie d’individus. Ainsi, le souci social de l’adaptation du salaire aux besoins de l’ouvrier reçoit une certaine satisfaction, sans que le jeu de la concurrence soit gravement atteint grâce, d’une part, au blocage de prélèvements modérés sur l’ensemble au profit des seuls chefs de famille et, grâce, d’autre part, au correctif de la compensation.
- Dire que, par là, le problème de la rémunération du travail est résolu serait, évidemment, exagéré. La contradiction n’a pas complètement disparu entre les éléments qu’il renferme. Cependant, une amélioration considérable est marquée, qui semble bien tracer la voie du progrès : c’est du côté de la préoccupation de la situation de famille du salarié qu’il faut se diriger pour perfectionner la formule de la rémunération du travail. Le principe est vrai aussi bien pour ce qui concerne les traitements que pour ce qui concerne les salaires et appointements. Il faut, d’ailleurs, ajouter que, pour ceux-ci comme pour ceux-là, la formule acquerrait une valeur beaucoup plus nette si les errements actuels étaient développés dans le sens d’une augmentation sensible de la part destinée à la famille : les révisions de salaires, appointements et traitements à venir devraient s’inspirer du souci d’un équilibre plus normal entre les deux éléments de la rémunération du travail : ce n’est qu’à ce prix que la réforme traduira les possibilités considérables dont elle est susceptible.
- Non moins intéressants que le régime même des allocations familiales apparaissent les développements auxquels ce régime a donné naissance. Très vite, en effet, les initiateurs songèrent à profiter des contacts établis, par le versement des allocations, avec la famille ouvrière, pour ajouter, à l'appoint pécuniaire assuré à cette dernière, un concours supplémentaire s’exerçant sous la forme de conseils d’hygiène, de soins médicaux, de secours en nature, etc. La plupart des caisses de compensation (qui sont les organes de gestion du régime des allocations familiales) ont ainsi créé un service d^infirmières-visiteuses, qui passent leur temps à visiter les familles ouvrières et à leur apporter conseils et secours. Quelques chiffres seront, ici, plus éloquents, pour établir la valeur sociale de cette initiative, que bien des développements. Exposant l’activité de la Caisse de Compensation de la Région parisienne, M. P. Richemond, président de cette caisse, à qui revient l’honneur d’avoir été le promoteur de ce mouvement dans la région parisienne, déclarait en 1928 que, pour l’année 1927,65 visiteuses avaient effectué 90.562 visites à 21.300 familles ; 4.716 nourrissons, 2.922 enfants de plus de 3 ans, 1.593 adultes et 3.612 futures mères avaient été menés à des consultations médicales; près de 2.000 enfants avaient été envoyés en colonies de vacances; 515 enfants malades avaient été envoyés en séjour de convalescence; 291 mères avaient reçu du travail à domicile. L’orateur exposait que tel était le succès de ces missionnaires sociales que, tandis qu’à l’origine, elles organisaient leurs visites sur l’indication des patrons, en 1927, sur les 21.300 familles visitées, 1.026 seulement avaient été touchées suivant cette procédure : toutes les autres visites avaient été provoquées par la demande des intéressés eux-mêmes.
- Depuis 1928, les efforts de la Caisse de Compensation de la Région parisienne ont encore augmenté dans des proportions considérables : l’effectif des infirmières-visiteuses est devenu 120 au lieu de 65, et les chiffres que je viens de citer comme traduisant leur activité sur les différents plans doivent être doublés. De nouveaux
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- domaines d activité ont, d’ailleurs, été entamés : assistance médicale pour la période prénatale, organisation et développement avec un succès particulièrement marqué de l’enseignement ménager (3.000 élèves présentement), organisation de colonies de vacances et de campings féminins, mise en fonctionnement de dispensaires aménagés suivant les exigences de la pratique moderne. Si l’on ajoute que les caisses de compensation assurent à toutes les familles ressortissant à leur domaine le service d’un périodique mensuel, La Revue de la Famille, préoccupée, suivant son titre, de la documentation utile à la défense des intérêts familiaux, on aperçoit l’étendue et la variété des services et des bienfaits qui ont été ainsi, progressivement, organisés en complément des allocations familiales proprement dites. C’est à juste titre que M. le président Richemond, dans l’exposé auquel je viens de faire allusion, pouvait évoquer un véritable principe nouveau : « Ainsi, disait-il, notre œuvre synthétise une double « réaction contre les excès du mouvement industriel moderne. D’une part, la loi « de la concurrence peut être, dans quelque mesure, adoucie par la considération « des besoins familiaux du salarié. D’autre part, une certaine liaison peut être « rétablie entre des groupes de producteurs, qu’une direction inhumaine des évé-« nements tendait à séparer en classes ennemies. »
- J’ai à peine besoin, avant de quitter cette partie de mon exposé, de souligner que, bien évidemment, c’est encore en appliquant la formule de la spécialisation des rouages d’exécution, qu’a été conçue et mise en œuvre la réalisation de l’effort magnifique des allocations familiales : il est de plus en plus clairement vérifié par ces quelques explications qu’il n’est guère possible de concevoir que les manifestations du progrès social n’entraînent pas un développement des organes chargés de la réalisation.
- LE CAMPING DES INDUSTRIES MÉTALLURGIQUES DE LA RÉGION PARISIENNE. — Je ferai encore allusion à un effort d’ensemble, complétant les précédents.
- Lorsque fut aménagé, comme je viens de l’exposer, le cadre des réalisations sociales en faveur de l’enfance et de la famille ouvrière, le Groupe des Industries métallurgiques, mécaniques et connexes de la Région parisienne estima opportun d’entamer un nouveau chapitre, et il s’efforça de créer un ensemble d’efforts en faveur de Y adolescence ouvrière.
- C'est en ce sens que fut organisé, en 1928, le camping, permettant aux jeunes ouvriers de passer 10 journées de délassement et de promenade dans un superbe cadre montagnard, non loin de Valence. La vie au camp est organisée dans le cadre de la liaison sociale, assurée par des élèves des grandes écoles, qui se mêlent à l’existence et aux distractions des campeurs et nouent ainsi des relations entre catégories qui n’avaient aucun moyen de se connaître ni même de s’approcher. La marche du Camping des Industries métallurgiques de la Région parisienne intéresse quelque 3.000 jeunes gens qui peuvent bénéficier de ces distractions jusqu’à leur incorporation, et qui restent, d’ailleurs, en contact avec l’œuvre pendant la durée de leur service militaire.
- L’organisation du camping vient d’être complétée par la mise en service du Centre social de la rue Viala, dont la construction a été entreprise, en 1930, par les soins de la Caisse de Compensation.
- Ce centre, qui sera officiellement inauguré au mois de mai prochain, à l’occasion du Congrès national des Allocations familiales, comprend, en dehors des ser-
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- vices administratifs, une série d’installations très remarquables concernant, soit les soins, soit les distractions.
- autres domaines. — Je répète que je ne puis prétendre dresser la liste des réalisations dues aux groupements industriels. J’ai voulu plutôt, m’efforcer de souligner les caractéristiques de l'évolution qui se manifeste présentement : d’une part, elle concerne, on le voit, certains principes extrêmement intéressants; elle parvient, d’autre part, à des réalisations pratiques adaptées aux besoins à satisfaire.
- Je voudrais cependant donner encore deux exemples généraux extrêmement caractéristiques des efforts que nous analysons.
- Le premier exemple est propre à la région parisienne; il est particulièrement adapté aux besoins de l’extrême densité de la population ouvrière : il vise à entourer les enfants et à donner des moyens de réunion à la famille : ce sont les foyers, créés dans plusieurs communes de banlieue par l’œuvre de la Résidence sociale. Ces foyers comprennent des séries de services qui assurent la garde des enfants, des soins médicaux et des réunions diverses, voire aussi une certaine participation aux efforts de préapprentissage; ils sont principalement subventionnés par les établissements industriels; plusieurs représentants éminents de l’industrie comptent parmi les animateurs de cette œuvre : qu’il soit permis de citer, notamment, MM. Chaleil et Champin.
- Le second exemple est plus général : il n’est pas possible d’évoquer le rôle social du patronat sans faire une allusion aux réalisations éminemment importantes qu’il a assumées dans la question capitale du logement. Il me suffira, sur ce point, de rapporter l’appréciation d’un auteur qui ne peut guère être suspecté de partialité en faveur des employeurs : M. Ch. Gide, qui écrivait dans la 5e édition de ses Institutions de progrès social : « Au premier rang des initiatives de ce domaine (le logement « ouvrier), il faut citer d’abord celles des patrons. On peut même dire que le logc-« ment ouvrier n’a été, d’abord, qu’une œuvre patronale. Ce sont eux qui ont cons-« truit les premières cités ouvrières comme on les appelle. Et encore à ce jour, c’est « de beaucoup le facteur le plus important. »
- III. — QUELLES CONCLUSIONS DOIVENT ETRE TIRÉES QUANT A LA TECHNIQUE
- DU PROGRÈS SOCIAL.
- Ces quelques observations suffisent à dégager les conclusions concernant la technique du progrès social.
- Etant admis, comme je vous l’ai proposé, que les exigences du progrès social s'imposent, et étant sous-entendu que les réalisations de progrès social doivent être aménagées en tenant compte des données de l’expérience et des nécessités de la pratique, quel sera le point de départ, le moteur de ces réalisations?
- Nous nous heurtons, ici, à une conception qui ligue deux familles d’esprits : les juristes et les légistes, d’une part, et les étatistes de l’autre. Les premiers, par déformation professionnelle, et les seconds par suite d’une analyse défectueuse, voient dans l'autorité du législateur la source essentielle, sinon unique, de toute innovation et de toute réforme, aussi bien sur le terrain social que sur les autres terrains. La force de la loi serait, dans cette conception, le principal levier du progrès social.
- Je suis, pour ma part, convaincu qu’un tel point de vue est entièrement inexact.
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- Il est illusoire d’espérer que des réformes profondes et solides puissent être obtenues par la seule force de la loi : le vieil adage quid leges sine moribus... reste toujours vrai. En matière d’organisation du travail, surtout, les données de la logique et de la théorie ne sauraient suffire à l’élaboration des solutions à apporter : il faut que celles-ci, d’une part, tiennent compte des conditions et possibilités économiques, en second lieu, soient adaptées pratiquement, expérimentalement, aux nécessités de la pratique, et, en troisième lieu, s’appuient sur un minimum de consentement et d’adhésion des intéressés.
- Le développement et les complications des rapports humains font oublier trop aisément quelle est, historiquement et logiquement, l’origine de la consignation légale : c’est l’expression formelle des règles nées de la pratique, opérée lorsque l’expérience a amené ces règles à un suffisant état de précision pour qu’il soit avantageux de leur conférer un caractère obligatoire et indiscutable.
- Ces idées élémentaires sont vérifiées, en ce qui concerne notre domaine, par des faits et des exemples précis. La loi sur les retraites ouvrières a été impuissante à vivifier une réforme à laquelle les intéressés n’avaient été, à aucun degré, préparés, et dont l’origine avait consisté dans une pure vue de l'esprit. Par contre, la loi consacrant le régime des allocations familiales intervient dans un domaine tellement habitué à la réforme que cette loi peut se borner à poser le principe de l’obligation en confirmant les pouvoirs des organismes d’initiative privée antérieurement créés.
- Il est donc permis de professer qu’en matière sociale, plus encore peut-être qu’en toute autre matière, l’intervention du législateur n’est féconde que lorsqu’elle sanctionne et organise un état de choses déjà existant : elle est incapable d’innover, de créer de toutes pièces des réalisations inédites. C’est le lieu de rappeler l’affirmation très judicieuse de Henry Ford dans Ma vie et mon œuvre : « La loi ne peut « pas grand’ chose. Son œuvre n’est jamais constructive. La loi ne peut que jouer « le rôle d’agent de police... Tant que nous compterons sur la législation pour « faire disparaître la misère et pour abolir les privilèges, nous verrons la misère se « répandre et les privilèges se fortifier... Nous n’avons eu que trop de législateurs « qui nous ont promis de réaliser par des lois ce que les lois ne peuvent réaliser. »
- L’expérience prouve que, lorsque les mœurs ont peu à peu façonné une réforme, lorsque celle-ci a été mûrie dans les esprits, et, mieux encore, à l’épreuve de l’expérience, lorsque les retouches, les perfectionnements de la pratique lui ont peu à peu conféré des contours précis, généralement reconnus comme bien adaptés aux besoins du moment, alors le législateur fait œuvre utile en fixant les solutions ainsi élaborées : son intervention n’a pas seulement la valeur d’une consécration opportune : par la régularité qu’elle apporte dans le domaine réglementé, par l’autorité propre qu’elle ajoute à la réforme, elle en favorise le développement.
- Mais si le législateur sort de ce domaine de consécration, s’il veut, par un souci, louable sans doute, mais non moins nuisible, d’amélioration et de progrès, précipiter les choses, hâter les hésitations, improviser des dessins précis là où n’existent encore que de vagues ébauches, alors, non seulement, son œuvre est inutile, mais elle est néfaste : elle concourt simplement à la diminution du respect des citoyens vis-à-vis de l’autorité législative.
- La loi ne crée pas, elle consacre : seule est créatrice Y initiative des individus, qu’ils agissent isolément ou en groupement.
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- BULL. DÉ LA SOC. d’eNCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE.
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- LA STATION NATIONALE DE RECHERCHES ET D’EXPÉRIENCES TECHNIQUES DE BELLEVUE (SEINE-ET-OISE)
- LE SERVICE DES ESSAIS
- par M. C. Bonnier, Ingénieur civil des Mines, docteur ès sciences, Chef du Service des Essais.
- Le 3 mai 1932, le Comité des Arts mécaniques de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, présidé par M. Sauvage, vint visiter la Station nationale de Recherches et d’Expériencestechniques de Bellevue. Après avoir écouté surplace les explications qui furent données par M. l’Inspecteur général Dumanois, directeur des Services techniques de l’Office national des Combustibles liquides, M. Lemaire, agent général de la Société, m’a demandé de rédiger, pour le Bulletin, une note relatant cette visite et indiquant les moyens d’action, les méthodes de travail de la Station et, plus particulièrement, du Service des Essais.
- La Station de Bellevue, dont la première idée remonte à 1922, a été commencée en 1923. On trouvera dans Recherches et Inventions de février 1928 une étude très complète de M. Auclair, président du Comité de Mécanique de l’Office national des Recherches et Inventions, auteur du projet primitif, sur les origines et les dispositions principales de cet édifice. Nous y renvoyons les lecteurs, qui y trouveront de nombreux renseignements intéressants.
- Cet édifice a été adapté et organisé de façon à permettre à l’Office national des Combustibles liquides d’effectuer les travaux de recherches qui lui incombent de par la loi, en liaison avec l’Office national des Recherches et Inventions, dont relèvent les autres installations.
- I. — DISPOSITION GÉNÉRALE DE LA STATION DE BELLEVUE.
- La figure 1 donne une vue d’ensemble de la Station et de sa situation, dans la boucle que fait la Seine devant Billancourt.
- Comme on peut le voir sur le plan que nous reproduisons (fig. 2), la partie essentielle de la Station de Bellevue est un vaste hall, de 31 m sur 47 m environ, divisé en trois travées.
- La travée centrale comprend les plate-formes de montage pour les essais de moteurs. Sans entrer dans les détails, j’indiquerai que ces plate-formes peuvent se diviser en quatre groupes : la petite plate-forme et la grande plate-forme, reposant sur de solides massifs en béton, dans lesquels sont encastrées des règles soigneusement nivelées. La grande plate-forme est recouverte de marbres mobiles qu’on peut déplacer à la demande pour l’installation des gros moteurs ou des machines à architecture compliquée. Vient ensuite la fosse de montage, étudiée par M. Auclair, sorte de cage de 5 m de profondeur, dans laquelle un plancher mobile peut être établi à toutes les hauteurs, et a été prévu assez résistant pour qu’on puisse y faire, non seulement tous les montages ordinaires, mais même, au moyen de vérins hydrauliques,
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- des essais de résistance sur pièces de machines ou maquettes. Enfin, un peu plus loin, sont encore deux marbres servant plus spécialement aux essais de machines légères et des moteurs d’automobiles.
- La travée Est (côté du funiculaire de Bellevue) est réservée à l’installation permanente de machines servant aux essais ou au service de la Station : station électrique avec transformateurs, groupes convertisseurs, compresseurs, moteurs spéciaux pour recherches, un groupe électrogène de secours à vapeur, quelques petites plateformes pour tout petits moteurs; enfin, les laboratoires et les bureaux du Service des Essais.
- La travée Ouest renferme d’abord, à part, le grand électro-aimant de l’Académie
- Fig. 1. — Vue d’ensemble de la Station et de son site.
- des Sciences et les laboratoires qui lui sont rattachés, puis, toute l’installation hydraulique avec ses réservoirs (200 et 100 m3), le château d’eau (30 m3), les pompes desservant les plate-formes et l’électro-aimant; une petite centrale électrique pour le service des laboratoires de l’électro-aimant; un atelier avec quelques-unes des machines-outils les plus utiles qu’il est indispensable d’avoir sous la main; enfin, les bureaux du Service général, le bureau d’études, et d’autres locaux servant aux ingénieurs et aux dessinateurs de ce service.
- Les deux premières travées sont desservies par deiix ponts roulants de 10 t. Des caniveaux et des couloirs souterrains renferment toutes les canalisations, eau, gaz, électricité, air comprimé, collecteurs d’échappement, de sorte que le dessus des plate-formes est toujours entièrement dégagé, disposition qui rend parfois les mon-
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- tages un peu plus laborieux, mais qui, par contre, donne beaucoup de clarté et de netteté à la Station et diminue les risques d’accidents. La figure 3 est une vue d’ensemble du grand hall.
- Le sol sur lequel la Station a été construite étant assez fortement en pente, l’ensemble de cette installation, au niveau des plate-formes, se trouve en contre-bas de l’Office des Inventions du côté Sud, et très au-dessus du sol naturel du côté Nord. L’accès normal des véhicules, qui se fait par le Sud, est une galerie transversale établie sur un mur de soutènement qui ferme le fond des trois travées précédentes
- *. 2. — Station nationale de Recherches et d’Expériences techniqu es de Bellevuf. (Seine-et-Oise). Schéma d’installation de la galerie des plaie-formes d’essais.
- A, Salle d'examen des diagrammes; — B, E, Laboratoires de chimie; — C, Étuves et pyrométrie; — J), Calorimétrie; — /•’, G. Bureaux du] Service des Essais; — H, Station électrique; — 2, Groupes convertisseurs de 1.400 kVA; — J, Commutatrices 400 kW ; — A", Banc d'essais des automobiles; — L, Poste de distribution des carburants; — M, Pont-bascule de 20 t; — -V, Compresseurs d’air; — O, Machine à gaz inerte: — P, Moteur Diesel expérimental; — Q, Moteur expérimental Armstrong-'Whitworth ; — B, Moteur expérimental du C.F.R. ; — S, Machine à vapeur et alternateur ; — T. Trémie de la chaufferie ; — Z7, Petites plate-formes d'essais; — U, Groupes d'excitation; — Ur, Plate-formes d'essais; — X. Fosse de montage; — F. Marbres mobiles; — Z. Plate-formes d’essais.
- a, Groupes électrogènes de secours ; — b, Salle d'essais des machines électriques ; — c, Passerelle d'accès; — d. Atelier de mécanique aux plate-formes: — e, Bureaux du Service général; — f. Puits et pylône du service d'eau (36 m’y ; — g, Citerne de réserve du service d'eau (200 m3] ; — h, Gazomètre de 9 mJ et canalisations;— i, Magasin d'appareils; —j, Citernes des eaux pluviales; — k, Citernes à carburants; — l. Grand électro-aimant de l'Académie des Sciences; — m. Salle d’attente; — h, Galerie d'accès des véhicules.
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- et qui domine ces dernières de 3 m environ. Elle est desservie par un troisième pont roulant de 10 t, qui transporte les charges de la galerie supérieure dans deux des galeries inférieures, ou vice versa. A l’intérieur du mur de soutènement se trouvent des citernes à eau, à carburants (avec distribution par pression de gaz inertes), un pont-bascule de précision portant 20 t et un banc d’essais pour voitures.
- Du côté Nord, la surélévation des plate-formes a permis de construire un important sous-sol dans lequel aboutit la fosse de montage, et où se trouvent une partie de l’installation hydraulique, ainsi que deux chaudières expérimentales, l’une timbrée à 25 kg, l’autre à 150 kg (fîg. 4).
- Fig. 3. — Le grand luîtl, avec les plate-formes et les laboratoires.
- Tel est, brièvement exposé, l’aspect d’ensemble de la Station, dont les diverses photos que nous donnons aideront à se rendre compte.
- Cette disposition a sans doute des avantages et des inconvénients. Ainsi, le vaste hall est assez sonore et, pour ce qui concerne les essais de moteurs et de carburants, on est parfois porté à regretter de ne pas avoir une série de salles de plus petites dimensions, mais séparées, et où les opérateurs ne se gêneraient pas mutuellement. Cela vient, comme je l’ai rappelé plus haut, de ce que les essais de l’Office national des Combustibles liquides en sont rapidement venus à prendre une place très importante dans la Station, dont le projet correspondait aune conception différente. En revanche, la multiplicité des installations et des machines d’essais qui se trouvent réunies dans un même bâtiment est extrêmement intéressante pour tout çe qui inté-
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- resse l’art de l’ingénieur. La Station elle-même, par sa situation, est intégrée dans l’ensemble qu’a su constituer, à Bellevue, M. Breton, directeur de l’Oflice national des Inventions. De sorte qu’il n’est pas de question concernant les machines thermiques. hormis des sujets tout à fait spéciaux, qu’on ne puisse résoudre sur place,
- Fig. 4. — Chaudière à 150 kg de pression.
- en faisant appel aux moyens industriels et scientifiques les plus variés et les plus récents. Et quant à ces sujets spéciaux, auxquels on ne peut être préparé d’avance, on peut dire que c’est à Bellevue qu’ils peuvent être étudiés avec le moins de frais et le plus d’efficacité et de rapidité. Ajoutons enfin que cette concentration de moyens et la présence d’un personnel entraîné à la recherche et à la méthode scientifique fait aujourd’hui de la Station un laboratoire d’enseignement de premier ordre.
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- Fonctionnement des services. — Le fonctionnement d’un organisme comme la Station, en liaison avec deux offices rattachés eux-mêmes à deux ministères différents, le Commerce et l’Education nationale, peut paraître au premier abord assez complexe au point de vue administratif. En fait, il a été très satisfaisant, grâce à une autonomie budgétaire relative des services qui, tout en restant soumis au strict contrôle des dépenses engagées, lui assure au point de vue technique une rapidité d’exécution fort appréciable.
- Il existe un Service général, dirigé par M. Péru, qui assure toutes les fonctions techniques et administratives : travaux neufs, études, entretien des bâtiments et des installations, chauffage, éclairage, etc., protection contre l’incendie, étude et réalisation des montages, transports, discipline générale, rapports avec le personnel ouvrier, paye. Il tient la comptabilité de la Station et, en cas de travaux neufs ou d’achats importants, fait les appels à la concurrence, examine les propositions, prépare les marchés qui sont ensuite soumis à l’Administration centrale. Enfin, il exécute pour sa part un certain nombre d’essais, notamment ceux que l’Office national des Inventions s’est réservé le droit de demander à la Station, et concourt à l’étude et à l’exécution de travaux intéressant les installations groupées autour de la Station.
- L’existence de ce Service général a le grand avantage de libérer presque entièrement le Service des Essais des préoccupations autres que celles du travail de contrôle et de recherches dans lequel il s’est spécialisé. Si je dis presque, c’est parce que nous avons toujours pensé qu’il est indispensable de ne jamais perdre entièrement le contact avec tes difficultés de réalisation, techniques ou administratives, d’une étude quelconque. 11 est bon, si on veut faire vite et bien, que ce soit 1 intéressé lui-même qui suive de bout en bout les opérations destinées à lui donner satisfaction, qu’il s’agisse de la construction d’un bâtiment nouveau, du montage d’un moteur ou de l’achat d’un accessoire quelconque.
- II. — ORGANISATION DU SERVICE DES ESSAIS.
- Le Service des Essais exécute les travaux de contrôle et de recherches qui lui sont demandés parl’Offîce national des Combustibles liquides, pour tout ce qui concerne les carburants et leur utilisation. Il est sous la haute direction de M. Duma-nois, Inspecteur général de l’Aéronautique, chargé de la Direction des Services techniques de l’O. N. C. L., dont la personnalité et la compétence en matière de moteurs et de combustibles ont toujours fait converger vers la Station les questions d’importance nationale du plus grand intérêt et qui a fait bénéficier l’Office des travaux personnels qu’il avait effectués sur la combustion et la détonation.
- Les problèmes dont le Service s’occupe sont extrêmement variés ; néanmoins, on peut dire qu’ils correspondent presque tous à une même préoccupation générale, qui est de développer des méthodes de mesure efficaces. Organisme d’état, appelé par suite à n’entreprendre que des besognes susceptibles d’intéresser la collectivité, le Service des Essais se trouvait ici, comme d’autres services d’essais le sont en des domaines différents, chargé avant tout de renseigner l’Office des Combustibles liquides avec impartialité, avec exactitude, sur les questions qui pouvaient lui être posées.
- On a souvent combattu cette immixtion des services de l'état dans la technique. A vrai dire, un examen consciencieux ne tarde pas à montrer que chaque fois cju’op
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- a pu reprocher à l’état son intervention, c’est qu’il a été amené à légiférer ou à réglementer sans avoir au contraire fait assez de technique, c est-à-dire sans avoir traité scientifiquement, dans ses propres services, les problèmes litigieux. L’intérêt général n’est pour ainsi dire jamais la somme, ou la moyenne, des intérêts particuliers, et, à une époque où les industries sont de plus en plus fortement concentrées, on ne peut guère espérer qu’une sorte de loi des grands nombres fera émerger des vérités d’ordre statistique...
- Il est en outre des recherches que seul l’état est qualifié pour entreprendre, ainsi que le faisait remarquer M. Renaudel, député du Var, dans son rapport sur le budget de l’Air de 1930 : ce sont celles d’abord qui intéressent la défense nationale; ensuite, toutes celles qui présentent un caractère d’intérêt général et que l’état est mieux qualifié que l’industrie pour traiter, parce qu’il est au-dessus des intérêts particuliers et aussi parce qu’il peut réaliser plus facilement une concentration puissante des moyens d’investigation.
- Ce champ d’études est assez vaste en lui-même pour justifier largement l’existence de services techniques ; et il est en même temps assez nettement délimité pour ne point gêner ni l’industrie privée, ni l’effort des inventeurs. Ajoutons que l’état devient de plus un utilisateur assez important (Air, Armée motorisée, Marine) pour qu’il lui soit indispensable de ne s’en remettre à aucun autre du soin de ses intérêts.
- Pour ce qui touche aux combustibles liquides et à leur utilisation, une connaissance aussi exacte que possible des faits naturels, des faits scientifiques, est indispensable pour éviter les conséquences désastreuses d’une mesure mal prise. En fait, et contrairement à l’opinion communément répandue, les laboratoires d’essais et de recherches coûtent généralement peu de chose en regard des services qu’ils rendent. Malheureusement, le prix qu’ils coûtent apparaît lisiblement dans les prévisions budgétaires, tandis que, pour apprécier les services qu’ils rendent, il faut une formation et une information qu’on ne peut demander à tout le monde. Ce qu'on peut dire, plus simplement, c’est que les plus importants laboratoires d’état ne représentent qu’une somme minime par rapport aux répercussions d’une taxe ou d’une réglementation reposant sur une base d’appréciation erronée.
- Méthode de travail. — A Bellevue, le Service des Essais se trouve tous les jours devant des problèmes complexes, d’ordre pratique, sur lesquels on lui demande de fournir des renseignements précis, d’ordre scientifique. C’est justement cette jonction du réel et de l’abstrait, de l’application et de la science pure, du banc d’essais et du laboratoire, qui est la raison d’être de la Station de Bellevue et de l’ensemble des installations qui l’avoisinent. La brève description que j’en ai faite au début de cette étude aura suffi, je pense, pour montrer qu’il existe à l’heure actuelle peu d’organismes aussi bien adaptés à ce genre de travail.
- Les sujets que nous traitons sont toujours compris dans un domaine restreint; et nous nous efforçons d’ailleurs toujours d’éviter les dispersions d’efforts. Mais, ce qui ne saurait être restreint, ce sont les moyens d’investigation ; si on veut agir vite et bien, il faut toujours être prêt à accumuler, sur un problème donné, toutes les ressources dont on dispose, et, en quantité suffisante, toutes les armes que la science peut offrir par la variété de ses ramifications. Vieux principe, que Lazare Carnot enseigna à Napoléon, et qui n’est pas vrai que pour l’art militaire.
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- Le banc dessais. Notre domaine, nous l’avons déjà dit, c’est tout ce qui concerne les combustibles liquides et leur utilisation. Leur utilisation, c’est la production d énergie thermique, puis la transformation de celle-ci en énergie mécanique, principalement dans des moteurs à combustion interne. C’est donc dire que la plupart des questions qui nous sont posées concernent le fonctionnement des moteurs, soit à explosions, soit à injection. C’est, en conséquence, par le banc d’essais que nous prenons contact avec elles; c’est au banc d’essais que nous revenons toujours pour éprouver la valeur des solutions proposées.
- Le contact une fois pris, l’appréciation générale une fois faite, la méthode scientifique entre en action. On peut dire qu’un moteur qui marche est le produit d’un compromis permanent entre une foule de phénomènes et de nécessités contradictoires : rendement qui nécessite des températures élevées, graissage qui interdit de les réaliser; hautes compressions demandées par le souci d’économie, interdites par la détonation ; grandes vitesses requises pour la légèreté, mais ennemies de la bonne utilisation des calories ; tension de vapeur du carburant, dont la valeur doit être élevée pour assurer une bonne carburation, mais qui est limitée par le danger d’incendie ; etc. La moindre modification apportée à une caractéristique quelconque du combustible ou du moteur entraîne aussitôt des répercussions considérables et souvent inattendues. C’est ce qui rend l’expérimentation si difficile et fait qu’on a tant de mal à reproduire exactement les résultats d'un essai.
- Appareils et méthodes de mesure. — On y parvient néanmoins, mais à condition de connaître toujours les conditions dans lesquelles un essai a été fait. Autrement dit, quand un moteur est au banc, il faut tendre à mesurer tout ce qui est mesurable. Cela représente facilement, tant pour le moteur que pour ce qu’on a mis dedans, carburant et lubrifiant, plusieurs dizaines de nombres précis, dont l’obtention n’exige pas loin de 300 mesures scientifiques, telles que mesures de longueurs, de volumes, pressions, températures, pesées, etc.
- Une grande partie de l’activité du Service des Essais est consacrée à la réalisation de ces mesures, qui sont loin d’être à l’heure actuelle toutes réalisables et d’une manière satisfaisante.
- Nous possédons ainsi une quantité raisonnable d’instruments de mesure et d’appareils ayant fait leurs preuves. Des installations spéciales sont prévues d’ailleurs pour vérifier constamment ces appareils et leurs indications et, au besoin, refaire leurs étalonnages. Pour les mesures spéciales, par exemple pour l’obtention de diagrammes d’indicateurs, notre méthode consiste d’abord à nous procurer les appareils existants. Nous les montons, nous les contrôlons et, dans la mesure du possible, nous faisons la critique de leurs indications. Si la chose est nécessaire et faisable, nous les modifions pour tenter de les améliorer; enfin, ce n’est que dans le cas où ils sont nettement insuffisants ou encore s’il n’existe pas d’appareils répondant au besoin que nous entreprenons la création d’appareils nouveaux. Ces recherches sont les plus coûteuses et les plus longues, en même temps que les plus aléatoires; aussi ne les abordons-nous qu’en dernière ressource.
- C’est pour ce genre de travail qu’il est indispensable de ne jamais restreindre les moyens d’action. Tel problème est à peu près insoluble par des moyens mécaniques, mais se traitera facilement par l’optique; l’analyse des gaz donnera une solution chimique très simple à la recherche de la composition des gaz carburés,
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- alors que la mesure des débits d’air aspirés coûte plusieurs milliers de francs ; un manomètre à eau donne, sans démontage, le volume de la chambre à compression, tandis que le remplissage à l’huile est laborieux et incertain; la stroboscopie permet d’aborder l’étude des déformations d’organes pendant la marche; l’oscillographe rend visibles des phénomènes périodiques de fréquence élevée.
- Expérimentation directe. — Enfin, cette étude prend un intérêt encore plus considérable si on réussit à l’effectuer non plus au banc, où les conditions de fonctionnement sont déjà assez particulières, mais dans les conditions mêmes de l’utilisation. Faire toutes les mesures dont nous venons de parler sur un moteur d’automobile, sur un moteur d’avion, pendant la marche ou pendant le vol, voilà qui fournit des renseignements précieux, et d’autant plus qu’ils ont été jusqu’à présent plus rares. C’est la raison pour laquelle le Service des Essais utilise fréquemment les voitures de la Station, sur lesquelles des montages spéciaux sont plus facilement réalisables. Nous avons pu aussi, grâce à un accord avec la Direction générale technique du Ministère de l’Air, faire en vol un certain nombre d’études sur des points qui nous intéressent particulièrement.
- Enfin, chaque fois que la chose a été possible, grâce aux bonnes relations entretenues avec de nombreux industriels, les ingénieurs du Service ont pu examiner sur place des installations ou des moteurs présentant des particularités de construction ou de fonctionnement intéressantes.
- Archives. — L’ensemble de ces mesures constitue une documentation très importante. Nous avons pris peu à peu pour règle de ne jamais faire un essai, si simple, si limité dans son but qu’il paraisse être, sans effectuer toutes les mesures possibles, et nous nous en sommes bien trouvés. Les archives du Service renferment ainsi une foule de données, qui ne sont pas toutes dépouillées séance tenante, mais qui nous épargnent souvent des frais d’essais nouveaux lorsqu’une question particulière nous est posée. Il suffit d’extrairedes tableaux de résultats ceux qui fournissent la réponse désirée, et le cas se produit d’autant plus souvent que notre documentation augmente d’étendue. A un autre point de vue, l’expérience nous a appris qu’on regrette toujours d’avoir omis de préciser telle ou telle condition d’essai lorsque la chose était possible. C’est cette négligence qui rend si difficile de rapprocher les uns des autres les renseignements de divers auteurs et qui rend quelquefois stériles de longues et pénibles recherches.
- Questions spéciales. — Enfin, dans certains cas. une autre partie de l’activité du Service est orientée vers l’étude plus approfondie de questions spéciales. L’étude minutieuse du fonctionnement d’un moteur ne va pas sans attirer l’attention sur quelque particularité, sur quelque phénomène à éclaircir, quelquefois sur quelque entreprise nouvelle à effectuer, afin d’arriver, par une voie détournée, à des solutions plus exactes ou plus poussées. Des problèmes peuvent alors être extraits et traités à part avec des moyens plus scientifiques et plus appropriés. Dépouillés des contingences ordinaires, ils se traitent plus librement. Il devient possible de rattacher les faits observés à des lois plus générales, de déterminer des propriétés des mécanismes ou des matières étudiées dont la portée dépasse de beaucoup le cas spécial qui les a fait remarquer. Des cas de cette sorte abondent dans tout ce qui touche à la formation et à la combustion des mélanges gazeux, à l’identification des carburants, aux propriétés des lubrifiants.
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- Pour des études plus élevées, nettement orientées vers le domaine de la science pure, il est possible de « passer » en quelque sorte les sujets intéressants à des laboratoires de faculté, à des étudiants en doctoral; cette sorte de liaison a été plusieurs fois faite et présente un grand intérêt ; elle sort néanmoins du cadre de cet exposé et je ne fais que la signaler.
- Des relations régulières et des échanges de services sont institués entre le Service et d’autres administrations de l’état, par exemple le Service des Recherches de l’Aéronautique ou le Service des Poudres, pour lesquels des essais ou des étalonnages spéciaux ont été faits à diverses reprises.
- En dernier lieu, il arrive au Service des Essais d’effectuer parfois des recherches ou des mesures pour le compte de particuliers, et suivant un tarif analogue à celui d’autres organismes d’état, auxquels d’ailleurs il évite, bien entendu, de faire concurrence. Ces essais ne sont acceptés que lorsque la Station de Bellevue est seule outillée pour les faire, et aussi s’ils présentent un intérêt qui ne soit pas uniquement commercial. Nous pensons, par cette méthode, avoir été plusieurs fois à même d’aider à la réalisation de certaines fabrications intéressant notre programme, en même temps que les documents recueillis nous ont permis la mise au point de méthodes ou d’appareils nouveaux.
- Le personnel du Service doit être entraîné, on s’en rend facilement compte, à un travail à la fois très spécial et très varié. Grâce à l’existence du Service général, les ingénieurs peuvent se consacrer presque exclusivement à la recherche et aux essais. Leur effectif comprend actuellement quatre ingénieurs et deux chimistes. Leur nombre permet, autant qu’il est possible, de laisser chacun d’eux poursuivre jusqu’au bout les questions qu’il a abordées ; mais nous évitons la spécialisation, en ce sens qu’une étude une fois terminée, chacun doit pouvoir en entreprendre une autre d’un ordre assez différent. Les nécessités du travail courant exigent d’ailleurs fréquemment le concours de l’un ou de l’autre pour traiter rapidement un problème dont la solution est urgente. Cette méthode, je pense, a l’avantage de pousser au développement de la formation générale, indispensable pour le travail de recherches.
- Dans ce but, d’ailleurs, une part assez importante est faite, dans le budget du Service et de la Station, à la documentation, par l’acquisition d’ouvrages d’enseignement général ou technique, et par l’abonnement à un certain nombre de revues techniques spéciales, qui nous tiennent au courant du mouvement scientifique français et étranger; besogne pour laquelle, soit dit en passant et à regret, la connaissance de l’anglais et de l’allemand est aujourd’hui plus utile que celle du français.
- Le personnel mécanicien comprend un personnel de maîtrise spécialisé et des mécaniciens metteurs au point qui font les montages, les révisions, les innombrables travaux que demandent l’installation et la transformation des appareils de mesure, et aussi un certain nombre d’essais. Le reste des travaux d’installation est étudié et réalisé par le Service général.
- Moyens d'action. — Nous avons parlé à plusieurs reprises du budget du Service. A une époque où on parle beaucoup de réorganisation administrative et du retrait de l’autonomie des offices, peut-être ne sera-t-il pas sans intérêt de dire deux mots de ce qu’une expérience pratique de sept années nous a enseigné.
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- Les services de la Station nationale de Bellevue possèdent une certaine autonomie financière au sein du budget de l'Office national des Combustibles liquides. Cette autonomie permet d’ordonnancer très rapidement les dépenses nécessaires, sans d’ailleurs que cela diminue en rien l’efficacité du contrôle des dépenses engagées, dont le regard surveille nos opérations comme il surveille celles des autres administrations de l’état. Qu’on ait le désir d’organiser différemment cette branche de la comptabilité publique, ou d’instituer un contrôle parlementaire plus étendu, la question échappe ici à notre compétence. Mais ce qui serait, à mon avis, une erreur, ce serait de restreindre la liberté d’action que nous donne notre autonomie relative, et qui est pour beaucoup dans les résultats obtenus par la Station. Avec l’organisation actuelle, nous avons la possibilité, que n’ont pas les services techniques d’état rattachés à une administration centrale, de préparer nous-mêmes nos achats et, une fois les marchés approuvés par l’Office d’abord, par le Contrôle ensuite, d’en poursuivre nous-mêmes l’exécution et la livraison. Avantage énorme, qui supprime pour nous l’inévitable lenteur résultant de la transmission des documents de service à service, et qui fait que, dans les administrations centrales, les services techniques intéressés à un achat n’ont aucun pouvoir pour en hâter la réalisation, en même temps que les services administratifs, qui, eux, ont ce pouvoir, ne sont poussés par aucun besoin et ignorent généralement jusqu’à la nature exacte des acquisitions prévues par le marché. Il nous a été possible, le cas s’est présenté, de gagner près d’une année sur certains autres services de l’état dans l’achat de matériels spéciaux. Il est par suite permis de penser qu’une réorganisation administrative pourrait peut-être utilement prévoir une décentralisation de certaines fonctions, afin d’accroître à la fois les responsabilités et les moyens d’action des services intéressés. A partir du moment où l’état assume des fonctions techniques, il doit se préoccuper non seulement de la régularité du fonctionnement de ses services, mais aussi de leur rendement; et le rendement n’existe que lorsqu’il y a initiative et responsabilité.
- III. — l’outillage de la station et ih; service des essais.
- Décrire par le menu l'ensemble des installations ou des appareils qui se trouvent à la Station de Bellevue serait long et fastidieux. Imaginons plutôt qu’un moteur est au banc et qu’on se propose de l’étudier; nous ferons appel, à tour de rôle, aux ressources dont dispose le Service des Essais.
- mesures au banc d’essais. — Installé sur les plate-formes au moyen d’équerres et de vérins de montage, le moteur est relié, par des tuyauteries flexibles, aux canalisations d’eau, d’échappement, d’air, etc., qui, comme nous l’avons dit, disparaissent au sous-sol pour laisser le dessus des marbres aussi net que possible. Ces moteurs sont, ou bien des moteurs d’automobiles de types courants, souvent prêtés obligeamment par des industriels, ou bien des moteurs spéciaux, destinés à des études particulières ; tels les moteurs à compression variable servant à l’étude de la combustion et de la détonation, pour lesquels des socles sont généralement installés dans un endroit propice, afin d'éviter l’encombrement des marbres. Une douzaine de moteurs ordinaires ou spéciaux sont constamment en état de servir.
- La figure 3 donne une vue des plate-formes équipées.
- Pour la mesure des couples, nous employons généralement des dynamos dyna-
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- mométriques, dont l’avantage est qu’elles peuvent fonctionner comme moteurs. Les mises en route sont plus faciles et on peut en outre utiliser ces engins pour une foule d essais dans lesquels on a besoin de connaître la puissance motrice aussi bien que la résistance opposée : par exemple, les essais de frottements, de transmissions, de changements de vitesse, etc. Ces dynamos sont, pour la plupart, à changement
- Fig. 5. — Montages de moteurs au banc.
- de vitesse, l’induit tournant à volonté à la vitesse 1/2, 1 ou 2 par rapport à la machine essayée. Gela augmente beaucoup le champ d’utilisation, soit qu’on essaie des machines tournant à très grande vitesse, soit qu’on veuille mesurer des couples importants à faible vitesse. La Station possède une douzaine de dynamos dynamométriques de puissances variées, construites en France ou en Allemagne.
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- Nous utilisons aussi, dans certains cas, des freins hydrauliques, un jeu de moulinets Renard, un frein de Prony étudié et construit parla Station, et un mesureur de couples à engrenages Poincaré-Farman (fig. 6) dont la mise au point a été d’ailleurs spécialement étudiée à Bellevue.
- Les vitesses de rotation sont mesurées avec des tachvmètres entraînés par chaîne ou avec des compte-tours à main. Certains contrôles sont facilités par l’existence de totalisateurs de tours sur chaque tachymètre. Nous disposons aussi de tàchymètres enregistreurs, au moyen desquels on peut mesurer les accélérations.
- Aucun essai n’est fait sans que les conditions atmosphériques aient été notées. La
- Fig. 0. — Mesureur de couples Poincaré-Farman.
- salle d’essais est munie de baromètres, de thermomètres et d’hygromètres à lecture directe et enregistreurs, qu’on peut placer aux endroits voulus.
- Tout un outillage spécial existe également pour les mensurations indispensables sur les moteurs : course, alésage, volume des chambres d’explosion, réglages de distribution et d’allumage ou d’injection, etc. Il serait trop long de le décrire ici en détail. Les réglages d’avance à l’allumage ou à l’injection, lorsque le moteur a une avance automatique, sont contrôlés en marche par stroboscopie.
- Pendant l’essai, les mesures de consommation en carburant sont le plus souvent faites au moyen de bouteilles ou de pipettes graduées. Pour le travail de recherches, les instruments les plus simples, et surtout les plus faciles à étalonner et à contrôler sont les meilleurs : nous nous servons peu d’appareils à lectures indirectes, ou de fluxmètres, excepté dans des cas très spéciaux, pour lesquels on cherche davan-
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- tage a déceler des variations instantanées qu’à faire des mesures absolues exactes. Quand on emploie des vases gradués, la mesure de consommation est toujours complétée par une mesure de densité, faite sur place. Dans certains cas particuliers, on peut évaluer directement le poids consommé, en plaçant le vase contenant le carburant sur une balance; le combustible est alors conduit au moteur par siphonage, afin d’éviter toute erreur de pesée due aux réactions des tuyauteries. Pour les mesures de consommation sur les voitures en marche, nous avons construit des bouteilles spéciales, moins fragiles, et permettant d’essayer en un court espace de temps plusieurs carburants différents.
- Fig. 7. — Vue d’une des salles de laboratoire.
- Les débits d'eau de refroidissement sont mesurés par pesée ou par jaugeage dans des bacs gradués, avec correction de densité.
- Les débits d’air aspiré par les moteurs peuvent être mesurés directement au moyen d’un gazomètre construit à la Station, relié aux plate-formes par une canalisation fixe d’assez grand diamètre, puis aux moteurs par des manches souples en toile caoutchoutée. Ces dernières ont pour rôle de faciliter les montages, et aussi d’absorber les pulsations dues à l’aspiration saccadée des moteurs. Le gazomètre est constitué par une simple cloche cylindrique à fond plat, de 9 m3 de capacité. Elle est en tôle d’aluminium mince, raidie par quelques cornières, afin d’être équilibrée par un contre-poids, qu’on surcharge normalement de quelques kilogrammes, afin de provoquer la remontée automatique de la cloche après chaque mesure. Etant donné les dimensions de la cloche, cette surcharge ne provoque, à l’aspiration du
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- moteur, qu'une dépression de l’ordre du millimètre d’eau, absolument négligeable. La cuve est constituée, pour ne pas être trop lourde, par deux cylindres en tôle concentriques, laissant entre eux juste la place de la cloche, avec le jeu nécessaire. Leur intervalle est rempli d’eau et fait joint hydraulique. Cet appareil, très simple, nous a donné de bons résultats. Sa marche est absolument automatique et l’opérateur fait ses mesures de la plate-forme même, sans avoir besoin d’aide. Les lectures de volumes se font, de mètre cube en mètre cube, au moyen de contacts électriques, suivant les déplacements de la cloche.
- Très souvent, nous calculons les débits d’air par la méthode des analyses de gaz
- Fig. 8. — Moteur à compression variable Dumanois.
- d’échappement mise au point par le Service des Essais. On obtient des résultats très précis et on a partout l’avantage de n’avoir aucun montage spécial à faire. D’où l’intérêt, pour le contrôle, de la carburation et du remplissage des moteurs pendant la marche ou le vol.
- La connaissance des températures est, un des problèmes les plus difficiles des essais de moteurs. Les températures jusqu’à 100° ou 200° sont lues directement suides thermomètres à mercure, dont le réservoir est placé, autant qu’il est possible, aux points intéressants des canalisations : entrée et sortie du carburateur, entrée au moteur, huile, entrée ou sortie d’eau, etc. Les hautes températures sont repérées avec des couples en alliages spéciaux, que nous construisons nous-mêmes. Tous ces instruments sont étalonnés et vérifiés fréquemment dans une salle des labora-
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- toires qui leur est consacrée. Pour certains essais, nous disposons aussi de deux pyromètres optiques.
- Les pressions et dépressions dans les tuyauteries sont mesurées avec des manomètres à eau et à mercure, et aussi des manomètres Bourdon, dont l’étalonnage est fréquemment revu sur des machines spéciales.
- Fig. 9. — Moteur à compression variable Armstrong-Whilworth.
- L’étude thermodynamique et mécanique des moteurs pendant leur fonctionnement nécessite l’emploi d’instruments plus complexes.
- Indicateurs. — Les indicateurs pour prise de diagrammes. mériteraient à eux seuls une description qui sortirait complètement du cadre de cet exposé. La Station de Bellevue a rassemblé une collection des modèles les plus récents qui constitue un outillage de recherches de premier ordre et de grande valeur pour l’enseignement. Le Service des Essais dispose ainsi :
- d’acromètres de plusieurs types, donnant la pression maximum d’explosion; d’un pimètre, indicateur de pression moyenne ;
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- d’indicateurs genre Watt, de fabrication allemande, à moyenne et à grande vitesse, avec leurs indispensables accessoires : jeux de ressorts, commandes de mouvement avec divers calages possibles, débrayages, poulies de renvoi, amplificateurs ou réducteurs, tambours à mouvement d’horlogerie pour décaler les diagrammesou pour enregistrer les pressions en fonction du temps;
- des indicateurs à mouvement ralenti pour moteurs très rapides, traçant un diagramme moyen réparti sur plusieurs centaines de cycles. Un appareil allemand, à distribution mécanique, et un appareil anglais, à contacts électriques, nous donnent d’assez bons résultats ;
- des indicateurs ultra-rapides, dans lesquels le tracé des diagrammes est obtenu par un oscillographe. Ces appareils sont sans doute la solution de l’avenir, mais l’organe chargé de transformer les variations de pression en variations de courant électrique, résistances au charbon, quartz piézoélectrique, condensateurs, est d’une mise au point difficile et ne donne pas encore des indications quantitatives sûres.
- L’étalonnage et la vérification de tous ces instruments sont assez délicats. La Station possède plusieurs balances à tarer les ressorts, qui donnent avec précision les courbes de flexibilité.
- Stroboscopie. Certaines recherches sont facilitées par l’examen des pièces pendant le mouvement. Nous possédons un stroboscope au néon, avec plusieurs projecteurs, dont la commande peut être synchronisée avec le mouvement du moteur (voir figure 11, en bout d’arbre à gauche), ou systématiquement décalée pour représenter le mouvement au ralenti. Je n’insiste pas sur l’utilité bien connue de ces instruments, dont le champ d’application est illimité.
- Torsiographes. — D’autres études ont été développées à la Station, notamment celle des vibrations de torsion, si importante pour expliquer certaines anomalies de marche des moteurs. Le Service possède plusieurs torsiographes enregistreurs, de fabrication allemande, permettant la mesure directe des irrégularités de vitesse, des fréquences des régimes critiques et de l’amplitude des vibrations. Une documentation spéciale, traités, ouvrages, mémoires, a été réunie. L’analyse des fonctions périodiques a été étudiée, soit par le calcul, soit par des grilles spéciales, soit par analyseurs harmoniques à planimètres.
- les laboratoires. — A côté même des plate-formes se trouvent les laboratoires (fig. 3), dont le rôle est essentiel. J’ai déjà dit que nous ne pouvions songer à séparer le travail du laboratoire de celui du banc d’essais. Un essai de moteurs ne peut avoir de signification si on ne précise pas ce qu’on a mis dedans, comme carburant et comme lubrifiant. L’expérience nous a montré, et nous confirme chaque jour, qu’on gagne un temps énorme à mettre en contact direct ingénieurs et chimistes, voire même à faire faire les deux sortes de mesures indifféremment par un même opérateur. Toutes les pertes de temps dues aux transmissions, aux ordres d’urgence non respectés, aux oublis, disparaissent du coup. Les chimistes, assistant et participant aux essais, comprennent le besoin d’avoir des renseignements rapides, et les ingénieurs, comprenant et pratiquant le travail de laboratoire, s’organisent mieux et participent souvent à la mise au point de méthodes plus rapides et mieux adaptées.
- Les laboratoires de la Station comprennent d’abord, au rez-de-chaussée, une vaste salle, de plain-pied avec les bancs d’essais, servant aux multiples opérations de
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- préparation des appareils, au lavage, au stockage, etc. A côté se trouve une petite salle d’échantillonnage. C’est là que tous les carburants essayés à la Station sont mis en flacons, munis d’une étiquette, répertoriés sur un registre. L’échantillon est conservé sur des étagères aussi longtemps qu’il est jugé utile, en vue de recherches ou de comparaisons ultérieures.
- Au premier étage sont des salles spécialisées. En partant d’une extrémité, on
- Fig. 10. — Moteur du C.F.R. pour mesure des valeurs antidétonanles.
- trouve d’abord les bureaux des ingénieurs du Service des Essais ; puis, une salle renfermant les balances de précision, qu’on a mises à l’abri des vibrations. Viennent ensuite un certain nombre de pièces ayant des destinations particulières : une salle où se font les mesures de pouvoirs calorifiques à la bombe et les dosages de carbone dans les combustibles; — une salle renfermant des étuves et des fours à réglages automatiques, et servant aux étalonnages et vérifications des thermomètres et des pyromètres; — une salle réservée aux essais ordinaires des combustibles liquides :
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- densités, distillations, viscosités, points d’inflammabilité, trouble, congélation, etc. Dans cette salle (vue partiellement sur la figure 7) sont emmagasinés la plupart des appareils en usage dans l’industrie du pétrole; nous y avons aussi une glacière pour les recherches à très basse température, que nous faisons avec de la glace carbonique. Enfin, une dernière salle renferme les collections d’indicateurs, de balances à étalonnages et autres instruments analogues.
- Ces laboratoires servent avant tout, comme on peut le voir, aux identifications des carburants et d’huiles. Nous y avons adopté, sans discuter, les appareils et méthodes standardisés ou les plus couramment utilisés. D’autre part, nous les
- Fig. 11.—Moteur Diesel expérimental.
- employons pour certaines recherches spéciales concernant l’utilisation des combustibles et sur lesquelles on ne possède à l’heure actuelle que des données insuffisantes. Chaque salle a été complètement installée par les moyens propres de la Station, et pourvue de tables carrelées avec éviers, hottes, eau, gaz, électricité à 110 et 200 V, air comprimé. La protection contre l’incendie a été étudiée le plus complètement qu’il a été possible.
- les moteurs spéciaux. — Enfin, nous ne saurions terminer cette visite de la Station sans parler des moteurs spéciaux, consacrés à l’étude de la combustion et de la détonation.
- Quatre moteurs à compression variable sont en service. L’un d’eux mérite une mention spéciale : c'est celui que fit construire M. Dumanois en 1923, en collabora-
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- tion avec M. Glerget (fîg. 8) et qui lui servit aux premières recherches sur la détonation. Nous 1 équipons actuellement en moteur à injection, pour études sur les gas oils. Nous avons aussi un petit moteur de fabrication anglaise (fig. 9) qui est un instrument de recherches et de démonstration très commode. Il est accouplé à une dynamo dynamométrique, et on peut régler, par un tableau spécial, à peu près tous les facteurs influant sur la marche : vitesse, couple, températures, avance à l’allumage, richesse du mélange. Un peu plus loin, se trouve le moteur américain du Cooperative Fuel Research Committee, connu sous le nom de moteur C.F.R (fig. 10). C’est sur ce type que l’accord s’est fait internationalement pour les mesures de valeurs antidétonantes. A ce point de vue, le Service des Essais a toujours suivi de près les travaux accomplis en Amérique et en Angleterre; il est resté en relations constantes avec les organismes correspondants, ce qui lui a permis, depuis plusieurs années, de répondre aux demandes de contrôle et d’étalonnages venues d’administrations publiques ou privées. Un moteur analogue, d’un type plus ancien, que nous possédions a été récemment cédé à une autre administration d’état. Enfin, nous avons encore un moteur à quatre cylindres, à compression variable, dérivé d’un modèle industriel courant, sur lequel de nombreuses recherches ont été faites, et dont on réalise actuellement le montage sur une de nos voitures, en vue de certains essais.
- Notons aussi un moteur Diesel complètement équipé pour des mesures particulières (fig. 11).
- En plus, le Service est constamment approvisionné en carburants spéciaux d’étalonnage, en plomb tétraéthyle, et enfin en heptane etisooctane purs, carburants de référence achetés spécialement aux États-Unis. Les laboratoires collaborent activement à la préparation de solutions titrées et au dosage du plomb dans les essences éthylées.
- Il nous est impossible de prolonger outre mesure cette description. Nous la bornerons donc à ce qui précède, en souhaitant qu’elle ait réussi à donner une idée du rôle et des ressources de la Station, ainsi que des moyens dont dispose ainsi l’Office national des Combustibles liquides pour ses travaux scientifiques et techniques.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOÜR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — MAI 1933 (p. 310).
- LE CONGRÈS MONDIAL DE FONDERIE
- (Paris, 13-18 septembre 1932.)
- par M. Raymond Guillemot, Ingénieur des Arts et Métiers et de l’École supérieure
- cle Fonderie.
- Ce Congrès a groupé 600 membres représentant 15 nations; 45 mémoires y ont été présentés et de nombreux problèmes y ont été étudiés. M. E. Ronceray, président de l’Association technique de Fonderie et directeur de l’École supérieure de Fonderie, dirigeait le Comité d’organisation. En dehors de très intéressants voyages d’études dans plusieurs régions de la France, le programme comportait des séances en commun avec d’autres associations telles que le Comité national de l’Organisation française, la Société des Ingénieurs civils de France et le Comité des Forges.
- Nous nous bornerons, dans ce qui va suivre, à résumer les plus importants des mémoires présentés au Congrès. Nous nous excusons auprès de leurs auteurs s’ils trouvent ces résumés un peu trop sommaires.
- ALLIAGES FERREUX.
- L'oxygène dans les fontes {MM. J. Cournot, A. Le Thomas et Mlle L. Haim). — L’oxygène peut exister dans les fontes et aciers soit à l’état d’inclusions gazeuses (oxyde de carbone dans les soufflures) ou solides (FeO, MnO), soit à l’état dissous, sous forme de solutions solides des oxydes métalliques ou solutions des gaz oxygénés. Dans les aciers, les régions oxydées peuvent former couple avec celles qui ne le sont pas, et activer la corrosion. On constate encore que les parties oxydées d’un acier extra-doux ne se carburent pas dans la cémentation.
- Dans les fontes, on sait que l’aptitude à la trempe est régie le plus souvent par des facteurs physiques (refroidissements rapides) ou chimiques (influence du manganèse, du soufre, etc.). Or on constate que des fontes blanchies par trempe, auxquelles leurs teneurs en carbone, silicium, manganèse, soufre, devraient donner, dans des conditions normales de refroidissement, une structure grise, produisent encore après refusion, une structure blanche. Il s’agit là d’une sorte d’hérédité, dont 1 oxygène sous forme d’oxyde de fer semble être la cause.
- Les auteurs ont mis ce phénomène en évidence par des additions d’oxyde de fer à une fonte; les épaisseurs des parties trempées sont augmentées, à condition que la teneur en silicium ne soit pas trop forte. Les faits pratiques qui militent en faveur de cette hypothèse de l’influence de l’oxydation sur l’aptitude à la trempe sont les différences rencontrées entre les fontes au bois et les fontes ordinaires.
- La seconde partie du mémoire donne en détail les méthodes de dosage de l’oxygène dans les produits métallurgiques.
- Fontes naturelles au titane-vanadium (M. J. Challansoxxet). — Le vanadium se rencontre fréquemment à l’état naturel dans les produits sidérurgiques ; sa proportion ne dépasse pas 1 p. 100. Dans les fontes, cet élément a un rôle antigraphi-tisant prononcé; il augmente très rapidement la dureté: une fonte perlitique laisse
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- apparaître des carbures libres à partir de 0,5 p. 100 de vanadium, et la perlite devient une troosto-sorbite irrésoluble.
- Le vanadium et le titane existent comme éléments congénitaux dans les fontes norvégiennes de première fusion ; le graphite y est très fin et uniformément réparti ; l’auteur déduit de ce fait une répercussion heureuse sur les propriétés mécaniques. Pour fabriquer des pièces au titane-vanadium, on peut remplacer les ferros par des fontes de Norvège mélangées aux charges du cubilot; ces additions confèrent aux fontes une grande stabilité thermique ce qui est important pour les parties de cylindres des moteurs Diesel qui travaillent à des températures égales ou supérieures à 700°.
- Influence du titane sur la fonte (M. .1. Challansonnet). — Ce mémoire contient l’histoire du titane et un exposé des propriétés chimiques de ce métal à l’état pur. L’industrie utilise le titane sous forme de ferro-titane obtenu au four électrique, ou sous forme de « titane-thermite », mélange de titane, d’oxyde de fer et d’aluminium. Des recherches systématiques poursuivies par l’auteur sur la séparation du graphite, il ressort que le titane a un effet graphitisant maximun vers 0,1 p. 100, quelle que soit la teneur en silicium. Les essais sur une fonte blanche destinée à être malléabilisée à laquelle on ajoutait des doses croissantes de titane, ont montré que de Oà 0,8 p. 100 de titane, la dureté de la fonte décroît; à 0,9 p. 100, le carbone commence à apparaître sur un fond de perlite et ferrite. Dans le recuit d’une fonte pour malléable américaine, on constate que 0,8 p. 100 de titane empêche la transformation complète en ferrite; à 1,3 p. 100 de titane, la malléabilisation est complète avec un graphite précipité en nodules très réduits.
- La fonte malléable au nickel et au nickel-chrome (M. L. Thiéry). — En s’appuyant sur les travaux de MM. L. Guillet, Hadfield, Bauer et Piwowarski, Portevin et Chevenard, relatifs à l’influence du nickel sur la graphitisation des fontes. M. L. Thiéry a étudié les effets de la substitution d’une partie du silicium nécessaire à la graphitisation de la malléable par des quantités de nickel variant de 0 à 2,46 p. 100. Ces additions furent faites sur une fonte de base ayant la composition suivante : G = 2,9 ; — Si = 0,4; — Mn = 0,19 ; — S = 0,085 ; — P = 0,09.
- Les fontes spéciales (MM. Guillet et Ballay). — Ces fontes sont celles où l’on a ajouté intentionnellement un élément spécial dans le but de conférer une propriété demandée pour un usage déterminé. Si l’on sait aujourd’hui affiner le graphite par surchauffe, on ne connaît pas d’éléments spéciaux donnant directement ce résultat; certains éléments diminuant la quantité de carbone graphitique agissent indirectement sur la forme de ce dernier. Par contre, certains corps (Cr, Mo, Mn, Va) agissant sur la perlite de la fonte, confèrent des propriétés intéressantes. Les auteurs examinent : l’influence du nickel, du chrome, du molybdène et de l’aluminium sur les propriétés mécaniques ; l’action du cuivre et du silicium contre les agents corrodants ; la préparation des fontes austénitiques par additions de métal Monel convenant pour la résistance à la corrosion et aux hautes températures. L’addition de nickel, de chrome, de molybdène, abaissant la température critique de trempe favorise la formation de martensite dans les fontes trempées en coquille (applications aux cylindres de laminoirs).
- Influence du molybdène sur la fonte (MM. J. Cournot et J. Challansonnet). — Les auteurs ont étudié les effets du molybdène en tant qu’élément. spécial. La dureté
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- de la fonte croît proportionnellement avec les teneurs en molybdène jusqu’à 3 p. 100; 1.6 p. 100 augmentent de 66 p. 100 la charge de rupture à la flexion. Généralement, pour concilier la facilité d’usinage avec l’augmentation de dureté, on ne dépasse pas 2 p. 100.
- Employé dans la malléable, associé au nickel, le molybdène donne au recuit un graphite très fin. Dans les aciers, le molybdène est le plus puissant accélérateur de trempe.
- La destruction de la fonte par les acides (MM. L.-F. Girardet et Tsou-Ren-Kou). — Un morceau de fonte grise plongé dans l’eau acidulée donne naissance à autant de couples élémentaires graphite-eau acidulée-fer, qu’il y a de lamelles de graphite affleurant la surface. L’étude est illustrée de 170 microphotographies d’échantillons corrodés pendant des temps variables par les acides usuels, purs, concentrés ou dilués, ensuite additionnés de :
- 1° certaines substances (quinine, naphtoquinoline, etc.) qui augmentent la surtension de dégagement d’hydrogène sur le fer, et freinent donc l’attaque du fer sans arrêter celle de l’oxyde (application au décapage) ;
- 2° ions ennoblissants, sous forme de sels de métaux placés avant le fer dans l’échelle des potentiels;
- 3° substances augmentant la viscosité;
- 4° substances oxydantes supprimant le dégagement d’hydrogène;
- 5° substances colloïdales.
- La seconde partie du mémoire traite des méthodes de mesure de la vitesse de corrosion avec l’appareil imaginé par M. Girardet; il suffît de mesurer la vitesse de dégagement de l’hydrogène résultant de la réaction acide-métal. L’influence des grandeurs des surfaces soumises à la corrosion des concentrations de l’acide employé, plus précisément les influences des facteurs cités plus haut, sont traduites sous forme de courbes.
- La troisième partie du mémoire traite de l’effet des changements de structure sur la vitesse de corrosion. Des échantillons de fontes à gros graphite et à graphite fin soumis à des traitements thermiques de trempe et de revenu, ont permis de tirer les conclusions suivantes : a) Tout changement de structure qui accroît le nombre des couples élémentaires accroît la vitesse de corrosion ; b) Tout changement de structure provenant de la modification d’un ou de plusieurs constituants devenus plus réactifs augmente la vitesse de corrosion.
- Etude des fontes à bas carbone (M. H. Portier). — Se tenant dans le cadre des compositions chimiques indiquées par M. Poitevin en vue d’obtenir, pour les fontes de cubilot, le maximum de résistance et d’homogénéité des moulages, l’auteur du mémoire étudie l’influence des variations des teneurs en silicium et celles des teneurs croissantes en manganèse sur les propriétés des fontes à bas carbone. Le carbone total est resté fixe entre 2,50 et 2,60 p. 100, tandis que la proportion de silicium ajouté à 9 échantillons était comprise entre 1,58 et 2,81 p. 100.
- Les recherches ont porté : 1° Sur l’hétérogénéité au premier degré en cisaillement et flexion; — 2° Sur l’hétérogénéité au second degré qui, toujours inférieure à 10 p. 100, est uniquement structurale ; — 3° Sur l’influence du silicium sur la variation du carbone combiné et du carbone eutectoïde; cette influence est nulle
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- sur la constitution des fontes à bas carbone qui obéissent parfaitement aux diagrammes de Maurer et de Portevin.
- La seconde partie du mémoire a trait à l’influence du manganèse sur les fontes ayant donné les meilleurs résultats mécaniques dans les essais précédents.
- Progrès récents des fontes en Allemagne (M. Meyersberg.) — Les nouveaux procédés ne sont pas seulement appliqués, mais contrôlés au moyen d’essais mécaniques. L’auteur préconise pour qualifier la déformation de la fonte, la détermination de « l’indice de ténacité » qui est le quotient de la flèche à la rupture par la résistance à la flexion. Le produit de la résistance à la traction par l’indice de flexion représente aussi une caractéristique du matériau. Les Allemands ont aussi poursuivi des recherches dans le domaine de la fusion : celles de Piwowarsky sur la carburation résultant de la durée du contact fer fondu et coke; celles du Sipp mettant en évidence le rapport entre la température de réaction du coke et la teneur en carbone ; celles de Wallicks sur l’usinabilité; celles de Hanemann sur le problème de la croissance du graphite pendant le refroidissant de la fonte liquide.
- L'influence des hautes teneurs en silicium sur la graphitisation des fontes (MM. A. Le Thomas et M. Olinger). — Il est avantageux que la teneur en silicium soit comprise entre 2,8 et 3,3 p. 100 pour les fontes de poëlerie, car si le silicium augmente la grosseur des paillettes de graphite jusqu’à 2,3 p. 100, il produit l’effet inverse à partir de 2,5 p. 100; le carbone total diminue et le grain se resserre à tel point qu’une fonte à 10 p. 100 de silicium a la cassure d’une fonte blanche. Les fontes « Silal » de Pearce, contenant 5 à 7 p. 100 de silicium, ont tout leur carbone à l’état graphitique, ce qui supprime le gonflement aux hautes températures.
- MM. Le Thomas et Olinger ont fait des essais dilatométriques très complets sur ces fontes pour préciser l’influence du silicium.
- Le point de transformation Ac s’élève à peu près proportionnellement à l’accroissement de la teneur en silicium, et à 1 p. 100 la graphitisation débute à 900°. En portant le silicium jusqu’à 3 p. 100, la température de graphitisation décroît très vite; de 3 à 7 p. 100, la graphitisation est de plus en plus franche; au-dessus de 7 p. 100 on n’observe plus de graphitisation au-dessous de 1.030° environ; d’où l’intérêt des teneurs comprises entre 7 et 10 p. 100 pour la fabrication de pièces devant subir l’action du feu.
- Etude des fontes à basses et à très basses teneurs en carbone réalisées au cubilot (MM. Delbart et Lecceuvre). — Dans des cubilots à avant-creuset, les auteurs ont réalisé des fontes dont la composition chimique variait dans les limites suivantes : Gt = 1,7 à 2,5; — Si = 1,6 à 4,5; — Mn = 0,36 à 3,75; — Cr = Oà 0,77; — P = 0,07 à 0,37; 1— S = 0,026 à 0,097. L’élaboration des fontes se faisait soit avec du coke enrobé de chaux, soit avec du coke de livraison, afin d’apprécier l’influence de cet enrobage. L’amélioration n’a pas été sensible. Les propriétés de fonderie et les caractéristiques ont été étudiées en détail, après variation des facteurs réglant la marche du cubilot (vent, composition et fréquence des charges, etc.). L’influence du manganèse a été spécialement étudiée. Des indications sur la réalisation industrielle de pièces en fonte au manganèse traitées, complètent l’étude.
- Etude comparative des coûts de production de la fonte de seconde fusion au cubilot et au four électrique (M. Tagliaferri). — L’auteur discute les raisons qui,
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- en Italie, militent pour remplacer le cubilot par des fours à arcs, eu égard aux prix respectifs du coke, produit importé, et de l’énergie électrique.
- L’usinabilité des fontes (M. Hénon). — L’auteur propose un moyen de mesurer cette propriété : on compare les avancements moyens pendant des temps déterminés d’un foret agissant sous pression et vitesse constantes, successivement sur la fonte à étudier, puis sur un échantillon étalon choisi arbitrairement une fois pour toutes.
- Le rapport des deux avancements multiplié par 100 constitue le chiffre d’usi* nabilité.
- Méthodes d’essais des fontes. — L’Association technique de Fonderie belge, sous la direction du Dr Meyersberg, a donné les résultats obtenus dans l’application des diverses méthodes d’essais de traction, de flexion, de cisaillement, de poinçonnage, de dureté, etc. Ce travail peut guider le fondeur dans le choix des méthodes et lui permettre des comparaisons.
- La désulfuration de la fonte. Action delà soude carbonatée sur la fonte en fusion (MM. F. GiRARDETet R. Lelièvre). — Chaque fusion augmente la teneur centésimale en soufre de la fonte d’environ 40 p. 100. Il en résulte un accroissement continu de la teneur en soufre des boccages et, par suite, des moulages. Le problème de la désulfuration est donc essentiel. Les auteurs ont étudié la désulfuration de la fonte par le carbonate de soude, suivant la réaction indiquée par Berthier en 1830. Ils ont varié le mode d’introduction, la durée de contact, et la forme de la soude. Les résultats, obtenus en opérant les réactions dans l’avant-creuset giratoire Girardet, sont bien supérieurs à ceux que l’on obtient dans des poches ordinaires. L’action de la soude est complexe ; il se produit du sodium métallique qui réagit violemment sur les composés oxygénés et les sulfures; d’ou un affinage du métal, indépendamment de la désulfuration.
- Observations sur les essais de flexion statique des fontes (M. Guillemeau). — Les essais de flexion statiques des fontes permettent de constater que la flèche à la rupture des fontes perlitiques à graphite fin, c’est-à-d4re ayant d’excellentes caractéristiques mécaniques, est souvent plus faible que la flèche de fontes de qualité inférieure. Cette anomalie, déjà signalée à la Commission française des Essais des Fontes, a incité le commandant Nicolau et l’Ingénieur principal de Leiris, à proposer de remplacer dans le cahier des charges de la Marine, la valeur de la flèche à rupture par celle provoquée par une charge de 400 kg, qui servirait de critérium.
- L’auteur du mémoire a étudié de nombreux échantillons de résistances diverses avec la machine Guillery et a éliminé les erreurs du début de l’enregistrement (jeux, défauts d’usinage de l’éprouvette), en utilisant la partie du diagramme comprise entre 100 kg et 400 kg par la différence de flèche sous ces deux charges. Cette façon d’opérer a l’avantage de classer les échantillons suivant la valeur des modules d’élasticité et peut fournir des renseignements intéressants, les chiffres de spécifications, de contrôle et de réception.
- Étude de la malléable américaine traitée (M. Leroyer). — L’auteur rappelle le processus de la malléabilisation de la fonte et signale les structures défectueuses que l’on peut rencontrer dans les fontes trop aisément graphitisables. Le carbone
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- est précipité en réseaux correspondant à ceux de la ledeburite ; ce qu’on évite en diminuant la teneur en silicium et en activant le refroidissement après coulée. Par chauffage à une température supérieure à 730°, les malléables américaines normales donnent une solution de carbone dans le fer. Le mémoire donne des résultats d’essais mécaniques sur des malléables recarburées au four par cémentation avec du charbon de bois et du carbonate de baryum. La résistance à la traction est nettement augmentée.
- Graphitisations lentes aux températures modérées (MM. A. Le Thomas et F. Morlet). — L’essai prolongé au dilatomètre, l’examen de la structure, la réalisation d’essais mécaniques font entrevoir une graphitisation des fontes vers 430° ; en maintenant cette température au delà de 700 heures, des modifications de propriétés se font sentir. Les méthodes dilatométriques ordinaires ne révèlent pas cette transformation. Parmi les conclusions tirées de l’étude, il apparaît qu’il faut préciser l’allure du chauffage lorsqu’on fait état d’une température à laquelle la fonte graphitise et qu’il faut effectuer des essais prolongés pour vérifier l’absence de graphitisation dans une fonte donnée telle.
- Influence de la température de recuit sur la forme du graphite précipité (M. A. Le Thomas et Mlle Le Romancer). — L’examen au microscope précise que par chauffage à 700° d’une fonte blanche déterminée, le graphite précipite en éléments très fins qui se rassemblent en nodules. A 900°, il y a formation de poussières de graphite puis rassemblement rapide en formations lamellaires et en amas de formes mal définies. A 1.000°, la formation lamellaire s’accentue et à 1.100°, les lamelles continuent à grossir. Ces lamelles de graphite jouant un rôle néfaste, on voit l’intérêt des recuits à basses températures.
- Qualités et élaboration du métal pour moulage d’acier au four Martin basique (M. Roger). — Après avoir rappelé que l’emploi des pièces en acier moulé s’est beaucoup développé dans ces dernières années, l’auteur étudie les qualités que doit présenter l’acier pour réussir les moulages. Il montre l’importance du choix des matières premières de la charge, en prenant en considération : leur composition chimique, leur degré d’oxydation, ainsi que les additions (ferromanganèse, chaux, etc.)
- La partie délicate est l’affinage, car la composition varie d’une façon continue et il faut, pour arrêter l’opération, saisir le moment où les conditions chimiques et mécaniques imposées seront réalisées en même temps que les conditions calorifiques indispensables à la coulée et à la bonne venue des moulages. Le fondeur a seulement à sa disposition les analyses effectuées près des fours ou le pliage des éprouvettes. L’auteur préconise l’emploi d’éprouvettes ayant la forme de roues à 6 rais, grâce auxquels, en coulant le métal par le moyeu, et par son aptitude à remplir la coquille, on peut se faire une idée de sa coulabilité.
- alliages cuivreux.
- Les cupro-nickels au silicium (MM. Ballay et A. Le Thomas). — Les auteurs rappellent les propriétés particulières des capro-nickels qui les font employer dans la construction d’appareils à vapeur. Ils examinent l’influence de la teneur en étain et celle des facteurs de fonderie (température et vitesse de coulée, refontes, formes
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- de masselottes) sur la dureté de ces alliages. Le silicium à des teneurs inférieures à o p. 100 augmente très rapidement la dureté de l’alliage à Sn = 2; Cu = 48; Ni = 50 par exemple. Un second chapitre généralise l’influence du silicium sur divers cupro-nickels et donne les résultats d’essais de dureté à chaud.
- Les bronzes d'aluminium (M. Meihg). — Les bronzes d’aluminium sont intéressants en raison de leur légèreté alliée à des caractéristiques mécaniques élevées. Leur coulée présente quelques difficultés à cause de la forte retassure à la solidification; comme contre-partie de cet inconvénient, le métal passe de l’état liquide à l’état solide sans phase intermédiaire ce qui élimine les dangers de fracture à la jonction d’une section faible avec la masse. La contraction des cristaux à la solidification qui atteint 10 p. 100 du volume liquide produit en quelque sorte une compression analogue au corroyage des autres métaux, ce qui fournit des résistances à la traction comprises entre 60 et 80 kg/mm2.
- ALLIAGES D’ALUMINIUM.
- Quelques causes des défauts des alliages d'aluminium (M. Hanson). — L’auteur a surtout étudié l’absorption des gaz par l’aluminium. Dans le métal liquide, l'hydrogène est très soluble, ce qui fait que, dans la majorité des cas, les défauts peuvent être imputés à ce gaz. Il faut autant que possible éviter le contact du métal avec la vapeur d’eau dans le four (humidité du creuset, du revêtement, vapeur résultant de la combustion de l’huile ou du gaz). Les fours électriques donnèrent les meilleurs résultats.
- Des essais exécutés sur des lingots séjournant dans une atmosphère humide ont montré qua l’état solide l’aluminium absorbe des gaz, qui, à la coulée, augmentent le nombre des piqûres; d’où la nécessité de stocker les lingots au sec. On évite aussi l’absorption des gaz soit en traitant le métal avant coulée par l’azote ou le chlore, soit en prenant la précaution de bien choisir le four de fusion.
- L'amélioration de la santé des pièces en alliages d'aluminium (MM. Rowe et E. M. Gingerich). — Les pièces coulées en alliages d’aluminium peuvent présenter des défauts dus au retrait, et se traduisant par des retassures ou des microretassures, ou bien dus aux gaz occlus dans le métal et libérés lors de la solidification et produisant des piqûres.
- L’étude de tous les facteurs agissants permet de remédier à ces défauts : on coule aux plus basses températures possibles et en masselotte les pièces. Les auteurs envisagent l’emploi des épurants chimiques (chlore, chlorures volatils) pour dégazer le métal.
- Fours électriques ou fours à combustibles (M. Sonnino). — L’auteur compare les avantages techniques et économiques des fours électriques sur les fours à combustibles, qui font préférer les premiers pour la fusion des alliages d’aluminium; mais, pour la préparation des alliages mères, qui nécessitent l’obtention rapide de hautes températures (1.000° à 1.300°), le four à combustibles, plus souple, est à recommander.
- Résistance à la fatigue de quelques alliages d'aluminium de fonderie (M. R. Ca-zaud). — Une éprouvette de 140 mm de longueur est encastrée dans un mandrin
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- tournant à une vitesse de 3.000 t/mn; l’extrémité libre supporte une charge variable. La charge la plus faible qui, sous 100 millions d’alternances par exemple, ne produit plus la rupture est la limite de fatigue. M. Cazaud a tracé les courbes de fatigue en fonction des charges et du nombre d’alternances au moment de la rupture pour les alliages d’aluminium à 8 p. 100 de cuivre coulés en sable, à 12 p. 100 de cuivre coulés en coquille, et pour les alliages d’aluminium à o, 12 et 18 p. 100 de silicium coulés en coquille.
- QUESTIONS DIVERSES.
- La coulabilité des métaux et alliages (M. Albert Portevin). — L’auteur précise la distinction entre les notions de coulabilité et de fluidité, quoique ces deux qualités d’un métal fondu visent la rapidité de remplissage d’un moule; la fluidité est définie à une certaine température, tandis que la coulabilité, dépendant de conditions anisothermes, tient compte de toutes les causes perturbatrices rencontrées en fonderie, ce que M. Portevin appelle les facteurs de fonderie.
- Ces facteurs dépendent : du métal (de sa chaleur spécifique, de sa densité, etc.); — des conditions de coulée (température, vitesse de remplissage, position, nombre et sections des attaques); — de la pièce (poids, épaisseurs, étendue et courbure de sa surface extérieure); — du moule (température et nature du moule, sa porosité, son épaisseur, le mode de refroidissement); — du contact entre la pièce elle moule (état des surfaces du moule, enduits).
- Si on envisage la viscosité du métal, la tension superficielle agit à son tour; on voit donc que la viscosité n’intervient que partiellement. Pour qualifier la coulabilité d’un alliage on rend fixes certaines variables en coulant une éprouvette en forme de spirale dans un moule métallique de dimensions constantes par exemple.
- Avec la collaboration de M. Bastien, M. Poi tevin a étudié plus particulièrement l’influence de la température (de coulée et du moule) et des propriétés calorifiques du métal. Des formules traduisent les résultats. Une étude dégageant les lois essentielles a aussi porté sur l’influence de la composition de l’alliage sur la coulabilité.
- Prévention des accidents du travail en fonderie (M. Ageron). — La nécessité de cette prévention est impérieuse : en France le nombre des accidents est passé de 474.000 en 1911 à 2.041.898 en 1928. A la Société des Hauts Fourneaux de Pont-à-Mousson, la lutte contre les accidents dispose de moyens tels que l’affichage ou le haut parleur qui donne, à l’entrée des ouvriers dans l’usine des avis et commente les derniers accidents; des moyens techniques sont aussi mis en œuvre (vêtements de protection).
- Durée des lingotières d'aciéries (MM. J. Durand et J. Vernay). — Le nombre de coulées que permet une lingotière est un facteur qui n’est pas négligeable dans le prix de revient de l’acier. MM. Durand et Vernay se sont attachés à cette question en prenant en considération la nature du métal constituant la lingotière sans s’occuper de sa forme. Les conditions de travail étaient identiques dans toutes les lingotières d’essayages. Les résultats d’atelier ont confirmé les expériences faites au laboratoire en vue de caractériser le gonflement des fontes. Les fontes au nickel-chrome ayant une grande stabilité thermique, partant une précipitation du graphite réduite au minimum, ont un gonflement très faible; elles conviennent donc pour accroître la durée de service des lingotières.
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- Application en fonderie d’acier des fours électriques acides (M. Lemoine, professeur à l’Ecole supérieure de Fonderie). — L’emploi du four électrique tend à se généraliser, car si les charges de riblons tout venant, de composition mal définie, doivent être fondues au four basique, le prix d’achat actuel étant bas, le four élem trique acide permet des économies importantes sur le prix de revient des opérations. En effet, le garnissage acide supporte des tensions secondaires plus élevées, pour une même intensité que le four basique ; les puissances mises en jeu sont donc plus fortes, partant les opérations accélérées, d’où bénéfice sur la main-d’œuvre et sur les réfractaires. On sait en effet qu’une voûte ne court de risques que pendant la troisième heure de la fusion et que, dans le four acide, où les opérations durent 2 heures au maximum, ce risque disparaît.
- Production des fontes de haute qualité par surchauffe et affinage au four àinduc-tion à fréquence normale (M. A. Levasseur). — La surchauffe au four électrique de la fonte provenant du cubilot présente des avantages techniques et économiques. Jusqu’à présent, on marchait en « Duplex » avec un four à arc; mais, dans des cas déterminés, il est plus intéressant d’utiliser un four à induction; toutefois, parmi ces fours, il y a lieu de choisir entre ceux qui sont sans noyau, à hautes ou moyennes fréquences et ceux qui sont à noyau magnétique de fréquences normales. C’est ce dernier type de four qui a permis de résoudre le problème suivant. Dans une fonderie travaillant seulement 48 heures par semaine, surchauffer à 1.600° un prélèvement journalier à des cubilots de 8 t, avec éventuellement additions de ferros. Après avoir mis tous les facteurs économiques en concurrence avec le foui- à arc, le bilan récapitulatif est en faveur du four à induction.
- Dilatation des moules et noyaux en sable (M. J. Varlet). — La valeur des épaisseurs que l’on s’était fixées dans une pièce noyautée paraît quelquefois en contradiction avec les règles habituelles du retrait du métal. On constate que les noyaux longs entourés d’une épaisseur de métal suffisante ont des allongements qui n’étaieut pas prévus dans le moulage. C’est pour éclaircir cette question que l’Association technique de Fonderie belge a tracé les courbes de dilatation de tous les sables à noyaux contenant des agglomérants divers.
- Les facteurs techniques d’instabilité particuliers aux fonderies trop spécialisées (M. de Fleury). — Les usines les mieux dirigées sont sujettes à des fléchissements périodiques dans la qualité de la fabrication. Les causes de ce phénomène échappent souvent au contrôle, car on a l’habitude de s’attacher plutôt aux facteurs d’équilibre. Ces troubles sont surtout néfastes aux fonderies spécialisées dans la fabrication d’un seul article, car si le rebut provient de la dégradation d’une qualité particulière du métal, la perte ne sera pas totale dans une usine ayant plusieurs fabrications dont certaines moins exigeantes peuvent s’accommoder du métal rebuté.
- Les facteurs de dépréciation dépendent du nombre de refusions; ils sont traduisibles par des formules, des abaques qui définissant les tolérances minima compatibles avec une fabrication de première zone, et donnent en même temps les possibilités d’organisation d’une fabrication de deuxième zone.
- Les sables agglomérés à noyaux (M. Doskocil). — L’auteur passe en revue les divers agglomérants (huile de lin crue ou cuite, goudron de bois, vernis, glutrin, mélasses, amidon) en signalant les avantages et les inconvénients de chacun d’eux.
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- CONGRÈS MONDIAL DE FONDERIE (PARIS, 13-18 SEPTEMBRE 1932). 319
- ainsi que leur mode d’obtention. Ces agglomérants sont mélangés en proportions variables au sable siliceux en vue d’obtenir des noyaux possédant une cohésion et une perméabilité suffisantes, avec de belles surfaces et des arêtes vives.
- La soudure autogène et la fonderie (M. R. Granjox). — Un lien étroit unit la soudure autogène et la fonderie car toutes deux pratiquent la fusion. Un tableau synoptique résume dans le mémoire tous les moyens qui permettent la fusion des métaux en vue de leur soudure. La communication vise les avantages que peut retirer le fondeur de l’emploi de la soudure autogène; ils sont nombreux : reprise de poches, manques, soufflures, réparation de pièces brisées. Une application peu connue est l’oxy-coupage de la fonte pour sectionnement des pièces épaisses.
- Les liants hydrauliques en fonderie (M. L. Maillard). — Les moules obtenus par le mélange de sable siliceux et de ciment humidifié sont aptes à recevoir les métaux en fusion et donnent des pièces très saines grâce à la grande perméabilité du matériau. Pour la coulée, il suffit que le ciment ait fait prise, la perméabilité assurant le dégagement rapide de la vapeur d’eau formée. Ce genre de moulage s’apparente donc plutôt au moulage à vert qu’au moulage étuvé; d’ailleurs, la compressibilité des moules est supérieure à celle des moules argileux étuvés. Néanmoins, la réussite des pièces suppose l’observation d’un pourcentage déterminé de l’eau de gâchage; par exemple le mélange de 100 parties de sable siliceux avec 13 parties de ciment Portland doit être additionné de 7 à 10 parties d’eau, pour donner la perméabilité optimum. Pour 20 parties d’eau, la consistance plastique serait maximum, mais la perméabilité nulle. Avec 8 p. 100 d’eau, un séchage de 48 heures donne au mélange précédent une résistance de 40 kg/cm2.
- M. Maillard mesure la perméabilité des moules au moyen d’une ventouse en caoutchouc reliée à une bouteille de gaz comprimé ; la pression du manomètre après le détendeur indique la variation de perméabilité. Les sables au ciment s’emploient aussi avec succès pour confectionner les noyaux.
- Le dictionnaire international de fonderie (M. J. M. Espana). — La création de ce dictionnaire fut projetée en 1913 par M. Lamoureux, lors d’un congrès de l’Association technique de Fonderie; ayant reçu les-encouragements de M. Portevin, l’A. T. F. nomma une commission dont l’activité est concrétisée aujourd’hui par la signification en français, en espagnol et en portugais de tous les termes de fonderie, et le sera encore prochainement par la publication d’un dictionnaire de fonderie établi en neuf langues avec croquis explicatifs.
- Remplissage des moules et calcul des jets de coulée (M. T. Miaskowski, de l’Association technique de Fonderie de Pologne). — La réussite d’une pièce de fonderie dépend dans une certaine mesure de la façon dont s’efFectue le remplissage du moule. Ce facteur prend surtout de l’importance dans la coulée de pièces de grandes dimensions ou de formes compliquées. M. Miaskowski a étudié les caractéristiques desjets de coulée pour assurer le remplissage du moule à une certaine vitesse déterminée par la nature du métal. En tenant compte des pertes de charge résultant de la contraction de la veine liquide après l’entonnoir, de la longueur des canaux et de leur changement de direction, l’auteur donne des formules avec la valeur des coefficients; il a résolu la question pour de nombreuses pièces en fonte et en aluminium. Ce travail est une contribution à la normalisation des coulées.
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- NOTE BIBLIOGRAPHIQUE. — MAI 1933.
- Alliages d'or, d'argent et de nickel (M. F. Renaud). — L’addition de nickel à l’or fait passer la couleur du jaune au blanc; l’action blanchissante du nickel se fait sentir à partir de 25 p. 100. La résistance à un agent chimique est fonction de la teneur en or et aussi de la structure de l’alliage, laquelle peut être modifiée par des traitements thermiques. Utilisés en joaillerie en raison de leur aspect et de leur très bonne résistance à l’usure, ces alliages peuvent aussi avoir des usages industriels lorsqu’ils sont additionnés de 6 à 10 p. 100 de zinc.
- Le nickel allié à l’argent fournit des alliages monétaires à bas titre dont la mise au point a été faite par MM. Guillet, Petit el Gournot.
- Les récents progrès de la cémentation métallique (M. Laisses). — La cémentation ne désigne pas seulement la diffusion inlersolide du carbone dans le fer, mais, dans un sens plus général, l’action mutuelle de deux corps solides quelconques en vue de leur pénétration et à une température telle que l’un des deux corps soit au moins solide. Le problème de la cémentation fournira des solutions intéressantes pour la protection des métaux contre la corrosion et l’oxydation. Après avoir fait l’historique de la cémentation, l’auteur rend compte de ses recherches personnelles sur la cémentation du fer et de l’acier par le chrome et par le tungstène; il donne ensuite les résultats de la cémentation métallique du fer à différentes températures ainsi que celle du cuivre et d’autres alliages.
- NOTE BIBLIOGRAPHIQUE
- Charles Tellier et le VIe Congrès international du Froid à Buenos-Aires en 1932.
- L’Institut international du Froid ayant décidé, en 1923, que des congrès internationaux se succéderaient dorénavant tous les quatre ans, le quatrième de ces congrès eut lieu à Londres en 1924, le cinquième à Rome en 1928, et le sixième à Buenos-Aires en 1932. A cette occasion, on rappela la mémoire de Charles Tellier, initiateur de la gigantesque industrie des transports frigorifiques, dénommé le père du froid, sur motion de la délégation argentine, lors du premier Congrès international, tenu à Paris en 1908.
- Une manifestation émouvante et grandiose, pendant le congrès de 1932, se produisit lors de l’inauguration officielle d’une plaque commémorative apposée, en l’honneur de Charles Tellier, sur le vaste frigorifique municipal de Buenos-Aires.
- Cette inauguration eut lieu en grand apparat devant tous les congressistes et un important concours de population, où l’on remarquait de nombreux ouvriers du frigorifique municipal. Le Sous-Secrétaire au Ministère argentin de l’Agriculture, le Dr Marenco, fit un vibrant éloge de l’œuvre de Tellier et des profits qu’en ont tirés tous les pays. Le président de l’Association française du Froid, M. J.-H. Ricard, fit l’historique des travaux de l’inventeur et rappela que, dès son premier transport maritime, en 1876, l’Argentine et l’Uruguay lui apportèrent une collaboration d’autant plus précieuse que les difficultés techniques à vaincre étaient renforcées d’hostilités redoutables. On trouvera le discours de M. Ricard ainsi que des détails sur le congrès, dans la Revue générale du Froid et des Industries frigorifiques de novembre 1932.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOUR. POUR L’iNDUSTRiE NATIONALE. — MAI 1933 (p. 321).
- LES MACHINES EXTÉRIEURES DE FERME. CONDITIONS DE TRAVAIL. PROGRÈS RÉALISÉS RÉCEMMENT DANS LEUR CONSTRUCTION
- ET LEUR EMPLOI
- par M. Marcel Lierman, Ingénieur agronome, agriculteur.
- Nous envisageons l’ensemble des machines qui travaillent à l’extérieur, c’est-à-dire qui sont soumises aux conditions météorologiques diverses, aux intempéries en général. Ces machines comprennent la majorité des outils dont se servent les agriculteurs.
- Il faut entendre par machine non seulement l’outil travaillant, mais également le moteur qui l’actionne, que ce moteur soit vivant ou mécanique.
- Il y a lieu de ne pas considérer uniquement la machine utilisée dans le champ, mais accessoirement le même instrument se déplaçant sur les chemins; il est, en tout cas, indispensable d’envisager le problème sous cet angle, lorsqu’on étudie les tracteurs mixtes pour travaux et pour transports et aussi lorsqu’il s’agit d’instruments de charrois qui doivent servir successivement en plaine et sur route.
- Dans la présente étude, nous nous occuperons surtout des machines travaillant dans les champs.
- CONDITIONS DE TRAVAIL.
- Quoique les constructeurs aient conçu des types adaptés aux différentes régions, il n’empêche que les conditions d’utilisation dans un même pays sont très différentes.
- Il y a des conditions de sol fort diverses du fait de la nature géologique ou de l’inclinaison du terrain par exemple, et de l’époque où l'on travaille.
- Il y a des conditions des plantes qui diffèrent, soit que, pour une moissonneuse-lieuse, la céréale soit versée ou droite, soit que, pour une charrue, la plante retournée ait de nombreuses racines (luzernes) ou en ait peu (céréales), etc.
- A ces conditions diverses du sol et des plantes, qui déjà peuvent se combiner pour constituer toute une gamme des milieux différents où l’on opère, viennent s’ajouter les conditions météorologiques variables, humidité, sécheresse, froid, vent, etc.
- L’outil doit donc être particulièrement bien étudié ; et l’on peut malheureusement affirmer qu’en beaucoup d’endroits, le matériel n’est guère adapté aux conditions moyennes d’utilisation.
- En outre, ces outils des champs ont toujours une très courte durée d’emploi dans l’année. Il faut donc qu’ils ne représentent pas une charge de capital trop élevée.
- CONDITIONS A REMPLIR PAR LES MACHINES.
- La plante, pour la production de laquelle a été en définitive créée la machine, est un être vivant; son évolution est constante, et nous savons tous qu’il y a un moment optimum auquel doit être effectué un travail agricole déterminé. Il s’agit donc, lorsqu’on donne une façon au moment opportun, d’y procéder extrêmement 132e Année. — Mai 1933. 22
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- NOUVELLES MACHINES EXTERIEURES HE FERME.
- MAI 1933.
- vite : voilà en effet, la première qualité d’une machine extérieure : permettre d’opérer rapidement.
- Rappelons-nous que, par exemple, une betterave semée ou démariée en retard perd une certaine quantité d’énergie solaire, qu’elle ne retrouvera jamais, et que la récolte, toutes choses égales d’ailleurs, reflétera ce gaspillage d’énergie en accusant un rendement moindre.
- Il faut, en outre, évidemment, que le travail soit bien exécuté, et ce, à des conditions relativement peu onéreuses.
- Bien, vite et pas cher ne sont, au premier abord, guère conciliables; mais il ne faut surtout pas sacrifier la qualité essentielle à rechercher l’excellence du travail.
- Le travail étant supposé bon, il est, en beaucoup de cas. nécessaire de n’envisager qu’en dernier lieu la question du prix de revient. En agriculture, il y a des moments où les frais de production ne devraient pas intervenir; un travail effectué en temps, grâce à l’emploi d’une machine donnée, a une valeur inappréciable, car la récolte compensera largement les sacrifices pécuniaires consentis.
- Telles sont les conditions primordiales que doit remplir une machine.
- Accessoirement, il faut que l’on puisse compter sur l’outil considéré, c’est-à-dire qu’il soit robuste, facile à mettre en marche, et d’un entretien ni trop compliqué ni trop onéreux. Il faut également que sa conduite ne soit pas trop difficile, que le poids total n’en soit pas trop élevé, de façon à être maniable dans tous les terrains, et en tout cas, qu’il ne « gâche » pas la terre.
- LES MOTEUIUS DES MACHINES.
- Il est bien rare que le moteur fasse partie intégrante de la machine; plus rarement encore, il est en dehors de la pièce de terre, ou sur une de ses rives pour tirer à lui l’outil. En thèse générale, le système se compose : lu du moteur, 2° de l'outil tiré, car cet outil travaille par son déplacement, et le moteur l’actionne en se mouvant sur le champ.
- On peut donc dire que l’étude du moteur a une importance primordiale pour la machine extérieure.
- Ces moteurs doivent, à leur tour, remplir certaines conditions; il doivent :
- 1° Etre bien adaptés au travail que doit effectuer l’outil, c’est-à-dire développer une puissance correspondante à celle que nécessite la traction ;
- 2° Pouvoir, sans endommager la terre, se déplacer rationnellement sur celle-ci;
- 3" Se déplacer à la vitesse optimum ;
- 4° Etre faciles à conduire;
- 5° N’ètre pas d’un achat trop élevé;
- 6° Ne pas demander des réparations trop coûteuses;
- 7° Leur prix de revient (combustible, personnel, amortissement) ne doit pas être prohibitif.
- Ces machines sont, suivant les cas, des animaux (chevaux, bœufs, quelquefois vaches) ou des moteurs (à vapeur, électriques, à huile lourde, à pétrole ou à essence).
- Rappelons que c’est le tracteur qui doit être adapté à l’outil et qu’il ne faut pas demander l’inverse comme on le croit parfois. Cet outil, en effet, a été conçu pour un travail donné: il exige, pour l’exécuter dans des conditions générales moyennes, un moteur : c’est ce moteur qu’il faut trouver.
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- NOUVELLES MACHINES EXTÉRIEURES DE FERME.
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- LES CIRCONSTANCES ÉCONOMIQUES EXIGENT UN ÉQUIPEMENT PARFAIT ET RATIONNEL DU MATÉRIEL EXTÉRIEUR DE FERME.
- Actuellement, en plus de ces conditions auxquelles les machines extérieures sont constamment assujetties, interviennent des circonstances économiques qui exigent que les fermes soient équipées rationnellement. Il faut reconnaître que, dans l’industrie, de grands progrès ont été réalisés dans l’outillage qui est souvent assez moderne; mais en agriculture on est extrêmement en retard; on n’y achète qu’avec parcimonie, et en général trop tard, les machines nouvelles; on conserve trop longtemps, et en mauvais état, les machines usagées alors qu’elles ne conviennent plus aux conditions du travail; les moteurs ne sont presque jamais adaptés aux échines.
- Daa& la présente période de crise, on ressent encore plus vivement l’influence néfaste do retard considérable de l’agriculture. 11 faut cependant être bien imbu de cette idée q^o l’un des moyens de pouvoir continuer à produire en France n’est pas d’exiger toujomtS-le même prix de vente, mais surtout d’essayer, par tous les moyens possibles, de diminuer le prix de revient.
- L’agriculture est une industrie qui occupe en général une importante proportion de main-d’œuvre. Il faut donc que son personnel travaille avec des outils rationnels et économiques.
- Il y a de grandes difficultés à réaliser cet équipement; en premier lieu, il serait nécessaire de connaître exactement les outils convenant le mieux dans une région déterminée, pour un travail donné; ensuite l’agriculteur est soumis aux propositions des vendeurs isolés ou groupés, et achète souvent de nouveaux instruments qui ne sont pas de circonstance; en troisième lieu, et surtout, ce n’est guère au moment où l’agriculture est en période de crise qu’il faut demander aux chefs d’exploitation d’engager des capitaux pour l’amélioration du matériel.
- On devrait se repentir amèrement de ne jamais avoir engagé l’agriculteur à diminuer ses prix de revient, grâce à des mesures parmi lesquelles figure au premier plan l’équipement rationnel de l’exploitation.
- Voilà très brièvement résumées toutes les - conditions qui devraient régir la construction d’une part, l’achat et l’emploi d’autre part, des machines extérieures de ferme.
- VOIES OU SE SONT ENGAGÉS DERNIÈREMENT LES CONSTRUCTEURS.
- Remarquons tout d’abord qu’une tendance très fâcheuse, longtemps admise chez les constructeurs, a consisté à établir des machines, séduisantes certes, mais qui étaient surtout différentes de celles qui existaient, de façon à pouvoir les vendre facilement; elles étaient souvent conçues par un mécanicien qui construisait sans avoir tenu compte du désir et des besoins du praticien.
- Heureusement, cette tendance a diminué dernièrement et les industriels ne construisent plus actuellement qu’en vue d’un progrès technique ou économique désiré par l’usager.
- En premier lieu, on voit que les tracteurs de toutes sortes, mais surtout les tracteurs légers, sont de nouveau en faveur auprès des agriculteurs. L’animal reste, il est vrai, le moteur de base de la culture; en revanche, on ne trouve plus guère
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- NOUVELLES MACHINES EXTÉRIEURES DE FERME. — MAI i 933.
- d'exploitation où il n'y ait un tracteur servant d'outil de renfort, ou d’appoint au moment où les travaux pressent. C'est là une excellente formule, que nous ne pouvons que faire nôtre. Voilà donc une voie tout indiquée pour les usines.
- On a construit aussi beaucoup de machines de coupe : lieuses, faucheuses, machines d’arrachage (arracheuse de betteraves), matériels de réalisation (moissonneuse-batteuse). Est-ce parce que ces instruments ont en général besoin d’être actionnés par des tracteurs que beaucoup de maisons vendent en même temps? Est-ce parce que ces machines de récolte s’usent plus vite que les autres, et que leur remplacement s’impose, tandis qu’on ne procède jamais pour ainsi dire, à l’achat d'une charrue, d’une herse, ou d’un croskill neuf? Est-ce parce que c’est à la récolte que le cultivateur désire aller au plus vite, et que c’est à ce stade que lui apparaît le mieux l’avantage de la machine? Est-ce aussi parce que ces instruments sont en général d’un prix élevé, donc d’un bon placement? Je l’ignore; mais je constate que c’est dans celte catégorie que s’est porté tout l’effort.
- Les machines de préparation de terre nous offrent quelques nouveautés : c’est probablement parce que beaucoup de maisons américaines s’inspirent, pour les adapter chez nous, des outils employés là-bas, où la culture consiste surtout en façons superficielles. Je citerai les pulvériseurs et les charrues à disques, les extir-pateurs.
- Constatons que les progrès sont en général réalisés sur des outils mus par tracteur; cela est très regrettable car la petite culture, qui est la majorité en France, ne peut guère en profiter.
- Je crois devoir signaler l'effort de nos constructeurs pour les transports : c’est à juste raison qu’ils ont essayé d’améliorer ce poste des frais de production qui est des plus importants : qu’il s’agisse du transport de fourrages après leur chargement rationnel, du transport de la moisson, de son transport simplifié par l’emploi de la moissonneuse-batteuse1, et surtout du transport de matières lourdes et difficiles telles que les betteraves.
- Remarquons que nous voyons peu d’efforts eu Mie de diminuer les frais de charroi du fumier : c’est compréhensible car il s’agit d’un travail qui ne presse guère; tout autre, en revanche, est le problème du transport d’une récolte qu’il faut effectuer dans le plus bref délai.
- Phi résumé, cette analyse très rapide nous montre que les efforts des constructeurs ont porté spécialement sur les matériels destinés à l’exécution des travaux coûteux, ou qui doivent être exécutés à temps. La machine a donc été l’instrument qui permet d'aller vite plutôt que celui qui permet de mieux opérer. Le tracteur, s’il est employé avec cet outil, augmente encore la qualité recherchée, c'est-à-dire la rapidité d’exécution. •
- LE POINT DE VUE DU PRATICIEN.
- Nous revenons là à l’idée que ces machines nouvelles et perfectionnées ne doivent être employées que par certains praticiens, et ne réalisent pas forcément un progrès pour tous.
- Il faudra que l’agriculteur enclin à acheter fasse un tour d’horizon rapide sur ses besoins, ses disponibilités et les conditions dans lesquelles il se trouve : il devra être bien imbu de l’idée que l’agriculture est non seulement une industrie de travail aux champs, mais aussi de transport, et qu’il ne faut donc pas négliger les
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- instruments de charrois indispensables à un moment donné ; il devra se souvenir que dans une ferme, les moyens de travail doivent certes, être suffisants, mais non trop abondants; sinon ce serait alors une charge de capital extrêmement lourde qui viendrait augmenter beaucoup les frais généraux.
- Il faudra surtout qu’il prenne garde à l’équilibre nécessaire des travaux dans son exploitation au cours de l’année, étant donné l’assolement suivi : il ne faut, à aucun prix, détruire cet équilibre, car il en résulterait un excès ou un manque de main-d’œuvre à certains moments ; également des chevaux à l’écurie à d’autres époques : bien loin d’être une économie la machine aurait grevé l’exploitation.
- Dans certains cas, il devra se souvenir qu’il n’est guère intéressant de remplacer un homme par une machine, par exemple pour le semis du nitrate sur les blés au printemps; pour un binage supplémentaire sur des betteraves en dernière façon, si l’on dispose d’un personnel abondant.
- C’est pourquoi le constructeur, même s’il a suivi les conseils du praticien pour la réalisation de sa machine, même si cette machine marche très bien, peut parfois ne pas en trouver un débouché assuré, s’il a en face de lui un acheteur qui voit, comme il doit le faire, les questions dans leur ensemble, c’est-à-dire au point de vue de l’économie générale de son exploitation.
- RÉALISATIONS RÉCENTES DES CONSTRUCTEURS ET DES USAGERS.
- Tout d’abord dans les tracteurs; différentes conceptions s’affrontent : le tracteur à roues ou à chenilles; le matériel très gros, le moyen ou le petit; le tracteur à huile lourde ou à essence. Ce sont là des appareils tracteurs d’outils proprement dits; mais il subsiste toujours les appareils de* travail mécanique dont le moteur est à vapeur ou électrique.
- Dans les outils de façons superficielles, rappelons les charrues multisocs à relevage automatique, les cultivateurs de toutes formes, les charrues à disques, les pul-vériseurs, les déchaumeuses diverses.
- Dans les outils de semis de graines, les nouveaux semoirs à tracteur, de très grande largeur, parfois avec siège, devant être tirés par des moteurs mécaniques.
- C’est surtout dans le chapitre de la coupe des fourrages et des céréales que nous trouvons des conceptions nouvelles : celle de la traction directe pour les lieuses, application qui rend actuellement de si grands services, en permettant de couper facilement des moissons versées, et surtout dans des conditions de récolte douteuses.
- On voit également les efforts portés sur la mise en meules des fourrages, sur leur engrangement.
- A la récolte des racines, des progrès sont sans cesse apportés, dans l’arrachage et de décolletage des betteraves par exemple.
- C’est dans les moissonneuses-batteuses, dont l’usage tend à se répandre dans notre pays ces temps derniers, que nous voyons le plus de progrès s’accomplir.
- Le transport des matières lourdes, difficile, extrêmement onéreux, a été l’objet de recherches en ces années dernières. Une première solution est celle qui consiste dans l’emploi de tracteurs pouvant se déplacer à la fois dans les champs et sur route, et remorquant des chariots ou tombereaux ordinaires ; une seconde solution est celle du vieux système de la voie de 0,60 m ou 0,40 m rajeunie grâce à l’emploi de wagonnets montés sur chenilles,
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- NOUVELLES MACHINES EXTÉRIEURES DE FERME. — MAI 1933.
- EXEMPLES DE RÉSULTATS OBTENUS.
- Dans cette étude très rapide, je choisirai les exemples suivants : lü Labours électriques ou à vapeur comparés aux labours à chevaux; 2U Examen des différents systèmes de tracteurs ;
- 3" Les nouvelles méthodes de déchaumage;
- 4° La rentrée de la moisson par un tracteur routier léger;
- 5° Le transport des betteraves par voie de 0,60 m ;
- 6° L’économie de l’emploi d’une moissonneuse-batteuse.
- Labours électriques ou à vapeur comparés aux labours à chevaux.
- Autant il y eut de progrès ces temps-ci dans le groupe des tracteurs proprement dits, autant celui des matériels à vapeur ou à électricité « marqua le pas ». Pourquoi la stagnation de ces machines, en général très grosses, pouvant exécuter un travail considérable dans des conditions acceptables ?
- C’est, il faut le dire, d’une part une question de prix de revient pour la vapeur et l’électricité, et en plus une question de technique, pour cette dernière énergie. En général, en effet, les matériels à moteurs électriques sont des appareils difficiles à construire pour être assez robustes étant donné le travail qu’on leur demande. Ils coûtent souvent très cher, et nécessitent beaucoup de frais. Nous connaissons certains de ces instruments qui ont dû être abandonnés en raison du prix énorme' total, auquel revenait l’hectare labouré, et dans certaines régions pourtant puissamment électrifiées, ou assiste à ce fait paradoxal : des machines à vapeur labourant sous des lignes électriques.
- Le labour à vapeur, lui, est réalisé depuis longtemps au point de vue mécanique ; mais il ne peut être employé par l’agriculteur que comme moyen supplémentaire, soit pour les travaux nécessitant beaucoup d’énergie, comme les gros labours, soit pour les façons superficielles à l’aide d’outils menant une très grande largeur.
- Le fait d’être obligé d’apporter 1.000 litres et 350 kg do charbon par hectare, vient diminuer énormément l’intérêt de l’économie d’attelages, et augmente beaucoup le premier prix de revient à l’heclare qui est d’environ 8 fr par centimètre de profondeur du labour.
- Par jour un matériel à vapeur travaille 4 lia qui sont faclurés à 240 l'r l’un.
- soit.................................................................
- Il faut 350 kg de charbon par hectare soit : 1.500 kg par jour à 200 fr les
- 1.000 kg. ...........................................................
- II faut pour apporter l’eau 2 attelées de 4 chevaux chacune soit, au total,
- 2 hommes à 20 fr...................................... 40,00 ) .
- plus S chevaux à 20 fr................................ 160,00 j 801
- fr
- 1)00,00 300,00
- 200,00
- Total par jour
- Soit : —é,—= 365 fr par hectare.
- 1.400,00
- Évaluons le même travail fait à l’aide de chevaux : il faut 2 hommes et 8 chevaux coûtant 160 fr qui laboureront 40 ares; soit par hectare 400 fr.
- Les prix de revient sont par conséquent sensiblement les mêmes. Avec les matériels électriques, il faut demander beaucoup [dus cher pour une exploitation rationnelle.
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- Je signale toutefois qu’au point de vue de la qualité du travail, il y a une grande différence en faveur du système électrique : un labour électrique est tout à fait comparable à un labour à bœufs; tandis qu’un labour à vapeur a besoin d’être très soigné pour ressembler au travail des animaux.
- Les différents systèmes de tracteurs.
- a) Le tracteur doit pouvoir aborder les terres de bonne heure au printemps, aussitôt, sinon avant, que les animaux, pour effectuer les façons superficielles. La pratique montre que cette condition est primordiale. Or, nous savons que le tassement des roues est bien supérieur à celui des chenilles; nos préférences vont donc très nettement à la chenille. L’entrepreneur de travaux à façon peut raisonner autrement car ce qui l’intéresse c'est surtout d’effectuer des déchaumages et des labours.
- Le prix d’achat du tracteur à chenille est plus élevé que celui du tracteur à roues; il nécessite aussi plus de réparations, demande un graissage plus soigné et surtout plus long.
- b) Faut-il ou non posséder un gros tracteur? Il faut, nous l’avons vu, que le matériel tracteur soit approprié au matériel tiré; nous conseillons donc d’acheter de gros tracteurs s’il est possible d’y atteler des outils puissants, ou un ensemble d’instruments qui permettent d’utiliser l’effort de traction disponible. Il faut surtout que les conditions d’utilisation du tracteur aux différentes époques de l’année permettent constamment de se servir de ce gros matériel; autrement, je n’hésiterai pas à dire qu’il vaut mieux acheter deux petits tracteurs qu’un gros, quoiqu’au premier abord cette solution paraisse plus coûteuse, puisqu’elle nécessitera par exemple les services de deux conducteurs; mais on aura par ailleurs une bien plus grande souplesse d’utilisation; on aura également la faculté d’emploi en deux lieux différents de la ferme, ce qui présente parfois un grand intérêt.
- c) Faut-il choisir le moteur à huile lourde, à pétrole ou à essence? C’est sur ce point qui pourtant, à notre avis, devrait passer en dernier lieu, qu’on a discuté le plus. La question est de disposer d’un tracteur sur lequel on puisse absolument compter le jour où l’on en a besoin; il le faut robuste, sûr. et de mise en marche rapide.
- Le prix de revient ne doit être envisagé qu’ensuite; du reste, le prix d’achat d’un moteur à huile lourde est en général plus élevé que celui du moteur à essence. Il a moins fait ses preuves, il durera probablement moins longtemps : il faut donc peser tous ces arguments en regard du prix du carburant moins élevé, pour l’instant du moins.
- Nouvelles méthodes de déchaumage.
- Les déchaumages ont fait de grands progrès; cela tient à ce que les entrepreneurs de travaux à façon ont depuis longtemps demandé aux constructeurs d’étudier de nouveaux systèmes pour leur permettre d’effectuer leurs travaux préférés. Cette réalisation a du reste été facilitée parce que les outils employés pour ce travail (charrues à disques) existaient déjà en Amérique du Nord.
- Constatons que les progrès réalisés sont considérables : le travail de la terre, grâce à ces instruments, n’est nullement comparable à celui des socs déchaumeurs, ou de petites charrues ou de canadiens. On obtient, à l’aide de ces nouveaux outils,
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- exactement ce qu’on doit demander au déchaumage : décapage extrêmement superficiel, pulvérisation de la terre, sectionnement de toutes les plantes adventices, terre fine permettant la levée des mauvaises graines, et empêchant la dessiccation du sol; ces machines, qui nécessitent beaucoup d’énergie, ne peuvent être actionnées que par un tracteur. Elles peuvent en outre attaquer une terre relativement sèche qui résisterait aux autres outils, permettant donc de prolonger la période de déchaumage; or, on sait par ailleurs l’importance primordiale du déchaumage sur la récolte suivante.
- La rentrée de la moisson par un tracteur routier léger.
- La question du transport moins onéreux de la moisson peut être en partie résolue actuellement par les exploitations qui peuvent se munir d’appareils de transports automobiles choisis. Il y a déjà longtemps que dans notre ferme nous nous sommes servis d’un avant-train tracteur et d’un ensemble de remorques pour remplacer une ou deux équipes de rentrée de moisson. Le tracteur s’attelait successivement sur chacune des remorques qui avait été chargée dans la pièce, tirée alors par une attelée de trois chevaux, de moyette enmoyette, et ce jusqu’au bord de la route.
- Le chargement d’une remorque (plus grande mais à ridelles moins hautes que celles d’un chariot ordinaire) durait 15 minutes, son déchargement le même temps. Le Lravail marchait donc très bien à l’aide de trois remorques, si le trajet aller et retour y compris les manœuvres, du reste très rapidement exécutées, ne dépassait pas ce temps de 20 minutes. Puisque sur imite, le tracteur peut atteindre, en tirant sa remorque chargée, 12 km/h, on voit que le lieu de déchargement peut facilement se trouver à 2 km. Or dans ce cas, par la méthode du chariot, il faut 4 attelées. Voyons donc les prix de revient comparés des deux systèmes :
- Prix de revient par tracteur routier : a) Prix de revient kilométrique :
- fr
- Amortissement. Le tracteur et sa remorque coûtent, 30.000 fr à amortir en
- a ans soit, pour un trajet moyen de 10.000 km par an.................... 1,00
- Réparations. Forfait : la moitié de l’amortissement, soit.................. 0,30
- Pneumatiques. 12.000 km pour 2.300 fr soit, par kilomètre.................. . 0,21
- Bandages remorque. 15.000 km pour 3.000 fr soit, par kilomètre............. 0,20
- Essence. Par 100 km, 33 litres à 1,70 fr soit, par kilomètre............... 0,59
- Huile. Par 100 km, 0,3 litre à 8 fr soit, par kilomètre.................... 0,04
- Total........... 2,54
- b) Prix de la journée de tracteur : Si le tracteur fait 100 km par jour, cette journée reviendra à
- fr
- 254,00
- Prix du personnel et des animaux nécessaires dans le cas du tracteur :
- 1 conducteur de tracteur à 28 fr
- 2 chargeurs fourcheurs à 22 —
- 2 — déchargeurs à 20 —
- 3 chevaux à 20 —
- 28,00
- 44,00
- 40,00
- 60,00
- 172,00
- Le prix de revient total de la journée par tracteur est donc au total de. . . 426,00
- Prix de revient par chariots :
- fr
- 4 équipes de 4 chevaux à 20 fr........................................... 320,00
- 4 charretiers et 2 fourcheurs à 22 fr..................................... 132,00
- Amortissements et réparations ; 4 chariots à 23 fr........................ 100,00
- Total........... 552,00
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- L’économie en faveur du système de l’avant-train tracteur ressort donc à 532 — 426 =: 126 fr, soit environ 22 p. 100 du prix de la rentrée par chariots et animaux.
- Il y a lieu d’ajouter que, dans des cas plus favorables, on peut, à l’aide d’un tracteur et 5 remorques, remplacer 2 équipes de rentrée et l’économie réalisée alors, atteint 50 p. 100 du prix de rentrée ordinaire.
- Transport des betteraves par voie de 0,60 m.
- Dans ce système, tous les tombereaux ou chariots, qui d’habitude servent à l’enlèvement des racines, sont supprimés.
- Le matériel se compose uniquement d’un système de voie de 0,60 m (environ 1.500 m de voie), de 15 wagonnets répartis en 3 trains de 5 wagons; le débasculage se fait sur une voie perpendiculaire aux voies de chargement, en bordure de la route ou mieux en bordure d’une voie chemin de fer qui enlève la récolte. Il faut 5 hommes pour ce déchargement.
- Il suffît de 2 chevaux pour tirer alternativement les trains chargés et vides, de 6 chargeurs y compris ceux qui transportent constamment les voies, et de 2 charretiers.
- On peut compter que dans une récolte de 35 t nettes de racines à l’hectare, avec un déchet d’environ 35 à 40 p. 100, l'équipe sus-indiquée arrive a charrier 45 t nettes dans une journée moyenne, par temps favorable, soit environ 1,20 ha.
- Le chargement se fait à la tâche, soit 6 fr de la tonne nette pour l’équipe;
- fr *
- Soit : 0 fr X 45 ............................................................ 270,00
- Les autres hommes à 30 fr soit 30 lr x 7..................................... 210,00
- Les 2 chevaux à 23 fr........................................................ 50,00
- Total ........... 530,00
- Soit par hectare 2^ — 440 fr.
- Pour effectuer le même travail mais sur 1 ha seulement, il faut une équipe de 3 tombereaux de 4 chevaux et 3 charretiers.
- fr
- 12 chevaux à 23 fr.......................................... 300,00 )
- 3 charretiers à 23 fr....................................... 75,00 ) ’
- Le prix à la tâche payé aux chargeurs est de 100 fr par hectare..... 100,00
- Dans ce deuxième cas, le prix total pour un hectare sera donc de.... 475,00
- On peut en conclure que, dans ces conditions théoriques, le prix de revient est le même par ces deux méthodes.
- Il y a lieu d’ajouter que dès qu’il pleut, et il pleut, souvent à ce moment, la supériorité de la voie de 0,60 m se montre écrasante : le prix de revient s’abaisse à la moitié de celui de l’autre système et il y a de nombreux autres avantages de première importance dont le plus tangible est que le sol est peu endommagé.
- L’économie de l’emploi d'une moissonneuse-batteuse.
- Les machines désignées sous le nom de moissonneuses-batteuses ou combines ne sont pas nouvelles. Il y a longtemps qu’à l’étranger elles sont employées, notamment
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- en Amérique du Sud (combinador des Argentins), aux États-Unis, dans l’Afrique du Nord et en Russie. Depuis deux ans, leur usage se répand en France.
- Lorsque le temps est extrêmement favorable comme en 1932, les résultats sont surprenants : pour notre part, cette année-là, nous avons travaillé pendant 14 jours à raison de 170 qu en moyenne, avec une machine coupant sur 3 m. Nous avons pu battre ainsi 2.430 qu dans la saison, et nous avons obtenu le rendement maximum de 28 qu à l’heure soit 1 sac toutes les deux minutes.
- La qualité du grain a toujours été parfaite; le battage et le secouage ont été excellents et nous n’avons eu à déplorer aucun accident mécanique au cours des 120 heures de marche.
- Il semble que la machine soit très intéressante au point de vue de la quantité battue à l’hectare dans des blés moyennement forts mais droits (30 et 33 qu/ha), mais qu’elle se surpasse au point de vue de la qualité de l’ouvrage (et alors aucune machine lieuse ne peut l’égaler), dans des blés versés totalement ou partiellement.
- Cet instrument, dont l’emploi se justifie parfaitement sous notre climat dans des années à moisson sèche comme 1932, semble cependant encore assez intéressant les autres années; seul le nombre de jours d’utilisation au cours de la campagne peut être', diminué.
- D’ailleurs, au point de vue économique, la vulgarisation possible de cette machine paraît devoir être assez faible dans notre pays : elle coupe en effet 30 ha au minimum : or il ne faut guère songer, par cette méthode, récupérer la paille, surtout la menue paille ; et il y a peu de fermes pouvant se passer des sous-produits pour l’alimentation du bétail, sur une telle surface. Pont' cette raison, j’estime que l’on ne peut conseiller l’utilisation de ce matériel que dans les exploitations de 230 à 330 ha au minimum.
- Le personnel de conduite doit être relativement exercé. Il faut que les pièces de terre soientde maturité échelonnée et très propres, afin de ne pas « empoisonner » de mauvaises graines le sol pour les années suivantes.
- La coupe à la moissonneuse-batteuse évite une grande perte de grains qu’il est souvent difficile de chiffrer, mais dont il faut toujours tenir compte.
- Le prix de revient comparé de la moisson par la méthode ordinaire et par la « combine » peut être établi comme suit :
- Méthode ordinaire :
- à l’hectare :
- fr
- Coupe, 6 kg' de ficelle à 5 fr................................................ 30,00
- 3 ha, 2 hommes et I chevaux................................................... o3,00
- Relevage. 1.800 gerbes à 10 fr le 1.000 ...................................... 18,00
- Amortissement. Une moissonneuse-lieuse de 6.000 fr doit être amortie en
- 6 ans pour 33 ha par an soit.............................................. 30,00
- Charrois...................................................................... 160,00
- Battages. 30 qu à 11 fr....................................................... 330,00
- Total......... 621,00
- Soit : = 20,70 fr par quintal.
- Méthode par « combine ».
- On suppose ne battre que 130 qu par jour dans des récoltes de 30 qu soit 3 ha par jour et cela pendant 10 jours soit 1.300 qu seulement par an.
- On suppose l’amortissement en 3 ans, et que, dans cette période, on soit obligé
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- de dépenser en réparations la moitié du prix (24.000 fr) de la machine soit 4.800 fr
- par an.
- fr
- Amortissement. ^4^ = 9.600 fr par an soit, par hectare ............ G,30
- Entretien................................................................. 3,15
- Essence et huile. Pour la moissonneuse-batteuse seule : 40 litres par jour soit
- Main-d’œuvre, 5 ha coûtent 5 hommes à 40 fr soit
- 200
- 130
- Traction. 1 tracteur, soit 12 bœufs par jour • —- ...........
- 150
- Charrois. Sacs de blé dans la pièce, 2 attelées de 2 chariots ou (8 X 23)
- + (2x30) soit . . . ............................... 260,00
- 2 hommes aux sacs à 33 fr............................. 70,00
- 330,00
- Soit :
- 330
- 130
- 1,30
- 2,00
- 2,20
- Soit par quintal........ 15,55
- (dont 9,45 fr en amortissement et entretien).
- L'économie certaine est donc de : 20,70 —15,55 = 5,15 fr par quintal.
- Dans ce prix on ne suppose aucune récupération de grains; mais si l’on admet un quintal récupéré à l’hectare soit 120 fr, puisqu’on suppose un rendement de 30 qu/ha, la récupération diminue le prix du battage de chaque quintal, de 4 fr; autrement dit 1 qu récupéré porte l’écart de 5 fr à 9 fr ; 2 qu récupérés, de 9 à 13 fr; 3 qu récupérés de 13 fr à 17 fr, etc.
- Remarquons que la machine est très intéressante si elle peut battre 1.500 qu en année ordinaire et plus de 2.000 qu en année favorable. Si, en effet, elle battait 2.000 qu par an soit 10.000 qu en 5 ans, les frais d’amortissement et d’entretien, de 9,45 fr passeraient à 7,20 fr, c’est-à-dire que l’écart primitif serait augmenté de 2,25 fr et passerait de 5,15 fr à 7,40 fr.
- L’économie de base en une aunée dans le cas de 1.500 qu soit 150 qu par jour est de 5,4 X 1.500 = 8.100 fr, c’est-à-dire qu’en 5 ans, elle atteint 40.500 fr.
- L’économie de base en une année, dans le .cas exceptionnel de 2.000 qu soit 200 qu par jour, est de : 7,20 x 200 = 14.400 fr, c’est-à-dire qu’en 5 ans, elle serait 72.200 fr.
- En outre, la récupération du blé en 5 ans, peut être (à raison de 1 qu par hectare) :
- fr
- 230 qu dans le premier cas, à 110 fr, soit...................................... 27.500,00
- 330 qu dans le deuxième cas, à 110 fr, soit..................................... 38.000,00
- Je crois qu’on peut facilement estimer la récupération à 2 qu dans les blés droits et à 5 qu dans les blés versés.
- Ces quelques chiffres donnent une indication sur l’intérêt considérable que peut présenter l’emploi de ces « combines ».
- En outre, ces appareils offrent les aVantages suivants que l’on ne peut pas chiffrer : une avance certaine dans les travaux; une sûreté de récolte un jour donné; une vente souvent plus précoce, donc à des prix généralement plus élevés.
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- BIBLIOGRAPHIE.
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- CONCLUSION.
- Ces quelques exemples de matériel extérieur de ferme, travaillant aux différents stades de la culture, montrent bien quels énormes progrès peuvent être réalisés ces temps prochains dans l’équipement rationnel de nos exploitations agricoles.
- Encore une fois, la réalisation de ce programme rencontre de nombreuses difficultés que nous avons signalées.
- Nous devons féliciter les constructeurs d’avoir bien voulu écouter les demandes des praticiens, et d’avoir contribué ainsi à développer le progrès du travail en agriculture.
- Ce progrès, souvenons-nous en bien, ne consiste pas à toujours produire davantage, comme se le sont figuré longtemps de nombreux économistes, mais à produire dans de meilleures conditions, c’est-à-dire avec des frais de fabrication moins élevés.
- BIBLIOGRAPHIE
- Les publications éditées par le Service de l'Organisation scientifique du travail
- de l’Union des Industries métallurgiques et minières. Index : 331.87 -h 638
- L’Union des Industries métallurgiques et minières, delà Construction mécanique, ÉLECTRIQUE, ET DES INDUSTRIES QUI s’v RATTACHENT, prend une place de plus en |<lus importante dans le mouvement en faveur de l’organisation scientifique1 du travail, dont M. H. Le1 Cliatelier a été le promoteur en France1, en mettant sous les yeux des industriels des exemples frappants <le1 l’utilité d’une intervention méthodique1 de1 la direction, dans Us opérations du travail de1 l’aledier, ed même1 élu travail de bureau.
- L’Union des Indust ries métallurgiques et minières s’est particulièrement attachée dernièrement à montre1!' les grandes perles pouvant résulter du gaspillage1 dans l'industrie, ce gaspillage qui a fait, aux Etats-Unis, l’objet d’une lutte sur laquedle M. H. Le Cliatelier attirait l’alfenlion dans une note1 parue1 em avril 1926 dans le1 Bulletin de la Société d'Encouragement{i), ed elle a, élans ce1 but, organisé, rue de1 Madrid, du 16 novembre au 17 décembre 1932. une1 exposition dans laquedle étaient réunis de nombreux exempUs de1 gaspillages, tantôt peu importants, individuelle-ment, mais très fréqueuninenl répétés, tantôt d’une importance' unitaire beaucoup plus grande.
- Enfin, l’Union des Industries métallurgiques ed minières a également créé des cours d’organisation scientifique du travail, à la suite desquels ont lieu des visites des établissements qui ont donné à l'organisation scientifique des développements importants.
- Des mémoires dans lesquels les caractéristiques des diverses organisations sont
- (I) Celte note servait d’introduction à la traduction, laite parM. Euy. Lemaire, d’un important document américain : La suppression du gaspillage, la <• Pratique simplifiée », ce qu'elle est, ce qu’elle peut donner, résumé des travaux de la Division of Simplified Practice (du Ministère du Commerce des États-Unis) et exposé des services qu’elle peut rendre à l’industrie américaine.
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- BIBLIOGRAPHIE.
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- mises en relief, ont été publiés à la suite de ces visites. En voici la liste : 1, L’organisation scientifique aux Imprimeries Delmas; — 2, La participation du personnel aux économies de matières; — 3. L’organisation des magasins de matières; —4. L’organisation scientifique aux Usines de Boîtes métalliques des Établissements J.-J. Carnau d et Forges de Basse-Indre (monographie, texte et documents); — 5. Allocution de M. G. Maître (visite des Forges de Basse-Indre); — 6. L’organisation du travail dans les grands ateliers de locomotives de la Compagnie du Chemin de Fer P. O., par M. Bloch; — 7, L’organisation scientifique aux Chantiers et Ateliers de Saint-Nazaire (Penhoët); — 8, Application des méthodes d’organisation scientifique dans l’étude mécanique. Liaison des chefs de service d’une entreprise, par J. Boumilhac; — 9. L’organisation scientifique à la Société des Hauts Fourneaux, Forges et Aciéries de Pompey; — 10, L’organisation scientifique à la Compagnie générale électrique, à Nancy; — 11. L’organisation scientifique aux Grands Moulins de Strasbourg; — 12, L’organisation scientifique à la Société de Transbordement du port de Strasbourg (S. T. A. P. S.); — 13, La Conte rence internationale du Contrôle budgétaire (Genève, 10-12 juillet 1930); — 14, L’organisation scientifique à la Société des Forges de Strasbourg; — 15, L’organisation scientifique à la Société française de Constructions mécaniques (Anciens Établissements Cail); — 10. L’organisation scientifique à la Société anonyme des Hauts Fourneaux, Forges et Aciéries de Denain et d’Anzin et à la Société anonyme des Établissements Neu; — 17. L’organisation scientifique à la Compagnie des Mines dcVicoigne. Nœux et I)rocourl.
- CH. I)E FRÉMINVILLE.
- L’acoustique architecturale, avec l’annexe, l'aération moderne des salles, par Gustave Lyon. Une br. (22x18 cm), de 70 |>., et 33 lig. Éditions Film et Technique, 78, avenue des Champs-Élysées, Paris (8e). Prix, br. 15 fr.
- Index : 534 : 725
- Dans cet ouvrage, l’auteur a développé les sujets qu’il avait exposés dans une conférence faite par lui à la Société d’Encouragement h' 11 février 1928 et dont on trouvera le compte rendu dans le Bulletin de mars 1928, p. 245 et 246. Rappelons sommairement les faits expérimentaux dont il faut tenir compte [tour assurer une bonne acoustique dans une salle d’audition.
- Pour percevoir fortement un son produit assez loin, il faut qu’il y ait résonance, c’est-à-dire que fonde directe se réfléchisse le plus possible sur des surfaces dures, et qu’entre le son direct et tous ses sons réfléchis perceptibles, il n’v ait pas une différence de marche de plus de 22 m. Cette longueur est celle que parcourt le son en 1/15 de seconde, durée qui correspond au temps jtendant lequel les impressions sonores persistent dans notre oreille.
- Si la différence de marche est supérieure à 22 m, il y a écho : l’oreille sépare le son direct du son réfléchi. L’écho est inadmissible dans une salle d’audition car il se superpose au son direct émis après celui qui a donné naissance à l’écho.
- C’est en tenant compte de ces considérations que M. G. Lyon a réalisé la grande salle Pleyel à 3.000 places, du faubomg- Saint-Honoré, à Paris, salle qui, ne pouvant être découverte comme le théâtre antique, a cependant, comme celui-ci, un mur de scène mais de courbure rationnelle, se prolongeant au-dessus des auditeurs pour former toit. Mais ce cas n’est qu’un de ceux qui se présentent dans la pratique. Il
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- BIBLIOGRAPHIE.
- .MAI 1933.
- correspond au seul problème de l’audition parfaite, pour tous les assistants, des sons émis sur une scène ou une estrade, les auditeurs devant s’abstenir de toute manifestation sonore. La brochure envisage les autres cas suivants : salle de discussion, où ceux qid sont sur une estrade doivent non seulement se faire entendre des assistants, mais aussi entendre ces assistants, ceux-ci devant pouvoir aussi s’entendre les uns les autres; — salle d'enregistrement phonique en vue de la radiodiffusion au moyen d’un microphone; ce problème, qui est celui d’une oreille unique, le microphone, comprend deux cas selon qu’il n’y a qu’une source sonore (conférencier, chanteur, un seul instrumentiste) ou plusieurs sources (orchestre, chœurs). Dans tous les cas, la question peut se poser d’empêcher les réflexions parasites sur le fond de la salle ou certaines surfaces dures; elle est résolue par l’emploi de molleton absorbant.
- Il ne suffît pas que les sons émis dans une salle soient bien perçus; il faut encore que ceux qui sont émis au dehors n’y parviennent pas, pour ne pas troubler l’audition des premiers. La salle d’audition doit être isolée phoniquement. Quand il n’y a pas communication avec le dehors par des baies ouvertes, on peut être sûr que si, dans une salle d’un immeuble on entend des bruits produits dans une autre salle du même immeuble, ou d’un immeuble contigu, c’est qu’il y a communication entre les faces intérieures des parois des deux salles par le moyen d’un corps solide: on doit le supprimer. Par l'interposition de corps absorbeurs appropriés, on supprime tout contact solide et on assure l’isolement phonique d’une salle d’audition, de discussion ou d’enregistrement phonique.
- Quand la bonne audition et l’isolemenl phonique d’une salle sont assurés, il reste encore un autre problème à résoudre, celui de son aération; et elle doit être assurée lorsqu’elle est parfaitement close. M. Lyon dit dans sa brochure comment on obtient ce résultat.
- Il rappelle d’abord les expériences de d’Arsonval qui ont montré que le malaise éprouvé par les personnes ayant séjourné en grand nombre dans un local dont l’air n’a pas été renouvelé n’est pas dû à sa température plus élevée, ni à une augmentation de sa teneur en acide carbonique, ni encore à une diminution de sa teneur en oxygène : ces variations, lorsqu’elles agissent seules, peuvent être très grandes sans avoir une action nocive. Le malaise est dû à la présence de gaz et vapeurs toxiques dégagés par la respiration pulmonaire et cutanée des auditeurs. Il faut condamner le système d’aération qui consiste simplement à envoyer dans une salle un certain nombre de fois son volume d’air pur et frais en un temps donné ; on ne peu t éliminer ainsi la totalité des toxines. Elles peuvent même s’v accumuler si les assistants prolongent leur séjour dans la salle.
- Le système imaginé par M. Lyon consiste à envoyer continuement l’air frais, à très faible vitesse, donc imperceptible, sous chaque spectateur; l’air vicié chaud et chargé de vapeur d’eau, d’acide carbonique et de toxines, s’élève tout naturellement au-dessus de chacun d’eux et tend à s’accumuler au point haut de la salle. Là, il est aspiré par un ventilateur qui le fait passer dans un filtre dépoussiéreur, au sortir duquel cet air reçoit une petite quantité d’ajr frais à grande teneur d’ozone, capable de détruire toutes les matières organiques grfzeuses, donc les toxines de la respiration. On peut aussi, le cas échéant, soit rafraîchir cet air, soit le débarrasser de son acide carbonique en excès.
- Les problèmes traités par M. Lyon n’exigent guère pour leur solution que des
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- OUVRAGES REÇUS EN AVRIL 1933.
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- connaissances très élémentaires de géométrie, d’algèbre et de trigonométrie. L’auteur s’est même efforcé de simplifier à l’extrême les solutions et les explications très claires qu’il donne, de façon que n’importe qui, s’occupant de construction, puisse résoudre ces problèmes ou comprendre les raisons des dispositions prises; les architectes qui auront lu ce petit livre et qui l’auront compris seront donc sans excuse s’ils continuent à construire des salles dont l’acoustique est mauvaise.
- Dans les salles de spectacle que M. Lyon a construites, comme l’audition, la visibilité est parfaite pour tous les spectateurs. Le problème de la visibilité est bien plus facile que celui de l’audition; il s’en faut de beaucoup cependant qu’il soit bien résolu et même qu’on s’en préoccupe. e. l.
- Le froid en brasserie, par M. R. Follain, ingénieur en chef du département
- « Réfrigération » de la Société de Condensation et d’Applications mécaniques.
- Une br. (31 x 25 cm), de 30 p.v fig. (Extrait de la Revue générale du Froid,
- nos 7 et H, 1932). Index : 063.4 : 621.55
- Le Bulletin de la Société a déjà mentionné la machine frigorifique à vapeur d’eau Scam Follain (années 1929, p. 164 et 1930, p. 550). Sous la direction de son ingénieur, M. R. Follain, la Société de Condensation et d’Applications mécaniques a donné un remarquable développement à l’idée géniale du regrettté Maurice Leblanc, remplaçant dans la machine frigorifique les produits chimiques par l’eau.
- Sous le titre Le froid en brasserie, M. R. Follain vient de publier une communication qu’il a présentée en 1931 au Ve Congrès national du Froid.
- Une première partie de ce travail décrit sa machine frigorifique terrestre à multiples étages en cascade, avec ses derniers perfectionnements. La deuxième partie traite l’utilisation en brasserie de cette machine, qui paraît bien convenir pour cette application.
- La brochure de M. Follain se trouve dans notre bibliothèque (pièce n° 13.766).
- ed. sauvage.
- OUVRAGES REÇUS A LA BIBLIOTHÈQUE EN AVRIL 1933.
- Don de M. H.-M. Magne, membre du Conseil d’Administration :
- L’art appliqué aux métiers, par Lucien et Henri-Marcel Magne, 9 volumes. In-8 (24x17). Paris, H. Laurens, 6, rue de Tournon (6e) :
- Décor de la pierre. 2e édition complétée par H.-M. Magne, de 284 p., 169 fig., 1923.
- 18208
- Décor de la terre. 2e édition complétée par H.-M. Magne, de 240 p., 137 fig., 1927.
- 18209
- Décor du verre. Gobeleterie, mosaïque, vitrail. 2° édition complétée par H.-M. Magne, de 228 p., 148 fig., 1927. 18210
- Décor du métal : Le fer. 2e édition complétée par H.-M. Magne, de 276 p., 147 fig., 1929. 18211
- Décor du métal : Le cuivre et le bronze. 2e édition complétée par I1.-M. Magne, de 208 p., 143 fig., 1930. 182 1 2
- Décor du métal : Le plomb, l’étain, l’argent et l’or. Monnaies et médailles, de 186 p., 120 fig., 1922. 18213
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- 336
- OUVRAGES REÇUS. — MAI 1933.
- Décor du bois. Charpenterie et menuiserie, de 220 p.. 132 fig., 1923. 18214
- Décor du mobilier. Meubles et sièges, de 244 p.. 147 fig., 1928. 18215
- Décor du tissu. Soieries, broderies, tapisseries, tapis, de 212 p., 142 fig., 1933.
- 18216
- Traité de chimie minérale, publié sous la direction de Paul Pascal, secrétaire général : Paul Baud. Tome IX : Étain, plomb, thallium, manganèse, rhénium, fer, par MM. A. Bruii.tet. (I. Chaudron, A. Colani, Cl. Duval, M. Geloso, P. Pascal. In-8 (26 x 17) de xxiii + 932 p., 167 üg. Paris, Masson et Cie, 1933. 18217
- Bricout (Pierre). — Microénergétique. Tome II : Les théories et les faits. In-8 (25 x 16) de 429 p., 88 üg. Paris, Gaulhier-Villars et Cic, 1933. 18218
- Titres et travaux de Ch. Féry et description des principaux appareils exposés à l’occasion du cinquantenaire de l'École de Physique et de Chimie industrielles, 1882-1933. In-8 (24x15) de 115 p., 22 fig. Paris, Typographie de l’École Estienne, 1933 (Don de M. Ch. Férg, membre du Conseil d’Administration). 18219
- Ellissen (Robert). — Le gaz dans la vie moderne. In-12 (19 x 12) de 231 p., 33 fig. Paris, Librairie Félix Alcan, 1933 (Don de l’auteur). 18220
- Blondel (A.). — Les courants alternatifs. I : Méthodes générales pour le calcul des courants sinusoïdaux (Encyclopédie d’électricité industrielle). In-8 (23 x 16) de 693 p., 260 lig. Paris, J.-B. Baillière et fils, 1933. 18221
- 1)ive (Pierre). — La dérive des continents et les mouvements intra-telluriques. In-8 (25 x 16) de 62 p.. 7 fig. Paris, Dunod, 1933. 18222
- Grebel (A.). — (( Indice d'isooctane » pour les carburants et « indice de cétène » pour les huiles combustibles (ex Mémoires de, la Société des Ingénieurs civils de France, Bulletin de janv.-fév. 1933). In-8 (24 x 16) de 31 p., 10 fig. Paris, 19, rue Blanche (9°), 1933. (Don de l’auteur, membre de la Société). Pièce 13770
- Ministère de l’Agriculture. — Direction de l’Agriculture. — Compte rendu des travaux du Comité central de Culture mécanique en 1931 : Exposition de motoculture. In-8 (23 x 15) de 75 p. Paris, Itnp. nationale, 1933. Pièce 13771
- JOUGUET (Émile). — Auguste Rateau, 1863-1930 (ex Annales des Mines, septembre 1932). In-8 ( 22x14) de 59 p. Paris, Dunod, 1932. (Don de M. Ed. Sauvage, membre du Conseil d’Administration'. Pièce 13772
- Dautry (M.). — Regard sur les transports. Conférence donnée à TUniversité de Zurich le 18 mars 1932. (L’État... notre réseau). In-8 (26 x 18) de 34 p. Pièce 13773
- Les Établissements Kuhlmann, 1825-1932. Leurs œuvres sociales. In-8 (24 x 16) de 16 p. Paris, Tl, rue de la Baume (8°). Pièce 13774
- Ministère de l’Agriculture. — Caisse nationale de Crédit agricole. — Liste par département des Sociétés coopératives agricoles ainsi que des Associations syndicales ayant bénéficié d’avances de la Caisse nationale de Crédit agricole, au 1er janvier 1931. (ex Journal officiel, 16 décembre 1932). In-4 (32 x 24) de 50 p. Paris, 31, quai Voltaire (7e), 1932. Pièce 13452
- Ministère des Travaux publics. — Direction des Mines. — Statistique de l’industrie minérale et des appareils à vapeur en France, en Algérie, dans les Colonies, Pays de Protectorat et Territoires sous mandat français pour l’année 1930. Paris, lmp. nationale, 27, rue de la Convention (15e). Pér. 138
- L’agent général, gérant.
- E. LEMAIRE.
- BRODARD ET TAUPIN, Coulommiers-Paris.
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- 132e AMVEE.
- JC1X 1933.
- BULLETIN
- DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ
- lu Rapport présenté par M. Cornu-Thénard, au nom de la Commission des Fonds, sur les comptes de l’exercice 1931.
- MESSIEURS,
- Conformément à l’article 31 de vos statuts, la Commission des Fonds a pris connaissance des comptes de votre Société, pour l’exercice 1931, et m’a chargé de vous soumettre le rapport financier relatif à cette année sociale.
- Pour ce qui est des Fonds généraux, les recettes et les dépenses se présentent comme suit :
- 1™ PARTIE : FONDS GÉNÉRAUX
- RECETTES fr c DÉPENSES fr c
- 1° Cotisations annuelles 1° Bulletin et autres publi-
- des membres ordinaires de la cations de la Société (excé-
- Société 61.259,09 dent de dépenses) O'.L 1 oo j 8o
- 2° Arrérages et intérêts. . ^1 o 00 2° Service de la Biblio-
- 3° Subvention du Minis- thèque 13.042,75
- 1ère de l’Agriculture. . . . . 1.999,75 3° Frais d’administration. 80.677,00
- 4° Recettes diverses. . . . 1.792,05 4° Immeubles (excédent de
- o° Prélèvement sur la Ré- dépenses) 30.490,55
- serve 40.134,92 5° Conférences 1.236,50
- 6° Allocation à la Réserve. 1.500,00
- 7° Pension 2.400,00
- Total des recettes .... 182.502,65 Total des dépenses. . . . 182.502,65
- Nous constatons en 1931, par rapport aux exercices antérieurs, une nouvelle progression des décaissements qui, pour plus de 40.000 fr, ne trouvent pas de contre-partie dans les recettes.
- Cependant, d’une année à l’autre, l’excédent, sur les rentrées, des dépenses relatives au Bulletin et autres publications de la Société, n’a pas varié notablement : le Service de la Bibliothèque présente même un chiffre inférieur de près de 3.000 fr à celui de 1930.
- Mais les frais d’administration dépassent de 7.000 fr environ ceux de l’année précédente : la plus grande partie de ce dépassement est représentée par une dépense non renouvelable, engagée, conformément aux décisions de votre Conseil, pour la réorganisation de votre comptabilité.
- 132e Année. — Juin 1933.
- 23
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- 338 ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ. EXERCICE 1931. — JUIN 1933.
- Ce sont, d’autre part, les travaux d’entretien de vos immeubles qui ont grevé tout spécialement votre budget pendant l’exercice sous revue : ces travaux, retardés dans toute la mesure du possible, n’ont pu, cependant, être différés davantage. En même temps, le chiffre des assurances a dû être augmenté, pour être mis en meilleur accord avec la valeur de vos propriétés, tandis que celui des locations baissait de plus de 5.000 fr. L’excédent des décaissements relatifs à ce chapitre, dont la moyenne a été de 18.000 fr environ, pendant les trois dernières années, s’inscrit pour 30.490,55 fr dans les comptes qui sont sous vos yeux.
- Enfin, 8 mois de pension de Mme Toulon, femme du concierge décédé, figurent aux dépenses pour 2.400 fr, poste qui n’existait pas antérieurement.
- D’une année à l’autre, les recettes se sont maintenues à peu près au même niveau.
- En résumé, vous le constatez, il convient, pour rétablir la balance, de faire un prélèvement de 40.134,92 fr sur la Réserve; pour reconstituer celle-ci, nous vous proposons, en accord avec la décision de votre Conseil en date du 10 juin dernier, d’y affecter pendant trois années environ, les revenus de la fondation Jollivet, dont, vous le savez, vous avez la libre disposition.
- 2f‘ PARTIE : FONDS SPÉCIAUX ET FONDATIONS
- Vous apprendrez avec satisfaction, d’une part, que la Société des Ateliers d’Avia-tion L. Breguet et la Société Allioli fils se sont inscrits comme membres perpétuels; d’autre part, que MM. Blondel, Birkigt, Pierre Bourdon et le baron Régnault se sont inscrits comme membres à vie de votre Société.
- Le bilan annexé au présent rapport vous donnera tous renseignements utiles sur l’emploi des fonds spéciaux et fondations.
- Voici, d’autre part, la composition des portefeuilles communs et individuels des Fonds généraux et Fondations dont vous avez la gestion :
- 112.467 fr de rentes françaises de différents types, et 833 obligations de chemins de fer.
- Enfin, les sommes affectées en 1931 aux récompenses et subventions se répartissent comme suit :
- J° Prix........................................................... 6.730,00 fr
- 2° Médailles aux contremaîtres et ouvriers...................... 5.000,00—
- 3° Subventions et brevets d’invention............................ 16.840,00 —
- 4° Subventions à des auteurs de mémoires parus dans le Bulletin. 4.866,30 —
- Total............................................ 33.456,30 fr
- Nous vous proposons, Messieurs, d’approuver les comptes et le bilan tels qu’ils vous sont présentés et d’adresser aux membres du Bureau l’expression de nos sentiments de vive gratitude pour les soins diligents et éclairés qu’ils ne cessent d’apporter à la gestion des affaires de votre Société, à l’époque si particulièrement difficile que nous traversons.
- Le Rapporteur.
- CORNl'-THÉNARD.
- Lu et, approuvé en assemblée générale, le 21 mai 1933.
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- BILAN AU 31 DÉCEMBRE 1931
- ACTIF
- PASSIF
- fr c fr c
- Immeuble 44, rue de Rennes...................... 600.000 » )
- Immeuble 15, rue Saint-Benoît....................... 141.452,50 >
- Portefeuille de la Société (valeur d’achat). . . . 2.185.017,36 )
- Portefeuille des fondations (valeur d’achat) . . . 1.216.527,88 )
- Porlefeuille du Fonds d’accroissement (fondation [
- Jollivel) (valeur d’achat)......................... 329.160,58 )
- Porlefeuille commun (valeur d’achat)............
- Caisse siège social................................... 3.017,95 \
- Chèques postaux....................................... 5.514,52 (
- Compagnie algérienne................................. 15.855,35 (
- Comptoir national d'Kscompte.......................... 4.744,73 )
- Débiteurs divers................................
- Fondation Carré......................................... 170,17 )
- — Osmond............................................. 110,54 ^
- Réserve de la Société................................ 37.886220 \
- Total dk l'actif
- 2.926.469,86
- 1.545.688,46
- 11.611,58
- 29.132,55
- 71.723 » 38.166,91
- 4.622.792,36
- fr e
- Valeurs mobilières et immobilières appartenant à
- Valeurs des fondations.............................
- Fondation Jollivet................................
- — Argenteuil...............................
- — Bapsl (secours).............................
- — Bapsl(recherches.........................
- — ChrisloOe................................
- — Galitzine................................
- — Fan 1er..................................
- — Legrand..................................
- — ChrisloOe et Bouilhet.......................
- — de Milly................................
- — de Baccarat.............................
- — Menier...................................
- — Boy.....................................
- — Baude ..................................
- — Gifl'ard................................
- — Meynot..................................
- — Melsens.................................
- — Classe 50 (1867).......................
- — Parmentier..............................
- — Classe 51 (1889).......................
- — — 21 (1889).......................
- — — 63 (1889).......................
- — de Salverle............................
- — Massion. ..................................
- — Danton..................................
- — Armengaud...............................
- — Classe 65 (1900).......................
- — Robin. . ...............................
- — Bourdon (Édouard)..........................
- Legs Farcot.......................................
- Fonds Fremont.....................................
- Souscriptions perpétuelle et à vie................
- Fragilité des aciers..............................
- Dons spéciaux.....................................
- Subvention du fonds Loutreuil.....................
- Réserve de la Table décennale.....................
- Legs Richard.....................................
- — Letort........................................
- Souscriptions au Sanatorium universitaire de Leysin.
- la Société.
- 11.253,05
- 6.044,18
- 2.374,20
- 188,60
- 368.20 204,43 838,88
- 1.708,95
- 791,14
- 919,07
- 820,47
- 662.73 1.744,90 3.772,22 1.780,43
- 359,46
- 359,93
- 351.74 2.020,30
- 539,33 ) 201,49 [ 811,67 46,36 3.703,54 510,36 1.593,75 44,58
- 58.20 2.000 »
- 245,56 13.000,75 7.201,67 2.581 » 503 » 273,65 1.000 »
- 953.75 591,55 500 » |
- 2.926.469,86
- 1.545.688,46
- 72.923,09
- Créditeurs divers.................................... 77.710,95
- Total du passif................ 4.622.792,36
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- 340
- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ. EXERCICE 1931. — JUIN 1933.
- 2° Rapport des Censeurs sur les comptes de la Société, pour l’exercice 1931,
- présenté par l’un d’eux, M. Paul de Rousiers.
- MESSIEURS,
- L’état financier de la Société vous a été exposé dans le Rapport présenté par M. Cornu-Thénard au nom de la Commission des Fonds. En ce qui concerne les Fonds généraux, il dénote une situation qui, sans être à proprement parler alarmante, mérite cependant votre plus sérieuse attention. En effet, c’est par un important prélèvement sur la Réserve que nous parvenons à équilibrer nos recettes et nos dépenses annuelles. Sans doute, la décision de votre Conseil du 10 juin dernier tend à reconstituer cette réserve en lui affectant les revenus de la fondation Jollivet pendant trois années. Il n’en est pas moins vrai que nous avons dépensé, en 1931, 40.134,92 fr de plus que ce que nous avons reçu et que cet excédent de dépenses tient à des causes chroniques, de telle sorte que nous le verrons se reproduire dans les exercices suivants avec plus ou moins d’ampleur.
- Ce n’est pas, au surplus, que les dépenses présentent un caractère exagéré. Elles sont, au contraire, très justifiées et le problème à résoudre n’en est que plus difficile. On ne peut pas compter pratiquer de sérieuses économies sur les frais d’Admi-nistration, le Bulletin, la Bibliothèque. Il serait déplorable de négliger les travaux d’entretien de nos immeubles. C’est donc du côté d’une augmentation de nos recettes que le Conseil aura à chercher une solution.
- En ce qui concerne la tenue de vos livres, elle est régulière et les résultats qui ont été mis sous vos yeux correspondent avec exactitude à la situation financière de la Société.
- La partie des Fonds spéciaux et des Fondations n’offre pas les mêmes difficultés que celle des Fonds généraux. C’est, en réalité, une gestion confiée à la Société, si on ne considère que l’aspect financier de la question et cette gestion se poursuit avec sagesse et clairvoyance. La composition des portefeuilles communs et individuels de ces Fonds généraux échappe à l’aléa dans la mesure du possible. Des rentes françaises de différents types et des obligations de chemins de fer y figurent seules. Vous avez distribué, cette année, 33.436,30 fr de récompenses et subventions et vous êtes en mesure de consacrer des sommes du même ordre à ce chapitre de votre budget pour les exercices ultérieurs.
- Sous le bénéfice des observations qui précèdent, nous vous proposons, Messieurs, d’approuver les comptes et le bilan tels qu’ils vous sont présentés et nous sommes assurés d’être vos interprètes en adressant l’expression de vos remerciements aux membres du Bureau et à leurs collaborateurs.
- L'un des Censeurs.
- PAUL DE ROUSIERS.
- Lu et approuvé en assemblée générale, le 2 7 mai 1933.
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- BULL. DE LA SOC. D’ENCOUR. POUR L’INDUSTRIE NATIONALE. — JUIN 1933 (p. 341).
- AUGUSTIN MESNAGER (1862-1933)
- par M. Gaston Colmet Daâge, membre du Conseil de la Société d’Encouragement.
- Augustin Mesnager, né à Paris le 14 juin 1862, décédé le 6 lévrier 1933. descendait d’une famille rouennaise installée depuis de longues années à Paris; son père était architecte de la Ville de Paris, son grand-père architecte de la Manufacture de Sèvres et de la Cathédrale de Saint-Denis, son grand-oncle Inspecteur divisionnaire des Ponts et Chaussées. Reçu 223e à l’École Polytechnique en 1881, après une année de mathématiques spéciales, et non satisfait de son rang, il donna sa démission, fut reçu IP en 1882 et sortit dans le corps des Ponts et Chaussées.
- Sa carrière, si bien remplie et qu’il a poursuivie jusqu’à la fin avec la plus grande activité, comporte trois caractères bien distincts : le constructeur, le savant, le professeur; nous allons les examiner successivement.
- Le constructeur. — Mesnager fut nommé Ingénieur des Ponts et Chaussées le 1er juillet 1887 à Cahors, où il était chargé de l’étude et des travaux relatifs au régime o-énéral du bassin du Lot et de sa navigation dans les départements du Lot et de F Aveyron; il procéda également à la liquidation des lignes de chemin de fer de Cahors à Capdenac et à Montauban et à leur remise à la Compagnie des chemins de fer d’Orléans.
- Nommé en 1891 à Périgueux, où il resta pendant huit ans, il y construisit les lignes de chemin de fer de Thiviers à Hautefort, de Hautefortau Burg et à Condat ainsi que le tramway de Périgueux à Vergt; il étudia la ligne de Bussière-Galande à Saint-Yrieix. Pour ces lignes de chemins de fer, il établit les projets et réalisa de nombreux et importants ouvrages d'art et montra- son esprit chercheur à la poursuite de solutions nouvelles, rationnelles et économiques.
- Dans des notes publiées dans les Annales des Ponts et Chaussées de 1896. Mes-nao-er montrait que, dans une poutre à treillis à grandes mailles, les efforts secondaires pouvaient donner lieu à des fatigues atteignant 200 p. 100 de la fatigue due aux efforts principaux, et qu’il serait désirable.qu’on pût s’affranchir de ces efforts secondaires, ce qu’il obtint par un dispositif d’assemblage les réduisant à une quantité négligeable. Des expériences faites au laboratoire de 1 École des Ponts et Chaussées°justifièrent ce procédé, que l’on appliqua avec succès à plusieurs ouvrages métalliques; on arrivait ainsi à simplifier les calculs et à économiser d’importantes
- quantités de métal. ,
- En 1899. Mesnager fut autorisé à accomplir une mission en Europe et en Amérique pour étudier avec la Compagnie générale de Traction les dispositifs souterrains, fournissant e courant électrique destiné à assurer 1 exploitation des ti arm\ ays.
- En 1899, il fut détaché au Service municipal de la Ville de Paris, où il fut chargé de 'entretien et de l’exploitation des canaux de 1 Ourcq, Saint-Denis et Saint-Martin.
- Le canal de dérivation de la rivière d’Ourcq jusqu a un bassin a creer près de La Villette avait été décidé par le consul Bonaparte dans deux décrets des 29 floréal et 23 thermidor an X (1802) ; i devait servir à alimenter Paris en eau du service public
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- AUGUSTIN MESNAGER (-1862-1933). — JUIN 1933.
- et à amener à Paris des marchandises (bois, plâtre, foin, blé. etc.) au moyen de bateaux de faible tonnage, dénommés flûtes; les canaux Sain't-Denis et Saint-Martin, partant du bassin de La Villette et rejoignant la Seine d’une part à Saint-Denis, d’autre part au pont d’Austerlitz, permettaient aux péniches, soit d’éviter la traversée de Paris, soit d’amener les marchandises dans des ports a imentant la région très industrielle du Nord de Paris, de Saint-Denis. Aubervilliers et Pantin.
- O
- De 1900 à 1910, Mesnager, assura l’exploitation de ces canaux, qui comportait des questions souvent très complexes, si l’on tient compte des deux
- Augustin Mesnager (1862-1933), membre de l’Académie des Sciences, président de la Société d’Encourarement de 1924 à 1926.
- usines de Trilbardou et d’Isles-les-Meldeuses, qui permettaient de compléter le débit de la rivière d’Ourcq par de l’eau puisée en Marne, du fonctionnement de nombreuses écluses et de ponts tournants ou levants dont plusieurs étaient munis d’engins mécaniques, enfin de la perception de taxes pour navigation, remorquage, location de terre-pleins ou magasins, qui occasionnaient une recette annuelle d’environ un million.
- Les principaux travaux qu'il exécuta sur ces canaux pendant cette période sont les suivants.
- Le canal Saint-Martin fut couvert sur une longueur de 246 m, en prolongement
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- AUGUSTIN MESNAGER (1862-1933)
- de la partie déjà couverte et formant le terre-plein du boulevard Richard-Lenoir au moyen d’une voûte en béton armé de 27,64 m de portée. Mesnager fit adopter un nouveau système de voûte, comportant trois articulations, l’une à la clef, les deux autres près de chaque naissance, conformément à ce qui avait déjà été appliqué pour des arcs en acier; ce qui donnait une certitude sur le point de passage des résultantes et permettait une simplification de calcul et une économie de béton et d’acier, en même temps qu’une poussée moindre sur les culées. Les articulations étaient for-mées par des paquets de barres encastrés sur 1 m de chaque côté du joint; des cornières placées en dessus et en dessous du joint pendant le coulage du béton, et retirées après ce coulage, assuraient le vide nécessaire pour former l’articulation.
- Depuis cette époque, ce système de voûtes minces en béton armé, munies d’articulations flexibles, a été utilisé avec succès dans un très grand nombre d’ouvrages : au pont-route d’Amélie-les-Bains (46 m de portée); aux ponts du boulevard Mac-Donald à Paris (42 m) ; au pont de Sapiac à Montauban avec des arches de 53 et 59 m; au pont de La Ferté-sous-Jouarre sur la Marne, etc.
- Mesnager réalisa le doublement de la largeur du pont sur le canal à proximité de la gare de Saint-Denis et comportant deux travées de 11,85 m chacune, opération créditée par la ville de Saint-Denis; mais, au lieu de l’exécuter en acier comme l’ancien et ainsi qu’il était prévu, il le fit en béton armé, obtenant une réduction de dépense d’environ moitié; et avec l’économie procurée par cette transformation et sur la demande de la ville de Saint-Denis, il réalisa une nouvelle passerelle pour piétons de 30,40 m de portée, traversant le canal en un point voisin.
- Le radier du bassin des Recollets, construit au moyen de piliers en maçonnerie de profondeur variable allant jusqu’à 13 m, reliés par des voûtes d’arête, présentait fréquemment des fissures difficiles à réparer et entraînant un arrêt de la navigation; Mesnager fit la réfection de ce radier en plaçant un revêtement général en béton de ciment armé de 8 cm d’épaisseur, comportant une souplesse suffisante pour suivre les mouvements de la construction et une résistance à la déchirure capable de supporter la pression de l’eau.
- Enfin Mesnager collabora à l’étude du projet d’élargissement et de prolongement du canal de l’Ourcq vers Soissons et Saint-Quentin jusqu’aux canaux de la région du Nord, ce qui aurait permis d’amener à Paris les péniches chargées de charbon moyennant un tracé plus court que celui actuel et en évitant des frais de remorquage importants qu’entraîne le passage par l’Oise et la Seine, passage souvent rendu difficile ou même impossible par les crues.
- Pendant la guerre de 1914-1918, Mesnager fut mobilisé comme lieutenant-colonel du génie à Épinal, où il réalisa notamment des téléphériques pour le transport de matériaux dans les Vosges; puis il fut affecté à la Section technique du Génie où il s’occupa de la fourniture des ciments aux armées.
- Après sa mise à la retraite comme Inspecteur général le 16 mai 1924, Mesnager fut administrateur-délégué et ingénieur-conseil de la Société anonyme française des Établissements Ghristiani et Nielsen, et il a fait exécuter un très grand nombre d’ouvrages considérables de diverses natures. Parmi les plus importants, nous citerons : •
- la nouvelle forme-écluse de Saint-Nazaire, de 300 m de longueur et de 50 m de largeur, capable de donner passage aux plus grands navires et pouvant être utilisée comme forme de radoub; c’est la forme la plus grande qui existe actuellement;
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- AUGUSTIN MESNAGER (1862-1933).
- JUIN 1933.
- la darse du port de commerce de Cherbourg, avec quai de 22 m de hauteur (analogue à celle d’une maison de cinq étages), dimension qui n’avait pas encore été atteinte et qui permettra de recevoir à quai les transatlantiques, sans qu’il soit nécessaire de les faire passer par une écluse et quelle que soit la hauteur de la marée;
- la gare maritime de Cherbourg en béton armé et la darse attenante de 600 m de longueur et de 230 m de largeur en voie d’achèvement;
- les ponts de Cosne, de Lacremade, de Poseux, de Sainte-Livrade, de Saint-Quentin, de Luzech ;
- le pont de Castelmoron-sur-Lot, actuellement en cours d’exécution, de 144 m d’ouverture et qui comporte des dispositions nouvelles, arcs coulés en pièces détachées sur la rive et assemblés sur le cintre, suspentes obliques.
- La notoriété de Mesnager comme constructeur le fît désigner en 1921 pour une mission en Chine où il devait faire partie d’un jury international, chargé de ju ger le concours d’un nouveau pont de chemin de fer sur le fleuve Jaune (3 km de longueur). Avec l’ingénieur anglais Wilmcr, il mit en évidence l’excellent état de l’ancien pont, dont la conservation, conformément à sa proposition, fut alors décidée par le gouvernement chinois.
- Enfin, depuis deux ans, comme président de la Société technique et économique de l’Aménagement du canal des Deux-Mers, Mesnager a dirigé l’étude d’un nouveau projet de ce canal, dont la demande en concession est actuellement soumise au Conseil supérieur du Ministère des Travaux publics. Le samedi qui a suivi son décès, il devait faire en séance publique de notre Société une conférence sur ce projet.
- Le savant. — En 1899, en même temps qu’il était chargé du service des canaux de la ville de Paris, Mesnager était nommé chef du laboratoire de l’Ecole des Ponts et Chaussées; son esprit avisé et méthodique put dans ce poste se donner libre cours pour obtenir des résultats très intéressants sur un grand nombre de questions. Nous ne pouvons donner ici le détail de toutes ces études, qui ont fait l’objet soit de mémoires présentés à l’Académie des sciences soit de comptes rendus dans des revues scientifiques. Nous allons résumer les principales.
- Tout d’abord Mesnager poursuivit de nombreuses expériences sur le béton armé: il fut secrétaire de la Commission ministérielle chargée de fixer les règles relatives aux constructions neuves, commission dont faisaient partie Considère, Robert. Resal, Coignet, Hennebique. Les expériences faites dans ce laboratoire permirent de préciser les méthodes d’emploi et les règles de calcul applicables au béton armé; et les propositions de la Commission aboutirent au règlement de 1906, encore en vigueur aujourd’hui. Les résultats de ces expériences ont été publiés dans un volume in-quarto de 482 pages, suivi de planches.
- Mesnager a été un véritable novateur dans l’étude de la résistance des matériaux, imaginant des méthodes nouvelles et d’ingénieux appareils démesure ou d’enregistrement. Il a été le créateur de la photo-élasticité, en utilisant la double réfraction dans un corps homogène et isotrope comme le verre pour étudier la direction et l’intensité des efforts dans les ouvrages. Cette méthode, qui rend les tensions intérieures visibles, permet de vérifier les résultats donnés dans chaque cas par les formules de la résistance des matériaux. C’est ainsi que, pour un pont de 93 m d’ouverture en béton armé projeté pour la traversée du Rhône à La Ralme, les calculs avaient été
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- AUGUSTIN MESNAGER (1862-1933).
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- faits suivant les indications données par Rabut; une révision de ces calculs avait montré quelques erreurs de méthodes et de nombres; et le Conseil de la Vicinalité . au Ministère de l’Intérieur hésitait à appouver ce projet, craignant que de nouvelles erreurs pussent être révélées; des expériences faites au laboratoire de l’École des
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- Ponts et Chaussés sur un modèle réduit au en verre, dans lequel les efforts
- l.UUU
- étaient rendus visibles par lumière polarisée, montrèrent l’exactitude des calculs et le Ministre de l’Intérieur approuva le projet.
- Mesnager a également imaginé une méthode d’essai des barrages, par modèles réduits, mis en pression avec du mercure, en tenant compte de la similitude mécanique; cette méthode, adoptée par l’Office national des Recherches et Inventions, a servi à l’étude de nombreux projets.
- Il a étudié également un procédé rapide pour le calcul des voûtes encastrées, et dressé les abaques qui permettent de trouver immédiatement les valeurs des moments fléchissants et des poussées pour toutes les combinaisons des charges.
- Enfin Mesnager fit une étude théorique, très complète, du problème de l’élasticité et notamment des déformations de divers systèmes élastiques, plaques rectangulaires minces ou épaisses, dont le calcul n’était guère abordable par les procédés ordinaires de la résistance des matériaux; et il proposa de nouvelles formules simplifiées, donnant une approximation que l’on pouvait évaluer.
- En 1920, il fut nommé membre de l’Académie des sciences dans la Section de Mécanique. Il en avait été élu vice-président pour 1933, et devait, par suite, en être le président en 1934. M. Mesnager était aussi membre correspondant de l’Académie des Sciences de Turin et de Lwow, docteur honoris causa des universités de Liège et de Zurich.
- Le professeur. — En 1900, Mesnager fut nommé professeur à l’École des Ponts et Chaussées, où il exerça pendant 32 ans, d’abord comme professeur du cours des matériaux de construction, puis comme professeur de physique et enfin, à partir de 1912, comme professeur du cours des matériaux de construction et de béton armé. Son cours de béton armé, qui a été publié dans un volume spécial, est le fruit d’une expérience acquise tant au laboratoire que sur le chantier. Sans doute d’autres constructeurs comme Considère, Robert Hennebique ont utilisé le béton armé avant lui, mais on peut dire que la généralisation de son emploi est due pour une grande part à Mesnager, qui, par ses leçons, a entraîné vers ce système une pléiade d’ingénieurs.
- En 1913, il fut appelé à professer au Conservatoire national des Arts et Métiers le cours des constructions civiles, qui comportait un cycle de trois années : la première année, matériaux de construction, la seconde, résistance des matériaux, et la troisième, le béton armé.
- De 1903 à 1914, Mesnager a assuré les fonctions de répétiteur de physique à l’École polytechnique, puis celles d’examinateur des élèves jusqu’à sa retraite.
- Mesnager fut nommé chevalier de la Légion d’Honneur le 14 août 1900, puis officier le 10 juillet 1918, au titre militaire pendant la guerre, et commandeur le 30 avril 1926.
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- AUGUSTIN MESNAGER (1862-1933).
- Il reçut de nombreuses décorations françaises et étrangères : officier de l’Instruction publique, grand officier du Danobrog, grand officier de l’Épi d’or de Chine, commandeur de l’ordre de Léopold (Belgique), commandeur du Nicham-Iftikar de Tunis.
- Entré à la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale en 1907, Mesnager fit partie aussitôt du Comité des Constructions et des Beaux-Arts, dont il fut président depuis 1926 jusqu’à sa mort. Il fut président de la Société de 1924 à 1926.
- Mesnager était donc particulièrement en vue dans notre Société, où on appréciait son caractère, la sûreté de ses relations, son empressement à rendre service et à faire profiter les autres de l’étendue de ses connaissances ; son souvenir demeurera impérissable parmi ses collègues, dont la plupart étaient ses amis.
- A LA MÉMOIRE DE CHARLES FREMONT
- L’analyse de la notice nécrologique sur Charles Fremont, de M. Bobert Mathieu (Bulletin de février 1933, p. 140), annonçait qu’une plaque commémorative allait être placée sur la maison de la rue du Simplon où il est mort. Un comité de patronage, créé par l’initiative de la société « Les amis de Charles Fremont », s’est occupé de cette installation, et l’inauguration en a eu lieu le 4 mai 1933. Elle a réuni de nombreux assistants, désireux d’honorer la mémoire du défunt et d’apporter à sa sœur le réconfort de leur sympathie. La plaque a été dévoilée, et remise à la ville de Paris par M. le D1' J. Mayoux, maire du XVIIIe arrondissement. Avec le médaillon de Fremont et une inscription très nette, elle se présente fort bien. Plusieurs discours ont retracé l’œuvre multiple de Fremont, sans se répéter malgré leur nombre. Remarquable par sa simplicité et par la cordialité qui s’v est manifestée, la cérémonie n’a pas duré beaucoup plus d’une heure.
- Ajoutons que les négatifs des photographies parisiennes de Fremont, joints à divers documents qu’il avait recueillis, ont été soigneusement classés et forment une collection de 17.000 pièces, précieuse iconographie du Paris moderne.
- ED. SAUVAGE
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- BULL. DE LA SOC. D’ENCOURAG. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — JUIN 1933 (p. 347).
- NOTES SUR LES LOCOMOTIVES
- par M. Ed. Sauvage, membre du Conseil de la Société d’Encouragement.
- Centenaire de la mort de Richard Trevithick, inventeur de la locomotive.
- Le Bulletin de février 1933 (p. 134) annonçait la prochaine commémoration du centenaire de la mort de l’ingénieur Richard Trevithick. Cette commémoration a eu lieu à Londres les 22 et 23 avril 1933 ; à cette occasion. M. le prof. C. E. Inglis a retracé, à l’Institution of civil Engineers, la carrière de cet ingénieur, dont la réputation est loin d’égaler le mérite. A Dartford (Kent), où il est inhumé, M. Loughnan St. L. Pendred a également rappelé ses travaux.
- Une biographie de Trevithick a été publiée à Londres, en 1872, par son fils. On trouvera aussi quelques détails sur son œuvre dans YHistoire de la machine à vapeur par Thurston, traduction par Hirsch (t. I, p. 177).
- Trevithick fut un inventeur de génie, qui ouvrit de nouveaux sillons dans le champ de la mécanique ; mais, ainsi qu’on l’a souvent dit des Français, il abandonnait ses inventions à leur sort, sans en développer les applications, et sans en tirer profit. Bien que certaines d’entre elles aient donné de grands bénéfices à ceux qui en ont fait usage, il a vécu pauvre et parfois dans la gêne.
- L’œuvre la plus importante de Trevithick est la machine à vapeur à haute pression, portée dans quelques appareils à 10 kg/cm2, œuvre pour laquelle il signale que Watt déclara qu’il méritait d’être pendu. Une des raisons qui lui fil employer ces pressions fut le défaut d’entente avec Watt, dont les brevets revendiquaient le condenseur séparé. Le moyen de s’affranchir de cette sujétion était de supprimer le condenseur, en relevant la pression, avec échappement dans l’atmosphère.
- Né en Cornouailles, et très familier avec l’exploitation des mines de cette région, c’est d’abord à l’épuisement des eaux que Trevithick appliqua ses machines; en même temps, il améliora es pompes, en substituant le piston plongeur au piston ordinaire, difficile à maintenir étanche dans les cylindres mal alésés de l’époque; puis il produisit la vapeur dans des chaudières à foyer cylindrique intérieur, qui prirent un énorme développement et subsistent encore sous le nom de chaudières de Cornouailles. Ces améliorations furent la source de grandes économies dans l’exploitation des mines. Les exploitants rendirent volontiers hommage au mérite de Trevithick, mais furent peu disposés à joindre à leur hommage un témoignage plus substantiel.
- Compacte, peu encombrante, la machine à vapeur de Trevithick se prêta à de nombreux usages. Vers l’année 1800, son auteur l’appliqua à une voiture sur route, qui circula pendant quelque temps ; il construisit aussi des locomotives, notamment une qui roula sur une voie circulaire à Londres. Ces locomotives avaient un seul cylindre à longue course, soit horizontal, soit vertical, logé dans la chaudière. Cependant Trevithick avait indiqué l’avantage de deux manivelles à angle droit.
- A défaut de condenseur, il appliquait à ses moteurs fixes le réchauffage de l’eau d’alimentation par la vapeur d’échappement.
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- En 1804. et en vue de la défense contre la flotte d’invasion rassemblée à Boulogne par Napoléon, il munit un bateau de roues à aubes actionnées par une machine à vapeu .
- Parmi ses autres œuvres, on cite une drague avec chaîne à godets, mise en service sur la Tamise et le percement d’un tunnel sous la Tamise, qu’il fut sur le point de terminer en six mois, mais dont- les travaux furent interrompus par de grandes venues d’eau et ne fuient repris qu’en 1825 par Brunei. Il est intéressant de citer la construction de caisses en tôle pour recevoir les colis : c’est le moderne « container ».
- L’agriculture attira également son attention, et il exécuta des machines pour ses diverses opérations.
- En 1816, il fut appelé au Pérou pour des installations de mines, qu’il ne put exécuter par suite des ravages causés par des insurrections. Dans les années qui suivirent, il fît quelques recherches minières dans l’Amérique centrale, et finalement rentra en Angleterre en 1827, complètement ruiné.
- C’est vers cette époque, et dans les six dernières années de sa vie, que cesse sa carrière d’inventeur. On relève seulement dans ses papiers le projet d’une tour métallique haute de 300 m.
- Après une courte maladie, il mourut en 1833, âgé de 62 ans.
- Personnellement, c’étail un homme de grande taille, très vigoureux et d’un aspect énergique. On cite de lui des exploits athlétiques, tels que le soulèvement et le transport de poids énormes. Dans une réunion amicale, il saisit son voisin, le soulève, le retourne, et lui fait marquer ses semelles sur le plafond de la salle. Comme souvenir de son enfance, on le traite1 d’écolier indiscipliné, qui se forma lui-mème par l’observation des machines et des travaux des mines.
- Une statue lui a été récemment élevée à Camborne, dans la Cornouailles, non loin de sa maison natale, statue exécutée d’après un portrait peint en 1816. A W estminsler Abbey, un vitrail représente Trevithick tenant une petite locomotive comme un évêque tient une châsse.
- L’extrait d’une lettre à son ami Davies Gilbert ne saurait mieux terminer cette notice qu’en montrant les sentiments élevés du génial inventeur :
- « On m’a traité de fou parce que j’essayais ce que le monde appelle impossibilités, et même le célèbre ingénieur, feu James Watt, a dit à un illustre savant, encore de ce monde, que je méritais la pendaison pour mon invention de la machine à haute pression. Telle a été ma récompense de la part du public. Quoi qu’il en soit, je me contenterai du grand plaisir intime et du légitime orgueil que je ressens dans mon for intérieur pour avoir été l’auteur de la naissance et du développement de principes nouveaux et de nouvelles dispositions d’une inestimable valeur pour mon pays. Quelque étroite qu’ait été ma situation de fortune, le grand honneur d’être un sujet utile de ma patrie, honneur qu’on ne pourra jamais me ravir, m’est bien plus précieux que la richesse. »
- Foyers, siphon Nicholson.
- On a récemment appliqué en France, notamment sur es réseaux de l’Est et de Paris à Orléans, dans les foyers de locomotives, une sorte de bouilleur, d’origine américaine, dénommé siphon Nicholson, ce nom de siphon paraissant peu justifié.
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- LOCOMOTIVES A 3 CYLINDRES, NON COMPOUND.
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- On établit ainsi (fîg. 1) une large communication entre l’avant et le ciel du foyer. L’eau y pénètre par une partie circulaire et s’étale dans une caisse plate raccordée au ciel du foyer. Des entretoises en relient les faces parallèles. Ce bouilleur est construit en tôle d’acier. Depuis quelques années, d’ailleurs, l’acier est d’un usage courant pour les foyers des locomotives sur le réseau de Paris à Orléans, à la place du cuivre, employé en France à peu près exclusivement jusqu’à une date récente, tandis que les foyers des locomotives américaines sont en acier. Les parois en acier sont plus minces que celles en cuivre, et ne donnent lieu à aucune difficulté spéciale d’entretien.
- Le siphon Nicholson sert d’appui à la voûte en briques que comporte norma-
- Fig. 1. — Siphon Nicholson et voûte en brique dans un foyer de locomotive.
- lement tout foyer de locomotive. Cette voûte, en deux parties symétriques, repose d’une part sur les flancs du foyer, et, d’autre part, sur un renflement de la partie inférieure du siphon.
- Le siphon Nicholson, qui augmente la surface de chauffe, et provoque une circulation utile de l’eau, rappelle l’ancien bouilleur Tenbrinck (décrit dans le tomeX de la 2e série du Bulletin de la Société, page 538 et planche 280); moins bien disposé pour la circulation de l’eau, ce bouilleur occupait la place de la voûte en briques actuelle et en avait en partie l’effet utile.
- Malgré son fonctionnement satisfaisant, on a renoncé au bouilleur Tenbrinck, dont l’entretien était onéreux.
- Locomotives à 3 cylindres, non compound.
- Le Bulletin de la Société a décrit en 1924 (p. 560) et en 1929 (p. 416) des locomotives non compound à trois cylindres égaux, l’une américaine, l’autre construite par la Société alsacienne de Constructions mécaniques pour les chemins de fer de l’Est. Cette disposition est d’ailleurs fréquente aujourd’hui. A cette occasion, il est intéressant de noter qu’un projet de locomotive à trois cylindres égaux a été soumis à notre société en 1865 par M. Raincelain, monteur mécanicien. Ce projet a été l’objet d’un rapport publié avec un dessin dans le tome XIII de la 2e série du
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- Bulletin, p. 193. Le rapport est peu favorable. En effet, la puissance des locomotives à cette époque ne justifiait guère cette complication, et le projet avait un détail défectueux.
- George Stephenson a construit en 1846 une locomotive à trois cylindres, mais avec des dispositions différentes. A un cylindre médian il ajoute deux cylindres extérieurs de capacité moitié moindre, commandant deux manivelles parallèles, perpendiculaires à celle du cylindre médian. L’objet était de réduire les perturbations du mouvement.
- Distribution de vapeur par soupapes.
- A diverses reprises on a substitué des soupapes au tiroir pour la distribution de la vapeur dans les cylindres de locomotives. La plupart de ces essais anciens ont eu peu de succès. Récemment repris, l’emploi des soupapes a donné satisfaction, et les applications s’en multiplient.
- Deux motifs justifient cette modification du mécanisme. D’une part, l’élévation des températures de surchauffe de la vapeur, qui atteignent et dépassent 400"; d’autre part, l’amélioration de la distribution, variation de la période d’admission de vapeur sans modification des conditions d’échappement. Au contraire, avec les tiroirs ordinaires, on n’obtient une admission suffisamment courte qu’en exagérant les parcours d’échappement anticipé et de compression.
- Les soupapes sont commandées par des cames sur un arbre recevant, d’un essieu moteur, un mouvement de rotation. Cette transmission doit compenser la variation de la distance des deux axes, l’arbre à cames étant fixé au châssis soumis à l’oscillation des ressorts. Plusieurs dispositifs sont en usage, notamment :
- Arbre oblique articulé et extensible allant de l’essieu, où il est commandé par engrenages d’angle, au cylindre, solution analogue à celle qui est adoptée pour les automobiles ;
- Bielles en triangle reliant deux essieux couplés contigus aux deux extrémités d’un arbre transversal fixé au châssis : ces bielles sont articulées sur contre-manivelles des essieux, et sur les manivelles de l’arbre commandé, avec liberté de coulisser sur ces manivelles;
- Liaison, sur chaque côté de la machine, de l'arbre transversal, placé au-dessus des cylindres, et d’un essieu moteur par un balancier et deux bielles; cet assemblage fonctionne comme bielle d’accouplement extensible.
- Ces modes de transmission, entre deux axes à écartement variable, peuvent donner quelques irrégularités de la rotation du second.
- Une même came peut commander successivement les soupapes correspondantes aux deux extrémités du cylindre, car les ouvertures et les fermetures de ces deux soupapes doivent se produire à des intervalles correspondant à un demi-tour de la manivelle motrice et, par suite, de l’arbre qu’elle commande. Il n’en résulte pas une égalité absolue des phases de la distribution sur les deux côtés du piston, puisque l'inclinaison de la bielle motrice raccourcit les parcours du côté de l’essieu et les augmente de l’autre côté; mais ces différences ne sont jtas très importantes. Avec une bielle longue de cinq fois le rayon de la manivelle, la différence la plus grande
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- DISTRIBUTION DE VAPEUR PAR SOUPAPES.
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- correspond, pour une course de 700 mm, à des parcours de 315 et 385 mm, au lieu de deux parcours égaux à 350 mm.
- On réduit parfois à moitié la vitesse de l’arbre de distribution : l’arc d’action des cames est alors réduit de même à moitié, et elles sont doublées, un demi-tour de cet arbre devant produire le même effet qu’un tour entier. Les rampes de la came restant les mêmes, la durée du soulèvement et de l’abaissement de la soupape est doublée.
- La distribution généralement demandée comprend des périodes invariables d’échappement anticipé, d’échappement, de compression, et d’admission anticipée, avec variation facultative très étendue de l’admission, soit de zéro ou d’une valeur très
- Fig. 1. — Mécanisme de distribution Renaud. Commande d’une soupape d’échappement.
- petite aux 80 centièmes de la course du piston. En outre, cette distribution doit se reproduire pour les deux sens de marche.
- Le système Dabeg, dont le principe est très simple, substitue des cames les unes aux autres par glissement d’un manchon sur l’arbre décommandé. Pour l’admission dans les deux sens de marche, ce manchon porte quinze cames contiguës, d’amplitudes progressives pour l’échappement, il y a seulement deux cames à profils symétriques, de même longueur que le groupe des précédentes, car elles glissent toutes ensemble, l’une pour marche avant, l’autre pour marche arrière. On pourrait, en modifiant le profil des cames d’échappement, produire telles variations qu’on jugerait utiles dans les périodes d’échappement. Ce montage rappelle l’ancienne distribution Audemar pour machines d’extraction (voir Bulletin de la Société de l’Industrie minérale de Saint-Etienne, 1873, 2e série, t. II, p. 569).
- Dans le système Renaud (Revue générale des Chemins de fer, décembre 1929), les cames sont à saillie variable. L’arbre de commande, parallèle à la tige de piston, actionne séparément les deux soupapes de l’avant du cylindre et les deux soupapes de l’arrière. Chaque soupape est alternativement manœuvrée, suivant le sens de la marche, par deux cames contiguës, agissant sur un galet unique de largeur suffisante.
- La came à saillie mobile 4 (fig. 1) dépasse de part et d’autre le tambour 3 qui l’entraîne, tambour calé sur l’arbre 18; cet arbre tourne à demi-vitesse, la came
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- agissant de même par les deux extrémités. Le glissement des cames est produit, pendant leur rotation, par les excentriques triangulaires o, en relation avec le volant de changement de marche, qui les arrête dans la position désirée. La disposition est telle que, pour la marche avant, malgré les déplacements de ces excentriques 5, les cames de marche arrière sont toujours effacées quand elles passent au droit des galets décommandé 6 des basculeurs 7, et vice versa. Pour l’échappement, la came active reste en saillie pendant un quart de tour de l’arbre, correspondant à un demi-tour d’essieu, donnant ainsi échappement anticipé, échappement et compression invariables. La came d’admission, au contraire, produit l’ouverture toujours au même point, début de l’admission anticipée, mais elle s’efface plus ou moins tôt, suivant la position de l’excentrique 5.
- Les distributions Caprotti et Cossart agissent par variation angulaire du calage des cames sur l’arbre qui les porte. Pour étendre la période d’admission jusqu’aux 80 centièmes de la course du piston, elles utilisent deux cames, l’une fixe, pour un même sens de marche, dite came d’admission, et l’autre déplaçable, dite came de détente; la première commande le soulèvement de la soupape, et la seconde l’abaissement. Chacune de ces deux cames agit sur un galet, et l’ouverture de la soupape exige que ces deux galets soient soulevés. A cet effet, ils agissent sur les deux extrémités d’un balancier, dont le milieu commande la soupape. Le soulèvement d’un seul galet fait parcourir au milieu du balancier la moitié de sa course, mais sans agi]- sur la soupape : c’est seulement la seconde moitié de la course, résultant de l’action simultanée des deux galets, qui en produit l’ouverture.
- Dans le système Cossart, la came d’admission est fixée en A(D15 pour la rotation dans le sens F2 ( fi g. 2) sur un arbre tournant à la vitesse de l’essieu moteur (ou à
- demi-vitesse, comme on le verra plus loin). La came de détente, qui occupe une demi-circonférence, est en Y1X1 pour l’admission maxima. Les galets étant à l’extrémité gauche du diamètre horizontal sur la figure, on voit qu’ils sont tous deux soulevés pendant le parcours AÏAj, qui donne l’admission anticipée, puis pendant le parcours AtDj d’admission maxima. Si on déplace la came de détente dans le sens de la flèche F.,, l’admission anticipée restera commandée de même, mais l’admission sera de moins en moins longue à mesure que l’extrémité Xt se rapprochera de Ar Par exemple, avec Xl arrêté en D(, l’admission durera pendant la rotation AjD( et le parcours moyen du piston sera A^j. si AtE en représente la course entière. Le parcours maximum est A1rf1.
- Une troisième came, à calage invariable dans un sens de marche, donne les phases d’échappement anticipé, d’échappement et de compression sans modifications.
- Pour la rotation dans le sens Fi; on déplace les cames, l’extrémité de la came
- Fig. 2. — Came d’admission et came de détente de la distribution Cossart.
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- DISTRIBUTION DE VAPEUR BAR SOUPAPES.
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- d admission venant de Dt à A',, et la came de détente pouvant s’étendre jusqu’en X,.
- L’arbre porte-cames est une vis à pas allongé, dont les cames sont les écrous ; on en modifie l’angle de calage en les déplaçant longitudinalement à l’aide de colliers.
- Les deux manœuvres, celle de la came de détente pour faire varier l’admission, et celle de l’ensemble des cames pour le changement de marche, pourraient comporter deux organes de commande différents. On a préféré un organe unique, plus commode et moins encombrant, qui est l’ancienne vis de changement de marche. La course de l’écrou de cette vis, dans son premier tiers, déplace la came de détente pour les divers degrés d’admission en marche avant; le second tiers, qui ne comporte pas d’arrêt intermédiaire, donne le changement de marche; enfin le troisième produit la variation d’admission en marche arrière. Le déplacement de la came de détente, lors du changement de marche, est réglé de manière à ce qu’elle donne les admissions maxima à la fin du premier tiers et au commencement du troisième de la course de l’écrou de commande, afin de réduire au minimum la manœuvre de changement de marche parfois nécessaire lors des démarrages difficiles.
- En réduisant à moitié la vitesse de l’arbre porte-cames et par suite l’amplitude des déplacements angulaires des cames, on diminue la course longitudinale à leur donner et, par suite, la longueur de l’arbre et la largeur des cames, sur lesquelles les galets doivent toujours pouvoir porter.
- Un défaut des soupapes est la coïncidence de l’arrêt sur les sièges et de la fermeture de l’orifice, coïncidence qui conduit à un ralentissement en fin de course afin d’éviter des chocs violents. Pour cette raison, la distribution Gossart a remplacé les soupapes par des pistons-valves. Le piston-valve, se déplaçant devant les ouvertures circulaires d’un cylindre, présente un excès de course, qui donne plus de rapidité tant à l’ouverture qu’à la fermeture des ouvertures. Le mode de commande, par la moitié seulement de la course des basculeursqui appuient sur les cames, a demandé l’emploi de butoirs élastiques d’arrêt. Le tracé des cames est modifié [tour tenir compte de l’excès de course des pistons-valves.
- Outre la rapidité plus grande d’ouverture et de fermeture des lumières, les pressions s’équilibrent complètement sur les pistons-valves, ce qui n’a pas lieu sur les soupapes, vu la différence de diamètre de leurs deux sièges.
- On a constaté d’ailleurs qu’ils étaient plus étanches que les soupapes. Il ne semble pas que le retour à une pièce frottante, dans la vapeur surchauffée, ait eu d’inconvénients.
- •
- Une cause de défaut d’étanchéité des soupapes peut être l’inégalité de dilatation de la soupape et de ses sièges. On y remédie en façonnant les deux sièges suivant des surfaces coniques ayant un sommet commun, l’une de ces surfaces pouvant être aplatie jusqu’à un plan. La dilatation de la soupape par rapport à ses sièges ne produit qu’un glissement sans séparation, pourvu, bien entendu, que les températures soient uniformes dans les masses métalliques.
- La distribution Caprotti, déjà en usage en 1921, comporte la même combinaison de trois cames que la précédente ; la différence est dans le mode de commande de ces cames. L’arbre porte-cames est également une vis à pas allongé, mais les cames, 132e Année. — Juin 1933. 24
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- NOTES SUR LES LOCOMOTIVES. — JUIN 1933.
- non vissées sur l’arbre, sont folles et n’ont pas de déplacement longitudinal. Ce déplacement est donné à deux manchons, reliés aux cames par des tiges qui les traversent : le déplacement angulaire donné aux manchons est ainsi transmis aux cames correspondantes. Un seul manchon commande deux cames, pour l’admission : l’une des cames est traversée par les tiges de manœuvre de l’autre, dans des rainures circulaires.
- Le déplacement longitudinal des deux manchons vissés sur l’arbre est donné par des bielles entraînées par des manivelles que porte un arbre de manœuvre. Les manivelles déplaçant les deux manchons font un angle de lfO° : lors de l’admission moyenne, celle qui commande le manchon d’échappement se place1 dans le prolongement de sa bielle, de sorte que la rotation qui actionne1 le manchon d’admission donne une faible course au manchon d’échappement.
- Par suite1, les périodes d’échappement ne restent pas constantes; l'échappement, anticipé et la compression varient en sens inverse1, mais cette variation est faible.
- Les soupapes donnent une communication facile1 des deux extrémités des cylindres, pour la marche à régulateur fermé : il suffit de les faire ouvrir dès que la vapeur cesse d’arriver. Elles remplacent avantageusement les soupapes de l'entrée d’air et les bv-passes employés à cet effet.
- En résumé, pour faire varier la durée de l’ouverture, des soupapes d’admission, on fait usage ;
- d’une série de. cames d’amplitudes progressives substituées l’une à l’autre;
- d’une came à saillit1 variable, qui s’efface plus ou moins tôt ;
- d’uni1 combinaison de deux cames, dont l’action simultanée est nécessaire pour l’admission de vapeur, et dont l’une commande l’ouverture et l’autre, à calage variable, la fermeture.
- Une quatrième disposition (deuxième système Dabeg) est celle d’un arbre oscillant qui commande une came n’agissant que par une extrémité, et maintenant la soupape ouverte pendant un parcours angulaire aller et retour plus ou moins long. A l’inverse des précédents, cette disposition comporte seulement le remplacement du tiroir par des soupapes, sans transformation du mécanisme de commande, qui donne à la distribution des phases toutes variables.
- En appliquant ce système, on conserve notamment le mécanisme Walschaerts, qui. au lieu de donner un mouvement de va et vient à la tige du tiroir, fait osciller l’arbre à cames.
- Progrès réalisés dans l’échappement des locomotives.
- La chaudière de locomotive est remarquable par son énorme production, qui atteint et dépasse la valeur moyenne de 65 kg de vapeur par mètre carré de surface de chauffe et par heure, avec une combustion horaire de 300 kg de houille par mètre carré de surface de grille. Cette combustion intense exige un tirage énergique, que pourrait donner un ventilateur, mais qui est obtenu très simplement par l’envoi
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- PROGRÈS RÉALISÉS DANS l’ÉCHAPPEMËNT DES LOCOMOTIVES.
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- dans la cheminée de la vapeur d échappement des cylindres (1). Mais ce procédé si commode est trop souvent assez dispendieux, en créant sur les pistons un excès notable de contre-pression; d’autre part, il ne s’adapte pas toujours avec précision au régime varié demandé à la chaudière, et il donne souvent un tirage inégal sur les différentes parties de la grille.
- Cette imperfection s’explique par les conditions imposées à l’appareil. Il rentre dans la catégorie de ceux que Rateau a dénommés trompes, mais c’est une trompe imparfaite. La trompe normale comprend des tuyères concentriques, déversant le fluide moteur et le fluide entraîné, puis le mélangeur et enfin le divergent. Sur la locomotive, la tuyère amenant le fluide entraîné fait défaut, et le divergent est très rudimentaire.
- Malgré plusieurs études, tant théoriques qu’expérimentales, cet appareil, dont l’importance est capitale, n’a généralement pas reçu les mêmes perfectionnements que les autres organes de la locomotive. Depuis quelques années, un type nouveau, l’échappement Kylàlâ, a donné de remarquables résultats; il a été adapté aux locomotives du réseau de Paris à Orléans par M. Chapelon, ingénieur de ce réseau, et, sous le nom d’échappement Kylchap, il a été largement appliqué.
- A cette occasion, M. R. Godfernaux, directeur de la Revue générale des Chemins de fer, a publié une magistrale étude sur les échappements en général, et sur l’échappement Kylchap en particulier.
- M. Godfernaux remarque que l’échappement de locomotive se règle, ou doit se régler, suivant la production de la chaudière, puisque c’est la vapeur produite qui se retrouve à l’échappement, en totalité ou après prélèvement d’une fraction pour réchauffage de l’eau d’alimentation. Cette considération le mène à la comparaison des échappements à section variable et des échappements fixes. A l’aide de graphiques simples, il montre qu’un bon échappement fixe peut suffire jusqu'à une production assez grande, et que la réduction de la section d’écoulement de la vapeur, que donne l’échappement variable, n’est utile que pour une production encore plus grande, mais au prix d’une contre-pression excessive dans les cylindres; d’autre part, un échappement trop serré arrache le combustible et trouble le fonctionnement de la grille. Il estime que, sur la plupart des locomotives, un échappement fixe, de section exactement calibrée, peut suffire.
- M. Godfernaux étudie ensuite l’action mécanique du tirage sur le combustible, et s’exprime comme il suit :
- « Un autre point très important reste à examiner ; c’est la manière dont le tirage se répartit sur l’étendue de la surface de grille, répartition dont dépend à son tour la manière de conduire le feu, le rendement de la combustion, et finalement la puissance de vaporisation pour une dépression donnée dans la boîte à fumée.
- « L’idéal consisterait évidemment à avoir un tirage uniformément réparti sur toute la surface de la grille; on pourrait alors faire un feu d?épaisseur partout égale.
- « La combustion se produirait avec la même intensité en chacun des points de sa masse sans création de zones dormantes, où un mâchefer compact prend généralement naissance, et finit par couper complètement le tirage; la surface de grille serait utilisée à son maximum et sans avoir recours à un tirage excessif, d’où
- (1) On trouvera dans l’ouvrage de J. G. H. Warren, A Century of Locomotive Building by Robert Stephenson and Co (chapitre xv),uninté ressant compte rendu des premières applications de la tuyère d’échappement, et des discussions auxquelles elles ont donné lieu.
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- réduction des pertes par escarbilles entraînées; on obtiendrait une production facile et abondante de la chaudière.
- « Pour tendre vers ce résultat, il faut utiliser des échappements à points d’aspiration multiples et convenablement étagés devant la plaque tubulaire, de manière à égaliser au mieux le débit des produits de la combustion dans chacune des rangées des tubes à fumée.
- « Comme ce débit dépend, pour un tube déterminé, non seulement de la puissance d’aspiration produite devant lui par l’échappement, mais encore des résistances éprouvées sur tout leur parcours (cendrier, grille, couche de combustible, voûte en briques, tube lui-même) par les gaz débités par le tube considéré, on voit que l’effet d’aspiration à demander à l’échappement ne sera pas forcément le même pour tous les tubes, mais pourra varier d’un tube à l’autre suivant les dispositions de la chaudière.
- « Avec un échappement constitué par une simple tuyère placée au-dessous de la cheminée, réalisant un unique étage d’aspiration, il sera généralement impossible de réaliser une uniformité parfaite de la combustion sur toute la grille, même en agissant sur les dimensions et la disposition de la voûte en briques ou en utilisant une grille à sections de passage d’air variables, ce qui ne va d’ailleurs pas toujours sans complication.
- « Avec un échappement à deux ou trois étages d’aspiration tels qu’ils sont réalisés ou réalisables, par exemple avec le dispositif des petticoats américains, on peut, en choisissant la position relative de ces petticoats et leurs dimensions eu égard aux résistances parfois très [différentes des circuits parcourus par les gaz aspirés dans les diverses parties du faisceau tubulaire, réaliser une uniformité de la combustion généralement suffisante. »
- Examinant les divers types d'échappements, et la nature du problème, M. God-fernaux conclut qu’on est amené à considérer :
- « 1° Une fonction mélange ayant pour but d’assurer le mélange intime entre la vapeur aspirante et les gaz aspirés, fonction dont l’accomplissement intégral est à la base même de toute théorie de l'échappement et qui conditionne pour la plus large part le bon fonctionnement du dispositif réalisé;
- « 2° Une fonction évacuation des- gaz à Vatmosphère, avec travail de refoulement [jour faire passer les produits de la combustion de la pression à laquelle ils se trouvent dans la boîte à fumée à la pression atmosphérique. »
- Il résume comme il suit son appréciation des appareils existants :
- « Les perfectionnements apportés à l’échappement des locomotives depuis l’origine ont été relativement lents et l’on peut même dire que la plupart des locomotives possèdent encore l’échappement le plus ancien et le plus simple, consistant dans une simple tuyère par où s’écoule la vapeur dans la cheminée. »
- Le mémoire se termine par la description de l’échappement Kylcliap et l’examen de l’effet utile qu’il a donné.
- La figure i représente un des types de cet échappement, appliqué à des locomotives du Chemin de fer de Paris à Orléans. D’autres ty| >es, avec quelques variantes dans le détail, sont également en usage sur le même réseau.
- La vapeur s’échappe par la tuyère A; quatre petites barrettes, à l'orifice, divisent le jet. En rendant mobiles ces barrettes, on peut faire légèrement varier la section. Au-dessus, un groupe de quatre tuyères K multiplie les contacts entre la vapeur et
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- les gaz chauds; puis le courant pénètre dans l’ajutage cylindrique J et dans la cheminée T. L’aspiration s’exerce à trois niveaux différents, entre A et K, K et J, J et T.
- jM c
- Fig. i. — Échappement Kylâlà-Chapelon (Kylchap) type IK/1C de la Compagnie du Chemin de fer
- de Paris à Orléans.
- A, Colonne d'échappement; — E, Tuyère d'échappement; — J, Ajutage cylindrique; — K, Ajutage Kylàla; — L, Grille à flammèches ; — M, Guide des ajutages permettant la dilatation ; — T, Cheminée.
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- De nombreux relevés ont été faits en comparant cet échappement à d’autres types plus anciens largement employés. Un premier point est la relation entre la dépression produite dans la boîte à fumée et la contre-pression dans la colonne d’échappement. De nombreux graphiques, où ces deux éléments sont portés en ordonnées et en abscisses, donnent cette comparaison. A titre d’exemple, la figure 2 reproduit un de ces graphiques.
- Les expériences ont en outre mis en évidence diverses propriétés du nouvel échappement. L’action en reste proportionnelle à la production de vapeur. Le tirage se répartit bien sur toute la surface de la grille, ce qui permet d’entretenir une épaisseur uniforme de combustible. La puissance de la locomotive est
- augmentée, ou, à puissance égale, les consommations d’eau et de combustible sont réduites.
- En se reportant au magistral ouvrage de Couche, Voie, matériel roulant et exploitation technique des chemins de fer, qui donne encore des renseignements de premier ordre, malgré la date ancienne de sa publication, 1876, on trouve une très longue étude du tirage produit par l’échappement, étude qui montre que l’importance du sujet n’avait pas échappé à l’auteur. Mais la conclusion donnée par Couche est la suivante : « Il semble indispensable de reprendre la question de la disposition de l’échappement des locomotives, question qui a été tranchée, mais non résolue. »
- Les ingénieurs qui ont réalisé une heureuse modification des appareils, et M. God-fernaux qui, après 56 ans, a donné suite au vœu de Couche, méritent des félicitations.
- Le mémoire de M. Godfernaux, extrait du Bulletin de l’Association internationale du Congrès des Chemins de fer d’avril 1933, existe dans la Bibliothèque de la Société (pièce n° 13.781). Des modèles, grandeur d’exécution, des échappements Kylchap, Nord à cône, et Paris-Lyon-Méditerranée à trèfle, figurent au Musée du Conservatoire national des Arts et Métiers.
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- Fig. 2. — Dépressions dans la boîte à fumée, en millimètres d’eau, et contre-pressions dans la colonne d’échappement, en grammes par centimètre carré, données par un échappement Kylchap, et par un échappement à cône mobile.
- Prise d’eau sans arrêt des locomotives.
- Le dispositif de prise d’eau sans arrêt, appliqué en Angleterre vers l’année 1860, a été souvent décrit. L’auteur de ce dispositif, J. Ramsbottom. ingénieur du London and North Western Railway, à Crewe. en a donné une description dans les Procee-dings of the Institution of Mechanical Engine ers, année 1861, p. 43. Il s’agissait, pour accélérer la marche de la malle d’Irlande, de parcourir sans arrêt les 136 km
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- PRISE D’EAU SANS ARRÊT DES LOCOMOTIVES.
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- de Chester à Holyhead, en 2 h. 3 min. La dépense normale d’eau, pour ce trajet, était de 8.200 à 8.600 litres, mais elle s’élevait jusqu’à 11.000 litres par le mauvais temps, fréquent sur cette section de ligne, très exposée au vent. Or les tenders ne contenaient que 7.000 litres, et on ne se souciait pas d’en augmenter le poids, cette augmentation devant être très sensible, vu la légèreté des trains à cette époque.
- La prise d’eau comporte une rigole entre les rails, horizontale sur une longueur de 403 m, avec prolongements de 13 m inclinés à 1 p. 100, les rails étant relevés parallèlement à ces prolongements. Le niveau de l’eau est à 3 cm au-dessus de la surface de roulement des rails. L’extrémité de l’écope est un rectangle de 31 sur 234 mm, donnant une surface immergée d’environ 130 cm2. Elle embarque 5.200 litres, volume correspondant au produit de la surface d’entrée par la longueur parcourue, soit 1,3x4.030 dm2, produit égal à 5.250. Le débit reste à peu près le même quelle que soit la vitesse au-delà du minimum nécessaire. Une petite charrue à glace, montée sur roulettes, est prévue pour dégager la surface de l’eau, après une nuit froide, avant le passage du premier train.
- Pour les expériences de mesure de l’eau embarquée, Ramsbottom fît usage d'un tachymètre simple consistant en un cylindre vertical de verre, contenant de l’huile, animé d’une vitesse proportionnelle à celle des roues ; le niveau atteint par le sommet du paraboloïde creusé à la surface du liquide indiquait la vitesse.
- A la suite de cette première application, le système Ramsbottom fut l’objet de nombreuses installations en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis d’Amérique. Parmi les longs parcours actuels qu’il permet sans arrêt, on peut citer les 632 km de Londres à Edimbourg.
- En France, des descriptions du système ont été données notamment : par Couche, Voie, matériel roulant et exploitation technique des chemins de fer{t. II, p. 460); par Demoulin, Traité pratique des locomotives (t. IV, p. 275); par Vicaire, Cours de chemins de fer, professé à l'École supérieure des Mines (p. 229), et ces descriptions semblent plutôt en recommander l’emploi. Néanmoins, ce n’est que récemment que l’application en a été faite en France, sur le réseau de l’Etat.
- Même pour les trains dont les étapes ne sont pas très longues, le système peut être utile, en évitant les sujétions auxquelles donne lieu la prise d’eau dans les gares. En regard de ses avantages, il faut, évidemment; considérer les dépenses d’installation et d’entretien, ainsi que les difficultés éventuelles causées par les très fortes gelées. En outre, on ne trouvera pas toujours, dans la région choisie pour l’installation, des emplacements favorables, où l’on puisse amener de l’eau de bonne qualité sur une voie en palier.
- Les installations des chemins de fer de l’État sont au nombre de quatre :
- Ligne de Paris à Rouen, à Léry-Poses, environ 111 km de Paris:
- Ligne de Paris à Cherbourg, à Arnières, environ 113 km de Paris;
- Ligne de Paris à Brest, à Courville, environ 104 km de Paris;
- Ligne de Paris à Bordeaux, à Saint-Aubin-la-Bruère, environ 220 km de Paris.
- La rigole comprend une partie centrale horizontale, longue de 440 à 490 m, et deux parties extrêmes avec fond incliné à 3 mm par mètre, longues chacune de 48 m. Les rails, au droit de ces parties extrêmes, ayant même inclinaison, l’écope, abaissée trop tôt, ou relevée trop tard, ne rencontrera pas d’obstacle à l’entrée et à la sortie de la rigole.
- Le tender porte un conduit voisin de la verticale, terminé à la partie inférieure
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- NOTES SUR LES LOCOMOTIVES.
- JUIN 1933.
- par l’écope articulée, et recourbé à la partie supérieure, de manière à déverser l’eau dans la soute. L’écope est commandée par un levier; un ressort facilite le relevage ; la manœuvre par un cylindre à air comprimé est également appliquée et parait préférable. La tringle de transmission est munie d’une chape réglable. Il importe, en effet, de bien régler la position de l’écope abaissée, qui doit plonger suffisamment dans l’eau sans trop approcher du fond de la rigole, où peuvent se trouver des mâchefers ou des cailloux. L’usure des bandages et des coussinets abaisse l’écope; la diminution de la charge du tender la relève; les oscillations des ressorts la déplacent continuellement. La position normale est donnée sur la figure 1 : la partie inférieure
- ?tXjrr
- ' Je* Vf 4? voie,
- Fig'. I. — Prise d’eau sans arrêt des locomotives sur le réseau de l’État. Coupe transversale de la rigole d’alimentation, par un plan vertical touchant l’embouchure de l’écope.
- de l’écope abaissée est à 75 mm au-dessous du niveau des rails et à 50 mm du fond de la rigole; cette position suppose le tender à moitié rempli d’eau et portant sa charge entière de combustible. La section immergée est alors de 2,55 dm2. Le volume embarqué correspondant au produit de cette section par la longueur du parcours, en prendra 11 m3 sur la rigole de 440 m.
- La figure montre un écran qui arrête le rejaillissement de l’eau.
- Après le passage d’un train, la rigole doit être liés rapidement remplie, afin qu’un délai de 5 minutes suffise pour qu’un second train puisse s’alimenter. Un réservoir de 300 m3, haut de 14 m, fournit l’eau à chacune des rigoles des deux voies par deux conduites. La manœuvre de remplissage est automatique. Avec la hauteur normale de l’eau, 135 mm, une rigole longue de 536 m (440 H-2x48) contient 33 m3 d’eau; les 10 m3 enlevés par une locomotive doivent être remplacés en 5 minutes au plus.
- La vitesse nécessaire doit être au moins de 40 km/h; il est prescrit de ne pas dépasser celle de 80 km/h.
- Les renseignements qui précèdent sur les installations des chemins de fer de l’Etat m’ont été obligeamment fournis par M. Nasse, chef du Service du Matériel et de la Traction.
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- BULL. DE LA SOC. D’ENCOURAG. POUR L’INDUSTRIE NATIONALE. —JUIN 1933 (p. 361).
- DISPOSITIFS ÉCONOMIQUES D’ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE ET CHAMBRES NOIRES ARTICULÉES POUR LUXMÈTRES
- par M. H. PÉcheux, docteur ès sciences, lauréat de l’Institut.
- I. — APPAREILLAGES SPÉCIAUX POUR LAMPES ÉLECTRIQUES A FONCTIONNEMENT ÉCONOMIQUE
- Préliminaire. — On emploie couramment, pour l’éclairage des surfaces extérieures (places, rues, boulevards) des lampes nues, c’est-à-dire à ampoule claire, dépourvues d’appareillage propre à leur utilisation économique.
- •A vrai dire, ces lampes sont munies, dans la plupart des cas, de réflecteurs ou de réfracteurs de types courants, construits en séries, et ne s’adaptant pas réellement à tous les cas particuliers d’éclairage : il en résulte qu’une grande partie du flux lumineux émis par une lampe ainsi disposée est perdue pour l’éclairage de la voie, ou mal utilisée.
- Dans les dispositifs que nous avons imaginés, toutes les radiations, sans exception, sont utilisées; les radiations directes (c’est-à-dire celles qui vont directement des lampes à la surface à éclairer), comme les radiations indirectes (celles qui se trouvent en dehors du champ d’éclairement), ces dernières étant récupérées à l’aide ' d’un appareillage combiné, réflecteur ou réfracteur, selon les cas envisagés. Chacun de ces appareillages est établi en tenant compte des dimensions de la surface, et de la hauteur à donner aux foyers éclairants.
- Nous allons donner des exemples différents de surfaces à éclairer; nous décrirons le dispositif qui leur convient, et nous montrerons comment on peut en déduire les dispositifs qui conviennent à d’autres surfaces semblables à celles qui ont été envisagées.
- A. — APPAREILLAGE DE LAMPE POUR ÉCLAIRAGE DE SURFACE CIRCULAIRE.
- Lampe a la périphérie. — Sur la figure 1, on voit en s' la projection verticale du centre de figure de la lampe électrique utilisée, suspendue à la hauteur h de la surface circulaire de centre O et de rayon R, son pied tombant sur le point a', de la circonférence; le cercle est projeté verticalement selon arb', horizontalement selon un cercle (non dessiné) de diamètre ab. On a figuré en projections verticale et horizontale la sphère de rayon s'b' ; le diagramme polaire de la lampe est figuré en pointillé, autour de; l’intensité lumineuse horizontale de cette lampe est: IA = 451 bougies décimales. Le cône utile de lumière, éclairant le cercle AB, a pour sommet s' et pour directrice la circonférence de ce cercle ; ce cône coupe la sphère de rayon r = s'b' suivant une courbe Z'Z déterminée par les procédés de la géométrie descriptive.
- On a : r = \jh2-I-4R2.
- Lampe nue. — Le flux total lumineux à travers le cercle AB traverse la sphère à l’intérieur de la courbe Z'Z; il est la somme des flux élémentaires à travers les petites zones sphériques incomplètes telles que rn'^nl; le flux lumineux calculé par
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- ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE, PHOTOMÉTRIE. — JUIN 1933.
- la méthode habituelle (voir la Revue générale de l'Électricité du 20 septembre 1930), à l’aide du diagramme de Rousseau R (en haut et à droite de la figure 1), nous a permis d’exprimer l'intensité moyenne conique, c’est-à-dire l’intensité lumineuse moyenne dans l’angle conique utile d’éclairement; nous avons trouvé, pour l’exprimer, la formule :
- dans laquelle T = surface du diagramme de Rousseau (en millimètres carrés); h et
- ! / 2
- Fig. 1.
- r, définis plus haut, sont en millimètres; on obtient Ic en millimètres; à l’aide de l’échelle de la figure (facile à déterminer en mesurant IA en millimètres, et sachant que \h vaut 451 bougies décimales) on transforme IP en bougies; et l’on trouve, avec
- h= 5 m, et ^ = 0,164; puis T = 2.945 mm2, la valeur : I = 441 bougies décimales; ceci, pour un éclairement moyen de 6 lux (maximum adopté pour l’éclairement des surfaces extérieures); la surface circulaire a pour rayon R = 15 m.
- N. B. — On remarquera, sur la figure 1, que les zones sphériques incomplètes, traversées par le flux lumineux, peuvent s’évaluer aisément à l’aide de leur angle d’ouverture, figuré sur l’épure, et facilement mesurable; on évaluera ainsi les flux
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- ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE ÉCONOMIQUE, CHAMBRES POUR LUXMÈTRES. 3(53
- élémentaires, et par suite le flux total, qui fournira IP, pour la lampe nue, comme nous venons de l’indiquer.
- Appareillage. — Il est constitué par un globe sphérique, en verre, de centre S (concentrique à la lampe) et de rayon SH égal (à l’échelle) à la plus grande intensité lumineuse de la lampe (intensité verticale h-, fig. 1).
- Nous y avons rapporté (en passant de la sphère de rayon r de la figure 1, à la sphère de rayon SH) la courbe Z' d’intersection avec le cône utile BSA, et sa symétrique Z[ par rapport au centre S.
- Il s’agit d’envoyer, dans ce cône, toutes les radiations émises par la lampe; les radiations directes (du cône BSA) sortent librement; les radiations émises dans le cône BjSA^ opposé, seront réfléchies par une cpuche argentée déposée sur le globe entre les deux courbes projetées en Z[, et dirigées ainsi en sens inverse, s’ajouteront aux radiations directes. Des prismes à réflexion totale (de section rectangle isocèle, à face hypoténuse noircie) disposés entre les courbes Z[ et Z', renverront dans le cône utile, les radiations dirigées à travers le globe entre Z[ et Z' ; les faces intérieures des prismes étant présentées normalement aux radiations en question, celles-ci se réfléchiront sur les faces hypoténuses et sortiront normalement aux autres faces de ces prismes, en faisant avec l’horizon un angle complémentaire de celui du rayon incident.
- La figure 2 montre en </. la surface réfléchissante (argentée), en cr, les prismes à réflexion totale ; le globe est ainsi formé de 3 segments ajustés : l’un clair BAK; un autre de forme identique A1LB1 à couche argentée; le troisième AtBABt, moulé de façon à présenter des cannelures en forme de prismes rectangles.
- Tous les rayons, directs et réfléchis, sont dans l’angle GjSj'H' égal à celui BSA du cône utile : tout se passera comme si les radiations étaient toutes émises par le foyer central S de la lampe, les dimensions du globe et de la lampe étant négligeables devant la hauteur du foyer et les dimensions de la surface à éclairer. L’intensité moyenne conique nouvelle (avec la lampe appareillée), sera calculée comme précédemment, mais avec les intensités résultantes (intensités des radiations directes et intensités des radiations réfléchies), mesurées sur la figure 2; on obtient un nouveau diagramme polaire p (fig. 3), et un diagramme de Bousseau plus grand que celui de la figure 1.
- N. B. — Pour le relevé et le calcul des intensités réfléchies, nous avons admis comme pouvoir réflecteur : 0,80 pour la surface argentée et 0,90 pour le verre des
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- ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE, PHOTOMÉTRIE. — JUIN 1933.
- prismes. La formule qui donne la nouvelle intensité moyenne conique I' est la même que précédemment, mais T est 3,41 fois plus grand qu’avec la lampe nue; donc, on aura : I' = 3,41 xlc= 1.503 b. d. Cette valeur est trop grande, puisque la précédente (441 b.d.) est imposée par l’éclairement moyen de 6 luxe à obtenir.
- Dès lors, il faudra employer une lampe dont l’intensité lumineuse horizontale
- X
- sera 3,41 fois plus faible; soit : ^j = 132 bougies décimales seulement.
- Economie de courant. — Les lampes employées universellement pour l’éclairage extérieur sont à filament de tungstène en atmosphère gazeuse.
- Or, la lampe donnant I* = 4ol b. d.. a un intensité moyenne sphérique de 442b.d..
- (Horizon)
- 5,50 Gmt,;
- 203,09
- et consomme 0,5 W par bougie, soit 221W. La lampe avec appareillage, ctdonnant le même éclairement, devant fournir simplement : I(; = 132 b. d., aura une intensité moyenne sphérique de 129 b. d., et consommera seulement (à 0.7 W par bougie) :
- , (221___90) x 100
- 90 W. D’ou une économie de courant s’élevant pour cent a : ---------------------— 59.
- Cette économie compensera largement, et assez vite, la dépense supplémentaire occasionnée par l’équipement des lampes.
- Généralisation. — La formule [1] s’applique au cas où l’on a la relation ^ = 3, entre le rayon R de la surface circulaire et la hauteur h du foyer; le coefficient de ^ au dénominateur en dépend.
- Avec d’autres valeurs numériques de . ce coefficient change, et r change aussi;
- on obtient une courbe d’intersection Z'Z toujours de même forme mais d’amplitude différente, et facile à construire,
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- ÉCLAIRAGE ELECTRIQUE ECONOMIQUE, CHAMBRES POUR LUXMÈTRES. 365
- Dans la Revue générale de l’Électricité du 31 mai 1930. nous avons déterminé les
- coefficients de ^ de la formule [lj, pour diverses valeurs pratiques de pour une
- surface circulaire. Par exemple, pour une surface circulaire plus grande, et afin
- d’éviter l’éblouissement, si l’on prend : ^ = 7,5, avec R = 60 m, d’où ft=8m, on
- obtient la formule suivante pour l’intensité moyenne conique (en adoptant, toujours, 6 lux d’éclairement moyen) :
- T
- h =
- r(ît-4,W)£)
- [2]
- La construction de la courbe Z'Z dans ce cas, ainsi que de l’appareillage qui en résulte, donne deux figures semblables aux figures 1 et 2. On détermine la nouvelle intensité moyenne conique à l’aide d’une figure semblable à la figure 3.
- On trouve, dans ce cas :
- Ic=4.600 b. d., avec une lampe donnant IA=1.749 b.d.;
- mais il faut Icr=l.o00 b. d.
- (formule 2) pour avoir l’éclairement de 6 lux. Dès lors, l’intensité lumineuse horizontale de la lampe sera ramenée à :
- 1.749x1.500
- 4 600
- 570 b. d. ;
- ces lampes prenant 0,5 W par
- bougie décimale, l’économie de courant résultante est aisée à calculer; au lieu d’une lampe prenant 875 W, il suffira d’une lampe consommant 285 W ; l’économie pour cent, en courant électrique sera :
- (875 —285) X 100
- 875 ’
- elle croît avec la puissance de la lampe à employer, c’est-à-dire avec la surface à éclairer.
- lampe au centre. — Si l’on veut éclairer une surface circulaire par une lampe suspendue à une hautenr de h m, dont le pied est au centre de la surface circulaire, on a alors la figure 4. Ici, le cône utile de sommet s, et de base ab (rayon R) coupe la sphère de rayon r — \!h'2 + R2 suivant la circonférence ab elle-même. L’appareillage de la lampe comprend : une zone claire (aCb) pour la sortie des radiations directes; une zone (a'Kbr) à surface argentée p. pour la réflexion des radiations de l’angle (a'sb'); une zone intermédiaire (entre la circonférence ab et sa symétrique a'b' par rapport à s) pourvue de prismes ü> à réflexion totale. Cette lampe est destinée à éclairer la surface circulaire de rayon R = 60 m.
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- ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE, PHOTOMÉTRIE. — JUIN 1933.
- Si, à l’aide du diagramme polaire, figuré autour de s, de la lampe utilisée on construit le diagramme de Rousseau, on trouve pour l’intensité moyenne conique de la lampe appareillée : l' = 2 850 b. d., avec une lampe devant alors présenter une intensité lumineuse horizontale de 1.841 b. d.
- Le calcul de l’économie résultante, sur une lampe nue qui exigerait une intensité horizontale de 3.000 b. d., est de 39 p. 100 (moindre qu’avec les lampes périphériques).
- Les figures 2 et 4 peuvent servir, en quelque sorte, de gabarits pour la construction des appareillages de lampes destinées à l’éclairage économique des surfaces
- circulaires (places publiques, rotondes, jardins). Dans le cas où le rapport ^ (égal
- à 3 pour la figure 2) serait différent, la construction de la courbe Z qui délimite les 3 segments du globe appareillé serait déterminée au préalable à l’aide d’une épure semblable à celle de la figure 1.
- B.
- APPAREILLAGE POUR LAMPE ECLAIRANT UNE SURFACE ELLIPTIQUE.
- Certaines surfaces (de squares, d’auditoria, de salles de spectacle) ont une forme elliptique.
- Il s’agit, là encore, de déterminer un appareillage spécial pour emploi économique du courant, à éclairement égal et donné de la surface.
- La figure 5 est relative à l’éclairage d’une surface elliptique (grand axe : 2a: petit axe : 2à) pour laquelle
- on a : a — 15 m ; | = 3 ;
- . . , r 2
- excentricité -==. Nous a 3
- avons établi, dans la llevue générale de VÉlectricité du 21 février 1931, les calculs complets relatifs à cette question : détermination de l’intersection, avec une sphère de rayon :
- r = yja2 -h h2,
- de l’angle conique utile ayant pour sommet le centre de figure S' de la lampe (fig. 5) et pour directrice l’ellipse (la verticale de la lampe passant au centre OO' de l’ellipse); cette intersection est Z'Z ; et calcul de l’intensité moyenne conique (lampe nue) à l’aide du diagramme polaire (fig. 3. en haut, autour de S'). On remarquera ici, comme pour la figure 1, que les zones sphériques interceptées par le flux lumineux sont incomplètes jusqu’au parallèle y'H'; et complètes au-dessous: en exprimant les flux élémentaires, on obtient le flux total, et à
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- ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE ÉCONOMIQUE, CHAMBRES POUR LUXMÈTRES. 367
- l’aide du diagramme de Rousseau (en haut, à droite), on obtient l’intensité moyenne conique
- [ ; - _2(Ti -4- rcT2) r(l,597r —0,989)'
- [3]
- En mesurant les aires Tt et T2 (indiquées Tt, de à et T2 de Ht à V1 sur la figure 5), en millimètres carrés, avec r = 76 mm; on obtient (en millimètres) Ic; et à l’aide de l’échelle qu’indique la figure si l’on observe que l’intensité horizontale de la lampe employée est 451 b. d. (IA), on trouve : Ic = 540 b. d.
- Le calcul direct du flux, sur cette surface elliptique, pour un éclairement moyen E = 8 lux, est donné (R. G. E. citée, page 300) par :
- Ic
- E -k a2 \/5 3(1, — (1,989)
- = 1.052 bougies décimales.
- [4]
- Dès lors, il faudra au lieu d’une lampe donnant une intensité lumineuse horizontale lh de 451 b. d., une lampe donnant :
- 451x1.052
- U =
- = 878 b. d.
- 540
- L'appareillage pour l’utilisation de toutes les radiations est indiqué sur la figure 6; le globe de verre concentrique à la lampe, et de centre S', est formé de 3 segments : l’un clair (a? S'y) pour la sortie des radiations directes; l’autre (opposé par le centre S' au précédent) en (xi Vy,) est à surface argentée (fx); le troisième, intermédiaire, entre la courbe Z' d’intersection (cône-sphère) et sa symétrique Z[, est
- pourvue de prismes vs à réflexion totale et à face hypoténuse noircie.
- On relève, sur la figure en question, toutes les radiations, à l’échelle indiquée plus haut, et corrigée comme il convient par le changement de lampe (878 b. d. horizontales au lieu de 451), on fait le tableau des intensités lumineuses résultantes, et on obtient le diagramme R de Rousseau (fig. 7) à l’aide du nouveau diagramme polaire p ; le calcul donne la nouvelle intensité moyenne conique :
- 1«=-Xrfc^fei)=930 bo"*iesdéd,na'“; 151
- (au lieu de 540); mais comme il est nécessaire d’obtenir 1 052 b. d. pour assurer
- l’éclairement moyen de 8 lux, il faudra employer une lampe du même type,
- J f t 461X 1.0o2 « in U A
- mais donnant : 1/, = ——— = olO b. cl.
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- ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE, PHOTOMÉTRIË. — JUIN 1933.
- Dès lors, en passant de la lampe nue à la lampe appareillée, l’intensité lh passe elle-
- même de 878 à 510 b. d. ; ces lampes prenant 0,5 W par bougie, l’économie résultante
- (878 — 510 X 100 ,
- pour cent vaudra : ----------------= 42, sur la consommation du courant.
- 8 / 8
- Généralisation. — On traiterait de façon analogue le cas d’une surface plus
- fl C • r
- grande avec un rapport ^ différent, et une excentricité de courbe - différente.
- Voici quelques résultats d’après nos calculs :
- Ellipse donnant : a = 25 m ; ^ = 5 ; ^ = ; E = 8 lux ;
- il vient, avec ce disoositif, I,'. damne aüoareilléel = 2.315 b. d. avec une intensité horizontale de 1.311 b. d. (au lieu de 2.424 b. d. en lampe nue) : l’économie de courant est de 46 p. 100 ; on voit que l’économie croît avec la puissance des lampes, c’est-à-dire avec la surface à éclairer. On construirait l'appareillage, dans tous les cas, en se basant sur les figures 5 et 6 qui précèdent : les courbes d’intersection sont toutes semblables. N. B. — Que la surface à éclairer soit circulaire ou elliptique, on voit que l’appareillage d’une lampe procède toujours des mêmes éléments : zone claire (rayons directs); zone réfléchissante, et zone à réflexion totale (rayons indirects).
- Fig. 7.
- C. — APPAREILLAGE DE LAMPE POUR SURFACE RECTANGULAIRE.
- Les surfaces rectangulaires sont celles des places, rues et boulevards. Les méthodes actuelles d’éclairage des rues et boulevards emploient les foyers éclairants suspendus au centre des rectangles élémentaires qui les constituent : le calcul montre que l’éclairement obtenu est mieux réparti ainsi.
- plage rectangulaire. — Dimensions : a = 20m; è = 15m; lampe électrique suspendue à la hauteur \ h — 5 m. Gomme dans le cas d’une surface circulaire, nous déterminerons l’intensité moyenne dans l’angle tétraédrique défini par le centre de la lampe (sommet) et le périmètre du rectangle (directrice); son intersection
- avec une sphère de rayon v
- d étant la diagonale du rectangle, est
- figurée sur le dessin ci-contre (flg. 8); elle est constituée par 4 arcs de grand cercle dont les projections, verticales et horizontales, sont des arcs d’ellipse symétriques deux à deux ; le flux destiné à la surface rectangulaire traversera la sphère de rayon r à l’intérieur des courbes en question.
- On remarquera, sur l’épure, les zones incomplètes, formées chacune de 4 secteurs deux à deux opposés par le centre, avec des ouvertures d’angle, telles que :
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- © — 2 (<Pj H- ^2)5 qui permettront de calculer le flux élémentaire sur chaque zone de cette nature (de c' à cj(); de à V', existe une zone sphérique complète; à l’aide des flux élémentaires, on a construit le diagramme de Rousseau (en haut, à droite) qui fournit un résultat indépendant de l’éclairement adopté; et l’on trouve pour l’inten-
- 250.07 25^,66 \256,98
- Fig. 8.
- site moyenne dans l’angle tétraèdre (lampe nue, dont le diagramme polaire est figuré) : Im = 252 b. d.;
- cela avec une lampe donnant : Ift= 203 b. d.
- Mais la nécessité d’obtenir 3 lux moyens impose l’intensité moyenne donnée par la formule que nous avons établie (voir Revue générale des Sciences du 15 avril 1932, pour le développement complet des calculs) ; on a
- Im ---------- = 268 bougies décimales, [6]
- ab
- 4 aie sin 7-5-,.
- S (a- -+- 4M) (6* -+- 4M)
- 132e Année. — Juin 1933.
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- ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE, PHOTOMÉTRIE. — JUIN 1933.
- (au lieu de 232, fournies par le diagramme de Rousseau); dès lors, il faut une lampe 203 x 268
- donnant : Ift:
- 232
- = 218 b. d.
- Avec O appareillage de la lampe, toujours réalisé d’après les mêmes principes, et composé (fîg. 9) : lù d’une zone claire, correspondant à l’angle (a?S'y), pour le passage des rayons directs; 2° d’une zone, opposée à la précédente, dans l’angle (a^S'j/j) argentée intérieurement, pour la réflexion des rayons émis au-dessus de l’horizon de la lampe; ces 2 zones sont au-delà des courbes d’intersection de l’angle solide et de la sphère, par rapport au centre S'; 3" de la zone, de forme un peu compliquée, mais régulière, entre les courbes (a'd'c’b'n') d’une part. (a[d[c[b[a[) de l’autre : elle sera pourvue de prismes à réflexion totale.
- On fera, comme pour les figures 2, 4 et 6, le relevé des rayons d’intensités
- résultantes, et l’on construira un nouveau diagramme de Rousseau ; il donne, d’après nos calculs : I,'=465 b. d. ;
- avec, toujours, la lauipp de : b, = 205 b. d.
- Mais l’éclairement adopté impose une intensité moyenne de 268 b. d. ; dès lors, l’intensité lumineuse horizontale de la lampe sera ramenée à :
- 203 x 268 ,,y v i , i •
- = 118 b. d. au lieu
- -75° 90°
- Fig. 9.
- 463
- de 218 comme nous l’avons vu plus haut).
- La consommation de courant, pour la lampe de 118 b. d. est de 88 W ; pour la lampe
- de 218, elle serait de 138 W; d’où l’économie pour cent de courant :
- (138 — 88) x 100 138
- 36.
- N. B. — Le calcul montre que, pour le même éclairement moyen de 3 lux, sur la même surface rectangulaire que ci-dessus, mais avec la lampe suspendue à l’un des sommets, et à la même hauteur, une lampe appareillée nécessiterait une intensité horizontale de 196 bougies (au lieu de 118) avec une consommation de courant de 127 W (au lieu de 88) : l’avantage est incontestablement à la lampe suspendue au centre, comme nous l’avions annoncé précédemment.
- voies publiques. — Soit une rue de 900 m de longueur, avec une largeur de 15 m, à laquelle il faut assurer un éclairement moyen de 3 lux. La rue sera sectionnée en 45 rectangles de 20 m de longueur, et sera ainsi la juxtaposition, bout à bout, de 45 surfaces rectangulaires comme la précédente, nécessitant donc 45 lampes appareillées comme nous l’avons montré ci-dessus.
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- généralisation. — Le rapport adopté, dans l’étude de la surface rectangulaire de 20 m sur 15 m, entre la hauteur h du foyer et la distance de son pied à chaque sommet opposé (demi-diagonale du rectangle) est :
- h __5____2
- il est à retenir, car il fournit, pour E = 3 lux (nombre adopté généralement) des éclairements satisfaisants et un bon rendement. Avec des voies plus larges, ou moins larges, on pourra conserver ce rapport, lequel permettra de fixer les dimensions des rectangles élémentaires.
- Pour une voie plus large, par exemple, h sera plus grand (6 à 7 m), on en déduira d (diagonale du rectangle) ; connaissant la largeur de la rue, on calculera la longueur de chacun des rectangles. Une figure homothétique de la figure 8 permettra de construire l’appareillage à adopter dans ce cas : le centre d’homothétie étant o' (fig. 8) et le rapport d’homothétie 7
- - = 1,40; on obtiendra le o
- sommet s" par exemple (le lecteur peut construire aisément la figure en s’aidant de la figure 8 et de ces indications) en portant dans le sens oV, la longueur o's" = 7 m (à l’échelle de la figure 8); la sphère aura pour rayon : r'= 1,40 XJ". Des parallèles, menées par s" aux'rayons $V, s'b', etc... détermineront les points remarquables de la nouvelle figure conduisant à la construction de l’appareillage commun à toutes les lampes devant éclairer la voie en question.
- D. — APPAREILLAGE DE LAMPE DEVANT FOURNIR UN ÉCLAIREMENT UNIFORME.
- Il s’agit, ici, d’un problème différent de ceux que nous venons d’envisager; examinons d’abord les conditions de la question.
- Préliminaire. — Pour obtenir l’éclairement E (en lux) en un point d’un plan horizontal pour lequel le rayon lumineux qui y aboutit fait un angle w° avec l’horizon, le foyer étant suspendu à h mètres, et l’intensité lumineuse étant I (boug. décim.)
- dans la direction du point on écrit : E = ^sin3io; on en déduit :
- en s’imposant le même éclairement E (3 lux) en tous les points d’une surface déterminée, la formule [7] permettra de calculer I pour divers points remarquables de la dite surface; on en déduit le diagramme polaire (fig. 10) que doit présenter la lampe à utiliser pour fournir un tel résultat.
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- Or, aucun type de lampe ne fournit, et ne peut fournir, un tel diagramme, cela tient à la construction des filaments tels qu'on les emploie couramment ; il faudrait un type de lampe dont le diagramme polaire révélât des intensités décroissantes de l’horizon à la verticale ; les lampes au tungstène (en atmosphère gazeuse) avec filament en zigzag se rapproche le plus du type idéal; mais il sera nécessaire, pour obtenir un diagramme polaire comme celui de la figure 10 (à gauche) de munir la lampe d’un dispositif spécial, destiné à dévier les rayons émis par la lampe réelle de façon à modifier son diagramme polaire (fig. 10, à droite).
- N. B. — Les chiffres marqués sur le diagramme de droite sont des millimètres;
- u.
- les intensités lumineuses correspondantes, en bougies, sont obtenues à l'échelle de : 10 b. d. pour 1 mm.
- A l’aide de la figure 10, on fait un tableau (2) des valeurs des intensités lumineuses sous toutes les inclinaisons (de 5 en 5 degrés), au-dessus et au-dessous de l’horizon. Les calculs complets ont été développés dans la Revue générale de,y Sciences du 30 novembre 1932. La surface à éclairer est la même que celle qui a fait l'objet du paragraphe C (20 m x 15 m) ; on a : E = 3 lux ; A = 5m; la formule [7] fournit donc un tableau (1) des valeurs nécessaires de I; le tableau (2) servira, dans les calculs, à se rapprocher du tableau (1). Nous ne faisons pas figurer, ici, les tableaux (1), et (2) dont il est parlé.
- Appareillage. — Il aura pour but de dévier, dans l'angle utile d'éclairement (entre 21° 50 et 90u : fig. 10) non seulement les rayons émis directement sous l’horizon, dans cet angle, mais aussi les rayons de l’hémisphère supérieur : ces der-
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- ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE ÉCONOMIQUE, CHAMBRES POUR LUXMÈTRES. 373
- niers, par réflexion (à l’aide de miroirs argentés), mais les premiers par réfraction, afin d’obtenir les déviations entre 21° 50' et 90°, strictement. Pour trouver la solution du problème, nous avons, à l’aide du tableau B, évalué la somme totale des intensités lumineuses (à réfléchir et à réfracter) sous toutes les inclinaisons, et nous l’avons répartie proportionnellement aux nombres du tableau (A).
- La figure 11 représente le globe concentrique à la lampe, avec sa surface argentée en m (angle a^S'yJ et en dehors des courbes d’intersection de la sphère de / - d^ ,
- rayon r = w A2 H- -g, et de l’angle tétraédrique formé par le centre S' et le périmètre du rectangle à éclairer; ces courbes sont celles de la figure 8 précédente; et les prismes réfracteurs p (angle calculés comme il est indiqué plus loin.
- Nous avons obtenu, pour les déviations à faire subir aux radiations de la lampe :
- / Sous 21° 50', les rayons réfractés de l(0 à I20 et à I2601/2; et les rayons de 12001/2 réfléchis
- I d’abord, réfractés ensuite avec les premiers;
- 1 Sous 24°, les rayons réfractés (I30 à I45), et les rayons opposés (4 à 4) réfléchis et réfractés;
- — 30°, — Iso à Iss — r ' T' *50 a *65 —
- — 45°, — I70 à I75 — t/ « T ' ho a br, —
- — 60°, — Iso — l' 180 —
- — 75°, — Iss — 4 —
- — 90°, — Ion — a90 . —
- A l’aide du tableau (3) des intensités calculées selon la règle qui précède, nous avons construit le diagramme
- polaire et le diagramme de Rous- ;
- seau correspondants, et calculé l’intensité moyenne à donner à la lampe, ainsi appareillée; nous avons trouvé : \m = 383 b. d.
- (Calcul absolument analogue à celui du paragraphe C). Maisnous avons vu, antérieurement, que Im devait être égale à 268 b. d. pour un éclairement moyen de 3 lux ; que l’éclairement de 3 lux soit
- moyen, ou uniforme comme dans le cas présent, le flux sur la surface est le meme, et par suite l’intensité Im la même aussi.
- Donc, l’intensité moyenne devant être 268 b. d., l’intensité horizontale de la
- 175x268
- lampe, sera ramenée de 175 b. d. (fig. 10) à :----ggg---
- 122 b. d. seulement.
- N. B. — Indépendamment du résultat à obtenir, l’on voit déjà la nouvelle économie de courant que représente l’appareillage, soit de 30 p. 100.
- Mais toutes les intensités indiquées sur le diagramme polaire (fig. 10, à droite) devront être réduites dans le rapport de 175 à 122.
- La figure 12 montre la disposition de l’un des prismes du globe de la figure 11, avec la construction des rayons. Soit le prisme correspondant à l’inclinaison 20° au-dessus de l’horizon, et destiné à dévier le rayon I2o à jî° = 21° 50' sous l’horizon. La figure montre la marche des rayons : incident 4, normal à la face d’entrée, et
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- ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE, PHOToMÉTRIE. — JUIN 1933.
- émergent sous (i", avec l’horizon, la déviation étant o". Si A est l’angle du prisme on peut écrire (l’indice de réfraction de l’air au verre n = 1,5) :
- d’où
- mais
- d'où
- sin(A -(- o) = n sin A = sin A ( coso
- tc?A = — n n
- smo
- — COS O'
- o = o) -f- [i ;
- t~A — sinfco + p) .
- ^ 1,0 — CO S ( ü) —i— J3 )
- sin 6 tg A
- [8]
- tous les prismes au-dessus de l’horizon seront obtenus à l’aide de cette formule [8] ; au-dessous de l’horizon, et comme le montrerait une construction analogue à celle de la figure 12, il faudra faire :
- \ o = oj — (6 ; si io > [1 ;
- i o = [1 — co ; si (o < [1.
- On dresse un tableau des valeurs obtenues pour les divers angles des prismes, ce qui permet de tracer le profil des faces de sortie. (Ce tableau figure ci-dessous :)
- f» fi) G A ? 0) G A p fl) G A P w G A
- 4- 20° 41°30' 4I°20' 1.3° 6°3U' 13° la' — 33° 20°12' 45° }- '0° 23° 35°25'
- 15° 36°30' 40°33' 20° t°30' 3°30' 40° 16° 27°7' 73° 30° 38°13'
- 24°
- 10° 31°30' 39° 2t°50' 21°30' 0° 0° 43° 21° 32°19' 60° 80° 20° 31°20'
- 2t°50< 5° 2(>°30' 36°35' 24° 2°10' 4°20' 50° 20° 31°20' 73° 85° 10° 18°30'
- 0° 21°30' 33° 21°30' 26°30' 4°40' 9°20' 30° 35° 23° 36°42' 90° 90° 0° 0°
- — 3° l(j°50' 28° 30° 6° i 1 °40' 00° 30° 38° 15'
- 10° ii°o(y 21°30' 33°40' 9° 40' 18°3' 03° 33° 40°6'
- A’. B. - - On remarquei a que ! ’angle limite étant X tel que : sinX _ 1 _ 2 n 3 ’
- X = 41° 48' ; dans tous les cas qui nous occupent, on a A < X : il y aura bien émergence pour tous les rayons considérés. Les prismes auront leurs sommets : à la partie supérieure de -t- 20° à — 20°: à la partie inférieure au-dessous de — 20".
- La figure 13 montre clairement la construction géométrique des profils des prismes, de +21° 50' à — 10" ; toutes les faces internes sont confondues avec la surface sphérique du globe porteur, dont le rayon sera en rapport avec celui de l’ampoule de la lampe.
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- Remarque. — Le dispositif que nous venons de décrire s’adresse aux lampes éclairant la surface 20 m x 15 m, avec une hauteur de o m; il conviendra aussi aux surfaces rectangulaires semblables géométriquement ; en donnant au foyer une hauteur telle que l’angle solide utile soit lui-même semblable à celui qui vient d’être utilisé.
- Ainsi, pour une surface rectangulaire : loin=20 m ; et : |x 20 m = 26,66 m,
- O O
- le foyer sera suspendu à A = ^ X 5 m = 6,66 m, l’on emploiera le même dispositif,
- si le globe porteur a même rayon ; si le rayon est [dus grand, on construira un appareillage homothétique du précédent, lequel servira ainsi de gabarit
- Pour les rues et boulevards, sectionnés préalablement en rectangles élémentaires, on obtiendra un éclairement uniforme sur chacune des sections, avec des appareils identiques au précédent, suspendus aux centres des rectangles en question.
- Si la largeur de l’avenue est SE 15 m. égale à D mètres par exemple, la longueur
- de chaque section sera^D=|D; la hauteur des foyers : DXjg = yp pour le
- même éclairement uniforme de 3 lux par mètre carré, le flux lumineux passera ainsi
- de 20x 15 X 3 = 900 lumens, à^DxDx3 = 4D2 lumens; l’intensité moyenne
- lumineuse sera augmentée dans le rapport de 900 à 4P2, ce qui déterminera le choix des lampes.
- N. B. — Avec une surface carrée, et le foyer au centre, en se reportant à la figure 11, on voit que les courbes d’intersection se ramèneront à 2 branches uniques : l’appareillage serait analogue au précédent.
- Dans le cas du foyer au sommet des rectangles, on obtiendrait une construction un peu différente des courbes d’intersection; mais la méthode générale qui précède est toujours applicable; nous avons dit d’ailleurs, et montré par des chiffres, que ce dernier dispositif est moins économique que le précédent.
- II. — CHAMBRES NOIRES ARTICULÉES POUR LUXMÈTRES
- Nous avons imaginé, et réalisé récemment, deux chambres noires articulées et réservées spécialement à l’emploi des luxmètres.
- 1° l’une, pour la mesure de l’éclairement dû à un foyer lumineux unique, et plus ou moins intense;
- 2° l’autre pour la mesure de l’éclairement dû à l’hémisphère céleste (éclairement naturel).
- A. — DISPOSITIF POUR LA MESURE d’ÉCLAIREMENT DÛ A UN FOYER LUMINEUX
- Les luxmètres du type « à tache d'huile » sont employés couramment, dans les laboratoires et dans l’industrie, pour évaluer l’éclairement, en un point d’un plan horizontal, dans une salle quelconque, ou à l’extérieur; l’éclairement ainsi obtenu est produit par l’ensemble des surfaces diffusantes qui entourent l’appareil,, aussi bien que par la ou les sources lumineuses qu’il s’agit de vérifier; en somme, l’on ne peut évaluer l’éclairement dû exclusivement à une source lumineuse, si l’on
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- ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE, PHOTOMÉTRIE. — JUIN 1933.
- ne prend la précaution d’enfermer au préalable le luxmètre dans une chambre noire, afin d’éviter les effets parasites dus aux surfaces brillantes ou diffusantes extérieures au dit foyer lumineux. Et cette chambre, qui doit être de dimensions s’écartant peu de celles du luxmètre. afin de la rendre portative, sera, de plus, articulée afin de pouvoir opérer quelle que soit la hauteur verticale de la source à mesurer.
- description. — La figure 14 montre l’ensemble de la chambre noire, avec le luxmètre logé à sa base; la figure 13 reproduit le mode d’articulation de la dite chambre. Elle est munie de deux fentes Ft et F2, de 3 mm de largeur, pratiquées respectivement : dans le volet vertical V, à charnière, et dans la paroi horizontale supérieure de la chambre; ces 2 fentes sont dans le même plan.
- L’ouverture du volet V permet la mise en place du luxmètre sur le fond de la boîte; un volet vertical V' (à charnière), permet de régler le luxmètre, avant une
- Fig. 14.
- Fig. 15.
- mesure, par la manœuvre du rhéostat r du voltmètre v. Un regard X, circulaire de 13 mm de diamètre, devant lequel sera placé l’œil du manipulateur, permettra de lire l’indication du voltmètre v (pour le réglage), et celle de l’écran du luxmètre. pour avoir l’éclairement.
- La fente F, est utilisée pour l’observation de foyer placé à gauche; la fente F,, pour celle des foyers disposés à droite de l’observateur. A cet effet, la chambre noire est articulée à charnière en B (fig. 13), à la hauteur de l’écran du luxmètre, et sur le bord supérieur d’une traverse horizontale fixe T faisant corps avec une semelle Z.
- L’angle d’inclinaison de la chambre noire, donc, aussi, de l’écran du luxmètre. est repéré par un index I, gravé sur la paroi opposée à V'. et se déplaçant, avec la chambre noire qui le porte, devant un cadran E à deux branches, divisé de O à 90° et fixé sur la semelle Z ; une vis de serrage 9 maintient la chambre noire, à l’inclinaison voulue, contre la pièce E. Chacune des fentes est pourvue d’un obturateur; l’obturateur de F, est en place quand E2 doit servir; et vice versa; enfin une plaque de verre noircie, pour la mesure des foyers lumineux très intenses (arc électrique, soleil), destinée à affaiblir l’intensité de leurs radiations, et dont le pouvoir affaiblissant est connu, est introduite dans un châssis (invisible sur la figure 14) disposé sous la fente F,, et maintenue par un taquet (la fente F2 servant dans ce cas de mesure).
- Dimensions de la chambre (fig. 16) : a = 24 cm: i = 9cm: c = 16 cm; fente Ft (f= 8); fente F, (/' = 12cm).
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- utilisation. — L’appareil utilise, nous l’avons dit, soit la fente F, soit la fente F2; voyons, par exemple, l’utilisation de la fente F2.
- La lampe est à droite (en S, fîg. 16); l’on voit que l’éclairement, que nous voulons évaluer au centre O de l’écran (voir la remarque, plus loin), n’est pas mesurable pour la position horizontale du luxmètre; il faut incliner l’appareil de façon à
- S
- Fig. 16.
- présenter la fente F2 à la source S (la fente F, étant obturée), et jusqu’à obtenir l’éclairement de l’écran ; le centre de celui-ci est en Or
- L’éclairement e0 au centre O de l’écran vaut, si I est l’intensité lumineuse dans
- la direction SO : e0 — ? C?2S g ;
- or cet éclairement n’est pas mesurable; le centre étant actuellement en O, avec
- l’inclinaison i de la chambre, l’éclairement en O, vaut (fig. 16) : e,
- ,, i .. I /cosaY (h.
- on en déduit : e, = e, X ^ (—) X
- A l’aide des éléments de la figure on peut écrire :
- It cos3at
- __8t COS oq.
- h 8 cos a ’
- 8t = ST — OtT =
- h
- cos(a1 -H ï)
- — OtT.
- Dans le triangle OtBT, on a :
- OiT = OtB
- sin i
- cos (a! -+- i)
- csini
- cos(a1 + i) ’
- on déduit, de ces relations, et tous calculs faits :
- __ I ___________cos3g_____ (h. — c sini\2
- e° ei X X cos ai c03* (at + i) \ h )
- Il faut éliminer 1, (intensités qu’il n’est pas utile de connaître, le diagramme polaire de la lampe S n’étant pas nécessairement repéré d’ailleurs) ainsi que l’angle <xv difficilement repérable. Opérons donc une translation de la chambre inclinée (sans toucher à l’inclinaison) vers la droite, pour amener Oten02(sur SO); nous aurons alors ^ = 1, et at = a — i; en portant dans l’expression ci-dessus, il viendra (l’éclairement mesuré directement en 02 étant e2) :
- cosa
- e0 = e2 X
- cos (a — i)
- (t -7>'ni')2
- [9]
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- ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE, PHOTOMÉTRIE. — JUIN 1933.
- c’est la formule de l’appareil, qui donnera e0 (horizontal) en fonction de e2 (lu), de i (lu sur le cadran E, fig. 15), et de a repérable graphiquement par h. et d (distance horizontale du centre du luxmètre au pied de la lampe); c est indiqué sur la figure, et évalué une fois pour toutes.
- Le déplacement 0^2 = BB2 pour arriver à la position définitive de mesure, est facile à construire graphiquement; on trace le triangle SOH (hauteur h; basée?); on porte OB = c; on décrit, de B comme centre, avec le rayon c, l’arc 00, qui coupe
- BA (angle OBA = L connu) en 0,; une parallèle par 02 à OH. donnera le point 02 sur OS.
- Possibilité d'une mesure. — Pour que S02 passe par F2, il faut : 0"02S>0;
- 0"G/
- soit : (a — i) > 0; de plus : 0"02S < 0"02G2; ou : (a — i) < arc tg , et, si l’on
- f 2
- pose : G,G2 = /': 00' = BC = b. on aura : a--i < arc tg^•
- Nous avons : f = 12 cm; b = 1) cm ; les conditions de possibilité seront
- arc tg^, — arc tg | = 33" 40'J : a — 33" 40' < i < a.
- Si la hauteur h du foyer est assez faible, il faut donner à la chambre noire une inclinaison plus grande; on aura alors : i > a; avec i — a < 33° 40'.
- Enfin le cas i = a répond aussi aux conditions de possibilité.
- La lampe est à gauche. Des constructions analogues, et un calcul conduit de même façon, donnent la formule :
- en = e.> X
- cos (a H- i)
- ( l —~ sini^ ; \ h ;
- [9']
- formule analogue à la précédente, oii (a — i) est changé en (a-f-i).
- Remarque. — Le calcul préliminaire, à l’aide d’un foyer à diagramme polaire connu, de l’éclairement e0 au centre de l’écran, et de, l’éclairement moyen du dit écran, nous a montré que l’erreur relative obtenue en passant de l’éclairement moyen à l’éclairement au centre varie avec la hauteur h et l’angle a; sauf pour les valeurs de a < 15", cette erreur est de l’ordre de celle des lectures photométriques ; elle diminue encore, quand h et a croissent.
- Exemple de mesure (lampe à gauche). — On lit : e2 = 5.3 lux; déplacement 0t02 = 6,3 cm; Æ = 93,7 cm; «?=59 cm ; a = 32" 12' ; i = 27". La condition de possibilité est remplie. Les calculs donnent : e0 = 7,45 lux.
- N. B. — Le calcul direct de e0 à l’aide du diagramme polaire de la lampe essayée a donné : e0= 7,50 lux; écart : 0.66 pour 100 (inférieur à celui des lectures photométriques).
- Cas du soleil. — On utilise, dans ce cas. sous la fenêtre F2, une plaque de verre affaiblissante. Remarquons que la hauteur angulaire p° du soleil au-dessus de l’horizon est toujours assez faible, surtout en hiver: l’inclinaison i est toujours supérieur à a (complément de la hauteur angulaire p du soleil); on aura à appliquer la formule [9], dans laquelle on changera (a — i) en (i — a), ce qui ne change pas le signe du cosinus: d’autre part, c étant négligeable devant les dimensions de h. la formule [9] se réduit à celle-ci :
- cos a
- £a So ~7~' 7 *
- u - cos(i — a)
- [10]
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- Exemple. — Le 20 février 1932, à 11 h. 30 m., on a : p (au théodolite) = 35°; d’où : a = 53° ; pour la mesure sous l’inclinaison i = 66°, on trouve : e2 = 184,25 x K (K étant le pouvoir affaiblissant de la plaque; soit 135); d’où :
- e2 = 24.874 lux;
- d’où : e0 = 24.874 x -s??° = 14.535 lux.
- cos 11"
- N. B. — On mesure, avec la même méthode, l’intensité des lampes de grande puissance (1.000 à 2.000 bougies, au tungstène, ou à arc).
- Le luxmètre employé est celui de la Compagnie des Lampes, à 4 sensibilités
- frori’ ;tü’ 1 et %) donnant de 0,15 à 1.000 lux.
- Fig. 14 bis. — Chambre noire articulée du luxmètre pour l’étude de l’éclairement dû au soleil.
- A gauche (se reporter au texte): volet V (gauche) entr’ouvert (introduction du luxmètre; volet V' (droite), entrouvert, manipulation du luxmètre ; fente supérieure, et trou d'observation, visibles à la face supérieure de la chambre.
- A droite, la chambre maintenue inclinée grâce à la vis de serrage; on voit le cadran (E) divisé, l'index (I); à droite, le volet (V) avec le châssis obturé.
- (Appareil construit par l'auteur.)
- B. — DISPOSITIF POUR LA MESURE d’ÉCLAIREMRNT DU A l’hÉMISPHÈRE CELESTE
- L’éclairement naturel, produit directement par le soleil, et indirectement par la surface de l’hémisphère céleste qui diffuse la lumière solaire sur la surface de la terre, ne peut être évalué par une seule lecture, en raison de la valeur élevée de cet éclairement (quelques milliers de lux), les luxmètres actuels étant gradués de façon à indiquer, au maximum 500 ou 1.000 lux, selon leur sensibilité et leur réglage.
- Il est donc nécessaire, si l’on veut faire de telles mesures, d’employer un appareillage spécial qui permette de ramener les lectures à des chiffres mesurables : en exposant par exemple le luxmètre à une fraction seulement de l’hémisphère céleste.
- Nous avons imaginé, et réalisé, le dispositif suivant :
- , . . . i
- dispositif. — Le luxmètre (type Philips, a 2 sensibilités : ^ et 1 ; donnant de
- 1,2 à 500 lux) est renfermé dans une chambre noire prismatique (fig. 17) pourvue d’un volet à charnière verticale V, (pour l’introduction du luxmètre), d’un autre volet V2 à charnière horizontale que l’on relève pendant les essais, pour pouvoir appuyer sur le bouton B qui met la lampe-étalon en circuit, pour-l’éclairage de l’écran; l’appareil est ainsi uniquement éclairé par la fenêtre horizontale supérieure FGGD ; autour de cette fenêtre, se trouve un châssis pour l’introduction d’une plaque de verre noirci affaiblissante P, sur laquelle on disposera un diaphragme limitant le
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- ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE, PHOTOMÉTRIE. — JUIN 1933.
- champ d’admission du flux lumineux. Un trou X, percé dans la paroi supérieure, devant la fenêtre, permettra à l’œil de l’observateur de lire les divisions de l’écran; un levier l sert au réglage de la sensibilité.
- La figure 18 montre l’articulation de la chambre noire sur une semelle fixe horizontale S; la chambre peut tourner autour de la charnière x\ un cadran E, divisé en degrés (de 0 à 90°), fixé sur là" semelle S (paroi Q) permettra de lire l’inclinaison, grâce à un index i gravé.sur la paroi Q, de l’axe 01 de l’appareil; la vis de pression v serre la chambre'contre la pièce fixe qui porte le cadran, pour maintenir l’inclinaison voulue. Le rectangle FGCD est symétrique par rapport au plan passant par l’axe 01 et la graduation de l’écran.
- N. B. — Dans certains cas de mesure, une chambre noire supérieure, pourvue également d’une fenêtre (voir plus loin) est ajustée à l’intérieur du châssis FGCD.
- X o
- mesure des éclairements. — Avant de procéder à une mesure d’éclairement, voyons d’abord comment on détermine les diaphragmes correspondant à l’examen de telle fraction de surface d’hémisphère que l’on se fixera à l’avance.
- Pour cela, nous allons indiquer, successivement, le choix de la fraction de surface à examiner, l’angle d’admission de la lumière qui lui correspond, et les discussions du diaphragme qui convient.
- N. B. — La méthode de mesure de l’éclairement naturel, à l’aide de cet appareil, est exposée avec tous ses développements dans un article de la Revue générale des Sciences du 15 juin 1933.
- Fraction de surface à explorer. — Nous nous sommes imposé de partager l’hémisphère en 2 zones, l’une d’ouverture 0ù-45° selon un méridien, la seconde d’ouverture 45°-90°; et de partager chaque zone en 4 parties égales : il y aura aussi 4 mesures d’éclairements par zone.
- Angle d'admission du flux lumineux pour le guart de zone. — La détermination de cet angle résulte de la formule que nous avons établie pour exprimer la portion de surface du ciel qui éclaire le centre de l’écran O ; c’est l’intersection, avec la sphère céleste, de l’angle solide OFGCD; les calculs ont été exposés, tout au long, dans la Revue de Mathématiques spéciales {d’août et de septembre 1932. Mais la sur-
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- ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE ÉCONOMIQUE, CHAMBRES POUR LUXMÈTRES. 381
- face en question n’éclaire pas tout l’écran (tîg. 19) ; l’ouverture totale d’angle qui
- assure l’éclairement de tout l’écran est : PBM + PAM = PwM (« étant le milieu de 01) ; les ouvertures d’angle correspondant à l’éclairement total de l’écran sont donc :
- dans le plan PB AM : PgjM = 2 arc t«- — ;
- ° c
- — DAC : DAG = 2 arc tg^ (laquelle doit être égale à 45°).
- Nous avons, pour les dimensions a, b, c de notre chambre noire :
- 2a = 110 mm (longueur de l’écran) ; 26 = 66 mm ; c = 80 mm.
- La surface découpée par l’angle PwM vaut, d’après nos calculs, et dans une sphère de référence de rayon r, de centre w, homothétique à la sphère céleste :
- o / » . 2af>
- 1, = 4r- arc tg — — •
- c \ 4a2 -+- 62 -|- c2
- 1 *
- Diaphragmes. — a) Nous poserons donc : X = j zone (0°-45°), pour obtenir
- 4;
- 1
- l’éclairement total de l’écran par ^ de zone (fîg. 20) ; or :
- £ zone (0°-45°) = | Z1 = ~ rh± = | r2 ^ = tc r'1 X 0,3535 :
- il faudra résoudre l’équation suivante :
- 4r2 arc tg— ^a^ = wr2 X 0,3535 ;
- c y 4a? -h b- -f- c'1
- a, est la valeur que doit prendre, à la place de a, l’ouverture répondant à la question; on trouve : al = 41,32 mm [au lieu de a = 55 mm= I M (fig. 19)].
- Mais cette ouverture nouvelle, de sommet w n’éclaire (fig. 21) que la portion AtB,
- Fig. 19.
- Fig. 20.
- de l’écran; la construction de la figure montre aisément que l’ouverture réelle qui assurera l’éclairement de AB sera déterminée par l’angle Boc^A, lequel découpe sur la face supérieure PM, la longueur : (fa' = 2;r; et l’on a :
- a-h x = c tg® = cX 2 ai :
- x = 2at — a = 27,64 mm.
- d’où :
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- ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE, PIIOTOMÉTRIE. — JUIN 1933.
- Le diaphragme qui permettra de mesurer l’éclairement dû à ^ de la zone Zt aura
- donc pour dimensions : 2# = 55,28 mm; 26 = 66 mm;
- on le placera dans le châssis FGCD, au-dessus de la plaque de verre affaiblissante. b) Passons maintenant à la zone Z2 (45°-90°). Nous poserons :
- où : 4r- arc tg ; -------= s rK = S r,(i — sin45°) ;
- b c \J-\(i\ H- b'1 -h r2 2 " 2 '
- la résolution de cette équation donne :
- a., = 12,61 mm.
- La figure 22 montre que cette ouverture n’éclaire que la portion B1A1 de l’écran;
- Fig. 21.
- l’éclairement total sera assuré par l’angle d’admission du flux : Ba^À, qui découpe, sur une surface PjMj placée au-dessus de PM, la longueur ,3V; et l’on a, si : ,3V =2 y:
- y _ wi h.
- lu üJil ’
- Nous avons pris 1I4 = 12 cm.
- On a : I = \u cotgs ; avec: a— \u = c tg cp = 2a2 ;
- d’où : Iw = a — 2a., = 29.78 mm; par suite :
- (0tl = 29,78 cotgç = 29,78 X = 29,78 x 2i ' 94,56 mm;
- Wjlj = 120 mm — 94.56 mm = 25,44 mm :
- Qn 25.44 u y = 29.,8xSOB = Hmm.
- enfin : par suite :
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- Le diaphragme pour la mesure des éclairements du ^ de zone Z2, aura pour dimensions :
- 2^=16 mm 26 = 66 mm.
- Au lieu d un diaphragme, on réalisera une chambre noire supérieure PMPjM,, s adaptant au châssis FGGD, et dont la paroi supérieure sera pourvue d’une fenêtre de dimensions : 2y et 2b calculées ci-dessus.
- Mesures. — La chambre noire du luxmètre, avec le diaphragme (2æ, 2b) sera inclinée à 22u 30'; on tournera successivement cette chambre selon les méridiens Est, Sud, Ouest, Nord; on mesurera les éclairements pour les 4 quarts de zone ainsi explorés; la somme de ces éclairements (Se/) est l’éclairement total sur l’écran
- Fig. 17 bis. — Chambre noire articulée du luxmètre pour l’étude de-l’éclairement naturel
- dû à l’hémisphère céleste.
- A gauche ise reporter au texte): volet supérieur (Vs) ouvert (on aperçoit le bouton B de manipulation du luxmètre); la face supérieure est visible, avec le châssis, la plaque affaiblissante et le diaphragme; et le trou d’observation, en avant; sur le côté gauche, chambre noire supérieure s’adaptant au châssis (avec son ouverture correspondant à l'examen de la zone (45°-90°).
- A droite, chambre inclinée sur la semelle (pour une observation); on voit le cadran divisé, l'index,la vis de serrage; et, sur la face supérieure, le châssis avec plaque et diaphragme.
- (Appareil construit par l'auteur.)
- en Bt, pour cette inclinaison; l’éclairement horizontal correspondant vaudra : (Se,) sin 22° 30'= 0,383 2e,, sur le plan HH1 (fig. 20).
- La chambre noire supplémentaire étant placée sur le châssis FGCD, on inclinera à 67° 30'; on fera les 4 mesures comme précédemment (l’écran étant en B2, fîg. 20); on aura : Se2; l’éclairement horizontal de la seconde zone vaudra : (Se2) sin 67° 30' = 0,924 Se2.
- L’éclairement total horizontal dû au ciel, vaudra donc sur le plan HH, :
- E = 0,383 Sej + 0,924 2 e.,. [12]
- Exemple. — Le 11 mars à 13 h. 30 m., par temps brumeux, donc avec atmosphère absorbante on trouve : Se, = 69.033 lux (le soleil est dans le champ de vision, dans la direction du méridien Sud); Se2 = 2.591 lux (en dehors de la zone renfermant le soleil) ; d’où :
- E = 0,383 X 69.053 -+- 0,924 X 2.591 = 28.841 lux.
- N. B. — Par les temps clairs, on obtient des résultats supérieurs; il en est de même lorsque l’on passe de l’hiver à l’été (la hauteur du soleil croît).
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCÛURAG. POUR L’iNDUSTRiE NATIONALE. — JUIN 1933 (p. 384).
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ
- CONSEIL D’ADMINISTRATION SÉANCE PUBLIQUE DU 6 MAI 1933 Présidence de M. A. Alby, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Sont présentés pour devenir membres de la Société et admis séance tenante :
- M. Pommellet (André), Ingénieur du Génie maritime, 50, rue d’Aiguillon, Brest (Finistère), présenté par le Colonel Renard;
- les Automobiles Chenard et Walcker, constructeurs d’automobiles, 40, rue du Moulin-de-Ia-Tour, Gennevilliers (Seine), présentés par MM. Alby et Sauvage.
- M. A. Alby s’est fait inscrire comme membre à vie.
- M. Alby, président. — Je crois devoir attirer votre attention sur ce que M. Pommellet compte parmi les lauréats que notre Société a récompensés cette année.
- Dans son avant-dernière séance, notre Comité des Constructions et des Beaux-Arts a choisi M. Magne, à l’unanimité de ses membres, comme président de ce Comité, en remplacement de notre regretté collègue, M. A. Mesnager.
- MM. de Fréminville et Wery, secrétaires généraux, présentent et analysent des ouvrages entrés récemment dans la Bibliothèque.
- 31. de Fréminville présente les ouvrages suivants :
- Don de M. H.-31. 31agne, membre du Conseil d’Administration :
- L'art appliqué aux métiers, par Lucien et Henri-3Iarcel 3Iagne, 9 volumes. Paris, H. Laurens, 6, rue de Tournon (6e) :
- Décor de la pierre. 2° édition complétée par H.-31. 31agne. 1923;
- Décor de la terre. 2e édition complétée par H.-31. 3Iagne. 1927 ;
- Décor du verre : gobeleterie, mosaïque, vitrail. 2e édition complétée par H.-31. 31agne. 1927 ;
- Décor du métal : Le fer. 2e édition complétée par H.-31. 31agne. 1929;
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — SÉANCE DU 6 MAI 1933. 385
- Décor du métal : Le cuivre et le bronze. 2e édition complétée par H.-M. Magne. 1930 ;
- Décor du métal : Le plomb, /’étain, Vargent et l'or. Monnaies et médailles. 1922;
- Décor du bois : Charpenterie et menuiserie. 1925;
- Décor du mobilier : Meubles etsièges. 1923;
- Décor du tissu : Soieries, broderies, tapisseries, tapis. 1933.
- Le comte Chaptal. Les fêtes de son centenaire. (Les gloires lozériennes.) Mende, Henri Chaptal, éditeur. (Don de M. Pigeire, membre de la Société) ;
- Nouvelles réflexions sur Vutilisation future des énergies naturelles, par Maxime Vincent. Paris, Librairie Fischbacher, 33, rue de Seine (6e), 1933. (Don de l’auteur) ;
- La soudo-brasure oxy-acélylénique des métaux et alliages. Paris, Office central de l’Acétylène et de la Soudure autogène, 32, boul. de la Chapelle (18e) ;
- Quelques remarques sur l'éclairage, par Robert de Valbreuse (ex Bulletin de la Société française des Electriciens, n” 27, 1933). Bar-le-Duc, Comte-Jacquet et Ci0, 58, boul. de La Rochelle;
- Microénergétique. Tome II : Les théories et les faits, par Pierre Bricout. Paris, Gauthier-Villars et C"', 55, quai des Grands-Augustins (6e), 1933;
- Titres et travaux de Ch. Féry et description des principaux appareils exposés à l'occasion du cinquantenaire de l'Ecole de Physique et de Chimie industrielles, '1882-4933. Paris, Typographie de l’École Estienne, 1933. (Don de M. Ch. Féry, membre du Conseil d’Administration) ;
- La grande relève des hommes par la machine, par Jacques Duboin. Paris, Les Éditions nouvelles, 16, rue de la Sorbonne (5e), 1932;
- « Indice d’isooctane » pour les carburants et « indice de cétène » pour les huiles combustibles, par A. Grebel (ex Mémoires de la Société des Ingénieurs civils de France, Bulletin de janv.-fév. 1933). Paris, 19, rue Blanche (9e), 1933. (Don de l’auteur, membre de la Société);
- Les courants alternatifs. I : Méthodes générales pour le calcul des courants sinusoïdaux, par A. Blondel (Encyclopédie d’électricité industrielle). Paris, J.-B. Baillière et fils, 19, rue Hautefeuille (6e), 1933;
- La dérive des continents et les mouvements intra-telluriques, par Pierre Dive. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1933;
- Auguste Bateau, 1863-1930, par Émile Jouguet (ex Annales des Mines, septembre 1932). Paris, Dunod, 1932. (Don de M. Ed. Sauvage, membre du Conseil d’Administration);
- Begard sur les transports. Conférence donnée à l’Université de Zurich le 18 mars 1932, par M. Dautry (L'État... notre réseau).
- 132e Année. — Juin 1933.
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — JUIN 1933.
- Les Établissements Kuhlmann, 1825-1932. Leurs œuvres sociales. Paris, 11, rue de la Baume (8e).
- M. VVery présente les ouvrages suivants :
- Le froid en brasserie, par R. Follain (ex Revue générale du froid, nos 7 et 8, 1932). (Don de M. E. Sauvage, membre du Conseil d’Administration);
- Traité de chimie minérale, publié sous la direction de Paul Pascal, secrétaire général : Paul Baud. Tome IX : Etain, plomb, thallium, manganèse, rhénium, fer, par MM. A. Bruiltet, G. Chaudron, A. Colani, Cl. Duval, M. Geloso, P. Pascal. Paris, Masson et Cie, 120, boul. Saint Germain (6e), 1933 ;
- Le gaz dans la vie moderne, par Robert Ellissen. Paris, Libraire Félix Alcan, 108, boul. Saint Germain (6e), 1933. (Don de Fauteur);
- Ministère de l’Agriculture. — Direction de l’Agriculture. — Compte rendu des travaux du Comité central de Culture mécanique en 1931 : Exposition de motoculture. Paris, lmp. nationale, 1933;
- Ministère de l’Agriculture. — Caisse nationale de Crédit agricole. — Liste par département des Sociétés coopératives agricoles ainsi que des Associations syndicales ayant bénéficié d'avances de la Caisse nationale de Crédit agricole, au 1er janvier 1931. (ex Journal officiel, 16 décembre 1932). Paris, 31, quai Voltaire (7e), 1932;
- Ministère de l’Agriculture. — Caisse nationale de Crédit agricole. — Rapport sur le warrantage des produits agricoles pendant les années 1929 et 1930;
- Ministère de l’Agriculture. — Caisse nationale de Crédit agricole. — Rapport sur les opérations faites par la Caisse nationale de Crédit agricole pendant l'année 1931, en application de la toi du 2 août 1923 facilitant par des avances de l'État la distribution de l'énergie électrique dans les campagnes. (ex Journal officiel, 16 décembre 1932). Paris, 1932;
- Ministère de l’Agriculture. — Caisse nationale de Crédit agricole. — Rapport sur les opérations faites par les Caisses régionales de Crédit agricole mutuel pendant l'année 1931 et sur l'application de la loi du 5 août 1920. (ex Journal officiel, 16 décembre 1932). Paris, 1932.
- M. Alby, président. — Nous avons déjà entendu le R. P. Belval nous parler dans cette salle. Il y a quelques mois, il nous a décrit Le musée d'Histoire naturelle de Chang-hai; cette question nous a vivement intéressés et a suggéré à quelques-uns de nos collègues de demander au Père Belval de vouloir bien nous traiter en détail un autre sujet, auquel il n’avait guère fait qu’une allusion dans son exposé, savoir : L'Université française « L’Aurore » de
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- Chang-hai. Nous avons donc profité de ce que le Père Belval est encore en congé en France pour lui demander une seconde conférence, et sur ce nouveau sujet. Il a accepté de bonne grâce. Nous l’en remercions très vivement.
- Le R. P. Henri Belval, docteur ès sciences, fait une communication sur Une œuvre d'éducation française en Chine, l'Université « L'Aurore » de Chang-hai.
- Dès la fondation du Consulat français à Chang-hai, les premiers titulaires de ce poste se proposèrent de créer une école d’interprètes chinois pour le fiançais. En 1855, un collège existait déjà à Zi-ka-wei, près de Chang-hai; on y donnait aux élèves indigènes une connaissance aussi complète que possible des lettres chinoises puis on les initiait aux sciences européennes. M. Victor Edan, consul de France, pensa que les meilleurs de ces élèves auraient pu former le noyau d’une école d’interprètes; on y aurait adjoint un nombre égal de jeunes Français. Le Gouvernement français ne donna pas suite à ce premier projet. D’autres projets, ayant toujours en vue la formation des interprètes, furent élaborés en 1858 puis en 1860, mais sans plus de succès. Puis le besoin d’une école d’interprètes cessa de se faire sentir, car de nombreux établissements, qui s’étaient créés entre temps, y pourvoyaient.
- La fondation de l’Université L’Aurore date de 1903; elle est due à l’initiative de M. Ma, lettré chinois distingué, et de trois professeurs du Nan-Yang College (américain) qui avait été créé quelques années auparavant et dont les élèves s’étaient mis en grève. L’établissement comptait alors 20 étudiants ; un an après, ils étaient 80. Les étudiants étaient exigeants : ils voulaient apprendre en deux ans plusieurs langues européennes, l’escrime, la danse, le piano, le latin et la philosophie! Comme on ne pouvait leur donner satisfaction, il fallut fermer les portes après deux ans de fonctionnement. Les étudiants, quoique mécontents, avaient cependant rendu hommage, dans les journaux, au dévouement et au savoir de leurs professeurs. Ce fut la meilleure des réclames.
- L’Aurore fut rouverte en 1905 avec ce programme : « Faciliter aux étudiants chinois l’acquisition des connaissances de l’enseignement secondaire et supérieur sans qu’il y soit question de religion ». Cette seconde Aurore dura jusqu’en 1908. Elle comptait alors 242 étudiants. Les bâtiments de Zi-ka-wei étant devenus trop petits, elle fut transférée à Lo-ka-Avei, dans la concession française, où elle est encore.
- Le programme comporte actuellement 6, 7 ou 8 années d’études : trois de cours préparatoire dont le programme actuel rappelle celui du baccalauréat français et trois, quatre ou cinq années de cours supérieur, divisé depuis 1914 en quatre branches : droit, sciences, médecine, génie civil; au cours supérieur l’enseignement est exclusivement donné en français.
- Les étudiants n’entrent dans la section du génie civil qu’après trois années de sciences ; l’enseignément dure deux ans ; il porte sur l’électricité industrielle, la résistance des matériaux, l’hydraulique, la métallurgie, les chemins de fer, les mines. Les professeurs sont quatre Ingénieurs des Arts et Manufactures dont deux diplômés de l’École supérieure d’Électricité, un Ingénieur de l’École technique de Marseille et un Ingénieur de la Marine.
- En 1932, L’Aurore, qui est ouverte indistinctement à tous, comptait plus de
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- 500 étudiants. Les étudiants sont logés mais jouissent d’une liberté complète. Le 17 décembre 1932, L’Aurore a été officiellement reconnue comme université par le Gouvernement de Nankin; ses diplômes sont des diplômes d’état.
- Depuis 20 ans, 2.500 étudiants ont passé par L’Aurore; très peu sont parvenus au terme de leurs études car les Chinois, qui sont surtout des utilitaires, cherchent à tirer parti tout de suite de ce qu’ils ont appris. A la fin du cours préparatoire, il leur suffit d’être comptables, chefs de gare, interprètes, employés d’usine, situations modestes mais bien rémunérées. Beaucoup d’étudiants, dont les familles ont été ruinées par la révolution de 1911 et les guerres, ont dû cesser leurs études. Quelques-uns, cependant, bien préparés, et souvent boursiers, achèvent leurs études en France; on en compte actuellement une quinzaine : à l’École polytechnique, à l’École centrale, à l’École des Mines, à l’École supérieure d’Électricité, à l’École supérieure d’Aéronautique, à l’Institut de Chimie appliquée, dans nos facultés des sciences de médecine et de droit. En général, ils font bonne figure à côté de leurs camarades français.
- De L’Aurore sont sortis plusieurs personnages qui occupent en Chine des situations en vue : un vice-ministre de l’Intérieur, un juge à la Cour suprême de Pékin, quatre conseillers parlementaires, trois professeurs de l’Université de Pékin, trois professeurs de collèges, des ingénieurs et des médecins, occupant presque tous de hautes situations officielles; les docteurs en médecine sont très demandés et appréciés.
- e. L.
- M. E. Lemaire. — Quel est l’ordre de grandeur des frais d’études?
- Le R. P. Belval. — Je n’ai pas de chiffres précis présents à l’esprit si ce n’est celui-ci : les travaux pratiques de physique et de chimie pendant un semestre sont payés depuis peu 10 dollars mexicains, soit environ 60 francs.
- M. Ai ,by, président. — Je crois être l’interprète de tous en remerciant ici le Père Belval de la très intéressante communication qu’il vient de nous faire. Les Français ne sont quelquefois que trop portés à se dénigrer les uns les autres. Ce n’est pas le cas dans cette Société qui a le devoir de signaler tout ce qui se fait de bien et de bon. Nous espérons donc publier dans notre Bulletin le texte de la conférence que vous venez d’entendre ; nous donnerons ainsi toute la publicité possible à une grande œuvre française, encore trop peu connue, et qui fait le plus grand honneur à ses créateurs et à ses continuateurs.
- La séance est levée à 18 h. 30 m.
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- SÉANCE PUBLIQUE DU 13 MAI 1933.
- Présidence de M. Alby, 'président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Est présenté pour devenir membre de la Société est admis séance tenante :
- le baron Pierre de Baciocchi, administrateur de sociétés, conseiller de la Confédération française des Professions commerciales, industrielles et libérales, Domaine de la Castellone, Six-Fours (Var), présenté par MM. Rocca, Tassy et de Roux.
- M. Alfred Quinquet, membre de la Société d’Encouragement, Boîte postale, 17, Paris (11e), a déposé le 12 mai 1933, un pli cacheté concernant : Ventretien des outils de poinçonnage cylindriques.
- M. A. Quinquet autorise la Société d’Encouragement à ouvrir ce pli cacheté et à en faire tel usage qu’elle voudra si M. Quinquet n’en a pas demandé l’ouverture ou effectué le retrait avant le 12 mai 1938.
- MM. de Fréminville et Wery, secrétaires généraux, présentent et analysent des ouvrages entrés récemment dans la Bibliothèque.
- M. de Fréminville présente les ouvrages suivants :
- Mesures radio-électriques élémentaires, par F. Dacos et M. Rousseau. (Bibliothèque scientifique belge. Section technique.) Paris, Dunod, 92 rue Bonaparte (6e), 1933 ;
- Pratique et théorie de la T. S. F., 3e édition entièrement revisée et mise à jour, considérablement augmentée, par Paul Berché. Paris, Publications et éditions françaises de T. S F. et Radiovision, 33, rue Réaumur (2e), 1932;
- Funérailles de Augustin Mesnager. Discours de M. Léon Legornu. (Institut de France. Académie des Sciences); •
- La crise des chemins de fer français, par le Dp Scheffler. Paris, lmp. Hemmerlé, Petit et G‘°, 2, rue de Damiette (2e);
- La situation de nos grands réseaux ferrés d'intérêt général et ses répercussions sur les finances publiques de la France, par René Théry. Paris, Econo miste européen, 50, rue Sainte-Anne (2e), 1933;
- • Quelques vues sur la propulsion électrique des navires. Conférence donnée le 17 novembre 1932 à la Société scientifique de Marseille, par A. Foillard. Marseille, lmp. Jean Rosso, 70, rue Paradis, 1933. (Don de l’auteur);
- L'exploitation des chemins de fer, par H. Fonty (ex Génie civil, 4, 11 et
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- 18 février 1933). Paris, Publications du journal Le Génie civil, 5, rue Jules-Lefebvre (9e), 1933.
- M. Wery présente les ouvrages suivants :
- Solvants, par Thos. H. Durrans. Traduit sur la 2° édition anglaise, revisée par J. Bibard. Paris, Librairie Ch. Béranger, 15, rue des Saints-Pères (6e), 1933. (Don du Génie civil);
- La lutte contre les fumées, poussières et gaz toxiques, par Bené Humery. Paris, Dunod, 1933;
- Commission pour l’Étude de la Corrosion des Produits métallurgiques nécessaires a l’Aéronautique. — Mémoires résumant les travaux de la Commission en '1930-1931. Paris;
- La sidérurgie à la portée de tout le monde. Monographie complète de la fabrication de l’acier, depuis le minerai de fer jusqu’au rail, à la poutrelle et à la tôle, par S. Brull. lre partie : Du minerai de fer à la fonte. Paris, chez l’auteur, 124 bis, avenue de Villiers (17e), 1933;
- Centre de Renseignements du Molybdène. — Quelques conseils pour le dosage du molybdène dans les aciers et dans les fontes. Paris, 6, avenue du Coq (9e).
- M. Alby, président. — Un de nos membres nous a signalé l’intérêt des études que le prof. Pech poursuit depuis plusieurs années sur les eaux minérales employées en thérapeutique.
- On savait depuis longtemps que les eaux ne produisent pas les mêmes effets sur tous les malades, et que ces effets sont quelquefois différents selon que l’eau est utilisée près ou loin de la source; mais on ne connaissait pas exactement la cause de ces différences : on les attribuait à une modification de la composition chimique avec le temps; plus récemment, on a invoqué la radioactivité.
- Le prof. Pech a eu l’idée de mesurer cette action sur l’être vivant, réactif de choix et directement intéressé. Il est arrivé à des résultats fort curieux. Sans vouloir déflorer son sujet, je n’en signalerai qu’un seul, savoir : le degré d’efficacité d’une eau paraît être sans rapports avec ses caractéristiques physiques ou chimiques.
- Il peut sembler, à première vue, qu’une pareille question sorte un peu du cadre ordinaire des occupations de notre Société. Il n’en est rien, cependant. L’industrie des eaux minérales est essentiellement une industrie nationale : notre pays possède une gamme d’eaux, très riche et très étendue, dont les effets thérapeutiques sont reconnus depuis longtemps; et l’exploitation de ces eaux est une industrie très prospère dont malheureusement nous n’avons pas
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- encore tiré tout le parti possible. Les travaux du prof. Pech ne pouvaient donc nous laisser indifférents.
- Au nom de notre Société, je remercie vivement le prof. Pech d’avoir accepté de venir exprès de Montpellier pour nous exposer ses travaux.
- Le Dr J.-L. Pech, professeur de physique médicale à la Faculté de médecine de Montpellier, fait une communication sur L’indice de nutrition des eaux minérales étudié sur les eaux en bouteille et au griffon.
- Il ne peut y avoir de réaction, d’échange entre deux milieux s’ils sont isoélectriques. L’action thérapeutique de certaines eaux étant incontestable, le prof. Pech a pensé qu’elle était due nécessairement, comme toutes les réactions, à une différence de potentiel entre l’eau et le corps vivant. C’est ce que l’expérience a vérifié. Si on plonge un tissu vivant, muni d’un rhéophore, dans une eau, dans laquelle plonge un autre rhéophore en platine pur, inattaquable, on constate que toutes les fois que l’eau est active, il s’établit une différence de potentiel, que le prof. Pech appelle indice de nutrition, car elle intervient dans d’autres réactions de l’être vivant. En général, la peau humaine est affectée du signe -h et l’eau du signe —. Sa grandeur varie d’un individu à un autre suivant leur équilibre nutritif, mais le signe reste le même pour une même eau.
- L’expérience montre que l’indice de nutrition des eaux minérales semble être sans rapport avec les caractéristiques physiques ou chimiques de ces eaux, du moins celles qui ont été étudiées jusqu’à présent.
- L’indice de nutrition reste le même pour certaines eaux minérales longtemps après qu’elles sont sorties de la source, même après dix ans pour quelques-unes; ce sont les seules qui puissent être utilisées en bouteille. Pour d’autres, l’indice tombe plus ou moins rapidement à zéro et peut même changer de signe. Ces eaux non seulement perdent leur efficacité mais quelques-unes deviennent nettement nocives ; elles doivent être utilisées au griffon même.
- Il n’y a que l’expérience directe, au moyen de l’appareil, portatif, imaginé par le prof. Pech et construit par la Société des Compteurs, qui permette de renseigner exactement sur l’évolution de l’indice de nutrition d’une eau, à partir du moment où elle a quitté la source.
- En général, mais pas nécessairement, c’est le contact de l’eau avec l’air, renouvelé, si parfait que soit le mode de bouchage, qui provoque son altération en bouteille et la perte de ses propriétés biologiques et thérapeutiques. Le prof. Pech a imaginé de grosses ampoules scellées dans lesquelles l’eau est en présence de la vapeur qu’elle émet et où elle se conserve bien.
- E. L.
- M. Waton. — Comme malade, atteint du paludisme d’Orient et justiciable des cures hydrominérales, je tiens à confirmer, par mes observations personnelles les faits signalés par le prof. Pech. Je suis très sensible à l’action des eaux minérales. J’ai constaté qu’une eau prise au griffon avait un effet diurétique incontestable tandis que la même eau, consommée un jour plus
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- tard et exactement dans les mêmes conditions, ne produisait aucun effet. La même expérience faite sur l’eau d’une autre source a montré qu’elle conservait ses propriétés.
- Dans une station, déclarée non radio-active, le corps médical avait eu, il y a longtemps déjà, l’idée d’instituer un traitement avec l’acide carbonique, recueilli au griffon, et emmagasiné sous pression suivant la technique habituelle. Les effets physiologiques et thérapeutiques ont été tout à fait différents, avec cet acide carbonique et celui du commerce — bien que des analyses physiques et chimiques minutieuses les indiquaient comme identiques.
- M. VVery. — On a attribué la différence d’action des eaux au griffon et en bouteille à la radioactivité. Qu’y a-t-il de vrai dans cette assertion?
- M. Georges Risler. — Comment mesure-t-on la radioactivité?
- Le Pr Pech. — C’est là un sujet très vaste ; je ne puis que l’esquisser ici. On mesure la radioactivité en observant généralement l’un de ses effets : les variations de conductibilité électrique des gaz (l’atmosphère le plus souvent). Des mesures directes ou indirectes de variations de conductibilité électrique des gaz au voisinage des eaux minérales, on a conclu à la présence dans ces eaux d’éléments radioactifs. C’est une conclusion, à mon sens, inacceptable, que, d’ailleurs, les faits démentent souvent. Tout d’abord, des solutions ou suspensions de corps radioactifs n’ont pas les mêmes effets biologiques que les eaux minérales qu’elles prétendent reproduire. De plus, l’expérience que nous avons acquise sur les effets des corps radioactifs sur les êtres vivants nous montre que si bien des eaux renfermaient les corps radioactifs que l’on prétend y déceler, elles devraient provoquer, chez le personnel en contact constant avec elles pour soigner les malades, des troubles organiques que nous n’observons pas.
- J’ai déjà eu l’occasion d’exposer ces idées au Congrès international d’Hydrologie de Lyon, et je n’ai rencontré aucun contradicteur.
- Mes conclusions à ce sujet ont été confirmées par le chimiste français qui s’est le plus occupé de la prétendue radioactivité des eaux minérales.
- Le Dr G. Léo. — Je me suis rallié depuis dix ans aux idées du prof. Pech. Voici quelques faits qui prouvent le bien fondé de ses assertions. Le prof. Pech nous a dit qu’il n’était pas indifférent qu’une préparation pharmaceutique fût faite en mélangeant dans un ordre plutôt que dans un autre les corps qui y entrent On sait que la liqueur de Donovan-Ferrari est efficace quand elle est préparée par certains pharmaciens, et qu’elle ne l’est pas quand elle l’est par d’autres.
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- Dans tous les cas, cependant, elle répond à la même formule(1); elle a les mêmes propriétés physiques et chimiques; elle n’agit cependant pas de même façon sur l’être vivant. Il peut en être de même pour des eaux minérales en apparence identiques chimiquement.
- On sait aujourd’hui que l’iodoforme n’est pas bactéricide; cependant, appliqué sur les plaies, il empêche leur infection; très probablement parce qu’il modifie l’indice de nutrition des tissus de telle sorte qu’il permet aux cellules de.l’organisme de lutter contre l’infection. Le prof. Delbet a indiqué des compositions qui donnent le même résultat de résistance de l’organisme. Il est probable qu’elles agissent aussi sur les cellules vivantes en modifiant leur indice de nutrition.
- M. Lemaire. — Je connais une station hydrominérale où l’eau de certaines sources est tellement chaude qu’elle ne peut être employée telle quelle pour les douches ou les bains; on la refroidit tantôt en la mélangeant à une eau froide banale, tantôt en la faisant passer dans des canalisations autour desquelles circule de l’eau froide. Est-ce que ce refroidissement peut modifier l’action biologique de l’eau minérale, qui, par ailleurs, est d’une valeur curative incontestable?
- Le Pr Pech. — On ne peut rien dire a priori : il n’y a que des cas d’espèce; seule la mesure de l’indice de nutrition avant et après refroidissement, avant ou après mélange avec de l’eau ordinaire, permet de le savoir.
- M. Lemaire. — Est-ce que le contact de l’eau avec certains métaux, dans des canalisations par exemple, peut modifier ses propriétés?
- Le P‘ Pech. — Certainement, mais pas nécessairement; c’est encore un cas d’espèce. A cet égard, je citerai les faits suivants. Dans une station hydrominérale, on avait remplacé les vieilles canalisations en poterie, qui dataient des Romains, par des canalisations métalliques; l’action curative disparut et on dut revenir aux canalisations en poterie. Dans une autre station, on avait substitué aux poteries des canalisations en plomb; l’eau perdit son action thérapeutique; mais ce ne fut que momentané : on reconnut qu’il se formait des dépôts à l’intérieur des conduites et qu’ils exerçaient sur l’eau une action protectrice.
- M Alby, président. — Le prof. Pech nous a fait connaître des faits extraordinaires et tout à fait inattendus. Leur importance est considérable; il y a même là quelque chose de poignant et qui doit intéresser tout le monde, non seulement ceux qui fréquentent les stations hydrominérales, mais aussi
- (1) D’après le Formulaire magistral : iodure d’arsenic, 20 cg; — biiodure de mercure, 40 cg; — iodure de potassium, 8 g; — eau, 10 g.
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- les stations elles-mêmes, dont la prospérité peut être compromise. Il est certain que si leur exploitation était mieux orientée, elles en tireraient de grands avantages, et ne seraient pas exposées à perdre leur clientèle au bénéfice de stations étrangères concurrentes. Notre pays dispose dans ses sources d’une richesse naturelle considérable qu’il ne faut pas laisser perdre ou mal utiliser. Il convient donc de donner à la conférence du prof. Pech la plus grande publicité possible. C’est pourquoi je le prie de nous remettre prochainement un texte que nous insérerons dans notre Bulletin. Au nom de notre Société je lui adresse nos très vifs remerciements.
- La séance est levée à 18 h. 30 m.
- ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 27 MAI 1933 Présidence de M. Alby, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Sont présentés pour devenir membres et admis séance tenante :
- M. Pech (Jacques-Louis), professeur de physique médicale à la Faculté de Médecine, 10, rue Emile-Zola, Montpellier (Hérault), présenté par MM. Alby et Waton;
- M. Alby (Henry), (^), ancien élève de l’École polytechnique, Ingénieur civil des Mines, 10, place Péreire, Paris (17e), présenté par M. Amédée Alby.
- Lecture est donnée du rapport sur l’exercice financier de l’année 1931, présenté par M. Cornu-Thénard, au nom de la Commission des Fonds.
- Ce rapport, mis aux voix, est approuvé (1).
- M. P. de Rousiers, lit le rapport qu’il présente, au nom des Censeurs, sur l’exercice financier de l’année 1931.
- Ce rapport est approuvé(2).
- M. Alby, président. — L’Administration des Postes nous demande que certains pouvoirs qui avaient été délégués à notre agent général soient renouvelés. Cette délégation a pour effet de faciliter les opérations d’administration courante. En conséquence, le texte suivant est soumis à l’approbation de l’Assemblée générale :
- (1) Voir le texte de ce rapport dans le présent numéro du Bulletin, p. 337.
- (2) Voir le texte de ce rapport dans le présent numéro du Bulletin, p. 340.
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- ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 27 MAI 1933.
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- « L’assemblée générale autorise M. Jean Matheron, trésorier de la Société, à déléguer ses pouvoirs à M. Eugène Lemaire, agent général, pour tout ce qui concerne les opérations postales. »
- Ce texte est approuvé.
- MM. de Fréminville et Wery, secrétaires généraux, présentent et analysent des ouvrages récemment entrés dans la Bibliothèque.
- M. de Fréminville présente les ouvrages suivants :
- Organisation et principes de l'enseignement en U. R. S. S. Les relations entre la science et l’industrie, par Jean-J. Trillat. (Actualités scientifiques et industrielles, 67). Paris, Hermann et Cie, 6, rue de la Sorbonne (5e), 1933;
- Progrès réalisés dans /’échappement des locomotives, par R. Godfernaux. (ex Bulletin de ljAssociation internationale du Congrès des Chemins de fer, avril 1933). Bruxelles, Association internationale du Congrès des Chemins de fer, 74, rue du Progrès, 1933;
- La paix en danger. Le traité de Trianon, par Joseph Ajtay. 2e édition. Budapest, Hungaria lmp., 1933;
- Société des Ingénieurs civils de France. — Séance solennelle du lundi 5 décembre 1982 consacrée à la commémoration de Vinvention des procédés ba,siques de déphosphoration de l'acier, (ex Mémoires de la Soc. des Ingénieurs civils de France, Bulletin de nov.-déc. 1932). Paris, 19, rue Blanche (9e), 1933. (Uon de M. A. Portevin, membre du conseil d’Administration) ;
- Trevithick Centenary Commémoration, 1938. — Memorial Lecture, by C.-E. Inglis. — Richard Trevithick. A eulogy delivered by Loughnan St. L. Pendred.
- M. Wery présente les ouvrages suivants :
- Congrès de la Machine agricole, Paris, 25-27 janvier 1933, organisé à l’occasion du XIIe Salon de la Machine agricole. Compte rendu. Paris, Publications de l’Union des Exposants de Machines et Outillages agricoles, 38, rue de Châteaudun (9e);
- Les constituants des charbons. Leur influence sur quelques propriétés industrielles, par M. Legraye. (Bibliothèque scientifique belge. Section technique). Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1933;
- La fusion de la houille, par C. Arnu. (ex Revue de VIndustrie minérale, 15 avril 1933). Saint-Étienne (Loire), S. anon. de l’Imp. Théolier, 12, rue Gérentet, 1933. (Don de l’auteur, membre de la Société).
- M. Alby, président, dit qu’il a représenté la Société d’Encouragement à deux manifestations qui viennent d’avoir lieu à Paris : la célébration du
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- BIBLIOGRAPHIE. — JUIN 1933.
- Cinquantenaire de l’École de Physique et de Chimie industrielles de la ville de Paris et une réception à l’Hôtel de Ville, en l’honneur du Jubilé du professeur d’Arsonval. Il rappelle que le prof. d’Arsonval a reçu, en 1906, de la Société d’Encouragement, la plus haute récompense qu’elle puisse décerner, la grande médaille annuelle. M. d’Arsonval a été très touché que ce souvenir lui ait été rappelé.
- M. Jean Matheron, ancien Ingénieur des Ponts et Chaussées, trésorier de la Société d’Encouragement, présente et commente des films documentaires qu’il a pris lors de l’exécution des travaux de La station hydroélectrique de la Truyère.
- La séance est levée à 18 h. 45 m.
- BIBLIOGRAPHIE
- La grande relève des hommes par la machine, par Jacques Duboin. Un vol.
- (19 x 12 cm.), de 343 p. Les « Éditions nouvelles », édit., 16 rue de la Sorbonne,
- Paris (5e). Prix, br. 12 fr. Index : 331.87 -+-658
- L’auteur évoque la crise générale qui sévit dans tous les pays civilisés et dont l’une des manifestations est le chômage d’un nombre considérable d’ouvriers qu’il évalue à 30 millions pour le monde entier. Cette crise dure effectivement depuis le début du siècle et elle a pour cause le développement du machinisme qui a permis de réduire le nombre des ouvriers pour une quantité donnée de produits dans des proportions variables, mais toujours très importantes : la création de nouvelles industries n’a pas réussi à absorber la main-d’œuvre ainsi libérée par le progrès technique; mais, jusqu’à la grande guerre, l’émigration a permis de maintenir l’équilibre dans les nations européennes. Le malaise a commencé à se faire sentir depuis que l’émigration s’est trouvée réduite aux minimes proportions d’aujourd’hui et il ne peut que s’accentuer.
- L’auteur examine divers remèdes proposés; il écarte, notamment, ceux qui sont de nature, comme la semaine de quarante heures, à troubler le régime de la production ; il se demande s’il ne serait pas possible de limiter, non pas la durée du travail journalier mais le nombre d’années consacrées au travail de l’industrie pour l’ouvrier qui s’v livre. Le retour de l’ouvrier à une vie plus normale que celle de l’usine avant qu’elle ne l’ait usé est certainement un moyen, à la fois, de donner à l’industrie un personnel meilleur et de fournir à la vie rurale des éléments qui lui font défaut aujourd'hui. C’est un objectif auquel pensent nombre de ceux qui ont réfléchi sur les problèmes sociaux. Pour l’atteindre l’auteur ne nous dévoile pas les moyens efficaces.
- De multiples efforts ont déjà été faits dans cette voie. Le grand réalisateur que fut Loucheur avait, avec sa haute clairvoyance, attaqué le problème de la meilleure
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- BIBLIOGRAPHIE,
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- habitation ouvrière et rurale : de nombreuses collectivités, d’importants groupements privés développent la création de cités-jardins et de foyers sociaux. Les chambres de commerce poursuivent le perfectionnement de l’apprentissage afin de fournir de meilleurs ouvriers d’industrie et des artisans pour les métiers exercés aussi bien à la ville qu’à la campagne. Il appartient aux mutualités et aux assurances de constituer aux ouvriers de l’industrie des retraites leur permettant, à la fin de leur service d’usine, de mener une vie moins fatigante et à l’abri du besoin. Les bonnes volontés sont en marche et elles ne manquent pas. Si seulement l’action utile était menée en toute humilité scientifique, en dehors des considérations électorales ou honorifiques !
- L’auteur n’a pas développé le point de vue de la réalisation de son idéal ; il ne doit pas moins être félicité pour avoir affirmé que la crise n’est et ne doit être qu’un phénomène passager et qu’il appartient aux élites de coordonner leurs efforts afin de transformer en une augmentation du bien-être tout le potentiel actuellement inutilisé dans le chômage. a. alby.
- Organisation et principes de l’enseignement en U. R. S. S. Les relations entre la science et l’industrie. (Collection des Actualités scientifiques et industrielles, n° 67) par Jean-J. Trillat, maître de recherches, professeur à l’Université de Besançon. Un vol. br. (25 X 16 cm), de 70 p., III, pi. Hermann et Ci0 édit., 6 rue de la Sorbonne, Paris. 1933. Prix, broché : 12 fr. Index : 6 (07) (47)
- M. J.-J. Trillat a résumé dans une brochure les observations qu’il a faites au cours d’une mission qui lui était confiée par le Ministre de l’Education nationale. Ce rapport est divisé en 4 parties.
- Dans la lre partie, l’auteur décrit les principes du système soviétique' d’instruction publique, l’éducation pré-scolaire, l’enseignement primaire et secondaire, renseignement supérieur, la préparation des ouvriers .aux professions cornantes.
- La 2° partie a trait au recrutement et à la préparation des cadres de l’enseignement, à l’élaboration des programmes et à la réforme de l’enseignement.
- Dans la 3e partie, l’auteur fait ressortir la nouvelle conception de la science etles divers moyens employés pour conquérir la technique en U. R. S. S., l’évolution suivie par l’Académie des Sciences, la « planification » de la science et l’organisation du système des inventions. Il faut entendre par « planification » l’organisation conformément au plan quinquennal.
- Enfin la description des instituts de recherches en U. R, S. S., leur fonctionnement et leur liaison avec l’industrie font l’objet de la 4e partie.
- L’ouvrage est orné de photographies prises par l’auteur.
- Dans ses conclusions, M. J.-J. Trillat se borne à faire ressortir que l’industrie soviétique se trouve avoir à sa disposition dès maintenant de puissants moyens d’investigation, tant au point de vue naturel qu’au point de vue intellectuel. Chaque problème, chaque question, classée par ordre d’intérêt et d’urgence, peut être abordée par des voies différentes : chimique, physique, électricité, et confiée à des savants ayant fait leurs preuves dans chacun de ces domaines-. Toute la question est de savoir maintenant si les résultats seront vraiment proportionnés à l’ampleur des moyens employés et s’ils répondront aux espoirs du rêve soviétique : rattraper et dépasser la science moderne. a. trillat.
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- BIBLIOGRAPHIE. — JUIN 1933.
- Tables annuelles de constantes et données numériques de chimie, de
- physique de biologie et de technologie. Vol. VIII (1927-1928), 2 tomes (27x22 cm); lre partie : xl -+-1.101 p. ; 2e partie : xxi -1-2.706-1.102 p. ; prixrel. : 500 fr. ;br. : 460 fr. — Vol. IX (1929), (27 X 22 cm), l -h 1.607 p. ; prix, rel. : 400 fr. ; br. : 370 fr. Paris, Gauthier-Villars et Cie, édit., 55, quai des Grands-Augustins, Paris, 1931-1932. Index : 54 -h 53 + 62 (08)
- Nous croyons devoir attirer l’attention sur ces deux nouveaux volumes des Tables annuelles de Constantes, publication bien connue et qui continue à rendre les plus grands services aux savants et aux techniciens du monde entier. Comme les volumes précédents, les volumes VIII et IX peuvent être consultés à la Bibliothèque de la Société d’Encouragement.
- Rappelons que cette importante publication, qui fait le plus grand honneur à notre pays, est due à l’initiative de M. Ch. Marie, docteur ès sciences, qui en est le secrétaire général. Commencée avant la guerre, elle a été poursuivie avec persévérance, et avec succès, malgré les difficultés de l’heure présente. M. Marie a su, d’ailleurs, s’assurer le concours de nouveaux collaborateurs dont le zèle ne saurait être trop loué, car leur tâche suppose la lecture et le dépouillement consciencieux non seulement d’un grand nombre d’ouvrages mais aussi des périodiques techniques ou scientifiques, publiés dans tous les pays où l’on s’adonne à la recherche scientifique.
- Parmi ces collaborateurs pour les volumes VIII et IX, il convient de citer : le prof. V. Henri, pour les spectres d’absorption; le prof. Niggli, pour la minéralogie et la cristallographie; M. Mesny, pour la radioactivité; le prof. Maurain, pour la physique du globe.
- La présentation des résultats donnés, qui se perfectionne sans cesse, est telle que les recherches sont extrêmement faciles.
- Une table des matières, placée au début de chaque volume, donne, en français, en allemand, en anglais et en italien, les divisions et subdivisions de l’ouvrage. Cette table permet de trouver immédiatement le renseignement que l’on cherche ; de plus, elle permet de savoir quelles sont les déterminations nouvelles qui ont été faites sur tel ou tel corps.
- La référence bibliographique de l’ouvrage ou du périodique d’où les résultats donnés sont tirés est toujours indiquée, de sorte que, le cas échéant, on peut aisément se reporter au document original. Des explications complémentaires, relatives aux déterminations et au mode opératoire, par exemple, sont données à la fois en français et en anglais. Pratiquement, ce mode de présentation rend donc possible l'usage des Tables annuelles dans tous les pays. Ajoutons que, si on tient compte des frais considérables auxquels entraîne leur édition, leur prix est très modéré et. en tout cas, très inférieur à celui des ouvrages analogues, souvent limités, d’ailleurs, à une seule discipline, qui sont publiés à l’étranger. e. l.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — JUIN 1933 (p. 399).
- OUVRAGES REÇUS A LA BIBLIOTHÈQUE EX MAI 1933.
- Duboin (Jacques). — La grande relève des hommes par la machine. In-12 (19 x 12) de 343 p. Paris, Les Éditions nouvelles, 16, rue de la Sorbonne (5e), 1932. 18223
- Durrans (Thos. H.). — Solvants. Traduit sur la 2e édition anglaise, revisée par J. Bibard. In-8 (22 x 14) de xiv + 207 p. Paris, Librairie Ch. Béranger, 15, rue des Saints-Pères (6e), 1933. (Don du Génie civil.) 18224
- Dacos (F.) et Rousseau (M.). — Mesures radio-électriques élémentaires. (Bibliothèque scientifique belge. Section technique.) In-12 (19 x 12) de 233 p., 30 fig. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1933. 18225
- Humery (René). — La lutte contre les fumées, poussières et gaz toxiques. In-8 (25 x 16) de xxiv+ 351 p., 200 fig. Paris, Dunod, 1933. 18226
- Berché (Paul). — Pratique et théorie de la T. S. F. 3e édition entièrement revisée et mise à jour, considérablement augmentée. In-8 (24 x 16) de xv + 800 p., 753 fig. Paris, Publications et.éditions françaises de T. S. F. et Radiovision, 53, rue Réaumur (2e), 1932.
- 18228
- Brull (S.). — La sidérurgie à la portée de tout le monde. Monographie complète de la fabrication de l’acier, depuis le minerai de fer jusqu’au rail, à la poutrelle et à la tôle. lre partie : Du minerai de fer à la fonte. In-8 (25 x 16) de vi + 198 p., 140 fig. Paris, chez l’auteur, 124 bis, avenue de Villiers (17°), (1933). ' 18229
- Congrès de la Machine agricole, Paris, 25-27 janvier 1933, organisé à l’occasion du XIIe Salon de la Machine agricole. Compte rendu. In-8 (24 x 15) de 309 p., fig. Paris. Publications de l’Union des Exposants de Machines et Outillages agricoles, 38, rue de Chàteaudun (9e). 18230
- Legraye (M.). — Les constituants des charbons. Leur influence sur quelques propriétés industrielles. (Bibliothèque scientifique belge. Section technique.) In-12 (19 X 12) de 152 p., fig., XII pi. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1933. 18231
- Trillat (Jean J.). — Organisation et principes de l’enseignement en U. R. S. S. Les relations entre la science et l’industrie. (Actualités scientifiques et industrielles, 67.) In-8 (25 x 16) de 69 p., III pi. Paris, Hermann et Cie, 6, rue de la Sorbonne (5e), 1933. 18232
- Comité de Normalisation de la Mécanique (Fédération de la Mécanique, 92, rue de Cour-celles, Paris, (8e). — Feuilles de normes (avril 1933), CNM 36 (3e édition) : Rondelles Grower. — CNM 5001 : Sens de manœuvre des organes de commande pour le réglage des presses mécaniques. — CNM 5002 : Graduation des échelles ou cadrans pour le réglage des presses mécaniques. — CNM 6001 : Tubes en acier sans soudure étirés à froid (dimensions usuelles de fabrication). — CNM 6002 : Tubes en acier sans soudure étirés à chaud (dimensions usuelles cle fabrication). — CNM 6003 : Tubes en cuivre et en laiton. Simplification. — CNM 6004 : Tuyauteries d’usines. Emboîtements de brides. — CNM 6005 : Tuyauteries d’usines. Joints. — CNM 6006 : Teintes conventionnelles clés tuyauteries. 17836
- Funérailles d’Augustin Mesnager. Discours de M. Léon Lecornu. (Institut de France. Académie des Sciences.) In-4 (28 x 22) de 4 p. Pièce 13775
- SCHEFFLER (Dr). — La crise des chemins de fer français. In -8 (21 x 13) de 29 p. Paris? Imp. Hemmerlé, Petit et Cie, 2, rue de Damiette (2e). Pièce 13776
- Théry (René). — La situation de nos grands réseaux ferrés d’intérêt général et ses répercussions sur les finances publiques de la France. In-8 (27 x 18) de 21 p. Paris, Économiste européen, 50, rue Sainte+nne (2e), 1933. Pièce 13777
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- OUVRAGES REÇUS. — JUIN 1933.
- Foillard (A.). —Quelques vues sur la propulsion électrique des navires. Conférence donnée le 17 novembre 1932 à la Société scientifique de Marseille. In-8 (23 x 16) de 24 p. Marseille, lmp. Jean Rosso, 70, rue Paradis, 1933. (Don de Vauteur.) Pièce 13778
- Fraissinet (A. Charles). — L’imitation de la nature dans la civilisation. Mécanique industrielle, mécanique animale et géophysique, comparaison des procédés et des rendements, science rationnelle et science naturelle, progrès à rechercher. Conférence donnée le 17 mars 1932 à la Société scientifique de Marseille. In-8 (23 X 16) de 31 p. Marseille, lmp. Jean Rosso, 70, rue Paradis, 1932. (Don de fauteur.) Pièce 13787
- Centre de Renseignements du Molybdène. — Quelques conseils pour le dosage du molybdène dans les aciers et dans les fontes. In-8 (21 x 13) de 8 p. Paris, 6, avenue du Coq (9e). Pièce 13779
- Fonty (H.). — L’exploitation des chemins de fer. (ex Génie civil, 4, 11 et 18 février 1933.) In-8 (24 x 16) de 46 p. Paris, Publications du journal Le Génie civil, o, rue
- Jules-Lefebvre (9e), 1933. Pièce 13780
- Godfernaux (R.). — Progrès réalisés dans l’échappement des locomotives, (ex Bulletin de l’Association internationale du Congrès des Chemins de fer, avril 1933). In-8 (24 x 18) de 25 p., 21 fig. Bruxelles, Association internationale du Congrès des Chemins de fer, 74, rue du Progrès, 1933. Pièce 13781
- Ajtay (Joseph). — La paix en danger. Le traité de Trianon. 2e édition. In-12 (19 x 13) de 31 p. Budapest, Hungaria lmp., 1933. Pièce 13782
- Société des Ingénieurs civils de France. — Séance solennelle du lundi 5 décembre 1932 consacrée à la Commémoration de l’invention des procédés basiques de déphosphoration de l’acier, (ex Mémoires de la Soc. des Ingénieurs civils de France, Bulletin de nov.-déc. 1932.) In-8 (24 x 16) de 39 p. Paris, 19, rue Blanche (9e), 1933. (Don de M. A. Portevin, membre du Conseil d’Administration.) Pièce 13783
- Arnu (CA. — La fusion de la houille, (ex Revue de l’Industrie minérale, 15 avril 1933.) In-4 (27 x 21) de 19 p., 29 fig. Saint-Étienne (Loire), S. anon. de flmp. Théolier, 12, rue Gérentet, 1933. (Don de l’auteur, membre de la Société.) Pièce 13784
- Trevithick Centenary Commémoration, 1933. — Memorial lecture, by C. E. Inglis, 16 p., 16 fig. — Richard Trevithick. A eulogy delivered by Loughnan St. !.. Pendred, 3 p.
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- Mémorial des Poudres, publié par le Service des Poudres, avec l’autorisation du Ministre de la Guerre. — Tome XXV, 1932-33 (2° fascicule). Paris, Les Presses universitaires de France, 49, boulevard Saint-Michel (5e). Pér. 223
- Société des Ingénieurs civils de France. — Annuaire de 1933. Paris, 19, rue Blanche (9e). Pér. 313
- Publications scientifiques et techniques du Ministère de l’Air. •— Service des Recherches de l’Aéronautique. — Xos 15 : Étude de la déformation des hélices, par le Commandant Ch. Ledoux, 108 p., 54 fig. (1932). — 16 : Recherches sur le mouvement d’un fluide pesant dans un plan vertical, par Henri Poncin, 102 p., 16 fig. (1932). — 17 : Étude sur la transmission de la chaleur à l’eau de refroidissement dans un moteur d’aviation Application à la comparaison des carburants. Mesures sur la détonation, par X. Champsaur, 99 p., fig. (1932). — 18 : Sur les cavitations de forme permanente, par Henri Poncin, 115 p., 15 fig. (1932). — 19 : Sur l’oxydation électrochimique et la protection du fer et des duralumins dans les solutions salines aérées, par Eugène Herzog, 88 p., 19 fig., VI pl. (1933). — 20 : Étude des alliages magnésium-aluminium-cuivre riches en magnésium. — Contribution à l’étude des propriétés de fonderie des métaux et alliages, par Paul Bastien, 143 p., 113 -f- 57 fig. (1933). Paris, Ed. Blondel La Rougery; Gauthier-Villars. Pér. 117
- L’agent général, gérant,
- E. LEMAIRE.
- BRODARD ET TAUPIN, Coulommiers-Paris.
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- 132e ANNÉE.
- JUILLET-AOUT-SEPTEMBRE 1933
- BULLETIN
- DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- L'INDICE DE NUTRITION DES EAUX MINÉRALES ÉTUDIÉ SUR LES EAUX EN BOUTEILLE ET AU GRIFFON111
- par le DrJ.-L. Pech, professeur de physique médicale à la Faculté de Médecine de Montpellier.
- Une longue observation des effets obtenus en soumettant des organismes humains à l’action des eaux minérales utilisées, soit en applications sur les téguments (bains, douches, enveloppements) soit en boisson, a conduit aux conclusions suivantes :
- 1° L’emploi des eaux minérales constitue une thérapeutique empiriquement bien définie, dont les résultats sont constatés par des modifications, perceptibles soit objectivement soit subjectivement, de la nutrition des sujets qui l’utilisent;
- 2° Dans certains cas et pour certaines eaux, les résultats obtenus ne sont point les mêmes suivant que les eaux sont utilisées à leur sortie immédiate du griffon ou après conservation en bouteilles.
- Cette dernière constatation étant indéniable et la plupart des études physicochimiques comparées des eaux au griffon et en bouteille n'ayant montré aucune modification de ces eaux justifiant de tels changements de propriétés biologiques, on parle encore en médecine du moliéresque quid divinum des eaux minérales.
- Personnellement, j’ai pu constater que, dans plusieurs cas, des eaux minérales possèdent après embouteillage des propriétés biologiques inverses de celles qu’elles présentent utilisées au griffon. Les examens' physico-chimiques les [ilus poussés ne m’ont permis de constater aucune différence entre ces eaux. Je me suis alors efforcé, devant l’importance des modifications constatées biologiquement, de chercher une modification physico-chimique objectivable.
- On sait depuis longtemps qu'il n’y a pas d'échanges physico-chimiques entre deux corps en contact iso-électriques et qu'en revanche, deux corps en contact en échanges physico-chimiques présentent toujours entre eux une différence de potentiel. Du sens et de l’intensité de cette différence d’état électrique dépendent la nature et l’intensité des échanges physico-chimiques entre les corps observés.
- Depuis longtemps déjà, pour étudier les échanges nutritifs soit entre les divers tissus d’un être vivant soit entre un être vivant et les milieux extérieurs, j’observe, sous le nom d'indice de nutrition, les différences de potentiel au contact entre ces divers éléments.
- Cela m’a conduit tout naturellement à étudier l’indice de nutrition, ou différence de potentiel électrique, au contact entre les êtres vivants et les eaux minérales.
- (1) Communication faite en séance publique par l’auteur le 13 mai 1933.
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- 402 INDICE DE NUTRITION DES EAUX MINÉRALES. — JUILL.-AOUT-SEPT. 1933.
- Vers 1850, un médecin militaire, le Dr Scouteten, avait constaté une différence de potentiel entre le corps d’un baigneur et l’eau du bain. Il n’avait point poussé l’étude du phénomène, se bornant à conclure que l’électricité était la principale cause de l’efficacité des eaux minérales. Il commit même l’erreur de prétendre substituer aux bains hydrominéraux les bains hydroélectriques!
- L’étude de l’indice de nutrition entre diverses eaux minérales (plus de 50 à l’heure actuelle) et les téguments d’un être humain vivant m’a permis de formuler certaines conclusions qui constituent un ensemble intéressant, à mon avis, pour quiconque, médecin ou non, s’intéresse aux eaux minérales.
- L’interdiction formelle de citer leur nom que m’ont signifiée nombre d’exploitants de stations hydrominérales (et ce sous menace de poursuites judiciaires) m’oblige à ne citer aucune station dans l’exposé qui va suivre sans que, d’ailleurs, le fait de ne parler que du fond en négligeant les espèces (suivant le langage des juristes) nuise à la clarté de mon exposition.
- Tout d'abord, comment étudier l'indice de nutrition entre un être humain vivant et une eau minérale en contact avec lui? — Pour cela, il faut disposer d’un galvanomètre polarisé sensible au centième de microampère sous un cinquantième de mil-1 ivolt environ. J’ai utilisé successivement : le galvanomètre à corde de Boulitte, des microampèremètres divers construits par : Hartmann et Braun; Chauvin et Arnoux, la Société des Compteurs. De préférence j’ai utilisé un microampèremètre à lecture directe réalisé par la Société des Compteurs, très robuste et très sensible, que j’ai sans le moindre dommage transporté par les moyens de locomotion les plus variés.
- On relie le galvanomètre d’une part au corps du sujet, d’autre part à l’eau minérale en contact avec lui et il suffit de lire sur le galvanomètre le sens et l’intensité du courant qui le traverse à condition que les contacts avec l’eau et le sujet soient assurés par des électrodes impolarisables.
- Les meilleures électrodes impolarisables sont à mon avis deux fils de platine pur, l’un plongeant dans l’eau à étudier, l’autre mis en contact avec le corps du sujet au moyen d’une solution de chlorure de sodium à 3 p. 1.000 dans l’eau distillée. Le contact est assuré soit en plongeant le fil de platine et un doigt du sujet dans un récipient en verre contenant la solution de chlorure de sodium, soit en appliquant le fil de platine sur la peau du sujet au moyen de bandes de gaze et de coton hydrophile imbibés de la solution de chlorure de sodium.
- Seule la mesure directe de la différence de potentiel entre un être vivant et une eau minérale en contact avec lui constitue, à mon avis, une mesure d’indice de nutrition. J’écarte systématiquement les procédés utilisant des systèmes électriques de compensation qui s’accompagnent inévitablement d’électrolyse et d’électrophorèse parasites au niveau du contact.
- Résultats fournis par les mesures d'indice de nutrition entre un être vivant et une eau minérale. — 1° Les eaux minérales se classent en trois catégories :
- A) celles qui sont isoélectriques avec le corps humain;
- B) celles qui, en contact avec le corps humain, ont un signe électrique positif, le corps humain ayant au contraire un signe négatif;
- C) celles qui, au contraire, sont électriquement négatives, le corps humain en contact avec elles étant positif.
- 2° Toutes les eaux minérales thérapeutiquement différenciées que j’ai étudiées
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- INDICE DE NUTRITION DES EAUX MINERALES. 403
- jusqu a ce jour présentent un indice de nutrition par rapport à un être humain en contact avec elles. Les eaux isoélectriques avec les tissus humains qu’elles baignent que j ai pu étudier jusqu’à ce jour n’ont pas paru joûir de propriétés thérapeutiques définies; les eaux de ce genre sont utilisables sans distinction comme milieux neutres soit pour des bains thermaux soit pour le lavage du tube digestif ou des plaies.
- 3° Lorsqu’on les étudie par rapport à un grand nombre d’êtres humains, les diverses eaux minérales présentent en signe le même indice de nutrition par rapport à tous les individus. En intensité le phénomène est variable non seulement d’un sujet à l’autre mais encore d’une heure à l’autre pour le même sujet.
- 4° Lorsque l’on compare leur indice de nutrition par rapport à un être humain vivant, suivant qu’elles sont utilisées dès leur sortie du griffon ou après embouteillage, les eaux minérales se classent encore en trois catégories :
- A) Celles dont l’indice de nutrition ne se modifie pas après embouteillage;
- B) Celles qui, après embouteillage, deviennent isoélectriques au contact avec un être humain vivant;
- C) Celles qui, après embouteillage, voient s’inverser leur indice de nutrition au contact avec un être humain vivant.
- 3° Toutes caractéristiques physico-chimiques autres étant invariables, une eau minérale peut acquérir des propriétés biologiques très différentes si son indice de nutrition se modifie. J’ai vu l’inversion de l’indice de nutrition d’eaux minérales coïncider avec le fait que l’eau semble perdre toutes ses propriétés thérapeutiques (comme cela est la règle quand l’indice de nutrition devient nul) mais j’ai vu aussi cette inversion coïncider avec le fait que les eaux deviennent nocives dans des cas où, primitivement, elles étaient bienfaisantes. Sur des animaux aquatiques (anguilles, poissons, batraciens) on peut ' constater que la simple inversion de l’indice de nutrition d’une eau suffit pour que les animaux qu’elle baigne vivent ou meurent sans autres modifications physico-chimiques décelables. On peut faire des constatations analogues vis-à-vis des plantes et des bactéries.
- 6° Sur toutes les eaux minérales étudiées jusqu’à ce jour j’ai pu constater qu’on les conserve, quelle que soit leur fragilité (et cela pendant 3 ans au moins) sans modification de l’indice de nutrition à condition de les embouteiller dans des récipients en verre neutre préalablement rincés avec de l’eau à conserver fraîchement puisée, et rapidement remplis à condition de les sceller à la lampe aussitôt pleins. Certaines eaux inversent leur indice de nutrition même en récipients de verre scellés si on laisse simplement dans le récipient 3 cm3 d’air en contact avec 300 cm3 d’eau. De l’air émulsionné avec de l’eau à étudier ou ayant barboté dans cette eau peut être laissé en contact avec elle sans la modifier. C’est à ce mode d’embouteillage des eaux en récipients scellés et préalablement remplis par rinçage d’air émulsionné avec l’eau à conserver que je donne le nom d'embouteillage sous les gaz de la source.
- 7° Les eaux embouteillées sous les gaz de la source conservent toutes leurs propriétés biologiques pendant plusieurs années : leur goût reste le même après embouteillage qu’au griffon; elles ne deviennent pas gazeuses par embouteillage; elles conservent intactes leurs propriétés thérapeutiques.
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- 404 INDICE DE NUTRITION DES EAUX MINÉRALES. — JÜILL.-AOUT-SEPT. 1933.
- CONCLUSIONS MÉDICALES.
- 1° Il ne faut point être surpris si les eaux minérales en bains sont actives, l’étude de l’indice de nutrition montre que, contrairement à l’affirmation classique que dans un bain la peau saine n’absorbe rien, il se produit des échanges d’électrolyse et d’électrosmose entre l’eau du bain et les tissus du baigneur.
- 2° Si, après un traitement hydrominéral, on ne retrouve dans les excrétions du sujet aucun des éléments de l’eau qui ont été absorbés par le sujet comme le montre l’étude de l’indice de nutrition, on en doit conclure que ces éléments ont été fixés définitivement dans les tissus ce qui explique les résultats à longue échéance et parfois définitifs de cures hydrominérales.
- 3° L’étude de l’indice de nutrition nous permet, dans la plupart des cas, de constater pourquoi certaines eaux sont biologiquement comparables au griffon et après embouteillage et d’autres non.
- 4° Les variations d’intensité de l’indice de nutrition d’un sujet à l’autre ou suivant les époques pour un même sujet font comprendre pourquoi il est nécessaire de prescrire des traitements individuels et de suivre les modifications objectives ou subjectives que présente le sujet en cours de traitement lorsque l’on veut diriger au mieux des cures hydrominérales.
- CONCLUSIONS INDUSTRIELLES.
- 1° Les exploitants d’eaux minérales devraient s’efforcer, lorsqu’ils veulent faire utiliser leurs eaux loin des griffons, de les embouteiller de façon telle que leur indice de nutrition ne varie pas.
- 2° Les exploitants d’eaux minérales doivent s’efforcer au cours des travaux effectués dans la station même (captation, mise en réservoir, transport en tuyautages, pompages, réchauffages ou réfrigération, coupages ou mélanges) de ne pas modifier l’indice de nutrition des eaux qu’ils exploitent.
- 3° Les exploitants d’eaux minérales commettent une maladresse commerciale et peuvent parfois nuire, non seulement à la réputation de leurs eaux mais encore à leurs propres intérêts matériels et à la santé de leurs clients, en affirmant que leurs eaux en bouteilles ont les mêmes vertus que leurs eaux au griffon alors qu’en réalité, l’indice de nutrition de ces eaux par rapport à un être humain vivant s’est inversé ou annulé par suite de l’embouteillage.
- CONCLUSION GÉNÉRALE.
- L’étude de l’indice de nutrition d’une eau minérale ne permet pas évidemment de résoudre tous les problèmes médicaux ou industriels qui se posent au sujet d’une eau déterminée. J’estime néanmoins que la mesure de la différence de potentiel de contact entre une eau et un être humain vivant est une donnée que l’on ne doit jamais négliger dans l’étude des eaux minérales quel que soit le but scientifique ou industriel que l’on se propose.
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- BULL. DE LA SOC. D’ENCOUR. POUR L’iND. NAT. ---JUILL.-AOUTrSEPT. 1933 (p. 405).
- QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE SOLFÈGE
- par M. Maurice Garnier, membre du Conseil de la Société d’Encouragement, Ingénieur général au corps de l’Artillerie navale.
- I. — AVANT-PROPOS.
- 1- — Le son est un phénomène vibratoire de la matière, la période de ce phénomène étant comprise entre certaines limites correspondant à leur perception par notre sens auditif. Dans ces limites, le nombre de vibrations par seconde caractérise la hauteur du son.
- On conçoit, par suite, qu’il y ait un lien très intime entre le phénomène physique des vibrations et la science musicale.
- Le but que nous nous proposons dans la présente note, est de mettre en évidence ce lien :
- d’une part, en complétant certains points insuffisamment mis en lumière dans les traités d’acoustique ;
- d’autre part, en apportant quelques précisions à des définitions vagues et parfois incorrectes, qu’on rencontre encore dans maints solfèges ou méthodes de musique.
- 2. — Tout d’abord, nous définirons la gamme pythagoricienne, ancêtre de la gamme naturelle qui nous est familière dans les pays occidentaux, et dont nous préciserons ensuite l’origine et la structure.
- Les deux sont constituées par une succession de sept notes fondamentales parfaitement déterminées, dans un intervalle d’une octave.
- Disons de suite que, même complétée de cinq notes intermédiaires, pour constituer douze intervalles à peu près égaux dénommés « demi-tons », et dont nous préciserons les valeurs, les gammes pythagoricienne et naturelle ne sont pas les seules qu’on puisse envisager.
- Au xme siècle, un auteur arabe, du nom de Safieddine, préconisait, en effet, l’emploi de 24 intervalles qui étaient, par suite, de l’ordre du quart de nos tons, tandis que les Grecs avaient autrefois partagé leur gamme en 68 fractions appelées minutes.
- 3. — Laissant de côté ces gammes particulières, nous nous bornerons à examiner à fond la structure de la gamme pythagoricienne et celle de la gamme naturelle majeure, et nous préciserons les définitions des divers intervalles qu’on y rencontre.
- Nous verrons ensuite comment s’introduisent les accidents, dièzes et bémols, et nous examinerons les différentes sortes de gammes majeures.
- Rappelons, à cette occasion, que les tonalités différentes, dont nous faisons actuellement usage, n’ont qu’une parenté assez éloignée avec les quinze modes grecs :
- 5 moyens : dorien, ionien, phrygien, éolien et lydien;
- 5 graves : hypodorien, hypoionien, hypophrygien, hypoéolien et hypolydien;
- a aigus : hyperdorien, hyperionien, hyperphrygien, hyperéolien et hyperlydien.
- Saint Ambroise (340-397) simplifia d’ailleurs tous ces modes, pour ne conserver que quatre tons authentiques, et Grégoire-le-Grand (540-604) y ajouta plus tard 4 tons plagaux.
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- SOLFÈGE. — JUILLET-AOUT-SEPTEMBRE 1933.
- Les 4 tons authentiques étaient le dorien, le phrygien, le lydien et le mixo-lydien.
- Les 4 tons plagaux étaient l’hypodorien ou éolien, l’hypophrygien, l’hypolydien ou ionien, et l’hypomixo-lydien.
- 4. — Sans nous arrêter davantage à ces divers modes et tons anciens, nous continuerons notre exposé par quelques considérations sur les notes enharmoniques et leur figuration classique par spirale.
- Puis, après avoir examiné ce qui constitue le tempérament de la gamme, nous parlerons de la structure des gammes mineures, vers laquelle a été guidée depuis longtemps l’instinct des musiciens.
- 5. — Nous terminerons enfin notre essai par un rappel sommaire de la théorie des battements, nécessaire pour comprendre les règles à suivre, quand on veut accorder correctement un piano suivant la gamme tempérée.
- Nous profiterons [d’ailleurs de l’occasion pour relever quelques erreurs matérielles, dans les nombres de battements, que comporte la partition classique des accordeurs.
- II. — GAMME PYTHAGORICIENNE.
- 6. — Les traités musicaux négligent généralement d’indiquer par quel mécanisme les musiciens ont été conduits à la gamme pythagoricienne.
- Si l’intervalle du limma est défini, celui de Vapotome est bien souvent oublié, et il en résulte que le comma pythagoricien (rapport des deux précédents) n’est relié à rien. Nous allons essayer de combler ces lacunes.
- 7. — L’expérience montre que, lorsqu’une corde vibre, en donnant un son, dit fondamental, on peut, en l’immobilisant à la moitié, puis au tiers, puis au quart, etc... de sa longueur, lui faire rendre successivement des sons de plus en plus aigus.
- Les nombres de vibrations de ces sons, dits harmoniques du son fondamental, sont dans le rapport de 2, 3, 4, etc... avec celui de ce son fondamental.
- Le même phénomène se produit dans un tuyau sonore ouvert, si l’on ménage de petites ouvertures à la moitié, au tiers, au quart, etc... de sa longueur.
- 8. — Dans la réalité, les sons que nous savons produire ne se réduisent jamais au son fondamental, mais peuvent toujours être décomposés en ce son, accompagné d’une série plus ou moins complète de ses harmoniques.
- Du nombre de ces harmoniques, de leurs numéros d’ordre par rapport au son fondamental, et de leurs intensités relatives, résulte le timbre du son.
- Les sons ne comportant que des harmoniques éloignés sont généralement désagréables. Par contre, les quatre ou cinq premiers harmoniques donnent un son plein qui satisfait l'oreille : de là la notion de l'accord, notion purement empirique à l’origine, mais que la considération des nombres de vibrations permet de préciser.
- 9. — Si l’on prend, comme unité, le nombre de vibrations du son fondamental, l’harmonique 2 (nombre de vibrations doubles) constitue Yoctave. C’est le plus agréable à l’oreille.
- L’harmonique 3 constitue également un accord plaisant : c’est la quinte du précédent, c’est-à-dire de l’octave.
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- QUELQUES RÉFLEXIONS .SUR LE SOLFÈGE.
- 407
- L’usage a prévalu de substituer, au mot rapport, celui d'intervalle, de sorte que : l’intervalle d’octave est caractérisé par un rapport du nombre de variations égal à 2, et l’intervalle de quinte, par un rapport du nombre de variations égal à 3/2.
- Comme on va le montrer, ces deux intervalles servent de bases à la gamme pythagoricienne.
- 10. — Pour arriver à définir les 6 degrés de la gamme pythagoricienne compris dans une intervalle d’octave, prenons 6 quintes successives, en montant, à partir d’une note initiale, que nous prendrons comme tonique 1.
- Ces 6 quintes seront respectivement caractérisées par les puissances successives
- /3\2 9 /3\3 27
- pU1S’ (2) =4 pUIS’ \2j =~8
- puis’ (a) =32 etenfln’ U) =W
- 11. — Prenons maintenant l’intervalle fondamental d’octave, c’est-à-dire l inter-valle 1-2, et faisons-y rentrer les rapports précédents, en les divisant respectivement par des puissances convenables de 2.
- Autrement dit, prenons celle des octaves de chaque son, qui est comprise dans cet intervalle 1-2. On obtient ainsi :
- de 3/2, c’est-à-dire par :
- puis,
- /3\4__8i
- W “16
- puis,
- puis,
- ï = «
- 9
- 8
- puis,
- 27 _ 27
- 8 19
- 81 . 81 16 - 4 — 64
- puis,
- 243 . , 243
- 32 128
- et enfin,
- 729 R____ 729.
- 64 • 8 — 512
- Classons maintenant ces six rapports par ordre de grandeur, dans l’intervalle 1-2. Nous obtenons, y compris les extrêmes 1 et % les huit degrés suivants :
- 9 81 729 3 • 27 243 2
- 1 8 64 512 2 16 128
- 12. — Les rapports successifs de ces nombres sont indiqués dans le tableau ci-dessous, avec les noms conventionnels qui les caractérisent :
- Q 0
- ) entre le 1er et le 2° degré, g : 1 =g .......................ton majeur;
- 04 û Q
- ) entre le 2e et le 3e degré, 5-7:0 =0 .....................ton majeur;
- ^ 04 o o
- 79Q fl* Q
- c) entre le 3e et le 4e degré, 712 : HJ = g ...................ton majeur;
- d) entre le 4e et le 5e degré, 5 : = .....................limma;
- 2 DIm -4o
- 97 q 0
- e) entre le 5' et le 6e degré, j- : =5 . . . ...............ton majeur;
- lo 2 o
- f) entre le 6e et le 7° degré, .....................ton majeur;
- g) entre le 7« et le 8e degré, 2 = .....................limma.
- Comme on le constate, la suite des 8 degrés ne présente que deux sortes d’intervalles, le ton majeur et le limma.
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- 13. — En pratique, on fait correspondre le do de la gamme pythagoricienne, avec le 3e degré de la suite définie ci-dessus.
- Dans ces conditions, [tour constituer les notes de la gamme pythagoricienne dans l’intervalle 1-2, il suffit :
- a) de multiplier les nombres précédents, à partir du 5e degré, par 2/3 (inverse de 3/2), de manière à avoir l’unité pour le do ;
- b) de multiplier les nombres des 4 premiers degrés, d’abord par 2, pour prendre l’octave supérieure, puis par 2/3, comme les 3 derniers.
- On obtient ainsi la gamme pythagoricienne.
- 9 81 4 3 27 243
- ton ton limma | ton | ton ton limma
- 1er tétracorde 2e tétracorde
- 14. — Su ivant l’usage, nous désignerons, sous le nom de premier tétracorde, la suite des 4 premières notes, et, sous le nom de deuxième tétracorde, l’ensemble des 4 dernières. On remarque alors que, dans la gamme pythagoricienne :
- a) les deux tétracordes [do-fa et sol-do) présentent rigoureusement la même série d’intervalles : 2 tons majeurs et un limma;
- b) les deux tétracordes sont séparés par un ton majeur (fa-sol).
- III. — GAMME NATURELLE MAJEURE.
- 13. — La gamme naturelle ne fut définie, sous sa forme actuelle, que vers le xie siècle1, et c’est seulement Gui.do d’Arezzo qui fixa, paraît-il, le nom des notes. Encore faut-il remarquer que le si n’était pas encore admis.
- Les débuts des mots de Y Hymne à saint Jean constituèrent les six premières notes, maison n’obtint plus tard le si qu’en réunissant les initiales des deux derniers mots Sancte Joannes.
- Nous allons voir comment on peut définir la gamme naturelle majeure (nous verrons [dus loin le pourquoi de ce dernier qualificatif), par l’exploitation d’accords parfaits majeurs, dits générateurs, appliqués respectivement à la tonique, à la dominante et à la sous-dominante.
- Définissons tout d’abord toutes ces expressions.
- 16. — Pour obtenir la gamme pythagoricienne, nous nous sommes uniquement basé sur les 3 premiers harmoniques de la tonique, l’harmonique 3 correspondant comme on l’a vu, à la quinte de l’octave.
- Le suivant, c’est-à-dire l’harmonique 4. donne l'octave de l’harmonique 2, complétant, pour l’oreille, la sensation de plénitude parfaite.
- Si l’on va plus loin, on trouve l’harmonique 3. qui est encore agréable à l’oreille : c’est la tierce majeure de l’harmonique 4, c’est-à-dire de la double octave. Enfin, avec l’harmonique 6, on retrouve l’octave de 3, c’est-à-dire de la quinte précédemment définie.
- Pour définir la gamme naturelle, les musiciens utilisent exclusivement, comme on va le voir, les accords d'octave, de quinte et de tierce majeure.
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- . QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE SOLFÈGE.
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- ' 17. — Définissons accord parfait majeur, lin ensemble de trois sons, tels que le
- second et le troisième donnent respectivement la tierce majeure et la quinte du premier.
- Les nombres de vibrations de ces trois sons pourront, d’après ce qu’on vient de voir, être représentés par
- , 5 . 3
- 4 et 2*
- Nous définirons par ailleurs, par dominante et sous-dominante, deux sons en accord de quinte avec un ton initial 1, que nous appellerons tonique, mais placés l’un en dessus et l’autre en dessous. Les nombres de vibrations de ces deux sons pourront être représentés respectivement par :
- 18. — Ceci posé, appliquons un accord parfait majeur sur la tonique, sur la dominante et sur la sous-dominante. Les nombres de vibrations des sons ainsi produits pourront être représentés :
- a) pour l’accord parfait majeur appliqué sur la tonique, par :
- b) pour l’accord parfait majeur appliqué sur la dominante, par
- ; x 1
- ?x5r = ’l
- ôXo =
- c) pour l’accord parfait majeur appliqué sur la sous-dominante par
- ?X,J
- 3 X 3
- 3 4 6
- 2x3 = 1.
- O ^ O - 1 t
- 19. — Gomme nous l’avons fait pour la gamme pythagoricienne, considérons maintenant l’intervalle fondamental d’octave, c’est-à-dire l’intervalle 1-2, et faisons-y rentrer les rapports précédents, en les multipliant ou les divisant, le cas échéant, par 2. Autrement dit prenons celle des octaves de chaque son qui est comprise dans cet intervalle 1-2. On obtient ainsi :
- a) pour l’accord appliqué sur la tonique :
- b) pour l’accord appliqué sur la dominante 3 15
- et
- c) pour l’accord appliqué sur la sous-dominante :
- 2^/0 — 4 - 9 — - et I y1) — 9
- 3X ^ 3 6X-~3 et x-----
- Classons maintenant les rapports précédents par ordre de grandeur dans l’intervalle envisagé 1-2, et appliquons-leur la suite classique des notes de Guido d’Arezzo (1). Nous obtenons ce qu’on est convenu d’appeler la gamme naturelle majeure, soit :
- i
- do
- 9
- 8
- ré
- 7"
- O
- 4
- tétracorde
- 4
- 3
- /«
- 3 5 15 „
- 2 3 8
- sol la si do
- ~~ 2e tétracorde
- (1) En remplaçant, comme on le fait d’ordinaire, le mot ut par do, plus euphonique.
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- 20. — Les rapports de chacun des nombres ci-dessus, à celui qui le précède immédiatement, constituent les intervalles caractéristiques de la gamme naturelle majeure.
- Ce sont, outre le ton majeur déjà rencontré dans la gamme pythagoricienne (voir n° 12), deux nouveaux types : le ton mineur et le demi-ton majeur (nous verrons plus loin la raison de ce dernier qualificatif) :
- a) entre le do et le ré,
- b) entre le ré et le' mi,
- c) entre le mi et le fa,
- d) entre le fa et le sol,
- e) entre le sol et le la,
- f) entre le la et le si,
- g) entre le si et le do,
- 5 . 9 _10 4 ' 8 — 9
- 4 5 16
- 3 \4 “13
- 3 4 _9
- 2 ' 3 — 8
- 5 .3 __10
- 3 '2 9
- 15. 5 __9
- 8 * 3 “"8
- o 15____16
- ' 8 15
- ton majeur; ton mineur; demi-ton majeur ton majeur; ton mineur; ton majeur; demi-ton majeur.
- 21. — C’est non seulement la grandeur de ces intervalles, mais encore l’ordre dans lequel on les rencontre, qui caractérise la gamme naturelle majeure.
- On doit remarquer que les extrémités homologues des deux tétracordes de cette gamme sont, comme ceux de la gamme pythagoricienne, à l’intervalle de quinte. On a, en effet :
- 3 3
- pour l’intervalle des extrémités inférieures do et.sol, ^ : 1 = $'>
- pour l’intervalle des extrémités supérieures fa et do, 2 : ^ =
- Les deux tétracordes sont séparées par un ton majeur, et chacun se termine par un demi-ton majeur. Ils se distinguent l’un de l’autre par Y ordre des deux tons par lesquels ils débutent : majeur et mineur dans l’un, mineur et majeur dans l’autre.
- 22. — a) L’intervalle du do au mi est
- 5. i=l5.
- 4 4
- C’est la tierce majeure précédemment définie, et qui a précisément servi dans les accords générateurs de la gamme. On le retrouve entre les deux sons fa-la, et entre les deux sons sol-si. puisque :
- 5 4 5 15 3 5
- 3 ' 3 4 8 '2 4’
- b) Prenons maintenant l’intervalle entre les deux notes mi et sol. Il est de :
- 3 . 5__6
- 2 ‘ 4 5’
- Légèrement inférieur à la tierce majeure, on l’appelle tierce mineure. On le retrouve entre les deux sons la-do, et entre les deux sons si-ré, puisque
- 3_6
- ' 5 —5
- et
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-
-
-
- QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE SOLFÈGE.
- 411
- c) L’intervalle ré-fa a pour valeur
- 4 9__32
- 3 : 8 —27'
- Il est légèrement inférieur à la tierce mineure. Nous l’appellerons tierce minime.
- 23. — Suivant une définition analogue à celle que nous avons donnée pour la dominante et la sous-dominante (voir n° 17), nous désignerons, sous le nom de médiante et de sous-médiante, deux sons en accord de tierce majeure avec la tonique, mais placés l’un au-dessus et l’autre au-dessous.
- La tonique étant toujours représentée par 1, les nombres de vibrations de ces deux sons pourront être représentés respectivement par :
- Partant de ce fait que l’accord générateur comporte la tierce majeure, il pourrait paraître logique d’appliquer cet accord, non seulement à la dominante et à la sous-dominante, comme nous l’avons fait, mais encore à la médiante et à la sous-médiante. On trouverait ainsi :
- a) pour l’accord parfait majeur appliqué sur la médiante,
- 5 5_25
- 4 4 ~ 16
- et
- 5 3___15
- 4 X 2 8 ’
- b) pour l’accord parfait majeur appliqué sur la sous-médiante,
- 4 5 ,
- 5 X 4 1
- et
- 4 3___6
- 5 x 2 5’
- 24. — A l’exception du quatrième, tous ces nombres sont compris dans’ l’intervalle 1-2 de l’octave. En y ramenant également ce quatrième, et en classant ensuite les nombres par ordre de grandeur, on trouve :
- 6 5 23 8 15
- 1 5 4 16 -5 et 8 '
- Dans le troisième et le dernier, nous retrouvons le mi et le si déjà défini (voir n° 19). Nous verrons plus loin, quand nous définirons les dièzes et les bémols, que l’on a pour les autres :
- 6 5 24 .,
- H = TXTr5 = mib
- -- o X
- = soi#
- et
- 8 5 24 . .
- 5 3X 25
- , On retrouve bien des notes de la gamme chromatique naturelle, mais le mode de génération de la gamme naturelle non accidentée est moins simple que si l’on se borne à appliquer les accords générateurs exclusivement sur la dominante et la sous-dominante.
- Au surplus, cette dernière méthode suffit à définir la gamme naturelle majeure et nous nous y tiendrons.
- 23. — Certains auteurs définissent les 7 notes de la gamme naturelle par l’exploitation des 15 premiers harmoniques.
- Or, il est évident que ces harmoniques, même ramenés à une ou plusieurs octaves inférieures, ne peuvent jamais donner de fractions ayant un dénominateur
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- autre qu’une puissance de 2. En particulier, la méthode ne permet pas de définir le fa (4/3), ni le la (3/3).
- Par ailleurs, les harmoniques 7, Il et 13 ne correspondent à aucune des notes de la gamme naturelle, ni même de la gamme chromatique. En se reportant aux chiffres du tableau de la page 439, on voit, en effet :
- 7
- que l’harmonique 7, double octave de ^ = 1,730 (log = 0,2430), s’intercale entre le aïhb (0,2322) et le la§ (0,2430):
- 11
- que 1 harmonique 11, triple octave de -g-= 1,373 (log = 0,1383), s’intercale entre le mi## (0,1378) et le /a# (0,1481);
- 13
- que l’harmonique 13, triple octave de = 1,623 (log =: 0,2109), s’intercale entre le la\> (0,2041) et le sol## (0,2169).
- IV. — COMPARAISON DES GAMMES PYTHAGORICIENNE ET NATURELLE MAJEURE.
- 26. — On remarque que, dans la gamme naturelle majeure, la dominante et la sous-dominante ont exactement les mêmes valeurs que dans la gamme pythagoricienne. On a en effet
- pour la dominante (3e degré) : sol =
- 4
- pour la sous-dominante (4° degré) : fa = ^-
- Comme on l’a déjà fait remarquer au n'1 21, les deux tétracordes sont séparés dans les deux gammes par le meme intervalle : un ton majeur.
- 27. — La gamme pythagoricienne part de l’accord expérimental de quinte. Elle n’admet, avec l’octave, que cette seule base, et néglige une autre donnée expérimentale, l’accord de tierce majeure 3/4, dont fait état la gamme naturelle majeure.
- En fait, les tierces qu’on rencontre dans la gamme pythagoricienne sont les tierces suivantes :
- (pour les intervalles fa-la, sol-si et do-mi);
- (pour les intervalles la-do, si-ré, ré-fa et mi-sol).
- Nous avons déjà rencontré cette dernière tierce dans la gamme naturelle majeure (voir n° 22), et nous l’avons appelée tierce minime (inférieure à la tierce mineure). La première, légèrement supérieure à la tierce majeure, s’appellera, par opposition, tierce maxime.
- 28. — Certains solfèges invoquent enfin, pour la formation de la gamme naturelle majeure, un mode de formation identique à celui de la gamme pythagoricienne, c’est-à-dire par quintes successives.
- Il est de fait que ce mode de formation nous a fourni, en partant de do= 1, les trois notes suivantes de la gamme naturelle majeure :
- 8
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-
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- QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE SOLFÈGE.
- Mais là s’arrête l’application; la méthode ne reproduit pas les trois autres notes. En rapprochant, en effet, les rapports trouvés dans les deux gamines (naturelle et pythagoricienne), on constate les décalages suivants :
- Pour le la Pour le mi Pour le si
- 27 5 _ 81
- 16 : 3 80’
- 81 . 3___81
- 64 : 4“'80'
- 243 . 15 _ 81 128 ' 8 ~ 80'
- Ainsi qu’on le verra plus loin (n° 40), cet intervalle est appelé comma majeur, et c’est précisément l’altération des trois notes en cause (mi, la et si), qui différencie les deux types de gammes pythagoricienne et naturelle majeure.
- V. — DÉFINITION DES INTERVALLES.
- 29. — Les solfèges ne définissent généralement qu’une seule catégorie de demi-tons : l’intervalle du mi au fa, ou celui du si au do naturels.
- Ne donnant aucune autre définition pour les altérations (dièzes ou bémols), ils semblent sous-entendre qu’ils ont la même valeur, assertion manifestement contradictoire avec la règle, posée par les mêmes musiciens, que le mi#, par exemple, est plus haut que le fa. La vérité est que, si l’on retire un demi-ton majeur d’un ton majeur, ou d’un ton mineur, on trouve deux autres demi-tons de valeurs différentes. Diverses combinaisons que nous allons préciser sont encore possibles, d’où toute une série de demi-tons de valeurs variées.
- C’est en choisissant, parmi eux, la définition du dièze ou du bémol, par exemple, qu’on aboutit, comme on le verra plus loin, aux différentes sortes de gammes chromatiques.
- 30. — Rappelons tout d’abord les valeurs des intervalles que nous avons rencontrés précédemment. Ce sont :
- a) le ton majeur, dans la gamme naturelle et dans la gamme pythagoricienne. Sa valeur est 9/8 ;
- b) le ton mineur, dans la seule gamme naturelle. Sa valeur est 10/9 ;
- c) le demi-ton majeur, dans la seule gamme naturelle. Sa valeur est 16/15;
- d) le limma, dans la seule gamme pythagoricienne. Sa valeur est 256/243.
- 31. — Partons d’un ton mineur 10/9, et enlevons-lui un demi-ton majeur 16/15. L’intervalle restant sera
- 10.16 _ 25 9 • 15 — 24 '
- Nous le désignerons sous le nom de demi-ton mineur.
- 32. — Partons maintenant d’un ton majeur 9/8, et enlevons-lui successivement ;
- a) un demi-ton majeur 16/15. L’intervalle restant sera :
- 9 : 16_135
- 8 15 128 *
- Nous le désignerons sous le nom de demi-ton minime ;
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- b) le demi-ton mineur 25/24 défini au numéro précédent. L’intervalle restant sera
- 9 23 _27
- 8 : 24 25 ’
- Nous le désignerons sous le nom de demi-ion maxime ;
- c) le limma 256/243. de la gamme pythagoricienne. On obtient
- 9.256 2 187
- 8 ‘ 243 ’2 U48'
- C’est Vapotome des anciens.
- 33. — Partons enfin de nouveau du ton mineur 10/9, et enlevons-lui le demi-ton minime 135/128, défini au numéro précédent. L’intervalle restant sera
- 10 . 135 256
- 9 ' 128 — 243'
- Nous retrouverons le limma déjà défini et rappelé plus haut.
- 34. — Les valeurs respectives des tons et demi-tons que nous venons de définir, sont récapitulées ci-après, par ordre de grandeurs décroissantes.
- Comme les intervalles musicaux sont caractérisés, non pas par des différences, mais par des rapports de nombres de vibrations, et que leur juxtaposition s’obtient, par suite, par produits ou quotients, on est amené à envisager les valeurs de leurs logarithmes. Nous avons en conséquence fait suivre chacun des intervalles de la valeur du logarithme correspondant.
- ) ton majeur.................
- ) ton mineur........... ...
- c) demi-ton maxime.............
- d) apotome....................
- e) demi-ton majeur............
- /) demi-ton minime.............
- y, limma...................
- h) demi-ton mineur.............
- On voit combien différents sont les six demi-tons auxquels nous avons été conduit. D’autres pourraient encore être définis, mais en nous bornant à ces six, nous voyons que les logarithmes des extrêmes varient presque du simple au double (0,0177 pour 0,0334); autrement dit, les intervalles eux-mêmes varient du simple au carré. De là, la nécessité de bien préciser chacun d’eux.
- 35. — Les figures 1 et 2 résument les divers modes de décomposition indiqués aux nos 31 à 33, pour le ton majeur et pour le ton min eur,
- Zon c/TlQjb wv
- ik. rru.. ton- JftaocimS/ ] dt^rru... fort- TnbfLÆAvt-
- (Ifi-yComc > T * Ci*n*ru1/
- 4 »|« Jfcaicaaz. ( t'tf-rru- -ton- invnlmé/
- CCtV ttUMU
- ^4-rni-. ion JfiZajixUb McotrmaA
- ' . . 11 ^*nu. -tort ntlrtcrrue i M rj "tirrurux/ !
- g = 1,123000 (log = 0,0511525). y =1,111111 (log = 0,0457573). = 1,080000 (log = 0,0334238).
- p | Qn
- =-J|g = 1,067871 (log = 0,0285188). 16
- PÙ = 1,066667 (log = 0,0280287). la \ d > /
- = 1,054687 (log = 0,0231238). = 1,053498 (log = 0,0220337). || — 1,041667 (log = 0,0177288).
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-
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- QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE SOLFÈGE.
- 415
- Comme ces décompositions procèdent de produits, et non d’additions, les intervalles y sont représentés par des longueurs proportionnelles aux logarithmes.
- 36. — La définition du comma, qu’on trouve dans les solfèges, est souvent plus vague encore que celle du demi-ton. Les musiciens présentent généralement cet intervalle comme la neuvième partie d’un ton, sans d’ailleurs préciser s’il s’agit d’un ton majeur ou d’un ton mineur.
- Le demi-ton chromatique, qu’on définit ensuite par cinq commas, est, par voie de conséquence, aussi peu précis.
- En fait, il existe, comme on l’a vu ci-dessus, plusieurs demi-tons, et le comma est par essence la différence (ou plus exactement le rapport) entre deux d’entre eux. D’après le nombre de ces derniers, on se rend compte de la diversité des commas possibles.
- 37. — Etant donné cette diversité, nous avons utilisé un ancien mot : la diésis, pour distinguer les plus grands commas, dont la valeur atteint presque celle du demi-ton mineur, et nous avons introduit le mot d'atome musical, pour caractériser le plus petit. Cela posé, résumons d’abord toutes les définitions que nous allons préciser plus loin. Ce sont :
- a) la diésis majeure..........
- b) la diésis mineure..........
- c) le comma pythagoricien.....
- d) le comma majeur............
- e) le comma mineur............
- f) l'atome musical............
- 1,036800 (log = 0,0156950).
- 4 00
- = 1,024000 (log = 0,0103000). 524 288 = 1,013643 (loS = 0,0058851).
- 04
- = 1,012500 (log = 0,0053950). = 1,011358 (log = 0,0049050). = 1,001129 (log = 0,0004901).
- 38. — a) La diésis majeure est le rapport du demi-ton maxime au demi-ton mineur, soit
- 27 . 25 648.
- 25 : 24 — 625’
- b) la diésis mineure est égale au rapport : soit du demi-ton maxime au demi-ton minime.
- soit du demi-ton majeur au demi-ton mineur.
- 27 . 135 _ 128 25 • 128 — 125’
- 16 . 25 _ 128 15' 24 Ï25’
- 39. — Le comma pythagoricien est égal au rapport de l’apotome au limma, 2 187 256 _ 531 441 L 2048 : 243““524288'
- 40. — Le comma majeur est égal au rapport : soit du demi-ton maxime au demi-ton majeur.
- 27 16___81
- 25 : 15 ~ 805
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- SOLFÈGE. — JUILLET-AOUT-SEPTEMBRE 1933.
- soit de l’apotome au demi-ton minime...........
- soit du demi-ton majeur au limma...............
- soit du demi-ton minime au demi-ton mineur. . .
- Il est aussi égal au rapport du ton majeur au ton ir
- 41. — Le comma mineur est égal au rapport : soit du demi-ton majeur au demi-ton minime . .
- soit du limma au demi-ton mineur...............
- soit du demi-ton maxime à l’apotome ......
- 2187 . 135 _ 81 2 008 ' 128 “ 81 ’
- 16 256 81
- Ï5 * 243 “80’
- 135 . 25 81
- 128 ' 24 “ 80 '
- .. 9 • , soit ÿ : O 10 81 9 80
- 16 . 135 2 048
- 15 ’ 128 2 025
- 256 25 2 048
- 243 ' 24 2 025
- 27 . 2 187 2 048
- 25 ‘ 2 U48 “ 2 025 '
- 42. — L’atome musical, qui peut être considéré comme le plus petit intervalle à envisager pratiquement en musique, est égal au rapport :
- soit du demi-ton minime au limma . soit de Yapotome au demi-ton majeur
- 135 . 256 __ 32 805 128 ' 243 “32 768’
- 2187 16 32 805
- ....... 2 048 ‘ 15 “ 32 768
- Il est aussi égal au rapport du comma majeur au comma mineur, soit
- 81 . 2 048 32 805
- 80 ' 2025 “ 32 768 ’
- 43. — Les figures 3 à 8 résument les modes de décomposition qu’on vient d’envisager pour les divers demi-tons.
- Les intervalles y sont toujours représentés, quoique à des échelles plus grandes que dans les figures 1 et 2 (surtout dans la figure 8), par des longueurs proportionnelles aux logarithmes.
- 44. — Les calculs et schémas précédents montrent combien diffèrent les uns des autres les divers diésis, commas et atome musical.
- Il est donc prudent, répétons-le, de bien les définir. Remarquons, au surplus, qu’aucun de ces intervalles ne correspond à ce que les musiciens appellent, un peu trop sommairement, le neuvième d’un ton. et qui serait rigoureusement :
- en partant du ton majeur :
- = 1,013175 (log = 0,0056836), voisin du comma pythagoricien (0,0058851)
- en partant du ton mineur :
- 9 /Ta /io\ 1/9
- \/-ÿ-= \lLy — ! *011776 (log = 0,0050842), voisin du comma mineur (0,0040050).
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- QÜËLQÜËS RÉFLEXIONS SUR LË SOLFEGË.
- VI. — INTRODUCTION DES ACCIDENTS (ülÈZES OU BEMOLS).
- Les gammes classiques (pythagoricienne et naturelle) ne sont définies que par des successions de rapports, mais il est bien évident qu’on peut prendre, comme
- «Wu.ton. ÔTCaximv
- larmnuL mvn&u
- 1 * oerrvmcv SÜOÀiM
- &omc.fofV TrùnZrrUs ~ t ‘ 'irÛA\4JUXA/
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- demi, ton minime
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- ^atéttu. *nuâiaxC
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- J otomx» -itut^ûdij
- point de départ, une note quelconque pour les réaliser. En fait, on a défini conventionnellement un la, par un nombre de vibrations parfaitement déterminé, et il en résulte des valeurs également déterminées, pour les nombres de vibrations des autres notes.
- Supposons maintenant qu’on ait un nstrnment de musique réalisant, dans une 132e Année. — Juillet-Août-Septembre 1933. 28
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- SOLFÈGE.
- JÜILLET-AOUT-SEPTEMBRË 4933.
- m
- région donnée, des notes de gammes classiques (pythagoricienne ou naturelle), que nous caractériserons sous le nom de gammes fondamentales.
- On peut se proposer de produire, sur cet instrument, d’autre gammes classiques, en partant des diverses notes des gammes fondamentales. Mais on reconnaît immédiatement que, pour retrouver les intervalles qui caractérisent les gammes classiques, il faut altérer certaines notes des gammes fondamentales ; ces altérations constituent des accidents, qu’on désigne sous le nom de dièzes ou de bémols.
- 46. — Au point de vue historique, disons de suite que les dièzes et les bémols n’ont pas été créés simultanément suivant cette conception logique.
- Le bémol (b) figure dans les livres de plain-chant où on le rencontre, dès 927, sous le nom de nuance en B (c’est-à-dire en si) mol, d’où bémol. Le bécarre (lq) représente la nuance en B carre (carré).
- Le dièze (#) n’apparaît que dès la fin du xme siècle, sous une forme d’ailleurs légèrement différente.
- Enfin, les doubles dièzes (##) et doubles bémols (bb) sont de création toute récente (1).
- Les solfèges actuels laissent d’ailleurs généralement assez imprécise la définition de ces accidents, aussi bien pour la gamme naturelle que pour la gamme pythagoricienne. Nous allons essayer de combler cette lacune, d’abord pour la gamme pythagoricienne, puis pour la gamme naturelle majeure.
- 47. — A cet effet, essayons, comme on l’a annoncé au n° 45, de former des gammes classiques, à partir des différentes notes de gammes fondamentales.
- Toutefois, au lieu de commencer successivement par les différentes notes, dans l’ordre où on les rencontre, procédons par tétracordes. Comme les nombres 4 (tétra-corde) et 7 (nombre de notes de la gamme) sont premiers entre eux, on retrouvera bien ainsi toutes les notes.
- Comme on le verra, cette manière de faire présente l’avantage d’introduire les accidents un par un, dans un ordre plus logique : les dièzes quand on procède par tétracordes ascendants, et les bémols quand on procède par tétracordes descendants.
- 48. — Une arbitraire reste cependant, pour fixer dans chaque cas la valeur de l’accident :
- ou bien on veut respecter la valeur des demi-tons de la gamme classique (pythagoricienne ou naturelle), et on est ainsi conduit à certaines valeurs parfaitement déterminées des dièzes et des bémols. La succession des notes altérées ainsi obtenue, intercalée dans la suite des notes non altérées, forme la gamme chromatique pythagoricienne ou naturelle, suivant le cas;
- ou bien, pour traduire certains caractères résultant de traditions ou de sens artistique, on est conduit à d’autres valeurs également conventionnelles pour les accidents. Il en résulte des types différents de gammes chromatiques, tels que, si l’on part de la gamme naturelle majeure, la gamme des musiciens, et la gamme des physiciens. Nous préciserons successivement ces divers points.
- 49. — Quand, par le mécanisme des tétracordes ascendants ou descendants, on a défini les dièzes et les bémols susceptibles d’affecter chacune des sept notes, on peut ne pas s’arrêter là.
- (I) Dans le texte, on a désigné les doubles dièzes sous le symbole ÿÿ; mais, dans les figures, on a, respecté la notation habituelle par une croix de saint André (voir page 427).
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- quelques réflexions sur le solfège.
- 4-19
- Si on continue à monter, par tétracordes successifs, on est amené à définir une nouvelle altération : 1 & double dièze pour chacune des sept notes. En descendant, on définit pareillement une nouvelle altération : le double bémol, pour chacune des sept notes.
- En continuant dans chaque sens, on définirait de même le triple dièze et le triple bémol, et ainsi de suite.
- 50. — Pour la gamme pythagoricienne, on pourrait, au lieu de monter ou de descendre par tétracorde, définir les accidents par un autre processus : celui qui nous a précisément servi pour obtenir les notes elles-mêmes de cette gamme.
- Gomme on le verra au n° 59, il suffit à cet effet, après avoir formé, par quintes successives, les notes naturelles fa, do, sol, ré, la, mi, si, de continuer :
- a) par les quintes montantes, à partir du si. On trouve ainsi, d’abord les dièzes, puis les doubles dièzes, et ainsi de suite;
- b) par quintes descendantes, à partir du fa. On trouve ainsi les bémols, puis les doubles bémols, et ainsi de suite.
- Bien entendu, il faut ensuite ramener les notes trouvées à une même octave de référence, pour pouvoir évaluer les altérations.
- Le même processus ne peut pas s’appliquer à la gamme naturelle, puisque, ainsi qu’on l’a déjà exposé au n° 28, elle ne peut même pas reproduire toutes les notes non accidentées de cette gamme.
- VII. — GAMME CHROMATIQUE PYTHAGORICIENNE.
- 51. — Partons des deux tétracordes de la gamme pythagoricienne, soit :
- l
- do
- 9
- 8
- ré
- 81
- 64
- mi
- ton ton limma
- 1er tétracorde.
- ton
- 3
- 2
- sol
- 27
- 16
- la
- 243
- 125
- si
- 2
- do
- ton ton ton
- 2" tétracorde.
- Gomme nous l’avons déjà fait remarquer âu n° 14, les tons sont tous majeurs, et les deux tétracordes identiques sont également séparés par un ton majeur.
- 52. — Proposons-nous de construire une nouvelle gamme pythagoricienne, à partir du deuxième tétracorde, et en montant. On trouve :
- sol
- 1er tétracorde. la si
- do
- ton
- 2 e tétracorde. mi fa
- sol
- Le premier nouveau tétracorde étant la reproduction de Yancien deuxième, est identique au premier tétracorde de la gamme classique. De plus, le deuxième tétracorde nouveau est séparé du premier par un ton, également comme dans la gamme classique. Nous n’avons donc jusqu’ici besoin d’aucune altération.
- Par contre, dans le deuxième tétracorde nouveau, nous trouvons le limma entre le deuxième et le troisième degré, au lieu de le trouver entre le troisième et le quatrième, comme dans la gamme classique. Il est donc nécessaire de hausser le fa, pour retrouver le limma entre le fa ainsi altéré (fa#) et le sol. Ce faisant, au lieu
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- SOLFÈGE. — JÜILLËT-AOUÎ'-SEPTEMBRË 1933.
- d’avoir, entre le mi et le sol, la succession : limma-hton majeur, on aura, pour encadrer le fa altéré, la succession : ton majeur-i-limma. Le deuxième tétracorde deviendra ainsi identique à celui de la gamme classique.
- L’altération (#) a donc pour valeur le rapport entre un ton majeur et un limma, soit, d’après la figure 1, un apotome.
- 53. — Continuons de même, et construisons une nouvelle gamme pythagoricienne, en montant d’un nouveau tétracorde. à partir du deuxième de la précédente. On trouve :
- rr tétracorde.
- ton
- la
- 2e tétracorde. si do
- En répétant identiquement le raisonnement du numéro précédent, on voit qu’il est nécessaire de hausser le do, pour retrouver un limma, entre le do ainsi altéré (do#) et le ré. Ici encore, on trouve que le dièze équivaut à un apotome.
- De proche en proche, en montant toujours d’un tétracorde, on définit le sol#, le ré# et le la#, les altérations étant toutes égales à un apotome.
- 54. — En continuant encore, on termine le deuxième tétracorde par une note déjà altérée : le fa#
- Pour que le mi qui le précède conserve, avec ce fa#, le même intervalle (limma) qu’il y a entre le mi et le fa non altérés de la gamme classique, il faut faire subir à ce mi la même altération qu’au fa, soit un apotome. Le mi# diffère donc du mi par un apotome.
- Le même raisonnement s’applique, en montant encore d’un tétracorde, et on en conclut que le si# équivaut à un si haussé d’un apotome.
- Au résumé, on a défini successivement les sept notes diézées, et on a trouvé que toutes les altérations avaient, sans exception, la valeur d’un apotome.
- 55. — Proposons-nous maintenant de construire une nouvelle gamme pythagoricienne, en partant du premier tétracorde de la gamme classique, et en descendant.
- On trouve :
- fa
- 1er tétracorde. sol la
- limma
- do
- 2e tétracorde. ré mi
- fa
- Le deuxième nouveau tétracorde étant la reproduction de 1 ''ancien premier est identique au deuxième de la gamme classique. Nous n’avons donc pas à y prévoir d’altération.
- Mais le deuxième tétracorde nouveau n’est plus séparé du premier que par un limma, au lieu de l’être par un ton majeur, comme dans la gamme classique. Il est donc nécessaire de baisser le si, pour retrouver un ton, entre le si ainsi altéré (sij?) et le do. Ce faisant, au lieu d’avoir, entre le la et le do, la succession : ton majeur-h limma, on aura, pour encadrer le si altéré, la succession : limma-hton majeur, ce qui rendra la nouvelle gamme identique à la gamme classique.
- Le bémol a donc pour valeur le rapport entre un ton majeur et un limma. soit, toujours d’après la figure 1, un apotome.
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- QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE SOLFÈGE.
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- 36. — Continuons de même, et construisons une nouvelle gamme pythagoricienne, en descendant d’un nouveau tétracorde. On trouve :
- si b
- 1er tétracorde. do ré
- limma
- 2e tétracorde.
- En îépétant identiquement le raisonnement du numéro précédent, on voit qu’il est nécessaire de baisser le mi, pour retrouver un limma entre le ré et le mi b, et un ton majeur entre les deux tétracordes. Ici encore, on trouve que le bémol équivaut à un aputome.
- De proche en proche, en descendant toujours d’un tétracorde, on définit le la b, le ré b, et le sol b, les altérations étant toutes égales à un apotome.
- 57. — En continuant encore, on termine le premier tétracorde par un do, les deux notes adjacentes (si et ré) étant déjà bémolisées.
- Pour que l’on retrouve la succession : limma -|- ton majeur, qui existe déjà entre les notes naturelles, il faut faire subir au do la même altération qu’au si et au ré, c’est-à-dire un apotome. Le do b diffère donc du do par un apotome.
- Le même raisonnement s’applique, en descendant encore d’un tétracorde, et on définit le /ab par une altération du fa égale à un apotome.
- Au résumé, on a défini successivement les sept notes bémolisées, et on a trouvé que toutes les altérations avaient, sans aucune exception, la valeur d’un apotome.
- mi-iot p ta- > P
- ta. u
- -4—
- CtflotorrU-
- 'lüwma/
- T
- Zon Jtixyeu*.
- F,s.9
- 58. — Les figures 9 et 10 concrétisent pour la gamme pythagoricienne, les positions respectives des notes naturelles et des notes altérées (diézées ou bémolisées) par rapport à leur voisines.
- Gomme toujours, les intervalles y sont représentés par des longueurs proportionnelles aux logarithmes. On voit sur ces figures que :
- a) entre deux degrés séparés par un ton, la note inférieure diézée est plus haute que la note supérieure bémolisée (fig. 9);
- b) entre deux degrés séparés par un limma, la note inférieure diézée est plus élevée que la note supérieure, tandis que la note supérieure bémolisée est plus basse que la note inférieure (fig. 10).
- Les différences sont d’ailleurs faibles : elles sont toutes égales à un comma pythagoricien.
- éùp A < d » A
- bfhe’Com*
- Ofttlome/
- ***** ûmAna/
- HÿfLiynititi’
- ft'ylQ
- 59. — Gomme on l’a annoncé au n° 49, on définit les doubles dièzes et les doubles bémols, en continuant à construire des gammes successives ascendantes ou descendantes, tétracorde par tétracorde.
- Il est facile de vérifier que l’altération produite par le deuxième dièze ou par le deuxième bémol est toujours égale à un apotome. La même propriété se retrouverait pour les triples dièzes, les triples bémols, el ainsi de suite....
- Si deux notes encadrent un ton majeur, la borne inférieure doublement diézée
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- 422
- SOLFÈGE. — JUILLET-AOUT-SEPTEMBRE 1933.
- dépasse la borne supérieure d’un comma pythagoricien, par en dessus. De même, la borne supérieure doublement bémolisée dépasse la borne inférieure d’un comma pythagoricien, par en dessous.
- Ces constatations résultent immédiatement du fait que :
- a) un ton majeur se compose d’unapotome et d’un limma (fig. 1);
- b) le rapport d’un apotome à un limma est un comma pythagoricien (fig. 4).
- 60. — Comme nous l’avons annoncé au n° 50, on pourrait aussi définir les dièzes et les bémols par un processus analogue à celui même qui a servi à former les notes naturelles de la gamme pythagoricienne.
- Prenons, en effet, les quintes successives, en montant, à partir du si, auquel nous avons abouti (n° 13), pour former la gamme pythagoricienne non accidentée. On trouve, en ramenant chacune à l’octave 1-2 :
- le M 243 3 . 128 ^ 2 2 = 729 512
- le do% : 729 3 2.187
- 512 X 2 : 2 = 2.048
- le soi# : 2.187 3 6.561
- 2.048 X 2 ' * • • ~ 4.096
- le ré# : 6.561 3 19.683
- 4.096 X 2 ' : 2 = 16.384
- le ia# : 19.683 3 59.049
- 16.384 X 2 ” 131.072
- le mi# : 59.049 3 177.147
- 131.072 "2 ‘ 2 = 131.072
- le si# : 177.147 3 531.441
- 131.072 " 2 ' • = 262.144
- Pour avoir les altérations correspondant aux dièzes ainsi définis, faisons les quotients respectifs des rapports précédents, par ceux qui caractérisent les notes naturelles non accidentées, c’est-à-dire (voir n° 13) :
- 4 . 3 9 g7 81 243
- 3 2 8 16 64 et 128*
- Il est facile de vérifier que tous ces quotients sont uniformément égaux à 2.187/2.048, c’est-à-dire un apotome, et qu’on retrouve bien ainsi les mêmes dièzes.
- 61. — Prenons maintenant les quintes successives, en descendant, à partir du fa, note de départ de la gamme pythagoricienne non accidentée. On trouve, en ramenant toujours à l’octave 1-2 :
- le si|? : le mi\> : le la\? : le ré (7 : le soi [7 :
- 4 3 16
- 3 • 2 X 2 ~ 9
- 16 3 32
- 9 • 2 ~ 27
- 32 3 128
- 27 ' 2 X 2 ~ 81
- 128 3 256
- 81 ’ 2 — 243
- 256 3 X2: 1.024
- 243 ' 3 ~ 729
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- QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE SOLFÈGE.
- 423
- le do\> :
- 1.024
- 729
- 3
- 2
- 2.048
- 2.187
- le fa [7
- 2.048 . 3 0 8.192
- 2.187 : 2 X 0.501*
- Pour avoir les altérations correspondant aux bémols ainsi définis, faisons les quotients respectifs, aux rapports précédents, de ceux qui caractérisent les notes naturelles non accidentées correspondantes, c’est-à-dire (voir n° 13) :
- 243 81 27 9 3 . .4
- 128 04 16 8 2 1 3'
- Il est facile de vérifier que tous ces quotients sont encore uniformément égaux à 2.187/2.048, c’est-à-dire un apotome, et qu’on retrouve bien ainsi les mêmes bémols.
- 62. — On pourrait également définir les doubles dièzes, les doubles bémols, les triples dièzes et les triples bémols, en continuant à monter ou à descendre par quintes successives, et en ramenant, chaque fois, les notes trouvées à une même octave de référence.
- En évaluant les altérations, par rapport aux notes ayant un dièze ou un bémol de moins, on trouverait toujours un apotome.
- 63. — Nous avons déjà fait remarquer, au n° 14, le caractère de simplicité qu’offre la structure de la gamme pythagoricienne, formée de deux tétracordes identiques, séparés par un ton majeur, et dans chacun desquels n’entre qu’une espèce de ton : le ton majeur.
- Ce caractère de simplicité, conduit à cette conclusion, que toutes les gammes pythagoriciennes, par quelque note qu’elles commencent, sont rigoureusement superposables, à un facteur constant près, caractérisant la note de départ.
- Ainsi que nous le verrons plus loin, cette particularité n’existe pas pour les diverses gammes naturelles; nous ne la retrouvons que dans la gamme tempérée. c’est-à-dire dans une gamme artificielle créée précisément pour cet objet.
- VIII. — GAMME CHROMATIQUE NATURELLE.
- 64. — Pour définir les dièzes et les bémols de la gamme naturelle majeure, nous procéderons encore par tétracordes ascendants ou descendants, à partir de la gamme fondamentale caractérisée comme suit (voir nos 19 et 20) :
- .954 8 4 3
- do ré mi fa
- ton
- majeur
- ton
- mineur
- demi-
- ton
- 1er tétracorde.
- ton
- majeur
- 3 5 15
- 2 3 8
- sol la si do
- ton
- majeur
- demi-
- ton
- 2e tétracorde.
- 60. — Proposons-nous de construire une nouvelle gamme naturelle majeure, à partir du deuxième tétracorde, et en montant. On trouve :
- sol
- ' 1er tétracorde. la si
- do
- ton
- 2e tétracorde. mi fa
- sol
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- SOLFÈGE.
- JUILLET-AOUT-SEPTEMBRE 1933.
- 424
- Raisonnons comme on l’a fait (n° 52) pour la gamme pythagoricienne, sans nous préoccuper toutefois des différences entre ton majeur et ton mineur, étayant seulement égard à la position des demi-tons. On voit qu’il faut hausser le fa, de manière à réaliser, entre le mi et le sol, la succession : ton majeur-f- demi-ton, au lieu de la succession : demi-ton -f- ton majeur.
- L’altération (#) a donc pour valeur le rapport entre un ton majeur et un demi-ton majeur, soit, d’après la figure 1, un demi-ton minime.
- 66. — a) Continuons de même, et construisons une nouvelle gamme en montant, à partir du 2e tétracorde précédent. En raisonnant de la même façon, on voit qu’il faut hausser le do. et que le dièze correspond encore à un demi-ton minime;
- b) En montant encore deux fois d’un tétracorde, on définira successivement le sol$ et le ré#; mais ici, les intervalles, qui encadrent respectivement le sol et le ré, comprennent un ton mineur au lieu d’un ton majeur, de sorte que la valeur du dièze sera égale au rapport entre un ton mineur et un demi-ton majeur, soit d’après la figure 2, un demi-ton mineur;
- c) En continuant encore un tétracorde, on définira le la§, et on retrouvera un demi-ton minime, comme pour le /a# et le do%.
- 67. — Enfin, si l’on monte encore de deux tétracordes, on termine par les notes fa et do déjà diézées.
- Pour que les notes mi et si, qui les précèdent respectivement, conservent, avec le /a# et le do#, le même intervalle de demi-ton majeur que dans la gamme classique, il faut les hausser du même demi-ton minime que ces derniers.
- Les mi# et si# seront donc respectivement d’un demi-ton minime au-dessus du mi et du si.
- 68. — Proposons-nous maintenant de construire une nouvelle gamme naturelle majeure, en partant du premier tétracorde de la gamme classique, et en descendant. On trouve :
- fa
- 1er tétracorde. sol
- la
- demi-
- ton
- do
- 2° tétracorde. ré mi
- fa
- Raisonnons comme on l’a fait (n° 55) pour la gamme pythagoricienne, sans nous préoccuper des différences entre ton majeur et ton mineur, et ayant seulement égard à la position des demi-tons.
- On voit qu’il faut baisser le si, de manière à réaliser, entre le la et le do, la succession : demi-ton H-ton majeur, au lieu de la succession : ton majeur-h demi-ton.
- L’altération (b) a donc pour valeur la différence (ou plutôt le rapport) entre un ton majeur et un demi-ton majeur, soit, d’après la figure 1, un demi-ton minime.
- 69. — a) Continuons de même, et construisons une nouvelle gamme, en descendant, à partir du premier tétracorde.
- En raisonnant de la même façon, on voit qu’il faut baisser le mi, de manière à réaliser, entre le ré et le fa, la succession : demi-ton majeur H- ton mineur, au lieu de : ton mineur-b demi-ton majeur.
- Le bémol correspond donc ici au rapport entre un ton mineur et un demi-ton majeur, soit, d’après la figure 2, un demi-ton mineur;
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- QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE SOLFÈGE.
- 423
- b) En descendant encore d’un tétracorde, et en se rappelant que l’intervalle du la au 51(7 est égal à un demi-ton majeur, on définit le la\>, dont l’altération correspond encore à un demi-ton mineur ;
- c) En descendant de deux nouveaux tétracordes, et en se rappelant que les intervalles du ré au mi\> et du sol au la\} sont égaux à un demi-ton majeur, on définit le réb et le sol\>, dont l’altération correspond à un demi-ton minime, comme le si}>.
- 70. — Enfin, descendant de deux nouveaux tétracordes, on trouvera, comme avant-derniers degrés, les notes si et mi déjà bémolisées.
- Pour que les notes do et fa, qui terminent respectivement le tétracorde, conservent, avec les précédentes notes, le même intervalle de demi-ton majeur que dans la gamme naturelle classique, il faut les baisser du même demi-ton.
- Le do b correspondra donc à une altération d’un demi-ton minime, comme le tandis que le fab correspondra à un demi-ton mineur, comme le mi b.
- 71. — Les figures 11 à 14 résument les définitions données aux nos 65 à 70 et concrétisent, pour la gamme naturelle majeure, les positions respectives des notes naturelles et des notes altérées (diézées ou bémolisées) par rapport à leurs voisines. Comme toujours, les intervalles y sont représentés par des longueurs proportionnelles aux logarithmes.
- On y voit immédiatement que :
- a) le dièze prend, à partir de la note inférieure, un demi-ton minime sur les tons et demi-tons majeurs. Il ne prend qu’un demi-ton mineur sur les tons mineurs;
- b) le bémol prend, à partir de la note supérieure, un demi-ton minime sur tous les tons majeurs, et sur le demi-ton majeur do-si. Il ne prend qu’un demi-ton mineur sur tous les tons mineurs et sur le demi-ton majeur fa-mi.
- 72. — On voit en outre, sur les figures 11 à 14, que :
- a) entre deux degrés séparés par un ton (majeur ou mineur), la note inférieure diézée est plus basse que la note supérieure bémolisée. La différence est :
- d’un comma mineur, quand l’intervalle initial est d’un ton majeur; d’une diésis mineure, quand l’intervalle initial est d’un ton mineur;
- b) Le mi# et le si# sont respectivement plus bas que le fa et le do. La différence est d’un comma mineur ;
- c) Le fab et le do b sont respectivement^^ haut que le mi et le si. La différence est :
- d’une diésis mineure, entre le mi et le fa b ; d’un commua mineur, entre le si et le do b-
- Remarquons que ces conclusions, en Ce qui concerne les positions respectives des notes naturelles diézées et bémolisées, sont inverses de celles que nous avons formulées, au n° 58, pour la gamme pythagoricienne.
- 73. — Des raisonnements, analogues à ceux que nous avons faits ci-dessus, permettent de définir :
- les doubles dièzes (##), en montant tétracorde par tétracorde, à partir du sol% les doubles bémols (bb); en descendant tétracorde par tétracorde, à partir du fa b.
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- SOLFÈGE. — JUILLET-AOUT-SEPTEMBRE 1933.
- 74. — On voit ainsi que :
- a) le double dièze prend, à partir de la note inférieure, un demi-ton minime -b un demi-ton mineur. Il prend exceptionnellement deux demi-tons minimes à partir du la ;
- b) le double bémol prend, à partir de la note supérieure, un demi-ton minime
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- • T * c&eml-ton. Sfljajeut
- F, y. H
- 4- un demi-ton mineur. Il prend exceptionnellement deux demi-tons minimes à partir du ré.
- On pourrait définir les triples dièzes et les triples bémols, en continuant à monter ou à descendre tétracorde par tétracorde, mais ces altérations ne sont jamais employées.
- 75. — Les figures 15 à 21 concrétisent, pour la gamme naturelle majeure, les positions respectives des notes naturelles, des notes simplement altérées (diézées ou bémolisées), et des notes doublement altérées, par rapport à leur voisines
- Comme toujours, les intervalles y sont représentés par des longueurs proportionnelles aux logarithmes.
- (1) Voir renvoi de la page 418.
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- QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE SOLFÈGE.
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- 76. — On voit sur ces figures que :
- a) quand deux degrés sont séparés par un ton (majeur ou mineur), la note inférieure doublement diézée est plus basse que la note supérieure naturelle. La différence est :
- d’une diésis mineure, pour le do## et le /a##;
- d’un comma mineur, pour le ré##, le soi## et le la##\
- xi, K/L $ CL X 4IU>
- toi, jotx 1&,
- Co'iv miruiutt *(% Cotv *r\iurümA/ GC~™.
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- Fig. 16
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- tyl Con> 'mwvwne yi tcrrv *rru/n*AAJü j cictbi* -rnoneu/ic.
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- Xxm, JlCajeur
- *J2 torv minÛM *{2 Cotv •mim-mA
- , '
- b) Le si## et le mi## sont respectivement plus bas que le do# et le fa#. La différence est d’une diésis mineure ;
- c) Quand deux degrés sont séparés par un ton (majeur et mineur), la note supérieure doublement bémolisée est plus haute que la note inférieure naturelle. La différence est :
- d’une diésis mineure, pour le soibb et le sibb; d’un comma mineur, pour lerébb* leraibbet le iabb;
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- d) Le /abb et le do bb sont respectivement plus haut que le si b et le raib- La différence est :
- d’une diésis mineure, entre le sib et le ûfobb; d’un comma mineur, entre le wib et le fa b b-
- fa. ^«tVb 4 «U b
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- Fiq.ZI
- Toutes ces conclusions sont analogues à celles que nous avons rencontrées plus haut (n° 73), à propos des notes simplement altérées.
- IX. — DIFFÉRENCES DE STRUCTURE DES DIVERSES GAMMES.
- 77. — Dans la structure des gammes successives, nous avons systématiquement négligé les différences de positions, entre les tons majeurs et les tons mineurs.
- Or, si l’on examine maintenant ces positions respectives, on voit qu’elles ne sont
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- QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE SOLFEGE.
- 429
- pas les mêmes dans toutes les gammes, et que par suite celles-ci ne sont pas superposables.
- On ne retrouve donc plus ici la simplicité des différentes gammes pythagoriciennes (voir n° 63), et cette particularité est généralement perdue de vue dans les solfèges, qui paraissent sous-entendre l’identité des différentes gammes naturelles, au point de départ près.
- Il est vrai que ces traités ne définissent que très vaguement les valeurs des dièzes et des bémols, et qu’à cet égard il n’y a pas plus identité pour les diverses gammes, dites des musiciens, que pour les gammes dites des 'physiciens.
- Mais examinons cette question d’un peu plus près.
- 78. — D’après les définitions que nous avons successivement données, pour les dièzes, les.bémols, les doubles dièzes et les doubles bémols, et en s’aidant des figures 1 à 8, il est facile de calculer les intervalles successifs des notes, dans les divers tétracordes montants ou descendants.
- Reproduisons ces intervalles successifs, en commençant par le tétracorde le plus bas, auquel conduisent les définitions des doubles bémols, et en montant jusqu’au tétracorde le plus haut, auquel conduisent les définitions des doubles dièzes.
- La lettre M désignant un ton majeur, la lettre m un ton mineur et la fraction 1/2, un demi-ton majeur, on a :
- M
- IMF
- m
- H
- m
- Imi
- B
- B
- M
- dobb rébb mibb fabb m M 1/2
- la bb Si bb do b rébb M m 1/2
- fab sol b la b si bb M m 1/2
- éb mi b fa sol b
- M m 1/2
- si b do ré mi b
- M m 1/2
- sol la si do
- m M 1/2 mi fa# sol# la
- M m 1/2
- do# ré#_ jni#________Ja#
- m M 1/2
- la# si# do##^ré# M m 1/2
- fa## sol## laÿ#^ ji#
- M M 1/2
- jMj
- |m|
- jm]
- |M|
- soi bb iftbb si bb dobb
- m M 1/2
- mibb fab s°i b *abb
- M m 1/2
- dob ré b mi b fa b
- m M 1/2
- la b si b do__^ré b
- m M 1/2
- fa sol la si b
- M m 1/2
- ré mi fa#_____^sol
- m M 1/2
- si do# ré# mi
- M m l/2
- sol# la# si# do#
- M M 1/2
- mi#____^fa##^soRf#^la#
- m M 1/2
- do## J-éÿ# jn»## fa##
- M m 1/2
- jm|
- [ml
- N
- m
- m
- [Mi
- rébb mibb fab sol bb M M 1/2 si bb dob réb mibb
- m M 1/2
- sol b la b si b dob
- M m 1/2
- mi b fa sol la b m M 1/2 do ré mi fa M m 1/2
- la si do# ré
- M M 1/2
- fa#___jml#___Ja#___^ si
- m M 1/2 ré# mi# Jaÿ# jol# M m 1/2
- si#^ jlo ÿ# J-éÿ# ^mj # m M 1/2
- sol#iMa##^siÿ# do## M m 1 /2
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- SOLFÈGE. — JUILLET-AOUT-SEPTEMBRE 1933.
- 79. — a) Si l’on se borne à examiner la nature des tons qui séparent les tétracordes (Moum encadrés!, on remarque la succession suivante, dont la périodicité saute aux yeux.
- Le point milieu {§> de cette succession correspondant à la séparation des deux tétracordes de la gamme naturelle majeure classique à notes non altérées, on a, en effet :
- | (g) | M m m M M M m m M M M m ra M
- b) Une gamme comprend, outre les deux demi-tons dont nous nous sommes exclusivement occupé pour définir les accidents, 3 tons, dont 3 majeurs et 2 mineurs. D’après le tableau du numéro précédent, il est facile de voir que, suivant l’ordre dans lequel on rencontre ces trois tons majeurs et ces deux tons mineurs, lés gammes présentent 5 types différents.
- Ce sont, les lettres encadrées correspondant toujours à l’intervalle compris entre les deux tétracordes :
- 1er type : m M jml M
- et solbb,
- 2e type : m M jÂT| m
- et do bb ;
- 3e type : M m ïMj m
- 4e type : M m M M
- et la bb ;
- 5e type : M M ]mj M
- et rébb-
- M, pour les gammes de si#, do$, ré#, mi b, /ab,
- M, pour les gammes de mi#, /a#, sol, /ab, sibb,
- M, pour les gammes de /a#, si, do, réb etmibbf m, pour les gammes de cio##, ré#, mi, fa, so/b
- m, pour les gammes de /a##, so/#, la, sib, do\>,
- 80. — Une première remarque doit être faite, à propos de ce nombre de types de gammes. Le nombre d’arrangements possibles des deux lettres M et m, la première répétée trois fois et la seconde deux fois, est donné par la formule classique
- Or, tous ces arrangements possibles de 3 tons (3 majeurs et 2 mineurs) ne se réalisent pas, dans les gammes que nous avons envisagées. On ne rencontre que les 5 types énumérés au n° précédent, et il manque les 5 suivants :
- M M JMj m m I M M |m[ m M
- m m ]Mf M M | M m fm| M M
- m M [MJ M m
- 81. — Nous formulerons ensuite les deux remarques suivantes :
- a) Dans chacun des 3 types trouvés, les premières notes qui définissent les diverses gammes sont échelonnées entre elles exactement d’un demi-ton majeur soit : 16/13.
- b) Entre la note de départ de la dernière gamme d’un type, et la note de départ de la première gamme du type suivant, il y a un intervalle constant égal à '
- A
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- QUELQUES réflexions sur le solfège.
- 431
- Les demi-tons mineur et minime ayant en effet, pour valeurs respectives :
- et
- 25
- 24
- 135 _ 15 9
- 128 — 16 X 8’
- on trouve, pour les notes et pour les intervalles susvisés :
- 3 . .24 .128 /16\2 6 )
- „ 3 24 128 /16\2 l
- »olbb=5X2j xnjj = (n) x
- • u, 5 135___/15\2 3
- — 4 X 128 (le) X2
- ,, . soibb /i6\* 4
- d OU : --Tt1 = I ) Xk
- mt# \15y 5
- xîi-(“)
- _____ 16\2
- 4 '' 25 ^ 135
- . U.U. . ^ 25 w 135 /15\2 5
- doU= IX g ><Î28=(Tê) X~
- i ii 5 ^ 24 128 /16\2
- labb — 3 x 25 X !35 \ïo) X
- 4 25 135 /15\
- — 3X24 X128 —(kj)
- 16\2. .3
- 15N2x?
- j, . mibb /r16'\4^,4 dou - do## - (15) X5
- ., . . Iabb_/*6\4 4
- d 5'
- 82. — Enfin, nous ferons les constatations suivantes :
- a) Aux deux extrémités de l’échelle (fig. 22), les notes de départ de la première et de la dernière gamme diffèrent du do, par un intervalle d’un comma mineur,
- soit
- B
- 2.048 16
- 8
- 2.025
- XG lo 9
- On a, en effet, à l’extrémité inférieure, le si qui précède le do étant à l’octave inférieure de 15/8 :
- • u, fl 15\ 135 /15\2 9 . do /16\2____8
- s,* = (2x-8)xîai=(.ï6j x8 d<m: ü» = (ib) x5'
- A l’extrémité supérieure de l’échelle, on a pareillement :
- ^bb
- ,Li__9 128 _ 128
- ^bb —8x 13gx 133
- -(S)
- 16\2 8
- d’où :
- ré\>\>_(lb\ do —\15^
- 16\2 8 X 9
- b) Le rapport des intervalles A et B est égal à une diésis mineure, soit 128/125. On a, en effet :
- him : Ksr-a-îi-
- c) Il en résulte, pour le rapport A défini au numéro précédent :
- A = diésis mineure X comma mineur.
- 83. — La figure 22 ci-après concrétise toutes les conclusions précédentes. A titre de vérification, on doit trouver deux octaves complètes d’un bout à l’autre du graphique, c’est-à-dire quand on monte de :
- 6 + 6-t-5-l-64-6 = 24 demi-tons majeurs
- et qu’on descend :
- de 4 intervalles A, soit 4 diésis mineures -+ 4 commas mineurs ; de 2 intervalles B, soit 2 commas mineurs.
- On trouve en effet, toutes simplifications faites :
- or
- ci)
- X
- 83 6
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-
-
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- SOLFÈGE. — JUILLËT-AOUT-SEPTEMBRË 1933.
- X. — AUTRES GAMMES CHROMATIQUES.
- 84. — Avant de parler des gammes chromatiques autres que la gamme chroma-
- tique naturelle, qui fait l’objet du chapitre précédent, nous allons donner quelques définitions d’expressions qu’on rencontre couramment dans les solfèges.
- Le demi-ton chromatique est l’intervalle compris entre une note naturelle, et la même note diézée ou bémolisée.
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-
-
- quelques réflexions sur le solfège.
- 433
- Le demi-ton diatonique est l’intervalle compris :
- a) entre une note naturelle et la note précédente diézée, quand les deux notes naturelles different d’un ton (majeur ou mineur);
- b) entre une note naturelle et la note suivante bémolisée, quand les deux notes naturelles diffèrent d’un ton (majeur ou mineur);
- c) entre le mi et le fa, ou entre le si et le do, quand ces deux notes sont toutes deux naturelles, ou toutes deux diézées, ou toutes deux bémolisées.
- Enfin, le demi-ton naturel n’est autre que le demi-ton diatonique qu’on rencontre normalement entre les notes mi-fa et entre les notes si-do non accidentées de la gamme naturelle majeure.
- 85. — D’après ce qu’on a vu précédemment, les demi-tons chromatiques de la gamme naturelle ont les valeurs ci-après :
- a) un demi-ton minime, pour les intervalles :
- do -<—>- do # |
- fa -i-y fa# I
- la ^—^1 a# |
- mi <—y mi # 1
- si^---^si# • I
- b) un demi-ton mineur, pour les intervalles
- ré^—^ré# I
- sol-?—^sol# '
- ré t> ré
- sol b <-----sol
- si \y ----si
- do —> do
- mi \) <—:> mi la t> <—la fa b -<—^ fa
- 86. — On lit généralement, dans, les livres de musique, que la gamme chromatique doit présenter les trois caractères suivants :
- a) les notes diézées, être plus hautes que les notes suivantes bémolisées, quand les deux notes naturelles encadrent un ton (majeur ou mineur);
- b) le mi# et le si# être respectivement plus hauts que le fa et le do;
- c) le fa\> et le do\> être respectivement plus bas que le mi et le si.
- Or, ces trois caractères se trouvent être, opposés à ceux qu’on a rencontrés au n° 73, en définissant la gamme chromatique naturelle. Ils correspondent donc à d’autres types que nous qualifierons, suivant l’usage, sous le vocable « gammes des musiciens ».
- 87. — En réalité, ils sont insuffisants pour définir une gamme d’une façon précise car une infinité de valeurs peuvent être attribuées aux demi-tons chromatiques, c’est-à-dire aux dièzes et aux bémols, qui permettraient d’y satisfaire.
- En nous limitant à quelques-uns des demi-tons déjà connus, nous en indiquons plus loin quelques exemples.
- Au surplus, les musiciens seraient sans doute bien embarrassés de donner une définition précise de leur gamme. Seul, le sens artistique les guide, et l’énoncé des trois caractères susvisés, traduit uniquement le souci d’exagérer la valeur du demi-ton chromatique, pour le mieux marquer dans la mélodie.
- 88. — Disons de suite que, si nous considérons deux notes successives séparées par un ton (majeur ou mineur), on ne peut exagérer la valeur du demi-ton chro-
- 132e Année. — Juillet-Août-Septembre 1933. 29
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-
-
- AU
- SOLFÈGE. — JUILLET-AOUT-SEPTEMBRE 1933.
- viatique qu’en diminuant d’autant le demi-ton diatonique adjacent, puisque l’ensemble des deux constitue le ton envisagé.
- Gomme la gamme chromatique naturelle respecte la valeur du demi-ton diatonique naturel, à la fin de chaque tétracorde, une gamme du type dit des musiciens devra inévitablement diminuer la valeur de ce demi-ton. Mais dans quelle mesure devra-t-on opérer cette diminution?
- A défaut de définition plus précise, nous proposons de choisir comme demi-tons chromatiques nouveaux :
- a) un demi-ton maxime, au lieu d'un demi-ton minime, sur les tons majeurs;
- h) un demi-ton majeur, au lieu d’un demi-ton mineur, sur les tons mineurs;
- c) un demi-ton maxime uniformément, au lieu d’un demi-ton minime ou mineur, sur les demi-tons majeurs.
- 89. — De ces hypothèses résulte, ainsi qu’on le voit sur les figures 23 à 25, que les demi-tons diatoniques sont réduits :
- a) à un demi-ton mineur, quand ils sont pris sur un ton (majeur ou mineur);
- b) à un demi-ton majeur, pour les intervalles :
- mif ^—^fa# si#-*—^ do# et siM—L>dob;
- <j à un limma, pour le demi-ton diatonique m i b -<—> fa b
- On a en effet, en se reportant aux figures 3 et 5 :
- b fa : demi-ion maxime ... . demi-ion majeur
- mib mi : demi-ton majeur demi-ton maxime
- demi-ton majeur ..
- =-----------A--= limma.
- comma majeur
- 90. — Sur les figures précédentes, on peut constater que les trois caractères fondamentaux de la gamme des musiciens sont bien réalisés, et que :
- a) la note inférieure diézée est plus haute que la note supérieure bémolisée ;
- d’une diésis majeure, quand l’intervalle des deux notes naturelles est d’un ton
- majeur;
- d’une diésis mineure, quand l’intervalle des deux notes naturelles est d’un ton mineur ;
- b) le ?ni# et le fa% sont respectivement supérieurs au fa et au do, la différence étant d’un comma majeur;
- c) le la b et le rfob sont respectivement inférieurs au mi et au si, la différence étant également d’un comma majeur.
- Remarquons que ces conclusions tout inverses de celles concernant la gamme chromatique pythagoricienne (voir n° 58).
- Rappelons par ailleurs (n° 88) que les demi-tons diatoniques terminant les tétra-cordes générateurs ne sont plus ici systématiquement égaux aux demi-tons naturels c’est-à-dire majeurs.
- 91. — Nous avons fait allusion plus haut à d’autres types de gammes qu’on pouvait également ranger sous le vocable des musiciens.
- Nous citerons simplement les deux suivants déduits de la gamme dont il vient
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-
-
- QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE SOLFEGE.
- 435
- d’être question par l’uniformisation de tous les demi-tons chromatiques, égaux dans celle-ci, soit à un demi-ton majeur, soit à demi-ton maxime :
- a) type A, où les demi-tons chromatiques sont uniformément égaux à un demi-ton majeur;
- b) type B, où les demi-tons chromatiques sont uniformément égaux à un demi-ton maxime.
- 92. — Dans le type A (demi-tons chromatiques uniformément égaux à un demi-ton majeur), il est facile de voir, en se reportant aux figures 11 et 12, que :
- a) dans les intervalles de tons majeurs ou mineurs, les positions respectives du
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- % -?5
- -I
- dièze et du bémol se trouvent être inverses de celles qu’elles ont dans la gamme chromatique naturelle;
- b) le si if et le miÿ sont respectivement confondus avec le do et la fa, tandis que le do if et le fa [? sont respectivement confondus avec le si et le mi.
- Cette gamme du type A satisfait au premier caractère préconisé par les musiciens (n° 86), c’est-à-dire au plus important. Elle ne satisfait pas, par contre, aux deux derniers, mais elle offre un caractère de simplicité indéniable, par la conclusion b ci-dessus.
- 93. — Avec le type B (demi-tons chromatiques uniformément égaux à un demi-ton maxime), on satisferait à la fois aux trois caractères préconisés par les musiciens.
- Cette gamme ne diffère, en effet, de la gamme des musiciens, que par la substi-
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- SOLFÈGE. — JUILLET-AOUT-SEPTEMBRE 1933.
- tntion du demi-ton maxime au demi-ton majeur, pour le demi-ton chromatique intercalé dans un ton mineur. (Voir figure 24.)
- L’effet de l’altération y est donc accusé davantage encore. Nous pensons même qu’il serait exagéré, puisque le demi-ton diatonique restant ne serait plus égal qu’à :
- 10 . 27_230
- 9 ' 25 — 243
- soit un intervalle de l’ordre d’une diésis.
- 94. — Par opposition sans doute à la gamme des musiciens, les solfèges mettent généralement, sous le vocable des physiciens, une gamme caractérisée par des demi-tons chromatiques plus petits, et uniformément égaux à un demi-ton mineur.
- Nous n’avons pu retrouver l’origine de cette appellation, qui ne nous paraît d’ailleurs justifiée par aucune raison logique, et dont l’attribution aux physiciens est pour le moins gratuite.
- Il est facile de voir, en tous cas, que la gamme en question présente, en les exagérant, les trois caractères essentiels de la gamme chromatique naturelle (voir n" 73).
- 93. — En terminant ce paragraphe, nous ferons remarquer que les différents types de gammes ayant été définis, il est clair que, pour constituer une gamme commençant par une note déterminée, il suffît dese référer à la gamme naturelle majeure correspondante, en y remplaçant simplement les notes diézées et bémolisées par leurs nouvelles valeurs.
- C’est ainsi, par exemple, que la gamme de ré majeur des musiciens sera obtenue en remplaçant, dans la gamme de ré majeur naturelle, le fa# et le do# par leurs valeurs respectives dans la gamme chromatique des musiciens.
- XI. — NOTES ENHARMONIQUES.
- 96. — On désigne généralement, sous le nom de notes enharmoniques :
- a) une note diézée et la note supérieure bémolisée, quand les deux notes naturelles correspondantes encadrent un intervalle de ton (majeur ou mineur);
- b) les notes mi et si diézées, avec respectivement le fa et le do\
- c) le fa et le do bémolisées, avec respectivement le mi et le si.
- 97. — La définition précédente peut encore s’étendre :
- a) à une note doublement diézée avec la note supérieure non altérée, quand les deux notes naturelles encadrent un ton (majeur ou mineur);
- b) à une note doublement bémolisée avec la note inférieure non altérée, quand les deux notes naturelles encadrent un ton (majeur ou mineur);
- c) aux notes mi et si doublement diézées, avec respectivement les notes fa et do simplement diézées ;
- d) aux notes fa et do doublement bémolisées, avec respectivement les notes mi et si simplement bémolisées.
- 98. — Dans la gamme chromatique pythagoricienne, les notes enharmoniques de la première catégorie, c’est-à-dire celles qui font intervenir uniquement les
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- QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE SOLFÈGE.
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- dièzes et bémols simples (voir n° 96), diffèrent toutes systématiquement entre elles d’un comma pythagoricien. (Voir fîg. 9 et 10.)
- Une conclusion analogue peut d’ailleurs être formulée pour les notes enharmoniques de la deuxième catégorie, c’est-à-dire celles qui font intervenir les doubles dièzes et les doubles bémols (voir n° 97) : les différences sont systématiquement égales à un comma pythagoricien.
- 99. — Dans la gamme chromatique naturelle, les notes enharmoniques de la première catégorie (n° 96) ont entre elles les intervalles suivants :
- a) un comma mineur, pour celles qui sont intercalées dans un ton majeur
- (fîg- il);
- b) une diésis mineure, pour celles qui sont intercalées dans un ton mineur (fîg. 12);
- c) un comma mineur, pour les intervalles si$-do, mi%-fa et si-do\> (fîg. 13 et 14):
- d) une diésis mineure, pour l’intervalle mi-fa\> (fîg. 14).
- 100. — Dans la même gamme chromatique naturelle, les notes enharmoniques de la deuxième catégorie (n° 97) ont entre elles les intervalles suivants :
- a) une diésis mineure, pour celles qui sont intercalées dans un ton majeur, à l’exception des intervalles la#$-si et do-rébb (fîg- 13, llbü et 18);
- b) un comma mineur, pour celles qui sont intercalées dans un ton mineur, et
- pour les intervalles la$#-si et do-ré)>\> (fîg. 16, 17iis et 19); 1
- c) une diésis mineure, pour les intervalles mi-faif et si\>-do\>\> (fîg. 17
- et 20) ;
- d) un comma mineur, pour l’intervalle raib-/abb (fîg- 21).
- 101. — On peut résumer, sur une figure symbolique (fîg. 26) la succession des notes naturelles et altérées, avec indication immédiate des notes enharmoniques.
- Portons à cet effet, à partir d’un centre, douze rayons successifs faisant entre eux un angle : 360°/12, soit 30°.
- Faisons correspondre respectivement ces.douze rayons avec les douze degrés qui constituent toute gamme, savoir : 5 tons équivalant à 10 demi-tons, plus 2 demi-tons isolés, et dessinons une spirale quelconque autour du centre.
- 102. — Sur la partie médiane de la spirale, inscrivons aux intersections, avec sept rayons successifs, et en suivant le sens du déroulement, les notes naturelles : fa, do, sol, ré, la, mi, si, se suivant de quinte en quinte.
- Continuons de même, dans le sens du déroulement, en inscrivant, d’abord la même succession des notes simplement diézées, puis la même succession des notes doublement diézées.
- Partant du début des notes naturelles, et allant dans le sens de l'enroulement, inscrivons enfin, dans l’ordre inverse (si, mi, la, ré, sol, do, fa), d’abord les notes simplement bémolisées, puis les notes doublement bémoliséés, étc. ..............
- Il est facile de constater qu’en opérant ainsi, les notes enharmoniques se trouvent toutes sur un même rayon. Cette figure schématique permet donc dé voif, à simple vue, et sans autre recherche, quelles sont les diverses notes énharmbniques dans chacun des douze degrés. ' ....'
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- SOLFÈGE. — JUILLET-AOUT-SEPTEMBRE 1933.
- 103. — Il est intéressant de comparer les diverses notes enharmoniques, dans les deux principaux systèmes ds gammes majeures, savoir :
- a) la gamme chromatique naturelle;
- b) la gamme chromatique pythagoricienne.
- Dans ce but, nous avons dressé le tableau ci-contre, où l'on trouve :
- dans la première colonne, les numéros d’ordre des enharmoniques à partir de 0
- 3.C ~ Hpitale Za -ivotca cnlta
- 4<MvvivvC
- tco *4 ww tcicîc
- £M/ Jotxttcx-tLv £>0 - 0
- (correspondant au do de départ), et en montant des douze degrés qui constituent une octave ;
- dans la deuxième colonne, la désignation des notes enharmoniques correspondant à chacun des 12 degrés, et dans l’ordre des notes non accidentées ;
- dans les troisième et dernières colonnes, les logarithmes des valeurs des enhar-
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- QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE SOLFÈGE.
- 43'J
- NOTES GA MME MOYENNE GAMME MOYENNE GAMME
- chromatique DES DES CHROMATIQUE
- ENHARMONIQUES NATURELLE ENHARMONIQUES ENHARMONIQUES PYTHAGORICIENNE
- 0 do 0,0000 0,0000 0,0000 0,0000 0,0000
- si## 0,0128 0,0344
- 1 do# 0,0231 0,0213 0,0251 0,0285 0,0285
- ré b 0,0280 0,0226
- do## 0,0409 0,0370
- 2 ré 0,0312 0,0491 0,0502 0,0512 0,0512
- mibb 0,0361 0,0453
- ré# 0,0689 0,0797
- 3 mi b 0,0792 0,0744 0,0753 0,0738 0,0738
- fabb 0,0841 0,0679
- ré## 0,0920 0,1082
- 4 mi 0,0969 0,0987 0,1003 0,1023 0,1023
- fa b 0,1072 0,0964
- mi# 0,1200 0,1308
- 5 fa 0,1249 0,1267 0,1254 0,1249 0,1249
- soibb 0,1332 0,1191
- mi## 0,1378 0,1593
- 6 fa# 0,1481 0,1463 0,1505 0,1535 0,1533
- soi b 0,1530 0,1470
- fa## 0,1658 0,1820
- 7 sol 0,1761 0,1743 0,1756 0,1761 0,1761
- labb 0,1810 0,1702
- 8 sol# lab 0,1938 0,2041 0,1990 0,2007 0,2017 0,2046 0,1987
- sol## 0,2169 0,2331
- 9 la 0,2219 0,2237 0,2258 0,2272 0,2272
- si bb 0,2322 0,2214
- la# 0,2450 0,2558
- 10 si b 0,2499 0,2517 0,2509 0,2499 0,2499
- dobb 0,2602 0,2440
- la## 0,2681 0,2843
- 11 si 0,2730 0,2730 0,2759 0,2784 0,2784
- do b 0,2779 0,2723
- si# 0,2961 0,3069
- 12 do 0,3010 0,3010 0,3010 0,3010 0,3010
- rébb 0,3059 0,2951
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- SOLFÈGE. — JUILLET-AOUT-SEPTEMBRE 1933.
- MO
- moniques, pour les gammes naturelle et pythagoricienne, rapportées au do de départ pris comme unité ;
- dans les quatrième et avant-dernière colonnes, les moyennes des logarithmes des notes enharmoniques d'un même degré, dans chacun des deux types de gammes. (Cette moyenne arithmétique des logarithmes correspond évidemment à la moyenne géométrique des valeurs des enharmoniques);
- enfin dans la cinquième colonne, les valeurs des logarithmes des divers degrés de la gamme tempérée, que nous définirons aux nos 108 à 110.
- 104. — Nous reviendrons plus loin sur la comparaison entre la gamme tempérée et les deux gammes chromatiques naturelle et pythagoricienne.
- En ce qui concerne chacune de ces dernières, remarquons tout d’abord que, dans l’ordre que nous avons adopté dans chacun des degrés (celui des notes non accidentées), les valeurs des enharmoniques croissent pour la gamme chromatique naturelle, et décroissent pour la gamme chromatique pythagoricienne.
- Par ailleurs, nous pouvons vérifier que les logarithmes des intervalles entre divers harmoniques sont, comme nous l’avons vu aux nos 98 à 100 :
- a) pour la gamme chromatique pythagoricienne :
- 0,0039 soit 1 comma pythagoricien;
- 0,0118 soit 2 commas pythagoriciens;
- b) pour la gamme chromatique naturelle :
- 0,0049 soit 1 comma mineur;
- 0,0098 soit 2 commas mineurs;
- 0,0103 soit 1 diésis mineure;
- 0,0152 soit 1 diésis mineure-F 1 comma mineur.
- XII. — TEMPÉRAMENTS PARTIEL ET INTEGRAL.
- 105. — Seules, la voix humaine et certaines catégories d’instruments peuvent donner, sans complication, toutes les notes enharmoniques possibles. Tels sont les instruments de la classe du violon, le trombone à coulisse, et, dans une certaine mesure, le cor d’harmonie.
- Dans les instruments à sons fixes, au contraire, la prise en considération des notes enharmoniques amènerait à des difficultés de fabrication pour les constructeurs, et d’exécution pour les artistes. L’idée est donc venue tout naturellement, pour ces instruments, de confondre, en les altérant légèrement ;
- a) les notes enharmoniques situées dans les intervalles de tons (majeurs ou mineurs) de la gamme naturelle ;
- b) les mi# et si#, respectivement avec le fa et le do;
- c) les faet dob, respectivement avec le mi et fa.
- C’est là le tempérament partiel caractérisé, en particulier, par l’égalité du demi-ton chromatique et du demi-ton diatonique, dans chaque intervalle de ton.
- 106. — De ces égalisations, résultent les valeurs suivantes des divers demi-tons, suivant les intervalles dans lesquels ils s’intercalent :
- a) Dans les intervalles de ton majeur (do-ré, fa-sol, et la-si) :
- __ 1
- v/i=(4)! = 1'060660
- (log = 0,02oo763).
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- QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE SOLFÈGE.
- 441
- b) Dans les intervalles de ton mineur (ré-mi et sol-la) :
- __ J
- (t)2 = I’03i092 (log = 0,0227788).
- c) Dans les intervalles de demi-ton majeur (mi-fa et si-do) :
- — = 1,066667 (log = 0,0280287).
- 107. — Les demi-tons précédents étant tous différents, les lins des tétracordes générateurs des gammes majeures successives tempérées partiellement se trouvent présenter une variété presque aussi grande que celle des gammes naturelles.
- Pour éviter cette variété, il suffit :
- a) de remplacer les deux sortes de tons (majeur et mineur) par un ton moyen approprié ;
- b) de remplacer les deux demi-tons majeurs de la gamme naturelle, par la valeur commune des demi-tons chromatiques et diatoniques correspondant à ce ton moyen approprié.
- 108. — Les deux conclusions précédentes conduisent au tempérament intégral, lequel se trouve alors caractérisé comme suit :
- a) les 5 tons (majeurs et mineurs) de la gamme naturelle sont remplacés par 5 tons égaux, subdivisés chacun en deux demi-tons (chromatique et diatonique) égaux ;
- b) les deux demi-tons naturels sont remplacés par deux demi-tons égaux chacun aux deux demi-tons précédents.
- 109. — La gamme tempérée, comprenant ainsi douze degrés égaux (5 tons et 2 demi-tons), et l’intervalle d’octave étant égal à 2, la valeur uniforme des demi-tons tempérés sera :
- 1 \/2 = 2,/12 = 1,0394629 (log = 0,250838).
- En prenant le do de départ comme unité, les nombres caractérisant les notes successives de la gamme chromatique tempérée seront les puissances successives du nombre précédent.
- 110. — On peut d’ailleurs prendre la valeur unique du demi-ton tempéré, pour définir les doubles dièzes et les doubles bémols, ce qui confondra les notes enharmoniques de la seconde catégorie avec celles de la première.
- Le tableau des valeurs des diverses notes enharmoniques s’établira dès lors comme suit :
- degré 0 : (1,0591629)° = 1,0000000..................(do)
- — 1 : (1,0394629)1 = 1,0594629..................(si##, do#, ré b)
- — 2 : (1,0594629)2 = 1,1224622..................(do##, ré, mibb)
- — 3 : (1,0594629)3 = 1,1892072..................(ré#, mib, fabb)
- — 4 : (1,0594629)4 = 1,2599210..................(ré##, mi, fa b)
- — 5 : (1,0594629)ô = 1,3348400..................(mi#, fa, solbb)
- — 0 ; (1,0594629)6 = 1,4142137. > . ...............(mi##, fa#, solb'
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- SOLFÈGE. — JUILLET-AOUT-SEPTEMBRE 1933.
- degré 7 : (1,0594029)7 = 1,4983071..................(Ta##, sol, la bb)
- — 8 : (1,0594629)8 = 1,5874011. . . .*..........(sol#, la b)
- — 9 : (1.0594629)9 = 1,6817928..................(sol##, la, si bb)
- — 10 : (1.0394629)10 = 1,7817971..................(la#, si b, dobb)
- — Il : (l,0594629)li = 1,8877483. ................(la##, si, dob)
- — 12 : (1,0594629)12 = 2,0000000..................(si#, do, rébb)-
- 111. — Ayant substitué les intervalles tempérés aux divers intervalles naturels, on aboutit à la conclusion suivante :
- Étant donnée l’égalité des intervalles, il est toujours possible, de constituer une gamme majeure commençant par l’un quelconque des douze degrés de la gamme tempérée, sans être obligé de définir de nouvelles altérations.
- Toutes les gammes majeures tempérées sont, en fait, rigoureusement superposables, propriété que nous n’avons rencontrée jusqu’ici que dans le système pythagoricien (voir n° 63).
- 112. — Il est intéressant de comparer la gamme chromatique tempérée que nous venons de définir, avec les gammes chromatiques naturelle et pythagoricienne.
- A cet effet, nous avons, dans le tableau des notes enharmoniques établi à la page 439, fait la moyenne de celles-ci dans chaque degré (moyenne des logarithmes). Ces moyennes se trouvent encadrer les valeurs des notes tempérées (valeur unique dans chaque degré, par définition meme).
- On peut ainsi apprécier les différences, et constater que les plus grandes, qui n’atteignent d’ailleurs pas un comma mineur (U,0049), se rencontrent :
- a) pour la gamme chromatique naturelle, dans le degré n° 6, soit 0.0042;
- b) pour la gamme chromatique pythagoricienne, dans le degré n° 1, soit 0,0034.
- Si l’on calcule maintenant les écarts moyens (moyennes des écarts pris en valeurs absolues), on trouve respectivement 0,0018 et 0,0013, valeurs de l’ordre du tiers d’un comma mineur.
- 113. — La conclusion de tout ce qui précède est que la gamme tempérée est extrêmement voisine des deux autres, quand on a préalablement moyenné leurs notes enharmoniques respectives.
- La proximité est d’ailleurs un peu plus grande par rapport à la gamme pythagoricienne, puisque, pour celle-ci, l’écart maximum et l’écart moyen sont respectivement inférieurs aux deux analogues concernant la gamme naturelle.
- Or, si nous faisons un retour en arrière, quel avantage voyons-nous en faveur de la gamme chromatique naturelle? Un seul : celui de faire intervenir un accord plaisanta l’oreille, celui de tierce majeure (3/4). La gamme pythagoricienne ne tient pas compte de cet accord, et comporte des tierces maxime (80/64) ou minime (32/27) qui n’ont pas le même agrément.
- On ne peut d’ailleurs pas faire reposer la gamme naturelle exclusivement sur la considération des harmoniques, et on y rencontre une singulière complexité de tons majeurs et mineurs, dont la conséquence est de rendre non superposables les gammes commençant par les divers degrés de la gamme classique.
- Au regard, s’impose la structure remarquablement simple de la gamme pythagoricienne, et la conséquence remarquable de superposition possible des diverses gammes, avec une seule valeur des altérations (apotome).
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- QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE SOLFÈGE.
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- Dans ces conditions, puisque l’on doit pratiquement aboutir à la gamme tempérée dans la musique instrumentale, et puisque la seule supériorité des tierces majeures ne peut, par suite, même plus être conservée, on peut se demander s’il est bien utile de farcir les solfèges de considérations compliquées sur la gamme naturelle majeure, d’autant plus que ces considérations sont toujours incomplètes comme le présent exposé le montre surabondamment.
- A notre avis, mieux vaudrait donc se borner à la gamme pythagoricienne, pour guider vers la gamme tempérée, dont elle se rapproche d’ailleurs davantage, comme on l’a établi ci-dessus.
- XIII. — GAMMES MINEURES.
- 113. — Nous avons vu au n" 18 que la gamme naturelle majeure pouvait être définie par l’application d’accords parfaits majeurs, dits générateurs, sur la tonique, la dominante et la sous-dominante.
- Certains solfèges, sollicités sans doute par un désir d’harmonie, appliquent la même méthode à la définition de la gamme mineure fondamentale (celle de la), en appliquant des accords parfaits mineurs sur les tonique, dominante et sous-dominante correspondantes.
- Or, sans aller plus loin, il est facile de constater que le problème ne se présente pas de la même façon. La dominante de la tonique la (c’est-à-dire le mi) se trouve bien à un intervalle de quinte juste de cette tonique, puisque l’on a :
- mais il n’en est pas de même pour la sous-dominante (c’est-à-dire le ré), puisqu’on a :
- a . 9 _ 40 .3 ' 8 27
- La différence n’est pas grande. Elle est de :
- 3 . 40___81
- 2 ‘ 21 ~ 80
- c’est-à-dire un comma majeut, mais il n’en est pas moins vrai que la méthode est incorrecte.
- 116. — La gamme mineure n’est, d’ailleurs, qu’un produit artificiel, choisi parmi beaucoup d’autres possibles, mais dont le caractère particulier a séduit depuis longtemps les musiciens.
- Nous avons trouvé plus simple de définir directement les notes altérées de cette gamme particulière, à l’aide de certains rapports simples, précisément choisis pour que l’altération soit uniformément égale à un demi-ton mineur.
- 117. — Rappelons, tout d’abord, que la gamme naturelle majeure est caractérisée par la succession suivante de 7 intervalles :
- 2 tons, 1 demi-ton, 3 tons, 1 demi-ton.
- et que sa structure est la suivante (voir nos 19 et 20) :
- do ré mi fa sol la si do
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- SOLFÈGE. — JUILLET-AOUT-SEPTEMBRE 1933.
- La gamme mineure, que l'usage a introduite en musique, présente une succession différente des intervalles, et on en distingue trois modalités :
- la première comportant une altération sur le troisième degré mi ; la deuxième comportant une altération sur les troisième et sixième degrés mi et la ;
- la troisième comportant une altération sur les troisième, sixième et septième degrés mi, la, si.
- 118. — La première modalité de gamme mineure consiste à altérer le troisième degré {mi = 5/4), pour lui substituer un rai[?, de valeur 6/5. Ce bémol particulier est donc égal à :
- 5 6 25 , .
- r : - = 7n = demi-ton mineur,
- 4 o 24
- valeur identique à celle définie au n° 69 (fig. 12).
- La structure de cette première modalité de gamme mineure est ainsi :
- do ré mi fa sol la si do
- 9 6 4 3 5 15 „
- 1 8 3 3 2 3 8
- Elle est souvent employée par les violonistes, dans le sens ascendant.
- 119. — La seconde modalité de gamme mineure consiste à altérer en plus le sixième degré (/a = 5/3), pour lui substituer un la\>, de valeur 8/5. Ce bémol particulier est donc égal à :
- 5 . 8 23 , . ,
- r, . s = wr = demi-ton mineur,
- 3 5 24
- valeur identique à celle définie au n° 69 (fig. 12).
- La structure de cette seconde modalité de gamme mineure est ainsi :
- do ré mi\> fa sol la\> si do
- C’est la véritable gamme mineure classique.
- 120. — La troisième modalité de gamme mineure consiste à altérer, encore en plus, le septième degré (si = 15/8), pour lui substituer un si\>, de valeur 9/5. Ce bémol particulier est donc égal à :
- 15 9 23 , . .
- -r- • ^ = demi-ton mineur.
- 8 o 24
- Cette valeur, légèrement différente de celle définie au n° 68 (fig. 11), constitue le reliquat du dièze de la gamme des musiciens (demi-ton maxime), de sorte qu’on a :
- sit> de la gamme mineure naturelle = la% de la gamme majeure des musiciens.
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- QUELQUES réflexions sur lé solfège.
- Md
- La structure de cette troisième modalité de gamme mineure est ainsi :
- re’ mi b fa sol Zab si b do
- Cette gamme est parfois employée par les violonistes dans le sens descendant.
- 121. — Les première et troisième modalités de gamme mineure présentent chacune 2 demi-tons et 5 tons, comme les gammes majeures.
- La seconde présente, 3 demi-tons, 3 tons, et un intervalle particulier, du /ab au si, qui correspond à un ton et demi. On a en effet :
- 75 9 25
- gj = g X — ün ton majeur x un demi-ton mineur.
- 122. — Si l’on fait abstraction d’une interversion dans la succession des deux derniers tons (majeur et mineur), il est facile de constater que la troisième modalité de gamme mineure peut se superposer à la gamme naturelle majeure de mi b-
- On a, en effet, pour cette dernière, en tenant compte des définitions, données précédemment pour les divers bémols de la gamme chromatique naturelle :
- ou, en déplaçant l’origine de mib à do :
- do
- 9
- 8
- suite identique à celle du n° 120, à l’interversion susvisée près.
- 123. — La seconde modalité de gamme mineure ne différant de la troisième que par l’altération de l’avant-dernière note, on voit qu’on peut également la considérer comme provenant de la gamme majeure de mib, sous réserve (n° 119) :
- a) de prendre la tonique de la gamme mineure, un ton et demi plus bas que celui de la gamme majeure;
- b) de hausser d’un demi-ton, l’avant-dernière note si b de la gamme mineure (sensible). Étant donné le changement d’origine, cette dernière n’est autre que la dominante de la gamme majeure de mib-
- 124. — a) Nous avons vu que l’accord parfait majeur était constitué par trois notes, correspondant respectivement à :
- c’est-à-dire, par exemple, à do, mi, sol de la gamme naturelle majeure.
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- 446
- SOLFÈGE. — JÜÎLLËT-AOÜT-SEPTEMBRE 1933.
- Le premier intervalle do-mi est égal à :
- 5 . , 3 .
- I ; 1 = j = tierce majeure.
- Le second intervalle mi-sol est égal à :
- 3.5 0 .. . . „
- - ; r = - = tierce mineure (voir n° 22).
- 2 4 O v ’
- b) Par analogie, on a défini, sous le nom d’accord parfait mineur, l’ensemble des trois notes : do, mib, sol de la gamme mineure (trois modalités), et l’on voit immédiatement qu’il présente deux intervalles identiques aux précédents, mais disposés en sens inverse :
- GG,. . , 365.. . ,
- H : 1 = ~ (tierce mineure) et ~ : ^ (tierce majeure).
- 125. — De même qu’on peut envisager, grâce à l’emploi d’altérations convenables, des gammes majeures variées commençant par les divers degrés de la gamme majeure classique, on peut définir des gammes mineures leur correspondant respectivement.
- Pour nous borner à la seconde modalité, on passera d’une gamme majeure quelconque à la gamme mineure correspondante en appliquant les règles énoncées au n° 123, savoir :
- a) prendre la tonique de la gamme mineure, un ton et demi plus bas que celui de la gamme majeure ;
- b) hausser d’un demi-ton la dominante de la tonique de la gamme majeure.
- 126. — A chacune de ces gammes de seconde modalité, correspondra d’ailleurs :
- une gamme troisième modalité, où l’altération exceptionnelle de quinte est
- supprimée ;
- une gamme première modalité, où la quinte altérée subsiste, mais où, en même temps, la note précédente est également haussée d’un demi-ton.
- 127. — a) Les gammes mineures que nous venons de définir peuvent être qualifiées naturelles, par analogie avec les gammes majeures du même nom, bien que les altérations que comportent les unes et les autres ne soient pas exactement les mêmes.
- On peut envisager d’ailleurs d’autres gammes mineures, ayant des demi-tons diatoniques et chromatiques légèrement différents : des gammes mineures des musiciens, par exemple, exagérant l’altération de la sensible, pour la mieux marquer;
- b) Si l’on considère maintenant les notes tempérées, les règles précédentes restent inchangées.
- Toutefois, il n’y a plus alors à s’occuper des légères différences entre les tons majeurs et mineurs, pas plus qu’entre les divers demi-tons chromatiques et diatoniques.
- Les gammes mineures tempérées sont toutes superposables, comme l’étaient d’ailleurs les différentes gammes majeures.
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- QUELQUES réflexions sur le solfège.
- 447
- XIV- — THÉORIE des battements, accord des pianos.
- 428. Considérons deux mouvements vibratoires simultanés représentés respectivement par :
- asinwt et 6 sin(<i/t 4-9).
- Le mouvement résultant pourra s’écrire :
- a[sin w t 4- sin (w't 4- ç)] 4- (6 — a) sin (u>'l -1- 9)
- ou encore :
- [L 2a sin t 4- cos t — 4- (6 — a) sin (tù't 4- 9).
- Le second terme de [1] représente un mouvement vibratoire de même période que le deuxième mouvement primitif, et n’en différant que par l'amplitude.
- -deux 'm.vjuuctvtenL
- sin w t 4- sin («Z1 4- 9) = 2 sin
- /w 4~ (i>/ \ 2
- 9
- )
- , d ) Oov»t$ e : «w (u^’t +
- (X) Cov«i«. : arn (y -“>’t - !£-)
- (3) te-
- Le premier est un mouvement vibratoire qu’on peut représenter par la courbe 3 de la figure 27, et qui présente deux pulsations :
- - M : celle de la courbe 1 soit : sin M +^J
- (0 ~ w : celle de la courbe 2 soit : cos ^ ^ M l — •
- Les boucles du mouvement composé (3) répondent à la pulsation — ^ 5
- tandis que leurs amplitudes croissent et décroissent suivant la pulsation f ^ ) '
- 129. — Supposons maintenant qu’il s’agisse de vibrations sonores, et soient N et N', les nombres de vibrations simples, qui correspondent respectivement aux pulsations co et <o' des deux mouvements primitifs.
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- 448
- SOLFÈGE. — JÜILLET-AOUT-SEPTEMBRE 1933.
- Les durées 1/N et 1/N' de chacune de ces vibrations simples sont telles que :
- d’où l’on déduit
- (I) X vf
- et
- = 7Z
- W = TîN
- et w' = irN'.
- Supposons, en outre, que les intensités des deux mouvements soient à peu près égales, de sorte que (b - a) soit presque nul.
- Nous n’aurons à nous occuper pratiquement que du mouvement composé (3) dont il vient d’être question, lequel résulte de deux sons dont les nombres de vibrations simples % et TV sont tels que :
- x%=”
- et
- X e
- IV
- d’où, en remplaçant w et o/ par leurs valeurs, puis simplifiant :
- N G- N' N —N'
- % = '
- et
- TV
- Le son % est intermédiaire entre les sons primitifs N et N', mais le son %' est naturellement plus grave.
- 130. — Lorsque N et N' sont dans un rapport simple p/q, l’ensemble des deux notes constitue un accord.
- Les deux sons % et IV sont alors définis par :
- et
- N' 2
- P + <7
- 2q
- %' _i (P _ V _P~ <7 W ~2\q 2q
- 131. — Ils se trouvent aussi être, dans un rapport simple avec les premiers, et complètent l’accord.
- Soient par exemple p = 3 et r/ = 2. On réalise exactement l’accord classique de quinte, et les deux sons % et TV sont tels que :
- % _ p + q _ 5 N' — 2q ~~ 4
- TV _ p — q _ 1 N' — 2q ~ 4
- % est la tierce majeure de la note N'.
- TV est la deuxième octave au-dessous de la note NT
- L’ensemble constitue la sensation agréable de l’accord parfait, souligné d’une base grave.
- Si l’on prend : N = 870 et N' = 380 correspondant respectivement, N au la3 du diapason, et N' au ré3 formant quinte juste avec lui, on a :
- % = 723 (c’est-à-dire fa%) et TV = 143 (c’est-à-dire rép.
- 132. — Mais il y a plus, et l’on doit considérer que les sons sont généralement accompagnés d’harmoniques, entre lesquelles se produisent les mêmes phénomènes de composition.
- Considérons, en particulier, la qe harmonique de la note N', et la p206 de la note N' c’est-à-dire les sons :
- gN et pNT
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- QUELQUES REFLEXIONS SUR LE SOLFÈGE.
- 449
- Si N et N' sont exactement dans le rapport de p à q, ces deux harmoniques seront à l’unisson, et se renforceront mutuellement.
- Mais il n’en sera pas ainsi, si le rapport de N et N' n’est plus exactement le même que celui de p à q : entre les deux harmoniques qiS et pN', il existera un écart, et, d’après ce qu’on a vu plus haut (n° 129), des sons résultants :
- %1 = p^+9N pt %| = pN^tN.
- Le premier sera intermédiaire entre les deux sons </N et pN', mais le second sera . d’autant plus grave (%' plus petit) que le rapport de N à N' sera plus voisin de celui de p à q.
- Il pourra même arriver que soit inférieur au nombre de vibrations minimum qui caractérise un son musical, et il se produira alors ce qu’on est convenu d’appeler des battements, qu’on pourra d’ailleurs compler, si le nombre en est suffisamment petit.
- 133. — Pour reprendre un exemple voisin de celui qu’on a donné ci-dessus, considérons les deux sons :
- N = 870,000 et N' = 380,030
- correspondant, N au laz du diapason, et N' au ré3 de la gamme tempérée (intervalle de quinte tempérée).
- On aura tout d’abord, entre les notes fondamentales, les compositions :
- % =—=j—= 728,328 (c’est-à-dire sensiblement le faz$)
- N___N'
- % =—^—=141,172 (c’est-à-dire sensiblement le rép.
- Mais, d’autre part, entre l’harmonique 3N' et l’harmonique 2N, il se produira : %i = (580,630x 3)+ (870 X2) = iJmm
- et %[ = (ggO^oO X3j-(87>1X2) = ^
- Le son % est voisin du /a4, et correspond sensiblement à un battement par seconde.
- 134. — C’est sur le phénomène des battements qu’on se base pour accorder les pianos suivant la gamme tempérée. Nous allons voir comment.
- Tout d’abord précisons qu’on est convenu d’accorder les pianos, à partir d’un diapason donnant 870 vibrations par seconde, et auquel on fait correspondre le laz.
- Les nombres de vibrations répondant aux divers degrés de la gamme chromatique tempérée, allant du doz au do4, sont par suite (calculs effectués à l’aide de logarithmes à sept décimales en partant du chiffre déterminé au n° 109) :
- do =......= 870 X (1,0394629)-°= 317,303
- si%$ =do§ =ré\> = 870 X (1,0594629)-*= 548,066 do$$=:ré =mibb = 870 X (1,0394629)-’= 380,656 ré$ =mfb =/abb = 870 X (1,0594629)-*= 615,183 ré$$=mi =fa\> = 870 X (l,0594626)-s = 651,763
- mi jf = fa =soZbb= 870 X (1,0594629)-*= 690,519 132e Année. — Juillet-Août-Septembre 1933.
- 30
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- 5 U- *Ac
- 4-50 SOLFÈGE. — JUII.LET-AOUT-SEPÎEMBRE 1933.
- mi## = /a# = sol b = 870 X (1,0594629)-» = 731,580
- /c<##=soi — la\}\? = 870 X (1,059402!))“- = 775,082
- sol$ = la\> — 870 x(l,0594629)-i = 821,171 sol$$= la =si[?j? = 870 X (1,0594029)° = 870,000
- la% = sit> — rfobb = 870 X ( 1,0591029)"-i = 921,733
- (a## =si =do t> = 870 X ( 1,0594629)-» = 976,542
- si# —do = /'é bb — 870 X (1,0594029)"» = 1.034,010.
- 135. — La partition classique, indiquée par M. Fournaux, pour accorder un piano, n’est autre qu’une succession de quintes tempérées, allant du la% au lav
- -ÇhztduMv ,cjcn«LiA.Fc mcïoiù àlz fc
- -iîS&ztU- Z-Sadûc.
- —r--------h J -:\tl —
- La succession de ces quintes (au nombre de douze correspondant aux 12 degrés d’une gamme) est indiquée sur la figure 28.
- Certaines sont séparées par des octaves, destinées à ramener la note à accorder dans l'intervalle la., —>la,,.
- Les 12 quintes sont d’ailleurs réparties en trois groupes de -4, et chacune des trois parties ainsi constituées se termine par un accord de tierce majeure, qui en permet la vérification.
- 136. — Les notes comprises dans l'octave du la., au lai ayant été accordées, on termine par des accords d’octaves justes, pour le reste du clavier. Ces accords sont rigoureusement parfaits, et ne donnent lieu à aucune observation : on les réalise à l’oreille, sans battements.
- Ayant commencé par accorder l’octave milieu du clavier, les petites erreurs susceptibles d’ètre commises sur les autres octaves ont une répercussion minimum.
- Au surplus, on peut procéder sur ces autres octaves à quelques vérifications de quintes tempérées, qui permettent de résorber les petites erreurs résiduelles.
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- QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE SOLFEGE.
- 451
- 137. — La quinte tempérée est caractérisée par le nombre 1,4'J83, au lieu de 3/2 = 1,3000, pour la quinte juste (voir n° 110, degré 7). Elle est donc inférieure à cette dernière.
- Pour l’obtenir, on commence par chercher à l’oreille la quinte juste sans battements, puis on hausse légèrement la note inférieure dont on cherche l’accord, de maniéré à produire le nombre de battements convenable.
- Ce nombre est obtenu en appliquant la formule donnée au n° 133 à titre d’exemple, avec :
- p = 3 et q — 2.
- Comme le résultat (0,984) est de l’ordre de l’unité par seconde (voirn0 132), il est d’ailleurs plus facile de compter les battements par minute. On a ainsi, comme formule pratique, en désignant par b le nombre de vibrations de la note basse, et par a celui de la note aiguë :
- Nombre de battements par minute =(3è— 2a) X 30.
- 138. — Appliquant cette formule aux 12 quintes descendantes successives, on trouve :
- pour l’accord la — ré 59,ü
- — ré — sol 78,7
- — sol — do 52,3
- — do — fa 70,1
- — fa — si b 40,9
- — si b — mi b 02,5
- — mi b — la b 41,8
- — la b — ré b 33,7
- — ré b — soi b 74,3
- — soi b — do b 49,0
- — do b —• /«b 06,2
- — fa b — si bb 44,2
- 139. — A la fin de chacune des trois parties d'accord,, on vérifie la note d’arrivée avec celle de départ, l’écart constituant un intervalle de tierce majeure tempérée.
- Cette tierce majeure tempérée est caractérisée par le nombre 1,2599, au lieu de 5/4 = 1,2500, pour la tierce majeure juste (voir n° 110, degré 4). Elle est donc supérieure à cette dernière.
- Pour obtenir le nombre de battements des tierces majeures tempérées, on applique encore la formule donnée précédemment (voir n° 132), mais en y faisant :
- p = 3 et q = 4.
- En remarquant qu’ici c’est la note basse, qui est plus basse que ne le comporterait la tierce majeure juste, on a ainsi, comme formule pratique :
- Nombre de battements par minute = (4a — 5b) X 30.
- 140. — Appliquant cette formule aux trois cas concrets intéressés on trouve :
- pour l’accord la — fa
- — /a — ré \t
- — ré b — si'bb
- 822
- 652
- 318.
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- 432
- SOLFÈGE. — JUILLET-AOUT-SEPTEMBRE 11! TJ.
- Ces nombres sont trop grands pour pouvoir être comptés : les battements sont imperceptibles.
- Après la troisième partie, on aboutit au si fr> tempéré, qui doit frapper l'octave juste, avec le la de départ.
- 1-4L. — Les nombres de battements indiqués ci-dessus diffèrent légèrement de ceux qu'on trouve1 dans la partition classique, de Fournaux.
- Les erreurs proviennent de ce que les résultats sont obtenus par différences de nombres voisins, qui doivent par suite être déterminés avec beaucoup de précision.
- Pour le calcul du nombre1 de1 vibrations, nous avons utilisé el<*s logarithmes à T décimales, ce1 qui a évidemment donné des résultats plus exacts.
- A.YN'KXK.
- La note1 qui précède1, rédigée depuis plusieurs années, était déjà remise pour insertion élans mitre Bulletin, lorsque M. Lemaire, agent général delà Société, signala à notre attention un tirs intéressant travail fait, sur b1 même suje't, par M. Lucien IlorzLT. Ingénieur E. T. P., et publié dans la noue technique1, inelustrielh1 L'inrfé-n i e ur-r onstrue I eur 1 ' •
- Nous croyons utile d'en donner une1 rapide analyse, avec qiudques indications sur les conclusions qu'on en peut dégager.
- A. - L’autour y montre1, tout d’abord, l'insuffisance eles gammes aeluedlenteiil admises, pour mettre d’accord la science de l’acousliepie avec l’art <h;s musiedens.
- Puis, après un rappel des considérations ('mises à ce sujet par divers auteurs, tels que les professeurs Jules Loxiiiaiueiî 2. et Albert Laviunac13'. les physicicns-malhémalieiens Hel.miioltz et Butasse, et des résultats expérimentaux de Dklzexne Mkrcadieh et Lobau. il donne des apereuis très originaux sur les rapports entre la science et l'esthétique.
- Viennent ensuite1, quedques notions élémentaires sur la nature des sons, une explication ingénieuse, aveu; comparaison amusante et d’ailleurs très juste, sur la différence entre les liarmoniejues eh les sons partiels, puis une figuration expressive montrant l’analogie frappante entre; le; rythme et les intervalles musicaux, entre les concordances et les consonances, entre les discordances et les dissonances.
- Tout ceci avant d’entrer dans le vif du sujet: repousser formellement la gamme tempérée, qui constitue1 un non sens artistkpie. et proposer un nouveau type de t/amme chromatique. dite rationnelle, pour parer à l'insuffisance; des autres.
- B. — Nous nous arrêterons quehpie teunps sur le système de représentation employé par l’auteur, pour (igmvr les intervalles musicaux.
- (1) Nouvelle, théorie scientifique fondamentale de la musique. — Mémoire primé par l’Académie des Sciences de1 Metz, 31e année, tome XXIV, livraison n° 230, novembre-décembre 1932, p. 2062 à 2089. Librairie de l’Enseignement technique, 3, rue Thénard, Paris (3e).
- (2) La musique, ses lois, son évolution, par M. Jules Comrariev, chargé du cours d'histoire de la musique au College de France. Bibliothèque de philosophie scientifique, Ernest Flammarion, 26, rue Racine, 1907.
- (3) La musique et les musiciens, par Albert Layignac, professeur d’harmonie au Conservatoire de Musique de Paris. Delagravh, 13, rue Soul'tlot, Paris, 1924.
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-
- QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE SOLFÈGE.
- 453
- Les notes à intervalles de quintes justes (3/2) sont inscrites sur une même ligne horizontale, la note la plus haute vers la droite.
- Les notes à intervalles de tierces majeures (5/4) sont inscrites sur une ligne inclinée à 60°, en descendant vers la droite (la note la plus élevée en bas).
- Les notes à intervalles de tierces mineures (6/5) sont inscrites sur une ligne inclinée à 60°, en montant vers la droite (la note la plus élevée en haut).
- Dans ces conditions, la gamme naturelle (celle que M. Rouzet appelle « gamme des physiciens » ou de Zarlin) se représente par le schéma de la ligure a :
- A
- %
- Çniune -waLi/tcttfc (ou. de ^acfùv)
- «.
- Sur ce schéma, on voit de suite (pie la gamme naturelle, sans accidents, comporte :
- sur les deux lignes horizontales :.................. 3 -1-2 — 5 quintes justes ;
- sur les lignes \ :.................................. 3 tierces majeures;
- sur les lignes / :.................................. 3 tierces mineures.
- En outre, entre les notes rireraine.s ré et fa, il existe une liera' particulière :
- fa _ 4 . î» _ 32 ré 3 S Z7
- C’est la tierce minime définie au n" 22 de notre exposé, et inférieure d’un coninia majeur, à la tierce mineure, puisqu’on a :
- G . 32 J_ S l 5 ' 27 «o'
- C. — La gamme chromatique naturelle que nous avons définie aux n°h 65 a 70 et schématisée dans les heures 11 à 14. se caractérise comme suit :
- do — 1
- , „ . na 135
- do# — ^128 — 128
- !) 135
- re = n
- 10
- 8 ' I28 15
- 1)
- r, =g
- 0 25 75
- o'ÿ — sX2i — ü4 5 25 G
- =
- 4 ' 24 5
- ru 4 • 25 32
- M> = 3 . - = ^
- miÿ:
- 5 133 G73
- /. X ->>i
- 128 512
- /W =3
- r j* 4 135 _ 43
- A'# — a X 128 — 32
- ,, 3 133 (54
- sol b = a : 128 = 45
- sol =
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-
-
- SOLFEGE.
- JUILLET-AÜUT-SEPTE.MBRE 1933.
- 434
- 3 23 23
- 2 X 24 10
- lu b
- 3 23 S 3 : 24 3
- lu
- O
- 3
- 3 !33
- 3 X I2S
- 223
- 128
- 13 133 1 fi
- =y : 128 y
- . 13
- bl ~~ 3T
- do = 2 : •133 -2 3 fi
- i — 133
- •j* ta 133 2.023
- ni = — X 128 — 1.024
- do = 2
- D. - Avec le système de représentation de représentée par le schéma de la ligure b :
- M. Ronzet. cette «'anime serait
- é/cvnvme. cfvtotruütquc. aalu«Ite
- Fi”', b.
- Sur ce schéma, on compte :
- sur les 4 lignes horizontales : 4 X 4 — Ri quintes justes;
- sur les lignes \ :........... I p 4 -1 4 -f- 4 = 13 tierces majeures;
- sur les lignes /* :.......... I H- h -F- 3 ~p 3 —= 10 tierces mineures.
- En outre, à partir des notes ri rr radnos, et en éliminant les notes doublement accidentées, on rencontre ;
- 8 tierces : 34/27. c’est-à-dire minimes (Exemple : ré-fa):
- 4 tierces ; 81/01, c'est-à-dire ma.rimrs (Exemple : si'p-ré).
- De même que la tierce minimr est intérieure d'un commun majeur à la tierce mineure (voir $ B ci-dessus), la tierce maxime, que nous avons également définie au il” 27 de notre exposé, dépasse la tierce majeure d’un commun majeur, puisqu’on a :
- 81 3 _ S |
- fit ' 4 SI)
- E. — Ainsi que le l'ait M. Rouzel, marquons, sous forme de contour, la succession des noies, pour chacune des 15 garnîmes qu'on peut constituer avec les notes ci-dessous, savoir :
- La gamme naturelle majeure (celle de Zarlin):
- Les gammes avec dièzes : sol. ré, la. mi. si. fai.. doi\
- Les gammes avec bémols : fa, si\>, mi$. ta'y. ré b. solp. do\>.
- On constate que ces 15 gammes peuvent se grouper, trois par trois, suivant les 5 types représentés sur la figure c :
- Or. dans notre exposé, nous avons constaté (nos 70 et 80) que. même en
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-
-
- QUELQUES réflexions sur le solfège.
- 455
- ajoutant aux 15 gammes ci-dessus, 14 autres gammes avec notes doublement diézées ou doublement bémolisées, on n’obtenait précisément que 5 types. Ce sont d’ailleurs les mêmes que ci-dessus, et nous leur avons conservé le même numérotage.
- ^tnmu due 4ott , <£} mi, b .
- ^amnics de Ca-
- F. — La gamme chromatique rationnelle de M. Rouzet est définie comme suit, (en ramenant les notes à l’octave 1-2) :
- fa#, quinte juste au-dessus de si, soit : do#, quinte juste au-dessus de fa, soit : soi#, quinte juste au-dessus de do#, soit : si b, quinte juste au-dessous de fa, soit : mi]}, quinte juste au-dessous de si]}, soit :
- 1 15 3 43.
- 2XVX2 = 32 ’
- I 4"i 3 133
- il 1^1 X ISi X 128
- • i:5r’se3 403
- 128 X 2 230
- 0 4 3 16.
- 2X3:2 = 9 ’
- Ri 3 9 : 2
- 32
- 27'
- Par ailleurs, M. Rouzet confond systématiquement les notes enharmoniques, c’est-à-dire :
- le sol]} avec !c fa# le fa b avec le mi le ré# avec le mi]}
- le ré]} avec le do# le do]} avec le si le mi# avec le fa
- le la]} avec le sol# le lu# avec le si]} le si# avec le do.
- La représentation de cette gamine est alors fournie par le schéma delà figure d, equel montre que la gamme chromatique rationnelle comporte :
- sur les deux lignes horizontales : 5 h- 5 = 10 quintes j’ustes ;
- sur les lignes inclinées \ :........... 4 tierces majeures;
- sur les lignes inclinées / :........... 3 tierces mineures.
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-
- 456
- SOLFÈGE. -- JUILLET-AOUT-SEPTEMBRE 1933.
- En prenant toutes les autres combinaisons de 3 ou 4 intervalles consécutifs de demi-tons, pour constituer des tierces, on voit que cette gamme comporte en outre :
- 6 tierces minimes, 32/27 (exemple ré-fa) ;
- 4 tierces maximes, 81/64 (exemple mi-sol#) \
- 3 tierces nouvelles, 1 215/1 024 (exemple fa-la\>)\
- 4 tierces nouvelles, 512/405 (exemple si-ré#).
- cJvtomottqoe tallonaiKe..
- G. — Remarques. — a) Ces deux derniers types de tierces ne diffèrent respectivement des deux précédents que d’un atome musical, puisqu’on a :
- SI : 512 _ 1 2U5 . 32 _ 33 S05 04 405 — 1 024 ' 27 — 32 76S '
- Cet intervalle défini au n" 42 de notre c\posé, et que M. Kouzet néglige systématiquement, comme on va le voir, est désigné, par lui, sous le nom de milli-inleroalle ;
- b) Dans la gamme chromatique rationnelle, l’identité entre les notes enharmoniques n existe pas rigoureusement, si l’on veut respecter l’enchaînement des quintes justes, successives.
- Prolongeons en effet, par quintes justes successives, la première ligne, en descendant vers la gauche, et la deuxième, en montant vers la droite, en nous limitant, dans chaque, sens, aux notes simplement diézées ou bémolisecs. Puis, écrivons les deux lignes rime au-dessous de l’autre, de manière que les notes enharmoniques se correspondent verticalement. On trouve :
- 110 ligne : fa [? do\} sol\p ni[7 la mi'p .sty fa do
- ligne : mi si Ja# du# sol# ré# la# mi# si#
- La correspondance n’a d’ailleurs lieu qu’à 5 octaves près, puisqu’on franchit 5 lois Je do7 en passant du début de la première ligne au début de la seconde.
- Or, il y a 8 intervalles de quintes justes (3/2) dans chaque ligne. D’autre part, le début de la deuxième se trouve à un intervalle de tierce majeure (5/4) avec la lin de la première. Si l’on prend un terme quelconque de la première ligne, on trouve, par suite, comme note enharmonique correspondante dans la deuxième (ramenée à la meme octaxe) :
- 1 étyty . •> _ 3* X 3 _ 32 805
- 2-> >' \2 ’ X 4 — 21 ~ ~ 32 7(58 '
- C’est encore l'atome musical que M. Rouzet est obligé de négliger, pour confondre les notes enharmoniques, en conservant les quintes justes.
- tL — Etant donné qu’on confond ainsi les notes enharmoniques, on peut, dans le schéma régulier de la gamme chromatique rationnelle, prolonger à volonté la
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- QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE SOLFÈGE.
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- premièie ligne vers la gauche, pour avoir toutes les notes bémolisées, et la deuxième vers la droite, pour avoir toutes les notes diézées.
- Dans ces conditions, la représentation des contours, pour les 15 gammes qu’on peut constituer, avec les notes définies ci-dessus, est la suivante :
- Z*Te lypt,
- Jj-a-mme de re
- 3e"* type-
- ffcwnmcU.
- Fi fi-, c.
- On trouve donc 7 types, dont les quatre premiers coïncident d’ailleurs respectivement avec ceux de notre gamme chromatique naturelle (fig. c).
- Notons cependant que les 15 gammes ci-dessus se réduisent en fait à 12 (autant que dénotés), puisqu’on confond, par définition, le do#avec le réb, le /a# avec leso/b, et le si avec le do b- Sur ces douze gammes, il y en a 6 du type pythagoricien, et une seule de chacun des six autres types, dont deux (les 6e et 7e) spéciaux à M. Rouzet.
- I. — En comparant la gamme chromatique rationnelle de M. Rouzet, avec notre gamme chromatique naturelle, on voit que ;
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- solfège. — juillet-aout-septe.mbre 1933.
- a) Il y a identité pour les notes naturelles, et pour les notes accidentées /a#, do b, sol% et .s-ib :
- b) Il y a discordance pour le mi\> de M. Rouzet, qui se trouve entre les ?’éÿ et mi\). de la gamme chromatique naturelle puisque l’on a :
- 73^32 / 6 64 27 ^ 3 '
- Le rapport des deux premières fractions est de :
- 32 73 _ 2 048 27 : 64 27)25 ‘ '
- soit 1 comma mineur.
- Le rapport des deux dernières fractions est de :
- o 32 si .
- - ; — = .................. soit 1 comma majeur.
- En comparant maintenant la gamme rationnelle de M. Rouzet avec la gamme tempérée, on peut dresser le tableau ci-dessous :
- NOTES GAMME Valeurs ROUZET Logari tlimes GAM ME T KM PERLE (logarithmes) DIFFÉRENCES DES LOGARITHMES
- do — siÿ i 0,0000 ü,oooo 0,0000
- do# — ré\> 133/128 0,0231 0,0231 — 0,0020
- ré . . , . 9/8 0,0312 0,0302 + 0,0010
- rè% — milp 32/27 0,0738 0,0733 — 0,0015
- mi — fa b 3/4 0,0969 0,1003 — 0,0034
- m(’# — /« 4/3 0,1249 0,1254 — 0,0003
- 1 O ^3“ 43/32 0,1481 0,1305 — 0,0024
- sol 3/2 0,1761 0,1756 + 0,0005
- sol$ — la\) 403/236 0,1938 0,2007 — 0,0069
- la 3,3 0,2219 0,2238 — 0,0039
- la # — si [> 16/9 0,2499 0,2309 — 0 0010
- si — do\> 13/8 0,2730 0,2759 — 0,0029
- do — si# 2 0,3010 0,3010 0,0000
- 9 sur 11 des notes de la gamme de M. Rouzet sont plus basses que les notes correspondantes de la gamme tempérée. L’écart le plus grand (0,0069) correspond au sol#-lab, et est légèrement supérieur à un comma pythagoricien (0,0059).
- L'écart moyen, c’est-à-dire la moyenne arithmétique des écarts pris en valeurs absolues, est de 0,0022. c’est-à-dire légèrement inférieur à un demi-comma mineur (0,0049).
- J. — Les notes de la gamme chromatique rationnelle, avec leurs intervalles dotons et dem -tons, se présentent comme suit ;
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- QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE SOLFÈGE.
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- N O TES INTERVALLES
- valeurs 1/2 tons. Tons. T ons.
- do — siÿ 1 9/8
- do Jt — rélp 135/128 9/8 32/27 5/4 4/3 45/32 a /•> 135/128 9/8
- ré 16/15 4090/3645
- ref — mi\? 250/243 10/9
- mi — fa [? 135/128 9/8
- fa — mi$ . . 16/15 9/8
- fajt — solb 135/128 9/8
- uni. . . . 16/15 9/8
- sol% — la]} la 405/256 5/3 16/9 15/8 2 135/128 10/9
- 256/243 4096/3645
- /ntt si K 16/15 9/8
- si dn U 135/128 9/8
- do — si# 10/15 9/8
- La succession des demi-tons fournit, pour l’octave :
- 5 demi-tons majeurs à 16/15 ;
- 5 demi-tons minimes à 185/128;
- 2 limmas à 256/248.
- Rappelons que :
- 1/2 ton majeurxl/2 ton minime == ton majeur;
- 1/2 ton minime X limma = ton mineur.
- La troisième combinaison, c’est-à-dire la succession d’un demi-ton majeur et d’un limma constitue un nouveau type de ton, que nous désignerons sous le vocable intermédiaire, et dont la valeur est, par suite :
- 16 256 _ 4.096
- 15X243~ 3.643'
- D’après le tableau ci-dessous on voit que l’octave comporte :
- 4 tons majeurs à 9/8 ;
- 1 ton intermédiaire à 4.096/3.645;
- 1 ton mineur à 10/9.
- K. — L’écart entre le ton intermédiaire et le ton majeur est le même qu’entre un demi-ton minime et un limma, soit :
- 9 4.096 _ 135 . 256 _ 32.805 8 : 3.645 — 128 ‘ 243 32.768 '
- C’est encore un atome musical, que M. Rouzet néglige systématiquement.
- A cette approximation près, on peut donc dire que l’octave comprend :
- 5 demi-tons majeurs, et 7 demi-tons minimes ou limmas;
- 5 tons majeurs, et 1 ton mineur.
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- SOLFEGE.
- JUILLET-AOUT-SEPTEMBRE 1933.
- Si l’on examine maintenant les gammes qu’on peut former en partant successivement des 12 notes de la gamme chromatique rationnelle, et si l’on ne fait pas l’approximation précédente, on trouve 12 types différents.
- C’est seulement à condition de négliger l’atome musical qu’on obtient les 7 types représentés plus liant.
- L. — Dans l’exposé qui précède la présente Annexe, nous nous sommes borné à définir et à analyser les diverses gammes actuellement usitées, d’une manière plus précise (pie nous le font généralement les solfèges ou les traités de musique. Notre but était surtout de montrer combien l’imprécision des termes pouvait engendrer de confusion dans les idées.
- Recherchant d’ailleurs uniquement la plus grande simplicité possible, et conservant uniquement les trois types d’intervalles de la gamme naturelle majeure (ton majeur, ton mineur et demi-ton majeur), nous avons défini les dièzes et les bémols de la gamme chromatique naturelle, par la condition d’avoir des demi-tons constants (demi-tons majeurs) à la fin de chaque tétracorde des diverses gammes.
- De cette donnée, il est vrai arbitraire, résulte la constatation de 5 types, comportant chacun trois gammes à notes simplement accidentées (voir figure 22), d’où une certaine richesse de couleurs, d’ailleurs non recherchée.
- D’un autre point de vue, celle gamme chromatique naturelle comporte (voir parag. D) 23 tierces majeures ou mineures (13 h- lü), contre seulement 12 tierces minimes (8-f-i), d’où également une grande richesse dans les consonances.
- De son coté, la gamme rationnelle de M. Rouzet présente 7 types, mais, sur les 12 gammes possibles, 6 sont du type pythagoricien, les autres n’étant représentés chacun que par une seule gamme. Elle est donc moins riche en couleurs, et aussi en consonances, puisqu’elle ne comporte (voiiy parag. F) que 7 tierces majeures et mineures (i-+ 3), contre 17 tierces minimes, maximes et voisines (6 -F- A -+- 3 + 1).
- M. — N’ayant pas attaché, tout (bâbord, l’importance qu’il convient à la variété des types de gammes, nous avons montré notre préférence pour la gamme chromatique pi/lhaijoricienne, (pii fournit des superpositions rigoureuses. Au surplus, cette gamme n’était à nos yeux qu’une transition théorique, pour aboutir à la gamme tempérer, jugée comme le terme ultime nécessaire, pour l’établissement des instruments à sons fixes.
- Or. M. Rouzet n’admet pas la nécessité de cette gamme tempérée, pu remeut mathématique; il la repousse même comme antiesthétique, et nous ne pouvons que l’approuver.
- Il propose de lui substituer une gamme chromatique rationnelle composée, comme elle, de 12 notes, mais de valeurs différentes, déterminées par de seules considérations d’accords. Les 7 notes naturelles de cette gamme sont les mêmes que celles de la gamme naturelle (ou de Zarlin), et les 5 notes intermédiaires sont confondues, à la condition ch' négliger un atome musical, de fait extrêmement petit (son logarithme est environ le dixième de celui du comma mineur).
- 11 réalise ainsi, en quelque sorte, un tempérament partiel, mais, à la grande différence, que les notes intercalaires ne sont plus données par une formule mathématique, sans aucun lien avec l’acoustique.
- Pour les instruments qui peuvent s'accommoder d'enharmoniques distinctes
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- INStlTüT DE TECHNIQUE SANITAIRE ET HYGIÈNE DES INDUSTRIES. 4G1
- (violon, en particulier) nous marquons notre préférence très nette pour la gamme chromatique naturelle a 21 notes (7 X 3), plus riche que celle de M. Rouzet, en couleurs et en consonances.
- Par contre, malgré ses légères imperfections, la gamme à 12 notes de M. Rouzet, d ailleurs parfaitement cohérente, réalise un compromis fort acceptable avec la nécessité pratique de confondre les notes enharmoniques dans les instruments à tons fixes.
- M. GARNIER.
- NOTES BIRLIOGRAPHIQUES
- par M En. Sauvage, membre du Conseil de la Société d’Encouragement.
- Institut de Technique sanitaire et Hygiène des Industries.
- La session de 1932-1933 de cet institut a réuni au Conservatoire national des Arts et Métiers, sous la direction de M. le professeur F. Heim de Balsac,221 élèves, ingénieurs, architectes, médecins et pharmaciens, fonctionnaires, officiers coloniaux, entrepreneurs. Plusieurs de ces élèves étaient délégués par les ministères de la Guerre et de T Agriculture. L’elTecI if comptait 25 étrangers.
- L’enseignement a compris 125 conférences, 30 visites d’installations, et 70 démonstrations pratiques et présentations d’appareils.
- Pour la première fois, par suite d’une fondation de la Chambre syndicale des Installations sanitaires, de la Couverture et de la Plomberie, ont eu lieu des conférences de biologie appliquée à la technique sanitaire, faites par le directeur de l’Institut. L’extrait du programme (h' ces conférences en montre' le grand intérêt.
- BIOLOGIE APPLIQUÉE A LA TECHNIQUE SANITAIRE.
- Le technicien sanitaire devant le monde! vivant. Etres vivants auxiliaires et antagonistes du technicien sanitaire.
- i — généralités. — Les groupes d’animaux et de végétaux dont certains représentants intéressent la technique sanitaire.
- La végétation dans ses rapports avec l’hygiène et la technique sanitaire.
- a) La végétation et le sol : Plantes fixatrices des sables, des dunes; — Plantes asséchantes des sols; — Plantes coupe-vent; — Plantes obstruant les cours d’eau, provoquant la formation de marécages; — Influence sur le climat des forêts et de la végétation arborescente.
- b) La végétation et l'atmosphère : Plantes productrices de la pureté de l’atmosphère. Le plankton aérien, facteur sanitaire. Plantes disséminatrices de poussières, duvets, poils, pollens. Plantes dont le contact est nocif.
- il. — êtres vivants et eaux potables (questions bactériologiques mises à part). — Plantes réputées indicatrices de la pureté des eaux. Flore et faune des conduites d’eau produisant leur destruction. Flore et hume des bassins filtrants. Flore et faune des lits bactériens. Flore et faune des boues activées. Flore et faune des champs d’épandage.
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- 4(12 INSTITUT DE TECHNIQUE SANITAIRE. JUILLET-AOUT-SEPTEMBRE J9'LU
- Etres vivants et eaux polluées. — Gomiption des eaux par des microphytes. Elres vivants agents d’autoépuralion des cours d’eaux. Escouades sucessives de travailleurs de l'épuration. Flore el l’aune des eaux polluées par résidus industriels et déversement d'eaux usées.
- La destruction naturelle des cadavres et déjections : nécropliages; — copro-pliages; — saprophagcs.
- ni. — ktkës vivants HT HABITATION. — Commensaux et parasites des habitations humaines. — Facteurs aidant à leur multiplication; — Moyens de destruction; — Procédés de désinsectisation.
- Etres vivants destructeurs des matériaux de construction. — Importance de certains pour l'hygiène.
- Commensaux et parasites des logements des animaux. — Importance de certains d’entre eux pour l'hygiène humaine.
- Le problème hygiénique de la mouche, des moustiques. Rongeurs et hygiène. — Maladies transmises; Les différents rongeurs adaptés à l’homme dans les diverses régions du globe; — Moyens de destruction; — Dératisation; — Les parasites des rongeurs et leur importance pour l’hygiène humaine.
- ;Yotions de parasitologie appliquée à la technique sanitaire. — Biologie des parasites contre lesquels le médecin doit recourir au technicien sanitaire ; — Parasites
- txansmis jiar les eaux ; — Parasites transmis par les matières fécales ; .- Parasites à
- plusieurs hôtes successifs.
- Enseignement de la bromatologie au Conservatoire national des Arts et Métiers.
- Le Bulletin de juin 1932 a donné (p. 407) le programme de renseignement de la bromatologie, créé au Conseix aloire des Arts et Métiers sous la direction du professeur lieim de Balsac.
- A la suite de la première session de cet enseignement, el sur la demande des auditeurs, il a été reconnu nécessaire d’y ajouter des cours préparatoires, qui ont eu lieu en décembre 1932, comme préambule de la session de 1933, au nombre de deux ; M. Labbé, professeur agrégé à la Faculté de Médecine, a exposé «les éléments de chimie, limités aux généralités el aux constituants chimiques des aliments, e! M. lieim de Balsac. les éléments d’histoire naturelle el spécialement les traits généraux de l’organisation des êtres producteurs el des êtres destructeurs des aliments, ainsi que l’étude microscopique des aliments.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOUR. POUR L’iND. NAT. — JUILL-AOUT-SEPT. 1933 (p. 403).
- CAUSES ET MÉFAITS DU DÉBOISEMENT DANS LE DÉPARTEMENT DU VAR
- par M. M. Sagot-Lesage.
- Le déboisement, cause des inondations sur la Côte d'Azur.
- Les 28 et 29 septembre 1932, plusieurs orages violents se sont abattus sur les régions des Maures et de l’Esterel. Des agglomérations importantes de la côte méditerranéenne et notamment Sainte-Maxime, de riches stations hivernales, devenues aussi estivales depuis peu, ont été subitement envahies par des torrents d’eau et de boue descendus de ces massifs montagneux; ils y ont provoqué des dégâts considérables. Depuis que les stations de la Côte d’Azur sont en vogue, et que des villas et des palaces s’y sont élevés, innombrables, on n’avait pas le souvenir de semblable cataclysme.
- Cependant, comme nous le verrons plus loin, le fait est loin d’être nouveau, ni même rare, et s’il a produit une forte impression, c’est que la région est aujourd’hui très connue, très peuplée, très fréquentée et a la réputation —justifiée d’ailleurs — d’être un véritable paradis terrestre, où la nature a prodigué ses dons de toute sorte, où tout sourit à l’homme; les dégâts ayant porté sur des installations luxueuses dont quelques-unes toutes récentes, n’en ont été que plus sensibles.
- Le volume d’eau qui est tombé au cours de 48 heures est considérable. D’après les mesures effectuées par le Service forestier, il représenterait une lame d’eau de 250 mm de hauteur; mais il y a tout lieu de supposer que pendant la période des orages, et en de nombreux points, elle a atteint sinon dépassé 300 mm, soit 300 litres par mètre carré! C’est plus du tiers de la hauteur annuelle des pluies dans la région.
- Sans doute le volume d’eau tombé en quelques heures est énorme, mais ces trombes d’eau sont assez fréquentes sur la Côte d’Azur, et il ne suffit pas à expliquer la catastrophe; les agents atmosphériques n’en sont ni les seuls ni les plus grands coupables; il y en a d’autres : les sommets érodés, les pentes abruptes qui ont perdu leur manteau protecteur naturel de broussailles et d’arbres, manteau détruit par l’homme ou par des incendies s’étendant sur de grandes surfaces. Et si on n'y prend point garde, comme nous l’avons montré(l) 2, là où le feu est passé, il repassera.
- Les terrains dénudés n’ont pu retenir d’abord, retarder ensuite les torrents d’eau qui dévalaient comme des « béliers furieux141 », chargés de tout ce que les ravins contenaient de boue et de détritus de toutes sortes.
- C’est le parasitisme humain(3) qui est le facteur le plus important du déboisement. On peut le prouver en s’appuyant sur quelques faits historiques.
- En 1271, à la suite d’un écobuage de broussailles pour semer le blé, selon la coutume immémoriale du pays, les plateaux de la Chartreuse de La Verne, dans les
- (1) Voir dans le Bulletin d’octobre 1932, p. 379, Les incendies de forêts en Provence.
- (2) F. Crucy, U Illustration du 8 octobre 1932.
- (3) de Pkyerhimoff.
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- 461 LE DÉBOISEMENT DANS LE YAR. — JUILLET-AOUT-SEPTEMBRE 1933.
- Maures, furent détruits par un incendie. En 1306. les chartreux de La Verne possédaient vingt tenteniers de chèvres{i).
- Les chartreux ont d’ailleurs toujours détenu ici des troupeaux considérables de caprins, car sur les ténéments ayant appartenu à La Verne on peut relever aujourd'hui encore, notamment aux lieux dits Les Berles et Le Landon. des ruines d’anciens jas. ou bergeries, et des traces très nettes de vieux parcs, enceintes en pierres sèches dans lesquelles les chèvres étaient rassemblées la nuit pour être soustraites aux attaques des loups.
- Les chartreux de La Verne, cultivateurs et pasteurs, pratiquaient des méthodes dangereuses et entretenaient des animaux dégradateurs; ils se révèlent donc comme un noyau permanent pendant plusieurs siècles (1175-1792) de parasitisme humain implanté au cœur des Maures. Circonstance aggravante, au cours du xvm® siècle, ce noyau d’abord localisé s’est ensuite étendu dans des proportions inquiétantes. C’est, en effet, l’époque où les ménages ont fait tache d’huile. Les ménages étaient des bastides ou de petits groupes de bastides isolés, formant des enclaves où l’on pratiquait la polyculture par les méthodes rétrogrades de l’écobuagc et auxquelles ou avait adjoint, à la manière corse, l’inévitable jas pour les chèvres®.
- Nous voyons donc dans les ménages une dissémination du parasitisme humain se développer sans frein. En effet, au moment où s’installaient les ménages, l’association maurienne dominante était, quant aux essences principales, celle des chênes méditerranéens et du châtaignier ,l!). S’étant perpétués jusque vers 1840. les ménages ont ainsi préparé la venue du stade régressif du maquis, propice à l’entrée en ligne des pins maritimes 4 * 6 (7) 8 dans lesquels les incendies de grande surface ont pris une extension et une fréquence de plus en plus grandes. D’où la situation actuelle d’un massif que no peuvent protéger, ni contre le feu ni contre l’eau, les formations végétales dégradées du maquis.
- La tornade des 28 et 29 septembre 1932 a permis de constater les résultats de cette dégradation. Ce n’est pas la première fois d’ailleurs : pareille catastrophe s’est produite en octobre 1882 i8}. Cinquante ans sont passés et la leçon a été oubliée : c’est ainsi que des ponts trop étroits ont été construits. A Sainte-Maxime, presque tout le mal est venu de cet oubli.
- One va-t-on faire? Sans doute, il y a eu ou il y aura une ample distribution de secours et d’indemnités. Mais cela n’empêchera pas le retour du cataclysme : plus tard, si les mêmes causes subsistent, elles produiront les mêmes effets.
- En ce qui concerne les effets, pourquoi ne pas pourvoir tout d’abord à la conservation des Maures et de l’Esterel conformément aux dispositions des lois du 4 avril 1882 et du 16 août 1913? Nous avons dans le Var maritime un massif montagneux d’expression géographique complète, en voie de dépérissement consécutif aux incendies répétés, appelé par suite à ressentir le plus vivement les atteintes des perturbations atmosphériques; pourquoi, dès lors, serait-il plus déshérité au
- (4) Marc Dubois, Monographie de la Chartreuse de La Verne (Revue Mabillon, n° 82, avril-juin 193i j.
- (3) P. Foxcin, Les Maures et VEslerel ; — Roger Ducamp, Les vents en marche (Revue des Eaux et Forêts, de mai 1932).
- (6) L. Laurent, Les forêts de Provence il y deux siècles.
- (7) A la manière de ce qui advient en Périgord, par suite de la régression ici du fayard, là des chênes, sous le coup des abus. (Bulletin du Comité des Forêts, n° 50, mars 1932, Conférence de M. Fricout).
- (8) Le petit Var du 9 octobre 1882.
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- CAUSES ET MÉFAITS DU DEBOISEMENT DANS LE VA R.
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- point de vue de l’équipement que les retombées des basses Alpes qui en sont toutes proches? Là, les torrents de la vallée de la Durance ont été assagis, des boisements artificiels ont été créés qui ramèneront la forêt permanente. Cette politique du reboisement a fait ses preuves.
- L’idéal serait de s’attaquer aux causes en redressant une climatologie qui a été faussée par le parasitisme humain. De même qu’il est possible de jugulerles incendies, ou tout au moins de les rendre plus maniables en restaurant les formations végétales pour les rendre moins sensibles au feu, de même on peut admettre qu’un reboisement intensif pourrait agir pour rétablir l’équilibre du climat sur le littoral. Il faut avouer toutefois qu’il n’est pas possible d’assigner des limites de temps et d’espace à cette œuvre. Elle est d’une envergure telle qu’elle dépasse le cadre local et même la région provençale. Il n’en reste pas moins que le département du Var a le devoir, avec le concours de l'Etat bien entendu, de protéger les zones reconnues dangereuses par le feu et par les eaux, et de se constituer ainsi un domaine propre qui servirait non seulement à la protection mais pourrait aussi jouer le rôle d’un champ d’expériences car bien des problèmes forestiers se posent sur le littoral méditerranéen; les méthodes sylvicoles n’y sont pas en effet tout à fait les mêmes que dans le reste de la France.
- Survivances de la sylve climatique méridionale.
- A. — Considérant du Sud au Nord l’aspect du département du Var, ou se trouve d’abord en présence d’un plissement orogénique hercynien émergé des l’époque primitive. Sur les bords de la Méditerranée, baignant pour ainsi dire dans ses eaux, se dressent de l’Ouest à l’Est, séparés l’un de l’autre par la [daine alluviale de l’Argens, le massif montagneux des Maures dont la tectonique se réfère au primaire supérieur (gneiss et micaschistes) et Celui de l’Esterel dont les porphyres appartiennent au cambrien.
- Le châtaignier. — En ce qui concerne la biologie végétale, l’emprise de ce double massif orographique forme la zone méditerranéenne'caractérisée par l’abondance actuelle exacerbée des formations xérophiles, éléments de lumière réactifs du stade de régression dont le plus représentatif dans la strate arborescente est le pin maritime. Dans cette zone, comme état ancien de la sylve climatique, seul figure, répandu un peu partout, surtout dans les Maures sur les pentes exposées au Nord à partir d’une altitude moyenne de 300 m, le châtaignier.
- Sur les 140.000 ha de vocation forestière des Maures, le châtaignier n’en occupe plus qu’environ 3.800, par masses d’une superficie plus ou moins considérable. Le châtaignier est ainsi l’unique essence d’ombre et de progression localisée dont les traces peuvent être suivies sur une assez grande étendue.
- Malgré la spontanéité — ou pseudo-spontanéité — très remarquable des semis naturels du châtaignier, ce dernier ne semble pas gagner du terrain. Les propriétaires de châtaigneraies se désintéressent en efFet de leurs lots boisés : sous les coups répétés des abus et surtout du feu, s’affaiblissent les enclaves feuillues denses et en bon état; dès lors, le maquis inflammable s’empare du sol, l’incendie passe de plus en plus parmi les châtaigniers, empêchant ceux-ci d’étendre leur domaine. En fin de compte, 132e Année. — Juillet-Août-Septembre 1933. 31
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- 466 LE DÉBOISEMENT DANS LE VAft. — JÜILLET-AOUT-SEPTEMBRE 1933.
- il arrive que les formations xérophiles, principalement les pins maritimes — qui brûlent et brûleront toujours — augmentent leur emprise au détriment des essences couvrantes et notamment du châtaignier. A ces formations xérophiles succèdent consécutivement le maquis, puis la lande, puis le clapier désertique : c’est pourquoi les 140.000 ha des Maures ne sont pas tous couverts — et il s’en faut — de boisements s’ils demeurent encore de vocation forestière à condition que le nécessaire soit fait.
- B. — Derrière les Maures s’étend une dépression, relique d’une ancienne mer permienne, dont les contreforts septentrionaux paraissent marquer nettement les 1 mites biologiques d’une végétation différente. Au delà se manifestent, après une bande de ’ère de transition du triasique calcaire, les terrains jurassiques du secondaire, débuts du plissement orogénique alpin datant du tertiaire.
- L'if. — Sur des calcaires, dans le bois de Morière, à l’ubac et à une altitude d’environ 700 m, proche de Solliès-Toucas, se trouvera la première station de l’if, autre témoin de la sylve climatique. Cette station est remarquable en ce sens que par sa position topographique (à 12 km à vol d’oiseau de la mer) elle frise la zone méditerranéenne à laquelle elle n’appartient pourtant pas de par la biologie de l’if qui ne se rencontre pas — à de très rares sujets isolés près — dans cette dernière sur le substratum des terrains primitifs.
- En remontant vers le Nord-Ouest, toujours vers la même altitude et à une exposition septentrionale, l’if se rencontrera de nouveau à La Roquebrussanne et sur le mont Aurélien qui domine Pourcieux (plus de 800 m).
- Association de Vif et du hêtre. — Toujours au Nord-Ouest de Solliès-Toucas, au-dessus de La Roquebrussanne, sur le mont du Sabatier de Mazau ges, à pl us de 700 m il est vrai et toujours exposé au Nord, ainsi que le long de la fraîche vallée du Caramy entre Mazauges et Tourves, apparaîtra pour la première fois le hêtre, troisième témoin de la sylve climatique. Dans ces deux stations, le hêtre est associé à l’if et il convient de souligner la coexistence de ce double élément qui se retrouvera au Nord-Ouest de Mazauges dans la forêt domaniale de la Sainte-Baume vers 1.000 m d’altitude, sur les calcaires urgoniens de la croupe septentrionale.
- Il y a là une très spécifique oasis de verdure montagnarde où, d’après le Prof. Flahault, on voit les ifs sans doute les plus beaux parmi ceux qu’on rencontre en Europe, associés aux hêtres, aux houx, aux cornouillers, aux frênes, aux noisetiers et aux tilleuls.
- C. — Cette exceptionnelle oasis, qui exclut avec maîtrise toute pénétration de la végétation xérophile extérieure, est un chaînon disjoint et de raccord à la terre d’élection du hêtre, laquelle s’étend au Nord-Est du département, zone sylvatique de basses montagnes des Alpes inférieures qui se relie au Préalpes au delà des gorges abruptes du Yerdon.
- Le hêtre. — C’est à Ampus, sur une proéminence exposée au Nord que le hêtre marque de ce côté l’extrême frontière de son aire actuelle ; mais d’autres bornes se retrouveront de cette frontière sur les hauteurs culminantes de l’Est à l’Ouest la Roque-Esclapon : aux monts du Malay (de 1.400 à 1.500 m) et du Lachens (de 1.700 à 1.800 m) ; à La Martre au lieu dit Brouis (de 1.500 à 1.600 m) ; à Comps au quartier
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- CAUSES ET MÉFAITS DU DÉBOISEMENT DANS LE VAR.
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- du Fayet (de 1.100 à 1.200 m); à Aiguines au bois de Marges (de 1.400 à 1.500 m.) sur des calcaires du jurassique supérieur à faciès tithonique ou sur des calcaires blancs. Dans toute cette région, le hêtre domine et sa prédominance se révèle par le folklore et surtout par la toponymie locale (nombreux endroits, quartiers ou lieux dits : Faou, Feno, Fayet, La Faye, etc.).
- Dans cette zone sylvatique il suffit que les versants exposés au Nord aient une pente accentuée pour que, même à une altitude relativement basse, le hêtre l’emporte sur le pin sylvestre infiltrant et aussi sur le chêne blanc. Dans ces parages, d’ailleurs, le chêne blanc régresse; habitant les vallées sèches et ensoleillées, il pourrait, s’il était protégé, rendre de grands services; mais, malheureusement, l’homme en fait un arbre d’émonde : il se trouve de ce fait bien compromis. Ici donc le hêtre, essence couvrante et de progression, gagnerait du terrain si on l’aidait et pourrait s’allier aux chênes qui tendent à disparaître faute d’appui.
- Les plus belles hêtraies varoises sont en somme confinées dans la moyenne montagne où elles se trouvent associées dès que frappées d’abus au sapin et au pin sylvestre.
- Les chênes méridionaux. — De même manière se qualifie l’état de régression dont pâtissent les chênes, tous les chênes méridionaux sans exception chacun pour son compte, et à la place qui leur serait réservée dans une sylve climatique de forme solide (futaie par moments pérenne). C’est ainsi que dans ha zone du jurassique supérieur ou moyen, les plateaux arides du Pierron (1.100 m), de la cabrière de Beau-Soleil (1.000 m) et de la Barjaude (1.175 m) raccordant les grands plis des Barres aux montagnes de Basse Provence sont couverts aux adrets de taillis plus ou moins ruinés de chênes blancs. Ici encore la présence naturelle dominante du chêne blanc se retrouve par les noms de lieux (Dlacs, Blaques, Blaches, Bla-chères, etc.). Dans la zone maritime de l’ère primitive, très ubiquiste sur les Maures et l'Esterel, se montreront le chêne vert et le chêne liège qui pourraient être si couvrants mais qui — per nef as —, surtout le liège, ne tiennent pas la place qu’ils devraient occuper. Enfin, dans l’Ouest du département, végète, sur des calcaires, le chêne kermès réduit à l’état de broussaille dégénérée.
- D. — Châtaignier, if, hêtre, chênes : états survivants de l’ancienne sylve climatique luttent avec un dynamisme différent contre des formations végétales antagonistes. Les comportements de l’if paraissent dans la région trop restreints pour qu’on puisse en dégager des perspectives concernant l’avenir de cette essence qui n’en est pas moins un précieux réactif témoin. Par contre, il semble possible de dire en ce qui concerne le châtaignier que, trop domestiqué, il perd de son potentiel de réaction tandis que le hêtre permettrait de réparer peu à peu l’usure du milieu constitué par des chênes soumis à des exploitations abusives. Les chênes à leur tour, et par la raison qui vient d’être dite, s’inclinent devant les formes régressives tantôt des pins d’Alep tantôt des pins maritimes en taillis, qui font de plus en plus tache d’huile jusqu’au jour où ils brûlent. Quant au kermès, qui aurait à jouer un rôle de préparateur, le maquis et Terme le submergent au détriment d’une possibilité future de remise en valeur de terres dont la caractéristique est la pauvreté absolue. Ainsi donc, une fois de plus, se révèlent les méfaits du parasitisme humain. Il faudrait créer là des parcs nationaux, si utiles à tant de titres jusques et y compris celui du tourisme.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOUR. POUR l’iND. NAT.
- — JUILL.-AOUT-SEPT. 1933 (p. 468).
- NOTE BIBLIOGRAPHIQUE
- par .\1. Ed. Sauvage, membre du Conseil de la Société d’Encouragement.
- Inauguration d’une plaque commémorative en l’honneur de Ch. Tellier.
- Le Bulletin de mai 1933, p. 320. a rendu compte de l’imposante manifestation qui a honoré la mémoire de Charles Tellier. « le Père du froid », lors du VIe Congrès international du Froid, à Buenos Aires. A Paris, une plaque commémorative vient d’être posée sur la maison d’Auteuil où il a vécu. Cette cérémonie a eu lieu le 11 mars 1933, et a réuni de nombreux admirateurs de l’œuvre de Tellier, parmi lesquels l'Ambassadeur de la République argentine et le Ministre de l’Uruguay. La Revue générale du Froid et des Industries frigorifiques de mars 1933 en rend compte et donne le texte des discours prononcés à cette occasion.
- C’est à l’initiative d’un comité des principaux négociants français en viandes frigorifiées que cette commémoration est due ; en outre, ce comité a fondé un prix destiné à de jeunes ingénieurs frigoristes.
- Les discours de M. Lebossé, secrétaire du comité; de M. le conseiller municipal Fernand-Laurent; de M. Thomas Le Breton, ambassadeur de la République argentine, ont retracé la carrière de Tellier et le magnifique voyage du Frigorifique.
- Sur l’importance de l’œuvre de Tellier, l’ambassadeur s’est exprimé comme il suit :
- « Avant lui, on utilisait les peaux et la laine, cl, pour une moindre part, la viande préalablement séchée. Mais, depuis 30 ans. grâce à Charles Tellier, une grande industrie est née, dont les bienfaits ne sont plus à compter. Des millions de tonnes de viandes d’excellente qualité, conservant intacts leurs principes nutritifs, passent chaque année l’Atlantique pour faire bénéficier l’Europe des riches bétails sud-américains, et argentins en particulier.
- « Je ne veux pas m’étendre sur les avantages de la viande frigorifiée, son prix avantageux, sa qualité excellent*'... Je veux surtout mettre en évidence les bienfaits de l’invention de Charles Tellier, qui permet de transporter facilement, en cas de famine ou de disette, des viandes saines dans les contrées les plus éloignées. »
- « Je salue la mémoire de Charles Tellier avec une profonde reconnaissance. »
- La plaque porte la mention :
- CH. TEIdJER. LE 1>ÈRE DU FROID.
- UN BIENFAITEUR DE L’HUMANITÉ.
- A Paris, le nom de Tellier a été donné à une rue d’Auteuil.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNGOUR. POUR l’iND. NAT. ---JUILL.-AOUT-SEPT. 1933 (p. 469).
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ
- CONSEIL D’ADMINISTRATION
- SÉANCE PUBLIQUE DU 10 JUIN 1933.
- Présidence de M. A. Alby, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Est présenté pour devenir membre de la Société et admis séance tenante :
- M. Moreau (Eugène-Louis), (^), industriel, président du Conseil d’administration de la Société anonyme des Anciens Etablissements J.-M. Paillard, 17, passage Saint-Sébastien, Paris (IP), 13, place de la République, Paris (3°), présenté par M. Marcel Magne.
- MM. de Fréminville et Wery, secrétaires généraux, présentent et analysent des ouvrages entrés récemment dans la Bibliothèque.
- M. de Fréminville présente les ouvrages suivants :
- Premiers essaisde cinématographie ultra-rapide, par M. A. Magnan (Actualités scientifiques et industrielles, XXXV. — Exposés de Morphologie dynamique (Mécanique du mouvement), publiés sous la direction de M. A. Magnan, I). Paris, Hermann et C'e, 6, rue de la Sorbonne (5e), 1932;
- Cinématographie jusqu'à 12.000 vues, par seconde (avec application à l'élude du vol des insectes), par A. Magnan (Actualités scientifiques et industrielles, XLVI. — Exposés de Morphologie dynamique et de Mécanique du mouvement, publiés sous la direction de-M. A. Magnan, III). Paris, Hermann et Cie, 1932;
- Le vol au point fixe, par A. Magnan et A. SAiNTE-LAGUë (Actualités scientifiques et industrielles, 60. — Exposés de Morphologie dynamique et de Mécanique du mouvement, publiés sous la direction de M. A. Magnan, IV). Paris, Hermann et Cie, 1933.;
- Influence des facteurs électriques sur la végétation, par Néda Marinescü (Actualités scientifiques et industrielles, XXXVII. — Exposés de Biophysique, publiés sous la direction de M. René Wurmser, I). Paris, Hermann et Cie, 1932;
- Spectres d'absorption visibles et ultra-violets des solutions. Technique de leur emploi au Laboratoire de Chimie, par II. Châtelet (Actualités scientifiques et industrielles, 54. — Théories chimiques publiées sous la direction de M. G. Urbain, IJI). Paris, Hermann et C10, 1933;
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- Les phénomènes biologiques dans le cadre des sciences exactes, par Théophile Cahn Actualités scientifiques et industrielles, 64). Paris, Hermann et Cie, 1933;
- La Samaritaine. Le génie et la générosité de deux grands commerçants, par Fernand Laudet. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1933 (Don de l’auteur) ;
- Manuel de commission-exportation, par S. Ciancioni (Bibliothèque professionnelle). Paris, J.-B. Baillière et fils, 19, rue Hautefeuille (6°), 1933;
- Manuel de charpente en fer, par Pierre Labarraque (Bibliothèque professionnelle). Paris, J.-B. Baillière et fils, 1933;
- Société des Forces motrices de la Truyère.
- M. Wery présente les ouvrages suivants :
- Machines agricoles, par Tony Ballu (Encyclopédie de mécanique appliquée). Paris, J.-B. Baillière et fils, 1933;
- U imitation de la nature dans la civilisation. Mécanique industrielle, mécanique animale et géophysique, comparaison des proeédës et des rendements, science rationnelle etscience naturelle, progrès à rechercher. Conférence donnée le 17 mars 1932 à la Société scientifique de Marseille, par A. Charles Frais-sinet. Marseille, lmp. Jean Hosso, 70, rue Paradis, 1932 (Don de l’auteur);
- La culture du Bananier en Afrique occidentale française, par L. Brossât (ex Y Agronomie coloniale, n"s 177, sept. 1932; 178, oct. 1932; 180, déc. 1932 ; 181, janv. 1933 et 182, fév. 1933). Paris, lmp. nationale, 1933;
- Ministère de l’Agriculture. — Direction des Eaux et du Génie rural. — Notes et documents statistiques sur h électrification rurale (ex Annales, fascicule 62). Paris, lmp. nationale, 1932 (Don de M. Porcher, Ingénieur en chef du Génie rural).
- M. Alby, président. — Nous avons profité du séjour que fait en ce moment en France M. Maurice Mangin, fils de notre ancien président, pour lui demander une communication sur une question qui a fait l’objet de son activité en Indochine dans ces dix dernières années : la mise en valeur des forêts de cette immense région. M. Maurice Mangin a accepté avec empressement. Nous l’en remercions très vivement.
- Comme chef du Service forestier de l’Indochine, M. Maurice Mangin a accompli une tâche qui était à la base de l'exploitation rationnelle des richesses en bois d’œuvre de notre colonie : il en a dressé l’inventaire, et il a levé la carte des forêts indochinoises. Pour cela il a adopté les moyens que l’aviation met maintenant à notre disposition. Mais si le procédé n’est pas essentiellement nouveau, il a fallu l’adapter aux conditions particulières
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- dans lesquelles il fallait opérer, et tenir compte de la nature et de la précision des résultats qu’il fallait obtenir. Le but a été atteint. M. Mangin nous donnera, je 1 espère, des renseignements détaillés sur l’œuvre qu’il a entreprise et qu’il a réussi à mener à bonne fin.
- M. Maurice Mangin, conservateur des Eaux et Forêts, chef du Service forestier de l’Indochine, fait une communication sur Les forêts indochi-noises, leur importance, leur gestion et leur mise en valeur.
- Sur une superficie de 740.444 km2, l’Indochine en a 424.305 km2 qui sont boisés, soit 57 p. 100, taux normal pour un pays neuf et qui était à peu près celui de la France carlovingienne. De tous temps en effet, et dans tous les pays, la civilisation s’est accompagnée de déboisement au bénéfice de l’agriculture.
- En raison des grandes différences d’altitude et de latitude, les forêts indochinoises sont de caractères très divers : au Tonkin, elles se rapprochent du type tempéré, avec des chênes comparables à ceux de France et d’immenses peuplements de pins rappelant nos pineraies et fournissant un excellent bois de sciage; sur le versant méridional du Cambodge, la forêt est presque du type équatorial.
- L’Indochine française jouissant d’un régime administratif spécial, différent de celui des autres colonies françaises, le problème forestier y est aujourd’hui sinon résolu, du moins bien près de l’être.
- Dès 1860, les amiraux, alors gouverneurs, se sont préoccupés de sauvegarder ses richesses forestières; mais les mesures et la réglementation étaient sans lien entre elles et l’organisation était plutôt de caractère fiscal. C’est le 21 octobre 1899 que le Conseil supérieur de l’Indochine, sur la proposition de M. Roger Ducamp, officier des Eaux et Forêts du cadre métropolitain en mission en Indochine, envisagea la création d’un service, d’un personnel et d’une réglementation forestière d’ensemble ; la direction du Service forestier, réalisé en 1901, fut confiée à M. Roger Ducamp, qui l’organisa complètement; en même temps commencèrent : la reconnaissance des massifs boisés, leur exploitation méthodique, leur aménagement et la création de réserves forestières.
- Malheureusement, le développement de l’organisation forestière a souvent été contrecarré par l’autonomie administrative et financière de chacune des colonies qui composent l’Indochine; il a été aussi suspendu pendant la guerre. Il se poursuivit en 1919 mais à un rythme très ralenti par suite de la suppression, en 1913, de la Direction générale des Eaux et Forêts. En 1924, elle fut remplacée par une Inspection générale, qui réalisa en fait l’unité de doctrine et de gestion. C’est à ce moment que M. M. Mangin fut appelé à la tête du Service forestier et put se consacrer uniquement à la mise en valeur du domaine boisé, suivant un programme préalablement établi, qui a été ponctuellement exécuté.
- Ce programme comportait : le recensement général des surfaces boisées, l’établissement de la carte forestière, la répartition par types et classes de forêts, la fixation de leur taux de boisement et de déforestation.
- Le régime forestier indochinois groupe les forêts par catégories d’après leur destination; il en résulte que les dénominations en usage en Europe n’ont plus cours. On distingue : 1° les forêts, riches, moyennes ou pauvres; 2° les savanes
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- boisées, riches ou pauvres; 3° les savanes arbustives ou brousse forestière (bam-bouseraies par exemple); le tout représente 6i p. 100 de la surface de l’Indochine. Seules les forêts et les savanes boisées riches, soit 37 p. 100 de la surface de l’Indochine, pement fournir des bois d’œuvre : c’est-à-dire depuis plus de 300 m3 par hectare, dont un tiers au moins de première qualité, pour les forêts riches, jusqu a 100 m3/ha pour les savanes boisées riches.
- Les peuplements peuvent être naturels c'est-à-dire vierges, ou sauvages c'est-à-dire déjà modifiés par l’homme et les animaux, ou encore de culture, c’est-à-dire créés par l’homme.
- Cet inventaire a été établi avec le concours de différents services (Service géographique de l’Armée, Travaux publics). Deux années ont été consacrées au recou-pement des renseignements ainsi obtenus et ensuite à l’établissement d’une carte forestière pour laquelle des levés et l’observation directe ont été faits en avions.
- L’aviation est le seul moyen précis dont on dispose pratiquement pour les forêts sauvages; elle a été employée systématiquement; les vols s’effectuent à faible altitude, par beau temps, vers 16 h. A ce moment, le soleil étant déjà bas, les arbres projettent sur le sol une ombre dont la grandeur et la forme permettent de déterminer la nature et l’àge des arbres, la densité de peuplement.
- La déforestation, intimement liée à la colonisation, est une nécessité; il ne peut être question que de la limiter, de façon que le taux de boisement ne descende pas au-dessous de 23 à 30 p. 100. En France, le taux est tombé à 18,3 p. 100, ce qui justifie une politique générale- de reboisement; le reboisement n’est qu’exceptionnel en Indochine. Quoi qu’il en soit, le projet de régime forestier avait provoqué plus de 3.500 protestations. 11 a été appliqué néanmoins.
- Actuellement, le domaine forestier comprend : les forêts classées, dans lesquelles il y a des réserves et des zones de reboisement; et des forêts protégées, pour lesquelles des permis de coupe peuvent être accordés, ce qui se traduit par des recettes qui ont été en moyenne de, 12 millions de francs par an, de 1922 à 1931.
- On compte en outre 200 km2 de forêts domaniales, surfaces boisées, d’une grande importance mais telles qu’elles ne se prêtent pas à un aménagement immédiat et que leur mise en réserve est pratiquement impossible; ce sont des parcs archéologiques, des sites pittoresques, des réserves réclamées par les botanistes et les zoologistes pour la conservation de la flore et de la faune.
- La domanialisation est très facile et peut être demandée et obtenue par un organisme, une société n’ayant pas pour but l’exploitation des bois; il y a des cas où elle s’impose et où (die n’est pas encore réalisée : tel est celui de la ceinture boisée qui entoure les ruines d’Angkor, qui, malheureusement, est exploitée depuis plus de trois ans et est exposée à'une exploitation abusive.
- E. L.
- M. Mauri ce Garnier. — Si, en suivant la procédure que vous avez indiquée, on domanialise le « Grand Parc d’Angkor », la suppression de toute exploitation dans la région de Siem Réap, par suite de la fermeture de la scierie qui s y est installée, n’aura-t-elle pas pour conséquence d’ouvrir un droit à indemnité au profit de l’industriel qui l’exploite et qui sera ainsi lésé?
- M. Mangin. — Assurément non. Tout d’abord la forêt, je vous l’ai dit,
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- conseil d’administration. — séance publique du to juin 1933. 473
- fait partie du « domaine privé » de l’Etat, qui la possède et la gère comme un simple particulier dont il a tous les droits, notamment celui de laisser ou faire exploiter des arbres où et quand il veut, en telle quantité ou de telle nature qu’il le désire. Il ouvre et cesse l’exploitation quand bon lui semble, sans même avoir une explication à fournir.
- D’autre part, l’industriel en venant monter une scierie à côté du Pavillon du Conservateur des Ruines, avec l’espoir de réaliser de gros bénéfices, n’ignorait pas qu’il courait le double risque de voir les peuplements voisins des ruines fermés à toute exploitation par une mise en réserve dont on parle depuis plus de dix ans, de voir aussi interdire à ses tracteurs les routes empierrées du groupe d’Angkor.
- Enfin, la domanialisation du Grand Parc d’Angkor n’entraînerait pas forcément la fermeture de la scierie de Siem Réap. Ce Grand Parc ne comprendrait que 2.000 à 2.300 ha de forêts et savanes contiguës à d’autres peuplements où rien n’arrêterait l’exploitation; l’industriel aurait toujours des arbres à couper; il lui faudra seulement aller les chercher plus loin et par des voies moins bonnes.
- En somme, en domanialisant le Grand Parc d’Angkor on ne fait que réaliser aujourd’hui, en sauvant ce parc, une situation analogue à celle où se trouvera l’industriel de son propre fait, quand il aura, dans quelques années, ruiné le Parc dont il aura coupé tout ce qui est exploitable.
- M. Granger. — Quel est l’ordre de grandeur des exploitations de la scierie de Siem Réap?
- M. M. Mangin. — Cela est difficilement appréciable et soigneusement dissimulé. Environ 50m3 par jour, pour 230 à 300 jours ouvrables, suivant l’importance et la longueur de la saison des pluies; ce qui, pour une durée de quatre années, donne un total de 30.000 à 35.000m3, soit 10.000 à 13.000 arbres les plus beaux, les plus gros, les plus accessibles et par suite les plus en vue.
- M. Auguste Chevalier. — Je ne suis pas surpris des difficultés rencontrées par M. Mangin pour défendre le domaine forestier contre les empiètements des entreprises privées recherchant des bénéfices immédiats au détriment de l’intérêt général.
- En 1917, pendant que j’étais en Indochine m’occupant d’études agricoles et forestières, une importante société, exploitant une grande scierie située dans la province de Bienhoa (Cochinchine) avait déjà cherché à se faire donner le permis d’abattre les arbres de l’Arboretum de Trang-Bom situé dans cette province. Cet arboretum, d’une superficie de 316 ha, avait été constitué 23 ans plus tôt, afin de servir à des éludes scientifiques. Il
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- renfermait et renferme encore sans doute de magnifiques peuplements d’essences variées exploitables : Dipterocarpus; Shorea, Lagerstræmia, Mæsua, etc..., d’une grande richesse. La Société n’avait qu’à faire couper ces arbres et à les faire débiter dans sa scierie toute proche pour en tirer un important revenu; mais les études entreprises auraient été anéanties. Il fallut toute l’énergie de M. Albert Sarraut pour empêcher cette exploitation qui eût été une hérésie et un sacrilège. Qu’est devenu cet Arboretum?
- M. Mangin. — Le Service des Forêts d’Indochine, depuis sa réorganisation, non seulement l'a sauvé mais il a assuré la continuité des études et il en a fait un important centre de recherches. Il est actuellement en très bon état. C’est une réserve forestière d’étude, bien située et d’un accès facile puisqu’elle n’est qu’à 40 km de Saigon sur la route mandarine; elle est constituée par de la très belle forêt tropicale dense, riche en essences forestières et en gibier varié. C’était, après Angkor, la deuxième réserve dont j’avais envisagé la domanialisation.
- M. Chevalier. — Dans le même ordre d’idées, je crois devoir signaler l’initiative heureuse prise en 1918 par le D1, Yersin. Il demanda et il obtint l’attribution à l’Institut Pasteur, en concession définitive, dans le massif du IIon-Bà, à proximité de Nha-Trang (Annam), d’un domaine boisé de 1.500 ha, couvert d’une végétation primitive très riche. Ce beau massif montagneux, situé à 1.500 m d’altitude, dans une région inhabitée, est désormais à l’abri des déprédations causées par l’agriculture indigène nomade ou par l’agriculture des colons européens, qui ne sont pas toujours respectueux de l’intérêt général.
- Le massif du Hon-Bà constitue une des plus belles réserves de notre domaine colonial et cette réserve est à l’abri des déprédations puisqu’elle appartient à l’Institut Pasteur.
- M. Aubréville. — Comment peut-on domanialiser les territoires que l’on veut transformer en réserve botanico-zoologique?
- M. M. Mangin. — Il n’y a domanialisation que lorsque la concession est demandée par la Direction générale des Eaux et Forêts du Ministère de l’Agriculture, en vue de l’incorporation du bien concédé au domaine privé de l’Etat et par suite de sa soumission au régime forestier français (le Code forestier).
- La concession une fois définitive étant une véritable aliénation au profit de l’Etat français, cette soumission au Code forestier est de droit et acquise ipso facto; même si la concession était faite en terre étrangère, le bien considéré resterait soumis à la législation étrangère « suivant les règles du droit civil applicables à de tels immeubles dans le pays de leur situation, »
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- LES DÉBOUCHÉS EN AFRIQUE OCCIDENTALE FRANÇAISE.
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- mais le régime forestier français lui serait applicable, « en tant que régime d ordre intérieur et de gestion », l’administration forestière, en étant gestionnaire légal soit directement, soit par personne interposée.
- Ce qui est légal pour une terre étrangère l’est à plus forte raison pour une colonie française ou un pays de protectorat. Il n’y aura pas domania-lisation lorsque la concession sera demandée par un particulier, une société particulière, une société ou un établissement reconnu d’utilité publique, même enfin par un établissement public, car leurs forêts ne sont pas de piano soumises au Code forestier; ce sont des biens privés soumis à la législation de droit commun applicable à tous les bien ruraux privés.
- M. A lby, président. — M. Maurice Mangin nous a montré très clairement combien sont grandes les difficultés rencontrées dans nos colonies quand on veut en mettre les richesses en valeur. La nature des questions qui lui onl été posées prouve combien notre Société s’intéresse aux questions coloniales de cet ordre. Nous le félicitons des résultats qu’il a obtenus; puisque maintenant un régime forestier existe en Indochine, puisqu’il convient surtout de persévérer dans son application, peut-être en restant en France, M. Mangin rendra-t-il plus de services à la cause qu’il a défendue en Indochine qu’en y retournant. Il s’agit, en effet, d’intéresser le public de la métropole à cette cause, de faire connaître les difficultés qui viennent d’être exposées, de susciter des initiatives pour domanialiser certains territoires, initiatives qui peuvent venir de France. Nous souhaitons qu’elles se révèlent et nous pensons que la meilleure manière de la susciter c’est de donner la plus large publicité possible, par le truchement de notre Bulletin, aux faits que M. Mangin nous a appris.
- Au nom de notre Société, je le remercie très vivement de son intéressante conférence et des renseignements complémentaires qu’il a bien voulu donner en répondant aux questions qui lui ont été posées.
- La séance est levée à 18 h. 45 m.
- COMITÉ DE COMMERCE (Extrait du procès-verbal de la séance du 1er juin 1933.)
- Les débouchés pour les produits français en Afrique occidentale française.
- Note présentée par M. F. Blondel.
- L’Agence économique de l’Afrique occidentale française (1) a adressé à la Société d’Encouragement une série de notes qu’elle a établies pour indiquer à l’industrie française les débouchés que celle-ci peut espérer trouver dans notre colonie africaine.
- (1) Siège : 159, boulevard Haussmann, Paris (8e).
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- BIBLIOGRAPHIE.
- JUILLET-AOUT-SEPTEMBRE 1933.
- Il est certain que la liaison commerciale entre la métropole et ses colonies pourrait être sensiblement développée si les producteurs français avaient la possibilité de connaître les besoins à satisfaire. On doit donc féliciter très largement l’Agence économique de son heureuse initiative, qui a justement pour but de signaler, d’une manière aussi précise que possible, la nature de ces besoins.
- Il est établi une note pour chaque produit et leur nomenclature en est très variée puisque l’on parle aussi bien des tissus de coton que du ciment, de la tôle ondulée, des fûts en bois, des biscuits, des couleurs, des vins, du lait, des conserves de viande, de la parfumerie, des machines à coudre, etc... Ces études sont d’ailleurs établies sur un plan assez uniforme, très clair et qui met bien au courant le producteur éventuel. On y indique notamment : les quantités et les valeurs annuelles des importations, la description des articles ou matières demandés de préférence, les concurrents étrangers, les prix de vente locaux, les principales maisons importatrices, les méthodes commerciales susceptibles d’obtenir un meilleur résultat, le régime douanier et les taxes à l’importation.
- Ce travail, tout a fait intéressant, mérite d'être largement connu et la Société d’Encouragement ne pouvait faire mieux que de signaler son existence à ceux de ses membres qui peuvent être intéressés par ce commerce.
- BIBLIOGRAPHIE
- Guide des huiles lourdes, 1933. Un vol. (21 x 14 cm) de 290 p. Guide du Pétrole,
- édit., 7, rue de Miromesnil, Paris, prix rel. 30 fr. Index : CG2.7
- Le Guide des huiles lourdes est le vade mecum de tous ceux qui, à un titre quelconque, utilisateurs ou ingénieurs, s’intéressent aux combustibles liquides. Il s’ouvre par une intéressante préface de M. Paul Dumanois, Inspecteur général de l’Aéronautique, Directeur des Services techniques de l’Office national des Combustibles liquides.
- La renaissance en France, dit M. Dumanois, de l’industrie du raffinage, mettra dans quelques années à notre disposition près de 2 milliards de tonnes de fuel oil. Le problème qui se pose, dès maintenant, n’est pas tant l’utilisation de ce combustible liquide que sa bonne utilisation.
- Il ne faut pas le substituer, sans discernement, au charbon. On aggraverait ainsi la crise de l’industrie houillère et, plus tard, par une sorte de choc en retour, lorsque les demandes auraient par trop renchéri le combustible liquide, on serait obligé d’abandonner certaines installations à l’huile lourde. D’ailleurs une grande partie du fuel oil sera réservée à la marine nationale et h l’hydrogénation pour subvenir un jour, s’il le fallait, aux besoins de la défense nationale.
- Le Guide des huiles lourdes donne aux intéressés une documentation précise sur les possibilités de l’emploi de ce combustible et les conditions administratives et techniques qui le gouvernent. Voici l’énumération des divers chapitres; leur rédaction a été confiée à des personnalités remarquablement qualifiées : Réglementation et renseignements; — Les huiles lourdes; — Les brûleurs ; — Le chauffage central ; — Le chauffage industriel; — Les sociétés spécialisées dans la fourniture des huiles lourdes: — Transport et manutention; — Moteur Diesel, c, wery.
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- BIBLIOGRAPHIE.
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- The speed and power of ships {La vitesse et la puissance des navires), par
- D. W. Taylor. E. D., D. Sc., LL. D. rear admirai. Construction Corps, U.S.N.
- Un vol. rel. toile (31x24 cm), de vi-t-366 p., loi p.,fig., diagr. graph. Press
- of Ransdell incorporated, Printersand Publishers, Washington, D. G. 1933. Prix
- rel. toile : 3 dollars. Index : 699.2
- La première édition de cet ouvrage, qui a paru en 1910, s’est imposée rapidement à l’attention des constructeurs de navires du monde entier, par un exposé bien ordonné de la question de la résistance et de la propulsion des bâtiments, autant que par l’indication de méthodes, de règles et de formules d’un grand intérêt pratique. Elle est basée principalement sur les résultats de très nombreuses expériences elfectuées au bassin sur des modèles particulièrement bien choisis. Ces expériences sur modèles, qui ont été entreprises pour la première fois par William Froude, en Angleterre, sont reconnues maintenant comme les moyens d’investigation les plus sûrs et les plus exacts pour la détermination des formes et des puissances à donner aux navires.
- La nouvelle édition comporte des additions que le développement des constructions navales et les progrès de la technique, depuis 1910, ont rendues nécessaires. Son grand format lui permet de présenter des figures et des diagrammes à grande échelle, sur lesquels on peut effectuer des relevés de grandeurs avec la facilité et la précision désirables. Il n’est pas douteux qu’elle rendra de grands services et qu’elle fera autorité, pendant longtemps encore, dans les bureaux d’études des chantiers navals et des stations d’essais.
- L’ouvrage comprend cinq parties principales ou « livres » et une série d’appendices.
- Le livre I est un exposé des préliminaires et des généralités concernant plus spécialement les lignes de courant, les vagues trochoïdales, le principe de similitude, la perturbation causée dans l’eau par le passage d’un navire, etc.
- Le livre II est consacré aux différentes sortes de résistances dues au frottement de la coque, aux remous, aux vagues, à l’air et aux appendices. Il expose en outre les effets des faibles profondeurs, delà mauvaise mer et du changement d’assiette. On y trouve également des considérations sur les différents facteurs affectant la valeur de la résistance, de même que sur les constantes et les coefficients pratiques utilisés pour le calcul de cette dernière.
- Le livre III a trait à la propulsion. La question des hélices y est exposée longuement dans les treize premiers chapitres, les deux autres chapitres étant réservés à la propulsion par roues et par pompes.
- Le livre IV se rapporte aux essais des navires et plus particulièrement à la conduite des essais de vitesse et de puissance sur base, ainsi qu’au dépouillement des résultats.
- " e livre V expose différentes méthodes pour le calcul de la puissance des navires d’après leurs surfaces mouillées et quelques considérations sur la méthode des séries types. Il traite également du diagramme des puissances d’après l’extension de la loi de comparaison.
- Enfin, dans une série d’appendices occupant la moitié de l’ouvrage, le lecteur peut se reporter à de nombreuses courbes de résistances pour séries types, pour étraves bulbeuses et pour séries de coques à partie milieu parallèle, ainsi qu’à de nombreux diagrammes de séries de base pour des tracés d’hélices.
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- OUVRAGES REÇUS. — JUILLET-AOUT-SEPTEMBRE 1933.
- On peut affirmer que l’ouvrage apporte une contribution extrêmement importante à la science de l’architecture navale, qui semble devoir réclamer encore les efforts patients et concertés des chercheurs et des expérimentateurs.
- JEAN FIEUX.
- OUVRAGES REÇUS A LA BIBLIOTHÈQUE EN JUIN 1933
- Ballu (Tony). — Machines agricoles (Encyclopédie de mécanique appliquée). In-8 (23 x 16) de 360 p., 474 fig. Paris, J.-B. Baillière et fils, 19, rue Hautefeuille (6e), 1933.
- 18233
- Magnan (A). — Premiers essais de cinématographie ultra-rapide (Actualités scientifiques et industrielles, XXXV. — Exposés de Morphologie dynamique (Mécanique du mouvement), publiés sous la direction de M. A. Magnan, I). In-8 (23 x 16) de 26 p., 33 fig. Paris, Hermann et Cie, 6, rue de la Sorbonne (3e), 1932. 18234
- Magnan (A). — Cinématographie jusqu’à 12.000 vues par seconde (avec application à l’étude du vol des insectes). [Actualités scientifiques et industrielles, XLVI. — Exposés de Morphologie dynamique et de Mécanique du mouvement, publiés sous la direction de M. A. Magnan, III). In-8 (23 x 16) de 19 p., 21 fig. Paris, Hermann et Cie, 1932. 18235
- Magnan (A), et Sainte-Laguë (A.). — Le vol au point fixe [Actualités scientifiques et industrielles, 60. — Exposés de Morphologie dynamique et de Mécanique du mouvement, publiés sous la direction de M. A. Magnan, IV). In-8 (23 x 16) de 31 p., 5 fig., Paris. Hermann et Cin, 1933. 18236
- Marinesco (Néda). — Influence des facteurs électriques sur la végétation [Actualités scientifiques et industrielles, XXXVII. — Exposés de Biophysique, publiés sous la direction de M. René Wurmser, I). ln-8 (25 x 16) de 28 p., 6 fig. Paris, Hermann et Cie, 1932.
- 18237
- Châtelet (IL). — Spectres d’absorption visibles et ultra-violets des solutions.
- Technique de leur emploi au laboratoire de chimie. [Actualités scientifiques et industrielles, 54. — Théories chimiques publiées sous la direction de M. G. Urbain, III). In-8 23x16) de 24 p., 9 fig. Paris, Hermann et Cie, 1933. 18238
- Cahn (Théophile). — Les phénomènes biologiques dans le cadre des sciences exactes [Actualités scientifiques et industrielles, 64). In-8 (23 x 16) de 20 p. Paris, Hermann et Cie, 1933. 18239
- Laudet (Fernand). — La Samaritaine. Le génie et la générosité de deux grands commerçants. In-8 (20 x 14) de 189 p. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1933. [Don de l’auteur.) 18240
- Cianciont (S.). — Manuel de commission-exportation [Bibliothèque professionnelle).
- In-18 (16 x 10) de 231 p. Paris, J.-B. Baillière et fils, 1933. 18241
- Labarraque (Pierre). — Manuel de charpente en fer [Bibliothèque professionnelle). in-18 (16 x 10) de 410 p., 393 fig. Paris, J.-B. Baillière et fils, 1933. 18242
- Duroquier (Franck). — Les récepteurs radiophoniques modernes à la portée de tous. Montages expliqués en détail. Utilisation, réglage, entretien. In-8 (23x17) de viii+191 p., 138 fig. Paris, Masson et Cie, 120, boulevard Saint-Germain (6°), 1932.
- 18243
- Liévin (Auguste). — Méthodes de calculs des constructions complexes. Théorie et applications. In-8 (24 x 16) de 250 p., 347 fig. Paris, Le Constructeur de ciment armé, 148, boulevard.de Magenta (10e), 1933. 18244
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- OUVRAGÉS REÇUS EN JUIN 1933.
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- Nessi (André) et Xisolle (Léon). — Résolution pratique des problèmes de discontinuité de fonctionnement dans les installations de chauffage central, In-4 (27 x 19) de ix + 137 p., 61 flg. Paris, Dunod, 1933. 18245
- Challéat (J.). — Histoire technique de l’artillerie de terre en France pendant un siècle (1816-1919). Tome I : 1816-1880 (Supplément au Mémorial de l’Artillerie française). in-8 (23 x!6) de 404 p., 124 flg. Paris, Imprimerie nationale, 1933. 18246
- Traité de chimie minérale, publié sous la direction de Paul Pascal; secrétaire général : Paul Baud. Tome X : Nickel, chrome, cobalt, étude générale des complexes, par Mme R. Duval, Mlle S. Veil, MM. C. Eichner, P. Job, V. Lombard. In-8 (26 x 17) de xxiii + 1.118 p., 183 flg. Paris, Masson et C'e, 1933. 18247
- Bureau des Normes de l’Automobile (Chambre syndicale des fabricants d’accessoires d’automobiles, 3, avenue Friedland, Paris (8e). — Album de normes BNA 1 à BNA 176 (janv. 1933). In-8 (23 x 15). 17497
- Don de M. Larnaude, membre de la Société.
- Dupuis (J.). — Tables de logarithmes à sept décimales, d’après Bremiker, Callet, Véga, etc. In-8 (24 x 16) de XI-+-579 p., Paris, Hachette et Cie, 1875. 18248
- Lecomte. — Exploitation des mines. Cours de l'Ecole centrale des Arts et Manufactures. In-4 (28 X 22) de 1.093 pl. 18249
- Société des Forces motrices de la Truyêre. In-4 (31 x 25) de 28 p., flg. Pièce 13786 BROSSAT (L.). — La culture du bananier en Afrique occidentale française (ex Agronomie coloniale, nos 177, sept. 1932; 178, oct. 1932; 180, déc. 1932; 181, janv. 1933 et 182, fév. 1933). In-8 (25 x 16) de 55 p., III p. Paris, lmp. nationale, 1933.
- Pièce 13788
- Ministère de l’Agriculture. — Direction des Eaux et du C.énie rural. — Notes et documents statistiques sur l’électrification rurale (ex Annales, fascicule 62). ln-8 (27 x 17) de 87 p., 17 cartes. Paris, lmp. nationale, 1932 (Don de M. Porcher, Ingénieur en chef du Génie rural). Pièce 13789
- Monnier (Alfred) et Mouton (Marcel). — Sur l’emploi de verres propres à réduire l’éblouissement produit par les projecteurs d’automobiles (ex C. R. des séances de l’Académie des Sciences, t. 196, 29 mai 1933). In-4 (27 x 21) de 2 p. Paris, Gauthier-Villars et Cie, 55, quai des Grands-Augustins (6e). (Don des auteurs). Pièce 13790
- Dollfus (Emile). — Daniel Mieg, 1854-1932 (ex Bulletin de la Société industrielle de. Mulhouse, avril 1933). In-8 (25 x 17) de 11 p., I pl. Mulhouse. Imp. Bader et Cie, 1933. (Don de la Société industrielle de Mulhouse). Pièce 13791
- Chevenard (Pierre). — L’installation et l’organisation d’un laboratoire sidérurgique moderne (ex Mémoires de la Société des Ingénieurs civils de France, Bulletin de sept.-oct. 1932). In-8 (24 x 16) de 52 p., 38 flg. Paris, 19, rue Blanche (9e), 1933. (Don de l’auteur, membre de la Société). Pièce 13792
- Société française des Électriciens. — Remise de la médaille Mascart à M. le pro fesseur Paul Boucherot (Supplément au Bulletin de la Soc. française des Electriciens, n° 30, 5e série, tome III). In-4 (27 x 18) de 40 p. Malakoff (Seine), 8 à 14, avenue Pierre-Larousse. Pièce 13793
- Ministère des Travaux publics. — Recueil de lois, ordonnances, décrets, règlements et circulaires concernant les services dépendant du Ministère des Travaux publics, dressé par les soins de l’Administration centrale. 2e série. Tome XXXIX, année 1931. Paris, Imp. nationale, 1933. Pér. 144
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- OUVRAGES REÇUS. — JUILLET-AOUT-SEPTEMBRE 1933.
- Comité des Travaux historiques et scientifiques (Ministère de l'Instruction publique et des Beaux-Arts). — Bulletin de la Section des sciences économiques et sociales. Année 1932. Paris, lmp. nationale, 1933. Pér. 26
- Ministère de l’Agriculture. — Direction de l’Agriculture. — Office de renseignements agricoles. — Statistique agricole annuelle. 1931. Paris, lmp. nationale, 1933.
- Pér. 242
- Statistique générale de la France (Présidence du Conseil. — Sous-Secrétariat d'État de l’Economie nationale). — Résultats statistiques du recensement général de la population effectué le 8 mars 1931. Tome I. lre partie : Introduction. Population légale ou de résidence habituelle. Appendice : Population des colonies et des pays étrangers. Paris, lmp. nationale, 1933. Pér. 97
- Société des Sciences naturelles du Maroc. — Mémoires, n° XXXIV (31 mars 1933) : Essai d’une coordination tectonique de l’évolution de la Méditerranée, par P. Russo et Mrae E. Russo, 39 p., 7 fig. Rabat, Institut scientifique chérifien; Paris, Emile Larose, 11, rue Victor-Cousin (5e). Pér. 469
- Institut d’Égypte. — Bulletin. Tome XIV, session 1931-1932: Tome XV, session 1932-1933 (1er fascicule). Le Caire. • Pér. 32
- Institut d’Égypte. — Mémoires présentés. Tome XXII : Nouvelle contribution à la paléontologie du nummulitique égyptien, par Jean Cuvillier, viii —I— 77 p., VIII pl. Le Caire, 1933. Pér. 32
- Commission permanente d’Études aéronautiques. — Sous-Commission des Alliages légers et ultra-légers. — Mémoires résumant les travaux de la Sous-Commission en 1926-1927; en 1928-1929. Pér. 117
- Commission pour l’Étude de la Corrosion des Produits métallurgiques nécessaires a l’Aéronautique. — Mémoires résumant les travaux de la Commission en 1930 1931.
- Pér. 117
- Royal Institution of Créât Britain. — Proceedings. Vol. XXVII, part IV (n° 130), 1932-1933. London, 21 Albemarle Street, W. 1. Pér. 258
- National Piiysical Laboratory. — Report for the year 1932. Teddington, Middlesex. Pér. 62
- Institution of Civil Engineers. — Minutes of Proceedings. Vol. 233, 1931-32 (part I). London, Créât George Street, Westminster, S. W. 1. Pér. 189
- Bureau of Standards (Washington). — Circulars, nos 399 (Supersedes Circulai’ n° 280) : Standard timc throughout the world, 18 p. (1932). — 400 (Supersedes C 93) : Inks, 38 p. (1933). — 401 : Abstract and summaries of the Bureau of Standards publications on stray-current electrolysis, 23 p. (1933). Pér. 61
- Bureau of Standards (Washington). — Handbook n° 17 (Supersedes Handbook 12, formerly M 92) : Code for protection against lightning (part I, Il and III), 93 p., 3 fig. 1933.
- Pér. 61
- L'agent général, gérant,
- E. LEMAIRE.
- BRODARD ET TAUPIN, Cou loin mi ers-Paris.
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- 132e ANNEE.
- OCTOBRE 1933.
- BULLETIN
- DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- UNE ŒUVRE D'ÉDUCATION FRANÇAISE EN CHINE : L’UNIVERSITÉ L’AURORE DE CHANG-HAÏ'.
- par le R. P. Henri Bf.lval, docteur ès sciences.
- M. le Président, Messieurs.
- Voici que, .pour la deuxième fois en l’espace de quelques mois, la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale me fait l’honneur de m’inviter à prendre la parole. Deux conférences par le même auteur à si bref intervalle ne sont pas dans la tradition delà Société, je le sais bien; mais les instances aimables de votre secrétaire général m’interdisaient de me récuser.
- Lors de ma première conférence, j’avais hésité longtemps, je l’avoue, sur le choix du sujet; pour aujourd’hui, aucune hésitation n’était permise, du fait que vous-mêmes, Messieurs, me demandiez de parler de l’Université l’Aurore.
- C’est donc avec plaisir que je saisis cette occasion de faire connaître, à un auditoire capable de l’apprécier, notre œuvre française d’Extrême-Orient; et il me semble que le meilleur moyen de répondre à votre désir, c’est de vous exposer très simplement comment cette œuvre a été fondée, à la demande expresse de notabilités chinoises et d’étudiants chinois, parce qu’elle était devenue nécessaire; comment elle s’est développée par étapes successives jusqu’à sa forme actuelle; quelques mots sur nos étudiants et les situations auxquelles l’enseignement que nous leur donnons leur permet de parvenir, termineront cette causerie.
- LES PRÉLIMINAIRES.
- Dès la fondation du Consultât français de Chang-hai, les premiers titulaires de ce poste, en particulier M. de Montigny et M. Victor Edan, comprirent la nécessité de préparer un certain nombre de jeunes gens possédant bien le français et le chinois ; ils seraient les interprètes de nos agents diplomatiques et des commerçants, chinois ou français, désireux d’établir des relations d’affaires entre les deux pays. Ce qu’on visait donc tout d’abord, c’était la création d’une école d’interprètes.
- Premier projet. — La première tentative est due à M. Victor Edan, en 1855. Un collège existait déjà à Zi-ka-wei, où l’on donnait aux élèves indigènes une connaissance aussi complète que possible des lettres chinoises, pour les initier ensuite aux
- (i) Conférence faite par l’auteur en séance publique, le 6 mai 1933. /52e Année. — Octobre 1933.
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- 482 l’université française « l’aurore » de chang-haï. — OCTOBRE 1933.
- sciences européennes. M. Edan pensa que les meilleurs de ces jeunes gens pourraient former le noyau de l’école d’interprètes projetée; on y adjoindrait un nombre égal de jeunes Français; ceux-ci bénéficieraient du commerce quotidien avec leurs condisciples chinois qui, à leur tour, se trouveraient aidés dans la pratique du français. Chinois et Français seraient entretenus par leurs gouvernements et la direction des études confiée aux Pères chinois et français de Zi-ka-wei. Le gouvernement français, fort peu préoccupé des choses de Chine, ne donna pas suite à ce projet.
- Deuxième projet. — Trois ans plus tard, le baron Gros, passant à Chang-haï pour préparer son expédition vers le Nord, reprenait les idées de M. Edan et soumettait aux Pères un plan à peu près identique pour une école d’interprètes franco-chinoise. Cette fois encore, le gouvernement français se désintéressa de ce projet.
- Troisième projet. — En 1860, l’état-major du général Cousin-Mautauban élaborait un nouveau pian de plus grande envergure; et le colonel Schmitz était chargé d’en poursuivre la réalisation. Il s’agissait d’établir à Pékin un grand centre scientifique, composé de littérateurs, de mathématiciens et d’ingénieurs, qui reprendraient llœuvre des Jésuites des xvne et xviii' siècles, mais en se donnant, plus que leurs devanciers, à l’instruction des jeunes Chinois.
- Les objections, cette fois, furent soulevées par les Jésuites. Pékin était confié aux Lazaristes et les Jésuites ne pouvaient s’installer dans la capitale sans une autorisation de la Propagande. Chang-hai paraissait d’ailleurs aussi central et appelé à prendre un développement considérable. On ne jugeait donc pas utile de créer au loin une œuvre nouvelle qui disperserait les forces.
- Néanmoins le colonel Schmitz, de retour en France en 1861, multiplia les démarches pour faire aboutir son projet. L’empereur Napoléon III se montrait favorable, de même M. Rouland, président du Conseil. Mais M. Thouvenel, ministre des Affaires étrangères, hostile aux Jésuites, fit tout échouer. Le Gouvernement, d’ailleurs, tout absorbé par la question romaine et les embarras qu’elle lui causait, se souciait peu pratiquement des affaires d’Extrême-Orient.
- Aussi bien, dans tous ces projets, il ne s’agissait que de fonder une école destinée à fournir des interprètes. Or, très vite le besoin de cette fondation nouvelle cessa de se faire sentir. A Zi-ka-wei, au collège Saint-Ignace, l’enseignement du français fut développé. En 1873, l’école Saint-François-Xavier fut ouverte et l’enseignement y fut donné en français jusqu’en 1895. En 1886, les Pères ouvraient, avec le concours du Conseil municipal da la Concession francise, une école franco-chinoise, qui fut confiée aux Frères Maristes. Les élèves diplômés, sortis de ces écoles, rendent aujourd’hui de précieux services aux entreprises dont le personnel dirigeant est de langue française, en particulier aux chemins de fer établis à l’aide des capitaux franco-belges.
- Si l’on ajoute que des collèges de même genre furent fondés par les Frères Maristes à Pékin, Tien-tsin, Tchong-king, Han-keou, Canton, on conviendra que le but que se proposaient nos diplomates en Chine était atteint : les diverses entreprises de langue française ont à leur disposition un bon personnel d’interprètes.
- Mais ces jeunes gens, qui presque tous avaient abandonné les études chinoises après les premiers éléments, pour se consacrer à leur programme d’études primaires
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- L UNIVERSITÉ FRANÇAISE « L’AURORE » DE CHANG-HAÏ.
- et primaires supérieures français, ne pouvaient pour cette raison prétendre à des situations de premier plan, ni à une influence réelle sur leurs compatriotes. Interprètes, comptables, employés de chemin de fer, tels sont les postes, rémunérateurs mais modestes, auxquels la plupart d'entre eux ont dû borner leur ambition.
- Une autre œuvre était nécessaire. L’occasion de la fonder s’offrit vers la fin du xixe siècle.
- A la suite de la guerre sino-japonaise, bon nombre de Chinois influents pensèrent que le salut était pour le peuple dans l’adoption franche des méthodes européennes d’instruction auxquelles le Japon avait dû son prodigieux développement et ses succès. Très en faveur auprès de l’empereur Koang-Siu, ils obtinrent de lui une série de décrets réformateurs, d’où le nom de « réformiste » donné à ce mouvement; en particulier, l’antique système des examens faisait place à des programmes d’enseignement inspirés de l’Europe et de l’Amérique.
- A Paris, on se préoccupait de saisir cette occasion pour établir en Chine un certain nombre d’écoles, à l’usage des lettrés et des riches commerçants. En juin 1898, M. Gabriel Hanotaux faisait prier Mgr Garnier d’étudier la question et de lui soumettre un plan. Or, en juillet de cette même année, M. Liang-Ki-Tchao, l’un des chefs du mouvement réformiste, faisait solliciter Mgr Garnier, par le Ministre de France à Pékin, d’autoriser M. Joseph Ma, lettré chrétien distingué, à prendre la direction d’un « Collège de Traducteurs » qu’on se proposait de fonder à Pékin. Il s’agissait de former de jeunes lettrés chinois aux sciences européennes; ils traduiraient ensuite ou adapteraient les meilleurs ouvrages à l’usage des Chinois, puis à leur tour fonderaient des écoles.
- M. Ma fut non seulement autorisé mais pressé d’accepter cette offre. Il accepta donc; mais à ces deux conditions : que le futur collège serait établi à Chang-hai et que les Pères de Zi-ka-wei auraient part à l’entreprise.
- Tout était réglé quand arriva le coup d’état de l’impératrice-mère Tse-Hi. En septembre 1898, le jeune empereur fut saisi et interné dans un quartier étroitement surveillé du Palais impérial ; Liang-Ki-Tchao et les autres chefs du parti réformiste, tombés en disgrâce, durent s’enfuir et se cacher, et en octobre, le Ministre de l’Instruction publique faisait prévenir Mgr Garnier que; le projet de collège était abandonné.
- Toutefois, si les promoteurs du mouvement réformiste étaient éloignés des affaires, leurs idées subsi taient. Nombre de Chinois appartenant au monde de la-politique et du grand négoce, pensaient que la jeunesse des classes élevées devait recevoir une formation tout autre que celle du passé. Ils voulaient pour elle, après des études chinoises complètes, une culture européenne aussi parfaite que possible.
- C’est dans ce but que plusieurs collèges ou universités furent fondés au début du xxe siècle. Pour ne parler que de Chang-haï, Nan-Yang College date de celte époque, Saint John’s University également. Dans ces deux établissements, la langue anglaise dominait et la culture était américaine. Le français et la culture française n’avaient aucune place dans l’enseignement supérieur pour les Chinois de haute classe.
- Mais des événements imprévus devaient bientôt permettre aux missionnaires français de Chang-haï de combler cette lacune en fondant 1 Université l’Aurore. Avant d’arriver à l’organisation actuelle, elle rencontrera bien des obstacles : mécontente-
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- 484 l’université française « l’aurore » de chang-haï. — OCTOBRE 1933.
- ment des étudiants, affaires intérieures de la Chine, etc., mettront à plusieurs reprises son existence en péril; elle s’est toujours relevée et toujours avec de nouveaux perfectionnements. C’est cette histoire, aux incidents multiples, dont je voudrais retracer tout au moins les grandes lignes.
- FONDATION ET DÉVELOPPEMENT DE l’üNIVERSITÉ.
- Au début de 1903, M. Ma, retiré alors à Tou-se-wei, tout près de Zi-ka-wei, recevait la visite de trois professeurs de Nan-Yang College, bientôt suivis de quelques étudiants de ce même collège. C’étaient, entre autres, M. Tsang-Kioh-Sen, actuellement directeur de la Commercial Press, et M. Tsai-Yuen-Pai, actuellement directeur de l’Université de Pékin.
- Nan-Yang College étant en grève, ils venaient prier M. Ma d’ouvrir pour eux une école, se faisant fort d’amener d’autres étudiants. M. Ma accueillit bien ses visiteurs et il fut convenu que les Pères de Zi-ka-wei collaboreraient à l’entreprise.
- La nouvelle école s’ouvrit le l01' mars 1903 avec 20 étudiants. Elle prit le nom d’Aurore.
- Et les difficultés commencèrent. L’établissement des programmes d’études amena une première crise. Les jeunes gens demandaient avant tout des leçons de philosophie et de latin. Ils acceptèrent pourtant assez vite qu’on y joignît des cours de français et d’anglais. Au début de mars 1904, les étudiants étaient au nombre de 80. Se sentant plus forts, leurs exigences se firent plus pressantes. Ils eussent voulu qu’en deux ans — et ici je cite un rapport de l’époque — on leur apprît « le français, l’anglais, l’allemand, l’italien, le russe, l’escrime, la danse, le piano, sans parler du latin et de la philosophie ».
- Il fallait de toute évidence mettre de l’ordre dans ce chaos. Le P. Perrin, nommé Préfet des Études, s’y employa de son mieux et établit un programme, que les étudiants refusèrent d’accepter. Au début de mars 1905, c’est M. Ma qui, cette fois, ne s’entend plus avec les étudiants; il décide de se retirer, abandonnant l’œuvre entièrement entre les mains des Pères. Mais les étudiants, qui acceptaient les Pères comme professeurs, n’en voulaient à aucun prix comme directeurs de l’école. Ils se retirèrent eux aussi. Il fallut fermer les portes. La première Aurore avait duré deux ans.
- Bien entendu, les journaux s’en mêlèrent; collaborateurs de plusieurs grands journaux chinois de Chang-haï. les étudiants racontèrent à leur manière la fermeture de l’école. Mais tout en protestant contre ce qu’ils appelaient l’ingérence abusive de la Mission dans l’administration, ils rendaient hommage au dévouement et au savoir de leurs professeurs.
- Ce fut pour l’Aurore la meilleure des réclames. Tandis que certains des dissidents fondaient à Ou-song une école sous le nom de « Nouvelle Aurore » (Fou-Tan), d’autres venaient prier les Pères de rouvrir l’Aurore.
- Dans le même temps, de précieuses sympathies se déclaraient en faveur de l’Aurore. Des notables de la ville, païens ou chrétiens, se proclamaient les protecteurs de l’École et s’efforcaient d’obtenir sa réouverture. Celle-ci eut lieu après quelques mois d’attente et de pourparlers. Cette fois, les Pères n’avaient que la charge de l’enseignement et le soin d’organiser les programmes d’études ; toute la
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- partie matérielle et la surveillance des étudiants incombaient aux notables. Ce fut la seconde Aurore.
- Le programme publié en 1905, tel que l’expérience de deux ans de tâtonnements
- I avait fait établir, débutait ainsi : « Le but de l’école est de faciliter aux étudiants chinois 1 acquisition des connaissances de l’enseignement secondaire et supérieur....
- II ne doit pas être question de religion. »
- On distinguait deux cours : le cours préparatoire, qui correspondait à l’enseignement secondaire chinois pour les classes inférieures; le cours supérieur, qui répondait aux programmes chinois pour les écoles dites supérieures.
- La durée des cours était de 4 ans, au cours desquels on habituait progressivement les élèves à suivre des cours en français. Pendant les trois premières années, l’enseignement était commun; il comportait l’étude des langues française et anglaise, avec des notions élémentaires d’histoire et de géographie, de philosophie, d’économie politique, de droit civil et international, de mathématiques et de sciences physiques et naturelles. En quatrième année, les étudiants se partageaient en deux sections : section de littérature, où l’on étudiait les auteurs français et anglais et les éléments du droit ; section de sciences, réservée aux sciences mathématiques et naturelles.
- Programme formidable, qui supposait évidemment que les étudiants ne recevaient qu’une teinture de ces matières. Aussi bien, c’était ,ce qu’ils demandaient; c’était en outre ce qu’on leur donnait ailleurs. Mais à mesure que les Pères se sentiront plus maîtres de leur auditoire, on verra les matières enseignées se restreindre ; on visera à spécialiser les étudiants et le nombre des années d’études s’accroîtra dans des proportions notables.
- Cette seconde Aurore dure jusqu’en 1908. En dépit de quelques incidents peu graves et vite réglés, elle prospère d’année en année ; en mars 1908, le nombre des étudiants atteint 242 ; les bâtiments de Zi-ka-wei sont manifestement trop petits ; on décide de s’installer à Lo-ka-wei, en pleine Concession française.
- C’est la troisième Aurore qui commence. C’est l’Aurore actuelle.
- Sur un vaste terrain acquis de chaque côté de l’avenue Dubail, on construit vite une maison d’habitation pour les étudiants. Il faut faire vite ; ce n’est que peu à peu que s’élèveront les constructions nécessaires aux différents services de l’Université. Au fait, pour le dire en passant, celle-ci n’est pas encore construite ; seuls existent les corps de bâtiments servant de logis aux étudiants.
- Dès l’arrivée à Lo-ka-wei, le programme fut modifié, et les années d’études portées à 6 : 3 années de cours préparatoire, dont le programme rappelait de loin celui du baccalauréat français ; 3 années de cours supérieur, où les étudiants se divisaient en deux sections : lettres et sciences. On visait la licence ès lettres et la licence ès sciences, mais évidemment on en restait encore loin.
- Ce régime dura 6 années, de 1908 à 1914. Pendant ce temps on vit se dessiner les diverses tendances des étudiants et on put constater vers quelles carrières se portaient leurs préférences.
- Finalement, en 1914, fut adoptée la division du cours supérieur en trois branches ; lettres-droit, médecine, génie civil. Division qui, à quelques modifications près, est encore en vigueur actuellement,
- L’Université comprend donc ;
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- Un cours préparatoire, maintenu après bien des hésitations, qui est l’équivalent d’un collège secondaire, où, pendant trois ans, les jeunes gens s’assimilent le programme du baccalauréat français et fournissent à l’université proprement dite un contingent d’étudiants possédant bien le français ;
- Un cours supérieur, qui est l’université proprement dite, et qui comprend trois facultés : droit, médecine, sciences, qui se sont développées peu à peu.
- Faculté de Droit. — Elle fut inaugurée officiellement en 1916. Les études durent quatre ans, au cours desquelles on voit : le droit romain, civil, international,
- Fig. 1. — Une partie de l’Universilé l’Aurore de Chang-hai.
- 1, Direction; — 2, Chimie; — 3 et 4, Maisons de famille d'étudiants.
- On voit, entre les divers bâtiments, des couloirs couverts, abritant contre le soleil, qui font communiquer les bâtiments entre eux.
- criminel, commercial, l’économie politique, bref, le programme de la licence française, allégé des questions qui ne présentent pas d’intérêt pour des Chinois mais enrichi d’un cours sérieux de droit ancien et moderne. Les examens se passent devant un jury où siègent un représentant du gouvernement chinois et un de la Légation de France. Les jeunes licenciés peuvent encore passer une année à l’Aurore et réunir les matériaux d’une thèse de doctorat qu’ils soutiennent à la fin de l’année devant le même jury.
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- Les professeurs sont soit des Pères, soit des laïcs, avocats ou juristes dans les cours de Chang-hai.
- Tous les ans, un certain nombre de licenciés vont en France : ils y obtiennent sans peine l’équivalence du grade français et préparent leur thèse. Plusieurs ont obtenu le doctorat français. La Faculté compte actuellement 50 étudiants.
- F acuité des Sciences. — Elle mit plus de temps à trouver sa voie. C’est seulement en 1926 que les cours de sciences purent vraiment atteindre le niveau des cours de faculté. Jusque-là, les leçons de mathématiques, physique et chimie tendaient avant tout à donner aux étudiants les connaissances nécessaires pour suivre les cours du génie civil. La physique et surtout la chimie se trouvaient par suite fortement
- Fig. 2. — Université l’Aurore, de Cliang-haï : une maison de famille d’éludianls.
- négligées au profit des mathématiques. Ces cours duraient trois ans, au terme desquels on délivrait un diplôme qui s’appelait pompeusement licence, mais était fort loin du niveau de la licence française.
- Après ces trois ans, les étudiants entraient alors au Génie civil; ils y recevaient une formation sérieuse portant sur l’électricité industrielle, la résistance des matériaux, l’hydraulique, la métallurgie, les chemins de fer, les mines.... Ce programme d’études, qui dure deux ans et qui a formé d’excellents ingénieurs, a été maintenu sans modifications. Quatre ingénieurs de l’Ecole centrale, dont deux sont diplômés de l’École supérieure d’Électricité, un ingénieur du corps des Ingénieurs de la Marine, se partagent les cours.
- Ce qui fut modifié — et heureusement modifié — en 1926, c’est le programme d’études des trois années précédant le Génie civil. On serre de plus près la licence
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- française pour ce qui est des cours et des travaux pratiques ; et le diplôme de licencié n’est donné qu’aux étudiants ayant passé avec succès les trois certificats suivants : mathématiques générales, physique et chimie. Il serait certainement désirable qu’on puisse préparer à d’autres certificats, mais on ne peut y songer encore faute déplacé et surtout faute d’étudiants.
- Telle quelle, la jeune faculté des sciences est florissante : elle compte 55 étudiants.
- Faculté de Médecine. — C’est de toutes la plus prospère. Commencée en 1916 avec deux étudiants, elle en compte aujourd’hui 108. Les études y durent 6 ans : deux pour le P. C. N., et quatre pour la médecine proprement dite. Je n’insiste pas : cours
- Fig. 3. — Pavillon de la Chimie.
- et visites aux hôpitaux sont calqués sur le régime des facultés de France, et il est à peine nécessaire de dire que les professeurs sont tous des médecins.
- Telle est dans ses grandes lignes l’histoire de l’Université l’Aurore. Il semble qu’après tant de tâtonnements et d’efforts persévérants elle ait enfin trouvé le genre d’enseignement qui convient aux jeunes Chinois, et qu’elle n’ait plus qu’à le perfectionner.
- Les étudiants viennent de plus en plus nombreux, et de toutes les classes de la société, chrétiens ou païens sans distinction. Chaque année marque un progrès sur la précédente, et, exception faite pour quelques années de trouble politique qui ont toujours leurs répercussions dans le monde des étudiants, c’est une marche en avant
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- continue depuis 1903 où l’on débute avec 20 étudiants jusqu’à 1932, où le nombre des inscrits dépassait 300.
- De toute évidence, l’Aurore jouit de l’estime des familles. Elle jouit aussi de celle du gouvernement chinois, puisque le 17 décembre 1932. l’Université était officiellement reconnue par le Gouvernement de Nankin et que ses diplômés seront désormais diplômés de l’État. Nul doute que cette reconnaissance ne provoque un nouvel essor; c’est une nouvelle phase qui commence et qui déjà s’annonce brillante. Ce sera la quatrième Aurore.
- LES ETUDIANTS.
- Il me reste à dire un mot des étudiants. D’où nous viennent-ils? On peut le dire, de presque toutes les provinces de la Chine. Et ils viennent chez nous chercher la culture française, car il ne faut pas oublier que l’Aurore est le seul établissement rançais de ce genre, en Chine, pour renseignement supérieur. Qu’ils sortent des écoles secondaires chinoises ou des écoles établies par les missionnaires, qu’ils soient païens ou chrétiens, tous sont indistinctement reçus, pourvu qu’à l’examen d’entrée ils témoignent avoir terminé leurs études secondaires chinoises. Cet examen est sévère, les candidats se présentant nombreux et le nombre des places disponibles fort limité. D’année en année d’ailleurs, la sélection continue, les étudiants n’étant admis à passer d’un cours dans un autre qu’après examen. Il se trouve ainsi que les étudiants qui parviennent aux derniers examens sont nécessairement les meilleurs, j’entends les plus intelligents et les plus travailleurs.
- Persévèrent-ils? Environ 2.300 étudiants ont passé par l’Aurore; sur ce nombre, il faut bien le reconnaître, très peu sont parvenus jusqu’au terme de leurs études. Plusieurs raisons expliquent ces départs prématurés.
- a) D’abord l’étudiant chinois est utilitaire.; il songe plus au présent qu’à l’avenir. Il applique à la perfection le proverbe : « Un bon tiens vaut mieux que deux tu l’auras. » A la fin du cours préparatoire, il se trouve muni du petit bagage de connaissances qui suffît à un aide-comptable, à un interprète, à un chef de gare, à un employé d’usine. Ce sont des situations modestes, sans doute, mais bien rémunérées et la tentation est grande d’abandonner un avenir brillant pour un présent modeste mais assuré. Beaucoup n’y résistent pas.
- b) En outre, beaucoup de grandes familles mandarinales se sont trouvées ruinées ou dans une situation gênée, à la suite de la révolution de 1911 et des guerres continuelles qui ont suivi. Elles ne peuvent suffire aux frais d’une éducation qui se prolonge pendant 6, 7 ou 8 ans. Il faut donc se contenter d’acquérir juste le minimum de connaissances nécessaires à une petite situation.
- c) Il y a enfin les bourses de voyage. Chaque année, le Gouvernement chinois et les Provinces mettent au concours des bourses de voyage en Europe, en Amérique ou en Japon. Ces bourses qui sont en moyenne de 20.000 francs par an, assurent aux étudiants des ressources très supérieures à celles qu’ils trouveraient chez eux; et l’on s’explique bien, connaissant la mentalité de l’étudiant chinois, qu’il ne résiste pas à ce puissant attrait. Le malheur est que, parti sans préparation suffisante, le plus souvent il perdra son temps et ne fera qu’un déclassé. Je ne parle ici bien
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- entendu que des étudiants partis sans formation suffisante; il n’en va plus de même des étudiants ayant achevé leurs études et désireux de se perfectionner dans telle ou telle branche; pour ceux-là, l’Aurore possède quelques bourses; à tous, au moins, elle facilite l’entrée dans les grandes écoles. C’est ainsi que pour ne parler que du présent et des étudiants que j’ai personnellement connus, une quinzaine sont actuellement répartis dans les instituts suivants : Ecole polytechnique, Ecole des Mines, École centrale, Institut technique aéronautique, École supérieure d’Électricité, École de Chimie appliquée. École des Travaux publics, Faculté des Sciences et Faculté de Droit. Et je me plais à signaler qu’ils y font bonne figure auprès de leurs camarades français.
- Je disais, il y a un instant, que 2.500 étudiants étaient passés par l’Aurore; voici maintenant le nombre des diplômes qui ont été décernés de 1912 à 1928. Ces simples chiffres vous permettront de juger le déchet : 65 licences en droit et 12 doctorats ; — 70 diplômes des sciences mathématiques, physiques et chimiques; — 24 diplômes d’ingénieurs; — 87 reçus au P. C. N. ; — 39 docteurs en médecine.
- A quelles carrières parviennent les étudiants? Grosse question, et qui fut la cause de bien des soucis pour l’administration de l’Université. Les faits ont répondu et le doute cède à la confiance. Vous allez en juger.
- De la première Aurore (1903-1905) sont sortis : un vice-ministre de l’intérieur, un juge à la Cour suprême de Pékin, 4 conseillers parlementaires, le directeur des Associations industrielles du Kiang-sou, le directeur du grand Collège païen Ta-Tong à Chang-hai, un directeur-adjoint au Comité international de Sériciculture.
- De la seconde Aurore (1905-1909) sont sortis : le secrétaire de la Cour d’appel de Sou-tcheou, le directeur de l’Observatoire de Tsing-tao, le directeur de l’Association des Étudiants chinois à l’étranger, l’interprète de la Police française à Chang-haï, 3 professeurs de l’Université de Pékin, un conseiller au Ministère des Communications, 3 professeurs de collèges secondaires, un journaliste, un inspecteur des écoles, un avocat, etc.
- Quant à l’Aurore actuelle, il serait fastidieux d’énumérer les situations de ses jeunes gradués. Je m’en tiendrai aux plus brillantes : 57 Auroriens occupent des situations de premier plan dans les services du Gouvernement, dont 12 au Ministère des Affaires étrangères. Nos jeunes ingénieurs se sont fait de belles positions sur les lignes de chemins de fer de Kin-Han et du Long-Haï, dans les mines de charbon de Tang-chan, à l’usine électrique de Chang-haï. Les docteurs en médecine sont très demandés et appréciés; ce sont des Auroriens qui dirigent les hôpitaux des Sœurs de la Charité à Wen-tcheou, Hang-tclieou, Pao-ting-fou, Nang-chang, Kin-kiang, Ning-po; on en trouve encore à Han-keou, Tien-tsin, Chang-haï, à Harbin et jusqu’en Mongolie.
- Je m’excuse de la sécheresse d’une telle énumération. Elle était nécessaire pourtant afin de vous permettre d’apprécier l’œuvre entreprise par les Jésuites français de Chang-haï, et de l’apprécier par ses résultats.
- Après cela, que des esprits maussades, des publicistes de passage mal renseignés et insuffisamment documentés, se répandent en paroles de dénigrement, cela n’est
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- pas étonnant et au surplus c’est de peu d’importance. Le Français est depuis toujours habitué à la critique de ses compatriotes. Aussi bien, les résultats sont là, les faits répondent.
- Mais quand on nous accuse de prosélytisme religieux à l’Aurore, de transformer nos étudiants en pieux congréganistes qui « baissaient la tête, détournaient le regard et croisaient les mains », nous avons le devoir de protester et d’en appeler à ces mêmes étudiants; à eux de dire si le portrait est exact et si jamais on a fait pression sur leur liberté de conscience.
- De même, quand on nous accuse d’avoir voulu accaparer la Faculté de Médecine, d’avoir prétendu la diriger sans consulter les médecins professeurs pour l’établissement des programmes et les directives de l’enseignement, nous avons encore le devoir de protester, d’en appeler au corps professoral de la Faculté de Médecine et d’opposer aux affirmations tendancieuses d’un mécontent le témoignage des médecins qui, par leur dévouement, ont fait de la Faculté ce qu’elle est aujourd’hui.
- Je n’aurais pas achevé ma tâche, Messieurs, si je ne rappelais avec gratitude les encouragements de tout ordre — appui financier et moral — que l’Aurore reçoit du Gouvernement français, du Conseil municipal de la Concession française et des notabilités de la ville qui, nous ayant vus à l’œuvre, ont appris à nous connaître. Je le dis franchement, sans les subsides fournis par le Gouvernement français, il serait impossible de couvrir les frais énormes occasionnés par les honoraires de nos professeurs laïcs, les constructions, les laboratoires et les bibliothèques.
- Il m’est aussi très agréable de signaler l’accueil qui est réservé aux étudiants que nous envoyons se perfectionner en France dans les grandes écoles et les facultés : que ce soit à Paris, à Strasbourg, à Lyon, à Montpellier... partout nos étudiants sont accueillis avec la plus grande bienveillance.
- Qu’il me soit permis enfin de remercier la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale de m’avoir fourni cette occasion de faire connaître notre œuvre. Je m’estimerais satisfait de lui avoir conquis quelques sympathies nouvelles.
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- BULL. DE LA SOC. D’ENC. POUR LINDUSTRIE NATIONALE. — OCTOBRE 1933 (p. 492).
- AU CONTACT DE LA VIE CHINOISE
- par le médecin-colonel S. Abbatucci, membre du Conseil de la Société d’Encouragement.
- Il y a 25 ans, je parcourais la grande ville chinoise de Canton, accompagné d’un guide indigène, lorsqu’en visitant la pagode des Cent Mille Dieux, peuplée d’une multitude de bouddhas dorés, ventrus et hiératiques, une figure maigre et osseuse, avec une barbe en collier comme celle de nos marins d’autrefois, vint frapper mes regards. A ma grande stupéfaction, mon cicerone m’avertit que je me trouvais en présence de Marco Polo, Maco Polo, disait-il. Ainsi, le grand navigateur vénitien avait surpris l’admiration des jaunes du xin° siècle qui l’avaient élevé au rang de leurs divinités domestiques. A mon tour, je m’inclinai avec respect devant cet ancêtre occidental qui fut le premier commis-voyageur de l’Europe au pays du Grand Khan et de Cipango, dont les récits merveilleux bercèrent les oreilles de Christophe Colomb lorsqu’il s’en fut à la découverte du Nouveau-Monde.
- Je ne vous imposerai pas, 600 ans après, les fatigues de l’aventure vénitienne, et je vous demande simplement, après un confortable voyage en paquebot, de débarquer avec moi, vers la fin de l’année 1901, dans un port de la Chine du Sud que je connais bien, car je l’ai habité près de 8 ans, le port de Pak-hoï, dans la province du Quang-Toung.
- Après un débarquement quelquefois mouvementé, dans une rade foraine ensablée, exposée aux coups de vent du Nord et des typhons, la ville chinoise est sous nos yeux. Elle s’allonge sous le soleil comme une Orientale paresseuse, épousant les sinuosités de la côte sur une longueur de 2 km. Avec ses grandes tours carrées, demeures étranges des monts-de-piété, ses maisons aux ouvertures parcimonieuses, serrées les unes contre les autres, ses rues étroites pavées de pierres massives où s'incruste une boue noire et visqueuse, la ville évoque les visions du moyen âge. Point de gratte-ciel comme dans la moderne Amérique. Les constructions habitées sont basses, au toit arqué car la hauteur et les angles saillants gêneraient la libre circulation du « vent du bonheur », le feng-shui (vent de la pluie). Leur emplacement a été choisi par le devin, au moyen d’une boussole complexe, imaginée sous le règne de l’empereur Houang-Ty, c’est-à-dire 2.597 ans avant notre ère. Elle indique les directions à suivre pour ne pas blesser les veines du dragon, gardien de la terre, appareil qui nous fait penser à la baguette divinatoire de nos sourciers contemporains dans leur recherche des courants telluriques.
- Si nous nous engageons sur le pavé, qui, à cette époque, n’était pas celui de la république mais de l’empereur, les regards des passants vous scrutent sans bienveillance, car nous sommes considérés comme des barbares, « des diables étrangers ». Les chiens eux-mêmes partagent l’hostilité de leurs maîtres, et retroussent leurs lèvres sur leurs crocs, avec de sourds grognements.
- Malgré ces présages peu favorables, essayons de violer l’intimité de la vie des Célestes et pénétrons dans l’habitation.
- (1) Conférence faite par l'auteur le 7 novembre 1932, à l'Agence économique de l’Indochine sous les auspices de la Fédération française des Arts ménagers, présidée par M. Moll-Weiss et M. le professeur Jean-Louis Faure, de l’Académie de Médecine.
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- AU CONTACT DE LA VIE CHINOISE.
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- Elle se présente comme un long boyau divisé en compartiments qui ne prennent jour que par deux extrémités : l’une commerciale, l’autre ménagère.
- Sur le devant, se concentrent les objets à vendre : boutiques de soyeux aux enseignes incrustées d’or, aux robustes comptoirs en bois de teck; modestes cordonneries où se frabriquent les incommodes souliers aux épaisses semelles en papier à bout recourbé comme la proue des antiques caravelles, les minuscules enveloppes de soie où s’emprisonnent les pieds mutilés. Boutiques de poteries; charcuteries achalandées où pendent de longues tresses de saucisses, des cochons rôtis aux tons d’un luisant de laque ; des canards tapés et racornis comme une momie des pharaons ; Aussi loin que le regard peut porter sur l’horizon, vous n’apercevrez aucune trace des fumées noires des usines : les 430 millions d’habitants de l’Empire vivent de leurs industries familiales, sans le secours de l’étranger. Tous les objets qui sont devant nous portent la marque de fabrique autochtone, à part quelques lampes à pétrole « made in Germany ».
- A l’autre bout du tunnel, dans une courette, se dissimulent les occupations domestiques quotidiennes. La ménagère, ceinturée d’un enfant qui piaille dans son dos, s’affaire aux préparatifs du repas, an milieu de toute une basse-cour, pendant que grognent des groins en quête de pitance. Campé sur ses pattes de derrière, le chien au museau de loup et au pelage fauve, gardien vigilant contre les rôdeurs nocturnes, épie les miettes qui tombent, à moins que, convié par un appel guttural, il ne se précipite pour procéder à la toilette intime du bébé que la mère lui tend comme une friandise.
- Entre ces deux extrémités s’épanouit la vie familiale. On devine dans la pénombre, à côté de l’autel des ancêtres, les meubles du gynécée : le lit formé par quelques planches, le rigide oreiller en bois ou en bambou, les malles de laque où sont enfouis les modestes pécules et la fortune vestimentaire ; les chaises pesantes en bois noir sculpté, lustrées par le frottement des générations successives. Aussi bien que dans les palais ou « yamens » des grands seigneurs, le confort moderne y est inconnu. Aucun appareil de chauffage et, pour se préserver du froid, le Chinois accumule sur lui toutes les ressources de sa garde-robe et s’enveloppe de tuniques ouatées dont les manches lui servent de manchon.
- Les soirs d’été venus, le Céleste émigre sur l’exigu trottoir, en marge de la rue bruyante. Ses longs bras maigres ou trop gras hors de la veste, la queue roulée en chignon sur la nuque, haut perché sur un escabeau étroit, il contemple la foule qui s’agite ou décoche des quolibets railleurs au passant qui le frôle. Puis il rentre pour procéder à sa toilette du soir et s’ablutionne le torse et le visage avec un linge douteux trempé dans un baquet d’eau chaude où il immerge, finalement, ses pieds, dernier acte de son tub quotidien, pratiqué aux heures crépusculaires.
- Dans l’étroit canal urbain, la vague humaine déferle sans cesse; la brouette grince, les piétons se heurtent, les chaises à porteurs s’entrechoquent, les enfants s’ébattent. C’est une bousculade générale, mais elle est sans danger, car elle est dépourvue de vitesse.
- Voici la nuit; Le vacarme peu à peu s’apaise; les boutiquiers attardés ferment leurs portes; la ville se barricade, la circulation s’éteint. A travers les huis mal joints, à peine voit-on poindre la lueur vacillante des lampes des fumeries d’opium, tandis que le veilleur trottine avec sa lanterne dans le dédale des rues noires, lançant
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- à intervalles réguliers des cris cadencés pou r effrayer les voleurs et les malandrins dont il est le seul épouvantail.
- Si vous quittez la ville pour parcourir la campagne environnante, vous retrouvez les mêmes formules de la vie familiale, mais sous des aspects agricoles. Dans une vaste plaine, parsemée de bois de pins, derrière des haies de bambous et de pan-danus, se dissimulent les fermes villageoises. La vie humaine est ici isolée. La maison est bâtie en pisé. Dans la cour, des buffles et des cochons; dans le jardin potager, la brouette et la charrette, auxiliaires bruyants et vénérables de l’activité indigène.
- La première, au fragile équilibre,. s’appuie sur les bras nerveux de l’homme jaune qui la pousse en courbant l’échine. Sa minuscule plateforme donne parfois asile à un bric-à-brac invraisemblable : paquets de haillons, malles, paniers énormes. Le voyageur lui-même s’y installe à califourchon, les jambes pendantes comme sur l’impériale de nos vieilles diligences. Le monotone cahotement du véhicule fait incliner sa tête sur le monceau de hardes et il s’endort dans cette pose de cordiale embrassade.
- La deuxième rappelle les anciens chars des rois fainéants; des bœufs efflanqués ou des buffles, aux regards stupides sous les cornes menaçantes, traînent d’un pas lourd l’antique chariot. C’est un outil campagnard qui recueille, pour aller les déverser dans les champs, tous les déchets de la vie animale.
- Voici les ramasseurs de choses immondes qui s’en vont trottinant menai dans les rues et les campagnes. Ils sont deux de haillons vêtus, la peau bronzée par l’ardent soleil. L’un maintient sur l’épaule courbée une tige flexible et résistante aux extrémités de laquelle pendent deux récipients, qui s’abaissent et se soulèvent suivant la cadence de la marche. L’autre est armé d’un vieux panier et d’un bâton avec, au bout, une sorte d’écuelle. Il s’en va à la découverte. Son regard inspecte et fouille les coins et les recoins des routes. On le voit sautiller et se précipiter soudain; le bâton s’incline dans un geste de rapide cueillette.
- Point n’est besoin de les voir les deux errants. Leur odeur spéciale les signale au loin. Elle vous poursuit de tous les coins de l’horizon, et pendant la promenade du soir, le vent vous en balaie la figure.
- Ce sont deux fabricants d’engrais, deux engraisseurs de la terre rebelle. Ils lui restituent sous une autre forme la nourriture qu’elle leur dispense. C’est une reconnaissance d’enfants pieux pour une mère nourricière.
- Le riz et le thé sont les symboles de l’alimentation chinoise. C’est par une tasse de thé, servie dans une minuscule tasse en porcelaine, que le mandarin chinois vous accueille dans son yamen, et c’est par la phrase « chek fan » (as-tu mangé ton riz?) que les passants se saluent entre eux dans la rue. Il faut être furieusement pauvre en Chine pour ne pas avoir son « riz quotidien » assuré puisqu’un coolie peut avec quelques sapèques — 8 à 10sous de notre monnaie —nourrir toute sa famille.
- Cette céréale joue donc en Chine un rôle plus important que le'pain en France. Pourquoi a-t-elle été choisie? Sans doute pour des raisons géologiques et économiques : les terrains marécageux sont propres à sa culture ; elle est d’une digestion plus facile que d’autres végétaux tels que le manioc et la patate; grâce aux repiquage, elle ne demande que peu de semences ; elle est d’une conservation aisée car elle ne se charançonne pas rapidement comme le maïs; enfin, sa préparation ne nécessite que des manipulations très simples; décortiquée avec un moulin à mani-
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- AU CONTACT DE LA VIE CHINOISE.
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- velle, blanchie avec un pilon mû par le pied, il suffît pour sa cuisson d’ajouter à une certaine quantité de riz un égal volume d'eau.
- Ce régime alimentaire serait-il suffisant pour fournir à l’organisme l’énergie nécessaire à son entretien?
- Les hygiénistes ont calculé que la quantité d’énergie dépensée par kilogramme-homme et par jour pour un travail moyen, est d’environ 30 calories, ce qui représente pour un homme de 60 kg, 3.000 calories par jour. Cette énergie doit être délivrée d’ailleurs en tenant compte des proportions attribuées à chaque corps simple composant la ration alimentaire normale, qui peuvent être fixées comme il suit :
- Albuminoïdes...........................................................1,00 g
- Graisses...............................................................0,50 —
- Hydrates de carbone....................................................4,00 —
- Il est facile de voir qu’une alimentation presqu’exclusive par le riz ne saurait satisfaire aux données physiologiques que nous venons d’exposer.
- Cette céréale est la plus riche en matière amylacée (70 à 80 p. 100), mais la plus pauvre en azote (3 à 7 p. 100) et en graisse, et incapable par suite de fournir à l’organisme la ration de calories nécessaires à son entretien. Son usage prolongé conduit d’ailleurs à une maladie par avitaminose, le béribéri.
- Pour combler le déficit azoté, le Chinois s’adresse .rarement à la viande des bovidés, bœufs ou buffles, qui lui servent surtout pour les-travaux agricoles. Le lait et le beurre lui sont inconnus. Lorsqu’il possède quelques fonds, on voit apparaître sur sa table du porc et du canard, débités en petits morceaux dans une assiette où il plonge ses baguettes, qui remplacent chez lui notre fourchette. Faute de mieux, il cherche même à se nourrir d’insectes, dont il utilise surtout la tête, et qui sont classés suivant une véritable hiérarchie gastronomique.
- Les populations maritimes ou riveraines de cours d’eau, sont plus favorisées par les ressources que leur procure la pêche. Dans les eaux tonkinoises, les jonques venant de Pak-hoï et de différents ports du Quang-Tong ramassent chaque année environ 6.000 t de poissons salés : sardines, anchois, maquereaux, bonites, roussettes, dont les nageoires donnent les ailerons de requin si appréciés des indigènes. Un des mets les plus recherchés est le potage aux nids d’hirondelles ou salanganes, qui sont fournis par la salive, à consistance gélatineuse, de ces oiseaux.
- Mais c’est surtout dans le règne végétal que le Chinois recherche les matières azotées par des cultures secondaires, les unes intermittentes telles que : maïs, haricots (soja), patates, arrow-root, taros, sésames; les autres à caractères permanents telles que : choux, navets, salades, épinards, poireaux, manioc.
- Car, ainsi que Candide, le paysan chinois cultive son jardin avec amour et y consacre la plus grande partie de son existence. Comme le bétail est peu abondant, la fumure, nous l’avons déjà dit, lui est fournie par l’engrais humain. Toutes les déjections, urines comprises, sont versées dans une fosse où elles subissent la fermentation ammoniacale avant d’être disposées en tas aux abords du jardin familial.
- Il ne fallait pas dès lors s’étonner de constater que la plupart des Chinois, venant à notre consultation, fussent porteurs d’affections parasitaires intestinales, surtout d’ascaridiose. Un des médecins les plus réputés de la localité nous affirmait, sans sourire, que la présence d’ascarides était nécessaire à une bonne digestion. Que de
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- fois de simples prises de calomel ou de santonine nous ont suffi pour débarrasser nos malades de phénomènes appendiculaires, en apparence très graves, mais qui disparaissaient après l’administration du médicament!
- Signalons que les Chinois font aussi volontiers emploi dans leur alimentation, de plantes aquatiques : hydropire, liseron d’eau, lotus.
- Les fruits sont peu abondants, et il est rare que l’indigène attende pour les cueillir qu’ils soient arrivés à maturité : grenadiers, papayers, manguiers, caram-boliers, citronniers, pamplemousses, letchis, pommes canelles, etc.... Ils contribuent à apporter un peu de variété dans l’alimentation et par leur richesse en sels acides à base alcaline (malates-citrates), à maintenir l’alcalinité des humeurs, par la formation de carbonates alcalins.
- Ainsi que nous l’avons dit, le thé est la boisson favorite des Chinois. Son principe actif est la théine qui se trouve dans la proportion de 2 p. 100 dans les feuilles de thé noir, et de 5 p. 100 dans les feuilles de thé vert. Une infusion de 1 g de thé dans 120 cm3 d’eau contient 0,025 g de théine (Macaigne). Cette boisson présente le double avantage de fournir à l’indigène une eau stérilisée par l’ébullition et un médicament nervin capable de lui donner une plus grande résistance à la fatigue, et d’épargner ses réserves de substances protéiques dont la désassimilation est diminuée.
- L’alcoolisme est inconnu dans la Chine du Sud. L’alcool n’est consommé que sous forme d’alcool de riz, souvent parfumé à la rose, à l’occasion des grandes l'êtes, comme celles du Nouvel An.
- En somme par la nature du sol sur lequel il vit et l’isolement de sa vie familiale, qui cherche à se suffire à elle-même sans recourir aux échanges étrangers, le Chinois est un végétarien en recherche constante des graisses et albuminoïdes nécessaires à son énergie vitale. Nous avons essayé de montrer comment il s’elforçait de parer à ce déficit alimentaire.
- On a écrit que les peuples les plus actifs sont ceux qui mangent de la viande. C’est sans doute la raison pour laquelle les Chinois végétariens recherchent l’emploi de substances comme le thé ou l’opiurn,qui stimulent leur système nerveux assoupi. Chez le coolie, l’usage de la drogue des rêves semble nécessaire pour soutenir son activité. A l’occasion d’un récent voyage en Extrême-Orient, les membres de la Commission d’enquête de l’Association internationale de Défense contre les Stupéfiants ont fait remarquer que la suppression brusque ou progressive de l’opium pourrait avoir des résidtats fâcheux sur la vie économique des milieux qui recrutent de la main-d’œuvre chinoise.
- La grande préoccupation des autorités locales n’est pas d’ailleurs d’épargner une main-d’œuvre surabondante, mais de subdiviser le travail à l’infini de manière à assurer leur subsistance journalière au plus grand nombre de travailleurs. C’est la raison pour laquelle les mandarins, peut-être plus avisés que nos contemporains, se sont opposés pendant longtemps au machinisme, générateur du chômage et de troubles civils. A ce propos, Bard dans son livre Les Chinois chez eux, raconte une histoire amusante. Un jour, une falaise s’était effondrée sur les bords du Fleuve Bleu, non loin d’Itchang, et un rapide s’était formé qui rendait la navigation diffi-
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- cile. Aussitôt, toute une population de bateliers vint s’installer sur les rives pour aider au trafic fluvial. Les autorités locales en furent fort aises; la catastrophe leur apparut providentielle, et ils se gardèrent bien de déblayer le cours du fleuve pour lui rendre sa navigabilité normale.
- Nul peuple ne possède, d’ailleurs, comme le Chinois, l’art d’utiliser les restes. C’est ainsi, par exemple, qu’un marchand de bananes vendra un certain prix l’exlré-mité du fruit avariée, et le double l’extrémité demeurée saine.
- Tels sont, rapidement esquissés, les aspects physiologiques du milieu. Il nous reste à essayer de découvrir les palpitations de sa vie intérieure.
- Tous les observateurs sont d’accord pour admettre que sa psychologie est des plus difficiles à pénétrer, car la maison chinoise est à l’envers de la maison européenne : le Chinois termine son repas par le potage; ses livres finissent par où les nôtres commencent ; leurs signes de deuil s’expriment par le blanc et non par le noir, et nos formules de politesse leur apparaissent souvent comme un manque de savoir-vivre. Ainsi que l’a déjà décrit un éminent auteur dans ses études sur la Chine, M. Hovelaque, nous nous contenterons seulement de rendre « en gammes de blanc, ce qui n’a sa vraie signification qu’en gammes de jaune ».
- Au point de vue confessionnel, plusieurs religions se côtoient : bouddhisme, confucianisme, taoïsme, entourées d’innombrables superstitions, de génies merveilleux, de dragons effrayants qui ont enfanté des histoires analogues à celles que la patiente Schéhérazade narrait à l’exigeant calife des Mille et une Nuits. A chaque pas, dans les rues, on entend résonner le gong et la voix criarde des sorciers opérant contre les mauvais esprits.
- Cependant, les dieux d’Asie vivent en bonne intelligence et voisinent dans les temples pour se fondre en une seule unité, car, à leur tour, ils doivent rendre hommage à l’âme des ancêtres. Leurs serviteurs eux-mêmes, les bonzes au crâne rasé, récitent des prières dont ils ne comprennent pas le sens, et qui ne sont que la traduction de livres sanscrits.
- Si nous voulons chercher un fil conducteur pour nous guider, il faut donc nous approcher de l’autel des ancêtres, des dieux lares, devant lesquels tous, riches ou pauvres, viennent accomplir des rites obligatoires, minutieusement stipulés depuis des millénaires et dont on retrouve la description dans La cité antique de Fustel de Coulanges, à propos des Grecs et des Romains : « Si l’on cessait d’offrir aux morts le « repas funèbre, aussitôt les morts sortaient de leurs tombeaux ; ombres errantes, « on les entendait gémir dans la nuit silencieuse. Ils reprochaient aux vivants leur « négligence impie; ils cherchaient à les punir; ils leur envoyaient des maladies et « frappaient le sol de stérilité. Ils ne laissaient enfin aux vivants aucun repos, jus-« qu’au jour où les repas funèbres étaient rétablis. Le sacrifice, l’offrande delà nour-« riture et la libation les faisaient rentrer dans le tombeau. L’homme était alors en « paix avec eux. »
- Lorsque le chef de famille disparaît, son enterrement a lieu en grande pompe. Le cortège, vêtu de blanc, suit le cercueil accompagné d’une représentation en papier de tous les objets dont le défunt avait fait usage durant sa vie terrienne, et que l’on brûle après la cérémonie : malles, voitures, valets, vêtements, maisons, et même des lingots d’or et d argent, en papier, bien entendu.
- Les tombes sont soigneusement entretenues, et tous les ans, aux époques prévues, 1320 Année. — Octobre 1933. 33
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- la famille vient s'v livrer aux manifestations coutumières : offrandes de bols de riz, de poulets rôtis, de bâtonnets d’encens qui purifient l’atmosphère. Dans notre visite à Canton, on nous a montré, dans un yamen, des cercueils de laque renfermant la dépouille de mandarins illustres et à côté desquels des lampes à huile brûlaient depuis 2.000 ans.
- Le culte des ancêtres explique l’indestructible attachement du Chinois pour la ferre qui l’a vu naître, et le désir de venir y reposer. On se rappelle la vive curiosité qu’excita autrefois le vice-roi de Canton, Li-Hung-Tchang, en ambassade chez les barbares occidentaux, lorsqu’on le vit traîner parmi ses bagages de grand seigneur mandchou, un magnifique cercueil destiné, en cas d’accident, à le ramener en terre familiale.
- Une des grandes faveurs sollicitées par le condamné à mort est que sa tête soit remise après l’exécution à sa famille, afin qu’il puisse se présenter au complet devant l’aïeul qui l’attend.
- Il nous arriva un jour une curieuse aventure hospitalière. Un pauvre coolie, brouettier de son état, était venu nous trouver pour nous demander de le débarrasser d’une énorme tumeur du sein qui le gênait dans l’exercice de son métier. La tumeur était déjà dans le plateau, lorsqu’un incident hémorragique vint nous donner de vives inquiétudes. Lorsque je voulus faire part de mes angoisses chirurgicales aux parents de l’opéré qui attendaient dans une salle voisine, l’un d’entre eux me dit simplement : « Grand homme, le plus grand malheur n’est pas de mourir,
- « car cela est la loi commune, mais de ne pas avoir un cercueil pour se faire « enterrer avec décence. Prends-tu l’engagement de le fournir en cas de décès de « notre parent? »
- Cette conception cultuelle a joué un rôle capital dans la constitution de la société chinoise, car elle lui a permis de subsister indéfiniment. Le père est le chef incontesté de la gens. C’est un véritable magistrat, le grand-prêtre de la religion domestique et le responsable légal de la bonne conduite de la famille envers la nation. C’est lui que la justice mandarinale va rechercher en cas d’infraction à la loi. Et il ne pourrait en être autrement à moins de réformer les rouages administratifs et judiciaires en vigueur et d’organiser une police qui n’existe qu’à l’état d’ébauche. Un seul fonctionnaire, que l’on appelle d’ailleurs « le père et la mère du peuple », un ho-ponyen est chargé dans chaque sous-préfecture (et elles sont souvent plus étendues qu’un département français), des multiples fonctions d’administrateur, de justicier, de percepteur d’impôts, de directeur des travaux publics, de commandant de recrutement, etc... Malgré ses quelques satellites, que pourrait-il faire, s’il n’était aidé dans cette tâche par le « Conseil des Notables », c’est-à-dire des pères de famille, qui font la police de leurs clans respectifs et qui, par leur invincible liaison au sol, fournissent des éléments fixes de responsabilité que l’on peut retrouver sans grandes recherches ?
- Les vieillards sont grandement honorés car ils représentent l’expérienee accumulée du passé. Il n’est pas de plus grand honneur que l’on puisse vous faire que de vous vieillir, et dans les livres de poésie, l’Empereur lui-même était souvent appelé « Dix mille années ».
- Puisque les mâles seuls sont autorisés à pratiquer le culte des ancêtres, ôn conçoit que la femme ne puisse jouer qu’un rôle effacé.
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- A sa naissance, elle est reçue avec indifférence; les gens pauvres la vendent parfois ou l’abandonnent. En nous rendant à notre dispensaire, il nous arrivait de trouver sur notre chemin un panier d’osier, dans lequel avait été déposée au milieu de linges sordides, une pauvre petite fille de quelques mois. J’avais l’habitude de signaler ma découverte au missionnaire français habitant dans le voisinage. Lé fragile colis était recueilli et porté à la Sainte-Enfance. Bien que notre observation date de 25 ans, il ne semble pas que les mœurs chinoises soient devenues plus pitoyables et nous lisons, dans une revue italienne de mai 1931, que chaque année, d’après une déclaration faite à la Chambre des Communes par le député anglais Graham White, un millier environ de cadavres d’enfants sont ramassés dans les rues de la grande ville de Hong-Kong, abandonnés par leurs parents désireux de s’éviter des dépenses mortuaires.
- La femme n’est donc qu’un moyen de perpétuer la famille, « un simple réceptacle de la vie supérieure » ainsi que la désignent des textes chinois! En entrant dans la maison de son mari, elle perd sa personnalité et s’absorbe dans sa nouvelle famille. Aussi, ainsi que le fait remarquer M. Hovelaque, la parenté par les femmes se dit-elle wai-tsin, parenté étrangère.
- De là découlent : l’obligation impérieuse du mariage, le droit au concubinat si la femme est stérile, et l’adoption d’un fils s’il n’y a pas de postérité mâle. Les futurs époux ne sont pas consultés ; ils sont mariés par leurs parents avant la puberté. Ceux du jeune homme versent à la partie prenante une dot convenable pour assurer son éducation.
- Le jour de la cérémonie, la fiancée inconnue est enveloppée dans une sorte de surplis rouge et coiffée d’un énorme chapeau entouré d’un rideau de même couleur glissant sur une tringle. Après quoi, un long cortège se forme pour la conduire dans une chaise à porteurs, hermétiquement close, à la maison de l’époux, accompagnée de tous les articles de son trousseau. Arrivée à destination, on procède à son déballage ; pour bien montrer sa complète dépendance, elle doit demeurer immobile et hiératique, en abandonnant son corps à une matrone qui lui imprime, comme à un automate, tous les mouvements ordonnés par les rites. La noce dure plusieurs jours pendant lesquels on tient table ouverte.
- A partir de ce moment, elle devient soumise à la mère de son mari et ne conquiert une certaine indépendance que le jour où elle devient mère à son tour, et surtout mère d’un garçon. Le Chinois ne parle jamais de sa femme et les plus polis, lorsqu’on demande de ses nouvelles, l’affublent d’épithètes peu bienveillantes comme celles de « mon insupportable crampon ». Il est vrai que la politesse chinoise ne s’exprime jamais que par périphrases d’humiliation personnelle, et il est de bon ton, en parlant de soi-même, de dire « ma misérable, mon insignifiante personne ».
- Si elle meurt, les fils doivent porter le deuil cent jours. La veuve qui se marie n’est pas considérée comme respectable. Au contraire, celle qui se suicide sur le tombeau de son époux mérite les honneurs posthumes.
- La majorité des Chinois est monogame. Dans leur écriture idéographique, les caractères qui dessinent une femme et un enfant signifient bonheur ; une femme sous un toit exprime la paix; deux femmes, querelle: trois femmes, discorde.
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- Le Père de Labissachère qui s’en fut évangéliser au Tonkin en 1789, raconte que lorsqu’une fille du roi du Tonkin choisissait son mari, son père lui donnait un sabre pour couper la tête de son époux s’il commettait un crime d’Etat. Mais, en même temps, il faisait cadeau à son gendre d’un joli rotin, garni d’or, moins gros que le petit doigt, pour corriger la demoiselle dans le secret du ménage, s’il lui arrivait de manquer à ses devoirs. Or, les mœurs et coutumes de l’Empire d’Annam étaient les mêmes que celles de l’Empire du Milieu.
- Ajoutons à ce propos que la femme jaune est moins sensible à la douleur que sa sœur européenne. Une paysanne était venue me trouver un jour au dispensaire, pour se faire enlever une tumeur grosse comme la tête d’un bébé, et située au bas des reins. Comme elle était pressée, elle avait refusé de s’étendre sur la table d’opération et je dus l’opérer debout, moi-même accroupi sur le plancher. Durant l’intervention, elle ne laissa pas échapper une plainte, se contentant d’apaiser par la parole son enfant qui criait dans son dos. Le dernier point de suture terminé, elle s’en fut eu toute hâte et je ne la revis plus jamais.
- De notre voyage en Chine, il faut maintenant essayer de dégager quelques conclusions contemporaines. Nous ne voulons point ici renouveler la querelle des anciens et des modernes; mais il est permis de se demander si l’Europe et l’Amérique ont eu une influence bienfaisante sur l’évolution de la race chinoise.
- Si l’on admet que le bonheur d’une nation est surtout lié à son activité industrielle et scientifique, il est certain que la Chine n’aura pu que gagner au contact des « diables étrangers ». Mais nous venons de remarquer que la civilisation des jaunes les avait conduits à dédaigner les manifestations fébriles de l’activité contemporaine, et à s’immobiliser dans une série de formules au parfum archaïque qui ne jettent point le trouble dans les âmes. Le pouvoir que les moralistes chinois reconnaissent aux chefs de gouvernement n’est qu’une délégation du Ciel (représenté par l’Empereur), ou de la « Raison suprême absolue », ne pouvant s’exercer que dans le sens de l’intérêt général et non au profit d’un seul. L’enseignement de Confucius qui, 500 ans avant J.-C. fut surnommé « l’Instructeur du genre humain », n’est qu’un commentaire des règles morales établies par le passé, la croyance à la sagesse des ancêtres. « La première obligation, écrit-il dans ses livres, est l’amélio-« ration constante de soi-même et des autres, et il essaie de définir la recherche de « la vérité qui doit se tenir également éloignée des extrêmes. Ce qui ne dévie « d’aucun côté, dit le « Tchoung-Young », est appelé milieu (Tchoung); ce qui ne « change pas est appelé invariable (Young). Le milieu est la droite voie ou la droite « règle du monde ; l’invariabilité en est la raison fixe. »
- L’invariabilité, l’immobilité dans les choses que des expériences millénaires ont montrées excellentes, tel est le fond de la philosophie chinoise. C’est ce qui explique que leur civilisation médiévale ait été en défiance de la découverte scientifique, bien qu’elle eût déjà inventé la poudre à canon, la boussole et l’imprimerie au vie siècle.
- Je rencontrai un jour, sur une route mandarine, un fonctionnaire qui regagnait sa résidence, bercé dans une chaise à porteurs, au trot de quatre vigoureux coolies.
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- Dans sa cage tendue de brocart vert pâle, enfoui dans un chatoiement d’étoffes soyeuses, il tirait d’une pipe à eau des bouffées de fumée dont les volutes bleues venaient s’enrouler autour des branches pendantes des arbres. Sur les bords du chemin jaune, la conversation s’engagea un instant :
- — Grand Homme de l’illustre Nation centrale, lui dis-je, le voyage doit te paraître long. Si, à l’instar des pays étrangers, la Chine possédait des moyens de locomotion rapides, tu serais déjà rendu à destination.
- — En effet, me répondit-il, j’ai vu à Hong-Kong des maisons roulantes qui crachent le feu et la fumée et des chars qui marchent sans chevaux, avec un bruit assourdissant, agiles comme la flèche qui s’échappe de l’arc d’un guerrier. Cependant souffrez que je vous dise que ce spectacle ne m’a pas paru admirable. Vous autres gens venus de l’Ouest, vous êtes tourmentés par le démon du mouvement perpétuel. Pour les habitants du Céleste Empire, guidés par les préceptes des sages philosophes, le temps n’existe pas et une chaise à porteurs suffit à mes besoins de voyageur. Sachez que les projectiles qui vont le plus vite sont aussi ceux qui causent le plus d’accidents, et ne convient-il pas d’avouer que vous, avec vos grands remuements, et nous, avec notre paisible lenteur, nous aboutissons à une destinée commune.
- Il dit, et, lançant une dernière bouffée de fumée, il fit signe aux porteurs de reprendre la route au milieu d’un concert de grillons qui s’acharnaient sur les panaches des herbes brûlées par le soleil.
- « Oui, s’écrie aussi le Japonais Okakura Kakuzo, l’Occident est favorable au « progrès; mais où tend le progrès?... Les individus qui coopèrent à la fabrication « de la grande machine de la civilisation moderne, deviennent les esclaves d’une « habitude machinale et sont impitoyablement dominés par le monstre qu’ils ont « créé. En dépit de la fameuse liberté de l’Occident, l’individualité véritable y est « détruite par la compétition, par la richesse; le bonheur et la joie y sont sacrifiés « à l’insatiable désir de posséder toujours davantage. L’Occident se glorifie de s’être « émancipé des superstitions médiévales; mais quel est donc ce culte idolâtre des « richesses qui les a remplacées? Quelles souffrances et quel mécontentement se « trouvent cachés derrière le masque somptueux du présent! La voix du socialisme « est une lamentation sur les affres de l’économie politique occidentale, la tragédie « du capital et du travail.
- « L’Asie ignore, il est vrai, les joies sauvages d’une locomotion qui boit l’espace,
- « mais elle possède encore la science plus profonde du voyage, celle des pèlerinages « et des moines nomades. L’ascète indien qui mendie son pain quotidien aux ména-« gères villageoises et qui, le soir venu, s’assied sous un arbre, parle et fume avec « les paysans de la contrée, voilà le vrai voyageur. Pour lui, la campagne n’est pas « faite seulement de ses aspects naturels; elle est un chaînon de coutumes et de tra-« ditions toutes empreintes de la tendresse et de l’amitié qui a partagé, ne fût-ce « qu’un instant, les joies et les peines de son drame privé. »
- Telle est la plainte qui s’élève des horizons de PExtrême-Asie. Elle explique la résistance farouche du Céleste devant l’invasion étrangère, ses réactions parfois cruelles, son refus de laisser prospecter son sous-sol, de peur d’y rencontrer le pétrole et le charbon qui l’auraient contraint à modifier les formes de son activité, le maintien obstiné de son écriture idéographique si incommode, dont les signes-
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- racines représentent chacun un objet, qu’il faut savoir combiner à l’infini pour devenir un véritable lettré et appartenir à l’illustre corporation de « la Forêt des Pinceaux ».
- Et cependant les Chinois avaient déjà fondé une gazette à Pékin, sous l’impératrice Wou qui régna de 684 à 703, et avaient déjà tenté, au xne siècle, de donner une représentation réelle aux paradis communistes qui tentent encore l’esprit de la foule moderne.
- Cette mémorable aventure sociale est racontée par le P. Hue dans les relations de ses audacieux et pittoresques voyages dans la Chine interdite. L’empereur Chen-Toung, de la dynastie des Soung, avait ordonné que toutes les ressources de l’Empire seraient mises en commun. Des tribunaux fixaient chaque jour le prix des denrées et des marchandises. Pendant un certain nombre d’années, les riches seuls devaient payer l’impôt, les pauvres en étaient exemptés. Une caisse de réserve était constituée pour distribuer des secours aux vieillards, aux infirmes, aux chômeurs, etc... Elle s’appellerait aujourd’hui « assurances sociales », et « caisse de chômage ». Enfin, les terres et les semences étaient réparties entre les membres de la communauté avec obligation pour eux de les restituer en autres denrées ou en produits des récoltes, ce qui revenait à établir le système du troc. Dans l’esprit de l’Empereur, la réforme, en entraînant la disparition des inégalités sociales, devait conduire au bonheur universel.
- En vain des hommes d’Etat, comme le célèbre Sse-Ma-Kouang, adressèrent au Fils du Ciel des suppliques pour lui signaler les dangers du système : « Oui,
- « disaient-ils en substance, rien de plus séduisant, en théorie, mais rien de plus faux
- « dans la pratique. On prête au peuple des grains et il les reçoit avec avidité,...
- « mais il commence par en garder une partie; il vend le reste ou les échange.
- « L’homme devient paresseux et abandonne son métier.
- « Mais, mettons les choses au mieux. Ayant accompli le travail prescrit, le jour « de la récolte est arrivé. Croyez-vous donc qu’il se résoudra à abandonner sans « résistance le fruit de sa peine et de ses soins? Vous instituerez alors des tribunaux « spéciaux pour l’v contraindre. Cela nécessitera d’abord des frais d’établissement « énormes, et si ces tribunaux commettent à leur tour des actes de concussion, que « ferez-vous? »
- Trois ans plus tard le système avait fait faillite et le peuple se trouva plongé dans une misère plus profonde qu’auparavant. Les réformateurs furent voués à l’exécration publique et chassés de l’Empire.
- Depuis cette époque, le Fils du Ciel se contentait d’observer les rites sacrés. Chaque année, au solstice d’hiver, il se rendait en grande pompe avec sa cour au Temple du Ciel et de l’Agriculture.
- Après avoir jeûné pour purifier son âme, il gravissait trois plate-formes, séparées par des perrons de 9 degrés, nombre divin qui correspond aux neuf sphères célestes, et offrait un sacrifice à ses ancêtres, les Dieux du Ciel, en leur demandant de bien l’inspirer dans son règne. Pendant qu’il présentait aux dieux les mets apportés pour cet usage et des rouleaux de parchemins et de soie surchargés d’écritures, tous les mandarins de sa suite attendaient sur les degrés, respectueusement et dans le silence.
- La cérémonie terminée, il continuait son pèlerinage au Temple de l’Agriculture.
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- La terre des jaunes sous ses pieds, sa main s’appuyait sur le manche d’une charrue traînée par des bœufs aux cornes dorées, pour tracer le premier sillon où devaient germer les semences de la vie future.
- Par ces deux gestes symboliques, il voulait marquer à la fois le soin qu’il prenait pour assurer le bonheur de son peuple et sa vénération pour la terre, mère nourricière du vaste empire agricole.
- Ce jour-là, tous les délégués de l’autorité impériale, de Pékin au Yunnan et aux steppes tibétaines, communiaient par la pensée avec leur empereur en conversation avec ses ancêtres. A ceux qui s’écartaient de la loi, Pékin faisait parvenir un coffret précieux en bois de laque renfermant une mince cordelette de soie. Le mandarin coupable, « qui avait perdu la face », connaissait sa sinistre signification, et alors, honorablement, après avoir accompli les rites, il mettait fin à ses jours devant l’autel de la famille qu’il avait trahie.
- « Ce conservatisme a fait ses preuves, écrit M. Hovelaque. Il a assuré à des « milliards d’hommes le pain du corps et le pain de l’esprit. Il a été une école de « vertu, de beauté morale, de sagesse. Il a donné à la Chine une somme debonheur, « et à sa vie une stabilité et une harmonie qu’aucune autre civilisation n’a dépassées... « La religion chinoise est ainsi un des faits les plus considérables de l’histoire. Il « n’en est pas de plus digne de tous les respects, ni qui mérite davantage d’être « étudiée et méditée. »
- Ces observations sur la psychologie et l’organisation de la famille en Chine, vous montrent que notre politique en Extrême-Asie eût été vraiment efficace si, en même temps que nous instruisions les Chinois de notre modernisme, nous nous étions inquiétés de ne point troubler leur évolution morale. Malheureusement, à ce point de vue, l’étranger s’est montré un éducateur déplorable et a livré à un grand peuple tous les secrets de sa force brutale sans chercher à se ménager ses bonnes grâces spirituelles.
- Sans doute y a-t-il beaucoup à réformer en Chine, mais gardons-nous de mépriser la vieille sagesse du Céleste qui vit encore à la recherche philosophique du bonheur, et faisons réflexion que des énergies industrielles indisciplinées ont jailli des maladies nouvelles comme celles du bruit, de la vitesse, du chômage, des industries et d’autres forces redoutables qui, avec la guerre, viennent de mettre en péril l’humanité.
- La science, dont nos ancêtres Adam et Eve discutaient déjà sous un arbre du paradis, enfante des choses puissantes et merveilleuses qui peuvent à la fois produire le bien et le mal. Le mieux ne serait-il pas de suivre les préceptes de « l’Instructeur du Genre humain »? se tenir également éloigné des extrêmes, pour'découvrir la vérité. « Ce que l’on sait, disait aussi le sage Confucius, savoir qu’on le sait; ce que « l’on ne sait pas, savoir qu’on ne le sait pas : c’est savoir véritablement ».
- Sur les sables de Djibouti et les terres jaunes de Pékin reposent les colonnes du temple des dieux d’Asie. Sous l’immense voûte lumineuse, dans le creux des vagues et les remous des rivières, le long des routes mandarines, parmi les vieilles pierres soulevées par la forêt luxuriante, au pied des autels fleurant l’encens, s’agite la danse
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- des âmes mortes devant lesquelles la famille bouddhique vient s’incliner respectueusement aux époques fixées par les rites.
- J’ai essayé de transporter jusqu’à vous leur murmure. Le jour où il cessera de se faire entendre, je crois que ce sera un grand malheur, non seulement pour les Chinois, mais aussi pour le reste du monde. Car il ne peut être indifférent pour personne qu’un peuple de plus de 450 millions d’âmes sombre dans l’anarchie (1).
- (1) D’après un rapport présenté au gouvernement de Nankin, il y a eu 186.000 exécutions au Kiang-Si et au llounan. Les offices mandarinaux, les magasins, les banques sont mis au pillage.
- L’assesseur japonais à la Commission d’Études de la Société des Nations écrit ce qui suit: « Si jamais la Chine soviétique et le Camp Russe se rejoignaient, le gouvernement chinois serait incapable d’agir par ses propres moyens et il ne serait pas impossible que la Chine entière ne devînt communiste. » (Dépêche Coloniale du 18 novembre 1932, La tache rouge progresse en Chine, par Albert Maybon.)
- NOTE BIB LIOGRA PHIQUE
- par M. Ed. Sauvage, membre du Conseil de la Société d’Encourayement.
- L’emploi du froid sur les bateaux de pêche.
- M. R. de Boysson, Ingénieur principal du Génie maritime, a présenté, à la session de 1932 de l’Association technique maritime et aéronautique, une importante étude sur la pêche frigorifique et les chalutiers congélateurs.
- Il existe aujourd’hui des procédés qui assurent la parfaite conservation du poisson depuis le moment où il sort de l’eau jusqu’à la présentation au consommateur avec l’aspect le plus satisfaisant. Ces procédés exigent des installations coûteuses à bord des chalutiers, mais qui peuvent être largement compensées par l’accroissement de leur rayon d’action et surtout en évitant au pêcheur l’effondrement des cours en cas de pêches abondantes.
- Ces installations à bord doivent être complétées par une bonne organisation à terre de magasins et de transports frigorifiques, organisation qui existe déjà, au moins partiellement, et dont le développement rend de tels services qu’il est inévitable, malgré quelques résistances intéressées.
- Les meilleurs procédés de préparation du poisson, pour une conservation de durée presque illimitée, consistent à le congeler très rapidement à une température fort basse (jusqu’à —18°), puis à l’enrober dans une couche de glace et à l’emmagasiner dans une cale maintenue à — 15". Il faut donc à bord une machine frigorifique de puissance largement calculée et des cales bien isolées. Comme application spéciale, M. do Boysson cite le cas de la pêche de la morue. Avec les morues, qui sont salées, on prend beaucoup d’autres poissons qui, à l’état frais, auraient une valeur supérieure à celle de la morue salée, et qui sont rejetés à la mer.
- En terminant son étude, l’auteur déclare qu’il y a « un très gros effort à réa-« liser, lequel ne pourra porter ses fruits que lentement : cet effort est commencé « et les premiers résultats en sont, dès à présent, des plus encourageants. Pour « l’industrie de la pêche, la généralisation de ce procédé peut apporter une véri-« table révolution, analogue à celle survenue dans l’industrie de la viande, par « l’usage de la viande frigorifiée. Et de même que le transport de la viande frigo-« rifiée a posé au constructeur naval des problèmes tout à fait nouveaux, la con-« gélation du poisson lui demandera aussi des conceptions toutes nouvelles ».
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- BULL. DE LA SOC. DENCOUR. POUR LONDUSTRIE NATIONALE.— OCTOBRE 1933(p. 505).
- ÉTUDE SUR LA FOUDRE ET LA GRÊLE
- par M. C. Dauzère, Directeur de l'Institut et Observatoire de Physique du Globe du Pic-du-Midi (Bagnères-de-Bigorre, Hautes-Pyrcnées).
- I. — LES POINTS DE CHUTE DE LA FOUDRE
- Localisation des chutes de foudre et de grêle. — La foudre et la grêle ne tombent pas au hasard : il existe des lieux tristement priviligiés, qui sont souvent foudroyés, et des territoires où la grêle tombe presque tous les ans, tandis que d’autres endroits ne sont presque jamais éprouvés par l’un ou par l’autre de ces redoutables fléaux. Ces faits sont restés longtemps méconnus; la distinction des lieux dangereux et non dangereux, au point de vue de la foudre et de la grêle, n’a pas été faite jusqu’à ces dernières années d’une manière bien exacte.
- On a souvent attribué le rôle fondamental au relief du sol. Des idées théoriques, vieilles de 200 ans, ont semblé justifier pour la foudre cette attribution. On a invoqué le « pouvoir des pointes », et les phénomènes d’influence électrique entre corps conducteurs pour expliquer l’attraction de la foudre par les clochers des églises et les sommets des montagnes. Il est indiscutable que cette attraction existe, et qu’elle agit dans certains cas particuliers, mais elle n’exerce en général qu’un rôle tout à fait secondaire.
- Le facteur principal de la fréquence des coups de foudre, en un lieu donné, est la constitution géologique du sol. Je me propose d’expliquer ici comment nous avons pu arriver à cette conclusion, dont l’importance a été indiquée par Arago, il y a une centaine d’années (1).
- L'enquête de M. Joseph Bouget. — Mon collaborateur, M. Joseph Bouget, botaniste de l’Observatoire du Pic du Midi, a fait depuis 1900 un relevé de tous les coups de foudre dont il a eu connaissance, dans la région voisine de Bagnères-de-Bigorre. Cette région, située dans les contreforts des Pyrénées centrales et au pied de la chaîne, a une constitution géologique fort complexe : les roches et les terrains les plus variés y sont rapprochés sur une superficie restreinte. En outre, les orages y produisent tous les ans des ravages considérables ; les chutes de grêle, les coups de foudre y sont nombreux.
- M. Bouget a enregistré les uns et les autres avec beaucoup de soin, plus particu-liarement les coups de foudre. Dans chaque cas, il a noté la date précise, le lieu de l’accident et ses diverses circonstances; mais son attention s’est portée principalement sur la situation topographique et la nature du sol aux points frappés. Ce sont les résultats de cette enquête, poursuivie pendant une trentaine d’années, qui ont été le point de départ de nos recherches communes.
- Les investigations actuelles. — Depuis 1928, nous avons complété l’enquête de M. Boulet et nous l’avons étendue à toute la région du Sud-Ouest. Nous avons
- (1) Arago, Notice sur le tonnerre, p. 171.
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- cherché à nous procurer les informations les plus nombreuses et les plus sures sur les orages de la région.
- A cet effet, nous avons fait distribuer des feuilles de renseignements dans toutes les communes des départements de la Haute-Garonne, du Gers, des Hautes-Pyrénées, des Basses-Pyrénées. La distribution a été faite par les soins des préfectures, qui ont bien voulu aussi recueillir les feuilles utilisées et me les adressera Bagnères-de-Bigorre. de manière à réduire au minimum les frais d’envoi pour les communes. Le classement des feuilles qui nous sont adressées nous permet de repérer sur la carte la marche d’un orage, lorsque toutes ou presque toutes les communes intéressées ont rempli les questionnaires. Nous pouvons ainsi déterminer exactement la direction de la bande de territoire ravagée, sa largeur, son origine et sa fin, ainsi que les coups de foudre s’il y en a.
- Mais les renseignements fournis par les questionnaires, pour si importants qu’ils soient, ne donnent pas toujours la physionomie véritable des contrées éprouvées par l’orage. Pour avoir une idée nette de celle-ci, rien ne vaut une visite des lieux. Nous effectuons cette visite, toutes les fois que nous le pouvons, à une date aussi rapprochée que possible de celle de l’orage. Nous parcourons le pays ravagé, nous regardons l’état des cultures et l’importance des dégâts, nous interrogeons les habitants, nous cherchons à nous enquérir de la fréquence de la grêle et de la foudre sur le territoire, et surtout, nous examinons avec soin la nature du sol.
- Résultats des investigations. — Les moyens d’investigations précédents nous ont permis de recueillir des renscignemets très importants sur les orages de la région depuis 1929. En combinant ces renseignements avec ceux de l’enquête de M. Bouget, nous sommes arrivés aux conclusions suivantes :
- 1° La situation des points de chute les plus habituels de la foudre dépend essentiellement de la constitution géologique du sol. Les roches ignées, surtout les granits, sont très souvent foudroyées; les roches sédimentaires, surtout les calcaires compacts, sont plus rarement frappées.
- 2° Les lieux les plus exposés sont situés souvent sur les lignes de contact de deux terrains différents.
- Explication des résultats précédents. — Avant d’exposer les conséquences des lois que nous venons d’énoncer, je crois utile de chercher la cause des faits qu’elles résument.
- Deux opinions ont été formulées pour expliquer l’attraction de la foudre par certains lieux. La première consiste à faire intervenir la conductibilité du sol. S’il y a dans le sol, ou sur le sol, un corps possédant une conductibilité électrique meilleure que celle des objets environnants, l'influence électrostatique du nuage électrisé doit s’exercer sur lui de préférence, l’intensité du champ électrique doit être augmentée entre ce corps et le nuage, les lignes de force doivent être plus resserrées dans cette partie de l’espace, et la décharge électrique doit suivre le trajet de ces lignes de force, le long desquelles le champ est maximum.
- Il en serait ainsi évidemment si l’air avait partout les mêmes propriétés, s’il offrait partout la même résistance au passage de la décharge. En réalité, la conductibilité de l’air varie d’un lieu à un autre, en temps d’orage plus encore qu’en temps normal. 11 semble naturel de penser que l’éclair doit suivre dans l’air le chemin le
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- plus conducteur. C’est cette idée qui a guidé nos recherches; elle n'est pas d’ailleurs en contradiction formelle avec celle qui fait intervenir le champ maximum, à condition d envisager comme il suit la propagation de l’éclair.
- Théorie de Simpson. — Le champ électrique sous l’action duquel s’effectue cette propagation, n’est point le champ statique qui existait avant l’éclatement entre le nuage et le sol. Ce champ est créé par l’éclair lui-même, à mesure qu’il se propage vers le sol, conformément à la théorie de G. C. Simpson
- Cela résulte du groupement des ions de l’atmosphère autour du vecteur (fîg. 1) qui représente l’intensité du champ en un point du chemin de la foudre. D’après Simpson, ce chemin est une sorte de canal (fîg. 1) formé par les ions; il a pris naissance en un point A du nuage où le champ électrique a acquis une valeur supérieure à la tension explosive (3.000.000 Y par mètre, d’après Wilson). Quand cette valeur est atteinte, les ions de l’atmosphère sont lancés par le champ avec une telle vitesse qu’ils produisent l’ionisation par choc des molécules d’air environnantes ; les ions négatifs se meuvent vers le nuage à l’intérieur du canal ; les ions positifs sont entraînés dans la direction du champ et forment les parois du canal. Le long de celui-ci, les charges positives se rapprochent du sol négatif, ce qui entraîne une augmentation du champ, une nouvelle ionisation par choc, et ainsi de suite. Il est évident que si le canal de l’éclair rencontre sur son trajet une région de l’air renfermant beaucoup d’ions négatifs, sa propagation est facilitée et le canal attiré vers cette région.
- L’ionisation de l'air gouverne donc en définitive à la fois la direction de l’éclair, l’intensité du champ le long du chemin suivi jusqu’au sol, et la situation du point de chute.
- Le cas que nous avons traité est de beaucoup le plus fréquent, d’après Simpson. L’éclair prend son origine habituellement sur un nuage positif et transporte des ions positifs vers le sol. Le cas inverse se présente rarement; l’éclair est alors ascendant; il prend naissance sur le sol positif et transporte vers le nuage négatif de l’électricité positive et, vers le sol, de l’électricité négative.
- Les considérations qui précèdent montrent que la conductibilité du sol n’intervient pas dans le chemin suivi par la foudre; l’augmentation du champ qui en résulte est négligeable en général et incapable de produire l’ionisation de l’air par choc, qui joue le rôle capital dans la propagation. Le rôle du relief est un peu différent. La pointe d’un clocher ou d’un paratonnerre produit autour d’elle une ionisation de l’air; cette ionisation suffit pour guider la foudre vers la pointe. Mais cette action ne s’exerce qu’à une faible distance (2 à 3 m tout au plus); la pointe est tout à fait incapable de décharger les nuages, comme on le croyait autrefois.
- Mesures de la conductibilité de l'aiç. — Il résulte de la théorie précédente que la foudre doit être attirée vers les lieux où les ions négatifs sont très abondants. Nous avons cherché à vérifier expérimentalement cette conséquence.
- (2) G. C. Simpson, Proceed. of lhe Boy. Soc. A, vol. lit, 1926, p. 56 et vol. 114, 1927, p. 376.
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- Fig. 1. — Propagation de l’éclair d’après Simpson ; 3 phases successives.
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- A cet effet, nous avons entrepris des mesures systématiques des deux conductibilités de l’air, dans les lieux souvent foudroyés, et dans d’autres lieux voisins que la foudre n’a jamais frappés, de mémoire d’homme. Ces mesures étaient destinées à nous renseigner sur l’abondance plus ou moins grande des ions de l’un ou de l’autre signe.
- On sait en effet que la conductibilité de l’air résulte de l'existence des ions. Ceux-ci se déplacent sous l’action d’un champ électrique F, avec des vitesses v et v' proportionnelles à F
- v - k¥ v' = k’F.
- k et k' sont les mobilités ; elles sont généralement différentes pour les ions des deux signes et de l’ordre de grandeur de 1 cm/sec dans un champ de 1 Y/m, si l’on se borne aux ions ordinaires ou petits ions.
- Les quantités d’électricité ainsi transportées, à travers 1 cm2 pendant 1 sec., sont alors, en appelant n et n’ les nombres d’ions positifs et négatifs par centimètre cube, c la charge d’un ion :
- q — vne = kne F = ), F q' — v'n'e — k'n'eF = V F.
- en posant
- X = kne )/ = k'n'e.
- X et a' sont les conductibilités pour les ions de chaque signe, leur somme A = X -h X' est la conductibilité totale.
- Les nombres des ions de chaque signe, dans 1 cm3 d’air, n et n', sont extrêmement variables. La plupart des phénomènes que nous venons d’examiner dépendent de ces nombres. Leur détermination est assez délicate; on préfère d’habitude mesurer les conductibilités. En effet, k et k' varient peu dans les conditions atmosphériques habituelles; e est une constante (e = 4,77 X 10~10 U.E.S.); donc les variations de X et de n sont sensiblement proportionnelles.
- La mesure des conductibilités est basée sur le phénomène de la déperdition des charges. Un conducteur chargé d’électricité, abandonné à lui-même dans l’air, perd sa charge au bout d’un certain temps, pour si parfaits que soient les isolants servant de support. Cela s’explique immédiatement par l’attraction des ions de signe contraire, qui viennent au contact des conducteurs et neutralisent progressivement sa charge. La vitesse de cette déperdition est proportionnelle à la charge actuelle et à la conductibilité de l’air environnant. En mesurant cette vitesse, ou plutôt la perte de charge dans un temps donné, on peut calculer la conductibilité; on fait usage pour cela de la formule facile à démontrer :
- X désigne la conductibilité; c, la capacité électrique du conducteur de déperdition; c', la capacité de l’électromètre; V0, le potentiel initial; Y. le potentiel final; t, la durée de la mesure.
- Les méthodes employées sont celles d’Elster et Geitel et celle de Gerdien, qui sont décrites dans les traités classiques13'. La méthode de Gerdien est la plus précise; elle est en usage dans les observatoires.
- La méthode d’Elster et Geitel convient beaucoup mieux pour des mesures en campagne, car elle n’exige qu’un appareil simple, de petit volume, facile à trans-
- (3) Voir Mathias. Traité d'électricité almosph., chapitre m.
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- porter. J ai modifié cet appareil de manière à rendre les mesures plus commodes et plus précises. Tel que je l’ai employé, il se compose d’un électromètre, complètement fermé, à feuilles d’or ou d’alumium (fig. 2) ; ces feuilles sont portées par une petite tige de métal, fixée à sa base dans un bloc d’ambre, qui l’isole de la cage de l’instrument; la tige traverse le bloc d’ambre, en dessous de l’électromètre, et porte le conducteur soumis à la déperdition; celui-ci est un cylindre de laiton (diamètre 5 cm, hauteur 10 cm), suspendu à la tige par un fil de cuivre fin d’environ 75 cm de longueur; le tout est porté par un trépied photographique ordinaire, comme le montre la figure 2.
- Résultats des mesures de conductibilité. — Les mesures effectuées par de nombreux physiciens etpar nous-mêmes ont montré que les deux conductibilités de l’air varient constamment en un lieu donné et dépendent des conditions météorologiques; elles ne peuvent servir à caractériser une station donnée que si elles sont très nombreuses et si on prend leur moyenne.
- C’est pourquoi, les mesures effectuées par nous, depuis 1928, dans les Pyrénées centrales, ont été répétées un grand nombre de fois, à chaque station, dans les conditions météorologiques les plus variées. Les tableaux des valeurs trouvées, dans certaines stations ont été donnés dans nos publications anciennes. Nous résumons ici les résultats pour deux stations bien distinctes : l’une occupe un emplacement qui n’a jamais été foudroyé, de mémoire d’homme; l’autre est un lieu où les coups de foudre sont très fréquents.
- La première station est le Pavillon d’Electricité atmosphérique, récemment construit dans la prairie de l’Observatoire, à Bagnères-de-Bigorre, à 560 m d’altitude. Nous avons fait, du 15 mars au 1er mai 1933,61 mesures dont voici le résumé :
- Fig. 2. — Électromèlre d’Elsler el Geitel modifié par G. Dau-zère et disposé pour la mesure de la conductibilité électrique de l’air.
- x x io« X’ x 10* (X -h X’) 10* X'
- Maximum 1,52 1,54 2,95 1,54
- Minimum 0,42 0,31 0,73 0,77
- Moyenne 0,92 0,84 1,76 1,12
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- Il y a lieu de remarquer que parmi les 61 valeurs du rapport y, il y en a 50 qui sont
- plus grandes que 1 et 11 seulement qui sont inférieures à l’unité, soit une proportion de 20 p. 100 environ de ces dernières. C’est le type des résultats obtenus dans des stations non dangereuses pour la foudre.
- Le type d’une station dangereuse est celui du lieu dit Le Courtalet, sur le chemin du Mont Olivet, qui domine Bagnères (690 m d’altitude, terrain métamorphique, gneiss). Il y a tout autour de ce lieu un grand nombre d’arbres foudroyés. Nous y avons fait 21 mesures, dont les résultats se résument comme il suit :
- A X 101 x loi (À + 101 r
- Maximum 2,46 2,83 5,53 1,19
- Minimum 0,69 0,64 1,33 0,68
- Moyenne 1,52 1,57 3,10 0,94 —
- Parmi les 21 valeurs du rapport^, il y en a 7 supérieures à l’unité, 14 inférieures,
- soit une proportion de 66 p. 100 de ces dernières.
- Dans les autres lieux fréquemment foudroyés, où nous avons pu faire comme au Courtalet des séries d’expériences, nous avons trouvé des résultats analogues. Nous pouvons donc énoncer les conclusions générales suivantes :
- lù La conductibilité totale de l’air possède en certains lieux, d’une manière permanente, des valeurs supérieures à celles que l’on trouve aux alentours; en cle tels lieux l'ionisation de l'air est maxima.
- 2Ù Le rapport^-, est dans la plupart des lieux (non dangereux) presque toujours
- supérieur à l’unité. Il y a exception pour les lieux à ionisation maxima, dans lesquels ce rapport est le plus souvent iuférieur à l’unité. Autrement dit, dans les lieux à ionisation maxima, les ions négatifs sont généralement plus nombreux que les ions positifs, contrairement à ce qui se passe partout ailleurs.
- 30 Les lieux à ionisation maxima sont les points de prédilection de la fouclre\ c'est au-dessus d'eux que la grêle prend naissance.
- Influence de la constitution géologique du sol. — On sait que l’ionisation de l’air au voisinage du sol résulte, pour la plus grande part, du rayonnement des matières radio-actives (composés de l’uranium, du radium, du thorium), contenues dans les roches. Il doit y avoir une ionisation abondante des basses couches de l’atmosphère, partout où le sol renferme des quantités relativement fortes de ces matières, soit que celles-ci soient disséminées dans les roches, soit qu’elles se soient accumulées en certains points pour des raisons géologiques diverses. En définitive, l’ionisation de l'air et le danger à l'égard de la foudre doivent dépendre de la constitution géologique du sol.
- Il convient de rappeler que les métaux radio-actifs se désintègrent spontanément, c’est-à-dire subissent des transformations successives, qui donnent naissance à une série de produits à vie plus ou moins longue. Le radium, par exemple, donne
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- d’abord un gaz appelé radon, ou émanation du radium, puis des corps solides appelés radium A, B, C, D, E, F; le thorium donne de même une émanation gazeuse le thoron, puis des corps solides, les thoriums A, B, C, D, etc.
- Parmi les produits de la désintégration, les plus importants, à notre point de vue, sont le radon et le thoron. Ces gaz existent dans l’air et constituent un des principaux agents de l’ionisation atmosphérique. On a effectué leur dosage dans l’air de diverses provenances; on a trouvé que l’air extrait du sol possède une teneur en radon notablement plus élevée que celle de l’air libre, et que cette teneur augmente avec la profondeur où on la puise. Les émanations sont solubles dans l’eau, et plus encore dans certains liquides, parmi lesquels le plus remarquable au point de vue pratique est le pétrole.
- Les transformations successives des atomes radio-actifs sont accompagnées de l’émission de trois sortes de rayons, a, p, y, ; c’est de l’action de ces rayons que résulte l’ionisation de l’air. Les rayons a sont des atomes d’hélium électrisés positivement, les rayons p sont des électrons, c’est-à-dire des particules d’électricité négative.
- Les uns et les autres sont animés d’une grande vitesse: ils ionisent l’air par choc sur les molécules d’oxygène et d’azote ; mais ils sont peu pénétrants et ils ne peuvent agir que si les subtances qui les émettent sont dans l’air ou à la surface du sol. Les rayons y sont des vibrations électromagnétiques de l’éther analogues aux îayons X, mais de longueur d’onde plus petite et de pénétration plus grande; ils ionisent l’air à la manière des rayons X.
- Gela posé, l’ionisation de l’air par une matière radio-active contenue dans le sol peut se faire de deux manières différentes :
- 1° Directement, par l’action sur les molécides d’air des radiations a, p, y émises par le corps considéré; les rayons a et p n’agissent que si le corps est à la surface du sol, les rayons pénétrants y peuvent provenir d’une profondeur de quelques mètres ;
- 2" Indirectement, par l’action des rayons que fournit la désintégration du radon produit par le corps; ce radon lui-même peut être transporté à la surface, soit par l’air qui est venu au contact du corps et s’est dégagé par les fissures du sol, soit par l’eau qui a dissous l’émanation et est venue sourdre en quelques points, après un trajet souterrain plus ou moins long.
- Nous allons examiner successivement ces divers cas.
- Les teneurs des roches en radium et en thorium. — L’action directe des roches dépend de leur teneur en uranium, radium, thorium. Ces teneurs ont été déterminées par divers physiciens, en particulier par Struttl4) pour le radium, par Joly4 (5) et Blanc (6) pour le thorium; elles sont données par des tableaux que l’on trouve dans les traités classiques.
- Voici un résumé de ces tableaux, donné par Kolhorster et dans lequel les nombres inscrits représentent les teneurs moyennes, exprimées en grammes, du radium et du thorium contenus dans 1 g de roche.
- (4) Strutt, Proc. Roy. Soc. Arls, t. 77, 1906, p. 472.
- (5) Joly, Phil. Mag. Série VI, t. 17, 1909, p. 760.
- (6) Blanc, Att. Acad, dei Lincei, t. 18, 1909, p. 241 et p. 289.
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- NATURE DES ROCHES RADIUM THORIUM
- Roches ignées :
- Roches acides (granits) 3 X 10-12 g 2,5 X 10-8 g
- Roches intermédiaires 2 x IO-12 g 1,7 X10-3 g
- Roches basiques 1 X 10-'2 g 0,5 X 10-5 g
- Roches sédimentaires :
- Argiles 1,5x10- g 1,3 X 10-5 g
- Grès. 1,4 X 10-12 g 1,03x10-5 g
- Calcaires et dolomies 0,9x10-12 g 0,1 X 10-5 g
- Les minerais radio-actifs. — Le tableau très succinct que nous venons de donner place au premier rang les roches granitiques acides, telles que les granits, les peg-matites, etc. Certaines de ces roches renferment des minerais dont la teneur en radium et thorium est beaucoup plus grande que celle des roches encaissantes, et qui sont exploitées pour l’extraction de ces métaux. Les gisements de ces minerais doivent présenter le danger maximum à l’égard de la foudre.
- J’ai eu récemment, à ce sujet, le témoignage d’un jeune ingénieur-électricien. M. Lacassagne, qui a séjourné pendant plusieurs années à Madagascar, dont le sol est riche en minerais radio-actifs. Le plus important de ces minerais est la bétafite, qui a été exploitée pour l’extraction du radium. M. Lacassagne a remarqué que les coups de foudre étaient extrêmement fréquents sur les gisements de bétafite ; un amas de plusieurs tonnes de ce minerai, déposé sous un hangar, a attiré la foudre sur celui-ci dès qu’il y a été placé. Des renseignements plus récents venus du Katanga m’ont appris que les lignes électriques, qui desservent les mines de cuivre, sont frappées par la foudre uniquement aux points où elles passent sur les gisements de minerai de radium (d’où vient presque tout le radium utilisé dans le monde).
- Les minerais des métaux communs. — Que faut-il penser au sujet des minerais des métaux communs? Ils sont souvent très complexes et certains renferment des composés d’uranium, de radium et de thorium, à une dose supérieure à la normale. Ces minerais donnent au-dessus d’eux une ionisation intense, quand leurs gisements sont voisins de la surface. Certains filons de galène paraissent être dans ce cas; le plomb étant le dernier terme de la désintégration de l’uranium et du thorium, il est possible que le sulfure de plomb naturel renferme quelques traces de métaux radio-actifs. Un savant allemand Ambronn (7) a trouvé en effet un accroissement notable de l’ionisation de l’air à la traversée de certains fdons de galène, et même au-dessus de quelques filons de minerais de fer, dans le Harz.
- Cela doit être rapproché de nos propres observations. Il existe aux environs immédiats de Bagnères-de-Bigorre, sur les flancs du Mont Olivet, des gisements ferrugineux peu importants (magnétite, oligiste, limonite), qui affleurent à la surface en certains points. Or l’origine de nos recherches a été l’observation, faite par M. Bouget, de la grande fréquence des coups de foudre sur les arbres qui entourent ces points d’affleurement. Nous avons vérifié, d’autre part, par de nombreuses
- (7) Ambronn, Eléments of Geophysics, Mc. Graw Hill Book Co, London, 1928.
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- mesures, que la conductibilité totale de l’air était maxima en ces points-là, et qu’il y avait le plus souvent une majorité notable d’ions négatifs.
- Les roches granitiques et les produits de leur décomposition. — Les roches granitiques ordinaires occupent le premier rang dans le tableau de la radio-activité. Elles sont les plus dangereuses pour la foudre, parmi les roches communes. Or il existe en beaucoup de pays, particulièrement en France, d’immenses territoires dans lesquels le sol est granitique; les coups de foudre et les accidents qu’ils produisent y sont extrêmement fréquents. Il suffit de parcourir ces régions pour voir à chaque pas des arbres foudroyés, principalement des chênes. De plus, le 7 août 1929, la foudre a tué 11 personnes en différents points du département de la Corrèze, au cours d’un seul orage. D’ailleurs, chaque année, il y a dans la Corrèze plusieurs coups de foudre mortels, et il en est de même dans les départements voisins, Haute-Vienne, Creuse, Cantal, dont le sol est pareillement granitique.
- Le granit subit facilement la décomposition par l’eau et fournit ainsi de l’argile ferrugineuse. Aussi, les propriétés dangereuses des roches granitiques se retrouvent dans les argiles de cette provenance. Tel est le cas pour les argiles ferrugineuses, d’âge miocène, qui constituent le sol des plateaux de Lannemezan et de Ger au pied des Pyrénées ; les nombreux cailloux roulés qu’elles renferment ajoutent probablement leur action à celle des argiles elles-mêmes. La preuve du caractère dangereux de ces plateaux est fournie, comme précédemment, par de nombreux arbres foudroyés et par les accidents dus à la foudre qui se produisent chaque année dans les maisons qui se trouvent en bordure des plateaux, et sur les lignes électriques qui les traversent, comme nous le verrons plus loin. “
- Les schistes provenant de la consolidation des argiles, dont nous venons d’indiquer les propriétés dangereuses, présentent eux-mêmes parfois un certain danger. Tel est le cas de quelques ardoises et aussi de quelques molasses argilo-calcaires ; dans celles-ci, le danger s’atténue à mesure que la richesse en calcaire augmente.
- Les calcaires. — Les calcaires sont au dernier rang dans le tableau des roches radio-actives; ils doivent être peu dangereux pour la foudre. Nous avons trouvé cette prévision parfaitement vérifiée, pour des sommets de montagne, formés de calcaires compacts, qui n’ont jamais été frappés, tandis que, à quelques mètres plus bas, des cols, placés sur des schistes ou des argiles, étaient souvent foudroyés.
- Il n’en est ainsi que pour des calcaires compacts, et ceux-ci ne sont pas les plus abondants. La plupart de ces roches, surtout les calcaires jurassiques, sont fissurées, trouées de grottes et de gouffres, et cette circonstance suffit pour changer leurs caractères, comme nous le verrons tout à l’heure.
- Le rôle des eaux souterraines. — Nous avons dit que le radon et le thoron sont solubles dans l’eau. Il résulte de là que ces émanations sont entraînées par les eaux minérales et thermales, qui viennent de grandes profondeurs. On a déterminé par des mesures nombreuses les teneurs en émanations des eaux minérales les plus réputées ; on a trouvé qu’elles étaient considérables et on attribue à ce fait une partie des propriétés curatives de ces eaux. Or nous avons remarqué, à Bagnères-de-Bigorre, que les arbres foudroyés sont nombreux à la base de la montagne où jaillissent les sources thermales de cette station; M. Ch. Ledoux a constaté le même fait autour des points d’émergence des eaux de Plombières.
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- Les eaux de source ordinaires possèdent aussi très souvent une radio-activité notable, que l’on doit attribuer à la même cause. C’est pourquoi nous avons vu fréquemment des arbres foudroyés autour des sources, dans des bas-fonds, qui étaient dominés par des crêtes complètement indemnes, ce qui montre que l’augmentation du champ électrique autour des crêtes n’a qu’une influence très secondaire pour déterminer le chemin de la foudre; c’est toujours la conductibilité de l’air qui agit d’une manière prépondérante.
- Influence des lignes de contact de deux terrains. — Les sources sont distribuées
- généralement le long des lignes de contact de deux terrains différents, l’un perméable, l’autre imperméable. Ces lignes, ou plutôt ces surfaces de contact, offrent ou ont offert autrefois un écoulement facile aux eaux souterraines, qui ont déposé sur leur trajet des matières radio-actives; ces dernières agissent pour ioniser l’air autour d’elles et attirer la foudre. Il en résulte que : les lieux à ionisation maxima, qui sont les plus dangereux pour la foudre, sont souvent situés sur les lignes de contact de deux terrains différents.
- Cette propriété a été reconnue par nous dès le début de nos recherches et publiée en 1925 (8), avec de nombreux exemples à l’appui. Nous nous contenterons de citer ici deux de ces exemples :
- 1° L’usine électrique de Saint-Georges (Aude) fut incendiée par la foudre le 17 avril 1928; elle est située au contact des schistes albiens du bassin d’Axat et des calcaires Fig. 3. — L’usine électrique de Saint- urgoniens, dans lesquels l’Aude ;a creusé
- Georges (Aude), incendiée par la foudre les célèbres gorges de Saint-Georges (fig. 3).
- le 17 rii 1928. go Les environs de Labassère, près de
- Bagnères-de-Bigorre, ont été frappés par de nombreux coups de foudre, principalement sur les lignes de contact des différents terrains, comme le montre la coupe géologique de la figure 4 ; les sommets calcaires qui sont les. points culminants de la région ne sont jamais atteints.
- Ce que nous venons de dire pour les lignes de contact s’applique mieux encore aux failles, dont certaines donnent naissance à des jaillissements d’eaux minérales fortement radio-actives.
- Les calcaires fissurés. — Les eaux souterraines sont très abondantes au-dessous de certains terrains, qui sont ordinairement des calcaires fissurés. Ces eaux forment à l’intérieur du sol de véritables ruisseaux ou rivières souterraines, qui sont très nombreux dans la région des causses. Ils attirent la foudre sur les points du sol
- (8) C. Dauzèrk et J. Bouget, Recherches sur la foudre dans les Pyrénées, Congrès des Sociétés savantes, 1923.
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- placés au-dessus d’eaux. Le fait a été constaté, il y a une trentaine d’années, par un conducteur des Ponts et Chaussées du département de l’Aveyron, M. Vaïsse (9). Ce dernier était en meme temps sourcier, et il disait : « Partout où la foudre tombe, on est sur de trouver de 1 eau en creusant le sol ». Cette assertion renferme certainement une grande part de vérité pour la région des causses, mais ne doit pas être généralisée.
- A la meme cause, il faut vraisemblablement attribuer les coups de foudre nombreux que 1 on a observés dans la région du Jura. On retrouve, en effet, dans cette région, les mêmes calcaires fissurés, les mêmes ruisseaux souterrains que dans les causses de l’Aveyron.
- L’ionisation de l’air dans les grottes. — C’est aux eaux souterraines que l’on attribue le creusement des grottes et des gouffres, si nombreux dans les régions calcaires. Sur les parois des grottes se déposent les matières radio-actives entraînées par les eaux. Il semble que l’on doive attribuer en grande partie à ces dépôts l’ionisation très intense de l’air des grottes, découverte par Elsler et Geitel (,0). Cette ionisation explique l’attraction manifeste exercée sur la foudre par les ouvertures de certaines grottes, comme l’a observé M. Martel (,,) pour le gouffre de Padirac, comme M. Casteret et moi-même l’avons vérifié pour certains gouffres et grottes dans les départements des Hautes-Pyrénées, du Gers, de l’Aveyron.
- Mais les ouvertures de toutes les grottes ne sont pas dangereuses et cette différence nous a paru difficile à expliquer. C’est pourquoi nous avons repris, dans ces derniers mois, l’étude de l’ionisation de l’air dans les grottes. Nous ne pouvons donner aujourd’hui les résultats de ce travail, qui est en cours d’exécution; nous dirons seulement que nous avons confirmé la grande intensité de l’ionisation de l’air à l’intérieur des grottes, et que celle-ci, loin d’être à peu près constante, comme nous le pensions d’abord, paraît subir des variations de grande amplitude.
- Remarque essentielle. — Nous avons indiqué précédemment quels étaient les roches et les terrains suspects. Il ne faudrait pas croire que tous les lieux situés sur des terrains de la même nature sont très exposés à recevoir des coups de foudre. Par exemple, il existe des granits qui sont très rarement foudroyés; ce sont évidemment ceux qui sont pauvres en matières radio-actives. Le moyen le plus sûr de reconnaître si une roche est ou non dangereuse, est d’effectuer dans les lieux où elle se trouve des mesures d’ionisation et de conductibilité de l’air.
- Fig. 4. — Coupe géologique des environs de Labassère (Hautes-Pyrénées). Les coups de foudre sont indiqués par le signe conventionnel de l’éclair, un zigzag.
- (9) P. Vaïsse, Soc. des lettres, sciences et arts de l’Aveyron, 3 mai 1917, p. 103.
- (10) Elster et Geitel, Phys. Zeits., t. 2, 1901, p. 60, et Terr. Magn., t. 4, 1899, p. 216.
- (11) Martel, Spelunca, n° 1 (1931).
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- II. — LA FOUDRE ET LES LIGNES ÉLECTRIQUES.
- Les lignes électriques n'attirent pas la foudre. — L’action de la foudre sur les lignes électriques a été l’objet de nombreuses études, en Europe et en Amérique, depuis le développement énorme des réseaux de transport et de distribution d’énergie. Je n’ai pas l’intention de traiter ici la question au point de vue électrotechnique; je l’examinerai simplement au point de vue de la physique du Globe.
- Tout d’abord, on a constaté, depuis la construction des réseaux, une multiplication considérable du nombre des accidents; on a été porté à penser que les lignes électriques attiraient la foudre. Nous croyons pouvoir affirmer qu’une telle attraction est inexistante. En effet, la ligne électrique réalise un cas particulier du conducteur placé dans le champ électrique d’un nuage orageux. Nous avons examiné déjà le cas général, et nous avons vu que l’influence électrostatique sur un tel conducteur était négligeable et ne peut intervenir pour guider le chemin de l’éclair.
- Cela résout la question au point de vue théorique. Elle a été résolue, au point de vue expérimental, par une enquête, qui a été organisée en 1929 par la Société météorologique de France(1’2) et longuement discutée. Le résultat de ces discussions a été celui que nous venons d’indiquer : les lignes électriques n attirent pas la foudre, mais Venregistrent avec une fidélité parfaite et la conduisent dans l'intérieur des maisons desservies par elles.
- Toutefois, il y a la question de « l’effet de couronne », qui a été récemment invoqué pour appuyer l’opinion contraire. L’effet de couronne consiste dans une ionisation de l’air, qui se produit autour d’une ligne à très haute tension parcourue par un courant alternatif; il se manifeste par une couronne lumineuse qui entoure les fils de ligne, qui est visible la nuit, et qui a donné son'nom au phénomène. Celui-ci est d’autant plus intense que la tension est plus élevée; il en serait de même de la fréquence des coups de foudre sur les lignes, d’après M. Franck (13). Les statistiques invoquées par ce dernier, pour justifier son opinion, sont contredites par d’autres qui indiquent au contraire une augmentation de la fréquence des coups de foudre lorsque la tension diminue. Tel est le cas, par exemple, pour les lignes de transport et de traction de la Compagnie des Chemins de Fer du Midi, dont les tensions respectives sont : 150.000 V, 60.000 V, 10.000 Y et 1.500 V. Or, pendant 5 ans, il y a eu sur le tronçon du réseau compris entre Toulouse et Dax, un seul coup de foudre sur la ligne à 150.000 Y et 16 coups de foudre sur la ligne à 1.500 V. La tension et l’effet de couronne paraissent donc n’avoir aucune influence sur la fréquence des décharges qui frappent les lignes.
- Influence de la constitution géologique du sol. — C’est la constitution géologique du sol au-dessous des lignes électriques qui détermine la fréquence des coups de foudre qui les frappent, conformément aux conclusions de la première partie de notre étude. Quelques exemples montreront l’importance de cette affirmation.
- Nous avons cité plus haut les accidents mortels survenus dans le département de la Corrèze, le 7 août 1929. Dans tous ces accidents, les victimes furent frappées chez elles, vers midi, par la foudre que les lignes électriques d’éclairage avaient trans-
- (12) La Météorologie, 1929, p.f317.
- (13) G. Franck, Revue générale de l’Électricité, 21 février 1931, t. 29, p. 307.
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- portée dans leurs maisons. Or le sol de la Corrèze est granitique et par suite très dangereux.
- Nous avons indiqué aussi le caractère dangereux du plateau de Lannemezan. Les lignes électriques, qui aboutissent à l’usine des Produits azotés, située dans la partie Sud-Est du plateau, ont été souvent frappées au voisinage immédiat de l’usine. D autre part, les lignes nécessaires à l’électrification des Chemins de Fer du Midi, traversent le plateau de Lannemezan et les vallées de même constitution géologique qui rayonnent autour de lui. Or, la très grande majorité des accidents dus à la foudre, qui ont été enregistrés par les services de la Compagnie, sur la ligne de Toulouse à Dax, depuis l’électrification, se sont produits dans cette partie de la ligne, sur une distance d’environ 20 km comprenant le territoire dangereux.
- Récemment, nous avons eu connaissance d’un autre exemple encore plus frappant, qui se rapporte à la région du Jura, dont nous avons parlé dans la première partie. La compagnie « L’Énergie électrique Rhône et Jura » nous a confié le relevé des coups de foudre sur la ligne à haute tension, qui part de l’usine de Chancy-Pougny, sur le Rhône, et aboutit au Creusot, en traversant le Jura méridional. A
- ce relevé, était jointe une carte du tracé de la ligne avec indication des points foudroyés. On voit sur cette carte (fig. 5) que les coups de foudre sont particulièrement nombreux aux points où la ligne traverse les cours d’eau, ou plutôt sur les deux flancs des ravins escarpés au fond desquels coulent les rivières et ruisseaux. Le ravin le plus dangereux est celui de la Valserine, qui se présente immédiatement après la traversée du Credo, où la ligne passe à 1.100 m, sans qu’il y ait eu aucun coup de foudre au point culminant. Les sources sont nombreuses sur les flancs de ces ravins, à l’intersection des surfaces de contact des différentes couches. Or, les sources, les surfaces de contact sont très souvent dangereuses, comme nous l’avons vu; nous croyons qu’elles sont la cause de la plupart des accidents observés.
- Fig. 5. — Répartition des coups de foudre sur la ligne Rhône-Jura, à la traversée du Jura méridional. Les coups de foudre sont indiqués par un point noir.
- Les cartes de la foudre. — L’importance des accidents dus à la foudre est grande pour les électriciens. Aussi, beaucoup d’entre eux se sont intéressés à nos études, et nous ont envoyé des renseignements qui ont confirmé nos conclusions. Ces renseignements nous sont venus non seulement de la France entière, mais des autres pays, en particulier d’Italie et de Suisse. La contribution la plus importante a été fournie par l’U. R. S. S., où le Plan quinquennal soviétique a prévu la construction de nombreuses lignes de transport d’énergie. Les Soviets se sont préoccupés d’adopter pour ces lignes, un tracé, qui offre le danger minimum à l’égard delà foudre, en évitant
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- les points dangereux. MM. Bogoïavlensky et Châtelain u) ont été chargé des études nécessaires. Ils ont donc mesuré l’ionisation de l’air, en de nombreux points, le long des tracés projetés, afin de reconnaître les points dangereux; ces mesures étaient combinées avec des investigations géologiques; elles ont confirmé complètement les résultats de nos recherches.
- En France, les grandes compagnies de transport d’énergie se préoccupent de la question; elles ont manifesté le désir d’étudier, avec ma collaboration, l’ionisation de Fair tout le long des lignes existantes et en projet. Les mesures de protection pourront être ainsi renforcées aux points dangereux, qu’une telle étude fera connaître.
- La connaissance des points dangereux est donc essentielle pour la protection des lignes électriques. C’est pourquoi les électriciens ont demandé l’intervention de l’État pour faire rechercher ces lieux dans toute la France, afin de tracer une carte de la foudre. Le Ministère des Travaux publics a suivi cette suggestion, et a prescrit récemment de recueillir dans chaque département les informations nécessaires à la réalisation d’un tel projet. C’est ainsi que j’ai été amené à collaborer avec les ingénieurs en chef des Ponts et Chaussées de Toulouse et de Tarbes, pour tracer la carte de la foudre dans les Hautes-Pyrénées et la Haute-Garonne. Ce travail est aujourd’hui en partie exécuté. Nous souhaitons vivement qu’une telle œuvre soit poursuivie et étendue à tous les départements français.
- Action de la foudre sur les lignes électriques. — Lorsqu’une ligne électrique est frappée par la foudre, les ions positifs, lancés par le champ électrique formidable qui se propage avec l’éclair, viennent choquer la ligne avec une force vive très grande; ce choc détermine une brusque sortie des électrons du métal conducteur, qui sont attirés par les ions positifs de l’éclair; cette sortie a souvent un caractère explosif et détermine la rupture du conducteur. Dans tous les cas, une élévation énorme et très brusque de la tension électrique se produit au point de chute. Cette surtension se propage de.part et d'autre, sous la forme d’une « onde mobile », qui parcourt la ligne avec une vitesse égale à celle de la lumière. Si on porte en abscisses les distances-comptées sur la ligne, et en ordonnées les valeurs de la surtension, on obtient la courbe de la figure 6, qui représente Fonde mobile à un instant donné. La tension est portée très rapidement à un maximum très élevé (de 100.000 à 1.000.000 Y), au moment du passage de Fonde à un point de la ligne, ce qu'on exprime en disant que Fonde a un front très raide ; la tension diminue ensuite beaucoup plus lentement, comme le montre la figure 6. La propagation de Fonde mobile de surtension tout le long d’une ligne a été étudiée dans ces dernières années par plusieurs physiciens, parmi lesquels nous citerons M. Ch. Ledoux(15) qui a fait une étude très complète de la question.
- La foudre tombant au voisinage d’une ligne électrique sans la frapper, donne naissance pareillement à des ondes mobiles, qui partent du point de la ligne le plus rapproché du point de chute. Cela résulte de l’influence électrostatique, exercée par le nuage orageux sur la ligne. F. W. Perk(16 a mesuré le potentiel qui se développe
- (14) Bogoïavlensky et Châtelain, Journ. de Phys, et Radium, série VII, t. 2, 1931, p. 101, et Congrès international d’Électricité, 1932, série H, rapport 7-C-2.
- (15) Ch. Lèdoux, Rev. Gén. d'Élec., t. 22, 1927, p. 815 à 1119.
- (16) F. W. Peck, Journ., Frank Inst., t. 197, 1924, p. 1, t. 199, 1925, p. 141.
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- de cette manière sur une ligne isolée, placée dans la partie la plus intense du champ ; il a trouvé ainsi la formule V = a g h. V désigne le potentiel de la ligne, a un coefficient voisin de l’unité, g le gradient de potentiel du champ, h la hauteur de la ligne au-dessus du sol. Ce potentiel est dû à la charge induite de signe contraire à celle du nuage, qui reste dans la partie de la ligne située au-dessous de celui-ci, tandis que la charge du même signe se transporte dans les parties les plus lointaines, ou même s’écoule à la terre partiellement par suite des défauts d’isolement. Lorsque 1 éclair jaillit au voisinage de la ligne, une rupture d’équilibre se produit dans la partie la plus voisine du point de chute; elle se manifeste par une surtension, qui se propage de part et d’autre, sous la forme d’une onde mobile, comme précédemment. Cette onde mobile est étalée sur une assez grande longueur et ne présente pas de front raide, comme dans le cas d’un coup de foudre direct; l’amplitude est aussi beaucoup plus faible (de 5.000 à 10.000 V); c’est pourquoi la plupart des électriciens admettent aujourd’hui que la très grande majorité des accidents est produite par des coups de foudre directs ; les effets d’influence dont nous venons de parler ne donnent lieu qu’à des dégâts peu importants, tels que la fusion des coupe-circuits fusibles dans les installations intérieures.
- Fig. 6.
- Onde mobile à front raide.
- Emploi de l'oscillographe cathodique. — Deux sortes d’appareils ont été employés pour l’étude des surtensions produites par la foudre sur les lignes électriques : le klydonographe et Y oscillographe cathodique. Le klydonographe, inventé par Peters, est basé sur la production des figures de Lichtenberg; ces figures donnent une idée du signe de la décharge et de l’amplitude de la surtension.
- L’oscillographe cathodique permet une étude quantitative plus précise du phénomène; il est basé sur la déviation qu’éprouve un faisceau de rayons cathodiques, sous l’action du champ électrique qui règne entre les deux armatures d’un condensateur; celui-ci est chargé par la surtension à mesurer, par l’intermédiaire d’un réducteur de tension. L’appareil a été imaginé par A. Dufour<17); il a été perfectionné par divers auteurs, en particulier par A. Norinder(18), K. Berger 10); les appareils de ces derniers donnent des courbes, dont les abscisses représentent les temps en microsecondes, aune échelle sinusoïdale ou logarithmique; la graduation de l’appareil se fait à l’aide de générateurs à très haute tension, constitués par des condensateurs réunis en série.
- Des courbes de l’oscillographe cathodique fournissent de précieux renseignements sur les surtensions dans les lignes et sur la propagation des ondes mobiles; elles sont analogues à la courbe théorique tracée plus haut. Généralement, elles indiquent que le phénomène est apériodique, sans oscillation; elles donnent l’amplitude de la surtension ; celle-ci est de l’ordre de 105 à 106 V, comme nous l’avons dit. Les durées moyennes des surtensions sont de l’ordre de quelques micro-secondes. Le. sens des décharges est très variable ; les décharges transportant de l’électricité négative vers le sol, paraissent plus nombreuses que les autres.
- (17) A. Dufoür, Journ. de Phys., série VI, t. i, 1920, p. 146.
- (18) ‘H. Norinder, Journ. Frank. Inst., t. 205, juin 1928 et Bull. Soc. franç. des Électr., déc. 1929.
- (19) K. Berger, Bull. Ass. suisse Élec., t. 19, 1928, p. 292 et 688.
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- Ce dernier résultat paraît contraire aux idées de Simpson, si l’on assimile la propagation de la décharge dans l’air, le long de la trajectoire de l’éclair, à celle qui se fait dans la ligne foudroyée. Il y a dans les deux cas une surtension énorme, qui se propage par une onde à front très raide. Cette onde prend naissance dans le nuage, parcourt d’abord son chemin dans l’air, se continue ensuite dans la ligne et agit sur l’oscillographe. Cependant, quelques restrictions s’imposent dans cette assimilation, car la présence de la ligne, et surtout celle du réducteur de tension introduisent des complications. Par exemple, il se pourrait que le signe des surtensions enregistrées différât totalement de celui des charges réellement transportées par l’éclair.
- Effets de la foudre transportée par les lignes électriques. — Les accidents produits par la foudre sur une ligne électrique résultent du passage de l’onde mobile en un point de la ligne; tels sont la rupture des isolateurs, l’amorçage d’arcs entre le fil de ligne et le sol, l’éclatement des compteurs, les électrocutions plus ou moins graves des personnes qui se trouvent au voisinage de la ligne, etc.
- La plupart de ces accidents sont provoqués par l’expulsion d’ions, avec une grande violence, hors du métal des fils conducteurs. Ces ions, animés d’une vitesse très grande, produisent l’ionisation par choc des molécules d’air environnantes, de sorte que la foudre reprend sa forme première en sortant des fils conducteurs.
- Cette sortie de la foudre est favorisée par l’ionisation préalable de l’air; celle-ci se produit souvent, sous l’action de diverses causes, à l’intérieur des maisons desservies par les lignes frappées. C’est ainsi que s’expliquent certaines bizarreries apparentes. Par exemple, dans les habitations rurales, un sol en terre battue produit quelquefois au-dessus de lui une ionisation que ne donnerait certainement pas un plancher en bois sec; de là vient le danger plus grand du premier.
- La sortie de la foudre hors d'une ligne conductrice est encore favorisée par une inductance placée sur le circuit, car celle-ci contrarie la propagation de l’onde mobile le long du fil; il suffit d’une courbure trop brusque, d’une boucle, d’un angle aigu formé parles fils, pour produire cette inductance et déterminer le passage de la décharge dans l’air. Par contre, ce passage est contrarié par un revêtement isolant de rigidité diélectrique suffisante, qui supprime le contact avec l’air, et empêche son ionisation.
- Dans tous ces phénomènes, relatifs à la propagation de la foudre, c’est toujours l’ionisation de l’air qui joue le rôle capital.
- III. - LA DÉFENSE CONTRE LA FOUDRE
- nécessité d’éviter les lieux dangereux. — Les applications des faits, signalés dans les deux premières parties de cet exposé, présentent un grand intérêt pratique. La principale se rapporte à la protection contre la foudre des édifices et des lignes électriques. La première condition à réaliser est d’éviter les lieux dangereux, dans le choix de l’emplacement des uns et des autres. Cette condition s’impose surtout pour certaines catégories d’édifices : maisons d’habitation, dépôts d’explosifs ou de matières facilement inflammables, usines électriques, postes de transformation des lignes de transport d’énergie. Pour un tel choix, les cartes de la foudre, quand elles seront tracées pour tous les départements, présenteront une utilité considérable.
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- Leurs indications devront être corroborées par l’étude directe des emplacements projetés au point de vue du danger des coups de foudre. Cette étude devra comprendre : une enquête sur la fréquence des coups de foudre et les chutes de grêle, un examen soigné de la constitution géologique du sol (on recherchera, en parlicu-culier : la nature de la roche ou du terrain, la présence des sources, des failles et des lignes de contact), enfin des mesures plusieurs fois répétées de la conductibilité électrique de l’air.
- Il ne sera pas toujours possible d’éviter les lieux dangereux, soit parce que la région tout entière est dangereuse, soit parce que la construction de l’édifice ou de la ligne électrique est déjà faite. Il sera nécessaire, dans ce cas, d’augmenter le nombre et l’efficacité des dispositifs de protection partout où l’existence du danger aura été reconnue. Je dois dire que ces dispositifs sont aujourd’hui suffisamment perfectionnés pour que la protection qu’ils donnent, quand ils sont bien installés, soit rarement en défaut.
- Il y a lieu de distinguer la protection contre la foudre directe et la protection contre la foudre transportée par les lignes électriques ; nous envisagerons successivement l’une et l’autre.
- protection des édifices contre la foudre. — Le paratonnerre. Travaux du R. P. Schaffers. — La protection d’un édifice contre la foudre s’effectue à l’aide du paratonnerre. Le paratonnerre le plus simple, imaginé par E. Franklin (20), au xviii® siècle, consiste dans une tige métallique, dressée verticalement sur l’édifice à protéger, et réunie à la terre par un conducteur métallique. Quelques précautions sont nécessaires pour assurer l’efficacité de ce dispositif; elles ont été longtemps mal appliquées, parce que le rôle protecteur du paratonnerre était envisagé d’une manière inexacte. Ce rôle et les conséquences qui en découlent ont été mis récemment en lumière par divers savants, parmi lesquels nous citerons le R. P. Schaffers, de Louvain, dont nous allons résumer les travaux, d’après un livre récemment paru (21).
- Tout d’abord, le R. P. Schaffers assimile l’éclair à une décharge électrique artificielle, mais il montre que cette assimilation ne doit pas être poussée trop loin. Dans les laboratoires, les décharges éclatent entre deux électrodes métalliques, dont l’une fournit un flux continu d’électrons qui nourrissent la décharge. Dans l’atmosphère, le nuage et le sol ne sont, ni l’un ni l’autre, analogues à des conducteurs; le nuage est un amas de gouttelettes électrisées au milieu desquelles le champ électrique est loin d’être nul; le sol est formé de roches et de terrains, dont la plupart ont une résistance électrique très élevée et se rapprochent plus des isolants que des métaux conducteurs. En outre, l’éclair doit puiser dans le milieu ambiant les ions qui le constituent. Les décharges électriques des laboratoires peuvent être oscillantes ou continues; l’éclair est formé d’une succession de décharges, qui ont toutes le même sens et suivent le même chemin, d’après les photographies nombreuses de B. Walter(22'.
- Gela posé, le P. Schaffers distingue trois méthodes de protection contre la
- (20) B. Franklin, Lettres à Collinson, 1749.
- (21) V. Schaffers, Le paratonnerre et ses progrès récents. (Les Presses universitaires de France, Paris, 1931.)
- (22) B. Walter, Wied. Ann., 1899, p. 036 et Phys. Zeils., t. 3, 1902, p. 168 et t. 13, 1912.
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- fondre : 1° canaliser la décharge atmosphérique; 2° lui opposer un obstacle infranchissable; 3° l’affaiblir ou la supprimer. Il étudie successivement ces trois méthodes.
- 1° Canaliser la décharge. — La première méthode est réalisée par le paratonnerre à verge de Franklin, dont la tige devrait être aussi haute que possible, d’après les idées courantes, le rayon de protection étant proportionnel à la hauteur de la tige. En réalité, il n’y a pas de rayon de protection absolue, à cause des décharges latérales qui frappent parfois le bas de la tige, ou le câble de mise à la terre, ou l’édifice lui-même. Pour protéger ce dernier contre les décharges latérales, l’auteur préconise un système protecteur, qui comporte avant tout une forte barre métallique, courant tout le long du faîte des toitures et envoyant des prolongements qui vont couvrir tous les points culminants (clochetons, pignons, angles et arêtes terminales); ce système devra être complété par plusieurs tiges verticales courtes, de 50 à 60 cm de hauteur tout au plus (remplaçant la longue tige unique de Franklin), et surtout par une série de descentes métalliques, au nombre de 4 au moins, situées de préférence aux angles saillants.
- Ces descentes multiples sont efficaces, non seulement pour éviter les décharges latérales, mais principalement pour diminuer beaucoup les effets de self-induction ; ces effets proviennent des variations énormes du courant de décharge dans le conducteur métallique de mise à la terre; ils sont proportionnels à l’intensité du courant; celui-ci se partageant pour aller au sol entre toutes les descentes, l’intensité et les effets de self-induction sont divisés par le nombre de descentes. Dans le même but, on devra éviter les angles aigus, les boucles dans les conducteurs de descente, réunir à ces derniers par les deux bouts les pièces métalliques importantes de l’édifice, telles que les tuyaux d’eau et de gaz. La continuité métallique parfaite, dans les conducteurs de descente n’est pas indispensable, parce que la foudre est un courant à haut potentiel, pour lequel de petites coupures offrent un obstacle négligeable. Ce qui importe, dans ce courant de la foudre, c’est non pas la résistance ohmique, mais la réactance de self-induction, qui n’est pas modifiée par un joint plus ou moins parfait. On peut donc sans inconvénient éviter les soudures dans les conducteurs de descente. Dans le même ordre d’idées, la résistance ohmique n’étant pas à considérer, le courant glissant pour ainsi dire à la surface, on prendra le métal le moins cher, c’est-à-dire le fer, pour constituer les divers organes du paratonnerre; l’emploi du platine ou des pointes de cuivre doré est tout à fait inutile.
- Des erreurs nombreuses ont été commises au sujet de la prise de terre, parce qu’on assimilait'le sol à un conducteur, et que l’on cherchait à diminuer la résistance de contact; en réalité, ce qui intervient, c’est la résistance apparente au passage de la décharge disruptive dans un isolant (le sol se comportant comme tel en pratique), c’est-à-dire ce qu’on appelle la rigidité diélectrique du sol. L’auteur a fait de nombreuses expériences pour mesurer cette rigidité ; il a trouvé qu’elle est sensiblement la même, pour un sol humide et pour un sol sec; d’où résulte l’inutilité des mesures des résistances ohmiques des prises de terre et l’insuffisance manifeste d’une seule plaque métallique de contact, plongeant dans l’eau d’un puits. Le seul procédé correct pour réaliser une bonne prise de terre, consiste à augmenter le plus possible la surface de contact. Les canalisations souterraines d’eau ou de gaz, si répandues dans les villes, répondent à cette condition; à leur défaut, on construira
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- une prise de terre artificielle, formée par une ceinture de tiges de fer autour de la base de l’édifice ; cette ceinture sera placée à une faible profondeur et tous les conducteurs de descente lui seront réunis. Un autre procédé consiste à enfouir dans le sol (à une faible profondeur) à partir des extrémités des conducteurs de descente, des fils ou mieux des rubans métalliques divergeant dans toutes les directions et aussi longs que possible.
- 2° Opposer un écran infranchissable à la décharge. — Cet écran n'est autre chose que la cage de Faraday des laboratoires; il a été réalisé par Melsens(23) en entourant l’édifice à protéger d’un réseau à larges mailles de conducteurs métalliques. Les conducteurs de descente doivent toujours être placés aux angles saillants des façades; toutes les parties métalliques de l’extérieur (telles que les toitures de zinc, les tuyaux de descente des eaux de pluie) doivent faire partie de ce réseau; en outre, il est avantageux de constituer un fond à la cage de Faraday, en réunissant au réseau précédent les barres de fer du béton armé qui constitue les fondations et les soubassements des édifices modernes. Tout le système doit être réuni à la terre, comme nous l’avons vu dans la première méthode. Nous remarquerons que le dispositif préconisé dans cette première méthode, n'est autre chose que le système Melsens simplifié.
- 3° Affaiblir ou empêcher la décharge. — C’était la première idée de Franklin, basée sur le pouvoir des pointes : une tige métallique verticale, de 5 à 6 m de hauteur, devait décharger les nuages électrisés, à condition d’être terminée en pointe et réunie à la terre. En réalité, ce rôle préventif n’existe pas; c’est la conclusion la plus certaine des études modernes. Il faudrait en effet, pour qu’une telle action s’exerçât, que le courant s’échappant de la pointe du paratonnerre fût suffisamment intense pour neutraliser rapidement toute la charge d’un nuage. Or, les quelques mesures de ce courant que l’on a faites montrent qu’il est dérisoirement faible (de l’ordre de 1 mA), dans les orages les plus violents. Au. Pic du Midi, la décharge lente qui s’échappe des paratonnerres de l’Observatoire est accompagnée d’un sifflement strident, et la nuit d’un effluve lumineux (feu Saint-Elme) ; dans ces conditions, qui sont les meilleures possibles, car l'Observatoire est au milieu du nuage orageux, on observe souvent la chute de la foudre sur les paratonnerres et les. pylônes de T.S.F. Le rôle préventif des paratonnerres est donc inexistant au Pic du Midi; il en est de même à plus forte raison, en plaine, car on n’y observe jamais aucune manifestation des décharges lentes telles que les précédentes.
- Le R. P. Schaffers se demande même si le dégagement des ions, par la pointe du paratonnerre, qui est susceptible d’attirer la foudre à quelques mètres, ne présente pas un certain danger plutôt qu’une protection, lorsque le paratonnerre est trop élevé. Il estime que l’on ne doit pas chercher à attirer la foudre, car on n’est jamais sûr que les conducteurs de descente du paratonnerre soient sans défaut. Par conséquent, les paratonnerres à sels de radium, récemment préconisés par C. Franck(î4), doivent être rejetés, comme étant plus dangereux qu’utiles.
- Tel est le résumé des remarquables études du R. P. Schaffers; nous adhérons pleinement à ses conclusions.
- (23) Melsens, Des paratonnerres à pointe et à raccordements multiples, Bruxelles, F. Hayez, éditeur, 1877.
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- PROTECTION DES LIGNES ÉLECTRIQUES CONTRE LA FOUDRE. — Nous (leVOllS dire quelques mots de la protection des lignes électriques contre la foudre, à cause des accidents nombreux qu’elles présentent. Il y a lieu de distinguer les lignes à haute et à basse tension. La protection des premières constitue un problème très important, qui intéresse surtout les électriciens et que nous ne pouvons traiter ici. La protection des lignes à basse tension intéresse tout le monde, car ce sont ces lignes qui pénètrent dans nos maisons, pour y apporter la lumière, la chaleur, l’énergie motrice; il faut les empêcher d’apporter la foudre
- Tout d’abord, les concessionnaires des lignes doivent prendre toutes les précautions possibles pour empêcher la foudre de frapper les fils conducteurs; des paratonnerres de Franklin, placés sur les poteaux de soutien, sont très utiles à cet effet.
- On obtient une protection très efficace en employant un fil de terre, c’est-à-dire un fil tendu au-dessus des fils de ligne, et réuni à la terre en de nombreux points de son parcours ; mais ce moyen est assez coûteux. On peut aussi réunir à la terre le fil neutre de la distribution triphasée, employée d’habitude pour les transports d’énergie électrique.
- Le moyen de protection le plus efficace consiste dans l’emploi d’appareils spéciaux, connus sous le nom de para-foudres, qui sont destinés à écouler dans le sol la décharge à très haute tension de la foudre, lorsque celle-ci frappe la ligne; ces appareils sont placés en dérivation entre le fil conducteur que l’on veut protéger et la terre. Un para-foudre comprend en principe une lame isolante de faible épaisseur (pouvant être simplement de l’air) placée entre deux pièces conductrices, réunies l’une à la terre, l’autre au fil de ligne que l’on veut protéger. La tension normale de la ligne est trop faible pour vaincre la résistance de l’isolant; aucun courant ne passe dans la dérivation et le coulant normal de la ligne n’est en rien modifié par la présence de l’appareil. La surtension énorme de la foudre surmonte la résistance de l’isolant, au moment du passage de l’onde mobile, et un arc à la terre s’amorce dans le parafoudre; aussitôt qu’il est formé, tout courant disparaît momentanément dans la partie delà ligne située au delà; mais l’instrument est disposé de telle sorte que l'arc est éteint presque aussitôt, et le fonctionnement normal recommence.
- Les types de parafoudre sont très nombreux ; nous décrirons simplement l’un d'eux, qui s’est montré particulièrement efficace, au cours des essais comparatifs effectués dans les départements très foudroyés de la Corrèze et de la Creuse; c’est le parafoudre L.S. (fig. 7) de la Maison Soulé, imaginé par M. Ch. Ledoux. Ce para-foudre se compose essentiellement de 3 électrodes annulaires, séparées par des rondelles isolantes C, qui ménagent deux intervalles explosifs en série, de forme annulaire et de section considérable. Les électrodes extrêmes A sont en graphite: l’électrode intermédiaire B est en matière demi-conductrice spéciale. L’ensemble est fixé sur un noyau isolant D en stéatite. portant à ses extrémités deux tiges filetées,
- (21) C. Franck, Rev. gén. de l'Élec., t. 28, 1930, p. 441, t. 29, 1931, p. 307.
- (25) Pour la protection contre la foudre des lignes électriques, voir les travaux de M. Gu. Lkdoux. Bull. Soc.fr. des Élecl., oct. 1900 et, Rev. gén. Elec., 1931. 21 et 28 mars, 4 avril.
- Parafoudre
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- reliées l’une E à la ligne, l’autre F à la terre ; l’électrode supérieure A est réunie à la tige E, l’électrode inférieure à la tige F. Une cloche en porcelaine assure la protection de l’appareil ; une console en fonte assure la fixation sur un poteau.
- Lorsque le parafoudre L. S. est soumis à une surtension violente, la décharge se produit dans les deux intervalles isolants, sur la totalité des deux couronnes circulaires des électrodes, et la résistance intérieure .....
- est très faible. Lorsque la tension redevient normale, il ne subsiste que des arcs élémentaires, qui n’occupent qu’une faible fraction de la surface des électrodes; ils ont alors une forte résistance et s’éteignent instantanément. Ce parafoudre est utilisé pour la protection des lignes elles-mêmes et pour celle des transformateurs ; on le complète alors en plaçant à sa suite une bobine d’inductance, qui oppose un obstacle considérable à la propagation vers le transformateur du courant très rapidement variable de la foudre.
- Pour la protection des installations intérieures, on emploie un dispositif analogue à ce dernier, mais la bobine d’inductance est logée dans l’appareil même, entre deux cloches de porcelaine (fig. 8).
- On réalise ainsi l’appareil, connu sous le nom de protecteur J. D. L., que l’on place à l’extérieur de l’habitation, avant l’entrée du branchement. Chacun des fils de ligne doit être muni d’un protecteur particulier.
- Les prises de terre des parafoudres doivent être faites, comme celle des paratonnerres, de manière à réaliser une surface de contact avec le sol aussi grande que possible.
- IV. — LA GRÊLE
- Influence de la constitution géologique du sol sur la grêle. — La grêle est une manifestation de l’orage, moins dangereuse, mais généralement beaucoup plus ruineuse que la foudre. Les pertes occasionnées par la grêle sont supérieures à 300 millions par an, pour toute la France. Cependant ce phénomène est aussi mal connu des physiciens que celui de la foudre. Il y a entre les deux certaines relations que j’ai pu mettre en évidence par l’étude des orages, dans la région du Sud-Ouest.
- Cette étude a été faite par les procédés que j’ai indiqués précédemment pour la foudre. Les informations recueillies ont montré que : pour la grêle, comme pour la foudre, il existe des lieux, des territoires, très souvent frappés, tandis que d’a\itres sont à peu près indemnes. Les lieux dangereux pour la foudre sont également des lieux dangereux pour la grêle; leur situation topographique dépend essentiellement de la constitution géologique du sol.
- La grêle en l'absence de vent. — Les phénomènes relatifs à la grêle sont compliqués par l’action du vent, qui emporte les grêlons loin du lieu de leur production.
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- Le cas le plus simple est celui d’un orage qui n’est accompagné d’aucun vent horizontal, ou dans lequel le vent est trop faible pour déplacer beaucoup le nuage orageux. La grêle tombe alors évidemment sur les lieux mêmes au-dessus desquels elle se forme.
- Il en est ainsi dans des orages locaux, qui se produisent sans donner lieu à une baisse barométrique importante. Dans un tel orage, se manifeste avec une très grande netteté le mouvement ascendant très violent, qui constitue la partie essentielle du phénomène et dont dépendent tous ses effets. Ce mouvement, peu sensible au niveau du sol, est très marqué dans une station de très grande altitude, comme l’Observatoire du Pic du Midi, où nous avons eu l’occasion de l’observer dans toute sa pureté. Cette observation nous a permis d’apercevoir le mécanisme de la formation de la grêle, et en même temps sa localisation sur un territoire nettement délimité, dont l’étendue était bien inférieure à celle que couvrait l’orage total. La distinction de ce territoire était facilitée, comme il arrive souvent, par ce fait que la grêle avait couvert le sol d’une couche blanche, suffisamment épaisse pour persister après l’orage pendant quelques heures.
- Nous avons observé à Bagnères-de-Bigorre des orages locaux analogues; nous avons remarqué la même délimitation rigoureuse de la couche blanche, et nous avons pu repérer soigneusement les contours des plages grêlées. Ainsi, nous avons constaté que ces contours se confondaient avec les lignes de séparation entre certains terrains formés de roches métamorphiques siliceuses et des terrains calcaires voisins. Sur ces derniers, il n’était tombé que quelques rares grêlons au voisinage de la ligne de séparation; au contraire, toute l’étendue des terrains siliceux était recouverte d*une épaisse couche de grêle. L’influence de la constitution géologique du sol sur la grêle était ainsi mise en évidence d’une façon remarquablement précise, en même temps que l’identité entre les terrains dangereux pour la foudre et pour la grêle.
- Les rubans de grêle. — D’après ce qui précède, la grêle ne doit pas se former au-dessus d’un terrain calcaire; cela ne veut point dire qu’un terrain calcaire est rarement grêlé; car la grêle peut y être apportée par le vent après avoir pris naissance sur un terrain siliceux voisin.
- Cela nous amène à étudier l’action remarquable du vent, qui se manifeste dans la plupart des orages, surtout dans ceux qui accompagnent les dépressions barométriques. Dans un tel orage, la colonne ascendante d’air chaud est emportée par un vent horizontal, souvent très fort, qui la déplace rapidement. La grêle se forme toujours de la même manière, au-dessus d’un terrain siliceux déterminé, au moment du passage sur celui-ci de la colonne orageuse; mais à partir de ce terrain d’origine, le nuage, emporté dans la direction du vent, sème les grêlons sur une bande, un ruban de territoire, allongé dans cette direction, et dont la largeur initiale est égale à celle du terrain d’origine; cette largeur est souvent très faible (une centaine de mètres) en comparaison de celle de la surface couverte par l’orage total (plusieurs dizaines et parfois plusieurs centaines de kilomètres). A mesure que l’on s’éloigne de l’origine, la largeur du ruban de grêle augmente légèrement; en même temps l’intensité du fléau diminue, car le nuage se dépouille peu à peu de ses projectiles glacés; elle s’annule bientôt, à moins que la colonne orageuse ne rencontre sur son trajet un autre terrain dangereux, où la grêle se reforme et ainsi de suite.
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- Il résulte de là qu’un ruban de grêle a une constitution discontinue, comme le montre schématiquement la figure 9. Les terrains d’origine des divers tronçons sont généralement des terrains siliceux; il arrive parfois que la ligne a b, à partir de laquelle le phénomène s intensifie ou prend naissance, est marquée avec une netteté surprenante et se confond avec la ligne de contact de deux terrains différents (l’un calcaire, l’autre siliceux, par exemple).
- La grêle est fréquente dans les départements du Sud-Ouest de la France, sur lesquels ont porté nos investigations. Nous avons étudié beaucoup de rubans de grêle; depuis 1928 nous avons observé leurs lieux d’origine et de renforcement. Parmi les terrains dangereux ainsi reconnus, je citerai les plateaux de Lannemezan et de Ger, sur lesquels la foudre est si fréquente. Ces terrains sont formés d’argile ferrugineuse à cailloux roulés, d’âge miocène. Au temps de leur formation, se déposaient, dans un vaste lac, au Nord des Pyrénées, des molasses argilo-calcaires, qui couvrent aujourd’hui tout le pays, entre les Landes et la Montagne Noire. Ces molasses ne sont pas dépourvues de tout caractère dangereux, et celui-ci se manifeste d’autant mieux qu’elles sont moins riches en calcaire. L’action des eaux de pluie sur ces molasses a eu pour conséquence la dissolution du calcaire et l’entraînement vers le bas des pentes des argiles ferrugineuses. Ainsi s’est constitué un terrain de nature particulière, complètement dépourvu de calcaire, qui est fort répandu dans le Sud-Ouest, et que l’on appelle boulbène; certaines boulbènes sont particulièrement dangereuses et beaucoup de rubans de grêle prennent naissance sur elles.
- Des études analogues pourraient êtres faites dans les diverses régions de la France; elles conduiraient vraisemblablement aux mêmes conclusions. Ainsi, il résulte des documents relatifs aux orages de la Bourgogne, qui m’ont été fournis par M. Boutaric, professeur à la Facidté des Sciences de Dijon, que les rubans de grêle qui ravagent les riches vignobles de la Côte d’Or, prennent naissance en général, sur les plateaux granitiques du Morvan, dont nous avons indiqué le caractère dangereux.
- Théorie de la formation de la grêle. —- La cause des phénomènes que nous étudions est, avons-nous dit, l’ionisation de l’air, qui est plus intense qu’ailleurs dans les endroits dangereux. On peut se demander comment cette ionisation peut agir sur la formation des grêlons, car celle-ci ne peut se faire évidemment qu’à une altitude assez grande pour qu’il y règne en été (saison habituelle des orages) une température inférieure à 0°. La théorie que j’ai imaginée pour expliquer la formation de la grêle explique cette action.
- Le mouvement ascendant de l’orage emporte tout ce qui se trouve dans l’air au voisinage du sol : poussières, ions, gouttelettes d’eau, etc. Les poussières et les ions servent de noyaux pour la condensation des gouttelettes ; cette condensation se produit dès que la détente qui accompagne le mouvement ascendant a refroidi la masse d’air au-dessous du point de rosée (vers 1.500 m, altitude moyenne de la base
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- du cumulo-nimbus au début de l’orage). Les gouttelettes, formées sur les ions comme germes, conservent la charge de ces derniers ; elles sont emportées vers le haut sans grossir, jusqu’au niveau des cirrus ou cirro-stratus (7.000 à 10.000 m), qui forment une sorte de voile au-dessus du cumulo-nimbus orageux.
- Les cirrus sont formés d’aiguilles de glace très petites; les rayons ultra-violets du soleil agissant sur elles leur font perdre des électrons, car la glace sèche est photoélectrique, d’après les recherches de MM. Brillouin et Buisson2G). Les cristaux de glace sont ainsi électrisés positivement jusqu’à ce que leur potentiel dépasse de 2 V celui de l’atmosphère ambiante. L’un d’eux prend ainsi une charge positive égale à n e, si le cristal a perdu n électrons et si e est la charge d’un ion. Cette charge positive est très grande, en comparaison de celle d’une gouttelette du cumulo-nimbus, qui est égale à e. Considérons parmi ces gouttelettes celles qui sont électrisées positivement. Un cristal positif du cirrus va attirer un nombre très grand n de ces gouttelettes (n’^n). Or, ces gouttelettes sont restées presque toutes en surfusion à la température très basse de ces grandes altitudes (d’après L. Dufour)(-7-! ; elles se congèlent immédiatement au contact du cristal de glace, en donnant un petit grêlon, dont la charge est (n — n ) e. La neutralisation est généralement complète etn’ = «; mais, à la partie supérieure du nuage où se passent ces phénomènes, le soleil agit de nouveau pour recharger le petit grêlon, qui attire de nouvelles gouttelettes surfondues et ainsi de suite.
- Le grêlon grossit ainsi rapidement jusqu’à ce que son poids devienne supérieur à la force du courant d’air vertical qui le soutient; il tombe alors à l’intérieur du nuage, en conservant la charge positive qu’il avait au moment de sa chute (cette charge peut être nulle, mais jamais négative). Si les gouttelettes négatives surfondues sont relativement peu nombreuses dans le cumulo-nimbus, les grêlons ainsi formés grossissent peu et fondent avant d’arriver au sol. Ils donnent alors de grosses gouttes de pluie, électrisées positivement, telles qu'on les observe au début d’un orage.
- Les grêlons sont, au contraire, abondants et volumineux et ils atteignent le sol sans être fondus, s’il y a beaucoup de gouttelettes négatives dans la colonne nuageuse ascendante. Gela peut arriver pour diverses causes, parmi lesquelles la plus agissante est l’introduction dans la colonne, à son point de départ, d’un grand nombre d’ions négatifs. Cette introduction se produit dans les lieux que nous avons appelés dangereux, où les ions négatifs prédominent dans l’air, comme nous l’avons vu. Lorsque le front de l’orage passe au-dessus de l’un de ces lieux, la grêle prend naissance, en grande abondance, à grande altitude. Ainsi se trouve expliquée l’influence sur la grêle de l’ionisation de l’air au voisinage du sol et de la constitution géologique de ce dernier.
- (26) M. Brillouin, Rev. gén. des Sciences, 30 août 1897.
- (27) L. Dufour. C. R., t. 32, 1861, p. 750.
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- BULL. DE LA SOC. D’eNCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — OCTOBRE 1933 (p. 529).
- LA SCULPTURE SANS MAQUETTE PAR TAILLE DIRECTE DU BÉTON EN PRISE
- par M. Charles Sarrabezolles, sculpteur et statuaire, lauréat cle la Société d’Encouragement.
- En 1925, M. Germain Olivier, l’architecte du Palais de l’Afrique occidentale française à l’Exposition coloniale de Marseille de 1922, me demandait quelques jours seulement avant l’ouverture de l’Exposition des Arts décoratifs de 1925, de compléter la décoration que j’avais faite à son Palais de l’Afrique occidentale française, sur la rive de la Seine, par deux panneaux décoratifs sur façade. Je n’avais plus le temps nécessaire pour exécuter des maquettes dans mon atelier, les faire mouler et les poser; je pris alors la résolution de les sculpter directement dans le plâtre qu’un tâcheron me gâchait au fur et à mesure ; la chose fut réussie.
- Mon ami, Paul Tournon, architecte, pour qui j’avais sculpté en 1924 le saint Thomas d’Aquin de sa chapelle du 222, du Faubourg Saint-Honoré à Paris, avait été chargé par M. l’abbé Klein, curé de Villemomble, qu’il avait rencontré par hasard dans un train, de lui construire un clocher, genre campanile italien, sur une base de départ datant de cinquante ans.
- La paroisse n’était pas riche, et cependant M. l’abbé Klein voulait édifier une haute tour dont les figures de saints couronneraient le sommet et chanteraient la gloire de Notre très Sainte Église. Gomment arriver avec peu d’argent à élaborer un pareil chant sculptural?
- J’eus la grande joie d’être investi de la confiance de mon ami Paul Tournon pour tailler les sculptures que comportait son projet. Nous passâmes un an à chercher des moyens; tous se révélaient très chers, beaucoup trop chers. Il n’en restait qu’un : « Fais comme à l’A.O.F., me dit Tournon, non pas dans le plâtre, qui ne durerait pas ! mais dans le ciment. » « Mais le ciment ne prend pas assez vite pour être travaillé; dès qu’il est gâché il coule », dis-je. C’est alors que je proposai d’employer un béton non encore complètement pris, résistant cependant, dans lequel je comptais avoir pendant quelques heures le temps de sculpter.
- Je demandai à mon ami Tournon de faire couler dans son chantier trois petits blocs, l’un avec une prise de 24 heures, l’autre de 18 heures et le troisième de 12 heures, d’un mélange de 350 de ciment pour 1.000 de gravier et sable. Je me proposais d’aller tâter ces trois blocs avec mes outils.
- Le cœur battant, je m’en fus donc un matin à Villemomble, avec ciseau et massette ; je taillai dans les trois petits blocs ; je pus conclure qu’au bout de 24 heures de prise, le béton est déjà très dur; au bout de 18 heures il est encore trop dur; 12 heures de prise me parurent pouvoir convenir. Je repartis, très enthousiasmé, répondre à mon ami Tournon que je sculpterai son clocher.
- Il fut entendu qu’il me ferait exécuter successivement les coffrages aux dimensions que je lui indiquerais, savoir, sur 2,50 m de hauteur de personnage.
- L’enthousiasme est une merveilleuse chose ; mais la réflexion me fit craindre de ne pouvoir me tirer d’une pareille besogne; les difficultés surgissaient dans mon cerveau et prenaient des proportions considérables : je me voyais obligé de frapper 132e Année. — Octobre 1933. 35
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- à tour de bras, suant, haletant, du ciment dans les yeux, devant une matière inégale, devenant à chaque minute de plus en plus dure.... Je pensai à m’outiller spécialement. J’aurai une cotte, des lunettes épaisses, toutes sortes d’outils et j’emporterai un immense carton avec d’immenses feuilles de papier gris ; et chaque soir je ferai, moitié grandeur, un dessin ombré, relevé de blanc, de ce que j’aurai à tailler le lendemain.
- Fig. 1. — vue d’ensemble du campanile de l’église de yillemomble,
- PENDANT L’EXÉCUTION DES TRAVAUX.
- Le 20 août, je montai pour la première fois au sommet du campanile avec une caisse contenant haches, hachettes, outils taillants, pics, pioches, rabotins, ciseaux, planes et je commençai. J’avais à exécu ter des tètes ailées des séraphins qui, dans leurs chevelures, pures flammes, brûlaient en l’honneur de l’Éternel et soutenaient le globe de l’Univers. J’étais à 50 m de hauteur sur un étroit échafaudage et je n’avais jamais travaillé à plus de 10 m. L’angoisse de l’œuvre à accomplir et l’ardeur qui bouillonnait en moi me firent oublier le vertige auquel je n’aArais pas pensé.
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- LA SCULPTURE SANS MAQUETTE PAR TAILLE DIRECTE DU BÉTON EN PRISE. 531
- Les choses allèrent autrement que je n’avais prévu : je ne me servis pas du premier dessin que j avais établi en hâte : c’eût été une trop grande perte de temps que d avoir à me recopier en sculptant. Je me fiai donc à mon imagination, et la première tête fut réussie; puis la seconde; le lendemain je taillai la troisième et la quatrième. J étais bien parti, mais quelle émotion et aussi quelle fatigue!
- Puis j attaquai le bas, 1,50 m par 1,50 m de hauteur, craignant de ne pouvoir arriver à bout de la hauteur de 2.50 m que j’avais prévue tout d’abord. Ce fut d abord un pilier de nuages que j’eus à exécuter; le lendemain ce furent deux piliers : je rattrapais donc en largeur ce que j’avais perdu en hauteur. Pendant que
- Fig. 2 et 3. — CAMPANILE DE l’église de villemomble :
- • Saint Benoît. Saint Bernard (reproduisant les traits de
- M. l’abbé Klein, curé de Villemomble).
- je sculptais un angle, on ^offrait et coulait l’autre angle que je taillais le lendemain à 7 heures du matin.
- Après les nuages, ce furent encore des nuages avec les pieds et la robe, jusqu’aux genoux, de la première statue. Pas de points de repère, travaillant sans recul possible avec la seule intuition de ce que pouvaient êlre la largeur par rapport à la hauteur et le commencement de direction des lignes que je ne devais continuer que 8 jours plus tard lorsque le tour (2 statues par angle) serait accompli après que j’aurai taillé sept commencements de statues! .
- Je finissais donc maintenant mon travail sur 2,50 m de hauteur et je laissai l’espace vide, un espace inconnu, au-dessus.
- Je continuai ainsi à tourner de gauche à droite en suivant l’équipe decoffreurs et couleurs, et montant de 2,50 m tous les huit jours. La tâche se compliqua alors des statues intermédiaires qui composaient les angles; puis ce fut le tour des torses et des tètes; j’étais pris de la frénésie de la difficulté.
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- 532 LA SCULPTURE DU BÉTON EN PRISE PAR TAILLE DIRECTE. — OCTOBRE 1933.
- Je dois dire que mon imagination m’y avait préparé, car, sans que je le voulusse, je m’étais figuré des difficultés d’exécution tellement extraordinaires ; j’étais prêt à un tel martyre intellectuel et physique que j’éprouvai un grand apaisement devant la réalité. Composer sur le coup, prendre une détermination immédiate quant aux caractères psychologiques et décoratifs des gestes et des expressions m’enchantait; je vivais intensément.
- A midi, je descendais déjeuner chez M. le Curé, pour qui j’avais une grande
- Fig. 4. — CAMPANILE DE L’ÉGLISE DE VILLEMOMBLE :
- Saint Genest, patron des comédiens.
- admiration en pensant à son heureuse témérité, puisqu’il m’avait obligé à trouver une technique nouvelle. Quelle leçon pour les timides qui ne s’imaginent aucune autre production que celles du quartier Saint Sulpice!
- A une heure moins le quart, je remontais les échelles, passant en dedans et en dehors du clocher; je montais sur des planches branlantes, enjambais des vides; l’air m’appartenait, les difficultés de toutes sortes étaient devenues choses de ma vie courante. M. le Curé, qui a qualifié cette période de « tèmps héroïques », grimpait lui aussi; on communiait dans la foi et dans l’art. C’était splendide!
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- LA SCULPTURE SANS MAQUETTE PAR TAILLE DIRECTE DU BÉTON EN PRISE. 533
- Lorsque je fus arrivé en haut, et eus sculpté la dernière auréole, descendant peu à peu, je repris les parties déjà faites dans une matière devenue maintenant sèche et très dure. En accusant certains traits, en fixant quelques expressions et colorations, j’atteignis le bas; je sculptai alors les évangélistes, je gravai les inscriptions, et ce fut fini. Il était temps : novembre était venu : les matinées étaient fraîches, le thermomètre descendait au-dessous de zéro ; je m’évanouis une fois ; mais je venais de vivre intensément, et une technique nouvelle était née.
- Longtemps on crut, dans le monde des artistes, que j’avais exécuté des modèles ou des moules très étudiés; le public crut plus facilement à la réalité que ceux qui n’ignoraient rien des extraordinaires difficultés du nouveau procédé. Je ne crois pas qu’il puisse y en avoir de plus difficile car, même la taille directe dans le marbre, travail forcément lent, permet, par approches successives, d’avancer sûrement vers le but que l’imagination a le temps de modifier et de parfaire; dans le béton, il ne peut y avoir que de grands coups, et définitifs.
- J’avais commencé le 20 août par les fortes chaleurs; je finissais le 3 novembre dans le froid. Quatre séraphins, vingt personnages de 7 mètres de hauteur, l’aigle, le lion, le taureau et l’ange, de nombreuses inscriptions, avaient été achevés en 63 jours.
- Deux ans après, je sculptai en 6 semaines les 35 statues du tympan de l’Eglise d’Élisabethville près de Mantes.
- Si j’ai pu obtenir ces résultats et si je suis prêt à sculpter encore n’importe quel bloc qui me serait présenté sur le champ, sans étude préalable, c’est sans doute parce que j’ai beaucoup étudié, composé, dessiné; parce qu’aucune technique de n’importe quelle époque depuis les temps anciens ne m’est inconnue ; c’est parce que rien de la forme humaine, de l’anatomie, de l’histoire ou de la mythologie ne m’est étranger. C’est aussi parce que j’ai la sensation que la sculpture doit faire corps avec l’architecture. C’est que je connais la technique exigée par chaque matière, granit, marbre, pierre ou bronze. C’est que j’évolue dans les formes, que les dimensions ne sont rien et que seuls comptent les proportions et les grands rythmes qui renferment tout.
- Dois-je ajouter que, malheureusement, l’époque n’est plus de pouvoir, faute de crédits et de temps, pousser une œuvre comme celles que nous ont léguées l’admirable antiquité, le moyen âge et la renaissance. La technique de la taille directe dans le béton, rapide, auxiliaire de l’architecture moderne, ne comptant que par la composition, (le parti), l’équilibre des volumes, des grandes ombres et des grandes lumières, le jaillissement de l’idée, sait conserver la grandeur nécessaire, rappeler,
- Fig. 0. — CAMPANILE DE I.’ÉGLISE DE VILLEMOMBLE :
- Taille de la figure du saint Curé d’Ai
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- 534 LA SCULPTURE DU BÉTON EN PRISE PAR TAILLE DIRECTE. — OCTOBRE 1933.
- celle, oubliée, des grandes époques; elle est la marque, imparfaite sans doute comme toute chose humaine, mais la marque de la volonté de cette fin du premier tiers du xxe siècle.
- Selon la grandeur des statues, le gravier doit être plus ou moins gros. Cette technique ne s’accommode guère d’œuvres de petites dimensions devant être vues de près; le bouchardage, comme je l’ai employé dans le haut relief à la gloire de la Seine ornant le tympan des nouvelles maisons que M. Marrast a construites à Paris à l’entrée de la rue Dauphine, face au Pont-Neuf, peut donner une impression de plus grand fini.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. —OCTOBRE 1933 (p. 535).
- SOCIÉTÉ INDUSTRIELLE DE ROUEN :
- DISTRIBUTION SOLENNELLE DE RÉCOMPENSES (Rouen, 21 mai 1933)
- par M. Ed. Sauvage, membre du Conseil de la Société d‘Encouragement.
- Pour la huitième fois la Société industrielle de Rouen a célébré sa grande fête annuelle, en distribuant ses récompenses aux ouvriers et employés de tous grades des établissements industriels et commerciaux. Cette touchante cérémonie s’est déroulée avec l’éclat habituel dans la vaste enceinte du cirque de Rouen, tout juste suffisante pour contenir les nombreux assistants attirés par cette fête.
- Elle était présidée par M. Léon Guillet, membre de l’Institut, directeur de l’Ecole centrale des Arts et Manufactures. Sur l’estrade, aux côtés de M. Guillet et de M. Renard, président de la Société industrielle, avaient pris place le Préfet de la Seine-Inférieure et les plus hautes notabilités du département ainsi que d’autres invités, parmi lesquels notre Société était représentée.
- En ouvrant la séance, M. Renard remercie les invités, dont la présence marque l’intérêt qu’ils portent à la Société industrielle et insiste sur le légitime orgueil que lui cause leur empressement. Dans une chaleureuse allocution, M. Guillet rappelle la grande œuvre accomplie par la Société et son importance au «point de vue social; il se félicite d’y rencontrer de nombreux anciens élèves de l’École centrale.
- Puis vient la remise de récompenses, médailles d’or pour 40 années au moins de services ininterrompus dans un même établissement, médailles de vermeil pour 30 années et d’argent pour 20 années. 50 médailles d’or fuient remises,.dont une à Mme Lavoisey, tisseuse', comptant 54 années de services; les médailles de vermeil furent au nombre de 80, et celles d’argent, de 119. En outre, quelques médailles d’argent grand module récompensèrent des services exceptionnels, notamment une attribuée au comptable Zominy, titulaire de 60 ans de services.
- Parfaitement organisée par M. d’Anjou, secrétaire de la Société, et ses collaborateurs, cette imposante distribution se fit dans un ordre parfait et avec rapidité.
- Quelques médailles ont été remises par le Président de la réunion, mais le p us souvent c’était le patron de l’établissement où travaille le lauréat qui prenait ce soin, heureuse marque de cordialité entre employeur et employé, prouvée d’ailleurs par le motif même de la récompense.
- A la distribution de récompenses de la Société industrielle était adjointe la remise de plusieurs autres prix. D’abord, les médailles du travail données par l’État, médailles de vermeil pour 50 ans de services, d’argent pour 30 ans. Puis quelques médailles d’argent grand module offertes par la Société industrielle de Rouen, à des membres de l’Association normande pour prévenir les Accidents du Travail. Les motifs de ces récompenses sont fort intéressants; à titre d’exemple, la mention suivante est donnée pour M. Montessu, directeur d’un groupe des Établissements Leroy :
- « A, tant par la protection que par le choix même du matériel, l’organisation des ateliers et la conception des bâtiments, organisé une des scieries les mieux comprises au point de vue de la sécurité. »
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- 536 SOCIÉTÉ INDUSTRIELLE DE L’EST. (NANCY, 2 JUILLET 1933.) — OCTOBRE 1933.
- A des membres de la même Association normande, M. le Préfet a remis une médaille d’argent, offerte au nom du département, M. Métayer, député, maire de Rouen, une médaille d’argent, la ville de Rouen et la Société industrielle, une plaquette et une médaille de bronze.
- Ont été aussi récompensés des élèves du cours d’aides-chimisles de la Société industrielle de Rouen et du cours de filature et de tissage de l’Institut chimique de Rouen.
- Une réunion plus intime et fort agréable a suivi la distribution solennelle des récompenses, le déjeuner auquel la Société industrielle avait convié ses invités. Là encore furent remises, par M. Renard, quelques médailles d’argent, .à quatre membres de la Société industrielle qui en font partie depuis cinquante ans, et à M. Guillet.
- Deux allocutions, bien vivantes, l’une de M. Renard, l’autre de M. Guillet, terminèrent cette très belle fête.
- Le palmarès de la distribution existe à la bibliothèque de la Société. (Pièce n° 13671.)
- SOCIÉTÉ INDUSTRIELLE DE L’EST. DISTRIBUTION DES RÉCOMPENSES
- (Nancy, 2 juillet 1933)
- par M. Ed. Sauvage, membre du Conseil de la Société d'Encouragement.
- Dans sa fête annuelle du travail, le 2 juillet 1933, la Société industrielle de l’Est a distribué des récompenses à 1.850 travailleurs de tout ordre dans les établissements industriels et commerciaux qui se rattachent à cette société. Ces établissements sont situés dans les départements de Meurthe-et-Moselle, de la Moselle, des Vosges, de la Haute-Marne, des Ardennes, quelques-uns même dans des départements plus éloignés de Nancy. Une distribution aussi importante, attirant une nombreuse assistance, s’est effectuée avec le plus grand ordre et avec célérité dans la vaste salle Poirel de Nancy; on ne saurait trop féliciter le président de la Société, M. Henry Rrun, et ses collaborateurs, pour la parfaite organisation de la cérémonie.
- La séance était présidée par M. François de Wendel, maître de forges, sénateur de Meurthe-et-Moselle. Sur l’estrade avaient pris place, aux côtés de M. de Wendel et de M. Rrun, la plupart des autorités du département de Meurthe-et-Moselle, et d’autres invités de la Société, y compris un représentant de la Société d’Encoura-gement.
- Les récompenses comprennent :
- Des prix en argent, attribués à des pères de familles nombreuses;
- Des médailles d’or, pour un minimum de 40 années de services ininterrompus dans le même établissement;
- Des médailles de vermeil grand module, pour un minimum de 35 années de services ininterrompus dans le même établissement;
- Des médailles d’argent grand module, pour services exceptionnels;
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- SOCIÉTÉ INDUSTRIELLE DE L’EST. DISTRIBUTION DES RÉCOMPENSES.
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- Des médailles de vermeil, pour un minimum de 30 années de services ininterrompus dans le même établissement;
- Des médailles d’argent pour un minimum de 25 années de services ininterrompus dans le même établissement.
- Parmi les prix en argent, il convient de citer le prix Prosper Hanrez. Selon les intentions du donateur, ce prix, d’une valeur de 1.500 fr, est décerné annuellement à un honnête ménage ouvrier, français ou belge, ayant au moins trois enfants. Il a été attribué en 1933 à M. Charron (Albert), 32 ans, français, marié, pontonnier à la Société des Hauts Fourneaux, Forges et Aciéries de Pompev, qui a 9 enfants ne travaillant pas.
- Parmi les titulaires des médailles d’or, l’assistance a chaudement applaudi la lecture des noms de :
- Mlle Courtois (Constance), caneteuse, 60 ans de services;
- Mlle Gehin (Philomène), lisserande, 56 ans;
- Mme Vve Gehin (Catherine), née Sygwarth, dévideuse, 55 ans;
- employées dans les Établissements des Héritiers de Georges Perrin à Cor-nimont (Vosges).
- Il serait intéressant de donner les motifs de toutes les attributions de médailles d’argent grand module, pour services exceptionnels. Afin de ne pas trop allonger notre notice, nous citerons seulement l’exposé relatif à l’agent du grade le plus modeste :
- M. Bronquart (Auguste) (28 ans de services), visiteur du matériel roulant à la Société anonyme des Hauts Fourneaux et Fonderies de Pont-à-Mousson. Ouvrier d’un mérite exceptionnel. Quoique simple agent visiteur chargé seulement du graissage et de la vérification du matériel roulant, ne s’est pas contenté de s’acquitter avec zèle et intelligence ‘de sa tâche, mais a suggéré de nombreux perfectionnements ayant pour but soit d’éviter des avaries, soit de faciliter l’entretien, soit d’accroître la sécurité. Déjà cité à l’ordre de la Société, comme lauréat de la « boîte aux idées » pour le nombre et la valeur de ses suggestions.
- A l’ouverture de la séance, après l’exécution de la Marseillaise, M. Brun, dans une courte allocution, rappela les noms des hommes éminents qui avaient présidé les distributions précédentes, et remercia M. François de Wendel pour avoir bien voulu cette année honorer la Société industrielle par sa présidence.
- M. de Wendel prit alors la parole, et, ne se limitant pas aux détails de la cérémonie actuelle, s’éleva à des considérations générales; il exposa d’une très heureuse manière dans quelles voies il convient de diriger l’industrie; aussi la reproduction de son discours est-elle d’un grand intérêt pour les lecteurs de notre Bulletin. Ajoutons que ce discours, débité d'une voix claire et portante, le fut sans l’aide de la moindre note écrite. Heureusement, les sténographes de la presse locale le recueillirent. Il fit sur l’auditoire une impression profonde.
- Discours de M. François de Wendel.
- Je crois que, si je voulais me conformer à une tradition quelque peu académique, je devrais — au moment où, répondant à l’aimable invitation du si dévoué et sympathique président de la Société industrielle de l’Est, M. Brun, je suis appelé à prendre la parole — évoquer le souvenir des hommes éminents qui ont accepté
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- de présider avant moi cette fête du travail, et j’aurais plaisir en les citant à faire applaudir des noms à la fois respectés, aimés et admirés.
- Je m’excuserai de n’en rien faire et vais vous en donner très simplement la raison. En cette heure, où je me trouve face à face avec l’élite du travail qui remplit cette salle, au moment où j’ai à m’adresser aux travailleurs que vous êtes, Messieurs, ma pensée va tout d’abord, je vous l’avoue, à vos frères, à vos camarades qui sont mes collaborateurs de tous les jours, et plus particulièrement à un certain nombre de mes contemporains, qui sont en même temps un peu les vôtres, à ces employés et ouvriers de Jœuf avec lesquels j’ai vécu quotidiennement de 1899 à 1914.
- Ce sont eux qui m’ont appris mon métier, qui m’ont révélé ce qu’une connaissance plus complète des uns et des autres pouvait arriver à créer de sympathie et d’affection réciproques entre les associés d’une œuvre commune, et qui m’ont d’aiU leurs, en transportant sur un autre terrain la confiance qu’ils me faisaient à l’usine, permis de fournir l’effort que j’ai poursuivi de diverses façons pendant et depuis la guerre; et c’est sous leurs auspices, je dirais presque que c’est sous leur invocation, que j’ai envie de me placer au moment où j’ai à m’adresser à vous, à vous complimenter, à vous féliciter.
- Ce petit préambule, à défaut d’autres avantages, aura, Messieurs, celui de vous convaincre que ce n’est pas une leçon apprise par cœur que je répéterai si je rappelle ce que représente de mérite, de dévouement, la collaboration d’employés et d’ouvriers ayant 25, 30, 35 ans de services dans une même industrie, dans une même maison. Il ne suffit pas, je l’ai dit et je le répète souvent — d’avoir de belles usines. Un plan quinquennal plus ou moins ruineux pour les finances d’un pays peut les donner! Il faut encore avoir les hommes qu’il faut pour faire marcher ces usines, pour faire tourner les machines. Cela ne s’acquiert qu’avec du temps, de la patience et à condition que ceux qui commandent réalisent bien tout l’intérêt qu’ils ont, fût-ce au prix de sacrifices importants, à s’assurer la fidélité d’hommes choisis, attachés à l’entreprise dont ils vivent, ayant conscience de la place qu’ils y tiennent, considérant que leur usine est un peu leur chose.
- Napoléon avait sa garde, ses grenadiers, et beaucoup d’entre vous connaissent probablement le dessin de Raffet où on les voit cheminant à travers l’Europe sous des ciels peu cléments avec cette légende : « Ils grognaient, mais le suivaient toujours. » Je crois qu’une usine, elle aussi, doit avoir ses anciens, ses fidèles, vous me permettrez de dire ses grognards, et que c’est une lourde infériorité'pour celles qui ne les ont pas de ne pas les avoir.
- Et lorsqu’on me dit qu’une affaire marche toute seule, je suis toujours persuadé que ce n’est pas un effet du hasard et que cela signifie seulement que, d’autre part, on trouve à sa base des cadres anciens et solides et de vieux ouvriers rompus à leur métier. Ces employés, ces ouvriers constituent, aucun industriel ne me le contestera, la véritable açmature d’une affaire. Ils en font la force. Il en a toujours été ainsi dans le passé et il en sera de même dans l’avenir.
- Le jour rêvé par certains, où du fait d’une égalité qui n’est pas, il faut bien le • reconnaître, dans la nature des choses, tous les hommes seraient interchangeables, où l’individu — et à plus forte raison l’individu jouissant non seulement de dons particuliers, mais encore, comme tous ceux qui sont ici, d’u^e expérience qui con-
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- firme sa personnalité — ne jouera plus dans la vie industrielle un rôle essentiel, ne me paraît pas près de luire et ce ne sont pas la rationalisation ou le machinisme qui modifieront beaucoup cet état de choses.
- Loin de moi, vous le supposez bien, la pensée de contester la nécessité de perfectionner un outillage. Je crois autant que tout autre au progrès, aux vertus de la mécanique, mais à condition cependant qu’il soit fait de celle-ci une application raisonnée.
- J’insiste sur ce point car. excusez cette critique, le travers de quelques ingénieurs est d’avoir pour les machines des cœurs d’inventeurs et de ne songer qu’à les multiplier sans se demander suffisamment si l’économie réalisée sur le prix de revient justifie l’effort de trésorerie réclamé.
- Je développerais même volontiers — si je 11e craignais pas que cela m’entraîne trop loin — l’idée que cette tendance, malheureusement trop répandue, à transformer de fond en comble les anciens établissements en les développant, ou même à en créer de nouveaux sans avoir fait un bilan un peu serré de l’opération, est une des causes principales de la crise économique actuelle.
- Gela nous a valu une augmentation simultanée sur tous les points du globe de tous les moyens de production—augmentation favorisée, pour ne pas dire provoquée par l’abus du crédit, on peut même ajouter du crédit malsain, crédit qui, sous la forme de prestations lentement remboursables, de prêts.à longs termes et parfois même sans intérêts, a permis à des entreprises, qui n’auraient pas trouvé à emprunter un sou sur le marché, d’édifier des usines considérables dont on s’aperçoit peut-être en ces jours de chômage que le besoin ne se faisait pas autrement sentir.
- Mais je ferme cette parenthèse et en reviens au machinisme bien compris, appliqué par des hommes ne cherchant pas seulement dans le machinisme une solution brillante d’un problème technique, mais bien le meilleur rendement économique avec un moindre travail manuel, en un mot un machinisme appliqué rationnellement par des techniciens soucieux en même temps des perfectionnements modernes et de la meilleure conjugaison des efforts.
- Je ne crois pas, à vrai dire, que les progrès réalisés de ce côté soient de nature à diminuer le rôle de l’individu, le mérite personnel et, a fortiori, du vieil ouvrier consciencieux, formé par une longue tradition dont nous parlions tout à l’heure; et s’il est vrai qu’il a été souvent dit et écrit que, dans une usine moderne, le but à atteindre était de faciliter le recrutement en diminuant le nombre des spécialistes et en les remplaçant par des manœuvres, je ne crois pas d’une manière générale que le but poursuivi ait été atteint.
- Les spécialistes ne sont plus les mêmes, mais leur nombre n’a pas diminué. Que dis-je, les leviers de commande qui sont souvent entre leurs mains nécessitent non seulement des spécialistes, mais des hommes auxquels il faut faire une confiance qu’on ne donne généralement qu’aux gens qu’on connaît de longue date, et j’en donnerai comme exemple ces trains continus actionnés électriquement par de puissantes centrales où le lamineur professionnel a disparu pour céder soi-disant la place à de modestes graisseurs ; mais derrière ces hommes que l’on voit autour du train, combien y en a-t-il de cachés dans l’usine qu’on ne voit pas, hommes de tableau, électriciens, ajusteurs, ouvriers d’entretien, tous indispensables au bon fonctionnement de toute cette mécanique nouvelle, qui sont des ouvriers qualifiés
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- au premier chef et qui, croyez-moi, ne sont pas plus interchangeables que ceux qu’ils ont remplacés.
- Il y a toujours des degrés dans la façon d’exécuter une tâche : la connaissance du métier, le tour de main, le réflexe, autrement dit la longue habitude qui vous fait faire d’instinct le geste nécessaire, sont choses auxquelles l’intelligence et l’attention ne suppléent pas toujours. Et ceux-là mêmes qui ont à exécuter des travaux, à remplir des tâches où l’intelligence joue le plus grand rôle, savent bien ce que représente dans tout emploi une longue expérience.
- Je vous dirai même à ce propos — quitte à me faire reprocher non sans raison de parler de choses auxquelles je ne connais rien — qu’une des choses qui m’ont le plus frappé dans la dernière guerre c’est la facilité avec laquelle on envoyait les hommes à droite, à gauche, on déplaçait des chefs d’un bout du front à l’autre, on les mettait, à la veille même de grandes opérations, à la tête de formations qu’ils ne connaissaient pas, aidés d’états-majors dont ils n’avaient pas eu l’occasion d’apprécier les qualités, et de commandants d’unités dont ils ignoraient forcément les mérites particuliers.
- Il est probable qu’étant données les masses immenses qui se trouvaient en mouvement, l’obligation où l’on était d’improviser tous les jours, il n’y avait pas moyen de faire autrement. Je ne saurais vous cacher que rien n’a plus heurté mes conceptions personnelles de la conduite des hommes.
- Du petit au grand, je crois à l’individualité, à la personnalité avec tout ce que l’acquit de l’expérience peut lui ajouter de valeur et, puisque je me suis laissé aller à parler d’organisations industrielles à ceux que j’en considère comme les chevilles ouvrières, je dirai que je crois salutaire tout ce qui est de nature à atteindre l’individu, à lui fair« sentir qu’il n’est pas un numéro, qu’on s'intéresse à lui, qu’on le connaît, qu’on le suit. Cela devient évidemment de plus en plus difficile au fur et à mesure que les affaires s’étendent et (ce n’est pas la moindre critique que je ferai aux très grandes entreprises) si leurs dirigeants n’y veillent pas très attentivement, les distances augmentent démesurément entre les chefs et leurs collaborateurs.
- Les rapports entre les uns et les autres deviennent de plus en plus administratifs : on arrive à s’ignorer autant que les fonctionnaires ignorent l’État dont on peut dire qu’ils n’ont jamais vu la figure que sous la forme de timbres-poste ou qu’il se personnifie à leurs yeux sous des traits ministériels assez changeants. L’élan et l’unité de vues disparaissent.
- PI acé par les circonstances à la tête d’une très grande affaire, je suis particulièrement conscient du danger que je signale et je ne vous cacherai pas que, depuis 30 ans que je la dirige, j’ai toujours été préoccupé de pallier l’inconvénient que je souligne et d’empêcher que les chefs ne fassent trop écran entre moi et des collaborateurs plus modestes.
- Ce n’est pas que j’entende passer des ordres directs au mépris de toute hiérarchie. Certes non! Cela aurait créé le désordre. Mais j’ai toujours cherché à connaître le plus grand nombre possible de mes collaborateurs, à me rapprocher d’eux, à établir entre eux et moi des liens de sympathie et d’affection personnels.
- Si vous déduisez de ce que je viens de dire qu’il y a dans mon cœur une place particulière pour les vétérans, vous ne vous tromperez pas beaucoup, Messieurs, et c’est vous dire, car il me faut terminer, l’esprit dans lequel je suis venu présider votre fête du travail, la joie jque j’éprouve à voir les représentants de l’élite indus-
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- BIBLIOGRAPHIE ET OUVRAGES REÇUS EN JUILLET ET AOUT 1933.
- trielle à laquelle j’attache un si grand prix, et que c’est de grand cœur que je félicite les lauréats de la Société industrielle de l’Est et les médaillés du travail que nous allons appeler tout à l’heure.
- En tête de ce beau discours on pourrait placer la sentence suivante :
- Il ne suffit pas d'avoir de belles usines, il faut encore avoir les hommes qu’il faut pour faire marcher ces usines.
- A midi et demi, un excellent déjeuner a réuni de nombreux membres de la Société industrielle et ses invités. Au dessert, M. Brun a fait connaître les excuses d’un certain nombre d’absents, parmi lesquels le maréchal Lyautey. Il a remis à M. de Wendel, en souvenir de sa présidence, une jolie pièce de l’orfèvrerie lorraine.
- Le palmarès de la distribution des récompenses se trouve dans la Bibliothèque de notre Société (pièce n° 13319).
- BIBLIOGRAPHIE
- La locomotive, sa description, ses organes. La voie ferrée, l’auto-rail, la micheline, le pneu sur rail. Les métaux. Un atelier de fabrication mécanique. Renseignements usuels, par D. Goutard, contremaître aux ateliers P.. L. M. d’Arles-sur-Rhône. Un vol. (24x16) de 322 pages, 160 fig. Impr. Séguin, 13, rue Bouquerie, Avignon. 1932. Prix, br. 23 fr. Index : 621.13
- L’auteur a résumé d’une façon sommaire les connaissances que doivent posséder le mécanicien, le contremaître et l’ouvrier en ce qui concerne la description et le fonctionnement d’une locomotive, ainsi que les indications pratiques se rapportant à l’entretien et à la réparation de ses différents organes.
- L’ouvrage s’adresse plus particulièrement au personnel des dépôts et des ateliers. Sa présentation simple et élémentaire en fait le vade mecum du débutant qui y trouvera aussi des notions sur la géométrie, la mécanique, la métallurgie, le travail des métaux. De nombreux croquis originaux ajoutent à la clarté du texte.
- L’auteur n’est pas un inconnu pour notre Société qui lui a décerné, lors de notre dernière séance solennelle, une médaille pour ses 40 années de bons et loyaux services à la Cie P. L. M.
- E. BRILLIÉ.
- OUVRAGES REÇUS A LA BIBLIOTHÈQUE EN JUILLET ET AOUT 1933. Don du Génie civil.
- Hausbrand (E.). — Évaporation, condensation et refroidissement. 7e édition complètement mise à jour par M. Hirsch. Traduit par G. Kônig. In-8 (25 x 16) de xxiii + 472 p., 218 fig. Paris, Ch. Béranger, 15, rue des Saints Pères (6e), 1932. 18250
- Ledoux (Édouard). — Traité de conditionnement de l’air. Calcul des tuyauteries. In-8 (25 x 16) de 274 p., 152 fig., 3 abaques. Paris, Ch. Béranger, 1931. 18251
- Maurer (P.). — Exploitation des compteurs d’énergie électrique. Fonctionnement. Principes de construction. Exploitation. In-8 (25 x 16) de 344 p., 140 fig. Paris. Ch. Béranger, 1931. 182 52
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- OUVRAGES REÇUS. — OCTOBRE 1933.
- Vennin (Louis), Boulot (E.) et Lécorché (H.). — Les poudres et explosifs. In-8 (23 x 16) de xxviii + 726 p., 129 fig. Paris, Ch. Béranger, 1932. 18253
- Hullebroeck (Adolphe). — La préparation du tissage et en particulier du tissage du coton. Bobinage. Ourdissage. Matières d’apprêt. Encollage. Traité pratique à l’usage des fabricants, directeurs et contremaîtres de tissage et des écoles industrielles. 2e édition. ln-8 (23 x 16) de 348 p., 133 flg. Paris, Ch. Béranger, 1931. 18254
- Hullebroeck (Adolphe). — Défauts du tissage. Traité pratique à l’usage des fabricants, directeurs et contremaîtres de tissage et des écoles industrielles. 2e édition revue et augmentée. In-8 (25x16). lre partie : Les opérations préparatoires cle la chaîne et de la trame. Bobinage. Ourdissage. Encollage. Ensouplage. Rentrage. Cannetage, 142 p,, 78 flg. — 2e partie : Les métiers unis à excentriques, 140 p., 87 fig. Paris, Ch. Béranger, 1932. 18263 Nachtergal (A.). — Le traceur en constructions métalliques. Notes et formules à l’usage des dessinateurs et traceurs et des élèves des écoles industrielles et professionnelles. In-8 (25 x 16) de 166 p., 183 fig. Bruxelles, A. de Bœck, 265, rue Royale; Paris, Ch. Béranger, 1933. 18264
- Nachtergal (A.). — Calcul et construction des grues. 2e édition complètement remaniée. In-8 (25 x 16) de 358 p., 393 fig. Paris, Ch. Béranger, 1930. 18255
- Dantzer (James) et de Prat (D.). — Traité de fabrication des fils de fantaisie. 2e édition revue et augmentée. In-8 (25 x 16) de 112 p., 169 fig. Paris, Ch. Béranger, 1930.
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- Môller (Max). — Poussée des terres. Tables numériques. Graphiques. Exemples numériques. Nouvelles études. In-8 (23 x 15) de vm —|— 324 p., 101 fig. Paris, Ch. Béranger, 1933. 18257
- Cross (Harold, H. U.). — Piles et accumulateurs électriques pour auto, radio, etc. Guide pratique à l’usage des électriciens, étudiants, chauffeurs, automobilistes, infirmiers, médecins et de tous ceux qui utilisent les batteries électriques. In-8 (21 x 12) de xix+ 159 p., 63 fig. Paris, Ch. Béranger, 1933. 18258
- Maison (Ferdinand). — Exploitation technique des chemins de fer. Cours professé à l’École nationale supérieure des Mines. In-4 (28 x22) de 372 p., 270 fig., Paris, Ch. Béranger, 1933. 18259
- Journée du charbon pulvérisé. Angleur-lez-Liége, 22 octobre 1932. Recueil des mémoires et discussions. In-4 (27 x 22) de 292 p., fig. Angleur-lez-Liége, Institut Gramme, 1, quai du Condroz, 1933. 18260
- Tarde (Maurice). — La résistance des bétons en fonction de leur dosage. In-8 (23x15) de vm+ 161 p., 32 fig. Paris, Ch. Béranger, 1932. 18261
- Robin (Maxime). — Étude mécanique du vol de l’avion à l’usage des techniciens. Cours professé à l’École spéciale de Travaux aéronautiques. In-8 (22x15) de 255 p., 234 fig. Paris, Ch. Béranger, 1932. 18262
- Missenard (F.-A.). — Étude physiologique et technique de la ventilation (Encyclopédie industrielle et commerciale). In-8 (25 x 16) de vm + 185 p., 30 fig. Paris, Librairie de l’Enseignement technique, L. Eyrolles, 3, rue Thénard (5e), 1933. 18265
- Laroque (Pierre). — Les usagers des services publics industriels (Transports. Eau. Gaz. Électricité). Droits. Obligations. Voies de recours. Étude des textes et de la jurisprudence. In-8 (25x16) de 258 p. Paris, Librairie du Recueil Sirey, 22, rue Soufflot (5e), 1933. 18266
- Galbrun (Henri). — Théorie mathématique de l’assurance invalidité et de l’assurance nuptialité. Définitions et relations fondamentales. (Traité du calcul des probabilités et de ses applications, par Émile Borel. Tome III : Les applications de la théorie des probabilités aux sciences économiques et aux sciences biologiques. Fasc. IV). In-8 (25x16) de 156 p. Paris, Gauthier-Villars, 55, quai des Grands-Augustins, 1933. 18267
- Galbrun (Henri). — Théorie mathématique de l’assurance invalidité et de l’assurance nuptialité. Calcul des primes et des réserves. (Traité du calcul des probabilités et de
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- OUVRAGES REÇUS EN JUILLET ET AOUT 1933.
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- ses applications, par Émile Borel. Tome III : Les applications de la théorie des probabilités aux sciences économiques et aux sciences biologiques. Fasc. V). In-8 (25 x 16) d_e
- vm + 183 p. Paris, Gauthier-Villars, 1933. 18268
- Cogney (P.) et Prot (A.). — Traité du lavage de la laine. Opérations préparatoires et complémentaires. 2t,e édition. In-8 (25x16) de vm -j- 719 p., 186 fig. Paris, Renard-Morizot (Industrie textile), 171, faubourg Poissonnière (9e). 18269
- Guillet (Léon). — Les méthodes d'étude des alliages métalliques. 2e édition. In-8 (25 x 16) de xv + 859 p., 998 fig. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1933. 18270
- Laignelet (J.). — Les évaluations en matière d’impôt foncier de patentes et de risque d’incendie dans l’industrie. (Bibliothèque de TUsine). In-8 (22x11) de 100 p., 10 graphiques. Paris, L’Usine, 15, rue Bleue (9e), 1933. 18271
- Association suisse pour l’Essai des matériaux. — 2e journée internationale du rail. Zurich, 16-19 juin 1932. In-4 (30 x 21) de x + 407 p., fig. Zurich, 1933. 18272
- Gontard (D.). — La locomotive. Sa description, ses organes. La voie ferréè. L’autorail. La Micheline. Le pneu sur rail. Les métaux. Un atelier de fabrication mécanique. Renseignements usuels. Manuel pratique à l’usage de l’ouvrier mécanicien du chemin de fer et de tous les agents. In-8 (24x16) de 322 p., fig. Avignon, lmp. 1). Seguin, 13, rue Bouquerie, 1932. 18273
- Institut de Céramique française. — Essai de bibliographie des arts et industries céramiques. Ouvrages de langue allemande. In-8 (24 x 16) de vm + 184 p. Paris, 84, rue d’Hauteville (10e), 1933. " - . 18274
- Bastien (Paul). — Étude des alliages magnésium-aluminium-cuivre, riches en magnésium. Thèse présentée à la Faculté des Sciences de l’Université de Paris pour obtenir le grade de docteur ès sciences (mention : Sciences physiques). In-4 (27 x 18) de xiii -f- 91 p., 113 fig. — 2° thèse : Contribution à l’étude des propriétés de fonderie des métaux et alliages. In-4 (27 x 18) de x + 49 p., 57 fig. Paris, chez l’auteur, 85 avenue Bosquet (7°). (Don de l'auteur.) ' 18275
- Pérard (Albert). — Quelques études particulières au dilatomètre Fizeau. Dilatabilité du mètre international et des prototypes nationaux. Indice de réfraction de l’air dans le spectre visible entre 0° et 100° (ex Travaux et Mémoires du Bureau international des Poids et Mesures, Tome XIX). In-4 (32 x 25) de 132 p., 17 fig. Paris, Gauthier-Villars et Cie, 1932. (Don de l'auteur.) Pièce 13794
- Benoît (J.-René). — Note sur la détermination d’étalons millimétriques et centimétriques en longueurs d’onde lumineuses. Rédigée et présentée par A. Pérard (ex Travaux et Mémoires du Bureau international des Poids et Mesures). In-4 (32 x 25) de 56 p., 9 fig. Paris, Gauthier-Villars et Cie. (Don de l'auteur.) Pièce 13795
- Pérard (A.) et Romanowski (M.). — Premières comparaisons des étalons nationaux de résistance électrique. (Annexe aux Procès-verbaux du Comité consultatif d’Électricité, Procès-verbaux des séances du Comité international des Poids et Mesures, session 1933, 2e série, Tome XVI). In-8 (23 x 15) de 25 p., 3 fig. Paris. Gauthier-Villars, 1933. (Don des auteurs.)
- Pièce 13796
- Romanowski (M.) et Roux (M.). — Premiers essais de comparaison des étalons nationaux de force électromotrice. (Annexe aux Procès-verbaux du Comité consultatif d’Électricité, Procès-verbaux des séances du Comité international des Poids et Mesures, session 1933, 2e série, Tome XVI). In-8 f23xl5) de 10 p., 1 fig. Paris, Gauthier-Villars, 1933. (Don des auteurs.) . Pièce 13797
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- OUVRAGES REÇUS.
- OCTOBRE 1933.
- Acland (L. H. D.). — Les graphiques et leur application en matière d’achats. Conférence faite sous les auspices de la British Industrial Purchasing Officers’Association, à l’Hôtel Rubens, Londres, le 28 octobre 1932. In-4 (30 x 22) de 26 p., 31 flg. (dactylographié). Genève (Suisse), Institut international d’Organisation scientifique du Travail, 2, boulevard du Théâtre. Pièce 13798
- Jacob (Maurice). — Les coordonnées polaires tangentielles ou coordonnées podaires et leurs applications (ex Revue générale de l'Électricité, tome XXXIII, 1er avril 1933). In-4 (27 x 22) de 8 p., 2 fig. Paris, 12, place de Laborde (8e), 1933. Pièce 13799 Dourgnon (Jean). — Définition et calcul des grandeurs caractéristiques de l’éclairage d’un espace clos (ex Revue générale de l’Électricité, tome XXXIII, 6 mai 1933). In-4 (27 x 22) de 8 p., 3 fig. Paris, 12, place de Laborde (8°), 1933. Pièce 13800
- Feret (R.). — Recherches sur la nature et la progression de l’action pouzzolanique (ex Revue des matériaux de construction, février et mars 1933). In-4 (32 x 24) de 11 p.,
- 11 fig. Paris, 148, boulevard Magenta (10°), 1933. (Don de l'auteur, membre du Conseil
- d’Administration.) Pièce 13801
- Feret (R.). — Bétons coloniaux (ex Revue des matériaux de construction, mai 1933). In-8 (32 x 24) de 7 p., 3 fig. Paris, 148, boulevard Magenta (10e), 1933. (Don de l'auteur, membre du Conseil d'Administration). Pièce 13802
- Feret (R.). — Bétons plastiques et bétons fluides (ex Science et Industrie, édition « Construction et travaux publics », mai 1933). In-4 (32 x 24) de 4 p., 6 fig. Paris, 29, rue de Berri (8°), 1933. (Don de l'auteur, membre du Conseil d'Administration).
- Pièce 13803
- Monnier (Alfred) et Mouton (Marcel). — Une nouvelle lampe à ampoule sélective pour projecteurs d'automobiles (ex L'Électricien, 15 juillet 1933). In-4 (27 x 22) de 8 p.,
- 12 fig. Paris. (Don de M. Alfred Monnier, membre de la Société.) Pièce 13804
- Lévy (Pierre). — L’huile de bois de Chine. Monographie à l’usage des industriels
- fabricants de peintures, vernis et isolants. (Comité technique de chimie de l’Office national des Recherches scientifiques et industrielles et des Inventions.) In-4 (27 x 22) de 34 p., 14 fig. Bellevue (Seine-et-Oise), 1, avenue du Maréchal Gallieni. Pièce 13805 Ashfield (Lord). — London Passenger Transport (ex Proceedings of the Royal Institution of Great Rritain, Vol. XXVII, pt. 5). In-8 (22 x 14) de 43 p., 18 fig. London. 1933.
- Pièce 13806
- Mémorial de l’Artillerie française. — Table des mémoires publiés. Tomes I à X (1922-1931). Paris, lmp. nationale, 1932. Pér. 542
- Comité d’Études minières pour la France d’outre-mer. — Annuaire 1933. Paris, 13, rue de Bourgogne (7e). Pér. 92
- Comité électrométallurgique de France. — Annuaire 1933. Paris, 13, rue Lafayette (9e).
- Pér. 92
- Institution of Mechanical Engineers. — Proceedings. Vol. 123. 1932 (July-Dec.). London, Storey’s Gâte, St. James’s Park, S. W. 1. Pér. 114
- Royal Society of New South Wales. — Journal and Proceedings. Vol. LXVI, 1932, part I, Sydney. Pér. 29
- L’agent général, gérant.
- E. LEMAIRE.
- BRODA RD F,T TAUPIN, Coulommiers-Paris.
- »
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- 132e ANNÉE.
- NOVEMBRE 1933.
- BULLETIN
- DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOUDAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- L’ORGANISATION RATIONNELLE DANS LES USINES NE TRAVAILLANT PAS EN SÉRIE"
- par M. Marcel Bloch, Ingénieur en chef des Services du Matériel et des Ateliers du Chemin de fer de Paris à Orléans.
- MESDAMES, MESSIEURS,
- la grise dans le monde. — Nous vivons dans une époque très troublée. Je ne veux pas parler ici des problèmes politiques, ce n’est pas mon rôle. Les troubles dont nous souffrons tous, sur la planète, sont aussi d’ordre économique.
- C’est malheureusement une sorte de truisme de se plaindre actuellement de l’abondance des produits de la nature et du mauvais usage qu’une économie chaotique est obligée d’en faire.
- Nous voyons, au Brésil, brûler le café dans des chaudières, ailleurs des récoltes invendues, quel que soit le prix qu’on en offre; nous voyons des cultivateurs ruinés, des faillites de tous côtés... et cependant il y a des besoins... et des besoins urgents à satisfaire. De nombreux êtres humains n’ont pas à manger à leur suffisance, sont vêtus lamentablement.
- J’ai vu de mes propres yeux, l’été dernier, dans le voisinage de la frontière espagnole de Port-Bou, une procession journalière de travailleurs allemands qui, venus à pied de leur pays natal, se rendaient en Espagne où on leur avait dit qu’il y avait « de l’embauche ». Et ce n’étaient pas seulement des manœuvres. Il y avait dans le nombre des architectes, des ingénieurs, des contremaîtres, des ouvriers qualifiés. Tous ces gens étaient obligés de courir le monde à la recherche de travail.
- Tout cela est lamentable.
- La question s’est posée de savoir si ces troubles ne sont pas le fait de la rationalisation. Des articles ont paru dans les journaux, dans les revues; des livres ont été écrits où la rationalisation était rendue responsable de tous nos maux.
- Ce n’est pas devant un public comme celui qui m’écoute et qui suit régulièrement les conférences du dimanche, que je reprendrai en détail les arguments nombreux qu’on peut, qu on doit opposer à de semblables théories.
- Tous les hommes avertis savent que, dans le chômage actuel, il convient de faire deux parts :
- 1° Le chômage technologique, qui a son origine dans une avance trop rapide
- (1) Conférence faite par l’auteur le 5 mars 1933 au Conservatoire national des Arts et Métiers» 132e Année. — Aovembre 1933. 36
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- L’ORGANISATION DU TRAVAIL NON EN SÉRIE. — NOVEMBRE 1933.
- prise par les inventions, par le développement de la production, par rapport à celui de la consommation;
- 2° Le chômage de crise, qui est dû à un arrêt inattendu dans la circulation mondiale des produits, arrêt qui n’a rien à voir avec les progrès de la technique.
- Nous avons toujours connu le chômage technologique, chaque fois qu’une invention nouvelle est venue diminuer la peine des hommes et permettre de faire avec moins d’ouvriers la besogne de production. Mais, toujours, la diminution du prix qui résultait de l’augmentation de la production permettait d’atteindre une nouvelle couche de consommateurs et le réembauchage des ouvriers provisoirement sur le pavé.
- Cela se serait passé, cette fois encore, de cette manière si, à cette cause de chômage, ne s’était superposée l’autre cause, cette crise dans les échanges, dans la circulation des produits.
- On parle partout de la crise que traversent les banques, les compagnies de navigation, les chemins de fer du monde entier. Les navires et les trains sont des moyens de transport de matières, comme les monnaies et les effets bancaires sont des moyens de transport de valeurs. Il y a crise chez les uns comme chez les autres parce que les transports ne se font plus. C’est pourquoi la crise actuelle a pu être à juste titre qualifiée de crise de circulation.
- Y a-t-il dans tout cela de quoi condamner la rationalisation?
- Non, bien au contraire. Laissez-moi dire que nous trouvons là la preuve non d'un excès de rationalisation, mais bien d’une insuffisance de rationalisation.
- Rationaliser, cela ne veut pas dire développer la production et en abaisser le coût. Cela veut dire organiser tous les compartiments de l’industrie, du commerce, de l’agriculture. Cela veut dire organiser la production, oui. Mais aussi, la vente, la prospection des marchés, le crédit sous toutes ses formes et la circulation des matières et des valeurs.
- Vraiment, pouvons-nous dire que les dirigeants de l’économie moderne aient su rationaliser?
- Ford a su produire — et sur quelle échelle! — Il a augmenté les salaires de ses ouvriers et les théories qu’il a émises avant 1929 sur la permanence de la prospérité de son entreprise sont encore dans toutes les mémoires.
- Mais il n’a pas su adapter, tout génie qu’il soit, la production à la consommation. Sa théorie de l’adaptation inverse de la consommation à la production ne s’est pas révélée conforme à la réalité.
- Vous rappellerai-je ce qui se passe pour le pétrole, le blé, le cuivre, le coton, le caoutchouc, le sucre? Partout insuffisance de rationalisation, c’est-à-dire méconnaissance des besoins de la masse dans l’évaluation de la production à fournir, méconnaissance des moyens propres à régler les échanges : la circulation.
- Donc, et je pense que vous serez de mon avis, il convient plus que jamais de rationaliser; mais sans limiter nos efforts à la seule production technique.
- J’ai cru nécessaire de vous exposer ces quelques généralités, car je vais précisément, dans un instant, vous entretenir de la production et de son organisation et je serais navré si je vous donnais l’impression qu’à mon avis c’est là le seul but de la rationalisation.
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- L ORGANISATION RATIONNELLE HORS DU TRAVAIL EN SÉRIE.
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- La crise en France. — Ce que je viens de dire résulte de l’examen impartial que tout homme peut faire de la situation générale dans le monde. Je dois ajouter que, si l’on trouve en France une situation moins mauvaise qu’ailleurs, cela tient précisément à ce qu’on a rationalisé sans le savoir.
- Depuis toujours, le Français moyen a été très prudent, éloigné de risquer, dans des aventures aléatoires, ses bras, ses capitaux, son énergie. Brusquement la crise mondiale survient et il se trouve que cette prudence, cette idée fixe qu’il a toujours eue de proportionner ses efforts au but immédiat à atteindre se sont trouvées les plus efficaces pour résister à la bourrasque. Le Français s’est aperçu qu’en quelque sorte, il faisait de la rationalisation sans le savoir.
- On traite généralement à l’étranger le Français de mesquin, de boutiquier. Ces reproches venant de gens habitant des pays où le risque est un sport journalier sans lequel on ne saurait vivre, peuvent paraître fondés en période de prospérité. Mais quand les acheteurs ne peuvent plus acheter, quand les usines gigantesques qu’on a construites sous le signe des espérances chimériques sont fermées..., alors on s’aperçoit que la prudence, que le calcul rationnel d’une production en équilibre avec la consommation possible sont de bonnes choses.
- PRINCIPES GÉNÉRAUX DE L’ORGANISATION RATIONNELLE DU TRAVAIL. —- Un llOIlime dont vous avez tous entendu parler, Henri Favol, a mis sur pied une théorie qui commence maintenant à faire le tour du monde. En voici l’essentiel :
- Dans toute entreprise, il faut :
- 1° d’abord, préparer l’action (prévoir, organiser);
- 2° puis, présider à l’exécution (commander, coordonner) ;
- 3° enfin, vérifier les résultats (contrôler).
- D’autre part, il y a le taylorisme. Je n’ai pas besoin de l’exposer ici, vous le connaissez bien.
- Le fayolisme, organisation d’ensemble d’une entreprise, et le taylorisme, organisation des ateliers de production, se complètent heureusement. Ils sont appliqués depuis plus de vingt ans en France, dans des entreprises de plus en plus nombreuses. Mais il y a encore beaucoup à faire pour qu’ils soient vraiment généralisés.
- On croit généralement — et c’est un préjugé terriblement tenace — que les principes d’organisation rationnelle ne s’appliquent que dans le cas des fabrications en série. C’est absolument faux. Bien plus, on peut dire que c’est bien plus loin de la vérité que l’affirmation contraire.
- Ce n est pas là un paradoxe : le fait de travailler en série, c’est déjà de l'organisation. La série entraîne, par son existence même, un processus inévitable d’opérations successives qui — qu’on le veuille ou non — s’enchaînent rationnellement.
- Au contraire, dans le travail varié, tout est à organiser si l’on veut obtenir des résultats intéressants et tendre vers le prix de revient minimum. Cette fabrication ne s’organise pas d’elle-même et le producteur doit faire un réel effort pour mettre de l’ordre dans son travail. Il est, dans la pratique, trop souvent tenté de se laisser décourager par la diversité incessante de ses fabrications et le sentiment — faux, nous le verrons —, qu’un effort pour organiser le travail relatif à une commande ne pourra valoir pour les commandes ultérieures, qu’il sera donc vain.
- Il est nécessaire ici de préciser. Je ne voudrais pas vous laisser l’impression que je considère comme inutile l’application des méthodes d’organisation aux
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- fabrications en série. Là encore, évidemment, elles sont quand même nécessaires et cela en particulier pour la raison suivante :
- Qui dit série, dit production importante, donc forcément concurrence sur le marché et lutte entre les producteurs; par suite, recherche par chacun d’eux du prix de revient minimum. Cette recherche ne peut se faire que par l’examen rationnel des conditions du travail.
- En résumé, on peut dire que, dans la fabrication en série, le prix de revient sans organisation très poussée est déjà convenable et qu’on est obligé de l’améliorer sous la pression de la concurrence, tandis que dans la fabrication d’objets variés, les écarts entre les prix de revient dans les usines organisées et celles qui ne le sont pas présentent dès l’origine une différence considérable.
- Par exemple, dans une usine travaillant en série, une comptabilité simple permet d’arriver à un prix moyen par pièce qui ne s’éloigne pas sensiblement de la vérité, et à fixer un prix de vente qui détermine un bénéfice connu, avec une erreur minime.
- Mais dans les usines produisant des pièces diverses, les éléments qui constituent le prix de revient sont si variés, d’une commande à l’autre, qu’une comptabilité sommaire conduira à des moyennes tout à fait inacceptables et entraînera la fixation de prix de vente fantaisistes.
- Un exemple le prouvera nettement. Il est classique parmi ceux qui s’occupent d’organisation.
- Un estampeur des Ardennes fabrique indifféremment des crochets d’attelage de 50 kg pour chemins de fer, et des bielles de 0,50 kg pour moteurs d’auto. Ces pièces ne sont pas faites, naturellement, sur les mêmes moutons. Cet industriel, au bout d’un certain temps, reconnaît qu’il enlève à ses concurrents toutes les commandes de crochets d’attelage et qu’il n’arrive pas à prendre de commandes de bielles d’auto. Et, plus étrange encore, il constate, à la fin de l’année, qu’il a mangé de l’argent sérieusement, bien que ses prix de vente aient été calculés de façon à lui laisser une marge de bénéfice. L’explication est bien simple :
- Sa comptabilité était organisée (ou désorganisée) de telle sorte qu’elle mélangeait toutes les dépenses indirectes, qu’elles fussent relatives aux grosses ou aux petites machines-outils. Les prix de revient qu'il obtenait n'étaient que des moyennes d’un ensemble disparate: il vendait ses grosses pièces trop bon marché, ses petites trop cher; de là son erreur.
- Vous voyez que, sans entrer dans le domaine de la technique, il y a déjà matière à pas mal de réflexions sur la question de l’organisation.
- Je vais maintenant vous fournir un autre exemple, sur lequel j’insisterai un peu plus : c’est celui du Service des Ateliers de la Cie du Chemin de fer de Paris à Orléans.
- L’organisation de ce service va vous être exposée dans un film; mais je crois nécessaire, au préalable, d’appeler votre attention sur certains des points qui seront mis en évidence dans le film.
- Avant tout, il faut ici entendre le mot « organisation » dans son sens le plus large. En réalité, vous verrez l’organisation du travail d’atelier proprement dit, c’est-à-dire une application des méthodes de Taylor; mais vous verrez aussi l’organisation de Ventreprise constituée par le Service des Ateliers, c’est-à-dire une application de la doctrine administrative de Favol.
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- comment réorganiser l’atelier. — Notre préoccupation dominante a été d obtenir le rendement maximum de tous les rouages de notre entreprise.
- D abord son capital. L’accroissement d’un capital, à qualité de gestion égale, doit procurer un accroissement de revenu. Mais le rendement de ce capital — et c’est là le point important — n’en sera pas accru. Il ne s'accroîtra que si le capital reçoit une plus grande vitesse de circulation. Un capital relativement modeste, mais à circulation rapide, aura un rendement bien plus important qu’un capital plus considérable mais à faible vitesse de circulation.
- Une société industrielle a un capital qui lui sert à exécuter des commandes. Son intérêt est de pouvoir, pour un capital et dans un temps donnés, livrer le maximum de produits. Une commande prise nécessitera l’immobilisation d’une partie du capital. Il faut que cette commande soit livrée le plus rapidement possible pour libérer la part correspondante du capital.
- Une partie du capital d'une compagnie de chemins de fer est constituée par la valeur de l’ensemble des wagons de marchandises de son parc. Chaque Avagnn représente une part plus petite de ce capital. Il doit demeurer immobilisé le minimum de temps, et servir, au cours d’une année, le nombre maximum de clients, de façon que la part correspondante du capital soit utilisée le plus souvent possible. D’où la nécessité d’avoir en réparation une aussi faible proportion que possible des wagons du parc; d’où, également, l’obligation d’accélérer par tous les moyens la rotation du matériel, autrement dit de diminuer l’intervalle de temps qui s’écoule entre deux chargements successifs d’un même wagon.
- Supposons que le trafic vienne à s’accroître de 10 p. 100; la compagnie de chemins de fer peut évidemment augmenter son capital wagons, c’est-à-dire son parc, de 10 p. 100 pour répondre aux besoins du commerce. Mais, si elle parvient à accélérer de 10 p. 100 la cadence de la rotation du matériel; si, par exemple, elle arrive à charger un même wagon 55 fois dans l’année, au lieu de 50 fois, elle aura obtenu un résultat beaucoup plus intéressant, car elle aura augmenté le rendement de son capital, ce dernier conservant la même valeur.
- Dans un atelier de réparation de locomotives, on peut admettre que le capital est représenté par la surface des emprises, par les bâtiments, par l’outillage, par la matière et par la main-d’œuvre. Pour augmenter le rendement avant d’augmenter le capital, autrement dit la surface, les bâtiments, l’outillage, la matière et le nombre des ouvriers, il convient d’accroître par tous les moyens possibles la production en locomotives réparées ou en objets fabriqués de chacun des éléments qui constituent le capital des ateliers.
- Pour mesurer la production et le rendement, il faut un instrument de mesure qui devra indiquer pour chaque opération effectuée la quantité de main-d’œuvre et de matière consommée.
- C’est ici qu’intervient — on le remarquera, à l’origine même de nos recherches — la c éation de la comptabilité qui, naturellement, a dû être construite comme un bon instrument et avoir un « pouvoir séparateur » aussi élevé que possible. Cette comptabilité devra faire ressortir les dépenses main-d’œuvre et matière de chaque section d’atelier et également les dépenses qui, ne pouvant être appliquées directement aux travaux contrôlés, se rassemblent dans les frais indirects. Le résultat de chaque opération, de chaque commande donnera lieu à l’établissement d’un prix de revient détaillé qui sera comme un relevé d’expérience : l’examen minutieux de tous
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- ces prix de revient permettra de faire un choix entre tous les procédés de travail correspondants.
- Pour ce qui est de l’organisation même que nous avons choisie pour l’atelier, le fdm remplacera avantageusement toutes les explications que nous pourrions encore fournir.
- Nous attirerons seulement votre attention sur la nouvelle hiérarchie de la maîtrise.
- A ce sujet permettez-moi de vous lire un passage bien expressif de celui qui est un maître en matière d’organisation, de celui qui, le premier, a répandu en France les idées de Taylor, de M. Henry Le Chatelier. Il a écrit ceci :
- « Il n’y a pas d’hommes parfaits. La moyenne même est assez médiocre. Il faut pourtant vivre avec cette moyenne et s’efforcer de la placer dans les conditions les plus favorables au bon rendement de son travail. Si l’on ne doit pas demander à un ouvrier de fournir à la fois travail intellectuel et travail manuel, on doit encore moins confier à un contremaître des fonctions multiples, exigeant, pour leur bonne exécution, un ensemble de qualités égales à celles des plus grands chefs d’industrie. En le faisant, on se met dans la nécessité d’accepter une besogne incomplète et mal faite. »
- « M. Taylor subdivise les attributions du personnel dirigeant, comme on l’a depuis longtemps fait pour le travail des ouvriers. Chaque employé, chaque contremaître remplit seulement des fonctions limitées à une spécialité déterminée, ce qui lui permet d’v acquérir une grande habileté. »
- Ce sont précisément ces principes que nous avons appliqués dans notre nouvelle hiérarchie de la maîtrise.
- Le chef de Limité de production, le chef de brigade, n’a plus à obéir à un seul contremaître ou chef d’atelier, mais à quatre agents de maîtrise.
- On peut s’étonner de celte multiplicité des agents de commandement. Mais vous voyez autour de vous, à chaque instant, de semblables organisations sans que vous en soyez choqués.
- L’ouvrier d’un petit atelier industriel est placé normalement sous le commandement d’un seul chef; de même, l’élève de l’école primaire n’a besoin que d’un seul professeur pour lui apprendre les diverses matières qui figurent au programme: le développement à donner à chacune d’elles est en effet assez restreint pour que le professeur unique puisse les approfondir toutes d’une manière suffisante.
- Par contre, un professeur de faculté ne saurait avoir des connaissances assez étendues et une activité assez grande pour assurer l’enseignement de toutes les matières professées dans sa faculté: aussi considère-t-on comme normal que les professeurs de l’enseignement supérieur soient spécialisés.
- C’est pour les mêmes raisons qu’il est nécessaire de spécialiser les agents de maîtrise d’un grand atelier si on veut obtenir d’eux qu’ils étudient en 'profondeur les questions dont la mise au point leur incombe.
- L’application de ce principe de la spécialisation des agents de maîtrise nous a fait adopter les dispositions d'ensemble suivantes :
- Sous la direction de l’ingénieur et de son adjoint, quatre services ont la charge de faire fonctionner l’atelier.
- 1° Service Répartition : Alimentation de la main-d’œuvre en travail, en matières. Fixation et contrôle des délais de livraison. Manutentions;
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- l’organisation rationnelle hors du travail en série.
- 2° Service Fabrication : Détermination et contrôle des procédés de travail. Fixation des temps alloués pour l’exécution. Contrôle de la qualité ;
- 3° Service Technique : Etude et entretien de l’outillage, des moteurs, des moyens de manutention mécanique, etc ;
- 4° Services Administratifs : Comptabilité, Personnel, Correspondance.
- Chacun de ces quatre services a, pour le représenter dans chaque section d’atelier, un contremaître dont les attributions sont aussi étroitement définies que les siennes. On n’a pins, dans les sections, de chefs d’atelier dont les capacités devaient s’étendre sur un domaine étrangement vaste et dont la responsabilité, par suite, ne pouvait trop souvent être que nominale. On a actuellement, par section d’atelier, quatre agents de direction qui relèvent chacun d’un organisme spécial, outillé pour lui donner en connaissance de cause les directives voulues, et qui dégage sa responsabilité de tout ce qui n’est pas compris dans ses attributions précises.
- Sans entrer dans le détail du fonctionnement des quatre services énumérés ci-dessus, ce qui nous entraînerait trop loin et ferait double emploi avec ce que vous verrez dans le film, j’indiquerai seulement que si les dirigeants de ces services ont pour mission d’assurer le fonctionnement des ateliers, ils doivent en outre chercher à améliorer les méthodes qu’ils emploient et les résultats qu’ils obtiennent : ils doivent, par la lecture des revues françaises et étrangères, par des visites fréquentes dans d’autres ateliers et dans l’industrie privée, se tenir au courant des progrès réalisés par les techniciens du monde entier de façon à proposer toutes les améliorations possibles.
- Le Service Répartition doit chercher à réduire les délais d’immobilisation.
- Le Service Fabrication doit perfectionner les méthodes de travail.
- Le Service Technique doit chercher les meilleurs outillages et les meilleurs outils.
- comment réorganiser l’entreprise. — Nous arrivons maintenant à ce qui constitue la seconde phase de la transformation des méthodes du service des ateliers : la réorganisation administrative.
- Le service des ateliers est une entreprise. Nous l’avons doté, comme nous l’avons vu, d’une comptabilité industrielle. Il convenait ensuite d’en réorganiser tous les rouages de façon à obtenir le meilleur rendement, non seulement des ateliers proprement dits, mais de toutes les parties du service qui interviennent dans la gestion de l’entreprise commune.
- Les méthodes que nous avons appliquées sont celles mêmes que Fayol a préconisées et dont les principes, comme je l’ai dit plus haut, s’expriment d’après lui de la façon suivante :
- préparer l’action : prévoir et organiser;
- présider à l’exécution : commander et coordonner;
- vérifier les résultats : contrôler.
- Nous allons donner, à titre d’exemple, quelques indications sur la manière dont nous avons appliqué les principes des fonctions de prévision, de coordination et de contrôle.
- Prévoir. — La prévision technique est chez nous commandée par les prévisions budgétaires. Le budget, tel qu’il est arrêté par les services directeurs de la Compagnie, constitue pour la part incombant au service des ateliers la charte annuelle
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- de son activité. Les programmes de rentrée des locomotives à l’atelier sont établis d’après ce budget. D’autre part, en accord complet avec le service des machines, depuis déjà dix ans, fonctionne un service de prévision des réparations à faire subir aux locomotives à l’atelier. Un corps de cinq contrôleurs de chaudières a été constitué à raison de un par arrondissement de traction. Ces contrôleurs profitent des levages faits dans les dépôts pour examiner toutes les locomotives de leur arrondissement et être en mesure d’établir à coup sur l’ordre d’urgence des réparations d’atelier. Ils signalent en outre les différentes parties des chaudières dont le remplacement est à prévoir.
- Ces renseignements sont communiqués au début de chaque période budgétaire au service des ateliers.
- Celui-ci, en liaison cette fois avec le service des approvisionnements, examine tous les mois la situation des stocks des principales matières en approvisionnement et qui sont nécessaires à la réparation des locomotives dont la rentrée est prévue.
- De la sorte, il est possible de ne commander les matières qu’au dernier moment, c’est-à-dire en tenant compte uniquement des délais de livraison (avec la marge indispensable, naturellement) et de réduire les stocks au minimum.
- Ce procédé nous a donné tellement satisfaction que nous l’avons étendu — en accord avec le service des machines — à l’approvisionnement des tubes à fumée, et des bandages nécessaires à l’entretien courant des locomotives.
- Pour les bandages, par exemple, qui sont susceptibles d’être tournés plusieurs fois avant d’être mis à la réforme et remplacés, les dépôts établissent mensuellement un état indiquant le nombre et les types de bandages ayant par leurs soins été tournés pour la dernière fois et dont, lors de la prochaine usure, le remplacement par les ateliers devra être envisagé. Ils indiquent en même temps la date probable à laquelle ce remplacement devra être effectué. Le service des ateliers, recevant ces renseignements, peut établir les prévisions d’approvisionnement en connaissance de cause et obtenir le fonctionnement régulier des ateliers avec, au magasin, un stock minimum de matières.
- En utilisant de semblables méthodes, on est arrivé à ce que le stock de notre magasin général soit, toutes choses égales d’autre part, extrêmement faible tandis que la liberté d’allure de nos établissements réparateurs a pu être rendue sensiblement plus grande.
- Coordonner. — La coordination des efforts dans le travail est une partie de l’organisation. Elle est réalisée dans un atelier au moyen de conférences journalières qui réunissent les agents de maîtrise, dont les efforts doivent concourir au même but, et de conférences hebdomadaires qui. sous la présidence de l’ingénieur, permettent une mise au point des questions d’ordre plus général. La coordination doit exister non seulement dans l’atelier mais encore sur tous les plans étagés qui dominent le plan local. Pour me limiter au service des ateliers, nous obtenons la coordination entre les ateliers de Tours, de Périgueux. établissements qui collaborent aux travaux de même nature par les conférences qui réunissent les agents de mêmes fonctions.
- Par exemple, les méthodes de travail sont confrontées à Tours et à Périgueux par une réunion mensuelle des chefs de services de fabrication qui, sous la surveil-
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- lance du service central, répartissent entre les deux ateliers les études des temps à allouer aux ouvriers et confrontent les résultats de ces études.
- Des réunions périodiques des deux ingénieurs d’ateliers sont également destinées a répartir et à coordonner le travail entre Tours et Périgueux.
- D’autre part, les différents travaux auxquels collaborent d’autres services (matériel, machines, wagons, approvisionnements), comme l’application du frein continu au matériel P. V., font l’objet de conférences mensuelles entre les représentants de ces services pour la répartition du travail, l’établissement des prévisions relatives à l’achèvement des études de détail, des approvisionnements, de l’exécution proprement dite.
- Contrôler. — Il est évident que toutes ces mesui'es seraient sans effet si l’on ne pouvait, à chaque instant et d’une façon en quelque sorte continue, contrôler la bonne marche des ateliers. C’est ici qu’intervient la statistique.
- Pour qu’une statistique soit valable, il faut qu’elle soit, non pas indépendante de la comptabilité, mais bien la comptabilité elle-même, c’est-à-dire que la comptabilité doit être organisée, non par des comptables et uniquement pour des fins comptables, mais par ceux qui ont la responsabilité de la gestion de l’entreprise, de façon que les méthodes comptables fournissent non seulement les éléments que toute comptabilité doit techniquement donner, mais encore des renseignements statistiques qui sont indispensables au contrôle d’une gestion.
- Cela n’est pas encore suffisant. Toute comptabilité est susceptible de fournir, plus ou moins facilement, mais de fournir enfin, des statistiques de gestion. Toutefois, les comptabilités généralement en usage les fournissent avec un retard tel que l’on n’obtient plus que des résultats a posteriori qui ne permettent pas d’en tirer des conclusions rapides pour une modification de la politique de la gestion de mois en mois.
- La comptabilité des ateliers a été, d’après, ces principes, organisée dès 1912. On a cherché par tous les moyens à obtenir des résultats précis et rapides qui permettent d’avoir, au début d’un mois, les résultats comptables et les états statistiques afférents au mois précédent, de façon à pouvoir agir instantanément sur les éléments des dépenses eu tenant compte chaque mois des résultats financiers du mois précédent. Les statistiques des dépenses sont tenues à jour simultanément dans les bureaux des ingénieurs de Périgueux, de Tours et de Paris; elles sont constamment sous leurs yeux, elles vivent, comme l’atelier lui-mème, dont elles traduisent en quelque sorte l’activité.
- Cette méthode statistique comptable rapide a eu pour effet que jamais, depuis sa mise en application, les dépenses de réparation des locomotives n’ont dépassé aux ateliers P. O., les prévisions budgétaires.
- Vous voyez, Messieurs, que l’organisation du travail n’est pas seulement l’organisation des ateliers. Il s’agit de l’organisation d’une entreprise, qui exige chez tous ceux qui s’en occupent plus de facultés administratives que de facultés techniques.
- les résultats. — Vous verrez dans le film quelques résultats obtenus dans la réparation des locomotives.
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- Le personnel nécessaire au fonctionnement de nos ateliers est en nombre extrêmement réduit, ce qui prouve une fois de plus que la spécialisation et l’organisation permettent à chacun un rendement plus élevé.
- Pour ce qui est des délais moyens d’immobilisation des locomotives ayant subi une grande réparation, nous avons pu les abaisser de plus de 60 jours à 19 jours. Ces réparations, qui comprennent toutes le remplacement de parties constitutives des chaudières et la réparation complète du châssis, sont toujours effectuées sans qu'il soit fait usage d'aucune pièce de rechange.
- Nous avons, d’autre part, pu comparer avec le maximum de garantie, les prix de revient de travaux exécutés sous les deux régimes suivants :
- 1° avec notre nouvelle comptabilité mais avec nos anciennes méthodes et sous le régime des prix de tâche ;
- 2° avec notre nouvelle organisation complète.
- On a constaté régulièrement, à l’avantage des prix de revient de la deuxième catégorie, une diminution moyenne de 17,5 p. 100 par rapport aux travaux de la première catégorie.
- La certitude que les prix de revient comprennent, dans les deux cas considérés, toutes les dépenses de fiais indirects, donne à ces résultats une importance spéciale.
- Le moteur psychologique. — J’ai terminé; mais vous voudrez bien me permettre, avant de faire commencer la projection, de dire un mot de considérations qui n’ont trouvé place ni dans le film, ni dans cet exposé.
- Une augmentation de rendement aussi importante n’a pu être obtenue uniquement par des mesures et des considérations d’ordre matériel. Il a fallu que chaque agent, mis en mesure par notre comptabilité industrielle, de connaître le prix des opérations, acquît la mentalité, l’obsession du prix de revient. Cette mentalité, il l’a actuellement. Il a fallu en outre que, ayant pris conscience du rôle qu’il joue dans l’entreprise commune, il fût animé d’un esprit de corps, d’un esprit sportif qui lui permît de toujours chercher à mieux faire, de battre tous les mois les records des mois précédents.
- Sans une telle atmosphère, sans un tel « climat », des mesures administratives ou techniques, si rationnelles soient-elles, ne peuvent pas grand’chosc. Cette atmosphère, cette sportivité ne peuvent être obtenues que grâce à l’action des dirigeants des ateliers.
- Généralité des méthodes employées. — Maintenant que j’en ai fini avec mon exposé, vous allez peut-être vous demander pourquoi j’ai donné à ma conférence ce titre si général alors que je vous ai exposé l’organisation d’un ensemble très précis. C’est que la méthode avec laquelle nous avons réorganisé le service des ateliers de la Cie P. O. n’est qu’un cas particulier. Les mêmes principes s’appliquent également à toutes les entreprises.
- J’espère que le film que vous allez voir vous le démontrera et que j’aurai pu, par la parole et par l’image, non pas faire œuvre didactique ou dogmatique, mais, plus modestement, exciter vot-re intérêt pour ces questions de rationalisation, si importantes à l’heure actuelle.
- Un exemple de fabrication rapide. — Après le film sur le fonctionnement des ateliers, nous vous projetterons un petit film de court métrage sur une des réalisa-
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- tions intéressantes des ateliers : la reconstruction presque complète qu’ils ont effectuée de locomotives Pacific déjà anciennes, qui ont reçu des perfectionnements très intéressants et qui se classent ainsi parmi les locomotives les plus puissantes du continent.
- C’est grâce à ces machines que, depuis le 15 mai 1933, les trains de Paris-Bordeaux et de Paris-Nantes ont pu être accélérés dans une proportion inconnue jusqu’à ce jour.
- Les 585 km qui séparent Paris-Austerlitz de Bordeaux sont couverts : par le Sud-Express en 6 heures 8 minutes; par les trains 15-16 en 6 heures 23 minutes et 6 heures 26 minutes; par les trains 3-4-11-12 en 7 heures 23 minutes et 7 heures 24 minutes.
- 20 de ces machines ont été reconstruites à raison de 8 par mois pendant 2 mois et de 4 pendant les 15 jours suivants.
- Chaque machine est restée 30 jours seulement à l’atelier ; la première des 20 locomotives est entrée le 1er février, la dernière est sortie le 15 mai.
- Cet exemple permet de se rendre compte des possibilités qu’offrent les nouvelles méthodes de travail en usage dans les ateliers de la Compagnie du Chemin de fer de Paris à Orléans.
- NOTE BIBLIOGRAPHIQUE
- Largeurs de voie des chemins de fer africains.
- La Revue économique française, publiée par la Société de Géographie commerciale et d’Etudes économiques, de septembre-octobre 1933, p. 357, donne une intéressante étude de M. P. Roux Berger sur La bataille des largeurs de voie en Afrique.
- Les écartements de rails, adoptés pour les principaux chemins de fer d’Afrique, sont de 144, 100 et 107 cm. Quelques sections peu étendues ont des écartements de 75, 91 et 105 cm.
- La voie de 144 cm est développée dans le Nord, et la voie de 107 cm dans le Sud du continent. Dans la zone intermédiaire, on trouve surtout un mélange de voies de 100 et de 107 mm.
- L’extension des réseaux, amenant la jonction de lignes à écartements différents, est et sera dans l’avenir une cause de graves difficultés : elle exige soit des transbordements, soit des remaniements coûteux de lignes.
- e. s.
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- BULL. DELA SOC. D’ENCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE.—NOVEMBRE 1933 (p. 356).
- LA SÉCURITÉ DE LA ROUTE 1
- par M. Gaston Menier. industriel, sénateur de Seine-et-Marne, président du Conseil de l'École centrale des Arts et Manufactures,
- président du Conseil de Perfectionnement et vice-président du Conseil d'Administration du Conservatoire national des Arts et Métiers.
- Les questions qui touchent de près ou de loin à la circulation automobile, soit directement, on indirectement., doivent être l'objet d’un examen approfondi. Nous sommes tous appelés à être, quelquefois même sans pouvoir le prévoir, victimes des terribles méfaits de l'automobile et nous sommes tous trop souvent émus par ces listes trop longues et trop fréquentes de ces accidents de la circulation.
- L’idée de réunir ce congrès, dont le mérite revient à l'illustre professeur d’Ar-sonval, arrive à son heure. Il n’y a pas en effet de jour, que dirais-je, d’heure, où ne se produisent des incidents multiples et divers qui, trop souvent, déterminent la mort de nombreux usagers.
- Il est nécessaire de les étudier, en les sériant, pour en analyser les causes et tenter d’y porter remède. Avant tout, il y a lieu d’examiner deux ordres de faits très distincts :
- 1° Quels sont les accidents, qu’au point de vue mécanique et technique, la voiture automobile peut causer?
- 2° Quelle est la part, dans ces accidents, qui peut revenir au conducteur et comment peut-on essayer d’y remédier?
- I. — ÉTAT ACTUEL DE LA PARTIE MÉCANIQUE ET TECHNIQUE DE LA VOITURE AUTOMOBILE.
- Au point de vue technique et mécanique, on constate que des progrès très rapides et très considérables ont été accomplis dans la construction de la voiture et de ses organes. Ce sont les difficultés rencontrées dans l'usage de ces véhicules qui ont amené l’automobile au progrès actuellement constaté.
- C’est en effet par l’usage né des conditions de son emploi, que la construction de l’automobile, partie d’abord des principes de la voiture hippomobile, a formé un ensemble qui en diffère profondément.
- La vitesse, tout d’abord, puis les études et les progrès de la construction pour répondre aux problèmes posés, ont été les causes initiales du progrès accompli. On ne peut nier que les courses d’automobiles, par la sévérité de leurs épreuves, par la lutte acharnée des constructeurs ont prodigieusement aidé à créer des types qui, peu à peu. marquèrent des progrès indéniables en forçant la recherche des solutions que la route imposait, par son véritable champ d’expériences. Nous les résumerons rapidement avant d’aborder la seconde question qui touche de plus près la sécurité de la route, objet du Congrès.
- (I) Mémoire présenté par l’auteur au Congrès pour la Sécurité de la Route qui s’est tenu à Paris du 5 au 8 octobre 1933.
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- Au point de vue mécanique, on remarque tout d’abord que la résistance du châssis, des roues, devient tout à fait nécessaire en abordant la circulation de plus en plus rapide.
- L’emploi des métaux résistants et des alliages nouveaux permit une construction d’une solidité indispensable pour résister aux trépidations et aux secousses de la route. Il a fallu, peu à peu, trouver des solutions à quantité de problèmes dont on ne soupçonnait pas l’importance avec les anciens véhicules hippomobiles. Tout d’abord les organes de direction, la suspension, les roulements, et surtout les freins puissants et rapides, en même temps que tous les perfectionnements au moteur qui assurait la marche de l’automobile, et enfin, l’éclairage de la route permettant la circulation nocturne en vitesse.
- Toutes ces questions survenant en même temps et qui furent résolues presque simultanément ont permis à ce magnifique instrument de transport de prendre un développement qu’on était loin de soupçonner en 1875, 1885 et 1890.
- L’auteur de cette note peut en parler en connaissance de cause, car, au début de l’automobile, il avait toujours donné à la résolution du problème des transports mécaniques une attention particulière.
- Depuis la première voiture construite par Bollée, qui maintenant semble aussi monstrueuse que la voiture de Gugnot, le véritable ancêtre, après la voiture légère de Peugeot, puis celles de Panhard, et ensuite l’ingénieuse voiture de Serpollet, qui bouleversait les connaissances de la production de la vapeur, tout s’est rapidement amélioré. Le moteur s’est assagi au point de ne plus causer de préoccupations pour sa marche, malgré ses vitesses de rotation de plusieurs milliers de tours à la minute; en même temps, le problème de la carburation atteignait les dernières limites de l’économie du carburant, essence, huile lourde, ou même alcool.
- Le moteur à lui seul mériterait une longue description pour le gain de son poids, pour sa puissance. Ses progrès ont aussi largement profité des recherches de l’aviation qui, elle aussi, réclamait le moteur puissant autant que léger et sûr.
- Il a fallu également mettre au point la combustion des huiles lourdes et même de l’alcool, ainsi que le graissage. Pour ce dernier, malgré de grandes difficultés, on est arrivé à l’assurer dans toutes les parties frottantes du moteur, et, de même, les roulements à billes ont permis à toutes les parties tournantes de fonctionner en toute confiance.
- Souhaitons que les recherches, déjà pleines d’espoir, nous permettent dn substituer à l’essence, si dangereuse, l’emploi des huiles lourdes.
- Il restait d’autres questions importantes pour assurer la sécurité de la route; tout d’abord, les freins faibles et insuffisants avaient des usures rapides, et on peut dire que, pour cette question, le problème a été résolu merveilleusement, car il était indispensable, avec la vitesse, d’assurer un arrêt rapide des véhicules, sans dommage pour la voiture, ni pour les occupants.
- Enfin, le radiateur, grâce auquel on peut éliminer au fur et à mesure de leur production les calories provenant de la combustion du carburant employé dans le moteur, était à ce moment-là une source perpétuelle d’ennuis et les cylindres des moteurs étaient grillés lorsque la quantité d’eau devenait insuffisante ou absente, en amenant une panne brutale
- (2) C’est mon frère, M. Henri Menier, qui, le premier avait pu convaincre M. Levassor. Malgré son opposition, de la nécessité d’installer un radiateur baigné par l’air pour refroidir l’eau de
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- Le bandage de caoutchouc plein n’existait pas encore, et on était loin du bandage pneumatique, qui fut indispensable pour la construction des nouveaux véhicules. Les roues, en bois, garnies d’un bandage en fer et montées sur essieux patent, étaient à ce moment les seuls organes de roulement dont on disposait.
- Les voitures étaient haut perchées, avec un centre de gravité trop élevé et dangereusement placé, et tout d’abord le problème de la direction était resté dans une création très mauvaise et surtout très dangereuse. Cette direction était acceptable au point de vue mécanique quand il s’agissait de voitures à trois roues, avec une barre de direction, dont la roue avant était directrice.
- Mais le problème de la direction de la voiture à quatre roues ne fut définitivement résolu que lorsque Jeantaud précisa l’épure du trapèze formé par les bras du levier commandant chaque roue, et dont la condition pour éviter tout glissement exigeait que les lignes de prolongement vinssent se couper sur le milieu de l’essieu arrière, la voiture étant droite. Il démontra que les roues pouvaient ainsi décrire leur chemin particulier sans glissement, et cette conception, si simple, a permis de donner à la direction toutes les qualités nécessaires pour assurer aux véhicules une traction aussi simple que douce.
- Mais, plus tard, quand le pneumatique vint remplacer le bandage plein qui, lui-même, avait remplacé le bandage en fer ou en acier, il fallut de nombreuses études pour en arriver au pneumatique confort actuel, dont la chape épaisse et solide ne crève pour ainsi dire plus et, tenant à la roue, a presque annihilé les accidents d’arrachements, si graves autrefois. Il a fallu près de 30 années pour arriver à ce résultat qui maintenant nous paraît très simple.
- Enfin, en dernière analyse, la question de la circulation de nuit paraissait bien utopique. Les lanternes sous forme de phares à pétrole, éclairaient le chemin d’une façon très imparfaite. Il était impossible de circuler à plus de 8 ou 10 km à l’heure. Il fallait emporter des torches au magnésium, de combustion très rapide et, par suite, d’un prix élevé. C’est alors que vint l’acétylène, grâce auquel la projection de la lumière sur la route permettait d’éclairer en même temps les bas-côtés et sa partie avant et, enfin, ce fut la lumière électrique avec toute sa souplesse.
- Pour terminer, parlerai-je également de la poussière soulevée par les automobiles qui, dans certains cas, s’accumulait au point qu’elle obligeait le conducteur à s'arrêter quelquefois pendant plusieurs minutes en attendant qu’elle se dissipât.
- L’invention de Guglielminetti, en amenant le goudronnage de la route, permit de supprimer ce fléau, non seulement dans l’intérêt des usagers de l’automobile, mais encore au grand agrément des habitants situés le long de la route, et dont les maisons devenaient autrefois inhabitables.
- Au point de vue technique, il était bon de rappeler la nature et les perfectionnements de cet admirable instrument qui permet une locomotion rapide et facile.
- Mais ce n’est pas tout. Déjà les routes ont été améliorées par leur sol, leurs tracés, leur largeur qui ne sont plus en rapport avec la circulation actuelle.
- Nous arrivons à la seconde partie de cette note, car il y a lieu d’examiner en raccourci les progrès techniques et mécaniques, grâce auxquels l’instrument confié à l’homme peut donner, s’il est bien manœuvré, une sécurité presque absolue.
- circulation, ta première application de cette idée avait été faite par lui et figure sur une des premières voitures de l'époque que j’ai donnée au Conservatoire des Arts et Métiers, voiture qui date de 1893.
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- Il convient cependant, avant d’aborder l’action personnelle de l’homme et la part qui lui revient dans certains accidents dans lesquels il peut être la victime de faits presque imprévisibles, de signaler les cas où ces accidents ne sont imputables, ni au matériel, ni à l’homme dans la conduite de la voiture, notamment les dérapages subits qui, brusquement viennent surprendre le conducteur, ou l’éclatement des pneus en pleine route.
- Les dérapages peuvent provenir de pluies, de brouillards, de réfection de chaussées, du bombage de la route que le Service des Ponts et Chaussées abandonne peu à peu et, sans qu’on puisse incriminer le conducteur marchant même à petite allure. Ce sont des éléments souvent difficiles à prévoir, et dont les conséquences peuvent être funestes.
- II. — RÔLE DE L’HOMME DANS LA CONDUITE DE L’AUTOMOBILE.
- Quelle est la part du conducteur dans la sécurité de la route et comment pouvoir l’apprécier?
- Quand, autrefois, on conduisait une voiture attelée, chacun pouvait en peu de temps monter sur un siège, tenir les guides et diriger l’attelage. La vitesse de route se tenait entre 12 ou 15 km à l’heure. Les accidents provenaient surtout du matériel, de l’état de la route et de ses fondrières amenant le bris d’essieux, de roues, de ressorts, ou la chute des chevaux, etc..., mais la vitesse n’intervenait pas au delà des limites très basses, tandis qu’actuellement c’est elle qui est le facteur principal de la circulation routière automobile.
- La vitesse, avec sa loi inéluctable de la puissance vive, la fameuse formule m v*, est venue tout modifier, la machine et la volonté humaine.
- A mesure que le mécanisme s’est simplifié, on pouvait croire que la sécurité était assurée et c’est le contraire qui s’est produit. En effet, le rôle de l’homme, avec toutes les incertitudes pouvant provenir du tempérament de chaque individu, est venu dominer la question.
- Tout d’abord, fréquemment, les conducteurs sont ignorants ou imprudents. Ignorants, car ils n’ont pas connaissance des dangers vers lesquels la machine qu’ils ne connaissent que très imparfaitement peut les placer. Ils s’imaginent qu’en prenant le volant d’une automobile, ils peuvent la diriger sans risques.
- • On peut à ce propos rappeler cette comparaison amusante; c’est que, dans une voiture hippomobile, il y a le cocher et le cheval et que, bien SQuvent, le cheval corrige les erreurs du cocher, tandis que sur la voiture mécanique ce correctif n’existe pas. La machine exécute les ordres qu’elle reçoit; elle n’en donne pas.
- L’ignorant est donc déjà très dangereux dans la circulation, mais hélas! l’imprudent l’est encore davantage.
- Sans nous attarder à ces terribles usagers de la route, essayons de voir les conditions normales qui s’imposent à un conducteur.
- Il faut qu’il soit maître de ces réflexes, c’est-à-dire des réactions qu’il ressent et qu’il les interprète en tenant compte de la rapidité de leur fonctionnement en raison de la vitesse du véhicule. C’est toujours la vitesse, dont le rôle est capital aussi bien comme nous l’avons vu pour le matériel que pour les réflexes. C’est le facteur nouveau qu’il a fallu développer et suivre, avec toutes ses conséquences.
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- Un conducteur doit, en effet, s’adapter à des conditions nouvelles qui modifient profondément les impressions auxquelles il était accoutumé.
- Est-ce un progrès, comme le contestent les esprits chagrins, c’est possible, mais il s'exerce maintenant dans tous les domaines, le télégraphe, le téléphone, la radio, les chemins de fer et, maintenant, l’aviation; tout démontre que nous sommes entraînés dans un tourbillon....
- Le problème de la conduite est, en lui-même, très complexe; il exige de la part de ceux qui dirigent une voiture sur une route, au milieu des croisements en vitesse, dans les tournants quelquefois difficiles, sur des sols glissants, des qualités absolument nécessaires pour apprécier et parer aux incidents qui, sur une route, naissent à chaque instant.
- Il y a des réflexes que l’on peut acquérir, de même que l’accoutumance peut, dans une certaine mesure, apporte]' de l’expérience à ces conducteurs. Il n’en est pas moins vrai que, trop souvent, cette accoutumance détermine chez les conducteurs, même les plus exercés, des imprudences tout à fait regrettables. La fameuse phrase que l’on entend si souvent répéter par tant d’ouvriers attachés à l’emploi d’une machine quelle qu’elle soit : « Cela me connaît... », ou bien « Il n’y a pas de danger... », est trop souvent le signe d’une faiblesse d’esprit très condamnable.
- Il faut, pour bien conduire, avoir un sang-froid imperturbable, savoir prendre une décision basée sur le fait et prévoir le danger qui peut survenir, l’apprécier et pouvoir y remédier rapidement si les circonstances l’exigent, car il ne faut pas oublier que dans un croisement ou dans un dépassement, il y a deux cerveaux en jeu qui peuvent être en opposition, et qui souvent ne s’accordent pas dans leur manière de penser ou de juger les événements. C’est une cause, comme on sait, très fréquente d’accidents graves.
- Doubler une voiture qui peut marcher entre 80 et 100 km à l’heure exige un coup d’œil infaillible et, lorsqu’un conducteur double et qu’au même moment il s’aperçoit qu’un autre véhicule vient au-devant de lui à la même vitesse, il ne sait généralement pas apprécier dans quelle limite de temps aura lieu le croisement. Il faut d onc. là, de la réflexion instinctive et en même temps une vue excellente, aussi bien qu'une oreille attentive pour entendre les signaux ou les avertissements.
- Il faut une attention de tous les instants et songer qu’à tout moment un danger peut naître.
- Nous sommes frappés des accidents de [tassages à niveau. Il y en a de deux sortes : les conducteurs n’apercevant pas à temps les barrières fermées et souvent mal éclairées — leurs phares devraient pourtant les déceler car ces barrières sont peintes de couleurs vives — ils vont alors s’écraser sur cet obstacle et peuvent causer au train qui les croise un déraillement dont les conséquences sont incalculables, ainsi que le cas s’est récemment présenté.
- Puis ceux qui, trouvant les barrières ouvertes, par erreur ou par mégarde, abordent le passage à niveau sans prendre la précaution de ralentir pour voir si le passage est réellement libre. C’est la faute d’un manque d’équilibre mental qui peut aussi, il est vrai, résulter d’une fatigue excessive.
- Tout cela, dira-t-on, n'est question que de réflexes, de rapidité, de sensations; on peut les mesurer et des médecins plus qualifiés que moi dans ces questions, qui touchent à l’organisation psychologique et physiologique du conducteur et qui sont
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- également d’actualité dans tous les domaines, les analyseront certainenent dans ce congrès. Je me borne à poser la question.
- La visibilité joue un rôle considérable de jour et de nuit et elle trouve souvent des obstacles presque absolus, tels que la pluie, le brouillard, la neige....
- Une grave question se pose au sujet des voitures que l’on croise la nuit, celle de 1 eblouissement causé par les phares des voitures rencontrées.
- Le code de la route a déjà, dans une certaine mesure, réglementé leur usage, mais incomplètement.
- Il faut donc, d’un côté, que la voiture qui roule ait la possibilité d’éclairer le chemin pour son propre usage, mais sans apporter de troubles pour le conducteur qui vient en sens inverse; car l’homme ébloui se trouve immédiatement désemparé.
- Un autre point essentiel est à signaler : les routes qui n’avant pas été prévues pour la circulation actuelle, sent devenues tout à fait insuffisantes. Leur largeur, qui permettait le croisement facile de deux voitures hippomobiles, d’un gabarit restreint et circulant à l’allure de 15 à 18 km à l’heure, ne répondent plus, en aucune façon au trafic actuel.
- La question des camions, occupant presque la moitié de la largeur de la route et d’une longeur démesurée, et qui sont suivis maintenant d’une remorque aussi encombrante qu’eux-mêmes. Ces voitures roulent à des vitesses de 50 à 70 km à l’heure, conduites par un ou deux hommes enfermés dans un petit réduit d’où ils ne peuvent généralement ni voir ni entendre une voiture qui vient derrière eux. Un rétroviseur, de dimensions réduites, dont l’image tremblote par suite des vibrations de son support, ne leur permet pas de voir ce qui se passe derrière eux, et, de ce fait, ils deviennent indifférents et abandonnent toute vigilance.
- Au lieu de tenir la droite de la route pour laisser le passage à ceux qui les dépassent, ils en tiennent le milieu, c’est-à-dire l’obstruent complètement, ce qui est inadmissible. Le soir, une lanterne rouge, dont ils ne peuvent contrôler le fonctionnement, les signale insuffisamment; leurs cloisons d’arrière, peintes en noir ou en couleurs foncées, ne permet même pas aux voitures venant derrière eux de les déceler avec leurs phares. Ils semblent avoir des primes à la vitesse, par exemple en affichant un transport rapide, comme Paris-Marseille en 20 heures. Ils marchent la nuit en ébranlant les chaussées et en troublant le repos des riverains.
- Sans doute, on réalise un programme d’élargissement des routes; cela est possible en rase campagne, mais impossible dans la traversée des villes et des villages. Il faudra donc en arriver à la construction des autostrades larges et bien tracées avec des pistes à un seul sens.
- L’Italie nous a précédés à cet égard et, ces jours derniers, on signalait que l’Allemagne commençait la construction de semblables voies.
- Cette circulation ressemblera à celle des chemins de fer, les rails en moins et avec des règlements de vitesses sans doute égales pour tous les véhicules, en même temps que des ouvrages permettant la suppression des passages à niveau de ces routes spéciales devront être prévus.
- Mais, comme ces autostrades seront forcément des routes tracées entre grandes villes, il nous restera encore bien longtemps nos routes, peut-être élargies mais permettant la communication des agglomérations entre elles.
- Or, il ne faut pas oublier que ce qui fait le succès de la circulation automobile c’est le système dénommé de porte à porte, d’une maison quelconque à une autre 132e Année. — Novembre 1933. 37
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- maison, sans rompre charge, ni même descendre de voiture; je l’ai fait remarquer au Sénat. J’ajoutais même que nous devions, dans un avenir plus ou moins proche, envisager les communications par l’air, qui procéderont de données analogues.
- Dans ce domaine, les routes ne seront pas marquées et nos successeurs.devront créer alors un code de l’air, tout comme on a établi un code de la route. En tout cas, la vitesse prime tout; on le voit par les progrès des transports aériens : passagers, poste, denrées, etc.... L’étude des réflexes, des décisions rapides sera encore plus nécessaire dans le domaine aérien.
- Mais n’anticipons pas et faisons remarquer que maintenant il ne s’agit plus seulement d’accidents survenant à une voiture contenant un petit nombre de passagers, mais que le développement des cars, des autobus, engage forcément une responsabilité plus importante des conducteurs, à cause du plus grand nombre de voyageurs qu’ils transportent et, par suite, exige un choix plus sévère de leurs qualités.
- Il faut encore que le piéton ne soit pas la victime d’erreurs commises par les conducteurs, qui doivent avoir la plus vigilante prudence à leur égard.
- Les cyclistes et les motocyclistes sont tenus d’avoir un éclairage, mais non le piéton. Malheureusement, de nombreux accidents surviennent souvent parce que des voitures montent sur les trottoirs et atteignent d’inolfensifs promeneurs. Des détachements militaires ont eu des blessés graves par l’imprudence de conducteurs inhabiles ou imprudents, qui, ensuite cherchent à s’enfuir. Et si la loi frappe sévèrement ce délit, combien échappent par suite de la confusion, de l’obscurité et de fausses indications des voitures.
- Il est donc nécessaire de rechercher des garanties sérieuses pour donner le permis de conduire et, malheureusement, il n’en est pas ainsi.
- Au contraire, dans les chemins de fer, on s’assure de l’état de "santé des mécaniciens pour leur permettre de conduire un train : on vérifie leur vue, leur ouïe, l’état de leur cœur, de leurs poumons; on juge même de leur tempérament.
- Les examens que les chemins de fer font subir à leurs mécaniciens pour leur apprendre à lire rapidement les signaux et ne pas commettre d’erreur par suite de daltonisme, ne pas confondre le signal d’arrêt avec le signal de ralentissement, etc... sont les preuves de la nécessité de ces examens. Pourquoi ne pas les imposer aux conducteurs d’automobiles?
- Le conducteur qui doit passer son examen pour obtenir le permis de conduire une automobile doit être interrogé longuement, non seulement devant un ingénieur, mais aussi devant un médecin. Il semble nécessaire de n’accorder le permis de conduire qu’à des personnes en état normal d’aptitude et de santé.
- Une importante et très intéressante discussion s’est instituée au Sénat, en avril 1930, provoquée par mon distingué collègue, très compétent en la matière, le Docteur Fernand Merlin, soutenu par MM. Perreau et Cavillon, pour demander l’examen médical avant de donner le permis de conduire, et sur les conditions dans lesquelles cet examen est passé, montrant à nouveau combien dans l’ordre social, comme dans l’ordre médical, l’examen est incomplet.
- N’est-il pas naturel que les conducteurs qui tiennent en leurs mains la vie de nombreux usagers soient examinés au point de vue cardiaque et pulmonaire et que la vue soit elle-même contrôlée. Il faut enfin dépister ceux qui sont alcooliques — en trop grand nombre, malheureusement.
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- L examen au point de vue technique est évidemment très important mais il ne suffît pas.
- M. le Ministre des Travaux publics a argué du grand nombre de demandes de permis, des crédits importants. Mais les cheminots qui doivent subir ces examens obligatoires pour la conduite des trains sont également nombreux et on leur trouve des crédits. Et, pour répondre à cette objection de dépenses, ne pourrait-on pas trouver une rémunération comme on le fait, par exemple, pour les permis de chasse, en exigeant déjà que les demandes de permis de conduire soient établies sur feuille timbrée. La diminution des accidents de ce fait vaut bien une légère dépense.
- En tout cas, la sanction qui s’impose est le retrait du permis de conduire. Les dommages, les amendes ne touchent pas les conducteurs en défaut ; ils sont assurés, disent-ils, tandis qu’ils seront bien plus sensibles à la suppression plus ou moins temporaire du permis.
- Toutes ces mesures sont nécessaires, mais il ne suffit pas de le décréter, il faut veiller à leur application, exercer des contrôles, même sur route, afin de tenir les conducteurs en haleine et leur montrer que les indications, les prescriptions, les signaux, les modes d’avertissement, l’éclairage des voitures, doivent être strictement observés.
- Non pas que nous voulions, en aucune façon, nuire au développement de l’automobile, mais nous estimons, au contraire, qu’en remédiant aux abus, en réglant d’une façon plus rationnelle la circulation automobile, nous lui rendons service.
- Peut-on affirmer que, dans les villes, le bâton blanc de l’agent qui s’oppose aux embarras de voitures pour mieux permettre leur écoulement ait nui à la circulation en faisant observer des règles qu’on trouvait draconiennes au début et que chacun approuve maintenant?
- C’est ce que le code de la route a déjà voulu régler, mais encore trop incomplètement.
- Ce sont ces principes qu’il est nécessaire d’appliquer. Certes, nous n’empêcherons pas les ignorants ou les imprudents de nuire à cette sécurité que nous voulons assurer, avec du contrôle accompagné de sévérité justement exercée.
- Nous n’avons pas la prétention de supprime]- tous les accidents, mais les « chauffards » seront avertis que. par la suppression de leur permis de conduire, ils seront privés de recommencer leurs fâcheux exploits.
- Diverses manifestations, tendant à la réglementation et à la répression de ces abus, se sont déjà produites, et celle qui dérive de ce congrès montre combien l’esprit public s’alarme des accidents actuels, en même temps qu’il s’intéresse à tout ce qui touche à la circulation automobile.
- L’an demie , à pareille époque, le Conseil général de Seine-et-Marne, sur ma proposition, a voté à l’unanimité le vœu suivant en sa séance du 26 septembre 1932 :
- « 1° que le gabarit des voitures soit révisé, en largeur et en hauteur;
- « 2° que les remorques autorisées sur route soient autrement réglementées;
- « 3° que leur conducteur soit en mesure, par un signal ou par un point lumineux, « d’avertir la voiture qui vient derrière son énorme camion qu’il a compris l’appel « qui lui est fait et qu’il va se ranger pour lui permettre de le doubler, ou même, « pour ces grosses voitures avec remorque, qu’un homme-vigie soit placé à l’arrière « de la remorque, afin de surveiller l’arrière et d’avertir le conducteur.
- « Il faudrait également que la question des phares soit réglée d’une façon plus
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- « nette et plus précise, afin d’éviter les malheurs qu’ils ont trop souvent provoqués. « Il importe que la circulation sur route soit assurée dans les meilleures conditions, « afin d’éliminer autant que possible les causes d’accidents que nous déplorons « chaque jour. »
- Pourrai-je également citer une récente intervention auprès du ministère des Travaux publics, qui a renvoyé ma demande devant la Commission qu’il a instituée, sous la présidence de M. Marcel Régnier, président de la Commission des Finances du Sénat, pour réglementer, notamment, la circulation des poids lourds, les remorques, leur éclairage, leurs couleurs, leurs dimensions et leur place sur la route. Il est nécessaire d’organiser et surtout de contrôler par épreuves les appareils d’éclairage et de signalisation, afin de tenir ainsi les conducteurs en haleine et d’assurer le bon fonctionnement de ces appareils.
- Comme on le voit, cette communication n’a eu pour but que l’examen de certaines conditions qui touchent, d’une part, à la machine, et, d’autre part, aux conditions que sa conduite impose à l’homme.
- Le Congrès aura donc à tirer certaines conclusions destinées à assurer, dans les plus larges limites, la sécurité de la route, en tenant compte de toutes les conditions que présente actuellement la circulation automobile.
- Il est évident que toutes ces questions doivent être analysées de très près et je ne saurais trop, en terminant, rendre hommage à M. le Dr Bordas, ainsi qu’à l’éminent professeur d’Arsonval qui, à très juste titre, a démontré l’importance du congrès dont il est l’initiateur.
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- par M. Raymond Berr, président du Comité scientifique et technique du XIIIe Congrès de Chimie industrielle, directeur général des Établissements Kuhlamnn.
- une leçon de sérénité dans un monde malade. — Le XIIIe Congrès de Chimie industrielle, par la sévérité de ses assises, aura donné, au milieu d’un chaos économique qui déroute les esprits les mieux avertis, une haute leçon de confiance dans l’avenir du progrès scientifique, qui demeure, quoi qu’on pense, la condition même des améliorations sociales que les hommes du temps présent, poussés par une aspiration profonde, poursuivent, comme leurs devanciers.
- Si les hommes et les gouvernements n’ont à peu près rien pu faire pour dominer ou redresser des événements qui se sont révélés supérieurs à leur entendement et à leur influence, on peut'bien croire que tout a été dit, ou presque, sur les faits eux-mêmes.
- Une littérature prolifique nous a apporté des constatations, des statistiques, qui sont — on l’a dit — une possibilité de mentir, des doléances, des regrets sur un passé qui, à distance, paraît plus facile qu’il ne fut, et, en fait de remèdes, des solutions incomplètes, dangereuses, souvent conçues dans l’abstraction et sans égard aux leçons de l’histoire.
- J’aurai garde d’encourir, à mon tour, le reproche de disserter inutilement sur ce qu’on nomme, peut-être improprement, la crise; vous me permettrez seulement de citer quelques chiffres du présent et quelques accidents du passé; en rappelant la gravité des événements actuels et certaines analogies un peu oubliées, nous apprécierons mieux la valeur morale des enseignements d’un congrès dont les délibérations accusent la pérennité de l’effort intellectuel.
- Et, d’abord, un tableau, particulièrement suggestif, de la contraction du commerce mondial depuis le début de 1929, qui vient d’être publié par la Société des Nations, à l’occasion de la fameuse Conférence de Londres. On a reporté, en coordonnées polaires, le commerce global de 49 pays, représentant environ 90 p. 100 de la valeur des échanges de la planète. Les angles sont proportionnels au temps écoulé depuis le 1er janvier 1929 et les rayons, au total, à chaque époque, des importations et exportations de ce pays.
- La courbe ainsi obtenue est, hélas! une spirale parcourue vers son pôle et, en mars 1933, où s’arrête le graphique, le commerce mondial se chiffrait par 53 milliards de francs environ, contre 136,5 milliards en janvier 1929, soit une réduction à 40 p. 100 environ de sa valeur initiale.
- Pour l’année 1932, il est, avec 61,3 milliards de francs, inférieur de plus d’un tiers, en valeur, à ce qu’il fut en 1913 (96,5 milliards), année à laquelle 1931 fut à peu près comparable.
- A l’allure du premier trimestre, l’année 1933 marquerait un nouveau déclin, à 57 p. 100 de 1913.
- (1) Discours prononcé à la séance de clôture du XIII8 Congrès de Chimie industrielle (Lille, 24-28 septembre 1933).
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- En tonnage, le trafic maritime mondial se trouvait, à la fin de 1932, sensiblement ramené au niveau de 1913. alors que, dans l’intervalle des vingt années écoulées, le tonnage de la flotte mondiale avait augmenté de 40 p. 100 et avait été. à certaines époques, à peu près intégralement utilisé.
- Quant aux fluctuations des prix, elles obsèdent tous les industriels, au point qu’il est superflu de les rappeler. Disons seulement qu’en quatre ans, de 1929 à 1933, l’ensemble des prix mondiaux a baissé de 30 p. 100.
- 11 parait surprenant, devant une contraction aussi accusée et universelle des prix et des échanges, que l’édifice économique du monde, malgré quelques lézardes, ait pu tenir bon et que l’activité humaine se soit maintenue à un niveau, sans doute très inférieur à celui qu’elle avait atteint récemment, mais, en somme, peu éloigné de celui auquel elle se tenait il y a vingt ans.
- La plasticité inouïe avec laquelle la matière économique a pu se plier à des variations si brusques et d’amplitude si considérable, m’a toujours paru un fait extrêmement remarquable.
- L’observation montre que la plupart des affaires qui n’ont pu faire face à la situation on dû leurs déboires à une gestion imprudente, le plus souvent dans le domaine financier. Il y a peu d’exemples d’affaires conduites avec sagesse et une bonne technicité, ayant mesuré leur développement à leurs possibilités financières et leur capacité de production à celle de leurs marchés naturels, qui n’aient pu résister jusqu’ici.
- Sans doute, certaines industries, et l’industrie chimique l’a éprouvé la première, ont vu leur activité décliner, parce que leur production n’éLait plus adaptée aux besoins ou parce que des débouchés d’exportation se sont fermés, avec le développement des fabriques nationales. Mais ces phénomènes sont de toutes les époques et bon nombre des perturbations récentes, subies par l’industrie chimique, sont sans rapport avec la dépression actuelle.
- Ainsi, l’apparition de la fabrication mécanique du verre a supprimé les plus grands emplois du sulfate de soude, au bénéfice du carbonate.
- De même, la fabrication de la soie à la nitrocellulose, encore prospère après la grande guerre, a dû brusquement disparaître devant les améliorations apportées au procédé à la viscose; c’est également au perfectionnement des méthodes de synthèse de ses sous-produits, acide acétique, acétone, méthanol, et non à la réduction de leurs emplois, que la carbonisation du bois doit, depuis quelques années, de connaître des jours difficiles.
- Mais la victoire, il y a cinquante ans. du procédé Solvav sur le procédé Leblanc, n’a-t-elle pas marqué, dans l’industrie chimique, une secousse aussi redoutable et périlleuse que ces évolutions, à notre gré trop rapides? Le triomphe de l’alizarine synthétique sur la garance n’a-t-il point, lui aussi, eu une sévère répercussion sur notre agriculture?
- On objectera que si nos industries ont, dans le passé, subi des transformations et connu des périls analogues, leur évolution était plus lente et le succès des nouvelles découvertes ne s’affirmait qu’après une lutte assez longue, qui facilitait les adaptations reconnues nécessaires; ainsi, l’indigo synthétique ne put-il triompher du produit naturel qu’après une mise au point laborieuse de diverses industries annexes, l’électrolyse des chlorures alcalins et la synthèse de l'anhydride sulfurique.
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- Il n’y a là, au fond, qu’une question de degré ; peut-on s’étonner, vraiment, que les progrès des différentes sciences, en se prêtant un mutuel appui et, en quelque sorte, se compénétrant, accroissent la vitesse des découvertes et des mises au point?
- le progrès technique n’est pas coupable. — C’est à ces progrès multiples, constants et rapides, notamment dans les méthodes d’analyse, dans la recherche des matériaux résistant aux agents physiques et chimiques, que nos industries doivent bien souvent d’avoir pu demeurer, dans ces dernières années, à la hauteur des circonstances; dans un monde appauvri par les destructions de la guerre et les travaux improductifs que représentent, en définitive, les potentiels de production inutiles, aussi bien que les ensemencements et plantations excessifs, il faut, de toute évidence, diminuer les prix de revient, pour ajuster les prix de vente au pouvoir d’achat du consommateur.
- Il me paraît indéniable que, dans l’industrie chimique au moins, et, probablement, dans la plupart des industries, seuls, les produits dont les prix ont pu, grâce à une meilleure technique, être abaissés, ont vu leur consommation maintenue ou même développée, depuis quelques années.
- La soie artificielle, dont le prix de vente, en or, a été réduit au 1/20 de celui de la soie naturelle il y a vingt ans, a conquis les débouchés prodigieux que l’on connaît.
- Les synthèses de l’ammoniaque et de l’acide nitrique, qui ont permis d’offrir à l’agriculture de notre pays l’azote ammoniacal à 50 p. 100, l’azote nitrique à 60 p. 100 des prix or de 1913, ont, en peu d’années, triplé la consommation française d’azote, la baisse du prix des engrais ayant toujours devancé celle des produits agricoles.
- On a souvent attribué une partie des maux dont souffre notre économie à l’évolution trop rapide et trop radicale de la science et de la technique; c’est à elle, au contraire, que nos industries doivent de pouvoir s’adapter en temps utile aux besoins nouveaux de l’équilibre, peut-être provisoire, vers lequel, malgré les apparences, se dirige notre monde malade.
- Il est d’ailleurs possible, sinon probable, que celles de nos industries chimiques qui ont récemment éprouvé les plus grandes transformations, connaîtront prochainement une période de stabilité, et cela pour deux raisons, à première vue secondaires : la dimension de l’outillage et la résistance des matériaux qui le composent.
- L’aide apportée par la métallurgie et la céramique à la chimie a très souvent permis d’accroître, depuis dix ans, la taille des appareils, au point qu’un très petit nombre d’unités peuvent couvrir la consommation d’un grand pays ; ainsi, le bichromate de soude nécessaire aux besoins français est, aujourd’hui, élaboré dans un seul four; réserve faite de la méthode de traitement, on n’aperçoit guère, désormais, la possibilité d’un progrès massif pour cette fabrication.
- Les nouvelles nuances de métaux ou de réfractaires inattaquables et résistant aux hautes pressions et aux températures élevées ont permis, pour certains produits corrosifs, de réduire, dans une proportion inattendue, les frais d’entretien qui, jusqu’ici, alourdissaient singulièrement les prix de revient de l’industrie chimique; on peut penser que la gamme des matériaux rebelles à tous les agents destructeurs sera complétée dans un avenir assez rapproché. A ce moment, la légende d’une
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- industrie chimique insalubre, malpropre et en perpétuel remaniement, déjà très chancelante, aura définitivement vécu. Dotée d'unités à grande production, à l'abri, par leur mode de construction, des dégradations qui étaient fréquemment à l'origine des prix de revient élevés et des pertes de rendement, capable de s’assimiler, dans une atmosphère assainie, toutes les ressources de la mécanisation, notre industrie chimique pourra connaître, dans ses fabrications actuelles, une ère de stabilité relative.
- Je n’entends point, par là, lui dénier l'accès à de nouveaux domaines; elle aura, sans doute, à les défricher, dès que les conditions générales de la production seront fixées, et elles le seront fatalement, car l’esprit et l'expérience se refusent à entrevoir la prolongation indéfinie des oscillations démesurées qui s’opposent à toute initiative.
- Si, par exemple, l’évolution de l’industrie des engrais, très rapide depuis dix ans, laisse entrevoir un palier, au moment où les trois éléments fertilisants, azote, potasse, acide phosphorique, vont être présentés à tous les degrés de concentration et sous toutes les formes d’association, par contre, de nouvelles synthèses, comme celles des corps gras, du caoutchouc, du pétrole, n’attendent, pour être abordées, que la connaissance approximative des niveaux auxquels pourront se fixer les prix des produits naturels.
- Ceux-ci sont aujourd’hui si faibles que l’industrie ne peut songer à courir les risques énormes des coûteuses recherches que comporterait la mise au point des méthodes de synthèse que la science permet d’entrevoir.
- C’est seulement à l’abri de mesures purement artificielles que pareils travaux peuvent, aujourd’hui, être entrepris; l’exemple du gouvernement anglais, accordant une aide puissante à l’impérial Chemical Industries, pour la construction d’une usine d’essence synthétique, est là pour le prouver.
- J’entends bien la crainte que ne manquera pas de faire naître la tendance de l’industrie chimique à parvenir au stade de puissantes unités de fabrication fortement mécanisées : celle d’une nouvelle réduction des emplois de main-d'œuvre et d’une aggravation de la plaie du chômage.
- Je répondrai qu’il y a contradiction à réclamer la baisse des produits industriels et à reprocher à l’industrie de prendre les seules mesures qui restent en son pouvoir pour l'obtenir, en dehors d’une baisse des salaires peu désirable, et qui consistent dans la recherche persévérante du progrès technique, sur lequel aucune économie dirigée, ou prétendue telle, ne me paraît jusqu’ici avoir de prise.
- 11 y a beau temps que le machinisme a été regardé comme un danger social; on rappelait récemment qu’au moment où l’abbé Grégoire préconisait la création du Conservatoire des Arts et Métiers, certains s’opposaient à l’installation de cette collection de modèles, car, disaient-ils. « le perfectionnement de l’industrie et la simplification de la main-d'œuvre entraînaient des dangers, parce qu’ils ôtaient les moyens d’existence à beaucoup d’ouvriers ».
- C’était à peu près l’époque où Vaucanson était poursuivi à coups de pierres par les ouvriers lyonnais, qui venaient d’apprendre qu’il étudiait un nouveau métier à tisser.
- Il parait beaucoup plus probable que le progrès technique — qui. soit dit en passant, a singulièrement amélioré les conditions de travail de l’ouvrier — en libérant une partie de la main-d’œuvre, a facilité la constitution de ces armées de tra-
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- vailleurs que des industries nouvelles, comme l’automobile, l'aviation, la cinématographie, la radiodiffusion, se sont successivement intégrées.
- Prétendre mettre un terme ou un frein au progrès technique, c’est proprement vouloir limiter la faculté de penser et d’imaginer des meilleurs cerveaux.
- Telle est, cependant, la thèse soutenue par de brillants esprits qui semblent regretter l’époque où l’on condamnait au carcan les marchands ou ouvriers dont les étoffes n’étaient pas conformes au règlement.
- Les travaux de ce congrès nous montrent, Messieurs, que vous vous souciez médiocrement de la menace d’inquisition intellectuelle qui plane sur nos têtes.
- Ne serait-ce pas un paradoxe que, dans notre pays, dont un des grands soucis, dans la tourmente révolutionnaire, fut d’encourager et d’honorer l’effort scientifique, celui-ci fût désormais considéré comme responsable de nos maux?
- l’histoire se répète. — En vérité, les armes dont disposent les gouvernements pour lutter contre la dépression sont singulièrement émoussées et la puissance de l’esprit est autrement forte et permanente que l’action publique, débordée et inquiète.
- Ce n’est pas d’aujourd’hui que les états proclament officiellement la nécessité du retour à la liberté du commerce, au moment même où, sous la pression de leurs économies intérieures, ils se font une guerre de tarifs.
- Colbert lui-même écrivait que « la liberté est l’âme du commerce », mais,.en fait, il estimait que nos industries naissantes ne pouvaient se soutenir sans une protection allant jusqu’à la prohibition, qui étaient, selon lui, « les béquilles de notre industrie ». Il taxait fortement les produits de la Grande-Bretagne, assuré, disait-il, que les Anglais ne se passeraient pas de boire nos vins, jusqu’au jour où ces derniers ouvrirent leur pays aux vins de Portugal, en taxant au triple ceux de France, ce qui porta un coup terrible à notre viticulture.
- Toute la réglementation relative aux céréales avait, sous l’ancien régime, pour unique objet de maintenir des prix aussi bas que possible, en vue de prévenir les mouvements populaires; un grand progrès, sous Louis XV, fut de subordonner seulement le libre commerce des grains dans le royaume et leur libre sortie, à un maximum du prix du blé.
- Aujourd’hui, la plupart des gouvernements sont animés de la préoccupation inverse, mais sont tentés de réglementer dans l’ordre agricole, aussi étroitement que leurs prédécesseurs dans l’ordre industriel et commercial.
- Plus près de nous, il y a trente ans, l’opinion publique était émue de payer 1,10 fr le kilogramme du sucre, qui coûtait 0,30 fr à fabriquer et était vendu au détail 0,40 fr à Londres. De 1884 à 1902, notre production de sucre était passée de 480.000 t à 1.100.0001, par l’effet d’une loi qui institua une prime inouïe à la surproduction, en diminuant jusqu’au quart la taxe de consommation intérieure au-delà d’un certain rendement. D’importateurs, nous devînmes rapidement exportateurs; notre gouvernement répondit par une prime d’exportation à l’institution, par les Allemands, d'une prime analogue ; les Anglais, dont le marché était envahi à coups de dumping, et dont les colonies ne pouvaient soutenir la lutte, provoquèrent la réunion, à Bruxelles, d’une conférence internationale avec les grands pays producteurs; elle aboutit à une entente par laquelle les contractants s’engagèrent solennellement à abandonner les primes à l’exportation, à unifier les droits de douane, etc.
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- N’est-ce pas là, au moins pour l’un de ces objets, un prélude curieux, et peut-être un peu oublié, de la grande Conférence de Londres?
- Oue conclure, sinon qu’un certain scepticisme est bien permis sur l’efficacité des remèdes officiels et qu’il vaut mieux avoir foi, comme vous-mêmes, Messieurs, pour rétablir l’équilibre compromis, dans l’effet d’intégration des efforts individuels, intelligemment appuyés sur une technique progressive.
- la continuité de l'effort scientifique de l’industrie. — Vous me permettrez, d’ailleurs, d’insister sur le caractère de continuité que doit revêtir l’effort scientifique pour améliorer les conditions de l’industrie.
- De même que, sur le plan économique, les esprits raisonnables ont abandonné, depuis longtemps, s’ils l’ont jamais conçu, l’espoir qu’un miracle ou, ce qui lui ressemblerait, les décisions d’une conférence internationale, pourraient modifier radicalement l’évolution des phénomènes dont nous déplorons les effets, de même, il serait dangereux d’imputer aux découvertes étaux inventions la maladie du monde, ou de penser qu’elles pourront lui rendre la santé.
- M. Henry Le Chatelier, qui a tant médité sur les rapports de la science et de l’industrie et dont les recherches ont été souvent inspirées par l’appel d’industries en difficultés, a pu dire que « les inventions, c’cst-à-dire la discontinuité dans les progrès de l’industrie, sont la conséquence de méthodes de travail déplorables, qu’elles sont le triomphe de l’empirisme sur la science, qu’enfin, elles sont ruineuses, en provoquant un gaspillage fou de l’activité humaine ». Il ajoutait qu’elles ne sont pas rémunératrices pour leurs auteurs, que sur cent inventions, il n’y en a pas une qui ait le sens commun, et sur cent bonnes inventions, il n’y en a pas une qui profite à celui qui l’a faite.
- Peut-être faut-il voir dans cette boutade le désir de réagir contre l’empirisme qui, longtemps, s’opposa, dans beaucoup d’industries, à la création de laboratoires de recherches.
- Mais la conclusion de M. Le Chatelier, que vous me permettrez de citer, apparaît profondément justifiée à tous ceux qui, ayant la charge d’industries à évolution rapide, ont pu apprécier l’efficience des deux conceptions, la poursuite d’une découverte ou le cheminement, lent, mais continu, dans la voie du progrès.
- « La recherche scientifique, systématiquement organisée, remplace, dit-il, les inventions, par la superposition d’une infinité de petits progrès; elle arrive au même résultat final par des voies plus courtes et plus économiques. L’étude incessante des" propriétés des corps, les mesures de tous les phénomènes mis en œuvre, conduisent à de petits perfectionnements qui semblent, à première vue, de peu d'importance. Mais ces résultats partiels, définitivement acquis, s’ajoutent constamment les uns aux autres et entraînent finalement des avantages dont l’importance croît sans limites. »
- les travaux du congrès. — Structure de la matière. — Si nous jetons un coup d'œil sur les travaux de notre congrès, nous devons reconnaître que M. Le Chatelier a raison. Pas de communication annonçant une véritable découverte ou un changement d'orientation radical de l’une de nos industries ; au contraire, un très grand nombre d’études à objectif limité, mais visant toutes à la connaissance plus intime de la matière ou des phénomènes dont elle est le siège.
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- Les belles conférences de M. J.-J. Trillat et de M. Astbury sur l’application des méthodes les plus récentes de la physique des atomes ou des rayons X à l’étude de la structure des fibres végétales ou animales symbolisent, me semble-t-il, une fois de plus, la rencontre, sur un terrain nouveau, de la science la plus élevée et de certaines industries qui ont pu longtemps paraître en dehors de sa route.
- La sidérurgie et la métallurgie du zinc, dont M. Portevin et M. Dony-Hénaut nous ont magistralement décrit les tendances, la technique de la soudure elle-même, avaient déjà fortement progressé, grâce à l’utilisation des phénomènes de diffraction des rayons X, et l’on peut entrevoir le moment où beaucoup d’industries devront joindre l’investigation par les radiations à tous les moyens d’études utilisés jusqu’ici.
- Corrosion et protection des métaux. — Il est frappant aussi, de constater que la corrosion et la protection des métaux, qui ont fait l’objet de l’intéressante conférence de M. Evans, ont préoccupé également un grand nombre d’auteurs dont les communications se réfèrent à la recherche d’aciers ou d’alliages résistant aux agents physiques et chimiques les plus variés. C’est la preuve que les questions d’appareillage jouent aujourd’hui, comme je l’ai déjà dit, un rôle prépondérant dans l’industrie chimique, et qu’un immense travail de prospection, à travers les méandres des associations les plus diverses et parfois les plus surprenantes, accumulant les mesures et les observations, prépare systématiquement la voie aux dernières études, qui doteront nos industries de matériaux nouveaux ; beaucoup de réactions ou d’opérations impossibles ou difficiles à réaliser feront alors des progrès aussi décisifs que ceux qui pourraient résulter d’une véritable découverte.
- Sans sortir d’une discrétion qui m’empêche de vous donner d’autres exemples à l’appui de ce point de vue, je puis rappeler celui de l’acide nitrique; c’est un fait connu que, parmi toutes ces recherches, celles des alliages résistant à l’acide nitrique ont été couronnées d'un succès complet; on peut dire que la possession de ces matériaux a contribué, dans une mesure inappréciable, à la création et au développement de l’industrie des engrais azotés; la découverte de Kuhlmann, observant la transformation de l’ammoniaque en acide nitrique sur la mousse de platine, serait demeurée à l’état de curiosité scientifique si les progrès de la métallurgie n’avaient abouti à la fabrication d’aciers capables de supporter des températures élevées sous de hautes pressions, aciers qui ont rendu possible la synthèse de l’ammoniaque et, en même temps, à la préparation de métaux dans lesquels l’acide nitrique se manie comme un liquide inoffensif.
- Chimie analytique. — Vous constaterez encore qu’après le groupe du traitement et de la protection des métaux, celui de la chimie analytique a donné lieu au plus grand nombre de communications.
- On se rend compte, parles sujets traités, que la recherche et le dosage des infiniment petits tient la plus large place dans ce genre d’études; d’une part, l’industrie chimique voit grandir les exigences d’une clientèle qui réclame des produits d’une régularité et d’une pureté sans cesse croissantes; d'autre part, les méthodes de synthèse et de catalyse, de plus en plus répandues dans les industries minérales ou organiques, exigent le dosage d’impuretés qui, à des teneurs infimes, de l’ordre du millionième, sont parfois néfastes pour les catalyseurs.
- L’importance acquise par les appareils de mesure, dans certaines industries de
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- synthèse, est à peine croyable. Les méthodes de dosages continus, par les voies physico-chimiques, ont fait de tels progrès depuis quelques années que, dans de grands ateliers, on a pu rassembler tous les appareils de mesure dans un poste central, véritable cerveau qui actionne et commande à distance.
- La perfection d'une méthode d'analyse, la facilité de son application, la rapidité de son exécution, la sécurité de ses indications, sont aujourd’hui conditions parfois plus précieuses de l’amélioration d’une fabrication qu’une invention proprement dite.
- On peut parer presque à coup sûr à la cause connue d’un mauvais rendement, de la corrosion d’un appareil, du vieillissement d’un catalyseur.
- Le chimiste ne peut apporter aucun remède à ces faiblesses s’il n’est en possession de procédés corrects d’analyse et l’on conçoit que, pour déceler et doser tous les infiniment petits qui menacent sa sécurité, l’industrie soit avide de méthodes dont la précision approche celle des procédés qui onL permis à M. Gabriel Bertrand de montrer le rôle bienfaisant d’autres infiniment petits sur la croissance des végétaux.
- La victoire de l’esprit scientifique. — L’époque est passée, à supposer qu’elle ait existé, où il suffisait, après avoir construit une usine sur les plus récentes données de la technique, de l’exploiter pour prospérer. Ce qui compte aujourd’hui, plus encore que l’outil ou les moyens matériels que possède le chef d’industrie, c’est véritablement le potentiel de technicité dont il dispose, la foi dans le progrès qui anime ses collaborateurs et cette conviction profonde' que l’ardeur au travail, la culture scientifique, ouvriront toujours les voies du succès à ceux qui sauront observer les phénomènes, appliquer leurs observations et en poursuivre avec courage la réalisation.
- La persévérance et l’esprit scientifique sont et demeureront la raison même de la réussite de nos industries.
- Dans son combat incessant contre la matière, souvent si rebelle, le chimiste peut s'écrier, comme le chercheur de Sullv-Prudhomme :
- Et dussé-je, si rien ne t’entame, ô Mature,
- Sphynx horrible et charmant, te prendre à la ceinture,
- El dans un cri forcé, t'arracher ton secret.
- Corps à corps avec toi, je lutterai sans trêve.
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- BULL. DE LA SOC. D’ENCOUR. POURL’iNDUSTRIE NATIONALE. — NOVEMBRE 1933 (p. 573).
- LA PRÉVENTION DES INCENDIES A BORD DES NAVIRES1'
- par M. André Kling, docteur es sciences, directeur du Laboratoire municipal de Paris, président de la Commission technique d’Électricité des Théâtres.
- MESDAMES, MESSIEURS,
- Mon premier devoir, après avoir remercié les organisateurs du Comité qui a bien voulu me demander de prendre ici, ce soir, la parole, doit être de justifier mon acceptation à l’invitation qui m’a été faite de vous entretenir du problème de la prévention de l’incendie à bord des navires, car, à première vue, le terrien que je suis paraît peu qualifié pour accepter cette mission et le fait que, depuis de nombreuses années, je vois couler la Seine au pied du laboratoire où je passe la majeure partie de mon existence ne constitue pas, à mon avis, une raison suffisante à me sacrer navigateur averti.
- Je pourrais, il est vrai, alléguer comme prétexte qu’appartenant à l’équipage du vaisseau dont la devise est Fluctuât nec mergitur, je ne suis pas absolument étranger aux choses de la marine, mais ce genre d’argument me semblerait lui aussi bien spécieux.
- Aussi, je préfère vous avouer tout de suite que si, non qualifié pour parler en marin, j’ai néanmoins accepté de vous exposer mes vues quant aux moyens d’assurer, à bord, la protection contre l’incendie, c’est que, depuis près de 25 ans, en qualité de président de la Commission technique d’Electricité des Théâtres, j’ai comme mission de rechercher et de dépister, dans tous les établissements du département de la Seine où .le public se trouve rassemblé en masse, quels sont les dangers d’incendies, d’accidents, ainsi que les erreurs hygiéniques auxquels il peut être exposé, ou dont il peut avoir à souffrir, à indiquer les moyens de supprimer, aussi complètement que possible, ces défectuosités et enfin à m’assurer de l’exécution des mesures techniques prescrites, sur mes conseils, par l’autorité préfectorale pour obtenir ce résultat.
- Or, les navires présentent, avec les salles de théâtres, de très grandes analogies lorsqu’on les envisage, les unes et les autres, au point de vue des dangers d’incendie qui les menacent et des conséquences redoutables qui peuvent en résulter. Sur les navires à passagers, comme dans les théâtres et établissements similaires, se trouvent rassemblées, dans un espace limité, un plus ou moins grand nombre de personnes, momentanément oisives, soumises, durant le temps de leur rassemblement, à des conditions de vie artificielles qui les prédisposent à un état d’hyperémotivité propre à l’éclosion de ce sentiment d’etfroi collectif, irraisonné et irraisonnable, qui guette tous les groupements vivants de forte densité et qui se traduit par les manifestations paniques.
- En raison du niveau potentiel auquel se trouve élevé le fluide nerveux chez la
- (1) Conférence faite par l’auteur le 6 octobre 1933, sous la présidence de M. Haarbleicher, directeur de la Flotte de Commerce au Ministère de la Marine marchande, à l’occasion de la Section de la « Sécurité en mer » du Salon nautique, tenu au Grand Palais (Paris, 28 septembre-12 octobre 1933). Voir, du même auteur, dans le Bulletin de février 1922, p. 111 à 120, son rapport sur L’ignifugation des tissus et des bois employés à la confection des décors de théâtres.
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- NOVEMBRE 1933.
- plupart des éléments constitutifs de ces collectivités, les relations de grandeur entre causes et effets, lorsqu’il s’agit de dangers possibles, sont totalement faussées. Il serait donc indispensable que, dans les locaux où sont enfermées ces agglomérations, plus ou moins éphémères, n’intervienne aucune cause susceptible d’inspirer le sentiment de la peur, surtout celle du feu. et, pour cela, qu’une simplification aussi grande que possible des besoins de chacun permît de réduire au strict minimum les installations susceptibles, par leurs défectuosités, de constituer une source éventuelle de dangers. Or, tel n’est pas le cas, aussi bien dans les théâtres, cinémas, etc., qu'à bord des navires, où les usagers imposent leur volonté de bénéficier d’un accroissement rapidement accéléré de luxe, de confort, de bien-être, volonté à laquelle les exploitants répondent en multipliant à l’infini les moyens propres à réaliser les désirs du public. Cette multiplication aboutit à l’accumulation des risques de dangers nouveaux, auxquels il faut remédier par application de moyens judicieusement choisis et inexorablement imposés. A ce prix seulement, peut être équilibré un compromis qui assure au public la satisfaction de ses goûts de bien-être, de confort et de luxe, en même temps qu’une sécurité suffisante à lui permettre de la goûter.
- C’est le souci de réaliser ce compromis qui, surtout depuis près d’un demi-siècle, a sollicité la vigilance des préfets de police successifs, lesquels ont apporté à la réalisation de cette tâche une attention et un soin tout particuliers, soucieux qu’ils ont été de voir évoluer les moyens de prévention et, de protection des sinistres aussi rapidement que se multipliaient les nouveaux moyens utilisés par les exploitants de théâtres et établissements similaires. Les commissions techniques destinées à assister l’autorité préfectorale dans cette lâche ont été, de la sorte, amenées à étudier en détail, à mesure qu’ils se présentaient, les moyens de prévention et de protection proposés, parfois même à en imaginer de nouveaux, puis à comparer leurs valeurs respectives, non dans un esprit académique mais d’une manière pratique.
- C’est le fruit de leur longue- expérience que je crois utile de venir ici résumer succinctement, en dos notions générales, susceptibles de s'appliquer au cas des navires.
- El l’élude du problème de la prév en lion de l'incendie à bord témoignant d’un certain retard par rapport à celle qui a permis, dans les théâtres et établissements analogues, d’assurer la sécurité du public, il me parait souhaitable que celle-ci s’offre à orienter celle-là. C’est à essayer de vous faire pariagor mou point de Vue. à ce sujet, que je vais m\ (forcer de parvenir.
- Mais, avant de passer à mon exposé, je me fais un plaisir de reconnaître l'activité avec laquelle, sous la direction éclairée de M. l’Ingénieur général Haarbleicher et de son adjoint M. Marie, assistés du commandant Dilly. le Service de la Flotte de Commerce et du Matériel naval du Ministère de la Marine marchande poursuit les études propres à assurer la sécurité à bord, et spécialement celles contre les dangers d’incendie.
- Il va sans dire que, dans tout ce qui va suivre, je me limiterai uniquement à vous faire l’exposé des moyens permettant d’éliminer certaines causes d’incendie les plus fréquentes, puis à l’indication de ceux propres à empêcher l’extension d’un début d'incendie qui. en dépit des précautions prises pour le conjurer, aurait pu
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- néanmoins prendre naissance et enfin, à l'énumération des dispositifs permettant, soit de détecter 1 existence de tels foyers, soit d'en assurer l'extinction automatique.
- A cette mise au point se borneront mes prétentions. Aussi n’aborderai-je. ni la question des modes de construction les plus propres à assurer l’indéformation d’un bâtiment incendié, pas plus que celles des techniques et tactiques suivant lesquelles peuvent être combattus les incendies à bord, ni même les règles de surveillance à faire observer aux services de garde, etc., c'est-à-dire un ensemble de sujets pour 1 exposé et la discussion desquels je ne me reconnais aucune espèce de compétence.
- Les causes les plus fréquentes, susceptibles de faire naître à bord un début d’incendie, sont :
- Des défectuosités dans les installations électriques;
- Des maladresses, négligences ou imprudences de la part des passagers ou du personnel ;
- Des inflammations spontanées de marchandises entreposées dans les cales.
- Il va sans dire que l’on peut imaginer nombre d’autres causes, fortuites ou non, capables de mettre le feu à un bâtiment, mais le nombre de cas dans lesquels elles interviennent pour déclencher un sinistre est insignifiant par rapport à ceux pour l’explication desquels intervient l’une de celles mentionnées dans l’une des trois catégories indiquées ci-dessus.
- Les circuits électriques d’un bâtiment sont, à 1’heure actuelle, extraordinairement étendus et ramifiés; le plus souvent, des câbles, ou fils, parcourus par des courants à des voltages différents, voisinent entre eux et avec; les pièces métalliques constituant l’armature du bâtiment. De ces rapprochements résulte la possibilité d’arcs électriques éclatant, soit entre fils, dont les isolants sont aptes à propager la combustion locale allumée par les arcs, soit entre les fils et la masse, avec inflammation des enveloppes de fils et des matières combustibles pouvant se trouver au voisinage de l’endroit où l’arc s’est, amorcé. Il est donc indispensable que tous les conducteurs électriques présentent de très bonnes qualités d’isolement électrique, qu’ils soient tendus soigneusement, de manière à ne pas venir en contact les uns avec les autres, ou avec des pièces métalliques de la masse, et qu'ils soient protégés mécaniquement contre toute rupture, ou contre toute détérioration de leur enveloppe isolante. Ils ne doivent être enfermés ni dans des cloisonnements, ni même dans des tubes métalliques, à l'intérieur desquels pourraient se produire des condensations de vapeur d’eau, condensations qui rendraient inefficaces leurs enveloppes isolantes. Il faut que c *s câbles, quelle que soit l’intensité qui les traverse, soient parfaitement visibles et accessibles, pour les réparations, sur toute leur longueur, de telle soj'te que le moindre échauffement dont ils deviendraient le siège puisse être immédiatement constaté, et que l’intervention nécessaire puisse, sans difficulté, se produire instantanément.
- Il va sans dire que les diamètres des câbles et fils doivent toujours être calculés très largement; il va avantage à ce que. tout au moins pour les câbles d'assez faible section, la densité de courant qui les traverse ne dépasse1 jamais plus de 2 A/mm'2. Pour le cas où. en dépit des précautions observées, les isolants d’un câble viendraient à s’enflammer, des dispositions appropriées doivent être [irises dans les installations
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- pour que l’incendie ne puisse se propager aux enveloppes des câbles voisins, de même que. si ce début d’incendie se produit au bas d'une colonne montante, celle-ci ne puisse s’enflammer que sur une assez faible portion de sa longueur.
- Le courant habituellement utilisé à bord est le courant continu. Les dangers inhérents à l’emploi d’un courant sont d’autant plus grands que le voltage sous lequel il est produit sera plus élevé. Aussi, sur les bâtiments, est-il prudent de limiter ce voltage à 220 V. pour les circuits de force, et à 110 V pour ceux d’éclairage et, éventuellement, de chauffage.
- Les circuits doivent être judicieusement pourvus de coupe-circuits, disjoncteurs pour les intensités assez élevées, fusibles bien calibrés et non interchangeables pour les intensités moindres.
- La distribution du courant doit comporter un nombre suffisant de tableaux, principaux, secondaires, tertiaires, construits en matériaux incombustibles, munis chacun d’interrupteurs généraux et de fusibles; les tableaux principaux doivent posséder, en permanence, les instruments de mesure nécessaires au contrôle de la charge des circuits.
- Les diverses dérivations des canalisations doivent pouvoir être mises en décharge lorsque les appareillages qu’elles desservent ne sont pas utilisés.
- Les appareillages destinés à l'utilisation du courant doivent répondre aux conditions édictées par le Syndicat des Electriciens; leur montage et leur entretien doivent faire l’objet de soins méticuleux.
- En particulier, il est indispensable que des précautions soient prises pour qu’au voisinage des appareils d’éclairage et surtout des appareils de chauffage, il ne puisse se produire un échauffement susceptible de déterminer la décomposition, puis la combustion de matières combustibles (par exemple des boiseries, plafonds en bois, poutres, etc...) ou la projection de particules incandescentes provenant des arcs ou des fusibles.
- Aucun travail, ou réparation, même de médiocre importance, ne doit être effectué cà bord sur une installation électrique que par les soins d’un électricien qualifié; de même que l’emploi de tout appareil portatif étranger à l’installation du bord ne devrait être toléré qu’après octroi d’une autorisation demandée à l’autorité technique compétente.
- L’observation des mesures et précautions qui viennent d’être résumées ci-dessus permet de réduire, dans des proportions considérables, les risques d’un incendie provoqué par l’emploi de l’électricité.
- Je ne voudrais pas abandonner le sujet que je viens de traiter sans indiquer la nécessité pour un bâtiment, de disposer, en vue d’assurer son éclairage, d’au moins deux sources d’énergie électriques indépend mtes l’une de l’autre et alimentant des circuits totalement distincts, dont les trajets doivent, autant que possible, être assez éloignés les uns des autres : l’une des sources étant destinée à assurer l'éclairage normal, l’autre doublant constamment la première- et, normalement, ne devant jamais se substituer à elle. Le rôle de cette seconde source consistant à alimenter l’éclairage dit « de sécurité ». au cas où l’éclairage normal viendrait à manquer et où. par exemple, un incendie ayant détruit une partie des circuits normaux, il serait indispensable que le circuit de sécurité put suppléer ceux-ci.
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- Les incendies dus aux maladresses, négligences ou imprudences de la part des passagers ou du personnel représentent une fraction importante de ceux qu’enregistre la navigation, et sont d’autant plus à redouter qu’ils sont provoqués par des causes extrêmement difficiles à imaginer par avance, puisqu’elles sont dues à la fantaisie de ceux qui commettent ces maladresses, négligences ou imprudences, aussi est-il bien difficile de prévoir les moyens appropriés à les conjurer. Ce sera, par exemple, un fer électrique (fer à repasser ou fer à friser) abandonné, en charge, au contact d’un meuble, ou d’un objet en bois, ou encore un réchaud alimenté avec de l’alcool, ou un autre combustible, liquide ou solide, qui aura été oublié, ou renversé au voisinage de matières combustibles, etc....
- Aussi, la prévention d’incendie contre des causes de ce genre se trouvera le plus souvent en défaut et sera-ce vers l’élimination, aussi complète que possible, des matériaux combustibles, dans les endroits où peuvent intervenir ces causes, que l’on devra chercher la solution du problème de la sécurité.
- Les inflammations spontanées atteignant certains matériaux, et surtout quelques marchandises d’un caractère particulier, ne sont pas rares à bord, comme du reste à terre; mais, dans les cales des bâtiments, elles sont favorisées parfois par la température assez élevée qui y règne.
- Parmi les marchandises les plus exposées à les subir, nous citerons les houilles bitumineuses entassées en assez grande masse, ainsi que les laines et cotons imprégnés de matières grasses susceptibles de s’oxyder, avec échauffement, lorsque ces matières grasses sont exposées, en couche mince, au contact de l’air. Certaines précautions, qui consistent à s’opposera leur échauffement en tas, permettent, dans une certaine mesure, d’éviter l’incendie des houilles. Pour ce qui est des fibres textiles ou tissus, on peut, ou bien éviter de les transporter lorsqu’ils sont gras, ou alors, dans ce dernier cas, il faut les enfermer dans des récipients métalliques clos. Les incendies de ce genre, qui se produisent en général dans les cales ou dans les salles des machines et leurs annexes, constituent une source de sérieux ennuis pour l’équipage et son commandant, mais, le plus souvent, ne mettent en péril, ni le bâtiment, ni la sécurité des passagers.
- Il s’est cependant présenté des cas où l’on a été en droit de penser que des amas de fibres végétales, ou animales (laine, kapok, crin animal ou végétal, constituant la matière de rembourrage de matelas ou de coussins) qui auraient été, au cours d’une traversée, souillés par chute accidentelle d’huiles plus ou moins siccatives les ayant localement imprégnées, ont pu être l’origine d’incendies. Ces amas, entreposés dans des espaces restreints, peu ventilés, auraient pu, en assez peu de temps, subir une combustion spontanée et devenir le point de départ d’un incendie généralisé. Il n’est pas inutile d’attirer l’attention du commandement sur un danger d’incendie de ce genre, auquel il est d’autant moins incité à penser qu’il menace des matériaux enfermés dans des réserves, réputées particulièrement sûres, parce que non habitées et, en général, non alimentées en courant électrique. .
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- La suppression, aussi complète que possible, de toutes les causes susceptibles de faire naître un foyer initial d’incendie, accroît déjà dans des proportions considérables la sécurité à bord. Mais, puisque nous avons reconnu l’impossibilité de les prévenir toutes, certaines étant imprévisibles, il est indispensable, pour le cas où, en dépit des précautions prises, se déclarerait un foyer d’incendie, d’adopter des dispositions telles qu’il ne puisse s’étendre ou, qu’en tout cas, il ne puisse se propager qu’avec une vitesse assez réduite, de telle sorte que des moyens d’extinction, même de faible importance, puissent en avoir rapidement raison.
- La limitation du champ d’extension d’un foyer d’incendie est réalisée, à bord des navires, par le moyen de cloisons incombustibles dont le rayonnement calorifique est aussi réduit que possible qui, à la manière du rideau de fer séparant la scène de la salle, dans les théâtres, peuvent être rapidement interposées entre le compartiment d’un bâtiment où s’est déclaré un foyer d’incendie et les autres compartiments qui lui sont contigus.
- Il va sans dire que l’organisation de la ventilation générale du bâtiment doit être telle que les fumées dégagées dans le compartiment incendié puissent être évacuées hors du bâtiment et ne puissent se répandre dans les compartiments voisins.
- Quant aux procédés destinés à réduire au minimum la vitesse d’extension d’un foyer initial, je vais les déduire de quelques conceptions se dégageant d’un examen des conditions dans lesquelles se produisent les combustions.
- Ces conceptions, qui me sont personnelles et que j’ai acquises, pour certaines d’entre elles, à la faveur de mes travaux originaux, sont les suivantes :
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- Pour qu’une substance brûle, il est nécessaire :
- 1° Qu’elle soit portée au moins à une température minima que nous appellerons le « seuil de la combustibilité », lequel est variable suivant la substance considérée;
- 2° Qu’elle soit environnée d’une atmosphère contenant une quantité suffisante d’oxygène, oxygène dont la concentration dans ladite atmosphère soit également supérieure à un autre seuil, lui aussi variable suivant la nature de la substance.
- C’est ainsi qu’un mélange de gaz d’éclairage et d’air ne pourra entrer en combustion qu’autant que la proportion des deux gaz sera convenable; pour des mélanges trop pauvres, ou trop riches en gaz d’éclairage, la combustion n’aura pas lieu et ce ne sera qu’entre une limite minima et une limite maxima de concentration du mélange en gaz d’éclairage que s’étendra la zone de combustibilité des dits mélanges ; les limites de cette zone seront déplacées lorsque l’on additionnera les mélanges d’autres gaz, inertes, non combustibles et non comburants, tels que l’acide carbonique par exemple.
- C’est qu’en effet, pour que se propage la combustion provoquée en un point d’un mélange de corps combustibles et comburants, il est nécessaire que la chaleur dégagée, au point où s’est déjà amorcée la combustion, soit suffisante pour
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- elever les points voisins à une température au moins égale à ce seuil de combustibilité dont nous avons, ci-dessus, signalé l’existence. Or, il est évident que toute addition d’éléments inertes aux constituants du couple : éléments combustibles-éléments comburants (en l'espèce l’oxygène) a pour conséquence une absorption de chaleur, dépensée au profit de ces éléments inertes et aux dépens de ceux qui constituent le couple éléments combustibles-éléments comburants. De ce fait, la température de ce couple se trouve abaissée en proportion de la capacité calorifique et de la masse des éléments inertes ajoutés. Si cet abaissement de température est suffisant pour amener le niveau thermique du mélange au-dessous du seuil de combustibilité. la combustion s’arrêtera et le foyer qui aura été allumé originellement, à la faveur d’une surchauffe étrangère locale, ne pourra se propager.
- Il est cependant des cas dans lesquels le processus dont nous venons d’esquisser la description semble être mis en défaut. En effet, certains éléments, ou certaines combinaisons, incorporés, même en faible proportion, dans le couple éléments combustibles-éléments comburants, déplacent anormalement les positions des seuils maxima et minima entre lesquels s’étend la zone de combustibilité. C’est ainsi qu’agiront de faibles proportions d’anhydride sulfureux, mieux encore d’oxychlorure de phosphore, ou encore de dérivés organiques halogénés : tétrachlorure de carbone, bromure de méthyle, etc., lesquels, mélangés à l’air, exercent sur les combustions que cet air pourrait entretenir des actions dites « de catalyse négative », à la faveur desquelles cet air devient incapable d’entretenir lesdites combustions.
- De même, par un processus encore assez mystérieux, des combinaisons minérales, et même organiques, telles que : acide borique, borax, phosphates alcalins, silicates alcalins, chlorhydrate d’ammoniaque et autres sels ammoniacaux, phosphates phény-liques, etc..., lorsqu’elles imprègnent des substances organiques combustibles, s’opposent à la propagation de leur combustion.
- Il y a lieu de remarquer que la combustion des matières organiques no se, produit pas du tout de la même manière que celle des corps simples, tels que les métaux par exemple. Pour que ces derniers entrent en combustion, il faut, ainsi que nous l’avons dit, qu’ils soient largement baignés dans une atmosphère oxydante, et qu’un des points de leur masse se trouve porté aune température au moins égale à celle du seuil de combustibilité. Dans ces conditions, une oxydation locale s’amorce et, si la conductibilité du métal ou celle de la couche d’oxyde formé à sa surface, assure une transmission assez rapide de la chaleur pour permettre réchauffement des points voisins au-dessus du seuil de combustibilité, la combustion se poursuit jusqu’à transformation complète du métal en produits d’oxydation, à condition que la quantité totale d’oxygène disponible soit suffisante et. dans le cas contraire, jusqu’au moment où la concentration en oxygène de l’atmosphère soit tombée au-dessous de celle correspondant à ce que nous avons appelé « le seuil de concentration » propre à assurer la combustion.
- La combustion dans les matières organiques se passe tout autrement.
- Vovons, par exemple, comment va se comporter la cellulose, l’un des principaux constituants du bois, lorsqu’on attaque ce dernier à l’aide d’une flamme chaude. Le bois étant très peu conducteur de la chaleur, celle-ci va se concentrer localement, aux points où il sera en contact avec le foyer calorifique ; en ces points la température va s’élever progressivement.
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- Tant que les portions chauffées du bois n’auront pas atteint une certaine température T0, que nous appellerons « seuil de décomposition de la cellulose », celle-ci se contentera de perdre de l’eau d’hydratation dont elle est imprégnée et ne subira aucune décomposition. Mais lorsque, s’élevant par degrés, la température aura atteint ce seuil T„, alors la cellulose commence à roussir et à subir une première réaction de décomposition R0. Si la température se fixait définitivement à T0, le mode de décomposition de la cellulose demeurerait unique et les produits auxquels cette décomposition donnerait naissance demeureraient les mêmes depuis le début jusqu’à la fin de la réaction.
- Mais tel n’est pas le cas car le foyer calorifique en contact avec le bois continue à fournir de la chaleur. Aussi, la température locale continue-t-elle à s’élever, par degrés, jusqu’au moment où elle atteindra une nouvelle valeur pour laquelle la cellulose subit une seconde réaction de pyrogénation Rj dont les produits sont différents de ceux fournis par la réaction s’effectuant à T0. Ici encore, si la température se stabilisait à Tt la réaction Rt se poursuivrait suivant un type unique, jusqu’à achèvement; mais ce n’est pas ce qui se produit, et la température, continuant à s’élever, atteindra une valeur T2, pour laquelle se produira une troisième réaction de décomposition de la cellulose, soit R2, différente des deux premières, et ainsi de suite. En sorte qu’à mesure que s’élève la température de la cellulose, constituant de la masse du bois, au contact de la flamme incendiaire les réactions successives R0, R1? R2,... R» vont se superposer en même temps que les produits formés par chacune de ces réactions pourront, à leur tour, subir des décompositions pyrogénées.
- C’est ainsi, par exemple, que les produits de la réaction R0 formés à T0, devenant instables à des températures supérieures à T0 se scinderont en d’autres produits de décomposition plus stables à haute température. Ces pyrogénations successives de la cellulose, compliquées du fait des décompositions successives de ses produits de destruction, aboutiront à la transformation de la cellulose en un mélange de produits gazeux, liquides et solides, ces derniers s’enrichissant d’autant plus en carbone que les températures de pyrogénation ont été plus élevées.
- Ce que nous venons de dire pour la cellulose pourrait être répété à propos de la décomposition pyrogénée de produits naturels encore beaucoup plus complexes, tels que les houilles qui, pyrogénées à des températures croissant progressivement, fournissent des gaz, des goudrons (mélanges extraordinairement complexes) et des cokes.
- Si l’on opère à l’abri de l’air, les divers produits obtenus au cours de la pyrogénation ne subissent pas de transformations sensibles. Mais si, au contraire, c’est au sein de l’atmosphère que s’effectue la décomposition ignée, alors les produits gazeux et volatils se mélangent à l’air et forment avec lui des mélanges capables d’entrer en combustion vive dès que leur température dépasse le seuil d’inflammabilité propre au plus inflammable des constituants du mélange.
- Au moment où la masse gazeuse qui représente ces mélanges atteint ce seuil, l’oxydation vive dont elle est le siège élève considérablement sa température et les gaz provenant de l’oxydation deviennent incandescents; on dit que la masse gazeuse est en flammes.
- Or, les flammes, en léchant les portions voisines de la surface du bois qui a été
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- attaquée initialement, élèvent leur température et ces portions deviennent à leur tour le siège de processus identiques à ceux que nous venons d’indiquer. Ainsi, de proche en proche, le foyer d'incendie se propage et s’étend avec une vitesse d'autant plus grande que ce foyer est déjà lui-mème plus étendu ; la flamme constitue donc le principal facteur d extension d’une combustion.
- Si, dans le cas qui nous occupe, le bois a été imprégné d’une de ces substances susceptibles de fournir, soit à l’état gazeux, soit à l’état solide, un de ces catalyseurs négatifs signalés plus haut, le seuil de combustibilité des produits de décomposition ignée s’en trouve élevé. Il peut se faire que la température à laquelle le foyer local détermine les réactions R0, R1; R., devienne inférieure à celle qui représente, maintenant, le seuil de combustibilité exhaussé par la présence de ces catalyseurs négatifs. En pareil cas, les gaz se dégageant du bois chauffé ocalement se diffusent dans l’atmosphère, ne s’y enflamment plus et la chaleur dégagée localement, au point d’origine de la décomposition ignée, se dissipe avec eux. Du fait de la non-inflanimation des produits volatils, la flamme n’apparait plus; la réaction de décomposition ignée du système abandonné à elle-même ne se propage donc plus qu’avec une vitesse réduite. C’est à l’obtention de ce résultat, par une action s’exerçant dans le sens qui vient d’être indiqué, que vise l’emploi des produits dits « ignifugeants ».
- Tous les composés organiques combustibles ne se comportent pas, sans exception, de la même manière que la cellulose du bois que nous avons prise comme exemple. Il en est qui, soit par leur aptitude à se vaporiser à température relativement basse, soit parce qu’ils présentent une résistance particulière aux décompositions ignées ou aux réactions d’oxydation, s’enflamment mal, ou ne s’enflamment pratiquement pas du tout. Par contre, il en est d’autres dans la composition élémentaire desquels sont réunis les éléments du couple carburant-combustible, dans des proportions et des conditions telles que, pour de tels produits, la combustion peut se réaliser sans emprunt d’oxygène à l’atmosphère ambiante. C’est le cas des produits nitrés organiques, tels que la nitrocellulose, la nitroglycérine, l’acide picrique, etc. Pour de pareilles substances, la combustion se produit à l’intérieur même de la molécule et, dans certains cas, les conditions offertes à cette combustion sont si favorables qu’une fois atteinte la température correspondant au seuil inferieur de décomposition, la suite des réactions de décomposition et d’oxydation se produit avec des vitesses si grandes qu’aucune perte sensible de chaleur n’est à même de se réaliser par rayonnement extérieur. Il s’ensuit une élévation de température extrêmement grande que subit la masse gazeuse dans un temps infiniment petit, cette masse devient alors capable de manifester des effets énergétiques d’un caractère tout particulier. Les substances appartenant à cette dernière catégorie sont dites « explosives ».
- 11 est naturellement des degrés dans l’aptitude que possèdent les substances explosives à fournir ces effets et surtout dans leur aptitude à propager la décomposition qu’elles subissent en l’un de leurs points. La manière dont s’amorce cette décomposition peut même en modifier le mode; c’est ainsi que de la nitrocellulose, enflammée à l’air libre brûle très rapidement, témoignant cependant des vitesses de combustion assez différentes suivant son degré de compression, mais qu’enflammée en vase clos, elle prend le régime de détonation, c’est-à-dire qu’elle libère son énergie en un temps infiniment court, en manifestant des propriétés extrêmement
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- brisantes. Des subtances de cette catégorie, additionnées de produits dits « ignifugeants », voient bien ces derniers agir, ainsi qu’il a été dit plus haut, en abaissant les seuils de températures de réaction et en diminuant les vitesses de propagation de la décomposition ignée, mais cette réduction de vitesse de propagation n’atteindra, par exemple, qu’un ordre de centimètres-seconde, alors que la vitesse de propagation de la décomposition propre aux substances explosives pourra être de l’ordre de kilomètres-seconde. Par conséquent, en pareil cas, l’effet retardateur des ignifugeants est insignifiant et leur mélange aux substances entrant dans la catégorie des substances explosives est totalement inefficace. C’est la raison pour laquelle tant d’efforts tentés pour ignifuger des substances telles que le celluloïd ont été dépensés en pure perte, et que les tentatives d’extinction du même celluloïd, au moyen de la plupart des produits proposés comme extincteurs agissant par action catalytique, ont constamment échoué.
- La longue digression, à laquelle nous venons de nous livrer, pourra paraître exagérée, mais je considère qu’elle n’était pas inutile et que vous ayant exposé une théorie à laquelle m’ont conduit mes travaux, celle-ci va nous éclairer sur la valeur des mesures adoptées pour empêcher la progagation d’un foyer d’incendie, et de celles qui sont utilisées pour tenter de l’éteindre à son début.
- Tout d’abord, rappelons qu’il est souhaitable que, dans la construction d’un bâtiment, les matières combustibles soient éliminées dans la plus large mesure possible. Cependant, il faut s’entendre sur le sens à attribuer à ce qualificatif « substances combustibles ». La combustibilité d’une matière est fonction non seulement de sa composition, mais aussi de son épaisseur. Tel métal qui, à l’état de lingot, sera considéré comme incombustible, devra au contraire être classé dans la caté-tégorie des matériaux combustibles lorsqu’il se présentera sous forme de fils ténus ou de feuilles très minces ; tandis que les bois durs, utilisés en pièces de fortes dimensions, pourvu qu’elles soient bien rabotées, pourront figurer dans la catégorie des matériaux d’emploi peu dangereux bien que leurs copeaux minces flambent avec vivacité. La nitrocellulose elle-même, quoiqu’éminemment combustible, peut, sans grand danger, être utilisée à l’état de vernis applicables en couches minces, sur des parois non conductrices de la chaleur lorsque ces vernis ont été additionnés de proportions assez notables de pigments minéraux colorés inertes.
- Aussi, le choix des matériaux de construction à utiliser dans les bâtiments, et surtout celui de leur exacte adaptation à leurs destinations éventuelles, constituent-ils l’une des difficultés de l’art du constructeur.
- Dans un bâtiment, les matériaux employés pour la construction proprement dite sont à peu près exclusivement choisis parmi ceux qui sont désignés dans la pratique par le qualificatif « incombustibles ». Mais, lorsqu’il s’agit de procéder aux aménagements et aux installations de locaux destinés au logement des passagers, la gamme des matériaux à utiliser s’élargit et l’on se trouve fréquemment dans la nécessité de faire appel à des produits naturels, plus ou moins combustibles, pour la réalisation des boiseries, placages, parquets, objets mobiliers, tentures, rideaux, tapis, rembourrages de matelas, de sièges, de coussins, etc....
- Parmi ces matières, il en est, comme la laine et la soie animale, dont l’emploi
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- n expose pas à de sérieux dangers parce que. à la manière de l’amadou, elles brûlent sans emettre de flammes, et se consument lentement en répandant une fumée épaisse qui attire immédiatement l’attention lorsque ces matières subissent un début d’incendie.
- Par contre, les bois minces, les toiles, tissus, et surtout les mousselines de coton, ou de soie végétale, les crins animaux, et aussi les crins végétaux, présentent une inflammabilité très grande qui rend fort dangereux leur emploi dans les cabines, salons, salles de réception, etc. Aussi, est-il indispensable de n’utiliser de tels produits qu’autant qu’ils ont été soumis à des opérations d’ignifugation, par imprégnation avec des sels métalliques convenables.
- Nous avons mentionné plus haut quelques-uns des sels qui sont utilisés le plus fréquemment. Mais, dans cette liste, il y a lieu de faire des discriminations suivant la nature des matériaux à traiter. Il est. en effet, indispensable qu’un procédé d’ignifugation soit non seulement efficace mais encore que son application ne modifie en quoi que ce soit les propriétés de la matière qu’il est chargé de rendre ininflammable. Il faut, en particulier, que les fibres et tissus qui ont subi les opérations d’ignifugation n’aient vu se modifier ni leur résistance, ni leur hygroscopicité, ni leur souplesse, ni leur brillant ou leur matité, ni surtout, lorsqu’il s’agit de tissus colorés ou décorés, leurs colorations et même les nuances de celles-ci.
- Or, il est des substances ignifuges dont l’emploi, à ces divers points de vue, est désastreux. Il y a quelque vingt ans, un décor, brossé pour l’un de nos plus grands théâtres parisiens, et qui représentait une galerie royale, aux dorures aussi éblouissantes qu’abondantes, fut, en un tournemain, transformé, par un praticien ignorant, en une galerie d'aqueduc, tapissée d’algues vert glauque, et ce, par suite de l’usage d’un ignifuge à base de sels ammoniacaux, dont l’emploi est incompatible avec celui des peintures dites « ors ».
- De semblables accidents ont, lorsqu’ils se sont produits, exercé une influence désastreuse sur l’esprit de ceux même qui auraient le plus d’intérêt à recourir aux procédés d’ignifugation. Aussi est-il nécessaire qu’on sache qu’il existe des procédés d’ignifugation donnant toute sécurité, et d’emploi totalement inoffensif, lesquels peuvent être appliqués sans qu’il en coûte grand’chose, et souvent même sans qu’il soit nécessaire d’avoir recours à des spécialistes pour les appliquer.
- En particulier, l’emploi du mélange de 6 parties de borax et de 5 parties d’acide borique, dissous dans 100 parties d’eau chaude, permet, ainsi que je l’ai montré il y a déjà une vingtaine d’années, avec l’un de mes collaborateurs, d’ignifuger, sans altérer en quoi que ce soit, ni les couleurs, ni les résistances, ni la longévité des tissus de lin, coton, chanvre, etc..., ainsi que les mousselines, crêpes de Chine, etc. L’application de ce mélange ignifuge peut être réalisée, soit au trempé, par immersion dans un bain, soit par pulvérisation de la solution sur l’étoffe, soit par introduction du mélange salin dans l’encollage servant à constituer le fond des toiles à décorer soit encore par introduction de ce mélange dans l’empois d’amidon qui sert à apprêter les tissus au moment du repassage.
- Les tissus ignifugés, par le procédé en question, demeurent indéfiniment ignifugés; seuls, des lavages, ou des expositions à la pluie, leur font perdre leurs propriétés, par suite de la dissolution des sels ignifuges qui les imprègnent. Aussi, les tissus lavables, tels que mousselines, tulles à rideaux, etc., doivent-ils être, après
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- chaque blanchissage, soumis à une nouvelle application de l’empois additionné de sels ignifuges.
- Ce n’est qu’à titre d’exemple que j’ai parlé du mélange acide borique-borax, parce que, l’avant étudié spécialement, je puis répondre de son efficacité et de son innocuité; mais il en est d’autres, qu’utilisent divers industriels et qui donnent, eux aussi, de très bons résultats.
- En ce qui concerne les bois, en particulier les bois minces, on peut les ignifuger efficacement en recouvrant leur surface d’un enduit ignifugé. J’ai reconnu que l’un de ceux qui donnent satisfaction pouvait être obtenu en dissolvant 250 g de phosphate d’ammoniaque dans un demi-litre d’eau tiède, et en mélangeant à cette solution le produit de dispersion de 10 g de gélatine, ou de colle de peau, dans un demi-litre d’eau chaude. Ce mélange, auquel on a ajouté un peu d'ocre ou de vermillon pour le colorer, est appliqué au pinceau, en couche épaisse, sur les bois à traiter; l’usure de la couche protectrice peut ainsi être décelée par la disparition de la couleur rouge de la surface à protéger.
- Pour réaliser une protection encore plus profonde et définitive des bois, on les imprègne, à cœur, de diverses solutions salines qu’on fait pénétrer dans les canaux du bois, en lieu et place de la sève et qui, par conséquent, envahissent toute la masse du bois. On réalise ainsi une ignifugation tout à fait remarquable et, après ces traitements, lorsque les bois sont soumis à l’action d’un brasier ardent, ils charbonnent mais ne brûlent pas.
- L’utilisation des procédés d’ignifugation des matériaux utilisés pour les aménagements des bâtiments nécessite un contrôle délicat. Il est, en effet, nécessaire non seulement que les conditions de réception des matières traitées soient nettement stipulées dans un cahier des charges, mais encore qu’au cours de leur utilisation, les objets lavables soient avant chaque réemploi vérifiés au point de vue de leur suffisante résistance à l’inflammation.
- L’application correcte des divers moyens que nous venons de passer en revue permet de diminuer, dans d’énormes proportions, les risques d’incendies graves à bord. Néanmoins, nous considérons, pour notre part, que ces moyens, qui visent à empêcher un foyer de se produire et de s’étendre, doivent encore être complétés par d’autres destinés à éteindre tout foyer d’incendie qui pourrait cependant prendre naissance, et ce immédiatement après son apparition, c’est-à-dire au moment où, avec des moyens de faible importance, on peut cependant obtenir des résultats radicaux.
- C’est dans ce but qu’ont été imaginés les appareils dits extincteurs, lesquels jouissent, pour la plupart, d’une réputation méritée.
- Je n’ai nullement la prétention de traiter en détail la question des extincteurs et de leur emploi particulier à bord des navires. Mais, de par mes fonctions, ayant eu l’occasion de m’occuper de leur étude en de très nombreuses circonstances, je ne suis pas fâché d’exprimer ici quelques vues personnelles à leur sujet.
- Tout d’abord, je ne saurais trop faire ressortir les inconvénients qui résultent, pour tout le monde, à commencer par les constructeurs de ces appareils, certaines campagnes au cours desquelles telle ou telle catégorie de produits extinc-
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- teurs est déclarée la seule efficace, tandis que les autres sont dénoncées comme dénuées de toute espèce de valeur. En effet, une campagne en faveur d’une catégorie de produits, et au préjudice des autres, détermine de la part de celles ci. des reactions qui se manifestent sous forme d’anti-campagnes. aussi vives que la première. Troublé par ces polémiques, l’usager finit par perdre confiance et par se désintéresser de moyens de protection pourtant très utiles.
- Il ne faut pas craindre de répéter, sans cesse, que les appareils utilisant les mousses, les poudres, les catalyseurs d anti-oxvdation (tétrachlorure de carbone, bromures organiques, etc...) ont chacun leur destination propre et que l’emploi de l’un d’eux n’exclut pas celui des autres, bien au contraire.
- C’est ainsi, par exemple, qu’il est regrettable de constater l'exagération avec laquelle certaines campagnes se sont exercées à 1’encontre de liquides extincteurs, tels que le tétrachlorure de carbone, sous prétexte que, dans certaines conditions, ce dérivé chloré s’oxyderait et fournirait une certaine quantité d’oxychlorure de carbone, ou phosgène, oxychlorure qui fut. durant la guerre, utilisé comme gaz de combat. Certes, cette production, dans certains cas, n’est pas niable; mais ce n’est qu’exceptionnelleinent qu’elle se manifeste avec une intensité suffisante pour produire des accidents graves atteignant les sauveteurs maniant des extincteurs au tétrachlorure. De plus, il est des procédés qui permettent, aujourd’hui, par intervention de réactifs convenables, mélangés au tétrachlorure, d’éviter le dégagement d’oxychlorure dans l’atmosphère voisine' du lieu d’incendie. Le tétrachlorure' et des composés analogues ne doivent donc pas être proscrits comme agents extincte'urs. dans les cas où leur efficacité s’est particulièrememt affirmée, mais leurs modes de chargement et d’emploi doivent simplement être adaptés aux circonstances.
- Il est évident que la manœuvre des extincteurs, par la main de l’homme, représente le mode d’emploi le plus efficace de ces appareils. Mais la surveillance constante de tous les points d’un navire est chose impossible à réaliser, et il n’est pas exceptionnel qu’au moment où l’on découvre un foyer d’incendie, il soit déjà trop tard pour l’attaquer à l’aide d’extincteurs. Aussi, a-t-on pensé à remplacer la surveillance et la main humaines par l’emploi d'appareils automatiques. Certains de ceux-ci sont constitués par des appareils utilisant des jeux de dilatations différentielles, décelés par des dispositifs électriques, ou encore par des couples thermo-électriques très sensibles. Ils sont destinés à signaler qu’en un point précis qu’ils indiquent, il se produit une brusque élévation de température et qu’il y a lieu d’intervenir sans retard en ce point. Ces appareils sont les détecteurs d’incendie qui. à bord, doivent rendre de grands services.
- Certains autres sont destinés à agir automatiquement, pour éteindre les foyers au moment même de leur apparition, par suite de la liquéfaction d’un fusible de composition telle qu’il cède à une température fixée à l’avance, et permet la projection de jets d’eau inondant le champ à la protection duquel ils sont affectés.
- Ce sont, également, des appareils, beaucoup plus récemment apparus, qui, automatiquement eux aussi, provoquent, au moment de la formation d’un foyer initial d’incendie, l'ouverture d’un récipient contenant des liquides extincteurs, tels que des catalyseurs d’antioxydation, et la vaporisation ou la pulvérisation consécutives de ces liquides dans l’atmosphère environnant ce foyer. Ces appareils dont la diffusion doit être encouragée rendront certainement de très grands services à la navi-
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- gation car, non seulement ils agiront là où ne peut s’exercer qu’une surveillance relâchée, mais, en outre, leur emploi dispensera de noyer avec de l’eau les marchandises ou les locaux au voisinage desquels se sera produit un début d’incendie.
- Dans le même ordre d’idées, je rappellerai que, pour la protection des marchandises transportées dans les cales, il existe des dispositifs automatiques permettant de noyer celles-ci dans une atmosphère de gaz impropres à entretenir la combustion, en particulier de gaz carbonique qui, contenu dans des tubes d’acier, peut sans difficulté être transporté en quantités massives.
- Tels sont, Mesdames et Messieurs, les divers ordres de moyens dont dispose actuellement la marine marchande pour assurer la sécurité des passagers, de ses équipages et des marchandises que transportent ses bâtiments.
- L’exposé que je vous en ai fait vous a certainement paru beaucoup trop long; je m’excuse d’avoir, de la sorte, abusé de votre attention et de votre patience; mais j’invoque comme circonstances atténuantes en ma faveur l’abondance des matières dont j’avais à vous entretenir.
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION SÉANCE PUBLIQUE DU 21 OCTOBRE 1933 Présidence de M. A. Alby, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Sont présentés pour devenir membres de la Société et admis séance tenante :
- MM. Morel Fils et Giraud, Ingénieurs A. M., constructions mécaniques et fonderies, 1, place Charles-Morel, à Domène (Isère), présentés par MM. Arnould et Lemaire.
- M. Leinekugel le Cocq (Xavier), industriel, Etablissements métallurgiques de Larché (Corrèze), présenté par M. G. Leinekugel le Cocq (1934).
- M. Huan (Lucien), (i^, ^), directeur de l’Imprimerie Brodard, 17, rue Berthereau, Coulommiers (Seine-et-Marne), présenté par MM. de Frémin-ville et Lemaire (1934).
- M. Alby, président. — M. G. Leinekugel le Cocq, en même temps qu’il nous amenait son fils comme nouveau membre ordinaire, s’est fait membre perpétuel, ses droits devant passer aux Etablissements métallurgiques de Larché, qu’il a fondés et qui se sont spécialisés dans la construction des ponts suspendus et d’ouvrages métalliques similaires d’un type nouveau, dont il existe de nombreux exemplaires en France et à l’étranger. Je crois devoir vous rappeler que M. Leinekugel le Cocq père, est membre correspondant de notre Comité des Constructions et des Beaux-Arts, où il a succédé à son beau-père, M. Arnodin, en 1925.
- Permettez-moi de vous lire un passage de la lettre que M. Leinekugel le Cocq nous a adressée en se faisant membre perpétuel.
- « En reconnaissance des services éminents que la Société d’Encourage-« ment pour l’Industrie nationale m’a rendus personnellement par les « connaissances que j’ai pu acquérir par la lecture de ses bulletins depuis « que je fais partie de la Société, il me serait très agréable d’être inscrit « comme membre perpétuel. »
- M. Alby, président. — J’ai le regret de vous faire part de la mort, survenue pendant les vacances, de deux de nos collègues qui comptaient à la fois parmi les membres les plus anciens de notre Conseil et parmi les plus
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- précieux de nos collaborateurs : M. Gruner, décédé dans sa 85e année, le 21 juillet, à Rimoron (Seine-et-Oise), où il avait dû se retirer pour se soigner; et le Colonel Renard, décédé le 24 septembre, à Lamarche (Vosges), son pays natal, dans sa 80e année, après une très courte maladie.
- Édouard Gruner était né à Poitiers en 1849; reçu à l’École polytechnique en 1869, il fît la guerre de 1870-1871 comme sous-lieutenant d’artillerie et prit part à la défense de Paris. Elève de l’École des Mines, il en sortit major en 1873. Il fut successivement ingénieur à la Société de Châtillon et Com-mentry, directeur de l’usine de cette Société à Reaucaire, ingénieur-conseil de MM. de Dietrich et Cie chez qui il s’occupa de matériel de chemin de fer.
- En 1889, Gruner fut nommé secrétaire général du Comité central des Houillères de France; il y resta attaché jusqu’à sa mort; en 1907, il en était devenu vice-président, et en 1931, il avait été nommé président honoraire. Dans ces postes, il s’est attaché plus particulièrement aux questions de sécurité dans l’industrie minière et il a été le promoteur et l’organisateur de la Station d’Essais et de Sauvetage de Liévin, créée avant la guerre, après la catastrophe de Courrière, et de celle de Montluçon, créée en 1920.
- Edouard Gruner occupait des situations en vue dans de nombreuses sociétés ou dans les conseils du Gouvernement; il fut président de la Société des Ingénieurs civils en 1920; de la Société de l’Industrie minérale de 1921 jusqu’à sa mort; administrateur de la Société des Minerais de fer de Krivoï-rog (Russie) depuis 1894; administrateur-directeur général en 1905, puis président de la Société des Houillères de la Haute-Loire et des Aciéries de Paris et d’Outreau ; membre du Comité consultatif des Assurances sociales depuis sa constitution et du Comité consultatif des Chemins de fer puis du Conseil supérieur des Chemins de fer; membre du Comité consultatif des Mines et du Comité consultatif de la Navigation intérieure; secrétaire général du groupe Mines et Métallurgie de l’Exposition universelle de 1900 et membre du jury ; membre, vice-président puis président du Comité d’organisation et des jurys aux expositions de Bruxelles, Liège, Gand, Saint-Louis, Londres ; il a été dès l’origine secrétaire puis trésorier du Comité de direction du Musée social car son activité s’est exercée non seulement dans le domaine industriel mais aussi dans celui des questions sociales. Il était officier de la Lésion d’honneur, commandeur de la couronne d’Italie et de la couronne de Belgique.
- Édouard Gruner avait une très haute idée du sentiment du devoir, et il était toujours prêt à l’accomplir avec une extrême conscience. C’est ainsi que, malgré son âge, il avait repris du service pendant la guerre de 1914-1918 : comme chef d’escadron, il fut chargé de l’organisation des batteries à Vin-
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- cennes, puis, après 1913, chargé de l’inspection des fabrications dans les usines et manufactures de l’État, enfin nommé membre de l’Office de reconstitution des Régions dévastées. Nous nous rappelons tous la campagne énergique qu’il a menée pour obtenir du Gouvernement que justice fût rendue à M. H. Gall, notre regretté collègue, alors président de la Société des Ingénieurs civils, odieusement accusé de connivence avec l'ennemi.
- L’ardente activité de Gruner ne se limitait pas aux questions techniques et industrielles : c’était un théologien d’une autorité reconnue; il avait été président de la Fédération protestante de France et, à sa mort, il était président de la Société des Missions évangéliques. Lors de ses obsèques, le pasteur Wagner a magnifié le rôle qu’il a joué dans l’Union des Eglises évangéliques avec une foi qui ne s’est jamais ralentie.
- Edouard Gruner était entré au Comité de Commerce de notre Conseil en 1892. Doué d’une prodigieuse activité physique et intellectuelle, qu’il conserva jusqu’à la veille de sa mort, il prit immédiatement une part importante à nos travaux et, comme partout où il est passé, il eut des initiatives nombreuses et fécondes qui devaient le signaler à l’attention de ses collègues et le conduire tout naturellement à la présidence de notre Société en 1907. Ses collègues du Comité de Commerce le nommèrent ensuite président de ce Comité qu’il présida encore pour la dernière fois au mois de février de cette année.
- Voici quelques-unes des nombreuses questions auxquelles il s’intéressa, dans notre Société, en dehors de celles qui touchent aux industries métallurgiques et minières, et dont on trouve la trace dans notre Bulletin sous forme de rapports et de comptes rendus d'ouvrages : hygiène des ateliers, apprentissage, commerce, économie politique, œuvres sociales, colonisation, industries textiles, enseignement par correspondance.
- Gruner a laissé la marque de sa personnalité et de sa grande bonté dans tous les postes qu’il a occupés; d’un accueil affable, bienveillant pour les jeunes, enthousiaste pour tout ce qui pouvait contribuer au bien public, toujours souriant, il ne reculait devant aucune tâche, qu’elle lui fût demandée ou qu’il se l’imposât lui-même; c’est ainsi que, malgré ses nombreuses occcupations, il accepta en 1921 la présidence du Comité pour l’Abolition de la Syphilis, et cela à une époque où on hésitait encore à entreprendre ouvertement la lutte contre la terrible maladie; au lendemain de la guerre, après la mort de nos collègues, Paul Bérard et Maurice Alfassa, il accepta de même la présidence de la Société de Protection des Apprentis, vieille filiale de la Société d’Encouragement, qui a toujours son siège social dans notre hôtel; et il prit une part importante dans l’orientation nouvelle donnée à l’activité de cetté Société.
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- Tous ceux qui ont approché Gruner regrettent en lui non seulement rhomme de bien mais surtout un très beau caractère : il avait au suprême degré le courage de ses opinions, il les défendait avec chaleur et, le plus souvent, il emportait la conviction de ses contradicteurs; il était d’un courage ferme, simple et tranquille. C’est un collègue extrêmement sympa-thique et un collaborateur précieux que nous avons perdu.
- Nous adressons l’expression de notre sympathie émue aux enfants de notre regretté collègue.
- La vie du lieutenant-colonel Paul Renard a été d’une très belle unité. Elle a été presque entièrement consacrée à l’aéronautique. Ancien élève de l’Ecole polytechnique, il entra dans l’arme du Génie qui avait, à l’époque, l’aérostation militaire dans ses attributions. Il collabora aux travaux de son frère Charles, travaux qui devaient aboutir à la réalisation, en 1884, de la France, le premier ballon vraiment dirigeable. Toute la gloire de cette création alla au frère aîné et Paul Renard ne lit rien, au contraire, pour la diminuer, car, d’une grande modestie et ayant voué un véritable culte à son aîné, il lui en attribua tout le mérite, passant sous silence sa part de collaboration qui fut grande, car c’était un parfait réalisateur.
- Le grand public ignorait les autres créations admirables dues à la collaboration des deux frères. A la mort du colonel Charles Renard, son frère s’efforça de les faire connaître : c’étaient de remarquables travaux d’aérodynamique d’un caractère scientifique, qui facilitèrent les progrès de l’aviation; ce fut la création de tout un matériel d’aérostation de campagne, devenue aérostation de siège et de place quand l’avion eut détrôné le ballon; ce matériel, d’une très grande souplesse, était encore en service en 1914 quand la guerre éclata. C’est au cours de la mise au point de ce matériel que Paul Renard perdit presque complètement l’usage d’un œil, et partiellement l’usage de l’autre. Ce fait est peu connu et nous ne l’apprîmes que tout récemment : il s’agissait d’éviter, pour gonfler à nouveau les aérostats, le transport de l’hydrogène comprimé dans des bouteilles d’acier, et de fabriquer cet hydrogène sur place, dans une petite usine montée sur chariot, par l’action de l’eau à froid sur le siliciure de sodium, que l’on commençait à fabriquer. Au cours des essais, le Colonel reçut à la face des projections de ce corps, éminemment caustique.
- Une autre création remarquable des deux frères fut la normalisation des cordages et de tous leurs accessoires suivant une série qu’on a appelée depuis la série Renard, et dont l’application est aujourd’hui générale en normalisation et cela dans tous les pays, où les termes de la série Renard sont appelés quelquefois nombres normalisateurs. On ne se rendit compte du fait qu’au
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- cours de la grande guerre : quand on voulut renouveler le matériel d’aérostation et créer les « saucisses », on trouva en magasin tous les éléments nécessaires, et le renouvellement se fit très vite, alors que, pour l’aviation, beaucoup plus jeune cependant, il fallut, à chaque renouvellement de matériel, créer des éléments nouveaux. On a dit avec raison que la série Renard est la plus belle œuvre de normalisation après le système métrique.
- Enfin, signalons comme autre création remarquable, et dans une voie tout à fait différente, celle du train automobile sur route à propulsion continue, réalisé en 1903, dans lequel, grâce à un svstème ingénieux et extrêmement simple de bielles d’accouplement, les remorques décrivaient le même cercle que le locotracteur, quel que fût le nombre de ces remorques.
- L’accident de notre collègue ne diminua pas son activité; il suivit les premiers travaux de l’aviation et en encouragea les progrès; il les fit connaître avec ce beau talent de professeur et de vulgarisateur que nous lui avons tous connu et qui se manifestait si souvent au cours de nos séances publiques, soit qu’il fît une conférence, soit qu’il intervînt dans la discussion qui suivait l’exposé d’un autre conférencier, car sa mémoire était prodigieuse et son expérience et sa connaissance des choses étaient extrêmement étendues.
- Le colonel Paul Renard fut chargé, en 1909, d’un cours libre d’aéronautique à la Sorbonne, le premier enseignement de ce genre qui fût donné dans une université; il a été longtemps professeur à l’Ecole supérieure de l’Aéronautique dont il fut l’un des plus ardents promoteurs ; il était : président d’honneur de la Société française de Navigation aérienne ; président d’honneur de l’Aéronautique-Club de France; président de la Ligue aéronautique de France, de la Société des Amis de l’Ecole supérieure d’Aéronautique ; vice-président de la Fédération nationale aéronautique; président de la Commission scientifique et de la Commission des Dirigeables de l’Aéro-Club de France; membre d’honneur de F Aéro-Club royal de Relgique; membre du Conseil d’administration du Touring-Club de France. Il était commandeur de la Légion d’honneur, commandeur de l’Ordre de Sainte-Anne de Russie, officier de l’Ordre du Soleil Levant du Japon.
- La bonté du colonel Paul Renard était inépuisable; nous en avons eu indirectement des preuves nombreuses ; il était d’une très grande bienveillance pour les jeunes gens dont il encourageait les travaux.
- Paul Renard était entré en 1909 au Conseil de la Société d’Encourage-ment, dans le Comité des Arts économiques, auquel ressortit l’aéronautique et dont il devint le président à la mort du général Sebert. Il fut deux fois vice-président de notre Société.
- Son passage y a été marqué non seulement par le surcroît d’intérêt qu’il
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- donnait souvent à nos séances publiques auxquelles il était très fidèle, mais aussi par des rapports qu’on trouve dans le Bulletin et par des manifestations ayant pour objet de propager le goût de l’aéronautique chez les jeunes et qu’il convient de rappeler. A partir de 1911, il fit faire de nombreuses conférences, ou publier dans notre Bulletin des mémoires, sur des recherches d’aviation exécutées par de jeunes savants; il fit lui-même, en 1911, une première conférence sur les progrès de l’aéronautique; puis une seconde en 1921; en 1925, il organisa un cycle de conférences sur les récents progrès et les applications de la météorologie; il nous fit visiter en 1928, le Musée de l’Aéronautique de Chalais-Meudon ; en 1931, il organisa un second cycle de conférences, données par ceux qui avaient été les artisans de la traversée aérienne de l’Atlantique Nord de l’Est à l’Ouest, par Gostes et Bellonte. Il s’était offert à organiser un cycle de conférences semblable en 1934 sur les derniers progrès de l’aviation. Nous espérons que ce cycle aura lieu, mais il y manquera l'éclat que la présence de notre regretté collègue lui aurait donné.
- Les obsèques de Paul Renard ont eu lieu à Lamarche le 24 septembre dans la plus stricte intimité; mais un service sera célébré à Paris, le vendredi 27 octobre, à 11 h., à l’Eglise Saint-Sulpice. Tous ceux qui l’ont connu ne manqueront pas d’y assister.
- Nous adressons à Mme Renard et à ses enfants, M. et Mme Henry Délavai, nos très vives condoléances.
- M. Alby, président. — Après ces événements douloureux, j’ai le plaisir de vous annoncer la promotion de trois de nos collègues du Conseil dans l’ordre de la Légion d’honneur.
- M Féry, du Comité des Arts économiques, et M. Dubrisay, du Comité des Arts chimiques, ont été promus officiers.
- Notre sympathique secrétaire général, M. Wery, membre du Comité d’Agriculture, a été promu commandeur.
- Nous leur adressons nos très vives félicitations.
- M. Alby .président. — MM. Ch. Lorilleux et Cie, 16, rue Suger, à Paris, nous a adressé 700 fr pour aider à la publication de notre Bulletin.- Nous les remercions chaleureusement de cette générosité qui nous touche beaucoup, car il s’agit là d’une très vieille maison française, fondée en 1818, dont presque tous les ans nous sommes heureux de récompenser le personnel de notre médaille des vieux serviteurs de l’industrie.
- MM. Ch. de Fréminville et Wery, secrétaires généraux, présentent et analysent quelques-uns des nombreux ouvrages entrés dans la Bibliothèque depuis le mois de juin. ..
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- M. de Fréminville présente les ouvrages suivants :
- Dons du Génie civil :
- Evaporation, condensation et refroidissement, par E. Hausbrand. 7e édition complètement mise à jour par M. Hirsch. Traduit par G. Konig. Paris, Ch. Béranger, 15, rue des Saints-Pères (6 ), 1932;
- Traité de conditionnement de l'air. Calcul des tuyauteries, par Edouard Ledoux. Paris, Ch. Béranger, 1931;
- Exploitation des compteurs d'énergie électrique. Fonctionnement. Principes de construction. Exploitation, par P. Maurer. Paris, Ch. Béranger, 1931;
- La préparation du tissage et en particulier du tissage du coton. Bobinage. Ourdissage. Matières d'apprèt. Encollage. Traité pratique à l'usage des fabricants, directeurs et contremaîtres de tissage, et des Ecoles industrielles, par Adolphe Hullebroeck. 2e édition. Paris, Ch. Béranger, 1931 ;
- Défauts du tissage. Traité pratique à l'usage des fabricants, directeurs et contremaîtres de tissage et des Écoles industrielles, par Adolphe Hullebroeck. 2° édition revue et augmentée. lre partie : Les opérations préparatoires de la chaîne et de la trame. Bobinage. Ourdissage. Encollage. Ensouplage. Bentrage. Cannetage. —2e partie : Les métiers unis à excentriques. Paris, Ch. Béranger, 1932;
- Le traceur en constructions métalliques. Notes et formules à l'usage des dessinateurs et traceurs et des élèves des Ecoles industrielles et professionnelles,
- par A. Naciitergal. Bruxelles, A. de Boeck, 265, rue Royale; Paris, Ch. Béranger, 1933;
- Calcul et construction des grues, par A. Naciitergal. 2e édition complètement remaniée. Paris, Ch. Béranger, 1930;
- Traité de fabrication des fils de fantaisie, par James DANTZERetD. dePRAT. 2e édition revue et augmentée. Paris, Ch. Béranger, 1930;
- Poussée des terres. Tables numériques. Graphiques. Exemples numériques. Nouvelles études, par Max Moller. Paris, Ch. Béranger, 1933;
- Piles et accumulateurs électriques pour auto, radio, etc. Guide pratique à l'usage des électriciens, étudiants, chauffeurs, automobilistes, infirmiers, médecins et de tous ceux qui utilisent les batteries électriques, par Harold H. U. Cross. Paris, Ch. Béranger, 1932 ;
- Exploitation technique des chemins de fer. Cours professé à l'Ecole nationale supérieure des Mines, par Ferdinand Maison. Paris, Ch. Béranger, 1932;
- La résistance des bétons en fonction de leur dosage, par Maurice Tarde. Paris, Ch. Béranger, 1932;
- Étude mécanique du vol de l'avion à l’usage dxs techniciens. Cours professé 132* Année. — Novembre 1933. 39
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- à VÉcole spéciale de Travaux aéronautiques, par Maxime Robin. Paris, Ch. Béranger, 1932;
- Étude physiologique et technique de la ventilation, par F.-A. Missenard (Encyclopédie industrielle et commerciale). Paris, Librairie de l’Enseignement technique, L. Eyrolles, 3, rue Thénard (5e), 1933;
- Les usagers des services publics industriels (Transports. Eau. Gaz. Electricité). Droits. Obligations. Voies de recours. Etude des textes et de la jurisprudence, par Pierre Laroque. Paris, Librairie de Recueil Sirey, 32, rue Soufflot (5e), 1933;
- Théorie mathématique de l'assurance invalidité et de Vassurance nuptialité. Définitions et relations fondamentales, par Henri Galbrun. (Traité du calcul des probabilités et de ses applications, par Emile Borel. Tome III : Les applications de la théorie des probabilités aux sciences économiques et aux sciences biologiques. Fasc. IY). Paris, Gauthier-Villars, 55, quai des Grands-Augustins, 1933;
- Théorie mathématique de Vassurance invalidité et de Vassurance nuptialité. Calcul des primes et des réserves, par Henri Galbrun. (Traité du calcul des probabilités et de ses applications, par Emile Borel. Tome III : Les applications de la théorie des probabilités aux sciences économiques et aux sciences biologiques. Fasc. Y). Paris, Gauthier-Villars, 1933.
- Les récepteurs radiophoniques modernes à la portée de tous. Montages expliqués en détail. Utilisation, réglage, entretien, par Franck Duroquier. Paris, Masson et Cle, 120, boulevard Saint-Germain (6e), 1933;
- Méthodes de calculs des constructions complexes. Théorie et applications, par Auguste Liévin. Paris, Le Constructeur de ciment armé, 148, boulevard de Magenta (10°), 1933;
- Résolution pratique des problèmes de discontinuité de fonctionnement dans les installations de chauffage central, par André Nessi et Léon Nisolle. Paris, Dunod, 1933;
- Histoire technique de l'artillerie de terre en France pendant un siècle (1816-1919). Tome I : 1816-1880, par J. Challéat (Supplément au Mémorial de l’Artillerie française). Paris, Imprimerie nationale, 1933;
- Bureau des Normes de l’Automobile (Chambre syndicale des Fabricants d’accessoires d’automobiles, 3, avenue Friedland, Paris (8e). — Album de normes BNA 1 à BNA 176 (janv. 1933);
- Les évaluations en matière d'impôt foncier, de patentes et de risques d'incendie dans l'industrie, par J. Laignelet (Bibliothèque de l’Usine). Paris, L’Usine, 15, rue Bleue (9e), 1933;
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- Association suisse pour l’Essai des matériaux. — 2e Journée internationale du Rail, Zurich, i6-i9 juin 1932. Zurich, 1933;
- La locomotive. Sa description, ses organes. La voie ferrée. L'auto-rail. La Micheline. Le pneu sur rail. Les métaux. Un atelier de fabrication mécanique. Renseignements usuels. Manuel pratique à l'usage de l'ouvrier mécanicien du chemin de fer et de tous les agents, par D. Gontard. Avignon, lmp. D. Seguin, 13, rue Bouquerie, 1932;
- Une nouvelle lampe à ampoule sélective pour projecteurs d'automobiles, par Alfred Monnier et Marcel Mouton (ex Y Électricien, 15 juillet 1933). Paris. (Don de M. Alfred Monnier, membre de la Société);
- Sur l'emploi de verres propres à réduire Véblouissement produit par les projecteurs d’automobiles, par Alfred Monnier et Marcel Mouton (ex C. R. des séances de VAcadémie des Sciences, t. 196, 29 mai 1933). Paris, Gauthier-Villars et C‘e, 55, quai des Grands-Augustins (6L). (Don des auteurs) ;
- Daniel Mieg, 1854-1932, par Emile Dollfus (ex Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse, avril 1933). Mulhouse, lmp. Bader et Cie, 1933. (Don de la Société industrielle de Mulhouse);
- L'installation et l'organisation d'un laboratoire sidérurgique moderne, par Pierre Chevenard (ex Mémoires de la Société des Ingénieurs civils de France, Bulletin de sept.-oct. 1932). Paris, 19, rue Blanche (9e), 1933. (Don de l’auteur, membre de la Société);
- Société française des Electriciens. — Remise de la médaille Mascart à M. le professeur Paul Boucherol (Supplément au Bulletin de la Société française des Électriciens, nù 30, 5e série, tome III). Malakoff (Seine), 8 à 14, avenue Pierre-Larousse ;
- Quelques études particulières au dilatomètre Fizeau. Dilatabilité du mètre international et des prototypes nationaux. Indice de réfraction de l'air dans le spectre visible entre 0° et 100°, par Albert Pérard (ex Travaux et Mémoires du Bureau international des Poids et Mesures, tome XIX). Paris, Gauthier-Villars et Cic, 1932. (Don de l’auteur);
- Note sur la détermination d'étalons millimétriques et centimétriques en longueurs d'onde lumineuses, par J.-René Benoit. Rédigée et présentée par A. Pérard (ex Travaux et Mémoires du Bureau international des Poids et Mesures). Paris, Gauthier-Villars et C‘e. (Don de l’auteur);
- Premières comparaisons des étalons nationaux de résistance électrique, par A. Pérard et M. Romanowski (Annexe aux Procès-verbaux du Comité consultatif d'Électricité, Procès-verbaux des séances du Comité international des Poids et Mesures, session 1933, 2e série, tome XVI). Paris, Gauthier-Villars, 1933. (Don des auteurs) ;
- Premiers essais de comparaison des étalons nationaux de force électromo-
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- trice, par M. Romanowski et M. Roux (Annexe aux Procès-verbaux du Comité consultatif d’Electricité, Procès-verbaux des séances du Comité international des Poids et Mesures, session 1933, 2e série, tome XVI). Paris, Gauthier-Villars, 1933. (Don des auteurs);
- Les graphiques et leur application en matière d’achats. Conférence faite sous les auspices de la British Industrial Purchasing Officers Association, à l’Hôtel Rubens, Londres, le 28 octobre 1932, par L. H. D. Acland (dactylographié). Genève (Suisse), Institut international d’Organisation scientifique du Travail, 2, boulevard du Théâtre;
- Les coordonnées polaires tangentielles ou coordonnées podaires et leurs applications, par Maurice Jacob (ex Revue générale de fElectricité, tome XXXIII, 1er avril 1933). Paris, 12, place de Laborde (8e), 1933;
- Définition et calcul des grandeurs caractéristiques de l’éclairage d'un espace clos, par Jean Dourgnon (ex Revue générale de VElectricité, tome XXXIII, 6 mai 1933). Paris, 12, place de Laborde (8e), 1933;
- London passenger transport, par Lord Ashfield (ex Proceedings of the Royal Institution of Great Britain, Vol. XXVII, pt. 5). London, 1933.
- M. Wery présente les ouvrages suivants :
- Dons de M. R. Feret, membre du Conseil d’Administration :
- Recherches sur la nature et la progression de faction pouzzolanique, par R. Feret (ex Revue des matériaux de construction, février et mars 1933). Paris, 148, boulevard Magenta (10e), 1933;
- Bétons coloniaux, par R. Feret (ex Revue des matériaux de construction, mai 1933). Paris, 148, boulevard de Magenta (10e), 1933;
- Bétons plastiques et bétons fluides, par R. Feret (ex Science et Industrie, édition « Construction et travaux publics », mai 1933). Paris, 89, rue de Berri (8e), 1933.
- Dons de M. Larnaude, membre de la Société :
- Tables de logarithmes à sept décimales, d’après Bremiker, Callet, Véga, etc., par J. Dupuis. Paris, Hachette et Cie, 1875;
- Exploitation des mines. Cours de l’Ecole centrale des Arts et Manufactures, par Lecomte.
- Dons du Génie civil :
- Les poudres et explosifs, par Louis Vennin, E. Boulot et H. Lécorché. Paris, Ch. Béranger, 15, rue des Saints Pères (6e), 1932;
- Journée du charbon pulvérisé. Angleur-lez-Liège, 22 octobre 1982. Recueil des mémoires et discussions. Angleur-lez-Liége, Institut Gramme, 1, quai du Condroz, 1933.
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- Traité du lavage de la laine. Opérations préparatoires et complémentaires, par P. Cognet et A. Prot. 2e édition. Paris, Renard-Morizot L’industrie textile, 171, faubourg1 Poissonnière (9e);
- Les méthodes d’étude des alliages métalliques, par Léon Guillet. 2e édition. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1933;
- Traité de chimie minérale, publié sous la direction de Paul Pascal; secrétaire général : Paul Baud. Tome X : Nickel, chrome, cobalt, étude générale des complexes, par Mme R. Duval, Mlle S. Veil, MM. C. Eichner, P. Job, Y. Lombard. Paris, Masson et Cle, 120, boulevard Saint-Germain (6e), 1933;
- L’huile de bois de Chine. Monographie à l’usage des industriels fabricants de peintures, vernis et isolants, par Pierre Lévy (Comité technique de chimie de l’Office national des Recherches scientifiques et industrielles et des Inventions). Bellevue (Seine-et-Oise), 1, avenue du Maréchal Galliéni ;
- Institut de Céramique française. — Essai de bibliographie des arts et industries céramiques. Ouvrages de langue allemande. Paris, 84, rue d’Haute-ville (10e), 1933 ;
- Etude des alliages magnésium-aluminium-cuivre, riches en magnésium, par Paul Bastien. Thèse présentée à la Faculté des Sciences de l’Université de Paris pour obtenir le grade de docteur ès sciences (mention : Sciences physiques). — 2e thèse : Contribution à l'étude des propriétés de fonderie des métaux et alliages. Paris, chez l’auteur, 85, avenue Bosquet (7e). (Don de l’auteur).
- M. Paul Walter, ingénieur-conseil, expert près des tribunaux du Conseil de Préfecture et du Tribunal de Commerce, présente trois appareils qu’il a conçus et réalisés; il en décrit l’organisation et le fonctionnement; ce sont : un densimètre automatique; — un analyseur automatique des gaz\ — un appareil universel pour étudier la perméabilité des corps solides.
- Densimètre automatique. — Cet appareil fonctionne d’après le même principe que celui de la méthode du flacon ou de la balance hydrostatique. 20 à 50 g du corps sont placés sur le plateau d’une sorte de pèse-lettres immergé dans un récipient clos plein d’eau, jusqu’à un niveau constant; une aiguille décrit un arc proportionnel au poids du corps. Le volume d’eau déplacé fait monter un flotteur qui agit sur une aiguille portant un cadran gradué qui se déplace d’un angle proportionnel au volume d’eau déplacé. Les dispositions sont telles que, la première aiguille, par sa position sur le cadran, donne la densité par lecture directe. Si la densité est comprise entre 1 et 2, elle est obtenue avec une première décimale exacte et avec la seconde «• décimale à 1/10 près. L’opération ne dure que quelques secondes.
- Analyseur automatique des gaz. — Cet appareil sert surtout à doser l’acide carbonique contenu dans les fumées et peut être par suite employé à contrôler la
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- combustion dans les foyers industriels. Son principe est celui de l’appareil d’Orsat. Un courant continu du gaz à analyser passe dans un tube cylindrique en verre dans lequel on pulvérise très finement une solution de potasse caustique de titre connu; la potasse absorbe ainsi et instantanément la totalité de l’acide carbonique : par conséquent la conductivité de la solution obtenue varie. C’est sa variation que l’on mesure aii moyen d’un galvanomètre dont le cadran est gradué directement en pourcentage de gaz carbonique. Le fonctionnement de l’appareil est continu et automatique.
- En remplaçant la potasse caustique par une solution absorbante convenablement choisie, on peut doser SO2, H2S, O, C2H2, CO, AzO, Cl, Br, SCI2.
- Appareil à mesurer la perméabilité des corps. — Le corps est mis sous forme de disque ou de rondelle de 7 à 8 cm de diamètre et dont l’épaisseur peut descendre à quelques dixièmes de millimètre. On le fait traverser par le fluide à une pression constante comprise entre certaines limites et à une température constante qui peut atteindre 150°. Le fluide ayant traversé la rondelle s’accumule dans un récipient clos dont la pression est enregistrée à mesure qu’elle s’élève. De l’augmentation de pression on peut déduire le débit du fluide à travers le corps essayé. Un viseur permet d’observer comment le fluide traverse le disque ou la rondelle.
- Les gaz industriels essayés se trouvent généralement dans le commerce à l’état comprimé dans des bouteilles d’acier; mais l’appareil est prévu pour qu’on puisse les préparer soi-même et à une pression déterminée.
- Avec cet appareil, on peut mesurer la perméabilité, pour différents fluides : du cuir, du caoutchouc, des pierres naturelles ou artificielles, du charbon, du mâchefer, du papier, des tissus, du carton, du liège, des bois et des métaux. Cet appareil est dans le commerce; les autres y seront prochainement(1).
- E. L.
- La séance est levée à 18 h. 30 m.
- (1) Ces appareils sont visibles au Laboratoire de M. le professeur Lutaud, à la Sorbonne. Les membres de la Société d’Encouragement qui désireraient les voir en fonctionnement sont priés d’en informer le Secrétariat, 44, rue de Rennes, quelques jours d’avance.
- BIBLIOGRAPHIE
- Turbines hydrauliques et régulateurs automatiques de vitesse, Livre II, pat-André Ténot, ingénieur-conseil, ancien ingénieur aux Ateliers Neyret-Beylier et Piccard-Pictet, docteur ès sciences. Un vol. (16,5x25 cm), de 619 p., 410 fîg., graphiques. Librairie de l’Enseignement technique, Léon Eyrolles, édit., 3, rue Thénard, Paris, (5e), 1932. Index : 621.24
- Par suite de l’ampleur du sujet à traiter, l’auteur s’est trouvé dans l’obligation de scinder son ouvrage en trois volumes, dont le premier a déjà fait l’objet d'une notice bibliographique parue dans le Bulletin de janvier 1931 de notre Société.
- Formant une suite logique, le livre II comprend deux chapitres d’une importance extrême pour tous ceux qui ont à s'occuper de l’aménagement des chutes d’eau, de la construction, de l’installation ou de l'exploitation des turbines hydrauliques. Dans le premier chapitre de ce tome (chap. vu de l’ouvrage), M. Ténot a bien
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- montré 1 intérêt de la méthode expérimentale pour l’étude de telles machines, et il a traité largement la question des essais. L’analyse mathématique serait à elle seule insuffisante, en effet, pour guider les recherches en vue de l’amélioration des rendements et de la détermination des conditions de marche les plus favorables.
- Sachons gré à l’auteur d’avoir exposé, avec toute l’objectivité désirable et la clarté habituelle que l’on retrouve dans ses ouvrages, le côté expérimental de l’étude des turbines hydrauliques, et d’avoir ainsi donné toute l’importance qu’il mérite à un champ d’investigations particulièrement fertile.
- Ce chapitre vu de l’ouvrage est subdivisé lui-même en quatre parties. La première se rapporte aux procédés de mesure des grandeurs caractéristiques des turbines : chutes, débits, vitesses, puissances. Elle comprend 127 pages d’une lecture attrayante et présente une documentation abondante d’une utilité incontestable. La mesure des débits d’eau, dont la difficulté est bien connue, y est exposée avec un luxe de détails qui témoigne du souci constant chez l’auteur de faciliter la tâche des praticiens. On y trouve une comparaison très fouillée des différentes formules employées pour la détermination des débits à l’aide de déversoirs en mince paroi, et les conclusions que l’on doit tirer de cette comparaison, notamment en ce qui concerne les essais de réception des turbines.
- Dans la seconde partie, M. Ténot expose la conception type d’un laboratoire de recherches et donne la description détaillée1 des plus importantes stations d’essais d’Europe, qu’il a visitées en connaisseur, étant lui-même le premier ouvrier et l’animateur de l’un des plus beaux laboratoires de France. Le lecteur y trouvera des renseignements et des aperçus nouveaux, dont il pourra tirer profit dans un domaine beaucoup plus étendu que celui des recherches hydrauliques. Les essais de cavitations y sont longuement décrits. Cette seconde' partie est complétée par des exemples d’essais types à exécuter; elle présente, de ce fait, pour l’enseignement proprement dit, un intérêt tout particulier.
- La troisième partie est consacrée aux essaisde réception à la centrale et au contrôle permanent des rendements des installations hydro-électriques, dont la nécessité est bien reconnue au double point de vue de l’entretien et de l’utilisation.
- La quatrième et dernière partie du chapitre vu donne de nombreux résultats d'expériences, relatifs aux courbes caractéristiques, en laissant au lecteur l’impression d’un exposé clair et harmonieux. C’est avec un grand talent que, dans un domaine purement expérimental, l’auteur a mis à profit les éléments mathématiques de base avec la méthode qu’il a su acquérir par une grande pratique de l’enseignement, en même temps que par une contribution incessante et directe à l’industrie. De nombreux exemples numériques, choisis dans les cas les plus divers, illustrent d’une façon parfaite l'application des formules de similitude.
- Le chapitre vm a trait à la turbine Pelton, dont le fonctionnement, contre toute apparence, est des plus compliqués. Il est difficile, en effet, malgré l’emploi de méthodes stroboscopiques, de savoir comment l’eau agit sur les augets de la roue mobile.
- M. Ténot a donné à ce sujet une ampleur de développement qui ne semble pas avoir été égalée en Europe, dans des ouvrages similaires. L’étude cinématique qu’il a faite de la turbine Pelton, et qui lui a d’ailleurs servi de sujet pour une thèse, permet de préciser le fonctionnement de cette singulière machine et d’en améliorer, par suite, le prix et le rendement.
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- Le caractère scientifique de la première partie de ce chapitre cède progressivement à un aspect plus technique et plus technologique de la question traitée. Uncalcul numérique des éléments principaux d’une turbine Pelton, des descriptions complètes de types récents présentent le plus grand intérêt pour les ingénieurs ayant à s’occuper de la construction ou de l’exploitation des moteurs hydrauliques de haute chute.
- La forme sous laquelle est présenté ce livre II est attrayante et méthodique. La désignation des grandeurs et le choix des unités conservent l’homogénéité désirable d'un bout à l’autre de l’ouvrage. On découvre à chaque page, pour ainsi dire, un double souci de probité et de clarté. On devine que l’auteur est, à la fois, l’ingénieur prudent sachant se garder des extrapolations et déductions aventureuses, et le professeur de talent plein d’une foi d’apôtre.
- Le livre III, qui est en cours d’impression, se rapporte à l’étude détaillée des turbines Francis et des roues hélices, ainsi qu’à un vaste exposé de la régulation. Tout porte à croire qu’il complète magistralement les deux premiers tomes parus.
- JEAN FIEUX.
- L’art appliqué aux métiers, par Lucien et Henri-Marcel Magne, 9 tomes. In-8 (24x17) chaque tome du prix de: broché, 25 fr. ; relié, 37 fr. Paris, H. Laurens, 6, rue de Tournon (6e), se décomposant comme suit :
- Décor de la pierre. 2e édition complétée par H.-M. Magne, de 284 p., 169 fig., 1923 ;
- Décor de la terre. 2e édition complétée par H.-M. Magne, de 240 p., 137 lig., 1927 :
- Décor du verre. Gobeleterie, mosaïque, vitrail. 2e édition complétée par H.-M. Magne, de 228 p., 148 fig., 1927;
- Décor du métal : Le fer. 2e édition complétée par H.-M. Magne, de 276 p.. 147 fig., 1929;
- Décor du métal : Le cuivre et le bronze. 2° édition complétée pai H.-M. Magne, de 208 ])., 143 fig., 1930;
- Décor du métal : Le plomb, l’étain, l’argent et l’or. Monnaies et médailles, de
- 186 p., 120 fig., 1922;
- Décor du bois. Charpenterie et menuiserie, de 220 p., 132 fig., 1925;
- Décor du mobilier. Meubles et sièges, de 244 p.. 147 fig.. 1928 ;
- Décor du tissu. Soieries, broderies, tapisseries, tapis, de 212 p.. 142 fig.. 1933.
- Index : 745
- M. Marcel Magne, président du Comité des Constructions et des Beaux-Arts, vient de faire don à notre Bibliothèque de toute la série des ouvrages consacrés à L’art appliqué aux métiers. Cette importante publication a été commencée en 1912, par M. Lucien Magne, Inspecteur général des Monuments historiques, professeur à l’Ecole des Beaux-Arts et au Conservatoire national des Arts et Métiers.
- En sa qualité d’architecte. M. Magne ne pouvait manquer de commencer sa publication par le décor de la pierre, indiquait toutes les applications qui pouvaient être utilement faites aux éléments de construction tels que murs, portes, fenêtres, escaliers, cheminées, voûtes, etc. Dans ce volume, M. Magne a fait ressortir l’influence que l’art français exerce depuis plus de huit siècles en Europe.
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- Cette prédominance a été longtemps une des causes de la richesses de notre pays et les nations voisines n ont jamais manqué de suivre l’impulsion qui leur était donnée par les artistes français. Quand les nations voisines ont voulu s’écarter de notre orientation et s’engager dans les voies de la concurrence, elles n'ont pas tardé a dévier de la ligne qui leur était dressée par le bon goût français et ces pastiches n’ont pas toujours eu une carrière aussi heureuse qu’auraient pu le désirer leurs auteurs.
- Le second volume de M. Lucien Magne est consacré au décor de la terre. Il est illustré de 137 gravures et donne des reproductions de poteries mates, de grès, de faïences, de porcelaines, et tout un chapitre est consacré à la céramique architecturale.
- Le décor du verre est venu en troisième lieu. L’auteur y étudie tout ce qui a trait à la fabrication de la gobeleterie. de la mosaïque et du vitrail.
- Le quatrième volume s’applique à présenter tout ce qu’on peut obtenir du fer au point de vue décoratif. Il montre combien nos ferronniers du moyen âge ont été habiles à forger ces magnifiques pentures qui fleurissent à la porte de nos belles cathédrales ainsi que les grilles dont on retrouve encore de si beaux spécimens dans les entourages de chœur.
- Le cinquième volume s’occupe des métaux usuels : le cuivre et le bronze. Ce volume est la dernière œuvre de M. Lucien Magne, dont l’art français a eu à déplorer la perte en juillet 1916. Saluons en passant cet érudit écrivain, ce professeur émérite, qui avait passionnément étudié le passé dont, par son œuvre, il représente glorieusement le présent.
- M. Lucien Magne a été un véritable apôtre du bon goût français; il avait une foi profonde dans l’avenir de notre art. Dans ce cinquième volume, publié en 1918 par les soins de son fds M. Marcel Magne, l’auteur établit la relation qui doit exister entre l’art moderne et l’art du passé grâce à une1 admirable maîtrise de la technique. Ce volume est particulièrement précieux car il montre au lecteur la méthode de travail si différente qui caractérise remploi dn cuivre martelé, ainsi que la chose se pratiquait autrefois, ou l’emploi du cuivre embouti tel que l’industrie le fait maintenant d’une manière courante.
- L’auteur nous initie ensuite aux différents procédés de la fonte du bronze et nous montre l’enrichissement du métal par la ciselure ou par le fait de la couleur obtenue grâce au damasquinage et à l’émaillage. Dans ce volume, fauteur passe en revue les œuvres les moins connues et les plus pures de l'antiquité grecque, puis il passe; au moyen âge pour finir par les xvnc et xvm° siècles.
- Dans cet ouvrage. M. Magne montre les différentes applications artistiques du cuivre et du bronze, non seulement à la statuaire et à l’orfèvrerie, mais aussi au mobilier, aux appareils d'éclairage et d'horlogerie et aux moindres objets usuels. On ne peut s’empêcher de reconnaître la haute portée sociale de cette remarquable étude qui atteste qu'à cette époque, les perfections artistiques sont appliquées aux objets les plus humbles comme aux œuvres du plus grand luxe.
- Le sixième volume est consacré au décor du métal, plus particulièrement le plomb, l’étain, l'argent et l’or. L’auteur s’occupe également, mais d'une manière incidente, des monnaies et des médailles. On peut considérer cet ouvrage comme
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- une collaboration posthume entre MM. Lucien et Marcel Magne. Ce dernier, qui avait succédé à son père au Conservatoire des Arts et Métiers, n’a pas manqué dans sa publication de souligner combien il avait également conservé la tradition et les enseignements qu’il tenait de son regretté père. Ce sixième volume est aussi complet pour l’histoire de l’art que pour montrer l’évolution des procédés techniques de fabrication. Il présente, en effet, la reproduction de tous les beaux ensembles anciens, depuis l’antiquité jusqu’à la fin du xixe siècle et présente une narration qu’on ne saurait trop louer; il montre les dernières créations des artistes contemporains. Une très riche illustration complète cet enseignement.
- Le septième volume est consacré à la charpenterie et à la menuiserie. M. Magne montre d’abord les machines-outils destinées à travailler le bois massif; il nous montre ensuite comment on peut orner le bois à l’aide des moulures exécutées soit à l’aide de machines soit à la main. La sculpture est sommairement indiquée car il faudrait plusieurs volumes pour donner même une idée sommaire de tout ce qui se fait comme sculpture sur bois.
- Pour clore la partie intéressant la menuiserie, quelques pages sont consacrées au décor des ouvrages plaqués et contre-plaqués, surtout à l’aide de la marqueterie.
- La charpente incite l’auteur à donner quelques spécimens d’églises en bois tant en Extrême-Orient qu’en Norvège. Il étudie ensuite la charpente, les combles, les voûtes, les planchers et les plafonds, nous montre la construction de la maison en pans de bois de la Normandie.
- L’auteur donne ensuite des exemples de tribunes d’orgues et d’escaliers ; il s’intéresse même aux bateaux et aux voitures; puis, revenant à la menuiserie fixe, nous donne des exemples de lambris depuis la Renaissance jusqu’à la fin du xvme siècle.
- Les portes de nos belles cathédrales ne sont pas oubliées et nous voyons défiler sous nos yeux celles de la cathédrale du Puv (xne siècle), les portes de Beauvais, de Rouen. Le chapitre se termine par des exemples empruntés aux portes du xviii6 siècle.
- La fin du volume est consacrée aux planchers, aux parquets, aux cheminées.
- Cet ouvrage est un guide particulièrement précieux pour tous ceux qui s’intéressent au décor intérieur et extérieur des habitations.
- Le huitième volume nous montre le décor de mobilier, des meubles et des sièges. Il est divisé en trois parties. Dans la première, l’auteur étudie le meuble, il insiste sur la structure et le décor, montre l'emploi du métal associé à la décoration du bois; puis il passe en revue les coffres, les crédences, les armoires, les buffets, les tables, les petits meubles, les lits.
- Dans la seconde partie, l’auteur s’occupe des sièges (pliants, escabeaux, chaises, fauteuils, bancs, canapés, etc.).
- Enfin, la troisième partie est consacrée aux ensembles mobiliers : ce sont d’abord les ensembles d’autrefois, puis les ensembles tels que les conçoivent nos artistes contemporains et tels qu’on les a vus en 1925, à l’Exposition des Arts décoratifs de Paris. 147 gravures nous donnent les meubles ou les ensembles les plus typiques et sont comme le vivant et instructif commentaire du texte.
- Le neuvième volume de L'art appliqué aux métiers a trait au décor du tissu, soierie, broderie, tapisserie. Ce volume comprend deux parties. Dans la première,
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- l’auteur étudie la technique manuelle et mécanique ; il insiste sur les divers métiers (le métier à la Jacquard, le métier à lacets, le métier de bonneterie) puis il s'occupe du décor d impression des tissus à l’aide de planches, de cylindres, de pochoirs ou par le procédé de la cire dénommé « batik ».
- Dans la seconde partie, l’auteur s’occupe des tissus aux différentes époques et il pousse son étude jusqu’à nos jours.
- Ce neuvième volume, paru en 1933. clôt la collection qui, embrassant tous les métiers, forme avec ses 1.300 gravures un véritable musée d’art appliqué.
- Nous ne saurions manquer, en terminant ce rapide exposé de l'œuvre de MM. Lucien et Marcel Magne, de rappeler qu’ils fondèrent la Société de l’Art appliqué aux Métiers, qui comprend parmi ses membres nos meilleurs artistes et fabricants contemporains; c'est sous les auspices de cette société que fut publiée la collection dont nous venons de rendre compte.
- Henry René d'Allemagne.
- Machines agricoles, par Tony Balle, professeur à l’Institut national agronomique, directeur de la Station centrale d’Essais de machines (Encyclopédie de mécanique appliquée). Un vol. br. (23x16 cm), de 360 p.. 474 fig. J.-B. Baillière et fils, édit.. 19, rue Hautefeuille, Paris, (6°). 1933. Prix, br. 60 fr. Index : 631.7
- Le volume que M. Tonv-Ballu, professeur à l'Institut nationale agronomique, vient de consacrer aux machines agricoles fait partie de l’Encyclopédie de Mécanique appliquée, publiée par la Librairie J.-B. Baillière et placée sous la direction de notre éminent collègue M. L. Lecornu, membre de l’Institut, professeur à l’Ecole polytechnique et à l’École nationale supérieure des Mines. Comportant 560 pages et près de 500 figures, il se range parmi les travaux les plus importants qui ont été écrits sur ce sujet. Il est tout imprégné de l’enseignement de Maximilien Ringel-mann, que l'auteur a reçu à l’Institut agronomique1. Et ce n'est pas là 1 un de ses moindres mérites. C’est d’ailleurs grâce aux essais si nombreux que noire regretté collègue a poursuivis à la Station d’Essais de Machines, avec un zèle infatigable pendant les trente dernières années, que M,. Tony-Ballu a pu préciser en quelques chiffres, ou en quelques lignes, les caractéristiques des divers appareils, tant au point de vue de la quantité d’énergie qu’ils consomment qui1 de la qualité du travail qu’ils exécutent. Il s’est refusé à décrire Ions les dispositifs que les constructeurs ont imaginés depuis près d’un demi-siècle. Il s’est surtout attaché aux principes d’où ils découlent. Il insiste sur les raisons qui motivent la conception, la forme ou l’emplacement des différents organes. Et il donne ainsi au cultivateur le moyen de choisir avec discernement, parmi toutes celles qui lui sont offertes, la machine qui répond le mieux à ses besoins.
- La pratique culturale pose au mécanicien nombre de problèmes ardus. Comme toujours, lorsqu’il s’agit de remplacer le travail animé, les solutions n’ont aucun rapport avec le geste de l’homme. Elles mettent en jeu des organes dont la rusticité n’exclut pas toujours la complexité et qu’il est malaisé de reproduire avec des figures. Grâce à son habitude de l’enseignement et à son talent de rédaction. M. Tony-Ballu a su, néanmoins, en faire comprendre 1 agencement et l’admirable ingéniosité.
- M. Tony-Ballu réunit trois personnalités qui se conjuguent très heureusement
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- pour le plus grand profit du lecteur. Il est à la fois mécanicien très épris de science, agriculteur praticien et professeur. A le lire, on s’en aperçoit vite et aussi que l’agriculteur prend souvent le pas sur le mécanicien. C'est qu’il sait, par une expérience personnelle, dont la dureté des temps accentue le prix, que le machinisme, entre autres buts, doit concourir à l’abaissement du prix de revient des récoltes. Il insiste, avec raison, sur la collaboration étroite qui doit toujours régner entre le constructeur et le cultivateur. Il ne faut pas oublier, dit-il, que la mécanique doit être au service de l’agriculture et ne pas s’imaginer que celle-ci puisse se plier aux exigences de celle-là. Une machine n’est utilisable, ajoute-t-il, qu’à la condition de posséder à la fois des qualités mécaniques, agricoles et économiques précises.
- Il établit une distinction très nette entre la machine industrielle et la machine agricole. La première travaille dans une usine bien close, à l’abri des intempéries, souvent nuit et joui', quelquefois durant toute l’année. Son prix d’achat s’amortit donc très vite. La seconde travaille dans la terre, la boue, la poussière. Elle doit être avant tout rustique, c’est-à-dire à la fois solide et simple. Elle ne travaille que pendant peu de jours chaque année, d’où la nécessité de ne coûter qu’un prix abordable, amortissable au moins en quinze ans.
- Combien d’inventeurs ont éprouvé des déconvenues cruelles, se sont ruinés même, pour avoir méconnu ces principes!
- L’ouvrage de M. Tonv-Ballu se divise en deux parties : machines d’extérieur, machines d’intérieur de la ferme. Les premières comprennent les instruments de culture du sol : charrues, extirpateurs, scarificateurs, herses et rouleaux; les distributeurs d’engrais, les semoirs, plantoirs et repiqueuses; les machines pour l’entretien des cultures, la destruction des mauvaises herbes et des ennemis des plantes; enfin, les machines de récolte, récolte des fourrages, des céréales, des tubercules et des racines.
- Dans la seconde partie, prennent place les batteuses de tous genres, les appareils pour le nettoyage et le triage des grains, pour le traitement des semences, des pailles et fourrages, des racines, des tubercules, des engrais, tourteaux et produits divers.
- Le lecteur, même averti, est surpris du nombre considérable d’engins divers qui s’offrent aujourd’hui au cultivateur.
- Les tables des matières des ouvrages écrits sur la machinerie pendant le dernier siècle et celles des traités publiés depuis une trentaine d’années ne se ressemblent guère. La raréfaction de la main-d’œuvre rurale a été l’origine du développement du machinisme agricole. Et, ici, ce n’est pas la machine qui a commencé, c’est le travailleur. Ce fut, dès le xviii® siècle, en Angleterre, l’exode des ouvriers irlandais provoqué par la maladie de la pomme de terre; en 1860. en Amérique, l’abolition de l’esclavage; plus tard, l’essor si rapide de l’industrie. Ce sont ces phénomènes sociaux qui ont provoqué l’invention des faucheuses et des moissonneuses puis des machines à battre.
- Mais la rareté de la main-d’œuvre n'est pas le seul facteur qui ait agi sur l’extension si remarquable de l’emploi des machines agricoles. Il faut y ajouter la rapidité plus grande du travail, la possibilité de l’exécuter sans retard au moment opportun, souvent aussi l’amélioralion notable de sa qualité; par exemple, pour les semailles, l’épandage des engrais, le battage et le nettoyage des grains. Et notons, ici. une circonstance qui, foin d’écarter la main-d’œuvre, la ramène à la terre, la
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- diminution de la fatigue de l’ouvrier dans l’exécution de travaux souvent pénibles.
- I ennoblissement de son métier qui cesse d’être exclusivement manuel.
- La dernière statistique française du nombre des machines agricoles remonte à 1892. Nul doute qu’un nouveau dénombrement n’accuserait des effectifs beaucoup plus considérables, même après défalcation du vieux matériel qui encombre encore les fermes. A l’ancienne nomenclature, il faudrait ajouter, entre autres : les appareils imagines pour la défense des plantes contre les cryptogames et les insectes, les tracteurs, les moteurs à explosion, les arraclieuses de tubercules et de racines, le matériel de la laiterie, le matériel vinicole qui se sont transformés, les machines combinées pour la récolte et le battage des céréales. Jusqu'ici réservées aux grandes surfaces cultivées de l'Argentine, des États-Unis, du Canada et du Nord de l'Afrique, depuis environ deux ans, elles ont été introduites avec succès dans quelques-unes de nos exploitations métropolitaines. C'est qu’elles ont cet avantage, très apprécié par le temps qui court, d’économiser sensiblement la main-d’œuvre dans la proportion moyenne de 4 à 5 hommes au lieu d’une vingtaine.
- Mais ce qui frappe surtout le technicien lorsqu’il lit l'ouvrage de M. Tony-Ballu, ou qu'il parcourt le Salon de la Machine agricole, ce sont les perfectionnements, les améliorations de toutes sortes qui caractérisent le matériel moderne. C’est ce progrès continu qui a toujours empêché d'établir des comparaisons exactes entre les prix des machines aux differentes époques.
- De bons observateurs estiment cependant que les prix actuels des principaux types représentent ceux d’avant-guerre multipliés par des coefficients qui varient entre 4 et 6, soit 5 en moyenne. Toutefois, la plupart des machines que décrit M. Tony-Ballu accusent de notables progrès sur celles d’avant 1914. Et, certes, le prix de revient du travail effectué a baissé sensiblement, si l’on envisage sa qualité, l’efficacité des perfectionnements apportés à la construction tels que : simplification des organes, matériaux plus résistants, roulements à billes, lubrification meilleure, toutes améliorations qui diminuent les frais d’entretien et d’amortissement. On a pu fixer à un minimum de 25 p. 100 l'économie qui provient de ces différents facteurs ”, le prix moyen d’achat des machines de 1932 ne reviendrait ainsi qu'au prix moyen d’achat de celles de 1913 multiplié par le coefficient de valorisation 3,70.
- II est donc inexact d’avancer que le prix-des machines agricoles a beaucoup plus augmenté que celui des produits de l’agriculture.
- Une autre constatation intéressante se dégage discrètement de cet ouvrage, c’est la part de plus en plus grande que prennent les constructeurs français au développement de l’industrie et du commerce des machines agricoles. Ils ont toujours eu et conservent la suprématie en ce qui concerne les instruments de culture du sol et les appareils pour le nettoyage et le triage des grains. Ils ont fait des progrès considérables dans la fabrication des épandeurs d’engrais, des semoirs, des houes, des machines de récolte, des batteuses qui. longtemps, étaient restées le monopole de l’étranger.
- Tel est, en somme, l’esprit qui a présidé à la rédaction de l’excellent livre de M. Tony-Ballu; telles sont quelques-unes des idées qu’il suggère. Il se recommande à l’agriculteur comme aux constructeurs de machines et aux élèves de nos écoles d’agriculture. g. wery.
- (1) Rapport de M. Jean Cacaud, Congrès de la Machine agricole (Pans, 25-27 janvier 1933).
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- OUVRAGES REÇUS. — NOVEMBRE 1933.
- Manuel de charpente en fer, par M. Pierre Labarraque, professeur de dessin
- industriel à l’École pratique d’industrie de Bourgouin (Isère). Un vol.
- (16x10 cm), de 410 p., 395 fig. Librairie J.-B. Baillière et fils, éd. 19, rue
- Hautefeuille, Paris (6e). 1933. Prix : 28 fr. Index : 624.9
- Ce petit volume présente, sous une forme simple et élémentaire, les connaissances utiles aux chefs d’atelier, contremaîtres ou dessinateurs, chargés de travaux de charpente en fer pour le bâtiment.
- Il débute par quelques notions théoriques sur la résistance, des formules, quelques calculs types et des tableaux où figurent les profilés les plus couramment employés.
- Les chapitres suivants fournissent des notions de dessin, de traçage, et quelques développements sur l’outillage et le travail d’atelier.
- Une description des ouvrages métalliques courants, poteaux, poutres, planchers, combles, pans de fer et escaliers, complote ce manuel qui se termine par un aperçu des méthodes de levage, des procédés nouveaux d’assemblage par soudure électrique et par quelques indications sur la charpente tubulaire.
- L. BECHMANN.
- Le port de Strasbourg, publication du Port autonome de Strasbourg, à Strasbourg, 25, rue de la Nuée bleue, 1931. Une brochure de 22x14 cm, 116 pages, nombreuses illustrations, carte, tableaux statistiques. Index : 627. 2-3
- Après un aperçu historique sur la navigation du Rhin, cet ouvrage donne la description du port actuel de Strasbourg. La typographie et les illustrations font de cet ouvrage technique une véritable publication artistique.
- Cet ouvrage sera adressé gratuitement aux personnes qualifiées qui en feront la demande au Port autonome de Strasbourg, tant que des exemplaires seront disponibles.
- e. s.
- OUVRAGES REÇUS A LA BIBLIOTHÈQUE EN SEPTEMBRE ET OCTOBRE 1933
- Mesny (René). — Télévision et transmission des images. (Collection Armand Colin, Section de physique, n° 162). In-16 (17x11) de 216 p., 97 fig. Paris. Librairie
- Armand Colin, 103, boulevard Saint-Michel (5°). 1933. 18276
- Mironneau (L.). — Technologie du froid. Tome I : Compresseurs et condenseurs Ecole supérieure du Froid industriel). (Encyclopédie industrielle et commerciale). In-8 i2ù x 16) de 27a p., 163 fig., IV planches. Paris, Librairie de l’Enseignement technique, L. Eyrolles, 3, rue Thénard (5°), 1933. 18277
- Clapperton (George). — La fabrication pratique du papier. Manuel à l’usage des techniciens de la papeterie, suivi de tables de constantes pratiques. 3e édition revisée et augmentée par R. H. Clapperton, B. A. Traduit de l’anglais par Georges Daday. In-8 (25 x 16) de vm -p 182 p., 25 fig. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6P), 1933.. 18278
- Institut international de Mécano-culture (Campagne de « Mon-Repos », Lausanne, Suisse). — Compte rendu sténographique des séances de la 4e Semaine internationale du Machinisme à la Ferme, Lausanne, 20-25 septembre 1932. In-4 (28 x 22) de 205 p., fig. 18279
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- Neményi (Paul). — Wasserbauliche Strômungslehre. In-8 (23 X 18) de vm —275 p. 324 flg. Leipzig, Johann Ambrosius Barth, 1933. 18280
- Bied-Charreton (René). — De la turbine à l’atome, ln-8 (21 x 14) de vi -f- 200 p. Paris, Gauthier-\ illars, 55, quai des Grands-Augustins 16e). 1933. 18281
- Lexouyel (L.j. — Formation des chefs d'ateliers. In-12 (19 x 14) de 136 p. Paris, Editions de « La Machine moderne », 15, rue Bleue (9e), 1933. 18282
- Motte (Marcel-Henri). — La petite ferme danoise ou husmandshus. In-12 (19 x 12) de 136 p., 32 üg. Paris, Librairie agricole de la Maison rustique. 26, rue Jacob (6e), 1933.
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- Le port de Strasbourg. In-8 (22 x 14) de 116 p., 52 flg., 1 carte. Strasbourg, Port autonome de Strasbourg, 25, rue de la Nuée-Bleue, 1931. (Don du Port autonome de Strasbourg).
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- Le Conservatoire national des Arts et Métiers, (ex L'Illustration, 19 août 1933). In-folio (38 x 28) de 4 p., II pi. Paris, 292. rue Saint-Martin (3e). (Don de M. L. Nicolle, directeur du Conservatoire national des Arts et Métiers). Pièce 13807
- Sauffrignon (Rf.xÉ). — Le graphite. In-4 (32 x 24). I : Étude technique (sommaire), de 50 p., 9 fig. — II : Étude économique, de 38 p., 16 fig. Paris, Mines, Carrières, Grandes entreprises, 10, Galerie Vivienne, 1933. (Don de l’auteur). Pièce 13808
- Institut international d’Organisation scientifique du Travail (Genève). — L’étude scientifique de la vente en Allemagne. In-4 (30 x 22) de 63 p., fig. Genève, 2, boulevard du Théâtre, 1933. Pièce 13809
- Martelli-Chautard (M.l. — Le commerce de la France avec ses possessions d’outremer en 1932 (ex Actes et Comptes rendus de l’Association Colonies-Sciences, n° 96, juin 1933). In-8 (24x16) de 15 p. Paris, Association Colonies-Sciences. 60, rue Taitbout (9e), 1933. (Don de M. Martelli-Chautard, directeur de l'Association Colonies-Sciences). Pièce 13810 Lavarue (Pierre). — Les éléments d’une traction autonome moderne sur les chemins de fer (ex Monde industriel, Bull, de la Soc. ind. du Nord de la France, juin 1933). In-8 (24 x 16) de 19 p. Paris. Office pour le Perfectionnement de la Traction autonome sur les Chemins de fer. 3, rue Portalis '8e), 1933. Pièce 13811
- MINISTERE DE L’AGRICULTURE. — DIRECTION DES E.YUX ET DU GÉNIE RURAL. — SERVICE DU Génie rural. — Circonscription Paris-Nord. Ardennes, Aisne. Oise. Seine-Inférieure. — Le remembrement de la propriété foncière dans les Ardennes, en application de la loi du 4 mars 1919, par M. E. Damüzeaux. In-4 Cil x 21) de 35 p., XVII pl. Sedan, lmp. André Suzaine, 4, rue de la Poste, 1933. Pièce 13812
- Comité général des Assurances. — Assemblée annuelle du 19 juin 1933. Allocution de M. Max Hermant, président. In-12 (19 x 12) de 14 p. Paris. 29, rue de Chàleaudun (9e) (Don du Comité général des Assurances). Pièce 13813
- Association française pour la Protection de la Propriété industrielle. — Bulletin. 2e série, n° 26 (1932-1933) : Travaux de l’Association. Paris, 117, boulevard Saint-Germain (6e), 1933. Pér. 320
- Société des Ingénieurs de l’Automobile (S. I. A.). — Annuaire 1933. Paris, 3, avenue Friedland (8e). _ , Pûr. 518
- Société amicale des Ingénieurs de l’École supérieure d’Électricité. — Annuaire 1932-1933. Malakolf (Seine), 8 à 14, avenue Pierre-Larousse. Pér. 92
- Ministère du Travail et de la Prévoyance sociale. — Conseil supérieur du Travail. — 36e session, novembre 1932. Paris. Imp. nationale, 1933. Pér. 295
- Chambre syndicale des Constructeurs de Navires et Machines marines. — Annuaire de la construction navale (édition 1933-1934). Paris, 7, rue de Madrid (8e). Pér. 91
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- OUVRAGES REÇUS. — NOVEMBRE 1933.
- Chambre syndicale des Fabricants et des Constructeurs de Matériel pour Chemins de fer et Tramways. — Annuaire 1933-1934. Paris, 7, rue de Madrid (8e). Pér. 399
- Société libre d’Émulation du Commerce et de l’Industrie de la Seine-Inférieure. — Bulletin. Exercice 1932. Rouen, lmp. Albert Lamé, 1933. Pér. 6
- Société des Sciences naturelles du Maroc. — Mémoires, n° XXXV (30 avril 1933) : Poissons hétérosomes recueillis par M. le Professeur A. Gruvel et par MM. R.-Ph. Dollfus et J. I.iouville sur la côte atlantique du Maroc, par Paul Chabanaud, 110 p., 50 fig., Il pl. — n° XXXVI (31 mai 1933) : Contribution à l’histoire naturelle du Maroc. Missions de l’Institut scientifique chérifien en 1925. 2e partie : L’ornithologie du cercle d’Azilal (Maroc central), par le contre-amiral Hubert Lynes, C. B., G. M. G., 65 p., VII pl. Rabat, Institut scientifique chérifien: Paris, E. Larose, 11, rue Victor Cousin (5e); Londres, Janson et Sons, 44, Great Russell Street, W. G. 1. Pér. 469
- Société vaudoise des Sciences naturelles. — Mémoires, n° 28 (Vol. 4, n° 5), 1933 : La flore rudérale et adventice de Lausanne et de ses environs, par Émile Cruchet. Lausanne.
- Pér. 209
- Congrès international d’Électricité, Paris, 1932. — Comptes rendus. 13 vol. Paris, Gauthier-Villars. Pér. 307
- Comité des Forges de France. — Annuaire 1933-1934. Paris, 7, rue de Madrid (8e)-
- Pér. 86
- Institution of Mechanical Engineers. — Proceedings. 1930, vol. II (June-Dec.j. London, Storey’s Gâte, St. James’s Park, S. W. 1. Pér. 114
- Iron and Steel Institute. — Journal. 1933, n° 1, vol. CXXVII. London, 28, Victoria Street, S. W. 1. Pér. 157
- Royal Institution of Great Britain. — Proceedings. Vol. XXVII, part V (n° 131), 1933. London, 21, Albemarle Street, W. 1. Pér. 258
- Institution of Naval Architects. — Transactions. Vol. LXXV, 1933, London, 2, Adam Street, Adelphi Terrace, W. C. 2. Pér. 222
- Bureau of Standards (Washington). — Miscellaneous Publication n° 140 : A study of the détérioration of book papers in libraries, 7 p. 1933. Pér. 61
- Bureau of Standards (Washington). — Circular, n° 402 : Sundials, 6 p., 2 fig. 1933. — Supplément to Circular n° 398 : Standard samples issued or in préparation, 11 p. 1933.
- Pér. 61
- U. S. Department of Agriculture (Washington). -- Yearbook of Agriculture, 1932-1933. Pér. 410
- Smithsonian Institution. — Annual report of the Board of Regents, 1931 ; Washington. Pér. 27
- Smithsonian Institution. — Freer Gallery of Arts. — Oriental studies, n° 1 : The story of Kalaka, vu + 149 p., XV pl. (publ. 3137). Washington, 1933. Pér. 27.
- Smithsonian Institution. — Explorations and field work of the Smithsonian Institution in 1932, 96 p., 98 fig, (publ. 3213). Washington, 1933. Pér. 27
- Koninklijke Akademie van Wetenschappen te Amsterdam. — Proceedings of the Section of Sciences. Vol. XXXIII, 1,2 (1930) ; XXXIV. 1, 2, (1931) ; XXXV, 1 (1932). Pér. 279 Koninklijke Akademie van Wetenschappen te Amsterdam. — Verslag van de gewone vergaderingen der afdeeling Natuurkunde. Deel XXXIX, 1930; deel XL, 1931.
- Pér. 279
- L’agent général, gérant,
- E. LEMAIRE.
- BRODARD ET TAUPIN, Coulommiers-Paris.
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- 132e ANNÉE.
- DÉCEMBRE 1933.
- BULLETIN
- DE LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- CONTRIBUTION A L’ÉTUDE DE LA TECHNIQUE DES VITRAUX DU MOYEN AGE O
- par M. G. Chesneau, membre du Conseil de la Société d'Encouragement.
- L’étude des vitraux du moyen âge a été déjà faite d'une façon très complète au point de vue de leur effet décoratif et de la composition de leurs sujets ’ , mais il n'en est pas de même pour le mode de fabrication de leurs verres colorés que l’on n’a guère précisé jusqu'à présent : c’est ainsi qu'il n'a été encore publié, du moins à ma connaissance, d’autre analyse chimique complète de ces verres que celles que j’ai effectuées sur quelques fragments des vitraux de la cathédrale et de l'église Saint-Remi de Reims
- Grâce à l’obligeance de M. Pierre Paquet. Inspecteur général des Monuments historiques, et de M. Paul Deschamps, directeur du Musée de Sculpture comparée du Trocadéro, j’ai pu compléter ces premières études, limitées aux vitraux d'une seule région, par celle des vitraux de l'ancienne cathédrale de Châlons et de la cathédrale d’Amiens, dont ils ont bien voulu mettre à ma disposition de nombreux fragments n’ayant pu être utilisés dans les restaurations nécessitées par des dégâts successifs ou par des déplacements de verrières. Les données obtenues avec ces nouveaux spécimens de vitraux anciens m’ont ainsi permis de compléter ou de confirmer les résultats de mes recherches précédentes et de formuler sur quelques points douteux ou controversés des conclusions d'un certain intérêt pour l’histoire d’un art qui a produit en France' des œuvres admirables. Les verres que j’ai pu ainsi étudier sont les suivants, par ordre d’ancienneté :i :
- (*) .Mémoire publié dans te Bulletin monumental (1933, 3e fascicule).
- (1) Je citerai notamment, parmi les publications les plus complètes sur ce sujet, en premier lieu l’admirable Histoire de la peinture sur verre d'après ses monuments en France, de Ferdinand de Lasteyrie, Paris, 1833-1857; les noies sur les vitraux peints publiées dans les Comptes rendus de VAcadémie des Sciences par E. Chevrecl, en 1863, et par J.-B. Dumas, en 1868; les chapitres consacrés à La peinture sur verre en France, par Émile Male, dans les tomes I et II de VHistoire de l’art, publiée sous la direction d’André Michel ; enfin, la thèse sur Les vitraux de la Sainte-Chapelle de Paris, soutenue en 1925 par Mme Jeannette Dyer Spencer et résumée dans le Bulletin monumental n°s 3 et 4, de 1932.
- (2) Publiées dans les Comptes rendus de l’Académie des Sciences, 10 mai 1913 et 3 mars 1924. Dans sa très intéressante Xote sur les verres des vitraux anciens, Gauthier-Villars. 1896, M. Léon Appert donne pour des vitraux du Mans du xme siècle le dosage de trois éléments seulement, silice, alumine et fer, et pour deux verres rouges, d’origine non indiquée, une analyse plus complète, mais sans le dosage du colorant.
- (3) Les dates des vitraux sont celles indiquées par Émile Mâle dans les chapitres consacrés à La peinture sur verre en France, de VHistoire de l'art, publiée par André Michel.
- 132e Année. — Décembre 1933.
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- LES VITRAUX DU .MOYEN AGE.
- DECEMBRE 1933.
- XIIe siècle. — Église Saint-Remi de Reims : trois verres rouges et trois bleus, ramassés en juin 1915 par M. l'architecte des Monuments historiques, au pied des vitraux bombardés par l’ennemi, sur la galerie haute de l’église, et mis. sur ma demande, à ma disposition par l’Administration des Beaux-Arts.
- XIIe siècle. —Ancienne cathédrale de Châlons : nombreux fragments de tous les tons usités dans les vitraux anciens, rouges, bleus, violets, jaunes et verts. Ces fragments, recueillis au Musée du Trocadéro, sont ceux qui n’ont pu être utilisés pour la reconstitution des très beaux panneaux exposés au public et décrits dans la notice publiée en décembre 1910 par M. Lucien Magne.
- XIIIe siècle (2d quart). — Cathédrale de Reims : quatorze verres de couleurs variées (trois rouges, quatre bleus, quatre violets et trois verts) qui faisaient partie de fragments détachés en 1886, par un ouragan, de la grande rose du portail occidental et n’ont pu être employés dans la restauration. Conservés par l’architecte diocésain, ils m’ont été remis par un ami commun, en vue de leur étude chimique.
- XIIIe siècle (tin). — Cathédrale d’Amiens : nombreux fragments de couleurs variées, faisant partie de panneaux en restauration chez un maître verrier et qu’un incendie a trop détériorés pour qu’on puisse en tirer parti. Les verres encore intacts sont insertis dans les plombs anciens, ce qui m’a permis de faire une étude spéciale de ces plombs.
- Avant d’entrer dans la discussion des résultats acquis pour chaque catégorie de verres, je crois devoir présenter tout d’abord quelques observations découlant de la comparaison des chiffres obtenus dans leur analyse chimique (i).
- En premier lieu, si l’on fait la moyenne des éléments ayant dû entrer dans la composition du verre fondamental qui a servi à faire tous les verres colorés par introduction d’oxydes métalliques appropriés, on obtient, en faisant abstraction de ceux-ci et de l’oxyde de plomb provenant des impuretés de ces oxydes ou des plombs du vitrail, la composition suivante (5) :
- Pour oent.
- 52,0 0,1 0,2 3,3 10,1 3,1
- Potasse.............................................................. 16,3
- Soude................................................................. 3,2
- Oxyde de manganèse.................................................... 1,8
- Oxyde de fer.......................................................... 1,7
- Total........................................................ 100,0
- La comparaison de ces cbitfres avec ceux de l’analyse propre à chaque verre montre que les écarts entre les premiers et les seconds sont en fait peu importants, et l’on peut en conclure que les matières premières employées dans les différents ateliers qui ont produit ces verres étaient d’origines semblables. Il est à noter que
- Silice............
- Acide titanique. Acide sulfurique Alumine .... Chaux ............
- (4) Voir plus loin, le taldeau donnant cette analyse chimique.
- (3) Nous avons maintenu dans cette composition moyenne tes oxydes colorants de manganèse et de fer, parce que ceux-ci ont dù toujours exister dans le verre de base : l’oxyde de 1er comme impureté des matières premières employées, et l’oxyde de manganèse' pour corriger la couleur jaunâtre ou verdâtre due à l’oxyde de fer. comme nous le verrons plus loin.
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- TECHNIQUE ET COMPOSITION UES VITRAUX DU MOYEN AGE.
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- ces verres sont beaucoup moins siliceux et bien plus riches en alcalis (potasse et soude) et terres alcalines (chaux et magnésie) que nos verres à vitre actuels qui contiennent en moyenne 70 p. 100 de silice. 13 p. 100 de chaux et 17 p. 100 d'alcali (soude). Les verres de ces vitraux étaient ainsi beaucoup plus fusibles et. par suite, [dus faciles à travailler que nos verres à vitre actuels: mais, par contre, ils étaient bien plus attaquables par les agents chimiques susceptibles d'agir sur des silicates : eau et acide carbonique de l’atmosphère et, a fortiori, les acides forts pouvant s’y rencontrer exceptionnellement °!. Cependant, les verres de nos vitraux ont été, en somme, assez peu altérés, pour la plupart, dans les parties exposées à la pluie; l’effet des intempéries s’est borné à produire un dépôt superficiel de silice mélangée de carbonate de plomb, provenant des plombs de sertissage, et de moisissures organiques, dépôt qui n’est presque jamais assez épais pour rendre le verre opaque et contribue à augmenter la luminosité propre du vitrail, en arrêtant une fraction des rayons solaires à leur passage dans le verre {l!.
- Voyons maintenant comment on peut expliquer la composition très spéciale du verre employé dans les anciens vitraux — composition très différente de celle des verres à vitre fabriqués en Italie, en Gaule et en Espagne dès l’époque de Pline, et qui était presque identique à celle de nos verres à vitre actuels l8;.
- Le seul texte écrit à une date voisine de celle de nos vitraux, celui du moine Théophile, qui vivait en Allemagne à la fm du xie siècle et au commencement du XIIe, nous dit simplement que le verre à vitre était composé de deux parties de cendres de hêtre et d’une partie de sable de rivière, bien purgé de terre et de pierre (U). Cette formule explique bien que ces vitraux contiennent de la potasse au lieu de soude, les cendres des végétaux terrestres contenant surtout de la potasse, alors que les verriers du bassin méditerranéen tiraient leur alcali du nalron (carbonate de soude brut) d’Égypte, ou des cendres des végétaux limitrophes de la mer qui renferment surtout de la soude. Mais la proportion de soude par rapport à celle de la potasse que contiennent les verres des vitraux est beaucoup plus forte que celle existant dans les cendres des végétaux terrestres, et la composition donnée par le moine Théophile est forcément incomplète.
- Un passage consacré par le naturaliste saxon Agricola, dans son célèbre traité De re metallka. écrit en 1530. permet heureusement de combler cette lacune. Nous crovons devoir le citer en entier, en donnant aux termes chimiques employés par Agricola leur sens véritable, qui paraît n’avoir pas été toujours compris, ou a été inexactement traduit, par les quelques auteurs qui en ont parlé et ont ainsi rendu leur citation peu compréhensible l0' :
- (6) C'est ainsi que, réduits en poudre line, les verres des anciens vitraux sont entièrement attaqués et dissous en quelques minutes par l'acide chlorhydrique bouillant, tandis que, dans les mêmes conditions, nos verres à vitre actuels ne perdent que 3 p. 100 environ de leur poids, ainsi que je l’ai constaté.
- (7) M. Léon Appert, loc. cit., p. 30, attribue la bonne conservation des verres anciens à la présence de l’alumine, dont il a trouvé de fortes quantités — jusqu’à 11,3 p. 100 — dans des vitraux du xme siècle. La proportion heaucoup plus faible d’alumine contenue dans nos verres (3,5 p. 100 en moyenne) ne permet pas de lui attribuer ce rôle pour leur conservation dans les verres que nous avons étudiés,
- (8) Cf. Pline, Histoire naturelle, liv. XXXVI.
- (9) Diversarum artium schedula, p. 82 de la traduction du comte de l’Escalopier. Paris, 1843.
- (10) Le mol latin nitrum qui, déjà du temps de Pline, servait à désigner soit le nitre (nitrate de potasse ou salpêtre), soit le natron (carbonate de soude naturel d’Égypte), est employé dans le texte d’Agricola avec le sens de natron. Le mot magnes, qui a été employé indifféremment
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- « Il me reste à parler du verre, nous dit Agricola. dont la préparation s'exécute au moyen de sucs concrets et de gravier ou de sable, à l’aide de la force du feu et d’un art subtil.... En ce qui concerne les sucs concrets, les verriers donnent le choix en premier lieu au natron. en second lieu au sel fossile blanc et translucide en troisième lieu au sel qu’on retire de la lessive des cendres d’anthyllis ou au sel fait d’une autre herbe. Il en est cependant qui attribuent la seconde place à celui-ci et-non au précédent. Quoi qu’il en soit, on doit mélanger deux partiesde gravier ou de sable préparé au moyen des pierres fusibles avec une partie de natron, de sel fossile ou de suc concret retiré d’une herbe salée. On doit y ajouter une petite quantité de manganèse en poudre, qui a la propriété remarquable (bien connue non seulement de nos jours, mais encore depuis fort longtemps) d’attirer à lui le fer contenu dans le verre en fusion. Celui-ci est ainsi puritié et rendu blanc au lieu de rester verdâtre ou jaunâtre; après quoi, le feu consume le manganèse.
- Quant à ceux qui n’ont pas les sucs susdits à leur disposition, ils mélangent une partie de gravier ou de sable avec deux parties de cendres de chêne, d’yeuse, ou de rouvre, ou encore de bois de cerre, ou même, s’ils ne trouvent pas ces arbres dans leur voisinage, ils peuvent employer des cendres de hêtre ou de sapin. A ce mélange, ils ajoutent une petite quantité de sel extrait d’eaux salées ou d’eau de mer et un peu de manganèse; mais on obtient ainsi un verre moins blanc et moins translucide [qu’avec les sucs concrets indiqués plus haut]. »
- C’est, cette dernière composition du verre donnée par Agricola qui élucide d’une façon complète l’origine des matières premières des vitraux. Les ateliers qui les fabriquaient étant extrêmement éloignés des ports où arrivait le natron d'Orient ont dû, en effet, recourir, pour leur composant alcalin, aux cendres des végétaux terrestres de leur région, chêne ou hêtre, qui y abondaient, ce qui explique les formules de Théophile et d’Agricola. Mais celui-ci, d’une érudition technique certainement plus étendue que celle du moine Théophile, d’une part, a fait la comparaison des deux formules du verre usitées de son temps, l’une dans les régions méditerranéennes, l’autre dans les pays du centre et du Nord de l’Europe, et, d’autre part, il a complété la formule usitée dans ceux-ci par l’addition d’nn peu de sel marin (chlorure de sodium), nécessaire pour expliquer la composition des verres. Cette addition ne figure', du moins à ma connaissance, dans aucun autre auteur ancien, et je 11e crois pas qu’elle ait été mentionnée par des auteurs récents. Cette adjonction de sel marin, ayant pour effet d’accroître la teneur des verres en alcalis sans modifier celle des autres éléments, augmente la fusibilité du verre et le rend ainsi plus facile à travailler. Est-ce le but qu'ont eu en vue les anciens verriers, ou bien obtenaient-ils ainsi un verre plus transparent, ou encore le dégagement du chlore du chlorure de sodium avait-il pour effet d'entraîner à la surface du bain de verre en fusion des impuretés infusibles, qu'on écornait ainsi plus facilement? Il nous parait difficile de trancher la question, sur laquelle, d’ailleurs, Agricola ne se prononce pas, bien que. pour les autres matières, il indique le motif de leur emploi.
- La présence des autres éléments contenus dans les verres : acide titanique, acide sulfurique, alumine, oxyde de fer. magnésie, s'explique aisément par les impuretés
- jusqu'au xyme siècle pour désigner la magnésie, l'oxyde de 1er magnétique ou l oxyde de manganèse naturel, doit être traduit par oxyde de manganèse, ou simplement par manganèse, dans ie texte d’Agricola.
- (Il) Probablement le carbonate de soude naturel en niasses compactes, ou trôna, d'Egypte.
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- TECHNIQUE ET COMPOSITION DES VITRAUX DU MOYEN AGE.
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- contenues dans les constituants principaux : l'acide titanique accompagne presque toujours la silice dans les sables; l’alumine, l’oxyde de fer et la magnésie proviennent des cendres de végétaux terrestres; quant à l’acide sulfurique, il est également apporté par les cendres de ces végétaux qui empruntent du sulfate de chaux au gypse contenu dans les terrains où ils poussent .
- L’origine des matières premières des vitraux étant ainsi bien expliquée, voyons maintenant par quel travail on les transformait en verre. A cet égard, les opérations décrites par Théophile et Agricola, et consistant en traitements dans une série de fours, sont concordantes et bien connues, et ne diffèrent pas sensiblement de celles déjà indiquées par Pline : 1° frittage des éléments dans un premier four, avec élimination des écumes surnageant la matière ayant subi un commencement de fusion; 2° concassage de ce verre brut (ammonitrum de Pline) en morceaux pouvant être triés; 3° fusion définitive du verre à haute température dans de grands pots en terre réfractaire; 4° enfin, travail du verre fondu. C’est sur ce dernier point seulement que nous croyons devoir insister, étant donné que les auteurs ne sont pas tous d’accord sur le mode de travail par soufflage usité aux xne et xme siècles.
- On sait que le soufflage du verre pour obtenir des vitres peut se faire de deux manières différentes : en plateau ou en manchon. Dans les deux cas, le souffleur cueille en plusieurs fois, avec le mors de sa canne, dans le creuset de fusion, une masse de verre suffisante pour la pièce à fabriquer. Il façonne grossièrement cette masse, ou paraison, sur une plaque de marbre, puis, après avoir réchauffé la paraison, souffle dans la canne, de façon à gonfler la masse de verre et à en faire un ballon en forme de poire.
- Il peut alors, pour transformer ce ballon en une surface plane, opérer de deux façons différentes : ou bien, après avoir soufflé le ballon en l’empêchant de s’allonger, de façon à obtenir une sphère très aplatie, il soude une tige de fer sur la paroi opposée au mors, qu’il détache ensuite de la pièce en la touchant avec un fer froid, réchauffe la pièce devant le four et, en faisant tourner rapidement la tige de fer sur elle-même, élargit peu à peu l’ouverture produite par l’enlèvement du mors, jusqu’à ce que la force centrifuge ait donné à la masse de verre la forme d’un plateau circulaire : c’est le soufflage en plat ou plateau (ou encore en boudinés). Ou bien, après avoir donné à la paraison, par une succession de soufflages et de balancements réitérés, la forme d’un manchon allongé cylindrique avec calottes arrondies aux deux bouts, le souffleur enlève ces calottes par coupage du verre refroidi, pratique une fente dans le cylindre suivant une génératrice, ramollit le cylindre au feu, l’ouvre à l’endroit fendu et l’étend avec des outils appropriés sur une surface bien plane ; c’est le soufflage en manchon ou en cylindre, exigeant des opérations plus longues que le soufflage en plateau, mais donnant des vitres d’une épaisseur beaucoup plus égale sur toute leur étendue que le soufflage en plateau et d’une plus grande surface utilisable qu’avec celui-ci, qui laisse toujours au centre du plateau une épaisseur plus grande qu’à la périphérie.
- Il est à noter que si. comme c’était toujours le cas dans les fabrications des xiU et XIIIe siècles, le xrerre contient des bulles d’air qui s’allongent forcément dans
- (12) Voici, à titre d’indication, l’analyse que j’ai faite de cendres de bois de hêtre du Nord de la France : silice, 3,2 p. 100: humidité, 1,1: perte au feu, 27.7: acide sulfurique. 2.0; oxyde de fer et alumine, 8,7: chaux. 37,9: magnésie, 3,2: carbonate de potasse. 16,7 (dont 11,3 de potasse): soude, traces; manganèse, traces. Total : 100,30.
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- l’extension de la masse de verre par soufflage, aussi bien en manchon qu’en plateau, les axes des bulles allongées seront tous parallèles à Taxe du cylindre dans le soufflage en manchon, tandis qu’ils pourront être divergents les uns par rapport aux autres dans le soufflage en plateau, et, cela, d’autant plus que le morceau de verre prélevé dans le plateau sera traversé en biais par le cercle du plateau passant par son milieu.
- Il résulte de ces particularités que des morceaux de verre à épaisseur variant très notablement sur une petite étendue, et plus ou moins gondolés, caractériseront le soufflage en plateau, d’une façon d’ailleurs d’autant plus certaine qu’ils contiendront des bulles d’air en forme d’ellipses à axes divergents. Au contraire, des verres d’épaisseur invariable sur une étendue notable et de surface bien plane seront l'indice du soufflage en cylindre, avec d’autant plus de probabilité qu’ils contiendront des bulles d’air à axes parallèles.
- On admet généralement que les deux modes de soufflage ont été pratiqués simultanément au début de notre ère. Le moine Théophile ne parle que du soufflage en manchon,-pratiqué, d’après lui, avec des opérations beaucoup plus compliquées que celles usitées de nos jours ‘L Agricola ne décrit pas le mode de soufflage du verre, mais les figures accompagnant son ouvrage De re metallica u indiqueraient plutôt le soufflage en plateau, d’après la forme des masses de verre en travail à l’extrémité des cannes, et cela est d’autant plus probable que, dès le milieu du xive siècle, le soufflage en plateau était devenu général en France, à la suite des privilèges accordés en 1330 à une famille de maîtres verriers normands, les de Cacqueray, qui employaient ce mode de travail, lequel ne fut guère abandonné en France que vers la fin du xvme siècle.
- Je citerai enfin, pour cette question du soufflage, l’opinion émise par le maître verrier G. Bontemps dans son classique fîuide du verrier^'6. « Il serait difficile, dit G. Bontemps, d’assigner lequel des deux procédés du soufflage en plateaux ou du soufflage en cylindres a été le plus anciennement pratiqué, et nous ne pensons pas nous tromper en supposant que tous deux furent à peu près contemporains et simultanément en usage à toutes les époques. » Mais, dit-il plus loin, « il est également constant que les verres des plus anciens vitraux connus (il n’en existe pas d’antérieurs au xue siècle) ont été fabriqués par le procédé des cylindres. Ce dernier procédé est môme le seul décrit par le moine Théophile.... Ce procédé devait avoir un grand avantage quand il s’agissait de verres de couleur et surtout de verres de couleur doublés (ainsi qu’était toujours le verre rouge), parce qu’on obtenait ainsi une teinte plus égale dans toute la surface du verre souillé, tandis que. par le procédé des plateaux, le centre eût été toujours d’une couleur plus intense que la circonférence10'. »
- Ce dernier argument pourrait être retourné contre son auteur, car l’on sait quel parti ont tiré les verriers, aux XIIe et xme siècles, des variations d’intensité de la couleur dans un morceau de verre même très petit, et comment ils ont utilisé dans les vitraux de la Sainte-Chapelle les ratés de fabrication des verres rouges, au lieu de les rebuter 17.
- (13) Loc. cit., p. 83 à 87.
- (14) Livre XII, p. 476.
- (15) Librairie du Dictionnaire des arts et manufactures, Paris, 1868, p. 231 et 232.
- (16) En raison de l’épaisseur plus grande du verre, à rause de la vitesse plus faible au centre de la circonférence qu’à sa phériphérie.
- (17) F. de Lasteyrie, loc. cit., p. 164. signale que, dans ces vitraux, les verres rouges manques ont servi à faire les figures des combattants pour imiter des taches de sang.
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- TECHNIQUE ET COMPOSITION DES VITRAUX DU MOYEN AGE. fi 10
- Voyons maintenant quelles sont les conclusions, au point de vue du mode de soufflage, que nous avons pu tirer de l'examen de nos verres, choisis parmi ceux dont l’ancienneté nous a paru indiscutable. Le tableau suivant donne, pour chacun des verres analysés, en millimètres, les épaisseurs maxima et minima et la distance entre les points où ces épaisseurs ont été mesurées :
- SA IX T-K EM I CHALONS CATH ÉDRAld DE REIMS A MIENS
- N° — _ - -
- COULEUR Dis- Dis- Dis- Dis-
- Epaisseurs. tances. Epaisseurs. ranoi'S. Epaisseurs. tances. Epaisseurs. tances.
- , m ru « m m ) mm i mm 111111; mm mm mm :
- 1 Rouge. 2,73 à 5,68 75 2.67 à 3,18 40 2.98 à 3,43 70 3,33 à 3.08 40
- 2 Bleu. 3,00 à 3,93 33 2,34 a 2,97 70 3,33 à 4,25 40 2,37 à 3,27 40
- 3 Violet. » >» 3,67 à 3,80 100 3,70 à 4,48 47 ». .»
- 4 Jaune. », » 3,06 à 4,82 120 >, ». 3,34 à 3,72 70
- 5 Vert. ** ” 2,80 à 3,17 30 ”
- Comme on le voit d'après ce tableau, les différences d’épaisseur sur des distances extrêmement courtes sont trop grandes dans la plupart des verres pour permettre de croire qu’ils proviennent de verres soufflés en cylindres. Les particularités relevées sur plusieurs d’entre eux donnent encore une preuve de plus en faveur de leur soufflage en plateau : c'est ainsi que bon nombre de ces verres sont fortement gondolés (le creux des courbures atteignant parfois jusqu’à 3 mm), alors que des verres soufflés en cylindres ne pourraient présenter ce défaut que très exceptionnellement. Le verre n° 2 de la cathédrale de Reims ne peut même laisser aucun doute sur la façon dont il a été produit : la surface du verre portait des ondes courbes concentriques permettant de constater que la région du plateau où a été découpé ce verre était à 2o cm environ du centre du plateau.
- Le nombre assez considérable de verres que nous avons eus à notre disposition pour les cathédrales de Chàlons et d’Amiens nous a permis d’en trouver quelques-uns dans lesquels le sens des bulles d’air incluses dans h1 verre est bien caractéristique du soufflage en plateau (cas. notamment, de deux verres bleus de la cathédrale de Chàlons).
- Par contre, ceux des verres de Chàlons et d’Amiens, qui. en raison de leur meilleure conservation, de leur fabrication plus parfaite et de leur épaisseur très régulière et moindre* que celle des verres précédents (2 mm à 2.2 mm), nous ont paru devoir être postérieurs à ceux des xiC et xnU siècles lx. semblent avoir été soufflés en manchon, et c’est peut-être là l’origine de l'opinion émise par G. Bontemps. qui a pu attribuer des verres semblables, colorés dans la masse, à une période antérieure à celle de leur fabrication.
- (18) Telle est aussi la conclusion tirée de ses nombreuses observations par F. de Lastkykie, qui, à propos des verres du xme siècle, dit qu'ils sont « bien plus épais à cette époque qu’ils ne le lurent par la suite •>, loc. ait., p. 87.
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- LES VITRAUX DU MOYEN AGE. — DÉCEMBRE 1933.
- COMPOSITION DES DIFFERENTS VITRAUX ANALYSÉS.
- Avant d’examiner la composition des vitraux par couleur, une remarque préliminaire s’impose : c’est que, dans tous les vitraux de la cathédrale d’Amiens analysés, la teneur en silice est notablement inférieure et celle des alcalis très supérieure à celle des vitraux de Saint-Remi et des cathédrales de Châlons et de Reims, qui. par contre, sont très voisines les unes des autres : on trouve, en effet, pour la silice 47.3 p. 100 en moyenne dans les verres d’Amiens et 33,2 p. 100 dans les autres; 23,6 p. 100 d’alcalis (potasse et soude) dans les verres d’Amiens et 17,6 p. 100 dans ceux de Saint-Remi et des cathédrales de Châlons et Reims. Cette différence constante et marquée entre les teneurs de matières fondamentales dans la composition des verres paraît montrer ou bien que les matériaux constituant le lit de fusion des verres étaient assez différents, ou bien que les proportions relatives du sable et des cendres entrant dans ce lit n’étaient pas les mêmes dans les verrières d’Amiens que dans celles de la région champenoise, dont les verres paraissent, au contraire, être sortis d’une même fabrique ou d’une même école. L’analyse chimique donne ainsi un argument de plus en faveur des conclusions tirées par M. Emile Mâle de l’exécution des sujets et des ornements des vitraux, à savoir que ceux de Châlons et de Saint-Remi se rattachent à une école champenoise, dont le centre devait être à Reims, et ceux d’Amiens à une autre école, celle de Paris19'.
- Nous passerons maintenant en revue1 nos différents vit raux en les groupant par couleur et en les décrivant par ordre d’ancienneté.
- verres rouges. — Ce sont les verres rouges qui sont à coup sûr les plus intéressants à étudier minutieusement, à cause de la très grande difficulté que présente leur bonne exécution.
- La couleur rouge des vitraux anciens est toujours obtenue par fusion d’un verre incolore mélangé de quelques millièmes d’oxydule de cuivre CusO, l’œs ustiim des alchimistes. Cet oxydule de cuivre, d’un rouge extrêmement foncé, se suroxyde très rapidement dans l’air chaud et donne de l’oxyde cuivrique noir CuO. qui colore en vert le verre blanc. Comme le rouge et le vert sont des couleurs complémentaires se neutralisant pour donner de l’incolore, un verre rouge, obtenu forcément en atmosphère non oxydante, se décolore très rapidement, puis devient vert plus ou moins foncé s’il reste en fusion un certain temps au contact de l’air.. Les anciens verriers combattaient cette action en ajoutant à Yœs ustum une certaine quantité d’acier en poudre légèrement oxydé (à action réductrice, comme nous l’indiquerons plus loin), suivant les indications données par Neri dans son traité de Y Art de la verrerie 201. D’autre part, comme la couleur rouge donnée au verre par l’oxydule de cuivre est très foncée 21 et paraît absolument noire en couche même peu épaisse, il ne faut l’employer qu’en couche très mince d’un verre contenant le moins possible d’oxydule de cuivre. L’ensemble de ces difficultés a ainsi amené les anciens verriers à faire les verres rouges non pas dans toute l’épaisseur du verre, comme tous les
- (19) Loc. cit., t. V-, p. 792, et t. IP, p. 384.
- (20) Traduit de l’allemand par Merret et Kuxckel, Paris, 1732-1739, p. 147.
- (21) On admet qu’en atmosphère réductrice, l’oxydule de cuivre peut même passer à l’état de cuivre métallique, qui. étant très divisé, colore également le verre en rouge.
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- autres verres colorés de cette époque, mais en recouvrant le verre blanc, en le doublant, d une seule couche de verre rouge d’autant plus mince que ce verre rouge était plus foncé; c’est du moins ce que l’on a admis en général jusqu’à présent; mais nous allons voir que les verres rouges obtenus au xne siècle, et quelques-uns de ceux produits au xme, tout en procédant des principes que nous venons d’exposer, étaient plus complexes qu’on ne le croit généralement, en ce qu’ils étaient le plus souvent formés de plusieurs couches de verre rouge intercalées dans du verre blanc 22.
- Verres de Saïnt-Remi. — Examiné dans sa tranche, le verre rouge de Saint-Remi que nous avons analysé (n° 1 du tableau précédent), pesant 13 g. offre jusqu’à cinq strates d’émail rouge séparées par des strates de verre blanc et réparties dans toute l’épaisseur du verre. Avec une coupe mince de ce verre 2:1. observée au microscope (grossissement. 40 diamètres), chaque strate rouge est bien homogène et ne se subdivise pas en pellicules plus fines, comme nous le verrons plus loin [tour les verres d’Amiens. Leur ton est d’un rouge oriental très clair. Ces strates rouges forment deux faisceaux, l’un de trois strates (une fine entre deux plus épaisses) à la surface du verre, l’autre de deux strates (l’une fine, l’autre épaisse) vois le milieu du verre. En examinant des coupes prélevées dans différentes parties du verre, j’ai constaté que les strates rouges minces présentaient plusieurs manques, résultant de l’étirage de la masse; le nombre des strates rouges est ainsi réduit à trois et même parfois à deux, paraissant correspondre aux deux strates rouges initialement les plus épaisses. Un autre verre rouge de Saiul-Remi (poids lo g, épaisseur variant de 2,9 mm à 3,3 mm) offre exactement les mêmes caractères que le verre précédent : cinq strates rouges réparties dans la moitié de l’épaisseur du verre, avec les mêmes particularités que le premier verre.
- On peut donc conclure que les verres rouges de Saint-Remi ont été obtenus en cueillant successivement cinq fois du verre blanc, enduit ensuite chaque fois avec du verre rouge, de façon à donner au verre rouge final la teinte désirée.
- Verres de Châlons. — Nous n’avons eu qu’un seul verre rouge provenant de la cathédrale de Châlons, mais certainement très ancien (fortement bulleux, d’épaisseur variant de 2.7 mm à 3,2 mm et pesant 24 g). Il est coloré par trois strates rouges réparties sur les deux cinquièmes environ de l’épaisseur, la première à l’extérieur du verre, épaisse et assez foncée, les deux autres plus minces et d'un ton plus clair. La teinte de ces strates n’est pas uniforme et paraît jaspée, dénotant un manque d’homogénéité dans le mélange de l’oxydule de cuivre et du verre destiné à faire le verre rouge, ce qui explique aussi qu’en certains endroits les strates rouges se réduisent à deux, la plus mince ayant disparu.
- Le mode de fabrication des verres rouges de Châlons est donc le même que celui des verres rouges de Saint-Remi. dont il a d’ailleurs exactement la teinte.
- (22) Nous désignerons dans ce qui suit par verre blanc le verre non coloré intentionnellement et ayant, dans tous nos vitraux, une teinte verdâtre tenant à l’oxyde de fer toujours présent en plus ou moins grande quantité dans les constituants du verre fondamental employé par les anciens verriers.
- (23) Ces coupes minces, dont le plan doit être bien perpendiculaire à la surface des verres pour que les différentes strates apparaissent nettement séparées sous le microscope, sont assez difficiles à obtenir; j’ai pu en produire quelques-unes par écrasement du bord des verres avec une pince-égrisoir.
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- Cathédrale de Reims. — Des trois verres rouges provenant de la cathédrale de Reims, deux sont certainement du xme siècle et le troisième sûrement postérieur (verre mince, d’épaisseur très régulière, présentant deux côtés rectilignes coupés au diamant) 2i. Des deux premiers, celui que nous avons analysé avait 3,5 cm de largeur moyenne sur 7 cm de longueur et une épaisseur variant de 2,98 mm à 3,43 mm. 11 était très bulleux. La couleur était produite par une seule couche rouge très mince, recouvrant le verre d’une façon continue et ne se résolvant pas en pellicules plus fines sous le microscope.
- Le second verre, également ancien, beaucoup plus petit que le premier, ayant 6 cm de longueur et une largeur moyenne de 1,5 cm, avec une épaisseur variant de 3.6 mm à 4.6 mm est, comme le premier, recouvert d'une seule pellicule rouge continue, très mince, et ne se dédoublant pas au microscope.
- Le rouge de ces verres n’a pas le ton orangé des verres de Chàlons et de Saint-Remi. A l'inverse de ceux-ci, les verres de la cathédrale de Reims n’ont été obtenus que par un seul trempage de la paraison blanche dans le verre rouge à la fin de l’opération.
- Cathédrale d'Amiens. — Nous avons pu retirer des fragments des verrières mis à notre disposition quatre verres rouges certainement anciens, qui ont donné tous les quatre les mêmes résultats - fort inattendus, comme on va le voir — pour la complexité de leur fabrication.
- Le verre analysé, d’une épaisseur variant de 3,33 mm à 3.68 mm sur un intervalle de 4 cm, présente sur Tune de ses faces une couche rouge de plus de 1 mm d’épaisseur, paraissant continue à l’œil nu. Sachant qu’une couche du verre rouge fabriqué à cette époque devrait paraître noire sous une telle épaisseur, j’ai été amené à rechercher, par un grossissement convenable au microscope, si cette couche unique n’était pas en réalité constituée par un grand nombre de pellicules extrêmement minces intercalées dans du verre blanc, et c’est, en effet, ce que j’ai constaté. Une tranche de très faible épaisseur du verre en question (prélevée avec les précautions indiquées plus haut) m’a révélé la présence de 27 pellicules rouge foncé extrêmement minces, séparées par du verre blanc et réparties en trois faisceaux.
- Dans un second verre de 4 à 5,6 mm d’épaisseur sur un intervalle de 4,5 cm, la couche rouge occupe la moitié de l’épaisseur du verre et se résout en une douzaine de pellicules réparties en trois faisceaux assez séparés pour que l’on puisse les discerner à l’œil nu sur une tranche très mince.
- Dans un troisième verre très petit, de 2 à 3 mm d’épaisseur, la couche rouge occupe le tiers de l’épaisseur et se résout au microscope en 20 pellicules réparties en trois faisceaux.
- Enfin, le quatrième, très petit fragment de 3 mm d’épaisseur, montre une couche rouge de 1,5 mm d’épaisseur se dédoublant au microscope en deux faisceaux de minces pellicules (9 dans l’un. 11 dans l’autre).
- Le ton rouge de ces verres ne diffère pas sensiblement de celui des verres de la cathédrale de Reims.
- Ces nombreuses pellicules étant très nettes et très nettement séparées les unes des autres par de minces couches de verre blanc, et de plus se retrouvant sur toute
- (24) On sait que l'emploi du diamant pour couper le verre n’a commencé à être en usage que vers le xvie siècle. Cf. Le Vieil, L’art de la peinture sur verre.... 1774, p. 21.
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- 1 étendue des verres en question, nous ne voyons pas d'autre explication plausible de leur présence que dans la confection des paraisons par des cueillettes alternatives de verre blanc et de verre rouge, beaucoup plus nombreuses encore que pour les verres de Saint-Remi, cette façon de procéder ayant pour but d’obtenir des pellicules encore très transparentes avec du verre rouge foncé, plus facile certainement à obtenir que du verre rouge clair, comme celui de Saint-Remi et de Cbàlons, à la limite de la décoloration par l’action de l’air. On conçoit d’ailleurs que, pour opérer ainsi, les verriers d’Amiens devaient travailler avec un verre particulièrement fluide; or. comme on l’a vu plus haut, les verres d’Amiens, moins siliceux et beaucoup plus alcalins que ceux de la région champenoise, devaient, par suite de cette composition, être, à température égale, beaucoup plus fusibles que ceux-ci, ce qui devait faciliter le mode opératoire très particulier on usage à Amiens à la fin du xme siècle; nous trouvons là un motifde plus pour différencier les écoles de maîtres verriers des deux régions 23‘.
- Les verres rouges, soit d’Amiens, soit de la cathédrale de Reims, qui nous ont paru postérieurs au xme siècle, d’une part en raison de leur meilleure conservation, d’autre part à cause de leur faible épaisseur et de la constance de celle-ci. sont tous recouverts d’une seule pellicule rouge mince ne se dédoublant pas au microscope 2i;.
- verres colorés dans la masse. — Le mode de fabrication de tous ces verres étant le même (formation delà paraison par (meillage à plusieurs reprises dans le pot de fusion du verre mélangé au préalable avec les colorants, puis soufflage en plateau), la seule partie intéressante dans la technique de cette fabrication est l’étude comparative des colorants dans les verres de provenances diverses.
- (23) Dans une note publiée, le 9 septembre 1S89, dans les Comptes rendus de l'Académie des Sciences, p. 449, MM. Ch. Guignet et L- Magne ont également signalé la présonne de veines et de nombreuses pellicules rouges très minces dans des verres des xue et xme siècles, dont ils n'indiquent pas la provenance. Se basant sur des essais antérieurs de M. Hknrivaux, en vue de la fabrication du verre, rouge par mélange de deux verres dilferents colorés l'un par l’oxyde cuivrique CuO, l’autre par l’oxyde l'errosoferrique Fe;!0' (oxyde des baltitures) à action réduclriee sur CuO, MM. Ch. Guignet et L. Magne inclinent à penser que ces verres à veines et pellicules rouges ont été obtenus par cueillages alternés de verres de ces deux eomposilions, la teinte rouge se produisant pendant le soufflage par l’action chimique de FeTO4 sur CuO, donnant Fe203 et Cu^O, oxydule de cuivre rouge.
- Si ce mode de fabrication a pu être employé dans certains centres de fabrication, il ne l’a certainement pas été pour les verres rouges que nous avons étudiés, parce qu’un tel mode devrait donner des tons différents pour les strates successives des deux sortes de verre employées, alors que, dans tous nos verres rouges, le verre blanc verdâtre encadrant les strates et pellicules rouges a exactement la même teinte sur toute l’épaisseur des verres et, en second lieu, parce que le mode proposé par MM. Ch. Guignet et L. Magne aurait dù donner toujours des pellicules très minces, puisqu’elles ne se formeraient qu'au contact des deux sortes de verre, après leur cueillage dans les pots, tandis que. dans nos verres de Saint-Remi et de Châlons, les strates rouges atteignent parfois une épaisseur continue de près d’un millimètre. J’ajouterai que la pratique ancienne, indiquée par Neri (voir ei-dessus), consistant à fondre ensemble dans un seul verre l’oxydule de cuivre et l’acier pulvérisé, rend assez peu probable l’emploi du mode de fabrication des verres rouges envisagé par MM. Ch. Guignet et L. Magne.
- (20) Dans les verres de Saint-Remi, que nous a remis l'Administration des Beaux-Arts, ligure un verre rouge d’époque certainement postérieure au xme siècle, mais qui mérite d'être mentionné ici. C’est un fragment rectangulaire de 30 mm sur 33 mm et de 4,28 mm d'épaisseur, formé d'un verre blanc très bulleux, d'aspect bien ancien, recouvert d’un émail rouge appliqué non par soufflage, mais au pinceau, car le pourtour du verre est enduit par places sur ses tranches d’émail rouge qui a débordé pendant la fusion. On reconnaît, d’ailleurs, très bien au microscope la trace des coups de pinceau, et l’on s'explique ainsi l’erreur commise par Le Vieil, loc. cit., p. 104, qui, sans doute en possession de verres semblables, a attribué ce mode opératoire de fabrication à tous les verres rouges du moyen âge.
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- Verres bleus. — Le colorant fondamental des verres bleus est le protoxyde de cobalt CoO, seul stable dans un silicate en fusion, ce qui fait que la coloration bleue d un verre au cobalt est indépendante de l’état oxvdantou réducteur de l’atmosphère des fours en contact avec les creusets, et que l’intensité du ton bleu ne dépend que de la teneur en oxyde de cobalt (ce qui n’est pas le cas pour les oxydes de fer et de manganèse, comme nous le verrons plus loin).
- Les minerais de cobalt les plus répandus en Europe sont la cobaltine ou cobalt gris, arséniosulfure de cobalt CoAsS et la smaltine, arséniure de cobalt CoAs2, que Ion trouve en Bohême et surtout à Schneeberg, en Saxe, d’où venait certainement le safre, obtenu par grillage de ces minerais et employé par nos verriers comme colorant des verres bleus depuis le xne jusqu’au xixe siècle 27). Le nickel, qui accompagne presque toujours le cobalt dans ses minerais, donne aux verres bleus une teinte brune et obscure. L’absence complète ou presque totale du nickel dans la composition du verre bleu des vitraux que j’ai analysés démontre que les anciens mineurs de la Saxe savaient choisir dans leurs filons cobaltifères les parties dénuées de nickel. Une notice publiée à la suite' de Y Art de la verrerie, de Meri f28), et intitulée1 : Mémoire sur la manière dont le safre ou la couleur bleue tirée du cobalt se fait en Saxe, décrit minutieusement la fabrication de ce produit et indique que*, pour avoir le bleu le plus beau, il faut choisir de préférence le minerai de cobalt qui se trouve1 associé à la terre de bismuth. Cette indication m’a conduit à rechercher le bismuth dans les quatre verres bleus analysés, et je l’y ai trouvé, en quantité dosable, parfois même assez notable, comme dans le verre bleu de Châlons, où le bismuth atteint plus du double de la teneur en cobalt. Ces résultats confirment en même temps 1 ancienneté des prescriptions contenues dans le mémoire susdit.
- Pour les oxydes de fer et de manganèse, leurs teneurs dans les verres bleus ne diffèrent pas sensiblement — sauf pour le verre de la cathédrale de Reims — de celles trouvées dans les verres rouges, où ils ne figurent certainement que comme composants du verre blanc ayant servi de support au verre rougi par l’oxydule de cuivre : c’est ce que montre bien, d’ailleurs, la teinte de la partie incolore des verres rouges qui a le même ton verdâtre que les verres incolores dont les vitraux d’Amiens nous ont fourni quelques exemplaires bien anciens nous ayant donné une composition tout à fait semblable (sauf les colorants) au verre rouge de même provenance.
- Pour le verre bleu de la cathédrale de Reims, il est possible que du manganèse ait été ajouté intentionnellement pour renforcer le ton bleu donné par le cobalt, dont la proportion est quatre fois plus faible que dans le verre de Saint-Remi. Celui-ci, très cobal tifère et extrêmement peu manganésé, a une couleur bleu de ciel beaucoup plus belle que celle, un peu violacée, du verre de la cathédrale de Reims.
- L’oxyde de manganèse donne, en effet, aux verres des couleurs très différentes suivant son degré d’oxydation. Au maximum d’oxydation Mn203 qu’il peut atteindre dans un verre en fusion, il donne d’abord une belle couleur violette ; mais si le verre est exposé à une atmosphère réductrice, la teinte violette s’atténue en bleuissant, donne à un certain moment une teinte bleu de lin assez pâle, comme j’ai eu l’occasion de le constater, et devient bientôt tout à fait incolore lorsque le manganèse est complètement passé à l’état de protoxyde MnO. Il est possible, d’ailleurs, que les
- (27) Des minerais de cobalt beaucoup plus abondants ont été découverts au siècle dernier en Nouvelle-Calédonie et au Canada.
- (28) Loc. cit.
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- verriers de Reims aient utilisé au xnr siècle cette propriété du manganèse de passer par une teinte1 bleue en atmosphère réductrice avant de se décolorer complètement, pour suppléer à l’insuffisance de la teneur en cobalt; mais il semble, en tout cas. d après la teinte souvent un peu violacée des verres bleus du xine siècle, qu'ils ne soient arrivés qu’imparfaitement au degré d'oxydation voulu du manganèse, très difficile à atteindre pour une niasse un peu considérable de verre.
- Quant au fer, on sait qu’en atmosphère oxydante il forme du peroxyde Fe'2Os donnant au verre une couleur variant du jaune au rouge brun, suivant sa teneur, et qu’en atmosphère réductrice il donne du protoxyde FeO qui colore le verre en vert bouteille plus ou moins foncé, et nous avons vu plus haut que, de temps immémorial, on corrigeait cette couleur verte par l’addition d’une proportion de bioxyde de manganèse (savon des verriers) juste suffisante pour ne laisser au verre qu’un ton vert pale très clair, sans atteindre le ton jaune du peroxyde de fer.
- Enfin, il est à noter que tous nos verres bleus contiennent une petite quantité d’oxyde de cuivre CuO. Comme celui-ci. quand il est en très faible proportion, donne au verre une teinte bleue aigue marine, il est probable qu’il a été ajouté intentionnellement pour corriger au besoin le ton bleu un peu violacé que donne l’oxyde de cobalt, pur en présence du manganèse.
- En définitive, comparés entre eux à la lumière d'une forte lampe électrique, qui différencie mieux les teintes que la lumière diffuse du jour, les verres bleus des quatre provenances nous ont donné les résultats suivants :
- Saint-Remi : bleu de ciel très pur (forte teneur en cobalt, absence de nickel, très peu de manganèse et de fer); — Chàlons : bleu grisâtre (un peu de nickel, forte teneur en manganèse amené sans doute1 à la teinte bleu de lin); — Cathédrale de Reims ; très beau bleu, mais fortement violacé (pas de nickel, teneur faible en cobalt., forte teneur en manganèse resté partiellement à l’état violet ) ; —Amiens : bleu grisâtre dans plusieurs verres (fortes traces de nickel, teneur en manganèse1 assez faible); bleu fortement verdâtre dans quelques verres non analysés, du certainement à une teneur importante de cuivre.
- Verres violets. — Les seu s qui1, nous ayons analysés proviennent des cathédrales de Reims et de Chàlons, l'envoi de Saint-Remi n’en contenant, pas, et ceux d'Amiens étant extrêmement peu colorés. Les verres analysés contiennent des proportions presque identiques de manganèse à l’état de MifO1, qui est le colorant principal, et de l’oxyde de fer avec des traces de cuivre; ce sont les éléments généralement associés dans les minerais naturels de manganèse (py roi usité impure) et qui donnent aux vitraux violets anciens le ton chair (du au peroxyde de fer), qu’on n’obtient jamais avec l’oxyde de manganèse pur.
- En examinant ces verres au microscope, on distingue aisément dans leur tranche les couches successives de verre cueillies pour obtenir la paraison. en raison de la rapidité avec laquelle la teinte de la masse contenue dans le pot et celle du verre pendant le soufflage varient sous l'influence de l'atmosphère qui les entoure.
- Ven >es jaunes. — Les seuls nettement anciens que nous ayons eus à notre disposition sont un des verres d’Amiens. d‘un beau jaune, et un des verres de Chàlons, beaucoup plus pâle. J'ai constaté que. dans les deux, le colorant est de l’antimoine ajouté au bain de verre sous forme de verre, ou crocus d'antimoine
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- TABLEAU DES ANALYSES CHIMIQUES DES VERRES ÉTUDIES
- saint -RKM I
- DK RKIMS CATHÉDRALE DE CHÂLONS (xm” s lia
- (A11e hikci.k) (XIIe sikci.e) I.Ej
- Rouge. Bleu. Rouge. Bleu. Violet.. Jaune. Rouge. Bleu. Violet. Y t* rt. Rouge. Bleu. Jaune.
- Silice (Si<U) 54,10 50,10 53,91 54,50 52,80 51,54 53,50 53,90 54,30 48,00 49,42 47,38 45,00
- Aride tilanique (TiO2) 0,10 traces 0,15 0,52 1 rares 1 races 0,20 0,20 tiares 0,10 » 0,12
- Aride sulfurique (SCO) 0,28 0,30 0,18 0,20 0,15 O cfl 0,09 0,20 0,20 ,, 0,08 traces (Z) G ‘<v
- Perle au l’eu 0,50 0,30 0,11 0,30 0,00 ^ pO 0,40 0.40 0,30 0,30 0,25 0,40 §1
- Alumine (AU();i) 3,30 4,30 3,02 0,84 3,82 4,24 3,00 3,90 4,20 5,70 2,01 3,64 1,15
- Chaux(CaO) 10,00 18,00 15,93 14,01 14,21 10,44 17,80 19,30 12,00 14,90 12,87 18,30 14,43
- Magnésie (Mg<>) 4,70 4,70 5,04 5,80 4,01 3,45 0,10 4,10 4,70 5,50 7.51 3,79 non dosé
- Pelasse (K-O) 15,10 10,70 13,07 13.43 13,80 12,15 15,00 12,20 18,70 18,10 18,84 20,80 20,60
- Soude (Na-O) 1,00 2,00 3,43 5,01 6,59 3,51 1,80 1,90 1,00 1,10 3,00 3,90 4,00
- Oxyde de plomb (PbO) 0,10 0,10 0,32 0,90 0,20 0,03 traces » » 0,17 traces 0,73
- — de bismulb (Ri2!)3) 0,08 » 0,50 » Cf) » 0,02 » » traces
- Métaux colorants : '!> O
- Oxyde de cuivre (CuO) 0,20 0,08 0,29 0,15 0,10 G G 0,13 0,13 0,02 1,81 0,35 0,10 O "G
- — de cidial 1, (CoO) » 1,03 » 0,22 » » 0,25 traces 0,00 ,, 0,28 c
- — de nickel (NiO) de manganèse (Mu11!)*) 1,22 né an t 0,03 2,01 tr. faible 2,08 1,82 1,83 0,80 néant 3,03 0,00 1,85 traces 2,39 1,11 fortes traces 1,10
- — de fer(Fo'RU) 1,00 0,95 2,04 1,57 1,50 2,07 0,84 0,79 1,20 1,65 2,55 1,20 2,05
- d’antimoine (Sb20:i) » » » » 0,20 » » » >> » » 0,45
- Total 100,00 100,47 100,10 100,03 100,32 99,55 100,32 99,09 100,11 99,52 100,89 »
- (322 LES VITRAUX DU MOYEN AGE. — DÉCEMBRE 1933.
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- TECHNIQUE ET COMPOSITION DES VITRAUX DU MOYEN AGE.
- 023
- (oxysulture d antimoine), bien connu des anciens, que l’on obtient aisément en grillant à l’air le minerai d’antimoine Sb2S3 (sulfure d’antimoine ou stibine), facilement fusible 29. L’oxyde de fer, assez abondant, contribue à foncer la teinte jaune de ces verres, dont le ton nous a paru plus cliaud que celui des innombrables verres jaunes des siècles suivants, teints à l’argent. Il est à noter que, d’après les auteurs anciens (et notamment d’après Théophile), la teinte jaune des verres s’obtenait soit par le fer, soit par le charbon : il n'est donc pas sans intérêt de constater que, dès le XIIIe siècle, comme cela s’est fait dans les deux ou trois derniers siècles, les verriers coloraient en jaune leurs verres avec 1’oxyde d’antimoine, plus facile à doser exactement que le fer ou le charbon.
- Verres verts. — Nous n’avons analysé qu'un seul verre de cette couleur, provenant de la cathédrale de Reims, ceux de Chàlons et d’Amiens nous ayant paru postérieurs au xme siècle ou d’un ton trop pâle pour que leur analyse présentât de l’intérêt.
- La coloration du verre analysé a été obtenue par le mélange d’oxyde de cuivre CuO (teneur de près de 2 p. 100. et de fer Fe203. la nuance étant quelque peu influencée parla présence d’un peu de cobalt et de beaucoup de manganèse.
- PLOMBS.
- Les verres de la cathédrale d’Amiens étant insertis dans des plombs datant pour la plupart de l’origine du vitrail, l’étude de ces plombs était particulièrement intéressante, de façon à contrôler ou à rectifier les opinions émises sur la fabrication des plombs employés dans les vitraux du moyen Age.
- Nous avons constaté, comme on l’admet généralement, que ces plombs ont été étamés à la surface. Les agents atmosphériques ont. détruit ou masqué cette pellicule d’étain, sauf en quelques parties au contact des verres (bien protégées par le mastic employé pour le sertissage) où l’étain est resté brillant : l’analyse chimique décèle aisément d’ailleurs la présence de ce métal à la surface1 du plomb. Celui-ci n’est pas constitué par du plomb pur, mais contient environ 3 p. 100 en tout de fer, de cuivre et aussi d’antimoine, qui a été ajouté sans doute intentionnellement [tour rendre le plomb un peu [dus résistant, les autres impuretés tenant à celles du minerai de plomb.
- Les plombs d’Amiens sont formés comme d'habitude de deux lames parallèles, renflées en leur milieu, appelées ailes, réunies à leur centre par une bande longitudinale. appelée âme ou cœur. Les espaces compris entre le cœur et les ailes sont les chambres, dans lesquelles on insertit les verres qui s'appuient sur le cœur et que l’on serre entre les ailes, après avoir garni la chambre de mastic pour bien assujettir les verres. Les dimensions des différentes parties des plombs d’Amiens sont les suivantes : espace entre les ailes. A mm: épaisseur du cœur, i mm: largeur extérieure des ailes. 6 mm.
- Le cœur des plombs d’Amiens porte toujours sur ses deux faces des guillochures en relief, présentant l’une ou l'autre des trois formes suivantes :
- (29) L’antimoine métolliquo lui-même était connu dès la plus haule antiquité, comme le prouve le fragment de vase provenant des fouilles de Cello analysé par Berthelot, qui l’a trouvé forme d'antimoine pur avec seulement des traces de fer. Ann. de chimie et de physique. 1887.
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- LES VITRAUX DU MOYEN AGE. — DÉCEMBRE 1933.
- i° Une résille formée de deux systèmes de traits inclinés à 45° sur la direction du cœur et, de part et d’autre de cette direction, ces saillies dessinant un damier de petits carrés de 1 mm de côté;
- 2° La superposition sur cette résille de saillies rectilignes perpendiculaires à la direction du cœur et écartées les unes des autres de 3 mm. Un même plomb porte souvent chacune de ces deux guillochures de part et d’autre du cœur;
- 3° Enfin, une guillochure en forme d’arête de poisson, à lignes très rapprochées, que je n’ai constatée que sur des plombs sertissant des verres de remplacement postérieurs au xme siècle.
- La présence de ces guillochures indique avec certitude que les plombs d’Amiens ont été obtenus par le procédé du rouet ou tire-plomb, encore usité aujourd’hui 30, et non par le procédé au rabot, comme on l’admet généralement d’après les dires de Le Vieil '31), qui affirme que les plombs du moyen âge étaient des plombs à rabot, beaucoup plus épais et grossiers que les plombs laminés au rouet, dont il fait remonter l’introduction en Fi ance par des verriers suisses aux dernières années du xvie siècle. Les guillochures que présentent les plombs des vitraux d’Amiens, guillochures très régulières et continues de chaque côté du cœur, ne peuvent avoir été produites que par le passage au laminoir de tiges de plomb préparées par coulée. De plus, l’épaisseur extrêmement mince du cœur des plombs d’Amiens (1 mm) n’est compatible qu’avec un procédé de laminage. Enfin, ces plombs, loin d’être grossiers, sont, au contraire, remarquablement lins pour l’époque, car leurs ailes n’ont que 6 mm de largeur, alors que, d’après Le Vieil, les ailes des plombs employés au xvne siècle pour l’exécution des fenêtres à vitraux, encore très usitées à ce moment, avaient 3 lignes de largeur, soit 6.77 mm. Il est donc probable que le tire-plomb d’Allemagne, cité par Le Vieil comme le prototype des laminoirs à rouet employés en France, a été simplement le perfectionnement d’un outil plus ancien, mais basé certainement sur le principe du laminage entre deux molettes.
- CONCLUSIONS.
- verres. — Les résultats que nous a fournis l’étude des verres de vitraux des xne et xme siècles de Reims, de Châlons et d’Amiens, peuvent en définitive se résumer brièvement comme il suit :
- 1° Les matières premières du verre blanc fondamental de ces vitraux consistent en sable et cendres de végétaux terrestres, contenant comme alcali de la potasse, avec addition d’une certaine quantité de sel marin, apportant de la soude, et d’un peu d’oxyde de manganèse pour neutraliser au moins en partie — suivant la coutume des verriers de toutes époques — la coloration due aux oxydes de fer. Les analogies et les différences de composition des verres que nous avons étudiés permettent d’attribuer les verres de Reims et de Châlons à un atelier (ou à une école) de verriers différent de celui d’Amiens :
- (30) Ce procédé consiste à faire d'abord, par coulée dans un moule, des tiges de plomb de dimensions convenables qu’on lamine ensuite entre deux molettes d’acier, laissant entre elles un intervalle égal à celui que l’on veut donner à l’épaisseur du cœur, la surface des molettes en contact avec le plomb étant guillochée en creux de petites rainures qui produisent, par la pression des molettes, des saillies sur le cœur du plomb et facilitent ainsi l’entraînement des tiges de plomb par les molettes.
- (31) Le Vieil, loc. cil., p. 210 et 213.
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- VrriîAL'X DU .MU Y K N AGE.
- TECHXIpUE ET COMPOSITION DES
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- 2,J Le verre en fusion a été travaillé par le procédé du soufflage en plateau, donnant des verres presque toujours gondolés, d'épaisseur très variable d'un point a un autre très rapproché, mais toujours supérieure à 2.50 mm et atteignant parfois 5 mm, alors que les verres des siècles suivants, d une épaisseur très constante, ne dépassant guère 2 mm, et très plans, paraissent avoir été soufflés en cylindre:
- 3° Les verres ont toujours été colorés dans la masse par des oxydes métalliques appropriés, à l'exception des verres rouges qui ont été formés d’un verre blanc doublé sur Tune de ses faces par une couche très mince unique de verre rouge, ou colorés par l’interposition dans le verre blanc de strates de verre rouge en nombre plus ou moins considérable et d'épaisseur plus ou moins grande, suivant la teinte plus ou moins foncée du verre rouge colorant, le nombre de ces strates atteignant plus d’une vingtaine dans les vitraux de la cathédrale d’Amiens;
- 4° Les matières colorantes des verres sont les suivantes : rouge, oxydule de cuivre Cu20; — bleu, oxyde de cobalt CoO, avec traces d'oxyde cuivrique CuO, dans tous les verres, le ton bleu étant modifié suivant les vitraux par la présence d’oxyde de nickel donnant un ton gris, ou de manganèse faisant passer la teinte au bleu de lin et au bleu violacé, s'il est en (excès: —jaune, oxysulfure d’antimoine, avec une certaine quantité de sesquioxyde de fer. donnant une teinte plus chaude au jaune produit par 1 antimoine; — violet, sesquioxyde de manganèse, sous forme de pyrolusite, minerai habituel du manganèse contenant ' toujours un peu de sesquioxyde de fer donnant un ton chair à tous les verres violets anciens: — vert. oxyde de cuivre CuO.
- Tous ces métaux colorants existent dans des minerais naturels répandus en diverses parties de la France, à l'exception du cobalt venant exclusivement de Sclmeeberg, en Saxe.
- plombs. — Légèrement durcis par une petite quantité d'antimoine ajouté sans doute intentionnellement, les plombs de sertissage ont été obtenus par laminage au rouet, puis clamés pour les rendre à la fois plus résistants aux déformations et moins sensibles aux agents atmosphériques.
- — Jtéccmbre l'Joo.
- 1321' Année.
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- BULL. DELA SOC. d’ENCüUU. POUR L'INDUSTRIE NATIONALE.
- DÉCEMBRE 1933 (p. 026).
- DISCOURS PRONONCÉ LE 19 JUIN 1933 A L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ANNUELLE DU COMITÉ GÉNÉRAL DES ASSURANCES ’>
- par M. Max Hermaxt. president du Comité général des Assurances.
- MESSIEURS,
- Le monde se transforme si vite qu'il est bien utile, chaque année, dans une corporation comme la nôtre, d’arrêter un instant son regard sur les problèmes fondamentaux. Vos sociétés ne sont pas seulement des fabriques de sécurité : elles sont aussi les auxiliaires de cet esprit de prévoyance qui témoigne et parfois mesure la confiance des hommes dans l’avenir. L'assurance n’est pas seulement une industrie : c’est une idée. Elle subit donc, à la lois, les effets de ce désordre économique et de ce désordre intellectuel qui se sont à notre époque, et par un malheur assez rare, engendrés réciproquement.
- Le désordre économique, vous le rencontrez à chaque pas dans les cinquante pays du monde où s’étend votre activité. Vos sociétés ont la mission, que nul ne peut leur envier par le temps qui court, de conserver et de faire fructifier normalement les capitaux qui sont en leur garde. Vos assurés sont des industriels, des commerçants, des agriculteurs, des armateurs, qui souffrent tous du ralentissement des échanges e! de la baisse des prix de vente; des ouvriers dont un grand nombre pâtissent du chômage1 total ou partiel; des familles qui sont atteintes dans leurs revenus parles moratoires, parla réduction des dividendes, par les retranchements monétaires et, surtout en France, par le foisonnement des impôts. Celui qui eut cherché, il y a trente ans, à prévoir des troubles aussi étendus et à déterminer dans l'abstrait leurs conséquences pour votre activité eut certainement conçu, dans la logique de ses prophéties, d’assez vives appréhensions. Il eût prédit, sans doute, un sérieux ébranlement de vos édifices, qui devaient recevoir de tous côtés les contre-coups des événements. Aussi serait-il surpris aujourd'hui de constater la solidité d’une structure qui subsiste entière sans broncher. Mais il n’aurait point de- peine à en découvrir les causes et à compléter après coup ses prévisions. Car il est, croyons-nous, parfaitement clair que l'exceptionnelle gravité de la secousse économique s’explique principalement par la concentration excessive d'un grand nombre des entreprises humaines, et l'on aperçoit que l’assurance, depuis un demi-siècle, a été amenée, par son mouvement le (dus naturel, à se prémunir, dans la mesure du possible, contre les dangers de cette concentration.
- Ce n'est point ici le lieu d'analyser longuement ces dangers. Depuis une quinzaine d’années, la disparition partielle des petites entreprises et des entreprises moyennes, les fusions successives, l'admiration inconsidérée pour un gigantisme industriel, dont nous avons vu les exemples en Amérique et en Allemagne, ont conduit à des conséquences extraordinaires, et fait d’une crise qui venait à son heure
- il) Siège social, 29, rue de C.hàleaudun, Paris (9").
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- IJvS FnliMEs NOUVELLES DE L'ASSURANCE.
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- normale une sorte d événement géologique. Comme le rappelait récemment M. Rueff. la concentration démesurée des entreprises a précipité les créations factices de crédit, empêché le libre jeu de la loi des prix, détruit tout équilibre entre les Irais d établissement et les frais de fabrication, supprimé par là même la possibilité d un repli temporaire de la production, éloigné le cerveau des membres en hyperlrophiant les organes administratifs: elle a développé enfin chez les chefs responsables un esprit d’imprudence financière, leur donnant dans les jours heureux 1 illusion d une puissance sans bornes et, pour les mauvais jours, la dangereuse certitude qu une chute serait trop grave pour que l’État refusât son appui. Ainsi les apôtres forcenés de Y « organisation » ont-ils désorganisé le monde, en tant que le monde vit des produits du travail industriel.
- Parallèlement, quoique sous une forme dillerente. c'est encore la même erreur qui a apporté le trouble sur le marché des produits de la terre; nous avons assisté, dans certains pays de grande production, au développement contre nature de l’agriculture en série, et le monde des paysans, qui est le moins artificiel de tous, est profondément ébranlé par la concurrence d'exploitations trop modernes, aussi raisonnées que déraisonnables. Lorsqu'on parle de semailles qui seraient faites par des avions, comment ne pas penser à ces familles paisibles, qui vivent avec leur bon sens dans la maison traditionnelle et cultivent une terre modeste dont elles aiment et connaissent le moindre repli? Partout la vie normale de l’homme se trouve menacée par la création presque soudaine de trop vastes exploitations, qui ne sont pas nées, comme on le croit souvent, d’un calcul habile, mais d’une imagination déréglée.
- En présence de ce danger, qui s’est violemment étendu dans les années récentes, mais (pii date déjà d’assez loin, 1 assurance, depuis un demi-siècle, a eu le réllexe d’un organisme naturel qui porte en lui ses anti-microbes et qui réagit par avance contre la maladie. L’ampleur de certains risques, sur terre et sur mer. posait un problème nouveau. D’immenses usines, de vastes magasins, des paquebots géants ne pouvaient être assurés dans les mêmes conditions qu’un nombre presque infini d’entreprises éparpillées. Il fallait, pour les sociétés d'assurances, ou bien suivre le mouvement et, par une extension grandiose de leur capital et de leurs réserves, se mettre en mesure de garantir des risques 'démesurés, ou bien, au contraire, diviser ces risques, les répartir, et défaire en ce qui les concernait les périls de la concentration économique.
- La première méthode eut certainement conduit à ces désastres. Elle n eut lait que transférer le risque de l’assuré à l’assureur; quelles (pie fussent les garanties de solvabilité de ce dernier, un sinistre important lui eut porté un coup et eut ébranlé son crédit, aux dépens de la masse de ses assurés individuels.
- Si les sociétés d’assurances ont évité cette erreur et choisi la seconde méthode, c’est qu’elles trouvaient dans leur propre technique les ressorts nécessaires : il leur suffisait de s’assurer elles-mêmes, et ce fut l’origine de la réassurance. Celle-ci jouant pleinement son rôle par des rétrocessions successives, les risques importants ne sont pas seulement déplacés : ils sont véritablement vaincus. Il n'y a plus de risques géants: chacun d’eux se décompose, et il ne subsiste que des risques d’un ordre de grandeur modeste, tous comparables entre eux, susceptibles d’entrer à égalité dans
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- LES FORMES NOUVELLES DE L’ASSURANCE. — DÉCEMBRE 1933.
- les calculs de l’assurance. Survienne un gros sinistre : des centaines d’assureurs concourent à en payer les frais, et les répercussions financières s'arrêtent là ; les autres assurés de la société qui en subit le premier choc, ne s’inquiètent nullement; ils savent parfaitement que la solvabilité de l’assureur n’est menacée en rien. C’est un mécanisme qui évite les heurts, un système, en un mot, d'économie pacifiée.
- Ce système, dont l’invention fut naturelle, s’est développé selon les lois de sa nature. L’inconvénient de la réassurance eût été de retarder la signature des polices, et les besoins du public exigent la rapidité: ce n’est souvent que la veille du départ d’un bateau que l'on connaît sa cargaison; les stocks d’une usine ou d’un magasin changent sans cesse et des modifications de la police d’assurances doivent pouvoir se faire en temps utile; le particulier qui achète une automobile désire s’en servir immédiatement, et ainsi de suite. Toutes ces nécessités pratiques ont conduit à la réassurance automatique, fonctionnant en vertu d’un traité général entre l’assureur et le réassureur, qui se trouvent associés d’une manière permanente. La souplesse et le caractère pratique de ce mécanisme sont évidents. Mais la réassurance ainsi perfectionnée doit se préserver contre le danger des « cumuls ». De là ses derniers développements.
- Pour que les cumuls inévitables n’élèvent sa responsabilité totale par sinistre qu’à un montant raisonnable, le réassureur ne doit conserver qu’une portion très faible de chacun des risques qui lui sont cédés par des assureurs divers. Cette prudence est la condition de son crédit, c’est-à-dire de la sécurité de la clientèle. Elle s’étend aux assureurs directs, qui sont aussi réassureurs, et qui, d’ailleurs, ont à redouter le cumul des risques voisins. D’où l’organisation actuelle. La réassurance, sous sa forme la plus moderne, facilite la division des risques en même temps qu’elle fait sentir davantage la nécessité de celte division. La conséquence est, d’abord, de développer l’usage de la réassurance, à laquelle il est fait appel non seulement pour les gros risques, mais aussi pour les risques moyens: ensuite, de nécessiter l’intervention simultanée de réassureurs extrêmement nombreux, c’est-à-dire, en fait, des assureurs du monde entier. Ces interventions, qui s’enchevêtrent sans cesse, aboutissent à associer les uns aux autres, par des liens réciproques et quotidiens, les assureurs de tous les pays.
- Dans le désordre économique du temps présent, nombre de bons esprits commencent d’apercevoir les avantages que présentent ce réseau d’échanges de place à place, ce partage de responsabilités de pays à pays, cette association internationale des intérêts que l’on voudrait, pour le bien général, voir étendre dans tous les domaines. Le propre du système est, d’ailleurs, de créer cette association d’intérêts d’une manière directe, de société française ou anglaise à société italienne ou américaine, souvent d’homme à homme, sans passer par l'intermédiaire t/’organismes nationaux. Grouper une profession dans le cadre national, pour traiter avec d’autres groupements nationaux, c’est une méthode parfois utile, mais qui ne se justifie' qu’à défaut delà méthode directe. Elle peut permettre' des ententes, mais aussi préparer des conflits, et des conflits nationaux. Au contraire, des associations d’intérêts et de travail, nouées sans distinction de nationalités, entre institutions privées de pays divers, et s’enchevêtrant selon les aflinités de chacun, réalisent à proprement parler une suppression partielle des frontières. En fait, au moment où le monde souffre, à l’évidence, du nationalisme économique, de la politique d’autarohie, des
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- murailles de Chine qui appauvrissent l’ensemble de la population de la terre et risquent de dresser un jour les peuples les uns contre les autres, au moment où les échanges internationaux se sont réduits dans la proportion que tout le monde connaît. le régime d’échanges internationaux organisé par l’assurance et la réassurance continue à son rythme normal. A cet égard encore, il apparaît comme un régime d’éconoinie pacifiée.
- C’est un système, enfin, qui « organise » la production de l’assurance, mais en laissant jouer le mécanisme des prix. Pour les petits risques, et le fait n’est pas indifférent au point de vue social, la concurrence' fonctionne à plein; la réassurance, c’est-à-dire l’association des producteurs d'assurance, n’intervient que pour les risques d’une importance assez grande et cette association se réalise spontanément d’une manière d'autant plus vaste que les risques sont plus importants. En France, par exemple, le petit consommateur est en présence de plusieurs centaines d’organismes, vendant au détail la marchandise-assurance et se disputant la clientèle; parmi ces organismes, il en est d'étrangers, comme il rst des succursales de sociétés d’assurances françaises dans cinquante pays différents; aucun droit de douane, direct ou déguisé, aucun protectionnisme n'intem'ent: aucun recours à l’état n’a eu lion pour élever artificiellement les prix. Quant aux gros risques, à l’exception d’un très petit nombre de cas d’espèce, où le concours de tous les assureurs du monde est nécessaire, le système de la réassurance' permet de les couvrir dans un régime de concurrence analogue à celui des grandes adjudications. Dans l’ensemble, nous sommes en présence d’une organisation mesurée dans ses eifets, qui s’est fixée d’elle-même à moitié route entre l’économ ie anarchique et l’économie artificiel le. Cette organisation (et c’est sa force) apparaît comme le résultat de patientes recherches, nées de la nature même de notre industrie, du mouvement nécessaire de sa technique, du bon sens et de l’ingéniosité des praticiens; elle n'a pas les défauts d’une organisation créée de toutes pièces, en vertu d’un raisonnement a priori.
- Mise à l’épreuve du désordre économique, l’assurance a montré sa vitalité; mais elle subit aussi l’épreuve du désordre intellectuel.
- Aux regards de la philosophie, il n'est pas indifférent de voir les risques de chaque pays supportés en définitive par l’ensemble des pays du monde, la France contribuer à la réparation d’un incendie au Caire, ou le Japon aux frais du naufrage d’un bateau brésilien. Ce partage des risques, étendu à l'humanité tout entière, cette mutualité universelle, dont il est assez peu d'exemples, constitue dans le monde présent un fait sociologique dont la portée est incontestable.
- En outre, les nations de haute civilisation se trouvent ainsi faire bénéficier les peuples moins avancés des avantages de cette mutualité universelle, mise en œuvre grâce aux progrès d’une technique et au savoir professionnel des gens expérimentés.
- Mais par un de ces paradoxes qui remplissent l'histoire, c’est au moment où les distances sont abolies, où les hommes des cinq parties du monde communiquent entre eux avec une facilité, une rapidité presque déconcertantes, que le sens de l’universel s’est pour ainsi dire atrophié.
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- L’erreur fondamentale, c’est de mêler chaque jour davantage les décisions politiques aux travaux de l’économie. Les événements politiques, en effet, sont par essence nationaux ; les lois et les décrets sont des décisions prises par des hommes dont la souveraineté s’exerce sur le domaine bien défini de leur propre paiys. A mesure que les problèmes économiques deviennent des problèmes politiques ils ((('viennent donc des problèmes nationaux. L’exemple le plus frappant est celui des divagations monétaires. La monnaie, qui devrait être entièrement indépendante de l’état (n’est-ce point là un des principaux progrès du xixe siècle?) se trouve, en fait, soumise à l’influence indirecte mais décisive des actes de l’autorité politique. Aussi, depuis quinze ans, la monnaie varie-t-elle dans chaque pays; les diverses nations n’ont plus de commune mesure pour leurs échanges ; il n’est rien qui puisse les séparer davantage. Au cloisonnement politique du monde s’est superposé un cloisonnement monétaire. Partout les pouvoirs politiques ont mis la monnaie en esclavage, et la monnaie, instrument de liaison par essence, est devenue un instrument d’occlusion.
- Ces événements éclatants n’ont pourtant pas été compris de tous, bien loin de là. Chaque jour, en France, un parti, figé dans une doctrine déjà ancienne, s’efforce à « nationaliser » la vie économique; à côté de nous, l’économie allemande achève de s’intégrer dans l’état hitlérien. Les uns aperçoivent clairement, les autres refusent de voir où ce nationalisme économique est en train de conduire le monde. Il saute aux yeux, pourtant, qu’à travers les frontières le rapprochement des états est plus difficile que celui des individus, et que la sagesse, pour les états, serait de limiter leurs emprises pour laisser les individus se rapprocher. C’est cela qu’il faut faire, si l’on veut véritablement la paix.
- Mais la difficulté est grande, tant que la masse ne voit pas clairement le problème et ne conçoit pas avec une certaine force les dangers d'étendre à tous les domaines de la vie les pouvoirs de la souveraineté.
- A la vérité, une confusion extrême est dans tous les esprits, lorsqu’on parle de la nation ou de l’étal; et l’un des nœuds de la difficulté se trouve précisément dans cette idée de l’assurance qui est l’objet de nos préoccupations.
- « A l’égard de la prévoyance sociale, — écrit, dans un de ses plus beaux livres, « M. Lucien Romicr, - le caractère français est encore plus individuel que pour « le reste, parce que le citoyen s’estime mieux placé que personne pour apprécier « son propre cas, calculer ses chances, satisfaire ses besoins, couvrir ses risques. « 11 n’admet pas que l’on prétende assurer sa vie malgré lui, alors qu’il met préci-« sèment tout son amour-propre à se faire une vie libre et indépendante. Il juge, « d’ailleurs, ridicule que l’état, modèle d’imprévoyance, veuille lui imposer la pré-« voyance, à lui citoyen d’un peuple réputé pour son économie et son habitude de « l’épargne.- Et s’il lui plaît, par hasard, de dépenser son argent, qu’on le laisse tran-< quille! Voilà le tempérament français, immuable : on ne pourrait le changer « qu’en détruisant la race. Mais l’état, c’est tout autre chose. L’état, ce n’est pas le « reflet du tempérament national, c’est le reflet des idéologies de partis. Ici la pas-k sion du système abolit le sens de la vie pratique. »
- On ne saurait trop méditer sur cette antithèse. Le citoyen veut être libre; il tient ses risques pour des risques personnels, et il s’assurera comme il l’entend. C'est là
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- LES FORMES NOUVELLES DE L'ASSURANCE.
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- notre conception des choses. Quand nous parlons de la liberté d'assurance, nous pensons avant tout à la liberté des assurés, et nous avons le sentiment que l’acte que chacun fait en s’assurant implique une conscience de ses devoirs familiaux, une iaculté de prévoyance, un attachement aux êtres ou même aux objets qui lui sont chers, tous sentiments qui expriment et qui en même temps renforcent une certaine dignité de l’individu. A l'opposé, la doctrine socialiste conçoit les hommes comme il étant que les membres d une communauté qui gère pour eux toute leur existence; l’assurance devient un mécanisme automatique, une sorte de salaire à rebours payé par les citoyens à cette communauté pour les délivrer de leurs risques, c’est-à-dire d’eux-mêmes.
- Ce n’est que par un abus de langage, habile d’ailleurs en raison de la popularité du mot, que l’on peut, dans ce système, parler encore de mutualité. L’assurance individuelle, telle que nous la pratiquons, est uni1 mutualité; la concurrence des assureurs garantit à chaque citoyen la possibilité de couvrir son risque au juste prix : chacun paie pour sa part; chacun a son risque et s’assure pour le prix que vaut son risque. Dans le régime rêvé par le socialisme, au contraire, l’état ôte à chacun son risque, édicte1 l’assurance obligatoire, la églemcnte à son gré, fait payer à chacun une part arbitraire1 de l’ensemble des risques » nationalisés », tend à égaliser les taux parce qu’il est obligé d'adopter des règles générales et qu’en l’absence de concurrence une prime plus basse serait une faveur. Le citoyen n’a plus son risque; il n'a plus le même intérêt à le réduire; tout effort moderne de la prévention se trouve sacrifié. Le citoyen n’est j>Ius qu’un exécutant : la pensée1, l'action, la volonté, la décision sont réservés aux organes qui dirigent l'étal.
- Ce n’est pas le mot d’ « assurance » qui exprime l’idée d’un tel programme. Il est entièrement faux de dire que l’état, dans h1 régime socialiste, deviendrait une vaste société d’assurances. Il deviendrait en réalité le chef unique d’une armée1, de soldats occupés à des besognes civiles, enrôlés d’office à perpétuité, comme les abeilles d’un essaim.
- La confusion est purement verbale, mais nous savons la forci1 des calembours. L’idée peut être creuse et le mol faire for.lune ; on l'accrédite en le répétant. Aussi le désordre intellectuel est-il aujourd’hui plus grave peut-être que le désordre économique. Le désordre économique est passager; ou a beau jeu de plaisanter les gens qui veulent toujours assister à un spectacle d’histoire et qui savourent le plaisir de contempler la fin d'un monde. Mais le désordre intellectuel n’est pas un phénomène cyclique. Il a chance de durer, s’il n’est balayé bientôt par un mouvement de l’esprit, par une sorte d’humanisme social. C’est pourquoi nous avons ici le sentiment de défendre, au-dessus des intérêts dont nous avons la charge, une vérité assez haute, pour en limiter l’expression au problème de notre ressort : l’assurance par sa nature, est pour l’homme un affranchissement; qu’on n'en fasse point une servitude.
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- BULL. DE LA SOC. D’EXCOUR. POUR i/lXDUSTRIE NATIONALE. -DÉCEMBRE 1933 (p. 632).
- L’ŒUVRE SOCIALE DE LA CAISSE DE COMPENSATION DE LA RÉGION PARISIENNE
- par M. Etienne Villev. directeur du Groupe des, Industries métallurgiques, mécaniques et connexes de la Région parisienne.
- La question du régime des allocations familiales a été mise à l’ordre du jour des préoccupations patronales par les dispositions de la loi du 11 mars 1932, qui a rendu obligatoire l’adhésion des établissements aux caisses de compensation. Cette réglementation nouvelle entre présentement en vigueur, par catégories d’industries.
- Le moment est donc venu d’établir l’inventaire de l’œuvre ainsi accomplie par le patronat, d’en analyser les caractéristiques et de dégage]- les conclusions que comporte l’évolution qu’elle a suivie.
- En présentant la monographie de la Caisse de Compeyisalion de la /légion parisienne, nous ne nous référons qu’à l’un des quelque 200 organismes similaires qui se sont pareillement développés par toute la France, sous l’impulsion du Comité central des Allocations familiales; du moins s'agit-il, en raison de la densité de la population laborieuse sur le territoire de sa compétence, de l’un des plus importants et des plus représentatifs.
- Il n’est pas nécessaire d’insister longuement sur le mécanisme technique du régime des allocations familiales, qui est aujourd'hui bien connu. Les employeurs, groupés dans la caisse de compensation, ont adopté un barême d’allocations mensuelles et de primes, qui sont accordées aux enfants des employés et ouvriers occupés dans leurs établissements; ils ont élaboré un règlement qui précise les conditions et la procédure d’attribution de ces prestations. Quant aux dépenses correspondantes, il les répartissent également entre eux. comme en une sorte' d’organisation mutuelle, de telle façon que la charge s’établit uniformément entre tous.
- La Caisse de Compensation de la Région parisienne fut fondée sur ces bases en mars 1920 par M. Pierre Richemond 1 . Elle comptait alors 490 établissements, employant quelque 150.000 travailleurs.
- Celte initiative, par elle seide, consacrait deux principes importants, dont il v a lieu de souligner la portée.
- Elle ouvrait, tout d’abord, la voie à une certaine conciliation entre les deux len dances principales qui agissent en sens contraire sur la rémunération du travail. Celle-ci doit tenir compte, d’une part, de la concurrence économique; elle doit tenir compte, d’autre part, des besoins de l’exécutant. Le régime des allocations familiales, complété par la compensation des charges, permet de faire face, dans une mesure très appréciable, aux besoins les plus impérieux et les plus intéressants du salarié, — ceux qui proviennent de ses charges de famille, — tout en ne grevant que très modérément les frais généraux des fabrications. Il est permis de penser qu’une
- (t) M. Pierre Richemond, membre du Conseil de la Société d’Encouragement, a exposé iui-mème. dans le Bulletin de mars-avril 1920, p. 236, l’organisation et le fonctionnement du nouvel organisme.
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- L ŒUVRE SOCIALE DE LA CAISSE DE COMPENSATION PARISIENNE.
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- telle formule, si l’application en est poursuivie logiquement, sans crainte de limiter assez strictement la part du célibataire au profit de la famille, est de nature à contribuer puissamment à l'apaisement des difficultés qui marquent traditionnellement la fixation du salaire, et à constituer l'une des assises d’un régime rationnel du travail, adapté aux conditions actuelles.
- La mise en œuvre du régime des allocations familiales, tel que nous l’avons décrit, illustrait pratiquement une autre vérité, qui doit être considérée comme essentielle, savoir: l’impérieuse nécessité de l'union, de l'association, du groupement. pour l’obtention de résultats à l’échelle des besoins modernes. Il est regrettable qu’il soit utile d’insister sur cette constatation, qui semble évidente. Telle est cependant la force persistante des tendances individualistes qui se sont conservées chez nous, qu’il est opportun de souligner cette constatation. Il faut faire toucher du doigt que, sans le principe de solidarité consacré par la compensation des charges, le régime des allocations familiales n’était pas viable, puisque les nécessités de la concurrence eussent conduit les établissements qui l’auraient pratiqué, à diriger leurs embauchages de façon à le rendre le moins onéreux possible. — en sorte qu'il se serait retourné contre les salariés les plus chargés de famille, c’est-à-dire les plus intéressants 1
- Puissent les industriels méditer l’enseignement que comporte ce l'ait précis, et bien comprendre que. sur tous les domaines, l’évolution moderne exige, plus impérieusement que jamais, la conjonction des efforts, la coordination des initiatives et des charges, la collaboration parfaite de tous les facteurs individuels. Pomme il symbolise et résume bien, et mieux encore qu’il y a vingt siècles, la vie du travail moderne, le mot que Poulbot illustrait délicieusement sur une brochure de propagande éditée voici quelque dix ans par la Paisse de Pompensation de la Région parisienne : ræ s-oli!
- Les progrès rapidement réalisés par la Paisse de Pompensation de la Région parisienne permirent bientôt un développement nouveau et particulièrement intéressant de l’initiative du patronat.
- Pomme l’exposait M. Pierre Richemond dans une causerie à la Phambre de (Commerce de Paris, en février 1922, l'organisation des prestations aux enfants des employés et ouvriers, rétablissait le contact, que la concentration industrielle avait progressivement amenuisé, jusqu’à le rompre souvent, avec la famille du salarié.
- « Autrefois, disait-il. le patron pouvait connaître, connaissait ses ouvriers. Sa « femme, souvent, s’inquiétait des infortunes, des misères passagères survenues au « foyer, et savait les soulager.
- « Pette intervention est devenue très rare, presque' impossible dans l'usine u moderne, en raison des circonstances inhérentes au temps où nous vivons, et à « l’évolution des mœurs.
- « Mais, par contre, les œuvres d’assistance de toutes sortes, qui n'existaient pas « autrefois, se sont multipliées à l’infini dans Paris et sa banlieue.
- « Nous avons pensé que, là où le patronat ne pouvait plus intervenir en personne. « il pouvait cependant mettre ces œuvres diverses, qui ne demandent qu’à donner « leur plein rondement, en rapport avec les familles laborieuses atteintes de misères « physiques ou morales, qui sont accoutumées à se suffire normalement tant bien
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- « que mal, mais qui ont, la plupart du temps, la plus complète ignorance de l’exis-« tence de ces œuvres ou du secours qu’elles peuvent leur apporter en cas de mala-« dies ou de charges trop lourdes qui les mettent dans un cruel embarras.
- « Nous avons pensé que les allocations que nous distribuons auraient une efti-« cacilé plus grande si elles étaient complétées par des conseils, par un appui « moral. »
- Le détour, adapté aux circonstances, qui faisait ainsi revivre le lien normal entre l’entreprise et la famille ouvrière, conduisait aux réalisations magnifiques qui furent progressivement mises en œuvre.
- L’exposé succinct en a été présenté, par M. Pierre Ricliemond, le 30mai dernier à l’occasion de l’inauguration, par M. le Président de la République, du Centre parisien, 10, rueViala, Paris (15e), où sont maintenant installés les Services de la Caisse de Compensation de la Région parisienne, conjointement avec les Services sociaux du Groupe des Industries métallurgiques, mécaniques et connexes de la Région parisienne :
- « .Je n’ai jamais caché qu’au début, nous étions guidés vers le régime des allo-« cations par une idée pratique : la régularisation des salaires adaptés à la vie chère, u Toutefois, nous y voyions aussi une intéressante application de philanthropie, « dominée par une préoccupation d’ordre social, aboutissant à un accroissement de « ressources au profit de la famille, et permettant qu’en cas de crise les licenciements « soient volontairement conduits de telle façon que les travailleurs chargés de famille « souffrent sensiblement moins que les autres du ralentissement des fabrications.
- « Mais, quand, au fur et à mesure que progressait notre œuvre, orientée vers la « préoccupation de l’enfance, nous avons songé tout naturellement à confier à l’admi-« rable diplomatie féminine la mission de porter au foyer les conseils el les soins de « l’hygiène prénatale et de] la puériculture; quand nous avons louché du doigt les « résultats donnés par l’essai que nous avons pratiqué, en 1922, avec cinq in/irmières-« visiteuses groupées sous la direction de Mlle Henrotte, qui est demeurée la plus « dévouée et la plus active de nos collaboratrices delà première heure; quand, enfin, « nous avons constaté, non seulement que la mortalité infanlile tendait à être, dans <( le personnel ouvrier de notre caisse, la moitié de ce qu’elle esta Paris, quartiers « riches compris, mais encore que l’élément de sécurité apporté par nous à la « famille contrecarrait, dans une proportion très appréciable, la tendance à la déna-« talité, — nous nous sommes rendu compte que nos buts primitifs étaient singu-« lièrement dépassés.
- « Et nous avons intensifié notre action, et nous lui avons donné tout le dévelop-« pement qu’elle comportait.
- « Aujourd’hui, nous avons 108 infirmières-visiteuses, toutes diplômées. En 1932. « elles ont fait 187.580 visites à 45.120 familles et distribué 8.575 layettes.
- « Elles ne sont pas des infirmières soignantes ; ce sont plutôt des assistantes sociales, « qui cherchent à apporter toutes les formes d’aide sociale correspondant aux « diverses difficultés que peut éprouver la cellule familiale.
- « C’est ainsi que leur technicité s’exerce en matière de maternité et d’hygiène « infantile : en 1932. 17.869 visites prénatales. 20.310 visites de nourrissons.
- a C’est ainsi qu’elles s’occupent de l’hygiène de la famille et du foyer, prodi-« guent leurs conseils, provoquent la visite médicale de telle mère insouciante ou
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- « de tel enfant suspect; en 1932, 15.813 enfants de plus de 2 ans et 13.464 adultes « ont été orientés sur des consultations diverses. 4.555 traitements d’eufants ont « été commencés.
- « Par ailleurs, la visiteuse s’occupe des démarches administratives que les « familles n’ont pas su entreprendre (11.000 démarches de l’espèce en 1932). orga-« nise le placement des enfants, soit pour une longue durée, soit en colonie de « vacances (3.250 enfants ont effectué, en 1932, des séjours à la campagne, à la mer « ou à la montagne).
- « Nos visiteuses s’intéressent à l’avenir de nos enfants allocataires. Aussi laques-« lion d’orientation, si complexe, a-t-elle retenu notre attention. C’est en vue de
- Fig. I. — Le dispensaire de la Caisse de Compensation de la Région parisienne, pour charges de famille, 10, me Viola, Paris (13e) : les visiteuses conduisent les enfants aux consultations.
- « répondre à ce problème éminemment actuel, que nous avons ouvert dans cet « immeuble, au mois de novembre dernier, un laboratoire de psychologie et d’orien-« tation. Il donne aux parents des indications précises, basées sur l’examen de psy-« chologie très complet subi par chaque sujet; ses dispositions naturelles, intellec-« tuelles et manuelles, ses qualités et ses défauts, sont ainsi mis en lumière et perte mettent une déduction pratique d’orientation. Ce service s’adresse aux enfants nor-« maux qui, arrivés à la fin de leurs études, doivent faire choix d’une profession, « mais aussi aux retardés, aux indisciplinés de l’école, dont il découvre le point « faible, qui est souvent une tare physique. Il s’intéresse enfin aux cas de mésen-« tente familiale, d’enfants mal adaptés à leur milieu. Il a pris un très rapide déve-« loppement, les services officiels de neuro-psychiâtrie, de psychologie et d’orien-« tation ayant eu leur attention attirée sur les résultats pratiques que nous obtenons.
- « Enfin, la partie la plus attachante du rôle de nos infirmières-visiteuses est peut-
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- « être leur action morale au foyer. Notre Service social tient à garder, vis-à-vis des « familles ouvrières, le sens éducatif de l'encouragement à l’effort personnel. Il ne « se contente pas de procurer l’aide matérielle; il tend à réveiller chez l'individu « abattu, la flamme qui en fera le vrai collaborateur de l’effort social; il veut lui « donner le désir de lutter lui-même. Nos visiteuses sont « de la famille »; elles sont « l’amie qu'on attend, l’appui et le réconfort sur lequel on compte, et leurs avis « amicaux sont toujours écoutés.
- « Aussi reçoivent-elles leur meilleure récompense, celle à laquelle elles tien-« nent par dessus tout, dans l’accueil qui leur est fait par les familles. A l’origine, » elles ne se rendaient qu'à l’invitation de nos adhérents, qui leur signalaient les « familles ouvrières à voir. En 1932, à peine 2.000 familles sur 43.120 ont été visi-« técs sur l’indication des employeurs; toutes les autres Vont été sur leur propre « demande. Et nous ne comptons plus les lettres touchantes que reçoivent ces dames « ou que nous recevons pour elles, et qui les tiennent au courant des menus inci-« dents du foyer. Il est impressionnant de voir leur chaleur quand elles soutien-« nent près de nous une cause, leur émoi quand elles craignent de la perdre, leur « joie quand elles l’ont gagnée.
- « M. le Président de la République, il me faudrait des heures pour détailler « l’activité, le dévouement éclairé de ces collaboratrices, auxquelles va l’hom-« mage de notre admiration et de notre reconnaissance. Dans cet immeuble, oii elles « ne font que passer quelques heures par semaine pour leurs rapports, vous verrez,
- « au 4e étage, l’état-major qui les dirige.
- « Et je dois dire et répéter tout de suite, que nous ne serions jamais arrivés à de « pareil résultats sans l’intelligence, l’activai té et le sens social aigu de notre directeur.
- « M. Maignan, sans l’apostolat ingénieux de la directrice hors de pair de notre « Service social, Mlle la surintendante Idardouin, sur le mérite de qui j’ai appelé « l'attention bienveillante de M. le Ministre de la Santé publique.
- « Je terminerai cet exposé succinct, par une énumération rapide de nos autres « champs d’activité.
- ^ En 1927, à la demande de quelques industriels, nous avons organisé des cours « d’enseignement ménager, dans le cadre de la loi instituant la taxe d'apprentissage.
- « L’essai fut concluant. Nos 10 centres formant 11 cours professés à 130 élèves,
- « sont devenus à l’heure actuelle 68 centres formant 163 cours professés à 2.043 élèves.
- « Ces cours sont installés dans les usines mêmes pour les établissements importants,
- « ou dans des écoles municipales, des patronages, des cités-jardins. Nous visiterons « l’un d’eux, qui est installé au 4e étage avec le Service central de l’Enseignement « ménager. Nos jeunes filles et jeunes femmes y apprennent tout ce qu’il est néces-« saire à une bonne maîtresse de maison de savoir et ce que beaucoup de mères de « famille ignorent : coupe, coulure, mode, raccommodage, blanchissage, repas-« sage, cuisine, hygiène médicale, puériculture; nous donnons en récompense, à « celles qui se sont montrées assidues, les matériaux nécessaires pour se confec-« tionner un trousseau.
- « Mais nous nous occupons aussi de leurs loisirs. Une bibliothèque bien choisie « leur est ouverte. Nous les réunissons dans des cours de « bricolage », où elles c apprennent mille choses utiles pour décorer et enjoliver leur intérieur, des cours de « chant et de rythmique. Nous organisons pour elles des promenades dans les musées.
- « à la campagne.
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- « Et je tiens à nommer la fée animatrice de ce département de notre œuvre.
- « 1 extraordinaire Mlle Desmoulin, dont je ne sais ce que je dois le plus louer. « le zèle entraînant ou l’esprit spirituellement inventif et réalisateur.
- « Enfin, Faction que nous avons développée à Paris a été complétée par l'orga-« nisation à Brénod, dans l’Ain, d’un camp pour jeunes tilles, réservé aux élèves de « nos cours, lesquelles, au nombre de 460 en 193:2. ont été passer 10 jours de repos « dans le Jura.
- « Notre caisse compte également à son actif : un centre de nourrissons à Mandres, « un petit centre de repos à Nogent-sur-Vernisson, et deux dispensaires, dont l’un « îéalisé, rue de l’Aqueduc, en 1930, a donné l’an dernier plus de 18.500 eonsul-
- « tâtions, et dont l’autre, occupant le 3e étage de cet immeuble, fonctionne depuis
- Fig. 2. — Une des salles du dispensaire de la Caisse de Compensation de la Région parisienne, pour eharges do l'amille, lu, rue Viala, Paris (15e).
- « le début de 1933. Ce second dispensaire, qui rencontre tous les suffrages des « nombreux et éminents médecins et chirurgiens qui nous prodiguent leurs coure cours de spécialistes, fera l’objet principal de la visite d’aujourd'hui.
- « En dehors des bureaux administratifs qui occupent le 1“ (9 le 2e étages et occu-« peront plus lard le 6e et le 7*', notre centre comprend encore, au 3". le réfectoire « du personnel, une infirmerie, une pouponnière et une garderie d’enfants.
- « Au rez-de-chaussée se trouve le Cercle de la rue \ iala, créé par le Groupe des « Industries métallurgiques et mécaniques delà Région parisienne, pour permettre « aux jeunes ouvriers de trouver, dans une atmosphère familiale, des distractions et l( des soins. Il comprend notamment : une salle de gymnastique, des salles de jeu u et de conférences, une bibliothèque, un buffet, une salle de douches et un service « d’hospitalisation. »
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- L'exposé de ce second aspect, ce second stade de révolution de la Caisse de Compensation de la Région parisienne, permet également de dégager quelques observations générales que nous aurions garde de passer sous silence.
- C'est d’abord une nouvelle confirmation de l’absolue nécessité de la solidarité, du groupement des efforts et des sacrifices individuels pour l’obtention des résultats nécessaires. X’est-il pas évident que ces réalisations, d'une incontestable importance sociale, sont inaccessibles à la plupart des employeurs agissant isolément, alors que, lorsque ceux-ci sont groupés, elles sont obtenues au prix de sacrifices extrêmement légers?
- C'est ensuite la constatation infiniment réconfortante que, loin que l'évolution moderne comporte inéluctablement l’éloignement des « classes » et l'accentuation de la lutte entre elles, comme le veulent toutes les sectes socialistes, des plus « dures » jusqu’aux plus « molles », elle n’exclut pas des possibilités de conciliation entre les nécessités de la vie économique et les exigences de la solidarité et du progrès social. C’est encore à M. le Président Ricliemond que nous empruntons l’expression de cette constatation qu’il formulait ainsi, en février 1928, à l’occasion d’un banquet où était fêtée la millième adhésion à la Caisse de Compensation de la Région parisienne : « Ainsi, notre œuvre synthétise une double réaction contre les excès du « mouvement industriel moderne : d’une part, la loi de la concurrence peut être, « dans quelque mesure, adoucie par la considération des besoins familiaux du « salarié; d’autre part, une certaine liaison peut être rétablie entre des groupes de u producteurs qu’une direction inhumaine des événements tendait à séparer en « classes ennemies. »
- Reste à interpréter la valeur et la partie de l'intervention du législateur en la matière. La loi du 11 mars 1932 a organisé l’obligation du versement des allocations familiales; des règlements d’administration publique appliquent présentement cette obligation par catégories de fabrications.
- L’opinion n’a pas été unanime à approuver cet aboutissement du mouvement dont nous avons rappelé la genèse et l’évolution. Toutefois, la grande majorité des employeurs qui avaient appliqué jusque-là le régime des allocations familiales a considéré, en l’espèce, l’intervention du législateur comme légitime, et l’a appelée de ses vœux.
- Ce point de vue s’explique, tout d’abord, par des raisons de circonstance. Si, dans l’ensemble, la grande majorité des salariés bénéficiait de ce régime, un cerlain nombre de ces derniers restaient en dehors de son application. Il s’ensuivait, à la charge des employeurs des premiers, des frais supplémentaires grevant la production, auxquels échappaient les employeurs des seconds. A un moment où les moindres dépenses prennent une importance en raison de l’acuité de la concurrence, il y avait là une source de déséquilibre économique qu’il apparaissait normal et désirable de corriger.
- Sur le terrain des principes, il est permis de considérer que les memes raisons, dépouillées des considérations afférentes aux difficiles circonstances présentes, conduisent à confirmer cette appréciation. Certes, la règle légale est incapable d'innnvei% de créer de toutes pièces, d'imposer des solutions nouvelles et inédites. Elle se meut,
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- au contraire dans un cadre normal et utile lorsqu'elle se borne à consacrer des solutions préalablement acquises et modelées par l’expérience sur le plan de l’initiative privée : elle joue alors son rôle d'adjuvant au progrès social. C'est l’idée que nous exprimions à 1 occasion de notre communication du 11 mars dernier à la Société d Encouragement : « L’expérience prouve que, lorsque les mœurs ont peu à peu « façonné une réforme, lorsque celle-ci a été mûrie dans les esprits, et. mieux « encore, a l épreuve de l’expérience, lorsque les retouches, les perfectionnements « de la pratique lui ont peu à peu conféré des contours précis, généralement « reconnus comme bien adaptés aux besoins du moment, alors le législateur fait >.< œuvre utile en fixant les solutions ainsi élaborées : son intervention n’a pas seu-« lement la valeur d’une consécration opportune: par la régularité qu’elle apporte « dans le domaine réglementé, par l’autorité propre qu'elle ajoute à la réforme, elle « en favorise le développement »
- Il importe de souligner à cette occasion, un dernier enseignement important que comporte cet exposé. La loi du 11 mars 1932 se distingue par l'extrôme libéralisme de son intervention. Elle se borne à édicter le principe de l’obligation en matière d’allocations familiales; quant aux modalités d’application, elle renvoie purement et simplement les établissements aux caisses de compensation préexistantes, qui sont directement habilitées dans le rôle d’organes d’exécution. — sous réserve seulement des précautions prises pour éviter les abus que pourrait permettre une telle liberté. Ainsi, c’est intégralement le régime qu’avait peu à peu organisé l'initiative privée cpii se trouve confirmé et consacré par transposition dans le domaine légal. Une telle observation mérite attention. Si. comme tout permet de le supposer, fi; régime ainsi organisé fonctionne normalement, la valeur sera démontrée de la définition que nous avons proposée du rôle de la loi dans le progrès social. L’initiative, privée sera confirmée dans son rôle normal (‘I logique d'instigatrice des réformes; elle gardera le bénéfice et la maîtrise initiale de ces dernières. Le rôle du législateur ne \iendra ensuite que pour consacrer les résultats obtenus : il en sera, d'ailleurs, singulièrement facilité; et par surcroît, les à-coups et les perturbations des « innovations » toujours hasardeuses seront épargnés à la vie économique.
- NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
- Le n" 209 (avril-mai-juin 1933) du Bulletin de la Société industrielle de l'Est publie le texte de quatre intéressantes conférences, de natures diverses, faites à l’instigation de cette Société.
- En février 1933. M. Jean TiURVa exposé « la situation économique et financière ». Parmi les causes des difficultés actuelles, il insiste sur l'abandon de toute liberté des échanges internationaux et le retour vers un protectionnisme qui n’olfre aucun précédent dans l’histoire économique. Au contraire, les unions douanières et la reprise des relations commerciales entre nations semblaient nécessaires pour compenser les immenses destructions de richesses causées par la guerre.
- (2) Bulletin de mai RI3:I. p. 278.
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- M. Thirv expose ensuite la situation financière des principaux états, les conditions de l’industrie, et, en dernier lieu, les remèdes qui paraissent de nature à ramener la prospérité.
- L'évolution dans les principes d'essai des huiles minérales, par M. H. Weiss, directeur de l’École nationale supérieure du Pétrole et des Combustibles liquides, de Strasbourg, est un résumé des qualités diverses à rechercher et à contrôler dans ces produits. 11 examine successivement : le pouvoir lubrifiant, la nature de la base des huiles, leur stabilité, la corrosion. Cet exposé très clair sera consulté avec fruit par les usagers des huiles.
- L'étude des phénomènes séismiques, par M. E. Rothé, doyen de la Faculté des Sciences de Strasbourg, directeur de l’Institut de Physique du Globe et du Bureau central séismologique, contient une curieuse analyse des indications données par les séismographes et des conclusions à en tirer.
- La carboglace et son emploi est le sujet d’une causerie de M. P. Hinzelin. Ce produit, très répandu aux États-Unis, commence à être employé en France. Le gaz carbonique a été solidifié par Thilorier en 1834, et son appareil figure dans les collections du Conservatoire national des Arts et Métiers. A l’état solide, ce corps est désigné par les noms de neige carbonique, de glace sèche, de carboglace.
- Les procédés de fabrication transforment 3 kg de gaz en 1 kg de carboglace, les deux autres kilogrammes étant repris pour une transformation ultérieure. Le produit est livré en pains de 10, 12, et 20 kg, faciles à diviser.
- Sous la pression atmosphérique, l’évaporation de la carboglace se produit à la température de — 78°,9. Dans les armoires destinées à la conservation des denrées, le gaz carbonique qui se dégage peut remplacer l’air avec avantage, sauf pour certains produits, les fruits notamment, qui s’en accommodent mal.
- 1 kg de carboglace donne 530 litres de gaz à la pression atmosphérique, en dégageant 155 frigories, c’est-à-dire deux fois ce que produit 1 kg de glace d’eau. Et même, en pratique, l’avantage de la carboglace est notablement plus grand.
- Parmi les usages variés de la carboglace, elle pourrait servir à provoquer la pluie, d’après des expériences faites en Hollande par le professeur Veraat. Sur un avion portant 1.500 kg de ce produit, il s’éleva à 2.500 m et le laissa tomber sur des nuages situes 200 m en dessous. Les particules solides pro’soquèrent immédiatement la pluie.
- Sur la carboglace, on consultera également avec fruit une notice sur l’exposition, à la foire de Paris, en 1933, deZa Carbonique française, dans la Revue générale du froid et des industries frigorifiques (juillet 1933, p. 159). Le prix encore assez élevé de ce produit est le seul obstacle à la généralisation de son emploi.
- El). SAUVAGE.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOUR. POUR L INDUSTRIE NATIONALE, — DÉCEMBRE 1933 (p. 641).
- LES FORÊTS INDOCHINOISES, LEUR IMPORTANCE,
- LEUR GESTION ET LEUR MISE EN VALEUR '
- par M. Maurice Mangin. Conservateur des Eaux et Forêts, chef du Service forestier de l’Indochine.
- L Indochine irançaise a une superficie de 740. 444 km'2 (chiffre officiel du Service géographique de l’Armée à Hanoï). Elle occupe la partie orientale d’une péninsule, qu’elle partage avec la Birmanie (672.000 km2), le Siam (513.000 km2), la Malaisie britannique et les Straits Settlements (146.000 km2).
- Elle est l’union de cinq pays à statut politique différent : la Cochinchine, capitale Saigon, au Sud; le Cambodge, capitate Phnom-Penh, au Sud-Ouest : le Laos, capitale Yientiane, à l’Ouest; l’Annam, capitale Hué, à l'Est; le Tonkin, capitale Hanoï, au Nord. La ville de Hanoï est le siège du Gouvernement général.
- L’Indochine française s'étend du 8° 30' au 23° 24' de latitude Nord. Le relief du sol y est accidenté et élevé (certains sommets atteignent et même dépassent 3.000 m) ; il comprend les montagnes du Tonkin septentrional, que l’on appelle couramment « la haute région du Tonkin », puis la chaîne annamitique, qui, orientée du Nord au Sud, est une succession de hauts sommets et de larges plateaux élevés couverts de forêts (plateaux du Tran-Ninh, du Konlum, du Darlac. des Bolovens. du Lang-Bian, de Djiring), enfin les monts du Cambodge au Sud, avec le plateau du Bokor.
- Le climat de l’Indochine, dans l’ensemble, est tropical, mais, fortement influencé par les différences de latitude et d’altitude; il présente des variations qui vont du climat presque équatorial sur le golfe de Siam, à un climat presque tempéré à la frontière de Chine. Les forêts indochinoises sont, par suite, infiniment intéressantes par la variété de leurs formes, de leur composition et des produits qu’elles nous donnent : sur les versants méridionaux des monts du Cambodge, elles sont presque du type équatorial et nous donnent des bois comparables à ceux de la Nouvelle-Guinée, du Gabon, de l’Amazone, tandis qu’au Tonkin. les forêts se rapprochent du type tempéré; on y rencontre des essences analogues à celles de la zone méditerranéenne; les Fagacées en particulier abondent; ce ne sont pas les mêmes espèces qu’en France, mais elles leur ressemblent et leur bois a des qualités voisines de celles de notre chêne de pays. Enfin, un peu partout en Indochine, d'immenses peuplements de pins rappellent nos pineraies françaises et fournissent en abondance un bois de sciage, ordinaire il est vrai, mais très apprécié par le commerce et l'industrie, et qui fait défaut dans nos autres colonies.
- Au point de vue administratif, l'Indochine occupe une place à part dans l’ensemble des colonies, pays de protectorat et pays sous mandat dépendant du Ministère des Colonies. Elle a ses personnels, ses decrets, ses usages; elle jouit en fait d’une indépendance à peu près complète. Elle a pu s'organiser tranquillement, sans être gênée par des interventions métropolitaines trop fréquentes et souvent inopportunes: c'est pourquoi aujourd'hui, le développement de sa colonisation la
- (I) Communication faite par l'auteur en séance publique le 10 juin 1933. 132e Année. — Décembre 1933.
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- LES FORÊTS INDOCHINOISES.
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- place largement en tête de notre domaine colonial, le Nord-Africain, Tunisie, Algérie, Maroc, mis à part.
- Le problème forestier s’est posé en Indochine comme dans les autres colonies; il y est aujourd’hui, sinon résolu, du moins bien près de l’être. Dès 1860, les amiraux, alors gouverneurs de la Cochinchine, se préoccupèrent de sauvegarder les richesses forestières de la colonie; mais ce fut une réglementation fragmentaire de début, une organisation à caractère plutôt fiscal, situation en somme analogue à celle que nous rencontrons encore actuellement dans la plupart de nos colonies africaines.
- L’Administration forestière indochinoise date du début de ce siècle : c’est en effet dans sa séance du 21 octobre 1899 que le Conseil supérieur de l’Indochine, sur la proposition de M. Roger Ducamp, officier des Eaux et Forêts métropolitain en mission, a envisagé la création d’un service, d’un personnel, d’une réglementation forestiers. Par arrêté du 8 juin 1900, transformé en décret le 7 février suivant, le regretté président Paul Doumer, alors gouverneur général de l’Indochine, dotait cette colonie de son service forestier. La direction en était confiée à M. le Conservateur Roger Ducamp, qui restera le fondateur de la tradition forestière en Indochine et le premier animateur de l’administration du domaine forestier de cette colonie.
- Sous sa vigoureuse impulsion, une suite d’arrêtés a organisé le service, créé le personnel local, précisé ses attributions, prévu l’encadrement des fonctionnaires locaux par de jeunes ingénieurs des Eaux et Forêts, dirigés eux-même par des officiers des Eaux et Forêts du cadre métropolitain, comptant de nombreuses années de service et ayant par suite acquis la maturité d’esprit et l’expérience indispensables.
- En même temps que se développait le Service forestier proprement dit, s’organisaient la reconnaissance des massifs boisés, leur exploitation méthodique, leur aménagement, et s’amorçait déjà la création de réserves forestières.
- Malheureusement, notre organisation coloniale est dominée par une véritable charte qui consacre le principe légal de l’autonomie administrative et financière de chacune de nos colonies, qu’elles soient isolées ou groupées.
- Cet individualisme des différents éléments de nos gouvernements généraux a pu être justifié au début; il se présente aujourd’hui comme un véritable anachronisme, par suite du développement de l’outillage économique de nos colonies et des questions d’intérêt général et intercolonial qui se posent à chaque instant; il a pourtant encore ses partisans acharnés. Notre organisation administrative coloniale est, par suite, le théâtre d’une lutte perpétuelle entre deux influences, l’une de progrès, anliautonomiste, qui n’hésite pas à passer outre à une mesure légale désuète et à centraliser certains services techniques, l’autre autonomiste, qui, sous un faux prétexte du respect de la légalité, rétablit dès qu’elle le peut, un individualisme qui flatte son amour-propre et sert son intérêt personnel. Les progrès de notre colonisation sont considérablement retardés par les bouleversements périodiques que provoque, dans notre armature administrative, la prédominance momentanée de l’une ou l’autre de ces influences.
- Le développement du Service forestier de l’Indochine ne s’est pas poursuivi sans froisser les susceptibilités des autonomistes : leur ressentiment s’est traduit, dès leur arrivée au pouvoir en 1913, par la suppression de la Direction des Forêts
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- au Gouvernement général et le renvoi, sans ménagement, en France de M. le Conservateur Ducamp; les « circonscriptions forestières » sont devenues des services forestiers autonomes, un par pays de l'Union indochinoise, placés chacun sous l’autorité exclusive du chef d’administration locale autonome. L'activité des services forestiers, suspendue pendant la guerre, a repris dès 1919. mais à un rythme très ralenti par suite de la suppression de toute direction technique, suppression dont les inconvénients s’aggravant chaque année, se sont révélés comme très inquiétants. Aussi, dès 1924. la prédominance de l'influence antiautonomiste, amenait-elle la création d’une Inspection des Services forestiers de l’Indochine, qui réalisait en fait l’unité de doctrine et de gestion, tout en respectant, pour la forme, une autonomie à peu près illusoire des services locaux. (Test alors que j ai été appelé en Indochine et chargé de ces nouvelles fonctions.
- Entièrement dégagé des préoccupations d’organisation de service et de questions de personnel, j’ai pu me consacrer uniquementà la mise en valeur du domaine boisé.
- PLAN GÉNÉRAL DE MISE EN VALEUR DE NOS FORÊTS COLONIALES.
- La mise en valeur du domaine forestier colonial constitue un vaste problème dont beaucoup trop de monde s’occupe, souvent à tort et à travers, sans y être particulièrement qualifié, sans savoir en quoi il consiste, ni comment l’aborder. J’ai donc dû établir préalablement un plan de travail, un programme, qui, faisant abstraction de toutes considérations d’ordre purement scientifique ou commercial, a replacé le problème forestier sur son véritable terrain, « la sylviculture », et s’est attaché à sérier les différentes questions qu’il soulève pour les traiter chacune à leur heure. Ce programme, dont je vais vous exposer les points principaux avant de vous dire comment il a été réalisé, prévoyait une période de prépa alion, tant technique (recensement du domaine boisé et carte forestière) qu’administratif (le régime forestier), avant la période de mise en œuvre proprement dite.
- I. travaux préparatoires. — .1. Recensement- du domaine boisé et carte forestière. — Quelqu’étonnante que la chose puisse paraître, on ne cesse d’affirmer l’importance et la richesse d’un domaine' forestier colonial, dont, en réalité, on ignore tout : à l’heure actuelle, à pari l’Indochine, on ne sait dans aucune de nos colonies quelles sont la composition de nos forets, leur valeur, la superficie qu’elles occupent; les chiffres produits jusqu’ici ne sont que de grossières approximations ne reposant sur aucun document précis.
- La première tâche qui s’impose au forestier, dans chaque colonie ou groupe de colonies, est le recensement général des peuplements forestiers et l’établissement d’une carte exacte et à grande échelle, donnant une répartition de ces peuplements par types et classes de valeur. Cette carte seule permet d’obtenir une expression suffisamment approchée de la superficie boisée du pays, et d’en connaître par suite les taux de boisement et de déforestation, éléments fondamentaux de toute action forestière ou agricole à la colonie.
- B. Le régime forestier. - La civilisation s est en tout temps et dans tous les pays, développée au détriment de la forêt. La déforestation, intimement liée à l’œuvre de colonisation, en est donc une conséquence et même une nécessité, mais, néanmoins.
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- jusqu’à une limite qu’on ne saurait dépasser sans danger. Cette limite correspond à un équilibre reconnu partout indispensable entre les superficies boisées et celles livrées à l’agriculture : il est réalisé par un taux harmonique de boisement variant de 28 à 33 p. 100.
- Une fois renseigné sur l’intensité de la déforestation, sachantsi elle est en rapport avec le développement de la colonisation, si, en un mot, elle est insuffisante, normale ou excessive, le forestier doit s’occuper d’organiser administrativement et de gérer le domaine boisé. Tel est le but du régime forestier ; ce texte assigne aux peuplements forestiers leur destination et prévoit leur classement par catégories administratives, suivant qu’ils sont appelés à disparaître pour faire place à l’agriculture, ou qu’ils doivent être conservés; il fixe les dispositions fondamentales de l’administration du domaine forestier; il protège les peuplements à conserver par un ensemble de mesures sévères; il édicte une procédure stricte pour la mise en réserve des massifs les plus intéressants; enfin, partout où les défrichements ont été excessifs, il prévoit la constitution de périmètres de reboisement, où une œuvre de reforestation sera progressivement réalisée.
- II. travaux de mise en valeur. — Une fois le domaine forestier de la colonie connu et organisé, il est permis de s’occuper de sa mise en valeur et d’entrer dans la période de mise en œuvre proprement dite.
- Un large champ est ouvert à notre activité que sollicitent surtout quatre grands groupes de travaux :
- C. Aménagement. — Il assigne à chaque réserve le mode de traitement approprié à sa destination, en même temps qu’il règle, pour les forêts de production, la perception annuelle d’un revenu naturellement périodique.
- D. Domanialisation. — Elle est appelée à faire entrer dans le « domaine privé » de l’état français, certains peuplements forestiers qui, par leur situation et leur valeur, sortent du domaine colonial ordinaire pour faire partie du patrimoine national de la France, et réclament à ce titre une protection immédiate et efficace, le Grand Parc des ruines d’Angkor, par exemple.
- E. Boisements industriels massifs. — Ils sont destinés à produire certaines denrées réclamées par la mobilisation industrielle, indispensables à notre sécurité nationale et pour lesquels nous sommes tributaires de l’étranger. (Les boisements de Teck entrepris aux Indes anglaises et néerlandaises rentrent dans cette catégorie de travaux.)
- F. Loi forestière de la colonie.
- Tel est, dans ses grandes lignes, le plan de travail que le Gouverneur général de l’Indochine a approuvé sur ma proposition en 1923; examinons comment il a été réalisé.
- RÉALISATION, EN INDOCHINE, DU PLAN GÉNÉRAL DE MISE EN VALEUR DE NOS FORÊTS COLONIALES.
- A. RECENSEMENT DU DOMAINE BOISÉ ET CARTE FORESTIÈRE. — Il a fallu, tout d'abord, définir et préciser les types et classes de peuplements de manière à en rendre la reconnaissance accessible à tous : j’ai résolument éliminé de notre voca-
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- bulaire les termes tels que forêt primaire, secondaire, xérophylle, tropophylle, forêt clairière, forêt inondée, forêt à Diptérocarpées, forêt à Euphorbiacées, etc., termes trop généraux ou trop spéciaux, sur la valeur desquels on est loin de s’accorder. J’ai établi trois types simples, aisément discernables et comparables, basés sur la consistance des peuplements forestiers, et, pour chaque type, une ou plusieurs classes de valeur d’après leur composition :
- Types de peuplements forestiers d'après leur consistance. — J’ai distingué : la forêt, la savane boisée et la savane arbuslive ou brousse forestière.
- On sait en sylviculture que le nombre des arbres d’un peuplement varie beau-
- (Cliché du Service forestier de l’Indochine.)
- Kig. 1. — Forêt riche (essences variées dont 75 p. 100 d’essences forestières) exploitée par lu Société Bartholoineau-Jain et Cle.
- coup suivant l’àge de ce peuplement, la nature des arbres, la fertilité de la station; mais, compte tenu de ces éléments, il existe, pour chaque état particulier, un nombre maximum de tiges, une densité maxima qui ne peut être dépassée : un peuplement est dit « plein » lorsqu’il se rapproche de cette densité maxima.
- Le type « forêt » englobe tous les peuplements pleins formés en massifs, c’est-à-dire ceux où les branches des arbres se touchent sans être agitées par le vent; la forêt est dite dense lorsque les branches des arbres s’entrelacent.
- Le type « savane boisée » comprend tous les peuplements forestiers où les cimes des arbres ne se touchent pas, qu’il s’agisse d’arbres isolés ou de bouquets d’arbres. La savane boisée est complète ou incomplète, suivant qu’on y rencontre des clairières ou des vides plus ou moins grands dépourvus d’arbres.
- Le tvpe « savane arbustive « ou « brousse forestière » englobe des espaces à peu près dépouvus d'arbres, mais couverts par une végétation ligneuse plus ou moins
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- basse d’arbrisseaux et d’arbustes formés en massifs. Les bambouseraies, en Indochine, sont une forme de savane arbustive.
- Trois éléments accessoires viennent accentuer le caractère de chacun de ces types : ce sont, les étages de végétation, le sous-bois, les lianes et les épiphytes.
- Par étage de végétation, on désigne l’ensemble des arbres qui étalent leur cime dans un même plan horizontal.
- Les forêts de la zone inlertropicale sont généralement des peuplements composés, c’est-à-dire formés de plusieurs étages de végétation : les forêts tropicales en renferment deux, l’étage dominant, c’est-à-dire le plus important, étant formé par les
- \Clich'. du Sti s'iCt. jui'L^tur de l Indochine.)
- Fig-. 2. — Savane boisée riche (lataniers) traversée par la route forestière de Sàng-Dinh à la
- route coloniale n° I.
- cimes les plus élevées; les forêts équatoriales en ont souvent trois, l’étage dominant étant ici l’étage intermédiaire.
- Les savanes boisées sont généralement des peuplements simples, à un seul étage.
- On donne le nom de sons-bois à la végétation ligneuse buissonnante ou arbustive peu élevée, qui recouvre immédiatement le sol. En forêt, le sous-bois est très dense, souvent épineux, et difficilement pénétrable; en savane boisée il est rare et fait souvent même défaut.
- Les lianes et épiphytes abondent en forêt, tandis qu’ils sont peu nombreux et disparaissent même fréquemment en savane boisée.
- Les savanes boisées peuvent être d’origine naturelle (mauvaises conditions de végétation, pauvreté et manque de profondeur du sol); le plus souvent, leur origine est artificielle, et elles représentent un stade de déforestation se plaçant entre la forêt pauvre et la savane arbustive, puis herbeuse; dans ce dernier cas, elles sont dues surtout aux feux de brousse et aux « rays 2) ».
- (2) Le « ray » est un procédé de culture sur parcelle forestière défrichée à blanc étoc et incen-
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- Classes de peuplements par valeur, d’après leur composition. — Les peuplements foiestiers sont composés d espèces botaniques ligneuses qui toutes peuvent présenter de 1 intérêt pour le botaniste et pour l'artiste, mais pas nécessairement pour le sylviculteur, au contraire.
- En matières forestière, on désigne sous le nom à.'essences forestières, les espèces botaniques ligneuses qui remplissent à la fois les deux conditions suivantes :
- (Cliché du Service forestier de l’Indochine.) lug. 3. — Savane boisée riche avec Diptérocarpées.
- a) Répondre à un désir ou à un besoin de l’homme par leur présence ou les produits qu’elles fournissent;
- diée. Les indigènes coupent tous les arbres et arbustes d’une partie de forêt, les laissent sécher et les brûlent; le sol, temporairement enrichi par les cendres, est grossièrement travaillé, puis ensemencé ou planté en riz principalement, mais aussi en mais, manioc, patates et autres plantes vivrières. Au bout de deux ou trois ans, la fertilité du sol est épuisée : les indigènes abandonnent le terrain pour aller défricher, brûler et cultiver une nouvelle parcelle de forêt voisine, et ainsi de suite. Lorsque tous les abords d’un village sont déboisés par « ray », le village se déplace pour recommencer ailleurs. Ainsi se forment et se multiplient des clairières qui, peu à peu, se rejoignent et transforment la forêt en savane.
- Le « ray » n’est pas un procédé de culture spécial à l’Indochine : on le retrouve à peu près partout dans le monde; on l’appelle « tavy » à Madagascar; en France même, le sartage, à feu courant ou à feu couvert, n'est, dans quelques-uns de nos départements, qu’une forme de « ray » réglementairement atténuée.
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- b) Être économiquement intéressantes par leur abondance, leur rusticité et leur aptitude à la culture.
- On appelle arbres de remplissage ou mauvais arbres, par analogie avec ce qu’en agriculture on nomme mauvaises herbes, toutes les espèces botaniques ligneuses qui ne sont pas des essences forestières, même celles qui répondent à l’une des deux conditions nécessaires sans remplir la seconde.
- Dans la zone tempérée, en France notamment, nous avons 365 espèces ligneuses, dont 265 arbustes et une centaine d’arbres ; comme sur ces cent arbres on compte quatre-vingts essences forestières, nous nous sommes habitués à considérer les mots espèces botaniques et essences forestières comme sensiblement synonymes. Il n en
- (Cliché du Service forestier de VIndochine.)
- Fig. 4. — Savane boisée pauvre (groupe de Bang-long) voisine du poste de Sàng-Dinh.
- est plus de même dans les régions tropicales. En Indochine par exemple, on a signalé 3 000 espèces botaniques ligneuses, dont i 800 arbustes et 1 200 arbres(3), sur lesquels 91 seulement sont des essences forestières(4), soit à peine 8 p. 100.
- Dans les régions tropicales, il n’y a donc plus aucune synonymie entre les termes « essence forestière » et « espèce botanique », qui prennent chacun un sens très différent. C’est pourquoi leur confusion se trouve précisément à l’origine
- (3) 823 espèces botaniques ont été scientifiquement identifiées par le Muséum national d’Histoire naturelle de Paris, chargé de la publication de la flore de flndochine. Elles sont énumérées et exactement dénommées au point de vue forestier dans le répertoire annexé au Bulletin économique de VIndochine, 1930; n° 68.
- (4) Les 91 essences forestières indoebinoises sont énumérées dans le tableau 1, annexé in fine; elles comprennent : 20 essences forestières principales; 30 essences forestières secondaires; 30 essences forestières accessoires ou régionales.
- Enfin 11 essences forestières douteuses ont été retenues, jusqu’à ce qu’une étude plus complète de leurs qualités et de leurs propriétésjait définitivement déterminé leur valeur forestière.
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- de toutes les erreurs commises dans la classification et la valorisation de nos forêts coloniales.
- La détermination des essences forestières, leur dénomination commerciale exacte, 1 étude de leur répartition et de leur proportion par rapport aux arbres de remplissage, devient un élément prépondérant en sylviculture tropicale qu’il différencie profondément de la sylviculture métropolitaine.
- J’ai ainsi été amené à considérer, dans la zone tropicale : les peuplements naturels, les peuplements sauvages, les peuplements de culture :
- Les peuplements naturels sont des peuplements vierges ou primitifs, qui n’ont subi aucune transformation du fait de l’homme. Ils sont extrêmement rares.
- Les peuplements sauvages sont des peuplements vierges plus ou moins profondément modifiés par l’homme, intervenu en dehors de toute règle méthodique, et par les animaux.
- Peuplements naturels ou sauvages, à part quelques rares peuplements purs de Lataniers, Diptérocarpées, Euphorbiacées, Pins', etc., sont généralement composés d’un nombre plus ou moins grand d’essences forestières, noyées au milieu d’arbres de remplissage qui encombrent le sylviculteur et gênent l’exploitant.
- Les peuplements de culture sont des peuplements créés pour répondre aux désirs ou aux besoins de l’homme. Uniquement composés d’essences forestières, ils sont pourvus d’un outillage économique en vue de leur exploitation méthodique.
- Mettre en valeur une forêt sauvage n’est pas rétablir la consistance, la forme et la composition de la forêt naturelle, mais lui substituer un peuplement de culture totalement différent; cette substitution comporte : l’élimination progressive des arbres de remplissage et leur remplacement par des essences forestières appropriées; la transformation radicale du sous-bois; la suppression aussi complète que possible des lianes et épiphytes, enfin la création de l’outillage économique appelé à rendre accessibles toutes les parties du peuplement.
- La valorisation d’un peuplement sauvage est une opération délicate : une forêt a autant de valeurs qu’on peut lui trouver d’utilisations, chaque valeur étant différente des autres et dépendant de celui qui considère la forêt à son point de vue personnel ; mais, de toutes ces valeurs, il en est une, la plus grande de toutes, qui correspond au plus grand nombre et aux meilleures utilisations; on l’appelle la valeur vraie, valeur économique erga omnes. C’est la seule qui intéresse le sylviculteur; elle s’énonce en nombre de mètres cubes; elle peut donc se chiffrer, et son ordre de grandeur dépend uniquement de la proportion des essences forestières par rapport aux arbres de remplissage.
- Le Tableau I donne la répartition des peuplements forestiers indochinois entre trois types et six classes de valeur.
- Une fois les peuplements forestiers bien définis et classés, l’étude de leur répartition géographique, c’est-à-dire l’établissement de la carte forestière de VIndochine. a été relativement aisée.
- Ce travail a été grandement facilité par l’examen des dossiers relatifs aux travaux effectués, depuis vingt ans, par le Service géographique de l’Armée (calepins de levés), par l’Inspection générale des Travaux publics (tracés de justes, routes, voies ferrées, etc.), par les clichés du Service photographique de l’Aviation. J’ai pu établir un avant-projet de carte que j’ai transmis à mes services
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- forestiers et aux résidents, chefs de province, en leur demandant de les annoter et de les compléter. J’ai rencontré partout le meilleur accueil, la plus féconde collaboration et j’en exprime à tous ma bien vive reconnaissance. Ainsi pourvu d’une abondante documentation, je me suis attaché, avec mon adjoint M. l’Inspecteur des Forêts Forbe, à la vérification systématique de chacun des renseignements fournis, par une série de recoupements qui nous ont demandé deux années, et au cours desquelles l’aviation, par observation directe ou photographique, s’est affirmée comme le meilleur et le plus économique moyen de prospection générale des forêts naturelles ou sauvages. Les vols ont été effectués en saison sèche, par beau temps, à basse altitude, vers 16 h., au moment où le soleil, déjà bas, projette sur le sol une ombre des arbres dont l’ordre de grandeur nous renseigne parfaitement, avec un peu d’habitude, sur la hauteur et par suite l’âge des peuplements. Un observateur expérimenté distingue aisément consistance, composition et densité des forêts et savanes; il sait vite reconnaître les arbres à la forme et à la couleur du tronc et de la cime.
- Tableau I. — Répartition, richesse et importance des peuplements forestiers de l’Indochine.
- POURCENTAGE
- SUPERFICIE DE LA
- R1CHKSSE EN SUPERFICIE
- HECTARES TOTALE DE
- Types. Classes. l’indochine
- Forêts riche . . 1 70 à 90 p. 100 d’essences forestières pouvant fournir plus de 300 m3 à l’heclare, dont au moins 1/3 de bois de lre qualité. . . . 5.940.200 8
- moyenne. 2 50 à 70 p. 100 d’essences forestières pou-
- vant fournir de 150 à 300 m3 à l’hectare, dont
- UlUlil dites. pauvre. . 3 environ 1/4 de bois de lre qualité Moins de 50 p. 100 d’essences forestières pouvant fournir de 100 à 150 m3 à l’hectare, 24.198.000 33
- avec très faible proportion de bois de lrequalité. 7.1)25.020 10
- ( riche . . 4 50 à 70 p. 100 d’essences forestières pouvant fournir de 100 à 150 m3 de bois d’œuvre et d’industrie à l’hectare, avec parfois une
- Savanes forte proportion de bois de l,e qualité (notam-
- boisées. ment des Diptérocarpées) 12.286.300 7
- pauvre. . 5 10 p. 100 d’essences forestières fournissant moins de 100 m3 de’bois d’œuvre et de chauf-fage à l’hectare : 2.873.300 4
- Savane arbustive . . Brousse forestière ou « Pas de gros bois d’œuvre 1.666.200 2
- Bambouseraie.
- Telles sont les conditions dans lesquelles j’ai pu établir la minute de la carte forestière de l’Indochine au 1/1.000.000, que j’ai l’honneur de vous présenter, et qui a été éditée par le Service géographique de l’Armée à Hanoï.
- Cette carte, le premier travail de ce genre publié tant en France qu’à l’étranger, nous permet de sortir des évaluations fantaisistes, et nous renseigne, par le planimétrage, avec une approximation satisfaisante, sur l’étendue et l’importance du domaine forestier indochinois.
- Nous avons compris dans le domaine forestier tous les peuplements susceptibles
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- Tableau II. — Domaine forestier de l'Indochine.
- PAYS SUPERFICIE TOTAIE (hectares) Sl'EEh Foré: riche FICIE FORES! Forêt moyenne 1ÈRE EN H El Savane riche Tapes Total. TAUX DE BOIS E- NI E N T P. luu Pi)PU La T ION MILLIERS l'habi- tants SUPERFICIE BOISÉE EN HECTARES PAR TÈTE d'habitant
- Tonkin . . . 11.566.900 999.000 3.439.800 2.504.500 6.9 43.300 60 8.005 0,9
- Annam . . . 14.163.20 1.439.300 3.507.400 1.553.600 6.500.300 44 4.912 1,3
- Cochinchine. 6 474.300 133.500 266.800 416.000 816.300 13 4.483 0.2
- Cambodge. . 18.103.500 2.932 900 3.586.800 1.304.600 7.824.300 43 2.770 2,8
- Laos . . . . 23.136.500 441.500 13.397.200 6.0 7.00a 20.3 46.300 88 850 2 4.0
- Indochine. 74.044.400 5-940.200 24.198.000 12.286.300 42.430.500 T3 7 21.020 2.0
- d’une exploitation régulière et méritant d'être mis en valeur (forêt riche et moyenne, savane riche). Il couvre une superficie de 42. 430.500 ha. ce qui, pour une superficie totale de 740.444 km-, accuse un taux de boisement de 57 p. 100.
- Ce taux est normal pour l’Indochine, pays neuf; il est à peu près le même que celui de la France carlovingienne, soit 60 p. 100. Il faut espérer que les forêts indo-chinoises seront mieux protégées que celles de la métropole où le taux de boisement est tombé à 18,5 p. 100, très inférieur au taux harmonique, ce qui explique en partie le déficit de notre production ligneuse et justifie une politique de reboisement.
- La situation de l’Indochine au point de vue de la déforestation est actuellement celle qui est donnée par le Tableau III.
- Tableau lit. — Domaine déforesté de l’Indochine.
- PAYS SlM'KHKir.IE IiKEIIHEStÉK ( I'E I ' l> LEM EN TS TRÈS PAUVRES EN ESSENCES El 1 II EST 1 i, R ES ou ruinés par le EKU et i.es Anus de .ii>uissani:e) (en hectares) TAUX DE DEFORESTATION p. 100.
- Forêt pauvre. Savane pauvre. Savane arbustive. Brousse forestière. Total.
- Tonkin 891.620 317.700 265.100 1.474.420 13
- An nam 3.488.000 972.600 295.000 4.755.600 32
- Cochinchine. . . 874.500 231.500 91.7011 1.197.700 18
- Cambodge 1.935.400 1.335.500 1.0! 4.400 4.285.300 24
- Laos 435.500 16.000 » 451.560 2
- Indochine . . . 7.625.020 2.873.300 1.666.200 12.164.520 16
- Le domaine déforesté (forêt pauvre, savane pauvre, savane arbustive), couvre une superficie de 12.164.520 lia. accusant un taux de déforestation de 16 p. 100, qui, sans nous inquiéter, doit retenir notre attention, solliciter notre surveillance, mais sans qu’il soit question d'une politique de reboisement.
- Le recensement forestier nous a enfin appris comment se répartissent les exploitations forestières. Les résultats qu'il a donnés sont résumés dans le Tableau IV.
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- Le recensement forestier a mis en évidence cette vérité, assez mal connue en France, c’est que l’Indochine est un pays boisé où le domaine forestier est particulièrement intéressant non seulement par son étendue, mais aussi par la variété et la valeur des produits qu’il fournit. La déforestation n’y est pas encore inquiétante, et le problème forestier s’v présente sous de très favorables auspices.
- B. régime forestier. — Un personnel et un service forestiers suffisent à un pays qui n’envisage le problème forestier qu’au point de vue fiscal, la perception des redevances forestières, et c’est le cas de la plupart de nos colonies ; c’est insuffisant dès que l’on se préoccupe delà mise en valeur du domaine boisé. Il faut préparer administrativement cette mise en valeur, mettre de l’ordre dans ce vaste domaine, assigner à l’ensemble des forêts leur but général (forêts d’exploitation, et à certains peuplements les buts spéciaux que réclament la colonisation et ses besoins (forêts de protection, parcs, sites pittoresques, stations de recherches, etc.); il faut administrer ce domaine et le protéger; prévoir, pour les commissions de colonisation, la déforestation, là où elle est possible et nécessaire; l’interdire partout où elle est excessive ou dangereuse. En u mot. il faut soumettre le domaine boisé à ce que l’on appelle un « régime forestier ».
- Tahleau IV. — Recensement forestier de l’Indochine.
- NATURE DLS FORETS SUPERFICIE EN HECTARES POURCENTAGE DE LA SUPERFICIE IOTA LE DE l/tNhOCHlNE
- Domaine déforeslé.
- Peuplements plus ou moins ruinés 1res pauvres en essences
- forestières Domaine forestier actuel. 12.164.o20 16 p. 100 Taux de déforestation.
- Peuplements forestiers qui étaient l’objet d’exploitations
- plus ou moins régulières Peuplements éloignés où l’on exploitait sporadiquement sans surveillance, menaces par les rays. les feux de brousse 8.066.000 11 p. 100
- et les abus de jouissance Peuplements souvent très beaux, très riches, à peu près intacts, situés encore en dehors de la zone de colonisa- 20.832.300 27 p. 100
- lion 14.012.200 19 p. 100
- Domaine forestier actuel de l'Indochine ...... 42.430.500 57 p. 100 Taux de boisement.
- La préparation du Régime forestier de l’Indochine a été rude. Un tel acte était appelé à supprimer de prétendus droits acquis, dont la plupart en réalité n’étaient que d’intolérables abus, d’inadmissibles pillages; il enlevait nécessairement certaines attributions aux administrateurs, chefs de province et aux chefs de gouvernements locaux; il semblait empiéter, en apparence beaucoup plus qu’en réalité, sur les prérogatives du personnel administratif colonial : aussi me suis-je heurté à une mauvaise volonté générale et persistante.
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- Le projet de Régime forestier a provoqué plus de 3.500 protestations, contre-propositions, réclamations, à chacune desquelles il a fallu répondre et qu’il a fallu combattre individuellement; après trois années de luttes incessantes, le succès a enlin couronné nos efforts, et le Gouvernement général a approuvé, en conseil de gouvernement. le 21 mars 1930, le régime forestier de VIndochine.
- Pour mieux comprendre l’importance de cet acte, nous allons examiner quelle était la situation forestière antérieure en Indochine et voir quelles sont les modifications et les améliorations que le Régime forestier y a apportées.
- Nous avons trouvé les peuplements forestiers rangés au point de vue administratif en deux catégories : le domain»' réservé, couvrant 1.500.000 ha. et le domaine libre, couvrant 53.095.020 ha.
- Le domaine réserré se composait uniquement d»' quelque 300 réserves d'exploitation, dont un cinquième seulement dotées d'un aménagement; les coupes méthodiques et les soins culturaux ne se prati»[uaient que dans ces réserves. <lont la production était très faible.
- L»' domaine libre comprenait tout ce qui n’était pas réservé: h'S exploitations qui vêtaient assises alimentaient les reecttt's forestières dans la proportion suivante ; 95 p. 100 pour le bois d’a'iivre, 79 p. 100 pour h; bois de chauffage, »'t 83 p. 100 pour le charbon de bois.
- Ges exploitations étaient loin d’ètiv négligeables au point de vu»' budgétaire : elles ont rapporté au Trésor, revenu n»'t moyen annuel, pendant la période décennale 1922-1931. une somme d»' 1.170.000 piastres, soit, en nombre rond. 12 millions de francs.
- Tahleaij V. — Bilan i»k la gestion forkstièke en Indochine. (Moyenne décennale 1922-1101.)
- COLONIE OU PAYS DE PROTECTORAT R Bois d'ci'uvre et «lin dustrie i milliers île mètres niées'. EN DEMENT DI A : M .vit i: H i:s lîois de chauffage milliers de stères;. IS EXPLOITAT Charbim de Luis (tonnes). IONS lî : AHOKNT Total annuel moyen de toutes les recettes forestières (milliers de piastres). TOTAL A N N CKC NI 11Y K N DK TnfTKS LKS PKI* EN SES DK PERSONNEL. DK MATERIEL ET TRAVAUX, KTC. milliers fie piastres'. HKVKNT N KT A X N U K L DU DOMAINE FORESTIER f milliers -le piastres}.
- Tonkin 226 118 2.532 514 362 182
- Annam 170 240 3.652 412 333 109
- Cochinchine. . . i sa 1.199 781 759 383 376
- Cambodge. . . . 2 ait 362 8.751 828 319 509
- Laos ” ” " " * >
- Indochine française. (Total). S24 1.919 15.716 2.573 1.397 1.1 76
- Ces exploitations étaient, en principe, réglementées par -46 textes différents : 13 arrêtés au Cambodge, 10 enCochinchine. 12 en Annam. 9 au Tonkin. 2 au Laos. Ces textes, assez concordants au début, avaient été. depuis la suppression de la Direction des Forêts, profondément remaniés, et avaient fini par différer si'nsible-ment. et sans raison valable, d’un pays à l’autre, d»' telle sorte que le contrède des
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- coupes de bois, éparpillées sur plus de 40.000.000 ha, était en fait sinon impossible du moins très difficile et très incomplet; et l’on peut dire que les exploitations étaient aussi libres que le domaine, au grand dommage des peuplements.
- Le Régime forestier a mis fin à cette situation, et a supprimé le domaine et la coupe libres : désormais tous les peuplements forestiers indochinois sont soumis au Régime forestier et répartis en domaine classé et domaine protégé.
- Le domaine classé englobe : les réserves forestières, les périmètres de reboisement et les forets provinciales, communales et communautales.
- Réserves forestières. — Leur nombre actuel et leur répartition sont donnés par le tableau VI.
- Tableau VI. — Nombre et répartition des réserves forestières de l’Indochine.
- COLONIES OU PAYS DE PROTECTORAT NOMBRE I>E RÉSERVES SUPERFICIE FORESTIÈRE mise en réserve (hectares) SUPERFICIE DES RÉSERVES DOTÉES d'un aménagement préparatoire (hectares)
- Tonkin 109 363.838 57.330
- Annara 112 879.122 70.855
- Cochinchine 180 637.963 296.623
- Cambodge 90 749.045 47.998
- Laos » » »
- Indochine française (total). 491 2.649.968 472.806
- Les réserves ne sont plus désormais uniquement composées de forêts de production à exploitation méthodique. Lamise en réserve reprend sa véritable signification : c’est une saisie conservatoire que l’on opère sur un peuplement, riche ou pauvre, parce qu’il intéresse la collectivité à un certain point de vue. Cette saisie ne préjuge pas de la destination donnée à la forêt; elle est faite dans un but de protection, en attendant l’aménagement chargé de fixer le mode de traitement approprié au but assigné au peuplement réservé.
- Évidemment, les réserves forestières sont appelées à englober tous les peuplements riches, susceptibles d’être rapidement mis en valeur pour former le bloc des forêts de production destinées à alimenter le commerce et l’industrie. Mais elles comprendront aussi des peuplements plus ou moins riches, naturels ou artificiels. qu’un aménagement approprié transformera en forêts de protection (dunes du littoral annamite), en parcs artistiques (ceinture boisée des groupes archéologiques d’Angkor, de Sambor, etc.), en sites touristiques ou cynégétiques (ceinture forestière des stations climatiques), en parcs scientifiques de refuge, pour la conservation de témoins de la flore et de la faune originelles. Le Régime forestier a ainsi, je le répète, restitué au mots « réserve forestière » sa véritable signification, trop perdue de vue depuis quelques années, même par le personnel forestier.
- Périmètres de reboisement. — Ils sont appelés à comprendre tous les terrains (soit nus, soit couverts de broussailles ou de peuplements pauvres appelés à disparaître) où l’on doit entreprendre des boisements artificiels massifs, dans le but, tantôt de consolider des terrains en pente ou de fixer des sols mobiles (pineraies de protection,
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- MISE EX VALEUR DES FORÊTS INDOCHINOISES.
- plantations de tilaos sur les dunes littorales) tantôt de créer des forêts industrielles susceptibles, comme celles des Indes anglaises et néerlandaises, d’alimenter le commerce d exportation ou de fournir la métropole en produits jugés indispensables à sa prospérité et à sa sécurité (forêts de Teck, boisements de Palaquium-Gutta. de Cinchona. de Bang-lang, etc. ).
- Forêts 'provinciales, communales, communautales. etc. — Ce sont tous les peuplements appartenant à des personnes morales auxquelles ils ont été affectés en toute propriété soit en raison de titres anciens, soit, le plus souvent, par suite de rachat ou de cantonnement de droits d’usage ou de servitudes. De telles forêts, contrairement à la croyance générale, ne sont soumises au Régime forestier et gérées par l’Administration forestière qu’à titre de tuteur légal, chargé uniquement d’empêcher les abus de jouissance des populations actuelles, usufruitières, au détriment des populations futures, nu-propriétaires.
- Domaine protégé. — Il englobe tous les massifs forestiers qui ne sont pas classés ou ni' méritent pas de l’être. L’Administration forestière y exerce une surveillance protectrice et veille à la réalisation au profil du Trésor de tous les produits arrivés à maturité (permis de coupe). Le commerce n’exploite plus à sa guise, où il veut et ce qu’il veut : il coupe désormais là où l’Administration le lui permet et là seulement, conformément aux prescriptions qui lui sont données: les produits sont déterminés, par le permis de coupe, en nature, qualité, dimensions et quantité.
- Le Régime forestier, en même temps qu’il assurait une protection plus efficace du domaine boisé, a mis de l’ordre dans la gestion de ce domaine : il a abrogé et remplacé les if) textes locaux antérieurement en vigueur, et a fixé pour toute l’Indochine les dispositions fondamentales de l’Administration du Romaine forestier, ne laissant aux chefs de gouvernements locaux que la possibilité de prendre l’arrêté complémentaire d’application, appelé à adapter le texte général aux conditions spéciales locales, de manière à allier l’unité et la rigidité des directives à une certaine souplesse d’exécution.
- Le Régime forestier a posé le principe de 1 extinction des droits d’usage et des servitudes par voie de cantonnement et de rachat. Il a prévu un certain nombre de dispositions pour réprimer les rays, les feux (b* brousse, les incendies, et pour en limiter les ravages.
- Il a enfin supprimé le droit de défrichement en Indochine, sauf en quelques cas limitativement énumérés et strictement réglementés.
- Le Régime forestier a été complété par le décret du 2 janvier 1931, promulgué à la Colonie par arrêté du 18 juin 1931. Cet acte indispensable a fixé les pénalités et la procédure en matière forestière en Indochine. Il a abrogé un texte désuet et atténué certaines pénalités que leur excessive sévérité rendait inapplicables. Notamment, en ce qui concerne les incendies de forêts et les feux de brousse dont l’auteur jadis, quelles que fussent les circonstances, était condamné aux travaux forcés à perpétuité, absurdité juridique qui a longtemps paralysé notre action répressive: le décret du 2 janvier a abrogé cette disposition et lui a substitué une échelle de pénalités raisonnables permettant au juge de justement proportionner la sévérité de la sanction à la gravité de l’acte commis.
- Telles sont les conditions dans lesquelles ont été réalisés en Indochine les tra-
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- vaux préparatoires à la mise en valeur proprement dite du domaine boisé, et qui m’ont permis d’aborder franchement cette dernière.
- c. aménagements. — Entrepris dès 1907, ils ne portent encore que sur 2.649.968 ha ; ils se sont donc développés à un rythme trop lent : cela tenait à la complication de la procédure d’établissement qui avait simplement été calquée sur celle en usage en France. J'y ai apporté les simplifications nécessaires; j’ai supprimé un certain nombre de formalités justifiées en France, inacceptables à la Colonie; j’ai substitué, pour l’établissement du plan de la forêt aménagée, un extrait ou agrandissement de la carte officielle du Service géographique de l’Armée, au levé effectué par les agents forestiers, travail trop lent, trop coûteux et souvent trop peu exact; j’ai cherché à faciliter le travail du personnel forestier et j'espère, grâce aux mesures prises, que bientôt la majorité de nos réserves sera dotée d’un aménagement préparatoire, très suffisant à l’heure actuelle.
- n. domanialisation. — C’est une des questions les plus intéressantes du problème de la mise en valeur de nos forêts coloniales. Elle intéresse surtout la création et l’organisation des parcs archéologiques, des séries forestières pittoresques (sites, cascades, perspectives, etc.), des parcs de refuge, ou parcs scientifiques, réclamés par les zoologistes et les botanistes.
- Il s’agit de forêts d’une superficie si minime, 10.000 à 2Ü.000 ha au plus chacune, qu’elle est presque négligeable par rapport à l’ensemble du domaine forestier de la colonie. Mais il s’agit de forêts dont la conservation a une importance telle qu’elles ne peuvent attendre un aménagement plus ou moins lointain, une mise en réserve impossible à obtenir en présence des convoitises dont elles sont l’objet; elles réclament un a protection immédiate, que seule la domanialisation peut leur donner.
- Pour mieux faire comprendre ce qu'il faut entendre par domanialisation, je vais prendre pour exemple la première que j’avais envisagée, celle du Grand Parc des ruines d’Angkor.
- Ea surveillance et la conservation du groupe d’Angkor sont confiées à l’École française d’Extrême-Orient, qui y a accompli une œuvre admirable. Mais ce qui fait le charme et la beauté des ruines, indépendamment de leur valeur archéologique, c’est l’admirable décor boisé qui en est en quelque sorte l’écrin. Or l’Administration coloniale a parcimonieusement mesuré le terrain à l’École d’Extrême-Orient, et l’a pratiquement réduit à l’emprise même des ruines, de sorte que la ceinture boisée qui les entoure et les relie entre elles reste « forêt non classée » exposée à toutes les exploitations abusives. Depuis quatre ans, malgré mes protestations et celles de M. Marshall, conservateur des ruines, la mise en réserve du massif a été différée. Il s’est même installé, derrière la résidence du conservateur des ruines, avec l’assentiment du résident de France, chef de province, une scierie moderne à grand débit, dont rien n’a pu arrêter le développement et l’activité sous prétexte « de la nécessité impérieuse d’encourager les initiatives industrielles et commerciales dans la colonie ». Les nombreux visiteurs d’Angkor s’étonnent à juste titre de croiser chaque jour, sur les chemins d’accès des ruines, de gros tracteurs à remorques qui mènent à la scierie les plus beaux arbres de ce qu’il est permis d’appeler le Grand Parc des ruines d’Angkor, ce parc qui doit être aux ruines ce que le Grand Parc de Versailles est à son château. Voilà une forêt que, seule, une intervention de la
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- métropole peut sauver: la domanialisation nous le permet, sans intervention du législateur, par le simple jeu des textes réglementaires actuellement en vigueur.
- Les lorèls domaniales font partie en France du domaine jtrieé de l'État et non pas du domaine publie : l’État possède ce domaine privé et l’administre pour en tirer un revenu comme un simple particulier : il en a toutes les obligations, il paye môme 1 impôt foncier (9.900.000 lï. en 103:2): il en a donc, en contre-partie, tous les droits.
- Les colonies mettent en valeur leur sol. par voie de lotissement à des particuliers. sur leur demande et sous certaines conditions : en Indochine1, ce lotissement, gratuit ou à prix d’argent, s'appelle « le Régime des Concessions ». principalement des concessions agricoles. C’est ainsi qu’on a loti d’immenses et superbes forets tropicales sur terres rouges, qu'on les a défrichées et qu’on en a aliéné le sol au profit de sociétés financières, en vue de plantation d’Hevea, Farin e à caoutchouc.
- Le Ministre de l’Agriculture. Direction générale des Faux et Forets, représentant l'Etal particulier, déjà chargé, à la satisfaction générale, de la conservation et de l'entretien des pares (h1 Versailles et de Saint-Cloud, des séries forestières artistiques de Compiègne, Fontainebleau etc., présentera, dans la forme réglementaire, une demande de concession de 2.000 à 5.000 ha de forets entourant les ruines d’Angkor. en vue de leur mise en valeur. Celte demande, instruite conformé-ment à la procédure habituelle, ne peut être refusée, élan! donnée la personnalité du demandeur.
- La concession, obtenue à litre provis»tire. l'Flat aménagera le Crand Parc d’Angkor; l'aménagement soumettra ce domaine sinon à tout le Code forestier, du moins à un certain nombre de ses prescriptions, et prévoira le mode de traitement approprié, réduisant les exploitations à de simples opérations de nettoiement, par extraction des arbres morts, très dépérissants ou brisés. Cad aménagement, après avis du Ministre des Colonies et du Gomerneur général, fera l’objet d'un décret qui emportera de piano « concession définitive du'Domaine ».
- Voilà le Grand Parc d’Angkor domanialisé. et. dira-t-on, l'Administration métropolitaine des Eaux et Forêts fort embarrassée de son nouveau domaine d’ouire-mer. C’est une erreur : cette administration, par son intervention, aura fait entrer le Grand Parc d’Angkor dans le domaine privé de l’Etat: elle l'aura nationalisé par domanialisation. lui conférant ainsi, sinon en droit strict, du moins en fait, une inaliénabilité et. par suite, une imprescriptibilité quasi absolues. C’est le but que l’on voulait atteindre. Pour l’exécution de l'aménagement, à défaut de représentant sur place, le Ministre de l’Agriculture pourra confier le Pair, domanial d’Angkor au Gouverneur général, à charge, par ce haut fonctionnaire, d’en assurer la garde et d’en appliquer l’aménagement, ce qui lui est facile, sans dépenses nouvelles, par son Service forestier actuel. En même temps, le Ministre de l’Agriculture pourra déléguer à l'École française d'Extrême-Orient ses pouvoirs de contrôle.
- Voici ce qu’il faut entendre par domanialisation coloniale, le seul moyen légal de protection rapide de certaines parties intéressantes de notre domaine boisé colonial, sans création nouvelle de serxice ni de personnel, sans engagement de dépenses supplémentaires.
- Après la domanialisation du Grand Parc d’Angkor, j'avais envisagé celle de l'Arboretum de Trang-bom. du pic du Lang-Bian. dont un versant deviendrait 132e Année. — Décembre 19113. 43
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- LES FURETS 1XDÜCHIN0ISES. — DÉCEMBRE 1933.
- série artistique et le versant opposé, parc de refuge, enfin celle du Col des Nuages près de Tourane.
- e. boisements industriels massifs. — Les produits forestiers indochinois trouvent leurs débouchés, d’abord dans la consommation intérieure, piiis sur le marché du Pacifique, région sino-insulinde. Mais quelques-uns d’entre eux, par leurs qualités ou leur valeur spéciale, ont acquis une importance mondiale et intéressent les grands marchés européens : je citerai surtout le bois de Teck, le bois de Bang-lang (ce dernier, en remplacement du bois de noyer devenu rare), la gutta-percha et la quinine.
- Or, pour ces produits, nous sommes tributaires de l'étranger; l’industrie et le commerce français, et, à défaut, la mobilisation industrielle, ont le devoir de se préoccuper de cette situation, pour entreprendre, et au besoin financer, d’importants travaux de boisements, appelés à nous affranchir de la tutelle de l’étranger, car il s’agit de matières premières qui nous sont indispensables.
- Les Anglais et les Hollandais nous ont donné l’exemple en créant d’importants boisements artificiels de Teck, fournissant annuellement plus de 200.000 m3, absorbés par les marchés européen et américain. Les Allemands nous ont prouvé l’importance qu’ils apportaient à cette question, par le nombre et la superficie de leurs plantations de Teck, essence qu’ils ont résolument introduite et multipliée dans leur colonies africaines du Togo et du Cameroun. Qu’attendons-nous pour en faire autant? Il faut réagir immédiatement, percevoir une nécessité dont la méconnaissance deviendrait pour le moins inquiétante, et nous engager énergiquement dans une voie si nettement tracée par tous nos voisins.
- Le Teck et le Bang-lang croissent spontanément en Indochine; la gu lia est produite par un Palachimn (pie l'on trouve à l’état naturel, disséminé dans les forets sauvages du Cambodge méridional. Le quinquina a été introduit en Indochine par le Dr Yersin, directeur de l’Institut Pasteur de Nnalrang, auquel revient l’honneur de l’avoir pour, ainsi dire indigénisé, par de nombreuses places d’essai, tant au Cambodge que dans le Sud-Annam.
- Naturellement, dans les boisements massifs que je préconise, il s’agit de plantations forestières, faites d’une manière extensive, avec un minimum de dépenses, et non pas de ces luxueuses plantations effectuées en Cochinchine, sur les conseils d’une superagriculture plus théoricienne que pratique, et par des méthodes intensives, qui ont écrasé les planteurs sous le poids de frais généraux hors de proportion avec l’infime excédent de rendement qu’elles ont apporté,... quand elles en ont apporté.
- J’avais envisagé un premier boisement massif de Teck sur o.UÜÜ ha le long des rives du Mékong. Les travaux de boisement proprement dits, ainsi que les travaux d’outillage économique de la plantation, notamment les voies d’accès faisaient l’objet d’un projet d’ensemble où était chiffrée la dépense totale; l’exécution des travaux était échelonnée sur une vingtaine d’années. L’opération était financée parla caisse de réserve du Gouvernement général, qui devenait ainsi propriétaire de la future forêt, source de revenus appréciables dans un avenir relativement peu éloigné. C’était une sorte de placement, dont l’annuité, arrêtée une fois pour toutes par le Gouverneur général en conseil du gouvernement, était soumise à l’approbation du Ministre des Colonies, pour lui donner la stabilité indispensable.
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- -MISK EX VALEUR DES E< RtÈTS lNDOCIlIXi USES. 05U
- u. la loi forestière de la colüxie. — Elle représente le point final tin problème de la mise en valeur du domaine boisé de la colonie. Elle fixe définitivement le régime forestier et la forme d'administration de ce domaine; elle serait pour 1 Indochine ce qu’est pour l’Algérie, sa loi forestière.
- Sur ce point, la parole est au Ministre des Colonies et au Parlement; c’est à eux qu’appartient l’initiative de la mesure, et je ne puis qu'exprimer le désir de la leur voir prendre le plus tôt possible.
- ANNEXE E — E.\cmék.vtio.n dks ksskncks fokkstièrks dk k'Jndochink.
- NOM COMMERCIAL
- NOM liOTAMnlT KAM 1 l.l.K A NM' ti LEE 1 HE
- Essences forestières pri i cipales.
- Dàu Diplerocarpus divers. Diptérocarpées R.4.ÜUI)
- Bang-lang .... Lai/erstroemia divers. Eylhrariées oo.UÜÜ
- Lim Erythroplaeum Fordii. Eég. Ciesalpinées .... 40.000
- Tram Melaleuca leucadendron. Myrtacées 20.000
- Vôn-vén Anisoptera divers. Dipterocarpées 29.000
- Muông Cassia Timoriensis. Eég. Ciesalpinées 20.000
- Teck Tectona qrandis. Yerhénacées 20.000
- Sao Hopea odorata. Dipterocarpées 18.000
- Ca-chae Shorea obtusa. Diptérocarpées 18.000
- Rôdé Anthostyrax Tonhinense. Stvracidées 18.000
- Xoan Melia divers. Méüacéos 10.000
- Cam-xe Xylia dolabriformis. Lég. Mimosées 16.000
- Gie Qucrcus divers. Fagacées lü.OOO
- Chain Gnnnriam divers. Burséracées 13.000
- Yang- Mallotus Cochinchinensis. Euphnrbiacées 13.000
- Gu Sindora divers. Eég. Ciesalpinées 10.000
- Ituvuli Tarrielia Cochinchinensis. Sle.reuliaecos 10.000
- Thûng Pinus Merlcusii. Conifères 10.000
- rl'au et lau-lau . . Valica divers. Diptérocarpées 10.000
- Giôi Talaunut. Magnoliacées 7.000
- Essences forestières sec mdnires.
- Rang-rang .... Spalolobus. Lég. Papilionacees .... 8.000
- Xèn Shorea Cochinchinensis. Diptérocarpées 6.500
- Lal Cluikrasia tabularis. Méliacées 6.000
- Cûng Calophylluin divers. Guttifères 5.200
- Tro Parashoreu stellata. Diptérocarpées 6.00!)
- Kièn-kièn Hopea Pierrei. Diptérocarpées 5.000
- Bôi-lôi Lilsea. Lauracées 4.600
- Soi \Quercus resinifera. Pasania fenestrala. Fagacées 4.360
- Hoang-linh. . . . Peltophorum dasyrachis. Lég. C;e3alpinees 3.200
- < ini Aglaïa. Méliacées 3.000
- Mo vànu-làm . . . Manglietia qlauccn. Magnoliacées 3.000
- Nghiên Pentace Tonhinense. TiRacées 3.000
- llobi Pahudia Cochinchinensis. Lég. Ciesa 1 pi nées 2.000
- Dang-huong . . . Ptérocarpus. Lég. Papilionacees . . . . 1.250
- Re Cinnamoniam divers. Lauracées 1.500
- Cain-Iai Dalberqia divers. Eeg. Papilionaeces . . . . 1.150
- Cam-lièn Pentacme Siamensis. Di])lérocarpces 850
- Gaôi Castanopsis tribuloïdes. L’agacées 800
- Trac Dalberqia Cochinchinensis. Lég. Papilionacées . . . . 200
- Rôi Garcinia. Guttifères 500
- Son Melanorrhea laccifera. Anacardiacées 3,20
- Mit Arlocarpus inteqrifolia. Moracées 600
- Xoai Mangifera Indica. Anacardiacées 3,00
- Sên ....... Bassia Pasquieri. sapotacées 700
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- LES FURETS INÜUCIIINOISES.
- DEC E.M lîRE 1933.
- Oüü
- ANNEXE I. — Énumération des essences forestières de l’Indochine (suite).
- NOM COMM EHUlA 1. NOM BOTANIQUE FA MILLE EXPLOITATION ANNUELLE (îll3)
- Essences forestières seconda ires (suite).
- Sang-da . ... Xanlhophyllum colubrinum. Polvgalacées 2.500
- Ca-gan Terminalia tomentosa. Combrétacées I 0(1
- Vap Mesua ferrea. Guttifères 130
- Xoay Dialium Cochinchinensis. Lég. Cæsalpinées 950
- Trai-ly Garcinia fagraeoïdes. Guttifères 800
- Palétuviers .... Spec Rhozophoracées 3.000
- Essences forestières accessoires ou régionales.
- Pliay Sar cocep liai us Orienlalis. Rubiaoées 6.000
- Cheo Engelhardtia divers. Juglandées 7.000
- Thiêu Nephelium bassacense. Sapindacées 2.100
- Sung Ficus sp. Moracées 4.300
- Ngat Gironiera Sinensis. Ulmacées 300
- Trâm Eugenia Cochinchinensis. Mvrtacées 3.000
- Khao Symplocos ferruginea. Styracidées 100
- Long-ma^g. . . . Pterospermum diversifolium. Sterculiacées 100
- Bo-bo Shorer sp. Riptérocarpées 1.000
- Xoan-dao Pygeum arboreuni. Rosacées 2.500
- Sang Hopea Thorellii. Sterculiacées 800
- Rang Scheffier a T onkinensis. Araliacées 1.700
- Dung Symplocos laurina. Symplocacées 100
- Truong Pometia pinnata. Sapindacées 200
- Khé Stercospermum Annamense. Bignoniacees 1.200
- Gom Elaeocarpus dubius. Tiliacées 300
- Gâo Adina cordifolia, Rubiacées 1.000
- Xhùi Bichofia Javanica. Euphorhiacées 730
- Bôp Cinnamomum divers. Lauracécs 800
- Xên Shorea Cochinchinensis. Diptérocarpées 3.000
- TluM-chanh. . . . Marlea begonifolia. Cornacées 500
- Cam Parinarium Annamense. Rosacées . . . • 300
- Hàu-phals .... Cinnamomum divers. Lauracées 600
- Dinh Markhamia stipulata. Bignoniacees 100
- Ban-xe Albizzia lucida. Lég. Mimosées 200
- Giâu Morus Indien. Moracées 100
- Xoan-môc .... Toona febrifuga. Méliacées 800
- Long Dillenia helerosepala. Dilleniacées 700
- Van-trang .... Endospermum Sinensis. Euphorhiacées 300
- Sau Sandoricum Indicum. Méliacées 200
- Essences forestières à l'étude.
- Quinquina .... Cinchona. Rubiacées.
- Pemou Fokenia Kawul Hayata. Conifères.
- Samou Cunninghamia Sinensis. Conifères.
- Sun pemou. . . . Podocarpus cupressina. Conifères.
- Hoang-dan .... Dacrydium elatum. Conifères.
- Huè-mùc Osmanlhus fragrans. Oléacées.
- Ha-nu Ixonanthes Cochinchinensis. Linacées.
- Huynh-duong . . Dyxoxylon Loureiri. Méliacées.
- Sua Albizzia Lebbekoides. Lég. Miniosées.
- G b a y Palaquium obovatum. Sapotacées.
- Rony Garcinia Hamburgi. Guttifères.
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- -MISE EN VALEUR DES F< iRÈT.S INDOCHINOISES.
- (ifil
- ANNEXE II. — Enumération
- UES PRODUITS FORESTIERS DE L’INDOCHINE : 1
- Bois.
- Piincipaux usages des bois des essences forestières pai' le Laboratoire de Technologie forestière de Hanoï.
- Bois de charpente
- BOIS
- DE
- SERVICE
- -Menu service.............................
- Colonnes, poteaux télégraphiques, perches à poivriers, pilotis, pieux . . .
- indochinoises suivant leurs qualités, vérifiés
- eck. Bang-lang, Dàu, Gie. Lim, San. \'én-vên, Xoan. Xên, Tro. Mo-vàng-tàm, Gùi, Huyng, lloàng-linh, Bùi-lûi, Ca-ôi, Công, Kiên-kién. Lau-tau, Muông.
- a-eliac. Cain-xe, Dàu, Gie, Lim, Yap, Lau-tau, Thông, Trai, Tràm. Duoe.
- BOIS
- D'INDUS-
- TRIE
- Etais de mine
- Pavage
- Menuiserie
- appelés
- à
- supporter
- des
- efforts
- mécaniques.
- Ehénisterie et menuiserie fine...........
- Marquotlerie, placage.
- Sculpture ...........
- Loupes
- Gravure ............
- Modelage............
- ! Traverses de chemin 1 (le fer.............
- Batellerie..........
- Charronnage.........
- a]i pelés à
- supporter
- des
- efforts
- dynamiques.
- Bois d'arsenaux. Carrosserie, Wagons.
- Saboterie............
- Bois a brosse........
- Ca:sserie............
- Manches de (telles et de fourches, cercles.
- Bois cintrés.........
- Frottement et pièces de machines . . .
- Tournerie .
- Tonnellerie............
- Boissellerie...........
- | Résonance..............
- Sciage pour onnel-lerie industrielle •
- ! Trancluiqe et dé roulage.
- Pâte à papier . . .
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- Gie. Huynh, Xên, Xoan, Bô-dè, Chain. Dung, Lau-tau, Muông, Duoc.
- Cam-xe-Gie, IIoàng-Linh, Lim, Sao, Vap, Xén. iïoàng-linh, Pemou, Tau, Thông, Xoay.
- Dàu, Teck, Gie, Gèd. Lim, Sao, Yèn-vên, Xoan, lloang-linh, Huynh, Ho-bi, Ga-duéd, Ga-ôi, Gliam. Kiên-kién, Lat, Tau, Giûi, Thông.
- Caïn-lai, Cam-xe, Dang-huong, Gu, Lim, Mo-vàng-lâm, Trac, Son, Vén-vén, Yap, Gôi, llo-bi, Cam-lién, Cho, Giûi, Lat, Nghiên, Trai-ly. Xoan-môc.
- Cani-lai, Dang-huong, Lim, Son. Trac, Gu, Gôi, Huynh, Ilobi, Cam-lièn, Gûi:, Mit.
- Bang-lang, Cam-lai. Dang-huong, Gu, Gôi. ll<d>i, Lim. Son. Trac. Mo-vdng-tâm, Huynh, Cam-lién, Mit, Tau. Trai-ly.
- Gu, Mit, Tau.
- Bang-lang Sao, Giûi, Mit.
- Bang-lang, Dang-huong, Gu-IIohi. Lim.
- Cam-xe, Gie, Lau-tau, Lim, Sao, Thông, S’ap, Cachac, Nghiên, Sûi, Duoc, Sèn.
- Bang-lang, Dàu, Gie, Huynh, Lim, San. Teck, Yèn-vên, Xên, Xoan-dào, Caôi. Bôi-lô'. Nghiên, Trai-ly, Tau.
- Bang-lang. Gôi, Huynh, Lim, Cv-chac, Nghiên.
- Bang-lang.Dàu, Gie, Gôi, Gu,Ho-bi, Huynh,Lim, Sao, Yap. Yèn-vên. Xén. Xoan-dào, Rinh-Ii1111. Bôi-lôi, Caôi, Nghiên, Trai-ly.
- Gôi. Bô-dê.
- Cam-lai, Cam-fhi. Gôi. Gu. Trac, Cam-lién, Mit.
- Ddu.Mo-vàng-tam, Yèn-vên. Xoan, Bô-dè,Bôi-lôi, Chain, G iôi, Soi. Thông, Xoan-môc, Yang.
- Bang-lang, Sao, Ca-ôi, Cho, Sûi, Sang-dào.
- Bang-lang, Gie, Gôi, Xên, Soi.
- Ca-chae, Cam-xe, Yap, Nghiên, Tau. Trai-ly.
- Cam-lai, Cam-lhi. Dang-huong, Gôi, Gu, Ho-hi, Sao, Son, Trac. Binh-linh, Mit. Trai-lv. Xoan-môc.
- Gie, Ca-ôi, Duoc, Sûi.
- Bang-lang, Sao, Xoan. Bôi-lôi. Mit, Sûi, Duoc.
- Huynh. Xoan. Bôi-lôi, Xoan-môc.
- Bang-lang. Gôi, Sao, Binh-linh. Bô-dè.
- Bô-dè. Mo-vang-làm, Xoan, Gliam, Yàng.
- Bo-dè. Cham, Gao. Gio, Mo, Thông, Sung. Giuong. Ba-thua. Bambous.
- 2° Produits accessoires.
- Les bambous, les rotins, les Lui: — la gutta-percha: — la cannelle; — la résiné de Pin: — les Darnars verts (Sud indochinois): — l'Élémi du Tonkin; — les oléo-résines fluides, wood oil: — la gomme-gutte: — le camphre: — la quinine, en forêt de culture.
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- LES FORETS INDOCI1INOISES.
- 662
- DÉCEMBRE 1933.
- ANNEXE III. — Mercuriale des principaux bois de l’Indochine (avril 1932) (en piastres!5) par mètre cube).
- MARCHÉS :
- NOM COMMERCIAL DES ESSENCES ha < irumo. s'Ol Eqmir- ri. BÈM Grume. h î; y Gquar- ri. H 1 Grume. ' È Gquar- ri. P H AN" brunie. ’HIÈT Equar- ri. Sa i ( h*umi\ ;ox Kquar-ri. PH NON ( irume. -P K N H Equar- ri.
- Dâu Ess cnces p rincipa 20 23 12 13 22
- Bang-lang . . » » » » » » 18 24 13 20 27 „
- Lim 38 50 28 35 » » » „ », ,, » „
- Trâm >. » ». » » » », 10 15 „ •
- Yên-vèn . . . > »» » » >» >, 15 18 12 13 23 ,»
- Muông .... 20 > » » » » >, » „ >, » „
- Teck » » » ». », », „ ,, 30 >, „ „
- Sao » » » >» ». » 23 32 25 30 50 55
- Ca-chae. . . . » » » » » » » », 23 30 33 »
- Bô-dé 15 » » » » » » „ », „ „
- Xoan 23 >. 7 10 », » „ „ », », „
- Cam-Xe. . . . >» >. » » », », 2.3 32 17 22 33 35
- Gic 20 » 12 13 », » », » » », „ ,»
- Chain 14 » 7 10 » » » », „ », w
- Vang 14 7 10 ». », » », >, », „ „
- Gu 53 7.3 45 no 20 30 „ » 23 30 30 34
- Huvnh .... » » » » 14 18 ,, „ 13 20 16
- Tau elLau-lau. 28 38 20 » ,, » 18 25 » » „ »,
- Giùi 28 12 15 *’ » > » » »
- Xèu Ess cnces e ccessoir 23 es. 20 23 33
- Lat 38 »> » » », »> >» „ „ „ », „
- Cùng » » ». » », » ,, „ 12 15 »» »,
- Tro 24 » » » 22 28 » » ,» >» », „
- Kièn-kiên. . . » » »> >» 23 33 „ », ,» », „ »,
- Boi-loi .... » >» » » 8 10 » „ » „ », »
- Sôi 20 » » » » », „ », » „ »,
- Huang-linb . . >. 8 10 » » ,, „ „ », », ,»
- Gôi 23 10 15 >» », » », » », ,» „
- Mo-vàng-tàm . 38 » » >» *> » ,» ,» », », » »,
- Ngliièn .... 70 » ». » », » ,, », », ,» ,»
- Hobi » ». ». »> » » ,, » » „ », 40
- Dnng-huong . » »» » » » » », ,, 30 3.3 38 48
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- Cam-lièn. . . » )> » » » » », », 23 30 33 „
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- (5) La valeur de la piastre indochinois? a élé stabilisée à 10 fr.
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- -MISE EN VALEUR DES E'iRÈTS IXDnCHINOISES.
- CONCLUSIONS.
- kn résumé, la question forestière est en bonne voie de solution en Indochine. Nous avons montré que le problème de mise en valeur n'était pas un monstre inabordable, source de difficultés sans nombre; il est, au contraire, très simple; il demande seulement de la bonne volonté, de la méthode et de la continuité dans l’eilort. Mais il laut se rappeler qui1 l’ensemble des connaissances nécessaires à sa solution constitue une science technologique spéciale, l’économie forestière, qui ne s’invente, ni ne s'improvise, mais s’apprend dans une école spéciale, celle de Nancy, où sont venus se former les forestiers anglais de l'Inde, d’où sortent les ingénieurs des Eaux et Forets français. C’est à ces spécialistes qu’il faut confier la solution du problème forestier.
- En tout cas, pour éviter le retour de grossières erreurs, il serait profondément souhaitable que, le plus tôt possible, un cours d’économie forestière ou. à défaut, quelques conférences à l’Ecole coloniale, vinssent éclairer le personnel administratif colonial et faire son éducation forestière.
- Ouoi qu’il en soit. l’Indochine a, une fois de plus, donné l’exemple : aux autres colonies de s’en inspirer: la voie est tracée, la route est ouverte. Je souhaite voir bientôt les gouverneurs et gouverneurs généraux s’atteler résolument à une tâche intimement liée à la cause de la colonisation française, indispensable au développement économique de leur colonie, indispensable à noire prospérité et à notre sécurité nationales.
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- BULL. DE LA SOC. d'eNCOUR. PoUR L'INDUSTRIE NATIONALE. — DÉCEMBRE 1933 (p. 664).
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ
- CONSEIL D’ADMINISTRATION
- SÉANCE PUBLIQUE l)LT 4 NOVEMBRE 1933 Présidence de M. L. Mangin, vire-présidcnt.
- La séance est ouverte à 17 h.
- En ouvrant la séance, M. Mangin présente les excuses de M. Alby, président, empêché, par la maladie d’un proche parent, de présider la réunion d’aujourd’hui.
- Est présenté pour devenir membre de la Société et admis séance tenante :
- M. W alter (Paul), ingénieur-chimiste, licencié ès sciences, expert près les tribunaux du Conseil de Préfecture et du Tribunal de Commerce, 14, rue Rémilly, Versailles (Seine-et-Oise), présenté par M. Pleurent et M. Lemaire (1934).
- M. Adam (Jean-Henri), (*>!)> secrétaire général de la Compagnie parisienne de Distribution d’Electricité, 2, rue Jean-Louis Forain, Le Grand-Chesnay (Seine-et-Oise), dé jà membre à vie, s’est fait inscrire comme membre perpétuel.
- M. M angin, vice-président. — En se faisant membre et en payant sa cotisation, M. Paul W aller nous a versé 4(1 fr destinés à nous aider dans la publication de notre Bulletin. Nous le remercions très vivement.
- MM'. Ch. de Fréminvillk et G. Wery, secrétaires généraux, présentent et analysent des ouvrages entrés récemment dans la Bibliothèque.
- M. de Fréminville présente les ouvrages suivants :
- Télévision et transmission des images, par René Mesny (Collection Armand Colin, Section de physique, n° 162). Paris, Librairie Armand Colin, 103, boulevard Saint Michel (o ), 1933;
- Technologie du froid. Tome I : Compresseurs et condenseurs, par L. Mi-ronneau. (École supérieure du Froid industriel). (Encyclopédie industrielle et commerciale). Paris, Librairie de l’Enseignement technique, L. Evrolles, 3, rue Thénard (a'Q, 1933;
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- CONSEIL d’aDMIXISTRATIuX. — SÉANCE DU T NOVEMBRE HUUU 663
- I>e la turbine à l'atome, par René Bied-Ciiarbetox. Paris, Gauthier-Yil-lars, oo, quai des (irands Augustins (6 ), 193A ;
- Formation des chefs d'ateliers, par L. Lu nouvel. Paris, Éditions de La Machine moderne, 15, rue Bleue (0°), 1933;
- Wasserbauliche Strbmungslehre, von Paul Neméxyi. Leipzig, Joliann Ambrosius Barth, 1933;
- Le Conservatoire national des Arts et Métiers (ex IL Illustration du 19 août 1933). Paris, 292, rue Saint Martin (3e). (Don de M. L. Nicolle, directeur du Conservatoire national des Arts et Métiers);
- Comité général dits Assurances. — Assemblée annuelle du 19 juin 19-38. Allocution deM. Max IIermant, président. Paris, 29, rue de Cliâteaudun (9"). (Don du Comité général des Assurances);
- Institut international d’Organisation scientifique du Travail (Genève). — L'étude scientifique de la vente en Allemagne. Genève, 2, boulevard du Théâtre, 1933;
- Le commerce de la France avec ses possessions (Voutre-mer en 1932, par M. Martelli-Chautard (ex Actes et Comptes rendus de l’Association Colonies-Sciences, n° 90, juin 1933). Paris, Association Colonies-Sciences, (il), rue Taitbout (9l), 1933. (Don de M. .Martelli-Chautard, directeur de l’Association Colonies-Sciences) ;
- Les éléments d’une traction autonome moderne sur les chemins de fer, par Pierre Lavarde (ex Monde industriel, Bull, de la Soc. ind. du Nord de la France, juin 1933). Paris, Office pour le Perfectionnement de la Traction autonome sur les chemins de fer, 3, rue Portalis (8 ), 1933.
- M. Wery présente les ouvrages suivants :
- La fabrication pratique du papier. Manuel à l'usage des techniciens de la papeterie, suivi de tables de constantes pratiques, par Georges Claiterton. 31’ édition revisée et augmentée par IL 11. Clarpertox, B. A. Traduit de l'anglais par Georges Daday. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1933.
- Inst ttut international de Mecaxo-culture. Campagne de « Mon-Bepos », Lausanne (Suisse). — Compte rendu sténographique des séances delà L Semaine internationale du Machinisme à la Ferme, Lausanne. 20-25 septembre 19-32 :
- Le graphite : t. I : Ftude technique (sommaire); — t. II : Etude économique,, par René Sauffrigxon. Paris, Mines, Carrières, Grandes entreprises, 10, Galerie Yivienne, 1933. (Don de l’auteur);
- La petite ferme danoise ou husmandshus, par Marcel-Henri Motte. Paris, Librairie agricole de la Maison rustique, 26, rue Jacob (6 ), 1933:
- Le port de Strasbourg, 1931. (Don du port autonome de Strasbourg, 23, rue de la Nuée-Bleue. Strasbourg):
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- COMPTES RENDUS DES SEANCES.
- DECEMBRE 1933.
- «150
- Ministère de l’Agriculture. — Direction des Eaux et du Génie rural. — Service du Génie rural. — Circonscription Paris, Nord, Ardennes, Aisne, Oise, Seine-Inférieure. — Le remembrement de la propriété foncière dans les Ardennes, en application de la loi du l mars 1919, par M. E. Damuzeaux. Sedan, lmp. André Suzanne, i, rue de la Poste, 1933.
- M. Mangin, vice-président. — M. Majorelle, que nous allons entendre, n’est pas un inconnu pour notre Société. Le 23 janvier 1930, à la demande de notre regretté collègue Edouard Grimer, il nous a présenté deux réalisations dans le domaine de la documentation technique, dont il est l’initiateur : les fiches documentaires et les cartes industrielles de la Société de Documentation industrielle.
- Notre Société a eu le plaisir de lui accorder une de ses récompenses pour ces belles réalisations qui rendent les plus grands services. L’expérience a donc prouvé que M. Majorelle est dans la bonne voie; de nouvelles cartes et de nouvelles fiches continuent d’être publiées.
- M. Maj orelie va nous parler ce soir, non seulement des cartes industrielles nouvelles qui ont été publiées depiis qu’il nous a fait sa première communication, mais aussi de nouvelles œuvres de cartographie, qui font le plus grand honneur à notre pays, car rier de semblable ne correspond à quelques-unes d’entre elles dans les pays qui passent pour être maîtres en cartographie.
- M. Jean Majorelle, ancien élève de l’Ecole polytechnique, fait une communication sur Quelques grandes œuvres nouvelles de cartographie française : b Atlas de France du Comité national de Géographie; V Atlas cle topographie; la Carte forestière cVAlsace et Loiraine; les nouvelles cartes industrielles de la Société de Documentation industrielle.
- Le Service géographique de l’Armée poursuit activement rétablissement d’une nouvelle carte de France au l/oO.OOO en cinq codeurs, qui avait été décidé et entrepris dès avant la guerre en vue de remplacer la vieille carte d’état-major en noir au 1/80.000, aujourd’hui centenaire et qui ne répoiul plus aux nécessités actuelles.
- Il existe aussi quelques œuvres privées fraicaises, qui sont particulièrement remarquables, comme les cartes routières qui s’adressent plus spécialement aux automobilistes, et plusieurs atlas coloniaux.
- De nouvelles cartes industrielles, dont l’ememble formera un atlas cartographique de notre industrie, continuent d’être publiées parla Société de Documentation industrielle.
- L’usage de ces cartes est aujourd’hui entré dans les habitudes des services commerciaux des entreprises.
- Une réalisation de grande ampleur et d’une cifficulté spéciale est la publication
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- conseil d administration. — séance de \ novembre hi.te
- li()7
- <le 1 Atlas topographique souterrain du bassin sarro-lorrain, annexe aux importants mémoires établis sur ce bassin sous les auspices des Mines domaniales françaises et exécuté sous la direction de M. E. Friedel. Cet atlas, destiné à reprendre les anciens travaux des ingénieurs français du premier Empire, Beaunier et Calmclet. comprend toute une série de coupes, de plans des veines au 1/10.000 et de cartes au 1/25.000, réunissant a la lois la topographie souterraine et celle de la surface. Cet atlas constituera un monument important et durable de l'exploitation français)' de la Sarre.
- Une carte lorestière détaillée des trois départements recouvrés de l’Alsace et Lorraine est en cours de publication sous les auspices de M. l'Inspecteur général Jauffret. Cette carte comprendra 180 planchettes au 1/25.000.
- Le conlérencier présente ensuite les premières planches de l’Atlas de France établi par le Comité national de Géographie. L’idée de* cet atlas date de 1871; émise par Delaunay. elle a été réalisée avec succès dans différents états européens avant de l’etre chez nous où elle est née. Le Comité national de Géographie, fondé en 1020. grâce à l’iniliative de l'Académie des Sciences et présidé par le général Bourgeois, a considéré comme un de ses premiers devoirs de présenter la synthèse cartographique de toutes nos connaissances acluelles sur la structure physique et la vie économique du pays. Trois cartes spécimens, publiées à l'occasion du Congrès international de Géographie, qui s’est tenu à Paris en 1051. ont rencontré un accueil si favorable qu’il a été possible de réunir les fonds nécessaires au lancement, d'une ouivre sérieusement mûrie.
- L’atlas comprendra 80 grandes planches formant 100 cartes; 25 planches seront consacrées à la géographie physique. 8 à biogéographie. 81 à la géographie économique. 10 à la géographie humaine et politique. Les planches sont en voie de rédaction par les géographes les plus qualiliés de notre pays. Une Commission «le l’Atlas, présidée par M. E. de Margerie et comprenant, oulre M. de Marlonne. directeur de l’instilul de Géographie de la Faeullé des Letlres de Paris. MM. les professeurs Demangeon. Gallois. Cholley el MM. Bobert Perret, Majorelle cl Lihault. assurent la direction inlelleclm'lle de l'entreprise.
- La publication de cet atlas doit se poursuivre à raison de I livraisons de \ planches chacune par an; la première livraison a paru an début de 1088. la troisième esl en voie do dislribution.
- M. Majorclle présente les 12 planches lerminées et les ('preuves de quelques autres devant faire parlie des prochaines li\ raisons. L’ensemble des planches parues permet déjà de se rendre' compte de ce que sera la grande muvre en cours d'exécution, ouivre qui doit faire honneur tant à la science française qu'à la technique de noire industrie ('I de nos artisans.
- En dehors de leur très bonne exécution matérielle, toutes ces nouvelles caries françaises présentent des quali tés communes qui font souvent défaut aux publications similaires éditées à l’étranger, savoir : une très grande clarté el une parfaite lisibilité.
- E. L.
- M. E. Sat vaoE. — Les cartes de l’Atlas de France seront-elles rééditées au fur et à mesure des mises à jour nécessaires?
- M. Ma.ioreeee. — Certainement: ces rééditions seront d'ailleurs d’autant plus utiles qu’une grande partie des cartes de l’atlas ont trait à des phéno-
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- DECEMBRE 1933.
- 608
- mènes économiques en évolution constante. Nous avons d’ailleurs prévu la chose en établissant pour l’atlas une reliure amovible qui permettra de changer les cartes périmées. On peut envisager que, lorsque l’atlas sera terminé, chaque année verra la refonte d’un certain nombre de cartes.
- M. M. G arnier. — L’atlas de France ne va-t-il pas concurrencer les atlas généraux, de Vidal de la Blache ou autres, qui s’adressent au grand public?
- M. Il ajorelle. — En aucune façon. L’atlas de France comportera en effet 80 planches consacrées à la France métropolitaine seule et comprenant plus de 400 cartes différentes. Il s’agit donc d’une œuvre conçue sur un tout autre plan que les atlas généraux dans lesquels la part de chaque pays est nécessairement relativement restreinte.
- M. M angin, vice-président. — Je remercie vivement M. Majorelle de sa très intéressante communication et je le félicite des résultats qu’il a obtenus car c’est grâce à son initiative et à son activité que la plupart de ces travaux cartographiques ont été entrepris et que déjà quelques-uns ont été, menés à bonne fin.
- La séance est levée à 18 h. In m.
- S K A X C E P U R L1 O l'E ‘ I ) U i 3 X (I V E M R Pi E J 9 3 3 Présidence de M. A. Alby, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Est présenté pour devenir membre de la Société et admis séance tenante :
- M. M ESNY (Mené), (E. «), membre de l’Académie de Marine, professeur à l’Ecole supérieure d’Flectricité, 21, rue Jacob, Paris (6e), présenté par M. Jean Rev ( 19-H).
- M. Alby, président. — J’ai le très vif regret de vous annoncer la mort d’un de nos plus sympathiques et dévoués collègues du Conseil, M. Jurien de la Gravière, président de la Commission des Fonds, décédé mercredi dernier, 22 novembre, à la suite d’une maladiequi, malheureusement, depuis quelque temps, laissait peu d’espoir.
- M. Pierre Jurien de la Gravière avait été officier dans la Marine de guerre ; il la quitta, étant devenu lieutenant de vaisseau, pour s’adonner par goût à des travaux de recherches au Laboratoire de Recherches physiques de M. de Broglie; puis il dirigea la station de T. S. F. de Caudéran près de Bordeaux. Il occupait une haute situation dans l’industrie : il était adminis-
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- COXSKIL I) A DM IX1STRATD cX . — S KAN CK DU 2"> N' A'ICM DDK 1 «Cio . MÜI
- trateur de la Compagnie algérienne, de la Société centrale de Dynamite et de la Compagnie des Forges de Châtillon, Commentry et Aeuves-Alaisons.
- M. Jurien delà Gravière est entré dans notre Conseil en 1920, au titre de la Commission des Fonds dont il devait devenir le président. Sa grande bienveillance se manifestait notamment dans tous les cas où notre Société intervient pour aider matériellement les inventeurs qui s'adressent à nous. AI. Jurien de la Gravière, grâce à sa grande expérience des affaires, nous a aussi très souvent aidés de* ses précieux conseils pour résoudre des problèmes difficiles, à l’avantage de notre Société, c’est-à-dire de ceux qui sont appelés à bénéficier de ses services. C’est ainsi que, jusqu à sa mort, il s'est tenu au courant des vicissitudes du règlement de la succession de AI. Carrion, que, grâce à lui, nous espérons mener à bonne lin.
- Al. Jurien de la Gravière était le gendre de AI. Lucien Bordet qui a, pendant quelque vingt ans, présidé notre Commission des Fonds. Il laisse une veuve et quatre enfants à qui nous adressons nos très vives condoléances.
- AI AI. Cn. dk Frkmixvikkk et G. Wkry, secrétaires généraux, présentent et analysent des ouvrages entrés récemment dans la Bibliothèque.
- Al. dk F HK.MINYIKKK, présente les ouvrages suivants :
- Manuel de graissage, par AI. Anckau (Bibliothèque professionnelle). Paris, J.-B. Baillière et fils, 1931. (Don de l’auteur):
- La cémentation et le traitement thermique des petites pièces de mécanique, par Al. Anckau (encyclopédie industrielle et commerciale). Paris, Librairie de l’Enseignement technique, Léon Eyrolles, 3, rue Thénard (5"), 1931. (Don de l'auteur);
- La fabrication des meubles modernes en grande série, par Al. Anckau (Organisation industrielle). Paris, « Travail du bois », 13, rue Bleue (9 ), 1931. (Don de l’auteur) ;
- Courants de Foucault. Résistance effective en courant cartable. Effet Kelvin ou de peau. Conducteurs uniques rectilignes. Noyaux magnétiques, par Paul Bunkt. (Alises au point électrotechniques, publiées sous le patronage et avec la collaboration de la Société française des Electriciens. Directeurs : Paul Bunkt et Jean Faki.ou.) Paris, J.-B. Baillière et fils, 1933. (Don de l’auteur) ;
- La science française depuis le A 17/ siècle, par .Maurice Caukkkiîy. (Collection Armand Colin. Section de Philosophie, n Ifio.) Paris, Librairie Armand Colin, 103, boulevard Saint-Alicliel (3°), 1933;
- Traité de physique générale et expérimentale, par Jules Lk.moink et Auguste
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- G70
- COMPTES RENDUS DES SEANCES.
- DECEMBRE 1938.
- Blanc, 3e tome : Electricité générale. Paris, Librairie de l’Enseignement technique, Léon Eyrolles, 3, rue Thénard (5e), 1933;
- Charles-Louis Fremont, 1855-1930, métallurgiste, illustre technicien, bienfaiteur de l’humanité, iconographe parisien. Sa vie et son œuvre. Bibliographie, biographie, souvenirs, hommages, commémoration du 4 mai 1933 à Montmartre. Eloges et discours, lmp. P. Leroy, Rambouillet (Seine-et-Oise), 1933. (Don de Mlle Fremont);
- Le chauffage et la réfrigération dans leur technique et leurs applications. Journées d’études organisées au Palais de la Foire internationale de Lyon les 13, 14 et 15 mars 1933. Compte rendu et communications. M. C. Chalumeau, commissaire général. Lyon, Editions « Foire de Lyon », passage Ménestrier, 1933. (Don de M. Chalumeau, membre de la Société);
- D iscours prononcé au banquet de la Confédération des Groupements commerciaux et industriels de France, le 17 octobre 1933, par Henri Garnier, président de la Chambre de Commerce de Paris. Paris, Librairie-Imprimerie réunies, 7, rue Saint-Benoît (6e);
- Les bases scientifiques de la soudure autogène. Conférence faite à la Société des Ingénieurs soudeurs le 27 avril 1933, par Albert Portevin, suivie d’un complément relatif aux Modifications physico-chimiques et structurales accompagnant la soudure. (Extrait d’une conférence sur « La soudure autogène et la métallographie » faite aux Journées de la Soudure autogène appliquée aux constructions navales, 15-16 mai 1931.) Paris, Institut de Soudure autogène, 32, boulevard de la Chapelle (18 );
- La crise mondiale, son étude, ses causes, par Félicien Miciiotte. (Cahiers de l’économie scientifique.) 1er cahier : Le pouvoir d'achat, ses lois, son rôle. Paris, Publications de la Société d’Economie scientifique, 45, avenue Tru-daine (9'j, 1933;
- Essais de locomotives Diesel électriques de manœuvres sur le réseau P.-L.-M., par M. Tourneur (ex Revue générale des Chemins de fer, août 1933). Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6°), 1933.
- M. W ery présente les ouvrages suivants :
- L'infection chez les insectes. Immunité et symbiose, par A. Paieeot. Trévoux (Ain), lmp. G. Pâtissier, 1933. (Don de l’auteur);
- L’Union internationale pour la Protection de la Propriété industrielle, 1883-1933. Sa fondation et son développement. Mémoire publié par le Bureau international pour la Protection de la Propriété industrielle à l’occasion du cinquantenaire de la création de l’Union. Berne, 1933;
- Chambre de Commerce de Paris. — Catalogue de la Bibliothèque. P supplément et table générale des matières. Paris, 27, avenue de Friedland (8"), 1933;
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- CONSEIL D ADMINISTRATION. — SEANCE DU 2!'. NOVEMBRE 1<J33.
- L'élevage moderne et l'industrie du lapin, par Louis Bréchemin. Paris, Librairie agricole de la Maison rustique, 26, rue Jacob ((P);
- Le sourcier moderne. Manuel de l'opérateur à la baguette et au pendule. Eaux. Minerais. Biologie, par Ilenrv de France, 4e édition entièrement remaniée. Paris, Librairie agricole de la Maison rustique, 19-13;
- Production mondiale du pétrole en 1932, par M. J. Fieiiol (ex Annales de l'Office national des Combustibles liquides, 1933, n" 5). Paris, lmp. nationale, 1933. (Don de Fauteur);
- Etude de la valeur semouiière des blés durs marocains, par Fin. Miège. Rabat, lmp. franco-marocaine, 1933.
- M. Aeby, président. — Depuis longtemps, nous avions prévu pour aujourd’hui une conférence de M. Pierre Marié sur les [tares nationaux en France et à l’étranger. Malheureusement, au tout dernier moment, M. Marié s’est trouvé empêché par son mauvais état de santé.
- Deux de nos collègues du Conseil, M. l'ineau et le commandant Nico-Jau, se sont empressés de rechercher un autre conférencier pour aujourd’hui; ils ont parfaitement réussi, ce qui nous vaut le plaisir d’entendre ce soir M. Weiss et nous vaudra plus tard celui d’entendre M. Le Holland qui viendra exprès de Nantes pour nous parler de son curieux pendule de rigidité. Ce double plaisir est sans mélange car nous apprenons aujourd'hui môme que nous pouvons espérer entendre M. Marié en février ou en mars.
- fl race à la grande diligence de M. Pineau, à l’extrême complaisance de M. W eiss et aussi à la possibilité de s’entendre par téléphone, l’accord a pu se faire à temps avecM. Weiss.
- Nous remercions M. Weiss d être venu exprès de Strasbourg pour nous traiter ce soir une très importante question et d’avoir accepté de le faire au pied-levé, ce qui est toujours désagréable pour un conférencier. Nous avons fait le nécessaire pour prévenir nos membres et nos invités de ce changement de programme. Nous espérons qu'ils ont été prévenus à temps et nous nous excusons s'ils ne l’ont pas été.
- M. IL W eiss, professeur à la Faculté des Sciences de Strasbourg, directeur de l'École nationale supérieure du Pétrole, fait une communication sur Les laboratoires de recherches et /’industrie du pétrole.
- Les grandes sociétés de l’industrie du pétrole ont donné un développement considérable aux travaux de recherches. Tel est le cas pour l'Universal Oil Products Co. qui possède aux États-Unis, à Riverside (Illinois), des laboratoires et des installations semi-industrielles couvrant 7 ha. où elle occupe 100 à 200 ingénieurs, chimistes et employés. Or' même, la Hataafsche Petroleum Maalschappij a trois centres de recherches : un en Californie et deux en Hollande : à Dell’t. où l'on étudie les carbu-
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- COMPTAS KHXDUS DK S SEAXCKS.
- DKCKMDKE 1933.
- rants et les lubrifiants dans les moteurs, et à Amsterdam où sont occupées plus de 500 personnes.
- L’importance de ces laboratoires de recherches s'explique par : la complexité, la fragilité de la matière première que sont les pétroles et notre ignorance presque complète de leur constitution: les exigences toujours plus grandes des consommateurs; le régime fiscal très dur auquel ces produits sont soumis dans tous les pays et qui oblige à perfectionner la fabrication pour abaisser h1 prix de revient, diminuer et valoriser les déchets.
- Les laboratoires de recherches peinent se répartir en quatre catégories : 1° les laboratoires de raffineries, où l'on contrôle et perfectionne les fabrications courantes, recherche la cause et le remède des accidents de marche : 2° les laboratoires centraux. tels que ceux de la Compagnie française de Raffinage et de la Société nationale de Recherches, où l'on étudie : les procédés délicats ou nouveaux tels que le cracking; l'hydrogénation; les nouveaux procédés de raffinage par les solvants ou des réactifs comme l'anhydride sulfureux, les phénols et certains dérivés chlorés; les carburants de synthèse; la transformation de produits difficilement utilisables en solvants oxygénés, des brais en émulsions, etc. : 3° les laboratoires des services utilisateurs, comme celui des Services techniques de l’Aéronautique où l’on détermine exactement les propriétés des produits spéciaux dont ces services ont besoin; 4° les laboratoires de groupes, ou d’état, où l’on cherche à résoudre des problèmes de science pure d'un intérêt général mais dont la solution ne fournit pas nécessairement un bénéfice financier immédiat. L’Office national des Combustibles liquides dispose de deux semblables laboratoires : celui do Bellevue où l’on étudie les carburants dans les moteurs et celui de l’Lcole nationale du Pétrole à Strasbourg.
- Le laboratoire de Strasbourg étudie, par des méthodes scientifiques, les causes de faits ou de phénomènes encore- inexpliqués et les propriétés mesurables des corps qui les provoquent ou qui en sont le siège. C’est ainsi qu’ont été étudiées : la viscosité en fonction de la température; la distillation dans le vide de la trompe à vapeur de mercure, dont la connaissance permet de contrôler rapidement et avec la plus grande précision presque toutes les matières servant aux études; la tension interfaciale entre les huiles minérales et des solutions aqueuses bien déterminées en fonction de leur pH, qui révèle la présence des moindres traces d’impuretés, dites actives, pouvant jouer un rôle prépondérant dans l’emploi des produits pétrolifères.
- M. Weiss cite un premier exemple des travaux exécutés récemment à Strasbourg. ceux de MM. Yellinger et Radulescu. sur l’oxydation lente des essences, phénomène qui s’accompagne de la formation de gommes en cours de stockage. Ils ont constaté que le rapport du poids de la gomme à celui de l'oxygène absorbé croît avec le poids moléculaire de la fraction étudiée. D’au lit' part, certaines essences raffinées se gommant plus qu’avant le raffinage, on pouvait supposer que cette opération faisait disparaître des inhibiteurs qui y étaient naturellement contenus. C’est ce que 1 expérience a vérifié : ces inhibiteurs se trouvent toujours dans la fraction qui distille entre 170° et ce sont des phénols: d’où la possibi-
- lité de stabiliser les essences en leur ajoutant non pas dos antioxygènes mais ces inhibiteurs naturels.
- p) Voir sa description, son organisation et son fonctionnement dans le Bulletin de mai 1933, p. 2110.
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- conseil d’administration. — séance du 25 novembre 1933.
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- M. Yannaquis a étudié, par la distillation et la cristallisation fractionnées, la spectroscopie et la cristallographie, la structure des hydrocarbures faisant partie des fractions élevées du pétrole; il a isolé deux sortes de cristaux : ceux d’hydrocarbures a chaîne droite ouverte et ceux de corps présentant des cycles dans leur molécule.
- L’étude des huiles par la spectrographie en lumière ultra-violette a fait reconnaître 1 existence d hydrocarbures à noyaux aromatiques dans des pétroles qui. autrefois, passaient pour n’en point contenir.
- On a essayé : des réactions sélectives sur les différentes fractions, l'hydrogénation, la sulfonation et l’oxydation ménagée.
- Enfin, les essais de synthèse d’hydrocarbures lourds exécutés par M. Hugel ont conduit aux conclusions suivantes : la présence de deux ou trois noyaux aromatiques, accolés dans des chaînes alcoylées, fournit des produits de grande viscosité; il suffit d’ajouter deux atomes d'hydrogène dans leur molécule, à certains dérivés de l’anthracène, pour passer d’un liquide visqueux à un corps parfaitement cristallisé.
- Ces travaux conduisent à penser que la connaissance de très petites dilférences dans la constitution chimique des hydrocarbures existant naturellement dans les pétroles permettra très probablement d’expliquer les grandes dilférences qu'on observe dans leurs propriétés, notamment en ce qui concerne le phénomène du choc dans les moteurs.
- Ces très beaux résultats sont attribués pa r M. \Y ciss, non seulement à la bonne formation scientifique de ses collaborateurs, tous animés d’ailleurs de la foi la plus ardente, mais aussi au mode de travail, par équipes, qui a été institué à Strasbourg et que la grande complexité des problèmes a paru justifier; on associe de cette façon des qualités et des connaissances qui se complètent : les rendements de chacun ne, font pas que s’ajouter : ils se fécondent les uns les autres et croissent en quelque sorte de façon exponentielle.
- E. L.
- M. Alby, président. — .le remercie M. Weiss, au nom de notre Société tout entière, non seulement d’être venu exprès de Strasbourg, mais aussi et surtout de nous avoir exposé de façon si claire et si vivante les intéressants travaux qui ont été exécutés à Strasbourg ou qui y sont encore en cours. Déjà les premiers résultats obtenus sont tout à fait remarquables, à la fois par la difficulté des recherches, leur importance industrielle et par la rapidité avec laquelle les recherches ont été menées à bonne fin. Il n’est pas douteux que les méthodes de travail y sont pour beaucoup et nous en félicitons vivement M. Weiss. Nous espérons qu’il voudra bien nous remettre pour notre Bulletin le texte de sa communication et qu’il lui donnera tout le développement que le sujet comporte, car nous avons l’impression qu’en dehors de quelques personnes directement intéressées, les techniciens de notre pays ignorent presque tout de l’excellent travail qui est accompli à (Strasbourg.
- La séance est levée à 18 h. 30 m.
- 132e Année.
- Décembre 1933.
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- BULL. DE LA SOC. tUENCOUR. POUR u’iNDUSTRIE NATIONALE. — DECEMBRE 1933 (p. 674).
- LISTE DES NOUVEAUX MEMBRES ADMIS. PENDANT L'ANNÉE 1933,
- A FAIRE PARTIE DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT POUR u’iNDUSTRIE NATIONALE
- M. Alby ( Henry) (g). ancien élève de l'École polytechnique, Ingénieur civil des Mines, 10, place Péreire. Paris (17°), présenté par M. Amédée Alby (27 mai 1933).
- Automobiles Chexard et Walcrer, constructeurs d’automobiles, 40, rue du Moulin-de-la-Tour, Gennevilliers (Seine), présentés par MM. Alby et Sauvage (6 mai 1933).
- Baron Pierre de Baciocchi, administrateur de sociétés, conseiller de la Confédération française des Professions commerciales, industrielles et libérales, Domaine de la Caslellone, Six-Fours (Var), présenté par MM. Rocca, Tassy et de Roux (13 mai 1933).
- M. de Bardyère (Georges) (^), artiste-décorateur, sculpteur, 21, rue de Richelieu, Paris (1er), présenté par MM. Magne et Lemaire (23 mars 1933).
- M. Bonnier (Claude) (*fc, ^), Ingénieur civil des Mines, docteur es sciences, chef du Service des essais à la Station nationale de Bellevue, 7, rue Poulet, Paris (18e), présenté par le colonel Renard et M. Dumanois (11 février 1933).
- M. Dexiau (Marcel) (^, ü§), Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, chef du Service des Vais de Loire (Préfecture de la Seine). 1, square du Champ-de-Mars, Paris (13e). ju'ésenlé par MM. Mesnager et Séjourné (14 janvier 1933).
- M. Fressinet (Jean), architecte-décorateur, directeur de l’Ecole municipale des Arts appliqués, 2, rue Aumont-Thiéville, Paris (17e), présenté par MM. Magne et Schneider (23 mars 1933).
- M. Freyssinet (Eugène) (O. î&), ancien Ingénieur des Ponts et Chaussées, ingénieur-conseil, 28, rue Saint-James, à Neuilly-sur-Seine (Seine), présenté par MM. Magne et Séjourné (23 mars 1933).
- M. Fromonot (Gustave) (%), ancien Ingénieur de la Marine, ingénieur aux Forges et Chantiers de la Méditerranée, 23. boulevard Malesherbes. Paris (8e), présenté par M. de Fréminvillc (11 février 1933).
- M. Galbrux (Henri), docteur ès sciences, actuaire de la Banque de Paris cl des Pays-Bas, 40 bis. avenue Bosquet. Paris (7e). présenté par MM. Lyon et Lemaire (23 mars 1933).
- M. Herbert (Jean), chimiste. 50, rue Castel, à Fontenav-sous-Bois (Seine), présenté par MM. Ed. Sauvage et E. Damour (25 mars 1933).
- M. Huan (Lucien) (^, ;§,) directeur de l’Imprimerie Brodard à Coulommiers, 17. rue Berlhereau. Coulommiers (Seine-et-Marne). présenté par MM. de Frémin-ville et Lemaire (21 octobre 1933).
- Institut de Chimie industrielle. Calea Mosilor. iv-’ 132, Bucarest (Roumanie), présenté par M. Lemaire (11 février 1933).
- M. Kapp (Marcel), docteur de l'Université de Lyon, licencié ès sciences, ingénieur-chimiste, 8. boulevard Beaumarchais. Paris (11e). présenté par MM. Trillat et Lemaire (25 mars 1933).
- M. Kuhn (Émile), constructeur-mécanicien. 8, rue Blaise-Pascal. Rouen (Seine-Inférieure). présenté par M. Sauvage (25 mars 1933).
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- ME MUR K.S ADMIS EN 1<JM3.
- DECEMBRE 1033.
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- M. Lelxekugel le Cocq (Xavier), industriel. Établissements métallurgiques de Larché (Corrèze), présenté par M. G. Leinekugel le Cocq (21 octobre 1933).
- Massachusetts Ixstitute oe Techxology Librarv. à Cambridge, Mass. (U. S. A.), jirésentée par M. Lemaire (28 janvier 1933).
- M. Mesxy (René) (^). membre de l'Académie de Marine, professeur à l'École supérieure d’Électricité. 21. rue Jacob. Paris (6' ). présenté par M. Jean Rey (25 novembre 1933).
- M. Moreau (Eugène-Louis) (^). industriel, président du Conseil d’administra-tion de la Société anonyme des Anciens Établissements J.-M. Paillard, 17. passage Saint-Sébastien, Paris (11e), 24. place Malesherbes. Paris (17'p. présenté par M. Marcel Magne (10 juin 1933).
- MM. Morel Fils et Giraud, Ingénieurs A. M.. constructions mécaniques et fonderies. 1. place Charles-Morel, à Domène (Isère), présentés par MM. Arnould et Lemaire (21 octobre 1933).
- M. Pech (Jacques-Louis), professeur de physique médicale à la Faculté de Médecine. 10. rue Émile-Zola. Montpellier (Hérault), présenté par MM. Albv et Waton (27 mai 1933).
- M. Pereire (Alfred) ($£). secrétaire des Amis de la Bibliothèque nationale, 35, faubourg Saint-Honoré. Paris (S1’), présent»' par MM. Alby et Lemaire (28 janvier 1933).
- M. Pommellet (André). Ingénieur du Génie maritime. 50. rue d’Aiguillon. Brest (Finistère), présenté par le colonel Renard (0 mai 1933).
- M. Sarrabezolles (Charles), sculpteur. 16. rue des Volontaires. Paris (15e), présenté par MM. Saupiqueet Magne (25 mars 1933).
- M. Seitre (Robert) (^, ^). Ingénieur FL P. C.. 46. rues de Courcelles. Paris (8e), présenté par M. Lemaire' (1-4 janvier 1933).
- M. Soligxac (lLnile). Ingénieur des Arts et Métiers, inspecteur de l'Apprentissage à la Cie du Chemin de fer de Paris à Orléans, 71. rue Mirabeau, à Cboisv-le-Roi (Seine), présenté par MM. Lacoin et Servonnet (25 mars 1933).
- M. Walter (Paul), Ingénieur-chimiste, licencié ès sciene.es. attaché au Laboratoire de M. Lutaud à la Sorbonne, expert près des tribunaux du Conseil de Préfecture et du Tribunal de Commerce, ingénieur-conseil, 14. rue Rémilly. Versailles (Seine-et-Oise). présenté par MM. Fleurent et Lemaire (A novembre 1933).
- M. WOOG (Paul), professeur à l’École nationale supérieure du Pétrole, directeur du Laboratoire central de la Compagnie française de Raffinage, 5, rue Péguy. Paris (6e), présenté par M. Dumanois (14 janvier 1933).
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- PüLL. DE LA SuC. D*ENCOUR. POUR I/INDUSTRIE NATIONALE.
- DECEMBRE 1933 (p. 676).
- TABLE ALPHABÉTIQUE DES NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS
- DANS LA CENT TRENTE-DEUXIÈME ANNÉE DU BULLETIN (JANVIER-DÉCEMBRE 1933)
- 132e année.
- tes nombres en chiffres romains indiquent le ou les mois du cahier. Le nombre en chiffres arabes
- qui les suit indique la page.
- A
- Abbatucci (Médecin-col. S.) . — Les stations thermales de nos colonies
- françaises...................... I
- — Au contact de la vie chinoise. X Alby (A.). — Séances publiques :
- — — li janvier 1933 ... Il
- -----28 — — ... II
- — — II lévrier — ... III
- -----23 — — . . . 111
- — — I l raar — — 0 mai
- IV
- VI
- VI
- — — 10 juin — VII-VIIl-IX
- — — 21 octobre — . . XI
- — — 25 novembre — . . XII
- — Assemblée générale solennelle du 23 mars 1933. Allocution . . IV
- — Assemblée générale du 27 mai
- 1933 .......................... VI
- — Lettre adressée le 24 février 1933
- à M. le Président du Conseil des Ministres au sujet de la crise financière..................III
- — Analyse de : La grande relève des
- hommes par la machine, par Jacques Duboin.......................VI
- Allemagne (Henry René d'j. — Analyse de : L’art appliqué aux métiers. 9 tomes, par Lucien et Henri-Marcel Magne......................XI
- Androuin (J.l. — Le travail des métaux aux machines-outils................I
- — L’état actuel de la normalisation industrielle. Notes bibliographiques, par Éd. Sauvage .... II
- 07
- 492
- 121
- 128
- 194
- 197
- 202
- 384
- 389
- 469
- 387
- 668
- 209
- 394
- 1 -t.)
- 390
- 000
- 03
- 84
- Androuin (J.). — Analyse de : Théorie et technologie des engrenages.
- T. I : Etude cinématique. Conventions usuelles. Elude dynamique, par Jean PÉRIGNON......................I 69
- B
- Palme (IL). — Voir Vautier.
- Pechmann (L.i. — Analyse du :
- Manuel de charpente en fer, par
- Pierre Labarraque...........XI 606
- Pehr (Hans) et Gohlke iMaxj. —
- Paliers à roulement à billes, à rouleaux et à aiguilles.........II 138
- Pelval (R. P. Henri). — Communication sur : Une œuvre scientifique française en Extrême-Orient, le Musée d’histoire naturelle de Chang-hai (C. R. de l’Assemblée générale du 17 décembre 1932). I 56
- — — (Mémoire)..................II 73
- — Communication sur : Une œuvre d'éducation française en Chine. l'Université « L'Aurore » de Chang-hai (C. R. de la séance publique du
- 0 mai 1933)....................VI 387
- — — (Mémoire)...................X 481
- Perr iRaymond). — La technique
- chimique devant la crise. . . XI 565
- Ploch (Marcel). — L'organisation rationnelle dans les usines ne travaillant pas en série ... XI 515
- Plondel (F.). — Communication sur :
- Le Transsaharien et les difficultés de la mise en valeur des colonies (Mémoire).................... III 103
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- TABLE DES AUTEURS
- Bloxdel (F.). — (C. R. de la séance publique du 11 février 19331 . III [07 Rapport, au nom du Comité de Commerce (C. R. de l'Ass. gén. solennelle du 25 mars -19331. sur 1 activité de 1 Association Colonies-
- Sciences...................... IV 220
- Les débouchés pour les produits français en Afrique occidentale française (Extrait du P. V. de la séance du -1er juin 1935 du Comité de Commerce). . . . VII-V1I1-IX 475
- —• Analyse de : Les stations thermales de nos colonies françaises.
- par le Dr Abbatucci.............I 07
- Bolle (Georges). — Communication sur : Les directives mécanographiques et mécanographie française
- (Mémoire)...................... I 15
- Bonnier (C.j. — La Station nationale de Recherches et d’Expérienccs techniques de Bellerue (Seine-el-Oisej. Le Service des Essais . Y 200
- Boulaye (R. de la). — Voir Vautier. Boysson (R. de). — La pêche frigorifique et les chalutiers congélateurs....................... III 20(1
- Brillié (E.). — Analyse de : La locomotive. par f). Coutard .... \ 541
- G
- Castro (René). — Communication sur : Une trompe à mercure à collection, à fonctionnement entièrement automatique, à l'usage des laboratoires de physicochimie (C.
- R. de la séance du 28 janvier 1935i.
- II 130
- — — (Mémoire)................III 187
- Caziot (P.). — Rapport, au nom du Comité d’Agriculture (C. R. de l'Ass. gén. solennelle du 25 mars 1933), sur les titres de M. Alexandre Chanterf.au au prix Meynot.
- IV 220
- Chaudron (Georges). — Communication sur : La préparation de la fibre de lin. ses propriétés et sa structure (C. R. de la séance publique du 25 février 1933) . III 199
- Chesneau (G.). — Contribution à Eétude
- MENTIONNÉS EN 1933. 677
- de la technique des — du moyen
- âge...........................XII 009
- Chf.venaro iPierre;. — Voir Erémin-YII.LE.
- Colmet Daàge iGaston). — Augustin
- Mesnager i 1802-1933>..........VI 341
- Compagnon ijosepln. — Le Y- Congrès international de l'Organisation scientifique du Travail. ... III 179
- Cornu-Thénard. — Rapport, au nom de la Commission des Fonds, sur les comptes de la Société pour l'exercice 1931...................YI 337
- D
- Dautry. - Reqards sur les transports
- IY 260
- Dauzere (C.). — Etude sur la foudre
- et la grêle.....................X 505
- Demoi.on <Alberti et Leroux (Désiré).
- — Guide pour l'étude expérimentale
- du sol.........................II 141
- Duboin (Jacques); — La grande relève
- des hommes par la machine . . VI 390
- Dubrisay (IL). — Rapport, au nom du Comité des Arts chimiques (C. R. de l'Ass. gén. solennelle du 25 mars 1933), sur les travaux de M. Guy Emschwili.f.r sur la photochimie .......................... IV 223
- Dumamois (P.i. — Rapport, au nom du Comité des Arts mécaniques (C. 1t. de l'Ass. gén. solennelle du 25 mars 1933). sur les recherches ' de M. P. Mondain-Monval concernant le phénomène du choc dans les moteurs.......................IV 221
- E, F
- Elouard [Daniel). — Voir Hitier. Emschwiller (Guy). — La photochimie ............................I 40
- Féry iCharles). — Communication sur : Un important progrès dans la construction des accumulateurs électriques au plomb, l’accumulateur protégé « Féry-Carbone » iC. R. de la séance publique du
- 28 janvier 1933)...............II 131
- — — (Mémoire)............... . , III 153
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- 678
- TABLE DES AUTEURS MENTIONNÉS EN 1933. — DÉCEMBRE 1933.
- Fieux (Jean). — Analyses de : The speed andpower ofships [La vitesse et la puissance des navires), par D. W. Taylor....................YII-VIII-IX 477
- — — Turbines hydrauliques et régu-
- lateurs automatiques de vitesse, par André TÉnot.....................XI 598
- Follain (R.). — Le froid en brasserie
- V 335
- France (Max). — L’univers électromagnétique par une nouvelle loi de la gravitation.......................III 203
- Fréminville (Charles de). — Commémoration du centenaire delà mort de Trevithick,l'inventeur de laloco-motive (Londres, 22-23 avril 1933) (Extrait du P. Y. de la séance du 3 janvier 1933 du Comité des Arts mécaniques)........................Il 134
- -- Rapport, au nom du Comité des Arts mécaniques (C. R. de F Ass. gén. solennelle du 25 mars 1933), sur les appareils de mesure de précision, imaginés parM. Pierre Che-venard............................ 1Y 210
- — Analyses de : L’organisation scientifique dans l’industrie américaine,
- par la Société Taylor .... II 139
- — — L’écoulement en conduites des
- liquides, gaz et vapeurs, par Albert SCHLAG.......................... V 271
- — — Les publications éditées par le
- Service de l’Organisation scientifique du Travail de l’Union des Industries métallurgiques et minières ... V 332
- Fremont (Charles-Louis). — Voir Mathieu, Sauvage.
- G
- Galbrun [( Henri). — Propagation d'une onde sonore dans l’atmosphère et théorie des ondes de silence . I 05
- Garnier (Maurice). — Quelques réflexions sur le solfège. VII-VIII-IX 405
- Garnier (M.i. — Analyse de : L'univers électromagnétique par une nouvelle loi de la gravitation, par Max Franck............................III 203
- Gaumont (L.i. — Rapport, au nom du Comité des Arts économiques (C.R. de FAss. gén. solennelle du
- 25 mars 1933), sur l'ouvrage de M. Jacques Marette, intitulé La lumière dans la projection cinématographique..................... IV 238
- Girardet (L.-F. ) et Tsou-Ren-Kou. — Contribution à l’étude du processus de destruction de la fonte grise par
- les acides......................Y 277
- Givelet (A.). — Communication sur : L’orgue électronique Coupleux-Givelet (Mémoire) .... II 85
- Gontard (D.). — La locomotive . X 541
- Godferxaux (R.). — Le charbon et les chemins de fer français. Notes bibliographiques, par Ed. Sauvage
- II 84
- Godfernaux (R.)..................Vf 355
- Gohlke (Max). — Voir Rehr.
- Guillemot (Raymond). — Le Congrès mondial de Fonderie (Paris. 13-
- 18 septembre 1933)............N' 310
- Guillery (René). — Analyse de :
- Paliers à roulements à billes, à rouleaux et à aiguilles, par Hans Rehr el Max Gohlke................. Il 138
- H
- Hardy (G.). — Rapports, au nom du Comité du Commerce (C. R. de FAss. gén. solennelle du 25 mars 1933) sur :
- — L’œuvre colonisatrice de M. Jules
- Saurix.........................IV 230
- — Le développement de l’enseignement professionnel à Madagascar
- IV 231
- Hermant (Max). — Discours prononcé
- 19 juin 1933 à l’Assemblée générale
- annuelle du Comité général des Assurances....................XII 620
- Herrendschmidt (J.). — Analyse de :
- Les méthodes clu contrôle dans les entreprises, par Pierre Wolff. Il 139
- Hinzelin (P.i. —Le carboglace et son emploi. Note bibliographique par
- Ed. Sauvage...................XII 640
- Hitier (H.). — Analyse de : L’agriculture de la Dordogne, par A. Lurbe
- II 135
- — Rapport, au nom du Comitéd’Agri-
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-
- TABLE DES AUTEURS .MENTIONNÉS EN 1933.
- ()7i)
- culture ( C. R. de l'Ass. gén. solennelle du 2a mars 1933i, sur l'ouvrage de M. Daniel Elouard. intitulé L’osiériculture et la vannerie en Haute-Marne................IV 238
- J, K
- Janvier (G.). Analyse de : Un coup d’œil sur l’histoire des sciences et des théories physiques, par Emile Picard
- I lis
- Kapp (Marcel). — Voir Triplât.
- Kayser (Ed.j. — Rapport, au nom du Gomité d’Agriculture (G. R. de l'Ass. gén. solennelle du -2a mais L‘.*33 . sur la croisade pour le lait pur. organisée par M. Pierre Isabelle
- IV -240
- Kling (André). —Gontérence sur : La prévention des incendies à bord des navires..................XI 373
- L
- I.abarraque (Pierre!. — Manuel de
- charpente m fer................XI tiOti
- Garat (Paul). — La propagation des ondes électromagnétiques. Exposé des connaissances acquises. Synthèse des idées et des théories. ... III 2itî I.acoin (Maurice) et Servon.net (Hyacinthe). — Rapport au nom du Gomité deGominerce iG. R. de l’Ass. gén. solennelle du 2a mars 1933). sur diverses œuvres sociales créées en faveur de la jeunesse ouvrière
- et employée pour compléter son
- instruction professionnelle, faciliter la bonne utilisation de ses loisirs. son logement, ses repas. IV 232 I.ecürnu (Léon!. — Analyse de : La propagation des ondes électromagnétiques. Exposé des connaissances acquises. Synthèse des idées et des théories, par Paul [.abat ... III 2ni Gf.long (R.). — Charles Ferrand. Ingénieur du Génie maritime. ... \ 277
- Gemaire (Eugènei. — Analyses de : L'acoustique architecturale. L’aera-tion moderne des salles, par Gustave
- Gyûn............................^ ;!33
- _ — Tables annuelles de constantes
- et données numériques de
- chimie, de physique de biologie et de technologie, publiées sous la direction de Gh. Marie .... VI 398 Geroux i Désiré). — Voir Demolon. Gierman i Marcel i. — Ges machines extérieuresde ferme. Gonditions de travail. Progrès réalisés récemment dans leur construction et leur
- emploi........................V 321
- Gvrre i A. i . —L’agriculture delà Dordogne .......................... Il 13a
- Gyon iGuslavei. — L’acoustique architecturale. L’aération moderne des
- salles.......................... V .733
- Gyon iG.i et Murin iJeani. — Analyses de :
- — — Propagation d’une onde sonore dans l’atmosphère et théorie des ondes du silence, par Henri Galbrun. I lia
- -- — Recherches expérimentales sur la propagation d’ondes aériennes dans un long tuyau cylindrique. par l’b. VactiEn................ I liti
- M
- Magne il.ucien et Henri-Marcel i. —
- L'art appliqué aux métiers. Décor : de la pierre: de la terre: du verre: Gobeleterie. mosaïque, vitrail: du métal : le fer: le cuivre et le bronze: le plomb, l'étain, l'argent et l’or. Monnaies et médailles; du bois : Charpenterie et menuiserie : du mobilier : Meubles et sièges :<lu tissu : Soieries, broderies, tapisseries, tapis. XI fiOu
- Magnf. iM.l — Rapport, au nom du Gomité des Constructions et des Reaux-Arts (G. R. de l'Ass. gén. solennelle du 2a mars 1933 ), sur les travaux d'art décoratif de M. G. de Rardyère....................... IV 227
- Majorf.lle Jean). — Communication sur : Quelques grandes œuvres nouvelles de cartographie française : l'Atlas de France du Gomité national de Géographie: l'Atlas de topographie: la carte forestière d'Alsace et Gorraine: les nouvelles caries industrielles de la Société de
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- 680
- TABLE DES AUTEURS MENTIONNÉS EN 1933. — DECEMBRE 1933.
- Documentation industrielle (C. R. de la séance publique du 4 novembre 1933).................XII
- Mancy. — Communication sur : Les moto-compresseurs Pescara à pistons libres (C. R. de la séance publique du 14 janvier 1933) . II
- — — (Mémoire)..................IV
- Mangin (L.). — Séance publique du
- 4 novembre 1933 ............XII
- Mangin (Maurice). — Communication sur : Les forêts indochinoises, leur importance, leur gestion et leur mise en valeur (C. R. de la séance publique du 10 juin 1933) VII-VIII-IX
- — — (Mémoire)..................XII
- Marette (Jacques). — Voir Gaumont Marie (Ch.). — Tables annuelles cle
- constantes
- et données numé-
- riques de chimie, de physique, de biologie et de technologie ... VI Mathieu (Robert). — Charles-Louis Fremont, métallurgiste et iconographe
- montmartrois. ................Il
- Menier (Gaston). — Les canalisations de distribution électrique dans les maisons et à bord des navires. IV — La sécurité de la route ... XI Mesnager. — Rapport, au nom du Comité des Constructions et des Beaux-Arts (C. R. de l’Ass. gén. solennelle du 25 mars 1933), sur le procédé de pervibration du béton, imaginé par M. Marcel Deniau IV Mesnager (Augustin). — Voir Colmet Daâge.
- Mondain Monval (P.). — Voir Düma-
- NOIS.
- Montagne (Pierre). — Études expérimentales et théoriques dans le domaine des hautes températures.
- III
- Morin (Jean). — Voir Lyon.
- P
- 666
- 126
- 245
- 664
- 471
- 641
- 398
- 140
- 556
- 226
- 183
- Pech (Dr J.-L.). — Communication sur : L’indice dénutrition des eaux minérales étudié sur les eaux en bouteille et au griffon (C. R. de la
- séance publique du 13 mai 1933).
- VI 391
- Pech (Dr J.-L.). — (Mémoire). VII-
- VIII-IX 401
- PéCheux (H.). — Dispositifs économiques d’éclairage électrique et chambres noires articulées pour
- luxmètres....................VI 361
- Pérignon (Jean). — Théorie et technologie des engrenages. T. I : Étude cinématique. Conventions usuelles.
- Étude dynamique................I 69
- Pescara. — Voir Mancy.
- Picard (Émile). — Un coup d’œil sur l’histoire des sciences et des théories
- physiques....................... I 68
- Portevin (A.). — Rapport, au nom du Comité des Arts chimiques (C.
- R. de l’Ass. gén. solennelle du 25 mars 1933), sur les travaux exécutés en fonderie par M. Eugène
- RonCERAY........................IV 222
- Prudhomme (Em.). — La présentation des produits à l’Exposition coloniale internationale de Paris-Vin-cennes de 1931....................Il 95
- Q, R
- Quinquet (Louis). — Dépôt d'un pli cacheté relatif à : L’entretien des outils de poinçonnage cylindriques (C. R. de la séance publique du
- 13 mai 1933)....................VI 389
- Bateau (Auguste). — Voir Sauvage. Renard (Lieut.-col. P.). — Rapports, au nom du Comité des Arts économiques (C. R. de l’Ass. gén. solennelle du 23 mars 1933), sur les travaux de :
- — — M. Claude Bonnier sur les moteurs à explosion et à combus-
- tion....................... IV 223
- -----M. A. POMMELLET.........IV 224
- -----M. Louis Eblé concernant la
- physique du globe..........IV 237
- Risler (G.). — Rapport, au nom du Comité de ' Commerce (C. R. de l’Ass. gén. solennelle du 25 mars 1933), sur le Foyer des Infirmières
- IV 135
- Rothé (E.). —L’étude des phénomènes
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- TABLE DES AUTEURS MENTIONNÉS EN 1933.
- 681
- séismiques. Note bibliographique.
- par Ed. Sauvage.........XII 640
- Rouch (Commandant Julesi. — Voir Rousiers (Paul de).
- Rousiers (Paul de). — Rapport, au nom du Comité de Commerce i'C.
- R. de PAss. gén. solennelle du 25 mars 1933). sur les travaux du commandant Jules Rouch sur la navigation du Rhin...........IV 228
- — Rapport, au nom des Censeurs,
- sur les comptes de la Société pour l’exercice 1931..............VI 340
- Roux Rerger |P.). — La bataille des largeurs de voie en Afrique . . XI 355
- S
- Sagot-Lesac.e (MA. — Causes et méfaits du déboisement dans le département du Var : Ce dé'boisement, cause des inondations sur la Côte d’Azur..............VII-VIII-IX 465
- — — Survivances de la sylve climatique méridionale . . VII-VIII-IX 465
- Sainte-Claire Deville (Émile et
- Paul). — Manuel de chimie gazière. méthodes et procédés des essais et analyses en usage à l’Usine expérimentale de La Villette de la Société du Gaz de Paris..................III 205
- Sarrabezolles (Charles). — La sculpture sans maquette par taille
- directe du béton en prise. . . X 529
- Saupique (G.). — Rapport, au nom du Comité des Constructions et des Reaux-Arts (C. R. de l'Ass. gén. solennelle du 25 mars 1933), sur la sculpture en taille directe du béton
- en prise et sans maquette de M. Charles Sarrabezolles . . IV 228
- Saurin (Jules). — Voir Hardy.
- Sauvage (Ed.). — Auguste Rateau (1863-1930).....................VI 273
- — A la mémoire de Charles Fremont
- VI 346
- — Notes bibliographiques 1,14 ; II. 84 :
- III, 206 : VII-VIII-IX. 461,468 : X. 504 :
- XII, 639.
- — Note sur l'électrification des chemins de fer (Extrait du procès-verbal de la séance du 6 décembre
- 1932 du Comité des Arts mécaniques)........................... I 62
- Sauvage (Ed.). — Notes sur les locomotives :
- — — Centenaire de la mort de Richard Trevithick, inventeur de
- la locomotive...................VI 347
- — — Foyers, siphon Nicholson. VI 348 Locomotives à 3 cylindres, non
- eompound........................VI 349
- ----Distribution de vapeur par soupapes.............................VI 350
- — — Progrès réalisés dans l'échappement des locomotives ... VI 354
- ----Prise d'eau sans arrêt des locomotives...........................VI 358
- — Ramoneur à vapeur Dalmar pour
- locomotives......................I 43
- — Rapport, au nom du Comité des Arts mécaniques (C. R. de PAss. gén. solennelle du 25 mars 1933), sur les titres de M. Jean Herbert
- au prix Charles Fremont. . . IV 219
- — Société industrielle de Rouen :
- Distribution des Récompenses (Rouen, 21 mai 1933).............X 535
- — Société industrielle de l’Est : Distribution des Récompenses (Nancy,
- 2 juillet 1933)..................X 336
- — Analyses de :
- — — Le travail de métaux aux rna-
- chines-outils, par J. Androuin. . 1 63
- ----Charles-Louis Fremont, métallurgiste et iconographe montmartrois. par Robert Mathieu............... II 140
- — — La Gare de l'Est, par la C® des
- CHEMINS DE FER DE I.’EST ... III 201
- — — Regards sur les transports, de
- M. Dautrv.......................IV 266
- — — Le froid en brasserie, par R.
- Follain..........................V 335
- Schlag (Albert). —L'écoulement en conduites des liquides, gaz et vapeurs
- IV 271
- Servonnf.t i Hyacinthe) — Voir Lacoin.
- T
- Tailleff.r iAndré). — Des nouvelles conditions légales d’utilisation des médailles et récompenses décer-
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- TABLE DES AUTEURS MENTIONNÉS EN 1933. — DÉCEMBRE 1933.
- nées dans les expositions (Note
- complémentaire)...............II 83
- Taylor (D. W.). — The speed and power of ships (La vitesse et la puissance des naviresi. . . VII-VII-IX 477 Taylor (Société). — L’organisation scientifique dans l’industrie américaine.......................... II 139
- Téxot (André). — Turbines hydrauliques et régulateurs automatiques de
- vitesse.......................XI 598
- Thiry (Jean). — La situation économique et financière. Note bibliographique, par Ed. Sauvage . . XII 639 Tony-Ballu. — Machines agricoles
- XI 603
- Trillat (A.). — Analyse de : Organisation et principes de l’enseignement en U. R. S. S. Les relations entre la
- science et l’industrie........VI 397
- Trillat (A). — Rapport, au nom du Comité des Arts chimiques fC. R. de l’Ass. gén. solennelle du 25 mars 1933), sur le procédé d'oxydation catalytique de l’hydrogène sulfuré dans les eaux industrielles, imaginé par M. Marcel Kapp . IV 236
- Trillat (Jean-J.). — Organisation et principes de l’enseignement en U. R.
- S. S. Les relations entre la science et l'industrie..................Vf 397
- V
- Vautier (Th.). — Recherches expérimentales sur la propagation d’ondes aériennes dans un long tuyau cylindrique, publiées par R. de la Bou-
- laye et G. Balme.................I 66
- Vayssière (P.). — Rapport, au nom du Comité d’Agriculture (C. R. de l'Ass. gén. solennelle du 25 mars 1933), sur les titres de M. Émile Perrot au prix Parmentier. . IV 220
- Villey (Étienne). — Communication sur : l’œuvre sociale des groupements industriels français (C. R. de la séance publique du 11 mars 1933)..............................IV
- — — (Mémoire).................V 278
- — L’œuvre sociale de la Caisse de
- Compensation de la Région parisienne ......................XII 632
- \Y
- Wahl (André). — Les progrès réalisés dans l'industrie française des matières colorantes depuis 1914
- III 146
- Walckenaer (Ch.). — Assemblée
- générale du 17 décembre 1932. I 54
- Walter (Paul). — Communication sur : un densimètre automatique; un analyseur automatique des gaz ; un appareil à mesurer la perméabilité des corps (C. R. de la séance publique du 21 octobre 1933). XI 597
- Weiss (H.). — L’évolution dans les principes d’essai des huiles minérales. Note bibliographique, par Ld. Sauvage......................XII 640
- Wery (G.). — Analyses de ; Guide pour l’étude expérimentale du sol, par Albert Demolon et Désiré Leroux............................Il 141
- — — Manuel de chimie gazière. méthodes et procédés des essais en usage à l’Usine de La Villette de la Société du Gaz de Paris, par Émile
- et Paul Sainte-Claire Deville. III 205
- — — Guide, des huiles lourdes. VII-
- VIII-IX 476
- — — Machines agricoles, par Tony-
- Ballu..........................XI 603
- — Rapports (C. R. de l’Ass. gén. solennelle du 25 mars 1933) :
- — — au nom du Comité d’Agriculture, sur les travaux de M. Yves Henry sur les terres basaltiques
- de l’Indochine.................IV 225
- — — sur les médailles de bronze
- décernées aux contremaîtres et aux ouvriers des établissements industriels et des exploitations agricoles......................IV 240
- Wolff (Pierre). — Les méthodes de contrôle dans les entreprises. . II
- 263
- 139
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-
-
-
- BULL. DE LA SOC. d'eNCOUR. POUR i/lNDUSTRIE NATIONALE.
- DÉCEMBRE 1933 (p. 683).
- TABLE ALPHABÉTIQUE ET ANALYTIQUE DES MATIÈRES
- CONTENUES DANS LA CENT TRENTE-DEUXIÈME ANNÉE DU BULLETIN
- (JANVIER-DÉCEMBRE 1 933 )
- 132e année.
- Les nombres en chiffres romains indiquent le ou les mois du cahier. Le nombre en chiffres arabes
- qui les suit indique la page.
- A
- Accumulai ours électriques. Un importun l progrès dans la construction des — — au plomb, l'accumulateur protégé « Féry-Carbone ». Communication par Charles Féry (C. K. de la séance publique du
- 28 janvier 1933).............Il 131
- — — (Mémoire!.................III 133
- ADMINISTRATION, COMPTES RENDUS, etc., DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- Assemblée générale du 17 décembre 1932 ......................I 54
- — — 27 mai 1933 ...............VI 394
- Assemblée générale solennelle du 25 mars 1933 :
- — Distribution des récompenses
- décernées pour l’année 1932 . IV 209
- — Allocution de M. A . Alby . . IV 209
- — Rapports relatifs ; aux rérom-
- penses IV 216
- Bureau pour 1933 (C. R. de l'Assem-
- blée générale du 17 décembre 1932 i I 60
- Comité de Commerce. Séance du 1er juin 1933 : Les débouchés pour les produits français en Afrique occidentale française, par F. Bi.ox-
- DEI................... Y1I-VIII-IX 475
- Comité des Arts chimiques. Séance du 14 mars 1933 : Concours international pour développer l’emploi de la colle forte d’os .... IV 265 Comité des Arts mécaniques. Séance du 6 décembre 1932 : L’électrifica-
- tion des chemins de fer, par Ed. Sauvaoe................ I 62
- — Séance du 3 janvier 1933 : Com-
- mémoration du centenaire de la mort de Trevitj-iick., l’inventeur de la locomotive (Londres. 22-23 avril 1933), par Ch. de Frémi.xviele . Il 134
- Conseil d'Administration : Listes des
- Membres titulaires..............1 3
- honoraires............ I 11
- correspondants. ... I 12
- Crise financière. Lettre adressée par la Société d'Encouragemenl à M. le Président du Conseil des Ministres le 24 février 1933 . III 145
- Etat financier de la Société. Rapports présentés sur les comptes de l’exercice 1931 :
- 1° au nom de la Commission des
- Fonds, par M. Cornu-Thénard. VI 337
- 2° au nom des Censeurs, par M. Paul
- de Bousiers................... VI 340
- — (C. R. de l'Assemblée générale du
- 27 mai 1933)...................VI 394
- Liste des nouveaux membres admis. pendant l’année 1933. à faire partie
- de la Société.................Xfl 674
- Opérations postales. Renouvellement des pouvoirs délégués à M. Eugène Lemaire (C. R. de l'Ass. générale du
- 27 mai 1933 VI 394
- Pli cacheté. Dépôt d’un — — relatif à : L’entretien des outils de poinçonnage cylindriques, parM. Alfred Quixquet (C. R. de la séance publique du 13 mai 1933). . . VI 398
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-
- 684 TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES DE 1933. — DECEMBRE 1933.
- Récompenses. Distribution des — décernées pour l'année 1932 (Ass. gén. solennelle du 25 mars 1933)
- IV
- — Rapports relatifs à ces récompen-
- ses............................IV
- — Liste des —...................IV
- Séances publiques :
- — 14 janvier 1933 ...............II
- — 28 — — Il
- — 11 février —.................III
- — 25 — —................ III
- — 11 mars —..................IV
- — 6 mai —.................VI
- — 13 — —.................VI
- — 10 juin — ... VII-VIII-XI
- — 21 octobre —................. XI
- — 4 novembre —.................XII
- — 25 — —.................XII
- Afrique occidentale française. Les
- débouchés pour les produits français en--------(Extrait du p. v. de
- la séance du Ier juin 1933 du Comité de Commerce), par F. Blon-
- del..................VII-VIII-IX
- Allocations familiales. Voir Caisse de Compensation).
- Assurances. Discours prononcé le 19 juin 1933 à l’Assemblée générale annuelle du Comité général des.—, par Max Fermant..................XII
- B
- Bateaux de pêche. (Voir Pêche).
- Béton. (Voir Sculpture).
- BIBLIOGRAPHIE
- Acoustique architecturale (L’b L'aération moderne des salles, par Custave Lyon...............................V
- Aération. (Voir Acoustique.)
- Agriculture. L'— de la Dordogne, par A. Lurbe..........................II
- Art {L') appliqué aux métiers. Décor : de la pierre; de la terre; du verre. Go-beleterie, mosaïque; du métal: le fer ; le cuivre et le bronze; le plomb, l'étain, l'argent et l'or. Monnaies et médailles; du bois : Charpenterie- et menuiserie; du mobilier: Meubles et sièges ; du tissu : Soieries, broderies,
- tapisseries, lapis, par Lucien et
- Henri-Marcel Magne..............XI
- Brasserie. Le froid en —, par R.
- Follain..........................V
- Carboglace. Le — et son emploi, par
- P. Hinzelix..................XII
- Charpente en fer. Manuel de---------,
- par Pierre Labarraque. ... XI Chemins de fer. La bataille des largeurs de voie en Afrique, par P. Roux
- Berger.......................XI
- Chimie gazière. Manuel de — — , méthodes et procédés des essais et analyses en usage à l'Usine expérimentale de La Villette de la Société du Gaz de Paris, par Emile et Paul Sainte-Claire Deville .... III Colonies françaises. (Voir Stations thermales.)
- Constantes. Tables annuelles de —
- ^ — ^ et données numériques de
- chimie, de. physique, de biologie et de technologie, publiées sous la direction de Ch. Marie. ... VI Contrôle. Les méthodes du — dans les entreprises, par Pierre Wolff.. II Electromagnétisme.L'unir ers électromagnétique par une nouvelle loi de la gravitation, par Max Franck . III — (Voir Ondes.)
- Engrenages. Théorie et technologie des — . Tome I. : Etude cinématique. Conventions usuelles. Etude dynamique, par Jean Pérignon ... I Enseignement en U. R. S. S. Organisation et principes de V----------. Les
- relations entre la science et l'industrie, par Jean-J. Trillat ... M Ferrand {Charles), Ingénieur du Génie maritime, par R. Lelong. ... \
- Finances. La situation économique et financière, par Jean Thiry . . XII Fonte grise. Contribution à l'étude des processus de destruction de la-------
- par les acides, par L.-F. Girardet et
- M. Tsou-Ren-Kou..................V
- Froid. (Voir Pêche.)
- Gare de l'Est [La), par la Cie des Chemins de fer de l’Est...........III
- Huiles lourdes. Guide des — —
- vii-vm-ix
- 209
- 216
- 243
- 121
- 128
- 194
- 197
- 262
- 384
- 389
- 469
- 587
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- 475
- 626
- 333
- 135
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-
- TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES DE 1933.
- 68Ü
- Huiles minérales. L'évolution dans les principes d'essai des — —, par
- H- Weiss........................\II 64u
- Locomotive [La], par D. Gontard. X 341 Machines agricoles, par Tony-Ballu
- XI 603
- Machines-outils. Le travail des métaux aux — —. par J. Axdrouix . . I 63
- Machinisme. La grande relève des hommes par la machine, par Jacques
- Duboix...........................VI 396
- Navires. The speed and power of ships {La vitesse et la puissance des —). par D. W. Taylor. . VII-YII1-IX 477
- Ondes. Propagation d’une — sonore dans l’atmosphère et théorie des — du silence, par Henri Galrrux . I 63
- — Recherches expérimentales sur la
- propagation d’ — aériennes dans un long tuyau cylindrique, par Th. Vautier, publiées par H. de la Boulaye et G. Balme.............. I 66
- — La propagation des — électroma-
- gnétiques. Exposé des connaissances acquises. Synthèse des idées et des théories, par Paul Laiïat. . . III 204
- Organisation scientifique. L’ — —
- dans l'industrie américaine, par la Société Taylor...................11 139
- — Les publications éditées par le Ser-
- vice de T — — du Travail de l’Union des Industries métallurgiques et minières..................Y 332
- Paliers à roulement à billes, à rouleaux et à aiguilles, par Hans Behr et
- MaxC.OHLKE.......................Il 138
- Port de Strasbourg [Le].............XI 006
- Sciences. Un coup d'udl sur l'histoire des — et des théories physiques, par
- Émile Picard......................I 68
- Séismes. L’étude des phénomènes séismiques, par E. RothÉ. ... XII 640
- Sol. Guide pour l’étude expérimentale du —, par Albert Demolox et
- Désiré Leroux....................Il 141
- Stations thermales. Les-----des colo-
- nies françaises, par le Dr Abbatucci
- I 67
- Tellier (Charles) et le VIe Congrès international du Froid à Buenos-Aires en
- 1932..............................V 320
- Turbines hydrauliques et régulateurs
- automatiques de vitesse, par André Téxot........................XI 398
- Biographies. (Voir Fremoxt, Mes-xager, Bateau, Tellier.)
- Bromatologie. Enseignement de la — au Conservatoire national des Arts et Métiers (Notes bibliographiques) par Ed. Sauvage YII-VIII-
- IX 462
- c
- Caisse de Compensation. L’œuvre sociale de la — — — de la Région parisienne, par Etienne Yilley. XII 632 Camping. Le Centre de —du Martou-ret, à Die (Drôme) (C. R. de l’Ass. gén. solennelle du 23 mars 1933).
- IY 215
- Canalisations de distribution électrique (Les) dans les maisons et à bord des navires. Danger d’incendie, par
- Gaston Mexter...................1Y 255
- Cartographie. Quelques grandes œuvres nouvelles de — française : l'Atlas de France du Comité national de Géographie; l'Atlas de topographie ; la carte forestière d’Alsace et Lorraine: les nouvelles cartes industrielles de la Société de Documentation industrielle. Communication par Jean Majorelle (C. R. de la séance publique du 4 nov.
- 1933 ..........................XII 664
- Chalutiers congélateurs (Voir Pêche.) Chemins de fer. L’électrification
- des —--------, par Ed. Sauvage
- ^Extrait du p. v. de la séance du 6 décembre 1932 du Comité des
- Arts mécaniques).................I 62
- Le charbon et les-----------français,
- par R. Godferxaux. Notes bibliographiques par Ed. Sauvage . Il 84 — Largeur de voie des — — — africains (Note bibliographique)
- XI 355
- Chimie industrielle. La technique chimique devant la crise, par Raymond Berr..........................XI 565
- Chine. Au contact de la vie chinoise.
- p.685 - vue 685/688
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-
-
- m
- TABLE ALPHABÉTIQUE DES .MATIERES DË 1933. — DÉCEMBRE 1933.
- Conférence par le médecin-colonel S. Abbatucci..................X 492
- — (Voir Université.)
- Colle forte d’os. Concours international pour développer remploi de la
- — — — (Extrait du p. v. de la séance du 14 mais 1933 du Comité
- des Arts chimiques!...........14 263
- Colonies. (Voir Transsaharien.)
- Comité général des Assurances. (Voir Assurances.)
- Concours. (Voir Colle forte d’os.)
- Congrès. (Voir Organisation scientifique du Travail et Fonderie).
- D
- Déboisement. Causes et méfaits du — dans le département du Var : Le —, cause des inondations sur la Côte d’Azur. Survivances de la sylve climatique méridionale, par M. Sagot-Lesage . . . V1I-VIII-1X 403
- Densimètre automatique. Communication par Paul Walter (C. R. de la séance publique du 21 octobre 1933)............................ XI 397
- E
- Eaux minérales. L'indice de nutrition des — — étudié sur les eaux en bouteille et au griffon. Communication par le D1' J.-L. Pech (C. R. de la séance publique du 13 mai 1933)..............................VI 391
- ------(Mémoire). . . . V1I-VIII-LX 401
- Eclairage électrique. Dispositifs économique d’--------et chambres noires
- articulées pour luxmètres, par H. PÉCHEUX......................VI 361
- Ecoulement (L’) en conduites des liquides, gaz et vapeurs, par Albert Schlag.............................IV 271
- Electrification (Voir Chemins de fer.)
- Enseignement. (Voir Université.)
- Expositions. Des nouvelles conditions légales d'utilisation des médailles et récompenses décernées dans les
- — (Xote complémentaire), par
- André Taillefer.................II 83
- — La présentation des produits à
- Y — coloniale internationale de Paris-Vincennes de 1931, par Em. Prudhomme................II 93
- F
- Ferme. (Voir Machines.)
- Fonderie. Le Congrès mondial de —
- (Paris, 13-18 septembre 1932), par
- Raymond Guillemot..............V 310
- Forêts. (Voir Déboisement.)
- Forêts indochinoises. Les — —, leur
- importance, leur gestion et leur mise en valeur. Communication par Maurice .Mangin (C. R. de la séance publique du 10 juin 1933)
- VII-VIII-1X 471
- — — (Mémoire).................XII 641
- Foudre. Étude sur la — et la grêle,
- par C. Dauzère.................X 303
- Fremont (Charles-Louis), métallurgiste et iconographe montmartrois, par Robert Mathieu..............Il 14o
- — A la mémoire de — — —, par
- Ed. Sauvage...................VI 346
- G
- Gaz. Analyseur automatique des —. Communication par Paul Walter (C. R. de la séance publique du
- 21 octobre 1933)..............XI 397
- Grêle. (Voir Foudre.)
- B
- Histoire naturelle. (Voir Musée.)
- Hygiène des industries. ( Voir Institut.)
- I
- Impression mécanique. Notes bibliogra-
- phiques, par Ed. Sauvage ... I 14 Incendies. La prévention des — à bord des navires. Conférence par André Kling........................XI 373
- — (Voir Canalisations électriques.) Indochine. (Voir Forêts.)
- Institut de Technique sanitaire et Hygiène des Industries (Notes bibliographiques), par Ed. Sauvage.
- VII-VIII-IX 461
- p.686 - vue 686/688
-
-
-
- l'ABLE ALPHABETIQUE DÉS MATIÈRES DE 1933. 687
- L
- Lin. La préparation de la fibre de—, ses propriétés et sa structure. Communication par Georges Chaudron (C. R. de la séance publique du 25 février 1933). III 199
- Locomotives. Commémoration , du centenaire de la mort de Trevithick, l’inventeur de la — (Londres. 22-23 avril 1933), par Ch. de Fréminville (extrait du p. v. de la séance du 3 janvier 1933 du Comité des Arts mécaniques)...........................II 134
- — Notes sur les—, par Ed. Sauvage :
- — Centenaire de la mort de Richard Trevithick, inventeur de
- la —...........................VI 347
- — Foyers, siphon Nicholson . VI 348
- — à 3 cylindres, non compound. VI 349
- — Distribution de vapeur par soupapes............................ VI 350
- — Progrès réalisés dans l’échappement des—.......................VI 354
- — Prise d’eau sans arrêt des—. VI 358
- — (Voir Ramoneur à vapeur.)
- Luxmètres. (Voir Eclairage électrique.)
- M
- Matières colorantes. Les progrès réalisés dans l’industrie française des
- — — depuis 1914, par André Wahl
- III 140
- Machines extérieures de ferme. Les
- — ------ —. Conditions de travail.
- Progrès réalisés récemment dans leur construction et leur emploi,
- par Marcel Lierman..............V 321
- Mécanographie. Directives mécanographiques et — française. Communication à la séance publique du 22 octobre 1932, par Georges
- Bolle (Mémoire).................I 15
- Mesnager (Augustin) (1862-1933j, par Gaston Colmet Daàge. ... VI 341
- Moto-compresseurs. Les — — Pescara à pistons libres. Communication par M. Mancy (C. R. de la séance p ubliquedu 14 janvier 1933). II 120
- — — (Mémoires...................IN 245
- Musée d'Histoire naturelle de Chang-
- Hai. Une œuvre scientifique française en Extrême-Orient. Le---.
- Communication par le R. P. Henri Belval (C. R. de l’Assemblée géné-
- rale du 17 décembre 1932) . . I 56
- ----— — — (Mémoire) ... II 73
- N
- Navires. (Voir Incendies.)
- Nécrologies : M. Augustin Mesnager..............................III 194
- M. Édouard Gruner..............XI 588
- Lieutenant-colonel Paul Renard ..........................XI 590
- M. Pierre Jurien de la Gra-
- VIÈRE.........................XII 008
- Normalisation industrielle. L’état actuel de la — —, par J. Androuin.
- Notes bibliographiques, par Ed. Sauvage........................II 84
- Notes bibliographiques, par Ed. Sauvage: 1,14; H,84; 111,200; V,277; VI1-VIII-IX, 461, 468: XI , 555 ;
- XII, 639, 320.
- Notes sur les locomotives, par Ed. Sauvage............................ VI 347
- O
- Œuvre sociale. L’ — — des groupements industriels français. Communication par Étienne Villey.
- (C. R. de la séance publique du 11 mars 1933)....................IV 263
- — — (Mémoire)......................V 278
- — (Voir Caisse de Compensation.) Organisation du travail. Le Ve Congrès de F — scientifique — —. (Amsterdam, 18-23 juillet 1932),
- par Joseph Compagnon ... III 179
- — L’organisation rationnelle dans
- les usines ne travaillant, pas en série, par Marcel Bloch ... XI 515
- Orgue électronique Coupleux-Givelet. Communication à la séance publique du 26 novembre 1932, par A. Givelet (Mémoire) .... II 85
- P
- Pêche. L’emploi du froid pour la —.
- Note bibliographique, par Ed. Sauvage .......................... III 206
- — La — frigorifique et les chalutiers
- p.687 - vue 687/688
-
-
-
- TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIERES DE 1933. — DECEMBRE 1933.
- 688
- congélateurs, par R. de Boysson
- III 206
- Perméabilité. Appareil à mesurer la
- — des corps. Communication par Paul Walter (C. R. de la séance publique du 21 octobre 1933) XI 598
- Photochimie. La —, par Guy Emsch-
- willer........................I 46
- Photométrie. (Voir Éclairage électrique.)
- Poinçonnage. Dépôt d’un pli cacheté relatif à : L’entretien des outils de
- — cylindriques, par Louis Quinqüet (C. R. de la séance publique du
- 13 mai 1933)..................VI 389
- R
- Ramoneur à vapeur Dalmar pour locomotives, par Ed. Sauvage. I 43
- Râteau (Auguste) (1863-1930', par
- Ed. Sauvage.....................V 273
- Route. La sécurité de la —, par Gaston Menier.....................XI 556
- S
- Sculpture. La — sans maquette par taille directe du béton en prise, par Charles Sarrabezolles . . X 529
- Société industrielle de l'Est. Distribution des récompenses (Nancy,
- 2 juillet 1933), par Ed. Sauvage. X 536
- Société industrielle de Rouen. Distribut, solen. des récompenses (Rouen,
- 21 mai 1933), par Ed. Sauvage. X 535
- Températures (hautes). Études expéri-
- mentales et théoriques dans le
- domaine des — —, par Pierre
- Montagne III 183
- Solfège. Quelques réflexions sur le
- —, par Maurice Garnier VII- -VI1I- -IX 405
- Soudure autogène. Normes sur la
- — —. Notes bibliographiques, par
- Ed.Sauvage . I 14
- Station nationale de Recherches et
- d'Expériences techniques de Bellevve (Seine-et-Oise). Le Service des Essais, par C. Bonnier .... V 290
- T
- Technique sanitaire. (Voir Institut.)
- Tellier (Charles) et le VIe Congrès international du Froid à Buenos-Aires en 1932 (Note bibliographique). V 320
- — Inauguration d’une plaque commémorative en l’honneur de-------------,
- par Ed. Sauvage. . . VII-VIII-IX 468
- Températures (Hautes). Études expérimentales et théoriques dans le domaine des — —, par Pierre
- Montagne.....................III 183
- Transports. Regards sur les —. Conférence par M. Dautry .... IV 266
- Transsaharien. Le — et les difficultés de la mise en valeur des colonies. Communication par F. Blondel
- (Mémoire)....................III 163
- ----(C. R. de la séance publique
- du 11 février 1933)...........III 197
- Trompe à mercure à collection, à fonctionnement entièrement automatique, à l’usage des laboratoires de physicochimie. Communication par René Castro (C. R. de la séance publ. du 28 janvier 1933) II 130
- — — (Mémoire)..................III 187
- u, v
- Université « L'Aurore » de Chang-Hai.
- Une œuvre d’éducation française en Chine, F--------— —. Commu-
- nication par le R. P. Henri Belval (C. R. de la séance publique du
- 6 mai 1933)....................VI 387
- —• — (Mémoire) . ..................X 481
- Vitraux. Contribution à l’étude de la technique des — du moyen âge, par G. Chesneau..................XII 609
- U agent général, gérant.
- E. LEMAIRE.
- BRODARD ET TAUPIN, Coulommiers-Paris.
- p.688 - vue 688/688
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